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Vient de paraître: PRIX UN FRANC BIBLIOTHÈQUE MARTINIS'I‘E Martinésisme Willermosœme MARTINISME et Franc Maçonnerie I’z\ R PAPUS PRÉSIDENT DE SUPRÊME CONSEIL DE L‘ORDRE MAR‘IINISTE ;\‘. Mais les profanes ne vous liront point, que vous soyez clair ou obscur, étendu ou serré. il n'y a que les hommes de désir qui vous liront, profiteront de votre lumière; donnez la leur aussi pure que possible. aussi dé voilée que possible. Claude 131:SAINT-MARTIN. avec uN RÉSUMÉ DE L'HISTOIRE m: I.A FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE DE 5.1 CRÉATION A nos. murs cr UNE ANALYSE NOUVELLE 013 Tous LES cames DE L'ÉCOSSISME, LE TOUT Écuum’; un DE NOMBREUX TABLEAUX svu1‘ui;r1ques PARIS ÉDITION DE L‘INITIATION CHAMUEL. ÉDITEUR 5. rue de Savoie, 5 [899
fines îlDÉAIISTE ÿswaassur .—!5;.î—;g‘,î.‘.î{ ; 'i*“,’. ‘,2;""‘ ; - * -: ' s -' ',"'g -,. .'r ' ‘ ‘c.. .;:' Notes and Querins, S. M. Gould, à Manchester (N. H.) U. S. A. ’«.....I Det nye Rige, A. Sabre, à Christiania (No’rvège). . -. Nordisk Frimurer- Titenda, Alb. Lange à Chris tiania (Norvège). " Die Religion des Geistes, Fertung, Herrengasse, 68, Budapest (Hongrie). ’ Nuova Lux, 82, via Castro Pretorio, à Rome4 (Italie). Lug astral, 6, passage Sarmiento, à Buenos-Aj’ré5 (République Argentine). . ',_ . - 'e, L’Initiaiion, 10, avenue des Peupliers, aris. Journal du Magnétisme et de la Psycologie, Directeur, 'DURVILLE ; rédacteur en chef. Alban DUBET, 23, rue S‘-Merri, Paris. _ El-Hadirah, Ig, rue de.la Kasbah,
l à, “3’.“ .,,,_.,.,..,. a 4 JOURNAUX È'l‘ REVIIlËS OGOIIIxTIS’I‘ËS RECOMMANDÉS SPÉCIALEMEN r _ . . LANGUE FRANÇAISE L’Inttmtton (revue mensuelle). [0, avenue des Peu pliers, Paris. Le Voile d’1sis (journal hebdomadaire), 5, rue de Savoie. Paris. L’Hyperchimie (revue mensuelle), I9, rue St-Jean, Douai (Nord).
HERMÉ‘I‘ISME, ALCHIMIE La Thérapeutique inte’ rale (revue mensuelle), , 5, rue de avoie, Paris MÉDECINE HERMÉTIQUE, HOMÉOPA'IIIIE (Va paraître incessamment.) Psyché (Bulletin autopsychique mensuel) 5, rue de Savoie, Paris. 'couas HERMÉ'I‘IQUES LANGUE ANGLAISE ., 711e Morning Star.
Dépositaire, Chamuel, 5, rue de Savoie, Paris. (Peter Davidson, Loudsville,White C°, Georgia, U.S.A.) LANGUE ESPAGNOLE " Lug astral (hebdomadaire, à Buenos-Ayres (Répu blique Argentine), 6, pasage Sarmiento. La No/a Médica, Fuencarral, 26.Î\ladrid. LANGUE ITALIENNE _ Superscz‘en;a Via Nuova, l4, Piacenza. 11 Monde Secreto.
Lue (revue mensuelle), 82, via Castro Pretorio, Rome LANGUE TCHÈQUE Sbwnik(gro ji/osofii a okltultz‘smus, à Prague ohême), Puch majerova Ul LANGUE ALLEMANDE" Neue nzetap/gwische Rundschau; in-8° mensuel. Edité par Paul illmann, 8 Parkstr.Berlin—Zehlendorl Das Wort: mensuel. Édité par Leopold Engel. Feurigstrasse, 12-l.
Schoneberg près Berlin. —àAVIS IMPORTANT. -— Tous nos confrères ci: dessus cités et ceux qui voudraient être ;ités sont priés de reproduire in extensa cette liste. .w . .5. ..,à t" .
Principaux Ouvrages recommandés pour l'étude de l'OCCULTISME et de ses applications CONTEMPORAINS E.LÏ‘ B . .'g L’Évolution de l’Idée. ""-Çl F"CH‘ ARLET' ' ' ' ' L’Instrucrion Intégrale. Le Serpent de la Genèse. Le Temple de Satan. La Clef de la Magie noire. Traité méthodique de Science Occulte. S Traité élémentaire de Magie pratique. STANISLAS DE GUAITA . . 7 PAPUS ' ' ' ' ‘ ‘ ' ' ' ' 2 La Science des Mages. j) L’Ame Humaine. . A.
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L’Initiation Revue philosophique des Hautes Études _ PUBLIÉE MENSUELLEMENT S(‘JS LA DIRECTION DE f5i‘ \ '.'4 PAPUS l u 0vis Docteur en médecine — Docteur en kabbale ' ..\ ‘\ " -o_ , 42" VOLUME. —- 12"“ ANNÉE Numéro Exceptionnel commcmê .\1' MARTINISME SOMMAIRE DU N“ 6 (Mars 1899) un .llul'linismr rl l"l'vuu'—.llm;otilii'l'ii'. . . . . Papus. (p. ig'5 à. 256.) l)rswriplion du la villw rl‘.llalanlr . . . . . . Claude de S‘-Martin. (p. 257 à 271.) Le .lIlll'IllllSlllt’ r'n “il?“ (p. 272 à 277. Illz'urrrx «le L.-(.‘. (14' Suinl-äiurlin. . . . . Sèdir. (p. 278 'à 274).) Ordre martiniste.-— Bibliographie. *— Société de conférences spiri tualistes.— Congrès spirite et spiritualiste international de 1900. — Nouvelles diverses. — Questions et réponses. Tout ce qui concerne la Rédaction et les Echanges doit être adressé Villa Montmorency, 10, avenue des Peupliers, Paris. Administration, Abonnements : 5, me de Savoie Ghamuel, éditeur. il Numéro : UN FRANC. 4 Un Àn : DIX FRANCS
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Efl'rayés des résultats deleurs propres expériences, les .jlqMngérialistes; en arrivent à les nierÏ‘"äæ- ‘ \‘ l ä;:j-.,5L’Iñitiaîî’ô’âtegt l’organe principal de cette renaissance spiritua- ‘ 1.; ’, *4;i’-,’_p,li5té dont les efforts tendçgt: 1 s"'Dans la" Sciançe, à" gonstituer la Synthèse en appliquant la , I_ méthode analogique des‘anciens aux découvertes analytiques des . eÏ , expérimentateurs contemporains.
Î"_’% ' æ.ë* <j v. ’ Dans la_qBeligion, à’donner une base solide à la Morale par la * . . découverte d’un’méme ésotérisme caché au fond de tous les cultes. ' _ ' *“-qg Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques desgUniversiæires, và sortir des méthodes purement physiques des positivistespour"unir dans une Synthèse unique la Science ,,et la_ Foi, le Visiblejet l’Occulte, la Physique et la Métgphysique.
',,è.: 5 Au point de {rue soçial, l’Initiation adhère au programme de ."“'itoutes les. revues et sociétésê qui défendent l’arbitrage.contre l’ârbitraire, aujourd’hui ean vigueur, et qq_i luttent contre les deux _» grands fléaux“contemporainsg le cle’riealism€ et le sectarisme sous ,,.,a,.;' toutes l__}_eflursformes ainsi que la misère. ,ffÎîl " Enfin l’Initiation étudie impartialement tous les phénomènes ’ du Spiritisme, de l’Hypngtiçg1e et de la Magie, phénomènes déjà , . connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’lnde. ,L’Initiation Expose lesflopiniôns de toutes les“ écoles, mais n’appartient exelusivqmmt.fi aucune.
Elle compte, parmi ses ,66 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études. rî’5ÿ: .v ’-‘* -. . a! ‘1'“. . .
Ë _ o La premiere partie de la Revuq(lnttiatique) contient les articles destinés aux lecte“urs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. » ,;;*’,èË , ‘, La secçnd partie (ljhilosophique1et Scientifique) s’adresse à .._agîëyÿÿgtouêf les gens du monde instruits. a. -. - «J“ ’?’F. -, . . ‘.. - _ Ë.ë;'g,3îË Enfin, la tromeme partie (Ltttét‘dit‘8lçCQüêflt des' poésies et des , j',.: Œrzouvelles qui exposent aux leCtricesï’ces arides questions d’une ’ ' 'manière qu’elles savent toujours apprécier.
L’Initiation paraît régulièrement du t.‘g_ au 20 de chaque mois et compteadéjà huit années d’existence. —’ Abonnement: par ang53‘ ',_CÊtÏ‘-““ “"% :23}. "’ËŸ’ ’ËÉ:‘ (L‘os collections des deux premières années sont absolument 10 francs j '————q . , :*m :25.) épuisées.) p,g.Ï,,_ç.äq,,flir&? l___æ _,g_n l .1-" .',’v‘ "' _ ' ';. _ Ï' ""x "j? »°4 ' t"'—‘ ’ "a, . A“Vl_ ' V_‘_ ' ' ÿ:,T‘-.I'., :“ î:‘ q,. :_ ‘:.}-. Y ‘r. ._- .‘ À‘..-4 ,7V t. l "-‘r.'n.
L'lnmanon du I5 Mars 1899 PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE l'1nifiati0n la PARTIE INITIATIQUE AMO — F. CH. BARLET, S.'. l.'.â — GUYMIOT. — MARC HAVEN, S.-. 1.-. ,3 — JULIEN LEJAY, S.'. l.-. _\I -— ÉMILE MICHELE’I‘, 8.-. l.'. (C. G. E.) —— LUCIEN MAUCHEL, S.'. I.‘. (D. S. E.) MoGn. 5.-. l.'. — GEORGE MONTIÈRE, S.'. l.'. {Q — PArus, S.'. l.'. à — SEnIR. S.'. l.'. -- SELVA, S.'. l.'. (C. G.
E.) 20 PARTlE PHILOSOPHIQUE E'l' SCIENTIFlQUE ABIL-MARDUK. -vAMELINEAU. — ALEPH. —- Dr BARADUC. — SERGE BASSET. —- Le F.'. BERTRAND 30° — BL1TZ. — BOJANOV BORNIA PIETRO. — JACQUES BRIEU. — CAMILLE CHAIGNEAU. — CHIMUA ou LAFAY. — ALFRED LE DAIN. -— G. DELANNE. — ALBAN DUBET. — A. ERNY. — FABRE mas ESSARTS. — L. ESQUIEL‘. Dr FUGAIRON. — DELÉZINIER. —- JULES GIRAUD. — L. GOURMAND. — L. HUTCHINSON.— J0LLIVET-CASTELOT.— L. LE LEU.— L.
LEMERLE. — LECOMTE. —— NAPOLÉON NEY. — HORACE PELLETIER. — G. POIREL. —— QUESTOR VITŒ. — RAYMOND. — D' ROZIER. — L. SATURNINUS. — D" SOURBECK —— THOMASSIN. -— G. VITOUX. — YALTA. a 30 PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAUBOURG.— JEAN DELVILLE. ‘— ESTRELLA.— E. Gou— DEA0.— MANOÉL DE GRANDFORD. — JULES LERMINA. — L.
HEN— NIQUE. — JULES DE MARTHOLD. — CATULLE MENDÈS. — GEORGE MONTIERE. —LÉON RIOTOR. — SAINT-FARGEAU. — ROBERT SCHEF FER. — EMILI: SIGOGNE. — CH. DE SIVRY. 40 POÉSIE CH. DUBOURG. — RODOLPHE DARZENS. —— JEAN DELVILLE. -— YVAN DIETSCHINE. — E. GIGLEUX. — CH. GROLLEAU. — MAURICE LARGERIS. — PAUL MARR0T. -— EDMOND PILON. —— J. DE TAI.I.E NAY. — ROBERT DE LA VILLEHERVÉ.
L’lnitiaIion du 15 Février 1899 ÎIN ITIATIO N DIRECTION ADMINISTRATION Villa lonlmorency,10, aven. des Peupliers ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO PARIS—A UTEUIL Dmncrsun : PAPUS G H A M U E L DIRECTEUR ADJOINT : Lucien [GAUCHE]. 5, Rue de Savoie Rédacteur en chef: PARIS F.-Ch. BARLET Secrétaires de la Rédaction : FRANCE, un an. 10 fr. .1.
LEJAY — PAUL SÉDIR ÉTRANGER, _ ,2 t,._ RÉDACTION. —— Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité. L’indépendance absolue étant la raison d’être de la Revue. la Direüi0n ne se permettra jamais aucune note dans le corps d'un article. ‘ Prière d’adresser tous les échanges : Villa Montmorency, 10, avenue des Peupliers, Paris. Manuscmrs. —— Les manuscrits doivent être adressés à la redaction.
Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d’avis spécial. Un numéro de la Revue est toujourw composé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer 1 au plus tôt que le mois suivant. j L’Initz‘ation est l’organe officiel des centres suivants : l Groupe Esotérique. -— Ordre martiniste. — Faculté des; Sciences hermétiques. — Ordre Kabbalistique de la Resc Croix. —— Union Idéaliste Universelle. — F. T.
L. (section française). GIIOIII’E IIIIIEI’EIDAIT D'ÉTUDES ÉSIJTEIIIQIIES 1 1,600 Membres — 104 Branches et Correspondants — Groupes d’Études fermér Les Membres ne paient ni cotisation ni droit d’entrée. l Pourtous renseignements, s’adresserparlettreà M. PaulSÉDIRw directeur adjoint, 4, rue de Savoie, Paris, en joignant un timbre pour la réponse. l Principales Sociétés adhérentes au Groupe ‘ ORDRE MARTINISTE - . ORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE + CROIX. —ÉGLISE GNOSTIQUË SOCIÉTÉ ALCHIMIQUE DE FRANCE
* La reproduction des articles Inédits publiés par l'1niliation est formellement interdite, ù moins d‘autorisation spéciale. PARTIE INITIATIQUE Celte partie est réservée à l'exposé des idées de la Direction. des Membres du Comité de Rcdaction et à la reproduction des classiques anciens.) MARTINESISME, WILLERMÛSISME MARTINISME Ë'l‘ FRANC-MAÇONNERIE INTRODUCTION Tantd'erreurs ont été dites concernant le mouvement martiniste, tant de calomnies ont été proférées sur ses créateurs et sur son caractère véritable, qu'il devient utile de reprendre quel— ques points de son histoire et de mettre au jour la situation réelle qu’il occupe aujourd’hui vis—à 7
1 94 L’INITIATION [MARS vis des diverses Sociétés rattachées à un symbo lisme quelconque. Pour permettre à tout membre de l’Ordre \ Martiniste, comme a tout chercheur impartial, de détruire définitivement les calomnies plus ou moins intéressées répandues sur l’Ordre, nous allons exposer très impartialement les différents aspects qu’il a présentés et qui peuvent se ren— fermer en quatre grandes périodes; 1° Le Martinésisme de Martines de Pasqually ; 2° Le Willermosisme de J.—B. Willermoz ; 3° Le Martinisme de Claude de Saint-Martin ; 4° Le Martinisme contemporain.
1 895] MARTINISME ET rmxc-m.xçozvxanm 1 95 CHAPITRE PREMIER LES ILLUMINÉS. — S\VEDENBORG, MARTINES ET “'1LLERMOZ LES !LLUMINÉS CHRÉTIENS. — LA ROSE-CROIX Il est impossible de se rendre clairement compte du caractère réel du Martinisme à toute époque, si l’on n’établit pas tout d'abord la différence capitale qui sépare les sociétés d’illuminés des sociétés de francs maçons.
La société d'illuminés est liée à l'invisible par un ou plusieurs de ses chefs. Son principe d’existence et de durée,prend donc sa source dans un plan supra humain et tout son gouvernement se fait de haut en bas, avec obligation, pour les membres de la frater nité, d‘obéir aux chefs, quand ils sont entrés dans le cercle intérieur, ou de quitter ce cercle intérieur. La sociétéde francs-maçons n’est en rien liéeà l’in visible.
Son Principe d‘existence et de durée prend sa source dans ses membres et rien que dans ses membres; tout son gouvernement se fait de bas en haut avec sélections successives par élection. Il suit de là que cette dernière forme de fraternitç
1 96 L‘INITIATION ne peut produire pour fortifier son existence que les chartes et les papiers administratifs communs à toute société profane; tandis que les ordres d‘illuminés se réfèrent toujours au Principe invisible qui les dirige.
La vie privée, les œuvres publiques et le caractère des chefs de la plupart des fraternités d’illuminés montrent que ce Principe invisible appartient au plan divin, et qu’il n’a rien à faire avec Satan ou les dé— mons, comme essaient de l'insinuer les cléricaux effrayés des progrès de ces sociétés.
La Fraternité d’illumine’s la plus connue, anté rieure à Swedenborg, et la seule dont on puisse parler au monde profane, est celle des Frères Illumi nés de la Rose—Croix, dont la constitution et la clef seront données dans plusieurs années.
Ce sont les membres de cette fraternité qui ont décidé la création de sociétés symboliques, chargées de conserver les rudiments de l’initiation hermétique, et qui ont ainsi donné naissance aux divers rites de la Franc—Maçon nerie. il ne peut donc être établi aucune confusion entre l’illuminisme, ou centre supérieur d'études her— métiques, et la Maçonnerie ou centre inférieur de con servation réservé aux débutants.
C’est seulement en entrant dans les fraternités d’illuminés que les francs maçons peuvent obtenir la connaissance pratique de cette lum1ere, apres laquelle llS courent de grade en grade. SVVEDENBORG Aux efforts incessants des frères illuminés de la Rose-Croix, l’invisible vint apporter un appoint consi
MARTINISME ET FRANC-MAÇONNERIE 197 dérable par l’illumination de Swedenborg le célèbre savant suédois.
La mission de réalisation de Swedenborg, consista surtout en la constitution d'une cheValerie laïque du Christ, chargée de défendre l’idée chrétienne dans sa pureté primitive et d'atténuer, dans l’Invisible, les déplorables effets des concussions, des accaparements de fortune et de tous les procédés chers au « Prince de ce Monde », mis en œuvre par les iésuites, sous couleur de christianisme.
Swedcnborg divisa son œuvre de réalisation en trois sections : t" La section d’enseignement constituée par ses livres et le récit de ses visions; 2° La section religieuse, constituée par l’application rituelle de ses enseignements; 3° La section chargée de la tradition symbolique et pratique, et constituée par les grades initiatiques du Rite swedenborgien. Cette dernière nous intéresse seule pour le moment.
Elle était partagée en trois sections secondaires: la première élémentaire et maçonnique, la seconde élevait le récipiendaire jusqu’à l’illuminisme, et la troisième active. La première section comprenait les grades de: ap« prenti, compagnon, maître et maître élu. La seconde section comprenait les grades de : ap prenti Coën (ou maître élu illuminé), compagnon Coën, maître Coën. La troisième section comprenait les grades de : 1° maître Coën déléguéà la réalisation élémentaire ou
198 L’INITIATION w apprenti Rose-Croix; 2° chevalier Rose-Croix com mandeur; 3° Rose-Croix illuminé ou kadosch (Maître grand architecte).
On remarquera que les écrivains maç.‘. et entre autres Ragon n’ont eu, sur l’illuminisme. que des renseignements de seconde main et qu’ils n’ont pu donner les renseignements que nous donnons actuel lement, ni voirla clef du passage d’une section à l’autre par le dédoublement du grade supérieur de chaque section. - On remarquera, de plus, que le seul vrai créateur des hauts grades est Swedenborg et que ces grades se rattachent exclusivement à l’illuminisme et ont été directement hiérarchisés et constitués par les Invi sibles. _ Plus tard, certains faux maçons chercheront à s’ap— proprierles degrés d’illuminisme etils ne parviendront qu’à étaler leur ignorance.
En effet, la possession du grade de frère illuminé de la Roseæ ne consiste pas en la propriété d’un par chemin et d’un ruban. Elle se prouve seulement par la possession de pouvoirs spirituels actifs que le par chemin et le ruban ne peuvent qu’indiquer.
Or, parmi les initiés de Swedenborg, un de ceux auxquels l’Invisible prêta particulièrement son assis tance incessante fut un homme doué de grandes facultés de réalisation dans tous les plans : Martines de Pasqually, qui reçut l’initiation du Maître à Londres et qui fut chargé de la répandre en France.
