The text
. -. ..--_._-_m—___—._—.—fi.« (L /l et,,‘! "".u._ ‘ , ” l ,1. /? '\ ’il , .a' ‘ “‘ q :g .‘ fa .‘ .. ü.« .ä €ar A U' Revue philosophique des Hautes Études 1 .. ..'Ilü in 5751 A c» PUBLIER MENSUELLEMENT SOUS LA DIRECTION DE PAPUS 53 0. K4 Docteur en médecine -— Docteur en kabbale p9<._———— 32" VOLUME. — 9‘“ ANNEE SOMMAIRE DU N° 10 Juillet (1896) ___,._ PARTIE INITIATIQUE..._ René Gai/lié . . . . . . . . P.-Ch. Barlet.
' (p. I à 8.) ' Tilly‘-sur-Seulles. . . . .Papus. ( . 8 à 25.) L’ mour et les Doctrines. Amo. (p. 26 à 37-). Salanisme . . . . . . . . . Guymiot. ' (IL 38_ 3,44.) A PARTIE PHILOSOPHI- L'Irradzatzon et I’Exten QUE . . . . . . . . . . . . . .. sion de l’Ame . . . . . . Aug. Strindberg. (p. 45 à 53.) ' Une Réforme dans les r traductions hébraïques. Maurice Bardier. (p. 54 à 65.) Karma ou le libre arbitre.
Maurice Largeris. (p. 66 à 68,) PARTIE LITTÉRAIRE... ‘Poésies. Ëâ’âä’ân‘ä’späîÏrls (p' 69 à 74" René Son. ’ Notre Bulletin politique. — Groupe indépendant d’Etudes ésotéri ques. — Bibliographie. —Correspondance. —— Nouvelles diverses. — Tribune de la Revue des Revues. - ‘ Tout ce qui concerne la Rédaction et les Echanges doit être adressé Villa Montmorency, 10, avenue des Peupliers, Paris. Administration, Abonnements : 5, me de Savoie Chamuel, éditeur. Le Numéro : UN FRANC. — Un An: DIX FRANCS
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n'ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initialion est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efiorts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains. .
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta— physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’0cculte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’Ini1iation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l’arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains ; le cléricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l’Initiation étudie impartialement tous, les phénomènes du Spiritisme, de 1’Hypnotisme et de la Magie. phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais ' n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études. .
La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Scienc Occulte. * La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse .à tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier.
L’Initiation parait régulièrement du 15 au 20 de chaque mois et compte déjà huit années d’existence. — Abonnement; 10 francs par an , (Les collections des deux premières années sont absolument épuisées.) '
L’Initiarion du 15 juillet I896 PRINCIPAUX REDACTEURS ET COLLABORATEURS DE [Initiation 10 PARTIE INITIATIQUE AMO— F.. CH. BARI.ET,S.‘.I.'.&— STANISLA5 DEGUAITA, S.'. —GUYMIOT. —MARC HAVEN, S.°. I.'. ,{g—JULIEN LEJAY, S.'. I.'. g. —« ÉMILE MICHELET, S.'. I.'. (C. G. E.) —— LUCIEN MAUCHEL, S.'. I.-. (D. S. E.) MOGD, S.'. 1.-. —GEORGE MONTIERE, S.'. 1.-. fig —PAPUS, S.-. I.'. — QUÆRENS, S.'. I.'. (D. G. E.) -— SÉDIR, S.'. I.‘. _— ELVA, S.'. I.'. (C.
G. E.) ‘ 20 PARTIE PHILOSOPHIQUE'ET SCIENTIFIQUE AEIL-MARDUK. -»- AMELINEAU. — ALEPH. — 1’)r BARADUC. — Le F.‘. BERTRAND 30' — BLITZ. —- BOJANOV. — JACQUES BRIEU. — CAMILLE CHAIGNEAU. — CHIMUA DU LAPAY. -— ALFRED LE DAIN. — G. DELANNE. — FAERE DES ESSARTS. — D“ FUGAIR0N. — DEI.É 2INIER. + JULES GIRAUD. — HAATAN. — L. HUTCHINSON. — JOL LlVET-CASTELOT. -— L. LEMERLE. — LEC0MTE. — NAPdLÉON NEY. — HORACE PELLETIER. — G. POIREI.. —- RAYMOND. — A.
DE R. — D" SOURBECK —— L. STEVENARD.'— THOMASSIN. — G.VI TOUx. — HENRI WELSCH. — YALTA. 30 PARTIE-LITTÉRAIRE MAURICE BEAUBOURG. — JEAN DELVILLE. — E. GOUDEAU. — MA NOËL.DE GRANDFORD. — JULES LERMINA. — L. HENNIQUE. — JULES DE MARTHOLD. —- CATUI.LE MENDES.— GEORGE MONTIERE. — LÉON RIOTOR. — SAINT-FARGEAU. — ROBERT SCHEFFER. -— ÉMILE SIGOGNE. — CH. DE SIVRY. 40 POÉSIE CH.
DUBOURG. -— RODOLPHE DARZENS. —— JEAN DELVILLE. — YVAN DIETSCHINE. — MAURICE LARCERIS. -— PAUL MARROT. — ÉDMOND PILON. — J. DE TALLENAY. — ROBERT DE LA VlLLEHERVË.
.- _,..‘ ..,n _-.,s _...__. ...« - - . w.æ_..v.«v———o——.u mm"... -—«- Il" - 4.:xr-=rr-u .-A Ë;«-: L’lnitiation du 15 juillet .1896 l 1.31 N IT IA T 10 N (“Éti‘iälä‘”’““)_ DIRECTION ADMINISTRATION Villa lonlmoreucy, 1(I, aven. des Peupliers ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO PARIS—A UTEUIL I)IRKCTEUR : PAPUS c H A M U E L DIRECTEUR ADJOINT : Lucien MAUCHEL il, Rue dt Savom Rédacteur en chef: PA F.-Ch. BARLET ' Secrétaires de la Rédaction: FRANCE, un an.
10 tr. J. LEJAY — PAUL SÉDIR ÉTRANGER, _ 12h._ RÉDACTION. — Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité. L’indépendance absolue étant la raison-d’être de la Revue, la Direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps d’un article. Prière d'adresser tous les échanges : Villa Montmorency, 10, avenue des Peupliers, Paris. MANUSCRITS. —-— Les manuscrits doivent être adressés à. la rédaciion.
Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pasœndus 'à moins d’avis spécial. Un numéro de la Revue est toujours composé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant. trouve IIIIEPEIIDAIT II'ETIIIIES ÉSOIÉRIQHES I,Goo Membres — 104 Branches et Correspondants — Groupes d’Ètudes fermés '. Les Membres ne paient ni cotisation ni droit d'entrée.
Pourtous renseignements, s’adressérparlettreà M. Paul SÉDIR, directeur adjoint, 4, rue de Savoie, Paris, en joignant un timbre pour la réponse. ‘ l Principales Sociétés adhérentes au Groupé - ORDRE MARTINISTE ORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE 'l‘ CROIX. —ÉGLISE GNOSTIQUE ’ .._____ ' 1
” ’’ U .‘i’t‘lI .EI mlä ni. 5 50“ 5033 ne!“ '€llCl àM1/l/HIIM‘MË La reproduction des articles Inédits publiés par l'Initiation est formellement interdite, à moins d’autorisation spéciale.
PARTIE INITIATIQUE RENÉ ZÇiAlIEMŒÈ Eugène-René CAILLIÉ était le fils aîné du célèbre explorateur qui le premier, en 1828, au prix d’une persévérance et d’un dévouement inouis traversa l’Afrique occidentale, du Rio Neues à Tanger, en pé— nétrant à Timbouctou, la ville mystérieuse. Il est né en 1831, à Beurlay dans la Charente-Infé— rieure.
Là, son père, tournant son activité vers l’agri culture, était devenu bientôt le bienfaiteur du pays, qui le nomma maire; mais, désolé de ne pouvoir re tourner en Afrique pour achever son oeuvre patrioti que, il mourut sept ans après de fatigue et de cha grin. - Notre cher frère hérita de toutes les vertus de ce père illustre: le courage, la persévérance, l’enthou siasme, l’amour de l’humanité; mais ce futà peu près tout son patrimoine.
Profitant cependant de son mieux du dévouement d’une mère excellente, il ob tint de bonne heure le diplôme d’ingénieur de l’École centrale, puis, séduit à son tour par les mirages de la terre africaine, il alla participer en cette qualité au percement de l’isthme de Suez. Mais la terre des Pha I m4.... .——.‘r‘..
2 LÏINITIATION raons, qu’il a si bien célébrée depuis, lui fut plus in grate encore qu’à son père; elle le rejeta brisé, perdus de tous ses membres, dès sa jeunesse et pour la vie, par de cruelles douleurs rhumatismales contractées dans les marais de l’isthme, le condamnant à renon cer dès les débuts à l’avenir brillant que l’Orient lui promettait au départ !
Revenu à Paris, impotent, sans fortune, il yvécut quelques années en préparant d’excellents élèves pour les écoles militaires et centrales. C’est là qu’il connut le spiritisme et qu’il puisa dans ses conscientes doc— trines la force de transformer en expansion radieuse une vie de douleurs et de privations qui s’annonçait si triste alors.
Par le spiritisme il a compris l’appel de la Providence qui l’arrachait si jeune aux joies de la terre, et, y répondant de tout son cœur, il n’a plus vécu que de la vie psychique; non seulement rési signé, mais rayonnant d’enthousiasme, aimant, aimé de tous, dévoué à tous, plein de foi jusqu’au dernier jour en sa mission d’apôtre spiritualiste.
Quelques années se passèrent ainsi pour lui, dans l’étude d’abord et bientôt dans une participation. ac—l tive aux travaux des successeurs d’Allan Kardec: Fau— vety, Nusse, Vallès, Tremeschini,parmi lesquels sa science autant que son dévouement lui mériterait promptement un rang élevé; bien que sa main para lysée pût à peine tenir une plume, il était déjà l’un des collaborateurs les plus actifs de ce mouvement alors dans tout son éclat. Cependant l’affection d’une sœur qu’il aimait comme il savait aimer l’enleva à l’activité parisienne;
RENÉ CAILLIÉ 3 il partit vers 188I à Avignon, qu’il ne devait plus quitter ; son œuvre n’en fut pas ralentie, elle prit seu lement dès lors un caractère plus personnel.
Là, con— tent, en sa modestie, d’une petite pension viagère sur laquelle il trouvait encore moyen d’exercer la géné rosité de son excellent cœur, il consacra exclusive ment à la vulgarisation des sciences spiritualistes son excellente instruction et son don caractéristique d’as similation et d’analyse. Après avoir activement collaboré à plusieurs revues spirites, il résolut d’avoir la sienne propre.
Il prit donc pour son compte, en 1884, celle que son ami Verdad, un autre apôtre, avait fondée à Nantes, 1’Anti—Mate’rialiste, avec l’intention d’y divulguer les meilleurs travaux sur le spiritisme, comme de lui donner un ensemble méthodique progressif et scien— tifique. Mais une intelligence cultivée, aussi sincère, aussi hardie que la science, ne pouvait pas se limiter à une école, quelque attaché qu’il lui fût et qu’il dût y res« ter toujours.
Travailleur infatigable, très éclectique, épris du mystère, toujours anxieux de savoir plus ou de faire mieux, il ne cessait de rechercher, d’étudier, d’absorber pour ainsi dire en son cœur toutes les formes spiritualistes, toutes les révélations d’où qu’elles vinssent. Il les rapportait du reste toujours au spiritisme, qui resta jusqu’au dernier moment sa foi dominante, inébranlable.
Ainsi aimé de tous par la sincérité de ses convic tions enthousiastes, mais tolérantes, par l’entraîne— ment de sa parole, par l’ardeur et la franchise de sa
4 L’INITIATION foi montée un jour jusqu’à l’imprudence, par l’éléva tion de,sa pensée toujours maintenue, il était si bien le trait d’union de toutes les écoles qui se partagent encore les sciences de l’lnvisible, qu’il paraîtrait dif— ficile de trouver un successeur à ce vaillant apôtre si tous nos suffrages n’avaient désigné déjà notre cher frère Amo! La Revue de notre ami R.
Caillié suivit les trans formations de son évolution toujours élargie, en la signalant par des titres nouveaux: l’Anti—Matérz’a liste de 1884 à 1886, la Revue des Hautes Études d’octobre I886 à février 1887. L’Étoz‘le, fondée avec Albert Jounet, de 1887 à 1896, et enfin l’Ame, que sa mort vient d’interrompre presque à sa naissance. Entre temps, il avait créé aussi avec Mm°Paule Janick, ' l’Éclaireur, édité à Bagnères-de—Bigorre. .
Les investigations acharnées nepouvaient manquer d’amener René Caillié en présence de l’occultisme; l’Anti—Malérz’alïste fut à peu près le premier journal spirite qui tenta de le faire conaître et de le répandre, presque dès ses débuts : il eut ensuite la plus large place dans toutes les autres Revues de notre ami. Ce détail nous ramène aux origines de l’occultisme en France, que le lecteur lira peut=être avec quelque in térêt.
A ce moment, en 1884, la Société théosophique, fondée à NèW-York depuis huit ans mais presque in— connue chez nous, venait de s’y révéler par le passage 'au siège de la Société spirite de Mme Blavatsky. puis de 'Sinnet, qui venait de publier à Londres l’0ccult World (le Monde occulte) et enfin par quelques com -"".ÀWM. ,
RENÉ CAILLIÉ 5 munications du théosophe maintenant bien connuqui se cache sous les initiales D. A. C.
Plusieurs spirites, parmi lesquelsle D'Thurmann etTremeschini, avaient accepté avec empressement ces lumières nouvelles, mais la Revue spirite, qui leuravait consacré quelques pages, les renvoya bientôt à son organe auxiliaire, assez éphémère aussi, le Bulletin de la Société d’études scientifiques; là, jugées sur un court extrait, elles avaient été combattues vivement par? le Comité de cette Société et, chose singulière, surtout par son pré sident Fauvety, élève d’Eliphas Levy, à qui l’occulte était beaucoup plus connu qu‘il ne le laissait voir en core.
Une vive réponse de Mme Blavatsky qui tou chait les spirites au cœur en attaquant la base de leur foi, n’était pas faite pour atténuer cette opposition; elle n’avait fait que s’accentuer fortement. C’est dans cette situation que René Caillié voulut, spontané ment, faire connaître avec plus de détails ces doc— trines que ses abonnés maudissaient d’avance. Sa hardiesse fut récompensée; on l’aimait tant du reste!
Les travaux de la Société théosophique n’étaient plus les seuls alors: le marquis de Saint-Yves venait de publier sa magnifique Mission des Juifs, dres— sant la tradition occidentale en face de celles de l’Orient; mais elle était peu connue encore des spiri tualistes.
De son côté, la remarquable trinité de nos frères aînés, de Guaita, Jounet, Péladan, unis en leur soCiété de Rose-Croix, travaillait encore loin de nous, ignorés presque du monde spirite; ils vinrent cordia lement nous éclairer de leur science sur la Kabbale, et ainsi grâce au zèle courageux de notre pauvre ami,
5 L’INITIATION la place fut faite dans le public à l’occultisme. Le sous-titre de l’Anti—Malérialz’ste redevientencore son histoire : Il porte entre autres, et d’abord : Études psy— chologiques, puis successives études sur l’Occulte et la philosophie bouddhique. Études de l’occulte et les religions diverses, Etudes ontologiques, Études sur l’antiquité et les religions diverses.
Enfin, la Revue des Hautes Études apparaît avec les collaborations significatives: Dramart.
Thurmann, De Guaita, l’abbé Roca, le D' Johannès, etc. Respectant ici la charitable discrétion de notre frère regretté et de son ami intime, l’abbé Roca, je ne rappellerai pas, de peur de réveiller un vieux levain que la mort a maintenant complètement détruit, par suite de quels événements cette Revue dut être rem placée bientôt par le Lotus de Gaboriau: Le mouve— ment occultiste était lancé, on sait assez ce qu’en a fait notre cher directeur, et quelle richesse il accuse aujourd’hui dans la rivalité, de plus en plus cordiale et bientôt sans doute harmonieuse, de toutes ses écoles : spirite, humanitaire, occultiste ou théoso phique, si l’ardeur de nos convictions y a jeté d’abord quelque âcreté.
La manifestation qui, grâce au concours de notre cher frère Amo, se fait aujourd’hui sur la tombe de René Caillié, montre assez que nous ne demandons tous qu’à nous unir pour la synthèse des efiorts divers. Chercheur intrépide, notre pauvre ami avait fait connaître dans ses revues plus d’une œuvre assez ignorée du public et pourtant fort curieuse comme celle de Reichenbach, de Roustaing, de Tourreil, de ‘ n ian "v>‘m.
RENÉ CAILLIÊ 7 Michel de Figanières, de John Davis. C’était aux en virons du spiritisme qu’il portait de préférence ses in vestigations, mais en l’élargissant toujours de do— maines empruntés surtout à la tradition occidentale.
Ses doctrines peuvent donc paraître assez flottantes et indécises à notre génération actuelle, mais il faut songer combien elles étaient vagues encore pour nous tous, ou à peu près, il y a douze ans, et l’on verra alors combien grande est la part de René Caillié dans l’éducation publique, tout particulièrement auprès de nos frères spirites: il suflit pour s’en rendre compte de suivre ses œuvres.
Car, malgré ses souffrances physiques, de la droite à peu près paralysée, si doulobreuse seulement à son énorme correspondance, ce rude travailleur, produi sait en dehors de sa revue et presque périodiquement des livres où sa science et son excellent cœur se livraient en toute franchise en leurs transformations successives.
Ce fut d'abord Dieu et la Création, paru de 1882 à 1885, où il cherchait à fixer une synthèse; c’est là encore son œuvre capitale ; puis, sans compter les opuscules : les Erangiles de Roustaing résumées (1884), la Vie de Jesus (1885), collection commentée de communications spirites, car le grand problème du Christianisme le tourmenta toujours; puis enfin le Poème de l’âme (1893) où joignant l’art à la Science (car ce savant avait toujours été poète : il aimait déjà sur les bords du Nil), il rassemble toutes les données qu’il a recueillies dans l’occulte sur la vie du inonde invisible avec lequel il admet la communication spi rite. m_.-.‘,-_vg__. .- . r -, > 7vrac .1 a.. .--v\——‘. \ -.\._,—\
8 L’INITIATION Ce fut malheureusement le chant du cygne; cepen dant il était loin de croire à la fin de son oeuvre. Dans sa revue nouvelle l’Ame, il comptait consacrer plus spécialement ses efforts à la sociologie, en même que dans son zèle intrépide, il s’était mis à l’étude de la langue allemande avec l’espoir de se fortifier encore à la lecture des maîtres philosophes.
La brutalité d’une mort accidentelle nous a privés brusquement des efforts de cette belle âme, des rayon nements de cet excellent cœur, mais nous n’oublie rons pas ses précieux exemples; en nous unissant toutes nos écoles pour honorer sa mémoire de la tombe qui lui est due, nous ne fixerons pas seulement pour nos successeurs le souvenir de ce vaillant pion nier de la première heure, nous aiderons aussi à accé— lérer la félicité où il s’élève maintenant, car rien ne peut être plus doux à l’âme de ce chaleureux apôtre de l’amour, que la Fraternité des Spiritualistes.
F.-Ch. BARLET. TIULJLY = SUR = SEU’LJLES Le plan astral est décidément bien agité en ce mo ment, et nous recevons, sur le plan physique, le contre— coup de cette agitation. Nous ne pensions pas de sitôt voir les théories de l’occultisme se justifier de si étrange façon, par les faits, et, tout comme un journal quotidien, voilà l’Inz
TI LLY-SUR-SEULLES 9 tiatz‘on obligée de s’intéresser à l’actualité. Nous com prenons l’effarement que l’irruption d’images astrales dans notre vie quotidienne a dû causer aux pontifes du matérialisme, et nous allons parler un peu de ces faits dont tous nos lecteurs doivent déjà posséder la clef.
A propos de Tilly-sur—Seulles nous allons examiner: 1° Les faits produits et leur authenticité; 2° Les diverses tentatives d’explication de ces faits données par les matérialistes, par les catholiques et par les spirites. ' 3° L’explication donnée par l’occultisme et les rap ports de ces visions avec les faits télépathiques. I. —— Les FAITS.
Nous empruntons à l’excellent travail de Gaston Méry sur les Apparitions de Tilly-sur-Seulles quel ques-uns des faits les plus marquants. Les apparitions de Tilly ont commencé le 18 mars dernier. M“° Couédon, devant plusieurs personnes, les avait annoncées depuis quelque temps déjà. Elle m’en avait parlé à moi-même, dès ma première visite, le 13 mars.
