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nitiation Revue philosophique des Hautes Études PUBLIÉE MENSUELLEMENT sous LA DlRECTION 1315 PAPUS 53 0. DE Docteur en médecine — Docteur en kabbale ' SOMMAIRE DU N° 8 (Mai 1898) PARTIE INITIATIQUE. . Le Traité élémentaire de , Sciences occultes . . . . Sédir. (P89 a 93-) PARTIE PHILOSOPHIDes Sorciers et Magiciens QUE . . . . . . . . . . . . . . modernes en Béarn. . . Probst-Biraben. (p. 96 à 104.) Le mouvement spiritua l1'ste en Angleterre . . .
P. Gourmand. (p. 105 à 111.) Galvannmètres et force psychique . . . . . . . . D1‘Rozier. (p. [Il à 120.) Les trois Vertus et la ge— nèse de l’Espe’rance . . L. Le Leu. (p. 120 à 145.) Le Maître secret dans la franc—maçonnerie écos saise . . . . . . . . . . . Zefiar. (p. 145 à 148.) Un curieux cas de mé— diumnité. . . . . . . . . C. Ferrys. (p. 148 à 156.). L’état sychique d’Alfred de Il usset (suite et fin).
Lefébure. (p. 157 à 175.) Bibliographie. — La fête nationale en l’honneur de Jeanne d Arc. —— Association domestique horticole d’Ollainville-Arpajon. Tout ce qui concerne la Rédaction et les Echanges doit être adressé Villa Montmorency, 10, avenue des Peupliers, Paris. Administration, Abonnements : 5, rue de Savoie Chamuel, éditeur. Le Numéro : UN FRANC. — Un An : DIX FRANCS
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n'ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Éflrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initiarion est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion,à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta— physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’0cculte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’Initiazion adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l‘arbitrage contre l'arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cléricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l’Initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l'Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. L’Initialion expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier.
L’Initiaiion parait régulièrement du 15 au 20 de chaque mois et compte déjà huit années d’existence. — Abonnement: 10 francs par an. (Les collections des deux premières années sont absolument épuisées.)
L’Initialion du 15 Mai 1898 PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE 1’]nitialion [0 PARTIE INITIATIQUE AMO — F. C11. BARLET, S.'. I.'.â — GUYMIOT. — MARC HAVEN, S.'. I.'. 33 -— JULIEN LEJAY, S.'. I.'. ,q —- ÉMILE MICHELET, S.-. I.'. (C. G. E.) — LUCIEN MAUCHEL, S.'. I.'. (D. S. E.) MOGD, S.‘. I.'. — GEORGE MONTIÈRE, S.'. I.'. ;; — PAPUS, S.'. I.'. & — SE’D1R, S.'. v I.'.l ;. — SELVA, S.'. I.'. (C. G.
E.) ' 20 PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ABlL-MARDUK. -v AMELINEAU. — ALEPH. — D" BARADUC. — SERGE BASSET. —- Le F.'. BERTRAND 3o' — BLITZ. — BOIANOV. — JACQUES BR1EU. — CAMILLE CHAIGNEAU. -— CH1MUA ou LAEAY. - ALFRED LE DAIN. — G. DELANNE. — ALBAN DUBET. — FABRE DES ESSARTS. — D“ FUGA1RON. —- DELÉZINIER.—- JULES G1RAUD.— HAATAN.—-L. HUTCHINSON.— JOLL1VET-CASTELOT.— L. LE LEU.—-L. LEMERLE. — LECOMTE. — NAPOLÉON NEY. — HORACE PELLETIER. -— G.
PO1REL. — RAYMOND. -—D’ R021ER. — D“ SOURBECK. — L. STEVENARD. — THOMASSIN. — G. V1T00x. — HENRI WELSCH. — YALTA. ' 30 PARTIE LITTÉRAIRE MAUR1CE BEAUBOURG. — JEAN DELVILLE. a— E. GOUDEAU. — MA NOËL DE GRANDFORD. — JULES LERM1NA. — L. HENNIQUE. — JULES DE MARTHOLD. — CATULLE MENDÈS.-— GEORGE MONTIÈRE. — LÉON RIOTOR. — SAINT—FARGEAU. -— ROBERT SCHEFFER. — ÉMILE SIGOGNE. — CH. DE SIVRY. 40 POÉSIE C11.
DUBOURG. -— RODOLPHE DAR2ENS. -— JEAN DELVILLE. — YVAN DIETSCHINE. — C11. GROLLEAU. — MAURICE LARGERIS. — PAUL MARROT. — EDMOND PILON. — J. DE TALLENAY. —— ROBERT DE M VILLEHERVÉ.
L’Initiarion du 15 Mai 1898 ‘ L’I N IT IA TI 0 NÀÀ(RENSËIËËËÊŒN“) DIRECTION ADMINISTRATION Villa Montmorency, Il), aven. des Peupliers ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO PARIS-A UTEUIL Dmncrnun : PAPUE c H A M U E L DIRECTEUR ADJOINT : Lueien HAUCHEL 5, “'10 de 33V010 Rédacteur en chef : . F.—Ch. BARLET Secrétaires de la Rédaction : FRANCE, un anl0 ‘1‘ J.
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Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d'avis spécial. Un numéro de la Revue est toujours composé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant. GIIIIIII’E IIIIEPEIDAIT D'ÉTUDES Ë80‘IEIIIQIIES 1,600 Membres -— 104 Branches et Correspondants — Groupes d'Études fermés Les Membres ne paient ni cotisation ni droit d’entrée.
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PARTIE INITIATIQUE 1‘-B Éraité élémentaire tle fitietute “©M2llllt Commeà toutes les époques de civilisation avancée, les peuples, las d’avoir vécu, d’avoir trop répandu leurs idées, leurs influences, leurs activités, quittent les soucis de la prospérité matérielle pour entrer, par des voies diverses, dans une période d’évolution plus idéaliste; notre siècle s’inquiète de l’au delà et se montre curieux des manifestations mystérieuses de l’lnconnu insondable que nos contemporains pres sentent vaguement autour d’eux, et qui les dévorera s’ils ne résolvent pas son énigme, comme autrefois le sphinx de la légende aux portes de la Thèbes antique. < Semblable à son aînée, au vaisseau mystérieux qui porta pendant plus de soixante siècles la civilisation formidable des habitants de l’Egypte, la capitale de la France, Paris, Bar-lsis, la barque d’lsis, est de. 4
90 L’INITIATION [MAI venue le refuge de tous ceux qui consument leur vie à la recherche de l’Inconnu. Le nombre de ces assoif fés de certitude et de repos est bien plus grand qu’on ne le pense; mille symptômes l’indiquent à ceux qui savent les voir; et c’est peut-être à leur appel désespéré que l’lnvisible répond en ce moment par des manifestations étranges et puissantes.
L’Occulte règne, en effet, maître incontesté, sur la pauvre créature humaine, ballottée misérablement « sur l’Océan sans fin des ombres, des reflets et des formes ».
L’Occulte, — tout ce que nous ignorons, tout ce que nous n’avons pas expérimenté, tout ce que nous n’avons pas vu, — est là qui nous op presse et qui pèse irrésistiblement sur nos fronts: il nous hallucine, nous envoûte, nous suggestionne, nous berce d’espoir, nous désespère, et trop souvent nous tue. Pourquoi tant de suicides?
Les enfants mêmes prennent goût à cette insulte suprême qu’ils jettent à la face de I’incompréhensible Destin qui les mit sur cette terre de malheur. — Dans les rues, sur nos boulevards, cherchez les figures sereines et heu reuses?
Dans nos livres, dans nos œuvres d’art, cherchez la force, le bonheur, où même la bonté ?‘ Mais tout cela a été dit et redit; les romanciers en ont fait de fort subtiles peintures, les médecins, très fiers d’avoir retrouvé les rudiments de la thérapeu— tique mentale, ont élaboré la « psycho-physiologie », et les désespérés continuent à être malheureux, et les puissants continuent à être les méchants. ' Cependant demeure chez tous la notion obscure que le Beau, le Bien et le Vrai ne sont pas que des
i898] TRAITÉ ÉLÉMENTAIRE DE SCIENCE 0CCUL’I‘E 91 mots, qu’un état social harmonieusement organisé doit pouvoir se trouver autre part que dans l’imagination des utopistes, que l’Idéal existe et le Bonheur n’est pas une chimère.
Ils ont raison ceux-ci, rêveurs obstinés de qui les ailes battent sans cesse vers les cieux; ces utopies furent autrefois de splendides réalités et elles redes— cendent encore, dans l’Avenir, pour faire régner sur notre malheureuse planète la bénédiction, la con‘ corde et la paix. Mais comment, je ne dirai pas réaliser ce grand œuvre surhumain. mais lui préparer les voies?
Où trouver les paroles puissantes qui arrêteront le bras levé du militarisme, qui feront retentir chez les grands des verbes de clémence, qui pourront ouvrir? la pitié le cœur du riche? De telles paroles, l’Huma nité terrestre en a entendu au cours de la jeunesse, et, prosternée d’admiration, elle a divinisé ceux qui les proférèrent.
Trois cents millions de Jaunes rendent depuis cin« quante siècle le culte muet à l’un de leurs initiateurs, [Ïao-Tze; cent millions d’Ariens célèbrent dans leurs dialectes sonores la bonté de Kristma, et sa sublime doctrine du renoncement ; trois cents millions d’hommes de toute race se prestement tous les jours devant la face souriante du dernier Bouddha; les légions inpétueuses se groupent sous l’étendard du Croissant et invoquent matin et soir « Allah, puissant et miséricordieux »; seul, le doux Galiléen cherche, parmi les flots de ses fils blancs, quelques cœurs simples et quelques âmes de charité : et c’est à peine
92 L'INITIATION si l’ardent élan de leur dévotion parvient à se faire entendre dans le tumulte de la paix armée, dans les hurlements des'Bourses d’agioteurs, dans le fracas des bagnes de l’industrie, dans les râles des cris de débauche, dans les métropoles gangrenées. 1! I; 11 D’où venaient ces êtres divins, dont les noms sont revêtus de l’adoration des multitudes?
Toute la science des philosophes, toute l’érudition des archéologues s’évertuant à réduire leur passage parmi les humains à la valeur d’un symbole astronomique; le scepti cisme d’un Voltaire, d’un Renan, ou_le fatras d‘un privat-docent, voulant ne laisser voir en Jésus qu’un révolutionnaire extrêmement habile, n‘expliquent en rien la force providentielle de ces hommes. ou avaient—ils puisé leur force morale indomptable ?
D’où le prestige impérieux et ensorceleur de leur geste ? De quelle école, leur science déconcertante ? De quelle faculté médicale, leurs miracles de thérapeu— tique? Leur mission, de quelle autorité? Quelle doc— trine inspirait leur charité?Quel idéal les faisait cou— rir au sacrifice ? Voici l’occulte, le non-manifesté, le latent, le non vu; répondre à chacune de ces questions demanderait autant d’existences d’un labeur ininterrompu.
Cepen dant comment le faire parler, comment apprendre sa langue, comment entendre ce qu’il nous dit? C’est ici que les voies diffèrent et que chacun cherche et trouve un chemin personnel; cependant tous les che—
TRAITÉ ÉLÉMENTAIRE DE SCIENCE OCCULTE 93 .. :. ,‘ .,.. - WdY{rJ : E JZ , _J - ‘r?E‘:"' 1 mins se ressemblent, en tant que chemins;«seule dif— fèrent les façons d’y avancer.
Pour nous autres modernes, bien loin de pouvoirt comme les anciens aspirants aux Mystères, avancer d’un pas harmonieux, il nous faut envoyer d’abord notre intelligence à la découverte; ensuite nous per— mettons à notre cœur de s’émouvoir à la contempla— tion des paysages entrevus, et ce n’est qu’après que notre corps se baignera dans une atmosphère plus pure et s’épanouira aux rayons du soleil plus vivifiant.
C’està l’exploration d’avant-garde intellectuelle que les livres peuvent servir de guide; et parmi ces guides l’un des plus sûrs dont j’ai moi-même profité est la dernière œuvre de Papus, la réédition du Traité élémentaire de science occulte.
Je me rappelle qu’en 1887, lorsque parut ce petit livre sous sa forme primitive, il fut accueilli par les chercheurs encore isolés, par les ‘ jeunes étudiants comme les hommes mûrs, avec un empressement égal et une reconnaissance qui n’a pas cessé.
Je n'ai pas d’autorité suffisante pour faire ici l’analyse dog matique des matières traitées, aussi me bornerai-je à souligner les intentions de l’auteur et à rechercher l’esprit dans lequel il faut étudier ce livre. Le mental humain est une machine excessivement cOmpliquée ; c’est pourquoi il ne comprend pas les choses simples, c’est pourquoi il est très rare de voir un auteur com— pris complètement par un seul de ses lecteurs.
Les gens raisonnables prétendent qu’un mot n’a qu’un sens, bien précis.et déterminé; cela est exact pour le mot en soi, mais c'est totalement faux quand un cer îî «_A-" \ . . :—* - ;
- 94 L’INITIATION veau écrit ce mot pour le faire lire à un autre -- cerveau. Ainsi l’une des entreprises les plus difficiles que puisse concevoir un étudiant, c’est de saisir dans sa simplicité la pensée de l’auteur qu’il médite.
Auquel d’entre nous n’est-il pas arrivé, reprenant après l’avoirlaissé longtemps dormir sur un rayon, quelque livre doctrinal, d’y redécouvrir une foule d’enseignements, d’analogies, d’idées que ses pre— mières lectures avaient laissé passer inaperçus? Le livre de Papus a été composé pour servir en quelque sorte de mémorandum et de point de repère.
' Outre les enseignements généraux de l’occultisme, ce qu’il faut y chercher, c’est la classification organique des diverses branches de la science occulte, leurs rela tions et leurs points de contact; c’est une sorte d’ar bor scientiæ, autour duquel tourne le chercheur pour - choisir la branche, la fleur, le fruit ou même la racine qu’il se propose d’étudier.
Je dirai même plus au risque d’être taxé de partialité envers quelqu’un à qui je dois beaucoup. Le Traité élémentaire de science occulte peut, à lui seul, donner du labeur pour plusieurs années de travaux et rempla cer pendant ce temps, pour l’homme de désir, toute une bibliothèque.
Les théories qu’il représente ne sont pas froidement cérébrales, elles sont vivantes, et les preuves de cette affirmation sont visibles, pour qui sait lire entre les lignes, en beaucoup de passages. Or, ainsi que le dit excellemment Papus, la science n’est vivante que si elle prend sa source dans le principe de l’Amour; et l’individu atteint l’Amour par le sa— crifice personnel.
TRAITÉ ÉLÉMENTAIRE DE SCIENCE OCCULTE 95 La plus belle qualité d’un livre de « science » est de faire expérimenter au lecteur qu’il le conduit au prin cipe de toute vie et de toute lumière, je veux dire au cœur même du Verbe incarné voici bientôt deux mille ans. C’est. je crois, le but secret que Papus s’est proposé; félicitons—le, nous tous, ses élèves et plus ou moins ses débiteurs, de l’avoir atteint d’un élan aussi. vigoureux. SÉDIR. %’ r..._,.....mt—um.«_. —ç—ç‘u‘buWä-æa—Nÿ—»v;w-:—«.rflv r. . >_ -» Je... _. I n.., .
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE En fiersiers et ,iîiagieieas mademes raser aisamnr Par HENRI Paoasr—Bmaaan La dernière sorcière fut brûlée à P-au, en mai 1672, et les cahiers des États du Béarn demeurent dès lors muets jusqu'à nos jours. Les sorcières ou brout— ' cites (I) n’ont point cependant disparu pour cela, et, _ si les personnages officiels n’ont pas connaissance de leurs maléfices, les rebouteux des Pyrénées s’atta chent à les démasquer, à rendre impuissantes leurs forces mauvaises, affirmant ainsi leur existence. Des uns et des autres, sorciers et bons magiciens, le paysan le plus sot ne parle jamais à l’homme de la ville. Avouer l’existence des broute/tes, c’est attirer sur soi la colère’de ces malveillantesp ersonnes; parler du magicien, de ses cures et poutre-charmes, c’est le (i) Broutche, mot béarnais d’origine inconnue désignant le sorcier ou la sorcière.
SORCIERS ET MAGICIENS MODERNES 97 1 dénoncer à la justice pour exercice illégal de la mé decine. Malgré ces obstacles, insurmontables en apparence, il est des moyens pour arriver à posséder sinon la vérité entière, du moins certains renseignements utiles. Nous avons rencontré, sur le terrain des Arts Divinatoires, un bizarre jeune homme élève rebou teux et devin, dont nous tenons de curieux détails, base de notre étude.
La méthode manquait dans son exposition, et nous espérons que le lecteur nous tiendra compte de la difficulté à ordonner de semblables documents. Des sortilèges proprement dits, nous savons peu de chose, sauf quelques particularités intéressantes sur ' les envoûtements.
Quant aux mœurs, coutumes, remèdes et pratiques des bons magiciens, nous sommes mieux informés. ‘ Il existe des magiciens mâles et des magiciens femelles, décorés en Béarn du titre pompeux de Mon— sieur de tel endroit, la Dame de tel village (Lou Moussu ou la Daoumo de Pau par exemple). Généra— lement les dames sont somnambules plus ou moins lucides et'plus estimées que les Messieurs; on les nomme dormeuses (Dormusos).
Les clients neleur manquent guère et, par humilité, viennent souvent pieds nus de deux ou trois lieues. Il leur faut parfois même être doués d’une patience peu ordinaire, car ils sont contraints d‘attendre leur ‘tour de longues heures. Chacun donne ce qu’il veut, depuis une grappe de raisin jusqu’à des barriques. Le magicien reçoit toujours et ne murmure jamais.
98 L’lNITIATION Les façons de vivre de ces bizarres personnages sont presque austères. Ils ne sortent presque pas de leur masure, parlent très peu et suivent un régime spécial, dont les poissons frais (truites ou goujons apportés en présents) et les légumes forment la base. Ce régime ne s’écarte pas sensiblement, comme l’on voit, de celui recommandé par M. Sédir aux psycho— physiciens ou par M. Duwike à ses magnétiseurs.
D’autre part, les vêtements des Moussus ou des Daoumos sont peu luxueux, généralement sombres et semblables à ceux des paysans ordinaires. Ces mages campagnards connaissent peu la Science Occulte proprement dite et point du tout la Kabbale. Ils révèrent cependant les occultistes et quand, rareté fort prisée, ils viennent en visiteurs, le magicien refuse tout cadeau.
Cependant, nous a-tcon dit, ils se font imposer les mains et dicter une prière à prononcer. C’est d’ailleurs ainsi que nous comptons procéder, quand nous irons voir la Dame du Lys (1), aux va cances prochaines. La médecine de Paracelse est leur grand recours; ils distillent des Spécifiques, les digèrent dans le pélican, selon les règles mêmes du maître Helvétien.
Ils prisent fort la guérison des plaies par la poudre de sympathie, et le traité du chevalier Digby est un de leurs bréviaires. Ils prennent un linge du malade ayant touché la plaie et mettent sur ce linge du sul— fate de fer en poudre. Le client guérit, même à dis— (i) Dame du Lys, somnambule et magicienne célèbre des envrrons de Pan. Nous relaterons notre visite en temps op portun dans le numéro d’octobre prochain.
SORCIERS ET MAGICIENS MODERNES .. ,.,... . w W; ÈMËJI ,a1 tance, parait—il. Chose extraordinaire, ils prétendent qu’un mauvais sorcier pourrait, avec un linge sem— blable, donner au malade une fièvre mortelle, par la simple‘exposition du linge à la flamme du feu. Ils guérissent certains maux, comme les douleurs, les rhumatismes, la fièvre, par les remèdes vivants. .
Pour cela, ils recommandent au malade d’embrasser un arbre à pleins bras, en prononçant les paroles suivantes : ' Per sent Pé; per sent Paù, Qué s’en ané lou [ou maou. Au noum deû pay, dé Jésu Chrit (sic), Aynsi qu'aû noum deû sent Esprit. Par saint Pé par saint Pau (patrons de locatités) que ton mal s’en aille, au nom du père, de Jésus-7 Christ ainsi qu’au nom du Saint-Esprit.
La transmission de la maladie à l‘arbre se fait généralement très bien, s’il faut les en croire. Ils pres— crivent de mettre de jeunes animaux (chiens plus par ticulièrement) sur le lit des rhumatisants et en con— tact avec les membres atteints. L’animal prend le mal, à un moindre degré que l’homme, et le cède aux plantes, quand il pénètre dans les prés.
