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L"lnitiation Revue philosophique des Hautes Études PUBLIÉE MENSUELLEMENT sous LA DIRECTION DE PAPUS 1.5! O. >F Docteur en médecine Docteur en kabbale ->4 4:4ૻVOLUME. 12"ૺANNÉE SOMMAIREDU N° 12 (Septembre 1899) w ._____ PARTlE INITIATIQUE A Velléda . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Papus. (P193 à 197) Au Pays des Esprits . . . . . . . . . . . . . . . *** (p. 198 à 256).
PARTIE PHILOSOPHIQUE [.0 Vaudoux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Nathan Zeffar. (p. 257 à 269). PARTIE LITTÉRAIRE Incantation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . A. Sturdza. (p. 270 à 272).
Ordre martiniste. Modiዾcation importante dans notre Revue. - Ma façon de voir. -Bibliographie. Livres reçus. Nouvelles diverses. Une Maison de Santé homœopathique. -Lebensheim. Congrès spirite et spiritualiste de 1900. -Errata. Petite Correspondance. Tout ce qui concerne la Rédaction et. les Echanges doit être adressé 87, boulevard Montmorency, à Paris. kdmiuistralion et abonnements : 3, rua de Savoie. PARlS Le Numéro : UN FRANC. -Un An: DIX FRANC-S __I __Ïgዿ'H .: ' .
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont lessence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles nont abouti quà de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par lhypnctisme et la suggestion à distance.
Eዿrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. LInitiation est lorgane principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
A I Dans la Religion,à donner une base solide à la Morale par la découverte dun même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et lOcculte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l1nitiati0n adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent larbitrage contre l'arbitraire, aujourdhui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands ዿéaux contemporains: le clericalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enዾn lInitiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de IHypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps enOrient et surtout dans lInde. LInitiation expose les opinions de toutes les écoles, mais nappartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientiዾque) sadresse à tous les gens du monde instruits. Enዾn, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions dune manière quelles savent toujours apprécier.
LInitiation parait régulièrement du 15 au 20 de chaque mois et compte déjà huit années dexistence. -Abonnement: 10 francs par an " (Les collections des deux premières années sont absdumem épuisées.) ' l _ 45<,ù_H'L:a ,
LInitiation du 15 Septembre 1899 PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE 1' Initiation [0 PARTIE INITIATIQUE AMO-- F. CH. BARLET, S.-. I.'.;; -GUYMIOT. MARC HAVEN, S.'. I.'. 313 - JULIEN LEJAY, S.'. I.'. g ÉMILE MICHELET, S.'. I.'. (C. G. E.) LUCIEN MAUCHEL, S.'. I.'. (D. S. E.) MOGD, S.'. I.'. GEORGE MONTIERE, S.'. 1.'. ;- PAPUS, 8.2 I.'. g SEDIR, S.'. I.'. SELVA, S.'. I.'. (C. G.
20 PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ABIL-MARDUK. - AMELINEAU. ALEPH. Dr BARADUC. SERGE BASSET. -Le F.'. BERTRAND 30° BLIT2. - BOJANOV BORNIA PIÉTRO. JACQUES BRIEU. CAMILLE CHAIGNEAU. CHIMUA DU LAFAY. ALFRED LE DAIN. G. DELANNE. ALBAN DUBET. - A. ERNY. FABRE DES ESSARTS. - L. ESQUIEU. Dr FUGAIRON. DEI.EZINIER. JULES GIRAUD. L. GOURMAND. L. HUTCHINSON. JOLLIVET-CASTELOT. L. LE LEU.L.
LEMERLE. LECOMTE. NAPOLÉON NEY. HORACE PELLETIER. G. POIREL. » QUESTOR VITŒ. - RAYMOND. Dr ROZIER. - L. SATURNINUS. Dr SOURBECK. THOMASSIN. - G. VITOUX. YALTA. 30 PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAUBOURG. JEAN DELVILLE. _ ESTRELLA. E. GOU DEAU. MANOEL DE GRANDFORD. - JULES LERMINA. L.
HEN NIQUE. JULES DE -MARTHOLD. CATULLE MENDÈS. -GEORGE MONTIERE. LÉON RIOTOR. - SAINT-FARGEAU.. ROBERT SCHEF FER. - ÉMILE SIGOGNE. CH. DE SIVRY. 40 POÉSIE ,ૺ CH. DUBOURG. RODOLPHE DARZENS. JEAN DELVILLE. YVAN DIETSCHINE. E. GIGLEUX. CH. GROLLEAU. MAURICE LARGERIS. PAUL MARROT. EDMOND PILON. - J. DE TALLE NAY. - ROBERT DE LA VILLEHERVÉ.
120 pages. PRIX: UN FRANC ;;; BIBLIOTHÈQUE MARTINISTE :;: ;« Martinésisme - ' Willermosisme ARTINISME et Franc-Maçonnerie PAR PAPUS PRÉSIDENT DU SUPRÊME CONSEIL DE LORDRE MARTINISTE 's' AVEC UN RÉSUMÉ DE LHISTOIRE DE LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE DE SA CRÉATION A NOS JOURS ET UNE ANALYSE NOUVELLE DE rocs LES GRADES DE LÉCOSSISME, LE TOUT ÉCLAIRÉ PAR ne nonnesux TABLEAUX SYNTHÊTIQUES PARIS ÉDITION DE LINITIATION En vente à la Librairla 8piritualista et Morale 3, RUE DE SAVOIE, 3 1259 Nous recommandons aux Occultistes pour leurs fac tures, têtes de lettres, enveloppes et autres travaux, LA PETITE IMPRIMERIE VENDÉENNE A LA ROCHESURYON (Iendée).
ljlNlûll ininurr ዿnvrasrur Notes and Qucrics, S. M. Gould, à Manehester (N. H.) U. S. A. f, Det nye Rige, A. Sabro, à Christiania (Norvégé). Nordisk Frimurer-Titenda, Alb. Lange à Chris tiania (Norvège). Die Religion des Geistes, Fertung,llerrengasse, 68, Budapest (Hongrie). Nuova Lux, 82, via Castro Pretorio, à Rome (Italie). '7: Lu; astral, 6, passage Sarmiento, à Buenos-Ayres (République Argentine). LInitiaiion, 10, avenue des Peupliers, Paris. LEcho de lAu-Delà et d'1ciBas (journal du nion spiritualisle. Bi-mensuel illustré). Direc teur, A. VARNEY, 3, rue de Savoie, Paris. Journal du Magnétisme et de la Psychologie, Directeur, DURVILLE ; rédacteur en chef. Alban DUBET, 23, rue S-Merri, Paris. El-Hadirah. 19, rue de la Kasbah, Tunis.
dÛURNMEX Ël REWUËS OGÛULlKSTES RECOMMANDÉS SPÉCIALEMENI _ _ _ LANGUE FRANÇAISE . LImtzatzon(revue mensuelle), [0, avenue des Peupliers, Paris. LEcho de l'au-delà et dici-bas (journal bi-mensuel illustré), 3, rue de Savoie, 3, Paris. Le Voile dIsis (journal hebdomadaire), 5, rue de Savoie, Paris. LHjperchlmie (revue mensuelle), 19, rue Saint-Jean, Douai (Nord).
HERMÉTISME, ALCHIMIE La Thérapeutique intégrale (revue mensuelle), 5, rue de Sav01e, Parts. MÉDEClNE HERMÉIIQUE, HOMÉOPA'IIIIE (Va paraître incessamment.) Psyché (Bulletin autopsychique mensuel) 5, rue de Savoie, Paris. COURS HERMÉTIQUES _ LANGUE ANGLAISE 7heMornmg Star. Dépositaire, Chamuel, 5, rue de Savoie, ' Paris. (Peter Davidson, Loudsville, White C°, Georgia,v. s.
A.) LANGUE ESPAGNOLE Lu{ astral (hebdomadaire, à BuenosAyres (République Argentine), 6, pasage Sarmiento. La Nola Médica, Fuencarral, (26. Madrid. LANGUE ITALIENNE Szzperscien:a Via Nuova, 14, Piacenza. Il Mondo Secreto. Luq (revue mensuelle), 82, via Castro Pretorio, Rome LANGUE TCHÈQUE Sbornzk pro ዿiosqዾi a okkullismus, à Prague (Bohème), Puch majerova U1 30'.
LANGUE ALLEMANDE Neue metaplzyslsche Rundschau; in-8° mensuel. u Édité par PaulZillmann, 8] Parkstr. Berlin-Zehlendorl Das Wort; mensuel. Édité par Leopold Engel, Feurigstrasse, 12-1. Schoneberg près Berlin. AVIS IMPORTANT. -Tous nos confrères ci-dessus cités et ceux qui voudraient être .zitéS sont priés de repro duire in 8Xl9l160 cette liste
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F ,0 3 La Langue hébraïque restituée. ૺ3ૺ: D ૺVET' ' ' ' Histoirephilosophique du genrehumain. .\LBERT POISSON. . . . . Théories et Symboles des Alchimist65. LITTÉRATURE Joues LERMINA. . . . . Ë kaBIr/Ifîlgeidenne' JEAN DELVILLE ' ' ' _ Iïè Spiritualisation de lArt. BULWER LYTTOJ . . . . La Maison Hantée MYSTIQUE Jeanne I.eade. Jacob Bœhme et les Tempéraments Les Incantations. P. SÉDIII . . . . . . . . .
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L'lnitiation du I5 Septembre I899 __LI_NITIATIQN <ૻૻIrïlisૻૺૻ) DIRECTION ADMINISTRATION 87, boulevard Montmorency. ABONNEMENTS PARISA UTEUÏL PUB.ICITIÎ : VENTE AU NUMÉRO DIRECTEUR : PAPU S DIRECTEUR ADJOINT : Luolon MAUCHEL 8 ૻૻ dૻsavon Rédacteur en chef: F.-Ch. BARLEI. Secrétaires de la Rédaciiun : FRANCE: un an. 10 IF. J.
LEJAV PAUL SÉDIR ÉTRANGER, _. ,2 h._ RÉDACTION. -Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité. Lindépendance absolue étant la raison dêtre de la Revue, la Direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps dun article. Prière dadresser tous les échanges: 87, boul. Montmorency, Paris MANUSCRITS. - Les manuscrits doivent être adressés à la rédaction.
Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins davis spécial. Un numéro de la Revue est toujours composé davance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant. LInittatzon est l'organe ofዾciel des centres suivants : Groupe Esotérique. - Ordre martiniste. Faculté des Sciences hermétiques. Ordre Kabbalistique de la Rose Croix. Union Idéaliste Universelle. F. T. L. (section française). .
GROUPE IIIIEPEIDAIT II'ETIIIIES ÉSIIIEIIIQIIES 1,600 Membres 104 Branches et Correspondants Groupes d'Études fermés Les Membres ne paient ni cotisation ni droit dentrée. Pour tous renseignements, sadresserparlettreà M. Paul SÉDIR, directeur adjoint, 4, rue de Savoie, Paris, en joignant un timbre pour la réponse.
Principales Sociétés adhérentes au Groupe ORDRE MARTINIS TE ORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE + CROIX. ÉGLISE GNOSTIQUÆ SOCIÉTÉ ALCHIM]QUE DE FRANCE
La. reproduction des articles inédits publiés par llniliation est formellement interdite. à moins d'autorisation spéciale. PARTIE INITIATIQUE Cette partie est réseruée à lexposé des idées de la Direction, des Membres du Comité de Rédaction et à la reproduction des classiques anciens.) a vsnnEns LE P:;: S:jC:;: AUX F:j: DE LA L:f: VELLÉDA, SALUT EN nñxvm.
T:;: C:j: F21: Cest anse un vif regret quej ai dû me faire repré senter à linauguration de votre Loge au lieu de my rendre en personne. Une tournée dinspection de nos formations en Angleterre me retenait loin de Paris.
Mais mon regret fut largement compensé par la lecture des beaux discours prononcés à cette cérémonie, et cest avec joie que jai parcouru le résumé des paroles de notre F22: Sédir, délégué spécialemenlpar le suprême Conseil Martiniste à cet eዾet. Grâce à vos paroles, beaucoup de fausses concep tions du Martinisme et de ses tendances, beaucoup de calomnies portées contre lOrdre ou contre ses fonda leurs, prendrontዾn. «matno,ૺIૺ Il l
194 L'INITIATION [SEPTEMBRE On verra, en lisant vos discours, que le Martin isme ne vient lutter contre aucune société vraiment idéa liste, et qu'il veut rester sur son véritable terrain de centre actif de culture intellectuelle et d'études sérieuses en dehors de toute secte et au-dessus de toutes les superstitions.
Existe-t-il à Paris une Loge maçonnique dun rite quelconque où lhomme qui veutetudier puisse appro fondir le symbolisme de tous les rites et de toutes les initiations, en basant cette étude sur les éléments dhébreu et de sanscrit indispensables à cet eዿet?
Non, nest-ce pas P Eh bien! lOrdre Martiniste vient fournir aux maçons de tous les rites,comme à tous les hommes animés d'un pur désir, des centres où on ne leur demandera ni serments, ni cotisations (car les ofዾ ciers payent eux-mêmes et seuls tous lesfrais) etoù le tronc de la veuve ne circule pas.
On leur demandera seulement de travailler en camarades, non pas en écoliers, et de se préparer à devenir les guides des frères de l'année suivante.
Nous respectons trop la liberté des opinions pour ne pas laisserà tous nos membres la plus grande ini tiative et nous avons organisé un enseignement sym bolique sérieux et garanti par des thèses et des exa mens, parce que les maçons français étaient,-sous ce point de vue, très inférieurs à leurs frères de létran ger.
A Et cela est si vrai que tous les défenseurs de len seignenzent symbolique qui combattent nos personnes ou nos œuvres ont été des élèves de nos centres et nen
1899] A VELLÉDA 195 sont venus à user de la calomnie et des attaques per ዾdes que dans la crainte de voir dautres maçons devenir plus vite, et mieux queux, compétents en ces études initiatiques dont ils croyaient détenir le mono pole.
Vous apprendrez, dans nos centres, comment linitiateur répond par le pardon à lancien élève révolté, et comment le temps se charge toujours din diquer aux envoyés où se trouve la branche dacacia qui permet de retrouver le tombeau dHiram. Lesfaits sont plus probants que tous les morceaux darchitecture.
Trois volumes ont été consacrés par les cléricauœ à combattre le Martinisme, dont ils redoutent les méthodes denseignement, la puissance, et lorganisation, à lafois si large et szfermée. On considère la France, à létranger, commetr0p matérialiste et il est nécessaire de montrer quil y existe aussi des centres initiatiques chrétiens, en dehors de tout cléricalisme.
Les discussions philosophiques qui forment des esprits libres et des orateurs ardents occupent, dans tous les At:f: Maç:î:,une assez grande place pour quil soit inutile de faire double emploi. Mais il était utile de constituer à Paris un ensez gnement sérieux et méthodique du symbolisme, et voilà ce quont voulu créer les illuminés Martinistes depuis 1887.
Nos adversaires les plus acharnés .' les cléricaux. ont senti le danger de nos eዾorts dès le début et nont cessé de le signaler et de nous com battre de toutes leurs forces, mais sans pouvoir arrê ter notre progression continue. Velleda est la qua trième Loge régulière de lOrdre Martiniste que nous .WwwNwWmM
196 L'INITIATION 1 ouvrons à Paris, depuis moins de trois ans. Avec le Sphinx, Ilermanubis et la Sphznge vous constituq un puissant quaternaire dexpansion.
Et aux anciens élèves mécontents, à ceux qui vou dront nier le devoir quont les illuminés d'instruire les _/brnzations maçzlz qui sécartent de leur rôle, réponde; en citant ces paroles du F Malapert, ora teur du Suprême Conseil du rite Écossais (Chaîne dunion, 1874, p. 85): « Pour la pratique de la vie, nous avons cherché une formule capable de réunir toutes les conditions désirables.
Celle qui répond le mieux aux opérations desmaçons se litaujourdhui sur le frontispice de nos planches; elle est relative ment neuve. car cest vers le milieu du siècle der nierquelle fut précisée par un de nosfrères du nom de StMarlin.
La puissance du vrai est si grande que la devise révélée par Saint-Martin éblouit tous les yeux.Les trois mots: Liberté, Égalité, Fraternité, disposés dans cet ordre, indiquent ce que doit être une société bien réglée.
Tous les ateliers les ont acceptés et les grands hommes de la Révolution en ont fait la devise de la République française. » Ceux qui, après avoir séjourné dans la chambre du milieu, ont vu les quatre lettres de la parole perdue et retrouvée : INRI, illuminer les quatre branches de la croix cerclée de roses,ceux-là saisi ront limportance de ces paroles.
Et vous, Martinistes, mes frères, resteç Inconnus pour ceux que vous appelez à la connaissance de la lumière de lilluminisme et demeures Silencieux devant les profanes. ââââââäèââââkâ
A VELLÉDA 197 Cest à ses qualités de discrétion que notre Ordre doit sa dzዿusion rapide.
Actuellement, pas une con trée civilisée de la terre nest étrangère à notre inዿuence, purement intellectuelle. et nos délégués généraiix et spéciaux, nos journaux dans presque toutes les langues, assurent à l'Ordre la place à laquelle il a légitimementdroit, parmi les fraternz'tes dillumznés avec lesquelles nous avons signé des traités dalliance, sans distinction de race, de croyance ou de couleur.
Que les maîtres visibles et invisibles de la chaîne vous assistent dans vos travaux, T:î: C22: F:'_:, et que votre voie soit toujours lInvariabilitedans le milieu préconisée par le TCHOUNG-YOUNG des Chinois. PAPUS.
äu ÉAYS DES ÈSPRITS (" OIY Recherches dans les Mystères de 1üccultiame L'jCRITES EN UNE SÉRIE DESQUISSES AUTOBIOGRAPHIQUES Je suis Celui qui vit et qui était mort Et voyez.jc suis vivant pourjamais; DÉDICACE A cette bande de penseurs courageux (cinq cents en nombre) qui ont osé souscrire à l'Art magique; à ceux qui en se déterminant à lire les pages de cette œuvre proscrile ont osé soutenir devant le monde le droit du jugement privé et le devoir de se former des opinions basées sur la connaissance, la candeur et la raison.
A ceux qui ont combattu côte à côte avec lauteur et léditeur de lArt magique, la bataille de la libre pensée et de la liberté de conscience contre les forces de lignorance du préjugé, de la bigoterie et de la superstition.
Ce volume est dédiéauec recon naissance el cordialité, par lA UTEUR. (I) Nous sommes heureux de donner à nos lecteurs, grâce au dévouement du DૺMarc Haven, quelques larges extraits de louvrage initiatique introuvable Ghost Land. La traduc tion est aussi littérale que possible sans soucidu style. Lidée seule est importante. N. D. L. R.
AU PAYS DES ESPR1TS :99 CHAPITRE PREMIER SUR LE SEUIL Le seul objet de ces lignes ayant été de présenter à celui qui soccupe des mystères spirituels quelques expériences dune nature singulière et exceptionnelle, je me serais fait un plaisir de les rapporter en tant que faits isolés, voire même, auraisje communiqué leurs curieux détails à tels journalistes spirites qui auraient pu les considérer comme dignes dune place dans leurs colonnes; mais, ayant essayé de les ar ranger sous une forme répondant à ce dessein, j'ai trouvé qu'il était impossible de séparer les portions phénoménales de cette histoire, dela personne quelles concernaient le plus immédiatement.
3 Eussé-je été un simple spectateur des scènes ici ] détaillées, jaurais pu aisément les ramener à la forme narrative, mais, comme dans la plupart des cas où je me suis trouvé être soit le médium, par lintermé diaire duquel se sont produits les phénomènes dignes dêtre signalés,comme aussi lintérêt de ces phéno mènes se trouve dériver de lassociation avec une histoire consécutive, jai estimé quil me fallait, soit abandonner le dessein de soumettre le récit de mes expériences au monde, soit consentir à la tâche désa gréable de les identiዾer avec une personne qui a des raisons différentes pour redouter la publicité et qui ne soupire après rien tant que la retraite paisible qui doit précéder le dernier adieu à la terre.
Il est arrivé cependant que ma volonté a dû céder à une volonté 4. Y ,«____. ..ዾ(çä___\q\ _;_f. \r..j\.. ___..- ___.ૺ___... _ ._ .. , sh'*A >**A ૺૺૺ*ૺ="Ë=<
2oo L'INITIATION qui mest plus chère que la mienne. Aussi me trouvé je aujourdhui obligé, ou bien d'identiዾer mes aven tures spirituelles avec un personnage fictif, ou bien dac cepter lalternative répugnante dajouter aux maints rôles que le drame tragique de la vie ma contraint de jouer sur sa scène le rôle ingrat dautobiographe.