MARTINISSIE ET FRANC-MAÇONNERIE 199 LE MARTINÉSISME C’est grâce aux lettres mêmes de Martines que nous avons pu fixerl'orthographe exacte de son nom, estro pié jusque-là par les critiques (1); c’est encore grâce. aux archives que nous possédons. grâce à l’appui in cessant de l’invisible, que nous pourrons montrer que Martines n’a jamais eu l’idée de ramener la franc maçonnerie à des « principes essentiels » qu’il a tou jours méprisés, en bonilluminé qu’il était.Martines a passé la moitié de sa vie à combattre les néfastes effets de la propagande sans foi de ces pédants des loges, de ces pseudo-vénérables qui, abandonnant la voie à eux fixée] par les Supérieurs inconnus, ont voulu se faire pôles dans l’Univers et remplacer l’action du Christ par la leur et les conseils de l’lnvisible, par les résultats des scrutins émanés de la multitude.
En quoi consistait donc le Martinésisme ? En l’acquisition, parla pureté corporelle, animique et spirituelle des pouvoirs qui permettent à l‘homme d’entrer en relations avec les êtres invisibles,ceux que les églises appellent les anges, et de parvenir ainsi, non seulement à la réintégration personnelle de l’opé— rateur, mais encore à celle de tous ses disciples de bonne volonté.
Martines faisait venir dans la salle des séances ceux qui lui demandaient la lumière. Il traçait les cercles rituéliques, il écrivait les paroles sacrées, il priait avec (1) Martines de Pasqually, par Papus, 1 vol. in 18; Paris 1895.
200 L’INITlATION I‘u..—-‘Nr' - - :...1.=,‘ .. .— . .. . 'I:— :‘- ;.rvn - tua mu _. u .,. humilité et ferveur, agissant toujours au nom du Christ, ainsi qu'en ont témoigné tous ceux qui ont assisté à ses opérations et qu’en témoignent encore tous ses écrits. Alors les êtres invisibles apparaissaient, toujours en pleine lumière.
Ces êtres agissaient et parlaient : ils donnaient des enseignements élevés, invitaient à la prière et au recueillement, et cela, sans médiums endormis,_ sans extases ni hallucinations maladives. Quand l’opération était terminée et que les êtres invisibles avait disparu, Martines donnait à ses dis— ciples le moyen d’arriver eux-mêmes à produire, seuls, les mêmes résultats.
Ce n’est que lorsqu’ils avaient obtenu, seuls, l’assistance reelle de l‘Invisible, que Martines leur délivrait le grade de Rose-Croix, ainsi que le montrent, avec évidence, ses lettres.
L’initiation de Willermoz, qui dura plus de dix ans, celle de Claude de Saint-Martin et des autres nous montrent que le Martinésisme était consacré à autre chose qu’à la pratique de la maçonnerie symbo— lique, et qu’il 'faut n’avoir jamais été admis au seuil d’un centre réel d’Illuminisme pour confondre les discours des vénérables avec les travaux actifs des Rose-Croix martinistes.
Martines veut si peu innover qu’il conserve inté— gralement les noms donnés aux grades par les invi— sibles et transmis par Swedenborg. Il serait donc juste de dire Swedenborgisme adapté au lieu de _Martimé sisme (I). (I) Dans les mystères (du rite de Swedenborg) il est dit que lorsque l'homme, par une vie nouvelle, sainte et exemplaire,
MARTINISME ET FRANC-MAÇONNERIE 201 __ , . *v lä-fi—flM Ë 5 Mais Martines considère si bienla Franc-Maçonne rie comme une école d'instruction élémentaire etinfé rieure que son « Maître Coën » dit : J'ai été reçu maître Coe“n en passant du triangle aux cercles. Ce qui veut dire, en traduisant les symboles : « J’ai été reçu maître illuminé en passant de la Franc-Maçon nerie à la pratique de l’llluminisme ».
De même on demande à l’apprenti coën : « Quels sont les différents mots, signes et attouchements con ventionnels des Elus Maçons Apocryphes P » Et il répond : « Pourl'apprenti Jakin, le mot de passe Tubalcaïn; pour le compagnon B002, le mot de passe Schiboleth, pour le Maître Makbenac, le mot de passe Giblim ». Il fallait donc posséder non pas trois, mais au moins sept des grades de la Maçonnerie ordinaire pour devenir cohen.
La lecture, même superficielle, des catéchismes est suffisante à cet égard. Martines cherchait donc à développer chacun des membres de son ordre par le travail personnel et en lui laissant toute sa liberté et toute la responsabilité de ses actes. Il sélectait avec le plus grand soin cha— cun de ses membres et ne conférait les grades qu’à une réelle aristocratie de l’intelligence.
Enfin il ad s'est réintégré dans sa dignité primitive, et que, par des tra vaux utiles. il a recouvré ses droits primitifs, alors il se rap proche de son Créateur par une vie nouvelle, spéculative, ani— mée du souffle divin; il est initié, e'lu Coè'n ,- dans les instruc tions qu'il reçoit, il apprend les sciences occultes dans toutes leurs parties, qui lui font connaître les secrets de la nature, la haute chimie, l’ontologie et l’astronomie. (Renhellini, 2' vol. p. 4.34., cité par Ragon.)
202 L’INITIATION mettait à l’initiation les femmes au même titre que les hommes et sous les mêmes garanties. Des initiés, une fois entraînés, se réunissaient entre eux pour s’aider mutuellement, et ces réunions étaient tenues aux époques astronomiques déterminées à cet effet. Ainsi se constitua cette chevalerie du Christ, chevalerie laïque, tolérante et s’éloignant des pra— tiques habituelles aux divers clergés.
Poursuite individuelle de la réintégration par. le Christ, groupement des efforts spirituels pouraider les faibles et les commençants : tel est, en résumé, le rôle du Martinésisme. Rappelons maintenant sa situation en France. Le Martinésisme recruta ses disciples, soit par action directe, comme ce fut le cas pour Claude de Saint— Martin, soit, bien plusgénéralement, parmi les hommes déjàtitulaires de hauts grades maçonniques.
En 1754, Martines se trouvait en présence : r° d’une part, de la Franc-Maçonnerie venue d’Angleterre et constituant la Grande Loge Anglaise de France (depuis I743) quidevait bientôtdevenirla Grande Loge de France (1756) et donner naissance aux intrigues du maître de danse Lacorne.
Cette maçonnerie tout élémentaire et constituée par les trois grades bleus (apprenti, compagnon, maître) étaitsa ns prétention et formait un excellent centre de sélection. 2° A côté de cette Loge Anglaise existait, sous le nom de Chapitre de Clermont, un groupe pratiquant le système templier que Ramsay avait, en 1 728, adjointà la Maçonnerie avec des grades portant les noms de : « Écossais, Novice, Chevalier du
)l.\RTINISME ET FRANC-MAÇONNERIE 203 Temple, » etc. Une courte explication est ici nécessaire, Un des représentants les plus actifs de l’initiation templière avait été Fénelon, qui, dans ses études de kabbale, était entré en relations avec plusieurs kab balistes et hermétistes. Lorsque, après sa lutte avec Bossuet.
Fénelon fut forcé de fuir le monde et de s’exiler dans une pénible inactivité, il combina avec soin un plan d’action qui devait tôt ou tard assurer la revanche. Le chevalier de Ramsay fut soigneusement initié par Fénelon et chargé d’exécuter ce plan avec l’appui des Templiers qui assureraient en même temps leurs vengeance.
Le chevalier de Bonneville venait, en 1754, d‘éta blir le Chapitre de Clermont au moyen de ces grades templiers et poursuivait un but politique et une révo— lution sanglante que Martines ne pouvait approuver, pas plus qu’aucun vrai chevalier du Christ.
Aussi, non seulement Martines, mais encore les disciples à tous les degrés de son Ordre, comme Saint-Martin et \Villermoz, combattront avec énergie ce rite templier qui parviendra à une partie de ses fins en 1789 et en 1793 et fera guillotiner la plupart des chefs du Martinisme. Mais n’anticipons pas. 3° En dehors de ces deux courants, il y avait encore d’autres représentants de l'Illuminisme en France.
Citons tout d’abord Pernety qui traduisit le Ciel et I’Enfer de Swedenborg et qui devait constituer le sys tème des Illumz‘ne’s d‘Aw’gnon (i766) et prendre une part importante à la constitution des Philalèthes ( I 773). il faut rattacher au même centre l’œuvre de Chas
204 L’INITIATION tenier (Bénédict), qui, en [767, jeta à Londres les premières bases de son rite des Illuminés Théosop/zes qui brilla particulièrement à partir de 1783. Ainsi l’Illuminisme crée plusieurs groupes qui sont reliés entre eux par un but commun et par des guides invisibles venus du même centre et qui se réuni ront parla suite tous sur le plan physique.
C’est à Martines que revient l’oeuvre la plus féconde dans cette action, car c’est à lui qu’ont été donnés par le ciel ces « pouvoirs actifs » que ses disciples rappel - leront toujours avec admiration et respect. Au point de vue administratif, le Martinésisme sui— vra exactementles grades de Swedenborg, ainsi que nous le constaterons dans la lettre de Martines du iôjuin 1760.
Le titre de Maître Grand Architecte résume en effet les trois grades de la troisième section. Sous l’autorité d’un tribunal souverain se consti tueront les loges et les groupes de province, dont on pourra suivre la naissance et l’évolution dans les lettres que nous avons publiées.
LE WILLERMOSISME ,Des disciples de Martines, deux méritent particu lièrement de fixer notre attention par leurs œuvres de réalisation, ce sont : Willermoz de Lyon et Claude de Saint-Martin. _ Occupons-nous d’abord du premier. Jean-Baptiste Willermoz, négociant lyonnais, était maçon quand ____/_7__ k " _ _ _ ..-..;. -;r.: .—.. n s ‘ -*‘*fiiQJ
MARTINISME ET FRANC-MAÇONNERIE 203 il commença sa correspondance initiatique avec Mar tines. . Habitué à la hiérarchie maçonnique, aux groupe— ments et aux loges, il concentrera son œuvre de réalisation vers ce but et il tendra toujours à constituer des réunions et des loges d’illuminés, tandis que Saint Martin portera ses efforts surtout vers le développe ment individuel.
Maisl'œuvre capitale de '\Villermoz sera l’organisa tion des congrès maçonniques ou Convents,qui permi rent aux Martinistes de démasquer, par avance, l’œuvre fatale des Templiers et qui présentèrent le Martinisme sous son caractère véritable d’Université Intégrale et impartiale de la Science hermétique. .
Quand Martines commença son initiation, Willer moz était vénérable régulier de la loge la Parfaite Amitié de Lyon, poste qu'il occupa de 1752 à 1763. Cette loge dépendait de la Grande Loge de France. En I760, une première sélection avait été opérée et tous les membres pourvus du grade de Maître avaient constitué une Grande Loge des Maîtres de Lyon avec \Villermoz comme Grand Maître.
En 1765, une nouvelle sélection fut opérée par la création d'un Chap:tre des Chevaliers de l’A igle-Noir, placé sous la direction du Dr Jacques \Villermoz, frère cadet du précédent. En même temps, Jean—Baptiste \Villermoz quittait la présidence de la Loge ordinaire et de la Loge des Maîtres qui était placée sous la direction de f.'. Sellonf, pour se mettre à la tête de la loge des
.‘-—: a“ -“'m . ___, ,_.- .__ 'Iu... ’IZ.‘I-.J.n ‘ . ....;..w 206 L’INITIATION Élus Cohens, formée avec les meilleurs éléments du Chapitre. Sellonf, le Dr Willermoz et J.-B. Willermoz formaient un Conseil secret ayant la haute main sur tous les frères de Lyon, Occupons-nous d’abord de ce qui se passait dans la loge des Cohens et nous parlerons ensuite des couvents.
' Il résulte formellement des documents actuellem ent placés sous la garde du Suprême Conseil Martiniste et venant directement de Willermoz que les séances, réservées aux membres pouvant justifier de leur titre d‘illuminés, étaient consacrées à la prière collective et aux opérations qui permettaient la com munication directe avec l’Invisible.
Nous possédons tous les détails concernant le mode de cette commu nication; mais ils doivent être exclusivement réservés au Comité directeur du Suprême Conseil.
Ce que nous devons révéler et ce qui jettera une grande lumière sur beaucoup de points, c’est que les initiés nommaient l’être invisible qui se communiquait le Philosophe Inconnu; que c’est lui qui a donné, en partie, le livre « des Erreurs et de la Vérité », et que Claude de Saint-Martin n’a pris pour lui seul ce pseudonyme que plus tard et par ordre.
Nous donnons es preuves de cette affirmation dans notre volume sur Saint—Martin. ‘ Mais ce que nous tenons affirmer dès maintenant c’est que la spiritualité la plus grande, la so'umissipà la plus entière aux volontés du Ciel et les prières les plus ardentes à N.-S. Jésus—Christ n’ont jamais cessé --. .r: -.-'-'-r-‘ -—“’- ..... . _-_«_.-M_‘_.‘ r—**—-— ——__.____._
.\L\RTINISME ET FRANC-MAÇONNERIE 207 de précéder,d’accompagner et de terminer les séances présidées par \Villermoz (1).
Après cela, si les cléri caux veulent toujours voir un diable poilu ct cornu dans toute influence invisible et sont disposés à con— fondre toujours tout ce qui est extra-terrestre avec les influences inférieures; cela les regarde et nous ne pou vons que déplorer un tel parti pris qui ouvre la porte à toutes les mystifications et à toutes les railleries.
Le \Villermosisme, comme le Martinésisme et le Marti nisme, a toujours été exclusivement chrétien, mais n’a jamais été clérical, et pour cause. Il rend àCésar ce qui est à César et au Christ ce qui est au Christ; mais il ne vend pas le Christ à César. L’ « Agent ou Philosophe Inconnu » avait dicté 166 cahiers d’instruction, desquels Claude de Saint Martin avait pris connaissance et dont il avait copié quelques-uns de sa main.
Sur ces cahiers, 80 environ furent détruits dans les premiers mois de 1790 par l’agent lui-même, qui voulait éviter de les voir tomber (1) J'ai connu beaucoup de Martinistes, soit de Lyon, soit de différentes villes des provinces méridionales. Bien loin de paraître attachés aux opinions des philosophes modernes. ils faisaient profession de mépriser leurs principes.
Leur imagi nation, exaltée par l'obscurité des écrits de leur patriarche, les disposait à tous les genres de crédulité: quoique plusieurs fussent distingués par des talents et des connaissances, ils avaient l'esprit sans cesse occupé de revenants et de prodiges.
Ils ne se bornaient point à suivre les préceptes de la religion dominante; mais ils se livraient aux pratiques de dévotion en usage dans la classe la moins instruite, En général, leurs mœurs étaient très régulières. On remarquait un grand chan gement dans la conduite de ceux qui, avant d’adopter les opinions des Martinistes, avaient vécu dans la dissipation et la recherche des plaisirs. (Mounier, Influence des Illuminés dans la Révolution; Paris. 1822, in-8, p. 157.)
208 L‘INITIATION 77", aux mains des envoyés de Robespiérre, qui firent des efforts inouïs pour les atteindre. LES CONVENTS \ En 1778,1e 12 août,Willermoz, annonçait la prépa ration du Convent des Gaules qui fut tenu à Lyon du 25 novembre au 27 décembre. Ce convent avait pour but d'épurer le système écossais en détruisant tous les mauvais germes qu’y avaient introduits les Templiers.
C’est de cette réu— ‘ nion que sortit la première condamnation, sous l‘in - fluence des Illuminés de tous pays, du sÿstème de vengeance sanglante, qui se préparait en silence dans certainesyloges.
Le résultat des travaux de ce convent est renfermé dans le Nouveau Code des loges rectifiées de France qui figure parmi nos archives et a vu le jour en I 779_ Pour comprendre la nécessité de cet effort vers l’union, il faut se souvenir que le monde maçon nique était en pleine anarchie.
Le Grand Orient de France était né en I772, grâce à l’usurpation de la Grande Loge de France par La corne et les siens, dirigés en sous-main par les ’l‘em_ pliers qui,après avoir établi le Chapitre de Clermont, s’étaient transformés, en 1760, en Conseil des Empe_ reurs d’Orient et d‘Occident, puis en Chevaliers d’Orient (1762), et enfin étaient entrés au Grand Orient à la suite de Lacorne. Grâce à leur Influence, le système des loges fut
MARTINISME ET FRANC-MAÇONNERIE 209 profondément modifié; partout le régime parlemen taire avec élections successives de tous les officiers remplaça l’ancienne unité et l’autorité hiérarchique. Dans le désarroi causé partout par cette révolution, les Martinistes intervinrent pour apporter à tous la conciliation. De là ce premier convent de 1778 et ses efforts pour empêcherles dilapidations financières qui se faisaient partout.
Encouragé par ce premier succès, .l.-B. \Villermoz convoqua, dès le 9 septembre 1780, « toutes les grandes loges écossaises de l’Europe au Convent de W’ilhemsbad, près de Hanau(Ragon,p. 162). Le Con vent s’ouvrit le mardi 16 juillet 1782, sous la présidence de Ferdinand de Brunswick, un des chefs de l’lllumi nisme international.
De ce Convent sortirent l‘Ordre des Chevaliers bienfaisants de la Cité sainte de Je’ru salem et une nouvell: condamnation du système tem plier. Ainsi le Willermosisme tend toujours au groupe— ment des fraternités initiatiques, à la constitution de collectivités d’initiés dirigées par des centres actifs reliés à l’llluminisme.
C’est à tort qu’on a cru que \Villermoz avait abandonné les idées de ses maîtres ; c‘était mal connaître son caractère élevé. Toujours, jus— qu’à sa mort, il a voulu établir la Maçonnerie sur des bases solides en lui donnant comme but la pratique de la vertu pour ses membres et de la charité envers les autres; mais il a toujours tendu à faire des loges et{les chapitres un centre de sélection pour les groupes d’llluminés. La première partie de son œuvre était pa tente, la seconde occulte; c'est pourquoi les personnes
210 L’INITIATION _ —_.\Ï;‘ peu informées peuvent voir Willermoz autrement que sous son véritable caractère. Après la tourmente révolutionnaire, après que son frère eut été guillotiné avec tous ses initiés et que lui même eut échappé par miracle au même sort, c’est encore lui qui restitue en France la F rame—Maçonne— rie spiritualiste, grâce aux rituels qu’il avait pu sau ver du désastre. Telle fut l’œuvre de ce Martiniste, auquel nous consacrerons aussi tout un volume, si Dieu le permet.
M.\RTINISME ET FRANC-MAÇONNERIE 211 CHAPITRE I I CLAUDE DE SAINT-MARTIN ET LE MARTINISME SAINT-MARTIN ET LA FRANC-MAÇONNERIE CLAUDE DE SAINT-MARTXN ET LE MARTINlSME Si l’on ne connaissait même pas la façon d‘écrire le nom de Martines, si l’on ne savait pas davantage au sujet de l'oeuvre réelle de Willermoz, avant l’appari tion des lettres de Pasqually que nous avons publiées, par contre on a beaucoup écrit, et de bien drôles de choses, sur Claude de Saint-Martin. Les critiques, les analyses, les suppositions et aussi les calomnies faites à ce propos sont uniquement basées sur les œuvres et les lettres éxotériques du Philosophe Inconnu. Sa correspondance d’initié, adressée à son collègue W'illermoz, montre quelles erreurs de fait ont commises les critiques et, en particulier, M. Matter. Il est vrai qu’on ne pouvait pas tirer mieux des docu ments actuellement connus, surtout quand on ne possède aucune lumière sur les clefs que donne l’Illu minisme à ce sujet. Aussi attendrons-nous, pour mettre ces lettres au jour, que quelques nouvelles inexactitudes aient été produites sur le compte du
. _ -.:-r:ur.-s .— .4..._—.—.. 212 L‘INITIATION grand réalisateur martiniste, de façon à détruire en une fois bien des naivetés et bien des légendes. Si Willermoz fut surtout chargé du groupement des éléments martinistes, et de l’action en France, Claude de Saint-Martin reçut la mission de créerl’ini— . tiation individuelle et de porter son action aussi loin que possible.
A cet effet, il fut admis à étudier com— plètement les enseignements de l’ « Agent inconnu » et nous possédons, dans les archives de l'Ordre, plu— sieurs cahiers copiés et annotés de la main de Saint— Martin.
Ainsi que-nous l’avons dit précédemment, le livre des Erreurs et de la Vérité est presque entièrement dû à cette origine invisible, et c’est là qu’il faut voir la cause del’émotion provoquée, dans les centres d’initia tion, par l’apparition de ce livre, émotion que les cri— tiques cherchent avec tant de peine à expliquer. Ce point, comme bien d’autres, sera éclairci quand il le faudra.
