The text
na . et '.‘Y -‘ 7 .? A i“: .15 6 4 “ " «S =:; ' ‘î .‘ : ‘ ,F ' Revue philosophique des Hautes Études i, e“ \ ‘ unu .' .'4 41.. .g.s PUBLIÉE MENSUÉLLEMENT SOUS LA DIRECTION DE PAPUS E? O. >I‘ Docteur en médecine — Docteur en kabbale ' SOMMAIRE DU N° 11 (Octobre 1896) _._'4_. PARTIE INITIATIQUE... Message à S. M. le Tsar (p. l à 4.) Papus. Le Taoïsme et les socié tés secrètes chinoises. . Mog‘d. (P4 à 3+‘) Castes et Classes . . . . .
Guymmt. (p. 34 à 40.) _ Le. Secret de l’Unwers Amaravella. IP- 4! à 46-) De la Direction des rêves. Prentice Mulford. PARTIE PHILOSOPHI— (p. 47 à 60.) _ QUE . . . . . . . . . .. Les Bons Cousins Char— bonniers . . . . . . . . . Ch. Godard . (p. 61 à 72.) De omni re scibili . . . . M. Decrespe. ' (.P72 à.7b)- ' PARTIE LITTÉRAIRE... Discours sur la mort de Narcisse . . . . . . . . Jacques Brieu. (p..7h7 à 81). _ BIBLIOGRAPHIE . . . .
Spzrzt2smeetAnarchze(de Bouvéry) . . . . . . . . Papus. (p. 82 à 85 ) Ce numéro contient le portrait de René Caillié Groupe dépendant d’Etudes ésotériques (compte rendu annuel). — Le S ectre solaire et la Végétation. — Bibliographie. — Nouvelles diverses. —— Livres reçus. — Souscription René CaiIlié.
Tout ce qui concerne la Rédaction et. les Echanges doit être adressé Villa Montmorency, 10, avenue des Peupliers, Paris.C Q Ru _—LL Administration Abonnements : 5 me de Savoie ‘ 1 I ( . » .‘ : . ç - \ Chamuel, éditeur. L l\*H Lh“ H “ r .0 LI ‘.Jyi..’; M Le Numéro : UN FRANC. — Un An: DIX FRANCS
// /J'.s ' , A / 15 /'ss 3Ï/;ROérRAMME r" ’/J/5Z Les D0ctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence _‘ de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Iniliation est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efT0rts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique. .
Au]mint de vue social, l’Initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l'arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cléricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère; ‘ Enfin l’Initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà! connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde.
L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études. La première partie de la Revue (Initiatigue) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits.
Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier. L’Initiation parait régulièrement du 15 au 20 de chaque mois et compte déjà huit années d’existence. -— Abonnement: 10 francs par an (Lesrcollections des deux premières années sont absolument JJ 3éfiflsÜes.) "'ÆF«E'HV4U A)_ . \_f.4
L‘Inilialion du I5 Octobre I896 PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE l’1nz'lz‘ation l0 PARTIE INITIATIQUE AMO— F. CH. BARLET,S.'.I.'.&— STANISLAS DEGUAITA, S.'. I.'.5‘.g —GÙYMIOT; ——MARC HAVEN. S.'. l.'. <'}——JULIEN LEJAY, S.'. I.-. g. -« ÉMILE MICHELET,S.'. I.'. (C. G. E.) — LUCIE?! MAUCHEL, S.'. I.'. (D. S. E.) MOGD. S.'. I.'. — GEORGE MONTIÈRE, S.'. I.'. 5‘; — PAPUS, S.'. I.'. g — SÉDIR, S.'. I.'. g}. — SELYA, S.'. I.'. (C. G.
E.) 20 PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ABlL-MARDUK. » AMELINEAU. — ALEPH. — Dr BARADUC. ‘— Le BERTRAND 30° — BLITZ. ——- BOJANOV. — JACQUES BRIEU. — CAMILLE CHAIONEAU. — CHIMUA nu LAFAY. — ALFRED LE DAIN. — G. DELANNE. — FABRE DES ESSARTS. — D“ FUGAIRDN. -'— DEI.I—â ZlNlER. — JULES GIRAUD. —— HAA‘PAN. — L. HUTCHINSON. — JOL LIVET-CASTELOT. — L. LEMERLE. — LECO.\ITE. — NAPOLÉON NEY. —- HORACE PELLETIER. — G. POIREL. — RAYMOND. — A.
DE R. —— Dr SOURBECK — L. STEVENARD. — THOMASSIN. -— G.VI Toux. — HENRI WELSCH. — YALTA. ‘_ .. PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAUBOURG. — JEAN DELVILLE. — E. GOUDEAU. -— MA NOËL DE GRANDFORD. — JULES LERMINA. — L. HENNIQUE. — JULES DE MARTHOLD. — CATULLE MENDES.-— GEORGE MONTIERE. - LEON RIOTOR. — SAINT-FARGEAU. —- ROBERT SCHEFFER. — ÉMILE SIGOGNE. — CH. DE SIVRY. d I Ë-y 4° :. » POÉSIE ’. Y‘ Î' CH.
DUBOURG. — RODOLPHE DAR2ENS. — JEAN DELVILLE. — '-YVAN DIETSCHINE. — MAURICE LARGERIS. — PAUL MARROT. -— ‘ EDMOND PILON. —— J. DE TALLENAY. -— ROBERT DE LA VILLEHERVÉ.
L’Initian‘on du 15 Octobre 1896 L’INITIATION (“ENSË‘T‘Ë‘ËS‘ENTÜ ADMINISTRATION ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO C H A M U E L 5, Rue de Savoie DIRECTION Villa lonlmoreucy, 10, aven. des Peupliers PARIS -A U TE UIL DIRECTEUR : PAPUS Dmzcraun ADJOINT : Lueien MAUCHEL Rédacteur en chef: F.-Ch. BARLET P Secrétaires de la Rédaction : FRANCE, un 31"- 10 il" J. LEJAY — PAUL SÉDIR ÉTRANGER, _ [3 h._ RÉDACTION. — Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité. L’indépendance absolue étant la raison d’être de la Revue, la Direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps d'un article. Prière d'adresser tous les échanges : Villa Montmorency, 10, avenue des Peupliers, Paris. MANUSCRITS. -— Les manuscrits doivent être adressés à la rédaction. Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d‘avis spécial. Un numéro de la Revue est toujours composé d’avance :y les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant. GROUPE IIIIEI‘EIDAIT II'ETIIIIES ÉSOÎERIOIIES 1,600 Membres — 104 Branches et Correspondants -— Groupes d'Études fermés Les Membres ne paient ni cotisation ni droit d’entrée. Pourtous rr ' "eignements, s’adresserparlettreà M. Paul SÉDIR, directeur adjoz..., m rue de Savoie, Paris, en joignant un timbre pour la réponse. Principales Sociétés adhérentes au Groupe ORDRE MARTINISÎE ORDRE KABBALISTIQUÊ DE LA ROSE -xCROIX. —ÉGLISE GNOSTIQUÆ »a
‘4' ' ur' r v I' . I Q ' .0 “g l , ' r I . . ' ~ F n 0 .I J ,. . I ' J I I ' .J I _ l a . , n l ' I . u '0 ‘ n v '. a ' c ' ' I I. , , I . t I i a , I ' l ‘ I v ' I.I ÿ. c "u .‘5: .‘ c I " ,~ II I I . I I . . . u . ' I v . . . I . ‘l l'q . ‘1“) .ul . v' '
RENÉ CAILLIÉ (D’après une photoyaphie communiquée par F.-CH. BARLET)
La reproduction des articles inédits publiés par l’Iniliation est . formellement interdite, à moins d’autorisation spéciale. PARTIE INITIATIQUE MESSAGE DES SPIRITUALISTES FRANÇAIS iÀ S;_ 'IRÂL. E. NE©©LÀS M EMPEREUR DE RUSSIÈ SIRE, Nous venons, au_nom des Revues et des Écolesspi ritualistes françaises soussignées, saluer respectueuse ment Votre Majesté àson arrivée dans notre Patrie.
Au-dessus de toutes les discussions politiques, _en dehors de toute communion religieuse (bien que nous les respections toutes), nous poursuivons, silencieux et inconnus, nos recherches qui ont pour but d’illu miner ia Science par la Foi, et de déterminer la Foi par la Science, et c’està la science régénérée que nous demandons des preuves positives de l’Existence de Dieu et de l’Immortalite’ de_l‘âme humaine.
Représentants d’une des plus antiques traditions de l’Humanité, nous recevons, grâce aux fraternités ini tiatiques, les hauts enseignements des générations passées, et nous transmettons aux générations futures 1 w. ._,.7 ..——..-v
2 L’INITIATION le faible appoint de nos modestes contributions à ces hauts enseignements. Or la grande‘loi secrète de l’Histoire a été révélée par un de nos maîtres, Fabre d’Olivet, dans son His toire philosophique du Genre humain, et développée par un autre de nos maîtres, Saint-Yves d’Alveydre, dans ses Missions.
Cette loi, connue des initiés égyp tiens 1.600 ans avant notre ère, nous enseigne que trois grands Principes dirigent la marche de tout événe ment; ce sont: la Providence divine, la Volonté et le Destin. ' La Providence divine, servie par la Volonté humaine, est seule capable de faire durer les Empires.
Elle se réalise surtout par des actes et l’arbitrage faisant place à l’arbitraire, le droit primant la force, la clémence et la justice réelle tempérant la Rigueur dans le Gouver nement, réalisent sur la Terre ce Principe du Ciel.
L’Empire qui prend comme ligne de conduite la maxime « La force prime le droit» chasse de ce fait toute influence Providentielle, se voue au Destin, demande à la terreur, à la force et aux ruses diplomatiques un respect que Dieu seul pourrait lui donner et s’écroule en peu de temps, dévoré par ses propres fautes.
C’est parce que Votre Majesté règne sur l’Empire d’Occident le plus réellement religieux et le plus proche des Voies Providentielles, que nous nous per mettons de La saluer à son arrivée sur la Terre de France qui, entre autres interventions de la divine Providence, a mérité Charles Martel qui commença l’œuvre que la Sainte Russie est appelée àterminer, et Jeanne d’Arc qui rétablit la Patrie au nom du Ciel.
‘.’ 3 Que Votre Majesté daigne recevoir avec bienveil lance notre Salut et' qu’Elle immortalise son Empire par l’union totale avec la Providence divine ; tel est le vœu le plus cher de ceux qui prient Votre Majesté d’agréer l’hommage de leur plus profond respect. MESSAGE A SA MAJESTÉ LE TZAR Le Directeur de l’1nitiation, GÉRARD ENCAUSSE (PAPUS).
Docteur en Médecine de la Faculté de I Paris, Président du Groupe Indépendant d’Etudes Esotériques, Président du Suprême Conseil de l’Ordre Martiniste, Docteur en Kabbale7 Délégué Général de l’O. Kabbalistique de la Rose-Croix, Officier d‘Acade’mie, Officier de l’O. Impé— rial du Medjidié, Chevalier de l’O. Royal et Militaire du Christ, Chevalier de l'O. de Bolivar.
On! adhéré à adhésions) : REVUES : L’Inz'iiaz‘z‘on, directeur Papus, Paris;Le Voile d’Is2‘s, directeur Papus, Paris; La Paix Univer— selle, directeur Bouvier, Lyon ; L’Hyperchimie, di recteur Jollivet Castelot, Douai; Journal du 1Magne’ tisme, directeur Durville, Paris; Chaîne Magnétique, directeur Auflinger, Paris ; Progrès Spirite, directeur Laurent de Faget, Paris.
SOCIÉTÉS : Le Groupe indépendant d’études ésoté riques ; l’Ordre mariiniste ; l‘École secondaire de Massage à Lyon. ce Message (par Zordre d’arrivée des n. qui Le succès a dépassé toutes nos espérances. Malgré
4 ' L’INITIATION _ ( __ le caractère bien spécial de ce message, toutes les écoles ont tenu à adhérer à cet acte, faisant ainsi preuve de courtoisie autant que de bonne camara derie. L’école occultiste est représentée par tous ses jour maux. L’École magnétique aussi.
L’École spirite est représentée par l’organe du plus grand groupement spirite français que dirige brillam ment notre confrère Laurent de Faget et par la Paix Universelle de Lyon qui représente aussi un groupe très considérable d’adeptes du spiritisme et du magné tisme. A Voilà le premier grand acte d’union opéré depuis 1889 en France, espérons que cela n’en restera pas là et que bientôt le grand Conseil du spiritualisme français sera constitué.
Merci encore à tous nos confrères adhérents. PAPUS. L’ESPRIT DES RACES JAUNES Le Taoïsme et les Saciétés secrètes ehinnlses Je ne voudrais pas qu’on se trompât au titre de ce modeste exposé: je ne peux pas donner ici une idée, même restreinte, d’une religion aussi abstraite et touffue que le taoïsme; je ne peux pas non plus divulguer ce que les sociétés chinoises ont de secret, 1 ”’“"’ŒfäJ
_T.__,._a—wg .7...r-.. =::....-->:.., ..> l—\—K<‘.}æw «a.—.-:x= . ..,«L_. L | n LE TAOÏSME ET LES SOCIÉTÉS SECRÈTES CHINOISES 5 ce qu’elles ne développent à leurs membres, à mesure qu’ils montent en grades et en considération, que sous le sceau du silence le plus formel, et sous les dernières menaces.
Et je réserve, pour des jours moins occupés et plus tranquilles, la comparaison des dogmes orientaux et occidentaux, pour faire jaillir de ces enveloppes différentes les mêmes Prin— cipes triomphants.
Il ne faut donc voir ici qu’un aperçu très rapide sur la sorte dont une religion — non officielle bien entendu — peut servir de drapeau, et en même temps de rideau protecteur à l’ensemble d’une organisation mystérieuse parfaitement systématisée, et sur le rôle intellectuel et social que les chefs de semblables asso ciations s’arrogent et remplissent, dirigeant du fond de leur ombre les événements publics, et troublant de leur anonymat plein d’embûches la politique inté— rieure et extérieure de l’Empire.
En même temps que leur intérêt, je voudrais que cette note excitât l’émulation de ceux qui l’auront attentivement lue et entièrement comprise. Pour l’homme vraiment doué, il n’y a pas de convenances de latitude ni de facultés particulières à une race.
Dans le même état des nations, les mêmes éternels principes, pieusement cultivés dans le cœur des hommes, peuvent faire germer les mêmes idées, naître les mêmes dévouements, et départir à leurs constants efforts le même pouvoir, redoutable et caché, d’autant plus redoutable qu’il est mieux caché. Car la Puissance est la voie logique et naturelle des hommes énergiques, savants et silencieux.
6 L’INITIATION t 44 « Aimez la Religion: défiez-vous des religions. » Telle est la formule inscrite au fronton des temples ; tel est le premier précepte de la philosophie chinoise; et la Religion universelle, par là même indiquée, est l’unique souci de leurs savants.
Il n’y a pas de sec taires en Chine, à moins que l’on ne nomme tels les Chinois, que ces ambitions antidynastiques ont fait musulmans dans le Sud, ou les pauvres diables et les vagabonds que les missionnaires christianisent avec des gros sous et des paquets de tabac. Le confu cianisme n’est pas une religion: c’est une politique religieuse; le bouddhisme n’est pas une religion (du moins dans son exportation): c’est une morale reli— gieuse (I).
Il n’y a en Chine que la religion du génie intercesseur (paganisme mythologique), apanage de la foule, et le taoïsme (ésotérisme mystique et magique), apanage exclusif des lettrés et des savants.
M’attarder à démontrer ici ces propositions prendrait un volume: il faut se résigner à les accepter comme évidentes, sur la foi de ceux qui savent, ou à en cher— cher les preuves dans les livres spéciaux (que j’indi qùerai bien volontiers aux gens qui seraient curieux de ces recherches, et familiers de l’écriture idéogra phique chinoise). -— Mais j’appuie sur ce fait que, politique, social et mystique, le taoïsme est aujour— d’hui le seul ésotérisme qui ait ses prêtres reconnus (I) Le bouddhisme, tel que le décrit savamment M. Chabo— seau, n’est cultivé que dans l’Inde méridionale, avec les soins minutieux d’une plante rare.
LE TAOÏSME ET LES SOCIÉTÉS SECRÈTES CHINOISES 7 à et ses rites publics, et j’insiste là-dessus parce que c’est pricisément à ce caractère qu'il doit d’être devenu le refuge et le centre de toutes les associations secrètes des races jaunes.
En voici la double raison : la première est que, au point de vue politique, le taoïsme enseigne précisé ment la doctrine que, plus tard et dans le domaine pratique , renouvelèrent les sociétés secrètes; la deuxième est que, comme lesdites sociétés, le taoïsme est une religion à hiérarchie fermée.
Examinons un instant ces deux faits: I” Les préceptes politiques. — Par analogie avec les commentateurs de Fohi, les commentateurs de Laotseu étaient engagés à tirer, des préceptes de leur maître, une application politiquezils y sont entraînés par une loi qui semble générale; les peuples en effet qui n’ont aucune part à l’activité de la chose publique extérieure font beaucoup de politique : les Belges, par exemple, les Suisses, les Suédois, et, je l’ajoute— rai. les Chinois.
Chacun sait que le Yiking possède plusieurs sens et, entre autres, le sens politique qui, s’il n’est pas le plus relevé, est du moins le plus ré— pandu. Or le Yiking, où il n‘y a rien de subversif, révèle à Confucius les devoirs du roi envers les sujets, etjamais les obligations des sujets envers les rois.
De même Laotseu a très nettement indiqué, en quelques phrases, que tout l’appareil dynastique, autocrate, oli— garchique ou militaire, ne lui inspire qu’une dédai gneuse pitié, et que c’est en punition de leurs imper— fections que les hommes sont réduits à être gouvernés par d’autres hommes (Tac, chap. xxvx, XXIX, -— Te,
8 L‘INITIATION ..—.._—_.«nn.—.—--œ--» .r— _\_, __- .—.. . -..... . ,. ;-—. . -.1, . ÿ».v.. ,., w._‘. 7.7 chap. 11). Et enfin il déclare que la royauté est un obs— tacle au bonheur de l’homme (1). Il n’en fallait pas tant, et la doctrine politique is sue du taoïsme est un socialisme relatif et mitigé.
Dans leur action primitive, les enseignements du Tao s’adressaient à chacun en particulier ; chacun de vait conserver ses sentiments dans son cœur, et, par suite, tous ces principes manquaient d‘application. Maisle silence n’est une vertu bien pratiquée nulle part. Du jour où les conciliabules des disciples de Laotseu furent pratiques, ils devinrent ennemis de l’ordre de choses établi.
Et donc tousles envieux de la dynastie impériale actuelle furent trop heureux de prendre l’étiquette de taoïstes et d’abriter leurs reven ' dications matérielles sous un nom aussi glorieux et d’aussi respectables préceptes; 2° Mais il est une autre raison qui a poussé au taoïsme les sociétés secrètes, c’est l’indépendance ab solue de son rite et de sa hiérarchie.
A proprement parler, la hiérarchie taoïste ne compte pas de prêtres et de desservants, puisqu‘il n’y a pas de culte exté rieur ni de membres salariés et; par suite, fonction naires, puisqu'il n‘y a pas de frais, ni de membres élus par le peuple, ou choisis par l'État, puisque le peuple ignore et que l’État ne paie pas. Le mot « prêtre » est ici bien impropre, car il ne célèbre pas mais enseigne.
La science acquise est le droit du prêtre taoïste; l’aveu (1) Consulter les traductions françaises, parues chez Bailly, x 1, rue de la Chaussée—d’Antin, du Tao et du Te de Laotseu, sous la collaboration d’un membre du collège hiératique du taoïsme.
LE TAOÏSME ET LES SOCIÉTÉS SECRÈTES CHINOISES 9 des maîtres est son investiture; son succès est sa con— sécration. Il n’a besoin de rien autre pour être en vé nération à la foule des lettrés, et pour suivre, dans la seconde, sa voie cachée. L’enseignement dela science —— dans le sens entier du mot — est leur seule fonction et la seule cérémo nie du taoïsme.
Il est évident que les formules volon tairement abstraites, générales et impersonnelles, où se complaît l’enseignement de Laotseu, ont besoin d’une perpétuelle paraphrase. Elle est faite dans une glose, une tradition orale, qui est la même partout où. le taoïsme s’enseigne.
Ces docteurs qui portent le nom de tongsang (hommes qui voient clair), et s’occupent de la métaphysique et des problème que soulève l’en— seignement de Laotseu, donnent l’enseignement clas- ' sique du taoïsme. A côté d’eux, sont les phutuy qui se distinguent d’eux par un caractère hiératique traditionnel. Toute philosophie s’est toujours sentie attirée par le pro blème de l’origine des dieux et de l'origine de l’idée de Dieu.
De plus, elle gagne en influence si, par le mysticisme de ses dehors et la hiérarchisation de ses sacerdotes, elle émeut la religiosité du peuple. C’est pourquoi les adeptes de Laotseu firent à leur maître une place dans les temples, 'et eurent, pour l’honorer, sinon des rites et une liturgie, du moins une hiérar— chie hiératique.
Cette hiérarchie fut d’autant plus facile à installer que la solitude et l’étude, dont Lao tseu fait un devoir àses disciples,donnèrent naissance à des communautés, les unes cloîtrées, les autres er rantes, dont les chefs devinrent rapidement des supé
10 L’lNITIATION rieurs spirituels. C’est de cette institution que les « phutuy » actuels sont les restes et les témoins. Enfin, au dernier degré de la hiérarchie se tiennent les « phap », qui, en plus des sciences plus haut allu sionnées, connaissent les toxicologies sacrées et pro— fanes, et spécialement toutes les sciences divinatoires, depuis la métaposcopie jusqu’au sidersime.
