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L’Initiation Revue philosophique des Hautes Etudes PUBLIÉE MENSUELLEMENT SOUS LA DIRECTION DE PAPUS U O. * Docteur en médecine — Docteur en kabbale 37 * VOLUME. — 11" ANNEE SOMMAIRE DU N° 2 (Novembre 1897) PARTIE INITIATIQUE.. Les Incantations .... F. Ch. Barlet. (p. 129 à 137.) PARTIE PHILOSOPHI QUE....................... Les catastrophes et le sa crifice ......................
D1 Rozier. (p. 138 à 199.) Idées cosmiques . . (p. 200 à 206.) Guymiot. L'Amour et les Passions J. Strada. (p. 207 à 210.) La prochaine guerre . . Viluk. (p. 211 à 217.) Ordre Machiniste. — Groupe indépendant d’études ésotériques. — Faculté des sciences hermétiques.— Extériorisation de la motricité. — Bibliographie. Tout ce qui concerne la Rédaction et les Echanges doit être adressé Villa Montmorency, 10, avenue des Peupliers, Paris.
Administration, Abonnements : 5, rue de Savoie Chamuel, éditeur. Le Numéro : UN FRANC. — Un An : DIX FRANCS Original from CORNELL UNIVERSITY DThgitiaei ba_v
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion ; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L'Initiation est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent : Dans la Soienoe, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d’wn même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, Y Initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l'arbitrage contre l’arbitràire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cléricalisme et le sectarisme sous, toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l'initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. L'Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie {Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier.
L'Initiation paraît régulièrement du 15 au 20 de chaque mois et compte déjà huit années d’existence. — Abonnement: 10 francs par an (Les collections des aeux premières années sont absolument épuisées.) Original from Digitized by Google
L'Initiation du i5 Novembre 1897 Principaux Rédacteurs et Collaborateurs de ï Initiation Ie PARTIE INITIATIQUE Amo— F. Ch. Barlet,S.\ I.’.#— Stanislas deGuaita, S.*. I.-.ft — Guymiot. —Marc Haven, S.*. I.-. ft —Julien Lejay, S.-. I.*. a — Emile Michelet, S.\ I.\ (C. G. E.) — Lucien Mauchel, S.’. I.\ (D. S. E.) MoGd, S.*. I.\ — George Montiére, S.*. I.*. ft — Papus, S.-. L*. ft — Sédir, S.-. I.-, ft. — Selva, S.*. I.\ (C. G.
E.) PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Abil-Marduk*. — Amelineau. — Aleph. — Dr Baraduc. — Serge Basset. — Le F/. Bertrand 3o* — Blitz. — Bojanov. — Jacques Brieu. — Camille Chaigneau. — Chimua du Lafay. — Alfred le Dain. — G. Delanne. — Alban Dubet. — Fabre des Essarts. — Dr Fugairon. — Delézinier.— Jules Giraud.— Haatan. — L. Hutchinson.— Jollivet-Castelot.— L. Le Leu. — L. Lemerle. — Lecomte. — Napoléon Ney. — Horace Pelletier. — G.
Poirel. — Raymond. — Dr Rozier. — Dr Sourbeck. — L. Stevenard. — Thomassin. — G. Vitoux. — Henri Welsch. — Yalta. 3® PARTIE LITTÉRAIRE ‘ Maurice Beaubourg. — Jean Delville. E. Goudeau.— Manoël de Grandford. — Jules Lermina. — L. HeNNVHJE. — Jules de Marthold. — Catulle Mendès.— George Montiére. — Léon Riotor. — Saint-Fargeau. — Robert Scheffer. — Emile Sigogne. — Ch. de Sivry. 4° POÉSIE Ch.
Dubourg. — Rodolphe Darzens. — Jean Delville. — Yvan Dietschine. — Ch. Grolleau. — Maurice Largeris. — Paul Marrot. — Edmond Pilon. — J. de Tallenay. — Robert DE LA VlLLEHERVÎ. e Original fro-m CORNELL UNIVERSITY Digitized by
L'Initiation du i5 Novembre 1897 L’INITIATION r“TS) DIRECTION Villa loBtnorency, 10, aven, des Peupliers PARIS-AUTEUIL Directeur : 3F>A.I:»T-TS Directeur adjoint .* Luoien MAUCHEL Rédacteur en chef : F.-Ch. BARLET Secrétaires de la Rédaction : J. LEJAY — PAUL. SÉDIR ADMINISTRATION ABONNEMENTS, VENTE AU NUMERO C H A M U E L 5, Rae de Savoie PARIS FRANCE, unan, io fr. ÉTRANGER, — 12 fr.
RÉDACTION. — Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité. L’indépendance absolue étant la raison d’être 'de la Revue, la Direction ne se permettra jamais aucune note dans 4 le corps d'un article. Prière d’adresser tous les échanges : Villa Montmorency, 10, avenue des Peupliers, Paris. Manuscrits. — Les manuscrits doivent être adressés, à la rédaction.
Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d’avis spécial. Un numéro de la Revue est toujours composé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant. GROUPE INDEPENDANT D'ETUDES ÉSOTÉRIQUES l,6oo Membres —104 Branches et Correspondants — Groupes d'Études fermés Les Membres ne paient ni cotisation ni droit d’entrée.
Pour tous renseignements, s’adresserparlettreà M. Paul SÉDIR, directeur adjoint, 4, rue de Savoie, Paris, en joignant un timbre pour la réponse. Principales Sociétés adhérentes au Groupe ORDRE MARTINISTE ORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE f CROIX. — ÉGLISE GNOSTIQUE SOCIÉTÉ ALCHIMIQUE DE FRANCE Original from ----- “Ug¡yjn J UNIVERSITY
La reproduction des articles inédits publiés par l'initiation est formellement interdite, à moins d'autorisation spéciale. PARTIE INITIATIQUE Parmi les travaux récemment parus, il faut signaler tout particulièrement à l’attention de nos lecteurs la très curieuse étude sur les Incantations, par laquelle Sédir continue ses excellents enseignements pratiques.
Nommer l’auteur des Tempéraments appliqués à la Culture psychique, et des Miroirs magiques, c’est assez dire quelle scionce, quelle érudition conscien cieuse on peut s’attendre à trouver en cette œuvre nouvelle, que l’on sent confirmée par l'observation et la pratique. « Dans les mots, comme dans les herbes et les « pierres, nous dit Eckartshausen, bien des vertus « sont cachées. Tôut mot est doué de puissance,.
« quand il est imprégné de la force de l’âme. « C’est le Verbe qui crée les formes, dit El. Lévy. « Toute la magie est dans un mot, et ce mot pro- « noncé kabalistiquement est plus fort que toutes les ii) un vol. par Sédir, chez Chamuel, éditeur. 5 Original from NELUJhJVERSITY Digitized by
l30 i/lNITlATION [NOVEMBRE « puissances du ciel, delà terre et de l’enfer. Avec le « nom de iod-Hé-Vau-Héon commande à la nature ; « les forces occultes qui composent l’empire d’Her- « mès sont toutes obéissantes à celui qui sait pronon- « cer suivant la science le nom incommunicable « d’Agla. « De toutes les modifications fluidiques de l’Agent « Universel, dit de Guaita, le Son est peut-être la « plus foudroyante d’occulte influx.
Une volonté « d’adepte portée sur des ondulations sonores d’un « certain ordre rythmique constitue une force in- « telligente à quoi nul ne résiste, ni rien dans les « Mondes astral et matériel.
« Toute vibration du plan physique, dit Papus, « détermine des changements d’états particuliers « dans le plan astral et dans le plan psychique ; de « là l’influence considérable qu’exerce le Verbe hu- « main sur tous les plans de la Nature. » Mais aucun de ces auteurs ne donne de développe ment à ces aphorismes. C’est encore un des sujets les plus mystérieux de l’occultisme, que celui qui traite du Mantram.
Nous sommes tellement accoutumés à la plupart des manifestations du Verbe par l’Homme, que nous n’en tenons pas compte : le langage écrit ou parlé ne nous étonne point malgré ses merveilles, alors même qu’il s’impose entraînant ou impératif; nous ne savons guère apprécier dans toute leur puissance, la bénédiction ou son inverse, le chant, l’hymne, l’oraison même ; plus rares, l’évocation et l’exorcisme nous trouvent plus incrédules encore que surpris ; Digitized by Google Original from CORNELL UNIVERSITY
LES INCANTATIONS I 3 I ■897j mais le Mantram nous apparaît tout particulièrement merveilleux parce que le retentissement par lequel il opère est tout entier dans l’invisible. Il ne touche pas notre entendement comme le lan gage, où l’idée prend forme sensible ; il n’hypnotise pas comme la musique, dont la puissance est autant dans le rythme que dans les modes ou le ton. Il ne commande pas comme dans Tordre oral, l’exorcisme ou l’évocation.
Il n’invoque point comme la prière ; il ne vise directement aucun agent invisible. Et ce pendant il porte en soi quelque chose de chacun de ces effets, parce que la pensée qui l’imprègne, *à la fois quintessenciée par le symbole et condensée par les vibrations du son, va retentir dans les trois mondes en les reliant l’un à l’autre. C’est le Verbe en toute sa puissance effective.
Pour en éclaircir le mystère, il faut que le savant se double d’un philosophe ; notre auteur n’a pas man qué d’y employer cette double aptitude, dont il nous a déjà donné tant de preuves.
Par une harmonieuse méthode, qu’il a soin de nous exposer tout d’abord, il fait deux parts égales en sa démonstration : l’une, toute théorique, nous explique le Verbe même ; l’autre, ainsi éclairée par les principes, nous dit le mécanisme des Mantras, leur rituel et l’entraînement qu’ils exi gent.
Chacune de ces deux parties est habilement distri buée en trois chapitres, qui forment un ternaire : Le Verbe au sein de la Trinité suprême ; Le Verbe en mouvement d’involution, ou Verbe proféré; Original from
I 32 l’initiation Et le Verbe en l’Homme, ou Logos humain. Voilà la suite des études théoriques. Dans la première, toute théogonique, nous voyons le Verbe, « Volonté éternelle de Dieu, vie et principe « de toutes choses », naître du premier mouvement créateur au sein de l’Absolu « avant tous les temps ».
Ce chapitre le définit, l’explique en son essence et dans ses potentialités, par de larges citations com mentées, des textes les plus purs empruntés aux deux traditions orientale et occidentale, puisées dans Bœhme ou dans la Baghavat-Gità. L’auteur nous élève ainsi, dès le début, à ces hauteurs sublimes où les divergences humaines s’effacent dans les splen deurs de la Vérité divine.
Le second chapitre, qui est comme Pâme de ce livre si suggestif en sa concision, décrit cette phase grandiose de la cosmogonie où le Verbe, issu du ter naire prégénésétique, engéndreles éléments de l’Univers physique.
Les citations et les commentaires se multiplient, empruntés encore ^ux meilleures sources de tout ordre ; celles chrétiennes fournies par^Bœhme, les Orientales demandées à la Baghavat-Gità, la Katha-Upanishad, etc., les Pouranas, Sankaratcharya, Subba-Rao, Malfati, d’Olivet.
Après l’explication du mouvement générateur dans la Trinité, on trouve là son développement en ces quatre phases successives qui aboutissent à la Nature, Maya, aux génies principaux, aux éléments et fina lement à la Quinte-essence, lumière supérieure, ~ou Akasa, où retentit le nom sacré ÏÏAum pour l’Oriental, de Tétragrammalon pour l’Européen : plus de Original from CORNELL UNIVERSITY Digitized by jongle
LES INCANTATIONS I 33 dix pages sont consacrées spécialement à commenter ce vocable sacré, Aum. Le dernier des chapitres théoriques, consacré à l’Androgonie, révèle enfin, toujours à la lumière des mêmes textes et comme une conclusion de tout ce « qui précède, la nature et la portée du Verbe en l’Homme considéré en sa constitution quinaire.
C’est en effet au nombre cinq qu’est rapporté plus particu lièrement ce livre destiné à éclaircir les mystères de la réalisation du Verbe et de sa domination sur les Éléments.
Ici, après avoir rappelé la quinaire humain parti culièrement apparent dans les cinq sens et leurs doubles invisibles, Sédir nous signale d’abord le rôle capital de la Parole, comme «lien entre la conscience « et les divers états de la vie cosmique », et, par suite, comme instrument particulièrement appro prié au but de la vie humaine.
11 nous montre en suite, toujours d’après les mêmes sources, auxquelles s’ajoutent d’ingénieuses citations de Saint-Martin, les origines de la Parole, son développement psycholo gique, trop peu connu, en cinq temps, qui font des cendre la pensée jusqu’au langage.
Puis, remontant par là à la cause de différenciation des langues, opé rée jusque dans l’astral, il nous ramène à cette langue unique, originelle dont parlent tous les ésotéristes, que Fabre d’Olivet a particulièrement révélée et qui, trait d’union des deux mondes physique et psy chique, annonce et justifie les effets des Mantras.
Ainsi fouillé jusque dans les racines les plus pro fondes, ce mystérieux sujet apparaît au jour en toute Original from ------------ eeftMEtb-UWVERSITY
134 l'initiation son unité à demi-perdue dans l’invisible; les détails pratiques en peuvent être abordés utilement. Les trois chapitres de la seconde partie en exposent le Rituel, avec toute la bibliographie qui s’y rattache, y ajou tent la preuve positive d’expériences aussi curieuses que simples, que le lecteur voudra répéter ou pour suivre ; disent enfin par quel entraînement prélimi naire on devient capable de pratiquer les Mantras.
On regrettera peut-être ici de voir notre savant auteur abandonner l’excellente voie qu’il avait suivie dans toute sa première partie, pour se porter exclu sivement vers l’Inde, alors qu’il eût été si intéressant d’apprendre en même temps les secrets encore voilés des incantations cabbalistiques.
Sedir s’en justifie en nous disant que « le principe de la langue hébraïque « (à la fois figuratif et sonore dans son hiéroglyphe) « en complique singulièrement l’étude, de sorte - « qu’une restitution de la langue magique des Cia- « vieilles est une entreprise fort longue à concevoir et « surtout à réaliser. » Espérons qu’il tiendra à com pléter bientôt l’œuvre excellente que nous analysons ici en nous dévoilant avec la même science et la même autorité les secrets qui touchent tout particulièrement notre monde chrétien et notre civilisation européenne.
Remercions-le en attendant de nous expliquer déjà une pratique si ténébreuse en nous disant les secrets du peuple qui s’y consacre journellement encore. Sédir a soin de nous prévenir d’abord de la nature de ces pratiques, de leur place véritable dans l’ini tiation. Elles y figurent dans les étages inférieurs, étant une sorte de magie cérémonielle destinée non à Origiral from CORNELL UNIVERSITY Digitized
LES INCANTATIONS 135 évoquer quelque esprit pour lui emprunter sa puis sance, mais seulement à mettre en mouvement des forces naturelles qui reflètent quelque chose de l’in visible dans l’ame de l’opérateur.
Parmi les divers systèmes de Yoga, l’incantation est le quatrième, le moindre, celui de Laya-Yoga, et comme science elle occupe le même rang sous le nom de Gouhya-Vidya, après la science de l’absolu et celle de la magie natu relle ou Grande Science.
On peut encore se faire une idée de cette place en nos théories occidentales en consultant le chapitre II de cette superbe Clef de la Magie Noire où de Guaita nous dit les quatre sortes d’extériorisation psychique et les quatre genres d’extase enseignés par les Rose-Croix (celle d’amour, la sybilline, la mystique et la musicale}.
Si l’on remarque, en outre, que des trois modes de réalisation que Sédir nous développe, le moins dif ficile, le plus fréquent, est celui par lequel l’opéra teur s’identifie, se livre, pour ainsi dire, aux forces fatales de la Nature ; si l’on note parmi les sciences qu’enseignent les traités sur les Mantras : « l’hypnose « par les moyens défendus, tels que l’ablation des « langues d’enfant (n°3i),— le meurtre par incan- « tation (n° 38), — le culte de « la main gauche » « (n° 41), — les différentes méthodes de faire mourir « les hommes (nos 48 à 5i) »et autres pratiques du z même genre propres à rappeler cet aphorisme d’E.
Lévy que « le Verbe injuste incapable de se réaliser « par création, doit tuer ou mourir », — on com prendra toute la réserve que notre auteur apporte à ses développements; on s’expliquera pourquoi, en Original from CORNELL UNIVERSITY Digitized by
136 l’initiation présence de réalisations aussi dangereuses pour l’opé rateur que pour la société, il se refuse à nous donner plus que « les plus élémentaires de ses informations « personnelles ».
Sous le bénéfice de ces observations importantes, le disciple en ésotérisme qui ne doit laisser dans l’ombre aucune notion, si ténébreuse qu’elle soit (et surtout les suspectes), lira avec le plus grand intérêt et le plus grand profit tous les détails de ce curieux livre.
Il y trouvera le classement des innombrables Mantras que l’Inde a découverts; les préparations personnelles exigées du disciple ou nécessitées de la part’du Maître pour la correction des défauts à pré voir, le choix du moment ou le mode de récitation. — Il y verra ensuite les nombreux écrits relatifs à la Science des Mantras ou Agamas partagés en trois ordres dont Sédir nous donne le catalogue avec d'ex cellents commentaires, — et enfin les difficiles entraî nements qui conduisent le Chela à la pratique dan gereuse des Mantras.
On ne lira pas avec moins d’intérêt les curieuses preuves expérimentales dont Sédir a voulu appuyer ce sujet si étonnant pour nos esprits européens, en observant les images astrales produites par les sons musicaux ou par notre langage ou même par quelques Mantras hindous.
' Quant à vous dire tout ce qu’il y • d’érudition, de science philosophique, de profondeur intuitive et de méthode en même temps dans ce petit livre, je m’en trouve empêché par la dédicace dont Fauteur a voulu me faire la surprise. J’aurais beau vous dire qu’elle Original from CORNELL UNIVERSITY Digitized by ViOoQie
LES INCANTATIONS l3? n’est que le témoignage d’une trop indulgente affection qui m’est chère, mais dont je ne puis accepter les illu sions, vous ne pourriez vous empêcher d’en croire mon appréciation fortement influencée. Mais, heu reusement, elle est tout à fait superflue ; vous con naissez assez toutes les qualités de notre ami pour qu’il soit nécessaire de les redire. Cette pauvre ana lyse de sa dernière œuvre est seulement destinée à vous faire apprécier la place importante qu’elle doit occuper dans la bibliothèque de l’occultiste. F.-Ch. Barlet. Original from CORNELL UNIVERSITY
----- -r PARTIE PHILOSOPHIQUE El SCIENTIFIQUE 1 Vie de Sainte Christine l’Àdmirahle Les savants des temps passés étudiaient la nature en elle-même et dans ses rapports avec Dieu et les hommes. Ils étaient arrivés à des connaissances assez étendues sur un grand nombre de phénomènes qu’ils interprétaient d’une manière qui fait quelquefois sou rire les savants modernes qui, eux, n’ont étudié les choses qu’au point de vue purement physique et ne veulent rien voir au delà de la matière. Quand une catastrophe avait lieu, ils se préoccupaient des causes physiques qui avaient pu l’occasionner, mais aussi des causes d’un ordre plus élevé; il ne leur répugnait pas d’y voir la main de Dieu punissant les hommes ou les éprouvant. Ils admettaient volontiers que les crimes et l’irréligion puissent attirer des châtiments de toutes sortes. Aujourd’hui une pareille idée ferait hausser les épaules et, si un homme de science osait la soutenir, il serait immédiatement disqualifié. Les savants mo □ riginal from 'CORNELL UNIVERSITY
LES CATASTROPHES ET LE SACRIFICE l30 / dernes, en effet, se sont élevés contre toute espèce de dogmes, ils ont rejeté tout ce qui nous a été transmis par la tradition, ils ont prétendu que la religion et la superstition sont une seule et même chose, qu'il n’existe rien en dehors de ce que leurs sens physiques peuvent leur faire constater; le monde de Tau delà n’est qu’une affreuse plaisanterie, bonne tout au plus pour effrayer les enfants et les esprits faibles; Dieu, les peines et les récompenses dans une autre vie, l’im mortalité de l’âme elle-même, ne sont qu’une dupe rie qui a assez duré.
Ils prétendent n accepter que ce qui est scientifiquement démontré et ne s’aperçoivent pas qu’en remontant au début de toute démonstration scientifique on rencontre un acte de foi, sous forme d’axiome ou de postulatum, quelquefois même une simple affirmation.
Pour nous qui croyons que There are more things in heavcn and earth, Horatio, Than are dreamt of in our phiiosophy, nous raisonnerons comme les savants d’autrefois, sans pour cela dédaigner les travaux des modernes, qui nous sont, au contraire, d’une grande utilité ; mais nous pousserons nos recherches plus loin. Tout le monde a présent à la mémoire l’incendie du Bazar de la Charité, qui a fait tant de victimes, au commencement de mai dernier.
Tout en plaignant sincèrement ces victimes et leurs familles, beaucoup de personnes ne pouvaient s’empêcher de remarquer que Dieu protégeait singulièrement les siens : en effet la plupart d’entre elles étaient des dames pieuses. Original from CORNELL UNIVERSITY
l’initiation 140 réunies dans un but de charité, accomplissant par conséquent un acte essentiellement chrétien; bien plus, on faisait ressortir encore cette circonstance que le nonce du pape avait béni le bazar quelques mi nutes auparavant.
Pour les libres penseurs, la chose était très simple : le hasard ne choisit pas ses vic times ; une imprudence a été commise, la catastrophe s’en est suivie, et les malheureuses femmes qui se trouvaient là ont été tout naturellement brûlées vives. Mais on pensait que, pour les chrétiens, il serait dif ficile de concilier cet événement avec leur doctrine. Sur ces entrefaites, le P.
Ollivier, du haut de la chaire de Notre-Dame, a déclaré que cette catastrophe était une expiation. Voici quelques extraits de son discours: ... Pourquoi cela s’est-il fait? A quel dessein se rat tache Thorreur d’un pareil deuil ? Sommes-nous donc entre les mains d’une puissance aveugle qui frappe sans avoir conscience de ses coups ?...
Sans doute, ô maître souverain des hommes et des sociétés, vous avez voulu donner une leçon terrible à l’orgueil de ce siècle, où l’homme parle sans cesse de son triomphe contre vous. Vous avez retourné contre lui les conquêtes de sa science, si vaine quand elle n’est pas associée à la vôtre; et, de la flamme qu’il prétend avoir arrachée de vos mains comme le Prométhée antique, vous avez fait l’ins trument de vos représailles... ...
