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_ n...::... 3 Revue philosophique des Hautes Études PUBLIÊE MENSUELLEMENT SOUS LA DIRECTION DE PAPUS i? 0- >I< Docteur en médecine — Docteur en kabbale O . ._-_. ._ ... VOLUME. — 9'“ ANNÉE 33° SOMMAlRE DU N° 3 (Décembre 1896) ——-r<——— PARTIE INITIATIQUE... Les Grands Messagers divins . . . . . . . . . . Papus. (p. Ig7à 202.) Sur la pensée . . . . . . . Guymiot. (p. 202 à 206). L’Art d’oublier (extrait initiatique) . . . . . . .
Prentice Multord. (p. 206 à 215.) PARTIE PHILOSOPHI- Le Bab et lebabysme. . . S. QUE . . . . . . . . . . ..‘.. . (p. 216 à 226.) Du Progrès dans l’huma nite' . . . . . . . . . . . Jacques Brian. (p. 227 à 241.) Congrès Psychologique de Munie/t . . . . . . . . . De Thomassin. (p. 241 à 250). Les Trois Portes du temple MichaëL (p. 250 à 255.) PARTIE LITTÉRAIRE... La légende du Ta-Mo . . Zefiar. (P- 256-) Au dénziurge (poésie). . .
Pabre des Essarts. (p. 257 à 260). ' Bulletin politique. — Congrès de [900. — Ordre martiniste. -— Appa r1tio_n du corps astral. — Un cas de cérébration inconsciente. -— Bibl1ographœ. — Nouvelles diverses. Tout ce qui concerne la Rédaction et les Echanges doit être adressé Villa Montmorency, 10., avenue des Peupliers, Paris.
Administration, Abonnements : 5, rue de Savoie Chamuel, éditeur. l 7 Le Numéro : UN FRANC. — Un An: DIX FRANCS \ 1r <!anh_«.«..» du. _ nitiation, .
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces pure‘tnent spirituelles par l‘hypnotisme et la suggestion à distance.
Eflrayés des résultats de lems propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initialion est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
' Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point. de vue social, l’Iniliation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l‘arbitrage contre l'arbitraire, aujourd'hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cléricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l’Initiazion étudié impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche ‘ de ces curieuses études. .
La première partie de la Revue (Initialique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s'adresse à tous les gens du monde instruits. .
Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles.qui exposent aux lectrices ces arides questions d'une manière qu’elles savent toujours apprécier._ L’Initiation parait régulièrement du 15 au 20 de chaque mois et Compte déjà huit années d’existence. — Abonnement: 10 francs par an ‘ (Les collections des deux premières années sont absolument épuisées.)
- L'Initiation du 15 Décembre 1896 PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE l'1nilialion [0 PARTIE INITIATIQU E AMO——- F. CH. BARLET,S.'. I.'.g— STANISLASDEGUAITA, S.'. I.'. (Q -GUYMIOT. —MARC HAVEN‘, S.'. I.'. 51—JULIEN LEJAY, S.'. I.'. N“ -— ÉMILE l\lICIIELET,S.'.-I.'. (C. G. E.) — LUCIEN MAUCHEL, S.'. I.'. .D. S. E.) MOGD, S.'. I.'. -—GEORGE MONTIERE. S.'. I.'. fë — PAPUS, S.'. I.'. — SEDIR, S.‘. I.'. -— SELVA, S.'. I.'. (C. G.
E.) 20 PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ABlL-MARDUK. —-—AMELINEAU. — ALEPH. —- Dr BARADUC. — Le F.'. BERTRAND 30° — BLITZ. —- BOJANOV. — JACQUES B_RIEU. — CAMILLE CHAIGNEAU. —— CHIMUA DU LAFAY. — ALFRED LE DAIN. — G. DELANNE. — FABRE DES ESSARTS. — D‘" FUGAIRON. — DELE« ZINIER. — JULES GIRAUD. — HAATAN. — L. HUTCHINSON. — JOL LIVET-CASTELOT. — L. LEMERLE. — LECOMTE. -— NAPOLÉON NEY. — HORACE PELLETIER. — G. POIREL. .— RAYMOND. -— A.
DE R. —— D‘” SOURBECK —- L. STEVENARD. — THOMASSIN. — G. VP roux. -— HENRI WELSCI-I. —— YALTA. 30 PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAUEOURG. — JEAN DELVILLE. — E. GOIIDEAU.— MA NOËL DE GRANDFORD. -— JULES LERMINA. —- L. HENNIQUE. -— JULES DE MARTHOLD. — CATULLE MENDES.— GEORGE MONTIERE. — LÉON RIOTOR. — SAINT-FARGEAU. — ROBERT SCHEFFER. — ÉMILE SIGOGNE. — CH. DE SIVRY. 40 POÉSIE CH.
DUBOURG. — RODOLPHE DARZENS. -— JEAN DELVILLE. -— YVAN DIETSCHINE. -— MAURICE LARGERIS. —— PAUL MARROT. -— EDMOND PILON. —— J. DE TALLENAY. -— ROBERT DE LA VILLEHEIIVÉ.
.1,600 Membres — 104 Branches et Correspondants — Groupes d'Études fermés ; ‘ rn"L—î a l '.--—--, > L’Initiation du 15 Décembre ISI_.6 L’l N I T IA T I 0 N (“’N’ËIII’ËI’EN”) DIRECTION ADMINISTRATION Villa Ionlnorency, 10, aven. des Peupliers ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO PARIS-A UTEUIL DIRECTEUR : PAPUS c H A U. E L DIRECTEUR amener .- Lucion MAUCHEL .5, lino de Savon Rédacteur en chef: PA F.—Ch.
BARLE‘I‘ Secrétaires de la Rédaction: FRANCE, _ un an. . [0 lt‘. ÉTRANGER, -— 12 fr. J. LEJAY -— PAUL. SÉDIR RÉDACTION. — Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité. L’indépendance absolue étant la raison d’être de la Revue, la Direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps d’un article. ' Prière d’adresser tous les échanges : Villa Montmorency, 10, avenue des Peupliers, Paris.
MANUSCRITS. — Les manuscrits doivent être adressés à la rédaction. Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d’avis spécial. Un numéro de layRevue est toujours composé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant.
1 BIIIIIII’E IIIIEI’EIDAIT II'ETIIIIES É8IJ‘IERIOIIES Les Membres ne paient ni cotisation ni droit d'entrée. (Pourtous renseignements, s’adresserparlettreà M. Paul SÉDIR, directeur adjoint, 4, rue de Savoie, Paris, en joignant«un timbre pour la»réponse. - Principales Sociétés adhérentes au Groupe ORDRE MARTINISTE ORDRE KABBAL}STIOUE DE LA ROSE 'j‘ CROIX. —ÉGLISE GNOSTIQUB . i
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PARTIE INITIATIQUE les Grands Messagers Divins“ Les anciennes civilisations jaunes, rouges et noires ont légué à la race blanche des connaissances histo— riques, scientifiques, sociales et religieuses dont l’en semble constitue une tradition transmise de plusieurs manières et par différentes voies selon les peuples qui ont été chargés de cette transmission.
Nous avons pu voir dans les premiers chapitres de ce livre les procé dés principaux employés pour revoiler et pour déve’ler l’enseignement ésotérique; faisons maintenant l’adap tation de nos précédents enseignements. ' L’homme n’est pas abandonné seul dans la car rière qu’il accomplit.
Si le Destin l’oblige à se sou« mettre parfois à l’humiliation et à la souffrance, sa volonté libre peut recevoir de précieux enseignements de la part de la Providence. , La Providence ne peut agir sur les hommes que par des hommes et ce sont les grands initiés sortis soit des fraternités qui conservent la tradition, soit de (1) Chapitre extrait du Traité élémentaire de science occulte (9° édition), sous presse. — Le terme de « Grand Messager » est emprunté aux œuvres de Louis—Michel de Figanières. 7 .-.«».--.t—_«. \..«v—«.- ,-_\—.-g_\.. v._M \M_ , <*\ a ' »-« Mrwa‘..r—w . «.4.. 'M-WMMN& a...v‘.,_4‘_‘ ‘
198 L'INITIATION V _,_,..,,g,,W. l’ascension personnelle due à la prière et à l’extase qui sont chargés dans les époques de doute et de trouble de rappeler aux hommes leur origine divine et le but de leur existence ici-bas. A propos de l’âme humaine et de son histoire, nous verrons plus tard l’origine invisible de ces grands initiés dont nous ne traitons ici que le côté effectif et visible.
Ce qui a empêché la plupart des historiens de remarquer ces floraisons d’initiés, c’est l’habitude d’écrire séparément l’histoire de chaque peuple sans s’inquiéter de l’histoire de la Terre tout entière à une époque donnée. Cette dernière méthode va nous fournir de précieux enseignements. Nous commencerons à l’arrivée de Ram en Asie, laissant volontairement de côté l’époque antérieure.
Cela nous permet cependant de débuter vers 6700 avant Jésus-Christ. L’Empire de Ram dure trente-cinq siècles, et en 3200 avant Jésus-Christ éclate dans l’Inde le grand schisme qui devait ramener la civilisation celte à son pôle originel. Le courant ionien des pasteurs, courant essentiel— lement exote’rique, nécessite l’arrivée d’une floraison d’initiés chargés de ramener à l’unité le dualiSme créé par les Ioniens.
Cette floraison se produit vers 2700 avant Jésus-Christ et donne naissance à Fo—Hr en Chine, KRISHNA, KRISCHEN Ou GOPALLA dans les Indes, au PREMIER ZOROASTRE dans 1’Iran et à SANCHONIA TON à Tyr, en même temps que LES GRANDS MYSTÈRES sont établis en Egypïe. ' Comment se fait-il donc qu’aucun historien n’a. ., ,,./._,, "'"l
LES GRANDS MESSAGERS DIVINS I99 encore songé à remarquer ce splendide mouvement providentiel qu’un simple tableau fait clairement aper cevoir. Mais est-ce le seul? Pas le moins du monde. La morale de la race s’abaisse à tel peint, les castes qui détiennent partout le Pouvoir et écrasent l'Autorité accomplissent de tels excès vers 1600 avant J .-C. que l’esprit providentiel se manifeste encore une fois et vient illuminer la Terre de ses rayons.
FCE (SAKIA) dans l’Inde, le DEUXIÈME ZOROASTRE dans l’Iran, MOISE en Egypte et ORPHÉE chez les Thraces, viennent de nouveau rappeler la race à ses célestes origines et ramener parmi les hommes le véritable règne de Dieu dont ils s’éloignaient.
Que nous importent les adaptations diverses données à la révélation sortie des mêmes plans célestes, que nous importent les moyens différents employés par chaque initié pour traduire cette révélation unique ? Nous savons que le sphinx a quatre modalités sur chacune desquelles on peut s’appuyer pour déchiffrer l’énigme qui ouvre le sanctuaire. Fœ sera surtout intellectuel ; Zoroastre magicien et naturaliste.
Moïse seul ramènera la race à l’ortho doxie des rouges et de Ram, grâce à un joug de fer imposéà son peuple. Orphée, camarade d’initiation de Moïse, élevé dans le même temple d’0siris, char mera les Thraces en cachant l’unité de l’ésotérisme idée sous la multiplicité des formes de ses infinies manifestations, révélant la hiérarchie des forces Prin cipes que Sanchoniaton avait seulement laissé entre— voir. Cela lui vaudra d’être assassiné par les survi 5 ‘1’ .< .«ae,_‘ .. .‘.,_.. ._\ ‘ ;—«..,
200 L’INITIATION vants de l’initiation celtique des druidesses ; mais son idée n’en devient que plus belle et constitue désor mais le phare qui guidera la Grèce naissante vers son glorieux avenir. Mais l’époque des grands changements s’approche àgrands pas. six siècles à peine nous séparent du christianisme, et la Providence prépare les voies. En 500 avant J.—C., nous voyons naître la plus étendue et la plus belle des floraisons divines.
Les Grands Messagers célestes se multiplient, et la Terre entière entend les voix d’en haut.
En Chine, c’est LAO-TZÉ et KONG-TZÉE; au Japon, c’est SON-MOU; dans l’Inde, c’est le QUATRIÈME BOUDDHA (qu’il ne faut pas confondre avec Sakya, le précédent); en Perse, c’est le rédacteur principal du Zend-Avesta, le dernier Zoroastre ; en Egypte, la Grande Université se révèle sous le nom D’HERMÈ5; chez les Juifs, c’est ESDRAS qui rétablit le Sepher ; en Grèce et dans tout l’Occident, c’est la puissante Voix de PYTHAGORE qui révèle le principe de son évolution future ; dans la fu— ture Rome même, c’est NUMA qui relie la tradition étrusque rouge aux fables apportées par les prochains maîtres du monde.Quel historien est maintenant assez aveugle pour ne pas voir et pour ne pas com prendre ?
Parlerons-nous des années précédant le christia nisme ? Faut-il rappeler les missions bouddhistes atteignant 1’ECOLE D’ALEXANDRIE et poussant des racines jusque chez les ESSÉNIENS? Faut-il nommer parmi ceux-ci HILLEL et J EAN-BAPTISTB, les deux grandes voix qui précédèrent le Verbe fait chair i-“ Faut-il nommer I
LES GRANDS MESSAGERS DIVINS 201 SOCRATE, le divin, et PLATON, génie surhumain,et le sage ARISTOTE, qui tous s’efforcent de révéler le grand mystère qui se prépare?
Mais voici : les oracles tout à coup se taisent, le Grand Serpent corrupteur semble enserrer définitive ment l’humanité dans ses noirs anneaux, et cependant les Prophètes et les Voyants tressaillent; la Lumière secrète de la Nature s’illumine d’un feu divin; les images mystérieuse-s annoncées dès longtemps appa raissent dans l’Astral, et le monde invisible tout entier vibre éperdu,car la reine des Constellations, celle qui préside à l’arrivée de toute âme céleste et de tout mes sager : la Vierge du ciel a créé son image Terrestre et le Verbe du Père lentement s’écorcifie et se couvre de chair pour aimer jusqu’à la Terre...
Mystères des Mys tères ; leou... Sabaoth le Bon émanent leur céleste lumière, les Archanges et les Thrônes, les Dominations et les Anges prennent conscience de ce monde sijéloigné de leur essence et se révèlent à la Vierge de Lumière. Puis les initiés de la Chaldée, les Mages, se mettent en chemin, et leurs corps de lumière suivent dans son arrivée l’étincelle divine qui tombe sur la Terre.
Que la Lumière intellectuelle soit, comme dans le Principe la Lumière Physique se révéla; voici venir parmi nous le'Messie de la race Blanche. CHRIST EST INCARNÉ. Nulle comparaison ne peut être établie entre le Verbe et les Sauveurs des autres races qui, dans le Mystère, se tiennent à sa droite. Mais les véritables initiés seuls comprennent ce Mystère, et ce n’est pas ici le lieu d’en parler davantage. En même temps que le Verbe, des Grands Messagers NMw‘a—v.. _, ‘ , d‘à...— * -
202 L’INITIATION gagnaient la Terre, et, 51 Christ en humanisant le d1vm (en établissant le 123au milieu de niru, ce qui constitua son nom kabbalistique : (n i a: n 1) évoluait le plan intellectuel de l’humanité _: deux grands Esprits concouraient aux oeuvres tout hu maines : APOLLONIUS DE THYANE, en évoluant le plan instinctif, et ODIN, en évoluant le plan animique de cette même humanité terrestref Ce coup d’œil synthétique sur l’histoire va nous permettre de comprendre ce que nous avons mainte nant à dire de la tradition en elle-même.
PAPUS. au La nausée Avant d’exister, une chose doit être pensée; rien n’arrive à l’existence manifestée qu’après avoir passé par l’étape de la pensée; cela nous est enseigné par l‘expérience journalière quand on l’éclaire par le sens du qualificatif microcosme donné par l’Occultisme à l’être humain.
Nous savons, par expérience, que tous nos actes avant d’être exécutés sont pensés par nous; leur existence en pensée est une manière d’être pour nous invisible parce que la substance de la pensée n’est point perceptible par nos yeux. La science contemporaine a trouvé que même nos ' actes réflexes, naguère et encore couramment qualifiés V . r < '
, ...wf _,r z. ;_ __.flç .. _ ....——. W.HV. Fm _-... 77777 .- .—-.,. LA PENSÉE 203 d’inconscients, sont aussi le résultat de pensées ap paraissant en des consciences distinctes de notre conscience ordinaire et que les psycho-physiolo gistes appellent sous-consciences ou consciences se coudes.
Nos actes modifient l’état du monde physique, et l’existence de ce monde est une sériecontinue d'états en modification; il résulte de là que le monde physique a pour producteur de son existence une série continue de pensées. C’est à cette série de pensées qu’est donné le nom de pouvoir créateur. Comme être pensant, l’homme est une portion de ce pouvoir.
Ily a donc du vrai dans le Panthéisme qui, donnant le nom de Dieu au pou voir créateur dit que Dieu est partout et en tout; c’est aussi ce que dit le catéchisme catholique. Penser, c’est créer, sinon immédiatement en mode tangible pour nous, au moins médiatement; plus tôtou plus tard les pensées arrivent à réalisation.
La pensée qui ne se réalise pas aujourd’hui se réalisera plus tard ou se réalise ailleurs, ce qui est à peu près la même chose. l’ailleurs impliquant du temps entre lui et l’ici, en sorte qu’on peut dire que toute pensée se réalise immédiatement, quoique pas toujours, avec les formes et limites qu’elle a dans notre conscience.
L’avenir est l’ailleurs actuel; le présent est l’ailleurs passé, et le passé est encore de l’ailleurs actuel et par là identique à l‘avenir d’où l’eterno ricorso qu’a trouvé Vico par l'étude de l’histoire. L’ailleurs étant du présent tout comme l’ici, on peut arriver à la com préhension que tout existe dans le Présent, l’éternel æ‘m"æ\\æ ‘n—Næu -æ....—‘-. -s___‘.\,, »- * \.-» -.,... '\_«" -.. -» ‘1»w»..--\ ‘._.—‘..—-‘,..\7« <
204 L’INITIATION Présent, un des plus beaux noms que la pensée hu. maine ait trouvé pour l’Etre. Comme tout le monde ne respire pas librement à ces hauteurs métaphysiques, descendons au plan des " formes tangibles. Vous pensez à vous rendre à un endroit situé à dix kilomètres de celui où vous vous trouvez actuellement; vous êtes ici et votre pensée est là—bas, la pensée de l’acte à faire, du voyage à opérer. Vous accomplissez le voyage, comment?
Par l’attirance qu’exerce sur vous votre pensée située là-bas; que cette attirance cesse avant que vous ayez atteint le but de votre voyage, que votre pensée se déplace pendant que vous marchez et aille se poser par exemple dans un autre village situé à cinq kilomètres sur la gauche de celui vers lequel vous vous dirigiez, lorsque vous arriverez au croisement des routes, vous prendrez le chemin du village où votre pensée s’est nouvellement fixée et, si elle y reste, vous marcherez jusqu’à ce qu’il y ait coïncidence entre elle et vous, jusqu’à ce qu’elle se réincorpore en vous.
Votre pensée était quelque chose de vous projeté dans l’espace avec tendance à réunion entre elle et vous. Étant ailleurs, votre pensée était dans l’avenir quant à votre localisation physique; à mesure que vous alliez vers elle l’avenir se rappro chait du présent qui est devenu au moment de la coïncidence, de la réincorporation de votre idée en vous.
Ce qui était de l’avenir pour votre localisation phy sique était du présent pour votre pensée et tous les points de situation qui devenaient du présent pour
_, îr_ _.y.___a._ ._ ._ _v ..,, .. .,y,mv.,,r ., ,, .7 .. .._...w. LA PENSÉE 205 votre localisation devenaient du passé pour votre pen sée. Votre pensée vous attirait dans [son présent qui était pour vous de l’avenir alors que vous étiez pour elle du passé.
C’était en effet du passé pour elle, le temps où elle était située en vous, quand elle s’en trouva située à dix kilomètres, et toute la distance à parcourir était du passé pour elle, puisqu’elle l’avait parcourue, et chaque station du chemin, alors qu’elle était pour vous de l’actualité, était pour elle du souvenir. Quant aux actions, les temps sont donc de sens inverse pour le mental et pour le physique, l’avenir de l’un est le passé de l’autre.
C’est un point de vue auquel l’esprit humain ne s’est encore guère placé et. devant lequel s’ouvrent des champs de spéculation où l’on rencontrera des conséquences scientifiques dont on ne soupç0nne rien encore. Elles seront pour l’ac— tivité des hommes de plus tard.
Le Temps et l’Espace sont parmi les problèmes les plus ardus de la philosophie ; la puissance de réflexion de Kant est arrivée à la conception que l’espace et le temps sont des formes de l’entendement; nos aînés, les Indous, sont allés beaucoup plus loin ', ils ont trouvé que l’espace est l’entendement même, la subs— tance intellectuelle, ce qui est implicitement contenu mais non compris dans l’idée de Kant; une forme de quelque chose est cette chose même dans un mode d’existence.
La pensée ayant pour substance constituante l’es— pace s’y trouve partout chez elle, de là sa rapidité de voyage, rapidité qui arrive presque à l’ubiquité et qui, ..4r=w wiw:., ...
206 L’lNITIATION par Yoga, peut, dit—on, y arriver. Pour que la pensée fût partout à la fois, que faudrait-il P Simplement qu’elle pût s’épancher avec conscience de son épan chement.
La donnée indoue rend immédiatement compte du phénomène qu’on appelle improprement transmission de pensée et qui est une coïncidence de conscience; elle en rend compte par évidence; par elle, ce qu’on tient pour merveilleux apparaît comme très nature], tout simple et ne pouvant pas être autrement.
Et voyez quelle confirmation, physique pour ainsi dire, elle donne à la conception que toute existence vient de la pensée; peut-il exister quelque chose qui soit hors de l'espace, qui n’ait pas de l’espace dans sa constitution ? L’Espace étant la Pensée même, il s’en— suit que tout a pour condition d’existence la pensée, que tout est pensée, comme disent les idéalistes, et par là l’idéalisme devient réalisme.
Les Indous sont nos aînés en savoir philosophique et leur étude ne peut être que profitable à notre enten dement. GUYMIOT. Ë’Ër‘t tl’uhliær Dans la chimie des temps futurs, on reconnaîtra que la pensée est une substance tout aussi bien que les acides, les oxydes et tous les autres corps chimi ques actuels.
L’ART D’OUBLIER 207 iÿÿ-_ÿ -x_. - .. . ... __.——.,.—_.- ___:. Il n’y a pas de lacune entre ce que nous nommons l’esprit et la matière. L’un et l’autre sont substantiels, et sont unies l’un à l’autre d’une manière impercep— tible. En réalité, le monde matériel n’est que la forme visible des éléments plus subtils que nous nommons l’esprit.
Notre pensée invisible et irrévélée émane incessam ment de nous en tant qu’élément et force, aussi réelle que le flot de l’eau que nous voyons, que le courant électrique que nous ne voyons pas. Elle se combine avec la pensée des autres, et il en résulte un produit nouveau, exactement comme en chimie la combinai son des corps produit des substances nouvelles.
