The text
9 " ° ° . L I n 1 t 1 at 1 o n ’ Revue philosophique des Hautes Études PUBLIÊE MENSUELLEMENT SOUS LA DIRECTION DE PAPUS É? 0- '1‘ Docteur en médecine -— Docteur en kabbale ‘35° VOLUME. — _10m ANNÉE SOMMAIRE DU N° 9 (Juin 1897) PARTIE INITIATIQUE... Sur I’Al:h:mie. . . . .} . . Sédir. (p. 193 à 197.) César, la Vierge, et le Fils de la Vierge . . . . . . Nathanaël. PARTIE PHILOSOPHI— (P‘ ’98 à ’°7)' QUE Astres et nombres. . . . .
Krishna Shastri God— (p. 208 à 224). Bole. ‘ Les étoiles fixes. —L’hori— {on et l’œil . . . . . . . . A. Strindberg. (p. 223 à 226). Les martyrs de la Gnose. fin) . . . . . . . . . . . Fabre des Essarts. p. 226 à 235.) Ma deuxièmeà M. Fabre des Essarts . . . . . . . Dr Fugairon. '(p. 235 à 245.) “mm L|TTÉRAIHE-- - Les troisportes du Tem— ple (suite) . . . . . . . . Michaël. (p. 246 à 275).
Union idéaliste universelle. -— Faculté des sciences herméti ues. —— ' Ordre martiniste. —— Syndicat de la presse spiritualiste. — n rêve de M. Goro_n. — La famille hantée. — Expérience de M. A. Fran çois. — Le guérisseur‘François Schlatter. — Bibiographie. — Livres reçus. — Ça et la. Tout. ce qui concerne la Rédaction et les Échanges doit être adressé Villa Montmorency, 10, avenue des Peupliers, Paris. Administration, Abonnements : 5, rue de Savoie . Chamuel, éditeur. Le Numéro : UN FRANC. — Un An: DIX FRANCS
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Ef’f‘rayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. ' L’Initiati0n est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent; Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, a donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes.
Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique. , Au point de vue social, l’Initiarian adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l’arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cle’ricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l’Initiaiion étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. L’Initiah’on expose les opinions de toutes les écoles, mais, n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses. 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études. .
La première partie de la Revue (Initialique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les, études de Science Occulte. ' . , La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits.
Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier. ‘ L’Initiation parait régulièrement du 15 au 20 de chaque mois et compte déjà huit années d’existence. -— Abonnement: 10 franœ par an. (Les collections des deux premières années sont absolument épuisées.)
L’Initiation du 15 Juin I897 PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE l’_1m’1’iaiïon 10 PARTIE INITIATIQUE AMO-— F. CH. BARLET, S.'. l.'.,æ— STANISLASDEGUAITA, S.'. I.'.,(; ——GUYMIOT. —-MARC HAVEN, S.'. I.'. ,{i—JULIEN LEJAY, S.'. 1.-. g -— ÉMILE MICHELET,S.‘. I.;. (C. G. E.) —- LUCIEN MAUCHEL, S.'. I.'. (D. S. E.) MOGD,_S.'. 1.-. -—-GEORGE MONTIÈRE, S.'. I.'. g —PAPUS, S.'. I.'. ,s — SÉDIR, S.'. I.'. -— SELVA, S.'. I.'. (C. G.
E.) 20 I PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ABIL-MARDUK. m AMELINEAU. — ALEPH. —— Dr BARADUC. — SERGE BASSET. — Le l*‘.‘. BERTRAND 3o° — BLlTZ. —— BOJANOV. — JACQUES BRIEU. — CAMILLE CHAIGNEAU. — CHIMUA DU LAFAY. — ALFRED LE DAIN. —— G. DELANNE. -‘- ALBAN DUBET. — FAERE DES ESSARTS. —— Dl“ FUGAIRON. — DELÉZINIER. -— JULES GIRAUD. — HAATAN. — L. HUTCHINSON. -— JOLLIVET-CASTELOT. — L. LEMERLE. — LECQMTE. — NAPOLÉON NEY. — HORACE PELLETIER. — G.
POIREL. -— RAYMOND. —D" ROZIER. — D” SOURBECK — L. STEVENARD. — THOMASSIN. — G. VITOUX. — HENRI WELSCH. —— YALTA. 30 PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAUBOURG. —- JEAN DELVILLE. -- E. GOUDEAU. — MA— NOËL DE GRANDFORD. — JULES LERMINA. — L. HENNIQUE. — JULES DE MARTHOLD. — CATULLE MENDÈS.* GEORGE MONTIÈRE. — LEON RIOTOR. —-. SAINT-FARGEAU. — ROBERT SGHEFFER. — ÉMILE SIGOGNE. — CH. DE SIVRY. 40 POÉSIE CH.
DUBOURG. — RODOLPHE DARZENS. —» JEAN DELVILLE. — YVAN,DIETSCHINE. — CH. GROLLEAU. — P. DE LABAUME. —— MAURICE LARGERIS. — PAUL MARROT. -—- EDMOND PILON. m J. DE TALLENAY. -— ROBERT DE LA VILLEHERVE. n“ =" . '-n ,.n.-u' --.u
L’Inih’alz’on du I5 Juin I897 L’ I N I T IA T I 0 (”’”Ël‘iËËÈ’ENT’) DIRECTION ADMINISTRATION Villa lionlmorcncy, 10, Men. «les l’(‘llPll(‘.l‘8 ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO ‘ PARIS—A UTEUIÏ. DIRECTEUR : PAPUS c H A M U E L DIRECTEUR ADJOINT : Lucien MAUCHEL 5, "lie dû saV0le Rédacteur en chef: PA F.-Ch. BARLET Secrétaires de la Rédaction: ERANCE, un 811. 10 lt‘. y..l. LEJAV — PAUL SÉD|R ÉTRANGER, _ |21r.
RÉDACTION. — Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité. L’indépendance absolue étant la raison d’être Ï de la Revue, la Direction ne se permettra jamais aucune note dans ‘ le corps d’un article. Prière d’adresser tous les échanges : Villa Montmorency, 10, avenue des Peupliers, Paris. MANUSCRITS. —— Les manuscrits doivent être adressés à lai rédaction.
Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus j à moins d’avis spécial. Un numéro de la Revue est toujoursj composé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant. Glllllll’E IIDEI’EIIDAIT D’ÉTUDES ÉSII‘IEIIIQIIES 1,600 Membres _ 104 Branches et Correspondants — Groupes d’Études fermés, Les Membres ne paient ni cotisation ni droit d’entrée.
Pour tous renseignements, s’adresserparlettreà M. Paul SÉDIR, directeur adjoint, 4, rue de Savoie, Paris, en joignant un timbre pour la réponse. Principales Sociétés adhérentes au Groupe ORDRE MARTINIS TE ORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE »;« CROIX. -ÉGLISE GNOSTIQUE «SOCIÉTÉ ALCHIMIQUE DE FRANCE - A _i Ë . DL. Ë
Lu reproduction des articles inédits publiés par l'1niliation est formellement interdite, à moins d'autorisation spéciale. PARTIE INITIATIQUE au nanaarrnre .
Le docteur Papus écrit, dans la vivante Préface qui ouvre la belle étude du directeur de 1’Hyperchimie sur la Vie des minéraux, en s’adressant au candidat à l’initiation :« Je te dis que nous sommes heureux au milieu de tous les malheureux enfiévrés d’aujour d’hui : ne crois donc pas que nous pensions à l’or. » Cette phrase est profondément vraie; l’initié possède le bonheur sur terre et rayonne le bonheur autour de lui.
Et c’est là un des signes principaux qui feront re— connaître une œuvre réellement inspirée : c’est qu’elle donne une béatitude à l’âme qui l’étudie. Une pré— sence descend, dirait-on, dans le cœur fervent du dis ciple, etla Beauté l’émeut d’une sorte féconde et fruc— tueuse. J’ai ressenti cette impression à l’étude du livre de (I) F.
JOLLIVET-CASTELOT.— Comment on devient alchimiste, traité d'hermétisme et d‘art spagyrique, basé sur les Clefs du Tarot. — Préface de PAPUS;4 portr. et nombr. figures. — Un gros vol. in-tô carré, 6 fr. Chamuel, éditeur. l 7 mg AN. .. .......«;f.,;.“,.. _. _,fl,. _ ..i .a t... _.w..«....—« 5... ._. (\.-..._.. ..M.‘-\--«—v“ ““ ' -uûu
194. L’INITIATION | JUIN mon ami Jollivet-Castelot; et j’ai admiré combien la grandeur d’une doctrine donne de force à la sincérité et d’éloquence à la conviction.
En ce qui concerne les ouvrages didactiques d'occultisme, puisqu’ils ne peu vent jamais être, par définition, que des pierres de touche éprouvant l’intuition du lecteur, leur grand mérite réside dans l‘opportunité, dans la convenance avec laquelle ils s’adaptent aux besoins spirituels d’un milieu, dans le tact que l’auteur montre en donnant une vêture à ce qu’il s’est remémoré de la Vérité pa— radisiaque.
Jollivet-Castelot a eu ce mérite, et c’est le plus bel comme le plus exact éloge qu’il me semble possible de faire de son travail. Le livre tout entier est fondé sur les correspon dances analogiques de vingt-deux arcanes majeurs du Tarot. — La première partie étudie l’Alchimie kabbalistique, le Tarot alchimique, l'histoire de l’al chimie en Occident, depuis l’ère chrétienne.
La deuxième partie donne les règles de l’ascèse magique vers l‘adeptat; on y trouve une adaptation ingénieuse et savante qui ne peut manquer de conduire rapide ment à des résultats sérieux; l’érudit y retrouvera un résumé complet du chapitre de la Vie privée des Al— lchimistes, écrit par Albert le Grand dans son De Alchemiâ ; notons la suite de conseils judicieux inti tulés la Journée de l’A lchimz’sz‘e.
Il faut louer Jollivet— Castelot d’avoir réimprimé les Statuts des Philo sophes inconnus et surtout l’admirable Catéchisme pour le grade d’Apprenti Philosophe Inconnu, qui contient sous une forme concise toute la doctrine al w—w. u—r-.:- ' -. -
1897] SUR L’ALCHIMIE I 95 chimique des Rose—Croix; tous les occultistes seront heureux de pouvoir étudier ainsi à loisir un des mo numents de l’initiation hermétique. Après trois études sur l’Alchimiste et la religion, sur les fraternités ini tiatiques et les anciens sanctuaires, et sur les souf fleurs, s’ouvre la troisième partie,yqui développe stric tement la pratique matérielle de la science.
Envisageons l’Allotropie des corps simples et la composition des métaux comme preuves de l’Unité de la Matière (Daniel et Marcelin Berthelot, Lockyer) ; on se sert de ces deux notions comme base à l’étude de l’attraction moléculaire, du transformisme dans le règne minéral (Stéréochimie), science enseignée autre— fois dans les Temples sous les symboles de la géomé trie qualitative (Pierre cubique).
Muni de ces données expérimentales, on peut aborder avec fruit le pro blème de la formation de la pierre, puis ceux acces soires de la palingénésie; l’auteur termine son œuvre par des résumés extrêmement utiles et intéressants d’anciens livres alchimiques : le Cosmopolz'te, le Traité de l’Esprit général du Monde, le Livre d’A rtephz'us, le Vray Liwe de Synésius, le Traité du Mercure de Riplée etles Règles du Philalèthe.
Avant que le lecteur tourne la dernière page de cette véritable encyclopédie portative de l’alchimie, il aura encore à analyser en détail le récit des expé— riences des deux alchimistes modernes August Strind berg et Théodore Tiffereau ; —— il trOuvera la nomen— clature des appareils de laboratoire et des livres sur la question parus dans notre siècle. Enfin le lecteur curieux d’iconographie trouvera
196 L’INITIATION dans ce volume quatre portraits, celui d'Albert Pois son, déjà paru dans la première année de l’AImanac/z du Magiste, ceux de Papus, de Strindberg et de.Tif— fereau, ces derniers inédits. àu. Nous avons terminé la trop courte analyse de cet important ouvrage; essayons maintenant d’en déga ger le principe, afin de le mieux comprendre et de le placer à son rang parmi les pierres du Temple du Saint-Esprit.
Si, jetant un coup d’œil sur l‘histoire des transmu tations opérées par les adeptes de toute école, dans les cours des siècles, nous cherchons à les classer, nous nous apercevons vite qu’elles peuvent s’effectuer par un des quatre modes suivants: 1° L’adepte a conquis l’immortalité; il connaît la Sizekinah, ou l’Asampradjnâta Samadhi; il est Dji ua‘nmoukli ou véritable Rose-Croix : il peut alors opé rer la transmutation, non seulement d’un métal, mais de toute chose créaturelle, en commandant au prin cipe essentiel, au nom de cette créature; il peut même matérialiser de l'or sans aucun support physique; notre ami Marc Haven appuie cette opinion de son autorité, ainsi qu’on peut le voir dans sa belle étude sur les Gamahés parue ici même.
2° L’adepte est un magicien ayant asservi sous sa do mination une certaine classe d’esprits des éléments qui, à sa voix, opèrent la transmutation. C’est le procédé de certains Baalschem juifs, des Tantrz‘ks hindous, des Taoïstes et de beaucoup d’illuminés musulmans.
’ SUR L’ALCHIMIE 197 . .wm—«aæ-w v . . . a... .. . -. - «v. - ..1 - - 0—« N. ra..- m.. u.d_W una.j__î u._ 4\ 3° L’adepte prend des bases physiques; c’est l’al chimiste proprement dit, instruit de tous les mystères de la physique hermétique et, les réduisant à la pra tique.
Tels furent les Rasayanas hindous et tous les maîtres de la tradition occidentale: Flamel, Para celse, Arnaud, Philalèthe, etc. 4.° L’adeptc n’est plus qu’un simple chimiste s’en tenant au seul plan physique dont il connaît les lois et opérant dans le cycle fermé et fini de la matière ; c’est pourquoi il ne connaît pas la projection ni la multiplication; il ne peut que faire des mutations; exemples : Tiffereau, Strindberg, Carey Lea.
Ces quatre classes pourront être mises en corres pondance si l’on veut avec les quatre lettres du nom; et l’on pourra, en s’aidant des procédés pythagorL ciens, en trouver les combinaisons, les développe ments et les fractionnements; on pourra même les ré partir soit sur le cadre des Séphz’roth, soit sur celui de la loi de Wronski.
J’indique ces points de vue à ceux des lecteurs qui auront le loisir de les utiliser, de façon à ne point prendre des pages que tant d’autres peuvent, ici, occupér avec plus de fruit. On voit dès maintenant à quoi se rattache le livre de Jollivet—Castelot.
En attendant qu’il recueille, d’une façon visible ou invisible, les témoignages de la reconnaissance de ceux qu’il va éclairer, qu’il veuille bien recevoir les fraternelles félicitations de l’ami et la gratitude du condisciple. > SÉDIR.
IÇ;s’sxa en un Museau” ET La Fuu.s un un Vusacn Un petit sermon de Noël pour des personnes raisonnables ' PAR NATHANAËL a« Heureux ceux qui ont le cœur pur ; car ils verront Dieu. (Matth., v, 8.) En cetèmps-là on publia un édit de la part de César Auguste, pour faire un démembrement des habitants de toute la terre. Ainsi tous allaient pour être enregis trés, chacun dans sa ville.
Joseph aussi monta de la ville de Nazareth à la ville de David, nommée Béth léem, pour être enregistré avec Marie, son épouse. qui était enceinte, et l’enfant était conçu par le Saint-Es prit. Et pendant qu’il étaient là, le temps auquel elle devait accoucher arriva. Et elle mit au monde son fils premier-né, et elle l’emmaillotta et le coucha dans une crèche.
Or il y avait dans la même contrée des bergers qui couèhaient aux champs, et qui y gardaient leurs (1) Nous donnons à nos lecteurs la primeur de l’œuvre d’un des plus grands mystiques de l’École scandinave actuelle. Nous avons laissé au style la tournure spéciale que lui a donné l’auteur. N. D. L. D.
CÉSAR, LA VIERGE ET LE FILS DE LA VIERGE 199 T;ççug}.m rv—-—w,, \ troupeaux pendant les veilles de la nuit. Et tout a Coup un Ange du Seigneur se présenta à eux. et la gloire du Seigneur resplendit autour d’eux. Et ils furent saisis d’une grande peur.Alors l’ange leui‘ dit: « N’ayez point de peur ! Je vous annonce une grande joie, qui sera pour tout le peuple.
C’est aujourd’hui dans la ville de David, le Sauveur, qui est le Christ Seigneur, vous est né. Et vous le reconnaîtrez à ceci : c’est que vous trouverez le petit enfant emmaillotté et couché dansZune crèche. » Et au même instant il y eut avec l’ange une multi tude de l’armée céleste louant Dieu, disant: « Gloire soit à Dieu au plus haut des cieux!
Paix sur la terre, bonne volonté envers les hommes. » Les bergers allèrent en hâte à Bethléem où ils trouvent la vierge et son enfant. Et ils publièrent tout ce qu’ils avaient vu et entendu. Et Marie conservait toutes ces choses et les repas sait dans son cœur. + Tu diras : Cette histoire est une histoire pour les enfants, pas pour moi ! On peut faire croire aux enfants que d’une vierge naîtra un enfant et que les anges chantent.
On peut faire oublier aux enfants que ces 1896 années n’apportèrent pas « paix sur la terre » non plus « bonne volonté envers les hommes ». Non, cette histoire est un supplément enfantin fantastique à l’histoire uni verselle, et pour moi elle est inutile. Mais, ne fais—tu pas là une erreur ? Tu penses qu’elle sera comprise comme un petit morceau de l’histoire I. ‘ Wmæ -,ctw.a—-——.w.v»t. , .x._,.- ,...
200 L’INITlATION universelle? Elle appartient à l’histoire du « Royaume de Dieu », tu m’accorderas. Mais ce royaume est-il « de ce monde ? » Non : le Royaume de Dieu n’est pas de ce monde — il est dans l'âme de l’homme..... Enfin! Mors l’histoire de la vierge et de son fils n’appartient pas à l’histoire universelle —— elle appartient à l’his toire de l’âme.
Voyons si la naissance du fils de la Vierge a quelque chose à faire avec ton monde intérieur ! ’ CÉSAR est le maître de tout le monde « habité » : le royaume romain, l’adversaire du monde saint.
Il y a aussi deux mondes dans l’homme: le monde animal et le monde saint ou divin ; et, ainsi que le peuple élu de Dieu fut soumis par les Romains, ainsi le monde divin dans l’homme est souvent soumis par la part égoïstique sensuelle de sa nature, de « l’animal ». César, le représentant du despotisme romain, est une des allégories des principes brutaux dans l’hom me.
Tu te rappelles que David une fois fit un dénom brement (au reste, une histoire d’une allégorie mer veilleusement profonde!) et comme son peuple fut sévèrement puni pour ce péché? Pourquoi est—ce un péché P Parce que ceci « de faire un dénombrement » est l’expression allégorique pour le mépris au spirituel et pour l’estime au physique; la seule réalité animale est ceci qui peut être pesé, mesuré, compté, inscrit et enregistré.
Tu comprendras que « tout le peuple » en ce sens mystique sera un péché mortel — et que César compte et inscrit toujours le monde habité, n—v-N' *-t--‘n|
CÉSAR, LA VIERGE ET LE FILS DE LA VIERGE 20L Wm-rv — «y . » '- -- ”- -‘ ‘ LA VIERGE est un vieux et beau symbole de ce qui est pur... « Heu reux ceux qui ont le cœur pur —— ils verront Dieu. » Ces mots expriment une loi inviolable. C’est égal, quelle/ai tu as — auantque tu sois pur dans le cœur tu ne verras pas Dieu. Pourquoi la pureté est-elle la condition de voir Dieu ?
Voir Dieu, c’est d’être Un avec Dieu; mais Dieu. est Pureté; mais est—ce possible que ce qui est impur puisse être uni à la pureté ? Or je veux te l’exprimer d’une autre manière. L’homme est une étincelle de. Dieu enfermée dans une nature brutale (si tu te sou venais de tes vies précédentes, tu connaîtrais la source de cette nature brutale).