Pour les fièvres intermittentes, ils conduisent leur client sur les bords d’un ruisseau, cueillir des menthes. Devant chaque plante jusqu’à la septième inclusive— ment, le, magicien fait le signe de la croix puis met sur la première feuille de chacun des sept pieds, sept grains de sel ou de pain, tandis que le malade mur-y mure en guise d’oraison:
x 00 L’INITIATION Adiù qu’et Saludi mendras, Q‘ey la frèbe, tu né l'as pas, Aci qu‘et porti paa et saù, Ta que m’prendesques lou me maou. Adieu menthe, je te salue ; j’ai la fièvre, tu ne l’as pas. Ici je te porte du pain et du sel, pour que tu prennes mon mal. - Les cérémonies magiques accompagnent souvent les oraisons patoises, et grande est leur confiance en ces bizarres moyens, dont ils ne comprennent point le sens.
Aussi, quand un enfant est atteint du muguet, le rebouteux le fait mettre neuf fois dans une volière, en disant : . Passe, passe passer1e, Pcù hourat de la garie, Passe, passe muguet par le trou de la volière.
Pour le crane, sorte de lumbago, le malade se met à plat ventre et se fait passer neuffois par le magicien sur la partie souffrante; durant l’opération il dit : Naù se ditz lou nouste gat, Sustout despuix qui m'soy plegat Mes desplega youm boulery, Passe-m dessus entam goary. Naù (onomatopée ou le chiffre 9) dit notre chat, surtout depuis que je me suis plié, mais je voudrais me déplier, passe-moi, dessus pour me guérir.
Pourla gale, le rebouteux et le patient s’en vont prendre un bain de rosée dans un champ d’avoine et prononcent trois fois l’oraison : Per sent Pe’, per sent Paù, etc.
' SORCIERS ET MAGICIENS MODERNES IOI La guérison du zona est plus originale encore : Le magicien place le malade sur son dos, fait neuf pas, s’arrête et dit : D. — « Que’ partiyou P — Qu’est-ce que je porte ? Le malade répond : R. — Lou cudré(nom patois du zona). — Le zona. Et le rebouteux reprend : Coum n’ey pas bête de bigou, Aci que paùsi et que descindri. Ici je fais unepause et je guéris le cudre ; je descends le malade (double sens).
Puis il fait neuf nouveaux pas, en reprenant son fardeau, et l’opération magique est terminée. \ Souventaussilesguérisseurs Béarnaisemploient des procédés magnétiques. Ils manient la force ecténique, comme les magnétiseurs de l’École Durville. Remar quons qu’ils soignent très souvent par l’eau et l’huile magnétise’es et simultanément prescrites.
Ils ont éga lement soin d’imposer les mains au-dessus des simples qu’ils ordonnent et qu’ils ont d’ailleurs cueil lis eux—mêmes ; ils les chargent ainsi, disent—ils, de fluides salutaires. V Ils reçoivent les malades environ trois jours par semaine pour ne point se fatiguer, et, coutume peut être fort sensée, ils caressentpendant un certain temps des chats noirs ou fauves, lorsqu’ils doivent magné tiser.
Les nombreux félins dont ils font ainsi leurs commensaux nous apparaissent alors comme moins sataniques. Après avoir envisagé les procédés médicaux de ces
102 L’INITIATION s Messieurs du Béarn, il nous faut, maintenant, parler brièvement tout au moins des charmes et contre charmes dont ils se servent dans la vie quotidienne. Ils craignent le pouvoir ennemi de la vieille femme, chaste par obligation et jalouse de la jeunesse perdue, du curé pansu et ignorant, de toutes les personnes enfin dont la malveillante volonté, concentrée par l’absence de passions, pourrait envoûter.
Avant de se coucher, ils mettent une branche de fenouil dans le trou de la porte, en murmurant : Si passa per hourat, a nœyt nat sourciè boù, Het plaa senti fenouil et d’entra qu’heùra poù. Si quelque sorcier veut passer par le trou (de la porte), fais-toi bien sentir, fenouil, et il aura peur d’en trer.
Pour vivre heureux et posséder une clientèle bien fournie, ils placent un pied de joubarbe (sempervirum) dans un pot de terre, suspendu au plafond. Ils disent en le plaçant : Herbê qui t’es arrousade Au casaou et deus la prade, Biù loungtemps en ma maysou, Ta qu’oubtiedguey mon perdou, Puix après hem plaa mouri, Chaùsi mielhe ne pouyri.
Herbe qui t’es arrosée, dans le jardin et dans le pré, vis longtemps dans ma maison, pour que j’ob tienne mon pardon. Puis ensuite fais-moi mourir, choisi mieux que je ne pourrais. Pour ne point être envoûté et retourner tout au moins le charme au méchant, ils le bénissent et se signent trois fois.
SORCIERS ET MAGICIENS MODERNES 103 Si l’ennemi inconnu s’est emparé d’un peu d’eau touchée par eux, d’une mèche de leurs cheveux ou d’une pièce de leur vêtement, un grand danger les menace, et ils sont envoûtés. Les objets dérobés en secret doivent fournir la matière du volt, et l’affaire est très grave. Il parait que, dans ce cas, l’envoûteur met à macérer, l’eau, les cheveux ou l'étoffe dans un vase exposé à la lumière lunaire.
Après trois jours d’exposition nocturne, il prend un œuf, en brise le gros bout, enlève le blanc et le remplace par le volt. Cela fait, il bouche l’œuf avec un cachet de cire, d’empreinte ctéiforme (I). Il enterre ensuite l’œuf dans un endroit désert et pro nonce les paroles suivantes en pensant à l’envoûté. Ben, ben, ben crebo coum u caa Et puix surtout, soufreches placa. va, va, va, crève comme un chien et puis surtout souffre bien.
Le rebouteux, prévenu de l’opération par une souf france aigüe au côté gauche, fait alors et. sans retard un contrecnvoûtement. Il prend‘un cœur de mouton frais, prononce sur lui le nom de I’envoûteur, le sus— pend à la crémaillère, après l’avoir percé de clous.
Souvent même, en le suspendant au-dessus de l‘âtre, il dit en béarnais : Haût biste tournes d’oun bienes Allons, vite, reviens d’où tu es venu. (i) Peut-être le croissant employé à cet effet représeñte—t-il lalune. Peut-être aussi est—il une altération de la lettre 'tU.
104 L'INITIATION Pour terminerce court aperçu des étranges cou tumes des sorciers béarnais, il nous reste à parler de sa divination par le sédas (crible). L’opérateur place en cercle des cartons sur le sol, cartons où sont écrites les 24 lettres de l‘alphabet. Cela fait, dans un plan perpendiculaire au cercle et le plus près possible du centre, il suspend un 'crible au plafond, par un fil de soie.
Il prononce trois pater et un are, puis le sédas (crible) se met à osciller. D’après leurs dires, le crible se dirigerait vers les lettres successives d’une réponse à la question verbale de l’interrogateur. En résumé, les pratiques médicinales et magiques des magiciens béarnais ne sont guère nuisibles dans la plupart des cas et tout au contraire réussissent Souvent de façon merveilleuse.
D'autres part, les paysans ont davantage confiance en celui qu’ils voient tous les jours qu’en le docteur venu de la ville et qui porte le (chapeau) chapeau, comme ils disent. L’un ne les a jamais quittés; l’autre, pour ses études du moins, a vécu dans les grands centres, dont le simple a peur. Dès lors, pourquoi persécuter les rebouteux et les condamner? Le paysan n’est-il pas libre de se servir à la boutique qu’il veut avec son propre argent? 4‘-_l_
LE SPIRITUALISME EN ANGLETERRE 105 IÆ IÏIÜIIIŒMËIIT‘ SPIRITU&bISI‘E EN ANGLETERRE Sous cette rubrique, on a l’intention de faire con naître, de temps à autre aux lecteùrs.de la Revue, les progrès des doctrines et des idées spiritualistes en le Royaume-Uni, sans aucune distinction d’écoles.
On signalera aussi les faits remarquables de hantise, de manifestations occultes dûment constatées; on s’ap pliquera, en un mot, à tenirles intéressés au courant de ce qui se passe dans le domaine des sciences psy chiques et hermétiques en Angleterre.
L’auteur, qui n'est qu’un observateur, s’abstiendra absolument de donner ses idées personnelles sur les faits constatés, laissant à d’autres mieux placés que lui la tâche d’en fournir les explications et la raison d’être.
Il est de ceux qui, après avoir rejeté le symbolisme catholique, ont erré dans le rationalisme protestant, dans le' Déisme, dans le Positivisme et dans l’Agnostisme, pour en sortir convaincus que tous ces systèmes sont impuissants à expliquer les procédés cosmiques et à établir une morale pure et élevée.
Il a cru voir dans le réveil des sciences occultes et spiritualistes la vraie Solution des problèmes de l’existence et de la destinée. de l’homme; et c’est après s’être convaincu de lav réalité des faits parfaitement inexplicables et inexpli qués parla science matérialiste, qu’il a conclu à l’exis
1 06 L’lNITIATION tence de forces supérieures encore inconnues au plus grand nombre, et dont le secret une fois surpris don— nera la clé de nombreux phénomènes cosmiques et psychiques, dont la nature a échappé jusqu’à présent aux recherches des savants positivistes.
Persuadé d’un autre côté qu’il est du devoir de tous ceux qui se mêlent d’écrire d’aider dans la mesure de leurs forces ’ à hâter l'avènement du règne de la Sagesse, basé sur les lois immuables de la justice absolue et de la res ponsabilité individuelle et collective, il espère être de quelque utilité aux chercheurs en leur donnant de temps à autre un aperçu de ce qui se passe ici en Angleterre, dans le domaine de l’Hyperscience.
Le mouvement spiritualiste ridiculisé par beau coup il y a quelque vingt ans, époque à laquelle les théories positivistes et matérialistes étaient à l’ordre du jour et où l’on comptait que la physiologie allait expliquer les phénomènes psychologiques, comme la mécanique et la chimie, les procédés cosmiques, a repris de nos jours toute sa vitalité.
Les attaques réi térées des écoles adverses, qui le couvraient de leurs traits satyriques et mordants, ont forcé le Spiritua lisme sous toutes ses formes à dépouiller ce qui lui restait encore de charlatanisme, pour entrer d’une manière définitive dans les rangs des sciences, où il occupe enfin sa place légitime.
Inutile de rappeler ici les expériences de Crookes, de Wallace, de Lombroso, de Rochas, de Dariex, de Gibier, etc., dont les détails doivent être familiers aux lecteurs de cette Revue; qu’il suffise de constater que les conclusions de ces maîtres sont tirées de faits bien établis, et que les
LE SPIRITUALISME EN ANGLETERRE 107 / propositions qu'ils émettent n’ont pas été énoncées à priori.
Le numéro de février 1898 des Proceedz‘ngs of the Socz’ely for Psychical Research ajoute une nouvelle preuve à leurs théories : sous un titre quel» que peu confus, le docteur Richard Hodgson’, de Boston, secrétaire de la branche américaine de la dite Société, étudie un certain nombre de phénomènes parfaitement contrôlés, qui tendent à prouver non seulement l’existence d’une vie ultra—corporelle, mais encore la subsistance de l’identité consciente du moi.
Voici le fait : au mois de février 1892, mourait à New-York, victime d’un accident, un jeune homme désigné dans le compte rendu dont je parle, sous le nom de George Pelham. Par profession, il était homme de loi, mais par goût, littérateur et philoso phe, et avait même publié deux ouvrages qui lui atti rèrentles suffrages du public intellectuel.
Bien qu’il eût habité New-York depuis deux années à l’époque de sa mort animale à l’âge de 32 ans, il avait connu à Boston le Dr Hodgson et avait longuement discuté avec ce dernier les probabilités et les improbabi lités d’une vie ultra-corporelle.
Cependant George Pelham, bien qu’il fût associé de la Society for Psy chical Research, était des plus sceptiques au sujet de la subsistance après la dissolution matérielle de la personne visible, d’une identité quelconque; au sortir d’une séance spéciale arrangée par un comité scien tifique scrupuleux, et dans laquelle un fameux mé dium américain avait produit des phénomènes éton nants,G. Pelham, loin d’être convaincu, avait déclaré hautement que tout cela n’était qu’un cas d’hyperes— r.‘."y.u-kA >..
108 L'INITIATION thésie de la part du médium. Cela se passait à Bos ton, quatre ans avant la mort de G. Pelham à New York. Cinq ou six semaines après l‘accident qui avait coûté la vieà son ami, le Dr Hodgson assista à une séance du médium précité, apportant avec lui quel ques objets qui avaient appartenu à G. Pelham, et accompagné d’un intime ami du défunt, M. Hart.
Pour réaliser l'évidence frappante de ce qui va suivre, je dirai tout d’abord que le médium en question n’opérait qu’à l’état de catalepsie complète, état si profond et si absolu, qu’aucun souvenir ne lui restait au réveil. Les articles qui avaient été en la possession de G.
Pelham durant sa vie corporelle, furent remis au médium, Mm“ Piper, qui était au moment, dans un état de catalepsie et sous l’influence d’une force intelligente qui se donnait le nom de Phinuit. Après un court espace de temps, Phinuit informa les assis tants par la bouche du médium inconscœnt, que G. Pelham était présent et désirait leur parler.
L’en— tité qui personnifiait George Pelham, donna alors ses noms et prénoms en entier, ainsi que ceux de plusieurs de ses amis intimes, mentionnant en même temps leurs affaires les plus secrètes.
A cette même séance, on put constater que la force intelligente qui contrôlait le médium, avait connaissance de deux distincts ordres de faits, tous parfaitement inconnus aux assistants : 1° Faits intéressants George Pelham, postérieurs à sa mort ; 2° Faits et souvenirs spéciaux appartenant à la personnalité de George Pelham antérieurs à sa mort. 4‘ .3_
LE SPIRITUALISME EN ANGLETERRE I09 Ce fût le commencement d’une série de messages de George Pelham à ses amis; les expériences cou vrent un espace s’étendant de 1892 a I897, et pen dant toute cette durée, la personnalité de l’individu «supposé, loin de montrer aucun signe de désintégra— , tion, a au contraire évolué vers une intégration plus persistante et plus parfaite.
De nombreux docteurs et amis du défunt furent présents à ces séances, et le médium offrit... à quelques-unes, le curieux spec tacle d’un être en état complet d’inconscience cata Ieptique, influencé par trois entités différentes; Phi nuit employant ses organes vocaux, G. Pelham écri— vant avec sa main droite, et une autre intelligence avec sa main gauche.
Je ne saurais mieux terminer cet aperçu qu’en traduisant littéralement une entrevue que ledit G. Pelham, eut avec un de ses anciens ca marades de collège, et qui fut immédiatement repro— duite en sténographie. « G. P.——Est—ce toi, Jim? Parle-moi vite. Je ne' suis pas mort : ne me crois pas mort, Je suis très aise de te voir. Peux-tu me voir?
Ne m’entends-tu pas P Je suis heureux ici et surtout depuis que j'ai découvert que je pouvais communiquer avec vous. J’ai pitié de ceux qui ne sont pas à même de parler... J'ai parlé à John de quelques' lettres. ...Je viens juste de m‘éveiller à la réalité de la vie après la mort...
C'était comme d’épaisses ténèbres, et tout d’abord je ne pouvais rien distingua. . . l’heure la plus sombre est avant l’aurore. . . . . . . . . . . . - - a . . - . . . - o
1 10 L’INITIATION Question : Ne fus-tu pas surpris de te trouver vi vant ? G. P. — Tout à fait. Je ne croyais pas à une vie fu ture. .. c’était au-dessus de mon raisonnement: main” tenant, c’est clair comme le jour. Nous avons un double astral du corps matériel... Jim, qu’est-ce que tu écris P... Question : Connaîtra-t-0n la possibilité de com-= muniquer ?
« On est sûr d’y parvenir... ce n’est qu’une « ques « tion de temps... » J’abrège nécessairement cet extrait, mais il suffira, amplement, je crois, pour établir : que des communi» cations régulières ont été reçues pendant un laps de temps considérable (5 ans) d’une force consciente se donnant pour le défunt George Pelham, et montrant toutes les particularités dudit, pendant sa vie ter— restre, ainsi qu’une connaissance parfaite de sa plus intime existence : Que ces phénomènes ont été examinés, contrôlés et étudiés par des docteurs et nombre d’autres per sonnes dignes de foi, n’ayant ni intérêt aux sciences psychiques, ni connaissance d’elles ; Que toutes ces personnes ont affirmé reconnaître la personnalité de George Pelham ; Que ces faits ne peuvent être expliqués par la science matérialiste et sont du domaine de l’hyper science ; Qu’enfin, si les faits se sont passés comme rappor tés, on est forcé d’admettre que le docteur Hodgson
LE SPIRITUALISME EN ANGLETERRE III et ses amis ont pendant cinq années reçu des mes sages d’outre—tombe, qui tendent à prouver la subsis— tance de la personnalité après la désincarnation, et son évolution continuée vers un mieux infini. Qu’est—ce que Messieurs les poqitivistes ontà répondre à cela?
Ils hausseront les épaules, mais ce ne sera pas une explication des phénomènes en question; et ceux qui comme moi sont dans les humbles rangs des observateurs encore tâtonnant dans les ténèbres de l’ignorance, à la recherche de la vérité, feraient mieux de dire avec l’illustre Shakes peare : There are more things in heaven and earth Than are dreamt of in our philosophy. PAUL GOURMAND.
GALVANGMÈT‘RES ë; FÛ‘RGE PSYEÏHI@UE La Société des sciences psychiques a nommé une commission pour étudier les expériences de M. de Puyfontaine; je faisais partie de cette commission et je dois déclarer que l’étude que nous avons faite est bien incomplète et ne peut amener à aucune conclu sion ferme. Le galvanomètre de M. de Puyfontaine est un fort :bel instrument, qui ne diffère d’un galvanomètre ordi— n
1 12 L’INITIATION maire que par son fil qui est en argent au lieu d’être en cuivre, mais qui jusqu’à nouvel ordre ne peut être d’aucune utilité; en etïet nous ne connaissons aucune de ses constantes. Cet instrument a été construit par Ruhmkorf avec un fil d’argent très fin, de 80 kilo mètres de long, sans soudures, voilà tout ce que l’on sait; quand je demande quel est le diamètre du fil, on me répond qu’il n’est pas plus gros qu’un cheveu.
On conviendra qu’avec de pareilles données il est difficile de faire une expérience ayant une signification quelconque. Quand on agit sur des forces aussi peu importantes que celles que nous voulons constater, les questions de mesure priment tout.
En outre nous avons passé en tout une heure et demie dans le labo ratoire de M. de Puyfontaine: une partie du temps a été employée à discuter, chacun donnait son avis et nous avons fini par convenir que nous allions sim plement faire des expériences et que nous discuterions ensuite. Aussitôt sortis, nous nous sommes séparés sans avoir rien discuté.
Voyons donc quelles conjectures nous pouvons faire pour tirer un profit, quelque minime qu‘il soit, des expériences que nous avons faites. Le fil du galvanomètre a dû être étiré aussi fin que possible; supposons qu’on lui ait donné 15/100 de millimètre de diamètre, ce qui lui ferait une sec— tion T’—aÏ :omm’,0176715 qui multipliée par 80.000 mèv tres, longueur du fil, donne un volume de 1“"‘3.41 372.
En doublant ce volume pour tenir compte de l’isolant, on aurait un volume total d’environ 3 décimètres cubes, ce qui correspond assez bien à l’apparence. Si
' GALVANOMÊTRES ET FORCE PSYCIIIQUE II3 le volume, toutefois, était plus petit, cela prouverait que le fil est plus fin queje ne le suppose, et mes con clusions seraient encore vraies. En prenant 10,47 pour la densité de l’argent, le poids serait de 14“,802. A supposer que le fil ait été recuit, la résistance des 80 kilomètres serait de 67.520 ohms.
Avec une pareille résistance une différence de potentiel aux bornes de t volt donnerait une intensité de 14,81 millionièmes d’ampère. M. de Puyf0ntaine possède en outre deux boîtes de résistance dont la somme est de 23.000 ohms. En les intercalant dans le circuit, on a une résistance totale de 90.520 ohms, pour lesquels 1 volt donnerait l 1,04. millionièmes d’ampère.
Enfin, si l’on ajoute la résistance du corps humain, très variable selon le degré de moiteur des mains. on peut arriver à 100.000 ohms, soit, pour I volt, 10 millionièmes d’ampère. On voit combien les résistances additionnelles mo— difient peu le résultat. Calculons maintenant le champ probable produit par une intensité de I millionième d’ampère seule— 2nnl \ ment: H: .
