The text
L’Initiation_ 1 Revue philosophique des Hautes Études PUBLIÉE MENSUELLEMENT SOUS LA DIRECTION DE PAPUS U 0. '14 Docteur en médecine — Docteur en kabbale 88’ VOLUME. — 11"“ ANNÉE SOMMAIRE DU N° 71 (Janvier 1898) Numéro exceptionnel de 128 pages CONSACRE A LA MÉMOIRE DE STANISLAS DE GUAITA __.‘_ STANISLAS DE GUAITA L'Œuvre philoso [tique de Guaita, P. Ch. Barlet. — L' uvre de réalisation, Papus.
V- Le Kabbalistv, Dr Marc Haven. — L’Œuvre de Gtmita au point de vue occulte, Sédir. — L’Artxste, E. Michelet. — L’Al chimiste, P. JoDivet-Gastelot (p. 2 à 63.) PARTIE PHILOSOPHIÉtude philosophique sur QUE . . . . . . . . . .. le mysticisme de E. Swedenborg . . . . . . B. Lecomte. (p. 64à 73.) Ce que vaut la Science moderne . . . . . . . . M. Decrespe. (P- 73 à 77-) Introduction à l’étude de la science vivante uni verselle. . . . . . . . .
Un homme pu— (p. 77 à 91.) bère. PABT'E L'TTÉM'REn Les ailes enchantées. . . Estrella. (P- 92 à 95-) Ordre Martiniste. — Faculté des Sciences hermétiques. — Médecine mystique. — Psychisme expérimental. —.— L’expérience du docteur Grasset. M Les périodes des épidémies. — Les Revues. — Reçu à l’Initiation. — Nécrologie. Tout ce qui concerne la Rédaction et les Echanges doit être adressé Villa Montmorency, 10, avenue des Peupliers, Paris. Administration, Abonnements : 5, rue de Savoie Chamuel, éditeur. Le Numéro : UN FRANC. — Un An: DIX FRANCS
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la‘Politique et de la Religion; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l'hypnotisme et la suggestion à distance.
Efl'rayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initidtion est l'organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion,à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta— physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.
' Au point de vue social, l’1nitiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l’arbitrage contre l'arbitraire, aujourd'hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cléricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
' - Enfin l’Initiatian étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n'appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits. _ Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu'elles savent toujours apprécier.
L’Initiation parait régulièrement du 15 au 20 de chaque mois et compte déjà huit années d’existence. — Abonnement: 10 franCs par an (Les collections des deux premières années sont absolument épuisées.)
L'Iniliaiion du I5 Janvier 1898 PRINCIPAUX REDACTEURS ET COLLABORATEURS DE l'1nitiation [0 PARTIE INITIATIQUE AMO— F. CH. BARLET, S.'. I.‘.,‘3 — GUYMIOT. — MARC HAVEN, S.'. I.'. a — JULIEN LEIAY, S.'. I.'. .q -— ÉMILE MICHELET, S.'. I.'. (C. G. E.) —-—LUCIEN MAUCHEL, S.'. I.‘. (D. S. E.) MOGD, 8.-. I.'. — GEORGE MONTIERE, S.'. I.'. {(6 — PAPUS, S.'. I.'. {.1 — SÉDIR, S.'. I.'. — SELVA, S.'. I.'. (C. G.
E.) 20 PARTlE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ABlL-MARDUK. -—- AMELINEAU. — ALEPH. — Dr BARADUC. — SERGE BASSET. — Le F3. BERTRAND 30‘ — BLITZ. — BOJANOV. — JACQUES BRIEU. — CAMILLE CHAIGNEAU. — CHIMUA DU LAFAY. — ALFRED LE DAIN. — G. DELANNE. -— ALBAN DUBET. — FADRE DES ESSARTS. — D' FUGAIRON. — DELÉZINIER.— JULES GIRAUD.— HAATAN.— L. HUTCHINSON.— JOLLIVET-CASTELOT.— L. LE LEU.—L. LEMERLE. — LECOMTE. — NAPOLÉON NEY. — HORACE PELLETIER. — G.
POIREL. —- RAYMOND. —D' ROZIER. — Dr SOURBECK. — L. STEVENARD. — THOMASSIN. — G. VITOUX. -— HENRI WELSCH. — YAL'I‘A. 30 PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAUEOURG. — JEAN DELVILLE. -— E. GOUDEAU. — MA— NOËL DE GRANDFORD. — JULES LERMINA. — L. HENNIQUE. — JULES DE MARTHOLD. — CATULLE MENDÈS.— GEORGE MONTIERE. — LÉON RIOTOR. — SAINT-FARGEAU. — ROBERT SCHEFFER. — ÉMILE SIGO‘GNE. — CH. DE SIVRY. 4l POÉSIE Ça.
DUBOURG. — RODOLPHE DARZENS. —- JEAN DELVILLE. — YVAN DIETSCHINE. — CH. GROLLEAU. — MAURICE LARGERIS. — PAUL MARROT. — EDMOND PILON. —— J. DE TALLENAY. — ROBERT DE LA VILLEHERVÉ.
L‘Initialion du 15 Janvier 1898 L’INITIATIONl ADMINISTRATION ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO G H A M U E L 5, [lue de Savoie RENSEIGNEMENTS UTILES > DIRECTION Villa Ionlmorency, l0, aveu. des Peupliers PARIS-A UTEUIL Dmncraun : PAPUS DIRECTEUR ADJOINT : Lueien MAUCHEL Rédacteur en chef: F.—Ch. BARLET , , . Secrétaires de la Rédaction : FRANCE» un an. 10 ‘1‘ J. LEJAY - PAUL SÉDIR ÉTRANGER, _ la fi._ RÉDACTION. — Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité. L’indépendance absolue étant la raison d’être de la Revue, la Direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps d’un article. - Prière d'adresser tous les échanges : Villa Montmorency, i 10, avenue des Peupliers, Paris. l Ï . Mmuscmrs. — Les manuscrits doivent être adressés à la l rédaction. Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d’avis spécial. Un numéro de la Revue est*touiours composé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant. Iilllllll’E IIDEPEIDAIT D'ÉTUDES ÉSIIÏERIQIIES 1,600 Membres — 104 Branches et Correspondants —- Groupes d’Études fermés Les Membres ne paient ni cotisation ni droit d’entrée. Pour tous renseignements, s’adresserparlettreà M. Paul SÉDIR, directeur adjoint, 4, rue de Savoie, Paris, en joignant un timbre pour la réponse. Principales Sociétés adhérentes au Groupe ORDRE MARTINIS TE _ Ï ORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE + CROIX. —ÈGLISE GNOSTIQUË SOCIÉTÉ ALCHIMIQUE DE FRANCE
STANISLAS DE GUAITA
I I0 ANNÉE ’ LfljNITIATION A ses Lecteurs, à ses Collaborateurs 1898 La mort'de GUAITA a réuni dans une touchante sollicitude la Rédaction tout entière de l’Initiation, dont le nu méro de Janvier sera en grande partie consacré à notre cher frère et ami. LA DIRECTION.
Ln reproduction des articles inédits publiés par l'Initiation est formellement interdite. à molus d'autorisation spéciale. S’l’ANISLAS DE GUMT‘A L'ŒUVRE PHILOSOPHIQUE DE GUAITA lit mon cœur se lamente, où monte une bouffée Des choses de naguères, ct la voix étoulïéc Des morts chéris revient à ma mémoire encor. (Rosa Mystiœ, 2 novembre.) FRÈRE BIEN AIMÉ, C’est à l’intellectualité de ta belle âme que nos amis m'ont convié de rendre hommage.
Tâche pieuse dont je les remercie, puisqu’elle offre à mon attachement le seul moyen d’adoucir en l’épanchant la douleur de notre séparation prématurée. . S’ils m’ont confié ce soin, c’est qu’il m’a été donné, en effet. de t‘apprécier, donc de t’aimer, dès les pre— niiærs débuts de notre mouvement, c’est que tu m’as appélé dès. l’origine 'à .y *participeravec eux, “humble lieutenant de vos étonnants travaux. Mais comment la pourrai-je, remplir, cette tâche ! comment m'élever à la hauteur de ta pensée, à la Ma
STANISLAS DE GUAITA 3 gie de ta forme si tu ne viens prêterà ma lourde prose le secours de tes ailes, à présent librement dévelop pées. Rappelle-moi d’abord les premiers jours de notre amitié et tes premiers efi"orts en faveur de notre cause sainte.
Il y a de cela douze ans et plus : A l’instigation de notre dévoué frère René Caillié, nous commen cions à attirer l’attention du public spirite sur les doc trines ésotériques ; éblouis plutôt qu’éclairés par l‘ad— mirable chef—d’œuvre du marquis de Saint-Yves; très imparfaitement instruits, par les théosophes, des doc trines hindoues, balbutiant encore les premières no tions de l’occultisme, nous flottions sans méthode à la recherche de la Vérité entre l’Orient et l’Occident sur le chaos des doctrines diverses.
Tu t’offris le pre mier à nous secourir. D’où venais-tu ? Que savais-tu donc alors P Adonné, dans ta prime jeunesse, à la pratique de la Science, la mystérieuse Chimie n’avait plus de se crets pour toi. Bien des fois, cependant, tu t’arrachais à l’âcre atmosphère du laboratoire pour aller rêver aux champs : Seul avec ta pensée, Assis au fond des bois Tout plein de voix. Pour la fièvre du Beau, consommé sans blémir.
Et comme au vent du Nord vont les feuilles des roses, Jetant dans l‘air le vol de tes pensées moroses. (Rosa A4ystx‘ca .) Ainsi se montre déjà cet équilibre où ta belle et forte pensée aime à rassembler les contraires, Science
4. L’INITIATION positive et poésie rêveuse, en une Unité suprême. Elle t’échappe cependant encore cette Unité; tout attristé de tes vains efforts à sa poursuite, le doute te saisit : Voguant vers l’Ide‘al où nul ne peut atteindre.
Il n’est pas loin pourtant l’Idéal : tu le pressens, il te saisit déjà quand la cloche du Village ou la procesu sion dans les champs t'arrache ce pleur: Dans tout cela, je sens s‘abîmer ma pensée Tout attendrie à contre cœur. Et frissonnant plus fort de mon trouble mystique Je me demande avec émoi D'où sort l’involontaire et superbe cantique / Qui vibre et chante au fond de moi. (Rosa Mystica, hymme intime).
Ces souffrances, tu les exhales en deux volumes de poésie qu’édite Lemerre : Muse noire et Rose mys tique qui font de toi « l’un des jeunes gens les plus réputés dans les cénacles parisiens ».v Puis un jour, tout à coup, la Lumière est dévoilée, éclatante, pure, complète, à tes appels mélancoliques.
Dès ce moment, m’écris-tu, « je me suis aperçu qu’il existait un Soleil de vérité intégrale ; les spéculations métaphysiques m’ont absorbé à tel point que je n’ai plus écrit un vers ». Renonçant à la gloire plus facile qui t’attendait, hardi et franc comme toujours, tu vas « livrer à la risée bruyante du plus grand nombre » tes révélations étonnantes des Sciences maudites. Tu n'as alors que 22 ans ; la Providence qui devait te délivrer si tôt des angoissesterrestres se hâtait de
STANISLAS DE GUAITA 5 t’armer pour la mission qu’elle te réservait. En deux ou trois ans à peine tous les maîtres te sont devenus familiers et ta doctrine est fixée complètement, nette, forte, grandiose. Assuré contre les évolutions ou les éclats que tes amis de la première heure ne pourront éviter, tu n’a plus maintenant qu’à entreprendre ton apostolat.
Ton plan, ta méthode sont arrêtés dès le début comme ta doctrine; je vais les rappeler en y ajoutant quelques extraits de pages inédites que tu m’as écrites ; trésor plus que jamais précieux. Mais ce que je ne saurais dire à ceux qui ne t’ont pas approché, c’est cette délicatesse, cette réserve, ce tact avec lequel, toi qui savais si bien, tu excellais à ménager la pen sée, l’erreur même de ceux que tu avais à corriger.
C’est que, plan, méthode ou doctrine, tout se rappor tait à cet admirable équilibre, caractéristique de ta belle âme. Également éloigné des extrêmes, tu ne les repousses pas, tu ne les fuis point ; tu les harmonises en une unité toute vibrante de vie et de chaleur. Inébranlable dans ta foi, nul n’a plus d’indulgence que toi pour l’erreur, fût-elle poussée jusqu’au mal et si fort qu’il t’attaque.
Seule, l’injustice aux fausses balances te trouve implacable; mais c’est elle que tu combattais, non la personnalité où tu la trouvais incarnée. Il faut que cet hommage te soit particulièrement rendu par ceux qui t’ont pu voir aux heures les plus doulou reuses, puisque, maintenant encore, la sottise, sinon l’envie, veulent attribuer aux basses œuvres de je ne sais quelle vengeance cette fin prématurée que nous
6 L'INITIATION espérions prévenir en te reprochant leslongues veilles où tu t’épuisais l i 1; a; L’harmonie des contraires: vvoilà la: formule la plus propre à caractériser ton œuvre; comme elle dépeint ton âme forte autant que délicate, tonesprit qui se voulait impeccable en la forme comme dans le fond ! Elle éclate partout, cette harmonie, en ta méthode, en ton but, en ton plan,en‘ ta philosophie même.
Ta méthode est à la fois analytique et intuitive, avec l’analogie pour fil conducteur ;/ « hypothétique, « mais rationnelle, doublement fondée sur l’observa « tion positive et surl’induction parl’a‘nalogie. » (i ‘ —— « Que nos termes mystiques ne t’efl‘arouchentpas, dis « tu au néophyte; nous sommes les mathématiciens « de l’ontologie, les algébristes de la métaphy— « sique » (2).
Ton but est‘fixé dès l’origine; Ni pontife, ni nova teur; tu seras l’apôtre fidèle des vérités que tu as reçues, le précurseur de celles dont tu sais la révéla— tion prochaine: Rien de plus, rien de moins !
« [l'est loisible, dis-tu, à l’observateur attentif de « perçevoir, à. côté des symptômes de décomposition « et de mort, d’autres indices non moins certains de « restauration et de renaissance... et le monde nou (1) Avant-propos du Seuil du mystère. (2) Discours d'initiation martiniste (Initiation de juillet 1889).
STANISLAS DE GUAITA 7 « veau, dans son œuvre de laborieuseédification, uti— « lisera les infimes débris du vieux monde dissocié, « désorganisé fort à point pour fournir des matériaux « tout prêts aux architectes de l’avenir » (1). C’est à cette œuvre de pénible transition, à cette parturition divine que veut s‘employer ton âme éprise en toutes choses des éclosions du Néant en la sphère de I’Etre.
« En attendant que la Parole posthume s’exhale « de tous les ossements de l’antiquité sainte, de rares « penseurs ont déchiffré les inscriptions hiératiques « des temples en ruine, les pantacles des manuscrits « décriés.; ils sont à même de prêcher, avec la prudence « qui sied, l’Evangile nouveau » (2). Tu veux être de ceux-là! « Avec la prudence qui sied!
« Elle ne t’abandon nera pas en effet, la prudence, plus que la tempé rance, la justice ou la force; elles sont tes qualités propres, ces vertus de la mystique moyenne, illumina tive.
Ce n’est donc pas au carrefour que tu vas prê cher; tu ne .sèmeras pas à tous les vents la parole sacrée; tu te rappelles avec Synésius que la « vérité « devient funeste aux yeux trop faibles pour soutenir «son éclat, qu’il ne faut donner aux foules qu’un « enseignement proportionné à leur intelligence bor née » (3).
Combien l’expérience a donné raison à ta réserve (I) Le Serpent de la Genèse, p. 11. (2)1bid., p. 175. (3) Au Seuil du mystère, p. 16. ......,M,..t-., --m \. ..- s.-æ-...n.j_-c._ ,.-s - '-v--\—\—-«-— *“"f‘W""'“"““"‘"‘M’_‘f’
8 L’INITIATION -— \.p!\ .. \ \...,..g._ «w . .. . sur nos impatiences! Aujourd’hui encore, n‘assistons nous pas, une fois de plus, avec peine, au triste spec tacle des déviations les plus repoussantes, semblables à celles où sombra le gnosticisme des premiers siècles! Il te fallait donc un cénacle intime.
Tu fondas cet ordre bientôt fermé de la Rose-Croix, d’où sont issus déjà de si excellents disciples et dont tu as voulu par tager la gestion avec quelques amis intimes.
Là, tu pouvais t’essayer en ce rôle qu'on aperçoit au fond de tes aspirations légitimes, de 1’Hiérophante, instruc teur du néophyte, révélateur des mystères, « chargé «d’initier graduellement les hommes dignes de ce « nom aux quatre hiérarchies des sciences sacrées, de « les élever sur les triples ailes de l’étude, de la con— « templation et de la prière, de la connaissance de ce « qui estaux mystérieux et ineffables arcanes de Celui « qui est éternellement» (1).
Bientôt, cependant, cet enseignement ne suffit plus à ton zèle; tu te sens capable de l’étendre sans dan ger par le livre, impatient de répandre la parole sainte. Pressens-tu déjà combien elle sera courte cette mis sion sacrée que tu t’es imposée dès le jour où la lu mière t’a été révélée ?
Un premier essai, coup de maître, le Seuzldu mystère, est à peine apparu, rapi dement épuisé, que déjà la première partie de ta belle œuvre est entreprise et s’élève, soignée, accomplie, vivante, majestueuse comme tout ce que tu édi fiais. (i) Le Serpent de la Genèse, n° 12.
STANISLAS DE GUAITA 9 ‘!! Dès le début, ton plan. ai-je dit, était arrêté aussi bien que ta doctrine,et si bien jeté que tu n’auras pas à t’en écarter un instant. Pour ce qui est de la forme, tu vas demander à l’observation d’abord la preuve de l’invisible. Tu en entreprendras ensuite l’interprétation par l’étude du médiateur plastique universel.
On sait avec quel éclat et quelle clarté; elles sont déjà dans toutes les mémoires, les magnifiques pages de la Clef de la Magie noire. Tu fourniras ainsi la preuve de la ' lumière astrale, en même temps que tu en diras clai— rement le jeu et que tu nous feras entrevoir cette vo lonté sublime qui l’a créée et en dispose.
Tu ne crains pas ici de laisser tous ces voiles d’al légories ou de symboles dont la plupart de tes prédé cesseurs n’ont pas osé se dépouiller. Tu vas droit au fond du mystère et tu nous y conduis avec toi pour nous l'interpréter. Cette hardiesse t’était permise maintenant que tu avais pris soin en ton premier exposé des faits de nous en dire surtout le danger, au lieu de nous laisser sé duire par le charme du mystère.
C’est revêtu par toi de cette armure protectrice que nous allons traverser à ta suite cette région si périlleuse du monde moyen pour arriver enfin aux sphères divines, seul but véri table de cette exploration et de ton œuvre. Telle en est la Trinité : Serpent de la Genèse, où tu rassembles les faits oc— cultes ;
10 L’INITIATION \\._.-_.— ,—æ..... ...--r \ - Cleÿ'de la Magie noire, où tu les commentes; Problème du 'mal où tu devais les illuminer de la lumière divine, si la fatalité de la mort ne t’avait pas ravi sitôt à notre admiration croissante.
Tu avais eu soin, cependant, de préparer cette har monieuse trilogie par cette belle introduction, le Seuil du mystère, amorce pleine de charme savam— ment apprêtée pour séduire et puiser dans la foule les âmes préparées pour la lumière!
Quant au plan de ta démonstration elle-même, on n’en peut saisir la profondeur et la sagesse qu’en ré sumant la philosophie qui l’a dictée et que tu y laisses clairement transparaître. * «\‘u Un autre de nos amis doit dire ce qu’était pour toi la pratique de l’occultisme, àquel culte vraiment sacré, à peine connu de tes plus intimes, tu te livrais toutes portes closes; c’est de ta doctrine seule que je dois parler.
Mais je ne puis me refuser à témoigner de sa pureté, à confondre en même temps la calomnie, en rappelant combien tu répugnais non seulement à toute œuvre ténébreuse, mais àtout ce qui n’était que phé nomène inutile et dangereux : « Les communications wæn‘sibies,di5ais-tü; révèlent presque ihfailliblement « la dangereuœ présence des larves Cl’ASI—lIAH, épaves « de vies'manquées. coagulations de lumière morte, ai « mantées souvent de perversités insconscientes (i). » Qu’on relise aussi, pour s’en convaincre, toute cette (1) Lettre inédite.
STANISLAS DE GUAlTA 1! page du S‘em‘ldu mystère où,blâmantjusqu‘à l’exercice imprudent du magnétisme, tu nous rappelles toutes les victimes célèbres de l’Astral. Mais qu’ai-je faire de m’inquiéter pour ta mémoire d’une critique ignorante ou jalouse qui n’excitait que ta pitié? Hâtons-nous aux beautés de ta doctrine.
Tu nous la définis comme la synthèse hz‘e'ratique où, selon l’expression de Spinosa. tous les objets sont envisagéssous un caractère d’éternité « où toutes les antinomies sont conciliées, toutes les connaissances classées, toutes les réalités contingentes débouchant dans l’absolue vérité, comme les fleuves finis dans l‘infini de la mer »(1). — «... où la Science et la Foi (d‘accord dans leur principe trois fois saint) se prêtent un mutuel appui: la religion consacrant les enseignements de la gnose; la gnose vérifiant les dogmes de la religion 1(2)» —— « Et comme cou— ronnement : \ _ « Une science: celle de l’Etre; une religion : celle de Dieu, fusionnant en un culte scientifique pu « gnose sacrée, par quoi les adeptes s’élevaient à la « connaissance de la Vérité divine » (1).
Cette synthèse, par qui se trouvent rassemblés et dépassés, comme insuffisants, tous les systèmes où la philosophie se fragmente, cette Doctrine que tu nous dépeins ainsi, belle comme un beau rêve, se justifie par un seul principe fondamental, celui de laTrim‘te’ « qui distingue et proclame l'unité de l’Etre, remonte ftââî‘eûäîæ’x‘kâ a (i) Serpent de la Genèse, p. [4. (2)1bid., p. 13.
I2 L’INITIATION « à sa cause essentielle et trouve la loi de ses harmo « nies dans l'antagonisme relativement équilibré des « forces contraires. » Toutefois, ce n’est pas toute Trinité indifféremment qu’il faut accepter pour cette base, mais seulement celle de l‘Initiation hermétique et kabbalistique, celle chrétienne.
Tu écartes donc les doctrines hindoues, comme entachées de panthéisme ; tu condamnes les subtilités « contentieuses et quintessenciées dont elles entourent « l’absolue simplicité des vérités les plus radieuses. » Tu n’admets pas davantage les enseignements hété— rodoxes dont le XIX° siècle inonde notre Occident : « les « hiérophantes de l’erreur ypullulent depuis Fourier, « Saint-Simon, Louis de Toureil, Louis Michel,Allan « Kardec ou Roustaing, etc. (I) » Ce n’est pas, cependant, que tu réprouves leur étude et particulièrement celle de l’Inde et de la Chaldée, indispensables au contraireà l’adepte.
Sans doute, dans toutes les écoles ésotériques on retrouve en effet, sous la diversité des vêtements symboliques, le même fonds de vérité primordiale qui constitue la pierre cubique de la science; dans les détails même nous sommes frappés des analogies les plus incroyables entre les écoles les plus distantes.
Mais là s’arrête l’identité qui est toute relative, et plusieurs initiations sont foncièrement erronnées dans une part considérable de leurs enseignements. C’est dans le christianisme néo-Moïsiaque, expliqué par naaaaaaaaa (I) Lettre inédite. “'H
STAN [SLAS DE GUAITA 13 « « (f. la Sainte Kabbale et l’Hermétisme alexandrin (avec réserves), qu’il faut chercher la Vérité absolue dans la totale connaissance » (1). Voilà ce que tu nous déclares. Ces préférences seront mieuxjustifiées tout à l’heure par le tableau développé de ton propre enseignement, maisil en faut donner tout de suite un motif important que je ne sache pas que tu aies jamais rendu public.
A‘îxâkîââââæ’ûâ’eäîâ (< « Il ne s’agit plus aujourd’hui, selon toi, du prim— cz'pe mâle, ce Verbe Rédempteur, mais du principe féminin, la sagesse créée, de la divine Hochmah qui descend du ciel pour nous faire naître à nou veau. C'est par l’intervention de la céleste épouse que le Christ douloureux doit se métamorphoser en Christ glorieux. .. C’est la doctrine que prêchait le fameux maître Guillaume Postel, vers le milieu du XVIe siècle.
Prédestinée toutefois à être mal com— prise, elle est dangereuse à soutenir en public. Kabbalistiquement. en effet, l'exaltation exclusive de la femme, en l’androgyne hominal, constitue un dogme hétérodoxc : l’Ionz'sme, qui ne trouve pas sa place dans la Synthèse dorienne, est une initiation anarchique, erronée et trompeuse au premier chef.
« Mais si, par cette femme, on entend l’épouse céleste, la sainte Hochmah, c'est là toute une autre affaire » (2). n I-'* Voyons donc maintenant comment, de cette Trinité (I) Lettre inédite. (2) Idem.
14 L’INITIATION des Pères chrétiens aux personnes asexuécs et unifiées, s’élève ta doctrine Hermétique.
Ici se revèle une fois de plus la pondération de ton esprit où la netteté s’allie avec la plus grande élé vation de pensée, Tu pouvais sortir des profondeurs analytiques de la Nature vers la source universelle du Père ; tu pouvais à l’inverse, par le procédé dog— matique propre à la religion, descendre de cette cause première la hiérarchie des trois personnes.
Tes amis se sont répartis instinctivement sur des deux voies ; c’est la moyenne que tu as préférée, mais en pleine ' connaissance de cause et par des motifs qu‘il faut dire.
Dans ta lumineuse interprétation de Khunrath, tu notes avec quel soin ce hiérographe symbolise le ca— ractère impénétrable du Père et de l’Esprit saint : « Notre esprit, dis»tu, inapte à pénétrer ces principes « dans leur essence, peut seulement entrevoir leurs «rapports antithétiques, en vertu de l’analogie des « contraires (I). » Tout autre est la personne du Fils, du Verbe indis solublement uni à la vie que nous traversons, par’ qui, en qui, à travers qui a été créé le monde auquel nous appartenons nous—mêmes.
Par ce monde, par cette vie, nous pouvons le con— naître comme leur principe ; parlui nous atteindrons cette vie universelle qui les relie l’un à l’autre dans l’éternelet formidable courant de l’Evolution. Tu vas donc nous dire d’abord cette triplicité du (1) Voir le Seuil du Mystère.
STANISLAS DE GUAITA 15 Verbe que nous avons vu tout à l’heure dominer ton œuvre. Et comment résister au plaisir de te citer en core en cette démonstration P « Le Grand Maître interrogeait tout d’abord le postulant : « — Fils de la terre, que nous veux-tu ? — Vozr la Lumière, devait-il répondre — Tu veux, Fils du limon, voir la vraie Lumière, en connaître les lois harmonieuses.
Tu as parlé sagement... » « La lumière, .suivant les kabbalistes, est cette « substance unique, médiatrice du mouvement,immar— « cessible, éternelle, qui a engendré toutes choses et à « quoi tout retourne à son heure...
Correspondant au « Verbe (lumière divine), à la Pensée (lumière intel « lectuelle), elle est à la fois, dans le monde phéno « ménal, le sperme de la matière et la matière des for— mes » Voilà le point central de la grande synthèse ma gique, l’agent suprême de la théurgie aux merveilles divines, mais l'agent aussi de la sorcellerie et de ses crimes ténébreux.