La nature brutale —- qui est physique et psychique — isole l’homme de Dieu; natu rellement, àmesure que la nature brutale est conquise l’isolementfinit et l'homme voit Dieu... Maintenant je t’écoute dire dans ton cœur : « 0, je ne serai jamais pur — c’est trop afireux! » Je te dis: tu oublies la grâce de Dieu, qui est une hache purifiante et un feu dévorant; et tu ne vois pas que c’est peu de chose qu’une vie soit.
Mon cher! travaille et lutte — et tu verras! La Vierge estla partiepurifiée de l’âme de l’homme Cette Vierge est « de la maison de David » ; car David signifie « l’aimé »— et la pureté est très aima ble! _Son nom est Marie qui signifie « souci » —— car l’âme pure a« souci du Dieu ». Et elle est l’épouse de Joseph (c’est « il, accroîtra ») l’architecte du temple intérieur; car l’espérance de la croissance est toujours
202 L’INITIATION unie à la pureté, et cette espérance bâtira le temple de Dieu dans l’homme. LE FILS DE LA VIERGE L’âme pure, la Vierge met au monde l’homme Dieu, Logos-Christos, le Sauveur; cela tu comprends maintenant, lorsque tu sais : Il était dans l’âme dès le commencement — seulement attendant la liberté. Et où il est né, là est Béthléem « la maison de pain »; l’homme—Dieu est le pain qui te sauvera de l’école sévère.
C’est vrai: la Vierge « était enceinte d’un enfant » et l’enfant est conçu par le saint souffle — ' par l’esprit, mais souffle (grec :pneuma), c’est-à-dire l’influence de la force divine. Maintenant je te raconterai un secret consolant : ce n’est pas que toute l’âme qui doit être pure avant que l’homme—Dieu puisse être né. En vérité l Aussitôt qu’une partie de l’âme est pure, alors Béthléem est, le Sauveur y est; mais il n‘est qu’un petit enfant.
A mesure que l’âme est plus pure, le Sauveur croit -— et lorsque l'âme est tout à fait pure, alors le Sauveur est parfait. ‘ Et César et la Vierge continuent leur travail: il compte, enregistre le monde; elle met l’enfant divin au monde, — dans toi. _ La Vierge « emmaillottel’enfant et le met dans une crèche ».
Quant au maillot, on dit ordinairement: pour cela laVierge employa des guenilles, et, en ce cas, on pouvait répéter le vieux terme: Vox populi uox Dei. Car le récit des guenilles est une vérité divine: lorsque l’homme-Dieu était un tout petit enfant en toi, i;i‘__-.u".4lb a , u ,- . ' .._.- “l’a: si 'Ëlu'<" -i.'æy«-Ï .
CÉSAR, LA VIERGE ET LE FILS DE LA VIERGE 203 tu ne pouvais pas exprimer sa nature vraie, ni en pensées, ni en mots, car ce que les habits sont pour le corps, cela sont les pensées et les mots pour l’idée — mais, lorsque l’homme-Dieu est parfait, ses habits seront « sans couture, tissu du haut en bas ». Mais pourquoi est—il placé dans une Crèche? Tout simple ment! Le Sauveur intérieur est né dans une étable d’où on a chassé les animaux.
Et la crèche est le vaisseau destiné à la nourriture des animaux: où l’homme Dz’eu est présent, la nature animale est privée de sa nourriture. LES BERGERS sont certaines vertus qui surveillent les animaux; sans cela ils voulaient peut-être recourir à l’étable et tuer l’enfant... Je te prie de remarquer ceci : quelques parties de ta nature animale doivent être tuées, d’autres parties maîtrisées.
' Laissons-nous garder de l’enthousiasme fantas tique: les bêtes féroces et venimeuses doivent être tuées; mais quelques animaux sont utiles si nous les faisons nos serviteurs, et ils nous appartiennent pen dant notre existence charnelle.
Si, par exemple, tu affaiblis ton corps à cause de la sainteté, alors tu fais comme le stupide chevalier qui laissait jeûner son cheval de peur de ne pouvoir pas le maîtriser; il fut facile à maîtriser, mais il ne pouvait plus le porter dans la guerre! Il te faut souvenir que l’homme-Dieu fera son entrée à Jérusalem sur un âne. Nous connaissons les noms de quelques-uns de ces
’204 L’INITIATION bergers. L’un est nommé Précaution ; un autre, Ta citurnité; un autre, Modération; un autre, Miséri corde, etc. _ Et quant à ces bergers, les hommes se trompent ridiculement, car ils s’imaginent qu’ils sont les mères du Sauveur! Non, ils sont des hommes, c’est-à-dire l’Energie, qui chasse les animaux; mais « la posté rité de la femme écrasera la tête du serpent ».
LES ANGES parlent aux bergers et chantent à la gloire de Dieu; cela signifie : que lorsque le fils de la vierge est né dans l’âme, cette âme sera remplie d’une joie cé— leste. « N’ayez point de peur! » dit l’ange. Sais-tu pour quoi la peur est le grand et terrible fantôme de la vie humaine? Elle est beaucoup plus forte que le tout-puissant argent.
Comme un reptile, elle se traîne sur le ventre partout sur la terre —— on dit qu’elle a inventé des systèmes religieux et fondé des écoles dog “matiques... Je sais qu’il y a des hommes qui ont été dispensés apparemment de la peur par des moyens qui n’ont rien affaire avec la Vierge et son Fils .Mais je te dis que c’est une illusion qui ne durera pas: ceux qui ont le cœur pur verront Dieu.
Et puis la peur nepeut pas être où la Vierge a mis au monde le Fils —- et le vrai nom du fils, c’est Emmanuel « Dieu avec nous ». Si tu as eu peur, je ne peux que répéter ces mots de l’ange: « Et ce signe pour vous: vous trouverez un petit enfant emmailloté et couché dans une crèche. »
CÉSAR, LA VIERGE ET LE FILS DE LA VIERGE 205 Gloire soità Dieu au plus haut des cieux / Paix sur la terre. Bonne volonté envers les hommes .’ Hélas ! Cette hymne céleste ne fut jamais chantée; sous le ciel elle ne fut jamais réalisée « Paix sur la terre ». Tu as raison: ces [896 années n’apportaient pas la paix sur la terre. Ces nations qui se nomment chrétiennes se sont pas du tout distinguées comme pacificatrices.
Leurs guerres religieuses et politiques ne sont pas d'accord avec l’hymne céleste : Paix sur la terre. Et à présent qu’elles sont loin de la réalisa tion de ces trois mots ! Avant toutes autres nations. elles se distinguent comme des inventeurs ingénieux des instruments par lesquels elles peuvent tuer les enfants du Père, et pendant beaucoup d’années, elles ont préparé une guerre qui sera encore plus terrible que celles qu’on a déjà vues.
« Bonne volonté envers les hommes. Si un païen qui jamais n’avait entendu parler des chrétiens voulait faire un voyage à leurs pays après avoir lu leurs saintes écritures, pour voir réaliser leur bel idéal — quelle déception!
La vérité est celle-ci : le développement social et économique a ramassé une telle quantité de mauvaise volonté, que c’est impos sible d’éviter une révolution dont les suites et les horreurs seront incroyables, sinon le développement bientôt sera porté dans une autre race : de l’anima lisme à l’idéalisme. C’est ainsi, quant à « la paix sur la terre » et « la
206 L’INITIATION bonne volonté envers les hommes » Où donc est « la gloire à Dieu au plus haut des cieux? » Le chant des anges n’est pas réalisé jusqu’à présent dans le monde extérieur. Mais dans le monde inté rieur, il est entendu chaque fois, que la Vierge met au monde son fils. « Gloire soit à Dieu au plus haut'des cieux! » C'est donc la grâce de Dieu qui aide l’homme à vou loir et à pouvoir.
« Paix sur la terre. » Quand la vierge a mis au monde l’enfant, la paix commence, et, comme Chris tos agrandi, la paix a grandi dans son âme. Le vieux terme: « Il ôte tous les péchés du monde » —— est réalisé de jour en jour dans le monde intérieur; au monde extérieur, personne n’a jusqu’à. présent ôté le péché. « Bonne volonté envers les hommes. » Le Sau veur intérieur est une volonté ; c’est pourquoi il est un homme, pas une femme.
L’homme-Dieu lui même est la bonne volonté dans l’homme. Non, jusqu’à présent l’hymne des anges ne fut qu’une idée quant au monde extérieur; mais, si tu veux, cette idée sera une réalité vivante: il ne te faut que sacrifier toi—même pour cette chose unique : PURETÉ >F Une bonne fête de Noël ! C’est le désir de l’homme—Dieu en moi! Si j’avais mille langues et si chaque langue avait le son de beaucoup de coups de tonnerre -—— ainsi _.....- -A‘ l _ .
CÉSAR, LA VIERGE ET LE FILS DE LA VIERGE 207 je pourrais crier tout autour du monde le vrai sens de ces mots: Une bonne fête de Noël : « Vous êtes Dieux. » (Ps., LXXXII, 6.) Car Logos —— la Parole — était Dieu. Et Logos a été fait chair eta habité parmi nous. C’est alors Logos qui éclaire tous les hommes en venant au monde. Et la lumière luit dans les Ténèbres — ‘et les Ténèbres nel’ont point reçue.
Réalise donc le Dieu en toi—même: Travaille et lutte, que ton âme soit la vierge. Et la vierge mettra au monde en toi le Logos caché. Alors tu auras une « bonne fête de Noël ». « Écoutez maintenant, 6 maison de David (de l’aimé) ! Est-ce peu de chose pour vous de lasser les hommes, que vous lassiez aussi les Dieux?
C’est pourquoi, Adonahy lui-même vous donnera un signe: Voici : la vierge (ha/z halmah) sera enceinte, et elle enfantera un fils, et elle l’appellera Emmanuel. » (Es. vu, 13 et 14.) NATl—IANAËL. Si: 1:2: 9??
.PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE tisanes ar Nonaaas L’antique civilisation ne voyait rien d’absurde dans les prétentions de l’astrologie, pas plus qu’aujour d’hui nombre d’hommes instruits et véritablement savants n’y voient quelque chose d‘absurde.
L’astro logie judiciaire, par laquelle on peut prévoir la des tinée et les actes des hommes et des nations, ne semt blait pas, ni ne semble même à présent, être plus an tiphilosophique ou antiscientifique que l’astrologie naturelle ou astronomie, —- par laquelle on peut pré dire les événements de la nature soi—disant brute et inanimée (changements de temps, etc).
Car il n’était même pas nécessaire que les aspirants à cette-abstruse et vraiment noble science fussent doués de la vue pro— phétique, mais simplement d’un grand talent dans cette méthode qui permet à l’astrologue de prévoir certains événements dans la vie d’un homme par la position des planètes au moment de la naissance.
Une fois admise la probabilité ou même la simple possibilité d’une influence occulte exercée par les astres sur la destinée de l’homme — et pourquoi ce
ASTRES ET NOMBRES 209 fait semblerait-il plus improbable dans le cas des as tres et de l’homme que dans le cas des taches solaires et des pommes de terre ? —- l’astrologie devient une science non moins exacte que l’astronomie. La terre, nous dit le professeur Balfour Stewart F. R. S., « est très sérieusement influencée par ce qui se passe dans le soleil»...
« on soupçonne fortement qu’il y a connection entre les épidémies et l’apparence de la surface du soleil (1). » Et si, comme nous le dit l’homme de science,« une relation mystérieuse entre le soleil et la terre est plus que soupçonnée »... et le problème est des plus im portants àrésoudre, combien plus importante encore la solution de cet autre mystère —— l’affinité indubi table de l’homme et des astres — affinité admises par des générations innombrables et par les plus savants parmi les hommes!
Assurément la destinée de l’homme mérite autant de considération que celle d’un navet ou d’une pomme de terre... Et si, toutes les fois qu’un légume sort de terre pendant une pé riode de taches solaires, on peut lui prédire scientifi quement une maladie, pourquoi une vie maladive ou (1) Une des épidémies potagères les mieux connues est celle de la maladie de la pomme de terre.
Les années de 1846, 1860 et 1872 furent très mauvais es pour la maladie de la pomme de terre, et ces années n’étaient pas éloignées du maximum des taches solaires... Il y a une relation curieuse entre ces ma ladies qui afl‘ectent les plantes et l’état du soleil...
Une épi démie périodique et très violente appelée 11 la suette » eut lieu il y a environ trois siècles... vers la fin du xv° Siècle au commencement du xvx°... et ceci coïncide exactement avec la période des taches solaires... (Le Soleil et la Terre, con iérence par le prof. Balfour Stewart.)
2 I0 L’INITIATION saine, terminée par une mort naturelle ou violente, ne serait-elle pas aussi scientifiquement pronostiquée d’après la position et l’apparence de la constellation avec laquelle l’homme est aussi directement en rap port que le soleil avec la terre ?
Jadis, l’astrologie était en grande faveur, car, lors qu’elle était en des mains capables, souvent il fut prouvé qu’elle était aussi précise et aussi véridique dans ses prédictions que le sont à notre époque les prédictions astronomiques. Toute la Rome impériale étudiait les présages, autant, sinon plus qu’aujour d’hui l’Inde.
Tibère pratiquait cette science; et les Sarrazins d’Espagne avaient pour la divination parles astres la plus grande considération; l’astrologie fut transmise à l’Europe occidentale par ces mêmes Sar razins, nos premiers civilisateurs.
Alphonse, le sage roi de Castille et de Léon, se rendit célèbre au X1119 siècle par ses Tables astrologiques (appelées Al— phonsines) et son code de la Siata Purtidas; et le grand astronome Képler au XVIIe siècle, qui découvrit les trois grandes lois des mouvements planétaires (connues sous le nom de lois de Képler) avait foi en l’astrologie et la proclamait une uraie science.
Képler, le mathématicien de l’empereur Rodolphe, celui au quel Newton est redevable de ses découvertes, est l’auteur des Principes d’Astrologie dans lesquels il démontre le pouvoir qu’ont certaines configurations harmonieuses de planètes de régir les impulsions de l’homme. Dans sa fonction d’astronome impérial, on sait historiquement qu’il prédit à Wallenstein, d’après la position des astres, l’issue de la guerre dans laquelle --- - - . . . 4 . -4..
ASTRES ET NOMBRES 211 cet iniortuné général était alors engagé. Non moins que lui-même, son ami, protecteur et maître, le grand astronome Tycho-Brahé croyait au système astrolo gique et le répandait. Il fut forcé, en outre, à admet— tre l’influence des constellations sur la vie et les actions terrestres tout à fait contre son gré, et simple ment par suite de la constante vérification des faits.
La Kabbale et son système des nombres a un rap port étroit avec l’astrologie. La sagesse secrète des an ciens Chaldéens laissée par eux en héritage aux Juifs relate originairement la science mythologique des cieux et contient les doctrines de la sagesse secrète ou occulte concernant les périodes cycliques du temps.
Dans la philosophie ancienne, les nombres sacrés commençaient par le grand Premier, l’Un, et se termi naient par le néant ou Zéro, symbole du cercle infini et sans limite qui représente l’univers. Tous les chif— fres intermédiaires, dans quelque combinaison, ou quelque multipliés qu’ils soient, représentent des idées philosophiques se rapportant à un fait moral ou à un fait physique dans la nature.
Ils sont la clef des vues archaïques sur la cosmogonie, dans son accep tion la plus large, renfermant l’homme et les êtres, et ils se rapportent à la race humaine ou aux individus spirituellementaussi bien que physiquement. « Les Nombres de Pythagore, dit Porphyre, étaient des symboles hiéroglyphiques, par lesquels il exprimait toutes les idées concernant la nature de toutes cho ses » (De Vitâ Pythag.).
Dans la Kabbale symbolique -— le système le plus ancien que nous aient légué les Chaldéens, —— les manières d’examiner les lettres, les
42 212 L’INITIATION mots et les phrases étaient numériques. La gémantn’e (un des trois modes) est purement arithmétique et mathématique, et consiste à appliquer aux lettres d’un mot la valeur qu’elles ont comme nombres — on se servait alors de lettres pour la numération chez les Hébreux comme chez les Grecs. La gémantrie figurative déduit les interprétations mystérieuses des formes de lettres usitées dans les manuscrits occultes et dans la Bible.
Ainsi, comme le démontre Corneille Agrippa dans les Nombres (X, 35) la lettre Beth signifie anéantis sement d’ennemis. Les anagrammes secrets connus sous le nom de Ziruphe donnent leur sens mystérieux au moyen de la seconde manière nommée Themura, qui consiste à déplacer les lettres, à les substituer les unes aux autres et puis à les mettre en rang suivant leur valeur numérique.
Si, de toutes les opérations de la science occulte, il n’y en a pas qui ait pris racine dans l’astrologie, l’arithmétique et la géomé trie font partie des premiers principes de la magie. Les mystères et les puissances les plus abstruses de la nature cèdent au pouvoir des nombres. Et que l’on ne considère point ceci comme un mensonge.
Celui qui connaît les nombres relatifs et respectifs ou la soi disant correspondance entre les causes et les effets, sera seul capable d’obtenir avec certitude le résultat désiré. Une petite erreur, une différence insignifiante dans un calcul astronomique, et toute prédiction exacte d’un phénomène céleste devient impossible. Comme le fait entendre Severinus Bœthius, c’est par la proportion de certains nombres que toutes choses
ASTRES ET NOMBRES 213 ont été formées. « Dieu fait de la géométrie », dit Pla ton, en voulant parler de la nature créatrice. S’il y a tant de vertus occultes dans les choses naturelles, « quoi d’étonnant si dans les nombres, qui sont purs et qui n’ont de relation qu’avec les idées, on trouve des vertus plus grandes et plus occultes? demande Agrippa.
Le Temps même doit contenir le nombre mystère;de même aussi le mouvement, ou l’action, et de même, par conséquent, toutes choses qui se meuvent, agissent ou sont soumises au temps. Mais « le mystère réside dans la puissance abstraite du nombre, dans son état rationnel et formel, et non dans son expression vocale, comme parmi les gens qui achètent et qui vendent (De occulta Phil, c.
111, p. en.) Les Pythagoriciens prétendaient discerner beaucoup de choses dans les nombres des noms. Et, si ceux qui avaient compris étaient invités à « comp ter le nombre et le nom de la bête » par l’auteur de l’Apocalypse de saint Jean, c’est parce que cet auteur était un kabbaliste.
Les prétendus sages de notre génération crient jour nellement que la science et la métaphysique sont irré conciliables; et les faits prouvent journellement aussi que ce n’est qu’un mensonge de plus parmi tous ceux qu’on profére.
Le règne de la science exacte est proclamé sur tous les toits, et l'on se moque de Pla ton qu’on dit s’être livré aux rêves de son imagina tion, tandis quela méthode d’Aristote,échafaudée sur la raison pure, est la seule acceptée par la science. Pourquoi? Parce que la méthode philosophique de Platon est l’inverse de celle d’Aristote. Son point de
2 14 L’INITIATION départ, ce sont les universaux, dont l’existence est « une matière de foi », dit le Dr Draper, et de ceux-ci elle descend aux particuliers ou détails. Aristote, au contraire, « s’élève des particuliers aux universaux, s’y acheminant par inductions » (Conflit entre la reli— gion et la Science).
A ceux-ci nous répondrons hum— blement que les mathématiques, la seule science exacIe et infaillible dans le monde des sciences, pro cède des Universaux. C’est surtout cette année I881 qui semble défier la froide science matérielle et, par les événements extra ordinaires d’en haul et d’en bas, inviter à examiner ses étranges « coïncidences ».
Ses caprices dans le domaine de la météorologie et de la géologie sont pro— nostiqués par les astronomes, et chacun est obligé de le reconnaître. Ilya un certain triangle en cette année sur l’horizon et formé de trois très brillantes étoiles qui fut prédit par eux et expliqué. C’est une simple combinaison des corps célestes, disent—ils.
Quant à ce que ce triangle formé des trois grandes planètes, — Vénus, Jupiter et Saturne, -— ait affaire avec les desti nées des hommes ou des nations, c’est pure supersti tion.
