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Papus. (p. 97 à I04-) PARTIE PHILOSOPHI— QUE . . . . . . . . . . .. Le Saint—Esprit . . . . . . Dr Rozier. (p. 105 à 125). La stigmatisation et l'ex tase . . . . . . . . . . . . Saturninus. (p. 125 à I40). Les martyrs de la Gnose Fabre des Essarts. (p. 140 à 148.) ' Ma première à M. Fabre des Essarts . . . . . . . D“ Pugairon. (p. I48 à x56.) Université des hautes études. —— Expérience de M. François. --— Lettre pastorale de S. G.
Sinésius. —— Bibliographie. — Notes bibliographiques. —- Nouvelles, échos, revues. — Le théâtre occul' tiste. ‘ Tout ce qui concerne la Rédaction et les Echanges doit être adressé Villa Montmorency, 10, avenue des Peupliers, Paris. Administration, Abonnements : 5, me de Savoie ' Chamuel, éditeur. Le Numéro : UN FRANC. —- Un An: DIX FRANCS
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initiation est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efiorts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l'0cculte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’Initiatian adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l‘arbitrage contre _ l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains: le cle’ricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l’Initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui, exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier.
' L’Initiation paraît régulièrement du 15 au 20 de chaque mois et compte déjà huit années d’existence. — Abonnement: 10 francs par an. ' (Les collections des deux premières années sont absolument épuisées.) .
L’Initiation du I5 Mai 1897 .Aj.“‘ ‘ ' .çg._ PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE l’Im'z‘z'ation 10 PARTIE INITIATIQUE AMO——— F. CH. BARLET, S.'. I.'.N— STANISLAS DEGUAITA, S.'. I.'. ;; —GUYMIOT. —MARC HAVEN, S.'. I.'. ÿ—JULIEN LEJAY, S.'. I.'. g, —-— ÉMILE MICHELET, S.'. I.'. (C. G. E.) — LUCIEN MAUCHEL, S.'. I.'. (D. S. E.) MOGD, S.'. I.'. —GEORGE MONTIÈRE, S.'. I.'. 5:; ——PAPUS, S.'. I.'. S; — SÉDIR, S.'. I.'. — SELVA, S.'. I.'. (C. G.
E.) 20 PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ABIL-MARDUK. -—— AMELINEAU. — ALEPH. -— D“ BARADUC. - SERGE BASSET. —— Le F.'. BERTRAND 30' — BLITZ. — BOJANOV. — JACQUES BRIEU. — CAMILLE CHAIGNEAU. — CHIMUA DU LAEAY. — ALFRED LE DAIN.x — G. DELANNE. — ALBAN DUBET. — FABRE DES ESSARTS. -— D“ FUGAIRON. — DELÉZINIER. — JULES GIRAUD. —- HAATAN. L. HUTCHINSON. — JOLLIVET-CASTELOT. — L. LEMERLE. — LECOMTE. — NAPOLÉON NEY. — HORACE PELLETIER. — G.
POIREL. »— RAYMOND. —Dr ROZIER. — D’ SOURBECK. — L. STEVENARD. — THOMASSIN. — G. VITOUX. -— HENRI WELSCH. — YALTA. \ 3a PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAUBOURG, -— JEAN DELVILLE. — E. GOUDEAU. — MA NOËL DE GRANDFORD. — JULES LERMINA. -— L. HENNIQUE. — JULES DE MARTHOLD. — CATULLE MENDÈS.— GEORGE MONTIÈRE. — LÉON RIOTOR. — SAINT-FARGEAU. — ROBERT SCHEFFER. — EMILE SIGDGNE. — CH. DE SIVRY. 40 P 0 E SI E CH.
DUBOURG. -— RODOLPHE DARZENS. — JEAN DELVILLE. — YVAN_DIETSCHINE. —CH. GROLLEAU. — P. DE LABAUME. — MAURICE LARGERIS. -— PAUL MARROT. -— EDMOND PILON. —— J. DE TALLENAY. — ROBERT DE LA VILLEHERVÉ.
L'Initiation du 15 Mai 1897 L’I N IT IA T I 0 N (“ENSË'I‘ËËËs‘ŒN”) DIRECTION ADMINISTRATION Villa Ilonlmoreucy, 10, aven. des Peupliers ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO PARIS—A UTEUIL Dmnc-raun : PAPUS c H A M U E L DIRECTEUR ADJOINT : Lueien MAUCHEL 5, IIIIG de SilV0i° Rédacteur en chef: F.-Ch. BARLET Secrétaires de la Rédaction : FRANCE, un 3“- 10 “‘ J. LEJAY -— PAUL SÉDIR ETRANGER’ _ ,21r.
RÉDACTION. — Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité. L’indépendance absolue étant la raison d'être de la Revue, la Direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps d’un article. Prière d'adresser tous les échanges : Villa Montmorency, 10, avenue des Peupliers, Paris. MANUSCRITS. -— Les manuscrits doivent être adressés à la rédaction.
Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d’avis spécial. Un numéro de la Revue est toujours composé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant. ‘ EIIOIII’E IIIIJEI’EIDAIT D'ÉTUDES É801ERIQIIES 1,600 Membres — 104 Branches et Correspondants — Groupes d’Études fermés Les Membres ne paient ni cotisation ni droit d’entrée.
Pourtous renseignements, s’adresserparlettreà M. Paul SÉDIR, directeur adjoint, 4, rue de Savoie, Paris, en joignant un timbre pour la réponse. Principales Sociétés adhérentes au Groupe ' ORDRE MARTINISTE ORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE -jCROIX. —»ÉGLISE GNOSTIQUÆ SOCIÉTÉ ALCHIMIQUE DE FRANCE ',Ë';‘=.æ
. "“"Æ'““" F. " ”’ - <1. La reproduction des articles inédits publiés par l'lniliation est - formellement interdite, à moins d'autorisation spéciale.
PARTIE INITIATIQUE Œa Somme @©TALE "’ _ Nous sommes en général très fiers de nos décou vertes contemporaines, et les vrais savants ont beau nous dire sur tous les tous que l'acquis n'est rien à côté del’immense inconnu qu’il faut encore explorer, nous écoutons de préférence les hâbleurs et les mar chands de feuilletons scientifiques qui affirment avec audace que nous savons tout et que la science actuelle permet de tout comprendre et de tout expliquer. il est difficile d’imaginer le mal qu’ont causé ces êtres superficiellement instruits et qui, de dictionnaire en dictionnaire, répètent depuis deux siècles de tradi tionnelles âneries, acceptées et répandues avec em— pressement par les journaux, qui, eux du moins, ont l’excuse de la hâte de leur composition pour rester en { dehors du débat.
Ainsi, dire que l’Alchimie constitue le premier bal butiement de la Chimie, que la Magie est le composé (1) Introduction à une réédition duTraz‘té méthodique de 1 Sciences Occultes. 4. ‘Wmîsr ne:
98 L’INITIATION [MAI des fables absurdes qui ont permis la naissance de notre Physique, que l’Astrologie est la synthèse des erreurs parmi lesquelles de vrais savants (oh ! com bien) ont sélecté de quoi faire la saine astronomie... n’est—ce pas là le pain quotidien fourni à leurs lecteurs par les marchands de science à l’aune ?
Eh bien ! nous ne craignons pas d’affirmer en tête de cette nouvelle édition d’Un volume consacré aux sciences occultes. que tous ceux qui soutiennent de telles idées sont ou des ignorants, ou des ambitieux de mauvaise foi. Il est impossible, si l’on se donne la peine de lire le T/zeatrum chemz‘cum, de ne pas voir que l‘Alchimie est une science complète par elle-même et autrement profonde dans sa partie philosophique que la Chimie.
Mais voilà! on ne lit plus les alchimistes dans le texte, et cependant ce n’est écrit qu’en mauvais latin! Lorsque quelque vieux membre de l’Institut a l'audace de nier l’authenticité des œuvres les plus éle vées des maîtres hermétiques, on l’écoute bouche bée sans s’apercevoir des énormités présentées à l’appui d’une pareille thèse.
La même remarque est à faire à propos de l’astrologie, de la magie et de toutes les sciences dites occultes. il est temps, à notre avis, de faire cesser une telle erreur, et nous allons nous efl"orcer, dans cette intro duction, de préciser certains points dont on trouvera le développement au cours de ce volume.
Nous affirmons donc que tout chercheur sincère qui voudra bien prendre sur lui de remonter aux sour— ces sans écouter les dictionnaires plus ou moins ency— clopédiques découvrira ceci : —-‘.l m;W*"z‘g“ä‘"W* J*
[1897] LA SCIENCE TOTALE 99 Les premières civilisations qui sont nées sur la Terretet, pour prendre une des plus rapprochées. la civilisation égyptienne, considéraient dans chaque ' science : 1° une partie matérielle se rapportant aux faits; 2° une partie idéale se rapportant aux principes, et 3" entre les deux et comme passage de l’une à l’au. tre une partie numérale se rapportant aux lois.
Chaque science avait donc une section physique, une section métaphysique et uhesection mathémati— que. Sans la section métaphysique, la science était une énumération de choses mortes, la métaphysique étant l’âme vivante de toute science; mais sans la section physique, à son tour la section idéale devenait nua geuse et vague comme un fantôme sans corps.
' Or, la Science Totale, la Synthèse, clef de toutes les sciences de détail, existait et avait les mêmes trois grandes sections qui se retrouvaient partout. Cette science totale, formée par la réunion de la Thèse (phy sique), de l’Antz‘the‘sç (métaphysique) et de la Syn— thèse (mathématique) prenait le nom de MATHÈSE.
Mais le maniement des deux courants physique et métaphysique destinés, par leur union, à produire l’étincelle synthétique demandait une étude longue et ardue et exigeait une tension cérébrale pour laquelle ‘ les entraînements mystiques du sanctuaire étaient presque indispensables.
Plus tard, après l’invasion des Barbares, la lente évolution de l’intellectualité occidentale à travers la mystique du moyen âge vint se buter tout à coup à ces vieilles synthèses scientifiques qui examinaient chaque problème de trois côtés, et que la chute de Constan A \ 1 w___‘ . ..._ >\_.>_A'_‘Lm..—Nær>æ—"_‘—‘và -- * '
100 L’INITIATION tinople aux mains des Musulmans et l’apport des Arabes répandaient en Occident. Du xv° au xvn° siècle, une partie des écoles de science s’attachèrent surtout à la partie physique des études; . “ car cela semblait plus commode et surtout moins Ion".
C’est alors que la scission commença dans toutes les branches du savoir humain entre la partie idéale qui se réfugia d’abord dans les écoles de théologie et la partie matérielle qui devint l’apanage des jeunes universités médicales et des maîtres ès arts. Avec le temps, tout l’ensemble des connaissances élevées, des véritables hautes études, fut rejeté dans - l’ombre sous le nom de sciences occultes.
' ‘ Les sciences occultes renferment donc toute la phi— losophie et tous les vrais principes des sciences dites exactes, et chaque fois, que les dites sciences exactes (qui ne sont que des morceaux de science) voudront se compléter, elles seront obligées de revenir chercher leur principe dans l’occultisme. — Cela est si vrai que lorsqu’il s’est agi de fonder la philosophie de la chimie et qu'on a été amené à poser l’Unité de la Force et l’Unité de la matière, M. Berthelot a avoué franchement qu'on revenait aux enseignements des l alchimistes qui ont toujours soutenu cette théorie.
Qu’on change les noms donnés par les sciences occultes, peu importe, l’idée reste toujours identique. t Quand la scission entre les deux sections des scien- ‘ ces eut été consommée, il se trouvatoujours, à côté de l'enseignement officiel, un enseignement secret donné de génération en génération par des assemblées ou fraternités d’initiés qui s’efforçaient de reconstituer
LA SCIENCE TOTALE 101 7.— a. > a.. , ... q pgr mw-{1h m»":« ""57 1-s—m- .ær,.y .-=.‘-ut:ufll:îW—I_JÇ""-’C‘Wflflwwæzÿ_.—Üÿî ,3 . tout ou partie de l’ancienne Mathèse — ou Science totale.
Cette Mathèse ayant été cachée dans les sanctuaires, ayant trait à la partie cachée de chaque science et usant couramment des signes et des hiéroglyphes destinés à cacher ses principes, nous l’avons appelée la science occulte, que nous avons définie : scientia occulta, scientia occultati, scz’entz‘a occultans.
On comprendra maintenant ce qui différencie les Sciences Occultes de la Science Occulte, et l’on verra que l’occultisme vient compléter et non rem placer les sciences dites exactes. On saura de plus que tout occultiste digne de ce nom est rattaché à un centre d’enseignementquelcon— que et traditionnel, à une fraternité initiatique.
Tout individu qui se pose dans les salons et dans les jour— naux comme occultiste et qui ignore les signes de rattachement aux centres secrets (même à la fin du XIX" siècle) est un ambitieux qu’il faut plaindre ou un ignorant qu’il faut éviter. Qu’il insulte les véritables frères,cela n’a pas d’importance,et son châtiment nai tra de l’excès même de sa fatuité.
C’est ce qui expli quera pourquoi nousavons tenu, dans cette édition, à faire suivre notre nom des noms des centres auquel il est rattaché, non pas pour nous parer d’une sotte et prétentieuse liste de titres; mais par déférence vis—à vis de ceux qui nous ont transmis la lourde tâche de parler d'un sujet sur lequel on a dit etl’on dira encore tant d'erreur/s.
Un autre point à mettre encore en lumière, c’est que les détenteurs de la seule section matérialiste des m‘a—a. "‘"“'“ *M‘ ' '<" “-‘
102 L’INITIATION sciences ayant acquis tous les sièges des cOrps savants officiels et des académies, ayant créé à leur usage des encyclopédies et des dictionnaires de toute espèce établis d'après leurs catégories mentales, et par suite ayant formé, d’après leurs idées, la plupart des intelli gences qui vivent de « pâtée intellectuelle toute di gérée » ont accablé de sarcasmes et de saillies, dans leurs dictionnaires, les représentants, bien rares du reste, de la science vivante et totale.
C’est ainsi qu’Ar nauld de Villeneuve, Raymond Lullc, Paracclse, les deux Van Helmont, Swedenborg, Martinès de Pas qually, Claude de Saint-Martin , Wronslti, Fabre d’Olivet, Louis Lucas, Lacuria, Eliphas Lévi et tutti quantz’ sont considérés comme des rêveurs ou des aliénés quand 'on daigne condescendre jusqu’à les nommer dans ces ouvrages prétendus « sérieux ».
Aussi comprend-on pourquoi celui qui veut devenir un disciple de la Science vivante doit être prêt à subir tous les outrages intellectuels et à supporter toutes les calomnies après la mort. Durant la vie, il doit se ré. soudre à ne jamais occuper une situation officielle, quels que soient ses mérites.
Songez donc, un aliéne’ ou tout au moins un demi—fou qui étudie l’hébreu et lit le grec encore à trente ans, alors qu'il est de bon ton de l'oublier après le baccalauréat I Et le doux rê— veur verra de joyeux drilles s’ériger en juges de ses idées et s’efforcer de le ramener aux sains principes de la pipe et de la brasserie.
Mais, si l’enthousiaste s’entête dans son rêve, malheuràlui I Il sait ce que les autres ignorent, il parle au nom de ces mystères dela Naissance et de la Mort auxquels les autres ne pensent Ax... »——mm, ' ’ i
LA SCIENCE TOTALE 103 Wæa«w« *‘ A jamais sans terreur, il connaît ces arts mystérieux qui ont permis à Shakespeare, à Balzac, à Gœthe, de voir clair dans l’âme humaine; c’est un défenseur de Paracelse et de Swedenborg; c’est un MYSTIQUE, horreur! Qu’il cache sa honte et qu’il meure de faim comme Wronski !
Après sa mort, on dira qu’il était fou et qu’il se grisait, chaque édition nouvelle de l’Encyclopédie s’augmentera d’une calomnie iné dite et si, cinquante ans après, ce cadavre se drésse encore à travers ses œuvres, comme c’est le cas pour Wronski, alors le secrétaire perpétuel de I’Académie des Sciences se lèvera lui-même pour s’efforcer de tuer à jamais ce cadavre récalcitrant, ne serait—ce que dans la Revue des Deux Mondes. .
Mais ces réprouvés, ces pestiférés, ces maudits tra versent les générations, et leur nom rayonne encore alors que la poussière de leurs œuvres académiques re— couvre depuis longtemps le nom des Immortels de l’Institut. Par quel phénomène les tués ressuscitent ils d’âge en âge?
Simplement parce que la Science vivante a ses servants comme la science morte et que ceux-là viennent à l’occulte.sans espoir de triomphe et seulement par amour de la vérité. Dans les réunions fraternelles, ils apprennent à connaître et à aimer leurs ancêtres et leurs maitres,et ils savent les défendre devant les profanes quand cela est nécessaire.
La chaîne ne s’est jamais brisée depuis les premières réunions des alchimistes devant la porte droite de Notre-Dame de Paris jusqu’à nos jours, et cela conti nuera jusqu’au jour où les deux tronçons de la Science s’uniront en illuminant la race blanche, et où se fera __...<M,_.-..- .
104 L’INITIATION le mariage mystique de la Science qui nie et de la F01 qui affirme, union de la Vierge et de l'Agneau, incar nation du Saint-Esprit dans l'humanité. Jusque-là la Mathèse n’existera que pour les mystiques et pour ceux qui voyant ce mot: Science occulte, ne reculer“ pas épouvantés. A ceux-là nous donnons une clef de la porte du jardin; qu’ils entrent et qu’ils cherchent par eux-mêmes dans les allées la clef d’or qui ouvre le pavillon des mystères, sur la porte duquel il est écrit: savoir souffrir, s’abstenir, mourir, aimer et par donner. PAPUS.
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE EÆ ‘SE‘ÀENQΑÆS‘REŒ‘ Pour bien comprendre ce qu’est le Saint-Esprit, il faut d‘abord se reporter au Tétragramme sacré mm, puis bien peser tout ce que les Evangiles disentà son sujet, sousles noms de Saint-Esprit, d’Esprit de vé rité, d’Esprit ou de Paraclet, consolateur. Étudions donc brièvement le Tétragramme : tous les occultistes savent que la première Iettrev repré sente le principe actifet correspond au Père; le .1 re présente le principe passifet correspond au Fils et à Sa Mère; le 1 représente le principe intermédiaire, le lien, et correspond au Saint—Esprit; enfin le n final représente la réalisation, le recommencement sur le plan intellectuel, puis sur le plan physique. Pour bien élucider cette question, je suis obligé d’analyser ces quatre conceptions, de les étudier sépa rément comme si elles étaient isolées les unes des autres, quitte à en faire la synthèse plus tard ; c’est du reste ce qu’on est obligé de faire dans toutes les re cherches, de quelque nature qu’elles soient. Les trois hypostases divines ne font qu‘un seul Dieu, et son royaume est éternel. Cependant nous pouvons dire que le Monde a d’abord été gouverné par le Père,
106 L‘INITIATION ...»..'{5 J. :; \ H r , L:., _ .p -. - . - .-æ, \,.- 4 . ...a . - puis il l’a été par le Fils, et maintenant il va être di rigé par le Saint-Esprit. dont le règne est déjà presque commencé; nous sommes dans la période de trouble qui précède son avènement. \ Je laisse de côté, bien entendu, toute une longue période de l’histoire de l’humanité, celle qui a pré cédé ce qu’on appelle les temps historiques.
En outre, pour ne pas compliquer inutilement cette étude, je ne tiens compte que des traditions bibliques. Le père s’est manifesté dans le monde par l’inter médiaire de certains êtres privilégiés : les Prophètes, les Inspirés, les Initiateurs en général.
Sa parole était ' souvent obscure, imagée, menaçante; toujours adap tée à l’état intellectuel des populations de cette pé riode, elle s’adressait aux passions et aux intérêts matériels que seuls les peuples d’alors pouvaient comprendre : victoire dans les guerres, prospérité, ré coltes abondantes, etc., à la condition d’observer les préceptes religieux et moraux, et de conserver pré cieusement les documents initiatiques auxquels ils ne pouvaient rien comprendre, mais qui constituaient une réserve pour l'avenir : le Sepher de Moïse en est le plus important.
Dans toute cette période, la force règne en maître, les hommes ne connaissent pas d’au tres moyens que la contrainte et la violence pour arriver à leurs fins. Aussi leur conception divine est terrible : Dieu exige et punit, il pardonne rarement. Sans doute, cette appréciation de l’antiquité est un peu trop absolue, on trouverait facilement des épi sodes en contradictton avec elle, mais telle était bien la note dominante. A--‘-"-'I---"-ä- , a'<gLAb.
LE SAINT-ESPRIT 107 Qu’on se rappelle d’ailleurs combien le moyen âge faisait/le Christ sombre et terrible l On voyait plutôt en lui le juge sévère qui doit juger les vivants et les morts que le bon pasteur qui se réjouissait quand il avait retrouvé une brebis égarée.
Heureusement que dès les premiers temps la Sainte—Vierge était venue au secours des hommes et déversait sur eux ses trésors de bonté et de miséricorde, sans quoi ils n’auraient su qui implorer dans leur détresse. Dieu, Jésus, ces mots qui aujourd’hui remplissent d’attendrissement le cœur des chrétiens, les remplissaient de terreur à cette époque où le Dz'es iræ tenait lieu de credo.
Jésus, mort pour nous sauver, paraissait prêt à se venger de ce que nous lui avions fait souffrir. Heureusement, cette conception impie n'est plus aujourd’hui qu’un souvenir. Le Fils s’est incarné et nous a apporté une force nouvelle, qui dépasse toutes les autres : la Douceur. Jésus a dit: Heureux les doux, ils posséderont la terre.
A voir ce qui se passe actuellement, 'on pourrait craindre que son enseignement n’ait fait banqueroute, et cependant, si l’on veut aller au fond des choses, on verra qu’il n’en est rien : au milieu d’un trop grand nombre de bêtes féroces à faces humaines, on trou verait beaucoup plus d’hommes doux qu’on ne croi rait ; c’est la réserve de l’avenir. Du reste, les lois et les coutumes sont infiniment plus douces qu’autre fois.
A l’avènement du Fils, la Parole a été plus claire, mais encore mêlée de paraboles. L’enseignement est presque complet, le plus important est révélé ; à partir de ce moment les hommes savent ce qu’ils doivent
108 L’INITlATION faire pour posséder le Royaume des Cieux. Dieu n’est plus considéré comme un maître exigeant, Il est bon et miséricordieux. Jusque-là le Père a régné, mais il n’a pas été connu; Jésus l’a révélé et désormais nous savons qu’il n'est pas le maître terrible qu’on avait cru, mais un tendre père qui fait luire son soleil pour tout le monde.
Ce n’est plus Lui qui nous punit, c’est nous— mêmes qui subissons les conséquences de nos péchés, et encore ne les subissons-nous pas toutes, grâce à son infinie bonté. A son tour, le Fils a été manifesté en Jésus, mais n’a pas été compris, ce sera le rôle du Saint-Esprit de le révéler, comme Jésus a révélé le Père.