Force redoutable au premier chef en sa duplicité I En nous introduisant dès l’abord en sa grandeur au milieu de ses dangers, tu nous amènes directement en face de l’un des problèmes les plus troublants de la philosophie, celui du Bien et du Mal. C’est par lui que tu nous fais aborder cette doctrine universelle où nous devons connaître et contempler les aspects supérieurs de la Lumière. Le simple bon sens suffirait à l’approbation d’une (1) Seuil du Mystère, p. 27.
16 L’lNlTIATION pareille marche ; quelle question est plus intéressante à l‘homme, en effet, que celle qui va décider de toute la conduite de sa vie ? Mais tu nous guides par des raisons bien plus profondes. Tout philosophe sait, en effet, où aboutit cette ter rible question de l’origine du mal.
Comment la con— cilier avec la perfection d’un créateur, ou, si le hasard est le grand maître de l’univers, comment en com prendre l’harmonieuse ordonnance ? Problème de la création, de la fin de toutes choses, de la destinée de toutes créatures, voilà tout ce que tu poses avec celui de l’origine du mal; nous voici au cœur même de la philosophie.
Quelle solution vas-tu nous y fournir P Elle est fort simple; c’est celle trinitaire : lin premier lieu, le Mal n’existe pas, c’est-à-dire qu’il n’a ni essence, ni principe, ni représentant éter nel.
« Ta seule excuse, t’écries-tu, ô Satan, c’est que tu n’existes pas! » Le mal est l’ombre du bien, comme le néant n’est que l’ombre de l’être, comme toute chose réelle n’est que par son contraire ; pôles extrêmes d’un dualisme apparent seulement que résout la vie évolutive.
D’un coup tu nous arraches ainsi avec Ficht, Schel ling, Hegel, mais plus clairement qu’eux, aux terribles antinomies de Kant et à tout l’idéalisme, abîme si redoutable à l’esprit humain, que côtoie en rampant le positivisme, toujours prêt à s’y engloutir. v . » Mais d’où vient cependant que le mal s’attache à
STANISLAS DE GUAlTA 17 tel point à l’homme qu’il semble le souverain véri— table de la terre ? — La raison, nous dis-tu, en est dans la chute. Autre question capitale que la philo sophie moderne, tout occupée de celle qui la précède, a complètement oubliée. C’est encore la lumière astrale qui va nous en dis soudre les nœuds.
Cette solution longuement développée en ton œuvre, tu l’as résumée quelque part en peu de mots, dans ce langage imagé et précis dont tu as emporté le secret. « Une intelligence fragmentaire de Dieu a fait al liance avec le Serpent d’As/ziah (monde de la ma tière et des formes physiques).
Une part de la cause s’est immobilisée, s’est enchaînée dans les liens charnels de l’Efl’et parvenu au total Epanouisse— ment. » A quoi tu ajoutes ces deux notes qu'il faut se garder d’omettre : I° « une‘part fragmentaire : expressions très inexactes qui suffiraient à entacher d’erreur toute notre théorie si nous ne prévenions que nous les avons outrées à dessein.
2° « La Sagesse créée n’est nullement étrangère à ce grand drame de la Chute et de la réintégration ; mais son rôle est un mystère dont nous réservons l’ésotérisme (I). » On le voit, c’est par la création de l’homme que tu nous convies ainsi à achever d’éclairer ce mystère. (I) Lettre inédite. Plus d’un lecteur apercevra dans ce passage comment sont côtoyées et évitées les erreurs du panthéisme et du gnosticisme.
18 L'INITIATION l'f».""_ H Qu'est-ce en effet que cette intelligence fragmen taire qui se laisseappre’henderainsi auxliensde la Lumière condensée?C’est l’Homme universel, Adam-Kadmôn. « A proprement parler, Dieu n’a pas créé l’homme individuel; il a seulement rendu cette individuation possible. L'Individu se crée lui—même. —— L’homme (émanation du Un) s’est volontairement incarné (r).
« Nous y étions tous, » disait notre regretté abbé Rocca à la parole pittoresque, justifiant ainsi la tache originelle. Et du même coup, qui a fragmenté l’homme uni versel, toute la créature s’est trouvée figée en sa soli— dité matérielle. Mais encore quel est le caractère de cette chute ? Faute ou sacrifice ? A cette troublante interrogation, l’inébranlable gé nérosité de ta foi répond une fois de plus : le Mal n’existe pas !
La Chute fut un sacrifice nécessaire. « Le mal s’oppose momentanément à la norme du « Bien pour manifester celle-ci dans l’éternité de son « triomphe ; Dieu ne tolère le péché originel, cette « infraction au Bien négatif, qu’à titre de gestation « ténébreuse et transitoire, d’où doit éclore le Bien « positif et superlatif: la Rédemption (2). » Felix Culpa! as—tu dit ailleurs.
C’est ainsi que du Mal contraint au Bien, par lui et pour lui, tu fais naître la Béatitude où s’épanouira le Néant vivifié. Telle la rose qui germera au sein du (1) Même lettre.. (2) Lettre inédite.
STANISLAS DE GUAlTA [9 fumier, transforme ces corruptions multiples en formes, en couleurs, en parfums délicieux. Nous abordons ici une troisième question capitale consécutive à la précédente, la théorie de la Rédemp tion, et avec elle va se dévoiler le mystère du Christ.
«Considérons un instant l‘hiérogramme, Jeschua « mwm :De quels éléments se trouve-t-il composé ?, «Chacun peut y voir le fameux tétragramme n‘.n‘, « écartelé par le milieu n'.- 7, puis ressoudé par la « lettre hébraïque 7;; (Schin). Or mm exprime ici « l’Adam-Kadmôn, l’homme dans sa synthèse inté « grale, en un mot, la divinité manifestée par son « Verbe et figurant l‘union féconde de l’Esprit et de « l’Ame universels.
Scinderce mot, c’est emblématiser « la désintégration de son unité et la multiplication « divisionnelle qui en résulte pour la génération des « sous-multiples.
Le Schin qui rejointles deux tron « çons figure le feu générateur (arcane21 ou 0 du Ta « rot), le véhicule de la vie non différenciée, le « Médiateur plastique universel dont le rôle est « d’effectuer les incarnations en permettantà l’esprit « de descendre dans la matière, de l’évertuer, de « l’élaborer à sa guise.
« C’est -;: enfin, dont l’addition au quaternaire Verbal engendre le quinaire, ou nombre de la dé « chéance (i). » Et ailleurs: « Nous sommes donc tous des dieux après l’initia « tion ; mais le Christ, mwm est le Verbe de Dieu à (1) Notice de la Rose-Croix(lnitiation de mars 1889, p. 210).
20 L‘INITIATION .p- .. .. ._ .-. -..-...«-—- ... ..—..... . \--.
""‘l « lui-même, car il était prédestiné à reconquérir, dès « ce monde, non point en partie, mais tout entière, « la divinité primordiale de l’humanité. » « Toutefois, ce n’est ici que le Christ douloureux, «la neuvièmeincarnarion de \V15hn0u. —- Le dixième « Avatar est près de paraître sousl'emblème du Christ « Glorieux et l’universelle communion sera con « sommée, aussi intimement qu’elle peut l’être ici « bas 1 . » ( ) ‘_‘ Nous voici parvenus à ta suite aux célestes confins des sphères divines.
Tu vas nous dire à présent ce qu’est le Christ Glorieux. et d'abord quel est ce règne de Dieu qu’il amène sur la Terre ; à quoi se résout par conséquent la question sociale ; —- comment l’inaccessible unité se révèle par le Ternaire dans le monde intelligible; — qu’est—ce que Nirvâna ? Mais non, hélas! tu ne nous le diras pas. Il faut que je m’arrête ici, où la mort a glacé ta main !
Il ne devait pas t‘être permis, Frère bien-aimé, de nous faire ces révélations suprêmes ! Là devait se borner ta mission ! Toi aussi, tu devais entrevoir la Terre promise, sans pouvoir en franchir la frontière où tu nous amènes.
Un autre Maître, tu le sais, un Maître que tu révé— rais, que ton affection comme la nôtre plaçait au pre— mier rang, semble tout spécialement chargé de cet apostolat suprême, auquel tu nous as si magistrale— ment préparé ! I (I) Lettre inédite. ——-——;.—-.-—-———y .. . a...m..4_. .. ,. ,
STANISLAS DE GUAITA 21 Du séjour bienheureux où la Providence vient de te rappeler, pour t’y accorder ta juste récompense, tu vas collaborer avec lui sans doute, bien plus aisé— ment encore. Notre amour t’y poursuit, frère tant regretté ; ne nous oublie pas non plus !
Verse sur nous les vivifiants rayons de ta science et de ta foi, et prie Celui que tu savais si bien adorer, en Esprit et en vérité, que ton exemple et ta mémoire nous ren— dent dignes autant que nous le pouvons de te retrou ver un jour ! Pax domim‘ sit semper tecum, in menu \ l'3N F.-CH. BARLET.
L’ŒUVRE DE RÉALISATION Il y a quelques mois, Guaita venait de terminer sa Clef de {la Magie Noire, ce résumé d’un tel labeur qu’il devait emporter son auteur. Dans un de ces moments où l’Esprit, illuminé par les certitudes du futur, éclate en un Verbe inconsciemment proféré, mon ami parla: « C’est fini ; le Destin ne me per mettra pas d’en dire plus.
Tu verras que, si j’assiste à la naissance de mon livre, je ne pourrai pas aller plus loin. » Et nous causâmes d’autre chose. Deux fois ces paroles se représentèrent à mon Es prit. D’abord quand, appelé en consultation auprès de son chevet, en Lorraine, je vis mon brave cama
2 2 L"lNITIATION m—ùh ...-—-. —. . rade de luttes et de succès supportant héroïquement des souffrances presque surhumaines, puis quand lessz‘gnes,les mystérieux et cependantsi intenses aver tissements, vinrent emplir mon cœur de tristesse en annonçant qu’une belle naissance s’apprêtait là haut ; ce qui voulait dire qu’un triste départ était proche ici. Trois jours après, c’était fait.
Et l’ami si précieux, le compagnon si cher du pénible voyage en lamatière, ne se révélerait plus que dans la prière et dans les plans supérieurs. Laissant à d’autres amis le soin de retracer les mul— tiples aspects du labeur du jeune maître, je veux m’en tenir à son œuvre de réalisation. ‘ Pour comprendre cette œuvre, il est nécessaire de bien établir le rôle de la France dans la transmission initiatique.
Au seuil du moyen âge, c’est en France, c’est à Paris devant le portail gauche de Notre-Dame qu’est fixé le lieu de rendez-vous de tous les hermétistes ré pandus en Europe et qui, une fois l’an, régulièrement, et lors de leurpassage fortuit, se rencontraient et échan geaient les signes mystérieux à cette place sacrée.
C’est en France que le premier manifeste extérieur des Rose-Croix éclate et c’est en France aussi qu’alieu la terrible lutte entre les Sociétés blanches (llluminés et Martinistes), et les Sociétés rouges (Jacobins) dont la révolution de 1789 fut un des épisodes.
Les Sociétés spiritualistes écrasées, mais non éteintes, se recueillirent dans le travail et dans le si— lence et s’attachèrent à conquérir lesintellectuels plus que la masse qui fut abandonnée aux philosophes et ..__,-._,_... .,u- ._ _ . . _ .,__..L ..A.:;Mfi5m
S'I’ANISLAS DE GUAITA 23 aux athées, ivres de leur momentané triomphe. —— Gœthe en Allemagne, Balzac en France, furent sélectés en _vue de la diffusion de la tradition par le moyen de l’Art. Fabre d’Olivet, l’ange du courant pythagoricien, ouvre la carrière aux grandes individualités du début de ce siècle : Eliphas Levi, Lucas, Wronski,Vaillant et Alcide Morin. le premier qui ait fait un périodique ex:lusivement occultiste (1850).
Le mouvement aurait continué dans le silence si, brusquement, des étrangers n’avaient pas prétendu arracher la France, berceau et lieu d‘élection des tra ditions occidentales, à ses origines, pour l’entraîner dans un mouvement qui devait changer l’axe de gra vitation de l’ésotérisme pour le placer hors de Paris.
Paris, Bar-Isis, le vaisseau de l’initiation qui, sym boliquement, orne le fronton de tes édifices, aurait cependant du montrer à des yeux quelque peu clair voyants ton rôle qui peut atteindre soit à l'absolu du bien, soit, hélas! il l'absolu du mal. Il était‘donc impossible de laisser anéantir l’oeuvre des véritables maîtres d‘Occident.
Aussi fut-il décidé en hautlieu qu’un mouvement de diffusion serait en trepris, destiné à' sélecter, par le travail et l‘examen, les intellectuels capables d’adapter la tradition ésoté rique au siècle qui allait s’ouvrir. Il ne faut pas perdre de vue cette filiation patente et ininterrompue des sociétés d’initiation occidentales dépuis le xwa siècle et qu’on peut suivre ouvertement depuis le xvut°. Il ne faut pas non plus oublier que c‘est la France qui a toujours tenu la tête de ce mou
24 L’INITIATION vement et que c’est pour lui arracher cette influence que des efforts inouïs ont été tentés pour détruire le spiritualisme dans notre Patrie et pour la présenter comme un ramassis d’athées et d’incroyants, légers et amoureux du seul plaisir matériel. Voyons donc l’état des partis en 1887, au moment où Guaita prit la tête du mouvement intellectuel.
Les MATÉRIALlSTES étaient au pouvoir partout et voyaient leurs idées accueillies avec frénésie par une jeunesse avide de jouissances faciles et de pouvoir, et ravie de n’avoir plus aucun frein moral autre que l’habileté d’éviter le gendarme. ‘ Les SPIRITUALISTES étaient composés en majeure partie par la grande armée spirite très nombreuse mais très divisée et impossible à discipliner.
Tout au plus pouvait-on espérer une fédération qui,tentée plusieurs fois, n’a même pu être réalisée à ce jour. Dès 1884, des Sociétés étrangères avaient fait de sérieux efforts pour faire reporterà Londres le centre de direction del’occultismeeuropéen.
Les Français furent assez clairvoyants pour éviter le piège, et l’Ordre mar tiniste, après une enquête sérieuse, parvenait à dé— jouer définitivement l’habile calcul de ces bons im portateurs qui se reconnaissent facilement à un point commun : la haine qu’ils professent pour le Christ et leur ignorance del’illuminisme dont ils ont cherché à copier le nom.
Les Sociétés françaises alors en activité étaient donc La Franc—Maçonnerie dont la section spiritualiste était secrètement condamnée à disparaître. L’exécu— tion du plan demanda dix ans, et en 1897 une seule . “2}, .,_....d .. .
STANISLAS DE GUAITA . 25 loge de Misraïm restait debout et seule en France invoquait le G.'. A.'. en tête de ses planches. La Grande Loge de France avait tué le spiritualisme en F.'. M.'. Du côté des Illuminés se trouvaient : des Groupes épars des Sociétés de Rose-Croix organisées par Eliphas Lévi ; des groupes épars du Rite Martiniste dérivés de \Villermoz (depuis 1810) ; des groupes de Swedenborgiens.
C’est dans ces centres que le grand mouvement spi ritualiste va prendre son appui. Mais auparavant voyons ce qu’on pouvait attendre des divers clergés. Les CLERGÉS. — 1° Le Clergé catholique, bien que renfermant quelques âmes d’élite, était formé d’une masse ignorante dirigée par des administrateurs et des chefs plus dévoués à la politique de César qu’à celle de Jésus.
Une horreur comique pour la science qui, seule, pouvait revivifier la foi, une peur intense de perdre les avantages temporels laissés par les Jaco bins, le tout déguisé sous des formules de théologie aristotéliciennes, faisaient du clergé catholique un facteur à peu près négligeable de la rénovation spiri tualiste.
De plus, le clergé avait été incapable d’empê cher de mourir de faim les magistrats qui s’étaient révoltés, sous son instigation, contre les décrets, fai sant ainsi faillite à tous ses devoirs et àtoutes ses tra ditions. Enfin, ajoutez à tout cela la peur mal dé— guisée dela Franc-Maçonnerie, la confusion en une commune salade des rites vraiment athées, des rites spiritualistes et des associations d’illuminés qui n’ont
26 L’INITIATION s‘— rien de commun, et vous comprendrez quelques—uns des facteurs de l’impuissance de cette formidable masse de volontés et de dévouements.
2“ Le clergé réformé, très occupé par ses divisions intestines en orthodoxes et libéraux, ne possédant aucune lumière sur le monde invisible, entiché d’exé gèse allemande et de scepticisme genre Renan. ne pouvait pas lancer une nouvelle formule spiritualiste malgré la haute intellectualitéet la forte instruction de ses membres.
3°Le clergé israélite, tout àsa dévotion auMammon terrestre, rêvant pour sa clergie la puissance écono mique internationale, gouverné lui-même par les soi xante-dix et conservant le roi des juifs prêt à paraître au propre ou au figuré. ne se souciait aucunement d’une nouvelle direction des idées.
Seuls,‘ quelques chrétiens courageux et inspirés comme Saint-Yves d’Alveydre avaient fait des efforts surhumains pour arracher la patrie au paganisme césarien, ils n’avaient pas groupé .de troupes assez nombreuses pour tenter un effort décisif. Mais c’est à M. de Saint-Yves que revient l’honneur d'avoir ins— piré, grâce à sa puissante et généreuse intellectualité, les chefs de l’occultisme contemporain et,en première ligne, Stanislas de Guaita.
C’est l’auteur des Mis sions qui, en révélant la synarchie. en insistant sur la tradition chrétienne trop sacrifiée àla tradition païenne d’Aristote et de Pythagore a été le maître intellectuel de la génération des Kabbalistes contem— porains. Quoi qu’il en soit,un effort considérablefuttenté en ,_ . ,.œeimpm(wvæ-_.Æ ——_,«—— ' r> '-r-< - n——r' w>_œ-.
STANISLAS DE GUAITA 2.7 vue de remplacer les actions individuelles par des groupements hiérarchisés, et Stanislas de Guaita reçut la direction intellectuelle du mouvement dans sa spécification occulte, Barlet étant délégué aux adap tations scientifiques et à la sociologie où Julien Lejay devait tant se distinguer par la suite.
Alors sortit des ténèbres l’Ordre habbalistz‘que de la Rose-Croix sur lequel tant d’âneries ont été dites, qu‘il est nécessaire de remettre les choses au point. L’ordre kabbalistique de la Rose-Croix com prend trois grades, tous exclusivement accessibles à l’examen et auxquels nul ne peut prétendre s‘il ne possède d’abord les trois grades martinistes. Ces trois degrés de la.- R >}4 sont : le baccalauréat, la li cence et le doctorat en Kabbale.
L’Ordre est administré par un Conseil suprême composé de trois chambres et placé sous la direc tion absolue du grand maître qui était Stanislas de Guaita. lntérieurement l'Ordre sélectait ses membres par l’étude et l'examen. Extérieurement il ne se manifestait que par la mise au jour et l’exécution des lâches qui usent, pour nuire à leur prochain, des procédés du ma gnétisme inversif. Jamais un frère illuminé de la R æ n'a envoûté 'personne.
Quand une exécution était dé cidée, elle consistait UNIQUEMENT à étaler augrand jour les polissonneries et les vilains actes des nécromants, c’est là ce qui fut fait pour cet innomable individu que Guaita, dans sa générosité, se contenta d’appeler Jean-Baptiste et que les tribunaux français avaient, par deux fois, envoyé en prison;
28 L’INITIATION "Ti Aussi toutes les histoires « d’esprit volant » et de « contre-envoûtement »l lancées dans la presse à propos de la mort de ce Jean-Baptiste et rééditées actuellement sont-elles l’œuvre d’ignares qui ne seraient pas reçus à unf examen élémentaire des écoles occultes et qui, jouant les pontifes dans les salons, restent coi quand un martiniste exige d’eux une référence initiatique quelconque.
Laissés à la porte de toute société régulière d’initiation, ces per— sonnages encombrent de leur ignorant puffisme les colonnes des journaux quotidiens et prêtent aux frères illuminés de la R 95 un rôle qui serait odieux, si le ridicule de telles affirmations ne suffisait à remettre les choses en place et à montrer ceux qui sont restés devant la porte et ceux qui savent réellement ce qui ’ se passe derrière.
Quand l’ordre de la Rose >I< eut acquis le nombre des membres prévu par sa constitution, il fut rigou reusement fermé, par décision du Grand Maître, et aucune admission nouvelle ne fut prononcée depuis trois ans. Guaita fut donc la tête de cet Ordre puissant. Voyons maintenant les actions accomplies sous sa direc— tion.
L’École matérialiste officielle, occupant presque tous les débouchés intellectuels, menaçait de faire disparaitreà jamais les hauts enseignements des her métistes et des kabbalistes chrétiens. A côté des clas— siques du positivisme, la Rose-Croix kabbalistique créa les classiques de la kabbale, Eliphas Levi, Fabre d’Olivet, Wronski, et mit à l’étude les œuvres des
STANISLAS DE GUAITA 29 véritablesthéosophes, Jacob Bœhm, Swedenborg, Mar tines de Pasqually, Saint-Martin, qui sont les seuls que la théosophie digne de ce vénérable nom, con naîtra plus tard, comme ce sont les seuls qui furent connus sous ce nom du xv° au XIX° siècle.
Bientôt des élèves nombreux et déjà versés dansles sciences et les lettres profanes : ingénieurs, médecins, professeurs, littérateurs, vinrent demander à la Rose— Croix kabbalistique cette foi fixée par la science qu'on cherchait à arracher des cœurs au nom d’une science aussi fausse qu’incomplète.
Cette floraison d’intellectualité, qui s’imposa vite à toutes les sociétés initiatiques de l’Etranger par la publication de cette belle série de thèses de doctorat en kabbale, notre cher Guaita la dirigea modestement, sans jamais vouloir apparaître au premier plan et se contentant d'indiquerles sujets de thèse que sa prodi gieuse érudition lui permettait de choisir en toute sû reté pour la plus grande gloire et de l’Ordre et de la vieille réputation des écoles initiatiques françaises.
Et qu’il me soit permis d’ouvrir ici une parenthèse pour rappeler que, depuis le jour de notre union, ras— semblant en un seul faisceau les forces occultistes jusqu’alors éparses, jamais nous n’avons connu ces luttes fraternelles, ces polémiques intestines qui dé chirent si souvent les groupements intellectuels.
C’est ensemble etsans jamais uneseuledélection que, depuis bientôt dix ans, Guaita marcha toujours la main dans la main avec Barlet et nos divers groupes. Et la Mort seule, cette porte de l’Evolution et cette récompense suprême, la douce Mort est venue dissoudre momen W«—._—.-« ...\ . \\‘.—.\-in-ÙŒ_DN Mq.. w-‘vn‘m ... --..— M...M”
30 L‘INITIATION w tanément ce lien que notre mutuelle amitié a fait si solide.
Et;quand je dis dissoudre, je parle exotéri— quement ; car le cher ami a tenu lui-même. à venir nous prouver que c‘était resserrer et non dissoudre qu'il faudrait écrire —— Mais laissons fermée la porte des mystères et revenons à l’œuvre de réalisation de la R. >14: Grâce à cet ordre, une véritable aristocratie.d’intel— lectuels était créée dans l'initiation, un Collège de France de.l’ésotérisme était constitué et son influence s’étendait vite au loin.
Stanislas de Guaita ne bornait pas son activité à la Rose-Croix. , Le Comité directeur de trois membres du Suprême Conseil de l’Ordre Martiniste était fier de le compter au nombre des siens et toutes les fraternités régulières avaient donné leurs plus hauts grades au jeune maître. . Mais ce qui caractérise par-dessus tout l’œuvre de réalisation de Guaita, c’est son caractère essentiel lement chrétien.
Il est bien regrettable que, dès qu’un des nôtres rend àl’œuvrcdu Christ= après vérification dans le plan invisible où la vérité seule est inscrite, la justice et le dévouement qui' lui sont dus, ilest traité de jésuite par les athées d'0rientetd’0ccident et leurs sous-ordres et de sataniste par les catholiques intransigeants.
Or l’œuvre de Stanislas de Guaita est. tout entière une œuvre de croyant dont la foi certaine est illu minée par la science. C’est une chevalerie chrétienne qu’il avait constituée au-dessus de toute secte et de
STANISLAS DE GL‘AITA 31 toute discussion de parti, et si, aujourd‘hui, quelques membres du clergé, aveuglés par la passion, veulent juger autrement cette magnifique réalisation, nous sommes persuadés que l’avenir rendra une éclatante justice et que les Églises chrétiennes remercieront comme il le mérite ce hardi soldat d’avant—garde qui fut toujours au péril et jamais à l‘honneur.
Il était impossible en effet qu'il en fût autrement, car en dehors de la foi qu’il a cherché à éclairer pour lui et pour les autres, Guaita avait un culte sacré: celui de sa mère. Et cette mère méritait certainement une tellépiété filiale et une si douce récompense des croix sans cesse accumulées sur sa route.
C‘est elle, nous en sommes persuadé, qui voudra recueillir et conserver dans le château de famille, ces livres. tous annotés de la main du cher enfant et contenant comme une éma nation de lui après son départ. C’est en pensant à elle que ces notes furent écrites et sa piété saura en appré cier la valeur.
Associons, en terminant ces pages, à cette mère si éprouvée, une sœur etun beau-frèredontle dévouement fut incessant et présentons-leur, au nom de tous nos amis et au nôtre l’expression de nos sympathies dans la douloureuse épreuve qu’ils viennent de tra verser. Stanislas de Guaita est mort à laTerre, il com mence à vivre dans l’Eternité. PAPUS.
32 L’INITIATION [JANVIER ,n.. LE KABBALISTE Celui que nous venons de perdre et qui, à tous points de vue, nous appartenait par ses œuvres, par sa pensée, par les élans de son cœur vers plusieurs des nôtres, Stanislas de Guaita laissera dans nos rangs une place vide et difficile à combler.
Je ne veux parler ici ni de ses œuvres de réalisation ni de la Rose-Croix kabbalistique dont il était le grand maître, ni des efforts qu’il fit pour réunir les trésors d’une bibliothèque qui était une merveille, ni de ses ouvrages que tous nous avons lus et relisons. D’autres le feront mieux que moi.
Mais je n’ai pas voulu que des amis donnent un adieu solennel et unique à notre cher de Guaita sans que mon nom figurât aussi parmi les leurs : hom mage rendu à un prédécesseur. à un combattant de la première heure, témoignage de reconnaissance et d’affection pour un accueil toujours si bienveillant, si simple et si cordial. Aussi ai-je brigué l’honneur de parler ici du kabbaliste.
La kabbale était certes de toutes les branches des hautes sciences celle qui était la préférée de notre ami, et de la posséder mieux que tout autre, il s’enorgueil— lissait à juste titre. Je ne rappellerai pas les pages entières de ses livres qui révèlent l’érudit orientaliste, le chercheur des mystères des lettres, je ne dirai pas les précieux manuscrits, les in-folio hébraïques qui enrichissaient les bas rayons de sa bibliothèque. Ce ne serait pas assez dire.
[898] STANISLAS DE GUAITA 33 Car il est deux sortes de kabbale et je dois m’appe santir sur la différence qui les sépare. L’une, la kab bale littérale, est celle qu’ont entrevue tous les philo logues, que certains ont analysée et classée.
C’est celle qui, par son aspect précis et mathématique, a frappé l’imagination de plusieurs et qui reste encore à l’état de science morte, de squelette entassé parmi la masse terrible des études talmudiques. il n'est pas de rabbin, si ignorant soit-il, qui n’en connaisse quelques bribes; c’est cette kabbale qui s’exalte aux tables commuta toires, s’inscrit aux talismans des sorciers, aux amu lettes parcheminées des juifs et même, 6 dérision, se traîne parmi les conventions typographiques chez les éditeurs d’œuvres hébraïques.
Cette kabbale n’était vivante que des idées qu’elle exprimait, et jadis, au temps du Zohar, et même au tempsyde la nouvelle kabbale, au xvu" siècle, toute une mystique spéciale et délicate, possédant sa langue et ses symboles, s’exprimait par son intermédiaire.