« Le manteau des astrologues est brûlé, et les prédictions de quelques—uns d’entre eux, si elles se vé— rifient, doivent être attribuées simplement à l’aveugle hasard. » ' Nous ne sommes pas sûrs de cela; et, si on le per met, nous dirons pourquoi. — Entre temps, nous devons rappeler au lecteur le fait que Vénus, la plus brillante des trois planètes susnommées, comme on le remarque en Europe'et, d’après nos renseignements,
ASTRES ET NOMBRES 215 dans l’Inde aussi, — soudain quitta ses deux compa gnons et lentement s’avançant, s’arrêta au-dessus d‘eux, d’où elle va éblouissant les habitants de la terre d’un éclat presque surnaturel. La conjonction de deux planètes n’arrive que rare ment; celle de trois planètes est plus rare encore; tandis que la. conjonction de quatre et cinq planètes devient un événement.
Ce dernier phénomène n’eut lieuqu’une fois dans les temps historiques (2449 ans . av.J.-C.).Il fut observé par les astronomes chinois et ne s’est pas reproduit depuis. Cette extraordinaire ren contre de cinq grandes planètes présagea toutes sortes de maux au Céleste-Empire et à ses populations, et la panique alors causée par les prédictions des astro logues chinois ne fut pas vaine.
Durant les 500 an nées qui suivirent, une série de troubles intérieurs, de révolutions, de guerres et de changements de dynastie marqua la fin de l’âge d’or du bonheur nationale dans l’Empire fondé par le grand Fo-hi. Une autre conjonction eut lieu juste avant le com— mencement de l’êre chrétienne.
Cette année-là, trois grandes planètes s’approchèrent à tel point les unes des autres qu’elle furent prises par beaucoup pour un astre unique d’une grandeur énorme. Plus d’une fois des scholiastes de la Bible inclinèrent à identifier ces «trois en un », avec la Trinité, et aussi avec «l’astre des sages de l’Orient ».
Mais ils se virent contrariés dans leurs pieux désirs par leurs ennemis hérédi taires, —— les irrévérencieux savants qui prouvère_nt que la conjonction astronomique eut lieu une année avant la période à laquelle on prétend que Jésus est are—3 . m‘es" . -*
216 L’INITIATION né. Si le phénomène présageait du bien ou du mal, l’histoire et le développement du Christianisme est là pour répondre qu’aucune religion n’a coûté autant de victimes humaines, n’a fait verser autant de sang, ni amené la plus grande partie de l’humanité à souf frir de ce qu’on appelle maintenant « les bienfaits du Christianisme et de la civilisation ». Une troisième conjonction eut lieu en 1563 de l’ère chrétienne.
Elle apparut près de la grande Nébuleuse, dans la constellation du Cancer. Il y avait trois grandes planètes, et, selon les astronomes de l’époque, les plus néfastes : Mars, Jupiter et Saturne. La constel lation du Cancer a toujours en mauvaise réputation; cette année-là le simple fait d’avoir dans son voisi nage une triple conjonction de planètes vénéfiques amena les astrologues à prédire de grands et pro chains désastres.
Cela ne manqua pas d’arriver. Une terrible peste se déclara et exerça ses ravages dans toute l’Europe, faisant des milliers et des milliers de victimes. . Et maintenant, en 1881, nous avons encore la visite de trois autres astres «. errants ». Que présagent ils ? Rien de bon ; et il semblerait, comme s’ils étaient là pour répandre de grands maux sur la tète courbée de l’humanité malheureuse, que le fatal prélude déjà se joue.
Énumérons, et voyons si nous sommes éloi gnés de la vérité. Les morts presque simultanées, et certainement dans quelques cas inattendues, de plusieurs hommes très remarquables de notre épo que. Dans les régions de la politique, nous trou vons l’empereur de Russie, Lord Beaconsfield et Aga
ASTRES ET NOMBRES 217 Khan(1); dans la littérature, Carlyle et George Eliot; dans le monde de l’art. Rubinstein, le plus grand génie musical. Dans le domaine de la géologie, des tremble ments de terre qui ont presque détruit la ville de Casaminceiolo dans l’île d’Ischia, un village en Cali fornie et l’île de Chic qui fut entièrement dévastée par la terrible catastrophe — celle-ci, en outre, pré— dite pour ce jour même par l’astrologue Raphaël.
Dans le domaine de la guerre, la Grande Bretagne, jusqu’alors invincible, fut défaite au Cap par une poignée de Boers; l’Irlande s’agite et menace; une peste ravage actuellement la Mésopotamie; une nou velle guerre se prépare entre la Turquie et la Grèce; des armées de Socialistes et de Nihilistes obscurcissent le soleil de l’horizon politique en Europe; et cette dernière dans le trouble s’attend anxieusement aux événements les plus inopinés, —- l’avenir défiant la perspicacité de ses plus subtils hommes politiques.
Dans les sphères religieuses, le triangle céleste a montré sa double corne aux congrégations monastiques et s’ensuivit en France un exode général de moines et (1) Aga Khan fut un des hommes les plus remarquables du siècle. De tous les Musulmans, Shahs ou Soonis, qui jouissent du vert turban, les prétentions d’Aga a une descendance directe de Mahomet par Ali s’appuyaient sur des preuves indéniables.
Il représentait encore les historiques « Assassins » du Vieux de la Montagne. Il avait épousé une fille du défunt Shah de Perse: mais des démêlés politiques le forcèrent à quitter son pays natal et à chercher un refuge auprès du gouvernement anglais dans l'Inde. Il avait à Bombay un grand nombre de fervents. C’était un homme noble et généreux, et un héros. Le trait le plus remarquable de sa vie fut qu’il était né en 1800 et qu’il est mort en 1881. Dans ce cas aussi l'influence de l’année 1881 est indéniable.
218 . L’INITIATION de nonnes, conduits par les enfants de Loyola. Il est là un réveil d’infidélité et de rébellion intellec tuelle, et en même temps un accroissement propor— tionné de missionnaires, qui aiment à voir les hordes d’Attila détruire beaucoup et construire peu.
Ajoute rons—nous à la liste de signes de ces jours néfastes la fondation de la nouvelle Loi New Dispensaiz’on à Calcutta P Cette dernière, bien que d’une importance minime et tout à fait locale, a cependant un rapport direct avec le sujet qui nous occupe, le sens astrologi que de cette conjonction planétaire.
Comme le Chris tianisme avec Jésus et ses Apôtres, la Nouvelle Loi peut aussi se vanter d’avoir eu comme présage dans les cieux la triple conjonction actuelle de planètes. Elle prouve, en outre, notre théorie kabbalistique du retour périodique des événements.
Comme le monde romain sceptique d'il y a 1881 ans, nous sommes menacés d’un nouveau réveil de mendiants ébionites, excitant les Esséniens et les Apôtres sur lesquels descendent « des langues de feu » et dont nous ne pouvons même pas dire comme des douze de Jéru salem, «que ces hommes sont pleins de vin nou veau», puisque, nous a-Gon dit, leur inspiration est entièrement due à l’eau.
Ainsi, l’année 1881, dont nous n’avons vu qu’un tiers, promet, comme l’ont prédit astrologues et astro nomes, une longue et sombre suite de désastres sur terre comme sur mer. Nous avons montré ailleurs (Bombay-Gaqette, 30 mars 1881) combien étrange sous maint rapport le groupement des chiffres de cette présente année 1881, outre qu’une autre combi—
ASTRES ET NOMBRES 219 _Y_‘TÏT_-I—H____l. W»... ._V.__v,, . maison semblable n’aura pas lieu avant l’an 1 1811 de l'ère chrétienne, dans juste 9930 ans, lorsque, — nous le craignons, —- il n’y aura plus de chronologie chré tienne, mais quelque chose d’autre.
Nous disions : « Cette année 1881 présente ce fait étrange que, de quelque côté que vous regardiez ces chiffres, de droite ou de gauche, d'en haut ou d’en bas, vous aurez tou jours devant vous le même nombre mystérieux et kabbalistique de 1881. C’est le nombre exact des trois chiffres qui ont le plus intrigué les mystiques pendant plus de dix—huit siècles.
En résumé, l’année 1881 est le nombre de la grande bête de l’Apocalypse, le nombre 666 de l’Apocalypse de saint Jean, ce livre kabbalis tique par excellence. Voyez vous—mêmes: 1 + 8 + 8 + 1 font 18; 18 divisé par 3 donne 3 fois 6 ou sur un rang 666, « le nombre de l’homme ». Ce nombre a été pendant des siècles le problème à résoudre de la Chrétienté; on l’a interprété de mille manières.
Newton lui-même, pendant des années, a travaillé ce problème, mais, non initié à la kabbale secrète, il se trompa. Avant la Réforme, on supposait généralement dans l’Église que ce nombre se rappor tait à la venue de l’Antéchrist.
Depuis lors, les pro testants commencèrent à l’appliquer dans cet esprit de charité chrétienne qui caractérise le Christianisme envers l’Église romaine, qu’ils appellent « l’Arle— quin », la « grande Bête », la « Femme écarlate », ' 7 compliments que ces derniers leur retournent avec le ‘ même esprit de fraternité et d’amour.
La supposition que ce nombre se rapporte au peuple romain —— parce que les lettres grecques du mot Latz‘nus considérées WWWN -s. l.,’. , NM«.._WQV 4MWM‘MUMW'
220 L’INITIATION comme nombres font comme total 666 exactement — est absurde. Telles sont les croyances et les traditions qui ont cours parmi le peuple, sortant on ne sait d’où et trans mises d’une génération àl’autre comme une prophétie orale et comme un fait futur inévitable.
Un corres pondant de la Gazette de Moscou a eu la fortune en 1874 de recevoir des montagnards des Alpes Tyro liennes et par conséquent des vieux Bohémiens une de ces traditions : « A partir du premier jour de l’an née 1876, dit cette tradition, s’ouvrira pour le monde une triste et pénible période qui durera au moins sept années consécutives. L’année la plus malheu reuse et fatale de toutes sera 1881.
Celui qui survi vra aura une tête de fer. » On trouvera une nouvelle combinaison intéressante de l’année 1881 dans les dates suivantes de la vie du tsar assassiné. Chacune de ces dates marque une époque plus ou moins importante dans sa vie. Elle prouve en tous cas la part importante et mystérieuse que les chiffres 1 et 8 ont joué dans sa vie. 1 et 8 font 18, et l’empereur est né le 17 (1 + 7 : 8) avril en 1818. Il est mort en 1881.
Les chifires de l’année de sa naissance et de celle da sa mort étant identiques et coïncidant, en outre, avec fla date de sa naissance 17 = 1 + 7 = 8. Les chiffres des années de (sa nais sance et de sa mort étant ainsi les mêmes, puisqu’on peut en tirer 4 fois 18, et que la somme totale des chiffres de chaque année est 18.
L’arrivée à Saint Pétersbourg de la défunte impératrice — la fiancée du tsar —-— eut lieu le 8 septembre; son mariage le l1 . .'..-wr r yfw‘?”’”l’kfltfllfllflu..KF;.,uWWP"M -'“".'-I_(M Aw-'fiyimdnfl...»wæww . ..,..- A ‘n |
ASTRES ET NOMBRES 221 16 avril (8 + 8 = 16); leur fille aînée, la grande duchesse Alexandra, naquit le 18 août; le feu tsare witch, Nicolas Alexandrowitch, le 8 septembre 1843 (1 + 8 + 4 + 3 : 16, c’est—à-dire 2 fois 8).
Le tsar actuel, Alexandre III, naquit le 26 février (2 + 6 : 8); la proclamation de l’ascension au trône du défunt empereur fut signée le 18 février; la proclamation publique annonçant la date du couronnement fut faite le 17 avril (1 + 7 = 8); son entrée à Moscou eut lieu le 17 août (1 + 7 z: 8); le couronnement eut lieu le 26 août (2 —|— 6: 8); l’année de la libération des serfs fut 1861 dont le total : 16, c’est-à-dire 2 fois 8.
' Pour conclure, nous pouvons mentionner ici une découverte bien plus curieuse, relative aux calculs ci-dessus, et pour ainsi dire les complétant, faite par un rabbin juifde Russie -— un kabbaliste évidemment d’après l’usage qu’il fait de la Gémantrie, —— vient de paraître dans un journal de Saint-Pétersbourg.
Les lettres hébraïques, comme on l’a établi, ont leur va leur numérique ou correspondance en chiffres arith métiques.’ Le nombre 18 dans l’alphabet hébraïque est représenté par les lettres « Heth » :8 et Iod : 10, c’est-à-dire 18. Réunies Heth et Iod forment le mot « Khaï » ou « Haï », qui, traduit littéralement, signifie l’impérative vis et vivant.
Tout Juif ortho doxe durant ses jours de jeûne et de fête doit donner pour quelque pieux emploi une somme d’ar gent consistant en 18 pièces de monnaie. Ainsi, par exemple, il donnera 18 kopecks, ou 18 pièces de 10 kopecks, ou 18 roubles, ou 18 fois 18 kopecks, WWkm-cm ... ...-.._.._ .. . —...-.. s..uw._.w-...... .......,.«..-nw.u_m
222 L’INITIATION suivant ses moyens et le degré de sa ferveur reli gieuse.
Ce qui fait que l’année 1818, — année de la naissance du défunt empereur, — signifie si on le lit en hébreu -— « Khaï, khaï » ou ris, ris, pro noncé deux fois avec emphase; tandis que l’an née 1881, —— celle de sa mort lue de la même manière, donne ces paroles fatales « Khaï-tze » dont la traduc tion est: tu es virant au départ, ou, en d’autres termes, « ta vie est terminée Évidemment, les sceptiques remarqueront que tout ceci est dû au hasard, « coïncidence ».
Nous n’insis— ' terions pas pour persuader le contraire, si cette obser vation ne venait que de matérialistes et d’athées qui, niant ce qui précède, sont logiques dans leur incré dulité et ont autant de droits à avoir cette opinion que nous la nôtre. Mais nous ne pouvons pas avoir la même indulgence quand nous sommes attaqués par les religions orthodoxes.
Car, cette classe d’indivi dus, en même temps qu’elle méprise la métaphysique spéculative et même l’astrologie, — système basé sur des calculs strictement mathématiques, dépendant de la science exacte autant que la biologie ou la physio logie, et ouverte à l’expérimentation et à la vérifica tion -— croit fermement que la maladie de la pomme de terre, le choléra, les accidents de chemin de fer, les tremblements de terre, etc., sont toutes d’origine dirine et venant directement de Dieu, ont une signi fication et un contre—coup dans les plans supérieurs de la vie humaine.
C’est à cette dernière classe de théistes que nous disons : Prouvez—nous l’existence d’un Dieu personnel, soit extérieur, soit intérieur à la .\1
LES ÉTOILES FIXES 223 nature physique ; montrez—le-nous comme étant l’agent externe, le Régulateur de l’Univers; montrez-le s’occupant des affaires et de la destinée des hommes et exerçant sur elle une influence aussi importante et raisonnable au moins que celle exercée par les taches solaires sur la destinée des légumes, et puis. riez de nous.
Jusque-là, et tant que personne n’aura présenté cette preuve et cette solution, agissons comme le dit Tyndall : « Baissons la tête, et reconnaissons notre ignorance, prêtre et philosophe, chacun et tous. » KRISHNA SHARTRI GODBOLE. t.as Éronas Fixes Les étoiles fixes ne sont pas des corps lumineux. Preuve : Regardez une planète avec la lunette : elle sera grossie. Regardez une étoile par la lunette la plus forte : elle sera amoindrie.
Les astronomes disent : les étoiles s’amoindrissent parce qu’elles sont situées à une distance infinie. Réponse : 1° Des objets qui se trouvent à une dis tance infinie doivent être invisibles; 2° Des objets visibles à l'œil un comme des étoiles doivent grossir par des lentilles grossissantes.
Question: quelles sources de lumière ont la qualité de s’amoindrir, regardées par des lentilles de grossis sement P Un faisceau lumineux que j’ai fait projeter par un
224 L’INITIATION [IL'1N trou d’un diaphragme s’animait, regardé par une lunette. Les étoiles pourraient donc être la lumière primi tive émise par des stomates (pores) sur le ciel cristallin. Or, à l’Observatoire de Paris, on photographie les étoiles avec un objectif de 33 centimètres et une dis tance focale de 3 mètres 43 centimètres. Qu’est-ce que l’on photographie alors?
Des fais ceaux lumineux qui, en passant par une lentille bicon vexe prennent la forme de points ronds! C’est que les lentilles possèdent la faculté de recueil lir les rayons de toute source de lumière et former des images rondes. Regardez le croissant de la lune par une loupe, et la faucille se présentera comme un rond. Regardez de dehors la lampe allumée un soir dans une fenêtre et la loupe transformera la flamme trian gulaire en un rond.
Si l’on observe les constellations, on verra qu’elles se répètent et en projections renversées et toujours amoindries, ce qui indique leur nature virtuelle. La Grande Ourse renversée et amoindrie est la Petite Ourse; la Petite Ourse se réfléchit sur la cou pole concave et projette les Pléiades, etc. L’Hoanzou JE'll‘ L°ŒIL En regardant la voûte bleue du ciel, on découvre une coupole dans laquelle le spectateur est le centre (à peu près).
ML"Ï"’Ë" ’ L’HORIZON .ET L7ŒIL 225 1897] Le ciel couvert de nuages rend la coupole plus ma nifeste et on apporte sa coupole partout où l’on va. Chacun sait bien que ce n’est pas une coupole, et que les nuages à l’horizon flottent àla même hauteur que les nuages au zénith. Or, sur la mer, en observant le cercle de l’eau, on dit sans hésitation : voilà la rondeur de la terre. Cependant un brouillard surgit et se pose autour du vaisseau.
Le cercle reste, mais restreint, et personne ne dit plus que c’est la rondeur de la terre avec un rayon de 50 mètres. Dans une forêt plantée en lignes droites ou en quinconce, en se tournant autour de soi-même, le spectateur observe les arbres arrangés en cercle, sans qu’il se laisse tromper à croire que ce soit la rondeur de la terre.
Dans une plaine l’observateur verra les villages, les taillis, les champs se grouper en cercle, quelque angle qu’ils forment dans la réalité. L’horizon rond n’est donc qu’une illusion, qui s’est formée par ces facteurs : Le spectateur en se tournant autour de soi-même décrit un cercle où il est le centre, et où le rayon est formé par la distance de la vision distincte, lorsque l’œil est mis à point pour une distance convenable.
L’horizon nord de la mer n’est qu’une illusion. Preuve : Prenez deux règles parallèles (dont se ser vent les marins pour pointer la carte). Visez la cir conférence de l’horizon de mer, de façon que 90 degrés de l'arc soient encadrés entre les deux lignes paral lèles des deux règles, et vous verrez que l’arc n’est 8
226 L’INITIATION plus une ligne courbe, mais une ligne droite paral lèle aux deux lignes droites des règles. Une autre : Dans un port de mer, il y a une jetée rectiligne. Éloignez--vous-en, jusqu’à la distance où l’horizon coïncide avec la jetée, et vous verrez que l’arc forme une ligne droite parallèle à la jetée. Donc l’horizon n’est pas orbiculaire. Et la terre donc ? A.
STRINDBERG. lÆS MARTYRS D& LA Glil@S& H 'ÏE Ail? i E (Suite et F[71) Il est difficile de préciser à quel moment et en quelle circonstance se formèrent les liens qui unirent si profondément Synésius à Hypatie, mais tout nous porte à croire que ce fut pour le saint évêque de Pto— lémaïs, vers cette époque de la maturité, qui est la seconde adolescence des poètes.