Je n’avais pas attaché, sur le moment, une grande importance à cette prédiction: je ne savais même pas alors si le bourg de Tilly existait. Ce n’est que quelques jours plus tard, en lisant les journaux qui rendaient compte des merveilleuses visions, que les paroles de la Voyante me revinrent àla mémoire. Je me rappelai également qu’elle m’avait annoncé que la Vierge apparaîtrait de nouveau à Lourdes et,
10 L’INITIATION prochainement, de ce côté, c’est—à-dire à Paris même ou aux environs. La première partie de la prédiction s’est réalisée. Nous verrons s’il en sera de même de la seconde. Quoi qu'il en soit, dès que je le pus, je partis pour Tilly. C’était dans les derniers jours de mai.
Et voici mes impressions à la bonne franquette et sans arrière pensée: Le plus simple, pour se rendre à Tilly, c’est de prendre le train à la gare Saint-Lazare, et de descen dre à la station d’Audrieu, à quelques lieues de Caen. Là, vous trouvez la guimbarde de l'obligeant M. Mo rel, patron de l’auberge Saint-François, qui, en une demi-heure, vous conduit à destination.
Le trajet, en voiture, par cette saison, est une véritable promenade en paradis. La route est bordée de jardins et de haies en fleurs. Il flotte dans l’air je ne sais quelle odeur sucrée et fraîche. Avec cela, un paysage exquis, gras, vert, où les champs de céréales alternent avec les pâtu rages, et où partout neigent les pommiers. Vous traversez la Seulles au bord de laquelle s’agi tent des lavandières, et vous atteignez le bourg.
Le père Morel vous débarrasse de votre valise, vous in dique votre chambre — et, libre, vous faites immé— diatement comme tous les pèlerins: vous courez au Champ. Le Champ, c’est un vaste carré d’avoine, situé sur plateau qui domine tous les environs. Vous y arrivez par des chemins ombreux, bordés d’aubépine. Déjà, deux ou trois baraques en toile y sont installées ; on
TILLY-SUR-SEULLES l 1 y vend des photographies, des statuettes de la Vierge, des cierges. - Le Champ a peut-être 150 mètres de large sur 300 mètres de long. A l’entrée, sur un poteau on lit: On ne blasphème pas ici. Lit-bas, dans le fond, vous apercevez un arbre ébranché, long, penché, qui émerge de la haie. C’est l’orme miraculeux, l’orme autour duquel ont lieu les apparitions. Sur un large espace, le terrain est battu, durci. Avancez.
Vous apercevez quelques hommes en blouse, chapeau bas. Quelques femmes en bonnet plat, agenouillées. Avan cez encore, et notez bien tous les détails touchants du décor que vous avez sous les yeux. Au pied de l’orme, une statuede la Vierge étend les bras. A droite et à gauche, deux tableaux naïfs, dans des cadres de bois. Cela forme comme un autel rustique, qui a pour fond le ciel bleu. Devant cet autel improvisé, on a creusé un fossé.
Aux parois sont accrochés des bouquets, des ex-voto, des chapelets, des images. Des cierges, plantés en terre, brûlent. _ Une barrière, faite de planches, de fils de fer, de poteaux reliés tant bien que _mal, protège l’arbre contre la pieuse avidité des visiteurs qui l’ont déjà dé— pouillé de son écorce jusqu’à mi—hauteur...
C’est là que, depuis deux mois, des milliers et des milliers de pèlerins se sont prosternés, -— là que la Vierge s’est montrée, quelquefois à des foules, plus souvent à de rares privilégiés... Le 18 mars dernier, la supérieure faisait réciter la
12 L’INITIATION prière aux enfants. « C’est demain, leur disait—elle: la fête de saint Joseph. Si vous êtes bien sages, la bonne Vierge vous en récompensera. — La bonne Vierge, fit une des fillettes qui était tournée vers la fenêtre, regardez là-bas, je la vois l » Toutes les en— fants regardent dans la direction que leurindique leur petite camarade, et toutes s’écrient: « Je la vois! » La religieuse, incrédule. veut rétablir l’ordre.
Mais les fillettes continuent à se bousculer pour voir. La religieuse s’approche de la fenêtre. Et, à son tour, elle voit — elle voit, là-bas, à plus d’un kilo— mètre dans les champs, à côté d’un grand arbre, une image de la Vierge Immaculée, mains étendues, vêtue de blanc, au milieu d’une grande clarté et d’un ovale bleu que les nuages semblent respecter. On appelle lesenfants de la classe voisine.
Elles ar rivent avec les deux autres religieuses. Et toutes voient, -— soit: soixante personnes environ. On récite un chapelet. Plus on prie, plus l’appari tion est radieuse. Elle avait commencé à 4 heures et quart elle ne disparut qu’à 5 heures et demie. Les sœurs, ne pouvant croire encore à une mani festation divine, ou craignant qu’on ne se moquât d‘elles, recommandèrent aux écolières de garder le se— cret sur ce qu’elles avaient vu.
Mais comment obtenir le silence de soixante fillettes l D’ailleurs, le 24 mars, veille de l’Annonciation, à la même heure que la première fois, le même coin de ciel s’éclaira de nouveau. La vision dura jusqu’à six heures. Le lendemain de la fête, même apparition, mais si bril lante que les fenêtres de la classe semblent illuminées.
T!LLY-SUR-SEULLES 1 3 Soudain, d’une seule voix, toutes les fillettes s’é crient : . « Notre bonne mère joint les mains. Et, instinctivement, toutes joignent les mains. Le jeudi, jour de congé, pas d’apparition, malgré le chapelet récité par les pensionnaires et les maî tresses. Le vendredi, joui“ de la Compassion, après le pre mier chapelet, rien encore.
Mais, au commencement du second, une des sœurs qui, touten voyant, ne vou lait pas croire à la présence réelle de la Vierge, fut, par une force invincible, obligée de se tourner du côté de l’apparition. Elle jeta un cri: « La voilà! » Au même moment, les enfants s’exclàmèrent ,: « La Sainte Vierge a du sang sur le côté gauche. » C’était vrai pour toutes. Une tache rouge était très distincte sur le vêtement blanc, à la place du cœur.
Le samedi, l’apparition dura pendant toutela classe de l’après-midi. ' Ce jour-là, les sœurs —- un peu émues des com mentaires qu’on faisait sur leur compte — voulurent faire constater par plusieurs habitants du bourg, 'que ni elles ni les enfants ne rêvaient. Sept personnes furent admises dans la classe. Elles prièrent avec les enfants et virent l’apparition pendant la récitation de tout le chapelet.
A un certain moment, la Vierge joi gnit les mains, comme les autres jours. Tous les as sistants le remarquèrent. Parmi ces assistants, il y avait Mme Le Jamtel, la femme du maire. v Le dimanche des Rameaux, Mme Duclos et sa nièce, M”e Hélène Régnier, virent l’apparition. Il était neuf
14 L’INITIATION heures du matin. De l‘école, à la même heure, on la. vit également. Tous les jours suivants, le même spectacle se re nouvela jusqu’au jeudi saint. Le mardi, 31 mars, l’apparition fut plus brillante que jamais. Et ce jour-là, à l’école, l’émotion fut telle ' que tout le monde pleura. On m’avait dit que M. L..., un officier ministériel des environs, avait en, lui aussi, une vision.
Son té moignage me parut devoir être particulièrement inté ressant. Je fus trouver M. L... C’est un homme de trente-cinq ans, licencié en droit, d’esprit très pon déré, fort aimable, mais, par profession, très peu porté au mysticisme. Il me fit le plus charmant ac cueil et il me dit: -—Je me trouvai, le 9 avril, vers six heures du soir, avec plusieurs personnes, dans la cour de M“ Tra—y vers.
Tout à coup, Louise Polinière, qui était en train. de traire une vache dans un herbage voisin, lâche sa. bête et, comme poussée par une force irrésistible, court au champ. en hâte, sans même gagner le che min, en se faufilant par les brèches des haies.A ce moment, au-dessus de la cime de Forme, nous vîmes très distinctement l’image de la Vierge. Les ondula— tions du voile étaient très nettes. La tête était inclinée à droite.
Aun certain moment, elle se retourna à gauche. Je ne pouvais en croire mes yeux. J’avais des jumelles sur moi. Je les pris. les ajustai, les dirigeai dans la direction de l’apparition. Je ne vis plus rien. Je les remis dans ma poche et alors je revis l’appari— tion aussi distinctement qu’auparavant. Cela dura un.
TILLY-SUR-SEULLES 1 5 trèslong moment. J’eus tout le temps d’analyser mes sensations. Je n’étais certes pas halluciné. Je peux même vous en donner une preuve. J’avais dans une main ma canne, et dans l’autre un bouquet de ver dure. Je portai le tout sur une brouette, à quinze pas de là. J’enlevai mon chapeau. Je revins à l’endroit d’où j‘avais aperçu l’apparition. Je la revis comme auparavant. Mes amis qui m’entouraient la virent comme moi.
Nous nous communiquions nos impres sions. L’image était la même pour nous tous. Il est impossible d’admettre que j'aie été le jouet d’une illu sien. Là—dessus, M. L... appela sa domestique. « Je vais, d’ailleurs, vous donner une preuve, reprit-il, que, en dehors de mon cas, certaines appa ritions n’ont pas été, sûrement, de simples hallucina— tions. » . La vieille servante -— Zénai‘de Brot, ——- apparais— sait.- .
Et la vieille servante dit: « C'était le jeudi saint... J’étais allée au Champ, et je m’étais arrêtée près du poteau, pour dire mon cha— pelet... Alors je vis, aussi nettement que je vous vois en ce moment, deux colonnes blanches se former... Elles montaient, montaient..., puis elles se rejoigni rent, décrivant un cintre. » En parlant, Zéna‘ide Brot élève parallèlement ses deux mains, puis elle les réunit au-dessus de sa tête.
Ensuite elle tombe à genoux. «J’étais ainsi prosternée, continue-t—elle... Alors, pendant plusieurs minutes, la Vierge, dans la posi—
16 L’IN1TIATION tion de la Vierge miraculeuse, m’apparut au fond de l’espèce de chapelle, formée par les deux colonnes. — Or, intervint M. L..., au moment où Zénaïde avait cette vision, plusieurs personnes, avec qui, certes, elle ne s‘était pas concertée, puisqu’elle ne les connaissait pas, avaient la même vision exactement à douze cents mètres de là.
Cela prouve bien qu’elle n’était pas imaginaire. » Jeudi 23 avril. - M. Delarbre, conseiller d’arron dissement, voit dans la journée la Vierge Immaculée, cheveux chatains, dorés et blonds sur les tempes. Robe blanche. Même vision par d’autres personnes en même temps, Le soir, au Champ, M. Delarbre aperçoit une croix taillée, parfaitement lumineuse. En même temps qüe - lui, M. Bouet, de. Caen, la voit distinctement.
M. Blouet, de Saint—Manvieu, l’aperçoit aussi, mais imparfaitement. Le même soir, ont vu : Eugène Le Masle, un enfant de Bayeux, le jeune Lecaudey. quatorze ans, et le petit Bellenger, six ans. de Villy-Bocage. Vendredi 24 avril. —-— M. Hamet, courrier, à 9 heures et demie du matin, voit un nuage et au mi— ‘lieu une véritable miniature de chapelle. Dimanche 3 mai. — M. Hellîer, garde, voit pendant cinq minutes.
Il dit que la Vierge est vêtue comme une communiante. ( M. Clément, cantonn_ier, avait déjà vu ainsi. M. Guérard, de Saint-L6, a vu la Vierge sourire. A 11 heures du soir, quatorze personnes voient
TILLY-SUR-SEULLES ! 7 dans l’herbage en pente, qui se trouve de l’autre côté de la haie du Champ, trois boules de feu. La plus grosse semblait traîner les deux autres, toutes les trois montaient en roulant à terre dans la direction de l’or— meau . Quand elles furent près de l’atteindre, la Vierge soudain apparut, et les trois globes de feu s’éteignirent subitement en laissant échapper trois petits nuages de fumée.
Diamètre approximatif des boules de feu : 75 à 80 centimètres. Dimanche 10 mai. .—— Henri Gantier, peintreà Gran ville, à 5 heures du soir, voit la Sainte Vierge, les bras étendus. Il y a six apparitions successives, de dix minutes chacune. Plus on prie, plus elles sont brillantes. A la cinquième, Henri Gantier voit un Christ tellement douloureux qu’il se met à pleurer à chaudes larmes.
M““’ Pierre Desobeaux, de Hottot, voit aussi la Sainte Vierge ; à ses pieds est une banderole portant ces mots: «Je suis la reine des Cieux ». L’apparition dure de sept à huit minutes. Au même moment, à 1,000 mètres de là, Mme Tes son, de Caen, avait la même vision. Ces deux per sonnes ne se connaissaient point. Le même dimanche, M“° Fauvarque, de Lille, a vu la Vierge, puis un crucifix.
Jeudi 14 mai (Ascension). — Quatre-vingts per sonnes, de 7 heures et demie à 8 heures et demie voient un calvaire lumineux au milieu d’un nuage qui projette à la fin ses rayons sur une Vierge Immaculée.
I 8 L’INITIATION Le Calvaire avait sa base le long de l’arbre. Trois cents autres personnes présentes n’ont vu que le nuage. ' Le soir, une personne de Fontenay a vu une tête sanglante. Il. —— TENTATIVES D'EXPLICATION DES FAITS.
Le premier mouvement des matérialistes les a por tés à expliquer tout cela par l’hallucination, puis par l‘hystérie de certains sujets; enfin, n’y comprenant plus rien, à mesure que les témoins devenaient plus nombreux, les matérialistes ont dit: « Ils sont tous fous » et ont tourné les talons selon leur louable ha— bitude quand un phénomène les embarrasse. Etudions une à une les hypothèses des matérialistes.
IIALLUCINATION. — L’Hallucination correspond, dans le cas le plus général, à la formation d’une image dans l’imagination d’une personne qui croit que ladite image est devant elle et extérieure. Si une seule personne à la fois avait vu l’appari tion, si même plusieurs personnes voyant l’appari— tion(ou disant la voir) avaient décrit des images diffé rentes, on pourrait croire à l’liallucination individuelle ou collective.
Mais, quand trente enfants à la même seconde joi gnent les mains en s’écriant: « Notre bonne mère joint les mains », quand quinze cents personnes de toutes les classes et de tous les mondes ont minutieu sement décrit la même image, il faut bien, sous peine de mauvaise foi évidente, laisser de côté l’hallucina
TILLY-SUR-SEULLES I9 tion individuelle ou collective et admettre qu’efl'ecti vement l’image est objective c’est—à-dire placée hors des individus qui l’observent. Rabattons-nous sur d'autres explications. _ SUGGESTION ET AUTOSUGGESTION. —— Il est incontes— table que plusieurs des « voyantes » habituelles sont en état hypnotique et surtout en catalepsie.
Le rapport du chanoine Brettes à la Société d’études psychiques de Paris constate que, pendant la vision, certaines des voyantes étaient absolument insensibles et qu’on pouvait leur fermer les yeux sans que la vision ces— sât, que chez d’autres on pouvait placer un chapeau devant les yeux sans que le sujet cessât de voir. Et cependant l’avis des voyantes est unanime et simul— tané quant aux « gestes » de l’apparition.
De plus, si six personnes sur quinze cents sont dans une des phases hypnotiques, il est indéniable que toutes les autres ne peuvent être dans cet état.
Il faut donc con— clure que, comme dans tous les phénomènes conti nus, il y a en production de suggestion et d’état cata leptique chez une infime minorité (6 sur 1,500) des personnes ayant « vu », mais qu’il est impossible, à moins de mauvaise foi, d’étendre cet état à l'immense majorité des gens qui ont constaté personnellement, le phénomène.
Une remarque qui, de plus, est très importante c’est que, dans certains cas, il y a des assistants qui ne voient qu’une « vapeur » alors que d’autres voient l’image réelle. Dans un cas de suggestion, tous ver raient de même. Il est donc, à notre avis, impossible, à moins de
20 L’INITIATION faire preuve d’ignorance des faits ou de mauvaise foi, de nier l’existence objective des phénomènes de Tilly. Voyons maintenant quelles explications ont été pro— posées. Nous passerons sur les « projections électriques, sur la combustion des fosses à chaux » et autres naïvetés et nous chercherons d’abord une opinion qu’il est utile de connaître en l’occurrence: c’est celle des catho liques. .
Les CATHOLIQUES. —— Bien intéressant à ce point de vue le long rapport présenté par le chanoine Brettes à la dernière séance de la Société d’études psy chiques. Le chanoine dit bien qu’il parle seulement en son nom personnel et défend par avance l’Eglise des opinions qu’ilva émettre.
Après une analyserigou reuse des faits observés, de laquelle semble découler, du moins pour un catholique, la certitude de l’appa— rition de la Vierge, le rapporteur conclut... au diable, et cela pourquoi?
A cause d’un argument de scholas tique qui fait dire à la théologie : « Un esprit de lumière ne peut pas prendre la fi gure d’un esprit de ténèbres, tandis qu’un esprit de ténèbres peut prendre la figure d’un esprit de lu— mière. » Comme on est heureux après de telles conclusions de s’en tenir au grosbon sens pour juger de sem blables phénomènes!
Ainsi, pour certains catholiques éminents, c’estle «diable» qui pousse toute une contrée vers l’autel et le confessionnal délaissés à seule fin sans doute d’aggraver son supplice en «se faisant enrager ». Le diable en catholicisme me semble bien jouer le rôle
TILLY-SUR-SEULLES 2 I de la suggestion et de l’hallucination en science offi cielle; c’est la solution toute trouvée de tout problème un peu compliqué. Et cependant, si j’étais prêtre, je me méfierais beau coup de telles conclusions à propos de Tilly; car je saurais de par mon histoire contemporaine que les apparitions de la Vierge en Alsace (1873) aussi bien que celles de Lourdes ou de la Sallette_ ont été, au début, mises sur le compte du diable.
Il a fallu en rabattre depuis, et nous avons la conviction que, pour Tilly, il en sera de même, au point de vue catholique. Les SPIRITES. —- Les spirites attribuent tout cela à des phénomènes produits par des esprits. La doctrine spirite se trouve en effet assez embarrassée devant l’apparition du « Lion mangeant une croix » ou d’autres analogues sans parler des boules de*feu, car tout ce symbolisme sent son « occultisme » d’une lieue.
S’il est à première vue assez aisé d’expliquer d’une manière approximative les faits de M“5 Couédon par l’incarnation, on avouera qu’il est assez difficile d’admettre la matérialisation de la Vierge, à moins d’être de l’école de Lacroix, l’immortel auteur de mes Expériences avec les Esprits, qui batifolaitavec Mme de Girardin après sa mort et priait Jésus de venir l’aider à « dépouiller » Alfred de Musset de ses peaux supplé mentaires produites par les vices.
Et, même alors, que viendrait faire le lion et la croix, ainsi que tous les tableaux qui ont défilé devant les assistants? J’en reviens donc à l’occultisme que je considère comme le plus apte à donner la clef de ce phénomène, et je vais tâcher de résumer de mon mieux les ensei
2 2 L'INITIATION gnements traditionnels à cet égard et les preuves nou velles que Tilly vient donner à ces enseignements. o ' 3. L’OCCULTISME. — Si nos lecteurs veulent bien se reporter à notre étude : Qu’est—ce qu 'une apparition .3 parue dans le numéro de février 1896 de l’Im‘tz‘a tion, ils auront vite la clef de ces faits qui se rappor tent aux « images astrales ».
Demandons-nousd‘abord: que voient exactement les payants P Est-ce la Vierge elle-même, descendant des cieux ? A cette question nous répondrons NON, dans la majo rité des cas. Car nous ne prétendons pas trancher ici une opinion théologique.
Nous disons non, car plusieurs observations nous montrent que certaines de ces apparitions (et pour nous la majorité) se rapportent soit à des reproduc— tions objectives d’images physiques, soit à des repro ductions des statues de la Vierge existant déjà. Voici nos preuves. Plusieurs voyants ont vu à différentes reprises la Vierge le front ceint d’un bandeau dans lequel sont enchâssées deux grosses perles.
Or ce détail ainsi que le reste de la description est la preuve que l'image qui apparaît dans ce cas est celle de la statue de la Vierge qui se trouve dans l’église de Tilly. Le quincaillier qui a vu si nettement qu’il a pu dessiner la vision, décrit une statue de pierre de la Vierge à la couronne de laquelle il manque un fleu ron.
TILLY-SUR-SEULLES 2 3 D'autre part les autres visions, le Christ, le Lion et la Croix, la Croix lumineuse, les trois boules de feu constituent le langage symbolique employé par l’astral dans tout l’Occident. Les occultistes sont du reste bien au courant de ce genre de communications.
Ainsi, pour nous, la plupart des visions qui ne se rapportent ni à une suggestion ni à une auto-sugges— tion sont des visions d’images astrales et sont dues à des vibrations toutes particulières du plan astralà cet endroit. Quelle est donc la cause approximative de cette vibration ? » L’histoire ésotérique nous apprend que les images - astrales n’apparaissent aux foules qu’au moment de graves événements.