Pour beaucoup de raisons quil ne mest pas néces saire dénumérer, jai une répugnance spéciale pour les œuvres de ዾction. La vie est à la fois trop réelle, trop remplie dévénements considérables pour être travestie et vêtue de ዾctions.
La vérité parle à lâme des natures sincères avec beaucoup plus de sérieux que la ዾction,et les récits spirites en particulier,en me montrant la voie vers de nouvelles découvertes où se trouvent engagés les intérêts éternels de la race, sont tout simplement dégradés lorsquon y ajoute des in ventions ዾctives.
La tendance trop commune à exa gérer le merveilleux des phénomènes spirites doit être soigneusement évitée si lon veut arriver au cœur des vérités si importantes et si peu familières du genre de celles qui se rattachent au côté spirituel de la nature humaine _ Cest avec ce respect de la vérité que jentreprends la tâche de nar:er mes aventures singulières et excep tionnelles.
Le seul départ que je me permettrai en dehors de cette ligne dabsolue et austère vérité com mencera ma propre identité et celle des personnes avec lesquelles jai vécu. Les raisons qui mobligent à supprimer mon nom réel et à employer tous les moyens possibles pour voilerlidentité de ceux que jai connus sont impératives et seraient très bien ap
AU PAYS DES ESPRITS 20E préciées si lon pouvait les très bien comprendre.
Sous tous les autres rapports, je men vais commencer une histoire sincère de moimême en tant que je me suis trouvé mêlé aux incidents que lon me requiert de déૺ tailler. > Mon père était un gentilhomme hongrois qui, sétant cru molesté par le gouvernement régnant de son pays, labandonna virtuellement; se trouvant dautre part allié du côté maternel avec lun des plus puissants princes natif de lInde dont il avaitreçu des Offres tentantes de distinctions militaires et ofዾcielles, il se détermina à se préparer à sa nouvelle carrière par le' cours détudes nécessaire en Angleterre; doù la croyance très répandue quil était ofዾcier anglais, opi nion fortiዾée par le fait que pendant maintes années il abandonna son titre,se substitua au rang quil avait autrefois occupé dans son pays natal,le titre bien plus honorable que lui avait valu sa valeur militaire sur les champs de bataille de lInde, valeur prouvée par les services de la plus extraordinaire bravoure.
Avant son départ pour lOrient, mon père sétait marié à une dame italienne de la plus grande beauté, mais comme il était résolu àconserver son titre hongrois et ses terres toutes maigres quelles fussent pour le bénéዾce de ses enfants, il laissa son ዾls aîné, mon seul frère, en Au triche,où il le ዾt élever à la charge de proches parents.
Je suis né sur le sol indou peu de temps après larrivée de mes parents, mais comme mon frère aîné mourut quand jarrivai à lâge de dix ans, je fus envoyé en Europe pour y prendre sa place, recevoir une éduca tion européenne et recevoir formellement le vain titre
202 L'INITIATION ૺૺ8 etlhéritage de nos terres hongroises.
Comme mon pauvre père sobstine toujours à conserver ces inutiles dignités pour ses enfants quoiquil les eût méprisées et rejetées pour lui-même, je fus accoutumé dès ma plus tendre enfance à mentendre appeler comme le chevalier de B... et appris à croire dès la mort de mon frère que jétais devenu l'héritier dune noble maison dont en vérité je nai jamais bien compris les préro gatives, si ce nest sous la forme des mêmes molesta tions, oppressions de tyrannies politiques qui ዾrent de mon père un proscrit et le sujet avoué dune puis sance étrangère.
Javais environ douze ans, autant que je puis me le rappeler, lorsqu'un jour, tard dans laprès-midi, en retournant du collège où je faisais mes études à B... juste au moment où jallais passer la porte de la mai son où je prenais pension, je sentis une main se poser sur mon épaule, et, me retournant, je me vis face à face avec un de mes professeurs, homme qui durant la période de mes dix mois détudes à cet endroit avait exercé sur moi une inዿuence singulière et irré sistible.
C'était un professeur de langues orientales, et, quoique je ne fusse pas légalement inscrit comme élève de sa classe, je le suivais cependant parce quun jour il me lavait soudainement demandé, et aussi soudainement je métais senti obligé daccepter son offre.
A partir du momentૺmême où jentrai dans la classe du professeur von Marx, je m'absoibai dans ૺlétude de la littérature orientale, et les progrès que je ዾs dans cette étude tinrent sans aucun doute à mon désir de posséder à fond les sujets dont ces
AU PAYS DES ESPRITS 203 langues orientales forment la clef.
Le matin du jour où commence ce récit, le professeur von Marx mavait brusquement demandé si jétais un rêveur : je répli quai par la négative ajoutant que je croyais avoir souvent rêvé de quelque chose, mais que le souvenir de ce que ça pouvait être ne persistait à mon réveil que juste assez longtemps pour me laisser lopinion que javais été quelque part dans mon sommeil, mais que javais oublié où.
Quand le professeur m'eut touché surlépaule, comme je viens de le dire, à ma propre porte, il me dit : Louis, mon garçon,naimeriez-vous pas avoir des songes dont vous pourriez vous souvenir? aller en des endroits dans votre sommeil doù vous puissiez revenir et nous donner des nouvelles P - 0 professeur, mécriai-je dans ma surprise, cela me serait-il possible, et comment le pourraisje ? Viens avec moi, entant, reprit mon professeur.
Jappartiens à une société philosophique dont lexis tence ou tout au moins la nature réelle est peu connue. Nous voulons l'aide dun bon petit garçon intelligent comme toi, spécialement dun qui ne soit pas un rê veur conscient.
Il y a longtemps que jai l'œil sur toi et je crois non seulement que je puis te conዾer nos secrets, mais même t'y associer, tinstruire dans les merveilles dune grande sagesse que peu denfants de ton âge seraientjugés dignes de connaître. Flatté par cette conዾdence et plus que dhabitude secoué par létrange frisson qui toujours semblait suivre le contact de la main du professeur, jacceptai de me laisser conduire jusquà ce que jatteignisse
204 L'INITIATION '1'" ..l avec lui le quatrième étage d'unegrande maison dans un quartier très tranquille de la ville.
Là je fus rapi dement introduit dans un appartement de grandes di mensions que subdivisaient des écrans et des rideaux etqui se trouvait à moitié rempli par une assemblée de gentlemen dont je reconnus,à ma grande surprise, plusieurs comme appartenant au collège, dautres comme appartenant à des instituts littéraires avoi sinants et deux autres que je sus être des membres d'une famille princière dAllemagne.
Il y avait un tel air de mystère et de prudence au moment où nous entrâmes dans la place et quand on me présenta à la compagnie, que jinclinai à croire que cétait là une réunion dune de ces sociétés secrètes que, jeune comme je létais, je savais être rigoureuse mentdefendues par le gouvernement; aussi lidée queje faisais partie dune assemblée illégale me frappa-belle dun sentiment de terreur et dun désir angoissant de men aller.
Ces sentiments, tout inexprimés quils fussent, furent apparemment compris par mon pro fesseur,car il me parla à voix basse, massurant queje metrouvais dans une société de gentlemen honorables et respectables, que ma présence là avait été seulement sollicitée pour les assister dans certaines expériences philosophiques quils conduisaient et que bientôt jiaurais tout lieu de me féliciter davoir été choisi par leur association.
Tandis quil parlait, le professeur avait mis sa main sur ma tête et continua de la maintenir là, da bord avec une pression qui paraissait légère et acci dentelle, mais avant quil eût ዾni de me parler, le
AU. PAYS DES ESPRITS 205 poids de cette main Sembla saccroître à un point presque insupportable. Comme une montagne qui se serait écrasée sur mes épaules, des colonnes dune subs tance de feu séchappant comme une lave des doigts du professeur semblaient pénétrer tout mon être et ዾnalement manéantir sous leur force terriዾante, me réduisant à un état où toute résistance, tout appel, ou même toute parole métaient impossibles.
Un vague sentimentde mort imminente remplissait mon cerveau épouvanté, et une sensation de désir indéዾnissable de fuir cette contrainte sous laquelle je me croyais tenu m'opPrimait jusquà lagonie. Enዾn, il me sembla voir se réaliser mon désirintense dêtre délivré.
Jétais Jdebout et il me semblait à moi-même que je me tenais debout, libre de létreinte du professeur, libre de mon corps, libre de toute chaîne, libre de toute matérialité mais quun lieninvisible et cependant tout à fait tangible me reliait avec la forme que javais devi née, mais qui maintenant comme un vêtement dé pouillé gisait dormante dans un fauteuil au-dessous de moi.
Quant à mon réel moimême, je me trouvais balancé dans lair, comme je pensais tout dabord, à environ 4 pieds audessùs et un peu à côté de mon enveloppe mortelle assoupie. Un moment après ce pendant je maperçus que je marchais sur ce qui me semblait être une matière cristalline magniዾque, pure et transparente, dure comme du diamant, mais res plendissante, éclatante, lumineuse et éthérée.
Il y avaitaussi tout autour de moi une atmosphère éton nante. Audessus et tout autour de moi je pouvais discerner comme une nuée rayonnante, étincelante
206 LdNlTlATION qui enveloppait ma forme, perçant les murailles et le plafond et permettant à ma vue dembrasser une étendue presque illimitée d'espace comprenant la ville, les champs, les plaines, les montagnes et tout lhori zon avec le ዾrmament au-dessus de ma tête tout émaillé détoiles, baigné des doux rayons de la lune paisible: , Tout ce vaste royaume ainsi perçu souvrait devant moi en dépit des murâilles environnantes, du plafond et des autres obstacles matériels qui nous entouraient Obstacles, ceux-ci ne l'étaient plus.
Je voyais à travers eux comme sils avaient été une mince couche dair; bien plus, je savais que je pouvais non seulement passer à traverseux sans la moindre difዾculté, mais que nim porte quel objet pondérable dans lappartement, le mobilier lui-même eût-il été soumis à laction dis solvante de cette nuéede feu rayonnante qui mentou rait, se serait dissous et serait devenu comme moi et comme mon atmosphère si soluble quil pouvait passer précisément comme je le pouvais à travers tout objet matériel.
Je voyais ou il me semblait voir que j'étais tout force; que jétais une âme détachée du corps sans plus pour les relier quune invisible corde; aussi que jétais dans le royaume de lâme, lâme de la ma tière, et que du moment que mon âme et le royaume de lâme dans lequel je me trouvais transporté étaient la force réelle qui maintenait la matière ensemble, je pouvais aussi facilement briser les atomes, les séparer et passer à travers eux, que lon peut mettre un corps solide au milieu de leau ou de lair. Soudainement, il me sembla que je voudrais bien \
AU PAYS DES ESPRITS 207 essayer ce pouvoirsi nouvellement découvert. Maper cevant que la toque de collège que javais portée sur la tête de mon pauvre corps sans vie se trouvait_négligem ment dans les mains, je ዾs un. effort pour latteindre.
Pour réussir cependant, je maperçusqu'il fallait venir en contact avec une espèceZde vapeur bleue étrange que pour la première fois je remarquai émanant de mon corps et lentourant comme un second lui-même. Tandis que je considérai ce curieux phénomène, je me sentis porté à regarder les autres personnes se trou vant dans lappartement et remarquai alors quune auréole semblable au second soi-même lumineux émanait de chaque personne.
La couleur et la densité de chacune variait; une observation attentive de la na ture de ces vapeurs, ou,commejai appris depuis à les appeler, de ces photosphères, menseigna que je pou vais correctement discernerle caractère,les intentions et la vie passée de chaque individu.
' Je me trouvai si profondément absorbé dans lob« servation de ces images, de ces formes, de ces scènes dans les révélations provenant des âmes de ces hommes que joubliai mon intention de memparer de la toque que mon corps portait, jusquau moment où je ma perçus que les émanations du professeur von Marx dunelteinte rose éclatante semblaient pénétrer et sunir intimement avec la vapeur bleue qui émanait de ma propre forme.
J'observai alors un autre phénomène. Lorsque les deux vapeurs ou photosphères se trouvaient intérieurement mélangées, elles aussi devenaient de la force comme mon âme et comme le royaume de lâme dans lequel je me trouvais. Percevoir dans létat où
208 L1MT1ATION je me trouvais amené, cétait voir, entendre, goûter, sentir et comprendre toute chose dune nouvelle ma nière.
Je savais que, en tant que mortel, je ne pouvais me servir de plus dun ou deux à la fois, maisjen tant quâme je pouvais réaliser toutes ces sensations par l'intermédiaire dun seul sens maître: la perception ; aussi que ce sixième sens sublime et exalté me rensei gnait inዾniment mieux que tous les autres sens sépa rément pouvaientle faire.
Subitementun sentiment de triomphe s'empara de moi à l'idée de connaître et de comprendre si supérieurement aux graves et savants professeurs dans la compagnie desquels jétais venu comme un timideet peureux enfant, mais que je regar dais maintenant avec dédain à cause de leur infério rité de leur connaissance par rapport à la mienne et avec pitié, car ils ne pouvaient avoiridéedes fo'hctions nouvelles et des jouissances qu'elles procuraient et que j'éprouvais en tant quâme libérée.
Il se produisit à ce momentune autre révélation que des aventures ultérieures m'ont montrée être profon- dément vraie! Voici: Comme je viens de le dire, je voyais en caractères distincts et vivants écrits sur mes compagnons les événements de leur vie passée et les intentions qui les avaient fait agir.
Aussi clair que le jouril me parut que certaines intentions étaient bonnes et d'autres mauvaises; quune série dactions (celles suggérées par des intentions mauvaises, veux-je dire) produisaient dhorribles diዿbrmités et des apparences repoussantes sur la photosphère, tandis que lautre série d'actions {suggérées parles intentions que je re connaissais de suite comme droites) semblaientd0nner
AU PAYS DES ESPRITS 209 à lauréole de lâme un éclat indicible et jeter un tel halo de beauté rayonnante surtout lêtre quun vieil lard en particulier, qui en tant que mortel était dun aspect singulièrement disgracieux jet ዿétri, brillait en tant quâme dans la lumière de sa noble vie et de ses glorieuses émanations comme un ange parfait.
Je pourrrais maintenant écrire un volume sur les décou vertes intérieures révélées à lœil de lâme et qui sont cachées ou inconnues aux sens corporels. Je ne puis point mappesantir sur elles maintenant, quoique je pense quil serait bien davoir écrit maint livre sur ce sujet pourvu que les hommes voulussent les lire et les croire.
Auquel cas, jen ai la conviction, les êtres humains séloigneraient du crime épouvantés et terri ዾés, voire même abandonneraient leurs mauvaises pensées tant leur hideux se réዿéchit sur lâme, et si tourmentée et souffrante devient la photosphère chargée de mal. Je vis dans la photosphère de certain gentleman daspect distinguéla représentation detobtes sortes de reptiles les plus immondes et les plus dégoû tants.
Ces images semblaient pour ainsi dire se former avec ses émanations vaporeuses, tandis que sur son âme japercevais des plaies et des marques effrayantes qui me convainquirent quil était non seulement un libertin et un sensualiste, mais un homme imbu des passions les plus basses et les plus repoussantes.
Ce que je vis cette nuit-là mépouvanta du crime, me rendit odieuse toute mauvaise pensée, toute mauvaise intention et avec tous mes défauts et les imper fections de ma vie ultérieure, je nai jamais oublié ou nai jamais cessé de régler ma vie selon les terriዾants
210 L'INITIATION avertissements que j'appris alors, Je dois ici déclarer que ce qui ma pris quinze minutes ou plus à écrire se présenta comme un éclair à ma perception presque tout en même temps, etla compréhension de beaucoup plus de détails que je nen ai donnés ne me demanda quun très petit nombre de secondes. \ En ce tempsci où jécris, la clairvoyance, comme on appelle aujourdhui les perceptions de lâme, est de venue une faculté trop commune pour que sa descrip tion détaillée puisse beaucoup intéresser le monde.
Il y a trente ou quarante ans, elle tenait trop du merveilleux pour quon lui accordât de crédit; mais je me demande si ceux qui ont alors approfondi ses pouvoirs :et ses propriétés ne les étudièrent pas avec une appréciation et une intelligence plus profondes quon ne le fait au jourdhui où cette faculté semble être un don que lon ne cultive guère dans un autre but que celui de se créer un moyen dexistence et où trop souvent elle donhe aux charlatans ou aux diseurs de bonne aven ture loccasion de tromper le public.
Mais reprenons mon récit. _ Il ny avait que peu de temps que jétais délivré des attaches de mon corps endormi et de la main ma gique du professeur, quand il se courba au-dessus de ma forme et me dit : « Louis,je veux que vous vous rappeliez tout ce qui se passe dans votre sommeil mesmerique; aussi, je veux que vous nous parliez et nous rapportiez autant quil est en votre pouvoir tout ce que vous voyez et entendez maintenant. En un instant, le désir de mon enfance, le seul après
AU PAYS DES ESPRITS 211 lequel javais tant soupiré durant mes heures de veille, savoir : le désir de contempler ma mère bien-aimée dont javais été séparé ces deux dernières années, me revint.
En même tempsque limage de ma mère se présentait à mon esprit comme un éclair, il me sembla que jétais transporté rapidement à travers une im mense étendue deau en face dune grande cité où lon pouvait discerner détranges constructions et où brillaient, étincelants sous un soleil brûlant, tropiCal, dénormes dômes couverts de brillants métaux.
En traîné à travers lespace, un millier de spectacles nouveaux et étonnantsjétincelèrent un moment devant mes yeux, puis sévanouirent.
Je me trouvais alors debout à lombre dun groupe de palmiers, les yeux ዾxés sur une belle dame étendue sur un lit, abritée sous la large véranda dun bungalow princier, tan dis quune demi-douzained'individus à ዾgure sombre, vêtus de blanc,leurs bras nus et leurs chevilles entou rées de bracelets dor, agitaient dimmenses éventails au-dessus delle et semblaient très occupés à la rafraÎ-» chir.
« Mère, mère », m'écriaije en étendant mes bras vers limage bien connue de lêtre qui métait le plus cher sur la terre.
A mesure queje parlais, je maperçus que ma voix néveillait aucune vibration dans lair qui entourait la couche sur laquelle reposait ma mère Je vis une lueur jouer au-dessus de la tête, lueur qui, chose étrange à dire, avait revêtu mon exacte forme, contour et attitude, avec cette différence seulement qu'elle nétait que mon image en miniature. Tandis que cette ዿamme sautillait audessus de son senso
l 12 LINITIATION rium, ma mère leva les yeux de son livre et, les ዾxant sur le point exact que joccupais dans lespace, mur mura dune voix qui me semblait excessivement loin taine :« Mon Louis, mon pauvre enfant, si éloigné, si abandonné, plùt au ciel que je te visse maintenant. » A ce moment. la volonté de mon magnétiseur sem bla sinterposer entre moi et ma vision inattendue.
Je surpris sa voix, disant dun ton sévère : « Nin tervenez pas, lierr Eschemmayer, je ne veux pas quil voie sa mère, car les nouvelles quil nous apporterait delle ne sauraient nous intéresser. Quelquun répliqua, carie compris que le professeur écoutait, quoique, pour une cause qui métait alors inconnue, je ne puisse entendre aucune autre voix que la sienne.
Il parla de nouveau et dit : « Je veux quil visite notre société à Hambourg et nous apporte des renseignements sur ce quils font là. » A mesure . que ces mots étaient prononcés, je vis, pendant une ,brève seconde, la forme de ma mère, la couche sur laquelle elle était étendue, la véranda, le bungalow, et tous les objets qui lentouraient, se renverser comme des formes que lon verrait dans un miroir re tourné, puis la scène tout entière changea.
Des villes, des villages, des routes, des montagnes, des vallées, des mers déዾlèrent devant mon regard amoncelant leurs représentations en un rapide moment et termi nant leur déዾlé panoramique par la vue dune vaste chambre splendidement meublée assez semblable à celle dans laquelle javais pénétré avec le professeur. Je compris que jétais à Hambourg dans la maison du baron vou S... et que ce personnage avec une
AU PAYS DES ESPRITS 213 société dautres gentlemen se trouvaient assis au tour dune table sur laquelle se trouvaient des coupes à boire pleines chacune dun liquide chaud couleur de rubis, doù sexhalait une odeur dhuile parfumée.
Plusieurs globes de cristal se trouvaient sur la table, aussi quelques plaques à surface noire, brillante, avec un certain nombre de livres ouverts, les uns imprimés, les autres manuscrits et dautres encore dont les pages étaient couvertes de caractères de forme antique brillamment éclairés.