Hélas ! de nos temps meme, la France a mérité ce châtiment par un nouvel abandon de ses traditions. Au lieu de marcher à la tête de la civilisation chrétienne, elle a consenti à suivre en servante ou en esclave des doctrines aussi étrangères à son génie qu’à son baptême; elle s’est pliée à des mœurs où rien ne se reconnaîtrait de $a fière et généreuse nature, et son nom est devenu synonyme de folie et d’ingratitude envers Dieu. C’était le Original from CORNELL UNIVERSITY Digitized by CooQie
LES CATASTROPHES ET LE SACRIFICE I4I faire, hélas ! synonyme de malheur, puisque Dieu, ne voulant pas l’abandonner, devait la soumettre à l'expia tion.
Il y a vingt-six ans à peine, et les témoins de votre vengeance n’ont pas eu le temps d'oublier, vous avez frappé la France à la tête en lui demandant pour victime d’expiation et de propitiation les hommes de tout rang et de tout âge, et vous avez couché sur les champs de bataille d’une double guerre, soldats et prêtres, finan ciers et lettrés, artisans et magistrats, marins et labou reurs.
Certes, c’étaient là de grandes et nobles victimes, dont le sacrifice avait sur votre justice et votre miséri corde le plus impérieux de tous les droits, celui du libre consentement ou même de la joyeuse acceptation ; car tous allèrent à la mort comme il sied à des fils de cette vieille France où l’épée fait toujours souvenir de la croix. ... Et pourtant, l’expiation n’était pas suffisante, et les plus pures victimes manquaient à l’holocauste...
Mais il semble que Dieu leur eût fait tort en ne leur demandant que des larmes, des prières, des leçons et des exemples... Aussi leur fallait-il mettre dans la coupe un peu de leur propre sang. ... Mais il pouvait— et c’est cela qu’il vient de faire — il pouvait prendre parmi elles les plus pures, les plus saintes, les unir dans la mort aux victimes de la pre mière heure, et consommer ainsi l’expiation qui nous as surât l’espérance. C’est fait!
L’ange exterminateur a passé. Couronnes aux lys de France, cornettes aux blanches ailes, fleurs et rubans des juvéniles parures, crêpes austères qui cou vraient des cheveux blanchis, humbles coiffes des ser vantes, il a tout égalisé de son piétinement, dans la boue sanglante où l’œil cherché vainement quelque trace de toute cette noblesse et de toute cette beauté!...
Et vous, Seigneur, abaissez vos yeux sur les victimes choisies par vous-même et sur la générosité de leur immolation. Vous connaissiez leurs cœurs, et vous saviez ce que vous pouviez leur demander pour le salut des âmes et de la patrie. Vous saviez que vous pouviez tout exiger d’elles, même le sacrifice de leur vie, et, dans une Original from CORNELL UNIVERSITY .r^igitized by
l’initiation !42 commisération ineffable, vous les avez prises au mot, si j’ose ainsi parler, sans leur laisser le temps de se re connaître... La doctrine qui se dégage de ce discours apparaît clairement : La France a prévariqué, les hommes sont devenus méchants, Dieu nous a envoyé un pre mier châtiment en 1870-71.
Loin de nous amender, nous sommes devenus encore pires : Dieu a choisi un lot de victimes volontaires, et il a envoyé l’ange exterminateur, qui a « tout égalisé de son piétinement, dans la boue sanglante... » La première catastrophe a été causée par la vengeance divine : « Il y a vingtsix ans à peine, les témoins de votre vengeance...., »; la seconde a été un complément d’expiation et un acte de miséricorde.
Dieu nous a rachetés par le sa crifice de quelques-uns des meilleurs d’entre nous: « et vous saviez ce que vous pouviez leur demander pour le salut des âmes et de la patrie ». Ce discours, comme on se le rappelle, a soulevé beaucoup de récriminations et décolères; cela devait être : le P. Ollivier a exposé brutalement la doctrine de l’Église, sans aucune atténuation, telle qu’il la comprend lui-même, du reste.
Or, cette doctrine, parfaitement juste, a besoin de quelques commentaires pour être comprise et acceptée. Nous y reviendrons tout à l’heure. Au nom de la Théosophie, M. Courmes se refuse à voir, dans cette catastrophe, autre chose que l’accom plissement du Karma des victimes, Karma prove nant de la présente existence ou d’une existence anté rieure. Seulement, à propos du dernier ouvrage de Digitized by Go< gle Original from CORNELL UMYERSLT¥——
LES CATASTROPHES ET LE SACRIFICE 14-3 M. Stanislas de Guaita, il dit qu’il est possible, après tout, que nous, catholiques, nous nous soyons créés un Dieu féroce : Nous pouvons rendre du reste un réel hommage à la vérité d’une théorie si bien remise en lumière en es sayant de l'appliquer nous-même à un événement récent qui a provoqué partout de si légitimes et profondes émo tions. Lorsque, dans son discours à Notre-Dame, le P.
Ollivier a dit qu’en frappant cent cinquante femmes de bien, Dieu avait châtié la France d’avoir oublié ses tra ditions, la conscience publique s’est demandé si vrai ment Dieu était vindicatif et cruel.
Nous avons répondu par ailleurs théosophiquement à la question, mais nous pouvons ajouter qu’il pourrait effectivement exister un Dieu tel que celui invoqué ou évoqué par l’impitoyable dominicain : c’est, en employant le terme reproduit par l’ouvrage avec la signification qu’il comporte, l’Egrégore créé et entretenu pour les pensers intensifs et con tinus des sectateurs du Jéhova de l’ancienne comme de la nouvelle Jérusalem... (Lotus bleu, juin 1897, pp. 142143.) Il y a là une interprétation erronée d'une théorie, très juste d’ailleurs, de Al. de Guaita.
Nous n’ado rons pas un Égrégore, nous adorons Dieu, le Dieu unique qui est le même pour tous. Nous acceptons cependant la thèse du P. Ollivier, mais nous ne croyons pas pour cela que Dieu soit féroce et vindica tif. Tout ceci demande à être expliqué, et c’est ce que je vais essayer de faire.
Le Monde est peuplé d'une multitude d’Êtres, in visibles pour la plupart d’entre nous, et qui peuvent être classés en trois catégories principales : les Bons, les Mauvais et les Indifférents. Ces derniers peuvent être employés à toutes sortes de besognes, suivant Original from CORNELL UNIVERSITY
l'initiation 144 la volonté qui leur commande. Je ne m’explique pas autrement sur leur nature et leur origine ; je dirai seulement que les Égrégores (il vaudrait mieux écrire Eggrégore, comme Eliphas Lévi), dont parle M. Courmes, en citant M. S. de Guaita, en font partie et jouent un rôle considérable dans ce qui va suivre.
Les Mauvais se repaissent de nos vices, de nos blasphèmes, de nos crimes, et nous y excitent par mille moyens; plus nous leur obéissons, plus ils ont d’em pire sur nous. Quand la perversité humaine est grande et très répandue, leur nombre et leur force s’accrois sent en proportion, et ils deviennent insatiables et irrésistibles.
Ces êtres mauvais sont très avides de sang, les Théosophes et les Occultistes savent très bien pour quoi ; aussi font-ils naître, autant qu’ils le peuvent, des guerres et des catastrophes de toutes sortes. Les souffrances des hommes sont un véritable régal pour eux.
Seulement il en est de ces aliments psychofluidiques comme de nos aliments matériels : les uns sont adaptés à leur nature et les fortifient, les autres leur sont contraires et les affaiblissent ou les détrui sent.
Le sang et les souffrances des Justes, des hommes vertueux, sont un poison mortel pour eux; aussi, à la suite d’une catastrophe où beaucoup de Justes ont péri, un grand nombre de ces habitants de l’astral sont définitivement anéantis, les autres sont mis en fuite. Mais ils reviennent bientôt, attirés par les mêmes causes qui les avaient d’abord fait pulluler, comme les vers grouillent partout où se trouve de la pourriture. Original from ORNELL UNIVERSITY Digitized by LjOoQle
LES CATASTROPHES ET LE SACRIFICE I45 Maintenant où sont les Égrégores en tout cela ? Y a-t-il réellement un Égrégore féroce qui a soif de sang, comme le suppose M. Courmes? C’est incon testable.
Je ne veux pas expliquer ici la génération d’un Égrégore, je renvoie pour cela aux œuvres d’Eliphas Lévi ou au dernier livre de M. de Guaita ; je dirai seulement que l’Égrégore dont il est question dans le cas actuel, a été créé, non pas par nous, ca tholiques, mais par les mécréants. Nous sommes donc loin de l’adorer, nous le combattons au con traire par tous les moyens en notre pouvoir.
Il n’en est pas moins très puissant et forme un appoint con sidérable à ceux que j’ai appelés les Mauvais, qui se sont incorpérés à lui et dirigent ses coups. D’autres Égrégores qui ont prospéré et ont été puissants dans l’antiquité, ont traîné, depuis le christianisme, une existence lamentable, mais sont loin d’être. morts.
Comme un vieil obus vidé et oublié, qu’on retrouve après de nombreuses années, peut avoir conservé sur ses parois intérieures une quantité de poudre suffi sante pour le faire éclater et causer des accidents sé rieux, de même de vieilles statues qui ont servi long temps de trait d’union entre ces Égrégores et leurs adorateurs, ont conservé une force suffisante pour produire des résultats désastreux.
Les sensitifs seuls peuvent constater ces influences, mais elles sont su bies par tout le monde, consciemment ou non. Ces Égrégores n’étaient pas tous mauvais aux temps de leur splendeur, il y en avait même de très bons; mais aujourd’hui tout ce qui en reste est mauvais : tout ce qu’ils contenaient de bon leur a été pris, la faim les a Google Original from CORNELL UNIVERSITY Digitized by
l’initiation 146 aigris, ils ne sont plus que des larves haineuses, avides de prolonger un restant d'existence et, pour cela, faisant volontiers les pires besognes. Je n’en dis pas plus long sur ce sujet, qui est pourtant très inté ressant et très important, et dont la connaissance évi terait bien des imprudences et, par conséquent, bien des malheurs ; mais je dois me borner. Je me propose du reste d’y revenir un jour, dans un autre article.
J’ai montré les Mauvais agissant comme s’ils étaient seuls, gênés et combattus par aucun ennemi; mais il n’en va pas toujours ainsi : tandis que nos vices et notre impiété augmentent leur nombre et leurs forces, nos vertus et nos prières (1) attirent auprès de nous les Bons, qui leur font une guerre acharnée, et on comprend que, plus nous aurons de ces combattants dans notre camp, plus nous aurons de chances pour mettre en fuite les Mauvais qui sont attirés et nourris par les hommes pervers. (1) La prière est une force énorme, surtout quand elle s’échappe d’une multitude de poitrines, et ceux qui s’y livrent ont droit à toute notre reconnaissance ; par elle des milliers d’ouvriers célestes sont attirés dans notre champ d’action et nous apportent une aide sans laquelle la machine sociale se rait vite détraquée.
Aussi le premier soin de nos ennemis, vi sibles aussi bien qu’invisibles, est-il de nous en détourner.
La force de la prière augmente avec le nombre de ceux qui prient: la raison en est non seulement dans le Mystère des Multitudes, mais surtout dans ce fait que la destinée ultime des hommes est d’être tous réunis à Dieu par un lien harmo nique qui, tout en laissant à chacun son individualité et sa liberté, en fera, pour ainsi dire, un seul corps dont Dieu sera l’âme. C’est ce que Saint-Martin (le philosophe inconnu) ap pelle la réintégration.
Or la prière en commun, union des vo lontés, des cœurs et des voix, est un acheminement vers cet état, et c’est une des causes qui donnent une grande valeur, aux cérémonies du culte. Digitized by Google Original from CORNEL4-4JNIVERSITY
LES CATASTROPHES ET LE SACRIFICE I 47 La lutte des Anges de lumière contre les Anges de ténèbres n’est pas terminée, elle durera autant que nous ; la victoire restera définitivement aux Anges de lumière, mais seulement à la fin des temps.
Quand l’Archange Michel, à la tète des milices célestes, eut précipité dans l’abîme Satan et les Anges rebelles qui avaient combattu avec lui, Dieu créa l’Homme pour rétablir l’équilibre que ce drame avait rompu. La paix et le bonheur ont alors régné jusqu’à ce que l’Homme eût commis la première faute.
Satan était bien obligé de s’avouer vaincu, mais il ne voulait pas accepter sa défaite comme définitive : il chercha à se faire de l’Hommeun auxiliaire.il eut un premier succès, mais l’Homme n’était pas tombé volontairement comme lui, il avait été séduit, sa responsabilité était infini ment moindre, et sa chute n’était pas définitive.
Seu lement sa situation était lamentable : la veille il com mandait en maître à la nature entière et il communi quait librement avec Dieu et ses Anges, la matière était hors de lui et lui était soumise; le lendemain il était dans la matière qui dominait tout son être et il ne percevait plus le monde extérieur que par cinq sens.
La veille il connaissait tout synthétiquement, sans aucun travail, le lendemain il ne connaissait plus Dieu que par le souvenir, et il était obligé d'ac quérir toutes ses connaissances une à une, analyti quement.
Satan était devenu l’adversaire implacable et se croyait sûr désormais de compléter sa victoire sur l’Homme et de s’en faire un auxiliaire puissant, il avait pour armes principales une vaste science, la ruse et le mensonge qui lui avaient déjà si bien Digitized by Google Original from CORNELL UNIVERSITE
148 l’initiation réussi. Mais Dieu a déjoué ce calcul et n’a pas laissé l’homme réduit à ses seules forces contre un adver saire si redoutable. Il lui a d’abord donné de bons conseillers pour le guider, les Anges gardiens, puis plus tard la Vierge qui écrase la tête du serpent et lé Rédempteur qui détruit son œuvre de fond en comble.
Voilà, très résumée, la situation dans laquelle nous nous trouvons ; les êtres dont j’ai parlé plus haut vivent pour leur propre compte et servent d’instru ments conscients, subconscients ou inconscients, se lon leur espèce, dans le grand drame que je viens d’esquisser.
Tout cela peut paraître fantastique à des matéria listes qui ne connaissent que le plan physique, mais cela est de la plus rigoureuse exactitude, quoique constaté par d’autres procédés que ceux de la science officielle. Il est facile de voir du reste que dans le plan physique les choses ne se passent pas autrement.
Je sais très bien que les comparaisons ne donnent pas la raison des choses, mais elles aident à les com prendre; l’esprit est moins dépaysé quand on lui montre qu’il est déjà familiarisé avec des phénomènes analogues à ceux qu’on lui présente et qui leur servent pour ainsi dire d’antécédents. Voyons donc ce qui se passe chez l’homme bien portant et chez l’homme malade.
Dans un corps en parfaite santé dont tous les organes fonctionnent bien, il y a à considérer deux sortes de travaux: d’un côté son entretien et l’accomplissement de sa destinée, d’un autre côté la lutte contre les ennemis du dehors. 2ORNEL4-4JNIVERSITY Digitized by
LES CATASTROPHES ET LE SACRIFICE 149 C’est ce second travail qui nous intéresse particuliè rement pour le sujet que nous étudions.
Les ennemis du dehors peuvent être divisés en plusieurs catégo ries: aliments de mauvaise qualité ou en excès, poi sons, virus, microbes, etc. Les microbes, dont la no tion est nouvelle dans les sciences physiologico-pathologiques, correspondent assez bien aux êtres invisibles dont j’ai parlé plus haut ; ils sont invisibles euxmêmes, mais pour d’autres raisons: ils sont formés d une matière semblable à celle du corps, mais ils sont trop petits pour être vus à l’œil nu.
L’état de Voyance révèle les premiers, le microscope révèle les seconds ( 1 ). Les microbes se divisent aussi en bons, indifférents et mauvais.
Il y a des microbes qui aident à l’acccom- . plissement de nos fonctions, d’autres qui fabriquent (1) Chaque microbe est trop petit pour être vu. mais la réu nion d’un grand nombre d’entre eux produit une colonie mi crobienne qui affecte une forme déterminée et peut être vue et reconnue à l’œil nu ; une multitude de cellules s’agglomère d’une façon plus complète pour former un organe, plusieurs organes differents se réunissent et se solidarisent pour former le corps humain : plusieurs productions psycho-astrales se réunissent pour former une entité collective, et plusieurs enti tés collectives se réunissent et se solidarisent pour former un Egrégore.
Le microbe ne peut rien, la colonie produit la mala die ; la cellule ne peut rien, l’organe fonctionne et le corps humain est une puissance; l’être psycho-astral, éphémère, est presque sans valeur, l’entité collective fonctionne et produit des perturbations très sensibles, l’égrégore est une puissance formidable.
Ajoutons cependant que, dans ces trois catégories, il y a des degrés : une colonie microbienne peut avoir une ac tion nocive plus ou moins grande : un corps humain, un egré gore, peuvent aussi avoir une importance plus ou moins grande. Enfin le corps humain agit sous une direction qui est l’àme; la colonie microbienne et l’égrégore agissent aussi cha cune sous une direction analogue que je n’ai pas à expliquer ici. Digitized by Original from CORNELL UNIVERSITY
15o l’initiation tout aussi bien des vaccins que des poisons, suivant les conditions dans lesquelles on les place, d’autres enfin qui ne sont capables de fabriquer que des poi sons, dans l’état actuel de nos connaissances tout au moins.
Mais cette restriction ne porte aucune atteinte à l’analogie, car il nous est permis de penser que les progrès de nos connaissances nous permettront tout aussi bien de faire produire des résultats avantageux aux êtres les plus mauvais du plan astral. En tout cas, leur maniement est dangereux, comme celui des mauvais microbes.
Sans nous préoccuper de savoir si notre corps possède réellement des phagocytes dis tincts, chargés de combattre les microbes malfaisants, ou si cette fonction est dévolue à toutes ses parties, ou plus spécialement à ses sérums, l’expérience nous montre que les corps les mieux portants contiennent toujours quelques-uns de ces ennemis peu nombreux et sans grande force : ils sont combattus efficacement et ne peuvent ni pulluler ni empoisonner.
Mais que le corps soit soumis à une cause débilitante quelconque: écart de régime, aliments malsains, fatigue, refroidis sement, etc., et immédiatement ces microbes se trouvent dans un terrain plus favorable et en pro fitent pour se multiplier et verser dans l’organisme des poisons sans cesse renouvelés qui l’épuisent de plus en plus et le mettent hors d’état de se défendre.
Si aucune aide ne lui est donnée, la catastrophe éclate, et la maladie est déclarée : on pourrait dire alors que le corps est châtié. Si les fautes qui ont amené cette pullulation des microbes continuent à être commises, ceux-ci seront définitivement vainOriginal from CORNEL—JJNIVERSITY Digitized by
LES CATASTROPHES ET LE SACRIFICE 151 queurs, et la catastrophe sera totale, le corps mourra et sera détruit.
Si, au contraire, les règles de l’hygiène sont observées, les parties saines du corps, phagocytes ou autres, se dévoueront pour la masse générale : quelques-unes d’entre elles seront détruites et élimi nées, mais elles entraîneront avec elles la plus grande partie des microbes pour lesquels elles auront été un poison mortel, le reste sera réduit à l’impuissance, et la maladie sera guérie.
Dans cette lutte, les phagocytes pourront être puissamment aidés par l'introduction de médicaments, de vaccin, de sérum ou même de microbes antagonistes. Ce drame pathologique res semble en tous points au drame astral décrit plus haut. 11 n’est donc pas exact de dire que Dieu punit ou qu’il se venge, mais le résultat est le même, car ce n’est pas impunément qu’on viole ses commande ments.
Nous sommes sur cette terre entourésde pièges et de dangers de toute sorte, nous sommes environ nés d’ennemis puissants qui profitent de toutes nos imprudences : les commandements divins sont notre sauvegarde ; les violer, c'est se dépouiller de son ar mure pour affronter les coups de l’ennemi; et alors Dieu, loin de se venger, nous offre son aide, sans la quelle nous serions perdus. Mais encore faut-il que nous l’acceptions.
Nous avons vu que dans la lutte contre les mi crobes et les maladies qui en proviennent, les moyens de salut sont le retour à l’hygiène, le recours au mé decin qui administre une médication appropriée et l’intervention des phagocytes qui sont victimes de Google Original from CORNELL UNIVERSITY
I 52 l’initiation leur dévouement. Dans la lutte contre les Mauvais, les moyens de salut sont analogues : repentir et re tour à la pratique du bien, recours à Dieu par la prière et quelquefois sacrifice des Justes qui périssent dans une catastrophe en entraînant la déroute des Mauvais. Il nous reste à étudier de plus près cette question du Sacrifice.
Pour cela, je vais commencer par citer un exemple typique qui jettera un certain jour sur cette ques tion. M. de Rochas, dans son travail sur la lévitation, cite, entre autres exemples tirés des hagiographes, l’histoire de sainte Christine l’Admirable, telle qu’il l’a trouvée dans la Mystique divine de l’abbé Ribet, qui lui-même l’a prise dans la collection des Bollandistes.
Le travail de M. de Rochas, étant fait au seul point de vue de la lévitation, passe sous silence la partie qui nous'intéresse le plus pour notre présente étude, je me contente de le signaler et je vais recourir aux Bollandistes eux-mêmes. J’interromps donc un instant ma démonstration pour raconter cette histoire extraordinaire et féconde en enseignements de tous genres.
La vie des saints est remplie de faits tout aussi curieux et aussi instruc tifs, mais la vie de sainte Christine l’Admirable pré sente cette particularité de résumer à elle seule un enseignement mystique presque complet. Dans ce récit, je me suis surtout attaché à suivre le texte latin d’aussi près que possible, sacrifiant toujours l’élé gance de la phrase à l’exactitude de la traduction. Original from CORNELLUMVERSITY Digitized by coocie
LES CATASTROPHES ET LE SACRIFICE 153 Vu si Sainte Christi» l’admirable Par Thomas de Cantimpré De l’ordre des Prédicateurs, Traduit des Bollandistcs, 2 5 juillet, tome V. PROLOGUE 1.
Voulant écrire la vie de la mémorable vierge du Christ, Christine, nous insérons d’abord dans cet exorde ce que le vénérable Jacques, évêque d’Acre, puis cardi nal de la curie romaine, a mentionné en ces termes, touchant cette même Christine, dans la vie de la bienheu reuse Marie d’Oignies. « J’en ai vu, dit-il, une autre (c’est de Christine qu’il « parle), à propos de laquelle le Seigneur a fait des < choses aussi merveilleuses.
