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- - - -- -v —-——-M-. L_,_x._ M____,fl______ nitiation Revue philosophique des Hautes Études PUBLIÉE MENSUELLEMENT SOUS LA DlRECTlON DE PAPUS î? 0. >I< Docteur en médecine — Docteur en kabbale 36° VOLUME. — 10’“ ANNÉE SOMMAIRE DU N°12 (Septembre 1897) __ '._._ Nos numéros spéciaux . . La Direction. (p.193 à 195.) PARTlE INITIATIQUE. .. Éléments de Somatologie. Papus. PARTIE PHILOSOPHI- (P195 à 208-) QUE ... . . . . . . . .. Lettre du D” Fugairon. .
Dr Fugairon. (p. 209 à 215.) Pensées ésotériques. . . .L. de Meurville. (p. 2I5 à 217.) La douleur sociale . . . . L. Le Leu. (p. 218 à 239.) Un cas de lucidité. . . . . Dr L. (P239 à 244-) LaSainteGnoseenFrance Synésius. (p. 245 à 251.) De l’Éducatz‘on . . . . . .Alban Dubet. (p. 252 à 268.) Sur les théories cosmogo— niques modernes . . . .
Un homme pnbère (p. 269 à 279.) Université libre des hautes Études. — Faculté des sciences magné tiques. — Enrichissez-vous. — Un trépas et un cas de clairvoyance_ — Bibliographie. —— Nécrologie. Tout ce qui concerne la Rédaction et les Echanges doit être adressé Villa Montmorency, 10, avenue des Peupliers, Paris. Administration, Abonnements : 5, me de Savoie Chamuel, _éditeur. Le Numéro : UN FRANC. — Un An: DIX FRANCS
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri— mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initial‘i0n est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’Initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l'arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cle’ricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l’Initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. L’Initidti0n expose les opinions de toutes les écoles, mais n'appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
' La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits. > Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier.
L’Initiation parait régulièrement du 15 au 20 de chaque mois et compte déjà huit années d’existence. — Abonnement: 10 francs par an. (Les collections des deux premières années sont absolument épuisées.)
L’Initiah‘on du 15 Septembre 1897 DRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE l’Iniz‘z‘ation [0 PARTIE INITIATIQUE \ AMO—— F. CH. BARLET, S.'. I.'.N— STANISLASDEGUAITA, S.'. I.'. à ——GUYMIOT. —MARC HAVEN, S.'. I.'. ,{I—JULIEN LEJAY. S.'. I.'. g »—— ÉMILE MICHELET,S.'. I.'. (C. G. E.) — LUCIEN MAUCHEL, S.'. I.'. (D. S. MOGD, S.‘. I.'. ——GEORGE MONTIÈRE, S.'. I.'. 5‘; '— PAPUS, S -. I.'. {Q — SÉDIR, S.'. I.'. {;.. — SELVA, S.'. I.'. (C. G.
E.) 20 PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ABlL-MARDÜK. «— AMELINEAU. — ALEPH. —— Dr BARADUC. —— SERGE BASSET. — Le BERTRAND 30‘ — BLITZ. — BOJANOV. — JACQUES BRIEU. — CAMILLE CHAIGNEAU. — CHIMUA DU LAFAY. — ALFRED LE DAIN. — G. DELANNE. — ALBAN DUBET. — FABRE DES ESSARTS. —— D" FUGAIRON. — DEI.ÉZINIER.— JULES GIRAUD.— HAATAN.— L. HUTCHINSON.— JOLLIVET-CASTELOT.—— L. LE LEU.—L. LEMERLE. —- LECOMTE. — NAPOLÉON NEY. — HORACE PELLETIER. — G.
POIREL. —— RAYMOND. — D“ ROZIER. — Dr SOURBECK. — L. STEVENARD. — THOMASSIN. — G. VlTOUX. — HENRI WELSCH. — YALTA. 30 PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAUBOURG. — JEAN DELVILLE. :4 E. GOUDEAU. —— MA NOËL DE GRANDFORD. -— JULES LERMINA. — L. HENNIQUE. -— JULES DE MARTHOLD. — CATULLE MENDÈS.— GEORGE MONTIÈRE. — LÉON RIOTOR. — SAINT-FARGEAU. — ROBERT S_CHEFFER. — ÉMILE SIGOGNE. — CH. DE SIVRY. 4o POÉSIE CH.
DUBOURG. -—— RODOLPHE DARZENS. -— JEAN DELVILLE. — YVAN DIETSCHINE. — CH. GROLLEAU. -— MAURICE LARGERIS. — PAUL MARROT. -— EDMOND PILON. —- J. DE TALLENAY. —- ROBERT DE LA VILLEHERVÉ. '
L'Initiation du 158eptembre I897 L’IN ITIATIO N <”””ËIËÏËs’Œ”TS DIRECTION ADMINISTRATION Villa Ionlmoreucy, Il), n'en. des Peupliers ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉR, PA RIS—A UTEUIL DIRECTEUR : PAPUS DIIECTIUR ADJOINT : Luclen HAUCHEI. C H A M U E L 5, Rue de Savoie Rédacteur en chef: PA F.-Oh. BARLE’I‘ Secrétaires de la Rédaction : FRANCE, un 371- '° “' J. I.ËJAY — PAUL stom ÉTRANGER, _ |3 Ir.
RÉDACTION. — Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité. L’indépendance absolue étant la raison d’être de la Revue, la Direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps d'un article. Prière d’adresser tous les échanges : Villa Montmorency, 10, avenue des Peupliers, Paris. MANUSCRITS. — Les manuscrits doivent être adressés à le rédaction. Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendue à moins d‘avis spécial.
Un numéro de la Revue est toujours composé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt qu’a le mois suivant. GIIIIIII’E IIIIEI’EIDIIT II'ETIIIIES ÉSIIIEIIIQIIES 1,600 Membres — 104 Branches et Correspondants — Groupes d’Études fermés Les Membres ne paient ni cotisation ni droit d’entrée.
Pourtous renseignements, s’adresserparlettreà M. Paul SÉDIR, directeur adjoint, 4, rue de Savoie, Paris, en joignant un timbre pour la réponse. Principales Sociétés adhérentes au Groupe ORDRE MARTINISTÉ ORDRE KABBALISTIOUE DE LA ROSE -I‘ CROIX. —ÉGLISE GNOSTIQUÊ SOCIÉTÉ ALCHIMIQUE DE FRANCE
NÜS NUMÈRÜS SPÉCIAUX Depuis bientôt onze ans. l’Inz’tiatz‘on a paru sans interruption, faisant appel à toutes les écoles et à toutes les bonnes volontés. Nous cherchons chaque année un nouveau progrès dont profiteront nos lec teurs. , Voilà pourquoi nous avons décidé la création des numéros spéciaux, entièrement consacrés a l’étude d’une doctrine ou d’une tradition ou d’un aspect spé cial de l’occulte. ' Tous les deux ou trois mois nous publierons des numéros consacrés exclusivement à une de ces ques tions. Les numéros actuellement faits sont: 1“ Le premier de nos numéros exceptionnels con sacré à la TRADITION ORIENTALE et qui contiendra : A. Une méthode rapide d’étude de la langue sans— crite (caractères Dévanagari), par PAPUS. B. Une étude détaillée d’Amaravella sur le Brah manisme ésotérique. C. Une étude du Dr LAURENT sur la civilisation indo-chinoise, et d’autres études sur l’Orient et sa tra dition.
I 94 L’INITIATION ., ..) _.u{ 2° Paraîtront successivement des numéros excep— tionnels consacrés à la Kabbale avec méthode pour , la langue hébraïque. L’OCCULTE ET LA‘ LITTÉRATURE dont le premier nu- , méro sera presque exclusivement consacré à l’occulte l dans A. de Musset. LES SOCIÉTÉS SECRÈTES. Chaque numéro formera un véritable petit volume séparé avec une partie historique, une bibliographie spéciale et des interviews de savants compétents. Nous espérons que notre nouvelle création trouvera un accueil favorable auprès de nos lecteurs et amis. . L’Inz'tialion est la seule revue française qui, par le nombre et les compétences diverses de ses rédacteurs, puisse entreprendre une pareille tâche. LA DIRECTION. «slîvs sa
@ \.41/unum\«ë W“’4’/Ç \\\ % .©r La reproduction des articles inédits publiés par l'Initiation est formellement interdite, à moins d’autorisation spéciale. PARTIE INITIATIQUE E"’“”” DE immune” L’étude du corps physique de’ l’homme est du ressort de l’Anatomie. Mais cette science, comme toutes les autres, a porté toute son attention sur les menus détails et a complètement laissé de côté la partie philosophique et synthétique.
Aussi est-ce à cette partie que nous donnerons ici un développe ment tout spécial. Lors de notre thèse inaugurale de doctorat en mé— decine, nous avons essayé de montrer aux anato mistes quel gâchis présidait à leurs classifications, et nous nous sommes efforcé de présenter un tableau rationnel des différentes parties de l’Anatomie.
Nous ’ reproduirons ce tableau en note pour bien indiquer au lecteur tout ce côté de l’anatomie philosophique réellement occulte et si peu étudié de nos jours. * 424 Le danger des théories basées sur la seule philo sophie et l’origine des objections les plus dangereuses (1) Cours professé à la Faculté des sciences hermétiques.
196 L’INITIATION . -Ç_Ir‘qLT1 des positivistes matérialistes viennènt principale ment du dédain qu’on apporte, dans les recherches concernant l’homme, à placer en tête de chaque étude des notions simples mais précises d’anatomie de physiologie. L’homme marche physiquement sur deux pieds qu’il place alternativement l’un devant l’autre pour se déplacer en avant.
Pourquoi veut-on que dans le jeu de ses facultés psychiques l’homme soit obligé de ne progresser exclusivement que par la jambe organicisme, ou par la jambe mysticisme, et pourquoi ne comprend-on pas qu’il est impossible de parler clairement de l’homme intellectuel ou de l'homme sentimental si l’on ne connaît rien des organes physiques que les idées ou les sentiments mettent en jeu P En nous ap— puyant alternativement sur le pied physique ou ana tomique et sur le pied psychique ou spirituel, nous progresserons normalement au lieu de sautiller sans direction comme le matérialiste ou comme le méta physicien.
Fidèle à notre ligne de conduite, nous aborderons successivement : L’étude des organes ou des centres anatomiques considérés isolément; ' L’étude des adaptations et modifications provo quées par le groupement des dits organes en vue du but commun à remplir ; L’étude des organes en action et en pleine marche. Tout cela dans l’homme visible, physique, dans le corps. _
ÉLÉMENTS DE SOMA'I‘OLOGIE [97 Plus tard, nous appliquerons la même méthode à l’étude de l’homme invisible. t 2‘1 L’être humain, nous l’avons vu, nous apparaît constitué par trois centres correspondant analogique ment à chacun des trois grands Principes : Le Ventre, cavité abdominale et dépendances. La Poitrine, —— thoracique — La Tête, — céphalique. - — Chacun de ces centres est constitué sur un même plan.
Chacun d’eux possède une paire de membres qui sont : ‘ \ Les membres abdominaux (cuisse, jambe, pied), pour le Ventre. Les membres thoraciques (bras, avant-bras, mains), pour la’ Poitrine. Les membres céphaliques (maxillaire inférieur) pour la Tête.
Chacun de ces centres renferme des organes ana— logues (mais non semblables) constitués d’après les fonctions physiologiques de chaque centre et envelop pés d’une fine membrane protectrice qui prend le nom De Péritoine dans l’abdomen; De Plèvre dans le Thorax; De Méninges dans la Tête (et la moelle). Chacun des centres est représenté dans les autres par des organes déterminés. De plus, les trois centres sont unifiés, groupés et tonalisés par la colonne ver
198 L’INITIATION tébrale et les organes nerveux qu’elle renferme ou qui en émanent. Ce centre unificateur a comme organe d’expression extérieur le visage, qui contient : 1° Les fenêtres de la tête : Yeux et Oreilles; 20 Les fenêtres du thorax : Narines; 3° Les fenêtres du ventre : Bouche.
Si nous voulions nous faire une première idée (for cément très générale) dela constitution anatomique de l’homme, nous imaginerions trois cercles horizontaux superposés unis par une ellipse verticale très allongée.
Une étude, moins rapide, de chacun de ces centres va nous révéler l’existence de cette loi générale, iden tique pour le simple comme pour le collectif et qui échappe cependant à tous ceux qui n'examinent que le détail sans S’inquiéter de l’ensemble.
Considérons donc, non pas les détails anatomiques (qu’on trouvera dans tous les ouvrages élémentaires), mais bien les lois générales de constitution anato mique de chacun de ces trois centres. ‘ CAVITÉ ABDOMINALE La cavité abdominale, placée à la. partie la plus inférieure de l’être humain, représente le monde hu— main inférieur, celui grâce auquel la Nature phy sique est appelée à passer à la Nature humaine par la digestion.
La cavité abdominale est close par une triple enve loppe (dont chaque élément est lui—même décompo— sable en trois couches secondaires) et ainsi formée de l’extérieur à l’intérieur : ' “ ‘- A . .J-mæ-w—r-w»
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOGIE 199 1° La Peau; 2° Une couche musculo-graisseuse ; 3° Le Péritoine. - Cette cavité renferme les organes racines de l’être humain ainsi répartis : v 1° Au centre, l’estomac et la masse intestinale (avec les glandes et vaisseaux annexes : pancréas, chyli— fère, veines), centre de transformation des aliments venus du monde physique en chyle, en substance physique, principe de l’homme.
Ces organes forment,’ d’après Malfatti, l’embryon de l’oeuf abdominal. 2° et 3°. A droite et à. gauche se trouvent respecti— vement la Foie et la Rate iouant le rôle de placentas de l’œuf abdominal. (Les organes extrapéritonéaux : reins, vessie et or— ganes génitaux, n‘appartenant pas en propre à l‘œuf abdominal).
Les membres inférieurs (cuisse, jambe, pied) sont les membres de l’œuf abdominal, représentation en lui du centre synthétique de tout l’organisme.
Le centre abdominal est représenté dans les deux autres centres : 1° Dans la Poitrine par le canal thoracique appor tant le chyle dans le sang ; 2° Dans la‘ tête (ou même dans le visage) par la bouche, véritable porte et résumé du ventre, avec le goût comme gardien, et par les vaisseaux et les gan— glions lymphatiques. ‘ Par contre, les deux autres centres sont représentés dans le centre abdominal: W—»«‘W. M q.._...._W»-N _. a_\,_,.-i ‘ ,M ,.
_I « _..__-____r‘=-,. ___‘ . '- n.r— . ., "Ififi - 200 _L'INITIATION 1° La Poitrine: par l‘apport du sang artériel chargé de fournir la force et la matière à tous les organes abdominaux et par les reins; . 2" La tête par l’apport de la force nerveuse distri— buée par le plexus solaire du grand sympathique et chargée de fournir le mouvement à tous les organes abdominaux.
Le centre conscient est représenté par les membres abdominaux et les organes génitaux extérieurement et par le nerf pneumo-gastrique à l’intérieur. CAVITÉ THORACIQUE La cavité thoracique placée entre le monde supé— rieur (tête) et le monde intérieur (ventre) de l’être humain est destinée à mettre la Nature astrale en rapport avec la Nature humaine.
La cavité thoracique est close par une triple enve loppe formée de l'extérieur à l‘intérieur par : 1° La Peau ; ; 2° Une couche de muscles et d’os (côtes! et muscles intercostaux); 3° La Plèvre (et le péricarde). Cette cavité renferme les organes vitaux de l’être humain ainsi répartis : I° Au centre. le cœur et ses gros vaisseaux, centre de condensation de la force et de la matière appor tées par le sang.
Cet organe forme, d’après Mal— fatti de Montereggio, l’embryon de l’œuf thora Cique. » 2° et 3° A droite et à gauche se trouvent les deux
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOGIE 201 poumons jouant le rôle de placentas de l’œuf thora cique. Les membres thoraciques (bras, avant—bras, mains) sont les membres de la poitrine, représen tation en ce centre-du monde volontaire et synthé tique de tout l’organisme.
" , Le centre thoracique eSt'repre’senz‘e’ dans les deux autres centres : ‘ 10 Dans le centre abdominal par l’aorte abdomi nale et les reins; 2° Dans la tête par les carotides et les artères céré brales; 3° Dans le centre volontaire par le nez (odorat).
Par contre, les autres centres/sont représentés dans la Poitrine : I" Le centre volontaire par les membres thora ciques, le nerf pneumo-gastrique (et les seins); 2° La tête par le plexus cardiaque. 3° Le ventre par le canal thoracique et les vaisseaux lymphatiques. ' ' CAVITÉ CÉPHALIQUE La cavité céphalique, monde supérieur de l’être hu— main, est le centre de direction de l’organisme tout entier et le centre de I’Être conscient.
La cavité céphalique (qu'il faut séparer par l’analyse du visage) est close par une triple enveloppe formée de l’extérieur à l’intérieur par : 1° La peau et le cuir chevelu; .;
202 L’INITIATION -« v-ÿ'" . 2° Une enveloppe entièrement osseuse ; 3° Les méninges. Cette cavité renferme le cerveau (embryon de l‘œuf cérébral), et les yeux et les oreilles, véritables placentas de la tête (le cerveau se nourrit de lumière et d’har monie), sont refoulés à l’extérieur (Malfatti). Les maxillaires inférieurs forment les membres de l’œuf céphalique, chargés de régler et«de détailler le verbe.
Le centre céphalique est représenté dans les autres centres par les plexus sympathiques, plexus cardiaque (thorax), plexus solaire (abdomen).
Les autres centres sont représentés dans le monde céphalique : I" Le centre synthétique par le front, les muScles moteurs des yeux, le maxillaire inférieur, le larynx, les cheveux et la barbe ; 2° Le thorax par les carotides et les artères ombili cales; ' 2° L’abdomen par les vaisseaux et les ganglions lymphatiques.
CENTRE VOLONTAIRE Les trois centres que nous venons d’examiner ne sont que les centres de fabrication ou de transforma tion des forces et des substances: lymphe, sang, force nerveuse, mises par l’organisme au service de l’Esprit immortel. L’Esprit immortel commande toutes les réalisations de l’être à l’extérieur par le regard (yeux), le verbe -—
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOGIE 203 (larynx et maxillaire), le geste (bras) et la marche (jambes). Il vérifie les entrées des aliments par le goût, de l’air inspiré par l’odorat et des sensations générales par le toucher. Aucune étude ne fera mieux comprendre l’action de Dieu dans la Nature que celle de l’Esprit dans l’homme. Dieu n’est pas plus confondu avec la Nature que l’Esprit immortel n’est confondu avec le corps physique ou le corps astral.
Tout est dans tout. Nous avons donné avec quel ques détails ces notions d’anatomie philosophique parce qu’à elles seules elles expriment la grande loi de la‘ Tri-Unité que nous retrouverons partout. LA CELLULE L’homme physique, nous venons de le‘voir. est _ constitué par trois segments, manifestant, sous un triple point de vue, UNE loi identique. Ces segments sont: le ventre, la poitrine, la tête.
Chaque segment est un œuf (ou mieux une grande cellule) possédant une enveloppe extérieure, des metti branes intérieures de revêtement, le tout contenant une masse d’organes ayant un but déterminé, et un noyau présidant aux relations intercellulaires. A chaque segment est jointe une paire de membres. Prenons comme exemple la poitrine.