Les rites évocatoires tiennent ici une grande place, dans ce collègequi suit l’enseignement du Dragon, fantastique emblème, personnificateur de l’Empire du tuitien, maître suprême et omniscient du chemin de la droite et du chemin de la gauche (1). 9: 44 Comment la science premièreet entière, dégagée de toutes les gangues et scories des commentateurs, est elle transmise aux phapactuels ?
Comment ceux-ci la communiquent-ils à leurs adeptes, qui sont des suc cesseurs désignés de leur vivant ? Par quelle pratique obtiennent—ilsle pouvoircorrespondantà cette science P Sur quoi etsur qui exercent-ils cette puissance mysté rieuse ?
Voilà parmi les questions qu’on seraiten droit de poser, les seules auxquelles on n’est point en droit de répondre; ceux qui réfléchissent pourront trouver d’autant plus d’éloquence à ce silence, qu’on ne cache point qu’ilest dû à des obligations morales, et aussi à un certain instinct de conservation.
On comprendra (l) Pour les symboles de la métaphysique chinoise, consul ter les Annales de la Société d’ethnographie (Mémoires du Co 2nzte sznico—japonais, XIX, pp. 179 à 218), Paris, 28,rueMaza— une.
LE TAO'I‘SME ET LES SOCIÉTÉS SECRÈTES CHINOISES I 1 facilement que, suivant le précepte oriental, tout n’est pas fait pour être divulgué, et qu’on n’est vraiment digne d’obtenir la connaissance que quand on est capable de la découvrir soi—même.
Il est d’ailleurs bien d’autres questions sur lesquelles on peut, sans dangers ni réticences, appeler l‘intérêt occidental; celle-ci notamment : quelles sont, dans les trois mys térieux collèges que je viens d’énumérer, les sciences enseignées et mises en pratique? Je puis affirmer que tout ce qui suit n’a pas encore été exprimé ni écrit.
Dans le collège des Tongsang (et j’emploie le mot collège dans le sens large d’institution traditionnelle), ou ne reçoit que les docteurs, c’est—à-dire les savants reçus aux plus hauts grades de la hiérarchie non Offi— cielle des lettrés (les autres titres étant à la disposition des souverains).
Ils ne sont admis au titre taoïste et à l’enseignement qu’après un plus ou moins long sé jour, soit dans une retraite obscure, soit dans un de ces monastères éloignés que l’on nomme des « temples sans portes », où ils s’adonnent à des travaux mys tiques et extatiques, et où la longue contemplation de l’univers les fait entrer au tréfonds des lois de la na— ture(1).
De leur enseignement, que l’on vient cher cher de fort loin, ils sont les maîtres et les dispensa teurs absolus; et leurs cours (si l’on peut employer ce mot pour les conversations qu’ils tiennent à la mode platonicienne), sont publiés suivant la composition de leur auditoire; ilsles modifient, les augmentent ou (I) Pour ce qui concerne l’enseignement du « Temple sans portes », consulter l‘Autre Côté du Mur (chap. v et x1v), chez Chamuel, 5, rue de Savoie, Paris.
12 L'INITIATION les tronquent, à cause parfois d’un seul auditeur sus pect, leurs lèvres demeurent closes. Ils sont tout à fait indépendants et toutà fait responsables aussi, non seulement au point de vue dogmatique, mais encore sous le rapport politique; et c’est à eux qu’il incombe de ne pas laisser tomber dans des oreilles ennemies ou espionnes les propositions qui pourraient troubler le repos de ces écoles tolérées, mais non officielles.
Les tongsang choisissent généralement leur de meure dans de gros villages (8 à [0.000 habitants) à distance raisonnable des villes, dans un pays facile à l’existence, assez retirés pour n’être pas en butte aux importuns, assez voisins toutefois des communica tions pour ne pas imposer de trop longs voyages aux auditeurs.
L’enseignement public 'des tongsang réside spécia lement dans la lecture, la paraphrase, et les applica tions des livres sacrés du taoïsme dogmatique, qui sont: le Tac, ou la Voie (détermination du Principe primordial éternel, et de la modification temporaire où l’humanité se trouve par rapport à ce principe) ; le Te, ou la Vertu (état intellectuel qui convient à la modi fication humaine) ; le Kan—ing, ou les Récompenses et les Peines (mouvements que les actions humaines impriment aux atmosphères extérieures, et sanctions logiques qui en résultent).
Je n’ai pas la place pour indiquer jusqu’à quels développements peut aller un tel enseignement : on voit toutefois qu’il renferme l’étude synthétique de tout ésotérisme, depuis la genèse humaine spéciale jusqu’aux conséquences que l’action humaine réflé
LE TAOÏSME ET LES SOCIÉTÉS SECRÈTES CHINOISES I3 chie crée, dans l’avenir, pour les genèses future, aux quelles les livres sacrés, saufle second, sont déclarés également applicables (I). Toutes les sciences méta physiques en sont, par le fait, abordées et éclaircies.
Ce n’est pas là, bien entendu, toute la science du tongsang; mais, vu la publicité, c’est la seule qu’ils enseignent. , Le collège des « phutuy », qui vient au-dessus des tongsang dans le rite taoïste, est un collège fermé et sans élèves, où l’on n’enseigne pas, et où seulement on étudie. Chaque phutuy vit isolé, sinon de corps, du moins d’intelligence.
Car c’est ici le degré de science que l‘on doit acquérir par soi-même, et que l’on n’acquiert jamaz'spar un autre, à moins de con trevenir à la loi. Les livres sacrés qu’expliquent les tongsang sont les compagnons de chevet des phutuy. Mais ils les lisent autrement: et cet autre mode de lecture, ils doivent le trouver eux-mêmes, en déduc tion de celle qui jadis leur a été enseignée.
Dans la réflexion, la solitude, et, parfois dans l’extase, le phu tuy arrive à l’oubli complet de son corps, et à la con centration de toutes ses forces sur son intelligence seule. Ne parlant pas, n'enseignant pas, il n’est ni di lué ni diversifié, et la tension de sa volonté l'amène aux plus hauts sommets, enveloppé dans le manteau de l’isolement et de l’indifférence.
Il faut noter qu’il étudie, pour s’en rendre maître, les lois et les secrets de la nature, et qu’il commande absolument, comme à son propre corps, aux choses extérieures. (I) Dogme chrétien du péché originel.
14 L'INITIATION Une moitiéà peine des tongsang s’adonne aux dures pratiques des Phutuy, après quoi la plupart revien— nent à enseigner les livres, fonction infiniment moins pénible et plus éclatante que la mystérieuse et in grate obscurité des phutuy, dont on se sert parfois, mais qui ne commande jamais.
Aucun avantage public ne sort de ce collège intermédiaire, qui n’est, pour employer la langue de Laotseu, qu’un échelon entre la Science et la Sagesse.
Mais, lorsque, par suite d’études ininterrompues, d’une ascèse mystique couronnée de succès, le phutuy persévérant dans le bien se voit mis en possession des secrets et des forces de la nature; lorsque, fort de de sa volonté, il rompt les dernières attaches qui le reliaient encore obscurément au monde, il monte alors spontanément au sommet de la hiérarchie, de vient « phap » ; et ce volontaire, ignoré des hommes, peut alors réapparaître parmi eux, éclatant de sagesse et de puissance.
Le phap n’est plus un dogmatique comme le tong— sang, ni un contemplatif comme le phutuy, ni un sé— dentaire comme les membres des autres degrés, c’est essentiellement un actif et un errant, sa dignité lui fait un devoir de l’activité, et son activité lui fait une nécessité de l’instabilité. On saisira peu à peu la cor rélation de ces obligations.
Le phap est un être puis sant et vénéré, de qui l’admiration craintive du peuple double l’influence effective. (Rapprocher cette énonciation du récent passage de Stanislas de Guaita: les Mystères de la multitude.) Il n’a point de domicile fixe ni de terres ancestrales,son vœu l’astrei
LE TAOÏSME ET LES SOCIÉTÉS SECRÈTES CHINOISES 15 gnant au détachement terrestre le plus complet.
Outre les livres sacrés, le phap possède les secrets de la toxicologie hiératique des Chinois anciens, toxi— cologie de laquelle je donnerai peut-être un jour de curieux détails (spécialement sur les poisons végétaux, sur leur condensation en poudres impalpables sans odeur, ou en gouttes insapides et incolores), et qui forme un redoutable arsenal aux mains de ceux qui savent en jouer.
Le phap possède les anciens traités de phrénologie et de chiromancie, condensés en quelques pages sub stancielles, et illustrés par de très anciens et reli gieux artistes, dont la science, à la fois naïve et pro fonde, ferait l’admiration publique; Il possède le sens divinatoire du Yiking (premier livre sacré des Chinois, composé par les disciples de Fohi, environ huit siècles avant Moïse); il possède les très redoutables secrets médicinaux, qui font de la flore et des minéraux de la Chine tantôt une panacée merveilleuse, tantôt un terrible tréfonds d’embûches.
Mais le véritable apanage du phap est la connais sance et la pratique des préceptes du Phankhoaru (I). a .n LE PHANKOATU Le Phankhoatu (litéralement : Livre des choses en retour) est mieux désigné sous le vocable plus général de : Livre du Revers.
On le chercherait en vain sur (I) Les illettrés, par ignorance, et les chrétiens, par détesta tion, lui donnent le sobriquet de Phan-ac (livre des choses mauvaises, des sorcelleries, des fantasmagories).
16 L’INITIATION les bibliographies des sinologues. L’Occident presque entier en ignore l’existence; l’œil d’un étranger n'en a jamais déchiffré les caractères. Les phap seuls en possèdent chacun une reproduction, et le devoir du maître moribond est de la réduire en cendres.
Le phap le plus ancien en conserve, écrit au pinceau au minium, sur les éclatantes feuilles moirées du Gio impérial, l'unique exemplaire qui ne doive pas être détruit, et sur lequel sont prises les copies, au fur du besoin. . On comprendra qu’il n’est pas aisé, pour un Euro péen, je ne dis pas seulement de voir ce livre, mais d’avoir une vague idée de son existence, et de ce qu’il contient.
Il ne convient à aucun de ceux que le ha— sard ou les circonstances ont pu, tant soit peu, mettre au courant, d’en sembler connaître le texte. Mais on peut savoir que c’est là que sont réunis les plus re doutables secrets de la science extrême orientale, et que sont sommairement indiqués, comme dans un aide-mémoire, les moyens, pour les hommes, d’uti liser toutes les puissances.
Le Phankhoatu est divisé en deux parties, soi seize de ces livraisons ténues, que les sinologues connaissent bien. La première partie est comme un résumé des métaphysiques et des enseignements antérieurs; elle sert d’introduction, et n’enseigne rien de nouveau. C’est de cette préface, northex d’un temple fermé, qu’on peut seulement, pour l’intérêt général, extraire quelques phrases.
Voici la traduc tion exacte —- faite d’après les caractères du livre, et sur les indications d’un savant en situation -— de la
LE TAOÏSME ET LES SOCIÉTÉS SECRÈTES CHINOISES I7 'troisième page de cette préface, où l’on reconnaîtra sans peine, et avec admiration, la théorie androgy— nique, exprimée avec une énergie et une concision étonnante, et avec des oppositions de mondes et de mots qu’on ne saurait trop faire remarquer (I) : « Tu adoreras ta gauche, Où est ton cœur. « Tu détesteras ta droite, où est ton foie et ton cou rage.
« Mais tu adoreras ta droite, où est la gauche de ton frère. « Tu adoreras la gauche de ton frère, Où est son - âme. « Tu abandonneras l’âme de ton frère pour l’esprit de sa gauche. ' « C’est ainsi qu’à ton sein gauche le Dragon te mordra. « Et par Sa morsure entrera Dieu. « La voix, sans la parole; l’entendement, sans le son ; la vue, sans l’objet ; la possession, sans le con— tact : . « Voilà les gouttes de sang de la morsure.
« Prier avec des lèvres muettes, croire avec des oreilles fermées, commander avec des yeux soumis, prendre avec des mains immobiles : « Voilà la morsure du dragon. « Le sommeil est le maître des sens et des âmes. « Ainsi dors ta tête sur le cœur de ton frère. « La gauche de son corps répond à la gauche de ton esprit. (l) Voir, pour détails, le Te de Laotseu, traduction exacte (Bailly, Il, ChauSSée d’Antin) pp. 3 et 4. W
18 L’INITlATION « La droite de ton esprit répond à la droite de son corps. « Que ta gauche pénètre sa gàuche; que ta droite soit pénétrée par sa droite. « Ainsi ta pensée sera sa pensée, et son sang sera ton sang. « La morsure du Dragon se cicatrisera ; il prendra son vol, vous serez invisibles dans ses ailes. « Vous serez unis avec le ciel. « Ainsi vous êtes deux, — et un, —etl’Ancien Dieu.» (P. K. T., Pf. ë III).
La toxicologie occupe une des parties du Livre; mais il ne s’agit plus ici de tous les poisons, ni même des poisons dont s’occupent les savants, à quoi j’ai fait allusion tout à l'heure, mais seulement de cer taines essences, qui ne sont plus considérées là comme des toxiques, mais comme des moyens; les chanvres, l’upa, les lianes coca, les sucs des lauriers et mancenilliers, des daturas, et, en général, de toutes les euphorbiacées.
Une division est consacrée à l’em— ploi pratique des haschichs et opiums spéciaux, et à la description et à l'analyse des circonstances où il doit être fait tel ou tel usage de l’un de ces agents.
On peut croire que des facteurs de telle importance ne sauraient être mis en jeu pour des buts futiles; et je pense que, au seul énoncé des plantes ainsi étudiées, on aura compris à quoi on les fait servir (x). (il Je pense, l’année prochaine, avoir la possibilité d’appuyer sur ce point et de corroborer la théorie par une série d’ob servations personnelles, recueillies pratiquement dans le cours de six années.
LE TAOÏSME ET LES SOCIÉTÉS SECRÈTES CHINOISES 19 Les autres parties du Phankhoatu étudient, à un point de vue qui se laisse facilement entrevoir : Les parfums, parmi lesquels le musc, le benjoin, la badiane, le ginseng, le micocoulier, le sandal et les fumées des essences, lianes, fougères, arborescences, et roseaux toxiques ; Les phénomènes d’ordre inférieur ou intermédiaire, temporaire et superficiel, classés en OCcident sous le vocable « Spiritisme » ; L’établissement rationnel de l’existence des Forces errantes, puissances incoord0nnées de l’âme des choses, leur détermination, leur constitution fugace, et leurs singulières aptitudes ; La façon de reconnaître leur voisinage, le moment favorable à leur captation et les moyens de cette cap tation; Le mode d’emploi des dites forces, la détermina— tion des buts pour lesquels il est licite de les faire agir ; leur retour à leur état errant et vague (décoagu— lation).
La démonstration de la possibilité effective de l’extérioration humaine entière; l’entraînement préa— lable, la préparation matérielle, les adjuvants physi— ques, les Rites et les précautions indispensables, avant, pendant et après l’opération, les lieux propices; Les dangers de ces pratiques, le péril volontaire de l'opérant, l‘empire des puissances étrangères ou des puissances adéquates mal dispersées après l’emploi, les vésanies spéciales résultant de ces cas spéciaux, et leur guérison par un tiers, au détriment d’un tiers, les phénomènes du choc en retour.
20 L‘INITIATION Les rites, la détermination astronomique des épo— ques favorables (sorte de Lévifique liturgique du taoïsme).
' ' La puissance sur la nature (monde inférieur), les pouvoirs sur les semblables (monde moyen), les influences sur les indéterminés (monde supérieur) ; La Divination ; L’Evocation ; La Naissance, et les lois qui président à l’acte de la Conception; La Mort, et les lois de la Mort heureuse ; Il est inutile —— et peut-être importun — de donner des détails sur ces derniers chapitres. av 14-!
Telle est la hiérarchie actuelle, la science, les devoirs du taoïsme ésotérique. J’ai dit tout à l’heure que ces rites assez compliqués et ces pratiques secrètes s’ac complissaient dans‘le plus profond mystère, et que les formules s’étudient avec les plus grandes précautions, parmi lesquelles la première est la solitude.
Ces dyna mismes, auxquels les Européens ont donné des noms divers (électricité, magnétisme, polarisation, hypnose et envoûtement de Rochas, forces vitales de Baraduc, suggestion, extérioration, etc.), sont expérimentés loin de toutes indiscrétions; et les Maîtres seuls possèdent la clef ouvrant l'accès de ces dangereux trésors. Les disciples sont tenus au secret; voilà donc une asso ciation parfaitement fermée.
Ces groupes fermés, liés par un serment rituel, commandés par des hommes d'une extraordinaire intelligence, à qui la doctrine de
LE TAOÏSME ET LES SOCIÉTÉS secaè‘res CHINOlSES 2I Laotseu ordonnait le mépris des rois et des grands, étaient un noyau tout trouvé pour les mécontents de toute sorte, qui cherchaient à réunir et à coordonner leurs sentiments. Pour gagner à leur cause le taoïsme, qui en faisait partie déjà théoriquement, les mécon tents se firent taoi’stes. et le mélange des mystiques dédaigneux et des politiques dissidents est aujour d’hui complet.
Les maîtres de l‘enseignement sont devenus des chefs de parti. Le rite à la suite duquel les phap cumulent ces deux redoutables fonctions, aété déjà une fois publié en Europe; c’est pourquoi je ne m'engage à rien en le reproduisant ici.
Ils prennent, dans un temple, une statue consacrée de la déesse Quang-Am, la peignent de laque blanche, et l’enfouissent en travers du seuil de leur demeure. (Formule : An [au do thuong bac/2 Phât xâ ghz‘.) J’évite de donner ici la traduction de cette formule, et je laisse aux esprits inventifs le soin de dégager le sens exprès du symbole.
Et je me con tente de donner quelques détails inédits sur les causes sociales de la formation des groupes que dirigent ceux dont je viens de parlen, et sur quelques résultats obte nus dans la politique générale de l’Empire, avec le regret de ne pas m’étendre davantage sur l’émission extérieure de leurs pouvoirs, et sur leur mode de fonc tionnement.
0 D On sait que, en Chine et en Indo-Chine — les deux pays jaunes où fleurisent le mieux les sociétés secrètes, —— les dynasties nationales ont, dès longtemps, été renversées, et végètent dans l'exil, entourées de sou
2 2 L’INITIATION venirs légendaires et d’ambitions vagues. Depuis tan tôt six cents ans, le Céleste Empire, envahi par les Mandchoux fils de Gengiskan, est gouverné par la descendance de ses conquérants. Pas une fonction importante de la Cour, depuis la place Suprême jus qu’à celle du dernier interprète, n’est laissée aux abo rigènes.
Et, bien que, depuis longtemps, la race vain cue, plus intelligente, nombreuse et immalléable, ait absorbé la race victorieuse, la colère, qui bouleversa, à la chute des empereurs, la race chinoise, subsiste encore aujourd’hui par ses effets. ‘ C’est au quatorzième siècle, six cents ans après la persécution de Shi Hoangti, dont le taoïsme sortit triomphant, et dix-huit cents ans après l’apparition de Laotseu (637 av.
C.) qu’eut lieu la conquête mand choue. Exactement à la même époque, dans la pres qu’île sud de l’Asie, sous les coups des Birmans et des Siamois, s’écroula l’empire Khmer, au Cambodge, et disparurent les Rois Rouges, qui régnaientà Angkor, la ville aux mille palais, dont les ruines, entassées en un cercle de 72 kilomètres de tour, remplissent aujour— d’hui encore les visiteurs d’un respectueux émerveil— lement.
Oppressées par les vainqueurs, les races se jetèrent aux sociétés secrètes (qui jusqu’alors exis— taient suivant le mode mystique, magique et politi quement théorique de Laotseu), de qui elles espéraient la consolation de leurs douleurs et l’entretien de leurs espérances; et c’est de cette époque, fertile en conspira tions, que les mystérieuses associations étendirent sur l’Asie jaune tout entière une grzfl"e aujourd’hui toute puissante, et qui jamais plus ne desserrera son étau.
LE TAOÏSME ET LES SOCIÉTÉS SECRÈTES CHINOISES 23 Vers le milieu du dix—huitième siècle, l’Annam, demeuré jusque-là plus tranquille, grâce aux Lê, rois glorieux de la dynastie nationale et libératrice, tomba dans les révolutions intestines, que, dès 1780, la France attisa : de là sortit une nouvelle dynastie, celle des Nguyên, celle-là cochinchinoise, contre laquelle se dressa la péninsule entière, et qui ne dut de rester sur le trône qu’à la complicité de l’étranger.
Les mou vements de piraterie dont le protectorat français souf— fre aujourd’hui au Ton kin sont issus de ce cataclysme politique, et c’est de là aussi qu’il faut compter l’en trée des Tonkinois et des Annamites dans les sociétés secrètes spéciales, qui réunissent tout bas, contre les gouvernements que les hasards leur ont imposés, les peuples de race jaune.
Voilà la cause première de l’extension formidable des sociétés secrètes en Chine et en Indo-Chine; sans doute, maints de ceux qui en font partie aujourd’hui ne font pas remonter leur adhésion à ce prétexte reculé. Néanmoins c’est là une raison primordiale des associations, et c’est là que nous devons rechercher et saluer leur puissant essor. Une autre cause. et de tous les temps, réside dans le caractère même de la race.
On sait que le sentiment commun à tout Chinois est celui de la solidarité (gen). Cette solidarité s’exerce, entre nationaux, de la façon la plus ingénieuse (établissement des raisons sociales multiples, extinction du paupérisme par le partage de certaines terres, prêts d’argent sans intérêts, etc,). Mais, à cause des qualités prolifiques de la race, un grand nombre de Chinois s’expatrient chaque année. Que devient, hors des frontières, la solidarité ? L’em
2:, L’INITIATION pire chinois n’a ni le goût ni les moyens de protéger ses sujets émigrés. Et pourtant le Chinois exilé, isolé, conserve toujours le désir ardent d’être relié à son pays et de réintégrer finalement la terre natale, dans laquelle ses plus anciennes traditions lui ordonnent d’être inhumé.