Comme elle était morte < depuis longtemps, son âme retournant à son corps i < avant qu’on le mette en terre, elle recommença à < vivre ; et elle obtint du Seigneur que, vivant corporel- « lement dans le siècle, elle subisse les peines du pur- < gatoire.
Elle fut alors affligée par le Seigneur, pendant « longtemns, d’une manière merveilleuse ; tantôt elle < se roulait dans le feu : tantôt, en plein hiver, elle res- « tait longtemps dans l’eau glacée : d’autres fois, même, « elle était forcée d’entrer dans les sépulcres des morts.
« Enfin ayant accompli sa pénitence avec une si « grande résignation, elle mérita une si grande grâce du « Seigneur, que très souvent, ravie en esprit, elle con- « duisit les âmes des morts jusque dans le purgatoire, < ou même, par le purgatoire, jusqu’aux royaumes cé- « lestes, et cela sans aucune lésion. » 2. C’est ainsi que, comme nous l’avons dit, le véné rable Jacques, évêque, parle de ces choses.
Moi, frère indigne, de l’ordre des prédicateurs, j’ai écrit le reste en un langage inhabile, pour l’édification des lecteurs et surtout pour la louange du Christ, sûr en tout cas Original from CORNELL UNIVERSITY Digitized by LaOC'Qle
l’initiation 1 de la véracité de ceux qui m’ont renseigné. Et ce n’est pas en vain que je m’en dis certain, puisque, pour beaucoup des choses que j’ai écrites, j’ai autant de témoins qu’il y avait alors dans Saint-Trond de per sonnes ayant l’usage de leur raison.
Car ces choses ne se sont pas passées dans un coin, mais complètement en public ; et il ne s’est pas écoulé tellement de temps que l’oubli ait pu les ensevelir, car cet écrit n’a pas été fait plus de huit ans après sa mort. Quant aux choses qu’au cune autre qu’elle-même ne pouvait savoir, je les tiens de personnes qui m’ont affirmé les avoir reçues de sa propre bouche. 3.
Et que le lecteur sache bien que les témoins aux quels j'ai ajouté foi ne consentiraient jamais à s'écarter de la pure mérité, même pour sauver leur tête.
Avouons cependant, et cela est vrai, que notre récit dépasse toute intelligence humaine, mais les choses qui sont complète ment impossibles selon la marche naturelle, sont cepen dant possibles au Créateur; et je n’aurais jamais osé prendre sur moi de les écrire si je n’avais pu me préva loir du témoignage du vénérable évêque Jacques, pour les événements principaux.
Nous nous mettons donc à l’œuvre, et nous allons raconter comment elle a été éle vée, l’éducation qu’elle a reçue et enfin ses autres actes, suivant ce que nous avons appris par des récits certains et indubitables. CHAPITRE PREMIER Origines de la sainte; elle voit le purgatoire après sa mort, elle revient à la vie pour aider les âmes qui y sont détenues ; les souffrances qu’elle a supportées pour elles, sans lésions corporelles. 4.
Donc la mémorable vierge du Christ, Christine, née de parents honorables, était originaire de Saint-Trond, en Hasbanie. Ses parents étant morts, elle resta avec deux sœurs plus âgées qu’elle. Ces’ dernières, voulant régler religieusemeut leur vie, décidèrent que l’aînée s’adonne rait à l’oraison, la seconde dirigerait la maison, et la -d by (jQ'** .... ...... Original frpm CORNEUaJNIVÈpSJTCC
LES CATAS'l ROPHES ET LE SACRIFICE 155 plus jeune, Christine, garderait les troupeaux au pâtu rage. Mais le Christ ne tarda pas à la consoler d’avoir eu en partage une charge aussi humble et aussi vile ; il lui donna même la grâce d’une douceur intérieure, et très souvent il lui faisait part de secrets célestes. Elle demeura cependant inconnue à tous, mais d’autant plus connue de Dieu seul qu’elle était plus cachée.
C’est pourquoi elle est glorifiée par Isaïe disant: Mon secret est à moi, mon secret est à moi. Car il est lui-même un ami discret. 5. Après cela, il arriva que, ses forces corporelles étant épuisées par l’exercice intérieur de la contemplation, la vie l’abandonna. Son corps inanimé fut alors exposé, et ses amis et ses sœurs se lamentaient grandement. Le matin venu, on la porta à l’église.
Pendant qu’on célé brait la messe pour son enterrement, le corps remua tout à coup et se leva dans son cercueil, et aussitôt s’en vola comme un oiseau jusqu’aux voûtes du temple. Tous les assistants prirent la fuite, à l’exception seulement de sa sœur aînée qui, frappée de crainte, resta là jusqu'à la fin de la messe.
Christine se maintenait immobile, mais le prêtre, à l’aide des sacrements de l’Eglise, la força de descendre : car, comme le pensent quelques-uns, la subtilité de son esprit avait horreur de l’odeur des corps humains. Elle s’en retourna bientôt avec ses sœurs et, à la maison, prit un repas pour réparer ses forces.
Alors ses amis spirituels s’approchèrent d’elle et lui demandèrent de vouloir bien leur raconter ce qu’elle avait vu et ce qu’elle avait éprouvé. 6. Aussitôt que je fus morte, dit-elle, les ministres de lumière, les anges de Dieu, s’emparèrent de mon âme et me conduisirent dans un lieu ténébreux et horrible, plein d’âmes humaines. Les tourments que je voyais dans ce lieu étaient si grands et si cruels, qu’aucun lan gage ne pourrait les décrire.
Et là je vis beaucoup de trépassés que j’avais autrefois connus vivants. J’eus grande pitié de ces âmes, et je demandai quel était ce lieu. Je pensais que c’était l'enfer. Mes guides me répondirent que c’était le purgatoire, dans lequel les pécheurs qui se sont repentis pendant leur vie, suOriginal from CORNELL UNIVERSITY
i56 l’initiation bissent leurs peines. De là, ils me conduisirent dans un lieu où je vis les tourments de l’enfer, et j’y retrouvai aussi quelques-uns de ceux que j’avais connus pendant leur vie. 7. Après cela je fus portée au paradis, devant le trône de la divine * majesté.
Lorsque je vis le Seigneur se ré jouissant avec moi et me félicitant, je fus heureuse au delà de toute mesure, pensant qu’à partir de ce moment j’allais demeurer éternellement avec Lui.
En vérité, ditil, ma très douce, tu seras ici avec moi; mais pour le moment je te. propose de choisir : ou bien rester avec moi dès à présent; ou retourner à ton corps, pour que ton âme immortelle supporte, grâce à lui et sans détri ment pour lui, des souffrances qui auront pour effet d’arracher au purgatoire toutes ces âmes dont tu as eu pitié : en même temps l’exemple de ta vie et de tes peines ramènera à moi des hommes encore vivants et les arrachera à leur méchanceté; puis, ayant accompli tout cela, tu reviendras enfin à moi comblée de récompenses.
Je répondis sans hésiter que, sous la condition qui m’était proposée, je voulais revenir. 8. Le Seigneur aussitôt, me félicitant de ma réponse, ordonne que mon âme soit ramenée à mon corps. Et voyez combien les anges sont prompts à exécuter les ordres du Seigneur. En effet, au moment où l’on disait, à la messe qu’on célébrait pour moi, le premier Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, mon âme se présentait de vant le trône de la majesté divine.
Et, lorsqu’on disait V Agnus Dei pour la troisième fois, les anges rapides m’avaient restituée à mon corps. C’est ainsi que s’opérè rent mon départ et mon retour, et que je fus rendue à la vie pour l’amélioration des hommes. Maintenant, donc, ne soyez pas troublés par les choses que vous me verrez faire, car ce que Dieu ordonnera dç moi est au-dessus de l’intelligence humaine. Il n’en a jamais été vu de pa reilles chez les mortels.
Ayant entendu ce récit, ses amis furent émerveillés, et attendait avec stupeur ce qui allait arriver. 9. Après cela, Christine ayant une horreur étonnante de la présence des hommes, s’enfuit dans les déserts, sur - -------Dxi gi.c a L ton CORMEJXÀJNLV^RSItt Digitized by
LES CATASTROPHES ET LE SACRIFICE ( 5 J les arbres, en haut des tours ou des temples ou de n’im porte quelles choses éleve'es; tellement qu’on la crut pos sédée des démons et qu’on finit par s’emparer d’elle et la lier avec des chaînes de fer.
Là elle endura de grandes privations et souffrit beaucoup, surtout de l’odeur des hommes; mais une nuit le Seigneur lui vint en aide, elle se débarrassa de ses liens et de ses entraves et s’e'chappa, elle s’enfuit dans les solitudes lointaines des forêts et y vécut sur les arbres, comme les oiseaux.
Elle manqua de nourriture (car, quelque subtil que fût son corps, elle ne pouvait pourtant pas subsister sans vivre) et fut torturée . par une faim très violente, mais, malgré cela,elle ne vou lait absolument pas revenir, elle voulait rester seule avec le Seigneur dans le secret du désert. Adressant donc une prière au Seigneur, elle le supplia de jeter un regard miséricordieux sur ses angoisses.
Immédiatement, ayant tourné les yeux sur elle-même, elle vit les mamelles sté riles de sa poitrine virginale distiller un lait d’une grande douceur, contre les droits même de la nature. Chose étonnante et inouïe dans tous les siècles depuis l’incom parable Vierge, mère du Christ. Prenant donc ce liquide comme nourriture, elle vécut neuf semaines du lait vir ginal de sa propre mamelle.
Pendant ce temps, les siens la cherchaient, ils la trouvèrent et s’emparèrent d’elle, puis ils l’enchainèrent comme la première fois; mais ce fut en vain. io. Délivrée en effet par le Seigneur, elle vint dans la ville de Liège. Comme elle avait faim de la chair sacrosainte de l’Agneau pascal immaculé, elle supplia un prêtre de Saint-Christophe de faire cesser sa grande dé tresse en lui donnant la sainte communion.
Ce prêtre la lui promit, mais ajouta qu’il ne pouvait pas la lui don ner de suite, étant occupé; ne pouvant supporter de dé lai, elle alla trouver un prêtre d’une autre église et lui demanda le corps du Christ. Celui-ci, à sa prière, se leva de suite et le lui communiqua. Aussitôt après , entraînée par une violente impulsion, elle s’enfuit et sortit de la ville.
Le prêtre, étonné de cette fuite, se joignit à un autre prêtre de Saint-Christophe et tous deux la pour suivirent jusqu’aux flots de la Moselle. Ils se réjouisOriginal from CORNELL UNIVERSITY
158 l’initiation saient, pensant pouvoir s’emparer d’elle au bord de l’eau qui lui barrait la route, mais ils virent avec stupéfaction cette femme entrer, à leur approche, dans les gouffres profonds du fleuve, avec son vrai corps, presque fantas tique, et en sortir saine et sauve par l’autre rive. 11. Christine commença alors à faire les choses pour lesquelles le Seigneur l’avait renvoyée sur la terre.
Elle entrait dans les fours incandescents, préparés pour la cuisson des pains, elle y était torturée par l’embrase ment comme aurait pu l’être quelqu’un d’entre nous, de telle sorte que la souffrance lui arrachait des cris horri bles : et cependant, quand elle en sortait, son corps ne présentait aucune lésion extérieure.
Quand elle ne trou vait pas de fours, elle allait dans les maisons des hommes se jeter dans le feu : quelquefois elle y mettait seulement les pieds, d'autres fois les mains, et les y maintenait si longtemps que, sans un miracle divin, elles auraient été réduites en cendres.
Elle entrait aussi quelquefois dans des chaudières pleines d’eau bouillante jusqu’aux seins ou jusqu’aux reins, selon la hauteur de la chaudière, et elle répandait de l’eau bouillante sur les membres qui restaient au dehors à l’abri du supplice, et elle criait comme une femme en c-ouches ; cependant, quand elle en sortait, elle n’avait aucune lésion. 12.
Elle demeurait souvent et longtemps sous les eaux de la Moselle, par un temps glacial, tellement qu’elle y resta six jours et même plus. Mais le prêtre qui prenait soin d’elle venait et, se tenant sur la rive du fleuve, l’ad jurait par le nom du Christ ; elle était alors forcée de re venir. Elle allait aussi en hiver sous la roue du moulin, elle s’y tenait debout de telle sorte que l’eau s’écoulait sur sa tête et sur ses membres.
Elle venait aussi quelque fois en nageant, et tombait avec l eau sur la circonfé rence de la roue, et cependant on ne voyait aucune lé sion sur ses membres. 13. Elle courbait ses cuisses et ses bras, comme le font les bourreaux, sur les roues où l’on avait coutume autrefois de torturer les pirates, et cependant, lorsqu’elle en descendait, il n’y avait aucune lésion sur ses membres. Elle allait aussi au gibet et se suspendait à un lien parmi Digitized
LES CATASTROPHES ET LE SACRIFICE I 5g les voleurs, et elle y restait pendue un jour ou deux. Très souvent aussi elle entrait dans les sépulcres des morts et y pleurait sur les péchés des hommes. CHAPITRE II Merveilles dans la subtilité et la forme de son corps, sa jambe guérie, sa délivrance de la captivité; de l’huile s'écoule de ses seins. Manière de vivre plus ordinaire; fruits de la sainte communion; elle se confie aux aumônes; prophétie. 14.
Elle se levait aussi quelquefois au milieu de la nuit, et provoquant les chiens de toute la ville de SaintTrond, les faisait aboyer et fuyait devant eux comme une bête; les chiens la poursuivaient et la chassaient à travers les forêts et les fourés d’épines, de telle sorte qu'aucune partie de son corps ne restait exempte de blessures, son sang coulait, et cependant on ne lui voyait pas la moindre lésion.
Elle en faisait autant d'elle-même avec des épines et des buissons, de telle sorte qu’on voyait le sang se répandre de tout son corps. Beaucoup de personnes virent souvent cela, et s’étonnè rent qu’il puisse sortir autant de sang d’un seul corps. En dehors, en effet, de ces effusions de sang, elle en tirait très souvent beaucoup de ses veines. 15.
Son corps était d’une telle subtilité et d’une telle légèreté, qu’elle marchait sur les lieux escarpés et élevés, et se perchait sur les plus minces rameaux des arbres, comme un oiseau. 16. Lorsqu’elle voulait prier, elle était forcée de s’en fuir sur les sommets des arbres, ou des tours, ou de n’importe quelles choses élevées, afin que là, éloignée de tout le monde, elle trouve le repos de son esprit.
En outre, lorsqu’elle priait, et que la grâce divine de la contemplation descendait en elle, tous ses membres se réduisaient en un globe, comme de la cire chauffée, et on ne pouvait plus les voir que comme un corps sphé rique. Lorsqu’elle sortait de cette ivresse spirituelle et hy-Got gle Original from ¿QUELL' UNIVERSITY
i6o l’initiation [novembre que la sensibilité revenait à ses membres, son corps pe lotonné comme un hérisson reprenait sa forme, et ses membres, semblables auparavant à une matière informe, se détendaient ; souvent aussi elle se tenait debout sur les poteaux des haies, et là elle chantait une série de psaumes : il lui était en effet extrêmement pénible de toucher la terre pendant ce temps-là. 17.
Ses sœurs et ses amis rougissaient beaucoup de tout cela, parce que les hommes la disait possédée des démons; ils s’entendirent avec un homme très fort et très méchant qui, moyennant salaire, consentit à la poursuivre, la prendre et la livrer enchaînée. Celui-ci la poursuivit en vain par les déserts, et ne put la prendre avec ses mains, mais il finit par l’atteindre et lui brisa le tibia d’un coup de bâton.
Lorsqu’elle fut portée à la maison, ses sœurs firent venir un médecin pour lui soi gner son os brisé. On la porta alors à Liège dans un char. 18. Le médecin ayant conscience de sa force, l’enferma dans le garde-manger, garni de liens de toute part, l’at tacha solidement et la lia à une colonne, puis il ferma les portes.
Mais, quand le médecin se retirait après avoir pansé et bandé sa jambe, elle arrachait les pièces du pan sement, jugeant indigne d’avoir recours à un autre mé decin que notre Sauveur Jésus-Christ. Et le Tout-Puis sant ne trompa pas son attente.
Car une nuit, l’esprit divin s'empara d’elle, ses liens furent rompus, et guérie com plètement, elle marchait et trépignait sur le plancher du garde-manger, louant et bénissant celui pour qui seul elle avait voulu vivre et mourir.
Or son esprit se sentant écrasé dans cette prison, elle arracha une pierre du dal lage et s'ouvrit violemment un passage à travers le mur; alors, pour prendre un exemple, de même que la flèche est lancée d’autant plus fortement que l’arc est plus tendu, de meme son esprit, comprimé plus que de droit (car où est l’esprit du Seigneur, là est la liberté), s’en vola dans les airs comme un oiseau, entraînant avec lui son corps charnel. 19.
Mais ses sœurs et ses amis ne cessèrent pas pour cela de la persécuter : car ils parvinrent à s’en saisir dans le lieu où elle était retournée, et ils la lièrent fortement à une Digitized by Go~^4e
161 1897] LES CATASTROPHES ET LE SACRIFICE sorte de banc en bois. On la nourrissait comme un chien, d’un peu de pain et d’eau pure. Alors le Christ voulant montrer sa merveilleuse puissance, permit qu’elle fut domptée et tourmentée pour un temps. Ses fesses et ses épaules, meurtries par la dureté du bois, pourrissaient, et la douleur qui en résultait était telle qu’elle ne pou vait pas manger son pain.
Personne ne compatissant à ses misères, le Seigneur eut pitié d’elle d’une manière merveilleuse : il fit en elle un miracle extraordinaire, inouï dans tous les siècles passés. En efiet, une huile limpide et claire se mit à couler de ses mamelles virgi nales. Elle la recueillit et s’en servit pour tremper son pain sec, comme dans une sauce, et pour panser, comme avec un onguent, les blessures de ses membres en pu tréfaction.
Quand ses sœurs et ses amis virent cela, ils se mirent à pleurer, et ne tentèrent plus rien contre les miracles de la volonté divine en Christine, ils la déli vrèrent de ses liens, et lui demandant pardon à genoux des sévices qu’ils avaient exercés contre elle, ils la lais sèrent libre. 20. Usant alors à loisir de sa liberté, elle s’infligeait des souffrances pour les péchés des hommes, selon ce qui a été dit plus haut.
Et, comme beaucoup de gens du voisinage, des pays lointains et même des régions extrêmes, venaient journellement pour voir les mer veilles de Dieu en Christine, des hommes et des femmes religieux qui étaient dans la ville, craignant que l’extrême étonnement causé par ces merveilles n’excédât la raison humaine, et que les âmes bestiales des hommes ne con vertissent les actes divins en opération maligne, surtout en cela que, fuyant la présence des hommes, elle montait comme un oiseau sur tout ce qui était escarpé, et de meurait très longtemps sous les eaux, comme un poison, prièrent instamment le Seigneur pour qu’il tempérât ses miracles en Christine, selon l’état commun des hommes.
Et le Seigneur ne rejeta pas les prières qu’ils lui adres saient en pleurant pieusement. 21. Il arriva en effet qu’un jour, secouée très violem ment par l’esprit, elle s’enfuit vers une église dans la campagne qu’on appelle Guelleir, et ayant trouvé les 6 Original from CORNELL UNIVERSITY Digitized by ViOOQle
IÔ2 l’initiation fonts baptismaux ouverts, elle s’y plongea tout entière. Cela fait, on dit que sa manière de vivre fut plus tempére'e, elle supporta mieux l’odeur des hommes et put habiter parmi eux. 22. Elle recevait fréquemment le sacrement du corps et du sang du Seigneur, dans une sainte dévotion, sur tout les dimanches, et elle disait que cela lui procurait la force du corps et une grande joie de l’esprit.
Elle avait abandonné pour le Christ ses biens propres et ceux qui devaient lui revenir par héritage, de sorte qu’elle ne possédait rien pour se procurer la nourriture et la bois son, mais elle vivait des aumônes communes des hommes qu’elle mendiait aux portes chaque jour, afin de porter les péchés de ceux qui la nourrissaient de leurs aumônes.
Elle disait que pour cela l’esprit de Dieu la forçait à mendier les aumônes des scélérats, afin que par elles ils fussent amenés à l’horreur des péchés et à faire péni tence. Elle disait en effet que rien n’inclinait plus Dieu à la miséricorde envers les pécheurs que lorsque ceuxci étaient eux-mêmes portés à la miséricorde envers leur prochain.
D’où ce mot d’un sage : Jamais la miséricorde et la pitié n’ont manqué de conclure en bien le dernier jour, et pour rendre cela évident par un exemple, nous allons confirmer ce que nous en avons dit en racontant un des actes de Christine. 23.
Il arriva qu’un jour Dieu lui envoya une soif into lérable, elle accourut à la table d’un grand scélérat, au milieu d’un festin splendide, et lui demanda à boire ; celui-ci, ému d’une pitié inaccoutumée, lui donna à boire un peu de vin. C’est pourquoi Christine dit, contre l’opinion de tous ceux qui connaissaient cet homme, qu’il était appelé à obtenir son pardon au moment de sa mort, par la pénitence et la contrition.
CHAPITRE III Elle est douloureusement affectée par les aumônes provenant de biens, mal acquis; ses vivres et ses vêtements; ses sensa tions lui faisant connaître ceux qui doivent être damnés et ceux qui doivent être sauvés; elle scrute les cœurs; prédic tions diverses: extase, etc. Digitized
LES CATASTROPHES ET LE SACRIFICE i63 24. C’est pour cela, comme nous l’avons dit, qu’elle e'tait forcée de mendier les aumônes des publicains. Et cependant, lorsqu’on lui donnait en aumône de la nourritdre mal acquise et qu’elle la mangeait, il lui semblait qu’elle avalait des viscères de grenouilles et de crapauds, ou des intestins de serpents.
Et, quand elle mangeait de telles choses, elle criait comme une femme en couche : O Christ, que me fais-tu ? pourquoi me tourmentes-tu ainsi ? Et, se frappant la poitrine et le corps, elle disait : O âme misérable, que désires-tu ? Pourquoi convoites-tu ces choses horribles? Pourquoi te nourris-tu de ces ordures? Car ce qu’elle mangeait lui causait cette souf france quand cela avait été mal acquis.