Il n’a pas tout dit : les intelligences n’étaient pas encore assez développées, on n’aurait pas compris, sauf, bien entendu, les hommes d’élite, il y en a eu de tout temps, mais ces hommes étaient des excep tions, ils devançaient leur époque. En réalité, le but de la Révélation est la diffusion de la vérité dans les masses et non l’instruction d’un petit nombre. Voici maintenant l’avènement du Saint-Esprit.
Lui aussi va gouverner le monde, mais il ne sera complètement révélé que dans la période suivante, qui sera la dernière, la période de synthèse, période dans laquelle la Trinité-Une sera enfin réalisée. Mais n’anticipons pas, nous ne sommes encore que dans la période préparatoire, celle qui précède de peu le règne du Saint-Esprit.
Le Père parlait aux Passions, le Fils a parlé au Sentiment, et le Saint—Esprit parle à la Raison (i). (x) En disant que le Saint-Esprit parle àla Raison, je n’en— tends pas dire que la Foi fera place à un rationalisme étroit, ne sa... , —-—...i. ......;- AL'wi..a‘e
LE SAINT-ESPR1T [09 ‘r,_._.-._<m‘w — .- «- .—... Avant d‘aller plus loin, je tiens à répéter qu’il n‘y ‘a aucune dissociation : les trois phases dont je viens de parler ne sont que des prédominances, des polari sations divines pour ainsi dire.
L’homme a senti plus spécialement l’action divine sous forme 7, puis sous forme n, il va la ressentir sous forme 1, mais Dieu lui-même a été immuable pendant tout ce temps; cela n’a été qu’une question de réceptivité intellec tuelle. Aujourd’hui, le Fils prend un empire de plus en plus grand sur nos âmes et, depuis longtemps, la Vierge céleste a pris une place prépondérante dans nos cœurs, surtout en France.
Le règne du Saint Esprit ne fera qu’accentuer ces dispositions.
Il faut en outre qu’il soit bien entendu que les progrès dont je viens de parler n'empêchent pas qu’il ait existé de tout temps, et qu’il doive exister jus qu’à la fin des siècles, des hommes primitifs, qui n’ont fait partie et ne feront partie d‘aucune des caté gories dont j’ai parlé; ils sont constamment en retard sur la masse générale, qui doit seule entrer en ligne voulant rien accepter de ce qui ne sera pas démontré.
Le domaine de la Foi est intangible, il y aura toujours des choses que les Sciences physiques ne pourront pas expliquer: Dieu, vérité absolue pour la Foi, restera pour les Sciences physiques l'Hypothèse nécessaire. La Raison,éclairée par le Saint-Esprit, admet que les vérités connues par la Foi sont tout aussi solides, tout aussi certaines, que celles qui sont connues par l’expérience et le raisonnement.
Seulement un homme peut manquer de Foi comme il peut manquer d’Intelligence et de Raison: il estincomplet dans un cas comme dans l’autre. Du reste les savants se vantent bien un peu quand ils prétendent démontrer tout ce qui est du domaine des Sciences: les rai sonnements sont irréprochables. mais les bases font bien sou vent défaut. Si, dans la Géométrie, par exemple, on voulait contester un axiome et un postulatum, tout croulerait.
I 10 L’INITIATION de compte. Il y a à cela des raisons faciles à concec voir, mais ce n'est pas ici le lieu d'en parler. Dans tout ce qui précède, il n’a été question que du peuple israélite; pendant ce temps, les autres peuples avaient divisé l’idéal divin en une multitude de dieux, qui n’étaient que les personnifications des nombreux attributs d’un Dieu unique connu seulement des groupes d‘initiés (1).
Cette conception polythéiste allait en s‘épurant de plus en plus et aboutissait finalement au monothéisme, quand le christianisme est venu tout submerger. A partir de ce moment, tandis que l’Orient continuait son évolution, dont nous n‘avons pas à nous occuper ici, l’Oecident se trouvait tout entier réuni sous le sceptre du Fils. C’est aussi l’Occident, et en particulier la France, qui est le point de départ du règne du Saint—Esprit.
Voyons donc maintenant ce que nous apprennent les Evangiles à ce sujet. C’est le quatrième évangile, celui de Saint—Jean, qui est le plus explicite.« Je prierai (1) Il faut voir dans l’ancien polythéisme une manifestation religieuse d'une grande valeur.
Dans la chaleur de la lutte, les premiers chrétiens ont été entraînés à ne voir dans leurs adversaires que des suppôts de Satan; les faux dieux étaient des avatars du Diable, qui avait en l’habileté de se faire adorer par les hommes. La plupart des catholiques conservent encore aujourd’hui cette illusion.
En réalité, chez les anciens comme chez nous, il y avait des hommes éclairés qui concevaient une hiérarchie céleste assez analogue à celle que le catholicisme reconnaît lui-même. Les ignorants, les gens du peuple, avaient sur cette hiérarchie des idées superstitieuses et grossières qui sont bien faites pour expliquer l'erreur qu’on a toujours com mise sur le paganisme.
Mais aujourd’hui, un adversaire du catholicisme pourrait trouver des arguments de même valeur en montrant les conceptions d’un grand nombre de catholiques sur les Anges et les Saints. , A 4. .....J..u - 1.-. un .M' \uv‘*l’J
LE SAINT-ESPRIT I I 1 mon Père, et il vous donnera un autre Paraclet, qui restera éternellement avec vous, l’Esprit de vérité,que le monde ne peut recevoir, parce qu’il ne le voit ni ne le connaît; mais vous, vous le connaîtrez, parce qu’il restera auprès de vous, et il sera en vous. » (Jean, xrv, 16 et 17.) Voici un premier document: l‘Esprit de vérité, leSaint-Esprit,est un autre Paraclet ; celui— là ne nous quittera plus, il restera éternellement avec nous, bien mieux, il sera en nous.
Le Fils a été un Paraclet, le Saint-Esprit en seraun autre.
Plus loin, verset 26: « Mais le Paraclet, l’Esprit Saint que le Père vous enverra en mon nom, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. » Le Saint-Esprit doit tout nous apprendre, mais il ne changera rien à l’enseignement de Jésus, au contraire, il nous le rappellera; il faut en conclure qu’il nous l’expliquera, nous le rendra compréhensible dans les parties qui étaient restées obscures pour nous.
Au chapitre suivant, nous lisons (xv, 26) : « Mais, lorsque viendra le Paraclet que je vous enverrai de la part du Père, I’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage de moi. » Ici nous apprenons quelque chose de plus : le Saint—Esprit procède du Père et ren— dra témoignage du Fils. Il n’est pas fait mention dans ce verset de la procession du Père et du Fils, il n’est question que du Père.
Nous verrons plus loin que le Saint-Esprit procède aussi du Fils. Au chapitre sui vant (xv1, 7 et 8), on lit :« Mais je vous dis en vérité, il est avantageux pour vous que je m’en aille ; en effet, si je ne m’en allais pas, le Paraclet ne viendrait pas à vous, mais, si je m’en vais, je vous l’enverrai. Et,lors—
l 12 L’INITIATION qu’il sera venu, il convaincra le monde de péché, de justice et de jugement. Le Paraclet ne peut donc pas se trouver au milieu de nous en même temps que le Fils. Plus loin (12, t3, 14 et 15): « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire; mais, vous ne pourriez pas les porter maintenant.
Mais. lorsque cet esprit de vérité sera venu, il vous guidera dans toute vérité ; car il ne parlera pas par lui-même, mais il parlera de tout ce qu’il entendra, et il vous an noncera les choses qui doivent arriver. Celui-là me glorifiera, parce que ce qu’il vous annoncera, il le re cevra de moi. Tout ce que mon Père a est à moi.
C’est pour cela que j’ai dit qu'il recevra de moi et vous l’annoncera. » Il faut remarquer qu’au verset 13 Il y a: 68‘477’pst ôp.îlç âv 1:ñ oi)vr,Ûeiqt :toio“_r, qui est mal tra duit en latin par: docebit vos omnem ueriz’aïem. Il faudrait, pour que cette traduction fût exacte, que le texte portât 3t30i’iez et non ôô'r,7“rjaet. En eflet, le Saint Esprit n’enseigne pas, il conduit, il guide, o’lysr €v n71 63q’>, il même sur la route.
Donc, au temps où Jésus parlait, les intelligences n’étaient pas encore capables de contenir certaines vérités, mais plus tard le Para clet devait les mettre sur la voie, leur suggérer toute . vérité ; il doit aussi annoncer l’avenir, ce qui est un des effets de l’intuition. Enfin le Fils possède la vérité, qui lui vient du Père; ce qui est à l’un est à l’autre, et cette vérité doit nous être transmise par le Saint Esprit.
Enfin (xx, 22) : « Ayant dit ces choses, il souffla; et il leur dit : Recevez le SainbEsprit. » Ceci se passe après la résurrection, quand il apparaît au milieu de ses disciples, réunis dans une chambre fer— .AA A‘-..-.‘AL,.z--œlfll-—.. LI
LE SAINT-ESPRIT 113 ,_ -- WWFW mée. Le Saint—Esprit est ici comparé à un souffle, -rb 7tVEÜp.u éi*{i0V ; nous voyons aussi, dans les Actes des Apôtres(u, 2 et 3), que le Saint-Esprit descend sur les apôtres sous forme de langues de feu, à la suite « d’un bruit, comme d’un grand vent qui remplit toute la maison où ils étaient réunis ».
Enfin, pour compléter les documents qui peuvent nous fixer sur la nature du Saint—Esprit, il nous reste à citer quelques pas— sages des synoptiques. Deux d’entre eux seulement parlent de la naissance de Jésus : Mathieu et Luc. Le quatrième évangéliste dit seulement que le Verbe devint chair et habita parmi nous.
Mathieu dit peu de chose: Marie, fiancée à Joseph, se trouve enceinte, in utero habens de spz'rz'tu sancto, et un ange rassure Joseph en lui disant qu’il peut prendre sans crainte Marie pour épouse, parce que ce qui est né en elle est du Saint-Esprit (I, 18 à 20).
Mais Luc est plus expli cite (I, 35) : « Et l’ange répondit et lui dit : Le Saint— Esprit surviendra sur toi (éneÀeüaerou ê7t‘tce’), et une force du Très-Haut t’obombrera (mi 66vozptç t’r icn‘0u êmcxwittet oct) ; c’est pourquoi ce qui naîtra saint, (Sic Mi ri) yevwhp.svov éiysov) sera appelé Fils de Dieu. Je traduis en bien mauvais français pour conserver au tant que possible les expressions employées dans le texte.
Il résulte de ce passage que le Saint—Esprit sert, pour ainsi dire, de véhicule à la force divine, cette force qui <à toi » (ênwxzoicet cor), c’està— à toi » (ênwxzoicet cor), c’està— dire qui matérialisera en toi quelque chose de saint qui sera le corps du Fils de Dieu. Enfin il y a un enseignement qui se trouve dans les trois synoptiques, à peu près dans les mêmes
1 14 L’INITIATION termes (Math., xn, 31 et 32). « C’est pourquoi je vous dis: Tout péché et tout blasphème sera par donné aux hommes: mais le blasphème de l'Es— prit ne sera pas pardonné.
Et quiconque dira une parole contre le Fils de l'homme, il lui sera par— donné : mais celui qui parlera contre le Saint—Esprit, il ne lui sera pardonné ni dans ce siècle ni dans l’avenir. » (Marc, III, 28 et 29) : « En vérité je vous dis que tous les péchés seront pardonnés aux fils des hommes, et tous les blasphèmes autant qu’ils auront blasphémé : mais celui qui aura blasphémé contre le Saint-Esprit n’obtiendra pas le pardon dans l'éter nité, mais il sera coupable d’un péché éternel. » En fin (Luc, X11, 10, 11 et 12): « Et quiconque parle contre le Fils de l’homme, il lui sera pardonné; mais à celui qui aura blasphémé contre le Saint-Esprit, il ne sera pas pardonné.
Et, quand on vous mènera dans les synagogues, devant les magistrats et les autorités, ne vous demandez pas comment ou quoi vous répon drez, ni ce que vous direz; car le Saint-Esprit vous enseignera sur l’heure ce qu’il vous faudra dire. » Ce dernier verset est très significatif: on ne peut pas con cevoir un personnage en chair et en os, visible pour tout le monde, accompagnant celui qu’on traduit devant les magistrats et lui dictant ses réponses, on le mettrait à la porte, et tout serait dit.
Il est donc bien évident que le Saint-Esprit reste invisible et inspire, fait naître une intuition. Il me semble que la comparaison de tous ces textes doit nous conduire à cette conception : Le Saint—Es prit est la Lumière divine qui nous inspire. Le Fils,
LE SAINT-ESPRIT 1 15 le Logos, possède tout ce que possède le Père, et nous le communique par le Saint-Esprit. Celui-ci procède du Père, origine de tout, maisil procède aussi du Fils qui lui communique ce qu'il tient du Père. On peut même considérer l’action du Saint—Esprit comme la seconde méthode qu’emploie le Fils pour se manifes« ter à nous.
Il y a dix-neuf cents ans, il a dû prendre un corps matériel pour se mettre à notre portée, nous enseigner et nous racheter' par ses souffrances : Il était le Fils de Dieu par son origine et le Fils de l’homme par son incarnation; le Fils de Dieu était en communication avec le Père et savait, le Fils de l’homme enseignait, transmettait ce qu’il savait comme Fils de Dieu.
La nature divine et la nature humaine étaient constamment unies, mais la nature humaine. le Fils de l’homme, la personnalité Jésus, était seule susceptible de souffrir et d’être comprise par les hommes. Comme je l’ai dit plus haut, pendant son court passage parmi nous, il a enseigné, mais tout n’a pas été compris.
Ce qui manquait à cette époque pour l’intelligence complète de son enseigne— ment, c’était ce que nous appelons aujourd’hui les sciences, l’analyse. C’est pourquoi Il dit qu’il aurait encore beaucoup de choses à dire, mais qu’on ne les comprendrait pas.
Il faut en effet une longue prépa— ration pour bien comprendre l’enseignement complet du Christ; autant il est simple et à la portée de tout le monde quand on l‘envisage sous son point de vue éthique, autant il exige de connaissances et d’ ' tudes quand on l’envisage sous son point de vue scientifique: la Théologie et ses subdivisions en sont
1 16 L’INITIATION - -—vv —vwr _—< vñww . _...-.——— la preuve ; existe-t-il des sciences plus profondes et exi geant plus de connaissances ? Et cependant elles sont toutes basées, presque uniquement, sur les discours et les actes de Jésus, sur l’enseignement des Évangiles.
En dehors des sciences précitées, qu’on appelle les sciences sacrées, il y a les sciences profanes (dans la bonne acception du mot) : Physique, Chimie, Physio logie, etc., que, dans le langage usuel, on appelle plus spécialement les Sciences. De fausses conceptions ont fait croire à un antagonisme entre ces deux groupes d’études et on cherche ce qu'on appelle la conciliation des Sciences et de la Religion.
Cette conciliation n’est pas à faire, il n’y a jamais eu antagonisme: les sciences sacrées et les sciences profanes se prêtent un mutuel appui, elles sont toutes deux l’œuvre du Saint Esprit, de l'Esprit de vérité. La vérité est une, et il n’y a qu’une seule sorte de sciences: la connaissance plus ou moins complète de ce qui est. La Physique, l’Astronomie, ne portent pas ombrage à la Religion; toutes les sciences s’éclairent les unes les autres.
Si quelqu’un trouve une contradiction entre une science quelconque et la Religion, ça ne peut provenir que de ce qu’il a mal compris l’une ou l’autre. Ce n’est pas la science qui est en contradiction avec la Reli« gion, ce sont les opinions de certains savants, ce qui n’est pas du tout la même chose.
La science est la vérité absolue, mais le mot Savant ne veut pas dire: celui qui la connaît complètement; s’il en était ainsi, il n’y aurait pas un seul savant sur la terre. L’action du Saint—Esprit a été jusqu’à présent d’ins pirer aux hommes des solutions aux problèmes scien
LE SAINT-ESPRIT. l 17 tifiques, aussi exactes que l’état de leur cerveau le comportait. A mesure qu’ils ont mieux connu le com ment des choses, ils en ont perdu de vue le pourquoi et n’ont plus voulu tenir compte que des phénomènes et de leurs lois, de la matière et de ses propriétés.
Cette conception n’est erronée qu’en ce sens qu’elle est incomplète; tout ce qu’ils ont trouvé est vrai et nous est très utile pour nos recherches : si nous vou— lons connaître la vérité, nous devons l’étudier dans les trois mondes, et le monde matériel est l’und’eux.
L’action du Saint—Esprit, et elle commence déjà à se faire sentir, va être maintenant de développer l’intui tion, de nous guider dans l’utilisation de nos con naissances acquises dans le monde physique. Pour cela, il développera en nous ce qui a déjà été désigné sous le nom de sixième sens, la faculté de percevoir les choses de l’au-delà.
C’est déjà commencé, il arrive aujourd’hui une multitude d’événements qu'on ap pelle merveilleux, les interventions célestes devien nent fréquentes, la Sainte—Vierge, personnification de la miséricorde, de la bonté divine, multiplie ses appa ritions : elle s’est montrée successivement à la Salette, à Lourdes, à Pontmain, à Pellevoisin, actuellement elle se montre peut-être à Tilly—sur-Seulles.
Pour cette dernière localité, je dis peut-être, parce que je ne veux pas préjuger la question, mais dans ma con viction il n’est guère possible d’interpréter autrement ce qui s’y passe. En tout cas, en outre de ces appari tions que j’appellerais volontiers officielles, il y a beaucoup d’apparitions particulières ; des conversions ont eu lieu par ce moyen.
1 18 LÏN]TIATlON Le blasphème contre le Saint-Esprit est un crime impardonnable, tandis que le blasphème contre le Fils de l’homme pourra être pardonné comme, du reste, tous les autres péchés.
Les commentateurs sont d’accord pour interpréter ce passage ainsi : le blas phème contre le Saint-Esprit est le fait de parler contre sa propre conviction, et on conçoit en effet combien est impardonnable celui qui est dans ce cas; quel progrès moral peut faire un tel homme ?
Mais cette interprétation, qui assimile le Saint—Esprit à une conviction, suppose le syllogisme suivant: Le point de départ de toute conviction est une intuition ; or c’est le Saint-Esprit qui produit en nous des intui tions ; donc nos convictions nous viennent du Saint Esprit, et parler contre nos convictions revient à par— ler contre le Saint-Esprit.
Parler, au contraire. contre le Fils de l’homme suppose qu’on ne croit pas qu'il soit en même temps le Fils de Dieu, et on peut être pardonné de s’être trompé.
La vraie caractéristique du Saint-Esprit est donc l’inspiration à l’aide de laquelle nous parviendrons à posséder la vérité, par notre propre travail, par nos propres recherches, et non plus par un enseignement qui nous laisse passifs, et grâce auquel nous appre nons la vérité sans nous l’assimiler.
L’enseignement pur et simple nous donne bien le sentiment de la vé— rité, mais nos méditations seules peuvent faire passer ce sentiment, qui appartient à la sphère animz‘que, à l'état d’Assentz’nzenl, dans la sphère intellectuelle, comme dirait Fabre d’Olivet. Ce travail est déjà com mencé : les progrès considérables que les sciences ont
LE SAINT-ESPRIT ‘ I 19 faits dans le présent siècle, et surtout dans sa se conde moitié, nous rendent claires bien des choses que nous savions, mais que nous ne comprenions pas.
On m’objectera peut-être que, si nous devons nos connaissances à nos recherches, à nos méditations, le Saint—Esprit n’y est pour rien, c’est en nous—mêmes que nous trouvons toute notre force On ne compren drait l’action du Saint-Esprit que sous forme de vi sions ou d’inspirations plus ou moins extatiques. Il est facile de répondre que l’homme, livré à lui—même, aurait beau chercher, il ne parviendrait qu’à para phraser ce qu’il connaît déjà.
Les gens réfléchis ne s’y trompent pas, ils savent bien que celui qui apprend et s’assimile ce qui a été connu avant lui est un sa vant, mais que celui qui trouve quelque chose de nou veau est un homme de génie.
Or un homme de génie est un homme inspiré, et l’inspiration vient bien de quelque part : appelons la cause inspiratrice du nom qu’on voudra; si l’on ne consent pas à se payer de mots, on sera forcé de reconnaître quela définition de cette cause coïncide avec celle que j’ai donnée du Saint-Esprit; à moins qu’on ne dise que l'homme s’inspire lui-même, ce qui ne se comprendrait plus.
En outre, la vision n’est pas différente de l‘inspira tion, elle n'en est qu’un degré. Le phénomène de l’inspiration, à l’état rudimentaire, consiste en un vague sentiment de quelque chose d’imprécis, senti ment qui, avec un peu d’attention, peut amener à une découverte, mais aussi à une erreur, en raison de ce que j’appellerais volontiers l’inexpérience céré
120 L’INITIATION brale (I), erreur provisoire en tout cas, car toute er— reur est destinée à disparaître, dans un délai plus ou moins long, pour faire place à la vérité correspon dante; à un degré plus élevé. on a une intuition, c’est-à-dire une connaissance, d'apparence spontanée, soit d’une vérité, soit d’un événementactuel ou futur; dans ce dernier cas il y a prévision.
Enfin, de degré en degré, on arrive jusqu’à une perception si nette, si intense, que cette influence dépasse la sphère intel— lectuelle et même la sphère animique et descend (1) Ce mot, inexpérience cérébrale, demande quelques expli cations. Nous sommes tous plus ou moins en communication avec ce qu’on appelle l‘au delà, mais le monde physique a tellement d‘empire sur nos sens, qu'il en étouffe toute percep tion.
Si nous faisons fonctionner une lanterne magique dans une pièce éclairée, et que la lumière extérieure soit plus in tense que celle qui éclaire la lanterne, nous ne verrons aucune image sur l’écran placé à son foyer : cependant nous sommes absolument certains qu’une image y existe.
SI nousdiminunns progressivement l‘intensité de la lumière extérieure, il arrivera un moment où elle sera surpassée par celle de la lanterne, et alors on commencera à percevoir confusément l'image proje tée par elle.
A partir de ce moment, l’image prendra une netteté d’autant plus grande que l’intensité de la lumière ex térieure diminuera davantage, et enfin, si nous éteignons com plètement cette dernière, l‘image apparaîtra dans toute sa splendeur.