Lorsqu’on émet des pensées de tourment, d’irrita tion, de haine ou de tristesse, on met en œuvre des forces nuisibles à la fois au corps et à l’esprit. La faculté d’oublier implique celle de chasser les pensées déplaisantes et pénibles et de les remplacer par un élément profitable destinéà édifier au lieu de détruire.
La nature des pensées que nous émettons influe favorablement ou défavorablement sur nos affaires, et influence les autres en notre faveur ou contre nous. C’est une force que les autres ressentent agréa blement ou désagréablement, leur inspirant confiance ou méfiance. L’état mental dominant, ou caractère de la pensée, façonne le corps et les traits. Il nous rend laids ou agréables, attractifs ou répulsifs.
Notre pensée façonne nos gestes, nos manières, notre démarche. Le moindre mouvement d’un muscle est dirigé par une modalité mentale. Une intelligence toujours décidée a toujours . —r..a.n...;.p . ,,.,.T_æ?. .:
208 L’INITIATION une démarche décidée. Une intelligence débile, changeante, vacillante, rend la démarche chancelante, agitée, incertaine. L‘esprit de décision agit sur tous les muscles. Considérez un homme mécontent, taciturne, mélan colique et maussade, et vous verrez sur son visage les preuves de l’action de la force silencieuse de sa pensée malsaine le façonnant, le travaillant, le burinant tel qu’il apparaît.
Cet homme ne sera jamais en bonne santé, car cette force agit sur lui comme un poison, et détermine une forme quelconque de maladie. Une pen sée constamment dirigée sur un but déterminé, sur tout si ce but est le bonheur des autres aussi bien que le nôtre, emplira de force tout le système nerveux. C’est un sage égoïsme que de travailler pour les autres en même temps que pour nous-mêmes, parce que nous sommes tous unis en esprit.
Nous sommes des forces qui agissent et réagissent l’une sur l’autre, en bien ou en mal, à travers ce que l‘ignorance nomme 1’ « espace vide ». Il existe des nerfs invisibles reliant les uns aux autres les hommes et les êtres. C’est dans ce sens qu’on peut dire que toutes les formes de la vie sont solidaires. Nous sommes tous membres d’un même corps.
Une mauvaise pensée ou une mauvaise action est une pulsation douloureuse vibrant à travers des myriades d’organismes. Une pensée aimable et une bonne action produisent exactement l'effet con traire. C’est donc une loi de lanature et de la science que le bien ou le mal que nous ferons à autrui retom bera sur nous—mêmes. Se chagriner d’une perte, soit celle d’un ami, ou
L’ART D’OUBLIER 209 celle d’un bien, affaiblit l’esprit et le corps. Cela n’aide en rien l’ami pleuré; mais c’est plutôt doulou reux pour lui; car notre triste pensée rejoindra notre ami, même s’ilest passé sur un autre plan d’existence, et c’est une source de chagrin pour lui.
Une heure de maussaderie, d’irritation ou de peur, manifestée ou tacite, c’est une heure de force employée à nous rendre insupportables aux autres,et peut»être à nous faire des ennemis. Directement ou indirectement elle affecte péniblement nos affaires. Des regards maussades ou des paroles aigres chassent les bons clients. La mauvaise humeur ou la haine épuise notre esprit.
La force ainsi dépensée pourrait être utilisée pour notre plaisir et notre profit, de même que la force qu’on pourrait employer avec une massue pour se battre le corps, pourrait servir à se récréer et s’en traîner.
Donc, être capable de rejeter ou d’oublier une pensée ou une force nuisible, est le moyen le plus sûr de rendre le corps robuste et de purifier l’intelligence ; la vigueur corporelle et la pureté intellectuelle produi sent le succès dans les entreprises.
Cela donne aussi de la puissance d’esprit; et les forces de notre esprit agissent sur d’autres dont le corps est distant de nombreux milles, et cela à notre profit ou à notre désavantage; parce qu’il eiiste une force commune à tous, distincte de la force corporelle et qui agit continuellement. Il est indispensable qu’elle soit en activité à tout instant, que le corps soit éveillé ou endormi. Employée inconsciemment ou bien avec ignorance, cette force nous plonge dans des abîmes de
2 10 L’INITIATION misère et d’erreur. lntelligemment et sagement em ployée, elle procure à chacun de nous un bien incon— cevable. Cette force,c’est notre pensée. Chacune de nos pen sées a une influence vitale sur notre santé et notre succès réel; et nous ne nommons par succès réels ceux que le monde désigne ainsi ; par exemple : une fortune acquise aux dépens de la santé n’est pas un succès réel.
Toutindividu se conduit intellectuellement, incon sciemment la plupart du temps, selon son caractère propre ou suivant la nature de ses pensées; et cette conduite ne peut pas être modifiée du jour au lende main. lnconsciemment on prend l’habitude d’entrete nir des pensées mauvaises ou pénibles.
Or, toutes les fois qu’on se tourmente, qu’on se chagrine, qu’on redoute une perte, qu’on songe que ceci ou cela pour rait ne pas réussir ainsi qu’on le souhaite, on crée une force destructrice qui ôte la vigueur, cause lam aladie dégoûte des affaires, amène des pertes d’argent et peut même quelquefois éloigner les amis. Il est donc aussi nécessaire et aussi utile d’apprendre àoublier, que d’exercer la mémoire.
Tout le long du jour nous pensons à des choses qu’il serait infiniment plus profitable de laisser absolumentde côté. La faculté d’oublier consiste àécarterl’invisible force (pensée) qui nous nuit, et à la changer en une force (ou ordre de pensées) qui nous soit profitable. Demandez impérieusement et avec persistance une qualité morale : patience, décision, jugement, cou rage, expérience, ou exactitude, qui vous manque, et
L’ART D'OUBLIER 21 1 vous attirez un accroissement de cette qualité. Car ces qualités sont des éléments réels. Ils appartiennent à une chimie naturelle très subtile, quoique encorein connue. Celui qui se décourage, se désespère et se désole, attire inconsciemment à lui le découragement et le désespoir; tel est son inconscient entraînement mental vers le mal.
Le mens est magnétique, parce qu’il attire à lui toute pensée sur laquelle il se fixe, ou qu’il aspire. Laissez-vous aller à la peur, et vous craindrez de plus en plus; oui, cessez de résister à cette tendance, ne faites aucun effort pour oublier la peur, et vous lui ouvrez la porte toute grande pour l’inviter àentrer ; car alors vous demandez la peur.
Fixez au contraire votre esprit sur l’idée de courage, imaginez-vous accomplissant quelque action de bravoure, et vous deviendrez plus courageux. ' , La nature invisible n’est point limitée dans le don de ses facultés spirituelles. Dans ces mots : « Deman dez et vous recevrez, » le Christ implique que tout esprit peut, en demandant, attirer à lui tout ce dont il a besoin. Toute sage demande nous est accordée pour le mieux.
Chaque minute de sage demande apporte un accroissement de pouvoir, qui n’est jamais perdu. C’est un effort envers un gain durable que nous pou vons faire en tout temps. Ce dont nous avons tous besoin, c’est de force pour édifier notre fortune, pour rendre tout ce qui nous entoure plus confortable pour nous et pour nos amis ; car nous ne pouvons nourrir les autres, si nous n’avons nous-mêmes pas de quoi
2 I 2 L’INITIATION nous empêcher de mourir de faim. Cette faculté diffère entièrement de celle qui consiste à se souvenir des opinions des autres gens. ou de garder dans sa mémoire les faits collationnés dans des livres.
Toute œuvreréaliséesurun plan quelconquedevies’accomplit par un pouvoir spirituel, par une force invisible éma née d’un seul esprit, et œuvrant sur d’autres esprits distants ou proches, force aussi réelle que celle qui permet de soulever une pierre avec le pas.
Un homme peut être illettré et pourtant émettre une force affectant et influençant maints autres individus, proches ou éloignés, de manière à élever sa fortune, tandis qu’un savant mourra de faim malgré toute son érudition. L’intelligence n’est pas un sac à ramasser des faits, mais une faculté active devant donner des résultats. Écrire des livres n’est qu’un fragment de l’œuvre de l’intelligence.
Les plus grands philosophes ont d’abord médité leur plan, et puis ils ont agi, tels: Christophe (lolomb, Napoléon, Fulton, Morse, Edi son, et tant d’autres, qui non seulement expliquèrent comment on mouvait le monde, mais qui le mirent eux-mêmes en branle.
Tout plan, tout projet, tout dessein, qu'il se rapporte à une affaire ou à une une invention, est une cons truction réelle d’invisible élément-pensée, et cet édi fice virtuel est aussi un aimant; car, dès qu’il est achevé, il attire à lui des forces constructives, Persévérez dans votre plan ou dans votre projet.
Et ces forces s’approcheront de plus en plus, devien— dront de plus en plus puissantes, et produiront des résultats d’autant plus favorables.
L’ART D’OUBLIER 213 ü" Abandonnez votre projet, et vous arrêtez la venue de ces forces, et vous détruisez autant de force invi sible attractive que vous en avez précédemment amoncelé. Le succès de toute entreprise repose entiè— rement sur cette loi. Une résolution persistante est une force attractive réelle, qui attire constamment sur le projet formé des aides de plus en plus nombreuses destinées à le réaliser.
Lorsque votre corps est dans l’état nommé sommeil, ces forces (vos pensées) sont encore en activité. Elles œuvrent alors sur d’autres intelligences. Si votre der nière pensée avant de vous endormir est une pensée importune, anxieuse ou haineuse envers quelqu’un, elle produira chez vous des résultats mauvais.
Si c’est une pensée d'espoir, de joie, de confiance, de paix envers tous les hommes, c’est la force la plus forte qui déterminera de bons résultats. Si le soleil se couche sur votre colère, votre pensée irascible agira sur d’autres durant votre sommeil et ne vous rapportera que du mal.
Est-il, alors, inutile de cultiver la faculté d’oublier ce que nous souhaitons, afin que le courant de notre pensée qui attire le mal, tandis que repose notre corps, soit transformé en un courant attirant le bien ? Il existe des milliers d’individus, encore à notre époque, qui n’ont jamais songé à contrôler la nature de leur pensée. Il la laissent aller à la dérive. Ils ne se disentjamais quand une pensée les importune : «Je n’y veux plus songer.
Inconsciemment alors ils deman— dent ce qui leur est nuisible, et leur corps dépérit par la force des pensées auxquelles ils s’abandonnent.
2 14 L’INITIATION Il faut donc, dès qu’on ressentles prodromes du mal causé par une pensée mauvaise, quelle qu’elle soit, tâcher de prendre sur soi de chasser cette pensée ; et, lorsqu’en esprit on commence à résister aux pensées malsaines, on acquiert de plus en plus de force de résistance.
« Résistez au démon, dit le Christ, et il s’éloignent de vous. » Or il n’y a de démons que les forces perverses de l’esprit ; mais ils sont ter— riblement puissants pour nous affliger et nous tortu rer.
Tout mode de penser mauvais ou triste est un démon, qui peut nous rendre malades, éloigner nos amis et nous faire perdre de l’argent, et l’argent sym bolise la jouissance des biens matériels, sans quoi nous ne pouvons pas donner libre essorà toutes nos forces, Le péché nommé « amour de l’argent » consiste à pré— férer l’argent auxchoses nécessaires qu’il peut procu ter.
Pour obtenir le plus grand succès possible dans une affaire quelconque, pour faire de très grands pro grès dans un art, pour favoriser une cause, il est ab solument nécessaire chaque jour, à de certains inter valles de temps, d’oublier totalement tout ce qui se rapporte à cette affaire, à cet art ou à cette cause, afin de reposer l’esprit et d’amasser des forces fraîches pour un nouvel effort.
Ressasser constamment le même projet, la même étude, la même spéculation, qu’on doit faire ou ne pas faire, c’est gaspiller cette force sur une roue de moulin tournant dans le vide. Nous nous répé tons ainsi toujours la même chose. Nous édifions pour la centième fois avec cet invisible élément
L’ART D’OUBLIER 2 r 5 pensée, toujours la même maison, et la deuxième est déjà l’inutile répétition de la première.
Celui qui est enclin à penser continuellement au même sujet, à en parler toujours, à nejamais le per— dre de vue, qui ne peut à cause de cela suivre le ton général d’une conversation, ni prendre intérêt à ce qui se dit autour de lui, et qui ne peut causer que de cela, ou bien alors se taire, celui—là est en grand dan— ger de devenir un monomane.
Un monomane est celui qui, ayant conquis une idée, et se l’étant assimilée, ne cherche, peut-être in— consciemment, qu’à la communiquer aux autres. Il n’abandonnera à aucun moment sa théorie et ne saura s’adapter à la pensée des autres. C’est pourquoi il perd la faculté d’oublier, d’écarter de son imagi— nation l’unique pensée absorbante, et s’y embourbe de plus en plus.
Il s’environne de cette pensée, qui de vient pour son esprit un élément aussi réel que l’air respiré par nos poumons. PRENTICE MULFORD. D" (A suivre.)
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Le Bah et le Baysme ”’ Les fondateurs du Babysme sont deux hommes cé lèbres en Orient, le Bah et le Bahaoullah (2). Le Bah est un jeune Chérif de Chiraz (Perse) nommé Mirza Aly-Mohamed, né le I" Moharrem 1235 de l’hégire et issu d’une famille de négociants descendant de Hussein (3).
Son père Mirza-Mohamed—Riza étant mort avant que lui ne fût sevré, il aété élevé par son oncle maternel le Hadj-Mir-Sayed-Aly, négociant à Chiraz. Dès son bas âge, il aimait la prière et les dé votions et, devenu un jeune homme, il passait pour pieux. Sa physionomie était très agréable et im posante. Il a travaillé avec son oncle dans le com merceà Bouchahr et à Chiraz.
Avant de manifester sa vocation, il partit pour Irak sur le Tigre visiter les tombeaux des Imams (saints musulmans) selon le (I) Traduit du Moktataf. Nous laissons son cachet oriental à cette belle traduction, due à un de nos confrères martinistes du Caire. (2) Bab, porte, par allusion à l'entrée dans le Babysme. (3) Eclat de Dieu, surnom du législateur du Babysme. (4) Le fils de Aly, gendre du prophète Mahomet.
‘d" _ LE BAB ET LE BABYSME 217 rite chiite et y passa cinq mois; c’est de là que com mença sa célébrité. De retour à Chiraz, il se dit à l’âge de vingt-cinq ans qu’il est le Bab ouagent du Mahdi attendu selon le rite chiite. C’était le 5 Jamad Arval 1260. Son premier adepte fut Moulla-Hussein, homme célèbre surnommé par les Babystes le Bab du Bab. Il était de Bouche ronya (Khourasan).
Lorsque les adeptes du Bab sont devenus dix-huit, il les désigna sous les lettres (3 H Y) (1). Il leur ordonna d’aller dans les pays de Iran et de Irak, d’annoncer aux Ulémas (2) sa venue et de les inviter à le suivre. Il leur dit en outre de taire son nom jusqu’à ce qu’il le divulgue lui-même.
Les commentateurs ont différemment interprété la signification du surnom de Bab, mais, d’après ses pro pres livres, ce surnom signifie qu’il est l’annoncia teur de la prochaine venue du Libérateur et de l’en trée du monde dans un nouvel état.
Le Bab partit pendant la saison du pèlerinage pour la Mecque et après y avoir accompli ses devoirs reli gieux, il proclama sa mission dans la grande assem blée. ce qui donna de la célébrité à son nom et à sa mission. Il retourna ensuite à Bouchahr (Iran), sur le golfe Persique, où il fut saisi par le Vali Hussein Khan et de là dirigé à Chiraz.
Il resta emprisonné dans cette ville quelques mois jusqu’à l’apparition d’une épidémie qui décida la plupart des habitants à s’enfuir et lui permit de s’évader à la faveur du man— (1) Dans l’alphabet barbaresque, H en arabe égale 8 et Y: I0, soit I8. (2) Prêtres musulmans.
218 L’INITIATION que de surveillance. Il rentra ainsi chez lui et partit de là pour Asfahan où il descendit chez [man-el Jomâa—Mir-Sayed-Mohamed. surnommé le sultan des Ulémas. Le Valide cette ville était alors le célèbre prince Manoujahr Khan qui crut en lui. Sur la demande de ce prince et du sultan des Ulémas, le Bab a écrit dans cette ville les livres intitulés la Prophétie spéciale de Mahomed et l’Interpre’talt’on de Sourat—el— Asr (Coran).
Il improvisait ses discours et ses écrits au point que l'on disait delui qu’il écrivait dans la perfection pen— dant quatre heures mille lignes soit en arabe ou en persan. Il eut avec des Ulémas des discussions dont la plupart sont portées dans les livres d’histoire. Il les stupéfiait par la force de son jugement et la célérité de ses écrits.
Les Ulémas divergèrent d’opinion à son endroit, quelques-uns crurent en lui, tels que Moha med-Taki-el-Heroni et Habib -Allah-el-Oloni, et d’autres comme Mir-Sayed-Mohamed et ses adeptes dirent qu‘il était fou. La plupart émirent un (fatwa) avis le déclarant infidèle et méritant la peine capitale ; ce fut l’avis de Mohamed-Mahdi-el-Kolbasi et ses pa— reils.
Sur ces entrefaites, le Vali le prit de chez Sultan el-Ulémas et le réfugia dans son propre palais en déclarant que sur l’ordre du Shah Mohamed il l’a en— voyé à Téhéran. Le Bab resta ainsi réfugié dans le pa lais jusqu’à la mortdu Vali-Manoujhr-Khan. Le neveu de celui-cr, Mirza-Korkin-Khan,fut nommé Vali et sur l’ordre qm lui a été donné par le shah Mohamed, il en voya le Bab à Téhéran. Avant son arrivée dans cette ville on donna l’ordre de le diriger sur Azerbayjan où
LE BAR ET LE BABYSME 2I9 il fut enfermé dans les forteresses de cette place ap pelées Gehrik et Maco. Il resta ainsi emprisonné jusqu’à la mort de Shah Mohamed et l’avènement de Shah Nasr-el-Din. Sur ces entrefaites, les affaires s’envenimèrent entre les Babystes d’une part et les Ulémas et les Valis des villes d’autre part. Il s’ensuivit une guerre entre 'eux dans les villes de Mazendran, Zinjan et Niriz.
Voici le résumé de ces guerres : Mulla-Hussein, le Bab du Bab, partit avec ses amis de Khorasan pour Karbala dans le Irak.- Mirza-Moh-Aly-el-Mazenda rani, béatifié parles Babystes, et Mulla-Mohamed-Sa dek-el-Khorosani, reconnu comme saint par les Chiites, suivirent le dit MulIa—Hussein. Ils partirent, drapeaux noirs en tête, pour Sari. chef-lieu de Mazen daran.
Arrivés dans cette ville, Mulla—Saïd, chef des Ulémas, ordonna de faire la guerre aux Babystes et de les tuer. Ils se réfugièrent alors dans le tombeau du Chiite Taborsi, uléma célèbre, et fortifièrent ce refuge. Les Babystes étaient au nombre de trois cent treize et ils ont eu des rencontres dans lesquelles ils ont eu le dessus. Le gouvernement donna alors l’ordre au Sirdar (1) AbasekliKkan de leur faire la guerre.
Celui-ci, d’accord avec Midhdikli—Mirza, Vali-de-Ma zendarani, les cerna au moyen de troupes et de canons. Les Babystes en firent un grand carnage. Alors les troupes furent renforcées et les canons aug— mentés. Pendant que le .siège se continuait ainsi, Mulla (I) Généralissime.
2 2 0 L’INITIATION Hussein fut tué et la faim devint affreuse parmi les siens. Finalement le Vali et le Sirdar leur donnèrent le Aman (I), et ils sortirent de leur refuge en livrant les armes. A peine sortis, ils furent cernés par les troupes ct criblés de balles, sauf leur chef, Mulla Mo hamed Sadeck et quelques-uns de ses amis qui furent dirigés sur Sari.
Là ils furent également tués sur l’ordre de Mulla Saïd, chef des Ulémas, d’accord avec les élèves Ulémas, et leurs corps furent brûlés. De même à Zinjan les affaires s’envenimèrent entre les Babystes et les Ulémas. Le chef des premiers était Mulla Mohamed Aly et Zinjani, Uléma célèbre et le Vali de la ville était Émir Aslan Khan, oncle ma— ternel du shah Nasr el Din. Ce dernier incita les Ulé mas Chiites à exterminer les Babystes.
Après quelques rencontres, le Vali envoya chercher des renforts de Téhéran, et dans les rencontres ultérieures le chef des Babystes mourut ainsi que la plupart des siens. Les autres furent envoyés à Téhéran où ils furent tués. A Niriz aussi il y eut des rencontres. Le chef des Babystes était el Sayed Yehya el Darabi, auteur de Kasnabark, Tohfat el Molouk et autres.
Ces ren— contres ont eu pour résultat final que le chef des Ba bystes et ses amis furent assassinés après avoir obtenu le « Aman ». Lorsqu’en 1848, le shah Mohamed Khan mourut et le shah Nasr el Din prit possession du trône, la Perse était dans un état de trouble profond à cause de la mauvaise gestion des Turcs de Iraouan auxquels le (I) Assurance qu'ils auront la tête sauvée.
LE BAR ET LE BABYSME 22[ grand vizir Mirza Akasi attribuait les plus hauts postes. Le Vali de Khorasan, Mohamed Hassan Khan, se révolta même et se déclara roi. Il fit des pactes avec les Emirs de Afgan, de Boukh ara et de Turkman. Le mouvement Babyste et les guerres auxquelles il donna lieu ne firent qu’augmenter l’agitation existant dans le pays. Taki Khan, le nouveau grand vizir, décida donc de tuer le Bab, pensant étouffer ainsi le Babysme.
Il donna en conséquence à HamzahMirza, Valide Tibriz et oncle paternel du shah, l’ordre de tuer le Bab.
Le Vali refusa en répondant au grand vizir: « J’ai une mauvaise opinion « de vous », et j’ai éprouvé une déception, car je m’attendais à ce que le gouvernement de Perse m’ordonne de faire la guerre à une grande puissance et ne m’attendais nullement à ce qu‘il m’ordonne de tuer un descendant pieux du Prophète qui ne laisse pas de mettre en pratique une seule des œuvres surérogatoires ou vertus civiques. » ,Le grand vizir ordonna alors au frère du dit Vali, Mirza Hassan Khan, chef des troupes de Azarbayajan, de tuer le Bab.
Celui-ci fut en conséquence suspendu dans la grand'place militaire de Tibriz et fusillé le 28 chaban 1266 de l’hégire. Après la mort du Bah, ses enseignements devinrent plus répandus et la persécution de Ses adeptes aug menta. Parmi les chefs Babystes, il y en eut qui éle vèrent des prétentions quant à la prophétie, au testa ment, etc. Il s’ensuivit des divergences d’opinions et des divisions intestines.
