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^Initiation wiotes historiques Revue philosophique des Hautes Etudes PUBLIÉE MENSUELLEMENT SOUS LA DIRECTION DE PAPUS W O. * Docteur en médecine — Docteur en kabbale 37 * VOLUME. - 11" ANNEE Numéro Exceptionnel CONSACRE A LA TRADITION ORIENTALE et particulièrement au Brahmanisme SOMMAIRE DU Nu 1 (Octobre 1897) Papus. Premiers éléments de lecture de la langue sanscrite.
Papus. ■Le secret de l’univers selon le Brahmanisme éso térique ....................................................................... Amara Notes sur les coutumes et superstitions cochinchinoises......................-........................... Dr Lau Bibliographie élémentaire pour l'étude de la tradiSédir. Nombreux tableaux hors texte. I Faculté des sciences hermétiques. — Ça et là. — Bibliographie. Nécrologie. Digitized fr
i: Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion ; mais elles n'ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l'hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L'Initiation est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent : Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte à'un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse upique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l'initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l'arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cléricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l'initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. L'Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie de la-Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie {Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier.
L'Initiation paraît régulièrement du 15 au 20 de chaque mois et compte déjà huit années d’existence. — Abonnement: 10 francs par an (Les collections des deux premières années sont absolument uitéÂs.j i Z ¡J Di9iti2edt Google Original from CORNELL UNIVERSITY
L'Initiation (Numéro exceptionnel) Principaux Rédacteurs et Collaborateurs de ïInitiation PARTIE INITIATIQUE Amo— F. Ch. Barlet,S.\ I/.n— StanislasdeGuaita, S.’. I.’.ft — Guymiot. —Marc Haven,S.’. I.*. — Julien Lejay, S.*. I.\ — Emile Michelet, S.*. I.*. (G. G. E.) — Lucien Mauchel, S.*. I.\ (D. S. E.) MoGd, S.’. I.*. — George Montière, S.*. I.'. — Papus, S.-. I.'. n — Sédir, S.*. I.’. — Sblva, S.*. I.‘. (C. G.
E.) 3° PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Abil-Marduk. — Amelineau. — Aleph. — Dr Baraduc. — Serge Basset. — Le F.*. Bertrand 3o* .•. — Blitz. — Bojanov. — Jacques Brieu. — Camille Chaigneau. — Chimua du Lafay. — Alfred le Dain. — G. Delanne. — Alban Dubet. — Fabre des Essarts.— Dr Fugairon. —Delézinier.— Jules Giraud.— Haatan. — L. Hutchinson.— Jollivet-Castelot.— L. Le Leu. —L. Lemerle. — Lecomte. — Napoléon Ney. — Horace Pelletier. — G.
Poirel. — Raymond. — Dr Rozier. — Dr Sourbeck — L. Stevenard. — Thomassin. — G. Vitoux. — Henri Welsch. — Yalta. 3« PARTIE LITTÉRAIRE Maurice Beaubourg. — Jean Delville. — E. Goudeau.— Manoël de Grandford. — Jules Lermina. — L. Hennique. — Jules de Marthold. — Catulle Mendès.— George Montière. — Léon Riotor. — Saint-Fargeau. — Robert Scheffer. — Emile Sigogne. —Ch. deSivry. 4° POÉSIE Ch.
Dubourg. — Rodolphe Darzens. — Jean Delville. — Yvan Dietschine. — Ch. Grolleau. — Maurice Largeris. — Paul Marrot. — Edmond Pilon. — J. de Tallenay. — Robert DE LA VlLLEHERVÉ.
L'Initiation .(Numéro exceptionnel) L’INITIATION ™cS“; DIRECTION Villa loolnoreney, 10, avec, des Peupliers PARIS-AUTEUIL Directeur : Directeur adjoint ; Lucien MAUCHEL Rédacteur en chef : B’.-Ch. BARLET Secrétaires de la Rédaction : J. LEJAY - PAUL. SÉDIR ADMINISTRATION ABONNEMENTS, VENTE AU NUMERO C HC A RÆ U E2 X-~ S, Rue de Savoie PARIS FRANCE, un an. 10 fr. ÉTRANGER, — i a fr.
RÉDACTION. — Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité. L'indépendance absolue étant la raison d'être de la Revue, la Direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps d'un article. Prière d’adresser tous les échanges : Villa Montmorency, 10, avenue des Peupliers, Paris. Manuscrits. — Les manuscrits doivent être adressés à la rédaction. Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d’avis spécial.
Un numéro de la Revue est toujours composé d'avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant. GROUPE INDEPENDANT D'ETUDES ÉSOTÉRIQUES 1,600 Membres —104 Branches et Correspondants — Groupes ¿’Études fermés Les Membres ne paient ni cotisation ni droit d'entrée. Pour tous renseignements, s’adresserparlettreà M. Paul SÉDIR, directeur adjoint, 4, rue de Savoie, Paris, en joignant un timbre pour la réponse.
Principales Sociétés adhérentes au Groupe ORDRE MARTINISTE ORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE f CROIX. — ÉGLISE GNOSTIQUE SOCIÉTÉ ALCHIMIQUE DE FRANCE Digitized by Google Original from CORNEL UNIVERSITY
k La reproduction des articles inédits pnbliés par l’Inittetion est formellement interdite, A moins d’autorisation spéciale. Lorsque les Blancs conduits par Ram entreprirent la conquête de l’Inde (vers 8640 avant Jésus-Christ), ce grand foyer de civilisation renfermait une haute et ancienne tradition transmise par la Race rouge à la Race noire qui, à ce moment, possédait le pouvoir.
Cette tradition; adaptée par les Blancs après la conquête, forma la base du Brahmanisme et permit de construire la langue Ved, puis la langue sanscrite sur des clefs tirées de la Science vivante des antiques sanctuaires. L’Université scientifique sociale et religieuse des Brahmes conserva la garde du dépôt primitif à tra vers tous les cataclysmes depuis cette antiquité (6700 avant Jésus-Christ) jusqu’à nos jours.
Un mot -îs commotions religieuses ou sociales qui secouèrent la vieille église brahmanique, sans parvenir à l’anéantir: De 3,200 à 2,700 environ avant Jésus-Christ, la pre O rhinal.from CORNELL UNIVERSITY
2 l’initiation [octobre mière révolution religieuse, celle des Pasteurs (schisme d’Irschou), ébranle l’Inde et se déverse sur l’Asie Mi neure, l’Arabie et l’Egypte, où les dépositaires de la Science sacrée créent les Grands Mystères pour con server la Vérité pure des souillures des Pasteurs triomphants (Hyksos).
Le schisme ionien fait de grands ravages dans l’Inde, et plusieurs grands réfor mateurs, envoyés par les temples, cherchent à rame ner le courant dans ses bornes primitives. Krischen (Gôpalla) agit dans l’Inde pendant que Fo-Hi agit en Chine et le Ier Zoroastre en Iran (2,700 à 2,600 av. Jésus-Christ).
Vers 1,600 avant Jésus-Christ, une seconde révolu tion religieuse est commencée par Foe (Sakya} et atteint son point culminant vers 5oo avant JésusChrist avec le 4e Bouddha (Gautama) (ne pas confondre avec le précédent) en constituant le Bouddhisme.
Le Bouddhisme créé par un élève des centres Brah maniques qui n’avait pas atteint les derniers grades de l’initiation traditionnelle, quand il acheva seul et merveilleusement son initiation totale, est dans son essence un véritable protestantisme dont il a tous les caractères.
Fondant l’initiation sur le cœur humain qui * de vint son point de départ et son point d’arrivée, le Bouddha constitua le code de morale le plus élevé que peut atteindre un être humain évoluant vers les som mets divins. Mais, si le Bouddhisme atteint l’absolu des développements possibles de la sphère animique et de la sphère instinctive, s’il projette des lumières réelles sur la sphère intellectuelle, son rayon d’action Digitized JNIV0
1897] NOTES HISTORIQUES 3 cesse au début des sphères volontaires et spirituelles. Car, pour atteindre le centre de ces sphères, l’évolu tion ne suffit pas. Par l’évolution, l’homme peut deve nir Chrestos.
Il fallait Nnvolution du Dieu personnel, inaccessible au Bouddhisme et dont le secret était et est encore renfermé dans les centres du Brahmanisme pour permettre à l’homme de comprendre la mani festation de Dieu descendu, du sauveur : Christos.
Quand celui qui, toujours présent en tous les points de ¡’Univers, jugea les temps venus de matérialiser son Verbe, ce furent des initiés des centres blancs de Chaldée, dés Mages, et non des missionnaires boud dhistes, qui vinrent symboliser l’union del’Eglisedes Patriarches avec la nouvelle révélation. Mais laissons là toute digression et revenons dans l’Inde.
Le Bouddhisme, après quelques siècles de progrès, s’éteignit peu à peu, et aujourd’hui il est cultivé comme une plante rare en quelques centres dont les principaux sont Ceylan, le Siam, l’Annam et le Ja pon. Le Brahmanisme a conservé intacte depuis plus de io5 siècles sa vitalité qui a passé par des phases de grandeur et de décadence.
Cela tient à la constitu tion, au sommet de l’édifice sacré, d’un aréopage do miné lui-même par les trois chefs des trois centres vivants : le Souverain Pontife ou Brahatma, chef de l’ordre enseignant, le chef de l’Ordre judique ou Mahatma Çi) et le chef de l’Ordre économique ou (1) Le titre de Mahatma appartient à ¡’Eglise brahmanique et est réservé à un seul dignitaire, depuis des siècles. Aussi la multiplication subite de ce nom, appliqué à plusieurs hommes Oriqm-al-frÆ-m CORNELL UNIVERSITE
l’initiation 4 Mahanga. En écrivant ces noms en caractères déva- , nagari et en recherchant leurs racines et leurs nom bres mystiques, les étudiants avancés se rendront compte de la scrupuleuse exactitude de nos affirma tions au sujet du Brahmanisme, auquel une grande partie de ce numéro sera consacrée. Mais qu’on ne croie pas que nous n’ayons pour la floraison philoso phique provoquée par le Bouddhisme toute l’admira tion et tout le respect qui lui sont dus. Aussi réserve rons-nous d’autres numéros à ce sujet. Papus. renfermés dans des centres bouddhiques (!) a-t-elle dû amuser autant les Brahmines que l’annonce d’un conseil de Czars pro testants siégeant à Rome amuserait les Cardinaux. Voy. à ce sujet: Saint-Yves d’Alveydre, Jeanne d’Arc victorieuse, p. 3o2.
Université libre des Hautes Études (Paris) FACULTÉ DES SCIENCES HERMÉTIQUES PREMIERS ÉLÉMENTS DE LECTURE BE li IÀIGBE SABSCBITE (CARACTÈRES DÉVANAGARI) PAR Le Dr PAPUS Docteur en Médecine, docteur en Kabbale , Directeur de la Faculté des Sciences Hermétiques m CORNELL UNIVERSITY
INTRODUCTION Dès le début de nos études au sujet de la langue sanscrite, nous avons été arrêté par la difficulté de trouver un livre assez élémentaire pour permettre à l’élève d’aborder avec fruit la lecture de l’admirable Méthode pour étudier la Langue sanscrite de E. Burnouf et L. Leupol.
Le présent travail a pour but de fournir aux élèves de nos Ecoles d’Hermétismeet aux personnes que ces recherches intéressent une sorte d’A, B, C du sans crit, leur permettant d’arriver à lire les caractères dévanagari. Les élèves qui voudront pousser plus loin leurs études devront forcément étudier la Méthode de MM. Burnouf et Leupol, qui leur fournira tous les renseignements complémentaires.
Notre travail se terminera par des considérations sur le symbolisme du sanscrit et sur ses rapports avec d’autres langues orientales, considérations qui s’adres seront à nos seuls élèves de la Faculté d’étude hermé tique de Paris et des Ecoles secondaires d’hermétisme de France et de l’Etranger et que nous publierons plus tard. Si nous leur évitons un peu de travail, notre but sera largement atteint.
LECTURE DE LA LANGUE SANSCRITE 7 I Les lettres sanscrites. — Leur forme. — Lois géné rales DE CONSTRUCTION DES FORMES * Lorsqu’on examine une page d’écriture sanscrite, ce qui frappe tout d’abord, c’est la réunion de toutes les syllabes dun même mot et souvent de deux mots con tigus (i) par une longue barre horizontale sous la quelle sont les signes effectifs de l’écriture.
Au-dessous de cette barre apparaissent des sortes d’accents qui, ainsi que nous le verrons par la suite, font fonction des voyelles, e ou à. Quand on examine séparément un des caractères de l’écriture, on remarque que forcément ce caractère est dominé par une petite barre horizontale qui, unie à celle des autres caractères, constitue la grande ligne dominant le mot.
Ainsi voici deux caractères va et y a qui sont chacun couronnés par la barre horizontale. Unissons-les, nous obtiendrons un caractère unifié par la fusion en une seule des deux barres hori zontales précédentes. Etudiées au seul point de vue de leur forme exté rieure, sans tenir compte de leur caractère, les lettres sanscrites peuvent se ramener toutes à trois formes types. (i) Burnouf (Grammaire p. 14). ORNELL UNIVERSITY
8 l’initiation i° Une forme que je prendrai la liberté d’appeler la potence constituée par une barre verticale venant s’in sérer à la fin à droite de la barre horizontale ainsi : . C’est dans l’intérieur de cette potence que sera con tenu le signe caractéristiques de la lettre. Voici la lettre la qui est formée par une sorte de 3 ren versé horizontalement la tête en avant dans la po tence.
Voici la na formée par une virgule horizon tale contenue dans la potence. Sur 47 lettres sanscrites, 25 sont constituées par des signes divers enclos dans la potence. Il est du reste bien entendu que l’image que nous employons est simplement destinée à éclairer l’étude des formes des lettres et n’a aucune autre valeur.
2° A côté de la potence, nous trouverons le T où la barre verticale viendra s’insérer, non plus à la fin mais bien au milieu de la petite barre horizontale ainsi 1’. Sur cette barre verticale viendront s’appuyer les signes distinctifs de la lettre, soit d’un seul côté de la barre comme dans la lettre Vj s°it des deux côtés de la barre comme dans la lettre 2fi ka. Sept lettres sur 47 répondent à la forme générale que nous venons de décrire.
3° Dans toutesles autres lettres, il n'y a pas de barre verticale. Immédiatement au-dessous delà barre hori zontale se trouve un signe plus ou moins serpentin comme dans les lettres ya, ha, ou circu laire comme dans les lettres 7" ta, % ta, G cdaet '^ca. cette dernière lettre montrant une ligne courbe Original from CORNELL UNIVERSITY Digitized by
LECTURE DE LA LANGUE SANSCRITE g sur laquelle vient se greffer une sorte de cercle dé doublé au début. En résumé, la règle générale est facile à retenir. i. Potence, — Barre verticale insérée à droite, presque à la fin de la barre horizontale. 2 5 lettres (les chercher dès maintenant et seulement pour les voir dans le tableau alphabétique) qui sont : A a —l—â — l—o—œo—y a — la — va—ça — sa —sa i Î S • » k'a —ga —ga —ça — ja— na — na — ta—‘ta— na pa — ba—md. 2. T, — Dans cette forme en té, la barre verticale vient s’insérer au milieu de la barre horizontale, et les signes se groupent soit d’un côté, soit des deux de ladite barre verticale, — 7 lettres qui sont: A C r — r — ka—ja — da — p'a — b'a i î 3. Serpent ou cercle. — Dans cette forme, pas de barre verticale, tortillon serpentaire ou circulaire audessous de la barre horizontale. i5 lettres répondent à cette loi générale ; ce sont : /— u—î—û — e—œ—ra — ha — ya—ca— ta — ‘ta da — ‘da — da « L'élève est invité, après avoir retrouvé ces lettres sur le tableau alphabétique, à en dessiner quelquesunes de chaque sorte. Qigitjzea by Google Original from CORNELL UNIVERSITY
IO l’initiation II 'TAblSAV Ai£SA<BÉTÎgtt£ VOYELLES. o ä i î u û y f J t* ? 6 se ô so CONSONNES. ' 3F» ÎT g 3 ka K a 9“ ff« ja • îl $ $r Hi 5T ca (1 ca /« J« na Z Z 3 F Tiï ta • ta da da « na • Fï Z g ta ta da da na a 3F *F TT pa p'a ba ffa ma n . î R y« ra la .»a »T H ça sa sa ha ’S ' la Digitized by Google Original from CORNELL UNIVERSITY
LECTURE DE LA LANGUE SANSCRITE I I CHIFFRES. X d M ' Î 0 « 234567890 III LES VOYELLES. ET LEURS SIGNES REPRESENTATIFS La représentation des voyelles présente certaines particularités qui méritent d’être bien analysées. Nous allons d’ailleurs, pour être plus clair, étudier à cet effet chacune des voyelles séparément. A. — Au commencement des mots, le caractère em ployé est celui de la voyelle elle-même comme dans le mot wr apara, autre. A Pa.Ra.
Dans le cours du mot l’A n’est pas représenté à côté des consonnes qui sont réputées suivies de la voyelle brève a et qui se lisent Ka, La, Ça et non K. L. Ç. Ex. : 41HÎI Kalaça, calice KaLaÇa Mais pour représenter, dans le cours d’un mot, l’a long, on se sert du signe J placé après la consonne. Ex. I.
Bàlâ, jeune fille BaALaA Remarque. — Comme la barre horizontale de ce signe se confond avec la barre générale, c’est une Original from CORNELL UNIVERSITY
12 l’initiation simple barre verticale qui indique ce signe dans le cours d’un mot. Exercice. — L’élève devra rechercher dans la page d’écriture sanscrite quelques mots contenant des a longs et les copier, en se reportant au tableau alpha bétique pour lès consonnes.
On remarquera que l’A long se figure au commen cement des mots en ajoutant le signe ci-dessous au ca ractère ordinaire de l’A ainsi : HT- ♦ I. — La voyelle i est représentée au commencement des mots, par ses caractères (f bref) et (f long). Dans le cours des mots cette voyelle est rempla cée par des demi cercles placés au-dessus de la barre . horizontale et posés sur le signe .
Pour IV bref, c’est un demi-cercle dont l’ouverture est tournée à droite (comme un c) et qui se place de vant la consonne après laquelle on prononce fi. Ex : Kavi, poète Ka i Na Le signe de IV est placé dans l’écriture entre le Ka et le Va, et cependant dans la prononciation on le place après le Va.
Pour l’f long, le signe, formé d’un croissant dont l’ouverture est tournée à gauche, se place après la con sonne et comme il doit être normalement lu Ex : chant. GÎTa Original from CORNELL UNIVERSITY Digitized by
LECTURE DE LA LANGUE SANSCRITE O. — Au commencement des mots, caractère ordi naire, c’est-à-dire (<5) et («<>)• Dans le cours des mots, virgule allongée simple pour l’ô, double pour Væo et à concavité tournée à gauche ainsi : jftfr Gôpa, bouvier, GoPa naso, navire N œo Remarque. — Le signe de l’ô se distingue du signe de l’f long par le rendement que présente le signe de l’ô à son extrémité, tandis que le signe de l’f est effilé à l’extrémité.