La poitrine (œuf central) a pour enveloppe extérieure un sys— tème mixte d’os et de muscles (côtes et muscles inter costaux), pour membrane intérieure la plèvre et le pé ricarde, pour organes les poumons (jouant le rôle de
204 L’iN marron placentas) et le cœur (jouant le rôle d‘embryon). Le noyau de cette grande cellule qu'est la poitrine est formé par les vertèbres dorsales enfermantla moelle et émanant le grand sympathique et le plexus car diaque, principes directeurs de la cellule thoracique et point de communication de cette cellule avec les deux autres (abdominale et céphalique).
Dans une cellule le noyau est toujours le centre di— recteur et reproducteur et le protoplasma manifeste, la raison d’être, la spécialisation de la cellule. Voilà pourquoi nous voyons, dans le bras par exemple, le noyau formé par le radius et le protoplasma repré senté parla masse musculaire, tandis que dans la poitrine le protoplasma est représenté par le poumon.
RÉSUMÉ DE L'ANATOMiE PHILOSOPHIQUE DE L’HOMME Les philosophes plus habitués aux théories qu’aux applications et les débutants en occultisme se figurent que l’emploi de la méthode analogique est chose facile.
Ils confondent le plus souvent l’analogie avec la simi— litude ou la comparaison, et, quand ils font réellement une analogie, ils oublient que tous les termes de cette analogie de départ doivent strictement correspondre avec tous les termes de l'analogie d’arrivée et, cela, sous peine d’erreur radicale. En applications, il faut toujours correspondance exacte de trois termes aux trois termes analogues pour constituer réellement une analogie.
Afin de faciliter, dès le début, cette étude, nous allons établir analogiquement les trois mondes [zu _ , ,.__r.-._._ . _ÿ
ÉLÉMENTS DE SOMATDLOGlE 205 mains et leur synthèse au point de vue de l‘anatomie ‘phüosophiquef Nous conseillons vivement la méditation de ces tableaux àtouslesétudiantssincères (Il TÊTE Représentation du Monde infé rieur dans le Monde synthé tique : Bouche (et goût) Représentation du Monde infé rieur dans le M 0 n d e s u p é r:eur : Vais s ea u x et Gan lions lymp atiques de la tête Représentation ; , s du Mondeinfé3 ' ; .—‘ rieur dans le ; fi Monde moyen : 1 H Canal thoraci- ; O que et ; 0‘ V. lymphatiques Représentation Estomac Représentation . .
Îli“étiNäiizde Lù Intestin d u M 0 n d e Represeman°n le Monde infé-‘ 34 (Foie et Rate) moyen dans le du Monde Su- -eur , {-«' MONDE ,Monde inféérieur dans le Membr'es abd0_ Z 1NFÉRIEUR fleur: . .°nfie m fé' minaux “a ou Aorte abd01mrieur. N pneumo_gas_ > VENTRE nale. Rein_s (et Plexus solaire ' 11.- W système urinaire Organes géni_ taux VENTRE (1) Ces tableaux sont construits sur le plan du Tarot et des Sephiroth. 4'..: «h.
E-* , . . mz Représentation i ,;,_z, La d u M 0 n d e , E-«6 moyen dans le; Zœ Monde synthé-î ëë tique : ' . u Net (et odorat) . .
Représentation d u M 0 n d e L‘-1 moyen dans le ‘ (Ë 0 n d c supé p... ‘ rieur: Carotides et Ar- . tères cérébrales / , . {3.} .MONDE MOYEN Représentation Représentation du Mon 6 rieur dans le ou du _Monde sude synthétique dansle a: Monde moyen: POITRINE per1eur dans le Monde moyen: Mem— : Canal tho,zaci_ (cœur et pou- ’Ionde moyen: bres thoraczqucs. _ o que et (Ëîgî)) PlîiJËâläucearN. pneuSmo-gastrzque ‘1‘ V. lymphatiques “"3 Représentation Ixl d u M 0 n d e ‘3‘ \ moyen dans le P“ M o n d e in fé ä rieur: ;> Aorte abdomi nale.
Reins POITRIN E E« . Représentation ' 2 du Monde in l‘-‘EË férieur dans le Ç , ËU Monde synthé- ' ;' <{_fl% tlquc : ' / \ ,I . O Yeux et Orezlles . 0 (vue et ouïe) J Représentatiqp Iäcprésg1tatipjn MO.NDE Représentation dlä M01} . du Mondein éu 0 n e SUPÉRIEUR de s 'nthéti ue ans c rieur dans le moyen dans le ou TÊTE Moride supËrieur : En] Monde supéMonde supéCerveau et axe — ' (Ë rieur : rieur : cérébro-spinal Front F.
Vaisseaux et Carotidès et arMuscles moteurs _dçs Ganglions tères cérébrales yeux. Memb. céphalique lymphatiques 9‘ ‘ ou max. inférieur. La rynx (cheveux et barbe) / . VENTRE ) POITRINE Représentation du Monde su périeur dans le londe moyen. Plexus cardiaque Représentation du Monde su périeur dans le M o n d e in fé I rieur: l Plexus solaire TÊ TE
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOGIE 207 CENTRE SYNTHE11QUE TÊTE Représentation du Monde in férieur dans le Monde synthé tique : Bouche goût (glosso— pharyngien) Représentation d u M 0 n d e moyen dans le Monde synthé« tique : Nez odorat (I " paire nerveuse) Représentation du Monde su érieur dans le onde synthé tique : Yeux (sensitif et 2° paire) Oreilles(8'paire) MONDE 5 YNTHÉTIQUE ou conscient ne: VISAGE (corps ventre) (Toucher) Représentation dans le Monde supérieur : Front (Partie motrice des yeux) (3', 4° et 6° paires ner veuses).
Memb. c é p h a 1i q u e maxillaire infé rieur. Larynx(io'paire nerv.) (12° la arole) Fc h e v e ux ct barbe) POITRINE VENTRE Représentation dans le Monde moyen : Membres thora ciques (le geste) (renflement ct ' plexus brachial de la ficelle) Pneumo gastrique. Seins Représentation dans le Monde inférieur : MEMBRES ABDOMINAUX (renflement et plexus abdomi— naldela moelle) et pneumogas« trique. ORGANES GÉNITAUX (renflement et plexus énital _ de la m elle) CENTRE SYNTHÉTIQUE ou ÊTRE CONSCIENT
208 L'INITIATION COLONNE DU COLONNE DU COLONNE DU l COLONNE DU MONDE MONDE MOYEN MONDE MONDE INrERIEUR SUPÉRIEUR I SYNTHÉTIQUE lnférleur'dan3 Moyen dans le Supérieur dans CENTRE DU le synthéhque synthét ue le synthétique MONDE ; Bouche (et goût) Nez (et o oral) Yeux SYN'I'HÉTIQUE v_i_' (sensitifs, Vue) Le Visage Oreilles (ouïe) Toucher lnj’érieurdansle Moyen dans le CENTRE Du Synthétique supérieur supérieur MONDE dans le Vaisseaux et Carutides et SUPÉRIEUR Su érieur Ganglions artères Cerveau et mm ' lymphatiques de cérébrales annexes Muscles m la tète moteurs des ,_ yeux Membres 1—- céphali ues ou maxil aires s u éri c u r s arynx (Cheveux et barbe) Inferieurdansle CENTRE ou Supérieur dans Synthétique :4 moyen MONDE MOYEN le Moyen dans le Moyen 4 C a n al Cœur, poumons Plcxus Membres "‘ thoracique cardiaque thoraciques 9 vaisseaux N. pneumo : lymphatiques gastrique ‘ Seins CENTRE DU Moyen dans Supérieur dans Synthétique 7 MONDE l'inferieur ' l‘Inférieug‘ dans l'1nfe’ricur ;,j INFÉRIEuR Aorte Plexus solmre — g Estomac abdominale - Membres 0.
Intestins, Foie Reins abdominaux C: Rate(etannexes) N. pneu mo 99 , gastrique < Organes g é n It a u x RÉSUMÉ GÉNÉRAL PAPUS.
PARTlE PHILOSOPHIQUE ET SClENTIFlQÜE änraa w hourra ÿlnnaw au a. la, arma” ' SUR LE CATHOLICISME ÉSOTÉRIQUE TRÈS RÉVÉREND PÈRE, . Je n’ai pas l’honneur de vous connaître, et je n’avais su jusqu’ici que vous existiez que par les lignes sui vantes quej’ai lues dansEôra/za: « la réforme de l’exé gèse catholique sera entreprise par le T. R. P.
Alta, nourri de la moelle des gno,stiques chrétiens. >v L’auteur ajoute : « Ainsj enseignée, la religion ne soulèuera plus les objections de la science dure, tout en restant foncièrement papiste et orthodoxe. Quel ques bons curés ne comprendront guère, quelques chanoines s’attrz‘steront. Prenons-en notre parti.
Les inconvénients seront largement compensés par la fière et dominante allure que prendra le dogme en face du rationalisme contemporain. » C’est sans doute en votre qualité de réformateur de l’exégèse catholique que vous m’avez fait l’honneur (x) Cette lettre,qu’en toute justice nous devions insérer, clôt définivemem la question. N. D. L. a.
210 L’INITIATION de m'adresser la longue lettre publiée dans le dern1er numéro de l’Initz’atz’on, revue mise à l’index par l’or thodoxie catholique. La lecture de votre lettre m’a rempli de joie, car elle m’a montré, une fois de plus, la faiblesse de l’ar gumentation théologique devant les résultats de la science moderne. Le but de mes lettres à M. Fabre des Essarts, vous ne l’avez pas compris.
Je n’ai pas ici à vous le faire connaître, puisque M. des Essarts ne m’a pas encore répondu.
Laissez-moi vous dire aussi que, si je suis gnostique, je suis gnostique chrétien et non valentinien. , Ne voulant pas entreprendre en cette revue une polémique, je ne vous expliquerai pas ce qu’il faut entendre aujourd’hui par gnose} je me contenterai de vous dire qu’un naturaliste et un médecin comme moi, qui se livre journellement dans son laboratoire à l’observation et à l’expérience, n’est pas précisément un amateur d‘abstractz’ons et de jeux d’utzaginaiz’on, comme vous semblez le croire.
« Voyez, dites-vous, par vous-même, cher Monsieur, comme votre abstraction est bien l’arbitraire, non la réalité. Vous admettez la parthénogenèse de Jésus, vous rejetez la résurrection; arbitrairement, 'car la résurrection est aussi attestée, plus attestée même que la parthénogenèse. » Non, révérend Père, il n’y a ni abstraction ni arbi— traire dans ce que j’ai écrit.
J’admets que la parthénogenèse de Jésus est possible, parce que lesfaits observés par les naturalistes mo— dernes prouvent que ce mode de genèse existe chez
LETTRE DU DOCTEUR FUGAIRON 211 les animaux invertébrés et chez les vertébrés quoique d’une manière très imparfaite chez ceux-ci. Je repousse la résurrection du corps charnel, parce que lesfaits observés prouvent l’impossibilité de la résurrection d’un corps animal réellement mort. Il n’y a là ni abstraction, ni arbitraire, ni effet d’imagination.
Je me base uniquement sur les fails qui, ainsi que vous le dites fort bien, peuvent seuls mener à la connaissance, c‘est-à—dire à la gnose véri— table. Je pense en effet, avec M. Flammarion et beaucoup d’autres, que les dogmes religieux doivent être basés sur la science; et je comprends l’ésotérisme comme une adaptation des dogmes chrétiens à la science mo derne.
Je ne sais si votre réforme de l’exégèse catho lique se fait dans ce sens, mais j’en doute très fort si je m’en rapporte à votre lettre. Contrairement à ce que dit Eôraka, votre résurrection du corps charnel soulèrera toujours les objections de la science dure, très dure pour vous. ’ Que me donnez-vous, en' effet, comme preuve de cette résurrection?
Le fait historique, le fait attesté par de nombreux témoins, prétendez-vous, le Credo et les récits évangéliques. Oh l révérend Père, vous voulez rire sans doute. Le Credo un document historique ? Les récits évangé liques de l’histoire? Allons donc!
La critique scien tifique a irrévocablement démontré que le Credo n’a pas pour auteurs les apôtres, c’est—à-dlre les témoins, et que les récits évangéliques, à moitié légendaires, ont été faits tels qu’ils sont pour défendre une cause. Or,
2 I 2 L’INITIATION je vous le demande, est-ce qu’une plaidoirie est de l’histoire? Est—ce qu’une légende nous fait connaître les faits tels qu’ils se sont passés ? Vous me citez les écrits de Saint Paul. Vous n’êtes pas bien inspiré. Ne savez-vous pas que saint Paul n’a jamais vu Jésus-Christ et que par conséquent ce n’est pas un témoin P Au surplus, que dit l’Apôtre des gentils? Que le corps charnel de Jésus est ressuscité? Nullement.
Il dit que Jésus est ressuscité, voilà tout, qu’il a apparu aux apôtres et à plus de cinq cents frères et à lui-même (et je le crois comme saint Paul), mais cela ne prouve pas du tout que le corps charnel du Christ soit res suscité (I). La doctrine de saint Paul au sujet de la résurrection est celle de la Kabbale. D’après celle-ci, ce qui ressuscite, ce n’est pas le 651‘ps charnel, mais le Habal de garmin (corps astral, aérosome).
De même, selon l’apôtre, c’est le corps charnel qu’on met en terre, mais c’est le corps spirituel qui ressuscité. La chair et le sang, ajoute-t—il, ne peuvent posséder le royaume de Dieu. Et en effet, comment subsisterait dans l’éther un corps charnel? Il n’y a dans le ciel ni air ni aliments. A quoi donc Serviraient les pou mons et le tube digestif?
Que si vous m’objectez que la substance du corps de Jésus dans le tombeau s’est dispersée et qu'une (I) Les Juifs éclairés de Jérusalem dirent le lendemain de la prétendue résurrection que les disciples de Jésus avaient em— porté son corps pendant la .nuit. Leur témoignage, qui se trouve rapporté dans l’évangile, vaut au moins autant, je pense, que celui de la foule des disciples ignorants.
LETTRE DU DOCTEUR FUGAIRON 213 partie de cette substance a formé le corps au moyen duquel il est apparu à ses disciples et est monté au ciel, je vous répondrai qu’alors ce n’est pas le corps charnel qui est ressuscité, mais qu’il a donné nais sance à un nouveau corps qui n’était plus charnel. Il n’y a pas eu résurrection, mais transformation.
Au nom de la physiologie (ensemble de faits scientifiquement constatés), je vous mets au défi, très révérend Père, de me dire quelque chose de sensé sur la résurrection du corps icharnel. Tout ce que vous pourrez/me dire, d’ailleurs, sur ce sujet, ne reposera sur aucun fait d’observation, mais sera de pure ima gination, de pure invention de votre part. Ce n’est pas moi qui invente ou imagine, c’est vous.
Votre conclusion est que ce n'est pas la science qu’il faut avoir, mais la foi. « La foi, tout simple ment, croit et proclame la résurrection de la chair. » Eh bien l très révérend Père, la foi pure et simple ne sait ce qu’elle dit. Elle parle sans comprendre.
Avec toute la sincérité que vous voulez bien me reconnaître, je vous dirai que je ne comprends pas plus ce que veulent dire ces mots : « la résurrection de la chair » que ceux-ci : «la réhabilitation de la pierre. » Encore une fois, très révérend Père, je vous mets au défi de m’expliquer ce que vous entendez par un corps , charnel ressuscité, non pour revivre sur la terre, mais pour vivre au ciel.
Enfin, vous m’annoncez qu’il y a crime à rompre et à faire rompre avec le catholicisme. Auriez-vous, par hasard, l’illusion de croire qu’avec votre réforme de l’exégèse catholique, vous n'allez pas rompre avec
214 L‘INITIATION -*:‘-’.-‘"iwJ l’Église romaine, que vous considérez comme univer selle ? Croyez-vous que, si vous donnez aux dogmes une signification ou une explication différente que celle qu‘on donne dans l’Église romaine, vous n’allez pas être chassé de cette Église ? Demandez plutôt au pape, et pensez à l’abbé Roca.
Toute interprétation ésotérique du dogme catho lique est un enseignement nouveau, et par cela même vous recherchez une religion nouvelle différente du catholicisme romain. Quand on se prétend catholique mais ésotérique, on est, en fait, d’une autre religion que la religion romaine; on est hérétique, excom munié; voilà ce qu’enseigne le pape infaillible. Donc, révérend Père, ou vous êtes de la religion ésotérique ou de la religion romaine.
Dans le premier cas, je ne vois pas trop pourquoi vous êtes si indigné contre moi de ce que je ne crois pas à la résurrection du corps charnel de Jésus-Christ (tandis que je crois à la résurrection de Jésus au sens cabalistiqùe) ; dans le second cas, vous n’avez pas à vous mêler des lettres que j’adresse à une autre personne que vous. Avec les prêtres romains, je ne discute pas.
Si vous êtes homme de foi, révérend Père, moi je suis homme de science. La foi, c’est l’enfance; la science, c'est l’âge mûr. Si vous, voulez rester dans l’enfance, il ne m’appartient pas de m’y opposer; mais je ne vois pas non plus de quel droit vous venez m’exhorter à redevenir enfant. N’est-ce pas d‘ailleurs insensé ? Est-ce que l'homme mûr peut redevenir enfant? Sachez—le une bonne fois pour toutes, révérend \
PENSÉES ÉSOTÉRIQUES 2 r 5 Père: avant tout, je suis naturaliste ; avant les dogmes de l’Église romaine, je fais passer les faits constatés par les sciences physiques et naturelles. Ce n’est pas aux sciences à se plier aux dogmes, c’est aux dogmes à se plier aux sciences. C’est de cette manière seule— ment qu’on peut faire du catholicisme ésotérique utile.
Dr FUGAIRON. ausâas Ésrâmques Pour les intimes, les isolés et les reclus, le moindre bruit décuple de valeur. a -t-Y Qui s’enferme se sensibilise, Qui s’extériorise s’émousse. w 4.1 Bouchez—vous les oreilles, et vous entendrez mieux. Fermez les yeux, et vous verrez mieux. t ou L’âme est comme l‘aimant; elle prend de la force en attirantà elle. Loin de se dépenser en voulant et en aimant, elle décuple sa puissance.
La haine est comme la tempête ; elle affole la bous sole. Seule l'indifférence anémie notre âme. .a! La haine est un amour : l’amour de soi. La haine épuise nos forces, parce qu‘elle vit sur soi, sans prendre de forces à autrui.
216 L’INITIATION L’amour prend autant qu’il donne et multiplie l‘un par l’autre. L’indifférence laisse fuser les forces de l’âme. C ‘ Seul, l’amour physique épuise, parce qu’il est syn thèse de matière et de force et que les forces physiques s’épuisent, comme la matière, en se dépensant. * -!‘c L’homme qui saurait tout ne saurait rien, s’il ne sa vait armer. Il connaîtrait en théorie le secret de la vie, et n‘en aurait pas la clef.