Il en est de même des images mentales qui. vien nent se projeter sur notre cerveau : elles sont d'autant mieux perçues qne nous nous isolons davantage des excitants du monde physique, et cet isolement réclame de notre part une certaine étude et une certaine expérience On pourrait conti nuer l’analogie en remarquant qu'alo‘rs même que l’éclairage extérieur est plus intense que celui de la lanterne, il suffit de faire de l’ombre sur l’écran avec la main, pour faire apparaître une partie de l’image, En outre, si plusieurs lanternes ma giques projettent leurs images sur un seul écran, on aura beau se trouver dans une chambre obscure, on ne verra qu’une masse confuse dans laquelle l’œil sera incapable de rien dis cerner. le laisse au lecteur le soin de compléter l’analogie et d’en tirer les conclusions , 1 __‘n-.. . «.. ‘..Àta. --J - :’.'-""i
LE SAINT-ESPRIT l 2 I jusque dans la sphère instinctive et y produit une sensation : il y a alors une vision. Enfin, dans un de- ' gré supérieur, la sphère volitive elle-même peut être influencée, et on est ravi en extase. Ces divers phénomènes deviennent de moins en moins rares aujourd’hui et finiront par devenir com— muns et par s’affiner quand nous serons en plein règne du Saint—Esprit.
Un grand nombre de per sonnes ont en puissance cette faculté, et elles peuvent la développer en se mettant dans des conditions spé ciales, dont la principale est d’éviter la société des sceptiques et des matérialistes qui, par leurs railleries, peuvent décourager et réussir à tuer dans l’oeuf une faculté qui donne ’un avantage considérable à ceux qui la possèdent (I).
A ce sujet, il n’est pas inutile de noter combien il est important de bien choisir ses fréquentations; il est très dificile de se soustraire à leur influence. Tout le monde sait que tout ce que nous connais sons du monde extérieur n’est qu’une partie de ce qui (1) On ne se figure pas combien les conversations peuvent avoir d'importance dans la vie d‘un homme.
La manière dont votre conduite est jugée et appréciée par votre entourage influe énormément sur votre manière de voir et de faire. Il est - dans notre nature de rechercher l’approbation de nos sem blables, toute question de vanité mise à part.
Quand on a acquis de l’expérience et qu'on a pris l’habitude de se maîtriser, on réussit assez facilement à rester soi-même partout où l’on se trouve; mais dans tous les cas, on est obligé de bien s’observer et de réserver son jugement pour le moment où on se sera isolé. Le Sage se détermine d’après ses propres réflexions, le plus grand nombre subit des entraînements.
Il faut cependant ajouter qu‘il est toujours prudent d‘éviter certains courants dont la violence est telle, que le plus fort s’y êpuisera et suc combera; il ne faut jamais tenter le diable.
I 2 2 L’INITIATION existe et que, si nous avions un sens de plus, nous connaîtrions des choses que nous ne soupçonnons même pas. Nous sommes en relation avec le monde extérieur par cinq sens, voilà la notion classique. En réalité, nous avons bien cinq organes des sens, mais nous avons plus de cinq sortes de perceptions.
L’organe de la vision nous révèle une partie de ce qui est manifesté par la lumière: l‘organe de l’au dition nous révèle une partie de ce qui est mani festé par le son; l’organe de l’olfaction nous donne connaissance de certaines particules gazeuses qui sont répandues dans l’atmosphère, émanant de cer tains corps dits odorants; l’organe du goût nous donne des renseignements sur les particules solubles de certains corps et même sur quelques conséquences de leur état électrique; enfin l’organe du’ toucher nous fait connaître la forme, la consistance, la tempéra— ture, la siccité ou l’humidité, etc., des corps qui sont à portée de notre main.
Mais nous avons encore d’autres sensations : les muscles ne se bornent pas à se contracter pour produire le mouvement, ils sont aussi le siège de ce qu’on a appelé le sens musculaire, sens qui nous donne des notions sur le poids des corps et aussi sur leur consistance.
Nos divers vis— cères nous renseignent aussi sur diverses particula rités de leur propre fonctionnement, telles que l’eu— phorie et le malaise, etc. Mais toutes ces perceptions se rapportent au monde matériel; nous n'avons pas un seul orgahe qui puisse nous renseigner sur le monde intellectuel ni sur le monde divin.
Ce qu‘on appelle le sixième sens et qu’il vaudrait mieux appeler ' . l ""’""*”“""“*”**“ «««««"M T’"“‘Hw:.’-f -.=/ ' x: nit’.1'257:..."
LE SAINT-ESPR1T 123 le sens psychique, ce sens qui commence à se ré pandre, mais qui a toujours existé en germe dans un grand nombre, et en activité dans un petit noinbre de personnes, nous met en rapport_ avec le monde intel— lectuel; un septième, beaucoupplus rare et qui se développera plus tard, dans beaucoup de temps, nous mettra en rapport avec le monde divin (1). Il y a eu quelquefois de rares personnes qui ont possédé ce septième sens.
Le Saint-Esprit agit sur nous par le sixième sens. Jusqu’à présent les voyants ont été très embarrassés pour expliquer aux non voyants ce qu’ils avaient vu; cet embarras cessera quand le sixième sens sera géné ralisé. Cependant il ne faudrait pas croire que tout le monde saura utiliser le nouveau sens, il y aura tou jours des arriérés.
Nous disons volontiers aujourd’hui que les sociétés sont éclairées, que le monde est civi lisé, que les sciences sont répandues partout, etc., ce qui n’empêche pas qu’il y ait beaucoup d’imbéciles, de sauvages et d’ignorants. On peut se demander ce que deviendra alors la Religion.
Le christianisme, seule forme religieuse dont j’aie à m’occuper ici, puisqu’elle est la religion de l’Occident, sera confirmé, corroboré pour les con— naissances nouvelles; rien ne sera changé, mais on le comprendra mieux.
On comprendra l’Amour tant (1) Il ne faudrait pas conclure de cette communion avec le monde divin que nous pourrons alors comprendre Dieu; le Fini ne comprend pas l’Infini; mais ceux qui posséderont ce septième sens. auront connaissance de choses que le mysticisme actuel le plus élevé ne peut encore nous révéler. \...fiw Æm_‘,—.—..W
I 24 L‘INITIATION prêché par le Christ et si méconnu encore actuelle ment ; on comprendra cette parole de saint Augustin: Ama etfac quod vis. C'est bien la en effet le résumé du Christianisme: celui qui aime, dans toute l‘accep tion que le Christ a donnée à ce mot, peut bien faire ce qu’il veut, car il n‘y a pas de danger qu’il veuille quelque chose de mal. Cet amour, le Christ nous l’a enseigné, le Saint-Esprit nous le fera comprendre.
Nous aurons alors horreur de l'égoïsme et de la féro cité qui empoisonnent nos sociétés modernes. Mais nous sommes dans une période de transition, et l’his toire nous enseigne que les périodes de transition sont toujours troublées et remplies de malheurs de toutes sortes.
En résumé le Saint-Esprit, dans le monde divin, est le trait d’union entre Père et le Fils, il serait im possible de concevoir l’unité divine sans lui; il est l’amour du Père pour le Fils et du Fils pour le Père, et l’amour de Dieu pour I’Humanité. Il est l’Esprit de vérité, c’est-à-dire la partie de Dieu qui nous la com munique par intuition.
Le Fils a été engendré parle Père, et le Saint-Esprit est une conséquence de cette génération: il procède des deux. Dans le monde in— tellectuel, le Saint-Esprit est l’intuition, l’amour de l'homme pour Dieu et pour son prochain, l'amour de la vérité. Enfin, dans le monde matériel, il est l'har monie universelle et le fonctionnement régulier des lois de la Nature.
' On pourrait pousser l’analyse plus loin et montrer l’action du Saint-Esprit sur l’humanité dans tous les temps et dans tous les lieux, action qui s'est souvent W r-' ' 'ÎËË7W‘5_Ê/r,r' 2* ,, lac-r .—.’Jv‘-“Îä__E'A
LA STIGMATISATION ET L’EXTASE 125 exercée incognito, pour ainsi dire; mais je crois en avoir assez dit, sinon pour le faire connaître, ce qui est bien au—dessus de mes forces, du moins pour montrer comment je le conçois. Dr F. ROZIER. LA.
STIGMATISATlÛNÏ E'I‘ L’EXTASE D’après l’ouvrage de M. IMBERT-GOURBEYRE (1) Il y a deux ans, j’ai signalé aux lecteurs de I’Initia tion le premier ouvrage de M. Imbert-Gourbeyre sur les stigmatisées, afin de faire connaître en quoi les vues de ce savant catholique diffèrent de celles qu’a exposées M. Karl du Prel.
Or, précisément à cette date, le même auteur publiait deux nouveaux volumes sur la même question, dans le but de réfuter d’une façon plus complète les théories matérialistes. Qu’il me soit donc permis d’exposer les idées de ce cons ciencieux écrivain.
Le premier volume débute par une préface dans laquelle M. Imbert reproche aux « Salpêtriens » d’igno— rer la théologie mystique,cette science pour laquelle le \ (1) La stigmatisation, l’extase divine et les miracles de Lourdes, réponse aux libres penseurs, par le D! Antoinelmbert Gourbeyre, professeur à l’École de médecine de Clermont (1852-1888), commandeur de l‘Ordre de Charles lll. Paris, Vie et Amat, 11, rue Cassette, 1895, 2 vol. in. 8: 15 fr. i i i . ..-—.,.:. \>fi -..... .:ÿ._\ ‘._k r-‘--'en
1 26 L’INITIATION vénérable Louis du Pont créa le terme de science expé rimentale. La stigmatisation, pour ce savant chrétien, est une de ces maladies mystiques qui ne relèvent ni de l’hystérie ni de l’hypnose; un grand nombre de faits, méthodiquement recueillis, permettent d’en juger les symptômes et la marche.
«Je ne suis pas, dit—il, de ces Chinois qui élèvent une grande muraille entre la foi et la science: cette séparation est idiote. » Une déclaration aussi nette doit attirer l’attention des chercheurs loyaux, qui souhaitent que « la religion devienne plus scientifique, et la science plus reli gieuse ». Le tome premier renferme ensuite une liste des stigmatisés, avec indication des sources bibliogra phiques.
Chaque stigmatisé est l’objet d’une notice d’autant plus longue que sa vie est plus connue. Le savant auteur, quoique établi à Clermont-Ferrand, a pu, grâce à un travail de vingt années, donner une liste de trois cent vingt et un stigmatisés. Mais, dira t-on, mieux eût Valu étudier une seule personne stig— matisée vivant à notre époque, que se donner la peine de compiler quantité de livres.
Le docteur a d’avance répondu à cette objection: pendant plus de vingt années, il a étudié avec le plus grand soin l’extatique Marie-Julie Jahenny, la stigmatisée du hameau de La Fraudais, près de Blayn (Loire-Inférieure).
Donc il ne s’est pas contenté de ce que Montaigne appelle lb science livresque ,' mais il a su apprécier, de con cert avec feu Mgr Fournier, évêque de Nantes, la réalité de ces merveilles divines, dont il a été déjà u parlé a propos de Marie-Julie, au lendemain des <»&T,MW‘ '* '”‘5ù.mc’ä-ÇE}w“ ‘—,’Jvîz";:fimä’Jr """’“ ‘-"‘,.“*:,:‘;«'æ" _ä,î>nçÿafi,fi.fl" “m"'«’fi‘ d‘"‘"*
LA STIGMATISATION ET L’EX'I‘ASE 127 épreuves qui n’ont pas suffi à guérir notre patrie du fléau matérialiste. ' L’ordre chronologique s’imposait pour une étude historique sur la stigmatisation.
Cinq cents pages ont été consacrées à cette histoire: l’érudition allemande s’enorgueillirait d'un volume renfermant une aussi grande quantité de matériaux précieux ; tandis que la modestie du docte chercheur lui fait déclarer au début que son œuvre aurait été plus parfaite, s’il avait pu consulter de grandes bibliothèques à l’étranger, et surtout les archives des ordres religieux.
Il me semble qu’un travail aussi longuement préparé ne pourra jamais être dépassé, à moins qu’un ordre religieux ne consacre une vingtaine d’années à en faire une nou— velle édition, revue et corrigée au moyen de documents inédits qui seraient centralisés par une revue catho lique. M. Imbert a montré une patience, un zèle, un désintéressement au—dessus de tous les éloges.
Se fût-il borné à publier ce premier tome, qu’il aurait, par cela même, bien mérité de la science mystique. Mais le second volume, non moins savamment ordonné, se prête davantage à l’étude et à l’appré ciation. Le premier est consacré aux faits, le second, à l’analyse et à la discussion. , .
M. Imbert admet qu’il y a de faux stigmatisés, dont la stigmatisation n’est pas divine, mais humaine, faite dans un but de fraude ou provoquée par la suggestion hypnotique; et il mentionne des faits de stigmatisa tion diabolique. Mais il s’étend assez peu sur ces ques— tions et ne montre pas comment l’Église dévoile ces tromperies. Laissant aux théologiens le soin de nous ..‘ .I.\m
128 L’INITIATION [MAI en informer, il se préoccupe surtout de répondre aux objections superficielles de la soi-disant libre pensée. Il appelle conzpatz’ents les stigmatisés dont les plaies ne sont pas apparentes. Quant à la stigmatisation externe, il distingue la complète, la partielle, l‘épigra phique, la figurative.
Les prodromes de la stigmatisation sont variables : une vie pure est un prodrome régulier; les maladies extraordinaires, le désir de participer aux souffrances du Sauveur, les visions symboliques, les apparitions, les révélations, l’extase, les assauts diaboliques sont des prodromes fréquents mais variables, comme les douleurs locales.
Ce sont d’ordinaire des rayons brû lants, tantôt sanglants, tantôt lumineux, qui produi sent cette maladie mystique. Des témoignages ont affirmé la réalité de ces rayons qui frappèrent des stig matisésà la vue de plusieurs personnes. Le cœur de sainte Thérèse a gardé sa plaie fameuse, dont les lèvres ont été carbonisées par le trait du séraphin.
Bon nombre de saints ont demandé par humilité et obtenu la disparition des plaies visibles, en conservant la par ticipation aux douleurs de Jésus. Aucun n‘a demandé les stigmates apparents. Ces faits sont probants contre l’hypothèse de l’hallucination. Il y a eu des stigmatisés de tout âge et des deux sexes: Deliciadi Giovanni n’eut les stigmates que de 75 à 82 ans.
Ceci répond à l’hypothèse du rationa liste Alfred Maury, qui assura que chez la femme la stigmatisation. était une déviation des fonctions pério diques. ' V Un chapitre est consacré à la distribution des stig ‘JW, -,_.i
1897 LA STIGMATISATION ET L’EXTASI: 129 mates. Elle s’est faite très inégalement. Parmi les stig matifères, cinquante seulement ont eu les cinq plaies. Beaucoup eurent des stigmates diversement associés. La distribution des douleurs de la Passion a des rap ports avec celle des stigmates. La stigmatisation n’a pas toujours lieu en un instant.
Il y a eu des stigma tisations répétées se reproduisant soit à des époques variables, soit à des époques fixes. Les extases et læ douleurs mystiques ont lieu fréquemment, mais non toujours, le vendredi. La plupart du temps, l'extatique reproduit les scènes de la Passion.
« L’art, écrit M. Imbert, serait impuissant à reproduire la douleur, les plaies, le sang qui coule, les membres qui craquent et se disloquent: tout ce drame ne peut être appris et simulé...
Ces souffrances indicibles, ces plaies qui saignent, ces stigmates qui apparaissent au jour scé nique, les extases, les discours inspirés, les élévations aériennes, le mode de crucifiement, les parfums et autres accidents miraculeux, tout conclut àune action divine, jusqu’au vendredi choisi en convenance de la Passion. » Ajoutons que la variété de ces douleurs mystiques prouve qu’elles ne sont pas soumises à des lois fatales, mais qu’elles proviennent de l’action de la volonté divine, s’exerçant médiatement ou immé diatement.
L’étude du cœur chez les stigmatisés nous révèle quantité de faits merveilleux. La blessure d’amour est une torture pour le corps, mais est accompagnée pour l’âme d’un sentiment indicible de suavité. Le sujet passe de la blessure à la plaie, puis à l’agonie d’amour. Quatorze cas de blessures du cœur ont été 5
1 30 L’INITIATION constatées à l’autopsie. La température du corps a été souvent reconnue excessive. — Alfred Maury a osé prétendre que le cœur de sainte Thérèse n'a pas été transpercé, mais que cette légende est née du tableau d’Alphonse Cano. Or la sainte elle-même et les hagio graphes ont mentionné cette blessure (encore visible) bien avantAlphonse Cano.
« Rome, remarque M. Im bert, n’a reconnu le miracle que sur les dires de la science, venant lui affirmer que la vie était incompa tible avec une plaie pénétrante du cœur; c’est la science qui a jugé en premier ressort, de sorte que tout médecin est obligé de s’incliner devant Rome, à moins de renier la science positive ou l’observation exacte. » Depuis 1836, des épines ont poussé miracu leusement autour de la relique, pour annoncer les douleurs de l’Église.
L’imagination, libre ou provo— quée, ne peut produire une plaie pénétrante au cœur (1). Plusieurs saints ont eu dans le cœur des représentations miraculeuses de la croix ou du cru cifix, et des instruments de la Passion.
F lorida Cevoli prédit l’époque de sa mort et annonça que des em preintes paraitraient dans son cœur quelques jours après son décès : à l’autopsie, on ne trouva aucun stigmate dans le cœur; mais huit jours après appa rurent les impressions stigmatiques, Un fait de ce genre ne peut pas plus s’expliquer par la suggestion à échéance que par l’imagination.
Quant à l’extraction, à la rénovation, à l’échange (i) M. l'abbé Curicque, dans le premier volume des Voies prophétiques, publié chez Palmé en 1872,a parlé aussi du gon flement du cœur de sainte Jeanne de Chantal depuis [789. ---'1'
LA STIGMATISATION ET L’EXTASE 131 et à l’absence ou plutôt à l’atrophie complète du cœur, ce sont des faits miraculeux dont la compréhension n’est point possible à l’intelligence, mais qui paraissent prouvés par des douleurs, la mort apparente, des plaies, des cicatrices. Parfois, il y a eu simplement échange mystique ou spirituel.
Les palpitations bruyantes, la musique du cœur, la présence de trois ' pierres ou boules dans le foie ou dans le cœur, sont des faits encore mieux constatés. Depuis saint François, les stigmates des membres ont affecté des formes très variables.
Quant à la plaie de côté, elle a été souvent béante, laissant arriver l’air jusqu’au foie ou au cœur, de telle sorte que des mé decins ont déclaré qu’il était impossible de vivre dans de pareilles conditions. —— Les stigmates sont ou per manents, ou accidentels, ou périodiques. -— Extra naturelles sont les éruptions des stigmates, ou par am poules, pendant des années, en des lieux spéciaux, avec saignement du jeudi au vendredi, ou par exsuda tion d’un sang qui se fige pour former des lettres et des signes; extranaturelle est l’absence de suppuration quand les stigmates ressemblentà des plaies ordinaires; tandis que les plaies survenant à d’autres parties du corps des stigmatifères suppurent d’une façon natu relie; extranaturelle est la permanence de stigmates inguérissables apparaissant de longues années chaque vendredi; extra naturelles sont les hémorragies fré quentes, abondantes et périodiques; extranaturelle est la situation des cinq plaies.
D’autres phéndmènes ne sont pas moins inexplicables : la transformation des stigmates, le parfum qu’ils exhalent souvent, leur
1 32 L‘1N1T1AT10N luminosité fréquente, l’incorruption des corps après le décès, l’apparition et la disparition subite des stig mates sur l’ordre verbal des confesseurs, l’absence de cicatrices en plusieurs cas, l’ébullition du sang con servé, bien après la mort, la production par le sangde fleurs, de lettres et d’emblèmes (même dans notre siècle). Le mariage mystique est l’objet d’un chapitre parti culier.
L’anneau mystique aurait été vu et senti par plusieurs témoins. Des saintes vénérées ont afiirmé ce mariage spirituel. Plusieurs y ont été admises dès l’enfance, avant d’avoir reçu les stigmates (1). Marie— J ulie a eu la prérogative de l’anneau. La puissance de l’imagination l’a-t-elle formé ?
« Dans cette hypothèse, écrit M. Imbert, cette jeune paysanne de vingt-trois ans (en 1873) qui, certainement, n’avait jamaisen tendu parler de ce genre de mariage, il faut qu’elle imagine qu’elle va être fiancée au Seigneur; qu’elle a eu une apparition de la Sainte-Vierge venant lui annoncer les fiançailles célestes, lui dire qu’elle aura un anneau fait dans les chairs; il faut qu’elle imagine qu’elle aura, quinze jours avant, à l'annulaire de la main droite, un anneau rouge indiquant la place future de l’anneau sanglant; il faut encore qu’elle imagine que le 20 février, à neuf heures et demie du matin, l’anneau prédit se formera par un écou lement sanguin, sous les yeux de quatorze témoins. (1) Célestine Fenouil, dont M. le Dr Dauvergne a parlé dans les Annales de dermatologie en 1877, a depuis longtemps quitté Manosque pour Aix-en-Provence. M. lmbert parait‘croire qu’elle vit encore.
LA.STIGMATISATION ET L’EXTASE 133 m’Î’: T"“' ' ’ Imaginer pareil programme n’est pas difficile: le réa liser, c’est autre chose. » Les suites de la maladie mystique sont souvent des paralysies locales et des maladies graves, inexpli— cables pour le médecin, ayant un but mystique d’ex piation. Florida Cevoli délivra son confesseur d’un mal terrible en demandant à Dieu de le lui transférer.
Catherine Emmerich soufl‘rit volontairement pour une foule de patients. Marie-Julie a parfois annoncé des souffrances extraordinaires et réalisé ce qu’elle avait annoncé, sans que la simulation fût possible. Les guérisons de ces maladies ne sont pas moins mi- ' raculeuses. Beaucoup de stigmatisés ont enduré le feu du Purgatoire pour des âmes soufirantes. Les reli— gieuses virent une étincelle frapper Catherine de Rac conigi.
En 1859, sœur Térèse Gesta revint demander des prières et laissa l’empreinte de sa main dans le bois d’une porte. Des témoins constatèrent que la main du cadavre était celle qui avait produit cette empreinte (p. [43)(1). L’esprit inquiet du chercheur moderne réclame des faits précis prouvant pour ainsi dire matériellement l’existence de l‘autre vie : le mys tique peut lui en citer un grand nombre.
Quant aux assauts diaboliques, plus de la moitié des stigmatisés les ont supportés comme le saint curé Vianney. ' M. Alfred Maury a eu l’audace d’attribuer les (i) Le P. Schouppe : Du Dogme du Purgatoire, Paris, 1890. Ce fait a été attesté par l‘évêché de Foligno. Le Bienheureux Bobola imprima sa main sur la table du P. Korzeneicki en lui apparaissant. (A. Peladan, Dernier Mot des prophéties.) * " -=æ-—«.;«WNWWW
134 L’INITIATION assauts diaboliques à l’hystérie et à l’aliénation men tale (1). Il a dénaturé les faits, négligé de mentionner la présence de nombreux témoins, évité de rappeler des événements récents. — « La zoopsie des stigma tisées, dit M. Imbert, n’est nullement la zoopsie des hystériques.