Outre ses études se rattachant à l’Illuminisme, com— mencées auprès de Martines et poursuivies avec VViL lermoz, Claude de Saint-Martin s’occupa activement d’hermétisme pratique et un peu d’alchimie. Il avait à Lyon un laboratoire organisé à cet effet. Mais laissons là sa vie, que nous ne voulons rétablir complètement que plus tard, et occupons-nous seule ment de son œuvre au point de vue qui nous inté resse.
Ayant à porter son action au loin, Claude de Saint— Martin était obligé de faire certaines réformes dans le Martinésisme. Aussi les auteurs classiques de la Franc—
MARTINISME ET FRANC-MAÇONNERIE 213 Maçonnerie ont—ils donné le nom du grand réali sateur à son adaptation et désignent-ils sous le nom de Martinisme le mouvement issu de Claude de Saint-Martin. Il est bien amusant de voir certains critiques, que nous nous abstiendrons de qualifier, s’efforcer de faire croire que Saint—Martin ne fonda jamais aucun ordre.
Il fautvraiment croire les lecteurs bien mal informés pour oser soutenir naïvement une telle absurdité. C’est l’Ordre de Saint-Martin qui, ayant pénétré en Russie sous le règne de la Grande Cathe rine, obtint un tel succès qu’une pièce fut jouée à la cour, entièrement consacrée au Martinisme qu’on cherchaità ridiculiser.
C’est à l‘Ordre de Saint—Martin que se rattachent les initiations individuelles rappor tées dans les mémoires de la baronne d‘0berkierch; enfin l'auteur classique de la Franc-Maçonnerie, le positiviste Ragon,qui n’est cependant pas tendre pour les rites d’llluminés, décrit pages 167 et 168 de son Orthodoxie maçonnique les changements opérés par Saint-Martin pour constituer le Martinisme (i). (I) Nous avons été surpris de vorr le judicieux auteur de l‘Histoire de la Fondation du Grand-Orient de France se plaire à déprimer ( l'Ecossisme a» réformé de Saint-Martin, dans lequel il ne trouve que des superstitions ridicules et des croyances absurdes.
Nous n‘ignorons pas que la plupart des copies existantes de ce rit sont tellement altérées, qu‘elles peu vent induire en erreur l'homme le plus instruit; mais nous obser verons: 1“ que de grandes lumières, jointes au talent d‘écrire assurent à Saint-Martin un rang distingué parmi les « Sec taires particuliers »; 2° que c’était du moins une entreprise louable que celle de resserrer dans un cercle étroit ce dédale de grades incohérents, enfantés par le caprice ou l‘orgueil ; 3° que la filiation des grades de Saint Martin, nous parait présenter un système assez suivi, un ensemble que peut saisir facilement
214 L’INITIATION Nous savons bien que ces critiques ne valent guère la peine d’être prises plus au sérieux que leurs auteurs et que certains francs—maçons pardonneront difficile— ment à Saint-Martin d’avoir, toute sa vie, méprisé la Franc—Maçonnerie positiviste, au même titre que Martines, et de l’avoir ramenée à s0n véritable rôle d’école élémentaire et de centre d’instruction sy1nbo lique inférieur.
Quand on veut nier des faits histo— riques, on se ridiculise, et voilà tout. Celui que les critiques universitaires ont appelé le Théosophe d’Amboise était donc un réalisateur très pratique sous son apparence mystique. Il employa, de même que Weishaupt (Voy.
Lettres à Galon Zwach, 16 février 1781), l’initiation individuelle et, grâce à ce procédé, donna àl’Ordre une facilité d’adaptation et d’exten— sion que lui envient bien des rites maçonniques. [l est tellement vrai que Saint-Martin fut le grand diffu seur de la Chevalerie chrétienne de Martines, que les attaques les plus violentes ont été portées contre son œuvre, son caractère, et même sa vie.
Il faudrait tout un volume pour répondre en détail à ces attaques ; aussi nous bornerons—nous, dans cette courte étude, à indiquer, en nous servant surtout des .“"u,.... tout initié dans l‘art royal. Enfin, chaque grade en particulier suppose une connaissance profonde de la Bible, que personne en effet, ne possédait mieux que lui-même dans les texte; originaux, connaissance assez rare parmi les maçons.
On p0ur rait peut-être seulement lui reprocher de s’être trop appesanri sur les détails. DE L'AULNAYE, Thuileur Général.
MARTINISME ET FRANC-MAÇONNERIE 215 documents déjà imprimés (I), quel était le véritable caractère du Martinisme à l'époque de Saint-Martin. ATTACHEMENT DE SAINT-MARTIN POUR L’ENSEIGNEMENT DE MARTINES « Mon premier maître, à qui je faisais de semblables questions dans ma jeunesse, me répondait que si, à soixante ans, j’avais atteint le terme, je ne devais pas me plaindre. Or, je n’en ai encore que cinquante.
Tâ cheç de sentir que les meilleures choses s’apprennent et ne s’ensez’gnent point, et vous en saure; plus queles docteurs. « Notre première école a des choses précieuses.
Je suis même tenté de croire que M. Pasqually, dont vous me parlez (et qui, puisqu’il faut vous le dire, était notre maître) avait la clef active de tout ce que notre cher 8... expose dans ses théories, mais qu’il ne nous croyait pas en état de porter de si hautes vérités. [lavait aussi des points que notre ami B... ou n‘a pas connus, ou n’a pas voulu montrer, tels que la rési— piscence del’être pervers, à laquelle le premier homme aurait été chargé de travailler; idée qui me paraît en— core être digne du plan universel, mais sur laquelle cependant je n’ai encore aucune démonstration posi tive, excepté par l’intelligence.
Quant à Sep/n‘a et au Roi du Monde, il'ne nous a rien dévoilé sur cela; il nous a laissés dans les notions ordinaires du monde (I) Nous nous servons, pour ces extraits, de la correspon dance de Saint-Martin avec Kirchberger.
216 L‘INITIATION et du démon. Mais je n’assurerai pas pour cela qu’il n’en eût pas connaissance; et je suis persuadé que nous aurions fini par y arriver, si nous l’eussions conservé plus longtemps. «Il résulte de toutceci que c’est un excellent mariage à faire que celui de notre première école et de notre ami B...
C’est à quoi je travaille; et je vous avoue franchement que je trouve les deux époux si bien partagés l’un et l‘autre queje ne trouve rien de plus accompli: ainsi prenons-en ce que nous pourrons, je vous aiderai de tout mon pouvoir. » L’INITIATION MARTINISTE. —— SON CARACTÈRE - HAUTE SPIRITUALITÉ « La seule initiation que je prêche et que je cherche de toute l‘ardeur de mon âme-est celle par où nous pouvons entrer dans le cœur de Dieu et faire entrer le cœur de Dieu en nous, pour y faire un mariage indissoluble, qui nous rend l’ami, le frère, et l’épouse de notre divin Réparateur.
Il n’y a pas d’autre mys— tère pour arriver à cette sainte initiation que de nous enfoncer de plus en plus dans les profondeurs de notre être, et de ne pas lâcher prise, que nous ne soyons parvenus à en sortir la vivante et vivifiante racine; parce qu’alors tous les fruits que nous devrons porter, selon notre espèce, se produiront naturellement en nous et hors de nous, comme nous voyons que cela arrive à nos arbres terrestres, parce qu’ils sont adhérents à leur racine particulière, et qu’ils ne cessent pas d’en pomper le suc. »
MARTINISME ET FR.\NC-MAÇONNEIUE 217 FEU-SOUFFRANCE « Lorsque nous souffrons pour nos propres œuvres, fausses et infectées, le feu est corrosif et brûlant, et cependant il doit l‘être moins que celui qui sert de source à ces œuvres fausses; aussi ai-ie dit, plus par sentiment que par lumière (dans I’Homme de désir), que la pénitence est plus douce que le péché.
Lorsque nous souffrons pour les autres hommes, le feu est encore plus voisin de l’huile et de la lumière; aussi, quoiqu‘il nous déchire l’âme et qu’il nous inonde de pleurs, on ne passe point par ces épreuves sans en retirer de délicieuses consolations et les substances les plus nourrissantes. » CARACTÈRE ESSENTIELLEMENT CHRÉTIEN DU MARTINISME Les cléricaux ont fait tous leurs efforts, à toute époque, pour conserver pour eux seuls la possibilité des communications avec le plan divin.
D‘après leur prétention, toute communication qui ne vient pas par leur influence est due soit à Satan, soit à quelques autres démons. Ils ont même poussé la calomnie jusqu‘au point de prétendre que les Martinistes n’étaient pas chrétiens et que ce n’était pas le Christ qu’ils servaient, mais je ne sais quel diable, déguisé sous ce nom. Voici, en attendant, la réponse de Claude de Saint Martin à ces niaiseries :
2 18 L'INITIATION _..r-n.—nnrgrrA . __..a- ç.,_,-. -...,.»—i—sfl_r_w—« Î..: A‘ __w/_____’A’_W « Mais j’ajoute que les éléments mixtes sont le médium que le Christ devait prendre pour venir jus— qu’à nous, au lieu que nous, nous devons briser, traverser ces éléments pour arriver jusqu’à lui, que tant que nous reposerons sur ces éléments, nous sommes encore en arrière. .
« Néanmoins, comme je crois parler à un homme mesuré, calme et discret, je ne vous cacherai point que, dans l’école où j’ai passé, ily a plus de vingt—cinq ans, les communications de tout genre étaient nom— breuses et fréquentes, et j’en ai eu ma part comme beaucoup d’autres, et que, dans cette part, tous les signes indicatifs du réparateur étaient compris. Or, vous n’ignorez plus que ce réparateur et la cause active sont la même chose. "l* nfim .
'« Je crois que la parole s’est toujours communiquée directement et sans intermède depuis le commence ment des choses. Elle a parlé directement à Adam, à ses enfants et successeurs, à Noé, à Abraham, à Moïse, aux prophètes, etc., jusqu’au temps de Jésus— Christ.
Elle a parlé par le grand nom, et elle voulait si bien le transmettre elle-même directement, que, selon la loi lévitique, le grand prêtre s’enfermait seul dans le Saint des Saints pour le prononcer; et que ;»f_" s(«,a:,.‘_ c.,. , '* s‘1":ng‘.
MARTINISME ET FRAI\‘C-MAÇ.ONNERIE 219 même, selon quelques traditions, il avait des son nettes au bas de sa robe pour en couvrir la pronon ciation aux oreilles de ceux qui restaient dans les autres enceintes. nñ:t*m « Lorsque le Christ est venu, il a rendu encorela pro nonciation de ce mot plus centrale ou plus iptérieure, puisque legrand nom que ces quatrelettres exprimaient est l’explosion quaternaire ou le signal crucial de toute vie; au lieu que Jésus-Christ, en apportant d‘en haut le ID des hébreux, ou la lettre S, a ioint le saint ter naire lui—même au grand nom quaternaire, dont trois est le principe.
Or, si le quaternaire devait trouver en nous sa propre source dans les ordinations anciennes. à plus forte raison le nom du Christ doit-il aussi attendre de lui exclusivement toute son efficacité et toute sa lumière.
Aussi nous a-t-il dit de nous en fermer dans notre chambre, quand nous voudrions prier: au lieu que, dans l’ancienne loi, il fallait abso lument aller adorer au Temple de Jérusalem; et ici, je vous renverrai aux petits traités de votre ami sur la pénitence, la sainte prière, le vrai abandon, intitulés : Der Weg çu Christ; vous y verrez, à tous les pas, si tous les modes humains ne sont pas disparus, et s’il est possible que quelque chose vous soit transmis véritablement, si l’esprit ne se crée pas en nous, comme il se crée éternellement dans le principe de la nature universelle, où se trouve en permanence l’image d’où nous avons tiré notre origine. et qui a servi de cadre au Mensebwera’ung. Sans doute, il y a une
220 L’INITIATION grande vertu attachéeà cette prononciation véritable, tant centrale qu’orale. de ce grand nom et de celui de Jésus-Christ qui en est comme la fleur. La Vibration de notre air élémentaire est une chose bien secondaire dans l’opération par laquelle ces noms rendent sen— sible ce qui ne l’était pas.
Leur vertu est de faire aujourd’hui età tout moment ce qu’ils ont fait au com mencement de toutes choses pour leur donner l’ori gine; et comme ils ont produit toute chose avant que l‘air existât, sans doute qu’ils sont encore au-dessus de l’air, quand ils remplissent les mêmes fonctions ; et il n’est pas plus impossible à cette divine parole de se faire entendre auditivement, même à un sourd et dans un lieu privé d’air, qu’il n’est difficile à la lumière spirituelle de se rendre sensible à nos yeux même physiques, quand même nous serions aveugles et enfoncés dans le cachot le plus ténébreux.
Lorsque les hommes font sortir les paroles hors de leur vraie place, et qu’ils les livrent par ignorance, imprudence ou impiété, aux régions extérieures ou àla disposition des hommes du torrent, elles conservent sans doute toujours de leur vertu, mais elles en retirent toujours aussi beaucoup à elles, parce qu’elles ne s’accommo dent pas des combinaisons humaines; aussi ces trésors si respectables n’ont-ils fait autre chose qu’éprouve;— du déchet, en passant par la main des hommes; sans compter qu’ils n’ont cessé d’être remplacés par des ingrédients ou nuls ou dangereux, qui, produisant aussi des effets, ont fini par remplir d’idoles le monde entier, parce qu’il est le temple du vrai Dieu, qui est le centre de la parole. »
MARTINISME ET FRANC-MAÇONNERIE 221 Ne terminons pas cet extrait sans faire remarquer que c’est à Saint-Martin lui-même que l’Ordre est redevable, non seulement du sceau, mais encore du nom mystique du Christ (nit‘:n*), qui orne tous les documents officiels du Martinisme. Il faut vraiment la mauvaise foi d’un clérical pour enir prétendre que ce nom sacré se rapporte à une autre personne que N.-S. Jésus—Christ, le Verbe divin créateur.
M. Antonini qui dans son livre Doctrine du Mal prétend que le schin hébraïque satanise tous les mots où il entre, montre simplement qu’il est inca pable de rien comprendre au symbolisme. LE MARTINISME EST CHRÉTIEN; MAIS SON ESPRIT EST NETTEMENT ANTICLÉRICAL « C’est bien l‘ignorance et l’hypocrisie des prêtres qui est une des causes principales des maux qui ont affligé l‘Europe depuis plusieurs siècles jusqu’à ce jour.
« Je ne compte pas la prétendue transmission de l'Église de Rome, qui, à mon avis, ne transmet rien comme Église, quoique quelques-uns de ses membres puissent transmettre quelquefois, soit par leur vertu personnelle, soit par la foi des ouailles, soit par une volonté particulière du bien. » LA PRATIQUE. — LES ÊTRES ASTRAUX Comme tout illuminé, Saint—Martin sait insister sur le danger des communications avec les astraux.
222 L’INITIATION Témoin cet extrait de la correspondance des deux amis. Ne pourrait-on pas nommer les trois royaumes que votre école désignait « naturel, spirituel et divin », naturel, astral et divin?
Toutes ces manifestations qui viennent à la suite d’une initiation, ne seraient-elles pas du règne astral, et dès que l’on a mis les pieds dans ce domaine, n’entre-t—on pas en société avec les êtres qui l’habitent, dont la plupart, s’il m’est permis, dans un sujet sem blable, de me servir d’une expression triviale, sont mauvaise compagnie?
N’entre-t-on pas en société avec des êtres qui peuvent tourmenter, jusqu’à l’excès l’opérateur qui vit dans cette foule, au point de lui susciter le désespoir et de lui inspirer le suicide, té moin Schropfer et le comte de Cagliostro!
Sans doute qu’il restera aux initiés des moyens plus ou moins efficaces pour se garantir des visions; mais en géné ral, il me semble que cette situation qui est hors de l’ordre établi par la Providence peut plutôt avoir des suites funestes que favorables pour notre avance— ment. SAINT-MARTIN ET CAGLIOSTRO Cela nous amène à montrer en quelle méfiance l’il luminé français tenait l’envoyé des frères Templiers d’Allemagne.
Nul mieux que Saint Martin ne pou vait juger de la réalité de certains faits produits par Cagliostro, des influences très élevées qui, parfois, se
MARTINISME ET FRANC-MAÇONNERIE 223 manifestaient; mais aussi des détestables entités qui ne manquaient pas, à d’autres moments, de s’empa rer de l’esprit et des âmes des assistants. CAGLIOS’I‘RO Je découvris, par des discours, que leur maître, malgré l’abjection de son état moral, avait opéré par la parole et qu’il avait même transmis à ses disciples la connaissance d’opérer de la même façon pendant son absence.
Un exemple marquant dans ce genre, et que j’ai appris, il y a un couple d’années, est celui qui arriva à la consécration de la loge maçonnique égyptienne à Lyon, le 26 juillet 556, suivant leur calcul, qui me paraît erroné. Les travaux durèrent trois jours, les prières cinquante—quatre heures; il y avait vingt—sept membres assemblés.
Dans le temps que les membres prièrent l’Eternel de manifester son approbation par un signe visible, et que le maître était au milieu de ses cérémonies, le Réparateur parut, et bénissait les membres de l’assemblée.
Il était descendu devant un nuage bleu qui servait de véhicule à cette apparition; peu à peu il s’éleva encore sur ce nuage qui, du moment de son abaissement du ciel sur la terre, avait acquis une splendeur si éblouissante, qu’une jeune fille C., présente, n’en put soutenir l’éclat. Les deux grands prophètes et le législateur d’lsraël leur don nèrent aussi des signes d’approbation et de bonté. Qui pourrait, avec quelque vraisemblance, mettre la
224 L’INITIATION ferveur et la piété de vingt-sept membres en doute? Cependant, quel était l’instituteur de la loge et l’or d0nnateur, quoique absent des cérémonies ? Caglios tro! Ce seul mot suffit pour faire voir que l’erreur et les formes empruntées peuvent être la suite de la bonne foi et des intentions religieuses de vingt-sept membres assemblés.
MARTINISME ET MATÉRIALISM E L’œuvre dangereuse de Cagliostro n’était pas la seule que Saint—Martin se soit efforcé de combattre. Il a aussi fait tous ses efforts pour lutter contre les progrès des « philosophes » (comme on les appelait) qui s’efi‘orçaient de précipiter la révolution en répan dant dans toute l’Europe les principes de l’athéisme et du matérialisme.
C’étaient encore les templiers qui menaient ce mouvement parfaitement organisé et que les extraits de Kirchberger vont nous révéler. « L’incrédulité s’est forméactuellement un club très bien organisé. C’est un grand arbre qui ombrage une partie considérable de l’Allemagne qui porte de bien mauvais fruits, et qui pousse ses racines jusques en Suisse.
Les adversaires de la religion chrétienne ont leurs affiliations, leurs observateurs et leur correspon— dance très bien montée; pour chaque département, ils ont un provincial qui dirige les agents subalternes; ils tiennent les principaux journaux allemands dans leur manche; ces journaux sont la lecture favorite du clergé qui n’aime plus à étudier; dans ces journaux, ils prônent les écrits qui donnent dans leur sens et ,. 1 __
MARTINISME ET FR.\NC*M.\ÇONNEIUE 225 maltraitent tous les autres; si un écrivain veut s‘éle— ver contre ce despotisme il a de la peine à trouver un libraire qui veuille se charger de son manuscrit. Voilà les moyens pour la partie littéraire; mais ils en ont encore bien d’autres pour affermir leur puissance et abaisser ceux qui soutiennent la bonne cause.
S’il y a une place vacante d'instruction publique quelconque, ou s’il y a un seigneur qui ait besoin d’un instituteur pour ses enfants, ils ont trois ou quatre personnages tout prêts qu’ils font présenter à la fois par des voies différentes; moyennant quoi ils sont presque toujours sûrs de réussir.
Voilà comme est composée l’Université de Gœttingue, qui est la plus célèbre et la plus fréquentée de l'Allemagne, et où nous envoyons nos jeunes gens pour étudier. Ils intriguent aussi pour placer de leurs affiliés dans les bureaux des ministres, aux cours d’Allemagne; ils en ont même dans les dicastères et dans les con seils des princes. Un second grand moyen qu’ils emploient, c’est celui de Basile... la calomnie.
Ce moyen leur devient d’autantplus aisé, que la majeure partie des ecclésias tiques protestants sont malheureusement leurs agents les plus zélés; et comme cette classe a mille moyens de s’immiscer partout, ils peuvent àleurgré faire cou .rir des bruits qui portent coup, avant qu’on ait eu connaissance de la chose et le temps de se défendre.