Ceux qui ont étu dié les livres du Zohar, les traités des kabbalistes de toutes époques, savent quelle patience, quels efforts sont nécessaires, d’abord pour pénétrer le sens des symboles, pour en préciser l’origine, ensuite pour suivre en leurs rapprochements les explications don nées par les sages kabbalistes.
Quelques rares savants parmi les juifs, quelques esprits d’élite possèdent cette science longue à apprendre, plus âpre que :lu VVronsky, plus diffuse que de la mystique espagnole, plus complexe que de l’analyse gnostique. Mais pour la pénétrer, il faut dix ans d’étude et d‘isolement; il faut ne vivre que pour cela et dans cela. Il faut que la 2
34 L'INITIATION .p—.— pensée, sans cesse fixée sur ce même point, s‘y atta che si fortement que rien ne l’en puisse arracher et que ces efforts soientcouronnés enfin par l’appui pro tecteur de quelque génie, évoqué par le constant appel et le mérite du travailleur.
Certes, cette kabbale ainsi comprise et étudiée mérite toute l’attention et le tra vail de ceux qui veulent arriver; mais, le plus sou vent, arrêtés dès le début par la distraction ou la lassitude, les chercheurs piétinent sur place, se décou ragent et demeurent de superficiels érudits, aptes, il est vrai, à jeter de la poudre aux yeux des ignorants, mais incapables et de peu d’intérêt. .
Stanislas de Guaita savait tout cela: il connaissait les dangers de cette pseudo-Kabbal’, de cette fausse érudition plus propre à détourner les esprits du droit chemin qu’à les mener à la vérité. Aussi ne s‘y est-il jamais arrêté, et lorsqu’il établit les examens initiaux des grades kabbalistiques il eut soin de laisser aux élèves la plus grande latitude sur ce point.
S’il fallait poser une question de vraie kabbale littéralé à celui qui se présente, me disait-il un jour, qui pourrait y répondre?
Et même quel professeur serait apte à le faire P Un kabbaliste doit pouvoir lire à livre ouvert un ouvrage rabbinrque quelconque, en donner l’ex plication dans la langue même de la mystique juive, c’est-à—dire en l’appuyant de textes pris aux œuvres qui font autorité en ces matières, y apporter les lu mières personnelles de sa réflexion et de ses recherches.
L’étudiant aurait donc quatre-vingt-dix ans, puis qu’une existence suffirait à peine à ce labeur, à cette évolution. Et le maître? Où serait-il? Cette grande et
STANISLAS DE GUAITA noble science qu’est la science de la Kabbale ne doit pas être profanée et ridiculisée par l’ignorance or— gueilleuse, et il est tout aussi pitoyable de voir des ignorants réciter quelques mots de Molitor, répéter quelques formules de Franck, qu’il le serait de voir des enfants ajouter bout à bout une fraction, un cercle et une équation trigonométrique, et de les entendre crier qu’ils savent les mathématiques. Que faire alors?
Est-il donc une autre Kabbale? Oui, et je veux le démontrer ici. Il est une autre science théologique que celle de l’école officielle puis qu’il a toujours été des hérétiques et des mystiques ; il est une autre mystiqueque celle du Talmud et d'autres interprétations de la Torah puisqu’il y eut parmi les Kabbalistes même tant de maîtres proscrits, persécu tés et qui finalement passèrent au christianisme.
De part et d’autre, du monde chrétien et du monde juif, sont sortis des hommes qui ont rompu tout charme et se sont dégagés de toute contrainte pour rechercher individuellement la vérité de leur mieux. Les Guil laume Postel, les Reuchlin, les Khünrath. les Nicolas Flamel, les Saint-Martin, les Fabre d’Olivet, que sont-ils?
Voilà les maîtres de la Kabbale telle que la voyait Stanislas de Guaita, telle qu’il sut vraiment la faire connaître et l’enseigner. Ces hommes furent d'âpres conquérants en quête de la toison d’or, refu sant tout titre, toute sanction de leurs contemporains, parlant de haut parce qu’ils étaient haut situés et ne comptant que sur les titres qu’on obtient de ses propres descendants. Ces titres-là sont les seuls, puisque, comme l’enseignent la tradition et la symbo
36 L'INITIATION -T:‘-‘I lique égyptienne, c'est nous—mêmes qui devons nous juger. Le fleuve passé, nous apparaissons nus ayant laissé nos vêtements de mort avecnos rêves, et aldrs à chacun selon ses œuvres vives: Notre Dieu est celui des vivants et non pas celui des morts.
Cette autre Kabbale qui éclaire les livres de Guaita et qui dirigea ses œuvres, il voulait la voir plus con nue, mieux précisée avant sa mort, et certes ce dut être une de ses souffrances de sentir qu'il nous quitl tait avant d’avoir réalisé dans cet ordre d’idées tout ce qu’il rêvait de.grand et de définitif.
Il était un de ces êtres que l’effort, que le travail continué sans relâche, que l’épreuve acceptée et supportée avaient élevés, à la seule, à la véritable initiation: il était de ceux qui savent qu’il n’est ni clef secrète pour violer la de meure des Sages,ni sentiers raccourcis pour monter à l'amphithéâtre de Sapience divine et que laroute est la même pour tous.
Ce symbole des épreuVes subies avec patience et courage et qui amènent ensuite à la vue de la pure lumière, il l’avait connu et le savait conti— nuellement réalisable dans les moindres actes de la vie. Tous ceux qui travaillent, bons ou méchants, sont ouvriers du Ciel quoi qu’ils en pensent, quoi qu’ils puissent en dire; seuls les tièdes sont rejetés au jour du jugement.
Et comment pourrait-il en être autrement puisque tous, dans les champs où nous travaillons, nous sommes sur les terres du Maître suprême et ne faisons que ce qu’il nous permet de faire? Ouvriers aveugles et qui croyons travailler pour nous, nous n’accomplissons en somme que ce qu’Il avoulu de tout temps, nous ne nous agitons
STANISLAS DE GUAITA que pour que devienne sans cesse plus présente et plus manifeste la gloire divine de Jésus-Christ. La permanence de cet enseignement, l’annonce et la révélation continue de l‘ésotérisme au travers des temps et des philosophies, voilà l’œuvre de cette autre Kabbale, et ce fut aussi l’oeuvre de Stanislas de Guaita. C’est pour cela et en cela qu’il fut vraiment Kabbaliste.
Mais plus encore que l‘homme de science, plus que le kabbaliste orthodoxe et profond, j’admirais en notre cher de Guaita l'être de bonté qui savait se révéler aux grands moments, celui dont la nature vibrante et noble, profondément noble, s’émouvait aux cris de la souffrance, aux gémissements de l’op pression, aux chants enthousiastes vers la beauté ou vers la bonté.
Là, c’était son cœur qui parlait, son cœur, centre et tabernacle de lui-même; et, lorsqu’on avait su frapper à cette porte dont il éloignait les in discrets dès le début, on trouvait le jeune et fier ami que plusieurs ont connu, le très simple et très bon frère. C’est ainsi que je veux toujours me souvenir de lui. Dr MARC HAVEN.
L'ŒUVRE DE STANISLAS DE GUAITA au point de vue occulte Ce n’est pas sans appréhension que, pour me rendre au désir du Dr Papus, j'entreprends d’écrire ces pages, trop insuffisantes, à la mémoire de l’un de mes pre miers maîtres et de mes plus chers amis. Loin de moi la prétention de vouloir juger l’œuvre imposante du
38 L’INITIATION penseur, l’édifice parfaitement beau — quoique la mort soit venue en arrêter l’achèvement — élevé à la gloire de la Tradition occidentale; je ne suis rien que le plus petit des serviteurs d’une phalange d’esprit5' admirables, dont la Providence me propose journelle ment comme exemples la science et la sainteté ; je ne sais donc rien qu’Elle ne m’ait appris par leur bouche, et, si ces pages peuvent aider les chercheurs sincères à mieux comprendre la pensée de Guaita, ce sera grâce aux fragments que j’ai pu retenir des leçons de ces apôtres parmi les premiers desquels il fut selon la science et selon l‘ancienneté.
' Un Français, reçu il y a delongues années dans les cryptes mystérieuses des temples de Shiva, me racon tait un jour ses épreuves d’initiation et me redisait les conseils du Collège dont il avait été l’élève: « Va, lui avait—on dit; retourne dans ta patrie, reste toi-même, demeure inconnu, et ne te laisse séduire par aucun reflet et par aucun serpent. » Eh bien, Stanislas de Guaita était, par droit de naissance, semble—t-il, le cerveau puissant, la volonté royale devant le regard direct de qui tremblent et s'évanouissent toutes les volutes du Grand Serpent.
Et en fait, tout son labeur fut consacré à définir, à éclairer, à mettre au jour ' l’essence, la nature et la biologie de cette force mysté rieuse dans son aspect radical. Toute œuvre de science occulte, si même elle est écrite dans une langue pro fane, comme la nôtre, contient, par le seul fait qu’elle reflète les formes essentielles du Verbe, un sens natu rel, un sens comparatif et un sens hiéroglyphique. Sans prétendre ici découvrir quels enseignements :5 t ' 4 4|.«-.Js._: .vl> -
STANlSLAS DE GUAITA 39 plus cachés se trouvent sous le brillant voile philoso phique et pythagoricien du Temple de Satan, nous pouvons tout au moins le regarder sous un angle plus direct que ne le font d’ordinaire les lecteurs sortis du Monde ou de l’École. L’hiéroglyphisme vivant des antiques synthèses va nous servir de guide, et parmi ses multiples symboles, c’est celui du serpent que nous allons étudier.
Nous voyons un animal qui semble appartenir aux plus primitives espèces que la Terre ait enfantées; il est contemporain des époques antédiluviennes, des p'rèles gigantesques, des fougères arborescentes; il foisonne là où la terre impure semble le plus doulou reusement pressurée par les rayons d’un soleil dévo rant, où sous l’action torturante de ce feu qui trans perce ses entrailles, les !: umus, les excrétions végétales, les terreaux en fermentation, toutes ces formes du noir Satan voient se condenser en l'être reptiforme l’essence de leurs venins et toutes les colères méchantes de leurs âmes obscures.
Le serpent est lié à la terre, c’est un être céleste à qui les ailes furent coupées; dans la lumière de gloire \ il fut le séraphin brûlant d’amour; ce n’est plus qu’une créature de répulsion et d’effroi, dévorée du feu colérique de la Haine, à la surface de l’Enfer zo diacal; dans sa substance, c’est le Mercure universel ; c’est pourquoi il était le signe d’Hermès et d’Escu lape; son principe divin, c’est le Saint-Esprit.
Voilà comment, selon la tradition précieuse, men tionnée l‘autre jour par le docteur Marc Haven, Sta nislas de Guaita fit, avant de recevoir la Couronne des
40 L‘INITIATION 3l l Elus avec le baiser mystique de l’Eternel, qui l’a ravi à ses frères et à ses élèves, de cette Clé de la magie noire, un commentaire au Shir—hashirim au chant de l’Esprit-Saint. n 00 Dans son exposition des mystères cosmogoniques et physiogoniques, le marquis de Guaita a pris comme guide celui que le Phil... inc... appelait « la plus grande lumière qui ait paru sur la terre après Celui qui est la Lumière même ». je veux direl’humble cor donnier de Gorlitz, Jacob Boehme.
Il en a éclairci les sublimes ténèbres avec le chandelier à sept branches, du Bereshit; il a confrontél’obscur artisan spectateur des mêmes magnificences éternelles du fond de son échoppe, parmi les soucis terre à terre de la vie do mestique, avec le thaumaturge du Sinaï,tout un peuple jeté dans la poussière à ses pieds, tandis que se déroule dans les fulgurances de la Lumière de Gloire, l’épopée formidable de Celui dont il préparait le Temple.
L’œuvre de Guaita, ce n’est pas des livres, c‘est un palais, avec des salles solennelles, ou obscures ou gaies, avec ses caves, les puits de ses oubliettes, et la tour, hélas! inachevée, d’un donjon que l‘on prévoyait majestueux; dans ces salles ont été convoqués tous les maîtres de 1’Esotérisme et ses élèves aussi.
Voici le laboratoire hétéroclite du souffleur, voici les modestes instruments du véritable alchimiste, sur cette terrasse l’astrologue observe les étoiles; au fond des fossés, la sorcière fait la chasse aux crapauds et cueille les plantes vénéneuses; dans la chappelle prie le mystique. voici l’oratoire que le magicien dispose
STANISLAS DE GUAlTA 4[ selon les sept Formes, voici la vaste bibliothèque où le savant compulse les in-folio. De toutes ces pièces fermées. les serrures obéissent à une seule clé, double par ses branches, triple dans ses usages, et c’est ici qu‘il convient d’appeler l’atten tion sur une particularité importante dans l’étude in tellectuelle de l'Occùltisme.
Notre entendement, bien que susceptible d‘un développement indéfini, a besoin, pour vivre, des notionsdu Temps et de l’Espace; c’est dire que la meilleure méthode pour le développer consiste à ne lui refuser aucune nourriture, c'est-à—dire à accepter toutes les idées, parce qu'elles contiennent toutes une part de vérité et une part d‘erreur, et parce que erreur et vérité sont des termes relatifs.
' Ainsi aucun ésotérisme nedoit être négligé; l’occulte est partout: et chaque maître nous l'a présenté sous un jour différent. Le spectacle auquel nous convie Stanislas de Guaita fait paraître l’Univers sous l’as pect de la Polarité universelle.
Nul n’a aussi bien compris, si ce n’est Eliphas Levi, que le noir et le blanc ont besoin l’un de l’autre pour exister, et se nécessitent réciproquement? et surtout nul ne‘fait si bien comprendre à ses lecteurs ce principe de toute manifestation temporelle.
C’est dans l’omnivers, Abel et Caïn, c’est dans notre système zodiacal, lonah et Hereb, c’est en fran çais l’Espace et le Temps, chez les Grecs, Rhea et Saturne, pour Bœhme, l’expansion et l’astringence, pour Saint-Martin, le mouvement et l’inertie: c’est Michael et Satan; c’est l’Esprit Saint et le Serpent;
42 L’INITIATlON c’est dans la météorologie, le jour et la nuit; en alchimie le Soufre et le Sel. Ainsi les myriades de phénomènes, de formes, d’êtres, de lois, de passions, viennent se ranger dans l’un ou l’autre de ces camps, et n'y attendent plus que le lien qui doit les réunirà nouveau, les réactionner, évertuer leurs forces latentes et les faire mourir pour donner le jour à de nouveaux êtres.
Ce lien, c’est le Grand Hermès, et nous laisserons au lecteur le plai sir de retrouver à chaque page des livres de Guaita la silhouette du Messager des Dieux, courant de l’actif au passif et revenant du passifà l’actif. t ou Ceci nous amène directement au terme de l’om nivers. à la source incognoscible d’où il découle sans cesse, à la théogonie.
Celle que nous expose le Grand—Maître de la R æ kabbalistique, c’est la face même du Dieu de la syn thèse orthodoxe, c’est le Nom Incommunicabl‘e, de qui la révélation du Christ a permis de soulever encore un voile.
Sous le voile d’Aesch, dufeu divin qui s’irradie d’en haut, « et ‘qui dissimule l’essence même de l’incom münicable unité », le regard hardi de l’initié s’élève jusqu’à la source cachée où repose la vertu du Père, jusqu'à la splendeur vivante qui en efflue comme le Verbe, Ilzoâh Elohim, jusqu’à l’Amour suprême, Rouach Hakadosh, qui procède de l’un et de l’autre, qui est l’agent de leurs merveilles, l’inexplicable mé diateur entre leur essence irrévélée et leurs mul tiples manifestations. ..J
STANISLAS DE GUAITA 43.
C’est dans le troisième volume du Serpent de la Genèse que Guaita s’était d’ailleurs réservé la tâche de sonder les profondeurs éblouissantes du premier Ter naire, mais la Providence n’a pas voulu que de telles lumières nous parvinssent ; respectons l’obscurité mystérieuse de ses desseins. ..4 Selon Guaita, voici la clé de l’Androgonie, et par conséquent le moyen comme le but de l’Evolution initiatique: L’Homme-Essence et Dieu manifesté sont iden tiques.
Du point de vue de la Nature-Essence, le Verbe, le Ihoâh-Elohz‘m de Moïse est l’hommetype, l’Adam Kadmôn, ou le principe originel de tous les êtres vivants. . Du point de vue de la Nature physique, ce Verbe est Dieu manifesté : c’est Celui que nous adorons sous le nom de Ieshouah.
Ainsi le dogme de l’Incarnation du Verbe possède une signification réelle et précise, spécialement en ce qui concerne l’âme humaine essentielle;elle traverse tous les milieux du monde, passant des plus spirituels aux plus matériels, s’y revêtant d’enveloppes progres sivement opaques, jusqu’à ce qu’enfin elle arrive au terme de sa course. à notre terre, d’où par la loi éter nelle du binaire elle remonte vers son point de départ.
La loi de polarité trouve son expression aussi bien dans la constitution anatomique du sous-mul tiple humain, mâle ou femelle, dans sa physiologie, dans sa psychologie, que dans les relations des sexes,
44 L’INITIATION _ que dans la constitution de l’état social, enfin que dans l’acquisition des pouvoirs de l'Adeptat. .
Guaita parle très peu de toute la partie pratique de l’occultisme, sinon pour la condamner lorsqu’elle est tout instinctive, comme le spiritisme ou souvent le magnétisme; pour en montrer les dangers lorsqu’il s’agit de Magie cérémoniale. ou pour n’en exposer que les principes les plus généraux quant aux travaux les plus secrets et les plus sacrés du Néophyte.
Les hiérogrammes d’Hereb et d’lonah lui servent encore à établir la double voie de l'Initiation totale. Dans la première, le Néophyte se fait Centre: il édifie laborieusement son individualité, la défend avec grand soin contre l’assaut sans cesse renouvelé des milieux destructeurs, procède de bas en haut, portant à leur perfection relative le corps physique, puis le corps astral, puis l’intellect.
C’est ce que Guaita dé nomme Voie active, aboutissant à 1‘Extase du même nom, qui s'effectue au moyen du corps glorieux. Le second procédé est tout inverse: son seul*effort réside dans l’abandon de la volonté; autour de ce mouvement capital se groupent tous les travaux de la culture animique, les purifications.v les douleurs, les désirs d’amour, les actes de charité.
Beaucoup disent que c’est la voie la plus difficile à suivre; les dangers s’y présentent surtoutdès le début, dans les résultats de l’entraînement; tandis que, dans la première, l’ennemi attend que l’on soit déjà fort pour que l’orgueil puisse nous précipiter dans un abîme d’autant plus profond. ' l
STANlSLAS me GUAITA 45 Les préférences du marquis de Guaita n’allaient exclusivement ni à l’une ni à l’autre de ces voies, mais à une troisième consistant dans l’usage alternatif de l’active et de la passive.
Ici trouveraient leur expli cation, les mystères de l’Aum et ceux du Ieschouah; mais_nous imiterons sur ces points la réserve prudente de celui dont nous étudions l’œuvre avec respect, et, après ce rapide et trop incomplet coup d’œil sur sa doctrine, nous allons essayer d’en dégager une conclu sion qui soit un enseignement pour notre esprit et qui donne un nouvel élan à notre cœur.
Dans 'son essence, la Doctrine ésotérique est immuable, puisqu’elle exprime la Gnose totale et que celle-ci n’est que l’image de Dieu dans l’intelligence humaine. Mais elle se manifeste diversement au cours des siècles, et l’histoire de ses aspects n’est autre que la moitié supérieure, le côté réel. de l’histoire de ' l’esprit humain dont l’histoire de la science exotérique est l’image réfléchie.
Ne soyons donc point étonnés de voir un occultisme matérialiste, un occultisme athée, un occultisme naturaliste ou panthéistiqueou purement idéaliste, ou purement philosophique; ce sont des faces de lapierre cubique qu’il faut étudier avec le même soin, jusqu’à ce que la pierre puisse être ouverte.
La loi générale de ces variations est inscrite depuis des centaines de siècles dans les hiéroglyphes zodiacaux, et, sans pré tendre en expliquer ici les développements, l’étude d’une toute petite portion de l’histoire nous convaincra vite de son exactitude. On connaît avec quelle intensité, vers la fin du
46 ' L’lNlTIATlON xvrn° siècle, se déploya dans toute l’Europe le goût de l’occultisme et de ses manifestations expérimentales. Magie, nécromancie, évocations, alchimie, tous les arts occultes furent mis à contribution pour le plus grand malheur de la plupart de leurs adeptes; ce furent l’Allemagne et le nord de l’Europe qui four nirent le plus large contingent de tous ces prestiges.
Après cette effervescence d'astral, il fallait une reprise synthétique dans l'entendement qui permit de classer tous ces éléments disparates, mis en œuvre par une multitude, et destinés à être centralisés dans un seul cerveau. Ce mouvement parallèle à celui de la Révolution française dans l’ordre social, aboutit à Fabre d’Olivet comme l’autre aboutit à Napoléon.
Ce penseur génial, ce métaphysicien extraordinaire, put réunir la plus complète encyclopédie de l’occultisme intellectuel que l’Occident ait jamais vue paraître.
La Chine, l’Inde, l’Egypte, la Chaldée, le Tibet, la Scan— ninavœ, la Celtide livrèrent à ce voyant leurs secrets enfouis dans les profondeurs de la Lumière secrète et lui permirent deles représenter au monde sous le jour d’une philosophie pythagoricienne, couronnement nécessaire de toutes les études scolastiques.
Cependant l’aspect humain des arts occultes repré— senté par son rudiment, le magnétisme animal,conti— nuait à occuper quelques pionniers; l’lnvisible prépa rait secrètement, pour une atmosphère plus électrique que la nôtre, une manifestation de sa puissance com— plémentaire de la précédente, C’est-à-dire demandant plutôt de la passivité; le spiritisme populaire allait tourbillonner d’Amérique en Angleterre et en France.
STANXSLAS ne GUAITA 47 Alors, l’Ange de la Gnose secrète qui avait donné déjà aux efforts des philosophes un canon pour l’œuvre de Fabre d’Olivet, suscita pour la gouverne des témé raires aventuriers de l’Astral,le magiste Eliphas Lévi.
Le caractère de ce maître, c’est la science pratique du Grand Agent magique, c’est la divination de ses cou rants, de ses flux et de ses reflux, c’est le maniement des deux polarisations de la Lumière, c’estenfin l’exal tation de la volonté ou l‘initiation de l’âme jusqu’aux mystères de l’Androgynat.
Ce long préambule nous conduit à cette double constatation : que du côté du courant philosophique représenté par Fabre d’Olivet, l’équilibre du candidat à l’initiation est rompu au détriment de la pratique. comme le démontrent d’ailleurs les actes personnels du théosophe de Ganges; et, du côté du courant in tuitif, artistique, si l’on peut dire, représenté, sous une terminologie hébraïque par Eliphas Levi, l’équi .libre est également détruit au détriment de la science intellectuelle; il fallait donc, toujours dans la même école théorique, un nouvel hiérophante qui sût conci— lier l’exclusivisme des deux maîtres précités, équili brer la philosophie par la biologie, et la métaphysique par l’alchimie ; il fallait un cerveau formé aux rigou reuses déductions des sciences exactes (I) et une âme de poète vibrante à tous les rythmes de beauté; il fallait enfin. pour le but spécial de l’enseignement de la Haute Science, une érudition de philosophe encyclo pédique, une volonté fixée à toujours sur les formes éblouissantes du Verbe suprême, une intelligence par (r) Stanislas de Guaita fut un chimiste remarquable.
48 L’INITIATION faitement équilibrée et capable de saisir l'unité dans toutes ces diversités. Tel fut Stanislas de Guaita, tel fut le maître que nous regrettons tous, celui dont les nobles phrases furent le guide de mes premières études, l’ami enfin que je pleure, avec qui les heures des veilles studieuses s’écoulaient si rapides parmi les incunables et les vieux in-quarto aux somptueuses reliures !..
Ou plutôt non, arrêtons notre douleur, vous tous, frères, à. qui je m’adresse et qui communiez sous le même signe auguste et moi, qui, je le sens, exprime votre ardente conviction; à l’exemple de ces peuples des pays lointains où s’est conservée la foi des cultes ancestraux, ne gémissons pas sur la perte d‘un être cher, réjouissons-nous de sa glorieuse ascension, re vêtons les robes blanches des âmes qui planent aux ondes de Shamaïm, élevons en nos mains enthou siastes les bandelettes purpurines des hiérophantes et la baguette royale de l’adepte: l’un de nous vient de recevoir la Couronne, il est né à la vie bienheureuse.
Que le Saint Nom du Père en soit béni à jamais. SÉma. L’ARTISTE Quand je connus Stanislas de Guaita, nous avions vingt ans. Venus, lui de l’Est, moi de l’Ouest, sur la' montagne Sainte—Geneviève, nous n’étions pas l’un pour l’autre des inconnus. De lui je savais quelques juvéniles vers, il en avait lu des miens. Il arrivait à Paris avec sen plus cher condisciple Maurice Barrès. _ , ,.L W ‘ ..
STANISLAS DE GUAITA 49 Dans un café proche de l'Odéon, Barrès nous présenta. Je vis un jeune homme de puissante encolure, de visage très blond, très clair, très lumineux, où seules des prunelles violentes de ton et de regard apportaient un'rehaut de ténèbres. Nous causâmes de ce que nous aimions, de la Muse éternelle. Une heure plus tard, le Lorrain prudent et le Breton rétractile se tutoyaient. J’ai assisté à l‘ascension de ce noble esprit.
Quelle tristesse pour nous que la mort en ait dérobé sitôt la suite à nos yeux amis! Nous pour qui le palais de la mort n'est pas un domaine inconnaissable, nous qui, derrière Dante, derrière les Prophètes, les Voyants et les Maîtres avons contemplé dans l‘ombre posthume des lueurs certaines autant que les étoiles, nous qui atteignons le but montré par l‘épigraphe déThomas d’Aquin : Fz'des per intellectum,nous aussi nous pleurons nos défunts.
Je me souviens d‘un soir passé chez Stanislas de Guaita avec Albert Poisson. Ce jour-là, Poisson, en fouillant les quais, avait trouvé un très beau volume alchimique. Il l'apportait triomphalement, une joie franche éclairant son étrange profil de fils prédestiné d'Hermès. Nous regardâmes les gravures pantacu laires, depuis les noces du Roi et de la Reine mystiques dans l’œuf que reçoit l‘athanor jusqu’à la naissance de l‘Enfant Royal.
Quatre ans ne se sont pas encore écoulés; de nous trois, deux ont passé la porte de la 'tombe, deux maîtres frappés en pleine jeunesse, sans avoir pu poursuivre l’œuvre commencée, sans avoir prononcé les évocatrices paroles dont ils étaient dépo sitaires
50 L’INlTlATION L‘Abstrait qu’invoquela tradition rosicrucienne fut nommé par les adeptes Elle-artiste, Elias artista. L’initié qui tâche au Grand Œuvre, selon tel mode que ce soit, est un artiste, un créateur, un poète.
Qu‘il tente, saint, le salut collectif, yoghi de l’lnde la réintégration immédiate, philosophe du Feu la Pierre rouge. magicien, la corporisation de son vouloir, métaphysicien la connaissance réelle, poète la beauté, il est un artiste. Stanislas de Guaita est profondément artiste. Sa prose nombreuse et belle de métaphysicien atteste ses dons heureux. Il débutait tout jeune en donnant la volée à un volume de vers, Oiseaux depassage.
C’était le volume de vers que tout poète a écrit à vingt ans. Les uns le publient, les autres le gardent au fond d'un tiroir, d‘autres le jettent au feu. Ces trois procédés sont éga— lement sans importance. Déjà ces vers de jeunesse de .Stanislas de Guaita, sous leur juvénile gaucherie, annonçaient les qualités en germe au profond de cet esprit.