Et ses tortures n’étaient pas moindres lorsque quelque scélérat lui refu- * sait ce qu’elle lui demandait. Il arriva quelquefois qu’elle enlevait de force à un impie ce qu’il lui refusait, disant : Quoique tu ne le veuilles pas actuellement, tu ne regret teras pas plus tard ce que je t’ai enlevé; ça te servira alors, tandis que maintenant ça ne te sert pas. 25.
Lorsqu’il manquait une manche à sa tunique ou le capuchon à son manteau, et qu’elle rencontrait quel qu’un de qui l’esprit intérieur l’avertissait qu’elle devait le recevoir, elle le lui demandait. S’il le lui donnait, elle remerçiait : mais, s’il le lui refusait, elle le lui enlevait malgré lui, et elle le cousait à ses propres vêtements. Et elle ne rougissait pas si sa tunique avait deux manches de couleurs différentes.
Ses vêtements étaient une tuni que blanche et un manteau blanc, couvrant tout son corps jusqu’aux pieds; ils étaient souvent cousus avec des fils d’écorce de tilleul, ou avec de l’osier ou de petites broches de bois. Elle n’avait point de chaussures et marchait nu-pieds par tous les temps.
Elle se nour rissait de mets vils et abjects, elle récoltait les eaux de vaisselle qu’on allait jeter, les faisait bouillir et les pre nait comme nourriture avec du pain de son, dur, mais ramolli dans l’eau. Elle entremêlait généralement ces repas de jeûnes continués pendant quatre à six jours. 26.
Elle fuyait avec grand soin les hommes et la gloire ; elle disait que ceux à qui le Christ avait donné la con naissance de sa vérité dans cette vie étaient le plus Original from €ORfÆLL UWVER5ITY
l’initiation 164 tourmentés pour cela dans l’enfer ou le purgatoire. Elle marchait toujours comme mourante et en pleurant : car Dieu lui révélait ce qu’avaient mérité ceux qui mou raient chaque jour, le salut ou la damnation. Lorsque quelqu’un était mort dans la ville, et qu’elle savait par l’esprit qu’il était damné, elle pleurait, se tordait et se retordait, elle se courbait et recourbait ses bras et ses doigts comme s’ils étaient sans os.
Sa douleur était into lérable pour tous ceux qui la voyaient, et quelle que soit la dureté des hommes, ils ne pouvaient en soutenir la vue sans une grande contrition et sans compassion. Mais ceux qui, mourant, devaient être sauvés, la fai saient tellement trépigner qu’il était extraordinaire qu’elle puisse vivre dans une si grande joie.
Il en résul tait que ceux qui connaissaient la vertu de son esprit pouvaient s’apercevoir facilement, par sa joie ou sa tris tesse, du sort qui attendait les mourants de la ville. 27. Elle assistait très volontiers les mourants, avec beaucoup de bonté, les exhortant à confesser leurs péchés, dans l’espoir des joies éternelles et ¡’horreur du funeste embrasement.
Elle ne bornait pas sa sollicitude aux mourants chrétiens; mais, par une admirable com passion, elle l’étendait aussi aux Juifs qui étaient en grand nombre dans la ville.
Elle rapportait que le Sei gneur Christ était très miséricordieux, mais seulement envers ceux qui consentaient à se tourner vers lui ; que c’est bien malgré lui qu’il se résout à châtier les péchés des hommes et qu’il est attristé chaque fois qu’il le fait, mais il y est forcé, les péchés des hommes l’exigent : aussi II recherche activement les occasions par lesquelles il puisse donner le salut aux malheureux.
Et son visage revêtait une grâce admirable quand elle disait cela du Seigneur Christ. 28. Elle racontait qu’il y avait un lieu voisin des enfers, constitué par Dieu comme purgatoire pour ceux qui s’étaient souillés de crimes atroces, mais qui cepen dant s’étaient repentis à leurs derniers moments.
Elle disait que ce lieu était tellement horrible par les tour ments qu’on y endurait que les supplices de l’enfer n’en différaient que par l’espoir du pardon, après lequel souOriginal from
LES CATASTROPHES ET LE SACRIFICE i65 piraient ceux qui y étaient suppliciés. Elle ajoutait que les démons présidaient à leur torture, et les tourmen taient d'autant plus cruellement qu’ils savaient que leurs supplices devaient durer moins longtemps. 29.
Elle fit preuve de l’esprit de prophétie dans plu sieurs circonstances, elle en avertit plusieurs pour leur salut, elle en reprit d’autres en secret pour des crimes cachés et les rappela à la pénitence.
Quand eut lieu ce malheureux combat (octobre 1213), entre le duc de Bra bant et ses adversaires, dans lequel tant de centaines d’hommes furent tués à l’endroit qu’on appelle Steps, cette bienheureuse femme en ce même jour criait comme une femme en couches et disait : Hélas, hélas ! je vois l’air plein de glaives et de sang. Courez, mes sœurs, courez; priez le Seigneur; versez des larmes pour que sa colère n’arrête pas sa miséricorde.
Et elle dit à une religieuse dans ce monastère de Sainte-Catherine (près de la ville de Saint-Trond) : Courez, ma fille, courez vite faire oraison, et priez le Seigneur pour votre père qui court actuellement le plus grand danger. 30. Comme une certaine religieuse de ce couvent pensait à en sortir, Christine dit d’elle: O vase vide! destiné à être un grand scandale pour le couvent.
Et peu de temps après, cela arriva, elle apostasia comme l'avait dit Christine, et causa un grand scandale au cou vent par ses dérèglements.
Et, comme la juridiction du couvent était trop sévère et faisait des difficultés pour reprendre cette religieuse qui revenait repentante, Chris tine reprit le conseil et lui dit: Il se peut que vous fassiez peu de cas de sa perdition, mais son âme n’a pas été si peu de chose pour le Christ, puisqu’il a daigné répandre son sang et mourir pour elle. Et Christine ne cessa pas de gémir jusqu’à ce qu’on acceptât cette reli gieuse repentante. 31.
Un noble traversa la mer pour aller visiter le sépulcre du Seigneur. L’épouse de ce noble conjura Christine de prier pour qu’il revînt sain et sauf. Christine pensa que cette demande était inopportune, mais elle offrit à Dieu beaucoup de prières, de supplications et de vœux pour ce soldat, et le ramena sain et sauf, mais elle dit à Original from —-GÔRW&LL UNIVERSITY
166 l’initiation sa femme, comme en colère : Voici que par l’importunité de ta demande je t’ai ramené ton mari sain et sauf, mais sache maintenant que tu ne te réjouiras pas longtemps de sa présence. On vit peu de temps après la vérité de cette parole. Au bout de quelques jours, ce noble quitta cette vie et laissa dans la tristesse et la désolation sa femme et ses fils. 32.
Elle prédit longtemps à l’avance que la terre sainte, Jérusalem, tomberait au pouvoir des impies Sarrasins. Et lorsque vint le jour où Saladin, roi de Perse, s’empara de Jérusalem, du sépulcre du Seigneur et de la croix du Christ, elle se trouvait au camp de Loss et connut l’événement en esprit. Comme elle s’en réjouissait gran dement, les assistants lui demandèrent d’expliquer la cause d’une si grande joie.
Je me réjouis, dit-elle, à juste titre parce que le Seigneur Jésus, aujourd’hui transporté de joie avec ses anges, vient de donner une occasion de sauver un grand nombre d’hommes. 33.
Comme les assistants lui demandaient quelle était cette occasion : Sacher, dit-elle, qu’aujourd’hui la terre sainte est tombée aux mains des impies, et que c’est là une grande occasion de salut : car le Christ estime que son outrage mérite que cette terre soit livrée au déshon neur, elle qui a été consacrée par sa passion et doit pourtant périr à la fin du monde, parce que les âmes rachetées par sou sang chercheront toujours à la reprendre et seront ainsi ramenées de la voie de l’impiété à la voie de la justice; et les hommes verseront leur sang pour la cause de la terre sainte, et leur grande dévotion sera pour le Christ une compensation de sa mort.
Alors tous ceux qui étaient présents furent étonnés et quelques-uns notèrent le moment de cette prédiction, et vérifièrent que l’événement eut lieu ce même jour, lorsqu’il se fut écoulé un temps suffisant pour que la nouvelle pût leur parvenir, en raison de la longueur du chemin et de la traversée de la mer (i 187)« 34. Elle prédit aussi longtemps à l’avance la grande famine qui eut lieu vers l’an 1170.
Christine prédit aussi beaucoup d’autres choses dont une partie est déjà accomplie et dont le reste, croyons-nous, s’accomplira. Digitized by Google Original from CORNELL UNIVERSITY
LES CATASTROPHES ET LE SACRIFICE 167 35. En outre, comme elle e'tait très liée avec les sœurs de Sainte-Catherine hors la ville de Saint-Trond, elle s'asseyait quelquefois avec elles pour parler du Christ; il lui arrivait alors inopine'ment d’être ravie en esprit, et son corps se mettait à tourner comme une toupie, et elle tournait avec une telle rapidité qu’il n’était plus possible de distinguer la forme de ses membres.
Lors qu’elle avait ainsi tourné très longtemps, elle tombait comme épuisée, et tou ses membres restaient sans mou vements; on entendait alors, entre sa gorge et sa poi trine, une admirable harmonie, qu’aucun mortel ne pou vait comprendre ni imiter en aucune façon.
Ce chant n’avait que la flexibilité et les tons de la musique: les paroles de cette mélodie, si on peut les appeler des paroles, bruissaient pour ainsi dire d’une manière incom préhensible. Pendant ce temps, aucune voix, aucun Souffle ne sortait de sa bouche ni de ses narines, ce n’était qu’entre sa poitrine et sa gorge que résonnait l’harmonie de la voix angélique. 36.
Pendant que tous ses membres reposaient ainsi, ses paupières étaient fermées comme si elle avait été endormie. Alors, après quelque temps elle revenait à elle, comme ivre, et se levait dans un véritable état d’ivresse ; puis elle criait avec véhémence : Amenez-moi le conseil et louons ensemble la grande bonté de Jésus, dans ses merveilles.
Bientôt, le conseil se rassemblant de toute part (car il se réjouissait beaucoup du soula gement de Christine) commençait à chanter le Te Deum laudamus et le finissait accompagné par tout le monde.
Quand plus tard elle était revenue complètement à ellemême et qu’on lui racontait ce qu’elle avait fait, comme le conseil l’invitait à louer le Christ comme les autres, elle était honteuse et s’enfuyait en rougissant; mais, si quelqu'un la retenait de force, elle éprouvait une grande douleur et se montrait stupide et hébétée. 37.
Quand elle sortait de cet état dont nous venons de parler, elle disait avec une grande amertume dans le cœur: O malheureux et misérable monde, qui ne con naît pas son créateur! Pourquoi ne le sers-tu pas? Pourquoi ne tiens-tu aucun compte de salonganimité et Original from CORNELL UNIVERSITY
168 l’initiation de sa patience ? Si tu voyais une bonté pareille à la sienne, même chez un autre, malgré les contradictions du monde, tu ne pourrais t’empêcher de l'aimer. Mais tu t’es détourné de Lui. O misérable monde ; tu as fermé tes yeux et tu n’as pas voulu comprendre.
Disant cela, elle criait comme une femme en couches, elle tordait ses membres et elle se roulait par terre avec de grands gémissements, parce que le monde ne connaissait pas son créateur.
CHAPITRE IV La sainte se retire auprès d’Ivette, recluse, chant et science des Écritures, le comte de Loss Ta en grande estime, ayant bien mérité de lui, de son vivant, la sainte partage avec lui, après sa mort, les peines du purgatoire; son amour de Ja solitude. 38.
Après cela elle quitta sa maison et ses parents, et s'en alla sur les confins de l’Allemagne, dans le camp qu’on appelle Loen (Loss) : elle demeure là neuf ans avec une recluse menant une vie très religieuse, nommée Ivette, et Dieu fit par elle des choses admirables.
C’est par cette recluse, que j’ai eu connaissance de beaucoup des choses que j’ai écrites sur Christine : c’est en effet pour cela que je vins la trouver des parties lointaines de la Gaule. 3q.
Or en ce même endroit, Christine allait souvent aux matines, et lorsque tout le monde était sorti de l’église et que les portes étaient fermées, elle passait toute la nuit à se promener sur le pavé de l’église, en chantant un cantique d’une telle douceur qu’il paraissait plutôt un chant angélique cfu’un chant humain.
Ce chant était si admirable à entendre, qu’il l’emportait sur les instruments de tous les musiciens et sur les voix de tous les mortels ; et cependant il était de beaucoup inférieur en douceur, à cette harmonie qu’on entendait entre sa poitrine et son gosier, quand elle perdait connaissance. J’ajouterai que ce chant était en latin et contenait des rimes admirables. Original from CORNELL UNIVERSITY Digitized
LES CATASTROPHES ET LE SACRIFICE 169 40. Elle comprenait toute latinité, et connaissait com plètement le sens des écritures saintes, quoique, depuis sa naissance, elle ignorât complètement ses lettres ; elle répondait avec beaucoup de lucidité aux questions que lui posaient quelques amis spirituels sur des questions très obscures, concernant ces écritures.
Mais elle con sentait rarement et à contre-cœur à agir ainsi, disant que l’explication des écritures saintes était le propre des prêtres, et qu’un pareil ministère ne lui appartenait pas. Elle avait une grande vénération pour le clergé et .sur tout pour les prêtres, à cause de son grand amour pour le Christ, tandis qu’au contraire elle était en butte à beaucoup d’injustices de leur part.
Lorsque les prêtres ou les clercs péchaient, elle les reprenait doucement, en secret et avec beaucoup de révérence, comme s’ils avaient été ses propres pères, de crainte que le saint nom du Christ ne fût outragé publiquement par leurs excès. 41. Un homme très noble, Ludwig, comte de Loss, connaissant sa sainteté, par suite de sa grande renommée se mit à l’aimer de tout son cœur et à accepter sincère ment ses conseils et ses entretiens.
Partout où il la voyait il se levait et courait auprès d’elle, en l’appelant sa mère. Lorsque le comte avait fait quelque chose contre la jus tice, ou contre l’Église du Christ ou ses ministres, elle en était affligée pour lui comme une mère l’eût été pour son fils. Elle allait alors le trouver dans son palais, le reprenait maternellement, et elle obtenait de lui toute satisfaction et toute justice. 42.
Un jour que ce comte Ludwig se reposait à l’entrée de l’église, entouré de nombreux soldats, elle survint en secret et se pencha sur sa tête. Ayant alors levé ses yeux et ses mains, elle se mit à dire avec une expression de grâce admirable: O Seigneur que tu es beau! Les soldats entendant cela disaient au comte : Entendez-vous, Seigneur comte, comme cette sainte vous loue ? Le comte répondit: Je sais qui elle loue.
Ce n’est pas moi, mais son Seigneur céleste, qui est le créateur des choses belles, et lui-même le plus beau de tout. La sainte dit alors : Tu as dit vrai. Mais alors, pourquoi ne l’aimes-tu pas ? Digitized by Google Original from CORNELL UNIVERSITY
l’initiation 170 43. Quelquefois ce même comte, dans son palais près de Loss, palais aujourd’hui détruit, était couché sur un matelas, vers midi en été, et causait avec un Limbourgeois et un autre comte. Christine, accourant pendant cet entretien, s’acharnait à crier au comte Ludwig : O malheureux, avec qui causes-tu maintenant ? En voici un qui agit avec toi comme un ami et qui est ton ennemi, déjà prêt à te trahir.
Aussitôt le traître, redoutant la voix de cette femme, se tut, et l’issue de l’affaire montra la vérité qu’il dissimulait sous ses paroles. 44. Ce même comte, lorsqu’il fut sur le point de mourir, fit demander Christine et la pria instamment de rester auprès de lui jusqu’à l’heure de sa mort.
Comme elle y consentit avec beaucoup de bonté, le comte fit sortir de la chambre à coucher tous ceux qui étaient présents; mais il retint Christine près de lui.
Aussitôt le comte, rassemblant ce qui lui restait de forces, se leva, puis se jeta suppliant aux pieds de Christine, et lui confessa, en pleurant beaucoup, tous ses péchés depuis l’âge de onze ans jusqu’à ce jour : il ne fit pas cela pour obtenir son pardon, qu’elle ne pouvait pas lui donner, mais pour l’engager, par cette expiation, à prier davantage pour lui.
Après cela, le comte fit venir tous le siens dans sa chambre, et il mourut après avoir pris ses dispositions selon le conseil de Christine. Et celle-ci vit son âme livrée au purgatoire pour y être tourmentée de peines très cruelles. 45. Cette pieuse femme, en ayant grande pitié, obtint de Dieu de supporter avec lui les supplices qu’il avait à subir dans le purgatoire.
En effet, comme le comte lui apparaissait après sa mort pour implorer son secours, Christine lui répondit : Courage, va-t’en et subis les peines de tes péchés, selon le jugement divin ; moi je prends la moitié de ton purgatoire et j’en subirai les tourments dans mon corps.
En suite de cela, on pou vait voir Christine, longtemps encore après, tourmentée la nuit par des vapeurs enflammées, quelquefois au con traire par des froids rigoureux; en réalité, elle était tor turée des mêmes tourments alternés que subissait l’âme du comte. Elle arrosait de ses larmes les lieux où le Original from Digitized by
LES CATASTROPHES ET LE SACRIFICE I7I comte avait l’habitude de pécher et s’affligeait dans ceux où il s’était réjoui follement. 46. Dans la dernière année de sa vie, elle habita sou - vent dans la solitude et dans le désert; et elle revenait, quoique rarement, quand elle était poussée par l’esprit, pour le salut des hommes ou pour prendre de la nourri ture.
En ce temps-là, nul mortel n’eùt été capable de la retenir, quand elle aspirait à aller dans le désert. Quand elle revenait, personne n’osait la saluer ni lui demander quoi que ce soit. Quelquefois, en effet, en revenant le soir, elle passait à travers la maison, comme un esprit marchant sur la terre : on avait peine à distinguer si c’était un esprit ou un corps qui passait, car elle parais sait à peine toucher la terre.
En effet, dans cette der nière année de sa vie, presque toutes les parties de son corps animal s’étaient tellement spiritualisées, que per sonne ne pouvait regarder son ombre sans trouble et sans terreur. Mais, quand elle fut revenue à Saint-Trond, elle resta souvent dans le couvent de Sainte-Catherine.
CHAPITRE V Quelle fut sa vie peu de temps avant sa mort; langueur; elle meurt pour la seconde et la troisième fois; sépulture; translation; réflexion de l’auteur; exhumation du corps; miracle. 47. Le vénérable Thomas, dont j’ai déjà parlé, main tenant abbé de Saint-Trond, mais alors prêtre de la ville, m’a raconté, sur Christine quelque chose qui mérite d’être rapporté.
Comme il revenait de matines, à la pointe du jour, avec un collègue, celle-ci, passant avec impétuosité, s’élança dans l’église. Ils la suivirent secrè tement et se placèrent derrière une colonne pour ob server ce qu’elle ferait ou dirait. Cela ne tarda pas, ils la virent se jeter devant l’autel comme un sac plein d’os secs.
Elle se mit alors à se lamenter vivement et à frap per à coups redoublés sa poitrine et tout son corps, avec ses poings, en disant : O malheureux et misérable corps! Combien de temps me tourmenteras-tu, moi qui Original from CORNELL UNIVERSITY Digitized by
172 l’initiation suis si malheureuse ? Que fais-tu de moi ? Quel profit trouves-tu à retenir si longtemps ma malheureuse âme ? Combien de temps me tiendras-tu éloignée de la présence du Christ ? Quand me quitteras-tu pour que mon âme retourne libre vers son créateur? Malheur à toi, misé rable, et malheur à moi qui suis liée à toi ! 48. En disant ainsi ces choses, elle frappait son corps.
Mais ensuite, prenant le rôle de son corps, elle disait, comme parlant à un esprit : O âme malheureuse! Pour quoi me tourmentes-tu ainsi? Qu’est-ce qui te retient en moi, et qu’aimes-tu de moi ? Pourquoi ne me per mets-tu pas de retourner à la terre, d’où j’ai été tiré, et de me reposer, jusqu’à ce que je te sois restitué au jour du jugement? Pourquoi ne vas-tù pas te reposer et goûter des joies supérieures dans le ciel ?
Parlant ainsi, elle soupirait, sanglotait et pleurait. Mais aussitôt, de meurant un ,peu de temps silencieuse, et s’échauffant sincèrement en Dieu, par une sainte réflexion, elle prit ses pieds entre ses mains et les embrassa très affectueu sement en disant: O corps chéri ! pourquoi t’ai-je frappé? Pourquoi t’ai-je injurié ? Ne m’as-tu pas obéi dans toutes les bonnes œuvres que j’ai entreprises d’après les ordres de Dieu ?
Tu as supporté avec bonne volonté et avec pa tience les tortures et les travaux que l’esprit t’a im posés. 4q. Et, redoublant ses baisers, elle disait : Prends pa tience maintenant, ô mon excellent et très aimable corps.
La fin de ton travail approche ; voilà que, réduit en poussière, tu vas dormir quelque temps, et enfin, quand la trompette sonnera, débarrassé de toute corruptibilité, tu ressusciteras et tu te réuniras, dans une joie perpé tuelle, à cette âme que, dans le temps présent, tu as eue pour compagne de tristesse.
En caressant ainsi son corps de ses paroles et de ses baisers, elle poussait ces admi rables cris de joie dont j’ai parlé; et elle était remplie d’une telle joie intérieure, que son corps paraissait de voir éclater. Dieu est vraiment admirable dans ses saints, mais, dans celle-ci, il a été, pour ainsi dire, admirable au-dessus de toute admiration. Original from CORNELL UNIVERSITY Digitized
LES CATASTROPHES ET LE SACRIFICE Ij3 50. A la fin de sa vie, elle mangeait rarement et très peu de chose. Quand elle causait, comme elle avait cou tume autrefois, avec les sœurs et les religieuses, elle ne voulait pas s’asseoir, mais goûtant à peine et ayant ré paré ses forces par le sommeil, elle partait aux déserts avant le milieu de la nuit. Dans ces jours-là on ne la vit jamais rire, elle paraissait égarée par l’excès de douleur.
Elle marchait en priant, triste et désolée. Et cela, comme le pensent quelques personnes, parce que le Seigneur lui révélait, plus que d’habitude, l’état du monde et sa méchanceté. Elle pleurait souvent avec de grandes lamentations, parce que le genre humain était corrompu dans sa semence et que la colère de Dieu menaçait pour cela presque toute la chrétienté. 51.