Nous ne connaissons pas le nombre de tours, mais nous connaissons la longueur du fil. L’enroulement n’est pas circulaire, mais rien ne nous empêche de calculer comme s’il l’était, le résultat sera plus faible et ma démonstration ln’en aura que plus de valeur. Si nous multiplions par r les deux termes de la valeur de H, nous aurons 2nrnl , H = —;.,—— ; 2:r est la longueur de l’une des spires et {J r“«i’'
t 14 L‘INITIATION n le nombre de ces spires, 2nrn est donc la longueur totale du fil que nous appellerons I, et la formule dé— finitive devient H 2 fi Nous allons maintenant supposer que toute la force estconcentrée sur une spire moyenne de rayon r et de longueur]: 80 kilomètres; nous prendrons r: 10 centimètres, ce qui doit être à peu près exact.
Dans ces conditions, nous aurons : H __ 8.000.000 >< 0,000000! _ 100 J’ai pris 1: 8.000.000 au lieu de 80.000 parce que ce sont des centimètres qu’il faut prendre, l’unité c. g. 5. étant le centimètre et non le mètre; de même j’ai pris I: o,oooooor au lieu de 0,000001 parce que 1 unité c. g. 5. vaut 10 ampères. On voit que dans ces conditions 1 milionième d’ampère donne un champ de 8 millièmes d’unité.
La force qui fait dévier l’aiguille est égale au pro duit de_son moment magnétique par l’intensité du champ supposé homogène, ce qui n’est pas loin de la vérité vu les faibles distances, F= MH. Je n’ai aucun élémentpour apprécier ce moment, mais il est certai nement assez grand pour produire une force très appréciable, l’aiguille doit être aimantée au maximum.
En outre, cette force doit être doublée en raison de la seconde aiguille qui forme le système astatique (t). = 0,008 unités c. g. s. <-#W—WW (1) Pour fixer les idées, nous pouvons encore ici proposer une hypothèse et calculer le moment magnétique des aiguilles à l'aide de la relation qui existe entre ce moment et la force por , . alv tante de l aimant; nous avons M: V—2—n . a: — force portante, en dynes; _,., __.,.__MW,.a._.—«/ -g.-«.,..
GALVANOMÈTRES ET FORCE PSYCHIQUE 115 La résistance que cette force aà vaincre se compose uniquement de la force antagoniste créée par le champ terrestre F’ = (M — M') h, en appelant M le moment magnétique de la première aiguille, M' celui de la seconde, qui agit en sens contraire, et h la compo— sante horizontale du champ terrestre. h: 0,195 bien supérieur à H, mais les aiguilles étant astatiques, F' sera aussi petit qu’on voudra, il serait même nul si l’on faisait M=M'.
La torsion du fil de cocon peut être considérée comme nulle, Coulomb a pu en tordre un d’un tour entier sans faire dévier l’aiguille; la masse de l’aiguille elle-même est très faible (1). Ainsi, j’ai le droit de considérer ce galvanomètre comme sensible à 1 millionième d’ampère, ce qui )t — distance des deux pôles, en centimètres; v — volume, en centimètres cubes, de l‘aiguille supposée d’une longueur égale à la distance des deux pôles.
Nous supposerons qu’il faille 4 grammes pour arracher une armature portée par l’aiguille, 01:4 X 981:3gz4 dynes, 7t=2 centimètres, et v=o°m3,'oz. M = \/Ê’L9Ê4 X 2 X__°w°_2 :5. .
6,28 Nous avons vu que pour un milionième d’ampère H = 0,008, 'HM:o,o4; la force doit être doublée, puisqu’il y a deux ai guilles; nous avons donc F: 2HM =0,08, dyne :0V,0000816 ou 8/100 de milligrammes pour 10 milliomèmes d’ampère, F: 8/10 de milligramme, force qui est loin d’être négligeable, surtout quand on remarque que j’ai pris «très faible, l’aiguille peut certainement porter plus de 4 grammes. (1) Il est bien entendu que tous ces calculs ne servent qu’à. raisonner sur une approximation; en pratique, ils sont bien inutiles, il n’y a qu‘à étalonner le galvanomètre par des pro cédés que tous les physiciens connaissent, et qui sont très fa— ciles à exécuter. Il n’y a pas besoin pour cela de démonter l'instrument. _‘_,.n‘n-s\—- x-.
1 16 L’INITIATION pour une résistance de 100.000 ohms, correspond à 1/10 de volt. D’une part, cette résistance n’est pas atteinte. D’autre part, la contraction musculaire peut produire beaucoup plus de 1/10 de volt, au moins 5 à 6 fois plus.
Voyons maintenant les expériences qui ont été faites: j’ai pris les conducteurs dans mes mains et j’ai contracté fortement les muscles de l’un de mes bras : l’aiguille n’a pas été déviée d‘une quantité appréciable; il en aété de même pour M. le chanoine Brettes. M. de Puyfontaine, sans effort apparent, a fait dévier l’aiguille de 90° à droite, puis à gauche; il l’a aussi fait stationner sur une division indiquée à l’avance.
J’ai pensé alors et j’ai dit qu’il paraissaity avoir une action différente de celle qui serait produite par une contraction musculaire. M. A. C., un parent de M. de Puyfontaine, a alors dévissé les conducteurs et mis les fils dans sa bouche, au contact de sa langue ; l’aiguille aété déviée sur la droite, mais il n’a pas pu lafaire dévier sur la gauche. M. A.
C., s’aperce‘vant que j’étais en face de lui, le regardant. m’a prié de me retirer parce que je souti— rais son fluide. Je me suis placé derrière lui, mais il pas n’a eu plus de succès. M. de Puyfontaine a pris l’un des conducteurs de la main droite, M. le chanoine Brettes a pris l’autre conducteur de la main gauche, puis les deux expéri— mentateurs se sont donné la main: l’aiguille a été déviée dans un sens. Nous avons intercalé dans le circuit la résistance additionnelle de 23.000 ohms, ce qui n’a pas empêo
GALVANOMÈTRES ET FORCE PSYCHIQUE II7 ché M. de Puyfontaine de faire dévier l’aiguille comme auparavant; ce résultat ne doit pas étonner si l’on se rappelle ce que j’ai dit plus haut du peu d’importance de cette résistance, celle du galvano mètre étant déjà considérable. Enfin M. de Puyfontaine'a mis les deux conduc teurs dans une seule main, sans qu’ils se touchent, naturellementzl’aiguille a encore été déviée, mais moins.
Pour abréger je passe sous silence une expérience ' dans laquelle le P. Peillaube a pu faire dévier l'ai guille par la contraction musculaire, et j’arrive de suite aux remarques que j’ai faites et qui ont modifié complètement mes conclusions. ‘ J’ai vu que M. de Puyfontaine crispait une main sur l’un des conducteurs, tandis quel’autre main tenait le second conducteur sans aucune pression.
Quand on lui demandait de faire marcher l’aiguille dans l’autre sens, la main crispée se détendait et l’autre se crispait à son tour. . J’ai vu que M. IA. C., quand il tenait les fils dans sa bouche, avait la figure injectée et les yeux saillants comme lorsque l’on fait un effort considérable. Or la langue est susceptible d’exercer sur les dents une pression qui est loin d’être négligeable, soit d’un côté, soit de l’autre, à volonté.
Nous sommes donc absolument dans les conditions voulues pour manifester l’électricité provenant de la contraction musculaire, ce qui se fait couramment dans tous les laboratoires de physique appliquée à la physiologie. .u._.n. M‘w-flsh - ...-..n --—.-,...--.... æ...— \
1 18 L’INITIATION L’objection qui consiste à dire que pour contracter les muscles il faut de la volonté, n’est pas sérieuse : je ne sais pas ce que la volonté seule peut produire, mais je sais très bien ce que la contraction muscu laire est capable de donner. Reste donc une seule objection: Pourquoi n’ai—je pas pu faire dévier l’aiguille?
Sous le coup de la sur prise, j’avais conclu de cette différence d'action à une différence de cause ; mais la réflexion m’a bien vite montré mon erreur.
Il faisait froid, je venais de dehors et, comme cela m’arrive toujours dans un cas pareil, j’avais la peau sèche, c’est-à-dire d’une ré— sistance énorme, beaucoup trop grande pour laisser passer une quantité d’électricité capable d’agir sur le galvanomètre; tandis que M. Puyfontaine pouvait avoir les mains suffisamment moites pour diminuer considérablement leur résistance : la résistance de la peau humide ne dépasse pas 1.500 à 2.000 ohms, tandis que celle de la peau sèche peut atteindre plu— sieurs centaines de mille ohms; c’est à cause de cette énorme résistance qu’elle peut s’électriser par le frot tement comme un bâton de cire à cacheter.
Maintenant, il est bien entendu que je ne suspecte pasla bonne foi de M. de Puyfontaine,je constate seu— lementque, croyant seborner à un acte de volonté pur et simple, il appuie son vouloir d’un geste trop éner— gique, inconscient j’en suis sûr, mais efficace. Il avoue du reste qu’il a fallu un long entraînement pour ar— river aux résultats qu’ils nous a montrés. Cet entraî nement, qui me manquait totalement, est très favo rable à l‘éducation musculaire et peut amener à ce
GALVANOMÈTRES ET FORCE PSYCHIQUE 119. résultat de contracter les muscles utiles à l’action qu’on veut produire et de laisser inertes ceux qui pourraient gêner cette action. ' Il est du reste certain, et prouvé par l’expérience. que l’aiguille se refuse à tout mouvement quand le circuit est ouvert, quelque faible que soit _la solution de continuité.
C’est justement le Contraire quiarrive avec l’instru— ment du D‘ Baraduc: non seulementl’aiguille marche sans contact et, par conséquent, à circuit complète ment ouvert, Amais cette aiguille elle-même n’est pas magnétique ;avec un pareil instrument, l’action de l'électricité, musculaire en outre, est éliminée d’em blée. ‘ Ce n’est pas avec un galvanomètre qu’il faut essayer de manifester la force psychique, cet instrumpnt'ne manifeste que l’électricité, et la force psychique n’est pas,de l'électricité. .
Du reste, il n’est pas dans la nature de la force psy chique de suivre un fil, elle se propage par rayonne ment et non par conduction. L’électricité court dans un fil et produit un champ qui rayonne autour de ce fil ; de même l'influx nerveux court dans un nerf et produit un champ qui rayonne autour de ce nerf. Ce champ est-il la force psychique ? Il en est une partie, celle qu’on appelle l'Aura ; la force psychique elle même tient au corps astral.
Le champ électrique est composé de lignes de forces qui traversent les corps, mais ne sont pas conduites par eux ; il en est de même du champ psychique, ses lignes de forces traversent tous les corps et ne suivent aucun conduc— ».. \..\«_._“A—..v\__g—._a. . - e .. . . ....»>,1,.
12'o L’INITIATION [MAI teur. Le champ électrique diminue d’intensité comme le carré des distances, il parait en être de même de l’aura, mais la force psychique obéit à d’autres lois; elle peut agir, dans ‘certaines circonstances, à des dis tances énormes aussi facilement que de très près. D“ F.
Rozuza. Œ<Ëâ Œlä’!ilS WiË*RŒÏÜS ET LA GENÈSE DE L'ESPÉRANCE Notes de Philosophie mystique Au docteur Papus, en communion ésotérique Ballotté entre la raison et la foi, le monde moderne laissant la raison aux philosophes (P) et la toi aux prêtres (P) se dévoie de plus en plus dans l’instinct, déplorable terme du divorce de deux éléments faits pour réaliser la synthèse de la glorieuse vérité.
Phi losophes, prêtres, viveurs, prétendent à la possession du critérium que les premiers placent dans l’évidence (ce mythe protéen)les seconds dansla croyanceaveugle (cette nbdication de la noble intellectualité adamique) les au.res dans la sensation émotive (cette écume phos phorescente des fanges de Maïa.) Ils ne voient pas la seule évidence qui dénonce la VÉRITÉ à l’entendement évolué: l’amorphz‘sme, crité
1 898] LES TROIS VERTUS ‘ 121 ‘-'=-- k"' rium unique de l’Absolu,synthèse neutre, silencieuse, excellemment divine dans l’unité essentielle et tou jours intégrale de sa substance que ne différencie pas dans son principe le flux et le reflux du sein trom peur de Maïa.
Ignorants du sens invo-évolutif de la pensée du Silence, ils prennent la différenciation pour base absolue de leurs recherches, éblouis sans retour par les mirages trompeurs des polarisations infinies en nombre de la substance réfractée dans le prisme illusionnant d’Hy1é, ils ressemblent à celui qui ne connaîtrait les traits de son visage que d’après les données d’une interminable série de miroirs défor mants. .
Nous ne pouvons accéder qu’à des connaissances relatives éminemment trompeuses et dont le champ étroit pour l’immense majorité des hommes ne s’é largit aux yeux des pionniers de l’évolution que pour leur montrer ironiquement la subtilité du mirage universel et la tragique facétie des formes. ' . Savoir qu’on ne sait'rienl Triomphante humilité des élus de la'Voiel Croire que l’on sait tout! folie légère des papillons du jardin sans issue!
En général, notre individualisme nous aveugle et nous perd alors même que nous nous en défendons le plus énergiquement. Roi de la création, l’homme vautre son esprit couronné de Lumière dans les bou ges ténébreux de ses esclaves nés; il aspire sans cesse à se faire centre (de quoi?) et de plus en plus engan-. gué dans le concretqui l’enchaîne, il méconnaît l’abs trait qui l’aspire en vain et qu’il blasphème et ren1e 5
12 2 L'INITIATION parce qu’il ne peut l’embrasser et se l’asservir. Colos sale aberration qui roule dans ses remous tous les faiseurs de paradis à-leur image soit qu’ils le placent au ciel, dans un traité de philosophie ou dans une alcôve.
Toutefois, immense est le stade que nous avons déjà parcouru sur la route de Jacob qui, du noumène va au noumène par le phénomène et, parvenus à ce degré où l’intelligence épanouie sur la crête écumeuse des vagues interroge l’horizon, il est donné à quel ques—uns de prendre connaissanœdela route achevée, à l’occident de notre éveil à la vie, et de la comparer à celle qui nous reste à parcourir vers l’orient angé lique sur les ailes de la conscience acquise.
Le reflux auguste porte maintenant notre vaisseau. Mais la foi antique polarisée dans l’inertie du dogme nous décourage; la philosophie enlisée dans le maté— rialisme nous dégoûte et nous voyons le monde déso rienté se livrer à l’instinct entre Dieu qui neresplendit pas et Maïa qui phosphore. La grande avenue de la Foi, c’est l’intelligence. Fides per intellectum, a dit celui qu’on a appelé « l’Ange de l’École ».
Et voici que le prêtre aux prises avec la science matérialiste qui se flatte de ruiner le temple hermé-_ tique, ignorant qu'il en reçut la double clef quiouvre et qui ferme, qui coagule et qui résout, s’affole des découvertes modernes ou s’encanaille avec elles et, méconnaissant dans ses luttes, tout ce que lui donne rait de force triomphante le foyer métaphysique, demande pour ses controverses des clartés au soleil
LES mots ’VERTUS 123 blanc! La langue morte du phénomène différencie une fois de plus, et par sa bouche, le nombre vivant du noumène et pasteurs ignorants de brebis indociles, ils consolident en vain un refuge ébranlé hors de la pierre angulaire et méconnue du bercail.
Mais, si puissant que soit, dans les champs désolés d’Hécate, l’eggrégore noir alimenté par les rêves falla cieux de nos inconscientes turpitudes et dessiné par le pinceau même des inconséquents créateurs de Sathan, il ne vaincra pas l’éclat des saintes cohortes de JAVEHI Quand un monde involue Dieu, le brisé; Dieu nous conserve et nous évoluons I...
Il importe donc de ne pas laisser tomber dans la boue irrémédiablement enlisante, cette perle qui est la Foi.
Que l’intelligence en illustre le dogme et qu’elle se montre enfin, pierre angulaire et mystique, attrait supérieur de l‘évolution humaine, comme Nahash est l’attrait inférieur de l’involution et que, dans son rayonnement, apparaisse son propre verbe : la Charité, afin que, de cette dyade sublime, naisse le souffle puissant et réintégrateur de l’espérance dans l’ordre auguste du Ternaire Divin. 01 on /La Foi. Un don ?
Mais le Christ dit à l’humanité, Samaritaine au bord du puits : Si SCIRES donum Dei.’ Ce don appelle “donc la connaissance de sa nature et cette connaissance ouvrira la voie qui mènera l’homme à la Vérité source de la Vie. Il est de brèves lignes que récite le prêtre chrétien et catholique à chaque aurore sans être foudroyé par
124 L’lNlTIATION l’incomparable lumière qui s’en dégage et sans se rendre compte que la raison canonique qui a fixé la lecture de cette page après l’ite missa est réside dans son caractère exclusivement initiatique. C’est, en effet, dans ces lignes admirablement syn— thétiques que le grand kabbaliste chrétien saint Jean a condensé tout l’ésotérisme de la révélation chré tienne. De tout principe (1) le VERBE ÉTAIT.
Et le Verbe était Dieu, car il était contenu en Dieu enpuissance. Voilà ce qui existait en principe dans la potentzalite’ divine. Tout ce qui existe est l'œuvre de l’efl’usion du Verbe et rien n’existe qui ne soit son œuvre. L’es sence de la vie étazt en lui—même et cette essence de la vie estla Lumière qui va éclairer l’homme. Mais la Lumière va luire dans l’obscur chaos et, en efl'et, les ténèbres ne l’ont pas comprise, en sa nature.
Voilà bien clairement exposées les données princi pales du mystère de l’Etre. ’ En son inaccessible principe l’Absolu que, fidèle à toutes les traditions, Jean nomme Dieu. Cet absolu échappe à toute conception passée, présente et future, il est incognoscible. Jean l’affirmera plus loin lors qu’il dira (v. 18) :Personne n’a jamais vu Dieu; c’est son Verbe, son fils unique consubstantz‘el à lui—même qui l’a manijèsté. Et par quel moyen ?
Jean l’a dit .plus haut : par son effusion principe, de tout ce qui existe et essence même de la Lumière. (l)"Ev ’Apyj et non pas « au commencement » comme tra— duisent les paroissiens au mépris même du latin: « In prin— cipio ».
LES TROIS VERTUS 125 L’Incognosciblé a pensé des puissances qui pense ront des êtres qui, à leur tour, rêveront des formes que concrètera l’attract originel du désir en les évo— luant dans le champ décevant des métamorphoses sensibles.
Désormais le chaos, ce fruit défendu offert par le serpent astral à l’ange de Lumière, grouille dans les abîmes de l’Ether sous l’œil d’une promesse, celle du retour à l’absolu par l’échelle infinie des tra vaux cosmiques et des évolutions sidérales. In sudore vultus lui! Voilà la terre qu’il faut féconder de sueurs et dépouiller de ronces, voilà l’enfantement de dou— leur qui déchirera désormais le sein fécondé de Maïa. Unité, Dispersion, Retour.
Telle est la loi qui régit le mystère invo-évolutifde l’élément adamique tombé de l’homogénéité, édénique et destiné à la réintégra tion dans l’unité Zodiacale reconquise. Mais comment se fera cette œuvre colossale de réintégration nécessitée par une dispersion criminelle, fruit de l’égoïsme pervers ? Ecoutons saint Jean. Une nouvelle révélation des grands mystères est proche, révélation d’amour que consacrera l’apothéose du,sacrifice.
Déjà le Thau mys— tique dessine à l'horizon son signe éternel. Le micro cosme humain en illustrera de nouveau le sens régé néré dans les indissolubles noces du contact formel et du sang, et voici qu’un intelligent du Verbe se lève et l’annonce : « Jean-Baptiste reçut la mission divine de venir rendre témoignage du Verbe Lumineux afin que tous eussent foi en ce Verbe, selon son témoignage. « Ce n’était [as luiqui était ce Verbe Lumineux,
126 L’INITIATION mais il en était seulement l’attestateur. Et cette Lu mière était la véritable, celle qui éclaire tout homme venant en ce monde (des effigies).
Elle était immanente dans l’univers et c’était elle qui avait confectionné ce monde qui n’a pas reconnu le Verbe venu dans son propre héritage et rejeté par les siens. » Remarquons en passant combien saint Jean insiste pour faire bien comprendre que la clarté physique est l’envers de la Lumière métaphysique et ne peut la voir de ses yeux actuels.
Inutile de faire un rappro chement entre ces paroles et les enseignements de la Kabbale, il s’impose de lui-même. L’évangéliste con tinue : « Quant à ceux qui accueillirent le Verbe, ils reçu rent de lui lafaculté de devenirfils de Dieu par leur foi en son nom. Et ceux-là sont ceux qui sont nés de Dieu et non du sang, de la volonté de la chair, ni de . la détermination humaine.