Il devançait Hypatie dans le chemin de la vie de plusieurs années, de beaucoup d’années peut-être, — mais qu’importait? Les âmes n’ont pas d’âge. Elle était, elle, dans toute la fleur de son printemps et dans tout l’éclat de sa gloire. On se pressait autour de sa chaire. Toute Alexandrie lui faisait cortège, lorsqu’au soir tombant elle regagnait sa demeure. > 1. t. r wu.sn‘— |-. .-'LP
LES MARTYRS DE LA GNOSE 227 =ç5Ig—T.-_r . Est-ce au milieu de quelqu’un de ses triomphes oratoires que ses doux regards veloutés rencontrèrent les grands yeux vagues de Synésius, et que jaillit la mystérieuse étincelle? Nous ne le croyons pas. Non! non! ce n’est point là que le cœur se déploie, La cendre y vole autour des tuniques de soie, L’ennui sombre autour des plaisirs.
Nous préférons nous représenter quelque rencontre solitaire sur le sable d’or du rivage ou sous l’abri par— fumé des lentisques en fleur. Synésius est en proie à quelqu’une de ces cruelles douleurs domestiques dont le destin lui fut si prodigue. Il pleure un doux être envolé, une mère partie avant l’heure peut-être, une âme de son âme arrachée brusquement à son amour!
Hypatie est attirée à lui par ce divin magnétisme, qui, malgré tous les obstacles, finit toujours par accoupler les cœurs faits pour être l’un à l’autre. Il vient à elle, elle vient à lui. De suaves paroles sont échangées. Cette véronique essuie avec le fin lin les yeux san— glants du grand martyr. Ce Christ bénit cette sainte, et voilà son image gravée en la pensée de la céleste jeune fille, éternellement.
V En notre siècle de bestial sensualisme où le déchaî nement de toutes les honteuses passions acquiert chaque jour une recrudescence nouvelle, on a peine à se représenter la nature de ces divins mariages d’âmes. Nous sommes si lamentablement emmurés dans la répugnante Hylé, elle nous tient tellement, —— nerfs, cerveau et 'sang. -— que lorsque. par hasard
2 28 L’INITIATION une de ces unions mystiques vient à se former, nous crions au’scandale, —- à moins que nous ne clamions au ridicule. Et pourtant, elles existent, ces unions privilégiées, elles ont existé de tout temps; les époques, même les plus inaptes aux efflorescences idéales, en fournissent des exemples.
La Gnose a eu ses sublimes androgynes, ses Sera phitus-Seraphita ineffablement fondus en un rêve d’éternel amour; c’est Valentin et Marcelline, Apelle et Philomène, Ptolémée et Flora, Montan et Maxi mille. Dans des temps plus voisins des nôtres, Françoise de Chantal, en d’éperdues ivresses, enlaçait de sa blanche petite âme la grande âme de François de Sales.
Plus tard, lorsque sous Louis XIV l’adultère cour ronné s’érigea en raison d’Etat, nous constatons les mêmes étreintes entre Fénelon et Mnm Guyon, le suggestif poète des Torrents. Enfin de nos jours, après que la dernière rafale du vent révolutionnaire eût balayé ce qui pouvait rester de foi ancestrale au fond des cœurs, nous avons vu s’accomplir encore un de ces hymens angéliques :celui de Lacordaire et de Mme Swetchine (1).
VI Il nous reste de Synésius sept lettres adressées à Hypatie. Ces lettres ne nous laissent pas plus de doute (i) Peut-être pourrait—on ajouter à cette nomenclature les mystiques tendresses de l’abbé Gayraud pour Mm“ X. Il est au moins curieux que ceux-là mêmes qui admirent sans réserve François de Sales et Fénelon reprochent si amèrement à l'ex— dominicain quelques vers chastement passionnés.
LES MARTYRS DE LA GNOSE 229 sur l’ardeur que sur la nature des sentiments de l’évêque de Ptoléma’is. Il l’appelle sa bienfaitrice, son maître, sa sœur, sa mère (1). Il cherche, sans pouvoir le trouver, un mot, un vocable, un symbole qui puisse rendre toutes les tendresses dont son cœur déborde. « Quand même les morts oublieraient dans les enfers, lui écrit-il un jour, moi je m’y souviendrai encore de ma chère Hypatie.
C’est pour toi seule que je pourrais dédaigner ma patrie! » Ailleurs il la consulte sur la valeur de ses ouvrages, déclare s’en référer aveuglément à ses jugements, attendant de ses lèvres adorées la condamnation irrévocable de ses vers ou leur consécration définitive devant la posté rité. C’est d’elle et d’elle seule qu’il espère les con solations vers lesquelles soupire son âme navrée de douleurs.
« Le cœur d’Hypatie est, avec la vertu, son plus sûr asile. » (Let. LXXXI, 80.) Une des plus curieuses lettres de Synésius, c’est celle qui sert de dédicace à l’envoi du 7raité des Songes. « Ce livre, écrit-il, a été composé tout entier dans une seule nuit, après l’ordre que je venais de recevoir dans une vision.
Il y a deux ou trois pas sages où il me semblait qu’étranger à moi—même, j’étais un de mes auditeurs. » Qu’il plaise aux dis ciples de Schilling de voir dans ce passage un argu— ment en faveur de la théorie de l’inconscient, nous préférons y constater l’action télépathique de celle qu’il nommait sa muse. S’il ne désigne pas d’une (1) Cl. Leur.
XVI, Mñtsp, zani aiäslzp’q, v.czl 'ô:ëéor.aÛ a, zozl ôté; mivtwv Toütwv eüspya:lxij, zai a'imw 3tt 'rip.toy xazl 7:pâiyp.a xazl ilvopar.
230 L‘INXTIATION façon plus claire l’ange de sa vision, c’est qu’il se sa— vait compris à demi—mot. Une autre lettre non moins intéressante que celle qui précède, c’est l’épître que Synésius, alors retiré à la campagne, où il s’efforce de refaire sa santé délabrée, adresse à la jeune femme pour lui annoncer l’envoi d’un hydroscope.
Cet ins trument, sur la construction duquel nous ne saurions avoir qu‘une idée fort vague, servait, paraît-il, confor mément d’ailleurs à l’étymologie du mot, à peser et à examiner l’eau que consommait l’illustre malade. Mais, si grande que puisse être son adoration pour Hypatie, cette pieuse tendresse ne l’empêche pas d’être tout entier à ses devoirs familiaux, tout entier au culte qu‘il doit à la compagne de sa vie.
« Con serve ma sœur et mes deux enfants, ô Christ, s’écrie t-il, dans un de ses plus beaux élans lyriques; que ta main protège ma paisible demeure; que la maladie et le chagrin ne viennent point atteindre la compagne de ma couche nuptiale, qui ne connut jamais de fur— tives amours! (i) » Et plus tard lorsque la chaire épiscopale de Ptolé mai‘s lui fut offerte, voyez avec quelle noble fermeté il déclare ne point vouloir se séparer de son épouse se— lon le siècle.
« Dieu lui-même et la loi m’ont donné une épouse de la main sacrée de Théophile : je le dé— clare hautement, je ne veux point la quitter. » Or ceci était écrit en 409, c’est—à—dire à une époque de sa vie où son cœur était tout plein d’Hypatie, sa mys— tique épouse. Rien ne fait supposer d’ailleurs que la (x) Hymn. Vin, v. 29-38.
LES MARTYRS DE LA GNOSE 23I mère de ses enfants ait jamais pris ombrage d’une affection si pure, si idéale, si saintement dégagée de toute attache hylique. Contrairement aux dires de certains historiens, nous croyons qu’on fit violence à la loi ecclésiastique et que Synésius garda son épouse, malgré son élévation au suprême sacerdoce, comme il avait gardé son Hypatie, malgré son mariage.
VIII Ce doux commerce du cœur entre le pontife et le Philosophie se prolongea quelques années encore, mais il est probable que Synésius ne vécut guère au delà de l’année 413. Mille maux étaient venus fondre tour à tour sur sa patrie et sa famille. Il avait vu mourir successivement ses trois fils et la Cyrénaïque devenir la proie des Barbares.
Il faut ajouter à ces atroces déchirements de l’âme les souffrances lanci nantes du corps, comme si le destin n’avait rien voulu lui épargner de ce qu’un homme peut endurer ici bas. Sous le faix écrasant de ses douleurs, c’est encore auprès de sa chère Hypatie qu’il va chercher non des consolations, car il n’en est plus de possibles pour lui, mais cette âcre Volupté qu’on éprouve à dire ses tortures à l’aimée età la voir en souffrir avec vous.
« C’est du lit où me retient la maladie que j’ai dicté pour toi cette lettre, et puisse—t—elle te trouver en bonne santé, 6 ma mère, ma sœur, ma maîtresse, toi à qui je dois tant de bienfaits et qui mérite de ma part tous les titres‘d’honneur... La pensée de mes en fants morts m’accable de douleur. Synésius aurait dû
232 7 L’INITIATION prolonger son existence jusqu’au jour seulement où il a connu I’affiiction. Comme un torrent longtemps contenu, le malheur est venu tout d’un coup fondre sur moi; ma félicité s’est évanouie. Plaise à Dieu que je cesse ou de vivre ou de me rappeler la perte de mes enfants. » Touchante lettre, en vérité, et qui est une preuve de plus, une preuve suprême de la pureté de son amour.
La main défaillante de Synésius ne peut plus tenir la plume, mais il n’hésite pas à confier à une main étrangère le soin de fixer sur le papyrus l’expression enfiévrée de ses chastes tendresses. Elle est encore adressée à Hypatie, cette dixième lettre, —‘ la dernière de toutes celles qu’il écrivit ou qu'il dicta, — comme s’il eût voulu laisser à la noble femme la douce assurance que sa dernière pensée avait été pour elle.
Le sort qui semblait avoir épuisé toutes ses cruau tés sur Synésius lui épargna du moins le plus atroce. Il ne vit point mourir Hypatie. ette mort, essayons de la raconter. VIII C‘était un jour de carême de l’année 415.
Hypatie, selon sa coutume, revenait de son cours quotidien, assise au sommet d’un char magnifique, élégamment drapée dans un péplum de pourpre et laissant distrai tement se jouer aux plis de l’étoffe sa main char mante, aux ongles coquettement rosés de poudre de corail. Une foule compacte suivait le char, poussant (1) Lettre XVI.
LES MARTYRS DE LA GNOSE 233 mille cris de triomphe. Tout à coup, une bande de for cenés, conduite par le diacre Pierre, lecteur de L’église de Cyrille, s’élance à travers le cortège, et, avant que les admirateurs et les amis de la malheureuse Hypatie aient eu le temps de se reconnaître, le misérable esca lade le char, saisit la jeune femme à bras-le-corps et la jette pantelante à ses hideux complices.
Était-on en face d’un complot longuement médité P; Était—ce simplement un acte spontané de fanatisme orthodoxe? Le culte que nous avons pour la vérité nous oblige à dire que de terribles soupçons pèsent sur la mémoire de saint Cyrille, A en croire Dama sius, dès 412 le patriarche d’Alexandrie avait juré la perte d’Hypatie.
Il aurait formé ce criminel projet le jour où, se rendant à son office, il dut attendre, pour continuer sa route, que la foule qui faisait cor— tège à la Philosophe se fût écoulée. Hypatie n’était pas seulement pour lui l’apôtre d’une religion opposée à la sienne et l’amie ‘ dévouée du préfet Oreste, le représentant, dans Alexandrie, de l'esprit hellénique, c’était aussi, c’était surtout sa propre rivale en renom mée et en popularité.
Les fonctions de Pierre, le protagoniste de ce drame lugubre, auprès de l’évêque Cyrille, ne sauraient suffire pour établir la culpabilité de ce dernier. Les puissants» ont toujours auprès d’eux d’aveugles et indiscrets serviteurs, disposés à prendre pour un ordre formel d’exécution un geste vague ou une simple mauvaise humeur du maître. C’est un zèle de cette espèce qui coûtera la vie, quelques siècles plus tard, à Thomas Becket.
234 L’INITIATION Malheureusement le dénoûment de la tragédie vient étayer d’un redoutable argument la déclaration de Damasius. On ne peut dire au juste ce qui se passa lorsque l’infortunée jeune femme fut entre les mains de ses bourreaux. Sait-on ce qui se passe en Sibérie, lors— qu’un voyageur vient de tomber de son traîneau au milieu d’une bande de loups faméliques? Hypatie toutefois ne fut point immédiatement dévorée.
Quel ques instants après la scène de la rue, nous la retrou vons vivante dans la basilique de Césarée, qui était l’église du patriarche. Cyrille n’avait qu'un mot à dire pour sauver Hypatie. Ce mot, il ne l’a pas dit. Avant de perpétrer le crime du sang, Pierre et ses compagnons voulurent accomplir celui de la concu piscence.
Un à un ils enlevèrent, ils déchirèrent tous les vêtements de la jeune vierge, et longuement, hideu sement, ils promenèrent leurs regards lubriques sur cette nudité splendide que j usque-là le regard seul des anges avait contemplé. Mais elle resta muette en leurs âmes, la pitié la plus élémentaire, cette pitié brutale des sens, que les bêtes mêmes du cirque éprouvaient parfois, affirme-t-on, devant la chair innocente des vierges.
Il semble au contraire que le spectacle de ces beaux membres frissonnants de pudeur et d’effroi exalte leur rage. ils saisissent tous les projectiles qui tombent sous leurs griffes, pierres, tuiles, débris de poterie, et en accablent leur victime. Tout son corps n’est bientôt qu’une horrible plaie, un amas de chairs déchirées et d’os rompus, qu’on s’arrache, qu’on se dispute, qu’on débite comme un quartier de viande
MA DEUXIÈME A M. FABRE DES ESSARTS 235 -rtw * de boucherie, au milieu de hurlements féroces et de ricanements démoniaques. Ces nobles reliques furent ensuite promenées dans les rues d’Alexandrie et brûlées, vers le soir, dans un crescendo formidable de cris sauvages et de mons truosités sans nom.
Saint Cyrille laissa le crime s’accomplir jusqu'au bout, sans essayer même d’en abréger les horreurs. / lX Mais un pieux solitaire qui priait et rêvait, sur la terrasse d’un ermitage voisin de la ville, aperçut, à la nuit tombante, une gracieuse forme blanche qui montait vers le ciel.
C’était le glorieux périsprit de la grande Hypatie, cette fluide et mystérieuse enveloppe de l’âme, -— immortelle comme elle, —— que rien ne peut entamer ni désagréger, et qui fixe éternellement les lignes harmonieuses de la Beauté. —T—FABRE DES ESSARTS. Patr. Gnost. jÊla deuxième à K. Èabre des Èssarts SUR LA PERSONNE DE JESUS-CHRIST MONSIEUR, Trois opinions ont été émises sur la personne de Jésus-Christ. Les uns (ébionites) ont nié sa divinité;
236 L’INITIA non les autres (nzarcz’onz’tes) ont nié son humanité ; enfin d’autres ont affirmé à la fois son humanité et sa divi mité. Vous avez pu voir par ma première lettre que je me ralliais à cette dernière opinion; mais je dois vous faire remarquer qu’en l’adoptant on peut tout de même rester’docétz’ste (sembler), c’est-à-dire admettre que le corps du Christ n’avait qu'un semblant de réa— lité.
Cette expression est fautive, il est vrai, car le . corps du Christ était bien réel ; mais il n’était qu’é théré, ce n’était qu’un aérosome et non pas un corps organisé, un sarcosome. J’ai admis que le psycholone chef des esprits cé— lestes, celui qui est le plus uni au Verbe divin,est des cendu sur la terre pour s’allier à un psycholone ter restre (psycholone de précurseur) et prendre, par ce moyen la forme humaine.
Mais je n’ai point expliqué si l’être ainsi constitué, Dieu et homme tout ensemble, a pris un sarcosome ou bien s’il s’est contenté de con denser un aérosome à forme humaine, ce qui cons titue la théorie docétz’ste. J’ai longtemps hésité entre le docétisme et la théorie catholique et, finalement, je me suis rangé en partie à cette dernière. /.
Si, en effet, le corps de Jésus n’avait été qu’un aéro some condensé, il aurait pu apparaître d’emblée sur la terre avec sa forme adulte, ce qui n’aurait pas manqué de produire une grande sensation. Quelle nécessité de le faire passer à travers le corps d’une Vierge et de le faire paraître enfant? Les docétistes n’ont aucune bonne raison à donner de cette néces 4‘
IT Sente. HUMAIN t-. 5Eaie ANGE.
LtQUÇ LE au? 6éumius U‘ PUISSANCE: A, Bonnes svPsmsuw Aux TmuŒænu l (4 ‘ \ o \ "’"<> Dr.mws “A ME . r. cim 3 r ’ ‘ ' ‘x” :LEMEuTAL5 ; .p - 3 . "’1’ /” ’ ‘ \ ‘ a o / à '1 .r—QL‘ AUIMÀVX v w:toms DEvewrn‘s -- - -‘ "“'mn ’2‘.
PSYCH*QéMGET DY®M_MÂQuE ‘\ «1: _ __u__ m ;: ATo:—œ <ttmuQw‘i Ë I ! L" ‘ . a l ' Z‘ emms A579ŒS j e. . M E'L‘Mlfl‘rhflœ’ V 'e7nçœ tu DEVELOP?ENENç ou cosmos vwmmur: j" L‘flgâlñW
2 3 8 L’INITIATION sité, et, quant à moi, je n’en vois pas non plus. De même, lorsqu’il était sur la croix et que le peuple lui criait: « Si tu es le fils de Dieu, sauve-toi maintenant », pourquoi ne l’a-t-il pas fait ? N’était-ce pas le moyen de confondre à jamais tous ses ennemis P Il le pouvait, puisque son corps n’était qu’un aérosome. Il aurait pu s’évanouir aux yeux de tous comme une fumée et se reformer ensuite au milieu de la foule.
Rien de tout cela ne s’est produit. Donc, pour ces raisons et pour bien d’autres, il m‘est impossible d’accepter le docé tisme.D’ailleurs l’histoire nous représente Jésus comme un homme semblable aux autres, composé comme eux de chair et d’os. Par conséquent, il est bien certain que Jésus—Christ avait un sarcosOme, et que son corps était plus qu’un aérosome plus ou moins matérialisé.
Ceci étant admis, nous avons à examiner les deux questions importantes qui suivent : 10 Comment s’est formé le sarcosome de Jésus i> 2° Qu’est devenu le sarcosome de Jésus après sa mort ?
Lorsque, pour la première fois, deux psycholones célestes d’ordre inférieur vinrent sur la terre s’unir à deux psycholones de précurseurs pour former le pre— mier couple humain, cette incarnation sans précédente eut lieu par diplogenèse et polyspermie, c’est—à—dire que deux spermatozoïdes fécondèrent un même ovule.
Il en résulta un monstre double autositaire, ectopage, autrement dit un monstre composé de deux individus égaux soudés latéralement sur une petite étendue du thorax, de telle sorte qu’un accident put facilement les séparer.
MA DEUXIÈME A M. FABRE DES ESSARTS 239 ' Lorsque le plus haut des psycholones céleste s’in carna pour former la personne de Jésus, cette incar nation dut avoir lieu aussi par un moyen tout spé cial; je fais allusion ici à la parthe’nogenèse. Ce mode de génération, qui existe chez les inverté brés, existe—t—il aussi chez les vertébrés et en parti culier chez l’homme?
En d’autres termes, la parthé nogénèse à titre exceptionnel est-elle possible chez l’homme? Si oui, ne s’est-il pas produit au moins un cas de parthénogenèse depuis que l'humanité existe?
Il est aujourd’hui démontré par l’observation que la parthénogenèse existe chez les vertébrés; seulement, elle ne donne jamais des produits bien conformés mais des kystes offrant « l’ébauche non mécon « naissable d’un embryon presque entiers quoique « rudimentaire et monstrueux dans toutes ses par « tics »; à ce produit embryonné, ajoute M. Mathias Duval, il est impossible d’assigner une origine autre qu'un ovule et d‘invoquer pour le développement abortif de cet ovule une hypothèse autre que celle de la parthénogenèse ( I).
Et plus loin: « on peut « dire que la segmentation parthénogénétique est « un processus ordinaire presque normal. Ce qui est « plus rare,_c’est que cette segmentation aboutisse « la formation d’un blastoderme; ce qui est infini « ment rare, c’est qu’elle se continue jusqu’à la pro duction de rudiments embryonnaires affectant la < forme d’organes fœtaux plus ou moins reconnais à A (I) Traité de pathologie générale, par Bouchard, t. I, p, 101 .