Chez les premières, ce sont des formes d’animaux monstrueuses et changeantes, constituant toute une zoologie infernale, tandis que chez les hys tériques ce sont des formes fixes, parfaitement défi nies, ne sortant pas de la zoologie vulgaire. » Il ajoute que les hystériques parlent rarement du diable. Que dire des témoignages qui attestent les résultats maté riels des assauts : blessures, coups, bruits, odeurs infectes, jet de matières immondes?
La voyante de Boulleret, Joséphine,Reverdy, a subi les grands assauts depuis 1878 (2). L’abstinence des saints est traitée assez brièvement, mais d’une manière suffisante pour réfuter M. _Bour neville, auteur de Science et Miracle : Louise Lateau. L’insomnie et l’abstinence des saints dépassent pro digieusement par la durée celles des hystériques.
Des saints, nourris seulement de l'Eucharistie, conservent miraculeusement la vie (beaucoup même la santé) en se privant de la nourriture ordinaire : un grand nombre de témoignages sérieux l'ont démontré. Ils refusent l’hostie non consacrée, reçoivent parfois la communion du ciel, émettent ensuite des senteurs (1) La Magie et l’Astrologie; Paris, 1864. (2) A.
Peladan, les Apparitions de Boulleret (Cher) , Nîmes,1883,in-1z. — M. Imbert ne cite pas la Revue men-_ suelle de Notre—Dame des Sept Douleurs, publiée à Cette par M. l’abbé Olive.
LA STIGMATISATION ET L’EXTASE 135 -?-‘â w...:—.. _,e_ délicieuses au lieu de l’odeur mauvaise des abstinents vulgaires, ont même des extases et des lévitations. M. Imbert consacre de longues pages à réfuter les objections nouvelles tirées de l’hypnotisme.
Les stigmates produits par les hypnotiseurs diffèrent de ceux des saints par leur courte durée, par l’ab sence de douleur, par la différence d’aspect, par la petite quantité de sang perdu, par le manque des cinq plaies, des lumières, des parfums, des blessures du cœur, des instruments de la Passion sculptés dans les chairs, et enfin de la répétition cyclique des phéno mènes.
Le stigmate n’est pas produit par le magné tisme, qui échoue le plus souvent dans ses tentatives, ni par le médium, devenu un pur automate. Ce sont les démons qui opèrent pour singer la stigmatisation divine.
Le docteur demande que les médecins qui prétendent expliquer les stigmates par la puissance de l’imagination essaient d‘expérimenter sur les hysté riques de la Salpêtrière (p. 221) : « ils ne se livreront pas, s’écrie-t-il, à des expériences qu’ils savent d’avance ne pouvoir aboutir! » Si l’imagination fait les stigmates, pourquoi n’ont ils pas apparu pendant les premiers siècles de l’ère chrétienne. qui furent des siècles de foi ardente ?
Pourquoi n’y a—t-il qu'un stigmatisé sur trente-cinq millions de catholiques? Comment expliquer le refus des stigmates, leur disparition parfois non obtenue, parfois obtenue, les blessures du cœur et autres faits extraordinaires? M. Imbert consacre une bonne partie de son deuxième tome à l’étude de l’extase. "‘M"fl‘W‘bæ-‘<w*\_—-.«w—« w -. “‘-‘n—_Jw’vææ_.fl.-k,__-.,t.t._,-\_ —...‘-‘ w‘ \«...__.. W.. . ..I—
I 36 L’INITIATION Le savant écrivain distingue les extases parlantes, ascensionnelles, volantes, de souffrances, de la Pas« sion, de jubilation, d‘embrasement divin. L’insensi bilité à peu près absolue, le refroidissement, l'absence apparente de respiration en sont les caractères tradi tionnels. Certains extatiques ont eu le privilège de ne pas être mouillés par la pluie ou brûlés par le feu.
Le prêtre a le pouvoir de rappel, comme le magnétiseur sur son sujet. L‘Izz’e’rognose ou reconnaissance de l’Eu charistie et des objets bénits est un don spécial de grande importance. Les matérialistes se sont bien gardés de discuter ces deux caractères de l’extase di vine.
« Supprimer les faits, dit excellemment M. Im bert, reculer devant eux, scientifiquement, ce n’est pas honnête et surtout ce n’est pas fort. » Quant aux mé diums, ils ne distinguent pas un objet bénit d’un autre non bénit.
Le parti pris des médecins matérialistes a fait encore silence sur les etîets sublimes que l’extase produit dans l’âme, effets si différents de l’obstination maussade des hallucinés, silence sur les paroles et les écrits admirables des extatiques, sur les parfums et les embrasements qu’ont admirés tant de témoins. La vision d’un vivant par un autre qui n‘a jamais vu son image est encore tout autre chose qu’une hallucina tion (pp. 325-327).
Bernadette ne fut point halluci— née, car elle douta, elle garda son libre arbitre, elle annonça des accidents nouveaux, elle pleura de ne pas revoir la Vierge, elle crut que les assistants avaient entendu ce qu’elle avait entendu elle-même, elle ne fut point brûlée par le cierge dont la flamme léchait ses doigts, enfin ces visions ne revinrent
LA STIGMATISATION ÈT L’EXTASE 137 jamais, et Bernadette ne finit nullement, comme le soutint en 1872 un aliéniste, par être enfermée dans une maison. de folles.
Marguerite-Marie, par humilité, déclina sa mission, et fut plus tard fort chagrinée de l’opposition qu’elle rencontra : ce qui n’est pas d’une hallucinée; du reste, la dévotion au Sacré-Cœur avait été prédite par plusieurs saints. —— Enfin, il n’y a pas de maladie humaine qui présente à la fois les stigmates, les extases et la sainteté. L’hystérie est héréditaire; l’état extatique ne l’est nullement.
L’attaque hystérique a des prodromes; l’extase est subite. L’hystérique est ordinairement très mobile, au contraire de l’extatique; et l’exercice de ses sens n’est point aboli pendant l’attaque; la rai deur disparaît avec l’extase, persiste après l’attaque d’hystérie. L’hystérique n’a ni visions célestes, ni discours inspirés, ni don de prophétie ni autres symp tômes miraculeux.
Contrairement aux assertions des Salpêtriens, les hystériques ont bien rarement des airs d’extase : ce trait isolé et rare ne peut pas donner le droit d’assimiler le langage d’une sainte Thérèse aux propos trop connus des hystériques. M. Bourne— ville a nié le caractère cyclique des stigmates de l’ex“ tatique Louise Lateau : M. lmbert s’inscrit en faux contre cette assertion.
Il nie énergiquement ,que Louise Lateau ait eu des contorsions, vociféré et ra conté des scènes risibles ou ignobles, et qu’on ait vu dans ses extases les quatre périodes des grandes attaques hystériques. M. Bourneville n’a pas réfuté les faits de rappel et de hiérognose; il n‘a rien dit de Palma et de Marie-Julie.
I 38 L’INITIATION La théorie de Charcot, sur la guérison à Lourdes par l’émotion, n’est pas plus soutenable, car il n’y guérit qu’un malade sur cent, dont bon nombre de jeunes enfants (1). Jamais on n'a vu la médecine guérir instantanément le cancer et la phtisie. Charcot a passé sous silence les faits contraires à sa thèse. Cette œuvre magistrale, on le voit, touche à presque toutes les questions qu’agite la science de la mystique divine.
L’auteur s’est proposé de réfuter les objections que rationalistes et matérialistes tirent du pouvoir de l’ima gination, de l’hypnotisme et de l’hystérie: il y a par faitement réussi. A cette œuvre de science solide et de foi sereine, tout au plus pourrais—je faire quelques critiques de détail qui n’en infirment nullement les conclu sions.
M. Imbert affirme l’action démoniaque à propos de l’hypnotisme, mais il paraît supposer que l’action di vine s’exerçant immédiatement est plus fréquente que l’action divine médiate (par l’intermédiaire des bons anges et des saints) : c’est du moins l’impression que me laisse la lecture.
Il est vrai que l’éclaircissemeut de cette question importe peu à sa thèse. — Malgré l’étendue de ses connaissances, il paraît ignorer le mouvement occultiste contemporain et les résultats de l’expérimentation en ces dernières années (sauf quant aux expériences de M. de Rochas). Or ces ré (1) Dr Boissarie, Lourdes, Histoire médicale; Paris, Lecofl’re, 1891 . I -»«——- m:.m ._ .>âi-‘ç. me . . ..>
LA S'I'lGMATISATION ET L’EXTASE 139 sultats nous amènent à juger que les écrivains chré tiens ont voulu trop souvent voir l’action du démon là où il n’y avait que le jeu de forces encore incon— nues. Catholique, je n’ignore pas le rôle des mauvais esprits; mais j’exige que leur action soit absolument démontrée.
Il me semble admissible que les mauvais anges inspirent les théories salpétriennes, mais que la suggestion produise de pseudo—stigmates sans que les démons agissent directement. La force psychique, que l’occultisme nous fait connaître, a produit l’écri ture directe dans une enveloppe fermée par projection du sang des doigts d’un sensitif. Ce phénomène a quelque analogie avec ceux de la stigmatisation : rien ne prouve qu‘un démon l’ait accompli.
Je ré clame que des catholiques (à l’exemple de Gougenot des Mousseaux) (I), demandent à un somnambule, ou mieux à un extatique, s’il voit agir de mauvais esprits au moment même de la suggestion, comme je ré clame que l’appréciation d’une personne sainte '_(en état d’extase) affirme l’origine divine des révélations de telle autre personne.
Rien de plus naturel, de plus légitime, que cette application de la méthode expéri mentale aux questions de mystique. M. Imbert aurait encore trouvé dans l’occultisme de précieuses révélations sur les facultés supérieures et peufconnues de l’être humain, sur les pouvoirs déve loppés par les collèges occultes de l’Égypte et de l’Asie.
En dépit de ces réserves, je suis heureux de reconnaître que le respectable auteur réduit à néant (l)Ld Magie au xrx‘ siècle. Plon, 1861.
140 L’INITIATION ...,—.‘.-.._ . les objections faites par la mauvaise foi ou par l’igno rance. Ses deux volumes resteront et feront autorité, parce qu’ils sont d’exceptionnelle valeur pour l’éru dition, le talent de dialectique, la savante disposition du plan, l'élégance, l’élévation et la force du lan gage. SATURNINUS.
IÆS MARTYRS DE LA GIIIÜSE EYEA'ZÛEZËE ’ I Bien qu’elle n’ait qu’une parenté assez éloignée aveé la grande famille gnostique, il nous plaît de la placer au seuil de notre pronaos, la douce et noble figure de la Vierge auguste pour qui le cœur du poète Synésius brûla d’une flamme si pure, et qui mérita d’être par lui et par la postérité gratifiée du beau nom de la Philosophe. ñ'cpzko’coçoc.
D'ailleurs notre église n’est point une étroite chapelle où ne sont honorés que les saints orthodoxes. Notre temples v aux nefs immenses, dont les voûtes ont la profondeur des cieux, est semblable à la maison du Père : il y a place pour tous les bons vouloirs et toutes les vertus. Nous sommes la gnose, c’est-à-dire la Science, la totale Connaissance, l’intégrale Intelligence.
Ils sont nôtres, tous ceux dont la main saintementaudacieuse \ . , . ’ j 4. as»... ..-.. w... , ..——-—Inm*za "’4' U?“ W.‘W
LES MARTYRS DE LA GNOSE I4! a su écarter un coin du voile mystérieux de l’éternelle lsis. Ce n’est pas du reste uniquement par les vagues liens philosophiques qui peuvent l’attacher à nos conceptions que la fille de.Théon devait trouver place en cette galerie, ce n’est pas seulement parce qu’elle consacra tout entière à la recherche du Vrai et qu’elle mourut martyre de sa foi, c’est aussi, c’est encore, c’est surtout parce qu‘elle est femme.
Nous qui croyons aux influences occultes des choses et aux conjonctures de l’ldée et du Verbe, nous avons pensé qu’en inscrivant un nom de femme au fronton de ce Panthéon — et celui de la meilleure entre les meil— leures — ce nous serait un précieux talisman qui ' bénirait et féconderait notre œuvre. H Le père d’Hypatie occupait dans Alexandrie une honorable situation.
Indemne des affres pécuniaires , qui trop souvent paralysent les plus brillantes intelli gences, il avait pu se livrer sans réserve à l’étude des questions métaphysiques. Les mathématiques l’avaient à leur tour attiré, et il y était passé maître. Il fut le premier professeur de sa fille. Par lui, elle fut initiée aux spéculations des hautes sciences, à l’astronomie, à la géométrie et surtout aux principes d’Aristote, dont Théon était fanatique.
Mais ce dernier voulut que l’éducation de sa chère Hypatie s’étetîdit jusqu’aux limites du Savoir humain. Dans ce but, il l’envoya à l’École d’Athènes, où elle suivit les leçons de Plutarque le Jeune et de sa fille,
142 L’INITIATION la belle et savante Asclépigénie. Il est permis de croire que l’exemple de cette jeune maîtresse ne fut pas sans exercer une influence considérable sur l’ave nir d’Hypatie. Elle dut se sentir prise au cœur d’une ardente émulation et sans doute rêver de devenir à son tour une grande philosophe et un professeur applaudi. Ce rêve du reste ne tarda guère à devenir une réalité.
Car voici qu’après quelques années d’absence de sa ville natale, nous la retrouvons à Alexandrie groupant autour d’elle tout ce que la cité des Ptolémées enfermait d’esprits férus de l’amour du Beau et du Vrai. Une digression sur la ville et l’école que notre héroïne va remplir du bruit de ses triomphes est ici nécessaire. Qu’on nous en excuse. Nous la ferons aussi compendieuse que possible.
III Alexandrie est le grand confluent philosophique Où lvinrent aboutir tous les courants intellectuels du. vieux monde. L’Égypte y descendit des contrées du ' haut Nil, entraînant avec elle les débris des mythes isiaques et des grandioses conceptions des sacerdotes de Thèbes et de Philœ. Carthage y pénétra en lon geant la côte et y apporta les suprêmes épaves du culte de Tanit et de d’Astarté tyrienne.
La Judée y entra avec Jérémie et Baruch, fuyant la ville sainte que venait d’ensanglanter le meurtre de Godolias. Alexandre y déposa le génie grec, avec la pointe de son épée, inconsciemment peut—être et à la façon de ces insectes qui fécondent les fleurs dioïques, en y ..y 4 -.-..n'ù— ‘ *1-. .\ ‘n.lnx. —
LES MARTYRS DE LA GNOSE 143 laissant tomber le pollen dont leur aiguillon s’est chargé, lorsqu’ils se posaient sur les fleurs de l’autre sexe. L’Inde y aboutit par ces principipules, —— menue monnaie d’Alexandre, — qui l’avait suivi jusqu’aux rives de l’Indus et qui se partagèrent les lambeaux de son manteau royal.
Rome y arrivera à son tour, lorsque sur les ruines du monde héllénique, elle érigera son immense empire et livrera celui des Ptolémées aux légions de César et d’Antoine.
Tous ces courants venus de directions si diverses fusionnèrent en conditions telles, qu’à première inspection, ils ne semblent former qu’un vaste et superbe océan, mais non assez profondément toute— fois pour qu’un observateur attentif n’y puisse re trouver la nature intime de chaque onde coopératrice, comme aux flots côtiers d’un grand lac on reconnaît et l’on suit, pendant plusieurs stades parfois, les dif-’ . férents cours d’eau qui s’y déversent.
Il ne rentre point dans notre cadrede tracer, même à grands traits, l’historique de l’École d’Alexandrie.‘ Quelques fugaces linéaments, vaguement jetés, suffi ront pour rappeler à nos lecteurs ce qu’il leur importe de se remémorer pour l’intelligence des pages subsé quentes.
Continuateurs de la pensée d’Alexandre, les Ptolé mées attirèrent dans la nouvelle cité toutes les illus trations littéraires et philosophiques de leur temps; Callimaque, Àpollonius, Lycophron de Chalcis, Aris . tarque répondirent les premiers à l’appel, — Callima— que, cette lyre harmonieuse à laquelle il ne manqua qu’une chose, c’est d’être aussi un cœur vibrant; Apol—
144 L’INlTIATION _ v. — _., . lonius, le disciple etle rival de Callimaque, qui, jaloux de ses succès poétiques, le lit exiler, mais leurs héritiers se chargèrent de réconcilier leurs cadavres, en les pla çant tous deux dans le même tombeau; Lycophron de Chalcis, dont les énigmatiques poèmes trouvèrent leur (_Edipe dans la personne de Scaliger, qui, à dix— sept ans. en faisait, parait-il, ses délices; Aristarque, l’éditeur d’Homère l Tout cela, c’est la première phase de l’École d‘Alexandrie, ce que M. Vacherot appelle la phase lit téraire.
La phase philosophique ne commence qu’à la fin du premier siècle de l’ère chrétienne.
C’est Ammo nius Saccas qui en fut l’initiateur, en simple plébéien dont le nom même affirme la modeste origine, — Saccas, le porteur de sacs, le portefaix ! —— Sa famille était chrétienne, ce qui explique l’introduction dans ’l’Ecole de l’élément évangélique, à très petite dose, il est vrai, mais appréciable pourtant et suffisante pour donner aux Alexandrins ce vague sentiment de philan thropie universelle que les vieux Grecs ignorèrent toujours. _ Fidèle aux traditions pythagoriciennes, Ammonius Saccas n’a rien écrit.
Mais ses disciples, dont le plus illustre fut Origène, nous ont conservé l’essence de sa doctrine. « L’incorporel est de telle nature qu’il s’unit à ce qui peut le recevoir aussi intimement que s’unissent les choses qui s'altèrent et se détruisent mutuellement en s’unissant, et qu’en même temps dans cette union, il demeure tout entier ce qu’il était, comme demeu ‘ rent les choses qui ne sont que juxtaposées. » ‘1' .' -.J,Ë”. J —‘-m:l;-i .1;_‘,“"“ ;
LES MARTYRS DE LA GNOSE 145 amen Pour Ammonius l’âme ne se localise pas ; comme le Christ est tout entier dans chaque parcelle de l’hostie, elle est tout entière dans chaque partie du corps, sans rien perdre de son unité. PLOTIN, dont le nom semble u’n anagramme de Platon, fut en effet celui de tous les Alexandrins qui tient de plus près au platonisme, mais un platonisme christianisé.
Pour lui, le Dieu suprême ne peut rester enfermé en soi, il faut qu’ilcrée, qu’il émane des êtres. C’est la loi de procession. Mais ces êtres engendrés tendent incessamment vers la Perfection dont ils pro— cèdent : c’est la loi de conversion. ' De Platon, nous avons les Enne’ades, amalgame confus de lueurs et de ténèbres, de poésie exquise et d’abstractions rebutantes. C’est lui qui mit en vogue l’extase, comme procédé initiatique.
Par ce côté, il touche à la gnose et nous le revendiquons comme nôtre. Et pourtant, il n’est point tendre aux gnosti ques l Que dirai—je de certains états qu’ils attribuent à l’âme? Ils parlent d’exils, d’empreintes, de regrets.
S’ils veulent exprimer par là soit les regrets de notre âme en péché, soit la nécessité où elle se trouve de voir les images des choses avant les choses elles mêmes, c’est là un vain langage inventé pour donner du corps à leur secte.
Des dogmes qui composent la doctrine de ces novateurs, les sens sont dérobés à Platon, les autres qui constituent leur doctrine propre sont des innovations contraires à la vérité! » Voilà évidemment une condamnation en due forme. Mais peut-être avec un plus mûr examen de
146 L‘INITIATION la doctrine gnostique, un éclectisme mieux éclairé et un parti pris d’école un peu moins accentué, Plo tin eût vu comme nous que l'abîme n’était pas si grand qui séparait sa foi de celle de Valentin ou de Simon le Mage. ’ LONGIN, contemporain de Plotin, écrivit le Traité du Sublime et combattit avec fureur le mysticisme. Il est vrai qu’il fut ministre de Zénobie, reine de Palmyre, ce qui est une maigre compensation.
PORPHYRE, né à Batanée, en Syrie, s’appelait primi tivement Malck; il est surtout célèbre par une curieuse Vie de Plotz‘n, son maître, et un traitésur l’Abstinence des viandes. Sa science était profonde. Son disciple, JAMBLIQUE, Syrien comme lui, préco nisa les pratiques théurgiques. Il déclarait posséder l’art de faire descendre en lui le divin, par les rites, les incantations et les formules symboliques.
Il a écrit une Vie de Pythagore et un livre sur les Mystères égyptiens, que nous possédons. Ce rapide aperçu nous conduit jusqu’à l’année 333 de l'ère actuelle, date de la mort de Jamblique. A cette époque, une réaction polythéiste va s‘affirmer au sein de l’École alexandrine, sous l’influence de l’École d’Athènes. mais selon nous, cette réaction s’accomplira beaucoup plus sur le terrain esthétique que sur le terrain religieux.
Ce que Julien l‘Apostat s’efforcera de faire revivre, ce seront surtout les splen deurs cultuelles du Paganisme. Il était esprit trop affiné, âme trop élevée, pour rêver un retour intégral à des mythes déjà surannés au temps de Socrate. Les Syrianus, les Simplicius, les Philopon ne compren rxr..-t ‘ ‘F
LES MARTYRS DE LA GNOSE 14.7 dront pas autrement cette régression, quand ils tra— duiront Aristote et Platon. C’est en pareilles conjonctures que la Philosophie ouvrit ses cours à Alexandrie.
IV Elle était belle, de cette beauté délicate et veloutée dont le rayonnement est une douce caresse pour celui qui la contemple, avec, dans la ligne frontale, dans l’harmonieux dessin du nez et de la bouche, quelque chose d’exquisement hiératique qui la faisait, aux heures de la méditation, ressembler à ces deux sphinx rêveurs qu’on voità la porte des temples égyptiens.
Elle n’avait point cette carnation ardente des con— trées du Nord, qui évoque le souvenir de la statuaire polychrome, mais ce teint mat et discret dontl’Orient revêt les beautés écloses sous son ciel et qui n'exclut point d’ailleurs ce coloris charmant dont la joue s’avive sous l'afflux de la passion. Le regard était profond, suave, enveloppant, contenant plus d’extase que d’étincelles, plus de lumière que de flamme. Elle n’était point trop grande.
On eût dit que la nature avait borné ses proportions, afin de pouvoir la mode— ler à son aise, pareille, cette ingénieuse Nature, au joaillier qui, pour tailler un camée irréprochable, ne choisit point la gemme la plus volumineuse, mais bien celle dont l’eau est la plus pure et le grainle plus fin. Le torse était superbe en sa majestueuse opulence. La lignes des hanches relevait splendidement la courbe molle et fuyante de la taille, sans brusque res
148 L'lN1TXATION saut ni développement hyperbolique. Ses seins sail laient fermes et droits, faisant irradier autour deleurs pointes les plis légers et dociles du péplum. ' De longs cheveux d’un noir intense se massaient coquettement sur sa jolie tète, retombant en cascades de jais aux parois des tempes et du front et s’y enrou lant en boucles gracieuses, semblables aux élégantes volutes du chapiteau ionique.