L’âme de la Celtide avertit les Blancs de leur perte prochaine, nous dit Fabre d’Oli vet, et sauva la race de la destruction. L’invasion des Huns, l‘invasion des Anglais (Jeanne d’Arc) pro voquèrent les réactions de l'Ame de la France, et le plan astral s’illumina; faut-il donc voir à Tilly la place où sera écrasée une invasion américano-anglo germaine ? L’avenir nous l’apprendra.
Mais il ne faut pas oublier non plus que Vintras ébranla fortement par ses pratiques le plan astral à cet endroit et qu’il y mourut. Il y avait donc prédis position à ce genre de manifestations à Tilly. Maintenant nos lecteurs savent ce qu’on appelle un courant d’az‘mantation magnétique. Dès la première vision collective, le centre où s’est produit cette vision devient un accumulateur consi— dérable de force psychique. Chaque vision nouvelle, chaque extase, chaque prière fervente aimante ce centre
24 L'INITIATION en raison directe du carré de l’action produite (c’est-à. dire qu’une aimantation de 4 produit une accu— mulation de 16 de force psychique). Qu’on calcule alors le centre d’action formidable que représentent les 1,500 voyants de Tilly, ou les millions de visiteurs de Lourdes depuis la création de ce pèlerinage. Il en est de même pour la Sallette et, en petit, pour toutes les Eglises ou chapelles votives.
C’est une source réelle et permanente de ce que les profanes nomment des miracles, et ce sont en efi‘et des miracles de foi et d’amour divin en ce siècle de scepticisme et d’athéisme.
Qu’il suffise à nos lecteurs de savoir que des protestants comme le Père Vignes a côté d’initiés et de réalisateurs comme Philippe produisent des faits de guérison ana logues, et l’on comprendra pourqùoi nous nous refu sons à admettre que le diable guérisse à Tilly pas plus qu’à Lourdes.
Il s’agit, dans l’un et l'autre cas, d’un phénomène de même ordre, et les assistants aident beaucoup par leur foi et par leurs prières à la produc tion des phénomènes. Condensation de force psyInfluence divine réelle ou chique à Tilly sous l’influence d’unevibrationintense du plan astral en ce lieu.
CLEF OCCULTE Manifestation sur le plan physique du plan astral. , Accroissement de l’aimanta tion du centre par l’adjonction des forces psychiques humai: nes. courant prophétique ou in fluence médiate des actes de Vintras. FAITS PHYSIQUES Apparition objective de la Vierge aux 30 enfants de l'école. La Prière, les cantiques ainsi que l'action des extatiques rendent les apparitions plus lumineuses.
TILLY-SUR-SEULLES 25 Le plan astral devient plus perméable à mesure que la force condensée s'accroît. Ces faits de vision objective créent dans le translucide des passions nerveuses, des ima ges subjectives. Défilé d’images astrales. Les assistants fournissent la force psychique nécessaire à ces ap paritions. Action des Êtres astraux et des Élémentaires. Reflet des désirs des Assistants.
Réaction de la force psy— chique condensée et des prières sur les assistants. Le nombre des croyants augmente. A côté des voyants quelques cas de suggestion, d'auto— suggestion et d‘extase hypno tique se manifestent. Les visions se précisent et se multiplient. A côté de la Vierge on voit le Christ, des religieuses, un lion et une croix, etc. Certaines visions portent des banderolles avec des let— tres écrites dessus.
Des guérisons miraculeuses se produisent. Tous les assis tants « sentent » une impres sion caractéristique et spé ciale. Cependant nous ne voudrions pas faire preuve, à notre tour, d'exclusivisme ou de sectarisme. Aucune des apparitions, d’après ce que j’en sais du moins, n’a parlé, et, si dans beaucoup de cas on peut voir nettement des images astrales, il en est d’autres quoique en petit nombre, où la plus grande prudence est indiquée.
Nous donnons donc les conclusions précédentes comme celles auxquelles nous nous rat tach0ns, d’après les faits que nous avons étudiés; mais nous sommes prêts à modifier ces conclusions si de nouveaux phénomènes viennent nous signaler une nouvelle voie. , PAPUS.
26 L’INITIATION l’Amaur et les Doctrines A MADAME PAPUS. Le commandement suprême et le Bien parfait, c’est l’Amour. Ensuite viennent les doctrines qui voilent et figurent tout d’abord cet Amour, puis s’obscur cissent vivement. r Alors, les hommes se battent avec les doctrines. L’A mour unit, les doctrines divisent. Le Mal pro fond qui désole la Terre, c’est l’Esprit doctrinaire; il exerce ses ravages dans toutes les Églises et hors des Églises.
Le commandement suprême, c’est l’Amour. Aucune doctrine ne peut réclamer ce commandement comme étant le sien propre. Elle commence à mentir, en disant cela. Elle continue le Mensonge et la Perver sion des hommes, lorsque ensuite elle prétend même se substituer à l’Amour. Une doctrine n’est pas mau vaise en soi-même , elle est mauvaise quand elle est exclusive.
Elle est alors satanique, puisque Satan, c’est l’Adversaire ; c’est la teinture infernale qui salit toute beauté, qui déforme toute Vérité. L’Amour est inscrit dans le cœur de l’homme. Il faut aimer vraiment l’ignorance, ou la mauvaise foi pour excommunier les civilisations antiques ; on présente des pays divers de la Terre avant d’en avoir fait l’examen sincère. C’est l’Orgueil qui possède l’homme, lorsqu’il dit : Ma foi est la seule véritable. ' .,._W,_w_...W., W,.W.-_ __,,__,,__.,,.flj
L’AMOUR ET LES DOCTRINES 27 Une foi basée sur l’orgueil ne saurait être bonne et véritable ; par le fait même qu’elle divise les enfants du même Père Céleste, elle prouve assez qu’elle est mensongère, funeste, satanique. Puisque le même soleil de la nature éclaire tous les hommes, comment osez-vous prétendre que le même soleil spirituel n'éclaire pas tous les hommes ?
Ocœurs étroits, cerveaux déprimés, il vous faut toujours des idôlesl Le Dieu de la Bonté pour toutes les créatures, le Dieu de l’Imrhensité des Mondes, le Dieu dont la sollicitude conserve avec autant d’Amour le grain de sable et l’étoile, le Dieu enfin qui embrase le Séraphin et qui aime les inférieurs eux-mêmes et les rappelle dans son sein, vous le refusez ; cette Mère divine, affectueuse au-dessous de toute affection, vous i’ignorez.
Et vous osez dire que votre rêve mesquin, méchant même, —car c’est la Méchancete’ qui enfanta la grâce arbitraire pour les uns, la damnation éternelle pour les autres, —— dépasse la conception grandiose, su— blime, que nous avons de la Bonté suprême! Vos paroles froides, égoïstes, vous jugent. Vos fruits, ce sont vos actes de guerre aux hommes qui n’ont pas votre culte, de guerre entre les peuples.
Au nom du Dieu d’Amour, vous admettez et perpétuez les plus exécrables forfaits, les injustices sociales les plus fia grantes. Oh! puisse 1’Humanité voir bientôt comme vous êtes menteurs! pharz’siens maudits, race de vipères qui sous prétexte de longues prières ruineg les veuves et les orphelins! C’est pour l’Humanité tout entière *"—
2 8 L’INITIATION que le Christ est venu, c’est contre vous qu’il s’est élevé. Le tas de mauvaises herbes qu’il voulait brûler, c’est vous-même; vous avez introduit la trahison jusque dans sa maison; vous avez conclu le pacte avec les riches et les rois de la guerre, mais patience! la fin de votre règne approche.
O peuple! n’écoutez pas les voix perfides de ceux qui, vous ayantdupe’s dans le passé, ne sauraient davantage vous bien gui— der dans l’Avenir. Pas de recul donc! EN AVANT I! VERS L’AMOUR MÊME, VERS L’HUMANITÉ UNE! Renversez toutes les doctrines pour adorer Dieu seul, l’AMOUR INFINI et sa JUSTICE parfaite qui est la Loi unique, inviolable, de toute vie, la règle de l'Univers entier à travers toutes ses profondeurs.
Aimez-vous les uns les autres avec ardeur. Que votre Amour soit inscrit au fond de votre cœur! C’est la clefd’0r du Paradis 1... Le Cérémonialisme est le fruit naturel de la Doc trine, lorsque la lampe qui éclaire le sanctuaire cesse de briller.
A mesUre que cette lueur tutélaire, qui vi vifiait le dogme, s’éteint, le Cérémonialisme, cessant d’être équilibré par l’Amour, engendre le Sensualisme passionnel, la croyance à la réalité des choses sen suelles et à l’efficacité des actes externes. Le Sen sualisme religieux devient enfin le Matérialisme. Celui-là voit bien qui voit une même chose en ces deux choses. Le Matérialisme est l’enfant direct du Phar2‘sia nzsme.
L’AMOUR ET LES DOCTRINES 29 Les Pharisiens ont eu deux redoutables adversaires: Jésus, saint Paul. Tous deux ont réduit la Loi à l’unique commandement d‘aimer (quiconque a le cœur et l’esprit-libres peut s’en assurer par une nou velle lecture attentive des, Évangiles et des Èpîtres de saint Paul). Alors ce furent les premiers temps du christia nisme, la simplicité première, et le Saint—Esprit des cendait sur les frères, en ce temps-là.
Ils guérissaient, ils prophétisaient, ils avaient le don des langues, ils étaient dans la joie perpétuelle que donne à ceux qui l’aiment par-dessus tout la sainte Vérité; ils avaient l’Enthousiasme irrésistible et la foi qui soulève les montagnes; ils couraient au martyr en chantant la gloire du Dieu d’Amour, notre Père; ils passaient de la mort terrestre à la vie céleste sans en avoir conscience, car ils participaient à cette Béatitude divine qui défie la Douleur et la Mort.
Heureux temps où l’on aimait jusqu'à l’ivresse, jusqu’à la folie! (selon les hommes, mais Sagesse selon Dieu). Tristes temps que ceux d’aujourd’hui, où les pha risiens pontifient dans les Temples, après 'avoir cru— cifié le Christ social, où les savants pharisa’iques dupent ceux qui sont restés hors des temples. Aujourd’hui, les prêtres ne guérissentplus en impo sant les mains; ils ne prophétisent plus.
Aveugles, ils conduisent des aveugles ; ils continuent à mettre le vin nouveau dans les vieilles outres, et le vin nouveau qui fermente crève les vieilles outres et se répand. Tout cela est clair, limpide, devant l’œil spirituel, et 1,896
30 L’INITIATION ans n’ont pas changé grand'chose a ce qui était au temps de Jésus. Ne mettons donc pas la lumière sous le boisseau; ce que nous savons, crions-le sur les toits.
Je dis que l’Eglise a perdu les dons du Saint-Esprit; inutile pour elle de se prévaloir des quelques saints exceptionnels comme saint François d’Assises, saint Vincent de Paul, etc., qui furent saints, parce qu’ils aimèrent et non parce qu'ils praliquèrent; car nom breux sont ceux qui pratiquent et rares ceux qui aiment.
Ceux qui pratiquent sont les fils des pharisiens; ceux qui nient sont les enfants des sadducéens; ceux qui aiment sont les frères de Jésus et les disciples de saint Paul. Voilà qui est vrai. Le Saint-Esprit ne saurait pénétrer les Matérialistes; j’entends par Matérialisme tout culte dans lequel domine l‘erreur sensuelle, soit dans les Églises, soit hors des Eglises.
Par le Spiritualisme seul, on peut recouvrer les admirables facultés perdues pour nous, mais latentes en chacun de nous. Les dons du Saint-Esprit ne sont plus nécessaires, répondent les prêtres interloqués par le désaveu céleste de leurs doctrines. Nous répondrons qu’ils n’ont jamais été îplus né cessaires qu’à cette époque où nous vivons.
La foule a une telle soif du Merveilleux qu’elle se jette à genoux devant la plus vulgaire apparition pro— jetée par les habitants de l’Astral qui ont grand inté rêt à maintenir l’asservissement des hommes sous l’Ignorance.
L’AMOUR ET LES DOCTRINES 31 Les Églises ne possèdent plus les dons de l’Esprit, (qui n’ont jamais manqué cependant à certains hommes dans tous les temps et les pays), parce qu’elles sont hors la Voie. Protester et se révolter ne sert de rien, contre l’évi dence; c’est de la passion, rien de plus. Si nous par lons ici, c’est précisément pour surélever la Vérité au-dessus de la Passion, au-dessus de l’Instz’nct.
Les pharisiens d’aujourd’hui ne sont-ils pas les mêmes que ceux d’autrefois ? Les princes des prêtres ne sont-ils pas encore prêts à crucifier l’Amour (que Jésus figura pour notre génération)?
Nous pouvons affirmer ici, — connaissant desfaits à l’appui, et pour rendre témoignage à la Vérité, — que tout homme qui brûle les écorces, les dogmes, les formules, les doctrines pour se livrer au culte exclu sifde l’Amour pur de tous les êtres, pour se baigner dans l’Harmonie Universelle et s’identifier à l’Es sence des êtres et des choses, retrouve ces facultés merveilleuses, latentes chez tous les hommes, préro gatives naturelles de l’homme régénéré, qu’il soit Indou, Chinois, Persan, Africain, Européen, etc., peu importe!
A la grande confusion de nos étroits sectaires reli gieux ou scientifiques — car l’esprit de ces deux sortes, est le même, — je puis dire que des saints Mahomé tans, aujourd’hui encore, accomplissent des prodiges par la connaissance des mystères de l’Amour. Inutile de sortir le diable de sa boîte pour répondre ici; car ces prodiges sont accomplis au nom de Dieu et de l’Amour. Or Dieu ne saurait se diviser contre
3 2 L’INITIATION d lui-même et tromper son enfant qui l‘aime et le glo« rifle : LUI, l‘Unite’pure, l’IDENTIQUE, le véritable Nous mêmes. Et l’homme qui aime et retourneau Centre, retrouve bien d’autres facultés plus merveilleuses encore, à l’in fini; mais que chacun cherche! Les choses saintes ne doivent pas être profanées et livrées aux pourceaux. ’ Est pourceau quiconque aime la matière.
Est homme et fils de Dieu quiconque aime l’Esprit divin et se livre à lui, de tout son cœur, de toute son âme, de toutes ses forces et de tout son Être. Claude de Saint-Martin, l’admirable philosophe ésotérique, fondateur du bel ordre Martinisme, qui conserve et cultive à l’époque actuelle ces traditions et les enseignements sublimes, donna tout le secret, en ces mots : Réintégration dans l’Unite’, par l’Amour.
Quelques hommes vivant parmi nous, ont des preuves de la réalité merveilleuse des promesses con tenues en ces mots que je répète, vu leur extrême im— portance et parce qu’ils ont, je crois, la formule ou maxime essentielle du Martinisme : Réintégration dans l’Unité par l’Amour. C’est lafondamentale; il ne faut pas l’oublier. C’est le guide sûr à travers les voyages les plus har-' dis.
Celui qui s’aura s’abstraire avec constanceen Dieu, l’Esprit pur, l’Amour pur, l’Unz‘te’ suprême, qui seul, EST, au-dessus des vaines apparences de Temps et d’espace, pourra lire directement dans le grand livre
L’AMOUR ET LES DOCTRINES 33 de feu qui contient tout objet de Savoir et de Pouvoir, dont la Nature est le Voile transparent pour celui que l’Esprit saint illumine. Utiles, certes! est l’étude des lettres, non celles des dogmes que déformèrent les siècles d’ignorance, mais celles des traditions secrètes de tous les pays. Elles disent toutes la même chose; c’est une confir mation véritablement précieuse pour le disciple.
Avant la manipulation directe et la Connaissance des mystères profonds de l’Abyme, l’homme y peut déjà constater l’UNITÉ parfaite d’enseignement et de méthode. Hermès, la Kabbale, les Védas, les Kings chinois, la Magie chaldéenne, le Zend—Avesta persan, la My thologie grecque, la Science des Druides, les Alchy mistes, etc., etc., toutes ces écritures divines s’ouvrent et s’unifient.
Le disciple peut, en passant, retrouver la genèse de toutes les religions, leur raison d’être, leur vie et leur mort ou plutôt, leurs transformations. Elles sont comme les vagues de la grande Mer; elles en vien nent, elles l’ignorent, elles y retournent après l’exis tence éphémère correspondantau temps de leur mani festation. Toutes les âmes aussi sont dans la grande Ame, ainsi que des vagues dans la Mer, ainsi que les souf— fles dans l’Air.
La Science moderne confirme cette Science antique et toujoursjeune; mais, devant elle, à peine semble— t-elle une vague fumée devant un grand incendie. Éternel brasier, puisses-tu nous consumer! 2
34 L’INITIATION Lorsque le disciple sait faire le Sacrifice de toute Science et se déclarer ignorant; lorsqu’il sait abdi quer le Moi et les sens externes, pour devenir Lui et le Ciel, il obtient une vision béatifique qui l’afi’ranchit à jamais de l’incertitude; il peut s’élancer en avant sans crainte. . Encore une fois, nous affirmons que les faits se passent ainsi, qu’ils sont très réels.
Nous en témoi gnons pour rendre hommage à la Vérité suprême, en dehors de laquelle il n’est point de Paix pour l‘Ame. Dans un esprit très véridique, nous affirmons que celui qui n’a pas su rejeter toute doctrine, cherchera vainement la Contemplation de la Vérité sans voiles, de la Beauté pure, originelle. Il ne saurait davantage goûter le Bien inqfl‘able.
La foule préfère le Mensonge qui épouse ses amours inférieures et ses opinions préconçues ; rares, très rares sont les étudiants assez courageux pour briser toute entrave. Ceux qui entendront pourront suivre ce chemin : Amour, Abstraction, Silence, Volonté, Amour. Ils connaîtront la Douceur inexprz’mable qui fait mé priser toute richesse et toute vanité, à ceux qui ont choisi cette voie.
Tant que les hommes ne savent pas, ils aiment les disputes mesquines de mots, les combats de la Pas sion. Leur Dieu véritable s’appelle Egoïsme et Violence. J’ai relevé dans un très intéressant rapport d’Ochoro wicg sur la fraude et les expériences de Cam bridge (voir p. 243, de l’Exte’riorisalion de la Motri—
L’AMOUR ET LES DOCTRINES 35 cité, édité chez Chamuel, par M. de Rochas, cette phrase profonde, résultat d’observations précises, sur les phénomènes médianimiques : « Lorsqu’une idée préconçue donne le cercle, le contrôleur suggestible ne verra etne sentira que ce qui est conforme àcette idée »). Voilà, j’espère, une remarque maîtresse qui vaut la peine qu’on s’y arrête.
Au lieu d’un petit cercle, modifiez l’échelle et voyez un grand cercle, une grande chaîne sympathique, une fraternité, une secte, une Eglise, et vous aurez la clef de tous les parti pris. de toutes les erreurs et de tous les fanatismes. Voilà comment celui qui s’ensevelit dans une idée, dans un culte, ne voit plus que nuit hors de ce culte, et que lumière dans ce culte et cette idée.
L’observa tion que je fais ici est dure pour beaucoup, peut-être; mais elle est vraie. Si les hommes ne sont pas con— formes à la Vérité, tant pis pour eux; car une seule chose est bonne, la Vérité . Je renvoie, à ce sujet, au très bel article de Sta— nislas de Guaita sur les Mystères de la Multitude (Initiation de janvier 1896). En résumé, toute idée préconçue ferme la porte du sanctuaire.
Combien donc avait raison l’éminent et brillant occultiste, Eliphas Lévy, quand il disait que « nul n’entre ici, S’il n’a dépouillé toute opinion pré conçue, tout parti pris. » (C’est le Sens de la phrase, sinon le texte exact.) Combien donc est nécessaire au disciple la ba guette du Silence qui sépare les Oui et les Non qui vont tous deux à deux, on le sait.
36 L’INITIATION Avec la baguette du Silence on domine, on com mande. Les hommes sectaires sont roulés dans les reflets de la Roue éternelle des choses relatives (Tarot, Rota) ; ils ne connaissent pas la Splendeur immaculée, l’Étre des Élres qui plane au—dessus de la Maya: ils ne sentent pas l’Essence divine qui, d’une subtilité infinie, défie toutes barrières. Heureux ceux qui entendront!
Le véritable Martiniste fuira le Monde et les doc trines; il ne sera pas sectaire. Il sera donc élevé par,— dessus le Mensonge et l’Orguez’l. Il s’efforcera vers le Réel qui est I‘IDENTIQUE, le même en tout est partout. Afin de connaître l’IDENTIQUE, il cherchera l'Union divine qui estl'Égalz‘té d’Ame, ainsi que nous le dé— clare la Bhagavad—Cita.
Lorsqu’il sera caressé par la pure flamme du Foyer divin qui est très près de nous, au centre de nous même, le Père en secret, le Soi radieux, étincelant qui nous rappelle, alors il sera le frère dévoué jusqu’à la mort, pour l’Humanité tout entière, il sera l’ami de toute créature ; son amour devra traverser toutes les sphères et ne connaître aucune limite.