Et le Verbe s'est révélé ainsi dans la chair, et il a élu domicile en notre na ture humaine et nous avons vu sa gloire semblable à celle qu’aurait le Fils uniqueplein de grâce et de mé— rité du Père Essentiel. Jean l’atteste en déclarant bien haut: Le Verbe était ce que j’ai dit, celui qui doit venir après moi A ÉTÉ FAIT avant moiparce qu’il existait avant moi.
Et nous avons tous été partici— pants de sa plénitude, don gratuitqui lui appartient, dont Moïse a été missz’onné pour transmettre la . norme et que Jésus-Christ a confirmé dans la Vérité. Personne n’a jamais vu Dieu, c’est son Verbe, son . fils unique consubstantz’el à lui—même qui l’a mani— festé. »
LES TROIS VERTES 127 Quoi de plus complet ? L’lnefl’able Absolu est dé signé par l’évangéliste qui l‘adore dans son éternelle impénétrabilité. Le Verbe est proclamé selon la loi de sa processidn et de son effusion.
L’involution est clouée au pilori de son incompétence, fruitde la chute adamique, et voici maintenant la voie évolutive ou verte par le Verbe lui-même qui infuse à ceux qui le reconnaissent en eux-mêmes, le sens de la réintégra tion adamique clairement indiquée dans son moyen unique : Deuenirfils de Dieu. Comment, en prin cipe? En croyant au Verbe et en marchant dans sa voie. Et qu’y a-t—il de commun entre l’homme et le Verbe?
Nous sommes des parcelles de sa totalité. — « Kat‘t ëx «coïî nÂqpéya-roç att’rroü '}1p.eï<;7roivra; êÀoiÊopsv. DE ple niludine ejus nos omnes accepimus ».
C’est dans ce sens que l’apôtre dira plus loin dans son évangile que Jé- » sus, incriminé de blasphème par les pharisiens qui l’accusaient d’usurper le nom de Fils de Dieu, leur répondit : N’est—il pas écrit dans votre Loi : « Moi, Ihoah, je vous ai dit: Vous êtes des Dieux!» (1) C’est donc en nbus ai‘franchissant de la domina— tion du « satellite noir » sous toutes ses formes que nous réintégrerons la vraie lumière du Plérorne, corps glorieux et homogène d’Adam.
Or, si nous sommes des parcelles étincelantes mais obscurées du Verbe complet, notre origine à tous est la même, notre patrie identique, une seule lumière peut nous éclairer: la Foi; un seul lien nous réunir pour refaire au Verbe (l) PsÎ d’Asaph. LXXXII, v. 6.
1.2 8 L’INITIATION de Dieu, à notre Verbe ancestral, son intrégralité sainte: L‘Amour ! La Foi est donc un don gratuit, inhérent non à la matière elle-même, non à la vie inconsciente de ses puissances, mais à l‘essence primordiale de la vie, à l’étincelle du plérome, partie du foyer naturant pour 'la périphérie naturée, des effluves glorieuses de l’ab— solu pour les ombres moutonneuses du relatif dans l’incarnation.
La nature entière a la foi instinctive et la lente évo lution de ses règnes le prouve; dans les ombres de l’objectivité cette foi inconsciente se traduit parl’obéis sauce aux lois ascensionnelles et prépare le terrain à la Foi libre, consciente, éclairée, susceptible de s’épa nouir dans l’esprit de l’être intelligent qui saura en écouter les inspirations.
L’homme arrivé à ce degré d’évolution a toujours chanté dans tous les idiomes lagloire de l’idée si bien exprimée par les « Orphica »: « Zeus est le premier et le dernier, la tête et les membres, l’origine de toutes choses, mâle et femelle, support des cieux et de la terre, souffle des êtres, com— mencement et fin de tout! » « Je suis l’Alpha et l’Oméga, le principe et la fin, la.
Vérité, la Voie et la Vie! » a dit Notre Seigneur Jésus-Christ. ’ Est-il besoin de comparer ? La philosophie du Verbe divin n’est—elle pas celle d’Hermès, origine de la philosophie mosaïque P Aussi saint Augustin en rend témoignage lorsqu’il dit: « Ce qu’on appelle aujourd’hui Religion chrétienne n’a jamais cessé
LES TROIS VERTUS 129 _.——v-- <y_-.va : æ-;].,. d’exister! » Et, quand Tibère fit étudier le culte chré tien en Egypte, ses envoyés lui répondirent qu’on ne pouvait que constater sa similitude avec le culte Isiaque. D’autre part, saint Jean reçut ordre de ne pas sceller son livre apocalyptique qui contient toute la révélation du mystère zodiacal.
Tout cela prouve que la science complète la Foi « C’est là, disait le théosophe Jacob Bœhme, l'aurore et le point du jour magnifique de Dieu, auquel tout ce qui est engendré de la mort pour la renaissance de la vie sera réhabilité et s’élèvera de nouveau. » (A u rore naissante, sect. 69.) L’exotérisme catholique, il est vrai, ne comprend pas ainsi la Foi.
« Tel que nous le connaissons au jourd’hui, dit le comte de Maistre, il n’est qu’une véritable loge bleue faite pour le vulgaire, mais il dépend de l’homme de s’élever de grade en grade jusqu’aux connaissances sublimes telles que les possé daient les premiers chrétiens qui étaient de véritables initiés, car sa doctrine est un mélange de platonisme, d’origénianisme et de philosophie hermétiquesur une base chrétienne, et il est possible à l’homme de se mettre en communication avec le monde spirituel, d’avoir un commerce avec les esprits et de découvrir les plus rares mystères. » ' Le mystère, en effet (de pufisw, fermer, et G‘rtiy.ot, bouche) n’est pas ce qui est inaccessible, mais ce qui ne doit pas être publié, « mysterz‘a chartis non com mittenda », disait Origène réfutant Celse.
Les écrits de saint Clément d‘Alexandrie et de saint (Syrille attestent la réalité des Initiations aux premiers siècles ' _"’_v s» . . ,. u ..,»,...1. ...7..,.... , . .,,, .. ..
130 LÏNlTIATION de l’Église. Et combien de grands génies eussent été chrétiens de nos jours si l’Initiation leur eût ouvert’ » les yeux ! L’exotérisme chrétien fait, au contraire, de la Foi, un don arbitraire de Dieu fait à ceux—là seuls qui abdiquent leur raison, se basant, peut-être, sur une mauvaise interprétation de saint Paul qui dit que Dieu donne et retire la foi àqui il lui plaît.
Sans doute,quand le Dieu qui esten nous en puissance - oublie dans la matière ses devoirs envers la Divinité qui est sa source et sa vie, la foi s’obscurcit et se retire du sous-multiple indigne que les instincts dominent et la science n'étant pas accessible au vulgaire, la -confiance doit guider sa religion, mais il ne s’en suit pas de là que l’accès du sanctuaire soit fermé aux initiables.
Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même, qui a promis le royaume des cieux par réintégration en rmode passif aux humbles par l’esprit, n’a en garde d’oublier de dire que les violents l’emportent d’assaut, « wolentz’ rapiunt illud. » Mais lui-même ayant, par une suprême abnégation pratiqué la réintégration en mode passif, insisté vo lontiers pour que la Foi résulte d’une confiance absolue plutôt que de la science.
« Credz’dz’sti, Thomas, quza vidz’stz’, bea!î autem qui non nz'derunl etfirmiter cre diderunt. » L’exotérismé, qui y trouve son compte, a fait un dogme sans issue de ce doux conseil de l’abandon confiant et sans recherches, et voilà pourquoi devant la marée montante de l’incrédulité et du matérialisme, .{Ié prêtre est désarmé dans son ignorance profonde
LES TROIS VERTUS 13 1 6 : * des secrets même de ses propres autels, oubliant, mé— connaissant même qu’il n’en a pas toujours été ainsi, carl’lnitiation aux mystères du Père et du Saint-Esprit était notoirement pratiquée par la primitive Église. « Recedunt catechumani et non initt‘ati, » disait le diacre avant les mystères.
Ne croit-on pas entendre le « Procul o procul este profani » du mystère du rite étrusque à Rome et l’ëxàç, Éxâtç ’éc‘rs jiz’61flmt que l‘hiéro ceryce clamait à Eleusis pour le même objet?
Plus près de nous nous voyons Gerson, dans un discours au Parlement, dire au nom de l’Université de Paris : « Je suis celle qui premièrement en Adam fut inspirée en sa nouvelle création; je fus celle fon dée et renouvelée en Égypte par Abraham et autres fils de Noé, puis transportée à Athènes et nommée Pallas ou Minerve, puis vins à Rome quand Cheva lerie y seigneurait, puis par Charlemagne le Grand, fus plantée au grand labeur en France dans la cité de Paris. » Et dans un autre discours à Benoit XXII[ le même Gerson représente « cette Université comme cet arbre de Science que Dieu planta de sa main au milieu du Paradis terrestre et les quatre facultés comme les quatre grands fleuves sortis du pied de ce même arbre pour porter partout fertilité et abon-. dance. » Pauvre Université 1 qui a mérité de nos jours qu’un prêtre plus éclairé que ses confrères dénonçât, dans un mémoire aux évêques de France et aux pères de famille, la guerre qu’elle fait à l’Église et à la Société par son monopole dans ces termes remarquables : « L’Église a une philosophie, qui seule, donne la
13 2 L’INITIATION solution du problème du monde social; elle a une littérature divine renfermée dans les livres que le Pontificat comprend pleinement, qu’il peut seul ex plique! et interpréter; elle a une poésie dont les pos sesseurs du monopole n’ont pas l’intelligence; des dogmes explicateurs des phénomènes physiques, psy chologiques, géologiques; des dogmes positifs et di vinement inspirés sur l’état primordial de l’homme et de la nature; seule elle connaît les causes vérita bles de l’altération et de la dégradation des choses.
Il y a pour l’Église une physique sacrée, des notions théologiques certaines sur l’action des causes secondes. Il n’appartient donc qu’à l’Épiscopat d’organiser un système catholique d’instruction pour la jeunesse du royaume. » (Abbé Combalot.) Eh! oui, il est évident que l’Église a entre les mains le dépôt de la Pansophie hermétique, mais qu’en fait-elle?
Il est permis de se le demander de vant les luttes du temps présent et les coups de bélier de la soi-disant science actuelle à laquelle elle em prunte ses dernières armes de combat quand, d’un mot, elle pourrait ouvrir l’horizon aux savants de bonne foi et empêcher que le découragement des chercheurs de la vérité trouve loin d'elle le naufrage qui attend leur barque sans boussole.
Fut-ce la seule foi « du Charbonnier » qui produi sit la lumineuse armée des martyrs et qui enseigna à quelques-uns l’immunité de la douleur par la‘ pro jection de leur aérosome? Mais quelque poids qu’aient ces considérations, la Foi, confiance aveugle des humbles ou vertu ignée ‘ \
LES TROIS VERTUS 133 des forts, est toujours la Foi, Lumière de Dieu des tinée à éclairer l’homme et à lui faire savoir d’où il vient et où il va et par quel moyen il doit, de toute nécessité, progresser vers le but éternel auquel tend l’évolution de son principe spirituel.
Pour le fidèle de l'exotérisme, il y a un danger double : le premier est la routine, en style de chaire, la tiédeur; le second, moins dénoncé et pourtant si patent, est l’adaptation de l’œuvre, cette activité de la Foi à unidéal faux, étroit, dans lequel entrent la ri valité des chapelles, les petits intérêts, l’égoïsme, les petites passions, et, faut-il le dire... une véritable ki nésithérapie à l’usage des gens qui ont besoin d’exer cicel La Foi ésotérique n’a pas à compter avec de pareilles petitesses.
Celui qui SAIT a sans cesse devant les yeux le mot flamboyant, le quintuple rayonnement mys tique. Son adoration est un abîme, sa charité un univers, il sait que l’orgueil est la plus insigne et la plus stérile de toutes les folies; il croit, il aime et ré. pand en silence sa foi et son amour. Car le rêve de l’incognoscible fut un songe d’a mour !
La Pensée voulait la pure réciprocité de son rayon, mais le rayon rêva à son tout l’étreinte obs cure, et le serpent astral déroula ses anneaux indé finis, chaîne ininterrompue et laborieuse de descente et d’ascension, véritable échelle de Jacob, canal du flux et*du reflux des vibrations de l’astre noir quela forme révèle par l’illusionnante, matière et dont le destin est de gagner à la sueur de la lutte colossale, mysté rieuse et apparemment décevante de la vie cosmique
134 L’INITIATION le pain mystique du véritable amour reconquis, voie unique de la réintégration finale.
Aussi tandis que l’exotérisme chrétien sollicite le pain quotidien. le vé ritable initié rétablit dans son sens réel la prière mes sianique et dit avec l’éyangéliste : « panem nostrum supersubstantialem.’ » Si la foi sort de la racine même de l’Être, l’activité est son essence sur tous les plans de l’univers, car le repos n’existe que dans le Nirvâna de l’absolu :l‘en— vers de cette activité, sa mort qui entraîne celle de la foi,c'est l’égoïsme et l’intérêt.
Mais l’autre côté, la face divine et éternelle de cette activité utile, néces— saire, indispensable, c’est le contraire de l’égoïsme, c’est l‘amour, la charité, l’altruisme. Aimez Dieu par dessus tout et votre prochain comme vous-même, et dit le Seigneur, voilà toute la loi et les prophètes.
Il n’est pas difficile, par l’intelligence de ce que nous venons de dire et de ce qui nous reste à dire, de com prendre qu’en effet celui qui possède bien l’esprit de ces paroles possède dans sa plénitude le sens de la Loi et des Prophètes. L’amour de Dieu, qu’est-ce autre chose que la verti gineuse et consciente attraction de l’Esprit par le gouffre adorable qui l’a engendré et qui le rappelle à Lui!
Si l’Esp’rit avait gardé la pureté première de la Lumière, il n’apporterait aucun retard à cette heu reuse réunion finale. Mais sa chute dans la matière lui a imposé une loi dure de progression: la lutte. Et la lutte devient parfois si pénible que la matière l’em porte sur l'Esprit et le retarde dans sa marche incer tame.
LES TROIS VERTUS 135 C’est ici que doit intervenir dans toute sa force, cette effervescence immédiate de la Foi, la Charité qui consiste à se donner fraternellement la main dans 'toutes les mêlées de la vie pour se soulager mutuelle ment du fardeau parfois mortel et permettre à l’indi vidu et au‘collectif de ne pas oublier dans la misère du corps l’avenir de leur âme.
Une erreur bien cléricale c’est de prêcher l'égoïsme en matière de salut et de croire qu’on peut progresser :seul vers le Divin dans l’oubli du progrès de ses frères. L’erreur opposée est une tyrannie perfide nommée dans certains milieux religieux«correction fraternelle» et dont la délation à jet continu alimentée par des moyens peu dignes fait, en somme, tous les frais; c’est moins féroce que l’lnquisition du moyen âge mais c’en est une forme.
Au milieu de ces deux excès siège la vertu modeste qui prêche et corrige d’exemple, elle est peu en honneur et le silence des rares qui la pratiquent la rend encore plus invisible.
En résumé la Foi se complète par la science des lois de l’évolution universelle vers l‘Absolu, elle jaillit alors vraiment de la racine de l'Être, ellevoit claire— ment le but qui ne peut être atteint par les collectifs humains, fragments de la plénitude du Verbe de Dieu, destinés à reconstituer cette plénitude dans son inté vgralité première, qu’en se donnant la main pour le même idéal sur tous les plans de l’univers dans l’amour, c'est—à-dire dans la Charité. n un La Charité apparaît donc comme la deuxième per—
136 L'INlTIATION sonne de cette trinité de vertus justement nommées théologales . Vue de cette hauteur, la Charité n’est pas un senti ment vertueux, c’est un bélier de combat qui doit for cer les portes du Règne, une chaîne magique qui lie indissolublement au Salut toutes les fragmentations de l’homogène Adam. C’est assez dire qu’en dehors de la Foi il n’y a point de Charité dans le sens réel et évolutif que dynamise l’intelligence.
Le fruit immédiat de la chute a été la tendance promptement invincible du verbe fragmenté à se divi ser de plus en plus jusqu’aux bornes hyliques les plus lointaines.
Son abaissement dansl’égoïsme fut le châ timent de son orgueil, éternelle leçon d’humilité que l’hermétisme nous donne,afin que nous sachions bien que nous ne sommes pas des verbes de principe mais de relation, et que la condition essentielle de notre évolution vers l’intégralité primitive à reconquérir, c’est l’abdication de tout sentiment d’orgueil et d’au tolâtrisme en réparation éternelle de cet originel péché.
Voilà pourquoi Jésus-Christ a dit : « Quiconque s'a baisse sera élevé et quiconque s’élève sera abaissé. » Or (et c’est là une des faces du problème du mal) tout verbe fragmentaire qui ignore cette loi ou la mé connaît garde la tendance première de la chute, qui se manifeste en lui par la soif de se révéler à soi même dans des émotions affectives de toutes sortes, d’où certaine philosophie a pu dire que l’égoïsme est le mobile prochain ou éloigné de tous les actes humains sans en excepter l’exercice de la charité elle même. Un acte purement humain est une réalisation
LES TROIS VERTUS 137 sur le plan palpable d’un idéal plus ou \moins élevé, objectivé dans le cerveau par le moyen de la forme extérieure. Il procède des idéaux ambiants,matériaux premiers de la conception idéale individuelle, de l’in . telligence qui raisonne cette conception, du corps astral médiateur qui l’irradie et des organes qui la réalisent et en perçoivent les contours.
L’acte pure— ment humain est toujours égoïste et diamétralement opposé à l’acte divin parce que l’homme,étant un être fini, ne peut projeter d’idées que par voie réflexe, tan— ‘ dis que l’Absolu les projette par voie directe.
Refaire à l’Absolu l’idéal que l’Absolu a naturé, voilà la tâche de l’être humain qui, loin de la remplir en élevant le moi fragmentaire au soi pléromatique, n’aspire au con traire, dans ses actes, qu’à glorifier son individualité en involuant à son profit quelque chose de la norme ascensionnelle dont il souille le mystère dans les fanges de son ego, que cet ego s’appelle un homme ou une secte, un individu ou un collectif.
C’est ainsi que les théories sont toujours belles, éblouissant les simples toujours trompés et asservis par les syco phantes, qui s’en font un marchepied. Loin de comprendre la loi vraie de la solidarité uni verselle en ce siècle de syndicats,nous avons simple ment déplacé le vice individuel pour en faire un vice collectif.
' S’il est vrai qu’une âme saine a besoin d’un corps sain, dans une société harmonieuse ou qui se pré tend telle,une institution qui doit être vertueuse, c’est bien celle qui a pour but de combattre la misère. De même que dans le corps humain il y a des cellules
138 L’INITlATlON de toutes sortes synarchisées en vertu d'une même loi: l'équilibre, de même le corps social doit équilibrer tous ses membres et veiller à la sauvegarde matérielle de ses individus afin de purifier son astralité globale et de préparer par la fraternité l'harmonie de son dé— veloppement psychique. Au moins devrait-on s’efforcer de réaliser morale ment cette synthèse idéale. Il n’en est rien.
L’orgueil humain d’une part, la Foi mal comprise, d’autre part, ont généré ces deux plaies que Balzac appelle rait de leur vrai nom : Le philanthropisme et le cha ritisme. Mais le plus monstrueux de ces deux ulcères est encore le premier. La marée des œuvres nous submerge, et la misère augmente dans des propor tions effrayantes.
La question économique du capital et du travail mise momentanément à part et la situa tion prise telle qu’elle est in globo, la révélation serait foudroyante d’un statisticien qui, chiffres en mains, montrerait jusqu’à la dernière évidence que le revenu annuel et global des œuvres de toutes sortes égale— ment reparti entre les pauvres avérés, serait supérieur à leurs nécessités. Et les pauvres continuent à mourir de faim !
Quel est donc le gouffre qui annihile cette force drainée chaque année par les « œuvres P » Phi lanthropistes c’estl’oacuan.g charitistes, c’est l’ORGUElL. Ce n’est pas pour les pauvres que vous faites des œu— vres, mais pour votre orgueil, pour votre vanité, idéal inférieur de votre égoïsme féroce, minotaure hypo crite déguisé de bienfaisance ou de religiosité. Quel être plus odieux qu’un philanthrope, plus encombrant, plus pufiiste, plus dur pour les siens, plus injuste
LES TROIS VERTUS 130 pour son entourage ? Prenez votre part de cela, charr tistes qui éclaboussez d’aumône la face de la sainte Charité ! Trouvez plus pécore qu’une dame de charité et j’élargis le pilori des perruches patronnesses de leurs encombrants falbalas.