Cette coalition monstrueuse a coûté trente-cinq ans de travail à son chef, qui est un vieil homme de lettres de Berlin, et en même temps un des libraires les plus célèbres de l’Allemagne. Il rédige, depuis 8
2.6 L’INITIATION .—. v_r*a." —-. - .I 1765, le premier journal de ce pays; il s’appelle Fré déric Nicolai‘. Cette Bibliothèque germanique s’est aussi emparée. par ses agents, de l’esprit de la Gazette littéraire d’Ie’na, qui est très bien faite et se colporte dans les pays où la langue allemande est connue. Nicolaï influence, outre cela, le Journal de Berlin et le Muséum allemand, deux ouvrages très accrédités.
L’organisation politique et les sociétés affiliées furent établies lorsque les journaux eurent suffisamment dé ployé leur venin.
Ils ont marché lentement, mais d’un pas sûr; et, à l’heure qu’il est, leurs progrès sont si effrayants et leur influence si énorme, qu’il n’y a plus :aucun effort qui puissey résister; il n’y a que la Pro vidence qui ait le pouvoirde nous délivrer de cette peste « Au commencement, la marche des Nieolaïstes étai très circoñspecte; ils associaientles meilleures têtes de I’Allemagne à leur Bibliothèque universelle; les articles des sciences étaient admirables, et les rapports des ouvrages théologiques occupaient toujours une partie considérable de chaque volume.
Ces rapports étaient composés avec tant de sagesse, que nos profes_ seurs en Suisse les recommandaient dans leurs dis cours publics à nos jeunes ecclésiastiques. Mais, petit à petit, ils glissaient du venin, quoique avec beaucoup de ménagement.
Ce venin fut renforcé avec adresse, Mais, àla fin, ils jetèrent le masque, et, en deux de leurs journaux affiliés, ces scélérats osèrent comparer notre divin Maître au célèbre imposteur tartare Dalaï Lama (Voy. l’art. de Dalaî’ Lama, dans Moreri). Ces horreurs circulaient chez nous, sans que personne dans toute la Suisse, donnât le moindre signe de
MARTIN]SME ET FRANC-MAÇONNERIE 227 \\....W v‘.\ .. mécontentement. Alors, en I790, je pris la plume, et, dans une gazette politique, à laquelle était jointe une feuille de mélanges, je réveillai l’indignation publique contre ces illuminants, Aufl:larer, ou éclaireurs. comme ils s’appelaient. J’appuyais sur l’atrocité et la profonde bêtise de ce blasphème.
« Dans ce moment, ces gens font encore moins de mal par leurs écrits que par leurs affiliations, parleurs intrigues et leurs accaparements de places; de sorte que la majeure partie de notre clergé, en Suisse, est gangrené jusqu’à la moelle des os. Je fais, de mon côté, tout ce que je puis pour retarder du moins la marche de ces gens.
Quelquefois je réussis; mais quel quefois mes efforts sont impuissants, parce qu’ils sont très adroits, et que leur nombre s’appelle légion. » SAINT-MARTIN ET LA FRANC-MAÇONNERIE Si le \Villermosisme s’appuyait, par le recrutement de ses cadres inférieurs, sur la Franc-Maçonnerie, il n’en était pas de même du mouvement individuel de Saint-Martin.
Ce dernier ne recherchait que la qualité sans jamais se soucier du nombre, et il a toujours eu un mépris mélangé de pitié pour les petites intrigues, les petites cabales et les mesquineries des loges maçonniques. Certains maçons. pour lesquels un ruban tient lieu d’érudition, se sont figurés que Claude de Saint Martin professait pour son maître et pour son œuvre le mêmedétachement que pour les loges inférieures. C’est là une erreur dérivée de la confusion de l’lllu
228 L’INITIATION minisme avec la Maçonnerie. Pour montrer à quelles naïves erreurs peuvent en arriver ceux qui portent des jugements sans documents sérieux, nous allons faire un extrait de la correspondance inédite de\Saint-Mar— tin, relatifà cette question.
« Je prie (notre f.) de présenter et de laire admettre ma démission de ma place dans lîordre intérieur, et de vouloir bien me faire rayer de tous les registres et listes maçonniques où j’ai pu être inscrit depuis 1785; mes occupations ne me per mettant pas de suivre désormais cette carrière, je ne le fatiguerai pas par un plus ample détail des raisons qui me déterminent.
Il sait bien qu’en ôtant mon nom de dessus les registres il ne se fera aucun tort, puisque je ne lui suis bon à rien; il sait d’ailleurs que mon esprit n’y ajamais été inscrit; or ce n’est pas être liés que de ne l’être qu’en figure. Nous le seronstoujours, je l’espère, comme cohens, nous‘le serons même par l’initiation (i)... » Cet extrait est instruCtif à plusieurs égards .
Tout d’abord il nous montre que Saint—Martin ne fut inscrit sur un registre maçonnique qu'à dater de 1785, et que c’est seulement en 1790 qu’il se sépara de ce milieu; . Ainsi que tous les illuminés français, il avait refugé de prendre part à la réunion organisée par les Phila lèthes et qui ouvrit le 15 février 1785.
Non seulement les llluminés français, mais encore Mesmer, délégué k’AAâââkîx‘i‘âkkâ (1) Lettre inédite de Claude de Saint-Martin à Willermgz adressée de Strasbourg le 4 juillet i790 {Archives du Suprêmé Conseil Martiniste).
MARTINISME ET FRANC-MAÇONNERIE 229 d’un centre d’llluminisme allemand, et tous les mem bres du Rite Écossais Philosophique refusèrent de prendre part à cette réunion, où Cagliostro fut mis en demeure de prouver ses affirmations. Mais si Saint-Martin ramenait la Franc-Maçonnerie à son véritable rôle, il ne cessa jamais de faire de nombreusesinitiations individuelles. Un de ses élèves, Gilbert, fut aussi, plus tard, élève de Fabre d’Olivet.
Un autre de ses élèves directs, M. de Chaptal, fut grand-père de Delaage, si bien qu’on peut suivre his toriquement; en France, la trace del'Ordre Martiniste sans aucune interruption, et un des ouvrages du che valier Arson nous montre une organisation très sa vante des Martinistes en plein fonctionnement en janvier 1818, c’est-à-dire après la mort de Saint l\lartin et de Willermoz.
OPINIONS SUR LE MARTINISME Le nombre des Francs-Maçons Martinistes qui se sont opposés aux progrès de l’anarchie surpasse de beaucoup le nombre de ceux qui les ont favorisés.
En 1789, le vénérable d’une loge martiniste du Dau— phiné, apprenantque des brigands s’étaientîréunis àdes cultivateurs trompés par de faux ordres du roi, pour piller et incendier les maisons des nobles dans les cam pagnes, fit, dans l’emploi civil dont il était revêtu, tous les efforts possibles pour mettre un terme àces ravages. Il tâchait de communiquer aux autres son zèle pour le maintien du droit de propriété. Il ne se ...N.... ..M .n... 4 . ,_. 4 t....__,.fi._...__.. .2... ._._ ..,-.\‘-‘.t
230 L’INITIATION bornapointà contribuer aux ordres sévères qui furent donnés contre les incendiaires et les voleurs; il con duisit lui-même la force armée, combattit avec elle, et montra toujours autant d’intrépidité dans ses ac tions que de pureté dans ses principes (I).
OPINION DE JOSEPH DE MAISTRE Pendant quarante années au moins, Joseph de Maistre a été en rapport intime avec les Martinistes et d’autres mystiques : il a pénétré leur esprit, leurs théories et leurs projets. Son jugement est donc d’un très grand poids.
Sans doute, il leur reproche de haïr l’autorité, de s’attacherà des opinions origénistes; mais il aurait protesté si ces mystiques chrétiens, qu’il connaissait à fond, avaient été quelquefois des satanistes ou des lucifériens. Il est déplorable qu’en France se soient trouvés des aïques et des prêtres même, assez ignorants du carac tère du Martinisme pour le confondre avec la plus monstrueusement absurde des sectes modernes (2).
Il ne faut pas confondre les Illuminés allemands, disciples de Weisshaupt et niveleurs acharnés, avec le « disciple vertueux de Saint-Martin, qui ne professe pas seulement le christianisme, mais qui ne travaille qu’à s’élever aux plus sublimes hauteurs de cette loi divine » (3). (I) J.-J.
Meunier, op. cit., p. x59. - (2) Saturninus, Joseph de Maistre et les Martinistes, Initia tion, 3g= volume, n° 7. ‘ (3) Joseph de Maistre: XIe Entretien, cité par Saturninus. . —T ' -‘2‘fi-J
MARTINISME ET FRANC-MAÇONNERIE 231 Ces hommes de désir prétendent pouvoir s’élever, de grade en grade, jusqu‘aux connaissances sublimes des premiers chrétiens. BALZAC ET LES MARTINISTES Le curieux extrait suivant montre que Balzac avait appris presque sûrement, en séance d‘initiation, la filiation réelle de l’Ordre Martiniste. « La théologie mystique embrassait l’ensemble des révélations divines et l’explication des mystères.
Cette branche de l'ancienne théologie est secrètement restée en honneur parmi nous. Jacob Bœhm, Sweden borg, Martines Pasqualis, Saint-Martin, Molinos, M“‘“Guyon, Bourignou et Krudener, la grande secte des Extatiques, celle des Illuminés, ont, àdiverses époques, dignement conservé les doctrines de cette science, dont le but a quelque chose d’effrayant et de gigantesque ( I).
UNION DES MARTINISTES ET DES ROSE-CROIX La tendance de ces derniers Rose-Croix est de fondre la théorie kabbalistique de l’émanation avec les doc— trines du christianisme, tendance qui prépara la voie à l’union des Rose-Croix avec les Martz‘nistes et les Illuminés (2). (r) Balzac, les Proserits. (2) Histoire de l‘Ordre de la Rose-Croix (d'après les archives de l’Ordre), par Carl Kieswetter.
232 L’INITIATION CHAPITRE III LE MARTINISME CONTEMPORAIN La France, qui, dans l’Invisible, estla fille aînée de l’Europe et qui, par suite, doit toujours renfermer le centre de l’esprit initiatique, avait vu la plupart de ses loges maçonniques s’éloigner de tout effort spiri tuel pour se renfermer dans les compromissions né fastes de la politique et pour descendre de degré en degré jusqu’à devenir des centres actifs d’athéisrr_xe et de matérialisme.
Délaissantl’étude des symboles qu’ils étaient char gés de transmettre aux générations futures, faisant, sous prétexte d’anticléricalisme, une guerre inces sante à toute croyance élevée et à toute recherche de l’idéal dans l’humanité, les francs-maçons français devenaient bientôt indignes d’être comptés au nombre des membres de la grande famille maçonnique uni verselle.
C’est alors que les maîtres de l’lnvisible dirigèrent la grande réaction idéaliste et fournirent au Marti nismele moyen de prendreune extension considérable. De même que Martines avait adapté le Swedenbon gisme au milieu dans lequel il devait agir, de même
MARTINISME ET FRANC-MAÇONNERIE 233 que Saint-Martin et Willermoz avaient aussi créé les adaptations indispensables, de même le Martinisme contemporain a du s’adapter à son milieu et à son époque, mais en conservant à l‘Ordre son caractère traditionnel et son esprit primitif. L’adaptation a surtout consisté à unir étroitement l’oeuvre de Saint-Martin à celle de Willermoz.
Ainsi les initiateurs libres, créant directement d'autres ini tiateurs, et développant l’Ordre par l’action indivi duelle, caractérisaient trop l’œuvre de Saint-Martin pour ne pas être intégralement conservés. Mais les groupes d’initiés et d’initiateurs régis par un centre unique et constitués hiérarchiquement, caractérisaient aussi le Willermosisme et devaient être l’objet d'une attention particulière.
Voilà pourquoi le Martinisme contemporain cons titua, à côté des initiateurs libres, son Suprême Con seil assisté de ses Délégués généraux, de ses Délégués spéciaux. et administrant des loges et des groupes répandus actuellement dans toute l’Europe et dans les deux Amériques.
Ne demandant à ses membres ni cotisations, ni droits d’entrée dans l’Ordre, n’exigeant non plus aucun tribut régulier de ses loges au Suprême Conseil, le Martinisme est resté fidèle à son esprit et à ses origines en faisant de la pauvreté matérielle sa première règle.
Par là, il a pu éviter toutes ces irritantes questions d’argent qui ont causé tant de désastres dans certains rites maçonniques contemporains; par là aussi, il a pu demander à ses membres un travail intellectuel soutenu, créer des écoles, distribuant leurs grades
23/; L’INITIATION ‘5‘ exclusivement à l’examen et ouvrant leurs portes à tous à condition de justifier d’une richesse intellec tuelle ou morale quelconque, et renvoyant ailleurs les oisifs et les pédants qui pensaient arriver à quel que chose avec de l’argent.
Le Martinisme ignore les radiations pour non-paiement de cotisations, il ignore le tronc de la veuve et ses chefs seuls sont appelés à justifier leur titre en participant, suivant leur grade, au développement général de l’Ordre.
FILIATION MARTINISTE : SAINT-MARTIN, CIIAPTAL, DELAAGE (I) Le passage du Martinisme aux groupes qui devaient lui donner une telle extension à l’époque actuelle s’est effectué par l’intermédiaire d’un modeste occul tiste qui fut toujours attaché à deux grands prin cipes : la conservation de la tradition initiatique du Spiritualisme, caractérisée par la Trinité, et la défense du Christ en dehors de toute secte.
Ce sont bien là les caractères de l’Inconnu auquel a été confié le dépôt sacré, et Henri Delaage, car c’est de lui qu’il s’agit, préféra rester fidèle à son initiation que de fonder une nouvelle secte no_n traditionnelle Com me le fit Rivail (Allan Kardec).
Delaage poussa le respectdu secret jusqu’à ne pas parler de l’origine de son initiation dans ses livres, et (1) On trouvera des documents pesitifs sur l’existence de 'l’Ordre Martiniste en I818 dans l’Appel à l'Humanz‘te’ du chevalier Arson_ On verra qu’à ce moment l’Ordre fonctionnait parfaitement à Paris, et luttait contre les Sociétés et les agents des Templiers. W.W.v %44.\’—œhlfl. u__‘,_u M
MARTINISME ET FRANC-MAÇONNERIE 235 c’est à ses intimes seuls qu’il se plaisait à parler à cœur ouvert du Martinisme, dont latradition lui avait été transmise par l’intermédiaire de son grand-père, M. de Chaptal, initié lui-même par Saint-Martin. La lettre suivante justifiera et prouvera notre dire. SOCIÉTÉ ÀSTRONOMIQUE DE FRANCE Paris, le 19 janvier 1899.
Mon CHER DOCTEUR, Je ne vois aucun inconvénient à vous répéter aujour d’hui par écrit ce que je vous ai dit dernièrement de vive voix à propos d’Henri Delaage. J’ai eu de fréquentes relations avec lui de 1860.21 1870, et je me souviens qu‘il m’a souvent parlé de son grand-père le ministre Chaptal, et de Saint-Martin (le philosophe inconnu), que son grand-père connaissait particulièrement.
Il s’était occupé aussi lui-même. avec M. Matter, de la doctrine du Martinisme, sur laquelle ce dernier auteur a publié un ouvrage à la Librairie académique Didier, oùje l’ai aussi quelquefois rencontré. Veuillez agréer, je vous prie, mon cher Docteur, l’expression de mes sentiments les plus sympathiques et les plus dévoués. Signé : FLAMMARION. A M. le Dr Encanssé.
Voici de plus, deux extraits très caractéristiques de Delaage, au sujet de l’origine de son initiation person nelle. Homme de tradition, nous nous rattachons, par toutes les fibres du cœur, aux sublimes institutions du Chris tianisme (r). La tradition, ou connaissance profonde de Dieu, de (r) Delaage, Doctrine des Sociétés secrètes, Paris, 1852= p. 7.
236 L‘INITIATION l’homme et de la nature, est éminemment nécessaire à tous les peuples. L’homme auquel elle a été dévoilée dans l’initiation et qui entreprend de la revoiler, pour la rendre visible àtous les yeux, palpable à toutes les mains, doit se préoccuper de choisir des symboles, des allégories, des mythes, qui soient en rapport avec les mœurs, la nature, les connaissances du peuple qu‘il aspire à doter du bienfait précieux de la Vérité.
Sans cela, la révélation ne révélerait rien à l’intelligence ni au cœur; de plus, s’il est quelque chose capable d’enniaiser un homme et d’en faire un parfait crétin,c'est de mettre sur ses lèvres et devant ses yeux: des symboles dont il ne saisit pas le sens, car, quand on commande à l’intelligence de consen ver en sa mémoire des choses incompréhensibles, on imp05e inévitablement àl’esprit l’ordre de se suicider (I ).
Nous avons posé en principe qu‘au commencement du monde le péché avait animalisé l’homme en enveloppant l’âme d’organes finis et matériels pouvant la mettre en rapport avec les créatures finies de la terre, mais trop bornés pour lui permettre d'être, comme avant sa chute, en rapport direct avec son Dieu.
De là, la lutte de l’initié contre chacun des éléments de la Nature, soulevés contre l’homme déchu : la terre, dont il triomphe en pénétrant dans son sein ; l’eau, en la traversant; le feu, en y passant; l'air, en y demeurant impassiblement suspendu : de [à aussi, le combat avec sa chair que, par le jeûne et la chasteté, il réduit en servitude; enfin la renaissance de son âme à la puissance et à la lumière de la vie (2).
Quelques mois avant sa mort, Delaage voulut don ner à un autrela graine qui lui avait été confiée et dont il ne pensait pouvoir tirer aucun fruit. Pauvre dépôt, constitué par deux lettres et quelques points, résumé de cette doctrine de l’initiation et de la trinité qui avait illuminé tous les ouvrages de Delaage. Mai 5 l’lnvisible était là, et c’estlui-même qui se chargea de (I) Delaage, Doctrine des Sociétés secrètes, P. 16, (2) Delaage, op. cit., p. 158. .A'..a 111..-.» ..L., -. JI" _ -A1_\1
1\l.\ [ITINISM E ET FRANC-MAÇONNERIE 237 rattacher les ouvrages à leur réelle origine et de per mettre à Delaage de confier sa graine à une terre où elle pouvait se développer. . Les premières initiations personnelles, sans autre rituel que cette transmission orale des deux lettres et des points, eurent lieu de 1884r à 1885, rue Roche chouart. De là, elles furent transportées rue de Stras bourg, où les premiers groupes virent le jour.
La pre mière loge se tint rue Pigalle, où Arthur Arnould fut initié et commença ainsi la voie qui devait l’écarter définitivement du matérialisme. La loge fut ensuite transportée dans un appartement de la rue de la T our d’Auvergne,où les tenues d’initiation furent fréquentes et fructueuses au point de vue intellectuel. Les cahiers virent le jour (1887-1890), et c’est alors que Stanislas de Guaita prononça son beau discours initiatique.
A partir de ce moment, les progrès sont très rapides. Le groupe ésotérique, la Librairie du Merveilleux, si bien créée et dirigée par un licencié en droit, mem bre fondateur de la loge: Lucien Chamuel, virent successivement le jour et, en 1891, le Suprême Conseil de l’Ordre Martiniste était constitué avec un local réservé aux tenues et aux initiations, 29, rue de Trévise, puis rue Bleue, et enfin me de Savoie.
Depuis, l’Ordre constitua des délégués et constitua des loges, d’abord en France, et dans les diverses contrées de l’Europe, puis dans les deux Amériques, en Egypte et en Asie. Et tout cela a été obtenu sans que jamais un marti niste ait payé une cotisation quelconque, sans que jamais une loge ait fourni un tribut régulier au.
238 LÏNITlATION Suprême Conseil. Les fondateurs ont consacré tous leurs gains à leur œuvre, et le Ciel les a dignement récompensés de leurs efforts. Ce qui distingue particulièrement l’initiation de Martines, c’est l’apparition, dès le premier grade des cohens, du ternaire. Il y a trois colonnes de couleurs différentes, dominées par une grande lumière. Ce ternaire, unifié dans le quaternaire, se développe harmoniquement dans les autres grades.
Au second degré, l’histoire de la chute et de la réintégration est présentée au récipiendaire et les degrés suivants servent à affirmer cette réconciliation de la créature et de son créateur.
Tous ces détails sont nécessaires, car les cahiers martinistes contemporains ont été imprimés en r 887, et ce n’est que huit ans après que les anciens caté chismes des loges lyonnaises parvenaient au Suprême Conseil et venaient montrer l’intégrité de la tradition depuis Martines jusqu’à ce jour. CARACTÈRE DU MARTINISME CONTEMPORAIN Dérivant directement de l’Illuminisme chrétien, le Martinisme devait en adopter les principes.