L’amour est le correctif de la science. La science fait tout mépriser, même la mort. L’amour fait tout aimer, même la vie. 1: au La science sans l'amour, c’est la chimie sans réactifs, c’est l’analyse sans la synthèse. 1a. L’amour sans la science, c’est l’amour sans ailes. lt 0! U L’amour est violent désir du beau. Mais le beau s’exprime en vérité, en justice, en grandeur, en bonté, en harmonie, en couleur et en forme.
Ce sont les sept vertus de l’amour. La bonté occupe le milieu et sert de trait d'union entre le monde moral et le monde physique. l. t a Le vrai est lumière et jouissance d’esprit. La justice est harmonie morale s’exprimant à nos sens. La grandeur est bien-être et joie.
PENSÉES ÉSOTÉRIQUES 217 Ainsi s'explique dans l'au delà le bonheur des élus. La lumière sera Verbe, entendement, La justice : musique des mondes! L’immehsité : cantique. L’éternité : amour au delà du temps! L’immensité : amour au delà de l’espace! Dieu : l’infini de l'amour vivant! . n Le scepticisme est indifférence pour le vrai, L’égoïsme, indifférence pour le bien.
Mais l’indifférence pour le beau se nomme bestialité, bêtise, abrutissement, encore que les bêtes aient une certaine notion du beau. / L’indifférence pour le beau est le plus bas de l’âme, parce que le beau comprend tout. depuis la fleur jusqu’à Dieu. . .. . La fleur est symbole de beauté, parce qu’elle est l’épa nouissement du germe, la jeunesse de la vie, le précur— seur du fruit. . Une fleur sans fruit devrait être poison.
Ce serait mensonge de la nature. '1‘ Honte à nous qui aimons l’épanouissement du germe, tout en riant de sa naissance et repoussant le fruit. La fleur se flétrit stérile, en un cristal, dans un salon; et nous disons : — Qu’elle était belle ! Mais on la jette aux ordures. L. DE M EURVILLE.
2 l8 L‘INITIATION LA DUULElJR SUGIALE DU SATANISME A L’ANARCHIE Un mal affreux menace de dévorer notre vieux monde. La tombe est suspendue sur notre tête. La boussole paraît faussée, et la polaire éteinte. Le mal a deux causes: une cause immédiate et une cause éloignée. La cause immédiate ou occasionnelle, c’est la cuis— trerie, l’égoïsme et la haine.
Les cuistres ont accaparé toutes les directions fonctionnelles sociales impor— tantes et nous ont embourbés dans une médiocratie sans nom qui n’a d’autre idéal que l’évolution des bas instincts, sous le couvert des plus louables principes, table somptueuse mais étroite où goinfrent les élus du Veau d’or et les fidèles du bas-ventre, et d’où tombent pour les vaincus des miettes misérables dont le destin fatal est de faire germer la haine.
Il faut donc crier aux Cuistres que, quoique gêné ralement appointés et assermentés pour être tels, ce ce n’est pas tout d’être cuistre, que ce soit au nom de l’Un ou de l’Autre (intelligente puma); que, si le di plôme se roule, l’ldée se développe, et qu’il arrive un temps, fatalement, où la vérité affolée dans la lutte vaine et sans nom, peut devenir erreur, la haine cm. L. ,-,s...fl ..,. 4 ..-_.a._,-..,«.. . - - l M.=..»—.... Il - V>”"“' —n,,,.., .,«. ..,A-,.,,... -.
LA DOULEUR SOCIALE 219 poisonner les membres, l’égoïsme ayant envoûté la Tête, et que c’est ainsi qu’éclate un monde. Au seuil de ces lignes, présentons-nous.
Spectateur écoeuré de la bousculade infâme d’un jeu de quilles en délire autolatrique, à l’implacable lumière du mystère, chrétien et catholique, dans la foi de nos pères et l’amour de nos frères, nous sommes de ceux qui voient et sur les lèvres desquels la plénitude de la foi, seule, arrête le verbe de l’anathème et le cra chat du mépris. * a»as Nous parlerons en temps opportun de la cause éloi— gnée du mal social.
Un mot d’abord sur l’antique querelle du Bien et de Mal. Les gens à diplômes, pontifes épris de notre temps, ,considèrent le péril anarchique comme un mal in connu, nouveau, sans histoire, sans remède que la loi d’exception. L’anarchiste est pour eux le suppôt in carné du Mal, l’ennemi absolu du Bien, sans autre ressort que l’amour du Ma! et la haine du Bien.
Nous verrons s‘ils ont tort ou raison de renier le fils de leurs œuvres et la gangrène de leur propres extrémités. Nous sommes accoutumés à considérer le mal au double point de vue matériel et moral. Le mal matériel a son germe latent dans l’agrégat cellulaire synarchisé en vue de l'existence normale de l’individu ou du collectif social.
Sous diverses in fluences, le germe morbide peut se développer et ame— Vner les ravages suites des tendances séparatives qu’il exalte dans la cellule. Pour cette évolution, il faut.
2 20 L'INITIATION ' 1° Un milieu propice en mode potentiel ; 2° un acci dent qui donne une dérivation aux potentialités du milieu et d’impropre le rende apte au développement du germe morbide; 3° un consentement positifou né gatif du milieu général selon ses tendances évolutives ou son inertie.
Ainsi dans le corps humain, champ voué d’avance àla maladie, dès qu’un accident fait qu’une cellule se dérobe à la loi d’agrégation, un cas pathologique est créé à la suite duquel il peut se produire dans cet organisme : un néoplasme inofiensifqui s’enkystera ; un cancer qui rongera lentement ou une gangrène qui foudroiera. V _ En vertu de la loi d’analogie, le mal moral a le même processus de développement que le mal phy— sique.
Le mal moral est du à une d’une potentialité intellectuelle consczente hors du sens divin. Le mal n’existe pas en principe et n’est pas, selon l’infâme erreur de Zoroastre et de Manès, une entité réelle et collatérale à Dieu dans l’ordre hypernaturel.
Le Divin émet des potentialités conscientes et libres manifestées dans la forme, soumises aux luttes pas sionnelles des sphères de retour, susceptibles d’exalter ou d’astraliser des tendances bonnes ou mauvaises et d’y adjoindre consciemment ou inconsciemment des potentialités intermédiaires neutres par elles-mêmes mais à tendances plus facilement inférieures que su périeures (8aipovzoz) ou actives et à tendances supé— rieures angéliques (olyyskot). C’est la chaîne magique formée dans l’invisible par la synthèse des reflets I déviation vz'talz’se‘e
LA DOULEUR SOCIALE 221 -‘??AÀW‘? ‘ w- \ pervers des êtres conscients en voie d’évolution dans la forme, que l'exotérisme Chrétien considère comme le Ma! et appelle Saz‘qn en le revêtant d’apparences conventionnelles dans lesquelles on retrouve les con tours hybrides des larves de l’Astral.
Exotériquementle bien consiste dans l’accomplisse ment de la loi re’ve’le’e, beaucoup plus importante que la loi sociale, puisque, tandis que celle-cime régit que le for extérieur, celle-là, au contraire, englobe à la fois l’acte et son moteur, la conscience, dans une même responsabilité élevant le juge suprême.
' Nous voici donc amenés à considérer l’hypocrite, division que le pharisai‘sme fait subir en tout temps äà la loi du Bien en distinguant l’acte du Précepte, c’est-à—dire en méconnaissant tout ce qu’il y a d’ab— solu dans les deux termes : Foi et œuvres, et combien intime est la connexité de la Foi, point de départ et de retour, avec la Charité, moyen unique et néces saire.
' Si l’Ame doit passer par la matière pour réaliser, dans le sacrifice, l’œuvre finale de la réintégration dans le Divin, selon les lois de l’universelle harmo nie, il est clair qu’une solidarité énorme unit entre elles les entités individuelles conscientes et qu’elles doivent se donner la main, dans un dévouement absolu, à travers les stades de cette immense ascen sion. , Aussi, voyez les révélations élevées, toutes ensei gnent cette loi, dont elles font une condition sine qua non de salut. Saint Jean faisait de l‘amour universel la voie du ciel : FÜÏOIÎ, dz'h'gile ad z'nvicem. Saint
2 2 2 L’INITIATION Paul déclare que, fût-il un demi-Dieu, sans la chanté il ne serait qu’une cymbale sonore. Saint Pierre ' frappe de mort Ananie et sa femme qui raisonnaient leur charité dans le simple sens de la prévoyance humaine.
Aussi tout chrétien proclame-t-il l‘union intime de la foi et des œuvres, en principe. — Mais, en fait, c‘est autre chose; il n’est plus qu’un homme qui fait un peu de bien avec essoufflement et à.grand renfort de sacrifice, dans le but unique et lâche de ne pas être damné (1).
En un mot, l’lntérêt humain prime le sens divin, parce que l’ignorance fait voir l’abnégation dispro— portionnée là où il n’y a que la suprême raison et l’infrangible justice. Et cela à tel point, qu’un prêtre m’affirma un jour que la Charité et la Justice étaient deux vertus tout à fait distinctes.
Comme la progression vers le Divin ne peut se faire que par la lutte matérielle, la Charité mutuelle doit donc porter à la fois sur les opérations des deux principes dans l’homme : sur l’âme, par l’amour psychique, sur le corps, par l’aflection fraternelle qui le garantira de l’excès de douleur dans lequel peut s’éteindre la Foi.
Ce sont les êtres exceptionnels seuls qui retrempent leur Foi dans la douleur excessive : quant aux autres, ils croient se venger de l’oubli de Dieu, suivant un mot célèbre, en lui rendant l’oubli, et ils feraient mieux peut—être de blasphémer le nom (1) Cette question sera développée dans l‘opuscule : Mys tique des trois vertus et Genèse de l’Espérance.
LA DOULEUR socmuæ 223 ,.4 n. sacré, qui pour eux n’est que ténèbres et incompré— hension. Personne, toutefois, ne peut arguer qu’il n’a pas la notion exacte de la loi du Bien. Pour le Chrétien, l’enseignement a été complet. Quant aux autres, s’ils n’ont été instruits que dans les éléments de la morale civique, le fonds de cette morale leur a enseigné aussi la route du Bien.
Dans le premier cas, le but et la sanction ont été appelés ciel et enfer, Dieu et Diable; dans le second, honorabilité et prison, honneur civique et gendarme. Tout homme civilisé vivant dans un milieu social équitable et assis sur des bases vraiment morales est donc instruit, et sa conscience intime achève l’œuvre en le guidant pour prévenir ses chutes et le garer des attentats contre ses semblables.
D’où vient donc, en thèse générale, que, du plus haut au plus bas degré de l’échelle sociale, tant d’hommes qui ont sans cesse à la bouche le nom sacré de la justice et du bien les violent indignement dans tous leurs actes, pour peu que le moindre de leurs intérêts soit en jeu ? C’est parce que, entre le Bien principe et le Bien acte, l’égoïsme humain a creusé un abîme.
Et c’est cet abîme qui constitue dans la synarchie de l’orga nisme social une solution de continuité, une inter ruption de correspondance vitale qui va exalter les tendances séparatives de la cellule individuelle en voie de révolte et déterminer les accidents morbides dont l’être collectif entier souffrira jusque dans les racines mêmes de son être.
-____j,,_ / ' L’INITIATION j SEPTEMBRE 224 C’est dans cet abîme que les êtres qui n’ont pas la possibilité de faire le Bien acte et à qui les infidèles dépositaires du Bien principe imposent la résignation et la mort individuelle et sociale, tombent et grouil lent dans l’effervescence fatale de la douleur et de la haine, qui firent le satanisme au moyen âge et font ’ l’anarchie de nos jours.
Or, qu’est-ce que ce phénomène morbide de la révolte de la cellule ? C’est le germe de la Révolution. « La Révolution, dit le P.
Deschamps (t), quand on la dégage des causes secondaires et des circons tances locales. apparaît comme un immense complot qui, jusqu’à présent, a réussi, non par une fatalité historique ni une cause supérieure aux responsabilités humaines, mais par l’audace des conspirations et surtout par la défaillance et l’aueuglemeht volontaire de ceux qui, au lieu de la combattre, ont systémati— quementfern‘ze’ l’oreille aux auertz’s'sements du pilote . infaillible donnépar Dieu à l’Humanite’. » Après les siens, par qui peut-on être mieux dénoncé que par soi-même ?
Voilà bien, sans doute, la con damnation claire et logique d’un corps social athée et sans boussole; mais n’est-ce pas le saisissant tableau de la fatalité qui frappe une collectivité reli gieuse, qui a perdu la science de la foi et obscurci d’ignorance la majesté du Mystère ? La cause éloignée du mal social est donc dans la déviation des potentialités dirigeantes, qui mentent à leur mission au profit de leurs passions et interrom (1:) Le P. Deschamps, les Sociétés secrètes et, la Société, 3 vol. in-8”;Avignon, 1881, p. xxnt.
1897] LA DOULEUR SOCIALE 225 pent ainsi la circulation normale de la vie, du cœur à la périphérie dans l’agrégat social ; d’où révolte mécanique des cellules individuelles, qui se groupent bientôt en agrégats libres (Sociétés Secrètes), dont le plus puissant tendra, en se ramifiant à l’infini, à créer,‘ un organisme nouveau qui s’efforcera de dévorer l’ancien pour en arriver lui—même à être dévoré un jour en passant par le même cycle d’évolution que le premier (1).
Un monde ne se métamorphose pas du jour au lendemain. L’individu ne connaît qu’un drapeau, en général : son égoïsme, qu’il place dessus un emblème religieux ou politique, quel qu’il soit, il se battra pour son préjugé égoïste jusqu’à la mort, persuadé qu’il combat le bon combat. Voilà pourquoi le but des Sociétés Secrètes n’est jamais divulgué.
La base est posée dans le sens voulu, cela suffit, l’édifice se bâtira avec les siècles car la progression humanitaire vers le divin relève de l’éter nité. Mais nous ne nous occupons ici que du mal social, et l’on peut dire que la Société Secrète est le premier symptôme de la maladie. Elle n’est, en effet, que bien rarement constituée dans la science du Bien.
IL’Homme, s’il n’est pas abruti par un séculaire esclavage, ne comprend qu’une chose, c’est son droit imprescriptible à la vie. Il s’incline devant l’autorité avec soumission7 mais il en attend, en retour, équité et protection. Trop jeune encore pour se gouverner (i) A l'appui, on lira fructueusement la brochure de Papus : Anarchie, 1ndolence et Synarchz‘e, in—8°; Chamuel. t’a—Au“
226 L’INITIATION lui-même, il se soumet à des représentants de l’auto— rité de gré ou de force, et quand, en âge de juger, il reconnaît que ceux qui se proclament les dépositaires et les acteurs du Bien principe ne lui offrent, pour toute justice, que le spectacle de leur vie scandaleuse et un engagement banal a la résignation dans d’atroces misères, il en conclut qu’il a affaire à des monstres qui n’ont d’autre but que de se repaître de toute sa substance; alors, affolé, il regarde l’abîme dans lequel il est tombég'Sans espoir d’en sortir, convaincu que le Bien acte n’existe pas, il renie le Bien principe, et voilà la progression effrayante, mais logique, au bout de laquelle le moyen âge adora Satan et le XIX° siècle, en proclamant le néant, vit éclater la Bombe.
Le Satanisme, la Jacquerie, l’An.archie, sont les mêmes effets d’une cause identique. et, à travers les siècles, il est facile de relier leur consanguinité. Examinons pour comparer ensuite.
Laissons de côté dans l’Antiquité la révolte de Spartacus, passons par-dessus la Bagauderie, cette gigantesque colère populaire qui éclata en Gaule au Ill° siècle et dont les causes furent l’oppression énorme du peuple, écrasé par les souffrances qui lui venaient de la corruption despotique du régime romain.
Remarquons qu’ils étaient chrétiens (quoi que l’histoire en doute), ainsi que leurs deux chefs Æléanus et Amandus; que la Légion thébaine ne fut massacrée que parce qu’elle fit cause commune avec ses frères chrétiens et opprimés. L’homme, pendant le III", le IV6 et le Ve siècle, essayait de relever la tête des profondeurs sombres de son esclavage, au nom
LA DOULEUR SOCIALE 227 de l’antique droit celto-gaulois (de la ruine duquel, au profit du droit romain, nous souffrons encore aujourd’hui), comme au nom du Christianisme, qui lui avait enseigné la noblesse de sa nature sortie, comme celle des seigneurs, des mains de Dieu.
La révolte des Northmans au x° et celle des Pas— toureaux au XIII° siècle eurent les mêmes causes : la misère, l’oppression, la faim, le désespoir; mais leur caractère fut moins net, le sens religieux n’était plus là dans sa pureté de principe. . Enfin au XIVe siècle paraît la grande Jacquerie, dont le Satanisme fut un des éléments les plus puissants. « Cette Conception terrible n’arriva pas par la longue filière de la Tradition.
Elle jaillit de l’horreur du temps... des profondeurs du Désespoir... (I) » Rien ne saurait décrire, en effet, les douleurs de cette époque. Les trois ordres de l’Etat sont déjà affirmés dans les premiers États généraux. Mais en réalité ce qui domine tout, c’est le Seigneur féodal. Il domine de toute sa hauteur la royauté chancelante et la Bour— geoisie naissante.
Le rêve de la royauté, aidée de la bourgeoisie et du Parlement, est de s’en afiranchir, mais il lui faudra pour cette œuvre plus que des siècles : un Louis XI! Aussi le paysan était-il la proie des seigneurs. Écrasé de tailles et de corvées, dévoré par les impôts les plus lourds et les plus arbitraires, hors de toute indépendance même morale, esclave de la glèbe, (I) Michelet, la Sorcière, préf. XIV, in-12, 1865, Paris. l . ...’“: .. ...u\. ce 7 _ . ._«. ». .Α:‘__,“_ . -,v. .
2 28 L’INITIATION objet mobilier, ne pouvant de lui-même ni se marier, ne tester, ni faire aucun acte de la vie civile pour ainsi dire, victime des luttes sanglantes et réciproques des seigneurs entre eux, résultat du droit féodal de guerre privée (et quelle guerre l), sa dégradation était com plète par le droit du seigneur poussé à ses extrêmes limites dans la personne des serves.
La féodalité, d’ailleurs, n’avait plus ni foi, ni reli— gion réelle, ni honneur chevaleresque; tout avait sombré dans la luxure et la férocité. Abandonné et réduit à se défendre lui-même, le peuple ne pouvait qu’essayer de s’affranchir. Le froc du moine, ce grand moyen individuel d’affranchisse ment au moyen âge ne lui suffisait pas et n’était d’ail leurs qu’à la portée du petit nombre.
Si l’individu s’échappait du joug par ce moyen, la masse restait lourdement opprimée.
Alors, voyant que la foi chrétienne ne les proté geait plus, qu’elle était sans effet sur les devoirs de ses maîtres, sans baume pour ses douleurs, affolé, pris d’un terrible besoin de sortir du cercle infernal où la servitude atroce le broyait, dans un besoin de protection supérieure et d’adoration quand même, il blasphéma Jésus et, de toutes pièces, créa Satan.