240 L’INITIATION « sables. » Donc, ajouterons-nous, il est possible L qu’une fois par exception il se soit formé un individu complet par parthénogenèse dans le sein d’une femme. . Qui pourra nous renseigner là-dessus à défaut d’ob servation directe? L’histoire, la tradition ? — Eh bien, justement la tradition nous dit que Jésus a été engen dré par parthénogenèse. —— A chacun, maintenant, de savoir s’il peut ajouter foi à cette tradition.
Ce qu’il y a de sûr, dans tous les cas, c’est qu'elle n’a rien d’invraisemblable. La première de nos deux questions étant résolue, nous passons à la deuxième, à savoir ce qu’est devenu le sarcosome de Jésus après sa mort. Et d'abord, nous devons nous demander si Jésus est réellement mort sur la croix. Je réponds hardiment: non.
Et je me base pour ap puyer ma négation: 1° sur les circonstances du cru cifiement de Jésus; 2° sur les récits évangéliques eux— mêmes. Lorsque Jésus fut arrêté il avait de nombreux parti sans réunis à Jérusalem. Comment se fait-il que pas un de ses partisans n’ait eu le courage de le défendre devant Pilate P Ce fait extraordinaire, invraisem blable même, ne peut s’expliquer selon moi que par un mot d’ordre que les partisans de Jésus avaient reçu.
Si une dispute s’était engagée entre las ennemis et les amis de Jésus, on en serait bientôt venu aux mains,et Pilate aurait fait massacrer sans pitié et les uns et les autres. Des amis de Jésus, Nicodème, Jo seph d’Arimathie, hommes influents et membres du i.’1
MA DEUXIÈME A M. FABRE DES ESSARTS 241 Sanhédrin avaient dû donner ce mot d’ordre et se charger de sauver Jésus. Ils allèrent trouver, en effet, la femme de Pilate pour qu’elle intercédât auprès de son mari en faveur de Jésus. Ce qui fut fait. Jésus trouva Pilate prévenu en sa faveur, et le procurateur romain l’aurait certai nement relaché si les juifs ne l’avaient pas intimidé en l’accusant d’être un ennemi de César. Dès lors, Jésus était perdu.
Il ne restait plus qu’une chance de le sauver, c’était d’empêcher qu’on ne lui rompe les membres dans le cas où, le soir de l’exécution, il ne fût pas tout à fait mort. Cette chance les amis de Jésus l’eurent. L’atrocité particulière du supplice de la croix était qu’on pouvait vivre trois et quatre jours sur l’esca beau de douleur. L’hémorragie des mains s’arrêtait vite et n’était pas mortelle.
Les crucifiés de forte com plexion ne mouraient que de faim. Or on sait ce qui arriva à Jésus. Au bout de quel ques heures de supplice il poussa un grand cri, sa tête s’inclina sur sa poitrine, et il ne bougea plus. Ce grand cri ne marque-t—il pas le début d’une crise nerveuse suivie de léthargie ? On n’en saurait douter, si l’on réfléchit que Jésus était névropathe, comme le prouve sa sueur de sang au jardin des Olives.
Joseph d’Arimathie et Nicodème ne perdirent pas de temps. Ils firent constater la prétendue mort de Jésus par l’officier de service. Sur l’ordre de ce der— nier, un soldat piqua avec sa lance le côté du crucifié, et il'en sortit du sang et de la sérosité. Joseph fit com prendre à l’officier que ce mélange était dû à la dé—
V242 L’INITIATION composition du sang et que Jésus était bien mort. Il n’en était rien cependant; le sang provenait de la plaie n’intéressant que la peau, et la sérosité accu mulée sous cette peau n’avait d’autre cause que la fla— ,gellation préalablement subie. Aussitôt les deux amis de Jésus allèrent prier Pi late de leur remettre sans lui rompre les membres le corps de Jésus; et le procurateur leur accorda ce qu’il demandaient.
Avec les plus grandes précautions ils détachèrent Jésus de la croix et, ayant pausé ses bles— sures avec des baumes, ils le déposèrent tout près du lieu d’exécution dans un sépulcre neuf appartenant à Joseph et qui fut immédiatement fermé. Le surlendemain, avant le lever du soleil, Marie Madeleine courut au sépulcre et vit qu’il était ou vert.
Deux jeunes gens qui se trouvaient dedans lui dirent : « Femme, pourquoi pleurez-vous ? — Parce qu’on a enlevé mon maître et que je ne sais où on l’a mis. » En se retournant elle vit le jardinier (car le sépulcre était dans un jardin) qui venait. « Si c’est vous qui l’avez enlevé, lui dit-elle, dites-moi où vous l’avez mis, et je l’emporterai. Il allait lui répondre lorsqu’elle partit en poussant des cris déchirants.
Les autres femmes vinrent bientôt après, et, comme elles étaient étonnées : pourquoi, dirent les deux jeunes gens, cherchez vous parmi les morts celui qui est vivant. Dites à ses disciples qu’il est retourné en Galilée, et que là, ils le reverront... Quand les apôtres vinrent, plus personne n’était dans le sépul cre, mais les linges qui avaient servi à ensevelir Jésus étaient pliés dans un coin. - .4, e . .—. L, AÙ‘.4 . >. ; . .. ..—u
MA DEUXIÈME A M. FABRE DES ESSARTS 243 Que s’était-il donc passé ? Pendant la nuit Joseph d’Arimathie était venu au tombeau avec des aides et, ayant trouvé Jésus respi rant encore, ils l’avaient emmené. Où? Probablement dans une propriété de Joseph située sur la route de Jérusalem à Jaffa, dans le pays où Jésus n’avait pas prêché et où il était inconnu.
Remarquez maintenant les faits suivants : Marie-Madeleine disparut pour toujours, car on ne la revit plus jamais. Ôn fit courir le bruit qu’elle s’était retirée au. désert. 'Etait—ce possible ? Non, Marie Madeleine était et resta là où se trouvait Jésus son bien-aimé, mort ou vivant.
Comment se fait—il que les apôtres n’allèrent ni chez Joseph d’Arimathie pour avoir des renseigne— ments sur Jésus, ni chez Lazare pour demandehdes nouvelles de Madeleine? Ils y allèrent fort probable—’ ment; mais partout ils trouvèrent les portes fermées. Tout ce monde—là avait disparu. Où était-il donc? Là où était Jésus. Ici deux hypothèses peuvent être faites.
Ou bien Jésus ne tarda pas à mourir en arrivant à la maison de campagne de Joseph; ou bien il y fut malade et pris de plusieurs crises de léthargie. Dans le premier cas, les Télépathies de Jésus eurent lieu post mortem; dans le second cas, elles eurent lieu pendant qu’il était en léthargie. Ces télépathies consistent, comme on le sait, en une apparition à deux disciples sur la route d’Emmaüs, et en deux ou trois apparitions à ses apôtres. ' Si Jésus était mort chez Joseph, il est très probable
244 L’INITIATION que les apôtres auraient revu Madeleine et sa famille, tandis que cette famille disparut pour toujours. Il faut donc penser que Jésus, n’étant pas mort, mais étant très souffrant, Madeleine et sa famille réali sèrent tous leurs biens et s’enfuirent avec leur bien aimé dans un pays où il fut à l'abri des poursuites de ses ennemis et où l‘on put tranquillement le soigner. Quel est ce pays?
La légende nous fait retrouver Madeleine et sa fa mille en Provence, dans notre cher pays. Les uns, comme Lacordaire, croient à cette légende, les autres n’y croient pas. Je vous renvoie pour plus de détails à l’ouvrage de Louis—Martin, les Évangz‘les sans Dieu et à celui de Marc de Montifaud intitulé Marie—Mag— delez'ne.
Pour nous, il nous est doux de croire que c’est en Provence que se sont arrêtés les pas de celle qui a si passionnément aimé, que c’est là qu’elle a déposé les restes de celui qui avéritablement aimé les hommes et qui, le premier, leur a appris le mot de fraternité. « Il est là, dit M. L. Martin. dans quelque retraite profonde, soustrait pour l’éternité à la stupide profa nation des hommes.
De sorte que le plus généreux des hommes dort son grand sommeil au milieu du plus chevaleresque des peuples et du mieux fait à l’image de son évangile. » Il résulte de tout ce qui précède, que le sarcosome de Jésus-Christ n’est pas ressuscité. Celui d’aucun homme non plus ne ressuscitera pour monter au ciel. Il n’y a pas place dans le ciel, c’est-à-dire dans l’éther pour'des corps charnels « la chair et le sang, dit
MA DEUXIÈME A M. FABRE pas ESSARTS 24.5 ( saint Paul, ne peuvent posséder le royaume de Dieu.» Ici le docétisme se trouve être la vérité. Ce qui ressuscite, c’est la conscience avec la mémoire, c’est aussil’aérosome, purifié comme je l’ai déjà exposé dans le numéro de mai 1895 de l'Initiation. C’est avec ce corps éthéré et lumineux que Jésus est monté au ciel où il réside. C’est au moyen de ce corps qu’il s’unit à nous, et c’est avec ce corps qu’il apparaîtra à la fin de l’humanité. Dr FUGAIRON. Le 13 mai 1897.
PARTIE LITTÉRAIRE LES TRÛ=lS P@RTES DU TEMPLE (Su z'te) Je sortis et m’écartai un 'peu pour mieux juger de l’ensemble du monument; je m‘aperçus que la porte était subdivisée en un grand nombre de passages par des murs longitudinaux qui se prolongeaient au loin dans la campagne comme dans l’intérieur de la ville; j'avisai un gardien qui se tenait à proximité et lui demandai d’abord: —-— Comment s’appelle cette porte, mon ami? -— C’est la Porte de la Parole, Monsieur; c’est par ici que passe tout ce qui s’échange. — Oui, elle est fort grande et fort belle; mais dites moi, savez—vous pourquoi elle est partagée en différents passages; il me semble que ces murs doivent obliger fréquemment à de grands détours. — Vous n’êtes pas le premier qui dites cela; mais toute la partie supérieure de l’édifice est fondée sur ces murs transversaux eton devrait refaire uneconstruction entièrement neuve, si on abattait les séparations. .-. -‘ —— - u.. “l‘a...
LES TROIS PORTES DU TEMPLE 247 Cependant, on a déjà fait quelques petits passages pour piétons, mais on est tellement habitué aux routes ordinaires que très peu de personnes en font usage. Il me montra effectivement deux passerelles; l’une sur laquelle je lus : Passage Volapuk et qui me parut bien délabrée; l’autre portait l’inscription‘: Viaduc Esperanto.
Mais pour parvenir à ces communications, il fallait gravir quelques marches et cette petite fatigue imposée suffisait pour en écarter les voyageurs. La sagesse qui régnait là ne me parut plus si admi rable. Je me dirigeai vers l’intérieur de la ville ; les rues étaient fort animées; les lanternes des nombreuses voitures et les vitrines des magasins y répandaient une lumière fort suffisante.
Cependant, j’éprouvais un vague malaise dont je cherchai à me rendre compte: il me sembla qu’il pro venaitsurtout de sensations douloureuses de l’ouïe; un brouhaha indescriptible régnait, en effet, dans la ville. J’arrivai bientôt sur une vaste place publique, où je découvris l’origine de ce tumulte.
Il y avait là plu— sieurs bandes d’individus chantant ou criant à s’épou monner; ils me semblaient réunis, dans chaque cer cle, autour de l’un d’entre eux, plus grand et plus fort et portant un flambeau avec des inscriptions et des couleurs. Ils couraient ainsi en donnant de la voix et après ;quelques instants d’observation, je compris le spec— tacle bizarre qui se déroulait devant moi. '
248 L’INITIATION Chaque association s’élançait avec furie sur celles qui se trouvaient à proximité; au fur et à mesure qu’ils s’en approchaient, ils hurlaient leur refrain, toujours identique, de plus en plus fort, avec une telle énergie et un tel vacarme, que les autres étaient obligés de s’enfuir pour ne pas être assourdis.
Je vis ainsi une bande qui venait de se former autour d’un étendard écarlate, briser etrompre toutes celles qu’elles rencontraient; plusieurs de ceux qui avaient fait'partie des associations dispersées, s’unis saient à la nouvelle qui allait ainsi se renforçant jus: qu’à se trouver bientôt seule dans la place.
Ils poussèrent alors des cris de triomphe et quittèrent l’endroit où ils avaient remportéla victoire, pour aller se mesurer ailleurs à ’autres adversaires. Un calme momentané s’était établi ; le vide s’était fait autour de moi et je ne vis plus que, quelques pas plus loin, quelqu’un qui me sembla un mendiant, dormant là sur le trottoir.
Comme je marchais vers lui, il leva la tête: — Eh bien, mon ami, lui dis—je, vous ne chantez pas ? . - —- Oh ! dit-il, c’est bon pour ces fous, cela les amuse, paraît-il, mais moi, j’aime mieux rester couché ici sans rien faire. — Que veulent-ils donc? — Ils voudraient parvenir à ce que tout le monde chantât le même air qu’eux: ils appellent cela des partis, des écoles, des églises... ; on conçoit qu’il soit difficile de supporter ces discordances qui vous écor chent le tympan; pour y échapper, on se fourre dans
LES TROIS PORTES DU TEMPLE 24€) la première bande venue et là, on crie comme les autres; de cette façon, on a un peu de repos.
Seu— lement cela ne dure jamais; mais ces apprentis de l’existence ne connaissent rien de mieux; pour moi, je préfère rester tranquille et subir les cris et les hur lements comme ils viennent. — C’est le parti le plus sage. —— Vous trouvez : ce que j’en fais, ce n’est point pour être loué, mais pour avoir la paix. — La paix est le souverain bien; mais je doute fort que vous la trouviez en restant ici. ‘ — Hélas ! dit-il en soupirant, je le sais bien, mais pour la conquérir, il faut marcher vers le Centre, traverser les Déserts, monter jusqu’à la Porte du Mys— tère..., c’est bon pour les héros, cela; moi, je n’en suis pas.
La conversation prenait un tour singulièrement intéressant pour moi; je m’assis à côté du mendiant, curieux d’obtenir de lui quelques détails encore, sur cette nouvelle Porte qu’il venait de me nommer. -— Est-elle loin d’ici, cette Porte du Mystère? — Oh! bien loin, non. Maisv les chemins sont diffi ciles et très peu fréquentés. On dirait que vous brûlez de la voir. ’ 7— Je ne vous cacherai pas que je le désire.
' —— Dans ce cas, je puis’vous donner de bons con seils; j’ai moi-même autrefois conçu le projet de m’y rendre; mais je me suis lassé avant d’être au bout de mes peines. Cependant l’expérience que j’ai acquise pourra vous servir. Un secret, d’abord... Et il me fit signe de me pencher vers lui. Ayant
2 50 L’INITIATION regardé si nous étions bien seuls, il me dit tout bas : — Nul n'est reçu sans outil. — Et quel outil? dis—je. — Celui que vous voudrez: une pioche, un levier, un poinçon, ou un vilebrequin, même moins, une plume ou un pinceau ; toutefois, les maillets, les limes, les scies et les rabots ne sont points admis. — Etoù se procure-t-on ces outils? — C’est encore une condition imposée de l’avoir forgé soi-même. —— Ah! lis—je, ceci commenceà devenir plus diffi— cile ; je n’ai jamais forgé. — Il faut apprendre.
Dès que vous serez au delà des habitations, vers la partie centrale de cetterégion qui est déserte, comme je vous l’ai dit, vous chercherez le métal, et vous en trouverez, j’en suis sûr, à portée de la main. — Mais il faut du feu, je pense, aussi pour forger. — Sans doute, le feu s’extrait des couches super ficielles et profondes de l’écorce... -— Je sais ; je suis d’un pays de tourbe et de char— bon. — Vous trouverez donc, c’est d’ailleurs, ce moteur igné qui produit tous les mouvements que nos yeux ont aperçus.
Une inébranlable résolution m’envahissait, je me levai, plein d’enthousiasme : —— J’irai, mécrirai-je, et je n’aurai de repos que le jour où j’aurai franchi le seuil sacré. — Ainsi soit-il! dit le mendiant.
LES TROIS PORTES'DU TEMPLE 251 Après l'avoir chaudement remercié, jele quittai, me dirigeant vers les faubourgs intérieurs. Peu à peu, les maisons devenaient plus rares, le sol plus raboteux. Je m’arrètai enfin : mes yeux ne voyaient plus rien; un silence absolu régnait autour de moi. du Fils... 1:: Ma résolution ne m’avait pas abandonné.
Mais une foule de questions se présentaient à mon esprit, le harcelant avec une si vive acuité que le trouble commençait à se faire en moi. — Où trouver le métal que je dois forger? Com— ment faire le feu nécessaire? Car, si je venais à trou ver la tourbe ou le charbon, il me faudrait encore des allumettes ou un briquet, du bois...
Puis l’outil achevé, comment m’orienter P Si je revenais en arrière, si j’allais chercher en ville les objets indispensables, une lanterne, une boussole, desindications plus précises sur la Porte du Mystère... Oui, ce serait sage, mais comment retourner P Par où suis—je venu ?... Ah! Seigneur! Tout-puissant Créateur du Ciel et de la Terre, m’écriai-je en me jetant à genoux, viens à mon aide, ou je meurs ici dans le plus affreux abandon.
Mais le silence seul répondait à mes appels et dans mon âme, affaiblie encore par l’élan de ma prière inexaucée, l’angoisse croissait. « — Vais—je donc mourir ici, dans les tortures de la faim, du désespoir ?...
252 L'INITIATION Et, dans l’excès de ma douleur, je me roulais à terre, je me tordais les bras... Tout à coup, je m'arrètai. Ma main venait de ren contrer sur le sol un objet au contact métallique. — Dieu aime les forts, pensai—je. Courage. Voici peut-être l’instrument de la délivrance !
Je tâchai de reconnaître ma trouvaille à tâtons ; c‘était, me sembla-t-il, un barreau de fer de médiocre dimension, sans doute quelque tige de boulon égarée... —— Ah! dis—je, en le portant à mes lèvres, sois béni, toi qui me secours dans les frayeurs de la solitude. Et aussitôt, mon esprit se mit en travail pour dé— couvrir le moyen que je pourrais employer pour façonner ce métal. Il faut l’amollir par la chaleur. Je n’ai point de feu.
Ne suffirait—il pas de le réchauffer par d’énergi— ques frottements; l’homme primitif usait de ce pro cédé pour produire l’étincelle, il pourrait réussir ici encore... Je tenais fortement le barreau dans mes mains, je tâchais même de le réchauffer de mon haleine; mais c’était en vain, il ne pliait pas...
Cependant, en le maniant, il me sembla qu’il manifestait une propension à se maintenir dans une direction déterminée. — Peut-être est-il aimanté ? Je le tins le plus légèrement possible et je le sentis osciller entre mes doigts, puis s’arrêter. Je traçai à terre l’orientation qu’il indiquait; puis je recommen çai, l’orientation était la même... Une joie profonde me rafraîchit le cœur.
Lris TROIS PORTES DU TEMPLE 253 -— Je suivrai, me dis—je, la voie qu’il m’indique; je la suivrai fidèlement; ainsi, j’aurai un guide, un repère dans la nuit. Une vague intuition me faisait espérer même que la direction indiquée par le barreau aimanté serait précisément celle de la Porte du Mystère. Je me relevai et lentement, tâtant le sol du pied, suivant toujours la direction de la baguette, je me remis en marche à travers la plaine.
Des lueurs rougeâtres s’élevaient de terre, passaient à côté de moi avec un bruit étrange et disparaissaient dans l’ombre. Je suivais de l’œil leurs évolutions bizarres: petit à petit, ces flammes prirent un aspect plus net ;des figures diaboliques et grimaçantes se précipitaient sur moi en grinçant des dents et en me menaçant d’ins truments crUels : — Arrière, arrière, criaient-ils ; détourne—toi, imbé— cile, niais, tu ne sais où tu vas ?