Il n’opposera pas une doctrine particulière à une autre doctrine ; car ce serait perpétuer la guerre qui les fait toutes sub sister. Il ignorera les doctrines, les frontières; il ne les verra plus et ainsi ne les vivifiera plus. Il ne verra que l’IDENTIQUE DIEU ; inversement DIEU LE VERRA.AlOI‘S, il connaîtra toutes choses et goûtera la Paix divine que nul ne saurait lui ravir. . Le véritable Martiniste est un frère du Silence.
L'AMOUR ET LES DOCTRINES 37 _W,._v._..vy.— :2142).J -* Ç..—.N7_;_:;.. ;: Qu’il sache reconnaître les frères du Silence en toutes circonstances. Ceux-ci se connaissent entre eux; la foule, qui aime le Bruit,ne les connaît pas.
Celui qui écrit ces lignes n’est qu’un très médiocre aspirant, il témoigne de faits merveilleux qui sont les facultés d’hommes qu’il connaît; il sait aussi que d’autres viendront plus tard sur la terre, qui seront purs, puissants et resplendissants comme les puis sauces du Ciel même. Aussi, l’Humanité ne sera pas toujours sans guides et sans Union.
Mais, auparavant, il faut qu’elle se repente et qu’elle abandonne l’orgie matérielle, immonde,qui est deve nue sa règle unique de Vie. Elle va souflrir, mais dans le lointain sont des jours radieux. Ne vous trou— bler donc pas et serrez—vous cœur contre cœur. Paix sur la Terre aux hommes de bonne volonté, paix aux bienveillants.
Ayez la foi invincible en la Vérité pure qui plane au-dessus de toutes les doc trines-religieuses ou néantistes; communiquer cette foià vos frères. C’est là le Bien qu’il faut vouloir et qu’il faut faire. Fuyez donc les doctrines, cherchez l’Unité divine, aime: tous vos frères de toute la Terre. L’A mour vous donnera toutes choses. . AM0. -.—,. ,.. —a —-—————A... —AA
.38 L’INITIATION ému utsuu Dans les rangs des aspirants au savoir occulte et dans ceux des théologiens de pacotille, le Satanisme est une question à l‘ordre du jour. Des aspirants au savoir occulte ont protesté contre l’épithète de sata nistes qu’on leur octroyait, sans trop savoir de quoi il s’agissait, pas plus que ne le savent ceux qui la leur envoient.
On se dispute toujours sur les choses qu’on ne comprend pas, et, s’il y a une chose (ou un mot) incomprise dans le monde, c’est Satan. Pour les catholiques qu’est-ce que Satan? L’esprit du Mal opposé à l‘Esprit du Bien qu’ils appellent Dieu, leur dieu naturellement. Mal, Bien, sont des termes et des idées qui pourraient bien n’avoir pas de signification en dehors de la langue humaine et de la sphère des besoins physiques de l’humanité.
La théo logie est de la pensée rudimentaire grossissant à l’in défini les besoins de la condition humaine. C’est la grenouille voulant devenir aussi grosse que le bœuf. Il y a parmi les hommes une croyance produite par leur égoïsme en vertu de laquelle ils regardent l’es pèce humaine comme le pivot de l’Univers, non seu lement du point de vue humain, mais, imagine—t-on, du point de vue de tout ce qu’existe dans l’Univers.
Pour ceux qui ne peuvent pas se désenliser d’un pareil préjugé, il n’y a rien à dire, leur intellect n’est pas encore pourvu de sens de compréhension; ils ne sont
SATANISME 39 , pas prêts; laissons-les patauger et grouiller dans la. vase de leur marécage. _ L’homme est quelque chose dans l’Univers, mais. n’en est pas le pivot; il est seulement le pivot du petit disque de compréhension qu’il a de l’Univers, lequel disque n'est pas adéquat à l’extension de l’Univers, non, pas tout à fait.
Dans son ambiance l‘homme trouve des conditions. qui lui procurent du plaisir et d’autres qui lui infli gent de la douleur; il nomme la cause imaginaire des premières Dieu, celle des secondes Satan ; ce Dieu et ce Satan-là n’ont jamais existé ailleurs que dans l’imagination humaine, mais c’est tout de même un genre d’existence.
Un nègre croit que tout ce qui lui arrive de bien est voulu par son gri-gri, son Dieu, et que tout ce qui lui arrive de mal est voulu par le gri gri d’un autre, son Satan.
En compréhension les théologiens vulgaires du catholicisme sont au niveau du: nègre; la seule différence — et encore pas pour tous — est que leur gri-gri favorable, leur gri-gri hostile ne« sont pas un morceau de bois ou un bonhomme d’ar gile, mais sont seulement faits de matière mentale.. Pas pour tous parce que même les théologiens pont des crucifix et des bonnes vierges devant lesquels ils font, leurs dévotions, exactement comme le nègre.
Il y a. plus de différences de peau que de différences d‘in tellectualité chez les hommes. Quand les catholiques accusent quelqu’un d’être salaniste, ils veulent simplement dire que c’est un. dévot du gri-gri qu’ils supposent leur être hostile. Il: ya de ces satanistes-là, il faut le reconnaître; mais. ".«- ->. M. . —W ‘ "" ""\- —‘ÀM—‘__‘_4
40 L’INITIATION ils ne sont pas dans les rangs des aspirants au savoir occulte; ils sont dans la tourbe de ceux qui vivent dans la boue de l’ignorance et qui n’aspirent qu’à trouver de la boue savoureuse à leur palais d’êtres in— capables de penser. Satanistes et déistes de cet acabit sont pétris de la même pâte. Ils forment la moitié po sitive et la moitié négative de l’état animal de ce qu’on appelle humanité.
Incapables de penser les uns comme les autres, ce qu’ils énoncent n’est que du radotage. Par là ils se trouvent polarisés, satanistes comme déistes, bons catholiques comme sorciers, en opposi— tion avec les capables de penser.
Comme chacun imagine volontiers être l‘archétype du genre humain, les incapables de penser se considèrent comme par faits et proclament infirmes les capables de penser, et Comme ceux-ci, narquois et dédaigneux, les blessant dans leur vanité, sont pour eux une occasion de souf— france, ils les considèrent comme des dévots de leur Satan imaginaire et les déclarent satanistes. Il y a satanistes et satanistes.
Pour les croyants encroûtés dans l’ignorance et trouvant en elle la béatitude comme le mollusque enfermé dans sa coquille, le Prince des Ténèbres (leur ignorance étant la lumière pour eux), c’est _la faculté de penser: quiconque pense au lieu de croire, qui conque discute au lieu d’obéir aux préjugés de l’ignoa rance, est à leurs yeux sectateur de Satan. De ces sa tanistes-là tous les vrais occultistes en sont.
Il n’y a donc pas lieu pour eux de repousser l’épi thète avec indignation; il suffit de s’entendre sur sa -—avr—nO-WMDA. ' _L. r
SATAN I SME 4 Ï signification. L’histoire de l’Église catholique prouve que c’est la faculté de penser qu‘elle considère comme satanique, ce qui n’a rien d’étonnant pour une reli gion dont les dogmes furent fixés par des assemblées de crétins et de brutes qui, dans les conciles, argumen— taient à coups d’escabeaux.
Satan étant la faculté de penser, tous les humains qui sont aptes à penser sont ses fils, et devenir fils de Satan, en ce sens-là, est le meilleur but que puissent se proposer les hommes. Il ne sont encore pas nom-’ breux dans le monde, les fils de Satan. Aux yeux des catholiques, tout ce qui pense autre ment qu'ils ne radotent est satanique.
Tout le savoir des anciens et tout le savoir des autres peuples est satanique parce qu’ils ne sont pas conformes à leur radotage.
En définitive les catholiques traitent de satanistes tous ceux qui ne sont pas en tout de leur avis; cette épithète, examinée à fond, signifie simple ment : ces gens-là ne pensent pas comme nous; c’est le cas pour tous les mots qui sont des insultes, l’in sulte étant un mot proféré avec colère contre ceux qui ne sont pas de même opinion sur un point quelcon que de pensée et pas autre chose.
Si donc les satanistes se mettaient en colère contre les catholiques, ils pourraient à leur tour les traiter de satanistes, si par ce mot ils entendaient indiquer des gens incapables de penser, remplissant leurs cervelles de mots à radoter et se croyant le pivot de l’univers. Les mots n’ont de valeur que par les choses qu’ils contiennent. Dans l’état d'esprit du catholique, comme des
. 42 L’INITIATION fidèles de toutes les religions, il y a aussi la peur - qu’ont les enfants de Croque-Mitaine. Pour lui, dire «de quelqu’un : C’est un sataniste, équivaut à : C’est -un soldat de l'armée de Croque-Mitaine, l’ogre qui mange les petits enfants pas sages, les adorateurs du ' Bon Dieu qui transgressent ses commandements. Les sorciers, ces soi-disant occultistes, cherchent - aussi à se faire passer pour des soldats de Croque—Mi taine.
' Mais, dans l’Église catholique, il y a des penseurs et il y en eut de grands, et eux aussi étaient des fils de Satan; parfois l’Église s’en est aperçue et les a brûlés, comme Giordano Brune.
Volontiers elle en ferait autant à ceux d’aujourd’hui si la chose était. ‘ encore possible. v Ce qui distingue l’homme de l’animal, c’est la plus grande puissance de sa faculté de penser; endormir I ce pouvoir, le narcotiser avec des dogmes comme veut le faire l’Église catholique, c’est maintenir l’homme dans l’état animal. D’où suit que l’Eglise est l’agent - conservateur de la Bête humaine.
Son Dieu veut seu— lement des troupeaux de bêtes, parce qu’il n’est autre chose que la personnification de l’Ignorance. Satan, qui a fait goûter à l’homme le fruit de l’arbre de la science, serait donc l’ami des hommes vrais, tandis que le Dieu catholique ne voudrait pour fidèles que des brutes à forme humaine. A ces brutes les jouissances hypothétiques d’un fallacieux paradis ou les tortures d’un non moins fallacieux enfer. Ceux qui aspirent à être des hommes ne veulent , . n- - .-—...n—..__ È\—o.r9vlb‘vg‘lu‘4j
SATANISME 431 a / - _ ..—_»wars_wv—m cm T JÏÆAJLÏS SÏÇJÆ:Ë JÈ . . 1 . ni du paradis ni de l’enfer. Ils ne se courbent pas devant un Dieu fabriqué par la fantaisie humaine. Ils. n’admettent que ce qu’ils comprennent et comme ils. le comprennent et vont jusqu’à la compréhension de ce fait qu’ils ne comprennent pas tout et ne parvien nent point à enclore dans leur entendement, l’alpha et l’oméga de l’Univers.
Ce dernier point de compré-v hension est ce qui les distingue des fanatiques de toutes les religions et de toutes les écoles qui, eux, ont la prétention de savoir l’alpha et l’oméga. Il y a des fanatiques partout, même en dehors des religions ; ces gens-là croient ou savoir tout ou savoir tout ce qu’il est possible de savoir.
Les champs de la mentalité sont vastes, et il y a place en eux pour les doctrines les plus contradic—ÿ toires; ces doctrines ont également des raisons d’exister et sont également sujettes à subir des condi tions de désintégration.
Les fanatiques et les convaincus sont des construc teurs de doctrines; les sceptiques en sont les démolis-y seurs; les uns et les autres sont les agents de la vie universelle, car qu’est-ce que vivre sinon défaire ce qui existait un instant auparavant et faire reparaître ce qui n’existait plus ?
Ainsi rythmiquement, à droite et à gauche, en haut et en bas, perpétuellement, ondule la Substance, un de ses états tendant à exister davantage en prenant l’espace de l’état voisin sur une certaine étendue et cet état voisin entamant plus loin le domaine spatial du premier pour compenser la perte qu’il a subie. De ces hauteurs on regarde, indifférent, les agita
44 L’INITIATION tiens de ce qui croit à une valeur suprême pour son mode d’existence, tout en pouvant, de temps à autre, descendre dans les ondes agitées pour augmenter leur poussée dans un sens ou dans l‘autre. La croyance est la force qui façonne le monde; s‘il n’y avait qu’elle, il s’immobiliserait dans des formes immuables; il faut de la croyance pour que les choses existent; il faut du scepticisme pour que toutes les formes possibles arrivent à leur tour à l’existence. Et ainsi le monde vit sa vie et nous sommes aussi bien les uns que les autres les agents de son existence. Gurmor. t 'Cs’“"“ . / cJw
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE L’Irraiatiam et I’Exteasicm de l’Ame OBSERVATIONS D’APRES NATURE « Erre hors de soi » et « se recueillir » sont deux expressions populaires qui expriment bien les facultés de l’âme de s’étendre et de se retirer. L’âme se rétrécit par la peur et se transporte par la joie, le bonheur, le succès. Entrez seul dans un wagon complet. Personne ne se connaît, tous se taisent. Tous éprouvent d‘après leur sensibilité un malaise énorme. Il y a un entre croisement d’irradiations disparates qui engendre une oppression. Il ne fait pas chaud, mais on étouffe: les esprits surchargés de fluides magnétiques éprouvent un besoin d’explorer; l'intensité des courants, aug— mentée par influence et Condensation, peut—être même par induction, est arrivée au maximum. Alors quelqu’un parle : la décharge a eu lieu, et la neutralité entre lorsque tout le monde s’est engagé dans une conversation nulle, et correspondante à un besoin presque physique. Le solitaire se retire dans son coin, ferme les yeux et les oreilles internes, s’absorbant en soi-même pour se défendre contre une nouvelle influence.
46 L’INlTlATION Ou il regarde le paysage par le fenêtre, laissant se promener ses pensées, sortant du cercle magique des hommes indifiérents enfermés avec lui. Le secret du grand comédien consiste dans la pro priété innée de faire irradier son âme, et par là entrer en correspondance avec le public. L’orateur religieux aux grands moments luit, rayonne, et son visage répand de la lumière visible même pour les infidèles.
Le comédien rêveur, d’une intelligence profonde, qui étudie beaucoup, mais dépossédé de la faculté de sortir de soi-même ne se produira jamais sur la scène. Enfermé en soi-même, son esprit ne pourra pénétrer dans les esprits des spectateurs. Aux grandes crises de la vie, où l’existence est me nacée, l’âme acquiert des qualités transcendantes.
Il semble que la peur des misères pousse l’âme torturée à s’enfuir, cherchant ailleurs une vie plus facile, et ce n’est pas en vain que le suicide attire le malheureux par la promesse d’ouvrir les portes de la prison. Ceci m’est arrivé, il y a tant et tant d’années. Un matin d‘automne, à la table, plume en main, devant la fenêtre donnant sur une rue triste d’une pe— tite ville industrielle.
Dans la chambre voisine, la porte entre-bâillée, ma femme reposait, maladive attendant le premier-né. Tout en écrivant, je me rêvais dans un paysage à plus de mille kilomètres au nord, et bien connu de mm.
IRRADIATION ET EXTENSION En automne, presque en hiver ici, je me trouvai en plein été sous le chêne vert, éclairé par le soleil; le petit jardin que j’avais labouré moi-même dans ma jeunesse était là; les roses, —— je les connaissais par leurs noms, -—- les lilas, les seringas exhalaient leurs odeurs distinctes : je cueillis les chenilles de mes ceri siers; j’émondai les groseillers...
Tout d’un coup j’entends un cri rauque, je me trouve debout, un Spasme me tord l’épine dorsale en forme de vis, et sans conscience je tombe sur la chaise avec une douleur insupportable au dos. Je m’éveille et j’ai compris que ma femme était ve— nue par derrière me dire bonjour en posant la main tout doucement sur mon épaule. « Où suis—je? » C’était ma première question et dans la langue de mon pays que ma femme, étrangère, ne comprenait pas.
L’impression gardée de cette aventure était telle que mon esprit s’était étendu, quittant le corps sans interrompre la communication par des fils invisibles, et il me fallut un certain et minime temps pour conser ver quelque souvenir très subtil que j’existais conscient et intègre dans la chambre où je travaillais auparavant.
Si d’après les vieilles explications qui parlent d’une absorption, mon âme s'était repliée en elle-même, restant dans les confins du corps, rien n’eût été plus facile et rapide que de se déplier, et jamais ce senti ment de surprise pendant mon absence ne m'eût tour— menté à si haut degré. Non : j'étais absent, — c’est le mot suédois pour
48 L’INITIATION distrait—et le retour de mon âme s’effectuait d’une manière si brusque que j’en soufirais. Mais les dou leurs s’accentuaient dans la région dorsale et point dans les hémisphères cérébraux, ce qui me rappelle le rôle prépondérant qu'on attribuait au plexus so laire quand je faisais de la médecine dans ma jeu— messe.
Une autre aventure, mais plus plausible, m’est, arrivée à Berlin il y a trois ans, et qui me prouve qu’une extériorisation ou transmigration de l’âme peut se produire sous des conditions exceptionnelles. Après des crises émouvantes, des chagrins et une vie irrégulière, je me trouve une nuit entre une et deux heures attablé chez un marchand de vin dans un compartiment réservé à mon cercle.
La société était réunie en buvant depuis six heures. et je défrayais la conversation presque seul pendant toute la séance. Il s’agissait pour moi de conseiller un jeune officier juste en train de quitter sa carrière militaire et de se faire artiste. Simultanément épris d’une jeune fille, il était exalté outre mesure, et, ayant reçu dans la journée une lettre de réprimandes de son père, il était vrai ment hors de lui.
Oubliant mes propres blessures en pansant celles d’un autre, je me donnai un rude travail, et pour un acte de réflexe mon esprit s’échauf— fait, et par des argumentations, des allégations sans fin, je veux lui rappeler un événement passé pou— vant influer sur la décision à prendre. Il avait oublié la scène en question, et, afin de rappeler ses souvenirs, je commence à la lui exposer:
IRRADIATION ET EXTENSION «' Vous vous rappelez ceSoir-là, dans la brasserie des Augustins... » Et je continue en indiquant la table où nous primes les consommations, en décrivant la place du buffet, la porte d’entrée, les meubles, les peintures... Tout à coup je me taisais... à demi, ayant perdu la connaissance, sans être évanoui, et restant sur la chaise.
J’étais dans la brasserie des Augustins et j’avais oublié à qui je parlais quand je recommençai à parler comme cela : « Attendez! Je suis aux Augustins, mais je sais bien que je suis ailleurs; ne me dites rien... je ne vous reconnais pas, mais je sais que je vous connais.
Où suis—je P — Ne dites rien, c’est trop intéressant... » Je fis un effort pour lever les yeux, -— je ne sais pas s’ils étaient fermés, —— et je vis un brouillard, un fond d’un ton indécis, et d’en haut du plafond comme un rideau dethéâtre se baissa, la cloison garnie de rayons et de bouteilles. « Ah! fis—je, soulagé comme après une douleur dissipée, je suis, cher Msonsieur, F. » (le nom du marchand de vin).
Le visage de l’officier était crispé de frayeur et il pleurait. « Comment, vous pleurez P lui dis—je. —- C’était horrible, répondit-il. — Quoi?... » En racontant cette histoire àplusieurs personnes on m’a objecté: une défaillance ou une ivresse, deux mots qui disent peu et n’expliquent rien. D’abord un évanouissement est accompagné de
50 L’INITIATION perte de connaissance comme le maximum d’ivresse, et puis par une paralysie des muscles, ce qui n’est pas le cas ici, puisque je reste sur ma chaise en raison— nant consciemment sur mon inconscience partielle A cette époque je ne connaissais pas le phénomène ni le mot: l’extériorisation de la sensibilité (r).
Mainte nant que je les connais, je suis sûr que l’âme possède la faculté de s’étendre et que pendant le sommeil or dinaire elle s'étend beaucoup, pour, à la fin, dans la mort, quitter le corps et ne point s’éteindre. L’autre jour, en me promenant sur un trottoir, je vis devant moi un cabaretier sur sa porte vociférant avec le remouleur stationnant sur la rue.
Il me ré pugnait de couper la ligne aboutissant à ces deux in dividus, mais il le fallait, et j’assure que j ’éprouvai un malaise en franchissant l’espace entre les interlocu teurs. C’était comme déchirer une corde tendue entre les deux, ou mieux comme traverser une rue que l’on arrose de deux côtés. Le lien qui existe entre amis, entre parents et au plus haut degré entre époux est un lien réel, etd’une réalité saisissante.
Nous commençons à aimer une femme en y dépo— sant des parcelles de son âme. Nous dédoublons no tre personnalité, et l’aimée, jadis indifférente, neutre, se met à revêtir notre double, notre autre moi, et elle devient notre sosie. Si elle s’avise de s‘en aller avec (l) A. de Rochas: l’Exte’riorisatz‘on de la Sensibilité. Paris, Chamuel.
IRRADIATION ET EXTENSION 5! notre âme, la douleur est peut-être la plus forte qui existe, comparable seulement à celle d’une mère qui a perdu son enfant. Un vide s’établit, et malheur à l’homme qui ne dispose pas de force et de fécondité pour recommencer son dédoublement et trouver un autre vase à remplir.
