The text
Revue philosophique des Hautes Études PUBLIÊE MENSUELLEMENT SOUS LA DIRECTION DE PAPUS I (à O. >I< Docteur en médecine — Docteur en kabbale D" 43" VOLUME. — 12"" ANNÉE SOMMAIRE DU N° (Mai 1899) ——p<-—* PARTIE INITIATIQUE L'Occullisme en Angleterre. . . . . . . . . . . . . . . A. Smith. (p, 97 à II2). PARTIE PHILOSOPHIQUE Études ésotériques, . . . . . . . . . . . . . . . . . . A. Erny. (p. 11351124).
L’Occulte catholique . . . . , . . . . . . . . . . . . . . Alta. V (p. 125 à 152). Le Réveil de l’Ame . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Ed. Schnré. ' (p. 153 à 166). Le Grand Arcane . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . D" P, Rozier (p. 16 à 1—3 ). PARTIE LITTÉRAIRE 7 / Le Bonheur . . . . . . . . . . . . ; . . . . . . . . . Estrella.
'i(iJ174à 177) Ordre martiniste. —— Société des conférences spiritualistes. -— Congrès spirite et spiritualiste international de 1900. —— Bibliographie. — Questions et réponses. —— Livres reçus. -— Errata. —- Avis. Tout. ce qui concerne la Rédaction et les Echanges doit être adressé Villa Montmorency, 10, avenue des Peupliers, Paris. Administration, Abonnements : 5, me de Savoie “ Chamuel, éditeur. Le Numéro : UN FRANC. — Un An: DIX FRANCS
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion ; mais elles n'ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l‘hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L'Initialion est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l'Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’1nitiali0n adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l'arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cle’ricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère. > Enfin l’Initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l'Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde.
L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études. La première partie de la Revue (Initiatigue) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits.
Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier. L’Inin‘az‘ion parait régulièrement du 15 au 20 de chaque mois et Compte déjà huit années d’existence. — Abonnement: 10 francs par an (l:es collections des deux premières années sont absolument épuisees.) ‘ '
L'Ïnitîaiion d'ù”15 Mai 1899 PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE l’1nifiation 10 PARTIE INITIATIQUE AMO —— F. CH. BARLET, S.'. I.'.5‘; -— GUYMIOT. -— MARC HAVEN, S.'. I.'. si — JULIEN LEJAY, S.'. I.'. s; — ÉMILE MICHELET, 3.-. I.'. (C. G. E.) —- LUCIEN MAUCHEL, S.'. I.'. (D. S. E.) MOGD, S.-. I.'. — GEORGE MONTIÈRE, S.'. I.'. à —-PAPUS, S.'. I.'. 5} — SEDIR, S.-. 1.-. — SELVA, S.'. I.'. (C. G.
E.) 20 PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ABIL-MARDUK. —-— AMELINEAU. — ALEPH. —— D“ BARADUC. -— SERGE BASSET. — Le F.'. BERTRAND 30‘ — BLITZ. — BOJANOV BORNIA PIÉTRO. -— JACQUES BRIEU. - CAMILLE CHAIGNEAU. CHIMUA DU LAFAY. — ALFRED LE DAIN. — G. DELANNE. — ALBAN DUBET. — A. ERNY. — FABRE DES ESSARTS. — L. ESQUIEU. — D“ FUGAIRON. — DEI.EZINIER. —- JULES GIRAUD. -—-—L.«GOURMAND. — L. HUTCHINSON.— JOLLIVET-CASTELOT.— L. LE LEU.—— L.
LEMERLE. — LECOMTE. — NAPOLÉON NEY. — HORACE PELLETIER. — G. POIREL. -— QUESTOR VITŒ. — RAYMOND. — D“ ROZIER. — L. SATURNINUS. — D‘" SOURBECK. — THOMASSIN. — G. VITOUx. — YALTA. 30 PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAUBOURG.— JEAN DELVILLE. au ESTRELLA. -— E. GOU DEAU.— MANOËL DE GRANDFORD. — JULES LERMINA. — L. HEN NIQUE. -— JULES DE MARTHOLD. — CATULLE MENDÈS. — GEORGE MONTIERE. —LEON RIOTOR. — SAINT-FARGEAU. — ROBERT SCHEF FER. — ÉMILE SIGOGNE. — CH.
DE SIVRY. 40 POÉSIE CH. DUBOURG. -— RODOLPHE DARZENS. — JEAN DELVILLE. -— YVAN DIE'I'5CHINE. — E. GIGLEUX. M CH. GROLLEAU. — MAURICE LARGERIS. — PAUL MARROT. — EDMOND PILON. —— J. DE TALLI mur. -— ROBERT DE LA VILLEHERVE. ' :;x -.Dh._.‘ ' . *-.
L’INITIATION L’Inilïdh‘on du 15 Mai 1899 ADMINISTRATION ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO DIRECTION Villa Ionlmorency, 10, aven. des Peupliers PA RIS—A UTEU1L DIRECTEUR : PAPUS Dnuzcreun ADJOINT : Luolen MAUCHEL C H A M U E L 5, [lue de Savoie Rédacteur en chef: 4 F.-Ch. BARLET 13‘ RIS _ Secrétaires de la Rédaction: FRANCE, un an. 10 ir. J. LEJAY — PAUL SÉDIR ÉTRANGER, __ [2 h.
RÉDACTION. —- Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité. L’indépendance absolue étant la raison d'être de la Revue, la Direction ne se permettra )amais aucune note dans le corps d'un article. Prière d'adresser tous les échanges : Villa Montmorency, 10, avenue des Peupliers, Paris. MANUSCRITS. — Les manuscrits doivent être adressés à la rédaction.
Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d‘avis spécial. Un numéro de la Revue est toujours com osé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au p us tôt que le mois suivant. L’Im‘tiaz‘ion est l'organe officiel des centres suivants : Groupe Esotérique. — Ordre martiniste. -— Faculté des Sciences hermétiques. — Ordre Kabbalistique de la Rose Croix. —— Union Idéaliste Universelle. — F. T. L. (section française).
' Il0lll’E IIDEPEIDAIT II'ETIIIIES ÉSOIEBIOIIES 1,600 Membres — 104 Branches et Correspondants —- Groupes d‘Études fermés Les Membres ne paient ni cotisation ni droit d’entrée. Pour tous renseignements, s’adresserparlettreà M. Paul SÉDIR, directeur adjoint, 4, rue de Savoie, Paris, en joignant un timbre pour la réponse. Principales Sociétés adhérentes au Groupe ORDRE MAR mvzs TE 0RDRE KABBAL!STIQUE DE LA ROSE 4; CROIX. —Écusn GNOSTIQUJ! SOCIÉTÉ ALCHIMIQUÈ DE FRANCE
n_.; . .— .’.:-z‘.‘ '_1.. _. La reproduction des articles inédits publiés par l'lniliation est formellement interdite, à moins d‘autorisation spéciale.
È PARTIE INITIATIQUE Cette partie est résenæ'e à l’exposé des idées de la Direction, des Membres du Comité de Réduction et à la reproduction des classiques anciens.) E.’@Mlflli‘ittîi EN àNGLETERRE THE OCCULT SCIENCE CERCLE Origine, objet, orgänz’sation, règles et Izzstorique du Cercle anglais des sciences occultes. — Résultats acquis. — Prophéties réalisées, clairvoyance, gué— rison par l’eau magnétr’sée. ‘ Le hasard d’une rencontre avec un ami que je n’avais pas vu depuis de longues années m’a fourni des renseignements, pour moi tout à fait inédits, sur le rôle politique de la F.-.
M.'. Mais ce qui m’a paru bien plus curieux, c’est l’emploi par une section de francs-maçons de certains procédés de magie dans un but pôlitique. Surce, mon ami fit quelques petites expériences de magnétisme, et, en imitant ses procé— 4 . , . - _; ry»—,»—..-é,:,.—. que n ;.—
Ï 93 ' L'INITL\TION [MAI dés, je découvris, à mon grand étonnement, que je possédais aussi quelque puissance magnétique.
Je me suis adresséalorsà mon excellent ami Herbert Burrow, bien connu comme collègue de M" Annie Besant, dans le mouvement théosophique anglais; ce qu’il me dit, et ce que dans l’intervalle j'avais pu lire, aida à confirmer dans mon esprit le rôle important que joue l‘occulte dans les questions pratiques, politiques et sociales de la vie des individus et des nations.
J’ai réuni alors quelques amis, leur ai fait part de mes préoccupations et nous nous sommes trouvés en face de ce dilemme: d’un côté des faits qui nous sem blaient miraculeux, que nous avions toujours envisa— gés comme ridicules, ayant pour base la crédulité et la superstition. D'autre part, ces mêmes faits attestés par des per sonnes dont nous ne pouvions mettre en doute ni l’honorabilité, ni la compétence scientifique.
Alors l’idée nous est venue de fonder un petit groupe, de . faire des expériences et de voir de nos propres yeux ce qu’il pouvait y avoir de vrai dans tout ceci. Mais ce projet était plus facile à concevoir qu’à exécuter, car pour débuter nous n’avions nulle expérience et étions presque sans argent. Il ne manque pas de « Médiums » en Angleterre, ni de personnes prétendant produire toutes sortes de phénomènes.
Mais ces gens font de cela un métier et il faut payer leurs services. L’argent est l’agent le plus corrupteur qui existe. Pour avoir notre argent, on aurait pu nous tricher, valait donc mieux produire seuls, entre amis, et sans y engager le moindre inté—
1899] L’OCCULTISME EN ANGLETERRE 99 rêt matériel, quelques petits phénomènes, au lieu de - voir monts et merveilles produits par des personnes à nous inconnues et ayant intérêt matériel à nous tromper.
J’eus heureusementJ’occasion de venir Paris où je fus gracieusement accueilli par le maître Papus, qui me donna de précieux renseignements pour la pratique de_l’hypnose; je pus aussi assister à la cli— nique du Dr Bertillon, et, plus tard, à Zurich, le pro— fesseur Torel me montra plusieurs de ses sujets et me donna également d’utiles indications.
Aussi, j'acquis quelques notions pratiques et techniques; en outre, Papus m’introduisit auprès de M. Duellin, alors à Londres, auquel bientôt vint se joindre son ami M. Raymond. Grâce à ce concours et aux renseigne ments obtenus, je pouvais fonder le petit groupe dont j’avais parlé à mes amis. Nous étions en tout douze à adhérer à ce projet. Notre première réunion eutlieu le 22 octobre 1897.
Six personnes étaient présentes; c’est alors que nous avons établi les premières règles et la base même de notre association. A la seconde réunion, quelques expériences eurent lieu, de peu d’importance, mais à la troisième réunion tenue le 7 janvier 1898 je pus inscrire au rapport {de nombreuses expériences faites durant un voyage en Irlande.
C’étaient des cas de vision dans le cristal et de guérison par suggestion hypnotique. - Le grand obstacle était le manque de sujets, (1 « Sensitives », avec lesquels nous eussions pu faire des expériences, et la difficulté à trouver un local où nous aurions pu nous réunir sans crainte de déran ... si__l_.lnA ;8 "'"‘ r '(s 42-.4mu&1‘.fl. !5.! .‘I!-_-H *""‘"'“ ““".I"'1: hH"-«' n‘.,.wtns-tu!une? .A... Nru
100 L'INITIATION gement. -— Pour le loyer de la salle, et les frais de poste, il fallait à chaque réunion faire une collecte,et, vu notre nombre restreint, le manque d’argent se faisait constamment sentir.— Nous pûmes cependant, la première année de notre existence, tenir quatorze réunions, y compris le banquet offert à Papus et aux délégués français et roumains présents à Londres pour le Congrès international spiritualiste: invités et membres présents au banquet en tout trente et une personnes, c’était une vraie manifestation de nome vitalité.
Au 30 septembre se terminait notre première année d’existence; ce n’est que dans les premiers mois de la seconde année qu’a pris fin la période de tâtonne ment et que nous nous sommes organisés définitive— ment. -— Pour bien connaître la route à suivre, j’ai présenté un projet de « bannière ou clocher symbo lique ». —- Ce projet a donné lieu à de longues dis cussions, mais nous a montré clairement la voie que nous devions suivre: nous nous sommes trouvés aux deux extrêmes représentés d’un côté par l’Alliance spiritualiste, et de l’autre par la Psychical Research Society.
Le Spiritisme attribuant les phénomènes à l’action des esprits ne nous semble plus être l’objet d’étude, puisque ses adeptes croient avoir trouvé l’explication des phénomènes. D’autre part, la Société des Recher— ches psychiques nous paraissait trop sceptique. Sou— vent des adeptes, au lieu de produire un phénomène, l’empêchent de se réaliser, au contraire, par sugges tion de tromperie ou contrôle trop rigoureux. C’est
-L’OCCULTISME EN ANGLETERRE 101 ce que semblent démontrer les expériences faites avec Eusapia Palladino à Cambridge. Nous nous sommes dit qu'il fallait produire avant tout des phénomènes et qu’après il serait temps d’état blir tous les moyens possibles de contrôle pour prou— ver scientifiquement la réalité du fait.
Autre grande différence : « Psychical Research Society » part en guerre comme si, avant la création de cette société, le monde n’avait pas eu d’existence. Les membres ne tiennent aucun compte de la tra dition. Nos symboles, à nous, prouvent, au contraire, que nous cherchons à nous rattacher à l’expérience acquise par les occultistes de l’antiquité aussi bien qu’aux investigations scientifiques de notre époque.
Notre bannière symbolique adoptée, il s’agissai‘tde grouper en un seul faisceau les opinions et résolu lions diverses, d’en faire une constitution une et défi nitive.
Les discussions sur le symbole à adopter avaient préparé le terrain, aussi cette dernière œuvre d’organisation a—t-elle été accomplie assez facilement: Aujourd’hui, nous avons notre « charte » et nul n’est admis, comme membre ou visiteur à nos réunions, s’il n’appose sa signature à notre déclaration de principes, peu compliqués, du reste, mais qui furent l’objet de longues études, au point de vue de l'organi sation pratique.
Concevoir des théories, rédiger des constitutions, c’est toujours facile, mais mettre en application ces théories, c’est une autre affaire. Si nous avions en tous les mêmes opinions, les mêmes moyens d’action, c’eût été bien simple, mais les feuil— les d’un arbre ne se ressemblent pas, diffèrent même
102 _ _I.’INITIATION considérablement, ainsi en est-il des amis les meil leurs. — Dans nos rangs se trouvaient des spirites plus hardis comprenant que l’action des esprits hu mains n'est pas la cause seule des phénomènes.
Parmi nous se trouvent aussi deux ou trois membres, qui, à la suite de M'”" Blavatsky et Annie Besant ont été mêlés au mouvement théosophique anglais mo derne. —— Nous possédons encore qUelques hommes de science, médecins ou chimistes, qui,sans apparte nir à aucune école, croient au grand avenir du mou vement psychique. L’un d'eux fut un des premiers fondateurs de la 4; Psychical Research 89ciety ».
A Il y a encore parmi nous nombre de libres-penseurs, socialistes, scientifiques, nom des énergumènes rêvant barricades et la reconstitution de la société dans les vingt-quatre heures, mais des économistes qui voient dans l’entreprise collective l’évolution natu relle qui mettra fin aux maux que cause la concur rence.Pour eux, la doctrine occultiste d’après laquelle il n’y a qu’une seule vie animant l’univers tout entier s’adapte admirablement avec leurs théories socia listes, d’après lesquelles sur le « plan matériel» il n’y aurait qu’un seul capitaliste: l’État.—— D’autres enfin, sans opinion bien fixée Sur les questions économi ques, sont comme les socialistes animés d’un senti— ment profondément altruiste, comme eux sympathi sent aux souffrances de la foule et, selon l’expression de Gladstone, sont pour « les masses contre les classes ». Cela explique l’adoption à l’unanimité de la règle 8 ainsi conçue : 4 ‘ 1 ’ ‘ ù‘
' L'OCCULTISME EN ANGLETERRE 103 ".".‘HFF"_ « Les membres font serment d‘employer, autant qu’il leur sera possible, les connaissances et pouvoirs qu’ils pourront acquérir par les travaux du cercle, latin d’assurerle biemêtre de l‘humanité en général et non pas l‘avantage particulier d’une classe spéciale et privilégiée. » , . - Le titre qu’adopte notre société est The Occult Science Cercle et l’objet de ce cercle occulte est ainsi défini : ‘ « Faciliter l‘étude de la science occulte dans toutes ses manifestations spécialement par des expériences pratiques; dans la limite du temps disponible et des connaissances accessibles étudier les anciennes tradi— tions et chercher à découvrir ce qu’il peut y avoir de vrai parmi les superstitions anciennes etmodernes; dévoiler la signification ésotérique des cérémonies et symboles; comparer les anciens mystères avec faits démontrés par les recherches scientifiques modernes, et ainsi chercher àcombiner le savoir et les traditions des anciennes civilisations dont nous héritons avec les méthodes modernes d’étude. » ' Sous la rubrique organisation, nous avons élaboré le règlement suivant : « Les membres du Cercle des Sciences occultes cher cheront à composer des groupes sociaux composés d’environ trois à sept membres, se réunissant suivant leurs moyens d’action aussi souvent que possible.
Leur mission est de faire des expériences auxquelles ils doivent consacrer du temps et que l’on ne pourrait tenter devant de grandes assemblées. Ces groupes devront se réunir aussi souvent que possible, mais,
104 L‘INITIATION d’autre part, les « meetings » du cercle occulte dans son ensemble seront moins fréquents. « Les groupements présenteront au cercle des rap ports sur les résultats obtenus, et, quand cela sera possible, répéteront devant le cercle les expériences faites avec succès par les groupes. Les groupements seront effectués d‘après la situation géographique.
Aussi les meetings du cercle seront consacrés à l’œuvre d’éducation, ceux des groupes à l'œuvre d’ex périmentation. » Quoique l’organisation définitive des groupes n’ait été votée que le 17 octobre 1898, nous avons déjà ici cinq groupes qui fonctionnent : à Londres, les groupes de « Notting Hilgatte », de Fulham, et dans la ban lieue de Londres, les groupes de Streatham, Syden— ham, Romford.
Chaque groupe se réunit au domicile de son secrétaire; cela n’entraîne ainsi aucun frais. Les réunions cependant reviennent à 20 ou 25 fr. la séance à cause du loyer qu’il faut payer et des cir culaires qu’il faut lancer. Parfois, dans la même se maine, nous avons trois réunions de groupes.
Voici maintenant les conditions et le règlement imposés à ceux qui désirent devenir membres du cercle ou assister à une séance comme visiteurs : Art. premier. — Tout membre ou visiteur doit promettre d’observer un secret absolu pour ce qui concerne les noms des membres ou visiteurs qu’ils peuvent rencontrer. Art.
2.- Les membres ne doivent inviter comme visi— teurs que des personnes‘approuvant le but du cercle et sur la parole ou discrétion desquelles on peut compter. , .4;‘»5r‘:*
._..“__._ .. _. I. - Il 9b L'OCCULTISME EN ANGLETERRE 105 l " ‘ ., l Art. 3. —— Ceux qui sont acceptés comme membres déclarent par ce fait qu’ils croient à la possibilité des phénomènes psychiques tels que transfert de pensées, hypnotisme. Pour être élus comme membres, ils doivent être présentés par deux membres du cercle. Art.
4. — Aucun membre ou visiteur ne cherchera ; à empêcher par ses actes, paroles ou pensées le suc— ' ‘ ‘ cès des expériences faites au cercle ou dans les Ï Ï groupes. , ’ L’article 4 montre nettement la différence profonde qui existe entre nos procédés et ceux de la Société des Recherches psychiques.
Ces derniers, toujours à la ' "' recherche de fraudes par leurs paroles et surtout leurs pensées, suggèrent toutes espèces de fraudes que les sujets inconscients s’empressent d’exécuter. Art.
5. — « Quand des expériences sont faites sur un sujet sensitif. aucun membre ou visiteur_ ne doit suggérer la présence d’unesprit, ni lecontrôle d’aucune autre cause si une telle suggestion peut embrouiller le résultat. » Voilà donc une règle qui nous distingue des spirites : nous admettons bien l’intervention d’un esprit, mais nous ne voulons pas que cette intervention soit sug— gérée par une personne présente. Art.
6. —— Aucun membre ne publiera ou commu— niquera par sa parole ou ses écrits une seule informa tion à la Presse sur le « cercle », à moins d’y être spécialement autorisé par le vote du « cercle »; aussi bien est-ce par un vote à l’unanimité que j’ai été au torisé à écrire ce rapport pour « l’Initiation ». Art, ,7."'— Les membres ne doivent utiliser leurs Â.. / - ..,,_fi._._y .. . -. w __,.W ....—»«.«—.:æ_ v, * -hù‘-»«B t % .ËSË-k‘. ...,tn..sfl. ‘
106 L’INITIATION rapports avec le cercle dans n‘importe quel but com mercial ou professionnel. Nous sommes bien résolus à ne pas compromettre notre œuvre et notre réputation en laissant glisser parmi nous les intérêts financiers. Que ceux qui d! sirent donnerdes représentations publiques etse faire payerleurs consultations le fassent en leur nom propre, à leurs risques et périls, sans faire mention de notre cercle.
