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_. Imhaüon Revue philosophique des Hautes Études PUBLIÉE MENSUELLEMENT SOUS LA DIRECTION DE PAPUS a o. a«' Docteur en médecine —- Docteur en kabbale .> 32a VOLUME. — 9“ ANNEE SOMMAIRE DU N° 11 Août (1896) ——.4.__ ’ARTIE INITIATIQUE. .. La Maison hantée de Va lence-en-Brie . . . . . . Papas. (p. 99 à 12".) Tilly-sur—Seulles. . . . . (p. 127 à 131.) - Les Castes naturel/es. . . Guymlo’" (p. 132 à 137. PARTIE PHILOSOPHI- Voyante et Théologiens .
Abbé Schnehelin. QUE . . . . . . . . . . . . .. (p. 138 à 145.) Notes sur la Prophétie d’0rval . . . . . . . . . . Saturninus. (p.146 à 152.) Libres Recherches philo sophiques . . . . . . . . A. Lecomte. (p. 153 à 160.) 3ARTIE LITTÉRAIRE... Jacques Joli—Cœur. . . . . Hadar, Ï), S=.'= I='fi. (p. 161 à 175.) 3IBLIOGBAPHIE . . . . . . . Arnaud de Villeneuve (du D“ Marc Haven). . . . Papas. (p. 174 à180).
Bulletin politique (Triplex). -—- La Science orientale et la Science occidentale (H. Pelletier). + Bibliographie (Sédir—Saturninus)..— ’ Nouvelles diverses. \ Tout ce qui concerne la Rédaction et les Echanges doit être adressé Villa Montmorency, 10, avenue des Peupliers, Paris. Administration, Abonnements : 5, me de Savoie Chamuel, éditeur. Le Numéro : UN FRANC, — Un A:i : DIX FRANCS '
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n'ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Efl'rayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initialion est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta— physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’Initiati0n adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l’arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttentcontre les deux grands fléaux contemporains : le cléricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l’Initiati0n étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de I’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. L'Initiazion expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
' ‘ La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés-avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier.
' L’Iniriation parait régulièrement du 15 au 20 de chaque mois et compte déjà huit années d’existence. -— Abonnement: 10 francs par an. (Les collections des deux pfemières années sont absolument épursees.)
L’Initiarion du 15 août 1896 PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE l’Ini1‘z’aiion 10 PARTIE INITIATIQUE AMO— F. CH. BARLET,S.'.I.'.&— STANISLASDEGUAITA, S.'. I.'.â —GUYMIOT. —MARC HAVEN, S.-. I.'. 53—JULIEN LEJAY, S.'. I.‘. à — ÉMILE MICHELET, S.-. I.'. (C. G. E.) —- LUCIEN MAUCHEL, S.'. I.'. (D. S. E.) MOGD,_S.'. I.'. — GEORGE MONTIÈRE, S.'. I.'. {è —PAPUS, S.'. I.'. g — QUÆRENS, S.'. I.'-. (D. G. E.) — SÉDIR, S.'_. I.'. -- SELVA, S'.'.
I.'. (C. G. E.) - - 20 PARTIE. PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ABIL-MARDUK. -—AMELINEAU. —ALEPH. — D“ BARADUC. —- Le F.'. BERTRAND 30“ — BLITZ. —— BOJANOV. — JACQUES BRIEU. — CAMILLE CHAIGNEAU. —— CHIMUA DU LAEAY. — ALFRED LE DAIN. — G. DELANNE. — FABRE DES ESSARTS. — D” FUGAIRON. '— DEI.E ZINIER. — JULES GIRAUD. — HAATAN. — L. HUTCHINSON. —- JOL LIVET-CASTELOT. — L. LEMERLE. — LEC0MTE. — NAPOLÉON NEY. — HORACE PELLETIER. — G.
POIREL. —-— RAYMOND. —— A. DE R. -— D‘” SOURBECK. — L. STEVENARD. -— THOMASSIN. — G. VI TOUX. -— HENRI WELSCI—I. — YALTA. 30 PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAUEOURG. — JEAN DELVILLE. — E. GOUDEAU. —- MA NOËL DE GRANDFORD. — JULES LERMINA. — L. HENNIQUE. — JULES DE MARTHOLD. — CATULLE MENDÈS.— GEORGE MONTIERE. -— LE0N RIOTOR. — SAINT-FARGEAU. — ROBERT SCHEFFER. — EMILE SICOGNE. — CH. DE SIVRY. 40 POÉSIE CH.
DUBOURG. — RODOLPHE DARZENS. — JEAN DELVILLE. ‘— YVAN DIETSCHINE. — MAURICE LARCERIS. — PAUL MAaRoT. -— EDM0ND PILON. -— J. DE TALLENAY. — ROBERT DE LA VILLEHERVE.
L’Initialion du 15 août I896 Î ‘ L’INITIATION DIRECTION ADMINISTRATION Villa Ilonlmnrtncy, 10, aven. des Peupliers ABONNEMENTS, VENTE AU ùUMÉRJ PARIS-A UTEUIL ' C H A. M U E L DIRECTEUR : PAPUS DIRECTEUR ADJOINT : Lucien MAUCHEL 5. lllle dû saV0|0 Rédacteur en chef: PARIS F.-Ch. BARLET - Secrétaires de la Rédaction: FRANCE: un an. 10 il". 4.
LEJAY —- PAUL sf:onR ÉTRANGER, _ ,2 tr_ RÉDACTION. —— Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité. L’indépendance absolue étant la raison d’être de la Revue, la Direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps d'un article. Prière d'adresser tous les ’échanges : Villa Montmorency, 10, avenue des Peupliers, Paris. V MANUSCRITS. — Les manuscrits doivent être adressés à l rédaction.
Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d’avis spécial. Un numéro de la Revue est toujours composé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passe au plus tôt quegle mois suivant. lilllllll’E IIIIEI’EIDIIT D'ÉTUDES ÉSII‘IÉRIQIIES 1,600 Membres — 104 Branches et Correspondants — Groupes d'Études fermé Les Membres ne paient ni cotisation ni droit d’entrée.
Pourtous renseignements, s’adresserparlettreà M. Paul S'ÉDIR directeur adjoint, 4, rue de Savoie, Paris, en joignant un timbre pour la réponse. Principales Sociétés adhérentes au Groupe ORDRE MARTINISTE ORDRE KABBAUSTIQUE DE LA ROSE -jCROIX. —ÉGLISE GNOS TIQL'
La reproduction des articles inédits publiés par l‘Iniliation est formellement interdite, à moins d’autorisation spéciale. PARTIE INITIATIQUE Œa Marsorr iËlA'ŒITÉË DE VALENCE-EN-BRIE LES FAITS. — Les phénomènes de Valence-en-Bne sont très intéressants pour les occultistes.
Une maison, jusque-là tranquille, deyce village de 700 habitants, dans laquelle se trouvent deux bonnes, une jeune femme malade et ses deux enfants, est tout a coup le siège de faits troublants que nous allons énumérer. I° Tout d’abord une grosse voix très forte et pro férant de grossières injures est entendue par une bonne dans la cave. Cette voix fait un tel vacarme, que douze voisins entrent et constatent le fait.
2° Les jours suivants, « la voix » continue à se faire entendre, mais gagne la maison, si bien que huit jours après le début du phénomène la voix pou— vait être entendue non seulement dans la cave, mais encore dans le vestibule, à l’entrée, dans la cuisine et dans toutes les pièces du premier étage. La voix semble partir de terre, mais le timbre est si 4 L. .-v —»—-* aA—u»--—«—m— —«-—»—«—3‘.‘ 4
100 L'INITIATION élevé et elle éclate dans tant d'endroits différents, que toute supercherie semble impossible. Outre les injures, cette voix profère des menaces de mort contre la jeune femme alitée depuis huit mois.
Cette pauvre femme est l’objet de tracasseries variées 3° Enfin d’énormes planches sont, à trois reprises, transportées ainsi qu’un tonneau d’un bout à l'autre d’une cave , les meubles sont renversés dans les pièces inoccupées, les objets sont bouleversés un peu partout.
4° Et pour couronner le tout, à partir du quator— zième jour de persécution, les carreaux de la maison volent un à un en éclats, en plein jour, à quatre heures de l’après—midi, et sous les yeux des locataires ahuris. A tel point que la justice est saisie d‘une plainte régulière de la part de M. Lebègue. Les Exr>ucarrorvs. — Voyons si, normalement, ces phénomènes sont explicables.
Ces faits se sont produits pour la plupart pendant que le maître de la maison était à Paris. Celui-ci ne peut donc être pour rien dans cette affaire, en suppo— sant qu’on raisonne avec toute l’intelligence d’un gendarme ou d’un commissaire de police. Le soir, les deux bonnes quittent la maison, et les faits se produisent absolument comme si elles étaient présentes: c’est assez dire qu'elles ne sont non plus pour rien dans l’affaire. Enfin, on a éloigné successivement et séparément chacun des enfants, et les phénomènes ont continué.
LA MAISON HANTÊE DE VALENCE-EN-BRIE IOI On a alors éloigné la malade elle-même, qu’on a placée dans une autre maison, et les phénomènes ont suivi la malade dans cette autre maison. Le lit a été bousculé, a failli même être renversé. J’ajouterai, pour mes lecteurs, que plus de cin quante témoins des plus honorables sont sûrs des faits et ont justifié devant la Justice.
Devant quel genre de phénomènes nous trouvons nous P FRAUDE. — Est-ce une mauvaise farce, comme dans la plupart des maisons dites hantées ? Est-ce un domestique qui veut se moquer de tout un village en produisant des faits attribués à un « esprit » P Nous ne le pensons pas, et voici nos raisons : ' Les phénomènes dus à la fraude se produisent d’ordinaire la nuit, et'toujours à la même place.
De plus, l’éloignement du fraudeur fait cesser les phéno mènes. Ici les faits se sont produits en plein jour aussi bien que la nuit et ont continué après l’éloignement de tous les membres de la famille individuellement. Il faudrait donc admettre la complicité de plusieurs personnes. Cela encore ne rendrait compte que de quelques grossiers phénomènes physiques, mais non pas de la voix et de ses déplacements instantanés.
De plus, une glace a été brisée, de telle sorte que le fait était impossible à reproduire artificiellement. Cette glace présentait en effet une ouverture circulaire très nette avec une convexité entre le bois et l’ouverture, ..
102 L'INITIATION ce qui indiquait que l‘ouverture s’était produite de dedans au dehors, comme dans le cas d’une décharge électrique.
Lesmagistrats de Melun, au lieu de confier cette glace à un professeur de physique ou à tout autre expert com pétent, ont voulu trancher eux—mêmes la question et ont fait tirer un coup de carabineq millimètres dans la glace, sans, du reste, avoir pris la précaution élé— mentaire de détacher auparavant le morceau « té— moin ». La glace, comme il fallait s’y attendre, a été fendue entièrement et s’est écroulée, se brisant en miettes.
Ainsi, la légèreté apportée dans l’expertise d’un fait sérieux a détruit une pièce de très grande impor tance. Nous ne pouvons que regretter, au point de vue scientifique, cette façon déplorable de conduire une enquête.
Même avec l’idée préconçue de l’hallucination et de la fraude que doit avoir tout magistrat qui veut éviter « l’emballement », on ne peut rendre compte de ces phénomènes, à moins de croire que, comme à Tilly, plus de cinquante personnes aient été en même temps hallucinées de la vue et de l’ouïe.
VENTRILOQUIE. -—- Les naïfs qui prétendent tout expliquer simplement n’ont pas manqué de dire : « C’est un ventriloque caché quelque part. » Or il suffit d’avoir étudié le phénomène de la ven— triloquie sérieusement poursavoir que, dans la majorité des cas, le ventriloque n’opère que grâce à une hallu— cination rapide de la vue, car il parle sans que ses
LA MAISON HANTÉE DE VALENCE-EN-BRIE 103 lèvres semblent bouger, ce qui lui permet de tenir un dialogue à deux voix. Mais il est impossible de pro— duire des faits de ce genre du fond de la cave au premier, et, si une personne de la maison possédait cet art, les phénomènes auraient cessé avec le départ de cette personne, ce qui n’est pas le cas.
Enfin le locataire a fait fairede sérieux sondages et des tranchées dans sa cave pour être sûr qu'il n’y avait ni fils électriques, ni appareils acoustiques d’aucun genre reliant la cave à la maison. EXPLICATIONS D’UN CONFRÈRE. — On aurait pu croire que les opinions que nous prêtons à nos confrères, aussi ignorants de ces phénomènes que disposés à les expliquer avec un pédantisme plus ou moins intense, étaient exagérées.
Un article, publié dans la Revue médicale par le Dr Archambault, va montrer à nos lecteurs que nous n’avons en rien exagéré. Alors que nous avons pris la peine de passer plu— sieurs nuits dans la « Maison hantée », refusant, du reste, tousles honoraires que nous offrait M. Lebègue, notre confrère arrive un dimanche, reste un quart d’heure, ne voit rien et conclut de telle façon que nous jugeons utile de faire de larges extraits de son article.
On verra si nous exagérions en disant qu’avec sugges tion, hallucination, les médecins modernes ont vite fait de résoudre un problème difficile. RÉCIT DU DOCTEUR ARCHAMBAULT. — Les journaux politiques ne parlent, depuis trois semaines, que
IO4.
L’INITIATION du phénomène de Valence-en-Brie, aussi ne m’éten— drai-je pas sur toutes les diaboliques manifestations qui révolutionnent le petit village de Seine—et-Marne. — Les carreaux cassés, les carafes brisées, les meubles retournés, la glace perforée par derrière sans que le bois soit touché, les voix entendues dans tous les coins de la maison, tout cela n’est plus un secret pour personne; j’aurai, du reste, à donner plus loin quelques détails sur ces faits extra ordinaires.
Un point m’avait frappé dans ces comptes rendus plus ou moins fantaisistes, c’était le rôle bizarre qu‘on faisait jouer au médecin de la famille, le doc teur Paté, qui, disait-on, ne pouvait jamais écrire ses ordonnances sans s’entendre invectiver dans un lan— gage des plus poissards. J’écrivis à mon confrère pour l’informer de ces ra— contars, pensant qu’il n’était pas au courant de tout ce qu’on lui faisait faire on dire.
J’eus la chance de recevoir sa visite le lendemain, et voici ce qu’il m’apprit. Tout est vrai, me dit-il, sauf ce qui me concerne, car, si j’ai constaté les phénomènes, je n’ai pas eu à me plaindre de « l’esprit » pendant que j'écrivais mes ordonnances, puisque je n’en ai jamais écrit chez cette malade, qui refuse de prendre tout médicament.
Quant à l’explication de ces faits, je ne puis pas vous la donner, d’abord parce que je craindrais d’être à côté de la vérité, et, en second lieu, parce que ma qualité de médecin de la maison m’interdit toute divulgation; mais, si vous voulez venir à Valence, je
LA MAISON HANTÉE DE VALENCE-EN-BRIE 105 vous préviendrai par dépêche dès que le « revenant » aura parlé, car, depuis la visite de Papus et de l’abbé Schnebelin, il n’a plus rien dit. Le résultat de cette intervention des mages nous fit sourire tous deux, mais je remerciai mon confrère de son aimable invitation, que j’acceptai avec empres— sement.
' C’est, à notre avis, de cette chambre que part la suggestion générale, car suggestion il y a : la malade semble avoir sur son entourage une autorité peu com mune, et dans ce milieu extranerveux, — le fils est hémiplégique, la mère, disent les journaux, est atteinte depuis deux ans d’une affection cérébrale incu rable, la bonne hystérique, —-— le père, ce pauvre M. Lebègue, commence à perdre la tête : « Amenez moi qui vous voudrez, nous dit—il, même des sor ciers, pour me débarrasser de ce cauchemar. » I au Explication : Un sujet hypnotisant, inconscient, la mère, suga gestionnant des sujets inconscients également et agissant chacun différemment, parlant tour à tour, -— on a entendu trois timbres de voix différents, — dé.— molissant tout, lorsqu’ils ne se sentent surveillés par personne, car aucun témoin n’a assisté au boulever sement des meubles ni au bris des glaces, et perdant ensuite jusqu’au moindre souvenir des actes qu’ils ont accomplis : tout cela est bien net, mais il reste la voix, cette fameuse voix que vingt personnes ont entendue
106 L'INITIATION 1mWfiflWhŒbm-w-n .- . ...... .. _- , sans jamais voir celui qui Particule, cette voix qui beugle, menace, tempête, injurie, se moque, blas phème, crie vengeance; cette voix qu‘on entend sortir de partout, d’un mur, d’une table, du parquet ; cette voix qui assourdit, persécute, et qu’aucune bouche ne semble proférer.
Eh bien, cette voix, elle a, ai-je dit, trois timbres différents, peut-être quatre; elle est rauque, comme celle du jeune homme, elle est beuglante sourdement, comme celle de la mère, qui, d’après mon enquête, poussait, il y a quelques mois, des cris semblables, sans pouvoir s’en empêcher; elle est criarde comme celle de la bonne ou de la fillette; elle est grossière, nous objectera-t-on, comme celle d’un charretier, et il n’y a personne de mal élevé dans la maison.
C’est vrai, mais ne sait—on pas avec quelle satisfaction les sujets suggestionnés, même les plus distingués d’ordi— naire, emploient le répertoire scatologique, et répètent avec une fidélité surprenante des mots orduriers qu’ils n’ont peut—être ouï qu’une seule fois, dans la rue ? Reste le phénomène de la voix à distance. Y a-t-il, pour lui, une explication possible?
Tout le monde connaît l’hyperexcitabilité sensorielle des hystériques, personne n'ignore qu‘ils entendent, à des centaines de mètres, des sonsque nous percevonsà peineà quelques pas, qu’ils lisent les paupières closes, etc. Pourquoi la voix ferait—elle exception à cette règle, pourquoi ne s’extérioriserait-elle pas pathologiquement et non pas surnaturellcment comme le disent les spirites, qui ad mettent qu’un homme peut se faire entendre de Mar
LA MAISON HANTÉE DE VALENCE-EN-BRIE 107 seille à Paris? L’extériorisation de la voix à faible dis tance est donc aussi possible que l’augmentation de l’ouïe et l’hyperacuité de la vision, il n’y a rien là de mystérieux, si ce n‘est les raisons qui font dire le con traire aux sorciers et charlatans qui entourent ces pauvres malades.
Ajoutez à cela que la partie de la maison dans la quelle s’entend la voix présente une sonorité tout à fait remarquable et qu’on peut, de la cave, entendre des paroles articulées au rez-de-chaussée et même au premier.
Quant au docteur Encausse (Papus), qui assiste impassible à ce traitement par les feuilles de chou, qui est sensé traiter la maladeà l’insu et en dehors du médecin de la famille, et qui, du reste, très éclectique, admet toutes les explications qu’on veut bien lui donner, c’est un de mes anciens camarades d’école : qu’on me permette de ne pas en dire plus long. Conclusion.
Il y a là un charlatan, un homme qui a menti, un homme qui se joue du public et qui fait de l’exercice ' illégal de la médecine. Il s’appelle l’abbé Schnebelin. Qu’on l’enferme! Il y a, de plus, des malades qu’il faut isoler, et isoler de la façon la plus absolue qsi l’on ne veut en faire des aliénés peut-être dangereux pour leur entourage! Au nom de la science, au nom de l’humanité et au nom des populations environnantes qu’on ne peut
108 L’INITIATION ..,Ï. . mi.vw—_* .. —.‘_ pas laisser plus longtemps dans l’inquiétude, nous adressons cet ultime appel à la justice et aux méde cins! Dr PAUL ARCHAMBAUL'I“. N. B. — Cet article a été écrit le lendemain de ma visite à Valence-en-Brie; j’ai, depuis, été appelé à donner mon avis au juge d’instruction chargé de l’affaire et n’ai pu que répéter les renseignements donnés ci-dessus. Dr P. A.
Retenons de cet article les points les plus impor tants. 1° L’aveu que l’intervention des « mages » a tout fait cesser, ce qui fait « sourire » nos confrères, inca— pables en quatre mois de rien comprendre à tout cela, ni de faire rien cesser. 2° L’étonnement du Dr Archambault de voir employer lafeuille de chou en thérapeutique.
Dans dix ans nous espérons que notre confrère saura la pùissance antiphlogistique des applications locales de ces feuilles de chou qui l’étonnent tant aujour— d’hui. 3° Les insinuations à mon égard qui ont nécessité de ma part une lettre de rectification, attendu que= loin de vouloir nuire à mon confrère le D“ Paté, j’ai refusé toute espèce d’honoraires, et j’ai fait tous les déplacements à mes frais.