Le temps arrivant où elle devait être immobilisée par la langueur qui précède la mort, elle se livra à la contemplation avec une telle assiduité, qu’il lui était très pénible de tendre les ressorts de son esprit pour une autre occupation.
A la fin, condamnée au repos complet, ellej pria amicalement une religieuse de Sainte-Cathe rine, nommée Beatrix, de lui préparer secrètement un lit dans la chambre, parce qu’elle se sentait menacée d’une maladie de langueur. Celle-ci le fit aussitôt, Chris tine alla s’y coucher et sa maladie alla en s’aggravant.
Ayant été ainsi maintenue au lit par la faiblesse, pen dant trois semaines, elle demanda la communion du corps de Notre-Seigneur, et fonction de l’huile sainte. Après cela, cette même Beatrix dont je viens de parler, se jeta à genoux devant elle, et la pria de l’instruire sur certaines choses, avant de quitter ce monde.
Comme elle se taisait, Béatrix pensa que son esprit était occupé ailleurs, elle remit sa question à plus tard, et quittant la chambre pour faire quelque chose, elle la laissa seule pendant ce temps-là. 32.
Or quelques-uns racontent que pendant sa vie elle avait très souvent prié le Seigneur de ne faire, à sa mort, aucun miracle en son honneur, mais de lui permettre de mourir comme le commun des hommes, et le Sei gneur l’exauça encore en cela : car. avant que Béatrix fût de retour, Christine avait rendu son âme, à l’ap Digitized by Google Original from CORNELL UNIVERSITY
’74 l’initiation pel du Christ. Quand Beatrix revint, avec une autre sœur, elle trouva à terre le corps inanimé, couché comme le sont les morts, d’habitude, et vraiment, je crois que ce sont les anges qui l’avaient disposé ainsi. Alors Béatrix se jeta vivement sur le corps de la défunte et se lamenta avec violence.
Au milieu de ses cris, elle lui demandait souvent pourquoi elle était retournée vers le Seigneur sans faire ses adieux et sans les prières des sœurs, puis, dans un élan de foi passionné, elle fixa ses yeux sur le visage de la morte et dit : O Christine! toi qui m’as toujours obéi quand tu vivais, je t’en conjure et je t’en supplie par notre Seigneur Jésus-Christ, que tu as aimé d’un amour si ardent pendant ta vie, obéismoi encore maintenant : car tu es puissante et tu peux tout ce que tu veux par Celui auquel tu es unie mainte nant, reviens à la vie et dis-moi ce que j’ai ^nt désiré apprendre de toi quand tu vivais.
53. Chose étohnante ! Béatrix n’eut pas plutôt crié cela aux oreilles de Christine, qu’elle revint dans son corps et poussa un profond soupir ; et, avec un visage anxieux, elle repoussa celle qui la rappelait et lui dit : O Béatrix! pourquoi me tourmentes-tu ? Pourquoi m’astu rappelée?
On me conduisait déjà pour comparaître devant le Christ ; mais maintenant, ma sœur, hâte-toi de me demander ce que tu veux, et permets-moi, je t’en prie, de retourner au Seigneur comme je le désire ar demment. Alors Béatrix reçut la réponse à la question qu’elle s’était proposé de lui faire.
Pendant ce temps là, les sœurs du monastère s’étaient assemblées de toute part, et, pendant qu’elles faisaient le signe de la croix, Christine connut la mort pour la troisième fois, elle mourut pour la troisième fois et partit enfin pour l’im mortalité dans les siècles des siècles. 5<. Depuis sa première résurrection d’entre les morts, elle vécut quarante-deux ans, et elle est morte vers i’an 1224 de l’incarnation du Seigneur.
Elle fut enterrée hors des murs de Saint-Trond, dans le couvent de Sainte-Catherine, et elle y resta sept ans, à savoir, jus qu’à l’époque où tous les bâtiments de ce couvent furent transportés dans un lieu voisin, mieux approprié. Alors Original from CORNELL UNIVERSI
LES CATASTROPHES ET LE SACRIFICE I jS le cierge et les religieuses, ayant rassemblé tous les habi tants de la ville, se rendirent au tombeau de la bien heureuse et révérende Christine. Quand on l'eut ouvert, une grâce d’une telle douceur se répandit sur tous les assistants, qu’ils s’écrièrent tous, d’une seule voix, que Christine avait été admirable dans sa vie et qu’elle était glorieuse après sa mort.
Et personne n’hésita à croire que la santé n’ait été accordée à tous ceux qui étaient venus à son tombeau avec la foi requise. Mais nous ne pouvons pas continuer sur ce sujet. 55.
Voyez maintenant, lecteur, combien nous sommes coupables, quand nous voyons Christine avoir supporté tant de tourments et tant de peines, non pour elle, mais pour son prochain : tandis que nous, nous redoutons de faire pénitence, pour nous-mêmes et pour nos propres fautes.
Un jour viendra, il viendra certainement et ne tardera pas, où nous accepterions volontiers de souffrir davantage, si on nous accordait un lieu de pénitence, et si on nous permettait de revenir aux temps que nous avons négligés autrefois.
Et malheur à ceux qui voudront alors acheter l’huile de miséricorde, quand le temps des marchés sera passé: ils frapperont alors à la porte avec leur lampe vide, et ils n’obtiendront pas l’entrée : bien plus, on leur dira : En vérité, je vous le dis, je ne vous connais pas. Veillez donc, car vous ne connaissez ni le jour ni l’heure. 56.
C’est une conclusion inévitable pour celui qui dort, puisque, négligeant le jour et l’heure, il n’a pas voulu veiller avec sa lampe pleine de l’huile des bonnes œuvres provenant des dignes fruits de la pénitence. Veillez donc, car vous ne connaissez ni le jour ni l’heure où votre Sei gneur doit venir. Et quoi d’autre a crié Christine dans toute sa vie, si ce n’est de faire pénitence et que les hommes soient prêts à toute heure ?
Elle enseigne cela par beaucoup de paroles, par ses pleurs, par ses lamen tations, par ses innombrables clameurs, et plus encore par l’exemple de sa vie, elle a plus crié que tous ceux qui l’ont précédée ou suivie, dont nous ayons le récit ou la relation écrite, pour la louange ou la gloire du Original from CORNELL UNIVERSITY Digitized by
176 l’initiation Christ, qui vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il. 5/. Or il arriva dans la suite, l’an 1249 de l’incarna tion du Seigneur, qu'un jour, de grand matin, une femme frappa à la porte; elle était vêtue de blanc et paraissait chargée d’ans tant par son corps que par son maintien. On la fit entrer et elle demanda le prêtre.
Lorsqu’on la lui eût amenée, elle lui dit : Je suis envoyée par une révélation divine, pour vous avertir que le corps d’une très sainte femme, nommée Christine, a été placé avec négligence, et qu’il vous faut le changer de place. Que si vous le faites, ce lieu acquerra grâce et gloire par ses mérites et ses prières; mais, si vous le négligez, vous encourrez la disgrâce de la puissance divine.
Comme le moine la priait de dire plutôt cela à la supé rieure du couvent et au conseil, elle se tut. 58. Le moine courut aussitôt chercher la supérieure et le conseil, mais à son retour il ne retrouva plus la femme. Il se hâta de courir et d’envoyer de tous côtés, mais il ne trouva personne qui l’ait vue partir ou rester. Beaucoup témoignèrent l’avoir vue entrer, et c’était vrai.
L’ange Raphaël, non plus, ne jugea pas à propos de révéler les secrets célestes à la multitude, mais à Tobie seulement et à son fils. Et nous pensons, non sans raison, que les choses se sont passées ainsi.
Le conseil, apprenant cela et craignant d’encourir la dis grâce de la puissance divine, comme il a été dit plus haut, se hâta joyeusement de retirer les os sacrés du tombeau, de les laver soigneusement et de les faire sécher, puis on les déposa dans un lieu consacré, contre l’autel. 5g.
Aussitôt après que Je corps de Christine l’Admirable eût été retiré du tombeau, une femme ‘¡du voisi nage du couvent était couchée, tellement faible et entiè rement privée de l’usage de ses membres, qu’elle aurait été incapable de sortir du lit, quand même le feu aurait pris à la maison. Encouragée par le bruit d’un si grand événement, elle pria son mari de la faire porter au cou vent. Celui-ci, touché par les larmes de sa femme, la Original from CORNELL UrW-E Digitized by
LES CATASTROPHES ET LE SACRIFICE I77 plaça dans un véhicule qu’on appelle vulgairement char à herbes, et la conduisit au couvent. De là, portée à bras, jusqu’au tombeau, tous ses membres furent guéris, elle se leva bénissant Dieu et Christine son épouse, et regagna sa maison par ses propres forces.
Cette histoire extraordinaire, comme le lecteur a pu s’en apercevoir en lisant l’introduction, est confirmée par des témoignages nombreux et de grande valeur ; nous pouvons donc la considérer comme parfaite ment authentique. Dès le début de ce drame se trouve affirmée la pos sibilité du transfert : Christine est suffisamment évoluée pour entrer au Paradis et y rester définitive ment ; cependant Dieu lui offre le rôle de victime ex piatoire.
Christine, emportée par sa générosité, n’hé site pas, elle retourne sur la terre pour souffrir d’une manière inouïe ; si son corps est indemne de toute destruction, c’est pour pouvoir souffrir plus et plus longtemps : ses tortures ont, en effet, duré quarante ans. On ne niera pas que cette victime ait été inno cente et volontaire. Or quelle pouvait être la récom pense d’un pareil sacrifice ?
Rien de personnel à la sainte elle-même; que .pouvait-elle obtenir de plus que le paradis qui lui appartenait déjà ? Mais tout son mérite a été reporté sur les âmes moins vaillantes qui expiaient leurs péchés dans le purgatoire, et aussi sur les hommes encore vivants, qui étaient dans le péché et qu’elle amenait au repentir ( i ). (1) On trouve un bel exemple de transfert dans la vie de sainte Thérèse : «...
Un ecclésiastique, qui, depuis deux ans et demi vivait dans un péché mortel des plus abominables Digitized byv ex Original from CORNELL UNIVERSITY
F* 178 l’initiation Christine savait très bien ce qu’elle faisait : elle avait conservé le souvenir précis des engagements qu’elle avait pris ; mais supposez qu’elle eût tout oublié, elle se réveille comme d’un profond sommeil pendant lequel elle croit n’avoir même pas rêvé, et elle reprend sa vie habituelle sans se douter du rôle qu’elle est appelée à jouer.'Quand les catastrophes fondront sur elle, ne sera-t-elle pas une victime vo lontaire, quoique inconsciente ? — Cette supposition n’est pas gratuite : à qui n’est-il pas arrivé de subir les conséquences d’actes totalement oubliés ; un éclair traverse alors l’esprit et on se dit : C est pourtant vrai, ce qui arrive maintenant est la conséquence de telle dont j’ai jamais entendu parler, et qui durant ce temps n’avait pas laissé de dire la messe, vint me déclarer le triste état de son âme.
Il me dit qu’en confession il accusait tous ses péchés à l’exception de celui-là, tant il avait de honte de faire l’aveu d’une chose si horrible ; mais qu’il désirait ardemment de sortir dq cet abîme et n’en avait pas la force...
Cet ecclésias tique m’écrivit que, grâce à l’heureux changement opéré en lui, il n’était plus depuis plusieurs jours retombé dans ce péché, mais que la tentation lui causait un supplice tel qu’il lui semblait être en enfer; il me conjurait de continuer de le recommander à Dieu.....Pressée par ma commisération pour cette âme, je suppliai Notre-Seigneur de vouloir faire cesser ses sensations et ses tourments; et je m’offris à les endurer à sa place, pourvu que cela n’entraînât aucune offense de ma part.
Je me vis ensuite pendant un mois tourmentée de la manière la plus cruelle; ce fut alors qu’eurent lieu ces deux attaques dont j’ai parlé. J’en donnai avis à cet ecclésiastique, et il me fit savoir que par la miséricorde de Dieu, il respirait enfin de cette guerre acharnée des démons. Il s’affermit de plus en plus dans le bien, et resta délivré sans retour de la triste chaîne qu’il avait portée... » Gôrres, dans sa Mystique, t.
V, p. 347, donne un exemple non moins remarquable ; il s’agit d’une religieuse tourmentée par un incube : « ... Thomas de Brabant confessait une reli gieuse tourmentée de cette sorte ; elle lui dit qu’elle n’avait Original from CORNELL UNIVERSITY Digitized by LjOoQie
LES CATASTROPHES ET LE SACRIFICE I 79 chose qui a eu lieu à telle époque, et que je me rap pelle très bien maintenant, mais dont j’avais entière ment perdu le souvenir. Il est bien probable qu’un certain nombre de circonstances, qui sont causes d’événements ultérieurs, sont définitivement oubliées par nous, de telle sorte que ces événements sont classés sous la rubrique: cause inconnue; il serait plus exact de dire : cause oubliée.
Je ne veux porter aucun jugement sur la situation des victimes du Bazar delà Charité; ont-elles accompli leur Karma, ou bien ont-elles accepté le sacrifice à un titre quelconque? Leur vie intime ne nous est pas connue, nous ne pouvons rien décider à cet égard. jamais prêté son consentement. Son confesseur, étonné, la pressa de questions, et finit par lui faire avouer la vérité.
Elle conçut un repentir sincère de ses fautes, et continua de se confesser assidûment avec larmes. Mais aucun moyen ne pou vait la guérir, pas même la sainte Eucharistie. Ce mal était sans doute un châtiment pour elle, et il ne 1? quitta qu'après de longues années et beaucoup de prières. Avant d’en être guérie, elle le confia la veille de la Pentecôte à une sœur nommée Christine, en lui disant qu’elle n’avait pas le courage d’aller communier.
Christine lui dit: « Mettez-vous tranquil Iement au lit, et allez communier demain ; je prends sur moi votre mal. » Elle s'endormit en paix en effet, et se leva le matin pour alierà la communion. Christine n’avait pasattaché une grande importance à ce qu’elle lui avait dit ; mais, lors qu’elle fut au lit près de s’endormir, elle sentit remuer quelque chose dans la paillasse de son lit. Elle se leva, chercha à chasser la bête et se recoucha.
Mais elle entendit le même bruit à plusiê ,1's reprises et finit par reconnaître la malice du démon.
Elle passa la nuit à prier hors de son lit, mais elle fut extrêmement tourmentée par le malin esprit, et le matin elle di£ à l’autre: « Je ne veux plus de votre mal, car j’ai lailli périr par la violence du tentateur... » Pour ne pas allonger cette étude outre mesure, je me con tenterai de ces deux exemples, mais j’en pourrais citer beau coup d'autres : ce sujet offre une mine inépuisable. Digitized by Google Original from CORNELL UNIVERSITY
i8o l’initiation Mais pour l’une d’entre elles, tout au moins, cette dernière hypothèse est bien permise : la sœur MarieMadeleine savait très bien ce qui l’attendait. ..............« 2° Le 2 mai, devant sœur Marie-Thérèse, elle annonça qu’elle mourrait bientôt brûlée. Elle ne fixa point de date. « 3° Le 3 mai, elle renouvela devant la sœur Marie des Anges la prédiction de la veille.
« 4° Le 4 mai, elle annonça positivement, au mo ment, où elle partait pour le Bazar de la Charité, qu’on la ramènerait brûlée. » {Echo du Merveilleux, i5 juin 1897, p. 172.) Elle avait en outre été demander la bénédiction de son directeur en lui disant : Ce soir on me rapportera brûlée.
Ces documents proviennent d’une enquête qui a été faite soigneusement par M. Ch. d’Ariste, et qu’il a communiquée à la Société des sciences psychiques, dans la séance du 2 juin. Nous sommes donc auto risés à dire que la sœur Marie-Madeleine savait ce qu’elle faisait en allant le 4 mai au Bazar de la Cha rité, et pourtant elle y est allée, elle a donc accepté le sacrifice.
On ne peut pas m’objecter que sa prévision était trop vague pour l’empêcher de partir, car d’une part ses affirmations ont été nettes et, d’autre part, je connais plusieurs cas de personnes qui, se disposant à aller ce jour-là au Bazar, y ont renoncé à cause de leurs pressentiments ; il y en a même une qui, y étant, s’est levée tout à coup et a entraîné sa bonne au dehors avec tellement de vivacité qu’on l’a crue folle : deux minutes plus tard, l’incendie éclatait. Digitized by Goggle Original from CORNELL UNIVERSITY
LES CATASTROPHES ET LE SACRIFICE I 8 I On pourrait aussi m’objecter que les malheureuses femmes qui ont été brûlées vives se débattaient, cher chaient à fuir et poussaient des cris déchirants : tout ceci ne prouve rien contre la spontanéité possible du sacrifice. Christine hurlait sous la douleur, elle la voulait cependant bien.
Personne ne peut éviter les révoltes de la chair, le Christ lui-même, étant dans la chair, n’y a pas échappé, et il a demandé à son Père « d’éloigner de lui ce calice ». Mais, je le répète, je ne prétends pas appliquer à la majorité des victimes de cet incendie la théorie du sacrifice volontaire et latent ; ce cas est possible, il s’est peut-être présenté, c’est tout ce que j’ai voulu prouver.
Ainsi donc les iniquités des hommes engendrent des conséquences, quelquefois terribles; c’est ce que, avec les Théosophes, nous appelons le Karma, mais tandis que ceux-ci considèrent le Karma comme fatal, et ne pouvant être effacé que par son accomplissement même, nous Chrétiens, prétendus sectateurs d’un Dieu féroce et vindicatif, nous comptons sur la Pro vidence de ce Dieu pour en atténuer les conséquences qui, sans cela, dépasseraient nos forces.
En effet, comment parviendrions-nous jamais à sortir de l’abîme ?
Tout le monde le sait bien : un péché nous entraîne à en commettre un autre, et nous sommes d’autant plus désarmés contre l’entraînement au péché que nous avons péché d’avantage ; où donc prendrions-nous la force de détruire nous-même notre Karma, si nous étions privés de l’aide divine ? ( i ) (i) Les Théosophes nous répondront à cela que M. Leadbeater nous a montré où nous la trouverions, cette aide : il a Digitized by Google Original from CORNELL UNIVERSITY
i82 l’initiation Cette aide, nous pouvons la rechercher ou bien la repousser, et c’est malheureusement ce dernier parti que nous prenons trop souvent ; aussi n’y a-t-il rien d’étonnant à ce que nous subissions les effets désas treux de notre méchanceté.
N’accusons donc pas Dieu de se venger et de nous envoyer des catastrophes pour apaiser sa colère, mais sachons bien qu’au contraire Dieu est l’auteur de tout bien et que nous seuls sommes les artisans de nos misères, avec la collabo ration de Satan et sous son inspiration. Les catas trophes ne sont qu’un résultat dont j’ai suffisamment expliqué le mécanisme, et le sacrifice est, pour ainsi dire, une médication.
Maintenant je veux profiter de ce que mon sujet m’a conduit à reproduire l’histoire de sainte Christine l’Admirable, pour faire ressortir quelques particulaécrit cinq articles, de mars à juillet 1897, dans le Lotus bleu, pour démontrer que les Aides invisibles ne sont autres que des hommes, adeptes évolués, qui sortent en astral, quœrentes quem adjuvent; au besoin même, leurs corps fluidiques se matérialisent pour agir avec plus d’efficacité ; alors nous, catholiques gobeurs, nous nous figurons avoir vu un ange.
Je ne me serais jamais douté qu’il y ait sur terre un si grand nombre d’adeptes évolués,'autant dire d’hommes par faits ; car, n’en déplaise aux incrédules, le nombre des hommes qui reçoivent des grâces divines de toutes sortes est assez grand pour mettre sur les dents plus de parfaits que les Indes et les Théosophes européens ne pourraient nous en fournir.
Jusqu’à preuve du contraire, je persévérerai dans ma naïveté et je continuerai à croire que les hommés ont plus besoin d’être aidé par Dieu que de se substituer à Lui pour aider leurs frères. Nous pouvons, certes, aider nos frères et nous le devons, mais seulement par nos conseils, nos exemples et nos prières. Original from CORNELL UMVERSÎ
LES CATASTROPHES ET LE SACRIFICE 183 rites intéressantes de cette longue vie de souffrances, d’abnégation et de sacrifice. Dans les premiers paragraphes, nous voyons la sainte mourir et ressusciter. On trouve, dans la vie des saints, beaucoup d’exemples analogues : tantôt c’est le saint qui ressuscite lui-même, tantôt ce sont d’autres personnes qui sont ressuscitées par lui.
Les rationalistes disent qu’il s’agit là de cas de mort appa rente; l’explication est lumineuse, seulement il serait intéressant de savoir quelle différence il y a entre un cas de mort apparente et un cas de mort réelle, et comment on peut distinguer l’une de l’autre. Nous voyons ensuite le sacrifice accepté volontaire ment et les bienfaits qui en ont résulté pour les pécheurs. Mais nous en avons assez parlé dans tous le cours de cet article.
Seulement, avant d’aller plus loin, il y a une chose très importante à faire ressortir : le corps ressuscité de Christine avait acquis des propriétés nouvelles; il s’élevait en l’air, il avait horreur du contact des hommes et même de leur odeur; il avait la propriété de vivre sous l’eau, etc. On voit même qu’aux appro ches de sa mort définitive, il passait à travers les corps solides (§ 46) comme un fantôme.
Les rationa listes seraient bien embarrassés pour nous expliquer comment une mort apparente peut apporter de pareils changements. Christine avait été pendant quelques instants en présenc^du Seigneur, « devant le trône de la divine majesté » (§ 7) ; cette circonstance suffit à expliquer comment, en retournant dans son corps, elle a pu lui A Original from CORNELL UNIVERSITY
l’initiation 184 apporter et lui communiquer instantanément ces pro priétés nouvelles, que d autres saints n’ont pu acquérir qu’à la longue, par des exercices mystiques prolongés, ayant fini par les amener eux aussi en la présence de Dieu. Celui qui a été touché par Dieu n’est plus un homme comme les autres (1).
L’horreur de Christine pour l’odeur des hommes correspond à la faculté que possédaient certains saints d’être affectés par les effluves qui se dégageaient de la personne des pécheurs et qui se traduisaient par des puanteurs infectes, mais purement subjectives ; eux seuls les percevaient.
Saint Antoine était averti de la présence d’un pos sédé par une horrible puanteur qui se dégageait de lui ; saint Macaire d’Alexandrie, sainte Lutgarde, la sœur Dominique de Paradis, la bienheureuse Gen tille de Ravenne, saint Charles Borromée, saint Phi lippe de Néri, saint Joseph de Copertino, etc., etc., sentaient une odeur dégoûtante à l’approche d’un pécheur.