Le lien qu’il ne trouve nulle part ail leurs, les sociétés secrètes le lui fournissent : il n’est pas, hors de l’Empire, un Chinois qui ne fasse partie de l'une ou de Zl’autre, et plus spécialement de celle qui représente et soutient dans tout l’Univers les in térêts de la race.
Enfin le système gouvernemental, préconisé par les sages, et mis en pratique parles souverains, laisse la plus grande indépendance aux fonctionnaires, et le moindre recours possible à l’administré; pour jouir à bon droit d’une telle autorité et d’une telle liberté, il-ne faudrait que des fonctionnaires hon nêtes; malheureusement, il n’y en a que peu, et 1’Em pire fourmille des abus les plus criants.
Ici encore les sociétés secrètes sont les naturelles protections des gens lésés, qui ne peuvent, à cause des'règlements, demander réparation nulle part. Et la crainte qu’elles inspirent arrêtent bien des magistrats dans leurs pré varications.
Etant données ces trois causes, on ne s’étonnera plus de l’énorme influence des sociétés secrètes, ni que ces associations comptent en Asie plus d’adhé rents qu’il n’y a d’habitants en Europe. » sa Aux deux besoins de la race, solidarité, protection,
LE TA0‘I‘SME ET LES SOCIÉTÉS SECRÈTES CHINOISES 25 I répondent deux associations, l’une qui réunit les Chinois de Chine aux émigrés; l’autre, dont les ten dances satisfont à la cause première de son établis sement.
Je ne parlerai pas ici des deux grandes associations, dont d’autres que des Chinois peuvent couramment faire partie, dont l’une, celle qui s’étend au nord, est déjà connue en Amérique et en Europe, et dont l’autre, au sud, comprend Malaca, la Malaisie, les colonies hollandaises et espagnoles, qui prend sa part du soulèvement des Philippines, et qui porte le nom.général de Grifl‘e.
C’est à cette dernière qu‘ap partenait le Français Marie de Mayréna, qui fut un instant roi des Sédangs, et qui périt mystérieusement, pour avoir contrevenu à ses serments, sur un point désert de la côte de Bornéo.
De ces deux sociétés, le Père Hue, d'autres missionnaires et des voyageurs ont déjà suffisamment parlé. lien est deuxautres, mieux cachées, plus chinoises, et de buts et de moyens tels qu’elles ont attiré sur elles les foudres des lois : ces lois proscrivent à la fois leur but politique et leur but mystique.
Voici le texte du code promulgué en 181I par le roi Gialong: « Toute personne qui se permettra d'adorer le ciei ou les étoiles, et qui brûlera des parfums pendant la nuit, ou qui allumera les sept lumières célestes, sera punie de 80 coups de bambou. « Si un bonze ou un prêtre du Tao, après le jeûne, écrit une z'nyocalion au ciel, ou s’ils adressent, avec une invocation, un sacrifice à l’esprit dufeu, il sera
26 L’INITIATION condamné à 80 coups, et déchu de sa dignité.
« Tout individu qui exerce des arts magiques, dit qu’il commande aux bons ou aux mauvais génies, qui tracera des signes cabalistiques, qui préparera des charmes au moyen de l’eau, prédira l’avenir, adorera les faux saints ou appartiendra à la société du Nénufar blanc ou à celle du Véritable Ancêtre, ou professera toute doctrine étrangère ou erronée, ou qui, brûlant des baguettes parfumées devant des images des mauvais génies, réunira des gens pour saluer ces images durant la nuit, sera condamné à la strangulallon; ses complices, à 100 coups de rotin et à l’exil lointain. » (Lois du royaume, livre VI; lois rituelles, Ir° partie, sections 4 et 6.) Il faut remarquer que, dans la suite de cet article, on ordonne des sacrifices aux esprits des montagnes, des eaux, du vent, des nuages, du tonnerre, de la pluie, toutes choses qui, dansla genèse cosmogonique, sont considérées comme des produits conséquentiels de l’ac— tivité du ciel, qu’il est interdit d’honorer publique ment.
« Toute personne qui aura en sa possession un livre d’astrologie sera puni de 100 coups de bambou. « Il est interdit aux devins et aux maîtres de la science des éléments de fréquenter la demeure des mandarins, pour s’y entretenir de la destinée bonne ou mauvaise de l’Etat. Ils ne sauraient se servir des livres que pour pronostiquer le sort des particuliers.
LE TAOÏSME ET LES SOCIÉTÉS SECRÈTES CHINOISES 27 Toute contravention sera punie de 100 coups de bambou. » (Loco citato : lois rituelles, 119 partie, sections 3 et 15.) Les sociétés condamnées par ces textes, sont : A.
Le Thiendiânhîen (littéral : ciel, terre, homme), société de notre Véritable Ancêtre qui fut le ciel, dont le nom, participant des trois mondes, indique son but généralisateur, coordonnateur, et, par suite, sa recherche pratique de la solidarité. B. -—— Le Bachlienhue (ou H0asenchang), Nénufar blanc, dont le nom indique les tendances politiques et sociales, pour ceux qui connaissent la valeur du nénufar dans l’emblématique.
Tout Chinois qui en éprouve le besoin moral peut entrer dans la première de ces sociétés. Mais il ne participe, bien entendu,qu’à ses avantages,sans même avoir idée des devoirs et des responsabilités qui in— combent aux chefs.
Le simple désir ne suffit pas pour entrer dans le Bachlienhue; il faut savoir et pouvoir: Savoir l’in terprétation des caractères, le sens extérieur et inté— rieur des Livres sacrés, le tréfonds de l’enseignement taoïste, et la pratique de quelques rites et formules: pouvoir agir en toute indépendance, garder sa liberté d‘action, atteindre aux lieux et aux personnes qui peuvent désigner lescirconstances, et rompre, au mo ment voulu, toutes attaches sociales et même hu maines. Il n’est pas besoin d’être Chinois pour entrer au Nénufar blanc, mais il n’a aucun but immédiat, .æ._. v
2 8 L’INITIATION du moins hors de la Chine. Cette société peut avoir des membres hors d’Asie, mais elle n’y institue pas de représentants officiels. , ' Les signes de reconnaissance sontdoubles: ils com portent les signes des autres associations, la griffe et le double empaumement, et ensuite un signe très in génieusement empruntéà une religion étrangère.
Malgré les interdictions et les poursuites dont elle est l’objet, cette Société forme en Chine l’unitéla plus redoutable, et elle a mis son empreinte sur tous les grands événements de ce siècle, qui ont associé l’Oc cidentà l’Orient.
C’est donc ici que je voudrais faire comprendre, par comparaison, qu’une société secrète bien associée et bien secrète peut et doit arriver à dé— terminer les actions des citoyens et même des pou voirs publics qu’elle bat en brèche, et qui la pour chassent en prescrivant ses adhérents : ceci sans bruit et sans argent.
Sans s’appesantir sur d’autres raisons d’ordre particulier, il faut affirmer qu’une association n’atteindra un tel but que si elle accepte seulement ses membres après un sérieux examen préalable, por tant: 1° sur la science acquise par le postulant, après les études faites sous la direction de maîtres adé quats; 2° sur le caractère personnel du postulant, la valeur qu’on peut attribuer à son énergie, àsa volonté, « àson activité, à son individualité tout entière, et sur les passions que peut révéler, son passé; 3° sur la fa culté qu’a le postulant de comprendre et de recevoir l’enseignement qui l’attend encore, et sur la façon didactique et pratique plus ou moins parfaite dont il en saura profiter Tous ceux qui ne satisfont pas ab
LE noïsme EI‘ LES socrérés secai:res CHINOISES 29 solument à ce triple examen doivent être exclus. Enfin le but ne sera atteint que si les membres sont liés entre eux et à l'Association par les liens les plus étroits et les plus inconnus, si le silence et le secret sont rigoureusement exigés et observés, et si l'obscu rité la plus complète entoure les actes de l’Association et l’existence de ses directeurs.
Une société secrète, dont le chef est connu, abdique toute prétention poli tique et extérieure, etn'est plus—- à ce point de vue —— qu’une compagnie de gymnastique intellectuelle ou qu’une assemblée de conférenciers.
Qu‘on applique ce qui précède à l‘ancienne Rose-Croix et aux Francs Juges, et àla franc-maçonnerie actuelle d’autre part : on verra où conduit l’observation ou l’oubli de ces règles, et l’on ne s’étonnera pas de la précision de ces exigences et de l‘apparente sévérité de ces apprécia trous.
0 c 0 J’ai dit au commencement qu’il ne fallait pas se méprendre sur le contenu de cet article, et l‘on com— prendra cette précaution en voyant que je n’appuie pas davantage, et que je conclus par quelques notes sur le rôle historique du Bachlienhue. Le précepte que je viens d’invoquer est la meilleure cause de cette ré serve.
Le Bachlienhue, où se réunissent tous les ennemis des étrangers, -— même desétrangetsqui sont à l’inté rieur de l‘Empire, — poursuit le rêve de l’hégémonie chinoise, ou mieux de la liberté de la race chinoise (car la philosophie chinoise exclut toute prépondé— rance d‘une race sur une autre). De cette société
30 , L’INITIATION partent les mouvements politiques intérieurs qui ont pour but de rendre la Chine à elle—même; elle fut. au premier tiers de ce siècle, le foyer de cette formidable insurrection des Taïping qui conquit Nankin et le sud de la Chine, et faillit transformer le continent asia tique.
L’insurrection des Tàïping fut noyée dans le sang et le carnage; les peuplades qui l'avaient soute nue disparurent dans les massacres; et à ceux qui eurent grâce de la vie, les bourreaux impériaux arra— chèrent les canines afin qu’on pût reconnaître publi— quement les suspects.
Il suffit de voir les proclama— tions de celui qui fut élu empereur à Nankin, l’exposé de ses réclamations à Péking, les hymnes qu’on lui chantait (et dont j’ai un exemplaire approuvé de son propre sceau), pour y reconnaître les doctrines poli tiques auxquelles je faisais allusion tout à l’heure, et pour ne pas douter que, si les Taïping eussent réussi, la Chine ne serait pas aujourd’hui la grande et solen— nelle endormie que nous connaissons.
Après la guerre, les mécontentements subsistèrent, et les mécontents se renouvelèrent. Il fallut les em ployer au dehors pour qu’ils ne devinssent pas dan gereux au dedans. Les révoltes du Yunnan venaient àpeine de finir, que commença l’invasion française dans l’Annam et le Tonkin.
Les régions taiping étaient voisines de ces royaumes: les Pavillons noirs et jaunes, les Quangthôs de la vice-royauté de Can ton, ce qui restait des Man et des partisans de Lihung choï s’unirent pour repousser, au nom des principes de la solidarité, le nouvel envahisseur. La dynastie de Péking fut ici d’accord avec les associations dans
LE TAOÏSME ET LES SOCIÉTÉS SECRÊTES CHINOISES 3I leur effort, et c’est peut-être là ce qui l’embarrassa et le contraignit. Mais la guerre que la France eut à soutenir au Tonkin, depuis la prise de Hanoï par Ri— vière, jusqu’au déblocus de Tuyenquang par Giova— ninelli, fut une lutte d’influences secrètes. L’histoire le prouve, sans le vouloir.
Il n’y eut pas un général chinoiSà cette guerre : le vice—roi de Canton ne bougea pas de chez lui; et le vice-roi du Yunnan mittant de tempsà rassembler ses troupes, que la paix était signée à Tientsin avant qu’elles eussent apparu sur le théâtre de la guerre. Les réguliers chinois, qui ne sont jamais ’réunis en ar mées permanentes, furent enrôlés comme subreptice ment, et mis sous les ordres d’autres chefs que leurs chefs normaux.
Le maîtrede cette guerre fut Luuvinh— phuoc, chef des Pavillons noirs, à qui Péking envoya pour la forme le titre de général, et qui était, depuis plusieurs années, hoangiap (titre scientifique le plus élevé, réservé aux hommes illustres par leur pouvoir).
Les légendes populaires lui avaient appliqué l’horos— cope de l’étoile de Tranuyen, étoile à sept rayons qui paraît à la naissance des libérateurs et des sages par— venus à l’extrême degré de la sagesse. On peut con clure, de cette application, le rôle que jouait Luu vinhphuoc et le rang qu’il occupait dans les associa— tions (I).
La paix signée avec la Chine, et Luuvinh phuoc institué deuxième vice-roi de Canton, la guerre contre la France continua, sousle commandement de (I) Pour toute cette guerre, comme pour les Hoangiap, les Tranuyen, etc, consulter l’Autre Côté du mur àparaître chez Chamuel, en janvœr 1897. wMWM. .‘ NM"‘UWM“‘
3 2 L’INITIATION plusieurs membres de la souche Hoang, une illustre famille taoïste, et dura plusieurs années encore sur l’ancien élan. Peut-on même dire qu’elle soit aujour d’hui complètement terminée, ou endormie seule ment grâce à des circonstances extérieures? En effet, la guerre sino-japonaise est venue donner aux sociétés un nouvel aliment d’action : cette action ne fut pas celle qu’on peut croire.
Tandis que les guerres du Tonkin étaient une lutte de peuple à peuple, les associations savaient bien que c’était sur Péking que les Japonais dirigeaient leurs attaques: elles savaient surtout que jamais l’Europe ne permet traitle démembrement de la Chine au profit d’une puissancejaune et nouvelle. Il n’y avaitdonclà qu’une guerre dynastique, et peut-être l’occasion de se débar— rasser de la dynastie.
Et l’on peut croire que les Japo nais—gens très belliqueux et bien préparés, mais très vaniteux et mal renseignés — n’eussent pas eu la marche si facile, si les associations ne leur avaient préparé, à chaque pas, des guides, des vivres et des victoires.
Les généraux du Petchili furent vaincus, l’armée chinoise ne parut pas; et il y a une notable partie de l’Empire — celle où passa cet été la mission lyonnaise Madrolle — qui ignore même qu’il y ait en guerre et invasion dans le nord de la Chine. Pour le monde chinois, il n'y a eu là qu’un incident local, d’une importance bien inférieure à la révolte des Taï ping. Grâce à l’Europe, la dynastie mandchoue de— meura sur le trône. Et pas un pouce de l’Empire terri torial ne passa aux vainqueurs. Mais il est un fait bizarre, dont nul encore n’a .IJ
LE TAOÏSME ET LES SOCIÉTÉS SECRÈTES CHINOISES 33 donné l’explication. Par un oubli impardonnable de la diplomatie française, l’île de Formose fut abandon née au Japon. S’est-on demandé pourquoi les Japo nais, vainqueurs immédiats d’un immense empire, n’ont pas pu depuis deux ans de luttes continuelles et de grands sacrifices, se rendre maîtres d’une île qui n’a pas 500.000 habitants ?
C’est que le secours mys térieux qu’ils trouvaient dans leur marche sur Péking et qu’ils eussent trouvé jusqu’au pied du trône, leur a fait ici défaut. Arracher Formose à la Chine, c’est conlreuenirà la solidarité. Ajoutons à cela que For— mose est le refuge des anciens Pavillons, et dépend du ressort militaire de Luuvinhphuoc, et on saura pour— quoi Formose d’abord s’érigea en République, puis se révolta tout entière.
Voilà pourquoi, comme jadis l’amiral Courbet isolé dans,le seul port de Kelung, les Japonais sontréduits à rester aux portes de leur pos session nouvelle, ne pouvant y introduire un soldat ni un fonctionnaire, et pourquoi, malgré le temps et les traités, Formose demeurera la propriété, non de la Chine, mais des Chinois.
Aujourd’hui donc, pour l’homogénéité chinoise, le Grand Ancêtre et le Nénufar sont en lutte contre un empereur yictorieux et contre le consentement de l’Europe entière: et nul ne doute que cette lutte ne se prolonge, à l’avantage perpétuel des associations. Quel but plus noble, quelle action plus éclatante peut—on proposerà des hommes ?
Pour exciter l’ému lation par un résumé frappant et persuasif, je pour rais, dans ce qui précède, chercher le m0de sonore d’une conclusion: Je trouve celle-ci suffisamment 2 .,.AA .sI. -‘
34 L’INITIATION éloquente, et je la propose en exemple àtous ceux qui, ayant travaillé et appris, veulent de ce travail et de cette science faire profiter leurs frères par le monde épars. Mocn, M.'. S.'. C.'. ©asres ET masses k Ilya des castes naturelles, mais en Europe elles sont dérangées; elles n’ont même jamais été établies. Les états sociaux d‘Europe furent toujours des tritu ration antihumaines des hommes composant les nations.
Les castes étant naturelles et n’étant pas établies, les nations ne peuvent vivre que par l’établissement d’un simulacre de ces castes, par un reflet de la loi naturelle qui ne parvient pas à sa réalisation.
Ce sont les facultés humaines qui divisent les hommes en castes; mais, comme la conscience de leurs facultés n’existe guère dans les hommes, ils sont incapables de percevoir cette division naturelle; ils ont seulement le sentiment de son existence, et, comme des aveugles cherchant leur chemin, par obéissance à ce sentiment, sous sa poussée qu'ils ne peuvent éviter, ils ont établi une gradation entre les couches sociales au moyen de ce qu’ils peuvent per— cevoir, la richesse des individus. Est riche quiconque peut avoir des moyens d’exis tence sans se les procurer par son travail, en les pré—
CASTES ET CLASSES 35 Î.4--..7 levant sur le produit du travail des autres, sans con— courir en rien à. fournir aux autres des moyens d’exis tence. Les gens qui se trouvent dans cette situation forment la caste supérieure dans les pays d’Europe.
A mesure que la richesse diminue, à mesure qu’est raccourci le temps pendant lequel avec sa richesse on pourrait vivre aux dépens du travail des autres, sans contribuer en rien à la production des moyens d’exis— tence, on descend dans les castes inférieures pour arriver enfin aux hors-caste7 aux parias, qui vivent au jour le jour au moyen de ce qu’on leur laisse des produits de leur travail.
La richesse, obtenue n’importe comment, sert à la division des hommes en castes. Cette division n’est pas légitime parce qu’elle ne repose pas sur les élé— ments de la nature humaine, mais sur des faits exté rieurs à cette nature résultantdeS rapports de l’homme avec son ambiance.
Nos sociétés d’Eur0pe sont faites de telle façon que l’homme au lieu de pouvoir se développer en subor donnant de plus en plus l’ambiance à lui, se trouve arrêté dans son développement par une subordination de plus en plus grande à son ambiance. Les sociétés d’Europe sont construites par les forces naturelles hostiles à l’humanité.
C’est ce qu’on sent aujourd’hui sans pouvoir se l’expliquer, et ce sentiment devenu pressant, aigu, est la condition déterminante du malaise social dont nous avons connaissance. Les hommes sentent qu’il est dans leur nature de pouvoir subordonner l’ambiance à eux; les riches sont
36 L’INITIATION les seuls pour qui cette subordination ait lieu au point de vue des besoins physiques; ceux qui ne sont pas riches voudraient aussi que l’ambiance leur fût subordonnée; mais les pauvres font partie de l’am biance subordonnée aux riches; il n'y a pas opposi tion entre tous les hommes d’une nation et son am— biance, mais opposition des hommes entre eux aussi bien qu’avec l’ambiance.
L’idéal dont les socialistes ont plus ou moins con science et à la réalisation duquel ils essayent de tra— vailler ou logiquement ou d’une façon absurde, sui vaut le degré de développement de leur compréhen— sion, c’est le groupement, c’est l’association de tous les hommes d’une nation — ils disent de l’humanité par insuffisance de sens pratique — contre son am biance, pour obtenir un plus large déploiement de l’existence humaine par la subordination grandis sante de l’ambiance à l’espèce humaine.
Par quoi l’espèce humaine peut—elle se subordon ner l’ambiance? Par les énergies et par les facultés constituant sa nature, et point par autre_chose. Il devient dès lors évident que l’humanité aura d’autant plus de prise sur son ambiance que ses facultés seront mises dans leurs rapports naturels au lieu d’être mélangées sans ordre et neutralisées les unes par les autres.
Puisque l’espèce humaine réussit à se maintenir contre l’hostilité de l’ambiance malgré qu’une quan tité considérable de l’énergie qu’elle pourrait déployer contre cette ambiance reste endormie faute de pouvoir sortir par les facultés qui lui serviraient de canaux si
CASTES ET CLASSES 37 elles étaient en leur place, les hommes réussiraient bien mieux à maintenir leur existence si leurs facul— tés, organisées suivant leur importance naturelle, leur permettaient d’opposer à l’ambiance hostile une somme plus considérable d’énergie; ils parviendraient alors à déployer leur existence d’une façon qu’ils n’ont jamais connue.
Organisation des facultés humaines ou établisse ment des castes naturelles sont des expressions équi valentes. L’homme ne sera capable d’agir sur son ambiance avec toutes les ressources de sa nature que lorsqu’il aura rétabli les castes naturelles dans la société.
On voit par là que le principe de l’égalité totale des hommes, préjugé aujourd’hui régnant, ne peut pas servir de point de départ pour arriver au développe— ment normal de l’espèce humaine. Les hommes étant inégaux en facultés, — il faut être mentalement aveugle pour ignorer ce fait, — ils ne peuvent pas jouer des rôles identiques dans la vie sociale.
Cette vie aura d’autant plus de largeur et d’inten sité que les hommes pourront mieux y exercer leurs facultés diverses et d‘importance inégale. L’établissement des castes naturelles est la grande oeuvre qui sera dévolue aux futurs organisateurs des sociétés.