4° Les attaques contre l’abbé Schnebelin, qui a eu. le courage de braver tout pour détruire les actions malfaisantes, qui auraient amené la mort de la malade .ÙLkWÉS; ' 0
LA MAISON HANTÉE DE VALENCE-EN-BRIE 109 sans notre intervention. L’abbé a fait son devoir, et il a eu raison. Je l’en félicite hautement. 5° L’explication de l’extérz’orz’sation de la voix ne vaut pas la peine d'être discutée; la voix ignore l'an glais que la malade parle parfaitement, et j’ai person nellement assisté aux colères de ladite voix quand on .parle anglais.
Il faudra chercher autre chose au pro chain phénomène et étudier plus d’un quart d’heure. 6° Enfin ces conclusions : Qu’on enferme l'abbé Schnebelin; Qu'on isole les malades, qui sont des aliénés.
Voyons la réponse des faits : Aujourd’hui, 27 juillet 1896, la malade, alitée depuis huit mois, n’ayant pendant tout ce temps rien pu obtenir des secours de la médecine et qui serait morte sans la production, pendant dix-sept jours, de ces faits étranges qui ont attiré notre intervention, cette malade EST GUÉRIE en quelques jours, se lève, sort en voiture et doit même venir me rendre visite avec ses enfants. .
On avouera que le pronostic du Dr Archambault a été malicieusement détruit par les faits. Notre con frère voit que dans les questions obscures les mages ont peut-être du bon.
INFLUENCE DE LA JUSTICE. — « La voix » avait déclaré qu’elle se tairait chaque fois qu’un représen— tant de la justice mettraitles pieds à la maison, et c'est ce qui s’est exactement produit : les magistrats ont enfermé dans une chambre toutes les personnes habi tant la maison, et rien ne s’est produit. Du reste, il
1 10 L’INITIATION suffit de l’arrivée d'une personne étrangère pour tout faire cesser, et cela ne recommence que quand l’in fluence a pu être en relation quelques temps avec le nouveau venu. La fraude, la ventriloquie et l’hallucination élimi nées, que nous reste-t-il? Un phénomène se rattachant aux forces occultes de la nature. Demandons—nous d’abord s’il existe des faits ana logues dans l’histoire des faits occultes.
Ensuite nous chercherons une explication que1_ conque de ce phénomène.
RECHERCHE DES FAITS ANALOGUES. — Nos lecteurs connaissent presque tous l’histoire des faits arrivés en 1850, au presbytère de Cideville, et rapportés par un témoin oculaire, Eudes de Merville, dans son ouvrage sur les Espr‘its, pages 331 et suivantes : Un berger nommé Thorel, après s’être mis en con tact par le toucher avec un des enfants élevés au pres_ bytère, est parvenu à produire dans ce presbytère des faits absolument étranges.
Blessé par une pointe d’acier, il vient demander pardon, et cherche néan_ moins à recommencer son action. De là des coups de bâton donnés par le curé et un procès qui perdit Tho_ rel sur la déposition de plus de quatre—vingts témoins. On trouvera aussi et peint de façon magistrale le récit de ces faits dans l’important ouvrage de Stanis_ las de Guaita surle Serpentde la Genèse, que presque
LA MAISON HANTEE DE VALENCE-EN-BRIE III ...——. ._-. .- ... a_ v K_v er..-_-—-—_ .(. tous nos lecteurs possèdent déjà. Nous citerons donc seulement les faits qui éclairent ceux de Valence-en Brie.
CIDEVILLE. —— Tout aussitôt après la rentrée de cet enfant, une espèce de trombe ou bourrasque violente vient s’abattre sur le malheureux presbytère, puis, àla suite de cette bourrasque, des coups semblables à des coups de marteau ne cessent de se faire entendre dans toutes les parties de la maison, sous les planchers, sous les plafonds, sous les lambris (p. 237).
Pendant que ces bruits mystérieux poursuivent leur incessant concert, pendant qu’ils se font entendre à chaque point indiqué, ou reproduisent en cadence le rythme exact de tous les airs qu’on leur demande, les carreaux se brisent et tombent en tous sens, les objets s'agitent, les tables se culbutent ou se promènent, etc. (p. 338).
On se munit de très longues pointes, et partout où le bruit se fait entendre on les enfonce le plus’lente ment possible.
Mais, comme il est difficile de frapper juste, en raison de la subtilité de l’agent, plusieurs pointes sont enfoncées sans résultat apparent, et l’on va probablement y renoncer lorsque tout à coup une d’elles ayant été chassée plus habilement que toutes les autres, uneflamme vient a‘ jaillir et, à la suite de cette flamme, une fumée tellement épaisse, qu’il faut ouvrir toutes les fenêtres.
La fumée dissipée et le calme succédant à une si ter— rible émotion, on revient à un mode d’adjuration qui paraît si sensible. On reprend les pointes et on enfonce;
112 L’INITIATION un gémissement se fait entendre ; on continue, le gé— missement redouble, enfin on distingue positivement le mot PARDON.
« Pardon, disent ces messieurs: oui, certes, nous te pardonnons, et nous ferons mieux: nous allons passer la nuit en prières, pour que Dieu te pardonne, et sur terre... mais à une condition, c’est que, qui que tu sois, tu viendras demain toi-même, en personne, de mander pardon à cet enfant. — Nous pardonnes-tu à tous P — Vous êtes donc plusieurs? — Nous sommes cinq, y compris le berger. — Nous pardonnons à tous (p. 343). » Le lendemain dans l’après-midi on frappe à la porte du presbytère; elle s’ouvre et Thorel se présente; son attitude est humble, son langage embarrassé, et il cherche à cacher avec son chapeau des écorc/zures toutes saignantes qui couvrent son visage (p. 343).
A ce fait nos lecteurs peuvent ajouter : La sorcière tuée par un coup de sabre en faisant une tentative analogue à celle de Thorel (dans ma Magie pratique). Une maison hantée sous l’influence d’un mulât"€ à Buenos-Ayres. Correction de l‘auteur de la plaisanterie grâce aux conseils de notre déléguélà-bas, M. Girgois. (Initiation, août 1895, pp. 178 et suivantes.) Enfin la lettre suivante rapporte encore un fait ana logue:
LA MAISON HANTÉE DE VALENCE-EN-BRIE II3 « La Mothe, le 25 juillet 1896. « MON CHER CONFRÊRE, « Je vois par la Libre Parole que vous avez été appelé à donner votre avis sur le cas de Mme Lebègue ou de la maison hantée.
« Connaissant le soin avec lequel vous étudiez ce genre de phénomènes, je crois devoir signaler à votre attention, à titre documentaire et comme terme de comparaison, un fait exactement semblable qui s’est produit en 1660 dans le village de Tedworth, dans le comté le Wolts, et dont a été victime un M. Mompesson.
« Ce fait a été décrit avec force détails dans le livre Sadducismus trz'umphaz‘us, par Hairvil, chapelain du roi Charles II d’Angleterre. « Le récit en est reproduit presque textuellement dans la Mystiquede Gœrres, tome III, page 301 et smvantes.
« Je connais personnellement un fait à peu près identique, qui s’est passé il y a quelques années dans les environs de Poitiers et dont je vous donnerai la description détaillée si cela peut vous intéresser. « Croyez, cher confrère, à mes affectueux sentiments en la S.'.S.'. « Dr CORNEILLE :j: » ' Nous ajouterons, en remercia_nt encore notre cher confrère de son offre, les deux faits suivants. CARREAUX DRISÉS (1849). — Non content de dépla—
I 14 L’1NITIATION cer les casseroles et la vaisselle, de faire voyager des grils d’un bout à l'autre de la cuisine, de tourmenter de toute manière les malheureux domestiques, qui dé— périssaient à vue d’œil et parlaient sérieusement de dé— guerpir, le lutin se mit en devoir defrapper à coups redoublés contre les murs.
Les recherches impatientes des maîtres étaient tou— jours vaines, et les détonations infernales alternaient peu agréablement avec les sonneries fantastiques, lorsqu’il se produisit un troisième phénomène, plus étonnant que tout le reste.
Un carreau se brisa spon tanément, puis un second, puis un troisième, jusqu'à cinq dans la mémejournée, à deux [pas et sous les yeux de cinq ou six personnes rassemblées,autour d’une table sur laquelle tombaient des éclats de vitres sans qu’on trquvât trace du moindre projectile.
Le plus surprenant, c’est que ces vitres étaient pour la plupart, non pas brisées, mais trouées comme par l’effet d'une balle. (Gagettedes Tribunaux, 20 décembre 1849,cité par Merville, p. 369.) MAISON HANTÉE EN 1846, A PARIS, PRÈS DE LA SOR BONNE. —- C’est cette maison, éloignée de la rue d’une certaine distance et séparée des habitations en démo lition parles larges excavations de l’ancien mur d’en— ceinte de Paris, construit sous Philippe-Auguste et mis à découvert par les travaux récents, qui se trouve chaque soir et toute la nuit assaillie par une grêle de projectiles qui, par leur volume, par la violence avec laquelle ils sont lancés, produisent des dégâts tels,
LA MAISON HANTÉE DE VALENCE-EN-BRIE 115 qu’elle est percée à jour, que les châssis des fenêtres, les chambranles des portes, sont brisés, réduits en poussière, comme si elle eût soutenu un siège à l’aide de la catapulte ou de la mitraille.
D’où viennent ces projectiles, qui sont desquartiers de pavé, des fragments de démolition, des moellons entiers, qui, d’après leur poids et la distance d’où ils proviennent, ne peuvent évidemment être lancés de main d’homme ? C’est ce qu’il a été jusqu’à présent im possible de découvrir.
En vain a-t-on exercé, sous la direction personnelle du commissaire de police et d’agents habiles, une surveillance de jour et de nuit, en vain le chef du service de la sûreté s’est-il rendu avec persistance sur les lieux, en vain a-t-on lâché chaque nuit dans les enclos environnants des chiens de garde, rien n’a pu expliquerle phénomène, que, dans sa crédulité, le peuple attribue à des moyens mysté rieux; les projectiles ont continué de pleuvoir avec fracas sur la maison, lancés à une grande hauteur au— dessus de la tête de ceux qui s'étaient placés en obser vation jusque sur le toit des maisonnettes environ mantes. paraissant provenir d’une très grande distance et atteignant leur but avec une précision en quelque sorte mathématique. ‘ - . . . . . . . . . . . .
A onze heures,alors que des agents étaient échelon nés sur tous les points avoisinants, une pierre énorme est venue frapper à la porte (barricadée) dela maison. A trois heures, le chef intérimaire du service de la sû reté et cinq ou six de ses subordonnés étant occupés à s’enquérir près des maîtres de la maison de diffé
l 16 L’INITIATION rentes circonstances, un quartier de moellon est venu se briser à leurs pieds comme un éclat de bombe. Qui accusait-on de produire ces phénomènes faute de rien trouver? Le propriétaire de la maison.
Écoutez son interview par de Merville : « Mais, croiriez-vous bien, Monsieur, qu'ils ont eu la simplicité de m’accuser de tout cela, moi, le proprié taire, moi qui ai été plus de trente fois à la police pour la prier de me débarrasser; moi qui, le 29 jan vier, ai été trouver le colonel du 24° qui m’a envoyé un peloton de chasseurs ?
« Et puis, une supposition encore que cefûtmoiquz’ me démolisse: dites donc un peu, est-ce que j’aurais meublé ma maison tout exprès, avec de beaux meubles tout neufs, comme je venais de le faire un mois au— paravant ? Est-ce que j’auraislaissé tout mon petit mo bilier dans ce buffet à glaces que les pierres semblaient ajuster ? « Et moi donc, est-ce que je n’aurais pas commencé par me mettre à l’abri ?
Est—ce que les pierres ne tombaient pas sur moi encore plus rudement que sur les autres ? Tenez, voyez encore cette blessure près de la tempe; savez—vous bien que je pouvais y rester ? Ah! Monsieur, il faut convenir qu’il y a des gens qui sont drôles.» -— (Gagette des Tribunaux, cité par de Merville, pp. 380 et suiv., 2 février 1846.) i' \ e e Croit—on qu’en cinquanteansles idées ontfait un pas de plus P Ce serait mal connaître la nature humaine.
LA MAISON HANTÉE DE VALENCE-EN-BRIE 117 En I896, tout comme en I846, les « malins », ne pouvant rien trouver, ont accusé le propriétaire de Valence-en-Brie de produire lui—même les phéno mènes. Ils n’oubliaient qu’un point, c’est que M. Le— bègue était à Paris quand les phénomènes se produi— saient. Il faudrait une jolie somme de force pour aller tuer ses enfants et sa femme de peur à une telle dis tance.
De telles suppositions ne rendent ridicules que leurs auteurs. Il vaut cent fois mieux avouer franche ment son ignorance, que de vouloir pousser le pédan tisme jusqu’à ce point. 2:4 ACTION DES OCCULTISTES A VALENCE. -— Ainsi il pourrait s’agir dans l’exemple actuel d’un fait analo gue à ceux de Cideville. Voyons ce qui peut militer en faveur de cette hy pothèse.
Un magiste de grand talent, l’abbé Schnebelin, conseille au locataire de la maison d’user du pouvoir des « pointes ». Le lendemain de ce conseil, la malade avait été transportée dans une maison voisine, et son lit était soulevé et allait être renversé en plein jour et devant plusieurs témoins, quand elle eut l’idée de piquer dans le vide avec un couteau pointu dont elle s’était munie.
A l’instant, on entendit un grognement, et les phénomènes cessèrent pendant plus de dix heures. Le lendemain, le jeune homme tira plusieurs coups de carabine dans la cave au moment où « la voix » s‘y faisait entendre, et l’on entendit des gémissements
I 18 L’INITIATION de bête blessée, non pas seulement à la cave, mais, au même instant, au premier, près du lit de la ma lade. C’est alors que nous passâmes une nuit dans la maison hantée sans être témoin d’aucun phénomène, et tout cessa pendant sept jours, du samedi matin au vendredi soir. 3 juillet.
A ce moment, la voix reparut, déclarant que notre action la gênait énormément et faisant un récit d’après lequel l’auteur aurait été grièvement blessé et demandait pardon, mais préférait mourir plutôt que de céder. Du vendredi au samedi, une carafe fut brisée dans la chambre des enfants, et trois pierres y furent jetées, sans aucune possibilité de contrôle sérieux du reste.
L’abbé Schnebelin fit, à propos des pierres, une curieuse constatation: c’est qu’une pierre quelconque du jardin n’avait aucune influence sur le magnéto mètre de l’abbé Fortin, tandis que les pierres ainsi trouvées faisaient dévier l’aiguille de 45° environ. Une fois que lesdites pierres projetées eurent été « défiuidifiées » par la cire et le feu, elles perdirent toute action sur le magnétomètre.
Cela est à rapprocher de l’apport d’une pierre obtenue dans des conditions rigoureuses de contrôle par M. de Rochas dans les expériences de l’Agnélas. Cette pierre est immédiatement reconnue comme un apport par les sujets lucides. Ainsi voilà quelques faits curieux qui établissent l’analogie de ce phénomène avec ceux de Cideville. Mais, comme il s’agit là de forces très peu connues,
LA MAISON HANTÉE DE VALENCE-EN-BRIE 119 on comprend les préventions de la justice et ses erre ments dans cette occasion. Comment voulez—vous qu’un magistrat qui, en fait de sciences, en est resté à son baccalauréat... ès lettres, résolve un problème de haute physique? Quant au médecin, quand il a dit: « Suggestion, Hallucination », il a épuisé l’ar senal de ses connaissances en cette matière. il ne faut pas lui demander davantage.
Je sais bien que les occultistes, qui affirment depuis bien longtemps l’existence de ces forces, ont été bafoués jusqu’au jour où lesdites forces ont prouvé leur exis tence aux yeux des plus sceptiques. Mais il faudrait peu connaître la nature humaine pour se figurer qu’une fois la réalité des faits occultes prouvée, on allait croire un peu plus qu’avant les explications des dits occultistes.
Il en est pour cela comme pour les chemins de fer, et nous ne saurions oublier qu’il existe à l’Académie des sciences un rapport signé des noms les plus illustres de la compagnie et qui déclare... qu’il est SCIENTIFIQUEMEN'I‘ impossible qu’une machine à vapeur se traîne elle-même. Or les chemins de fer se sont chargés de réduire ce rapport à sa juste valeur en moins de dix ans.
Ayons donc le courage d’attendre au moins ce temps si nous voulons qu’on s’aperçoive du rôle véritable joué par les occultistes en cette cirv constance. SECONDE ET DÉFINITIVE INTERVENTION. — Notre pre mière intervention avait fait cesser les phénomènes. Ceux-ci reprirent un peu, et huit jours après je reve nais à Valence, en compagnie de l’abbé Schnebelin.
I 20 L’INITIATION Voici une lettre de M. Lebègue qui indiquera ce qui s‘était passé entre nos deux visites. 4< 3 juillet I896. « MONSIEUR LE DOCTEUR ENCAUSSE, « Voulez—vous bien me permettre de vous tenir au courant de ce qui s’est passé à Valence depuis que vous l’avez quitté ? « Mardi, après votre départ, rien de suspect dans le cours dela journée.
Vers4heures, en allant à la cave, la domestique et les enfants et la grand’mère ont entendu des plaintes, des grognements et quelques paroles comme au secours, etc., puis plus rien. Mer credi rien d’anormal. Hier. m’écrit-on,vers 3 heures, Pierre, qui avait été envoyé dans sa chambre, a entendu les mots secours et quelques grognements.
La grand’— mère et la mère Pruneau, venues à son appel, ont entendu aussi. » Voici les dispositions que j’avais prises: A Paris, le soir à la même heure que j’opérerais à Valence, une opération devait être faite par deux de nos officiers martinistes les plus experts en pratique. Cela fut exécuté de point en point.
A 10 heures et demie du soir, alors que tout le monde était couché et que les bonnes étaient parties, nousdescendîmes trois personnes à la cave à l’endroit où tout avait commencé et nous fimes une opération magique. Des phénomènes très nets se manifestèrent aussitôt, sur lesquels nous devons garder le secret. Or les opérateurs de Paris, à la même heure, obte naient des visions confirmant, minute par minute,
LA MAISON HANTÊE DE VALENCE-EN-BRIE 12I tout ce que nous obtenions à Valence. De plus, ils nous aidaient sérieusement de leur côté, par l’action de l’épée. V J’avais prévenu les bonnes du pouvoir des pointes et de la nécessité de les employer chaque fois que « la voix » se ferait entendre. Cela ne manqua pas. Après avoir prévenu, « la voix » chercha a effrayer ma femme en produisant une gerbe lumineuse.
Mais cela nous intéressa beau coup et ne nous efl’raya nullement. Une demi-heure après (il était 8 heures et demie du soir, le dimanche), la voix se faisait entendre à la cuisine, et je pus parfai tement constater le phénomène, carj’étais en observa tion dans le vestibule. La plus jeune des bonnes lança brusquement un tire—bouchon très pointu sur le point du carrelage d’où partait la voix, c’est-à-dire à gauche de la porte d’entrée de la cuisine.
A ce moment nous vîmes tous une pluie d’étincelles d’une hauteur de 50 centimètres environ et de 20 centi mètres de diamètre sortir du point frappé. Nous ve nions de reproduire les faits de Cideville. Le coup avait porté. ’ Nous repartions, ma femméet moi,le lendemain matin, et à nos actions nous ajoutions celle du pro fesseur Philippe, de Lyon.
De plus, l’abbé Schnebelin consentit à passer une semaine dans la maison pour lutter pied à pied contre l’influence pernicieuse et pour éviter à la malade la dispersion de ses forces. Le 13 juillet, on pouvait considérer l’action nocive comme éteinte, et un détail caractéristique était à
I2 2 L’INITIATION noter: à mesure que les phénomènes diminuaient, les forces revenaient à la malade, et, dès la première se maine, elle pouvait se lever. Le mieux s’accentuait sirapidement, qu’au 27 juillet la malade sortait, s’occu— pait de ses affaires et entreprenait même un voyage assez fatigant aux environs.
Quelles conclusions tirer de là, non pas pour les officiels et les ignorants figés dans leur pédantisme ou leur scepticisme, mais pour nos lecteurs déjà bien au courant de faits analogues ? Ici il nous faut mentionner un détail intéressant.
Au début des phénomènes, la jeune bonne reçut l’ordre d'écrire sous la dictée de la « voix » une décla— ration indiquant que l’auteur de l’action était payé pour cela et qu’il n’aurait pas de répit jusqu’à l’exé cution intégrale de son contrat, c’est—à-dire jusqu’à la mort de la malade. . Après les coups de carabine, la voix déclara « qu’ils étaient plusieurs » et que l’un d’eux était grièvement blessé.
Après notre seconde intervention, nouvelle décla ration, annonçant que le premier des maléficiants était hors de combat et le second également blessé. Enfin l’abbé Schnebelin m’écrit le 22 juillet une lettre d’où je détache le passage suivant (Jacques est le nom donné par les habitants de la maison à l’in fluence : ) Paris, le 22 juillet [896. MON CHER DOCTEUR, «Il m’est difficile de vous raconter par le menu toutes les péripéties de ma lutte contre « Jacques ».