C’était encore, toutefois, de la foi en quelque chose de supérieur à lui, le Mal qu’il appelait à son secours, puisque le Principe du Bien était sourd à la plainte déchirée de ses calamités. Le satanisme du moyen âge fut l'énorme conspira tion des membres épuisés contre la tête devenue ventre dévorant. Le sabbat fut la « Loge» de ses L‘In’,‘m
LA DOULEUR SOCIALE 229 I assises nocturnes, rien n’y manqua ni le mot d’ordre contre le pouvoir : Ah .’ Phz'lz‘ppe, sz'je te tenais .’ ni la chaîne magique qui aurait dû envoûter Dieu, si Zoroastre et Manès n’eussent pas été d’infâmes im posteurs. Les horreurs de cette lutte durèrent longtemps, mais la féodalité finit par prendre le dessus, non sans peine. Les Jacques furent domptés jusque dans leurs dernières velléités d’effervescence.
Le peuple retomba dans des douleurs plus atroces que celles dont il avait voulu sortir, inconscient, dans ses efforts, del’impuis sance dans laquelle il était, eût—il vaincu, d’orga— niser sa victoire avec profit. Aussi se borna—t-il à se ruer dans une orgie de vengeance au récit de laquelle les fibres de l’histoire frémissent d’un gigantesque effroi et d’un innommable dégoût. Mais, suivons.
Au cours des siècles la royauté s’af— fermit, la féodalité devient fictive et nominale, le peuple souffre toujours, sans doute, mais sa misère n’est plus comparable à ses anciennes tortures.
La Bourgeoisie cependant a pris corps, elle se développe et se prépare sans le savoir, à porter, à son tour, à la royauté, en 1789, le'coup mortel dans une révolution qui fut tout entière l’œuvre de la Franc-Maçonnerie, qui avait pris son double mot d’ordre au pied du bûcher de Jacobus de Molay. Le 21 janvier I793, la première partie de l’anathème du grand Maître était réalisée, «les Lys envoûtés baignaient dans leur sang d’azur » (I).
Le Droit divin du trône n’était plus (I) Voir dans l’Initz‘ation, 9e année, n° 4, Stanislas de Guaita: Les Mystères de la Multitude.
230 L’INITIATION qu‘une chimère dont l’évanouissement en France envoûta le principe dans l’Europe entière. Nous allons voir comment la Révolution française relie l’anarchie présente à la Jacquerie et au Sata nisme. * ou Le Peuple paraît voué à une servitude permanente. C’est que sa marche en avant est le résultat d’une erreur inhérente à la nature humaine : l’Égoi’sme.
Ce qu’il veut, en réalité, ce n’est pas l’avènement de l’équilibre, c’est la déviation du despotisme à son profit, si bien caractérisée par le banal adage: Oie-loi de là que je m’y mette. Il veut devenir à son tour la bouche et l'estomac pour reléguer, à leur tour. dans les limbes du désespoir les autres parties de l’orga nisme social.
Aussi les hommes du nouveau cycle ont-ils compris merveilleusement cela et se sont—ils attachés à le distraire longtemps avec deux instru ments de règne perfectionnés: Le rire et le suflrage. La Bourgeoisie, en effet, s’est tout bonnement sub stituée à la royauté en jetant au sort les fleurons de la couronne et en changeant le nom et la forme des abus.
L’impudeur des personnalités s’allia au luxe des grands mots dans les heures de crise, et l'éternelle autruche a avalé tous ces boutons de guêtres; ils se sont oxydés dans son robuste estomac de gobeur et l’ont empoisonné de ce venin du mot, le plus terrible des poisons. Aussi, depuis un siècle, des révolutions se sont-elles faites pour des idées et des personnalités empressées,
LA DOULEUR SOCIALE 231 une fois en place, à renverser l’escabeau en jurant d’en poursuivre le dernier des échelons jusque dans le dernier des repaires. Des gens superficiels ont accusé la seule incrédu lité, dont Lacordaire dénonçait la paternité dans le rire de Voltaire, d’être la cause du mal moderne. Mais quel rôle, alors, joua la foi dans les horreurs du moyen âge?
La déification de l’adversaire impur, dans le Satanisme, ne fut-elle pas plus terrible ? Toutefois, les miséreux crurent longtemps que le rire et le suffrage étaient des reliefs substantiels, ils rirent donc et bafouèrent toute foi, ils votèrent et firent le jeu de toute tromperie (1).
Mais, bientôt, ils s’aperçurent que le nouvel organisme dont ils fai saient partie, à l’exemple des autres, dévorait ses enfants, ils virent l’abîme et dans les flancs hybrides de ce gouffre: les droits de l’homme proclamés hors du sens divin et, par conséquent, relevant du seul ins— tinct matériel, germa le monstre et se perfectionna l’avatar. L’Anarchie était née.
Proudhon blasphème le sens du grand arcane et s’écrie que Dieu, c’est le mal; il ajoute que la Pro priété, c’est le vol. N’est—ce pas là le caractère sata— nique des mouvements, le reniement désespéré et blasphématoire de tout principe. parce que les dépo sitaires assermentés du principe ont menti à leurs plus sacrés devoirs en le méprisant dans leurs actes.
Ah ! nous sommes loin de l’incrédulité qui hausse les épaules l Nous sommes à la deuxième grande mani (1) On pourra lire avec intérêt sur ce sujet l’ouvrage de Lamant: l’Anar‘c/zie bourgeoise. Marpon et Flammarion, in-I2. V1,.«MM..‘.VM\M \,.—‘ . . t ..,- . .c._\_— vw*‘Mÿaw—WW
232 L‘INITIATION festation du reniement d’une formule renouvelée que ses rénovateurs ont souillée comme l’ancienne. L’Anarchie renie, et c’est le lien blasphématoire qui la rattache au Satanisme, car ce ne fut pas l’incrédulité qui fit le satanisme, mais le désespoir; l’Anarchie célèbre la messe noire de la matière contre l’esprit, le moyen est devenu le but; le nom sacré est écrit à rebours et les vertus des cieux en sont ébranlées.
Le père Félix disait naguère : « L’Industrie conti— nuant à marcher comme elle le fait depuis soixante ans sans l’influence chrétienne et sans une âme qui la relève vers les cieux, c’est le désastre qui se pré— pare et se fait tous les jours.
Grande et admirable machine qui saisira par sa robe soyeuse cette société magnifiquement parée pour en broyer sous ses rouages les membres délicats. » 1 Il voyait avec lucidité un des tenants les plus sai sissants de la question, et cette prophétie est en pleine voie de réalisation.
Le culte de l’impur Mammon est public, l’aurz’ sacra fames dévore tous les cœurs fermés sans retour à tout sentiment élevé parce que le veau d’or y trône avec tyrannie et en ferme la porte à la Foi, à la Charité, à la Justice. Qu’attendre de bon, dans ces conditions, des relations du capital et du travail, et la Bourgeoisie n’a-belle pas restauré l’an tique féodalité?
Le serf moderne est-il plus capable de sortir de sa servitude que le serf antique ? Le dé sespoir d’aujourd’hui est le frère de celui de jadis, ‘tous deux n’ont d’autre exutoire que la révolte sau vage; l’anarchie d’aujourd’hui sort du même gouffre que le Satanisme d‘hier. Plus le progrès avance vers
LA DOULEUR SOCIALE 233 la Foi, plus s’approfondit l’abîme dans lequel s’englou tiront les sycophantes qui prétendent le représenter. Oui, un glas d’alarme sonne sur nos têtes, c’est plus que le tocsin de la patrie en danger, c’est le rauque hoquet d’un monde en dissociation de molé cules.
C’est l’An-archie, l’a—morphisme suivant Ba kounine, l’apôtre de l’idée, dans les pays latins ; c’est cette erreur: l’autonomie de la personne humaine; le dernier mot de la société secrète athée, la mise en action du mot célèbre : « Ni Dieu ni maître! » C’est cette aberration: le rouage se prétendant à lui seul une machine, le membre se séparant du corps, l’ana lyse reniant la synthèse.
Eh bien! ce n'est pas un système, c’est une désa grégation ; ce n’est pas une espérance, c’est un recul; ce n’est pas un lendemain, c’est un abîme; ce n’est pas une conception humanitaire, c’est un phénomène physico-chimique, c’est le fruit maudit du ventre de ceux qui avaient juré la rénovatibn humaine dans la Foi et dans la Justice et qui n’ont rénové que les crimes antiques dans des oripeaux nouveaux.
La Franc-Maçonnerie athée, suivant un mot d’hier, « a interrompu la vieille chanson qui berçait la misère humaine »; elle a cru « tomber » Dieu, elle a tombé tous les dieux, ceux de la patrie et du foyer, et elle a rendu viles les passions, cette suprême cartouche de l’agonie des peuples, ce possible renouveau de leur grandeur éteinte. Le fusil de l’émeute ? Allons donc! et pourquoi? Il n’y a plus qu’un argument possible, le coup téné— breux, l’obscure anarchie, la bombe !
2 34 L‘INITIATION Le remède? Il est de la même essence que le mal jusqu'ici. Tout royaume divisé contre lui-même périra. Une organisation athée en lutte contre une anarchie satanique ne peuvent que se dévorer mu— tuellement dans le branle-bas des cataclysmes. i’ 4x Résumons cela: L’anarchie est la gangrène des ex trémités d‘un néoplasme évolué sans cohésion supé— rieure au lieu et place d’un corps primitif détruit.
Elle est la division de la Révolution et elle tend à dévorer sa mère. Le désespoir l’a pressentie avec Proudhon, le rêve creux l’a évoquée avec Bakou nine, l’orgueil offensé l’a matérialisée avec Kropot kine, la cacophonie l‘a caractérisée avec Karl Marx, J. Guesde et les innombrables autres qui l’ont fait voir sous son vrai jour, la Babel de la dissolution dans l’autonomie individuelle complète et l’inexprimable confusion des vues.
La Société contemporaine aurait-elle pu enkyster ce néoplasme à son heure? C’est peu probable. Dès la première manifestation de son existence lors de la Commune, elle comprit le danger et jparvintà le faire reculer; mais le coup était porté, retentissant; le cancer se développait et déjà le sang répandu pour les deux causes astralisait tragiquement l’idée.
Elle le pr0jcta sur une plage lointaine et crut l’avoir enchaîné, mais le cordon aromal était constitué, la télépathie du mal avait ses pôles et ses courants; bientôt, d’ailleurs, le mal rentrait dans son domaine, le corps social, et déposait ses oeufs tout à ,son aise dans la toison du géant.
LA DOULEUR SOCIALE 235 Le shake—hands international transmit à l’Europe entière le dangereux sarcopte, et elle ne s'aperçut de l’étendue de sa contamination qu’au bruit de la bombe. C’était l’anarchie avec son mot d’ordre Nada!
Son but: le retour à la vie élémentaire du sauvage: Déni de justice formidable jeté à cette progression de l’homme vers la réalisation de la trilogie suprême; salut final de son espèce: la foi scientifique en Dieu, la charité et l’amour de tous pour chacun et de cha cun pour tous et ,l’Espérance en l’avenir heureux réalisé dans l’équilibre idéal, dans la direction ration nelle et synthétique vers le but éternel de l’Espèce.
Tant de larmes, tant de sang, de martyrs, dehéros, de génies, de conquêtes, de nobles passions, de déli rantes angoisses à travers la lente évolution des siècles, pour ce gouffre: le néant de la race, cet abîme: le désaveu de son progrès, ce monstre: l’ananké anarchique, ce vampire: le nivellement mortel sous la bombe du sauvage de l’intérieur ouvrant la route au cimeterre du barbare de l’extérieur !
Tel est le résultat que nous promet ce cancer en activité, cette gangrène en puissance. Songeons que l’anarchie a ses martyrs et que du mur à l’échafaud, de la lunette au son bénit, les coryphées ont envoûté l’égoïsme contemporain pour l’attirer dans le tourbillon de leur sacrifice. Est—il besoin après cela d’analyser les théories du parti ?
De deux choses l’une, la société future selon l’anarchie sera sagement équilibrée et alors elle ne sera pas l’anarchie, ou elle sera l’anarchie et alors
236 L‘INITIATlON elle ne sera pas sagement équilibrée. Je défie les théo— riciens du système de sortir de ce dilemme. o: I ct Quel est donc le sens de ce glas de tempête ? L’anarchie a la vitalité de l’hydre. Les têtes cou— pées renaissent plus nombreuses à leur heure.
La gé— nération sans Dieu et sans pain qui voit le juif de tout ordre drainer avidement sa substance, le bour bier social qui se remue et fait remonter ses vieux cadavres qui phosphorent de nouveau, les grandes artères de la vie sociale qui charrient à pleins bords l’égoïsme, la convoitise et la prostitution; la médio crité érigée en Facultés et délivrant des diplômes pour tout usage de chasse à la monnaie, la division à l’in fini des faces de la question sociale. la colère de la veille, le dégoût du jour, l’indifférence du lendemain, la religion de l’appétit, la préoccupation incessante et malpropre de l‘emplissage de l’intestin et de la Vi dange du bas-ventre, la persécution du rire contre ce qui est sain, la conspiration du silence contre ce qui est vrai, l’athéisme ignoble, le cléricalisme égoïste et lâche, le croirait-on ? ô signe des temps! la charité quithésaurise, achète des rentes et construit des im meubles, le charitisme sous toutes ses formes, de venu une de nos plus terribles plaies, une des causes du paupérisme actuel, voilà le fumier gras qui nourrit le Mancenillier.
Est-il possible, humainement, de tarir le cours de ce fleuve de boue? Non, il débordera, fécondant peut (1) V. Mystique des trois vertus et Genèse de l’espérance. _..’i'î,Ïä'-ËiM&
LA DOULEUR SOCIALE 237 être enfin, nouveau Nil, le delta en friche de la véri— table sagesse sociale méconnue, à moins que, des profondeurs du Sphinx, ne surgisse, ô fatalité pro— bable ! un Alexandre qui tranchera le nœud infâme du débat actuel et, gobant l’huître en délire, fera avec ses écailles des œillères à son cheval de guerre. La rétrogression synthétique est contraire aux lois de la nature.
Quand un collectif organique a perdu dans la déviation ignoble le sens de son ascension, quand il est mort dans l’autophagisme passionnel et vil, son essence se sublime et infuse à celui qui est appelé à le remplacer le sens ascensionnel de la gran deur à laquelle il n’a pu atteindre lui—même.
C’est ainsi que de sublimation en sublimation d’essence de règne, la Nature produit, prépare et anime ses règnes supérieurs, c’est ainsi que, de folies en folies, de jeunesse en adolescence, en âge mûr et en sagesse, l’humanité se dépouillera de ses grossières écorces et deviendra le vrai corps social élu pour la paix, collectif synthétisé dans l’ordre, l’amour et la foi, promesse auguste du millénaire symbolique auquel succédera la ténébreuse décrépitude et la chute des vertus du ciel écrasant l’agonie humaine rede venue obscurément blasphématoire dans son rôle final incompris.
Sera-ce donc l’anarchie qui présidera à la confédé ration des frontières et des peuples pour la cause de la paix? Non. parce qu’elle est une vivante contra diction, un défiimpur jeté à la grandeur humanitaire, lorsque, proclamant néant le dogme de l’Esprit, elle rend à la matière la liberté de son unique essence
238 L’INITIATION -1 qui est la chute dans la mort et la décomposition. Attila, soit, elle pourra l'être ou lui préparer les voies. Deucalion ? Jamais.
Fléau de Dieu, génération spontanée de barbares, elle sera peut-être le vomitif providentiel qui rénovera la santé d’une race, mais qu’elle ne compte pas même sur le court triomphe de l’Antechrist, elle n’a pas de mission, elle n’a pas de but;excrément d’un matérialisme en délire, allant vers le néant au nom de la matière, elle porte au front le sceau du mal et le cachet sathanique. au* Latins, votre forte race dévoyée agonise avant l’heure.
Vous avez commencé par mettre l’acarus ro main sous la forme du droit, dansle robuste fruit vert Celte-Gaulois, votre jeunesse en a été empoisonnée, votre adolescence bouleversée. Juvénal, Petrone et Martial n’auraient pas assez d’ironie sanglante pour le patens hiatus de votre débauche.
Le sectarisme religieux et politique vous a égarés, et, quand vous avez voulu prendre le triple et glorieux drapeau, vous avez oublié d’en marquer la hampe au sceau divin. Votre châtiment s’approche. Nul ne sait quel abîme récèle le voile épais de l’avenir, mais, si la science hermétique n’est pas un vain mot, l’astral de votre race charrie la foudre, et vous avez sublimé des germes puissants de tempête.
L’apostasie sous toutes ses formes est devenue votre souffle et la dominante de vos soubresauts, sur ce lit de Procuste d’où vous ne vous relèverez pas entiers. Eh bien! ayez le courage d’une nouvelle apostasie qui sera glorieuse et salvatrice ! au‘ 1
UN CAS DE LUCIDITÉ SOMNAMBULIQUE 239 Reniez vos cuistres de toutes sortes, dont la fausse et néfaste science enlise les puissances de votre cer— veau !
Vous avez perdu la Foi dans le cléricalisme (I) étroit et l’hypocrisie égoïste; régénérez-la dans la Science divine large et la Sainteté humaine imper sonnelle; régénérez la formule du pouvoir avilie par l’individu et l’analyse dans la fraternité des droits et la synthèse des devoirs, unissez franchement la Foi et l’Amour, la Fraternité et la Sagesse, et vous serez sauvés, peut-être ; et c’est là ta dernière espérance, ô race latine,.ô notre mère, toi dont les nerfs brisés vont arrêter le cœur!
LOUIS LE LEU. film flas de lucidité sammambulique Les faits que je désire raconter sont antérieurs à toute étude faite par moi d’occultisme, ce qui leur donne à mes yeux une importance beaucoup plus grande.
Dans les dernières années de mes études médicales, je m’étais adonné surtout à l’étude de l’hystérie et de l’hypnotisme, et un certain nombre de mes observations les plus intéressantes furent faites sur une femme que j’eus pour maîtresse à cette époque. \ Que l’on m’excuse de parler de faits personnels, (1) Ce mot est pris dans le sens de déviation cristallisée
240 L’lN1TIATION mais, en matière occulte, le témoignage direct peut seul avoir quelque valeur. En dehors des expé— riences d’hypnotisme, je remarquai chez cette femme un rapport de sympathie entre elle et moi, tel que, moi absent, elle avait l’intuition de ce que je faisais et parfois m'étonnait par ses révélations. Je ne veux citer que la dernière et la plus impor— tante, surtout par l’expérience de seconde vue qui la termine.
Je venais de passer près de trois ans en extrême Orient, et pendant ce temps j’avais eu. en mariage temporaire. une congai‘ indigène qui, au moment de mon départ, se trouvaitenceinte de sept mois. Ma maîtresse française, avec qui j’étais resté en relations pendant toute mon absence, pouvait bien se douter que j’avais eu une femme indigène, mais ne savait à son sujet aucun détail.
Or, dès les premiers jours de mon arrivée, elle me parla, d’un air d’assurance, de ma congaï, puis m ajouta : — Et tes enfants i" —- Des enfants! Mais je n’en ai pas ! —— N‘essaie pas de me tromper, tu en as eu un, il n’y a pas longtemps. — Mais je t’assure que non. —— Alors c’est que ta congai‘ n’est pas encore accou chée. C’était vrai, et je dus en convenir. La conversation continua : —- Et l’autre ? — Quel autre?