L’article 8 est déjà cité plus haut. D‘après l’article g,tous les membres paient à l’a vance une souscription minimum annuelle de 5 sh. (6 fr. 25) : il est, en effet, désagréable de faire une collecte à chaque réunion et les membres présents risqueraient fort de donner plus que les absents. Cette somme est due chaque année au 30 sep tembre. D’après l’article 10, il y aura deux catégories de membres (catégorie passive et catégorie active).
Est membre passif toute personne demeurant en province ou à l’étranger, où le cercle n’a pas de groupes délégués. Est également membre passif toute personne sympathisant à l’objet du « cercle », qui promet d’obéir aux prescriptions de la société, mais qui ne peut pas régulièrement assister aux séances et y. apporter son concours personnel. Art.
1 I. — Le Bureau du « cercle 19 est élu chaque année dans les premiers jours de la session d‘au tomme: Il yncncone la formule que doit prononcer, en la signant et en y mentionnant son adresse, tout membre ou visiteur qui dit connaître le règlement et
L‘OCCULTISME EN ANGLETERRE 107 jure de l’observer. Il doit, en outre. faire mention de son introducteur et de celui qui a appuyé sa demande. Nous avons donc ainsi trois signatures pour garantie de la conduite du postulant. ' "' Nous avons actuellement (avril 1899) trente et un membres qui ont déjà versé le montant de leurs cotil sations. D’autres se mettront sans doute en règle d'ici peu de temps.
' r Ces détails semblent sans doute aridès,mais ils ont une grande importance pratique; au reste, je suppose bien que l’Initiatz‘on n’a pas pour but d'amuser ses lecteurs, mais bien plutôt de faciliter l’œuvre d’orga nisation des études occultes. > Mais les résultats de ce travail, quels'sontlilsi‘ ne manqueront pas, sans doute, de se demander ceux ‘ qui auront la patience de lire ce compte rendu.
Je me hâte d’ajouter que, soigneusement enregistrés, ils pour raient fournir déjà la matière d’un gros volume. Rares au début, ils sont maintenant si nombreux que le temps manque presque pour les étudier et analyser complètement. Un membre de l’association, M'“° W., sensitive remarquable, semble douée du don de pro— phétie. Nous avons fait avec elle une expérience avec un miroir magique, mis gracieusement par « Sédir » à notre disposition.
' A Regardant dans ce miroir, elle y vit un incendie. Il lui semblait voir une maison rouge, semblable à celle d’un voisin, M. Hart, mais demeurant ouverte.’l—luit jours après,ïun locataire de la maison de M. Har‘t—' Marson, construite en briques rouges, laissa tomber une lampe à pétrole.Le feu prit aux rideaux, tapis; m.'—w-‘n‘îä.& - Â
108 L‘INITIATION meubles. Il fut vite éteint, mais l’odeur de brûlé était si forte qu’on dut laisser tout un jour la fenêtre ou verte. M"“’ W. est très charitable et visite beaucoup les pauvres gens. Souvent, elle devient tout à coup extrêmement pâle, est saisie d’un tremblement nerveux et annonce, soit la maladie d’une personne, selon toutes apparences très bien portante, soit la guérison d’une autre dont les médecins ont déjà désespéré.
Tout cela est si exact que j’en prends des notes très détaillées. A chaque meeting, je lis les prophéties non encore accomplies afin que les témoins soient plus nombreux à l’heure où le fait devra se réaliser.Aussi, au 28 mars dernier, ai-je lu une note écrite le 16 mars Ce jour—là, M“‘°W. fut très impressionnée et annonça un grand danger pour un de nos membres, M‘°W.Ql., et surtout pour son enfant.
La prophétie sembla d'abord nullement se réaliser. Mais, peu après, nous apprîmes que M. et M'ne W. Cl. et leur enfantavaientété invités à se rendre à Jersey, durant les vacances de Pâques. Après beaucoup d’hésitations, ils avaient décliné cette invitation. Seule leur cousine avait accepté; le bâtiment qui la conduisait le Stella, fit naufrage, et elle dut passer une nuit entière dans un bateau de sauvetage. Certes l’enfant de Mme W.
Cl., à peine âgé d’un an, n’aurait pu survivre à un tel accident. - Un autre fait moins concluant, sans doute, offre cependant un intérêt spécial aux lecteurs français. Dès l’élection de M. Loubet comme président de la République, Mme W. eut la forte impression que le
L’OCCULTISME EN ANGLETERRE _ 109 .-.—.—_- . nouveau président ne mourrait pas dans son lit, mais serait assassiné. Nous avons communiqué cela au « cercle » au. mois de mars. et déjà, au 1” avril, les . journaux de Londres publiaient une dépêche annon çant qu’un nommé Ozouf avait, au bois de Boulogne, tué un M. Pourret, le prenant pour le président.
Quelqu’un désirait donc, ardemment tuer M. Loubet, et c’est cette forte pensée ce violent désir que Mme W. a pu lire, voir ou entendre; du moins je présume que c’est là la seule base réelle sur laquelle est fondée cette prophétie. Peu de semaines se passent sans qu’il n’y aituneou deux prophéties qui peu après se réalisent. Nous pu blierons sans doute quelque jour l’analyse de cin quanta ou peut-être cent prophétiesanalogues.
Parlons maintenant d’un autre genre d’expériences : j’endors une fillette de treize ans, jelui fais tenir la main de quatre personnes différentes, et elle dit nettement les pensées de chacune d’elles.
La mère, quin‘y croyait pas du tout et pensaitque tout était combiné d’avance, a presque en une attaque d’hystérie quand son enfant lui a découvert ses secrètes pensées. — Durant Cette expérience, la sœur aînée de l’enfant avait quitté la salle, je m’en aperçois et je dis à l’enfant de suivre sa sœur et de la retrouver.
Quelques secondes après, l’en— fant me répond que sa sœur était dans la cuisine, deux étages plus bas. — Je demande ce qu’elle fait: L’enfant me répond : « Ma sœur est indisposée, et va. mit; » on se précipite à la cuisine et l’on voit que tout ce que l’enfant avait dit était vrai. Un de mes amis, et avec lui sa femme, tous deux . æ:
1 10 L’INITIATION sceptiques, matérialistes, athées, s’étaient moqués de moi et de mes études.
Je me rends chez eux avec notre ami Raymond ; nous discutons longtemps, et arrivon's enfin par l’effort de notre volonté à persuader à la dame de regarder dans le « crystal ». —- Bientôt, elle déclare y voir un monsieur se promenant avec; une jeune femme, qui l’accompagne, sur le pontdu bateau qui faitle trajet de Calais à Douvres. — « Ce monsieur est brun, dit-elle, et sa compagne et lui parlent aux marins. » -— Un ou deux jours après, je causais avec mon ami le matérialiste, à mon club; soudain entre un étranger; et aussitôt mon ami, après l'avoir exa miné, de me dire: « Mais regardez donc, n’est-ce pas exactement le monsieur que ma femme a vu dans le crystal ?»Je fus surpris, car je connaissais l’étranger ; je présentai le nouveau venu à mon ami, qui nous pro posa à tous deux de monter dans la salle d’attente du club où l'attend sa femme. — A peine étions-nous entrés que cette dernière pousse un cri en disant: « Voilà l’homme du crystal ».
L’étranger n’était autre que notre maître Papus. —— La dame avait sans doute vu dans le crystal l’objet de nos pensées, car, avant d’aller chez mon ami, nous avions discuté, Raymond et moi,la façon dont il faudrait recevoir Papùs attendu à Londres le lendemain. Aujourd’hui nos amis ne se moquent plus de nos études d’autant plus que Papus nous déclara s’être en efiet promené sur le pont du bateau avec sa sœur, et avoir parlé aux marins.
Il nous montra même les photographies qu’il avait tirées pendant qu’il était sur le pont. Nous avons fait bien d'autres expériences, mais leur
L’OCCULTISME EN ANGLETERRE u 1 v-v'1'IL-Ër‘pg‘? _, analyse, je le répète, remplirait certainement un vo lume, sans compter les descriptions auxquelles elles ont donné lieu. Nous avons eu aussi de nombreuses guérisons, soit par suggestion hypnotique, soit par passes magné. tiques, soit enfin tout simplement par le verre d‘eau magnéfisé3.
Ce qu’il y eut de plus étonnant, c’est qu’avec l’eau magnétisée on peut guérir les maladies les plus opposées: ainsi ai-je un jour en cinq minutes guéri une constipation obstrue’e, et un autre jour une violente diarrhée. Mais cela ne se fait pas avec tout le monde, et si j’ai obtenu ces curieux résultats, c’est que j’avais affaire à un admisable sensitif.
Maintenant que nous avons montré par l’exposé des faits qu’il y a des pouvoirs autres que ceux enregis— trés par la science « orthodoxe », nous pourrions abor der la théorie. Mais pour nous Anglais, peuple pra’ tique, et non logique, un petit fait vaut mieux qu’une montagne de théories : nous sommes avant tout une nation religieuse et le prétexte d’apostolat nousa rendu facile la conquête du monde.
Cependant les rares per— sonnes indépendantes, et qui se refusent à l’hypocrisie que couvrent les religions, ne tiendraient pas à nous si nous nous contentions de prêcher de bonne morale et de faire de belles théories : toutes les églises ont fait cela depuis des siècles et voilà les beaux résultats obte nus: guerres toujours, et incessantes avec les autres peuples, tandis qu’à l’intérieur on meurt de faim.
Mais si nous arrivons àguérir là où la médecine orthodoxe est impuissante, si nous arrivons à dénoncer le crime par notre seule clairvoyance ou à découvrir le coupable
1 12 L’INITIATION quand la police a entièrement perdu sa trace; si par la force de notre pensée nous pouvons même à dis tance détourner un ami d’un acte mauvais, alors nous aurons là une religion pratique, qui attirera à nous les âmes généreuses actuellement écœurées par ces discordes, ces misères, ces inégalités sociales. Mais c'est là une religion toute d’action, purgée de tout dogme, qui laisse l’intelligence humaine libre de toute entrave. A. SMITH, Président et secrétaire général honoraire du c: Occult Science Cercle a».
Cette partie est ouverte aux écrivains de toute école, sans aucune dtsttpc_tron, et chacun d’eux conserve la responsabilité exclusive de ses tdeea ) ÉTUDES EsarEmnrrs Il L’ÊTRE PRÉHUMMN belon la science ésotérique, l’homme, avant d’être incarné sur la terre, habita l’espace à l’état d‘être spiritualisé préhumain. Le péché originel n‘est que le symbole de la chute ou plutôt de l'involulz’on de cet être dans la matière (I).
Ces êtres préhumains n’é taient composés que de l’Ego ou âme et du corps astral. Forcés par la loi cosmique (les Grecs au raient dit le destin) de descendre dans la matière, ces êtres furent matérialisés d’une façon définitive, comme le sont d’une façon momentanée les formes matérialisées qui se produisent dans les séances mé— dianimiques.
Il y a entre les deux procédés une évi dente concordance, qui est la clef de la création matérielle de l‘homme. Une fois la première instruc tion spirituelle terminée, l’être préhumain fut maté— rialisé par les Elohim (de la Bible) ou grands esprits planétaires qui gouvernent notre système solaire.
Ces (1) La nécessité de l'involution vient de ce que l'être préhu main, pour prendre mieux connaissance de l'univers, doit avoir passé parles deux pôles ou côtés de son existence, le côté spirituel et le côté matériel.
1’14 L‘INITIATlON Elohim sont au nombre de sept, comme les sept Richis de l‘lnde, et peut-être aussi ce que les Égyp— tiens appelaient les sept Dieux élémentaires. Ces grands esprits devinrent les instructeurs des premières races humaines, qui, étant plus près de la révélation primitive, possédaient sur l’au-delà des notions que nous ne pouvons avoir.
C’est par symbolisme que les Égyptiens appelaient globes ailés ces premières entités spirituelles; ils voulaient dire que ces êtres préhumains avaient passé par la première phase de la matérialisation,qui est la forme sphérique, avant de devenir la forme humaine (1).
Ce fait, si peu connu, paraîtra bien étrange à beaucoup de personnes, mais elles seront peut—être encore plus étonnées qu’un célèbre docteur de l’Église, Origène, ait eu connaissance de cette tradition ésotérique, car il croyait à la préexistence des âmes et dit ceci : « Les corps, après la mort, prennent peut « être la formesphérique, la- plus parfaite de toutes, « car elle est celle des planètes. » Puisqu’un désin (1) Tous ceux qui ont vu ou étudié les phénomènes de ma térialisation savent qu‘ils se présentent inyariablemenl de cette façon; preuve certaine que c’est un procédé nécessaire pour une forme humaine d’opérer sa gestation dans une forme sphérique.
Bien entendu, je ne parle que de la geslation pri-— mitive. Une lois matérialisé définitivement, l’être humain fut obligé d’obéir à la loi de création de son corps, qui lui pro vient par évolution de la bête et même du protoplasma.
C’est là où les matérialistes s’abusent, quand ils disent que nous descendons du singe; ils ne savent pas faire la différence entre le. germe spirituel émané de Dieu et évoluant spirituellement et le germe produit de la matière primordiale qui tous deux sont forcés de s’unir pour se connaître.
ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES 115 carné ne peut se matérialiser (dans les séances) qu’en débutant par la forme. sphérique, qui précède cette incarnation momentanée, cela donne beaucoup de force àla tradition ésotérique. Évidemment Ori gène, qui déjà n’était pas en odeur de sainteté à son époqùe, ne voulut pas en dire davantage, mais il devait être certainement un initié gnostique, et en savait probablement beaucoup plus long que ceux qui l’ont condamné (i).
Les êtres préhumains avaient un corps demi—éthe’re’ qui n’avait jamais senti la douleur; elle ne se produi sitqu’après la matérialisation de ces êtres, lorsque l’abus des sens (et non leur usage) amena le mal.
La malédiction de Dieu après la chute d’Adam n’est qu’un symbole biblique,car, dans son état primitif,l’êtr_e préhumain n’avait que des sens psychiques; c’est l’abus des sens matériels qui lui valut la symbolique malédiction de Dieu. ‘ ' Martines de PasquaUy dit dans son traité de la Réintégration des êtres : « Adam avait en lui un acte de création de postérité de forme spirituelle, c’est— à-dire de forme glorieuse (2), semblable à celle (l) Un écrivain anglais spiritualiste, Questor Vitæ,a dit dans un de ses articles du Light que les Solar—beings ou grands es prits solaires (les Elohim) avaient la forme’sphérique.
Or, comme Dieu créa l‘homme à son image, dit la Bible, on peut donc avancer que les Elohim, qui furent les ministres de Dieu pour cette création, nous ont formés d'abord à leur image.
De plus, dans mon livre d’études psychiques,i’ai signalé l’étrange ressemblance qui existe entre la création de la terre et celle d’une/orme matérialisée..... mêmes phases. mêmes efl'ets, mêmes résultats, même forme. . . (2) Saint Paul appelle corps glorieux le corps psychique ou astral; l'abbé Lacuria (auteur des Harmonies de l‘être) le
1 16 L'INITIATION qu‘il avait avant sa prévariœtion: forme impassive et d’une nature supérieure à celle de toutes les formes élémentaires. » Si l’on comprend bien le né buleux Martines, il semble avoir connu ce lait que les premiers êtres, ayant précédé l'homme matériel, étaient deformespirituelle ou éthérée, par conséquent supérieurs aux formes élémentaires, c’est-à-dire ma térielles et dérivées des éléments.
On constate avec surprise que des initiés occultes, comme le furent l’abbé Trithémius et M. de Pasqually, ne disent pas un mot de cette grande loi de l’évolu tion qu’on retrouve partout dans l'univers, et que Lucre‘ce même avait presque devinée. Peut—être n’ont ils pas osé froisser les idées courantes à leur époque; aussi dans leurs écrits trouve-t-on beaucoup plus de mysticisme que d’occultisme.
Par contre, les initiés orientaux, les Brahmes (hé— ritiers des Chaldéens}, connaissaient, depuis les temps les plus reculés, ce fait de l’évolution spirituelle et physique et de l’involutz‘on de l’être préhumain. Cet être est désigné dans les livres sanscrits sous le nom dejils dujeu, ce qui veut dire l'homme astral ; aussi les Brahmes affirment-ils qu’ils ont conservé les traditions ésotériques de leurs ancêtres de l’astral.
L’être primitif ou préhumain était androgyne, c’est à-dire à la fois mâle et femelle: le mythe de’la créa tion de la femme n’est que la séparation, opérée par les nomme corps fluidique et dit ceci: « Les expériences de seconde vue nous montrent les sens de ce corps fluidique in comparablement plus parfaits que ceux du corps grossier. »
ÉTUDES Ésonämguns ' 117 Elohim, des deux parties constitutives de cet être pré humain. L’érudit M. Lenormant nous donne une preuve des plus curieuses du côté androgyne de l’être primitif; voici ce qu’ildit dans ses Origines de l’histoire : « La semence de Gayomarétan, l’homme—type, répandue à terre au moment de sa mort, y germe au bout de quarante ans.
Du sol s’élève une plante de Reivas (le rheum ribes des botanistes), sorte de rhubarbe employée à l’alimentation par les Iraniens. Au centre de cette plante se dresse une tige qui a la forme d’un double corps d’homme et defemme, soudés entre eux par la partie postérieure. Ahouramadza les divise, leur donne le mouvement et l’activité, place en eux Une âme intelligente et leurdonne ses prescriptions.
M. Lenormant fait encore cette remarque intéressante: « Gayomarétan, l’homme primitif, rappelle la concep tion de l‘Adam-Kadmon des kabbalistes, prototype céleste de l’homme, et antérieur à l’Adam terrestre. » ' On trouve aussi dans la nature des types d’andro gyne. J’ai vu dans ce genre plusieurs spécimens du fruit du cocotier des îles SeyaheIles, seul et dernier vestige sans doute d'espèces primitives, car on ne retrouve ce type nulle part.
Ce fruit d’une forme ovoï— dale porte d’un côté les parties sexuelles de l’homme et de l‘autre celles de la femme, avec une netteté de détails très caractéristique (1). On se demande pour (1) Que les sceptiques ne s’imaginent pas que c‘est une plai— santerie de voyageur, et que ces parties ont été ajoutées; en les examinant de près, on voit qu’elles font absolument corps amas le fruit, sans compter d‘autres détails. De plus, l’ami
ll8 L‘INITIATION quoi la nature a produit cette espèce bizarre, qui semble'une sorte d'ébauche primordiale; il y a la matière àde nombreuses réflexions ésotériques et an th_ropogénésiques. ‘_ _ Platon, qui fut comme Pythagore un initié des sciences occultes, parle, dans son Banquet, des andro} gynes primordiaux séparés ensuite par les dieux en homme et femme.
Une cosmogonie phéniciennecongservèe en grec sous le nom de Sanchonialon nous raconte que les pre miers êtres vivants étaient les Çaphe‘sc/zamen ou contemplateurs du ciel, et les décrit comme des «M'— drogynes pareils à ceux de Platon; ils furent séparés en deux dès qu’ils prirent l’intelligence et le sentiment.
Dans la Bible, M. Lenormant nous ditque «le mot Çëlâ, employé au sujet d’A dam, signifie dans tous les autres passages de la Bible côté, et non point côte. Elohim fit tomber un profond sommeil sur l'homme, puis il prit un de ses côtés, et il en ferma la place avec de la chair ».
Cette remarque de M. Lenormant est des plus importantes, car elle prouve que ceux qui ré digèrentla Bible (r )avaientparfaitementconnaissance de cette tradition ésotérique des androgynes primitifs. _En employant le mot Élohim au lieu de les Élohim, la Bible a voulu évidemment différencier le culte mo qui m’a montré ces spécimens a été aux Seychelles et y a vu beaucoup d’autres cocotiers du même genre ;mais,je le répète, ni dans les îles voisines comme Madagascar, ni ailleurs on ne retrouve cette espèce bizarre. (1) Il n‘est pas prouvé du tout que c’est Moïse, qui rédigea le Pentateuque et j‘en ai donné les raisons dans un article de la Paix uniwrselle, intitulé les « Déluges. » ;.a«.
ÉTUDES ÉSOTÉBIQUES 1 19 r_mthéiste des Hébreux du polythéisme des Grecs ou autres nations, et probablement pour éviter une con fusion entre Dieu et les dieux. La tradition juive professe aussi qu’Adam fut créé à la fois hommeetfemme, ayantdeux m’aages tournés de deux côtés opposés, et que c’est pendant son som meil qu’Hrwah sépara d’Adam sa moitié féminine pour en faire une personnalité distincte.