Il se distingue du signe de l’ô en ce que ce dernier n’est pas supporté par une barre verticale (voyez E). Grossissons les deux signes pour indiquer ces dif férences : E et Æ. — Au commencement des mots, lettres ordinaires : e et ^7 (æ). Dans le cours des mots, mêmes signes que pour Original from CORNELL UNIVERSITY Digitized
l’initiation l’o et Fœo, mais s'écrivant sans barre verticale pour les supporter et directement au-dessus de la consonne. Kêçara, crinière. KEÇaRa Gœ, chanter. Gæ. Tous les signes que nous venons de passer en revue autres que l’a c’est-à-dire IV, l’o et l’e, figurent dans le cours des mots au-dessus de la barre horizontale. Ceux qui nous restent à décrire s’écrivent au-dessous des mots. Exercice. — L’élève devra étudier avec le plus grand soin, sur la page d’écriture sanscrite, l’emploi de ces différents signes et il devra consacrer plusieurs séances d’études à recopier les mots contenant ces signes. IV Signes s’écrivant au-dessous des lettres Ainsi que nous l’avons dit, tous les signes dont il nous reste à parler s’écrivent au-dessous des lettres. U. — U bref et û long s’écrivent au commence ment des mots, comme ils sont figurés sur le tableau alphabétique. Dans le cours des mots Vu bref se marque par un demi-cercle à concavité tournée à gauche et Vû long par une virgule à concavité tournée à droite Original from CORNELL UNIVERSITY Digitized by
LECTURE DE LA LANGUE SANSCRITE l5 les signes s’écrivent directement au-dessous de la con sonne dans laquelle l’u doit remplacer le son habituel d’a. Ex. : (u bref) Tpn tula, balance. à long HÏM bûmiy la Terre. BûMi R caractère de r au début des mots. . r__________ • ¡Comme \ dans le tacaractèrede r au début des mots, i bleaualpha- , jbctique. Dans le cours des mots, la lettre entière est rem placée par sa terminaison droite inférieure, soit c* pour r et t pour r. i t r Kr, répandre. caractère de la voyelle Li au début des v mots. caractère de la voyelle L au début des k 1 mots. Dans les cours *des mots, on souscrit un signe formé Digitized by Google Original from CORNELL UNIVERSITY
l’initiation 16 par la combinaison du signe intérieur et du petit signe extérieur. Soit pour A combinaison de en et de c. i ' h et eq pour l, combinaison de ™ et de ç• i Ex- : 3Î Kl 5R Kl. «i 4 % £ Exercice. — L’élève s’exercera à retrouver ces ca ractères dans les mots sanscrits de la page d’écriture’et à bien les dessiner. V Autres signes A côté de ces signes des voyelles on trouve, dans l’écriture sanscrite, quelques autres signes indispen sables à connaître et qui sont les suivants : Le point * placé au-dessus de la ligne horizontale et sur une consonne (anuswara) ajoute le son m ou n à la consonne. Ex. : nânrtam. & i NâNrTaM t Il en est de même du point placé dans un demicercle & (anunasikâ). Pour supprimer Va du caractère primitif et termi ner la syllabe par une consonne, on souscrit le virâma ou signe du silence (Burnouf), Digitized by Google Original from CORNELL UNIVERSITY
» LECTURE DE LA LANGUE SANSCRITE l7 Ex. : ^11 H Vagpour Vaga. nub'uyktê. \3KJ \ NBYKTé u u Pour terminer une consonne pars et as on la fait suivre de deux points : (nsarga). Æera/AS. Apostrophe sanscrite $ entre deux mots remplace l’a bref initial après un mot finissant par ê ou ô et ne doit s’employer que dans ce cas (Burnouf). A propos de l’r deux nouveaux signes sont impor tants à retenir. Écoutons Burnouf : Quand l’r précède la consonne on le représente par une sorte de c plié silr celle-ci : e Ex. : Karman, action. K Quand l’r la suit, on le peint par une diagonale ajoutée en bas à gauche. Ex.: 3ÜJ Kratu, sacrifice. La différence de l’r précédant la consonne avec le ’ signe de i bref est que ce dernier est allongé et tou jours placé sur une barre verticale^ tandis que le Original from CORNELL UNIVERSITY Digitized by UjOoqic
18 l’initiation signe de Fr est placé directement sur la consonne et est court. Voici un exemple où l’on trouvera l’emploi des deux signes : Pa R i K î RTTa YÊT VI EXEMPLE D’ÉCRITURE. =i famfar mim n mqfr i Na vismayêta tapasât vadêd istwâ éa n&nptam : mffr ^rr crffoïefa^ n Nârttô 'pyapavadêd viprân ; na datwâ pariktrtlayêl Darmam çanæa sancinuyâd valmîkam ii'aputtikâs, Paralôkasahâyâftam sarvatiûtâny apîdayan. i mnsr fa fan mm n frrom i Nâmutra hi sahâyârtam pitâ mâtâ ca tislatax q êfiâFT: Il Naputradâram najnâtir, (larmas tisfati kêvalâa. □rigirai from CORNELL UNIVERSITY Digitized by Google
LECTURE DE LA LANGUE SANSCRITE 19 Ékaa prajâyaté jantur, êka éva praliyatê ; Ékâ 'nuBufkté sukftam, éka éva ca duskftam. hft font i Mftam çartram ulsfjya kâstalôgtasamam xitæ ÎàfflT mfer u4^rih^i^ Ci u Vimuk'â bân&avâ yânti ; âarmas tam anugaccati. Tasmâd âarmam sahâyârtam nityam sancmuydé causer TFgTCR cWFrç fd II barmêna hi sahâyêna tamas tarati dustaram. tFnrarâ htot «¿rifoC^y i DarmopradAnaoi purusam, tapasâ hatakilvisam iq'hî4> qiic-qraj HiWci lam/iQ ni u Paralôkam nayaty dçu Bâswantam k'açaririnam. Loi» de Mann. IV. 936. Original from CORNELL UNIVERSITY Digitized by
20 l’initiation VII DES GROUPES. Quand on connaît bien les voyelles, les signes par ticuliers placés au-dessus et aü-dessous des lettres et les lettres ordinaires, il reste encore une étude impor tante à faire pour parvenir à la lecture d une page de "sanscrit. En effet, les consonnes sont très souvent groupées entre elles pour la facilité de l’écriture. De là résultent de nouvelles formes qu’un œil exercé reconnaît assez vite, mais qui demandent cependant une étude parti culière. Nous avons disposé ces groupes en un tableau construit sur le modèle des Tables de Pythagore. Le croisement des colonnes horizontales et verticales indique les deux caractères combinés pour former le nouveau signe. Dans la lecture de ce tableau, on lira d’abord la consonne simple dé la ligne horizontale, puis on ajoutera toutes les lettres contenues dans la ligne verticale. Ainsi, prenons par exemple la première consonne Ka dans la première ligne horizontale. On lira K. Prenons dans la 9e ligne verticale les lettres nya. Le caractère contenu à l’intersection de la première ligne horizontale K et de la 9e verticale nya se lira K NYA. Autre exemple : 19e Ligne horizontale N. Original from CORNELL UNIVERSITY Digitized by
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LECTURE DE LA LANGUE SANSCRITE 2 1 6e Ligne verticale Tva> Caractère de l’intersection N Tva. On trouvera au-dessus de chaque colonne verticale les signes ajoutés à la lettre de la colonne horizontale • pour constituer le nouveau caractère. Les étudiants, que cette disposition que nous croyons assez claire, ne satisferaient pas, pourront recourir avec fruit à l’excellent tableau des Groupes publié dans la Méthode de MM. Burnouf et Leupol.
Un exercice constant sur la page d’écriture sans crite en se reportant fréquemment au tableau des groupes est indispensable pour que l'œil s’habitue à bien déchiffrer les groupes qui déroutent tant les commençants. NÉCESSITÉ DE SAVOIR LIRE LE SANSCRIT Tout ésotérisme peut se révéler aux profanes ou à la foule par un exotérisme.
Mais, de même que le voile humide placé par le sculpteur sur la statue moule les formes pures qu’il cache et en suit les con tours, de même tout exotérisme a sa raison d’être et peut servir de point de départ analogique. Les secrets de la tradition transmise par l’Orient sont renfermés exotériquement dans la langue sans crite.
Lors donc que l’étudiant se trouve en présence d’une révélation quelconque présentée comme déri vant de la tradition conservée par l’Orient, il doit se poser les questions suivantes : Original from CORNELL UNIVERSITY Digitized by LO< »Qie
22 l’initiation i° Celui qui fait cette révélation sait-il au moins lire le sanscrit? 2° Quel est le rapport des termes donnés comme sanscrits avec le sens exact de ces termes, tel qu’on le trouve dans les dictionnaires classiques où est écrite la signification exotérique de chacun de ces termes ?
Nous ne saurions en effet trop répéter que toujours il doit exister un rapport analogique entre le sens exotérique et le prétendu sens secret de chaque mot.
Sans cette base immuable du dictionnaire, on pos sède une lanterne sans luminaire et l’on est sujet à des erreurs d’autant plus dangereuses qu’on les com met de bonne foi et qu’elles ridiculisent à jamais leurs auteurs, auprès non seulement des professeurs de sanscrit d’Occident auxquels on peut dénier la compréhension des mystères, mais surtout auprès des brahmines et des Orientaux instruits qui, eux, savent parfaitement à quoi s’en tenir.
Voilà pourquoi nous désirons que les élèves de la Faculté des Sciences herrnétiques sachent assez dé chiffrer les caractères dévanagari pour se servir d’un dictionnaire classique. Là se borne notre ambition et . telle est la raison d’être de cette petite méthode, que nous avons fait nos efforts pour rendre claire, mais que npus savons très incomplète.
Aussi, répéteronsnous notre conseil de s’en référer toujours à la Gram maire si bien rédigée par Burnouf (i). Papus. (i) On est prié d’excuser la mauvaise forme des signes don nés comme exemple, et de se reporter toujours au tableau alphabétique et à la page d’écriture ainsi qu’à leur origine : la méthode de M. Bournouf. Original from CORNELL UNIVERSITY Digitized by
LE SECRET DE l’üNIVERS 23 LE SECRET DE L'UNIVERS Selon le Brahmanisme ésotérique (i) Les Bouddhistes font quelquefois de Kama un principe à part, et inférieur à la raison. Mais Kama est simplement une réflexion, comme Bouddhi, et, dans, son état de pureté originelle, il est supérieur à la pensée.
Même dans l’animal, innocent parce qu’in conscient, Kama revêt la forme presque infaillible de l’instinct, qui chez l’homme disparaît devant une imparfaite mentalité; cependant, dans l’humanité aussi, l’évolution psychique a précédé l’évolution men tale, et le genre humain, perfectionné, purifié ou racheté, retrouvera les pouvoirs de création transcen dante, d’extériorisation du beau qui ont précédé le mode de procréation actuelle, considéré par toutes les religions comme le secret delà chute en matière.
Ces sentiments religieux et artitisques peuvent être consciemment développés jusqu’à un degré dont il est difficile de se faire une idée dans notre civilisation. Ils constituent alors à leur possesseur une sorte d’âme nou velle, et sont le reflet direct d’Ananda (2). Mais, chez la plupart des hommes, ils ne sont qu’un reflet au (1) Les études sur la Constitution de l'homme, ont paru dans d'initiation antérieurement. (2) Ananda-maya-kosha. Original from CORNELL UNIVERSITY Digitized by
24 l’initiation deuxième ou troisième degré : ils sont intellectuels et passionnels, ou habituels et instinctifs : ils représentent la partie spirituelle (i) de l'esprit passionnel (2) dans le premier cas. et de la vie matérielle (3) dans le second. Leurs instruments habituels sont le sens intime (4) et le principe de certitude (5). La cause intérieure (4) est si voisine du Moi (6) qu’elle peut sans inconvénient lui être identifiée.
Aussi l’a-t-on souvent confondue avec V Atma-Bouddhi, nom que les Bouddhistes ap pliquent au Mahabouddhi, à la Monade éternelle. Nos auteurs définissent le sens intime (4) comme le sentier, le pont, le lien entre la partie périodique de l’homme et sa partie céleste. 11 est la source de l’instinct, la Voix de la conscience, et produit la quiétude de la vertu, le remords des actions mauvaises.
Il possède un pouvoir latent appelé Mantrika-Shakti, la force du mètre ou du rythme, dont la matérialisation est le lan gage ou pouvoir de s’exprimer au moyen du son. De même Sankarâtcharya attribue au Bouddhi^ com plètement développé, une puissance nommée Kriya- • Shakti, qui permet à son possesseur d’extérioriser sa pensée ou de créer directement.
Par ce moyen l’homme primordial perpétuait son espèce, et les adeptes de lascience occulte produisent encore certains phénomènes de matérialisation. Bouddhi est le prin cipe de l’aspiration comme volonté, etde l’inspiration comme conscience; de l’illumination intuitive, cette aperception de la vérité qui n’a pas besoin du raison- ( 1) Sattwika. (4) Antahkaranam. (2) Radjasa-ahankaram. (5) Bouddhi, (3) Tamasa-ahankaram. (O)Djivatma. Original from CORNELL UNIVERSITY Digitized
LE SECRET DE l’üNIVERS 2 5 nement, et est l’instinct des grandes âmes; en un mot le sens intime (i) et le Bouddhi sont le siège des qua lités les plus pures de l’esprit humain, des facultés religieuses, esthétiques, morales et créatrices.
Mais toutes ces facultés possèdent leurs revers, le fanatisme, l’imagination délirante, l’inconscience et la luxure ; antinomies qui disparaissent seulement dans la Béatitude infinie (2) et dans la grande Certitude (3).
On appelle Yoguil’adepte qui est parvenu à unir son sens intime et son Bouddhiindividuel avec la grande âme universelle : un tel être est le prêtre de l’occul tisme, le saint idéal, l’homme de génie conscient; il est le bienfaiteur de la nature, et sa faste influence est résumée dans le salut des sages: « Que tous les Êtres Soient heureux! » (4) Pour s’élever du monde des phénomènes à celui des noumènes, pour séparer le subtil de l’épais, le sublime du pesant, l’or des métaux; pour extraire des religions la religion, des arts le génie, des beautés l’amour, des morales le bien ; pour identifier notre âme, ce bourgeon, avec l’âme, épanouissement uni versel, il n’est pas d’autre méthode que cette expan sion infinie, cette prodigalité d’amour, cette dépense incessante de soi-même par lesquelles Ananda n’est jamais diminué.
Au point de vue religieux, par exemple, le Brahmanisme ésotérique, bien compris, réconcilie d’une façon absolue les croyants des fois les plus diverses : et si le lecteur, arrivé à la fin de ce volume, n’a pas constaté cette convergence, cet élar- (1) Antahkaranam. (3) Mahabouddhi. (2) Ananda. (4) Soubam astousarvadjagatam !
2Ó l’initiation gissement de ses théories quelles qu'elles soient, c’est que nous aurons mal réussi à exprimer notre propre certitude. Nous prétendons être à la fois théistes et athées et, en outre, monothéistes, polythéistes et pan théistes.
Nous pourrions suivre telle de ces lignes de pensée que voudrait bien choisir notre interlocuteur, et, pourvu qu’il fût de bonne foi, l’amener au centre de toute vérité où nous essayons de nous placer nousmêmes. Il resterait à cette attitude le mérite d’être neuve, lors même qu’elle ne serait pas la seule compatible avec la bonté divine, avec la justice imma nente, avec l’universalité de la nature.
Car pourquoi la vérité ne serait-elle accessible, pourquoi le salut ne serait-il possible qu’à certains êtres possédant des Opinions spéciales, déterminées par l’hérédité, l’édu cation, la condition sociale, ou la tendance naturelle de leur esprit? Et quel homme osera sincèrement exclure du bonheur et de la vérité ceux qui n’ont pas le bonheur de posséder sa vérité à lui ?
La démonstration de ce Catholicisme, au sens éty mologique du mot, ressortira, nous l’espérons du moins, de notre ouvrage tout entier.
Mais nous pou vons en quelques mots, en exposant nos principes fondamentaux, montrer que l’Ésotérisme est la syn thèses des six Dar sana ou écoles brahmaniques, et plus spécialement la réconciliation de celles entre les quelles il existe des divergences nettement accentuées; par exemple des trois sectes principales appelées védantiques, dont les différences d’opinions peuvent être considérées comme les prototypes des principales discussions religieuses de l’humanité. Digitized by Google Original from CORNELL UNIVERSITY
LE SECRET DE l’üNIVERS 2 7 Une des vérités fondamentales du Brahmanisme ésotérique est la doctrine Adwaita-Dwaita-Visishtâdwaita, reposant sur les trois, cinq ou sept distinc tions (i), que l’on doit établir entre l’Absolu et le Relatif, entre l’Objectif et le Subjectif; enfin entre le Collectif et l’individuel. Adwaita veut dire la nondualité ou le monisme de l’Absolu (2) et du Relatif (3).
Le Relatif est toute l’existence concevable, depuis la centralité (4), la plus moléculaire (5), jusqu’à l’expan sion de la vie universelle (5); et Parabrahm veut dire l’au delà de cette expansion ou de cette concep tion. Le passage de l’Absolu au Relatif n’existe que comme illusion d’optique ou de perspective mentale, et le problème des causes premières ou finales est la simple constatation par l’esprit humain de ses propres frontières.
Ce que l’homme ou un être quelconque peut concevoir de l’Absolu, de l’infini, de FÉternel, constitue le Relatif, l’Espace, le Temps, pour cet être ou cet homme. Il n’existe donc entre ¡’Absolu et le Relatif qu’une distinction artificielle, une convention posée par l’impuissance humaine.
L’Espace est l’élé ment premier de toute chose concevable, et cependant l’infini échappe à toute imagination : le Temps est la condition de toute existence, mais l’existence la plus vaste n’embrasse qu’une partie de l’Eternité. En élargissant le Relatif au delà de toute limite imagi nable, nous n’avançons pas d’une ligne vers l’Absolu.
Il y a entre eux dualité (7) et même antagonisme. (1) Bhéda. (5) Anivamsa. (2) Parabrahm, (6) Branmâ,àe la racine Brih, (3) Maya. s’étendre. (4) Djadamsa. (7) Durait a. __ X iro m »r----------i^h/ERSIT
28 L INITIATION L’Être, ¡’Eternité, l’infini n’ont ni commencement ni fin, mais tout être a commencé et finira d’être ce qu’il est, mais toute grandeur est constituée par ses limites mêmes, toute durée est l’intervalle d’un début à une terminaison.
L’Infini, qui n’est ni grand ni petit *, ¡’Eternité, qui n’est ni longue ni courte, sont la négation de toute grandeur et de’toute durée : l’Etre est la négation de toute existence : le Relatif et ¡’Ab solu sont deux conceptions contraires. Nous avons exposé tout au long, dans un précédent ouvrage, cette difficulté qui, entrevue par quelques penseurs occi dentaux, les a rejetés dans la foi aveugle.
Au point de vue relatif, l’Absolu est non-existant; mais au point de vue absolu, c’est le Relatif qui s’évanouit. Si l’un des deux est conçu comme Etre (i), ou Omni science (2), l’autre ne peut être conçu que comme non-être (3) ou Inconscience (4).
Or comme il est naturel d’appeler Etre et Conscience ce que nous sommes et savons, une légion de philosophes antiques, et quelques modernes ont déclaré que l’Etre reposait sur le Non-Etre, et que l’inconscient était la base de la Conscience. L’Absolu étant le substratum du Relatif, ne peut pas plus lui être opposé qu’identifié : ils sont à la fois une dualité et une non-dualité.
Maya n’est qu’un zéro dans Parabrahm; l’Esprjt universel n’est qu’un germe de conscience parmi une infinité d’autres ; notre univers n’est qu’un point dans l’infini. Leur rapport est celui de la partie au tout ; la partie (1) Sat. (3) Asat. (2) T chit. (4) Atchit. Original from CORNELL UNIVERSITY Digitized by
LE SECRET DE L’UNIVERS 29 est la manifestation (0 du tout, et le tout contient la partie avec les attributs (2) qui la distinguent de lui. Tel est le principe Visishtâdwaita. Ainsi l’Absolu est hors de la conception humaine, et ne peut être opposé à aucune idée complémentaire : il est la base de toute conception humaine et ne sau rait être séparé d’aucune.
Il est à la fois être et nonêtre, tout et rien : encore cette phrase, contenant des idées complémentaires, ne saurait être appliquée à l’Absolu même, mais seulement à son aspect conce vable. Dès que l’homme se forme une idée quel conque de l’Absolu, cette conception devient néces sairement double, se partage fatalement en relatif et corrélatif.
Le corrélatif est l’idée complémentaire du relatif, mais ni l’un ni l’autre ne peuvent être opposés à l’Absolu.
La totalité de l’existence concevable est comprise entre deux limites apparemment opposées et absolument identiques, qui sont les Dwandwa ou Paires de la philosophie hindoue, jour et nuit, gran deur et petitesse, froid et chaud, vie et mort, bien et mal, et qui à l’analyse se résolvent dans l’antinomie suprême de l’Esprit (3) et de la Matière (4). Patandjali définit Ishwara ou Pourousha comme la limite de développement d’un germe d’omniscience.
Pou rousha est donc le plus grand Djiva concevable, source et synthèse de tous les êtres (5), l’univers conçu objectivement, en un mot, Dieu. Prakriti est la source de tous les corps (6), l’univers conçu objec- (1) Sharira. - (4) Prakriti. (2) Visishta. (5) Djiva. (3) Pourousha. (6) Djadamsa.
3o l’initiation tivement, la Nature. Le pur Esprit et la pure Matière sont identiques avec l’Etre ou Non-Etre absolu, et ne peuvent exister dans le Relatif que mélangés l’un avec l’autre. Autrement dit, il n’existe dans l’univers ni pur Esprit ni pure Matière, mais l’univers est le produit de l’action mutuelle de ces deux aspects d’une même Réalité.
Les malentendus ésotériques provien nent de ce que chaque secte a voulu identifier son dieu spécial, Brahma, Ishwara, Vishnou, Jehovah, ett., avec l’Absolu, avec Parabrahm même, au lieu de l’identifier avec Pourousha\ érigeant ainsi en suprême ce qui n’est qu’un extrême; sans s’apercevoir qu’elle anéantissait sa divinité dans l’au delà de toute exis tence dont le silence est la seule description.
Ou Dieu est non-existant, inconcevable, et on doit s’abstenir d’en parler, de lui attribuer aucune qualité, ou bien il est conçu comme Pur Esprit, comme source de toute conscience, et alors il devient l’idée complé mentaire de la Nature, de la Pure Matière, du foyer de toute substance. Dans la Genèse même, les Œlohim de l’éternité ne font qu’agir sur un lohou-bohou également préexistant.