Plusieurs de ces chefs ont dévié et sont tombés dans le dévergondage. La situa tion des Babystes empira par le fait de Mohamed ' -. «q‘ w'&QM*MWW‘ä-—L"\N{m\:TÏTL‘:Ï.Ï:ÏÜ— 7 MM”. , __.u—.t..ns\..., L .. ... ,;____V___.e . .\u..
2 2 2 L’INXTIATION Sadek, jeune homme de Tibriz, qui a tiré une balle sur le shah Nasr el Din en I268, tandis qu’il sortait pour la chasse de son palais de N iaouran, distante de deux heures de Téhéran. A la suite de cet attentat la situation des Babystes devint plus insoutenable dans toute la Perse. A Téhéran comme partout ailleurs on empoignait les inculpés et les innocents, les sujets soumis et insoumis.
On a aussi tué un grand nombre des Babystes de la mort la plus cruelle. Parmi les personnes tuées à cette époque était une femme célèbre surnommée Korrat el Ain, fille de Hagi Mulla Saleh, chef des Ulémas de Kazouin. Ayant cru en le Bab, elle ne tarda pas d’être un de ses prin cipaux adeptes.
Se trouvant à Karbala, elle eut des discussions avec les Ulémas de cette ville et il en est résulté une révolte parmi les Ulémas qui l’obligea à venir à Bagdad, où elle fut l’hôte de Ben cl Alousi, Moufti de Badgad. Elle eut alors des discussions avec les Ulémas de cette ville et ils finirent par demander son expulsion au sultan de Turquie, Abdul Megid Khan. Revenue en Iran, elle eut des discussions avec les Ulémas de Karmanchah, Hamazan.
Elle vint ensuite à Kazouin chez son père et y resta jusqu'au jour où son oncle fut tué. Elle vint alors à Téhé ran et descendit chez le législateur Bahaoullah. Elle y resta quelque temps et fut ensuite mise en prison jusqu’aux événements de 1268. On l’étran- ‘ gla pendant ces événements et son corps fut jeté dans le puits du jardin connu sous le nom de Bag Hakhain.
Ben el Alousi, chez qui elle resta pendant deux ‘ 'W'Wwpwal-u _,../N u.ww‘v,..,.wuz ’_‘ .,_, ;> , r’l‘. . . '7 r "' 7.—.
LE BAB ET'LE BABYSME 223 mois, réfuta les calomnies dont on accabla cette femme et en fit le plus grand éloge. Le Bab laissa un grand nombre d’écrits dont quel ques-uns ont déjà été mentionnés et d’autres comme la Mission équitable, l’Interprétatz’on de Sourat el Bakara,etc., etc. Les ennemis du Bab ont dit que ces écrits ne sont pas faits dans un style clair et con tiennent des erreurs grammaticales.
Ces reproches sont injustifiés quant aux écrits du Bah, de Bahaoullah et de son fils Abbas. Le Bab fit des méthodes de calculs assez fines. Il a recommandé des principes assez difficiles à mettre en pratique et ces recommandations ont été corrigées par Bahaoullah. Mirza Hussein Aly, surnommé Bahaoullah, naquit le 2 moharrem 1233 de l’hégire. Son père se nom mait Mirza Abbas, surnommé Mirza Bizreh el Nouri.
C’était un des grands vizirs du shah Fath Ali. La famille Nouri est très célèbre en Iran. Lorsque le Bab acquit de la célébrité, Bahaoullah crut en lui, et cette adhésion fortifia les Babystes. Bahaoullah entretenait une correspondance secrète avec le Bab par l’intermédiaire de Mirza Abdul Kérim el Kazouin. Pendant les événements de 1268, Bahaoullah fut empoigné et mis quatre mois en pri son.
Au cours de cette détention, il fut jugé par un conseil de ministres du chef de s’être mis d’accord avec des étrangers contre le shah. L’ambassadeur de Russie prit sa défense et il fut reconnu innocent de cette imputation. Le shah ordonna néanmoins sa déportation pour l’Irak. Il fut accompagné pendant . _Wuc..ax.. .__.‘“_H‘ ,_.W:,_.‘.ÇV&:ÀÇÎW .,,‘, -n-u—— 4n— x —.. -. «1 w. \...... v.... MMWEM
2 24 L‘INITIATION le trajet par des troupes persanes, et de peur qu’il ne lui soit fait du mal, quelques cavaliers russes surveil laient sa marche jusqu’au jour où il est arrivé à Bagdad en I269. Son séjour à Bagdad se prolongea douze ans pendant lesquels il s’efforça de rendre les Babystes meilleurs et plus unis.
Il s’ensuivit des inimitiés de la part des autres Persans demeurant à Bagdad contre les Ba bystes qui décidèrent le sultan de Turquie de faire venir Bahaoullah à Constantinople. Il y resta quatre mois et fut ensuite dirigé sur Aderna, Où il resta cinq ans, au cours, desquels il lançait des manifestes ba bystes.
Ce fait renouvela les plaintes et décidèrent le sultan à interner Bahaoullah à Saint-Jean-d’Acre (Syrie).ll y vint avec sa famille et sa suite en l’an 1285 de l’hégire. Ces persécutions ne firent qu‘aiguiser son énergie. Il posa les principes fondamentaux du Babysme et fit aux Babystes des sermons et plus de mille mis— sives.
Il leur imposa comme devoirs religieux: 1° De s’occuper de l'éducation etde l’instruction de leurs enfants mâles ou femelles; de répandre l’ins— truction au point Où on a dit de lui qu’il a admis les professeurs au bénéfice de l’héritage comme les héri tiers légitimes de chacun; 2° De s’occuper de l’industrie et du commerce et de délaisser la paresse; 3° D’aimer son . prochain quelle qu'en soit la croyance ou la religion; 4° D’estimer que toutes les religions ont été éta blies dans le but de s’entr’aimer et qu’il ne faut a WWW;M)W’W’m"I.Ia ‘ l] ‘ i“*“‘ ’.’ '
LE BAB ET LE BABYSME 225 -—. -y.v pas en faire une cause de subdivision et d’inimitié; 5° D’obéir aux rois et aux lois de leurs gouverne— ments ; 6° De ne pas s’immiscer des affaires politiques; 7° De considérer le pouvoir des rois comme venant de Dieu et en conséquence de ne pas mal parler des rois et des princes.
Il a aussi établi une division entre les devoirs civils et les devoirs religieux: les premiers étant du ressort des tribunaux et les seconds ayant pour point de dé part le livre (1) qu’il a défendu d’interpréter. Il leur défenditles insultes, les calomnies, les agres sions, l’assassinat, la luxure et en somme tout ce qui est contraire à l’humanité, même le port d’armes, sauf par ordre du gouvernement.
Il leur défendit aussi d’avoir des concubines et de n’avoir pour femme légitime qu’une seule ou deux à la rigueur, pas plus. Il rendit le divorce très difficile. Les règles du jeûne, de la prière, du pèlerinage et de l’aumône sont men tionnées dans les livres religieux qu’il leur fit. Il réussit ainsi dans l’expansion de ses enseigne ments et l’amélioration de ses adeptes, puis il mourut le 16 mai 1892 (ère chrétienne).
Le premier historien qui s’occupa du Babysme fut Mirza el Moustaou-fi el Kachani, auteur de « Nasdk el Taouarikh ». Mais cet historien puisa ce qui a trait au Babysme dans les écrits de leurs pires ennemis. C’est ainsi qu’il leur attribua toutes sortes de méfaits et de corrup (1) Celui qu‘il leur a fait sans doute (Note du traducteur). ..\‘ .,--_‘.\_....,, ‘—...‘.ç--—"""« L n... _ "MM—4M.-.
226 L’INITIATION tions. D’autres écrivains européens ont voulu alors connaître les vraies croyances des Babystes et leurs usages. Mister Brown Edward, professeur des langues orientales à l’Université de Cambridge, vint donc en Perse en 1305 et y fit la connaissance des Babystes. Après avoir obtenu d’eux quelques livres, il alla à Saint-Jean-d’Acre où il vit Bahaoullah.
De retour en Europe, il rapporta ce qu’il avait vu dans les revues scientifiques. De même le professeur baron Rosen de Pétersbourg traduisit quelques missives de Bahaoullah et les publia en Russie et en Europe. Le capitaine Alexandre Thomanski, officier dans l’armée russe, vint à Ochek Abad et à Iran. Il y fit la connais sance des Babystes et connut leurs usages. Il est en train de faire leur histoire.
D’autres écrivains orientaux ont aussi fait l’histoire du Babysme, tels que Mohamed Hussein el Hamadain qui avait accompagné le Shah Nasr el Din lors de son premier voyage en Europe. Enfin le temps se chargera de faire la lumière sur les faits babystes que les intérêts politiques de quel ques-uns ont mis dans l’ombre. S —— S;;: I :::. , . , / . s_ » c —Wfimmuw;’w“. »}y}_,_;‘__n—«.—-—-—-,A/ Lw-gfl,,u.,,__,._..,.fl,.,_fl,..ff,;, ( . '.% 4
rw T‘ _ . ...-..w..._#fiïfirpfifdfi- .r-d _. t;.:fl.LÏ.—amvwn DU PROGRÈS DANS L’HUMANITÉ 227 U Paonaès DANS L’HUMAMTE AU POETE DE GÉNIE, J. STRADA On ne devrait aborder l’étude de l’Histoire qu'après celle de l’Homme. L’Histoire n’est autre chose, en effet, quele récit de l’évolution de l’Homme, de sa création en tant qu’homme, c’est-à-dire en tant qu’être vivant sur le plan hominal.
Le plan hominal est compris entre le plan animal et le plan angélique. L’Homme flotte donc entre ces deux plans ou états d’existence. Il n’est plus un ani mal, mais il n’est pas encore un ange. Il s’éloigne du premier qu’il dédaigne et se rapproche du second qu’il adore etvers lequel il aspire. Il se débarrasse peu à peu du lourd fardeau de l’animalité, pour vêtir, plus tard, — lorsqu’il en sera digne, —— le vêtement glorieux de l’angélz’te’.
L’Homme tient de l’animal par l’âme animale, ap pelée aussi Kama rupa (quatrième principe des boud dhistes); il tient de l’ange par l’âme angélique ou Buddhi (sixième principe des bouddhistes), en puis sance actuellement. Il participe donc de l’animal par sa nature actuelle et de l’ange, par sa nature virtuelle. Le quatrième principe est le reflet du sixième, son côté négatif, antithétique.
Il est tourné vers le côté extérieur et physique des choses, tandis que son op posé est tourné vers le côté intérieur et spirituel. Le premier est le siège des désirs égoïstes, des passions -rl -
22 8 L’INITIATION sensuelles, particulières, restrictives et destructives, et le second, de l’Amour irradiant et créateur. L’un c’est le Cœur qui hait, l’autre le cœur qui aime ; celui ci est la Volonté opérant en mode supérieur; celui-là la Volonté, ou plutôt le Désir impulsif, opérant en mode inférieur.
La Volonté et le Cœur — parce qu’é— galement créateurs du mal et du bien — synthétisent donc l’un et l’autre, les quatrième et sixième prin- ' cipes (1). Mais l’Homme n’est ni ange ni bête, ni même uni quement un composé des deux. Il est cela et autre chose. Il est essentiellement une Intelligence, con naissant le Bien et le Mal, l’Ange et la Bête. C’est en cela qu’il se distingue de l’un et de l’autre.
L’Intelligence, c’est l’Ame humaine ou Manas (cin quième principe des bouddhistes).Allié au quatrième, ce principe produit le Kama-Manas, au sixième, le Buddhi—Manas. Le Manas, le Kama-Manas et le Buddhi-Manas —— tout au plus — constituent actuellement ce que l’on désigne sous le nom d‘Esprit. Kama—Manas comprend surtout la Sensibilité et la Perception extérieures.
Par lui, l’Esprit entre en con tact avec les trois centres de l’âme animale et avec l’extérieur (monde physique). Buddhi-Manas est aussi Sensibilité et Perception, comme Kama—Manas. Mais ici, ces facultés sont tour (1) Ces deux principes n’auraient-ils point tous deux la poi trine, le cœur, pour point d’appui et centre d’action?
Le qua trième principe ne constitue-t-il point essentiellement la vie de l’être impulsif et le sixième la vie de l’Esprit?
DU PROGRÈS DANS L’HUMANITÉ 229 nées vers le monde intérieur, les régions subtiles du plan spirituel. Par Buddhi-Manas, l’Esprit entre en contact avec ce monde intérieur et peut communier avec les anges et se laisser inspirêr par eux.
Ainsi recevant, par Kama-Manas, des sensations et des perceptions relatives au monde phyique et, par Buddhi-Manas, des perceptions (intuitions) et des inspirations relatives au monde spirituel, — l’Esprit, ou plus exactement, l’Intelligence les pense, les digère et se les assimile par la méditation ; elle oppose les in férieures aux supérieures; les compare, les contrôle les unes par les autres, les juge.
De leur choc jaillitla lu mière, naissent les pensées, les notions. et, peu à peu, pierre par pierre, -— s’amassent les matériaux avec les quels s’édifie le vaste monument de la Connaissance. Tournée plus spécialement vers Kama—Manas, l’In telligence opère en mode involutif ; elle analyse plutôtqu’elle ne synthétise; elle oppose les idées et les systèmes les uns aux autres; elle enfante la haine et fomente la discorde, la guerre.
Tournée, au contraire, vers Buddhi-Manas, elle opère en mode évolutif; elle synthétise et crée ; elle équilibre les idées et les systèmes contraires, en les rattachantà des idées plus générales, à des systèmes plus larges, plus synthétiques; elle enfante les senti ments nobles et généreux, la bonté, la charité, l’esprit de sacrifice. ’ Ainsi l’Intelligence chevauche entre le monde de la Matière et celui de l’Esprit, entre le Mal et le Bien, prend conscience de l’un et de l’autre, s’attache à celui-ci ou à celui-là et génère l’un ou l’autre. 8 ...i .flLm‘Αnm“.u—< .. h...- .— « *->1 -—««*,.a-—-æ,.. ... .., i ...—... —.
2 30 L’INITIATION L’Homme est heureusement entraîné et aidé à faire le Bien. D’abord, le mouvement évolutif général l’y pousse; puis, s’il l’appète ardemment, les secours d’en haut ne lui feront point défaut. Perpétuellement, en effet, il y a involution de l’Esprit dans la Matière, du Supérieur dans l’Inférieur. A lui d’en profiter.
De même que tout être — atome, cellule, plante, animal, astre, monde ou univers, — l’Homme ne peut progresser que grâce aux principes supérieurs qu’il incarne et que dans la proportion où il les incarne. Toute incarnation est pour lui, une infusion du Supérieur en lui, ou bien une révélation du Supérieur à lui.
Le Supérieur se révèle à lui — par l’inspiration et l’illumination — sous forme de forces et de visions mentales, d’idées ou êtres mentaux. Grâce à ce secours, l’Homme développe et réalise en lui, incarne successivement: Kama-Manas, Manas et Buddhi-Manas. L’évolution de l’Homme s’opère donc en trois temps principaux.
L’Humanité est aidée, soutenue dans son évolution par l’involution ou incarnation d’êtres très évolués, appartenant aux mondes supérieurs, comme le Boud dha, le Christ. Son évolution comporte aussi nécessairement trois temps principaux, correspondant à l’évolution des trois principes ou plutôt des trois modalités de l’Esprit. A Ces temps ont pour symboles: le Père, le Fils et le Saint«Esprit. ‘*‘ ’ "'”ΓN"MM . FN _
DU PROGRÈS DANS L’HUMANITÉ 231 __M.A . w- . «R Le Père — c’est-à-direla Force, leM0uvemçnt, la Vie créatrice toute-puissante, — c’est le règne du Destin, de l’Ame animale, l’adoration, le triomphe de la force, de la beauté et de la vie corporelles, — de la Matière, en un mot; c’est Dieu sur la terre, dans la nature. De là, les religions naturalistes.
Le Fils, — c’est-à-dire la Sagesse, la Lumièrequi illumine I’Être parfait, — le Père, — jusque dans ses profondeurs les plus secrètes,dans ses recoins les plus ignorés,l’Intelligencequipénètretout,distinguetout,— c’est le règne de la Providence, de Dieu s’offrant en holocauste ; c’est le‘Sujet opposé àl’Objet, l’Esprit au Corps; la Vie contemplative à la Vie active ; c’est la négation, la torture du Corps voué à la géhenne, l’af— firmation, l’adoration, l’exaltation, le triomphe de l'Ame humaine, de l’Esprit, et, par suite, le règne de la division, des oppositions; c’est Dieu dans le Ciel, en dehors de l’Univers, Dieu absolument distinct de ' la créature, Dieu inaccessible.
De là, les religions spi ritualistes. Le Saint-Esprit, le Paraclet, — c’est-à—dire l’Amour, l’Union de la Toute-Puissance et de la Suprême Sagesse, — c‘est le couronnement de l’œuvre du Père et du Fils; c’est l’union de l’Esprit et du Corps, du Ciel et de la Terre; c’est le triomphe, le règne du Cœur équilibrant, de la Volonté créatrice; c’est Dieu par tout, quoique distinct, le Créateur uni à sa créature; c’est l’Harmonie universelle.
De là, la Religion vrai ment intégrale. Le, Règne du Père, de l’Ame animale ou du Corps commence à l’apparition de l’Homme et prend fin à
2 3 2 L’INITIATION ' “1‘.“ la mort du monde antique. Il a eu son plein épanouis— sement en Orient. Voici sa formule, sa loi telle que Dieu la donne à Adam et à Ève: « Soyez féconds, multipliez et remplissez la terre et l’assujettissez; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel et sur tout animal qui se meut sur la terre (1). » Elle place, comme on le voit, le Bonheur sur la Terre, dans l’amour de la Vie.
Elle célèbre l’Action. Le Règne du Fils ou de l’Esprit commence avec l’ère chrétienne. Il n’est pas encore terminé, mais touche actuellement à sa fin. Il ne se manifeste plei— nement qu’en Europe. Jésus-Christ, à plusieurs reprises, énonce la règle du nouveau Règne. « Ne vous amassez pas, dit—il, dans son sermon sur la montagne, des trésors sur la terre, où la teigne et la rouille détruisent et où les voleurs percent et déro bent.
Car là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur (2). » « Si tu veux être parfait, dit-il encore, —— s’adressant à un jeune homme riche, -— va, vends ce que tu pos— sèdes, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens, et suis-moi (3). » Cette formule est l’antithèse de la première.
On doit chercher le bonheur non plus sur la terre, mais dans le ciel, dans la vie contemplative, non dans la (I) Genèse, I, 28. (2) Man‘hieu, 1v, Ig, 20, 2x. (1) Matthieu, xxx, 21. " ""1LÏÏ WæF.} .)-—.æ-M_ 'v. ‘g. .l ) .a
DL’ PROGRÈS DANS L'HUMANITÉ 233 vie active. L’Esprit s’oppose au Corps. Seul il compte d’ailleurs. Le Règne du Paraclet ou du Cœur est en germe dans le présent; des signes l’annoncent. Sa réalisa tion complète sera l’œuvre de la terre entière. Lors qu’il sera établi définitivement, l’être humain ne sera plus un Homme, mais un Ange. Ce règne est prédit par l’apôtre Jean dans l’Apoca lypse (1). Je prierai le lecteur de s‘y rapporter.
L’union du Ciel et de la Terre, de Dieu et de l’Agneau est consommée ; les contraires sont conciliés; le mal n’est plus. Aucun des trois principes symbolisés par le Père, le Fils et le Saint—Esprit n’agit jamais seul, à l’exclu— sion des deux autres; mais chacun d’eux prépondère à son tour, selon l’ordre que je viens d’indiquer. A vrai dire, c’est surtout au Fils qu’est dévolue la direc tion des êtres sur le plan hominal.
Le Fils ne symbo lise-t-il pas l’Intelligence, la faculté par excellence de l’Homme, celle qui le distingue de tous les autres êtres? Placé entre le ciel et la terre (2), les mondes ma tériels et les mondes spirituels, entre le Bien et le Mal, il les connaît tous également; il est dieu (3).
Au sur plus, au Père, qui est la Force et la Vie incréée, appar— tient le règne des forces cosmiques, des substances, des êtres en tant qu’êtres ; au Fils, la Sagesse, le Savoir; (1) Ch.xxr et xxrt, r a 7. (2) Voilà pourquoi l‘Homme est le Médiateur entre le Ciel et la Terre. le Rédempteur de la Nature. (3) Genèse, in, 22.
‘e54 '-'-v— -u"m 234 L’INITIATION au Saint-Esprit, l’Amour. Le Père domine donc prin cipalement sur tous les corps et les êtres inférieurs à l’Homme, le Fils sur l’Homme. et le Saint—Esprit sur les anges et les esprits purs. Cependant le Père et le Saint-Esprit exercent une très grande influence sur le cycle hominal: le premier au commencement, le second à la fin.
Dans le premier cas, les êtres humains se rapprochent beaucoup de l’animal; dans le second de l’ange. La manifestation d’un même principe présente— suivant les temps et les milieux -— des différences sou vent très accentuées. Cela tient à ce que le Corps, l’Esprit et le Cœur(1) ne sont pas des choses simples, mais complexes. pouvant apparaître et apparaissant sous de multiples aspects.
Ainsi, par exemple, certains peuples de l’antiquité sacrifient à peu près uniquement aux besoins du corps et à ses appétits : ce sont surtout les peuples marchands; d’autres, au contraire, en admirent la force, la vigueur : ce sont les peuples guerriers; d’autres enfin, en exaltent à la fois la force, la beauté et les plaisirs : ce sont les peuples artistes. Le peuple grec est de ces derniers.
C’est même celui qui a poussé aux plus lointaines limites l’adoration du corps et qui en a le mieux exprimé et célébré toutes les per fections, tous les charmes, toutes les attirances et la (I) J’emploie les mots Corps, Esprit et Cœur, au lieu de Kama—Manas, Manas et Buddhi-Manas, parce qu‘au Rama Manas correspond le Corps, vers lequel il est constamment tourné; au Manas ou l’lntelligence, l’Esprit, dont il est la faculté centrale; au Buddhi-Manas, le Cœur, ainsi qu’il a été dit plus haut.
DU PROGRÈS DANS L’HUMANITE 235 beauté et la vigueur. C’est peut-être pour cette rai son qu’il donne, de tous les peuples de l’antiquité, la plus haute sensation d’harmonie. Mais voici qu’au moment où cette sorte de religion corporelle synthé— Itique atteint son plus haut point de splendeur, qu’ap paraissent les précurseurs du cycle suivant: Socrate, Platon. t u«\s . (1) Pendant le premier temps ou âge, I’Humanité est inconsciente.
Elle n’est qu’un organisme informe. Les sociétés qui se constituent sont des essais d’infor mation. Les hommes sont maintenus en société par les forces coercitives (2) de la nature (nécessité de s’entr’aider pour subvenir aux besoins physiques) et des hommes (théocraties, monarchies absolues). Ignorants, ils sont dirigés par l’instinct. Ils vibrent à l’unisson de la nature; ils communient avec elle, dont ils ne savent pas encore se distinguer.