Le christianisme est venu apporter dans le monde un germe de mort, c’est-à-dire de dissolution, avec son principe de l’égalité totale des hommes; mais la nature humaine, par le jeu spontané de ses énergies, a tenu ce germe en échec, et l’Église catholique s’est
3 8 L’INITIATION organisée hiérarchiquement, a mis en elle des castes dont les membres ont été choisis arbitrairement le plus souvent; mais cela n’en était pas moins une ten tative d’organisation naturelle. La franc-maçonnerie a été aussi une tentative d’organisation de l’humanité; elle aussi a établi une hiérarchie, c’est—à-dire des castes dans son sein; ce qui doit durer longtemps ne peut être organisé que d‘après }es lois naturelles.
Ceux qui sont aujourd’hui les partisans du, préjugé de l‘égalité totale des hommes sont les adversaires de l’Église catholique et de la franc-maçonnerie, ces deux ennemies, parce qu’ils ont senti chez elles des castes, organisées. Ils sont dans la logique de leur principe.
Reste à savoir Où nous conduirait le déploiement logique de ce principe et ce ne sont pas les fantaisies, les produits d’imagination qu’ils nous donnent pour ses conséquences qui peuvent nous renseigner suffi samment là—dessus. Tout être est une somme d’énergies qu’il puise dans son ambiance, qu’ensuite ily rejette après les avoir modifiées, les avoir façonnées durant le temps qu’elles ont passé en lui. L’homme n’est pas autre chose.
Capacité d’aspirer l’ambiance, aptitude à trans former les portions aspirées de l’ambiance, pouvoir de rejeter dans l’ambiance ce qu’on a transformé, voilà ce qui constitue tous les êtres vivants. Ambiance est un mot vague qui désigne des subs- ’ tances de plusieurs ordres ; à chaque ordre de substances correspond un organisme approprié ,
CASTES ET CLASSES 39 dans l’être qui est vivant, à l’égard de cet ordre. Il y a pour l’homme l’ambiance physique à laquelle correspond son corps; l’ambiance sensitive à laquelle correspond un organisme par lequel il éprouve du plaisir et de la douleur; l’ambiance mentale qui a pour correspondant l’organisme par lequel des idées apparaissent dans sa conscience.
Ces trois organismes de l'homme ne sont pas égale ment développés dans tous les individus; l’analogie nous permet de le comprendre par la différence de stature et de corpulence que nous constatons entre les hommes quant à leur organisme physique. Le développement de l’organisme sensitif et de l’organisme mental varie avec les individus; ils n’ont pas tous les mêmes aptitudes.
L’homme n'agit rationnellement qu’après avoir pensé ;‘ il faut un plan d'action avant qu’une action rationnelle puisse être accomplie; il faut une fin conçue comme devant être atteinte et la conception des moyens nécessaires pour qu’elle soit atteinte avant que l'homme puisse agir. C’est donc son orga— nisme mental qui est la première condition de son activité rationnelle.
Dans une société quels seront les plus aptes à faire des plans d’action rationnelle? Ceux dont l’organisme mental est le plus développé ; ceuxqui forment la caste intellectuelle, caste établie parla nature. Après avoir pensé il faut, pour agir, que l’homme sente; par son organisme sensitif il éprouve de l’attrait pour le but qu’i s’agit d’atteindre; l’absence d’émotion est très bonne pour penser nettement et rationnelle
4° L’INITIATION \ '-*’umw_ yl;, \ u..,a,Ï '. ;:':i ment; elle est mauvaise pour agir énergiquement. La caste active dans une société doit donc être celle que forme la nature avec les hommes sensitifs, avec les gens aptes à éprouver des émotions vives. Byron, qui était un grand poète, se disait faitpour autre chose que pour écrire des vers; il sentait le fond de sa nature pour parler ainsi ; le poète est en effet un homme d’action sans emploi.
Pour réaliser les plans humains à l’égard de l’am biance physique, il faut manipuler la matière ; la nature a fait une caste de manipulateurs avec les hommes dont l’organisme physique est plus déve loppé que les deux autres. Les castes sont donc des faits naturels. Il n’appartient pas à celui dont l'organisme physi que a la prépondérance de faire des plans d’action pour la vie des sociétés ; il en est d’ailleurs incapable.
L’humanité ne sera puissante contre son ambiance qu’en raison de la mise en œuvre de ses facultés loca Iisées dans les castes naturelles. C’est donc par l’établissement des castes et par l'at tribution à chacune du rôle qui lui convient que les hommes parviendront à un plus large déploie— ment de leur existence. Hors de cette voie, ils arriveront àla confusion, au salmigondis dont les sociétés d’Europe nous don nent actuellement le spectacle. GUYMIOT.
LE SECRET DE L’UNIVERS 41 > LE SECRET DE L’UNlVERS Selon le Brahmanisme ésotérique (Suite) Sous des apparences de prodigalité, de gaspillage, de désordre même, la nature cache ses lois, ses plans et son économie admirables. Les occultistes imitent la nature, cherchent à s’identifier avec elle. Leurs méthodes sont celles des gens qui ont le temps et la place, tout l’infini et toute l’éternité, pour arriver à leur but.
Tandis que nos actions, nos pensées et notre morale sont empreintes de lutte inquiète et hâtive, le sage, d’un geste large et aisé, se laisse aller dans les bras de sa mère, la vie universelle, sachant qu’elle contient tous les êtres et que nul n’en peut sortir. Et quelque chose de cette attitude se retrouve dans l’es prit des peuples qui furent longtemps en contact avec la science occulte.
Lorsqu’on se trouve en présence de quelque monument hindou àl’ensemble gigantesque, aux bizarres proportions, aux formes enchevêtrées, l‘âme éprouve un sentiment d’admiration, de curio sité et de mystère, bien avant que l’œil ait pu démêler l’harmonie dans cette irrégularité, le plan dans ce chaos, le sens dans cette énigme.
Peu à peu ce senti ment s’explique, à mesure que nous reconnaissons dans cette masse les rudiments de toutes nos architectures modernes, avec les germes d’une foule d’autres styles complètement inconnus de nos jours. Si, de l’en
42 L' lNlTIATION semble passant aux détails, nous analysons les den telles de pierre, les broderies 'en bois, les châssis découpés à jour, les ornements ciselés à profusion sur les murs, nous ne tarderons pas à nous justifier notre première impression_de charme, en découvrant dans l’irrégularité apparente une parfaite harmonie, dans la complication voulue une extrême simplicité, un plan habilement dissimulé sous l’inclinaison des 10— sanges ou l’excentricité des cercles, calculé pour pro duire des effets multiples avec quelques moyens, et destiné à élever l’âme en parlant au sens le langage d’une esthétique exquise et oubliée.
Ces monuments là ont été faits par des psychologues et non seulement par des géomètres, par des prêtres et non par de simple architectes. Ils contenaient autant de pensées que de pierres, et leur destination était plus symbolique que municipale. La même différence existe entre la jungle et nos jardins anglais qu’entre les livres saints et les manuels de science moderne.
La plupart des ouvrages occultes ressemblent à des forêts vierges et font le désespoir de tous les explorateurs qui ont voulu s’y engager assez avant pour en rapporter à leurs journaux un compte rendu sincère. Vousychercheriez en vain une grand’ route ou même un sentier continu. Leur plan est si bien enfoui sous les végétations exubérantes, qu’il est impossible de le découvrir.
Et ceux-là seuls qui ont exploré dans tous les sens et à plusieurs reprises ces bois de Dodone, savent que ce ne sont pas des livres qu’il faille fermer après en avoir lu la lettre morte, mais des ouvrages toujours ouverts, vivants et ma
LE SECRET DE L’UNIVERS 43 .4.) ..-r (> _—n. .-..— x .1.,..--- 'n"._' giques: domaine d’où l’on rapporte, après chaque excursion à travers les fourrés du mystère, les lianes de l’allégorie et les ronces de la métaphysique, de nouvelles découvertes, de nouvelles vérités mentales, morales et spirituelles.
Nous connaissons l’étendue de certaines parties de ces forêts, et nous avons voulu, comme le Petit Poucet, semer le long du chemin, pour nos frères, des miettes de pain que les moi neaux dévoreront peut-être: « J’ai fait un bouquet de fleurs choisies », dit l’auteur de la Doctrine Secrète paraphrasant Montaigne, « et n’ai rien fourni de mien que la corde qui les attache ».N0us pourrions ajouter, comme devise au présent livre : « Nous n’avons fait qu’arranger ces fleurs orientales en un bouquet régu lier comme les aiment nos frères d’Occident.
Que l’art occulte nous pardonne! » En étudiant la marche d’un mouvement occultiste, en observant la manière d’agir d’occultistes vivants, en interrogeant la biographie des Cagliostro, des Para celse et tant d’autres, on est frappé de leur incohé— rence apparente, appréciée au point de vue du vulgaire bon sens, et l’on ne tarde pas à voir combien il est difficile d’analyser leurs motifs ou d’apprécier des principes si peu connus.
En théorie comme en pra tique, en morale comme en symbolisme, en ensei gnement comme en art, la science occulte possède ses méthodes à elle, plutôtincomprises que spéciales : car se cantonner dans une méthode, c’est être exclusif, et la largeur d’Atma Vidya embrasse toutes les méthodes et d‘autres encore. Elle emprunte à la religion ce qui la caractérise, la foi , l’espérance et la charité : la
44 L’INITIATION foi (I), cette croyance àla réalité cachée sous l‘illusion du monde, cette confiance dansles hautes destinées de l’humanité, ce sens de l’immortalité et de la valeur individuelles, sources d’enthousiames, de forces, d’ac tions, faute desquelles l’Occident se dessèche dans la défiance, le scepticisme et le pessimisme; l’espérance, c’est—à-dire l’aspiration (2) versle divin, vers l’au-delà, vers l’idéal, l’immense élan de toute l’antiquité vers la délivrance; et la charité (3), non pas la pitié dévote, l’hypocrisie bourgeoise ou la solidarité de club, mais cette fraternité essentielle, cet altruisme naturel, ce sentiment d’unité qui devrait émaner du plus intime de notre être sans effort, sans motif, sans base morale, comme le regard émane des yeux, le parfum de la fleur ou le charme de la beauté; en un mot, tous ces sentiments transcendants dont le Brahma nisme a synthétisé l’essence idéale dans la conception d’Ananda,_source de tout amour et de toute félicité terrestres et supra-terrestres.
« En vérité, une amie, des enfants, des richesses, des plaisirs ne nous charment pas pour que nous puissions aimer les plaisirs, les richesses, les enfants ou l’amie, mais pour que nous puissions aimer l’A tma.
Voilà la raison d’être de leur charme. » Ananda est aussi le foyer de toutes les inspirations et aspirations poétiques et artistiques, la source de l’esthétique transcendante, le soleil de ce domaine enchanté du génie qui commence où la raison finit. ( Sraddha. (21)) Bhakti. (3l Raga. ,{ ‘
LE SECRET DE L’UNIVERS 45 Mais, de même que le sentiment d’infinie religion esquissé ci—dessus ne se traduit dans notre monde illusoire qu’en aspirations religieuses plus ou moins imparfaites, ainsi le génie occulte diffère profondé ment des facultés auxquelles nous reconnaissons géné— ralement Ce titre.
Le génie ordinaire, qui cependant finit toujours par se traduire en intuitions de l’occulte comme on en rencontre dans Shakspeare, Gœthe, Balzac, Wagner, ou tout autre artiste vraiment supé rieur, n’est que la pâle manifestation du génie véritable ou pouvoir de création directe (I).
L’inspiration natu relle est considérée comme une chose innée, involon taire; l’inspiration transcendante s’acquiert par le maintien conscient de l’âme à son degré sublime. L’homme est le seul vrai créateur de sa nature tout entière: inné veut dire acquis depuis longtemps. Il n’est pas de passion supérieure à la volonté humaine, ni de force qui ne puisse être acquise et conquise.
Il existe toutes sortes d’inspirés, depuis le médium, réceptacle passif de toutes les influences sensées ou ridicules, en passant par l’homme de talent qui choi sit entre ses inspirations,et commande à leur expres sion, jusqu’au génie supérieur, maître de soi comme de l’univers, qui s’inspire quand et comme ille veut, sait éveiller et diriger les aspirations d’autrui, trans mute les passions en pouvoirs, approfondit l’illusion pour s’en servir, absorbe sa propre douleur et rayonne le bonheur pour autrui, semblable au soleil nourricier et inépuisable, « semblable à l’étoile polaire qui res (I) Kriya-shaktz‘.
46 L’INITIATION plendit pour tout l’univers, excepté pour elle-même! » Ananda est enfin le noumène de l’amour (i), consi déré par les Oupam'slzad comme la première de toutes les émanations de l’Absolu (2).
La première réflexion phénoménale de l’Être (3), de la Conscience d’Être (4) et du Bonheur d’Être (5), ne peut être en effet que cette Volonté de continuer d’être (6) considérée par Schopenhauer comme la puissance fondamentale de l’univers, antérieure' et supérieure même à la Représentation de conscience réfléchie.
L’aspect trans cendant de l’amour est ce sentiment que la prêtresse Diotime, au Banquet de Platon, définit comme le désir de la présence éternelle du bien, et qui se traduit dans la nature par le désir de procréation dans la beauté.
L’aspect inférieur de Kama est la plus puissante des forces qui nous attachent à l’existence, la passion, moteur de l’âme animale et instinctive: aveuglée plutôt qu’éclairée par le développement rudimentaire de l’intellect, cette passion devient dans l’homme sensuel la source de toutes les faiblesses et de tous les vices. (A suivre). AMARAVELLA. (l) Kama. I4) Tchit. (2) Tat. (5) Ananda. (3) Sat. (6) Tanha.
DE LA DIRECTION DES RÊVES DE LA maeern©u DES RÊVES Il y a des sens corporels et des sens spirituels, car l’esprit est un organisme distinct du corps, qui a des yeux etdes oreilles, un toucher, un goût et un odorat. Son œil peut voir dix mille fois plus loin que l’œil du corps, et ses autres sens sont infiniment supérieurs. Les sens en usage actuellement sont fort inférieurs. L’œil du corps est un simple trou d‘aiguille auprès de l’œil de l’esprit.
Les sens corporels sont grossiers relati vementà ceux de l’esprit, car ils sont destinés àservir dans un plan de vie plus grossie : on est mieux dans une mine de charbon avec un complet de mineur qu’avec un vêtement de soie ou de velours.
Le corps, avec ses sens matériels, est destiné à ce plan plus gros sier de vie; pourtant il est possible de s’échapper du corps et de s’en aller, le laissant par derrière, dans un état de vie supérieur et plus beau. Vous avez maintenant un œil clairvoyant et une oreille clairaudiente; mais ils ne sont pas ouverts. L’œil clairvoyantestfermé comme ceux de certains ani maux dans leur première enfance.
Chez quelques indi vidus, il s’ouvre prématurément, avant les autres sens spirituels. C’est une maturité anticipée. L’œil clairvoyant, c’est l’œil spirituel. C’est un œil postéà l'extrémité d’une pensée. Dirigez votre pensée sur Londres, et, si vous êtes clairvoyant, vous y en verrez en même temps votre œil.
48 L’INITIATION L’oreille clairaudiente est celle qui suit la pensée La clairvoyance et la clairaudience ne sont pas des dons spéciaux à certains individus, mais tout le monde les possède en germe. Les sens spirituels ont été à ce point négligés depuis la naissance, si peu exercés, qu’ils sont devenus « hors d'usage ».
Quand vous quittez votre corps, le soir, vous subissez une sorte d’égarement, de vertige: vous voyez sans voir; vous entendez sans entendreÏVous êtes comme étourdi par un choc ou un coup soudain. Alors l’œil spirituel peut voir, mais il ne conserve pas un souvenir distinct de ce qu’il voit. Dans cet, état on peut se rappeler vaguement une foule de visages autour de soi, mais c’est tout.
C’est dans une condition à peu près analogue qu’entre l’esprit en quittant le corps, comme un jeune enfant qu’on vient de laisser dehors. Vous allez où vous entraîne un vague et fan— taisiste désir. Les sens physiques de la vue, de l’ouïe et du toucher sont restés dans le corps; ce sont des sens absolument inexpérimentés qui vont servirde guides; car toute votre vie on vous a appris à nier l’existence de ces sens.
Enseigner àun enfant, dès le premier éveil de sa conscience, à ne point se fier à ce qu’il voit ou entend, amènerait chez lui un trouble visuel ou auditif. L’enfant apprend tout seul et graduellement à se servir correctement des sens corporels.
L’enfant en bas âge n’a aucune notion de la distance: il cher che à atteindre ce qui est loin de lui, s’imaginant que c’est à sa portée; il ira droit au précipice si on le laisse à lui-même ; il apprend à ses dépens à ne pas toucher _ un fer rouge ou des charbons ardents ; et il faut des
DE LA DIRECTION DES RÊVES années d’éducation pour qu’il puisse faire un usage convenable de ses sens physiques. L’esprit aussi a ses sens, qu’on ne veut même pas reconnaître. On les laisse pendant des années sans les exercer ni les entraîner. Dans ce qu’on nomme le songe, on ne voit pas avec l’œil corporel, pas plus qu’on entend avec l’oreille physique; on voit avec l’œil spirituel, on entend avec l’oreille spirituelle.
On est littéralement perdu, quand on s’endort, quand on pénètre dans la vie spirituelle, et on tâtonne alors comme un petit enfant avec ses sens physiques inexpérimentés. On conserve pour les nouveaux sens l’opinion qu’on a de ceux du corps abandonné.
On se conduit dans l’idée qu’on vit encore dans le vête ment porté durant le jour (le corps), estimant et jugeant tout ce qu’on voit ou qu’on ressent selon les sens inférieurs (physiques) dont on ne se sert plus du tout à ce moment. La nuit, en quittant le corps, on aborde véritable ment au plan spirituel de vie; et pourtant on ne s’en aperçoit pas, parce qu’on fait des sens spirituels le même usage que des sens corporels.
On est sem blable àcelui qui se sert d’une béquille, alors qu’il a deux jambes robustes qui ne demandent qu’à être entraînées pour le rendre un bon marcheur. Maintes gens, complètement privés de leurs corps, sont exac tement dans le même cas. La plupart du temps, c’est avec eux qu’on va quand on s’échappe du corps. On est attiré vers eux, à cause de l'habitude qu’a l’esprit de tâtonner parmi eux. L’esprit a acquis cette habitude exactement de même que, quand il habite le corps, il
50 L’INITIATION prend certaines habitudes extrêmement difficiles à rompre. On voit journellement des gens s’en allart à la dérive sans but ni plan, espérant, attendant que quelque chose « vienne » les distraire. Tout individu qui n’a pas de but dans la vie devient bientôt inférieur en intelligence: semblable— ment, le moi spirituel est dans une condition iden tique.
Il est souvent entouré d’autres esprits sans but et qui ne savent pas que faire d’eux-mêmes. La fiction n’a jamais imaginé les tableaux réalisés chaque nuit en vous—même. Ces milliers de milliers. d’êtres aveugles, temporairement délivrés de leur corps, errent, tâtonnent et se promènent dans les maisons, dans les rues, dans les champs, près ou loin.
Ils ne sont jamais endormis ni éveillés: ils sont errants comme dans un songe qui n’en serait pas un. Parfois l'œil spirituel s’entr’ouvre, et ils voient un ami ou un étranger, une scène familière ou inconnue; mais cette reconnaissance n’est pas toujours satisfai sante, car on nous a inconsciemment enseignéà ne pas ajouter foi à ce que nous voyons dans cet état.
C’est pourquoi nous ne l'admettons pas comme une réalité, et ce que l’esprit repousse avec persistance ne saurait se conserver dans la mémoire. _ C’est un fait certain que certaines personnes, après la mort de leur corps, croient encore avoir leur corps physique, et elles peuvent demeurer dans cet état pendant des années.
Elles vont, viennent, mangent, dorment et vivent de toutes manières, dans ce plan d’existence qui, bien qu’invisible, nous entoure de toute part; parce que tout ce que nous croyons,
DE LA DIRECTION DES RÊVES 5I entendons, touchons, prenons, respirons ou goûtons dans ce monde—ci, a une correspondance spirituelle, et nous en usons exactement comme ici-bas. Il n’y a pas de transitions violentes dans la nature. Les êtres qui meurent àla terre n’entrent pas directement dans une condition glorieuse, A MOINS QU’ILS N’AIENT DÉJA VÉCU PAR LA PENSÉE.
Ils vont où les appellent leurs pensées quotidiennes, des amis les y reçoivent à leur arrivée comme des hôtes bienvenus dans leur demeure; mais ce ne sont que des hôtes, et ils ne peuvent rester dans ces cercles que s’ils y appartiennent déjà par l’esprit. Si leurs pensées furent inférieures, ils doivent, après un certain temps, retourner dans l’ordre spiri tuel qu’ils vécurent en quittant le corps.
Ils ne peu vent pas édifier de construction au-dessus de cet état. Il faut bâtir soi-même sa « maison dans les cieux ». Il est plus avantageux de commencer à édifier ici-bas consciemment que d’attendre la perte du corps; car la Loi éternelle veut que l’on construise soi même; et ce n’est pas ainsi parce que telle ou telle individualité, si sage et si puissante qu’elle puisse être dans les catégories supérieures de la vie, l’a décrété.
Tous ces êtres, vivant au delà de notre sphère de compréhen sion, ont construit et construisent encore eux-mêmes leur temple. Ce qu’ils nous demandent, c’est que nous construisions semblablement notre demeure et avec le même bonheur; parce qu’en cela consiste l’édifica tion de notre béatitude individuelle dans des propor tions plus grandes, plus vastes et éternellement crois santes. ‘ La première erreur, lorsqu’on passe de l’état nommé
52 L’INITIATION . veille à l’état connu sousle nom de sommeil, consiste à croire qu’on agit encore avec le corps physique. Il faut s’entraîner à détruire cette illusion, en fixant dans l’esprit avant de s’endormir l’idée que, si l’on vient à s’éveiller au milieu d’un songe, on ne fait point usage de corps physique.