Dieu est l’Etre de l’univers, et l’univers est le corps de Dieu : l’univers est aussi éternel comme substance que comme essence. Dieu et la Nature ne peuvent être considérés ni comme identiques, ni comme séparables l’un de l’autre. Dieu (i) est la source de toutes les âmes (2), et la Nature (3) est la synthèse de tous les corps (4). La (1) Pourousha. (2) Djiva. (3) Prakriti ouDjada, (4) Djadamsa' Digitized by Google --rOrigHwifrom CORNELL UNIVERSITY
LE SECRET DE L’üNIVERS 3 ( distinction qui existe d’une part entre l’âme univer selle et les âmes particulières, et d’autre part entre la Matière et les corps distincts, est la même, toutes pro portions gardées, que celle entre le Relatif et l’Absolu. Il y a autant de différence, et pas plus, entre Parabrahm et Brahma, qu’entre l’Absolu et FAme humaine. L’Absolu est tout ce qui existe, et est à égale distance de tout ce qui existe.
Absolument, il n’y a pas de différence entre l’astre et l’atome, ni entre le plus grand Brahma et le Djiva le plus infime; car absolument, l’un n’existe pas plus que l’autre : mais relativement, c’est leur identité qui n existe pas, car elle n’existe qu’en Parabrahm. Tous les êtres, depuis le plus grand dieu concevable jusqu’au plusminuscule infusoire, sont des créateurs, chacun dans sa sphère et selon ses facultés.
L’homme travaille, construit, crée, au même titre que Brahma même: il modifie profon dément son entourage, élabore son domaine, trans forme les matériaux fournis par d’autres créateurs, et ajoute à leur valeur par son action personnelle. L’homme est aussi un conservateur, comme Vishnou, et un destructeur, comme Shiva, c’est-à-dire, encore une fois, un simple transformateur.
L’homme est la partie, Brahma est le tout : il n’y a pas entre eux de différence fondamentale. L’âme humaine est un pur rayon de l’âme universelle, identique en essence. D’après une comparaison classique, le corps (i) de l’homme est analogue à un vase d’argile, et l’âme (2) de l’homme est l’espace contenu dans ce vase : brisez (1) Djadamsa. (2) Djiva. Original from VERSIT
32 l’initiation le vase, la terre retourne à la terre, et l’espace à l’es pace. Tat twam asi, « Tu es cela ! » disent les Ecri tures : mais lesDwaiti lisent : Atat twam asi, «Tu n’es pas cela ! » Car l’homme actuel est séparé de Brahmâ par l’infini et l’éternité du devenir.
Une partie seulement de l’espace était contenue dans le vase, et, le vase brisé, cette minime partie ne devient pas le tout : bien plus, le vase, même brisé, ne peut être complètement anéanti. Car rien de ce qui existe ne peut être détruit, pas même la forme, qui subsiste dans le monde astral quand la substance est dispersée dans le plan physique.
Lors même que cette forme, subjective, mais concrète, viendrait à disparaître, il resterait une forme abstraite, parallèle à l’idée géné rale de vase, indépendante de tel vase particulier ; et ainsi de suite jusqu’au monde nouménal, où subsiste éternellement la réalité de toutes les existences, formes, substances, forces ou idées.
En effet, à la question de l’immortalité de l’âme, le Brahmanisme ésotérique ne peut répondre ni par un oui ni par un non absolus : il admet seulement une survivance progressive ou immortalité conditionnelle, et considère les principes de l’homme comme d’au tant plus durables qu’ils sont plus intérieurs.
Les feuilles d’un arbre durent une saison, ses rameaux des années, son tronc des siècles; l’arbre mort, la planète produit de nouveaux arbres, et la nébuleuse remplace les planètes éteintes. De même, VAhankaram ou homme réflexe est soumis à une série d’incar nations périodiques. Sa partie tamasique, qui consti tue notre corps sensible, se renouvelle incessamment et Digitized by Google Original from CORNELL UNIVERSITY
LE SECRET DE L’UNIVERS 33 ne dure guère actuellement au delà d'un siècle : sa partie radjasique survit plus ou moins longtemps au cadavre dans le purgatoire ( i) et ne se décompose que parla mort seconde^ enfin sa partie satvique jouit en paradis (2) d'un repos plus ou moins prolongé, puis le cycle individuel se recourbe vers une nouvelle incar nation Le germe humain (3) qui produit ces efflores cences successives et de moins en moins éphémères, identique à lui-même pendant toute leur durée, c’està-dire pendant un Manvantara de 306.720,000 ans, se compose néanmoins de trois principes d'immorta lité sans doute variable.
Et nous pourrions assigner l’éternité absolue comme limite à cette progression, si la logique ne nous interdisait d'attribuer aucune qua lité absolue, même à Brahma^ limite qui grandit elle aussi. Il n’y a aucun inconvénient à appeler éter nelle la triade spirituelle, car la durée des principes suprêmes ne peut se représenter que par un nombre dépassant toute imagination.
Et plus loin encore que cette triade, la philosophie indoue nous laisse entre voir la Monade, Paramatma, littéralement, ce qui est au delà du Soi, et par conséquent de toute discussion. La dernière distinction (4), celle qui existe entre les êtres (5) et les choses (6), est analogue au rapport de Pourousha et Prakriti. Le Subjectif et l'Objectif, les âmes et les corps, sont les aspects distincts de réalités uniques.
La science occulte ne reconnaît l’existence (1) Kama-loKa ou Bhouvar- (4. Bhèda. loka. (2) Swarga ou Devachan. (3) Mahat. (5) Djiva. (6; Djadamsa. 2 Original from VERSIT
34 l’initiation d aucune âme immatérielle, ni d’aucune substance inanimée. Toutes les choses sont des êtres, et tous les êtres sont des choses. Toutes les créatures sont des créateurs, et tous les créateurs sont des créatures.
Ceci est l’expression suprême de la loi de Karma ou de conséquence, en vertu de laquelle l’homme est à la fois son propre créateur et sa propre créature : il est à la fois libre et esclave, libre de l’avenir dans la mesure où il n’est pas esclave du passé. Autrement dit, notre forme actuelle, bien qu’évoluée par d’autres créateurs ou transformateurs, est le résultat de notre propre transformation.
Nous expliquerons ailleurs ce mode de transformation et de transmission des formes, que le Brahmanisme ésotérique appelle Yadjgnya, le sacrifice, dont l’hérédité n’est qu’un aspect matériel, et la responsabilité un aspect moral. Pourousha est la synthèse de tous les créateurs, Prakriti de toutes les créatures.
Les innombrables centralités matérielles (1), depuis les atomes jusqu’aux nébuleuses et au delà, sont l’envers d’un nombre égal de centralités animiques (2), depuis l’homme et en deçà jusqu’aux dieux.
Tout ce que la Science oc culte enseigne par exemple au sujet d’un Élément (3) peut s’entendre aussi de la hiérarchie divine (4) pré sidant à cet élément ; lorsqu’il est question d’une force naturelle (5), il s’agit en même temps de l’Esprit (6) de cette force. Réciproquement, tout ce qui s’applique à Brahmâ ou Vishnou, à Dieu, s’applique ( 1 ) Djadamsa. ¿2) Djiva. (3) Mahabhouta. (4) Maharadjà. (5) Shakti. (6) Déva. warn Digitized by
I. — TABLEAU DES RELIGIONS HUMAINES. o o 2D m o i— =¡. I“ 'S C= g ui RELIGION : ORDREOU ÉCOLE ! CLASSE: Religions TAoÎSME. aryo- \ atlantes ou < f extrême- / L orientales. CONFUCIANISME. Religions aryosémites ou occiden tales. ,MASDÉISME / i ISLAMISME OROUPE: FAMILLE : (Doctrine du vide et du non-aglr, nihilisme et idéalisme transcendants). CONFUCIANISME classique... (Positivisme conservateur). NÉO-CONFU CIANISME.... (Système cosmogonique et métaphysique). HINAYANA. (Dualistes) (Monothéistes). DE LINDO-CHINE. DE CEYLAN. DE LINDE MÉRI DIONALE. Ji (para bol isles'. Ikkn (ascètes). Monto ^protestants). FONDATEUR î Lao-tze (6 * siècle av. J. C.). Koung-tzc(6 * siècle av. J.-C.) Tcheou-licn-ki (îa * siècle ap. J.-C.). Sankarâtcharya 5* siècle ----------T—«MX t ^—r~r. I ' 'JUDAÏSME............... (Monothéistes). I catholicisme... | l ÉGLISE GRECQUE CHRISTIANISME. ) (Monothéistes trini-J 1 taires). f ) PROTESTANTISME^ 3
Digitized by V,oogie Original from CORNELL UNIVERSITY
LE SECRET DE l’üNIVERS 35 également au Brahmânda ou Vishwam, à l’univers. Les anciens, plus avancés que nous en spiritualité, envisageaient plus volontiers l’être sous son aspect subjectif : plus parfaits en matérialité, nous compre nons mieux les choses objectivement.
La Science oc culte réconcilie ces points de vue extrêmes, et sa théo gonie est étroitement reliée à sa cosmogonie par divers autres aspects de la réalité, métaphysiques, psy chiques, dynamiques, etc. Tout livre ésotérique comporte sept clefs; c’est pourquoi les allégories re ligieuses peuvent être et sont interprétées de façons si différentes.
Les dévots s’attachent à la lettre, les pro fesseurs au sens historique, les savants au sens astro nomique ou simplement météorologique. Tel verra des mythes solaires là où tel autre trouvera des réac tions chimiques et où un troisième ne soupçonnera que des allusions phalliques. Nous avons entendu interpréter le Y-king suivant les dernières données de l’astronomie transcendante : les Chinois préten dent que la guerre récente y était prédite.
Fabre d’Olivet à trouvé dans la Genèse l’histoire du genre humain et de profonds secrets philosophiques et spirituels. Les livres sanscrits et chinois, si on leur appliquait sa méthode para-linguistique, ne seraient pas moins féconds en découvertes.
Mais celui-là seul pourra sou lever les sept voiles d’Isis. qui ne laissera pas de côté ce qui lui paraît en contradiction avec sa propre théo rie; qui saura embrasser les sens intermédiaires dans les significations opposées, qui aura appris l’art oc culte de se servir des deux moitiés de son cerveau, l’art dé pertset double ou contradictoire. Pour faire corneletjniversity
36 L INITIATION comprendre ce dernier terme, nous allons essayer de montrer comment l’ésotérisme hindou conçoit les lois de la pensée humaine, et quelle est sa méthode philosophique. Il n’existe pas de ligne de démarcation entre les fa cultés religieuses, philosophiques et scientifiques de l’homme ; tout son être est à la fois vivant, pensant et expansif.
Le Soi (i) se réflète intégralement dans chacune des trois parties du Moi (2), mais avec une prédominance, dans chaque reflet, de l’un des aspects de la trinité divine. Nous avons trouvé de la béati tude dans la sphère de conscience (3), et il y a de la volonté dans (4) la sphère mentale.
Le Manas est commun à ces deux principes : sous l’aspect sati rique. il est la faculté que les Bouddhistes appellent Samskara ou pouvoir de former des idées abstraites; sous l’aspect tamasique, il correspond à Sandjgnya. la conscience des objets particuliers, et à Vettana, principe de la mémoire. Satekarânharya définit le Manas comme la faculté de connaître les objets suc cessivement.
Tchit, dont le Manas n'est qu’une ré flexion, est au contraire la connaissance de toutes les choses à la fois, l’omniscience. Tchit est le savoir qui n’a pas besoin de penser, Manas la pensée par laquelle on acquiert laborieusement la connaissance.
Tchit connaît dans l’éternité, tandis que notre Manas ne prolonge sa connaissance imparfaite du présent que par l’artifice plus imparfait encore du souvenir et par I (1) Satchidanand. {3} Vijgnyana-maya-kosha. (2) Ahankaram. (4) Mano-maya-kosha. r-"- >?iigjra-lfFcjp. CORNELL UNIVERSITY *
LE SECRET DE l'cNIVERS ?7 une très imparfaite prévoyance. La connaissance du passé, du présent et de l'avenir est réservée à celuivqui a identifié son Manas avec Tchit : un tel homme est un Atma-djgnyani, un parfait philosophe, un sage, et peut s’écrier avec le poète : « Lorsque ont été posés les fondements du monde, j’étais là; et, quand cet uni vers sera réduit en cendres, je serai là encore.
Ce que tu es, je le suis ! » Cette illumination intérieure est appelée AtmaVidya, le point de vue du soi ou la mémoire de l’âme.
La vérité peut être comparée au centre d’un cercle dont ses aspects formeraient la circonférence: dès lors un diamètre quelconque aboutit nécessairement à deux points de vue opposés, et. l'évolution étant un changement de points de vue, nous fait franchir suc cessivement et par gradations insensibles toutes les opinions contraires.
Atma-Vidya est l’identification avec le centre, avec le Tchit. la conciliation absolue des antinomies; son reflet, Tchittam est la connais sance contradictoire, le principe de la comparaison, du doute, et aussi du désir qui est la volonté de chan ger de point de vue. La force contraire, le désir de rester en place est appelé Ahankaram, entendu au sens d’égoïsme, l’attachement à un point de vue unique.
Ahankaram, ou la connaissance par rapport au moi, est le reflet du Tchit, la connaissance des choses en soi. Par Ahankaram, nous ne connaissons qu’un côté de la surface de certains objets, ce qui est .tourné vers nous : Tchit connaît tous les objets à la fois, et les-connaît complètement, à l’intérieur aussi bien que par leur dehors. Atma-Vidyacsl l’identifica- -----.--- .------ . — CORNELLUNIVERSITE
38 l’initiation tion du connaisseur avec le connu ; est le principe de la séparativité. Cette réconciliation par la pensée transcendante (i) des antinomies (2) entres lesquelles oscille la pensée ordinaire (3) explique une loi delà pensée qui sert de base à la philosophie orientale, et contre laquelle se sont heurtés les plus grands esprits modernes, depuis Kant jusqu’à Spencer. Hamilton l’a presque formulée, Hegel l’a presque résolue.
La pensée collective ou in dividuelle procède en cycles, parce que, d’un point donné, elle semble diverger en deux directions oppo sées , mais qui, suivies assez loin, finissent par se rejoindre. Cette loi ne s’applique évidemment qu’aux problèmes fondamentaux de la philosophie : « Deux et deux font quatre », ou « le feu brûle » sont de simples constatations et ne comportent pas de contra diction.
Encore, en bonne logique orientale, faudraitil dire : « Deux et deux font quatre dans la conscience humaine » et à condition d’abstraire l’idée transcen dante de nombre de tout objet concret, ce qui con firme notre théorie: car les deux sous d’un mendiant charitable et les deux sous d’un millionnaire pi toyable ne valent pas quatre sous. Le Bouddha nous apprend d’autre part que le feu des hommes est l’eau des démons.
La loi énoncée n’en est pas moins le prin cipe de toute philosophie, comme on pourra s’en convaincre en examinant l’exemple suivant, qui con tient les premières bases ou conclusions dernières de (1) Tchit. (2) Dwandwa. (3) Tchittam.
LE SECRET DE L’UNIVERS 39 l’idéalisme et du matérialisme, et de toutes les écoles philosophiques, religieuses ou scientifiques qui se rattachent plus ou moins étroitement à ces deux colonnes du temple : Rien ne se crée ni ne se dé truit : le non-être ne peut être, l’être ne peut cesser d’être. Aucun dieu ni homme ne peut tirer quelque chose de rien, ni réduire à néant quoi que ce soit. Le moindre grain de poussière est absolu ment éternel.
Aucun être ne peut com mencer ni finir d’être. Tous les êtres sont issus de l’être et retournent à l’être. La seule existence réelle est celle de l’Absolu: le Relatif n’est qu’une illusion sans exis tence réelle. Moksha est la délivrance de l’illusion, la suprême nais sance, la plénitude de l’être. On y parvient par une longue et pénible gestation, pendant laquelle l’homme s'affranchit de tous les liens qui le rat tachent à l’illusion.
Tout se crée et se détruit continuellement ; rien n’est éternel que le changement, l’existence n’est que transfor mation. La vie des êtres n’existe que par leur mort, et tous sont à la fois destruc teurs et créateurs. Brahmâ n’est pas plus immortel que le dernier des éphémères. Tous les êtres sont issus du non-être et retournent au néant. Le Relatif est tout ce qui existe. L’Absolu n’existe pas.
Le changement, le transi toire, est le seul réel. Nirvàna est la délivrance de l’existence, la mort suprême, l’anéantissement de l’être. Celui qui veut y parvenir doit passer par une longue et dou loureuse agonie, et tuer tout ce qui l’attache à la vie. Nous pourrions multiplier ces exemples de pensée contradictoires, entre lesquels le philosophe se trou vera obligé de prendre l’attitude de l’âne de Buridan.
Voici maintenant, comme exemple de pensée double, mais non nécessairement contradictoire, une présenta tion parallèle sous la forme spiritualiste et matéria liste, de quelques conclusions secondaires de la phi losophie occulte: t * -Ori-ginal îfow CORNELL UNIVERSITY
l’initiation 40 L'organisme humain est la manifestation temporaire de la matière indestructible, qui après la mort de cet orga nisme entre dans de nouvelles combinaisons.
Strictement parlant, ce n’est pas la substance primordiale qui se manifeste directement par des organismes, ni qui est libérée parleur décompo sition naturelle ou artificielle; ce sont divers éléments plus ou moins stables, réductibles à des corps simples, perma nents sans êtres éternels; for més jadis dans le brouillard de feu, ils dépasseront de nouveau leur point de disso ciation dans quelque futur lointain.
L’oxygène existaitil dans VAkasha, ou cesse-t-il d’exister dans l’eau ? Les mondes naissent de l’éther par concrétion. Toute la substance de notre système solaire fut à l’origine dissémi née dans l’espace: toutes les formes actuelles existaient en potentialité dans le brouil lard de feu, sans quoi elles ^’existeraient pas maintenant.
Mais cette forme ignée, quelque différente que nous puissions l’imaginer de la forme actuelle du monde, ne peut être con çue comme la première.
Anté rieurement encore, le brouil lard de feu était dilaté et raré fié, à un degré de plus en plus considérable, et sa forme ultime ou primordiale, la li mite de cette raréfaction, ne L’âme humaine est la mani" festation temporaire de l’esprit immortel, qui, après la mort de cette personnalité, produit de nouvelles âmes.
En réalité, ce n’est pas l’es prit universel qui se manifeste immédiatement par des per sonnalités. ni qui se délivre naturellement ou volontaire ment de l’incarnation : ce sont des individualités ( 1 ) perma nentes pendant une longue évolution (2) qui, nées de l’es prit primordial dans l’éternité du temps, sont en route vers Moksha. Est-ce là l’anéantis sement de l’âme humaine; ou bien cetanéantissementseraitil sa condition actuelle?
C’est par la concentration que Pourousha a donné nais sance aux Djiva.
Toute la conscience actuellement ma nifestée dans les êtres existait antérieurement, à moins d’ad mettre une création ex nihilo, dans l’esprit primordial, mais sous une forme toute diffé rente de ce que nous appe lons actuellement la cons cience Pourousha même n’est pas l’esprit primordial, et Pouroushottania, ou la Divi nité non manifestée, ne peut être conçue que comme in conscience. que notre cons cience ne peut concevoir, bien qu’elle en provienne. C’est seulement en face de cette (1) Manas. (2) Manvantara. CORNELL UNIVERSITY ' •
LE SECRET peut être conçue que comme identique à l’espace ou au vide, au delà desquels l’esprit humain ne peut rien conce voir. Là seulement s’arrête la cosmogonie occulte ou le Ma térialisme transcendant.
Mais ce vide est en réalité le plein absolu, le chaos où sont confondus les corps les plus simples et les plus com pliqués, les plus durables et les plus éphémères, l’abîme fécond d’oü naîtront les êtres les plus infimes et les plus grandioses. Tout sort de là, et rien ne peut sortir d’ail leurs.
Donc, non seulement la substance et la forme, mais aussi la vie, le mouvement, la pensée, la science de tous ces êtres possibles y sont éga lement contenus. Le Pleroma n'est pas une matière morte ou un vide inerte, mais le comble de toute splendeur et de toute vérité. C’est une substance divine. Le Vide primordial ou Plé nitude parfaite a donné nais sance au monde sans être aucunementaugmenté ou dimi nué.
L’océan desubstance uni verselle n’a pas été modifié par cette évaporation de sa surface. L’espace originel conserve son homogénéité et demeure la base de la matière différen ciée. 11 ne sera pas augmenté non plus lorsque les ruisseaux de la substance cosmique re viendront se perdre dans son sein (i).
L’Univers actuel ( i ) Cet immense circuit de la A bolisme oriental, Pardjcinva, la : L’UNIVERS 41 abstraction spiritualiste, en face de ce Dieu, que l’occul tisme consent à se dire : « Tu n’iras pas plus loin ! » Mais cette Inconscience n’est en réalité que la suprême syn thèse et source de toutes les consciences passées, presentes et future, sub-humaines. hu maines et surhumaines. C’est l’Omniscience, c’est Dieu.