Ils acquiè (1) J’essaie ici de caractériser brièvement chacun des trois cycles, temps ou âges et d’en indiquer les traits les plus sail lants. J’envisage I’Humanité dans son intégralité, comme un tout; je ne la restreins pas, par conséquent, aux minorités di rigeantes, ni aux quelques êtres d’exception qui répandent les germes des progrès futurs : je la considère plutôt dans sa par tie peuple.
Je ne prête aucune attention aux formes éphémères que revêtent, çà et là, telles ou telles sociétés particulières et ne tiens pas compte des périodes de regrès.
Je ferai remarquer, en passant, que les principes supérieurs commencent à involuer, quelque temps avant la fin de chaque cycle, pour préparer le terrain, le rendre favorable au déve loppement du cycle qui doit suivre. (2) Les forces naturelles, coercitives et agrégatives, sont la raison et le fondement des forces coercitives humaines. Mais l’influence des premières diminue dès l'instant où l’homme commence à vivre en société.
2 3 6 L’INITIATION rent pèle-mêle beaucoup de connaissances, mais ils ne les digèrent pas. Ils ne réfléchissent pas. Ils adorent les forces naturelles. Les religions sont synthétiques. En leur sein. sont confondus les sciences, les arts et les philosophies. Les langues sont synthétiques et plas tiques : elles parlent aux sens. C’est l’ère de l’Orient.
Pendant le deuxième âge, I’Humanité devient pro gressivement consciente en chacune de ses parties. Les forces coercitives perdent peu à peu de leur influence asservissante sur l’homme. Elles se divisent. Le pouvoir humain se fractionne : d’un seul (monar chie absolue), il passe à tous (suffrage universel) et, par suite, s’affaiblit.
Parallèlement l’homme — appli— quant le système de la division du travail et inven tant les outils, les machines — parvient à diviser, à dominer les forces de la Nature. Il en devient ainsi de plus en plus le maître. Il ne communie plus avec elle; il s’en distingue. Son instinct est moins fort; mais son intelligence a grandi. Il se replie sur soi, réfléchit, analyse, discute. prend conscience de lui même.
La science, la religion et l’art se séparent, puis chacune de ces parties se divise quasi infiniment. Les hérésies se justifient, sont nécessaires. Les langues sont devenues analytiques et intellectuelles. Laliberté, nulle au début, est devenue très grande.
Cet âge aboutit à l’individualisme le plus accentué en politique, comme en religion, en science et en art. C’est l’œuvre de l’Europe(r) et du christianisme et partant leur Ère. (1) Sa configuration géographique l’y prédisposait. Avec ses côtes déchiquetées, ses mers qui pénètrent très avant dans les
DU PROGRÈS DANS L’HUMANITÉ 237 Dans le troisième âge, I’Humanité est consciente d'elle-même. Les forces coercitives ne dominent plus. La nature est soumise à l’homme. Le pouvoir civil et politique n’est plus. Il a fait place à l’Autorité mo rale de la Religion—Science-Art. L’homme n’a qu’un seul juge : saconscience, qu’un maître : lui -même.
Il s’associe (i) librement aux autres hommes pour obtenir la plus grande part de bien-être et de bonheur possibles. Il ne violente plus la nature. Il communie de nouveau avec elle, mais il n’adore pas les forces naturelles.
Il sent palpiter la vie dans tous les êtres: il tressaille de joie avec eux, il souffre avec eux, il aime avec eux, il vit, en un mot, avec eux et en eux. terres et ses terres qui poussent des pointes hardies dans les mers, ses montagnes et ses vallées, ses lacs et ses fleuves, ses plaines et ses coteaux, si nombreux et aux aspects si divers, ses petits pays et ses climats très variés, l’Europe oppose partout les contraires aux contraires ; la montagne à la vallée ou à la plaine, la terre au fleuve, au lac ou à la mer.
Ses dé filés répercutent les bruits, les côtés de ses vallées se font écho, ses montagnes répondent à ses plaines et ses plaines à ses mers. L’Europe était donc prête à recevoir la parole individualiste, cet enfant du Verbe dualiste. Le christianisme — par l’oppo sition violente qu’il mit entre l’esprit et le corps et par son rêve égalitaire— lui apporta et ce Verbe et cette parole.
Le Christ ne disait-il point, au reste, qu’il n’était pas venu apporter la paix au monde, mais l'épée ? J’ai montré ailleurs (Plume du 1°“ au 15 avril 1895) avec plus de détails que je ne puis en donner ici, — quelle a été l’influence de l’Europe sur le développement de la Religion et de la Science. (1) A l’état sauvage, les hommes vivaient juxtaposés; ils se touchaient, mais ne se pénétraient pas.
Au troisième âge, ils vivront une vie harmonieuse,se compénétreront, se connaîtront et s’aimeront. w..... .——«--‘v--, s..pfl...-. ..... ..L. gym,» _ .‘-‘c"—Ç'm ‘.."w.n æ-*«:‘; :r:{. Α."’",‘.‘vw“""‘ "l l
2 39 L’INITIATION . u ; ; -,-- =--_—. Il adhère à l’ordre universel. Il n’y a plus qu’une Religion, qu’une Science, qu’un Art: la Religion Science-Art (i), et qu’une politique: l’application sociale de cette Religion-Science-Art. — L’humanité aréalisé consciemment l‘Unité par la fraternité. — C’est l’été de la Terre ou du Saint-Esprit. n“I Nous touchons à la fin du deuxième temps. Depuis la Renaissance, le Corps a repris une partie de ses droits.
Quant au Cœur, c’est le côté Haine, c’est-à-dire l’Ame animale qui s’est surtout manifesté (guerres). Le côté Amour cependant a apparu quel quefois, notamment dans les sociétés des premiers chrétiens et certains jours de la Révolution (Nuit du 4 août, Fête de la Fédération). Actuellement il appa— raît un peu» partout (associations diverses de travail leurs ou de savants).
Mais c’est principalement chez quelques écrivains que se formule le verbe nouveau, la loi du Paraclet. Ce sont, en particulier, les écrivains de l’école naturiste, Léon Bazalgette, Strada. Ecoutons Léon Bazalgette, développant son magni fique credo.
« Je crois de toute ma force, dit—il: « Que l’âme de demain sera nettement Pant/zéz‘ste (si ce vieux mot pauvrement compris peut rendre le sentiment que j’exprime), c’est-à-dire : Que l’homme plongera plus avant dans la vie réelle, intimement (l) La Religion correspond au Cœur, la Science à l'Esprit et l’Art au Corps. _ .2. -. . __:. 4_._._Ësem _....—_—._..._. .,.-——-—’J.Ÿ
DU PROGRÈS DÀNS L’HUMANITÉ 239 mêléà ses plus infimes rameaux, à ses plus diverses floraisons. « Que la nature sera tout autrement comprise, c'est à-dire comme un tout vivant où rien n’est bas ni hon teux. « Que chaque être humain jouira joyeusement de la vie de tous les autres en la sienne.
« Que le divin, qui n’est que la conscience de l’univers sera reconnu dans la plus humble des molé— cules aussi bien que dans l’accord du ciel physique tout entier. « Et que, par conséquent, la religion réelle et seule vivante, effaçant tous les fantômes des religions éteintes au cœur de l’homme enfin libre et désabusé, c’est de sentir en son cœur la vibration des millions de cœurs qui palpitent au sein de millions de mondes.
« Je crois que nous sommes avec ceux qui ont rem placé le « miracle » chrétien par le « miracle » per— manent et universel, qui ont fait s’évanouir le dieu placé dans le ciel pour le retrouver au sein de l’éter— nelle matière vivante, avec ceux qui n’ont pu trouver dans la nature innocente le visage du démon tenta— teur, mais bien les mille faces d'un ensemble d’amour et de fécondité, avec ceux, enfin, en qui la haine des êtres voisins s’est changée en un lien cordial qui tend à devenir la plus forte et la plus universelle des passions (1). » (I) L’INTERNATIONALE DES poÈras, conférence faite à la Section d’art et d’enseignementp0pulaires de la Maison du Peuple de Bruxelles, le 7 avril 1896, et reproduite par la Société nou velle de septembre.
24o L’INITIATION Puis, voici la grande et sublime voix de Strada qui parle: LES trucs Oh! quoi donc de nouveau se passe en la nature? Oh! qui la fait frémir en sa vaste envergure ? Qui donc de l’univers a refait le séjour? DIEU Celui qui règne par l’amour! LES HOMMES Qui donc a su donner le nouvel équilibre, Qui. dans les cœurs humains, vient caresser et vibre, Palpitant d’harmonie et d‘aurore et de jour? DIEU Celui qui règne par l'amour!
LES FEMMES Qui donc a fait surgir de la puissante idée Le sentiment si doux à l’âme fécondée Et qui, prenant le cœur, se donne sans retour? DIEU Celui qui règne par l’amour! 1» ce Et j'entendais toujours la géante harmonie Des mondes, des soleils, qui roulent dans l’éther Et c’était un concert d’étonnante euphonie Dans les vibrations cristallines de l'air.
Et ces sons surprenants, âmes éoliennes, En suave tendresse épanchaient leurs accords, Et le charme divin de ces saintes antiennes Me pénétrait l’esprit, les sens, le cœur, le corps. Et par des visions de radiance étrange, Tout ce que j’entendais apparaissait beauté Dans des enchantements que n’eut jamais un ange..
Mais que sait nous montrer la voix de vérité, Qui tient la clef du vrai, qui dit tout sans mélange, Et monte notre amour à son intensité (I). I) J. Strada, le Prométhée de l‘Ayenir, pp. 455 et 456.
CONGRES INTERNATIONAL PSYCHOLOGIQUE 241 *!! A ce point tournant de l’histoire qu’est le présent, l’homme de bonne volonté doit chercher à diminuer les douleurs (guerres et révolutions probables) de l’en fantement du troisième âge. Il doit déblayer le ter rain, préparer le lit ; chercher à réaliser la synthèse en religion, en science et en art et à en appliquer les principes à l’organisation de la société.
Tel est le Grand-Œuvre que nous devons exécuter et parfaire et qui incombe à tous,— à nous, Occidentaux et à vous, Orientaux l Car il ne peut être autre que le « produit du mariage du présent et du passé, de l’Occident et de l’Orient, — cette perpétuation du passé, —— le pro— duit magnifique de l’union des Occidentaux, ces ana— lystes, ces enfants pratiques, ces fils de la Terre et des Orientaux ces synthétistes, ces enfants du rêve et de la poésie, ces fils du ciel (1) ».
JACQUES BRIEU. Gamgrès internafimal psychalagique DE MUNICH Le troisième Congrès international psychologique a rassemblé un grand nombre de savants de l’Allemagne et de l’étranger dans la métropole de l’Allemagne du sud. Presque toute les matières psychologiques furent traitées dans les cinq sections du Congrès. La première était destinée aux recherches anatomiques et physiolo (I) Plume, du I“ au 15 avril 1895. I... - ..M.» A..- _x,
242 L’INITIATION giques cérébrales, à la physiologie et psychologie des or ganes des sens, àla psychophysique; la deuxième à la psychologie normale, la troisièmeàla psychopathologie et la psychologie criminelle; la quatrième à la psycho— logie du sommeil, aux phénomènes hypnotiques, télé pathiques, etc. ; la cinquième à la psychologie compara tive et pédagogique.
Il est impossible de rendre compte de toutes les questions intéressantes et importantes, dis cutées dans les 200 discours. Parmi les savants présents on remarquait un grand nombre de psychologues cé lèbres de France, qui ont aussi pris part aux travaux de la section IV.
M. le professeur Charles Richet, qui a fait dans une des séances universelles un discours magistral sur la douleur; a soutenu avec ferveur les affirmations de M. et Mme Sidgroille sur la possibilité de l’influence télépathique contre les attaques du D“ J.-BayerSjôgren, professeur de philosophie à l'université d’Upsala. Men— tionnons aussi quelques autres discours de la section IV, spécialement intéressants pour les lecteurs de l’Initia tian.
Le professeur Dr Mourly-Vold, de l’université de Christiania, communiquait au congrès une expérienee sur les rêves et en particulier sur ceux d’origine musculaire et optique (1). Il résulte des recherches qu’il a faites que, pendant le sommeil, le sens musculaire donne souvent naissance à différentes illusions.
En ce qui concerne la relation qui existe entre les impressions visuelles de la journée et les images qui se présentent dans les rêves de la nuit suivante, il a trouvé que les couleurs que l’on a vues immédiatement avant de s’endormir jouent un rôle dans les rêves.
Il dit sur la méthode employée par lui : « J’ai envoyé par la poste (ou donné) à mes amis des _ paquets bien enveloppés contenant des choses coloriées qui leur étaient inconnues; ces paquets étaient destinés à n’être ouverts que quand les personnes se seraient couchées. Je cherchais, comme on voit, à augmenter l’effet de l’expérience par la surprise.
Chaque chose a été placée sur un fond convenable, onl’a observée avec grande attention, et, immédiatement après, on a fermé les yeux (I) Édition privée, Christiania, 1896.
CONGRÊS INTERNATIONAL PSYCHOLOGIQUE 243 pour s’endormir; toutes ces opérations ont]été exécutées d’après une méthode convenue d’avance. De cette ma nière, j’ai trouvé que les couleurs vues avant qu’on s’en dorme, en particulier les couleurs noire et blanche, ten— dant à entrer dans les rêves de la nuit ou à évoquer en rêve des couleurs complémentaires. D’une importance pratique furent les divers discours sur la thérapie suggestive et hypnotique.
Le psycho— thérapeute célèbre , M. le docteur Otto G. Wetters trand, de Stockholm, a parlé sur ses expériences concer nant le traitement de l’hystérie par la prolongation artificielle du sommeil. Le sommeil profond prolongé est un moyen efficace sans aucune suggestion verbale. Il a prolongé le sommeil chez les hystériques quelquefois pendant plus de six semaines. Le somnambulisme n’est pas nécessaire, mais très utile.
Mais il faut que le sujet soit toujours en rapport avec son médecin et une per sonne sympathique. Dans son discours sur le «Traitement de certaines formes d’aliénation mentale par la suggestion hypno— tique », M. le docteur Auguste Voisin, le célèbre méde— cin de la Salpêtrière à Paris, a exposé « l’emploi de cette ressource précieuse >.
Il est nécessaire de n’employer cette méthode que dans des aliénations vésaniques caractérisées par des hallucinations, par du délire de per sécution, des idées de suicide, d’homicide, des concep tions délirantes les plus variées par les phobies et les manies les plus diverses, par de la perversion des ins tincts et dans la folie morale.
Les aliénés en état de ma nie aiguê peuvent même être hypnotisés et leurs accès cesser par ce moyen; mais, quant aux affections, telles que la paralysie générale, les maladies apoplectiques ou à ramollissement, il ne lui a pas paru qu’on pùt avoir la moindre influence par ce moyen thérapeutique.
Le docteur Heinrich Stadelmann (Saval en Bavière) a donné un compte rendu très instructif de ses expériences concernant la thérapie des maladies soxogènes, et a re commandé spécialement la suggestion de l’oubli qui est équivalent à une hallucination négative dans la cons cience. Un des hypnothérapemes les plus éminents du con
244 L INITIATION grès, le professeur J. Milne Bramwell, de Londres, a fait divers discours sur des questions très importantes, par exemple « On the 50 called automatism of the hypno tised subject » (Sur le soi-disant automatisme du sujet hypnotisé) et la résistance de quelques somnambules contre les suggestions criminelles; il a énuméré un grand nombre de ses expériences démontrant la valeur médi cale de la thérapie hypnotique.
Mentionnons aussi la communication du docteur Jules Liégeois, professeur à l’université de Nancy sur a la Question des suggestions criminelles, ses origines et son état actuel ). Il a eu pour but de bien délimiter le champ de la discussion entre l’école de Nancy et l’école de la Salpêtrière de Paris. Il a donné une attention particu lière aux vues développées, en 1894, par M.le professeur Delbœuf de Liège, devant l’Académie royale de Bel gique.
S’appuyant surles travaux antérieurs de MM. les pro fesseurs Durand (de Gros) et Liébeault sur ses expériencs personnelles, sur celles de MM.les professeurs Bernheim et Bonnis, il conclut à la possibilité des suggestions criminelles, données à de très bons somnambules.
Il a cité aussi les adhésions que cette doctrine a ralliées, tant en France qu’en Allemagne et dans d’autres pays, et in diqué enfin les moyens de parer au danger que présente, pour l’ordre social, l’état d’automatisme dont s’accom pagne souvent le somnambulisme profond, provoqué ou même spontané.
Enfin il faut rendre compte des preuves nouvelles que M. le docteur Bonjour, un jeune savant de Lausanne, a données sur l’influence du psychique sur l’organisme. M. le professeur Delbœuf a aunoncé en février 1896 qu’un homme avait été guéri d’une verrue par une vieille femme qui la lui avait signée.
Jusqu’à présent le docteur Bonjour a guéri par la suggestion, à l’état de veille, dix personnes ayant des verrues; il a commencé à se servir de ce procédé après avoir su que sa grand-mère l’em ployait avec succès; lui-même a été guéri par elle d’une grosse verrue par la suggestion.Ces faits, qu’il a annon cés dans la Revue de l’hypnotisme ont éveillé le doute de quelques-uns. Toutefois ce procédé doit être assez ré
CONGRÈS INTERNATIONAL PSYCHOLOGIQUE 245 pandu, car il connaît deux autres femmes qui font dispa— raître les verrues en les signant. Plusieurs savants ont discuté le problème de la sensi‘ bilité et de l’anesthésie suggestive. Le D“ Falk-Schupp (Bad-Soden) recommande par l’induction de l’anesthésie s‘uggestive la méthode égoïste : induction pour respiration rapide et de moyens narcotiques.
Le docteur Crocq fils, agrégé de la faculté de médecine de BruXelles, médecin adjoint des hôpitaux, rédacteur en chef du Journal de neurologie et d’hypnologie, a fait un discours très instructif sur l'état de la sensibilité et des fonctions intellectuelles chez les hypnotisés.
« Il et con— sidéré : a) l’état de la sensibilité en dehors de toute sugges— tion, sa diminution dans les états « somnambuloîdes ) et l’anesthésie plus ou moins marquée dans les états somnam buliques véritables, les sensibilités spéciales. b) L’état de la sensibilité modifiée par suggestion.
La sugges tion, soit consciente, soit inconsciente, peut amoindrir, abolir, exalter, pervertir les différentes sensibilités; ces modifications suggestives n’altèrent en rien la réalité des modifications spontanées que subissent les sensibilités sous l’influence spéciale de l'hypnose.
Quant à l’état de la mémoire en dehors de toute suggestion, il affirme que la mémoire n’est pas exaltée pendant l’hypnose, à condition que l’on ne fasse pas intervenir la suggestion; mais concernant l’état de la mémoire modifiée par sug gestion, on peut, selon ses expériences, exalter considé rablement la mémoire par suggestion; la diminution suggestive de la mémoire tant de rappel que de conser vation n'est qu’apparente.
On ne peut pas non plus per vertir la mémoire par suggestion; en allant au fond des choses, on constate que le fonctionnement intime de la mémoire s’exécute normalement, malgré les suggestions contradictoires.
C’est grâce à cette inviolabilité réelle de la mémoire qu’un sujet peut, dans certains cas, malgré la défense de son hypnotiseur, se rappeler, soit à l’état de veille, soit à l’état de sommeil, ce qui s’est passé pen dant qu‘il était hypnotisé. L’orateur dit, que ses expériences lui ont indiscuta blement démontré la réalité de cette proposition qui possède un intérêt très grand au point de vue médico
246 L’INITIATION légal. Quant à l’état intellectuel des hypnotisés, il lui a semblé que l’opinion de Beaunis est exacte : il y a repos de la pensée tant que des suggestions ne viennent pas réveiller les facultés intellectuelles. Ce repos s’accentue à mesure que le sommeil devient plus profond et inver sement. Les sujets hypnotisés peuvent mentir (P).
Quant à la sensibilité élective, quelquefois sans suggestion ni volontaire, ni inconsciente, l’hypnotisé n’est en rapport qu’avec son hypnotiseur ; souvent cependant le sujet ne présente pas cette sensibilité élective.
Le docteur Paul Sellier (de Paris), dans un discours sur la sensibilité et personnalité, a soutenu l’opinion que les impressions qui proviennent de nos organes de la vie végétative (cénesthésie) sont le fondement de notre per sonnalité morale, que celles qui nous sont fournies par nos sens contribuent surtout au développement de notre personnalité intellectuelle.
Dans les recherches qu’il a faites sur les rapports de la sensibilité etde l’émotion, il a montré que la perte de la cénesthésie sans perte des sens spéciaux amenait l’inémotivité, la suppression même du sentiment de la vie, et produisait ainsi le trouble le plus profond de la personnalité. Quelques cas pathologiques, constituant de véritables expériences naturelles, sont venues depuis confirmer cette manière de voir.
Selon l’opinion de l’auteur, on peutjfaire varier expérimentale ment la personnalité en faisant varier l’état de la sensi— bilité du sujet. C’est ce qu’il est arrivé à réaliser chez des hystériques. Il a montré, comme il dit au Congrès de médecine de Rome en 1894, que les grandes hysté— riques anesthésiques totales étaient de simples vigilantes, et qu’il suffisait pour les guérir de les réveiller.
Or ce réveil amène un retour de la sensibilité et en même temps le sujet revient à l’état de personnalité où il était lorsque l’anesthésie a commencé. Il se croit à l’âge qu’il avait alors.
Comme le réveil ne se produit complètement par injonction que rarement, on est obligé pour le com pléter de ramener la sensibilité du sujet par un procédé d’ailleurs très simple, et l’on constate alors qu’au fur et à mesure que la sensibilité reparaît la personnalité si complète du sujet se modifie, qu’il repasse par toutes les phases de son existence, phases auxquelles on peut le
CONGRÈS INTERNATIONAL PSYCHOLOGIQUE 24.7 maintenir si l’on suspend le retour de la sensibilité. Il est arrivé ainsi à. faire à volonté repasser un sujet par des états de personnalité antérieurs rien qu’en modifiant la sensibilité générale et sa cénesthésie. Il se bornait dans son discours à signaler ce phénomène, dont l’explication et les conséquences font l’objet d’un ouvrage qui pa raîtra à la fin de cette année.
On se souvient ici des ex— périences de M. le docteur de Kraflt-Ebing de Vienne. (Voir l’article de Thomassin [Charles Chastenet} dans la revue allemande Sphinx, août et septembre 1893). Dans la dernière séance universelle du Congrès, le doc teur Pierre Janet (Paris) a fait un discours très intéres sant sur l’influence somnambulique et le besoin de direc tion, qu’il faut encore citer parmi les travaux de la section IV.
Ce savant célèbre exarninait l’influence que prend l’hypnotiseur sur ses su1ets même dans l‘intervalle des somnambulismes. Ces faits d’influence ont, comme il dit, certainement un rapport étroit avec la suggestion, mais ils n’en dépendent pas entièrement. On constate pendant la période d’influence que la pensée du magné tiseur et de ses ordres persiste à l’insu du sujet et existe en lui presque constamment pour diriger sa conduite.