Le front, à demi caché sous ces flots soyeux, laissait deviner, plutôt qu’il ne montrait, l’incomparable pureté de son dessin, indice de la haute intellectualité dont il était le siège. .T.
F ABRE mas ESSARTS. (La fin au prochain numéro.) jîa {iremière à 3?. äalære des Essarts SUR LA COSMOGONIE Le problème général de la formation de l’Univers se compose de deux parties : formation des soleils ou étoiles aux dépens de la matière primitive qu’on nomme éther et formation des planètes autour de leur soleil. .
' Selon nos savants les plus renommés, la première partie du problème cosmogonique est encore aujour d’hui dans le domaine du roman et' de l’imagination pure (i); la seconde partie du problème, seule, repose sur des faits scientifiques incontestables. (r) Wolf, les Hypothèses cosmogoniques, 1886, p. 5.
MA PREMIÈRE A M. FABRE DES ESSARTS I49 La science dite positive renonce donc à nous donner une solution sur l’origine de l’Univers, et elle a sans doute raison, car le problème de cette origine ne nous paraît pas de sa compétence; les considérations qu’il s’agit de faire valoir pour le résoudre se trouvant en dehors du cadre dans lequel elle s’est volontairement renfermée.
L’existence de l’atome chimique suppose, en effet, l’existence d’un être éthéré qui l’a précédé, et il en est de même de l’existence d’une étoile ou d’une planète. Or l’étude de ces êtres éthérés n’est point du domaine de la science positive.
L’Ether est composé de monades, c’est-à-dire de points en mouvement d’où rayonne une force répul sive (impénétrabilité),jusqu’à une limite très rappro chée de ce centre, déterminant ainsiune sphère insé cable infiniment petite, qu’avecles anciens philosophes matérialistes, les savants modernes nomment atome.
Chaque monade est, en outre, douée de la sensibb lité à son degré le plus bas possible, de la {volonté aussi à son degré le plus bas et, par suite, de conscience tout à fait élémentaire, d’un rudiment de conscience. La matière et l’esprit sont donc les deux faces de la monade. L’impénétrabilité et le mouvement sont sa face externe ou matérielle ou physique; la con— science avec sensibilité et volonté, sa face interne ou spirituelle ou psychique.
Pris séparément, la matière et l'esprit sont deux abstractions; en réalité, la monade ou l'atome est à la fois l’un et l’autre. Au point de vue psychique, toutes les monades ne restent pas aux plus bas degrés de l’échelle, il y en a
I 50 L’INITIATION sur tous les échelons. Et pour augmenter leur dyna— misme, c‘est-à-dire leur sphère d’action, les monades n’ont pas besoin d’augmenter de volume. Non, le volume des atomes reste toujours le même, et il est infiniment petit. Il leur suffit de modifier le milieu éthéré ambiant suivant une sphère plus ou moins grande dont ils restent les centres.
Lorsqu'une mo nadc, par suite de son développement d’un degré seulement, se constitue le centre d‘une sphère éthérée dont les monades sont restées au degré le plus primi tif de développement, on a un être dont la monade centrale est l’âme, et la sphère éthérée extérieure le corps. Cet être, on le nomme un esprit élémentaire t I ).
Il n’y a donc pas d’esprits purs comme le veulent les théologiens latins,mais des monades âmes revêtues d’un corps éthéré,comme le soutenaient les Pères grecs. Le corps éthéré des différentes monades, à différents degrés de développement, a les dimensions les plus diverses. Il y en a qui ont un corps éthéré extrêmement petit, d‘autres un corps immensément grand, d'autres possèdent toutes les dimensions intermédiaires.
Tout ceci est la conséquence du développement des mo nades. Or ce développement est, en philosophie spiri— tualiste, un principe admis comme incontestable. L’étude de l’Univers et surtout celle des corps orga nisés nous apprend que les êtres ne restent pas isolés; qu’ils se groupent, s’associent, s’agrègent, les inférieurs autour des supérieurs, les plus faibles autour des plus forts.
Un être spirituel ayant acquis un certain degré (I) Voir les Microbes de l’astral de Marins Decrespe. - — -. ....‘u.A.... . ,....« M.‘ . '
MA PREMIÈRE A M. FABRE DES ESSARTS 15I de développement doit donc grouper et hiérarchiser dans son corps éthéré, d’autres esprits inférieurs à divers degrés. Il se forme ainsi des êtres complexes, des psycholones, dont la monade supérieure constitue l’ego.
Or la formation et le développement de ces êtres complexes peut se faire suivant deux voies différentes: Ou bien, tout en croissant en complexité d’une ma nière modérée, le progrès a lieu surtout au point de vue des facultés psychiques (soit intellectuelles, soit émotives), et alors il se forme des êtres humains ou angéliques; Ou bien c’est la complexité qui l’emporte sur le pro grès psychique.
Les êtres accumulent alors autour de leur centre et dans leur corps éthéré une quantité ‘ énorme de monades qui se pressent les unes les autres de manière à former un corps pondérable élémen taire. L’esprit élémentaire est alors devenu un atome chimique à corps éthéré infiniment petit.
L’être spiri tuel complexe, à corps immensément grand en accu mulant autour de lui des atomes chimiques, devient une nébuleuse formée de gaz enflammés qui se trans forme selon les lois de la mécanique et par la sépara tion de ses centres secondaires se résout en un système planétaire. Chaque planète ou soleil ressemble donc par sa constitution à l’atome chimique.
On voit,d’après ce qui précède, qu’avant l’existence du cosmos physique que nous contemplons, il a existé forcément un cosmos psychique (l) ; et qu’à partir (1)0n peut dire aussiple’rome physique et plérome psychique.
l 5 2 L'INITIATION d‘un moment donné, il s’est formé dans ce cosmos une séparation plus ou moins violente peut-être entre les êtres angéliques et les êtres psychiques grands et petits que la nature de leur développement a conduits à . former le cosmos physique. Ce cosmos physique est bien formé selon les lois du logos ou du Verbe divin, car rien ne peut être fait de contraire à ces lois, mais elles sont imparfaitement appliquées.
Le cosmos physique a été formé par des êtres ayant une connaissance imparfaite ou erronée du logos. De là vient que ce cosmos est imparfait.
Les êtres de la série angélique et de la série humaine, plus instruits dans la connaissance du logos, interviennent pour corriger, perfectionner, ré tablir l’ordre, hâter le progrès plus ou moins retardé par l’entêtement borné des êtres psychiques qui gou vernent le cosmos physique. ‘ Dans cette intervention, ils n’agissent pas selon leur caprice, comme le vulgaire et les théologiens sem— blent le croire, mais bien selon les lois de la mécanique qui est rationnelle et par suite conforme au logos.
Comme tout est hiérarchisé dans l’univers, il y a une hiérarchie d‘êtres spirituels ayant à son sommet l’esprit le plus perfectionné de l'univers; et il ya aussi une hiérarchie d’êtres psychiques engagés dans la ma tière pondérable, ayant à son sommet un chef, un esprit supérieur, surtout au point de vue dynamique, tandis que le chef de la hiérarchie hominale est supé rieur surtout au point de vue intellectuel. Voilà ce que je voulais vous dire concernant l’ori
MA PREMIÈRE A M. FABRE uns ESSARTS 153 gine des mondes, mais il me reste maintenant à vous parler de l’homme. Des atomes chimiques se sont groupés autour d’une monade supérieure et dans le corps éthéré de cette monade pour former un être organisé monocellulaire.
Ces cellules se sont groupées autour d’autres monades plus élevées pour former un être polycellulaire, et par d’autres groupements, un mammifère a paru sur la terre ayant la forme humaine. Ce n’était pas un homme, c’était leprécurseur de l’homme. Ce n’était qu’un animal dérivant du singe selon le transfor— misme, mais un animal ayant la forme humaine. Le précurseu‘r était néophobe comme tous les animaux. Un jour parut l’homme véritable.
Ce n’était pas par son corps précisément qu’il différait du précurseur, c’était par son intelligence, sa raison, manifestée au dehors par la parole, et,de plus, l’homme était néophz’le. Les savants modernes qui prétendent que l’homme primitifétait semblable au sauvage actuel se trompent. Le sauvage est presque aussi néophobe, aussi ennemi du changement et du progrès que les animaux. Comme ceux-ci, les sauvages sont des conservateurs.
Si l’homme primitif avait été semblable au sauvage actuel, la civilisation, le progrès n‘aurait jamais pu se produire. Il faut donc admettre que l’homme pri mitif était néophile, c’esbà-dire ami du changement, de la nouveauté, du progrès; en un mot, il faut ad mettre qu’il était progressiste. Mais comment l’homme véritable a-t-il donc pu paraître sur la terre? Le voici : Parmi les êtres psychiques, les uns sont neutres, ce
r 54 L’INITIATION sont les anges, les autres sont les uns positifs, les autres négatifs; je veux dire que, tandis que chez les uns, c’est l’intellect qui prédomine. chez les autres il y a un penchant vers le sentiment. Ces êtres ont formé les âmes humaines d’hommes et de femmes.
Voulant élever au-dessus de la terre et faire parve nir dans le monde intellectuel le psycholone du pré curseur, ils n’ont pas craint de se dévouer et d’unir leur psycholone à celui du précurseur pour n’en faire qu’un, et ainsi l’homme a été produit. Ont-ils réussi à faire parvenir le psycholone du pré— curseur dans le monde intellectuel? Non, sur la terre, presque tous ceux qui sont descendus ont échoué.
Séduits par les désirs et les plaisirs que leur procu— rait le psycholone du précurseur, ils sont devenus son esclave, au lieu d’en rester les maîtres, et ainsi, au lieu de monter au ciel après leur mort, ils sont restés sur la terre pour se réincarner selon que je l’ai expliqué dans le numéro du 8 mai 1896 de l’Inz’liatz’on. Et voici maintenant l’origine des sauvages. Des hommes ont en commerce avec les femelles du pré curseur.
Les métis qui ont résulté de cette union se sont soit accouplés entre eux, soit avec les femelles des précurseurs, et par des croisements de toute espèce et de divers degrés, il s’est produit une humanité offrant, au point de vue intellectuel et sentimental, tous les degrés depuis la brute jusqu’à l’homme véritable. Les hommes ressemblant au précurseur ont été les plus nombreux, ceux ressemblant à l’homme véritable, les moins nombreux. Pour réparer cette dégénérescence et ce désordre,
MA PREMIÈRE A M. FABRE DES ESSARTS 155 des êtres supérieurs se sont dévoués et sont venus, à diverses époques, unir leur psycholone à un psycho lone de précurseur; ce sont certains génies, les bien faiteurs de l’humanité. Enfin le chef de la série homi nale, celui qui est de tous les êtres le plus uni au verbe de Dieu, s’est sacrifié et est venu s’incarner sur la terre en constituant la personne de Jésus-Christ, le sauveur.
Toutes ces descentes des esprits célestes sur la terre ne sont, comme on peut le voir, qu’une consé quence du rôle de réparation qu’ils jouent dans tout le cosmos. La gnose que je viens de vous exposer vaut bien, ce me semble, la gnose de Valentin.
Elle a même sur cette dernière certains avantages, car, outre qu’elle est plus scientifique, c’est-à-dire plus en rapport avec tout ce que nous connaissons de l’univers, elle peut être traduite en langage mythologique ou poétique.
Appelons, par exemple, le chef de la hiérarchie des êtres éthérés engagés dans la matière pondérable, Sophia-ac/zamot, nous dirons: « Sophia ayant conçu le projet insensé de connaître directement le Père tel qu’il est, n’a pu en obtenir qu’une connaissance er ronée (achamot) qui néanmoins a provoqué l’exer cice de son pouvoir démiurgique (javeh), et ainsi le monde a été fait selon cette science erronée, et voilà pourquoi il est imparfait. » Appelons encore le même chef Lucgfer, nous di rons : « Lucifer a voulu se faire semblable à Dieu le père, (car pour connaître le père tel qu’il est, il faut être
156 L‘INITIATION lui-même). Il a échoué dans son entreprise insensée, et les êtres angéliques plus sensés se sont séparés de lui et de tous ceux qui ont voulu le suivre et s’atta— cher à lui.
Cette séparation a été un combat, une immense tempête éthérée dont le résultat final est que Lucifer et les siens ont été enfermés dans ces im menses fournaises composées de la matière pondérable en ignition qui a formé les astres. » Ces deux mythes expriment une même vérité : le premier dans le sens de la gnose de Valentin, le se— cond dans le sens de la doctrine chrétienne.
C’est là, si je ne me trompe, une qualité de ma gnose qui n’est pas à dédaigner. Mais je reconnais volontiers que ma gnose a un grand défaut, c’est de ne pas être exposée avec un talent littéraire semblable au vôtre. Dr FUGAIRON. m.mm“wW‘ , . - ,, ‘-u A '. ..-. A M c5.3.. . ’ . 4.-....d .ÀUNE EXPÉRIENCE DE M. A.
FRANÇOIS 157 @NIWERSWË [LUES ES EI]MD’FES É’II’IIDES Faculté des Sciences Hermétiques Tous les cours de premier degré fonctionnent à la Fa culté,où déjà près de vingt élèves suivent avec assiduité les leçons. Le cours de Kabbale élémentaire de Papus a été inau guré le 26 avril et se continuera tous les quinze jours, le lundi soir à 9 heures, à partir de cette date. Les cours du second degré sont en voie d’organisa tion.
A ce propos nous sommes heureux d'annoncer que l’étude de l’Alchimie va être organisée à la Faculté entiè rement par les soins de la Société alchimique de France. M. Jollivet Castelot, le dévoué secrétaire général de cette société, a reçu tous pouvoirs à cet effet. EXPÉRIŒŒIGE DE Ilil. FRANGINS Extériorisation de la motricité Mardi dernier,j’avais reçu à dîner une dizaine de personnes.
Au dessert, on m’adressa quelques questions relatives aux derniers phénomènes obtenus par notre groupe, et je crus remarquer que mes invités supposaient que j'avais renoncé à certaines expériences par crainte du diable (en raison sans doute de mon évolution reli gieuse). Or, comme expérimentateur,je considère toute crainte comme une lâcheté et, comme catholique, j'estime que la peur de Satan est un manque de foi.
Après avoir fait observer que nous nous trouvions dans des conditions peu favorables pour expérimenter, j’acceptai une séance immédiate, dans la salle à manger. 1 Je priai ma nièce de se joindre a moi, et tous deux ._ _,,,_v‘.. -.‘.‘. . a... ,«ç.. «- 'v .... _,»—-,-V ._»‘_
I 58 L’INITIATION nous plaçâmes nos mains à plat sur une table carrée, à quatre pieds consolidés par des équerres en fer. Après quelques intants de calme, la table dicta, lettre par lettre: Obscurité. On emporta la lampe, et quelques secondes après la table s’élcva à diverses reprises à une hauteur que je crois être d’environ 30 centimètres.
Cette table redes cendit plusieurs fois assez doucement puis, après une der nière ascension, ce meuble, comme poussé par une force considérable venant d’en haut, fut précipité sur le sol avec une violence inouïe.
Les pieds craquèrent de toutes parts; cependant, lumière faite, nous ne remarquons au cune trace de brisure. , J’ai constaté que, pendant la lévitation, la table deve nait d‘une légèreté inconcevable; je ne saurais mieux la comparer, dans certains cas, qu’à un ballon fortement gonflé, poussant en haut. Par exemple,je ne m‘explique pas la poussée infernale de la dernière descente.
Un assistant demande à se joindre à nous pour cons tater les mouvements de la table, j’y consens, et nous re prenons la séance obscure. Cette fois, la table ne s’élève plus verticalement; elle se livre à des mouvements désor donnés et se débat, entre nos mains, comme un malfai teur entre trois gendarmes.
Pendant ce temps, divers objets placés sur une grande table sont projetés sur le sol, avec une grande violence ; le tapis qui recouvre cette table est violemment arraché dans une direction diamétralement opposée aux expéri mentateurs. La lumière électrique jaillit et nous consta tons à la lueur de cette clarté que la suspension, vide de sa lampe, est agitée par une main invisible et lancée vers les expérimentateurs.
Malgré les craintes exprimées par la maîtresse de la maison, nous reprenons la séance obscure pour la deuxième fois.
Les objets replacés sur la table de milieu sont de nou veau déplacés avec bruit; la petite table carrée cherche à nous échapper, elle se précipite avec furie contre la grande, et, malgré les efforts réunis des trois personnes qui cherchent à la maintenir, elle se retourne les pieds en l’air; puis, prenant une position horizontale les pieds
LETTRE PASTORALE DE S. G. SYNESIUS I59 pointant en avant, à hauteur de poitrine, elle s’élance, par mouvements saccadés, dans la direction d’un buffet chargé de vaisselle. La force qui pousse la table semble ' agir sur la surface; nous résistons de notre mieux en tenant les pieds; mais, au bout de quelques instants sen tant que nos efforts de résistance vont être impuissants, je demande la lumière.
La lumière électrique jaillit et... le phénomène continue. La table dont nous tenons les pieds mais dont la sur— face est libre de tout contact continue victorieusement sa marche saccadée en avant. Encore quelques centimètres et le buffet va être atteint, lorsqu’une quatrième per sonne se joignant ànous, la force psychique se trouve, à la grande satisfaction de Mme François, mise dans l'impossibilité de démolir le mobilier — au moins ce soir-là.
Cette séance présente quelques points de ressem blance avec celle qui a été si bien décrite, par M. Le— merle, dans le n° 24 du Voile d’Isis, année 1891 . Le médium est, d’ailleurs, le même, ma nièce qui, retenue par ses devoirs de famille, n’avait assisté à au cune expérience depuis plus de cinq ans. A. FRANçOIS. P.
S.—-— J’engage les amateurs d’extériorisati0n de la mo tricité à placer, pendant leurs expériences, quelques feuilles de papier et des crayons hors de la portée des assistants. Je leur promets. un jour ou l’autre, unejolie surprise; j’espère aussi qu’ils auront le courage de reconnaître la réalité du fait qu’ils ne manqueront pas de constater. A. F.
On nous communique le document suivant que nous Insérons pour les belles 1dees qu’11 comment: Lettre pastarale de 3. G. Synésius à l’occasion de l’incendie de la vente de charité Un épouvantable événement, très chers fières et très chères sœurs, vient de se produire à Paris. Il appartitue c____.._,._\ ,\ ». .-L._p_.,..\,.m«, amw>
160 L’INITIATION [MAI à cet ordre de faits monstrueusement immoraux, formi dablement illogiques, qui feraient douter de la Provi dence, douter même du concept transcendant de Dieu, si ce doute était possible. Ce fait, le voici, dans toute son immense horreur.
Des hommes, pleins d‘amour pour leurs frères, des femmes surtout, c’est-à-dire ce qu’il y a de meilleur dans l’humanité, se réunissent pour une œuvre de charité, autrement dit pour répandre un peu de bien-être, un peu de joie sur les membres de Jésus-Christ. Un in cendie se déclare, et cent vingt personnes, hommes, femmes et enfants, venus là pour participer à ce pieux élan, périssent de la mort la plus affreuse qu’on puisse imaginer.
Eh quoi! personne là-haut n’a donc entendu ces cris affolés, personne lit-haut n’a vu ces bras désespérément tendus vers l’Infini, personne ne s’est ému dans les pro fondeurs du Plérome, devant ces inexprimables dou leurs, et la flamme a pu, en un clin d'œil, triomphale ment consommer son travail destructeur! _ Ah! je comprends, mes très chers frères, que la foi de plus d'un parmi nous se soit ébranlée en face d’une pareille iniquité, et,si la voix d’un athée venait, à l’heure présente, prononcer devant moi un acte de négation éclatante, je ne me sentirais pas le courage de maudire son blasphème!
Mais le vrai Gnostique, le vrai croyant, celui qu‘anime réellement l’esprit de Christos, ne doit jamais douter. Sa foi est un roc que rien ne peut entamer. Arrière donc! ceux qui nient Dieu devant le Démiurge. Les premiers chrétiens confessaient Jésus, sous le fer des tortionnaires et la griffe des fauves : faisons comme eux.
Affirmons la gloire du Plérome et l'éternelle Jus— tice sous les monstruosités de la Matière, la séculaire Hylél Mes frères, le règne du Démiurge n’aura qu’un temps : tout passe ici-bas, les empires, les iniquités so ciales;la Terre elle-même est appelée à s’abîmer unjour, dans le mystérieux creuset, où s’élaboreront les futures palingénésies, et d’où sortiront d’autres mondes, moins affreux peuf-être que celui où nous habitons. Dieu seul demeure: Dieu est immortel. ‘
I897] BIBLIOGRAPHIE 161 L’âme aussi est immortelle. Et cette pensée doit nous rendre tout entière la foi que des événements comme celui que nous déplorons, peuvent un moment faire chanceler.
Oui, mes frères, n’en doutez pas, Je le sais, moi qui songe, L‘œil fixé vers les cieux, ces frères et ces sœurs accourus à cette vente de charité où elles ont trouvé la mort, goûtent maintenant d’inef fables ivresses, dans les splendeurs de l’impérissable au delà! Dieu leur devait tout le ciel, et il le leur a tout donné.
Et si, par hasard, quelque légère tache existait encore, après cette douloureuse agonie expiatoire, à la robe blanche de leurs âmes, ils auraient pour l’effacer la prière de tous les pauvres que leurs mains généreuses ont voulu secourir!
Oui, si l’Archange flamboyant qui se dresse sur le seuil du saint des saints pouvait hésiter un instant à ouvrir à quelques-uns d’entre eux la porte des célestes délices, tout le chœur des Elus se lèverait pour crier merci et Dieu dirait: Venez! Voilà, très chers frères et très chères sœurs, la convic tion consolante qui doit nous posséder tous! Unissons nous, croyons, bénissons Dieu et prions !
Donné à Monségur, en notre tente épiscopale, le 5e jour du 6e mois de la 7e année de la restitution de la Gnose. + SYNÉSIUS, (FABRE DES ESSARTS), Patr. Gnost. BEBLE@GÆAEEEE Le Christianisme pour tous, ALBIN VALABRÈGUE. — Paris, chez l’auteur, 1 vol. in-18, 3 fr. 50. (En vente chez Chamuel).
On peut résumer ce livre en ces quelques mots: Le matérialisme nous étouffe, nous tue; le spiritu31isme seul peut nous sauver et, parmi les doctrines spiritua 6
162 L’INlTIATlON listes, celle du Christ, bien comprise, est la seule qui puisse relever notre société et nous donner le bonheur; car l’auteur ne craint pas de dire que le Christianisme peut nous procurer le bonheur dès cette vie. Voyons maintenant comment il s’y prend pour faire cette démonstration. Comme entrée en matière, l’auteur constate le désarroi actuel de la société : ' (...