Or tout vient de Dieu, et rien ne peut venir d’ailleurs. moins d’admettredeux divini tés, le Créateur et le Néant, il faut admettre que Dieu a tiré le monde non du néant, mais de lui-même, ou que le néant était contenu en lui. Dieu est donc aussi la source de la substance dont seront formes les corps des astres et des hommes. Dieu est un esprit substantiel, une Essence spi rituelle.
L’Inconscience primitive ou Omniscience a produit la conscience manifestée sans être affectée par cette produc tion. La Gamme céleste n’est pas diminué par les flammes qu’elle allume. L'Inconscience demeure le substratum et la source de toutes les mani festations conscientes.
Et cette Gmnicience ne sera pas modi fiée non plus lorsque se réu niront à elle toutes les cons ciences, toutes les âmes, tous les Djiva (1) Toute la conie universelleestappelé, en symp\\i\£.(Bhagavad-Guita, 1U, 14.) Original from CORNELL UNIVERSITY
42 l’initiation n’est qu’un atome dans l’in fini. Notre Brahmanda ou Cosmos n’est qu’un germe évo lué parmi d’autres germes in nombrables (1). Cet atome primordial (2), perdant son homogénéité, a •donné naissance à tous les atomes de l’univers, aux in nombrables Djadamsa, dont chacun, devenu à son tour un Brahmanda, se différenciera un jour en une infinité d’atomes.
Chaque atome, par ses transmigrations, tend à acquérir un nombre infini de potentialités, à devenir un uni vers (3). La nature accomplit plus vite et plus souvent les com binaisons déjà réalisées, en vertu de sa mémoire. L’atome de carbone qui a fait partie d’un.organisme humain, quel que soit le nombre de ses mé tamorphoses après sa sortie de cet organisme, est invinci blement attiré vers quelque nouveau corps humain.
C’est ainsi que la matière organisée s’organise toujours davan tage. et que les formes pro gressent. Le but de l’évolu tion est de spiritualiser la ma tière,de transformer les atomes inertes en atomes vivants. naissance présente, passée et future n’est qu’un point dans l’Omniscience absolue. Les Logoï sont innombrables en Parabrahm (1).
Notre Logos (4), en sacri fiant son Soi (6), a donné nais sance à l’infinité des Soi, à tous les êtres de l’univers (5), dont chacun, devenu à son tour un Logos, sera le foyer d’innombrablesD/i'yfl. Chaque Djiva, par la réincarnation, tend à acquérir la soi-conscience, à devenir à son tour un Logos (4). L’homme fait plus vite et mieux ce qu’il a déjà fait, en vertu de Karma: l’expérience s’acquiert par les consé quences des actes.
Toute pen sée qui entre dans notre es prit s’individualise en nous. Elle transmigre et influence les autres êtres, puis revient décharger ses conséquences dans l’âme de son auteur. L’in dividualité s’enrichit et pro gresse des expériences ainsi acquises.
Le but de l’évolu tion est d’individualiser la personnalité, de transformer le Moi en Soi. (1) Edgar Poë a entrevu dans Eurêka l’existence possible d’autres univers avec lesquels le Dieu de celui-ci n’aurait rien à faire. (2) Anou. (3) Ainsi le progrès, développement ou nourriture {Anna) des êtres inférieurs, s’accomplit par le sacrifice de leurs aînés. (Yadjgnya). (4) Padmapani. (6) Djiva. (5) Atma. Original from CORNELL UNIVERSITY Digitized by ViOOQæ
LE SECRET DE l’üNIVERS 43 Ainsi le Penseur peut indifféremment « adopter les sentiments du peuple », et, quel que soit le raisonne ment de son interlocuteur, le prolonger jusqu’à la su prême conciliation. L’homme est un animal toujours raisonneur, quelquefois raisonnable : ses opinions di verses, pourvu que sincères, sont toujours les mani festations de la raison. Aussi est-ce en philosophie surtout que rien d’humain ne nous est étranger.
Pour arriver à penser d’une façon transcendante, la science occulte emploie toutes les méthodes philosophiques; mais portées à leur puissance suprême, sublimées à l’infini. Elle possède sa logique particulière, bien su périeure à celle d’Aristote, et dont on retronve quel ques éclairs dans les Nyaya-soutra de Gotama.
Mais la méthode logique ou mathématique, la méthode de classification mentale ou de surface expérimen tale, la méthode du chemin le plus court ou du moindre temps, chère à nos esprits occidentaux, mo dernes et surmenés, la méthode de mémoire ou d’éten due, n’est pas la seule, la meilleure, pour arriver à la profondeur de conscience.
Le Brahmanisme ésotéri que nous recommande avant tout de sortir du petit cercle de notre cérébration personnelle ou nationale, d’interroger les peuples qui ont pensé ou senti autre ment que nous. Pour nous guider à travers le dédale des erreurs, il plante comme jalons quelques vérités lumineuses.
Lorsque l’élèves’est assimilé ces faits iso lés, c’est-à-dire non pas seulement lorsqu’il leur a donné son assentiment intellectuel, mais lorsqu’il les a compris, observés, incorporés en lui-même, lors qu’il en a scruté les causes et déduit les conséquences. Original from CORNELL UNIVERSITY Digitized by
L INITIATION 44 lorsqu’il croit à ces faits et sait pourquoi il y croit, on lui donne * d’autres faits, également isolés, et n’ayant avec les premiers aucun rapport apparent. L’esprit tend alors à coordonner ces faits : il cherche leurs causes communes, il examine leur théorie, et se cons titue un tableau mental provisoire.
Nos cerveaux mo dernes sont encrassés par ce que Patandjali appelle les incrustations mentales, c’est-à-dire par les dogmes religieux, les logiques philosophiques et les classifica tions scientifiques : les mots y occupent toute la place qui devrait être réservée aux idées. Suivant la stricte méthode occulte, un tableau de faits, d’opinions ou de croyances ne devrait jamais être que mental et que provisoire.
Aussi, dès que le disciple a réussi par exemple a comprendre comment la constitution de l’homme correspond, logiquement et analogiquement, à l’histoire des races humaines, ou en quoi la loi de Réincarnation (i) se rattache à la loi de consé quence (2), on lui présente de nouveaux aspects de la vérité, très différents des précédents et souvent en apparence incompatibles.
Par ces procédés on l’oblige à penser pour lui-même, à s’assimiler plutôt qu’à se souvenir ; on embarrasse son esprit pour le forcer à s’appronfondir, on l’excite de. plusieurs côtés à la fois pour l’obliger à s’élargir ; on lui apprend à ne ja mais repousser les vues de quiconque pense différem ment, à chercher la vérité plutôt que l’erreur sous les opinions d’autrui, à ouvrir son cœur et son cerveau à la critique, à la contradiction ; à ne pas avoir lui- (1) Pounardjanma. (2) Karma. 1 Original from CORNELL UN Digitized by
LE SECRET DE L'UNIVERS 45 même une seule opinion dont il ne connaisse la raison d’être, un seul sentiment dont il ne puisse rendre compte au premier démon, au premier homme ou au premier dieu venus ; on le prépare à pouvoir toujours et sans déchirement abandonner un vieux vêtement, un logement habituel, un entourage cher, un corps ancien, une âme usée; et surtout on lui fait entrevoir qu’il n’y aura pas de point final dans son apprentis sage.
'Car, suivant l’immense Emerson : « Chaque fait ultime n’est que le premier d’une série nouvelle. Chaque loi générale n’est que le fait particulier d’une loi plus générale qui va se découvrir. Nous n’avons pas d’extérieur, pas de mur d’enceinte, pas de circon férence. Un homme termine son histoire : la bonne histoire ! le dernier mot ! comme tout prend un nou vel aspect ! Il remplit le ciel.
Or voilà que de l’autre côté s’élève aussi un homme, qui trace un cercle au tour de celui que nous venons de proclamer la limite de la sphère... Ne craignez point la nouvelle générali sation. » Par ces méthodes philosophiques et autres, la pen sée humaine peut atteindre un développement prodi gieux, et échapper au cercle vicieux où la philosophie occidentale s’imagine marcher en ligne droite.
Car la raison, dont l’équilibre oscille entre le génie et l’ins tinct, tantôt s’appuyant sur l’idéal pour protester contre les exagérations du terre-à-terre, tantôt s’alliant aux faits pour combattre des illusions de la fantaisie, la raison (i), qui constitue l’homme (2) entre les démons (1) Manas. (2) Manou. Original from CORNELL UNIVERSITY Digitized by
l’initiation 46 et les anges, peut s’élever également au-dessus de l’in conscience de la bête et de l’innocence du dieu, à condition de ne pas lâcher un seul instant la main de ses compagnes rivales, la religion et la science transcendantes. Les professeurs de cette dernière sont appelés con naisseurs des Essences (1). Ils ont rendu leur vie ma térielle (2), poreuse et perméable à sa cause univer selle (3), l’être pur.
Prana. l’océan d’éther dans lequel nagent les Tattwa ou éléments, n a d’autres limites que notre système solaire et constitue le large domaine de la science exacte expérimentalement possible à l’homme.
Les Occultistes ou savants de conscience (4) empruntent à la science ce qui constitue l’essence de sa méthode et le secret de sa force, l’exactitude dans l’observation : mais, ils poussent l’analyse beaucoup plus loin que les savants de mémoire '(5). Ceux-ci ne connaissent des choses que leurs dehors et leur sur face, leur forme et leur nom (6) ; l’occultiste analyse leur essence et entre en elles.
Au lieu d’employer les instruments artificiels, télescopes ou microscopes, il transpose sa conscience d’un règne ou d’un monde à l’autre. Il traverse l’océan, pas en bateau, mais en corps astral. Il communique avec ses frères lointains, non par le télégraphe, mais par la télépathie. Il ne dompte pas la nature par la mécanique, mais par les forces élémentales domptées en lui-même.
Il scrute les profondeurs du passée non en reconstituant d’in- (1) Tattwa-djgnyani. (2) Prâna. (3) Soi. (4) Djgnyani. (5) Pandita. (6) Nama-roupa. Digitized by Google Original from CORNELL UNIVEPJ
LE SECRET DE L’UNIVERS 47 certaines archives, mais en explorant le grand livre de vie et de jugement dernier, la grande lumière, réceptacle des ombres, éternel présent de ce qui est passé. Il ne dissèque pas l’objet de sa connaissance, mais s’unit à lui. Aussi sa connaissance, vivante dans son âme et non enfouie dans son cerveau, ne saurait être effacée par l’eau d’aucun Léthé. En un mot, il ne devient pas seulement sage, il devient Mage.
Les perfections (i) dont la possession constitue le Mage (2) peuvent être classées suivant l’enveloppe (3) â laquelle elles appartiennent, ou selon qu’elles pro viennent du développement de la jouissance (4), de la conscience (5) ou de la volonté (6). Les organes constituant les diverses enveloppes peuvent être ran gés en trois catégories : organes de jouissance (7), de connaissance (8) ou d’action (9).
Dans le corps physique (10) il y a des organes d’action et des or ganes de connaissance : les uns et les autres sont en même temps des organes de jouissance (11), car c’est par eux que l’homme sème et récolte son Karma.
Les moyens de conscience sont les cinq organes des sens : l’appareil olfactif (12), organe du flair (i3); le sens spécial à l’évolution matérielle (14), le premier qui se soit développé dans notre cycle actuel ( 15) : l’appa reil gustatif (16), organe du goût (17); les yeux (18), (1) Siddhi. \2) Siddha. (3) Kosha. (4) Ananda. (5) Tchit. (6) Sat. (7) Bouddhindriya. (8) Djgnyanenariya. (9) Karmendriya. (10) Anna-maya-kosha. (\i)Bhoga. ( ¡2) Ghrana. (13) Gandha. (14) Prithvi. (15) Nfanvantara. (16) Rasan. (17) Rasa. ( i 8) Amsi. Original from CORNELL UNIVERSITY Digitized by Google
48 l’initiation organes de la vue (1); la peau (2), organe du tou cher'(3); et l’appareil auditif (4), organe de l’ouïe (5). Les moyens de volonté ou organes d’action sont aussi au nombre de cinq : l’appareil reproducteur (6), l’appareil excréteur (7), les organes de locomo tion (8), d’action (9) et d’expression (10).
Le ta bleau ci-dessous donne les correspondances entre ces organes et leurs centres universels; vaste synthèse de la science Brahmanique qui, bien qu’essentiellement différente de nos classifications scientifiques, et ap puyée sur des observations d’un autre ordre, n’en est pas moins féconde pour qui sait s’en servir. Les Siddhi ou perfections du corps physique résul- * tentdu développement complet de ses organes.
Elles consistent dans la délicatesse, la subtilité, la culture artistique des sens; le développement de l’instinct; la beauté, la virilité et la fécondité ; la santé, la longé vité, le fonctionnement régulier du corps; la rapidité à la course, l’endurance de la fatigue: la saine in fluence ou magnétisme naturel, la bonne odeur (odeur de sainteté), provenant d’une vie normale; la haute taille, la force musculaire, la dextérité manuelle; l’ex pression du visage et des manières, le naturel dans l’attitude, l’élégance dans l’élocution, l’éloquence etc. Les perfections de l’enveloppe astrale (11) sont : la faculté d’émettre son fluide vital ; le magnétisme cu- (1) Roupa. (7) Pay ou. (2) Twak. (8) Pada. (3) Sparsa. vg) Pani. (¡0) Vak. (11) Prana-maya-kosha. (4) Srota. (5) Sabda. (6) Oupashta. Original from CORNELL UNI\i£B.SITY Digitized by
LE SECRET DE l’l'NIVERS 49 ratif; la faculté de se nourrir de lumière astrale, et de suspendre temporairement les fonctions physiques, faim, soif, respiration, circulation et sensibilité, ou de les extérioriser; la faculté d’émettre soit un membre astral (production de mouvements sans contact), soit le corps astral entier, de le rendre visible, de traver ser la matière grossière (apparitions, dédoublement): la faculté de dilater (i) ce corps astral ou de le rétré cir (2), de l’alléger (3), ou de l’appesantir (4), de voir cequi est minuscule, distant ou lointain, ou l’intérieur des corpsy compris le sien, ce qui supprime la nécessité delà vivisection et de la dissection ; la faculté de com muniquer avec les êtres et les mondestàu plan astral (5) ; en un mot la clairvoyance, la clairaudience, l’action et la sustentation astrales.
Les perfections (6) de l’en veloppe mentale (7) sont : la faculté de lire dans l’es prit d’autrui (8) et d’agir sur lui ; le magnétisme transcendant ou pouvoir de suggestionner sans pas ses, sans contact, sans regard même; de faire voir aux autres ce qui n’existe pas ou de les empêcher de voir ce qui existe; de se rendre invisible et de pro duire les nombreux phénomènes du magnétisme mental: la communication avec les mondes de la pensée, avec les êtres divins; la faculté de recevoir des instructions directes des esprits désincarnés ou des êtres transcendants, faculté qui s’exerce quelquefois chez l’homme ordinaire, mais seulement pendant le 1) Mahima. (5) Bhouvar-loka. (2) Anima. (3) Laghima, lévitation. (4) Garima. (6) Siddhi. (7) Mano-maya-kosha. (8) Paratchitta-djgnyanam. □rigirbal from CORNELL UNIVERSITY Digitized
5o l’initiation profond sommeil; le développement de la volonté et l'illumination de l’intellect ; en un mot, la vision, l’au dition et l’action mentales transcendantes.
Les perfec tions des enveloppes de conscience (i) et de béati tude (2) sont : le développement infini de l’intelli * gence et de la volonté, la jouissance et la connaissance spirituelles, le contrôle des éléments, la communion directe avec Dieu ou la Nature (3), presque l’omnis cience et l’omnipotence. Les moyens d’atteindre ces perfections sont écrits entre les lignes du livre III de Patandjali.
Mais ces pouvoirs d’analyse transcen dante sont le dernier terme de l’entraînement oc culte . La science secrète est prudente : elle sait que l’iné galité d’évolution entre les pouvoirs psychiques et les vertus morales ne peut conduire qu’aux cataclysmes : et elle a soin de ne révéler ses données pratiques qu’à l’être devenu incapable de s’en servir au détri ment d’autrui.
Elle développe toutes les facultés, mais elle les développe dans l’ordre de leur évolution historique : facultés de l’âme d’abord, puis de l’esprit, et en dernier lieu du corps.
Au rebours de nos habitudes actuelles, mais conformément aux lois de la nature, elle commence par la synthèse et finit par l’analyse ; elle procède du grand au petit, du tout à la partie, de l’absolu à l’homme, afin que l’homme puisse remonter à l’absolu, la partie se fondre dans le tout, l’infini redevenir l’immense, afin que l’involution se continue par l’évolution. Ô Vijgnyana-maya-kosha. (3) Pourousha-Prakriti. Ananda-maya-kosha, Digitized by Google Original from CORNELL UNIVERSITY
LE SECRET DE L UNIVERS 51 On admet généralement que le développement de la conscience procède de rien à quelque chose; on de vrait dire qu’il procède du tout à la partie. Dès la naissance de l’enfant, la conscience est ouverte au monde extérieur.
Quelques traits d’abord se déta chent de l’ensemble et s’impriment sur la page blan che, le visage de la mère, du père, les grandes lignes du monde sensible, des formes qui n’ont pas encore de nom, des jambages qui ne sont pas encore des lettres. Il comprend les phrases avant de distinguer les mots, et prononce les mots, avant d’en apprendre les modifications.
Et ce procédé d’analyse continue pen dant toute la vie, et nous autres, grands enfants, avec nos appareils photographiques perfectionnés, nous sommes encore loin d’avoir aperçu tous les détails que la nature a placés en face de nous. C’est seule ment peu à peu, à mesure qu’elle s’extériorise, que notre conscience redevient synthétique et se forme artificiellement des idées abstraites.
C’est ainsi que devrait procéder toute science digne de ce nom. On répète souvent que l’esprit occidental est caractérisé par la méthode inductive, analytique ou à posteriori, tandis que la méthode à priori, syn thétique ou déductive, représenterait l’esprit de l’anti quité et de l’Orient.
Mais, outre que l’esprit oriental ancien a bon droit d’être fier de sa méthode, quelle qu’elle soit, il n’est pas tout à fait juste d’attribuer à la méthode expérimentale un rôle aussi prépondé rant, aussi exclusif, aussi intolérant sur l’esprit mo derne. Car d’abord l’esprit moderne contient autre chose que de la science; il possède une quantité Digitized by Google Original from CORNELL UNIVERSITY
52 l’initiation d’aspirations religieuses, artistiques, philosophiques et sociales qu£ la synthèse pourra seule satisfaire : on s’en aperçoit aujourd’hui que divers esprits accusent également la science et la foi d’avoir fait faillite, tandis que ce qui a failli en réalité est la science sans foi ou la foi sans science, l’esprit de domination sa cerdotale ou positiviste.
La vraie science n’est pas cantonnée dans l’analyse de la matière ; nous avons montré en commençant qu’elle appuie sur l’induction ses théories les plus belles, les plus fondamentales, les plus indispensables. S’il n’eût été intuitif, Newton aurait tranquillement mangé sa pomme.
Enfin le dé veloppement de bas en haut, fût-il la méthode exclu sive de la science exacte, ne saurait suffire à la science occulte et présenterait les plus grands dangers en ce * qui concerne l’évolution psychique. Le Mage noir peut évoluer du dehors au dedans, mais l’adepte de lumière est celui qui aborde le domaine astral d’en dessus et non d’en dessous, en maître et non en es clave.
Il existe trois sortes de sciences transcendantes : la magie noire (i) ou matérielle; la magie passionnelle ou royale (2), appelée aussi magie dévotionnelle ou de ferveur (3), et la magie blanche ou spirituelle (4). La magie matérielle ou naturelle (5) est de trois ordres.
A la première catégorie appartiennent les ma giciens de naissance, les sorciers naturels, les sujets hystériques, sensitifs, médiums, somnambules, tous (1) Tamasa ou Hatha-yoga. (4) Sattwika-yoga. (2) Radja-yoga. (5) Hatha-yog. (3) Bhakti-yoga. Original from CORNELL UNIVERSITY
LE SECRET DE L’UNIVERS 53 les instruments inconscients et irresponsables des forces supersensibles. Ceux- qui se sentiraient attirés vers l’occulte uniquement par ce côte phénoménal trouveront, en fréquentant les cabinets d'hypnotisme, les salons de clairvoyantes ou les séances spirites, quelques phénomènes intéressants, connus dès la plus haute antiquité, parmi cent faits insignifiants et mille supercheries.
Plusieurs années d’études de ce genre les amèneront à constater à leur dépens que ces fa cultés passives sont parfois immorales et souvent dangereuses. Leur analyse isolée, déjà tentée par quelques esprits ignorants des traditions antiques et universelles, ne peut suffire à baser ni théorie scien tifique ni morale dégagée de superstition.
Les Mages de jadis connaissaient à fond ces facultés innées (i) et le moyen de s’en servir sans danger : leurs posses seurs étaient soigneusement soustraits à toute in fluence impure et savamment développés dans l’inté rieur des temples. On s’en servait alors comme de voyants, d’inspirés, d’oracles ou de sibylles.
Et le temps ne tardera pas à revenir où. de pareils êtres naissant de plus en plus nombreux, il faudra instaurer pour eux un traitement, une éducation et une morale à part.