On peut se rendre compte par l’observation des rêves, de certaines hallucinations très curieuses qui se produisent spontanément, par l’examen des suggestions posthypno tiques qui ne se prolongent guère au delà de la période d’influence et qui ne s’exécutent plus que d’une façon incomplète dans la période de passion somnambulique, enfin par certaines expériences d'écriture automatique et de crystal-vision.
Cette persistance de la pensée du directeur est un des éléments principaux de l’influence somnambulique. Les mêmes phénomènes, qui sont à observer chez les hystériques et les malades très graves, existent d'une façon moins nette chez d’autres sujets, chez les malades tourmentés par les doutes, les hésita tions, les obsessions.
Sans qu’il y ait hypnotisme pro prement dit, et sans {qu’il y ait de phénomènes subcons cients, cette même influence existe encore avec les mêmes carectères. La persistance à l’état subconscient de la pensée de l’hypnotiseur n’est donc qu’une explica tion partielle. La raison générale de cette influence,
248 L’INITIATION c’est la faiblesse de volonté de tous ces malades, qui ont besoin que l’on affirme, que l’on décide pour eux et qui n'ont plus ensuite qu’une activité automatique facile jusqu’au moment où de nouvelles décisions doivent être prises. La faiblesse de la faculté de synthèse chez quelques personnes les rend nécessairement . dépendantes des autres, elles ne peuvent pas vivre seules, elles ont besoin d’obéir.
L’étude de l’influence somnambulique nous per met de mieux comprendre tous ces sentiments sociaux qui établissent entre les hommes des groupes cohérents et des relations de hiérarchie.
Quoiqu’on n’ait pas voulu considérerle ( dilettantisme » occultiste et spirite pour les travaux du Congrès, on a permis le discours du Dr Flournoy de Genève sur ( quel ques faits d’imagination subliminale chez les médiums. » Il pense que l’élaboration subliminale peut atteindre un degré de complexité et d’étendue qui ne le cède en rien au travail de composition et de réflexion du penseur ou du romancier.
Il observe actuellement une jeune femme mère de famille bien portante, qui depuis plus d’un an dicte de temps à autre. des fragments philosophiques, remplis de termes savants qu’elle déclare ignorer, et dé passant de beaucoup le contenu et l’horizoa habituels de sa conscience personnelle; ces fragments, qui lui vien nent à l’état de veille en images probablement verbo motrices, s’enchaînent de façon à former un ouvrage métaphysique présentant un plan, des idées et un style, que cette dame n'a pas pu puiser tels quels dans son en tourage et ses expériences.
Il a constaté chez d’autres médiums beaucoup de faits impliquant également une imagination constructive subliminale d’une exubérance et d’une richesse étonnantes.
Cette originalité créatrice, qui contraste avec le caractère de répétition et de régu larité automatique des accidents hystériques ordinaires, réclame, selon l‘opinion du D*‘ Flournoy, que l’on mette les médiums dans une classe psychologique à part, bien qu’ils présentent au plus haut degré le dédoublement permanent et complet de la personnalité, dont M. Pierre Janet fait le trait essentiel de l’hystérie en général (1). Le docteur Baraduc (de Paris) n’a pas manqué d’en
CONGRES INTERNATIONAL PSYCHOLOGIQUE 249 voyer au Congrès une communication concernant ses découvertes sur l’atmosphère fluidique de l’homme,l’im pression de la plaque photographique par l’homme sans contact, sans lumière solaire, sans électricité, sans objectif, par sa propre vibration personnelle, par ce qu’on peut appeler sa lumière de vie, la lumière de son âme vitale.
La découverte qu’il présente montre, comme il dit à la fin de sa brochure : 1° La graphie de la force vitale cosmique pour forme d’Anseselli psoïdales carac téristiques des tourbillons du zoéther ; 2° la force vitale humaine induit la force vitale cosmique ; 3°l’âme humaine se contracte et s'épand par ses mouvements respiratoires ; elle entretient autour d’elle-même, comme centre, une zone spéciale de respiration, une atmosphère particulière personnelle, son atmosphère fluidique.
La démonstra tion graphique de cette zone lumineuse, du photo-plasès animique, prouve que l'entité humaine, notre âme, n’est pas seulement mouvement mais encore lumière, qu’elle se meut et luit. A cette vérité, il faut ajouter celle que les images de l’esprit créateur, les Psychicones, ont mis en relief.
On pourra pourtant affirmer que l’âme humaine est mouvement, lumière et création, et que sa constata tion expérimentale rentre dans le domaine positiviste de la science accessible à. l’homme. Quant à læquestion de la communication de pensées par suggestion mentale, le professeur de Gommer, de Giessen a démontré une nouvelle méthode graphique pour faire mésurables et visibles les mouvements inconscients de l’homme.
Le docteur Liébeault, de Nancy, a rendu compte de quelques observations de suggestion mentale, qui ont été prises par lui sur le même sujet, à. des jours d’inter valles inégaux. Le professeur Sidgwille, de Cambridge, a insisté dans un discours , concernant Experiments in Involuntary whispering and their Bearingon alleged cases of Thought-Transference sur la possibilité de la commu cation des pensées à distance.
L’auteur a aussi eu l’occasion d’assister à. l’autohypno tisation du Yogi Bhuma-Sena-Prabapa, qui est venu au Congrès à l'invitation du docteur Franz Hartmann, le célèbre auteur théosophique, et de M. Deinhard. Les
250 L‘INITIATION performations du sommeil de Yoga (Samadhi) étaient suivies avec le plus grand intérêt par les membres du Congrès. On peut dire que les travaux du Congrès de Munich ont beaucoup servi pour éclaircir les questions obscures de la psychologie expérimentale et pour diriger l’attention de beaucoup de savants sur les problèmes qu’ils n’ont pas encore étudiés.
Que le futur Congrès en 1900 puisse donner encore plus de lumière et de moyens pour le combat de la science contre le matérialisme. CHEVALIER DE THOMASSIN D. G. E. LES TR®IS P@RTES MI TEMPLE Non Margaritas ante Porcos. Jésus. PROLOGUE Venez et adorons ! Or, j’adorais et voici : Au sein du ciel embrasé, rutilant comme une cou lée d’airain fondu, resplendissait la chair lumineuse de l’Identique.
Les bras étendus dans l’extase majestueuse du geste crucial, il virait lentement surlui-même comme un Soleil vivant. Une ceinture de roses couronnait ses hanches; ces fleurs se coloraient d’un rouge sombre, velouté et profondlorsqu’il offrait son divin visage à mes regards;
LES TROIS PORTES DU TEMPLE 251 mais, lorsqu’il se retournait, elles semblaient d’un car min plus pâle.
A chaque tour de l’Archétype, par deux fois, les nuages cuivrés qui encerclaient sa gloire, s’arrondis saient gonflés d’amour, et de l’abîme de leurs profon deurs jaillissaient destourbillons de flammes s’élançant vers l’InfinimentAimé; cescolonnes de. feu montaient jusqu’aux plus hautes régions, et là elles éclataient en fusée pour retomber ensuite en neige de pétales pur purines, dont la douce chute me voilait un instant l’Adorable Image.
Ces météores ardents et fleuris rythmaient leurs caresses sur les mouvements du Très—Beau. Un chant continu de voix angéliques, d’orgue, de harpes, accompagnait les transfigurations de ce tableau merveilleux. Mes yeux ne se lassaient pas de voir. Mes oreilles ne se lassaient pas d’oui‘r. J’étais ravi. J’adorais.
Une voix d’en haut, au timbre de clairon, retentit: « Celui que tu vois est le Temple des trois jours. » Ce verbe rompit l’harmonie qui me charmait, et, lorsque le rideau de fleurs qui avait caché une fois encore la Sublime Figure se dissipa, je me trouvai seul, par une nuit obscure, sur un sol inculte; une vaste enceinte étendait en face de moi les alignements hautains de ses murailles inhospitalières, sous la pâle clarté des étoiles. Au nom du Père... N. ‘ Les ténèbres étaient profondes, j’étais sans guide;
2 5 2 L’INITIATION prêtant l’oreille , j’entendis, au loin, un murmure confus de cris et de roulements; la direction de ce bruit orienta mes pas et me conduisit à une route où circulaient hâtivement et dans les deux sens des piétons, des cavaliers, des chariots nombreux et divers pesamment chargés. Je me mêlai à la foule marchant vers la cité. Tous avaient l’air pressé et le visage maussade.
Après avoir vainement cherché quelqu’un qui eût l’air avenant, je me décidai à abor der avec la meilleure grâce un roulier menant une lourde voiture. —— Où allez-vous ? — A la porte. — Vous semblez avoir hâte d’arriver. -— Oui. — Ces objets que vous transportez sont impatiem ment attendus, sans doute? —- Oui. — Savez-vous quelle est leur destination ? —— La porte.
Cette réponse ne manqua pas de m’intriguer; mais je sentais que je lassais déjà la patience de mon interlo cuteur, et j’attendis que les nuages d’humeur amonce Iés dans sonesprit par ma parole indiscrète, se fussent effacés. Lorsque je crus le moment favorable, je repris: — Arriverons-nous avant le jour ? —— Quoi, le jour ? — Mais oui, avant que le soleil soit levé. — Le soleil, levé; que voulez—vous dire ? Décidément, je me trouvais dans un singulier
LES TROIS PORTES DU TEMPLE 253 pays; ignorait-on donc ce que c’était que le jour? -— Voyons, dis-je, vous avez des heures où il fait plus clair que maintenant. —-— Plus clair, mais non, jamais. — Comment, vous êtes toujours plongés dans ces épaisses ténèbres P Cette fois, le roulier ne se contint plus et se croi sant les bras, il m’apostropha rudement : — Mon ami, voici assez longtemps que vous me rompez la tête avec vos folies ; je vous engage à vous taire, ou je vous ferai arrêter par le premier policier venu et reconduire à la maison de santé dont vous êtes, sans doute, échappé.
Que parlez-vous de ténèbres P Ne voyez-vous pas que chacun de nous a sa lanterne? que, grâce à elle, la route que nous suivons est admi rablement éclairée àvingt pas d’avance, au moins; non, taisez-vous; nous sommes éclairés, parfaitement éclairés. Fermez la bouche et gardez vos sottises pour vous. » Pauvre gens, pensai—je, ils ne savent même pas ce que c’est que le soleil. Comment le leur faire com prendre...
Je me résignai donc au silence, marchant patiemment à côté du roulier qui surveillait sa voi ture et fouettait son équipage à intervalles mesurés, sans plus se soucier de ma présence. J ’aperçus bientôt un vaste monument dont les mul tiples fenêtres formaient une constellation de tâches lumineuses à l’horizon.
La route que nous suivions y conduisait; c’était, sans doute, là la Porte, notre destination encore . entourée pour moi de notions bien incertaines.
2 54 L’INITIATION L’édifice m'apparut bientôt dans ses grandes lignes, ses dimensions me semblaient colossales, dépassant de beaucoup tout ce que j’avais pu voir ailleurs; la corniche ne s’élevait certes pas à moins de trois cents pieds. L’architecture en était étrange, composite, et l’on voyait que sa construction avait dû se continuer à travers les sciècles. se développer, suivant les besoins, sans plan d’ensemble.
Quelques instants après, nous étions sous l’une des poternes ; d’innombrables locaux s’ouvraient à droite et à gauche offrant immédiatement un abri aux colis qui arrivaient continuellement. Avant de les serrer, ils étaient mesurés et enregistrés avec le plus grand soin. Comme on pesait les mar— chandises apportées par le roulier que j’avais accom pagné, je remarquai que les balances étaient éclairées par des lampes d’une grande puissance.
Les commis qui inscrivaient et annotaient avaient aussi à côté d’eux des luminaires très éclatants.
Quand les colis de mon roulier furent reçus, mesurés et trouvés conformes aux indications, on lui remit quelque chose dans la main ; il s’approcha de moi et me montrant ce qu’on venaitde lui donner,une matière jaunâtre à reflets métalliques: « Voici, me dit—il, ce que nous appelons Soleil. — Ah! fis—je vivement interressé, d’où cela vient-il ? — Cela vient d‘en haut. — Et que faites-vous de cela?
Il me regarda avec commisération, et haussant les épaules : « Mais nous en vivons, donc! » ,,. ,. ._...__.,... ,.. _:‘._ ,.M_.flW“a..u ........ .—,«,.:’"._a—p —v.r«.y ....—m ,n.2.z'-vvv-—. i "“."‘*flnfli
LES TROIS PORTES DU TEMPLE 255 Je ne le compris point. Cependant, je ne voulais pas le laisser partir ainsi. — Qu’allez-vous faire maintenant? lui dis-je. — Je repars aussitôt avec un nouveau charroi. —- Quand vous reposez-vous ? — Jamais. — Et quelle joie prenez-vous? — Des joies, oh! nous n’avons pas le temps de songer‘ à cela; nous sommes des gens sérieux, nous; j’ai mes affaires, et elles m’appellent; saluti Je restai seul et passai quelque temps à voir fonc tionner l’incessante activité qui m’entourait. Partout des nombres mesurés, inscrits, comparés, des objets arrivant ou partant, annotés et comptés avec célérité et méthode et au-dessus de ce mouvement continuel une admirable surveillance à laquelle rien n’échappait. « Vraiment, pensai-je, il règne ici une sagesse divine; mais les hommes ne vivent point. » (A suivre.) IVIICHAEL.
Œa ÉÉouuoe ou QI‘aaM© Le Gange aux flots divins majestueusement Roule l’immensité calme de sesflots jaunes; Dans les bambous, les nids ont un doux géraiement; La montagne, là—bas, profile ses pylônes. Sur la rive opposée, uneforme apparaît; Comme un spectre elle glisse, et l’eau sur son passage Est calme comme un lac; dans la sombre forêt, Un silence de mort s'estfait dans lefeuillage. Elle approche; on distingue un homme les yeux clos: C’est un cadavre encor vêtu de son suaire. Son crâne énorme est chauve: il incline le dos: Longue et raide pend sa barbe de centenaire. Comme Bouddha son maître autrefois lui promit, Pour avoir si longtemps prêché son Verbe en Chzne, Ta-MÔ-Boddhidharma rentre dans son pays, ' Ajoutant le miracle à la Sainte Doctrine. ZEFFAR S =I= I =.'= ’ , :WW”m’_figgunnfiuÿv‘—v
AU DÉMIURGE 2 57 HYMN ES GNOSTIQUES III titu ®ÉMHURGE Dédié à mon excellent frère Paul Sédir. Démiurge, ton œuvre est folle 1 Elle est absurde! L’Esflze'tique d’un Gue‘bre unie à l’art d’un Kurde Assurément n’eût pas fait pis ; Rien qu’à voir cet ensemble, où tout s'entredévorc, Je sens en moi, malgré Pla ion etPyt/zagore, Hurler d’efi'royables dépits.
Eh ! quoi, pas unfrisson de ventdans les vieux hétres, Qui ne coûte la vie à des millions d’êtres; Pas un poète, ivre d’aqur, Qui n’écrase, en marchant, tout un monde invisible. Hélas! hélas! la vie est l'éternelle cible, Où s'enfonce un trait toujours sûr!
De l’aigle au colz‘brz, dujaguar au volvoce, C’est une guerre impie, insensée et féroce, Un struggle for life e’cœurant, Où l’on voit chaquejour le fort briser le faible, ou l’homme, vainjétu plus tremblant que l’hièble Croz’t en soufirant, vit en mourant.
2 58 L’INITIATION L’homme! c’étaitpourtant l‘on chef-d’œuvre, on l’as Eh bien, regarde—le, contemple-le ; mesure {sure; Le goufire horrible de ses maux; Des membres, quisansfin ensanglantent l’arène, Voilà, voilà la pourpre éclatante que traîne Ce souverain des animaux!
Chaque pli de sa chair a pour hôte un microbe, Et chaquejour le Temps, traître qui se dérobe, Courbe plus bas ses reins noueux; Est—il plus vil fumier, plus repoussaut cloaque Que cet épouvantable abdomen, où bivouaque Le clan des helminlhes visqueux ? Vivant,‘mangé des vers!
Demain sa loque afl”reuse Ira sz‘nz’strement dans le trou qu’on lui creuse Lei—bas achever de pourrir, E 2’jusqu’à ce qu’il soit redevenu poussière, La terre laissera s’exhaler de sa bière Des puanteurs quifont mourir! La terre! beau chefd’œuvre, elle aussi!
Qu’un vent [passe, Et soudain tout chancelle et s’efiondre, et l’espace S’emplz’t d’horreur et de sanglots; Là le tonnerre aboie, et là le simoun grogne, Ailleurs c’est un volcan énorme et sale ivrogne, V0771 issant la lave à longsflots. L’homme! la terre/Soit. Quantité négligeable, Diras-tu ; résidu de mon oeuvre inefiable,
AU DÉMIURGE 259 Vague et vain caput mortuum, Qui ne peut empêcher le chœur brillant des astres De chanter àjamais, loin des humains désastres, Un magnifique Te Deum! Eh ! bien, non, non lLâ-haut, c’est le même désordre; On voit mourir l’étoile, et la comète tordre Ses longs cheveux de désespoir; Pas plus que notre sol les cieux ne sont solides, Le soleil est un crible, et les rouges bolides Sont les pleurs sanglants du ciel noir!
Et ces astres lointains qui par moments s’éteignent, Ces planètes enfeu qui tout à coup se teignent De tons livides..... Savons-nous Ce que peut contenir de douleurformidable Ce vieux Cosmos, qui saigne en l’espace insondable, Rayant l’agur d’orbitesfous!
Et dire que jadz‘s;’aiprêché ton Système, 0 Fourier, que vouant Malthus à l'anathème, J’ai cru dans mon insanité, Qu’ilsuflîsaitpour mettre ici—bas l’harmonie, De calquer sur leplan de la voûte infinie Lafuture Société / Ah lj’en suis revenu, comme on revientd’un rêve!
Longuement caressé dans les plis de la grève; Sur son front, l’on croyait sentir Le doux baiser berceur d'une brise aromale, On s’éveille, et leflùx est là qui roule et râle Et s’apprête à vous engloutir...
260 L’INITIATION 0 Démiurge, sois maudit. Loin de la terre, Hors des temps et des lieux, voilé d’ardent mystère, Il est un goufi’re éblouissant, Monde où tout est divin, pur, immense et sublime. Paradis de l’Ide’e en fleur, auguste abyme, Séjour du Verbe tout—puissant!
Là, rien ne se combat, ni ne s’entre—de’chire, Là, ni fléau cruel, ni monstre hécatonchire, Nifulgurant Adamastor; La pensée est le prêtre et l’infini le temple, Et le regard ravi des Parjaits y contemple Ton œuvre sainte, ô PROPATOR.’ “T— F ABRE DES ESSARTS Prim-Gn. N©‘II‘RË BULLE‘R‘IIN POLK'JI‘IIQ‘ÜIË‘. Voici donc écoulé, presque sans émotions interna tionales, ce mois de novembre que les prédictions nous faisaient si redoutable!
Il semble avoir plus que tout autre ramené le calme dans les esprits. La Turquie, sur la sommation publique de la France, y donne enfin satis faction aux malheureux Arméniens; l’Angleterre, par la voix de ses premiers hommes d’Etat, se montre hésitante et prise de scrupule au milieu de toutes ses entreprises audacieuses dont elle troublait le monde; elle se rap proche de la France, hier presque menacée.
L’ltalie aussi nous fait ses avances, toute heureuse d’avoir obtenu la paix du généreux négus et prête à renoncer aux aventures belliqueuses. L’Autriche cherchant de nouvelles alliances flatte la Russie en même temps que la Roumanie et la Serbie. Tandis que la Triplice semble “(Ë—w NT'T" 5
BULLETIN POLITIQUE 261 ainsi se dissoudre, le monstre guerrier de l’Europe, l’empire prussien, se dévore lui-même en révélant au monde sur quelles turpitudes sa puissance est assise.
Enfin, de l’Orient nous arrive la surprenante nouvelle de la disgrâce qui atteindrait à son retour l’illustre Li Hung-Tchang, mettant à néant d’un seul coup toute sa longue ambassade à travers le monde et dissipant le fan tôme du péril jaune! > Seuls peut-être dans ce tableau d’apaisement général, nous avons jeté la tache sanglante des massacres malga— ches; lugubre office de bourreauxfiuquel nous condamne notre politique coloniale avec ses rivalités mesquines de mercantis! -— L’afl’ranchissement des esclaves suffira-t-il à nous absoudre?
Au reste, il n’y a rien en tout cela d’essentiel ou de nouveau; tout l’intérêt se reporte sur notre politique intérieure. Un grand fait s’est produit, cependant, au dehors, qu’il faut d’autant moins oublier qu’il est du même ordre que ceux que nous allons trouver chez nous : c'est l’élection du président des États-Unis.
Elle offrait cet intérêt particulier qu’au lieu d’avoir pour plate—forme la rivalité des démocrates et des répu— blicains, elle portait sur une question de haute finance très délicate, celle du bimétallisme.
En Amérique même on a nommé cette élection la bataille des étalons moné taires (Battle ofstandards), la lutte desgold bogs (punaises d’or) contre les Sylveristes; en fait, c’était la concurrence entre les mines d’or où l’Angleterre est grandement inté ressée et les mines d’argent de l’Ouest. Pour 1’Europe, l’issue ne pouvait être que fatale.
Le succès de Briant eût été le signal des plus grandes perturbations finan cières; celui de Mac-Kinley fermera les États—Unis à notre commerce. L’Amérique restera auxAméricains,avec aggravation sans doute de la fameuse doctrine de Monroê. Voilà donc le chef de cette grande nation choisi sur la seule considération des intérêts individuels. C’est aussi la question économique qui domine en France.
On y voit toutes nos rivalités s’y résoudre de plus en plus nettement dans la lutte entre le socialisme et le libéra lisme économique; les chefs même du pouvoir l’ont explicitement déclaré dans leurs discours.
262 L’INITIATION Il est à peine besoin de remarquer encore l’inévitable nécessité de cette loi évolutive qui, en appelant enfin les travailleurs à la vie sociale, donne aux problèmes du travail le pas sur toute discussion politique. Ce mouve ment naturel n’est devenu dangereux que parce qu’il est faussé par l’infirmité des passions humaines, la tyrannie des égoïsmes de part et d‘autre.
N‘est-ce pas, malheureu sement, l’écueil de toute puissance de prétendre s’éter— miser au delà de son rôle dans ce despotisme, et celui de tout sujet d’envier le pouvoir qu’il n’a pas? L’issue de la lutte ne paraît pas douteuse; le pouvoir de la bourgeoisie décline parce qu’il est épuisé, malgré les maigres concessions qu’elle se laisse arracher, igno rante, du reste, de ce qu’il peut faire de plus.
Le socia lisme, au contraire, s’est trouvé depuis quelque temps particulièrement favorisé : soutenu par les meilleurs orateurs, uni aux radicaux les plus avancés et, par ceux-ci, aux moins hardis qui ontoccupé déjà le minis tère, ils se sentent plus rapprochés du p'ouvoir; aussi son occupation est—elle devenue la note dominante de leurs programmes. Cependant ils ne semblent réussir qu’à redoubler le zèle et le succès de leurs adversaires.