Si le calme est dans la rue, il n’est pas dans les esprits, et quand le calme n’est pas dans les esprits, qui peut répondre qu’il sera longtemps encore dans la rue ? A une époque où l’on voit grossir tous les jours, ici et partout, l’armée de la Déception, du Découragement et de la Misère, on a le devoir de dire à la société: Prends garde, car demain ce sera peut-être l’armée du DÉSES— 90ml...
Au moment où devant la question sociale. les pouvoirs constitués restent indécis et les classes diri geantes demeurent comme hébétées; au moment où vous vous demandez avec terreur si ceux auxquels vous avez retiré le ciel qui était au—dessus de leurs têtes, ne vont pas retirer le plancher qui est au-dessous de vos pas, c’est à ce moment—là que des voix doivent inter— venir pour s’interposer entre toutes les erreurs d’en bas et tous les égoïsmes d’en haut!
Et les erreurs d’en bas sont plus excusables, car l’ignorance n’est pas le mal, ce n’est que l’obscurité qui appelle la lumière. « Nous sommes de ceux qui ont la conviction que la question sociale est une question morale, avant tout. Les lois seraient insuffisantes à la résoudre. i> Actuellement, le code n’est plus en harmonie avec l’idée de justice qui est au fond de l’âme contemporaine.
Le prolétaire ne voit pas ce qu’il a gagné à la république; on lui a donné l’instruction, mais sans l’éducation, ce qui est un grand mal maintenant que la morale religieuse n’intervient plus. C’est comme si l’on mettait une arme à feu entre les mains d’un enfant de six ans. « L’histoire de l’humanité comprendra quatre grandes périodes: Nature, Religion, Philosophie, Science.
Ces quatre grandes forces doivent donner successivement, par la volonté de Dieu et pour le bonheur croissant des hommes. ,,.4 A.:_.;.t.',.n&l’tatää ‘:‘"'_;-"<“.n’
BIBLIOGRAPHIE 163 < A l’heure présente nous passons de la A l’heure présente nous passons de la période reli— gieuse à la période philosophique. Ici il faut bien s’en tendre sur les termes. La philosophie d’aujourd’hui est une philosophie de négation et de doute; or on ne gou verne pas le monde avec des doutes et des négations, on le gouverne avec des affirmations. « De plus, la formule d’hier ne doit pas être renie'e.
Elle doit, au contraire, servir de matrice à la formule de demain, car la nature procède par évolutions et par révolutions, par transitions et non par oppositions violentes. » ( L’éducation contemporaine doit être basée tout entière sur cette incontestable vérité que nous sommes heureux par nos vertus et nos qualités, malheureux par nos vices et par nos défauts... » L’absence de foi religieuse nous a rendus égoïstes.
L’idée de devoir n’existe plus en nous; nous ne connais sons plus que la contrainte par la loi. « La conscience nouvelle apporte à l’humanité la no— tion de l’égalité des âmes, de la dignité humaine et du bonheur social par la SOLIDARITÉ, POUR LAQUELLE LE CHRIST EST MORT. » Le Christ nous enseigne que notre devoir est d’être heureux.
« Vous avez compris ainsi l’évangile: cette terre est une vallée de larmes, plus vous vous sacrifierez, plus vous serez récompensés après la mort.
Eh bien, vous avez mal lu ou plutôt vous ne pouviez lire qu’avec les yeux du passé, vous lirez désormais avec les yeux du présent et vous lirez ceci: Aimez-vous les uns les autres, parce que c’est votre intérêt, parce que c’est votre bon heur, parce que vous serez millefois plus heureux de ce bonheur-là — sur la terre — que vous ne l’êtes de votre vie charnelle. » .
Jésus, en nous faisant préférer la vie spirituelle àla vie charnelle, prétend nous procurer une existence très heureuse sur cette terre d’abord. Mais, au temps où l’évangile était prêché, les hommes ne pouvaient pas comprendre parce que: L’âme humaine n’était as rête . P P
164 L’INITIATION « Quand nous parlons de la prépondérance de l’âme, il ne s’agit pas d’anéantir le corps, de se mor tifier, etc. — C’est d'un déplacement de bonheur qu’il s’agit. Ce qui était l’Idéal hier sera la réalité demain. Dans la vie, l’IDÉAL n’est que de la graine de RÉALITÉ. Dans l’ordre moral la végétation est lente, Dieu n’impro— vise pasl...
QUINZE SIÈCLES avant Jésus, Moïse a semé cette graine, le jour où il a apporté son immortel Déca logue sur lequel rayonnent ces mots: Tu aimeras ton prochain toi-même. » Il y a ici une erreur: Moïse n’a dit nulle part d‘aimer son prochain comme soi-même. son rôle déjà fort beau s’est borné à promulguer un code monothéiste, ou plu tôt monolâtrique et moral qui n’a encore rien perdu de sa valeur.
Seulement, en dehors du Décalogue. nous sommes obligés de rejeter une partie de ces prescrip— tions : la loi du talion par exemple. Tandis que Jésus a bien dit, lui, d’aimer son prochain comme soi-même, et nous n’avons rien à rejeter de ses enseignements. « Jésus a été l’envoyé de Dieu pour préparer nos âmes à la compréhension de cette vérité, qui aura bien tôt l’évidence d’un axiome: que le Bien c’est le Bonheur et que le Mal c’est le Malheur.
« La tâche de l’Église a été d’être l’incomparable ou vrière de cette lente évolution non encore achevée. « L’humanité croit venir de l’évangile, tandis qu’en réalité elle y va... « C’est au moment précis où l’on croit que le christia nisme est fini qu’il va remplir le monde l... » Un chapitre est ensuite consacré à des comparaisons entre le Fils de l’Homme et le Fils de Dieu.
« Lorsque vous songez à commettre une mauvaise aCtion, il se livre une lutte en votre âme. Si vous com mettez cette action, la partie divine est vaincue en vous et la partie matérielle triomphe; si vous ne commettez pas cette action, c’est le fils de Dieu qui est vainqueur. c On est le fils de l’homme autant qu’on le veut, cela est très facile et on en abuse; on est fils de Dieu égale— ment à volonté, mais cela c’est très difficile.
Il y faut l’éducation, la prédisposition et surtout la SOLIDARITÉ. « Si le Christ n’avait été que Dieu, où aurait été son
BIBLIOGRAPHIE 16 5 WJŸV"I1JAÎT .. .- --u. . .-.. . wv.‘:....."r .,.æ. - _.. -». ..i < mérite? où la lutte? où la souffrance? où le martyre? 0ù1'EXEMPLE?... » Vient ensuite une longue série de citations des évan— giles divisées, peut-être un peu arbitrairement, en paroles du fils de l’homme et paroles du fils de Dieu. Du reste l’auteur lui-même nous avertit que les contradictions ne sont qu’apparentes.
En réalité, il n’y a point de contradictions entre ces divers passages, ils se complètent tout simplement. Jésus parle, non pas souvent, mais toujours comme un homme « pour être compris des autres hommes ». Mais sa doctrine est toujours divine.
Quand Jésus dit, par exemple, qu’il est venu apporter la guerre, il est bien facile de comprendre qu’il n’y a pas là un enseignement belliqueux, mais une simple consta tation, comme lorsqu’il dit que les hommes persécute— ront ses disciples à cause de lui. A propos du Pater noster, l’auteur remarque que la phrase: Que ton règne arrive!
Que la volonté soitfaite sur la terre comme au ciel! implique que « l’homme a le pouvoir d’empêcher, de retarder que la volonté de Dieu soit faite sur la terre. » Et il ajoute plus loin : « Vous pouvez retarder ce moment par votre force, par votre liberté, mais empêcher qu’il n’arrive, non! » Cette vue est très juste. L’auteur nous prédit le règne prochain du spiritua lisme: «... Le corps va désormais servir et non plus com mander.
' « La Bête va se taire. » La matière agit sur l‘esprit, mais le matérialisme n’est qu’un milieu de système. A ce milieu, le spiritua lisme, avec Jésus—Christ, apporte les deux bouts: DIEU et l’AME..... » * < De même qu’il y a une atmosphère physique, il y a une atmosphère morale. « L’atmosphère morale est, au monde des âmes, ce que l‘air est au monde des corps. Cette atmosphère est créée par tous les fluides, et les fluides contiennent les Idées.
Les idées sont peut-être PERSONNES VIVANTES l... » Il y a encore là une vue très juste; les occultistes sa vent, en effet, que les idées sont des êtres animés et d'une - -»'xf.q,-Ëàälî-J’i‘à.firJ-LLJ‘ :. - . .
166 L’INITIATION .-. A- 1.... durée var1able, quelquefois tout à fait éphémère, mais quelquefois très longue. Dans ce même chapitre nous sommes ramenés à la soli darité à propos de la psychologie des foules: « L'homme, qui est mêlé à une foule, ne s'appartient pas, il subit l’âme collective.
Ceux de nos concitoyens qui aiment le calme, et qui désirent causer le moins possible avec les magistrats de leur pays feront bien d’éviter d’aller, en badauds ou en curieux, au milieu des foules inquiètes ». 41 Le dogme de la solidarité sera le grand moteur des âmes au xx° siècle >.
Dans le chapitre suivant, on trouve cette vérité trop peu connue : « C’estànos méthodes d’observation, à nos habitudes de psychologie et d’analyse, que nous devrons bientôt cette certitude que, lorsqu’on fait le bien, on se fait du bien surtout à soi-même, — et que, lorsqu’on fait le mal, on se fait du mal surtout à soi-même.
Je dirai plus : si celui, auquel on fait du mal, est spiritualiste, c’est-à-dire s’il a l’âme assez divine pour être le maître de son corps, il souffrira moins du mal qu’on lui fait que le malfaiteur lui—même l... » Puis, dans un autre chapitre nous lisons : « Notre génération est celle qui est née quand les derniers cierges étaient éteints! < Nos aînés ont fait de la triste besogne et, si nous parlions comme eux, nous n’aurions pas assez d’indigna tion contre leurs colossales erreurs, assez de colère contre leur imprévoyance : nos aînés ont étéles assassins INCON SCIENTS de nos âmes.
Pas encore, car l’assassin supprime, et nous, nous vivons! » Et plus loin : ( Les grands ouvriers de la Négation contemporaine ont tenu superbement leur marteau de forge, — sans se douter que notre âme était sur l’enclume! » Tout cela est très vrai et très bien dit. La doctrine de Jésus peut être résumée en trois mots : Pardon, Humilité, Amour lin prochain. La pratique de ces vertus est non seulement un devoir, mais aussi une cause de bonheur. Du reste, le bonheur —-....- w. . .«..« .1.
BIBLIOGRAPHIE I6 7 spirituel est bien plus grand que le bonheur matériel. Qu’est, en effet, le bonheur que donnent les richesses ? « l’or est un métal froid qui gèle les âmes... » Les riches ne sont pas si heureux qu’on le croit : la satiété vient vite. » « L’HABITUDÉ, admirable création de Dieu, pour que le riche ne soit pas trop heureux, et que le pauvre ne soit pas trop malheureux!
L’habitude dont nous pouvons faire soit notre meilleure amie, soit notre plus cruelle ennemie. ( Eh bien! le bonheur spiritualiste est comparable à ‘une grande fortune qui ne lasserait pas, qui vous procu rerait toujours une intensité dejjouissance égale à la jouis sauce première. x» , Pour attirer à nous le secours divin, l’union est néces saire, et ici ,reparait encore la solidarité.
« Une seule âme peut être assez forte pour se joindre à Dieu sans secours pour naître une secondefois, sans auxiliaire; mais, si elle ' n’est pas assez forte, et si elle désire changer de vie, elle doit faire appel au secours d’autres âmes.
« Ce n’est pas pour rien que Jésus recommande de se réunir. » Passant au Socialisme, il trouve que la formule sociale de Jules Guesde est un édifice admirable dans lequel on ne peut pas respirer, parce qu’il n’y a ni portes ni fenê très. « Alors que le genre humain sort de la période d’AUTO RITÉ, pour entrer dans la période de LIBERTÉ, M. Jules , Guesde nous offre un système... AUTORITAIRE! ». « Jésus dit: Fraternité! Guesde dit : Gendarmerie!
Le Christ dit : Douceur. Le collectivisme dit : Violence. Choisissez. ' < Avec le système de Guesde, l’argent de France va se Avec le système de Guesde, l’argent de France va se cacher à l’étranger.
L’émigration a déjà commencé. < Avec la doctrine de Jésus, l’argent qu’on aurait Avec la doctrine de Jésus, l’argent qu’on aurait envoyé à l’étranger reviendrait en France, pour l’action féconde et généreuse. » « Il ne s’agit pas de dire, a ecles collectivistes exaltés ; faisons la Révolution, nous verrons après. W;“cw—‘ .——\ ._,_L - A
168 L‘INITIATION __-n . “s<..n -. I .—. v>v“ "*v""“ml';r « Je suis de ceux qui demandent à voir avant. « Sous prétexte qu'on s'en est tiré, après [893, s'en suit-il qu’on s’en tirera après la Prochaine ?
«Ah çà! vous ignorez donc ce que c'est qu’une Révo lution, c’est-à-dire une force collective décharnée, cyclone vivant, dont NUL n’est le maître jusqu’au jour où le peu ple, revenant à la raison, terrorisé, écœuré, accablé, effrayé de ses propres excès, est heureux de recevoir sur la poitrine la botte glorieuse d'un Napoléon ? 4: Prenez garde, cette fois, que la botte ne soit moins glorieuse!
« Vous jouez tous une partie dont l'enjeu est la France même ! < On n'est pas plus maître de la Révolution qu'on n’est maître d’une tempête... » « Le socialisme de Jésus intervient pour mettre d'ac cord tous les réformateurs sincères, tous ceux qui veu lent mener le pays et, par suite, l’humanité au bonheur par la raison, la méthode, l’évolution rationnelle et pro— gressive. « On ne décrète pas le bonheur, on le prépare.
Les sociétés ne se transforment pas du jour au lendemain. » Tout cela est parfaitement compris. Je m'en voudrais de ne pas citer encore ces quelques passages : « Sur toutes ces ruines où 1’Humanité pleure, quelque chose surgit, immense, splendide, c‘est la Croixl Et cette même Humanité regarde, comprend, s’age nouille et adore. Et le savant le plus savant sent, dans son âme, la r01 sincère du plus ignorant et du plus humble.
« Les yeux se mouillent, les cœurs s'ouvrent, les âmes se cherchent, et le Divin Crucifié, dont les bras sont étendus depuis dix-neuf siècles, cloués au poteau ré dempteur, va enfin pouvoir les refermer sur 1’Humanité tout entière ! « Le Christ va ressusciter l... » M. Valabrègue cite ensuite en entier le Sermon sur la Montagne et le commente généralement avec justesse. Je remarque, par exemple, qu'il ne craint pas de prendre à la lettre la première béatitude : Bienheureux
BIBLIOGRAPHIE 169 les pauvres d’esprit parce, qu’à eux appartient le royaume des cieux. ’ Il n’y a pas à dire, en effet, le texte grec porte bien : p.atnoîptor oi n‘rm)(oi TÜ|Ï) nveüprxrr; on a essayé de traduire : heureux les pauvres en esprit, c’est—à—dire ceux qui, dans leur for intérieur, reconnaissent combien ils sont peu de _chose.
C’est torturer le texte, oî 1:twxoi t(.Î) 1tysüp.au ne veut pas dire les humbles, mais bien les pauvres d’esprit. Faut-il en conclure que Jésus enseignait qu’il faut être un imbécile pour avoir le royaume des cieux?
Pas davantage; mais la vue des pédants, de ce que nous appellerions aujourd’hui les demi-savants, l’avait telle ment écœuré, il voyait si bien la difficulté de faire péné trer la vérité dans ces cerveaux encrassés de sophismes et gonflés d’orgueil, qu’il plaçait au premier rang des béatitudes cette simplicité que nous pourrions appeler cerveau page blanche.
Heureux les esprits qui ne sont pas encombrés des fatras de l’école, qui n’ont pas pris cette tournure agressive, ergoteuse, qui empêche toute idée juste de les toucher. Et M. Valabrègue a très bien compris cela, car il écrit : « Est-ce àdire qu’il suffit d’être simple pour être\dans le royaume de Dieu ? Non. Cela signifie que celui qui est simple, qui et l’âme nette, est PRÉPARÉ plus qu’un AUTRE à recevoir la vie spiritualiste.
Rien n’obstrue son âme ; il n’est pas obligé, comme vous et moi, de triompher d’abord de tous les obstacles accumulés par les passions, les vices, l’impiété, les pauvres doctrines, etc. » A propos de la défense que fait Jésus de regarder une femme pour la convoiter, ce qui est déjà commettre l’adultère dans son cœur, M. Valabrègue fait la réflexion suivante : ' « Voilà pourquoi il faut tout mettre en œuvre pour arriver à bien penser.
Celui qui souhaite faire le mal produit du mauvais fluide, crée de mauvais germes dont ' un autre peut-être héritera. C’est la complicité incon sciente. D’où la nécessité de l’éducation, des bons contacts, des saines réflexions, de tout ce qui peut as sainir les foyers intérieurs pestilentiels. »
170 L’INITIATION ...fln l\ - .-_-_ -._ . En somme, tout ce chapitre est excellent; il s’y trouve cependant une a'fl‘irmation un peu risquée : « le repen tir, tel que le comprend l’Église, n’est pas indispensable au salut. « Pardonner les offenses » suffit pour que Dieu nous pardonne nos péchés... ».
Il faudrait une longue discussion pour élucider ce point, mais tenez pour certain que le repentir est indispensable, et vous en trouverez la preuve dans les évangiles mêmes. Quant à la manière dont le comprend l’Église, elle est beaucoup plus sérieuse que vous ne semblez le croire.
Certes, il serait contraire à l’esprit religieux bien entendu de s’abandonner au désespoir sous prétexte de repentir, mais l’Eglise est la première à nous en détourner; tous ses enseignements, qu’il ne faut pas confondre avec les paroles imprudentes de certains prêtres trop sévères, nous font espérer en la miséricorde infinie de Dieu.
Quant au long chapitre sur l’éducation sociale, il con tient d’excellentes choses, entre autres de longs extraits d’une circulaire de M. Bourgeois, qui sont très intéres sants : . « ...Où prenez-vous l’obligation du devoir? Dès l‘ins tant que vous repoussez la révélation, je vous mets au défi de m’en montrer la sanction morale. Dans la con science?
Allez donc faire l’inspection générale des con sciences, et vous m’en donnerez des nouvelles. » « Que l’enfant ne soit pas intéressé à marquer ses défauts, par crainte de honte ou de répression, on par hypocrisie intéressée. Le défaut caché, c’est le jeu qui couve, c’est l’ennemi qui dort pour s’éveiller plus tard. ( Il faut faire sortir les défauts et non les faire rentrer.
« Les répressions sévères, — avant que tous les autres moyens aient échoué, —— peuvent pousser à la dissimula tion, à la colère, à la haine. ) « Dans le chapitre intitulé Paraboles, on trouve encore des idées d’une justesse parfaite, celles-ci par exemple: a La haine et la vengeance sont des poisons que l'on verse à ses ennemis, mais qui laissent une partie de leurs toxines dans l’âme de celui qui les fabrique. » « Celui qui exige de la reconnaissance ne connaît pas la vraie charité. Qu’il relise l’admirable chapitre de saint -..h_-_‘ar-._._._ . _ .__‘D”‘
BIBLIOGRAPHIE [7! Paul. La vraie charité consiste, non seulement à obliger avec bonheur, mais encore à avoir pitié du débiteur, s’il montre de l’ingratitude... » Et cette boutade : « Frissonnez, courez à la vie charnelle, penchez—vous vers la terre, au lieu de regarder les cieux !.. Seulement, trouvez quelque chose à répondre aux pauvres gens qui réclament leur droit au frisson, au cabaret, au bifteck et aux jeux du cirque! » « Pitié !..
Et vous voudriez qu’il y eût un autre enfer? Il ferait double emploi l.. ' J’ai pensé que la meilleure manière de faire connaître ce livre, qui mérite d’être connu, était d’en faire de nom breuses citations; mais il est très difficile de faire un choix,car on se laisserait volontiers entraîner à tout citer.
Les idées contenues dans ce livre ne sauraient trop être répandues et encouragées; en effet, quel est l’homme de bon sens qui oserait soutenir que les lois et les gen darmes suffisent pour assurer le bon ordre dans une société quelconque?
Est—il possible de vivre en paix, au dedans et au dehors, sans compter sur la bonne volonté générale? (Paix, sur la terre, aux hommes de bonne volonté.) Et quel livre, mieux que les Evangiles, quelle doctrine, mieux que celle du Christ, pourraient disposer les . esprits à manifester cette bonne volonté si indispensable ‘? Je souhaite donc un grand nombre de lecteurs à M. Valabrègue.
Ceux qui aurontlu son livre, sans parti pris, y apprendront certainement quelque chose; en tout cas, ils ne regretteront pas le temps qu’ils y auront passé, car le style en est agréable, comme la signature donne le droit de_ s’y attendre, et on ne s’ennuie jamais à lire un livre bien fait. D“ F. ROZIER. Manuel d’astrologie sphérique et judiciaire, Par FOMALHAUT.
En publiant notre traité d’astrologie, nous déclarions il y a deux ans qu’une telle publication nous avait semblé nécessaire, étant donnée l’absence d’ouvrages modernes écrits en français sur l’astrologie et le nombre sans cesse
172 L'INITIATION _Y z —Nmfluu—v V\Wm. dp Çw v...n. -.. . -w.».. __ ___w croissant de ceux qui désiraient entreprendre l’étude de cette science.
Nous souhaitions en même temps de voir des astrologues compétents prendre à leur tour la plume pour nous imiter et faire connaître le résultat de leurs labeurs, car nous n'étions pas sans reconnaître l’insuffi— sance d’un travail dontle principal mérite était de pa raître au moment convenable, c’est-à-dire lorsqu’il pou vait être utile à quelques esprits studieux.
C'est donc avec une vive satisfaction que nous avons reçu le beau volume édité par la librairie Vigot, et c’est avec plaisir que nous avons accepté de faire en cette revue l’analyse rapide d’un ouvrage dont l'auteur apparaît plein de science et d’érudition dès le premier coup d’œil jeté sur son travail.
Ce qui, suivant nous, donne une grande valeur au ma nuel d’astrologie de M. Tomalhaut, c’est que l’auteur a cherché à s’inspirer des œuvres de Ptolémée soit dans l’érection du thème, soit dans son interprétation. Pour les étudiants désireux de se faire une opinion et de com parer les différents systèmes, c’est un avantage énorme sur lequel nous croyons inutile d'insister.
L'ouvrage se divise en deux parties ayant trait l’une à la domification du ciel, au calcul des positions des pla nètes et au calcul des directions; c’est la partie astrono mique; l’autre à l’interprétation, c’est la partie astrolo gique proprement dite. A la première sont jointes des tables très claires et fort bien faites, ayant pour but de faciliter le travail.