LA MAISON HANTÉE DE VALENCE-EN-BRIE 123 Traqué, tracassé, il avait fini par s’en prendre à moi. « Nous avons eu des atlrapades; mais toujours à distance respectueuse de la pointe de mon épée aimantée. Il a essayé de me lancer des projectiles, pierres, briques, bûches de bois, mais un coup de fusil avec petits plombs lui a donné à réfléchir. Il n’a pas recommencé. « C’est le 9 juillet que M"‘° Lebègue s’est levée pour la première fois.
«Le 11, au soir, Jacques demande pardon, m’ap» prend que son copain sorcier est mort, que celui qui les a payés est mort aussi, que lui-même va mourir, qu’on trouvera son cadavre dans le souterrain. Je lui donne rendez—vous chez moi; il a peur et ne vient pas. Il me donne à son tour rendez-vous dans ma chambre dans la nuitdu 12 au t3, à 1 heure du matin.
Je dormais comme une souche, il me déclare le len— demain en grande colère qu’il est venu, mais que je n’ai pas daigné l’écouter. « Il recommence son boucan.Je brûle dansle jardin, avec soufre et pétrole, une vieille loque rouge qu’il avait agitée. Deux fois il arrive à l’éteindre. La troio sième fois, il hurle de douleur et demande grâce. Le soir, il se manifeste pour la dernière fois.
Il bafouille comme un ivrogne; il veut nous assassiner tous, faire sauter la maison pour le 14 juillet. Je l’envoie cuver son vin. Il n’est plus revenu. « Le I4. juillet, Mme Lebègue est sortie en voiture jusque vers Montereau. » Résumé. CONCLUSION. — Résumons les faits acquis
124 L’INITIATION et les relations des personnes de la maison avec ces faits. La voix se fait entendre sans modification, et les meubles sont déplacés dans des pièces closes . I° Quand M. Lebègue est à Paris; 2" Quand les domestiques sont parties; 3° Quand on éloigne loin de la maison les deux enfants; 4“ Mais les phénomènes suivent la trace de la ma lade quand on la transporte hors de chez elle. Voilà le médium inconscient.
C’estla pauvre malade qui, depuis huit mois, donne, sans le savoir, sa force nerveuse, sa vie, aux influences qui préparent leur action dans l’ombre. _ Quand les phénomènes éclatent, le lien est solide— ment établi et, grâce à ce lien, l‘action nocive est pro— gressive.
A mesure que les phénomènes augmentent d’intensité, les forces de la malade diminuent, et, quand notre intervention se produit et que l’abbé Schnebelin reste là, les phénomènes cessent et la guérison presque inespérée arrive avec une prodigieuse rapidité.
La malade n’est là qu’un instrument passif, et il faudrait toute l’ignorance d’un positiviste concernant la médiumnité pour supposer que cette femme clouée au lit depuis plusieurs mois et incapable de bouger, se lève pour aller dans la cave remuer des tonneaux et des planches de 25 kilos, pour effrayer ses enfants et les tuer peut—être de peur.
Donc, à notre avis, la malade fournit les forces nécessaire au phénomène, c’est la pile électrique, ce _ . _,........m- a....m,_-_N—..m .. MW..»M.滫 ,—..—..,p-—r‘-»«:«.mw u'jehvM-a ....... . _........4,gm.};g{
LA MAISON IIANTEE DE VALENCE-EN-BRIE 125 n’est pas le télégraphiste. Y a-t-il dans la maison d’autres participants P Il eSt possible qu’à leur insu les enfants fournissent un peu de force, mais surtout pendant leur som meil.
Il est possible également que la plus âgée des bonnes établisse journellement le lien nécessaire à la conti nuité des faits, mais ce sont là des hypothèses que l’avenir nous permettra de considérer à leur réelle valeur. — ’ Pour l’instant, il nous paraît hors de doute que la voix vient du dehors : 1°, La voix n’est pas sous l’influence de la malade; d’abord parce que cette voix est « peuple » n’employant que des termes orduriers et surtout parce que la voix est au courant de tous les potins locaux, alors que la malade couchée depuis longtemps ne sait rien de toutes les histoires du pays ; 2° La voix injurie et se fâche quand on parle anglais, alors que tout le monde, saufles bonnes, parle anglais; 3° Enfin la voix (ou plutôt son propriétaire) perçoit toutes les conversations tenue en quelque lieu que ce soit par les habitants de la maison.
C’est ainsi qu’une conversation tenue à Paris était entendue et analysée par « l’influence » à Valence même. Enfin l’action très nette des coups de fusil, du feu et des pointes d’acier indique que cette influence est très attachée à la terre et appartient à un ou des êtres vivants. Il faut noter en passant, et à titre de détail amu
12 6 L’lNlTIATION sant, l’ahurissement ou l’effroi des magistrats, des médecins non initiés et des gens dits « sérieux » en voyant la malade entourée d’acier et de couteaux de tous côtés. Et pourtant elle est guérie ! l !
Je ne dois pas oublier que dans cette heureuse gué rison, outre la grande part qu’il faut attribuer à la persévérance de l'abbé Schnebelin, je ne puis omettre notre maître Philippe, de Lyon. qui me révéla, dès ma demande, la cause première de tous ces faits et qui me donna la date exacte de la guérison définitive. Dût sa modestie en soufirir, je lui dois le témoignage de ce qu’il a réellement produit.
C’est ainsi qu’au XlX° siècle de notre ère il existe encore, malgré les académies et les corps constitués, des maisons hantées.
C’est ainsi que des malades, condamnés à mourir ou à être enfermées, de par la décision de doctes médecins dûment diplômés, gué— rissent rapidement grâce à l’action des mages dont, heureusement, les diplômes médicaux sont égaux à ceux des confrères profanes, sans quoi on eût essayé d’enfermer aussi lesdits magiciens qui pourtant font leur simple devoir quand ils empêchent un attentat d’autant plus lâche que les scélérats qui le commet— tent agissent dans l’ombre et profitent de l’ignorance absolue des corps officiels touchant ces phénomènes.
Si nos hypothèses sont vraies, et s’il ne s’agit pas seulement, pour nous, d’un fait de création de clichés astraux correspondant à nos idées, nous avons pu suivre pas à pas les enseignements de l’occultisme, et l‘épée aimantée de l’abbé Schnebelin a montré aux opérateurs la pratique du « retour des fluides » dont
LA MAISON HANTÉE DE VALENCE-EN-BRIE [27 la théorie est enseignée dans tous les classiques de l’occulte. Voilà pour l’instant, avec Valence-en-Brie, le cycle des faits récents épuisé; nous savons de bonne source que ce ne sera pas pour longtemps.
NOS lecteurs, grâce aux documents que nous leurs fournissons, pourront toutefois se faire une opinion raisonnée sur cette question de Valence—en-Brie, qui soulève tant de problèmes si intéressant pour l’occultiste. PAPES. ‘Ïl‘ilLLY 5! SUR ä SÈ’ÜLRÆS C’est le nom d'un village de Normandie qui fut habité par Pierre-Michel-Eugène Vintras, personnalité singulière de ce siècle qui réinstitua, dit-on, un culte phallique chrétien.
Vintras fut le maître de l‘abbé Boullan, célébrité lyonnaise, mort il y a quelques années, qui avait hérité de son maître l'art d‘opérer certains prodiges devant ses fidèles au moyen de cérémonies magiques qui étaient une modification de la messe catholique.
On a raconté que, lorsque l’abbé Boullan consacrait les hosties, celles-ci s’élevaienthors du calice et deve— naient sanglantes, et qu’avec ces hosties, consacrées à sa façon, il opérait des cures miraculeuses; on a dit aussi que, comme Vintras, il a présenté plusieurs fois le phénomène de lévitation.
128 L'INITIATION Tout le monde connaît aujourd’hui, par les jour— naux quotidiens, les apparitions de la Vierge à Tilly— sur-Seulles. Au-dessus d’un vieil orme ébranché qui se trouve dans les champs à un kilomètre du village. tantôt de jour, tantôt de nuit, la Vierge apparaît, et des centaines de personnes l’ont vue en même temps.
On a déjà beaucoup parlé, beaucoup écrit, beaucoup discuté sur ce fait, surtout parmi les gens n’ayant rien de ce qu’il faut pour exprimer une opinion de quelque valeur en la matière.
Des occultistes partisans de la méthode positiviste se sont transportés sur les lieux et ne paraissent pas avoir vu plus clair que les autres sur la question, moins même, puisqu’ils n’ont pas vu les apparitions que les simples contemplent avec des yeux béants comme des portes cochères.
Ce qu’ils ont recueilli de plus net, ce sont des té moignages concordants que la Vierge est apparue au dessus de Forme devant des centaines de personnes de tout âge. C’est un fait de seconde main que ces apparitions. Admettons—le comme fait de première main puis qu’il l’est pour les voyants qui n’ont pas pu se con certer tous pour répéter le même mensonge inventé par des petites filles.
La première question à poser est celle-ci : Qu’est—ce que la Vierge P Les catholiques croient le savoir, mais ces bonnes gens croient savoir tant de choses dont ils sont parfaitement ignorants, qu’on peut laisser leur opinion de côté.
TILLY-SUR-SEULLES 129 Ils ne se doutent pas que la Vierge Marie est pour leur religion ce qu’était Isis pourla religion égyptienne, la personnification symbolique de la substance univer selle avec quoi sont formées toutes choses dans le domaine de l’existant. Les antiques religions et philosophies considéraient l’Univers comme produit parla combinaison de deux principes, le Masculin et le Féminin, l’Esprit et la Substance, la Force et la Matière.
La Substance est le principe féminin, de là sa personnification symbo— lique en déesses. Isis et autres, lesquelles sont tou— jours Isis reparaissant sous des noms différents dans les religions diverses.
Aujourd’hui, l’idée d’lsis a été rétrécie par le catho— licisme dans la Vierge Marie, mère de Dieu fait homme; C’est la notion des deux principes qui a donné nais sance à tous les cultes phalliques, lesquels ont pour base le fait mystérieux de la sexualité. Le culte de.Vintras étant un culte phallique, la sen sualité y a joué un grand rôle.
La femme fut toujours l’objet d'une attention spéciale de la part des phal— Iistes, surtout quand ils ignoraient l’ésotérisme de leur culte. Vintras avait une dévotion spéciale pour la Vierge Marie, portail ogival de la Miséricorde. Comme Marie, la Matière est immaculée parce que ses transformations la revirginisent perpétuellement.
Les fondateurs de sectes, qui sont des fondateurs de religions au petit pied, sont généralement des psy chiques, c’est-à-dire des individus en relations plus ,\
130 L’1N ITIATION ou moins conscientes avec les parties, pour nous vul— gairement invisibles, de la nature.
De plus ce sont des esprits à compréhension étroite, limitée par des épais seurs d’ignorance dont ils n’ont aucun soupçon, ce qui les empêche de voir les relations de leurs idées avec les données fournies par l’ambiance et les pousse à attribuer une valeur axiomatique aux fantaisies de leur imagination, ce qui revientàdire, d’un mot, que ce sont des fanatiques.
A en croire les annales de l’antiquité païenne, les hommes de son temps auraient eu plus de relations que nous avec les domaines invisibles de la Nature. Ils connaissaient les hamadryades, personnalités dont les arbres sont la portion de leur organisme faite avec notre matière physique, laquelle peut être pour ces êtres une substance spirituelle ou au moins astrale.
C’est un orme qui joue le rôle nucléolaire dans les apparitions de Tilly-sur-Seulles, et il n’y aurait rien d’impossible à ce que cet orme ait eu des relations particulières avec Vintras au temps où il habitait Tilly. Son isolement sur une hauteur en faisait un point de repère pour un solitaire cherchant un lieu de méditation, et Vintras, par son psychisme, avait pu découvrir la nature de l’être dont l’orme fait partie.
Si les morts ne sont pas morts, comme le pensent tous les spirites et réincarnationnistes, il est possible aussi que l’âme de Vintras, douée de puissantes affi nités physiques, puisque, de son vivant, cet homme voulait transformer le monde, vienne encore hanter le lieu de ses méditations d’autrefois et continue ses relations avec l’orme, sa vieille connaissance, qui
TILLY-SUR-SEULLES l 3 I peut être le rafraîchit bien des fois de son ombre. Sur terre, Vintras n'était pas un homme ordinaire; il pourrait se faire qu’il eût conservé son originalité dans l’au—delà et qu’en vertu de cette originalité il produisit des phénomènes de relation entre les deux mondes qui ne sont pas productibles par le commun des morts. « Il n’y a pas de surnaturel dans la Nature » est un axiome de l'Occultisme.
S’il y a des dieux et des dé mons, ce sont des êtres naturels comme nous. Sou mis comme nous à des lois d’existence et accomplissant comme nous des fonctions dontils ignorent probable mentle but final, prenant pour celui—ci un des anneaux de la chaîne de conséquences qui part de leurs actes.
Dans l’âme de Vintras, non désintégrée, peut sub— sister vivace le désir de régénérer le monde, et il fait ce qu’il peut pour arriver à la réalisation de son désir, peut-être en se trompant grossièrement sur l’efficacité des phénomènes qu’il produit, lesquels auraient pour résultat le plus clair de ranimer la croyance aveugle ià l‘existence de puissances rectrices du monde qui sont simplement des produits de la'fantaisie humaine. Les puissances rectrices du monde existent, mais il faut les découvrir au lieu de les imaginer. GUYMIOT.
13 2 L'INITIATION æ—.æ-. _,___,,_ IÆ3 0I!S’I‘l3 III'I’I‘IIRELIÆS Sous l’apparente diversité des manifestations de la Nature, il y a une charpente uniforme; les procédés naturels sont des répétitions. Tout ce qui vit est conscient de sa vie, conscient dans la mesure nécessaire pour que sa vie se main tienne en se développant; un caillou est conscient à sa façon comme un homme à la sienne.
Le caillou a sa conscience occupée par les affinités chimiques qu’il connaît beaucoup mieux que nos savants; il désire et veut l’agrégation des molécules minérales nécessaires à son accroissement qui sont contenues dans le terrain où il se développe, où il vit La vie du végétal est une trame d’appétits comme celle du caillou est une trame d’affinités; le végétal a faim, a soif, a besoin d’air, de lumière et d’obscurité; il contient la conscience minérale au-dessous de la sienne propre; c’est un être à deux plans de con science, dont le principal est pour lui le plari conte— nant les appétits.
La vie d’un animal est une trame d’émotions posée au-dessus de la trame d’appétits formant la conscience végétale qui entre dans sa composition et au—dessus. de la trame d’affinités formant sa conscience miné raie. L’homme est un être dont la conscience a quatre plans, le sien propre, caractéristique, le plan mental formant une trame d’idées et au-dessous les plans
LES CASTES NATURELLES X33 d’émotion, animal, d’appétits, végétal, et d’affinités, minéral. Il y a donc dans l'homme vie, à un mode différent du leur propre, du minéral, du végétal et de l'animal.
L’homme dont la vie est tramée d’émotions princi palement fait surtout exister en lui l’animal contenu dans la nature humaine ; celui dont la vie est tramée d’appétits, qui ne songe qu’à la satisfaction des besoins physiques, fait exister en lui le végétal; celui dont la vie est tramée d’affinités, sympathies et antipathies, fait exister en lui le minéral.
Les hommes ont des caractères différents suivant le plan de conscience qui est le plus vitalisé en eux. L’homme complet est celui qui est capable de vitaliser également ou proportionnellementà leur importance, tous ses plans de conscience, et surtout le plan men— lai.
Si les hommes sont égaux quant aux Îpotentialités contenues dans leur nature, ils ne le Çsont pas quant à l’exercice actuel de leurs forces vitales ; l’expérience nous l’enseigne tous les jours. L’égalité des hommes, on l’entend aujourd’hui, est manifestement une er— reur.
A l’étape humaine revivent le minéral, le végétal, l’animal, et les hommes sont par la nature divisés en quatre classes suivant le Îplan de [conscience qui en eux est le principal champ de manifestation de la vie. Il y a les hommes humains, les Brahmanes, les hommes animaux, les Kehalriyas, les hommes végé— taux, les Vaisyas, les hommes minéraux, les S 0 u dras.
134. L’INITIATION En cherchant un peu, il est possible de trouver ra— tionnellement la raison d’être des institutions de l’an tiquité: à la lumière de la conception qui vient d’être esquissée, le système des castes perd le caractère d’ab surdité que les hommes d’Occident sont disposés à lui attribuer; en même temps cette conception nous ouvre des horizons psychologiques que nos philo sophes européens ne soupçonnaient pas.
Ceux dont la vitalité se manifeste surtout en attrac tions et en répulsions, sont au plan de conscience minéral de la vie humaine et par l’affinité des sem blables ont surtout affaire avec les minéraux du plan physique; cultivateurs, maçons, mineurs en sont là. Le goût inné et invincible des paysans pour les pro cès n’est—il pas une manifestation des attractions et des répulsions qui forment la trame de leur existence consciente?
La versatilité des foules ouvrières qui hissent aujourd’hui un homme sur le.pavois pour le jeter demain dans la boue n’est-elle pas une manifes— tation de la même forme d’existence ?
Ceux qui vivent surtout consciemment par leurs appétits sont en train de faire exister le végétal humain ; manger et boire sont leurs grandes occupations cons cientes et leur rôle social correspond à la forme de la vie dans les végétaux; quelle est la caractéristique de la vie végétale?
La circulation de la sève, suc nutri cier; les marchands sont les agents faisant circuler la sève sociale, et par une correspondance à laquelle ils ne peuvent se soustraire, les gens de commerce, de finance ont de grandes propensions pour le boire et le manger; le xxxe siècle en Europe aura été l'époque .n.a.à-l‘.\.«._LM
LES CASTES NATURELLES 135 de grande floraison de la vie végétale de l’humanité. Ceux qui vivent surtout dans les sentiments, amours et haines, en sont à l’étape de l’existence animale; ce sont les guerriers, les artistes, les femmes dans nos sociétés européennes; le chauvinisme des soldats, la jalousie des artistes et des femmes sont des manifestations caractéristiques de la vie passion nelle, de la vie de l’animal humain.
Enfin le petit nombre qui a surtout conscience des idées sans y mêler de passion, d’appétit ou d’affinité matérielle en est au stade humain de l'existence. Il ne faudrait pas entendre ce qui vient d’être dit dans un sens trop étroit.
Quand les êtres arrivent au mode humain de la vie leur caractéristique est d’être des penseurs ; tous pensent ou peuvent penser; tous le font directement ou indirectement, l’homme minéral, l’homme végétal, l’homme animal, mais leurs pensées se rapportent particulièrement au plan de conscience où la vie a chez eux sa plus grande activité; les ouvriers manuels pensent surtout à leurs travaux; les commerçants aux affaires; les guerriers aux combats, les artistes à la gloire, et les femmes aussi, car elles sont des guerrières et des artistes, éprises de gloire, de triomphes.
Nous avons tous, même ceux qui vivent surtout comme penseurs, les quatre plans de conscience en nous, et la vie peut être alternativement active sur chacun d’eux; le plan de conscience mental n’est pas non plus interdit àceux qui vivent principalement sur les autres plans, et on n’est point condamné par son métier, surtout dans nos sociétés mixturées d’Eu
I 36 L’INITIATION rope, à vivre sur un seul plan de conscience; on peut être principalenent guerrier, artiste, femme, -— remar quez la sympathie naturelle de ces trois classes d’êtres humains — et en même temps penseur très actif; de même pour les commerçants et les agriculteurs. Mais un fait certain, c’est que la masse, dans chaque classe sociale et humaine, s’occupe surtout du plan de conscience qui lui est propre; pour s’occuper du plan au-dessus, il faut se distinguer de la masse de ses pareils, cesser d’être tout à fait leur pareil. Avec la conception des castes naturelles, nous pou vons apprécier la valeur du suffrage universel basé sur l’hypothèse que tous les hommes sont égaux, actuellement égaux et pas seulement par les poten tialités de leur nature. . Une société est composée des quatre classes d’hommes, des quatre castes naturelles, et chacune y est active suivant le mode de vie qui lui est particu lier. Le suffrage universel met la direction de ces acti vités sous l’opinion de la masse ; de quelle valeur peut être l’opinion de l’homme minéral pour la con duite de l’homme humain, celle de l’homme végétal pour la conduite de l’homme animal ? Cette simple question fait apparaître comme patente l’absurdité du gouvernement des sociétés par le suffrage universel ; le suffrage restreint qui met le gouvernement social dans les mains des marchands, les hommes végétaux, n’est pas moins absurde. La hiérarchie naturelle des castes serait le seul sys— tème logique; au fond, c’est toujours lui qui est en
LES CASTES NATURELLES 1 37 pratique, mais d’une façon faussée, à chaque instant dérangée, qu’il y aurait intérêt à remplacer par une façon régulière et continue. GUYMIOT. P“
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE WoYanru EII Œ‘aéowemus Tout le monde, à peu d’exceptions près, a _dit son petit mot sur le cas de la voyante de la rue de Paradis.