Je restais impassible, avançant sans prendre garde à eux. — Ah ! Ah! Voyez l’homme, ricanaient-ils, il est plaisant avec sa petite baguette en guise de lanterne. Ne vois—tu pas que tu cours aux abîmes, au néant, à la perdition éternelle! Je marchais toujours. — Eh !va donc, pourceau, c’est l’enfer qui t’attend! l’enfer! l‘enfer !!! C’en était trop : -— Retirez-vous, commandai-je ; laissez passer l’homme libre, le maître du monde.
2 54 L’INITIATION A ces mots, ils s’éteignirent. Mais de nouvelles difficultés surgirent bientôt sur ma route. J’étais arrivé à la lisière d'une forêt; des ronces et des lianes enchevêtrées formaient un rideau auquel mes mains s’écorchaient; j’avais vainement essayé de trouver à droite ou à gauche un passage plus aisé.
Je frappai cette végétation sauvage avec la verge de fer que je tenais à la main et je parvins à y faire à grand’peine une faible trouée. Cependant, à mesure que j’abattais les ronces inférieures, celles d'en haut descendaient, refermant constamment le passage que j’avais ouvert. J'usai alors d’une autre tactique.
Je me couchai le ventre à terre et me tenant près des racines, je pus soulever les ronces au-dessus de moi et avancer ainsi en rampant. ' Après de longues heures d’un trajet pénible et fati gant, ma main droite qui tâtonnait devant moi pour me guider sentit enfin l’air libre.
En un bond, je fus sur mes pieds ; une sorte de crépuscule s’était élevé, je voyais maintenant le sol et je distinguais derrière moi les masses épaisses et sombres de la forêt que je venais de traverser. Je reconnus que j’étais arrivé sur un plateau formé d’un roc nu et glissant; des deux cô tés, le sol redescendait en pente rapide, presque en précipice, ne laissant à la partie supérieure qu’un dos d’âne de quelques pas de largeur.
Je consultai mon guide métallique; son axe s’orienta précisément dans la direction de la crête rocheuse, C’eût été folie d’hésiter un instant de plus. Je me
LES TROIS PORTES DU TEMPLE 255 hâtai donc, et, sans prendre de repos, je m’élançai dans la voie libre et dégagée qui s’ouvrait devant moi. Le vent y soufflait avec violence, et je m’aperçus dès les premiers pas que la lutte que j’avais à soutenir n’était pas encore terminée. Le souffle de l’air était si puissant, que j’étais obligé de me cramponner par les pieds aux pierres de la route pour ne pas être lancé dans les abîmes qui la bordaient.
A des instants de calme succédaient de brusques rafales dont la vigueur allait croissant. Je me courbai pour offrir moins de prise 4 au vent, et, comme il redoublait, je m’arcboutai sur les pieds et les mains avec une énergie désespérée. Je craignis de perdre la précieuse baguette de fer dans ce combat périlleux, et je la pris entre les dents.
J’avançai ainsi fort lentement, faisant quelques pas à genoux lorsque l’ouragan faiblissait; m’arrêtant lorsque sa turbulence augmentait à nouveau. Cependant, peu à peu, je constatais que la lumière augmentait autour de moi.
Je découvrais par inter valles, à une lueur semblable à celle du jour naissant, des lointains merveilleux, des collines boisées et des lacs, l’éclat d’une rivière serpentant à travers des fo rêts sur lesquelles passaient, voiles légers et blan châtres, quelques huées matinales. Le chemin s‘élargit. Le vent cessa, et, me redressant, j’aperçus non loin de moi un rempart à créneaux et tourelles dont l’architecture féodale me surprit. Cette haute muraille, qui couronnait le sommet d’une col
256 L’INITIATION [JUIN line,présentait presque vis—_à-vis une porte d’entrée avec herse et pont levis défendue par deux tours puis santes de cinquante pieds de haut et une barrière avancée. Les lacets régulièrement dessinés d’un large chemin y donnaient un accès facile.
Je fus bientôt à la première grille que j’ouvris sans peine, elle n’était point gardée; pénétrant dans l’avant—cour, j’exami nai les bâtiments secondaires qui l’entouraient: « Une forge, m’écriai-je. Dieu soit loué! » Pénétrant dans le local ouvert, je plongeai dans la fournaise, la barre de fer que je tenais toujours d’une main, usant de l’autre pour activer la soufflerie.
Bientôt je vis apparaître la couleur rouge cerise qui m’entr’ouvrait les plus douces espérances et portant le fer sur l’enclume, je me mis à le marteler vaillam ment rendant gloire à l’Agneau divin, au triompha teur éternel dont l’infinie bonté me conduisait au suc cès définitif.
Mon œuvre s’acheva bientôt et, sans tarder, je la pris à la main, encore chaude, sortant à peine de la trempe et je m’élançai vers la porte principale que j’ouvris d’une main hardie. — Holà, voyageur! passez au contrôle! s’écria un gardien qui sortait, en ce moment, d’une petite porte latérale. — Créature de Dieu, fais ton devoir, lui dis—je. — Montre-moi ton outil. Je le lui tendis, il le prit en main. — Qu’est-ce ceci ? Une épée ? En effet, au moment où je forgeais, le cœur débor dant d’enthousiasme, mon esprit s’était porté vers le
1897] LES TROIS PORTES DU TEMPLE 257 signe de perfection et mon travail avait reflété ma pensée. C’était une croix que j’avais forgée, une croix épointée du bout: une épée, par conséquent, car on n’aurait pu lui donner un autre nom. -—- Jamais personne dit-il, n’est entré ici l’épée à la main. — Ce n’est point l’épée que j’apporte, mais la paix.
Il me regarda, étonné de la rigidité de ma parole, hocha la tête et répondit : -—— Je consulterai ceux d’en haut. Il disparut avec mon arme. Je l’entendis annoncer mon arrivée et demander à son chef s’il devait m’ad mettre ou me refuser, j’entendis encore que le chef demandait qu’on lui passât mon épée afin qu’il l’exa minât. Puis, plus rien... le silence... Mon cœur se fondait dans ma poitrine.
Allais—je me voir expulsé, repoussé à jamais après tant d’efforts, tant de difficultés surmontées, tant de dangers auxquels je n’avais , échappé que par les hasards les plus étranges. Ma destinée éternelle se décidait en ce moment... lmplacable, fatale, la voix du gardien allait me la faire connaître... J'attendais... Enfin des régions les plus hautes, j’entendis la voix consultée répondre : ‘ « —— Qu’il passe! « Il sera le premier et le dernier qui franchisse cette porte, par la puissance de l’épée. « Qu’il passe!
2 58 L'INITIATION « L’heure, le jour, le mois et l’an sont conformes aux écritures. « Qu’il passe! « Son époque est marquée depuis les temps de Beltésçatsar. « Qu’il passe! » Le gardien revint et me rendit mon épée. A la croisée du fer brillait en un métal singulier, cuivré, une rose lumineuse ajoutée par la main de celui qui avait parlé. Aussitôt que j’eus traversé le parvis, je me sentis baigné dans les effluves joyeux d’un soleil éblouis sant.
' Je ne pus m'empêcher de tomberà genoux, dans un élan d’indicible extase: « — 0 source inépuisable de toute joie! Racine unique de toutes les créatures ! Que leurs actions de grâce montent sans cesse jusqu’à toi, en accords har— monieux. .
« Tu es admirable et profond dans tout ce que tu fais: ta sagesse se nomme Amour, et ton Amour s’appelle Sagesse: ce sont les deux colonnes éter nelles sur lesquelles tu as fondé l’Univers. » Comme je me relevais, je vis quelqu’un qui s’appro chait de moi, le sourire aux lèvres; il était revêtu d’une longue robe blanche, serrée à la taille par une ceinture d’or; il portait à la main un sceptre du même métal et sur sa tête étincelait une tiare enri chie au premier cercle d’un rang de rubis, au second de perles et couronnée au sommet par une émeraude magnifique taillée en table à pointe de diamant.
; g. -.. |üfï’J:i.‘ LES TROIS PORTES DU TEMPLE 259 Il semblait unir à une dignité infinie la plus par faite humilité. — Sois le bienvenu, mon frère, me dit-il ; ton cœur est ferme: il est rare qu’on garde tout son sang— froid au moment où l’on pénètre ici pour la première fois.
Quoique tes lèvres soient restées muettes, j’ai suivi cependant dans mon cœur, avec une admiration sin cère, les pensées de reconnaissance que tu exprimais tantôt: Maintenant, te voici libre à jamais. Car ce serait un crime pour toi de ne pas obéir à la rectitude de ton jugement. Comme tu ne connais point ces lieux, j’ai pour mission de te guider.
Que ta volonté s’exprime et nous serons deux à la servir! —- Ne pourrais—je revoir d’ici le trajet que j’ai accompli pour y parvenir P . —- Sans doute, dit-il, cela nous sera facile : du haut de cette plate—forme, on aperçoit les contrées infé— rieures. Il marchait devant moi à travers le parc; en le sui vant. mon regard s’était attaché aux riches ornements qui le décoraient.
' Il sentit que ma pensée se portait vers sa parure et il se retourna: — Ne crois pas, me dit—il, que j’attache quelque valeur à ces insignes; nous les revêtons quand nous nous portons au-devant des nouveaux venus afin de leur apprendre que le rang des papes et des empereurs est désormais au-dessous d’eux. m - -.p.i—.
260 L'INITIATION ..r...,,æ,_.,.«r..’..._,æ.,,p«_ .,..—-..J. ...A .a Mais, avec toi, cette précaution ne me semble [point nécessaire. — En vérité, dis—je, Dieu seul est le maître de l’Univers. —; Ceci est fort juste. Nous continuâmes notre ascension.
J’avais été frappé de la douceur qu’exprimait la physionomie de mon guide et je cherchais en moi même à quel personnage historique ses traits me fai saient penser. — Tu te demandes qui je puis être, me dit-il; je m’appelais Albert; j’eus un élève nommé Thomas dont on mène grand bruit en ce moment chez les ténébreux. — Quoi, tu serais donc l’évêque de Ratisbonne? -—- Évêque, pendant bien peu de temps, tu le sais. — Le réorganisateur de la maçonnerie alle mande! — Ce titre me plaît davantage.
Nous débouchions, en ce moment, sur la plate forme terrassée dont le revêtement formait tourelle vers l’extérieur. Je m’approchai du parapet et ne put retenir un cri d’admiration.
Le pays accidenté que je me rappelais avoir entrevu en traversant l’arête rocheuse qui formait la dernière partie de mon trajet se déroulait entièrement à mes pieds, baigné dans une lumière chaude et presque dorée. —- Le jour s’est donc levé sur ces contrées? deman dai—je. '
LES TROIS PORTES DU TEMPLE 26I —— Non, il s’est fait dans ton esprit. — Comment cela est-il possible P —— Sache, me dit-il, que la lumière pénètre toujours l’œil pour frapper la rétine, mais que c’est l'intelli gence qui transforme ces sensations en visions et en idées pour la conscience. -— Je le conçois. — Ceux donc qui n’ont point de compréhension ont des yeux, mais ils ne voient point, comme disait le Maître. — Ainsi, dis—je, ce pays était éclairé comme il l’est maintenant pendant que je le parcourais pour parve nir jusqu’ici i“ —- Certes, et même, si tu regardes bien, tu verras, sans doute, dans la plaine, quelques—uns de ceux qui s’efforcent d’arriver et pour qui règne la nuit la plus complète.
Je me penchai, cherchant à reconnaître exactement l’itinéraire que j’avais suivi; je’retrouvai la forêt, la plaine découverte en arrière, le débouché du faubourg par où j’étais sorti de la ville. — Mais, dis—je, je ne puis en croire mes yeux. Il me semble qu’il y a à peine unelieue d’ici à la grande Cité.
Cependant je croyais avoir marché pendant des jour nées. — Il en est ainsi quand on ne voit pas où l’on va ; mais regarde bien si tu m’aperçois pas d’autres chercheurs... -— Oui, il_ y en a plusieurs. Comme c’est étrange de les voir ainsi marcher à tâtons en pleine lumière. N’en est-il jamais qui se soit muni de lanternes ou de boussoles?
262 L’INITIATION — Tu comprends que cette idée si simple a dû fré quemment inspirer les audacieux que tentent les joies de notre saint asile; mais ils réussissent moins que les autres.
En effet, tous les luminaires qu’ils peuvent se pro curer doivent leur éclat au principe astringent de l’amour des richesses, et cette lumière est absorbée sans réflexion par le sol de la terre vierge, de même que par les barreaux aimantés qu’on y découvre, comme tu le sais, mais qui restent invisibles pour ces porte-lampe. Ils errent donc‘sans guide et ne tardent pas à se fatiguer.
Quant à ceux qui se munissent de boussoles, leur instrument subit par l’action magnétique du ter rain une déviation de plus en plus prononcée, de sorte qu’ils décrivent de grands cercles alors qu’ils croient marcher en ligne droite. Ils reviennent ainsi dans la ville annoncer à grand bruit qu’ils ont tra versé d’outre en outre tout notre territoire et que le Château du Mystère est un mythe.
Comme je continuais à contempler en silence, Albert le Grand reprit: _ Nous assistons parfois ici à des scènes réellement étranges, à des drames qui se terminent de façon tra gique. Il y a peu de temps, nous avons suivi des yeux un jeune audacieux qui parvint à s’approcher j usqu‘au delà de la forêt sacrée; c’était un évêque d’une église gnostique qui vient de se fonder chez le roi des Perses.
Il se croyait poursuivi par une légion de dé mons; plus il avançait, plus ces figures devenaient W.....WmM.Mi—W,MHMWL.M’fl.WMw-emflr . . _, -. ’74 ,_A. AL h ’..
LES TROIS PORTES DU TEMPLE 263 3t}? _«_,—-..œ —. --lfl... 1...- v‘ .— ,... .. ,,l menaçantes; au moment où il se trouvait sur l’arête étroite qui mène à l’entrée, il voulut les éviter et il se précipita du haut en bas, dans les eaux dormantes de ce lac que vous voyez sous nous. — N’y a-t-il jamais de femme, demandai—je, qui ait tenté de parvenir jusqu’à nous ?
Albert me regarda en souriant, comme s’il trouvait ma question naïve. —— L’histoire n’en fait point mention, me dit-il. — Cependant, dis—je, il me semble avoir entendu soutenir ce paradoxe que 'Moïse était une femme et qu’Aaron était son amant.
Un sourd grondement de tonnerre retentit au loin, tandis que mon guide, dont le visage s’était brusque ment assombri, me saisissait par le bras. — Quelle audace dans ta parole, dit-il; tes plai— santeries ont troublé la paix de ce saint lieu.
Je restai, un instant, surpris moi-même des effets instantanés déterminés par la phrase que je venais de prononcer, puis je repris sur un autre thème: -— Allons ailleurs et voyons ce que font les nobles habitants de ce glorieux asile. — Ton désir est ma seule loi, me répondit—il.
Il me conduisit vers l’intérieur du parc; de nom breuses demeures isolées, de styles etrde dispositions différentes, montraient leurs colonnades ou leurs clo cheton's à travers la verdure. —- Chacun habite seul, ici, me dit-il, et agit abso lument à sa guise. Il y a toujours un grand choix de villas disponibles, et je suis sûr que tu en trouveras à ta convenance. Le jardin produit tout ce qui est néces ._..‘. ___. s,.‘,.“.__.v—. . ..
264 L’INITIATION saire à la vie. Le travail est notre seule occupation et notre seul plaisir.
C’est pour cela que la sagesse de nos règles impose au récipiendaire de se présenter à notre porte muni d’un outil qui lui soit personnel, avec lequel il puisse prendre plaisir à créer pendant sa vie entière. à Ne pourrais—je voir à l’œuvre l’un de ces com pagnons du Créateur Éternel? —— En général, nous n’aimons pas à être dérangés au moment où notre âme s’élève sous le souffle de l’inspiration sacrée.
Cependant nous avons non loin d’ici l‘habitation de Balzac qui travaille souvent en plein air. Nous nous dirigeâmes de ce côté; et je découvris bientôt l’illustre écrivain, assis sur un banc de son jardin, à l’ombre d’un taillis de coudrier. Il tenait à la main une canne du bout de laquelle il me semblait tracer quelque figure sur le sable. — Que fait-il donc là ? demandai—je.
'— Il dessine, en ce moment, des caractères d’homme selon sa fantaisie. — Mais que devient ce travail? , — Dans ses moments de loisir et de repos, l‘auteur reproduit ces signes sur des chiffons de papier qui sont jetés ensuite dans la ville. La, la foule se précipite avec avidité sur cette manne céleste; elle s’en repaît, et plusieurs se conforment désormais aux types qui leur sont représentés.
C’est ainsi que les lignes que tu pourrais voir maintenant sur le sol, en face de Balzac, serviront de règle à de nombreuses existences humaines. m MWLpW -. _ - _.4 ..À‘f‘ .1.
LES TROIS PORTES DU TEMPLE 265 -- En vérité, dis—je, le génie de l’homme est une puissance infinie. — Tu comprends mieux maintenant, j’en suis sûr, les joies qui t’attendent dans ce séjour divin. — Oui, dis—je...
Mais je devins pensif; une compassion immense envahissait mon âme; je ne pouvais penser sans une sorte de déchirement intérieur à cette foule d’êtres humains, mes semblables, qui voyaient s’écouler leurs tristes vies sans rien connaître, sans rien goûter de ces sensations délicieuses et sublimes. — Ah! dis—je, mon cher Albert, comme il m’est douloureux de penser à ces hommes d’en bas, privés de notre Sainte Lumière! —- Ce serait une erreur de croire, me dit-il, qu’elle leur soit absolument retirée.
Le circuit de notre en ceinte s’étend de fort loin, et nous avons un bastion avancé dont l’escarpe maçonnée descend sur une place de la ville. Au bas de cette muraille est une porte donnant sur un terre—plein intérieur sans communication di recte avec notre parc ; cependant, on peut apercevoir de là une sorte de crépuscule agréablement coloré.
Cette porte peut s’ouvrir du côté de la rue; la sér— rure est d’un mécanisme assez délicat; elle exige un tact léger et habile. La plupart des habitants de la ville y viennent pour se réjouir, mais peu à peu leur rétine perd sa sensibilité, et ils finissent par se trouver là, dans une obscurité aussi profonde que celle de leur vie ordinaire. ——- Le véritable bonheur .ne sera jamais possible
266 L’INITIATION pour moi tant que ces malheureux gémiront dans une aussi triste situation ! — Ne dirige pas tes pensées de ce côté, cher ami, dit Albert en portant la main à sa tiare, qu’il ôta tandis que son index droit se portait sur la pierre précieuse qui en ornait le sommet. Si tu veux vrai ment trouver la Paix, il faut que tu suives le conseil muet de ce joyau.
Ne sais—tu pas qu’émeraude veut dire Cœur de Pierre ? — Mais quelle joie veux-tu que je goûte dans cette paix? — Ne l’as-tu pas vu ? N’as-tu pas reconnu toi-même que rien ne pouvait être plus désirable que de prendre sa large part dans l’œuvre perpétuelle de la Création de l’Univers. — Non, dis—je: il me semble maintenant qu’une lumière nouvelle s’est faite dans mon esprit.
Vous ne produisez ici que des formes, nouvelles et utiles, il est vrai, capables de charmer et d’instruire, mais tota lement dénuées de substance.
« Il n’appartient point à l’homme de créer le fond essentiel des choses, car c’est Dieu seul qui le donne sans limite et sans mesure; cette substance, c’est l’Amo'ur etje sens que chacun doit en avoir sa large part. —— Mais tous ici, nous débordons d’Amour, nous sommes plongés dans une perpétuelle adoration de la source merveilleuse de tout Bien et de tout Vrai. —- Oui, mais vous en êtes avare et vous gardez toutes vos joies pour vous-mêmes”.
Les autres ne sont point directement l’objet de votre affection, et aucune créature ne reflète à vos yeux cette Perfection
LES TROIS PORTES DU TEMPLE 267 r‘l‘_'Ë"Γ"Æ.‘“"““ ' Sublime mais Abstraite au Culte de laquelle vous vous êtes attachés. _ -— Écoute, me répondit Albert le Grand, dont la figure devenait songeuse, je ne te comprends plus.