Aux discours retentis sants de Goblet à Paris, de Bourgeois à Toulouse,au con grès des conseillers socialistes, aux excitations tapa— geuses de Carmaux s’opposent la campagne des nou veaux progressistes, chaleureusement menée par Des chanel, puis l’effort bien plus pratique de la. ligue antiré volutionnaire « pour la protection de la petite pro priété ) quicomptedéjà soixante membres du Parlement parmi ses adhérents actifs.
Ala Chambre, l’assaut du ministère se multiplie sous toutes les formes : projets de loi sur l’élection des sénateurs ; interpellations continuelles sur l’Arménie ;sur les événements de Carniaux; sur les réunions des insti— tuteurs et des curés; sur l’affaire Dreyfus; sur le traité avec la Russie ; sur la laïcisation des écoles 1 Le ministère en sort toujours plus triomphant et plus solide.
C’est qu’à mesure que le dualisme des deux classes en présence s’accentue, la crainte des uns et l’impatience des autres tendent àconstituer dans nos Chambres où ILJ‘
BULLETIN POLITIQUE 263 l’opinion s’émiette une majorité de coalition contre la minorité, factice aussi quelque peu, qui devient dan gereuse. Mais remarquez quel esprit mesquin règne en ces compétitions, d’où dépend cependant le sort de la société de demain : l’accord ne se fait que sur un point : l’exclu sion bien décidée de deux classes entières de la nation considérées comme annulées, bien que l’on pense à elles à l’heure du vote.
La lutte est circonscrite entre la plèbe et la bourgeoisie; l‘intérêt individuel en est le seul prix; l’esprit matérialiste le souffle unique. Aussi quelle atmosphère épaisse que celle de nos assemblées; il semble que l’enthousiasme y meure en naissant, étouffé sous la poussière des intrigues qui souffle des couloirs. Comme on sent bien qu’il manque là de l’Ame ! Les guides les moins hardis du socialisme le lui disent eux-mêmes.
Il lui faut une chaleur factice; «l’atmos phère de lutte semble nécessaire pour donner aux géné— rations d’aujourd’hui et de demain la passion qui ani mait nos pères » (Discours de Bourgeois à Grenoble). Que fait en effet ce parti qui devrait, à ce qu’il semble, se sentir plein d’avenir et de jeunesse?
A la Chambre, il intrigue, il ruse, il se donne tout entier à la pratique surannée des petits jeux parlementaires inventée au bon temps du «juste milieu ». Il sème, chaque jour, ses écorces d’orange sous les pas du ministère. Au dehors, il exhibe tous les vieux fantoches : le spectre noir, les provocations de la police et le sang versé dans l’égratignure de ses bagarres.
Au Parlement, tout lui est bon pour l’obstruction per pétuelle : surprise de vote; questions insidieuses, et autres finesses classiques de ce beau régime. Ala ville, il entretient soigneusement tous les sujets d’aigreur, toutes les inimitiés, il les provoque au besoin.
C’est de ce pas entravé, c’est avec ces armes émous sées, soustraites à ses adversaires, que le socialisme pré tend à l’honneur de courir en avant-garde vers la Fra ternité laborieuse et féconde 1 Que tout autre est le souffle de la Foi et de la Vérité! Non, ce n’est pas là les gestes des grandes doctrines, l’ins .. “a.‘ --t ,.r.- mua—Mac
264, L’INITIATION piration des grandes causes; dédaigneuses de toutes les résistances parce qu'elles sont assurées du succès, elles montrent dès le début autrement de majesté et d’am— pleur ! Que leur manque-t-il donc, à ces prétendus pionniers de l'avenir, pour accomplir la grande révolution qu’ils entrevoient, au lieu de nous fatiguer de cette agitation impuissante à provoquer même une sédition?
Ce qui leur manque, c'est d’abord une doctrine pré cise;la leur, à peine entrevue ou irréalisable, se partage en son incertitude en sectes ennemies déjà. Cependant elle se précise quelque peu en s'essayant, et c’est la vraie cause de ses progrès récents.
Mais ce qui lui manque surtout, ce qui l’égare dans la multiplicité etla désagrége, c’est aussi ce qui fait défaut à tous les partis dominants de notre siècle : L’idéal, le Pouvoir spirituel, compris dans son sens le plus large! Rappelons les raisons profondes de ce défaut. En arrivant à la suprématie sociale, la démocratie a bien senti, d’instinct, qu’il faut un but à toute nation, à toute société.
Mais, comme elle tombe dans l’erreur capitale de ses devanciers de vouloir leur arracher le pouvoir au lieu de le partager avec eux en les réduisant à leur rôle propre, elle retombe pour ainsi dire sur elle même; livrée à ses seules ressources, qui précisément sont les moindres ; elle reste impuissante à réaliser ses rêves généreux, grandioses même.
L’esprit de la plèbe, c’est l’intérêt matériel, individuel et immédiat; c’est lui et lui seul à peu près qu’elle entre voit; c’est donc à lui qu’elle demande le but de l’activité sociale.
Comme l’évolution de toutes choses en est précisé mentà ce moment où l’esprit touche au fond de la ma tière et se répand dans toutes ses multiplicités pour en préparer la synthèse, l’esprit de nos sciences positives matérialisé dans le détail est venu prêter à la démocratie économique une force toute particulière. De mystiques qu’ils furent d’abord, les socialistes sont bientôt devenus des matérialistes décidés.
C’est une pre mière erreur de leur part que de croire que cet état de la science soit définitif; rien n’est stable dans le monde d‘-—WWM ‘b‘wlü䜑hy «Àb-W
BULLETIN POLITIQUE 265 que le progrès qui le transforme sans relâche. Déjà la science abandonne ses bas-fonds pour remonter vers des horizons beaucoup plus larges.
Le jour où la démocratie aura compris cette erreur, elle apercevra d’autres buts à la vie sociale que celui qu'elle est le plus capable d’atteindre, d’autres fonctions dans une nation que celles de la plèbe, d’autres classes aussi, et avec la franchise, avec le courage, avec la gé nérosité qui sont naturelles à celle-ci, elle 1‘établira d’elle-même ces classes qu’elle veut aujourd’hui détruire, pour fonder par la distribution normale des rôles la vraie hiérarchie sociale sans laquelle il n’y a ni Égalité ni Fraternité.
Un second désir fort légitime de la démocratie est celui de l’Unité dans la nation, mais ici encore elle tombe dans une erreur, consécutive à la première, en préten dant réaliser cette unité par la multiplicité même, sans aucun terme intermédiaire. La logique du suffrage uni versel individuel conduit à réaliser l’Unité nationale par l’institution d’une seule Chambre, puisque tout est nivelé.
Cependant, comme elle a fait une première fois la triste expérience du jacobinisme et qu’elle y a trouvé le despotisme le plus redoutable, celui où la responsabilité perdue dans la multitude est sans assiette, la Démo— cratie craint d’y retomber et s’étaye d’une seconde Chambre, d’un Sénat. C’est alors le dualisme insoluble qui l’attend, comme nous l’avons vu.
Elle tente donc de revenir à la Chambre unique, mais déjà ces hésitations ont engendré, par une logique toute naturelle, forcée, les doctrines fort conséquentes mais subversives au der— nier point de la Commune et de l’Anarchie l C’est qu’il n’y a qu’un correctif à l’erreur qui confond l’identité avec l’Unité; c’est celui de la Trinité; il n’y a qu’une organisation normale de la Démocratie, la synar chie trinitaire ; au-dessus des intérêts économiques individuels satisfaits par la liberté, elle élève le pouvoir juridique des intérêts politiques et généraux; au-dessus de ceux-ci encore elle fait planer le pouvoir spirituel qui, étranger aux luttes des intérêts privés, éclaire sans la contraindre la conscience publique.
266 L’INITIATION Nos lecteurs connaissent cette organisation, qu’au surplus nous ne pouvons rappeler ici dans ses détails.ll ne faut pas cependant nous quitter sans noter encore dans ce mois deux faits plus importants que remarqués qui viennent à l’appui de cette nécessité spirituelle; 115 en sont comme l’expression timide encore, toute Instinc tive mais précieuse déjà.
C’est d’abord l’inauguration des Universités nouvelles, notamment celle de Paris, présidée par le chef de l'Etat. C’est le signe d’une renaissance pleine d’espoirs pour l’avenir; elle eff‘raye déjà les timides et les autoritaires, car voici le Sénat saisi d’un projet de loi pour ex1ger que toute création d’une chaire nouvelle soit l’objetdhn acte du Parlement!
On ne sait pas, cependant, tout ce qu’il Y a de ‘”e intellectuelle disséminée dans le pays. Elle est toute prête, quand on la laissera faire, à en manifester tous les Caractères, toutes les formes originales. Mais depuis un siècle la centralisation parisienne ou le mécanisme universitaire l’étouffent si elle prétend à quelque,mde' pendance, l'absorbent dans la capitale si elle se soumet par intérêt ou par ambition.
Là, broyée par les concur rences, dissoute dans le courant des idées reçueS‘ elle disparaît généralement dans la masse pléthorique Pour perdre, ici encore, l’Unité dans l’Uniformité. Que de préjugésles universités peuvent dissiper ! Que de lumière elles peuvent verser sur les esprits si Elles brisent les langues officielles!
Libres, jadis,n’ont-elles Pas été l’une des plus grandes gloires de la France dans le monde P Le Président de la République a dû le rappe ler dans son discours ; on ne pouvait s’empêcher de s’en souvenir et d’espérer en voyant tomber, les Premières bandelettes où ces belles filles de France gisent si long' temps embaumées ! D’autre part, l’instruction publiquea été, à la Chambre, l’occasion d’une manifestation doublement intéressante.
La démocratie l’a naturellement réclamée selon l’esprit pratique qui lui est propre ; elle veut l’instruction dite si justement moderne, toute pratique, uniquement des tinée à fournir à l’enfant les armes matérielles pour le
BULLETIN POLITIQUE , 267 combat de la vie économique, sans grand souci d’un avenir de l'au delà auquel elle ne croit pas. Mais voilà qu’en travers du mouvement général une voix des plus éloquentes s’est élevée en faveur de l’édu cation classique, de la culture désintéressée de l’esprit; au plus grand étonnement de tous, car cette voix était celle du grand leader socialiste, de Jaurès.
Si restreint qu’ait été son plaidoyer, il faut remercier ce grand orateur de s’être souvenu de tout ce que son talent doit à de fortes et brillantes études idéalistes ; il faut le remercier surtout de s’être dressé franchement au milieu de ses coreligionnaires matérialistes_pour leur affirmer de toute la force de son verbe vibrant qu’ils doivent craindre de rabaisser les esprits au niveau des intérêts matériels.
Puisse la bourgeoisie elle—même profiter de l‘excel lente leçon que lui donna en ce jour son plus dangereux adversaire en la cinglant de ces quelques mots vigou reux : On ne peut inspirer artificiellement le culte de la Beauté à des classes dirigeantes qui ne la veulent plus.
Libre à la bourgeoisie actuelle de descendre, ce ne sont pas les socialistes qui l’arrêteront l Applaudissons à cette grande intelligence qui, malgré ses préjugés de parti. voit si clairement ce qui manque à tous.
Pour nous qui savons, par les principes de toute synthèse, comment le réel s’unit au spirituel et s’élève vers lui, songeons tout particulièrement à vivifier d‘une âme le corps superbe de nos sciences, afin de préparer le plus tôt possible l’aVenir social qui nous appartient, nous n’en devons pas douter.
Eflorçons—nous surtout de le rapprocher, cet avenir, en évitant, s’il se peut, les cataclysmes qui nous séparent si l’on en croit la haine des partis et des classes aveuglés par leurs préjugés res— pectifs. C’estlà sans doute un but presque inespéré, mais nous nous devons de travailler à l’atteindre avec la même foi et le même dévouement qu’y ont apporté nos maîtres de tous âges. TRIPLEX. MM,“ a-A« 44 .. '_,,.x . “-4 .A M““W“"\æ
268 L’INITIATION couettes un «son Nous poursuivons progressivement la préparation du Congrès spiritualiste de 1900. Cette préparation com porte : 1° La création d’un noyau de journaux spiritualistes fédérés en un Conseil moral sans distinction d’écoles; 2° La constitution autour de ce noyau de délégués des journaux et des sociétés; 3° Le groupement et la mise en œuvre de ces diverses activités.
A cet effet, nous avons adressé dans notre dernier nu méro un appel à la presse spiritualiste française. Nous sommes très heureux et très flattés des adhésions déjà obtenues qui nous permettent de voir la représentation de toutes les principales écoles. Nous publierons donc dans notre numéro de janvier la liste des journaux ad— hérents et, en même temps, nous convoquerons les délé gués.
Cela fait, nous poursuivrons la réalisation rapide et complète de notre programme, sans nous arrêter pour l’instant devant les abstentions. L’avenir montrera le caractère impartial de nos efforts. ORDRE MARTINÏSTE DELÉGUÉS GÉNÉRAUX Sont nommés délégués généraux de l'ordre Marti« niste : MM. Raymond Duplantier pour l’ouest de la France, avec siège à Poitiers. Michaël pour la Belgique, avec siège à Anvers. Victor Furminieux pour l’Amérique centrale, avec siège à Guatémala. Fulgenzio Bruni pour le nord de l’Italie. Il.
APPARITION DE CORPS ASTRAL 269 * x-a: LOGES Une très importante Loge de l’Ordre vient d’être éta blie à Poitiers sous le titre de Loge Marte Hermès Isis. flEPARITI@N DE «tans äsran La Croix de Paris du 1" novembre [896 publie le fait suivant sous ce titre : Apparition d’une âme quidemande des prières et enseigne quelles sont ses soufi“mnces.
« La Congrégation des Dames de la Sainte-Union (dont la maison mère est à Douai) possède une maison à Denain (Nord) et une autre à Hénin-Liétard (Pas-de-Calais). Une religieuse de cette dernière communauté reçut vers Pâques l’ordre de se rendre à Denain pour aider la sœur cuisinière.
Lors de son départ, sa supérieure, malade depuis longtemps d’un cancer à. l’estomac et sentant sa fin approcher, lui recommanda instamment de prier pour elle après sa mort, ce que la sœur promit bien vo lontiers. La dite supérieure expira dans les premiers jours de mai.
Or six ou sept semaines après, le 26 juin, arriva à Denain l’évènement que je vais raconter. —- C’était le jour de lessive à la communauté, et on avait pris des femmes de journée pour cette besogne. La nouvelle soeur, les manches retroussées, aidait à la lessive et va quait entre temps aux autres occupations du ménage. Vers l’heure de midi, elle descendit à la cave chercher * de la bière pour le dîner des lessiveuses.
En se baissant pour tirer sa bière, elle aperçut de côté, sans s’en préoc cuper davantage, une religieuse qui se trouvait au bas de l’escalier et semblait se diriger vers une seconde cave dépendant de la première. Un instant après, elle vit cette religieuse tout près d’elle, à son côté gauche, et, avant qu’elle eût pu lever la tête pour voir de quoi il s’agissait, elle se sentit cruellement pincée (c’est son expression) à
270 L’INITIATION «M .......v..._..__ _ l’avant-bras droit, en même temps, elle reconnut la voix de la supérieure défunte d’Hénin-Liétard lui disant: Prier, carje soufre. Le tout s’était accompli en moins de temps qu’il n’en faut pour le raconter.
La pauvre sœur, affolée de terreur, remonta précipitamment de la cave et se laissa tomber plus morte que vive sur le banc placé près de l’entrée. -— Cependant les lessiveuses, ne la voyant pas revenir, s’inquiétèrent et allèrent voir s’il ne lui était pas survenu d‘accident. Elles la trouvèrent tout en larmes, et, malgré toutes leurs questions, ne par vinrent à en tirer aucune parole.
Les religieuses, préve 'nues à leur tour, ne purent tout d’abord en obtenir da vantage (I). Enfin elle put, au milieu de ses sanglots, ar— ticuler ces mots : « On m’a pincée. » — « Où vous a-t-on pincée ? » lui demanda-t-on. Elle montra son bras, que la manche de la robe, retroussée, laissait en partie dé couvert, et on fut stupéfait d’y voir quatre marques rouges transversales comme si une main de feu y avait été appliquée.
En dessous une brûlure plus pro fonde ayant la forme du pouce et sur laquelle une am poule s’était déjà levée. Des ampoules semblables ne tar dèrent pas à se former aussi sur les autres brûlures. Plus intrigués que jamais, les témoins de cette scène accablèrent la sœur de questions et obtinrent enfin le récit de ce qui était survenu.
Le bruit de cette affaire se. répandit aussitôt dans la ville; un grand nombre de per sonnes vinrent aux informations et purent contempler les traces laissées sur le bras de la sœur par l’apparition. (I) L’émotion qui sut’foquait la sœur explique suffisamment son silence.
Son trouble était tel, qu‘elle ne put se rendre compte si elle avait fermé ou non le robinet du tonneau à bière; un de ses premiers soins, lorsqu’elle commença à se calmer, fut d’y envoyer voir.
De fait, elle l‘avait fermé. — D’autre part, elle éprouvait peut-être de la répugnance à ma— nifester sa pensée devant les femmes de journée; car, ainsi qu’elle l’a expliqué plus tard, elle n'osait croire à une appa— rition réelle, et elle inclinait à penser qu’une sœur facétieuse avait imaginé cette plaisanterie pour lui faire peur...
On va voir que cette supposition n’était point conforme à la vérité. —— Ces détails ont leur importance parce qu’ils coupent court à toute hypothèse d’auto-suggestion (Note de la Croix). .
APPARITION DE CORPS ASTRAL 271 La supérieure générale, informée du fait, manda la sœur à Douai, où son bras fut examiné et photographié par le D! Toison, médecin de la communauté (1). Par la suite les brûlures se guérirent peu à peu à la façon des brûlures ordinaires.
Aujourd‘hui, il n’en reste plus que les cica trtces. ) Si le fait d’auto-suggestion peut réellement être écarté (car on sait que par auto-suggestion, on peut provoquer des stigmates, des signes sanglants, morbides, singu liers.) nous nous trouvons alors en présence, sans doute, d’un phénomène d‘apparition du corps astral de la dé funte, perçu par la sœur en état de réception psychique.
Et ce corps astral, conservant encore dans le plan nouveau où il évoluait les idées comme les impres sions terrestres (lors de l’incarnation), rien d’étonnant à-ce qu’il ait traduit selon les données catholiques du Purgatoire le trouble momentané, l'expiation possible dont il était affecté. F. JOLLIVET-CASTELOT.
Le Supplément de la Croix de Paris (1" novembre 1896) cite également ceci (titre : Est-ce un revenant P): « Il y a quelques jours, un sergent-f0urrier, Orliac, originaire de Saint-Chamond, s’était suicidé dans la caserne du 4° de marine au Mourillon.
Or, dans la nuit du lundi, les hommes des chambrées qui touchent la pièce où le mal heureux avait mis fin à ses jours, furent surpris d’abord, puis fortement intrigués, en entendant frapper a la porte des coups à plusieurs reprises, quinze coups chaque fois. Les uns pensent que c’est l’âme de leur camarade qui revient dans la caserne, les autres qu’un sinistre far ceur veut s’amuser de leur crédulité.
« On visita partout, on fouilla dans les recoins: pas âme qui vive ! Les hommes de garde arrivèrent avec leurs fusils, baïonnette au canon, précédés d’un sergent porteur d’un falot. On cherche encore. Rien, toujours rien. Enfin une escouade s'enferma dans la chambre (1) Le D“ Toison est un praticien distingué qui habite Douai, et en même temps fait un cours a la faculté catholique de médecine de Lille (Note de la Croix.) Q
2 72 L’INITIATION _noire et macabre. Les bruits se répétèrent; on ouvre soudain: personne n’est là... La nuit se passe ainsi en alertes, etle jour arriva qu’on n’avait rien découvert. ) Les occultistes possèdent depuis longtemps déjà le mécanisme de ces phénomènes. aussi ne les rapportons nous que par conscience, afin d’éclairer, par de récents exemples les recherches des étudiants indécis.
Nul doute que la suggestion n’intervienne en beaucoup de cas, mais elle ne suffit point toujours; alors il faut s’adresser au plan astral, lequel, vivant, agité, divers, communique étroitement avec le nôtre (plan matériel proprement dit), dont il n’est d’ailleurs que la continua tion éthérée, comme le plan supérieur, intellectuel ou divin est le prolongement suprême du plan astral. F. JOLLIVET-CASTELOT.
E‘AITS ESZ’GEEQU’ES PREMIÈRE OBSERVATION En juillet 1893, je me trouvais à Vichy, où j’habitais l’une des rues centrales de cette station balnéaire, au premier étage d’une maison très simple, dans un apparte ment fort médiocrement meublé, exposé en plein nord. La maison était habitée uniquement par moi, au pre mier étage, et par son propriétaire, au second et der nier étage.
Ces personnes, le mari et la femme, gens taciturnes et fort sauvages, surtout le mari, n’étaient pas aimés dans le pays et ne frayaient avec aucun voisin, parlant très peu. Le mari sortait et rentrait fréquem ment, chaque nuit, aux heures les plus inclues. Il pas sait dans le voisinage pour être un peu sorcier.
J'habitais cet appartement avec ma femme de chambre, Italienne, de tempérament nervoso-sanguin, quelque peu hystérique, ayant de grandes facilités naturelles pour le somnambulisme, sans l’aide d’aucune magnétisation ni suggestion; sa fillette, âgée de six ans, et sa mère, beau coup trop âgée et d’un caractère trop léger et terre—à terre, pour avoir une médiumnité quelconque.
FAITS PSYCHIQUES 273 A des intervalles répétés, mais irréguliers, bien que toujours de nuit, entre dix heures et minuit, ma femme de chambre voyait les rideaux en mousseline de son lit agités et gonflés par le vent, pareils à des voiles de navires, cela sans aucune cause naturelle explicable; elle, couchée dans son lit, portes et fenêtre closes.
Elle entendait distinctement le bruit atténué et étouffé qu’eût produit une personne cherchant à enfoncer la porte de sa chambre en faisant le moins de bruit possible, pro cédant par pesées répétées et égales contre cette porte à l’extérieur. Cette porte donnait sur un palier assez large, situé au milieu de l’escalier reliant les deux uniques étages de la maison.
D’autres fois, la jeune femme entendait un bruit de pas légers, mais très nets, faisant craquer l’escalier et le palier, tous deux en bois blanc. Cela durait assez longtemps, cessait pour tout le reste de la nuit ou se répétait; quelquefois cela s’enten dait plusieurs nuits de suite; d’autres fois il y avait des intervalles de plusieurs nuits et même d’une semaine.
Tous les examens n’amenèrent aucun éclaircissement naturel du phénomène, car le propriétaire de la maison ne se trouvait pas sur son escalier aux heures où le bruit se produisait non plus que derrière la porte ébranlée.