Vicomtesse de T., votre père est mort de misère dans une hutte pendant que vous trôniez dans un bal de bienfaisance! marquise de B. votre neveu crache ses poumons en jouant du trom bone dans les cours pendant que vous paradez dans un bazar de charité; j’en citerais ! a. nu ‘Soiw"&L1’zoÿcwn’m«.,..‘ - cm...h' .u.J 9 "’ lbdna&nbkiâmÏlœà Iûnmi chwhw 'I = ' ' " ‘rr..r« '...w...i' Qw.IwICÔ‘I ç...«.cÏi«'4> ’ ‘ fut-1??1nl‘laÿî " ' W “L _ (u. ’<; / ,V x » . gvÿnÂ')’W‘)a nBl"Mflcu33 1.-..4 l'mw'vau3’W colledÎvu.. (Whÿwn‘M‘hu 6‘-.’ En)o"b’tl’) _ ça au»; dieu-0h ‘Læ i—faælfi.lu»«r no'»w 5a«t m' È4’g:__ *' ’ p.4.‘à.7’.w.êÆ... "4 —; 4 Et vous prétendez exercer la charité ! Serait-ce pas des charbons ardents que vous amassez sur votre tête,
140 L’INITIATION selon la parole sacrée? Songez aux {catastrophes qui rétablissent les normes violées au moment même des bénédictions agnostiques et sans doute imprudentes comme le. jeu d'un enfant avec le feu. Le philanthropisme contemporain n‘est-il pas un instrument de règne ?
Quel mérite un prince de l’agio tage a-t-il à fonder un hôpital et à secourir l’indigence qu’il a créée et entretient et n’est-ce pas là pour lui faire la part du feu et s’assurer contre le pillage et les éventualités de l’émeute de ses esclaves affamés P Qu’est-ce que cette armée de ronds de cuir, vermine du philanthropisme officiel quien dévore les ressources les plus nettes ?
Qu'est-ce que cette capitalisation énorme et féodale de la charité publique en des bas tilles inaccessibles qui appellent un 14 juillet de la pudeur? Le Dame de charitisme est-il autre chose qu’un sport d’un genre particulier très curieux à étudier sur place, si intéressant que la plus petite bourgeoise n’a d’autre idéal que de jouer à la grande dame et d’avoir ses pauvres et ses œuvres pour qu’on dise autour d’elle: Cette bonne madame une telle!
Ses chantés ne sortent pas de sa poche, néanmoins; elle les tire judicieusement de la poche des autres par des de mandes sans discrétion faites avec des fautes d’ortho graphe à tous ceux qu’elle connaît ou non, sur papier héliotrope à coins dorés; pour les objets confection nés, ses bonnes surchargées pourraient en indiquer la fabrique.
L’ornithologie de la décadence morale d’un peuple a là un type à fixer, tête vide et cœur sec sous un plumage chatoyant d’orgueil, perruche caqueteuse --um|——»
LES TROIS VERTUS 14.! et immorale qui met aux enchères à son comptoir des noyaux de cerises qu’elle vient de sucer et qu’achète iont des bêlitres flirteurs et plus immoraux encore pour en faire faire des épingles de cravate, de jabot plutôt, puisque nous sommes dans l’ornithologie.
Charitistes de toutes sortes, comprenez donc si l’orgueil n’a pas fermé votre entendement à jamais, que la première de toutes vos charités doit viser à la régénération de ceux'qui vous entourent immédiate ment; soyez justes,et généreux même,envers vos ser viteurs qui sont les membres de votre maison, vos domestiques /; que vous doivent-ils si vous les oppri— mez ?
Sauvez du gouffre de la misère vertigineuse vos proches parents, puis vos parents éloignés, puis vos amis et comprenez que si chaque famille riche en fait autant, le pire paupérisme, celui des déclassés aura pris fin séché dans sa racine, et alors vous n’aurez plus à lutter que contre le paupérisme vrai, celui des victimes du destin, de la maladie, de la vieillesse, de l’impotence sous toutes ses formes, et ce paupérisme—' là, la société pourra en venir à bout parce qu’elle aura décuplé, centuplé ses membres actifs, unis dans la justice et dans l’amour réciproque.
Vox clamantz’s in deserto! je le sais. L’orgueil est le plus aride des dé serts, et c’est sur son sable mouvant que vous avez bâti votre morale ; la graine ne peut germer dans de semblables sillons ! Que ferait la névrosée contempo raine qui est la dame de charité si on lui retirait la plus piquante de ses poupées: la misère P Le charitisme contemporain tire ses ressources d’une seule mine, féconde certes, la vanité. Il draine
I 42 L’INITIATION l’argent, ce sang social. Il l’immobilise. Il crée un engrenage de réciprocité mondaine tyrannique, source d’injustices cachées et profondes. Il ment au principe en faussant son essence et, par son apparente fécon dité, voile la purulente misère et la rend inférieure à la pitié. Il génère et entretient une misère particu lière, celle de la famille; il est une calamité sociale, une véritable lèpre contemporaine.
Non pas que quelque bien ne sorte pas de tout ce mal, mais ce bien est impuissant et il est quelconque. Il me suffit de rendre hommage en passant, sans les nommer, àcertaines œuvres vraiment chrétiennes pour montrer que ce fumier même a des coins fleuris et odorants de la bonne odeur de Jésus-Christ.
Mais ouvrez les caisses de ces rares œuvres, vous n’y trou verez pas un sou; ceux que presse la Charité de Jésus-Christ, en vérité, sont des imprévoyants su— blimes. La Charité vraie, efflorescence de'la foi intelligente a un double objet: l'âme et le corps. Assainir les corps, c’est assainir les âmes, et ceux qui connaissent les lois occultes de la reversibilité savent que l’in gratitude elle-mème enrichit la Charité dans ses mé rites.
La charité, c’est la Foi mise en œuvre par l’union étroite des verbes fragmentaires humains dans l’amour complet et réciproque équilibrant les droits et les devoirs des êtres humains les uns envers les autres en vue d‘une évolution plus rapide des grands collectifs spirituels incarnés, vers la réintégration dans l’homogénéité adamique. La misère et la richesse sont deux gouffres; le ma
LES TROIS VERTUS 143 f - térialisme naît de celle-ci, l’athéisme sort de celui—là généré par le blasphème qui rend Dieu responsable de l’iniquité de l’homme qui prend son Nom en vain.
Tout chrétien qui ne comprend pas que son devoir est de pratiquer autour de lui la charité intégrale, complète, obscure, dans la foi éclairée et le renonce ment absolu, tout chrétien qui fait de'la charité un sport, une vanité, un attrait mondain, une gymnaS— tique hygiénique, un foyer de contrastes émotifs, n’est pas seulement un clérical dans le sens étroit et égoïste du mot, c’est un insensé et c’est un malheureux.
Quant aux philanthropes, ils ne méritent quela cin glante ironie d’un Balzac et d’un Dickens. ' Mais je leur demanderai alors quelle est leur ES pérance? Trouveront-ils sur les lèvres du Christ une parole qui la leur promette ?
Qu’ils méditent, malgré leur ignorance, les enseignements de Celui 'qu’ils nomment leur Sauveur et qu’ils me disent s’il a été promis au vent autre chose que la tempête, aux œuvres du monde autre chose que la vanité du monde et aux trésors amassés un autre destin que celui de la rouille et des voleurs ? Non, le Consolateuf promis par Jésus-Christ n’est pas encore arrivé.
Il est loin encore, sans doute, car il doit être l’Amour complet, ce souffle roulant qui intégralisera la suprême assomption de l’Eggrégore des Elus du Verbe. Et c’est de celui-là qu’il a été dit pour la condamnation des proditeurs de la norme ascensionnelle : « C um uenerit, arguet mundum de peccato et de Justicia et de Justicio ./ » (Jean, 16, 8.)
144 L’INITIATION La clarté alors sera faite par lui sur l’évolution, son sens et ses moyens. Est-il besoin pour l'homme de foi d’attendre cette confirmation suprême?
Non, tous les grands révéla teurs ont annoncé et enseigné la nécesstté absolue de la Charité complète, et saint Paul affirme que sans la charité un ange lui-même ne serait qu’une vibration dépourvue de sens. * 4 c Si donc le sens de la Foi est bien compris, si la Charité qui en résulte est bien pratiquée, le binaire auguste enfante le ternaire consolant et l’Espe’rance apparaît et rayonne, étoile d’or sur les flots troublés de Maya.
L’Espérance procédant de deux Vertus est une force qui doit pousser victorieusement la nef humani taire vers le port divin, mais elle ne sera vraiment une Vertu que si elle émane de deux vraies Vertus et non de l’ignorance d’une part et de l’amateurisme de l’autre.
Sans ces trois vertus principales, théologales, que sont les vertus secondaires autre chose que des ques tions de tempérament en’ dehors de tout mérite P Satellites, elles relèvent uniquement de la pratique intelligente du ternaire: Foi, Charité, Espérance et sont stériles hors de son influence suprême.
Que mes frères en Jésus-Christ ne prennent pas un verbe de foi pour des paroles d’anathème ; humble étu diant et non pontife, l’auteur de ces lignes est parmi eux le plus indigerit de mérites, loin de vouloir ‘les. molester il ne veut que les aimer jusqu’à... la vérité et
LE MAITRE SECRET 145 ."I"IÜ'" ne peut que réclamer pour lui l’application de ces pa roles du Messie Réintégrateur : « Ma doctrine n’est pas ma doctrine et la parole que je vous ai donnée n’est pas ma parole ». Gloire en soit à jamais à Jeschua ! LOUIS La LEU.
LE MAEH’ÏËRE SE@REËE DANS LA FflAN@°MAŒ@NMEME ÈŒŒ88ALSE Le grade de Maître Secret est le premier des degrés israélites qui comprennent les 4°, 5°, 6°, 7° et 89, fai sant suite aux grades symboliques et qui sont suivis des grades pris à l’llluminisme allemand. Le t"degré symbolise par le sens de son mot sacré le principe mâle, le principe viril jouissant de la puissance géné ratrice (i).
' Le 2° symbolise leprz’ncipeféminin (2) en opposi tion avec le précédent, offrant ainsi les deux termes nécessaires à toute génération que nous présente le 3° degré, symbolisant à son tour cette génération par (l) 7y'3, se compose de 3,, signe paternel et viril et 7*;, tout ce qui Jou1t d’une grande puissance génératrice. (z) "137 de J, idée de matrice, cte’is; i présente l‘idée de féminin; 1; corporalisation, matérialisation, création d'un être physique.
146 L’INITIATION la renaissance d’Hiram dans la personne du nouveau maître (r). Nous avons donc appris dans ces trois grades que toute chose est le produit de deux contraires et qu’en retour deux termes contraires sont équilibrés par un troisième qui est leur produit.
Le mot secret de Maître secret nous dit que le Iod, le symbole de toute puissance manifestée, le signe de la puissance d’être est le Seigneur Suprême, le grand ressort, si l’on peut s’exprimer ainsi, le créateur de l’Étre—Étant, c’est-à—dire de tout ce qui existe (2). C’est sous une autre forme ce que nous a appris le 3° degré.
Enfin le mot de passe nous dit que le maçon du 4° grade se trouve baigné d’une lumière intense, grâce à l’enseignement que lui a donné le mot sa cré (3). ” C’est dire qu’il est sur la voie de la découverte de la Parole Perdue au 3" degré du sens du mot de passe du Maître (4) qui s’est égaré dans le cours des siècles étouffé par le fanatisme, les préjugés et l’ignoran t15me. (1) ":ma génération; de nn,principe femelle de la généra tion, et 73,, naissance, extension génératrice. (2)]‘11fl'711N'7 c’est-à-dire l’lod (signe de la manifestation potentielle, de la puissance d’être, de l‘Etern‘ité, symbole de toute puissance manifestée) est le Seigneur suprême, de l'Etre— Étant (Ame universelle). (3) '1’7‘1'Ü7, éclat très lumineux, réverbération intense de la lumière. (4) -pp"7:an toute force rayonnante, dilatante, le courant ascendant et descendant de l’Ame Universelle, qui se trouve saisi, aggloméré, condensé par l’Opérateur, ici le M.‘..
LE MAITRE SECRET 147 Alors intervient le signe du grade qui lui recom mande de garder le plus absolu silence sur ce qu’il va apprendre. Nous entrevoyons déjà la découverte que nous allons faire du mot sacré de Rose -j— Croix qui va nous donner la théorie du secret de la Toute«Puis— sance de ceux qui sont parvenus à l’Adaptation, puis à la réalisation du Dogme Maçonnique. Mais notre ambition ne va point jusque là.
Epurons d’abord nos sens, élevons nos cœurs, comprenons et pratiquons cet amour envers l’humanité dont on nous a parlé quand nous étions compagnons.
Pratiquons la Charité la plus sincère et la plus large envers tous nos frères; pardonnons-leur leurs fautes pour qu’à leur tour ils nous pardonnent les nôtres; soyons doux et humbles de cœur, « cherchons premièrement, comme dit le Christ, le royaume de Dieu et sa justice, c’est-à dire l’Amour et le Pardon, et tout le reste nous sera donné par surcroît.
Car que sert de recevoir un enseignement philoso— phique si nous n’étudions point la Morale, et com ment étudier la Morale sans la mettre en pratique P De même que l’homme physique est le produit de la génération physique, de même l’homme moral est le produit de l’idée de Bien et l’idée de Mal, équili brées par la Conscience.
Et c’est justement ce sens intime que nous devons développer, épurer, c’est [à la Véritable Temps que tout maçon doit chercher à édifier. Alors, quand les fondations en seront solidement établies, quand la construction commencera à s'élever imposante et in
14 8 , L’INITIATION destructible, alors le maçon sera. comme le lui indique son mot de passe, inondé d'une lumière intense, la lumière de la Justice et de la Charité. Que de difficultés pour arriver à cette perfection! que d’efforts n’avons-nous pas à faire sur nous-mêmes pour vaincre nos mauvais penchants et pratiquer vraiment la Sainte Fraternité !
Mais là où chacun de nous sera faible, unissons nous pour être forts et corrigeons-nous les uns les autres, donnons des conseils à tous et acceptons en de chacun ; ayons entre nous une mutuelle confiance; pratiquons la justice non seulement dans la Loge, mais encore dans la vie profane, non seulement en vers nos frères, mais encore tous ceux qui sont hommes comme nous; chassons l’orgueil, la haine et l’envie; répandons autour de nous l’amitié et la cha rité ; AIMONS-NOUS LES UNS LES AUTRES, et ainsi dans la théorie et dans la pratique, nous serons de véritables maçons.
ZEFFAR S;Ç: I.f: fila curieux cas de médiumnité M. de N. est atteint d’une affection dont les causes, fort discutées, rencontrent chez les médecins des avis différents. Les symptômes se traduisent par des acci dents nerveux : douleurs vives dans la cheville et la jambe gauche, démarche incertaine, douleurs d’esto
UN CURIEUX CAS DE MÉDIUMNI'I‘É 149 mac, etc. Un sujet hypnotique a dit voir, dans l’état profond de sommeil décrit par M. A. de Rochas, une luxation de vertèbre cervicale. La ve’rtèbre serait dé viée de gaucheà droite à la suite d’un effort déterminé par un objet très lourd porté sur la tête. Je n’ai pas à insister davantage sur la maladie, qui ne forme pas l’objet de ma communication.
A la suite de demandes et d’évocations mentales, Mme de N. a vu, en somnambulisme, un célèbre spé cialiste contemporain que j’appellerai le Dr C.
Différentes expériences ont été faites pour chercher à établir l’identité du D“ C., entre autres la suivante : J’ai suggéré à M'“° de N., alors qu’elle venait de nous faire une description exacte de la physionomie du sa vant défunt (elle n’avait vu aucun portrait de lui), je lui ai suggéré, dis—je, de se rappeler ses traits à l’état de veille.
Au réveil, je lui ai placé sous les yeux une page de l‘almanach Hachette où étaient-représentés le Dr C., ainsi que 15 à 20 autres portraits de mêmes dimensions; les noms étaient effacés préalablement.
M“ de N. parcourut vivement du regard les portraits figurés sur la page et, sans hésitation, posa le doigt sur celui du praticien, en disant : « Je viens de voir cette tête—là... oui, c’eSt bien cela... il est assez res semblant. » Cette affirmation est loin de me suffire et ne four nit pas une preuve palpable du fait.
La communica tion de pensées, invoquée si souvent, peut expliquer cette reconnaissanceuLà n’est pas le lieu, du reste, de discuter sur ce point, Arrivons aux faits qui suivi rent.
150 L‘INITIATION — Que faut-il faire pour la guérison de M. de N. P avons-nou’s demandé au sujet. —— Le Dr C. me dit que l’on peut apporter au ma lade de grands soulagements et une forte améliora tion à son état par des passes magnétiques effectuées d’une façon particulière. — Qui fera ces passes P — Le médium. Il n’est pas nécessaire pour cela de le plonger dans un sommeil aussi profond.
Quelques jours après cette déclaration , M“ de N. faisait une première passe et M. de N. disait en res sentir d’excellents effets. — Ne vous étonnez pas, nous avaitdit le Dr O, Si les passes ramènent chez le malade l’état aigu; le mieux se fera sentir ensuite. La Passe Je vais expliquer la passe de mon mieux.
A chaque fois on remarque quelques variantes ; l’action se porte plus particulièrement sur l’endroit le plus affecté; les douleurs locales et changeantes expliquent la diversité dans l’action.
La passe se divise en deux parties bien distinctes : Dans la première, le malade se tient debout, vêtu légèrement et présente le clos au sujet. (Ces dispositions ainsi que celles qui suivent sont, bien entendu, indiquées par le médium ) Celui-ci applique ses deux mains étendues et rap— prochées l’une de l’autre surla nuque du malade. Les pouces cherchent un instant une position exacte, sy— métrique par rapport à la première vertèbre qu’ils
UN CURIEUX CAS DE MÉDIUMNITÊ 151 .I pressent légèrement. Après quelques secondes d’arrêt, les paumes des mains se relèvent doucement de telle sorte que celles—ci, très droites et toujours rapprochées se trouvent perpendiculaires à la colonne vertébrale et dans le plan de la ligne des épaules. Les mains descendent alors Ilentement en suivant les vertèbres et en effleurant du bout des doigts les vêtements.
A la hauteur des reins, elles s’arrêtent et se posent à plat sur ceux-ci.
Quelques secondes immobiles, elles se relèvent, redescendent de 7 à 8 centimètres, s’arrêtent de nouveau et font ce que l’on pourrait appeler trois extra—courants: elles s’écartent l’une de l’autre hori zontalement d’un mouvement rapide, se replacent de chaque côté de la vertèbre (leur place précédente) s’écartent vivement, reviennent, s'écartent une troi sième fois et reviennent encore pour s’éloigner du patient, lentement, en retombant pendantes le long du corps du médium.
Les mains sont replacées presque immédiatement à la nuque, effectuent le'même trajet, mais cette fois sans arrêts ni extra—courants. La seconde partie de la passe est plus longue et plus compliquée. Le malade s’allonge sur une chaise, les pieds posés sur un support de 30 à 35 centimètres de hauteur. Le médium exige que les jambes soient nues des pieds aux genoux inclusivement.
Les bras du malade sont allongés le long du corps, les mains à plat de chaque côté des cuisses. ’ . Le médium enjambe le patient à la hauteur des genoux de celui-ci, se penche en avant et applique ses mains à plat sur les épaules, les extrémités des
152 . L’lNlTlATION [MAI doigts tournées l’une vers l’autre. Il cherche un ins tant de chaque côté du cou la place exacte des doigts, fait une courte pause, écarte lentement les mains et s’apprête à descendre le long du corps en contour— nant lentement et symétriquement les deux épaules, en suivant l’avant-bras, passant par le coude exacte ment pour s’arrêter aux doigts (entre le médius et l’annulaire).
Les mains et les avant—bras du médium sont dans le même prolongement, ce qui nécessite, de sa part, une forte inclinaison du corps. Aux doigts du patient, à la hauteur de la première phalange, sont faits trois extra-courants comme ceux expliqués précédemment. Puis les mains continuent à des cendre, dépassent les genoux de 10 à 15 centimètres et s’arrêtent de nouveau.
Elles font un quart de tour sur elles-mêmes, la face palmaire vers le médium, remontent lentement sur le dessus de la jambe; elles sont alors verticales les poucesjoints; les mains font un autre quart de tour dans le même sens que le pré cédent et, jointes, remontent entre les genoux jus qu’à 10 centimètres au-dessus, font un troisième quart de tour, c’est-à-dire s’ouvrent, et rejoignent la ligne par laquelle elles étaient préalablement passées en coupant perpendiculairement les jambes.