Voilà pourquoi les nominations sont exclusivement faites du haut en bas, le Président de l’Ordre nommant le Comité directeur, qui désigne les membres du Suprême Conseil et les délégués généraux et admi_ nistre les affaires courantes; les délégués généraux nommant les chefs des loges, qui désignent eux-mêmes leurs officiers et sont maîtres de leurs
MARTINISME ET FRANC-MAÇONNERIE 239 loges. Toutes les fonctions sont du reste nspectées directement par le Suprême Conseil au moyen de ses inspecteurs principaux et de ses inspecteurs secrets. Tel est le résumé de cette organisation qui a pu, sans argent, prendre une extension considérable et résister jusqu’à présent à toutes les tentatives d’acca parement tentées successivement par diverses confes sions, et surtout par le cléricalisme actif.
L’Ordre a survécu à tout, même à la calomnie ïeprésentant ses membres, tantôt commedes envoyés desJésuites, tan tôt comme des suppôts de l’Enfer ou des magiciens noirs. Chaque fois les chefs ont été prévenus des ten tatives faites et des moyens de les éviter, et chaque fois le succès est venu confirmer la haute origine des indications ainsi fournies.
C’est donc par les chefs du Suprême Conseil que le Martinisme se rattache à l’Illuminisme chrétien.
L’Ordre dans son ensemble est surtout une école de chevalerie morale, s’efforçant de développer la spiri tualité de ses membres par l’étude du monde invisible et de ses lois, par l’exercice du dévouement et de l’as sistance intellectuelle et par la création dans chaque esprit d'une foi d’autant plus solide qu'elle est basée sur l’observation et sur la science.
Le Martinisme constitue donc une chevalerie de l’Altruisme opposé< à la ligue égoïste des appétits matériels, une école où l’on apprend à ramener l’argent à sa juste valeur de sangsocial et à ne pas le considérer comme un influx divin, enfin un centre où l'on apprend à rester impas-' sible devant les tourbillons positifs ou négatifs qui bouleversent la Société! Fdrmant le noyau réel de
2!.0 L‘INITIATION ....— n..= .,.r-. ..r:. .- . --u-D-« cette universté vivante qui refera un jour le mariage de la Science sans division avec la Foi sans épithète, le Martinisme s’efforce de se rendre digne de son nom en établissant des écoles supérieures de ces sciences métaphysiques et pl1ysiogoniques dédaigneusement écartées de l’enseignement classique sous le prétexte qu’elles sont occultes.
Aussi les examens institués dans ces écoles portent ils sur le symbolisme de toutes les traditions et de toutes les initiations, sur les clefs hébraïques et sur les éléments de la langue sanscrite, qui permettent aux Martinistes ayant passé par ces épreuves d’expli— querleur tradition à beaucoup de francs-maçons haut gradés et de montrer que les descendants des illumi— nés sont restés dignes de leur origine.
Tel est le caractère du Martinisme et l’on comprend qu’ilest impossible de le retrouver intégralement dans chaque membre de l‘Ordre qui représente une adap— tation particulière de ces buts généraux.
"Mais cette époque de scepticisme, d’adoration de la fortune matérielle et d’athéisme avait si nécessaire ment besoin d’une réaction franchement chrétienne, indépendante de tous les clergés, qu’ils soient catho liques ou protestants, et liée surtout à la Science que, dans tous les pays où il a une fois pénétré, le Marti nisme a sauvé du doute, du désespoir et du suicide, bien des âmes; il a ramené à la compréhension du Christ bien des esprits que les manœuvres cléricales et leur but de bas intérêt matériel, c’est-à-dire d’ado_ ration de César, avaient éloignés de toute foi. Après cela, qu’on calomnie, qu’on diffame ou qu’on excom . " -:- '_-....«_I ».
MARTINISME ET FRANC-MAÇONNERIE 241 munie le Martinisme ou ses chefs, qu’importe! la Lu mière traverse les vitres même crassesues et elle illu mine toutes les ténèbres physiques, morales ou intellectuelles. LES ADVERSAIRES DU MARTINISME ET LEURS OBJECTIONS Malgré ses faibles ressources matérielles, les progrès de l’Ordre Martiniste furent rapides et considérables.
Aussi son succès suscita-t-il trois genres d'adver— saires : I° Les matérialistes athées, que représentesi bien le Grand-Orient de France ; 2° Les cléricaux ; 3° Toutes les sociétés et tous les individus qui com battent le Christ et cherchent à diminuer son œuvre, ouvertement ou occultement. Delà une foule d’objections, de sous-entendus et de calomnies qu’il est nécessaire de bien indiquer pour permettre aux membres de l’Ordre de les dé truire.
MATÉRIALIS’I‘ES Les Matérialistes, après avoir accusé les Martinistes d’être des jésuites, des aliénés, des « rêveurs d’un autre âge qui ne pourraient rien faire dans ce siècle de lumière et de raison », ont été émus des progrès rapides de cet Ordre et ont commencé par essayer de copier l’organisation des « groupes martinistes » sansy réussir; car ils ont rêvé de faire des « groupes de jeunes athées » rattachés au système électoral du Grand-Orient.
ü" *--s--—r r 242 L‘INITIATION C’est alors qu‘on s’est inquiété de la question d’ar— gent. Un ordre allant si vite devait rapporter gros à ses fondateurs. Combien donnaient par mois les membres ? Rien... Combien coûtaient les chartes de délégués ? Rien... Qui payait donc les frais d’impres sion, de poste, de secrétariat et de diplômes nécessités ar le mise en mouvement d’un tel oroanisme ?
Les 9 23 chefs. ‘ On ne pouvait donc plus les accuser de tirer un profit quelconque d’un mouvement auquel ils con sacraient le plus clair de leurs revenus. ' Aussi les « gens pratiques » finissent-ils par croire que les Martinistes sont tout de même convaincus. LES CLÉRICAUX Les attaques des cléricaux sont plus perfides et plusadroitement présentées.
Laissant de côté toute question matérielle, ils s’en prennent à l’esprit et, malgré toutes les affirmations et les évidences con traires, il leur est impossible d'admettre que les occul tistes, et votre serviteur en particulier, ne rendent pas au diable quelque culte secret.
Les Martinistes, par suite, doivent cacher leur jeu, etces gens, qui osent défendre le Christ en remettant à sa place le clergé qui le vend tous les jours aux marchands du temple, se livrent, d’après ces bons cléricaux, aux évocations les plus terrifiantes à Satan et à ses plus illustres démons. Il est singulier comme il est difiicile de faire entrer dansla tête d’un rédacteur de feuille de sacristie, cette l
MARTINISME ET FRANC-MAÇONNERIE 243 idée que le clergé et Dieu peuvent agir indépendam ment l’un de l’autre et qu’on peut parfaitement ad mettre la bonté de Dieu et la rapacité matérielle du clergé qui agit soi-disant en son nom, sans les con fondre un instant. Attaquer un inquisiteur, c'est attaquer, à leur avis, Dieu lui-même. Halte-là!
Les Martinistes veulent être des chrétiens libres de toute attache cléricale et les accusations de satanisme leur feront hausser les épaules, en appelant le par— don du Ciel sur ceux qui les calomnient injuste ment. Raconterons-nous de nouveau, à ce propos, la gigantesque farce composée par Léo Taxil sur ce thème des « occultistes diabolisants »?
' Montrerons-nous sous son vrai jour cette funam bulesque société secrète du Labarum dont nous pos sédons le nom exact de tous les dignitaires. ' Dirons—nous comment le même Taxil'doit être tout disposé à monter une nouvelle mystification basée sur la « maçonnerie des femmes »? ' A quoi bon P Ne vaut-il pas mieux se laisser insulter, calomnier, décrier de toute manière. sans répondre autrement que par le pardon et l’oubli?
Chaque attaque nouvelle, étant injuste et vile, vaut au Martinisme un nouveau succès et ne reste jamais sans récompense. Voilà le vrai maniement des lois occultes et le véritable usage des facultés spirituelles de l’homme. Lorsque nous accusons les écrivains cléricaux de se moquer joyeusement du public naïfqui avale leurs
245 L’INITIATION ...... l. couleuvres et d’employer des procédés de polémique indignes d’un auteur qui se respecte, on pourrait croire qu’il y a de notre part une animosité quel— conque et une tendance à l’exagération. Aussi allons nous mettre nos lecteurs à même de juger quelques— uns de ces procédés. Choisissons la dernière perfidie parue. L’auteur sera, certes, très heureux d’être présenté au public.
C’est un nommé Antonini, professeur à l’Institut ca tholique de Paris, et son livre s’appelle la Doctrine du Mal. . Ce qu’on parle de Satan, de Lucifer, du Diable et de son culte secret là dedans, vous ne pouvez vous en faire une idée! Toutefois il y manque la verve de cet excellent Taxil, c’est fade et sans imagination.
Nous n’avons plus ce bon Bitru, dont 'I‘axil détacha un morceau de l’appendice caudal pour l’offrir aux Jésuites, qui l’acceptèrent avec reconnaissance. Il est ' bien entendu que les occultistes (signez-vous), et en particulier votre serviteur, passent une partie de leur temps, en compagnie du Diable, à faire des ana grammes, dont M. Antonini a beaucoup de peine à trouver la clef. Mais voyons un peu un échantillon de cette prose.
« Aulnaye, Éliphas Lévi, Desbarolles, de Guaita, « pour ne citer que ces initiés, reconnaissent que « Lumière astrale signifie LUMIÈRE DE LA TERRE, nom— « mée astrale parce que la terre est un astre. « Sur quoi est fondée une allégation aussi étrange? « La déclaration des initiés passe généralement « inaperçue, ou bien elle fait sourire. Et cependant “ '- :— r '-1‘>J«Ï\_ a“
MARTINISME ET FRANC-MAÇONNERIE 245 « elle constitue l’aveu le plus grave et le plus con « cluant de leur satanisme. « Car ils appellent la terre un astre parce qu’elle « renferme LA GRANDE Éron.u TOMBÉE DES creux, ainsi « que l’Apocalypse nomme Lucifer l’archange por « tant la lumière et précipité dans le FEU central de la « terre pour avoir voulu s’égaler à Dieu (1 ). » Analysons ce poulet.
LUMIÈRE_ASTRALE VEUT nma LUMIÈRE DE LA TERRE M. Ant0nini, qui prend tant de peine pour citer les paroles exactes de ses auteurs n’a pas cherché à justi fier la citation présente par une référence réelle, parce qu’elle est simplement idiote. Il se tire d’affaire en inventant la citation qui va lui permettre de dire les choses joyeuses de la suite: La Terre qui renferme une étoile! 0 mes profes seurs d’astronomie!
Où est—il,ce Soleil; car une étoile, c’est un soleil, si j’en crois mon bon ami et maître Flammarion, où est-il, ce Soleil, tombé dansla Terre, alors qu’il doit être bien plus gros qu’elle, où est-il, ce monstre de Soleil qu’on ne voit plus '1’...
Ce Soleil, Mesdames et Messieurs, c’est un archange; cet archange, c’est Lucifer, et Lucifer est dans le feu central de la Terre, et la Terre n’a pas éclaté en rece vant ce nouveau Soleil dans son sein l Et voilà comment les occultistes avouent qu’ils sont satanistes! (i) Doctrine du Mal, p. i6.
246 L’INITIATION C’est très simple, et c’est là le me sur lequel M. Antonini bâtit son argumentation. On n’est pas plus aimable.
LES ADVERSAIRES DU CHRIST Si les cléricaux accusent les martinistes d’évoquer Satan ou quelque autre démon dans des séances secrètes qui n’ont jamais existé que dans leur riche imagination, par contre d’autres sociétés, qui préten dent étudier l’occultisme et « développer les facultés latentes en l’homme »,sans croire du reste à l’exis— tence du diable, font circuler hypocritement des cir culaires confidentielles où l’on accuse les Martinistes de passer leur temps à pratiquer la « Magie Noire ».
Or la pratique de la magie noire consiste à faire le mal consciemment et lâchement, et rien n’est plus éloigné du but et des procédés essentiellement chré— tiens des Martinistes de tous les temps, anciens ou modernes. Les Martinistes ne font pas de magie, soit blanche, soit noire. Ils étudient, ils prient, et ils par donnent les injures de leur mieux.
Les Rose—Croix, eux, ont eu souvent à combattre des sorciers qui profitaient de l’ignorance et du scep nusrne contemporains pour essayer niaisementd’exer cer leurs talents sur d’innocentes victimes. Or, chaque fois, les Rose-Croix ont ouvertement prévenu les individus qu’ils étaient livrés « au baptême de la.
Lumière », et c’est par la prière qu’ils ont combattu , Mais les Martinistes, n’appartenant pas à la Rose Croix, n’ont jamais eu à défendre collectivement au— cune autre cause que'celle de la vérité et ils ont tou
MARTINISME ET FRANC-MAÇONNERIE jours agi au grand jour, publiant tous leurs actes et toutes leurs décisions.
Par contre, ceux qui diffament dans l’ombre et se cachent quand ils se voient découverts, ceux qui écrivent des circulaires hypocrites et qui calomnient sous le manteau les Martinistes, de la loyauté des— quels ils ont peur, ceux-là ne méritent que la pitié et le pardon, et, quand on voit les facultés latentes qui se manifestent par de tels procédés, on est porté à montrer àces hommes que la magie noire commence à la diffamation anonyme qui, dans le plan mental, est aussi génératrice de larves kama-martasiques, que la basse sorcellerie du paysan illettré dans le plan astral.
A bon entendeur, salut! CONTRÉES ou u-: SUPRÉME CONSEIL DE L'ORDRE MARTINISTE asr OFFICIELLEMENT REPRESENTE PAR ses DÉLÉGUÉS GÉNÉRAUX ET ses LOGES FRANCE Purs : Siège du Suprême Conseil. Loges : Hermanubis, le Sphinx et Voluspa.
La France est divisée en quatorze délégations dont les délégués siègent respectivement dans les villes sui vantes (l) : (i) Le srège central de la délégation est indiqué entre paren thèses, et un des sièges accessoires ensuite. De nombreux délégués spéciaux siègent dans d'autres villes.
_. __.;_+h...“ a __ anæ__— A .__,_ ,_._ .. ...4nn. .
3 .w.«.r.. w :. —»-—..’ \ “‘"‘”"l q 248 L’INITIATION N° I (Chartres), Beauvais; n° 2 (Lille), Abbeville; n“ 3 (Caen), Le Havre ; n° 4 (Nancy), Châlons—sur— Marne; n° 5 (Rennes), Nantes; n° 6 (Poitiers), La Roche-sur-Yon; n° 7 (Bordeaux), Pau; n° 8 (Toulouse), Cahors ; n° 9 (Montpellier), Perpignan; n° 10 (Mar— ‘ seille), Nice et Algérie ; n° Il (Lyon), Roanne ; n° 12 (Diion), Troyes ; n° 13 (Clermont-Ferrand), Tulle ; n° 14 (Grenoble), Valence.
Chacune de ces délégations dirige soit des loges, soit des groupes, soit des groupes et des loges. ITALIE Délégation générale et sept Délégations spéciales. SUÈDE Délégation générale et trois Délégations spéciales. ALLEMAGNE Délégation générale et trois Délégations spéciales. SUISSE Délégation générale et une Délégation spéciale. ANGLETERRE Délégation générale. BELGIQUE Délégation générale et deux Délégations spéciales.
ESPAGNE Délégation générale. HOLLANDE Délégation spéciale. DANEMÀRK Délégation générale et Délégation spéciale. ÀUTRICHE-HONGRIE Délégation générale et deux Délégations spéciales. . .-U"l‘ '*— '« -** r-«ï-"d-——asäul‘ A
MARTINISME ET FRANC-MAÇONNERIE 249 RUSSIE Délégation générale. ROUMANIE Délégation générale et spéciale. ÉGYPTE Délégation générale et trois Délégations spéciales. TUNISIE Délégation générale. SÉNÉGAL Délégation spéciale. AMÉRIQUE DU NORD Souverain Délégué général, Grand Conseil, et Délé gations spéciales dans tous les États. AMÉRIQUE DU SUD Délégation générale et Délégations spéciales pour LA RÉPUBLIQUE Aucaxrms, u; GUA1‘EMALA. CUBA Délégation générale: lNDO-CHINE Délégation spéciale. COCHINCHINE Délégation générale. HAITI Délégation spéciale. Pour éviter toute indiscrétion, nous avons supprimé es noms des villes où siègent nos diverses délégations à l’étranger. ORGANES DE L’ORDRE MARTINIS’I‘E Une revue mensuelle de cent pages : L’Initialion, à Paris (organe officiel) ;
1 250 ' L’INITIATION "'I Un journal hebdomadaire de huit pages in-4° : Le Voile d’Isis, à Paris; , Un bulletin mensuel autographié et réservé aux délégués: Psyché. A l’étranger l’Ordre Martiniste dispose, par ses 1, délégués, d’organes spéciaux dans les langues sui 5 vantes: en anglais, en allemand, en espagnol, en ' tchèque, en suédois. AFFILIATIONS DE L’ORDRE MARTINISTE Union Idéaliste Universelle (Internationale) ; Ordre Kabbalistique de _la Rose-Croix (France) ; , Groupe Indépendant d’Etudes Esotériques (France); Ordre des Illuminés (Allemagne); Société Alchimique de France (France); Université Libre des Hautes Études (France) (Faculté des Sciences Hermétiques) ; Babystes (Egypte, Perse et Syrie); Sociétés Chinoises (en instance). -,-:;— un‘ - >* Mer r* *”-”_-vnr-— ' ’,_..2,....._.., r....,_,___ .l _... w-. _. -
MARTINIS.‘IE ET FRANC-MAÇONNERIE 251 CHAPITRE IV LA FRANC-MAÇONNERIE MARTINISME ET FRANC—MAÇONNERIE Les écrivains qui se sont occupés du Martinisme, et surtout les écrivains cléricaux, ont confondu, souvent avec une mauvaise foi voulue, le Martinisme et la Franc—Maçonnerie.
Le Martinisme, ne demandantàses membres aucun serment d’obéissance passive et ne leur imposant au cun dogme, pas plus le dogme matérialiste que le dogme clérical, les laisse parfaitement libres de leurs actions ; mais il est absolument indépendant, en tant qu’ordre, de la Franc-Maçonnerie telle qu’elle est pratiquée généralement en France.
Comme tout ordre d’illuminés, le Martinisme ouvre certaines de ses réunions aux francs—maçons instruits, surtout aux membres du Rite Écossais, et seulement quand ils sont pourvus au moins du grade de 18" (Rose-Croix); mais ces relations se bornent à de simples démarches de politesse, et les Martinistes contemporains n’agissent pas autrement que n’agis— saie_nt, dans les mêmes circonstances, leurs ancêtres des convents des Gaules et de \Vilhemsbadt.
252 L’INITIATION Portantlenom kabbalistique du Christ et la recon naissance du Verbe créateur en tête de tous ses actes, le Martinisme ne peut entretenir de relations qu’avec les puissances maçonniques travaillant d’après la constitution des Rose-Croix illuminés qui ont établi la Franc-Maçonnerie, et tout rite rayant Dieu de ses planches et transformant, sans références tradition nelles, le symbolisme quilui a été confié, n’existe plus pourles Martinistes, pas plus que pour tous les initiés d’un centre réel et sérieux.
Voilà pourquoi le Grand—Orient de France, qui est au ban de la véritable et universelle Franc—Maçon ne— rie, ne doit pas être co'nfondu avec le Martinisme, comme cherchent à le faire les cléricaux. Cela nous amène à déterminer la situation actuelle des difÏérents rites de la Franc—Maçonnerie en France et leur histoire.
La Franc-Maçonnerie comprend trois rites en France : 1° Le Grand—Orient de France, le plus puissan1 (en France) par le nombre de ses loges et de ses' membres, rite matérialiste et athée par son esprit et par son action et cause réelle de la décadence momen tanée de notre pays; 2° Le Rite Écossais, divisé en deux sections : a) Le Suprême Conseil et ses loges admettant les hauts grades maçonniques ; b) La Crande Loge Symbolique écossaise, fédéra tion d’anciennes loges écossaises n’admettant pas les hauts grades.
En 1897, une compromission établie entre ces deux . Ammwm_—,_Na.uw r.w.;. .‘M_,k.__ ._ . ,Ww_ -. . w.....,,_ ,_._ . ; ,_— “
MARTINISME ET FRANC-MAÇONNERIE 253 sections a donné naissance à la Grande Loge de France. Esprit du rite: Spiritualisme éclectique. C’est par ce ‘ rite que la France se rattache aux rites des autres pays. 3° Le Rite de Misraïm, qui, de décadence en déca dence, est tombé dans le ridicule avec un total de moins de vingt membres pour constituer ses loges, son chapitre et son aéropage. Reprenons l’histoire rapide de chaque rite.
LA FRANC-MAÇONNERIE m: s.\ CRÉATION A 1789 Le Grand Orient et ses Origines Le Grand-Orient de France est issu d’une insur' rection de certains membres contre les constitutions et la hiérarchie traditionnelles de la Franc—Maçonne rie. Quelques lignes d’explication sont ici nécessaires.