Je ressens, en entendant tes paroles, de vagues inquié tudes :_ il me semble que j’y lis des menances de des— truction et d’anéantissement pour nos privilèges séèulaires..... —.—- Ah! ne crains rien, m’écriai-je; si jamais ces murs doivent tomber, c‘est que tous seront dignes d’être admis dans votre sein, et votre félicité ne pourra . jamais que s’accroître. —— Amen ! ditAlbert, et que Dieu protège tes pas! » et du Saint-Esprit!
723 Je traversai rapidement la contrée qu’ornaient les demeures des mages et leurs jardins fleuris et je me dirigeai vers les terres intérieures. Je me trouvai bientôt dans un pays inhabité, mais recouvert de la végétation la plus admirable et la plus variée.
Je prenais plaisir à reconnaître les espèces, à les classer dans mon esprit selon leurs similitudes; je goûtais librement de_leurs fruits chaque fois que la faim ou la soif se faisaient sentir à ma conscience.
Je cheminai longtemps ainsi, pendant des journées entières, peut-être des mois; je nourrissais les projets les plus divers : « Ni la ville, pensais—je, ni le château du Mystère ne peuvent me rendre heureux; l’étude de la Nature me plaît; elle ne me satisfait pas pleine— ment, mais elle offre tout au moins un aliment agréable à mon activité. »
268 L’INITIATION Mes pensées s’ordonnaient selon les êtres créés, et je voyais de plus en plus nettement les relations in times qui existent entre le monde des Choses et celui des Idées. -— Le but et la raison d’être de l’arbre, disais—je, apparaît concentré dans son fruit; ainsi chaque chose s’explique par sa fin. La vie est un fleuve au Cours capricieux dont les eaux marchent sans cesse vers l’océan de la Mort.
C’est de ce côté qu’il faut chercher la satisfaction absolue et éternelle.
Orientons-nous donc vers ces contrées funèbres. » Comme je prenais cette résolution, je vis sortir du fourré un léopard qui fixait sur moi ses yeux veloutés et humides, plein d’un doux attendrissement; il ten dait le cou vers moi, puis par un gracieux mouve ment de tête semblait m’inviter à le suivre. — Qui es-tu P lui dis—je. — Viens avec moi, me répondit-il, viens, je sais quelles sont les vraies joies de la vie.
Presque tous me suivent et nul ne m’a maudit. — Non, si je marchais dans le chemin que tu traces, je ne serais plus libre; tu es une bête, et c’est toi qui m’obéiras. Je lui caressai le museau de la pointe de mon épée et ma volonté l’enchaîna.
Quelques instants après, je débouchais'sur une vaste clairière où je vis venir à moi, avançant avec une grande majesté, un lion secouant sa tête imposante; il poussait, par intervalles, des rugissements profonds qui rendaient muets de frayeur les oiseaux de la forêt. — Les forts doivent régner. me dit-il, ne crains
LES TROIS PORTES DU TEMPLE 269 point d’imposer ta direction à ceux que tu peux faire trembler. —— Non, répondis-je, je ne veux point répandre la terreur; je ne t’obéirai pas, mais, au contraire, je te dompterai.
Et je touchai de la pointe de mon épée ses griffes meurtrières; il s’accroupit, ‘ ramenant le corps en arrière, les pattes tendues comme pour s’élancer sur moi; mais il se sentit lâche et sans force, et,se redres sant lentement, il baissa la tête et vint lécher mes pieds.
Je continuai la route à travers la forêt, n’ayant d’autre guide que les inspirations de ma pensée et j’arrivai ainsi jusqu’à la lisière d’où je découvrais une grande plaine couverte de bruyère et s’étendant à perte de vue. Un nouvel animal s'offrit à mes yeux; c’était une louve famélique; elle était d’une maigreur horrible et ses yeux étincelaient des feux d’une fièvre dévorante.
Elle ne parla point, mais elle décelait dans son aspect et ses allures de fantôme une avidité si astrin gente que je sentis, à la voir, une violente crispation interne. — « Non, dis—je, non! je ne la servirai point! » et, fermant les yeux, je la frappai cependant à la tête d’un grand coup de mon épée.
La flamme cupide qui brillait dans son regard s’éteignit ; elle resta quelque temps inerte comme en dormie; puis, lentement, comme j’avançais sans plus faire attention à elle, elle se décida à marcher dans mes traces.
270 L’INITIATION J’entendais au loin des coups sourds et précipités dont je ne pouvais comprendre l’origine; je me diri geai de ce côté et m’aperçus bientôt qu’ils s’échap paient d’une vallée voisine éclairée par des reflets rougeâtres et intermittents.
Quand mon œil put plonger dans ces profondeurs du haut des collines environnantes, je vis, au centre du cirque aride formé par le contour montagneux, un homme de haute taille debout et plongé dans une méditation profonde.
Autour de lui se dessinait un triple cercle d’obs tacles meurtriers; au premier rang se trouvaient des armes de guerre de tous les types usités par les hommes dans l’art de la réciproque tuerie; la barrière du milieu était un long bûcher circulaire; sa flamme, jamais éteinte, calcinait la chair de nombreuses victimes attachées à des poteaux au-dessus desquels je pus lire : « Sainte Inquisition pour la Foi. » Plus en arrière, vers le centre, s’élevaient douze guillotines sur les montants desquelles était inscrit : « Comité de Salut Public. —— Liberté—Égalité-Frater mité ».
Le géant qui était au centre portait au front deux cornes lumineuses et je reconnus en lui le farouche solitaire du Sinaï. Il sembla, un instant, suspendre le travail de son esprit et levant la main droite, il ouvrit la bouche et se mit à proférer, pendant une heure en tière, les anathèmes les plus affreux.
A sa voix, les armes s’agitaient, faisant retentir l’air de leur cliquetis sanguinaire; la flamme des bûchers se rallumait avec un élan nouveau, redoublant la
LES TROIS PORTES DU TEMPLE 271 torture des martyrs, et les couperets des douze guillo tines se levaient et s’abaissaient avec une ardeur mé— thodique, tranchant douze têtes à chaque coup; c’était ce bruit sinistre que j'avais entendu au loin et qui m’avait guidé vers Moïse. —— « Non, me dis—je, ce n’est pas celui—ci que je veux faire revivre.
Je dois avoir pris trop à gauche. » J’inclinai donc du côté où se trouve d’ordinaire notre plus fidèle serviteur et je vis bientôt que le sol devenait plus fertile; des traces de culture intelligente se reconnaissaient au choix savamment varié des vé gétaux que produisait la terre.
Au fur et à mesure que j’avançais, je vis se substi tuer aux essences utiles et productives les plantes décoratives et ornementales ; j‘arrivais au centre d’un jardin magnifique. Les fleurs dessinaient des parterres réguliers aux formes géométriques, au coloris harmonieusement alterné sur un gazon d’une verdure uniforme et ten dre, ombragé par des palmiers et des chênes dessinant leur silhouette robuste ou gracieuse sur l’azur du ciel.
J’entendais, au milieu des bosquets, le murmure de l’eau s’échappant de vasques de marbre ornées de statues. Puis se dressa devant moi la colonnade majes tueuse d’un temple merveilleux où les porphyres les plus précieux étaient rehaussés d’ornements d’or pur. Au centre du temple, qui s’ouvrait vers les quatre vents de la terre, sur un trône magnifique, élevé de sept degrés au—dessus du pavement mosaïque, était assis le puissant roi Salomon.
272 L’INITIATION Sa vue se reposait avec délice sur les splendeurs que son génie avait fait naître autour de lui et il sem blait endormi dans la paix de son bonheur. — Tout ceci est beau, me dis—je, mais il est seul, le pauvre Salomon, et je m’envie point ses joies. Le bon chemin se trouvera moins à droite. Je me remis en route, infatigable pèlerin du véri table Idéal.
J’avais cette fois une précieuse indication sur la marche à suivre; il me suffisait, en effet, de me tenir à égale distance de ces deux pôles opposés : Moïse et Salomon, pour être assuré d’avancer vers le but absolu. Je reconnus avec étonnement que l’éclat de la lumière diminuait peu à peu.
Comme le ciel s’assombrissait, il me sembla que je voyais tout à coup devant moi, au-dessus de l’horizon, les traits adorés du Béni. ‘ Son visage exprimait un amou; si profond, si in tense, si spirituel, que je me sentis attiré vers lui avec une énergie toute puissante. -- Oui, m’écriai-je, c’est toi'qui es la Vie, la Voie et la Vérité!
L’image s’évanouit; mais mon désir s’était accru dans une proportion imprévue, et mon allure, pressée cependant, n‘étaitjamais assez rapide au gré de mon impatience. L’obscurité augmentaitet je me trouvai bientôt pour la troisième fois dans d’épaisses ténèbres. Mais cette fois je savais où je devais marcher et je prenais soin de ne me détourner en aucune façon de ma direction primitive.
LES TROIS PORTES DU TEMPLE 273 J’arrivai ainsi au bord d’un fleuve large et profond; force me fut de m’arrêter, de chercher un passage ou tout au moins de l’aide pour m’en créer un.
En circulant le long du fleuve, je rencontrai un homme qui tenait à la main une petite lanterne. — Que fais—tu ici ? lui dis—je. —‘Je suis un ouvrier, me répondit-il, maçon de mon état; j’ai été engagé pour construire un pont qui doit relier les deux rives de ce fleuve; mais voilà des an nées que je suis ici et je n’ai point encore seulement remué une pierre. — Êtes—vous nombreux P — Oh! je ne saurais dire à quel chiffre monte le total de nos bras, mais il doit être immense; car par tout où tu iras le long du fleuve, tu rencontreras des ouvriers qui attendent comme moi. —— C’est étrange; et pourquoi ne travaille-t-on pas? ‘ — Je ne saurais répondre; il faut demander cela aux chefs; ce sont eux qui ont les plans et c’est à eux à nous donner des ordres. — Ne pourrais—tu me conduire auprès de l’un d’eux ? — Oh! si, me répondit-il, nous avons desinspec teurs par province et je puis te mener auprès du mien. , Mais l’inspecteur mitré ne put me fournir aucune indication sur les raisons pour lesquelles le travail était suspendu. ‘ — Seul, notre chef suprême pourrait vous dire en quoi les circonstances actuelles rendraient, sans doute, tout efl°ort inutile; car, ajouta—t-il, nous avons une confiance sans borne dans sa sagesse, et, si les mains de;
274 L‘INITIATION 4.4.... nos ouvriers sont au repos, c’est que l’heure favorable ne doit pas encore avoir sonné. » Je sollicitai une audience de ce haut magistrat; sa tente était dressée non loin du grand fleuve et une foule de serviteurs l’entouraient.
Le Souverain Directeur du travail était absorbé dans de profondes méditations, lorsque_je fus introduit en sa présence; un plan fort ancien était déroulé devant lui et j’aperçus de loin le dessin des arches qui s’al longeaient sur le papier. —— « Homme illustre et puissant, lui dis—je, moi aussi je veux traverser le fleuve qui t’arrête. J ’userais avec une joie très vive du pont que tu veux construire.
J’ai longuement voyagé à travers le monde, j’ai vu des contrées inconnues des hommes, j’ai approfondi la Science Infinie du Principe.
Peut-être mon juge— ment pourra-t-il te fournir une donnée utile pour l’achèvement de l’œuvre grandiose dont tu as le gou vernement. — Enfant présomptueux, me répondit le vieillard auguste, voici deux semaines de siècles que mes pré décesseurs et moi pâlissons sur ces parchemins en tourés d’une armée d’ouvriers fidèles et intelligents, disposant de trésors inépuisables et ce que nous n’avons pu faire en près d’un millénaire et demi, ton orgueil insensé croit le réaliser en un jour ? — O Père très Saint (c’est ainsi que le nomment ceux qui travaillent sous ses ordres), un homme n’est rien, mais une idée peut renouveler la face du monde. — Je te parlerai donc; les métaux ne me manquent point; j’ai dans mes arsenaux des outils sans nombre, ,1
LES TROIS PORTES DU TEMPLE 275 F"" les bois nécessaires aux cintres sont déjà taillés, classés et conservés en bon ordre dans mes magasins. Mais c’est en vain que j‘ai fait creuser et fouiller toutes les carrières que l’on trouve dans ces contrées. Les pierres qui en ont été extraites ne peuvent supporter la pluie corrosive qui tombe fréquemment sur ce malheureux pays.
J ’ai ici tous les rapports de mes ingénieurs; iln’y en a pas un seul qui ne me signale l’effritement rapide des moellons que j’ai fait exposer à l’air pour les éprouver. Je restai confondu; l’argument me paraissait solide; le silence pesa sur nous pendant plusieurs minutes. Je réfléchissais et retournais en imagination au bord de ce fleuve qui barrait son chemin à I‘Humanité depuis si longtemps.
Je me souvins que le sol vers les bords était recou vert de galets. Ces silex devaient résister aux intem— péries puisqu’ils ne disparaissaient pas. J’en fis la re marque à haute voix. | (A suivre.) MICHAEL. % et»
276 L’INITIATION UNION laÉausra UNHVBRSEILLE Pour l’Altruisme et l’Idéalite’. A tous les membres, à tous les amis, à tous les organes de 11’ Union Idéaliste Universelle Salut. En quelques mois l’Union Idéaliste a terminé sa pre mière phase: la phase d'organisation.
Aujourd’hui, l’Union compte des organes officiels dans presque tous les pays d’0ccident; elle a réalisé le rappro chement de tous les chefs des grands groupements idéa listes et trente mille intellectuels se rangent maintenant sous labannière fièrement arborée partout où l’âme per çoit, partout où un cœur est prêt à venir au secours de la faiblesse et de la souffrance physique ou morale.
Nos frères d’Amérique, les organisateurs du Congrès des Religions, qui, voulant poursuivre leur œuvre, organi sèrent, grâce à l'activité de notre secrétaire général, le D‘ Blitz, cet important groupement, peuventmaintenant être justement fiers de leur œuvre.
Ce n’est pas un . simple Congrès ne devant'durer que quelques jours et ne devant laisser qu’une éphémère trace de son pas sage, c’est une création vivante et permanente rayonnant dans toutes les intelligences, grâce à ses organes impri més en tous les idiomes.
C’est cette œuvre de dévouement et d’idéalité qui se dresse en face de l’égoïsme et du matérialisme partout triomphants et qui vient prouver la grandeur du sacrifice dans tous ses plans d’opération. Maintenant l’action doit succéder à l’organisation.
Par tout où l’idéal sera opprimé, partout où la force primera le droit, il faut que la voix de l'Union s’élève, planant au-dessus de toutes les querelles philosophiques ou reli gieuses, pour protester au nom de l’Ame vivante de l’Humanité une. Partout où le dévouement sera néces Saire, partout où il se sera affirmé avec éclat, la voix de l’Union doit encore s’élever pour remercier et pour applaudir. Aussi sur la proposition du vice-président de l’Union
FACULTÉ DES SCIENCES HERMÉ’I‘IQUES 277 (Danemark) et puisque, de par ses suffrages unanimes, c’est à la France qu’est échue la noble et glorieuse tâche de la Présidence, je suis heureux de vous demander de porter à l‘ordre du jour de 1’Union idéaliste universelle les actes accomplis par tous les citoyens qui se sont dévoués à Paris, lors de la terrible catastrophe du4mai.
Votre Président sera fier de décerner, en votre nom, un diplôme d’honneur au plus méritant d’entre eux. Le Président de l’U. I. U., AIAH, S:;: I::: Faculté des Sciences Hermétiqnes DIPLOMES. — Les diplômes délivrés par la Faculté se mm de deux natures: 1° Les diplômes à titre honorifique décernés à tous les savants qui auront rendu des services signalés à la Faculté ou à la Cause.
Ces diplômes pourront égale ment être décernés, après décision spéciale de. la direc tion, aux professeurs et aux directeurs des Écoles se condaires ainsi qu’à titre d’équivalence de tout autre diplôme. 2° Les diplômes décernés exclusivement à la suite des examens subis soit à l’École centrale, soit dans une des Écoles secondaires.
NATURE DES EXAMENS. — Par décision de la direction, les éléments de la langue sanscrite (lecture courante) sont obligatoires pour l’examen du Doctorat. Les éléments de la langue hébraïque (hébreu carré, lecture et écriture sans points, voyelles) sont obligatoires pour la licence. La connaissance des lettres hébraïques est obligatoire pour le baccalauréat.
2 78 L’INITIATlON ©äDâE MAäTINIS‘Œ‘E FRANCE. —« La délégation spéciale pour le Nord et l’Est de la France est établie à Douai. La Loge HESED est constituée à Beauvais sous la di rection de notre f ::: Nantur. M. Jacques Brieu S :2: I;;: est nommé délégué spécial du Sup. Cons. ITALIE. — Une Loge régulière de l’Ordre est établie à Rome sous le n° 59. Une Loge régulière est établie à Macerata sous le titre CÉRÈS.
SUISSE. a— La délégation générale du Sup. Cons. Mart. pour la Suisse est établie à Berne. La Loge régulière Lux in Cruce fonctionne à Berne à dater de mai 1897. ANGLETERRE. —— Un Inspecteur Général pour la propa gande Mart. :;: en Angleterre a été nommé et commen cera sa mission à dater du 1°r juin 1897. Une délégation générale du Sup. Cons. :2: est établie à Londres à dater de mai 1897.
Avis à nos délégués. —— Des modèles de cartes*indivi duelles des membres des Loges ont été établis et seront mis à la disposition des chefs de Loge, à charge par eux de payer le port. A SYNDICAT DE LA PRESSE SPIRITUALISËI‘I Les efforts de l’Initiation ont enfin abouti, et aujour— d’huile Syndicat dont nous avons pris l’initiative estr complètement constitué.
Voici la composition du bu reau : Président: GABRIEL DELANNE; Vice-Présidents : DUR— VILLE et SED1R; Secrétaire : ALBAN DUBET. . l .. . .. ... — A _ -- . -—-:—-—-‘—.—.—u
UN RÊVE PROPHÉTIQUE DE M. GORON 279 Signalons la conduite digne de tous éloges de M. Ley marie, direcreur de la Revue Spirite, quiaadhéré au syn— dicat, faisant ainsi preuve d’une impartialité digne d’être remarquée.
Comme nous l’avions annoncé, nous avons remis tous les documents que nous possédions aux mains du Comité. un même eeeraéruuue a u. eoao Dans le Journal du 25 mai, M. Goron raconte comment il fut prévenu, en rêve, des détails d’un crime dont il était chargé d’arrêter l’auteur. ' Toute la soirée, je ruminai dans mon esprit les incidents de ce drame, et, quand j’allai me coucher, il me fut im— possible de m’endormir.
Je cherchais, sans le trouver, le mobile que Mme aurait eu pour assassiner la veuve Bazire, et je ne trouvais pas cependant. Plus je réflé chissais, plus je me disais que cette femme bavarde, qui successivement avait donné deux fausses pistes, devait avoir commis le crime! Dans l’énervement où m’avait mis l’insomnie, j’eus comme une hallucination...
Je revis la chambre de la mère Bazire, avec ses bannières accrochées au mur, ses vierges et ses saints Joseph... suspendus au—dessus de la commode. La pauvre vieille rentrait de la messe, tenant sous le bras son gros livre...
Elle était essoufflée d’avoir monté l’escalier; un instant elle s’assit sur une chaise pour re prendre haleine, puis elle se releva, ouvrit sa porte et alla chercher sur le palier sa malle qu’elle roula au mi— lieu de la chambre avec un grand bruit de roulettes. Tout à coup, une vieille femme échevelée, une sorte de mégère. poussant la porte entr’ouverte. entra dans la chambre.
Elle tenait une corde dans la main et la bran dissait comme une arme. — J’en ai assez, j’en ai assez, de tes bondieuseries,
280 L‘INITIATION criait-elle. Ah ! tu ne me réveilleras plus avec ton tram— way, salle bête! - Et se jetant sur la mère Bazire, qui tomba terrifiée, médusée, n'ayant plus la force de pousser un cri, elle lui passa la corde autour du cou et tira de toutes ses forces. Un râle et tout fut fini. La mère Bazire ne remuait plus.