L’amour est un acte d’autofécondation du mâle, parce que c’est l’homme qui aime, et que c’est une douce illusion qu’il est aimé de sa femme, son double, sa création à lui. Entre époux bien assortis le lien invisible se mani feste souvent d’une façon médiumnique, et l’on peut s’appeler à distance, lire ses pensées, se suggérer à vo lonté.
On n’a plus besoin de parler; on se réjouit seuc lement par la présence de l’être aimé, on se chauffe à l’irradiation de son esprit, et, séparés, le lien se tend : le regret, la langueur s’accroît comme le carré, non le cube de la distance, et peut amener la rupture du lien, et par là la mort.
Depuis plusieurs années j’ai pris des notes sur tous mes rêves et je suis arrivé à une conviction: que l’homme mène une existence double, que les imagi ,nations, les fantaisies, les songes possèdent une réalité.
Si bien que nous sommes tous des som nambules spirituels, que pendant le sommeil nous commettons des actes qui par leur nature différente nous poursuivent durant l'état de la veille avec la sa tisfaction ou la mauvaise conscience, la peur des con séquences. Et il me semble, par des raisons que je me réserve le droit d’exposer une autre fois, que la
52 L'INITIATION manie dite des persécutions est bien fondée sur des remords après les mauvaises actions commises pen— dant le « sommeil » et dont les souvenirs brumeux nous hantent. Pas du tout ! et les fantaisies de poète si méprisées par les esprits bornés sont des réalités. Et la mort? demandez-vous.
Au courageux, celui à qui la vie n‘est pas trop pré cieuse, je recommande cette expérience que j’ai répétée non sans des suites fâcheuses, mais toutefois réparablcs. Porte, fenêtre et rideaux de cheminée fermés, je pose un flacon de cyanure de potassium débouché sur la table de nuit, et je me couche sur le lit. L’acide carbonique de l’air ne tarde pas à dégager l’acide cyanhydrique, et les phénomènes physiologi ques connus se manifestent.
Léger étranglement de la gorge et un goût indescriptible que je voudrais nommer par analogie « bleu », paralysie des biceps, douleurs à l’épigastre. L’effet mortel de l’acide cyanhydrique reste un mys tère. Différentes autorités indiquent différents modes d’agir de ce poison.
Un tel dit : paralysie du cerveau; un autre, paralysie du cœur; un troisième, asphyxie comme effet secondaire d’une attaque au bulbe ra chidien, etc. Or, comme l’effet peut se produire instantanément avant qu’une absorption ait eu lieu, l’action doit être regardée comme plutôt... psychique, eu égard à l’usage médical de l’acide cyanhydrique comme cal mant dans les affections dites nerveuses.
IRRADIATION ET EXTENSION 53 Tout ce que je voudrais dire de l’état d’âme qui se manifeste maintenant est ceci : Ce n’est pas une extinction lente, c’est plutôtune dissolution agréable qui l’emporte sur les douleurs in .signifiantes. L’esprit gagne en lucidité, le contraire de l’appro— che du sommeil: la volonté domine et je peux inter— rompre l'expérience en bouchant le flacon et ouvrant la fenêtre, aspirer du chlore ou de l’ammoniaque.
Je n’insiste pas, mais, si la mort temporaire des fa— kirs peut être constatée, l’expérience pourrait sans dan— ger se poursuivre. Et, en cas d’accident, essayer les diverses méthodes de rappeler à la vie un aphyxié. Les fakirs appliquent des cataplasmes chauds sur les hémisphères cérébraux; les Chinois chauffent le creux du ventre et provoquent des éternuements.
Vial, dans son magnifique livre le Positif et le Négatif (Paris, Lemerre, 1890),raconte d’après Trousseau et Pidoux : « Carrero asphyxia et noya, en 1825, un grand nombre d’animaux, qu’il rappela ensuite à la vie longtemps même après leur mort(t), en leur enfon çant simplement des aiguilles dans le cœur. » (Acu puncture). AUGUSTE STRINDBERG. Paris, juin 1896. (i) A.-E.
Badaire, dans la Joie de mourir (Chamuel, Paris, 1894), cite plusieurs cas de mort célèbres, Comme celui de l’il lustre Richet, 1892, et de Hailer, où le moment du décès se présente comme indéterminable. Chisac, médecin de Montpellier, se dédouble devant la mort, se regarde comme un autre, fait le diagnostic, tâte le pouls, et donne des ordonnances. Puis il ferme les yeux « pour ne plus les rouvrir av. '
54 L’INITIATION _ . .. UNE âEE@BEÆE dans les Traductions Eéhraiques et ses conséquences relatz’vementà la connaissance de la science antique A la mémoire de Hœne WRONSKI. A celui qui sait s‘affranchir un instant de l’heure présente, et contempler d’un peu haut l’évolution de la pensée humaine au travers du temps, cette dernière apparaît comme une perpétuelle oscillation.
Oscilla tion dont les points extrêmes sont les deux modes excessifs opposés de chacun des multiples aspects sous lesquels peut être envisagée cette même pensée. Alter nativement éprise de matérialisme et de mysticisme, de réalisme et d’idéalisme, d’analyse et de synthèse, son mouvement ressemble à celui du pendule, de la lampe que Galilée, un jour, contemplait en une église pisane, et, rêveur génial, il vit tourner la terre.
Passant successivement d’un mode extrême au mode extrême opposé, la pensée est obligée de rencontrer chaque fois, ne fût-ce qu’un instant, consciemment ou inconsciemment, le point où de leur harmonieux équilibre jaillit la splendeur du vrai. S’arrêter, elle ne le peut pas plus que les globes éclatants qui roulent dans l’infini et qu’elle interroge si souvent, comme pressentant que leur secret pourrait bien être aussi le sien. Être immobile, c’est être mort, et la vie ardente doit circuler jusqu’en le moindre atome.
UNE RÉFORME DANS LES TRADUCTIONS HÉBRAIQUES 55 Astreinte à une activité sans repos une seule forme de mouvement permettait à la pensée de ne pas néan moins risquer de 's’égarer à droite ou à gauche, et, chose admirable, c’est précisément cette forme de mouvement qui est la sienne.
Comme le pendule encore elle a son point fixe qui est l’Absolue Vérité, mais sur lui elle a l’avantage que le lien invisible qui la réunit à ce centre, lien qui est l‘aspiration hu— maine à la possession de la Vérité, se raccourcit sans cesse, et l’en rapproche un peu à chaque oscillation nouvelle.
On voit dès lors combien il est téméraire d’affirmer, comme on le fait trop souvent, que le salut de l’hu manité se trouve dans l’une ou l’autre de ces voies extrêmes. En réalité, toutes deux sont nécessaires, toutes deux renferment une portion de la vérité à côté d’inévitables erreurs.
Et même, pour faire contre— poids à l’impulsion que les grands révolutionpaires de l’Ide’e donnent à l’humanité, il faut qu’à côté de leur action il y ait place pour celle de la science offi cielle.
Son inertie, favorable lorsqu’elle est limitée, car elle empêche de trop grands écarts, ne doit point oublier toutefois qu’en se développant à l’excès, elle peut amener la mort ; et c’est trop souvent son erreur de ne point reconnaître quelle grande part ont dans le progrès ceux qui suivent des chemins différents du sien. ‘ Il semble qu’actuellement nous traversions une de ces périodes troubles où, l’un des points extrêmes ayant été atteint par la pensée, et où son mouvement évolutif devant changer de sens, une hésitation mo—
56 L‘INITIATION mentanée s’y manifeste. Après avoir poussé le maté— rialisme jusqu'en ses conséquences les plus osées, après avoir employé à l’analyse à outrance nos fa cultés et les moyens d'observation si délicats que la science met à notre disposition, voici que nous nous arrêtons perplexes, sentant le terrain s’ef’f’riter sous nos pas.
Chacun a voulu, grande ou petite, apporter sa pierre à l’œuvre commune, et de toutes parts, aussi nombreux qu’hétérogènes, les faits sont venus si rapi dement à l’appel de la pensée que celle-ci, impuis sante à les classer a dû se résigner et attendre un mO—. ment d‘arrêt de ses trop zélés ouvriers.
Et voici qu’est arrivé l’instant critique, celui où la science va être obligée de se dégager coûte que coûte de l’amas qui grossit et menace de l'enliser, afin de pouvoir jeter sur lui un large regard d’ensemble, et de toutes ces pierres éparses faire surgir le monument que chaque race et chaque époque dressent à la Vérité.
Monu ment qui seul attestera qu’elles ne furent point oisives, et que, bonnes ouvrières, elles ne se reposèrent que leur tâche terminée. .
Sentant quel besoin il est de synthétiser toutes les connaissances si éparses aujourd’hui, les artisans de la pensée se tournent naturellement vers le'passé pour demander à ses grands monuments intellectuels le secret de leur ordonnance, et pouvoir ensuite, élèves devenus maîtres à leur tour, dresser vers l’absolu leur chef-d’œuvre. Déjà les explorateurs et les lin— guistes sont allés leur préparer la tâche.
Ils ont débar rassé la pensée antique des gangues qui l’obscurcis— \ saient; elle est maintenant visible a tous, en la ra
UNE RÉFORME DANS LES TRADUCTIONS HÊBRAIQUES 57 dieuse immobilité que lui donne la conscience de son éternité. C’est de ces préliminaires travaux qu’est sortie la connaissance du Zend—Avesta persan, des Védas in— diens, du Kandjour thibétain, du Chou-King chinois, du Livre des morts, arrivé jusqu’à nous au travers des siècles, sur le sein rigide des momies d’Égypte, et aussi du Sépher de Moïse, bien mal élucidé encore.
Tout cela pour n’en citer qu’une infime partie. Et dans ces textes aux noms variés, voilà que ceux qui savent en pénétrer l’essence ont reconnu que, sous des formes les plus diverses, attestant l’originalité des races aux quelles ils servent d’étendards glorieux, c'est toujours la même pensée qui y est incluse.
Une faute que l’on a généralement commise, a été de ne point reconnaître chez les anciens toute la pro— fondeur de leurs connaissances scientifiques.
Je ne mets nullement en doute que, dans l’ordre des faits et de l’utilisation pratique des forces de la nature, nous ne les ayons beaucoup dépassés; mais il n’en est pas moins vrai que dans l’ordre spéculatif pur, ils nous égalaient bien, et que parfois, oh! pas souvent! ils nous eussent peut-être laissés en arrière.
Le mouvement de la terre retrouvé par Galilée était très vraisemblablement connu des vieux philosophes de l’Inde et de l’Egypte, et le grand dogme antique de l’unité de la matière une en son essence, sous ses mul tiples aspects, pourrait bien être celui auquel aboutira en définitive notre chimie moderne, lorsqu’elle aura fait encore quelques progrès. Il est juste cependant de remarquer que quelques—
58 L’INITIATION uns des savants actuels partagent cette opinion. Voici à titre de curiosité une lettre que M. Zenger, le célèbre professeur de l’école polytechnique de Prague, qui a reproduit par l'électricité d‘induction les mouvements des planètes, écrivait à M. Petau-Malebranche.
Nous en respectons le texte pour lui conserver tout son sel: MONSIEUR, J’ai lu avec beaucoup d’intérêt la brochure sur le rôle du peuple israélite que vous avez eu la complai— sance de m’envoyer.
J’ai toujours considéré la Bible comme l’œuvre le plus compétent dans les grandes questions de la nature et du progrès humains, et même par rapport aux sciences naturelles, si on vient de bien comprendre et d’interpréter les mots si concis et durs de la sainte écriture.
Notre science actuelle, infestée du doctrinarisme et du formalisme le plus téméraire, ne peut et ne veut, pas comprendre que la route qui l’éloigne de plus en plus de ce grand monument et des bornes du savoir humain, emporte vers le non-sens obstiné. Agréez, etc... Enfin dans le texte hebraïque connu sous le nom de Sepher Jetzirah (mm.
En, livre de la création) d’Abraham, il est dit: « C’est le Feu quiproduz‘t le mouvement, et le Froid résulte du mouvement ». La théorie mécanique la chaleur n’a fait il me semble que développer cette idée et la prouver par l’expérience et le calcul. , Ayant compris quel intérêt profond s’attache pour
UNE RÉFORME DANS LES TRADUCTIONS HÉBRAIQUES 59 nous à une exacte connaissance des grands monuments intellectuels de l’antiquité, le lecteur s’intéressera peut-être à une tentative d’interprétation nouvelle de la Bible qui mérite d’être signalée. Et ce qu’il faut bien voir dès l'abord, c’est comment il se fait que nous ne possédions pas le sens exact de cette œuvre.
Voici : Lorsque Moïse eût écrit la portion de la Bible qui lui est généralement attribuée, et que l’on comprend sous le nom collectif de Sepher (1), il en confia la garde au peuple hébreu et expliqua l’obscurité appa rente de certains passages à des gens soigneusement choisis, afin de créer ainsi à leur profit une autorité sur les autres, autorité dont naturellement ils abu sèrent plus tard.
On sait combien fut variable et exces sive en tous sens la destinée du peuple Juif, il en résulta que, mis en contact par les événements, avec diverses nations étrangères, il subit leur influence, et, sa langue se modifiant peu à peu, il finit, après la cap— tivité de Babylone, par en avoir totalement perdu le sens originel.
Par conséquent lorsque Esdras rétablit le texte pri mordial de la Bible, il put bien le faire au point de vue de la forme proprement dite, mais non pas au point de vue de l’idée. De plus les traductions que nous possédons en langue grecque et en langue latine et qui ont été faites sur le texte d’Esdras se sont trou vées altérées.
L’une, celle des Septante, le tut volontai rement par les esséniens que Ptolémée en avait chargé dans le but de se créer une sorte d’autorité en restant (1) 155, en hébreu Liyre.
60 L’iN lTIATION ..,_ . _:I.«- :_ ..-._.firir .e. seuls possesseurs du texte exact. L'autre, la vulgate, involontairement par saint Jérome qui se servit de la signification attribuée aux mots hébreux par les esséniens, et tourna ainsi dans un cercle vicieux.
Au milieu de notre siècle, un oublié de génie qui redeviendra célèbre demain, Fabre d’Olivet, tenta une réforme totale du mode d’interprétation de la langue hebraïque, et obtint des résultats du plus haut intérêt sur lesquels il m’est malheureusement impossible de m’arrêter. Poursuivant un but analogue, par une voie diffé rente, M. Petau-Malebranche est en train d’opérer une véritable révolution dans l’explication des textes hébreux.
Amené à consulter un jour la Bible, pour y rechercher les idées des Juifs au point de vue de la formation géogénique de la terre, il s’aperçut bien vite, de même que Fabre d’Olivet, de la parfaite incohérence des traductions bibliques.
Or, peut—être justement parce qu’il est de ceux qui ont le plus appro fondi l’étude de la science moderne, M. Petau—Male branche a la faiblesse de croire que les œuvres de l’antiquité sont parfaite-ment raisonnables, parfaite ment logiques, et de ne point rougir de son opinion.
Comme, d’autre part, il est de ceux qu’aucun travail n’effraie, il se mit bravement à apprendre l’hébreu, à _chercher les raisons de son incompréhension, et après _un travail de vingt années environ, où il a été guidé d’ailleurs, ainsi qu’il le proclame hautement, par sa connaissance des œuvres d’un des grands génies de l’humanité aussi inconnu que Fabre d’Olivet, Hœné Wronski, M. Petau-Malebranche arriva à une com
UNE RÉFORME DANS LES TRADUCTIONS HÊBRAIQUES 6I préhension de la langue de Moïse, dont le seul défaut est d’amener à voir en la Bible un livre parfaitement sensé, je dirai plus profondément scientifique. Or on sait quelles fables ridicules préféraient y lire les théo logiens.
Sans entrer dans les arides détails de linguistique qui seraient nécessaires pour faire saisir entièrement la portée de sa méthode, il est possible d’indiquer en quelques lignes les règles auxquelles il s’est invaria— blement astreint. Les voici: Ne jamais abandonner une phrase sans lui avoir trouvé, régulièrement bien entendu, un sens logique, en lui—même, et aussi par rapport au sens général du contexte.
Cela est obtenu par une analyse approfondie des radicaux hébraïques. Ne jamais admettre qu’il y ait, comme certains l’ont voulu, de lettres inutiles dans le texte, mais les faire entrer toutes dans la traduction. Suivre l’ordre même des mots hébreux, le style dût-il en souffrir, afin de mettre chacun à même de vérifier l’exactitude du tra vail, et aussi de mieux faire ressortir la merveilleuse logique de la langue hébraïque.
Donner de chaque mot important une analyse radicale détaillée justifiant le sens qui lui est attribué, justification qui est encore affermie par l'emploi de chaque mot avec une valeur toujours rigoureusement la même.
Enfin, et c’est là un côté très personnel de sa mé— ,thode, faire entrer en ligne de compte pour la déter— mination du sens exact, la tonalité musicale de chaque mot hébreu, chose profondément logique pour qui connaît la langue de la Bible, et même pour celui qui réfléchit simplement à l’étonnante diversité
62 L'INITIATION de sens qu’une intonation variée peut donner à un même mot. La langue hébraïque écrite, telle que nous la connaissons, et en l’ignorance où nous sommes de son exacte prononciation, est un peu analogue à un beau corps sans âme ; c’est cette âme que M. Petau Malebranche a tenté non sans succès de lui rendre.
Il est un point, en outre, qu’il a su voir comme l’avait vu aussi Fabre d’Olivet, c’est combien on a souvent rendu par des noms propres des mots hé— breux qui sont tout simplement des mots vulgaires.
Il faut dire en effet que les noms propres n’ont en hébreu absolument rien qui les distingue, ni majus cules, ni désinences particulières, et de plus ils ont toujours un sens par eux—mêmes, d’où l‘indécision la plus grande, et la possibilité pour ceux qui y sontinté— ressés, de dénaturer le texte.
Je prends un ou deux exemples au hasard: (nm5w) Schlomoh que nous tra— duisons par Salomon signifie également sagesse, fait d’autant plus notable que le dit roi Salomon, par son histoire, apparaît comme une sorte de personni fication de cette vertu. (mm) Job signifie également bon sens, et ce qui précède est encore applicable à ce second exemple.
Une foule de philosophesdu xn° siècle, en particulier le célèbre Maïmonides, avaient d’ail— leurs déja nié l’existence de Job autrement que comme personnage allégorique. Toute cette question des noms propres, M. Petau— Malebranche l’a tranchée en n’en admettant que le moins possible et en les faisant toujours suivre du sens qu’ils ont lorsqu’on les considère comme noms communs.
UNE RÉFORME DANS LES TRADUCTIONS HÉBRAIQUES 63 Je renverrai d’ailleurs le lecteur curieux à une bro chure : Israé‘l, son rôle politique dans le passé, son rôle dans l’avenir. Brochure in-8, chez Perrot, 7, pas sage J ouf’f‘roy, Paris.
C’est à cette brochure que M. Zenger fait allusion dans la lettre que nous citons plus haut en note, que le même auteur a publiée récemment, et qui est en quelque sorte l’exposé de l’œuvre qu’il a entreprise, et la justification de la méthode qu’il y applique.
On y verra comment, après avoir déterminé le rôle abso lument fatal que devaient jouer les Hébreux dans l’antiquité : arrêter les migrations asiatiques au pro— fit des races européennes, M. Petau-Malebranche utilise sa grande science géologique pour faire remar quer combien la nature géogénique de leur sol s’adap— tait à ce rôle.
Notons à ce propos qu’il attribue modestement cette connaissance des reliefs de la Terre au très original Elie de Beaumont, dont il fut l’élève direct et enthousiaste.
La conclusion à laquelle il arrive, d’après les textes les plus précis, conclusion qui est que les Juifs sont destinés à être les banquiers de l’univers, et à conserver une situation forcément àpart au milieu des autres nations, est certes des plus intéressantes par le temps qui court.
Pour abréger, voici à titre de comparaison la traduc— tion de trois versets pris au hasard dans le Livre de Job, selon la Vulgate, selon la version des Septante, et selon M. Petau-Malebranche. Le lecteur jugera, et je suis sûr que cette simple citation lui inspirera le vif désir de lire l'ouvrage que ce dernier va faire pa raître d’ici peu. ..—-4LMW_M w...m«.,_.,__a.v-. .c- ._.M .. ....v. -N.‘ .V
64 L’INITIATION La version des Septante dit : « C’est lui qui a fait les étoiles de l’Ours, de l’Orz‘on, des Hyades, et celles qui sont plus proches du midi. » (Livre de Job, ch. IX, vers.