Un jour, dans sa solitude, Christine a faim, et ses (1) H est intéressant, à cette occasion, de faire remarquer que le Christ ressuscité apparaissait au milieu de ses disciples dans une chambre fermée : son corps traversait donc les murs comme celui de Christine.
Seulement le corps de Jésus possé dait déjà avant sa mort toutes les qualités du corps glorieux, qualités manifestées complètement après sa résurrection :• il marchait sur l’eau, il disparaissait mystérieusement du milieu des Juifs qui voulaient le lapider, il se transfigurait, etc. Fautil en conclure que son corps était différent de celui des autres hommes ?
Pas le moins du monde, il manifestait seulement des propriétés de la matière que Je commun des mortels ne connaît pas; il était évolué au maximum. Les corps des saints, évolués partiellement, nous donnent la clef de ce mystère. Original from - CORNELL UfJIVERSITW.
LES CATASTROPHES ET LE SACRIFICE 185 mamelles sécrètent du lait dont elle peut se nourrir pendant neuf semaines (§ g) ; puis elle a faim de ¡’Eucharistie et ne peut trouver de soulagement qu’après l’avoir reçue (| io).
Il est fréquent chez les saints de voir la nourriture ordinaire devenir de plus en plus inutile ; certains même ont pu vivre plusieurs années sans prendre aucun autre aliment que FEucharistie ; mais alors ce dernier aliment était pour eux d’une nécessité impérieuse.
Le corps de Christine avait acquis trop rapidement ses qualités mystiques pour être à l’abri des exigences de l’estomac, mais, en réalité, il ne pouvait y avoir pour elle qu’une satisfaction donnée à la sensation de faim, car une nourriture tirée d’elle-même ne pou vait constituer qu’un simple déplacement de subs tances.
On ne peut considérer comme nourriture que ce qui vient du dehors (i). (i) « Sainte Rose de Lima, pendant tout le carême, ne vivait que de pépins d’oranges.
Le vendredi, elle n’en man geait que cinq, et le reste du temps, elle en prenait si peu que ce qu’elle en consommait en huit jours paraissait à peine suf fisant pour un seul... » « La Bienheureuse Liduine de Schiedam tomba malade en i 3g5 et resta en cet état pendant trente-trois ans, jusqu’à sa mort.
Pendant les dix-neuf premières années, elle ne mangeait dans le jour qu’une petite tranche de pomme, grosse comme une hostie... mais au bout de dix-neuf ans elle ne prit plus rien, et elle avoua elle-même, en 1422, à quelques frères qui la visitaient, que depuis huit ans elle n’avait pris aucune nourriture... (Act. sanct., 2 April) ».
Sainte Angèle de Foligno, sœur Louise de la Résurrection, sainte Colette, Pierre d’Alcantara, et beaucoup d’autres vivaient très longtemps sans manger. Quelquefois même il arrivait que le corps ne pouvait plus supporter aucun autre aliment que FEucharistie; voici ce que raconte Gôrres d’après les Bollandistes : « En 1407, Liduine eut pour curé un Prémontré, nommé ____ JQnjaÛialfrorri CORNELL UNIVERSITY
186 l'initiation Je passse rapidement sur les mille souffrances qu’elle s’inflige et sur la résistance de son corps aux agents de destruction les plus puissants ; tout cela résulte des nouvelles propriétés acquises par son corps. Quant à son incombustibilité, son cas n’est pas unique ; on peut lire à ce sujet un article intéressant sur Les Prêtres incombustibles, dans la Revue des Revues de la présente année (i).
André, qui, ne croyant point à son abstinence, lui donnait à contre-cœur la communion. En 1412, il lui vint en pensée d’éprouver si elle ne vivait réellement que de la grâce de Dieu; et, le jour de la Nativité de la Sainte-Vierge, comme elle désirait communier, il lui présenta une hostie non consacrée. Liduine, ne pouvant l’avaler, en conclut qu’elle n’était pas consacrée et la cracha. Il lui fit à ce sujet de fortes répri mandes.
« Croyez-vous, lui répondit-elle, que je ne sais pas distinguer le corps de Notre-Seigneur du pain ordinaire, puisque je ne puis manger celui-ci, tandis que j’avale sans difficulté la sainte hostie ? » « Marie d’Oignies, dans sa dernière maladie, ne pouvait manger ni même souffrir l’odeur du pain, tandis qu’elle pre nait facilement le corps de Notre-Seigneur. Son confesseur voulut essayer une fois de lui donner une hostie non consa crée.
Elle frémit aussitôt d’horreur à l’odeur du pain ; et comme il s’en était attaché un peu à ses dents, elle se mit à crier, à cracher et à sangloter avec de grandes angoisses.
Sa poitrine, lorsqu’elle respirait, semblait vouloir se briser ; et elle ne put prendre un peu de repos que bien avant dans la nuit, après s’être lavé la bouche avec de l’eau. » (Gôrres, la Mystique, passim.) (1) Par contre, quelques saints ont été incommodés par la chaleur intense qui se dégageait de leur propre corps.
« Un des amis de saint Colombin de Sienne lui deman dait un jour comment il pouvait, le corps à demi-nu, sup porter le froid le plus aigu au milieu de l’hiver ; le saint lui dit d’approcher sa main de sa poitrine, et il sentit alors une chaleur aussi grande que s’il avait touché des charbons allumés; de sorte qu’il ne put la tenir là qu’un moment. (Act. sanct., 3i juil.) » « Le capucin Jérôme de Nami éprouvait un feu plus vio lent encore ; car, lorsque son cœur était agité, il avait le côté Digitized by ’ OriginErkfriri’T—' ' CORNELL UNIVÈRSITY
LES CATASTROPHES ET LE SACRIFICE 187 Le § 18 nous intéresse par la description de son évasion et cette affirmation qui le termine: « car où est l’esprit du Seigneur, là est la liberté. » C’est abso lument vrai, la liberté est un vain’ mot partout où le Seigneur n’est pas. Le | 20 est extrêmement remarquable ; les hommes demandent eux-mêmes au Seigneur de faire cesser les miracles ; leur abondance devient une cause de scandale.
Les incrédules n’y verront que des spectacles étonnants ou des opérations malignes. Cela est très vrai, les miracles peuvent nous confirmer dans notre foi, mais ne possèdent qu’une très faible puissance convertissante. Ceux qui ont reçu la grâce se conver tiront sans voir aucun miracle, ou plutôt seront touchés par les milliers de miracles qui se font jour nellement devant nos yeux et que les indifférents ne savent pas voir.
Ceux qui n’ont pas reçu la grâce tourneront en dérision les plus grands miracles et gauche tellement brûlant qu’il consumait le linge que l’on mettait dessus et même son vêtement, qui était pourtant d’un drap très grossier. » « Lorsque sainte Catherine de Sienne plongeait les mains ou les pieds dans l’eau froide, celle-ci devenait bouillante, comme si on y eût plongé un fer chaud... » « Plusieurs, pour éteindre les flammes dont ils brûlaient, se sont jetés dans des étangs; et l'on raconte du Minorité Nicolas Fattor que l’eau sifflait alors comme si on y eût jeté un fer * rouge. » « Pierre d’Alcantara...
Un jour que, se sentant plus embrasé que de coutume, il ne pouvait supporter plus longtemps le feu dont il était consumé, il courut se jeter dans un étang glacé ; il y resta si longtemps qu’un autre à sa place en serait mort ; mais la glace fondait autour de lui, et l’eau bouillait comme dans un vase devant un grand feu. » (Gürres, la Mystique, passim.) 0 ri q irai
i88 l’initiation les confondront avec les tours de prestidigitation. Il ne faudrait pas conclure de là que les miracles soient inutiles, mais il ne convient pas de les multiplier pour satisfaire le caprice de certains esprits légers qui les recherchent plutôt par curiosité que par besoin d’édification.
Dans la suite, Christine se réduit elle-même à la pauvreté pour amener les hommes, quelquefois mal gré eux (§§ 24 et 2 5), à lui faire la charité. Elle con sidère la charité comme un moyen puissant de salut. Il est évident que le bien voulu est beaucoup plus important que le bien forcé, ou même accidentel ; mais le bien est toujours le bien : on ne fait pas le mal impunément ; par contre, on a toujours profit à faire le bien.
Telle personne que vous aurez forcée à faire de bonnes actions y prendra peut-être goût et les fera ensuite d’elle-même.
Le § 27 contient une vérité d’une grande impor tance : « elle rapportait que le Seigneur Christ était très miséricordieux ; mais seulement envers ceux qui consentaient à se tourner vers lui ; que c’est bien mal gré lui qu’il se résout à châtier... » Lisez ce para graphe tout entier et vous aurez la véritable clef des catastrophes. Le Rédempteur détruit le travail de Satan, mais à la condition que nous fassions appel à son aide.
Il fait tout pour nous sauver; mais, si nous ne le voulons pas, il est bien obligé de nous laisser lutter seuls contre F Adversaire, et alors les catas trophes ne tarderont pas à éclater. Le § 3o est un bel exemple de miséricorde et con tient une superbe apostrophe, qui peut trouver bien Digitized by Go< gte - CORNELL UNIVÊRS0*«kd
LES CATASTROPHES ET LE SACRIFICE 189 des applications dans la vie : « Il se peut que vous fassiez peu de cas de sa perdition, mais son âme n’a pas été si peu de chose pour le Christ, puisqu’il a daigné répandre son sang et mourir pour elle. » Au § 35, on trouve deux phénomènes très curieux : le corps de la sainte se met à tourner comme une toupie, avec une vitesse vertigineuse ; cette giration fait penser aux Derviches Tourneurs, mais le cas est bien différent, les Derviches tournent volontairement, pour se plonger dans un état particulier, tandis que Christine était entraînée par une force, la même qui autrefois l’emportait à la cime des arbres ou au sommet des édifices.
Cette lévitation ne pouvant plus s’effectuer depuis son plongeon dans les fonts baptis maux (§ 21), s’accumulait et se donnait jour, comme par une soupape de sûreté, sous forme de rotation. Quand enfin elle tombait épuisée, il sortait de sa poitrine une musique angélique qui ravissait les audi teurs. Dans d’autres circonstances, elle chantait ellemême (§ 39) des cantiques d’une grande douceur.
Sa voix était alors admirable, mais inférieure à celle qui sortait de sa poitrine pendant son évanouissement post-giratoire. Ce phénomène n’est pas unique, quel quefois, entre autres à la mort d’un saint, on entend une musique mystérieuse qui n’a même pas sa poi trine pour support (i). (1) A propos des mots inintelligibles qui sortaient de la poi trine de Christine, voici un passage de la Mystique de Gôrres, t.
I, p. 424, qui tend à prouver, et je suis de son avis, que la parole a été enseignée à l’homme, directement par Dieu. Chris tine parlait peut-être ce langage. « ... Ces bruits extérieurs n’étant que l’écho d’une parole Original from CORNELL UNIVERSITY
L INITIATION I9O Le § 37 contient une belle pensée : si on voyait une bonté pareille à celle de Dieu, chez un autre, on ne pourrait s’empêcher de l’aimer. Christine possède aussi la science des saintes écri tures et comprend très bien le latin, qu’elle n’a jamais appris (| 40) ; il n’y a rien d étonnant à cela : l’homme suffisamment évolué voit au delà du corps (fui l’em prisonne, il retourne partiellement à l’état édénique.
Dans cet état on en apprend plus en une seconde intime et profonde, il doit arriver quelquefois que celle-ci s’exprime par des mots étrangers et extraordinaires comme elle-même. Cette parole, en effet, n’est point destinée à mettre l’âme en rapport avec les autres hommes; il n’est donc point étonnant qu’elle ne soit pas toujours prise du langage ordi naire, mais qu’elle semble venir parfois d’un monde supérieur.
L’âme, en effet, lorsqu’elle est entrée dans les régions spiri tuelles, doit y rencontrer nécessairement tout un autre ordre de pensées, et des idiomes inintelligibles dans l’état ordinaire.
Si elle veut alors exprimer, soit au dedans, soit au dehors, les nouvelles idées qu’elle contemple, il n’est pas étonnant qu’en certaines circonstances dont nous ne pouvons nous rendre compte, elle soit obligée d’avoir recours aussi à un langage nouveau et inintelligible pour les autres.
C’est ce qui est arrivé pour sainte Hildegarde, qui, dans ses visions, s’était fait une nouvelle langue, et avait fini par composer une espèce de dictionnaire, qui se trouve dans ses manuscrits conservés à Wiesbaden.
Quoique, dans plusieurs mots de ce dictionnaire, il soit facile de reconnaître une certaine ressemblance avec' l’allemand, qui était la langue naturelle de cette sainte, la plu part cependant trahissent une origine tout à fait inconnue.
Lorsqu’on étudie de plus près la formation et la composition de ces mots étrangers, et que l’on compare le^procédé de sainte Hildegarde avec celui de la clairvoyance ae Prévost, quoique ce dernier cas soit d’une tout autre nature que le premier, on peut, jusqu’à un certain point, se rendre compte de la manière dont le langage s’est formé à l’origine, et l’on entrevoit que d’abord il a été le résultat d’une vision spiri tuelle, et que, plus tard, il a été altéré par une sorte de vision ou d’extase dans la nature; et dans les deux cas, il a été /image fidèle de l’état intérieur de l’humanité. » jjnn rFi frrr CORNELL UMV Digitized by
LES CATASTROPHES ET LE SACRIFICE I g I qu’en plusieurs années d’études. Il faut bien se garder de confondre cette voyance avec celle des somnam bules : le saint voit par communication avec Dieu et ne peut pas être trompé, le somnambule ne dépasse généralement guère le plan astral et peut être le jouet d’illusions innombrables.
Quant au don des langues, il a été poussé quelque fois très loin : saint François Xavier, par exemple, parlait tous les idiomes des Indes sans les avoir ja mais appris ; saint Antoine de Padoue parlait aussi plusieurs langues sans les avoir apprises ; mais il fai sait quelque chose de plus extraordinaire encore: il lui est arrivé de prêcher dans sa propre langue devant des étrangers de diverses nations, et tout le monde le comprenait chacun dans sa langue.
La parole est un véhicule qui porte une idée, ce véhicule, dynamisé par la foi ardente d’un grand saint, brise les portes delà prison hylique et dépose l’idée dans l’intellect qui, à son tour, la traduit par les paroles qui lui servent habituellement pour exprimer ses propres pensées.
Au§ 43, nous la voyons douée du pouvoir de lire dans les consciences, ce qui est très fréquent chez les saints (1). (1) Sainte Ilildegarde. née en ¡098, lisait dans lame de ceux qui venaient la voir. Saint Thomas d’Aquin officiait un jour près d’un domini cain qui pensait avec joie au bon plat qu’il allait manger après la messe. II lui dit: Mon père, ne pensez pas tant à ce mets» vous ne serez pas seul à le manger, je vous y aiderai bien un peu. « La bienheureuse Oringa, née en 1240 près de Florence, Original from -~^~^^ERSITY
I 92 l'initiation [novembre Au § 44, elle voit ce qu’est devenue l’âme du comte de Loss et dans le f 45 elle partage avec lui les peines du purgatoire, de façon à lui en épargner la moitié. C’est là un bel exemple de transfert et de charité. Quelques sensitifs voient aussi l’âme du moribond se dégager du corps et peuvent la suivre pendant un cer tain temps, surtout s’il s’agit d’une âme lourde, peu évoluée.
Aux || 52 et 53, nous assistons à une véritable scène de Voceratrice : Christine vient de mourir, Béatrix la rappelle véhémentement et elle revient à la vie, répond aux questions qu’on lui pose et meurt pour la troisième et dernière fois. En Corse, quand quelqu’un est mort, on va chercher une vocératrice qui passe la nuit à l’invectiver, lui reprochant d’avoir quitté ceux qui l’aimaient et l’adjurant de revenir.
On peut lire une très belle description de cette céré monie dans la Colomba de Mérimée. Cet usage existe du reste dans d’autres pays que la Corse. Enfin un épisode très important est raconté aux |§ 47,48 et 49.
Après avoir frappé et invectivé son corps, lui reprochant de la tourmenter et de la déte nir loin du Créateur, par un revirement subit, elle le comble de caresse et lui exprime chaleureusement sa reconnaissance pour tous les services qu’il lui a éprouvait des nausées et vomissait quand elle entendait des discours obscènes.
Un jour qu’étant encore enfant elle avait la fièvre par suite de ces soulèvements de cœur, on appela un prêtre pour la confesser... Mais il se trouva que ce prêtre luimême n’était pas pur. Dès qu’il approcha d’elle, son corps se raidit, ses entrailles furent même bouleversées, et l’on crut qu’elle allait mourir... » (Gôrres.) Digitized
18971 LES CATASTROPHES ET LE SACRIFICE ig3 rendus et la bonne volonté avec laquelle il a supporté les tortures et les travaux que son esprit lui a impo sés. Elle termine par un encouragement à la patience et une allusion à la résurrection des corps, que saint Paul aurait pu signer (voir I. Corinthiens xv, 35-54).
Les spirites ont voulu voir dans ce passage de l’épître aux Corinthiens, la description du Corps astral qu’ils appellent très improprement le Périsprit ; c’est une er reur qu’il est en effet facile de commettre, mais s’ils veulent bien lire attentivement le § 49 de la vie de sainte Christine, ils y trouveront la véritable inter prétation : notre corps grossier subit une première transformation en devenant le corps d’un saint, jouis sant de propriétés bien différentes de celles qu’il avait possédées auparavant ; puis, au jugement dernier, il subit une dernière transformation et devient le Corps spirituel qui « ressuscitera débarrassé de toute cor ruptibilité et se réunira, dans une joie perpétuelle à cette âme que, dans le temps présent, il a eu pour compagne de tristesse (1). » (1) On fait de nombreuses objections à la résurrection des corps; celle qui consiste à di/e que certains cadavres sont dé vorés par les bêtes.ou consumés par le feu et que leur matière ne pourra pas être retrouvée, ne tient pas debout, même en y joignant ce fait que les cadavres servent d’engrais aux plantes qui sont ensuite mangées par les hommes ou les animaux, de telle sorte qu’il a passé plus d’hommes sur la terre qu’il n’y a de matière corporelle: Saint Paul dit que notre corps est la semence d’où sortira le corps céleste ; une semence ne procure que le moule et prend sa matière dans le milieu où elle se trouve.
De notre vivant même, notre corps renouvelle constamment sa matière, il n’est jamais le même un jour que l’autre, et ce pendant il est notre corps véritable pendant toute notre vie. Il n’est donc pas nécessaire que la matière même que nous 7 Digitized by Google Original from CORNELL UNIVERSITY
194 l’initiation Comparez ce que dit sainte Catherine avec cet épi sode de l’enfance de la sœur Dominique de Paradis : elle a un jour l’idée de laver son cœur avec ses larmes elle pleure abondamment et se frictionne la poitrine avec le linge imbibé de ses larmes. « ... Elle voit son âme planant dans l’air sous la forme d’une petite fille gracieuse et souriante.
Elle lui dit : Mon âme, fuis de ce monde et retourne à ton Créateur ; je te sui vrai. — Je ne le puis. Quoique tu me voies bien loin de toi dans les airs, j’habite cependant ton corps. Je suis intimement unie à la volonté divine, et il faut que je reste avec toi et que j’attende le moment où Dieu veut que je te quitte.
Dès qu’il le voudra, je par tirai pour aller me reposer en lui ; et à la fin du monde ton corps viendra me trouver pour vivre éter nellement dans le paradis. Puis l’image disparut et Dominique pensa que son àme était rentrée dans avons possédée de notre vivant se retrouve à la résurrection. On demande encore si notre corps aura l’âge auquel nous sommes morts, d’où il résulterait que ceux qui sont morts vieux seraient bien désavantagés.
Il n’y a encore là aucune né cessité: l’âge du corps n'est qu’une illusion. « Marie-Jeanne de Tours étant morte à l’âge de quatre-vingt- douze ans, son corps, épuisé et desséché par la vieillesse, les jeûnes et les mortifications, reverdit en un moment, devint blanc comme la neige, poli comme l’ivoire, et semblable à celui d’une jeune fille de dix-huit ans. » — « Sainte Catherine de Bologne mourut en 1443 dans la quarantième année de son âge.
A peine avaitelle fermé les yeux que son visage devint florissant de beauté et sa chair tendre comme celle d’un enfant. En même temps, son corps et les draps dans lesquels elle était morte répan daient une odeur délicieuse ; de sorte que tous en étaient dans l’étonnement.
On porta son corps dans l’église, et, comme on passait devant l’autel du Saint-Sacrement, on vit son visage sourire gracieusement..... » (Gôrres, Mystique.) Ces deux exemples suffisent pour montrer combien peu in fluera sur le corps céleste l’âge du corps terrestre. Digitized by
LES CATASTROPHES ET LE SACRIFICE ig5 son sein... » (Gorres, la Mystique, t. I, p. i85). Quoi qu’il en soit, notre corps physique est très inressant à étudier, et oh se fait généralement des idées très fausses sur son compte.
Nous avons une grande tendance à le considérer comme un ennemi, comme un esclave, comme une guenille qu’on prend et qu’on quitte sans que cela tire à conséquence ; quelques spirites affectent de professer cette dernière opinion : malgré cela, beaucoup d’entre eux tiennent plus qu’ils ne voudraient le laisser voir à cette guenille. Elle est du reste généralement douloureuse à prendre et à quitter.
La vérité est que le corps est une partie de nous-mêmes, la partie la plus inférieure, mais néan moins respectable. Sainte Christine nous enseigne que nous devons l’aimer et le traiter comme un bon serviteur.
La sœur Dominique de Paradis va encore nous confirmer dans cette opinion: « ... et elle en tendit son âme qui lui disait: Cherche-moi pour ali ment l’amour divin; j’aime âme reposer dans ses flammes. — Pourquoi, lui répondit l’enfant, ne criestu pas vers le ciel, de sorte que mon coeur se brise, et que le divin amour soit forcé de venir pour le re mettre en son état ? — Je suis en toi pour t’animer ; c’est à toi de crier et de briser ton cœur par tes cris. — L’enfant: Dieu aime l’âme; c’est pour la racheter qu’il est descendu sur la terre et qu’il est mort : tu sens tout cela bien mieux que moi. —.L’âme: il est vrai que Dieu m’a rachetée sur la croix; mais il a aussi racheté le corps, et c’est pour cela que celui qui pêche nuit à l’âme et au corps, et que celui qui vit saintement les sauve tous les deux. Ce n’est donc pas à moi seule -Priainal fro m CORNELL UNIVERSITY
196 l’initiation ment de crier vers le ciel, mais c’est à nous deux.