La Franc-Maçonnerie a été tout d’abord établie en Angleterre par des hommes appartenant déjà à l'une des puissantes fraternités secrètes d’Occident : la confrérie des Rose-Croix. Ces hommes, et surtout Ashmole, eurent l'idée de créer un centre de propa gande où l’on pourrait former à leur insu des mem bres instruits pour la Rose-Croix.
Aussi les premières Loges maçonniques furent-elles mixtes et composées partie d’ouvriers réels, partie d’ouvriers de l’intelli gence (libres maçons). Les premiers essais (Ashmole) datent de 1646; mais c’est seulement en 1717 que la Grande Loge de Londres est constituée. C’est cette Loge qui donne des chartes régulières aux Loges fran SIMŒ1
254 L’INITIATION .|.| n...rw..x - ' " çaises de Dunkerque (1721), Paris (1725), Bordeaux (1732), etc., etc. Les Loges de Paris se multiplièrent rapidement, nommèrent un grand maître pour la France, le duc d’Antin (1738-1743), sous l’influence de qui fut entreprise la publication de l’Encyclopédie, comme nous le verrons tout à l’heure.
Voilà l’origine réelle de la révolution, accomplie d’abord sur le plan intel lectuel avant de passer de puissance en acte. En 1743, le comte de Clermont succéda au duc d’Antin comme grand maître et prit la direction de la Grande Loge anglaise de France. Ce comte de Cler mont, trop indolent pour s’occuper sérieusement de cette société, nomma substitut un maître de danse, Lacorne, individu très intrigant, mais de mœurs déplorables.
Ce Lacorne fit entrer dans les Loges une foule d’individus de son espèce, ce qui amena une scission entre la Loge constituée par Lacorne (Grande Loge Lacorne) et les anciens membres qui formèrent la Grande Loge de France (1756). Après un essai de rapprochement entre les deux factions rivales (1758), le scandale devint si grand que la police s’en mêla et ferma les Loges de Paris.
Lacorne et ses adhérents mirent ce_ repos à profit et obtinrent l’appui du duc de Luxembourg (15 juin 1761) (I). Forts de cet appui, ils réussirent à rentrer dans la Grande Loge d’où ils avaient été bannis, firent nommer une commission de contrôle dont les membres leur étaient acquis d‘avance. En même (i) Voy. Ragon, Orthodoxie Mac, p. 56. a M'MW u‘,‘, ___,‘m.,W.“ ,_ .- A-.- .. l
MARTINISME ET FRANC-MÂCONNEIHE 2230 temps, les frères du rite Templier (Conseil des Empe reurs) s’associent en secret aux menées des commis saires et, le 24 décembre 1772, un véritable coup d’État maçonnique est accompli par la suppression de l’inamovibilité des présidents des Loges et par l’établissement du régime représentatif. Des révoltés victorieux fondèrent ainsi le Grand Orient de France.
Aussi un maçon contemporain a-t-il pu écrire: « Il n'est pas excessif de dire que la révolution maçon nique de 1773 fut le prodrome et l’avant-coureur de la Révolution de 1789 (I). » Ce qu’il faut bien remarquer, c’est l'action secrète des frères du rite Templier. Ce sont eux les vrais fomentateurs des révolutions, les autres ne sont que de dociles agents.
Ainsi, le lecteur peut maintenant comprendre notre assertion :LeGrand-Orient estissu d’une insurrection. Revenons sur deux points : 1° L’Encyclope’dz’e (révolution intellectuelle); 2° L’Histoire du Grand Orient de 1773 à 1789. L’Encyclopédz‘e Nous avons dit que les faits auxquels s’attachent surtout les historiens n’étaient, le plus souvent, que des conséquences d’actions occultes.
Or, nous pensons que la Révolution n’eût pas été possible si des efforts considérables n’avaient été précédemment faits pour orienter dans une nouvelle voie l’intellectualité de la France. C’est en agissant sur les esprits cultivés, (I) Amiable et Çolfavru, op. cit. '
256 L‘INITIATION - .s.-.: ,. .\s.. -' créateurs de l‘opinion, qu’on prépare l’évolution sociale, et nous allons trouver maintenant une preuve péremptoire de ce fait.
Le 25 juin 1740, le duc d’Antin, grand maître de la Franc-Maçonnerie pour la France, prononçait un important discours dans lequel était annoncé le grand projet en cours; témoin l’extrait suivant : « Tous les grands maîtres en Allemagne, en Angleterre, en Italie et ailleurs, exhortent tous les savants et tous les artisans de la confraternité de s’unir pour fournir les matériaux d’un dictionnaire univer— sel des arts libéraux et des sciences utiles, la théologie et la politique seules exceptéés.
On a déjà commencé l’ouvrage à Londres; et, par la réunion de nos confrères, on pourra le porter à sa perfection dans peu d’années.
MM. Amiable et Colfavru, dans leur étude sur la Franc-Maçonnerie au xvrne siècle“, ont saisi parfaite ment l’irqportance de ce projet puisque, après avoir parlé de l’Engh‘s/z Cyclopedz’a de Chambers (Londres 1728), ils ajoutent: « Bien autrement prodigieux fut l’ouvrage publié en France consistant en 28 vol. in-f° dont 17 de texte et il de planches, auxquels vinrent s’ajouter ensuite cinq volumes supplémentaires, ouvrage dont l’auteur principal fut Diderot, secondé par toute une pléïade d’écrivains d’élite.
Mais il ne lui suflisait pas d’avoir des collaborateurs pour mener son œuvre à bonne fin; il lui a fallu de puissants protecteurs. Comment les aurait-il eus sans la Franc—Maçonnerie? (A suivre) PAPUS _ r‘ “‘ _VA...4_. 'ar
àescription de la ville d’âtalante‘” Par CLAUDE DE SAINT—MARTIN Le souterrain dans lequel j’entrai me conduisit devant une grande porte bâtie en marbre, et sur le frontispice de laquelle il y avait une inscription grecque que je lus et qui signifiait la ville d’Atalante.
Je me rappelai, en voyant cette inscription, que l’his toire parle d’un tremblement de terre arrivé 425 ans avant l'ère chrétienne et que ce tremblement de terre renversa la 'ville d’Atalante, dans l’Eubée, qui de presqu’île qu'elle était auparavant devint une île par cet accident.
Je reconnus bientôt que cette ville avait été engloutie et non renversée; car, en y entrant, j’aperçus toutes les maisons sur pied, les rues même entièrement libres; et je remarquai qu‘il s’était formé au-dessus de la ville comme une voûte de rochers brutes qui sans doute s’étant entr’ouverts sous la ville, lors de la secousse, s’étaient rapprochés et se soute naient en l’air après l’avoir engloutie, comme on en a quelques exemples dans les écroulements des car rières; et c’est ce qui fait que, quoiqu’elle fût au— f1) Sous ce titre, Claude de Saint-Martin décrit l’Atlantide et beaucoup des Mystères de la vision astrale. N. o. 1.. n. . «.,_.>—.--—«. -*. >-.. ca ....- s..>.. 9
258 L’INITIATION . 1 _ W dessous de la mer, elle n’était cependant point sub— mergée. Vous êtes sans doute étonnés de ce que je vous dis avoir vu cette ville sur pied, puisque dans un pareil souterrain, il semble qu’on ne peut rien voir.
Votre étonnement augmentera bien davantage, quand je vous dirai qu’en parcourant les rues, les places, les édifices publics de cette malheureuse ville, j’y ai vu encore existant tous les ustensiles, tous les meubles, tout ce qui peut servir à l’agrément et à l’utilité de l’esprit et du corps; les monuments et les instruments des métiers, des arts et des sciences, les armes, les livres, les bijoux, les animaux, les chars; enfin les personnes mêmes de tout âge, de tout sexe, de tout rang, de toute profession, et chacune d’elles, quoique privée de la vie et immobile, ayant néanmoins con serve’ toutes, les attitudes des diverses occupations qu’elles avaient à l’heure fatale qui les surprit ; et ce sont là ces choses intéressantes dont je ne peux refuser le récit à votre curiosité.
« Je voudrOis bien, auparavant vous tirer d’em barIas sur les deux difficultés qui vous arrêtent, et d’abord sur ce phénomène de la conservation de tout ce qui était renfermé dans Atalante au moment de son désastre. Ce phénomène est en effet plus surpre— nant que ceux d’Herculanum et de Pompéia, si le temps n‘a conservé que ce qu’il n’a pu ronger.
Mais comment vous contenteriez-vous pour cela de la simple physique ordinaire de nos difi‘érens profes seurs ? Cependantje ne puis vous en offrir une autre. Or elle nous apprend que l’action de l’air est ce qui _. _rb _________ Lus—LM
DESCRIPTION DE LA VILLE DZ\TALANTE corrode et détruit tout; que, par conséquent, les corps qui sont préservés de l’action de l’air doivent se conserver: et puisque la ville d’Atalante se trouva comme enfermée hermétiquement par la voûte de rochers qui s’étoit formée au-dessus d’elle, il n’est donc pas étonnant que tout ce qu’elle contient ait conservé sa forme et toute son apparence extérieure.
Cet avantage n'a pu se trouver à Herculanum ni à Pompéia, et ne se trouvera dans aucune des villes qui périront lors dela fameuse éruption du Vésuve, parce que la lave et la cendre ont été en contact avec tout ce qu’il y avoit dans ces villes, et ont dû dissoudre tout ce qui n'étoit pas de natureà opposer de la résis tance.
« Quand à cette clarté dont j’ai joui en parcourant la ville d'Atalante, je ne pourrois non plus vous l’ex pliquer autrement qu’en vous rappellant que j’avois encore les yeux pleins de cette sombre lumière que j’avois rapportée de mon séjour dans le corps de l’animal qui nous avoit dévorés , d’ailleurs, les physi— ciens seroient peut-être encore 'plus hardis que moi à lever cette difficulté: ils nous diroient que la lumière est un corps; que comme j’ai trouvé tout le monde occupé à ses fonctions dans la ville d’Atalanet, il est sûr que le tremblement de terre qui l’a engloutie arriva le jour et non la nuit; et qu’ainsi, il est naturel de penser que la portion de lumière qui l’éclairoit alors, a été engloutie avec la ville, et a pu s’y conserver comme les autres substances et les autres corps, ayant été comme eux préservée du contact de l‘air. « N’a-t-on pas trouvé, diroient—ils, des lampes en W-\—\Â.‘_.——e.«e_ ..\ ..___ ._
260 L‘INITIATION core allumées dans les tombeaux de quelques vestales, qui, comme leurs lampes, avoient été enfermées her métiquement depuis nombre de siècles ? Ils vous diroient qu’il n’en est pas de même de l’air, puisqu’il est tellement chargé de parties humides, qu’il ne peut être renfermé sans tomber en dissolution.
Ainsi con— clueroient—ils ne pouvant être conservé dans ce gouffre, comme la lumière, les animaux et les hommes y durent périr quoiqu’ils y aient gardé leurs formes. « Mais vous me demanderez peut-être aussi com ment j'ai pu ne pas mourir de, suffocation, dans ce lieu où il n’y avait point d’air, puisque ce défaut d'air y avoit fait périr tout ce qui étoit animé.
Cette diffi culté est plus pressante; et, cependant, il n’y a que moi qui puisse vous y répondre puisque les savans n’ont pas sur cela les mêmes données que moi.
Je vous diroi donc que l‘animal qui nous avoit tous en gloutis, avoit une libre communication avec l’air de l’atmosphère, puisqu’il étoit venu nous avaler à la surface de la terre: que cet air se rendoit de cette sur face jusqu’aux régions inférieures de l’animal qui nous tenoit lieu de prison; que ce même air s’intro— duisoit dans le vaisseau capillaire qui m’avait servi de conduit, et delà passoit dans le souterrain où la ville était engloutie.
En outre, cet air étoit préparé telle— ment, en passant par ces différentes filières, qu’il pou voit suffire à ma respiration dans ce souterrain, mais n’étoit cependant pas assez actif pour faire tomber en poussière tout ce qui étoit dans la ville d’Atalante ; ce qui n’eût pas manqué d’arriver, si tous ces objets eussent été exposés à l’air libre. »
DESCRIPTION DE LA VILLE D’ATALANTE 261 CHANT 65 SUITE DE LA DESCRIPTION D‘ATALANTE.
PAROLES corzsenvéas La merveille la plus étonnante parmi toutes celles que je vous ai annoncées, c’est que non-seulement tous les objets dont je vous ai parlé se sont trouvés conservés là dans toutes leurs formes et leurs appa rences extérieures, mais que j’y ai apperçu aussi tout ce qui pouvoit me donner connoissance du caractère, des mœurs, de l‘esprit, des passions, des vices et des vertus des habitans, car la même loi de physique qui a fait que toutes les substances et les corps renfermés hermétiquement dans cette ville, n’ont point souffert à l'extérieur, a étendu son pouvoir conservateur, sur les paroles même des citoyens d’Atalante, et a fait que les traces en sont corporisées et sensibles, comme le sont tous les autres objets renfermés dans cette malheureuse enceinte.
« Il ne faut point accuser de plagiat le curé de Meudon, pour avoir montré, dans son roman, des paroles se dégelant sur un champ de bataille, et expri mant les cris et les soufirances des champions et des mourans, longtemps après que le combat s’étoit donné. « Premièrement, il n’avoit point été à Atalante comme moi, et il ne pouvoit connaître le phénomène dont j’ai été le témoin.
Secondement, le phénomène qui a frappé ses oreilles ingénieuses, n’auroit pas pu avoir lieu dans le gouffre hermétiquement fermé à ....... -\ M.— «o\._
262 L’INITIATION _...—.»——.., .n_ . ..——a_ Atalante, puisqu’il faut de l’air libre pour entendre des paroles : par la même raison, il ne pouvoit voir comme moi les traces sensibles des paroles des guer— riers dont il parle, puisqu’il étoit dans une atmosphère libre, et que ces traces ne peuvent se trouver que dans une atmosphère hermétiquement fermée.
« Je ne m’arrêterai point à vous faire la description des différens objets, ustensiles et autres choses inani mées, que je rencontrai dans cette ville curieuse. Il y auroit peu à gagner pour l’accroissement de vos connoissances,puisque toutes ces choses sontles mêmes partout : mais je vous entretiendrai de choses plus utiles et plus neuves pour vous.
« Le premier édifice où je m’arrêtai étoit la demeure d‘un professeur de imorale; je le sus, parce que son tttre était inscrit sur le frontispice de sa porte d'en— trée; usage qui étoit commun pour toutes les maisons de la ville.
Je trouvai à la porte une foulede gens estropiés, borgnes, aveugles, boiteux, qui entroient dans la maison et une foule de gens qui en sortoient bien portans, jouissant de tous leurs membres, et sains dans tous leurs corps. Cela piqua 'ma curiosité.
J’en trai donc tout de suite dans la cour, où je vis le dogue du portier, la gueule ouverte, et comme}voulant arrêter un malfaiteur, qui probablementîs’étoit introduit avec de mauvais desseins; et je n’en pus douter, quand je vis en l‘air les paroles_menaçantes que le portier disoit à ce malfaiteur comme le connoissant parfaite ment. « Je cherchai en vain autour de la gueule du chien, les traces caractéristiques de son aboyement : je n’en
DESCRIPTION DE LA VILLE D’.\T.\I..\NTE 263 ..u-.-..-...- _ pus appercevoir; et cela me fit comprendre combien nos philosophes nous ont abusés, quand ils nous ont dit que les animaux avoient une langue comme nous, car s’ils avoient une langue comme nous, ils auroient des paroles. et je les aurois vues congelées en l’air. comme les paroles des hommes; or, c‘est ce que je ne voyais point.
Je ne voyais autour de la gueule du dogue que des masses informes. « En parcourant les différentes pièces de l’inté rieur, je vis, sur tous les visages des personnes que j’y rencontrai, les marques d’une sérénité étonnante. dans la catastrophe où ces personnes s'étoient trou vées, et ce spectacle me donna une excellente idée de cette maison. Je perçai jusques dans le cabinet du professeur, dont la physionomie annonçait la même sérénité.
Je le trouvai debout. la tête un peu inclinée, la main droite sur son cœur, et la gauche sur son front. - « Je fus bien étonné, en regardant par-tdut dans son cabinet, de n’y trouver ni livres ni papiers ; ce qui, joint à son attitude, me fit soupçonner qu’il puisait sa morale dans des voies plus actives que celle où puisent les professeurs ordinaires.
J'euslieu de croire aussi que les fruits qu’ils en retiroient étoient plus puissants j. car j'apperçus plusieurs tableaux encadrés, attachés aux murs de l’appartement ; et au bas de ces divers tableaux, je trouvai écrit: Un tel guéri de l'in crédulité, un tel guéri de la superstition, un tel guéri de la colère, une telle guérie de l’avarice, une telle guérie de ses infidélilés maritales, un tel guéri de son goût pour les sortilèges. J’eus lieu de Ïpenser qu’il ne
264 L’INITIATION . _, 4.. ... ...n.-— - . ...—--.v \ .,..-\g.æ-hsæœ - se bornoit point aux cures morales, et qu’il s’occu— poit aussi des cures corporelles ; car je lus sous quel ques-uns des tableaux : Un tel guéri de la cécité, un tel de la surdité, untel du mutisme, un tel de la goute, un tel de la pierre, et ainsi de diverses maladies qui affligent le corps humain; ce qui me donna l’expli cation de ces deux foules quej’avois vues en entrant.
Je vis bien plusieurs paroles qui étoient congelées autour de la bouche du professeur ; mais comme elles n’étoient point tracées dans une langue qui me fût con nue, il m’est impossible de vous les rapporter: je vous en rapporte au moins l’extrême vénération que j’ai conçue pour lui,et je ne doute point que vous ne la partagiez.
Oh, digne professeur, merveille d’Atalante, Ta sublime vertu, ta science étonnante Auroient de quoi frapper les plus vastes esprits Et tes pareils seroient d’un grand prix à Paris 1 CHANT 66 SUITE DE LA DESCRIPTION D’ATALANTIL — LE GOUVERNEUR. QUELQUES MALFAITEURS « Près de sa maison, étoit celle du gouverneur de la ville, qui ne m’inspira pas, à beaucoup près, la même vénération.
J’entrai chez lui, et je le trouvai environné de plusieurs personnes, les yeux hagards, l’air menaçant, et toutes étant armées de pied en cap. ' «Je vis bien dans leurs paroles, tracées en l’air, qu’il
DESCRIPTION DE LA VILLE D'ATALANTE 265 s’agissoit de quelques projets sinistres; je ne pouvoi's comprendre parfaitement ce dont il s’agissoit, parce que je ne voyois que des mots coupés, et qui se croi soient les uns les autres; mais je vis sur son secrétaire un papier où étoit écrit le plan d’une conjuration qui ne tendoit à rien moins qu’à livrer la ville et toute l’Iiubée au roi de Perse.
Celui qui l‘avoit engagé à cette trahison s’annonçoit à lui comme un émissaire du grand Odin, et lui avoit promis pour récompense les moyens d’évoquer les morts à sa volonté, sur-tout ceux qui avoient vécu dans l’opulence et dans les grands emplois politiques, afin de savoir par eux, et les secrets d'État, et s’ils n'ont point laissé de tré sors cachés.
Il lui avoit dit même que sur tous ces objets, iltireroit meilleur parti des morts que des vi vans ; qu’ainsi quand il seroit pressé, et qu’il trouve roit des difficultés... Mais je veux taire cet article.
«Je ne puis douter que le gouverneur n’eût déjà fait usage des moyens qu’on lui avoit promis, parce que je vis plusieurs noms écrits en l’air, tels que ceux de Crésus, de Périandre, et même celui de la fameuse Pythonisse d’Eudor, et quelques phrases qui m’indi quoient que ces ombres avoient été évoquées par le gouverneur etlui avoient parlé.
Mais je ne voyois point leur personne, parce que le gouverneur n’existant plus, n’avoit pas pu les retenir sous sa puissance ; ou bien, parce qu’étant mortes elles-mêmes à l’air libre, l’air concentré n’avoit pu avoir prise sur leurs larves, tandis que leurs paroles étoient restées visibles, comme ayant été surprises par l'air concentré. « Ce gouverneur ne fut pas le seul malfaiteur que
266 L’INITIATION je trouvai ainsi en flagrant délit: j’en rencontrai de toutes les espèces en différens lieux. tels que des voleurs, des assassins, des empoisonneurs, des gens occupés à des œuvres secrètes, qui feroient frissonner si je les rapportois. La catastrophe de la ville a con servé ainsi tous leurs forfaits, qu’ils croyoient ne pou—' voir jamais être connus, dès qu'ils les commettoient hors de la vue des hommes.