Si la curiosité de nos chercheurs de mystère n'est pas lassée après une excursion dans ce domaine psy chique, ils pourront étudier la seconde classe de pou voirs (2) énumérés par Patandjali, ceux que l’on ob tient au moyen d’herbes magiques (3), d’inhalations (1) Djanma-siddhi. (3) Oshadi. {2} Siddhi. Digitized by Google Original from CORNELL UNIVERSITY
54 l’initiation de gaz, d’absorption de drogues comme le haschich et mille autres philtres inconnus de nos pharmaciens. Nous avons pu constater nous-même que certaines hallucinations ainsi provoquées pouvaient atteindre un caractère d'intense réalité. Nous avons vu des occul tistes, lorsque leur force psychique était épuisée, em ployer ces moyens artificiels pour s’aider à produire certains phénomènes comme la lévitation.
On peut, avec des drogues, déterminer chez les sujets des phé nomènes parallèles et supérieurs à ceux du magné tisme ordinaire. L’analyse raisonnée de ces phéno mènes constituait jadis la science du Soma, le breu vage magique par excellence : ésotériquement, Soma veut dire la connaissance secrète, l’initiation.
Au jourd’hui, les narcotiques et spiritueux ne sont em ployés que par les ivrognes d’Orient et d’Occident, et par quelques dégénérés atteints d’onanisme men tal.
Au cas où ces expériences, qui ne manquent ni de charme ni de danger, ne conduiraient pas nos étu diants à la folie, ils pourront aborder la troisième espèce de magie noire, la science des Mantram ou incantations, la magie cérémoniale ou sorcellerie, dont on trouve plusieurs traités plus ou moins com préhensibles, depuis les ouvrages Tantrika: jusqu’à ceux d’Eliphas Lévi. Elle a été assez répandue au moyen âge.
Elle constituait jadis la connaissance du Pranava ou de la syllabe sacrée Aum. le plus excel lent des Mantram. C’est la partie la plus dangereuse de Hatha-yog, basée sur l’essence spirituelle du lan gage ou verbe humain, sur la nature de l’élément priOriginal from CORNELL UNIVERSITY Digitized by
LE SECRET DE L’UNIVERS 55 mordial, celui du son (i) et sur le pouvoir que possè dent certaines vibrations d’éveiller certaines forces •élémentales. En Orient, elle reste le secret de quelques Fakir et Sannyasi. En Occident, elle n’est plus guère représentée que par les formules d’exorcisme et su perstitions analogues.
La magie passionnelle ou dévotionnelle (2), bien ■supérieure à la magie obscure, est l’acquisition de vertus magiques par la pratique de Tapas, la qua trième méthode de Patandjali. Tapas est une concep tion orientale, trop complexe pour être rendue par un seul mot. Elle renferme les idées de pénitence ou «l’ascétisme et de méditation ou couvaison.
Tapas est la synthèse de la force de manifestation (3) et d’obs curation (4), par lesquelles chaque plan de conscience apparaît et disparaît successivement. Dieu a produit le monde par Tapas.
L’évolution est un phare tournant qui concentre tour à tour ses rayons sur chaque ré gion de l’infini, tandis que les autres sont plongées dans l’obscurité: cette lumière est actuellement con centrée sur l’évolution matérielle, et les régions spiri tuelles sont en obscuration. Tapas consiste donc à nourrir certains principes (5) et à sacrifier les autres (6); c’est l’art de développer une partie de notre nature aux dépens des autres.
Elle est basée sur l’indestructibilité de la vie, qui, comprimée en un point, surgit en un autre: l’activité, restreinte sur le plan matériel, se manifestera nécessairement sur le plan psychique, (1) Swara. (4) Avarana-shakti. (2) Radjasa ou Bhakti-yog. (5) Anna. (3) Vikshepa-shakti. (6) Yadjynga. Digitized by ■ 1 Original from TOR MFI I I INK/FRUITY
56 L INITIATION mental ou spirituel. C’est le principe de la corrélation des forces: arrêtez le mouvement, la chaleur apparaît. C’est le principe de l’équilibre universel: une douleur quelconque est compensée quelque part en joie, et bien des hommes se sont sentis inquiets d’être trop heureux. C’est enfin le principe de la réincarnation; détruisez le corps d’un être, il en développera un nouveau.
Telle est l’une des bases de l’institution du sacrifice ( i \ la plps ancienne peut-être des coutumes religieuses, qui, contenant les plus hautes vérités, a donné nais sance aux pires superstitions: et aussi de la coutume de l’austérité. Tapas peut être appliqué à toutes les parties de notre nature, et se subdivise en autant de genres qu’il y a de principes dans l’homme.
La mortification de la chair a été poussée par les dévots de tous pays et de tous temps jusqu’aux der nières limites du fanatisme, depuis tel saint chrétien qui se laissait manger par la vermine jusqu’à tel saint hindou qui se fait rôtir entre deux brasiers.
Ces pra tiques peuvent être regardées comme une réaction contre l’esprit de notre âge noir, qui tend à restreindre ou mortifier les aspirations spirituelles et même men tales au profit de la satisfaction des sens; on peut, par ces terribles moyens, acquérir certains pouvoirs. ¿Mais ils ont été formellement désapprouvés parle Bouddha, qui leur a substitué la restriction des désirs.
La Bhagavad-Guîta n’est pas moins sévère: « Les hommes qui se livrent à de rudes pénitences tout en restant hautains, égoïstes et rongés de désirs, qui torturent les (i) Yadjynga. Digitized by Original from
LE SECRET DE l'cNIVERS 57 éléments grossiers de leur corps et en même temps l'âme qui y réside, sont dépourvus de raison et semblables à des démons. L’austérité qui, née d'une imagination en délire, n’aboutit qu’à la souffrance pour soi-même et les autres, est une austérité de ténèbres (i).
Une aus térité hypocrite, pratiquée pour l’honneur, le respect et les hommages qu’elle procure, est une austérité instable et incertaine, une austérité de passion (2) ». Celle-ci n’est que trop répandue aujourd’hui dans les pays civilisés.
La pudeur bilieuse, la vertu rance, l’amour hypocrite du laid et la restriction des senti ments esthétiques n’ont jamais fait partie de la con ception du Mage-héros, de l’homme qui a développé son corps, qui l’a rendu fort, sain et beau, qui l’a maîtrisé et assoupli, qui est devenu capable d’accom plir des exploits.
Les livres bouddhistes s'étendent avec complaisance sur les perfections corporelles du princeSiddharta, qui devint un parfait époux avant de devenir un parfait messie, selon les prescriptions qui enjoignent aux Brahmines de payer leur dette à > l’humanité, de franchir le stage de pères de famille (3) avant de devenir Brahmâcharya. avant de se vouer à la chasteté et la sagesse que l’on devrait toujours ren contrer chez l’homme mûr.
Les livres brahmaniques nous racontent également au sujet de Krishna qu'il était entraîné dans tous les exercices gymnastiques et remporta tous les triomphes physiques. La perfection corporelle est un des aspects, et non (1) Tamasa-tapas. (3) Grihasta. (2) Radjasa-tapas. CORNELL UNIVERSITY
58 l’initiation le moins important, de la perfection humaine.
Elle est la base des autres perfections : et elle s’acquiert, non par la violation des lois de la nature, mais par une stricte observation de toutes les lois de l’hygiène, par la régularité des habitudes et leur conformité aux lois naturelles, par la simplification des besoins et de la vie, par la pureté, propreté ou honnêteté du corps, des organes de jouissance, de sens ou d’action, de la nourriture et de la boisson, du vêtement et de l’habitation.
La véritable austérité n’est autre chose que l’hygiène physique, mentale et morale; selon la Bhagavad-Guîta : « Yoga n’est ni pour qui mange trop ni pour qui mange trop peu. La triple austérité du corps, de la parole et du mental, pratiquée par les» hommes de foi profonde et sans souci de récompense, voilà la pure austérité (i).
Le respect des dieux, des adeptes (2), des maîtres (3) et des sages, la pureté, la droiture, la chasteté, la mansuétude, voilà l’austérité du corps; la parole modérée, vraie et douce, et la lec ture pieuse, voilà l’austérité du langage; la paix du cœur, le calme, le science, l’empire de soi-même , la purification de son être, voilà l’austérité de l’esprit! » Un autre genre d’austérité (4) est la restriction du souffle (5).
Sous sa forme ésotérique, c’est le réglage de la respiration, encore pratiqué plus ou moins par une foule d’Orientaux. En faisant passer leur souffle par l’une ou l’autre narine, en prolongeant l’inspira tion (6), l’expiration (7), ou l’intervalle entre les (1) Sattwitka-tapas. ?2) Dwidja. (3) Gourou. (4) lapas. Ç5) Pranayama. (6j Pouraka. (7) Rechaka. Digitized by Google Original from CORNELL UNIVERSITY
LE SECRET DE l’üNIVERS 59 deux (1), ces Ybgin arrivent à régler certaines fonc tions corporelles ordinairement involontaires. La durée normale d’une respiration est d’environ cinq secondes; or dans la cinquième phase de Pranayama, la durée de Finspir est de 125, celle de Vexpir de 24% et celle de la rétention de 5183’1 Certains Yoguis parviennent même à supprimer pendant des mois entiers la respiration et les battements du cœur.
Ils font boucher les orifices de leur corps et restent dans un état cataleptique spécial : le fait a été officielle ment constaté. Esotériquement, Pranayama est la science de l’élixir de vie, la connaissance de l’éther vital (2), de ses courants et de leur action sur la ma tière en général et sur le corps astral de l’homme en particulier.
Il y a dans le corps astral (3) des réser voirs de vitalité (4) appelés Tchakram, dont les sept principaux sont situés au sommet de la tête, entre les sourcils, au creux de la gorge, dans la poitrine, dans le cœur, dans le nombril et dans l’anus.
Ces centres sont reliés entre eux par des canaux ou artères appelés Nadi, au nombre de 72,000, dont les principaux sont : Ida dans la partie gauche, Pingala à droite, Soushoumna au milieu, et les neuf qui aboutissent aux ouvertures du corps...
En concentrant sa volonté sur lès centres (5), le Yogui y éveille les forces vitales (6) et psychiques (7), qui produisent les effets divers énumérés dans les traités de Yoga, et dont (1) Koumbhaka. (5) Tchakram. (2) Prâna. (6) Prâna. (3) Prânamaya-kosha. (7) Shakti. (4) Prâna. CORNELL UNIVERSITY
6o l’initiation on peut se faire une idée par le triple exemple sui vant : « Quand le sentier est aperçu, la faim et la soif sont oubliées ; les Nadi sont ouverts, la novennaire propriété du souffle disparaît, et les fonctions du corps n’existent plus. L’odorat se retire avec Koundalini skakti dans la chambre du milieu.
Alors, par une décharge d’en haut, le réservoir (cérébral) du fluide ltinaire de l’immortalité, penchant d’un côté, com munique avec la bouche du pouvoir. Par là les Nadi se remplissent du fluide; il pénètre dans tous les membres, et de toutes parts le Prâna s’y dissout ». {Djgnyaneshwara).
«Attire en haut l’air inférieur par le côté droit, fais le tourner trois fois autour de la seconde région du corps, ensuite amène-le au nom bril, puis au milieu du cœur, puis à la gorge, puis à la sixième région, qui est à l’intérieur du nez, entre les paupières; garde-le là; il est devenu le souffle de l’âme universelle ». {Oupanishad).
« Ne laisse pas ton céleste nourrisson, plongé dans l’océan de Maya, se séparer de la mère universelle, mais laisse le Pouvoir flamboyant se retirer dans la chambre intime, la chambre du cœur, séjour de la Mère du monde. Alors, du cœur, ce pouvoir s’élèvera dans la sixième région, la région moyenne, l’endroit entre tes yeux, et deviendra le souffle de l’Ame-une, la voix qui remplit tout, la voix de ton Maître ! » {Livre des pré ceptes d’or).
L’ascète peut aussi fixer son attention sur un objet extérieur, la lune, le soleil, l’étoile polaire, etc. La forme de concentration mentale ainsi obtenue est appelée Samyama. Ou encore il peut fixer son esprit Original from CORNELL UNIVERSITY Digitized by
LE SECRET DE l’üNIVERS 6l sur une divinité quelconque. En communiant avec Ishwara ou Jéhovah, Vishnou ou Jésus, selon les latitudes, il obtiendra de son dieu des faveurs extraor dinaires et des dons miraculeux : les exemples abon dent, tant en Occident qu’en Orient.
La forme la plus élevée de concentration mentale est la fixation de l’esprit sur lui-même, Samadhi. la méditation trans cendante, la cinquième méthode Patandjali, qui la définit en ces termes : « Yoga consiste à empêcher les évolutions du mental inférieur (i), de façon à ce que le Moi demeure sous forme de spectateur au lieu de prendre la forme de ces évolutions ». Ce genre de méditation est aussi appelé Sankhya-yoga ou l’union rationnelle.
Une sixième espèce d’entraînement est l'ascétisme du cœur ou restriction des désirs, la purification de l’âme (2), la méthode prêchée par Bouddha. Selon la Bhagavad-guîta, le corps (3), l’esprit (4) et l’âme (5), sont le domaine du désir (6). Le désir, premier-né de l'inconnaissable, pur et innocent dans les régions supérieures de notre âme, devient passionnel dans notre intelligence, impur et égoïste par son mélange avec notre nature sensuelle.
Ainsi l’homme assez fort pour se rendre maître absolu de ses désirs pour rait purifier son être tout entier et en extirper le prin cipe même du péché et de la souffrance, mais aussi du mérite et de la joie. Cette méthode se rapproche de l’action sans passion (7) recommandée par la Bha- (1) Tchitta-vritti. (5) Bouddhi. {2) Bouddhi-yoga. (6) Kama. (3) Indriyani. (7) Karma-yoga. (4) Manas. i »>***»■ ■ S Driqinal^ron CORNELL UNIVERSITY
62 l’initiation gavad-guîta\ bien supérieure au simple ascétisme corporel, vital ou mental, elle est la forme souveraine de la magie royale, la restriction de l’essence même de l’être, le renoncement suprême qui conduit à la naissance ou mort définitives, au Nirvâna.
La magie spirituelle (i), difficile à connaître, à décrire et à pratiquer, constitue la septième méthode, supérieure à toutes les autres, dont elle est cependant le noumème, le résumé et l’essence.
Elle est la seule conciliation possible des morales les plus opposées, par exemple du « Non agir » de Lao-t^e avec le principe scientifique moderne de la lutte pour l’existence : ou encore du principe bouddhiste de la destruction des passions, dont toutes les religions se sont plus ou moins inspirées, sans réussir beaucoup à l’introduire dans nos mœurs, avec le principe opposé de Fourier qui veut se servir des passions comme d’instruments fournis par la Nature ou la Providence, assurer leur libre jeu, et les faire concourir à l’harmonie sociale.
Elle consiste à développer consciemment, également et par tous les moyens, toutes les parties de notre nature, sans exceptions ni restrictions, jusqu’au plus haut degré de perfection possible et concevable ; à faire de l’homme à la fois un saint, un sage et un savant, un génie, un mage et un héros ; à élever suffisammant notre humanité pour que notre divinité la puisse pénétrer sans obstacles ; à transmuter les qualités (2) du Moi (3) en celles du Soi (4) : à compléter notre ternaire spirituel en y unissant notre personnalité su-’ (1) Sattwika-yoga. (3) Ahankaram. 2) Gouna. (4) Satchidanand. COHMECLUNIVERSTTY'
LE SECRET DE L’UNIVERS blimée, de façon à opérer la quadrature du cercle ; en un mot, à élargir notre être jusqu’à l’Etre universel ( i ). Celui qui possède cette Atma-yoga n’a plus rien, à apprendre dans les sept mondes.
Mais elle est l’apa nage des âmes puissantes, assez larges pour tout com prendre, pour tout vouloir, tout agir, tout être ; pour admettre tout ce qui est humain, et même ce qui ne l’est pas; pour se mouvoir dans l’infini et l’éternel, et s’y trouver à Taise ; pour embrasser l’être et le non-être, et ce qu’il y a au delà.
Elle suppose une vitalité assez intense pour se jouer du plaisir et de la douleur, sans désirer la mort plus que la vie; un cerveau assez vaste pour abriter le vrai et le faux, sans vouloir éteindre la pensée; un cœur assez profond pour résoudre l’amour et la haine, san s chercher à dessécher l’âme ; c’est-à-dire une volonté et une conscience assez fortes pour s'élever sans terreur jusqu’à la vision de la forme infinie (2) devant laquelle le saint guerrier Ardjouna sentit ses cheveux se hérisser, vit s’incliner les dieux et entendit s’ébranler les mondes : extase que ne peuvent procurer « ni le Veday ni le sacrifice, ni la lecture, ni la charité, ni le cérémonial, ni les rudes austérités, mais qui s’obtient seulement par Atmayoga ».
T elle est la voie (3 ) par excellence, la voie de l’univers intégral (4) ou de la révolution complète (5). Sa méthode embrasse toutes les autres méthodes, son but surpasse tous les leurs. La magie naturelle (6) se (1) Paramatma. (2) Ananta-roupa. (3) Bodhi-anga. (4) Brahmanda. (5) Para-vritti. (6) Hatha-yoga. CORNELL UNIVERSITY
64 l'initiation [octobre propose l’acquisition du pouvoir, l’intensification de la jouissance, la prolongation de l’existence actuelle par l’élixir de vie, l'immortalité conçue comme évolu tion (1) ou activité (2) objective (3); l’idéal moderne du progrès et de Faction est une forme de Hatha-yoga.
Au contraire, la Magie dévotionnelle (4) a pour but l’acquisition du repos éternel, sommeil, paradisou Nirvâna, le sacrifice de la vie actuelle à la vie future: c’est la science du subjectif (5), de l’au-delà (6), de l’involution (7). Mais le Yogui spirituel estime ou méprise la mort autant et pas plus que la vie ; son but est l’absence même de but.
Il sait que l’illusion (8) est le moteur de l’involution aussi bien que de l’évo lution, qu’ici-bas estle là-hautdes dieux, et que monté sur le faîte, l’être aspire à descendre; il sait que le progrès peut exister seulement dans l’imparfait ou relatif, mais n’a pas de sens absolu; que.
Maya contenant en soi sa propre raison d’être et sa propre fin, il est vaind’en chercher la cause ou le but,car elle subsiste et s’anéantit de toute éternité au sein de Parabrahm, l’Etre-non-être. Il sait: pourquoi auraitil raison, pourquoi se tromperait-il ?
N’ayant plus besoin d’efforts pour apprendre, son activité men tale se replie sur elle-même et ne peut plus se manifester qu’au dehors ; il ne peut plus penser que pour les autres, il devient pour eux une occasion perpétuelle de savoir. Comme le soleil, il dtfnne et ne (1) Pravritti. (2) Karma. (3) Roupa. (4) Rhakti-yoga. Digitized ty Google (5) Aroupa. (6) Laya. (7) Nivritti. (8) Maya. —O** CORNELL UNIVERS
1897] le secret de l’univers 65 reçoit plus. Il peut encourager telle philosophie dont le siècle a besoin, puis telle autre ; il se sert des idées humaines, sans préférence, sans aversion, sans par tialité, indifférent comme la nature dont il est devenu l’allié et le représentant. Il agit, pense et sent, non pour vivre, savoir ou s’épancher, mais parce qu’il vit, sait et aime.
« Son corps s’agite, son mental est tran quille, son âme limpide comme un lac de la mon tagne. » Il agit comme ceux qui aiment la vie, mais sans s’élever ni s’abaisser, car sa révplution à lui est accomplie. Il vit : pourquoi chercherait-il à entrer dans l’être ou à en sortir ? Pourquoi fuirait-il la joie, pourquoi la douleur? Qui des êtres, dieux, hommes ou démons, peut lui donner l’une ou lui épargner l’autre?
Pourquoi lui-même craindrait-il de deveriir démon, aspirerait-il à devenir dieu? La terreur et l’espérance, ces leviers du monde, n’ont plus de prise sur son cœur.
Fût-il plongé subitement au fond des enfers, du grand Naraka même, il sent en lui une force d’amour et d’harmonie capable de civiliser Yarfia^ le dieu de la mort, d’organiser le chaos et l’horreur, et, après quelques éternités, d’édifier chez les démons un état social qui vaudrait peut-être le nôtre.
Il vit et il aime: pourquoi désirerait-il accaparer la vie, faire son salut, quitter ceux qui ne ne vivent pas encore pour aller chez ceux qui ne vivent plus, sortir de notre triste ici-bas, oublier pour toujours notre pauvre histoire humaine, la petite planète où l’on naît et meurt, où l’on pleure et espère, et où l’on rit parfois?