Alors, je reconnus la vieille femme échevelée qui riait d’un rire fou, c’était M'“ X... —— Tiens, cria-t-elle, la voilà, ta satanée malle, vieille bigote, tu ne m‘ennuieras plus avec ! Et j’entendis encore le bruit lugubre des roulettes et je vis la mégère jeter la lourde malle sur le corps même de la mère Bazire dont les jambes eurent un dernier tressaillement et se raidirent comme celles des lapins qui viennent de recevoir le coup mortel.
Pourquoi, dans la fantaisie du rêve, cette comparaison étrange me vint-elle alors à l’esprit :’ M“ X... regarda autour d’elle, efi'are’e, s’en fut jusqu’à la porte pour bien voir si personne ne montait l’escalier; puis, brusquement, elle prit sur la cheminée la lourde pendule, la cacha sous son tablier et s’en alla en fermant la porte... Je m’éveillai en sursaut, baigné de sueur. {Journal du 25 mai 1897).
LA EAMJËÏILLJË EANÏTÈE Une lettre du Dr Corneille Le Mémorialdes Deux—Sèvres publie la lettre suivante du Dr Corneille, en réponse à un article anonyme paru la semaine dernière dans le même journal. Comme on le verra, l‘honorable et savant docteur se prononce 'caté goriquement pour la réalité et le caractère occulte des phénomènes dont la petite Sabourault est le centre :
LA FAMILLE HANTÉE 281 La Mothe-Saint-Héraye, 5 mai 1897. A M. le docteur Ricochon. (Lettre ouverte). MONSIEUR ET CHER CONFRÈRE, La lettre publiée par vous à la suite de ma dernière note et parue dans le Mémorial de samedi dernier, ne saurait rester sans réponse. Elle me prouve que vous avez été mal renseigné sur les faits concernant la jeune Renée Sabourault, et votre opinion a trop de poids pour que je ne m’efforce pas de l’éclairer.
Quels que soient les jugements portés par quelques habitants d’Yzeures ou de Poitiers sur la famille Sabou rault en général et sur la jeune Renée en particulier, que ces-gens passent ou non auprès de certaines per— sonnes pour des mystificateurs, que le chef de la famille soit ou non un virtuose du tambour, cela importe peu à la solution de la question qui nous a jusqu’ici divisés mais qui,je crois, ne nous divisera pas longtemps.
Étant donné que plusieurs personnes dignes de foi avaient constaté dans le voisinage immédiat de la jeune Renée des phénomènes dont la physique courante ne renld pas compte, il s’agissait de savoir si ces faits étaient ree s. Qu’un seul fait répondant à la définition fût dûment observé par un certain nombre de gens compétents et par eux affirmé authentique, c’en était assez, quand bien même tout le reste eût été de ,la mystification.
Pour cela, il fallait se placer dans des conditions vrai ment expérimentales, c’est-à-dire: séparer complètement l'enfant de son entourage, l’introduire dans une pièce où elle n’eût jamais pénétré auparavant, et là, provo uer les phénomènes au commandement, en surveillant len fant d’une façon constante et sans qu’elle sût au préa lable ce qu’on allait lui demander. C’est ce que j’ai fait.
Dans ces conditions, en présence de MM. de Gramond, docteur ès sciences; Brinçard, ancien élève de l’Ecole polytechnique; Fournier, licencié ès sciences; Sellier, vétérinaire militaire de première classe, et de plusieurs autres personnes, il s’est produit, chez moi, un très grand nombre de phénomènes pouvant tous rentrer dans les catégories suivantes : 1° Bruits divers (coups, roulements, batteries, gratte ments, trépidations, etc.), produits à distance à 2 mètres
282 L’INITIATION au moins et à 3 mètres au plus du sujet, à l’endroit pré cis où on les sollicitait et avec l’intensité et le rythme demandés.
2' Mouvements sans contact d’objets pesants (une table de 40 kilos environ placée à plus d’un mètre de l’enfant et celle-ci lui tournant le dos); 3° Soulèvement complet à des hauteurs variant entre 10 et 50 centimètres et pendant 6, 15 et 30 secondes chaque fois, de diverses tables sur lesquelles l’enfant posait les mains.
Ceci suffit amplement à prouver que la jeune Renée Sabourault possède une faculté spéciale, très rare assu— rément, et tout à fait digne d’intérêt. La discussion des diverses hypothèses à l’aide des quelles on peut expliquer ces phénomènes jusqu’à pré— sent peu connus ne serait pas à sa place ici, elle est d‘ailleurs inutile pour vous.
Je tenais seulement à porter à votre connaissance ces faits que vous ignoriez évidemment, afin de vous bien persuader que moi, humble exPérimentateur, et les quelques savants qui ont bien voulu me prêter le consi dérable appui de leur autorité, ne sommes ni des naïfs, ni des mystificateurs, mais simplement des chercheurs, des curieux, audacieux peut—être, mais à coup sûr au— dessus des sarcasmes qui ne pouvant venir que de l’igno rance ou de mauvaise foi, ne sauraient en aucune fa çon nous atteindre.
A réez, monsieur et cher confrère, l’assurance de mes mei leurs sentiments. Docteur CORNEILLE. . au Nous croyons savoir que M. le colonel de Rochas, ad ministrateur de l’Ecole polytechnique, qui s’est tou jours beaucoup occupé des questions d’occultisme, est arrivé à Poitiers hier, pour visiter la petite Sabo’urault.
Le colonel de Rochas a passé la soirée chez la famille Sabourault, s’est livré à quelques expériences, au cours desquelles il a pu constater des faits analogues à ceux que nous avons déjà relatés. Il est reparti pour Paris aujourd’hui. '.”_., -,,1>_.. ..,,,..,,,r
EXPÉRIENCE DE M. A. FRANÇOIS 283 EXPÉRIËMÆ DË M. n. E’RÈMÇÛIS Extériorisation de la Motricité A l’occasion du passage à Paris d’un de mes frères, sous-préfetà 5..., je priai ma nièce, douée de certaines facultés psychiques, de se joindre à nous pour renouve ler quelques expériences d'extériorisation de la motri cité.
Elle y consentit, et le I8 mai dernier je réunissais une douzaine de personnes n’ayant jamais assisté aux séances de l'ancien groupe n° 4 (saufmon frère). Dans la première partie de cette soirée, nous eûmes à constater, à diverses reprises, de violents et nombreux déplacements sans contact, notamment celui d’une lourde table massive à six pieds; puis l’apport d’une rose venue je ne sais d’où.
Quelqu'un proposa de demander par l’écriture média mimique (ou inconsciente) à qui cette rose était destinée. Nous reçûmes par ce moyen un message, signé .« Louis » — être invisible ou inconsciemment créé) —, ainsi conçu : " « C’est moi qui l’offre à M“ X... (médium).
Pendant la deuxième partie de cette séance qui eut lieu, comme la première, dans l’obscurité coupée fré quemment par des projections de lumière électrique, je constatai différentes fois la lévitation de la table carrée. Puis, à la suite de plusieurs phénomènes inquiétants, tels que le dangereux balancement d’un appareil d’éclai rage garni d’écrans fragiles, un assistant demanda s'il était possible de connaître l’auteur du tapage.
La table carrée, en contact avec ma nièce et moi, se mit aussitôt à frapper brutalement le nom du père nourricier du médium (loin de notre pensée en ce mo ment). Je priai alors l’être — ou la force extériorisée— qui se présentait sous ce nom de voulOir bien faire entendre un air de musique à l’aide des boîtes à manivelle dépo sées sur la table de milieu. Ce vœu ne fut pas exaucé. Je demandai ensuite que des pivoines placées dans un porte-bouquet inacces
284 L’INITIATION sible au médium fussent distribuées à quatre dames que je nommai. Deux d'entre elles reçurent la fleur désignée. J’insistai pour que les deux autres dames placées à côté des premières reçussent également le même gracieux SOUVCÛII‘. Mais..... La motricité extériorise’e saisissant violem ment le porte-bouquet l'envoya se briser entre Mme et Mlle F..., qui ne demandaient rien.
C’est la quatrième fois que je constate un fait de ce genre, avec des médiums et des assistants dzfi'érents. Le dernier incident mit fin à la séance. A. FRANÇOIS.
LE GUÉRISSEUR FRANGDIS SGHLATTER Le Lz'ght du 27 mars cite ces quelques lignes parues dans le Journal of Practical Metaphysics sur le guéris seur Francis Schlatter: «Tout homme étant fils de Dieu, lorsque Schlatter dit être le Christ, il ne fait qu’énoncer une vérité en terme religieux au lieu d’employer le lan gage ordinaire. L’homme qui pourrait penser et agir toujours avec amour, personnifierait la pensée du Christ sur cette terre.
Journellement nous rencontrons l’amour sans le reconnaître, car nous n’avons pas assez d’amour en nous. Le monde est rempli d’hommes et de femmes qui font paisiblement ce que fait Schlatter; si l'attention n’est pas attirée sur eux, c'est qu’ils ne possèdent pas les éléments de singularité, de folie, si l’on veut, qui le dis tinguent. Schlatter a le même pouvoir qui est latent en nous; il le dit lui-même.
Toutes les cures qu’on accom plit ont pour base un changement d’idées dans le mental du malade, quelle que soit ,la méthode. En résumé, les guérisons sont obtenues surtout en transformant les pensées haineuses en pensées d’amour. Tout homme, qu’il le sache ou non, est sur cette voie. G. D. ..,,.,.
BIBLIOGRAPHIE 2 85 BEBLI©@ËAEEIE CHAUFFARD : Les Prophéties rapprochées des oracles sacrés. Toulouse, Sistac, 14, rue Saint-Etienne, 2 v. in-16. Auteur de plusieurs volumes savants sur l’Apocalypse, sur les prophéties privées (volumes publiés chez Thorin), M. Chauffard avance qu’un futur triomphe de l’Église catholique pourra durer longtemps, et que la fin du monde aurait lieu vers l’an 2400.
Elle me parait plus rap prochée, d’après certaines prophéties modernes. en pre nant l’expression de fin du monde dans le sens de fin de l’humanité actuelle. Il me semble aussi que M. Chauf— fard fait une hypothèse hasardée en supposant qu’entre le Grand Monarque annoncé par tant de prophéties pour le début du xxe siècle, il y en aura un autre après un assez grand nombre d’années.
Au reste, il admet qu’il y aura d’abord une pseudo—restauration en France et qu’un empereur de Russie jouera dans le monde un rôle grandiose. Son travail est instructif: il se lit sans difficulté. SATURNINUS. t ai; Revue critique d’histoire et de littérature, 1897, n° 6: } G.
MYER, « Scarabs ; the history, manufacture and reli gions symbolism of the Scarabaeus in ancient Egypt, Phenicia, Sardinia, Etruria (Science abondante et aventureuse.) Revue de l’instruction publique en Belgique, 1897, 1°“ liv. F. CUMONT. L’Astrologue Palchos montre de quelle fa veur jouissaient encore, au ve siècle, dans le monde officiel, des théories supersütieuses dont le triomphe du christianisme n’avait pas réussi à ruiner le crédit.
Le Muséon et laRevue des religions (Belgique) : Aerpat M. Palanji Madan. Les Fravashis (génies protecteurs des hommes, d’après l’Avestar). P. LADEUZE, les Découvertes de M. Notovitch. (L’auteur, de la Vie inconnue de Jésus Christ a fait une œuvre mensongère d’un bout à l’autre).
286 L’INITIATION Histori3ches Jabrbuch, Bd XVIII, heft I. H. GRAUERT. Nouvelles études sur Dame. (Un document de x83o, publié par Joris dans la Rivista Abru'{qse, nous montre Dante mêlé indirectement à un complot contre la vie de Jean XXII ; il s’agissait de faire périr le pape par des maléfices. (Revue historique: mai—juin 1897.) ‘ RÊVES E@W ARTHUR SOMA et MATA.
Çontribulion à l'origine polye'drique des espèces, 1 vol. in-8, Madrid. (Compte rendu prochainement.) à 4V»; Pages de contrebande (1 vol. in-18, couverture illustrée, chez Fischbacher, à Paris : 3 fr. 50). Notre confrère Gaston Dujarric a eu l’originale idée de réunir sous ce titre des chroniques, des études, des causeries sur les sujets les plus divers: sur des livres et sur des faits.
On trouvera dans ce livre d’intéressantes analyses d’œuvres de nos écrivains les plus connus, par mi lesquels Zola, Drumont, Loti, Peladan, Pierre de Lano, Stephen Liégeard, L. Claretie, V. Bérard, Alf. Capus; et nombre d’autres. Des événements contemporains ont également fourni à l'auteur le sujet de curieuses chroniques.
Pierre de Lano a donné à ce livre une préface très remarquable dont nous recommandons vivement la lec— ture aux gens de lettres, car elle contient à leur adresse d’excellentes choses qu’ils ne sont pas habitués à s’en tendre dire aussi franchement par un des leurs.
Guérison immédiate de la peste, de toutes les maladies infectieuses et autres maladies aiguës et chroniques, par un procédé inoffensif, aussi simple qu’économique, n’exigeant pas le concours de l’homme de l’art, le tout
LIVRES REÇUS 287 comprenant une causerie sur des sujets propres à en tretenir la santé de l‘âme et du corps, par UN AMI DE L’HUMAMITÊ. < Ce ne sont pas les vérités qu’il faut proscrire; elles viennent de Dieu; mais c’est l'erreur qui vient des hommes qu’il faut rejeter et maudire. Ne demandez rien aux livres, vous ne trouverez que le mensonge, ni aux savants, ni aux veillards : ils n’ont pas su ou ont oublié.
Il faut retourner à la simplicité de l’enfance et devenir comme de petits enfants pour entrer dans le royaume de... la vérité. » Deuxième édition. -— Prix : un franc . — Lyon, bureaux de la Plume Libre, 8, cours Charlemagne, 1897. . . I FORE-FAURE, Du pain pour tous. Constitution sociale en 22 articles. Possédants, aucun de vos arguments n’a pu venir à bout de la Constitution faite de toute logique et de toute justice.
On n'est pas socialiste seulement parce qu’on n’a rien, on l’est aussi parce qu’on n’a pas son compte. La Constitution se présentera au fond des plus petits villages, elle y sera acclamée et, sur cent paysans, elle éveillera quatre—vingt-quinze socialistes. Prix: 40 centimes. —- Bureaux: Bordeaux, 60, rue Maujac. .
' de De Christiania nous avons reçu des fascicules très intéressants de 1'Union Idéaliste Universelle dont nous ferons un compte rendu tout spécial. Reçu également The Secret ofChristianism de Natha nael.
288 L’INITIATION @A. ET ëè Nous avons parlé de la découverte de M. Luys en col laboration avec M. David, des Gobelins. Voici quelques détails nouveaux à ce sujet. C’est un perfectionnement d’une découverte de M. Le Bon. En mettant sa main, les doigts appliqués par le bout sur une plaque sèche trempant dans un bain révélateur à l‘hydroquinone et en restant un quart d'heure, on ob' tient des photographies très nettes, des effluves issues des doigts. Nous reparlerons prochainement des véri fications personnelles que nous avons faites à ce sujet. * -v 4 Nous avons rarement ressenti une émotion d’art pur aussi intense qu’à la lecture de la Mère de Judas, mystère en un acte du Comte de Larmandie. L’idée sublime se marie en toute beauté avec une forme élevée et délicate. Toutes nos félicitations à l’auteur. it.. Le Président du Sup. Cons. de la Rose Croix kabb., notre ami Stanislas de Guaita, vient d’être subitement frappé par une grave indisposition. Nous faisons tous nos vœux pour son prompt et complet rétablissement. P. Le Gérant : ENCAUSSE. / . TOURS. -— lMP. E. ARRAULT ET C", RUE DE LA PRÉFECTURE. 6. t u..—e—.«. _,N,W ,»—..M,2.»-,,;.«..«,.z.»ç;M WWWW
chH - . - ‘- . a . - c o. n c f - u o n 0 l . - u 8 2x8. ËË ÆË>Em mœœ5œ.5Eoc œc Ë.S .wœææg Sœ ou 928 œ-S ._o> a: ËSZ ËËË Ë Ë Ëä Ë o:ËËoœ 3595m HwMZHÜ «J m5 HZHmmmm mu æää% «85.5% % Ëä% <uLma w<QwHZ ma w<QwHZ u mmrfl.H.‘W.m4fi.—u an rHZnHHkÏ mE<m .ÆEÆm % 2: .m ..SËË JmDE<Ë.
ÿm«m 'ÏDÊAMSTE ÉNWERSELILE Notes and Queries, S. M. Gould à Manchester (N. H.) U. S. A. Fric 0rd, A. Sabro àChristiania (Norwège.) Nord_isk Frimurer-Tiienda, AIE. Lange à Chris tiania (Norwège). Die Religion des Geistes, Fertufig, Herrengasse, 68, Budapest (H0ngrie) Nuova Lux, 82, Via Castro Pretorio à Rome (Italie). Lug astral, 6, passage Sarmiento à Buenos-Ayres (République Argentine). L’Initiation, 10, avenue des Peupliers, Paris.
JOURMÀUZË E’l" REVUES ÛÜŒIŒh’I’IS’I’ËS RECOMMANDÉS SPÉCIALEMENT - LANGUE FRANÇAISE L’Inz‘tz’ation (revue mensuelle), [0, avenue des Peu pliers, Parts. Le Voile d’Isis (journal hebdomadaire), 5, rue de Savoie, Paris. L’Hyperchimz‘e (revue mensuelle), 19, rue St-Jean, Douai (Nord). HERMÉTISME, ALCHIMIE La Thérapeutique intégrale (revue mensuelle), [0, rue Durand—Claye, Paris MÉDECINE HERMÉTIQUE, HOMŒOPATHIE LANGUE ANGLAISE 7he Mornz’ng Star. Dépositaire, Chamuel, 5, rue de Savoie, Paris. (Peter Davidson, Loudsville,White C°, Georgia, U.S.A.) LANGUE ESPAGNOLE Lug astral (hebdomadaire, à Buenos-Ayres (Répu: blique Argentine), 6, pasage Sarmiento. LANGUE ITALIENNE Lug (revue mensuelle), 82, via Castro Pretorio, Rome LANGUE TCHÈQUE Sbornik pro filosofiz‘ a oklrullismus, à Prague (Bohème), Puch majerova Ul 36. AVIS IMPORTANT. —— Tous nos confrères ci dessus cités et ceux qui voudraient être cités sont priés de reproduire in extansa cette liste.
Principaux Ouvrages recommandés pour létude de l'OCCULTISME et de ses applications CONTEMPORAINS L3Évoluüon delîdée F.-CH. BARLET . . . . . , . . L Instruction Integrale. Le Serpent de la Genèse. j Le Temple de Satan. La Clef de la Magie noire. STANISLAS DE GUAITA . . Traité méthodique de Science Occulte Parus . . . . . . . . . . Traité élémentaire de Magie pratique. La Science des Mages. A. JHOUNEY . . . . . . . Ésotérisme et Socialisme.
RENÉ CAILLIÉ . . . . . . Dieu et“ la Création. CLASSIQUES ELIPHAS LÉvx . . . . . . La Clef des Grands Mystères. SAINT-YVES D’ALVEYDRE Mission des Juifs. , La Langue hébraïque restituée. FABRE D OLIVET. . . . . . . . . . H15t01re philosophique du genre humain. ALBERT POISSON. . . . . Théories et Symboles des Alchimistes. IJTTÉRATURE . La Magicienne. A Brûler. j Zanoni. I La Maison Hantée. JULES LERMINA. . . . . BULWER LYTTON . . . .
MYSTIQUE Jeanne Leade. P' SEDm' ' ' ' ' ' Jacob Bœhme et les Tempéraments. POUR DÉTAIL ET PRIX, S'ADRESSER: A la librairie CHAMUEL, 5, rue de Savoie, PARIS Envoi Franco du Catalogue. TOURS, IMP. E. ARRAULT ET G“.