Dans les tâtonnants essais d'un poète, il est bien impossible de trouver l’étincelle qui peut-être deviendra flamme ou étoile. Une seule lueur, quand elle y brille, n’est pas fallacieuse: la conscience, la vertu d’ingénuité sans laquelle rien de beau ne se peut faire. Les Oiseaux de passage étaient marqués au sceau d’une probe conscience d'ouvrier novice encore.
Détail curieux: Dans un poème, l’Alc/zimiste, le jeune homme encore imbu des sottises dont on nous .a gavés dans les écoles, — et qu’un esprit né pour la liberté doit préalablement vomir avant de prendre ’ une plus substantielle nourriture, — le jeune homme,
snmsus DE GUAITA 5[ docile encore aux enseignements des professeurs et des encyclopédies, félicite un imaginaire disciple de Paracelse de se livrer à des travaux vains et chimé riques, mais destinés à faire naître « le siècle de lumière » qui est, dit-on, le nôtre. Il était alors, en même tempsqu’un p0ète, un chimiste passionnément épris des travaux de laboratoire.
Comme la plupart des alchimistes modernes, la chimie, série de consta tations variables, devait le conduire à l’alchimie, science immémorialement doctrinale. Il semble que ses yeux, seuls traits saturniens de son visage solaire, devaient se complaire à contempler curieusement les floraisons vénéneuses de la nature et de l’homme: il avait étudié la toxicologie avant la goétie.
Cette préoc cupation des œuvres ténébreuses se révélait Chez le poète de la Muse noire, son second volume: Je suis la Muse noire, orgueilleuse et jalouse. Déjà, les Oiseaux de passage contenaient des rimes d'ébène. Dans la Muse noire, le poète commençait son développement. Toutes les pièces en furent écrites en cette période que Baudelaire nomme « les années d'apprentissage ».
Il nous les lisait dans nos cel lules d’étudiants, au fur à mesure qu'il les terminait, alors que nous apprenions côte à côte, avec Mau rice Barrès, Henri Beauclair, Haraucourt, le dur métier de l’ouvrier du vers et de la prose. Enfin, dans son troisième recueil, Rosa mystica, la tendance mystique, toujours manifestée, s‘épanouissait. Ce furent la ses derniers vers. Il renonça courageusement, mais non sans chagrin, à la langue divine. La Haute
52 L’INITIATION Science le devait alors prendre tout entier. Il ne reprit plus la plume du poète que pour écrire, en 1894., un unique sonnet. Pourquoi, en pleine possession de l’outil du vers. renonça-HI ?
Un sonnet de découra gement, paru dans la Muse noire, écrit en 1882, répond à la question: Puisque, dans mon esprit, il n’est pas de sillon Où fleurisse à l'écart une plante nouvelle; Puisque, dans aucun pli de ma pauvre cervelle, Une pensée à moine fait explosion ; Puisque c'est un accent banal — dérision! -— Que celui de mon cœur vibrant sous la mamelle; Des pleurs banals, que ceux dont brille ma prunelle; Je veux borner l’essor de mon ambition.
Il ne le borna pas. Il le lança dans de formidables espaces; il en changea seulement la direction. Pour certain et fort qu’il doive être un jour, tout jeune esprit tâtonne avant d’avoir trouvé la lumière de sa voie. Guaita devait bientôt trouver la sienne. Son découragement de poète formulé dans le sonnet de la Muse noire n‘était pas la boutade d’un instant. Il exprimait sa pensée intime, son secret chagrin. Au vrai, cette pensée était juste.
Il était un poète hono rable. Les dieux, qui l’avaient si richement doué d‘autre part, ne lui avaient pas départi l’originalité primesautiêre, le pouvoir d‘un art personnel. Son incantation de poète n’ébranlait pas les ondes d’un monde illimité. Prosateur si bellement audacieux, il maniait le sceptre du vers avec une certaine timidité.
Le poète est l’homme qui peut, par la révélation d’un rythme, invoquer une catholicité (invoquer et non évoquer : l’allégorie n’est pas la fantasmagorie).
STANISLAS DE GUAl'I A 5 3 La vision qu’il affirme doit vivre, selon la norme kabbalistique, dans les trois mondes. Guaita chéris sait les poètes dont la vision respirait dans le cercle d’un horizon aux limites visibles.
Leconte de Lisle me paraît le type de ces poètes dont la réalisation d'art est si précisée qu’elle impose à l’auditeur un champ dont les bornes sont volontairement tracées par l’auteur, des poètes qui ne peuvent nous ouvrir un espace illimité de ciel, un rayonnement d’émotion éperdue. C’est à Leconte de Lisle, « poète impec cable », què Guaita dédiait sa Muse noire. Qu’on ne me reproche pas de juger sévèrement le poète en Guaita.
L’opinion quej’apporte ici était aussi la sienne; car il se jugeait toujours selon la justice, comme il jugeait les autres. D'une forte culture classique, il avait gardé le goût de l’orthodoxie d’art. Poète comme adepte, il était servant de la tradition. Pour une intelligence, le secret de se créer, c’est adapter sa personnalité à une tradi tion. Un art sans tradition ne serait qu’une amusette de barbares.
Il n’est aucun poète qui ne soit relié à une tradition. Ce ne serait alors qu'un passant chan tant dans le vent. Un voyant solitaire, que nul lien n’attache à une chaîne initiatique, peut exister, quel— quefois sublime, mais toujours trébuchant, tels un Swedenborg, un Louis Michel. Le point d’appui lui manque. Une des forces de Guaita fut sa fidélité aux tradi— tions dont il relevait. Il possédait, à un degré rare ment atteint, le sens de l’ordre. Tout désordre le cho quait; celui du domaine intellectuel le blessait. De là
54 L’INITIATION -***““**. ' l l’ordonnance majestueuse et claire de son œuvre ; de làla solidité harmonieuse de la langue en laquelle il en fermait ses transcendants concepts. Le verbe limpide des classiques français charma son esprit, qui ne négli geait pas pour cela les grâces ailées et les efforts plus audacieux des modernes. Son goût de l’ordre et de la méthode l'incita vers une sériation sévère de ses ten tatives.
Dès qu’il eût conçu le plan de l’œuvre définitif qui serait sien, il construisit l’édifice avec la rigueur d’un bon architecte; et la clé de la magie noir’e est ainsi un modèle d’ordonnancement. C’est un monu ment bien bâti dont on perçoit l’ensemble et les détails dans la pénombre. aet Comment ce rigoureux et lucide esprit vint-il se fixer aux rives de l‘Occulte?
Quiconque y aborde est prédestiné; mais quelque événement de fortuite appa rence oriente sa direction. Guaita ne reçut pas d’abord d’un centre initiatique la Parole dont il eût dû chercher en lui-même les significations mystérieuses. Son effort personnel fut son seul guide. Son dernier volume de vers, Rosa Mystica, plus encore que les deux précé dents, annonçait par plusieurs pages la prochaine évolution.
Le poème des Fleurs fléne’neuscs, entre autres, est déjà tout entier dans celui qui tira de l’ombre oublieuse, pour les jeter à la lumière qui les détruit, les rites impurs des magiciens noirs et des Sagas. Mais nous qui redoutons les Puissances magiques Et l’Occulte Science, et l‘0mbre, et la Fureur De vos effluves noirs puissamment léthargiques, Nous ne parlons de vous qu’en frissonnant d’horreur l
STANISLAS DE GUAITA 55 Rosa nzystz'ca parut en 1885. L’année précédente, Joséphin Péladan avait publié le Vice suprême. Ce roman, d’une beauté tumultueuse et boiteuse, qui criait audacieusement la force de la Science secrète en face de la vanité ignorante et négatrice de ’1’intellect moderne, frappa Stanislas de Guaita. Quel était, à cette époque, en France, l’état de la Tradition ?
Villiers de l’Isle-Adam, ce magnifique génie, me confiait, en 1885, quatre ans avant sa mort, pour le publier dans la Jeune France, le manuscrit de son œuvre capitale, Axé]. Lacuria depuis trente ans ne publiait rien, aucun éditeur ne voulant accepter un ouvrage de cet admirable métaphysicien. Il devait mourir inconnu, Villiers méconnu, tous deux dans la détresse et la misère. Ah ! le destin et les hommes sont durs à ceux qui sont trop grands!
M. Saint—Yves, ignoré, avait jeté au vent les Clés de l'orient et la Mis sion des juzjs. C'était à peu près tout. 7 lndirectement, Stanislas de Guaita se rattachait à Lacuria. Joséphin Péladan, avec qui il se lia dès l’ap parition du Vice suprême, avait eu pour maître son frère Adrien Péladan, lequel avait été mis sur la voie par l’auteur des Harmonies de l’Élre.
Puis le verbe somptueux d’Eliphas Lévi jeta sur Guaita son emprise.‘ Son esprit robuste et décidé allait droit aux maîtres classiques de la Tradition. français ou allemands: Fabre d’Olivet, Khunrath, Rosenroth, Jacob Bœhm. Il sentait qu’il avait trouvé le terrain où s’épanoui— rait son esprit. Aussitôt, il renonça la langue du vers. De cette renonciation il n’eut jamais chagrin ni amer tume. Généreusement, il se réjouissait de voir autour
56 L’lNl'l lATION de lui des poètes, ses amis de la première heure, déve lopper leur talent. C’est qu‘il avait le sang bleu de l’intelligence comme du cœur, le patriciat d’âme. Son début dans ses « essais de sciences maudites » fut une étude parue dans l’Artz‘ste, sous le titre Au seuildzullystère, étude qu’il devait plus tard élargir d’un savoir plus certain.
Déjà, avec son goût de l’or dre, de la méthode, son amour de l’essentiel et son horreur de l’a peu près, il établissait méthodiquement l’histoire de la transmission de la Doctrine en Occi dent. Sa justice voyait chacun des maîtres selon sa proportion. Quand il me donna ce premier Volume, il me souvient que je lui dis en riant : a Te voilà le grammairien du Mystère !
C'est alors qu’il entreprit l’œuvre redoutable qui devait affirmer sa maîtrise : Le Serpent de la Genèse. l’œuvre que la mort a interrompue à l’heure où elle allait atteindre les plus hauts sommets. Dans la ma— thèse, qui est la plus forte méthode intellectuelle, l'esprit de Stanislas de Guaita se serait évertué lumi neusement. Mais on ne met pas impunément le pied sur la queue du serpent Nahaéh.
Saint Paula écrit : « Ce quiest à souhaiter chez ceux qui révèlentles Mystères, c’est qu’ils soient trou vés fidèles ». Fidèle, Guaita le fut à sa conscience d’artiste comme à son orthodoxie d’initié. Pour vêtir l’inexprimable d’une forme si précise, pour incarner l’idée kabbalistique dans un langage si certain, il fal lait ses belles qualités. Comme Eliphas Lévi, il pare son œuvre cruciale de philosophe de la fatidique rose de beauté ! Et depuis le Colloque de Monos et Una et
STANlSLAS DE GL’AlTA la Conversation d’Eiros avec Charmion, dans lesquels Edgar Poë réyèle avec autant de vérité et de précision qu’il est possible au poète les premiers méandres du dédale de la mort, nuln’aura évoqué la vie postérieure à la tombe avec plus d’autorité que Guaita dans le chapitre VI de sa Clefde la Magie noire. Nul n’aura découvert avec plus de luminosité quelquesuns des enseignements du treizième arcanedu Tarot.
Là comme partout, l’étudiant peut suivre ce maître prudent qui n’induira personne en erreur. Guaita aura été trouvé fidèle, comme le souhaite saint Paul. il est l’un des maillons les plus brillants dela chaîne magique des fils d'Hermès en Occident, [n cruce, sub sphæra venit sapientia vera, disent les frères de la Rose-Croix parmi lesquels sa place est belle,inter pares.
S’il leva prématurément des voiles sous lesquels se cachait l’Isis noire, si son audace tranquille a provo qué des colères d’Éggrégores, c’était son destin de révélateur. La mort, jalouse d’avoir vu par lui révéler ses arcanes, l’a frappé, comme une femme mauvaise se venge d’un amant qui chanta son intime beauté.
Sur sa tombe se dresse une double floraison : fleurs ténébreuses arrachées par sa main vaillante aux rives de l'Erèbe, fleurs de lumière cueillies aux jardins de l’Empyrée. Nous pleurons le loyal ami, le cher compagnon de route, le frère d’esprit. Nous saluons le maître dont la parole s’est éteinte avant l’heure. Il est de ceux pour qui : La Mort planant comme un soleil nouveau, Fera s'épanouir les fleurs de leur cerveau. V. EMlLE-MlCHELET.
58 LÏNlTIATION L’ALCHIMISTE Guaita est mort! Cette nouvelle, bien qu’elle tût: prévue depuis longtemps déjà — car le Maître était atteint d’une maladie qui ne pardonne point — nous a tous profondément impressionnés.
S'en aller à trente-huit ans, en pleine vigueur intellectuelle, dans toute la force du talent, de l’âge, alors que l’œuvre commencée vous réclame, c’est la chose cruelle, alors même que l'on a déjà fait le sacrifice de ses jouissances personnelles, c’est là une emprise de la destinée impassible, et en apparence imbécile, à laquelle il faut répondre par l'abandon volontaire, la parfaite Renonciation. C’est ce que fit Guaita.
Se sachant condamné, il travailla jusqu’au bout, préparant son prochain livre ; il lutta sans faiblesse, sans illusion, en preux cheva lier qu’il était. Mort au champ de l’honneur, l’arme à la main, il apparaît un bel 'exemple de vaillance et d’indomptable énergie. D’autres diront ce que fut l’homme, le penseur, l’Initié, l’artiste impeccable.
Pour moi, je dois me borner à crayonner — oh! combien imparfaitement et avec brièveté —« la person nalité alchimique de Guaita. Je veux adresser un der nier salut plein d’émbtion au maître cher qui dispa— raît si tôt et dont la perte est irréparable pour l’occul— tisme , mais dont l’œuvre entreprise s’achèvera maintenant au sein des sphères lumineuses, dont .a—-W
STANISLAS DE GUAITA l’évolution se complétera, rayonnante, dans les magnificences de l’Au-Delà — au maître qui, de Là—Bas, se constitue dès cette heure, j‘en ai la convic tion très douce, le gardien inlassable et précieux de sa chère Rose + Croix et de la Société Alchi— mique, sur lesquelles il veillait‘avec une touchante sollicitude.
I n ou Le marquis Stanislas de Guaita fut le type même de l’alchimiste, relié par toutes les fibres de son être à l'ancienne et traditionnelle Alchimie.
Bien qu’il ne se soit pas spécialisé dans cette branche de l’Hermé tisme, appelé dès sa jeunesse à élever le grandiose monument à la Kabbale reconstituée tout entière sur des bases scientifiques, il avait approfondi avec pas sion, avec une rare ténacité, les problèmes de l‘Art Spagyrique, et certes, nul mieux que lui ne compre nait les grands maîtres de l’Alchimie, n’entrevoyait la Synthèse de cet éclatant Hermétisme qu’il résuma d‘une admirable façon dans un chapitre de sa Clefde la Magie noire, que nous n’hésitons pas à qualifier de véritable chef-d’œuvre.
On sait que Guaita ne se pressait point de répandre ses écrits, ses travaux divers. Toute son œuvre kabbalistique est renfermée en trois gros volumes; mais aussi, quels trésors impé rissables n’y rencontre-t-on pas à chaque page! Ces ouvrages représentent une somme de travail inouï, des efforts de bénédictin; ciselés avec patience, ils possèdent une toute particulière saveur. Notamment en ce qui concerne l’Alchimie, Stanis
60 L'INITIATION las de. Guaita, avant de la commenter, se fit une religion absolue de cette Philosophie vaste, à la fois si abstraite et si pratique.
Non content d‘étudier minutieusement tous les auteurs, de rassembler d’abord, dans son cabinet de travail, les collections uniques de maîtres, qui font de sa bibliothèque une merveille adorable, de collation— ner les manuscrtis splendides et hors de prix que son intuition et son savoir ressucitaient de leur antiquité ; non content de fouiller tout le symbolisme des enlu minures. des hiéroglyphes, qu’il rétablissait avec une sûreté, une netteté surprenantes, Guaita se livra surtout, il y a huit ou dix ans, à la recherche expéri— mentale, dans la retraite du laboratoire.
Ce fut un excellent chimiste autant qu’un excellent alchimiste, c’est-à—dire qu’il connaissait aussi bien que plusieurs scientistes réputés, les phénomènes et les théories de l’obsc1_1re cuisine chimique officielle, car il l’avait pratiquée. Doué d’une imagination très riche, en même temps que d’un sens positif acéré, Guaita développa des essais concluants, posa des jalons innombrables dont se serviront les chercheurs del’avenir.
Ayant réalisé sur le plan physique la généralité des lois, des faits alchimiques, lesquels ne peuvent, bien entendu, s’incarner que par l'intermédiaire des agents physico-chimiques ordinaires (en principe), Stanislas de Guaita, alors animé d’une persuasion éloquente, ardente, doublée de conviction raisonnée et éclairée largement, se mit, sans hâte, à parfaire le modèle de résumé alchimique dont j’ai parlé plus haut et qui W'“'"f"‘
STANISLAS DE GUAlTA 61 se trouve dans la dernière partie de sa Clefde la Magie Noire. L’explication radicale et semi—ésotérique du symbo— lisme de Philalète, entre autres, que le maître avait surtout approfondi, médité, le tenant en particulière estime, se trouve révélée en termes d’une précision extrême.
En sa qualité de grand maître de l’Ordre kabbalis tique de la Rose æ Croix qui se constituait,de droit, le dépositaire de la tradition symbolique des Illumi nés; en sa qualité de kabbaliste parvenu à la lumière totale, à la connaissance exacte de-l’œuvre, Stanislas de Guaita ne voulait ni ne pouvait tracer, en mots exclusivement exotériques, la doctrine essentielle de la pierre philosophale.
Aussi doit-on lire entre les lignes, se reporter aux sources, attireren soi l’influx divin pour comprendre la méthode elle-même dans sa totalité intégrale. Mais, nous l’affirmons, nous le proclamons à la suite de Guaita, la moelle de l’Alchimie, la quintessence de l’art spagyrique se trouvent indiquées en théorie scientifique dans les pages de ce chapitre : Précis d’A lch im ie.
La magnésieyestnomméeésotériquement,le soufre, le mercure, le sel, ysont étudiés mieux que nulle part et reliés par l‘auteur aux difl‘ërenz‘s corps chimiques que nous connaissons et manipulons. _ C’est là un commentaire tout nouveau et absolu ment magistral qu’écrivit Guaita. Celui gui saura la serrer, y projeter la définitive' étincelle, celui—là possédera le verbe d’Hermès, la clef I
62 L'INITIATION ffi de l’art spagyrique. Il transmuera les substances, pu rifiera les pierres, dégagera des gangues noires et puantes le diamant radieux et irradiant! Le rôle quejouent l’électricité, le magnétisme dans la pratique du grand œuvre, a été démontré, condensé en quelques phrases extraordinairement profondes!
Que l‘on saisisse le sens exact de ces pages, puis que l’on s’attache au Philalèthe, et de l’avis même du maître décédé et que nous pleurons, l’or rutilera bien tôt au sein des cornues et des creusets. « Toute la doctrine de l’alchimie se trouve,par— faite etlumineuse,. dans le livre du Philalèthe (1), me disait, il y a quelques mois à peine, notre cher Sta— nislas de Guaita.
« Je ne puis concevoir, ajoutait-il, que personne n’ait vu, jusqu’à ce jour, combien ses théories sont claires, ni avec qu’elle netteté il exprime l’utilité de l’agent électro—magnétique en faisant allusion à l’ai— mant... » Et, comme je m’étonnais un peu de cette assurance, Guaita prit parmi ses volumes innombrables, le petit bouquin du Philalèthe, l’ouvrit aux pages voulues, et me poursuivit la démonstration de son idée avec la belle parole, l’énergie dont il était coutumier.
' Au fur et à mesure qu’il s’exprimait, les phrases s’illuminaient à mon esprit d’un miroitement original de certitude; du doigt, du geste nerveux, le IMaître m’indiquait les symboles, puis les traduisait en lan gage positif; les endroits les plus difficiles du Phila— (r) L‘entrée d'u Palais fermédu Roy. . ' / » m=aiææt.tm;_
STANISLAS DE GUAITA 63 lètlie se révélèrent à mon entendement comme des intuitions, des expériences qui semblent rendre bien pâles les « découvertes » de nos contemporains!
Après ce livre, Guaita en prit un autre, puis un autre ; et, feuilletant les pages coloriées de ses manus crits rarissimes, il m’en expliqua les symboles, parfois si complexes, avec l’abondance d’un artiste consommé, la précision d’un savant et la profondeur d'un incroyable hermétiste !
Jamais l’Alchimie ne me parut aussi belle, aussi vaste et aussi prophétique que durant les heures délicieuses de cette si courte journée! a o u J'espère que les lecteurs voudront bien excuser ces souvenirs trop personnels peut-ètre que je viens de réveiller, sur lesquels je veux terminer cette notice, et qui m’emplissent l'âme d'une douloureuse émotion.
Il me semble, d’ailleurs, qu’en transcrivant ces mots, je me suis acquitté comme d‘une tâche auprès des lecteurs de l‘Initialion —— si aimés de Guaita —— leur offrant une dernière pensée de ce Maître chéri auquel nous disons: ‘ Au revoir, au revoir, pour le travail encore, dans un monde meilleur de i’lnfini constellé! F. JOLLIVET-CASTELOT, Secrétaire général de la Société Alchimique de France. 24 décembre 1897.
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTlFlQUE ÉTUDE PHIL@SÛPIIIQUE SL'R / }“ie ,ïfiystirisme de fiweclenberg E. Swedenborg est peu ou mal connu chez nous, tant au point de vue philosophique que religieux. Il est vite classé dans le Panthéon des grands mys tiques. . Cependant nul ne fut moins mystique que lui. Et pour cause.
Ayant étudié pendant si longtemps les sciences exactes et « positives », il n’aurait pas pu faire subitement sans détraquement caractérisé et fa cilement saisissable, un tel plongeon dans les fantai sies échevele’es d’une imagination sans frein.
Je sais que les docteurs névropathes ont vite fait de classer les gens, et surtout les savants et les penseurs, dans « les cerveaux fatigués » quand ces derniers s’avisent de quitter les sentiers battus et convenus. Chez Swe— denborg, les phénomènes télépathiques dûment cons tatés donneraient un certain piquant, quiferait qu’un ... 4... _..=.—-h——-.-‘
LE MYSTICISME DE E. SWEDENBORG 65 détraqué apercevrait plus de loin et bien au delà de ceux qui ont le cerveau bien portant. Ne serait-ce pas interloquant plus que les visions elles-mêmes? Du reste, son poste de conseiller à la cour de Suède prouve encore qu’il possédajusqu’à la fin de ses jours toutes ses facultés indemnes de tare cérébrale.
Comme touta une cause, et que de la causeà l’eflet il existe toujours un lien substantiel et une logique filière, par conséquent le mot « mysticisme » appliqué si bénévolement à tout ce qui surplombe nos faibles prises actuelles, n’a pas plus de valeur que le mot: « inconscient » employé si souvent superficiellement.
Le mysticisme est une mine inépuisable, le filon précieux que sans cesse nous fouillons dans le sous sol de l’homme et de la nature et qui alimente nos trouvailles plus ou moins difficiles. Dieu merci, le « mystérieux » commence à faire sa trouée. Dans l’Amérique du Nord, Swedenborg est mieux connu ; sa doctrine dans sa partie religieuse plutôt que philosophique, est autrement appréciée que chez nous.
Or il n’existe à Paris qu’un petit édicule consacré à l’enseignement moral et religieux de sa doctrine. Et, quantà la partie philosophique de ses œuvres, un seul groupe d’étudiants s’en occupe quand les sujets d'études philosophiques s’y rattachent. Dans l’Amérique du Nord, c’est par milliers que se trouvent les adeptes de la « Nouvelle Jéi‘usalem ».
Un savant de l’École officielle, au rationalisme étroit, a tenté de faire l’histoire de Swedenborg, M. Matter; mais, pour aborder une telle figure, il faut avoir connaissance de d’autres études que celles ofli— 3
66 L'INITlATION T". cielles. Aussi n’ofi‘re-t-elle rien d’intéressant à part la partie historique.
Une phrase qui fait toujours sourire le bon lecteur ordinaire -— et qui le fera sourire encore de longtemps malheureusement, — c’est quand, à sa première vi— sion, prélude d’autres plus suivies, l’esprit qui se présente lui dit: « Ne mange pas tant ! » Le christianisme, et après lui encore mieux le ca— tholicisme, nous a tant bercés d’insubstantiel et d’im matérialité. —— mots absolument vides de sens s’ils sont pris au pied de la lettre — et là ils l’ont toujours été l que pour la presque totalité des gens, le monde spirituel, astral ou céleste n’est peuplé que de sylphes intangibles, occupés à chanter des louanges hosan niques à perpétuité.
Alors de là certainement l’idée bouffonne de croire qu’un véritable habitant de l’au delà puisse se servir de telles expressions qui frisent la trivialité. C’est déjà beaucoup pour ces gens-là quand un esprit consent à se servir d’expressions les plus hautes !
Pour qui connaît généralement les organismes du Nord, et surtout ceux très actifs qui « brûlent » beau coup, et pour le climat, et pour le travail intellectuel, cette phrase de l'Esprit n’est pas déplacée.
Les voyants, les inspirés mangent généralement moins que les hommes ordinaires, car la substantia lité de la matière vitalisée en certaine quantité, nuit à la clarté du mental et alourdit l’Intelligence, quoique cependant Swedenborg n’eût pas été jusque là incommodé de ce genre de nourriture, pour tous les travaux mathématiques, mécaniques, physiques,
LE MYSTICISME DE E. SWEDENBORG 67 métallurgiques, minéralogiques, etc. , où il excel lait. Mais, pour la phase de vision où il allait entrer, les sujets n’étant plus les mêmes, il fallait, en vertu des correspondances, s’affranchir le plus possible des influences de l’état matériel et de ses obstruc tions. ll n’était pas un métaphysicien qui n’ente hypothèses souvent sur hypothèses.
Et jamais chez lui, il ne parle d'immatérialité comme les mystiques chrétiens. Pour lui, c'est un non sens. Il y a des degrés de substance, mais quels qu’ils soient ils sont toujours pour eux-mêmes et par eux mêmes substantiels. Voilà bien, on en conviendra, un singulier mys tique; l’Idéal chez lui n'est jamais vague et indéter miné : tout est positif sur son plan particulier. On.voit qu’il élargit joliment le cadre du positif.
Cette originalité a complètement dérouté son historien officielqui n’y a plus rien compris. Depuis, toutes les expériences tentées pour nous éclairer sur l’au delà, sur ses mystérieuses conditions d’existences, nous ramènent toujours plus particuliè rement à son traité du Ciel et de 1’Enfer. L’un et l’autre sont ou des lieux, ou des états.de l’âme humaine, selon comme elle est élevée et selon comme elle jouit, et comme elle souffre.
L'originalité de Swedenborg parmi tant d’autres que nous allons toucher, c’est cette répulsion ou cette indifférence pour les philosophes ou les analystes. Kant cherche à lier connaissance avec lui. Sweden— borg ne juge pas à propos d’y répondre. Il sentait
68 . L’INITIATION qu’ils étaient placés sur deux terrains probablement trop différents pour s’entendre. L’un voyant ce que l’autre ne pouvait voir malgré son genre analyste. L’analyse étant l’opposite de la synthèse, comme le voyant vit dans cette dernière et l'explore en voya— geur qui décrit ce qui s’impose à ses sens, n’a pas re cours à l’analyse pour disséquer ce qu’il voit et ce qu’il sent, la vision s’impose.