1x.) « C’est luiquia transporté les montagnes, et ceux qu’il a renversés dans sa fureur l’ignorèrent. » (Vers.,v.) « Il remue la terre de sa place, et ses colonnes sont ébranlées. » (Vers. vr.) La Vulgate remplace cela par: « C’est lui qui a fait l’Ourse et l’Orion , les pléiades et les signes qui sont le plus reculés vers le midi. » « Il transporte les montagnes, et ceux qu’il ren verse dans sa fureur ne s’en aperçoivent pas. » « Ilfait trembler la terre, il la remue de sa place, et ses colonnes sont ébranlées. » Ce que M. Petau—Malebranche arrive à traduire : « C’est bien lui qui l'a mise en æuvre,fait se pro duire de la molécule, en l’inertie et l’attraction, et qui fait qu’en divers ordres d’orbites, de celle—ci, la systématique départition sefait. » « Qui a fait se modifier la position de la terre plutôt que de la laisser droite, à tel point que ses aplombs en restent entre eux ébranlés. » Allusion à l’inclinaison de l’axe de la terre sur l’écliptique.
« C’est bien lui qui afait se soulever les monta gnes de tellefaçon que plus on ne peut les reconnaître, en une progression régulière les ayant métamor phosés par le calorique qu’il y a fait se‘ produire. » Et ce que l’on va peut—être avoir peine à croire, c’est
UNE RÉFORME DANS LES TRADUCTIONS HÉBRAIQUES 65 que M. Petau—Malebrancheest le seul qui serre le texte de près. Il me reste à exprimer le regret profond de n’avoir pu faire saisir commixje l’eus voulu le mérite de son œuvre.
Je m’en console un peu en pensant que peut être j’aurai inspiré à quelques-uns de ceux qui ont notion de la langue hébraïque, si belle et si logique, qu’aucune autre ne semble pouvoir la surpasser, le désir de lire la traduction totale du Livre de Job qu’il va faire paraître.
Pour moi, rapproché de lui par de communes idées, et par mon étude de cette langue qu’il veut bien guider de ses conseils, comme j’ai le bonheur de savoir quel homme de grand cœur se cache en lui sous le savant aux idées puissantes, au labeur incessant et désintéressé, mon plus grand dé sir serait de voir son œuvre appréciée comme elle le doit.
Au pied du Moïse que Michel—Ange a fait revivre en l’immobilité du marbre, Moïse qui n'est point celui des théologiens, elle serait une couronne de pieux et grand respect que nul mieux que son auteur lui-même n’est digne d’aller déposer. Maurice BARBIER.
66 L’INITIATION PHILOSOPHIE HINDOUE KARMA rr LIBRE äRBM‘RE La doctrine troublante du Karma telle qu’elle nous est présentée par les théosophistes contemporains qui prétendent être en possession de la vérité brah_ma— nique, laisse-t-elle une place très considérable au libre arbitre vulgaire P... Philosophiquement, je ne le pense pas.
Il est néanmoins fort utile de la conserver sous cette apparence de liberté inférieure pour la sau vegarde du plus grand nombre et comme doctrine en quelque sorte et à certains points de vue exote’rique. Qu’est-ce qu’une vérité ésotérique P... C’est une vérité qui doit être gardée essentiellement secrète, et cela sans aucun doute parce que sa divulgation pour rait produire dans l’âme de la masse les effets les plus funestes et les plus dangereux.
Il ne nous faut donc pas chercher cette secrète doctrine dans les ouvrages publiés à milliers d’exemplaires; nous y rencontre rions bien quelques fragments de la redoutable Vérité, mais ces fragments seront toujours consciemment ou inconsciemment accommodés à l’état d’esprit de l’énorme majorité des êtres pensants.
La véritable doctrine intérieure ne peut être accessible dans sa partie métaphysique du moins qu’aux âmes très avancées spirituellement, les âmes des ancêtres et des chercheurs libérés de tout désir matériel par exemple. Elle se trouve contenue dans les Upanishads, mais
KARMA ET LIBRE APBITRE ceux-là seuls pourront l’y découvrir dont l’esprit sera complètement détaché du monde illusoire de Maya (1). Revenons à notre sujet! — Que veut dire Karma P Karma veut dire activité. C’est la loi déterminante des phénomènes sur tous les plans. C’est la loi qui relie l’effet à la cause et qui transforme l’effet produit en une cause nouvelle. En résumé, c’est la loi néces‘ saire du dynamisme vital universel.
Tout, au sein du Kosmos, obéit à cette loi inéluctable du Karma. L’homme n’y saurait faire exception! Mais exami nons les conséquences de cette vérité transcendante. Prenons l’âme humaine dans une quelconque de ses incarnations.
Cette âme est toute libre (par hypothèse, car nous faisons abstraction de son Karma antérieur), elle va donc enfanter un Karma, c’est-à-dire faire éclore librement une quantité de forces bonnes ou mauvaises qui vont saturer son atmosphère psychique et qui ne sauraient être anéanties.
L’être humain meurt, et l’Ego réincarnant après la période dévacha nique, dès sa rentrée en scène sur une planète purga toriale, va se trouver enveloppé dans le réseau inex tricable tissé de tous les actes et de tous les pensers de la vie antérieure et va bientôt être assailli de tous côtés par les cohortes d’anges ou de démons qu’il aura lui-même, et le plus souvent à son insu, générés dans ses existences!
Ajoutons à cela le milieu social et atavique vers lequel l’auront inévitablement conduit (I) V. Anquetil—Duperron: Oupenk’Hat (id est secretum legena‘um opus ipsa in India rarissimum, etc.). Philosophia .et Theologia Indica, 1801. Traduction dans un latin intentionnellement très obscur de la version persane des Upanishads.
68 L’INITIATION ses affinités karmiques, sans compter les influences planétaires, et nous doserons la quantité de libre arbitre qui lui restera; elle sera assurément très mi— nime, ce qui, toutefois, ne veut pas signifier négli geable. Est—ceà dire que la doctrine du Karma soit une doctrine fausse P...
Non pas certes ! car c’est la loi de la vie universelle; mais c’est aussi la loi de l'universel Désir et de l’universelle Douleur; aussi le vrai philo— phe, le Yoghi doit—il savoir se pénétrer de cette vérité, non pour corriger ce Karma, mais pour l’anéantir, ou plutôt pour le dissoudre dans le creuset de la Matière. Alors, il atteindra Nirvâna, l’état d’éternel repos.
Méditons, entre bien d’autres, les versets 29 et 30, chapitre xm de la Bhagavad-Gîta. Celui qui voit que l’accomplissement des actes est dû à la Nature voit juste, car il saisit que lui—même n’en est pas l’agent. Et celui qui voit l’essence individuelle des êtres résidant en l’Être unique et tirant de là son dévelop pement est un sage qui marche vers la Délivranèe.
Voilà, certes, de l’Ésotérisme, mais je n’en puis dire davantage, ces quelques notes ne pouvant être inté— ressantes que sur le plan métaphysique seulement et suffisant à démontrer la relativité du libre arbitre humain (1).
MAURICE LARGERIS. (1) Il ne faudrait pas voir en cette trop rapide étude l’affin— mation du fatalisme absolu; je n’ai rien voulu qu’assigner à la liberté de l’homme sa juste place et tout au contraire exprimer que le sage par un suprême ,efl‘ort de sa pensée, pouvait s‘arracher à l’illusion du monde sensible et arriver à l’existence en Dieu. M. L.
PARTIE LITTÉRAIRE ŒŒ©lËIüM Malheur à l’enfant de la terre Qui dans ce monde injuste et vain Porte en son âme solitaire Un rayon de l’esprit divin! Malheur à lui, l’obscure envie S’acharne sur sa noble vie... V. HUGO. A MONSIEUR LE DOCTEUR PAPUS, Bonheur au fils des grandes races A l’œlohim qui va,joyeux, Semant la clarté sur les traces De ses prodigieux aïeux. Qu’il soit heureux par les louanges Que luidécerneront les anges Et les puissances du saint lieu; Au-dessus de l’homme fragile Il sentira sa molle argile Se mouler auxformes de Dieu. Il laissera dans l’inertie Le vulgaire et frustre aryen Et l’âme simple qu’émaeie Le soufile du monstre Rien. ne yg ; r:
70 L’INITIATION Dédaignant la foule et laplèbe, Il ira vers la forte glèbe, Vers le labeur des seuls titans, Ne pouvant soufl'rir des soufi’rances D’ici—bas, toutes d’apparences Et voyant au-delà du temps. Il jouira sans nulle atteinte D’un bonheur de caste et de rang, Dont laflamme pour être éteinte Voudrait Dieu mort et l’astre errant. Œlohim, vole aux lumières, Remonte aux causes premières Heureux, non par l’humanité Faite d’envie et d’impuissance, Mais par ta radieuse essence Et ton sceau de divinité. ENVOI Bonheur au messager mystique, Au génie ardent, à l’élu Qui porte en mains le viatique Et possède en soi l’A bsolu. RENÉ SON.
.. -:* - --.--:—-r: . î :" IMAGES DE REGRET ET D’ESPÉRANCE 71 ïmages de {Regret et d’Ëspérante .
LA VALLÉE AUX LARMES; Vallée où les Iris des larmes ont fleuri Quand le Fleuve de vie y sèche ses eaux vertes, Accueillereç-vous l’homme las au cœur flétri Que je serai quand ma maison vide et déserte N’aura plus que de noirs oiseaux pour habitants: Silence: seule la paix plane dans l’espace Et tombe et pacifie et recouvre les Temps Passés; orgueil: être le roi du val où passe Seulement le parfum balsamique du ciel...
Dormir la tête au dur lit d‘ombre-des bruyères, Songer! les yeux emplis de pur espoir où, bel Archange, une colombe, en or dans la lumière Apporte en la vallée où meurent les Iris Le reflet et l'odeur du séjour de lumière Et le chant calme etpur de ses soirs de jadis... Et puis être le doux vase depur cinname Et de myrthe et d’encens, où le maître des Lys Recuez‘ltera les pleurs de la Vallée aux Larmes. PHAÉTUSE.
Phae‘tuse, gardienne des bœufs du Soleil, Je te salue et je t’implore, ô magnifique, Moi qui suis le pasteur des étalons vermeils Et qui mène les belles cavales antiques Paître dans les andains d’épeautre et de méteil, Et dontla flûtefait naître au frontpur des filles Le souci de savoir l’automne et le sommeil
72 L’INITIATION -u-—-——-——_—w»—. - ....- - .,,- Avant d’avoir connu le matin clair et l’aube. . .
Je sais que tu sommeilIes quand tes bœufs parmi Les pacages s’en vont et les champs d’émeraude -Vers les belles génisses des troupeaux amis; Mais je sais bien aussi, quandje viens te surprendre Et brûler ma vie aux rayons de tes cheveux, Phaétuse que ma caresse douce et tendre Unit mon cœur à ton cœur, tandis que les bœufs Du soleil avec les génisses de la [une Fourragentjusqu’au soir, dans les pacages bleus, Le blé d’or aveuglant et le seigle nocturne!
LE PÊLICAN MYSTIQUE.
Le Pélican mystique au bord des marais d’ombre Arrache de son bec les plumes de ses ailes : Où le Dieu s’est baigné se baigne à présent l’ombre, Où le blond Précurseur a passé passe frêle Le duvet envolé de l’oiseau sur le bord; La coquille d’éclat qui servit, certaine heure, A répandre le flot baptismal sur le corps De celui qui venait vers la terre meilleure, De nacre et d’émeraude et d‘or sert à l’oiseau De coupe, où de son bec séché par la soufirance De n’avoir plus revu le Dieu de son silence.
Il calmera sa soifsainte et mystique à l'eau, Dont l’argent comme un par nimbe de claire source Purifia les blonds cheveux du néophyte! Et ses pattes dans la vase verte et la mousse, ‘ Le Pélican arrache encor ses plumes tristes! EDMOND PILON.
HYMNES GNOSTIQUES 73 YMNES @N©SBÏËÏ@ÜES Lorsque l’infatz‘gable et fécond Phytourgos Eut entassé partout ébauches sur ébauches, Forinidables défis jetés au saint Logos; Lorsqu’il eut consommé les suprêmes débauches Et les œuvres sans nom de son rut créateur, Etqu’en tous lieux, hideux, stupides, cruels, gauches, Troublant l’océan vierge ou souillant la hauteur, On vit l’ichthyosa ure et le ptérodactyle' Promener sous les cieux leurflot dévastateur ; Quand il eut déchaîné sur le vallon fertile Les cris du sanglier et le bec du vautour, Qu’il eut fait l’aflreux singe et le {ébre inutile; Tel qu’un mage debout sur le haut d’une tour, Il contempla son œuvre aussi sotte qu’z‘nfâme, Et vers le saint Logos eut un tardif retour.
« C’est honte, crz‘a-t—iI, et vraiment grand dÿ7’ame, De n’avoir rien créé de sublime et de grand ! » — Et d’un rayon d’aurore ilfit l’homme et lafemme. Et sous lesfrais rameaux du cytise odorant, Les couples éperdus joyeusement s’unirent, Mêlant leurs cris d'amour aux sanglots du torrent“ Le vallon tressaillit; les coteaux s’aplanirent, Et le monde fut plein d’ineflables ébats Et d’augustes hymens que les Eons bénirent!
74 L’INITIATION Malgré la faim, la mort et leurs âpres combats, Chaque homme eu! son moment d’ivresse fugitive, Et pour symboliser les bonheurs d’ici—bas, Les Esthêtes ontfait l’Obélz‘sque et l‘Ogz’2æ! FABRE DES ESSARTS. UNA SALUS A CELLE QUI DOIT VENIR Amer, brisé, vaincu, saignant comme une hostie, Les noirs enfants d’Hylé m’avaient pour marchepied, Lorsque près de la tombe, où mon front s’appuyait, J’ai senti la douleur en mon âme amortie.
A l’innomée auguste, à vous, noble Pythie, Espoir qui consoleg le chercheur inquiet, J’adresse le salut triomphant qu’envoyait Le grand Synésius à la grande Hypatie. Oui, les et gloire à vous, invisible Héléna, Qui descendre,” un jour du mystique Sina, Pour mettre vos pieds blancs sur le veau d’or infâme, Comme un soufile grandit, comme une onde s’épand, Que votre Œuvre sefasse, et l’antique Serpent Pour la seconde fois périra par la femme! FABRE DES ESSARTS.
NOTRE BULLETIN POLITIQUE N©T’RE BULLJË'E‘HN P©LlTÏIQUE Le calme du mois de juin ne doit pas nous tromper; nous n’entendons aucun éclat; aucun coup de foudre, mais le ciel est orageux de tous cotés.
La grande agita trice concentre son action sur le Nil; outragée à nou veau au Cap, au Venezuela, au Caire, elle cède partout; elle accepte la démission de Cecil Rhodes; elle se retire sans coup terir devant le Venezuela armé, elle rembourse la caisse égyptienne — non sans arrière—pensée du reste. — Mais la Crète est soulevée si bien quél’union des puis sances européennes ne la peut apaiser; la Macédoine s’agite, l’Arménie s’émeut: inutile de chercher, sous quelle influence; le gouvernement hellénique n’a pas gardé le secret des sollicitations britanniques dont il n’ose accepter la responsabilité.
En Allemagne, la réforme électorale de Vienne, les changements ministériels de Berlin, antisocialistes et guerriers, parlent d’eux—même. Aux États-Unis, les préliminaires de l’élection présiden tielle annoncent déjà avec quelle ardeur sera soutenue la fameuse doctrine de Monroe, remise autant que jamais en honneur.
L’Asie nous envoie les Ambassadeurs de la Chine et et du Japon pour solliciter dans toute l’Europe quelque secours en leur rivalité si grosse de dangers pourl’avenir. Notons encore la tentative d’assassinat contre le nou veau shah de Perse, toujours par un Baby. Enfin le volcan nihiliste gronde aussi quelque peu: co’mplot étouffé en Russie avantle couronnement; bombes à Barcelone, pétard à Paris.
Chez nous-mêmes nous savons tout ce que renferme de difficultés capitales cette question des impôts sur les revenus, sans son apparence anodine de difficulté bud gétaire. Mai tout cela n’est encore qu’à l’état de menaces que tout le monde redoute assez pour en reculer le plus pos sible l’accomplissement. Profitons de cette fausse accal mie pour causer un peu plus à fond, sur les principes.
76 L'INITIATION Les fêtes russes que nous avons dû laisser de côté vont nous en fournir l’occasion. Leur caractère sacré et universel ne vous a pas échappé, sans doute; vous vous en rappelez le tableau majestueux: Le jour solennel annoncé pendant une semaine en grande pompe dans toute la ville sainte par quelque grand officier du palais, est enfin arrivé.
Précédé des insignes souverains que le clergé consacre, annoncé par les clameurs de la foule, le couple impérial arrive au seuil de la vieille cathédrale semi-orientale; après trois génuflexions il baise cette image de la vierge que la tradi— tion attribue à l'évangelist“ saint Luc. et pénètre dans le temple Où l'attend le grand prêtre.
Entouré de ses pre ‘miers dignitaires, en présence des délégués de toutes les nations civilisées, l’empereur reçoit le manteau, le scep tre et la couronne; il en baise d’abord la croix, puis, l‘élevant sur sa tête, il se présente à tous comme le chef consacré et fidèle de son immense empire.
Ensuite,symbole aussi charmant qu’expressif, il touche de ce diadème le front de l’Impératrice agenouillée devant lui, la couronne elle aussi, la relève, l‘embrasse et reçoit à son tour l’accolade de l’Impe’ratrice mère. Enfin, seul debout au milieu de cette foule brillante prosternée, l’Empereur entend et répète la Prière pour le Peuple russe, dont la destinée vient de lui être remise au nom de Dieu. et l’exhortation‘du Prêtre qui le bénit.
Puis les portes du sanctuaire se referment sur lui pour la consécration suprême par le saint sacrifice; seul entre tous les fidèles laïques il est admis à y assister et pour la seule fois dans sa vie.
Il en est ressorti, dit-on, aussi pâle, aussi profondément ému que de la chambre mor tuaire où son père, en une imposante entrevue, a con sacré ses derniers moments à lui transmettre les tradi tions sacrées avec la charge, écrasante sans elles, de l’Empire. Telle fut la partie essentielle de cette solennité pré parée, vous le savez, par huit jours de retraite pieuse, de prières et de jeûnes, comme la bénédiction des che— valiers anciens. . Voilà la part de la religion humaine; maintenant c’est _I’Universelle Puissance elle-même qui va parler!
NOTRE BULLETIN POLITIQUE Le couple impérial est rentré au Palais ; il se montre: un demi-million d’hommes accourus de tous les points de l’immense Empire I’acclamependant un quart d’heure entier ; c’est la voix du Peuple qui le consacre à son tour.
Mais qu’est-ce donc? quel drame épouvantable est étouffé sous ces clameurs? quelle blessure s’ouvre au flanc de ce peuple en‘ tant qui, dans son enthousiasme, ne la ressent même pas ? -— Faitincroyable, inoui: en un coin disposé pour les largesses populaires, pour la joie si rare du pauvre, la foule compacte recouvre, emplit jusqu’aux fossés qui bordent la place immense, quand, attirée par les instincts de l’avidité, de la jalousie peut— être, par toutes les passions filles de la misère, la voici, cette foule aveuglée, qui passe sans s’en apercevoir (I) qui piétine sur la tête de tous ceux que le niveau du sol met au-dessous d’elle, écrasant, inconsciente, des milliers d’êtres humains, des femmes, des enfants accourus pour l’amour et pour la joie l Et l’empereur, et l’Impératrice, le cœur brisé, à moitié défaillants sont condamnés à voir, sous leurs yeux, sai gner ce peuple aimé plus que jamais en ce jour, sans qu’il leur soit un instant permis d’interrompre les fêtes traditionnelles, consacrées.
N’entendez-vous pas clairement ici la voix de « Celui à qui seul appartiennent la Gloire, la Majesté, l’Indépen dance », disant au Monarque qu’il vient de consa crer: ' Rappelle—toi que la Puissance dont je te revêts est la mienne; que, par elle, ton cœur doit s’élever comme mon universelle Providence au—dessus des multiplicités individuelles, soumis à la Loi purifiante du Destin, con fiant dans les transformations sacrées de la mort elle mêmel Responsable devant Moi des souffrances du moindre de tes sujets, tu devras cependant les oublier quand la voix du Peuple en réclamera le sacrifice ou quand les arrêts de ma justice seront prononcés.
En t’élevant si jeune au-dessus de tous, j’entends que ton âme se maintienne en la région sereine des Lois Univer selles, la seule où I’Unité engendre la Sagesse et la Force, et que de là tu élèves vers Moi ce peuple, tout jeune aussi, que je viens de remettre en tes mains I
78 L’iNITIATION Et le peuple lui-même, que dit-il ? Va-t-il s’emporter, blasphémer, maudire son Empereur ou le Destin? Nul lement: il incline le front et dit avec humilité: Mecî culpâ; c’est que je méritais d’être puni; Dieu soit loué ! Tout l’esprit du Peuple Russe est là.
La piété humble, avec un respect, un amour ardent de la Majesté, de la puissance; le patriotisme le traduit par un besoin de s’imposer au moyen de choses grandes, solennelles, religieuses, à l’attention du monde entier.