Presque toutes nos sommités littéraires ou journalis tiques y sont allées de leur chronique, et, sacrifiant sur l’autel du scepticisme àoutrance, ont esquissé une moue de dédain et versé un pleur de pitié sur cette pauvre humanité qui, cent ans après l’émancipatrice Révolution, a encore soif de mysticisme et de surna turalisme. Après les sommités-littéraires, sont venues les som— mités médicales, élucubrer leurs fantaisistes diag— nostics.
Tot capita, tot sensus. Toute la gamme des névroses et des maladies mentales y passe. Quel mal tout ce monde-là se donne pour persuader à leurs souffreteux contemporains que charogne ils sont et resteront etque, comme à toute charogne, leur fin sera un enfouissement plus ou moins solennel.
Tous ces médicastres, qui pour eux-mêmes rêvent d’immortæ lité, avancent cependant, bien à regret, que la voyante de la rue de Paradis, M“e Couédon, pour l’appeler par son nom, n’a aucune des maladies dont ils l’oc— troient si généreusement, et ils ne concluent pas; c’est plus commode.
VOYANTE ET THÉOLOGIENS I 39 Mais voici venir les théologiens, avec le lumignon que les savants ont oublié de mettre dans leur lan terne pour y mieux voir. C’est du moins leur préten tion. Avec ces derniers on rit moins encore.
Oyez leurs mirifiques conclusions, c’est à vous donner la chair de poule, et, si nous ne vivions en cette bien heureuse fin de siècle, nous sentirions déjà le roussi du bûcher de Jeanne d’Arc, que d’autres théologiens non moins éminents que ceux contemporains ont condamnée et brûlée comme sorcière, hérétique et relapse. (Rengainez vos ergo et vos distingue, chers confrères, l’histoire est là pour vous donner un dé menti formel.) D’ores et déjà, ditl’un de nos éminents, l’opinion des théologiens est faite sur le cas de la voyante de la rue de Paradis : M"° Couédon est une possédée.
Je gage, éminent confrère, que vous n’en avez jamais vu, de possédé. Un possédé n’est pas du tout ce que vous vous imaginez. Je me payerais volontiers le plaisir de vous voir en face de l’un d’eux, rien que pour vous apprendre à être plus circonspect en vos outrecuidantes affirmations. C’est le diable! conclut un autre éminent théolo gien, doublé celui-là d’un savant ès sciences psychi ques.
C’est le diable, et, pour conclure ainsi, M. le chanoine Brettes s’est donné la peine d’élaborer un long rapport, très ingénieux, très spirituel, dit-on, semé de pointes et de mots, qui, parait-il, ont fort amusé son auditoire. Je le veux bien, la plaisanterie est toujours facile à un homme d’esprit; même derrière un convoi funèbre,
140 L’lNITIATION _von peut encore faire pouffer de rire. C’est inconvenant, voilà tout. C’est le diable! J’ai déjà entendu cela, il y a près d’un quart de siècle, à propos d’un autre voyant, des apparitions dont il fut favorisé, des prédictions dont il fut le messager choisi, et dont celles_de la voyante de la rue de Paradis ne sont pour ainsi dire qu’une réédition.
Il y eut alors une véritable levée de goupil— lons, suivie d’une levée plus prosaïque de baïonnettes allemandes. J‘en sais quelque chose, cela se passait aux pays annexés. Voici ce que me disait alors un autre chanoine, pour le moins aussi éminent, aussi savant que celui qui nous occupe, et aujourd’hui encore député protes tataire au Reichstag allemand.
M. le chanoine G. me disait: « Notre clergé est trop rationaliste pour com— prendre quoi que ce soit à ces manifestations surnatu relles. » Et après vingt-trois ans, l’humble chapelle que j’ai vu édifier au lieu de l’apparition, et que l’autorité allemande, d’accord avec l'autorité ecclésiastique, devait faire disparaître, est toujours là. Elle figure même sur la carte de l’état-major allemand.
J’y fus l’an dernier; des cierges y brûlent encore comme au premier jour; des malades y ont trouvé leur guérison ; il me sera bien permis d’affirmer que, condamné par la faculté, j’y ai recouvré la mienne. Beaucoup des prédictions de l’humble voyant d’alors se sont accom_ plies. Pour les autres, écoutez l’archange Gabriel, ce sont les mêmes, de même queles apparitions de Tilly sont l’exacte reproduction de celles qui émurent tant,
VOYANTE ET THÉOLOGIENS 14! il y a près d’un quart de siècle, l’Alsace et les pays cuconvoxsms. C’est le diable! Voyons, éminent chanoine Brettes, examinons un peu les prémisses de votre abracada brante conclusion, je vous dirai ensuite où le bât vous blesse. Il y a un fait brutal qui a éclaté en plein Paris, qui a crevé les yeux d’un chacun.
Depuis le 5 août de l’an née dernière; une jeune personne qui n'est ni hystéri que, ni folle, ni névrosée, vaticine en un quatrième de la rue de Paradis. Toutes les classes de la société ont défilé dans son petit salon ; des diplomates et des princes y sont venus, des savants et des prêtres, des croyants et des mécréants. La grande masse de ces visiteurs est sortie de là fortement impressionnée sinon convaincue et croyante.
Et, du jour où M. Gas ton Méry eut l’admirable courage de braver le ridicule et de lancer son premier article, cela a été un affole ment général. Bref, prétend Mne Couédon, c’est l’archange Gabriel, qui parle par sa bouche, qui se sert d’elle, pour annon cer de grands et terribles événements. Comme preuve de sa mission, l’archange a des prédictions particulières pour chaque visiteur, dont il a l’air de connaître les secrets les plus intimes.
Ces prédictions se réalisent presque sur-le—champ, des malades même sont guéris. Les conseils les plus sages, les encouragements les plus chrétiens, sont donnés à profusion. Des conversions même s’opèrent. Des événements d’ordre général se réalisent au jour prédit. Si c’est le diable qui pousse ainsi à la conversion,
142 L‘INITIATION . il faudra croire qu’il s’est converti tout le premier.
Lorsque, il y a un demi-siècle, des théologiens non moins éminents que ceux d‘aujourd’hui disaient au pâtre Maximin de la Salette qu'il était le jouet du diable, il répondait pertinemment : « Le diable n’au rait pas beaucoup à gagner si l’on sanctifiait mieux le dimanche. » C’était le diable aussi à Lourdes, c’était le diable en Alsace, à Pont-Main, à Marpingen au diocèse de Trèves; c’est également le diable à Tilly, le diable partout. Pourquoi ?
Oui, pourquoi? Parce que, chers confrères, nous sommes les dignes successeurs de ces mêmes pharisiens qui reprochaient ,àJésus de chasser les démons par Beelzebut, parce que notre sacrosainte et orgueilleuse suffisance ne peut admettre qu’il puisse nous arriver de l’au-delà, par des voies insolites, un rappel quelconque à nos devoirs.
Jeanne d’Arc, que nous hésitons encore à canoniser, n’avait pas été tendre pour le clergé de son temps, c’est pourquoi nous l’avons brûlée.
Pour vous donner une idée de ce que valaitle clergé de ce temps— là, relisez donc, chers confrères, les virulentes apos trophes que nous adressait publiquement, du haut de la chaire de Notre—Dame, un contemporain de la , bonne Lorraine, l’illustre Gerson,chancelier de l’Uni versité de France, le pieux auteur de l’1milaz‘ion de Jésus-Christ. Nous ne valions pas mieux au siècle suivant.
Il est vrai que celui qui gouvernait l’Eglise était un Médicis, Léon X, qui avait ouvert toute grandesles portes du Vatican aux simulacres du paga nisme, et qui étouffait sous ses bulles pontificales les
VOYANTE ET THÉOLOGIENS 14.3 voix des voyants et des prophètes de malheur, qui avaientsurgi un peu partouten Europe. La Réforme est venue, mais, au lieu de venir d’en haut, elle est venue d’en bas, et ainsi se sont réalisées les prédictions de ces prophètes et de ces voyants.
Pensez-vous que, si au siècle dernier nous avions été le sel de la terre, nous aurions vu les horreurs de la Révolution P Il n’est pas un endroit d’apparitions Où, depuis un demi-siècle, n’ait retenti cette parole: Malheur aux prêtres! Moi-même je l’ai entendue il y a vingt-trois ans. ' Malheur aux prêtres! Lorsque nous l’entendons, cette voix de malheur, nous sommes aussitôt disposés à nous transformer en odieux persécuteurs.
De ce que l’esprit, dont M“ Couédon n’est que le truchement, n’a pas pour le pape, pour notre pieux cardinal, pour nous tous en général, cette déférence respeCtueuse que nous exigeons du dernier enfant de nos catéchismes, nous voulons que cet esprit soit le diable. Vous êtes bien difficiles, éminents confrères. L’archange Gabriel (vous devriez bien admettre que c’est bien lui, en attendant des moyens de contrôle) n’est pas le premier venu.
Il aurait, je crois, le droit de trouver par exemple que Léon XIII eût pu faire un meilleur usage du denier de saint Pierre, au lieu de le faire servir à des spéculations de bourse, et de faire cadeau de son portrait en pied à l’archevêque de Paris plutôt que d’en gratifier Arton. Et j‘en passe. L’archange a promis un époux à la voyante. Cela vous offusque. Le mariage n’a pas cessé d’être un sa— crement de l’Église, que je sache. L’archange qui avait
:44 L’INITIATION annoncé à Zacharie qu’il serait le père de Jean-Bap tiste, à la Vierge Marie qu’elle serait mère de Dieu, est absolument dans son rôle. Vous lui reprochez d’être depuis des mois, jour et nuit, à la disposition. de la voyante. J’ai entendu parler d’un autre archange, Raphaël, si je ne m’abuse, qui n’a pas quitté d’une semelle le jeune Tobie durant son long voyage au pays des Mèdes.
Vous lui reprochez à ce bon archange, -— que ne lui reprochez-vous pas ? — de ne pas désavouer for— mellement le duel. Le duel! Mais il m’a toujours semblé que le duel était une des formes du jugement de Dieu, une institution de l’Église. Mais voici une perle (on en trouve ailleurs que dans les huîtres). M. le chanoine Brettes reproche à l’ar— change Gabriel de recommander la fréquentation des sacrements, sans jamais parler de la contrition.
Le premier petit communiant venu répondrait au savant chanoine que la contrition est la partie essentielle du sacrement de pénitence, et que par conséquent enga— ger quelqu’un à recevoir les sacrements, c’est avant tout l’engager à se repentir. Non seulement le savant chanoine a l’air d’ignorer son catéchisme, mais il frise singulièrement l’hérésie.
N’a-t-il pas osé tenir à M“8 Couédon ce propos : « Voyons, si le pape, qui est infaillible, vous disait que ce n’est pas l’archange Gabriel qui vous inspire, le croiriezwous P La voyante a pertinemment répondu: « Non! » et ellea eu raison. L’infaillibilitépapale, M. le chanoine
VOYANTE ET THÉOLOGIENS 145 ‘Brettes ne devrait pas l’ignorer, n’a rien à voir dans un faitd’ordre purement contingent; elle est exclu sivement dogmatique. Ne soyons donc pas plus pa pistes que le pape. Pour conclure à mon tour, et m’appuyant sur les leçons de l’expérience, je dirai simplement: Quelle hâte avons-nous de vouloir précipiter ainsi notre jugement?
Nous nous sommes si souvent trompés en ces sortes de matières, qu’un peu plus de prudence ne nous messiérait nullement. Au point de vue théo logique, laissons faire le temps; c’est une épreuve qui vaut mieux que tous les raisonnements. Si ces choses viennent de Dieu, ne nous donnons pas le ridicule de nous mettre en travers. Si elles viennent du diable, comme vous le prétendez, vous en verrez bien vite la farce.
Si c‘est pure fumisterie, comme le déclare un autre augure, passez votre chemin.Croire aux appari— tions, aux prophéties, aux miracles contemporains, n’est pas un article de foi catholique, apostolique et romaine. Respectons les convictions d’un chacun et gardons-nous surtout de persécuter qui ne pense pas comme nous. In dubiis libertas, in omnibus charitas. Ne méprisons pas davantage les avertissements qui peuvent nous venir de l’au-delà. . Il y en a déjà; il y en aura encOre. L’abbé A. SCHNEBELIN.
I.jÜ L'INI'I IATIU.‘\‘ N’ÊTES SUR LA PRÛPHÉI‘IE D’ÛRVAI. A M. STANISLAS DE GUAITA. La prophétie d’Orval, à laquelle le deuxième volume des Voix prophétiques de M. l’abbé Curicq ue, publiées par Palmé en I872, consacre quelques pages forts intéressantes, permet de calculer, à quelques années près, les dates des grands événements de l’his toire française au xx° siècle. Elle fait allusion à la fin de l’Antechrist.
D’après Nostradamus et des traditions chrétiennes qui remontent aux Pères de l’Église, cette fin aurait lieu en 1999 ou en 2000. Or voici comment la période précédente est carac— térisée par le voyant: « Moult de mal, guère de bien « seront en ce temps-là. Moult grandes villes périssent par le feu. Sus donc. Israël vientà Dieu-Christ tout de bon. Sectes maudites et sectes fidèles sont en deux parties bien marquées. Mais c’est fait !
Lors Dieu seul sera cru. Et la tierce part des Gaules et encore la tierce part et demie n’a plus de croyance comme aussi tout de même les autres gens. « Et voilà déjà 6 fois 3 lunes et 4 fois 5 lunes que tout se sépare, et le siècle de fin a commencé. Après un nombre non plein de lunes, Dieu combat par ses deux Justes et l’homme du mal a le dessus. Mais c’est fait. Le Haut Dieu met un mur de feu qui obscurcit mon entendement et je n’y vois plus. Qu’il soit béni. loué à jamais. Amen. » à A ‘îâaâ Ââââk’k
NOTES son LA PROPHÊTIE D’ORVAL 147 Ces lignes désignent la terrible crise de trois ans et demi déjà signalée par Daniel en l’Apocalypse, pendant laquelle l’Antechrist, ayant probablement réuni tout les ennemis du christianisme, grâce à un monstrueux syncrétisme de doctrines, dont la secte Blavatsky a donné le premier modèle, entrera en lutte contre Enoch et Elie (persohnifiant les peuples soumis à la Loi primitive).
De plus, le nombre non plein de lunes (moins de 19 ans, cycle lunaire) désigne la période qui s’étendrait de la lutte en question à une date anté rieure. La lutte a-t-elle lieu en 1999, nous serions reportés ainsià 1981 ou 1982, ou à 1980 si elle a lieu en 1998.
Pendant cette période, marquée peut-être par des soulèvements anarchiques dont l’Antechrist vien drait à bout, Israël se convertirait, en voyant celui ci ennemi de la loi de Moïse aussi bien que de celle du Christ. « La fleur blanche, dit le voyant, s’obscurcit pen « dant 10 fois 6 lunes et 6 fois 20 lunes. » Ces 14ans 6 mois me semblent aller de 1966 à 1980 (r). « Dieu seul est grand l... Les biens sont faits. Les « saints vont souffrir.
L’homme du mal arrivé de deux - « sangs prend croissance. » La naissance de l’Antechrist est ici marquée. Les lucifériensla fixent à l’an 1962. Les traditions chré— (l) Le dernier des rois de France, a dit sœur Bertine, mourra dans une grande bataille, àl’époque de l’avènement de l‘Ante christ, et son corps sera privé de sépulture. (De Stenaz, Derniers Avis politiques, 1872. »Palmé, in-12, p. 271.)
148 L‘INITIATION tiennes le font naître d'un Turc et d'une Juive. « Dieu est saoûld’avoir baillé des miséricordes, et « ce pourtant il veut, pour les bons, prolonger la « paix encore pendant 10 fois I2 lunes. » Ces nolunes, ou 9 ans 3 mois 20 jours solaires, s’étendent de 1955 ou 1956 à 1965 ou 1966. « Dieu est encore béni pendant 1.1. fois 6 lunes et 6 fois 13 lunes. » C’est la période de I2 ans qui va de 1955 ou 1956 à 1943 ou 1944.
Le grand monarque mourrait alors «septuagénaire»,d’aprèslavieilleprophétiede\Verdin. L’époque contemporaine et les années suivantes sont ainsi désignées: « C’est fait, la montagne de Dieu désolée a crié à Dieu; les fils de Judas ont crié à Dieu de la terre étrangère, et voilà que Dieu n’est plus sourd. Quel feu va avec ses flèches! 10 fois 6 lunes et puis encore 6 fois 10 lunes ont nourri sa colère.
Malheurà toi, grande ville! voici des rois ar més par le Seigneur, mais déjà le feu t’a égalée à la terre; pourtant tes justes ne périront pas, Dieu les a écoutés. La place du crime est purgée par le feu, le grand ruis seaua éconduit toutes rouges de sang ses eaux à la mer. Et la Gaule vue comme décabrée (t) va se re joindre. Dieu aime la paix; venez, jeune prince, quit tez l’île de la captivité; oyez, joignez le lion à la fleur blanche, venez.
Ce qui est prévu. Dieu le veut: le vieux sang des siècles terminera encore de longues divisions. Lors un seul pasteur sera vu dans la Celte (I) Variante : délabrée. Des prophéties disent que la France sera divisée en trois parties pendant la guerre civile qui suivra l‘invasion.
NOTES SUR LA PROPHÉTIE D‘ORVAL 149 Gaule. L’homme puissant par Dieu s’assoyera bien, moult sages règlements appelleront la paix. Dieu sera cru d’avec lui tant prudent et sage sera le rejeton de Ialoy. Grâce au père de la miséricorde, la sainte Sion rechante dans ses temples un seul Dieu grand. Moult brebis égarées s’en viennent boire au ruisseau vif: trois princes et rois mettent bas le manteau de l’erreur et oyent clair en la foi de Dieu.
En ce temps-là un grand peuple de la mer reprendra vraie croyance en deux tierces parts. » De 1870 à 1880, plusieurs commentateurs ont vu dans ces lignes l’indication de dix années d’hostilités plus ou moins sourdes entre la papauté et Napoléon III, ainsi que les malheurs inouis qui ont ensuite fondu sur la France.
M. Chabauty, dans ses Lettres sur les prophéties modernes, publiées à Poitiers chez Oudin, a pourtant reconnu que Paris semble menacé d’un incendie plus terrible que celui de la Commune. Aucune date précise n’est ici indiquée par la pro phétie d’Orval. Mais la comparaison avec d’autres prédictions permet de trouver quelques éclaircisse ments. M. Chauffard a fait ce travail dans son savant livre sur les Prophéties, publié par Thorin en 1886.
Il a' toutefois supposé que de grands malheurs sui vraient immédiatement un intervalle de dix années, allant de 1880 à 1890, ou de 1886 à 1896 (pages 15 16). Toutefois il me parait plus vraisemblable que la guerre formidable attendue par nous sera la crise fi nale terminant une série de malheurs, qui ont c0m mencé peu après une trêve de dix années, accordée par la Providence à la France contemporaine.
I 50 L’INITIATION Cette trêve aurait duré de I870 ou IS7 I à I 880 ou I88I. Un texte assez douteux, que cite M. Chauffard. dit qu’en I830 Catherine Labouré aurait eu la rêvé Iation de grands malheurs qui éclateraient après qua rante années: a dans quarante ans... puis dix ans... puis la paix. » Un autre voyant a mentionné cette trêve de dix années (I). Ces données ne permettent point d’annoncer en quelle année commencera la grande guerre ( 2).
M. Chauffard compare les prophéties d’Olivariusèt d‘un moine de Padoue avec celle d’Orval : il en con clut que le « jeune prince », après ses premiers triom phes, devra, dix ou douze ans après, venir à bout d’un dernier soulèvement à l’intérieur de son empire, quand il aura environ quarante années (3).
Saint François (I‘) Annales du surnaturel, I899, p. 77;et I889. p. 257. (2; Les dates, en matière de prophéties, sont simplement approximatives: si la grande guerre n‘éclate pas en I 896, elle ne peut être retardée de beaucoup. (3, « Les malencontreux seront déçus, dit Olivarius, et par fer et par feu seront occis, le lis maintenu. Mais les derniers rameaux du vieil sang seront encore menacés, ains guerroye t‘ont entre eux.
Lors un jeune guerrier cheminera vers la grande ville, il portera lion et coq sur son armure; ains la lance lui sera donnée par un grand prince d'0rient. Il sera secondé merveilleusement par peuple guerrier de la Gaule-Belgique. qui se réunira aux Parisiens pour trancher troubles et réunir soldats. et les couvrir tous de rameaux d‘oliviers.
Guerroyant encore avec tant de gloire sept fois 7 lunes, que trinité popula tion européenne, par grande crainte et cris et pleurs, offrent leurs fils et leurs épouses en otages, et ployant sous les lois saintes et justes et aimées de tous. Ains, paix durant 25 lunes. Dans Lutetia, la Seine, rougie par sang, suite decombats à ou trance, étendra son lit par ruine et mortalité.