Mais quand je n’aurois pas eu ce nouveau témoignage contre l’abusive sécu rité des mortels empables, ce que j’avois appris pen dant mon séjour dans le crocodile, auroit suffipour me faire concevoir que les hommes criminels, qui se laissoient surprendre par la mort, restoient ainsi dans ce même état où ils se trouvoient, afin qu’un jour leurs abdminations fussent connues de tous les yeux auxquels ils avoient cru les dérober, et que par ce moyen l’hypocrisie, qui devore la terre, fut couverte de confusion, et ne pût avoir aucun triomphe, « Je pouvois également comprendre que la même chose arrivoit dans l’ordre inverse pour ceux qui mouroient dans l’humble vertu, afin qu’ils reçussent aussi un jourles dédommagements de leurs sacrifices, et de l’oubli où le monde les avoit laissés, ou des mé pris dont il les avoit accablés. » CHANT 67 SUITE DE LA DESCRIPTION D’ATALANTE.
LE PHILOSOPHE «Quand j’eus quitté ces malfaiteurs, j’entrai dans une maison dans laquelle demeuroit un phi1030phe 1 .—‘—_—-—_ "
DESCRIPTION DE LA VILLE D’ATALANTE 267 ami intime du professeur de morale, qui, comme vous le savez, avoit été ma première visite. Je sus qu’ils étoient amis, parce que je vis, sur la table de ce philo sophe, un rouleau portant pour titre: Précis de mes conférences avec mon ami le professeur de morale. « Je reconnus dans cet écrit sur quoi le professeur et lui fondoient leur union.
C’étoit une conformité de goût pour les hautes sciences qui les avoit liés. Le philosophe connoissoit ainsi que le professeur, tous les événement extraordinaires que la famine a occa sionnés à Paris. Il connoissoit de plus toutes les pré dictions que nous avons tous vues dans la relation du cap Horn ; elles étoient exposées dans plusieurs passages rapportés sous le nom de Pherecyde qui, comme on le sait, a été le maître de Pythagore.
« Malgré les connoissances que notre philosophe avoit puisées dans les écrits, et même, à ce qu’il me parut, dans les lettre de Pherecyde, il semble que son maître se croyoit bien loin d’avoir atteint le degré de développement nécessaire, pour remplir l'esprit de l’homme; et il avouoit lui-même dans un de ces pas sages, que ses lumières lui indiquoient pourdans quel ques siècles, une époque importante et sacrée, qu’il auroit désiré de Voir en réalité, mais qu’il ne pouvoit voir qu’en spéculation.
« Il lui annonçoit que ceux qui viendroient après cette époque, auroient l’avantage de voir ouvrir de vant eux des sentiers beaucoup plus vastes que ceux qui les précéderoient, parce que, pendant leur vie, le moule du temps commenceroit à se briser; et parmi ces hommes priviligiés, il désignoit, sans le nommer,
268 L‘INITIATION -—...—C,'' . i I îflfl v un homme de bien qui, nombre de siècles après l’époque en question, devoit, selon lui, jouer à Paris un rôle des plus considérables dans la crise où seroit un jour cette capitale, par la rapacité d’un cupide mi nistre, et la méchanceté d’une femme de poids.
«Je n’ai pas besoin de vous indiquer plus claire ment l’homme de bien annoncé dans ces prédictions ; ce que nous venons de voir opérer dans la scène de la verdure, vous le désigne assez clairement ; et la poudre saline qu’il m’a fait prendre est pour moi l’ex plication la plus positive des privilèges qui lui ont été prédits depuis tant de siècles.
« Toutefois, ce qui donnoit aux connoissances du philosophe un grand degré d’importance et un grand poids, c’estqu’elles étoient appuyées sur des calculs plus exacts et plus fixes que de simples calculs politique.
« Je trouvai entr’autres, dans les écrits du philo— sophe, une démonstration naturelle, qu’il ne_ peut y avoir que dix bases de numération dans le calcul, et que ceux qui les augmentent ou les diminuent, peuvent bien avec le nombre de caractères qu’ils se choisissent,opérer exactement sur les résultats exté rieurs des choses, mais non pas s’écarter pour cela du principe de ces mêmes choses, qui est dénaire ; parce que, quelque système de numération qu’ils adoptent, il ne peuvent s’empêcher par là d’indiquer eux-mêmes une de ces dix bases, soit sous la forme multiple, soit sous la forme sous-multiple.
« Tout occupé de cette découverte, je sortis machi nalement; et bientôt appercevant sur la place voi sine, la maison d’un médecin qui me paroissoit avoir , dl?“ w —. r
DESCRIPTION ne LA VILLE D‘ATALANTE 269 \ été celle d’un homme en crédit, en juger par son étendue et par sa beauté, je me laissai aller à l’envie d’y entrer. CHANT 68 SUITE DE LA DESCRIPTION D’ATALANTE LE MÉDECIN MOURANT « Je ne tardai pas à parvenir à la chambre du mé— decin ; je le trouvai au lit, malade, et défiguré comme je n'ai jamais vu de créature humaine.
Près de lui étoient plusieurs de ses confrères, qui s’efforçoient de lui donner leurs soins. Mais je compris, en lisant ses paroles, qu’il ne comptoit guère sur le succès de leurs services, et que même les discours qu’il leur tenoit les étonnoit un peu : -— Non, mes chers confrères, leur disoieil, vous ne me tirerez point de l'état où je suis, par les sciences médicinales que l’on enseigne dans nos écoles.
« Mon mal tient à des causes cachées, auxquelles vous ne pourriez rien opposer, puisque même tout notre doctorat nous mène à ne pas croire que ces causes ayent la moindre réalité; cependant, si l‘aveu d’un confrère qui est prêt à terminer ses jours, et qui n’a plus aucun intérêt à se proposer dans ce monde, peut vous paroître de quelque poids, écoutez-moi.
Nous avons en grand tort de croire, comme nous le faisons, avec une opiniatreté si tenace et si générale, que notre être ne soit que l’assemblage et le résultat de simples causes physiques et passives.
270 L‘INITIATION «En abaissant journellement nos regards sur le mé chanisme des corps. nous nous accoutumons à ne plus appercevoir en nous une autre source de vie, ni d’autres ressorts que ceux des muscles, des nerfs, des fluides nerveux, sanguins et autres.
Mais, indépen damment de ces ressorts qui sont la base de toute l’économie animale, je dois vous attester hautement qu’il y a aussi par rapport à notre pensée, des ressorts secrets,analogues à elle, vivans comme elle et dont le jeu est entièrement inconnu à l’ordre sensible et ma tériel. L’usage attentif et prudent de ces ressorts est ce qui met de la différence entre les esprits des hommes.
Nous ne jugeons que les résultats; tandis que les mobiles de ces résultats agissans dans le silence et comme à Îpart de tout ce qui nous frappe extérieurement, demeurant nuls pour notre persuasion , et même nous nous croyons sages en les proscrivant de la liste des choses.
Nous nous croyons bien plus sages encore quand nous nions que de ces prétendus mobiles il puisse résulter des effets autres que ceux qui touchent nos sens matériels, ni que par consé quent il existe des forces occultes dont il soit dangereux de s’approcher.
Je l’ai cru comme vous, mes chers confrères, jusqu’au moment où j’ai fréquenté l’hiéro phante qui demeure dans la rue des Singes; et je le croirois peut-être encore si, par une orgueilleusecurio— sité, je n’avois assisté chez lui à des cérémonies secrètes, où, par sa criminelle audace, il faisoit mou voir ces mêmes forces occultes, dont je ne soupçon mois pas seulement l’existence. Je suis puni de mon imprudence; c’est du moment où je cédai à ces presti
DESCRIPTION DE LA VILLE Dh\TALANTE 271 gieuses suggestions, que je fus saisi dans tout mon corps de la maladie qui me conduit au tombeau, et qui, comme vous l’avez expérimenté, est entièrement étrangère a.1x profondes connoissances que vous avez tous dans l'art de la médecine. Changez d’opinions sur ces objets, si vous voulez ne pas vous éloigner de la vérité : mais sur-tout préservez-vous des cérémonies de l’hiérophante.
« Je ne vis plus de paroles après ces dernières. Ce médecin avoit grandement piqué ma curiosité en parlant de l’hiérophante; et il m’avait donné l’espé rance de trouver sa maison en la disant située dans la rue des Singes, parce qu’au coin de chaque rue, ou en voyoit le nom écrit comme dans la plupart de nos grandes villes.
Je sortis avec l’intention de lire le nom de toutes les rues jusqu’à ce que j’eusse trouvé celle qui m’occupoit. » CLAUDE DE SAINT-MARTIN. (A suivre.)
= - I\.«.‘h ' W»... ....2 , .. .. ._ flWW* _ ._._A_A.. - .—panæ« --.-» , lie 5jlartinisme en mm Les extraits suivants d’une correspondance échan— gée en 1818 entre les Martinistes et le chevalier Ar son seront très instructifs, à beaucoup de points de vue, pour nos lecteurs. Tout les documents que nous publions ont été im primés en 1818. N. D. L. D. LETTRE A ARSON (i) M. Arson, lisez cette lettre avec attention, et pesez en chaque phrase.
Elle part d’une personne amie, qui a lu votre mémoire, et qui, touchée de l’état [pé nibleÿet dangereux où vous vous êtes mis, par votre faute, a résolu de vous en tirer si vous le voulez. Cette personne prend votre caractère tel que vous l’avez tracé dans votre écrit, et le conçoit comme un mélange de force et de faiblesse, de vérité et d’er. reur, d’amour réel de l’humanité et d’amour—propre, d’ignorance et de savoir.
Envisagez les choses telles qu’elles sont. Vous avez choisi H. W. pour votre maître sans trop vous arrêter aux suites que pouvait entraîner ce choix; vous avez accordé à. cet homme (1) Appel à l'humanité, p. 11, 12, 13.
LE MARTINISME EN 1818 273 un pouvoir absolu sur vous, sans mettre de bornes à ce pouvoir; et vous vous êtes soumis à ses ordres sans en déterminer l’exercice ni les formes. Si H. W. et vous, Monsieur, vous étiez des hommes ordinaires, cet abandon de votre part signifierait peu de chose. car les êtres ne peuvent agir les uns sur les autres que dans le rapport de leurs facultés; mais vous êtes loin de disconvenir que H.
W. n’ait de certaines qualités qui le mettent au-dessus du vulgaire. Ses fa cultés dominent les votres? et son génie parle à votre génie, comme un souverain àson esclave. C’est en vain que vous croyez espérer quelque effet en op posant à l’exercice de son autorité sur vous des obs tacles physiques.
Ces obstacles sont nuls, parce que votre engagement est intellectuel, et que suivant un axiome philosophique bien connu, une chose ne peut agir là où elle n’est pas. Votre rébellion attirera donc sur vous des maux in finis dans la sphère où elle a lieu, si vous ne prenez les moyens propres à vous en garantir.
Ces moyens, que vous neconnaissez pas, que H.VV. ne connaît peut-être pas mieux que vous, sont simples; et j’ai fait dessein de vous les découvrir, parce que je vous plains, et que l'avenir que vous vous êtes préparé m’épouvante d’autant plus que je sais à que] maître vous avez affaire. La force que H. W. possède réside dans l’Absolu qu’il connaît. Le principe auquel il donne ce nom est une des formes de la Divinité.
C’est la troisième, la dernière et la plus profonde. Hors de cette forme. H. W. ne peut rien parce que deux autres formes
27], L‘INITIATION ñ<ÿ\4 ._.n_ divines lui sont fermées.L’Absolu, tel qu’il le conçoit dans la Raison pure de Kant, devient d’abord l’infini et cet infini prend dans son entendement le nom abs— trait del’indéfini. C’est après cette métamorphose, qui le voile à des yeux inaccoutumés à pénétrer l’essence des choses, qu’il s'en sert dans les mathématiqnes. C’est là qu’il faut fixer votre ennemi.
Vous connaissez le principe qu’il donne au calcul infinitésimal. Il dit : Deux quantités qui ne diffèrent entre elles que d’une quantitéindéfiniment plus petite, sont rigoureusement égales. Or, écoutez bien. Ce prin cipe dans lequel, suivant les expressions de H. VV., transpirel’absolu,perd votre maître. La chute y est.
Il suffitde l’axiome du sens commun: tout ce qui est est pour le conduire à l’absurde ; parce qu’une quantité est, une quantité, et que deux quantités quelconques quand même elles ne diffèrent entre elles que d’une, quantité quelconque, ne peuvent jamais être rigoureu sement égales. llest vrai que H.
W. ne voudra pas rester dans le sens commun, parce que c’est de la rai son pure qu’il tire son principe et il ne manquera pas de taxer d’imbéciles ceux qui feront ce raisonnement, selon lui fort ridicule Laissez—le dire. Jamais il n’é branlera le sens commun, qu'il choque impitoyable ment. S’il ne donne un appui à son principe, on lui demandera de définir ce qu’est une quantité!
Il le fera facilement; mais quand il en sera à définir aussi ce que c’est qu'une quantité indéfinie, qui ne change point une quantité finie, il sentira que de l’indéfini on le pousse dans l’infini, et de l’infini dans l’Absolu ; et comme alors, il sera évident pour lui et pour tout
1.1: MARTINISME EN 1818 275 homme ayant le sens commun, que ce ne peut être que dans l’Absolu et par l’Absolu que son principe du calcul infinitésimal peutêtre vrai, ou lui demanderade définir l’Absolu clairement et sans ambages. Ici, Arson, vous devez pressentir_l’embarras de votre maître. Il en fera deux choses l’une : ou il nommera l'Absolu par son vrai nom et le définira, ou bien il ne fera ni l’un ni l’autre.
S’il ne nomme ni ne définit l’Absolu, il de vient impuissant et ridicule, et le jouet du sens com mun; s‘il le nomme et le définit, il est perdu. La Pro . vidence, qui ne veut pas,et vous devez le comprendre, le frappera. Oui, soyez-en sûr, elle le frappera, car ce qu’il appelle l’Absolu étant une des formes nues de la Divinité ne peut jamais être divulgué. Il.
W. arrivé par une certaine série d’événements, qu’il ne connaît pas, à cette découverte, n’a eu de fait que la moindre partie de ce que plusieurs autres hommes, aussi forts et beaucoup plus sages que lui, ont de droit entière ment connu. Mais tandis que je vous découvre ainsi l’avenir de votre ennemi, comment vous prémunir contre le vôtre, que vous avez si étroitement lié au sien ? Voici en deux mots ce qui seul peut vous sauver.
Changez de maître. Passez d’un drapeau sali, sans aveu et ballotté par les vents, sous un drapeau plus pur, avoué, et plus à l’abri des orages, à l’ombre duquel vous trouverez des hommes robustes qui vous adop— teront et vous détendront. Je vous désigne d’abord celui d’un homme très vertueux, très probre, mo deste et réfléchi, en tout l’opposé de H. W. Tandis
276 L’INITIATION que cet homme vivait,on le nommait de Saint-Martin. Procurez-vous son livre Des Erreurs et de la Vérité ; et lisez-le. Après l’avoir lu, prêtez un serment mental qui retentira là où il doit. Vous serez adopté et sous trait à une influence redoutable.
Si vous ne trouviez pas assez tôt le livre que je vous désigne, transportez vous chez Vous lui {direz, sans lui parler de rien autre chose, qu’une personne de sa connaisaance, ayant vu en vous le désir de connaître la doctrine de son ancien ami, le prie de vous prêter son livre Des Erreurs et de la Vérité. , 23 janvier 1818. ALÉTHÉ. 0.. Je me procurai le livre Des Erreurs et de la Vérité et je le lus avec avidité.
La préface, qui est si sage ment écrite, me donna une haute opinion de l’au teur. En entrant en matière, je vis, à la première page, qu’il avait la règle en main, et plus je pénétrai dans ce livre mystérieux, et plus mon étonnement redoubla en voyant la juste application de la règle que l’auteur faisait à chaque pas. Avant d’arriver à la fin de l’ouvrage, je dus conclure que la Vérité était depuis longtemps sur la Terre. . . .
ARSON. :æ1; 2° LETTRE (êætraits). A présent que vous reste-t—il à faire i’ Beaucoup de choses que je vous dirai à mesure que vous aurez f
LE MARTINISME EN 1818 277 besoin de les savoir, ou que vous me les demanderez positivement. C’est vous donner à entendre que je ne refuserai pas d’entrer en correspondance avec vous si vous le désirez; mais ce sera à la condition expresse que vous ne chercherez pas à me connaître: prenez-y garde.
Ne m’écrivez pas si vous ne vous sentezla force de tenir la promesse que j‘exige de vous : celle de ne faire directement ni indirectement aucune démarche pour savoir qui je suis. En recevant une lettre de vous, je saurai que vous en avez donné votre parole inviolable, et je serai tranquille, rassurée par votre probité, qui m’est connue. O 4» 2° LETTRE D’ALÊTHÉ Écrivez le seul catactère l pour suscription à votre lettre bien cachetée (2° lettre). Go 0)
.......-' --w-‘r .:— unt ‘ ŒÜWBÊS DE Il.nu@s ID)E SAlllllllîi=°Æïfîflîlllfll Des Erreurs et de la Vérité ou les hommes rappelés au principe universel de la Science, par un Phil... Inc... Edimbourg (Lyon) 1782, 2 vol. in—8. La Suite des Erreurs et la Clefdes Erreurs, parus ensuite, sont deux apocryphes. Le Livre Rouge, opuscule introuvable, que quelques bibliophiles prétendent être aussi apocryphe.
Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l’Homme et l’Univers, par un Phil... Inc... Edimbourg (Lyon), in-8, s. d. ‘ L’Homnze de Désir, par l’auteur des Erreurs et de la Vérité. Lyon,J. Sulpice Grapit. 1790, in—8; à Metz 2 vol. in-8. (Cette dernière éd. est la plus rare.) Ecce Homo, Paris 1792, in-8. Le Nouvel-Homme; Paris, I792, in-8. > Lettres à un ami ou considérations philos0phz’ques et religieuses sur la révolution française.
Paris, 1796, in_8, Éclair sur l’association humaine. Paris, 1797, in_8_ (Réimprimé dans les Fragments sur les Nombres.) Réflexions sur la question proposée par l’Institut . quelles sont les institutions les plus propres à fonder la morale d’un peuple. Paris, 1799, in-8. Essai relaiifà cette question: Déterminer I’i des signes sur laformation des idées. Paris, (Réimprimé dans l’ouvrage suivant.) Le Crocodile.
Paris, 1790, in-8. - L’Esprit des choses. Paris, 1800, 2 vol. in-8. Le Cimetière d’Amboz’se, poésie. Paris (Réimprimé dans les Œuvresposthumes.) , 1812, nfluence I799 7 in'8 , 1801, in-8.
OEUVRES DE SAINT-MARTIN 279 Discours sur l'existence d’un sens moral, Paris, 1801 . Le Ministère de l'Homme-Esprii. Paris, 1802, in-8. Œuvres posthumes. Tours, 1807, 2 vol. Traité des nombres. Paris, 1843, in-4, et 1852, in-8, publié par L. Schauer. Correspondance inédite avec le baron Kirchberger de Liebisdorfi“, publiée par L. Schauer et A. Chuquet. Paris, 1856, in-8. De plus les traductions suivantes de Jacob Bœhme : L’Aurore naissante.
Paris, 1800, 2 vol. in-8. Les Trois Principes de I‘Essence divine. Paris, 1802, 2 vol. in-8. Quarante questions sur l’âme. Paris, 1807, in-8. De la triple vie de l’Hommc. Paris, 1809, in-8. SÉDIR. A cette liste nous ajouterons l’extrait suivant des a chives du Suprême Conseil. Environ cinquante lettres inédites de Sairzt-.Vartin à Willermoz. Mes pensées et celles des autres, manuscrits. Et cinq ou six traités manuscrits de la main de Saint-Martin et sans titre. P
- <“'\ ..,..À... .....W .......-: - mm 5' . ..‘-'a . "*I|:._ 280 L’INITIATION @äDäE MAÊŒ‘ENEËŒ‘E —_. L’ORDRE MARTINISTE Le Suprême Conseil de l’Ordre, après examen des rapports des délégués sur l’exercice 1898, a décidé de ' décerner les récompenses suivantes: NOMINATION AU SUPRÊME CONSEIL Les F:_': Sedir et Rosabis sont nommés chefs d’une des sections du Suprême Conseil. Le F:;: 0urdeok est nommé membre du Suprême Conseil (M. S. C.).
Les F:Ï: Rmond, S. Mr. Odon Kop sont nommés sta— giaires au Suprême Conseil avec le titre de D. S. C. Les F:Z: Sisera et Phaneg sont titularisés pour un an (M. S. C.). l #.