A mesure que jentrais ou plutôt quil me semblait être porté dans cet appartement, une voix sexclama : « Un message de Herr von Marx est ici, une âme volante qui portera la parole promise ànotre cercle de B... » « Interrogezla, répondit une autre voix, quel mes sage apporte-t-clle ? » ' « Cest une recrue nouvelle, non initiée dans les sciences sublimes, réponditle premier qui avait parlé, et lon ne saurait compter sur elle. » « Laissez-moi lui parler, » interrompit une voix dun ton et dun accent singulièrement doux; là-dessus je me sentis capable de ዾxer mon sens perceptif si clai rement sur le dernier interlocuteur que je saiSis par faitement qui et ce quil était et où il se trouvait.
Je remarquai quil se tenait immédiatement au-dessous dun large miroir suspendu contre la muraille, miroir monté dans un cadre circulaire couvert de caractères étranges-et daspect cabalistique. Un rideau de velours noir se trouvait pendant de chaque côté du miroir, dans la ou sur la surface noire et merveilleu5ement polie duquel je vis la forme miniature dun être vêtu
214 L'INITIATION dhabits étoilés avec une couronne brillante sur la tête, de longues tresses de cheveux dor, étincelants comme des rayons de soleil, ዿottant sur ses épaules et un visage dune incomparable douceur tel que mes yeux nen avaient jamais vu ou nen virent jamais depuis. Je ne saurais dire si cette créature ou cette image voulait représenter un mâle ou une femelle.
Je ne savais pas alors, et ne saurais même aujourdhui, dire si cétait un être animé ou inanimé Il me semblait être vivant et ses lèvres superbes se mouvaient à mesure quil parlait, tandis que ses yeux tristes, luisant dune lumière étrange, se ዾxaient sur moi avec une expression de pitié.
Plusieurs voix au ton semblable au ton de voix de petits enfants sécrièrentdun accent clair et comme en choeur : « LAnge couronné parle, écoutez. » Les lèvres de limage présente dans le miroir semblèrent alors se mouvoir.
Un long rayon de lumière sétendit de ses lèvres jusquau beau jeune homme à lair noble, de dix-huit, ans environ, qui se tenait au-dessous du mi roir et quiprononça ces mots de la même voix que j'avais entendue la dernière : « Dites à Félix von Marx que lui et ses compagnons. se livrent à des recherches vaines. lls dépensent leur temps en inutiles efforts pourla conዾrmation dun mythe, ils ne récolteront que les fruits amers du désap pointement et du ridicule.
Lâme de lhomme est un composé de la vie essentielle des esprits élémentaires et, comme les créateurs et auteurs de son être. ne peut conserver une vie individualisée quautant que le véh i cule de lâme persiste et garde son intégrité. Si les
AU PAYS mas ESPRITS 215 esprits des éléments, les astres et les mondes nont pu, durant des âges sans nombre, découvrir le secret de lêtre éternel, comment un simple composé vapo reux, fait de leur essence exhalée telle que lâme de lhomme, pourrait-il atteindre le but qui leura été refusé P Éloignezvous, présomptueux! La vie nest quune condition transitoire de combinaisons, la mort nest quun état ዾnal de dissolution.
Lêtre nest quune éternelle alternative entre ces changements, et lindi vidualité nest le privilège de lâme quune fois seule ment dans léternité.
Regardez mon compagnon ter restre et dépeignez-le de façon que les maîtres qui vous ont envoyé sachent que lange couronné a parlé. » Comme il lavait ordonné, je regardai et remarquai que le jeune homme qui parlait ou semblait parler en harmonie rythmique avec limage du miroir portait un fantastique habit de mascarade différent de ceux de toutes les autres personnes présentes.
Lui de son côté semblait mû par le désir de rendre ma présence sensible à ceux qui lentouraient comme elle létait à lui-même. Jobservai alors que ses yeux se ዾxaient intelligemment sur les miens comme silme voyait et me reconnaissait; tandis que les regards des autres personnes présentes rencontraient les miens comme sils eussent regardé dans le vide. Ils ne pouvaient pas me voir.
« Ame volante»,sécria le jeune homme sadressant à moidune voix de commandement,« ne pouvez-vous nous donner le signal ordinaire ? » Instantanément je remarquai que dobscures vagues formes, semblables à desimàges photographiques à demi effacées, étaient
2 I 6 LINITIATION ዾxées dans lair et dans lappartement? Je vis que cétaient des formes composées de lessence dâme, qui, comme la mienne, avaient visité cette chambre et, comme la mienne, avaient laissé leurtrace derrière elles.
Daprès les apparencesquelles présentaient ainsi , je compris cependant la nature des signaux quils avaient donnés et.ce que lon demandait maintenant de moi. lnstinctivementjeus la volonté _de faire passer au jeune homme un long soufዿe ou essence de vie émanant de moi, en même temps que je remarquai que sa photosphère était de la même teinte rosée que celle du professeur von Marx.
Je vis la vapeur bleue provenant de ma forme sexhaler comme un nuage sous leffort de mavolonté, se mêler à sa photosphère et se précipiter vers les extrémités de ses doigts, vers ses pieds, ses cheveux, sa barbe et ses cils.
Il mit sa main sur un petit trépied de différentes espèces de métaux placé près de lui, et,sous la direction de ma volonté, cinq ondées de lessence de vie furent déchargées de ses doigts, résonnant comme de claires et distinctes détonations à travers lappartement.
Toute lassistance tressaillit et une voix remarqua : « Le messager a été ici ! » « Et est parti, » ajouta le jeune homme, tandIs que brusquement je tombai dans linconscience parfaite.
AU PAYS DES ESPRITS 217 CHAPITRE II « Loriginal de toute chose est une chose. La création est un tout. Les différences quun 'mortel voit ne sont différences quà lesprit ዾni. » Fesrus.
A mesure que je me rappelle les aventures singu lières qui marquèrent ma première jeunesse, il me semble à moi homme ayant atteint le méridien de la vie que ce nest quhier que jétais le jeune garçon de douze printemps que conduisait à la maison la main du professeur von Marx dans la nuit mémorable où pour la première fois je compris les merveilles de linዿuence magnétique et de la lucidité somnambu lique que je viens de détailler dans lexpérience du chapitre précédent.
De semblables expériences furent constamment répétées durant une période de six années pleines. Aussi ne me proposéje pas de les récapituler seriatim, mais mefforceraije doccuper le temps de mon lecteur avec plus de proዾt, en lui présentantle résumé des révélations que ces six années de pratiques occultes me découvrirent.
La nuit même où se ዾt ce que je puis appeler mon initiation dans la société à laquelléappartenait le professeur von Marx, ce gentleman minforma, tandis que nous retournions à nos logis, que létat dincons cience dans lequel jétais tombé après ma visite spiri tuelle à Hambqurg étaitdû au manque de force néces I.à_\,._a\.az_ m
218 LINITIATION saire pour soutenir mon système, vers la fin de la séance.
Il ajouta que, à mesure que je deviendrais plus fort et plus accoutumé au contrôle magnétique, je pour rais jouir du privilège de conserver le souvenir de ce qui sétait passé ;et quau cas où cette force me man querait. ce qui pouvait arriver, il me rafraîchirait la mémoire en me relisant les memoranda quil gardait de chaque séance et qui constituait une mine de ren seignements qu'il avait lintention de transcrire et de corriger en ma présence.
En exécution de cette promesse, le professeur dépe nsa quelques heures chaque semaine avec moi. Il me par mit de lui poser nimporte quelle question se présen tant à mon esprit, et comme il semblait prendre un plaisir singulier à expliquer la philosophie se rattachant aux faits quil rapportait, je me trouvai bientôt en possession des opinions entretenues par la société avec laquelle je me trouvais associé contre mon gré.
Le professeur von Marx nétait pas seulement un membre de cette société qua décrite sir Jung Stilling dans ses visions, mais il appartenait aussi à plusieurs autres, toutes plus ou moins adonnées aux pratiques du magnétisme animal et minéral.
Lassociation particulière dans laquelle je fus tout dabord intro duit constituait la branche allemande dun ordre secret très ancien dont pas plus moi quaucun être humain na lautorisation de mentionner le nom et les traits distinctifs, voire même de lindiquer plus explicitement que je ne le fais dans les pages sui vantes : ' -,......»,l,,_, . ._,.. v- ._}_ ,_ , .,v, . ._ ,- _// -.Wæዿw ____,__.p T .WM.M_ __..«.
AU PAYS DES ESPRITS 219 Plusieurs savants,ainsi que de laborieux étudiants des mystères les plus profonds de la vie, avaienttrans mis de génération en génération le résultat de leurs investigations et les opinions quils avaient déduites de leurs expériences.
Cette société,que jappellerai, pour la distinguer, «la Fraternité berlinoise »,touten conservant le fruit des expériences de leurs prédéces seurs, en était arrivée à adopter les éléments suivants de philosophie: ils croyaient que tout fragment de matière dans lunivers représentait un atome con respondant dexistence spirituelle; que ce royaume dêtre spirituel était lessence, la force et la subs tance réelle de lêtre matériel; mais que tous deux devaient inévitablement se dissoudre ensemble, se résolvant tous deux de nouveau dans leurs parties composantes lors du changement chimique appelé mort.
Ils reconnaissaient que le royaume delêtre spirituel étaitordinairement invisible àlêtre matériel, quon ne le connaissait que par ses effets,attendu qu'il est le principe actif auquel est soumise la matière; mais des expériences répétées leur avaient fait découvrir que les formes spirituelles ne pouvaient devenir visibles à lœil matérielque dans certaines conditions dont la plus favorable était le somnambulisme que lon obtient dans le sommeil magnétique.
Cet état, avait-il trouvé, pouvait être amené par des drogues, des vapeurs et des essences aromatiques; dautre part, par des charmes tels que la musrque, le fait de regarder attentivement dans des cristaux, les yeux des serpents, dans de leau courante ou dans toute Ièäiæ"îs;ૺç}WMW WૺM\W{_ÎW
220 LINITIATION autre substance brillante. Parfois cet état peut être causé par la griseric qu'anime la danse, le fait de tourner en rond ou des bruits assourdissants ; mais la méthode la meilleure et la plus efficace délever lesprit à ce monde supérieur et de plonger le corps dans le sommeil était, comme ils lavaient prouvé, dutiliser le magnétisme animal.
Ils enseignaient dans les royaumes de lexistence spirituelle quil exis ,tait des êtres qui composaient les parties fragmen taires et non organisées delhumanité, aussi bien que des êtres dordre supérieur à cette humanité.
Cest ainsi que, de même que lhomme est composé de substances terrestres, de tissus végétaux, déléments minéraux, atmosphériques et aqueux, de même tous ces êtres avaientdesroyaumcs dexistences spirituelles parfaitement en harmonie avec leurs qualités et leurs fonctions particulières.
Doù ils alléguaient quil y avait des esprits terrestres; des esprits de londe, du feu, de lair ; des esprits d'animaux divers; des esprits de la vie végétale dans toutes ses variétés; des esprits de latmosphère, et des esprits planétaires sans limite et sans nombre. Les esprits des planètes et des mondes plus élevés que la terre prenaient rang bien avant ceux qui habitent celle-ci ou son intérieur.
Ces esprits étaient plus puissants, plus sages, plus clairvoyants que les esprits terrestres; leur terme dexistence sétendait aussi plus loin comme durée ; mais pas plus aux uns quaux autres la fraternité nat tribuait le privilège delimmortalité, et cela encore bien moins à lessence fuyante et complexe qui formait le principe vitalde lhomme. Supposons cependant que, »»,-o-v- ,;;-z;-- «mmWyrrçrprዿm r-æ-,9--.- " N""ૺ"_"îૺ"ዾf"
AU PAYS DES ESPRITS 221 ..-«*n..>' de même que lâme de lhomme était composée de tous les éléments qui entraient dans la composition de son corps, de même son esprit était en somme trop supé rieur aux esprits de la terre, de leau, des plantes, des minéraux, etc., pour entrer en communion avec eux, était considéré par la Fraternité comme une vue légitime et nécessaire pour ceux qui voulaient pré tendre à une pleine compréhension des départements spéciaux de la nature dans lesquels se trouvaient ces existences embryonnaires.Cest ainsi quils évoquaient leur présence au moyen de rites magiques et cher chaient à les dominer dans le but de leur arracher la compréhension parfaite des secrets de la nature et le pouvoirde leur commander.Tandisque,par descon versations répétées avec mesînouvelles connaissances, je trouvais que chacun deux niait énergiquement la continuation de lexistence de lâme après la mort, ils croyaient encore que lessence de lâme safዾnait en entrant dans des'formes organiques et ainsi que nos essences, mais non pas nos individualités, étaient absorbées par des organismes plus élevés que celuide lhommeet formaient en dernier ressort des portions de cette race dêtres élevés qui présidaient au destin des nations et communiquaient de temps en temps avec lâme delhomme en tant quesprits planétaires.
Ils ehseignaient que les esprits élémentaires,de même que lessence de lâme chez lhomme, disparaissaient par laction de la mort, mais, de même que cette es sence de lâme, ils pouvaient progresser en atteignant à lexistence dont certaines formes étaient plus tard. absorbées par des organismes plus élevés et ዾnale ૺ_-u1VMwmsu- w\
2 2 2 L'1NlT1ATION ment contribuaient à constituer lesprit de lhomme. Étrange et même fantastique comme la croyance ci-dessus exposée peut apparaître aux sceptiques, aux matérialistes ou aux spiritualistes, permettez-moi dassurer toutes ces différentes classes de penseurs que ces vues sont bien plus généralement acceptées que les simples faits de lhistoire ou de la biographie namèncraient lhumanité à croire.
Jai conversé avec les esprits les plus élevés des écoles allemandes dans beaucoup de sphères de la pensée et les ai trouvés incapables de combattre les faits que javais à leur montrer, je les ai forcés à ad mettre la plausibilité de ma théorie en tant quex plication de maints problèmes qui autrement reste raient insolubles dans la nature.
La Société à laquelle je fus présenté par le professeur von Marx nétait pas la seule qui entretenait ces vues.
En Arabie, dans llnde, lAsie Mineure. la Hongrie, la Bohème, lIta lie, la France, la Suède,la Grande-Bretague, la Kaby lie existent des sociétés secrètes où ces croyances sont acceptées et quelques-unes des expériences que je vais raconter se sont produites dans la grande Babylone du matérialisme, durant une visite que je ዾs avec le professeur von Marx en Angleterre.
Le professeur était extrêmement généreux et dis tribuait dune main prodigue les moyens quil possé dait en abondance. Causant un jour avec moi au su jet de ses dépenses exagérées, il ዾt insouciamment cette remarque : « Il y a dans mon organisme cette qualité minérale, mon cher Louis, qui attire à moi et soumet facile. _ ..t&_,;;'r<MૻËlfww.fn:ዿLäዿîÿ*äwዾwዿw ôlmn.{_ . ' __,_.\_\_\Æ mw/ 7 7_ .___,_., _____8 V _
AU PAYS DES ESPRITS v 223 ment à mon contrôle les esprits élémentaires qui gouvernent les royaumes minéraux. Ne vous ai-je pas informé de la façon invariable avec laquelle je puis juger de la qualité de,mines,quelque distantes soient elles ?
Ne vous ai-je pas dit combien souvent il mest arrivé, comme par hasard, de tomber sur des trésors cachés, et avec quel bonheur constant mes place ments et mes spéculations ont abouti à des succès ዾnanciers P Louis, jattire largent parce que jattire les éléments minéraux et les esprits qui règnent dans ce royaume de la nature.
Je ne cherche ni nambitionne la richesse; jaime les pierres précieuses pour leur beauté et leurs vertus magnétiques, mais largent pour sa pure possession, je le méprise.
Fussé-je aussi mercenaire de caractère que je suis puissant quant aux moyens damasser des richesses, je pourrais être plus riche que Crésus et commander une bourse plus longue que celle de Fortunatus. -Nest-ce pas étrange, maître, répliquai-je, que la caractéristique de votre nature physique, savoir, le' pouvoir dattirer les richesses comme vousle dites, nait pas trouvé un désir correspondant dans votre âme ? Pas du tout, mon Louis; au contraire, la nature est purement harmonieuse, étant toujours en équilibre dans tous ses efforts.
Navezvous pas remarqué com bien souvent la possession dun don spécial est accom pagnée par une indifférence à sa possession ? Les grands chanteurs, les grands musiciens et même les poètes, les peintres, les sculpteurs estiment __v_, . .. .«._._.:.,__ዿ-m...Whwx w-.\-- a...... \. s»..,_»_:..\_a.\:-a NM
2 24 L'INITIATION 'LSEPIEMBRE rarement leurs dons au même point que le monde qui en jouit. Ils sont toujours mécontents deux mèmes et, à moins que le monde ne les loue, ne les applaudisse et les récompense, ils ne trouvent que peu ou pas de récompense intérieure du fait du pur exercice deleur faculté, et ainsi en vat-il de tous les dons de la nature.
Une grande force phy sique accompagne rarement une grande vigueur didée ou la profondeur de lintelligence; le muscle et le cerveau font rarement bonne compagnie; de même les ዿuides magnétiques qui. attirent vers mon être physique les trésors métalliques de la terre ne trouvent pas de correspondancedans les attractions magnétiques de mon esprit, tandis que,'si jétais constitué de telle façon que la force qui attire vers moi le service des esprits des métaux me manquait, mon âme sen aper cevrait et soupirerait après lasatisfaction de ce besoin en un constant désir dargent et de trésors. » Et cest pour cela, comme je le croyais alors; que le professeur von Marx était riche, mais ne se sou ciait ni ne faisait cas de ses richesses, alors que tant de millions dindividus, qui ne possèdent pas dans leur organisme cette qualité minérale particulière q ui, selon l'enseignement de la Fraternité, était nécessaire pour attirer les richesses, soupirent après leur posses sion et cependant passent vainement leur vie à leur recherche.
Il devient nécessaire, pour le bénéfice des quelques étudiants en mystères psychologiques qui peuvent lire ces pages, que je développe ici aussi brièvement que possible, les particularités de mon association
1899] AU PAYS DES ESPRITS 225 avec la Fraternité de Berlin qui les attirèrent à moi.
Ils croyaient, et à juste titre, que lessence spiri tuelle de lhomme appelée âme est susceptible de jouer un rôle indépendant jusquà un certain point du corps; que, quand le corps est hypnotisé ou se maintient en repos parfait sous laction du sommeil mesmérique, lespritlibéré de son contrôle acquiert des fonctions dordre supérieur parmi lesquelles le pou voir de traverser lespace et de regarder les objets à travers la lucidité de la lumière spirituelle.
Le pro fesseur von Marx avait, grâce à certains signes lami liers aux magnétiseurs habiles, découvert que jétais un sujet pour des expériences magnétiques. Ma puissance en tant que clairvoyant excéda celle quil avait anticipée; aussi mes servicesà la Fraternité furent«ils hautement appréciés.
Depuis que les pra tiques de Mesmer leur étaient familières, ils avaient toujours pris plaisir à les étudier en support de leur théorie favorite qui était que lessence de lâme de lhomme pouvaitapparaitre faire des signes, des bruits, des remuements en des endroits distants du corps; quà certains moments, lorsque ces essences dâmes disparaissaientsoudainementcommeparlaction dune mort violente, elles sattachaient à des choses et à des places terrestres et pendant un temps pouvaient con server une sorte dexistence vague, obscure, qui ዾna lement sévanouissait, dissipée dans lespace pour être retirées du grand réservoir des essences spirituelles et infusées dans dautres âmes.
Maintenant les membres de la Fraternité insistaient sur cette opinion que ces essences dâmes quils appelaient le double et plus 8
226 L'INITIATION fréquemment l'esprit atmosphérique, apparaissant occasionnellement à la fois avant et après la mort dindividus, expliquaient cette vaste question des spectres, des fantômes, des apparitions, des lieux hantés, et du surnaturel en général.
Le fait que lesprit atmosphérique languissait sou vent autour de la terre après la mort du corps pou vait être vu, entendu et senti, ne pouvait prévaloir contre leur théorie que limmortalité était une ዾction et que lâme mourait avec le corps.
« Cétait pure ment lesprit atmosphérique, un vague reste de lâme, disaient-ils, qui sest jamais vu ou manifesté dans le royaume des esprits ; et ceci nétait pas une existence permanente, intelligente, mais simplement une reli que temporaire de lorganisme détruit comme le par fum qui persiste un moment là où était la ዿeur. » Au moyen dexpériences répétées et patientes avec leurs sujets magnétiques, ils avaient trouvé quils pouvaient envoyer le double ou esprit atmosphérique très loin dans le sommeil somnambulique et que celuici pouvait être vu, entendu et senti précisément de la même manière que les spectres que l'on prétend sêtre manifestés dans les contes de surnaturel.