Avant de s’endormir, on tâchera, autant que possible, de se faire une idée du moi spirituel, entantqu‘organisme moteur du corps pendant la veille. La dernière pensée que vous avez avant de vous endormir est très vraisemblablement celle qui restera avec vous quand vous quitterez le corps.
Si elle est intense, vous la retrouverez se mêlant à ce que vous appelez vos rêves, et elle vous servira à vous recon conaître lorsque vous serez hors de votre corps. Fixez donc dans votre esprit l’idée de la réalité de votre être véritable, et cela aidera puissamment vos invisibles amis de l’autre vie à se rapprOcher de vous, et à vous éveiller à la connaissance de votre moi réel.
Les catégories d’esprits les plus sages et les plus puissants qui peuvent vous communiquer leur pensée durant la veille, peuvent ne pas pouvoir agir de même pendant votre sortie du corps, pour le motif dont on a parlé plus haut, et qui vous fait descendre la nuit à un niveau inférieur, par l’aveuglement et la force de l’habitude, au lieu de vous élever dans une région spirituelle plus sereine.
Tandis qu’on est dans le corps, on peut s’entraîner à cultiver de hautes et nobles pensées durant la veille; mais, à la nuit, par suite du manque d’habitude, cette culture ne saurait avoir lieu. On se Sert de l‘œil et de l’oreille spirituels,
DE LA DIRECTION DES RÊVES 53 u pensant que ce sont l’œil et l’oreille du corps. De tout ceci résulte une confusion inexprimable en aucune langue, parce que nul état analogue ne saurait être nettement réalisé dans cette vie.
Le fil conducteur qui permettra à vos puissants amis invisibles de s’approcher de vous à la sortie du corps, de vous éveiller à la vie spirituelle, et de venir à vous, c’est de vous concevoir sous une forme d’es prit, d’entité distincte du corps; car une conception est chose aussi réelle qu’un fil télégraphique, et c’est le fil télégraphique qui vous reliera à eux, parce qu’ils ne demeureront pas avec vous d’une manière perma nente dans vos testaments sur ce grossier plan de vie.
Ils le pourraient s’ils le voulaient; mais ils préfèrent vous entraîner dans leurs demeures, leurs domaines et leurs royaumes où tout est plus splendide et plus féérique que tout ce que la plume ou le pinceau pourra réaliser dans le monde auquel vous appartenez actuel lement. En rappeler le souvenir durant la veille, tandis que l’esprit est emprisonné dans le corps, serait comme si on amenait sur la terre la vie céleste.
Ce serait pour ainsi dire tenter directement d’abandon ner les plaisirs matériels pour réaliser et vivre les joies supérieures, parce que tout renoncement n’a réellement qu’un seul but: le détachement des plaisirs transitoires qui laissent une peine durable pour obtenir une joie infiniment plus grande qui n’est suivie d’aucun remords.
Si, avant de vous endormir, vous fixez avec per sistance dans votre esprit l’idée que vous ne vous servez plus des sens du corps, au bout d’un certain
54 L’INITIATION temps vous deviendrez conscient de ce que vous nommez maintenant un songe. Vous vous surprendrez à dire: « Ceci est aussi réel que mon corps ou que ce qui a lieu dans le temps de veille. Je suis seulement dans un état différent. » La vie actuelle de l’esprit, pendant qu’il est absent du corps, la nuit, le plus souvent épuise davantage qu’elle ne restaure. Inconsciemment on se dirige vers des êtres et des scènes antipathiques.
On est entraîné vers eux par des courants de pensée inférieure. On est entraîné comme un enfant ignorant qui entre dans la rivière, et se trouve emporté loin du lieu où il a pied par un courant plus puissant.
Ne sachant point que la pensée se meut suivant des orbites, et que la pensée inférieure ou mauvaise est plus puissante près de la terre; ne connaissant pas vos forces et vos sens spirituels, vous êtes aussi faible qu’un nourrisson, à l’instant où vous quittez le corps.
Si vous pouviez vous en aller droit vers les régions supérieures de la pensée, si vous pouviez traverser le courant des pensées obscures et matérielles, qui vous environne de toute part, vous vous trouveriez dans une contrée splendide où luit un soleil sans nuées, où s’épanouissent des fleurs radieuses, paysage sublime et téérique; vous vous uniriez aux êtres appelés par votre désir, et qui sont de la même race spirituelle; vous reposeriez dans une délicieuse langueur, qui vous permettrait néanmoins de contempler des yeux des scènes d’un charme ineffable; vous seriez cons cient de la vie, et pourtant au repos, et vous aspire riez la vie. Vous rentreriez le matin dans votre corps
DE LA DIRECTION DES RÊVES 55 avec cette vie nouvelle; car cette nuit bienheureuse aurait_ été à la fois un repos pour votre pensée et une saine excitation vitale pour votre corps; vos sens spirituels s’épanouieraient dans cette sublime atmos— phère spirituelle, et vous seriez à jamais délivré de l’esclavage nocturne de maintenant.
VOS relations avec les régions supérieures deviendraient perma— nentes, et vous atteindriez la faculté d’y retourner et - d’y puisser des forces vives quand s’élèveraientcontre vous les pensées inférieures qui vous hantent à l’heure actuelle.
Tout lieu de réunion, tout salon où se rencontrent des désœuvrés plus ou moins sous l’influence d’un stimulant, tout milieu, quelle que soit sa destination conventionnelle, si l’on y ment ou si l’on y fait quel que commerce trompeur, est un réservoir de pensée inférieure. Elle en jaillit aussi réelle, quoique invi sible, que l’eau qui sourd d’une'fontaine.
Dans une grande ville il y a des milliers de ces sources de pen sée impure, proches les unes des autres. Ce n’est pas un courant rapide et vivace; c’est un lit mouvant de fange puante qui vous embourbe et vous entraîne peu à peu. Tout groupe de gens bavardant, caquetant, répandant les scandales, est une source de pensée mauvaise, de même que toute famille où règnent le désordre, les mots acrimonieux, les regards aigres, l’humeur acariâtre.
La bonne société contribue tout autant que les gens qualifiés du commun dans l’échelle sociale, à l’émission de ce courant inférieur. Le plus pur esprit ne peut pas vivre dans un tel milieu sans en être affecté. Il faut une perpétuelle tension des
56 L’INITIATION forces pour y résister. On finit par s’y mêler, y être pris comme dans un filet, être aveuglé par son obscuu rité, accablé parle fardeau qu’il apporte. Vous avez pu remarquer vous-même combien vous êtes libres de tout désir désordonné lorsque vous quittez la ville pour vous en aller à la campagne. Les montagnes sont plus pures que les plaines, ce qui est conforme à la loi de la gravitation.
Les pensées basses descendent dans les lieux inférieurs, ainsi que toutes les subs tances pesantes, matérielles et grossières. Malheu reusement le commerce, l’industrie et les manufactures sont forcés d'édifier des villes sur les fleuves ou au bord de la mer.
Dans les civilisations futures, on poursuivra surtout la perfection des hommes et des femmes et on recherchera les plaisirs véritables et permanents: on construira alors les cités sur les col lines ou les montagnes, en sorte que les émanations malsaines, visibles ou invisibles, seront prompte ment balayées.
Avec une si grande quantité d’invisible élément nuisible autour de vous, c’est une nécessité de grouper ensemble des individus aux aspirations naturellement pures, qui se réuniraientsouvent et engendreraient, par leur conversation ou par une silencieuse communion, un courant de pensée plus pure.
Plus ils feront par unetelle coopération, plus chaque individu au groupe aura de force pour se mettre à l’abri, durant la veille ou pendant la nuit, des attaques défavorables et des influences destructrices environnantes. Vous consti tuez alors une chaîne qui vous rattache à la région spiri— tuelle la plus haute, la plus pure et la plus puissante.
DE LA DIRECTION DES RÊVES Plus vous mettrez d’ardeur à former ce lien, et plus la chaîne sera solide ; car seul vous n’avez point assez de force pour l'emporter sur les « ténébreuses puis sances » qui vous entourent, pour refouler la sombre marée des multitudes qui se lèvent contre vous. Le courant émis par un petit cercle_d’individus bien unis et toujours d’accord est d’une valeur inestimable. C’est la pensée la plus puissante.
C’est une partie de la pensée et de la force des sages, puissants et bien faisants esprits qui seront attirés vers votre groupe et qui viendront à votre aide dès que vous en manifes— terez le désir. Ce courant purifiera votre intelli gence, donnera du corps, de la vigueur, détruira la maladie, et vous suggérera des idées et des plans nouveaux dans toutes vos entreprises légitimes.
Vous ne vous doutez pas combien vous écartent du succès' et vous maintiennentà un niveauinférieur de vie l’in consciente absorption, l’aveuglement et la confusion des bas courants qui vous environnent. Vous subis sez comme une nécessité de l’existence des conditions que vous pourriez éviter si votre intellect était plus puissant et plus subtil. Vous absorbez la timidité d’autrui, comme vous absorbez l’inertie et le défaut d’énergie.
Les périodes de découragement et d‘indéci sion résultent de l’absorption de cet élément inférieur. Vous ne pouvez pas savoir à quel point vous êtes aveugle, et quel homme différent vous seriez si vous distinguiez clairement ce qui est nuisible de ce qui est bienfaisant. La génération de pensées nobles et pures, émises en commun, la recherche de la vérité, le désir du bien universel purifient l’intelligence, ac
58 L’INITIATION croissentl’énergie, préservent de l’erreur et des pierres d’achoppement, améliorent la santé et communiquent une puissance qui attire tous les biens matériels.
C’est ainsi qu’on entend la sentence : « Recherchez d’abord le royaume de Dieu, et tout le reste vous sera donné par surcroît. » Ces biens viennent par surcroît, parce que la force créée en vous-mêmes par ces réunions familières et fraternelles est comme un aimant puis sant qui attire tout ce que votre sagesse sait vous devoir être profitable.
Le « Nouveau Monde », retrouvé par Christophe Colomb, n’est qu’une bagatelle comparé à celui qui se trouve à notre porte même, et où nous pouvons pénétrer chaque nuit.
Nous parcourons avec l’œil du corps nos chambres, nos rues, nos champs, en décla rant qu’il n’y a entre nous et les murs, les maisons, les forêts ou les montagnes que l’ « air vide » ; tandis qu’en réalité cet espace est plein de formes, d’êtres et d’invisibles effigies de ce qui nous entoure. Les visions déterminées par l’usage de l’opium et du haschish sont des réalités.
Ces substances permet— tent à l’esprit de se détacher plus complètement du corps.
Les éléments extraits du pavot ou du chanvre communiquent à l’esprit une force artificielle, qui lui permet de voyager plus loin et de s’écarter des limites habituelles du sommeil du corps : il visite de plus hautes et de plus sublimes régions, et y découvre des merveilles qui ne furent jamais réalisées sur la terre Mais il a pénétré des éléments trop subtils qu'il ne peut ni retenir ni ramener dans le corps. Il ne saurait les conserver, et rentre ainsi dans le corps
DE LA DIRECTION DES RÊVES 59 >t n-—- »—. I sans aucune force : de là proviennent la réaction et la misère du mangeur et du fumeur d’opium, lorsque l’effet de la drogue ne se fait plus sentir. Et c’est ce qui vous adviendrait si des esprits supérieurs vous entraînaient, ainsi qu’ils en ont le pouvoir, dans leur domaine avant que vous y soyez parvenu vous-même.
Les éléments que vous y absorberiez seraient trop subtils pour être utilisés sur le plan de vie actuel; Pourtant une aspiration continue peut rendre l’esprit apte à recevoir ces éléments, à les emmagasiner et à les approprier à son retour sur la terre. Votre orga nisme entier serait alors plus subtil qu’il ne l’est maintenant. Vous deviendrez un habitant des deux mondes. Ce sera la vie de la race future sur cette pla nète.
C‘est la « Nouvelle Jérusalem » descendue sur terre. Il y a plus d’hommes et de femmes qu’on ne pense qui, dans l‘histoire du monde, tandis qu'ils possé daient encore leur corps, s’éveillèrent à la vie spiri tuelle et y vécurent. Paul parle d’avoir été « ravi au troisième ciel, et d’y avoir vu des choses ineflables ». Swedenborg était en relation continuelle avec ce monde.
Il y en eut des milliers d’autres au cours des âges, mais ils furent assez discrets pour garder leur science pour eux-mêmes, sachant que leur’ époque n’ajouterait point foi à leurs récits et que toute révé lation ne pourrait leur procurer que des désagréments.
Le temps du secret est passé; il y a maintenant suffisamment d’intelligences éveillées, capables, tout au moins, de comprendre ces vérités: ce sont les esprits qui se sont réincarnés sur une autre terre, avec
60 L'INITIATION une connaissance partielle de ces vérités, et qui les reconnaîtront dès qu’on les proférera hardiment. Le temps n’est plus où le matérialisme repoussait les vérités spirituelles. Voici que s’ouvre l’ère où la vérité spirituelle s’affirment d’elle-même et l’empor tera sur le matérialisme. Peu importe la petitesse apparente du noyau, du groupe de ceux qui assentent et réalisent ces vérités. Un trou d'aiguille peut révé ler un passage immense. Le point de contact qui relie au vaisseau le câble qui le tirera hors du chenal n’est large que de quelqueslignes, mais il suffit pour sup porter la force qui agira sur le navire. Ainsi le petit nombre de ceux qui recevront ces choses seront la force qui entraînera avec elle la multitude. PRENTICE MULFORD.
N©TECÂ; SUR LES BllS GÜIISINS CHARBI’JNNIERS Quelques jours après l’impression de ma très incom plète étude sur les Bons Cousins Charbonniers de Franche-Comté, M. Maurice Perrod, demeurant à Salins (Jura), m’a gracieusement adressé un manus crit inédit, rédigé en 1854 et intitulé Le Delta, par le Voyageur bûcheron B.'. C.'. Ch.'. Un érudit y expose, dans un discOurs d’initiation au grade de compagnon, que le baptême eutlongtemps un caractère initiatique, rappelant l’immersion du récipiendaire des mystères anciens; que le règne annoncé par Jésus fut celui de l’égalité et de la fraternité ; que les anciens catéchismes des bûcherons BB.'. CC.'. mentionnent seulement les grades d’apprenti et de maître, mais non les?»e et 4° grades. Le même constate, d’après les Annales ecclésiasti— ques de Baronius, que les laïques avaient, dans les premiers siècles, une part bien plus grande au gouver nement de l’Église; il semble donc opposé aux empiè tements du clergé catholique, selon les tradition galli canes.
62 L’INITIATION Cet anonyme peut avoir été franc-maçon ainsi qu’un certain nombre des Bons Cousins : il sait, en effet, écrire un résumé assez ingénieux de l’histoire des Sociétés initiatiques depuis Moïse ; et ilmêle à son catholicisme quelques idées, contestables pour l’or thodoxie, sur la corruption du gouvernement de l’Église depuis le xn° siècle de notre ère. ‘ Ce qui m’a paru le plus intéressant dans ce manus crit (recopié par un illettré), c’est une tentative pour rattacher l’organisation des Bons Cousins à celle des Églises johannites d’Orient, et par celles-ci aux Essé niens, eux-mêmes disciples de Moïse, c’est-à—dire héri tiers des traditions de l’Egypte et des noirs Éthio piens.
Les Essé‘niens, eux aussi, habitaient de préférence les forêts et les lieux retirés. Philon le Juif et d’autres parlent de leurs signes, paroles de reconnaissance et attouchements secrets. L’anonyme suppose que les premiers chrétiens, lors des persécutions, adoptèrent ces pratiques, et que les lz’gnaz’res ou lignarié sont les ancêtres des Charbonniers.
La tradition nous apprend que Jésus, initié à l’essénianisme, fut en rapport avec des Essénieris charpentiers,maçons, etc. Plusieurs rites des BB.'. CC.'., par exemple le signe de l’équerre, se retrouvent chez les Esséniens (et chez les francs-ma çons) (I). Le bouc révéré chez les BB.'.
CC.'. monta gnards (du Jura) pourrait rappeler la célèbre offrande (I) L’érudit parle vaguement des adhérents à l’ordre de la Liberté, qui portent à la boutonnière du gilet une médaille ayant la forme des tables de la loi, avec le symbole de la li berté sur la face et l’initiale de Moïse sur le revers. . - a
LES BONS COUSINS CHARBONNIERS 63 d’Aaron pour les péchés du peuple hébreu ; ce serait un symbole de la pénitence. Jésus a dit : « La cognée est mise à la racine des arbres : tout arbre donc qui ne produit point de bons fruits va être coupé et fabriqué en charbon. » Ces ter— mes sont symboliques. Les premiers chrétiens n’avaient que trois lumières sur l’autel, etc. Le voyage de Jésus au désert pour être tenté serait son épreuve initiatique.
Le christianisme lui-même (comme, à un degré moindre, le mosaïsme) est une initiation (un ésotérisme, en d’autres termes). Saint Lin de Linus, Essénien et disciple du Christ, avait fondé une église à Besançon vers l’an 54 ; Néron détruisit cette église, et saint Lin alla mourir à Rome souverain poutife. F erréol et Ferjeux, nouveaux apôtres de Besançon, auraient été des Esséniens natifs d’Athènes.
Ils étaient prêtres de l’ordre de Saint-Jean l’Évangéliste. Au mOyen âge, les traditions johanniques furent rapportées d’Asie en Europe par les templiers et un certain nombre de croisés initiés.
La légende dit que Thibaut III, comte de Cham pagne, remit son comté à son fils et vint dans le comté de Bourgogne retrouver son ami Gaucher ou iGaultier, sire de Galois, qui avait été, comme lui, initié en Orient aux formules des premiers chrétiens (johannites) (I). Ils prêchèrent les charbonniers demi (I) Mais c’est Henri Icr qui prit part à la deuxième et à la troisième croisades. Thibaut 111 gouverna de II97 à 1201. Thibaut IV naquit en 1201. (D’Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne). -‘—5_,—‘ c‘ ,. ,. % .fiv/ a. m
64 L’INITIATION sauvages dans la forêt de Chaux, non loin de Dôle. Ils éclairèrent et instruisirent ces hommes grossiers. Une affiliation les unit par des liens plus étroits. L’église en bois de la vieille Loze s’éleva plus tard au milieu de la forêt de Chaux. Les rudes bûcherons formèrent une corporation qui eut sa bannière et vint de très loin assister aux offices sacrés.
Dès le xu" siècle aussi, les templiers eurent d’im portants domaines dans le comté de Bourgogne, grâce à Aymé de Coligny et à Jean de Châlon (I). Très probablement, des initiés johannites tem pliers fraternisèrent avec les Bons Cousins. Les ini tiations auraient eu lieu dans le manoir de la Châ— telaine, près d’Arbois.
Mais des guerres fréquentes, les orages de la Révo lution surtout, amenèrent la décadence de la corpo ration dans le Jura comme dans les départements voisins. La politique devait lui être encore plus funeste.
A Gray, dès la fin du règne de Louis-Philippe, des républicains, imitant les carbonari d’ltalie, se firent affilier aux Bons Cousins (en même temps qu’aux francs-maçons, pour la plupart du moins) et firent des réunions dans les forêts en se couvrant du nom des Bons Cousins. (I) Jacques de Molay, fils de Mathey, surnommé Jean de Longwy, seigneur de Rabon et de Chaussin, était du comté de Bourgogne.
Il est inexact qu'un Beaujeu de la Comté ait été grand maître avant lui : c‘était un Beaujeu du Beaujolais, en dépit de Densod; son sceau, me dit M. le D" Bertin, était un lion et ne ressemblait en rien au sceau des Beaujeu de la Comté.
LES BONS COUSINS CHARBONNIERS 65 En 1848, ceux-ci furent sollicités de jouer un rôle politique. Le 22 décembre I849, à la suite de discus sions très vives, de nouveaux adhérents, qu'on sur nommait les montagnards, furent assez nombreux pour s’emparer de la direction de plusieurs ventes, qu’ils organisèrent en sociétés secrètes politiques pour conspirer contre le Prince-Président.
Les préfets con— fondirent tout naturellement les Bons Cousins paci fiques avec les conspirateurs; et, après le coup d’État criminel du Deux-Décembre, un certain nombre ‘ d’arrestations furent opérées. Le préfet du Jura, dans une proclamation, dénonça « cette coterie aux vastes projets », traita les charbonniers de « canailles », les accusa de fouler aux pieds le crucifix, de vouloir le renversement du Président et le désordre universel (I).
Les modérés, traqués par la police, se décidèrent l’année suivante à se mettre en sommeil.
Le grand maître provincial de l’Est, climat de Franche-Comté, invita les maîtres charbonniers à venir déposer leurs outils et leurs attributs dans une tombe creusée par les apprentis « sur l’ancienne place Dontouva ou d’Entoureva, au milieu de la forêt de Dôle. » Les outils furent déposés en trois temps, après que le Res pectable eut crié un dernier Aram’age.
Un fourneau souterrain fut construit, couvert de terre et d’une croix de bois; une chaîne d’union fut formée par les BB.'. CC.'., qui frappèrent trois fois du pied la terre cou (I) La Cour de Besançon acquitta les BB.‘. CC.‘. sur le fait d’avoir émis des bons de circulation utilisables seulement parmi les bûcherons; le procureur de la République fit appel à la Cour de Dijon, qui se déclara incompétente. »
66 L’INITIATXON W vrant le fourneau. Après une invocation à l’Eternel, le Respectable versa de l’huile et du vin, puis répan— dit un peu de blé sur la place et exprima l’espoir que tous les BB.'. CC.'. présents participeraient à la vie éternelle................ Dans ses dernières pages, ce manuscrit renferme le formulaire d’initiation au grade de Parfait sage de la ualle’edeJosap/zat . . . . . . . . . . . .