Du fait des sexes différenciés est venu l’instinct sexuel de repro duction des espèces, et le désir de rapprochement entre les deux parties séparées. Plus le côté matériel de l’être humain augmentait, et plus il s’est éloigné des esprits supérieurs qui l’avaient aidé et soutenu. Plus l’homme se trouva éloigné de l’opération qui produisit la femme, et plus il oublia que cette der nière avait fait partie intégrante de lui-même.
A notre époque, et dans presque tout l’Orient, la femme est tombée au rang d’esclave. Pour l’Occident, et dans le monde chrétien, les relations entre sexes ont été basées sur les enseignements de saint Paul, mais, comme ces enseignements ont été compris dans leur sens littéral et_non dans leur sens occulte, la femme n’obtint que beaucoup plus tard le rôle qu’elle méritait d’occuper.
C’est la chute de plus en plus marquée dans la matière, menée par les vices humains, qui fut cause dela mort, telle que nous la comprenons maintenant. Pour les êtres préhumains, la mort n’était qu’une transitiondouce et presque consciente, car la spiritua lité était encore la plus forte. C’est aussi de cette façon que se passe la seconde marlou désintégration du ..-.. ,,,,,:.
120 L’INITIATION corps astral, nous laissantà l’état d’entité purement spiritualisée etlibérée de toute matière, même astrale. Pour en revenir aux androgynes primitifs, un point caractéristique, c’est que, parmi les écrivains chré— tiens des premiers siècles, E use‘be de Césare‘e accepte cette manière de comprendre le texte biblique, et il dit que le récit de Platon surles androgynes s’accorde avec celui des livres saints!
De plus, des théologiens catholiques, comme le Père F. Giorgi de l’ordre des Frères mineurs, et A. Stenco (de Gubbio), choisi parle pape Paul Il] comme un de ses théologiens au con cile de Trente, ont soutenu et développé cette même interprélaiion, qui maintenant paraîtrait probable ment peu orthodoxe.
Le symbole de l’arbre du Bien et du Mal ne fut que le désir d'eh savoir plus long sur les mystères de la création terrestre ; de là une chute de plus en plus profonde dans la matière (l) qui domina alors l’être humain.
La partie féminine de l'androgyne, poussée par la curiosité, entraîna la partie mâle dans cette recherche des secrets de la matière, d’où ce symbole de la chute et du péché originel. _ C’est une grave erreur de Darwin et de ses admira teurs d’avoir laissé croire que l’homme descendait du singe.
Darwin avait raison lorsqu'il a prouvé la réa.— lité de l’évolution généraledes êtres vivants, mais il n’a tenu aucun compte du côté spirituel et psychique (l) Cest en voulant étudier seulement les mystères de la ma tière et du corps humain queles savants des xvm° et x1x° siècles sont tombés dans ce matérialisme odieux et vulgaire qui règne encore de nos jours, mais qui ne domine plus les jeunes géné rations comme au début du siècle. '
ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES 121 de la question. De plus, le naturaliste anglais, ainsi qu’on l’a prouvé maintes fois, n’a jamais pu trouver (et pour cause) le fameux chaînon, c’est-à—dire l’être intermédiaire entre le singe et l’homme. ' L’évolution physique a dû être complète du proto plasmeà l’homme matériel,avantque l’étrepre’humain n’ait paru sur la terre, car il ne faut jamais oublier que l’homme a une âme,etquel’animal n’en a pas (1).
L’animal est double, c’est-à-dire qu’il n'a qu’un corps physique et un corps astral qui est le subconscient où réside l’instinct qui lui sert d’intelligence. L’animal évolue (comme la plante) inconsciemment, et l’homme consciemment, de là cette grande différence entre eux.
L’homme est triple, car il a l’Egd ou émanation divine, plus un corps astral et un corps physique où se trouvent en germe tous les instincts confus de l’animal ; mais, pour combattre cette peau de Nessus, héritage de la bête, l’homme a l’âme et le libre arbi tre.
Il y a une intelligence latente chez les animaux, mais elle est purement physique et instinctive; elle dort dans la pierre (2), s’éveille dans la plante et arrive à son plus haut degré physique dans l’animal.
Mais il est à remarquer que l’homme progresse sans eesse, tandis que l’animal reste toujours stationnaire; (1) Dans son livre Arcana oj spiritualism, un spiritualiste américain, Huddson Tuttle, nous dit aroir souvent constaté qu'après leur mort le corps astral des animaux se dissout dans l’air, tandis que celui de l’homme se condense et prend la forme humaine. (2) Tout individu qui casse une pierre, et surtout un cristal, a dit un occultiste anglais, dégage le principe intelligent quiy était enfermé.
122 L’INITIATION le castor construit de la même façon, l‘oiseau établit son nid dans les mêmes conditions, etc., etc; tous sans exception agissent comme ils le faisaient aux époques les plus reculées; rien ne change chez eux, tout se modifie chez l’homme physique et intellectuel. Les êtres préhumains et semi-éthérés, dont j’ai arlé plus haut,ne sont venus animer un corps humain qu’à l’époque où l’évolution physique et animale a été complète.
C‘est alors seulementque l’inuolution, c’est à-dire la descente de l’âme dans la matière, a été im posée par Dieu, pour répondre à cette loi cosmique qui veut que tout être spirituel prenne connaissance de la matière en ,s’y incarnant.
Il est possible qu’à côté des races préhumaines dont j’ai parlé il y ait eu des sortes d’hommes très anima lisés, comme ceux dont on a trouvé les crânes au front bas et presque bestial dans certaines couches géologiques.
C’est évidemment le dernier échelon de l’évolution animale qui ne pouvait s’arrêter subite ment aux animaux que nous connaissons; il fallait nécessairement que, de l’orang-outang à l'homme, il yeût une race intermédiaire servant de lien ou de chainon,les savants et les darwinistes n’ont jamais pu comprendre qu’il y ait eu une évolution autre que leur évolution animale; c’est le chaînon spirituel qui leur manque.
Actuellement les races inférieures Ou dégénérées (comme les Peaux-Rouges, les sauvagesde l’Australie et de quelques autres pays) (1) sont fatalement desti-« H) La question de savoir si ces races sont inférieures ou dégénérée; reste un problème difficile à résoudre, car, selonv ,À , ___. ,_ " _ ____._,
ÉTUDES ÉS_OTÉRIQUES 123 l'.f“'r* nées à disparaître, parce qu’elles sont sur l’arc des— cendant. Par contre, les races supérieures venant des êtres préhumains iront toujours en progressant, parce qu’elles sont sur l’arc ascendant.
Parmi les doctrines curieuses au sujet de l’involu— tion et de sa nécessité pour l’âme avant de remonter à Dieu, voici ce qu’enseigne le livre des Pitris (nom donné aux grands esprits dans l’lnde) : « Tout l’uni vers n’existe, ne se meut, ne se transforme que pour perpétuer, renouveler et purifier l’existence du grand tout.
Le départ de l’âme—atome du sein de la divinité est un rayonnement de la vie du grand tout qui dé pense ses forces pour régénérer son être et pour vivre.
Le retour de l’âme—atome est l’accession à Dieu d’une force vitale nouvelle, purifiée par toutes les transfor mations qu’elle a subies. » Ces idées hindoues me semblent bien panthéis tiques, car Dieu, être infini et incrée‘, doit se suffire à lui—même, comme il se suffisait avant la création ou plutôt l’émanalz‘on et l’organisation du monde et des êtres humains.
Outre la loi cosmique dont j’ai déjà parlé, ce qui rend forcée cette involution de l’âme atome, c’est que l’être préhumain vient du monde infini et immuable, et qu’il passe dans le monde fini et transformable.
Dieu, malgré sa toute-puissance, ne peut probablement pas émaner des êtres humains tout d’une pièce, il projette partout dans l’univers des germes d’âmes, comme les êtres préhumains et semi .————L—__—__ certamestraditions occultes, les Peaux—RoUges sont les descen dants de races atlantes intérieures, et les aborigènes de l’Aus 1ralie seraient les derniers types dégénérés des Lémures.
12/. l.'| NITIATION éthérés, mais ces germes ont besoin d’évoluer: il leur faut passer à travers divers stages d’évolution, l’un matériel sur les planètes, l’autre spirituel dans les sphères concentriques à chaque planète, en allant de la sphère la plus basse à la plus élevée.
La seule question qui me semble non encore résolue, c’est de savoir si chaque planète a son évolution particulière, découlant d’êtres humains entièrement différents des habitants de la terre, ou si la forme humaine se re— produit dans chaque 'planète avec seulement des différences particulières, et en devenant de moins en moins matérielle, à mesure qu’elle se réincarne dans des planètes supérieures.
Cette dernière théorie est la plus probable, cæir M“‘° Cridge et son neveu, le fils de M. Denton, le géologue américain, ont donné des descriptions psychométriques de Jupiter et de Mars, dont les habitants seraient (ceux de Mars surtout) presque semblables à ceux de la Terre ;dans la planète Jupiter, les habitants ont la forme humaine, mais avec de nombreuses différences tenant à la constitu tion de la planète. A. ERNY.
h’0GGUM‘E GA’l‘HÛMQUE Sous ce titre, chez Chamuel, un livre vient de paraître, signé Sar Pélàdan, qui de nouveau met en lumière cette étrange nature si prodigieusement comc plexe. _ Tant loin qu'il se recule en effet par son titre de Sar, M. Péladan est certes une des plus vives incar— nations de ce xrx° siècle finissant, où tous les hier fermentent, se débattent, en travail du formidable et inconnu demain.
« Et hier, dit quelque part Hello, c’était la plus grossrère réalité, c’était le plus subtil idéal... L’homme actuel se précipite sur la jouissance ; mais il parle à chaque instant de grandeur, de dévoue— ment, de synthèse, d’unité, de transcendance, de lumière, de charité... Et ces mots ne sontpas seulement des mots.
Sans doute ils sont habituellement des illusions; mais des illusions révèlent des tendances, des aspirations égarées, des besoins d’âme qui se trompent, mais qui existent» (i).
A cet externe et à cet intime de « l’homme actuel », non par calcul, non par diplomatie — bien que son dernier roman (2) nous le serve diplomate — le Sar _._fi.._ (t) Ernest Hello, I'Homme, édition Perrin, p. 162. (2) Sar Péladan, Finis Latinorum. — Ernest Flammarion, éditeur.
126 L’INITIATION Péladan correspond, de façon admirable. Non qu’un bourgeois, pas même un scolastique, m’apparaisse capable d’admirer soit l'Ethopée, soit l’Amphithéâtre des Sciences mortes.
Mais si le scolastique pouvait assez se moderniser, si suffisamment pouvait se déba naliser le bourgeois, et se contraindre tous les deux à suivre en ses fantaisistes désordres cette éruption d’idées et d’images, à travers la fumée dont un Vésuve même n’est pas indemne, certainement M. Pru— dhomme et M. Schouppe entreverraient — ne forçons pas leur capacité visuelle — des clagte’s et des flammes. dont s‘offusquerait d’abord leur regard habitué aux pacifiques lueurs qui fieurent l’huile, mais dont s’illu minerait au loin, devant eux, derrière eux, au-dessus d’eux, l‘éternel et immense problème.
Bizarre volcan, dira4-on, que ce fourneau dont le_ souffleur — je parle en pays d’alchimistes —- module le débordement de pensées, au rythme de son piano Erard, et balance le panache de mots en phrases cadencées;Mais l’arti’ficiel fait partie de cette nature, sincèrement dupeuse : Chaldéen coifîé, en guise de mitre, par une luxuriante et embrouillée chevelure de décadent nîmois; Nimroud antique féminisé, décla mant contre le Nimroud moderne, en rival que le moderne détrône; moraliste, qui scrupuleusement dé— crit par le menu sensuel, en sept autres châteaux de l’Ame de sept autres saintes Thérèses — oh! oui, tout autres ! — l’ascèse et la mystique expérimentales de ’la plus raffinée volupté (l); catholique profes— (r) Finis Latinorum ehap. xx, xn’, xvr, xvu, xxx, xxr, xxw.
L‘OCCULTE CATHOLIQUE 127 mv’v‘v‘ 1-u- - ' sionnel, qui, à telle page (1), blasphème le pape d’une comparaison cabotine, à telle autre page le magnifie d’un style qu’envierait Bossuet (2);prédicateur des sens occultes, feignant d’oublier le sens obvie jusqu’à nommer Dieu le Non—Être (3) ; théologien révolution naire, qui chrétiennement s’escrime à expulser de la foi la théologie; mage désabusé, qui rêve de désabuSer les mages.
Serait—ce donc un jugement vrai lorsque, lui-même jugeant son livre, « je n’ai certainement satisfait, conclut-il, ni les catholiques, qui ne comprendront pas mes revendications de la libre recherche spiri tuelle, ni les occultistes, qui n’admettront pas que j'ai renié la magie pratique » (4). ‘M. Péladan néanmoins se justifie envers les occul tistes en leur alléguant « le plus grand écrivain latin de l'Occulte, Éliphas Lévy, qui, dans une œuvre posthume, de toute splendeur », intitulée le Grand Arcane ou l’Occulttsme déeoilé déclare urbi et orbi: « Lesanciens rites ont perdu leur efficacitédepuis que le Christianisme a paru dans le monde ;un simple sca pulaire porté par «une personne vraiment chrétienne est un talisman plus invincible que l’anneau et le pantacle de Salomon; la messe est la plus prodigieuse des évocations; Rome est la grande Thèbes de l’ini tiation nouvelle (5).» (L)L’Occulte catholique, p. 231. (a) Finis Latinorum, x64. à 170. (3) L’Occulte catholique, p. 147. (4.) L’Occulte catholique, p. 323. . (5) Eliphas l.évy, le Grand Arcane, Chamuel, éditeur. "’
128 L‘INITIATION [MAI De mêmeM.Péladan aux catholiques; l’Imilation de Jésus-Christ eût pu citer le livre par excellence de la piété catholique. Car ce livre, officiellement admiré des théologiens eux-mêmes,ne laisse pas que de traiter les théologiens assez durement : « Que nous importe, dit-il, l'école avec les genres et les espèces ? Quand le Verbe parle, on est affranchi de bien des opinions.
Tout vient du Verbe, et tout en est l’écho, et c’est lui l‘Archée qui se fait entendre en nous...Que tous les docteurs se taisent, parlez-‘moi, vous seul. 6 Vérité, mon Dieu... Que Moïse ne me parle pas, ni aucun des prophètes ; mais parlez-moi, vous, seigneur, qui avez inspiré et éclairé les prophètes, car vous, sans eux, vous pouvez m’instruire, et parfaitement ; eux, sans vous, ne peuvent rien.
Ils savent faire résonner les mots, mais non en donner l‘esprit ; ils exposent la lettre, mais c’est vous qui en découvrez le sens ; ils formulent les mystères, mais c’est vous qui en dévoile: l’occulte. (r) » Satisfaits ou non, je souhaite, pour ma part, qu’oc cultistes et théologiens lisent cette œuvre du théolo gien occultiste : car, sincèrement,sous des apparences de contre-vérité parfois, en dépit du caprice qui tour à tour évoque, abandonne, reprend, mêle les sujets etles digressions,c’est une œuvre sérieuse,serieusement développée.
Même l’unité règne sur cette diversité ; si bien que je résumerais logiquement, me semble-t—il, ces 325 pages en cette ligne unique, que j’estime exacte : (r)lmitalion de Jésus-Christ, l. 1, ch. 111, n. 2; l. 111, ch. 11,' n,1 et 2. ‘
1899] L’OCCULTE CATHOLIQUE 129 La théologie catholique n’est pas le Catholicisme; la magie occulte n’est pas l’Occultisme. Et d’abord, la théologie catholique n’est pas le Catholicisme. La prétention est commune à tous les corps scienti fiques : ils veulent être, non pas des Savants, mais la Science. Les théologiens veulent être plus que la Science : la Foi.
Mais un catholique, malgré eux, a droit de se souvenir que, de leur propre aveu, consigné, quoique discrètement, dans tous les catéchismes, la foi n’est point une vertu théologique, qui s’en rapporte aux théologiens; la foi est une uertu théologale, c’est—à dire, explique le livre officiel, une vertu qui se; rap— porte IMMÉDIATEMENT à Dieu.
Et, comme le catéchisme, l’histoire ecclésiastique met la théologie hors la foi : « Lorsque, à la fin du second siècle, l’hérétique Noët est cité devant les presbytres de Smyrne pour rendre raison de ses nou veautés, les presbytres se bor_nent à opposerà Ses affirmations leur symbole, en ajoutant tout simple— ment : Nous disons ce que nous avons appris. Cette méthode, manifestement, ne suppose aucune spécula— tion.
Le gnosticisme n’est pas né dans les églises. Ce sont des laïques, ce sont des philosophes de profession qui, défendant le Christianisme comme société au nom du droit des gens, en viennent àle défendre comme religionau nom de la philosophie. On montre 5
130 L'INITIATION par l’exégèse qu'il est révélé, et par la dialectique qu’il est une philosophie (1). Telle est l’origine: cxégétiquc ou dialectique; la théologie est née laïque, en dehors de la hiérarchie, à côté de la tradition.
Lorsque des évêques, il est vrai, comme Apol linaire, Meliton, lrénée, suivent sur cette voie les laïques, la théologie inconsciemment se drape du manteau ecclésiastique; les évêques peu à peu mêlent à leur effort scientifique leur autorité hiérarchique, et - les fidèles, inconsidérément, confondent l’enseigne— ment avec la tradition.
Surtout lorsque l‘invasion des barbares aura détruit toutes les institutions, sauf l’Église, la Science, durant tout le moyen âge, ayant les mêmes maîtres que la religion, fatalement prendra la même forme, et partout, en l’une comme dans l‘autre, l‘enseignement fera foi, foi humaine maintenant assimilée à la foi divine : le Magister dz’xit supplantera le Deus dixit dans l’habitude ou, si l’on veut, dans la routine de croire.
On pourrait dire que ce sont les fidèles qui, par la pente même des choses, ont obligé les théologiens à vouloir que la Dogmatique fût le dogme, que la scolastique dela foi fût la foi. J'ajouterais volontiers: que les évêques, au dernier Concile œcuménique) ont pensé mettre fin à ce malentendu, lorsque, pour. clore les débats, ils ont proclamé l’infaillibilité personnelle du pape parlant ex calhedra.
Orientation (I) Anciennes Littératures Chrétiennes : La Littérature grecque, par Pierre Batiflol, 2° édition, pp. 67, (38.
L’OCCULTE carnor IQUE 1 3 1 i 1'.-.— . ;_u facile pour le croyant, et somme théologique pas embrouillée :la dogmatique ex cathedra se borne, en tout, àl’unique dogmede l’Immaculée Conception de la Vierge.
Les évêques du Concile de Trente furent moins simplistes lorsque, au début de leurs sessions, pour orienter en terrain conservateur l’orthodoxie occiden tale, à côté de la Bible, dont se réclamait le protes— tantisme, ils dressent sur un pupitre, comme le sacré diptyque de leur inspiration, la Somme théologique de saint Thomas d’Aquin. Ce rapprochement du moins était suggestif, et l’assimilation valait une profession de foi : Somme comme Bible.
Bible comme Somme, Thomas d’Aquin original ou saint Jérôme traducteur, dogmatique tout cela, non pas dogme, science ecclésiastique, non pas foi catholique.
Imagine—t-on en effet cette Bible, cette Somme, la collection des} conciles par surcroît, tout ce latin, ce grec, cet hébreu, tous ces in-folio par centaines, introduits dans l’IMMÉDIATEMENT A Dieu, et obligeant la religion des pauvres dévotes qui, par millions et millions, ignorent toute cette linguistique, qui, par centaines de mille, ignoraient même leurs lettres i’ Tout cela, c’est la balistique théologique.
Et lorsque dans ce formidable arsenal tel.théôlogien soutenant telle opinion ne trouve pas sous sa main un texte contredisent le texte de l’opinion adverse, il saura toujours s’en tirer quand même, car, en outre du texte, il y a l’interprétation; et devant l’azzaz‘hema si! d’un concile ou sa définition officielle, « cette asser tion, répondra-t—il, doit certainement être admise; du 441-4“ w-—n-««* -M—f‘-“ l ..cv..__u__
’ .132 L‘INITIATION moins pour ce qui est de son expression verbale, puisqu’elle est empruntée du décret pour les Armé niens, lequel fut approuvé par l’œcuménique concile de Florence. Mais, pour ce qu’il est de l’interprétation ou de l’intelligence de cette formule, il peut y avoir et de fait il y a une grande variété d’opinions» (1). “faut aux discuteurs matière à discussions. Et certes ici la matière abonde.
Mais la foin’a que faire en toutes ces querelles. M. Péladan a donc droit de ne se point juger huguenot, pour ce qu’il veut séparer la foi de cette littérature, si sacrée soit—elle. Et vraiment il a le tempérament point huguenot du tout. Le protestan tisme lui fait l’effet en religion du bourgeoisisme en politique, c’est-à-dire de la médiocrité prétentieuse et naïve; le pasteur protestant est pour lui « une cari cature sinistre».