UN CAS DE LUC[DITÉ SOMNAMBULIQUE 24.1 / -— L’autre enfant. , — Mais je te jure que je n’en ai pas eu! -— Tu ne dis pas la vérité, tu as dû en avoir un vers le milieu de l’année dernière. — Mais non l ' -— Pourtant ta congaï était enceinte au commence ment de l’année.
C’était encore vrai, ma congaï avait fait une fausse couche de quatre mois en avril ; je dus encore en con venir. — Mais comment as—tu su tout cela? -— Je l’ai vu, je l’ai su je ne sais pas comment, comme j’ai su bien d’autres choses de ce que tu as fait, et puis un matin, à la fin de janvier, j'ai trouvé une lettre sur ma table, une lettre que je t’écrivais pour te dire que je savais que ta congai‘ était enceinte et que je ne t’en voulais pas, et depuis souvent la nuit je vous ai vus; elle se promenait, et je reconnaissais toujours bien quand c’était elle.
Il est à noter que, vu les différences d’heures, lors qu’il fait nuit en France, il est grand jour là-bas. J’hypnotisai ma maîtresse, et j’eus ainsi des détails assez précis sur ses rêves, dont beaucoup étaient exacts. La lettre trouvée sur la table avait naturel lement été écrite pendant un accès de somnambu— lisme. .
Deux mois environ après, j’étais inquiet de ne pas avoir de nouvelles de ma congaï, dont l’accouchement devait avoir eu lieu depuis longtemps. Songeant aux visions anciennes de ma maîtresse française, je voulus essayer de me servir, si possible, de sa seconde vue,
242 L‘INITIATION et, m’étant entouré d’objets rapportés de Chine, bijoux ou autres et les lui ayant mis dans les mains après l’avoir hypnotisée, voici ce que j’obtins : Presque aussitôt, sur suggestion impérative, elle me dit qu’elle voyait ma congaï. — Où celà?
Dehors, dans sa maison ? —- Comme dans une petite cabane; elle est assise comme sur un lit de camp, mais qui est en petits morceaux de bois; il fait chaud, il y a du feu en dessous. —— Que fait—elle? — Elle pleure, et elle regarde un portrait. — Le mien P — Non, celui de Marcelle.
Ceci me parut curieux, les Annamites n’accouchent jamais dans leur maison et font construire tout à côté une minuscule paillotte avec une porte d’en trée, sans fenêtres; elles accouchent sur un lit de camp en treillis de bambous sous lequel elles font un feu ässez violent pour déterminer parfois des brûlures au premier degré et dont la fumée joue le rôle d’un excellent antiseptique. Elles y restent un mois.
Or ma maîtresse ignorait certainement presque tous ces détails. De plus, pendant la première grossesse de ma congaï avait disparu de chez moi le portrait d’une petite nièce, nommée Marcelle, qui, parait-il, me ressemblait beaucoup. J’avais toujours sOup— çonné ma congaï de l’avoir pris, car elle passait des heures à le regarder, voulant, disait-elle, avoir un enfant pareil. Ce fait n’était connu de personne, de ma maîtresse moins que de quiconque. C
UN CAS DE LUCIDITÉ SOMNAMBULIQUE 243 Continuons : — Comment est-elle habillée? — Un pantalon noir, un jsarreau blanc et comme un turban roulé autour de la tête, blanc. C’était le costume de deuil annamite, costume qu’elle ne pouvait encore connaître; inquiet, je de. mandai : — Tu vois l’enfant! —— Non, il n’y en a pas! —— Tu ne sais pas où il est ? — Non, il n’y en a pas.
Persuadé de la mort de l'enfant peu de temps après les couches, je réfléchissais un instant, quand d’elle même, elle me dit : — Tiens, voilà une vieille qui rentre. Ah ! tiens ! voilà l’enfant, elle le lui donne, et elle lui montre le portrait en même temps; elle ne pleure plus, elle rit, toutes les deux causent.
Cela me surprit ; changeant le cours de mes idées, je repris : — Mais où était l’enfant ? _ — Je ne le voyais pas, il était derrière elle dans le fond, et il fait nuit parce qu’il n'y a pas de fenêtre. — Comprends-tu ce qu’elles disent P —- Non. Elle reprend l’enfant, et elle lui donne à téter. -— Est-ce une fille ou un garçon? — Attends... Je crois que c’est un garçon. La conversation s’arrêta là, car, presque aussitôt, ma maîtresse me dit qu’elle ne voyait plus rien,
244 L’lNITIATION ‘ qu’elle était fatiguée, et je ne pus obtenir de nou— velles visions. Je restai donc avec, comme idées nouvelles pour moi, les points suivants : 1° Ma congaï était accouchée ; 2“ Elle était en deuil; 3° L’enfant vivait pourtant, et c’était un gar çon.
Or, par le courrier suivant, je reçus ùne lettre m’annonçant la naissance d'un garçon que ma congaï nourrissait elle-même et, trois semaines après, une nouvelle lettre me donnant d'excellentes nouvelles de l’enfant et d’elle-même, mais m’annon çant la mort récente de son père. Le courrier mettant un mois au moins pour venir en France, le deuil était expliqué.
Outre les détails de mœurs précis et que ma maî tresse ne pouvait connaître, il y a donc en annonce exacte de nouvelles dont ni elle ni moi nous ne pouvions nous douter, au moins de la dernière. Que d’autres en tirent des conclusions, je ne veux apporter que le fait dans sa rigoureuse obser vation. ' Dr L.
I.A SAINTE GNOSE EN FRANCE 24.5 fia ÉAINTE finasr EN] MANGE L’INSCRIPTION D’AUTUN C’est vraisemblablement vers la fin du 11° siècle de l’ère chrétienne que la Sainte Gnose pénétra en France. Dès cette époque, nous constatons. dans la vallée du Rhône, à Lyon plus spécialement, l’exis tence des deux courants (continents et dissolus, ascètes et cyniques), que l’on retrouve partout où le souffle gnostique a passé.
Le premier est représenté par les disciples de Mon— tanus, venus de Phrygie, notamment par cet Alexan dre, qui remplit le monde du bruit de ses charismes et de ses austérités, et par cet Alcibiade, qui, selon Renan, repoussait presque toute la création comme impure et s’était voué à une rigoureuse xérophagie.
Le second s’incarne dans Markos, qui exigeait de ses recrues féminines un abandon absolu a son vou loir et qui pratiquait peut—être déjà la communion étrange renouvelée, dit-on, par le chanoine Boullan, en cette même cité lyonnaise toujours disposée à adopter les innovations cultuelles. La Bonne Nouvelle tarda peu à franchir le rempart montagneux, qui clôt vers le nordouest le bassin du Rhône et à passer dans celui de la Loire. Des diacres la portèrent jusqu’à Orléans, qui deviendra bientôt un foyer de foi ardente et qui, au temps du roi Ro
246 L’INITIATION bert, aura ses martyrs, dans la personne de Lisoge et de ses compagnons, dont si pieusement l’aimable Constance perça les yeux d’une épingle d’or. Mais revenons sur nos pas, à la fois historiquement et géographiquement.
Nous sommes au 111e siècle, et dans la vallée de l’Arroux, vers le cours supérieur de la Loire, en cette région prédestinée à toutes les éclosions ecclésiales, depuis les sombres dogmes du Druidisme jusqu’au mysticisme sensuel de Marie Alacoque. Là, la Gnose eut ses autels, ses diacres, ses évêques, ses conventicules, ses parfaits et ses parfaites.
Mal heureusement, là comme partout, un vent de des truction a sévi, emportant les souvenirs vivants de notre sainte Église. Un reste, — un seul! —— échappé au grand naufrage subsiste encore. C’est une inscrip— tion sur marbre blanc trouvée en 183g,à Saint-Pierre l’Etrier, aux environs d’Autun, et transportée depuis au musée de cette ville.
Dès mon jeune âge, j’eus la passion de l’archéo— logie; une de mes joies et aussi une de mes récom penses scolaires, c’était la visite de ce curieux musée, si riche en souvenirs gallo—romains! Il me souvient intensivement du jour où, pour la première fois, cette inscription frappa mes yeux.
Elle m’at’tirait, me fascinait avec ses longues lettres ar chaïques, tassées, enchevêtrées çà et là de minuscules vagues, où je n’entendais, à vrai dire, que du haut allemand. Heureusement on avait eu soin de placer à côté d’elle une traduction approximative en gros caractères. Ce mot 1X®TE placé au début du mor »—Ç-n-mü"
LA SAINTE GNOSE EN FRANCE 247 «e ïr.taL_ ceau, reproduit en acrostiche et répété aux dernières lignes, flamboyait à mes yeux comme une sorte de mystérieux schéma, de verbe auguste tout rayonnant d’évocatrices magies. C’était comme si j’avais confusément pressenti que ce texte sacré serait pour moi l’objet d’une pieuse étude, quarante ans plus tard.
Bien des savants se sont occupés de cette inscrip tion du musée d’Autun, depuis le Cardinal dom Pi— tra et Mgr Devoucoux, qui les premiers en donnèrent une interprétation ingénieuse, jusqu’aux érudits alle mands: les Franz, les Kirchofi,les Otto Pohl,les Dich— ner, jusqu’au PP. Secchi et Garucci, et à MM. Lenor mant, le Blant et Maunoury, le distingué hellé niste (I), mais personne n’a vu qu’il s’agissait là d’un hymne gnostique.
Bien plus,un savant autunois (2) y veut systémati— quement lire une protestation contre ce qu’il appelle les hérésies de Marc et de Valentin et même -— qui l’eût cru ? -— une réfutation anticipée des doctrines de Luther et de Calvin. ' Vainement il reconnaît que la forme des lettres rappelle les inscriptions provenant de l’Asie Mineure.
Or, on sait qu’un groupe gnostique parti de Pépuze, capitale asiatique du Montanisme, émigra dans la vallée du Rhône et remonta jusqu’en Bourgogne peu de temps avant la date probable assignée par la plupart (1) Renan la traduit aussi, mais en l’enjolivant. Cf. Orig, chrét. (2) Bulletin de la Société éduenne, I888, t. XVI, article de M. Roidot. ’
248 L’INITIATION ' des savants à l’inscription qui nous occupe, mais ce n’est là qu'une pure appréhension, sur laquelle nous n’insisterons pas.
Voyons le texte tel que le Bulletin de la Société Eduenne le publie : ’Ixflüo; oûpoivtou ‘)sïov yévoç, *?j‘ropt UE|U.VÇ) Xp‘rjtxe Àei6mv Cwfiv o’ip.€porov êv flpo’rsmç @smtsatifiv i53arwv, r'ijv a‘rjv, q)€Âs, OoiÂ1reo \jJUXT)V, "Ï’Bounv devoitozç nÂoueoäérou I‘Jmpf1;ç, Eun?,poç 3' e’t7tt’5V p.eÀt’qôéat Àaiy.€ozve j3pûiy.ov, 'I‘Ic‘its, niv... îy_0iav ’a'7_mv 7takaip.ou:. - u . . .
Suivent cinq lignes, en grande partie lamentable ment tronquées par suite des diverses fractures de la pierre et qui ont donné force tablature aux épigra phistes, sans qu’ils aient pu d’ailleurs s’entendre sur le texte perdu. On se trouve là dans le domaine de l’absolue fantaisie.Tenons-nous-en aux six lignes que nous venons de transcrire, qui,malgré une ou deux lacunes faciles à combler, offrent un sens parfaite ment clair et complet.
Traduisons, sans nous attarder comme d’autres l’ont fait, en d’oiseuses digressions grammaticales, qui n’ont du reste aucune importance, relativement à l’intelligence du texte. Matière d‘école et non d’Église !
Il nous indifière, par exemple, que la grécité du mot ;(p‘tjd‘s soit contestable, le sens ne nous laissant aucun doute. _ « Race divine du céleste IX®TE, avec un cœur res « pectueux, puise la vie immortelle, parmi les mor « tels, abreuve-toi aux ondes divines. Ainsi, réchauffe
LA SAINTE GNOSE EN FRANCE 249 « ton âme dans les eaux intarissables de Sophia, dis— « pensatrice de richesse ; prends l’aliment doux comme « le miel du Sauveur des Saints. Mange, bois, tenant « dans tes mains l’IX®T2. » Cette inscription, nous allons’ le démontrer, est à double entente et peut aussi bien donner satisfaction à un continent rigide qu’à un disciple de Markos.
« Race divine du céleste IXŒ)TE «, c’est—à—dire « enfants de Christos, fils de .Dieu, incarné en Jésus, pour la délivrance des Psychiques », et dans ce cas le mot IXt—)TE est nécessairement constitué par le mo nogramme des cinq mots : ’lm<ñ; Xptor‘o: 8593 Tlôç Enl'r’tj9.
Mais c’est tout un monde que cet IX®YE; au dire de saint Augustin, ce mot est écrit également sous forme d’acrostiche, dans un des arcanes de la Sibylle d’Erythrée; or cette Sibylle était contemporaine de la Guerre de Troie.
Au surplus, le poisson que désigne ce vocable grec est un emblème phallique, que vo lontiers les dames égyptiennes et les matrones ro maines portaient en pendants d’oreille, et à l’époque chrétienne il est encore considéré comme un talis man précieux, témoin le petit poisson de verre, con temporain de notre inscription, lequel On voit égale— ment au musée d’Autun, Loin donc que ce soit le rapprochement fortuit des cinq lettres en question, qui ait donné lieu à la figuration du poisson comme symbole chrétien, c’est au contraire le vieil emblème phallique, dont on s’est ingénié à adapter la signifi cation à l’idée chrétienne. « Avec un cœur respectueux, puise la vie immor— !".. "»'W J4..—
250 LïNlTlATION v w - --—aq telle parmi les mortels; abreuve-toi aux ondes di vines. » L’auteur du poème exhorte le Gnostique vraiment féru de l’amour, du Plérome, à s‘isoler du monde hylique et à s’approcher de ces sources mys— tiques chantées par Synésius. « Réchauffe ton âme dans les eaux intarissables de Sophia », vient encore amplifier le sens du premier distique.
C’est la Sophia céleste, la mère ineffable de toute science qui est ici désignée, Sophia, la dispen satrice glorieuse des trésors intellectuels. Ce seul mot - Sophia éclaire d’une lumière gnostique incontestable tout l’ensemble du morceau; s’il se fut agi d‘une inscription orthodoxe, c’est II€a-n;, la Foi, et non Sophia, que l’on eût gravé sur ce marbre.
L’épithète oievoizoç, que je traduis par intarissable, est une forme décadente ’oîe’wouoç, qui estelle—même une forme poétique pour oieivœoç; il faut la rattacher au radical a’zei, racine d’azîo’w, Eon. Détail, non sans valeur, qui vient encore corroborer notre opinion que le ré dacteur de l’inscription obéissait à une pensée gnos tique.
« Prends l’aliment doux comme le miel du Sauveur des Saints. » La phrase désigne indiscutablement la nourriture eucharistique. / « Mange, bois et... adore » (supposent les savants) : ces mots ne laissent aucun doute sur le sens de la ligne précédente. Quant à l’expression: « tenant l’IX®YE entre tes mains », il faut un puissant effort de bonne volonté pour lui attribuer un sens pure ment mystique.
Nous croyons qu’il y a lieu d’y voir le souvenir d’une cérémonie phallique, empruntée æ—"N44'4* <'r" 4' .p-»« ;-<- »-’ 1 -.—.««Av—AN......._,..4w 4h,a.,..,.
LA SAINTE GNOSE EN FRANCE 251 par Markos aux rites égyptiens et que l’IX®Y’E ici n’est autre chose que l’appendice viril tenu parla main gauche du communiant, comme signe d'immo lation ou plutôt d’oblation de sa propre chair, en échange du pain sacré. Que l’objet lui-même fût, à l’époque de l’inscription, remplacé, sous mesure de décence, par un de ces symboliques poissons dont nous avons déjà parlé, c’est une hypothèse fort ad missible.
Dans tous les cas, le mot ’éxwv, qui signifie ayant, possédant, tenant, ne saurait être traduit par recevant; il s’agit d’un objet que le communiant a déjà entre les mains : mMpnutç, au moment où il s’ap— proche de la table sainte. Plus d’une équivoque s’étale, on le voit, sur ce vieux marbre; c’était voulu, sans doute. Par ainsi ’ Markosiens et MontanisteS pouvaient lire l’inscrip tion avec le même religieux respect.
Comme cette poésie finit par une épitaphe, autant du moins que les mots tronqués qui la terminent, et que nous ne reproduisons pas, le laissent supposer, on comprend parfaitement que le poète ait songéà attirer, par l’amphibologie calculée du texte, les prières de tous les Gnostiques qui la liraient, à quel— que confession qu’ils appartinssent. + SYNÉSIUS, (FABRE DES ESSARTS), Patriarche Gnostique. %Mu«...«. '.A».__-.-\__Wq.,
259. L’INITIA'I 105; ne m’annnaaaou J’ai lu, il y a peu de temps, les Souvenirs d’un pri— sonnier allemand, par M. Fontane, un Allemand qui raconte sa captivité, douce captivité, pendant la guerre de 1870. Le livre est admirablement traduit ; le style est vraiment français, et les idées, les obser vations piquantes, fines parfois, lui donnent une sa veur gauloise.
Il faut dire, comme son nom l’indique, que l’auteur descend d’une de ces familles d’émigrés, de ces proscrits de Louis XIV, victimes de la révo cation de l‘Edit de Nantes. J’ai retenu cette pensée de M. Fontane : « On dit souvent que notre sens moderne a vaincu le Catholicisme qui n’est plus qu'un écho du moyen âge. Cela est possible.
Mais ce que notre sens mo derne a aussi certainement vaincu, ce sont ces paroles vides et ne répondant plus à rien. Tout le monde peut en dire, comme tout le monde peut dessiner un arbre, ou mettre un sonnet sur pied, mais personne ne s’y laisse prendre. 11 faut traiter les questions avec plus d’envergure.
« Nous sommes tout au moins sur la voie qui mène à cette conception plus large dont je parle; mais ce que j’ai vu en France du Protestantisme m’a laissé une impression infiniment triste. A Lyon, le gardien-chef m’avait remis entre les mains un livre . _,_.
DE L’ÉDUCATION 2 53 de prières contenant environ deux cents invocations pour toutes les situations où l’on pouvait se trouver. Chacune de ces prières était tout au plus longue d’une page ou deux. Sous ce rapport donc, c’était très bien, et cependant j’eus grand’peine à en lire seulement une dizaine: je n’ai jamais vu de prose plus indigeste. Pas le moindre sentiment de ce qui est vraiment la vie ; tout n’était que phrases pieuses.
Et la phrase pieuse est la pire de toutes les phrases. » Je ne sais si tous les livres pieux du protestantisme sont aussi vides ou creux. En tous cas, la parole de certains pasteurs, de ceux du moins que j’ai pu en tendre. ne ressemble en rien à ces phrases pieuses. Pieux sont leurs discours, mais vifs, clairs, ardents ils sont. Pieuses sont les prédications des prêtres catholiques, mais touchantes, simples, persuasives elles sont.
La parole de ces derniers frappe d’autant plus l’esprit des auditeurs que leurs yeux sont plus charmés. Le Protestantisme ignore la magie du Culte; voilà sa faiblesse. Il parle plus au cerveau qu’au cœur. Le Catholicisme parle à l’homme tout entier; mais il éveille d’abord la sensibilité, puis le sentiment et enfin ébranle la raison. Il n’impose ses dogmes qu’après avoir fait le siège de toutes les puissances de l’être.