Là, avant de renrêndre leur route vers les pieds, elles se retour— nent orusquement sur elles-mêmes, pivotant autour du doigt moyen afin de reprendre leur position pri mitive. , Parfois, avant de descendre vers les extrémités, elles se posent à plat serrant les genoux l’un contre l’autre, où elles font encore trois extra-courants. Les
1898] UN CURIEUX CAS DE MÉDIUMN1TÉ 153 w genoux, d'après ce que je viens de dire, sont encadrés dans un rectangle qui se refait trois fois. Les mains du médium passent le long des mollets, légèrement en dessous, entourant trois fois les chevilles par des mouvements circulaires, remontent aux petits orteils - sur lesquels sont faits trois extra-courants, gagnent enfin le gros orteil.
Le médium se redresse, fait en— core deux extra-courants très petits dans le sens ver tical puis, arrondissant le dos élève lentement les mains en ayant l'air de tirer à soi un poids de vingt kilos. Cet effort que fait le sujet paraît être impor tant dans la passe, car, tandis qu’il n’a montré aucune trace de fatigue durant le traitement, il effectue ce dernier mouvement avec beaucoup, de peine.
A la hauteur de la poitrine, ses mains s’écartent, se fer ment et retombent le long du corps. Parfois le médium remonte trois fois des orteils aux genoux en contournant les chevilles en dessous et, au dernier parcours, tient l’extrémité des doigts à 3 centimètres de distance des jambes. Dans ce cas. les genoux ne sont pas encadrés. Durant le passage des mains sur les parties les plus affectées, celles—ci sont agitées de violents tressaille ments.
Manifestation psychique Le sujet plongé dans le premier sommeil, il suffit d’une ou deux passes pour qu’il soit en communica— tion avec son guide spirituel. Il tourne alors la tête à droite et me prévient que le Dr 0. est là. Ce mouvement de tête à droite est très fréquent 6
15.4 L‘INITIATION pendant les passes magnétiques; on le remarque avant chaque arrêt ou chaque changement de direc— tion des mains. Dans cet état psychique, alors que la communica tion est établie, le sujet ne subit plus les suggestions de l’hypnotiseur. Je lui commande: Venez ici, venez àmoil Ilrépond après hésitation : Je ne sais pas... je ne vous vois pas. Si je dis au contraire : Allez faire la passe !
Il tourne la tête à droite et se dirige rapidement vers le malade dans quelque endroit que celui-ci se trouve. r— Pourquoi ce mouvement de tête à droite? -—- C'est toujours à droite qu‘on me parle. —— Voyez-vous quelque chose ! — Je vois une lumière, une lueur. — Comment est cette lueur, sa forme, ses dimen sions ? Elle a la forme d’un œuf qui reposerait sur le petit bout. Elle brille d'un éclat blanc jaunâtre ; elle est dégra dée.
La teinte est plus jaune après la passe parce que je la vois moins facilement.
Cette lueur a .lahauteur d’une petite personne (14. ans environ). — De quelle façon s’établit la correspondance entæ la lueur et vous P — C’est par des vibrations qui partent de l’espace lumineux et se repêtent au—dedans de moi. — Mais comment-ces vibrations peuvent—elles vous formuler des idées P — Vous ne comprendriez pas... il n’y a pas demots pour le dire... c’est le langage universel... '
UN CURIEUX CAS DE MÉDIUMNITÉ 1‘55 —- La lumière varie-t-elle d’intensité? — Oui, elle est plus vive dans la partie supérieure, puis dégradée vers le bas un peu plus sombre. — Quelle différence voyez—vous entre les deux ré— ponses: oui et non i" — Oui, c’est plus clair en haut; non,,c’est’plus sombre... je ne peux pas dire. . . exactement. — Apparaît-il d’autres couleurs ? —- Des couleurs très variées, tout à l’heure il y avait une teinte lie de vin tout autour qui se dégra— dait vers le centre.
Cela dépend de ce qu’il me dit. Ainsi donc, en tenant compte de ces déclarations, ily aurait des rapports intimes entre les couleurs et les pensées? Mais quelles couleurs? Des vibrations de quel ordre et accessibles à quels organes ?
Serait ce une réponse, encore bien confuse, à l’étude du pro fesseur Dugas parue en octobre dernier dans les Annales psychiques : Ya-t—z’l, en dehors du langage, une communication de pensées P —— Cette tache lumineuse vous apparaît—elle plane ou sphérique ? —— Je ne vois pas d’ombre... elle est plane. — Peut-elle alors se montrer à vous «a sur tran— che »P , — Je lui demande... il dit que oui. — Eh bien P — (Etcnnement du médium).
Je me suis trompée; la lueur n’est pas plane, mais vue de côté, elle est un peu moins large que vue de face. (L’absence d’ombre est logique puisque la tache est lumineuse par elle-même.)
156 L’INITIATION Le médium voit bien par les yeux, puisqu’en pla çant les doigts devant, il ne distingue plus rien et cherche à s’élever pour voir par-dessus. V La main formant un obstacle à la vision, il m’a été facile, par des essais répétés, de déterminer très ap proximativement l’emplacement de la lueur et ses dimensions. Elle se trouve à 30 centimètres de dis tance du sujet.
La partie supérieure est à la hauteur ’ de l’œil et sa partie inférieure à 10 ou 15 centimètres plus bas que l’épaule. Elle a donc environ 30 centi mètres de hauteur. Le médium est victime d’une illu sion lorsqu’il dit la voir de la grandeur d’une petite personne de 14 ans.
Je citerai, en passant, la réponse du somnambule guérisseur de Benet (Vendée), très connu dans le pays par ses nombreuses cures, interrogé sur son sommeil postérieurement aux faits qui précèdent: « Au mo ment où je perds connaissance, je vois une lueur élec trique (P) ; c’est le dernier fait que je me rappelle. » Le somnambule qui,pendant son sommeil, s‘exprime très correctement, a, normalement l'entendement trop borné pour qu’on puisse obtenir de lui d’autres renseignements. GUS'I‘AVE FERRYS.
L’ÉTAT? sxonmaa uai.raaa‘uu unssrr PAR E. LEFÉBURE ‘ (Suite) , SUPPLÉMENT L’étude qui précède ayant été suggérée par des renseignements qu’a publiés Mme Martellet, l’auteur des souvenirs les plus intimes et les plus précieux que l’on ait sur les dernières années de Musset, il est tout naturel de reproduire ici ces détails tels que les donnent les Annales politiques et littéraires, où ils ont paru.
On trouvera à la suite une excellente notice de G. Méry sur Mme Martellet, et enfin, une lettre très inté ressante de Mme Martellet elle-même :elle a eu la bonté de parcourir et d’annoter les pages qu’on vient de lire, et sa lettre,.à la publication de laquelle elle veut bien ne pas s’opposer, corrigera ce que cette étude a d’un peu brutal par endroits.
La lettre de Mme Martellet, empreinte d’une délica tesse toute féminine, fait ressortir certaines diver gences entre les dires des différentes personnes qui ont parlé de MUsset. Au fond, ces divergences sont plus apparentes que réelles,’ et quelques mots suffi ront pour le montrer. Il est certain que Musset fut ce que Mme Martellet
'1 58 L’INITIATION l’a connu, un être foncièrement charmant, exquis et bon, qui n’eut d‘autre défaut que son mérite, c'est—à dire une extrême sensibilité allant jusqu’à la maladie.
Cette sensibilité lui valut d’être, presque toute sa vie, sujet à des crises nerveuses très violentes, qui se com pliquaient d’hallucinations singulières, terribles même : celles de Venise, par exemple, où il croyait que George Sand lui versait du poison, que Pagello lui mettait les menottes, ou que sa maîtresse lui enfonçait dans le crâne une longue épingle italienne qu’elle portait dans ses cheveux; celles encore dont parle G.
Méry, quand son propre traversin ne cessait de lui rappeler un pacte jadis conclu-et des assassi nats commis ensemble.
Avant sa mort. dit Mme Mar tellet, il souflrit « non seulement de son mal, mais encore de tristes pressentiments, d'hallucinations étranges, de cauchemars effrayants et de terribles visions. » (Annales politiques et littéraires, 22 août 1897, p. 116.) Les crises auraient été consécutives àses fugues: « il restait absent souvent deux ou trois jours... Alors, il revenait hagard, malade, exténué...
Et c’est après chacune de ses absences que ses crises le pre— naient ». (G. Méry.) Il est clair que de pareils incidents ne constituaient pas son état de santé habituel, et l’on peut s‘expliquer par là les renseignements presque contradictoires des différents témoins, ceux par exemple qui ont trait à son apparence physique.
Mme Martellet, en parlant « des dernières années », a écrit : « Dans ce temps .là, mon pauvre maître était devenu bien pâle, bien
L’ÉTAT PSYCHIQUE D’ALFRED DE MUSSET 1’59. décharné ', son pauvre corps, long et mince, était d'une maigreur qui faisait peine à voir, le visage seul. avait conservé une grande beauté, augmentée encore— par l’éclat de deux yeux que la fièVre illuminait cons— 7 tamment.
Ces yeux semblaient immenses, et on avait peine à en soutenir le regard presque surna turel>i (Annales, etc., p. 116.) ' _ Elle dit néanmoins_dans sa lettre qu'il eut toujours le mois de mai sur les joues, etc., et le tout ne semble pas impossible à concilier, d’autant que Mus— set, avec la jeunesse et l’élasticité qu’il conserva jus— qu'au bout, se transformait pour ainsi dire à vue d’œil; en février 1857, « particulièrement faible et souffrant», il se leva de son lit avec toutes les peines du monde pour aller dîner chez le prince Napoléon, et revint le « visage heureux, l’air gai et bien por tant ». (Annales, etc., p. 116.) Il a donc laissé cette double impression de maladie et de santé, de gaité et d’abattement, dans l’esprit de ceux qui l’ont connu, de sorte que c’est tantôt l’une et tantôt l’autre impression qui reparaît.
Ici, l’image souffrante évoquée par Mme Colet a réveillé l'image souriante chez Mm° Martellet, qui semble du reste pardonner difficilement à l’auteur de Lui le mal qu’elle dut faire au poète. Elle, au con traire, Adèle Colin, la bonne Electre aux soins de mère et de soeur, elle défend encore le grand enfant malade contre sa tentatrice, celle qui après l’avoir provoqué se prétendit violentée par lui. Les souvenirs de Mme Colet l’ont assurément fort mal servie sur ce point : néanmoins son livre de Luz
160 L’INITIATION n'est pas à dédaigner sous certains rapports, au juge ment de l’un des auteurs qui connaissent le mieux la vie du poète, Paul Mariéton.
« Dans son roman de Lui, curieux à plus d’un titre (1860), écrit-il, M"‘° Louise Colet a longuement raconté les passe temps probables du poète, parmi les étoiles du théâtre de la Fénice et leurs amants, durant la réclu sion volontaire de George Sand à l’hôtel Danichi Sans qu’on puisse peut-être s’y trop fier pour les dé tails, cette partie de son livre laisse une impression de vraisemblance qu’il fallait signaler.
Peut—être en tenait-elle le récit du poète lui-même, — qui, comme on le sait, eut un caprice pour elle (Une Histoire d’amour, p. 79.) Le même sentiment ressort assez du reste de Lui, toutes les fois au moins que la personne de l’auteur n’est pas trop directement en cause.
Ce qu’elle dit, par exemple, des nuances variées de la chevelure du poète, expliquerait l’erreur acceptée par M“le Arvède Barine, sur les prétendus cheveux blancs dont parle un visiteur de Musset.
Mme Martellet hésite à admettre l’histoire de la femme disséquée, dont elle n’a jamais entendu parler; toutefois, cette histoire remontant à la première jeu nesse du poète, alors qu’il fréquentait des étudiants, il est possible qu’à la longue elle ait presque entière ment disparu de sa mémoire: il est possible aussi qu’il n’ait pas aimé à la raconter de sang—froid, sans quelque motif’ de circonstance, à cause par exemple de la boucherie finale, que M“ Colet n’a pas épargnée à son lecteur.
L’ÉTAT PSYCHIQUE D’ALFRED DE MUSSLT 161 Tous ces détails plus ou moins opposés entre eux montrent combien il est difficile d’écrire l’histoire, même l’histoire d’un seul homme. En présence de tels obstacles, qui font qu’on n’a jamais trop de rensei gnements, il n’en faut savoir que plus de gré à Mme Martellet, de son obligeance à mettre à la dispo sition de tous son riche écrin de_souvenirs.
EXTRAITS D’ALFRED DE MUSSET RACONTÉ PAR SA GOUVERNANTE ADÊLE COLIN VII Comme on le verra, par ce que je vais raconter, le nervosisme de M. Alfred touchait quelquefois au sur naturel, et je me suis souvent demandé s’il n’avait point un sixième sens comme un don de seconde vue.
Nous avions comme voisine, dans la rue Rumfort, une femme qui passait pour veuve. mais qui ne l‘était pas, puisqu’un beau jour, son mari lui revint, très souffrant et demandant à être soigné. Je me suis toujours dit que cette bonne dame ne 'devait point tenir beaucoup à guérir son mari, car elle le soigna en depit du sens commun et cela était si visible, que je m’en indignai et entretins souvent mon maître de mes soupçons.
Si bien que, souvent, monsieur me disait : — Eh bien! le voisin où en est-il? Un soir, tandis que monsieur dînait en ville, j’en
'1 62 L’INITIATION tendis, chez mes voisins, des grands cris, des pleurs. Je m’informai et appris que le pauvre malade venait. de rendre son âme à Dieu. J’écrivis aussirôt à M. Desv herbier de venir voir mon maître le lendemain, afin de le distraire et pour qu’il ne vit point les tristes spectacles qui suivent la mort, et dont il était tou jours très impressionné; je mis ma lettre à la poste et je me couchai.
Mais, subitement, au milieu de la nuit, je fus réveillée par la sonnette de la chambre de monsieur, qui tintait avec violence. Je sautai au bas - de mon lit et me précipitai chez mon maître. Jamais je n’oublierai le visage qu’il avait : pâle, 'convulsé, les yeux agrandis démesurément et regar dant fixement le pied du lit. —— Là! là l dit-il avec effroi. Un croque-mort !! Le voyez-vous! il a un drap noir sur le bras! Ah mon Dieu! l’entendez-vous.
Il me parle, il me dit : « Quand il vous plaira! » J ’essayai d’élever la voix pour rompre cette halluci nation, et pris moi-même la place du spectre; tant -que je restai là, M. de Musset ne le vit plus, mais dès queje m’éloignai, la vision revenait chaque fois plus nette. Je ne savais plus que devenir; j’ouvris les fenêtres, mais la vision était toujours là, j’allumai toutes les bougies, mais le spectre ne bougeait pas.
Enfin je repris ma place au pied du lit, la vision dis parut et M. de Musset put se rendormir. Le lende main, mon maître raconta son cauchemar avec de grands détails. Puis, au milieu de la conversation, me dit : — Et à propos, notre voisin, comment va-t-il P
L’ÉTAT PSYCHIQUE D’ALFRED DE MUSSET 163x -— Trèsïbien, lui répondis-je; il est parti à la cam» pagne. Mais j’ai toujours gardé la conviction qu’en cette lnuit-là, M. de 'Musset avait senti la mort venir chez notre vnisin. (Les Annales politiques et littéraires, 25 juillet 1897, p. 52.) VIII J’ai toujours pensé que le poète possédait un don de Seconde vue, dans un temps où les voyants n‘étaient pas encore à la mode comme aujourd’hui.
Un jour, alors qu’il était encore bien portant, il se promenait avec deux de ses amis, et tous trois cau-ÿ saient joyeusement, lorsque, passant sous un guichet du Louvre, les deux jeunes gens virent le poète s’arrêt_er subitement et devenir tout pâle. _ — N’entendez—vous pas P leur dit-il à voix basse. -—— Quoi? qu’avez-vous P qu’entendez-vous ? repri rent-ils, inquiets.
Et le poète, saisi d’un léger tremblement, ajouta : '— J’entends une voix qui me dit : « Je suis assas siné au coin de la rue Chabanais! » Les deux amis partirent de rire : . — Ah ! c'est là ce que vous entendez! Ce n’était pas la peine de nous faire peur pour une pareille sottise.
Mais M. de Musset demeurait si troublé, si anxieux; son visage trahissait tant d’épouvante, qu’un des amis proposa d’aller voir si rien d’insolite ne se passait rue Chabanais. On partit, on pressa le pas. Les deux compagnons, pris d’une crainte vague, restèrent
164 L’INITIATION silencieux, tandis que le poète murmurait de temps en temps : —— C’est affreux. J’entends ses cris ! On se dirigeait du côté de la rue Chabanais, lors que les trois jeunes gens rencontrèrent une civière contenant un homme tout ensanglanté. Ils s’arrêtè rent, interdits, et demandèrent quel était cet homme que l’on emportait.
On leur répondit que c‘était un malheureux garçon qui venait d’être assassiné au coin de la rue Chabanais et qui avait rendu le dernier soupir. Les trois amis, en proie à une vive émotion, suivirent le cortège funèbre jusqu’au commissariat, mais aucun d’eux ne reconnut le mort. Quelle était la voix que M. de Musset avait enten due? Quel était ce mystère ? Personne ne le sut jamais.
Mais il est certain qu’il se passa là quelque chose de surnaturel qui confond notre raison. Un autre phénomène bien inexplicable, dont ma sœur, Mme Chardot, et moi fûmes témoins, nous im pressionna vivement. C’était au temps de la dernière maladie de M. de Musset; jamais je n’oublierai l’émo tion que nous 'eûmes ce soir-là, et j’ai encore les moindres incidents de cette étrange aventure présents à la mémoire.
Mon maître, qui n’avait point reposé du toute la nuit précédente, dont l’estomac était à peu près vide comme sa pauvre tête, s’était, sur la fin du jour, assoupi dans un large fauteuil. Ma sœur et moi étions entrées surla pointe des pieds dans la chambre, pour ne point troubler ce repos si précieux, et nous nous assîmes en silence dans un coin, où nous ,
L’ÉTAT PSYCHIQUE D‘ALFRED ne nusser 165 nous trouvâmes dissimulées par les rideaux du lit. Le malade ne pouvait nous apercevoir, mais nous le voyions très bien, et je contemplais avec peine ce visage de soufl‘ra_nce que je savais n’avoir plus long— temps à regarder. Maintenant encore, quand jqveux me rappeler les traits de mon maître, je les vois tels qu’ils m’apparurent ce soir—là.
Les yeux fermés, sa jolie tête penchée sur le fauteuil, et ses longues mains, maigres, pâles, d’une pâleur déjà de mort, croisées sur ses genoux dans une crispation presque doulou reuse. Ma sœur et moi nous taisions toujours, et la chambre, éclairée seulement par une faible lampe, semblait entourée d’ombres fantastiques et répandait cette tristesse particulière des chambres de malade.
Tout d’un coup, nous entendîmes un grand soupir : Monsieur venait de se réveiller, et je vis ses regards se porter sur la sonnette qui se trouvait placée auprès de la cheminée, à quelques pas du fauteuil. Il voulait éviden’1ment sonner, et je nésais' quel sentiment me retint clouée à ma place.
Toutefois, je ne bougeai pas, et mon maître, ayant horreur de la solitude et la croyant autour de lui dans la chambre, se leva, se dirigea vers la sonnette dans l’intention bien évidente d’appeler quelqu’un, mais, fatigué déjà par cet effort, il retomba dans le fauteuil sans avoir avancé d’un pas. C’est à ce moment que nous eûmes une surprise qui nous épouvanta.
La sonnette, que le malade n’avait pas atteint, s’agita comme tirée par une main invisible et, instinctivement, au même moment, ma sœur et moi nous nous saisîmes la main, nous inter rogeant anxieusement.
166 L’1NITIATION — As—tu entendu ?... As—tu vu ? Il n’a pas bougé de son fauteuil ! A cet instant, la' bonne entra, demanda innocem ment : —-— Monsieur a sonné 1 Cette aventure nous jeta dans un trouble extraor— dinaire, et si je n’avais pas eu ma sœur avec moi, j’aurais cru à une simple hallucination, mais toutes deux nous m‘mes et nous fûmes trois à attendre.
Il y a bien des années que tout cela est passé,‘ mais j’ai encore dans l’oreille l’impression sinistre de ce coup de sonnette tintant dans le silence de la chambre. Je finirai ces tristes souvenirs en racontant une dernière aventure dans. ce genre. Nous avions, au-dessus de nous, un appartement habité par M"“ d’Artigo, excellente musicienne et dont le talent ravissait souvent le poète.