Dans l’érection du thème, l’auteur utilise la méthode par temps horaires,qu’il déclare bien supérieure à toutes les autres. Il l’expose du reste avec une grande clarté et montre que le su;et lui est très familier et qu’il a étudié longuement la question.
Pour nous qui avions pris la peine de faire connaître au lecteur la division par la mé thode égale et celle par ascensions obliques, nous ne pouvons qu’être satisfait de voir présenter à son tour une méthode qui fut fort employée et qui ainsi conçue possède une grande valeur. Mais nous reprocherons à l’auteur sa sévérité à l’égard de Jean de Monteregio et le mépris qu’il semble afficher pour sa méthode des cercles de position.
BIBLIOGRAPHIE 173 C’est une excellente idée de vouloir remonter d’abord jusqu’à Ptolémée et à ses ouvrages, quitte à introduire ensuite les modifications jugées utiles après un mûr exa men, mais il ne faut pas oublier que certains passages, des quatre livres ont pu être interprétés de différentes manières.
' Ainsi que l'auteur lui-même le fait observer, « chacun s’est évertué d’appuyer sa petite invention de la grande autorité du savant grec, quitte à torturer les textes pour arriverà faire dire une absurdité à ce grand génie ».
Nous aurions donc été heureux de rencontrer dans l’ou vrage que nous examinons une interprétation du texte grec, que l’auteur n’a pas manqué de faire, et qui ne laisserait aucun doute sur les intentions du Prince des astrologues. En effet, il est interdit au profane de décider en cette matière, car les traductions, comme on le disait plus haut,Ësont souvent des trahisons.
Cependant, admettons que l’œuvre de Ptolémée soit très explicite à ce sujet, nous verrons que la réforme in— troduite par Jean de Monteregio, non seulement n’a pas transformé et défiguré l’astrologie, mais a donné une impulsion nouvelle à cette science.
Pour cela, il suffit d’examiner les ouvrages publiés antérieurement. d’étu dier les méthodes employées soit pour la domification du ciel, soit pour le calcul des directions, pour rester convaincu que les enseignements de Ptolémée étaient tombés dans l'oubli et que Jean de Mônteregio appor tait une réforme très utile, puisqu’elle permettait d’o pérer avec plus d’exactitude et en tenant compte des positions réelles.
L’œuvre de Monteregio apparaît donc comme celle d’un réformateur de génie et non comme celle d’un égaré. Elle fut utile à l’astrologie au lieu de la défigurer comme le prétend aujourd’hui M. Tomalhaut.
Notons que pour arriverà cette conclusion nous avons dû admettre que Ptolémée avait enseigné la division par temps horaires, ce qui reste incertain pour nous jusqu’à nouvel ordre, et que nous n’avons eu à tenir compte que des circonstances dans lesquelles la méthode ration— nelle fit son apparition. Il nous reste à examiner les arguments qu’apporte
174 L’INITIATION l’auteur du manuel d’astrologie en faveur de la préexcel lence de la méthode par temps horaires telle qu’il nous la présente aujourd'hui. C’est, dit-il, la seule méthode qui soit juste, logique, scientifique. Nous allons voir que cette appréciation est fort juste, mais qu’elle est applicable également à la méthode de Monteregio.
Il faut en effet examiner le but qu’on se propose et voir quelle est celle des deux qui semble le mieux y convenir. Quels sont en effet les avantages que doit offrir celle que nous choisirons?
Avant de poursuivre cette recherche, nous ferons remarquer au lecteur que, lors qu’il s’agit soit d’opérer la division du ciel en maisons, soit de diriger un point du ciel vers un autre, on doit se préoccuper du système selon lequel on veut opérer et de la méthode que l'on veut suivre dans la pratique. Quelques explications vont faire comprendre l’utilité de cette distinction.
Nous savons déjà que les anciens as trologues opéraient la domification du ciel en utilisant un grand nombre de coordonnées; les uns prenaient l’écliptique pour base de leur travail, tandis que d’autres utilisaient l’équateur. Ainsi naquirent les différents sys tèmes dont nous avons eu déjà occasion de parler ,au lecteur.
Lorsqu’il s’agissait de passer de la théorie à la pratique, tousles partisans d’un même système ne pro cédaient pas de la même façon; les uns se servaient de sphères célestes munies de cercles gradués, d’autres utili— saient des tables construites par leurs prédécesseurs, et enfin un petit nombre opéraient eux-mêmes leurs calculs, et la marche qu’ils suivaient était encore susceptible de variations.
Ainsi prirent naissance pour chaque système différentes méthodes ou manières de procéder. Nos n’avons pas ici à rechercher quel est le véritable système de domification, non pas que cette semblable recherche soit dépourvue d’intérêts, mais parce que la division par cercles de position et celle par temps horaires se rattachent au même système.
C’est celui, remis en usage par Jean de Monteregio, qui tient compte de la position réelle du ciel et de l’ordre naturel. Mais, si le choix d’un système est chose délicate et
BlBLIOGRAPHIE 1.75 W wrrdifficile, il n'en estpas de même de celui d’une méthode. Il suffit, en effet, considérant le but qu’on se propose, qu’elle fournisse des résultats suffisamment exacts, qu'elle soit d’un usage facile et qu’elle permette d’opérer avec le plus de rapidité possible. .
Le savant auteur du Manuel d’astrologie fait observer qu’il est facile de démontrer trigonométriquement que la méthode par cercles de positions est susceptible d’erreurs, il ajoute que les tables construites par Mon teregio sont actuellement fausses par suite de la varia tion qui s’est produite dans l’inclinaison de l’écliptique sur l’équateur.
Nous regrettons qu’il n’apporte pas des exemples à l’appui de son opinion, il eût été facile au lecteur de constater que ces erreurs ne possèdent aucune importance.
Il ne faut pas se faire d’illusions, il serait facile de compter les personnes qui possèdent l’heure exacte de leur naissance, et les erreurs qui résultent toujours de cette ignorance possèdent une telle impor tance qu’il devient puéril de chercher à opérer des cal culs minutieusement exacts, en partant de données fausses.
Combien de personnes vous disent, par exemple, je suis né entre une et deux heures du matin, et alors devant cette approximation que devient une approxima— tion de quelques minutes dans l’érection du thème ? Si maintenant nous examinons quelle est celle des deux méthodes qui permet d’opérer avec la plus grande rapidité, il est évident qu’avec les tables de Jean de Mon teregio on obtient une économie de temps énorme.
Mais revenons à l’analyse du volume, car nous ne voulions que rendre ce qui était dû à un mathématicien érudit et à un astrologue de génie dont nous ne pou vons qu’être fiers. La domification du ciel et le calcul des directions opé rées par temps horaires sont exposés comme nous le disions plus haut d’une façon plus lumineuse.
Le sujet se développe avec méthode et, bien qu’assez difficile à comprendre en lui-même, nous ne pensons pas qu’il présente de grandes ‘ difficultés à l’étudiant vraiment désireux d’apprendre, tant l’auteur s’est efforcé de pré voir les obstacles et de les diminuer par des définitions et des exemples. '
176 L’INITIATION Si nous jetons les yeux sur les règles relatives à l‘inter— prétation,nous voyons que l’auteur, respectueum des enseignements de Ptolémée s’est efforcé d’exposer avec soin l’opinion de ce maître.
Ce n’est ni l’astrolo gie complexe de Garcœus et de la plupart des astro logues ni celle de Morin de Villefranche, qui n’admet tait que les significations particulières que donnait au planète sa présence dans une maison ou sa domination dans cette maison. Le lecteur pourra étudier avec grand profit les modifications subies par l’interprétation depuis Ptolémée jusqu’à la fin du xvru° siècle.
Avant de terminer, signalons un fait qui montre que l’auteur ne s’en tient pas à la théorie et qui, pour les gens qui estiment que le meilleur argument en faveur de l’astrologie est une prédiction précise qui se réalise, aura la plus grande valeur. Quelques mois avant la mort du président Carnot, M. Tomachaut prédit à des per sonnes de notre connaissance sa mort violente et les circonstances dans lesquelles elle devait avoir lieu.
Nous attirerons encore l'attention sur l‘explication originale qu’on trouvera à la fin de l’ouvrage relative ment aux planètes nouvellement découvertes et sur les correspondances astrologiques du Tarot. Enfin à ceux qui désirent étudier l’astrologie et à ceux qui sont cu— rieux de parcourir ce qui se publie sur cette science, nous recommanderons la lecture du nouveau manuel d’astrologie.
L’intention de l’auteur était, comme il le dit lui-même, de suivre pas à pas Ptolémée. Or nous pouvons le féliciter de la perfection qu’il a su déployer en cette tâche comme de l’érudition dont il fait preuve. Nous avons regretté qu’il ait oublié un instant que tout labeur humain doit être respecté surtout lorsqu’il a eu son utilité, mais ceci ne diminue en rien la valeur de l‘ouvrage qu’il présente aujourd’hui au public. ABÉL HAATAN.
NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 177 ”«N©‘JI‘ES ËEELK@©RÂPKKUES Sur la Route... par ALBERT FLEURY, 3 fr. Librairie de l’Art Indépendant. J’ai déjà eu l’occasion de parler ici-même de M. Albert Fleury. Après les Evocalions, les Paroles vers Elle, voici Sur la Route... D’une œuvre à l’autre le progrès est sen sible. Le vers est devenu plus fluide, plus parfait;le rythme se plie avec plus _de grâce pour exprimer toutes les nuances de la pensée et du sentiment.
Le souffle du poète n’est pas puissant, mais il est du moins très pur. Sa poésie est une musique délicieuse qui enchante l’âme. On dirait une douce brise qui chuchote vers le soir, dans les feuillages silencieux et discrets. C’est une âme qui résonne intérieurement, qui se fait écho à elle-même. Ce sont ces échos qu’elle nous conte ou plu tôt qu’elle se conte. Car tout est intime en elle. Elle est tendre, délicate, craintive.
Elle ne se livre toute que dans l’intimité la plus recueillie, la plus cordiale. Elle aime la tranquillité, le calme, ct la chaumière solitaire, douce ), cette halte du bon repos sur la route éternelle. Elle ne paraît pas capable d’agir fortement et avec suite, d’imprimer profondément sa marque sur tout ce qui se rapporte à la vie pratique.
Si elle a fait le pas décisif, accepté la vie telle qu’elle est, je crois que c’est plutôt par conviction qu’entrainée par ses penchants. Son œuvre est comme un tissu léger flottant dans l’espace. Elle a quelque chose en elle de légendaire, voire d’irréel. Seuls quelques poèmes semblent faire exception Qu’importe d’ailleurs ?
Ne suffit-il pas qu’elle nous tienne sous son charme I’ Sur la Route... contient de très belles pages, entre au tres les paroles du vieillard aux tristes adolescents, qui résument admirablement toute la philosophie du livre. * JACQUES BRIEU. G I Les Manifestations du monde surnaturel et M“° Couédon en face des mécréants et des adversaires, avec la réfuta tion de quelques objections, par un curé de campagne. Paris,Te’qui, 2t_;, rue de Tournon, I897, br. in-tz.
178 L’INITIATION L’honorable éditeur est fort connu de la clientèle catholique: il annonce qu’un examinateur des plus com pétents a rendu de cette brochure un excellent témoi— gnage. Dans l'avant-propos, la question des rapports de M“6 Couédon avec Mme Orsat est réservée: pour mon compte, je pense qu’il faut soumettre à un contrôle sévère les dires de cette femme et demander à l'ange pour qu’elle raison elle avait été missionnée.
Après avoir constaté l’inquiétude universelle qui règne en Europe, l’auteur étudie à fond la question. Il débute par rappeler ce qu’est le surnaturel: c’est ce qui surpasse la nature humaine. Ses manifestations seraient plus exactement appelées des faits supra ou extranaturels. Cette remarque me parait excellente.
Suit la mention de quelques apparitions célèbres, par f’aitement constatées, et capables de convertir le matéria liste à qui la bonne foi ne ferait point défaut.
Le discer nement des esprits est accordé à quelques privilégiés comme aux chefs de l’Église : il me semble que les catho liques pourraient consulter les rares voyants qui inspi rent une confiance absolue, pour leur demander de se prononcer (pendant ou après l’extase) sur l’identité de l'ange qui inspire Mlle Couédon; car il est probable que Sa Sainteté n’aura pas le temps de procéder à un juge— ment canonique avant les catastrophes annoncées.
Le prêtre qui écrit cette brochure rappelle les titres de quelques bons ouvrages sur les Esprits, et expose l’utilité des manifestations surnaturelles au 711xe siècle. Je ne puis me prononcer au sujet des réserves qu’il for mule à l’égard de l’occultisme: mais j’affirme hautement que tous les occultistes gagneront à méditer son travail. Il critique en termes fort mesurés l’enquête de la Société des sciences psychiques.
Les prêtres qui en font 'partie ont—ils interrogé bon nombre de témoins favorables ou défavorables et pesé leurs témoignages? Déjà Papus a réclamé avec raison cette enquête complémentaire sur les témoins.
Les mêmes prêtres ont-ils employé, pen dant l’extase de la voyante, l’épreuve de l’eau bénite et celle du crucifix (auxquelles il faudrait absolument ajou ter celle de la présentation d’une hostie consacrée et d’une non consacrée, de deux objets, l’un béni et l’autre ..||.
NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 179 non, d’une relique et d’un ossement ordinaire ? Le ré— sumé du rapport de M. le chanoine Brettes n’en fait point mention.
«Il me semble, dit le pieux écrivain, qu’on s’est borné à rechercher ce qui pouvait être défa vorable à la voyante par rapport au surnaturel divin. >> Si l’ange a parlé très fréquemment, c’est que les com munications étaiént destinées au public: il n’y a aucune analogie avec le fait de l’Annonciarion.
Il est invraisemblable qu’un démon interdise à la voyante de recevoir de l’argent, lui annonce des persé— cutions et non des jouissances, prédise des fléauxà la France tombée dans les trois concupiscences que signale I’Ecriture, parle de la conversion de grands pécheurs, c’est-à-dire de la défaite de Satan, et de la déroute de ' l’impiété en_ France après les châtiments, guérisse un petit enfant malade et soit absolument d’accord avec les prophéties les plus autorisées.
Le lecteur remarquera cette fine hypothèse: combien une société savante aurait raillé cet archange Raphaël qui ménagea le mariage de Tobie et dit tout d’abord être le fils d’Ananias! _ Il est en outre prématuré d’émettre un jugement avant' d’avoir pu vérifier l’accomplissement ou le non-accom plissement de ces prophéties.
L’écrivain fait une excellente comparaison entre les menaces divines relatées dans la Bible et celles de la voyante parisienne : il montre une remarquable connais sance du livre sacré et un réel talent de logicien.
« Que M. l’abbé X., dit-il, qui prétend que ni les Ecritures ni l’histoire ecclésiastique ne nous révèlent un fait analogue qu’il faille rattacher à une origine divine, nous révèle donc un fait semblable qu’il faille rattacher à une origine diabolique.
Nous lui en saurons infiniment gré. » C’est répondre avec autant d’esprit que de jugement. — Pour mon compte, j’ai objecté à Mne Couédon (comme le fait l’auteur à la page 69) qu’un mauvais ange pourrait venir essayer de la tromper après qu’un bon ange lui a parlé; elle m’a répliqué que l’ange veillerait lui-même sur elle tant que sa mission ne serait pas achevée; et qu’il a menacé de l’abandonner si elle ne devenait pas meilleure. En résumé, cette brochure est excellente à tous les
180 L'INITIATION points de vue (1). Nous adhérons aux conclusions de son auteur anonyme; et nous désirons qu‘il puisse en faire une seconde sur les divers témoignages ou tout au moins collaborer à l'Echo du merveilleux de M. G. Méry. SATURNINUS. 'k . . THOLO‘N (abbé): Le Sauveur de demain. Paris, Tobra, 28, rue d’Assas. In-8, 1 fr. 50.
M. l’abbé Tholon,déià connu par plusieurs ouvrages, vient d'en publier un qui sera lu avec avidité et com' menté avec passion. Il a su choisir très habilement et grouper d‘une façon méthodique une grande quantité de prophéties dont l‘an— cienneté et l’authenticité ne font point de doute: la plu part sont tirées du Liber Mirabilis (édition de 152+) ou de livres déjà anciens.
Personne ne pourra l’accuser de rééditer des prédictions inventées par une fraude pieuse des partisans du comte de Chambord. Croyant à l’inspi— ration de M119 Couédon, il s’abstient de la citer dans son livre. Après une crise effroyable qui sera dirigée contre les riches et contre les prêtres, surgira pour la France le sauveur encore inconnu : le grand Monarque.
Nous re— commandons au lecteur les pages ingénieuses où M. Tho lon démontre qu’il y aura plusieurs princes français préparateurs, précurseurs, collaborateurs de la grande rénovation qu’accomplira ce héros prédestiné après l’union des partis. ‘ Ecfivant pour le lecteur français, il laisse toutefois dans l’ombre le rôle important que doit jouer, d’après des textes qui paraissent authentiques, un empereur de Russie (2).
Tout cela va causer un étrange désoriente ment chez nous, habitués à espérer en l’avenir de notre malheureuse république. A l’union des partis en France succédera bientôt l’u (1) Trois inexactitudes à relever: l’esprit a dit qu’il était l’ange de l‘Annonciation (Voile d‘1sis, 23 juillet 1896) ; la peste actuelle n’est pas la réservée (Écho, 19r mars); =le curé d’Ars fut obsédé et non possédé (p. 91). 8(2)3Lire: CHAUFFARD, La Réuolution;Avignon, Aubanel; in-12, i 9 .
N OTES BIBLIOGRAPHIQUES 181 nion des Églises grâce au grand pape allié du grand Mo marque. Le pieux écrivain réfute admirablement les objections d’un matérialisme, qu’il compare à celui qui régnait avant l'apparition du Christ. Il rappelle que bon nombre de prophéties privées se sont accomplies ou ont com mencé de s'accomplir.
Or ce commencement de réalisa tion donne une grande valeur à la partie des prédictions qui concerne un avenir très prochain. Je ferai mes ré serves sur la date qui doit voir Jérusalem délivrée du joug musulman. Cette brochure est d’un intérêt exceptionnel. Son exécution typographique fait le plus grand hon neur à l’éditeur. SATURNXNUS. c o au OS\VALD \’VXRTH. — L’Imposition des mains et la médecine phi1050phale; in-18, 56 fig. 3 fr. 50.
Chez Chamuel. La littérature du magnétisme moderne est fort riche de traités didactiques, théoriques ou expérimentaux; mais aucun de ses auteurs. médecins ou travailleurs sans diplôme, n'avait encore placé le magnétisme à son vrai rang dans l’échelle des connaissances humaines.
Seuls quelques initiés, comme le marquis de Saint-Mar tin, Fabre d’Olivet et surtout Eliphas Lévi, avaient indi— qué, en quelques phrases trop brèves, les caractères, les fondements et les possibilités de cette science renouve— lée. C'est à M. Oswald Wirth, le courageux protagoniste du meuvemem d’idéalisme qui court à travers la Franc Maçonnerie, qu'il était réservé de combler cette lacune.
Inspiré par les travaux et les leçons d’un chercheur peu connu auiourd’hui, Oswald Wirth a fait l'œuvre la plus originale que nous connaissions sur le magné tisme, avec les Aphorismes de Mesmer et la Magie dévoilée de du Potet. Cette originalité consiste simple ment dans l‘application aux faits magnétiques des théo ries traditionnelles de l’hermétisme enseignées dans les temples égyptiens, il y a trente ou quarante siècles.
Ces théories hermétiques, émanées elles-mêmes des centres initiatiques les plus élevés de'l’Atlantide et de la Lémurie, conservées dans la terre de Mitzraim et dans les monas
I 82 L’INITIATION tères lamiques, n’eurent pas d’écho plus fidèle que le cœur mystique de la race blanche, ni de disciples plus respectueux que les alchimistes du moyen âge occiden tal. C’est cette intuition profonde delatransmission d’un courant initiatique qui fait le mérite du présent travail. La seconde partie du livre, la Médecine philosophale, est surtout intéressante pour l’occultiste.
La place me manque pour analyser même en gros les très nom— breuses idées contenues dans ces pages.
Terminons cette étude, que nous aurions voulue plus longue et signée d’un nom plus autorisé que le nôtre, en renouvelant à Oswald Wirth nos remerciments et nos félicitations pour la richesse d’idées par quoi son livre attire l’attention; dessinateur habile et ingénieux,il a su, en même temps que captiver l’esprit, charmer les yeux du lecteur par un grand nombre de compositions sym boliques dont quelques-unes sont fort suggestives.
SÉDIR. ‘k * 4 L’ART lNlTIATIQUE Les Chants de [a Parole, de Mme Sophie Jankowoska, qui viennent ces jours-ci de paraître, avec une introduc tion du distingué critique d’art Delphifabrice, nous paraissent dignes d'attirer l’attention dee lecteurs intel— ligents, et susceptibles d’émouvoir la plus grande partie du public. C’est dire qu’il s’agit d’une haute manifesta— tion d’art, d’un art profondément humain, d’un symbo lisme facile et profond.
« Ma pensée vivait dans cette nature, comme elle l’eût fait dans un livre ouvert.
« La mer me priait elle-même d’écrire ces chants qui, sans doute, vivent et gémissent là depuis des siècles. >> Et se déroule l’épopée spirituelle du Verbe, qui créa « la lumière, les eaux, les terres, les animaux, l’homme et la Pensée... » « En l’épaisseur des forêts, dans les flots des océans, tout comme au fond de l’âme, s’établit la Justesse, T171 3050, dont la figure ésotérique embrasa d’amour tout l’Univers. ) . « C’était par la terre charmée, le règne du grand
NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 183 IFÎv C silence, car l’homme régnait partout, reliant la Vie du Créateur et du Verbe. > Ces quelques phrases ne peuvent donner qu’une idée vague de la beauté de ces chants, qui, profondément inspirés des harmonies éternelles et omniprésentes de la Vie universelle, sont autre chose qu'une interprétation des textes antiques, sont la création d’une formule d’art à la fois savant et intuitif.
C’est de la science animée d’un souffle de vie puissant et large comme la voix de l’océan. C’est l’éternel problème de la pensée humaine rebelle contre la loi divine, résolu en beauté verbale et enthou siasmante. Car, si les œuvres humaines passent,le Verbe est éternel, qui fit vibrer un moment, en harmonie avec l’âme humaine, les ondes du mouvement cosmique. Ces chants, d’ailleurs, ont inspiré au peintre C.-B.
Jan kowski quatre compositions qui nous semblent schéma— tiser les phases principales du poème. La première évoquela reine Tihzozo, la Justice primi tive, émanation du principe qui s’avance, équilibrante, harmonique, majestueuse, les mains épandant des tor— rents de clarté sur des flots qui devant elle se déroulent en volutes de révérence, de prosternement. L’exécution est pleine de maîtrise, de hauteur d’âme clairvoyante, de variété.