Avant de passer aux originalités de notre voyant, il est encore un fait qui semble presque une certitude d‘erreur. C’est quand Swedenborg dit qu’ila conversé avec des esprits étrangers à notre système, et qu’il leur voit la même forme humaine que nous.
Du moment que déjà à son époque, ce qui était rare, il tenait pour certain la pluralité des mondes habités, il aurait dû penser que. si déjà sur notre planète il existe tant de dissemblances entre les espèces nom breuses qui l’habitent et qu'avec les autres systèmes solaires Où il existe tantde différences d'avec fe nôtre, il ne serait pas impossible que les formesd’êtres intel ligents et intellectuels ne fussent pas semblables à notre forme hominale.
Il est tout probable que cette dernière n’est pas uni verselle, quoique nous ne puissions nous représenter une forme plus parfaitement appropriée à l’intelleo tualité que la nôtre. Mais la Nature est si féconde en procédés et en ri chesses, que le plus étonnant serait encore la forme humaine universelle. On peut penser que ces esprits sublunaires, comme m...,__ "*'-—*»=—.. ...n.._. i" . IÀ
LE MYSTICISME DE E. SWEDENBORG il les appellent, étaient soit d’anciens habitants de la terre, soit des habitants des sosies de notre pla nète. Car, enfin, il n’y aurait rien d’étonnant à ce que dans les milliards de milliards de globes, il n’y eut pas de répétition. Ou enfin des esprits qui pour lier rapport avec un homme terrestre n‘en prissent les formes pour s’en faire reconnaître comme des êtres intelligents.
Le plus étonnant, c’est que Swedenborg ne paraît pas avoir réfléchi à cela. Les visions s’imposent à ses sens, il les juge telles il les voit, les entend et les sent; elles entraînent trop sa certitude pour élever un doute à leur égard. il emploie parfois comme tous les voyants le style figuré.
Du reste, les artistes, les poètes font souvent de même dans leurs œuvres, ils emploient le langage synthétique qui se prête mieux et bien à rendre la pen sée en bloc. Swedenborg nous représente la vie future comme d’abord la suite des affections terrestres pendant un certain temps qui correspondrait à l’épuisement de ces mêmes affections avant l’élévationærogressive.
On verra que c’est toujours la même logique qui par la suite présidera à ses visions. Car cela parait si naturel qu’il est inutile d’en faire ressortir la vérité logique de la nature mentale humaine. ou l’originalité de notre voyant se fait encore voir avec logique, c’est quand il parle des reflets et des faciès des esprits correspondant à leurs affections.
70 L’INITIATION C'est ce qui explique vite le classement des nouveaux débarqués dans l’au delà, en vertu de la loi des affini tés morales et affectives. Là où les pensées sont tout, elles modèlent les faces, chacun reflète ses passions. Aucun masque de chair ne recouvre plus menteu sement le moral. C‘est la confusion première de l’hypocrite et du fourbe par le démasquement.
Et eux-mêmes ne s’aperçoivent pas que leur figure donne la mesure de ce qu’ils sont. Cette vérité se trouve corroborée dès ici, ou nous voyons déjà dans des hommes percer quelquefois,sous le masque de chair composé, des traits de mentalité qui les distinguent et qui prédominent chez eux sans le savoir eux-mêmes. Swedenborg décrit encore, avec autant de bonheur d’expressions, les descriptions des états de l’âme hu maine, les changements d’être.
Il fait encore observer avec raison qu’il y a une correspondance de changement d’état qui est établie entre un esprit élevé et un autre moins et qui est rela tive à chacun. ‘ Pour le premier, l’opération se résoud en quelque sorte dans une métamorphose adaptive à un nouvel état d’être, de pensées, d’affections plus proportion nées à l’élévation.
Tandis que le moins élevé, le moins préparé, qui ignore lui les lois de la nature humaine combinées avec celles de l’au delà, voit un changement d’état comme un transport à faire, un voyage d‘un lieu à un “"“‘-.mn,nè.èg .( -. 4
LE MYSTICISME DE E. S\VEDENBORG 71 ..—-. .u ...—.. . autre, là ou le premier lui, ressent un déroulement de son interne. Ainsi, un esprit ordinaire de premier plan dira d’un autre qui s’est élevé : « Il est parti. Il n’habite plus, ne réside plus avec nous: » et, en effet, il ne le voit plus. Quoique l’autre pourrait fort bien être resté à côté de lui.
Seulement le nouvel état dans lequel l’autre est entré, l’optique trop grossier de l'inférieur n’est pas au point au-dessus nécessaire. C’est aussi ce qui expliquerait l’ignorance qu’ont certains esprits. Ce qui fait aussi que certains esprits parmi les spirites disent qu’un autre est parti se réin carner, quand peut-être il a changé simplement d’état et est devenu invisible pour eux.
Comme le dit Swedenborg. c’est par le mental que les esprits élevés opèrent et non par temps et espace. On sent encore ici et très bien_que cela doit se pas ser à peu près tel qu’il le décrit, ou la pensée est tout, et même on peut dès ici encore s’appuyer sur des faits. On n’a qu’à observer les différences de procédés entre un magnétiseur ordinaire sur son sujet en luci dité et la façon d’un magnétiseur éclairé sur les lois de la mentalité.
Le premier conduit son sujet en lui créant des routes des endroits pour arriver au but. Temps, es pace, tout y est, tout est lié aux conditions mater— rielles. Cette manière de direction est défectueuse bien sou— vent, à moins que le sujet soit assez lucide pour s’émanê ciper de son ignorant tuteur ; défectueuse parce que .«.æ...\ ÊAMWHM- \ _. .- ....-. —æ--—-.-ha—-‘.— -. _.
72 L’INITIATION sa pensée inconsciemment peut créer des obstacles des accidents dans ce parcours qui s’imposent au même titre que les routes. Et puis la vision du sujet est rendue de là moins nette, l’objectifn’est pas braqué au point et les clichés sont souvent mal venus. C'est un état si fragile qu’il n’est pas trop de soins à prendre et de précautions à s’entourer.
Au lieu d’opérer ainsi, l’autré magnétiseur, plus éclairé, enverra directement son lucide vers l’objet, et les premières directions seront justement d'aflranchir son lucide des illusions matérielles si elles existent encore dans l’état du lucide. C’est ce qui a permis à A. Cahagnct et à d’autres la réussite continue de leurs expériences télepsy— chiques.
Faut-il parler des correspondances, selon Sweden borg, entre l’homme et la nature l Les vertus des plantes médicinales que découvrent les somnambules entre autres, et puis les atomes, et l’Ether découvert intuitivement par les anciens, des milliers d’ans avant nous. Tout cela sont des échos de la nature en nous. Que pourrions-nous donc être, si nous n’étions le re flet, le décalque d’elle-même « Qui est tout ce qui est »?
Et bien, si, malgré tout ce que nous venons d’établir sur le voyant, il restait un doute sur la réalité des vi sions de Swedenborg, on voudra bien mettre en regard que cette constance d’état mixte a duré près quarante années sans apporter aucun détraquement
CE QUE VAUT LA SCIENCE MODERNE ni gâtisme chez lui, et aussi qu’il n'a pas un seul ins tant abandonné lalogique naturelle inhérente des faits à l’esprit ? Je pense que c’est un de nos précurseurs, qu’il est bon aussi d’étudier et de mieux apprécier. B. LECOMTE , Libre étudiant. ‘ÇE QllE VAUT l.A SIÏlENICE M@DERNŒ Il est nécessaire, pour juger une chose, de la considérer; 1° en soi ; 2° dans son milieu, et 3° par rapport aux choses comparables.
Or il semble que, d’une façon générale, les spiri tualistes font assez bon marché de cette règle à l’égard de la science contemporaine; ce ne serait, d’après certains d’entre nous, qu'un amas incoordiné de rêveries malsaines, d’hypothèses fausses de tous points, d'observations inexactes et incomplètes, etc. Comme toute chose, cette opinion extrême a du vrai; elle exprime le jugement qu’on peut porter sur les sciences modernes, si on les compare à la science occulte.
Il est bien certain que nos bons académiciens sont loin d’égaler ces mages antiques dont ils raillent si agréablement les travaux; il est bien amusant, en efi’et, d’observer l’outrecuidant scepticisme de nos
74 L’INITlATION excellents potaches. à qui l’officiel parchemin du baccalauréat semble conférer l’omniscience. D’autre part, il n’est pas douteux que telles quelles, nos connaissances positives, en toutes branches, sont extrêmement restreintes; et néanmoins, nous trou vons le moyen, faute de méthode, de nous égarer à tout coup en leur effrayant dédale.
A peine com— mence»t-on, pour les sciences physiques, à entrevoir la notion féconde de l’unité; à peineles plus hardis sociologiques en pressentent—ils la lointaine applica tion de l’étude de l’histoire. Certes, par rapport à. la science occulte, tout ceci est bien enfantin. Mais examinez un peu ces puérilités dans le milieu où elles se manifestent.
Songez que notre civilisation n’a commencé à prendre conscience d’elle-même qu’il y a 150 ou 200 ans à peine; qu’au— paravant, nous étions véritablement en pleine bar— barie à tous points de vue, sauf peut-être en ce qui concerne les arts, y compris celui de la guerre.
Com— parez la philosophie de Pascal ou de Descartes à celle de Spencer ou de Strada ; la physique de l'abbé N01— let et de Franklin à celles d’Édison. et de Becquerel ; les chandelles fumeuses du palais de Versailles à la lampé à arc du cordonnier du coin; la. chaise à por teurs de.Monsieur, frère du.
Roy, à' l’automobile de l’épicier d’en face; dités—vous bien qu’il y a- deux cents ans, il n’y avait ni journaux, ni tramways, nir chemins de fer, ni télégraphes, ni téléphones, ni pho tographies, ni rayons X, ni acétylène, ni ballons, ni galvanoplastie..., rien de ce qui constitue tout l'exté— rieur de notre vie. Songez aux. difficultés énormes
CE QUE VAUT LA SCIENCE MODERNE qu’il a fallu vaincre pour réaliser tout cela ; rappelez vous que les Hindous, les Chinois, les Chaldéens, les Égyptiens ont eu besoin de milliers d’années pour édifier les merveilleuses civilisations dont nous admi rons les restes; et concluez que nos progrès ne sont point tant négligeables. Même au point de vue intellectuel, l’œuvre de notre siècle subsistera.
Certes, les résultats acquis sont peu de chose; mais ils sont positifs, certains autant qu‘un fait peut contenir de réalié, et nier nos découvertes. notamment en physique (y compris l’astronomie), sous prétexte que les anciens ne les ont pas faites, me semble antiphilosophique et antispiritualiste au premier chef. D’ailleurs, aucune argumentation ne vaut contre un fait; le fait se prouve par lui-même.
A qui nierait l’électricité, montrez la lampe à incandescence; à qui douterait de la rotondité ou de la rotation de la terre, montrez les preuves qu’on en a par sept ou huit mé thodes différentes et dont les résultats concordent; l’éloignement et le volume des astres se mesurent par le calcul de leurs parallaxes et de leurs orbites avec presque autant de facilité que l’éloignement et les dimensions du clocher de votre village; le soleil a été plus exactement pesé que la livre de bifteck coupée par votre boucher; les mouvements des étoiles, autrefois appelées fixes, s'observent directement au moyen de n’importe quel télescope ou spectros cope; etc., etc. Les exemples pourraient se poursuivre indéfini ment, principalement en astronomie, car, de toutes
76 L’INITIATION les sciences exactes, c’est certainement celle où l’hy pothèse tient le moins de place. Elle n’affirme rien dont elle ne soit certaine par l'obseruation contrôlée par le calcul. Et le calcul a une telle valeur, une telle précision, qu'il peut même précéder et diriger l’ob servation (découverte de Leverrier).
En plus, le cal cul astronomique a été maintes fois contrôlé lui même par des expériences effectuées en laboratoire (notamment en ce qui concerne la vitesse de propa gation de la lumière calculée d’abord d'après l'Occul— tation des satellites de Jupiter). On ne peut arguer contre les affirmations de l’astro nomie moderne, que de certaines apparences qui semblent contraires.
Mais une observation plus profonde détruit vite ce que ces apparences ont de défectueux; du reste, ne sait—on pas que, même sur la terre, les apparences nous trompent à chaque moment, et que , par exemple, un homme éloigné parait plus petit qu’une allumette tenue près de l'œil? qu’un homme qui tourne rapidement sur lui-même a l’illusion que tout tourne autour de lui, ou réciproquement ?
Si des théories, si respectables qu’elles paraissent, sont contraires au fait, elles sont fausses ou mal com prises; si Dieu le Père en personne venait me dire : « Le soleil est noir », comme je sais que ce n’est pas vrai et que, pourtant, Dieu le Père ne peut -— par dé finition -— ni mentir ni se t*omper, je chercherais à comprendre ce qu’il a voulu me dire, à quel point de vue il s’est placé, quelle sorte d’image il a pu em ployer, etc. -—1— ——.._ -*-À.—.._ .. un. fi,. ,
CE QUE VAUT LA SCIENCE MODERNE Mais, spiritualiste, je voudrais éviter de tomber dans l'erreur du brave savant matérialiste qui nie purement et simplement. le fait qui ne cadre pas avec sa petite théorie. La science occulte nous enseigne que trois choses sont nécessaires pour acquérir l’initiation : la Con naissance, l’Amour et l’Action.
A notre civilisation occidentale, Jésus a donné l’Amour; elle semble l’avoir actuellement délaissé pour l’action à outrance; mais elle commence à entrevoir la connaissance, et je désespère pas qu’elle soit prochainement à même de commencer utilement l’étude des civilisations qui l’ont précédée. - MARIUS DECRESPE.
HNÏR©DÜGTK©)N A L’ÉTUDE DE fia ficience ÿivante Éniverselle D‘après les Œuvres de LOUIS MICHEL (de Figanières) (Suite) Il L’ŒUVRE DE LOUIS MICHEL Nous considérons comme le plus impérieux de nos devoirs de solidarité et de fraternité intellectuelles d’appeler ici de la manière la plus pressante et la plus
78 L‘INITIATION _. __...___ ,__. u. __ formelle l‘attention de tous les véritables chercheurs de la vérité, de tous les hommes de bonne foi et de bonne volonté, sur l’œuvre gigantesque divinement ‘inspirée à l’extatique LOUIS MICHEL ; prélude certain de la transformation prochaine et prévue de notre humanité.
Humble chercheur nous-même de l’éternelle Vérité, au travers des obscurités profondes qui l’enveloppent sur notre incohérente planète où l‘erreur triomphe de toutes parts ; en butte à la confusion des mille doc trines diverses qui y règnent, nous avons la profonde et inébranlable conviction d’avoir enfin aperçu l’aube de la lumière divine révélatrice, et nous mettons en ces pages que nous voudrions suprêmement persua sives l’ardent désir qui nous possède de jeter dans les intelligences, à ce préparées, l’étincelle précieuse qui doit les ressusciter à la vie spirituelle, en leur fai sant connaître la vraie science vivante et fonction nante de Dieu.
Ces pages s’adressent à tous ceux qui en sont arri_ vés à ce point de science supérieure, ou de bienheu reuse — parce qu’intelligente — humilité d’esprit, qu’ils aperçoivent nettement l’impossibilité où nous sommes d’élucider l’infinie multiplicité des phéno— mènes et qui se rendent bien compte des énormes lacunes laissées par les explications émanées, soit des théories les plus scientifiques modernes, soit des plus abstruses et des plus symboliques doctrines de l’anti quité—orientale ou occidentale, -—soit des révélations mystiques, partielles ou individuelles, sur le fonc tionnement général et le but particulier de la vie de
LA SCIENCE VIVANTE UNIVERSELLE _ l’homme et de l’univers. — Elles s’adressentà ceux qui poursuivent la recherche du vrai, sincèrement pour lui—même, avec la plus entière bonne foi, à tous ceux qui savent l’infinie et insondable perfection de l’œuvre divin, en même temps que leur complète impuissance à s'avancer seuls dans la voie progressive qui même aux sources de la réalité; à tous ceux, enfin, pour résu— mer clairement notre pensée, que leur degré d’évolu tion cosmique a préparés à vivre de cette vie nouvelle.
Ceux-là, certes, mais ceux-là seuls, trouveront dans leur ardent désir du vrai, l’énergie nécessaire pour continuer leur route, après avoir éprouvé l’éblouisse ment du soleil de vérité.
Le Soleil, dit la Clé de la Vie (page '52) (t), éblouit, quand on sort d’un lieu ténébreux; tel sera, nous n’en doutons pas, l’effet des premiers enseignements de PES— prit. — Aussi, le lecteur de bonne volonté doit-il se tenir en garde contre lui-même et ne pas se rebuter, pre nant pour de l’obscurité les clartés sans précédent, échap pées de la porte de la vie lumineuse, au moment où cette porte s’ouvrira devant lui.
Qu’il persévère : l'oeil maté riel a besoin de s’habituer à la lumière avant de pouvoir en supporter l’éclat et distinguer les objets dont elle éclaire la disposition et les formes. Comment, au sortir du crépuscule moral, une âme n’aurait-elle pas le ver tige, à l’apparition soudaine des clartés de l'aurore spi— rituelle ?
Or l’intelligence humaine de notre époque, habi tuée aux enfantines théories, aux vues si courtes et si incomplètes d’une humanité commençante, aux obs (Il Toutes les citations se réfèrent aux éditions des œuvres de Louis Michel, actuellement en vente à la librairie Chamuel.
80 L'INITIATION curités nécessaires quivoilent les fragments de science divine épars dans les œuvres des précurseurs privilé giés, se sent tout à coup emportéeà de telles hauteurs, , à travers un tel insoupçonnable infini, qu’elle se trouve comme aveuglée par ces éblouissantes clartés et qu’elle a bien de la peine à se ressaisir et à conti— nuer son exploration dans le chemin de la vérité vivante.
Heureuse, continue la Clé de la Vie (page 33), celle à qui la transition a été ménagée; elle verra mieux et plus tôt. Que l’on se rassure cependant, cet éblouissement passera vite. A mesure qu’on avance dans le champ lumi— neux, la vue s’aifermit et l'esprit attentif voit en arrière aussi bien que devant lui.
Dans notre livre inspiré d’en haut, un fait nouveau explique celui qui précède : la loi étant la même partout; le dernier chapitre élucide, ré sume les premiers, et le lecteur persévérant est, en défi— nitive, complètement payé de sa peine par des consola— tions inconnues, inespérées et sans prix.
La Clé de la Vie contient tout, en substance, tous les phénomènes et les images de tout, les conditions des mondes divers, depuis Dieu jusqu’aux mondes du der— nier ordre. — Or, partis d‘un milieu obscur et indécis, marchant d’abord dans l’entre«deux des brouillards et de la lumière, nous ne pouvions manquer de refléter, au début, par la nécessité des rapports. l’incertitude de ce milieu.
L’âme humaine, en effet, ne saurait s’éleverà des clartés inusitées sans un apprentissage de sa nouvelle carrière. Malheur à celle qui reculerait devant ce travail préparatoire indispensable ; ce serait de sa part un signe de faiblesse, la preuve qu’elle n’est pas digne encore de voir les clartés de la lumière divine.
Il faut donc s’armer d’une énergie sans faiblesse et ne pas s'effrayer du travail de réflexion, de méditation, de répétitionfréquente, travail parfois pénible, nous l’avouons, mais absolument indispensable pour entrer :a-.x....«. » -
LA SCIENCE VIVANTE UNIVERSELLE 81 pleinement dans la voie qui mène à la vie et à la vérité. -—- Soyons bien persuadés que le travail est la loi inéluctable de notre condition matérielle et que nous n'en sortirons, bon gré mal gré, que par une très longue suite d’efforts multipliés et désintéressés, dirigés vers la connaissance progressive de notre être et de l'univers.
Mais le travail, quel qu’il soit, porte] en lui sa récompense, et nous pouvons assurer à ceux qui auront assez le désir du vrai pour aflronter sans perdre courage les obstacles très réels de cette étude, les plus intenses jouissances intellectuelles que l’hommeterrestre de notreépoque soit capable d'éprou ver.
L’apparition de ces livres de la Vie — événement normal, prévu, dans l’ordre de la loi, immuable qui règle l’évolution des mondes — marque le débutde la plus grande révolution qui se soit opérée encore sur la surface du globe. Les conséquences en serontincal culables.
Ceux de nos lecteurs qui, par leur degré d’évolution planétaire et la lente élaboration qu’ils ont fait subir en leur intelligence aux parcelles de vérité et de science divine éparses en toutes les traditions et en toutes les révélations, sont préparés à recevoir cette fécondation d’en haut et à être ressuscités à la Vie spirituelle, ne tarderont pas à se trouver entièrement de notre avis.
Quant à nous, nous aflirmons haute ment et fermement que le fondement de toute certi tude, les bases de toutes les sciences se trouvent enfin solidement établies; bien plus, que nous possédons la loi universelle absolue qui, rationnellement appli
‘“'“"II 8 2 L’INITIATION que’e, permettra bientôt de tout expliquer et de tout prévoir. Le règne de la foi aveugle, irraisonnée et enfantine est passé. Nous ne voulons plus croire, pas plus aux mystères de la tradition occulte qu’à ceux de la foi, nous voulons savoir et comprendre. L’humanité terrestre sort de l’enfance.
Dieu, son père, lui doit les explications raisonnables sur toutes choses qui sont l’apanage de l’âge pubère et qu’il lui a solennellement promises par le Verbe infaillible _de son Fils aîné, notre premier Messie Jésus—Christ (1).
Il nous, faut, il faut aux hommes pube‘res des raisons solides, pratiques, décisives, expliquant tout, sans reste, les faits les plus vulgaires (si tant est qu’un détail de la Vie universelle puisse nous paraître in digne d’attention !) qui nous sont familiers, comme les plus hautes et les plus grandioses énigmes de l’évolution du Grand Tout.
Nous ne pouvons plus nous contenter d’affirma tions vagues dénuées de preuves rationnelles, de sym boles sans lien et bornés, de doctrines plus ou moins disparates, bonnes pour la raison et le bon sens entan tins, mais qui font sourire le bon sens et la raison pu bères. il) <<Ne les craignez donc point; car il n‘y a rien de caché qui ne doive être découvert, ni rien de secret qui ne doive être connu. » (Saint Mathieu, ch. x, v.
26; Saint Luc,ch. vm, v. 17.) <<J’aurais encore plusieurs choses à vous dire, mais elles sont encore au—dessus de votre portée. Mais, quand sera venu l'Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité. » (Saint Jean, ch. xw, v. I2 et I3.)
LA SCIENCE VIVANTE UNIVERSELLE 83 A l’heure actuelle, en réalité, on ne croit plus à rien. « Croyez-vous, disait le Christ, qu’il y ait en « core un peu de foi parmi les hommes lorsque je re « viendrai ? >S et ce scepticisme caractéristique de l‘âge présent de l’humanité terrestre est tel que les miracles ne séduisent plus personne.
L’intelligence moderne reste froide devant les phé nomènes étranges mais inexplicables qui renversent les soi-disant lois les mieux établies.
Il y a peut-être étonnement, surprise de l’imprévu, mais c’est tout; invariablement on cherche la mystification, l’halluci nation, on préfère se payer de mots vagues ou inven tés pour les besoins de la cause ; enfin, en dernière ressource, on classe les phénomènes au chapitre « In connaissable » et l’on n'en parle plus.
Ce que l’on demande aujourd’hui, c’est une expli cation scientifique unitaire, logique, rationnelle, à l’épreuve de la critique la plus aiguisée, de tous les faits physiques ou moraux, extraordinaires ou Vul gaires ; on veut connaître les rapports et les applica tions immédiates qui en découlent; on veut savoir le pourquoi de cette immense fantasmagorie au milieu de laquelle l’homme, les animaux, les plantes, tout ce qui nous entoure, s’agitent confusément et sans re lâche; on veut savoir enfin où tend tout ce méca nisme effroyablement compliqué et quels sont, au juste, les ressorts cachés qui le font incessamment mouvoir.
Le secret de cette vaste énigme, pour tous jusqu’à présent incompréhensible, nous est enfin donné par l’apparition des Livres de la Vie, synthèse unitaire
84 L’INITIATION universelle, entièrement et exclusivement fondée sur le principe absolu de l’Analogiedivine, seul critérium infaillible de toute certitude, corrélatif nécessaire de l’existence de Dieu. Nous sommes, à l’heure actuelle, armés de toutes pièces pour marcher fructueusement à la conquête de la vérité. Les mystères de la vie nous sont expliqués ainsi que les lois immuables qui président à l’évolu tion vivante de toute chose.
A nous de mettre à profit cette abondance vraiment divine de clartés véri diques ; à nous de faire prospérer, par nos efforts in telligents, cette grande végétation vivifiante qui com— mence à germer, fécondée par le Verbe divin et, sui vant la parole du Christ, « Laissons les morts ensevelir leurs morts » (Saint Luc, ch. IX. v. 60).
Quant au spiritisme, qui a émisla prétention d’être la manifestation collective de l’Esprit de Vérité an noncé par le Christ. une page de Clé de la vie suffit au point de vue doctrinal, à le faire rentrer dans le néant dont il procède et tout son mystère fragile est percé à jour, de main de maître, dans l‘admirable ou vrage intitulé Néant du spiritisme, œuvre posthume de Charles Sardou, premier disciple de Louis Mi chel (I).
La Science vivante apparaît à son heure, en exé cution de la loi préétablie qui règle les périodes de la vie des humanités et des mondes. Cette loi im muable est la loi de la végétation (et cellede toute vie) qui fait apparaître, après l’éclosion, le flétrissement et (I) Paraîtra très prochainement dans l’Initiation. - ' , —.a.n - -.
LA SCIENCE VIVANTE UNIVERSELLE la chute de la fleur, le germe fruitier ; qui chez l’homme, après l’enfance, amène peu à peu et infail liblement la puberté. L’humanité terrestre, dont nous sommes les com posants individuels, est un véritable être collectifdont la vie se développe comme celle de la plante, comme celle de l’enfant.
Pour elle, l’âge d’enfance est sur le point de se terminer par la décomposition progressive de ses éléments, elle va entrer prochainement en pu berté.
C’est pour cette cause que chez une élite d’intelli gences, plus avancées — bourgeon prometteur de l’évo— lution prochaine — la raison pubère commence à se montrer: cette raison plus lucide, plus étendue, d’une critique si aiguë, plus difficile à satisfaire pleinement, cherchant les rapports nonobstant les différences; caractéristique certaine de l’approche de la puberté chez l’enfant: cette curiosité enfin, sans cesse éveillée de l‘adolescent en crise pubère, qui anéantit toute la foi aveugle de son jeune âge, qui se drape dans un scepticisme absolu et irréductible, mais qui cherche et exige cependant des explications nettes et précises sur toute chose.
Leitemps est venu où ces hommes de l'avant—garde humanitaire vont être satisfaits par la diflusion de la Science vivante universelle, clef des secrets de toute chose, destructrice des mystères de toute nature et initiatrice du progrès indéfini dans tous les plans; cette science vivante, qui est la science de Dieu, com muniquée dans la proportion convenable à notre hu manité en exécution des lois omniverselles de la vé
86 L'INITIATION l gétàtion des mondes , venue de l’unique source infinie de toute vérité; corollaire et développement lumineux de la loi embryonnaire d’Unité divine révélée par Moïse et de la loi enfantine d’amour fraternel implan tée par le Christ; science absolue dont les livres ins pirés d’en haut à Louis Michel, premier homme pu— bère de notre humanité, sont la préface et l’introduc— tion indispensable.
Cet avènement— d’ailleurs formellement annoncé par tous les prophètes et par Jésus-Christ —— qui‘est à l’heuréactuelle un fait accompli, doit être considéré comme le début de la plus grande révolution qu’ait encore subie notre globe.