Il aime : son amour n’est pas lointain, idéal et condi tionnel comme celui des philanthropes, mais la sympa3 ■ nriçmalfr 0| CORNELL UNIVERSITY
66 l’initiation. thie ni l’antipathie ne peuvent l’empêcher de rayonner, à travers ceux qui l’entourent, qui le touchent deprès, qui vivent avec lui, sur ceux qui sont au delà, sur l’humanité, sur toutes les créatures. Il vit et il aime, mais il est devenu constitutionnellement incapable de vivre et sentir pour lui-même ; le renoncement ne lui coûte pas d’efforts, le dévouement est sa suprême nature. Étant devenu tout-compassion, il aime comme les seigneurs de compassion qui, selon l’enseignement de la Bodhi, ont renoncé au Nirvâna justement acquis, et revêtu l’humble vêtement (i) pour continuer de vivre avec leurs frères moins avancés. Tel est le souverain et perpétuel sacrifice, offert sans effusion du sang pour la rédemption du monde, par celui qui a renoncé à être dieu pour devenir homme. Être VHomme, voilà l’unique idéal du Brahmine ésotérique: agirparfaitementcommetel, voilà son unique morale. Chacun peut tendre vers cette perfection, ici et maintenant, en cherchant ce qu’il peut faire, ce que sa nature veut qu’il fasse, en faisant tout ce qu’il peut faire, et en le faisant bien : voilà la fin de toute religion, de toute philosophie et de toute science. Amaravella. (i) Nirmanakaya. Digitized by Gb< gle Original from CORNELL UNIVERSITY
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COUTUMES ET SUPERSTITIONS COCHINCHINOISES 67 SUR LES COUTUMES ET SUPERSTITIONS COGHINCHIHOISIS De nombreuses études très documentées ont été faites sur le boudhisme et les modifications que peut avoir subies son symbolisme au contact des religions primitives des différentes nations chez lesquelles ils s’est répandu.
Nous ne voulons pas ici reprendre une étude des religions annamite et cambodgienne, mais uniquement faire connaître, un certain nombre de pratiques et de superstitions populaires, que, pendant un assez long séjour en Indo-Chine, presque toujours loin des centres, nous avons pu recueillir.
Les expli cations que nous essaierons d’en donner pourront peut-être éclairer d’un jour nouveau certaines cou tumes qui nous paraissent extraordinaires, telles que l’abandon des enfants malades ou la forme cornue des angles des maisons chinoises.
Nous examinerons donc la croyance au pouvoir des sorciers et leurs coutumes, les idées des Annamites et des Cambodgiens sur les revenants, la crémation, en un mot ce qui a rapporté la mort; les pratiques courantes de la religion domes- ------erigiiml-fro m CORNELL UNIVERSITY
68 l’initiation i tique, les inhumations volontaires de bonzes, les pra tiques des charmeurs de serpents. Toutes ces notes sans plan méthodique, telles que nous les avons re cueillies, ne voulant les donner qu’à titre de docu ments, sans prétendre en tirer aucune conclusion dogmatique.
Des sorciers, leurs pratiques. — Dans la Cochinchine se trouvent mêlées la plupart des races de l’extrême Orient, la race primitive était cambodgienne, mais les Annamites qui l’ont refoulée sont actuellement les plus nombreux. Après les Annamites et les Cambod giens, les Chinois, puis les Malais, les Indiens des diverses castes et quelques Siamois.
Les trois premiers forment le fonds de la population-, et parmi eux les sorciers sont plutôt Cambodgiens, les médecins Chi nois ou Annamites. Les principales pratiques des sor ciers sont la préparation des maléfices, des charmes et leurs guérisons ; ils préparent des médicaments faits avec toutes sortes de plantes vénéneuses.
A la suite d’un procès en escroquerie intenté à un sorcier, j’ai eu entre les mains plusieurs médicaments étiquetés • « pour tuer », c’étaient des solanées et des strychnées. J’ai possédé également une pommade huileuse, éti quetée « pour inspirer de l’amour aux filles ». Il faut s’en enduire les lèvres avant de leur parler.
Annamites et Cambodgiens ont la plus grande confiance dans la vertu du sang employé dans les philtres; quand une jeune fille veut se faire aimer, le sorcier lui demande la plupart du temps quelques gouttes de sang menstruel pour l’incorporer au mé dicament que la jeune fille essaiera de faire absorber Msi Digitized by rmnraairjjaa—— - CORNELL UNIVERSITY
COUTUMES ET SUPERSTITIONS COCHINCHINOISES 69 à celui dont elle veut être aimée. Dans les mêmes cir constances, un jeune homme se piquerâ au doigt. Un de leurs poisons les plus connus est celui que les sorciers vendent aux voleurs pour endormir les gens qu’ils veulent dévaliser. C’est une pâte brune dont un gramme environ, enfermé dans une feuille d’arbre repliée, doit servir à cet usage ; elle présente l’odeur d’opium.
Les maisons cambodgiennes étant bâties sur pilotis hauts de im,5o à im,8o, à cause des inon dations, l’espace qui se trouve entre le sol et le plan cher leur sert d’abri pour mettre leurs instruments aratoires, etc; ils y attachent en général un chien.
C’est là que se glissent les voleurs après avoir empoi sonné le chien; ils brûlent leur préparation dont la fumée monte par les interstices du plancher; les habitants une fois endormis, ils pénètrent dans la maison qu’ils dévalisent. Suivant la drogue employée, ils obtiennent soit le sommeil, soit la léthargie lucide.
Dans une affaire où je fus nommé comme expert, le pharmacien chargé de l’analyse, M. Muel, trouva dans le riz qu’avaient mangé les volés de la daturine en assez grande abon dance.
C’était dans un bateau, quelque temps après le repas du soir, les cinq hommes qui le montaient se sentirent pris de somnolence, ou plutôt, les yeux ou verts, d’inertie musculaire complète; bientôt ils virent pénétrer dans leur barque des Annamites le visage noirci qui les dévalisèrent, puis partirent. Le lende main ils se réveillèrent hébétés, mais ayant gardé un soyvenir assez net. La nuit leur avait paru très longue, sans notion précise du temps, dans un état de rêve- ' A CORNELL UNIVERSITY
l’initiation 70 rie continuelle ; c’est en somme, exagérée, la sensation de l’opium fumé en excès, mais celui-ci ne produit jamais l’impotence motrice absolue. Les coupables, arrêtés, avouèrent et furent condamnés: c’étaient des habitués de ce genre de vol, ils employaient ordi nairement un mélange d’opium et de datura.
Dans une autre affaire, un de mes camarades, rece veur des postes à Soctrang, se réveilla un matin, la tête lourde comme s’il avait bu la veille. S’étant lavé et réveillé assez vite, il constata que l’on avait essayé pendant la nuit de forcer son coffre-fort, brûlé toutes ses allumettes, enlevé les broches des cartouches d’un revolver placé sur sa table de nuit, mangé ses provi sions dans la salle à manger.
Dans ce cas, aucun sou venir n’ayant persisté, nous nous trouvons en présence de l’action d’un narcotique complet et non d’un cas de léthargie lucide, comme le précédent.
De la croyance au double astral. — Annamites ou Cambodgiens croient à la persistance après la mort du double astral, du mâ-qui (pour la superstition popu laire, le mâ-qui est bien la personnalité du décédé ; pour la religion et les lettrés, c’est seulement le double astral, mais séparé de l’Esprit, qui s’est enfui de la terre). Le mâ-qui est donh un revenant; ils le redoutent surtout lorsque le décédé est mort brus quement.
Une nuit, dans une chambre où quelques mois auparavant avait été exposé un géomètre fran çais mort d’apoplexie, un de mes amis fut brus quement éveillé par sa congaï qui se cramponnait à lui, croyant voir le mâ-qui du géomètre faisant le tour delà véranda. Celle-ci était éclairée par la lune,
COUTUMES ET SUPERSTITIONS COCHINCHINOISES 71 la congaï tremblait de tous ses membres, et il fut diffi cile de la rassurer.
Lesma-^u/se réunissent volontiers autour des grands figuiers banians qui avoisinent souvent les pagodes; l’un d’eux habite l’intérieur et peut en sortir sous la forme d’un boa (les boas nichent réellement assez fré quemment entre les racines des banians), les autres voltigent autour de l’arbre, dans les branches et dans les feuilles, cherchant à nuire aux passants attardés, se contentant souvent de leur faire perdre leur chemin, mais pouvant les étrangler.
Les Annamites redoutent surtout les suicidés, les assassinés et surtout les esprits élémentairesnonencore incarnés des enfants mort-nés. La femme morte en couches et son enfant sont très redoutés; l’esprit de l’enfant, avide de s’incarner parce qu’il a été tout près de le faire, est pour les vivants un véritable vampire. L’endroit où a été enterré un cheval est aussi mal famé.
Dans le jardin de la maison que j’habitais à Soctrang, un de mes prédécesseurs, le Docteur Le Lan, avait fait enterrer son cheval, puis, plus tard, la femme morte en couches de son ordonnance indigène, aussi la maison était-elle hantée, principalement la salle de visite où je répandais assez souvent du sang, dont les larves sont si friandes.
Mais les mâ-qui indigènes redoutent les Européens, aussi bien que les lettrés indigènes; ils effraient sur tout les ignorants, et, comme je remplissais les deux conditions, français et médecin, que de plus on m’avait vu faire quelques expériences d’hypnose, je protégeais la maison que, moi absent, personne ne voulait habiter. Original from ^CORNELL UNIVERSITY
l'initiation 72 En conséquence, les indigènes redouteront surtout les revenants Européens qui n’ont peur de rien ni de personne. A Saïgon, beaucoup d’Annamites redoutent de passer le long du mur de l’hôpital, là où se trouve la salle d’autopsie.
A Soctrang, les congaïs n’osaient s’aventurer la nuit dans la direction du cimetière, même avec des Européens ; dans la journée, elles dési gnaient les tombes qu’elles redoutaient le plus, princi palement celles d’enfants.
Les Cambodgiens brûlent les corps, mais seulement un an ou deux après la mort ; en attendant, ils les conservent dans leur maison, dans un cercueil clos de toutes parts, sauf un des angles d’où part un long tube de bambou luté à la cire qui porte au-dessus de la maison les odeurs méphitiques.
Tant que le corps est là, le double du décédé flotte autoür de la maison, se détachant peu à peu de sa dépouille mortelle; la crémation rompra les derniers liens.
Dans les conditions ordinaires, ils ne redoutent point ce séjour, dans leur domicile, du cadavre; mais, s’ils ont quelque sujet de se méfier de la méchanceté du double, ils brûlent immédiatement le corps, et j’ai vu procéder dans les 24 heures à la crémation d’une' jeune et riche Cambodgienne, morte en couches de deux jumeaux; le père, mort depuis un an, n’avait pas encore été brûlé, et ce fut à cause de mon étonne ment de cette différence de procédé que j’appris pour la première fois la crainte qu’inspiraient les enfants mort-nés.
C’est de cette crainte de l’enfant mort qu’est née une habitude, bizarre au premier abord, qui, interDigitized by- «sa - QORNELL UNIVERSITY
COUTUMES ET SUPERSTITIONS COCHINCHINOISES 73 prêtée par les missionnaires catholiques comme une cruauté coutumière à la race, a donné naissance à la congrégation de la Sainte Enfance pour le rachat des petits Chinois abandonnés.
Cet abandon a un double motif : si l’enfant est malade, c’est que des influences mauvaises cherchent à l’entraîner ; en l’emportant loin de sa demeure, on l’écartera donc de ces influences, qui pourront ainsi perdre sa trace ; l’enfant, délivré d’elles, pourra gué rir, première raison.
De plus, si l'enfant doit mourir, son double lui-même deviendra une larve ’mauvaise qui, séjournant où il sera mort, pourra être dangereuse pour ses frères survivants, qu’il cherchera à entraîner. A tous les points de vue donc, il vaut mieux que l’en fant malade soit éloigné du domicile de ses parents, et c’est ainsi que partout en Chine existent depuis des siècles des asiles d’enfants.
La Sainte Enfance n’a * fait que copier en petit ces institutions, transformant en cruauté, pour le besoin de sa cause, une habitude presque naturelle.
Les sœurs, immédiatement, font baptiser les petits moribonds, appoint le plus fort de leurs statistiques de conversions ; les parents s’inquiè tent peu de ce détail, ou tout au plus voient-ils dans le baptême une opération magique faite par le sorcier officiel européen et qui peut-être sauvera leur en fant.
Pour qui connaît les jaunes, cette habitude d’aban don contrasterait d’ailleurs à première vue avec leurs sentiments bien connus de piété filiale et d’amour des enfants, poussés si loin que l’adoption d’un enfant est considérée par eux comme un bienfait du ciel et Digitized by Google Original from CORNELL UNIVERSITY
74 l’initiation que jamais, dans aucun village, on ne trouve un en fant abandonné.
A propos d’esprits et de croyance au double, je désire raconter ici deux faits au sujet desquels je ne veux donner aucune opinion personnelle et dont je ne puis dire qu’une seule chose, c’est qu’ils m’ont été racontés sérieusement par deux individus occu pant une importante situation administrative : Beaucoup d’endroits sont hantés, j’ai déjà parlé des figuiers banians, mais les génies puissants élisent plutôt domicile dans les montagnes, telles celles de Tay-ninh, de Hon-dac, de Nui-sam (le mont Ton nerre).
A mi-hauteur de cette dernière se trouve l’ermitage d’une vieille bonzesse recluse qui passe pour prophétesse et ne vit que des provisions que lui apportent dans son nid d’aigle les fidèles des environs. A Hon-dac, il me fut raconté par un fonctionnaire français que sa congaï, avec laquelle il vivait depuis nombre d’années et dont il avait plusieurs enfants, croyait aux génies de la montagne.
Habitant à 35 ki lomètres de là, il avait fait bâtir à Hondac une mai son de campagne en un endroit où, près d’une source, se trouvaient en demi-cercle plusieurs gros arbres. La congaï étant tombée malade eut, paraît-il, plusieurs hallucinations dans lesquelles elle voyait les génies l’appeler; quelques heures avant sa mort, elle répétait machinalement : « l’arbre, le génie, appeler ».
Or cinq heures environ après sa mort, un courrier arrivait de Hon-dac, venant annoncer que la maîtresse branche d’un des plus gros arbres venait de se briser sans cause apparente, sans qu’il y eut d’orage ni un Original from CORNELL UN .'ERSITY Disit
COUTUMES ET SUPERSTITONS COCHINCHINOISES ?5 souffle de vent, au milieu d’un calme lourd de l’at mosphère ; en tombant, elle avait écorné un angle de la maison et de la véranda.
J’ai vu cet arbre trois mois plus tard, la branche brisée mesurait au moins 35 à 40 centimètres de dia mètre, à une hauteur d’à peu près 6 mètres du sol, la direction de la cassure était nettement de haut en bas, comme si une force appliquée sur la branche l’avait attirée vers la terre. L’autre histoire est plus extraordinaire encore.
L’ad ministrateur de Tay-ninh m’invita à passer quelques jours chez lui (invitation à laquelle mon service m’empècha malheureusement de me rendre) pour voir un jeune Annamite de 24 ans, à moitié idiot et halluciné, mais passant pour avoir le don de prophé- * tie et accomplir des choses éxtraordinaires.
Il me raconta qu’un jour, lui ayant demandé une preuve de son pouvoir, l’Annamite lui répondit : « Dites, et je vous répondrai si je puis le faire ». Avisant une assez grosse branche d’un arbre voisin (dit bois de saû), il lui demanda s’il pouvait la briser.
L’annamite répAndit que oui et se mit en extase, les mains jointes, regardant d’abord la branche, puis en l’air ; tout à coup il tomba brusquement à genoux, et au même moment la branche se brisa. Ceci sans commentaires, je n’ai que le regret de n’avoir pu être le témoin oculaire d’un pareil fait, que j’ai peine à croire, malgré l’affirmation catégorique qui m’en fut faite.
Inhumations volontaires de bonnes. — Les Cambod giens relèvent, avons-nous dit, de l’initiation boud Digitized by Google Original from CORNELL UNIVERSITÀ
?6 ¿’initiation dhique ceylanaise ; le pape des bonzes, résidant à Pnom Penh, relève directement de Ceylan, et dans la Cochinchine le plus haut dignitaire résideà la pagode de Soctrang. Je le connaissais, ayant eu occasion de soigner plusieurs bonzes de sa pagode qu’il m’avait amenés lui-même, et plusieurs enfants de son école, no tamment lors d’une épidémie de variole.
Or, dix-huit mois après mon départ de ce poste, deux inhumations volontaires eurent lieu dans une pagode distante de mon ancien domicile de 6 kilomètres environ ; des raisons de service m’empêchèrent encore, à mon grand regret, d’assister à aucune partie de la cérémonie, mais j’ai pu recueillir des ‘détails dont quelques-uns inédits et que n’ont pas vus les Anglais qui, dans l’Inde, ont décrit ces cérémonies.
Les pratiques étant les mêmes que celles déjà con nues, je n’insisterai que sur quelques détails et surtout certaines interprétations rituelles. Par suite du manque d’eau et de quelques autres causes climatériques moins bien déterminées, vers la fin de i8g5, la récolte du riz s’annonçait très mauvaise et faisait redouter la famine.
Dans cette prévision, deux bonzes s’entraînaient, plus activement depuis quelques mois' (si l’on peut en ce cas parler d’activité) à la catalepsie. Dans les pagodes il y a continuellemènt quelques prêtres à un certain degré d’un pareil entraînement.
Ici nous ferons remarquer que dans le Cambodge tous les prêtres sont désignés sous le nom de bonzes, quelles que soient leurs fonctions, au lieu d’être comme dans l’Inde, partagés en fakirs, gourous, brahmes, etc. Original from CORNELL UNIVERSITE Digitized e
COUTUMES ET SUPERSTITIONS COCHINCHINOISES 77 Ceux dont nous parlons actuellement correspondent évidemment aux fakirs. Lorsque les deux bonzes dont je parle furent au de gré suffisant de préparation, la cérémonie eut lieu; les préparatifs sont semblables à ceux qu’ont décrits les Anglais d'après le Bhagavad rita: les sujets convul sent les yeux, renversent la langue en prononçant le mot sacré aum.
Le jour venu, on prépara une fosse de 3 mètres envi ron de profondeur sur im, 5o à i m,8o de large et i mètre dans l’autre sens, la terre fut soigneusement battue à l’intérieur.
Les bonzes furent empaquetés, entourés de bandelettes autour de leur vêtement jaune ; tous les orifices naturels, nez, paupières, oreilles, etc., lutés avec de la cire vierge, après que, la langue ren versée dans la gorge, ils se furent mis en état de cata lepsie volontaire ; une poutre fut mise en travers de la fosse et les bonzes suspendus au moyen d’une corde assez grosse, cirée, ayant prise sur les bande lettes de manière à ne pouvoir entrer dans les chairs et d’une longueur de i mètre environ au-dessous de la poutre.
Toutes ces précautions et particulièrement l’isolement du corps dans la fosse, prises, me dit-on, dans le but de les empêcher d’être attaqués par . des rats, seul danger physique qu’ils puissent courir. La fosse fut ensuite couverte de fascines, puis de terre battue de façon à la rendre à peu près imperméable, puis enfin de terre végétale sur environ 20 centi mètres d’épaisseur.
Du riz y ’fut semé sous forme de mâ (le riz est d’abord da’ns la culture ordinaire semé serré en un petit carré de terre nommé mâ; lors D igitized by Google Original from CORNELL UNIVERSITY
78 l’initiation qu’il a atteint une trentaine de centimètres, on le déterre pùis le repique en rangées régulières ; chaque plan à 20 centimètres environ de l’autre). Le semis fut con venablement arrosé, et le riz germa.
L’inhumation des deux bonzes, dura 26 jours, puis on les rappela à la vie, suivant le procédé décrit par les médecins anglais: traction de la langue, bains d’eau tiède, frictions d’alcool, etc. Mais ce que je tiens surtout à faire remarquer, c’est que dans ce détail du semis de riz où les Anglais ont vu un simple moyen de contrôle, laissant presque croire qu’il fut fait à leur demande, il faut se repré senter une opération magique et religieuse au premier chef, en laquelle résident tout le symbolisme et la rai son d’être de l’opération.
Chacun connaît l’expérience, fort discutée comme réalité, dans laquelle les fakirs Indous prétendent, par extériorisation de leur force vi tale, faire germer, grandir, porter des fruits à un noyau de mangue, le tout en quelques heures. N’ayant pas vu personnellement le fait, nous ne pou vons en affirmer la véracité, mais ici la théorie ou tout au moins la prétention est la même.
Les bonzes, par action de leur volonté décuplée par leur entraîne ment, prétendent faire passer leur vitalité entière dans le riz semé sur leur tombe, et, indirectement, dans toutes les cultures semblables de la région. Ils croient ainsi apporter à la vitalité végétale, c’est-à-dire de nature inférieure de la plante, l’appoint de leur vita lité plus qu’humaine qui vient agir d’une façon favo rable sur la récolte de l’année. Ces cérémonies sont extrêmement rares, et seuls les 0 rigira I from CORNELL UNIVERSITY Digitized by
r COUTUMES ET SUPERSTITIONS COCH1NCHINOISES 79 vieillards se rappelaient en avoir vu de semblables à Soctrang.