Il l’écoutait toujours dans un recueillement religieux, car il avait la passion de la musique, et les morceaux joués par cette jeune fille lui plaisaient particulièrement. Mal— heureusement, cette pauvre M“‘ d’Artigo était malade de la poitrine et elle mourut six mois avant ce que je vais raconter: Un soir, M. Paul et moi soignons notre pauvre malade, alors bien près de sa fin.
Sa respiration était pénible et son cœur le tourmentait de petites soufi frances aiguës et rapides, lorsque, tout à coup, il leva sur nous des yeux extasiés, et quoique la maladie l’eût rendu sourd depuis quelques jours, il s’écria : —- Oh! la divine musique que j’entends là—haut! Et, joignant les mains, il me dit:
L’ÉTAT PSYCHIQUB‘ D’ALFRED DE MUSSET r67 4— Allez la remercier, dites—lui de jouer encore, de jouer toujours.
Mon pauvre bien-aimé maître s’imaginait que M“" d'Artigo jouait encore « sa divine musique » comme autrefois, à l’étage au-dessus, mais cette fois, c’était du ciel qu’il l’entendait, car la chère demoi— selle était morte, et mon grand poète, mon bon maître l’y rejoignit, pleuré toujours par moi, et je prie le bon Dieu tous les jours qu’il y soit heureux.
I M"“’ V'° MARTELLET. (ADÈLE COLIN.) (Les Annales politiques et littéraires, 22 août 1897, pp. 116 et 117.) ' LA GOUVERNANTE D’ALFRED DE MUSSET A deux pas de l’Élysée, dans une vieille maison de la rue de Duras, au premier étage, un appartement trop bas de plafond... Dans la plus grande pièce, qui sert de salon, une vieille dame est assise, devant un bureau, près de la fenêtre à rideaux blancs, qui donne sur la rue.
Autour d’elle, des journaux, des brochures. Sur les murs, des estampes et des photographies. Plusieurs portraits d’Alfred de Musset. Un portrait d’Émile Augier. Mme Martellet cause admirablement, avec une sorte
168 L‘INITIATION de gravité souriante, qui attire le respect, mais ne fait rien pour l’imposer. Il y a de la grande dame dans cette modeste femme du peüple. Si je vous répétais tout ce que j‘ai retenu de notre conversation, les quatre pages du journal n’y suffi raient point. Et peut-être n’oseriez-vous pas vous en plaindre, car rien n’est plus captivant que les sou venirs d'Adèle Colin sur la vie intime de l’auteur des Nuits.
Aussi bien, ces souvenirs, Adèle Colin, sur les conseils de notre confrère Adqlphe Brisson, s’est dé— cidée à les écrire. De longs extraits ont déjà paru dans un périodique. Bientôt l’ouvrage entier paraîtra en volume — et c’est précisément à l’occasion de cette _ publication que j’étais venu rendre visite à la vieille gouvernante de Musset. COmment l’avez-vous donc connu ? demandai—je ? — J’étais couturière à la journée.
Depuis trois ans déjà, je travaillais presque toutes les semaines chez Mm” de Musset... Un soir, Alfred rentra malade, la face congestionnée, délirant. On l’étendit sur un lit. On appela le médecin. « Il faut le laisser, dit le doc teur. Vers minuit, je viendrais le saigner. » Lai-dessus, il partit. La mère se désolait, pleurait, afiolée dans un fauteuil. J’allai dans la chambre de monsieur. Je le déshabillai. Je lui mis des sinapismes.
Bientôt, les yeux, injectés de sang, reprirent leur aspect ordi naire. La face se décongestionna. Quand le médecin revint, le malade dormait. Mais de mauvais cauche— mars agitaient son sommeil. On me pria de le veiller. 1.,“ : __——
L’ÉTAT PSYCHIQUE D’ALFRED DE MUSSE’I‘ 169 J’habitais alors avec ma sœur. Je la fis prévenir que je ne rentrerais point... La nuit suivante, je couchai encore chez M"“’ de Musset. .. Et, comme les crises de monsieur étaient très fréquentes, je finis par rester à demeure dans la maison... Plus tard, quand mon sieur n’habita plus chez sa mère, je le suivis... Je l’ai mais beaucoup.
Je l’ai aimé ainsi dès le premier mo— ment, parce que je le sentais à plaindre... « Ma bonne Adèle, me disait—il parfois, je sais qu’ils veulent m’in terner dans une maiisoh de santé... Ils profiteront d’un de mes accès... Pourtant, tu le vois, en dehors de ces accès, je suis calme... Quelle affreuse pensée: la maison des fous ! » Chaque fois qu'il me tenait ces propos, je me gen darmais : « Non, Monsieur, on ne fera pas cela...
Je m’y opposerai... Je ferai tant de bruit qu’ils n’oseront pas!» —— « Ma pauvre Adèle, que pourras-tu faire, toi, toute seule, contre une famille liguée contre moi ?» .—— « J’irai, Monsieur, trouver l’empereur, s’il le faut. » M“°Martellet s’attendrit un instant à ces souvenirs; puis, reprenant : —- Jamais un mot n’avait été prononcé devant lui de ces intentions de sa famille.
Musset les connaissait pourtant, et il ne m’écouta point, lorsque j’essayai de lui prouver qu’il se trompait. Il avait très réellement le don de double vue. J’en aidéjà cité des exemples dans les Annales po— litiques et littéraires . que vos lecteurs connaissent, puisque vous les avez reproduits dans votre Écho du Merveilleux. Je pourrais vous en citer cent autres. La
l 70 L’INITIATION vie de Musset était une perpétuelle hallucination. On a dit que ces hallucinations étaient produites par l’ab— sinthe... Je n’en crois rien. Musset ne buvait point... Du moins, chez lui... Que faisait—il dehors P... Il restait absent souvent deux ou trois jours... Alors il revenait hagard, malade, exténué...
Et c’est après chacune de ces absences que ses crises le pre naient. - Une nuit, il m'appelle. —- Adèle, me dit-il, veux—tu me rendre un ser— vice ?... Prends mon traversin et donne-moi le tien... Le mien ne cesse de me parler. Il m‘affirme qu’il a conclu un pacte avec moi, que nous avons_commis des assassinats ensemble... C’est insensé, mais je ne puis échapper au cauchemar... Je lui donnai mon traver sin. Il s’endormit.
Mais la plupart du temps, ces hallucinations cor— respondaient à des réalités. Un soir, vers six heures, un de nos voisins meurt. Je n’en dis rien à monsieur, pour ne point l’efl'rayer. Vers le milieu de la nuit, il m’éveille : « Adèle, viens, il y a un croque-mort dans ma chambre. » —— Où voyez-vous donc un croque mort, Monsieur ? » — « Là, au pied de mon lit... Je t’en prie, mets-toi devant lui... merci... Je ne le vois plus...
Quelques minutes plus tard, je quittai la place où je m’étais accoudée. Immédiatement, le croque-mort reparut. Je dus. toute la nuit, me tenir debout au pied du lit. Mon— sieur avait fini par s’endormir. Mais, sans doute, il continua, en dormant, le rêve commencé... — Le lendemain matin, il me dit :
L’ÉTAT PSYCHIQUE D’ALPRED DE MUSSET 171 « Comment va notre voisin P » A— « Mais assez bien, je crois, il est parti pour la campagne, il ya deux jours. » -— « Ne me trompe point, Adèle, notre voisin est mort, j’en suis sûr. » M'”" Martellet me conta une fpule de traits de ce genre, dont plusieurs plus extraordinaires encore...
Puis elle m’assura, car elle est quelque peu spirite, que, souvent, depuis la « désincarnation » du poète, elle avait obtenu de lui des « communications ». Mais je parlerai de cela un autre jour. GASTON MERY. (La Libre Parole, jeudi 21 octobre 1897). LETTRE DE Mme MARTELLET Paris, le 29 octobre 1897. MONSIEUR, J’ai reçu la brochure que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser pour avoir des renseignements...
Quand on me parle de mon bien-aimé poète, on est toujours sûr de m’intéresser. —- Je vais vous dire simplement, comme je sais écrire, ce qui est la vérité. Cette vérité vous la trouvez dans ses œuvres. Vous les interprétez comme elles doivent l’être à propos de ce que vous cherchez. J’ai tout lieu de croire toutes les réflexions que vous faites à ce propos. Oui. Il fut un halluciné, dans les moments .de fièvre
172 L’INITIATION surtout. Je le considérais comme un homme à double vue. Je ne pouvais pas avoir une pensée qui lui fût cachée.Et depuis sa mort j’en ai eu des preuves bien plus frappantes. J’écrirai cela dans mes souvenirs que je vais reprendre pour qu’ils paraissent en un petit volume. .
Quant aux renseignements que vous avez pris au près de femmes qui, après la mort d’Alfred de Mus set, eurent le triste courage d’exhaler leur rancune, chacune dans un livre que je n’ai jamais pu lire en tièrement : George Sand écrivit Elle et Lui. De celui—là, Ma— riéton vient de faire bonne justice. Je ne dis rien de plus. Mme Louise Colet aécrit Lui. Tant pis pour elle. Vous citez souvent des faits qu’elle a racontés.
Il n’y a pas un mot de vrai. Le poète connut Louise Colet, ne’e Réveil, quand il fut reçu à l’Académie. Elle le trouva en sortant de l’Institut, le fit prier de la recevoir afin qu’il voulùt bien lire des vers qu’elle venait de faire .à propos de Petit Bourg.
M. de Musset, toujours bon, consentit à faire cette lecture qui, je crois, obtint une récom pense de ladite Académie. ’ Il s’établit, à la suite de cela, entre ces deux per sonnages, des relations assez suivies, — qui ne du > rèrent pas longtemps. Cette dame, encore fort belle, n’eut pas l’heur de plaire longtemps au poète.
Il fut difficile de rompre cette liaison, et d’après ce _ que j’ai su, s’il y eut violence comme vous nous le contez, ce ne fut pas le poète qui violenta l’autre. L
L’ÉTAT PSYCHIQUE D’ALFRED DE MUSSET 173 Lisez, Monsieur, la romance de Sugon qui l'aima pendant huit jours... « Cette adorable poésie n’a pas été écrite sans cause. et la cause, la voici dans toute son étrange sa veur: Musset était en villégiature chez des amis de son oncle.
Charmant charmeur, entouré déjà d’une au réole de renommée, il passait en vainqueur laissant tomber de ses lèvres des strophes passionnées qui ca— ressaient les femmes comme une amoureuse déclara— tion.
Une jeune fille se pritsi bien à ce ramage d’oiseau bleu, qu’éperdue, elle vint un soirdans la chambre de Musset, toute pâle de désirs dans sa robe blanche, les lèvres entr’ouvertes pour un baiser, et portant dans ses cheveux une rose prête à s’efl'euiller.
Au lieu d’ouvrir les bras, le poète tomba à genoux, il admira les beaux cheveux, mais ne les dénoua pas, il respira la rose, mais n’en arracha pas les pétales parfumés; il serra les mains de l’imprudente, il lui parla longtemps tout bas, s’adressant son âme sans vouloir prendre son corps.
Pendant huit nuits elle revint ramenée parl’amour, pendant huit nuits, il eut le courage de résister, esti mant que profiter de pareil affolement serait une vi lenie déshonorante pour lui, et comme épitaphe il écrivit Sugon ». Ceci est imprimé dans la Lecture en 1889. Musset à cette époque était jeune; il lui eût été facile
174 L'INITIATION sans violenter personne de profiter de l’occasion. Il disait en parlant de cette affaire : ' « Eh bien 1 oui, je l'ai laissé au gîte, le bonheur, mais je ne m’en repens pas, quoiqu’on m'en raille. » Musset n’a jamais vu dans la femme qu’un sujet d’adoration, qu’elle eût quinze ans ou cinquante. Il respectait les, jeunes filles au delà de tout ce qu’on pourrait imaginer. Mme Colet a vu un homme pâle, décharné. C’est absurde.
Même en sa dernière maladie, il n’était.pas maigri: quand je l’ai pris sur mes bras pour le mettre dans le bain de gélatine, si j’ai pu le faire, c’est parce qu’il dit à son frère : « Elleseule me mettra dans le bain, elle le pourra ». Ce fut pour moi un mot magique qui me donna la force de le mettre dans la baignoire, de l’y maintenir et de le remettre dans le lit. Son frère ne pouvait pas comprendre comment j’ai pu, je me le demande moi-même.
Ce fut une force surnaturelle, car, je vous le répète, il n’était pas maigri. M. Buloz vint le voir aprèssa mort, il le trouva si beau, il p'leura et dit: « Je l’aimais comme mon fils. » Quand Musset était malade, il restait chez lui. Il ne se montra jamais l’œil atone, comme l’a vu Mme Co let. Quand il sortait, il était correct. Il ne laissait ja mais voir un homme délabré, comme l’a vu M““’ Co— let.
Je regrette, Monsieur, de vous parler si souvent de cette femme, qui montre son dépit d’avoir cessé de plaire. Je ne vis jamais, ni quand mon cher poète était en
BIBLIOGRAPHIE 175 santé, niquand il fut malade, aucun des enfants de Mme Colet. Recevez, etc. A. V‘"3 MARTELLET. P. S. -— Oui, Monsieur, Alfred de Musset conserva le mais de mai sur les joues. Il n’eut jamais de che veux blancs. ' ’ J’ai encore une grande mèche de cheveux d’Alfred de Musset. J’en ai donné souvent, mais il m’en reste encore qui conservent l’odeur de sa tête. ADÈLE COLIN. BIBLI©GËAEEIÇE \.
GUILLAUME DE FONTENAY. — A propos d’Eusapia Pala dino; les séances de Monfort l’Amaury (25-28 juil— let 1897); compte rendu, Photographies, Témoi nages, Commentaires, in-8°, xxx—3oo p., avec 9 pl. p otogr.
Voici l’un des livres les plus propres à convaincre les sceptiques obstinés; tout s’y trouve réuni: enregistre ment scientifique de faits positifs, critique vive et humo ristique des entêtements officiels, polémique alerte, science mathématique, théories ingénieuses, bonne foi entière et parfaite courtoisie dans la discussion.
Écoutez cette apostrophe aux aveugles de parti pris : « Ce qui vous effraie, c’est d’assister sur le déclin de vos jours à l'agonie de cette Foi nihiliste, que l‘on donna pour compagne à vos dix-huit ans et que vous aimez, comme on aime sa jeunesse, de toute la force de vos souvenirs! | '
176 L’INITIATION et Ce que vous redoutez c‘est l'obligation de détruire la maison où reposa votre age mûr et la perspective de mourir sans abri,avant d'en avoir pu construire une plus belle! « Ce que vous abhorrez, enfin, c'est la honte de vous être trompés et d'avoir dit orgueilleusement: je sais tout! quand vous saviez... peu de chose!
« C’est de ces trois lâchetés, Messieurs, qu’est faite votre prudence; décorez-la du titre de scientifique. soit. Mais alors expliquez-nous ce qu’il y a de scientifique à récuser des faits! » .
Le livre contient le compte rendu des phénomènes (lévitations, mouvements d’objets sans contact, qpp’ari tions partielles), produits par Eusapia Paladino e ant un certain nombre de personnes parmi lesquelles des savants de marque tels que MM. Camille Flammarion et le colonel de Rochas.
Puis viennent de très curieuses observations sur le médium lui-même, où se trouve pressentie et indiquée (pp. 169 et 170), pour le lecteur perspicace, la source physiologique de presque tous les phénomènes en spiritisme. A noter ausst tout le chapitre VIII, excellente étude, et très documentée, sur les bornes assignées aux erceptions visuelles si auditives.
Le chapitre IX, esquisse une intéressante théorie dyna mique de la matière, que l’auteur définit, à l'instar d'une certaine écoléboud histe: du vide qui s’agite. Il passe 'de là à cette conclusion, que dans l’Univers, la quantité de motwmnent ne change pas; ou « un mouvement pro duit un seul instant ne peut plus s'éteindre sans donner naissance à une égale quantité de mouvement ».
C’est. je crois, une,des propriétés les plus caractéristiques de la Lumière astrale. Par l’analyse infinitésimale, M. de Fontenay fait constater la place minime que tient la matière dans le monde, où elle ne serait qu’une sorte de scorie: autre théorie occultiste. Nous ap plaudissons de tout cœur à de telles œuvres d’avant garde, heureux de voir que la tradition sainte sait se trouver partout des porte-paroles sincères, savants et loyaux.
' SÉDIR. . in; ÉMILE GIGLEUX. -— Les Frissons de l'ombre. —— Chez Edmond Girard. Tirage à petit nombre. Ce recueil est le troisième que nous donne ce poète encore jeune qui est aus51 un philosophe et un savant.
BIBLIOGRAPHIE 177 Je n’ai malheureusement pas qualité pour faire acte de critique littéraire ; mais, en lisant ces pages, je n’ai pu m’empêcher d’admirer combien l’initiation est puissante au cœur des artistes et des poètes. Émile Michelet a fait autrefois d'ingénieuses études sur les fondements kabba listiques de la beauté, où il arrivait àla même conclusion ue l’esthète Gary de Lacroze, disant que la Beauté, la iphereth, c’est le Mystère.
M. Gigleux possède intuiti vement cette notion, et il le déclare dès la première page de son recueil. .
' Une autre intuition, c’est ce titre d’une des parties de . son livre : Œuvres de magie et d’orgueil; je souhaite de tout mon coeur que M. Gigleux comprenne de plus en plus combien la magie est liée à l’orgueil; pour faire un peu de symbolisme, je lui rappellerai ici que le six, nombre de cette Tiphereth, que son patient effort pé nètre peu à peu, est représenté dans le en hermétique ' du Tarot, par un jeune homme conseillé à droite et à anche par deux femmes, et qu’un Eros va percer d’une flèche.
Certaines pièces de ces Frissons, les Gemmes, l'Orient defunt, l’Heure innefl’able, les Nuits aphrodise‘es, et bien d’autres, dont l’énumération serait trop longue, révèlent une faculté rare de contemplation et de vision intérieure. M. Gigleux peut prendre la route de gauche, ou celle de droite, ou comme disait le vieux Ruysbroeck il peut rester chez lui ou sortir.
S’il demeure dans le logis clos, augmentant sans cesse ses,trésors avec l’amour d’un antiquaire, il deviendra cet antiquaire, savant et fin mais que la vieillesse rendra sceptique; S’il sort, enlui— même et de lui-même, quel que soit alors le sentier qu’il gravisse, son’ œuvre sera grande et féconde. ' SÉDIR. * et Albert FLEURY: Impressions grises. —— < Librairie de l'Art Indépendant », 2 francs. Voilà un livre qui porte bien son titre.
La tristesse plane au-dessus de toutes ses pages. Ce n’est point une de ces tristesses qui éclatent en sanglots, en cris déchi rants. mais une tristesse contenue et enveloppante qui vous pénètre et vous dissout. Elle est comme l’âme dolente des êtres et des choses et du poète surtout. Elle évoque le souvenir angoissant de certaines pages de Macterlinck oula tristesse plus douce de Verlaine. Elle n’est point coupée d’éclairc1es joyeuses ; seul son aspect
178 L'INITIATION change. Elle est tour à tour calme, mélancolique, lan oureuse, douloureuse, poignante. Les attentes vaines, es déceptions, les départs, les exils, les oublis, la fuite des choses : voilà la matière du livre, de ce livre où rien n'est accusé, où tout est estompé, commefugitif, et où la langue souple, bien rythmee et bien nuancée, est adéquate aux idées et aux émotions. JACQUES BRIEU.
04' Spiritualisme et s iritisme, par le docteur Georges SUR BLED, préface e Mgr MÉRIC, professeur à la Sor— bonne. 1 vol. in-12. Prix : 3 franCS. (Ancienne maison Charles Douniol. P. Téqui, successeur, 29, rue de Tournon, Paris.) Ce livre a la prétention de démontrer que les spirites ne croient ni à Dieu ni à l’immortalité consciente de l’âme. L‘auteur ne connaît malheureusement que très imparfaitement le sujet qu’il a entrepris de traiter.
Il ' ignore les différentes écoles spirites, les points qui sé— parent les écoles occultistes des spirites et il cite naïve— ment l‘excellent D*‘ Baraduc comme un des chefs du spiritisme, ce qui doit être bien désagréable au D“ Ba raduc, qui ne veut appartenir à aucune école.
Je m’étonne que le préfacier, qu1 passait jusqu’à présent pour con naître ces uestions, n’ait pas salué les premiers d’igno rance, qui ont de ce mauvais volume un pavé de l’ours pour ses propagateurs. PAPES.