« Repousser une partie dela tradition ou refuser la discipline, dit-il, sont plus que des absurdités; des négations de toute religion (2). Telle vérité scientifique, en efiet, pouvait bien être inopportune au moment où le protestantisme préci sément eût accusé l’Église romaine de forfaire à la tradition en négligeant la littérature juive.
Mais peut être serait-il permis aujourd’hui de laisser les protes tantsà leur idolâtrie et de ne plus nous faire un fétiche de la Bible. Quelle Bible au reste serait l‘objet de notre adora tion P (i) Schouppe, Soc. 1., Elemenla theologiæ dogmaticæ: 4° édit.,t. Il, p, 120.. (2) L‘Occulte catholzque, p. 171.
L’OCCULTE CATHOLIQUE 133 La traduction de Luther ou de Calvin ? Luther et Calvin sont donc à ce point infaillibles! La traduction de saint Jérome?
« L’Esprit-Saint n’a enseigné qu'une fois, nous dit saint Jérôme lui même (1) ; tout ce qui s’écarte de son texte ne sau rait être vrai. » Et ce fut néanmoins la traduction des Septante qui fut le seul texte pour tous les Pères, qui fut officiellement reçue et lue dans les Églises jusqu’à. la fin du v° siècle, qui fut alors tenue pour inspirée par l’opinion presque unanime des docteurs; et le scandale fut terrible lorsque l’on constata dans la version latine une transformation totale, de tels textes, par exemple, dont les apôtres s’étaient servis, qu’ils avaient par conséquent « consacrés, disait-on, de leur autorité infaillible »; des milliers de phrases «disparues, d’autres ajoutées, la disposition de pluè ,sieurs livres changée; à chaque pas, des sens entière« ment différents de l’interprétation ancienne.
Et indéfiniment aujourd'hui encore peut se prolon ger le scandale. Car la science des langues orientales, la critique et l’interprétation des textes hébreux, en particulier, n’a certes pas dit son dernier mot.
En attendant que le progrès des traductions ait fait de l’Ancien Testament un équivalent du Nouveau, les béatitudes décrites au Cantique des Cantiques, par exemple, nous semblent un peu différentes de celles que prêche Jésus dans son discours sur la montagne ; la douceur mosaïque, qui brûle et tue et lapide; la charité du psalmiste, au psaume 68°: « Que leur (l) Saint Jérôme, Préface au livre de Josué.
135 L‘INITIATION table leur soit un piège, et que leur«prospérité soit leur perte; que leurs yeux s’obscurcissent, et qu’ils ne voient plus; que la fièvre continuellement fasse trembler leurs reins. Répands sur eux ton courroux, et que le feu de ta colère les brûle, ô mon Dieu.
Fais qu'ils ajoutent iniquité sur iniquité, pour qu’ils n’aient aucune part à ta miséricorde, et qu’ils ne soient point inscrits avec lesjustes, mais qu’ils soient effacés du livre de vie.
Alors je louerai le nom de Dieu par mes cantiques, je l’exalterai par mes louanges »; -— la morale matérialiste de [Ecclé siaste, —— l'absence totale de l’idée d’immortalité dans le Pentateuque... tout ce Judaïsme selon la Bible actuelle semble, à côté du Christianisme de l’Évangile, une véritable fraternité de Judas, et M. Péladan troûve que c‘est assez d’une fois avoir accepté le bai ser du traître.
Scandale pour scandale, il préférerait, puisque aussi bien Moïse permet le divorce, une ettre de répudiation en bonne et due forme: « Le fils du Mosaïsme, affirme—t-il, c’est le Mahométisme; et c’est en matière religieuse que l’antisémitisme serait une vertu cardinalice » (1). Son vœu, selon toute apparence, ne se réalisera pas encore : les théologiens,puisqu’il se montre si peu juif, l’accuseront de n’être pas chrétien.
Il se conso lera sans doute en songeant que saint Jérôme ne fut pas mieux traité, même par de plus grands docteurs 'certes que ceux d’aujourd’hui. . Comme tout corps scientifique, comme tout ensei (l) L’Occulte catholique, p. 54.. . MW'T‘W‘ -‘ ,,>_-m,:,r .. , . _,_ 7 _ '__ g '3' ' »}
L'OCCULTE CATHOLIQUE 135 gnement officiel, et plus peut—être que tout autre, le corps théologique est lent à se déjuger, même ne se déjuge jamais expressément. Mais il est, malgré lui, déjugé parla Science, forcé dans ses retranchements par les découvertes qui's‘imposent.
De nouveau donc, espérons-le, comme au temps de Noëtos, l’école de la foi pure,purement théologale, s’en va réapparaître, qui professera humblement, chrétiennement,— docte ment, par surcroît, cette non-infaillibilité de la théo— logie, même la plus générale.
« En pénétrant dans le domaine des connaissances humaines, écritun des plus doctes théologiens de Saint—Sulpice, les Pères, il faut le remarquer avec soin, n’avaient plus le secours de la révélation, et ils étaient abandonnés à leurs propres lumières. Il y a une religion révélée, mais il n’y a pas une science révélée » (1). Par con« séquent, les Pères, les théologiens, les conciles même ont pu se tromper dansles questions de science.
Et c’est purement une question de science que_ la valeur du Mosaïsme et des autres religions, préchré‘ tiennes ou postchrétiennes. « Les saints Pères, remarque M. Péladan, ne connaissaient ni le livre des morts, ni les lois de Man0u, ni les Védas, ni l’Avesta... Le Saint-Esprit rayonne au moins autant à la Baghavad Gita, au King, aux Vers Dorés qu'au Pentateuque; et le Talmud, au milieu du fatras, contient plus de lumière que la Thora...
Il n’y a jamais eu de peuple de Dieu, mais des hommes de Dieu chez tous les peuples... On se (r) Vigouroux, Cosmogonie mosaïque, p. 13. MW‘M‘"W—W -»-...w »——. w<—v-«d
136 L’INITIATION demande, sans réponse satisfaisante, pourquoi la messiation se réalisa à Jérusalem, qui n’a jamais été le centre de l’Orient ni le lieu d'une civilisation rayonnante. Jésus n’eut d’autre raison de choisir Jérusalem que la cruauté fanatique de ses habitants.
Aux bords du Gange,iamais le Galiléen n’aurait trouvé cette mort infamante ; il fallaitle fanatisme sémitique, il fallait la race de Mohammed pour que l’Agneau de Dieu fût sacrifié... Les derniers kabbalistes vivants, esprits d’une rare puissance, d’une connaissance sans égale de la matière, m’ont déclaré qu’ils condamne raient encore aujourd’hui Jésus. au nom de la Thora, en sécurité de conscience et de science.
Et cela enlève le dernier doute sur l’antagonisme des testaments... Le Sermon sur la Montagne insulte au génie mo saïque... Le Nouveau Testament seul est le livre saint de l’Occident et peut devenir celui de l’uni vers (1)». Et là-dessus, M. Péladan s’indigne qu’on appelle Histoire Sainte l'histoire du peuple déicide (2).
C’est l’habitude de l’Église catholique de vouloir sanctifier tout ce qu’elle touche, et vraiment c’était une charité digne d’elle que de vouloir trouver des « figures du Messie » dans les ancêtres de ceux qui ont crucifié le Messie. Mais c’était charité plus que vérité: car, dans cette histoire juive, il n’y a certes pas que l’acte du Cal vaire qui ne mérite pas le nom de saint.
Quand les progrès de l’érudition seront à point, on fera la vraie (i) Vigouroux, Cosmogonie mosaïque, p. 182. (2) L'Occulte catholique, passim: pp. 45, 176, 177, 183.
L'OCCULTE CATHOLIQUE 137 Histoire Sainte, l’histoire des hommes de Dieu et de l’action même de Dieu chez tous les peuples: « Impo« sante salutation alors que celle du disciple bien-aimé non seulement aux Moïse, aux Oannès, aux Zara— thoustra, aux Orphée, aux Manou, aux Krisnah, aux Bouddha, à ceux plus nombreux encore qui n’eurent pas une race pour l’écho de leur parole, mais qui illu« minèrent de leur lucidité les notions abstraites del'au— delà.
Quelle sublimité: cet apôtre, familier de la Di vinité, avec laquelle il a familièrement vécu, rendant un solennel hommage à ceux qui n’étaient pas la lumière, mais qui rendirent témoignageà la lumière... Car Jésus seul réalise la perfection religieuse; l’ima gination ne conçoit aucune entreprise de foi compa rable... Oui, Jésus-Christest Dieu. Il l’est devant l‘in telligence comme devant la foi.
Mais devant l’intelli gence sa divinité n’éclate que par comparaison. Celui qui connaît les grandes religions du passé seul est rationnellement convaincu de la divinité du Christ ; l’étude amène une certitude absolue (I). » Cette façon d’entendre le Christianisme diffère un peu, je l’avoue, de la façon xvn° siècle.
Mais était-ce le Christianisme vraiment, le Chris—_ tianisme du Christ, que ce Jansénisme, accepté, Dieu me pardonne! même par les Jésuites, qui damnait sans pitié, au nom du Dieu Sauveur, toute l’antiquité préchrétienne, sauf le petit pays de Judée? —-‘ c’était exactement le contraire du Christianisme! « Dieu, dit le Christianisme, veut le salut de tous les (I)L’Oœulte catholique, passim: pp. 18, 4.5, 170, 171,182. Mata Je...
138 L’INITIATION peuples (i). » Puisque Dieu veut, il a pris les moyens. Il a donc rappelé, avant Jésus-Christ, la vérité reli gieuse par ses prophètes, non seulement au petit peuple de Judéc, mais à tous.
Ce salut qu’apporte I’Fvangile, il l’a préparé, au témoignage même de 1’Evangile(2), non seulement en secret dans les mon tagnes de Judée, mais publiquement chez tous les peuples ; de sorte que, pour adorer le vrai Dieu apparu de nouveau, au milieu des temps, « toutes lesnations de la terre n'auront qu'à se ressouvenir», nous dit un psaume juif (3).
Cela veut-il dire que toutes les religions sont indif— férentes, et que le Catholicisme est tout simplement le bassin collecteur des vérités éparses aux croyances diverses? Telle n’est point la conclusion de M. Péla dan: « Il n’est pas chrétien, affirme-t-il, celui qui voit le Christianisme comme une religion parmi les autres (4,) ».
' _ Comment se fait-il donc, par quelle distraction de son haut esprit si hautement métaphysique, que le principe dont il s’éclaire ici, M. Péladan tout à l'heure l’oublie jusqu’à entrer dans les hypothèses des natu— ralistes athées sur l’évolution ?
Historiquement et philosophiquement, ces hypo thèses sont fausses; au point de vue occulte égale tuent, car c’est le rôle spécial de l'occultiste de signa ler, sousl’action qui paraît, la forcequi se cache. ' (1)Épître à Timothe’e, li, :0. . _ . ,. (2).ÉV. selon saint Lue, II, 31, (3) Psaume 21, v. 23. . (4) L’Occulte catholique, p. 170.
L’OCCULTE carnougun .
139 Quelle que soit, en effet, l’origine historique de ces races inférieures, sauvages encore de nos jours en telle île reculée de l’Océanie, ce qui est historique mentcertain —— les Kings en témoignent comme l’Edda, Ovide comme Hésiode, et Saint—Yves sur ce point comme Fabre d’Olivet ne fait que développer les do— cuments les plus anciens de la plus sérieuse tradition —— c’est la supériorité absolue des premiers hommes, par la science aussi bien que par la force et par la durée. .
Et philosophiquement, physiquement, mathémati quement, c’est une indéniable vérité que le moins ne peut produire le plus. L’ésotérisme, ici encore, for mule la logique elle—même: « l’évolution présuppose l’irivolution » ; ce qui se développe en bas était d’abord en haut, tout développé d’avance, et est tombé d’en haut avant d’y remonter. Intelligence, science, force, volonté, naissent dans la matière, mais de l’esprit.
Et l’esprit, lorsqu’il chuta préalablement dans la matière, ne s’y ensevelit pas assez, dès le pre mier contact, pour ne point conserver, quelque temps, de sa puissance et de sa lumière, au commen— cement, lorsqu’il nageait encore à la surface de l’im mense boue, des éclairs plus éblouissants et des foudres plus maîtresses que peu à peu il n‘en dégage, de nos jours, à mesure qu’il remonte, après avoir touché le fond.
Révolutionnaires et royalistes de 93 étaient des géants, comparés à leurs petits-fils: géants plus encore, les premiers Adams, sous leur tunique, de terre rouge — Adam signifie terre rouge — rouge de la flamme préadamique, non de l’argile du pays d’Edom.
140 L’INITIATION Et c’est la même logique physico-mathématique qui prêche, comme l’histoire, une révélation primi tive, supérieure aux restaurations religieuses qui jalonnent jusqu'à Jésus-Christ la réascension de l‘es prit humain.
Et pour les catholiques '— je ne dis pas pour les jansénistes — Jésus est venu rappeler et compléter cette primitive révélation : « Ce qu’on appelle aujourd’hui religion chrétienne, écrit saint Augustin, existait chez les anciens et n’a jamais cessé d’exister depuis l'origine du genre humain, jusqu’à ce que,le Christ lui-même étant venu, l’on a com mencé d’appeler chrétienne la vraie religion, qui existait déjà auparavant. » Et cette phrase d’un grand docteur de l’Église sert d’épigraphe au remar quable ouvrage de l’abbé Jallabert sur le Catholi— cisme avant Jésus-Christ (I); l’admirable abbé An cessi aurait pu de même en recommander ses savantes études sur Job et l‘Égypte, sur l’Égypte et Moïse {2).
C‘est bien en effet la révélation primitive, comme une divine involution, que le savant catholique, sous des formes diflérentes, dans toutes les grandes reli gions, retrouve plus ou moins complète, plus ou moins atténuée à la mesure de tel peuple, car, dit Jésus aux Juifs, « à cause de la dureté de votre cœur, Moïse a permis chez vous le divorce, quoiqu’il ne fût point autorisé par la loi primitive. » -— Matth., xrx, 8.
Non seulement cet universalisme-là n’est pas le syncrétisme alexandrin; mais il en est précisément l’opposé, car le syncrétisme alexandrin comme l’évo (1) Victor Sarlit, éditeur, 1872, 2 vol. in-8°. (2) Ernest Leroux, éditeur, 1875, 1877, 2 vol. in8°.
L‘OCCULTE CATHOLIQUE 141 lutionnisme actuel attribue toutà l’homme, qui, seul, sans autre inspiration que la sienne. crée à travers les âges les différentes religions partielles; puis, par un travail d’érudition, de comparaison et de combi naison, faillible comme l’esprit humain, amalgame en un système plus ou moins réussi ces éléments disparates ; le catholicisme au contraire attribue tout à Dieu : révélation au début de l’Humanité, rappel de cette révélation parles prophètes divins fondateurs des grandes religions préchrétiennes, accomplissement définitif par Jésus-Christ, fils de Dieu.
L’abbé Jallabert, érudit seulement aux œuvres gréco-latines, retrouve, même en ces tardives religions de notre Occident classique, d’autant moins riches des antiques richesses, les sept sacrements, y compris une eucharistie. C’est là surtout, en effet, « l’éternel mystère de l’éternelle rédemption », comme parle en son occulte langage l’ésotérique épître aux Éphésîens.
Comme l'épître aux Êphésiens, M. Péladan dit « Rédemption », et adore l’Eucharistie. Mais je crains que son incomplète compréhension de la chute ne lui cache quelque chose de l’admirable économie du relè— vement. « L’imperfection sérielle », pour parler son langage, n’exigeait la descente dans la matière que de la force aveugle, non de la vie intelligente.
L’homme individuel, aujourd’hui, dirige la locomotive sans faire un seul et même être avec elle. Ainsi, dans le plan normal, l’Homme total, l’Adam-Ève primitif, devait-il diriger la Terre; et tant qu'il ne fit pas corps avec elle, la Terre pour lui fut un paradis, sa royauté
142 1.'1xr’r1xnos y fut sans douleur comme sans esclavage.
Mais lors qu’il eut revêtu non seulement « un vêtement de peau de bête », comme parle la Vulgate, lorsqu’il eutrevêtu un corps animal jusqu’à faire avec la matière une seule et même vie, force fut bien au Dieu-Esprit, seul aliment possible des esprits, s'il ne voulait pas laisser l’homme comme une brute de surcroît entre les autres brutes, d’entrer lui-même dans la matière, non plus en l’actionnant seulement de son Verbe de puissance, mais en la vivifiant de son Verbe d’intelligente vie, de son Verbe d’amour intelligent.
Et de ce Verbe divin proféré ès-matière, l’idée naquit aux circon volutions du cerveau humain, la parole jaillit aux lèvres des déchus, la vie intellectuelle put sourdre, avec l’animique, du pain mangé par l’homme, du vin qui réjouissait sa force.
Et cette vie intellectuelle, c’était, uni à la matière qui nourrit, le Verbe lui mème; et non seulement le Verbe créateur qui primi tivementla naturait matière, mais le Verbe rédempteur qui désormait la surnaturait nourriture humaine. Douleur horrible néanmoins ! rester un animal, cap tif, esclave de la matière; et se sentir un dieu déchu, libre autrefois et maître de la matière.
La rédemp— tion s’arrêtera—t-elle là : garder au déchu assez d'intel ligence pour constater sa chute, assez de mémoire et de désir pour qu’elle lui soit un supplice ?... « Le Verbe s’est fait chair, annonce l’Évangile, et il s'est appelé Jésus-Christ... Et dans ses mains prenant du pain: « Cela aussi est mon corps, >> dit—il ; puis, prenant la coupe où était le vin: « Et ceci est mon sang; le sang du renouveau de l’éternelle alliance. »
L’OCCULTE CATHOLIQUE 1425 | Iw- - . .r Désormais Dieu, de nouveau, sera un avec l’l—luma mité, malgré la matière, dans la matière. ‘ M. Péladan a parfaitement compris et glorifié su perbement cette divine lzénosis, « essence assimilable de l’invi51ble par excellence, puisque Dieu y réside, et signe de l’universalité, puisque l’humanité ÿ tient (i) ». Mais il semble avoir méconnu l’enseigne ment positif du sacrement par excellence.
« Ceci est mon corps, » dit le Verbe. -'——Quoi donc ceci ? — Du pain ! > « Ceci/est mon sang. » — Quoi donc ceci? —- Du vin ! Qu’est-ce à dire ? - - C’est-à-dire que toujours, ici—bas, à tout et à tous il faut un corps, et pour ce corps une matière.
C’est le Christianisme qui nous en donne la leçon, l’idéaliste Christianisme, et dans son mystère le plus idéal; Les chrétiens donc doivent être des ide’alistes, cer tainement; car toute grandeur vient de l’idée; mais à&on pas des idéologues. - C’est l’infirmité d’un esprit médiocre, quand il ‘s’éprend.d’un point de vue, de méconnaître l’autre. Erreur certaine!
Car tout, _à partir de l’antinomiÿe première : créé, incréé -— ne peut être qu‘antinomie: « Les œuvres du créateur sont dualité — Opera Do mz'm' duo et duo, unum contra unum », dit quelque part l’Ancien Testament (2). Aussi le Christianisme est—il positiviste sans cesser d’être idéaliste. Créez (i) L’Occulte catholique, p.. 308. ‘> (2) Ecclésiastique, xxxm,‘15.
144 L'INITIATION d’abord et présentez-lui le pain, le vin, tout le positif, tout le matériel terrestre ; puis Jésus y mettra sa vie supérieure, sa pureté, sa charité, sa divinité. Donc un corps d’abord ! L’art ensuite s'y ajoutera: cérémonies, vêtements sacrés, musique, poésie, élo quence, architecture. Mais le nécessaire avant.
Remarquable indication dans ce sens, que le pre mier des quatre Èvangiles, l'Évangile des Béatitudes, tandis que les trois autres en mentionnent une seule, raconte deux multiplications des pains dansle mi— nistère de Jésus (I). Indication plus étonnante, dans le miracle eucharistique quotidien, que ce respect, d’après les grands docteurs, saint Thomas d’Aquin particulièrement, de tout ce qui est la matière du pain et du vin.
Le plus médiocre catéchisme l'enseigne ainsi: du pain et du vin il reste, après la transsubs tantiation, « tout ce qui tombe sous nos sens », tous nos sens, bien entendu, non pas de la vue seulement. C’est—à-dire que les espèces, comme dit la scolastique, ne sont pas de simples apparences, au sens français, de simples trompe-l’œil. Tout ce que la chimie appelle matière reste absolument tel quel, sans changement aucun.
Une seule chose achangé par la transsubstan tiation: la substance précisément, au sens latin, au sens scolastique de ce mot: SUBSTANTIAM voco id quod surs sur; j’appelle substance, dit la scolastique, ce qui se tient dessous le sensible, l’occulte, l'invisible par quoi le visible existe. Et cela ne tombe sous aucun sens que sous le sens métaphysique. Et cela,au point —— (I) Év. selon saint Mathieu,_ch. xtv et x\'.