Crions donc ensemble, et Dieu ayant pitié de nous, nous en verra du ciel un aliment délicieux... » (Gorres, p. 186.) Il est aussi dangereux de mépriser son corps que de l’aimer trop. lia des besoins, et les Mauvais ne man quent pas d’en profiter pour nous entraîner au mal : sous prétexte de satisfaire à ses besoins, ils nous pous sent à une complaisance exagérée pour lui ; ou bien, si nous résistons, ils nous tendent le piège contraire et nous poussent au rigorisme et même à l’ascétisme: ce sont là des excès dangereux qui engendrent toutes sortes de maux, par réaction.
Le rigorisme et l’ascé tisme, chez la plupart d’entre nous, irritent le corps et le transforment en rebelle, en révolté dangereux, de serviteur soumis qu’il était ; et c’est là ce qui donne l’illusion qu’il est un ennemi. Est-ce à dire qu’il faille condamner d’une manière absolue les souffrances volontaires, le martyre, le sa crifice ?
Certes non, mais tout le monde n’y est pas . apte, et le sacrifice qui est sublime chez certains hommes très évolués et arrivés à un stade supérieur, est un quasi-crime chez ceux qui ne sont pas encore à cette hauteur ; c’est pour ceux-ci, mais pour ceux-ci seulement, que le mot de Pascal est juste : A vouloir faire l’ange on fait la bête.
Entre autres dangers de considérer le corps comme une sale guenille, je citerais les erreurs de certaines sectes, prétendant se rattacher aux gnostiques, les Ophites, par exemple : pour eux la matière était le mal, le corps n’était qu’une prison méprisable dont Digitized by Gô~gtF CORNELL HJ fîlVERSITY
LES CATASTROPHES ET LE SACRIFICE I97 nous n’avions à tenir aucun compte (1). Partant de là, ils se livraient à toutes sortes de débauches et d’orgies, sans croire mal faire : il n’y avait que le corps d’intéressé. Eh bien ! ils commettaient une grossière et ignoble erreur : leur esprit était consen tant et désireux de jouir des voluptés corporelles ; ils pervertissaient leur corps.
Tandis que l’esprit du débauché ordinaire est souillé par son corps, pour lequel il a trop de complaisances, leur esprit à eux était le premier souillé, et c’était lui qui débauchait le corps qui lui avait été confié pour de plus nobles usages. Malheureusement, on pourrait trouver encore aujourd’hui des sectes analogues à celles des Ophites.
Les saints avaient une bien autre conception de leur corps : loin de le mépriser, ils l’estimaient assez pour le juger digne de souffrir avec eux afin de s’épurer comme l’âme elle-même, et ils y réussissaient car leur corps devenait tout autre, acquérant des propriétés nouvelles ; on n’a qu’à se rappeler ce que j’en ai dit plus haut pour s’en assurer.
Voilà pour quoi ils acceptaient avec joie, non seulement les souf- (1) Le corps physique est tout autre chose que de la ma tière, cette dernière n’est qu’une incrustation. Pendant notre vie terrestre toutes les essences qui nous constituent sont tel lement unies que nous y voyons facilement une unité irréduc tible. En réalité, notre corps est un véritable animal conduit par un esprit.
Ce n’est pas ici le lieu de développer cette théorie, je dirai seulement que la matière qui constitue notre apparence corporelle n’est qu’un état particulier d’équilibre mobile, un instant, en quelque sorte, sans durée appréciable, mais toujours renouvelé. Il ne se passe pas une minute, pas une seconde, sans que tout ce qui était ne soit plus et que ce qui n’était pas encore soit.
Représentez-vous un nœud dans une colonne d’air en état de vibration sonore, dnns un tuyau d’orgue par exemple ; c’est quelque chose d’analogue. Original from œmfttrmiVERSITY
l’initiation 198 frances morales, mais aussi les souffrances physiques. Aussi un corps qui a appartenu à un saint est respecté et honoré au point que l’on considère comme un grand bonheur de pouvoir le conserver dans un sanc tuaire approprié ; on en distrait même des parcelles qu’on donne à d’autres sanctuaires et à des personnes pieuses, comme une faveur inestimable, et ces reliques font en effet des miracles.
Papus prétend même, avec M. Saint-Yves d’Alveydre, que la France sera sauvée par les ossements de ses saints : je suis convaincu qu’ils y contribueront grandement. Restons donc dans un juste milieu et gardons-nous de tout excès, ne soyons ni trop complaisants, ni trop tyranniques pour notre corps; donnons-lui les satisfactions auxquelles il adroit, ne lui permettons pas de nous commander, mais ne le tourmentons pas inutilement.
Surtout n’oublions pas qu’il est la graine du corps glorieux, comme dit saint Paul, et qu’à ce titre il est respectable.
Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce sujet, mais cet article est déjà long et je dois me borner ; je veux seulement faire une réflexion en terminant : quand on lit les souffrances endurées par beaucoup de saints, les tortures infligées à certains martyrs, on ne peut pas s’empêcher de se demander si le Christ a autant souffert.
Certes le supplice de la croix était hor rible, mais il n’a duré que quelques heures, tandis que certains crucifiés souffraient plusieurs jours et que certains martyrs étaient tourmentés à diverses reprises et par, des supplices variés ; sainte Christine l’Admirable a passé quarante années à subir toutes les tortures possibles. Que paraissent, à côté de cela, —--------- - CORNELL UNIVERS Digitized by
LES CATASTROPHES ET LE SACRIFICE I99 les quelques heures d’angoisses, d’humiliations et de souffrances de Jésus?
Papus, avec qui j’en causais un jour, me fit une réflexion que je trouve si juste que je tiens à la reproduire ici: « Quand on parle des souffrances du Christ, on ne pense jamais qu’à Sa Passion ; cependant le fait de s’humilier jusqu’à la condition humaine, de supporter les mille infirmités de notre nature physique, représentait un sacrifice bien plus terrible. » Qu’on y réfléchisse et qu’on mé dite sérieusement cette idée; que l’on considère, en outre, que, si sa Passion ne semble comporter qu’une somme limitée de souffrances physiques et morales, ces souffrances acquièrent un degré d'acuité extraor dinaire du fait de sa nature divine, qu’elles lui sont en outre infligées par les hommes qu’il a voulu sauver, qu’elles paraissent être, pour un instant du moins, le triomphe de l’éternel Adversaire, et qu enfin dans ses derniers moments il s’est senti totalement aban donné ; réfléchissez à ce qu’il y a de navrant dans ce dernier cri de douleur : Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?
Les saints ont eu des consolations, des extases, ils se sentaient au moins soutenus par le Dieu pour lequel ils souffraient et mouraient : à Jésus, au contraire, rien n’a été épargné, et il lui a fallu éprouver aussi cet abandon dans le moment où il avait le plus besoin d'être soutenu ; n’est-ce pas là une souffrance pire que toutes les autres ?
Certes les martyrs ont beaucoup souffert et nous avons le droit de frémir en pensant aux tortures qu’ils ont si héroïque ment supportées, mais ils ont humainement souffert ; le Christ, lui, a divinement souffert. Dr F. Rozier. J»- Original from CORNELL UNIVERSITY
2 00 l’initiation D’un fait constaté tirer des conclusions imaginaires à l’infini, voilà l’occupation principale des hommes pensants. La plus grande partie de nos sciences est faite d’idées imaginaires ; la plus imaginaire de toutes les sciences est l’Astronomie.
Les faits constatés par les astronomes sont reliés par un ciment d’hypothèses, et, comme le ciment est une partie essentielle dans nos constructions, notre astro nomie est surtout hypothétique. Le peuple qui fit les constructions pélasgiques dans lesquelles les pierres sont assemblées sans ciment devait être pourvu d’un mental positiviste et non hypothétiseur. Notre mental est beaucoup plus imaginatif que po sitif.
L’astronomie est une collection d’hypothèses : rota tion de la terre, rotation du soleil, translation de la terre autour du soleil, translation du soleil dans l’es pace, qualité de soleils attribuée aux étoiles fixes, infinitude de l’espace, nébuleuses, cortèges plané taires supposés aux étoiles fixes. De tout cela nul ne sait positivement rien, ni parmi les savants ni parmi les ignorants.
Hors les faits constatés, l’astronomie n’est qu’un tissus de conceptions imaginaires, de valeur scienti fique équivalente à celle des contes des fées. Digitized by Go gîf CORNELL UN1VER-!
201 IDÉES COSMIQUES Les astronomes le reconnaissent eux-mêmes quand ils avouent que les faits constatés s’expliqueraient tout aussi bien si la terre était immobile et si la voûte des cieux tournait autour d’elle. C’était l’opinion de l'astronomie ancienne et cette opinion était plus scientifique que celle qui a cours de nos jours parce qu’elle était basée sur l’expérience.
Nous voyons la voûte des cieux tourner autour de nous ; nous voyons le soleil faire le tour de la terre ; ce sont là des faits. L’astronomie moderne est la plus belle démonstra tion qu’on puisse faire de l’aptitude de l’homme à être halluciné, c’est-à-dire à donner la préférence à des idées sur les faits qu’il constate au moyen de ses sens.
Tycho-Brahé, Copernic, Képler, Galilée peuvent compter parmi les plus puissants hallucinateurs qu’on ait vus dans le monde. Chacun sait, par la vue, que le soleil marche dans le ciel ; tout le monde sait que la voûte céleste tourne autour de la terre.
La rotation de la terre est simple ment pour nous une possibilité imaginée, induite par analogie de certaines impressions qui nous sont four nies par les phénomènes de mouvement, mais n’est pas un fait encore établi. Si la terre ne tournait pas ! E pur si muove! Galilée l’avait imaginé, mais n’en savait rien ; aussi l’on comprend qu’il ait pu rétracter son opinion devant l’inquisition.
Pour notre perception, la terre ne tourne pas, et, comme les connaissances positives nous sont toutes Digitized by Google Original from CORNELL UNIVERSITY
202 l’initiation fournies par la perception, l’opinion que la terre tourne n’est encore qu’une fantaisie. La raison que les astronomes pensent la plus con vaincante pour établir la rotation de la terre, c’est que les étoiles devraient accomplir un tour immense, vu leur éloignement, marcher par conséquent avec une vitesse inimaginable pour ne mettre que vingt-quatre heures à revenir au même point de l’espace.
Mais l’éloignement des étoiles est encore un fait d’imagination et pas un fait d’expérience. Fantaisies sur fantaisies, on en comble le cerveau humain et il n’y a pas de place en lui pour le bon sens.
Ne faut-il pas que le bon sens soit atteint de para lysie totale pour qu’il n’ait pas protesté quand on lui a dit que chaque étoile était un soleil situé à une dis tance particulière et formidable de la terre, animé d’un mouvement propre suivant un chemin qui n’ap partient qu’à lui-, alors que nous voyons les étoiles conserver les mêmes positions dans le ciel ?
Le bon sens peut proclamer hardiment que, si les étoiles étaient des soleils mouvants, le ciel nous don nerait le spectacle d’une armée de comètes vagabon dant dans tous les sens, et les constellations ne se raient pas fixes. Si les étoiles conservent toujours les mêmes rap ports de position, c’est qu’elles font partie intégrante d’un corps solide que les Anciens appelaient le ciel des fixes. Et qu’est-ce que le ciel des fixes?
La coquille de l’œuf de Brahma qu’est notre système solaire. Tout arrive à l’existence sous la forme d’œufs, cela Original from - CORNELL UNIVERJ Digitized by
IDÉES COSMIQUES 2O3 c’est un fait d’expérience. Un autre fait d’expérience dont la constatation n’est pas à la portée de tout le monde, c’est que tout continue à exister sous la4 forme d’œuf. Il n’y a pas d’êtres qui ne soient des œufs ; quand ils cessent d’être œuf grossièrement, en matière sensible, ils continuent à l’être subtilement en matière non percevable par les sens ordinaires.
Cesser d’être un œuf, c’est cesser d’exister; tant qu’il y a existence il y a coquille à briser, contraire ment à l’opinion vulgaire qui pense que l’existence se déploie surtout après la rupture de la coquille.
Une coquille plus ou moins solide, plus ou moins opaque, plus ou moins transparente, plus ou moins serrée, plus ou moins poreuse, enclosant des subs tances particularisées, individualisées par cette clô ture et baignant dans une ambiance : telle est la for mule générale de toutes choses. Les éléments anatomiques des minéraux, des végé taux, des animaux, sont des œufs.
Les substances contenues dans un œuf ayant rompu leur coquille pénètrent dans la substance d’un autre œuf et ainsi de suite tant que l’existence dure. Quand la coquille de notre œuf de Brahma, de notre système solaire sera rompue, les substances qu’il contient s’épandront dans un œuf plus large dont la coquille sera encore à rompre.
Les substances contenues dans un œuf sont mo biles dans l’œuf et conséquemment la coquille est aussi mobile autour de ces substances. Ce que nous appelons l’espace, le vide interplanétaire est du plein ; ce sont les substances de l’œuf, invisibles pour nous. Original from CORNELL UNIVERSITY
l’initiation 204 Les substances d’un œuf communiquent avec son ambiance externe par les pores de la coquille. Les étoiles fixes sont les pores de notre œuf brahma nique; par elles les substances de l’ambiance pé nètrent dans l’œuf, et les substances de l’œuf s’éva porent dans l’ambiance.
Il n’y a vie que par échange continu de subs tances entre un espace clos par une coquille ou une membrane et l’ambiance dans laquelle flotte cet espace clos ; la vie est une endosmose et une exos mose qui ne s’arrêtent point? Pour qu’un monde, un système solaire prenne fin, il faut qu’il ait évolué dans sa coquille comme le poulet dans l’œuf ; la coquille brisée, le monde entre dans un œuf plus large. Comment le poulet évolue-t-il dans l’œuf?
Par la chaleur de la poule, par exosmose ; quelque chose de l’ambiance entre dans l’œuf pour en chan ger la composition et, par compensation, quelque chose sort de l’œuf pour se répandre dans l’am biance; quand assez de l’ambiance est entré dans l’œuf pour que celui-ci soit adapté à l’ambiance, le poulet est formé, la coquille est rompue. Il n’y a qu’une loi vitale.
Cette loi régit la vie minérale, la vie végétale, la vie animale, la vie des planètes, la vie des mondes. Les étoiles sont les pores de la coquille de l’œuf de Brahma ; par ces pores entrent les substances de l’ambiance dans laquelle flotte cet œuf et sortent les substances de l’œuf par endosmose. Tout respire. Digitized by Google Original from L UNIVERSIT)^
IDÉES COSMIQUES 2O5 Le soleil est un endroit où sont concentrées les substances qui voyagent par exosmose et par endos mose. C’est le foyer d’une lentille où convergent les rayons des étoiles pour de là être épandus dans la substance de l’œuf : c’est le foyer où convergent les émanations des substances de l’œuf pour s’en aller dans l’ambiance par les pores de la coquille que nous nommons les étoiles.
Les savants de l’antiquité nommaient l’ambiance le feu empyrée. Qu’a constaté l’analyse spectrale? Que la lumière de toutes les étoiles donne le spectre de l’hydrogène. Le Kalevala dit que la belle Cane posa six œufs sur les genoux de la Mère des Eaux, la brillante Fille de l’Éther, puis un septième qui était un œuf de fer.
Dumas, le grand chimiste français, pensait que l’hydrogène est la matière première ; il a dit que l’hy drogène est un ga{ métallique. Il y en a qui oseraient conclure que le Soleil est l’œuf de fer déposé par la belle Cane du Kalevala, la force génératrice des œufs; et ils l’oseraient encore davantage en se souvenant que le chimiste contem porain August Strindberg a trouvé que l’or, symbole du soleil, est du fer transformé.
L’enseignement du Kalevala, poème runique, con tredirait la théorie de Kant et Laplace qui fait naître les planètes du soleil et disait même que les planètes sont antérieures au Soleil. Six œufs d’abord sont pondus par la belle Cane sur les genoux de la Mère des Eaux, puis un septième qui est un œuf de fer. L’analyse spectrale nous dit que c’est de l’hydrogène Original from CORNELL UNIVERSITY Digitized by
2o6 l’initiation qui entre dans notre système solaire par les étoiles. Le Soleil est la concentration de cet hydrogène qui entre dans notre système en nappe continue, puisque de partout on voit briller la même étoile quand elle est au-dessus de l’horizon.
La nuit, nous sommes entre les étoiles et le soleil, le courant d’hydrogène qui vient d’elles frappe la terre avant d’atteindre’ le Soleil ; par son côté où il fait nuit, la terre forme écran entre les étoiles et le soleil, et par son côté où il fait jour, la terre reçoit du soleil le courant d’hydrogène qui s’est concentré en lui, peut-être pas sans modification.
La terre reçoit donc constamment deux courants d’hydrogène, l’un solaire, l’autre stellaire. En vertu de la loi d’osmose qui est la loi de la Respiration vitale, la terre doit exhaler vers le Soleil, après l’avoir transformé, le courant d’hydro gène qu’elle reçoit des étoiles; à son tour le soleil transforme le courant planétaire pour le renvoyer dans l’ambiance entourant notre système.
Qu’est donc la matière rouge sombre qui forme les taches du soleil ? Nous pouvons faire à cet égard les suppositions suivantes : c’est l’hydrogène reçu par le soleil, soit des étoiles, soit des planètes; ou bien c est l’hydrogène envoyé par le soleil, soit dans les substances de l’œuf, soit à l’ambiance externe de l’œuf par les trous des étoiles. Aux savants de trouver ce qu’il en est. Guymiot. 14 juillet 1897. Original from 2ORNELL UNIVERS “JT’ Digitized by Google
l’aMOL’R El LES PASSIONS |’|mour ït les Fassions Toutes les passions se résument dans l’amour et dans la haine. On l’a dit, et cela est vrai. Ces états de l'âme transfigurent d’un coup l’objet. Ce n’est plus lui, c’est un mirage subit, entier, violent. Mais établir l’unité des passions par l’amour et la haine n’est la chercher que dans l’acte non dans l’es sence même.
Toutes les passions naissent de l’amour, toutes ne sont que l’amour satisfait ou troublé. La haine n’est pas plus un sentiment qui soit de soi que la négation. Elleest par l’amour qui, combattu, se change en sentiment inverse. L’amour est l’état premier. Si l’on suppose à l’amour un objet nécessaire et certain, la possession étant sans trouble assure le calme et la continuité.
La jouissance des qualités nécessaires est un état sans passion où le nécessaire satisfait par une possession nécessaire. L’amour n’est pas en soi une passion, c’est la jouis- (i) Ces pages admirables sont extraitesd’un chapitre intitulé: De la vraie et de la fausse évidence, de la vraie et de la Jausse joi, de I’Ultimum Organum (t. II, pp. 3/5-377).
On verra avec qu’elle clarté et qu’elle puissance d’analyse Strada pénè tre et montre la véritable nature de l’amour et des passions. Strada va toujours droit au fond des questions qu’il traite, jusqu’à même la racine, à même l’essence. Il les saisit dans leur plus secrète intimité. 11 les réduit à leur plus simple expression.
Strada est, en même temps que l’un des plus grands écrivains dont la France puisse s’honorer le plus grand analyste et le plus grand synthétiseur connu. J. B. Original from CORNELL UNIVERSITY Digitized
2O8 l’initiation sance sentie. La passion naît avec le trouble. Le désir d’avoir, la crainte de perdre l’objet, impriment ce caractère passionnel. Si l’objet de l’amour est le néces saire, il y a paix; c’est ainsi qu’on dit qu’aimer Dieu assure le calme; ainsi encore l’amour de la science, de la vérité, de la sagesse. Ces nécessaires fixent hors des courants, des évidences et des fois qui naissent du désir et de la crainte.
Si l’objet de l’amour est un contingent, il n’y a jamais sécurité de possession; si le sujet aimant est lui-même un contingent, ce ne sont que troubles et terreurs ; ardeurs violentes pour tenir de suite, effrois et colères immenses de perdre. C’est l’homme. Con tingent par sa nature, contingent par l’objet aimé, il est nécessairement sans cesse agité par les empor tements que lui cause le sentiment même de la fuga cité de l’amour.
Cette intervention du contingent dans l’amour fait naître la passion et la haine.
Et c’est dans ce milieu fait d’extrêmes; sans repos entre les con trastantes agitations de son propre cœur ; entre cette folie qui est l’amour et cette folie qui est la haine ; dans la lutte de la vie qui fuit, de la mort qui arrive et monte sur tous les objets de son amour ; c’est en face de cet amour qui lance à l’atrocité et à l’horreur comme la haine elle-même ; c’est emporté par les soubresauts et les âpretés des ardeurs que l’ignorance déchaîne ; c’est dans cette opposition de la force du sang contre la force de l’esprit ; dans ce grand combat de toutes les convoitises effrénées excitées sans cesse, par la vue des beautés de toutes sortes dont l’être se pare devant l’imagination : c’est au sein des démences Original from CORNELL UNIVFfGITYi^^ Digitized by
l’amour et les passions 209 de la colère, des tortures de l’ambition, des frénésies de l’amour, des rages de la haine, c’est au milieu des tueries de l’histoire par les batailles et les assassinats, qu’il faut que l’homme sans trébucher choisisse parmi les évidences et les fois et ne se laisse aller ni à une fausse évidence ni à une fausse foi. Dérision !
Cependant ce n’est que le nécessaire qui est la cause réelle de l’amour et jusque dans les contingents. On aime pour les qualités souhaitées et toute qualité est dans son essence un nécessaire. On peut dire que l’amour du contingent n’est qu’un amour médiat du nécessaire. Toute la différence est de peu. Et cependant, pour l’amour, être contingent et posséder le contingent, nécessaire et posséder le nécessaire, c’est avoirle carac tère inverse.
L’amour contingent qui s’attache au contingent, s’il n’a pas, il est désir, espérance, audace, colère, courage, ardeur ; s’il possède il est exaltation ; s’il perd il est haine, envie, désespoir, fureur, vengeance, atrocité. Quel désordre, quel éparpillement! Mais, lors même qu’il possède, qu’il est exaltation, il n’est pas plénitude. Il n’a que ce qu'il sent qu’il va perdre.
Pressé de jouir, l’homme, ce contingent, se rue, ou tremble de son amour contingent. Craintes, inquiétudes, effrois qu’on endort d’imprévoyance, qu’on engourdit de fausse sécurité et qui reparaissent sans cesse. De sorte que l’amour contingent qui ne possède qu’un contingent retrouve toutes les passions de la non-possession.