A l’orient de la Chambre, en pleine forêt, est assis , le très sage Président, faisant face‘à l’occident sur une estrade de gazon élevée de 7 marches, surmontée d’un tronc et d’un autel orné d’un tableau représentant le Calvaire.
Les deux croix des côtés sont nues; sur celle du milieu est une couronne d’épines, au-dessus de l’inscription INRI ; sur le devant du tableau il y a des corniers, « vers abrisées » des gardes endormis, et dans le milieu une tombe dont la pierre sera levée. Le candidat, entré dans le sanctuaire du Sénat, re nouvelle par serment les engagements qu’il a contrac tés ; puis il monte et descend l'échelle mystique repré sentant le Delta.
La première portion de l’échelle représente le moral, et l’autre la science (i). Ce Collège ou Sénat conserve les traditions initia tiques et les communique seulement à l’élite des voyageurs bûcherons . . . . . . . . . . .
Vient ensuite le catéchisme ci-joint, que je copie textuellement (2). » (1) Union de la science et de la foi à la partie supérieure du triangle. (2) Ce formulaire inédit me paraît pouvoir intéresser les lec teurs de l'Initiaz‘ion.
LES BONS COUSINS CHARBONNIERS « D. Très respectable bûcheron, connaissez-vous le Pélican P R. Oui, très sage Président. D. Que signifie-t-il ? R. Il est le rédempteur du monde, par sa très sage et parfaite humanité. D. Quel est le but du 4° degré ou âge des maîtres parfaits sages bûcherons P R.
Respecter les secrets du Très—Haut, rendre hom mage au suprême Divin Maître de l’Univers et nous humilier sans cesse devant tout ce qui peut nous re tracer son image. Le très sage président dit : Oui, très respectable maître, parfaits sages bûche rons, c’est le but qui nous anime tous. Fléchissons le genou devant celui qui nous a donné l’être. A cet instant le très sage Président frappe et le voile de la vente du conseil suprême est écarté.
Les objets de toute la vente sont dans le naturel d’une immense ' forêt. DÉCALOGUE : I° Ayez pour chef l’interprète de la vo lonté générale des lois. 20 Que les jugements de l’institution sur les besoins de l’ordre sortent du sein de la paix, dela vertu la plus pure, de la sagesse parfaite. . 3° Que l’on obéisse au très sage Président et qu‘au cun n’ignore ses frères Bûcherons. 4° Qu’on écoute avec attention les avis des vieil lards. 5° Défendez l’entrée du sanctuaire de la V.'. et chas— sez de son sein les cœurs haineux, les indiscrets, les
68 L’INITIATION traîtres, les impudiques. Regardez-les comme morts! 6° Que les initiés ne soient point classés dans l’or dre pour l’admission des nouvelles connaissances que par le vœu général des anciens composant le suprême conseil des parfaits sages. 7° Que les jeunes soient surveillés par les anciens comme des enfants par leurs pères. 8° Eclairez les âges inférieurs; faites—leur aimer l’habitude du travail et la science.
9° Pénétrez les secrets de la religion de nos saints fondateurs et communiquez vos idées avec pru— dence (1). 10° Ton âme est immortelle : tu ne feras rien qui puisse la dégrader. I 1° Tu ne feras pas aux autres ce que tu ne vou drais pas qu’ils te fissent, et tu seras parfait sage (a). Le Président Maître très sage est assis sur la troi sième marche de l’autel, à la chambre du milieu dite au sanctuaire.
Les deux mains appuyées sur les ge noux (il) frappe..... . égaux (et deux précipités) et dit: Très respectable I" charbonnier, quelle heure est-il ? — Le 1" charbonnier répond : la L"° heure du jour. D.
Le président très sage: Il est temps de commen cer les travaux, Très Respectables I" et 2° maîtres (1) Ceci me paraît une allusion aux traditions de tolérance des johannites. (2) On voit ici que le sens exact du chiffre Il est celui de la perfection du sage: c’est la véritable explication des I I de grès de l‘échelle (plutôt que le chiffre des apôtres moins Ju das).
LES BONS COUSINS CHARBONNIERS —,—qF‘—-vv-—rammnW*-® w1 :I9v m, charbonniers garde—ventes, invitez tous les respec tables maîtres Ch.‘. de vouloir bien nous aider à ou— vrir la V.'. le point parfait, Conseil des sages. Les Resp.-. Maîtres I" et 2° gardes obéissent. D. (Le) Très sage président dit : Très Resps. 1er et 2e Gardes V. ' ., les Resps. Ms. sont-ils à l’ordre ? R. Oui, très sage Président. D. Le très sage Président : Mes très Resps. Ms.
Ch.'., vous me voyez accablé de tristesse. Tout a changé de face. Le voile du temple de la nature est déchiré. Le soutien de la Charbx. a expiré sur le bois sacré. Le divin Maître a sué sang et eau. La parole du divin Maître est perdue. . . . . . . . . . . D.
Le très sage Président dit: Premier et second garde-vente, voyez chacun sur vos ourdens; si à l’aide de nos respectables maîtres sages vous ne pourriez pas la recouvrer, alors vous viendrez me la rendre (1). R. Les 1" et 2°G.'. Vs. passentà leurs ourdens (2), demandent bas à l’oreille le mot et le rendent au très sage Président. 1 D. Le très sage Président dit: Très Respx. I"” et 2° G.'.
V.'., à présent que la parole est retrouvée, que nous reste-t-il à faire P R. Le 1‘" G.'. V.'. Très sage Président, respecter les décrets du Très Haut, rendre hommage au grand et divin Maître de l’Univers, et nous humilier sans (I) Ceci semble bien indiquer les tendances mystiques des Vaudois et des néo—johannites à rappeler les traditions de la primitive Église. I (2) Lieu de travail (du latin ordo).
70 L’INITIATION cesse devant tout ce qui peut nous retracer son image, et l’invoquer dans nos besoins. D. De quelle forêt êtes-vous ? (dit le très sage Pré sident). Ou: d’où venez-vous—vous, mon frère cousin sage P R. De la Forêt du Mont-Liban I). D. Par où avez-vous passé ? R. Par la Judée. D. Qui vous y a conduit? R. Un très respectable Maître. D. De quelle forêt êtes-vous ? R. De la forêt d’Arbois. D. A quoi y connaitrai-je ? ’R.
Par ’ma parole, signe et attouchs. D. Donnez-moi le signe. R. On le fait. D. Donnez-moi l’attouchement. R. On le donne. D. Donnez—moi la parole. R. Je ne puis vous la donner sans votre aide : don nez-moi la première aide et je vous donnerai la se— coude. R D. R. D. Que veulent-elles dire ? R.
IN RI, mot sacré des maîtres parfaits sages Charb.'. du point parfait sage. (1) Ces dénominations (frère Mt Liban) indiquent des in— fluences de la maçonnerie. ’.>.:Ï:
LES BONS COUSINS CHARBONNIERS 71 W7»..m> v.1."’."<r . '1' 9, < ,a. ra”: '. T‘ql’fl5" l " D. Comment êtes-vous (porte 2) de ce 4." âge du de— gré des sages du suprême Conseil ? ' R. Par les trois vertus théologales qui m’ont été communiquées aux trois Passages charbonniers. 1° à l’app.‘. ma Foi; 2° au Compx. mon Espérance; 3“ à la Maîtrise, ma Charité. D. Vous connaissez donc le Pélican P R. Oui, très sage Président. D. Que signifie-il ? R.
Il' est le Rédempteur du monde par sa par faite humanité. Le modèle des maîtres parfaits sages. D. Quel est donc le but des maîtres du point par fait sages charb.‘. P R. Respecter les décrets du Très-Haut, rendre hom— mage au suprême, grand et divin maître de l’Univers, et nous humilier sans cesse devant tout ce qui peut nous retracer son image. Le très sage Président dit: Oui, très Resps. M.'., parfait Charb.‘., c’est le but du vrai sincère B.'.
C.'. M.'. parfait sage. Mes F.'., fiéchissons le genou devant Celui qui nous a donné l’être. Après ces mots, on se met à genoux comme à l’ou— verture, et lorsque la prière est faite, le très sage Pré sident ferme la V.'. du suprême conseil de pointpar fait..... » .. L’auteur du manuscrit rappelle que le Delta est trouvé par le récipiendaire du Royal-Arche, 13e de gré des illuminés du rite écossais et que plusieurs w,- . fr".—"j‘vf {.rv—r‘ - .. .»
72 L’INITIATION grades de ce rite sont sous le patronage de saint Jean l’Évangéliste. Ces traditions johanniques se retrouveraient donc à la fois dans l’écossisme et dans l’association des BB.'.
CC.'., soit que ces deux fraternités se rattachas— sent réellement aux templiers, soit qu’au contraire la charbonnerie des hauts grades (récents comme on sait) ait été organisée par des maçons du rite écossais, N’ayant été initié à aucune de ces sociétés, je laisse à d’autres le soin de conclure d’une manière plus affir mative. CII. GODARD. DE ©Itttl‘r‘tll IRE SGIBHLÏI...
Au fur et à mesure qu’on avance dans l’étude des sciences humaines, on éprouve avec plus de netteté et plus d’angoisse ce cruel désenchantement qui suit infailliblement toutes les jouissances passagères; et les plus profonds savants, les érudits les plus uni ver sels ont connu cette déception du naufragé sous qui se brise la branche qui le soutenait au bord de l’abîme.
Alors c’est la détresse immense de l’épave longtemps roulée par l’eau bourbeuse et folle vers le but mysté rieux de l’inacceptable annihilation. Corneille Agrippa écrivit: De la vanité des sciences ; Montaigne et Renanont enseigné le scepticisme.ai mable ; Pascal vécut dans la torture du doute; Rabe—
DE OMNI RE SCIBILI 73 lais mourant souriait, avec sa gauloise bravoure, au Grand peut-être qui l’appelait... Seuls, ceux des pen seurs qui, plus faibles, se créèrent un fétiche — d’or gueil égoïste ou de religieuse humilité, de haine ou d’amour, de noblesse ou d’avarice, — seuls ceux qui eurent foi en un idéal quelconque même ignoble, même athée, vécurent avec placidité, même au sein des pires tourments extérieurs.
Mais qui donc, parmi les audacieux dont le regard fier a librement sondé les ténèbres des choses visibles n’a pas, à quelque époque de sa vie, répété comme l’empereur romain: « J‘ai tout connu, et tout n’est rien ! » Heureux alors le pusillanime qui, palpitant encore de l’épreuve subie, consent à oindre sa bles sure du baume illusoire de quelqu’une des croyances d’abord rejetées!
Il mourra tranquille en son rêve, non parce que le rêve lui assurera la sécurité, mais parce qu’il aura la volonté lâche de jouir avec persis tance de cette tranquillité que lui-même aura faite en son cerveau halluciné ; moine, il se trouvera au large en l’étroite prison du dogme; capitaine, il contem plera le front auréolé de la gloire, et non ses pieds souillés de sang; cocu, il dormira confiant dans les bras de sa femme; académicien, il proclamera serei— nement la science infaillible; épicier, il saura ne voir le monde que par—delà ses bocaux; et il expérimentera de la joie humaine tout ce qu’elle a de plus pur et de plus intense; car il ignorera — volontairement — le mauvais côté des choses, et ce qu’on ignore ne fait pas de mal. Mais qu’importe le rêve à la réalité? S’il n’est pire
74 L’INITIATION W;L . Wlflg& æufl.f ». . ... .j Ï sourd que celui qui ne veut pas entendre, cette feinte surdité ne saurait éteindre la terrible voix du Sphinx hurlant au plus profond du cœur de l’homme : « Qui es-tu? D’où viens-tu ?
Où vas-tu? » Cette voix, qui n’a rien de commun avec l'épicerie, le cocuage, la gloire, l’académie ni le dogme, cette voix est réelle; les questions qu’elle pose contiennent implicitement toute la science; et les vaillants qui l’ont écoutée et ont tenté de lui répondre ont appris en premier lieu l’inanité des manifestations sensibles.
Le premier de gré du savoir est celui où l’on comprend que l’homme n’est rien de ce qui a trait au monde éphémère ; c’est à ce stade qu'on éprouve et qu’on affirme : « J’ai tout été et tout n’est rien. » C’est là le premier'signe de l’alphabet de la science universelle.
Arrivé à ce point, l’homme, enfin bientôt réalisé voit à nouveau s’ouvrir devant lui les deux voies qui mènent à l’étape finale de son cycle actuel; suivant les puissances acquises par lui durant son évolution antérieure, et suivant ses besoins du moment, il pro cédera, en ses nouvelles études de la chose éternelle, par intuition ou pardéduction.
L’intuition le c‘onduira plus rapidement, mais avec moins de sécurité, peut— être, au mysticisme et à l’illumination ; par cette mé thode —— exclusivement expérimentale et même em pirique, quoi qu’en aient dit les ignorants — il appren dra à ignorer les apparences et à ne connaître que les essences ; il s’efforcera, plus tard, d’atteindre même l’essence de tout, le point central d’où son esprit réin tégré pourra s’irradier à volonté vers chacun des points de la circonférence universelle: dès lors, uni
01-: OMNI RE SCIBILI 75 fié à la cause première de l‘être, il s’identifiera sans peine aux diverses causes secondes de tous les diffé rents êtres; et, pénétrant au plus profond de chaque entité individuelle ou collective, incorporée ou abs— traite. il aura la science totale.
Par la voie déductive, l’homme qui sait déjà qu’il ne sait rien, transposant au plan synthétique les mé thodes d’investigation utilisées en certaines sciences particulières, groupera les faits, étudiera leur concor dance analogique, calculera leurs résultats, se con vaincra de l’unité du procédé évolutif, en quelquecir constance qu’il se manifeste, et parviendra de la sorte, par la connaissance approfondie d’une seule évolution spéciale, à posséder la science de toutes les évolutions possibles; en un tableau unique, suivant un éternel schéma, et d’après la loi qui régit les nombres, il verra vivre ainsi devant lui tout le passé, tout le présent, tout l’avenir ; il comprendra et déjouera l’illusion du temps et de l’espace et les illusions moindres qui en découlent: il sera enfin pénétré par l’évidence del’unité dansl’éternité et, vainqueur de l’énigme d’être, il par lera, savant impeccable, le même langage — humble et sublime — que l’enthousiaste illuminé.
Car ils auront, l'un et l’autre, pénétré dans le Temple de la vérité nue, de la Beauté sans forme, de la Bonté pure, qui sont les attributs de l’Essence une. Or ces choses ne peuvent être comprises de l’es thète qui croit à l’art humain, du savant qui ne con— naît que les lois transitoires, du moraliste qui apprécie seulement le bienet le mal dans leur relativité. Les conceptions officielles ou populaires du Bien, du Beau,
76 L’INITIATION du Vrai reposent sur les différences qui distinguent. qui divisent les choses entre elles; c’est le culte de la multiplicité, de la désintégration, de l’égoïsme, de l’anarchie, de la mort. La théorie ésotérique de la Bonté, de la Vérité et de la Beauté tend à synthétiser les êtres par leurs points de contact ; c’est la religion de l’unité, del’intégration, de l’altruisme, de l’harmonie, de la vie.
Il n’est donc pas possible qu’un même cerveau s’assimile toutes les sciences par les procédés actuels d’éducation, puisque ces différentes sciences s’excluent réciproquement, ou sont tout au moins privées de lien commun ; mais il n’est pas plus possible que la mé r thode occulte d’étude n’entraîne pas le chercheur qui l’adopte à connaître tout, puisque tout est solidaire et que chaque chose qui découle de la précédente et conduit à celle qui suit, en cette antique méthode qui est la véritable théosophie et à laquelle, sans doute, nos aïeux, les Atlantes, durent leur formida ble puissance. MARIUS DECRESPE. __-... ..i
PARTIE LITTÉRAIRE MSGOURS SUR LA MŒR’I” DE NARŒISSE OU L’IMPÉRIEUSE MÉTAMORPHOSE—THÉORIE DE L’AMOUR Par SAINT—GEORGES DE BOUHÉLIER (Vanier, éditeur). Narcisse meurt, mais il ressuscite transfiguré, « trans substantié ». Maintenant il veut « tour à tour être une herbe, un caillou blanc sous de souples eaux, cette feuille qui se crispe et éclate. — Ahl s’écrie-t-il, ne res tons plus au dedans de nous. La nature à le droit de nous vaincre !
L’héroîque métamorphose que me fit su— bir l’Amour en interprète le désir. » Et il chante les roses, les montagnes, les « glauques et hautes forêts ». l’aube qui « de la colline descend vers le val » et dont la c blanche écharpe que l’ombre irise » flotte, diaphane; les meules fortes qui « fiamboient sous la torche de l’aube »; la rose « tout humectée à cause des pluies D; la source, cette retentissante grotte... > Il chante... mais personne ne l’entend...
Avant l’impérieuse métamorphose, Narcisse symboli sait, nous semble-t-il, les poètes artificiels, les écrivains dilettantes, les parnassiens et leurs successeurs immé— diats; ceux qui s’immobilisent en la contemplation exclusive de leur moi, et ceux qu’un « goût excessif pour l’extraordinaire » porte à « l'ektravagance ». Narcisse métamorphosé est devenu le chantre de la ' '4(y‘lw :——'*
78 L’INITIATION Nature, transsubstantié en elle. Il est le poète tel que le conçoit M. Saint-Georges de Bouhélier. Et M. de Bou hélier veut être ce poète-là, et il l’est. Cette interprétation du mythe de Narcisse et l'appli— cation qui en est faite sont peut-être nouvelles en notre littérature.
L’Envoi et la Critique du livre qui suivent le Discours proprement dit, exaltent, héroïsent, les artisans, les bou viers, les bûcherons, les maçons, disent encore avec plus de développement, avec plus d’insistance, le devoir du poète, qui est de communier avec la nature, de s’in corporer en elle entièrement. ( J’envisage, dit M. Saint-Georges de Bouhélier, comme si j’étais Dieu; comme si je vivais dans les houil les, les rocs, les fontaines, les airs ; comme si la Terre avec le ciel — en moi — s’étaient transsubstantiés. ( Je chante, dit-il encore: une Rose, l’Aurore, la Mer ; ce sont leurs âmes mêmes qui par moi s’expriment.
Petites divines âmes en exil, toutes mes paroles palpi tent, tremblantes, extrêmes soupirs qu’exhalent en expi rant les choses. ) Ailleurs : ( Tout palpite, tressaille eucharystiquement. Il faut considérer les choses comme de saintes et ardentes hos ties. — Le Poète, sous les apparences, surprend les petites âmes qui dorment. Il les appelle et elles se lè< vent, car il est semblable à l’Amour.
Or il les mène en Paradis. » Et il termine son livre par ces mots : « Ce que je pense, la Terre elle-même l’a médité! — Je suis un roc qui crie, — ou une jonquille, un astre! ) Voici une définition vraiment remarquable que je cueille en passant : « Un hymne est un Monde transverbe’. » Ces extraits ne peuvent donner qu’une faible idée de ce livre étrange, étrange par sa forme plutôt que par les idées, étrange aussi et surtout par l’exceptionnel tem— pérament d’écrivain qu’il manifeste.
Mais il n’est pas parfait. Il y a, en ce livre, certains mots — tels que glauque, écarlate, houille, -— qui re viennent trop souvent sous la plume de M. S.-G. de
DISCOURS SUR LA MORT DE NARCISSE Bouhélier. Le style manque quelquefois de précision : trop d’épithètes ne conviennent pas. Il nous semble, en outre, que le livre gagnerait à être mieux ordonné, — surtout parce que didactique. Le lecteur est obligé — pour saisir la pensée entière de l’écrivain —— de rappro cher lui-même les idées semblables. Ce travail, qui exige un grand effort de mémoire, devrait lui être épargné.
Ces observations, nous ne les aurions point faites si nous ne tenions M. Saint-Georges de Bouhélier pour un écrivain qui a plus que du talent et à qui un grand ave nir est sans doute réservé.0n ne critique que ce qui a de la valeur. M. de Bouhélier n'a pas besoin d’ailleurs que, par charité, on lui prête des qualités. Il en a assezà son actif.
Il écrit une langue brillante, très colorée, riche d’expressions heureuses et d’images neuves, hardies, formant parfois tableau. Les idées éclatent sous les mots, ainsi que — dans certains fruits lorsqu’ils sont mûrs, — les graines sous leur enveloppe. La phrase est musicale souvent.
Pour M. S.-G. de Bouhélier, « ce n'est pas le poète qui crée le rythme (ainsi que l’a prétendu Mal larmé), mais c’est le rythme essentiel des choses qui scande et dirige le Poète. » Cet écrivain, d’une belle et noble intransigeance litté raire, est un ,sacerdote convaincu, célébrant, selon ses multiples rites, la Nature mystérieuse et splendide.
Son Discours sur la Mort de Narcisse est le magnifique et pré cieux bréviaire de l’Annonciateur, du poète de Demain. *'tt PAROLES VERS ELLE, par Albert Fleury. —— Librairie de I’Art Indépendant. Tourné vers le miroir qu’est son âme,le poète s’y voit, s’y lit. Il voit son propre reflet, l‘image de son rêve, sa forme complémentaire, sa chimère, sa madone.
Cette madone est son chef-d’œuvre de gloire, le bloc idéal dans lequel il a sculpté une effigie inconnue. 11 y lit qu’elle n’existe que par son rêve, et que c’est lui qu’il aime en elle. Il la sent, la respire. Elle l’obsède. La voici. Elle passe dans le chemin. Elle est simple et
80 L’INITIATION sans nul dédain fier. Elle ne porte point de lis, elle ne porte point de roses. D’aucune spécieuse parole Vaine, mensongère et frivole Elle n’enguirlande ses rougeurs ; Elle eut des gestes enfantins Et de surhumaines bontés. chante le poète. Elle lui fut douce aussi, et caressante et indulgente, indulgente pour sa vaine fierté, d’ Une indulgence royale et sororale.