L'OCCULTE CATHOLIQUE 145 de vue chimique, matérialiste, réaliste, n’est rien ; car les réalistes, eux aussi, oublient l’autre partie de la réalité. Mais, au point de vue complet, et de l’occulte particulièrement, c’est cela qui est la réalité réelle, sans quoi tout le visible s’évanouirait comme une fumée.
Et dans “Eucharistie, c’est cela, cette réalité la plus réelle, mais occulte, cette force, dit la physique moderne, cette forme, disait la physique scolastique, queJésus, Dieu-Homme, s’est assimilée par une nutri— tion occulte. Et ainsi ce pain, ce vin, sans être nulle ment changé dans sa chimique matière, devient réel lement le corps, le sang de l’Homme-Dieu Jésus.
M. Péladan a-t—il vu dans sa totalité cet adorable et réaliste enseignement, de cette matière transsubstan tiée, mais respectée, mais conservée matière? Sur d’autres points, hélas! —- je lui demande pardon de ma sincérité -— M. Péladan n’est pas idéaliste seule ment, il est idéologue, se laissant piper aux idées qui ne sont que des mots. « Pas de patrie, crie—t-il, l'Humanité! » -— Eh! ceci n’empêche pas cela. Au contraire.
Faut-il, pour affirmer l’homme, nier le cerveau, le cœur, l’estomac ? C’est de cela que l'homme est fait, sans nommer beaucoup d’autres choses. Et pour bien constituer un homme, l’homme total, les molécules de l’estomac n’ont qu’à constituer de leur mieux l’estomac, leur patrie à elles. Ainsi des molécules du cœur et du cer veau, et de toutes les autres parties du corps de l’homme. Partie, patrie: sans cela, point de tout; sans ceci, point d’humanité. « Pas de patrie! » En un langage diplomatique —
146 L'INITIATION la diplomatie seule reçoit bon accueil à Rome — res pectueusement, très respectueusement, que le Sar insinue cela au pape.
Car le pape, catholiquement, n’est pas pour une patrie; l’ltalie, catholiquement, n’est pas l’Église ; et M. Péladan, sans cesser d’être catholique, au contraire! a droit de penser que c’est l‘être trop peu que de garder aux Italiens dans le corps cardinalice cette disproportion scandaleuse, devant laquelle toutes les autres nations catholiques ne constituent qu’une minorité ridicule, impuissante, hélas! à retirer l’Église de cette préoccupation mes— quine, de ce particularisme avare, et le Sacré Col lège de ce marchandage honteux digne d’attirer à nouveau le fouet vengeur du Christ (1).
Mais, en France, erreur de s'en prendre à l’idée de patrie. Erreur aussi de railler l'armée, et folie de la mépriser! ' La force n’est pas le droit, certes. La force imposant le Catholicisme, c’est la négation du Catholicisme.
Mais tant que la terre ne sera pas le ciel; tant que nos voisins d’Allemagne et d’ailleurs, si intellectuels soient-ils, s’armeront toujours plus pour anéantir, s’ils le peuvent, la France et les Français, peut-être serait-il raisonnable à la fois et décent à nos intellec tuels Français de ne pas injurier les soldats, qui ont la bonté, non pas de tuer l’ennemi seulement, mais de se faire tuer, pour sauvegarder nos intellectuels: se (i) Le Prochain Conclaue, par le Sar’ Péladan, un vol. in-18. — Dentu, éditeur. »
L’OCCULTE CATHOLIQUE 147 faire tuer est un héroïsme qui vaut au moins qu’on ne l’insulte pas, surtout quand on en bénéficie. La théologie n’est pas le Catholicisme. La magie est—elle l’Occultisme P C’est la réponse de M. Péladan que je prétends donner ici; c’est donc à lui que je vais la demander, en la synthétisant de mon mieux, égrénée qu’elle est au hasard des pages.
Quoique seul parmi les occultistes, dit-il, je puisse me passer de la magie pour avoir une œuvre, je ne le cèle pas : nous avons tous été séduits d’abord par l’esthétique de l’occulte; et, épris de pittoresque et d’étrange, on a souscrit à des amusements de femme nerveuse; on a cherché le frisson, le frisson de l’invi— sible et de l’au-delà;on a demandé une sensation à l’incorporel (p. 309).
Malheureusement, «la magie se montre en défaut lorsqu’elle prétend réaliser » (p. 111). «Jusqu’à ce jour, les prétendus messagers de l’au-delà n'ont pas proféré une seule parole qui vaille ce qu’on trouve dans les ouvrages de la première bibliothèque venue. Il est insensé de proposer comme résultat une hallucination, prix d’un entrai nement morbide » (p. 110).
Quoi donc alors P Ceux « qui viennent à l’occulte n’y sont pas tous poussés par une véritable idéalité. Quelques-uns espèrent une issue à leurs passions mauvaises, une complicité des normes pour leur concupiscence, semblables au sorcier qui croit et espère dans un dieu M... .. _ ñ... _‘_ i-N-A_ _,._.__Ë___, _.__.\ ,___A—NMAL . ___.——.—_._aw vvww.g.Wt__ÿ.—v .._.__‘ W
148 L‘INITIATION WM »#»_, ,_,N—— _’—._\ du mal(p. 108). Le grand secret de la magie pratique, l’unique, est la connaissance de ce fluide appelé lumière astrale, médiateur plastique, matière radi cante, télesme, énormon,et qui est à la fois la matière de la vie sentimentale et le moyen de toutes les actions morales. Là gisent les causes secondes qui opèrent les miracles. Là se joue la tragédie sacrée entre Prométhée et Zeus (p. 51).
Mais dès l’instant où l’homme réfléchit, il renonce à jouer au Créateur les farces d’un Scapin à Géronte; il ne conçoit pas Dieu comme un père comique que l’on peut railler et duper; il sait que toute injustice est néfaste à qui la commet, que nul n'élude la loi divine, et que plus on emploie en son péché des éléments supérieurs, plus la responsabilité augmente.
Demander à l’occulte le moyen de mal faire impunément et victorieu sement, c'est convier la maréchaussée à ses crimes (p. 108).
Cette atmosphèrede l’astralest réceptived’une sorte de sudation de la personnalité et d’arome des sentiments... il y a une pureté ou impureté de cette atmosphère seconde, qui agit sur l’âme, comme l’at mosphère gazeuse agit sur le corps... car rien ne se produit dans une sphère qui contredise à ses normes propres (p. 50-51).
La légende nous montre toujours ceux qui s’adonnent à la magie, en injustes qui espè rent trouver un biais et éluder la loi de Dieu, comme les habiles réussissent à se glisser impunément entre les articles d’un Code. Cette idée ïenfantine ne peut pas être sérieusement formulée (p. 43). L’occulte ne peut servir que des mobiles purs en eux-mêmes (p. 109). Et un seul chemin'est sûr vers .:. -..7à455&'..,,_
L'OCCULTE CATHOLIQUE 149 l’invisible: la prière (p. 52). La différence majeure entre le dévot et le théurge. c’est que le dévot sait ce qu’il provoque, et que le théurge commande à des êtres imprécis. Le premier s’adresse au monde pur, par la prière;le second ordonne! et à qui ? sinon à moindre que lui? Et alors ? (p. 52). En dehors du danger cérébral, il y a une répugnance de l‘âme à de pareils contacts...
Cela n’a vraiment aucun rapport avec l’Hénosis, ou extase unitive; et, on l’avouera, mieux vaut voir saint Michel, et Jésus, et Marie, et les saints, et les anges, que des fantômes anonymes, méchants ou quelconques... L’amour a de plus puissantes ailes que la science...
Celui qui voudra approfondir le domaine de l’invisible devra obtenir, comme il pourra, d’interroger les Carmélites et les Chartreux, les Clarisses et les Trappistes, et si ceux— là parlent, on saura quelque chose (p. 114, 115). Donc, la culture de, l’âme et ses exaltations sont du domaine de la religion...
L’erreur a été de cher cher dans l’hermétisme une pratique, une dévotion du mystère, alors que cette pratique se trouve mieux prévue dans l’exercice de n’importe quelle piété. L’occultisme concerne seulement l’évolution intel lectuelle; l’occulte est la science des rapports entre l’homme et l’inconnu...
Si la magiese bornait à la divination scientifique: connaissance des hommes .à leuraspect,à leur crâne, à leur main, à leur écriture; au pouvoir magnétique qui permet de substituer sa volonté àcelle d’autrui et de le posséder littéra lement; à une action ’dominative sur les éléments et sur le phénoménisme naturel, on aurait une, triple
150 L’INITIATION science positive et rationnelle (p. 110, III, 113). La vraie magie, c’est la religion; le véritable occul tisme, c‘est la science ! La religion défriche les âmes, et elle est en même temps la semence des ferments divins. L’occulte représente le perfectionnement de la piété, en pensée, et de l’illumination en logique...
Voilà pourquoi la conciliation de la gnose et de l’Église est Vraiment la grande œuvre intellectuelle qui devra s'opérer au xx' siècle ; tout est sorti de l’unité, il faut que tout y conflue : trop longtemps la vérité 3 été semblable à un foyer divergent (p. 44).
Je terminerai sur ce vœu, et j’y ajouterai mes encouragements à qui les mérite. _ N’est-ce pas, en effet, cette réconciliation, égale ment souhaitable pour la Religion et pourla Science, à quoi veut contribuer pour sa part, en toute sincérité, l’association dont nous entretenait, ces jours-ci, en une brochure particulièrement intéressante, Marti— ne’sisme, iVillermosz’sme, Martr’nisme et Franc—Ma çonnerie, notre loyal et docte Papus?
Je n’ai personnellement nulle sympathie pour le mystère des signes et l'énigme des symboles, j’y vois tout simplement un hameçon de vanité et de supers tition par où la Franc-Maçonnerie prend l'orgueil bourgeois et de bourgeoise sottise; non, réellement, aujourd’hui qu’il n’y a plus à se garer des inquisi teurs, je ne réussis pas, je l’avoue, à yvoir autre chose.
' Mais ce que j’approuve, ce que je loue, de toute ma foi chrétienne et de toute mon ambition ca tholique, c’est le projet, déjà en acte, de faire une
L’OCCULTE CATHOLIQUE 151 œuvre scienUfique et chrétienne, mais laïque, en toute indépendance, sans oublier aucun respect. Le clergé, peu à peu, avec moins de difficulté,puis qu’il n’avait pas un corps électoral, s’est constitué lui seul toute l’Église, comme députés et sénateurs sont, eux seuls, l’État.
C’est une erreur et une faute: « Les œuvres de Dieu sont dualité, dit l’Écriture ; partout Dieu veut l’antinomie. » Les fidèles aussi, pour em ployer le langage ecclésiastique, doivent donc être quelque chose dans « l’assemblée des fidèles »: à mon avis, c’est leur droit, c’est même leur devoir, de penser, de croire, d’étudier, de prier, de voutoiret d’agir, autrement que par procureur.
Respect sans doute ! mais peut-Être le respect est-il plus chrétien, de signaler et de réprouver. non pas d’applaudir les ignorances et les défaillances. Ce n’est pas l’argent qui est Dieu, avertit Saint-Martin, ce n’est pas César qui est le Christ.
Le clergé, sur ces deux points, a-t-ilsuffisamment réappris l’Évangile ? —- c’est par la mystique, non par la scolastique, nous redit-il après l’Imitation, que l’esprit de l’homme monte vers Dieu. — La prière n’est point du sata nisme, ajoute Papus, et les angesde Dieu peuvent apparaître, même à des laïques, sans que les cléricaux aient droit de les prendre pour le diable.
Ne commettez pas, laïques chrétiens, l’injustice que vous reprochez justement aux ecclésiastiques. Un pôle ne doit pas nier l’autre, ni mêmele déprécier, mais l’équilibrer. Pas d’hérésie, pas de schisme; l’unité! Et, l'admirable Saint-Yves en est un admirable
152 L'INITIATION témoignage, l’unité, la vraie! — ne détruit ni la liberté, ni lavertu. ni la science. Et, sous cette condition, courage! Bien qu‘il eût été élevé en extase jusqu'au troisième ciel de l'Occulte, et que là il eût entendu des mys« tères qui dépassent le terrestre langage—Il, Cor., xn, — le premier des théologiens, saint Paul, ne pensait avoir reçu que « les prémices de l'Esprit » — Rom., Vin, 23 -— non la moisson entière. Théologiens, successeurs de saint Paul ; occultistes, disciples d’Éliphas Lévy ou de Saint-Martin, tous très doctes, tous très érudits, tous très saints, continuez la culture. sans jamais croire la récolte achevée. Et qu’à tous l’Esprit, qui est Dieu, donne les pures voluptés avec les révélations pures ! Aura. =n r
LE RÉVEIL DE L’AMÆ DANS LE ROMAN CONTEMPORAlN Sous ce titre : le Réveil de l’Ame, visions à l’abbaye de Villers (r)a parul’an dernier un roman de J. de Tal lenay, l’auteur bien connu d’un très original recueil de nouvelles : Treize Douleurs, et d’une série d’ou vrages remarquables sur l’Amérique du Sud. Non seulement ce livre offre un intérêt spécial à l’occul tiste, il est de plus un symptôme frappant moins du siècle qui va finir que de celui qui va naître.lll y a beau temps que le roman occultiste n’est plus une nouveauté en France. Mettons à part les Histoires extraordinaires d’Edgar Poë, traduites par Baudelaire, et les Contes cruels de Villiers de l’Isle-Adam, sillon nés d’éclairs de génie, mais aussi d’une fantaisie para doxale. Depuis lors, le Vice suprême de Péladan, la Harfa et le Masque de Gilbert-Augustin Thierry, ainsi que les romans de Lermina, ont popularisé en récits piquants ou pathétiqueslesémotionnants phéno mènes et les suggestives doctrines de l’ésotérisme. 1) Chez Ollendorfi‘.
154 ‘ L‘INITIATION Quelque talent qu’y déploient les auteurs, la critique officielle n’a guère affiché jusqu’à présent pour ce genre de productions qu’un dédain mal déguisé. La raison en est simple. Pour les comprendre, elle serait forcée d’apprendre quelques idées nouvelles, d’oublier ses clichés habituels et de réfléchir beaucoup. Mais ces romans ont leur public, qui va grandissant chaque jour, et c'est justement le public qui pense par lui-même.
L’inconvénient du genre, au point de vue purement littéraire, il faut l’avouer, est que l’intérêt du phénomène ou de la doctrine y prévaut facilement sur l’intérêt psychologique, lequel sera toujours l’es sentiel attrait de la vraie poésie.
Voilà pourquoi les. romans occultistes relèvent en général plus de la. science et de la philosophie que de l'art. Le Réveil de l’Ame de J. de Tallenay est un roman occultiste et mystique dans le sens le plus élevé du. mot, maisil se distingue de ses congénères en ce que, pour l’auteur, les phénomènes et la doctrine sont choses secondaires.
Il ne s’attache qu’à l’étude du sentiment et de la passion, à la vie intérieure, aux problèmes les plus poignants de l’âme. Il y vit, il y respire comme sur le sol natal, mais il les creuse à une telle profondeur que les vérités transcendantes y reluisent toutà coup avec des clartés et des fulgurations inattendues. L’âme humaine est tout pour l’homme; qu’il s’en éloigne, c'est pour y revenir; qu’il s’y plonge, il y retrouvera l’univers.
L’histoire se déroule tout entière dans l’abbaye de Villers, solitude poétique de la Belgique. La vieille abbaye cistercienne, fondée par saint Bernard, dresse . l WWMÇW“M‘-.Wfiv Mr-r-r'- -»._.,.7 r'«.,,, ..a ‘ "’ »' A - rv" . <' 4——:. :
LE RÉVEIL DE L’AMI-J 155 IF""“‘ encore, dans un fond de vallée, la nef délabrée mais presque intacte de sa majestueuse église, les arceaux de son cloître, son réfectoire, son préau et le vaste système de ses dépendances avec ses murs d’enceinte. Les collines boisées de la forêt de Soignesl'enve *loppent d’ombre et de mystère. En été, une végéta tion luxuriante revêt de sa flore les ruines que l’hiver habille de blanc.
Victor Hugo fut si charmé de ce site retiré qu'il s’y installa pour écrire une partie 'de ses Misérables. J. de Tallenay l’a habité pendant plusieurs années et en a fait le théâtre de son roman.
Avec une singulière puissance d’évocation, il nous fait voir « le chœur et les transepts qui semblent s’attendrir tant ils penchent avec tristesse leurs mu railles blessées, voilées de lianes flottantes, vers les lambeaux arrachés à leurs corps et gisant par terre ».
Il a longuement et amoureusement savouré «les crépuscules de novembre qui enveloppent d‘une indi cible grâce faritômale, infiniment pénétrante, les col lines, les bois, les maisons closes ». Mais surtout il vivifie l’âme de ces ruines, il fait sentir la présence impalpable mais frôlante du passé qui habite ces murs. « Le silence était profond, si profond que, goute à goutte, on entendait tomber sur le sol les larmes des vieilles pierres.
Elles pleuraient toutes, lon— guement, interminablement, et la chute lente et régu lière de leurs pleurs donnait aux feuilles mortes sur lesquelles.ils tombaient de courts frissons ner— veux, dont le choc se répercutait dans les cœurs. Une seigneuriale tristesse rampait et planait partout, l’âme même des ruines, une tristesse immense, une désola—
156 L'INITIATION tion sans bornes, le deuil de la vie à tout jamais bannie de l’antiquité de ces murs. Et les visiteurs se taisaient, la laissaient entrer en eux. » Résumons en quelques mots le roman très simple, quant aux événements extérieurs, mais très toufi’u de pensées et d’émotions intimes, pour dégager l'es sence même de son drame psychique.
Philippe Ferriera rencontré,dansl’Amériquedu Sud, Marguerite Ariani, une italienne pauvre, jetée comme lui par l’orageuse destinée de l’autre côté de l’Atlan— tique. Ces deux épaves se sont reconnues et se sont attirées. L’amour a tôt fait de les entraîner dans son tour billon , et c’est le grand amour qui saisit et bouleverse, pour les confondre, leurs êtres physiques, intellectuels et spirituels.
En se donnant à lui, Marguerite a refusé de l'épouser, ne voulant pas être une entrave dans sa vie. Mais ils ont momentanément fondu leurs destinées et associé leurs intelligences, car ils ont commencé ensemble un livre sur l‘avenir social de l’humanité, mariant ainsi leurs âmes sur les sommets de l’ldée. Une puissante attraction les entraîne l’un vers l’autre : la similitude des aspirations dans la diversité des caractères et des tempéraments.
Ferrier est « un être de séduction et d’élégance, de raffinement, de grâce légère et tendre, esprit audacieux, paradoxal et souple ». En somme, nature passionnée mais faible. Marguerite, par contre, est une âme forte, consciente,essentiellement noble. Au rebours de la plupart des romanciers, qui, lorsqu’ils nous montrent une femme dévouée, la privent de
LE RÉVEIL DE L’AMI: 157 force et d‘individualité, en font une sorte d’esclave, celle-ci est une âme à la fois passionnée et puis saute, qui se donne parce qu’elle le veut, qui sait se renoncer mais ne s'annihile jamais. « C’était un être qui ne pouvait avoir que des élans vastes et forts. Rien de banal, rien de médiocre, mais aussi rien de féminin, de ce féminin tout en nuances qu’affec tionnent les hommes.
Le geste lent, une simplicité presque austère et non étudiée cependant. Sur la robe unie et collante, pas une garniture. La cheve lure sombre, partagée en bandeaux, était ramenée sur la nuque sans aucune préoccupation de coquetterie. Sauf les cheveux noirs et le geste grave, il y a du Septentrion dans cette Italienne et même de l’âme russe.
D’où ce calme extérieur qui cache des tempêtes, et aussi cet altruisme inné qui s’adresse à toute l’humanité. Le désir de l’action, l’accomplissement de son œuvre ramène Philippe Ferrier en Belgique avec sa compagne inséparable. Il s'est annoncé chez des amis, le Dr Ber thaud, un médecin, homme de science et de bien, et sa jeune femme Nelda, qui habitent une petite ville, dans le voisinage de l’abbaye de Villers.
La jeune femme, qui a eu jadis un flirt avec Philippe, se déclare choquée de le voir revenir avec une maîtresse. Maisle vieuxmédecin se prend tout de suite de sympathie pour la noble Italienne et voudrait légitimer cette liaison par un mariage. Cependant la dissension entre ces deux âmes, qui est le véritable sujet du roman, a déjà commencé. Nelda, avec laquelle Philippe reprend les coquetteries d‘autrefois, déviation fugitive de sa
158 L'INITIATION nature impressio_nnable et mobile, n’en est pas la 'vraie cause. Le nuage surgi entre les amants date de plus loin. En Amérique déjà, il les avaitinquiétés. Ce n'était pas un désaccord moral sur les choses de la vie; leur harmonie intellectuelle subsistait entière.