Il annonce et il précède l’immense transformation à la fois matérielle, morale et intellectuelle, qui ne va pas tarder à s’opérer dans notre planète, bientôt enfin entièrement équilibrée, débarrassée de l'omnipotence du mal et pouvant marcher désormais sans entraves à sa maturité et à son harmonie définitives. j D’après cela, il est bien évident que la science de i Dieu, que Louis Michel’a été chargé de transmettre, au degré voulu, à l’humanité terrestre, ne sera accep— l tée que par les intelligences dont l‘évolution antérieure l est assez avancée pour qu’il leur soit possible d’être ressuscitées à la vie nouvelle del’avenir.
Ces hommes existent certainement, puisque la Clé de la vie a paru. Aussitôt mis en contact avec les livres de la Science vivante, ils se reconnaîtront peu à peu, et en eux la Science de Dieu évoluera suivant la loi universelle de végétation, germant d’abord obscurément pendant un temps plus ou moins long, poussant ensuite et .a 7 , ,--...a.a««âæ«àannflhg
LA SCIENCE VIVANTE UNIVERSELLE progressivement de multiples rameaux divergents et stériles, produisant sur quelques—uns de merveilleuses fleurs aux couleurs éclatantes, aux parfums suaves mais inutiles, — c’est la phase de théorie pure, — entrant enfin dans la série des applications pratiques, en toutes choses, analogiquement à l'apparition du germe fruitier et à la maturation du fruit nourris— sant.
Nous ne saurions, en conséquence, trop recom mander au lecteur, que nous supposerons amant sin cère-et ardent de la Vérité, pour elle—même, de lire ces pages avec la plus profonde attention et avec, —— en toute humilité d’esprit, —— l’opinion bien arrêtée que l'humanité est incapable d’apprendre quoi que ce soit, si Dieu ne lui envoie,par ses Messies, porteurs de son Verbe immuable, l’enseignement qui convient à cha cun de ses degrés de croissance évolutive.
Loin de nous, lisons-nous dans la Vie universelle (p. 10) cette chimère de l’orgueil humain que l’homme peut par lui-même découvrir et constituer la science. L'homme livré àlui seul étudiera péniblement, calculera des effets et après des efforts inouîs, après avoir entassé comme on a fait, Pelion sur Ossa, comprendra son im— puissance sans l’intervention directe de Dieu.
Le plus sa vant parmi nous, le plus intelligent, le plus sincère finira par avouer qu’il sait mal, qu’il ne sait rien. Aussi la Science humaine varie—t-elle toujours. Est-elle aujour d’hui ce qu’elle était il y a cinquante ans, cent ans, mille ans? Vaut-elle mieux? La médecine de nos jours est-elle plus vraie que celle d'Hippocrate ? Connait-elle mieux la vie?
Or toute science vient de Dieu, enseignée directe ment par lui, et l’on comprend pour cela qu’il ne s’en rapporte pas àl’humanité. Dieu a donné aux hommes de «\ notre terre, par son premier envoyé le Christ son fils, ‘MA-‘Q "_..n.
88 L’INITIATION la loi d’amour, sommaire et base de la science de Dieu, développée par l'Esprit de vérité qui va venir.
Ceux qui, après la lecture méditaliue de ces quelques pages, sentiront le désir intuitifou seulement lacurio sité d’aller plus avant, devront consacrer, — s’ils nese trouvent pas tout à fait dépaysés et interloqués dès l’abord, — un temps suffisant et assez long à l’étude directe de l’Exposé de la Science vivante dans les livres de Louis Michel.
Dans ce cas, nous croyons devoir leur conseiller de débuter par Plus de Mystères, en un volume, plus accessible peut—êtreà une pre mière lecture que les autres ouvrages dogmatiques étendus et, par suite, d’une digestion moins aisée.
Il sera en outre évidemment indispensable d’étudier à fond les deux livres principaux Vie Universelle et Clé de la Vie sans négliger les précieux aperçus renfermés dans Résurrection, dont nous signalons la très remarquable préface. Nous ne dissimulerons pas le travail considérable d’assimilation nécessité par cette véritable initiation à une vie nouvelle.
La loi du travail est inéluctable, et nul n'approche des régions de l’absolue vérité que par des efforts incessants, pénibles parfois, des enjam bements successifs d’obstacles sans cesse renaissants, mais avec le sentiment profond de satisfaction intime, de joie céleste qui est l’apanage de l’âme humaine entrée dans la voie évolutive, remontant à nouveau vers le foyer infini d’Amour d’où elle émane, vers Dieu. Nous supplions le Lecteur de suspendre tout juge _,,,l
LA SCIENCE VIVANTE UNIVERSELLE ment sur les immenses et lumineux horizons qu‘il entreverra dès la première lecture. Avant de mani fester une désapprobation motivée, il est nécessaire, indispensable, d’aller jusqu’au bout.
Nous disons plus, il faut que, par une méditation prolongée et un effort intellectuel persévérant, le Lecteur arrive à se rendre maître, tout au moins partiellement, et à manier par soi-même le merveilleux instrument de recherches et de déductions véridiques, appelé par Louis Michel les mathématiques vivantes et fonction nantes de l’analogie universelle.
Ces livres, les plus admirables —— et de bien loin — qui aient encore paru sur.notre globe, ces livres, dont la source est divine, sont d’une richesse de pensées et d’aperçus inexprimable, quoique d'une concision extraordinaire. Chaque phrase est une mine inépui sable et nécessiterait des volumes pour être déve loppée.
C’est pourquoi ils paraissent obscurs, quoi que jetant la plus éclatante, la plus décisive lumière sur tousles problèmes, sans exception, dont l’énigme jusqu’alors inviolée exaspère l’orgueil humain.
D’autres écrits suivront, plus explicites, plus dé taillés, mais dont ceux-ci sont l‘indispensable intro duction et comme la clé qui servira à les déchiffrer; car, c’est une science nouvelle pour notre humanité que la Science de Dieu quoique entrevue confusé ment et partiellement par les hommes supérieurs, pré curseurs prédestinés et avant—coureurs du grand so leil de Vérité dont les premières lueurs de l’aurore nous apparaissent à cette heure. La tâche que nous avons assumée de résumer, dans
90 L'INITIATION les quelques pages qui vont suivre cette œuvre aux proportions si gigantesques, paraît, à juste titre, au— dessus des forces humaines et nous sentons bien que nous sommes prolbndément incapables de la mener à bien.
En réalité, nous sommes convaincus que notre rôle, en tout ceci, consiste uniquement àfaz‘re savoir aux intelligences avancées, conscientes ou non de leur degré d’évolution, et premier noyau de la future humanité pubère, que l'exposé général de la science de Dieu appropriée à cet âge humanitaire a paru, et se trouve accessible à tous dans les livres directement inspirés à Louis Michel, et dont nous avons cité les titres.
Ces livres, nous pouvons le déclarer haute— ment, constituent la substance doctrinale de l’avène ment sur notre planète de notre second Messie, l’Es— prit de Vérité, formellement promis par le Christ, — notre premier Messie — à ses apôtres, et qui est encore le Christ s’incarnant à nouveau non plus ma— tériellement cette fois,. mais spirituellement en tous les hommes dignes de ce divin contact, pour les res— susciter à la vie spirituelle pube‘re dont ils portent en eux les éléments, et par eux, bientôt toute l‘humanité dont il est l’âme.
C’est donc à l'acceptation intime et formelle de cette lumineuse doctrine et à son développement pra tique que tous les hommes pube‘res se reconnaîtront infailliblement et ne tarderont pas, en vertu de la loi attractive des affinités sympathiques, à se grouper en un cercle compact, formant ainsi progressivement la grande famille harmonieuse spirituelle du Grand Mes— sager, Esprit des Mondes Divins, notre second Messie,
LA SCIENCE VIVANTE UNIVERSELLE 91 avec la puissante et de plus en plus visible coopéra tion de l’Unité céleste, âme collective directrice de notre planète. Passons à l‘exposé des grandes lignes de la Science vivante. UN HOMME PUBÈRE. %’ > ., œ—s, t. 'se-a_-*\.-—*-\\.«s. \—---n.æanMW
f r. Œas éAmas ancnaurées L’air était imprégné du parfum de l’herbe fraîche ment fauchée. Tout l'Univers aspirait cette odeur un peu âcre et semblait y puiser de nouvelles forces. L’Homme seul paraissait indifférent à l’air vivifiant de la nuit et dormait d’un sommeil que rien ne semblait pouvoir rompre. Soudain un large rayon de lune s'échappa de derrière un nuage et vint se jouer en miroitant sur la figure de celui qui dormait. L’Homme se dressa sur son séant et le tableau le plus extraordinaire se déroula devant lui; de la terre à la voûte azurée du ciel le rayon de lune semblait se mouvoir et respirer, — des milliers de petits êtres ailés voltigeaient çà et là semblant plonger dans les vagues argentées de l’Ether. Tout à coup le regard de l’un d’eux tomba sur l’Homme. Fasciné, ébahi, le gracieux habitant de l’air se laissa choir à côté du colosse quile regardait muet d’admiration. L’Homme étenditla main et le Sylphe se laissa prendre, se
LES AILES ENCHANTÉES _ 93 laissa presser sur le cœur brûlant de l’Homme, où il se sentit si bien, grisé par la force et la chaleur hu maine l... Il jouissait voluptueusement de cette sensa tion inconnne de chaleur et ne pensait plus ni à ses compagnons, ni à l’heure avancée, ni à la froide clarté de la lune, qui lui avait servi d’abri depuis le berceau!
L‘Homme, lui aussi, avait tout oublié, en vahi par le charme de mille impressions nouvelles ; son corps brûlant se rafraîchissait au contact du petit être divin, — lorsque, tout à coup, quelque chose d’étrange se produisit en lui; une gerbe de rayons éclatants s’échappa des ailes du Sylphe et éclaira dans le cœur de l’Homme un tel amas d’ordures et de boue, que l’Homme en eut honte et, d’un mouve ment inconscient chercha à se couvrir en croisant son vêtement sur sa poitrine.
Mais les mouvements de l’Homme étant brusques et brutaux, il blessa les ailes diaphanes du Sylphe et l’une d’elles retomba inerte et privée de mouvement. Le petit être se mit à san gloter, il paraissait inconsolable! — « 0 mes ailes », — gémissait-il — « mes belles ailes lumineuses , qu’êtes—vous devenues ?
Comment me transporte— rai-je maintenant auprès de mes frères dans le pays de Lumière! — Ils ne me reconnaîtront plus! » — « Reste ici, être divin, oublie tes frères et reste avec moi ; nous arracherons complètement tes ailes. afin que tu sois comme moi». —— « Mais comment ferai—je alors pour éclairer mon chemin ? » —— « Pourquoi veux—tu l’éclairer? On peut parfaite ment se mouvoir sans lumière, d’autant plus,que ta _,.4«
94 L'INITIATION lumière n’éclaire que ce qui devrait rester dans l’ombre; la Nature elle—même, depuis la création a enfoui cela dans les profondeurs de notre ère. -— » En prononçant ces paroles, l’Homme avait une expres sion farouche et méchante, mais il se maîtrisa bien vite et se ravisant, renouvela ses caresses, pressant le Sylphe contre son cœur et le couvrant de baisers.
Ensorcelé, enivré par ces caresses brûlantes, le petit être cacha son visage sur cette large poitrine, qui lui interceptait toute lumière et , croyant avoir enfin trouvé la chaleur qui est l’essence de la vie univer selle, était tout prêtà rester éternellement dans ces ténèbres!
Soudain un rayon de soleil glissa entre l‘Homme et lui et... les sépara l Un flot de chaleur et de lumière inonda le Sylphe, s’infiltrant dans toutes ses fibres, -—-le soleil venait de paraître!
Et ce ne fut qu’en ce moment que le Sylphe comprit que la vraie Lumière(r) ne peut êtresans cha leur et que cette Lumière éclaire tout l’Univers et que sa chaleur réchauffe également les grands et les petits; hommes, arbres, animaux et jusqu’au plus petit brin d’herbe, tous subissent son influence bienfaisante. L’Univers entier fut noyé dans cet océan de lumière et de chaleur, y puisant de nouvelles forces et une vie nouvelle.
Mais l’Homme ne voyait rien tellement il était épris de son nouveau jouet; il n’avait remarqué ni le lever du soleil, ni le changement qui s’était opéré dans le petit habitant du rayon de lune. Fou de (1) il avait habité dans la froide lumière de la lune.
ORDRE MARTINISTE passion, il le serrait plus fort contre son cœur et répé— tait toujours : — « Resté avec moi, oublie tes ailes, nous serons si heureux ensemble! » Mais le Sylphe ne l‘écoutait plus; ses yeux, grand ouverts, sondaient les profondeurs du ciel.
Tout à coup, les pauvres ailes meurtries se mettent à trem bler età vibrer comme des cordes... encore un ef fort l... un sourire radieux éclairé le visage du petit être et le voilà qui prend son essor vers le ciel !
Alors soudain du fond de la voûte azurée comme les sons d’une harpe éolienne, ces paroles retentirent: — « La Vraie Lumière ne peut être sans chaleur, mais la chaleur sans lumière ne produit que miasmes et corruption! » Un sanglot formidable souleva la poitrine de l’Homme.
Haletant, les mains tendues vers la vision de lumière,qui lui échappait pour toujours, il maudit dans un accès de rage impuissante le ciel, la terre et lui-même de n’avoir su retenir auprès de lui son beau et brillant jouetl... ESTRELLA S.'. l.'. ©3933 maaaramarsaræ Notre frère Stanislas de Guaita,membre du comité, di recteur du Suprême Conseil de l’Ordre Martiniste, est mort le 19 décembre 1897.
Le Comité directeur du Suprême Conseil a pris à cette occasion les décisions suivantes: 1° Chaque année l’Ordre Martiniste célébrera le 19 dé cembre, la commémoration de Stanislas de Guaita.
96 L’INITIATION [JANVIER 2° Dans les trois premières réunions qui suivront la si— gnification de la présente décision, chaque groupe mar tiniste et chaque loge sont invités à exécuter une batte rie de deuil,à chaque réunion,à la mémoire de Stanislas de Guaita.
3° Tous les membres de l’Ordre Martiniste sont indi— viduellement invités à joindre leurs efforts spirituels et leurs prières à ceux des Centres, en vue de célébrer l‘en trée de notre éminent frère dans la Chaîne invisible des Maîtres du Martinisme.
Les délégués généraux, les délégués spéciaux, les chefs de loges, les directeurs de groupes, sont chargés de la notification et de l’exécution de la présente déci sion qui sera lue à haute voix au début de la première réunion de leurs assemblées. A Paris, au Suprême Con seil, le 10 Janvier 1898. Le Secrétaire général, L’Archiviste, Le Président, SÊD1R. CH. Boas. PAPUS. Le Secrétaire adjoint, SISERA.
DÉLÉGATIONS EN FRANCE L’accroisæment incessant de l’Ordre Martiniste en France nécessite un remaniement complet des déléga tions. Le Suprême Conseil (comité directeur) après un examen approfondi de la question a décidé de diviser la France en 14 délégations dont voici les numéros : 1. ' Quartier général (Paris, Beauvais); 2. ' Nord (Douai); 3. ‘ Nord-Ouest (Le Havre); 4. ' Est (Nancy, Châlons, Epernay); 5. Ouest; 6. ' Ouest-Centre (Poitiers); _ \ _ 7. ' Sud-Ouest (Bordeaux) ;_ 8 ' Sud-Centre (Cahors) ; 9. ' Sud (Perpignan) ;
1898: FACULTÉ DES SCIENCES HERMÉTIQUES 97 10. ' Sud-Est (Marseille) : n. ' Centre (Lyon); 12. ' Centre-Nord (Dijon); 13. Centre-Ouest; 14.. ' Centre-Est (Valence). Les astérisques ' indiquent les délégations pourvues d’un titulaire et les villes où siège un délégué. Ceux-ci recevront sous peu et directement la liste des départements sur lesquels s'étend leur action. Ils sont, en attendant, priés de prendre bonne note du numéro de leur Délégation.
Le P:'_: S.:: C:Ï.‘. raauwi mas sersxeas assaimqusa Contribution à l‘étude méthodique de l'Hermétisme PROGRAMME D’ÉTUDES D'UNE ÉCOLE SECONDAIRE Les cours comportent une durée de trois ans. Le passage d’une année à l’autre est soumis à une épreuve.
La réus— site de cette épreuve donne droit successivement à l’ob— tention des titres suivants: Pour la 1“ année: Bachelier en sciences hermétiques -—— 2° -— Licencié —- — -— 3° — Docteur — — Toutefois, le grade de docteur n’est conféré que par le Centre, après réussite du dernier examen et accepta tion par le centre de la thèse acceptée une première fois par le jury de l'école secondaire. Ces notions sont connues.
Nous n’y insistons que pour déterminer l’ordre du programme. Les matières de l’enseignement sont réparties comme suit entre les trois années -— (ajouter à ce qui suit la lecture de l’hébreu et du sanscrit). 4
98 L’INITIATION Première année: Temps primitifs: comprenant les temps préhistorique et l’âge théocratique jusqu’à l’avè nement du régime militaire. Deuxième année: Temps intermédiaires: De l‘avène ment du régime militaire à la venue du Christ. Troisième année : Temps modernes: Le Christ au xx°siè— cle. .. , Premtere année: Baccalaureaî I. Encyclopédie des sciences positives. II. Histoire générale de l‘llunaanité : Temps primitifs.
Deuxième année : Licence 1. Encyclopédie des sciences hermétiques. II. Histoire générale de l'humanité : suite. Temps anti— ques et intermédiaires. Troisième année : Doctorat 1. Histoire générale de l’Humanité. —- Fin : Temps modernes. -— Conclusion finale de l’ensemble des Cours, — Thèse au choix. o - o Il convient de donner quelques détails sur les matières spéciales à chacun de ces Cours. C’est ce que nous allons faire rapidement. I.
BACCALAURÉAT » A. Encyclopédie des sciences positives. Le cours d'Encyclopédie des sciences‘positives com— prend trois parties: a. Théorie du savoir positif ou méthodologie de la science expérimentale. b. Exposition de la série encyclopédique des sciences abstraites : Synthèse subjective. ' c. Conclusion synthétique: Synthèse objective. [1. Théorie du savoir positif: 3 leçons. De l’esprit scientifique ou expérimental. De l’abstracti0n.
FACULTÉ DES sommes HERMÉTIQUES 99 Classification des sciences abstraites. Données sur le problème de la classification. Résumé et conclusion. b. Exposition de la série encyclopédique des sciences abstraites : 26 leçons. I. Mathématique. Astronomie. 2. Physique ’ Physique proprement dite. '. Chimie. 3. Biologie. 4. Sociologie et Alorale. c. Conclusion : Le problème de l’unité du monde. 2 le çons. B. Histoire générale de l'Humanité.
Ce cours comprend: L’histoire sociale; L’histoire des religions et de la tradition; L’histoire des sciences et de la philosophie. Ce cours comporte donc la systématisation de l‘en semble du passé et est réparti sur les trois années, vu son importance exceptionnelle.
Dans les premiers temps de la fondation d’une école, comme il sera bon de ne point trop exiger des étudiants, le commencement de ce cours pourra être reporté à la deuxième année, mais, dans la suite, sa place normale reviendra naturellement dans l’enseignement de la pre mière année. 1“ année: Temps primitifs (voir plus haut). ‘ 2. LICENCE A. Encyclopédie des sciences hermétiques. Ce cours comprend également trois parties: a.
Théorie du savoir transcendant. b. Exposition de la série encyclopédique des sciences hermétiques. c. Conclusion synthétique: Synthèse objective. .1. Théorie du savoir transcendant.
100 L’INITIATION ÿ _.J \ a __, Caractère transitoire de l'hermétisme actuel. — Théo— rie de la connaissance transcendante (extase) et de l’ob— servation transcendante (extase et dédoublement). — De l’abstraction: de l'intuition et de l’analogie. — Classifi— cation des sciences hermétiques. — Résumé et conclu— mon. b. Exposé de la série encyclopédique des sciences her métiques (V. Lumière d’Egypte). I. Symbolique. 2. Théogonie. 3.
Cosmogonie: Involution. Physique occulte. Alchimie. Évolution. Botanique occulte. Zoologie occulte. Force nous est de composer le programme de cette séance, de matières d’intérêt secondaire, la connaissance transcendante des deux règnes organiques n’ayant pÔint été vulgarisée jusqu’ici. _ Constitution de l’homme et astrologie. Divination et sciences divinatoires. 4. Physiogonie 5. Biog0nie 6. Androg0me Réalisations hu maines.
Théorie complète de la réintégration 7. Psychurgie et absorption finale. c. Conclusion synthétique. Le problème de l’unité du monde. Résumé de l’invo— lution et de l’évolution. B. Histoire générale de l’Humanite’ (suite). Temps an tiques et intermédiaires. 3. DOCTORAT A. Histoire générale de I’Humanité (fin). a. Temps modernes et contemporains. 17. Conclusion finale de l‘ensemble des cours.
MÉDECINE MYSTIQUE 101 B. Thèse au choix, envoyée à l’école-mère après épreuve de la troisième année et après acceptation par le jury d'examen. Ce programme a certainement besoin d’être remanié. La deuxième année surtout nous semble critiquable et imparfaite à l’excès, du moins dans ce qui touche le dé tail des matières de chaque science.
Néanmoins, nous donnons notre travail pour ce qu’il vaut en faisant le vœu de voir cette lacune bientôt comblée. ELÉAZAR. ‘ ItttÉuaemu Marsmoua Dans le cours de l'année qui vient de s’écouler, j'ai été assez heureux pour être témoin de quelques cas de guérisons miraculeuses (1); je vais raconter les deux plus remarquables.
1°r CAS. — M“"‘ B., 28 ans, n’ajamais eu d’enfants mal gré son grand désir d’en avoir; elle habite une ville du département de Seine-et-Oise. Elle a été soignée suc cessivement par deux ou trois médecins, pour une phti sie pulmonaire que j’ai eu l’occasion de constater moi même à plusieurs reprises. Elle dépérissait, ne man geait presque rien et se trouvait dans un grand état de faiblesse.
Dans mon opinion, comme dans celle des mé decins qui la soignaient, elle devait traîner encore quel que temps et mourir dans un délai rapproché. Le 12 novembre 1896 quelqu’un qui habite Paris et que j’appelerai M. X., pour la commodité du récit, fit à Notre-Dame--des-Victoires une prière à la Sainte-Vierge, (1) Par miracle. je n’entends pas: en dehors des lois de la nature.
On connaît ma théorie sur le miracle; ces guérisons sont miraculeuses parce que les forces naturelles qui ont été mises.en jeu pour les obtenir ont obéi à‘l'impulsron divine.
g n; . .—.-—n 102 , L’INITIATION à la suite de laquelle il déclara à la tante de M” B. que sa nièce était guérie. M“° B. n’était nullement prévenue de ce qui s’était passé.
Sa tarite lui ayant écrit pour lui demander de ses nouvelles, toujours sans la mettre au courant de rien, reçut une réponse le 16 novembre (4jours après la prière) : depuis quelques jours elle se trouvait très bien, elle ne toussaitplus, il lui restait seu lement un point légèrement douloureux à l’endroit qui avait été le plus malade, mais il y avait longtemps qu’elle ne s’était sentie aussi bien. .
Le 6 janvier 1897 (55 jours après la prière), Mm“ B. est venue à Paris, je l’ai vue, elle n’était plus reconnais sable, elle avait bonne mine, la figure colorée, ne tous— sait plus du tout, mangeait très bien et de bon appétit; à l’auscultation je ne perçus plus de bruits morbides.
Le hasard (?) a voulu qu’elle se soit pesée deux mois aupa ravant, elle pesait br kilogrammes, je l’ai pesée moi— même, elle pesait ce jour-là 53‘“ä500,s0it une augmenta— tion de 2k3,500. Je l’ai revue et pesée le 21 avril et le 3 juin elle pesait 58k3,840 puis 62k€,650; soit une augmentation totale de 11",650 en 7 mois. Dans son pays tout le monde est étonné et la compli— mente.
Mais ce n’est pas tout : j’ai dit plus haut qu’elle avait toujours désiré avoir un enfant; or le 19 août dernier elle a eu un beau gros garçon qui l’a comblée de joie et continue aujourd'hui à se très bien porter. La mère a très bien supporté cette secousse et sa guérison se main— tient. .
Qu’on fasse maintenant le calcul: une grossesse dure environ 9 mois de 30 jours, soit 270 jours; elle est donc devenue enceinte aux environs du 22 novembre, soit une dizaine de jours après la prière. Tout lui a été accordé à la fois.
Je crois qu’on peut considérer cette guérison comme instantanée; s’il a fallu ensuite 7 mois pour gagner IikK,65o c‘est parce que la guérison étant acquise, la re prise de l’embonpoint restait à effectuer, et pour cela il faut du temps. On ne peut pas objecter que l’augmentation de poids> v"”*--j-n"r "" "*{'j ; ;— --1 A w w» '.,,—.r« r .. l
MÉDECINE MYSTIQUE 103 provenait de l’enfant qu’elle portait, parce que, à la der nière pesée, le 3 juin, elle n’était enceinte que de 6 mois et demi et que l’enfant et ses annexes ne pou— vaient pas peser beaucoup plus de 3 kilos; qu’on en mette 4 si l’on veut et il reste encore un bel écart. On pourrait du reste ajouter que ce53 ou 4 kilos avaient, après tout, été fabriqués par la mère.
2' Cas. — Le jeune A., 18 ans, était atteint depuis quelques années d’une phtisie pulmonaire à marche lente, pour laquelle je lui avais donné des soins. Dans le cou rant de mai 1897, la fièvre s’alluma et il prit le lit.
Il se déclara un hydro-pneumo-thorax, c’est-à-dire que sous l’influence d'une poussée aiguë, la plèvre se perfora et l’air pénétra entre les deux feuillets; la pleurésie qui s’ensuivit détermina un épanchement liquide, de telle sorte que lorsqu'on lui imprimait une secousse on enten dait le bruit du liquide agité, comme dans un vase. à moitié plein (succussion hippocratique).
Le médecin de la société de secours mutuels, dont il est membre, le jugea perdu, etje partegeais entièrement 1 son avis. Il fut transporté dans une maison de santé où il reçut les soins du 0' M. qui lejugea également perdu. Je dois avertir que le D! M. n’est pas le premier venu, il est agrégé et médecin des hôpitaux.
Les parents étaient prévenus et ne pouvaient plus se faire aucune illusion; dans notre pensée à tous, on ne pouvait plus compter que sur quelques jours d’existence. Le 4 juin, M. X. fit une prière à Notre-Dame-des Victoires et fut exaucé encore une fois.
J’étais seul à savoir ce qui se passait, les parents n’en étaient pas pré venus aussi l‘on peut juger de leur stupéfaction quand, le 5 juin, je leur dis : Ne vous désolez pas : votre enfant guérira; il était perdu, mais il a été fait quelque chose qui a complètement transformé la situation. La mère crut que je disais cela pour la consoler et répondit qu’elle savait bien qu’il était perdu, les internes le lui avaient bien dit.
Le père pensa que je devais avoir quelque raison de parler ainsi et reprit courage. Ce même jour, 5 juin, A. allait sensiblement mieux; on lui permit de se lever et/ d’aller au jardin.
104 L’INITIATION Le 10 juin, le Dr M. l’ayant ausculté déclare qu’il va beaucoup mieux, il y a moins de gaz dans la poitrine. Il mange bien. Le Il juin on le pèse: la maladie l’avait fait diminuer de [1 kilos, il ne pesait plus que 55 kilos, ce jour-là il pèse 55k8,500.Cette augmentation de 500 grammes est de bon augure. Le 21 juin il pèse 56“Æ500; l’interne dit à la mère qu’il le considère comme tiré d’affaire. Il reprend des forces.