Un certain jour, la compagnie mayant plongé dans un sommeil profond à laide du magnétisme vital et des vapeurs de gaz oxyde dazote, ils ordonnèrent à mon esprit atmosphérique daller en compagnie de deux autres sujets lucides à un certain château en Bohème, où résidaient de leurs amis, et une fois là de faire du tapage en jetant des pierres, en soulevant des corps lourds, en poussant des cris, des gémissements. il
AU PAYS DES ESPRITS 227 'ou en frappant lourdement des pieds, etc., etc. Je déclare ici énergiquement, et sur lhonneur de quel quun entièrement dévoué aux intérêts de la vérité, que ce tapage fut fait et fait par mon esprit et ceux de deux autres êtres encore vivants, unejeune ዾlle et un garçon sujets de la société; et quoique nous, en tant quindividus, nous ne nous rappelions rien de tout ce que nous avions fait, nous fûmes peu après mis en présence-dun long et surprenant récit de journal sur les hantises du château du baron von L... dont nous étions les auteurs. Dans un ouvrage consacré a la relation de récits occultes que jai dans ma bibliothèque en ce moment, jai trouvé une narration des manifestations, comme on les appelait, qui se produisirent a trois occasions différentes en un certain château en Bohème.
Lécri vain attribue ce tapage àdes esprits désincarnés. mais, dans le cas particulier en question, jinsiste à dire que les esprits atmosphériques de la Fraternité de Berlin étaient les auteurs des faits rapportés. Lesexpériences de ces graves gentlemen nétaient poursuivies ni dans un but damusement, ni pour mal faire, 'mais seulement en vue den tirer le ralzonalz dune science psychologique.
Je dois confesser quils poursuivaient . leurs expériences sans remords et sans considération pour les sentiments des autres; et comme nous étions tous tenus au secret parles serments les plus solennels, il ny avait que peu ou pas de chance quune solution à nimporte quel des mystères survenu dans notre cercle pût séchapper de son enceinte charmée. Jécris \ aujourdhui a une période de près dun demisiècle
2 2 8 LINITIATION ' smw aprèsles événements suivants: il ny aura donc aucune inconvenance à ce que je rappelle,à quelques per sonnes ayant pu garder souvenir de lévénement, le scandale qui survint il y a cinquante ans environ dans une ville de Russie, scandale concernant un gentilhomme très adonné à létude des arts occultes, qui fut accusé davoir mis à mort unejeune paysanne quil avait pendantquelques mois soumise à ses expé riences magiques et dans le but de savoir si son esprit atmosphérique violemment rejeté du corps dans la vigueur de sa vitalité ne pouvait pas voltiger sur la scène de la mort et faire des manifestations percep tibles aux sens de la vue et de louïe.
La rumeur popu laire concernant ce sacrifice barbare était que le gen tilhomme en question avait séduit la malheureuse paysanne et, après avoir mis en péril son âme immor telle par ses arts magiques, avait sans pitié détruit son corps de peur quelle ne le trahit. ' Il était certain que le gentilhomme en question avait été accusé de meurtre, jugé et acquitté comme il est à supposer que tout autre puissant gentilhomme à sa place aurait été.
Cependant les résultats étaient que détranges et horribles bruits se produisaient dans son château. Les domestiques épouvantés allégùaient que lesprit de la victime avait pris possession de la demeure de son meurtrier et que chaque nuit ses cris ' sauvages et sa forme ensanglantée fuyant à travers les galeries et les corridors « rendaient la nuit hideuse » d'épouvante, et empêchaient de dormir les paysans des alentours. La rumeur ajoutait que le fantôme, spectre ou « espritatmosphérique», quoi quil pût être,
AU PAYS DES ESPRITS 229 navait point disparu pendant des années, et que ladepte qui avait eu recours à daussi terribles » méthodes pour satisfaire sa soif insatiable de connais sances occultes avait payé un châtiment terrible pour ce quil avait cherché. Torturé par lhorrible fantôme quil avait évoqué, son esprit succomba et il devint une simple épave.
A lépoque où commencèrent nos expériences avec la Fraternité, cet homme, qui avait été autrefois un membre honoré de leur société, 'était enfermé comme un fou incurable, tandis que son château et ses terres étaient abandonnés par son héritier à la possession du terrible fantôme et de les prit destructeur de la négligence et de la dilapidation.
Ce fut sur lordre de mes collègues quune nuit, pendant le sommeil magnétique, je visitai la cellule du fou et, me trouvant chargé de par le pouvoir des membres de leur force magnétique combinée, je la projetai sur le maniaque, et par ce moyen, tandis que son corps souffrant dormait tranquillement, je pus retourner à notre « sanctuaire » avec son esprit ; et des rapports des actes de cette nuit jextrais les minutes suivantes de ce qui se passa.
Jappellerai « grand maître » celui dont il ne mest pas permis de nommer 'les fonctions sur mon honneur et qui ques tionna ainsi lâme volante du maniaque comme en ces occasions nous lappelions toujours ainsi : Le grand maître. Avez-vous tué le corps de A. M... ? répondez la vérité. Lâme volante. Oui. G. M. »Dans quel but et comment? A. V. Dans le but de massurer si lesprit atmos
230 LINITIATION phérique plein de vie pouvait rester avec moi. Je la tuai dun coup soudain de façon à laisser échapper toute la vie à la fois, et au moyen de passes mesmé riques jextrayais son esprit de la forme morte. C. M. -Vites-vous cet esprit passer ? A. V. Oui. G. M. Quelle était son apparence P A. V. Exactement semblable au corps. Il avait seulement revêtu un aspect dhomme et de supplica tion terrible à voir. G.
M. Est-ce que cet esprit resta avec vous et combien de temps ? Vous obéit-il? Agissait-il intelli gemment ou agissaitil dune façon purement auto matique ? A. V. Mortels, SACHEZ QUIL NY A PAS DE MORT! Je ne tuai pas A. M. Je ne ዾs que détruire le temple dans lequel son âme résidait. Cette âme est immor telle et ne peut mourir.
Je maperçus de cela au moment même qui suivit celui où elle abandonna son corps, car elle me regarda, me parla et me ዾt des reproches. 0 Dieu du ciel, saints et anges, ayez pitié de moi ! Cette âme me parla aussi intelligemment, mais avec une puissance inዾniment plus grande que si elle avait été terrestre. Elle nétait pas morte.
Elle ne poue vait pas mourir; elle ne mourra jamais, et cest ce quelle me dit sur-le-champ; mais ah l misère de moi ! comme je tombai épouvanté et frappé d'une horreur indicible dans un évanouissement profond à mesure que lesprit sapprochait de moi, jentrai dans le pays des âmes Immortelles. Là je vis maintes personnes que javais cru mortes, mais qui étaient toutes encore
AU PAYS DES ESPRITS 231 vivantes. Là aussi je vis lâme encore vivante et res plendissante de gloire de mon ancien pasteur Michael H...
Dune voix sévère mais pitoyable il me dit que javais commis un grand et irréparable crime; que tout crime était impardonnable et pouvait seule ment être effacé par expiation personnelle et non par une expiation substituée comme il lavait faussement enseigné, tandis quil était sur la terre; que mon seul moyen dexpiation était de souffrir et de souffrir à propos et en rapport avec mon horrible crime; que, attendu que la pauvre victime, dont la vie terrestre avait été interrompue par mon acte, aurait à passer le terme de cette vie dans une sphère terrestre, son magnétisme réellement attiré, comme je le pensai, à lendroit où sa vie avait été prise, continuerait à me hanter et à répéter en vision la dernière et affreuse scène du meurtre jusquà ce que lessence de sa vie sévanouisse, jusquà ce que son esprit devienne libre de quitter la terre, et de sélever comme il le voulait à des sphères plus hautes.
Dautres fois mon sévère interlocuteur minforma que je verrais lâme réelle vivante de ma victime, et qualors ce serait sous la forme dun ange pitoyable cherchant à me secourir; mais quencore plus souvent je verrais seulement le « spectre » et que celui-ci mapparaîtrait comme au moment de la mort sous une forme vengeresse, en partie émané de ma propre mémoire, en partie émané de laura magnétique de ma victime et rappelant tou jours la forme et les circonstances de mon épouvan table crime. Mortels, jaurais beaucoup plusà vous dire des royaumes terriዾants qui sont au delà de la
2 3 2 LINITIATION tombe et du lien solennel qui relie la vie à la mort! mais je nose pas parler davantage. Les êtres mortels apprendront bientôt cela par eux-mêmes; car les âmes des immortels se préparent à établir un pont sur le golfe de la mort et les hommes et les esprits le tra verseront et le retraverseront encore.
En attendant, vous êtes des aveugles conduisant des aveugles ; vous vous décevez vousmêmes avec une vaine philosophie et vous décevez tous ceux auxquels vous lenseignez. Il ny a pas de mort! Il faut que je parte. Écoutez, on mappelle!
Les lignes qui suivent à propos de cette étrange ré vélation de l'âme volante du maniaque ajoutent : « Il semblerait que le corps eût été troublé dans son somnambulisme et lâme rappelée; mais nous naurions rien gagné à prolonger cette entrevue, car évidemment cette âme dans ses intervalles lucides était retournée à lancienne et fausse philosophie dans laquelle son enfance avait été élevée, savoir la croyance mythique dans son immortalité.
« Les esprits des fous peuvent être évoqués et tou jours pàrlent et pensent rationnellement lorsquils sont libérés de leur corps déséquilibré; mais nous notons que très communément ils retournent aux périodes rudimentaires de leur existence et générale ment insistent sur le mythe populaire de limmorta lité. « Peutêtre sont-ils en rapport avec les opinions prédominantes des hommes et sontils persuadés de 1 répéter des idées admises. Il ny a rien cependant à gagner à de telles expériences. » .__V_ A
AU PAYS DES ESPRYÏS 233 CHAPITRE III CONSTANCE Dans les bâtiments du collège occupés par les pro fesseurs et les employés attachés à luniversité dont jétaisdevenu un étudiant, résidait un professeur de mathématiques que je désignerai sous lehom de pro fesseur Muller. Ce gentleman occupait un rang dis tingué dans la science et se trouvait aussi membre de la société secrète dont moi-même et le professeur von Marx faisions partie.
Cétait un homme sournois, froid, antipathique et, quoique estimé pour sa valeur scientiዾque et considéré par notre société comme un opérateur mesmérique puissant, il était généralement détesté et était particulièrement un objet de répulsion pour les « sensitifs» quil magnétisait quelquefois.
Le professeur von Marx mavait toujours soigneuse ment isolé de toute inዿuence magnétiqUe autre que la sienne, et quoique par suite je neusse jamais à me soumettre au contrôle de Herz Muller, sa présence même métait si antipathique quon avait remarqué que ma lucidité était profondément troublée lorsquil se trouvait dans le voisinage.
Cependant il nassis tait pas souvent aux séances dans lesquelles jétais engagé; quoiquil appartînt à notre groupe aussi bien quà dautres où je nétais pas admis. Le principal in térêt du professeur Muller à mes yeux était sa parenté à une charmante jeune femme plus âgée que moi de quelques années, mais pour laquelle je nourrissais un
2 34 LINITIATJON sentiment que je puis seulement assimiler aujourdhui à ladoration dun humble ዾdèle pour son saint; et vraiment Constance Muller était digne de trôner dans nimporte quel cœur comme son ange tutélaire.
Elle était belle, blonde et semblait aussi fragile quun lis; douce, timide et eዾarouchée comme un paon : et quoiquelle résidât avec son austère et rébarbatif oncle dans les bâtiments du collège et quelle remplit pour lui les fonctions de femme de ménage, peu parmi les autres résidents lavaient jamais vue, excepté en de furtifs et rapides moments, et aucun des mem bres.de luniversité, excepté un, n'avait joui du privi lège dentretenir des relations personnelles directe ment avec elle.
Cet être unique et si hautement favorisé était moi-même.
Javais fait la connaissance de cette charmante de moiselle en plusieurs fois, alors que jétais envoyé de la part de mon ami Herz von Marx pour porter des messages à son oncle; pensant, je présume, que mes jeunes années mettraient nosrelations à labri de toute possibilité de scandales ou de bavardages, la belle et solitaire petite fée avait daigné maccorder quelque légère attention, ce qui ዾnalement amena entre nous une chaude amitié à la fois sincère et agréable. Constance Muller était une orpheline pauvre et ne dépendait que de son unique parent Herz Muller.
Jeune comme elle était,je sentais linjustice non moins que linconvenance quil y avait pour une jeune de moiselle si délicatement élevée, douée dinstincts sen sitifs aussi ዾns, à être amenée dans un tel milieu et
AU PAYS DES ESPRITS 233 assujettie à une vie comme celle quelle menait dans luniversité. Elle ne se plaignait pas cependant, elle mavait simplement appris que, par la mort de son père, un pauvre professeur de langues, elle en était venue à compter uniquement sur son oncle; elle espérait, un jour venant, lamener à laider à séta blir comme professeur de musique.
Aussi lui était elle trop reconnaissante de sa protection temporaire pour insister à ce quil lui choisit une autre vie; elle voulait attendre quil fût disposé à favoriser ses - désirs. Quant à moi, jécoutais ses remarques sur ce chapitre avec détranges pressentiments.
Ma convic tion secrète était que laustère étudiant de choses occultes avait amené cette belle jeune créature dans le collège poussé par des motifs ultérieurs dont sa dévo tion aux études magiques formait lidée dirigeante.
Je puis ici, aussi bien quà nimporte quelle partie de mon récit, déclarer que, quoique profondément inté ressé, je dirai même réellement épris des recherches vers lesquelles mes facultés de clairvoyance mavaient poussé, je navais jamais, dès leur commencement même, eu la satisfaction de me persuader que ces études étaient légitimes ou salutaires aux esprits qui sy engageaient.
Javais la foi la plus aveugle dans lintégrité et la sagesse du professeur von Marx aussi bien quune conዾance entière dans son affection et les soins paternels quil prenait de moi; mais là sar rêtait ma conዾance à nimporte lequel de mes asso clés. Quoi quil en soit,ils me semblaient tous être des hommes sans âme. Cétaient tous des chercheurs dé«
236 L'INITIATION scspérés, déterminés du côté des royaumes de lêtre avec lesquels la terre navait pas de sympathie et qui, en conséquence, avaient détruit en eux-mêmes tout sentiment humain ou toute émotion humaine. Pas un seul dont je me rappelle ne manifesta jamais des sentiments affectueux ou sembla se plaire aux relations de société.
Cétaient des hommes d'esprit profond, philosophique, isolés du reste du monde, poursuivant par pure nécessité, ou comme un man teau jeté sur les secrets effrayants de leur existence, des études scientiዾques, et cependant, dans le tréfonds de leur nature, ils étaient perdus à la terre et aux dou ceurs humaines; vivant parmi les hommes, mais ne participant pas plus à leurs vices quà leurs vertus.
Dans leur compagnie,je me sentais abandonné, seul de mon espèce. Lié, enchaîné comme un Prométhéc aux royaumes des existences mystérieuses que ces hommes avaient soumis à leur service, je mimagi nais souvent être une âme condamnée, arrachée à jamais au commerce tendre et conዾant, aux tendresses et à la vie conዾante des mortels et plongée dans un océan de terreur et de mysticisme doù nul ne pouvait me secourir. .
Si la connaissance que javais payée si cher était vraiment la réalité, il y avait des fois oùje pensais quil nétait ni bon, ni légal pour l'homme de la pos séder. Jenviais souvent linconscience paisible du monde extérieur et serais volontiers retourné à la simple foi de mon enfance pour clore alors mes yeux dans le sommeil éternel plutôt que de méveiller pour re
AU PAYS DES ESPRITS 237 trouver. cette inquiétude terrible qui me possédait depuis que javais dépassé les limites sûres du visible et que j'étais entré dans les espaces illimités de l'in visible.
Et maintenant, Dieu me garde, Constance, la belle, la douce, l'aዿectueuse orpheline, Constance qui sou pirait tant après de laffection que dans son isolement elle était satisfaite de sattacher à un jeune garçon comme moi, Constance était destinée à devenir leur victime.
On devait lamener vers ces royaumes froids, qui nont rien de terrestre, des existences des esprits à moitié formés ', elle devait perdre tous ses précieux attributs féminins, et de ses regards ዾxes, .sauvages' percer l'invisible, se ዾxer loin des visages des mor tels ses semblables pour contempler les linéaments grotesques des gnomes.
Les formes des sylphes et les horribles rudiments dêtres imparfaits qui remplis sent les royaumes de lespace et qui par pitié ont été cachés aux yeux des vulgaires mortels.
Constance, jele savais, languissait de posséder cette connaissance; et quelle ait agi daprès les suggestions de son pa rent sans scrupules, ou quelle ait été enዿammée par la sphère dinዿuence quil projetait de son esprit ré solu, je ne saurais le dire, il était certain qu'elle avait eu des indices au sujet des recherches dans lesquelles jétais engagé et perpétuellement elle me tourmen tait de questions et seዾorçait de se renseigner à leur sujet. .
Quoiquil me semblât trahir les intérêts de mon maître bien»aimé, jopposais invariablement à ses questions les réponses les plus décourageantes et'les
238 L'INITIATION avertissements les plus sérieux. Rien ne fit. Un CC!* tain soir que je nétais pas moi-même engagé, mais quune réunion spéciale dont je ne faisais point partie devait être tenue par les membres, je vis le professeur Muller traverser la cour du collège tenant à son bras la forme éthérée, hermétiquement voilée de Consy tance.
Je les vis entrer dans un ዾacre qui les atten dait à la porte,et, me précipitant à leur suite, jentendis le professeur donner lordre au cocher de les déposer dans un quartier éloigné de la ville où les réunions de la Fraternité se tenaient.
« En route pour le sacriዾce, mécriai-je mentalement, Constance, tu. es condamnée, vendue à un monde de démons dans. ce monde et dans lautre (si vraiment il y a un autre: monde). » Deux soirs après celui-ci, comme je me promenais solitairement dans la cour du collège, jen tendis un pas rapide derrière moi. Une main se posa doucement sur mon épaule et, levant les yeux, japery çus Constance Muller la physionomie transዾgurée.
Ses yeux brillaient dune lueur étrange qui navait rien de terrestre; sa tête étaitrejetée en arrière comme si elle (méprisait) la terre et cherchait alliance avec les étoiles; sa joue brûlait dune vive rougeur hec tique, et sur ses belles lèvres il y avait un air singw lier de triomphe à mesure quelle maccosta.
« Page per ዾde que tu es, combien de temps aurais-tu donc tenu la maîtresse à laquelle tu as juré féalité, emprisonnée dans les ténèbres de sa captivité terrestre, alors que des royaumes de lumière et de gloire et de merveilles lattendaient pour quelle y entre et en prenne pos session ?
AU PAYS pas ESPRITS 239 « 0 Constance, où êtesvous allée? « Là où quelque jour je vous rencontrerai, mon jeune paladin, dans la terre de lumière, à lentrée de laquelle mon âme a toujours soupiré depuis que jai pu élever mes regards audessus de ce monde glacé du matérialisme, depuis que jai senti que ce monde devait être viviዾé et enዿammé par un monde de spiritualisme.
Oui, Louis, je connais maintenant le secret de vos escapades nocturnes, et moi aussi je puis traverser lespace, moi aussi je puis com munier avec lâme des choses, et libre sans con trainte, le moi intérieur de Constance peut plon ger dans les sphères de linዾni et percer les secrets de léternité. « - Hélas! » murmurai-je.
Incapable alors de mex pliquer la peine indicible qui remplissait mon cœur, je baissai la tête et silencieusement men allai au côté de la pauvre enthousiaste. Plusieurs semaines durant, Constance Muller vécut dans lextase dun pionnier qui a découvert un nou veau monde et sen croit le souverain.
Mon langage ne put jamais lui faire comprendre le sentiment pro fond que j'avais de linaptitude de lhomme àcom munier avec des mondes dêtres à la fois étrangers et répulsifs à sa mentalité; mais elle voyait. et sa nature siprof0ndémentsympathique appréciait, les émotions que je ne pouvais traduire.
Absorbé dans la gloire du pouvoir triomphant quelle avait sur et à travers le monde invisible, la néophyte ne pouvait cependant partager les pensées que quelques années dexpérience mavaient imposées comme des convictions; mais,
240 , LINITIATION malheureux que jétais, pourquoi auraisje désiré hâter l'éclaircissement P Il' vint assez tôt, cet éclaircis sement, ou plutôt trop tôt, trop tôt! Je nassistais jamais aux séances auxquelles Constance prit part, ni aucun des autres « sujets lucides » que je connais sais ; aussi ne savaisje rien de ce qui se passait.