Telle est la base de l’éducation. Vous n’attirerez, vous ne séduirez l’enfant qu’en agissant sur ses sens, d’abord. Laissez de côté sa rai son ; elle sommeille et vous ne pourrez rien sur elle. A mesure qu‘il grandit, insinuez-vous dans son cœur, wmm...«,«,m...»..« . . ....,,. v. \ ._»‘ , ,...œg...;.e .vu. v—-—n—.—u._.._ maA
2 54 L'lNITIATION faites vibrer dans son âme les douces émotions. Par les sens, il aura connu la douleur physique; il fera refluer jusqu’au cœur cette sensation qui va se trans former en sentiment. Il comprend déjà que les êtres qui l’environnent souffrent comme lui, et voilà la pitié éveillée. C’est le moment de parler à sa raison : elle vient d’éclore avec la première larme.
A la vue des maux d’autrui, il voudra en connaître la cause, il voudra chercher le remède. C’est alors qu’il faut lui infuser la science: science des faits et des lois, mais aussi science des causes et des prin cipes, science de relations de cause à efl“et, en remon— tant toujours jusqu’à ce qu’enfin il trouve Dieu. Seulement, ménagez-le. C’est encore un enfant, songez-y. Agissez prudemment, lentement. Laissez le digérer; évitez la satiété.
Provoquez sa curiosité; tâchez qu’il s’instruise lui-même sous votre direc tion paternelle: ce n’est pas vous qui devez l’ins truire, c’est lui—même qui doit s’instruire. N’éveillez pas trop de désirs à la fois ; modérez-vous, modérez-le. Présentez-lui des images simples et agréables; donnez-lui des livres attrayants et à sa portée. C’est ainsi que vous exciterez en lui le goût de la lecture et des arts.
Surtout prenez grand soin à lui éviter les spectacles où s’étale le vice ou simplement la laideur morale. Gardez-vous des ouvrages où la vertu est aux prises avec les passions, même lorsque l’auteur fait triompher la vertu. Et enfin, quand son âme aura été ainsi préparée, at yq.v-,-. _,. _
DE L’ÉDUCA'LION 255 quand l’âge aura fortifié son corps, il pourra sans danger entrer dans la vie: il saura discerner le Bien et le Mal; il voudra pratiquer l’un et éviter l’autre, non parce qu’on le lui aura dit, mais parce qu’il aura compris. :4 Voilà l’homme: un composé de sensibilité, d’intel— ligence et de volonté. Tout est préparé harmonique— ment en vue de l’élévation toujours croissante de son être moral.
Votre rôle d’éducateur est terminé. Reste l’autre éducation: l’éducation spirituelle. Vous avez formé l’être psychique, vous lui avez appris à penser età vouloir. Vous ne pouvez plus rien. A lui de faire le reste. ’ Pour le moment, il ne peut être question que de _ l’éducation pédagogique, celle qui tend à former l’homme complet, à lui donner tout ce que l’homme peut donner à l’homme. L’Inspz’ratz‘on fait le reste.
L’éducation actuelle atteint-elle ce but? M. Alfred Fouillée a publié dans la Revue des Deux Mondes un article documenté, mais seulement documenté, où il fait ressortir les lacunes et les erreurs de l’enseignement laïque. Il constate d’abord la progression des délits et des crimes chez les enfants mineurs.
A Paris, plus de la moitié des individus mis en état d’arrestation n’attei— gnent pas leur majorité, et leur perversion est au-des sus de tout ce qu’on peut imaginer. « On remarque, écrit I\’I. Guillot, juge d’instruction, dans les actes des jeunes accusés, une exagération de WM.-N‘._V..,_._ , , _ _\ <_ mac—n‘n—“4r 'u__
férocité, une recherche de lubricité, une forfanterie de vice qui ne se rencontrent pas au même degré dans un âge plus avancé. » Le défaut général de notre système d’éducation, ajoute M. Feuillée, a été la prédominance de la‘ con— ception intellectualiste et rationaliste héritée du siècle dernier, et qui attribue à la connaissance surtout scientifique un rôle exagéré dans la conduite morale.
L’enfant aura beau apprendre la règle de trois, les caps de la Hollande et les lacs d’Amérique, l’histoire du vase de Soissons, ses penchants n'en seront pas mo— difiés. Eh! sans doute, ce n’est pas cette connaissance—là qui fait l’homme moral.
Mais ne confondez pas nos sciences qui ne sont que des analyses poussées très loin de tout ce qui tombe sous les sens, avec la science qui comprend les vôtres et bien d’autres encore, avec la science qui croit parce qu’elle sait, qui veut parce qu’elle peut, qui aime parce qu’elle comprend, qui achemine l’homme vers des destinées que, vous autres pauvres petits savants armés de votre micros— cope et de votre télescope, vous ne parviendrez jamais à découvrir!
« Si l’instruction, disait Socrate, ne donne pas un esprit juste et sain, elle ne fait que rendre les hommes plus mauvais en leur fournissant plus de moyens pour faire le mal. » t >4u 2 56 L’INITIATION [SEPTEMBRE | Ces idées que nos modernes laïcisateurs ont taxées de rétrogrades, de surannées, qu’ils ont attribuées aux partisans de l’obscurantisme, du cléricalisme, du
1897] DE L’ÉDUCATION 257 syllabus, nous les trouvons, comme on voit, chez des penseurs, chez des observateurs qui étaient ou sont loin d’être ce que des esprits superficiels veulent nous faire croire. On aessayé de remplacer l’idée religieuse, c’est-à— dire les aspirations naturelles vers une destinée ultra terrestre, par une conception étroite, fausse, anti—na turelle, de la Vie.
Ces prétendus Naturistes n’ont aucune idée vraie de la Nature ou plutôt de toute la nature. La Religion, c’est-à—dire le lien qui relie tous les êtres de la Nature entre eux, depuis le minéral jus qu’aux Puissances insoupçonnées de l’Espace, en pas sant par l’homme, depuis le globe le plus infime, de— puis l’astéroïde jusqu’aux Soleils, depuis les Soleils jusqu’au Foyer central, cette Religion simple, vraie, naturelle a été incomprise ou rejetée.
On a pris l’homme dès leberceau et on l’a consi déré comme une production spontanée, comme un être tout neuf, à qui on doit tout apprendre et qu’on doit façonner et modeler d’après les conceptions étroites de notre petit monde. Et que va-t-on lui apprendre?
Que la vie est une lutte d'individu à individu, de peuple à peuple, qu’il doit être fort, afin de secourir... non de dévorer le faible; que la concurrence est une loi naturelle, qu’elle est non seulement permise, mais qu’elle est nécessaire. A la vérité, on lui dira qu’il y a des lois cz'm’les qui réglementent cette concurrence, et qu’il dort leur obéir. Pourquoi doit-il leur obéir? — Parce que l’or 9
258 L’INITIATION ‘*7fi dre y est intéressé, et que sans l‘ordre. la société ne peut subsister.—- Et pourquoi la Société doit-elle sub— sister? Et quel intérêt a l’individuà ce qu‘elle sub siste, s’il ne possède rien, n’espère rien, ne craint rien ? Car, vous le savez, l’homme naît, vit et meurt, sans l’espoir chimérique d’une vie future.C’est à lui de trouver son paradis sur la terre. ' L’éducation est donnée en vue des jouissances.
Oh ! ne nous querellons pas sur les mots. — L’homme veut jouir; je parle, bien entendu, de l’homme sorti de vos mains, laïcisateurs. — Et la jouissance est va— riée. Aux uns il faut la richesse, aux autres la gloire ; à celui—ci la bonne chère, à celui—là le libertinage. . Oh! je sais bien.
Vous direz à votre néophyte qu’il faut fuir les plaisirs honteux, que le travail c’est la liberté, qu’il est déshonorant de se livrer à la débauche à l’ivrognerie ou au vol, que l’honneur doit être son guide. L’honneur ! Le travail! La liberté ! Quels mots vides de sens, quelles billevesées pour celui qui peut se procurer ses jouissances préférées, en sauvant les apparences ! Cependant, je le veux bien.
Oui, l’homme qui naît de parents riches et qui tient à conserver sa fortune et la considération de ses semblables, observera les lois de l’honneur. Et pourquoi? Parce que c’est son intérêt et qu’après tout cela lui est facile. Mais l’enfant abandonné, misérable, sans espé rance? — Par habitude peut—être et à force de l’en—
DE L’ÉDUCATION 2 59 tendre répéter, il essaiera de se conduire en homme d’honneur. Mais, sachant que la vie n’est qu’un ins— tant, que c’est au plus fort et au plus adroit, il ne courra pas grand risque, s’il estfort et adroit, de ren verser cette barrière fragile et vermoulue sur laquelle vous avez inscrit le mot honneur.
Et,comme la carrière est ouverte toute “grande devant lui,il ne s’arrêtera que... quand les gendarmes l’arrêteront au nom de la Loi. . — Quelle loi? Celle que vous lui avez enseignée, sans doute, mais que vous avez été impuissants à lui faire respecter. Lui avez-vous donné un esprit sam et juste P 'A' «4’!
Vous avez confectionné une morale de convention, modelée sur vos étroites conceptions et {que vous avez appelée civique pour bien marquer qu’elle ne doit pas être confondue avec une autre.
Et cette morale à qui vous donnez ce nom, alors que le seul qualificatif qu’elle mérite est celui de conventionnelle, que con tient—elle, que comprend-elle P ‘ Je m’empresse de le dire tout de suite: elle est excel lente en soi, elle est même parfaite, mais elle manque de sanction.
« L’enfant doit obéissance à ses parents, respect à ses maîtres, dévouement à sa patrie... » -— Mais ne sentez-vous pas quel’enfant à qui vous enseignez admirablement les lois de la mécanique, de la physique des écorces, voudra chercher la cause de ces devoirs P Et que lui répondrez-vous? a, “Wk’ 2«._...._LA,
260 L’INITIATION 1 î -.. ; _ËŸ i'.'..=« -.n—-..». ‘ 'i" ‘ . Sans doute que c’est pour lui une dette de recon naissance. — Pourquoi la reconnaissance? Car l‘en fant qui grandit, qui devient homme, se pose tôt ou tard ces questions, et il devient fort embarrassant. Ennuyé, agacé, vous serez forcé de lui répondre. Quoi ? — Qu'il en sera récompensé? Et comment et par qui?
S’il a des parents barbares, vicieux, com— ment et pourquoi leur doit-il le respect, la reconnais sance ? —— La Patrie? Mais n’est—elle pas l’image agrandie de la famille? Que lui donne-t-elle, la Pa— trie? L‘abrite—t-elle quand il a froid et qu’il est nu ? Lui procure—t-elle le bien-être, s’il est sans pain et va gabond ? Avouez donc tout haut ce que vous pensez tout bas. Votre morale est bonne pour ceux qui ont intérêt à la voir pratiquer.
Son meilleur et son plus sûr gardien, c’est le gendarme. Votre disciple ne voit nulle part de sanction . Vous ne la voyez pas davantage. Et, comme vouslui avez apprisà raisonner, il vous rétorque vos arguments, et du raisonnement il passe à l’action. a . .
Il faut, dit M. Fouillée, si l’on veut s’attaquer effi cacement aux causes réelles de démoralisation de l’en fance, réformer l'école, en faisant en sorte qu’elle dis— tribue, avec l'instruction strictement nécessaire,l’édu— cation religieuse et morale indispensable pour former au bien ou guérir l’âme des enfants. -— Et, il ajoute ; Quelque opinion qu’on ait sur les dogmes religieux, encore faut-il reconnaître cette vérité élémentaire de . - m . -. ....... .. -" -...«. _h—_‘”
DE L’ÉDUCATION 26 I sociologie, que les religions sont un frein moral de premier ordre et, plus encore, un ressort moral. M. Fouillée est un universitaire, métaphysicien abstrait, se payant de mots et de phrases académi ques. Qu’entend—il par l’instruction strictement néces— saire P A quoi reconnaît-on qu’elle est suffisante ?
Tel élève est capable des plus hautes conceptions; tel autre, à l’intelligente bornée, n’arrivera qu’à s’as similer des rudiments. Les aptitudes varient jusqu’à l‘infini. Les uns sont portés aux spéculations abs— traites ; les autres aux arts plastiques ; ceux—ci à l’appli— cation,ceux—là à la théorie pure. Il y en a qui excellent dans la poésie, d’autres dans les sciences naturelles.
Non, on ne saurait pousser trop loin l’instruction ; mais cette instruction, endehors des notions géné rales et nécessaires à tous doit être distribuée diverse ment, suivant les idiosyncrasies, suivant la récepti vité. Elle doit être accompagnée de l’éducation mo rale, et elles doivent marcher de pair. llluminez la Vie; donnez, précisez le but, et vous aurez Fait assez.
Que signifient ces mots: quelque opinion qu’on ail; et ceux-ci : les religions sont un frein mo ral ? Comment, dites-vous, il importe peu qu’on ait telle ou telle opinion sur un dogme, sur une religion, pourvu qu'on s’en serve comme un frein P Et com ment convaincrez-vous votre élève, si vous n’êtes convaincu vous-mêmes? — C’est l’hypocrisie érigée en... dogme!
26 2 L’INITIATION M. Fouillée trouve encore une autre solution. un autre frein aux passions : c‘est la répression sévère de la presse licencieuse, c’est la restriction de la pu‘bli— cité des débats criminels et des exécutions: Sans doute, il a raison. il a même trop raison. —— Mais quel cercle vicieux !
Si les mœurs n’étaient pas corrom pues,si les hommes n’aimaient pas certaines exhibitions dépravantes, les journaux qui servent à leurs lecteurs des élucu— brations malsaines n’existeraient pas. C’est parce que la foule recherche les scandales et les obscénités que les feuilles publiques flattent et entretiennent ce goût, et c'est parce que ces feuilles flattent ce goût qu’elles sont lues.
Par instruction nécessaire, je comprends le déve loppement des facultés .à leur maximum possible. On ne doit et on ne peut du reste aller au delà des moyens, des dispositions de l’enfant. Disons—lui ceci et faisons-le lui comprendre : « Toi, mon enfant, tu peux faire un bon cultivateur, et cette profession est l’égale des autres. Tu as des aptitudes pour la culture.
Ton père, qui était un rude travail leur, eût obtenu un meilleur rendement, s’il eût pos— sédé l’instruction nécessaire à son état. — Ton frère ne possède pas les mêmes aptitudes ; il serait un piètre agriculteur ; il veut être médecin, c’est sa voca_ tion. Il faut qu’il étudie la médecine.
Mais songez—y bien tous deux : vous êtéségaux, non en aptitudes, mais égaux devant la Société, devant l’Humanité, devant Dieu, et tous deux, par des voies différentes, en accomplissant exactement les devoirs de votre
DE L’ÉDUCATIO N 263 profession. vous atteindrez le même but : la satisfac tion de la conscience par la pratique de la vertu qui est à la portée de tous les hommes. Vos aptitudes sont diverses, mais votrefin est une. « Il faut qu’aux effets divers il y ait des causes diverses. C’est pour cela que l’un est Solen, et l’autre Xerxès. « La Nature des sphères qui empreint la cire du monde fait son œuvre, mais ne distingue pas une maison d’une autre.
La Nature qui engendre suivrait toujours la même voie que la Nature engendrée, si la Providence divine ne triomphait pas. « Lanature échoue toujours, si la fortune lui est con_ traire, comme toute semence jetée hors de son ter— rain. « Et,si le monde observait les fondements que la Nature pose, en s’appuyant sur eux, il aurait des hommes meilleurs.
Mais nous tournons à la religion celui qui était né pour ceindre l’épée, et nous faisons un roi de qui devaitfaire un prédicateur. — Et c’est ainsi que nous marchons hors du droit chemin.» — (Dante).
Si l’on dédaigne certaines professions, sans savoir pourquoi, si l’on distingue celles qui sont libérales de celles qui sont serviles, si l’on a, en un mot, des préjugés ridicules et d’un autre âge, on élève des bar rières entre les hommes, on crée des hostilités, des haines de castes et des luttes de classes.
Si d’un enfant appelé, par sa vocation, à être soldat, on veut faire un prêtre, si d’un autre ayant des dispo sitions pour les arts mécaniques on veut faire un
264 L’INITIATION avocat, il est certain qu’on marche hors du droit che min et que tout ne peut qu’aller de travers dans le monde. Il n’y a pas de profession vile, il n’y a pas de pro fession libérale. Toutes sont honorables et salariées. Les personnes seules sont dignes ou indignes.
Quand vous ditesà un enfant sorti de vos écoles qu’il n’y a qu’à marcher, que vous le livrez à lui— même, quand vous lui avez dit et répété qu’il a son « bâton de maréchal dans sa giberne » et qu’il peut aspirer aux plus hauts emplois, en maintenant à ses yeux cette distinction, cette classification artificielle des professions, vous le précipitez dans le fol orgueil, vous le jetez en pâture à toutes les sollicitations, à toutes les ambitions.
Il a tous les désirs, et il ne peut les satisfaire; ses efforts se brisent contre les fatalités, contre d’autres volontés plus puissantes que la sienne. Ecoutons un de ces malheureux, prêtons l’oreille à ses aveux. Tout dernièrement comparanssaient devant le jury de la Seine plusieurs individus jeunes encore, accusés de vol avec eflraction.
Voici le cri de colère et d’an goisse d’un de ces déclassés : « A tous les hommes qui prônent l'instruction à outrance, je dis qu’ils sont des misérables, du mo— ment qu’ils ne mettent pas ceux qui en sont pourvus à même de se faire jour, surtout qu’à égalité de mé rite, la place va toujours à celui qui est le plus recom mandé.
Si on doit être laboureur ou maçon, ' les quatre règles suffisent, et point n’est besoin de bour— rer la tête d’un enfant qui montre ces dispositions
DE L’ÉDUCATION 265 d’algèbre, de grec ou de latin. C’est absurbe; vous lui créez des besoins qu’il ne pourra satisfaire et vous en faites un déclassé. C’est mon cas, et malgré cela, j’ai lutté. « La seule chose qui eût pu tempérer, arrêter l’ar deur qui m’animait, la religion, ne m’était pas acces sible. » Voilà un exemple qui semble venir à l’appui de la thèse de M. Feuillée.
Hé bien, je le regrette, mais M. Fouillée aurait mauvaise grâce à s‘en servir. Non, pauvre déclassé, ce n’est pas le trop d’instruc tion qui l’a perdu, mais la mauvaise instruction, mais l’instruction incomplète, mais la fausse concep tion de la Vie, mais l’absence d’idée.
La Société n’a pas eu tort de te donner toutes les notions que tu as pu acquérir; mais elle n’a pas su te diriger; elle ne t’a pas enseigné la Résignation, elle ignore que la pratique du bien doit reposer sur une religion accessible à ton intelligence. Elle ne t’a pas montré l’Idéal qui est la Réalité; elle t'a dit qùe la Terre est ton partage, qu’il dépend de toi d’y occuper une place et de te la faire le plus large possible.
Sans doute, elle t’a dit que l’honneur doit être bon guide, mais ce mot creux, tu ne l’as pas com pris. Pauvre déclassé, je te plains. k 44 La Société est en proie à l’anarchie morale, elle se sent mal à l’aise. Elle fait des efforts désespérés pour sortir du trouble qui l’agite.