Il fait une première sortie et en profite pour venir me voir. Ila encore une bien mauvaise apparence. Le 30 juin la respiration est bonne, il a bon appétit, mange bien et digère bien. Le Dr M., après l’avoir aus culté, est stupéfait, il dit qu‘il n’a pas vu souvent un cas si grave guérir, surtout si rapidement. Tous les in ternes l’ont examiné et ont partagé l’étonnement du maître. Le 5 juillet il pèse 58““,500,le 10 juillet 61 kilos.
Le 12 juillet le Dt M., de plus en plus étonné, le montre comme une curiosité à ses élèves et à d’autres mé— decins, répétant qu’il avait rarement vu un cas pareil. Il termine en déclarantque maintenant A. n’a plus besoin que d’une bonne nourriture, de bon air et de soins hygié— niques. Du 4juin, jour de la prière, au i,2 juillet, jour de la déclaration du Dr M., il s’est écoulé 38 jours. rmæw : »—»—vM.‘.f..fi/M—- ,...vw, . ,.....u...- m..M,.. .
Le 2 août ü’pèse 62"8,500; il a repris ses forces et a presque bonne mine. Le r7 août il pèse 63“ä850. Il n’y a plus d’air dans les plèvres, la succussion hippocratique ne donne plus aucun bruit, mais il y a encore de l’eau jusqu’au tiers supérieur de la poitrine, il survient un abcès au périnée, avec fièvre. Le 24 août on a ouvert l’abcès, on craint une fistule. Nouvelle prière de M. X.
Le 21 septembre tout danger est évité, l’abcès se cica— trise bien, il a échappé à la fistule de l’épaisseur d’une feuille de papier (?), mais enfin il n‘y en a pas. Il pèse 63kg,840. Ne l’ayant pas vu dans l’intervalle,je ne sais pas comment son poids a varié, mais il est probable qu’il a
MÉDECINE MYSTIQUE 105 diminué puis réaugmenté : le 17 août il pesait 63kg,850, le 21 septembre 63"“,840, soit une diminution de 10 grammes; nous nous trouvons évidemment au mo ment où il a repris tout ce qu’il avait perdu. Le 5 octobre tout est terminé, il est fort, il mange bien et a repris des couleurs. Le 17 octobre il pèse 65k8,54o.
Le 27 octobre il a été voir le D“ M. qui lui a dit: Vous êtes guéri maintenant et je vous en félicite, carje ne vous cacherai pas que votre guérisson m’a surpris. Je fais ma spécialité des maladies de poitrine et vous êtes le pre-. mier que je vois guérir aussi bien de la maladie dont vous avez été atteint. ‘ Le 2 novembre A. reprit son travail.
Il n’y a plus de bruits morbides dans la poitrine, le côté qui a été ma lade conserve un certain degré de matité et larespiration s’y entend plus faiblement (1). Le 11 novembre il pèse 67k,600 et le 8 décembre 69"“,900, plus qu’il n'a jamais pesé. En résumé, de 55 kilos A. est arrivé à 69k,900, soit une augmentation de 15 kilos en chiffre rond, malgré un abcès intercurrent. Du 4 juin au 8 décembre, il s’est écoulé 187 jours, environ 6 mois.
Le premier cas est un exemple de guérison instan tanée suivie d’une réparation rapide; le second cas est un exemple d'aiguillage et d’accélération simple : la ma ladie n'a disparu que peu à peu, la réparation s’est faite en même temps et l’on conviendra que 187 jours pour voir se dérouler un pareil drame ça n’est pas beaucoup, surtout si l’on considère que je ne compte 187 jours. que pour l’augmentation totale de poids, car le drame se compose de deux actes: le premier du4 juin au 12 juil let, 38 jours; le second du 24 août au 21 septembre, 28 jours.
J’ai dit à ces deux malades, après leur guérison, qu’ils avaient été l’objet d’une grande faveur'd’en haut; j’espère qu’ils en seront reconnaissants. (1) Aujourd‘hui, 5 janvier 18 8, je reçois sa visite et l’aus— culte _: Il n'y a plus aucune di érence entre les deux côtés de sa p01tr1ne. Sa santé est parfaite.
l 06 L’INITIATION æ— æ — -äl—Æ; :L——.—æ—Ls. . ,- . J‘observe d’autres cas en ce moment, j‘en ferais part un jour aux lecteurs de l‘1nitiali0n, et je réserve les commentaires pour cette époque. Dr F. Roman. ERRATUM. -—« Dans mon article sur les catastrophes, numéro de novembre dernier, page 147, li ne 16, après : sa responsabilité était infiniment moin re, ajouter : comme le fait remarquer Gürres. esvcmsnn saeÉnmsuran 14 novembre 1897.
Médiums, RENÉE SABOUREAU et AMÉLIE X... En vue de surprendre quelques phénomènes et d’en conserver trace, j’avais prié M. F..., étudiant en méde— cine, grand amateur de photographie instantanée, de vouloir bien nous prêter son concours pour cette séance à laquelle assistait ma nièce, excellent médium à effets physiques.
Dès le début, Renée reçoit une communication dans laquelle un esprit (i), qui se présente sous le nom de G.,., nous annonce qu’il est enchanté de voir un deuxième médium et que « Losanne », qui n’est pas en— core arrivé, ne peut apporter la lettre dont ila parlé à la dernière séance. Votre appareil ne me plaît pas, dit-il au photographe, mais pour vous faire plaisir j’en veux bien.
Je pense que les esprits (?) de Mme X. vont m’aider. ‘ D. —— Sommes-nous bien placés? R. —— Oui, vous êtes bien placés, alignez—vous, main— tenant; c‘est très bien, vous n’avez qu’à rester un peu éloignés de la table et je vous ferai des renversements d’objets. \ Nous étions, alors, ainsi placés:
PSYCHISME EXPÉRIMENTAL 107 Les médiums et les assistants composaient la partie nord de la pièce. M.F..., son appareil et tous les accessoires néces saires pour obtenir la vive lumière indispensable pour la photographie instantanée, étaient en face de nous a une distance de quatre mètres, environ. Ce détail est à retenir pour la clarté du récit qui va suivre. Séance obscure. Renée est soulevée avec son fauteuil, à plusieurs re prises.
Une suspension hors de portée des assistants est balancée avec violence; un écran tombe et se brise. Un tableau est agité dans le vide. Au plus fort du tumulte, un éclair jaillit et une photographie instantanée est prise. L’éclair de la phébusine coupe le phénomène, mais la photographie prise n’en constate pas moins que chaque assistant est à sa place. Le fait se renouvelle plusieurs fois.
Dès que l’obscurité est revenue,les phénomènes redou blent d'intensité. Une petite table, en contact avec les médiums et le major F..., s’enlève violemment à plu sieurs reprises, puis, échappant aux mains qui la retien nent se précipite vers M. F... fils (le photographe) et cherche à le frapper.
Une lampe est apportée, le calme se rétablit; de nou velles dispositions sont prises pour assurer la réussite des épreuves photographiques, chacun reprend sa place et l’obscurité règne de nouveau.
Quelques secondes s’écoulent en paix, puis le tumulte recommence; le photographe allonge le bras pour en flammer la capsulede phébusine destinée à fournir l’é— clairage pour un instantané photographique, mais, ne la trouvant plus, il demande de la lumière.
Une lampe est apportée et nous constatons alors que cette capsule,qui était placée entre des griffes en fer en haut d’un support à environ I'“,80 du sol, a été enlevée, sans bruit, dans l’obscurité la plus complète et déposée juste au pied du support, sans qu’une seule particule de la poudre qu’elle contenait fut versée ni que la mèche
I 08 L’INITIATION qui était simplement posée dessus ait été, en quoi que ce soit, dérangée.
Quelques minutes après, une petite lampe à alcool en métal nickelé (forme de petite bouteille), qui servait à al lumer la mèche dont il est question plus haut, disparut au moment où l’amateur photographe voulait s’en ser vir; elle ne fut rapportée, sous les yeux de l’opérateur, qu’à la fin de la séance, sans qu’il soit possible de savoir où elle était passée pendant ce laps de temps.
On fut donc obligé de mettre le feu aux capsules à l‘aide d’une allumette. Pour comble de malheur, les manifestations les plus tangibles se produisaient aussitôt après qu’une photo graphie venait d’être prise, c'est—à-dire pendant les quel ques secondes nécessaires pour changer la plaque et préparer l'éclair à la phébusine. Nous étions ainsi dans l’impossibilité de prendre une nouvelle photographie.
Ces faits montrent que les esprits (?) mettaient un mauvais vouloir évident à laisser prendre trace des ma nifestations psychiques susceptibles d’impressionner la plaque. Vers la fin de la séance, Renée reçoit une communica tion dans laquelle « Losane » demande à venir souvent et déclare que s’il en est ainsi ilne fera rien chez M. Sa boureau.
Etaient présents: Le major chevalier de la Légion d’honneur, son fils, étudiant en médecine (le photo graphe), Mme Amélie (médium), Mme et Renée Saboureau, ma femme, ma fille et moi. A. FRANÇOIS.
LOSANNE ET MIRO Le 16 de ce mois, je reçus une lettre de Mu": Sabou reau dans laquelle cette dame me faisait connaître que Renée, très tourmentée par L,osanne, s’était vue dans l’obligation de recourir à l’écriture médianimique et avait reçu, pa; ce moyen, l’ordre de venir chez moi pour apprendre, disait Losanne,, une nouvelle, intéressante pour la famille Saboureau et pour moi. -' . v ., a ’ œ* ., . . ' '_w J: . W W}_.
PSYCHISME EXPÉRIMENTAL 109 Mme Saboureau m'informait en même temps qu'en rai son de ce que sa petite fille Marthe était alitée, elle se trouvait dans l'impossibilité de se rendre au désir de Losanne, qu’elle avait en vain supplié (par l’intermé— diaire de Renée) de lui dire ce qu’il voulait.
« Non. répondait Losanne, je ne le dirai que chez M. François, allez-y ! ) De mon côté, retenu par mes occupations journalières, je ne pus me rendre chez Mme Saboureau que le soir, vers cinq heures et demie.
J’appris alors que vers deux heures de l'après-midi l’obsession devint telle que M'“° et Renée Saboureau fu_rent obligées de laisser la petite Marthe (âgée de cinq ans) seule et de venir chez moi où Losanne révéla aussi tôt qu’il avait déposé une lettre qui m’était destinée, sous le lit de M. Saboureau, qu‘on la trouverait en rentrant, mais que, seul, je devais la décacheter.
Dans cette lettre, datée du 12 décembre, qui me fut remise non ouverte, Losanne m’annonce qu’il peut faire des apports, il me dit que la prochaine fois il écrira mieux et demande de nouveau que la famille Saboureau vienne plus souvent chez moi; il joint à sa lettre un petit bout de papier sur lequel sont tracés (d’une écriture fraîche et toute dzfie'rente de la sienne) quelques mots adressés‘a M. Saboureau en ce moment à son travail.
Ce message, dit Losanne dans sa lettre, lui a été remis par le frère de M. Saboureau. Je laissai le billet pour être remis à son destinataire et je priai Mme Saboureau de me faire connaître, aussitôt que possible, l‘avis de son mari sur l‘identité de l’écri— ture de son intéressante communication. Le lendemain, uhe dépêche m’informait que M. Sa boureau avait reconnu l’écriture de son frère (mort depuis ange ans).
Dans cette deuxième missive, Mme Saboureau me disait que Renée était de nouveau tourmentée par Lo— sanne qui réclamait ma présence pour le lendemain soir, ne voulant dire qu’à moi seul de quoi il s’agissait. Je me rendis à cette invitation et, en ma présence, Renée reçut un message où Losanne déclarait qu’une n.
i 10 L’INITIATION deuxième lettre écrite par Alfro (Y) le supérieur (P) était déposée au même endroit que la sienne. Comme la première, cette lettre ne devait être déca— chetée que par moi. Dans son message (tout diÿ'e‘rent de celui de Losanne), Miro (P) qui signe: ( Supérieur au 2° escadron d’es prits »', me demande d‘accepter, à notre prochaine séance, son neveu Georges, de Valence-en-Brie.
Ce neveu, dit-il, n‘aime pas les nombreuses réunions ; il ne voudrait que ses médiums. Miro (F) me donne le bonjour de la part de Losanne ; quant à lui, il me serre la main. Cinq mots de l’écriture du frère de M. Saboureau sont joints à la lettre de Miro. Renée reçut ensuite une communication dans laquelle cet esprit me remercia d’accepter son neveu Georges (?).
Les écritures de L0sanne, de Miro, du frère de‘M. Sa— boureau sont absolument différentes. Le même soir, j’allai voir un de mes amis, sceptique par excellence, que j’ai surnommé Parisot en raison de son entêtement; je lui racontai mes dernières aventures.
« Vous êtes, me dit-il, en présence d’une colossale mystification; inconsciente, je le veux bien, mais co-los sa-le 1 » Il ajoute : ( Voyons, réfléchissez : sous le lit! sous le lit! toujours sous le lit! pourquoi ça ? » Parisotl mon ami, lui répondis-je, c‘est sous ce lit que disparut, en présence de témoins, le liquide contenu dans un verre, c’est sous ce lit que des grattements, des grincements, des coups formidables ont été entendus par des personnes dignes de foi.
C’est sous les matelas de ce lit que certaine plaque photographique (qui ne sera sans doute pas reproduite) a révélé comme positif un négatif (au sens occulte). Parisot me regarda d’un air ahuri. « Je ne vous com prends pas », me dit-il. Ceux qui ont vu la plaque me comprendront. Décembre 1897. A. FRANÇOIS. \‘ \ - P.-S. -—- Les lettres de M““’ Saboureau sont à la dispo sition de l’Inttiation.
L‘EXPÉR1ENCE DU DOCTEUR GRASSET 111 L'EXPÉRIENCE w 13" masser Les journaux matérialistes ont poussé des clameurs de joie à l’annonce de l’échec des commissaires envoyés auprès du sujet du Dr Ferroul. L’expérience demandait bien plus de précautions et de délicatesse de la part des commissaires. Leur échec était inévitable.
Toutefois, la lettre suivante montrera que cet échec n’a encore été que bien faible : LECTURE A DISTANCE UNE LETTRE DE M. LE DOCTEUR FERROUL Narbonne, le 7 janvier 1898.
Monsieur le Directeur, Après le compte rendu de M. le professeur Grasset, après surtout les renseignements fantaisistes donnés par certains journaux et reproduits par d’autres, il me sera permis, je pense, de donner quelques détails sur l’expé rience de contrôle faite par les délégués de l’Académie de Montpellier.
J‘affirme que cette expérience n‘est pas négative; en effet, malgré l’imprudence que j’ai commise de ne pas rester dans les conditions exactes de la première expé rience faite avec M. le professeur Grasset, et qu’il s’agis sait de contrôler, mon sujet qui, en ce moment, ne se trouvait pas à moins de 300 mètres du paquet déposé chez mm, sur mon bureau, a déclaré durant le sommeil hypnotique : - 1° Qu’on lui soumettait une boite et non un pli ca cheté ; 2° Qu’il y avait dans la boîte des copeaux d’emballage; 3° Qu'il y avait du papier blanc, du papier vert et du verre ; 4° Que sur le papier vert il y avait, en haut, des lettres qu’elle nomma, et, en bas, des chiflres.
Enfin, après une crise nerveuse très intense suivie d’une syncope, le sujet a affirmé, toujours sans sortir d u sommeil, que la présence du verre l’avait empêchée
1 12 L‘INITIATION d’arriver jusqu'au pli, le verre étant un isolant pour sa projection hysique. Or, ni M. les délégués ni moi ne connaissions le contenu de la boite; d'autre part. M. le professeur Grasset déclare que le pli se trouvait entre deux plaques de verre. Je laisse au public le soin de conclure.
Après cette première tentative, qui dura en deux fois au moins trois quarts d’heure, le sujet se trouvait dans un tel état que pendant deux jours il m’a été impossible d‘en rien faire. Voilà ce qui s'est passé: mon sujet a vu ce qu’il y avait dans la boite, mais il n’a pas lu le pli, et il en a donné les raisons. Est-ce là une expérience négative? Recevez, monsieur le Directeur, l’assurance de ma considération la plus distinguée. Dt FERROUL.
IL.ES eeanooes [DES ae1netes AM.A.S.
"‘, CHER MONSIEUR ET F;;: 41 La marche des épidémies, a écrit le comte de Cham— pagny, offre de singulières coïncidences avec le régime politique, moral, et. je puis ajouter, théurgique de l’em pire. ) (Les Antom'ns, III, p. 275, 1863.) M. de Champagny rappelle qu’il y eut une peste en 66, une en 77, uneen 80, après l’éruption du Vésuve: ces pestes ont eu lieu dansles dernières années du règne de Néron et sous les règnes des Flaviens. .
Avec Marc-Aurèle commence la décadence de l’em— pire (vers 166). Une maladie épidémique, à la suite‘de grandes guerres,passe d’Ethiopie en Egypte, en Asie Mi neure, puis en Oceident, où elle devient peut-être endé— m1que. Galien affirme que c’est la peste décrite par Thucydide (De methodo medendi, V, 12; X, 14', De præsagitiane ex
LES PÉRIODES DES ÉPIDÉMIES 113 pulsibus, 111, 3,4; in Ill, Hippocr. de morbis vulgar. III, 57, 58, 72). Cette peste reparut de 187 à 189, sous Commode, de 250 a 262, après la persécution de Dèce, en 270, sous Claude le Gothique. J’ignore s‘il y eut encore une recrudescence en 284, comme le système de Bruck le ferait supposer. M. de Champagny renvoie à la dissertation DepesteAnloniniana, par Hecker (1835) et à Zumpft.
Bevolkerung in Alter— thum (la population dans l'antiquité) cités par M. Méri vale. En l'an 835 (non 833) de notre ère, il y eut une épi démie au moins en France. La célèbre peste d’Athènes, décrite par Thucydide, est de 429 avant J.-C. Mais elle avait ravagé l’Afrique et l’Asie auparavant. Cette date ne concorde pas, en appa rence du moins, avec celles qui sont proposées. Je laisse à de plus érudits le soin de vérifier les autres.
Celle de 1936 me parait devoir coïncider avec une grande guerre contre les jaunes, comme je l’indique dans le commen taire de la prophétie de Prémol. SATURNINI'S. Erratum de l’article sur la prophétie de Prémol (n° 3, déc. 1897). Lire: p. 245, l. 6: Nestor Boulon; p. 245, noter , 1.12: 12 =3+4; et l. 15: 12:3 +4.; p. 2+6,n.2: 1830—1848; p. 248, n. 1,1.1: 1875 à juillet 1816; p. 249, n. 1: Annales du Surnaturel ; p. 253, ma : contre Pie IX; etl.
10: que le triangle lui paraissait devoir rester...; p. 255, n. 1,]. 2: le voyant d’0rval;l. 5: suite de com bats...; p. 556, n. 2, l. 4: Taïgi;l. 6: Boulleret; l. 8: Curicque ; p. 25", nota, l. 1: Piazzi Smith; 11. 1,1. 4: Pau; n. 4,1. 6: Novaye; p. 261, 11. 1,1. 162 Tomé-Cha vigny; p. 264: la note 2 se place après ces mots: dispa raît pour ne plus reparaitre.
L‘INITIATION 1‘sES äE‘V‘UESL 'L'Ècho du merveilleux du 1“ décembre 1897 donne un très intéressant article de Ch.
Varaigne sur l’Iconogra— phiefluia’z’que, quiseracontinué; Chet la voyante ; et des documents sans cesse a‘ccrus sur les phénomènes « sur naturels »: la Maison hantée de Caen ; Guéris à Lourdes ; la Quinzaine à Tilly; une ingénieuse méthode de carto— logie, par Elbère No; Carotte et sa prétendue prophétie, par C. de Lavenem. — Dans le numéro du [5 décembre, l’iconographie fluidique ;Des appareils enregistreurs de la force psychique, par le Dr Papus, très savante et lu— cide étude ; unejolie et instructive légende, celle de Sainte Catherine, par Georges Malet; les renseignements habi tuels sur le merveilleux de la quinzaine; une Expérience de lecture à travers les corps opaques, du Dr Grasset, etc. Matines (novembre 1897): La suite du captivant ro— man de Serge Basset, le Beau plaisir d’amour, avec une. illustration symbolique de Louis Marie; une profonde étude de Paul Sédir sur le Mal de notre temps, magis— trale synthèse écrite dans un style précis et suave, claire— ment symbolique et évocateur; des Poèmes de Yvanhoé Rambosson, de belle envolée; la suite de ces curieuses Lettres à une courtisane, de Sédir, qui promettent des révélations occultes très ingénieusement adaptées à la vie moderne. — Le numéro de décembre contient: l’Or, drame de Paul Gabillard;AuParadis, de Louise France - des Poèmes, de Th.
Botrel, etc. ’ L’Hyperchimie (décembre 1897), dont l’éloge n’est plus à faire à nos lecteurs, donne la biographie et le por trait de Sédir, «x idéaliste, mystique, maniant le langage comme un tarot, très versé dans la littérature orientale, védique, buddhique, judaïque, disciple de la tradition judéo-chrétienne (Kabbale) et celtique pure, qui manie dans la perfection le style snbstantiel et qui cache sous
LES REVUES I I 5 des dehors un peu réservés une âme vibrante et un ca ractère calme d’une si réconfortante bienveillance», etc.; la Réponse de Barlet sur l’hernzétisme populaire et celles de quelques autres; une lettre de Tiffereau sur la pro duction du carbone dans un milieu clos où s’étaient trouvés en présence seulement de l'aluminium et de l’acide azotique; De la Naissance des quatre éléments et des étoiles, etc., traduit par Sédir, de Jacob Bœhme, ( une mine inépuisable ), selon l’expression de Saint— Martin.
La Paix universelle (décembre I897): Les Conflits du XX" siècle et le Réseau d‘amour universel, étude docu mentée et vivante, par Auto; la Photographie des états de l'âme, par J. Bouvéry; une Poignée de savants, par Alban Dubet; Féminismeet Hellénisme, par O.de Bezo brazov; Études d’occultisme, par A. Erny, etc. Annales des sciences psychiques (septembre-octobre 1897).
Des documents aussi intéressants que nombreux sur tous les phénomènes occultes récemment observés: Phénomènes de lucidité obtenus par la typtologie, par M. Rouillon, Phénomènes mécaniques produits sans con tact par certaines femmes, au moment de la menstrua tion, observations curieuses, par le D“ Lament; Commu nication depensées, parle professeur Dugas; De la cons cience subliminale, longue dissertation, en style phi1050— phique, sur la subconscience et ses phénomènes destinés à la science de demain, par P.-W.-H.
Myers; des phéno mèn_es de hantise, un poète prophète, qui, en 1883, a pré dit dans le détail les événements précis de la guerre gréco-turque, qui doit se continuer en X899; divers cas de télépathie, etc. Peu de théorie, des faits observés et scru puleusement contrôlés; telle est la base de cette revue. Le Progrès spirite (5 décembre 1897): la Réincarna tion (suite), tiré d’Allan Kardec.
La correspondance avec les lecteurs, questions etréponses, par Laurent de Faget; Concordances des Arcanes de Swedenborg avec la d0c trine spirite, où l’œuvre du grand mystique est étudiée au point de vue scientifique.
I 16 L’INITIATION La Revue du Spiritisme (décembre 1897): Caractère po sitif de la doctrine spirite, suite des études appréciées de Gabriel Delannc; Jésus deNagareth et ses historiens, par le DrDusart, tentative d’élucidation des faits mystérieux ou incompréhensibles de la vie de Jésus; une Expé rience de lecture à travers les corps opaques, rapportée par le Dr Grasset.
La Connaissance, étude de philoso phie initiatique, par Alban Dubet; A propos du désar mement, parle général X.; bffluviographie, expériences; phénomènes d'Agen; maison hantée,près de Londres, etc. Le Moniteur spirite et magnétique (novembre et dé cembre 1897): La Nature humaine, par B.
Martin; Miss Cook et William Croc/tes, par Laversay, curieux rensei gnement; l’Érraticité, par L., élucidation de la question d’outre-tombe, le Spiritualisme indou et le spiritualisme européen, trad.Zeaddie Akmaël, à lire; phénomènes, etc. Bulletin de la Société astronomique de France (dé cembre 1897) : l’Œuvre astrophysique de Figeau, par A. Cornu; séance de la Société; les Étoilesfilantes, par C.
Flammarion; la Photographie des étoiles filantes, par A. de la Baume-Pluvinel; Documentssur la géographie et la rotation de Vénus, avec des dessins et des cartes, des photographies ; Saturne en 1897; nouvelles -de la science; une étoile filante à courbe sinueuse; la marche d’un bolide, etc. Revu des Revues (I5 décembre 1897): le Mouvement de la paix dans le monde, par Fr.
Passy; les Nouveaux conteursfrançazs, étude sur: Apatole Le Braz, Auguste Marin, Lichtenberger, d'Esparbès, Ch.
Folley, R. de Flers, Pierre Louys, Jean Lorrain, Charles Maurras, Camille Mauclair, Henri de Régnier, Marcel Schwob, par Henry Bérenger; l‘Art décoratif anglais et français, par Henri Frantz, études avec de nombreuses reproduc tions d‘obiets d’art, vases, coffrets, illustrations; les Masques d’ivoire et les plus beaux spécimens de l’art ja— ponais, avec une collection‘ de masques très intéressants, par le comte L. de Norvius; Parmi les milliardaires et les millionnaires américains, statistique édifiante: < Les Etats-Unis possèdent 75,310 personnes représentant une æiäræër*àæäsÿr
LES REVUES I 17 fortune de 34 milliards 300 millions de dollards, c'est-ù— dire plus de la moitié de la richesse américaine », et le tableau des nobles preux de France qui, par voie matri moniale, ont importé, en notre pays, plus de 300 millions de francs...
Le .Mouvement Littéraire russe, par Stanislas Rzewuslti.Comment M”°Cisneros fut sauvée par un jour naliste, etc. Le Spiritualisme moderne, 16, me Séguier (janvier 1898), publie de très intéressants articles d’évolutipn et lève le voile des jours d’avenir, dont l’aurore commence: Les Temps sont venus, par Beaudelot, pages d’espoir et de fraternité; le Règne du Christ, la voix du Christ, par l’Esprit Reignier: ( Construisez donc le Temple de l’Es prit, et donnez-lui un corps digne de manifester sa pré sence »; Consolation d’un fils à sa mère, communication médianimique;l’lllustre savant,silhouette médianimique, par Fougère; Regarde comment il faut mourir, par l’Esprit Rochester (à suivre).— Nous recommandons tout spécialement cette revue à nos lecteurs.
Nova Lux,de Rome (décembre 1897): L’ego e i suoi veicoli, par le Dr Calvari, donne des renseignements scientifiques; Dichiarafione, par F. Bruni; Fotografie spiritiche, par la contessa Elena Mainardi (à lire). La Géographie tient ses lecteurs au courant des explo rations récentes, de l’état social et politique des colo nies,donne des récits d’excursions, le tout présenté de façon agréable et captivante.
Mélusine (novembre-décembre 1897) : Superstitions des Juifs ottomans, par Abraham Danon, recueil de re cettes curieuses analogues à celles de la magie des cam pagnes; Oblatz’ons de la mer et présages, par H. 6., etc. L'Humanité intégrale (décembre 1897) : Vibrations digitales, expériences avec photographies, par Colomès, Hermétisme et intégralisme, par J.-C.
Chaigneau, etc. La Plume (15 novembre |897): de multiples Projets d’ex-libris. nombreux, nombreux; quelques—uns jolis; la suite de Protée, idylle diabolique, d’Adolphe Retté, d‘une grande envergure de pensée et d’un mouvement ‘1
118 L’INITlATION magnifique; des Vers, de Hann, de Caillou, Wamba, J. Moulin; l’Histoz’re de Jean de Paris, texte rajeuni par Jean Moréas; —- (15 décembre 1897): Panem et cir cences, véhémente revendication d’Yvanhoé Rambosson, . à propos du théâtre gratis; Automnalités, poèmes en prose, de A.