Ce n’est ni fierté chevaleresque, ni vanité, ni avidité, c’est un sentiment de grandeur qui s’inspire sans cesse des choses divines. - Un Anglais va nous le dire à propos des croix innom— brables plantées par les navigateurs russes sur les plages ‘ désertes de la mer blanche : ( Le matelot anglais arrêté par les vents contraires quitte avec la colère au cœur, l'imprécarion aux lèvres, la plage sur laquelle il a été retenu prisonnier; le Russe laisse sur chaque côte un tableau, un signe d’actions de grâces.
Le Moujick n’est pas courtisan, il est religieux; le sentiment qui, dans un cœur russe, domine tous les autres, c'est celui de son devoir envers le Créateur; il se manifeste dans tous les rangs de la société, dans toutes les situations de la vie... Nuit et jour, depuis le berceau jusqu’à la tombe, le Russe vit en société avec Dieu...
Comme l’Arabe, le Slave est essentiellement religieux (r). ) Ne dit-on pas vulgairement par toute l’Europe la Sainte Russie, comme on dit la belle France, la perfide Albion, la rêveuse Germanie? Nous caractériserons donc la Russie comme un peuple essentiellement pieux, et aussi comme un peuple forte ment unitaire, d’une unité qui, actuellement, se réalise par l’autocratie.
Nous nous rappellerons que ce sont là les signes de la première jeunesse dans l’évolution so— ciale, mais nous devons observer cependant que cet âge approche de sa fin. L’esprit d'indépendance commence à souffler sur la noblesse et il sera d’autant plus puissant que cette noblesse est ouverte par la remarquable insti— (1) La Russie libre, par W.-H. Dixon, traduction d’Emile Jouveaux.
NOTRE BULLETIN POLITIQUE 79 tution du Tchinn; la. religion aussi est de plus en plus discutée; les sectes se multiplient chaque jour, depuis celle si répandue des vieux croyants, conservateurs acharnés de la liturgie passée (1) jusqu’à ces sectes singulières des communistes, des nieurs, des étoufi'eurs, des tueurs d’enfants, des Kapitonnes (se suicidant), etc., qui signalent toute l’activité du gnosticisme par les excès même.
Enfin la Russie se distingue encore par l’étonnante rapidité de sa croissance; on ne peut la comparer sous ce rapport qu’à l’Amérique du Nord, bien que leur sphère d‘action soit toute différente: démocratique, realisatrice, fiévreuse pour celle.ci ; autocratique, religieuse et intel ‘1ectuelle(z), calme pour celle-là.
La dernière se réclame pour ainsi dire du Temps dont elle est si avare; la pre mière de l'Espace qu’elle remplit avec une incroyable persévérance, avec cette avantage unique de pouvoir et de savoir coloniser sur son propre sol.
C’est par cette occupation infatigable de la puissance terrestre que la Russie est devenue l’ennemie intime de la puissance maritime par excellence, l’Angleterre, exaspérée, effrayée de trouver le drapeau slave sur la plupart des côtes où son avidité la pousse.
Cet envahissement du sol n’alarme guère moins les puissances terrestres de l’Europe ; elles redoutent presque toutes ce panslavisme dont la force grandit à mesure que s’évanouit le fameux équilibre fondé en 1648, et cette crainte, qui correspond en effet à des con ditions nouvelles, n’a pas peu contribué à la prospérité de l’Angleterre, à l’acuité de son antagonisme contre la Russie, cause principale de nos perplexités actuelles. (I) Il est à remarquer que la réforme liturgique, contre la— quelle s’insurgent les vieux croyants, a été accomplie il y a deux siècles pour remédier à la décadence du culte, et d’après des documents puisés par l’évêque Nikon dans les couvents du Mont Athos. (2) Consultées sur une transformation de l’enseignement dans le sens industriel moderne, les assemblées provinciales se sont prononcées en grande majorité pour le maintien de l’enseignement classique.
80 L‘INITIATION Comment donc résoudre ce dualisme que nous n’avons fait jusqu’ici que signaler? La solution de cette difficulté sera en même temps la réponse à la question qu'on a fait l’honneur de poser à notre peut bulletin: Quelle en est donc la politique ?
Il était conçu avec l’intention de faire ressortir cette poli tique de l'examen des événements quotidiens au lieu de la poser à priori: mais ce serait peut—être, en effet, fort long, et puisque nous avons aujourd'hui quelques loi sirs, profitons-en pour indiquer très rapidement les prin— cipes que la suite appuiera d’observations pratiques. - 'V»4l Le marquis de Saint-Yves nous enseigne admirable— ment le type social accompli; mais on ne peut le créer de toutes pièces; il faut y arriver et suivœ pour cela les lois naturelles de l'évolution.
Fabre d’Olivet nous en a dit parfaitement les acci— dents et les écueils, mais il a réservé le chapitre où il de— vait nous dire comment les éviter. C’est ce chapitre qu’il faut refaire aujourd’hui non plus comme au temps de Fabre d’Olivet, mais selon les exigences contempo mines.
L‘Europe cherche actuellement son équilibre entre trois envahissements qu‘elle redoute également et dont nous savons les dualismes consécutifs: L’absorption britan— nique, le Panslavlsme et le Pangermanisme; c’est dans leur antagonisme que réside toute la Politique de notre siècle. Voilà une première erreur que quelques principes vont mettre à nu.
On a dit et parfaitement démontré que toute société humaine est un organisme (i) ; mais cette assertion com porte plusieurs conséquences qu’on a le tort d’oublier trop souvent. D'abord cet organisme doit avoir une âme et un es— prit aussi bien qu’un corps dont on s’occupe trop exclu stvement. (1) Voir notamment: Organisme et Société, par Worms, excellent exposé d’ensemble de tous les arguments de cette thèse. "h‘*”"”’ "_“ ""*""“'/-“Î'Αmî A ' _
NOTRE BULLETIN POLITIQUE 8 I _ En outre, il n’est pas parfait, il est en formation, en évolution incessante; notre histoire n’est que le récit d’une période encore inachevée de cette transforma tion. Enfin, il est nécessaire de distinguer trois ordres d’or ganismes sociaux, trois degrés de formation évolutive : celui de la nation, celui de la famille de nations, ou race et celui de l’humanité terrestre tout entière.
Le premier est l’élément des deux autres, de sorte qu'il y a entre eux une hiérarchie d’importance et de succession telle qu’à une époque donnée, l'humanité est toujours moins avancée que la race et celle—ci l’est moins que la nation. En termes pratiques, c’est—à-dire que la politique internationale dépend de la politique intérieure. Voilà un premier principe à retenir.
L’évolution d’abord turbulente, agitée, marche pro gressivement vers un équilibre dynamique harmonieux; elle s’en approche par quatre saisons préliminaires cor respondant à l’éclosion d’autant d’éléments fondamen— taux de l’organisme. Pour la nation, ces éléments sont le clergé, la noblesse, la bourgeoisie et la plèbe, natu rels, indestructibles, ils sont tous indispensables à la constitution normale qui ne se trouve que dans leur syn— thèse.
Dans cet ordre, l’avènement de la plèbe étant avancé, nous pouvons entrevoir déjà l’harmonie finale à travers les luttes qui nous troublent encore, mais dans l’ordre international nous en sommes toujours à la formation des éléments, et il est aisé de voir ce qui reste à accom plir en ce sens.
Regardez l’ethnographie de l’Europe : A l’Orient: les peuples slaves, les plus récents, pieux, envahissants, mais non conquérants proprement dits; re— ligion orthodoxe. — Panslavisme. Au centre : peuples saxons ; raisonneurs, conquérants; religion protestante. — Pangermanisme. A l’ouest: peuples latins, les plus anciens; indépen dants, sceptiques, livrés à la science et aux tentatives so— ciales. . En dehors d’eux, en mer, une nation achevée : l’An—
_ 82 L’INITIATION gleterre, chargée d'une fonction des plus remarquables, celle de nutrition et de circulation, et qui n’est envahis sante que parce qu'elle entend remplir en mode égoïste cette fonction où elle excelle. Voilà nos quatre éléments internationaux: D’autre part, suivez l'histoire de l’ère chrétienne et vous allez voir leurs âges respectifs.
Dans les six premiers siècles, prédominance religieuse par l‘empire romain, celui de la race latine; Dans les six siècles suivants, domination laïque par les armes; la Noblesse où la France tient la tête. Du xn° au xv1n° siècle, la même puissance laïque passe de l'épée à la robe, à la Bourgeoisie financière et fron deuse; la race anglo-saxone en inaugure le triomphe par le protestantisme et l’achève par l'économie et le régime parlementaire.
A partir du XIX' siècle, la puissance devient plébéienne, et l’importance internationale de la race slave s‘accentue, Le rapprochement n’est-il pas clair? Ne voit-on pas que l’harmonie européenne ne sera pas possible avant que la race slave ait accompli à son tour sa complète éclosion, puisque l’harmonie nationale ne se fera sans la perfection de la plèbe.
Dernières venues l'une et l’autre, elles nous annoncent toutes deux l’ère d‘harmo nieux équilibre; à nous d’oublier notre égoïsme pour les aider au lieu de les craindre (1). Ainsi: 2° principe: Il est nécessaire de déwlopper les Nationalités; si nécessaire même que j’oserai dire: Au Panslavisme et au Pangermanisme il faut ajouter le Pan latinisme par l’union des races latines autour de la France.
Et qu’est-ce qu’achever une nationalité? — C’est idem tifier la Nation, ou ensemble des citoyens unis par un (i) Si l’on trouve singulier ce rapprochement de la Plèbe et de l’autocrate Russie, ou voudra bien remarquer que les pr1_L férences spontanées et constantes de celles—ci sont précisément pour les peuples les plus démocrates: la France et les États— Unis; qu'elle est la patrie du Nihilisme, et enfin que, par sa puissance essentiellement territoriale, elle présente l'élément Terre, comme la Plèbe s'y rattache par sa fonction réalisa trice. v -«———rï- w“ 4 ::2
NOTRE BULLETIN POLITIQUE 83 même parti social, c’est—à-dire par la volonté humaine, au Peuple, ou ensemble des citoyens unis parle sang, les. sentiments, la langue, les traditions, c’est-à-dire par la Nature.
Il est aisé de voir que de cette identification ressort immédiatement l’attribution des frontières natu relles. ’ Mais, va-t—on dire, les individualités ainsi achevées ne vont pas manquer de se heurter, d’entrer plus que jamais en guerre, et en guerre formidable que toutes celles passées. — Sans aucun doute, mais le remède est simple et proche: C’est l’organisation de la démocratie en chaque nation, parce que la Démocratie est, de par l’es prit d’égalité, autant que par la fonction économique qui la domine, de nature fusionnante.
C’est un fait assez clair aujourd’hui pour qu’il soit inutile de s’y arrêter.
Comment organiser la démocratie? réservons ce, pro blème auquel le congrès socialiste prochain nous ramè— nera tout naturellement; disons seulement qu’il appar tient aux races les plus anciennes, en Europe aux races latines, de procéder à cette organisation normale afin d'en fournir le modèle aux races plus jeunes : la force évolutive de la Russie, ses tendances actuelles mêmes nous assurent qu’elle adoptera rapidement ce modèle le jour où la perfection en sera révélée par l’expérience.
Ainsi, troisième principe : Toute l’attention des races latines, et particulièrement celle de la France, leur chef naturel, doit se porter sur l’organisation normale de la démocratie. (le n’est pas tout encore: nous venons de créer deux forces contraires: une puissance et une résistance, il reste à les combiner de façon que ni l’une ni l’autre ne soit prépondérante, sans qu’elles s’annulent non plus dans un équilibre immobile; il ne nous faut ni la guerre, ni l’uniformité, miles chocs, ni l’arrêt, mais un jeu facile, régulier, de l’organisme, la mobilité, la diverstté dans l’unité.
I Le moyen est simple encore et rapproché: c’est la Fédération. On _sait comment à l’intérieur elle respecte la variété sans nuire à l‘unité; dans l’ordre international il est facile d’en concevoir l’effet; les frontières contes tées s’effacent pour ainsi dire dans les relations des pro
84 L’INITIATION vinces voisines, parce que l'indépendance de ces pro— vinces par rapport à leurs centres respectifs, laisse libre leurs analogies naturelles.
Par la Fédération, l’Alsace et la Lorraine ne seront plus des épines aux flancs de l’AI— lemagne et de la France, parce que leurs rapports avec la Champagne et le duché de Bade seront également libres ; parla Fédération, la Pologne restaurée sans in convénient pourra vivre de la vie slave à côté de l’Alle magne et de l’Autriche; par la Fédération, l’Angleterre aura résolu la question vitale de l’Irlande.
Faut-il montrer d’ailleurs combien cette fédération est naturelle en toute l’Europe? Combien d’excellents es prits ne la souhaitent-ils pas en France par une large décentralisation I Elle fonctionne presque dans le royaume uni de Grande Bretagne. Elle est la vie natu relle de l’Allemagne qui y reviendra dès que le joug prussien lui sera tout à fait insupportable; on en peut dire autant de l’Italie.
Quant à la Russie, comment pourra-t-elle sans fédération rassembler la Serbie, la Roumanie, la Bohème, avec la Russie blanche, la Petite Russie, la Tartarie et la Sibérie? Est—il nécessaire enfin d’insister pour montrer com ment de la Fédération de chaque nationalité doit résul— ter presque instantanément l’idéal de la politique mo derne: la Confédération des États européens! ‘1' -Vh.
Voici donc en résumé toute cette politique interna— tionale: et particulièrement celle de la France à qui nous montrerons qu’appartient tout spécialement la fonction psychique d’éducatrice de ses sœurs : Favoriser les nationalités européennes en dehors de l’Angleterre parce que sa personnalité est complète; , dans ce but s’attacher notamment aux alliances, natu— relles du reste, avec la Bohème, la Serbie, la Roumanie et la Russie, dans l’intérêt du panslavisme ; celle de I’Es pagne, de l’Italie, de la Suisse, de la Belgique et de la Grèce même, pour créer le panlatim‘sme.
Réduire l’égoïsme des personnalités ainsi créées en organisant à l’intérieur la démocratie normale , par l’harmonie hiérarchique des quatre classes élémentaires.
BBLIOGRAPHIE 85 Harmoniser ces deux contraires d’unité forte et de démocratie dispersive par la Fédération, et comme elle est presque réalisée partout ailleurs, en hâter l'éclosion en France par une large décentralisation provinciale qui n’entame en rien les intérêts communs de l'unité.
Sera—ce étonner nos lecteurs que d’ajouter encore un autre objectif comme une nécessité primordiale de ces trois accomplissements, celui de l’harmonie de la pen sée par la pénétration réciproque de la science et de la religion, c’est-à-dire le réveil et l’adaptation moderne de l’ésotérisme ‘? Cet acte-là, c'està vous, cherslecteurs, qu’il appartient particulièrement d’y travailler, à vous qui savezce qu’est la Science sacrée. TRIPLEX.
“ŒRWPE Mairrsmmr D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES Le mouvement occultiste s’annonce comme très pros père en Espagne. La Branche de Madrid vient de publier la traduction de l’Etat de Trouble. et les loges marti nistes se développent rapidement. Toutes nos félicita tions à M. R. de Aldaov et au Dr Bercero. ‘ .
Une branche régulière du Groupe vient d’être fondée à Toulon (Var),et nous comptons beaucoup sur l’activité de son président pour donner en cette ville une poussée à l’occultisme. 0‘. L'activité du Groupe à Paris reprendra complètement en octobre prochain sous la direction de Papus qui fit plusieurs conférences au nouveau local du Groupe.
86 L'INITIATION BÏBEÆQGä-ÈAEEÏLE Mnws DECRESPE, Manuel de graphologie ;appliquée, 2 vol. in—16, Paris, Guyot. Dans la collection A.-L.Gu_yot, M. Marius Decrespe vient de faire paraître un manuel de graphologie en deux petits volumes, manuel qui présente une assez grande originalité. Il est cependant difficile de faire du nouveau dans une science aussi consciencieusement étu diée que celle-là: les gros volumes abondent.
Aussi n’est-ce pas la richesse des documents, la perfection des dictionnaires qui font la valeur de cet ouvrage. M. Ma— rius Decrespe a su classer d‘une façon synthétique et organiser pour ainsi dire ce qui n’avait été jusqu’ici que compilation.
Papus, avant lui, avait déjà dans des con férences très appréciées de ceux qui les ont suivies, ap— pliqué la puissance de son esprit organisateur à la gra— phologie et apporté les résultats de son expérience personnelle: malheureusement ses schémas et sa méthode étaient restés jusqu’à ce jour non publiés.
M. Marius Decrespe s’est inspiré en partie de ces renseignements,et ce n’est certes pas un reproche que je lui adresse, car nul d’entre nous n’a tracé une route que Papus n’ait déjà plus ou moins défrichée. Et d'ailleurs M. M. Decrespe a su joindre à cette réalisation sa note bien personnelle.
La classification planétaire des écritures qui rapproche la graphologie de la chiromancie et de l'astrologie; le soin que l’auteur a apporté de ne jamais séparer ces sciences intimement unies dans leur essence comme dans leur méthode, montrent à la fois que M. Decrespe a bien pénétré les relations ésotériques des différentes branches de l’Hermétisme et que d'autre part il a su, par une continuelle pratique de ces sciences divinatoires, ac— quérir la clefde ces mystérieuses connaissances.
Ce livre n’a pas d’ambition: il se présente modestement et ne ressemble en rien aux gros traités dogmatiques; il sera peut-être plus utile aux travailleurs sincères. Dr Marc HAVEN.
BIBLIOGRAPHIE 87 MARIA DERAISMES. — Œuvres Complètes. Eve dans l’humanité; les Droits de l’en{a_nt; France et Progrès; conférence sur la Noblesse. 2 vo . m-18. Paris, Alcan, 1895. Portrait hélic gravé, 3 fr.
50 le vol. Avant de présenter à nos lecteurs l’œuvre importante de cette femme célèbre, la protagoniste du mouvement féministe en France, il convient de dire quelques mots de sa vie peu connue, d’après la notice que lui a consa crée M. Jean Bernard.
Descendante d’une famille de bons bourgeois flamands qui avait apporté dans le Paris bourbonien et jésuitique de 1830 l’esprit d'indépendance des vieux ancêtres du moyen âge, Maria Deraismes fut élevée et instruite par sa sœur, M'“ Peresse-Deraismes, plus âgée qu’elle de sept ans; mais à partir de dix—huit ans la jeune fille con tinua seule ses études, en étendant le cadre à l’histoire de toutes les religions, au cercle de toutes les philoso phies.
Mais à toutes ces cogitations abstraites, la croyance en une justice suprême, en une vie future, en l’immorta lité de l’âme avaient résisté ; et cette lumière d’idéalisme brillera plus tard d’un vif éclat au front de l’orateur qui viendra féconder les masses obscures de la Franc—Ma çonnerie athée.
L’édition complète de ses œuvres, que nous devons aux soins pieux de Mme Peresse-Deraismes, ne doit pas conprendre moins de six à sept volumes contenant les œuvres de philosophie sociale, de polémique politique et religieuse, de littérature et de critique.
Nous avons sous les yeux les deux premiers tomes de cette collec tion; et, ayant en trop grand respect le labeur sincère et altruiste, pour donner ici, sur ce résumé de toute une vie de travail, quelques phrases d’appréciation tronquées, je me bornerai simplement à la tâche de dégager les grandes lignes de cette figure originale, et les concep tions fondamentales de cette puissante intelligence.
Il faut distinguer dans les doctrines de Maria Deraismes celles qui ont pour objet la femme, et celles qui s’éten dent aux autres sujets philosophiques et sociaux; les premières sont la clef des secondes; c’est par conséquent d’elles seules que nous nous occuperons. Répétons-le encore,Maria Deraismes était la femme la.
88 L'INITIATION . mieux préparée de son temps à soutenir l’étendard des revendications de son sexe; une imagination brillante, une érudition peu commune, une raison lucide, et une indépendance trop rare, des préjugés de caste et de na tion la qualifiaient excellemment pour le rôle qu’elle joua.
Mais, si haut qu’elle sût s’élever dans la culture intellectuelle, elle ne put cependant dépasser le cercle de la science exotérique, ni arriver aux régions trans cendantes de l’inspiration.
Si enfin, au lieu, dans son étude des livres sacrés de l’humanité, elle ne s’en était pas tenue à la lettre, mais si elle avait pu se hausser jusqu’à la conception de l’esprit vi vifiant qu’on peut y découvrir, du même coup ses théo ries téministes, profondément modifiées, auraient plei nement correspondu à la réalité organique de la Nature.
Elle avait été pourtant initiée à la Maçonnerie, mais personne ne lui avait montré la véritable lumière de l’étoile flamboyante; bien que ses relations, dans cette société, l’eussent mis en présence des chefs les plus émi ‘ nents, aucun d’eux ne luiconféra l’initiation réelle.
Sa conférence Eve dans l’Humanité,dont le titre sem— ble cependant beaucoup promettre, est fort décevante pour un oecultiste ; remplie de pensées généreuses, pa vée de bonnes intentions, le principe capital de sa théo— rie lui échappe constamment. Aucune de ses élèves ne l’a encore aperçu, comme l’auditeur du dernier Çon grès féministe peut encore se le rappeler.