Puis, l’Esprit de Ténèbres, l’Enigme de la Vie, qui tourmenta la Pensée des hommes, rampe et fuit, ombre vaguement et monstrueusement humaine, souffle noir, ange de tristesse, au-dessus de terres désertes, de lagunes de désolation, étangs frigides et rocs durs.
Voici que la Justice suprême a châtié l’Esprit tortueux et l’a figé en un bloc noirâtre, tendu d’un effort impuis sant hors de la solidité matérielle, et qui avance un dou loureux profil vers le ciel lunaire. Le Néant creuse l‘ombre des rochers à face humaine, isolés, comme peu— reux, éperdus au milieu des espaces.
Enfin la Reine, bienveillante, a fixé son asile sur terre, et s’est allongée au sein des mers, île heureuse, baignée dans l’onde fluide du couchant; devant elle s’étale, magni fique, resplendissant, viril, l’I que forme dans l'eau le reflet du soleil, le Iod fécondant, le Principe réflété dans
I L INITIATION l’âme humaine. Au-dessus, un envol blanc, formes, idées, nuées, anges aux gestes de triomphe... La beauté et le sens profond de ces symboles n’échap— peront pas à ceux épris des formulations nouvelles de la pensée. L’œuvre que poursuivent M. C.-B. de Jankowski et Mme S.
Jankowska nécessite de nombreuses années de travail, de travail alimenté de la conviction des êtres exceptionnels, à qui une révélation intime donne la foi inébranlable. Nous les voyons artistes sincères et d’une incontes table originalité. En outre, des penseurs profonds, des âmes ardentes et initiées aux mystères de la vie.
Les quelques toiles que, outre les illustrations des Chants de la Parole, il nous a été donné de voir, nous ont laissé sous l'impression accaparante d’une vision d’humanité nouvelle et supra-humaine. De longues mi nutes de méditation nous ont permis de pénétrer le sens synthétique, lointain, et la technique extraordinairement simple de ces réalisations psychiques.
L’œuvre capitale de l'artiste: Je viens! qui fut ex posée cet hiver à la galerie Petit, et que l’auteur envoie à l’Exposition internationale de Venise, est une révéla tion spirituelle d’une certaine portée. Le sujet en est simple. L’enfant Jésus s’avance sur les eaux, sur l‘eau bleue des mers, vibrante, calme, lumi neuse, fluide.
Le dessin-des vagues paraît uniforme et est plein de variété : un je ne sais quoi d’imperceptible dans l’exécution fait que cette eau bouge, vit, chante. Au milieu, Jésus, l’Enfant divin, semble réellement prêt de se mouvoir vers nous et de parler. Ses bras tombent d’un geste simple, sa chevelure laisse flotter sur ses épaules deux boucles blondes qui font opposition avec le visage translucide, comme peint avec de la lumière.
C’est là la caractéristique du tableau : il semble que l’ar tiste ait su ravir au soleil ses rayons les plus sereinement lumineux pour faire vibrer l’âme de son œuvre. A l’examen détaillé, on remarque que l’impression d’étrangeté saisissante qui d’abord absorbe la contem— plation est due à des procédés d’intuition simple et na turelle que l’auteur vousdit être hormis parmi les Ecoles.
NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 185 Il ne fautjamais placer son personnage au milieu du ta bleau.
Ici, le Christ, — non, c’est encore I'Enfant, l'En fant annonciateur, le Verbe messager, qui fera de l’Humanité terrestre une Humanité divine; cela, sans doute, nous le verrons dans la suite de l’œuvre de Jan kowski — est placé au milieu géométrique de la compo sition; et l’horizon, vaste, calme, fondu mais perceptible, forme, perpendiculaire à son corps, la branche horizon— tale de la Croix.
Au centre, cette tête d’enfant, naïf, grand,conscient de toutes choses, des âges passés et futurs, synthèse harmonique de tous les visages possibles ou rêvés, resplendit de lumière psychique sur un fond d’auréole arc-en-ciel céleste. Oui, c’est bien la lumière ésotérique, émanée de l’âme de l’enfant, qui illumine le bleu des vagues et du ciel.
Quatre années de travail semblent avoir — et ce n’est pas une métaphore — doté l’œuvre d’un peu de l’âme de l’auteur. Qu’on se sou— vienne du Portrait aval d’Edgar Poë. Mais ici l’auteur n’est pas, comme la Léonore du Portrait, tellement absorbé par l’œuvre, que nous ne puissions espérer d’encore nombreuses productions.
Nous souhaitons susciter la curiosité envers l’œuvre de ces artistes initiatiques, dont le talent varié procurera de subtiles satisfactions aux âmes délicates, et que, sui— vant le mot de Delphifabrice, « on applaudisse à l’effort de ces deux Croyants qui laissent rêver leur plume et leur pinceau, sous l’influence d’une passion pour le Vrai, le Beau, le Divin... » Nous les verrons bientôt se révéler de magistrale façon.
Il n’est encore que de sacrifier sa vie à une mis sion évolutive pour sentir se révéler au profond de soi même la Vérité éblouissante des clairs mystères éter nels.
SABRUS. t!l Deux volumes de M. de Rochas Nous avons reçu deux très intéressants recueils de faits publiés par M. de Rochas, l‘un, paru chez Flam marion, est une traduction, précédée d’une savante intro— duction, de l’ouvrage de Reichenbach sur l’Od, l’autre est un recueil de faits relatifs a l’lnitiation (librairie
186 L‘INITIATION Leymarie). Nous aurons l’occasion de reparler de ces curieux travaux. 0 cl» La Survie, sa réalité, sa manifestation, sa philosophie. — Echos de l’Au Delà, publiés par M"“ RUFINA Nomen RATH, avec préface de CAMII.LE FLAMMARION. — Un volume in-8°, avec couverture illustrée, par F. Huoo D’ALÉSI. (A la Librairie des Sciences psychiques, 42, rue Saint-Jacques, et chez E. Flammarion, 26, rue Racine, Paris. Prix: 3 fr.
50.) Par la brèche que si vaillamment vient d’élargir Vic torien Sardou, que va-t-il passer ?
Parmi les œuvres qui, le plus légitimement, sont appe lées à trouver faveur auprès du public, grâce au vif inté rêt qu’excite actuellement la question spirite, nul ne pouvait venir plus à propos que la Survie, ces Echos de é'Au delà que vient de publier Mme Rufina Noeggerath, sous les auspices d’une belle préface que lui consacre l’illustre astronome Camiile Flammarion.
Dans un cadre des plus lucides, où le génie même de Voltaire ne trouverait aucune ombre à combattre ou à dissiper, Mme Noeggerath a su grouper les plus intéres santes manifestations de l’Humanité survivante, les quelles furent obtenues avec le concours dévoué des mé diums très divers (principalement médiums à incarna tions).
Ce qui fait le fond de cette œuvre grandiose, venue réellement à son heure, ce sont des éch05, lim— pides et nets de l’Au Delà, de la Survie, ce sont des manifestations de personnalités qui vécurent sur la terre, et qui, obscures ou célèbres, font véritablement honneur au genre humain, par la grandeur de leur esprit ou le charme exquis de leurs sentiments. —— Et ceux qui liront ces paroles des survivants verront bien vite qu’à leurs qualités du passé s’ajoute, en leur actuel langage, le coup d'aile de la vie de l’espace, Nobles intelligences de l’Inde antique, philosophes de tous les temps, simples bergers épris de la nature, amants passionnés de l‘éter nité de leur amour, toute la gamme humaine, la plus large et la plus variée, se déroule dans ces pages avec d’indiscutables accents de vérité. la... ,,..,,._.,_,,« r.__;M‘\p——Dfl— p»—-.»., _._ ,.ï,.. f... ,,—..c. ,.__,____,um
NOUVELLES, ÉCHOS, REVUES 187 . Regrettons cependant que l’auteur de ce très remar quable volume n’ait pas résisté au désir de signer les communications des « grands noms » de l’histoire. Sans signature, ce livre était une lumière spirituelle complète; grâce aux noms divers qui ornent les com munications, beaucoup d’hommes sérieux hésiterontà donner à ces idées toute leur importance. N‘@WELLES, REVUES Conférence de Léon Denis à.
Paris M. Léon Denis, l’éminent conférencier spirite, a fait à Paris, à la salle du Grand Orient, des conférences qui ont obtenu le plus grand et le plus légitime succès. Rarement Léon Denisa su trouverd'aussi chauds accents pour montrer l’inanité du matérialisme. Ces deux confé rences sont une bonne aubaine pour le spiritualisme sans distinction d’écoles. Diane. Vaughan La farce Diana Vaughan est finie.
Les faits nous ont donné raison sur tous les points : palladisme, satanisme, conversion, tout cela était une odieuse mystification de M. Léo Taxil, ainsi que nous l’avions affirmé il y a bientôt deux ans. Toutefois, le discours du mystifica teur mérite une attention spéciale etdemande une étude particulière que nous ferons dans notre prochain numéro. Lettre à. l’éditeur Light, 16 mars. Occultisme.
Le secret est-il nécessaire P MONSIEUR, La lettre que vient de vous adresser M. Blount prouve une fois de plus combien le secret est nécessaire en
188 L'INITIATION occultisme. Il ridiculise l’occulte et a lui-même toutes les illusions modernes. Il pense que nous devrions répandre partout la plus petite connaissance par nous acquise. Pourtant, confierait-il une arme à feuà son enfant?
Il nie l‘existence de secrets occultes et nous traite de charlatans l Eh bien l nous en appelons à ceux qui croient aux phénomènes spirites, est-il raisonnable de supposer que les esprits, hôtes habituels des séances, sont les seuls êtres élevés s’intéressant à nous?
Que notre ami contemple les merveilles célestes ; il sait probablement qu’il existe autre chose que la force et la matière, que les Dieux des religions sont un pro duit de l’imagination de l’humanité naissante. N’y a-t-il donc rien de plus? L’homme est-il donc abandonné sans guide à l’action des élémentaires? Non! l’occul tisme a révélé à quelques-uns les êtres élevés dignes de notre respect, de notre obéissance et de notre amour.
Ceci ne peut pas être révélé complètement : chacun doit trouver la voie par lui-même. Si notre ami veut soulever le voile, il faut absolument qu'il abandonne avant tout son attitude railleuse et qu’il ferme ses oreilles aux hurlements de l’ignorance savante. Il doit commu nier avec lui—même et se taire. Si alors il veut bien tra vailler patiemment, il verra que nous ne sommes ni charlatans ni trompeurs.
Les expériences de la Théosophie et du spiritisme n’ont pas eu assez de succès pour que nos maîtres bien-aimés tentent de plus profondes révélations. Les religions et la science contiennent assez de vérité pour satisfaire la majorité des humains. A.-F. T1NDALL, A. T. C. L.
L’occultisme fait décidément d’énormes progrès en Italie, après Nuova Lux, Il manda Secreto qui, déjà, poursuivent avec grande vaillance la campagne spiri tualiste, voici Supersczenrça, une très belle revue qui re produit exactement le format et la disposition intérieure de l’Initiati0n (Rédact. I4, Via Nuova Piacenza; admi nistration Colombo et Tana, Via Minghetti, Milan). Cette revue, franchement occultiste, fait preuve d’une grande
NOUVELLES, ÉCHOS, REVUES t 89 indépendance, et nous ne pouvons que l’en féliciter bien vivement. La Revue Maçonnique d’avril 1897 consacre une note à l’appréciation que nous avons portée sur cet organe.
Cette note se termine par les mots suivants : « Or, comme la morale dans la vie est la seule chose qui nous importe et la seule condition d’existence et de développement de l’humanité, nous professons la plus parfaite indifférence pour le spiritualisme, le matérialisme et l’athéisme. Nous n’enseignons pas plus l’un que l’autre.
Seulement le spiritualisme voulant imposer une morale qu’il prête à son Dieu et qui n’est que la conception hu— maine d’une certaine morale par les spiritualistes eux mêmes, nous les tenons comme colportant dans le monde une erreur tyrannique et dangereuse par elle-même. » En fait « d’indifférence parfaite » on avouera que c’est joli. Tout le numéro est du reste consacré à une apolo gie de l’athéisme sous tous ses aspects.
Nous tenons à relever ces appréciations de la Revue Maçonnique parce qu’elles indiquent bien le singulier état d’esprit de certains maçons qui se figurent qu’on ne peut pas étudier le spiritualisme sans être des Jésuites et que défendre l’idée de Dieu, même scientifiquement, c’est faire œuvre de tyran et de sectaire.
Les hommes qui placent ainsi l’athéisme comme seule base de l’enseignement initiatique, malgré leurs hypo— crites protestations de tolérance, sont des ignorants et des traîtres à leurs traditions. Ils ignorent l’histoire et la raison d’être de leurs rites et ils ont trahi le dépôt qui leur avait été confié par les fondateurs de l'Ordre. Ils ne connaissent plus l’acacin.
Et ce sont ces hommes qui prétendaient montrer à l’étranger ce qu’était la Maçonnerie française! Il était temps pour la France de prouver qu’elle possède de véritables centres d’initiation et qu’elle n’est pas uniquement remplie de clubs de Jacobins. Ces clubs sont des comités électoraux, des centres de protection mutuelle et des succursales bourgeoises des marchands de vins; mais ils n’ont pas droit au titre de Loge. Qu’ils changent leurs rituels; c’est ce qu’ils ont de mieux à faire, car leurs membres
1 90 L'INITIATION n‘ont pas le droit de mettre le pied dans une réunion de véritables initiés; même en tenue d’app.‘. — Les loges de l’Etranger ont parfaitement bien fait de rayer des cadres de la Maç.‘. ces dignes descendants du maître de danse Lacorne, et il est nécessaire que désormais la France montre qu’elle possède d'autres centres que ces réunions de bas intérêt et de fraternelle ignorance.
L’association des occultistes allemands, qui tient ses séances à Berlin, tous les mercredis, au siège de la So ciété Sphinx, vient d’ouvrir une salle de lecture publique, 27,,Under den Linden. Les périodiques et les livres envoyés y restent exposés pendant un mois. — S’adresser pour tous renseignements au prof. Max Rahn, 16, Ebers walderstr., P.
1., Berlin. - Une singulière coïncidence De la Lanterne : La lVestmins’ter Gazette fait remarquer que dans un almanach qui paraît annuellement sous le titre Old Moore‘s Almanach se trouve l‘étrange prédiction sui vante, qui se rapporte aux derniers jours d'avril 1897: « Nous sommes presque certains d’apprendre la nou velle d’un effroyable incendie, qui éclatera à Paris, et qui fera de nombreuses victimes, tandis qu’un grand nombre de curieux se presseront autour des ruines.
Notre savant collaborateur H.
Selva prépare en ce moment un travail intitulé: La Théorie des détermina— tions astrologiques de Morin de Villefranche, extrait du XXI" livre de l’Astrologia Gallica; tous ceux de nos lec teurs qui ont tant soit peu pratiqué cette science, savent combien est longue et désordonnée l’interprétation d'un thème ; M. Selva a classé, systématisé et résumé toutes les règles données par l'astrologue de Villefranche, de sorte que l’explication d’une figure genethliaque pourra être reprise méthodiquement et sans erreurs ni oublis.
NOUVELLES, ÉCHOS, REVUES 191 Reçu le premier numéro de la Revista .’llagnetologica, organe mensuel de la Société magnétologique argentine, de Buenos-Aires, 484, Calle Andes. Ce numéro contient les programmes de la Société, dirigée par MM. Ovidio Rebaudi, Manuel Frascara et Miguel Maturana.
Het Foekomstig Leven (La Vie future), journal parais sant le r“ et le 15 de chaque mois, consacré à l’étude de la psychologie expérimentale et des phénomènes surna turels. Rédaction: J. S. GOBEL. Kruisdwarsstraar,4, Utrecht (la Hollande). Administration : I. J. ZUIDWEG. Moreclselaan , 2, Utrecht. Prix par an: fl. 3, —— par anticipation. Annonces: fl0,10 par règle. ÉMILE SOLDI. La Langue sacrée, le mystère de la création.
1 gros vol. in-8°, avec 900 fig., 30 fr. (Achille Heymann, 1, rue Lafl—itte, Paris). Cette étude est la plus importante qui ait paru jusqu’à ce jour sur l’identité des diverses révélations. Nous comptons par suite consacrer à ce volume une analyse étendue dans un prochain numéro. Tous nos remerciements à Nova Lux de Rome pour l’appui que cet important organe apporte au Spiritua Iisme en Italie.
Chaque numéro est un véritable bijou de science et de composition. Dans la Revue Blanche du 15 avril, excellent article de M. Christian Cherfils sur Wronski. Cet article est à tel point décisif que nous jugeons inutile de publier dans l’Initiatian en les commentant les études que la Revue Blanche nous avait si gracieusement autorisé à publier. Sous presse, chez l’éditeur Chamuel, la première tra duction française du Traité des causes secondes de l’abbé
192 L’INITIATION Trithème, avec une vie de l'auteur, une bibliographie et de savantes_notes _kabbahsttques par le traducteur sa— vant herméuste qui destre garder l‘anonyme.
Etrange pressentiment La sœur Marie-Madeleine, de la communauté des Sœurs aveugles de Saint-Paul, et l’une des victimes de la catastrophe de la rue Jean-Goujon, avait dit le matin même à plusieurs religieuses, en présence de l'aumônier, M. l’abbé Stiltz, avant de se rendre au grand bazar de la Charité: < Ce soir, on me ra portera brûlée vive. ) M. l’abbé Delamaire, curé e Notre—Dame des Champs, qui a raconté ce traitde la sœur Marie- Madeleine, dont le couvent est situé sur le territoire de sa aroisse, ajoutait que cette religieuse jouissait depuis ongtemps d’une grande réputation de sainteté. (La Croix, II mai 1897.) ILS. ’lîliflËd’l’fiâ @@©ŒILÏFIJS‘IÏE Le jeudi 15 avril a eu lieu, à la Bodinière, la première représentation de Vers le Sabbat, évocation de sorcellerie en un acte, de Serge Basset (alias Serge Fidélis); dans l’interprétation de ce dramatique épisode, M“° Nau a fait valoir les plus réelles qualités d’enthousiasme et de pa thétique dans le rôle de la sorcière, — et M. Luxeuil a conquis tous les suffrages par le charme qu'il sut mettre dans les plaintes d’un berger amoureux.
Cette pièce a été précédée d’une allocution du D“ Papus, presentant l'auteur à un public sympathique, d’une vive et trop courte causerie de M. Basset; enfin M“° Suzanne Au clair a dit avec saveur la scène de sorcellerie d’Alfred de Musset. - Nous pouvons annoncer dès à présent, du même au teur, à la Maison du Peuple, un drame socialiste intitulé la Grande Rouge. Le Gérant: Encaussa. TOURS. — l.\‘lP. E. ARRAULT ET C", RUE DE LA PRÉFECTURE, 6. ..._..,, --... .... .,
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ÿmar ÏDÉAMSTE ïimvmsrnr Notes and Querics, S. M. Gould à Manchester (N. H.) U. S. A. Frie ami, A. Sabro à Christiania (Norwège.) Nordisk Frimurer-Tilenda, Alb. Lange àChris tiania (Norwège). Die Religion des Geistes, Fertung, Herrengasse, 68, Budapest (Hongrie) Nuova Lux, 82, via Castro Pretorio à Rome (Italie). Lug astral, 6, passage Sarmiento à Buenos-Ayres (République Argentine). L’Initiation, 10, avenue des Peupliers, Paris. Annonces Bibliographzgues DE « L’INITIATION » Nous rappelons à nos lecteurs la collection de livres rares sur la Franc-maçonnerie que possède M. Rosen, 9, rue Chappe, Paris, et qu’il met en vente. On trouvera la liste des plus importants de ces ouvrages dans le numéro de février 1897 de l‘Initiation. Cette bibliothèque s’en levant très rapidement, nos lecteurs désireux d'en acqué rir des numéros sont priés de se presser d’adresser leurs demandes à M. Rosen. \ ._ - _ - Han-n- .n-n-ur I
dÜURNAUX M“ REVUES ÛÜGULTIS’IŒS E"" RECOMMANDÉS SPÉCIALEMENT LANGUE FRANÇAISE L’Initz’atz‘on (revue mensuelle), [0, avenue des Peu pliers, Paris. Le Voile d’Isz’s (journal hebdomadaire), 5, rue de Savoie, Paris. L’Hyperchz’mz‘e (revue mensuelle), Ig, rue St-Jean, Douai (Nord). HERMÉTISME, ALCHIMIE âa Thérapeutique intégrale (revue mensuelle), I0, rue Durand-Claye, Paris MÉDECINE HERMÉTIQUE, HOMŒOPATHIE LANGUE ANGLAISE Thé Morning Star.
Dépositaire, Chamuel, 5, rue de Savoie, Paris. (Peter Davidson, Loudsville,White C°, Georgia, U.S.A.) LANGUE ESPAGNOLE Lue astral (hebdomadaire, à Buenos—Ayres (Répu blique Argentine), 6, pasage Sarmiento. LANGUE ITALIENNE Lug (revue mensuelle), 82, via Castro Pretorio, Rome LANG UE TCHÈQUE Sbornz‘k lpro filoso€i a oklrultz’smus, à Prague ( chôme), uch majerova U! 36.
AVIS IMPORTANT. —— Tous nos confrères ci— dessus cités et ceux qui voudraient être cités sont priés de reproduire la extenso cette liste.
Principaux Ouvrages recommandés pour létude de l’OCCULTISME et de ses applications CONTEMPORAINS F.-CH. BARLET . . . . L:ÉVO’U’ÎQn de l’idée' L Instructmn Integrale. Le Serpent de la Genèse. 3 Le Temple de Satan. La Clef de la Magie noire. STANISLAS DE GUAITA . . Traité méthodique de Science Occulte Parus . . . . . . . . . . Traité élémentaire de Magie pratique. La Science des Mages. A. JHOUNEY . . . . . . . Ésotérisme et Socialisme.
RENÉ CAILLIÉ . . . . . . Dieu et la Création. CLASSIQUES ELIPHAS LEVt . . . . . . La Clef des Grands Mystères. SAINT-YVES D’ALVEYDRE Mission des Juifs. La Langue hébraïque restituée. FABRE D OLIVET’ ' ' ' ' Histoire philosophiquedu genre humain. ALBERT POISSON. . . . . Théories et Symboles des Alchimistes. LITTÉRATURE ‘ La Magicienne. JULES LERMINA. . . . . A Brûler. Zanoni. BULWER LYTTON . . . . La Maison Hantéc. MYSTIQUE 3 Jeanne Leade.
P' SEDm' ' ' ' ’ ' ' Jacob Bœhme et les Tempéraments. POUR DÉTAIL ET PRIX, S’ADRESSER: A la librairie GHlMUEL, 5, rue de Savoir, PARIS Envoi Franco du Catalogue. TOURS, me. E. ARRAULT ET G“.