Aussi ces vers, ces paroles d’amour Doivent aller vers Elle Bien doucement, comme un murmure d’eau sur les cailloux, Ou comme une âme d’encensoir Qui s’évapore Triste et mystique dans le soir. Mais le rêve s’est fait chair. La chimère qu’il poursui vait est là, près de lui. Il la tient; elle est à lui. Le voilà homme! Et le poète se raconte, raconte l’his toire de son cœur sincèrement, ingénument, sans pose.
Il sonde, fouille les plis et replis de son cœur. Il dit son orgueil qui agonise, sa chute et sa rédemption, les tressaillements de son cœur, ses béatitudes et aussi ses déceptions. Il dit l’infini des désirs, leur réalisation com— bien imparfaite, et la vide et douleureuse réalité; puis la séparation, le départ, l‘absence, sa;mélancolie, le remords et le doute qui le tenaillent. ' Les roses sont ef’feuillées, les grands lis flétris.
Son cœur pleure. Les souvenirs pleurent aussi dans son âme, surtout par les soirs triste. Le poète maintenant a accepté la vie; il s’est résigné à la mort des choses, des amours égoïstes. Il est presque un dieu I... En ce recueil, il est de tendre mièvreries, des senti ments frêles, ténus, des paroles menues et charmantes. De certaines pages s’essorent comme des papillons légers et des âmes exquisement parfumées de bergères ou de Lus-I“4J
DISCOURS SUR LA MORT DE NARCISSE 8I .im,. . marquises échappées de quelque Watteau. Et ce sont des paroles chuchotées, des envols de petits baisers, des chant doux de violes entendues dans le lointain, beaux et purs comme des rêves blancs, séraphiques. Le ton est d’abord discret, intime. Il s’élève, va crescen do, s’amplifie et devient, vers la fin, large et profond comme la mer est large et profonde.
Le style s’adorne parfois d’images neuves, belles, imprévues. Le vers est polyphonique ; il se plie à tous les mouvements, à toutes les inflexions de l’idée. Aussi le rythme est-il varié et nombreux, souvent indécis, et flottant, sans heurts, et caressant et berceur. La langue est limpide comme l’eau d'un blanc ruisseau. M. Albert Fleury est dans cette œuvre moins inégal que dans les Evocations. Certaines pièces, entre autres les dernières, me paraissent parfaites. JACQUES BRIEU.
BIBâE@GÆ-ÊAEEEE hE SPIRITISMR E’l‘ h’ËNÈRÜHIË DEVANT LA SCIENCE ET LA PH1LOSOPHIE par J. Bouve’ry. Un volume in-8, prix 3 francs. (Chamuel, éditeur.) Un livre signé J. Bouvéry ne peut qu’être le reflet des qualités bien connues de son auteur : la loyauté absolue et la parfaite tolérance vis—à-vis de toutes les écoles spi ritualistes.
De plus nous pouvons dire sans crainte de démenti que c’est le premier ouvrage d’un spirite pré sentant des marques d’une érudition étendue et solide. C’est là le premier cachet bien original de cet ouvrage. Mais il a encore d’autres qualités des plus sérieuses. Analysons donc ce travail de notre mieux. Il est intitulé le Spiritisme et l‘Anarchie devant la bcience et la Philoso phie.
Sur les quinze chapitres, quatorze sont consacrés à l‘examen du Spiritisme devant la Science et la Philo sophie, et un seul, le dernier, à quelques déductions sur les anarchistes. On peut donc trouver que l’auteur au rait mieux fait en supprimant et l'Anarchie sur sa cou verture; mais c’est là une pure critique de forme.
Dans un style clair, facile à suivre, et captivant, l'au— teur rajeunit, grâce à sa connaissance des diverses écoles spiritualistes, les arguments que, de par les faits, nous opposons tous aux écoles positivistes et matérialistes. Signalons spécialement le chapitre in consacré au Pé risprit dont il est fait un excellent historique, bien que non encore tout à fait complet.
Les chapitres iv, V, VI, sont consacrés à l’étude cri— tique des faits spirites les plus connus. Avec le cha pitre Vii, nous abordons la question des possédés et de l’incarnation; enfin le chapitre Viii nous transporte en
SPIRITISME ET ANARCHIE 83 plein Orient, et nous retrouvons dans le Dalaï Lama un initié du plus grand caractère. Dans l’exposé du problème des incarnations (chap. 1x) nous eussions voulu voir l’auteur faire des emprunts à l’excellent travail publié sur ce sujet par le DIF Pascal (1) et discuter les traditions gnostiques ainsi que les ensei— gnements d'0rigène qui ont servi de point de départ à Allan Kardec et que celui—ci a beaucoup résumés.
Le chapitre x traite de la fraude, le chapitre xr de l’ac— tion spiritualiste que n’ont pu avoir les religions, et avec le chapitre xn nous abordons le côté philosophique et historique de la question. Nous nous trouvons en pré sence du Socialisme et nous voyons comment Bouvéry Critique, au nom du Spiritisme, certaines utopies socia listes. C’est à ce propos que Bouvéry se demande si les pre miers hommes étaient des fils de singes et des brutes.
Admirons ici l'érudition réelle qui a soutenu dans sa réfutation la généreuse ardeur de l’auteur. Quel dom mage qu’il n’ait pas étudié davantage Fabre d’Olivet dans son Histoire philosophique du genre humain bien qu’il connaisse de cet auteur la Langue hébraïque! Bouvéry aurait trouvé là la solution complète du problème qui l’a tant intéressé et dont il ne peut qu’entrevoir une des faces.
Mais, malgré tout, le chapitre est digne en tous points des plus grands éloges ainsi que le suivant (chap. X111)qui en est en quelque sorte le développe ment philosophique — et qui aborde avec audace la ré— futation des deux grandes causes darwiniennes d’évolu tion: la guerre et la sélection. \ C’est la théorie occultiste des « images astrales » que l’auteur étudie au chapitre XIV, et nous sommes en— chantés de voir cette théorie mise ainsi au jour dans le milieu spirite.
Que dire aussi de cette affirmation: ( La Planète est un corps vivant, elle subit comme le corps de l’homme l’in— fluence de l’état moral et physique de l’humanité »; mais c’est du Paracelse tout pur, c’est un des points fonda (1) Dr Pascal, la Réincarnation, 1 vol. in-8, chez Chamucl.
84 L’INITIATION mentaux de la tradition occultiste; un pas de plus et Bouvéry découvraitla loi secrète des huit pôles terrestres. Aussi ne pouvons-nous que le féliciter bien vivement. Après tout, Bouvéry est—il spirite ou occultiste ou autre chose?
Je crois, que comme tout être sincère, notre auteur a horreur des petites chapelles : il est spiri tualiste unioniste, et son livre nous montre qu’il a su de mander des arguments à chaque école loyalement et sans chercher les finasseries sectaires qui ne font du tort qu'à ceux qui les emploient.
Le mot < Spiritisme » correspond pour nous au mou Spiritisme » correspond pour nous au mou vement créé par Allan Kardec en 1850 et ne remonte pas plus haut. Mais, si un auteur veut appeler spiritisme — la Magie évocatrice des Chaldéens, la Nécromancie des Egyptiens et même la Théurgie des Indiens, irons-nous l’accuser et l’accabler de récriminations ? Pourquoi faire? Enten dons-nous sur le sens des mots et soyons tolérants.
En 1889, grâce à Bouvéry, on a pu voir l’union des spirites,des occultistes et des théosophes et de là est sorti le Congrès de 40.000 adhérents, auquel les occul— tistes ont donné un joli coup d’épaule. Le comité de propagande a cru être très malin en éliminant les occul tistes. Quel a été le résultat? Les divisions des petites chapelles sont devenues telles qu’il a été impossible de faire même un congrès simplement spirite depuis cette époque.
J’ai formé le projet d’un Grand Conseil du spi— ritualisme permanent. Mon ami Amo de son côté a fait des efforts considérables pour constituer une union spi— ritualiste universelle. Les questions de personnes ren— dent la tâche difficile en France. Qu’avons-nous fait?
Nous avons, nous les occultistes, transporté le centre de nos efforts ailleurs,et,pendant qu’on se dispute ici et que les uns jalousent les autres, nous avons réalisé en Amé rique la grande union qui semblait si utopique. A l’heure actuelle, c’est fait.
Grâce à notre délégué général le Dr Blitz,le comité qui a organisé le congrès des religions, s‘est remis à l’oeuvre à Chicago pour organisér cette fois le Congrès de Paris en 1900, congrès du Spiritualisme. Toutes les forces spiritualistes de l’Amérique du Nord sont groupées, et la réunion générale m’a fait le très
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES 85 grand honneur de m'élire président d'honneur. C’est un mouvement comprenant 40.000 spiritualistes américains qui est groupé, grâce au D' Blitz. Aussi allons—nous prendre résolument notre marche en avant et allons-nous convier les spiritualistes de France à nous suivre. Si le Destin ne nous barre pas la route, nous referons un Con grès digne de notre pays et de sa réputation.
L'ou vrage de Bouvéry vient à point. Qu‘il se remette avec nous à l’œuvre, et le succès est assuré; qu'il reçoive encore toutes nos félicitations pour son bel effort et son beau livre. PAPES. *ËRÛUPE ÊNDÊPENDART D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES QUARTIER GÉNÉRAL. — Paris.
Nos amis savent que nous avons dû suspendre l’activité du Quartier Général pour nous vouer à la culture intellectuelle dans les Grou pes fermés et dans la Loge Martiniste des nombreux membres qui étaient venus à nous. Cependant l’activité n’a cessé de régner dans les Branches, ainsi qu’on le verra par les rapports ci-joints. Pour cette année, nous avons décidé la réouverture partielle des travaux du Groupe au Quartier Général.
Des conférences seront données, des réunions amicales organisées, et des petits groupes ouverts seront consti— tués. Parus. P. G. E. Des nombreux rapports déjà arrivés de nos diverses branches nous détacherons pour aujourd’hui les plus im portants. ÉTATS-UNIS D’AMERIQUE. —- Le succès le plus considé rable au sujet de la propagande a été obtenu aux États Unis grâce aux efforts incessants du D“ Blitz, notre dé
86 L’INITIATION légué général. Après avoir ouvert seize États au Marti— nisme, le D“ Blitz a pris à tâche de reconstituer sous les auspices du Groupe ésotérique la Grande Union spiritua liste de toutes les forces de l’Amérique.
Après une active période de propagande que nous avons, ici, gardée secrète pour éviter tout embarras, le Dr Blitz a pu réunir à Chi cago au commencement de septembre un grand meeting formé des représentants de tous les partis spiritualistes. Après le discours de Blitz, la réunion m’a fait le très grand honneur d’élire Papus comme Président hono raire, ce dont je la remercie du fond du cœur.
Cette re connaissance de mes efforts pour le triomphe de la cause spiritualiste sans distinction d’écoles est une récompense qui rachète amplement les ennuis et les injures qui ont accompagné mon œuvre de réalisation.
LE CONGRÈS SPIRITUALIS’I‘E DE PARlS EN 1900. — La réunion a décidé de s’occuper activement de l’organisa tion de l’Union spiritualiste en Amérique et d’un grand Congrès spiritualiste en I900, si le destin permet d’arri ver jusque-là. Le comité qui a organisé le Congrès des Religions à Chicago a pris en mains l’organisation de ce Congrès appuyé par les représentants de 40.000 spiritualistes américains de toute école.
Cette décision dicte notre conduite, et nous avons l’honneur d’annoncer officiellement à tous les journaux, groupes et sociétés spiritualistes, d’Europe,que nous prenons sur nous d’organiser en 1900 à Paris un Grand Congrès spiritualiste sans distinction d’écoles. Le Congrès sera organisé sur des bases aussi larges que possible ; mais, comme nous ne pouvons être arrêtés par la défection de tel ou tel groupe, nous passerons outre.
En 1889, c’est la méthode que nous avons fait adopter et qui a réussi. -Voilà donc ce que nous devrons à l’action des États Unis. Ce Congrès uniquement spiritualiste n’a pas l’ampleur du Congrès de l’humanité organisé sous l‘influence de notre ami Amo et auquel nous nous rattachons toujours pleinement. Un Congrès ne pourra qu’aider l’autre sans lui nuire en rien, car le Congrès spiritualiste formera
GROUPE INDÊPENDANT D'ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES 87 sans doute le gros noyau du Congrès de l'humanité. Benorqua. — Si les États-Unis tiennent la tête des Branches par la propagande, c'est à la Belgique que re— vientla palme pour le travail intellectuel.
ORDRE DU JOUR DU CENTRE: Par décision spéciale du Comité de Direction du Groupe Indépendant d'études ésotériques, LA BRANCHE VISCUM D’ANVERS (Belgique) est portéeà l'ordre dujnurda toutes les branches du Groupe et recevra un Grand di plôme d‘honneur pour le résumé et la publication des tra vaux de la Branche durant l'année 1895-96.
Le délégué lgénéral pour la Belgique, MICHAEI., recevra un diplôme d’ onneur pourle succès avec lequel il a di rigé le mouvement ésotérique en Belgique, depuis sa nomination. Des témoignages de satisfactions sont accordés aux membres suivants de ( Viscum > : M. \Nittemans, M. Gilon, M. Van-Rymenant, M. Lau reys. De plus, le Quartier Général offrira à la Branche un certain nombre de volumes pour ses études.
Approuvé et promulgué: Le Président du Groupe. PAPUS. Le Directeur adjoint, SÉDIR. Le Secrétaire, SISERA. BRANCHE Pou.ux. — Un témoignage de satisfaction est également accordé à M. J. Fiévet pour la direction qu‘il a donnée, pendant l’année 1895-96, à la Branche Pollux de Liège. Le rapport sera ultérieurement publié.
ESPAGNE. — Deux témoignages de satisfaction sont ac cordés pour l'Espagne le premier au R. de Aldao Eyme rich, délégué général, etle deuxième au Dr Bercero pour son excellente traduction de l'Etat de Trouble. ITALIE. -— Nous rappelons les diplômes d’honneur ac cordés à nos frères d‘Italie F. Bruni et Hoffmann où l'occultisme prend aussi un grand développement.
88 L’INITIATION Étude de l’action des diverses radiations du spectre solaire, sur la végétation, de M. C. FLAMMARION, présenté à l’Acadé mie des Sciences par M. FAYE (I). Nous avons entrepris, à Juvisy, l’étude des diverses radiations du spectre solaire.
Un actinomètre enregis treur de Violle à thermomètre blanc et noir conjugués, un actinomètre vaporisateur, un radiomètre de Crookes, un enrigistreur des heures du soleil, diverses séries de thermomètres coloriés, sont en observation constante et pe‘rmettent de calculer les calories, reçues suivant les saisons, suivant les heures du jour, l’état de l’atmos phère, etc. Le but de ces travaux est également de re chercher s’ily a quelque relation au fond de notre at— mosphère, et dans la question si complexe des climats entre les calories reçues du soleil et l’état de cet astre lui-même.
Au cours de ces études, il nous a paru intéressant d’examiner l’action particulière du soleil sur la végéta— tion, laquelle est, elle aussi, une transformation de l’éner gie solaire. ‘ Quels sont les rayons du spectre qui agissent avec la plus grande efficacité?
On peut distinguer les rayons lumineux des rayons calorifiques et des rayons chimiques, chercher les carac tères qui différencient les radiations lentes de l’extré mité rouge du spectre, et les radiations rapides de l’extré mité violette, trouver quelles sont celles qui exercent l’influence la plus favorable sur certains phénomènes de la vie végétale.
Dans ce but, nous avons fait construire des serres vi— trées de verres soigneusement examinés_au spectroscope, Il a été impossible de trouver des verres violets parfaits malgré l’examen de vingt—deux échantillons: ils laissent tous passer des rayons rouges, verts, etc. Nous avons pu obtenir des verres bleus très voisins du violet, qui ne se laissent traverser que par des rayons de l’extrême droite du spectre.
Les verres rouges sont presque mo nochromatiques, ne laissant passer qu’un peu d’orangé. Les verts sont moins satisfaisants. Nous avons placé ainsi l’une à côté de l’autre, et dans (I) Comptes rendus hebdomadaires.
LE SPECTRE SOLAIRE 89 les mêmes conditions météorologiques, trois serres, rouge, verte et bleue, auxquelles nous en avons adjoint une blanche transparente comme type de comparaiaon pour la lumière totale. Afin de nous rapprocher autant que que possible des conditions de la nature et d’éviter une trop grande élé vation calorifique, ces serres sont aérées. par un cou rant d’air dirigé du sud au nord.
La lumière extérieure ne peut pas pénétrer toutefois, même par un reflet, dans l’intérieur des serres colorées. Parmi les nombreux résultats obtenus, il nous parait intéressant de signaler les faits observés sur des Sensi tives. Ces sensitives, semées toutes le même jour (7.5 mai 1895), dans le même terrain, mesuraient environ 2 cen— timètres le 4 juillet.
Nous avons fait alors un choix de plants égaux, que l’on mit en pots dans du terrain par— faitement homogène, et qu’on laissa sous châssis. Le 19" août, les pots contenant chacun deux sensitives de om,oz7 de hauteur furent placés dans les serres. Dès le 15 août se manifestaient des différences de taille, de coloration et de sensibilité.
Ces différences s’accen tuant de plus en plus, nous avons enregistré la marche de développement sur la plaque impartiale d’un appareil de photographie. Voici les résultats obtenus: ROUGE VERTE BLANCHE BLEUE 6 septembre... . . 0m,220 om,ogo otogS om,027 27 septembre.....
0‘”,345 om,150 o“,o o 0‘",027 22 octobre....... o",4zo O“,152 0“‘,100 o“,oz7 Ainsi les sensitives dela serre rouge ont pris un déve loppement extraordinaire et ont atteint une taille quinze fois supérieure à celle des plantes de la serre bleue, qui sont restées absolument stationnaires.La lumière rouge a produit l’effet d’un engrais chimique.
La sensibilité de la rouge avait atteint un tel degré que le plus léger mouvement, un simple souffle, suffisait pour voir ses folioles se fermer et ses branches tomber toutes d’une pièce. De plus elle a fleuri dès le 24 sep tembre. La blanche, au lieu de s’élever, a pris plus de force et
90' L'INITIATION et une grande vigueur, elle a montré des boutons flo raux, mais n’a pas fleuri. La sensitive rouge a un feuillage plus clair que la blanche. Celle-ci est plus pâle que la verte ; la bleue est plus foncée, La différence de température n’a pas été con sidérable entre les serres: toutefois, la blanche est la plus chaude.
Depuis longtemps déjà, de savants expérimentateurs ont étudié l’action des différentes radiations sur la végé— tation, notamment MM. Pfeffer, Prilleux, Sachs, Guille— min, de Famitzin, Drappe, Paul Bert.
Ce sont les résul tats de Paul Bert qui se rapprochent le plus des jnôtres: toutefois, ses expériences ont été faites, non en pleine campagne, mais dans la serre chaude de la Faculté de médecine, d’octobre à janvier, dans une lumière relati vement faible. Ses résultats classaient le développement dans l’ordre suivant: Lumière: blanche, rouge, bleue, verte.
Nous avons trouvé par le développement en hauteur: rouge, verte, blanche, bleue, et pour la vigueur et l’activité de la végétation: rouge, blanche, verte, bleue. La serre bleue ne laisse pas passer de rouge du tout, Cependant les plantes n’y meurent pas.
Nous avons observé des phénomènes analogues, mais moins bien développés, sur des géraniums, des fraisiers, des pensées, etc. Laissant aux botanistes le soin d’expliquer ces résul tats, nous nous bornerons àfaire remarquer que, d’après les travaux de MM. Dehérain, Vesque, Timiriaseff, En gelman, Wiemer, etc., les radiations rouges et orangées augmentent la respiration des feuilles, l’assimilation du carbone et favorisent la transpiration. Il doit en résulter un accroissement de circulation et de nutrition.
COURRIER BIBLIOGRAPHIQUE 9 I ugnrr '."’ DIS.) ATHANASE KIRCHER. — De la Cabale saracénique et ismaélite, ou, ce qui est la même chose, de la philosophie hiérogly— phique et superstitieuse des Arabes et des Turcs. Traduit pour la première fois en français par JEAN TABRIS. Plaquette sur velin; 50 exemplaires numérotés, en vente chez Cha muel, 2 francs.
Ce petit opuscule, extrait de l’ædipus egyptiacus du célèbre jésuite, a paru dejà dans cette revue, grâce aux soins du savant à qui nous devons déjà de connaître la Maison hantée, et une autre œuvre plus importante de mystique américaine.
Nous trouvons dans la présente traduction une grande planche, hors texte, reproduisant les illustrations de Kircher ; nous croyons rendre service aux amateurs en leur annonçant que les cinquante exem plaires qui en sont mis en vente ne seront sans doute pas réimprimés. «V»‘u L'excellente revue de notre distingué collaborateur, F.
Jollivet—Castelot, vient de terminer, avec son troi— sième numéro, la réimpression de la magistrale étude de Barlet sur la Chimie synthétique. Il sera possible, à ceux de nos lecteurs qui voudraient se la procurer, d'en demander le tirage à part, chez Chamuel. D“ FERDINAND MAACK. —- Die Weisheit von der Wellkrafl, aine Dynamosophia, avec un avant—propos sur les rayons Rœntgen. Leipzig, Otto Weber, 1897, in-8, 70 pages.
L’auteur, président de la Société philosophique de Hambourg, a voué ses travaux à l’étude du mouvement rythmique de l’Univers et de son équilibre; il consi dère l'aimant comme un phénomène original et le sym bole de tout le reste. Pour lui la formule du monde la plus simple est celle-ci: Un plus et un moins, au-dessus un X inconnaissable.