Mais, depuis longtemps, M"° Ariani avait remarqué dans l’âme complexe de Ferrier « des états bizarres, comme des personnalités impétueusement surgies, venant de loin, mais pleines d’assurance, audacieuses et violentes ».
Enfin il s'était produit ce fait étrange, qu’après chaque possession physique Ferrier était pris d'une sorte d’horreur et d'épouvante incompré hensible mais impérieuse, comme si la partie supé rieure de son être lui reprochait une profanation et si la partieinférieurel’entrainaitailleurs. Et l’irrésistible besoin d’âme que Ferrier avait de sa maîtresse n‘en était que plus fort, mais une crainte superstitieuse le flagellait.
Delà des retours passionnés. suivis de nou velles angoisses et de colères étranges. Il voudrait fuir cette femme dont l’âme le possède et cependant il sent qu'il ne le peut pas. Marguerite étudie ces états suc cessifs avec une inquiétude croissante. Qu’est-ce que cela veut dire P Comment cela finira-t-il? Elle a le sentiment d’une chute irrémédiable de la passion qui pourtant laisse survivre l’amour.
Et voici qu’une promenade à l’abbaye de Villers met le comble à l’exaspération de Ferrier en ouvrant à son âme terrifiée une affolante hypothèse. C’est pour la première fois qu‘il met les pieds dans ces ruines et cependant il lui semble qu'il les a déjà vues. Il recon naît le préau, l’église, le réfectoire.Ala vuedu cloître,
LE mâvrzu. DE L’AME 159 Il lui semble que des religieux en surgissent dansla longue cagoule blanche des Cisterciens. Un grand frisson le saisit. Oui, jadis il a vécu ici, il a été moine, il y a souffert des tortures sans nom.
Et c’est un ir résistible besoin, une âpre'convoitise, mêlée d’af-" freuses terreurs de pénétrer ce mystère,de tout savoir, de revivre cette autre vie, de redevenir celui qu’il a été pour jouir ses voluptés, et râler ses souffrances d’autrefois. Et, au lieu de se réfugier en Marguerite comme en un port de salut, il la fuit toujours plus farouchement. Et sa malheureuse, son héroïquecom pagne traverse une agonie d’amour. «Quitter Philippe!
Ah ! maintenant, maintenant se réalisait cette chose àlaquelle souvent elle avait songé avec une pres cience étrange, cet/e chose dont la vision anticipée avait surgi dès l'inefl“able étreinte première, s’impo sant toujours, toujours, aux moments de solitude comme aux heures les plus radieuses ; cette chose qui n’a pas de mot pour la caractériser, parce qu’il ne peut en exister d‘assez déchirant qui l’exprime : «l’agonie de l’amour, la séparation, l'arrachement du cœur... » Voyant cette détresse, Ferrier propose à M“° Ariani de l’épouser comme une réparation.
Fiè rement Marguerite refuse et lui donne cette magni fique réponse : « L’amour est dans tous les sens du mot l’z'rre’parable. L’amour n’est-il pas l’unique preuve de l’existence de Dieu? » Elle préfère la sépa ration avec le souvenir de l’amour absolu au mariage sans amour. Ils se quittent en se promettant de se re voir de temps à autre. Il accepte, pour vivre, une place chez un notaire de Genappe. Elle se fait l’aide
160 L‘INITIATION [MAI d’une maîtresse d’école à Villers et s’établit dans la maison du garde, au milieu même des ruines de l’ab baye. Mais, par le spectacle de l’abbaye, Philippe rentre involontairement dans son ancienne personnalité. Le souvenir de l’incarnation précédente s’accentue de plus en plus.
Un jour, c‘est la lecture d’une vieille inscription du moyen â‘ge qu’il déchiffre d’emblée ; . un autre, c'est le nom de Wenceslas prononcé par un archéologue qui fait froncer de colère son sourcil. Une autre fois encore, l’architecte lui montre unemé daille que les ouvriers viennent de déterrer des dé— combres etlui fait admirer le fier profil de femme qui l’orne, l’ancienne duchesse de Brabant, femme de Wenceslas.
Ferrier tressaille et balbutie en pâlissant: « Jehane ! Jehane l... » Et il sent qu’il a aimé éperdument cette femme, d’un amour sensuel et vio— lent. Il voudrait la revoir ettout ressaisir, mais en vain. De nouveau le souvenir s’engloutit en d’inson da’bles profondeurs. Et déjà Ferrier sent venir la folie.
Marguerite, aidée du Dr Berthaud, a essayé de combattre le mal par l’exhortation d’abord, puis par la suggestion mentale pendant le sommeil hypno tique. De toute son énergie elle lui enjoint d’oublier. Mais la personnalité seconde se rebiffe et résiste avec tant de force que, si l’on insistait, la mort s’ensuivrait. Un jour, le docteur et M“ Ariani trouvent Ferrier piochant avec frénésie dans un des caveaux de la ruine. Il vient de déterrer son propre squelette, celui de Conrad de Fauquemont, qui fut sa précédente in
LE RÉVEIL DE L’AMI: 161 l carnation. En plongeant ses doigts crispés dans les trous remplis de terre du crâne blanchi, il tombe en catalepsie. Ici le romancier nous raconte les visions de Ferrier revivant sa vie antérieure, celle de Conrad de Fau quemont. Il se revoit l'amant de la femme de Wen ceslas, duc de Brabant, de la belle J ehane, aux boucles brunes, frisottantes, aux yeux bleus qui sont feu et flamme.
Il revoit son ennemi le seigneur de Houtain,qui a médité sa perte; il le provoque en combat singulier et le tue. Mais son rival le dénonce au duc avant de mourir et Wenceslas se venge de l’amant de sa femme en le faisant enfermer dans l’ab baye de Villers.
Conrad meurt, sous l’habit de moine, dans une oubliette. —.l e ne donne que les faits essen tiels du récit, qui est restitué dans la jolie langue pit toresque et savoureuse de Froissart et des chroniques brabançonnes. . A son réveil, Ferrier se trouve chez lui, près de Mar guerite qui le garde, anxieuse. Il ne se souvient plus de rien et dit à sa bien-aimée: « Je voudrais te rendre heureuse, Marguerite, Dieu m’en est témoin!
Mais... je ne sais pas... je me sens d’une étrange impuis-_ sauce... un être inférieur semble entré en moi... un démon qui me paralyse... C’est lui qui te torture, c’est lui qui prend un plaisir infernal à ton martyre. » Après cette crise, il y a un délicieux rapprochement d’âme entre les deux amants, suivi de nouveaux orages et de scènes d’injuste jalousie.
Il semble que maintenant Ferrier, sans plus se rappeler le détail de sa vie antérieure, soit arrivé à la conscience complète 6
162 L‘INITIATION de ses deux personnalités, et il est décidé à terrasser la première par la seconde. Mais le pourra-t—il ? Les amants ont pris les mesures suprêmes. Ils ont résolu de fuir ensemble. de retourner en Amérique et d’y recommencer une vie nouvelle. Et voici la dernière scène, celle du dénouement tragique. Page admirable et la plus pathétique du livre.
Elle est d’une beauté grandiose, d’une beauté toute spiri tuelle au milieu même du déchaînement de la passion, symbolisée par la fureur des éléments, aperçue en perspective et en fuite sur les ailes de l’orage. On pourrait appeler cette scène d’une nouveauté splen dide et d’une merveilleuse profondeur ésotérique: l’apaisement d’une âme dans la tempête de la nature et sa transfiguration sous le coup du destin.
Marguerite Ariani est seule dans sa retraite de l’abbaye. Elle fait ses préparatifs de départ. Philippe Ferrier est à Genappe, à une lieue de là et fait les siens. Le lendemain, ils doivent partir ensemble et se rejoindre pour toujoms, en échappant à la terrible fatalité du passé qui s‘est comme pétrifiée dans les ruines. Mais tout à coup la tempête se lève.
Les rafales s’engouffrent sous les voûtes de la vieille abbaye, secouant ses pignons, ses tours et ses clochers. « Par les palpitantes blessures ouvertes du ciel, les éclairs jaillissent avec des éclats de glaive et jettent sur les ruines la formidable splendeur d'un décor d’in cendie. » Ainsi palpite la 'grande âme de Marguerite Ariani.
Elle remémore, en visions rapides, toute sa vie passée avec Ferrier, les ivresses, les tortures, les agonies de la séparation, et, comme elle aime à souf
LE RÉVEIL DE L’AME 163 frir en aimant, elle donne des larmes de reconnais sance à ses ruines chéries.
N’est-ce pas à l’ombre de leurs murailles qu’elle a connu la fécondante volupté des pleurs d’amour, n’est—ce pas là qu’elle a mesuré l’abîme entre la fatalité transitoire des circonstances et les choses immuables qui demeurent dans l’homme i’ Paix sublime trouvée au plus fort de la tempête l — Demain Marguerite partira avec son ami, et elle s’endort sous son abri en murmurant au bruit des rafales: —- Demain et à toujours!
Marguerite Ariani a compté sans l’inéluctable fata lité, qui est le choc en retour des existences passées. —— Ce demain ne sera pas un demain terrestre, mais le demain de l’Éternité. Attiré dans les ruines par le mirage fascinant de son existence antérieure, Ferrier tombe frappé à mort d’une pierre de la muraille qui croule sous la furie du vent.
En tombant à genoux comme fou droyée à côté de lui, Marguerite mesure la distance qui sépare les réalisations éphémères de la terre de celles de l’Éternité. Mais elle sait aussi que toutes les barrières physiques, qui la séparaient de son ami, sont tombées. Maintenant elle le possède plus que jamais età jamais dans cet Au-delà, où il vient d’en» trer, et elle sera possédée parlui souverainement dans les profondeurs de l’Ame et de l’Esprit..
« Nous allons vivre enfin, s’écrie—t-elle, vivre ensemble! VIVRE! » Le reste de son existence sera consacré à la charité; le fond de son âme n’aspire plus qu’à la conquête de la mort. Mais de cette mort
16/. L‘INITIATION s’échappe comme une fleur de lumière d’une gangue noire: I’Immortalx‘te’. _ Tel est ce roman parcouru à vol d’oiseau. Si rapide que soit ce résumé, je pense qu’il suffira pour en faire pressentir la hardiesse et la beauté.
Dans ce livre si riche, il y aurait à glaner nombre de pensées exquises et pénétrantes sur l’amour, sur la femme, sur le renouvellement possible dela religion par l’art, sur « le mouvement socialiste et le mouvement psy chique, lesquels, en se combinant, entraîneront l’hu manité du xx° siècle vers un état nouveau, qui sera l’avènement du véritable christianisme intérieur et universel ».
Notons simplement, au point de vue occultiste, que le véritable sens de la réincarnation a peut-être été rendu ici pour la première fois par l’art dans toute sa profondeur.
L’auteur lui-même le for mule ainsi : « Nous sommes doubles: hommes, nous perdons la conscience totale de notre personnalité au cours des vies successives que nous traversons en une série de métamorphoses de plus en plus élevées, et pourtant cette conscience nous apparaît presque toujours pendant telle de nos existences, soit qu’elle se dégage d’un lent approfondissement de la pensée, soit qu’elle éclate en éclairs fugitifs, comme c’est le cas pour Ferrier. » Aux non initiés, qui demanderaient comment la perte de la mémoire se concilie avec la continuité de l’être humain, comment le chapelet des personnalités diverses peut s’enrouler autour d’une âme indivise, l’auteur donne encore la réponse péremptoire : « L’en— fant ne se souvient pas d’une façon précise, c’est vrai, Ê _ 7 e. ...,M. .._
LE RÉVEIL DE L’AMI; 165 et ceci s’explique, puisque son âme, subitement em prisonnée dans une enveloppe corporelle, se trouve privée de ses facultés libres. Elle est forcée de les adapter à un instrument noureau et inconnu, qui est le cerveau : delà, sa lenteur à ressaisir ses souvenirs, qu’on appelle les idées innées ici-bas. » Je tiens de l’auteur de ce beau livre qu’il eut l’idée de l’envoyeràun de nos romanciers lesplusen renom.
Celui-ci répondit gracieusement (je ne garantis pas les termes, mais le sens) : «Je ne suis pas occultiste, disait l’homme illustre, et ne puis vous suivre dans toutes vos idées, mais j’ai été vivement intéressé par la double personnalité de Ferrier. Cela m’ouvre des horizons nouveaux.
Pourtant j’hésite ; si votre sub conscience existe, les personnages de mes propres ro mans ne seraient plus que des marionnettes. » L’aimable et subtil romancier, qui écrivait ces lignes à J. de 'l‘allenay, est décidément trop modeste, mais, avec la finesse habituelle de son esprit, il a mis le doigt sur le défaut du roman contemporain.
Tout ne s’y passe-t-il pas pour ainsi dire sur un seul plan, qui est le plan physiologique éclairé par une médiocre intellectualité? Notre science, comme notre littérature, ne veut connaître qu’un seul plan de la vie. Et pourtant l’homme, comme l’univers, est triple. L’être humain évolue simultanément sur trois plans: sur le plan physique, sur le plan intellectuel idéal et sur le plan spirituel.
Quand l’art et la pensée du xx" siècle sauront s’élancer dans ces régions vierges, ils auront à conquérir deux nouveaux infinis. A ceux qui pré
166 L'INITIATION tendent que l’occultisme sérieux et bien compris introduit dans l’art contemporain une folie dange— reuse, nous dirons la réponse de l’intuitive Margue rite Ariani au Dr Berthaud prétendant que Ferrier est devenu fou: « Ce n’est pas la folie... c’est une im mensité devinée ». Edouard SCHURÉ.
. .,..-—v -r_—»--- > v ..w.. V , A@ANE “’ L’OCCULTISME DÉVOILÉ Pr.r Éliphas LÉVY Dans une courte introduction, datée de septembre ’ r868, Éliphas Lévy, écrit : «Cet ouvrage est le tes ‘ a.._,.,.. ..5M alflçnñÇu« . tament de l’auteur ; c’estle plus important et le der nier de ses livres sur la science occulte. . .. Ce livre peut-il et doit-il être publié P Nous l’ignorions en l’é— crivant; mais nous avons cru devoir et pouvoir l’é— crire. « S’il existe encore de véritables initiés dans le monde, c’est pour eux que nous l’écrivons et c'est à eux seuls qu’il appartient de nous juger. » Pourquoi, en 1868, Éliphas Lévy considérait-il ce livre commeson testament? il n’avait encore que cin quante—huit ans, sa santé n’était pas mauvaise et il lui restaitencore septansà vivre,ilsavait qu’il ne mourrait pas avant 1875. Il continuaà étudier et à enseigner; jusqu’à son dernier souffle, il a aimé la science et, même au milieu des souffrances et des fatigues que lui occasionnait sa dernière maladie, son enthousiasme ne s‘est pas refroidi ; il n’a cessé de travailler qu’au (r) Chamuel, 1898. —-x- s-—.,w—L"‘ ‘. -»...._.«.__...—.—.-—.--» —«., c. -. .
168 L‘INITIATION moment où ila été forcé de prendre définitivement le lit. Éliphas Lévy disait souvent : Dire la vérité à ceux qui ne peuvent pas la comprendre, c’est leur mentir. A l’époque où il écrivait, ceux pour lesquels la vérité n’était pas un mensonge étaient rares, et il jugeait qu’il en avait assez dit.
Quant àsa dernière phrase: S‘il existe encore de véritables initiés dansle monde.. .. elle est bien facile à comprendre : ce n’est pas pour le public qu’il-écrit, il était loin d’être un vulgarisateur.Tous ses livres sont écrits en un style agréable, mais intentionnellement obscur;ils’arrange de façon à dire la vérité sans qu’on puisse la voir.
Il était tellement sûr que les initiés seuls pourraient le comprendre, qu’il souriait avec sa tisfaction quand il disait : La Vérité se défend d’elle— même, j’ai pu tout écrire, ceux qui ne doivent pas savoir n’y comprendront rien .
Le présent ouvrage ne fait pas exception, chacune de ses phrases réclamerait un commentaire explicatif; si on lit un passage détaché sans tenir compte, non seulement du contexte, mais aussi d’autres passages éloignés, ou court le risque de comprendre le contraire de ce que l’auteur a voulu dire. Cela tient à ce que la vérité se présente souvent sous plusieurs aspects, qu’Éliphas fait exprèsde disséminer pour aug menter la difficulté.
A l’exemple des anciens auteurs, il veut fixer ses connaissances dans des écrits, mais il veut que le profane ne puisse pas surprendre un secret que son manque de préparation pourrait rendre dangereux entre ses mains. Autrefois, des épreuves
LE GRAND ARCANE 169 sérieuses garantissaient la valeur morale du candidat, aujourd’hui les épreuves ne peuvent plus être qu’in— tellectuelles,et Éliphas n’a pas voulu en dispenser ses lecteurs. A certains moments il se complaît dans le paradoxe, mais ces paradoxes mêmes cachent des vérités impor— tantes.
Il se plaît à raconter des choses énormes et à les expliquer par un rationalisme vulgaire, ou bien à laisser ignorer entièrement ce qu’il en pense. Il part de ce principe que les opinions ne doivent être im posées à personne : il donne une direction générale, chacun doit travailler à se faire sa propre initiation. En occultisme, il ne faut pas de perroquets, il ne faut que des penseurs.
L’étudiant auquel on donne une manière de voir toute faite l’acceptera purement et .simplement et ne réfléchira pas ; il en résultera une lacune durable dans son initiation.
Il ne faudrait pas croire cependant qu'Éliphas Lévy ait été un mystique, il avait plutôt une tendance au rationalisme; il connaissait parfaitement les empiè— tements du visible sur l’invisible et réciproquement, mais il s’en défiait; il avait vu quelquefois des mani festations de l’Astral et il en avait compris les dan gers.
Ilsavait avec quelle facilité on est trompé par les apparences et n’accordait qu’une confiance limi tée aux communications de l’Au-delà. Aussi le spiri tisme lui était-il particulièrement odieux; il recon naissait bien la réalité des phén0mènes, mais il n’y voyait que des manifestations fluidiques. Dans le Grand Arcane, il s’occupe surtout du ma gnétisme, dont il donne la clef au chapitre vru du
170 L'INITIATION second livre, seulement pour Éliphas le magnétisme n’est ni le mesmérisme, ni l’hypnotisme, il n’est pas non plus la suggestion, il est plus que tout cela. Le magnétismes est l’Agent Universel, le Grand Agent Magique : c‘est une force énorme, formidable, quelque chose comme le Vril de Bulwer Lytton.
Cette force, nous l’aspirons et la respirons à flots, et celui qui saurait s’en servir serait un homme redoutable; seulement je dois ajouter que, la réaction étant égale à l’action, il pourrait bien être aussi redoutable pour lui-même: les grandes forces doivent être maniées avec une prudence excessive. Je recommande aussi la lecture de son chapitre sur les évocations, dans lequel il ne mâche pas la vérité et appelle les choses par leur nom.
Du reste c’est un livre qu’il faut lire d’un boutà l’autre, tout y est intéressant. Les simples curieux verront qu’en dehors des sciences officielles il y a bien des choses à apprendre, ils verront surtout que, si tant de phénomènes restent sans explication, c’est uniquement parce qu’on ne veut pas se donner la peine de lire ce que de vrais savants ont écrit sur les causes premières et les causes secondes.
Quant aux occultistes, ils trouveront certainement dans ce livre de quoi parfaire leur instruction, malgré les progrès réels que les Sciences occultes ont faits depuis la mort d’Éliphas Lévy. Pour moi, j’ai été son disciple et son ami, je ne partage pas toutes ses idées, mais je lui dois beau coup, et je suis heureux de profiter de cette occasion pour rendre hommage à sa probité scientifique et à _‘È" “N...
LE GRAND ARCANE 171 l’élévation de son caractère. Éliphas Lévy a été un homme bon, le m'r bonus dans toute la force du terme ; il n’aurait jamais c0nsenti au plus petit acte de charlatanisme et il a mieux aimé vivre pauvre que de transiger avec sa conscience.
Je l’ai déjà dit, ses écrits sont souvent énigmatiques, on peut ne pas les comprendre en les lisant rapidement; mais les initiés qui voudront se donner la peine de les lire attentive ment et de comparer les chapitres quelquefois éloi gnés les uns des autres, où il traite le même sujet de façons différentes, verront très bien le fond de sa pensée et en seront largement récompensés par l’ac— quisition de vérités nouvelles, souvent d’une grande profondeur.
Dr F. Roman. P.-S. —— Il est peut-être utile, pour bien faire com prendre la nécessité d’étudier sérieusement et de com parer les divers passages de ce livre, de citer quelques exemples.
1 En certains endroits, on pourrait croire qu’Éliphas est hostile au catholicisme, mais c’est là une illusion; en effet, page 172 on lit : « Les chrétiens catholiques et orthodoxes ont seuls établi un dogme et fondé un culte; les hérétiques et les sectaires n’ont su que nier, supprimer et détruire.