Sédition nou velle de malencontreux maillotins, etc. » Le moine de P3— doue parle d'un prince qui remporterait à quarante ans de grands succès.
NOTES SUR LA PROPHÉTIE D’ORVAL 151 de Paule (mort en 1507), entrevit les événements qui auraient lieu quatre siècles après son décès: il a pré— dit un grand pape et un grand monarque auxquels tous les autres princes seraient soumis (p. 166). Il y a concordance entre les prédictions provenant de France et celles qui sont répandues en d’autres contrées. .
Le même M. Chauffard, dans son livre intitulé La Révolution publié par Aubanel à Avignon en 1892, a le premier mis en lumière le rôle important que doit jouer très prochainement l’empereur de Russie, allié de la France, mais adversaire de l’anarchie. Nos tradamus parle de même: L’Oriental sortira de son siège, Passer les monts Apennins, voir la Gaule, Transpercera du ciel les eaux et neiges, Et un chacun frappera de sa gaule.
Une prophétie du xvru" siècle, citée par M. Chauf fard d’après le recueil de M8' Cerri (I futurz' desfinz‘; Torino, 1876), mentionne une guerre qui durera près de deux ans, et qui ne doit pas être confondue avec cette autre guerre de quatre années dont parle la pré diction d’Olivarius : « Guerroyant encore avec tant de gloire sept fois sept lunes... ainsi paix durant vingt cinq lunes ».
La prédiction dite de saint Thomas de Cantorbéry la désigne à peu près de même : « Le lis perd sa couronne dont sera couronné le fils de l’homme; et pendant quatre ans consécutifs se suc céderont des troubles et conflits sanglants religieux. La majeure partie du monde sera détruite, ce qui en formait l’orgueilleuse tête, renversé; le fils de l’homme
152 L'INITIATION _w et l‘aigle prévaudront. Thomas, Orval laissent entre voir des compétitions dynastiques en France (I). Une remarque s'impose ici: Les événements pré dits, concernant l’Église, sont en corrélation avec ceux qui concernent la France.
Si Pie IX a vécu plus longtemps que ne l’avait annoncé la voyante Anna Maria Taïgi, c'est que le retardement°du triomphe glorieux de la France, par suite de l‘inaction étrange du comte de Chambord, a pour conséquence le retar— dement d’une crise politique et sociale dont l’Église catholique et l'Europe sont menacées.
Frère Antoine, l'ermite d’Aix—la-Chapelle, avait prédit que Pie [X survivrait à une guerre du grand Monarque contre l'Allemagne (Curicque, Voix prophétiques, 1U, 524). La sœur Imelda dit que Marie a retardé la mort du pontife (ibid., p.530).
Rosa Colombe annonçait qu’un roi légitime remplacerait Napoléon III (ibid., p. 760) Bon nombre de prédictions sent ou bien entièrement abrogées (comme conditionnelles), ou bien, comme M. de Guaita l‘a si nettement exposé. modifiées sinon dans leurs grands traits, du moins dans certains dé tails.
SATURNINUS. (I) Ceci parait bien nous conduire à [910 environ : j’ai sup_ posé plus haut que le grand Monarque mourrait « septuagé_ maire » peu après 1940. S’il ruine les États musulmans vers [920, comme M. Chauffard le suppose, l’Église catholique aurait les vingt-cinq années de triomphe annoncées dans le secret de la Salette.
LIBRES RECHERCHES PHILOSOPHIQUES I 53 Ëibres Recherches philasuphiques (Suite) L’âme sans cesse tendue vers les hautes questions se suggestionne elle—même des désirs intenses de l’es prit et alors. incitée de cette façon, applique ses forces à la recherche de ces choses.
Ellea besoin de cette excitation psychique qui cons titue la vie et l’activité; sans cela, l’existence se passe rait en sensations obscures, et nous n’aurions qu‘une vie tronquée, végétative et toute sensitive. Ce serait la somnolence de la personnalité, et elle ne se connaîtrait peut-être pas!
Et, si nous maudissons les heurts violents de la vie, pensons toujours qu’un jour nous les bénirons, parce que nous en comprendrons la nécessité impé rieusementcommandée par notre constitution même! Nous revenons un peu sur le phénomène de la médiumnité que nous avons pu observer chez une personne principalement où les caractères en étaient accentués.
« L’inconscient », lisez la Seconde conscience, en travail mais « décapité » du moi, ou ce moi interne effacé et remplacé par le « moi » cérébralisé, c’est une substitution et une transposition qui s’opère faci lement dans cet état. Le conscient intime ne fait pas de théories, il n’en a pas besoin; il répercute le conscient de surface, reçoit
154 L’INITIATION et emmagasine ses produits et ses envois, sur lesquels il table quand il est incité avec une ampleur qui est son apanage particulier, c’est-à-dire d’une façon ' médiumnique. Quand le médium esten communication, c‘est jus tementde son« inconscient » que se servent parfois les esprits, comme d’un clavier, docile pour leurs des criptions.
La surface ne'pourrait saisir assez sensitivement ni docilement, ni enfin facilement, parce qu’elle n’a pas d’instinctivité animique à son service. Tout porte à croire que dans l’état de veille, quand nous sentons les influences occultes d’intelligences spirituelles, c’est que notre diapason sensitifémerge de l‘interne et devient apte aux transmissions spiri tuelles.
Il n‘est guère possible de croire que les sens organiques soient susceptibles — au moins au même degré — de saisir les impressions spirituelles adres— sées. Quantà leur délimitation, nous'pensons que nos ressources actuelles ne nous en permettent pas encore la tentative, tellement tous ces courants sont enchevê_ très dans notre double nature.
Les premières pensées emmagasinées forment une macédoine, mais peu à peu elles se décantent, se groupent auprès de centres agrégateurs, autour de pensées de noyau, de nucléoles, qui ont des affinités supérieures, telles dans un discours où tout est fait en vue de faire ressortir certaines idées principales qui en forment la charpente. Comme les pensées .ont leur vie propre naturelle
LIBRES RECHERCHES PHILOSOPHIQUES 155 ment, elles ont des sensivités spéciales, des couleurs particulières qui les attirent les unes vers les autres; elles subissent la loi des affinités intelligentielles.
On sait dans les rêves comment les frémissements intimes de la vie organique amènent sur le clavier cérébral ou les font éclore selon la case cérébrale où elles frappent, une cacaphonie de pensées et d’images décousues et burlesquement accouplées. Et tout cela parce que, à ce moment, nous n’avons plus de repère de rectification extérieure. Nous les subissons comme le fou subit ce que lui envoie son mental déclanché.
Dès que nous pensons sur un sujet, si nous n’avons pas soin de fermer la porte aux intrusions inoppor tunes, de suite il se greffe des ramures étrangères qui viennent déformer les types psychiques que nous dési— rons étudier.
Composés,comme nous le sommes, de toutes les vagues de la vie matérielle et spirituelle qui déferlent plus ou moins régulièrement, ilest même étonnant que nous puissions encore arriver avec ce trop de richesse envahissante à trouver quelques parcelles de la vérité. Mais aussi quels efforts de pensées fausses chas sées, usées, quels débrouissaillements opérés lentement parmi tous ces amoncellements de richesses qu’il faut _ œuvrer!
Et dire que dans l‘état futur spirituel tout est ‘vrai, ou du moins offre des réalités à l’esprit, le vrai comme le faux, puisque tout ne sort que des pensées.
156 L‘INITIATION "“"*'Hn. CHAPITRE VII THÉORIE DU SIAL Par le mal, nous entendons tout ce qui fait souffrir Sans cesse nous appelons enfantinement de nos vœux un bonheur constant et sans nuages. Comme si le bonheur pouvait être compris et ap précié comme il doit l’être, sans la douleur à côté qui le fait ressortir et fait mieux sentir la douceur et le plaisir! La loi des contrastes parait tellement nécessaire à la vie!
C’est qu’à côté de la vie est la mort. Et puis c’est que dans la Nature le MAL A ÉTÉ VOULU.
Les carnassiers ne font—ils pas partie du plan terrestre P Pourquoi leur création P Est-ce peut-être parce que les terres si nombreuses de l’espace sont encore trop étroites pour contenir les myriades d’êtres qui sont appelés à la vie et à les habiter momentanément P Est-ce que la procréation ne défie pas par ces impé riosités et toutes les plus mauvaises conditions de l’existence î‘ Est-ce que la « Nature » naturante se soucie des êtres créés ?
Est-ce qu’elle ne les abandonne pas à leur sort bon ou mauvais ? L’important pour elle, c’est de les faire sortir de son sein. Après, comme après. Voilà la loi impérieuse supérieure; CRÉER DES INDIVIDUAL[ TÉSl Il faut donc qu’à cetteindividualisation soit attachée ul’y"f :>:r> —<"r" _..- .u,y.v 7;.»/ 1., «.M,,.,_...
LIBRES RECHERCHES PHILOSOPHIQUES I57 une raison d’être si impérieuse, que tout est sacrifié pour elle. Le mal, si atténué puisse-t-il devenir,sera toujours proportionné à l’épiderme des créatures.
Dans l’homme, il évolueà une certaine hauteur mo rale; il évolue sur le plan psychique, -— là le mal moral vient se greffer et enter le mal physique, — comme si de toutes les façons il était nécessaire qu’il fût, et par là révéler à l’attention qu’il fait partie du ‘ plan matériel. ' Nous savons qu’il est délicat d’aborder cette ques— tion à l’étiage actuel de l’humanité.
Mais, comme nous nous présentons en philosophes à des philoso phes,nous exposons notre pensée sur ce sujet avec une complète indépendance.
Nous rappelons tout ce que Cahagnet a écrit sur ce sujet, avec qu’elle fécondité d’aperçus il l’a traité et a été forcé de conclure aussi bien malgré son grand et généreux cœur rempli d’amour fraternel envers TOUS LES ÊTRES, il a été foi cément amené à conclure que le mal était nécessaire au bonheur et que l’un était toujours indispensable pour provoquer l’activité humaine et développer en nous les affections les plus fraternelles et les plus élevées.
Demandez à un homme qui n’a jamais été malade .s’il connaît le bonheur de la santé. Il ne vous com prendra pas. S’il n’avait jamais vu de soufl'reteux à côté de lui, naturellement il regarderait votre ques tion comme une variété de l’idiotisme. Tout est correspondant et proportionnel; s’il nous fallait souffrir ce que nos aïeux ont souffert, les tor
158 L‘INITIATION turcs, les barbaries qu’ils ont soutenues avec courage et indifférence, nous n’en serions pas capables, pas plus que nos arrière-petits-neveux nervosés ne pourront souffrir ce qu’actuellement nous pouvons souffrir.
Tout devient relatif à la sensibilité. — Comme l‘évo lution psychique et mentale de l’humanité se fait dans et par les âges, il s‘ensuivra que pour l’homme le mal physique pourra diminuer, mais qu’il lui restera tou— jours le mal moral, et peut—être l’ennui, qui sait P en place.
Du reste, pour créer des individualités, il fallait des luttes, des heurts, des faibles, des forts, sans cela la vie eût été d’une monotonie désespérante ; aucun progrès matériel ni moral ne se fût fait. L’homme aurait vécu sans souci. indifférent comme la brute, qui a ses sens rassasiés. Le plan universel est le fruit de l’intelligentiel à sa plus haute expression.
Il l’est tellement que n’importe quel axe qui est établi dans les planètes, toujours il s’établit une harmonie autour de cet axe, si opposé soit-il d’avec d’autres. N'est—ce pas là le cachet d’une fécondité de res— sources qui écrasent notre esprit étroit limité à nos an tennes cérébrales ?
Nous le voyons sans cesse dans les formes et les ac: colements les plus burlesques de certains animaux actuels et paléontologique, terriens, aériens et fluvia tils. Malgré l’apparence hurlante qu’ils ont, selon no tre appréciation, toujours il s’établit cependant une harmonie qui les fait vivre et procréer ? Si l’harmonie est si puissante ou du moins si les
LIBRES RECHERCHES PHILOSOPHIQUES 159 choses qui la représentent y tendent ainsi malgré toutes les contradictions apparentes et secondaires, il y a donc forcément un plan général d’ensemble qui domine tout de ses grandes lignes. Et la raison de ce plan, sa nécessité d’être, étaient la venue d’êtres constitués, individualisés en vue d’animer de leur ac tivité la vie sensible de l’Univers ?
Ils ont été faits pour l’Univers, mais l’Univers a été aussi fait pour eux. C’est la loi de l’intelligentiel fatal qui est la source de l’Univers. Et il est tellement in telligentiel qu'il comporte avec lui la sagesse et l’har monie en tout, et partout il y tente. Seulement, nous qui remplissons le rôle de supports, nous pouvons légitimement crier et maudire même temporairement quand la charge nous écrase trop.
Le mal pourra se déplacer par la suite, mais ce ne sera qu’un déplacement. Qui sait si nos arrière-pe tits-neveux plus ou moins nervosés ne s’ennuieront pas au sein de la monotonie de la satisfaction!
CHAPITRE VIII L’AURA ou L’ASTRAL PLANÉTAIRE ET COSMIQUE Nous croyons que cette photosphère invisible et sensibilisée vitalement au point d’être comme l’âme de la planète est assez connue maintenant pour ne pas citer une grandequantité de faits à l’appui. Comme nous exposons nos pensées à des initiés, cela abrège beaucoup les exemples. Cependant en passant, nous devons en répéter deux qui prouvent péremptoirement
160 L’INITIATION son existence. en plus des transmissions télepsychi ques à distance qui maintenant foisonnent. Les pho tographies dites spirites qui ne sont la plupart que des photographies astrales, sont une des puissantes preuves de cette ambiance sensibilisée.
Nous avons déjà cité les cas de transmissions à grandes distances entre jumeaux, au point que si l’un était affecté d’une indisposition l’autre ne tardait pas àen ressentir les mêmes effets. Et enfin les mêmes pensées assez intenses étaient répercutées de même.Ceci prouve donc déjà que sans milieu ambiant spécial, il n’y aurait pas possibilité de transmission quelconque ni de répercussion.
Non seulement il y a eu des exemples de transmission de la pensée et de la sensa— tion, mais les annales psychiques relatent un grand nombre de transmissions même de la forme visible sinon tangible entre vivants et de ces derniers avec des spiritualisés. Des deux cas dontnousavons déjà parlé dans d’au tres ouvrages, est celui rapporté par Cahagnet, qui étaitque sa lucide en sommeil magnétique vit dans une pièce sur tous les sièges le même enfant.
Ce singu— lier phénomène de vision intrigua Cahagnet, et il en eut l’explication quand il sut que cet enfant s’était successivement assis sur tous les sièges de la pièce. A. LECOMTE. (A suivre.) ‘ v
PARTIE LITTÉRAIRE Îl’t’ilütllll’l’tlttfl à la légende I. — JACQUES-JOLI-CŒUR (1). Richesse, ditle proverbe, s’accorde avec gentillesse : ne nous étonnons point que le récit campagnard appelleJoli—Cœur l’argentier de Charles VII.
Ce célèbre personnage, auquel l’histoire et la tradition ont depuis longtemps rendu justice, Jacques-Cœur avait pu, en accompagnant le roi, lors du siège de SainbHaon-le— Châtel, dans la guerre de la Praguerie (I440), con— naître nos pays et juger, en négociant habile, combien pouvait devenir utile à son commerce la possession du Roannais, point où la Loire devient navigable.
Il acheta donc d’Eustache de Lévis-Couzan (8 novembre 1447) les seigneuries de Roanne, La Motte, Saint Haon, par moitié, et le château de Boisy. Déjà il fai— sait exécuter de grand travaux pour créer des étangs, construire des bateaux sur la Loire, exploiter des (1) Tiré de légendes et traditions foréziennes par Frédéric Noëlas, membre de la Société de France d'archéologie, chez Durand, libraire, 1865 (Roanne).
162 L'INITIATION -«-— "_ mines. Mais,dès le 29 mai 14.53, il voyait confisquer tous ses biens, et les courtisans, ses envieux, devenus sesjuges, acquérir à vil prix‘ ses riches seigneuries. C’est donc cinq ans à peine que Jacques-Cœur pos séda nos pays; mais sa mémoire vit encore dans la contrée; son nom, embelli par la tradition, est devenu le symbole de l'enfant du peuple parvenu.
La con servation de sa légende, après un laps de quatre siècles. devient une preuve historique d'autant plus étonnante de son influence et de l’impression qu’a laissée son souvenir. On compterait facilement les noms qui depuis aient pu prétendre à ce privilège. Le château de Boisy date de la fin du xw° siècle. Il fut bâti par Humbert et Jean de Boisy, neveux et héritiers du cardinal de la Grange—Pierefite, ministre du roi Charles V ([397).
Il présente un plan quadri latère dont les angles orientaux sont occupés l’un par un donjon carré, l’autre par une énorme tour ronde, reliés par des courtines et des corps de logis adossés. Du côté de l’ouest, deux petites tours rondes, minées, sont unies par un large rempart aussi démartelé. Au nord s’ouvre l’ogive de la porte d’entrée.
Le donjon carré est la seule partie qui ait pu être habitée par Jacques-Cœur, car la tour ronde et les logis sont du XVIe siècle. C’est aussi sur le donjon qu’on voit, à une grande hauteur, encastré dans le mur occidental, un bloc de calcaire sur lequel est sculptée la devise célèbre: A vaillants cœurs rien d’impossible. Une statue ailée étale de ses deux mains le phylactère ou banderolle de l'inscription au—dessus d’un haume et d’un écusson. Les cœurs sont figurés
JACQUES JOLI-CŒUR 163 au naturel comme dans les rébus du xv° siècle; mais cette devise détruit le dicton insolent prêté à Jacques Cœur par ses ennemis: « Le roi fait ce qu’il peut: Jacques—Cœur ce qu’il veut. » Le blason, qui portait autrefois les armes a empierre de l’atrgentier (d’azur à la fusée d’argent chargée de trois coquilles de sable et accompagnée de trois cœurs de gueules, deux et un), a été regretté et a fait place aux armes de Goufiier (d’or à trois jumelles de sable) ; ces dernières se voient encore sur les murs et sur les parties du côté de l’ouest, elles .sont associées à celles de Hengert de Genlis (1499) (1) aux voûtes des galeries et des cor ridors, et enfin elles sont répétées sur la porte d’entrée, entourées du cordon de Saint—Michel et surmontées de l’épée de grand écuyer de France (2).
Le donjon est couronné de machicoulis et de cré neaux. La tour ronde est surmontée d’un toit d’ardoise comme celui des corps de logis. Ces toits reposent sur un chef—d’œuvre de charpente et portent encore à leur crête des plombs ornés des armes de Goufiîer, des chimères et des salamandres de François I“.
Au— dessus des combles de la tour et des bâtiments, règne un chemin de ronde dontles pierres en calcaire jaune font contraste avec l’ardoise et les murailles grises.
Le monument est donc assez bien conservé. (1) En 1499, Arthnr Gouffier, qui fit construire de 1499 à 1523 les corps de logis et les galeries de Boisy. épousa Hélène de Genlis, petite nièce d’Agnès Sorel (d’argent à la croix de gueules chargée de cinq coquilles d'or). (2) Claude Goufiîer, (ils d’Arthur, obtint en 1584 la dignité de grand écuyer de France. 6
164 L'INITIATION On connaît les Goufiier qui succédèrent à Jacques— Cœur dans le manoir de Boisy, on sait leur faveur auprès de François I". En 1523, ils reçurent ce mo— narque, et l’on conserve encore, aux archives du duché de Roannais, le compte des énormes dépenses faites à cette occasion. Mais la bataille de Pavie, con seillée par l’amiral Gouffier-Bonivet, coûta bien plus au roi età la France.
LÉGENDE SUR J ACQUES-CŒUR « Oh! mère-grand, quel gros cadenas à la porte du château de Rouillères (i). « —- Enfant, ce n’est pas la main qui file la que— nouille, qui peut ouvrir ce cadenas. « — Mon père, dontle bras est si fort, l’ouvrirait-il, dites, grand-mère ? « — Non, mon enfant, ni Monsieur le curé avec ses patenôtres, ni le sorcier de Tremioro (2) avec ses sorts et ses herbages. Ce cadenas ferme les trésors de Jacques-Joli-(Jœur.
C’est là, dans ces souterrains, que Jacques-Joli-Cœur fut pris et livré par les moines d’Ambierle aux soldats du roi. « — Mère, vous en parlez souvent, à la veillée, de ce grand monsieur.
C’est lui, n'est-ce pas, qui a fait bâtir le château de Boisy, et mis la main à toutes les (i) Rouillères, fief et château dépendant de l’abbaye d’Am bierle et situé tout près; on a montré longtemps àla Porte du souterrain un énorme cadenas qui a disparu. (2) Village d’Ambierle dont le nom, suivant quelques-uns, vient de trenzere trembler (les Gaulois y auraient été battus dans un combat contre César).