LA IFJË'JI‘E unanouaaa EN L’HONNEUR DE ŒEAJNÏN E D’AÊËG La Chambre est appelée à se prononcer sur le projet d’une fête nationale en l’honneur de Jeanne d’Arc -— pro jet déjà voté ar le Sénat en 1894. . _ Or, pour a firmerle sennment nauonal, Il ne suffit pas
LA FÊTE DE JEANNE D’ARC 179 -H d’un décret du gouvernement -—- on décrète la victoire, on ne décrète pas un culte civique, — pas plus qu’on n’en fait un monopole. » Le culte de la libératrice doit donc émaner de l’initia tive individuelle et familiale, par l’élan spontané des na tionaux de toutes les familles de citoyens, composant la grande famille française.
Déjà des milliers de signatures ont couvert les péti tions recueillies et demandent cette fête. On peut dire que l’idée de Jeanne d’Arc est dans l’air. Depuis quelques années, en effet, la jeune et sublime héroïne semble vouloir, de nouveau, habiter parmi nous.
La France, reconnaissant enfin sa coupable ingratitude envers elle, veut montrer à tous sa bonne volonté, et manifeste son désir de la recevoir en lui donnant la place qu’elle mérite dans le culte civique rendu à nos gloires les plus pures et les plus sublimes.
Ce salutaire mouvement— pourquoi ne pas l’avouer—— est certainement le résultat de ce que les amis de Jeanne d’Arc ont fait pour elle depuis plusieurs années, mais peut—être aussi est—il providentiel à cette fin de siècle où tant d’esprits cherchent à voir et à se rendre compte, pour satisfaire ce besoin de l’idéal qui est en eux.
Tout heureux de constater ce pas en avant vers cette jeune fille, instrument admirable et docile de la divine Providence dans les destinées de la France, beaucoup, des admirateurs de Jeanne, redoutent cependant la ten dance que l’on aurait à localiser, à rapetisser ce mouve ment, en le détournant de sa véritable voie, en le faisant coterie ou chapelle fermée!
Jeanne d’Arc, pour eux, doit être à tous, car Elle a été pour tous, et, si Elle vient de nouveau parmi nous, ce n’est certes pas seulement pour être érigée en statue .sur les laces ubliques ou reléguée dans un coin d’église. e qu’E le veut, ce n’est pas ce culte formaliste qui absorbe le corps — la partie matérielle — sans éclai rer l’esprit. Ce qu’Elle demande,c’est d’être efficacement dans les esprits et dans les cœurs!
Elle ne peut dépendre de tels ou de.tels. Sa vraie place est dans l'esprit du citoyen français pour y opérer son œuvre. Son véritable sanctuaire, son autel s irituel, est aussi dans le cœur de ce citoyen pour, de 1 , rayonner dans la famille et, efi’èctz‘vement, dans toute la nation. Jeanne d’Arc, la Sublime éclairée, l’Ide’al vivant de PES pritfrançais reparait pour faire revivre, en. nous, cet. esv prit qui s’en val
f8o L’INITIATION I L’esprit de jouissance et d’égoïsme a remplacé l‘esprit de sacrifice, de dévouement et de solidarité, qui a fait nos ancêtres français, a engendréde patriotisme, l’idée de foyer et de Patrie l Eminemment française, modèle de toutes les vertus — à l‘état d’héroïsme— on peut affirmer que la jeune libéra trice du territoire français envahi, a bien été —— elle seule —1’instrument de cette libération, modifiant et chan geant, sous une direction spirituelle supérieure, tout ce qui était contre elle et contre la France ; on peut affir mer que, contrairement à ce que sont ordinairement les autres généraux, cet incomparable chef deguerre n'a pas été une partie de la victoire, mais bien toute la victoire.
Jeanne d'Arc, la fille du peuple, qui commande au roi, de par Dieu, Jeanne d’Arc, la vrctorieuse, Jeanne d’Arc, la martyre — qui en appelle à l’Église universelle —— demande, aujourd’hui, que tous cherchent à la con-. naître, étudient sa conduite et ses exemples, afin d’arri ‘ver à pratiquer à son imitation, la soumission de la 120 lonté inférieure à la volonté supérieure —— divine — qui relève le moral abattu, le courage défaillant et retrempe les esprits et les cœurs pour les luttes à soutenir.
C’est dans cet ordre d’idées, et pour arriver à un résul tat pratique et bienfaisant pour tous, que ces amis de voués de Jeanne d’Arc, depuis longtemps travaillant à établir son culte dans les esprits, travaillent maintenant à la formation d’une Ligue, d‘une Fédération, d’un Co mité qui, sous la bannière de Jeanne d'Arc, dirigé par son esprit, prendra le nom de Comité national indépen dam: — Pourquoi ce nom?
L’œuvre accomplie est nationale, la réparation et la. glorification doivent être nationales. Le Comité doit donc être national. > ' Il doit être aussi indépendant. Vouloir, en_ effet, faire distinction de parti, de confessions ou de cultes, lors— qu'il s’agit de patriotisme, ne peut être raisonnable, car il ne peut y avoir de dissidents, ni d’hérétiques, ni d'a thées lorsqu’il s’agit de la patrie.
Tous, malgré les évé nements et les influences néfastes, doivent avoir la foi dans ses destinées. Réunir donc tous les Français, sans exception, en cette idée, sous la bannière de Jeanne d’Arc, leur per— mettre de se voir dans des réunions partielles, confé rences, concerts, les solidariser, les préparer, les dispo ser àla grande fête officielle, voilà le but proposé, car
LA FÊTE DE JEANNE D’ARC 181 cette fête sera alors la fête de tousles cœurs français, la fête de la famille et des jeunes filles, la tête des écoles, la fête de l'armée, la fêtedes artisans et des cultivateurs (vive labeur l), la fête des pauvres, la fête du peuple, la fête aussi de la délivrance de la France, 1429-1436-1450. Quels seront maintenant les moyens du Comité ?
Pour aimer, il faut connaître : pour connaître, il faut lire, étudier, écouter et penser. L’esprit éclairé, en traîne le coeur à pratiquer et fait aimer, imiter. Le Comité aura donc, tout d'abord, pour but d’instruire et de mieux faire connaître Jeanne d’Arc, en la présentant sous ses différents aspects, afin que tous puissent en retirer des avantages moraux.
Par les conférences avec projections, par les livres sur la jeune héroïne, la musique inspirée par cette épopée glorieuse et douloureuse, par les reproductions artis tiques, tableaux, statues, ravures, objets d’art, souve nirs de toutes sortes, le omité propagera davantage encore le culte efl‘ectzf de Jeanne d’Arc.
Pour remplir cette tâche impartiale, générale, natio— nale et désintéressée, le groupe des amis de Jeanne d’Arc fait appel à tous les Français et à toutes les Françaises de bonne volonté. Sous un Comité général, on formera des Comités par tiels d’hommes et de femmes, dans la même ville — et en province. — Le but et les moyens seront les mêmes partout.
Inspirés par l’esprit de Jeanne d’Arc, les actes de dé vouement et de désintéressement amèneront sûrement l’esprit d’union, de résolution,qui sera la force, l’énergie et la vitalité de ces différents centres. _ En attendant, il serait à désirer que, dimanche 8 mai, jour anniversaire de la délivrance d’0rléans, commen— cement de la libération du territoire français, on fêtât à Paris, comme on le fait en province, dans plusieurs villes, le souvenir de notre jeune héroïne, en pavoz’sant les maisons et en illuminant le soir.
Cette simple et paisible manifestation, en l’honneur de Jeanne d’Arc, ne sera-t-elle pas déjà un trait d’union patriotique manifestant la bonne volonté des citoyens de la ville de Paris ?
Les personnes désireuses d’adhérer au Comité en for— mation, n’ont qu’à écrire à l’un des délégués du groupe, ou, seulement, à donner leur nom et leur adresse aux zélateurs et zélatrices chargés de propager l’idée, ou à M. Cnassé (M.), artiste peintre, 7, rue de Colysée, Paris.
182 L’INITIATION Association Domestique Horticole d‘Ollainvüle-Arpajon ( Seine—et-Oise) Société anonyme au capital de 100.000 francs, divisé en 200 actions de 500 francs.
EXPOSÉ M. Denèchère père possède, à un kilomètre d’Arpa'on, ‘un domaine d’une étendue de dix hectares, d’un seu te nant, d‘une forme très régulière, de 500 mètres de long sur 200 mètres de lar e, borné d’un côté, sur toute sa longueur, par la grau e route d’Arpajon à Ollainville. Ce domaine se compose d’une maison d‘habitation de huit pièces, de servitudes diverses, d’un grand jardin, et d'un magnifique bois de trois hectares.
Ce domaine est situé sur la hauteur, dans un air très pur. Il est éloigné de plus de 500 mètres de toute habitation. L’habitation la plus voisine est un château avec vastes dépendances. Ar a'on est une jolie petite ville de 3.000 habitants, à 37 ilomètres de Paris; elle est traversée par une ri vière, et desservie par le chemin de fer de Paris à Orléans (gare d’Austerlitz), et par un tramway à vapeur partant de Paris (Odéon).
EMPLOI DU CAPITAL Achat du domaine. . . . . . . 30.000 francs. Construction d’un bâtiment pour loger 60 personnes . . . . . . . 40.000 Mobilier . . . . . . . . . . 10.000 Matériel horticole et cheptels . . I0.000 Fonds de roulement . . . . . . 10.000 —-— Total. . . 100.000 francs. LES ACT,XONS Les actions ne rapportent aucun intérêt. . Une action donne le drmtd’habner le domaine pendant 3 mais chaque année;
ASSOCIATION DOMESTIQUE HORTICOLE Deux actions donnent droit à 6 mois d’habitation; Trois actions donnent droit à. 9 mois d’habitation; Quatre actions donnent droit à habiter le domaine iti définiment. LE TRAVAIL ' Le travail est facultatif. Tout travail fait dans l’intérêt de l’Association est-exé CUté en commun, par groupes librement formés, et en séances courtes et variées, présidées par le chef de groupe désigné par les travailleurs.
Ce travail est rémunéré à raison de trente centimes l'heure, par des bons délivrés par le Comité directeur élu. Ces bons sont repris par l'Association jusqu’à due con currence pour le paiement des fournitures courantes, nourriture et entretien. Ils sont réglés chaque mois, et l‘excédent non absorbé est payé en argent. " DIRECTION ' L‘association est régie par un Comité directeur élu par les sociétaires.
Elle a : pour base, l'attraction, c’est—à-dire l’amour; pour moyen, le travail exécuté en commun; pour but, le bien-être de ses membres. BASE DE RÉPARTITION \ 1‘ - I Les profits, aptes toute la_ dépense collective payee, sont répartis dans la proportion suivante: 5. douuèmes au travail; 4. douzièmes au capital; 3 dou21èmes au ta lent. Une somme est prélevée, chaque année, pour faire face aux éventuahtés de l’avenir.
ORPHELINS Autant ue possible, l’Association s’adjoindra une douzaine d orphelins des deux sexes, six garçonnets et Six fillettes, â :55 de 10 à 13 ans, qu’elle considérera comme ses en ants, et auxquels elle inculquer-a les idées de large tolérance qui distinguent les Phalanstériens, ainsi que les spirites et les spiritualistes qui ont adhéré implicitement ou explicitement au Congres spirite inter national de Paris,de 1889. Les ADHÉRENTS Les Adhérents seront convoqués, par lettres indivi
1 84 L’INITIATION _—_.-|.. . ..r .. .. ___ duelles, à se réunir à Paris, afin de nommer le premier Comité directeur, qui aura pour principale missio,fflde diriger et de surveiller les travaux de construction1 et d’installation. Il indiquera les banques où les fonds de ärpn_t être versés, dans quelle proportion et dans quel e a1. Adresser les adhésions, d’ici fin avril prochain, à M. Denéchère père, rentier, rue Beaujolais, g, à Paris.
AVIS A VENDRE : quatre cents ouvrages (environ 500 volumes différentsj), rares, par les auteurs ma çonniques les plus célè res des xvme et XIX” siècles. Écrire à M. ROSEN, 9, rue Chappe, Paris, pour rece vorr rensmgnements et catalogues. . Parmi ces nombreux ouvrages maçonniques et oc cultes, nous 51gnalons les suivants: Al_)régé de l’histoire de la franc-maçonnerie. Londres, 1779, In- . .
BAZOT. — La Morale de la franc-maçonnerie, 1827, inw12, Codes des francs-maçons, 1830, in—12; Manuel du franc— maçon, 1835, 2 vol. in-8. BÈpAIâRIDES. — L’Ordre maçonnique de Misrai’m, 1845, 2 vol. in- . BESSUCHET (J.-C.-B.). — Précis historique de l’ordre des F.-. M.gavec biographie des plus célèbres F.'.-M.n, 1829, 2 vol. 1n- . BONNEV1LLE— Les Jésuites chassés de la F.‘.-M.'., 1788, in-8 , I'Esprit des religions, 1792, 2 vol. in-8.
BOUBÉE. — Études historiques et philosophiques sur la F.'.-M.'., 1854, in—8; Souvenirs maçonniques avec notice historique. 1866, in-8. ‘ ’Daaurv (Emile).— Recherches sur le rite écossais ancien accep té..è origine et instruction de la franc—maçonnerie, 1879, 1n- . .DEs ETANGS. — Archives de la F.'.-M.'., où les secrets et tra vaux de tous les grades. 1821, in-8 ; Œuvres maçonniques : initiations, cérémonies, installations, 1848,in-8. Enocu. — Le Vrai Franc-Maçon, 1773, in-8; Lettres maçon niques, 1774, in-8.
FINDÊL (J.-G.). Histoire de la franc-maçonnerie, 1866, 2 vol.‘ In- . . GALIFFE. — La Chaîne symbolique : origine, développements et tendances de l’idée maçonnique, 1852, in—8. Go PIN. — Histoire populaire de la F.'.-M.'., 1862, in-8. GRAND-ORIENT. — Etat du Grand—Orient, 1804, 4. vol. in-4.. GU0N. —— Lettres critiques et philosophiques sur la F.'.-M.'., 1835, in-8.
JOUAUST. — Histoire du Grand-Orient de France, 1865, in-8 ; Histoire de la franc-maçonnerie en France, 1878, in-8. JURE. -—- Recueil des actes du Suprême Conseil de France ‘(1806-1830), 1832, in-8. KAUPPIIANN ET CHARPIN.— Histoire philosophique de la F.'.-M.'., 1850, in-8. LA TIERCE. — Histoire et statuts des F.'.-M.'., 1742, in-8. LAURENS. —— Essai historique et critique sur la F.'.-M.'., 1806.
MARCONIS. — Le Panthéon maçonnique, 1860; Le Rameau d’or d’Eleusis, 1861 ; La Tribune maçonnique, 1866. . MOREAU DE MARSEILLE. — L’Univers maçonnique, 1837, m-8; Précis sur la F.mM.'., 1855, in-8.
OCCULTES (Sciences). -— Recueil des dissertations sur les ap paritions, uisions, songes: l'abbé LENCLET DUFRESNOY, 1878, 4 vol. in-12 (Le Grand Grimoire, la magie noire, arts ma— giques), in—12; — La Poule noire ou la Poule aux œufs d’or, 760, in-12; — Réuélation d‘autre-tombe, Cahagnet, 1856, 111—12; — Alliance religieuse universelle , Henri Carle, 1860, in-8.
PERAUD (l'abbé). _ L’Ordre des Francs-Maçons trahi et le secret de Moys révélé; Amsterdam, 1745. — Les Francs M5açons écrasés; l'Abbé Larudon; Amsterdam, 1745, in-8, , 1 :1 es. . RAGOIÊ. 8— Hermès ou Archives, 1818-1819, in-8; Cours des initiations anciennes et modernes, 18.Ê1, inÿ8; Orthodoxie maç.-., Maçonnerie occulte, 1853, in— ; Rituels (15) 1860, in-8 ; Thuileur général ou manuel de l’initié, 1860, in-8; la Messe, 1880, in-8.
REBOLD (Em.). — Histoire générale de la F.'.—M.'., en France, 1851, in-8. —— Histoire des trois GG.'. LL.'. des F.‘.-M.'. en France, 1864,in-8. ROBIN (l’abbé). —— Initiations anciennes et modernes, 1779, In-12. THORY. - Histoire de la fondation du G.'. 0.-. de France, 1812, in—8; Actalatomorum, 1815, 2 vol. in-18. TSCHOUDY. — L’Etoile flamboyante ou la F.'.-M.'. sous tous les aspects, 1766, 2 vol. in-8.
Vie de Joseph Balsamo (le comte de Cagliostro); 1791,in-8. Journaux maçonniques, français et étrangers. Le Gérant : ENCAUSSE. TOURS. — IMP. E. ARRAULT ET c“, RUE DE LA PRÉFECTURE, 6.
ÿmou inhupsn ÿmvnnsnu Notes and Queries, S. M. Gould à Manchester (N. H.) U. S. A. Fric 0rd, A. Sabrdà Christiania (Norwège.) Nordisk Frimurer-Titenda, Alb. Lange àChris— tiania (Norwège). Die Religion des Geistes, Fertung, Herrengasse, 68, Budapest (Hongrie) Nuoua Lux, 82, via Castro Pretorio à Romc (Italie). ’ Lug astral, 6, passage Sarmiento à Buenos-Ayres (République Argentine). L’Initiation, 10, avenue des Peupliers, Paris. El-Hadirah, 19., rue de la Kasbah, Tunis.
JÛURNÈUX ET REVUES Ûülillh’l‘lS’l‘fl3 RECOMMANDÉS SPÉCIALEMENT LANGUE FRANÇAISE L’Im‘tiation (revue mensuelle), 10, avenue des Peu pliers, Paris. Le Voile d’Isis (journal hebdomadaire), 5, rue de Savoie, Paris. L'Hyperchimie (revue mensuelle), 19, rue St-Jean, Douai (Nord). HERMÉTISME, ALCHIMIE La Thérapeutique inte’ rale (revue mensuelle), ' [0, rue de avoie, Pans MÉDECINE HERMÉTIQUE, HOMŒOPA_THIE (Va paraître incessamment.) Matz‘nes (revue mensuelle), 42, rue Fontame—Saint-Georges, Pans. LlTTÉRATURE ET ART . LANGUE ANGLAISE 711e Morning Star. Dépositaire, Chamuel, 5, rue de Savoie, Paris. (Peter Davidsop, Loudsville,White C°, Georgia, U.S.A.) LANGUE ESPAGNOLE Lug astral (hebdomadaire, à Buenos—Ayres (Répu« bliquc Argentine), 6, pasage Sarmiento. La Nota Me’dica, Fuencarral, 26, Madrid. LANGUE ITALIENNE Il Mondo Secreto. Luz (revue mensuelle), 82, via Castro Pretorio, Rome LANGUE TCHÈQUE Sbornik pro filosofii a oklrultt‘smus, à Prague (Bohème), Puch majerova Ul 36. AVIS IMPORTANT. —- Tous nos confrères ci dessus cités et ceux qui voudraient être cités sont priés de reproduire in extenso cette liste.
Principaux Ouvrages recommandés pour l'étude de l’OCCULTISME et de ses applications CONTEMPORAINS F _CH. BARLET . . _ _ { L’Évolution de l’Idée. ' ' L'Instruction Intégrale. Le Serpent de la Genèse. 3 Le Temple de Satan. La Clef de la Magie noire. STANISLAS DE GUAITA . . Traité méthodique de Science Occulte PAPUS . . . . . . . . . . Traité élémentaire de Magie pratique. La Science des Mages. A. JHOUNEY . . . . . . . Ésotérisme et Socialisme.
RENÉ CAILLIÉ . . . . . . Dieu et la Création. CLASSIQUES ELIPHAS LÉVI . . . . . . La Clef des Grands Mystères. SAINT-YVES D’ALVEYDRE Mission des Juifs. ( La Langue hébraïque restituée. ( Histoire philosophique du genre humain. ALBERT POISSON. . . . . ' Théories et Symboles des Alchimistes. FABRE D’OLIVET. . . . . LITTÉRATURE ( La Magicienne. ( A Brûler. ( Zanoni. { La Maison Hantée MYSTIQUE ' Jeanne Leade. P.
SÉDIR . . . . . . . . . l Jacob Bœhme et les Tempéraments. l Les Incantations. JULES LERMINA. . . . . BULWER LYTT0N . . . . POUR DÉTAIL ET PRIX, S’ADRESSERI l la librairie Gilllllllil, 5, me de Savoie, PARIS Envoi Franco du Catalogue. TOURS, IMP. E. ARRAULT ET C“.