Le tout est un système de forces, ( nous sommes des artistes; nous modelons la force réelle objective avec les formes de contemplation subjectives idéales le temps et l’espace, et avec la forme de pensée polarité : l’Objectif: [Force (Espace + Temps)] Polarité.
92 L’INITIATION Après avoir exposé l’être des forces, le docteur Maack explique leur information; puis il éclaire le dégagement de l’esprit, où se trouve toute une édification physique du monde psychique occulte.
Enfin nous recommanderons particulièrement le cha pitre qui traite des forces occultes; il est d’une telle unité que l’analyse rapide en devient presque impossible; il est particulièrement utile comme documentation au sujet des travaux des chercheurs allemands qui ont admis les phénomènes occultes et qui en édifient des théories scientifiques.
L’homme est étudié ensuite comme médium de la force cosmique; et la conclusion de ce livre est un panthéisme théiste qui s’épigraphie du verset occulte du Pater. Excellente étude, répétons-le encore, et telle que nous en souhaiterions beaucoup de semblables à l’occultisme « scientifique ».
SÉDIR. o au: BARON DE NOVAYE. —- Guerre et Révolution, d’après 45 pro phéties anciennes et modernes; lettre-préface de GASTON MÉRY, Paris, Chamuel, 1896, in-18, 1 fr. 50.
Ce très intéressant opuscule vient à son heure; ce « tableau synoptique de l’avenir », comme l’appelle Gas ton Méry, porte, en effet, avec lui une grande force de vraisemblance et de conviction; l’auteur, fervent catho lique, espère que son livre ramènera un peu les âmes vers les préoccupations spirituelles; c’est aussi notre vœu le plus cher, puisque ce nouvel essor de la Religion ne sera plus, d’après les voyants, entachée de clérica lisme.
« Après avoir fait un choix dans les nombreuses pro— phéties dont nous avons pu retrouver les textes, dit l’au— teur, nous les publierons, et par cette publication même nous prouverons sans peine que les événements passés se sont déroulés comme ils avaient été prédits.
De cette exactitude dans le passé, ainsi que de la concordance vraiment inouïe des prophéties pour le passé comme pour l‘avenir, nous conclurons à l’exactitude des faits prédits et non encore accomplis. Quand nous aurons fait
BBLIOGRÀPHIE 93 défiler tous nos textes devant le lecteur, nous en ferons simplement la juxtaposition quant aux événements futurs, et en conclurons la suite approximative de ce qui nous attend. ) Ce programme a été admirablement rempli par M. de Novaye, et son petit livre doit être lu avec empresse ment par tous ceux qui ne se désintéressent pas entiè rement de la crise sociale actuelle.
SÉDIR. a un MATGIOI. —— Le traité des influences errantes de Qnangdru, traduit du chinois. Parte, plaq. in-8, tirage restreint, 2 fr. M. de Pouvourville,‘qui se dissimule mal sous les pseu donyme de Mogd ou de Matgioi, paraîtàl’heure actuelle un de nos sinologues les plus autorisés. Des preuves de cette compétence, la discrétion m’in— terdit d’en donner au public, la Chine étant le pays par excellence où l’on sait se taire.
Partisan convaincu des doctrines taoïstes, M. de Pouvourville s’est eHorcé d’en obtenir une traduction à peu près satisfaisante ; pas n’est besoin de dire qu’il s’est mis, du coup, en complet dé saccord avec les sinologues; de ces divergences il n’a cure.
« J'imagine, dit-il, queleslois qui régentent le tiers de l’humanité depuis le commencement du monde, n’ont pas à s’émouvoir de l’approbation ou de l’improbarion de quelques Occidentaux de la fin d’un siècle. » C’est dire que pour lui le Tao est l’expression de la grande synthèse ésotérique, et non pas seulement la doc trine de Lao—Tseu.
En face d’un objet si grandiose, toute analyse cesse et toute parole est oiseuse; c’est pourquoi je ne puis que signaler ce très intéressant travail à l’étude des esprits curieux.
Le traité des influences errantes est proprement un traité théorique des forces astrales dans la Nature, en particulier de celles en action la nuit, dans les limbes et les enfers ; on s’y occupe beaucoup des moyens de rega gner une santé compromise; des rites extrêmement simples distinguent ses pratiques. Mais nous sommes séparés de ces concepts par toute la distance ontologique
94 L’INITXATION qui différencie la race du Céleste-Empire de la nôtre; et ceux qui entreprennent de franchir de telles barrières s’aperçoivent vite des immenses difficultés de l’expé rience. SÉDIR. 00‘ Dr L. Mou-nu. — Le diagnostic de la suggestibilité. —Paris, Société d’éditions scientifiques, gr. in-8, de 105 pages, 3 fr.
M. Moutin, dont le nom est bien connu dans le monde des magnétiseurs, publie aujourd’hui sa thèse de docto rat en médecine ;c’estévidemment le meilleur moyen qu’il y.ait de se mettre à l’abri des malveillances possibles du monde médical vis-à-vis des partisans du magnétisme. Ce travail est fort intéressant dans ce sens qu’il montre l’état actuel des médecins quant à,leurs opinions sur la constitution del’homme.
M. Moutin a collectionné avec art la part que les anciens thérapeutes faisaient à la sug gestion dans leurs cures merveilleuses; du moins il l'a fait dans la mesure que comportait et la spécialité de son travail et l’état de ses connaissances en mystique.
La Psy chothérapie, cette branche de la médecine où la sugges tion est verbale, n’en est encore qu’à son enfance; c’est bien pourquoi toute oeuvre consciencieuse faite dans le but de la mieux faire connaître sera toujours bien accueillie surtout si elle est écrite avec la limpidité, l'ordre et l’érudition que l’on rencontre dans le livre du D' Moutin.
SÉDIR. ‘Nluvaams nvaasas Le numéro 140 de la Paix Universelle est consacré presquetout entieràla réfutation d’un article de M. Pierre Giffard du Petit Journal sur le Spiritisme à propos de maisons hantées. Nous conseillons à nos lecteurs la lece turc de ce numéro (5, Cours Gambetta Lyon), auquel nous nous rallions pleinement.
NOUVELLES DIVERSES 95 * 4 4 Les numéros 2 et 3 de I’Hyperchimic, Ig, rue Saint Jean, à Douai (Nord), sont très intéressants, et nous recommandons vivement ce journal à nos lecteurs. M. Raymond Duplantier publie son excellente étude de psychologie occulte dans la Revue Angevine, 4, chaus sée Saint-Pierre, à Angers. Il réfute également quelques opinions erronées sur l’occulte dans l’Avenir de la Vienne du Il septembre I896.
Nous sommes encore obligé, faute de place, de ren voyer au mois prochain notre analyse de l'Esquisse du Tout Unitærsel de Jacob qui est terminée. Nous avons reçu un livre de M. Victor Mauroy intitulé Dieu et les Universaux dont nous parlerons prochaine ment. ' 4 & Le numéro du 22 août I896 du Chicago Times Hcrald donne un résumé de la convocation au grand meeting spiritualiste organisé à Chicago par le Dr Blitz.
Voici les cartes faites à ce propos. DR. EDOUARD BLITZ the American representative of the “GROUPE INDÉPENDAN‘I‘ D'ÉTUDES ÉSOTÊRIQUES DE PARIS” wil be in Chicago during the first week Of September and at the request ofthe committee he will deliver a public address upon this subject \VEDNESDAY EVENING, SEPTEMBER 2nd in the Hall at ROOM 5 [2 MASONIC TEMPLE.
You are cordially invited to attend. * 44 Le mouvement occultiste prend en Amérique des proportions imposantes; le docteur Edouard Blitz a tenu le 2 septembre dernier une conférence au Masonic Hall ._<_.h-—uw-s—- _.
96 L’INITIATION de Chicago sur le Groupe Indépendant d‘Études Ésoté— riques et son organisation. Le vendredi 7 octobre pro chain, il doit présenter, au même local, le plan d’un projet similaire qui centraliserait les différentes asso— ciations ésotériques des États-Unis. Il y sera traité des moyens pratiques de réaliser l’Université libre des Hautes Etudes. Le président du Comité d’organisation est M. P.-E.
Morey, de La Grenge; le secrétaire est M. W. J. Eustace, à. Chicago, P. 0. Box 1154. v: 'llJF La L E] Hermanubis reprendra le cours de ses travauxà partir du jeudi 8 octobre; en dehors de ses membres, les seuls martinistes y sont admis à titre de Visiteurs. Pour renseignements complémentaires,s’adresser à M. Sédir, 4, rue de Savoie, les lundis et samedis de 5 heures à 7 heures.
En outre, le D“ Papus fera, au moins une fois par mois, dans le local de la Loge Hermanubis, une confé rence où seront admis les membres du Groupe, les abonnés de l’1nitiation et du Voile. APPEL EN FAVEUR DE P. VERDAD La Religion Universelle d’août contient un appel des amis de Paul Verdad pour venir en aide à ce courageux combattant de la cause spiritualiste.
Les inimitiés que son indépendance d’esprit lui a attirées de la part des cléricaux et des athées nuisent con— sidérablement au commerce de librairie par laquelle il soutient une vieille mère, une femme et six enfants. —-— Ses amis demandent pour lui une place de confiance; nous reproduisons avec empressement cetappel, et espé rons qu’il sera entendu par un cœur charitable. S.
NOUVELLES DIVERSES v: 45 LIVRES REÇUS ' BARON ne NOVAYE. — Guerre et Révolution d’après les prophéties anciennes et modernes, Préface de Gaston MERY. — Paris, Chamuel, in48, I fr. 50. COMTE DE CHAMBRUN. '— Conférence à sa mission d’Amérique. Paris, Chamerot, I896, p]. gr. in-8°. SOUSCRIPTIONS RENÉ CAILLIÉ Nous avons reçu pour le monument du tombeau de René Caillié les nouvelles souscriptions suivantes: G.-E. G. de Guise (Aisne) . . . . . . . . . . . . . 5 fr. M. G. Ochs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20 Dr Thorion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . IO , M. P.-R. Rainville . . . . . . . -. . . . . . . . . . 25 ; Chamuel (qui a souscrit un des premiers et dont I le nom, porté sur la liste de juillet I896 de l’Initiation, n'a pas encore été reporté sur les suivantes)... . . . ._. . . . . . . . . . .. 20 80 Liste précédente 23 I Total. 3II fr. Le Gérant: ENCAUSSE. roues. — IMP. E. ARRAULT ET c", RUE DE LA PRÉFECTURE, t).
VIENT PARAI’IRE= Tirages à part de L’INITIATION LUMIÈRE INVISIBLE MÉDIUM‘NITÉ &_ MAGIE Avec 4 planches électrographiques inédites PAR PAPU S Prix . . . . . . . . . . . . . . . 1 fr. LE CAS DE LA VOYANTE DE LA RUE DE PARADIS Devant la Tradition et la Magie ' PAR PAZËUS ’ Ibrochureiu-I8.Prix.j . . . . . . . . 0,500. 1 LA MAISON HANTÉE DE VALENCE-EN-BRIE Prix . . . . . . . . . . . . 0 fr. 50 PUBLICATIONS DE L'INITIATION ' 5, RUE DE SAVOIE, PARIS
iJÛURlIAUX E'l‘ RIËYUËS OCGUL’I‘IS’I‘ES v < «—— RECOMMAN DES SPECIA L li .\l liN'l‘ LANGUE FRANÇAISE - L’Inz’tz’ah‘on (revue mensuelle), l0, avenue des Peu pliers, Paris. Le Voile d’Isis (journal hebdomadaire, 5, rue de Savoie, Paris. L'Hyperc/zimie (revue mensuelle), Ig, rue St-Jean, Douai (Nord).
HERMÉTISME, ALCHIMIE La‘ Thérapeutique intégrale (revue mensuelle, [0, rue Durand—Claye, Paris MÉDECINE HERMÉTIQUE, HOMŒOPATHIE LANGUE ANGLAISE 711e Morning Star (Dépositaire, Chamuel, 5, rue de Savoie, Paris. (Peter Davidson, Loudsville,White C°, Georgia, U.S.A.) LANGUE ESPAGNOLE Luç astral (hebdomadaire, à La Plata (République Argentine), 6, pasage Sarmiento.
AVIS IMPORTANT. -—-‘ Tous nos confrères ci dessus cités et ceux qui voudraient être cités sont priés de reproduire in extenso cette liste. .Ç.'æ‘ ‘s.«
Principaux Ouvrages recommandés pour l’étude de l’OCCULTISME et de ses applications CONTEMPORAINS L’Évolution de l’Idée. L‘Instruction Intégrale. Le Serpent de la Genèse. Le Temple de Satan. F.-CH. BARLET. . . . STANISLAS in; GUAITA . . Traité méthodique-de Science Occulte. PAPUS . . . . . . . . . . Traité élémentaire de Magie pratique. La Science des Mages. A. JHOUNEY . . . . . . . Ésotérisme et Socialisme. RENÉ CAILLIÉ . . . . . .
Dieu et la Création. ‘ CLASSIQUES ELIPHAS LÉVI . .’ . . . . La Clef des Grands Mystères. SAINT-YVES Û’ALVEYDRE Mission des Juifs. FABRE D’OLIVET. . . . . La Langue hébraïque restituée. ALBERT Pmsson. . .. . . Théories et Symboles des Alchimistcs. LITTÉRATURE La Magicienne. JULES LERMINA . . . . . A Brûler. Zanoni. BULWER LYTTON . . . . La Maison Hantée. MYSTIQUE Jeanne Leade. P' SEDm' ' ' ' ' ' ' Jacob Bœhme et les Tempéraments.
POUR DÉTAIL ET PRIX, S’ADRESSER: Il la librairie CIAMDEL, 5, rue de Savais, PARIS Envbi Franco du Catalogue. TOURS, IMP. E. ARRAULT ET G".
_ ’In'iation v .,,. T “1 v". Revue philosophique des Hautes Études PUBLIÉE MENSUELLEMENT SOUS LA DIRECTION DE PAPUS 0 O. 4* Docteur en médecine — Docteur en kabbale ’0‘— 33" VOLUME. — 9"“ AN‘NEE SOMMAIRE DU N° 2 (Nqvembre 1896) _,.._ PARTIE INITIATIQU'Ë... L'.-lstral . . . . . . . . . . Darlet. la 99è Hg.) Les Gamahés . . . . , . . D'Marc Haven. (p. 120 à 136.) Psychologie indoue. . . .
Guymiot. (p. [36 à [42.) Division du ciel en mai son: astrologiques. . . .Haatan. (p. 142 à :50.) PARTIE PHILOSOPHI- Le Tarot alchimique . . . Jollivet Castelot. QUE.. .. (P- l5là159.) Libres recherches philo sophiques (à suivre). . . Lecomte. (p. 139 à 164). BIBLIOGRAPHIE . . . . .. Esquisse du Tout univer sel de Jacob . . . . . . . Papus. (p. .165 à 168.) PARTIE LITTÉRAIRE... Parabrahm( poésie) . . .M. Largeris. (P169).
Aux iournaux spiritualistes.— Bulletin politique.— Groupe Indépen dant d’Etudes ésotériques. —- Magie égyptienne. — Apparition du corps astral. —— Bibliographie. —— Léo Taxil démasqué. — Nou velles diverses. - Tout ce qui concerne la Rédaction et. les Echanges doit être adressé Villa Montmorency, 10, avenue des Peupliers, Paris. Administration, Abonnements : 5, me de Savoie Chamuel, éditeur. Le Numéro ; UN FRANC. —- Un An: DIX FRANCS E’ ‘
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n'ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initiation est l’organe principal de cette renaissance spirituæ liste dont les efforts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques de! expérimentateurs contemporains. .
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes.
Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l‘0cculte, la Physique et la Métaphysique. _ Au point de vue social, l’Initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l’arbitrage contrd l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deui grands fléaux contemp‘crains : le cle’ricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l’Initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et,pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. L’Initiaiion expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. / ' La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier.
L’Initiation parait régulièrement du 15 au 20 de chaque mois et compte déjà huit années d‘existence. —— Abonnement: 10 francs par an (Les collections des deux premières années sont absolument épuisées.)
L’Initiation du 15 Novembre 1896 PRINCIPAUX RÉDACTEURS-ET COLLABORATEURS“. . _ DE l'1niz‘iaii0ñ [0 PARTIE INITIATIQUE AMO— F. CH. BARLET,S.'. I.'.É{— STANISLAS DEGUAITA, S.‘. I.'. ;, —GUYMIOT. —-MARC HAVEN, S.'. I.‘. 53—JULIEN LEJAY, S.'. I.'. g,,——— ÉMILE. MICHELET, S.'. I.'. (C. G. E.) —-— LUCIEN MAUCHEL, S.'. I.}'. (D. S. E.) MOGD, S.'. I.'. —-GEORGE MONTIÈRE, S.'. I.'. fä —PAPUS, S: I.'. 12‘; — SÉDIR, S.'. I.'. g.. — SELVA, S.'. I.°. (C. G.
E.) 20 c PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ABIL-MARDUK. -——AMELINEAU. — ALEPH. —— Dr BARADUC. — Le F.'. BERTRAND 30‘ — BLlTZ. — BOIANOV. — JACQUES BRIEU. —- CAMILLE CHAICNEAU. —— CHIMUA DU LAFAY. — ALFRED LE DAIN. — G. DELANNE. — FAERE DES ESSARTS. — D“ FUCAIRON. -— DELÉ ZINIER. — JULES G1RAUD. — HAATAN. — L. HUTCHINSON. — JOL I.IVET-CASTELOT. -— L. LEMERLE. — LECOMTE. — NAPOLÉON NEY. -— HORACE PELLETIER. — G. POIREL. -— RAYMOND. — A.
DE R. -——D“ SOURBECK.. — L. STEVENARD. — THOMASSm. —— G. VI Toux. — HENRI WELSCH. — YALTA. 30 PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAUBOURC. — JEAN DELVILLE. — E. GOUDEAU. -—- MA NOËL DE GRANDFORD. —- JULES LERMINA. — L. HENNIQUE. — JULES DE MARTHOLD. — CATULLE MENDÈS.— GEORGE MONTIERE. — LEON RIOTOR. — SAINT-FARCEAU. —- ROBERT SCHEFFER. — ÉMILE SICOCNE. — CH. DE SIVRY. 40 POÉSIE CH.
DUBOURG. — RODOLPHE DARZENS. —- JEAN DELVILLE. — YVAN DIETSCHINE. — MAURICE LARCERIS. — PAUL MARROT. —— EDMOND PILON. —- J. DE TALLENAY. — ROBERT DE LA VILLEHERVÉ.
’ L'Initiarion du 15 Novembre i896 L’ I N IT IA T 10 N (“m’ii‘ÎËi’i’m-S DIRECTION ADMINISTRATION Villa Iontmorency, il), aven. des Peupliers ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÊ,,O PARIS-A UTEUIL DIRECTEUR : PAPU S CH‘AMUEL DIRECTEUR ADJOINT : Lucien MAUCHEL 5, Rue de Savoie Rédacteur en chef: . PA F.-Ch. BARIÆT Secrétaires de la Rédaction : FRANCE, un an10 il‘. J. LEJAY — PAUL SÉDIR“ ÉTRANGER, _ ,2 j,.. RÉDACTION. — Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité. L’indépendance absolue étant la raison d’être, de la Revue, la Direction ne se permettra jamais aucune note dans3 le corps d’un article. Prière d‘adresser tous les échanges : Villa Montmorency, 10, avenue des Peupliers, Paris. Mxuuscmrs. — Les manuscrits doivent être adressés à l. rédaction. Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus) à moins d‘avis spécial; Un numéro de la Revue est toujoursi composé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passe. t au plus tôt que le mois suivant. ‘ l GROUPE IIIIEPEIDIIT D'ÉTUDES ÉSOTERIQUES 1,600 Membres — 104 Branches et Correspondants — Groupes d’Études fern. ‘ Les Membres ne paient ni cotisation ni droit d’entrée. Pourtous renseignements, s’adresserparlettreà M. PaulSEDll directeur adjoint, 4, rue de Savoie, Paris, en joignant un timbr pour la réponse. ' *" ) 1 l Principales Sociétés adhérentes au Groupe ) ORDRE MARTINISTÊ , ORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE 'j‘ CROIX. —ÈGLISE GNOSTIQUEI
ÏI IJ!l.Ï I lJ|nl| Lll I... lfluuæbæ . ..—-a“‘“
h - ‘ fs,æ‘s;fpŒeæsÿâa ' ' ' ". 'T ’ .‘ < '. .\’ " V y -.;'":“ , ‘ ‘ ' . . .jA fl_, v' '.. _Ï 71 .‘ ‘ l‘ . r. ‘. , 4,._ AV,“ _ > i RAPPORTS SIGNIFICATION r. (iod). Force attractive (et par développement, dans 1 Lame (aleph)' Le Bateleur' Kabbale : Kether. les trois mondes) : Affinité — Soulphre — Acide — Matière Une— Adepte. (hé). , K: Chocmah. Matière presque inerte, passive.
Reflet de I, 2' Lame \beth)o La Papesse' R. astrologiques : le Bateleur — Mercure — Base. L’Initiation. Lune. Lundi. |’ (ma) 2 , _ . ' K: Binah. Sel. Médiateur — Union — Es ':it vivifiant— 3° Lame (ghzmel). Impétatrzce. Astrologie : vénus. Mouvement p l‘IJ Vendredi.
5; (hé). > I 1' .J:I_MjxL A -x_4 Triomphe définitif ; le symbolisme est indi ‘qué ar la carte : un aigle et un ange = vo atil ; le Taureau = Fixe; le Lion = la Force transformatrice ; ou encore L'Absolu alchimique :l’or alchimique indication des uatre éléments : L10_n la Pierre philosophale. Microcosme = Mcicro . = Terre — Cheva = Eau — Aigle = Air cosme. — Ange = Feu; la Femme nue = la Quintessence.