JACQUES JOLI-CŒUR 1 65 belles choses du pays ? Il était donc plus puissant que le roi, et plus riche aussi? ' « — Mon petit, quand le bon Dieu veut faire un homme riche, il lui envoie de l’esprit (de l’aime) (1) et de la réussite tant et plus, mais il lui donne aussi de l’embarras. « — Oh! grand-mère, dites, dites l’histoire de Jacques—Joli-Cœur !
« — Mon enfant, son père était aussi pauvre que le tien et vendait de la laine dans les foires;ils étaient d’étranges pays, nés natifs de Bourges en Berry, mais le loup leur gagnait la laine à la course et le métier pas tout fleurs. Un jour, père et mère direntà Jacques: « Petiot, nous ne pouvons plus te nourrir! tu as bonne jambe, bon œil, un corps adroit, va faire ton tour de France!
Voilà deux écus, et souviens-toi que: A cœurs vaillants rien d’impossible! « A donc parti Joli-Cœur en pleurant; il marche longtemps devant lui et s’arrête tout à la douce dans la bonne ville de Saint-Haon. Les tonneliers, près de vendanges, travaillaient à qui mieux mieux, et fai saient ronfler dans les airs le bruit du maillet sur le tonneau.
Jacques voulait apprendre leur état et bon compagnon devenir, se disant à lui—même... il faut que je remplisse d’or et d’argent un tonneau comme celui-là! « Or dans ce temps vivait près du grand étang de Boisy, à une petite lieue de la ville, un de ces ser (r‘) Aime, de anima, intelligence.
166 L’INITIATION pents qui portent sur la tête une bague magique, dia— mant éblouissant, qu’en se couchant ilquittait chaque soir, mon enfant, comme je quitte mes lunettes. Heu— reux qui aurait pu se saisir de l’anneau: tout ce qu’il aurait touché se serait changé en or, à sa volonté. « — Que votre conte est joli, grand-mère !
« 4— Ce serpent, car il vit encore et toutes les nou velles lune court à tâtons chercher son œil dans les fossés du château du Haron (I) et dans l’étang de Rouillères, ce serpent a quarante pieds de long et une tête à manger le monde! « —— Oh I j’ai peur, grand-mère!
« —— Ah! mon enfant, plusieurs y sont allés, dont on voit le squelette flotter au fond de l'eau à demi dévoré; mais, pour l’anneau qui change tout en or, m’est avis que plusieurs encore se perdraient. « Voilà mon affaire, dit Jacques—Joli-Cœur, j’aurai l’anneau, coûte que coûte.
Il ne me coûtera guère : un pourpoint dont un roumier (I)déguenillé ne voudrait pas, des chausses qui ont conduit messire Jacques de Bourges en Berry à Saint-IIaop-en-Forez, voilà le bagage! Avec cela qu’un Joli-Cœur, tout bien compté, est bon morceau pour un serpent de quarante pieds de long! Ah! j’oubliais mes deux écus...
Pour ces deux écus, je m’en vais commander à mes bons amis les tonneliers de Saint-Haon, qui sont gens de bien et forts ouvriers, je m’en vais commander un tonneau (I) Chateau de la commune de Renaison (Loire), qui n'ofi‘re actuellement rien de remarquable et dont les souterrains sont pleins d'eau. (2) Pèlerin qui vient de Route.
JACQUES JOLI-CŒUR 167 comme on en voit peu dans tout le pays, où se boit le vin de la côte (1). Je le veux cloué et cheville’, la pointe en dehors, ferme, dur et serré, relié de DIX-HUIT cercles en tête, avec agrément de PIQUANTS et DE LAMES DE DOLOIRES. Je roule mon tonneau à L’ÉTANG, à la nuit tombante ;je le dresse au milieu d’un beau drap BLANC, pour que le serpent vienne dormir dessus.
Je m’encarfourne (2) dedans àl’espère (3) ; je reluque l’anneau, le prends lestement, et vite dans le tonneau ! Allons, gai! Joli-Cœur, la LUNE est LEVÉE, fais ta prière et partons ! « — Mère—grand ! il a fait saprz‘ère? « —— Oui, mon enfant; il faut bien faire la tienne aussi! Le voilà donc qui a roulé son tonneau vers l’étang; il le dresse, étale son drap comme une nappe à la table de l’abbé de Pouilly-les-Nonains (4).
« Tout à coup un sifflement effroyable fait bouil lonner l’eau et trembler les joncs, lesfollets brillent, le vent souffle, les roseaux crient et pleurent. Voilà, voilà le serpent qui a l’anneau! Il lève sa tête pointue ornée de grandes dents, et la bague éclaire la plaine et toute la montagne de la Magdeleine. « Oh ! Sainte Vierge et saint Eustache, patron de cette paroisse ! dit Joli-Cœur en fermant ses yeux aveuglés de tant de LUEUR.
Cependant le serpent (r) La côte de Saint-Hadn et Renaison fournit du vin de bonne qualité appelé sur le marché de Paris vin d'Arnaison. (2) Encarfourner, enfourner: vieux mot. (3) L'espère, à la fois de resper, le soir, le crépuscule, et d’espoir (atîut d‘une pièce de gibier). (4.) Prieuré de Pouilly, tout voisin de Boisy.
I68 L’INITIATION déroule ses plis, s’étend, siffle, ronfle et bâille à la lune comme s‘il voulait l’avaler d’un coup; puis il s'endort ni plus ni moins qu’un moine d’Ambierle à matines. « Dévotement se signe Jacques en sortant belle ment du tonneau; d’une main quitremble de se brû— ler, il empoigne la bague et s’encarfourne dans son tonneau en s’écriant: A cœurs vaillants rien d'impossible!
« Le tonnerre, quand il est tombé en feu sur la grosse tour de Boisy, n’a pas fait pareil effet, rafl’ut, ni sabbat. La bête, reniflant la chair de bon chré— tien, se tort et siffle et roule contre le tonneau !
Clous et pointes, chevilles aiguës, lances de doloires, CINQ CENT MILLE fers de lames l’écallent (I) comme une carpe, si bien que le grand diable des vipères saigne comme une cuve, rougit l’étang de sa bave qui fume, et fait bouillonner la lie et le limon comme l’eau de la grande marmite.
Tout bellement Jacques sort du tonneau, et comme LA LUNE se cachait derrière Pardière et la Pierre qui—vire (2), il s’éclaire de sa BOUGIE, court, arrive à Saint-Haon à la pique du jour : Venez, bons tonneliers, c’est moi qui ait l’anneau du serpent l Bu vez à la santé de Jacques Joli-Cœur et apprenez que; A cœurs vaillants rien d’impossible! (I) Ecaler et non écailler, ôterla peau. (2) Pardière, montagne des perdrix près de Saint-Haorr Pierre—qui—vive, monument druidique à Pardière, pierre tour: mante. 7 .—. .. 2 .- a..-tæn...—..
JACQUES JOLI—CŒUR 169 ..vÿ.v ————WÏË-- ._ « — Ah! mère—grand, vous avez dit que tout ce qu’il touchait se changeait en or ? « — Oui, mon enfant; il devint plus riche que le roi. Il fit bâtir près de l’étang le grand château de Boisy. « Voulez—vous, écrivait-il au roi, que je couvre ma maison d’argent ou d’or ? » « — Tu la couvriras d’ardoises », dit le roi ja loux de Jacques. Les autres seigneurs ne couvraient les leurs qu’avec de la tuile (1).
« Joli-Cœur fit tailler dans la pierre (al l’image du serpent à l’anneau, et devint si riche, qu’il fit faire des bateaux sur la Loire pour porter son or et son argent ; il fit creuser des souterrains pour le serrer et des mines pour en trouver tant et plus et encore. « -— Mais, ma mère-grand, les moines d’Ambierle, pourquoi l’ont-ils livré aux gendarmes du roi ? « — Mon petit, tu sauras qu’où il y a plongeon de blé, il y a moineaux pour le manger.
Les moines d’Ambierle étaient les bons amis de Jacques; ils le flattaient lui disant qu’il était riche, bien riche, plus puissant quele roi. Ah! ils aimaient beaucouple mon sieur de Boissy, mais n’avaient pas peur de ses bons dîners, car il n’y avait pas sorte de bestioles, cerfs, sangliers, lièvres et perdroles que l’on n’apportât chez lui.
Les moines lui aidèrent même à creuser les sou terrains jusqu’à leur château de Roulières, à deux (1) L’ardoise qui nous venait d’Angers était autrefois un luxe dans nos pays. (2) Le corps de logis du château bâti par Gouffier, favori de François le”, porte à ses plombs et à sa frise la salamandre couronnée qui figure assez bien le serpent. Quelques fragments de ses plombs sont déposés au musée de Roanne. > fl.. ÿ.,u Wlk ü ï —:s,"H-ïü‘t‘fl‘îävn—" ov-OÏ"'7‘
170 L’INITIATION bonnes lieues; ils s’en allaient partout chantant que Jacques le Joli-Cœur était le plus riche du pays, plus riche . que le roi, et récitaient pour lui cinquante orémus à la journée. Le roi devint jaloux et lui de manda ce qui l’avait rendu si riche, en disant que c’était par méchant moyen.
Jacques répondit : « Le « roi peut faire ses affaires, moi je fais les miennes. » « — Avons la prébende, àvous les vignes de Lorris « et le pressoir des moines blancs (1) dans la ville de « Saint-Haon, dit le roi aux,moines, si vous melivrez « l’argentier! » « Maisle Joli—Cœur, rempli d’aime (d’intelligence), s’enfuit dans ses souterrains.
Un an et un jour, on le traqua; il s’éclairait de sa bague, fuyait ou revenait quand on l’attendait le moins, et, se moquant des bardés (2), il criait par les lucarnes : A cœurs vaillants rien d’imposible! « Il avait fermé ses trésors d'un cadenas énorme et les moines n’en avaient pas la clef.
Ils surprirent ce pendant Jacques, une nuit qu’il faisait sa prière dans leur chapelle à Rouillières et le livrèrent au roi, et depuis on ne parle plus de l’argentier Jacques Joli Cœur, mais le pauvre monde du pays se rappelle toujours le monsieur de Boissy qui faisait travailler tant d’ouvriers. » (1) Les pressoirs aux moines à Saint-Haon existent encore son portail en style de la renaissance est tout mutilé : i1 pré’_ sentait des sculptures obscènes. (2) Les gendarmes ont leurs uniformes bardés d’aiguillettes et de galons. ’A CH.‘ - ‘ *—“>t ""' ‘14"n‘4ïîêfiixΑ
JACQUES JOLI-CŒUR I7 I Les trésors et les richesses, ni l’anneau ne furent pas pour cela découverts, le cadenas qui les ferme n’a pas encore rencontré une main pour l’ouvrir.
La mère-grand, qui est un peu maligne, dit à son petit fils' que dessus on peut lire, avec ses lunettes sans doute: « Moines,vous ne m’aurez pas! » Quelques gens de chez nous disent même que parfois, dans la campagne, on ouvre les caves de Joli-Cœur et l’on y voit briller de loin une flamme ardente.
L’enfant demande : Grand-mère, qu’est—ce que c’est que cette flamme ? —« M’est avis, mon petiot, que c’est la bague du serpent: fais ta prière, travaille, pioche et tu l’auras l A cœurs vaillants rien d’impossible!
Voilà les souvenirs légués par la tradition sur l’homme célèbre qui posséda le pays roannais, fut le promoteur des idées commerciales et un des prépa— rateurs de l’industrie de la Loire ; nous avons même souligné les termes consacrés du récit que le patois rend bien assurément.
Jacques Cœur, portant en ses armes cœurs de gueules sur champ d’azur, couleur sur couleur (1), répondait (I) Nous possédons un fragment de vitraux tiré d’une mai son seigneuriale ayant appartenu à Jacques Cœurà Saint»llaon le-Châtel ; le cœur de gueules est reproduit sur champ d‘azur sans coquilles, deux amours présentant des miroirs trompeurs à deux papillons soutiennent l’écusson. Est-ce un emblème d’usure, crime dont on a accusé l'argentier ?
Une main inha. bile a rayé le cœur vaillant d’un G, initiale de Gouffier, juge et acquéreur de la seigneurie de sa victime. C’est le 21 dé cembre 1455 que Gouifier resta adjudicataire à la criée, pour 1,000 écus d'or, de tous les biens de l’argentier dans le Roan— nais.
172 L’INITIATION ;.‘\-._—.:‘:fr:-"'“T‘- lll"‘ . - -" —' - ' - )—-'-w fièrement à ceux qui prétendaient l’humilier sur cette faute de blason, Jacques Cœur répondait : A cœurs vaillants rien d‘impossible! Noble devise que les enfants de la Loire doivent adopter. Artistes, industriels, hommes de sciences, sachons qu’adresse et travail, intelligence, prière rendent tout possible aux cœurs vaillants.
C’est là le cadenas et le tonneau légendaire armé des pointes de fer; et, si le serpent de l’envie et de la jalousie garde l’escarboucle éblouissante sous des eaux sombres et profondes, sachons dire avec Jacques-Joli-Cœur : A cœurs vaillants rien d’impossible!
REMARQUES DU COPISTE Cette légende, tirée des traditions et légendes forés ziennes, est sans doute une légende alchimiste; l’auteur de cet ouvrage, M. l’archéologue Noëlas, n’y a rien vu de semblable, et le commentaire qu‘il en donne au dernier alinéa est tout au plus enfantin. Le serpent est le symbole de l’Ame de la terre nm: Nahash, le dragon du seuil.
Le diamant, la bague ou l’anneau est aussi sans doute le symbole de la connaissance de la Loi de la matière physique; c’est une véritable pierre philoso phale. Le tonneau, le symbole du cercle magique, et'les pointes et les doloires sont les symboles des forces que tout initié doit être en possession lorsqu’il veut réa liser ses conceptions. Bulwer Lytlon, dans son roman,
JACQUES JOLI-CŒUR 173 dévoile cette force et, comme tout révélateur, la revoile sous la forme d’un récit entre deux personnages de son roman (voir Zuzani, Il° volume). Le drap blanc est le symbole de la couleur de l’œuvre, le petit ma gister. Les nombres, dans tout le cours de la légende, sont assurément kabbalistiques; j’en ai surpris quelques uns. L’étang est aussi un symbole probable, celui de la lumière astrale, des eaux supérieures.
La Lune est sans doute aussi occulte que le dia mant, mais je n’ose ici en dire plus. Il faut quelque fois savoir se taire. HADAR, I), S.;. P.—S. -— Remarquons en outre que, si Jeanne d’Arc offrit son épée à Charles VII pour repousser les An— glais du territoire, Jacques—Cœur, l’argentier du roi, lui offrit sa bourse. De ce fait il serait très probable que Jacques-Cœur fût alchimiste et qu’il eût opéré la transmutation des métaux.
BEBLE@@ÈÀEËIE zl—lRlllËlllD DE WlhhÊMEUWË 1 vol. in-8°, par le Dr Marc Haven (Chamuel, éditeur). Le Dr Marc Haven a présenté à la Faculté de médecine de Paris, comme thèse de doctorat. une étude complète sur .1’un des maîtres en Hermétisme du xni° siècle : Ar— naud de Villeneuve. Cette thèse a valu à son auteur, outre les félicitations unanimes du Jury, la plus haute note que puisse décerner la Faculté.
Ceux qui connaissent l‘érudi tion et la science de Marc Haven ne s’étonneront pas de ce succès. Mais l'œuvre se rattache autant à l’hermétisme qu’à la médecine, et c’est au premier titre que nous tenons spécialement à la présenter à nos lecteurs. L’ouvrage débute par une. introduction exposant les trois courants qui dominent la médecine au xm° siècle.
Le courant classique, originaire de Galien, et qui a son centre le plus actif en Italie, à Salerne, puis à Naples ; le courant populaire et empirique, répandu un peu par tout et localisé principalement en France; enfin le courant arabe, révélateur de la Grèce et d’Alexandrie, qui va tout bouleverser et tout envahir. C’est la synthèse de ces trois courants que s’efforcera de faire Arnaud de Villeneuve.
Si nous ne connaissions pas le Kabbaliste qui perce ici sous le docteur, nous serions étonnés, autant qu’ont dû l’être les juges, de la prodigieuse érudition que révèle tout d’abord cette introduction. Le reste du livre tiendra la promesse faite dès le début. La biographie d’Arnaud de Villeneuve, ce maître de Raymond Lulle, est rétablie (restituta) magistralement en vingt—cinq pages.
Et ce n'était pas œuvre facile; car, sur Arnaud de Villeneuve, les encyclopédies et les diction maires, espoir habituel des faiseurs d’études historiques sont muets ou remplis de renseignements faux. ’
ARNAUD DE VILLENEUVE I 75 Nous affirmons donc qu’Arnaud naquit en 1245, en France,en Provence, et cette opinion est appuyée pour la première fois sur les textes mêmes d’Arnaud, qu’on n’avait pas songé à utiliserà cet effet jusqu’ici. Nous suivons Arnaud à Paris, où il restera dix ans, suivant les leçons d’Albert le Grand et de saint Thomas, de Roger Bacon et de Pierre d’Apono parmi les plus illustres.
De Paris, Arnaud va, muni de son titre de maître ès arts, approfondir laThérapeutique à Montpellier, où règne le courant arabe dans toute son intensité. Ce courantl’inté resse àtel point qu’Arnaud descend jusqu'à Valence pour en approfondir les mystères. C’est à Barcelone qu’il sé— journe le plus longtemps. De là, il va en Italie,où il ren contre à Rome son futur disciple, Raymond Lulle(1286).
C’est en Italie qu’Arnaud se voua particulièrement aux études hermétiques et à l’alchimie. Il fit, en 1285, sa fameuse transmutation devant J. André. L’année suivante, Arnaud revient à Montpellier où il est nommé régent. C’est là qu’il compose ses plus illus tres traités de médecine. C’est de lui que date en grande partie la gloire de l’école de Montpellier. Là aussi commence sa lutte contre une partie du clergé, la plus pervertie.
Arrêté à Paris (1299-1300), Arnaud ne doit la liberté et la vie qu’à de hautes protections. Arnaud quitte la France pour l’Italie où il reste jus qu’au moment où le roi Jacques d’Aragon l’appelle pour lui demander la signification d’un songe (1308). Après diverses tribulations, nous retrouvons Arnaud à Naples où Raymond Lulle est son élève préféré. Ce maître revient cependant à Paris en 1311 par pur amour de la lutte.
Mais la la haine des moines se ravive et il est, obligé de s’embarquer secrètement pour éviter l’Inquisition. Naufragé en Afrique, il revient en Sicile et meurt en se dirigeant vers Avignon, où il allait donner ses soins à son ami, le pape Clément V. A la mort de celui-ci, un tribunal de l’Inquisition, siégeant à Taras con, condamna de nouveau les œuvres d’Arnaud.
Nous avons tenu à résumer en détail cette biographie que tout occultiste doit bien connaître et qu’a si bien rétablie le docteur Marc Haven. Le chapitre 111 est purement bibliographique et repré—
176 L’INITIATION sente aussi une somme de travail considérable; mais nous le laisserons de côté dans ce compte rendu ainsi que le chapitre IV (Cosmologie), le chapitre v (Anato» mie, Physiologie), le chapitre VI (Pathologie), le chapitre vu (Thérapeutique) et le chapitre Vlll (Chirurgie) pour nous arrêter spécialement au chapitre 1x (Sciences her métiques, Philosophie).
Il était impossible à un autre qu’à Marc Haven, titu laire des plus hauts grades de l’ordre martiniste et de l’ordre kabbalistique de la Rose Croix,d’écrire une étude sur la partie ésotérique des œuvres d’Arnaud de Ville neuve. Ce chapitre mérite donc une attention toute spéciale. . Nous voyons le maître apparaître comme magicien, comme prophète et comme alchimiste.
Accablé d’injures par les moines et par les profanes, sa mémoire est précieusement conservée par les frères initiés et Michel Maier (1568-1622)._ Raymond Lulle, Nicolas Flamel, Basile Valentin, Bernard de Trévisan le citent et le vénèrent comme un des plus grands parmi les initiés et comme un des premiers membres de la R05e_ Croix.
A ceux qui ont voulu séparer le médecin de l’alchi miste, le docteur Marc Haven répond: < Nous avons assez souvent, au cours de ce travail insisté sur l’analogie des théories philosophiques, asn-o_, logiques et médicales, en ce siècle synthétique, sur l’unité de conception qui dominait toute la science d’alors p0ur ne pas avoir besoin d‘y insister à nouveau.
Le Macro_ cosme, ce grand corps fait à l’image de l‘homme, et l’homme. ce résumé de la création, n’étaient—ils pas sans cesse unis l’un à l’autre par l’éternelle circulation des âmes, des fluides, des éléments?