Ils nous ramènent au déisme vague et à la négation de toute religion révélée, ce qui repousse Dieu dans une si profonde obscurité, que les hommes ne sont plus guère intéressés à savoir si véritablement il existe. ‘ '
172 L’INITIATION « En dehors des affirmations magistrales de Moïse et de Jésus-Christ touchant la Divinité, tout n’est plus que doutes, hypothèses et fantaisies. » Dans certains passages, il affirme la puissance de l’homme, il ne refuse aucun pouvoir à sa volonté; on croirait qu’il conçoit l’homme comme un rival de Dieu, mais qu’on lise cette phrase, page 73 : « Appre— nez à vouloir ce que Dieu veut, et tout ce que vous voudrez certainement s'accomplira. » Terminons enfin par une citation qui montrera bien l’importance qu’il attribue à la révélation chré tienne, page 363 : « J’ai vieilli et j’ai blanchi sur les livres les plus inconnus et les plus redoutables de l’occultisme, mes cheveux sont tombés, ma barbe s’est allongée comme celle des pères du désert; j’ai cherché et j’ai trouvé la clef des symboles de Zoroastre; j’ai pénétré dans les cryptes de Manès, j’ai surpris le secret d’Hermès oubliant de me dérober un coin du voile qui cache éter nellement le grand œuvre: jesais ce qu’est le sphinx colossal qui s’est enfoncé lentement dans le sable en contemplant les pyramides.
J’ai pénétré les énigmes des Brahmes. Je sais quels mystères Schiméon ben Jockaï ensevelissait avec lui pendant douze années dans le sable ; les clavicules perdues de Salomon me sont apparues resplendissantes de lumière et j’ai lu couramment dans les livres que Méphistophélès lui même ne savait pas traduire à Faust.
Eh bien l nulle part, ni dans la Perse, ni dans l’Inde, ni parmi les palimpsestes de l’antique Égypte, ni dans les grimoires maudits soustraits aux bûchers du moyen âge, je n’ai
LE GRAND ARCANE 173 trouvé un livre plus profond, plus révélateur, plus lumineux dans ses mystères, plus effrayant dans ses révélations splendides, plus certain dans ses prophé— ties,plus profond scrutateur des abîmes de l’homme et des ténèbres immenses de Dieu, plus grand, plus vrai, plus simple, plus terrible et plus doux que l’Évangile de Jésus—Christ. » Mes études m’ont amené à la même conclusion ; je suis certain que l’initiation totale se trouve dans ce livre, et ne se trouve que là. . D' F. R.
PARTIE LITTÉRAIRE @NHER A celle ui ne l’a jamais connu, mais qui c crche a rendre heureux tous ceux qui l'approchent, à celle dont le sourire est comme un rayon de soleil, a S. M. la reine Nuthalic de Scrbic. cette petite parabole est respectueusement dédiée. Sxcnmo. 18/30 avril 1899. Un jour l’enfant demanda à sa mère. « Petite mère, où est le bonheur? » -— « Chez toi, »lui réponditelle en souriant. Et l’enfant se mit à chercher dans ses poches, dans sa chambre, se figurant que c’était un joujou qu’on lui cachait ; mais, .à son grand étonnement, il ne trouva rien et se mit à pleurer. L’adolescent exigea de sa mère de lui dire où se trouvait le bonheur tristement elle lui répondit : « Dans ta demeure, mon enfant, dans ta demeure. » Alors il retourna la maison de la cave au grenier, souleva les planchers, fouilla et retourna la terre, croyant qu’il y
LE BONHEUR 175 I ! avait un trésor caché, mais... lui aussi ne trouva rien et se mit à injurier celle à qui il devait la vie, l’accu— sant de l’avoir trompé. L’homme... ne s’adressa, même pas à sa mère, la tenant pour trop ignorante et incapable de résoudre un problème aussi sérieux. Il se disait que lui-même peut»être parviendrait un jour à trouver une réponse dans la science. Il se mit à travailler avec acharnement.
Bien des années passèrent ainsi ; sa sphèréde connaissances grandissait tous les jours, mais lui devenait de plus en plus maussade. absorbé en lui-même et la solution du problème ne venait toujours pas. Alors il se dit qu’il était incapable seul de trouver ce qu’il cherchait, que la science moderne n’était pas en état de lui donner la réponse voulue.
Il prit froidement congé de sa pauvre vieille mère éplorée et, son sac sur le dos, son bâton à la main, s’en alla chercher de par le monde un maître qui pût lui enseigner comment et où trou ver Ie bonheur.
Après bien des recherches, bien des désenchantements, il trouva un mage, un savant de l’Orient, qui consentit à l’accepter comme élève et lui dit : « Fils de la femme, ne te fais pas d’illusions, il te faudra travailler longtemps et durement avant que j‘aie le droit de te montrer où se trouve ton bonheur, mais souviens-toi que je ne pourrai t’aider, car chacun doit le trouver pour soi, tel est la loi de Fin. connu.» —- Alors l’homme se remit à travailler.
Il passait tout son temps absorbé dans la lecture de vieux bouquins renonçant aux plaisirs, au repos, ignorant les joies de l'amitié et de l‘amour, ne pensant qu’à
1 76 L’INITIATION développer son intelligence, car c’est par elle qu’il espérait arriver à son but. Un quart de siècle se passa ainsi. La vieille mère était morte de chagrin; l’homme était tout blanc, courbé, ridé, sa vie, à lui, touchait aussi à sa fin, et l’ange de la mort, aux grandes ailes noires, l’attendait déjà pour l’escorter dans l‘Infini.
Enfin vint un jour où le maître dit à l’homme: « Viens, il est temps de te donner la réponse que tu attends depuis tantd’an nées. Suis-moi et je te montrerai où se trouve le bon« heur. » Ils se mirent en route et marchèrent deux jours et trois nuits; à la dernière heure, avant l’aube du troi sième jour, le maître s'arrêta devant une petite chau— mière, qui paraissait inhabitée.
L’homme, tout étonné, reconnut sa propre maison. — « Qu’est-ce à dire? — s’écria-t-il — te moques-tu de moi?
Mais c’est ma maison, que j’ai quittée justement parce queje n’y pouvais trouver le bonheur. » —— « Et tu as eu tort, mon fils — répondit le vieillard, — car c’est dans ta demeure que réside le bonheur et tu ne pourrais le trouver nulle part ailleurs; cherche, cherche bien, mieux que tu ne l’as fait jusqu’à présent, et tu seras récompensé. » L'homme se rua sur la petite chaumière et bientôt il ne resta pas un coin qu’il n’eût fouillé ni un mor ceau de bois ou de pierre qu’il n’eût déplacé et, cepen dant, il ne parvenait toujours pas à trouver le bonheur.
Ses membres tremblaient, de grosses gouttes de sueur perlaient sur son front, il n’en pouvait plus de fatigue l... A ce moment, les premières lueurs de l’aube
LE BONHEUR 1 77 vinrent dorer l’horizon : les plantes, les arbres, les fleurs tendaient leurs feuilles, leurs corolles vers la lumière ; les oiseaux entonnaient leur prière du matin avant d’aller chercher la nourriture de leurs petits; les abeilles et les fourmis se remettaient joyeusement au.travail, tous vivaient, aimaient et étaient heureux! Seul l’homme était là silencieux, hébété, regardant la masse informe, qui, jadis, avait été sa maison.
Dans son grand désespoir, ayant enfin compris son impuissance, il poussa un cri terrible, appelant à Dieu et l’implorant de lui donner le bonheur. Ses mains, crispées sur sa poitrine, semblaient vouloir retenir la respiration qui sortait sifflante et saccadée.
Tout à coup il lui sembla sentir quelque chose re— muer et se débattre sous sa main, — c’était son cœur, qu’il avait tenu prisonnier pendant toute sa vie! — « Oh l toi au moins essaie de trouver le bonheur, va, je te rends la liberté, peut—être auras-tu plus de chance que moi » lui dit l’homme avec amertume.
Mais quel ne fut pas son étonnement lorsqu'au momentoù son cœur libéré s’élançait vibrant au—devant de tout ce qui souffrait, de toute la nature, et s’anéantissait en elle, une sensation de bien-êtreinefiablel’envahittout entier et il entendit une voix lui disant: « Le voilà le bonheur, tu l’as enfin trouvé! On te l’avait bien dit, 6 fils de l’homme, qu’il était dans ta demeure, car toi—même tu n’es que la demeure de ton vrai moi.
L’Esprit divin! le bonheur —— c’est l’amour infini pour tout ce que Dieu a créé; mais cherche encore, prie, aime ettu trouveras, peut-être, quelque chose de plus précieux que le bonheur l... » ESTRELLA.
178 LÏ.‘\‘I'I'I.\TION ©EDEE MARTINISTE Délégués. — Les instructions concernant les fonctions des délégués et leur hiérarchie sont terminées et chaque délégué en recevra un exemplaire avec le numéro de Psyché de ce mois. Ces communications sont absolument réservées aux délégués et aucun abonné ne les recevra.
Suprême Conseil. —— La réunion du Suprême Conseil sera tenue quand chacun des membres aura établi un rapport spécial sur les contrées qu'il administre. LOges de Paris. — Les loges de Paris disposent main tenant d’un nouveau local plus grand qne le précédent et il sera complètement organisé pour le mois d’oc tobre. Nécrologie. -— Le F.'. Suzaine M.'. S.-. C.'. est décédé le 15 mai.
C’était un ardent martiniste et un travailleur très instruit concernant le symbolisme des divers rites. Société des Conférences 8piritnalistes Séance du 28 avril Le Corps psychique et la Doctrine catholique. — Cette conférence d’Albert Jounet paraitra dans les prochains numéros du Journal du Magnélisme el de la Psycho logie.
Le Lendemain de la mort. — Tel est le sujet traité par le Dr Papus qui a parlé, ainsi que l’indique le titre, de l’état de l’âme après la mort et des plans successifs, en laissant toutefois de côté le plan divin.
Il a montré que, dans notre monde subordonné, tout était en germe dans le plan astral, que les idées et les pensées réalisées malér’ieüemenl sont des images, des formes astrales que l’artiste attire dans soit cerveau pour ensuite leur donner un corps. L’âme, après la mort, a perdu deux organes qui lui
SOCIÉTÉ DES CONFÉRENCES SPIRITUALISTES 179 sont devenus inutiles : ceux du goût et du toucher. Et ici nous entrerions dans les idées émises par les-Illu minés, par Cahagnet, notamment, tous des aliénés évi— demment et classés comme tels par les aliénés d’une autre catégorie. Dans l’astral, la pensée est créatrice et réalisatrice. Il suffit à l’âme de désirer pour que l’objet du désir se présente à elle.
Bien entendu, le désir est adéquat au savoir et au mérite. Le conférencier a parlé ensuite de la mort dite natu relle et de la mort anormale. La mort naturelle est celle de l’homme qui s’éteint simplement; la mort anormale est celle, par exemple, des suicidés, des guil 10tinés. L’état de ces âmes désincarnées n’est évidem— ment pas le même que pour les autres. Les Indous connaissent, pour la plupart, eœpérimen« talement le phénomène de la mort.
Le Dr Papus et l’oc cultisme occidental ont également abordé cette étude expérimentale; mais ici le conférencier, tout en nous initiant à la vie supra-humaine, s’est montré assez ré servé, et nous le comprenons. Chacun doit s’initier soi-même. Les maîtres ne sont là que pour servir de guides. Il est regrettable que cette conférence n’ait pas été sténographiée; elle aurait été publiée pour le plus grand profit de tous.
Après nous avoir montré la naissance au monde invi sible, la prochaine fois, le 26 mai, le Dr Papus nous par— lera de la naissance au m0nde corporel. Deux délégués américains de l’Ordre martiniste ont été présentés à la Société, qui leur a fait le meilleur ac ‘cueil. Le D' Papus propose ensuite de fonder une biblio— thèque roulante qui sera mise à la disposition des mem ‘bres de la Société et des autres sociétés de province.
Le Société charge le bureau de ce soin. ' Et, à ce sujet, M. Deulin, secrétaire des séances,fait la communication suivante: La Société des Conférences spiritualistes et la Province Après Dijon, voici Nancy, Bar—le-Duc et Châlons-sur
180 L‘INITIATION Marne qui auront leurs sections de la Société—mère de Paris. A Nancy, à la suite d'une conférence qui a eu un réel succès, une vingtaine de membres se sont constitués en section de Nancy. Une nouvelle conférence dite d‘ou verture ou d’inauguration est préparée par cette section, qui a nettement pris une allure des plus scientifiques.
Au nombre des membres d'honneur citons: MM. les D" Bernheim, Thiry et Fricot, qui tous ont un nom dans le monde hypnotique. A Bar-le-Duc, même succès. La section s'est consti tuée avec dix-huit membres et comme président pro bable M. le Dr Ficatier. A Châlons-sur-Marne, la section comprend dix mem bres avec M. Pointe comme président.
Cette section comprend comme membre le plus en vue M. Guénon, vétérinaire au régiment de chasseurs à cheval et qui a fait de très importants travaux sur « l’action de la mu— sique sur les animaux, le chien et le cheval en particu lier ». Enfin à Epinal, une section est en formation, sous la direction du savant archiviste départemental, notre ami, M. Chevreux.
Ajoutons que, selon toute probabilité, les sections de Dijon, Nancy, Epinal, Bar-le-Duc et Châlons vont être munies d’une bibliothèque roulante qui pourra servir aux membres de la Société, en voyage, à quelque section qu‘ils appartiennent.
Nous serions heureux si nous pouvions trouver dans toutes les villes de province des gens dévoués qui veuil— lent bien se mettre en rapport avec nous pour orga niser des sections, et nous nous mettrions bien volon tiers à leur entière disposition à ce sujet, soit pour les conseiller, soit pour y faire une conférence d’ouver ture. La Société exprime ses remerciements à M. Deulin, grâce auquel ces résultats ont été obtenus.
CONGRÈS SPIRITE ET SPIRITUALISTE 181 @©N®EEÈS 3lPIIMÎ‘Ë E‘li SPHBU‘IÏÛDALÜSÎÏÊ ÛÏÎERIIŒAÏÎU©NM. @â ll®©® SECTION HERMÉTIQUE Ainsi que nos lecteurs ont pu le voir par le programme général publié dans notre dernier numéro, chaque section est absolument autonome et l’organisation ainsi que l’ad ministration et les finances sont séparées pour chacune d’elles.
La section hermétique compte faire tous ses efforts pour s’affirmer avec un réel caractère d’union interna tionale synthétisée et hiérarchisée. A cet effet elle présentera au Congrès l’occultisme sous les trois aspects,suivants: 1° Adaptations philosophiques de l’Occuliisme. — Ex posé des idées, avec une question spéciale traitée par chacun des pays où se trouvent des délégués généraux.
Ainsi sera évitéela monotonie des communications surle même sujet et le caractère unitaire et international de l’occultisme sera nettement affirmé. 2° Adaptations scientifiques de l’Occultisme. — Exposé des appareils du contrôle et des enregistreurs de la force psychique utilisés ou étudiés dans les sections d’expé— riences.
3° Adaptations artistiques de l’Occuliisme. -—— La pein ture, la musique et, aussi, le théâtre seront appelés à manifester cette adaptation, sous la haute direction de ce merveilleux artiste qu’est Joséphin Péladan. On comprendra qu’une telle organisation ne s’impro vise pas du jour au lendemain; aussi demandons-nous à nos lecteurs de se préparer dès maintenant à nous aider soit intellectuellement, soit matériellement.
Le comité d’organisation de la section hermétique sera constitué par des délégués des sociétés suivantes : Groupe Indépendant d’études ésotériques, Société alchimique de France, Ordre Martiniste,
182 L‘INITIATION Ordre de la Rose-Croix, École supérieure libre des Sciences hermétiques, Sociétés des Conférences spiritualistes, Union Idéaliste Universelle, Et les délégués des autres fraternités qui voudront bien se joindre à celles-là. . o Dès maintenant la souscription pour l’organisation de 4 la section hermétique est ouverte, I'Initiation centralisera provisoirement les fonds qui seront ultérieurement remis à un trésorier et déposés en banque.
Toutes les sous- . criptions, à partir d'un franc, seront accueillies avec ; reconnaissance et elles seront régulièrement portées à la connaissance du public. . ‘ La première liste de souscription sera publiée le mois l prochain.
SECTION MAGNÉTIQUE ‘ Les membres de la Société magnétique de France, les 4 membres du Syndicat des passeurs et magnétiseurs, les professeurs et élèves de l'École pratique de Magnétisme et de Massage. les magnétistes, les magnétiseurs et les masseurs indépendants, les malades reconnaissants qui ont éprouvé par eux-mêmes les bienfaits du Magnétisme et du Massage ; Réunis à I’Ecolc pratique de Magnétisme et de Massage, le 15 avril 1899; Après avoir pris connaissance du manifeste rédigé par le Comité ar organisation du Congrès spirite et spiritua— tiste international de 1900, et entendu les explications verbales de M. Durville ; Ont décidé ce qui suit : La Section magnétique, s’inspirant des travaux du Congrès magnétique international de 1889, se présentera au Congrès de 1900 en un seul et même 'groupe. .
Pour réunir tous les éléments nécessaires à cette grande manifestation, une commission de 35 membres, choisis parmi les plus actifs, est chargée de tous les détails de l’organisation. Cette commission, qui prend “cet—wwü
CONGRÈS SP!RITE ET SPIRITUALISTE 183 “axa—mW -—y le titre de Commission d’Iniliative, en tenant compte des relations antérieures, se mettra en rapport avec les ma gnétistes, les magnétiseurs, les masseurs et leurs parti sans de tous les pays, dans le but d’obtenir le plus grand nombre possible d’adhésions. .
Ne se chargeant que de l’organisation de la Section magnétique, la Commission d’Iniliaz‘ive se démettra de ses fonctions avant l’ouverture du Congrès. Une sous—commission, composée de MM. Bouleau, Carré, Durin, Issanchou, Soury, est plus particulière— ment chargée de la propagande et de la vérification des comptes.
MM. Couillerot, Durville et Fabius de Champville sont délégués auprès du Comité d’organisation du Con grès pour représenter la Section magnétique. M. Durville remplit les fonctions de secrétaire-tréso— rier de la Section magnétique; MM. Bodereau et Couil lerot, celles de secrétaires-adjoints. Les adhésions, les mémoires et les fonds devront être adressés au secrétaire, qui en accusera réception par la voie du Journal du Magnétisme.
Excepté pendantles mois de juillet, août et septembre, la Section magnétique se réunira le premier vendredi de chaque mois, à 9 h. I/2 du soir, à l’Ecole pratique de Magnétisme et de Massage, pour étudier toutes les ques tions d’ordre général se rattachant à son organisation. Ces réunions seront publiques, et les membres du Con— grès ne faisant pas partie de la Commission d’Iniz‘iati've auront voix consultative.
M. Durville recevra les membres du Congrès, et plus particulièrement les étrangers, le mardi et le vendredi de chaque semaine, de 1 heure à4 heures. - Fait à Paris, le 15 avril 1899, La Commission d’lnitialive : ‘ Barétte, Bocquillon, Bodereau, Bossong, Bouleau, Carré, Chemin, Mme veuve Coudraif, Couillerot, Coursaget, Deforge, Demé, Durin, Durville, Fabius de Champville, Gravier, Hénault, Issanchou, Keil, Lefèvre, Mme Le Layo, Mme Lotte, Mlle Magnat,
184 L'INITIATION Massey, M'“’ Orsini, Potin, M"° Rey, Mm° Salathé, Soury, Tempié, Thomas, Tison, M“° Voillemin, Warren. PROGRAMME La Commission d'1nilialive de la Section magnétique pense que, pour arriverà ce but, il est bon d‘attirer l’at tention des membres du Congrès de 1900 sur le pro. gramme suivant : Le Magnétisme humain ne doit pas être confondu avec l’hypnotisme.
Le Magnétisme considéré comme agent physique. — Magnétisme humain, Magnétisme des corps organisés, des corps bruts, des forces et agents de la nature. Théorie de l'émission (fluide), théorie dynamique (mouvement vibratoire). Polarité. Procédés magnétiques. — Passes, impositions des mains, applications, frictions, insufflations, action du regard. Action sans aucun geste extérieur; action à distance.
Le Magnétisme mystique et les médiums gué risseurs. Rôle de la suggestion; son importance est exa— gérée, même au point de vue hypnotique. Application du Magnétisme dans les affections aiguës ou chroniques. Crises symptomatiques ou critiques, marche des traitements. Expérimentation. —— Le sommeil magnétique, ses états et ses phases. Extériorisation de la sensibilité, dédou blement. Intérêt de l'expérimentation au point de vue psychologique.
Lucidité somnambulique. — Ses variétés, ses degrés, ses avantages dans le traitement de certaines maladies. Photographie des effluves humains. — Moyens de procéder. Le Magnétisme humain, l'aimant et l’électricité. —Y a-t-il intérêt à combiner l’action de ces agents pour le traitement de certaines maladies?