: 66 L’INITIATION La Presse populaire, qui est l’écho de la foule, sem ble remuée comme elle. On a vu le Journal se préoccuper de la question spiritualiste. Il ouvre ses colonnes aux chercheurs, il essaie de se frayer une voie vers la vérité ; il veut se dégager de ses ténèbres. Il semble qu’un linceul de plomb nous écrase; nous ne respirons plus; nous étoufi’ons dans une atmos— phère d'hypocrisie, de vice et de honte.
La sincérité se dérobe devant Tartufe qui triomphe. —— Et, quand par hasard se dresse un homme qui ose protester contre cette tyrannie du vice, c’est la moquerie qui l'attend. Mais voici que les railleurs sont raillés à leur tour; voici que le bon sens public s’insurge. A l’heure qu’il est, croyez-moi, il ne faut pas un bien grand courage pour démasquer et mettre en fuite cette ironie gouailleuse et idiote.
Un grand caractère s’impose; une conviction ins— pire le respect; les pratiques extérieures même, jadis honnies et bafouées, excitent maintenant l’admira tion pour ceux qui, sincères, bravent le respect hu main.
' Voici ce qu’on lit dans le Petit Journal, à propos de M. Grenier, le député musulman 2 ' « J’inclinerais plutôt vers la sympathie pour ces manifestations d’une foi intrépide jusqu’à l’extrava gance, se donnant librement cours dans un milieu où l’incroyance se pavane avec une superbe agressive, où fleurit le scepticisme le plus immoral, où le ;’m’en fic/tisme s’affiche avec panache. Je me sens rempli de
DE L’ÉDUCATION 267 . bienveillance pour cette exhibition, même excessive, qui contrecarre si vigoureusement le geste, à la fin agaçant, de nos ironistes.
Ah! qu’ils finissent par nous excéder et de copieuse façon, les dilettanti, les comédiens, les grimaciers de l’ironie! » Et cette ironie, ce dilettanlisme du scepticisme presque crapuleux, on les retrouve partout, dans toutes les couches de la société, dans les coulisses et les tripots, dans la rue et dans les salons, jusque dans l’Académie.
Et le Petit Journal continue : « Je connais pas mal de gens, et j’en suis, qui n’ont pas encore digéré la mauvaise humeur causée par le spectacle de la parade ironiste exécutée en duo oratoire, à la dernière séance de réception de l’Aca— démie française.
« Avec quelle onction le récipiendaire ne fut-il point félicité de « s'être enfin voué à la religion d‘Epi « cure où son esprit a trouvé l’apaisement ! » « Et quelle admiration de sa doctrine d’artiste en ironie? « Vit—on jamais porter dans l’audace de la destruc tion autant de gentillesse et accumuler plus gaie ment les ruines ?
Constitutions divines et humaines, religions et législations, principes et préjugés sociaux, faits, idées, sentiments et rêves, arts et sciences, courage, vertu, génie, justice... Se donner à quelqu’un, chimère ! Mourir pour une idée, sot tise !... » « Voilà l’échantillon des compliments dont M. Gréard, vice-recteur de l’Académie de Paris, en— aaaaaas
268 L’INITIATION guirlandait naguère M. Analole Thibault (dit Anatole France), auteur de quelques ouvrages... d’une grande intensité de pestilence. » Voilà donc les ironisles, les parangons du vice ou les sceptiques blasés ralliés à leur tour. Ils finissent par soulever le dégoût. On en a assez. On osele dire, on l’écrit, on le publie. N’est-ce pas un signe des temps ? Oh! que le Catholicisme aurait un beau rôle, s’il voulait!
Assistera-t-on à une renaissance du chris tianisme des premiers apôtres; les partisans du Sylla bus triompheront-ils ? Périront-ils ? Qui vaincra, saint Pierre ou Pie IX ? Rome ou Nazareth P La Religion ou la Secte ? La Discorde ou la Paix?
L’Amour ou la Haine P Je ne sais si ce monde est destiné à périr dans les convulsions ou s’il est appelé à la rénovation, mais ce que je sais, c’est que l’étoile qui guidait les Mages n’a pas disparu du firmament et que parmi ceux qui la voient une sélection se fera. C’est alors qu‘il y aura des pleurs et des grincements de dents. ALBAN DUBET.
SUR LES THEORIES COSMOGONIQUES MODERNES 269 SUR LES ”rhÉŒFlES flasmeganiques Marnes ëï“ &‘èUB INSUEFESÆNGÈ A popos d'un ouvrage de M. l'abbé Th. Moreu2‘r sur la formation mécanique du système du Monde Les hypothèses cosmogoniques surgissent à l’heure actuelle de tous côtés, et la question brûlante, pas sionnante, autant que peu résolue jusqu’ici, de l’ori gine des mondes paraît émouvoir le public dit scien tifique.
A côté des travaux de nos astronomes officiels, tels que Faye, Wolfi, etc., nous trouvons un volume du lieutenant-colonel du Ligondès, publié chez Gau thier-Villars et {ayant pour titre Formation mécani— que du Système du Monde. Un résumé très lumineux et très compréhensible de la nouvelle théorie a été écrit par M. l’abbé Th.
Mou— reux, et nous avons la tâche d’en présenter ici à la fois l’analyse sommaire et la critique d’après nos convic tions personnelles sur la question. L’auteur commence par déclarer que jusqu’ici nulle théorie cosmogonique nelui semble suffisante, et il fait rapidement et avec autorité le procès des hypo thèses de Laplace et de Faye. Il esquisse ensuite à grands traits le nouveau système du lieutenant—colonel du Ligondès. A l’origine, une nébuleuse sphéroïde au sein de
270 L’INITIATION laquelle les mouvements des molécules ont lieu dans tous les sens. Si dans un tel milieu on admet un apla tissement ou une dissymétrie quelconque (p. 1x), on arrive à en faire surgir par des transformations mécaniques un monde tel que notre système solaire, en se basant uniquement sur les résultats des chocs des molécules, combinés avec les lois de la thermo dynamique et avec celles de l'attraction newtonienne.
Suit l’exposé, sans aucuns calculs justificatifs, de ces différentes phases : passage de l’état sphéroïdal à l’état lenticulaire; agglomération de la matière nébu leuse en masses circulant dans des plans voisins ou très éloignés de l’équateur, les unes formant des comè tes ou des essaims d’étoiles filantes, les autres se réu nissant en un disque grenu (p. XI) d’où nous allons voir sortir notre soleil et son cortège de planètes.
Ce disque, en effet, ne tarde pas à présenter une couronne de densité maxima, qui provoque la rupture du disque en trois parties, dont l’une est circulaire intérieure' et les deux autres annulaires (p. X111). Il se produit en même "temps une onde qui se meut de périphérie vers le centre et qui aidera à cette transfor mation en donnant naissance à une série d’anneaux (p. xv).
Chacun de ces anneaux deviendra une planète, et l’amas central de densité maxima autour duquel évo lueront les globes en formation sera l’origine de notre soleil actuel. Suit une théorie de la formation des satellites basée sur les mouvements tourbillonnaires et une explication de, ou mieux, des anneaux de Saturne (p. xxxm). Enfin, après quelques détails
SUR LES THEORIES COSMOGONIQUES MODERNES 2’7l devant corroborer toutes ces hypothèses, l’auteur con clut(p. xxxvu) : «Notre monde adonc commencé ainsi. Sphère obscure à l’origine, puis ellipsoïde aplati qui s’illumine dans les profondeurs du ciel; voilà main tenant au maximum de densité l’apparition d’un anneau nébuleux autour d’un pâle soleil naissant. Mais la gravitation avec ses lois inexorables continue son œuvre.
Elle dissémine “çà et là les foyers circu laires d’attraction et, comme pour mieux définirleurs domaines, elle fait naître une onde qui, partant des régions extrêmes où gravite Neptune, vient donner à chaque anneau l’étendue qui lui convient. « Puis les satellites se forment des matériaux voisins. qui n’ont pas été condensés.
Les comètes vagabondes se précipitent, dans leur course échevelée, vers les régions qui avoisinent le soleil pour gagner ensuite, d’une marche plus lente, les confins de notre monde.
Tout se meut et tend vers un état d’équilibre final. » Et l’auteur termine en disant: « Les desseins du Créateur sont insondables, mais, sans nous lasser jamais de chercher la vérité, nous devons remercier Dieu lorsqu’il soulève un peu du voile qui la dérobe à nos regards. » Nous verrons plus loin jusqu’à quel point ce vœu a été réalisé, du moins pour les intelligences ouvertes à la lumière divine, « le Verbe en qui était la vie, et la vie était la lumière des hommes, et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue ». (Saint Jean, ch. I, v. 4. et 5.) Tout en admirant, si nous nous plaçons sur le ter rain de l’auteur, l’ingénieuse conception mécanique
_‘_ a -_. 272 L‘INITIATION qui sert de base à cette théorie, et non sans rendre hommageà la somme considérable de travail qu’elle a dû coûter, disons maintenant franchement ce que nous en pensons. Et d’abord on ne peut que regretter de voir un pareil édifice mathématique s’élever sur des éléments aussi peu définis qu’une vague nébuleuse.
Ce qui fait, — ne l’oublions pas, — la force de la certitude mathématique, c’est que les axiomes ou les définitions qui en forment la base sont, clairement et sans ambiguïté, énoncés; de sorte que toutes les consé— quences qu‘on peut en tirer possèdent le même degré de certitude que ces axiomes ou ces définitions.
Ici tel n’est point le cas, où les conditions d’existence de la nébuleuse initiale, —— en fait, les données du pro— blème à résoudre, —— paraissent très insuffisamment définies. Quel degré de confiance peut-on dès lors rationnellement accorder aux conclusions que l’outil mathématique permet d’en déduire ?
L’abbé Moureux dit (p. xxxvr): « En ce qui con cerne les hypothèses cosmogoniques, on serait mal venu à l’heure présente, si on prétendait affirmer que notre monde n’est pas le résultat d’une série de trans formations de la nébuleuse primitive.
On peut se demander pourquoi les savants m0 dernes s’obstinent ainsi dans l’hypothèse d’une né buleuse indéfinissable, point de départ forcé de toutes les théories cosmogoniques et hors de laquelle per sonne ne veut admettre de formation correcte des mondes? Où, dans la nature, voyons—nous se for_ mer quoi que ce soit de cette façon bizarre ? Où sont
SUR LES rmâoams COSMOGONIQUES MODERNES 273 les nébuleuses donnant naissance par leurs conden sations variées aux plantes, aux animaux, à l’homme? N’est—ce pas « absurde » de supposer un seul ins tant qu’il puisse y avoir plusieurs « plans de créa tion » différents, l’un servant pour les mondes, d’autres pour les végétaux ou les humains ?
Et l’absurdité de cette conception polymorphe n’est—elle pas certitude pour ceux qui regardent comme l’Axiome suprême, absolu, l’Unité de Dieu ou, ce qui rewent au même, son Existence?
En outre de cette raison, qui est péremptoire, il ne semble pas possible de concevoir l’existence d'une pareille matière gazeuze soumise aux lois de l’attrac tion. —— Ou il n’y a pas de chaleur, et les molécules se réunissent dès lors en une masse compacte éternel— lement immobile en vertu de la loi attractive, — ou il y a de la chaleur et. dans ce cas, reste à expliquer l’origine de cette chaleur et quel infini foyer l’entre— tient ; car l’essence de la chaleur est de se disperser.
De plus, l’idée de chaleur, uniformément distribuée, n’est guère conciliable avec les froids considérables des espaces interplanétaires. Des expériences récentes ont démontré qu’à 15 kilomètres seulement de la croûte terrestre, le froid atteignait 75° environ! Toute la mécanique repose sur l’inertie de la ma— tiè’re et pourtant on la suppose douée de la force attractive. Une matière inerte d’où émane une force : ô contradiction!
Enfin nous serions curieux de savoir comment l’hypothèse mécanique va nous expliquer la prodi gieuse variété des êtres vivants sur notre planète et
274. L’INITIATION surtout, plus grande énigme encore, la présence de la race humaine.
Quand on songe à la prétention vraiment déme surée de l’homme, voulant sonder par lui—même l’origine de l’extraordinaire complication de l’Univers visible, et quand on voit qu’il n’a pour tout élément qu’une matière inerte soumise à la loi attractive, on ne peut s’empêcher de sourire d’un pareil état d’esprit, si démonstratif« pour ceux qui savent —— de l’âge encore enfantin de notre humanité.
Non, l’étroitesse et la simplicité enfantine de ces conceptions méca niques ne sauraient satisfaire la raison évoluée et agrandie qui commence à se manifester au déclin de ce siècle, prélude indéniable de la profonde transfor— mation devant bientôt s’opérer dans notre humanité. Point n’est besoin d’insister là-dessus.
Les lecteurs de cette Revue, les esprits avancés savent que tout est riuant et que rien ne peut s’expliquer sans l’interven— tion de la vie.
' Il ne peut manquer d’apparaître clairement à toute intelligence émancipée, dégagée de la suggestion et de l’incrustation obscurcissante des étroites et enfan— tines théories scientifiques modernes, que le Mouve— ment, quel qu’il soit, implique et nécessite la Vie; d’autre part que, Dieu étant Un, toute la Nature (manifestation plastique de sa Pensée) présente la plus parfaite, la plus impeccable, la plus absolue Unité, — que, par conséquence nécessaire, tout évolue, en grand, en petit, en infiniment plus petit, d’après le même plan, d’après les mêmes lois, — que tout est figure, image et reflet en tout et partout dans
SUR LES THÉORIES COSMOGONIQUES MODERNES 275 l’ordre matériel ou moral, dans les êtres collectifs comme dans l’individu, enfin que la Loi universelle d’analogie divine est le critérium absolu de toute cer titude et, en même temps, le plus merveilleux instru ment de recherches et de déductions véridiques que l’homme ait jamais osé espérer.
Il faut pour comprendre ces choses posséder la raison supérieure propre à l’âge de la puberté huma— nitaire dont nous apercevons l’aurore : cette raison, qui est assez puissante pour constater, apprécier et juger les rapports des phénomènes divers, nonobstant leurs différences, alors que la science actuelle ne cherche, ne voit que les différences, se refusant à admettre tout rapport.
L’analogie divine (condition inéluctable de l’exis tence de Dieu) nous amène forcément à la constata tion de ce fait immense, à savoir que l’homme, l’hu manité, la planète, la plante, etc., tout ce qui vit suit la même loi; et qu’il suffit dès lors de connaître la manière d’être d’une vie particulière pour être ren seigné avec certitude sur toutes les autres, et voir se répéter avec une exactitude mathématique tous les détails d’un phénomène dans son ou ses analogies, quelques différences qu’ils puissent présenter à nos yeux.
Partant de là, nul doute que les grands corps des m‘ondes ne soient des êtres vivants et intelligents, naissant, évoluant et se transformant tout comme un animal ou un végétal quelconque. Laissant de côté la formation des soleils, essayons d’esquisser ce que l’analogie universelle nous con
276 L’INITIATION duit à penser de l’origine réelle de nos planètes. Le végétal se forme d’une graine ou œuf végétal placée dans la terre et qui doit être fécondée par‘ le, Soleil. Nous considérons la terre végétale comme un véritable chaos obscur digérant toute espèces de dé— bris inertes organiques ou autres, et les transformant en matériaux utilisables pour de nouvelles créations.
La planète se formera donc ainsi au sein du chaos universel matériel dont notre terre végétale n’est que l’infiniment petit reflet.
Ce chaos sans vie, obscur et glacé, qui nous entoure, malgré toutes les apparences sensorielles contraires, et au milieu duquel nous évoluons, tombeau des planètes transformées (c’est—à dire mortes), comme la terre est le tombeau des ca davres humains, digère incessamment, comme le fait le sol et au moyen du même agent calorique digestif, leurs gigantesques et inertes débris qui ne possèdent plus dans cet état la pesanteur et la cohésion.
Les métaux en vertu delavie attractive qui leur est propre se réunissent, s’agglomèrent en se dégageant de leur gangue grossière et constituent l’œuf planétaire, sphère métallique de grosseur variable en fusion à son centre et dont la température décroît jusqu’à la périphérie.
Le Soleil féconde cet œuf, comme le coq féconde celui de la poule (rappelons-nous qu’en vertu de l’Unité divine, il est impossible qu’il en soit différem— ment), et au moyen du même fluide masculin (fluide électrique positif) transmis à la planète par un cordon fluidique, analogue au cordon ombilical, et traversant victorieusement le chaos Omniversel. At‘L
SUR LES THÉORIES COSMOGONIQUES MODERNES 277 Le soleil, par ce canal, communique à la planète la vie embryonnaire ou vie attractive simple : en d’autres termes, il aimante cette sphère métallique, absolu ment comme le physicien aimante un noyau de fer douxau moyen du courant électrique.
Dès lors, la planète se meut obscurément (car elle n’a pas encore reçu son âme avec son atmosphère, elle n’a pas en core vu le jour, c’est un embryon) à travers le chaos, ramassant en vertu de sa vie attractive (de son ai— mantation) tous les débris de nature variée qui se trouvent sur son passage. Elle fait ainsi la boule de neige.
Plus tard, une fois meublé: de tout ce qui sera nécessaire à son existence future : minéraux variés, végétaux de tous ordres, animaux de toute espèce et humains de toute race, tous inertes dans l’état de lé thargz’eglaciaire propre au chaos (à l’exemple des mammouths des régions polaires) et en l’absence de toute atmosphère vivifiante, mais possédant la vie en puissance, la planète reçoit, par l’intermédiaire du Soleil, son âme directrice, collective (car un être vi vant ne saurait exister sans une âmeintelligente), in corporée à son atmosphère.
En d’autres termes la planète naît, devient lumineuse et s’alimente régu lièrement chaque jour par son cordon fluidique dans l’atmosphère du soleil (marées).
Après un temps, les végétaux, sous l’influence de l‘atmosphère vivifiante, se réveillent dans un ordre déterminé (que la géolo gie a fort bien vu) et se mettent à végéter abondam ment; les animaux viennent ensuite après une autre période de, temps plus ou moins longue ; enfin l’homme apparaîtà son heure, sortant de sa carapace
278 L’INITIATION léthargique sur tous les points du globe (voir les pierres de Deucalion) et recommençant péniblement le travailingrat auquel sa présence sur une planète de l’espèce de la nôtre, par exemple, le condamne fatalement.
Ces notions sur l’origine des mondes, difficilement compréhensibles dans cet exposé absolument écourté et incomplet, paraîtront probablement étranges à nos lecteurs, mais nous ne poursuivons ici d’autre but que d’éveiller en eux la curiosité d’en chercher le développement extraordinairement lumineux, logique et rationnel dans les livres où nous—mêmes les avons puisées.
Ces livres, à jamais immortels, dont l’auteur m le plus merveilleux voyant que notre humanité ait jusqu’à présent produit -— se nomme Louis Michel (de Figanières), ont pour titre: Clé de la Vie et Vie Universelle (I).
Ils renferment la Science vivante Universelle, la science de Dieu, transmise à notre humanité à l’heure marquée par la loi immuable qui règle l’évolution des mondes, et dont la diffusion au sein des intelligences avancées annonce la plus formiw dable révolution (dans tous les plans) qu’ait encore subie notre globe.