Les membres de la Fraternité avaient maintes phases de communion spirituelle parmi eux et, quoique,grâce aux soins indulgents de mon professeur, j'apprisse plus qu'il ne fût permis de connaître à nimporte quel autre « sensitif» durant le terme dinitiation, je savais quil y avait de vastes théâtres de connais sances transcendantales à traverser au sein desquels peu, sinon point, de mortels avaient été jusqualors entièrement plongés.
A chaque séance une formule était attachée sous la forme de serment, de secret, si terrible que pas un de ceux qui furent sincères à leur croyance nont été sus être parjures. Que quelque partie des étranges ser vices conduits dans ces réunions ait été subséquem ment révélée au monde est la meilleure preuve que les néophytes ont cessé dêtre sincères ou de regarder leur vœu de silence comme sacré.
A lépoque dont je parle, jétais profondément convaincu et considérais la connaissance quejavais acquise comme la plus sacrée qui pût; être communiquée; aussi ne questionnaije jamais Constance au sujet de ses expériences, quoique devinant trop bien leur nature. Les mois sécoulaient et je trouvais trop sûrement que lesprit de cette pauvre victime avait été dressé pour devenir une âme volante et, à la plupart des ..;a. _
AU PAYS mas ESPRITS 241 . .séances où elle assistait, était libéré dans des ዾns que je ne pouvais.que deviner. Quelles quelles fussent, elles commencèrent bientôt à affecter sa santé et son caractère. Elle sétiolait comme une ዿeur privée de lumière et dair. De plus en plus frêle, de plus en plus éthérée devenait sa forme légère de sylphe,chaque jour de plus en plus pâles et creuses devenaient ses joues et ses lèvres au trefois rosées. .
Ses grands yeux bleus senfonçaient, se creusaient et ses boucles frisées dor pâle semblaient comme une couronne de rayons de soleil déjà emmêlés pour au réoler le front dun éternel dormeur.
A chaque séance où elle assistait, son esprit, satténuant comme un ዾl de lumière longtemps étiré, ségarait invariablement vers nimporte quel endroit»où je me trouvais être comme étant sa première et plus puissante attraction : quelquefois se penchant sur mes livres dans ma tran quille petite chambre ; dautres fois regardant songeu sement les cascades de la fontaine sautillante qui jouait dans le square du collège; souvent s'égarant dans les arcades des bois épais qui bordaient la ville et dautres fois étendu sur lherbe, surveillant mais ne prenant jamais part aux jeux bruyants des enfants de mon âge avec lesquels en tant que compagnon javais perdu toute sympathie.
A la maison ou dehors, seul ou au milieu dune foule, partout où il marri vait dêtre, lorsque lâme libérée de la belle Constance brisait les liens de sa prison et se promenait sans en traves. excepté lorsquelle se trouvait sous le charme magnétique de ses opérateurs, elle me cherchait inva
242 LINITIATION riablement et, comme une guirlande de pâles vapeurs éclairées du soleil, ዿottait à quelque deux pieds au dessus du sol dans sa forme et apparence corporelle devant moi. Accoutumé au phénomène du double être, ce fantôme ne me surprenait pas plus quil ne me troublait.
Mes expériences spirituelles me ren daient capable de percevoir que, durant les quelques moments pendant lesquels lesprit du sujet sentitif passait dans le sommeil magnétique et avant que ses magnétiseurs aient eu plein pouvoir sur elle, les at tractions instinctives de sa nature lattiraient vers lenfant quelle avait déjà découvert comme étant son adorateur, de seul être peut-être auquel lattachaient les liens de laffection dont sa nature aimante était pleine.
Je savais tout ceci et men serais réjoui si le fantôme de la victime navait présenté des signes non douteux d'être sacriዾé impitoyablement aux noirs mages avec lesquels elle se trouvait si fatalement as sociée.
Dans la vision de lâme volante de Constance,il ny avait pas de spéculation dans la ዾxité des yeux bril lants; la forme reposait pour ainsi dire dans l'air et les longues boucles ensoleillées balayaient presque le terrain à mes pieds; mais laspect de chagrin sans es poir et de désespérance profonde, qui était devenu une expression permanente sur ses traits à létat de veille, était encore imprimé avec plus d'intensité sur son ombre magnétique : elle ne me voyait pas, ne me touchait pas, ne me connaissait pas, mais son esprit blessé fuyait inconsciemment vers labri de la seule présence qui laurait sauvée si cela eût été possible, h
AU PAYS DES ESPRITS 24.3 puis sévanouissait pour obéir aux ordres des hommes sans scrupules qui sétaient emparés, comme je le croyais alors, de son âme sans défense. , Un soir, que nous avions été nous promener en semble et que nous nous étions assis sur le ዿanc soli taire d'une colline, regardant le coucher du soleil dans sa_gloire avec ses mille couleurs par-dessus l'é tendue. des jardins, des prairies et des plaines au dessous, Constance brisa le long silence en sécriant dune voix basseZmais passionnée: « Louis, vous croyez que les hommes qui nous ont pris corps et âme dans leurs immondes magiques pièges sont bons et purs, quoiquils soient froids et antipathiques dans leur dévotion à leurs terribles études.
Louis, vous vous trompez. Je vous atteste, et ceci est le dernier et peut être le seul acte par lequel je pourrai jamais vous ser vir sur la terre, que quelques-uns dentre eux sont impies, inhumains et, ô Dieu ! combien monstrueuse ment impurs! Constance, vous me surprenez! Ne m'interrompez pas, Louis. Le mal qui ma été fait ne peut être réparé.
Vous pouvez encore être soustraità ce gouffre vertigineux qui souille le corps et détériore lâme; mais pour moi, plût au ciel que la ዾn arrive! » Lindicible accent dangoisse avec lequel .cette la mentation fut proférée me perça le cœur au vif. Je me jetai aux pieds de la belle demoiselle jurant que je mourrais pour la sauver.
Pour lamour delle, pour son bien ou même pour son plaisir, jécraserais tout ce nid de magiciens comme je le ferais pour au
2 .14 L INITIATION _/ tant de guêpes. Je les tuerais, je les dénoncerais aux autorités, je ferais nimporte quoi, tout ce quelle m'ordonncrait de faire. Tout ce que je demandais était qu'elle maccordât la permission de la sau ver.
La douce Constance répondit à ces protestations désordonnées à voix basse par des murmures étouffés me suppliant dêtre tranquille, calme, patient et mas surant que pas plus moi que nimporte quel autre être vivant ne pouvait lui être du plus léger secours. « J'ai vu la ዾn, ajouta-belle, lorsquelle eut réussi à me calmer, et je sais que, impatiente comme je le suis de la voir venir, elle ne tardera cependant point.
J'entre rai dans les royaumes de lumière et de gloire, car ces affreux hommes nont pu abuser de mon esprit sans défense quautant quil est emprisonné dans mon faible corps et soumis à ses forces ; ils n'ont pu tou cher à son intégrité pas plus quils ne pourront main tenir un seul instant leur prise Sur lui, une fois que la chaîne qui relie la partie mortelle à limmortelle sera rompue.
Quand cette séparation aura lien, je serai libre et heureuse. « Constance,mécriai-je, vous estil donc donné de savoir quelle forme nouvelle vous allez revêtir? Assurément, un être aussi bon, aussi droit, aussi beau que vous ne peut devenir rien moins quun radieux esprit planétaire. « JeserailamêmeConstance quejaitoujoursété, répliqua-t-elle solennellement.
Je suis un esprit im mortel maintenant, quoique relié par des chaînes ma_i térielles à ce corps fragile et par des chaînes magnéti * * Wew ==. m=
AU PAYS DES ESPRITS 245 ques encore plus terribles au pouvoir de ces vils et méchants hommes. « Constance, vous rêvez! La mort est la ዾn de toute individualité. Votre esprit peut être, doit être absorbé par les brillants royaumes de lêtre étoilé,mais jamais vous ne redeviendrez la Constance de main tenant. «Pour jamais et pour jamais,Louis,je serai tou jours la même.
J'ai vu des mondes dêtres auxquels ces mages ne peuvent atteindre; des mondes dâmes humaines brillantes ressuscitées,sur lesquelles la mort na eu dautre pouvoir que de dissoudre les chaînes terrestres qui les maintenaient dans leur demeure dargile.x Jai vu le monde de lâme; jai vu quil est impérissable. Louis, il y a dans ces herbes qui son-t sous nos pieds des essences spirituelles qui ne meu rent jamais.
«Dans mes moments de lucidité les plus heureux, cestà-dire (et là un long frémissement secoua tout Son être) lorsque je pouvais échapper à mes bour ' reaux et au monde de démons quils se plaisent tant à fréquenter, alors, Louis, mon âme_ essorée dans lespace pouvait percer un intérieur plus éclatant dont ces gens-là nont jamais eu idée, savoir, pénétrait dans lâme réelle même de lunivers, non pas dans la simple enveloppe magnétique qui relie l'esprit et le corps ensemble.
Louis, dans les profondeurs de la . nature existe le royaume de la force qui comprend la lumière, la chaleur, lélectricité, la vie, la force ner veuse, laura, lessence et tous les impondérables qui composent le mouvement, car le mouvement est la
246 LINITIATION force composée de maintes parties subdivmbles.Là se trouvent ces mondes dexistences à demi formées,. embryonnaires, avec lesquels nos bourreaux entre tiennent commerce. Ce sont les parties spirituelles de la matière, et elles fournissent à la matière les qualités de la force ; mais ce sont toutes des existences embryonnaires,transitoires et seulement partiellement intelligentes.
Rien de ce qui estimparfait nest per manent, doù sensuit que ces esprits élémentaires imparfaits nont pas dexistence réelle ou permanente; ce sont des fragments dêtres, des organes, mais non des organismes, et jusquau jour où ils sont combi nés pour former lorganisme dun être humain, ils ne jouissent daucune individualité réelle ; aussi pé rissentils, meurent-ils de façon que leurs atomes en voie de progression puissent sassembler, et que leurs organes séparés puissent sincarner dans lorganisme complet dun homme.
« Et l'homme lui-même, Constance? « - Lhomme en tant qu'organisme parfait ne peut pas mourir, Louis.Le moule dans lequel il est formé doit périr afin que lâme reprenne sa liberté.
Lenve loppe ou corps magnétique qui relie le corps et lâme. est formé de force et desprit,élémentaireg aussi cette enveloppe restet-elle pendant un temps avec lâme après la mort et rend-elle celle-ci capable de retourner à la terre, ou de sattarder ici-bas dans un but provi dentiel jusquà ce quelle se soit puriዾée du péché ; mais cette dépouille même ዾnit par disparaître, et lâme vit alors à létat de pur esprit dans les royaumes. de lesprit, éclatante de gloire, rayonnante de bonheur,
AU PAYS DES ESPRITS 24.7 forte, puissance, éternelle, inዾnie. Cest là le ciel cest là que demeure Dieu, de telles âmes sont des anges. ' « - Constance, vous parlez avec assurance, com« ment savez-vous tout ceci ? Nest-ce point la commu nauté qui vous l'a enseigné? <_< La Fraternité, Louis, maisils ne font que tâ« tonner dans les ténèbres épaisses du monde matériel et nont que pénétré les royaumes de la force.
« Je vous le dis, ces royaumes ne sont peuplés que d'ombres, de spectres, de fantômes. « La main nest pas le corps, lœil n'est pas latête; pas plus que les essences ténues, vaporeuses, qui constituent les organes séparés dont le monde de la force est composé, ne sont lâme. Suismoi bien, Louis! Les prêtres rêvent de lexistence des mondes de lâme, la Fraternité des êtres dans le monde de la force.
Les prêtres appellent les esprits élémentaires des régions moyennes de pures créations de limagi nation humaine et de la superstition. Les membres de la Fraternité accusent les prêtres des mêmes hallu cinations.
Tous deux ont en partie raison et en partie tort car les épreuves réelles que lâme a à subir prouveront que des êtres de chacune de ces natures existent, et que ces deux royaumes sont des réalités ; seulement les esprits élémentaires des royaumes de la force sont comme la terre périssables et transitoires, et les esprits parfaits des royaumes de lâme sont im mortels et ne meurent jamais.
Louis, jai vu et con versé avec les deux, et je sais que je ne rêve pas. Et me voilà cependant, misérable que je suis, attachée
248 L'INlTIATION .\ à la terre; mon âme emprisonnée par les chaînes de la force, obligée de satisfaire à linsatiable curiosité d'esprits qui ne peuvent atteindre au delà de ces ré gions moyennes et, oh! lhorreur de cette servitude aurait privé mon âme de raison si les éclairs avant coureurs de la destinée plus sainte et plus exaltée qui est réservée à lâme dans la sphère bénie de l'immortalité ne lavaient soutenue dans ses épreuves.
Cher enfant,ne me questionne plus, ninsiste pas plus longtemps. Mon doux frère chéri, bien-aimé de Cons tance! Lorsque je serai un esprit libreqe viendrai vers toi et je te prouverai la vérité de mes maux par la présence même de mon âme immortelle venue exprès pour toi. Souviens-toi ! » Durant les mois qui suivirent cette mémorable conversation, je rencontrai seulement une fois l'âme volante de Constance en train de mourir.
Je compris que, si son esprit se retirait ainsi, ce nétait pas que les expériences quelles quelles fussent, dont elle souዿrait, eussent diminué de fréquence, ce nétait pas que la force qui lattirait vers moi eût cessé, mais cétait que ses liens terrestres se défaisaient, que ses forces vitales sépuisaient, et je savais que le pâle fantôme était en train de perdre le principe ter restre nécessaire pour devenir visible dans latmos phère même des forces invisibles.
Ma jolie sainte devait mêtre bientôt enlevée, mon idole terrestre de vait être détruite; et plût au ciel quil meût été pos sible de croire ses paroles, de penser quelle pouvait vivre encore dans une condition plus brillante et meilleure! et alors jaurais été consolé; mais cet espoir
AU PAYS DES ESPRITS 249 métait enlevé par les enseignements énergiquement imposés par la Fraternité et leurs esprits,aussi voyais je mon ange terrestre se fondre dans le néant avec une angoisse que rien ne pouvait adoucir, une souf france dans le cœur presque insupportable. ' Je métais absenté pendant quelques mois pour aller en Angleterre poursuivre des études dont je parlerai plus longuement tout à lheure.
Le professeur von Marx avait été mon compagnon et nous étions. juste de retour lorsquune nuit, au moment où jallais me retirer pour prendre du repos et comme jallais tirer le rideau qui cachait ma fenêtre, quelque chose sembla surgir au recoin de la chambre interceptant la lumière de la lune.
La maison dans laquelle jhabitais se trouvaitsur le bord d'un lac magnifique et sufዾ samment élevée au-dessus de son niveau pour em pêcher à tout vagabond de grimper jusquà mon logis. Il ny avait pas de bateau sur leau, pas de place pour prendre pied entre leau et la terrassequi se trou vait très au-dessous de ma fenêtre.
J'étais resté pendant quelque temps à contempler les eaux paisibles du lac éclairées dun large sillon de lumière répandue par la pleine lune et je savais que.nulle créature vivante ne se trouvait dans levoisinage ou ne pouvait pénétrer jusquà mon appartement; et cependant, là, ዿottant dans l'air contre mon logis, interceptant les rayons qui inondaient le plancher de mosaïque de ma chambre, se tenait, baignée de lumière, la forme gra cieuse et radieuse de Constance Muller. En un éclair de temps, je compris que ce nétait pas son esprit at mosphérique qui se trouvait là.
2 50 LINITIATION .\ Radieuse, étincelante, elle apparaissait maintenant dans toute sa gloire, ses doux yeux regardant dans les miens avec une expression dintelligence pénétrante. Son doux sourire sadressait à moi, en même temps qu'un mouvement de sa main comme pour saluer mindiquait que lapparition me voyait et me recon naissait toute rayonnante d'intérêt et dintelligence.
Dun mouvementqui ne ressemblait pas à un mouve ment ordinaire, le gracieux fantôme sembla glisser à travers la fenêtre et apparaître soudainement à quel ques pas de ma couche sur laquelle je me reculais dès que je laperçus. Je chancelai en arrière.
Se penchant légèrement en avant comme pour attirer mon atten tion, et sans que je visse le moindre mouvement de ses lèvres, sa voix frappa mon oreille, disant: «Je suis libre, heureuse et immortelle. » Lapparition séva nouit aussi rapidementquelle était venue, età sa place japerçus dans une vision lapparence de la chambre daspect antique quoccupait au collège Constance Muller.
Sur unlit que je connaissais bien gisait pâle, livide, morte, la forme de son occupante autrefois si belle. Le corps était en partie recouvert dun drap, _mais là où la robe blanche quelle portait souvrait à la gorge jobservai clairement et distinctement deux taches noires livides comme les empreintes dun pouce et dun doigt. Le visage était déዾguré, les yeux ዾxes, et je vis quelle avait été assassinée. Horrible était la scène qui soffrait à ma vue, une puissance dobservation surnaturelle sembla sem-r
AU PAYS DES ESPRITS 251 parer de moi, me contraignantà jeter mes regards autour de lappartement que je vis dépouillé de maints objets que javais été accoutumé à y voir. La harpe nétait plus là; de même que le bureau et les livres auprès desquelsielavais si souvent vue assise.
Regardant avec lœil perçant de lesprit aussi bien derrière que sur la couche où se trouvait le corps, je vis gisant à terre, comme si on les avait laissés tomber là, le ruban noir et le médaillon dor que Constance avait toujours portés autour du cou.
' Cette vision, si elle avait une signiዾcation, semblait avoir pour but de me faire remarquer cet objet, car je ne l'avais pas plutôt aperçu dans la position exacte où il se trouvait que ce spectacle fantasmagorique sef faça en entier et une fois de plus limage éclatante dune Constance vivante et célestement belle se montra à moi.
De nouveau lair sembla scander ces mots: « Je suis libre, heureuse et immortelle et jai tenu ma pro messe. » De nouveau alors, mais cette fois-ci bien plus lentement, langélique vision se fondit laissant unૺ dessin de la mosaïque sur le plancher doré seulement par de brillants rayons de lune et les murs diamantés de mon logement ombrés par lejasmin blanc qui grim pait_ par-dessus la maison.
La lune éclairait la scène de sa splendeur, lombre avait disparu, mais réellement çavait été comme lombre que produirait une inዾnité de rayons de soleil. Je neus jamais la sensation dune obscurité aussi pro fonde, dune atmosphère aussi insupportablement épaisse, deténèbres rendues aussivisiblcsquecelleque
252 LINITIATION labsence de cette radieuse créature laissa après elle. Elle présente, il semblait que les chagrins, les maux, les souffrances,n'avaient jamais existé; la vie et lêtre tout entier étaient plongés dans une extase indicible ; . elle partie, toute la joie et tout le soleil du monde lavaient suivie, et cela pour jamais.
Le récit de ma vision de cette nuit dont je relatai ዾdèlement les moindres détails le matin suivant au professeur von Marx le rendit grave et attentif en m'écoutant, mais il ne sémut pas. Ilne parut pas douter que Constance Muller était morte. Il ne ዾt aucune remarque sur les signes qui, selon mes déclarations passionnées, pouvaient faire conclure que sa mort était due àla violence.
A tout ceci il réponditsimplement : « Nous verrons ; » mais quand je meዾorçai de le convaincre que lappa rition dune âme après la mort, et cela avec toutes les apparences de la vie etles signes de lintelligence, de vait prouver la continuation de lexistence, il sembla reprendre son ton habituel dassertiçn dogmatique.
Il répéta ce sur quoi il avait souvent insisté auparavant, savoir que les émanations vitales appelées « âmes » subsistaient souvent pendant une courte période après la mort et pouvaient apparaître à létat de forme orga nique, maisil maintint encore(son afዾrmation) quil nexistait pas de preuves de limmortalité, puisque de telles essences se dissolvaient bientôt, séparpillaient, se répandant dans le monde inorganique comme le corps quelles avaient autrefois habité. Je lui répétai avec insistance les mots que javais entendu prononcer par le beau fantôme; à cela il
AU PAYS DES ESPRITS 253 persista à_ répondre que ces mots nétaient que le reዿet de mes propres pensées associé avec lapparence dun être qui croyait en de vaines superstitions, et à mon argument que lhabit de pure et éclatante blancheur dontlapparition était vêtue ne pouvait être le produit de mon imagination alors que lexpression de bonheur intense rayonnant sur sa ዾgure angélique navait que . peu ou pas de ressemblance avec la triste et désolée expression de loriginal, il répliqua que, attendu que lessence était pure et sans alliage terrestre, je devais, quand lessence mapparut réellement délivrée de tout lien terrestre, la voir habillée dans une image de sa propre beauté, lumière et pureté.