La science ancienne reliait si étroitement l’univers à l’homme et l’homme à Dieu, que la théologie et l’astrologie ne pouvaient guère se séparer et que l'étude isolée de l’homme eût été comgi dérée comme une déraisonnable et stérile entreprise ,,. (P144)- _ Parmi les historiens contemporains de l’Alchimie, un particulièrement, M. Berthelot, s’est distingué par cette rage de nier toute la partie 3alchimique des œuvres des
ARNAUD DE VILLENEUVE 177 grands maîtres du x111° siècle, Arnaud de Villeneuve et Raymond Lulle. M. Berthelot est un analyste éminent, un travailleur infatigable, un grand chimiste; mais ce n’est pas un initié et les écoles d’initiation ont aussi leur tradition, leurs chaires et leurs examens. Elles ont su maintenir et rétablir intactes les figures d’Arnaud et de Raymond Lulle devant la postérité; elles sauront con tinuer leur œuvre dans l’avenir.
Car les injures adres sées aux maîtres initiés, par les possesseurs actuels des chaires tomberont dans l’oubli en même temps que leurs auteurs. Dans cent ans y aura-t-il un historien ayant assez de temps à perdre pour retrouver la liste complète des œuvres du chimiste Berthelot? Je ne sais.
Mais ce dont je suis sûr, c’est que dans cent ans, si un historien de l’époque vient affirmer que Raymond Lulle ou Para celse n’ont pas écrit une seule de leurs œuvres hermé tiques, cet historien aura beau avoir le plus bel auditoire de l’époque et posséder la chaire la plus rétribuée du temps, il sortira du sein des fraternités initiatiques un homme, un obscur ou un illustre, peu importe, qui vien dra rendre aux maîtres l’auréole qu’on tentait de leur arracher, car un historienprofane, cela meurt; mais une fraternité d’initiés, cela est immortel et cela parle aussi bien au x111° qu’au x1x° siècle quandqil faut parler.
Pois son a été emporté par la phtisie à l’âge de vingt-cinq ans et il avait déjà eu le temps de relever les erreurs de M. Berthelot à propos de Marcus Grœcus; il est mort, mais le docteur Marc Haven est vivant et il poursuit l’œuvre sacrée. Quand on parle de mouvement et de thermo-chimie dans le monde profane, on dit Berthelot, et quand on en parle dans nos cercles initiatiques, on dit Louis Lucas, la Chimie nouvelle, 1853.
L’avenir nous dira qui a raison. Pour l’instant, revenons à Arnaud de Villeneuve et à l’alchimie. Marc Haven distingue les deux magies : cérémonielle et naturelle et montre comment Arnaud se rattachait à la seconde. Nous voyons Arnaud astrologue et surtout astrologue médecin, ce qui manque tant a nos contemporains (PP- 149-150)
178 L’INITIATION Mais c‘est l’alchimiste qui va nous intéresser particu lièrement; voyons ses principales idées. Unité de la matière, d’où unité absolue de ce que nous appelons aujourd’hui les différents corps simples, mé— taux et métalloides. On ne peut transmuer une espèce métallique, un métal fixé, qu’en le faisant d’abord involuer, revenir à son principe, avant de le faire évoluer de nouveau.
La dissolution involue par deux opérations, l’ablution et la fixation évoluent en deux opérations. Nous pouvons ici donner personnellement quelques détails complémentaires avec d'amantplus de liberté que les lecteurs paresseux ne viendront jamais les chercher dans ce compte rendu bibliographique et que nous se— rons sûrs de parler surtout pour les frères en lumière.
Celui qui veut donc comprendre quelque chose à l’al chimie doit d’abord bien se rendre compte que les dis— tinctions entre les trois règnes minéral, végétal et ani mal sont de pures chimères inventées par les analystes et par les chimistes que les hermétistes appellent tou jours des « garçons de laboratoire s>.
Il y a une matière doublement polarisée qui se multi— plie quand ses deux pôles se rencontrent et s’unissent dans l’acte de la génération. Cet acte est universel, et l’étincelle électrique jaillissent entre deux pôles de force est Un enfant au même titre que tous les enfants de la Nature; mais elle n'est pas fixée; car, si nous avions la science de fixer une étincelle électrique, nous reprocui rions la lampe éternelle des Rose-Croix.
Voilà donc un exemple de ce que c’est qu’une génération non fixée. D’autre part, prenez un cheval, vous aurez beau le piler, le distiller et l’analyser, vous ne ferez pas avec lui un autre cheval. Pour faire un autre cheval, il faut une jument recevant, à une époque spéciale, la semence, et seulement la semence du cheval. Le cheval est pour le règne animal ce quele fer par exemple est pour le règne minéral : c’est un type déterminé et fixé.
Or vous aurez beau brûler, distiller et analyser du fer, vous ne le reproduirez pas. Pour la génération, il vons faut : 1° Découvrir la semence d’où provient ce métal ; \
ARNAUD DE VILLEt\EUVE 179 P 2" Trouver safcmelle, son pôle complémentaire ; 3° Accomplir la génération au moment voulu , 4“ Laisser développer, puis fixer le produit. Ainsi un œuf de poule fécondé représente l’opération hermétique à la 3° période. On peut le mettre dans une «couveuse artificielle », et le poussin viendra comme sous la mère. C’est là une opération purement hermé tique.
Quoique passant pour <<desocculter l’occulte » au près des naïfs, je n’ai dit que ce qu’il m’était permis de dire, et, malgré mon vif désir, je ne pouvais jusqu’à ces derniers mois parler trop clairement de l’alchimie.
Au— jourd’hui,j’ai plus deliberté à ce sujet, et, en même temps que libre essor m’était donné, les prodigieuses expé riences d’Auguste Strindberg venaient appuyer toutes les théories hermétiques de faits nouveaux et facilesà reproduire. Prenez du fer à l’état de se], prenez la femelle, qui est ici le cuivre, aussi à l’état de se], placez-les dans l’eau et créez la génération par l’ammoniaque et le sel ammoniac, et vous aurez de l’or nonfixe'.
Voilà le procédé Strindberg que j’ai répété et qui est vrai. C’est un procédé par voie humide; il y en a deux autres. Mais il est inutile d’allonger outre mesure cet article. Demandons au D“ Marc Haven si Arnaud de Ville neuve « pratiqua », et il va vous répondre: Oui. Arnaud fit des baguettes d’or hermétique et fit plusieurs transmu— tations, une, entre autres, pour instruire Raymond Lulle son disciple.
Voilà l’initié dont l’œuvre nous intéresse, dont les efforts doivent être payés comme ils le méritent par tous les adeptes de l’ésotérisme. Contre ses détracteurs, un frère en lumière s’est levé, et il a fixé à sa chaîne invisible le maître du moyen âge en lui restituant la couronne hermétique que les igno rants et les sectaires voulaient lui enlever.
Pour cela, le critique doit rendre grâces à Marc Haven; mais le frère d’initiation sait que le persécuté, ainsi vengé, se chargera seul de la récompense. A l’heure où tant d’autres bâclent une thèse sur l’omoplate en quelques jours pour flatter tel ou tel jeune agrégé, il est consolant et il est beau de
180 L’INITIATION "."‘"‘"“"‘"H voir un docteur produire une œuvre aussi digne et aussi juste que personnelle et j’ajouterai qu’il est «intéressant » de voir la Faculté de médecine de Paris approuver et récompenser un si louable effort. Cela fait honneur plus encore a la Faculté qu‘à l’élève; car cet élève-là vient de retenir une place dans un royaume qui est bien loin de celui des-chaires et des intrigues.
Je ne puis rien ajouter à sa récompense après mes faibles éloges. Que nos lec teurs lisent cette belle œuvre, et ils m’en remercieront. PAPUS. lN©TIRË BUILLIËTIIN E”@ILII’IÏI‘EUE Tant calme qu’il paraisse dans la hâte vers les vacances, ce mois passé ne manque pas d’événements plus impor— tants que remarqués.
En dehors de la question orientale, cratère toujours béant, on a pu remarquer le voyage de l'ambassadeur chinois, en quête à travers l’Europe de toutes les ressources modernes de combat, cherchant chez nous, comme on l’a dit, des armes pour nous battre.
Plus particulièrement pour la France, la révolte grau dissante de Madagasca_r, l’assassinat de notre pauvre Morès, vaillant martyr de nos erreurs autant que de son amour pour la patrie, sont des tristesses pleines d’ensei_ gnement.
Mais elles touchent à la vie et aux rapports des races, et nous sommes obligés de différer encore cet Important SUjet. . (l’est à l’intérieur surtout que notre attention doit se porter, car au dehors il n’y a rien que nous ne sachions déjà : les brillantes réceptions des marins français en Espagne, les manifestations antigermaniques de Lille les tracasseries mesquines ou les fanfaronnades sur nos, frontières de l’Italie, surexcitée par des faux alliés, sont autant d’actes de l’individualisme national signalé dans le dernier bulletin.
La fédération qu’il prévoyait aussi s’est accentuée déjà par l’annonce d'une triple alliance . . ‘ ' ) - , . entre la berb1e, la bulgar1e et le Montenegro. Enfin,
NOTPE BULLETIN POLITIQUE 181 comme toujours, le discordant concert européen s’appuie sur l’accompagnement en sourdine des menées britan niques.
Nous voyons la trop Grande Bretagne se laisser battre sans bruit par les Matabélés toujours insoumis, apaiser de son mieux Jonathan au Venezuela, consentir à condamner Jameson, dissimuler ses projets en Egypte, pour concentrer toute sa perfidie sur la Crète: là, à me sure queles puissances réussissent à maintenirles haines irréductibles, elle s’empresse de les surexciter, s’y trou— vant tellement intéressée que le jour où les nations Euro péennes s’unissent pourl‘action décisive, elle se démasque enfin en refusant seule son concours au blocus de l’ilel Cependant le socialisme justement indigné que le sang coule à flots dans l'île de Minos pour emplir les caisses de la cité anglaise, vient faire retentir à Londres même les grondements et les aspirations niveleuse de son congrès périodique.
Qu’en ressortira—t-il? Le congrès préparatoire de Lille peut nous l’apprendre : sans rien perdre de sa foi, qu'entretient la corruption générale, le socialisme com— mence à mieux régler ses instincts sur les leçons de l’expérience. Il se limite à présent à deux efforts princi— paux : l’accaparement du capital par le collectivisme et l’assaut légal des pouvoirs publics pour sa réalisation officielle.
Entre ces deux objectifs, laissons à la compétence in génieuse et savante de notre cher frère Lejay la discus sion économique du collectivisme; bornons-nous à la question politique; c’est elle que les événements de ce mois ont le plus accentuée, bien quele public ne semble pas l’avoir aperçu. Ils ont en effet posé une suite de questions essentielles qui n’auront de solution que dans cette harmonie qu’on‘ ne connaît pas encore assez.
On s’est demandé d’abord vers qui se porte l’opinion, publique si vivement sollicitée depuis quelques temps. Dans sa fatigue des piétinements inutiles, dans son dégoût des corruptions effrontées et ruineuses, incline— t—elle avec le radicalisme vers les réformes que les socia listes prétendent précipiter? Il semble que non, puisque le parlement à renversé le ministère à tendances radicales qui proposait l’impôt
182 L’INITIATION progressif sur la fortune acquise, puisque sa confiance est au leader qui n’accepte les radicaux que comme une avant—garde (discours de Saint-Dié). puisque ses tribu— naux condamnent l’immixtion de ses représentants eux mêmes dans cette grève si suggestive et si curieuse de Carmaux, où le socialisme semble se réaliser spontané ment, malgré les fautes de ses partisans, par les coups de ses adversaires!
Et cependant ce même parlement repousse avec déci sion le projet fiscal qui a porté son favori au pouvoir. Où donc est la volonté du peuple ? Le sait-il lui-même, est-elle fixée? D'où lui vient la lumière, pour qu’il puisse savotr où se diriger?
Mais voici que les faits soulèvent un autre doute encore : cette volonté, à la supposer nette, est-ce que notre parlement la représente? — Il y a longtemps, n’est-ce pas? que la question est résolue pour tous ceux qui, vivant en province, ont vu de près une élection légi5 lative, mais elle n’avait jamais reçu une réponse aussi retentissante que celle que vient de lui fournir en juillet le procès ouvert à Nice.
Vous vous rappelez les faits : pour une élection mu nicipale, près de 2,500 électeurs, abandonnant leur carte moyennant finance à un comité qui, par ses délégués, les mène en troupe au scrutin, surveille l’exécution de leur marché et ne leur délivre qu’à bon escient le bon de 15 à 20 francs, sur la caisse payable le lendemain du vote_ Quelle méthode dans la corruption!
Affaire de mœurs, dira-t-on; le temps etla justice rec tifieront cela. —— Non pas! Sont-elles corrigées, ces mœurs—là dans les pays que nous voulons imiter: l’An_ gleterre, l’Amérique? N’y vont-elle pas s’empirant, tou_ jours avec plus d’effonterie et d’endurcissement? Non, ce n’est pas affaire de mœurs, mais bien question de prin— cipes et de principes essentiels de l’organisation sociale.
Toute constitution qui tente outre mesure la faibleSSe humaine est dans l’erreur; or, combien grande est la tan tation pour l’électeur qui, humble, impuissant, se sachant condamné, quoi qu’il arriveI à porter le bât c0mme le pauvre âne de la fable, quand il est sollicité de vendre en un instant, à un prix qui représente souvent une
NOTRE BULLETIN POLITIQUE 1 83 semaine de labeur, un vote dont l’influence lui apparaît si lointaine, fsi nulle même! Combien grande aussi la tentation pour le candidat riche qui dans le modeste mandat municipal peut apercevoir déjà le germe dela dé putation, du Ministère, de la Présidence, et peut escomp ter la misère de l’électeur avec une facilité croissante!
Voilà donc où est la faute : dans la distance énorme que nous avons mise entre l’intérêt immédiat de l’indi vidu et la puissance suprême qu’il est appelé à conférer. Elle fait que le citoyen transmet comme réel un pouvoir qu’il n’a cependant qu’en germe.
S’il est vrai, de par la Nature, que chaque citoyen pos sède la capacité législative, notre constitution est fautive encore. car il n'y a que deux modes logiques de per mettre au peuple l’exercice de cette capacité: ou le man dat impératifou le referendum. Mais qui oserait défendre une pareille organisation; comment le citoyen pourrait—il y suffire moralement, intellecruellement, matériellement même ?
C’est qu’en réalité la sphère de sa puissance ne s’étend pas à des limites aussi vastes que celles de la puissance directrice. C’est l’erreur de la démagogie de vouloir tomber dans l’incohérence de l'infinie multiplicité; elle va contre la Nature qui dans le Nombre fait l’Unité par la Hiérarchie. Un organisme vivant n’est pas un amas d’atomes; il est fait de cellules réunies en tissus d’où naissent des organes qui s’assemblent en appareils.
Tel doit être l’Etat démocratique le suffrage universel, même à plusieurs degrés, le suffrage des atomes ne peut normalement décider de l’organe; il ne va pas au delà de la puissance cellulaire : c’est aux synthèses intermé diaires, aux groupes d’individus, non à l‘individu même que doit appartenir le vote politique. Quels sont ces groupes sociaux, quelle est leur hié— rarchie?
Il y en a de bien des sortes : naturels, humains, divins; la famille, la commune, la corporation, etc... Mais nous ne pouvons nous étendre aujourd’hui sur ce sujet; nous y reviendrons aussi souvent que l’occasion s’en présentera. Une autre question nous réclame que ce mois de juillet a rendue bien sensible encore :
184 ’ L’INITIATION Cette puissance politique, (qui que ce soit qui la dé lègue, à qui appartient-elle en fait dans le fonctionne ment de norre constitution parlementaire ?_ Si l'on en croit le texte et ces principes que l'on assure immortels, cette puissance a trois degrés radicalement distincts : le législatif, l’exécutif et le judiciaire. Or qu’avons-nous vu tout récemment?
Un gouverneur est rappelé d’une de nos colonies par le Ministre compétent. Ce gouverneur est célèbre : le général Dodds envoyé depuis peu au Tonkin; il n’a nul lement démérité; les motifs de son brusque rappel ina— voués sont soupçonnés inavouables; on craint au moins une injustice.
Qu’en ce cas la presse s’émeuve, qu'un com. muniqué du Ministrela mctïe à même d’apprécier comme elle l’entendra cet acte essentiellement exécutif, rien ne serait plus conforme àl’organisation démocratique. Mais les choses se sont passées tout autrement.
A peine le fait est—il connu par le Journal officiel qu’un député hors session, sans mandat spécial, adresse au mi nistre une lettre publique pour lui demander compté de son acte : « Comme une semblable décision, dit-il, ne << peut s’expliquer sans motifs graves, ne pouvant, en l’absence de la Chambre, vous poser la question à la tribune, {je viens vous prier de vouloir bien me faire connaître la cause du rappel du général commandant en chef de l’Indo—Chine. >> Sur la réponse explicite et très soumise du Ministre, ce même député écrit à nouveau, toujours par lettre pu blique et en propres termes : <<Monsieur le Ministre, vous « avez mal agi en rappelant le général Dodds...
Vous avez accompli un acte d’incohérence de plus dans la direction de nos affaires... Quant aux raisons que vous laissez mettre en avant par vos officieux, aucune per— sonne n’en sera la dupe... Il est invraisemblable que le gouverneur général ait pu demander le rappel du général Dodds... Mais si par impossible il l’a pu de_ mander... il fallait sans hésitation le refuser comme injuste et injustifiable...
Vous vous êtes laissé circon— venir, amiral, par quelque intrigue, sans souci de la << dignité d’un de vos frèresd’armes... » fi’à“k kkàâkkkkà 1
NOTRE BULLETIN POLITIQUE 185 Et la presse d’applaudir; du moins celle qui patronne le ministère de demain.
Or, ne jugeons en rien le fait lui—même qui peut être une faute lourde; n’apprécions pas davantage, en en pesant la majorité ou la situation locale, la valeur du mandat confié au député; les personnes ne sont ici nul— lement en cause, le fait seul est à mettre en saillie : si de sa propre autorité, sans délégation spéciale, hors session, un mandataire isolé du pouvoir législatif a le droit, au nom de son mandat, de souffleter publiquement d’accusations purement gratuites, du soupçon d’intrigue et de mensonge le représentant immédiat du pouvoir exécutif (un amiral!) ; s’il a le droit de lui dicter même, toujours en sa qualité, la conduite que ce gouvernant doit tenir, jusqu’à lui en tracer les détails, je me demande encore à qui la puissance?
A qui le pouvoir exécutif, à qui le législatif? que devient l'immortel principe de leur séparation ? C’est leur conflit seulement que j’aperçois. Est-ce ici la conséquence naturelle des responsabilités qu’entraîne le pouvoir, la légitime opposition du gou verné majeur en face du gouvernant?
Où est ce calme, cette sérénité supérieure aux agitations passionnelles que suppose le gouvernement d’une grande nation, que donne aussi le Pouvoir doublé d’autorité, qu’exige im périeusement surtout le mandat legislatif appelé à ex primer l’autorité même? Est-ce le langage de la raison ou celui des instincts? Est-ce la démocratie ou la déma— gogie ? Vous voyez, n’est-ce pas, où est l’erreur ici?
C’est que ce dualisme, plus grave encore que celui que nous avons trouvé au sein du parlement, manque de la résolution trinitaire qui peut seule l’expliquer et le féconder. Le pouvoir spirituel est détruit dans notre monde moderne! Par quelle faute; il n’importe; la première de nos né cessités sociales est de le rétablir ? Comment? C’est encore une question qu’il nous faut réserver, remarquons-en du moins la nécessité.
Chez nous le Corps est plein de vie, eXubérant presque; l’Ame est très active; mais désordonnés tous deux, faute de connaître leur chef commun, l’Esprit. ils sont con—
186 L’INITIA’I‘lON damnés à la lutte, à l’antagonisme, parce qu’ils se dis putent la puissance abandonnée qui, de par la Nature, ne leur appartient ni à l’un ni à l’autre, celle de l’A utorite‘. Qui peut dire actuellement aux peuples vers quel but doit se diriger la vie, vers quel point de leur horizon brumeux, doit être tournée la barre qui leur est confiée?
C’est la Liberté, lui assure le politicien; c’est la Richesse, répète l’économiste; c’est le Bien-Être, Crie le socia liste. Quant au philosophe, quant aux religieux, n’en parlons pas ; souverains déchus, leur voix estimpuissante. Qui a pris garde en ce mois à l’importante encyclique du Pape sur l’Unité du Catholicisme?
La parole est à peine à l’Ame sociale; elle s’aban donne à l‘instinct corporel; vous Savez en effet avec quel soin elle matérialise son éducation. Notre Société moderne décapitée s’affaisse jusque dans son ventre! Mais n’allons pas désespérer des lois providentielles de l’Evoluti0n! Rappelons-nous bien avec l’alchimiste que la totale décomposition précède l’influx spirituel; le noir de corbeau est le précurseur des couleurs écla tantes du paon.