Le Massage et son action thérapeutique. — Sa théo rie, ses procédés. — Massage médical français, massage suédois, massage orthopédique, massage magnétique. Enseignement du Magnétisme et du Massage dans les divers pays. — Écoles spéciales, leur programme.
CONGRÈS SPIRITE ET SPIRITUALISTE 185 Pratique professionnelle du Magnétisme et du Mas sage. ——- Facilités ou obstacles qu’elle éprouve dans les divers pays. — Législation. s Ce programme n’est pas limitatif, et tout Mémoire se rattachant au Massage et au Magnétisme, tant au point de vue scientifique qu’aux points de vue historique, expérimental, théorique ou pratique, sera reçu avec reconnmssance.
Le secrétaire de la Section magnétique, préparant un travail d’ensemble sur la situation actuelle de la pratique professionnelle du Massage et du Magnétisme dans les divers pays, prie les intéressés du monde entier de vou loir bien lui fournir les renseignements suivants: (Dans votre pays) La pratique médicale est-elle libre? -— Si elle ne l’est pas, indiquer la teneur de la loi qui la régit.
La pratique du Massage et du Magnétisme est-elle permise par la loi; est-elle défendue ou seulement tolé rée ? Pénalités contre l’exercice illégal de la médecine, et particulièrementcontre les masseurs et les magnétiseurs. Où et comment les masseurs et les magnétiseurs font leur éducation professionnelle P Prière d’adresser ces renseignements à M. Durville, secrétaire de la Section magnétique, 2.3, rue Saint-Merri, Paris.
L’Institut psychique. — A propos de la.nouvelle don née dans le dernier numéro (un Français habitant New York souscrit cent mille francs), on nous demande si cet Institut est fondé. Nous répondons : non, pas encore. Ce n’est qu’un projet. Tout ce que nous pouvons dire, c’est qu’il comprendra des hommes de science et des expérimentateurs indépendants. Quand le moment sera venu, on posera les bases de la Société.
D’ores et déjà, plusieurs personnalitésscientifiques pressenties donnent leur adhésion. Mais avant d‘établir les bases del’lnstitut, il faut s’assurer d’un certain nombre de souscripteurs. La liste est donc ouverte. Il est bien entendu que la constitution de l’Institut sera soumise à leur approba— non.
186 L'INITIATION Le Journal du Magnétisme n'est que le porte—parole des intéressés. Son rédacteur en chef est zélateur de l'œuvre. Il n’est que cela. Aucun intérêt ne le guide, si ce n’est son désir de voir progresser la psychologie expé rimentale. Quant au nom du généreux souscripteur. nous regrettons de ne pouvoir le livrer, la discrétion nous ayant été recommandée. Mais il est bien connu du public scientifique.
On sait qu'en Amérique un généreux donateur a fourni les fonds nécessaires pour un Institut semblable. [.’Angleterre se préoccupe également d’en fonder un. Certes. il y a un peu partout des expérimentateurs étudiant isolément ou par groupes.
L‘Institut à créer ne ferait pas obstacle aux travaux individuels, mais les favoriserait au contraire; il serait simplement un centre où chaque expérimentateur vien drait apporter le fruit de ses recherches et observations. En outre, il y aurait une expérimentation collectiveà jours fixes. _ Chacun examinerait à son point de vue et expérimen— terait dans la branche qui lui plairait.
Les sujets sont variés : sujets hypnotiques, magnétiques, médiums, etc. Les phénomènes sont également complexes. Il s’agit de les caractériser et de les différencier. Il serait donc utile que les observations recueillies isolémentfussentcommuniquéesàunensemhled'hommes de science qui seraient appelés à donner leur avis et à contrôler, chacun à son point de vue, le fait commu-A niqué.
La personne qui offre cent mille francs désire qu‘une souscription soit ouverte et qu’elle atteigne un chiffre élevé pour permettre d’avoir un local approprié, des instruments de physique, des sujets et aussi des expérk mentateurs qu’on puisse rétribuer. Chaque expérimentateur viendrait quand bon lui. semblerait (et pour eelales membres s‘entendraient entre eux) dans le local affecté aux expériences.
Des séances mensuelles seraient tenues: des confé rences seraient faites où tous les souscripteurs seraient invités. De plus, il serait publié un bulletin des travaux de la: -— v .. a » .}'W7 ,,—- ..—., a . V .—. «-.r" _,.,..,;—.æ,«,1.« _ "74,4: ,_ * ’*’WkA
BIBLIOGRAPHIE 187 Société. Au moyen de ce bulletin, on entretiendrait une correspondance suivie avec les Sociétés étrangères, et les adhérents qui, par leur souscription, auraient droit à ce service seraient tenus au courant. . Il y aurait lieu d’espérer qu’à la suite des travaux ré— gulièrement suivis les sciences psychiques en général avanceraient rapidement.
La Société comprendrait : 1° Les membres fondateurs (pour une somme à fixer une fois donnée) ; . 2° Les membres participants qui verseraient une coti— sation annuelle pour renseignements. S’adresser à M. Alban Dubet, 85, rue Rambuteau. BIBLJËQGÆÂAEEEE Faits surnaturels etforces naturelles, par le P. de la Barre. Paris, BLOUD et BARRAL, 4, rue Madame, 0. fr.
60 Le P. de la Barre, professeur de théologie à l’Institut catholique de Paris, savant thomiste et psychologue éminent, vient de publier une étude qui comptera parmi les meilleures de la petite collection Science et Religion, entreprise parla librairie catholique Blond et Barra].
Styliste brillant et logicien impeccable, il définit l’ordre de la nature, non pas la suite nécessaire et invariable de certains faits, mais le groupement et l’enchaînement des activités physiques élémentaires. Le terme de surnaturel »est employé par lui dans le sens de préternaturel. Or le théologien constate cette loi :les activités intérieures dans le corps de l‘être vivant ont une autonomie par— tielle à l’égard du principe vital.
Le mode d‘action ou loi d’une force doit en outre se distinguer de la limite qu’elle ne saurait franchir. Des miracles de guérison montrent l’action d’une force qui doit être aussi distin— guée de l’ordre par des conditions caractéristiques (par exemple la soudaineté, dans le cas de la reconstitution d'un poumon lésé). L’intervention d’une puissance supé rieure n’est point irrationnelle. De même, dans la vie
188 L'INITIATION psychique, ilyaune loi d’autonomie partielle, analogue à celle des activités inférieures dans le corps de l'être vivant: les images se combinent partiellement d’une manière automatique, sous la maîtrise de l‘intelligence et de la volonté. Aplus forte raison, si l‘ensemble des forces psychiques est dominé par un agent préternaturel.
Certains groupes d'images, certaines tendances, qu’il suscite et combine, peuvent du reste avoir des apparences naturelles. Si la science expérimentale prétend n'avoir jamais observé le miracle, c'est qu'à priori elle le déclare impossible. Quant à l'objection banale, que les lois naturelles sont immuables, l‘auteur réplique : l'immuta bilité d’une loi n'est pas celle du phénomène; et celui-ci peut être supprimé par une cause quelconque.
Le miracle prouve de même l’ordre providentiel. Pourquoi le P. de la Barre ne publierait-il pas un livre pour démontrer, avec pièces modernes et authen— tiques à l’appui, qu’un miracle peut être constaté au xrx° siècle 1’ G. A. JEANNIARD ou DOT, l’Hypnotisme transcendant de vant la philosophie chrétienne. — Même librairie, 0 fr.
60. — Pour M. Jeanniard du Dot, l'hypnotisme franc est celui que la physiologie ne peut expliquer-j d’une manière satisfaisante pour tous les esprits , et auquel se rapporte toute opération qui dépasse la suggestion à terme très court. L’auteurn’admet pas que la divination de la pensée soit possible : mais il ne parait pas avoir vu opérer Ninoflet d'autres devineurs.
La communication de pen— sée par sympathie de vibrations n’est pourtant pas plus difficile à concevoir que la télégraphie proprement dite, qui n’est pas niée par M. Jeanniard du Dot,et que la télé graphie sans fils. L’auteur affirme que souvent, dans l’hyp notisme, les mauvais esprits agissent en produisant des effets qui paraissent naturels. Ilassure que deshypnotisés ont avoué qu’un autre voyait pour eux; où sont consignés ces aveux?
Il semble aussi ignorer ce que peut donner l’extériorisation, qui pourtant explique la bilocation constatée dans la vie de plusieurs saints. La seconde vue lui paraît inadmissible : qu’il prenne la peine de lire la Mystique de Gœrres ou celle de l’abbé Ribet. Les
BIBLIOGRAPHIE 189 raisonnements que renferme ’ce petit livre sont assez curieux; mais l'auteur est plutôt un Iogicien qu’un obser vateur, absolument comme le précédent. G. L'Occuttisme ancien et moderne, par I. BERTRAND. —— Même librairie, o.fr. 60. * M. 1.
Bertrand a beaucoup emprunté, pour un résumé de l'occultisme, à une His— taire des Sociétés secrètes, par un ancien Rose—Croix, publiée chez MM. Blond et Barral. llparait ignorer que les occultistes d’aujourd’hui regardent Hermés Trismé giste comme la collectivité des sacerdotes égyptiéns.
Cet opuscule constate que les données du spiritisme et de l’occultisme se retrouvent dans l’antiquité. \ Le dogme de la transmigration aurait été répandu par les initiations mithriaques ; comme la croyance aux influences planétaires. Certains occultistes trouveront singulier que l’auteur les avertisse, ainsi que les spirites, qu’ils tombent sous le coup des anathèmes du Léuitique et du Deutéronome.
Font-ils donc tous passer leurs enfants par le feu? Sont-ils devins, grâce à la possession de leurs corps par des esprits mauvais 1’ 3Usent-ils tous de maléfices? Sont-ils tous nécromanciens? M. Bertrand le suppose. Il reproche aux occultistes d’avoir emprunté leur panthéisme (P) à Pythagore, tout en disant enseigner le dernier mot du progrès philosophique, scientifique et religieux.
Bien au contraire, l’occultisme est une philo sophie religieuse basée sur des traditions. Les occultistes citent loyalement les anciens et prétendent seulement adapter les découvertes modernes avec l’enseignement traditionnel. M. Bertrand distingue, avec raison, ce qu’ilya de pur et d’impur dans la Kabbale. Or l’occul tiste y cherche des vérités traditionnelles à peu près oubliées par les chrétiens.
Si le catholicisme remonte à l’orthodoxie des premiers âges, pourquoi certaines vérités scientifiques et philosophiques n’y remonteraient-elles pas? L’auteur a écrit de curieuses pages sur le rôle des Juifs dans les Sociétés secrètes. Quant au reproche de crédulité qu’il adresse à Papus au sujet des influences et des exorcismes, il pourra un jour corriger son opuscule s’il a sur ce point une con
190 L‘INITIATION versation avec le directeur de cette Revue (1). Sur Agrippa et sur Paracelse, à qui des œuvres apocryphes ont été attribuées, il pourrait encore apprendre quelque chose par cette conversation. G Opinions du jour sur les peines d‘autre—tombe, par le P. TOURNEBIZE.— Même librairie, 0 fr. 60.
L’auteur de cet opuscule combat l’universalisme, qui préconise la doctrine de la réconciliation des réprouvés avec Dieu, et le conditionnalisme, qui admet le repentir facultatif après la mort. Sur la question du feu éternel, il suppose que les vibrations incessantes d'une substance très subtile sont aptes à produire une sensation conti nuelle de brûlure.
Mais il ne se demande pas si l’âme n’emporte pas avec elle un corps composé lui—même de matière subtile, et si les démons n'ont pas un corps de cette espèce. Les enfants morts sans baptême, les hommes non baptisés qui n‘ont pas offensé Dieu gravement, seront seulement privés du bonheur céleste.
Le P.Tournebize critique assez longuement la théorie conditionnaliste sur l’impersonnalite’ de l’esprit: la subs tance de l’homme spirituel n'est pas inerte. 41 Parler d’un esprit impersonnel, c’est parler d'un cercle carré. » La seconde mort dont parle saint Jean est, pour le théolo gien, la perte de la grâce sanctiflante. Il ne peut admettre non plus certaines théories émises au sujet de la mitiga tion des peines de l’enfer.
Je me demande, après avoir lu des brochures de ce genre, quand donc les catholiques sortiront de la cri— tique négative pour faire de l'observation positive. Se condamnerà faire toujours de la critique, c’est avouer son impuissance à trouver la moindre vérité de fait réelle ment nouvelle et féconde en conséquences. L’année 1900 verra un congrès spiritualiste discuter bon nombre de faits et de théories.
Les catholiques auront-ils le cou— rage de réclamer leur place, sinon parmi les théosopbes, du moins parmi les spiritualistes indépendants? G. (i) [0, Avenue des Peupliers, les mardis. V 7’ «sawî;MMË a— M ... _.‘,.‘_Av
QUESTIONS ET RÉPONSES. — LIVRES REÇCS 191 QUES'ŒL‘JËQNS ET.“ BÈEQNSES Une personne ayant lu les œuvres introuvables de Br‘ück veut-elle prendre la peine de déterminer (comme Viluk l‘a commencé) les dates de fléaux qui, d’après le système du savant belge, frapperont l'univers au xx° siècle? . Saturninus.
Peut-on nous énumérerles éclipses de lune et de soleil visibles à Paris, ainsi que les dates approximatives des retours de comètes périodiques, de 1899 à 1999? Salurninus. I en Dans le Mercure de France, notre confrère Jacques Brieu a fait une étude documentée et impartiale sur le Martinisme. II I A Vinemont sont à acheter 1.000 jardins de fruits à 5 acres, un acre planté avec des pêches, un acre avec des fraises.
Les jardins sont en formation et se vendent par ( The Alabama Vineyard G° », Vinemont. Ainsi: le prix est 225 dollars, 25 dollars payés comptant, 5 dol lars par mois en 40 mois. Une grande association finan cière à Chicago est garante... Envnes REÇUS VANKI. — Ce qui doit arriver au commencement du XXe siècle; Vimoutiers, 1898 (lmpr. Ad. Blanchard). Prix: 0 fr.85.
192 L’INITIATION ALBERT Jouuur. — Dieu et Beauté. Édition de la Lutte 60, rue Madame, Paris. . NATHANAEL. — Krislna larans hemlighel. SOCIÉTÉ D’ÉTUDES rsvcuxçues un GENÈVE. — Rapport sur l’ezercice 1898. M.m1us Dracnnsmz. — L’A/faire Damoiseau. Édition du Pelil Troyen, 126, rue Thiers, Troyes. LOUIS ERNAULT. -— Le Miracle de Judas. Mystère dra matique en trois actes. GABRIEL DELANNE. -— L’âme est immortelle. Démons tration expérimentale.
Un vol. in-I8, 3 fr.50, chez Cha muel (compte rendu prochainement). EEEfiA'ŒÎÏA (A Ul‘Îl 1899) Page 88, lignes 2 et 8, lire Naunderfl’. —— P. 89, l. 25, lire cette preuve à la même certitude. — P. 92,1.
2,lire ou désincarné. .äVllS Un groupe de Martinistes s’est constitué pour hâter la réédition de la Langue hébraïque restituée de FABRE D'OLIVET.A cet effet les cinquante premiers souscripteurs qui enverront dès maintenant leur nom et leur adresse à M. Deullin, 5, rue de Savoie, Paris, paieront chaque exemplaire, en deux volumes, 25 francs au lieu de 30 francs, dont 10 francs à la réception du premier volume et 5 francs par trimestre jusqu‘à paiement définitif. Le Gérant : Eucnussa. murs. — IMP. s. ARRAULT 21‘ c", sur: DE LA PRÉFECTURE, 6.
fingtès fipitilt: et Épitiiuaiisit INTERNA TIONAL DE 1900 COMITÉ D’ORGANISATION Voulant resserrer davantage les liens de sympathie et de solidarité morale qui existent déjà entre eux, les ' Sociétés et Groupes suivants : . - Syndicat de la Presse spiritualiste de France, Comité de propagande spirite, Société française d’Êtude des phénomènes psy chiques, .
Société magnétique de France, Ecole pratique de Magnétisme et de Massage, Syndicat des Masseurs et Magnétiseurs, École supérieure libre des Hautes Études hermé tiques, ‘ Groupe indépendant d’Êtudes ésotériques, Ordre martiniste, Société alchimique de France, Société théosophique,branche parisienne «Ananta», Étudiants swédenborgiens, Divers Groupes spiritualistes indépendants, Se sont réunis dans le but d’organiser un Congrès pour faciliter l’étude et le développement des sciences et doctrines spiritualistes.
Ce Congrès, qui tiendra ses assises à Paris, vers la fin de l’Exposition, prend le titre de Congrès Spirz‘te et Spz‘ritualzsle de I900 —— - -v« w ‘2 ' v‘
Le Congrès comprend cinq sections : Section spirite, Section magnétique, Section hermétique, Section théosophique, Section des spiritualistes indépendants.’ Entièrement autonomes, les sections ne sont liées que par la sympathie et le désir de concourir, dans la mesure de leurs moxens, au développement des sciences et doctrines spiritualistes'. Le Comité d’organisation est composé de trois membres de chaque section.
Ne se chargeant que des travaux préparatoires du Congrès, il se démettra de ses fonctions à l’ouverture de la première séance. Les adhésions. les mémoires et les fonds doivent être adressés à Paris : Pour le Spiritisme, à M. C. DUVAL, 55, rue du Château-d’Eau ; Pour le Magnétisme, à M. il. DURVILLE, 23, rue Saint-Merri ; Pour l’Hermétisme, à M. Parus, I0, avenue des Peupliers ; Pour la Théosophie, à M. P.
GILLARD, 38, rue de Verneùil ; Pour les Spiritualistes indépendants,_à M. ALBAN Duacr, 23, rue Saint-Merri. Toute personne qui,en donnant son adhésion, ver sera une somme quelconque, sera considérée comme membre du Congrès. Des cartes d’invitation aux séances seront mises à la disposition de tout membre du Congrès qui aura versé 2 francs au minimum. Une '
carte nominative permettant l’entrée de toutes les séances sera mise à la disposition de ceux qui auront versé au moins 6 francs. Un versement de 12 francs au minimum donnera droit au Compte rendu des tra— vaux du Congrès. Chaque volume, numéroté, sera signé et portera le nom du souscripteur auquel il sera adressé.
L’organisation des sections et de leurs groupes, le lieu, l’époque et l’ordre du jourdes travaux du Congrès, seront portés en temps utile à la connaissance des intéressés. Le Comité d’organisation fonctionne a partir de ce jour. Il se réunit le dernier vendredi de chaque mois, à 8 heures l/2 du soir, pour étudier toutes les ques tions d’ordre général se rattachant à l’organisation du Congrès. Fait à Paris, le 7 avril 1899.
Le Comité d‘organisation : ALLAR, COUILLEROT, G. ‘LDELANNE, ALBAN DU_BET, H. DURVILLE, C. DUVAL, FABIUS DE CHAMPVILLE, LAURENT DE_ FAGET, P. GILLARD, GROLLEAU, HERVY, l’abbé JULIO, PAPUS, ROSABIS, SÉDIR. Dans le prochain numéro de l’Im'tz'ation, nous ou vrirons la souscription pour le Congrès et nous indi querons comment sera organisée la section hermé tique. ' P.
Principaux Ouvrages recommandés pour l'étude de l’OCCULTISME et de ses applications CONTEMPORAINS L’Évolution de l'Idée. L‘Instru:tion Intégrale. Le Serpent de la Genèse. STANISLAS DE GUAITA . . ; Le Temple de Satan. La Clef de la Magie noire. Traité élémentaire de Science Occulte. ' (5”" édition). ' PAPUS . - . . . . - - . - Traité élémentaire de Magie pratique. La Science des Mages. \ l.‘Ame Humaine. F.-CH. BARLET. . . . A.
JHOUNEY . . . . . . . Ésotérisme et Socialisme. RENÉ CAILLlÉ . . . . . . Dieu et la Création. CLASSIQUES Et.1mus LÉ\'I . . . . La Clef des Grands Mystères. SAINT-YVES D‘ALVEYDRB Mission des Juifs. ( La Langue hébraïque restituée. PABRE DOLWET' ' ' ' ' Histoirephilosophiquedugenrehumain. ALBERT POISSON. . . . . Théories et Symboles des Alchimistes. LITTÉRATURE ' ( La Magicienne. JULES LERMINA . . . . . ( A Brûler. ( Zanoni.
BULWER LYTTON . . . .« . . ( La Maison Hantee MYSTIQUE g Jeanne Leade. P. SÉDIR . . . . . . . . . Jacob Bœhme et les Tempéraments. Les Incantations. POUR DÉTAIL ET PRIX, S’ADRESSERZ il la librairie fliliiiiiiL, 5. rue de Savoie, PARIS Envoi Franco du Catalogue. TOURS, IMP. E. ARRA[’I.T ET (2”. « VA< —— æ » n‘ » « «mL . "»;‘g 14