D’ailleurs, comment aurait—il pu — de façon naturelle —— agiter nuitamment les rideaux du lit dans une chambre où il n’entrait jamais depuis qu’elle était louée r’ La mai son n’avait ni téléphone, ni gaz, ni électricité, aucun fil ou appareil conducteur, pas même un paratonnerre.
Quant à moi, j’entendis une seule fois le bruit de la porte ébranlée chez ma femme de chambre ; je ne vis pas les rideaux remuer, mais j’entendis les craquements inexplicables de l’escalier et du palier. Seulement, d’ordi— naire, je les entendais de mon côté, ma femme de chambre du sien, rarement d’un commun accord.
J’entendis — solitairement — maintes fois un ébran lement de ma porte et des craquements semblables à ceux déjà décrits ; toujours de nuit, entre dix heures et minuit, jamais le jour. Mais, en plus, j’entendis, à de nombreuses reprises, marcher distinctement par toute ma chambre, sans voir personne, la porte fermée à clé en dedans, fenêtre c105e. D’une table où nulle trace de U 14
274 L’INITIATION ciron ne {se voyait, i’entendis souvent, toujours aux mêmes heures, le bruit que fait cet insecte, rongeant le bois, durant fort longtemps, mais trois fois au moins supérieur en force à ce qu’il eût été naturel. * x«\< DEUXIÈME OBSERVATION En septembre de la même année, je quittais Vichy pour me rendre à Lyon, où je pris un appartement situé également au centre de la ville, rue Gasparin, à un qua— trième étage.
Ma chambre avait une alcôve profonde, avec petite porte donnant dans un étroit corridor où se trouvait une grande verrière faire de carreaux assez petits, toujours close, car elle ne pouvait s’ouvrir. Dans cette alcôve se trouvait le lit; au pied du lit, une toilette, à côté de la petite porte, laquelle se trouvait vis-à-vis de la personne couchée.
Un soir, après un orage très violent et une panique où l’électricité avait fait craindre, à tort, un commence ment d’incendie, dans une salle de spectacle où j’étais allée, je me couchai et m’endormis.
Vers le milieu de la nuit, je me réveillai en sursaut, recouvrant d’un coup toutes mes facultés, les yeux grands ouverts dans l’obs curité, avec une sensation de froid glacial dans mon esprit comme dans mon corps, malgré une température passablement chaude. J’éprouvais une sorte d’anéantis sement. Je sentis alors, tout à fait matériellement, le frôlemem humain d’un corps contre le bois, au pied de mon lit.
L’être inconnu courant avec rapidité sur mon parquer, grimpait comme un singe le long de mon armoire à glace pour s’abîmer ensuite dans le dessus de ce meuble,comme un pantin dans une boite à surprises. (Lors de mon ins tallation dans cette chambre, transportée par des démé nageurs maladroits, ou peut-être malintentionnés, cette armoire avait failli m’écraser en tombant.
La glace s’était brisée, et le meuble avait mis en miettes la plume avec laquelle j’écrivais une lettre, sur une table solide en chêne, qui l’arrêta à demi dans sa chute.) 7 a
UN CAS DE CÉRÉBRATION INCONSCIENTE 275 Je demeurai dans les ténèbres, physiquement et mo ralement glacée, quelques secondes,avec la sensation du frôlement humain et sensible contre le bois de mon lit, au passage de ce visiteur sénti et entendu, mais non vu, et lorsque je ressaisis mes esprits, d’un bond je fus de bout, une bougie allumée en mains, explorant tous les coins de la chambre, examinant l’armoire, la porte tou jours fermée à clé, les fenêtres closes, mais inutilement.
Je ne vis rien, ne trouvais rien, sans constater davan— tage de désordre quelconque, ni présence insolite, abso lument rien. Malgré cette émotion unique en intensité, et d’un genre comme je n’en avais jamais eu en ma vie, je pus me rendormir au bout d’un temps assez long. Vers le matin, je fus réveillée par une sensation de clarté fatigante sur mes paupières.
Ouvrant les yeux, je vis la porte de mon alcôve, au pied de mon lit, entr’ou verte, ce qui laissait les rayons du jour tomber directe ment sur mon visage, en passant au travers de la ver rière à petits carreaux du corridor, situé tout juste en face de moi. Le soir à mon coucher Cette porte était close, et quand je m'étais levée pour faire des recherches, au sujet de la manifestation, je n'en avais point constaté l’ouverture.
Pour clore cette seconde observation, j’ajouterai que, moins de deux mois après l’avoir faite, je perdis l’en fant de ma femme de chambre, tout petit baby pour qui j’avais une affection toute maternelle; la pauvre femme mourut elle-même en juillet 1894, dix mois plus tard. (A suivre.) PERVENCHE.
En cas de cérébratinn inconsciente ”’ Nul n’ignore 'qu’il existe des cas bien positifs où l’es prit a pu se livrer inconsciemment à un travail de rai (I) Nous extrayons cette note de la Revue Scientifique et nous jugeons inutile d’y ajouter le moindre commentaire, On verra jusqu’où peut aller l’ignorance de ceux qui croient pou voir remplacer les explications des faits par des mots. PAPUS.
276 L'INITIATION sonnement ardu, et résoudre de la sorte des problèmes qui avaient résisté à l'examen conscient. Carpenter en a donné un certain nombre d’exemples dans sa Mental Physiology, au chapitre consacré à la cérébration incon sciente, et beaucoup de personnes ont éprouvé des expé riences analogues. Le cas qui suit, tout récent, n’est pas des moins intéressants: nous en puisons les éléments dans I’American Naturalist pour novembre.
Il a été ob servé par M. Hilprecht sur lui-même. Pendant l’hiver 1802-93, M. Hilprecht était occupé à travailler avec M. F. Delitzsch, et préparait un travail sur le texte, la translittération et la traduction d’une inscrip tion du temps de Nabuchodonosor I".
A cette époque, il acceptait l'interprétation donnée par M. Delitzsch du nom de Nabuchodonosor: pour lui , Nabou-Koudour rou-ousour signifiait ( Nébo, protège mon auge de ma çon, » c’est-à-dire ( mon œuvre en tant que construc teur ».
Un matin qu’il s’était couché après avoir tra— vaillé très tard, M. Hilprecht, après un sommeil agité, se réveilla l’esprit plein de la pensée que la traduction devait être non pas celle qui précède, mais : Nébo, protège ma frontière. » Il avait une vague conscience d’avoir tra vaillé à sa table, dans un rêve, mais il ne se rappelait point le détail des processus par lesquels il était arrivé à cette conclusion.
En y réfléchissant àl’état de veille, il vit toutefois que Koudourrou, frontière, pouvait dériver du verbe koudarou, encercler, entourer. Il publia peu après cette interprétation, qui a été généralement ac ceptée. Ce n’est ici, toutefois, qu’un fait préliminaire. M. Hil precht en a observé et présenté un qui est plus intéres sant.
Laissons—lui la parole pour le raconter : « Un samedi soir vers le milieu de mars 1893, je m’étais fatigué comme je l’avais si souvent fait depuis quelques semaines, dans de vains efforts,pour déchiffrer l’inscription sur deux fragments d’agate qu’on supposait avoir appartenu à des bagues de quelque, Babylonien.
Le travail était rendu plus dur, de beaucoup, par le fait que les fragments ne présentaient que des restes de carac tères.et de lignes, que des douzaines de fragments de ce genre avaient été découverts dans le temple de Bel, à
UN CAS DE CÉRÉBRATION INCONSCIENTE 277 Nippour, dont on n’avait rien pu faire, et qu’en outre, dans ce cas, je n’avais jamais eu les originaux sous les yeux, mais seulement une esquisse rapide faite par un des membres de l’expédition envoyée de l’Université de Pennsylvanie en Babylonie.
Tout ce que je pouvais dire, c’est que les fragments, étant donné l’endroit où on les avait trouvés et eu égard aux caractéristiques particu— lières des caractères cunéiformes qu’ils portaient, se rap portaient à la période cassite de l’histoire de Babylone (de 17ooà 1140 avant J.-C. à peu près) ; et encore, comme le premier caractère de la troisième ligne du premier fragment semblait être Kou, j’attribuai ce fragment, avec un point d’interrogation, au roi Kourigalzou, et je pla çai l’autre fragment, comme impossible à classer, avec d’autres fragments de la même époque, sur la page où je publiais les fragments que je ne pouvais classer.
Les épreuves étaient là devant moi, mais je n’étais nullement satisfait. Toutle problème se représenta à moi dans cette soirée de mars, avant que je donnasse le bon à tirer. Vers minuit, fatigué, épuisé, j’allai me coucher et fus bientôt profondément endormi. J’eus alors le curieux rêve qui suit.
Un prêtre de la religion pré-chré tienne de Nippour, maigre, de taille élevée, de quarante ans environ, vêtu d’un simple ubba, me conduisait à la chambre du trésor du temple, sur la façade sud-est. Il m’amena à une chambre petite et basse, sans fenêtres, où se trouvait un grand coffre à bois; à terre gisaient des éclats d’agate et de lapis-lazuli.
Il me dit alors ceci: « Les deux fragments que vous avez publiés séparément, pages 22 et 26, vont ensemble: ce ne sont pas des bagues, et voici leur histoire. Le roi Kourigalzou (1300 avant J.-C. environ) envoya une fois au temple de Bel, entre autres articles en agate et en lapis—lazuli, un cylindre votif‘ d’agate portant des inscriptions.
A cette époque, ordre nous fut tout à coup donné, à nous prêtres, de faire pour la statue du dieu Ninib une paire de boucles d’oreille en agate. Nous fûmes très déconcertés, n’ayant point d’agate à travailler sous la main. Pour exécuter la commande, force nous fut de couper le cylindre votif en trois parties, et d’en faire trois anneaux, dont chacun portait une partie de l'inscription originelle. Les deux
278 L’INITIATION premiers anneaux servirent de boucles d’oreille pour la statue du dieu; les deux fragments qui vous ont donné tant de souci sont des parties de ces anneaux. Rappro— chez-les l’un de l’autre, et vous verrez que je dis vrai. Mais, pour le troisième anneau, vous ne l’avez point encore découvert dans vos fouilles, et vous ne le trouverez jamais. >>A ces mots, le prêtre disparut.
Je me réveillai aussitôt, et je racontai de suite le rêve à ma femme, pour ne point l’oublier.
Le lendemain matin, dimanche, j’examinai de nouveau les fragments, me rap pelant ce qui m’avait été raconté, et à ma Surprise, je constatai que tous les détails de mon rêve se vérifiaient, autant du moins que j’avais le moyen de les vérifier. — L’inscription sur le cylindre votifse lisait ainsi qu’il suit: « Au Dieu Ninilu, fils de Bel son Seigneur, Kourigalzou, pontife de Bel, a offert ce don. » Le problème était de la sorte enfin résolu, et M. Hil— precht donna la solution dans la préface, pour ne pas remanier son travail.
Quelques semaines plus tard, cependant, M. Hilprecht fit une remarque qui ne fut pas sans le troubler. D’après les notes relatives aux deux fragments, ceux—ci étaient de couleur différente : comment, dès lors, pouvaient-ils avoir appartenu à un seul et même morceau d’agate?
La solution ne fut obtenue qu’en 1893. _ « En août 1893, dit M. Hilprecht, je fus envoyé à Constantinople par le Comité de l’yExpédition babylo nienne, pour faire le catalogue et l’étude des objets en provenance de Nippour, et conservés au Musée impérial. J’avais très grand intérêt à voir par moi—même les objets qui, d’après mon rêve, allaient ensemble, pour voir si réellement ils devaient faire partie d’un même cylindre votif.
Halil Bey, le directeur du Musée, à qui je racontai mon rêve, et à qui je demandai la permission de voirles objets, fut à tel point intéressé dans l’affaire qu’il m’ou— vrit aussitôttoutes les vitrines de la section babylonienne, et m’engagea à les examiner. Le P.
Scheil, un assyrio— - logue de Paris, qui avait examiné et arrangé les objets retirés par nous des fouilles, avant moi, n’avait pas aperçu le fait que les deux fragments se raccordaient, et en conséquence je trouvai les deux fragments dans deux
UN CAS DE CÉRÉBRATION INCONSCIENTE 279 _./.t ‘1‘ vitrines fort éloignées l’une de l’autre. Aussitôt que je trouvai les fragments, je les mis l’un contre l’autre, et mon rêve se trouva vérifié de façon évidente: c’étaient bien deux parties d’un seul et même cylindre votif.
Comme celui—ci était originellement en agate à veines fines, la scie du scieur de pierre avait accidentellement partagé l’objet de telle façon que la veine blanchâtre ne se voyait que sur un seul fragment, et la surface grise plus étendue, sur l’autre. Je pus de la sorte m’expliquer la discordance des descriptions données des deux frag ments par M. Peters. » L’aventure est assurément curieuse.
A coup sûr, il n’y a pas si longtemps que l’on eût expliqué l’affaire par une révélation surnaturelle: d’aucuns vivent sans doute qui l’eussent expliquée ainsi s’ils avaient été à la place de M. Hilprecht. Celui-ci n’yvoit rien que de très naturel: il y voit tout un travail de raisonnement inconscient qui s’est effectué dans son intelligence.
Un point en apparence très mys térieux — la partie du rêve qui a trait à la chambre au trésor—est facile à expliquer: M. Peters, dès 1891, avait parlé à M. Hilprecht dela découverte d’une chambre où se trouvaient les restes d’une boîte en bois, avec des fragments d’agate et de lapis-lazuli épars à terre.
Il faut remarquer encore que les cylindres votifs ne sont pas une invention de M. Hilprecht: il en existe, et M. Hil precht en connaissait deux, pourles avoir vus et exami nés. ' Quoi qu’il en soit, même dépouillé de tout prétexte à surnaturel — ou pour mieux dire, parce que dépouillé de celui—ci, —— le cas de M. Hilprecht nous a paru fort intéressant à citer.
Il s’explique sans difficulté par la cérébration inconsciente, et est à joindre aux meilleurs de ceux que l’on connaît déjà, et que la littérature psy chologique a enregistrés. V . . .
280 L’INITIATION BEBLE©@ÆAEÆIE ALFRED FOUILLÉE. — Le Mouvement idéaliste et la réaction contre la science positive; Paris, Alcan, 1896, in-8. Ce volume compact ne laisse pas que de m’effrayer un peu au moment où je dois me préciser les nombreuses idées qu’il énonce et surtout les formuler à notre public.
M. Fouillée, que d’importants travaux antérieurs ont classé à un des premiers rangs parmi nos modernes phi losophes, me semble un platonicien délicat. Dans l‘Introduction de ce livre, on pourra s’instruire , d’un résumé fort clair de tout le travail philosophique de notre siècle dans le domaine positiviste; travail dont la réaction nécessaire est le vague idéaliste qui bat aujour d’hui les rois de la doctrine rationaliste et agnostique.
L’œuvre de Cousin, de Renan, de Taine, de Vacherot, de Littré, de leurs successeurs et de leurs disciples dans les deux courants de la spéculation y est finement analysée. Notons cependant une phrase malheureuse : « les vrais mystiques et occultistes ne cherchent qu’à épaissir le mystère »; il faut, pour avoir écrit cela, que M. Feuillée n’ait pas lu les occultistes, ou chose, plus probable, qu’il ne les ait pas compris.
Notre auteur répartit son étude en quatre livres. Le premiertraite de la relation entre les limites de la science et de l’inconnaissable; il y examine le quadruple point de vue de la limite objective et de la limite subjective de la science. de la. négation (théories de Renouvier et de Hodgson et de l’affirmation dogmatique de l’inconnais— sable (Kant, Spencer).
M. Fouillée se désespère à la pen sée que 1’X absolu est le suicide de l’intelligence: il n’a sans doute pas eu le loisir de s’assimiler complètement les théories des Oupanishads, de Pythagore et de saint Denis, sur le caractère de médiateur attribué par elles à l’intelligence. Admettant qu’il est « imp055ible de concevoir un sujet pensant », il conclut que « l’inconnaissable absolument
BIBLIOGRAPHIE 28 I inconnaissable, c’est-à-dire l’inconnaissable objectif. n’est pour nous qu’un problème sans réponse, une sorte ' d‘entreprise de la pensée sur elle-même pour tâcher de penser sa propre suppression ; 2° l’inconnaissable relatif de la conscience et de la volonté nous est subjectivement comme constituant notre réalité même ».
Ces prémisses admises et le bilan de la philosophie fixé sur ces points capitaux, le second livre examine l’idéalisme de la con naissance. A ce propos, les théories de Kant, en particulier celles de l’a priori de la connaissance et de la spontanéité du sujet pensant ; — puis l’évolutionnisme intellectualiste de Hegel trouvent une exposition compréhensive. M. Fouillée passe à l’étude de l’idéalisme de l’existence (liv.
111) selon le spiritualisme ; il pense que notre cer veau « à force de se façonner aux conditions de l’exis tence universelle et à celles de notre propre existence, finit par prendre les empreintes qu’il reçoit pour des formes de sa structure propre ; mais, pour ce qui est de la détermination de ce qu’est l’essence des choses « leur face intérieure, le point à établir d'abord, c’est la réduc tion du physique au psychique ) ; c’est mettre le doigt sur la plaie; le problème de la création se retrouve là, et aucune école exotérique ne l’a, queje sache, résolu; tan dis que tous les initiés l’ont non seulement compris, mais encore réalisé pour les actes de leur mission spéciale.
Le quatrième livre étudie la philosophie indétermi niste de la contingence; on y démontre d’abord l’impos— sibilité d’un usage immanent de l’inconnaissable ; analy sant la doctrine de Lotze sur l’idée de contingence, ainsi que celle de M. Renouvier sur le même sujet, M. Fouil lée n’admet pas la réalité de la contingence et réfute de point en point le néo-criticisme ; il expose comment M. Boutroux arrive à nier le hasard et à donner comme libre le variable et le nouveau; et, poussant à fond avec M. Bergson, cette doctrine qu’il désapprouve d‘ailleurs il nous donne le spectacle des incertitudes et des con— tradictions où l’entendement logique conduit irrévoca— blement son disciple, si ce dernier ne prend pas soin d’en hiérarchier à l’avance le travail; on pourra trouver, dans les Vers dorés de d‘Olivet un excellent exemple de
282 L’INITIATION critique de Kant que l’on pourrait appliquer ici aux phi losophes modernes.
' Discutant la valeur de la science, M. Fouillée conteste à Kant qu’elle soit toute subjective et que la réflexion, base de la science, soit nécessairement illusoire ; cette dif ficulté se trouve encore résolue chez les penseurs mys tiques,entre autres chez Wronski (I); mais le savant au teur de la la Psychologie des Idées forces a très bien vu que a le mouvement actuel de la philosophie indétermi niste estla déviation, essentiellementprovisoire et passa gère, d‘un mouvement légitime contre les excès du ratio nalisme ou de l'intellectualisme, qui avaient abouti à une sorte de fatalisme mathématique ».
Le dernier chapitre de ce très intéressant et très cons ciencieux travailest consacré aux conclusions pratiques: « la morale doit tenir compte des deux limites par excel lence de notre savoir: l’individuel et l’universel ;... toute morale qui ne tient pas compte de ces deux termes et ne les maintient pas à leur rang théorique est une sorte de mensonge réalisé...
La morale s’appuie sur ce que nous pouvons connaître de certain et induire de probable ;... l’indéterminisme est anarchie et amoralisme, tandis que le déterminisme bien compris est une des conditions de la vie morale et sociale. )) Nous ne pouvons malheureusement nous arrêter à l’analyse de ces propositions.
Tel.qu’il est, le bref ré— sumé que l’on vient de lire pourra donner une idée de ce que contient la dernière œuvre d’un des maîtres les plus féconds et les plus estimés dela philosophie contem poraine ; nous espérons avoir suscité assez l’intérêt de ceux de nos lecteurs que le détail de ces recherches pas« sionnent.
N’oublions pas de mentionner quelques belles et judi— cieuses pages qui terminent le volume :Adolphe Franck ; Descartes; l’enseignement philosophique et la démo cratie contemporaine; la philosophie et les concours d’agrégation. SÉDIR. (I) Voyez Barlet, Évolution de l’idée.
BIBLIOGRAPHIE 283 ÉMILE Brnxovr. -——Le Vase sacré et ce qu‘il contient dans l‘Inde, la Perse, la Grèce et dans l'Église chrétienne; avec un appendice sur le Saint-Grau]. 1 vol. in-8, Vl-190 p., en vente chez Chamuel.
La réputation de M. Émile Burnouf comme orienta liste est universelle: tout au moins serons-nous certain de posséder des textes sacrés anciens des traductions exactes quant à leur sens littéral; mais, bien que nous soyons ‘absolument incompétent quant au point de vue grammatical, du moins nous croyons que le système de M. Burnouf, comme celui des autres orientalistes, n’en visage que le sens le plus matérialisé des livres saints des Anciens, c'est-à—dire leur symbolisme naturel.
Le mythe de la Vierge-Mère n’est pas seulement représentatif de l’espace atmôsphe’rique; il signifie encore le cerveau, l’intuition, la.
Maya, la racine de la Nature, etc., etc.; le cygne Hamsa n’est pas seulement la monture du soleil visible, c’est—à-dire le rayon lumineux; il est la lumière du Verbe dans toutes ses manifestations: l’éclair de la volonté, les flèches du feu céleste et secret, etc. Le feu des Açwins est totalement différent en ésoté risme de celui du serpent de l'abîme, de celui de Vishnou, de Varouna, ou d’Indra. — Mais, à creuser de sillons multiplesle champ immense des mythologies, on s’aper çoit vite que l‘entreprise est désespérément vaste; ce qu’il est beaucoup plus profitable de travailler à l‘édifi cation de la science sans s‘arrêter aux controverses et aux discussions trop souvent stériles.
SÉDIR. a . Loms GARDY.— Le Médium D.—D. Home, sa vie, son caractère d'après des documents authentiques. En vente chez Chamuel, broch. in-18, 1 franc. D.-D. Home est certainement le plus célèbre des mé diums spirites et celui grâce auquel les manifestations de l’invisible eurent leur plus grande force de persuasion.
Eliphas Lévi parle de lui et des prodiges accomplis en sa présence; les incidents de sa vie si mouvementée sont de nature à intéresser non seulement les spirites, mais encore les psycho-physiologistes; M. Gardy a eu l'heureuse idée de résumer en quelques pages d’une
2 84 L'INITIATION lecture facile les Incidents of my life traduits sous le titre de Révélations sur ma vie surnaturelle, les Lights and Shadows ofspiritualism également traduits; D.-D. Home, his life and mission, the Gift ofD.-D. Home (I), ces deux derniers écrits par la veuve du grand médium. >ælæt COMTE H. C. —— Mémoire à l’adresse des membres du Con— grès antimaçonnique de Trente. \Vien, chez C. von Hoelzl; et Paris, Chamuel, in-8.
Le docteur en droit aùteur de cet opuscule considère tout l’œuvre du D“ Bataille, les révélations de Diana Vaughan, de Margiotta, comme une mystification inouïe et une supercherie éhontée. Le comte H. C. fait remarquer tout d’abord la simul tanéité des trois révélations Bataille, Vaughan, Mar giotta.