INSIGNE D'HONNEUR L’insig’ne d’honneur de l‘Ordre quin’ajusqu’à présent: jamais été decerné est attribué, par mesure exceptio n nelle, au Dr BLITZ, souverain délégué général pour l’Amé rique du Nord, en reconnaissance des services éminents rendus par lui à l’Ordre Martiniste et à la cause de l'AI. truisme et de l’Idéalité. _ * 24:; CHARTES D’HONNEUR Recevront des chartes d’honneur en considération des services rendus à l’Ordre, soit par leur propagande, soit par leurs travaux, les personnes dont les noms suivent: FRANCE. — Naniur,Jollîuel Cartelot, Geoffray, Ange
ORDRE MARTIXISTE 281 Bossard, Dr Corneille, Louis Esquieu, Jacques Brieu, C. 'Lefebure, Salurninus, Jacquot. ÉTRANGER. — ITALIE. — Ho/Îmann Giovanni, pour ses remarquables travaux sur le Mârtinisme; Pietro Bornia, pour ses études gnostiques. SUÈDE. — Emile Kromnow, pour l’active propagande faire pour l‘Ordre. ALLEMAGNE. —— Dr Frey, pour ses études ésotériques et sa mission auprès des lllumine’s. ANGLETERRE. — Smilh, pour l‘organisation de l’0ccult Science Circle à Londres ; Raymond, pour sa délégation -à Londres. BELGIQUE. — Te/rel, efforts constants en vue de spiri tualiser les centres martinistes de Belgique; 0* N..., active propagande en faveur du végétarisme. ESPAGNE. — Dr Bercero, propagande active en faveur de l'Ordre. ' DANEMARK. — Sanael, organisation complète del’0rdre en Danemark; Nalhanael, éminents travaux idéalistes. AUTRICHE—HONGRIE. —— Le Délégué n° ‘28, la Rédaction du journal 4 Sbornik». Russm. - Estrella, ardente propagande spiritualiste en Russie. ROUMANIE. — I. T. Ulic, progrès incessants de l’Ordre en _Roumanie. EGYPTE. —- Le DéléguéB. S. n° 99 au Caire, pour sa mission couronnée de succès auprès des Babystes. AMÉRIQUE DU SUD. — Le Dr GIRGOIS (33°) est nommé souverain délégué généraI pour l’Amérique du Sud avec. siège à Buenos—Ayres, et il recevra une charte d’hon neur spéciale en reconnaissance de son dévouementà l‘Ordre et de son active propagande en sa faveur. 1I' CITATIONS A L’ORDRE DU JOUR FRANCE. — Angignard, Georges Lajus, Dupré, Tiersis ÉTRANGER. -— ITALIE. — C- Scotli, D“ Kremmerz, pour les éminents services rendus parleurs publications. “-5!“
282 L’INITIATION Surssu. — D” Sourbeck, propagande active des idées spiritualistes et altruiste5. ANGLETERRE. —— Summers, appui constant prêté à l’Ordre.
ROUMANIE. — Cincinalus Pavalesco, propagande et inspection de l‘Ordre. SUÈDE. — Du dernier rapport de notre délégué général il résulte que la Suède possède à ce jour une délégation générale et seize centres et délégations secondaires. —— De plus, deux sociétés: le Groupe Esotérique Lotus; la Fraternité Pylhia, sont inscrites comme sociétés adhé— rentes àl’Ordre Martiniste. BEBLE@GELËÆŒE ALBERT COUTAUD, docteur en droit.
La Pédagogie de Rabelais, 1 beau vol. in-8. Librairie de la France sco— laire, 13, boulevard Montparnasse, Paris, 1899 (prix: 4 francs). Nous ferons un compte rendu spécial à cet ouvrage qui est un véritable monument de science et d’érudition, écrit en un style aussi délicat que captivant. En atten dant, nous le recommandons chaleureusement à tous nos, lecteurs. PAPUS. " ’f>r Edouard SCHURÉ. Le Double, roman, 1 vol. in—16, 3 fr. 50.
Perrin et 0°, éditeurs. . sans nous en douter, nous vivons a_la foisde plumeurs vies dans des mondes divers. Il y a souvent dans l’homme deux consciences opposées dont l’une semble parler au nom des faits visibles et l’autre au. nom d’un ordre de faits non moins puissant mais caché. E.
S. (LE DOUBLE) Dans ce roman contemporain et parisien, l’auteur des Grands Initiés et des Sanctuaires d’Orient poursuit l’œuvre commencée dans les poèmes de la Vie mystique -._BIBLIOGRAPHIE 283 et continuée dans le roman légendaire de l'Ange et la Sphinge.
Cette œuvre est l’expression de sa philosophie et de son idéal par le verbe vivant de l’art. I’aul Marrias, l‘àpre amant de gloire, le torero de la peinture, est un artiste qui se cherche, une âme ardente et troublée, en quête de sa foi. Gilberte Alfort, surnom mée Ténébra, représente la séduction et la perversité mondaines à leur plus haute puissance.
C‘est une Mé duse consciente et volontaire du mal. Ces deux êtres se rencontrent et se lient par leurs mauvais instincts. Entre la dompteuse d'hommes et le dompteur de femmes s’en-— gage une lutte pour lafoossession et l’asservissement, où Marrias est sur le point de snccomber. Comment l’artiste à demi terrassé trouvera-t-il la force de vaincre sa Méduse? Par un pur amour pourl’humble fiancée d’un pauvre peintre flamand.
Ala passion égoïste et dissolvante s’oppose une sympathie désintéressée et régénératrice. Par son sacrifice, Marrias constate la vérité de cette maxime : L’amour qui désire esi vulné rable, l’amour qui renonce est invincible. En arrachant un confrère de génie à l’obscurité et à la mort, en faisant le bonheur des amants pauvres, Mar— rias atteint lui-même un échelon supérieur de la con— science et de la vie.
Un idéal nouveau se révèle à lui; il entre résolument dans la sphère de l’art sauveur et créa teur, ars vilæ salvalr-ix. Le Double obscur (le moi infé— rieur) est tué: le Double lumineux (le moi supérieur) apparaît. Car le pas décisif est franchi dans l’évolution spirituelle.
La divine Psyché est éclose, ——elle ne mourra plus. c ne VIENT DE PARAITRE : La Définilion du Socialisme, par LATERRADE, sénateur du Gers (librairie de la Revue So cialiste, 78, passage Choiseul, Paris). Prix : 10 cen times; franco : 15 centimes; le cent, franco, 7 fr. 50.
Dans cette courte brochure, le sénateur LATERRADE) après avoir donné, non seulement la définition du socia lisme, mais celle de l'économisme, compare, entre elles, les deux doctrines rivales et termine en faisant appel à
284 L’INITIATION , ._.. (Ampfiwva -rua—a... tous les démocrates pour qu'ils s’unissent sous la déno mination de « Socialistes pratiques ». \ * ’I>’F Nous avons plusieurs fois signalé les efforts faits par notre ami Jollivet Cartelot pour la reconstitution de la Mathèse chimique par l’union de la chimie et de l'alchi— mie. Sa revue' l’HYPERCHIMIE soutient très brillamment ce programme et le dernier numéro consacré aux Gemmes est absolument parfait.
Depuis la constitution chimique des pierres précieuses jusqu’à leurs rapports analo— giques, en passant par les divers procédés de fabrication artificielle et en terminann par une bibliographie très bien faite; tout est passé en revue. Ont collaboré à ce numéro le Dr Marc Haven, Sé dir, Jollivet Cartelot, Clavenad, D" Favre, le Dr Favre, le D‘Delezinier, Jules Delassus et M“ de Thèbes, Louis Esquieu et Papus.
Ce numéro mérite d’être soigneusement conservé. SÜClË’I‘Ë DES GONFÉREEGES SPIRITUALISTES Le 24 février ont eu lieu les deux conférences annon cées sous la présidence du Dr Papus. En ouvrant la séance, le président s’est fait l’interprète du bureau en saluant respectueusement la mémoire du président Félix Faure. Il a annoncé qu'une Société, sœur de celle de Paris venait de se fonder à Dijon. ’ M. S.-U.
Zanne a ensuite développé sa conférence: Médium et médiumnité. A M. Zanne, haut initié, a fait connaître la cosm030pl’zie des lois du ternaire et du quaternaire. Puis il a énoncé les lois qui président aux phénomènes médianimiques,
CONGRÈS smnm: ET smmrmusrræ 285 en les précisant avec une rigueur pour ainsi dire mathé manque. Nous n‘en dirons pas davantage; la conférence de M. Zanne mérite d'être lue tout entière. Elle sera pu— bliée dans l’lnilialion.
Mm Dejort nous a ensuite parlé du rôle de la femme dans le magnétisme, rôle qu’elle nous a défini simple ment et noblement: la femme doit être la consolatrice, et elle doit puiser dans la foi, la force et le courage de lutter non seulement contre les maux physiques. mais contre les doutes, le scepticisme et souvent même la ca lomnie. \ Nous souhaitons à M“ Dejortde nombreuses émules.
La 24 MARS : Myslicismc et rationalisme, par le D“ Rozier, et le corps psychigue 61 la doclrine catholique, par Albert Jounet.
AÏ.BAN l)UBET. ©@Œ@BÈS 3PI]BIJ‘IÏE ËTI’ 8IPIIMWMLÜS'IÎË HNÏÎEBNIÀFŒ®MAML [DE 119@@ Le 6 mars 1899, les délégués des groupes suivants: 1° Syndicat de la Presse spiritualiste; 2° Société française d'étude des phénomènes psychi— ques; 3° Comité de propagande spirite; 4° Les Fraternités occultistes; _ 5° L’École pratique de magnétisme et de massage; Se sont réunis et ont décidé d'un commun accord la réunion en 1900 d’un congrès qui prendra le titre de Congrès spirite etkpiritualisle internalional de 1900, dans lequel chacune des sections (spirite, magnétique, occul— tiste, etc., etc.), conservera son autonomie absolue et la gestion des fonds recueillis par elle. Nous reviendrons sur ce projet qui, ainsiqu'on le voit,
286 L’INITIATION -.—œ.._ww‘ -"-"-"' groupe les forces les plus considérables du mouvement spiritualiste. Ce que nous pouvons dire, dès maintenant, c’est que ce congrès sera, non seulement philosophique, mais encore artistique et scientifique et constituera un exposé tout nouveau du spiritualisme contemporain sous tous ses aspects.
Enfin, chaque groupe, chaque école, chaque section conservant son autonomie absolue, personne n’a à aban donner ses idées, ni à les-accommoder à la nuance gé— nérale. Douze sections sont, dès maintenant, constituées et d’autres sur le point de l’être. Mais nous reparlerons de tout cela le mois prochain.
Ainsi que nous l’avons toujours dit, les forces du Con— grès spiritualiste seront mises àlla disposition du Congrès de l’humanité, qui est considéré comme le complément du premier. ‘ Nouvaams avansas Signalons dans le Journal du Magnétisme et de la Psy— chologie du 5 mars (54.e année n° 5) les articles sur l’Auto— thérapeutique et sur la Synarchie, par Alban Dubet et les revues des livres et de la Presse toujours très bien faites. no l' Toutes nos félicitations à la Plume où la revue des idées spiritualiste est confiée à notre collaborateur Jol livet Castelot.
Notre ami Jacques Brieu continue ses chroniques dans le Mercure de France avec un grand succès. et tu Dans la Revue des Revues du 1“ mars 1899, lire une très curieuse étude sur Keely qui vient de mourir aux
NOUVELLES n1vnnsas 287 États-Unis. L‘auteur de cette étude prétend que le labo ratoire de l’inventeur de la force éthérique était entière— ment truqué et que Keely produisait ses expériences au moyen de l’air comprimé, amené insidieusement sous les appareils. L’explication est curieuse; mais elle ne nous semble pas rendre tout à fait compte des expériences de Keely dans les montagnes rocheuses.
Encore un sujet Où la Revue des Revues arrive bonne première au pointde vue de la rapidité et de la variété de ses informations. t*‘ Dans la Paix universelle du 16-28 février 1899 (n° 198), nous signalons tout particulièrement une excellente étude de A. Emw sur I’Allanlide. 6 Ou La Revue hollandaise Psyché a publié dans son n° 18 un appel à l’union des spiritualistes signé Simplex.
Nous remercions notre confrère de sa belle pensée et nous sommes heureux de lui mqntrer que le congrès de 1900 répondra absolument à son désir. en Tous nos remerciements au journal quotidien la Fronde pour les citations del’lnitiali0n dans son supplé ment hebdomadaire sur l'occultisme. Ces dames mon trent la voie du véritable journal d‘informations à bien des hommes. a A.
Recommandons tout spécialemen' li nos lecteurs le Fil (l’Ai'ia/Ie, revue nouvelle, 28, r1. ** Hermel,à Paris, et qui paraîtra régulièrement à dater de mai 1899.L’a bonnement est de 1 fr. 50 par an et ce journal contient des articles des plus intéressants sur les Mythes, Fables et Monuments de l’Antiquité, ainsi que sur la doctrine Swedenborgiènne.
288 L’INITIATION .,Ë;;Æ:MFI"ËLË , Rien de plus spirituel, de plus vif et de plus moderne que le volume Les Franches Fileuses que publie aujour d’hui chez Ollendorfl‘ Mme Manoel de Grandfort. Voilà un livre que vont lire tous ceux' et toutes celles qui veulent connaître les dessous de la vie brillante. Jamais l’esprit satirique et finement observateur de Mm Manoel de Grandfort ne s’était développé avec plus d’humour et de malice que dans ce coquet volume pour lequel J. Cay ron a dessiné une exquise couverture. aunsaaoms ET BÈE©NSES A quelle époque, d’après les kabbalistes et les mys tiques chrétiens, doit naître, triompher et périr l’Anté christ ? EââATA Une faute d’impression a fait écrire dans l’Initiation de janv1er I899, le nom du célèbre médecin russe Pierre BEDMAÏER au lieu de Pierre BEDMAÏEV. Le Gérant: ENCAUSSE. TOURS. — IMP. E. ARRAULT ET C", RUE DE LA PRÉFECTURE, 6
120 pages. — PRIX UN FRANC :j: BIBLIOTHÈQUE MARTINISTE :j: Martinésisme Willermosisme MARTINISME et Franc-Maçonnerie PAR PAPUS I'MÉSIDEN'I DL‘ SI'PRË\lE CONSEIL DE L‘ORDRE M\RTINISTE N Mais les profanes ne vous liront point, qui vous soyez clair ou obscur, étendu ou serré. Il n‘y a que les hommes de désir qui vous liront, profiteront de votre lumière; donnez . la-Ieur aussi pure que possible, aussi dé v<>ilée que possible. Claude DE SAINT-MARTIN. AVEC UN RÉSUMÉ DE L'HISTOIRE in: LA FRANC-MAÇONNERIE EN rames DE SA CRÉATION A nos JOURS ET UNE ANALYSE NOUVELLE ne rocs LES cames m: IL’ÉCOSSISME, u: TOUT ÉCLAIRÉ PAR DE NOMBREUX TABLEAUX SYNTHÊTIQUES J . PARIS ÉDITION DE [L’INITIATION CHAMUEL, ÉDITEUR 5, rue de Savoie. 5 I899
FEINS-MAÇONNERIE ET SCIENGES 0GGIILTES A VENDRE: IMPORTANTE BIBLIOTHÈQUE sur la Franc-Ma— çonnerie et les Sciences Occultes, composée de quatre cents ouvrages rares, par les auteurs les plus célèbres des XVIII" et XIX" siècles. Ecrired M. Rosen, 9, rue Chappe, Paris, pour recevoir renseignements et catalogue.
Parmi les ouvrages qui composent cette importante bibliothèque, nous signalons les ouvrages suivants: 1._ Abrégé de l’histoire de la franc-maçonnerie, précédée et suivie de pièces en vers et ariecdotée; 1779. in—8. 2. COR. AGRIPPA. — De Occulta philosophia; 173|. 3. ALBERT LE GRAND.-—- Les admirables secrets. — ALBERT LE PETIT, Secrets merveilleux. — ALBERT MODERNE, Nouveaux Secrets. _ 4.
BÉDARRIDES. —— L’Ordre maçonnique de Misra'im; 1845, 2 vol. in-8. 5. CLAVEL. -— Historique pittoresque de la franc-maçon nerie; 1843, in-8. f). DARUTY. — Recherches sur le rite écossais ancien accepté; 1879—1880. 7. DES ÉTANGS. — Archives de la F.'. M.-. ou les se crets ettravapx de tous les grades; 1821,in—8 . —- Œu v_res maçonniques: Initiation, cérémonnies, Installa— tions; 1848, in—8. 8.
GALIFFE.-— La Chaîne symbolique; origine, dévelop pergents et tendances_de l’idée maçonnique; 1853, m— . 9. JOUAUST.-— Histoire du Grand-Orient de France - 1865 in-8. — Histoire de la franc-maçonnerie en Iî’ranceÎ 1878, in-8. ’ 10. KAUFFMANN ET CHARPIN. — His 0’ ' de la M.'.; 1850, in-8. [ ne ph"°S°ph’que
Il. 1667. — Le Véritable“ dragon rouge, sur l’éd. do 1521. — Le Grand Grimoire... — l’hysiqne occulte, ou baguette divinatoire (de Valmont) : ll)()Ô. 12. Histoire du Diable, traduit de l‘anglais; I729: deux vol. en un. 13. Le grand œuvre dévoilé en faveur des personnes qui ont grand besoin d’argent: 1778. 14,. DE (11-:N1.1s. —— Arabesques II'Iythologiques ou attri buts de toutes les divinités de la Fable; 1810. 15.
MARCHNIS. —— Le Panthéon maçonnique: 1860. — Le Rameau d'or d'lîleusis; 1801. li). Puma. —— Magiœ Naturalis; 1576. Magie: Naturalis: 1650. 17. R.um.x. — liermesou Archives: 18 l 8— 1t;,in-8.—Cours des initiations anciennes et modernes: 1841, in-8. — Orthodoxie mac.x, Maçonnerie occulte; 1853, in-8. Rituels(15); 1860, in-8.— Thuileurgenéral ou manuel de l’initié : 1860, in-8; la Messe, 1880, in-8. IH.
RUBIN ( l'abbé ). — Initiations anciennes et moder nes; 177«_j,1n-12. ' If). S\'Itll.l.lN.-\ on.u:r1..x. - Uracula magica Z07°0.1811'i3; Oracula metric.t (Job. opsopoco Brettano); IS<_1«_). 20. TIIUItY. — Histoire de la fondation du (:‘.'. Os. de France, 1812, in-8; Acra latomorum; 1815, 2 \'()i. in-R. 21. 'l‘t3110t7‘11ï. — L‘lztoile flamboyante ou la F.-Ï M.'. sous tous les aspects: l7liti, 2 vol. in-8. 2z.
Lettres de M. DE SAINT-ANDRÉ au sujet de la Magie, 1725. — Recueil des lettres en réponses avec remon trance du Parlement de Rouen sur la Magie; 1731. 23. (Euvre de J. BF.I.LUT ; 1747. m Traité sur les appa ritions des esprits de l). C.\I..\IliT ; 1751, 2 vol. 24. Entretien sur les Sociétés Secrètes, le comte de Gabolas, par l'abbé VlI.LAHS; 1752, 2 vol. 25. Vie de Joseph Balsamo, comte de Gagliostro. tra duite de l‘Italien: 1791. Et autres ouvrages inscrits au catalogue.
—..;-.r4 Principaux Ouvrages recommandés pour l'étude de l'OCCULTISME et de ses applications CONTEMPORAINS L’Évolution de l’Idée. i L’Instruction Intégrale. Le Serpent de la Genèse. Le Temple de Satan. La Clef de la Magie noire. Traité méthodique de Science Occulte. Traité élémentaire de Magie pratique. La Science des Mages. L‘Ame Humaine. Ésotérisme et Socialisme. Dieu et La Création. CLASSIQUES F.-ÇH. BARLET. . . . . STANISLAS DE GUAITA . .
PAPUS . . . . . . .. A. JHOUNEY . . . . . . . RENÉ CAILLIÉ . . . . . . ELIPHAS LÉvx . . . . . . La Clef des Grands Mystères. SAINT-YVES D‘ALVEYDRE Mission des Juifs. , ' i La Langue hébraïque restituée. FABRE DOLIVET. . . . . > . . . . - ( Hist01re philosophique du genre humain. ALBERT POISSON. . . . . Théories et Symboles des Alchimistes. LITTÉRATURE ' l La Magicienne. JULES LLRMINA. . . . . ( A Brûler.
BULWER LYTTON . . l'Zanom' ' 'y( La Maison Hantéc MYSTIQUE 8 Jeanne Leade. P. SÉDIR . . . . . . . . . Jacob Bœhme et les Tempéraments i Les Incantations. POUR DÉTAIL ET PRIX, S’ADRESSERZ il la librairie GHAMBEL. 5. me de Savuie, Plii' Envoi Franco .du Catalogue. T(‘URS, IMP. E. AI\RAULT ET (3“.