Je me tus, mais ne fus pas convaincu. Deux jours plus tard, le profes seur von Marx se trouvait avec moi frappant à la porte de la chambre de Herz Muller.
Le professeur luimême vint ouvrir et, anticipant tout ce que nous pouvions avoir à dire, commença par nous informer gravement quil avait été assez malheureux pour perdre sa nièce <<à la suite d'une attaque soudaine de ዾèvre putride », ce quiavait nécessité son enterrement rapide, cérémonie à Llaquelle il venait juste dassister.
« Je savais que Fränlein Muller nétait plus, » ré pondit mon professeur dune voix qui, en dépit de sa philosophie, tremblait quelque peu, « et je suis ainsi venu vous voir de bonne heure, non pour vous apporter mes condoléances, car je connais votre stoicisme ré solu, mais pour vous demander si vous consentiriez à laisser mon cherjeune ami, ici présent, faire lachat de la harpe de votre nièce. Vous savez que les jeunes gens étaient très attachés lun à lautre; aussi Louis
254 LINITIATION esbildésireuxde posséder ce souvenir de son amie bien aimée. » Je ne pouvais pas parler; ma gorge était serrée jusquà létouዿ'ement, jemétonnais de la froide invention par laquelle Herz von Marx éprouvait la sin-' céritéde ma clairvoyance, et je restai sans soufዿe, atten dant la réponse.
« La harpe, le bureau, les livres et toutes choses luî appartenantque la contagion dela ዾèvre avait pu rendre invendables, ont étéenlevés sur mon ordre, » répliqua Herz Muller dun air légèrement con fus.
« Je ne tenais pas à voir une foule de personnes rôdant autour de la malade à ses derniers moments: aussi aije fait vider lappartement dès le début de sa maladie. » « Ny at-il rien que mon jeune ami pourrait em porter de cet endroit tant vénéré? » reprit mon rusé compère.
« Je ne sais pas, répliqua lautre complètement pris au dépourvu; mais si vous le désirez, vous pouvez pénétrer et inspecter lappartement. » Je suivis les deux acolytes si étrangement associés dans la niche désolée où nétait plus ma sainte, et, re gardant autour de moi, jevisune reproduction parfaite de la scène dont javais eu la vision.
Il était évident que les regards rapides, furtifs du professeur von Marx poursuivaient le même objet que les miens. Tout à coup il sarrêta devant un sombre tableau suspendu à la muraille, et, sinterposant entre Herz Muller et moi, il appela lattention decelui-ci vers quelque chose quil prétendit être remarquable dans la peinture, me fournissant ainsi loccasion de traverser en hâte la chambre, de tirer le lit dans un coin et de ramasser
AU PAYS DES ESPRITS 255 derrière un ruban noir et un médaillon dorqui appa remment se trouvaient là inaperçus jusqualors. Le professeur von Marx ne me perdit pas de vue un ins tant, et pas plutôt meût-il vu avoir caché mon trésor dans mon sein quil dit brusquement: « Viens, Louis, je naime pas latmosphère de cet endroit.
Herz Muller a raison ': la contagion de la mort sattarde en ces lieux; il ny a rien ici maintenant que vous puissiez désirer posséder. Allons-nousen. » Comme nous retournionsànotrelogis, le professeur ዾt taire les murmures passionnés de ma colère contre lhomme que nous venions de quitter, par une variété de sophismes dont il était toujours familier.
Lun de ceuxci était la totale indifférence avec laquelle tous les membres de la Fraternité regardaient la vie de ceux qui nétaient pas de leur confrérie.
Peu importait, dit-il, comment le ዾl de lexistence de la pauvre Constance avait été coupé, puisque évidemment ce ዾl était déjà si mince quil ne pouvait se dévider à une bien plus grande longueur que celle quil avait déjà atteinte; et ዾnalement, si je persistaisà parler de cela, il me disait, en proie à de violents accès de passion non contenue quejallais détruirela passivité et_léquilibre nécessaire etsi essentiel à la pure clairvoyance et quil allaitperdre le meilleur « lucide » du monde.
Avant de nous séparer pour la nuit, le professeur me demanda si javais jamais vu ou entendu parler de Zwingler le Bohémien. « Qui est-il ? demandaije avec indifférence. « - Vous navez jamais vu Zwingler ou entendu parler delui?Alors,reprit-il, vous avez quelque choseà
256 L'INITIATION [SEPTEMBRE apprendre,uneautre leçon àrecevoir, une qui, je pense, servira à dissiper votre foi dans le mythe de limmor talité, et à jeter quelque lumière sur la question des apparitions . «Venez avec moi demain, Louis, à Sophien Stradt.
Là je vous présenterai à Zwingler, qui est une des mer veilles de notre époque: et,Louis, ajouta-til après une posed'un moment, comme nous nous serrions la main avant de nous séparer, emportez ce ruban et ce mé daillon que vous avez quelque part sur vous, le bijou de la pauvre Constance, veuxje dire, nous pouvons trouver un singulier emploi pour ces objets. Bonsoir !
PARTlE PH LOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE (Cette partie est ouverte aux écrivains de toute école, sans aucune distinction, et chacun d'eux conserve la responsabilité exclusiye de ses idées.) LE VAÜËLÜX seras sua LA semanaara r.r LE FÉTICHlSME EN BAIN (Suite) « Alors lassistance sagenouille et invoque la divi nité chère à la secte, après cela le Papa ordonne de faire lépreuve de la ዿamme; le néophyte nu traverse une ዿamme ardente, passe et repasse, et vient se prosterner aux pieds du Papa; pour le'rafraîchir et apaiser la chaleur du feu, il le frotte dhuile et com mande lépreuve du canzou.
« Les chaudières fument, ici cest le mais, là le ca lalou (I) ; plus loin la viande; lassistance regarde la dernière épreuve: tout est prêt, le houn, le hountor et le hountor-gri, qui marient leurs accords, le néclésin strident qui évoque lesprit ; la hounguiénikon donne le ton et la mesure, le canzou tourbillonne, senዾèvré; il est hypnotisé, il court, se précipite, plonge ses deux mains dans la chaudière bouillante et sert sur la feuille de bananier un repas à chaque assistant.
La . (Al) Sorte de bouillon dherbes. Ce mot se retrouve sans mo dification dans certains dialectes soudanais, à la Martinique, à Cayenne, dans la Guyane hollandaise, en Haïti. W :wæ.=vዿ.-«-:_.
2 58 LIMTIATION scène est à la fois grandiose, étonnante et effroyable ; le voilà devenu canzou, cest-à-dire maître ès Vau doun (I). » Jignore jusquà quel point ce récit est rigoureuse ment exact, quoiquil noffre rien dinvraisemblable; je n'ai point eu loccasion dassister à cette cérémonie, au lieu que, dans les descriptions qui suivent, à moins dindications contraires, je ne rapporte que ce dont jai eu loccasion dêtre témoin.
Dans l'Olympe vaudouiste, après le Bon Dieu dont ils entendent le prêtre leur parler à léglise, se placent les saints et les lois (2\, pour payer son service, si non la loi se plaindrait quon a retenu une partie de la victime qui lui appartient et ne ménagerait pas sa vengeance. - Les saints, et il y en a autant que de noms dans le calendrier, sont les anges rebelles chassés par Jéhovah après leur désobéissance.
Dans leur chute, ils tom bèrent en Guinée où ils furent recueillis par de pieux féticheurs dalors à qui ils se dévouèrent et satta chèrent dans leur descendance ; ceci impliquerait lidée dun lien, dune ordination ininterrompue entre le houngan daujourdhui et celui qui pontiዾait en Afrique avant limportation des esclaves auxAntilles.
Chaque houngan ou hounsi a son saint particulier qui lui donne un nom de vaillant, cestàdire un sur nom. Tel houngan de ma connaissance sappelle Lé (1) D. Trouillot, Ide. cit. (2) Lois pourrait venir de tous. nom des sorciers du Soudan, suivant René Caillié (Journal dun voyage à Tombouctou et à Jenné, etc. Paris, Imp. Royale, 1830, t. II, p. i 19). *ૺ"Mnc...«;iૻ' '4'"-"W";*Mvÿwዿ ;:*
LE \'AUDOUX 259 cifé, ce qui nest autre quune corruption de Lucifer. Les saints à leur tour donnent à leur protégé une loi spéciale, quoiquil y ait une confusion assez difficile à éclaircir entre le saint et la loi. La loi semble pour: tant être une émanation du saint. Tel sectateur peut en posséder un nombre considérable. On les acquiert à. volonté, moyennant ዾnance.
On les enterre, on les ôte quand on meurt ou quand on déménage ou silon y renonce pour se convertir. ' Dans tous les cas, on fait unedanseetun repas pré sidés par le houngan. Chacune de ces lois peut, suivant la volonté de son possesseur, devenir une loi bienfaisante ou mauvaise.
Les offrandes ou les victimes quon lui présente varient alors : aux lois baka, ou mauvaises, on offre du porc (1), et dans les sacriዾces à ces lois cest cet animal quon immole. Aux autres on offre despoules," des boucs etmême dans les grandes circonstances un bœuf.
Après la cérémonie, on fait un repas avec la chair de la victime, mais on se garde bien de jeter les restes: le houngan les enterre soigneusement en y ajoutant un cob (centième de gourde ou piastre haï« tienne), pour payer son service, sinon la '102' se plain drait qu'on a retenu une partie de la victime qui lui appartient et ne ménagerait pas sa vengeance.
Il y a des lois variées dont la classiዾcation et même les noms sont fort vagues pour les houngans eux (1) Suivant le P. Léon-Marie Guérin ;cité par M. de Roches: Extériorisaiion de la sensibilité), on emploie pour les envoû tements, dans certaines localités de la province de Canton, des ዾgurines qui représentent ordinairement des porcs.
260 LINITIATION mêmes. Quelquefois elles se matérialisent et se pré sentent à leurs adorateurs sous la forme de pierres tonnerre dont nous reparlerons plus loin ou de pierres ornées de ዾgures naturelles (I) : cest qualors une loi sy est enfermée. Dans le bon/or! ou temple elles sont supposées captives dans les gains. Cest là que les ዾdèles leur adressent leurs demandes.
Le houngan remet 'ensuite aux consultants de petits morceaux de bois qui ont divers degrés, cest-à-dire plus ou moins de vertu selon limportance de ce quils demandent et qui lui serviront damulettes. ' De toutes les lois celle qui a le plus dadeptes est sans contredit Houedo.
Il sincarne, se manifeste aux yeux de ses adorateurs sous la forme de la couleuvre ; par; suite on ne trouve cette dernière que dans les h>nforts oùl'on sert Houedo : elle est alors conservée vivante dans un gain ou cruche de terre. Ensuite vient Danbala (2) ou Dambala-Houedb, le Mailre de l'Eau qui habite les rivières et les eaux douces.
Cest sur le bord des cours deau ou des étangs quon le sert, cest-à-dire quon fait des céré monies en son honneur pour appeler sa protection. Sur certains points de lîle, Dambala est assimilé aux. Dieuxlares; il est représenté par la pierre-tonnerre. Placée dans une assiette qui lui sert dautel, cette pierre est honorée tous les vendredis par un bain, soit dhuile (I) Gamahès. Cf. M. I.
Gaffarel, Curiositeg inouyes.AParis chez Hervé du Mesnil, I vol. in-18, 1629. (2) Il y a un village nommé Djambala sur le Membéré afዿuent de la Sangha (Congo français); dautre part, on trouvé au Dahomey Dauglé qui sincarne dans le serpent dont le culte est si populaire à Guida (Maurice Delafosse, toc. cit.).
LE VAUDOUX 2Ôi dolives, soit de plantes odoriférantes, telles que le basilic. Consulté par son dévot, le saint lui répond en s: balançant dans son assiette, mais, bien entendu, après avoir reçu une imperceptible chiquenaude. Dam bala est aussi lEsculape des houngans médicastres. Vient ensuite Agoue(I), le Maître de la Mer. Cest le père des Eaux, le Neptune africain.
Ogoun badagrz, le Maître des Arbres, sorte dhama dryade qui habite le tronc des arbres les plus gros ou quon trouve dans les carrefours, en particulier le Maçon et le Fromager; OgounChango, le maître du feu; enዾn Aida Houédo (2), femme de DambalaHouedo qui se rend visible avec son époux sous la forme de deux arcs e1-ciel simultanés.
Ces divinités sont, comme on le voit, les génies tutélaires des quatre éléments, les esprits élémentaires correspondants aux Ondins, aux Gnomes, aux Sala mandres et aux Sylphes. A côté deux se placent deux jumeaux, BadéSî, dieu des vents, et Sobo-Sz, dieu de tous les phéno mènes météorologiques; Mambo-Azili, vieille femme qui rend inዾrmes les hounsi qui entrent en trance sous son inspiration; sa sœur se nomme Tersi-Fréda.
Ogoun ou Houngoun est très populaire et très vénéré dans ses trois hypostases : Ogoun-Badagri que nous avons vu plus haut, Ogoun F6 et Ogoun Mâle. (l) Agoué est un village du Dahomey. (2) Les Dahoméens rendent encore un culte à AyidoOuédo., le génie de l'arc-en-ciel. (Maurice Delafosse, loc cit.)
262 LINITIATION A leur suite on trouve les deux frères Legba (i) . Legba.»llibo. laîné, et Legba-Auadra (2) le cadet. Legba, qui étaità lorigine la plus grande divinité, est tombé aujourdhui au rang de maître des barrières et des carre/ours. C'est àlui que lon consacre ces petits massifs circulaires de maçonnerie dits repo soirs de Legba quon place à lentrée des propriétés et où lon plante un Médecxnzer (3).
Au pied on met des écorces doranges ou des coquilles dœufs quon remplit dhuile de palmachristi (ricin) où trempe une mèche de coton soutenue par un croisillon de boisléger quon allume le soir. On enterre également jusqu'àmi-hauteur des bouteilles vides et on suspend àlarbre un bâton noueux tordu,couvert de lianes ou de racines enchevêtrées.
Citons encore Simbi, divinité des eaux douces des Congos, et Simmenso son épouse; Laco, divinité fo restière protectrice du honfort et qui se confond avec Legba. On lui rend les mêmes hommages, mais on lui consacre un pied de framboisin ; AIegAradra, qui jouit du don dubiquité et sait tout.
Ceux que cet es prit inspire vont sinformant de toutes choses pour les rapporter au houngan qui avise ; Assouguze, esprit indiscret doué dune incontinence de langue sans bornes; puis Domissi-Houédo. Enዾn quelques-uns honorent une divinité du nom (1) Legba est encore aujourd'hui une divinité dahomeenne (Maurice Delafosse, loc. cit.). (2) Peut-être une corruption de Aradas, tribu africaine doù il tirerait son origine.
' (3) Il en existe deux espèces : Médecinier cathartique ou Illé decimer bénit, et une autre plus petite dite Médecinier barach in ou mufti/ide. ૺૺૺૺૺI |'._
LE vauuoux 263 dAlouman, au sujet de laquelle je nai pas pu re cueillir de détails. ' A côté de ces divinités déjà variées viennent en quantité innombrable des lois, des saints, des anges, des esprits subalternes plus ou moins hiérarchisés selon la fantaisie. ' Le local qui sert de temple au houngan pour ser 22i7ces saints se nomme un honfort.
Cest le plus souvent une case semblable à celle des indigènes, cest-à-dire en torchis, recouverte dherbe panache (I) ou de tâches (2). Quelquefois cest une des chambres de la maison que lon destine à cet usage.
Un grand nombre de particuliers parmi ceux même dun rang social assez élevé, et au sein des villes, ont un hon f0rt domestique, tellement le culte vaudouiste est entré profondément dans les mœurs, quoi quen veuillent faire croire quelques-uns. A Port-au-Prince, la capitale, notamment et dans ses environs. leur nombre est incroyable.
Campêche, dans le dépar tement du Nord, le cap Haïtien, lArcahaie, Léogane, le PetitGoâve et Jérémie sont particulièrement re nommés à ce sujet. Au môle Saint-Nicolas au con traire il y a très peu de Vaudoux, et à ma connais sance pas un seul honfort.
Au nord du morne du Bel-Air, tirant vers la plaine du Culde-Sac, aux portes de la capitale, en suivant le sentier qui con tourne le morne, en descendant derrière le Calvaire, se trouve notamment un grand honfort. Il se recon (il Variété dandropogon. (2) Gaines de la feuille du Palmiste (Areca oleracea). On les appelle en Dominicanie Ilagua. ,WWWv .., \a-«Mr« -,.a v-_/.v \._._..._.__-_i h_.W._V._,-u-.._Lz . W
264 LINlTIATION naît de loin à ses piliers peints en rouge, vert et jaune et aux portes dentrée surmontées de planches grossièrement découpées. Le chemin qui y donne accès est fermé aux deux extrémités pour éloigner les curieux et les indiscrets (l). Cest dans le honfort et dans son voisinage quont lieu les danses et les cérémonies.
Nous avons dit plus haut « que les adeptes du Vau doux proprement dit, voire ceux des mauvais esprits, placent Dieu au-dessus de toutes leurs divinités, linvoquant toujours le premier ou parlant en son nom ; et cela dans la pratique même du sortilège. De cette façon, ils nont pas, beaucoup dentre eux du moins, le moindre scrupule de recevoir tous les sa crements de lÉglise.
Quelques-uns ayant la cons cience plus timorée que les autres en sont devenus fous; d'autres torturés par les remords ont fait faire des cérémonies par les houngans pour divorcer com plètement avec leurs lois. Que ne font pas les houn gans moyennant argent ? Enዾn, un certain nombre font marcher de pair la vraie et la fausse croyance.
Cest ainsi que dans leur oratoire repose sous le prie dieu, dans son assiette, le lare Dambala quils as (1) On lit dans le journal l'Ami de lOrdre, qui se pu blie au cap Haïtien, à la date du 24 juillet 1898 (pour citer un exemple entre mille) : « Divers. Chez MૺPaul Agnès, dite Elizaine (sur lhabitation Pont, commune du Cap), il y a eu du 16 au 19 durant quatre journées un grand cou vouëtra où lon ዾt à lange Alouman de nombreux sacriዾces accompagnés de danses et de festins scandaleux. Quest-ce à dire de cette recrudescence du culte de Papa Dambala et Papa Ogou P > -
LE VAUDOUX 265 pergent tous les vendredis avec la même bonne foi quils adorent ou fouettent la statue dun saint An toine selon quil a été plus ou moins favorable » .
« Maisce qui étonnera peut-être davantage, cest dapprendre que les tambour1ers le houn, le hountor etlelzounlorgrisontassimilésauxapôtres saint Pierre, saint Paul et saint Jean ; que Hougoun est honoré sous la ዾgure de saint Jean-Baptiste et Loco sous celle deJacqueS le Majeur; ainsi de suite, chacun at_ tribuant à chaque saint tel esprit ou telle loi.
« De la même sorte, le honfort, ce sanctuaire de Hougoun, est orné exactement, comme un oratoire, de toutes les images des saints,de la Vierge et du Cru ciዾx;mais toutàcôté on voit des coquillages, des ouaris, des zémés empruntés aux anciens Indiens. Leau bénite, lencens et la clochette concourent aux cérémonies ; la clochette yjoue le plus grand rôle.
« Le mélange dont on vient de parler est si intime que le houngan, le Papa et la Mambo eux-mêmes recommandent véhémentement aux dévots leculte des morts et des saints de lÉglise, auxquels les messes sont indispensables pour se les rendre favorables.
«Il faut voir comment ces bons campagnards, inféodés à ces superstitions,se succèdent, le samedi, aux portes du presbytère pour faire bénir un scapu laire, des reliques, un cruciዾx, une image de saint et commander des messes pourles morts et à lhonneur de tel saint. Cestla plus claire sourcedes casuels (1).» (i) Duvernot-Trouillot, (oc. rit.
2 66 LINITIATION Il est curieux devoir en effet chaque soir, surles mar ches des églises ou des calvaires, la foule des femmes agenouillées cierges en main j. ces mille petites ዿammes jaunes qui piquent lobscurité sont dun effet particulièrement saisissant. ' Sur le chemin qui mène au fort de Bizoton, près de Port-au-Prince, habite un Papaloi, réputé comme guérisseur, voyant et familier des miroirs magiques.