Or les Anglais, en les décrivant, se sont contentés de dire : « Une cérémonie devant avoir lieu... nous pûmes assister... on employa tels moyens de contrôle. » Dans le précédent récit, je crois avoir à leur description ajouté deux points capitaux, d’abord le pourquoi de la cérémonie et ensuite, après quelques détails de pratique, le symbolisme et la raison d’être du semis de riz qui, loin d’être un moyen de contrôle pour la garantie des Européens, se trouve être la partie la plus importante du rituel magique de l’opération.
Cette pratique me semble, en Cochinchine, être exclusivement cambodgienne, relevant, ainsi que je l’ai dit au début, des rites de l’initiation ceylanaise ; autant que j’ai pu m’en informer, ni les Chinois ni les Annamites, quoique boudhistes, ne la possèdent dans leur religion.
Des charmeurs de serpents. — Les charmeurs de serpents ne sont pas considérés comme sorciers, mais néanmoins ils ont la créance du peuple et se livrent à certaines pratiques curieuses.
J’ai vu les jongleurs de Ceylan et les charmeurs qui viennent dans les cafés de Saïgon ; prestidigitateurs de première force, ils font en outre danser leurs serpents en cadence, mais il m’a semblé que leurs cobras fixaient le regard sur les yeux de leurs maîtres et suivaient dans leur balancement plutôt les oscillations de la tête que le rythme de la musique. De plus, les quelques serpents que j’ai pu examiner avaient les crochets arrachés.
Ici une parenthèse : le serpent, qui fascine si facile ment les oiseaux, est lui-même essentiellement fasciDigitized by Original from CORNELL UNIVERSITY
8o l’initiation nable ; il est connu de tous les chasseurs de vipères que, lorsque l’on peut surprendre une vipère et la fixer alors qu’elle vous fixe elle-même avant de fuir ou s’élancer, elle reste immobile, le regard pris, permet tant à un tiers de la frapper, ou même à celui qui la fixe, à condition que dans.ses mouvements il ne la quitte pas du regard.
Les Annamites ne suivent pas les mêmes procédés que les Indous ; de pères en fils, ils possèdent, paraîtil; des secrets, et j’ai vu personnellement à Longxuyen un charmeur réputé.
Devant la maison de l’adminis trateur on lui apporta pour épreuve un panier conte nant 7 ou 8 cobras capellos pris la veille par les mili ciens; il les jeta sur le sol, un peu à notre émoi, bien que nous fussions sur les marches de la maison; aus sitôt ils rampèrent de tous côtés; le charmeur se mit alors à jouer d’une sorte de pipeau, et les reptiles se rapprochèrent en ondulant en mesure.
Quand il eut fini, il les ramassa très vite ; l’un s’étant enfui assez loin il courut après lui, le prit à la main et le réinté gra dans le panier en faisant mine de le gronder. Avant de se livrer à cette opération, il s’était frotté les parties découvertes (mains et visage) d’une huile brunâtre ; quand il tenait le serpent à la main, celuici semblait s’écarter avec répulsion lorsqu’il appro chait la tête du bras ou de la face du charmeur.
Cet homme prétendait que, outre son huile inspi rant de la répulsion aux reptiles, il possédait un remède infaillible contre les morsures les plus veni meuses. C’étaient de grosses pilules brunes dont il me donna quelques-unes. Devant nous, il demanda Original from CORNELL UNIVERSITY Digitized by
COUTUMES ET SUPERSTITIONS COCHINCHINOISES 8 I à l’administrateur quelqu’un qui voulût se laisser mordre pour tenter l’expérience; il s’adressa à moi, puis demanda à l’administrateur s’il voulait lui prêter ppur cela un de ses enfants.
Ses offres n’ayant qu’un succès plutôt négatif, malgré toute notre confiance en ses talents, il fit mordre à la cuisse son propre fils, puis attendit quelques minutes, et, lorsque la périphérie de la morsure fut devenue violacée, fit une petite in cision cruciale et sur la plaie appliqua une de ses pilules; celle-ci adhéra presque immédiatement à la peau comme un caustique.
11 fit ensuite avaler à ren iant une demi-pilule; il en faudrait, disait-il, le double pour un adulte. Sur la plaie, sa pilule produisait, paraît-il, l’effet d’un caustique qui se détachait avec une escharre très bien limitée, trois ou quatre jours plus tard; par tant le lendemain, je n’ai pu vérifier le fait, mais il me fut confirmé par l’administrateur.
Comme renseignements sur les serpents, je dois ajouter que les Annamites les redoutent peu, bien que certains (cobras, bananiers, etc.), appartiennent aux espèces les plus venimeuses; à l’institut Pasteur de Saigon, où l’on récoltait en quantité le venin des tiné aux expériences du Dr Calmette, les infirmiers, surtout un nommé Thanh, les prenaient en les sai sissant au cou en-dessous de la dilatation qui se gonfle lorsqu’ils sifflent.
Je me rappelle Thanh saisissant ainsi un énorme cobra dans sa cage pour permettre au Dr Pineau d’expliquer à M. Rousseau, gouverneur général, le mécanisme des crochets à venin. La première impression de M. Rousseau et de Digitized by Google Original from CORNELL UNIVERSITY
8 a l’initiation son chef de cabinet, M. Le Coz, nouveaux tous deux en Cochinchine, fut de ne pas être fort rassurés, sen timent fort naturel d’ailleurs. Pratique de la suggestion, — J’ai eu l’occasion d’ob server une jeune Cambodgienne qui un mois aupara vant avait été guérie par suggestion d’une contracture hystérique.
La main droite était placée sur la nuque, et depuis quatre mois n’avait pu quitter cette posi tion ; soins ni prières n’avaient amené aucun chan gement dans son état. Un vieux médecin annamite, que l’on fit venir de fort loin, déclara se charger de la guérison. Les Cambodgiennes sont habillées d’une' robe à manches collantes et portent en dessous le sampot, pièce d’étoffe roulée et rélevée entre les jambes, formant pantalon.
Afin de palper l’épaule malade devant toute la famille, le médecin releva la robe, mettant l’aisselle à nu et entortillant l’étoffe autour du bras gauche, de manière à l’immobiliser le plus possible, puis, tout à coup, par surprise, passant la main à la ceinture,défit le sampot qui tomba; d’un mouvement réflexe de pudeur, la jeune fille rattrapa l’étoffe de son bras droit... la contracture était rom pue.
Celui qui me rapporta cette observation, le huyen (sous-préfet), Son Diep, me fit voir cette jeune fille, fille du chef de canton de Phuduc, et, par son inter médiaire, je pus l’interroger et apprendre qu’elle avait eu fréquemment des crises de nerfs depuis une grande frayeur remontant à trois ans environ; le récit confirmait d’ailleurs le faciès caractéris tique d’hystérique qu’elle présentait très nettement. Original from CORNELL UNIVE
COUTUMES ET SUPERSTITIONS * COCHINCHINOISES 83 Quelques pratiques de la religion annamite. Culte des ancêtres. — Les Annamites ont peu de prêtres, peu de sorciers, au contraire des Cambodgiens ; les chefs de famille accomplissent les rites magiques devant les autels des ancêtres et, lors des cas de calamités pu bliques, les processions se font la plupart du temps sans le concours des prêtres.
En 1895, j’assistai à une forte épidémie de choléra qui fit pour la Cochinchine seule de 22 à 25,000 vic times; le poste où je me trouvai, Cantho, fut fort éprouvé, puisque dans la prison, voisine du fort où j’habitais, il y eut 35 cas et 27 décès sur 88 pri sonniers. A ce moment, l’on fit de nombreuses pro cessions.
Comme dans la plupart des cérémonies chi noises ou annamites, on promenait le dragon, énorme figure de toile peinte portée par 10, i5, 20 personnes qui s’introduisent dans le corps de l’animal ; sur son passage, on brûle des pétards et celui qui porte la tête du monstre se précipite sur le feu, comme pour le dévorer, faisant mille contorsions.
D’autres indi gènes portent différents objets, des lances, des ban nières où se trouve inscrit le mot phuoc (bonheur), parfois un énorme cadran de montre divisé en 12 heures avec les chiffres arabes ou en 24 avec les chiffres chinois.
La procession se dirige vers le fleuve, portant plusieurs petits bateaux consacrés, carcasses de bambou recouvertes de papiers de couleurs voyantes; ils y mettent quelques fruits, puis les lancent à Veau pour - qu’ils descendent, avec le courant, jusqu’à la mer. Ces bateaux sont censés contenir les mauvais génies, causes du choléra, qui abandonne ainsi le pays. Les Digitized by Google Original from CORNELL UNIVERSITE
«4 L INITIATION Annamites sont d’ailleurs d’accord pour croire que le choléra est une maladie d’origine aquatique, se rap prochant ainsi de nos théories. Annamites ou Cambodgiens placent souvent de petites statuettes dans des niches grillées au-dessus des fontaines, principalement de celles qui se trouvent près des pagodes et dont quelques-unes passent pour miraculeuses.
Les bonzes cambodgiens, à certaines dates fixes, viennent bénir et exorciser les maisons, coutume sem blable à celle catholique de la Fête-Dieu. Annamites ou Chinois purifient leurs maisons en y brûlant des parfums, et, sur la porte des paquets de pétards.
Au jour du Têt (premier de l’an), les banquiers qui tiennent le jeu de bacouan, le véritable jeu national, interrompent la partie et brûlent un pa quet de pétards sur la natte oû ils se tiennent, lorsque la chance leur est défavorable. Ce changement rompt la veine, disent-ils.
Leurs maisons sont pleines de sentences, de mots sacrés inscrits sur des tableaux ; le mot phitoc est celui qui revient le plus souvent ; presque tous les objets d’usage journalier, pipes, bijoux, portent ces inscriptions, de même les tentures de lit, etc. Par une sorte de vertu magique, la représentation graphique d’une qualité morale attire dans l’endroit oû elle est inscrite la pratique de cette qualité, et l’on aura des inscriptions telles que : « La bonne renommée vaut mieux que la possession de l’or et de la jade », etc. Sur la porte de la maison, le jour du Têt, on collera des images représentant des scènes religieuses, et, auOriginal from CORNELL UNIVERSITY Digitized
COUTUMES ET SUPERSTITIONS COCHINCHINOISES 85 dessous ou même seules chez les pauvres gens,» des carrés de papier doré ou argenté qui doivent attirer la richesse dans la maison. L’or attire l’or, et F Anna mite collera sur la malle qui doit renfermer ses vête ments et ses objets précieux de ces carrés d’or ou d’argent, et toujours il laissera dans cette malle une piastre ou un bijou d’or.
Tous les talismans, les caractères sacrés jouent donc un grand rôle dans le culte des ancêtres ; en arX rière de leur autel se trouve presque toujours un panneau à fond rouge avec, en caractères dorés, les cent manières d’écrirephuoc ; c’est le plus puissant des ta lismans. La plupart des bijoux, broches, agrafes, etc., <jue nous rapportons en France portent ce mot ins crit d’une de ces qent façons.
Jamais l’Annamite ne manquera un seul soir de brûler quelques baguettes parfumées en se prosternant devant son autel de famille ; souvent, sur de petites coupes il offrira des fruits, du miel, etc. En avant de la maison, à quelque distance, sur le bord de la route ou du fleuve, un portique, en bois précieux si possible, recouvert de tuiles, sculpté et ornementé, surmonté de dragons; ce portique porte des inscriptions telles que : « Ici doit se trouver le bon heur. » Les génies bienfaisants sont attirés par la maison riche et heureuse; l’aspect delà porte les incite â rentrer, et ils restent.
Lorsque la porte se trouve sur une route et que derrière la maison passe une rivière, toujours sur un bâton fiché en terre se trouve un pot de terre blanche; je ne connais pas le symbolisme de cette coutume. Digitized by’Google Original from CORNELL UNIVERSITY
86 l’initiation Chacun connaît les formes, bizarres à nos yeux, de l’arèhitecture chinoise, les angles cornus, les cloche tons cornus aussi ; toutes ces cornes ont un symbole bien net.
L’homme, dans la philosophie chinoise, tient par son corps à la nature matérielle, par son âme à la nature divine; de même sa maison doit être inter médiaire entre la terre et le ciel ; tenant à la terre par ses fondations, elle tient au ciel par ses crochets, sorte de fondations célestes.
J’ai entendu expliquer que le Chinois considérait sa demeure comme suspendue au ciel; c’est presque vrai, les crochets indiquent seule ment sa situation intermédiaire. Je ne veux pas aborder ici le symbolisme des pa godes, mieux connu, et sur lequel je suis d’ailleurs insuffisamment documenté pour apporter des rensei gnements nouveaux.
A leur porte sont, tous les mois, affichés en caractères noirs sur papier rouge, des ta bleaux indiquant les noms de ceux qui ont souscrit pour l’entretien de la pagode et le chiffre de la somme versée. Dans un coin de la pagode, une sorte de sacris tain vend des baguettes parfumées, des papiers à prières, des livres religieux.
Détail curieux : sur un des murs de la pagode des Cantonnais, la plus belle de Cholon, s’étale, bien encadré, un diplôme de l’exposition universelle de Paris 1889, ainsi qu’une médaille d’ar gent, récompense de l’exposition organisée par cette pagode. Les ombres se>nourrissent de simulacres, et le jour de la fête du Têt leur part est toujours réservée.
An namites ou Chinois achètent alors des papiers dorés ou argentés, des papiers moirés imitant la soie, d’auOriginal from CORNELL UNIVERSITY Digitized
COUTUMES ET SUPERSTITIONS COCHINCH1NO1SES 87 très sur lesquels sont dessinés des piastres, des sapéques ; d’autres enfin portant l’image de toutes sortes d’objets usagers: vêtements, souliers,peignes, colliers, jusqu’à des cloches; tout cela assez grossier.
Tous ces papiers sont brûlés plusieurs soirs de suite, devant la porte de la maison, par le père, en présence de toute la famille; ce sont ces pratiques qui attirent et retien nent autour de la maison les génies des ancêtres pro tecteurs du foyer.
La religion des ancêtres est si respectée, qu’aucun Annamite ne négligerait d’aller, le jour anniversaire de la mort de son père, prier à l’hôtèl des ancêtres, chez le chef actuel de sa famille, le frère aîné.
Celuici reçoit en héritage en plus de ses frères une part égale à une part d’enfant ; on nomme cette part Hu'ong hoa ; elle est insaisissable et inaliénable ; le produit de son revenu doit être affecté au culte des ancêtres et servir à l’aîné pour recevoir ses frères et sœurs lorsqu’ils viennent prier.
Le possesseur de ce bien ne peut même emprunter sur sa valeur ; il n’en est que le dépositaire ; s’il ne le gère pas convenablement ou que d’une façon quelconque il se montre indigne de sa mission, le bien est transmis à l’aîné après lui, à charge des mêmes obligations.
L’or et l’argent, qui attirent dans la maison les bons génies, peuvent, employés différemment, écarter les mauvais ; lors d’un enterrement, on sème à profusion derrière te cercueil de ces papiers dorés et argentés ; les larves et les mauvais esprits s’attardent à les exa- - miner et, se laissant tromper par eux, perdent la trace du cadavre, dont ils ne peuvent ainsi tourmenter le Original from CORNELL UNIVERSITY
88 l’initiation double. Le cadavre est en outre protégé par une double barrière, d’abord de musiciensqui,avecletams-tams et leur gongs, font une cacophonie épouvantable, chacun jouant en particulier sans s’inquiéter de ses voisins ; cela écarte les esprits, soit qu’ils soient mélomanes, soit au contraire qu’ils n’aiment pas du tout la musique.
La deuxième barrière est faite par les devises et ins criptions magiques qui recouvrent le palanquin où repose le cercueil. Les Annamites redoutent le lépreux, qui est consi déré comme empoisonnant l’air autour de lui et portant malheur ; jamais ils ne répondront aux in sultes d’un lépreux ni d’une femme enceinte.
Si entre deux propriétaires il y a contestation pour la limite d’un champ et qu’un lépreux ou une femme enceinte se couche sur cette limite en protestant contre le pro cès intenté, le réclamant se détourne, préférant sou vent céder malgré son droit.
J’ai dit ailleurs (i) que dans le code annamite, on punit d’amende celui devant la porte duquel quel qu’un s’est suicidé en l’accusant d’être cause de sa mort, considérant ainsi que les griefs envers le suicidé de7 vaient être bien graves pour qu’il les affirmât d’aussi énergique façon. En dehors de la sanction pénale, celui auquel telle mésaventure arrive la redoute fort, car il craint d’être obsédé par le mâ-qui du suicidé.
Nous savons déjà que le double de l’homme mort de mort violente est fort redouté, surtout lorsqu’il est (i) Congrès des aliénistes et neurologistes (Nancy, 1896), p. 102. Original from CORNELL UNIVERSITY Digitized by
BIBLIOGRAPHIE ÉLÉMENTAIRE 89 mort pour faire triompher une idée qui sera plus tard la directrice du double. Telles sont les notes que nous voulions donner sur les coutumes, surtout les coutumes religieuses, qui nous ont paru curieuses en Indo-Chine.
Un certain nombre d’entre elles sont peu connues, plusieurs de nos explications sont inédites ; nous espérons qu’elles auront pu intéresser nos lecteurs en leur faisant voir de nombreux points de rapport entre les superstitions populaires boudhiques et celles de nos pays. Dr Laurent.
BIBLIOGRAPHIK ÉLÉMENTAIRE POUR J’Itode de la Tradition -Jndo de Par SÉDIR Professeur à la Faculté des Sciences hermétiques La liste qui va suivre ne comprend que la plus pe tite partie des ouvrages relatifs à l’indianisme; j’ai ajouté, toutes les fois que je l’ai cru utile, l’indication ' de la partie de l’Esotérisme à laquelle se rattache chaque livre indiqué ; j’ai divisé ce petit travail de façon qu’il puisse servir’ de guide pour toutes les Original from CORNELL UNIVERSITE
l’initiation 90 méthodes d’études. Les philosophes pourront com mencer par la section des Darshànas, les savants par celle des ouvrages de sciences naturelles, les mysti ques par celle du Védisme ; ceux enfin qui ont déjà un bon bagage de notions d’occultisme, débute ront avec fruit par la méditation des textes originaux.
Les récits de voyage, d’ethnographie, etc., seront en suite utiles pour mieux pénétrer l’âme indoue; après quoi, il restera à aborder l’étude de la partie pratique, entreprise ardue et que je supplie les esprits trop cu rieux de ne pas commencer sans maître, s’ils tiennent à leur raison ou à leur vie.
Bien entendu, je n’ai indiqué que les ouvrages vraiment instructifs, les traductions les meilleures, et les éditions les plus correctes des textes originaux; sans quoi une dizaine de volumes eussent à peine suffi à parachever cet essai.
Bibliographie Il existe un certain nombre de publications périodi ques relatives à l’indianisme ; nous allons, pour mé moire, citer les principales : Asiatic Researches, or Transactions of the Society instit. in Bengale for inquiring into the past and antiquities the art, sciences and literature of Asia, fase, in-8, cartes, pl., etc. Paraît depuis la fin du der nier siècle, à Londres. Journal asiatique de Paris.
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Pour les textes : La grande collection des Sacred books of the East, publiée en anglais à Oxford, sous la direction de Max Muller, par les plus savants orientalistes, avec des commentaires, des notes, etc. Gr. in-8. Les Annales du Musée Guimet, en français. Ouvrages Généraux Court de Gebelin. — Le Monde primitif resti tué, etc. 1771-1778. 9 vol., in-4. Mill. — Miscellanea orientalis. Leyde, 1743, in-4. N.
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BIBLIOGRAPHIE ELEMENTAIRE 9? Védas, avec leurs Brahmanas ' Soutras et Upanishads. Atharva Veda, — Nous ne lui connaissons pas de traduction française. Sama Veda. — Même remarque. Yadjour Vedam. — E^our Vedam, ou ancien Comm. du Vedam contenant ¡’exposition des opinions religieuses des Indiens. Yverdon, 1778, 2 vol in-12. Mauvaise traduction.
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11 b l’initiation A. Weber. — Uber den Vedakalender, Namens Jyotisham. Berlin, 1862, br. in-4. Médecine che^ les Indous (Essai sur ¡'histoire de la), par G. Liétard. Strasbourg, 1858, gr. in-8. Dr Wise.— A commentary on Hindu system of me dicine. Va rah a Mihira.— Panchasiddanthika ; texte, trad, anglaise, comm, sanskrit, et introd, par G. Thibaut et le pandit Sudhakara. Benarès, 1889, in-4. — On trouve une édition avec la tradition seule.
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Strachey. — Bija Ganita ou Algèbre des Hin dous, trad, angl., 1813, in-40, 1 z9 PFIN Original from CORNEL Digitized by Google
ÇA ET LA II? TACULTÉ DES SOISHCES HERMÉTIQUES La séance d’ouverture de la Faculté des Sciences hermétiques aura lieu le’dimanche 3i octobre, à 8 heures et demie du soir, dans les bureaux du Voile d’Isis, 4, rue de Savoie (au second), Paris.