Disons-le : l’homme enfermé de contingent, contingent lui-même, ne peut être à Original from CORNELL UNIVERSITY Digitized by CooQie
2 10 l’initiation aucun état de son âme dans ce coirne, dans cette plénitude de jugement qui correspond à la plénitude de l’amour. L’homme est donc de soi Je jouet, la proie néces saire des fausses évidences et des'fausses fois. Ah t si, étant un nécessaire, l’homme possédait le nécessaire par l’amour, il pourrait atteindre cet état de calme où il n’aurait jamais à redouter la perte de l’objet. Là rien à désirer, rien à haïr, pas de passion.
Le nécessaire comble l’amour nécessaire, c’est la plénitude de l’absolu. L’homme a une idée de ce bonheur dans le vrai, le beau et le bien possédés par l’art, la science et la vertu. Ces nécessaires communiquent à la solidité de l’objet. Mais, comme encore ici l’homme est contin gent, il se trouve condamné à la passion.
Elle est dans la vertu, dans la science, dans l’art. Elle est dans la méthode, ils le savent ceux qui sont continuellement occupés à se tenir en garde contre les entraînements d’une affirmation précipitée, d’une évidence, d’une foi, jet qui, au milieu des négations, des doutes, des erreurs qui découragent, des imaginations qui empor tent, se contiennent et s’excitent pour aller à l’être par le fait seul. Ainsi la passion s’attache à l’homme, se rive à lui, le pénètre lui et tous ses actes. J. Strada. Digitized by Google
LA PROCHAINE GUERRE 2 I I LA PROCHAINE GUERRE L'Initiation a déjà consacré plusieurs articles fort intéressants aux prophéties se rapportant à l'époque actuelle. Presque toutes s’accordent à nous présager une période excessivement calamiteuse qu’ouvrirait une grande guerre et dans laquelle il est facile de dé mêler un triomphe momentané de la pire anarchie.
Le sage, est-il dit, ne se laisse jamais surprendre par les événements, et, si ceux-ci paraissent si nette ment déterminés, il n’en est pas de même de la date de leur éclosion.
Les calculs basés sur les lunaisons énoncées dans plusieurs de ces prophéties sont malheureusement précis et vagues; précis comme les mathématiques endeurs nombres, et vagues en ce sens que le point de départ de leur évaluation est livré aux seules con jectures du lecteur. Il en est résulté que certains annonçaient déjà comme très proche la réalisation des malheurs à venir et avaient fixé celle-ci à l’année 1896 ou en 1897.
D’autres au contraire la reportent dans la dernière moitié du siècle prochain. Il m’a paru que les uns et les autres avaient conjec turé de manière défectueuse, et qu'il faut reporter les débuts des calamités annoncées dans la première moitié du xx° siècle.
L’interprétation des premiers est manifestement infirmée par les faits, puisque ceux-ci devraient à l’heure présente faire partie du domaine Digitized by Google Original from CORNELL UNIVERSITY
2 12 L’INITIATION de l’histoire. Ne s’étant pas produits au moment voulu, il faut admettre que le point de départ du cal cul de l’époque de leur éclosion est inexact ou que les événements en germe ont dévié du cours prévu par l’action de volontés puissantes ou parce que l’une des personnaljtés appelées à y jouer un rôle prépon dérant a failli à sa mission (i).
Dans ce cas, il faudrait s’attendre à voir la chaîne fatidique se renouer sous peu sous une autre forme sur laquelle nous n’avons aucune indication.
Il paraît peu probable que l’action d’une seule per sonnalité ait pu détourner des événements d'une na ture aussi générale que ceux prédits et qui ont trait à ïa vie non d’un homme, ni d’un peuple même, mais à celle de l'Europe, si pas de l’humanité entière; il semble en effet assez logique d admettre que des évé nements aussi graves que ceux annoncés auraient leur répercussion sur le monde entier.
L’on peut donc raisonnablement rejeter dans le futur la date de réali sation de ces prophéties. Partant de là, il peut être intéressant de rechercher celle-ci, en s’aidant d’autres bases de recherches.
C’est ce que nous allons essayer de déterminer ici, et nous allons trouver la solution non pas en exami nant directement cette grande guerre, mais en déter minant un fait connexe qui doit la précéder et sur lequel il nous sera possible de faire un peu de lu mière. (i) On a mis en avant à ce sujet le manque d’action du comte de Chambord lors d’événements datant de quelques années. Digitized by Google Original from CORNELL UNIVE.
LA PROCHAINE GUERRE 2l3 D’après ces prophéties, la grande guerre annoncée doit être précédée d’une peste excessivement meur trière. D’après les théories microbiennes actuelles, presque toutes les maladies, surtout, les maladies contagieuses, ont pour cause déterminante un microbe spécial pour chaque maladie. L’expérience est là pour montrer que là se rencontre la maladie où se trouve le microbe correspondant.
Pourtant... vous avez donné accès en vous-même journellement à des milliers de microbes de toute espèce : tuberculose, charbon, fièvre ty phoïde on choléra. Vous en êtes-vous aperçu le moins du monde? Non ! Pourquoi? Parce que l’on doit te nir compte d’un deuxième élément aussi important que le premier; cet élément, c’est vous-même, c’est le milieu. Le microbe ne peut se développer que dans un milieu convenable.
Si celui-ci est hostile au mi- ♦ crobe, ce dernier sera sans action. Si le milieu acide d’un estomac en bonne santé ne permet pas au mi crobe du choléra de nuire, il n’en est pas de même de cet estomac rendu alcalin par une maladie ou du mi lieu intestinal basique.
Une épidémie paraîtrait donc provenir d'une modi fication du milieu favorable au microbe déterminée par une cause extérieure puissante et d’où résulte le développement considérable de l’espèce micro bienne.
Le problème, posé de cette façon, se transforme et l’on en vient à se demander s’il existe des causes gé nérales naturelles capables de produire à date déter minée des conditions excessivement favorables à tel Digitized by Google Original from CORNELL UNIVERSITY
l’initiation 214 microbe et, dans le cas présent, à celui de la peste; la réponse est affirmative. La circulation magnétique terrestre paraît avoir une influence prépondérante à ce point de vue. Certaines de ses fluctuations déterminent les épidémies. Agis sent-elles sur le milieu, l’homme? Ou sur cet infini ment petit, le microbe, en lui donnant une recrudes cence excessive de vitalité? Ou les deux effets se produisent-ils simultanément?
Il serait oiseux de le rechercher; il suffit de savoir, pour l’élucidation du point qui nous occupe, que cela est. La suite de ce travail le démontrera. Un savant belge, le major Brück, méconnu de son temps et auquel on commence seulement à rendre justice, a consacré sa vie à l’étude du magnétisme terrestre dont il a découvert les lois circulatoires et l’influence sur l’humanité.
Un énoncé de son système entraînerait au delà des limites de ce travail ; mais il serait à désirer qu’il fût ex posé quelque jour dans F Initiation, tant il paraît révé lateur au point de vue des fluides qui nous baignent.
Disons succinctement que la terre est cernée, au-des sus et au-dessous du sol, de nappes concentriques ma gnétiques, mobiles selon les tensions, et traversées de •courants parallèles allant d’un pôle magnétique à l’autre en forme d’S. Les pôles magnétiques sont à certaine distance des pôles géographiques et décrivent autour de ceux-ci une rotation périodique d’une durée de 516 ans environ.
Cette périodicité joue un rôle prépondérant et per met, connaissant le passé et sachant que les menées Google Original from CôHNELL Uh
LA PROCHAINE GUERRE 2 I 5 causes produisent les mêmes effets, de prévoir presque sans erreur possible les événements du même genre à venir. Citons tout d’abord quelques grandes dates histo riques concernant la peste noire. Nous trouvons 800, i3i6, 1349. Remarquons tout d’abord que 800 + 516 — 1316 et que 1316 -4- 516 nous donne i832, dates de cho léra; à 1349 correspond 1349 h- 516 — 1865, autre époque néfaste du même genre.
Mais il est temps de donner la parole à R. Brÿck.
Dans son Electricité et magnétisme du globe ter restre édité en 185 1, il prédit comme suit le choléra de ¡865 : « Si en 1853-i854 le fluide est enlevé en moindres quantités à de plus grandes profondeurs qu’en 183637, et que nous apprendrons peut-être des commo tions ou d’autres faits qui les accompagnent (proba blement en 1853 ou en 1857), et si ce fluide devait, au bout de quatre périodes quadriennales, produire les effets qu’a produits au bout du même temps le fluide enlevé aux plus grandes profondeurs en 1836, nous aurions en 1865 un choléra correspondant exac tement à la peste dite de Florence, qui il^tait qu’un choléra auquel on a conservé le nom cfë péste, mais qu’on a distingué cependant de celle-ci, en l’appelant dite de Florence.
« La peste dite de Florence a eu lieu en 1348: si à cette date on ajoute 516 ans, période entière de révo lution, on obtient 1864. Original from CORNELL UNIVERSITY
T' 216 l’initiation « La peste dite de Florence, dit-il dans son manifestedu magnétisme terrestre, ne fit qu’ouvrir l’époque calamiteuse ; c’est l’année suivante 1349 (à laquelle correspond 1865) que l’épidémie dite peste noire de vint générale et cruelle. » Il ajoute plus loin en parlant de l’ignorance actuelle de la cause des choléras ou pestes : « Aujourd’hui, huit ans après l’apparition du der nier volume du Magnétisme, vous êtes moins avancé qu’on ne l’était à l’époque antérieure correspondante de 1349, époque où l’on disait généralement : Il pa raîtrait que les maladies meurtrières de cette année {peste noire de 1349 9U* enleva les 2/5 de la popula tion européenne} proviennent des exhalaisons puantes qui ont accompagné les terribles tremblements de terre de l'année dernière 1348.
« Les oracles de la physiologie laissant les gouver nements européens, animés de généreuses intentions, envoyer leurs représentants en Orient pour y confé rer sur les moyens de détruire le choléra ou la peste noire dans son berceau, ce qui n’est ni plus ni moins difficile que d’arrêter le soleil dans sa marche.
« Les gouvernements qui vont conférer pour dé couvrir et appliquer les moyens les plus efficaces de détruire les foyers d’infection et de misère, que créent les populations ineptes, indolentes, malpropres et usées de l’Orient, remplissent une mission humanitaire. Les oracles de la physiologie qui les y envoient se pré parent des triomphes faciles et sûrs. 11 n’y aura plus de Digitized by Google Original from CORNELL UNIVERS?
LA PROCHAINE GUERRE 217 choléra d’ici à 1936 (époque correspondante à 1420... « Quant à l’effrayante mortalité que l’histoire ren seigne à Paris en 1420, les conférences orientales res" teraient en permanence jusqu’à l’époque correspon dante de ig36, qu’elles ne la retarderaient pas d’une seconde. » II serait possible de prolonger ces citations, mais la preuve me paraît faite à suffisance.
En i85i, Brück prédit, d’après ses connaissances des lois circulatoires du magnétisme, le choléra de 1865 et nous le montre correspondant à la peste de Florence. Après celle-ci, la première épidémie qui se montre est celle de 1420. Lo giquement, il en conclut que de 1865 à la date corres pondante à 1420, ou 14204-516= 1936, Un y aura plus de choléra épidémique, mais que cette dernière épidémie sera fort meurtrière (1).
L’on peut donc bien admettre sans crainte de se tromper qu’étant dans le vrai de i85i à 1897, il a aussi bien prévu pour les années suivantes 1897 à 1936. Voilà donc, selon toutes probabilités, la date néfaste de la grande peste annoncée par les prophéties ; il faut donc reporter la grande guerre dont elles parlent à 1937.
Peut-être faudra-t-il retarder ces deux dates d’une année pour tenir compte d’un léger retard que pa raissent présenter les faits et qui pourrait provenir (hypothétiquement) de ce que cette période fût plus forte que 516 ans d’une fraction d’année. ViLuK c. G. E. (1) Ses calculs le conduisent aux mêmes résultats. Original from ¿'ÛRNÉLL UNIVERSITY
218 l'initiation MASTÏNISTl Le Congrès de Londres Les Groupes occultistes et l’Ordre Martiniste ont reçu une invitation officielle pour le Congrès spiritualiste de juin 1898 qui se tiendra à Londres. Le Comité directeur a décidé d’accepter cette invitation. Les Martinistes se ront représentés au Congrès : i° Par le Délégué du Suprême Conseil à Londres; 20 Par une délégation extraordinaire qui sera désignée ultérieurement.
Il est nécessaire qu’à cette occasion le Martinisme montre sa vitalité et montre qu’il possède en Europe le premier rang par le nombre de ses branches et de ses groupes réguliers. A cet effet, nos Délégués en Europe et en Amérique sont invités à préparer chacun un mémoire sur le mou vement occultiste dans les pays qu’ils administrent. Ces mémoires devront être rendus au Suprême Conseil de Paris au plus tard le i5 avril 1898.
Ils seront groupés et lus publiquement au Congrès de Londres. Ceux de nos membres qui voudraient traiter des ques tions originales sont priés d’écrire leur mémoire, si pos sible, en anglais. Pour le Sups. Cons.'., Papus. Les progrès de l’Ordre Martiniste sont aussi rapides qu’encourageants. Voici les nouvelles créations réalisées depuis deux mois et par ordre de date : Constantine (Algérie). Délégation spéciale.
La Havane (Ile de Cuba), Délégation générale. Amsterdam (Hollande). Délégation et Loge régulière. Valence (France). Délégation spéciale. Bruxelles (Belgique). Loge régulière Leiria. Québec (Canada). Délégation générale. Digitized by
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ESOTERIQUES 2IÇ Bâle (Suisse). Loge régulière. Hanoï (Tonkin). Délégation générale. Lyon (Rhône). Loge régulière Orphée. Le Havre (Seine-Inférieure). Délégation pour l’ouest de la France. Enfin notre Délégué pour le nord de l’Italie nous an nonce la création de trois nouvelles Loges régulières.
Il en est de même en Allemagne et en’Hongrie. * M. Cliquart, S:/ I;’: 27, oude Waal, Amsterdam, nous prie de faire savoir à ceux de nos lecteurs qui habitent cette ville, qu’il se tient à leur disposition pour tous ren seignements concernant l’Occultisme ou la loge Martiniste locale. Affiliations Les affiliations suivantes ont été acceptées : La Société des Hautes Etudes psychiques de Marseille avec le Groupe Indépendant des études ésotériques.
La Rama Union de Montevideo (sous l’obédience des Initiés du Thibet) avec l’Ordre Martiniste. Groupe Indépendant ¿’Études Ésotériques Marseille. M. Dupré, chimiste à Marseille, est désigné comme dé légué local en cette ville du Groupe indépendant d’Etudes Esotériques. ♦ • • Par décision en date du 3o octobre dernier, la « So ciété des Hautes Etudes Psychiques de Marseille » s’est CORNEIL university
220 l’initiation érigée en Branche du Groupe indépendant, avec Papus comme Président d’honneur. Les diverses sections ont commencé à fonctionner et nous attendons de bons résultats de l’activité de nos nouveaux confrères. L. Esquieu, Délégué général du Groupe pour le Sud-Est, FACULTÉ DES SCIENCES HERMÉTIQUES La réouverture des cours a eu lieu le 3i octobre.
Les cours ont lieu les premier et troisième lundis de chaque mois (Papus), les premier et troisième jeudis (Sédir), les deuxième et quatrième mardis (Basset) et les deuxième et quatrième vendredis (Rosabis). Les tenues des loges le Sphinx, premier et troisième mercredis, et Hermanubis, deuxième et quatrième jeudis, complètent l’enseignement. Les inscriptions sont reçues tous les jours., de 2 à 5 heures, 5, rue de Savoie (M. Sisera).
Extériorisation de la Motricité Octobre 1897. Quelque peu poussé par l’amour de l’étude des mani festations psychiques^ je me rendis tout récemment chez la famille Sabourault pour la prier de vouloir bien per mettre d’étudier, chef moi, quelques-uns des phénomènes obtenus par l’intermédiaire de la jeune Renée (médium de la maison hantée d’Yzeures).
Après avoir entendu ma requête, M. Sabourault me répondit que le calme paraissant revenu chez lui depuis Digitized by CORNELL UNIVERSkWW«*
EXTÉRIORISATION DE LA MOTRICITE 22 1 quelques jours, il n’avait aucune envie de provoquer l’in visible pour le voir recommencer ses persécutions.
Sur ces entrefaites, le jeune médium, qui s’était em paré d’un cahier de papier et d’un crayon, recevait par ¡’écriture mécanique une communication rédigée en termes très vulgaires, que je résumerai ainsi : « Si vous n’allez pas chez ce monsieur, ce soir, je bou leverserai tout ici... » M. Sabourault se rendit à cette injonction et, le soir, vers huit heures, je reçus la visite de Monsieur, Madame et Renée Sabourault.
Les phénomènes observés au cours de cette soirée furent les suivants : Première partie. — En séance obscure : i° Soulèvement d’une très lourde table en contact avec les assistants; 2° Coups paraissant frappés, à l’aide d’un marteau en bois, sur le parquet et sous le fauteuil du médium ; 3° Lévitation, très accentuée, lente et prolongée, d’une table de 45 centimètres carrés en contact avec la jeune Renée et moi — nous sommes obligés de nous lever pour suivre le mouvement d’ascension—; sur le désir que j’ex prime, la table redescend lentement ; 40 Bruit semblable à celui que ferait une main, pour vue de griffes, grattant le dessous de la grande table (en contact avec les assistants).
Deuxième partie. — En lumière rouge obtenue à l’aide d’une lampe pigeon munie d’une cheminée photo-bi colore : Mêmes phénomènes, moins la lévitation. Etaient seuls présents : M., Mme et Renée Sabourault. M., Mme et Mlle François. A. François. .^Original from 'CORNELL UNIVERSITY
222 l'initiation Bulletin critique, 1897, n° 19. M. Schwab : Vocabu laire de ÏAngélologie (liste alphabétique des dénomina tions mystérieuses appliquées aux anges et aux démons parla superstition juive, surtout par la Kabbale). Académie des inscriptions et belles-lettres, 1877, C. Jullian : Tablette magique de C/zagnet (exécration). Historisches Jahrbùch. Bd. XVIII, h. 3. K.
Eubel : Sortilèges au commencement du xive siècle (envoûtement de Jean XXII). Anglia, 1896, Holthausen : Recettes, prières et exor cismes d'après deux manuscrits de Stockholm. Preussische Akademie der Wissenschajten, 1877. Vahlen : Leibnitz et les influences qu'il a subies. Zeitschrift des Vereins fur die Geschichte Machren und Schlesiens, 1897.
F. von Krones : Bertha de Liech tenstein (1430-1476 : au xvn® siècle, des historiens jé suites dirent qu’elle revenait dans les châteaux de Neulsaus et de Teltsch sous la forme d’une < dame blanche »). — (Revue historique, 7 octobre 1897). * ¥ * Question aux astrologues Je prie M. Huber d’agréer mes sincères remercie ments pour sa très docte réponse.
Son amabilité m’en courage à lui faire d’autres questions. i° Roussat, dans le Livre de Vestât et mutation des Temps, dit, d’après Turrel, Trithème, etc., que la Lune avec l’ange Gabriel gouvernèrent le monde 354 ans 4 mois, de i535 ou 1543 à 1889 ou I897. Les astrologues actuels admettent-ils que ce règne de la Lune aurait pris fin en 1889 ou 1897, ou bien jugent-ils qu’il se terminera plus tard ? e Digitized by CORNELL
BIBLIOGRAPHIE 223 2° L’expression : grand cycle de Lune peut-elle dési gner 1900 ans, un petit cycle étant de 19 années lu naires ?
Saturninus. • • L'Echo du Merveilleux continue à mériter son gros succès : le dernier numéro (icr novembre) contient no tamment une vigoureuse réponse de Gaston Méry aux ridicules attaques de M. Emile Gautier, — une intéres sante lettre de Papus sur Losanne, l’un des « esprits » familiers de Renée Sabourault, — et un curieux article, très clairet fort bien écrit, de notre ami Duplantier sur une nouvelle maison hantée, où se passent les faits les plus surprenants, qu’il a découverte au Pin-en-Mauges, dans les environs d’Angers. • ¥ L'éditeur Chamuel, 5, rue de Savoie, à Paris, vient de publier un livre doublement remarquable en ce sens qu’il présente, sous une forme toute nouvelle et bien séduisante, une thèse vieille comme le monde.
Cet ou vrage, qui s’intitule le Congrès de ÍHumanité, est un recueil d’études et d’articles signés Amo, groupés et an notés, avec préface et conclusion par Marius Decrespe.
Avec une conviction, un enthousiasme rares, les auteurs s’appuyant sur des faits exclusivement connus, démon trent la nécessité pour tous les hommes de se solidariser consciemment, et ils mettent en avant l’idée grandiose d’un Congrès réunissant, pendant l’Exposition univer selle de Paris, en 1900, des représentants de toutes les philosophies, de toutes les écoles d’art et de littérature, de tous les systèmes scientifiques et religieux, de tous les groupements politiques et sociaux qui, dans un ma gnifique élan d’altruisme, proclameraient solennellement le grand principe de l’Unité humaine, au-dessus et au delà de toutes les divergences relatives, de tous les par ticularismes transitoires.
Et cette colossale entreprise apparaît d’une telle sim plicité de réalisation et, par ses conséquences, d’une telle Original from CORNELL UNIVERSITY
l’initiation 2 24 utilité politique, qu’on ne sait vraiment si l’on doit plus admirer l’audace généreuse d’Amo que l’aveuglement de notre époque qui n’avait pas encore pensé à cela. On ne peut qu’applaudir de tout cœur à cette tentative bien française d’une manifestation inouïe dans les annales de l’Humanité, et qui réussira à coup sûr, il est impos sible d’en douter dès qu’on a lu le livre si emballant d’Amo et de Marius Decrespe.
Tous nos souhaits de longue et heureuse vie à la Nota Medica^ Fuencarral, 26, Madrid, qui va défendre en Es pagne la cause de l’Occulte dans ses rapports avec la médecine. Félicitations sincères au directeur, M. le Dr Bercero, pour son premier numéro. Le Gérant : Encausse. TOURS. — IMP. E. ARRAULT ET C”, RUE DE LA PRÉFECTURE, 6. CORNELL UNIVERSITY Digitized by GÔ-g’ê
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