Quoique sceptique à légard de ces sorciers igno rants, qui, pour la plupart, exploitent la sottise et la crédulité des nègres, je voulus le voir moi-même à lœuvre. Par lintermédiaire d'une vieille négresse, nous convînmes d'un jour et nous fûmes au rendez-vous. Le sentier qui mène à la case de ce houngan et qui serpente sur le ዿanc dun morne est bordé darbustes.
A leur pied, le sorcier ou les consultants ont pieu- sement placé des fragments de noix de coco et des écorces doranges où baigne dans une huile de ricin noirâtre de fabricationlocale une mèche faite dun peu ' de coton pris sur le cotonnier voisin et grossièrement tordu. _Devantla case ou plutôt les quelques cases groupées à lextrémité du sentier est un glacis (terre«plein) de terre battue où lon remarque tout dabord un dessin fait de farine de mais et représentant grossiè rement un cercle où se croisent quatre épées et au centre duquel une chandelle de cire estዾchée en terre.
A notre arrivée, le houngan, un nègre dune tren taine dannées, entre dans un des honforts, _allume une petite lampe de fer-blanc, agite à plusieurs
LE VAUDOUX 267 reprises une sonnette (I), puis un asson (2), calebasse en forme de matras recouverte dun treillis de perles de verroterie qui produisent un léger cliquetis; il donne plusieurs coups de sifዿet et nous introduit. ' La pièce est divisée en deux par un rideau : comme dans les autres cases, le sol est de terre battue, les murs de torchis blanchi à la chaux et le toit dherbes panache rappelant assez le chaume.
Au-dessus du linteau, à lextérieur, une couleuvre en bois grossiè rement sculptée est peinte en jaune et en rouge. Les piliers qui soutiennent la galerie formant la façade de la case sont de même grossièrement sculp tés et peints en bleu, en jaune et en rouge. Cette ornementation est dailleurs un signe distinctif qui sert à reconnaître les honforts. Dans un coin de la pièce, une armoire ; çà et là des hardes, des provisions.
Surles murs des images coloriées représentent divers saints. A terre un lago, plateau en latanier tressé qui sert dordinaire à porter des charges de fruits sur la tête. On y voitpêle-mêle des pierrestonnerre de ser pentine ou dobsidienne, des {émés de quartzite ou de» jade, des coquillages auxquels ils ont conservé le nom africain de cauris, des morceaux de verroterie.
Devant Une des images coloriées de saint est un coui (calebasse) plein dhuile de palma-christi où baigne (I) M. Delafosse (lac. cit.) dit que les sonnettes sont encore en usage dans les cérémonies dahoméennes. (2) Cet asson se rapproche dune façon frappante des cale basses pour piages renfermant de petits cailloux quon trouve chez les boschnegers et les Indiens de la Guyane hollandaise.
Stanley dit en avoir vu entre les mains des sorciers dans le vil lage de BanzaOuvana. (Stanley, Dans les Ténèbres de lAfrique).
268 L'INITIATION ..._ .. ,..4;.... . une mèche soutenue par un croisillon terminé par quatre bouchons et qui éclaire seule la pièce. Dans la terre est ዾché le sabre, qui à lorigine devait servir à éloigner ou dissoudre les larves attirées par le sang des sacriዾces. Le houngan assis sur une chaise basse, la tête dans les mains, joue fort mal le rôle dun homme possédé par un esprit.
Par lintermédiaire de. la vieille qui lappelle grande (grandmère) il est sans doute sous linspiration dun esprit femelle il nous répond que nous avons choisi un mauvais jour cest lui qui nous la ዾxé que les esprits ne sont pas là et quil a un rendez-vous urgent pour faire un service.
Bref, il nous débite un galimatias comique pour se débarrasser de nous, car il se doute que notre crédulité est fort limitée et quil est plus difዾcile den imposer à un blanc quà un de ses consultants ordi maires. Pourtant, sur notre désir de visiter son temple, il soulève le rideau et nous montre le sanctum où se trouve dans un coin, sur le sol, linévitable lampe éclairant une image de sainteté et un cruciዾx. Un autre sabre est ዾché en terre.
De-ci delà, des bouteilles, des gargoulettes,\des pierres, un méli-mélo hétéroclite. Dans des assiettes sont des crânes blanchis de chiens ou de boucs quelobscurité ne nous permet pas de dis tinguer. De petites poupées de porcelaine sont soi gneusement dressées en divers endroits.
Ce sont elles qui rendent les oracles grâce à une habile ventriloquie du houngan, ce qui ne manque jamais de répandre une religieuse terreur parmi les naïfs assistants ; doù
LE vaunoux 269 le proverbe: Quand popee palé, toute manne relé tranquille. (Quand parle la poupée, chacun setientcoi). Dans un coin, seul, le buste brisé dune poupée noire ouvrant de grands yeux blancs.
Le houngan ' nous explique sérieusement, et nous ne sommes pas moins sérieux, que ces poupées,lors des consultations, se réዿéchissent dans le miroir et y font apparaître les esprits des morts ou des vivants que le consultant veut voir et questionner. Notre houngan, à vrai dire, ne possède pas de miroir, mais il sait peutêtre par tradition quils servent à condenser des image 8 astrales. NATHAN ZEFFAR. (A suture.) f a. ( c 3 è
a» ...«-. PARTIE LITTÉRAIRE ENGAN'ÆAIËLQÂNÏ AU SAR PÉLAD.\N Che la mia vxsta, vencndo sincera, E più e più en1rava per lo raggio Dellalta lucc che da sè e vers. (DANTE, Paradis, XXXIII, 52.) Alors que les guerriers dElam reposaient dans la Cité, pris du sommeil pesant qui suit les batailles, le Mage, le Voyant, sur la terrasse de pierre, clama vers les cieux, au sein de la nuit: - STROPH E Prêtre-Roi, ዾdèle desservant du Dieu que jignore.
Du Dieu que je pressens àlheure où jaillitle signe de l'Aurore, Je vénère à genoux Celui qui viendra dans les âges futurs. Je veille chaque nuit, le front ceint du bandeau d'écarlate, Près du Vase sacré où vont maintenant fumer les aromates. De ma dextre quincendie le chaton ዿamboyant de lAnneau, Je te chasse dici, Démon, Ténébreux qui vomis les maléዾces; Que lAbîme primitif tengloutisse en son ire éternelle!
Le Cielest sans lune,lEtoileluit,llnዾni menyeloppe et menivre, Ala Source première je veux boire et milluminer, A la Source divine. . . . . . . . . . . .. . . . ... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . _ . CestToiquejévoque,Toi,llnconnu,leRoiduMystère,lEsprit; Cest pour Toi que ma main a préparé le sacriዾce
INCANTATXON 271 Dans le Vase de bronze où vont brûler les parfums. Fumée, brouillard ondoyant, fatidique, Élève-toi dans lair transparent et subtil. Soufዿe exhalé par lEncens, monte dans lEther, Dégage ta substance des vapeurs de la nuit. Va vers le rayon qui descend de l'Étoile, Le rayon dont le baiser, errant sur la gazede tonvoile, A semé sur ta robe, ô soufዿe ondoyant, Le lilas, lasphodèle et le lys.
Prends avec toi la clameur de mon âme, ma Prière; Que je puisse baigner mon cœur dans la Lumière, Allumer mon amour au ዿambeau sidéral Et mourir consumé dans le brasier astral. ' ANTISÏROPHE Quel es-tu, Toi qui viens vers moi, descendu de l'Étoile ? Esprit qui jamais encor ne mes apparu ? Quel est ce Signe étrange, éclatant, lumineux, Ce nombre que jignore et nai point deviné ?
Je le vois resplendir Et jentends sexhaler un chant mélodieux, LHosanna triomphal, Le Verbe de lEtoile. [Ténèbres, Et le Signe grandit, se dilate et dévore lEspace, éteignant les Se rapproche et se dresse si près quil me touche et me brûle.
Quel les-tu, Toi quiዾbaisses sur moi ce regard ineffable, [éperdu Ce regard qui remplit dallégresse et de paix tout mon être Front cerclé dun bandeau entrelacé dépines, Pieds rivés par des clous, ' Bras tendus qui semblez inዾnis, Mains dont la paume saigne par des trous des lueurs Et dont le geste auguste illumine les mondes! Quel es-tu Toi dont le soufዿe exhale la Paix ?
Signe incompris, Signe méconnu, _ Nombre astral, Nombre divin, Eclaire ma faiblesse, ouvre-moi lAvenir! EPODE Le Signe a disparu, le Signe nest plus, La Forme unique, le Nombre divin sestévanoui. Mais le Verbe demeure, Le Verbe de IEtoile. -. - Iዾ"-7--we
272 LINITIATION .-..... .\ La voix de lEsprit a parlé; l.'lnconnu, le Roi du Mystère M'a baigné dans la Lumière, Le Verbe a consumé mon cœur dans le brasier divin Et je veux désormais magnitier par les âges Celui qui viendra dans les temps révolus, Sur la Croix de lumière et la Face sanglante, lrécher à l'Univers Le Verbe de Charité, La sublime Oraison, LAmcn du Pardon, LAmen qui m'illumine et m'annonce l'Aurore! A. Srvanu . »y,..m . 4É .iૺ . 1.}.,Lj _ Êia}îäi&,"'"
ORDRE MARTINISTE 273 auras Martrtmsre ÉCOLE SUPÉRIEUFE LIBRE DES SCIENCES HERMÉTIQUES En prévision des congrès nombreux qui vont se tenir en 1900 et de la visite de nos délégués étrangers, il était important dinstaller nos centres et nos cours dans des locaux vastes et absolument autonomes. Cest ce qui'vient dêtre accompli. A partir d'octobre, un appartement entier sera mis à la disposition de nos membres.
Ils y trouveront une salle de lecture pour la journée, une salle de cours et des salles spéciales pour les tenues de comité et les cours hermétiques. Cest grâce au dévouement des ofዾciers desloges mar tinistes de Paris que cet effort a pu être accompli. COURS. -Les inscriptions pour _les cours sont reçues à dater du 1cr octobre, par lettre, à la rédaction de lInitza lion. 87, boulevard Montmorency, Paris (téléphone 690 50).
Il sufዾt denvoyer son nom et son adresse. * ara: AVIS AUX MARTINISTES DE PROVINCE Tous les F;_; appartenant à lOrdre martiniste et non encore rattachés à une délégation et tous ceux qui sont disposés à entrer dans lOrdre et qui habitent la pro vince sont priés de sadresser de suite par lettre à M. Sé dir, 4, rue de Savoie, Paris.
Modiዾcation importante dans notreૺRevue" Nos lecteurs sont avertis quà dater du 1°r octobre de notables améliorations seront apportées dans notre Revue. Le détail leur en sera fourni dans notre prochain numéro. Pour linstant, prions-les de noter le changement dadresse de la direction qui est transportée 87, boule
274 LINITIATION s __.._ ....,.. vard Montmorency,Pm-is, et qui disposera du téléphone. (n° 690-50). Lapparition régulière du numéro entre le 15 et le 20 de chaque mois sera absolument assurée et une ou deux pages de chaque numéro seront consacrées aux adapta tions divinatoires avec ዾgures explicatives. , MA. EAGONÏ DE V@Eâૺ Le féminisme sera sociologique, ou ne sera pas. Et, sur ce mot sociologique,pas déquivoque.
Lémancipa tion vraie, lémancipation sérieuse, l'émancipation au progrès réel qui grandira la femme évoluée et libérera la femme assujettie. Cest-à-dire celle des responsabilités morales devant lordre vrai. Le Féminisme spiritualiste, ayant pour objet léducation des âmes (2).
Atravers les conዿits ressuscitant les fantômes de lantique haine, une nouvelle ère sannonce qui rétablira une union plus étroite et une solidarité plus profonde entre les sexes par une justice sociale identique à légalité des sexes, des deux facteurs égaux de lHumanité qui sont une même force sociale sous deux états divergents. Lapproche de ce moment illumine lavenir de lHuma nité.
De lHumanité majeure réalisant l[dée Suprême de Justice, mettant audessus du préjugé la droiture de la conscience éclairée. Car il ny a pas dans la nature dinfériorité de sexe. La nature ne layant pas conçue, nous nacceptons rien du préjugé, Cest un condamné qui na rien à donner. ' (I) Préface du volume les Femmes et la Vie, par M'ne de Bezobrazow, F. Laur, éditeur, 26, rue Brune] (400 p.,3 fr.
50). (2) Société du Féminisme spiritualiste (œuvre de lHuma nité intégrale) 4, Saint-dames, Neuilly. Paris.
Cette société croit de son devoir dinformer, pour écarter une confusion, quelle veut éclairer, que, bien quelle rende justice à la tentative de tous les congrès senchevêtrant pour 1900, elle nadhère en principe quau groupe Indépendant du Congrès spiritualiste, à sa commission organisée et solidaire de tout le mouvement spiritualiste-humanitaire scientiዾque. --I Je»!
MA FAÇON DE veux 275 Le double aspect de ce livre : Les Femmes et la Vie, est donc littéraire et sociale. Dun côté lart, de lautre lidée.
Ces deux termes, ne pouvant sexclure l'un lautre dans la réalité de lIdéal positif actuel, disent dans ces pages : (< Conciliation. réconciliation, » fondent pour ainsi dire dans la même harmonie les doubles paroles paciዾques et combatives qui renferment le double ensei - gnement de la vie, sa-ugmentant de toutes les vérités quil afiranchit. Lorsque la voix de la Femme nouvelle insultée et pros crite arrive disant les mots de Paix.
Lorsque La Der nière des Druzdesses abrite sous sa pensée la pensée en deuil de la Gaule. Lorsque les yeux de la Déesse de lA cropole errent sur des tombeaux. Lorsque lAimée, dans le Triomphe de lAme, élève audessus et au delà du ( moi » le cœur de son amant jusquà lamour de Dieu, ce qui sort virtuellement de ces pages, cest le doulou reux exode du Progrès, prouvant et ramenant au Divin.
Cest l'abolition de la Loi de force par la Loi de justice, qui va de Bouddha. Platon, Jésus (i),à Kant, Condorcet, Victor Hugo, Tolstoi. L'équilibre matériel, léquité mo rale que cherche ce siècle se trouvent dans la restitution de la vraie Loi qui est la ዾn du spiritualisme social, la ዾn de Dieu. Quelle est la question daujourdhui? Combattre la loi par le droit? Quelle est la question de demain? Vaincre la loi par le droit.
Quelle est la' question de tous les fours? Rectiዾer les lois humaines par les lois divines sortant du seul livre vrai : celui de la nature. Cette com munion de la loi humaine et de la loi divine, cette iden tiዾcation est le fond de la sociologie dont le véritable fondement repose sur laccord du jeu de lorganisme social. Accord dont naît le rythme de lexécution har monique qui vaincrales ténèbres etle chaos !
Car lUnion des hommes et des œuvres peut renouveler la face de la terre, lunion dans la vérité du fait infaillible des lois uni verselles. Après avoir énoncé ces principes, les avoir mis (i) Le Christ demeure, pour lauteur,le Dieu de la Fraternité humaine, lesprit divin entrevu dans ce mélange de mystère et de clarté qui caractérise la vraie beauté de l'Évangile.
276 L1xm '.TlON en relief dans la partie littéraire, sociologique propre ment dite, dans 1cr lnrermezzo des Syllabes chan tantes >.lauteur les interprète sel-m lidée du Beau et les sentiments qui lui correspondent. Cest par laspira tion vers le Beau que l'homme commence son ascension vers lIdéal.
Et au-dessus de la Pallas Athénée de lAcro pale, plane la pensée que cest à lArt à symboliser la suprême diversité dans lunité suprême, à relever l'iden tité universelle en apprenant aux âmes à sassimiler cette harmonie, évoquantjla correspondance de lesthétique et de léthique, des sensations et des idées et le seul vrai langage des âmes, dont la vibration lumineuse pénètre dans le monde.
Dans le Matriarcat, dans Catherine Illégislatricç, lau teur narre quelques faits, prouvant le don de la pensée organisatrice de la femme.
Il y aurait là matière à un livre,'car déዾnir les vertus gouvernementales dela femme serait reparler du même coup des Blanche de Castille, des Elisabeth dAngleterre, des Mૻ Roland, des prin cesse Daschkoff, etc., etc., étude qui certainement com pléterait les pages que lauteur publie aujourdhui; mais avant danalyser les personnes, il passe de la démonstra tion historique esquissée à lexamen de la chose, dans le difዾcile problème de la pédagogie, de léducation par les femmes.
Précisément dans le féminisme spiritualiste, il pose lIdée dun féminisme épuré par lépreuve sociale, mêlant son âme à la régénération spiritualiste quon salue par tout où on la rencontre.
Du spiritualisme social dont les afዾrmations sont en harmonie avec celles de la vie, dont la foi nest pas une vérité distincte de la vérité uni verselle, mais qui,au milieu de la confusion que fait naître la complexité des partis, est un rappel incessant à lhu manité, au devoir mesurant sa grandeur à la grandeur des destinées de lâme immortelle et la perpétuelle vision dun monde meilleur à travers les obstacles de cette vie..
Dans les pages :« Y a-til du neuf à faire dans lensei gnement religieux? » lauteur traite de la question à la quelle ce mouvement spiritualiste donne lieu actuellement, dans la question fondamentale de lenseignement reli gieux. Le levier des volontés futures étant dans léduca
M.\ FAÇON DE VOIR 277 lion morale, en raison même de la liberté progressive de lenseignement qui aboutit à la communication du cer veau de lElite avec le cœur des peuples. Le cœur des peuples est forcément faillible comme le corps, la chair de lHumanité sera toujours soull'rante, une hiérarchie de cerveaux impeccables serait lunique mode de gouvernement personniዾant la Liberté qui megarde ዾxement lordre.
La nature est hiérarchique, la sélection fait légalité vraie, et cette sélection jaillit de la condensation de lêtre moral dans sa foi interprétée aux lois de la nature qui sont les droits de lHumaniré. Hors cela il ny a que paradoxes, échec réel sous lapparent triomphe des mots.
Obtenir la victoire de l'ordre vrai fait par la suprême raison, sur lordre faux fait par le paradoxe ou par le sabre, cest inዾltrer de la sève, cest rayonner du jour. ' La liberté par la raison nest pas sous nos- pieds, elle est sur nos têtes, car, ce qui sort de la croyance en Dieu, cest la Lumière,et ce qui sort du néantisme,cest sa sub mersion.
La femme nest pas coupable de l'ordre existant,puisqee l'Education échappe en majeure partie à son droit encore faible, qui a besoin de prévoyance dans la guerre sociale dont peut-être il achève lévolution.
Cest la honteuse lâcheté de la domination de lhomme qui a empêché la femme de lever les yeux pour admirer la sublimité de sa tâche éducatrice, qui contient tous les grands intérêts de lhomme nouveau : labolition de léchafaud, de la guerre, de lignorance par la merveil leuse vertu de communication de la raison et de lamour.
De lhomme évolué dont les hautes facultés sélève ront à lHumanité Intégrale qui montre toute la vie et lau-delà de la vie, dont les plus secrètes pensées séclai reront de la conscience intérieure de lUnité Humaine par: la Vérité sociale réalisant les lois divines, les idées de Dieu. De lHumanité Intégrale vibrant du palpitant clavier de la vie universelle qui promet léternité de lau 'delà.
De lHumanité Intégrale faisant raisonner sous son soufዿe linዾnité des mondes comme si tous les univers nétaientquune Humanité. Cette préface du volume les Femmes el la Vie con
2 78 LINITlATION tient lélite qui fait la matière du volume suivant : I'Hommc-Humanité (i). D'ailleurs elle se poursuit dans les Poèmes ésotériques et les Sept contes du Napshodes et se répand à travers la variété des vibrations poétiques des c Ondoyantes ). DE BÉZOBRAZOW. Septembre 1899. _ _ _ Saint-lames, Neutlly (Pans). BIBLEQGÆÆAPEEE G.\BRlEL DELANNE. -[Lime immortelle, démonstration expérimentale. In-18, 3 fr. 50. Chez Chamuel.
Voici le plan de la dernière oeuvre de notre ami Delannezlensemble des documents expérimentaux et théoriques quil a recueillis et dont, avec son grand talent dexposition il a su dégager les données essen tielles, est réparti en quatre livres.
Dans le premier, intitulé lObseruation, sont consignés les phénomènes non provoqués prouvant lexistence du périsprit ; le deuxième livre renferme les expériences des savants de toutes les écoles ; le troisième traite des théories expli catives, et le quatrième des créations ዿuidiques de la volonté.