Barrau : Le massacre des Amazones, viru lents pamphlets antiféministes, par Henri Ner; les Jar dins abandonnés, jolis vers de Achille Segard, etc. The Theosophist (décembre 1897); à lire: Subjective Experiences and Their Translation into objective Terms, par A. F. K.; Nostradamus, par T. Banon; Pata— liputra, par P.-C. Mukherji; Allopanishad or Mahomed Upanishad. par R.
Ananthakrishna Sastri, etc. Light, 21 journal of Psychical, occult 'and Mystical Research (décembre 1897): une étude sur les photogra— phies psychiques; Godas Jésus Shovos Him, A.
Christ— mas Study, etc. Het Tœkomstig Leven (décembre 1897) : études sur les expériences du colonel de Rochas, la réincarnation, le mouvement spiritualiste, les photographies de l’invi— sible, etc. Revue générale des Sciences (décembre 1897) : l’Ab— sorption de la lumière dans les corps fluorescents.par C.— E.
Guillaume ; le Voyage d’étude de la Revue en Grèce, au Mont—Athos et à Constantinople, projets d’excursion scientifique, avec d’autres en Norvège, dans l’Adrz‘a tique, en Egypte, etc. La Revue Philosophique (décembre 1897): la fin des Théories Néo-Lamarckiennes, par F. Le Dantec ; In fluence de l’éducation de la motilité volontaire sur la sen sibz’lité, par Ch. Féré; Théorie de l’âme humaine, par E. Alaux; Psychologie des Saints, par H.
Joly, qui con clut que la Sainteté n’est pas une névrose, avec une étude des trois extases : naturelle, diabolique, divine, etc. Nouvelle Revue Internationale (décembre 1897) : Let tres, mémoires et autographes de F. Buloz; le iThéâtre par C. Clairville; Souvenirs d’un éditeur, par Albert La:
LES REVUES I 19 croix, pages où l’on sent que l’éditeur a fait place au poète idéaliste; Trois semaines en Grèce pendant la guerre, par Jean de Bretteville; l‘Espagne pittoresque, par Marie-Letizia de Rute ; etc. Le Mercure de France (janvier 1898) : Exégèse des lieux communs, où Léon Bloy, grandiloque, virulent, âpre, tente « d'arracher la langue aux imbéciles, aux redou tables et définitifs idiots de ce siècle », avec quelle mai trise de style et quelle torrentueuse variété de formules!
Le Scarabée funèbre,par Vincent O’Sullivan,où il semble qu‘un Edgar Poé plus moderne ait soufflé le secret de ses frissons; une étude sur Fran‘; Melchers, un peintre singulier, plein de charme et d’un grand talent évoca toire, par Ch. Morice; des vers, de Ch. Ténib; nou veaux masques: Alfred Wallette, Max Elskamp, Henri Mazel, Marcel Schwob, l’auteur de Tête d‘or, par Remy de Gourmont ; Cythère, par G.Rency; une encore!
Enquête sur le Roman illustré par la photographie, où chacun de dire sa petite opinion, organisée par A. Ibels; le petit baromètre mélancolique, de René Giraud; la Femme qui a connu l’Empereur, par Hugues Rebell, ro— man plein de vie mouvementée; la Revue du mois et les critiques. La Revue Bleue (décembre 1897) : Enquête sur les res— ponsabilités de la Presse; Christian Andersen, par G.
Brandes; Vingt années d’expansion coloniale, par le co— lonel Monteil; etc. La Revue scientifique (décembre 1897): Éléments et corps simples, par A.
Ditte, qui, après une savante ana lyse chimique, conclut à l’hypothèse de l’unité fondamen tale de la matière qui forme les éléments actuels et à celle de la possibilité de changer les uns en les autres les divers corps simples; A propos des photographies d’ef— fluues, par le Dr Baraduc; etc. La Union espiri’tista (décembre 1897) : Les Fiestas de la Unzon, Voces‘ de lo alto, des fragments des classiques du spiritisme; Historia de una obsecion, médiantmi que, etc. '
120 L’INlTIATION La Religion universelle (octobre, novembre, décem bre 1897) affirme son programme, qui le rattache au Christianisme,à la Gnose, à la Révolution. et passe en revue les manifestations sociologiques et spiritualistes du trimestre. La Revue Socialiste (décembre 1897) : Le Régime So cialiste, le Panama, le Budget, le Congrès de la paix, études et polémiques de : G. Renard, Spectator, P. Louis, E. Duecommun.
Le Devoir (organe du familistère de Guise): Le Con grès de Delft, la Question de la paix, Mouvementfémi— niste ; etc. SABRUS. Le numéro du 18 décembre dernier de la Revue scien tifique contient un article de M. Bertillon, le savant in— venteur et directeur du service d’anthropométrie, intitulé l’Expertise en Écriture.
Il s’agit là d’un genre d’expertise qui est en butte au scepticisme des avocats et même des magistrats qui, cependant, ne manquent jamais d’y avoir recours chaque fois que la nature du litige qui leur est soumis l’exige : la loi leur en fait du reste un devoir. M. Bertillon constate ce fait après avoir résumé l’his— torique de la question. Le plus ancien traité sur la ma tière paraît être celui de Raveneau, 1656.
Depuis cette époque,l'art d’expertiser les écritures n'a guère fait de progrès que lorsqu’on lui a appliqué la photographie. En multipliant les épreuves, on peut découper les mots et les rapprocher dans des tableaux pour les comparer;.en agrandissant les mots, on peut voir les plus petits dé tails deslettres et rendre les calques évidents, quand il y en a.
Qu’on essaye d’écrire vingt fois la même phrase et on verra que, sur ces vingt exemplaires, on ne trou vera presque jamais deux mots semblables, pouvant se superposer exactement après agrandissement, ce qui au-\ rait lieu si les-mots avaient été calqués les uns sur les autres. Toute cette étude sur l’emploi de la photographie à la découverte des fraudes en écriture est très intéressante; les agrandissements permettent de voir et de mesurer
LES REVUES 121 des caractéristiques personnelles, des hésitations dans le mouvement de la plume, etc. L’expertise en écriture, entrée dans cette voie, n’est pas loin de devenir une science exacte, et j’ajouterai que la graphologie aura tout à gagner à cette méthode.
Université libre des Hautes Etudes. -— Faculté des sciences magnétiques (Ecole pratique de magnétisme et de mas— sage). — Faculté des sciences hermétiques. — Faculté des sciences spirites. — Règlements statutaires. Orga nisation. Programme des études et renseignements divers. Broch. de 72 pages in-18. Prix: 30 cent. Le titre de cet opuscule indique suffisamment son objet.
Rédigé avec le plus grand soin par le directeur de chaque Faculté pour’ce qui concerne son enseignement, il constitue le guide indispensable de tous les élèves de l'Université des hautes études, tant pour les Facultés de Paris que pour celles de province.
Ils trouœront là tous les renseignements qui leur sont nécessaires, depuis l'inscription à chaque Faculté jusqu’aux examens, en passant par le programme détaillé de toutes les matières enseignées dans les diflérents cours. La partie qui con cerne la Faculté des sciences magnétiques est particu lièrement développée. On y voit jusqu’à la reproduction des Diplômes, des Prix et Certificats délivrés aux élèves.
La très intéressante revue d’alchimie, d’hermétisme et de médecine spagyrique, l’Hypet‘chimie, inaugure bril— lamment sa troisième année d’existence : le numéro de janvier 1898, consacré presque exclusivement à l’argen— taurum et à l’or artificie} et industriel, forme un tout complet sur la matière.
En première page, un superbe portrait du D“ Emmens, puis des notes du savant chi miste américain, une étude documentée sur l’Argentau— mm, par M. Jollivet Castelot, le directeur; un article de Tiffereau sur la production industrielle de l’or; des pages, d'une importance capitale, de Guymiot, sur la Synthèse d’or de l’ingénieur Clavenad, et des notes bio graphiques sur Emmens et Tiflereau, accompagnées du portrait de ce dernier et du portrait de l’Argentaurum laboratory. Enfin une note tort curieuse de Mnm de
[2 2 Lll\‘l'l‘lA'l‘lON Thèbes indiquant les usages multiples de la chiroman— cie; nous engageons nos lecteurs à se procurer chez Chamuel ce numéro véritablement unique. 0 auqu A “ L”INEÏTMTM@N M ._.——.
Die Rawlefssche Sammlung von Zwet'unddreissig Traucrgedichten auf Francis Bacon, avec un ava :— propos de George Canter, très intéressant opuscule, re cueil de trente-deux poésies en latin, à la gloire, à la mémoire du très honoré seigneur François Bacon, baron de Verulam, vicomte de Saint-Alban (Halle-Wittemberg, M. Niemeyer). . Essai d’une doctrine spiritualiste en médecine, par le Dr P. Jousset, qui expose la doctrine de son maître, J.-P.
Teissier, doctrine générale d’où découlent les con naissances spéciales qui constituent l’art de guérir, la suprématie de la méthode expérimentale, horreur des hypothèses, passion profonde pour la médecine, respect ' des malades; puis développe sa théorie personnelle, étu diant méthodiquement et expérimentalement la nature de l'homme et de la maladie, la cause, la thérapeutique, et rattache l’homéopathie à la médecine générale, qui ne fait autre chose que répéter de très simples vérités, ' depuis Hippocrate jusques et après Pasteur, sous diffé rentes formules.
The Pacific Mason, a Montly magazine for Freema_ sons and their families, devoted to the interests Of the masonic Fraternity, published by J. M. Taylor, Room [0, Masonic Temple-Seattle, Washington. V.,fl__.w.y«—W__ , nu v . . ÿw .«ænr “j‘ai
REÇU A u L’INITIATION n 123 Le Bulletin de la Presse, 2l, quai Saint-Michel, organe professionnel des publicistes, tribune libre, qui examine les différends et défend les intérêts des journalistes, im primeurs, libraires et industries connexes, qui font appel à sa publicité.
Le Péril jaune, par, Louis Vignon, qui examine avec beaucoup de sagacité cette fameuse question, à trois points de vue : l’invasion armée, l’invasion ouvrière, industrielle, celle-ci, à l’heure présente, la plus redou table.
Selon lui, ( les effrayés du lendemain », les « pes— simistes » dénoncent un grave « péril ) là où il ne faut voir qu’une phase nouvelle, — qui était à prévoir et qui vient à son heure, — de la perpétuelle évolution écono mique du monde. Les Chinois n'ont pas l‘humeur guer— rière et préfèrent à nos canons nos machines qu’ils utili sent et qui leur font espérer un large développement de vie industrielle.
L’invasion ouvrière est beaucoup moins hypothétique : les Chinois émigrent souvent, ils y sont forcés pour vivre; ils travaillent avec discipline et se contentent d’un modeste salaire; mais le chiffre des émi grants est relativement minime ; les Japonais n'émigrent pas ou peu. — Les manufactures fondées en extrême Orient prospèrent alors que celles du vieux monde dé clinent.
Une filature, par exemple, celle_ de Kanégaf’uchi, occupe 5,800 Ouvriers se relevant jour et nuit, soit 3,700 femmes et 2,100 hommes ; la journée y est de douze heures; les hommes gagnent en moyenne 40 centimes par jour, les femmes 20 à 22 centimes. Le Japon se couvre d’usines, etc. La flotte commerciale est déjà importante et sa prospérité s’accroît au Japon.
Aprèslui, la Chine est en train de devenir un grand pays industriel, puis l’Inde et l’Indo—Chine. Mais tout cela indique que le monde s’achemine vers une snrte d’unité internationale, dans laquelle chaque peuple devra compter avec les‘ autres peuples. Chaque pays à son tour passe de l’état agricole à l‘état industriel. Il n’est donc pas question de
124 L‘INITIATION ( péril », de bouleversement irrémédiable, mais de crises passagères nécessaires à l’évolution. L’ouverture de nouveaux marchés augmente la prospérité des anciens; à une plus grande production correspond une plus grande consommation ; le mouvement des échanges s’accroît pour le plus grand profit des habitants de l’en semble de la planète.
Telles sont les conclusions de cet intéressant ouvrage, documenté et clairement développé, qui remet en place la question économique de l’évolution industrielle pour les meilleurs résultats futurs. SAB. Magie et Religion, par le comte Léonce de Larmandie, un vol. in-18, Chamue1, éditeur; excellent volume, à tous les points de vue et qui demande une analyse détaillée que nous ferons dans un prochain numéro.
Maîtresse d’esthètes, par Willy; nous en reparlerons ultérieurement.
A mores DE LA « rnrosorms PRAC'I‘IGA‘” » Quelqu’un disait un jour à Ruskin: « Tel de vos livres m’a bien vivement intéressé. » A quoi le célèbre philan— thrope esthéticien répondit aussitôt: « Qu’importe qu’il vous ait intéressé; vous a-t-il rendu meilleur? ) Voici, en effet, la pierre de touche par laquelle se re connaît réellement la véritable valeur d’un livre: 1 aug— mentation de bonté ou d'amour — c’est tout un — qu’en produit en nous la lecture ou la méditation, ainsi qu’il est écrit: « Vous les reconnaîtrez à leurs fruits. ) On ne sauraIt trop le redire, nous participons à la vie (I) Bibliothèque Rosicrucienne.
Première série, numéro J.-G. Gichtel : THEOSOPHIA PR.{\CTICA, traduite pour la prem1èîè fois en français. (Avec cinq figures en Couleurs hors texte) un vol. in-Iô jésus, chez Chamuel. éditeur, 5, rue de Savoie’ Prix: 7 francs. '
A PROPOS DE LA « THEOSOPHIA PRATICA >) [25 éternelle, infinie, bienheureuse,suivant le degré de notre bonté, selon la force de notre amour, car être, c’est aimer.
Quel que soit l’habit dont le revête notre pauvre langage — CHARITÉ, jadis, aujourd'hui: ALTRUISME — l’a mour, à soi pareil, est la loi primordiale de l'être: « Ev oipxîj 7Îv ô Myoç... », dit l’évangéliste saint Jean, et c’est par amour pour notre humanité si tristement déchue de sa primitive splendeur que le Verbe de Dieu s‘est fait chair, et qu’il a daigné s’abaisser jusqu’à nous.
De tous les dons du Saint-Esprit, déclare expressé ment saint Paul au quatorzième chapitre de la première Epître aux Corinthiens, le plus désirable, sans contredit, est celui d’édifier le prochain. Et J.-G. Gichtel semble avoir été un de ceux chez qui ce don brilla d’un éclat tout particulier, et c’est spécialement dans sa Theoso phia Practica qu’il rayonne plus merveilleusement qu’en aucune autr‘e de ses œuvres.
C’est l’admirable doctrine du renoncement, prêchée successivement par Sakyamûni en Orient, puis parJésus au croisement des mondes, qu’enseigne à son tour, avec une piété touchante et sous une forme nouvelle, Gichtel en la Theosophia Practica. Voilà le pro fond mystère: ( Qui veut sauver son âme la perdra ), décrète la Parole éternelle. Mais comment accomplir ce miracle?
C’est, strictement, le suicide —- pour employer le mot très juste du Rose-Croix Novalis — de notre moi égoïste et vain qu’il nous faut exécuter, afin de nous RÉALISER complètement dans l’AU DELA de cette existence éphémère.
Villiers de l’Isle-Adam, paraphrasant la vieille sentenceindoue: « Toute chose ne se constitue que de son vide », n'a-t-il pas écrit ces lignes mémorables: « Car une loi des dieux a voulu que l’intensité d’une joie se mesurât à la grandeur du désespoir subi pour elle: ) Or, pour en revenir à Gichtel, un des plus grands de cette sublime lignée de mystiques occidentaux qui font partie de “ASSEMBLÉE UNIVERSELLE nus ÉLUS, apparus, pour notre salvation, dans la succession des temps, com ment ne pas être touché de la Grâce qui transparaità travers ses écrits?
Peut-on lire sans émoi ces avis d’un qui ne brûle que du désir de nous voir un jour avec lui dans la plénitude de l’Amour et de l’Etre? Tous les \
126 L’INITIATION mouvements de notre âme, il les connaît; il nous avertit de tous les dangers, il nous montre tous les écueils de l’ascèse. Il entre dans une multitude de détails, dont aucun n’est oiseux, car nul ne sait mieux que lui dans quels secrets replis du cœur humain se cache l’antique serpent, Protée de damnation, qui tenta nos premiers Parents.
Il voudrait nous mettre à l’abri de son venin qui fait mourir; et sans cesse il nous recommande le souverain remède, l’unique baume efficace contre toute défaillance : LA PRIERE..... D’aucuns s‘efforceront peut-être d'établir un parallèle entre Gichtel et Tauler, ou Nicholas Eschius, ou Ruys brock, ou encore et surtout Jacob Bœhme. Tentative inutile, Gichtel n’est comparable qu’à lui—même.
Évi demment, il fait partie de cette noble famille des mys tiques chrétiens qui furent la gloire de l’Allemagne croyante, et lui—même ne se fait pas faute de répéter à satiété qu’il eut pour maître dans la voie spirituelle le fameux cordonnier Théosophe dont il cite à maintes reprises des passages entiers. Mais il n’en est pas moins avéré qu’il possède son originalité propre, en un mot, son style.
L’Esprit qui inspire les Prophètes, les Mys tiques et les Saints, est UN, c’est un article de foi ; mais il se diversifie selon les prismes individuels en lesquels il s’incarne et qu’il anime de son souffle très saint. La Theosophia Praclica, petit volume in-octavo paru en 1736, à Régensburg, et orné de cinq figures en cou— leurs, dont le texte n’est qu’un commentaire explicatif, était devenu absolument introuvable en ces dernières années.
Aussi, la BIBLIOTHÈQUE ROSICRUCIENNE n’a-t-elle pas hésité à en publier (i) une traduction française (la première qui en ait été faite), destinée au petit nome bre de ceux qui ont faim et soif de sagesse substantielle et vivante. On trouvera peut-être quelque peu rugueux le style de la version. Le traducteur a fait le possible en essayant de rendre en notre langue à la fois la pensée et la manière difficile de l’auteur allemand.
Nous ne pou ll) Lîachcvé d'imprimer porte la date du 30 décembre, an niversaire_de la mort de \’an Helmont. Est—ce un hommage m memortam :‘
NÉCROLOGIE ' 127 vous que lui savoir gré de son exactitude et le féliciter de son travail. Esprits curieux qui recherchez la magnificence du style, les pensées ingénieuses, les doctrines subtiles, ou même simplement quelque document intéressant, n’ou vrez point ce livre; il n'a pas été fait pour vous.
Il est écrit pour les âmes simples et droites qui cherchent Jésus dans la pureté de leur'cœur, sachant bien, les pré destinés, par un avertissement divin mille fois supérieur à toute science terrestre, qu’en dehors de LUI, toutes cheses s’évanouiront un jour à leurs yeux comme des fétus de paille emportés aux quatre coins de l’espace par le souffle sacré de l’éternité. JEAN TABRIS.
NÉGROLOGtE Nous ne voulons pas laisser partir le grand génie qui fut Alphonse Daudet sans lui adresser, au nom du Spiritualisme sans épithète,le salut que nous devons à tout esprit indépendant et qui a senti et réalisé sur la Terre les enseignements del’lnvisible. Alphonse Daudet, dans ce siècle de matérialisme et d'athéisme, a su gar— der le culte de l’ldée, sans plier son idéal aux dogmes du positivisme. Ce fut une âme d’illuminé et de poète.
Que sa famille, bien éprouvée, reçoive ici l’expression de nos plus respectueux sentiments de condoléance.
Voici à titre de document la lettre de faire part de la mort de notre ami Stamslas de Gua1ta : 973 Madame DE GUAITA, Monsieur DE LALLEMAND DE MONT et Madame DE LALLEMAND DE MONT, née DE GUAITA, Mon sieur .lacques ne LALLEMAND DE MONT, Mademoiselle Ma— deleine DE LALLEMAND DE MONT, Madame GAGNEUR DE PATORNAY, née DE GUAITA, la Baronne DE METZ, née DE GUAITA, Madame LE FEBVRE‘.
DE TUMÉJUS, Monsieur et Madame FOUQUES Dumac leurs enfants et petits-enfants, Monsieur Fony Fourgons Durxac, Monsieur et Madame
12 8 L'INITIATION Henri FOUQUES DUPARC, et leur fils, Monsieur GAGNEUR DE PATORNAY, Inspecteur Ad|oint des Forêts, Chevalier de la Légion d’honneur, et ses filles, le Capitaine GA GNEUR DE PATORNAY, le Colonel BONNET, Commandant le 290 Régiment d'Artillerie,0fficier de la Légion d'hon— neur, Madame BONNET et leurs enfants, Monsieur Ludo vic DUPONT, Chef de Division du Mouvement au chemin de fer du Nord, Chevalier de la Légion d’honneur, Ma— dame Ludovic DUPONT et leurs enfants, le Baron DE MET2, Capitaine au 26°Dragons,Monsieur Jean DE MET2, Capitaine Commandant au 1" Cuirassiers, Madame CHE VANDIER DE VALDRÔME, le Baron et la Baronne DE LA MOTTE et leurs enfants, le Baron et la Baronne Maurice DE LA MOTTE et leurs enfants,le Baron et la Baronne GUY DE CONTENSON et leurs enfants, le Comte VILLATTE, Offi— cier de la Légion d’honneur, la Comtesse VlLLATTE, leurs enfants et etits-enfants, Monsieur et Madame DE BARTHÊLEMY et eut fils, la Comtesse DE BARTHÉLEMY D’HASTEL, ses enfants et son petit-fils, Madame Charles PAULINIER et sa fille, Madame Félix PAULINIER, ses en fants et petits-enfants, Madame Léon PAULINIER, Madame HEINA et ses enfants, Monsieur Journel, Chevalier de la Légion d‘honneur et Madame JOURNEL, Madame GRAN GIER, ses enfants et' son petit-fils, Madame DE La CHEVAR DIÈRE DE LA GRANDVILLE, et ses enfants, la Comtesse DE GUICHEN, ses enfants et son petit-fils, le Comte DE RAGUET BRANCION, le Baron Claude DE PRËVAL, Commandant du 15e Bataillon de Chasseurs, Chevalier de la Légion d’honneur, la Baronne Claude DE PRÉVAL et leuvs en— fants, Ontl‘honneur de vous faire part de la perte doulou reuse qu’ils viennent d'éprouver en la personne de : Monsieur Marie-Victor—Stanislas de EUAI‘l‘A leur fils, frère, beau-frère, oncle, neveu, petit—neveu, cousin germain et cousin, décédé au Château d’Alteville, le 19 Décembre 1897, à l'âge de 36 ans, muni des Sacre— ments de l’Église. - Pr;ieg Dieu pour lui!
Château d’Alte‘ville, par Gisselfingen (Lorrame.) Le Gérant: ENCAUSSE. TOURS. — IMP. E. ARRAULT ET c", RUE DE LA PRÉFECTURE, 6.
École Française d’äomœopthie 25, Rue du Four ANNÉE SCOLAIRE 1897-1898 LISTE DES COURS Le DIr P. Joussrr fera les deux leçons d’exposition les Lundi 15 et Mardi 16 Novembre. Le Dr LÉ0N SIMON fera le cours de matière médicale tous les Jeudis et Lundis, à partir du 18 Novembre. Le D' MARC Joussrzr fera le cours de thérapeutique les Vendredis, à partir du 19 Novembre. Le Dr Lova fera le cours de thérapeutique des ma ladies de l’enfance les Mardis, à partir du 23 No vembre. Le Dr PARENTEAU fera le cours de thérapeutique des maladies des yeux les Mardis 1 1 et 18 Janvier. M. ECALLE fera une leçon sur la pharmacologie le Mardi 25 Janvier. Les cours ont lieu à 9 heures du soir.
31mm întmm ÿmvmsmn Notes and Queries, S. M. Gould à Manchester (N. H.) U. S. A. Frie 0rd, A. Sabro à Christiania (Norwège.) Nordisk Frimurer-Titenda, Alb. Lange à Chris tiania (Norwège). Die Religion des Geistes, Fertung, Herrengasse, 68, Budapest (Hongrie) Nuova Lux, 82, via Castro Pretorio à Rome fltalie). Lug astral, 6, passage Sarmiento à Buenos-Ayres (République Argentine). L’Initiation, 10, avenue des Peupliers, Paris. El—Hadirah, 19, rue de la Kasbah, Tunis.
JOURNAUX R’I‘ RIËIIUIËS ÛGOIlL’I‘IS’I‘ES RECOMMANDÉS SPÉCIALEMENT LANGUE FRANÇAISE L’Im’tiatz‘on (revue mensuelle), 10, avenue des Peu pliers, Paris. Le Voile d’Isis (journal hebdomadaire), 5, rue de Savoie, Paris. L'Hyperchimx‘e (revue mensuelle), 19, rue St-Jean, Douai (Nord).
HERMÉ’I‘ISME, ALCHIMIE La Thérapeutique intégrale (revue mensuelle), l0, rue Durand-Claye, Paris , MÉDEC] NE HERMÉTIQUE, HOMŒOPATHIE Matines (revue mensuelle), 42, rue Fontame-Samt-Georges, Pans. LITTÉRATURE ET ART LANGUE ANGLAISE 712e Morning Star.
Dépositaire, Chamuel, 5, rue de Savoie, Paris. (Peter Davidson, Loudsville,White C°, Georgia, U.S.A.) LANGUE ESPAGNOLE Luz astral (hebdomadaire, à Buenos-Ayres (Répu blique Argentine), 6, pasage Sarm1ento. La Nota Médica, Fuencarral, 26. Madrid. LANGUE ITALIENNE Il Monde Secreto. Lug (revue mensuelle), 82, via Castro Pretorio, Rome LANGUE TCHÈQUE Sborm‘lr pro filosofiz‘ a oklrultz‘smus, à Prague (Bohème), Puch majerova Ul 36.
AVIS _IMPORTANT. —- Tous nos confrères ci dessus crtés et ceux qui voudraient être cités sont pnés de reproduire m extenso cette liste.
Principaux Ouvrages recommandés pour l‘étude l'OCCUL’I‘ISME et de ses applications CONTEMPORAINS L’Évolution de l’ldée. F"CH' BARLET ' ' ' ' ' { L'Instruction Intégrale. Le Serpent de la Genèse. STANISLAS DE GUAITA . . ; Le Temple de Satan. - _ É. La Clef de la Magie noire. , Traité méthodique de Science Occulte fi} PAPUS . . . . . . . . . . Traité élémentaire de Magie pratique. "'._-._ La Science des Mages. .‘.‘;‘ A. JHOUNEY . . . . . . .
Ésotérisme et Socialisme. RENÉ CAILLIÉ . . . . . . Dieu et la Création. . .i . r -' CLASSIQUES -! ELIPHAS LÉVI . . . . . . La Clef des Grands Mystères. v _ . SAINT-YVES D’ALVEYDRE Mission des Juifs. . .-' g La Langue hébraïque restituée. FABRE DOUVET' ' ' ' ' l Histoirephilosophique du genre humain. ALBERT POISSON. . . . . Théories et Symboles des Alchimistes. LITTÉRATURE ‘I Jum:s LERM1NA. . . . .
3 La Miagi6ienne' A Bruler. : _ BULWER LYTTON . . . Ë:nlïläi'son Hamée ' MYSTIQUE Jeanne Leade. Jacob Bœhmc et les Tempéramenmv Les Incantations. P. SÉDIR. . . . POUR DÉTAIL ET PRIX, S’ADRESSER! il la librairie Cllllllllll., 5, rue de Savoie, PARIS Envoi Franco du Catalogue. revus, me. E. ARMULT ET G".