Ayant vécu de longues années dans l’extrême Orient, sans y avoir trouvé aucune preuve de la ‘ communication avec des êtres surnaturels, il résolut de vérifier dans les Guides ( Directories », annuels de Sin gapoore, de Hongltong et. de Yokohama, l’existence des personnages cités par le D“ Bataille. Il faut dire que ces guides publient la liste complète des Européens ayant résidé dans toutes les villes d’extrême Orient.
Aucun des noms d’Inspecteurs généraux donnés par Battaille ne figurent dans ces guides; le résident lucifé rien à Shassa, Gregor Milisch, n’a jamais existé; les dessins chinois soi—disant reçus de la Loge de Hong Kong sont extraits de l’ouvrage anonyme The Cause of the riots in the Yangtse Valley, à Hankow (Chine), 1891.
La photographie du cadavre mutilé d’un traître chinois que Battaille prétend avoir reçu de l’archiviste à une Loge des San-Hœ-Hœï (p. 289), tout le monde peut l’acheter pour quelques sous à Hong-Kong. Cette société chinoise n’a aucune relation avec la maçonnerie universelle (Cf. J. Williams: The Middle Kingdom, New-Yorlr, 1883). Le Dr B. fait Djaggernarh ville Bouddhiste; il crée des (I) Tous ces livres ont été édités par Galignani. Paris.
BIBLIOGRAPHIE 285 temples creusés dans le roc près Calcutta, alors qu’il n’y a pas un rocher à cent lieues à la ronde. Il est convaincu ensuite d'ignorance totale del’indous tani, etc. En résumé, le comte H. C. a fait là un excel— lent travail et très utile. S. , . GASTON MÊRY. —- La Vérité sur Diane Vaughan. Paris, in-8, 0 fr. 60, en vente chez Chamuel.
L’actif rédacteur de la Libre Parole apporte dans ces pages une série de confirmations irrécusables du scepti cisme et de la mauvaise foi du Dr Hack-Bataille: la lecture de la présente brochure édifiera complètement la religion de ceux de nos lecteurs qui s’intéressent encore à cette fumisterie colossale. S. M. A.
Axsxxor. — Un cas de dématérialisation partielle du corps d'un médium, enquêtes et commentaires; traduit de l’allemand; vol. in-8, 220 p. 4 francs. ( Le spiritisme a reconnu de tous temps que le phéno mène de la matérialisation se produit aux dépens du corps du médium qui en fournit les éléments néces saires, c’est-à-dire qu’un certain degré de dématérialisa tion du corps du médium est la suité inévitable du phé nomène. » M. Altsakow classe ainsi ces phénomènes: 1° La matérialisation invisible primordiale correspond à une dématérialisation minima etinvisible du médium, qui reste visible. .
2° La matérialisation visible mais partielle, incomplète quant à la forme ou l’essence, correspond à une déma térialisation également partielle ou incomplète du corps du médium qui est encore visible dans l‘ensemble ou et. partie. 3° La matérialisation visible et complète d'une forme humaine entière correspond à une dématérialisation maxima ou complète du médium jusqu’au point où, de son côté, il devient invisible.
286 L’INITIATION Le chapitre II décrit la séance donnée par Mme d’Es pérance le II décembre 1893 à Helsingfors en Finlande; et le chapitre 111 contient l’enquête personnelle de M. Aksakof. Ce qu’il y a de typique dans ces récits, ce sont les impressions personnelles du médium qui semble avoir conservé sa conscience pendant toute la durée de la dématérialisation. Remarquons que cette séance lui occasionna une longue suite de troubles nerveux.
Nous signalons tout particulièrement à l’étude du théoricien les chapitres IV et v, remplis d'indications précieuses sur l’état du médium et les conditions de tels phénomènes.
Il nous faut louer en terminant l’élégance, la netteté et l’exactitude de cette traduction française ;toutes qua lités nécessaires au plus haut degré dans les documents scientifiques et plus difficiles à rencontrer réunies qu’on ne le pense d'ordinaire. - - PAUL DE RÊGLA. — Les Mystères de Constantinople, un vol. in-8; 3 fr. 50, en vente chez Chamuel.
M. de Régla. déjà connu par ses précédents ouvrages, la Turquie officielle et les Bas-Fonds de Constantinople, comme l’historien secret de la cour d’Yldiz-Kiosk, nous présente aujourd’hui ce nouveau roman historique, dont, parait—il, tous les événements sont vrais.
Nous voulons bien le croire; et, au fond, cela n’intéresse que de loin nos lecteurs; encore faut-il que je leur signale la minu— tieuse description d’une consultation magique, qui occupe environ 35 pages du livre. L’ouvrage enfin se lit tout d’une haleine, tant le style en est souple et les ta— bleaux riches et variés. # U VAN DER NAILLEN. —— Dans les temples de l’Himalaya. PRIX : 3 fr.
50 Voici un ouvrage dont la lecture est vraiment récon fortante. C’est un roman, et c’est en même temps un livre scientifique et philosophique. Il repose l'esprit tout en provoquant la méditation sur les sujets les plus sérieux et les plus graves. L’époque à laquelle nous vivons est une époque de contraste et de désarroi ; au point de vue moral, la
BIBLIOGRAPHIE 2 87 déchéance est profonde ; au point de vue scientifique et philosophique, les Systèmes et les idées se choquent sans résultat pratique pour l’avancement de l’homme moral; les sentiments religieux sont faussés, et le sectarisme sévit plus que jamais.
Depuis longtemps nous attendions l’apparition d’un ouvrage sérieux qui, s’appuyant à la fois sur des vérités religieuses et sur des vérités scientifiques modernes, nous les montrât comme les faces d’une seule et même vérité. Le livre de M. Van der Naillen est une remar quable tentative dans ce sens.
Il prend pour point de départ la doctrine ésotérique enseignée dans les tem— ples de l’Himalqya, et cela à juste titre, car c’est la doctrine même qui a eu pour initiateur Hermès et qui s’est conservée intacte dans les Sanctuaires du Thibet après la destruction de ceux de l’Egypte.
Cette doctrine plane au-dessus de tousles dogmes reli gieux et se trouve, comme le fond secret primordial, à l’origine de toutes les religions, qui l’ont plus ou moins défigurée pour l’adapter aux conceptions grossières des peuples.
Aujourd’hui, grâce aux progrès mêmes de toutes les sciences, l’humanité est arrivée à un degré de matu— rité assez grand pour recevoir cette initiation et y trou— ' ver une révélation adéquate à ses besoins scientifiques et à ses aspirations religieuses. La foi que nous communique l’auteur est une foi rai sonnée, que justifient des vérités scientifiques d’une haute portée.
Il montre comment s’expliquent les phéno mènes d’ordre psychique et spiritique, paraissant si surprenants à ceux qui ne sont pas initiés; il dévoile les secrets des opérations mystérieuses de l’occultisme, en prouvant qu’elles sont régies par les lois physiques les plus positives, mais il fiétritles pratiques de la magie noire, dont les adeptes finissent toujours par être eux— mêmes les victimes de leurs manœuvres, grâce au choc en retour.
En résumé, bien que l’érudition de l’auteur ne nous semble pas bien solide, bien que certains passages, telle la description de la consécration des miroirs de Battahs, soient presque littéralement “Copiés, bien que le style du traducteur ne soit pas précisément celui de Flaubert,
288 L’INITIATION c’estlà une tentative intéressante de vulgarisation pour le succès de laquelle nous faisons tous nos vœux. S. si: et» Sylvie ou les Emois passionnés, par Eugène Montfort. Préface de Saint—Georges de Bouhélier. (Mercure de France.) C’est une simple et très banale aventure d’amour. Tous les jours il en arrive de semblables. Elle ne pourra que mieux éveiller en vous des émois anciens.
La voici donc: Sylvie et son amant sont adorables d’insouciance heu reuse et ingénue. Ils s’aiment avec une simplicité quasi enfantine. Ils sont naïfs et charmants. En eux et autour d’eux, c’est le matin, le printemps, le soleil, les parfums légers; c’est la joie, le bonheur de vivre, le délice de s’aimer.
Les choses vibrent, vivent, palpitant; elles sont très familières; elles vous parlent, vous aiment, vous connaissent; elles souffrent et jouissent avec vous ; elles se rappellent que vous les avez frôlées, touchées. Mais l’automne vient, 4 gros de morts ». Les choses se couvrent d’une poudre grise comme d’un voile de deuil ); elles semblent mortes aussi.
Les deux amants, — quoique près l’un de l’autre, -—- ne se voient pas, ne s’entendent pas, ne se pénètrent pas. Le froid se glisse lentement, lentement jusqu’au cœur. Sylvie part « comme une morte ». La maison est vide l... Sylvie est partie l... Maintenant « il y a un grand mur entre eux ». Hélas! ils sont étrangers l’un à l’autre comme s’ils ne s’étaient jamais connus!
Le livre est composé d’une suite de petits poèmes, de proses fluides, transparentes, qui forment de petits ta bleautins frais et jolis: pastels où chantent d’abord les couleurs vives, éclatantes, puis les couleurs éteintes, grises, ternes. ' ‘ M. Saint—Georges de Bouhélierl’a paré d’une superbe préface, où il disserte sur les amantes avec esprit et avec le détachement qui convient. JACQUES BRIEU. 0 O 5 Signalons l’apparition {d’une nouvelle revue très inté
BIBLIOGRAPHIE 2 89 ressante : La Thérapeutique Intégrale consacrée à la propagation et à la défense de l’homœopathie dans ses rapports axec l’hermétisme et l’occultisme. Cette petite publication, grâce à une excellente rédaction, permettra de connaître et d’étudier toute une partie encore incon nue de sciences médicales et, cela, .sans nuire à aucun des confrères déjà existants.
De plus, ceux qui s’occup— pent de science occulte y trouveront de précieux élé— ments d’information. — Abonnement: 2 francs par an. — Bureau : 10, rue Durand-Claye, Paris. Extrait de la Revue historique : Tübinger Quartal— schrift, 1890; Koch: le pseudo Denys l’Aréopagite. — Zeitschriftflir æ yptische Sprache and Alterthumskunde, I895; Erman: n sorcier copte. — K.
Saechsische Ge sellschaft von Wissenschaflen, 1892; Delitsch : L’épopée babylonienne de la création. -— Neue Heidelberger Jahrbüche, 1896; Rohde : Orphée. —— Niederlausitger Mittheillungen, Tirch: Un spirite wende en 1619. Grande Encyclopédie: Ladmirault, éditeur: 6I, rue de Rennes ; article : Magnétisme.
9 as - M. DIEULAFOY ET LES PROPHÈTES A la séance publique des cinq académies, M. Dieula foy, délégué de l’Académie des inscriptions et belles lettres, a comparé les prophètes de l'Ancien Testament aux pythies et les a traités de névropathes, de convulsion naires, d’hystériques, etc. . . LA QUESTION DIANA VAUGHAN A la suite du congrès antimaçonnique de Trente, une commission de prêtres romains a commencé une en— quête sur miss Diana Vaughan.
Voici que La Croix cri tique le Dr d’Hacks et n’affirme plu rien sur la révéla— trice. M. Méry polémique dans la Libre Parole avec M. Hacks. ' LA QUESTION DlANA VAUGHAN Le Dr Hacks (Bataille) est critiqué par La Croix: (du
290 L’INITIATION 2 novembre) parce qu’il « vomit des injures contre la reli gion »; et que ce pieux journal fait des réserves sur la question de Diana Vaughan, dont s’occupe à Rome une commission d’études. 0la UNE AME DU PURGATOIRE La Croix du 2 novembre parle de l’apparition d’une supérieure défunte à une religieuse, dont le bras porte rait l’empreinte d‘une main de feu. Le récit en est tiré du Pèlerin.
Son auteur cite le témoignage du Dr Toison, qui habite la ville de Douai; mais il ne donne pas le texte de ce témoignage. M. Toison a d’ailleurs fait une réclamation.
Le supplément de La Croix du même jour parle d’une chambre hantée à la caserne du 4° de marine, au Mou rillon, depuis le suicide d’un sergent—fourrier. a on LE 8° FASCICULE DE M. GASTON MÉRY Le très sympathique écrivain, après avoir surtout parlé de Tilly dans le 7e fascicule, consacre le 8e à l’ex pOsé des faits de Valence-en-Brie (sur lesquels le dernier mot de l’occultisme n’a pas été dit, car les phénomènes ont recommencé); puis à des résumés fort bien faits des phénomènes qui se sont passés dans la ville d'Agen cette année, à Cideville en I851, au Tourneur en I875; et il se montre au courant des travaux dus à Papus età M. de Rochas.
Comme M. de Cirol, M. Schnébelin et d’autres bons catholiques, M. Méry incline à croire que bon nombre de faits sont dus à la force psychique et que la part des mauvais anges sera de plus en plus amoindrie. La science, qui avait cru éloigner Dieu, n’éloignera donc que Satan. ' SATURNINUS. * «Ira UN TEMPLE SPIRITUALISTE M. le Dr Lucian von Pusch (à l’Ober Waid près Saint Gall, Suisse) nous informe qu’il a le projet de fonder
BIBLIOGRAPHIE 291 dans cette localité un établissement destiné à tous ceux que les recherches ésotériques passionnent. Les pensions y seront à des prix modérés; des salles de réunion et des bibliothèques seront mises à la disposition, des loca taires. Les médiums et les expérimentateurs de tout ordre y trouveront toutes facilités pour leurs travaux.
Les sous criptions sont reçues à l’adresse indiquée. *li ERRATA Dans l’Initiation d’octobre, lire p. 62, lignarii et non lignarié; p. 63 : Saint Lin ou Linus; Gaultier, sire de Galins, et non de Galois; p. 64, ligne 4: vieille Loge et non Loze; et note 1, ligne 2: Rahon, non Rabon ; p. 69, ligne 15 : ourdens et non ourdens; p. 70, n° 1 :forét et mon frère. t et ‘Y M. Recul Pictet, le célèbre physicien de Genève, vient de mettre au jour un gros volume de 600 pages consacré à l’Etude critique du matérialisme et du spiritualisme par la physique expérimentale (chez Alcan, 10 francs) et dont les conclusions sontfranchement spiritualistes.
Voir le compte rendu détaillé dans l’Hyperclzimie de décembre par Sédir. !' .“" " Aux chercheurs des recettes de la magie des campagnes nous signalons un petit grimoire que Chamuel vient de faire paraître: Le Dragon noir. La plupart des expé— riences y décrites ont été expérimentées, et tous les exemplaires mis en vente ont été consacrés par l’au— teur. .
Q &U A lire dans le numéro d’octobre de I’Hyperchimie la synthèse de l’or de Strindberg, et le début de son nou— veau livre Hortus Merlini (en feuilleton).
292 L’INITIATION AVIS A vendre: Trois cents ouvrages différents rares, envi ron 400 volumes, par les auteurs maçonniques les plus célèbres des xvm° et x1x° siècles. Écrire à M. ROSEN, 9, rue Chappe, Paris, pour recevoir renseignements et catalogue. . Parmi les nombreux ouvrages qui composent cette im portante bibliothèque maçonnique, nous signalons parmi les auteurs français les suivants : BAZOT. — La Morale de la Franc-Maçonnerie.
1827, in-12; Codes desfrancs-maçons. 1830,in—12 ,' Alanuel du franc-maçon. 1735 , 2 vol. in-8°. BÉDARRIDES. —— L’Ordre maçonnique de Misraïm. 1845, in-8". BEPUCHET. —- Précis historique de l’ordre des F.'. M.'., avec biographie des plus célèbres Fu. M.'.. 1829, 2 vol. in-8°. BONNEVILLE. —— LesJésuites chassés de la F.'. Ill.'.. 1788. in-8°; l’Esprit des religions. 1792, 2 vol. in-8°.
BOUBÊE. —— Etudes historiques et philosophiques sur la 1854, in—8°; Souvenirs maçonniques, avec notice historique. 1866, in-8°. CLAVEL. -— Historique pittoresque de la franc-m açonne rie. 1843, in-8°. DELAUNAYE. —— Thuileur des 33 degrés de l’écossisme du Rite ancien et accepté. 182 t, in-8°. ENOCH. —— Le Vrai Franc-Maçon. 1773, in—8°; Lettres maçonniques. 1774, in-8°.
Des ETANGS. -——'Archives de la M.-., où les secrets et travaux de tous les grades. 1821, in-8°; Œuvres maçonniques : initiations, cérémonies,. installations. 1848, in—8°. FABRE. —— Documents maçonniques. 1866, in-8°. GALIFFE. — La Chaîne symbolique: origine, développe ment et tendances de l’idée maçonnique. 1852,in-8°. GOFFIN. — Histoire populaire de la F.'. 1862, in-8'. . GRAND-ORIENT. -— Etat du Grand—Orient. 1804, 4 vol. —.= a... 1n-4.
BIBLIOGRAPIHE 293 GUON. -— L:ttres critiques et philosophiques sur la F.'. M.'., 1835, in-8'. JOL‘AUST. — Histoire du Grand-Orient de France. 1865, in-8. — Histoire de lajranc—maçonnerie en France. 1878, in-8". JUBÉ. -— Recueil des actes du Suprême Conseil de Françe. (1806-1830). 1832, in-8°. KAUFFMANN ET CHARPIN. — Histoire philosophique de la F.'. 1850, in-8°. LA TIERCE. — Histoire et statuts des F.'. M.'.“1742, in-8°. LE SUEUR (A. L. B.
Robineau de ûeaunmr). — Les Masques arrachés. I791, 2 vol. in-12. LEVESQUE. — Aperçu historique des sectes maçonniques. 182 I, in-8°. MARCONNIE. — La Franc-Maçonnerie:origine, mystères, rites. 1861, in-8°. MOREAU DE MARSEILLE. — L'Univers maçonnique. 1837, in-8". — Précis sur la F.'. 1855, in-8°. PYRON. —- De [Organisation et France de la F.'. M.'. jusqu'en 1814. in-8°. RAGON. — Hermes ou Archives.
1818-19, in-8° ; Cours des initiations anciennes et modernes 1841, in-8°; Or— thodoxie maç.z. Maçonnerie occulte. 1853, in—8° ; Rituels (15) 1860. in-8° ; Thuileurgénéral ou manuel de.l’initie’. 1860, in—8°; la Messe. 1880, in—8°. REBOLOT. — Histoiregénérale de la F.'. M.'. en France 1851, in-8". — Histoire des trois G G.‘. L L.mdes F.'. M.-.en France. 1864, in—8'. _ REGHELLINI DE SCHIO.'— Esprit du dogme de la F.'.
I 82 5 , in-8° la Maçonnerie considérée comme résulta} des religions. 1833, 3 vol. in—8". ROBIN (l‘abbé). -— Initiations anciennes et modernes. 1779, in—12. TIIORY. —Histoirede lafondalion du G.'. O.'. de France I812, in-8n ; Acta [atomorum. 18I5, 2 vol. in-8°. Tcnouov. — L‘EtoiIeflamboyante ou la F.‘. M.'. 50113 ' tous les aspects. 1766, 2 vol. in-8°. VASSAL. — Co.trs de maçonnerie. 1832, in-8°. Le Gérant: ENCAUSSE. TOURS. — me. r.. ARRAULT ET c", RUE DE LA PRÉFECTURE, 6.
- .... -_-_-e_. . - . ...«-4 P. GARDEY lnglophllie tfiternMenlale 1 Brochure pin-18. Prix : 0 fr. 50 CHAMUEL, éditeur (Compte rendu prochainement) '.LE CAS DE LA VOYANTE DE LA RUE DE PARADIS Devant la Tradition et la Magie ,PxnPAÈUS‘ LA MAISON IIANTÉE DE SAVALENCE-ENBRIE présentent des avantages qu’aucune société n’a encore offerts. En cas de maladie, ils paient, à leurs adhérents, 3 fr. par jour, au maximum, pendant 480 jours, et après.
1 fr. par jour pen dant 5 ans. -— C’est la 1" Société qui accorde de tels avantages pour une si faible cotisation. Chaque année, chaque adhérent paie une men sualité répondant à la chance de maladie qu‘il présente. Cette mensualité est de 0.35 de 48 à 208n3‘, deOîädo2là29; d00.80 de 30 a 35’; de 0.85 de 36 à40; dol fr.
40 de M à 42, etc; Son tarif atteint donc l’idéal, car il n’exige de chacun que ce que la Société est présumée devoir débourser pour lui. En payant une cotisation double on a une double indemnité. -— Les femmes sont admises. | rafle, voyez tro rafle, A Ion directeur.4.2,place de Il Baslllle.î I. et v recov lunco M|lce et Règlement. seseeeeeeeeeeeï 9&92939992&2à33 ËÎË33ÊÎÊÛ?Êî*ÊÎÊ 33
JOURNAUX E'II‘ REWUËS ÛGOUhTIS’IŒS RECOMMANDÉS SPÉCIALEMENT LA NGU E FRANÇAISE L’Init2‘ation (revue mensuelle), 10, avenue des Peu pliers, Paris. Le Voile d’Isis (journal hebdomadaire), 5, rue de Savoie, Paris. L'H)jæl‘chimtè (revue mensuelle), 19, rue St—Jean, Douai (Nord). HERMÉTISME, ALCHIMIE La Thérapeutique intégrale (revue mensuelle), (0, rue Durand-Claye, Paris MÉDECINE HERMÉTIQUE, HOMŒOPATHIE LANGUE ANGLAISE 711e Morning Slar.
Dépositaire Chamuel, 5, rue de Savoie, Paris. (Peter Davidson, Loudsville,White C°, Georgia, U.S.A.) LANGUE ESPAGNOLE Lug astral (hebdomadaire, à La Plata (République Argentine), 6,pasage Sarmiento. LANGUE ITALIENNE Luç (revue mensuelle), 82, via Castro Prçtorio, Rome AVIS IMPORTANT. — Tous nos confrères ci dessus_ cités et ceux qui voudraient être cités sont priés de reproduire la extensa cette liste.
Principaux Ouvrages recommandés pour létude de l'OCCULTISME et de ses applications L CONTEMPORAINS LJÉvoluüon delïdée L’Instruction Intégrale. Le Serpent de la Genèse. ' Le Temple de Satan. lj'.-CH. BARLET. . . . STANISLAS DE GUAITA . Traité méthodique de Science Occulte. l‘Arus . . . . . . . . . . Traité élémentaire de Magie pratique. la Science des Mages. A. JHOUNEY . . . . . . . Ésotérisme et Socialisme. RENÉ CAILLIÉ . . . . . .
Dieu et la Création. CLASSIQUES EL1PHAS l.ÉVI : . . . . . La Clef des Grands Mystères. SAINT-YVES D’ALVEYDRE Mission des Juifs. ( La Langue hébraïque restituée. . PABRE D OLIVET' ' ' ' ' l Histoire philosophique du genre humain. ALBER'I’PCI:SON. . . . . Théories et Symboles des Alchimistcs. [JTTÉRATURE . Ç La Magicienne. i JULES LI«.RMINA. . . . A Brûler. BULWER I.‘i‘TTON . i zanom' ' La Maison'Haméc. MYSTIQUE \ Jeanne Leade.
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