Les points de divergence des doctrines du spiritisme et de celles de loccultisme ont été trop sou vent exposés pour en parler encore ici; le public spécial sait que cest seulement la preuve de limmor talité du principe intermédiaire que donnent les doc trines spiritualistes : les termes âme et esprit ont trop souvent été confondus dans la langue ordinaire pour espérer pouvoir leur donner aujourdhui une signiዾca üonprécise.Dans les langues latines,la constitution étymo logique de ces mots indique bien pour le premier un (1) Sommaire de lHomme-Humanité : La Foi nouvelle et le Christianisme social. De lHumanité intégrale. Les États-Unis dEurope (quelques observations sur laccroi35e ment des armées permanentes). Note sur la question d0 rient. Un civilisateur russe. »
BIBLIOGRAPHIE 2 79 piInCIpe qui donne la vie, et pour le second une force de relation, mais lanalyse étymologique de ces mêmes mots dans les langues germaniques conduit à linterpré tation contraire, cest-à-dire donne à lâme la place intermédiaire, tandis que lusage populaire du mot âme (seeIe, seul) désigne quelque chose de céleste et de bien heureux par nature ; le mot esprit (geist, ghost) est réservé à un principe plastique, indéterminé et quasi 'terrestre, puisquil est souvent employé comme syno nyme de fantôme.
Ainsi lagent de tous les phénomènes de clairvoyance, de télépathie, dévocation, dapparition, de t_vptologie, de divination, extériorisation de la sensi bilité, de la motricité, de matérialisation et statuvolence peut être appelé l'esprit. Cest en lui que résident toutes les fonctions intellectuelles et émotives, jusques et y compris les phénomènes subconscients et sùpracons cients.
Quant à lâme, enseigne la tradition, elle est un mystère que Dieu seul connaît. La question de limmortalité de lesprit rentre mieux dans les possibilités philosophiques. Il est évident que lesprit survit au corps terrestre après lavoir quitté, mais, puisque cest une entité naturelle, cestàdire créée, il doit ዾnir au bout dun temps plus ou moins long.
Létude comparée des théories orientales et des théories mystiques de notre race permet dédiዾer lexplication suivante. LEsprit est un organisme très compliqué ; il renferme beaucoup dêtres invisibles, des démons, des dieux ou génies, des élémentals, doués chacun dauto nomie, dun certain libre arbitre, et par conséquent de .quelque responsabilité.
Chacun des individus quil ren ferme est mortel, ou, pour mieux dire, a reçu un temps de vie proportionnel à sa position sur la double échelle des êtres; lorsque lEsprit aépuisé sa série dinnombrables réincarnations,tous les êtres dont la réunion organique le constituait sont morts successivement et lAme reste seule, avec le vêtement de lumière quelle sest tissé, dans lattente de son dernier jugement.
On voit à quelles immenses questions touche le livre de Delanne ; cela sufዾt à donner la mesure de lin térêt .quil inspirera aux étudiants convaincus. SÉDIR.
280 L'INI I'lATION Revue de Paris, I899, I" avril. Fr. FUNCK BRENTANO : Le Drame des poisons; I°* art. (la Sorcellerie au sur" siècle...). Revue des Deux Mondes, I'ૺavril 1899. A. GASQUET : Le Culte et les Mystères de Mithra. Bulletin de lAcade'mie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, 3° série, t. X(XVI, n° 1 I . E. GOBLET n'AI.VIEI-LA : Un Curieux Problème de trans mission symbolique.
Les Roues liturgiques de lancienne Egypte. Le Muséum et la Revue des religions (I888, n°8 4-5). Analyse : REGESTE : La Secte des Essénzens (elle remonte à la persécution d'Antiochus). Revue de l'Instruclion publique en Belgique, 1898, 6° livraison.Anal se : J. HANSEN : Inquisition und He.xet: verf_olgung im il file/alter (dès le X111ૻ siècle, les inqui siteurs sont portés à considérer les sorcières comme des hérétiques).
Revue de labbaye bénédictine de zWared50ns, 1898, n° 10. Analyse : A. REGESTE : La Secte des Essémens. Ons Volksleven, I898, livre I-3. F. ZAND : La Sor cellerie au xvr° siècle. (Revue historique, maijuin 1899.) Bulletin de 1.1 Sociétédes Antiquaires de lOucst, I898, maijuin. LIÈVRE :Les Fouilles de Villepouge.lsis et la magie en Saintonge du temps des Romains. His torische Zeilschrift, Bd. XLV,heft.
3.HANSEN : Inqui sition et Procès de sorcellerie au moyen âge (... sur les origines des poursuites contre les sorciers).M.,lahbé Benigni a publié une étude sur une formule magique byzantine (extrait du Bessarione;Rome, 1897,in-8,I7 p.). Lavues sages NATHANAEL. Mission bouddhiste et les Enseignements l de lÉglise catholique libre, réponse à lécrit dun Lama': La Barbarie chrétienne en Europe. Broch. in-8,en alle
NOUVELLES DIVERSES 28I 'mand, chez W. Ruszbuldt, Berlin (recommandé). TH. KRAUSS. Der nervüse Kopfschmerg et sa cure, in-3z. Leipzig. Chez Wilhelm Friedrich.
Illlâ ÙJIOËLILIËZS lDll0lËŒSËS Nos F:;: de Roumaniequivoudraientconsulterunim portant catalogue de livres occultes a vendre sont priés de sadresser à M. Ulic, lieutenant à Galatz, Rouma nie. * 4i >F Signalons lapparition dun nouvel organe occultiste rédigé en portugais et paraissant au Brésil, à Parana-Co ritiba, 108, rue Silva Jardim, sous le nom de ESPHYNGE (le Sphinx). Il est établi sur le modèle de lInitintion avec trois sec tions.
Tous nos compliments et tous nos vœux à notre nou veau confrère. l' x- 4 LÉcole pratique de 1Wagnélisme et de Massage, autori sée par lEtat en I895, rouvrira ses cours le lundi 23 octobre.
Ceux qui désirent Proዾter de cet enseigne ment doivent se faire inscrire de 1 heure à 4 heures, à la direction de lÉcole, 23, rue SaintMerrÎ, Paris. * «\i 4 Pour paraître prochainement: une excellente étude qui a sa place tout indiquée dans toutes les bibliothè ques spiritualistes, la Spiritualisa!ion de lArt, par Jean Delville. Avec préface dEdouard Schuré.
Lauteur des Horizons hantés et des Pamphlets esthétiques a puisé près de son maître, le Sâr Péladan, les principes quil met en œuvre dans ce volume qui marque une étape des plus intéres santes de LART IDÉALISTE. ,
282 LINITIATION (On trouveralouvrage de J. Delville à la Librairie Spi ritualiste et Morale.) I*O Recommandons encore et tout spécialement à nos lec- ;< teurs la Chine nouvelle, revue illustrée d'Extrême-Orient. Elle estremplie d'une foule de renseignements très intéres sants, 24 francs par au. Francis Laur, éditeur, 26, rue Brunel, Paris.
0 9 Ÿ Toujours enavantdansla marche desidées , la Revue des Revues est la seule des grandes revues françaises qui ait consacré une rubrique spéciale à loccultisme. Il ne lui manque plus quune place accordée aux revues occul tistes dans ses analyses mensuelles, pour être tout à fait complète à cet égard. Nos sincères félicitations à son di recteur Jean Final.
0 et Tous nos souhaits à notre nouveau confrère lÉcho de lAu-delà et dIci-bas. (3, rue de Savoie, Paris.) Ce jour ,: nal bimensuel sera l'Echo de tous les centres spiritna listes sans distinction d'école. Les noms de beaucoup de nous amis qui ዾgurent dans sa rédaction nous sont un garant de son avenir brillant. l .
Notre confrère Gaston Méry vient de résumer en une brochure illustrée tous les faits se rapportant aux Appa ritions de Tilly. Nous conseillons vivement la lecture de cet intéressant travail à tous nos lecteurs. . . a . A ce propos, signalons dans 1Ècho du Alerveilleux une curieuse campagne sur lIdentité des Esprits.
M. Gaston Méry résume très clairement la question en ces termes: « En somme, toute la question est là: les esprits évo qués dans les expériences spirites donnent-ils les preuves absolues de leur identité ? 41.. « «.«.«... ...,. ,.,.,,.».m. e».z.r-wvn æ.,.,m.,.., ,.;-,r,,..,. _ ... ,. ,..,.».....A., .«JÏ'1...v ..«- -. - :;j-*L«Bv;æx,; " - -&;n_
LEBEÏÇSHEIM 283 « Jusquà démonstration du contraire, je prétends que non. Les spiritespretendent que oui. » Nous suivrons avec intérêt cette controverse en lais sant de côté les injures et les insinuations malveillantes de certains journaux spirites.
Une maislln de santé bamœoparhique Le Dr Gérard Encausse vient détablir à Auteuil, 87, boulevard Montmorency, après autorisation préfec torale, la première maison de santé homéopathique, existant en France, en dehors dun hôpital.
Cette maison de santé comprend un service spécial des malades pen sionnaires pourvus du plus grand confortable, un ser vice de malades externes avec dispensaire électro-homœ pathique et des services annexes (électricité,'f bains, absorption cutanée), etc., qui en font un établissement unique en son genre.
Nous comptons sur nos amis pour nous aider dans cette entreprise, qui doit en aider à son tour beaucoup dautres. . âEBENËÆEEEÆ NOUVELLES ASPIRATIONS PÉDAGOGIQUES EN ALLEMAGNE Celui qui connaît lhistoire universelle à fond sait quil y a des forces mystérieuses dont dépendent la force dun peuple, sa prédominance, sa vigueur ou sa fai blesse, sa dispariticn de la scène du monde, sa défail lance, en un mot une idée géographique, comme lAlle magne létait avant 1864.
Ce nest pas la civilisation seule qui produit, au comble de son développement tournant mal, des états de dégénérescence que les auteurs mo dernes ont dépeints avec préférence (Péladan, la Déca dence latine, Nordau, Ibsen, Eda Reich, Alfr. Dâmm,etc.). Zola nous donne en vingt volumes lhistoire de la dégé nérescence dune famille. Le mal, en continuant à se reo
284, L'INITIATION produire est une pâte longue, anéantissant lindividu et la génération, comme dit Horace : Œtsas parentum peior avis tulit Nos nequiores, mox daturos Progeniem vitiosiorcm. Il faut aussi de grands hommes qui marchent à la tête d'un peuple pour le former grand, sain, respecté. Ces grands hommes sontle don que Dieu fait au peuple mo ral quils le mènent au comble de la gloire et de la supé rioritc.
C'est le secret de la comédie où les peuples européens sont emportés dune dégénération générale qui paralyse leur énergie, mine leurs mœurs et leurs forces physi ques, dépeuple les terres et augmente de jour en jour le nombre des célibataires, des avortements, des crimes, des maladies de tout genre, spécialement des internes, toute la misère de lhypersulture. Comment vaincre cet ogre multiforme ?
Ily a une centaine d'années que Jean-Jacques Rous seau ዾt retentirl'Europe de son postulat : Retomnons à la nature ! En Allemagne, en même temps, on créa des écoles nommées philanthropines, partant du principe que l'avenir est ren/ermé dans la jeunesse. Mais la réaction ne se ዾt pas attendre longtemps. Tout restait comme par le passé jusquà nosjours. Lépi sode de Cempuis prouve que nous n'avons fait aucun progrès.
En Allemagne, il y atrois ans, une société sest consti tuée sous le nom de « Lebensheim» (foyer de la vie) qui a pour but de fonder léducation sur la vie comme elle est, la vie de la sainte nature,intacte,encore vierge de la civili sation profane moderne. Un professeur àElberfeld, P.-J. Fhiel,publia une brochure un jour à Lebensheim.
Cest uninstitutidéal,rêvé parlauteur,danslequel léducation et linstruction sont accommodées à la nature des enfants.ll faut exercerleurssensau lieudeles émousserpardesidées quils ne comprennent pas,il faut quils voient eux-mêmes, entendent eux-mêmes, sentent eux-mêmes, pensent eux_ mêmes. Une opinion acquise ainsi vaut mieux que dix pensées prononcées devant eux. Cen serait trop de re -«-..;» :w..-.n,.,-....., ..> . , ૺ",«0ૺ""ૺ' v r 'WŒœዿnbWMW;\üWÇù'Ù ' :r .xç«..» :., ,.{
LEBENSHElM 285 produire le! les leçons normales qui y sont données. Espérons qu'une traduction française du petit ouvrage apparaîtra en peu de temps. Les leçons sont données en plein air ou en pleine nature, ou dans des salles qui sont pleines d'air frais, de. ዿeurs et de soleil.
Lumière, air, eau,forêt, cest la devise de la société de Lebensheim, qui a pour président le comte de Pestalozza-Fagmers heim,à Munich,et pour vice-président le baron de Fischer, à Berne (Suisse). Mais cette société aaussi son propre journal, les « Le bensheimer Blacter ». et un lycée-type. C'est l'institut « Lebensheim » à Uetersen, près de Hambourg, établi en 1854, uni àla société il y a un an et demi, dont le di recteur, A.
Meyer-Wellentrup, aécritces lignes pour en ዿammerles cœurs des lecteurs à fonder une succursale en France, comme semence de l'avenir. Notre institut est fréquenté depuis quarantecinq ans par les jeunes hommes de toutes les nations. Nous y avons joint en core une école de commerce pour sufዾre à tous les désirs de nos clients. Mais nous avons encore un esppirplus beau et plus vif.
Ayant connu les remèdes de lélectrohoméopathie, nous nous sommes décidés à fonder ici une maison de santé dédiée à la jeunesse souffrante, laquelle est v spécia lement susceptible de recevoir la force médicatrice de lélectrohoméopathie. Cest le moyen de bannir le poison lent de la dégénérescence en produisant une généra tion saine, vigoureuse, intelligente, idéale, capable de rendre laieunesse au monde.
Pauvre France, charmant pays, plein de ressources presqueinépuisables,laisse-toi rajeunir par les saintes forces de la vie, aዾn que tu ne sois plus déchirée par les factions haineuses, odieuses et haïssables Retournons à la vraie nature,notre sainte ère, dont il est impossible de se départir sans être puni par des maladies de toute espèce, physiques et spirituelles.
Vos enfants, vos petits-ዾls vous y remer cieront dêtre délivrés,par vous,'d'un esclavage insuppor table de létat dénaturé. Nous prions tous nos lecteurs daugmenter notre entre prise philanthropique en quêtant pour ce but entre leurs amis et en envoyant leurs dons au bureau de ce journal. IÙ.|M
2 86 LINITIATION -:--w.«' a . ..æ:- .- <. ,, .. _ .a._ . Les quittances seront publiées de temps en jtemps, avec des nouvelles sur le progrès du grand ouvrage. Que tous les philanthropes nous aident il transformer le monde à l'état de la nature perfectionnée l Voilà le but le plus haut de tous les buts. Nous y aideias-tu aussi i... A. Marsa-Wauaurnuv, Directeur de lInstilut - Lebensheim - à Uulrmen, près IIambourg.
MEMBRES SPIlMTE E'llSPIM'IEDALIISTÊ DE Œ@Q@ SECTION llERMÉTIQLE Les souscriptions sont reçues à la rédaction de lIni liaizon, 87, boulevard Montmorency, Pans: Listes précédentes . . . 179 fr. Capitaine L . . . . . . . 3 M. T. M. . . . . . . . 20 M. G. M. . . . . . . . 20 222 fr.
EBEA'IA Il sest glissé dans le discours du F:j: Exp:2: quelques fautes typographiques qui en rendent la lecture assez difዾcile. (Initiati0n,aout1899, article de tête). Pagegg.Au lz'euae: L;'_; P::; Mïjî,lire: T21: P22: l\-l:l: Au lieu de ; Dr Phil. Inc..., lire: Docte Phil.
Inc..., Page 100.-Les Dorlski,Pelle, lire:Dorbski, Pillé. Vous savez que vous êtes des nôtres, nous sa vons que nous sommes nôtres,lire: nous savons que nous sommes vôtres. Page 10].Le caractère... à lentrée de votre A M"' ._., ' lire: à lentrée de notre Att:j: M:j:. - Enveloppés du manteau protecteur de l1nitir, lire : de lInitzé. Sous et ,.. u.-...... _- . ,_-.41-2_._,_.,.,.. ..«, .. t. n a. r- - .'v .;Ïr' "Cg , :î*= m»:a.-.:
PETITE CORRESPONDANCE 287 pseudonymequi,comme sapersonnalité,iire : qui couvre sa personnalité. 4 Page 102. Or,MZî: J:Z: F:î:,nest-ce pas là, lire r Or M:j: FF:Z: Page 103. -Le tribunal de la Sainte-Vœnne, lire : Sainte-Vœme. Le Ieschoud, lire . Le Ieschoua. Ceux dentre nous M;'_: J:;: F:Ï:, lire : M:Z: FF:î:. Page 105. Pour nous il ny a... entre l1nitzale et lInitié, lire : entre l1nitiable et l'Initie'.
Page 103. Au lieu de : Vallée de Paris, lire: Col ::: de Paris. Au lieu de: L::: [E] n'1 A'ÀA, lire : L:;: [E] nૻ*'*. Pâîüliâ ©®EERESË®Œ@ÆDŒ@E Labondance inattendue du courrier de lInitzalian, ce mois-ci, nous a suggéré lidée de répondre à nos lec teurs par une voie plus rapide.
Nos correspondants se reconnaîtront facilement à lindication de la question posée par eux. » QUADRATURE DU CERCLE. - Dans le domaine de la matière, le problème est irréalisable;dans le domaine moral et en magie, les livres doccultisme en donnent plusieurs solutions symboliques. Voici une remarqueà ce suj'etqui intéressera certainement les étudiants de la traditionorientale.
Si l'on prend en années solaires la durée dun Mahakalpa ou dun âge de Brahma, soit 311.040.000.000.000 et quon ajoute à ce nombre les autres mesures du temps :Ëcest-à-dire. une année de Brah ma, un jour et une nuitde Brahma, une heure, une mi nute, une seconde, une tierce, une quarte et une quinte de Brahma, on obtient le nombre de 314.159.471.990.735 années,qui contient les mêmes chiffres que le nom bre 1:.
MAGIE DES NOMS PROPRES. - Voir sur ce suiet: A. Lefébure : la Vertu et la Vie du nom (Alelusine, vm, 10). -R. Andrée : Personennamen (Zeitschr.f. Ethnologie, 1876). Nyrop : Naunets mags (La puissance du nom) in Nindre Afhandlinger, 1897.
288 LINITIATION .- LWQ"" ANTÉCHRIST. Voici les titres de quelques livres anglais que nous recueillons dans Notes et Guerres (juillet 97) : ANONYMOUS. The Number Six Hundred and Sixty-Six and the Name of AntiChrist. yj; Pp. 224. London, 1874. CLARKE, J.-E. Dissertation on the Dragon, Beast, and False-Prophet of the Apocalypse, in which the Number 666 is Satislactorily Explained; and also a full illustra tion of Daniel's Vision of. the He-Goat.
Pp. 400. Lon don, 1814. KEANE, A.-H. The Antichrist Legend. A chapter in Christian and Jewish Folklore. Englished from the Ger man ofW. Bousset. Prologue on the Babylonian Dragon Myth. Pp. 308. London, 1896. RABETT, REGINARD. AATEINOE : LATEINOS; or the Only Proper and Appellative Name of the Man, whose Prophetical Number in Greek Numerals is 15435666. (Rev. x111, 18.) The Ecclesiastical Mark or Name of the Beast.
"Two horns like a lamb, and he spake like a dragon.ૻ (Rev. x111, 11.) Pp. 308. London, 1835. [TAYLOR, JOHN.] Wealth, the Number of the Beast, 666, in the Book of Revelation. Pp. 156. London, 1844. THOM, DAVID. The Number and Names of the Apo calyptic Beasts; Wilh an explanation and application Pp. 398. London, 1848. Two SERVANTS or Cums-r.
The Computation of 666, and its Relation to Anti-Christian Systems, but having ' reference to a Person, the Coming Antichrist, who is to be overthrown by the " Sun of Righteousness.ૻ (Rev. x111, 18.) Pp. 398. London, 1891. -Mal. IV, 2. UPJOHN, J.-A. The Number Counted, 666. An enigma that has bafዿed the ingenuity of men for eighteen hun dred years. Pp. 150. Neenah, Wisconsin, 1882. Le Gérant : ENCAUSSE. TOURS. in? E.
ARRALLT ET c", 6, km: DE LA PRÉFECTURE. 'L.._. pÿæîLy #7337?» -.-- nr-nsw:>AH r y _ l __ r _ __ r, .:,=':ዾM¥.11i-5'=idr" L - 1.;É...- . ., / ' _ a A pkÿ '