Quant à l’origine ‘ spéciale de notre planète, nous préparons un travail plus étendu sur cette importante et passionnante question ; qu’il nous suffise de dire que nous possédons enfin, à n’en pas douter, la clé, — mise à la portée de tous, —— des phénomènes les plus (I) On trouvera ces ouvrages, ainsi que Plus de Mystères, du même auteur, excellent livre de début, chez Chamuel,édi teur, 5, rue de Savoie.
SUR LES THÉORIES COSMOGONIQUES MODERNES 2’79 bizarres, les moins explicables de la Géologie, science vraiment autant dans l’enfance au point de vue des théories qu’elle est admirablement avancée au point de vue des faits. Nous l’affirmons hautement: les temps sont désor mais venus en suivant la parole de l’Évangéliste: « Il « n’y a rien de secret qui ne doive être dévoilé, rien a de caché qui ne doive venirà la lumière. » (Mai/2., ch. x, v. 26.) UN HOMME PUBÈRE.
280 L’INITIATION EDDÜUWË’ŒSÜÏÎ’ÈÊ Il.llflltä ES EBA\ÜÎES ÉTUD@ES Faculté des Sciences Hermétiqaes Le Comité de Perfectionnement de la faculté fera la plus grande diligence pour que tous les directeurs des Écoles secondaires de Province et de l’Etranger soient en possession des cahiers élémentaires d’hébreu et de sanscrit pour le mois de janvier au plus tard.
De plus, l’Initiazion publiera le résumé des principaux cours qu’elle ne pourra publier en entier. Jusqu’à nouvel avis les cours qu’il est indispensable de professer dans chaque faculté secondaire sont les sui vants : Baccalauréat. — I. Éléments d‘0ccultisme (constitu tion de l’Homme, de l’Univers, de Dieu). L’Analogie. II. Histoire de la Tradition ésotérique et de ses transforma tions (Kabbale, Alchimie,Astrologie, Sociétés secrètes). III.
La loi Morale et le Devoir des Occultistes (Altruis me, Charité, Résignation aux épreuves). Licence. —— I. Éléments d’hébreu. Il. Tenues Marti— nistes. III. Étude spéciale de la Kabbale Hébraïque et de l’Hermétisme. Doctorat (1” Partie). — 1. Éléments de Sanscrit. Il. Direction de tenues Martinistes. III. Etude spéciale des Religions orientales et du Christianisme. IV. Etude so.r ciologique, Synarchie. V. La Mystique comparée.
Les membres du Comité de perfectionnement sont in— vités à établir la liste des livres classiques pour chaque cours en donnant la préférence aux volumes les plus faciles à se procurer età raison de deux ou trois ou vrages au plus par cours. Les listes dressées individuelle ment seront ensuite collationnées et discutées pour établir la liste définitive. La DIRECTION.
ENRICIIISSEZ-VOUS 281 E’àÛUIr’I’Ê DÈS SGlEIIGES MAGNÉTIQUES Les examens des élèves de la Faculté de Lyon (magné tisme) ont eu lieu le 29 août devant un jury composé: 1° Du directeur de la Faculté des sciences magnétiques de Lyon ; 2° Du directeur de la Faculté des sciences magnétiques de Paris ; ‘5' Du président de la. Société Magnétique de France: 4° D’un Professeur de Lyon. Il y a eu cette année soixante élèves inscrits au cours.
Treize élèves ont été reçus et ont obtenu le diplôme de magnétiseur-masseur. ’ Le jury a adressé tous ses éloges à la Faculté des Sciences magnétiques de Lyon pour l’instruction vrai ment élevée donnée aux élèves quise sont présentés aux examens.
ËNâIGEZÊSSEÆ‘WO’US Dans le cours d’un voyage que nous avons eu l’occa— sion d’exécuter, il nous fut donné d’assister à diverses séances de haute théurgie dont nous voudrions résumer certains points pour nos lecteurs. A l’une des séances arrive une pauvre femme du peuple tenant dans ses bras un enfant rachitique âgé de 18 mois. Cet enfant est examiné par deux docteurs en médecine et par dix témoins.
On constate une déviation en arc de cercle des tibias telle qu’il est impossible à l’enfant de rester une seconde droit sur ses petites jambes. Comme cette femme‘est très riche, dit le Maître, nous allons demander à Dieu la guérison de son enfant. En dix secondes. c’est fait, et les deux médecins et les dix témoins constatent le redressement des tibias et voient l‘enfant se tenir droit sur les jambes, tandis que la mère pleure de joie.
28 2 L'INITIATION Le lendemain arrive une autre mère dont l’extérieur dénote une certaine aisance. Son enfant, une petite fille de dix mois environ, est atteinte d’une bronchite tuber— culeuse compliquée de tuberculose intestinale. Le méde cin de la famille vient, en consultation avec un profes— seur, de déclarer l’enfant irrémédiablement perdue. Madame, dit le Maître, vous n’êtes pas assez riche pour nous payer.
Vous pouvez avoir de la richesse matérielle, vous dites tant de mal des uns et des autres et v0us avez si peu partagé votre avoir avec les pauvres, que vous n’avez que bien peu decette monnaie d’épreuves, de souf france et de dévouement, la seule que le ciel connaisse, la seule que dans son insigne faveur il nous ait autorisé, bien que nous en soyons indigne, à escompter.
La mon naie de César n’a pas cours ici, seule la monnaie du Christ y est respectée. Et cependant vous venez à nous pour que le ciel guérisse votre enfant ? On devine la réponse de la mère. Eh bien! nous allons demander aux personnes pré sentes de se cotiser pour guérir votre enfant. Mesdames, Messieurs, voulez-vous que cette enfant soit guérie ? Voix unanimes. — Oui.
Eh bienll promettez-moi tous de ne pas dire du mal de votre prochain hors de sa présence pendant (trois jours. Est-ce promis? — Oui. — Madame, me promettez-vous, et faites attention que la vie de votre enfant en dépend, de ne plus calomnier vos amis? —- Oh! je le promets de tout cœur et pour toujours —’Je vous demande seulement ,trois mois d'efforts. — Allez, votre enfant est guérie. N.
B.—Nous avons pu constater le maintien intégral de la guérison dix jours après. Ces deux exemples montreront la vérité de cette parole: Enrichisseg-vous. Il suffit simplement de savoir de quelle richesse il s’agit. PAPUS.
UN TRÉPAS ET UN CAS DE CLAIRVOYANCE 233 Un Trépas et un des de clairvoyance Il y a quelques jours, mourut à Lund M. Lars Linde— berg, sous-lieutenant à la réserve du régiment de dragons scaniens. C’était un homme âgé, aimé et respecté de tous. Entre autres amis de M. Lindeberg se trouvait le rédacteur Valdemar B., très connu dans la province de Scanie.
Ce monsieur, qui est un homme très railleur et qui aime à se moquer même des choses que d’autres hommes regardent comme les plus sérieuses, se trou— vait le dernier dimanche à Bôkeberg (petit bois situé à 25 kilomètres de Lund et très fréquenté des voyageurs comme lieu d’agrément) avec quelques amis appartenant au monde savant.
Le bois était assez peu fréquenté cet après-midi, et l’on parlait de ce que la concurrence faire par le bois des Hêtres (autre lieu d’agrément) commen çait à devenir assez gênante pour Bôkeberg. Qu’est—ce qu’il devait faire, ce lieu d’amusement plus vieux que l’autre, pour s’en tirer et pour regagner son prestige perdu ? .
M. B. pense que le meilleur moyen serait d’établir, quelque apparition de la sainte Vierge, de sorte que de grandes foules de gens y vinssent en pèlerinage; si l’on ne pouvait faire cela, on devait chercher à faire quelque miracle, et tout d’un coup les amis voient M. B. deve— nir pâle comme la mort et regarder devant lui avec des yeux égarés,la plus grande stupéfaction se dessina dans son visage. — Qu’est-ce que tu as? lui demandèrent les amis alarmés. — M. Lindeberg vient de mourir, leur dit-il d’une voix presque imperceptible.
Chacun regarda sa montre. Ilétait sept heures et demie. La disposition gaie de la compagnie était disparue, M. B. ne regagna pas sonhumeur moqueuse, il se montra ner veux et agité. On retournaà Lund et arrivé, on apprit la nouvelle de la mort de Lindeberg. Il avait expiré à sept heures et demie précises.
284 L’INITIATION Le miracle avait donc eu lieu, mais d’une manière dont M. B. lui-même n’avait pas songé. Mais on prétend que sa clairvoyance de l'agonie de son ami ait beaucoup , augmenté la disposition au mysticisme et à l’occultisme qui, depuis quelque temps, s'est montrée à Lund, dans certains cercles remarqués, dont les membres avaient auparavant de la vie une vue tout opposée.
A ces cercles appartient, entre autres, un des plus grands ' écrivains suédois. Maimoe, le 22 août 1897. Émile Knomxow. A la section d’ethnographie, M. Froidevaux a commu niqué des fragments des Mémoires de Bellanger deqLes pinay qui, se trouvant à Pondichéry en 1674, s’adressa à des devins hindous pour avoir des nouvelles de France. Les devins lui donnèrent satisfaction de la sorte.
Je cite: Ils me dirent qu’il leur falloit un petit garçon, ou une petite fille qui fust pucelle. Ils en cherchèrent une et, pour ne pas manquer, la prirent fort jeune et me dirent que leur affaire devoit se faire la nuict et dans quelque lieu escarté.
Pour cet effect,ils choisirent un pagode rui né, dans le fond duquel ils firent apporter une table et un tapis, deux vaisseaux de cuivre fort larges et fort clairs, du ris, de l’encens et un reschault... Sur la table qui estoit proche de la muraille, il y avoit un de ces bassins, graissé d’huille composée qui est0it fort noire et reluisante. La petite fille estoit devant led. bassin, les yeux fort attachez à regarder.
Derrière elle; il y avoit deux de ces devins qui regardoient et attendoient le temps pour voir ce qui devoit paroistre. A deux pas de là estoit un vieillard qui marmottait assez bas et, de temps en temps, jettoit des poignées de riz dans l’air et sur le plancher, et ensuite encensoit.
Et voici ce que Bellanger affirme avoir vu au fond du bassin : Je vois passer un de nos vaisseaux sur lequel estoit MousP Baron, directeur général, qui, venant de Suratte,
BIBLIOGRAPHIE 285 estoit à la côte de Malabar. Un instant après, je vis le mesme vaisseaumouiller devant Bombaye, ville de la mesme coste, appartenant aux Anglois. On voyait les Anglois sur la coste, qui attendaient la chalouppe fran çoise venir à terre, et ce qu’il y a de plus surprenant est que je cognoissois de mes gents sur le vaisseau.
Toutes ces sortes de choses ne se voyoient que peu de temps et comme autant d’objets que l’on passe devant les yeux. Ce bon M. Bellanger vit même encore beaucoup d’autres choses; mais elles l’effrayèrent tellement, qu’il ne put que les attribuer au diable. (Figaro). ' BEBLÆ©GÆAEÆIE Un Pantacle musical Un de nos ff:ï: Em.
Ergo (Emmanuel) d’Anvers vient de publier un traité d’harmonie et de contrepoint qui renferme une remarquable adaptation de la méthode pantaculaire à l’étude de la tonalité. L’auteur représente l’octave par un cercle,qu’il subdi— vise, suivant les principes du système dit tempéré, en douze demi-tons égaux: tel le zodiaque réparti entre douze constellations .
Il trace ensuite à l'intérieur de ce cercle le trait poly gonal unissant succe5sivement, de quinte en quinte, la série montante des dièzes fa-do-sol-ré—la—mi-si qui devient. si on la considère dans l’autre sens, la série descendante des bémols si-mi-la-ré-sol-do-fa.
La figure obtenue est un polygone étoilé à sept côtés ouvert aux deux extrémités (si et fa) en regard des demi tons de la gamme et qui présente un seul axe de symé— trie, suivant le ligne ré-(sol ’q ou la j,) ; cette symétrie de la gamme par rapport au ré n’avait pas été mise en lumière, mais, lorsqu’on a été averti de ce fait et qu’on jette un coup d‘œil sur le clavier d’un piano, il ne faut pas long— temps pour s’apercevoir qu’il y a la une véritable Clef de la répartition des tons et demi-tops. La position centrale de ré dans la série des dièzes
2 86 L’INITIATION comme dans la série des bémols aurait déjà pu attirer l’at tention sur le rôle spécial de cette note qui constitue comme le centre de tout notre système tonal contem porain. Mais ce ne sont pas là les seuls enseignements qui découlent de l’étude de cette figure hautement synthé— tique.
Si l'on continue à analyser le polygone dont nous avons parlé. on s’aperçoit qu il peut se décomposer en deux triangles: l’un ayant pour sommets : fa-do-sol; l’autre : si-tni-la. Le premier représente les trois termes de la tonalité majeure dans la disposition ascendante: sous-dominante — tonique —— dominante. Le second donne les termes fondamentaux de la tona lité mineure dans l’ordre descendant: dominante — toni— que — sous—dominante.
Or, on sait que l’accord majeur est engendré par les harmoniques supérieures du ton fondamental tandis que l’accord mineur résulte de la conjonction des harmo— niques inférieures. Ainsi l’accord majeur ainsi que la gamme doivent toujours être considérés comme allant du grave à l’aigu tandis que le mineur va des sons élevés vers la basse. Cette vue purement théorique se trouve clairement confirmée par la disposition même des deux triangles.
Mais le côté sublime et véritablement divin de cette image si concentree de toutes les réalités musicales se trouve dans l’expression morale qui s’en dégage et qui nous rappelle une fois de plus le grand devoir magique : l’ardeur quotidienne et inlassable pour la diffusion des sympathies et la consociafion des esprits, d’où seulement j peut résulter l’harmonie du monde.
Remarquons, en effet, que la tonalité majeure possède un certain caractère d’énergie qui symbolise la tendance à l’action;la tonalité mineure, au contraire, a un aspect de douceur mélancolique qui dispose plutôt au calme pensif, au repos, à la réflexion purement passive.
Entre ces deux tonalités, les séparant en apparence, les unissant en réalité, se trouve la note ré avec son , accord particulier de quinte diminuée si-ré-fa qui parti— ‘ cipe de l’un et de l’autre des deux sexes musicaux, la tierce si—ré faisant partie de l’accord de dominante ma jeure (sol-si-ré) et la tierce ré—fa appartenant à l’accord de sous-dominante mineure (la-fa-ré). Cet accord hété— roclite, louche, à peu près exclu de l’harmonie, en tout , , ._.-:_ Q:JWMkŒ I. .-‘h
BIBLIOGRAPHIE 2 8 7 cas incompréhensible à la grande majorité des théoriciens, apparaît au contraire ici dans ce symbole comme domi nant tout l’édifice tonal et reliant entre elles les deux parties opposées et quasi ennemies de la congrégation des sonorités.
Ainsi se vérifie une fois de plus la loi éternelle du ternaire : le terme neutre unissant le triangle actif au triangle passif, image de la sagesse régnant à la fois sur la Force et sur la Beauté; c’estl’Ange unissant l’Homme à la Femme, c’est la voix du Ciel annonçant le mariage mystique du Soleil et de la Lune. MICHAEL. D:’: S::: C:;: 1* I . Le Féminisme chrétien, 123, rue Montmartre.
Le 73 numéro de cette revue renferme un excellent article-programme de Mme PIERRE FROMENT.
Avec une netteté et une brièveté quasi masculines, l’écrivain ex pose le but qu’il s’agit d'atteindre: reconstituer le foyer pour l’ouvrière, pour l’abandonnée, pour la jeune fille aisée, pour la paysanne, rendre ce foyer sacré et fécond intellectuellement, élargir l’âme des femmes et rechristia— niser la France par leur action, en leur assurant des droits nouveaux que le Code leur refuse : telles sont les idées fécondes qu'exprime Pierre Froment.
L’Initiation, revue dévouée aux idées réformistes, ne peut qu’ap plaudir à une initiative qui, si elle est signalée et encou— ragée, peut avoir des conséquences incalculables. Ch. GODARD. 1 La Revue de l’histoire des religions (avril 1897) a ana lysé: Thé euil eye, par ELWORTHY. Zeitschrift der deutschen morgenlœndisehen Gesellschaf! (1896, Bd L, h. III). Analyse : King: Magie et sorcellerie babyloniennes. Preussische Jahrbücher (Bd LXXXVII, h.
I, 18 7); Theologus prouve que la glossolalie,se produisait ans l’extase cher les premiers chrétiens. Zeitschrift des Bergischen Geschichtsverein (IS 6) : M. PAULS écrit : Contribution à l’histoire de la civilisa— tion (un procédé alchimique contre les maladies, etc.) (Revue hist. : juillet-août 1897.)
2 88 L’INITIATION NÉGR_O_I_.OGIE DOCTEUR LUYS Membre de l’Académie de médecine Le docteur Luys, qui s’était, il y a trente-cinq ans, présenté à l’agrégation de médecine, avec une thèse remarquable sur les malades héréditaires, avait donné pendant longtemps à la Salpêtrière, puis à la Charité, un enseignement spécial, de tout premier ordre, sur la structure etles affections des centres nerveux.
Dans ces dernières années, il s'était pasionnément livré à l’étude des phénomènes de l’hypnotisme et avait défendu devant les corps savants de très brillantes expériences sur la 501 licitation expérimentale des émotions chez les hypnoti— ques. Ces expériences ont dépasséde beaucoup en nom bre et en valeur celles qui ont illustré le nom de Char cot.
Il est le premier qui ait osé étudier scientifiquement des phénomènes que la science traitait jusqu’alors avec un dédain superficiel. Séduit par ces nouveautés qui ouvraient un horizon à sesinvestigations hardies, il alla peut-être un peu plus vite que de raison et donna des conclusions qu’on peut croire un peu hâtives.
Mais ces découvertes, accueillies d’abord avec septicisme, sont aujourd’hui généralement acceptées, et ce sera l’éternel honneur du docteur Luys de s’être avec une si noble ténacité attaché le premier à l’étude des mystères qui ont le plus vivement troublé notre conscience. Le docteur Jules—Bernard Luys était né à Paris le 17 août 1828.
Interne des hôpitaux en 1853, docteur en médecine en 185 , médecindes hôpitaux en 1862, agrégé de la Faculté de aris en 1863, il avait été chef de service à l’hospice de la Salpêtrière, à l’hôpital de la Charité et à la maison de santé d’Ivry.
En dehors de ses magistrales études sur l’hypnotisme, ses travaux s’étaient particu— lièrement concentrés sur la pathologie du système ner veux cérébro-spinal chez l’homme et sur l’anatomie com parée du système nerveux central chez les vertébrés; il a découvert deux régions grises du cerveau non encore décrites et auxquelles on a donné le nom de Corpus Luysii.
Il était depuis 1877 membre de l’Académie de médecine et officier de la Légion d’honneur (1). (1) Nous comptons consacrer une étude spéciale a la vie et aux tra vaux du D' Luys. Le Gérant . ENCAUSSE. TOURS. —- 1.\11>.E. ARRAULT ET c", RUE DE LA PRÉFECTURE. 6. _ 5.7.u .v— ,mL<L, ,..v—-—- «:m ::-/ -.v ‘twr-’Æ»;« 1427ami!“
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