Aussi bien, ce mois de juillet nous le redit lui-même, car il vient d’achever la loi qui affran chir nos Universités et leur rend la vie. Loi de salut si la Science sait se régénérer elle-même en se faisant sacrée! A vous encore, lecteur, à l’y amener de tous efforts, à vous à refaire le pouvoir spirituel, vous qui savez! TRIPLEX.
La Science orientale et la Science occidentale .— Rire des magnétistes, des hypnotistes, des spirites, se moquer d’eux, les tourner en ridicule, c’est le suprême bon ton. Aussi les sceptiques qui aiment à rire de ce qu’ils ignorent passent-ils dans le monde pour avoir le vrai bon ton, les véritables bonnes manières. Ils obtien
LA SCIENCE ORIENTALE 187 nent également à peu de frais l’étiquette aussi fallacieuse que pompeuse de gens d’esprit, de gens éclairés.
Si les sceptiques tournent en ridicule les adeptes de la science magnétique, hypnotique et spirite, il faut reconnaître qu’ils sont excusables et qu’ils méritent une certaine in dulgence, car ces adeptes n’obtiennent de leurs sujets que des effets peu susceptibles de frapper et d’impres— sionner les esprits, quoique incontestablement intéres— sants au point de vue scientifique.
Peut-être que ces mêmes sceptiques, si mondains et d’une science aussi pauvre que superficielle, seraient moins disposés à rire et plus impressionnés s'ils étaient témoins des ex ploits de thaumaturges indous tant célébrés par les voya geurs de tous les pays non orientaux. Peut—être, comme l'ont été tant'd’autres qui étaient d’un scepticisme non moins opiniâtre et non moins endurcis, seraient—ils bou leversés, stupéfiés.
Un savant allemand, le docteur Hein rich Hensoldt, qui a parcouru l‘Inde en tous sens, a voulu s’assurer par lui-même de la réalité des faits qui révoltaient son scepticisme et qui contredisaient les prin cipes et les théories de la science moderne.
Il attribuait les faits merveilleux qui jusque—là lui avaient été racon tés à la pure prestidigitation ; or il avait étudié la presti digitation et il y excellait au point de pouvoir dépasser les plus habiles et les plus fameux prestidigitateurs.
Le docteur Hensoldt aussitôt arrivé dans les Indes voulut être témoin des hauts faits des yoghis et des fakirs, et il vit accomplir sous ses yeux des choses qu’il était tout à fait impossible à la prestidigitation de produire. Le doc teur Hensoldt raconte ceci : « Sur le sol battu, en plein air, le yoghi, le torse nu, accroupi, est absorbé dans une profonde méditation.
Puis il se lève, étendant sa main droite sur la paume de laquelle un spectateur pose une large calebasse vide, qu’il remplit d'eau jusqu’au bord. Pas un fléchissement du bras, pas une tension des muscles. « Le yoghi soulève sa main gauche et la ramène sur son front, voilant ses yeux. Ceux des spectateurs se fixent surla calebasse dont l’aspect se modifie. Ses contours se rétrécissent peu àpeu, et cependant pas une goutte de liquide ne déborde. En moins d’une minute, le vase
188 L’INITIATION est réduit de moitié; en moins de deux la calebasse est amenée à des dimensions telles qu’elle est à peine visible.
Puisle phénomène inverse se produit: le vase se dilate, reprend sa forme première, et pendant les cinq minutes qui se sont écoulées, le bras n’a pas fléchi, l'homme n’a fait ni un geste ni un pas, et, après comme avant, la ca lebasse est pleine d’eau. » Le docteur saisi, frappé, dominé par ce qu’il venait de voir, a senti son vieux scepticisme scientifique singu— lièrement ébranlé.
Toutefois, quoique stupéfié et sens dessus dessous, il ne s’est pas rendu encore, l’orgueil de la science européenne le raidissait.
Il fallut un autre miracle non moins prestigieux pour le vaincre : « Le yoghi prend une noix de coco, lourde et pleine, la pèse, la soupèse; puis, ainsi qu’un homme qui ran— gerait sur une étagère ou un support quelconque un ob jet que les lois de la pesanteur attirent vers le sol il élève le bras, et avec précaution pose... sur rien, sur l’air am biant, la noix de coco qui demeure immobile dans l’es— pace.
Ill’y laisse un certain temps, la prend, la brise, la vide, et l’élevant, de son bras et de sa main nus, au dessus de lui, il en laisse couler assez d’eau pour rem plir douze seaux. >) Le bon docteur allemand mentionne un troisième fait non moins renversant que les deux précédents : « Une corde terminée par un nœud est lancée dans l’espace, cette corde se tend, devient rigide et capable de soutenir le poids d’un homme.
Le yoghi s‘y accroche, ses pieds sont posés sur le nœud. Obéissant au mouve— ment d’ascension qu’il lui a imprimé, la corde s’élève dans l'air, entraînant avec ellele yoghi, que la distance rapetisse, qui bientôt n’apparaît plus que comme un point, jusqu’à ce qu’il disparaisse dans l’espace où il se perd.
Quatre fois le docteur fut témoin de ce spectacle relaté également par d’autres voyageurs. » Le docteur Hensoldt parle aussi du fameux phénomène de la croissance d’un manguier qui atteignit, sous ses yeux, une hauteur de plus de vingt mètres et fut chargé de fruits abondants. A cinq reprises différentes, il assista à la croissance rapide et inexplicable à la suite d’un noyau planté en terre en sa présence. Le docteur crut à v A.s«—l—r'—--»...,.,,,_,.,...__
BBLIOGRÀPH1Ë 189 une illusion d’optique ou à un phénomène d’hypno tisme suggestif et refusa de croire à la réalité de l’arbre grandi qu’il voyait de ses yeux cependant. Il fut invité à approcher et à toucher. Non seulement il toucha, mais grimpa à l’arbre, il en cueillit des fruits.
Des physiciens français, avec l‘aide d’une batterie élec trique, ont réussi également à faire croître une plante, à. la faire fleurir et porter des fruits, mais illeur a fallu une forte,_une très forte batterie, tandis que pourle manguier le fluide de l’yoghi, plus puissant que l‘électricité, a suffi.
Le docteur Hensoldt, après toutes les merveilles dont il a été témoin, a été obligé de reconnaître que les Orien taux avaient une science profonde qui dépasse de beau— coup celle de nos Universités occidentales; dans nos laboratoires et nos cabinets de physique nous faisons des expériences, les Orientaux opèrent des miracles en plein jour et en plein air. _ Horace PELLETIER. (Chaîne .îlagnétique.) ananzoeÆaaaemzn GEORGES Vl‘l‘0Ux, Les R.Lyons X... et la Photographie de l’in visible. — Un vol. in-18, 30 figures et 18 pl., p. texte.
Chamuel, éditeur. Prix: 3 fr. 50. Nos lecteurs c0nnaissent l’énorme retentissement de la découverte du professeur Roentgen, et assez grand nombre d’études parues soit dans des organes spéciaux comme la Revue générale des Sciences et appliquées, la Science française, l’Eclairage électrique, la Lumière élec trique, soit en volume, tels que la brochure dn Niewen— glowski, et très excellent mémoire de M. Ch.-Ed. Guil— laume.
« Il manquait, écrit notre savant collaborateur, M. Georges Vitoux, sur cette question sipassionnante des Rayons X... et de la Photographie de l’invisible, l’étude destinée au grand public et propre à donner à chacun, qu‘il soit ou non initié aux grands problèmes de la science
[90 L’INITIATION physique, une idée fidèle et complète de la nouvelle de couverte et des applications qu'elle contient. « Tel a été notre but en écrivant ce petit livre. 1 A l'heure présente, en effet, grâce aux recherches poursuivies immédiatement par les savants de tous pays, nous nous trouvons posséder sur les mystérieux rayons X... un ensemble considérable de faits.
« Rassembler tous ceux-ci, les coordonner entre eux, exposer les diverses hypothèses auxquelles ils se ratta— chent, en un mot, mettre en quelque sorte de l’ordre dans l’affaire, était donc pour les non spécialistes remplir un rôle utile ). Nous pouvons dire que M. Vitoux a rempli ce pro gramme avec toute la perfection désirable, eu égard à la complexité du sujet et à la nécessité qu’il y avait d’en rendre la compréhension facile.
Les 188 pages de ce coquet petit volume renferment une masse invraisemblable de documents; et nous mêmes, qui avons personnellement suivi avec le plus grand soin l’apparition des études nouvelles sur cette question, avons été étonné de voir mentionner des indi— cations qui nous avaient complètement échappé. — Cette probité, cette conscience de l'écrivain érudit sont dignes des plus grands éloges dans un temps où la plus grande partie des chroniqueurs scientifiques présentent au public des compilations de seconde main, copiées à la hâte dans les dictionnaires. .
L’historique de la question comprend trois chapitres qui contiennent la découverte des rayons X...; le mémoire original de Rœntgen, les précurseurs.
La nature, l’origine et les propriétés des dits rayons sont décrites en même. temps que les expériences de Crookes, de MM. Perrin, Lodge, de Rochas, Darin, Charles Henry, etc. ; le lecteur est ensuite informé dans un chapitre consacré à la tech nique des rayons X..., des dispositifs expérimentaux né cessaires pour leur production; quelques-unes de leurs utilisations les plus importantes, pour la médecine, la chi rurgie, la défense contre les bombes anarchistes, l’astro nomie, sont détaillées avec tout le luxe d’informations nécessaire.
Enfin les trois derniers chapitres relatent les faits se rapportant à la lumière noire, à la photogra' ‘ ._ __.,.. ,-_ .—_,cñ,,—
BIBLIOGRAPHIE 191 phie dans l’obscurité et à la photographie dela pensée avec, pour ces derniers projets, toutes les réserves d’u— sage.
Terminons en renouvelant à M. Vitoux les vives félici— tations pour cette œuvre d’intelligente vulgarisation, pré-— semée d’une façon si élégante; il ne faut pas oublier de souligner le désintéressement dont a fait preuve l’éditeur en y ajoutant un nombre considérable de planches, d’une fort belle et luxueuse exécution. SÉDIR. GASTON MÉRY. La Voyante de la rue du Paradis et les appari— tions de Tilly-sur-Seulles. 4° fasc. Dentu. Prix: 0 fr. 60.
M. G. Méry afait une enquête personnelle à Tilly-sur Seulles. Il nous rappelle, dans sa nouvelle brochure, que M“" Couédon, dès le 13 mars, lui avait annoncé que la Vierge apparaîtrait àTilly, à Lourdes et non loin de Pa— ris (1).
La nouvelle brochure mentionne des apparitions vues simultanément de plusieurs endroits, des guérisons, la disparition de trois globes de feu au moment où la Vierge apparaît, et se termine par de trop courtes criti ques sur l’état physiologique de deux voyantes. L’auteur admet qu’il y ait à Tilly un duel entre le surnaturel divin et le diabolique (2).
Un paragraphe est consacré à l’analyse d'un rapport de M. le chanoine Brettes à la Société des sciences psychi— ques. La 3° commission, sans aller jusqu’à dire, comme M. le chanoine Brettes, qu’il y a inspiration diabolique pour M113 Couédon, déclare que s’il y a intervention d’un esprit étranger, il n’est pas divin. S. (I)iLes Mémoire de Diana Vanghan annoncent une appa rition à Lourdes pour 1902. Nous mentionnonsy sans commen ter. (2) M. Méry ne dit pas quel est l’éditeur des Notes de M. Le Boulanger.
19 0 L’INITIATION HENRI MAZEL, la Synergie sociale. Un volume in-18 jésus, broché. Prix: 4. francs. Sous ce titre un peu technique, mais dont le sens est d’ailleurs facile à saisir (synergie, énergie en commun), M. Henri Mazel a écrit un livre très clair, très net et, ce qui ne gâte rien, très intéressant. On sait qu'un mouvement d’idées récentes est en train de renouveler toutes les sciences qui étudient l’homme comme être social.
La sociologie qui, il y a un demi— siècle, s’était, suivant un mot connu, détachée des sciences morales pour se souder aux sciences naturelles, par une évolution curieuse, se dessoude en ce moment de la biologie, avec laquelle de trop zélés naturalistes l’avaient presque identifiée, pour se rapprocher de la psychologie. Le livre de M. Henri Mazel se rattache à ce mouvement.
La Synergie sociale est un essai hardi de synthèse: l’histoire de l’humanité est considérée comme un duel entre deux conceptions opposées du bonheur, l’une adop tée par l’Orient, l’autre par l’Occident, et dont la conci— liation a été tentée parles grandes religions.
L’indication à grands traits de ce duel dansle passé formela première partie du livre; la seconde est consacrée à l’étude de la France actuelle, considérée comme champ de bataille entre ces deux tendances hostiles; la troisième note les prévisions que l’on peut, d’après quelques grands pen seurs d’aujourd‘hui, tirer, pour l’avenir, de la victoire, dans les âmes, de l’une ou de l’autre de ces forces morales.
Certains jugements de l'auteur sur la Révolution fran çaise, sur l’Universtté, sur le clergé et la magistrature, pourront paraître sévères ; d’autres, sur l’importance sociale des penseurs, des apôtres, des poètes, pourront sembler trop favorables.
Mais nul ne pourra nier les qualités éminentes avec lesquelles des questions si diverses et si délicates ont été abordées par un auteur qui ne s’était fait encore connaître que par des écrits d’art pur: la sincérité, l’indépendance et la hauteur des vues, l’étendue et le sérieux des connaissances, enfin la vigueur dans la défense de ses convictions propres unie au respect envers les convictions différentes et même opposées. mua.,‘WWM M__yfl__
NOUVELLES D1VERSES 193 Nouveauus avansas Nous apprenons avec le plus vifplaisir, d’après les jour— naux quotidiens, que l’éminent directeur de la Revue des Revues a été décoré au titre étranger. La Revue des Revues est le seul des grands périodiques qui aitouvert une section d’occultisme dans ses colonnes, et cela ajoute une note bien intéressante à une revue si bien faite à tous les autres points de vue.
Nos félicitations sincèresà notrê confrère. * 4 4 UNE REVUE D’ALCHIMIE (1) Notre distingué collaborateur, M. Jollivet-Castelot, vient de faire paraître le premier fascicule d’une revue mensuelle consacrée à l’étude de la philosophie chimique. Titre: l’Hyperc/‘zimie. Nous relevons, dans la liste des collaborateurs, les plus avancés de nos savants chimistes, tel Auguste Strindberg, et quelques—uns des principaux parmi les occultistes contemporains.
Nous reparlerons du reste de cette très intéressante tentative, pour laquelle M. Jollivet—Castelot recevra cer— tainement les plus vives félicitations de tous ceux qui travaillent à la renaissance spiritualiste. I 00 SOUSCRIPTION RENÉ CAILLIÉ Voici la liste complète jusqu’à ce jour et exacte de la souscription ouverte par l’Initiaiiorz pour la tombe de René Caillié.
Le mois dernier, une erreur d’impression nous a fait attribuer 10 franœ au lieu de 20 francs à Stanislas de Guaita. La liste acruelle rectifiera éette erreur. Barlet, 20 fr.; Stanislas de Guaita, 20 fr.; Jean (1) Rédaction: 19, rue Saint-Jean, Douai. Administration: Chamuel, 4, rue de Savoie. Abonnements: 5 francs par an.
194 L’INITIATION Tabris, 20 fr.; Papus, 20 fr.; D“ Marc Haven, 10 fr.; Jollivet Castelot, 10 fr.; Sédir, 10 fr.; Branche Viscum, 14 fr. ; Triplex, 5fr.; Carles, 3 fr.; Emile Moreau, 2 fr.: Anonyme, 2 fr. Total: 156 francs. _ Les souscriptions seront encore reçues pendant le mois d’août et jusqu’au 15 septembre par M. Sédir, 4, rue de Savoie, Paris.
UN VOYANT DE ROUERGUE On écrit de Rodez au Petit Journal qu’un enfant nommé Paulin Delpont, de Larroque, près de Saint— Affrique, parle latin dans des crises, voit des saints, devine les secrets, fait trouver des objets cachés dans le sol, et attire quantité de visiteurs. oÙ.
MAISON HANTÉE A Valence-en—Brie, dans la forêt de Fontainebleau, un esprit, selon les uns, un sinistre farceur, selon d’autres, fait entendre 'des bruits extraordinaires dans la maison de M. Lebègue, brise des carreaux, renverse des meubles, etc. * (La Croix, 25 juin.) x»-v Quel est l’homme politique, l'écrivain, l'artiste qui ne souhaite savoir ce que l’on dit de lui dans la presse? Mais le temps manque pour de telles recherches.
' Le Courrier de la Presse, fondé en 1889, zr, boule vard Montmartre, à Paris, par M. Gallois, a pour objet de recueillir et de communiquer aux intéressés les ex traits de tous les journaux du monde sur n'importe quel sujet. Le Courrier de la Presse lit 6,000 journaux par jour. . 2424 26 juillet 1896.
Monsieur et cher confrère, Dans l’Initiaiior_t de juillet 1896, je lis une lettre de M. Beglis donnant une suite d’années où l’échéance Pas , ;.:;,m,W"
NOUVELLES DIVERSES 195 > cale tombale 25 avril. Cette suite d’années est identique à celle donnée par Arago dans son Astronomie populaire (t. IV, page 703) ; l’illustre astronome n’en cite pas une de plus et pas une. de moins. De mon côté, j’ai fait le travail. J‘ai trouvé les années suivantes : , ' ' 45, 14.0, 387, 432, 577, 672, 919, 1004, 2109, 1204, 1451, 1546, 1677, 1734,1886, 1943, 2038, 2190, 2247.
MM. Arago et Be'glis donnent donc l’année 1666 et moi l’année 1677. Qui a raison? Si je ne me trompe, 1677 comme ses congénères citées plus haut a pour lettre do— minicale C et pour épacte 25', tandis que 1666 avait pour épacte 23. Je serais heureux de savoir si M. Beglis trouve le même nombre que moi pour les années antérieures à 1666 et par quels calculs il a trouvé cette dernière année.
Veuillez agréer, Monsieur et cher confrère, mes respec tueux hommages. Un de vos abonnés. D” AUG. PLICOT, 6, rue Ca'mbacérès. * :wæ LA FORCE PSYCHIQUE DE MUSSET Au rapport de sa gouvernante, Musset, dans les der nières années de sa vie, devinait les pensées, était hanté par des pressentiments et tourmenté par des hallucina tions...
Sous les guichets du Louvre‘ il entendit une voix : « Je suis assassiné, rue de Chabanais. » Ilycpurut et se croisa avec le cadavre... Une nuit, il crut voir un croquemort dans sa chambre : or son voisin était mort à l'instant même... Sa main fit remuer à distance un cordon de sonnette (Le Temps, 10 août). Le Gérant : ENCAUSSE. TOURS. — 114?. E. ARRAULT ET C". RUE DE LA PRÉFECTURE, o.
_ L’llfl‘ “APPRENDRE ET DE SE SOUVENIR M. l’abbé Chavauty vient de faire paraître une nouvelle brochure d’une grande importance sur l’A rt d’apprendre et de se souvenir. Elle est du format in-8° et renferme 572 pages ainsi distribuées : Avant-propos, 16 pages. 500 lettres d’approbation par les élèves des sept leçons. —— Approbations de la presse, 120 pages.
Théorie par les étudiants, servant de préface. — Théorie de l’Art‘ d’apprendre et de se souvenir, par l’auteur, 152 pages. Prologue et travail des étudiants. Contradictions et procès gagné à la 1'9 Chambre, etc., 84 pages.
M_emento complet d’Histoire de l’Église, de l’His— toire de France et de la langue internationale Espe ranto, avec dictionnaire pratique, etc., 200 pages des— tinées au père de famille qui veut lui-même instruire son enfant de cinq à dix ans. M. l’abbé Chavauty a voulu rendre son travail fécond et relever le courage de ceux qui, las d’ap— prendre pour oublier, renoncent aux études intellec tuelles, désespérant d’arriver à de bons résultats.
Il a élaboré une théorie mnémotechnique vraiment admirable. Cette théorie est basée: 1° Sur la classifi— cation des idées ou des choses; 2“ Sur l’association des mots appris; 3° Sur la répétition de ces mêmes idées classées, de ces mêmes mots associés sux idées, jus— qu’à une complète assimilation dans l’esprit, afin de les fixer à jamais dans le souvenir.
Toutes les personnes qui ont mis à l’essai cette théo rie ont été très surprisés de la facilité qu’elles acqué— raient pour apprendre et retenir. Cet ouvrage obtient un grand succès. Pour se le procurer, il suffit d’envoyer 5 fr.
50 a M. l’abbé Chavauty, missionnaire apostolique, peu sionnat del’avenue Saint-Ouen, 35, Paris (Batignolles) et chez M. Hatton, éditeur, rue Bonaparte, 35. ’ On le trouve également à la librairie Croharé, 32, place Maubourguet, Tarbes. '
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