Tous nos lecteurs présents à Paris sont priés de considérer cet avis comme une invi tation et ils seront tous admis à cette séance sans carte spéciale. • • L’abondance des matières nous oblige à remettre au prochain numéro toutes les communications concernant l’Ordre Martiniste et le Groupe ésotérique.
ÇA ST S4L Dans la Libre Parole du 12 octobre, très remarquable article d'Edouard Drumont sur la psycho-physiologie •des Sciences occultes, à propos d’un livre du docteur Dupouy qui vient de paraître. Tous nous vœux de bonne et longue carrière à notre nouveau confrère Matines, revue de littérature et d’art dirigée par Serge Basset (Bureaux, 42, rue Fontaine, Paris). Le Ier numéro est signé Serge Basset, Papus, Ch.
Grolleau, Paul Sédir, Louis Lumet, Ch. Max, J.-C. Prod’- hoinme, Edmond Pilon. A signaler particulièrement une étude de Sédir aussi intéressante que bien écrite et divers articles du directeur. Toujours très intéressant; L’Echo du Merveilleux a publié une brillante réponse de Gaston Méry aux négations de M. T. Gautier. U Echo mérite son gros succès. Original from CORNELL UNIVERSITY Digitized by VjOoqie
118 l’initiation Réponse aux questions de Saturninus Initiation, août 1897 (page 189). Le i3 septembre 1897. Monsieur, M’étant occupé depuis nombre d’années d’études éso tériques, entre autres aussi d’Astrologie, je me permets aussi de répondre à vos questions comme suit : Ad i° : ï) dans le Q, : 1918 et 1919. Ad 20 : c/ © dans : fin février 1906 et commen cement mars 1897 ; — id. dans xxr: : janvier 1903, janvier 1904, février 1900.
Ad 3° : L’année 5935 de l’ère juive correspondra à l’année 1936-1937 de l’ère chrétienne. (Suivant la rectification astronomique de Dimbleby.) Salutations sincères de votre A. Huber. Grindelallée, 28 B, Hambourg. Extrait du procès-verbal du 2 octobre 1897 de la Société des Hautes études psychiques de Marseille. Le secrétaire donne lecture d’une lettre du Dr Papus.
M. Dupré demande que, vu l’offre gracieuse qui sera pour la Société d’un puissant secours, le Dr Papus soit nommé à titre absolument gratuit « Membre Fondateur Honoraire ». M. J. Dianoux approuve, mais fait observer que « Membre fondateur » n’est pas suffisant pour la gracieu seté de la lettre. Puisque le Dr Papus ne craint pas de se déranger pour nous donner les conseils dont nous pou vons avoir besoin, il s’intéresse donc à nous.
Il émet le vœu que le Dr Papus soit nommé « Président d’hon neur ». Ce vœu est adopté à l’unanimité. Le Président, Le Secrétaire, Ch. Baron. L. Dianoux. Le Trésorier, Dupré. Digitized by Google Original from
BIBLIOGRAPHIE II9 Bossuet (œuvre inédite).
Principes communs de Ioraison chrétienne (second traité de l'instruction sur les États d'oraison). — Paris, Firmin-Didot ; Roger et Cherno viz ; gr. in-8°, xL-410 p. M. Levêque, directeur au séminaire de Saint-Sulpice, a rendu aux philosophes, aux personnes pieuses et aux mystiques le signalé service de leur mettre sous les yeux la pensée de Bossuet sur un sujet aussi important et en qui réside l'essence même de la vie dévote.
Les œuvres utiles et durables sont relativement trop rares dans le clergé français pour que notre éclectisme ne signale pas celle-ci et ne la recommande pas à l’attention et même à l’étude de ses lecteurs.
Bossuet semble, au premier abord, l’homme du monde le moins qualifié pour les travaux mystiques ; ce sublime orateur n’a qu’une sensibilité superficielle ; il est pathé tique et ne parait point sentir d’émotions intimes et pro fondes ; il est bien plutôt un professeur qu'un praticien qui raconte ses expériences.
Son livre est froid, dogma tique, ennuyeux même en face des fougues, des coups de passion, des adorables défaillances d’une sainte Thé rèse, des vertigineux horizons que découvre Ruysbroeck, de l’amour immaculé de l’Imitation ; et les citations érudites que l’on rencontre à chaque ligne ajoutent à l'air sermonneur et doctoral de ce livre.
Cependant, on rencontre des phrases révélatrices, des lumières émouvantes, des expressions initiatiques, qui touchent et qui remuent profondément le cœur pour peu que l’on ouvre les yeux au soleil intérieur. De telles expressions abondent sous sa plume, au milieu de raisonnements scolastiques, et sans qu’il ait l’air d’avoir conscience du verbe divin qu’il profère ; on Digitized by Google Original from CORNELL UNIVERSITY
120 l’initiation reconnaîtra là ce phénomène que connaît tout artiste,, et qu’il appelle l’inspiration.
Quelles qu’aient été les erreurs du politique, de l’historien, ou l’ignorance spiri tuelle du prélat, le Christ était derrière Bossuet et l’ins pirait directement quand il fallait redonner au monde la partie pratique de son Evangile ; chacun pourra s’en con vaincre en lisant cette œuvre inédite, et, si je n’énumèrepas ici même les preuves de détail de mon assertion, c’est parce que la Vérité parle à chacun son langage et que les perles ne doivent point être gaspillées. .
L’Aigle de Meaux, interprète de la tradition des Pèresr fait résider toute la vie mystique dans l’exercice des trois vertus théologales, exercice qui trouve sa perfection dans la prière. Ces vertus, saint Clément les appelle la Tri nité créée, expression que je suis heureux d’avoir copiéeà mon insu dans les causeries de la Faculté des sciences hermétiques, et qui me semble donner la clé du christia nisme pratique.
Nulle autre part, en effet, nous ne trouverons un ter naire de forces plus exactement semblables à celui de la Divinité ; les vertus théologales sont exactement le résul tat de l’action des Trois Personnes dans le corps spiri tuel de l’homme ; elles sont la clé de toute thaumaturgie^ de tout extase, de toute sainteté.
Les écoles d’occultisme christique connaissent à fond leur maniement et leur adap tation à chacun des royaumes de notre être; jusqu’au corps physique, tout, en nous est susceptible de foi, d’es pérance et de charité ; elles sont unies et se nécessitent l’une l’autre comme la circonférence nécessite un centre et un diamètre. En un mot, ce sont des formes de la vie éternelle.
Ce qui sépare aujourd’hui les disciples de la tradition occidentale d’avec les tshelas orientaux est la même dis tinction qui causa, chez nous, il y a deux siècles la que relle des Quiétistes ; cette peiite dispute était dépourvue de toute l’ampleur d’une synthèse circonscrite dans des bornes beaucoup plus étroites ; il n’y avait pas, chez les Quiétistes, cet admirable et effrayant édifice de Gnose (Gnâna) qui déconcerte le courage et qui conquiert le respect.
Nul plus que moi ne vénère la formidable syn thèse des Vedas et leur indicible puissance intellectuelle ; Original frorn .Wie ** ?'-- Digitized by
BIBLIOGRAPHIE I 2 I mais, si le Pranàyama et certains Asanas redonnent à l’ascète la jeunesse éternelle d’un adolescent, souvenonsnous que notre Initiateur veut nous voir semblables à de petits enfants. Dans l’Inde il y a des Naturalistes et il y a des Théistes.
Les doctrines qu’elle nous envoie aujourd’hui sont na turalistes ; j’ai connu quelques-uns de ses apôtres, et j’en admire la volonté, la science et l’impassibilité ; mais ce sont des rationalistes, qui ont perdu la conception du Dieu vivant. Leur idéal c’est Avyakta, c’est Atmà pour les Théistes : leur saints sont des êtres de diamant. Pour nous, adorons le Christ, qui est la Vie éternelle sortie du Père.
Cette parole exprime tout; d’ailleurs, si l’on interroge l’histoire de la Terre dans ses relations avec le plan divin, on y trouvera l’exposé complet des raisons de la venue du Christ et de sa mystérieuse con nexion avec la race blanche ; mais les motifs les plus convaincants que nous autres Européens avons de le prendre pour guide ne se trouvent pas dans l’intellec tuel Pour en revenir à Bossuet, terminons par un bref ré sumé de sa doctrine mystique.
Après avoir posé la néces sité de l’exercice des trois vertus théologales, et expliqué en détail leur rôle dans la prière, il entreprend l’analyse fonctionnelle de chacune. Parlant de la foi, il lui donne comme but la contemplation de Dieu par l’incompréhensibilité enseignée par tous les Pères ; il passe ensuite à l’étude de l’espérance, considérée surtout comme induc trice de la charité dans l'oraison.
Enfin les 240 dernières pages du livre résument les enseignements des saints Au gustin, Bonaventure, Bernard, de Scot, de Suarez, de Cassien, de saint Jean Chr^sostome et de quelques au tres maîtres sur l’amour d’espérance, l’amour de charité, l’amour d’épouse envers Jésus, sur la béatitude, sur l’é puration de l’amour.
On le voit, le champ d’études est vaste, et je ne puis que souhaiter en terminant de voir un occultiste appli quer à cette foret de notions vives les lois synthétiques et organisatrices de l’Esotérisme. Sédir. Original from CORNELL UNIVERSITY
122 L INITIATION Le Féminisme, examen de ses revendications, suivi d'un projet de loi sur la représentation des femmes et des mineurs, par Maurice Lambert, docteur en droit, br. in-8, Paris, Pedone, i3, rue Soufflot, 1897. M. Lambert, catholique et conservateur, conserve la première partie de cette solide brochure à étudier la condition des femmes en dehors du christianisme et dans le christianisme.
Il montre que le féminisme a obtenu d’importantes réformes, particulièrement aux Etats-Unis, en Angleterre, en Autriche, en Suède et dans plusieurs États allemands, où la femme participe aux élections municipales comme à la surveillance de l’enseignement primaire.
Le savant juriste admet seulement l’inter vention du juge de paix pour assurer à la femme le droit de toucher son salaire et d’en disposer, celui de voter par procuration donnée à un homme, mais avec cette réserve que le mari serait mandataire naturel. Le vote de l’homme pour les enfants mineurs et les pupilles est un corollaire de cette réforme : c’est le vote plural.
M. Lambert reproche aux conservateurs de tenir en suspicion les plus légitimes des revendications féministes et de laisser ainsi le champ libre aux radicaux. Peut-être aurait-il pu étudier plus à fond les droits accordés récemment aux femmes dans certains Etats, et montrer pourquoi telle réforme qui s’est imposée en Suède ou en Autriche ne serait pas acceptable en France.
Ajoutons que M. Lambert n’a pas discutécette question: les droits électoraux de la femme seraient-ils directe ment exercés, si le mode même de votation était un jour changé ? Mais il accepte le suffrage universel comme une institution définitive, et s’interdit de rechercher les autres modes de votation recommandés par d’excellents esprits.
Barlet et Papus en ont parlé dans les Principes de Sociologie synthétique, et Anarchie, indolence et synarchie Ch. Godard E. Casslant, le Laboratoire de physiologie des sensations de la Sorbonne. Paris, 1897, in-8. Ce laboratoire est le complément des conférences que M. Charles Henry fait à l’Ecole pratique des Hautes Origira.1 ^•C^ÑELL U1 Digitized by
BIBLIOGRAPHIE 123 Études depuis 1892. Plusieurs problèmes de psycho physiologie ont été ainsi étudiés au moyen de divers instruments nouveaux. Le photoptomètre à objectif dia phragmé mesure l’intensité d’un excitant sensoriel lu mineux pour une sensation donnée.
L’audiomètre rend le même service pour la sensation auditive ; l’olfactomètre et le pèse-vapeur pour l’odorat; la formule ainsi découverte a une expression mathématique assez com pliquée: elle peut s’exprimer en disant que ies sensations croissent d'abord plus vite, puis aussi vite, puis moins vitè que l’excitation.
Mentionnons, pour l’étude des pro blèmes du même ordre, le dynamomètre de puissance, le métronome discontinu, le cercle chromatique, le rap porteur et le décimètre esthétiques, les haltères dyna mogènes, le toton chromogène, le pupillomètre, etc. Les résultats sont dignes de tous les éloges, eu égard aux difficultés de toutes sortes qu’a rencontrées M. Henry. _ Original from CORNELLUNIVERSITY
X24 l’initiation NÉCROLOGIE LE DOCTEUR LUYS Le chercheur qui consacre son temps à l’étude des questions, même les plus bizarres, des sciences dites d’observation, ne peut récolter dans sa carrière que des louanges et des honneurs.'Ainsi l’original, qui fait à ’’Académie des sciences une communication sur la plac& exacte des glandes à odeur de la punaise, est traité d’émi nent naturaliste par ses compatriotes.
Par contre, un observateur fait-il de coûteux et pénibles efforts pour porter une lueur nouvelle dans le champ des forces psy chiques, dans ce chaos encore inexploré où sont renfer més les secrets de l’âme humaine, aussitôt ce malheu reux est considéré comme s’occupant de choses « peu sérieuses > et est mis au ban des corps savants officiels. Ici faisons une parenthèse.
Les Académies, telles qu’elles sont aujourd’hui constituées, sont des centres d’enregis^ trement chargés de donner l’investiture « classique » à une œuvre ou à une idée. Il est donc injuste d’accuser les Académies d’indifférence ou de mauvaise volonté, quand elles hésitent longtemps avant d’adopter une idée. C’est là leur rôle.
Elles « immortalisent >, c’est-à-dire donnent la marque de la vivante vieillesse à ce qu’elles touchent , il ne faut pas leur demander davantage. C’est la presse qui a le devoir de lancer les idées nouvelles, sans garantie de l’institut, et c’est à elle qu’il faut demander de répandre dans l’opinion les idées de demain ; car les officiels sont là seulement pour enseigner les idées d’hier.
Un homme vient de mourir, le Dr Luys, qui mérite une mention toute particulière ; car il n’a pas craint de compromettre sa réputation scientifique, en étudiant avec ardeur ces troublants problèmes des forces psy chiques. Sa vie est un exemple vivant de ce que nous -■ -^.-...^Qrigi natifs 2O&ÆLL l Digitized by
NÉCROLOGIE 125 venons de dire ; aussi nous permettrons-nous de la rap peler brièvement. Le Dr Luys, dès son doctorat, se consacre à l’étude des problèmes les plus difficiles de la psychologie. Sa thèse sur les Maladies héréditaires (1857) le conduisit d’emblée aux postes les plus élevés et il devint médecin des hôpitaux en 1862 et agrégé de la Faculté de Paris en i863.
Toujours le cerveau l’intéressait et il fut un des premiers à établir une description anatomique vrai ment synthétique de cet organe et de ses fonctions géné rales, ce qui contribua beaucoup à le faire entrer à l’Académie de médecine.
Une fois là il pouvait, comme la plupart de ses col lègues, devenir un réactionnaire de la science et s’op poser, au nom du passé, à toute idée nouvelle, ce qui l’eût conduit à l’institut, c’est-à-dire dans la forteresse des vieilles idées.
Il préféra une autre voie qui lui ferma pour toujours les portes de l’Académie des sciences, mais qui, dès maintenant, lui ouvre les portes de la véri table immortalité : celle des courageux et des vaillants bienfaiteurs de la pensée humaine. Nous allons voir à travers quels déboires il dut poursuivre sa voie. L’étude du cerveau et de la pensée le conduisit dans le domaine de l’hypnose et de ses effets.
Au lieu défaire chorus avec ses collègues de l’Académie de médecine qui n’avaient pas assez de sarcasmes pour les magnéti seurs, et dont quelques-uns commençaient à démarquer les travaux, le Dr Luys aborda avec la plus grande tolé rance la pratique des sujets et des théories hypnotiques. Et ce vieux général de la science se refit soldat pour conquérir de nouveaux domaines.
Plus large dans ses idées que l’école de la Salpêtrière qui empêcha plus qu’elle n’encouragea l’étude de l’hypno tisme, moins radical que l’école de Nancy par laquelle tout se réduit à la suggestion, le Dr Luys, à la Charité, fit appel à toutes les bonnes volontés. 11 reprit les expériences de Bonnet et Bourot sur V action des médicaments à distance et fit une mémorable communication à l’Académie à ce propos.
C’est là que ses bons collègues l’attendaient. On nomma une com mission formée d’envieux et d’incompétents et le Dr Luys Original from CORNÉLLUNIVERSITY
I2Ô l’initiation fut écrasé et traité d’halluciné et de gobeur... en langage académique, cela va de soi. C’est à ce moment que nous eûmes le plaisir et l’hon neur d’être appelé par le Dr Luys à la direction de son laboratoire de la Charité. Les railleries de l’Académie n’arrêtèrent pas l’obstiné travailleur.
Il répondit à ses collègues en guérissant en l’espace de trois ans plus de cinq cents malades par les transferts hypnotiques, sans endormir aucun de ces malades, consi dérés comme incurables pour la plupart. C’est ainsi qu’il présenta à la Société de Biologie, en son nom et au mien, ses recherches sur le transfert à distance par les cou ronnes aimantées.
Quand le moment de la retraite arriva, on crut pou voir enfin faire taire le savant trop audacieux. On ferma avec fracas ce laboratoire d’hypnothérapie où les miroirs du Dr Luys, les transferts, les aimants avaient accomplis de tels miracles qu’on l’avait appelé : un Lourdes laïque. Les persécutions ne servirent à rien.
C’est ma propre clinique qui hérita de ces méthodes de traitement si nouvelles, et le Dr Luys, poursuivant ses recherches de science pure, communiquait à la Société de Biologie, il y a deux mois, ses travaux, en collaboration avec M. David, des Gobelins, sur la photographie des effluves digitaux que nous avons résumés pour les lecteurs de ce journal. Un tel courage devait attirer bien des ennemis au hardi pionnier.
Aussi, quand la mort l’eut terrassé en plein travail, les journaux médicaux furent-ils remplis à son sujet de discrètes et perfides insinuations. Voilà pourquoi la grande presse doit permettre à l’opinion de voir clair dans tout cela et de rendre au Dr Luys la j ustice qui lui est légitimement due.
Saluons la vaillance et l’amour du travail de celui qui pouvait écrire à côté de la croix d’officier de la Légion d’honneur que lui a décerné le gouvernement de la Répu blique, la fière devise : Labor improbus omnia vincit. Dr Papüs. Digitized by -n—— CORNELL UNIVERSITY
NÉCROLOGIE 127 M. JUMELLE Ce mois est de'cédé à Vincennes' M. Jumelle, ancien juge au tribunal de commerce de Paris, un homme de grand cœur et une âme essentiellement charitable. Que sa famille, compose'e en grande partie d’amis dévoués de notre cause, reçoive l’expression de notre profonde sympathie en cette cruelle épreuve. P. Le Gérant : Encausse. TOURS. — IMP. E. ARRAULT ET C”, RUE DE LA PRÉFECTURE, 6. Original from CORNELL UNIVERSITY Digitized by
Pour le compte d'un de nos Abonnés Fabre d’Olivet, Caïn, i vol. in-8°, broché avec couver ture. Paris, 1823. 20 fr. — Le Troubadour, 2 vol. in-8°, reliés demi-veau ancien, non rognés. Paris, 1804. 12 fr. — Le Sage de l'Indoustan, 1 vol. in-8°, relié, non rogné, demi-veau ancien. Paris, 1894. 6 fr. — Lettres à Sophie, 2 vol. in-8°, reliés demi-veau. Paris, 1801. 12 fr. — Le Lotus rouge, collection complète : 2? numéros avec leurs couvertures 40 fr. Migne, Dictionnaire des sciences occultes, très grand in-8°, relié, non rogné. Paris, 1846. i5 fr. Pictet, les Origines indo-européennes, 2 vol. gr. in-8°, reliés, non rognés. Paris, Cherbuliez, i85g. 16 fr. L'Aurore, Journal de Lady Caithness, duchesse de Pomar. Coll, complète, 2 années: 1887, 1888, 2 vol. in-8° de 700 p., reliés non rognés. 20 fr. Jean de Monteregio, Tabula directionum profectionumque (Astrologie), édité chez J. Lichtenstein, Ve nise, 1504 ; marque en deux couleurs à la fin, au verso du premier folio, horoscope manuscrit datant du xvie siècle. 1 vol. in-40 gothique, demi-reliure. i5 fr. Prix nets, ports à la charge de Vacheteur. Ecrire à la Rédaction de Y Initiation y 10, avenue des Peupliers, Paris. CORNELL UNIVERSITY Digitized Go
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Adoption (L’)ou la franc-maçonnerie des femmes en trois grades, 1775, in-12, 3 gr. Anti-Maçon (L’) ou les Mystères de la franc-maçonnerie dévoilée, 1748, in-8°. * Bielfeld (le baron de). Lettres familières et autres. (Ini tiation dans la franc-maçonnerie de Frédéric le Grand). La Haye, 1763, 2 v. in-8°. Brad (Jean-Louis de). Les Maçons de Cythère. 1813, in-12, grav. ail. Conservation allégorique (catéchisme des deux grades maçonniques).
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Essais historiques et critiques sur la franc-ma çonnerie ; origine, système, but. 1866, in-8°. Original froCORNELL UNH Digitized
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