Ce principe, c’est le suivant : la femme n’est pas l’égale de l’homme, mais bien la complémentaire; et chacun de ses rôles, comme mère, sœur ou épouse, n’est que l’ex pression de la faculté volitive de cet homme universel, de cet Adam, de ce Manou, dont parlent les textes hié— ratiques. — Mais l’espace nous est mesuré, et, à notre regret, nous ne pouvons ni établir la preuve de notre dire, ni indiquer les conséquences dans la pratique.
Nous espérons que la sagacité du lecteurs y suppléera, surtout s’il prend pour guides, dans ses adaptations, des œuvres aussilumineuses que celleî.._de Maria Deraismes. SÉDIR.
CORRESPONDANCE 89 SAINT BERNARD. — Traité de l’amour de Dieu. Rio-de . Janeiro. 1895, in-8.
La présente traduction de cette œuvre célèbre est la réimpression de celle du père Antoine de Saint-Gabriel, publiée sous le patronage de l'apostolat positiviste du Brésil, au siège central de l’Eglise du même nom. ‘ Miguel Lemos, le directeur de la dite Église, nous ap prend que l’édition du même livre publiée en 1867, par les soins de Pierre Jannet, avait été épuisée depuis long— temps.
« C’est surtout, dit ce dernier, la hauteur d'ins— piration avec laquelle saint Bernard traite son sujet, la force des raisonnements à l’aide desquels il établit que l’homme doit aimer Dieu, non pour les biens qu'il en 'reçoit, non pour la crainte des châtiments, mais pour Dieu lui-même et uniquement pour Dieu. » C'est égale ment ce qui, dans cet opuscule, reproduit exactement l’esthétique de l’occultisme, telle que, des dizaines de siè— cles avant saint Bernard, — pour rester d’accord avec les orientalistes, — le chant du bienheureux la formule aux mystiques des bords du Gange.
C’est à ce titre que nous nous permettons de recom mander fortement la lecture de cette œuvre à nos lec > teurs. SÉDIR.
G@RRESE©NDANGB MONSIEUR PAPUS, Dernièrement, je fis connaissance d’une façon assez extraordinaire d’un médium écrivain et à incarnations qui semble être dirigé par un esprit des plus élevés de notre système solaire, qui m’a toujours témoigné la plus grande bienveillance et au moyen duquel j'ai obtenu des communications réellement intéressantes.
Elles le sont d’autant plus que le médium ne connaît pas même l’A B C de la science occulte, ce qui éloigne tome possi bilité de supercherie, et c’est à ce sujet que j’ai pris la liberté de vous écrire pour tâcher d’éclairerla communi
go L’INITIATION cation suivante qui m'a été donnée spontanément. (J’ai mis en italique les questions que j’ai posées): « Connaissez—vous cette nébuleuse.è Non, je ne la connais pas. Elle dépend de H. M. E. Je ne vous comprends pas. Le Vulcain forge, forge pour l’enclume et non pour faire. — Tout cela est une énigme pour moi; à quoi cela se rapporte—t—il ? — A la prochaine évolution terrestre.
Rappeleg-vous-la, elle s’éclairera seule dans quelques années. -— Quelle espèce de nébuleuse est-ce?
Nébuleuse planétaire, axe 12,faction tierce, dimen— sions monstres, réglée sur sphère visible, pleine sous Sa— turne, s’éclipsant à mi-axe et à reflets modiques et planis phériques desastreux pour la terre. » ' —- Est—ce une nébuleuse ancienne ou nouvelle ?. — Sort de sa sphère, a étédécouverte récemment par un élève d’un des plus célèbres astronomes modernes.
Peut-être que parmi les savants rédacteurs et lecteurs de l’Initiation il s’en trouvera quelqu’un plus versé que moi en astronomie et en astrologie qui trouvera la né— buleuse dont parle cette étrange communication et pourra en tirer l’horoscope.
Ceci est à rapprocher des prédictions sinistres que l’Initiation a rapportés dans un de ses derniers numéros et de cette période de catastrophes sanglantes qui, selon Trithème, doit précéder le retour du règne de Michael sur la terre, prophétie dont parle Eliphas Lévi dans son. Rituel. L. TOURNIER(ChiIi). Paris, 29 juin 1896.
MON CHER MAITRE, Saturninus demande dans l’Initiati0n (p. 292) quelles sont les dates où la Fête de Pâque tombe le 25 avril. Les voici: I 6661 734 — I 886. — I 943 à 2 038 —- z. 190. BAGLIS.
NOUVELLES DlVERSES 91 Nouvmms nvaasas Nous avons le plaisir d’annoncer à nos lecteurs que notre ami Sedir donne, à partir du mois de juillet, une série de'chroniques sur l’occultisme, dans la Revue Blanch e (1). a n o M. Jollivet Castellot, notre distingué collaborateur, rend compte du Mouvement idéaliste, dans le très inté ressant journal Demain, consacré à la jeunesse des Écoles (2).
Un obscur petit journal mensuel intitulé l'Avenir So cial a fait, dans la signature de M. Simonin, une étude sur la Magie qui maintenait les honneurs d’une repro duction in extenso pour amuser nos lecteurs, si notré place n’était pas si mesurée.
Après nous avoir attribue les opinions d’Aritote du Zend Avesta et autres, l‘auteur aeyl’article est tellement ému de l’existence des élémentals qu’il nousappeue de ce nom,après quelques autres injures d’un sel aussi piquant.
Si M. Simonin cherche une polé mique, il en sera pour ses frais; nous avons perdu l’habi— tude d'injurier ceux que nous ne pouvons comprendre Le D' Mage Elémental Papus remercie toutefois M. Si monin d’avoir pris la peine de cesser un instant l’évoca tion de Gambetta ou d’Hermès pour s’occuper de la Science des Mages.
Et il serait heureux que M. Simonin voulut bien consacrer chaque semaine à une étude d’une aussi fine subtilité philosophique. s. le. BIBLIOGRAPHIE Leitschrifldes Vereins fin Volkskunde. Jahrg, v. 1895, heft. 2. -— Weinhold, Légendes sur les nixes. -— Kable. (i) 1, rue Laffitte, Paris. (2) Administration, 5, rue de Savoie, Paris.
92 L’INITIATION Conjurations contre les maladies en Scandinavie. — Heft, 3. Fraenkel, Légendes relatives à la prise de fées et de ni.ves. — Heft.4, Reiterer, Les Sorcières en Styrie. — (Re— vue histor. : mai—juin 1896, p. 196). Jostes, Meister Eckhart and seine Jünger (Ibid. 21 I). GUÉRISON PAR LES GANTS On sait que le fameux Schlatter guérissait en imposant ses mains sur les gants des malades.
Au xvn° siècle, Gren trak l’Irlandais guérissait par ses propres gants ou en imposant les mains au malade (Goerres: .Mystique, v. 399), d'après Stuble (Miracutous Conformist). ..cl UN BEL OUVRAGE Nous avons reçu de M. Tenib un exquis volume de vers dont n0us ferons prochainement une analyse dé— taillée.
TRIBUNE DE LA arum ars REVUES "’ Notre éminente collaboratrice, M” la baronne de Sut tner, présidente de la Ligue autrichienne de la paix, nous envoie un appel chaleureux en faveur de Henri Dunant, que nous recommandons tout particulièrement à l’atten tion de nos lecteurs.
DETTE D’HONNEUR A l’hôpital communal d’une petite localité de Suisse, dans une chambre proprette mais dénuée comme une cellule — dame! avec une pension de trois francs par jour on n’habite pas un palais —- vit et travaille un homme dont voici le signalement : 68 ans, longue barbe blanche, doux regard, façons d’un parfait homme du monde, fi nesse d’esprit, parole éloquente et chaude... (I) Extrait de la Revue des Revues, 3 2, rue de Verneuil, Paris. —-_——-—.
TRIBUNE DE LA REVUE DES REVUES Eh bien! chers contemporains, ce vieillard à l’aspect si vénérable, aux allures si sympathiques, est en passe de devenir, si l’on n’y prend garde, une honte pour notre époque : qu’il vienne à mourir sans que toutes les nations civilisées lui aient apporté l’hommage de leur gratitude, ce serait, au front de notre humanité, une tache indélé bile.
On aurait beau ensuite élever des statues, frapper des médaillespt organiser des fêtes en sa mémoire, le remords n’en serait que plus poignant d’avoir laissé sa vieillesse dans la solitude, dans l’oubli, dans la détresse. Celui dont je parle, — Henri Dunant —- est tout sim plement le créateur de l’oeuvre la plus humainement grande et belle née jusqu’à ce jour _: la Croix-Rouge.
Un cœur brûlant de charité et débordant de pitié, une éner gie indomptable, un esprit de sacrifice à toute épreuve: voilà ce qui a fait naître et aboutir cette institution qui aujourd’hui couvre de ses ramifications le monde entier — le négus d’Abyssinie vient de s’y associer — et qui a sauvé des milliers d’existences, allégé des souffrances innombrables.
Voici en dix mots l’histoire de la Convention de Ge— nève, fondée en 1864, à Genève, par Henri Dunant. Jeune, riche, indépendant, ce patricien génevois se rendit au champ de bataille de Solferino pour y secou— rir les victimes.
En bravant mille dangers et fatigues, il parvint jusqu’à Brescia et de là, dans la voiture d’un cocher fugitif, jusqu’à proximité de Solferino où la ba taille venait de finir,jonchant le sol de quarante mille morts et blessés. La première victime dont Dunant s’approche est un pauvre soldat dont la figure est toute déchirée; notre Samaritain lui humecte les lèvres enfiévrées et bouche avec de la charpie le trou informe de sa joue.
Un autre, dont la cervelle s’est répandue sur les dalles d’une église, est poussé du pied par les passants parce qu‘il encombre le seuil en travers duquel son corps est tombé. Dunant protège les derniers moments de cet agonisant et, pieu sement lorsque le malheureux ne respire plus, lui couvre le visage d’un mouchoir. Alors, réquisitionnant l’aide de toutes les femmes du village, il transforme l’église en une ambulance. Et tout
94 L’INITIATION ce qu’il a vu ou ressenti dans ces heures d’angoisse, il l’a clamé au monde dans son livre Souvenir de Solferino. Sur la déplorable insuffisance des secours aux blessés ainsi dévoilée, Dunant appuya le projet de fonder une institution qui élargirait et organiserait ces secours.
Pour cela, il fallait obtenir la centralisation de tous les corps sanitaires et de toute personne privée qui se vouait aux soins des blessés; il fallait en outre obtenir une conven tion internationale. Et cette tâche ardue, presque impossible à entre prendre pour un simple particulier, Dunant, à force de persévérance et d’ardeur, l’accomplit.
Il voyagea de ville en ville, de cour en cour, parla aux ministres. aux rois et aux empereurs, tâchant de leur communiquer la flamme de sa propre conviction; sans craindre les fatigues et les déboires, sans se laisser décourager par les nom— breuses déconvenues, sans ménager sa fortune, qui, dans cette entreprise, fut presque totalement sacrifiée, il a poursuivi et atteint son but: une conférence interna— tionale de délégués munis de pouvoirs officiels se réunit àGenève, et la Convention dite de la Croix-Rouge y fut conclue.
Ce fut alors, pour le créateur de cette institution bénie, une période d’intime satisfaction et de gloire universelle. Fêté, reçu par des reines et des impératrices, on lui prodigua les décorations, les croix, les adresses de remerciements; on couronna —— à l’exposition de 1867 — son buste de lauriers; un Etat après l’autre entra dans la Convention.
Cependant (les grandes donations ne sont que pour les faiseurs d’hécatombes), Dunant ayant sacri fié les trois quarts de sa fortune à son œuvre avait, pour la refaire, engagé le reste dans une affaire malheureuse; il fut complètement ruiné.
Ses ennemis — le mérite en a toujours — profitèrent même de cette circonstance pour essayer de le déconsidérer, et meurtri, lassé, trop mo— deste et trop fier pour faire valoir ses droits à la recon naissance de ses contemporains, Dunant se réfugia dans la solitude, où, depuis, il fut si bien oublié qu’on le crut mort depuis longtemps. Ce que l’emblème de la Croix-Rouge a soulagé de morts, adouci d’agonies, sauvé de vies, cela est incalcu
TRIBUNE DE LA REVUE DES REVUES lable. Mais ce qu’il porte en germe de bienfaits futurs estplus incalculable encore.
Né dans un élan de fraternité — Tutti fratelli, s’écrièrent les Italiens en prêtant leur concours à Dunant pour soigner des Autrichiens — sou tenue par l’amour de l’humanité, répandant et fortifiant la pitié universelle, la Croix-Rouge ne peut, en se déve loppant, qu’aboutir à cette charité élargie et épurée, qui ne se contentera plus de panser les blessures, mais se refusera à les faire.
Une œuvre bien plus grande et plus belle que l’atténuation des horreurs de la guerre ce sera l'abolition de la guerre elle—même. Mais ce n’est pas par là qu’on pouvait commencer. Henri Dunant est le précurseur, en même temps qu'il en a toujours été le plus fervent adepte, de l’idée de la paix.
L’évê que d’Angers, Msr Freppel, lui 'écrivit un jour « Qui sait si votre appel, en dirigeant l'attention sur les lamentables effets de ces horribles catastrophes, n’imprimera pas aux belliqueux la terreur de la formi dable responsabilité qui leur incombe devant Dieu et les hommes 1’ Vous avez mis en mouvement un courant paci fique qui vaincra tôt ou tard tout obstacle. » C’est donc au nom des Sociétés de la Paix d’Europe et d’Amérique que la signataire de ces lignes, membre du Bureau international de la Paix à Berne, remercie tous ceux qui se cotiseront pour offrir à M. Henri Dunant un tribut de gratitude.
Des dotations nationales sont présentées aux grands hommes qui ont contribué — par d’innombrables massacres, hélas! — à la gloire de leur pays; ici, il s'agirait d’une dotation internationale pour honorer un homme dont la grandeur — immaculée de sang versé — a contribué à la gloire de toutes les nations civilisées, un homme dont l’œuvre, toute de noblesse et de bonté, a ennobli tous ceux qui y ont participé.
Voici venir — Dunant est né le 28 mai 1828 — l’anni— versaire de sa naissance. On a le temps, jusque-là, d’orgæ miser les souscriptions et on pourrait en remettre le pro— duit au destinataire à l’occasion même de cette date. Le Bureau central Suisse des Sociétés de la Croix-Rouge a Berne à bien voulu se charger de prendre en dépôt les sommes qui lui parviendront. Si on arrivait à réunir une somme très forte, je sais
96 L'INITIATION W. ‘—"'-‘ bien que ce vieillard aux goûts simples et modestes, ce patricien fier et désintéressé hésiterait peut-être à en prendre possession; ou bien, en passant par ses mains, l’argent retournerait bientôt à quelque grande oeuvre de salut public.
Cependant, si tous ceux qui auraient le devoir de par— ticiper à cet acte de gratitude, si les hommes et les femmes qui ont eu un des leurs sauvés dans une guerre passée, ou qui espèrent les voir secourus dans une guerre future, si ceux aussi qui comptent que le « courant pacifique » dont parle Mgr Freppel, et que Dunant a contribué à mettre en mouvement, écartera les guerres futures; si les Sociétés de la Croix-Rouge, les sociétés de la Paix, les sociétés patriotiques et autres corpora tions, si, surtout, les gouvernements de tous les pays se cotisaient, la somme réalisée devrait forcément être con sidérable et dépasser de beaucoup, je ne dis pas le mérite, mais les besoins du destinataire.
N’oublions pas toutefois, qu’il s’agit non d'un bienfait. mais d'un hom mage ; à ce titre aucune somme — fût-elle aussi élevée que les crédits couramment demandés et accordés pour perfectionner les moyens de faire des blessés et des morts — ne saurait être exagérée.
Dans notre époque si tourmentée, parmi tous ces déchirements, ces menaces des haines et des outrecui dances nationales, rien de plus consolant que de voir s’élever quelque grande conception universelle.
Ils sont encore rares, les élans de gratitude et d’admiration qui mêlent dans une même sensation des millions d’âmes latines, germaines et slaves; car jusqu’à présent les peuples n’ont appris à fêter que les héros de leur propre pays et à admirer le plus hautement ce qui a fait du tort aux autres... De nos jours, enfin, on commence àcomprendre qu’il n’y a de vrai bienfait que celui qui peut s’appliquer à tous en ne faisant souffrir aucun.
Telle l’œuvre de Dunant. Une ovation'à Henri Dunant serait par contre coup elle-même un bienfait, non pas pour le modeste destinataire auquel suffitle témoignage de sa conscience, mais pour la société entière.Elle témoignerait de la direc tion nouvelle de la conscience humaine, et provoquerait
REVUE pas REVUES 97 par là des bienfaits semblables à‘ ceux auxquels elle aurait rendu cet éclatant hommage. , -BERTHE DE SUTTNER. * se Nous publierons dans le prochain numéro la liste de souscription pour orner la tombe de René Caillie’. Jus qu’à présent l’1niliati0n a recueilli 150 francs.Nous signa lerOn‘s dès à présent parmi les principaux souscripteurs : Barlet,‘ 20 fr. — Papus, 20 fr. — Guaita, I0 fr. — Chamuel 20 fr.. — Dr Marc Haven, 10 fr. ‘— Triplex, 5 fr.—— Sedir, 10 fr., — Jean Tabris, 20 fr., etc., etc. La liste définitive et complète paraîtra le mois prochain. “ \ . Souhaitons 'vif succès à un nouvel organe spirite que publiera Gabriel Delanne à partir de ce mois. Nous reparlerons de cette publication qui ne peut manquer d’être excellente, dès que nous aurons reçu les premiers numeros. ' ' C Les examens de l’École secondaire de magnétisme de Lyon dirigée par le professeur Philippe viennent de se terminer. ' ' ' Les examinateurs étaient MM. Durville, Encausse et Philippe, et le D‘ E. Lalande dirigeait la commission de contrôle. Sur 80 élèves inscrits à l’École, 24 ont obtenu le diplôme de magnétiseur masseur. C’est un gros suc \ cès pour l’Ecole de Lyon, et les aptitudes pratiques des elèves ontété particulièrement remarquées. Le Gérant: ENCAUSSE. TOURS. — IMP. E. ARRAULT ET c", RUE DE LA PRÉFECTURE, O.
VIENT DE PARAITR‘E= Tirages à part. de L’INITIATION 7 LUMIÈRE INVISIBLE MÉDIUMNITÉ & MAGIE Avec 4 planches électrographiques inédites PAR PAPUS Prix . . . . . . . . . . . . . . . 1 fr. LE CAS . DE LA VOYANTE DE LA RUE DE PARADIS ‘ Devant la Tradition et la Magie I>AR PAPUS ‘ ibrochurein-i8.Prix. . .- . . . . . . 0,500. PUBLICATIONS DE L’INITIATION 5, RUE DE SAVOIE, PARIS
EN VENTE Chez CARRÉ, éditeur, 3, rue Racine, Paris PAPUS PREMIËRS ÉLÉMENTS DÈ CHIROMANCIE 1 vol. in—18 avec nombreuses gravures. Prix : 3 fr. 50 AVIS A NOS LECTEURS : Tout lecteur de l’Initiation qui détaclzera ce bon et‘Fenverra à M. Carré, 3, rue. Racine, en joignant un mandat de 2 fr. 75 à sa demande, recevra franco ce volume. CHIROMANCIE —— BON DE L’INITIATION — JUILLET 1896 PARIS CARRÉ, ËDITEUR 3, RUE RACINE, 3 1896
Principaux Ouvrages recommandés pour l’étude de l’OCCULTISME et de ses applications CONTEMPORAINS L’Évolution de l'ldée. ' L’Instruction Intégrale.‘ . f Le Serpent de la Genèse. ( Le Temple de Satan. F.-CH. BARLET . . . STANISLAS DE GUAITA . . Traité méthodique de Science Occulte. PAPUS . . . . . . . . . . Traité élément ire de Magie pratique. La Science des Mages. A. JHOUNEY. . . . . . Ésotérisme et Socialisme. RENÉ CAILLIÉ . . . . . . Dieu 'et la Création. CLASSIQUES F.LIPHAS LEVI . . . . . . La Clef des Grands Mystères. SAINT-YVES D’ALI‘EYDRE Mission des Juifs. FABRE D’OLIVET. . . . . La Langue hébraïque restituée. ALBERT POISSON. . . . . Théories et Symboles des Alchimistcs. LITTÉRATURE ( La Magicienne. ‘ ( A Brûler. ' ' \ ' Zanoni. ( La Maison Hantée. JULES LERMINA . . . . . BULWER LYTTON . . . . MYSTIQUE j Jeanne Leade. , p' _SEDIR' ' ' ' ' ' ' Jacob Bœhme et les Tempéramemb POUR DÉTAIL ET PRIX, S'ADRESSER: A la librairie EBIIIBBL, 5, rue dt Savais, PARIS Envoi Franco du Catalogue. TOURS, IMP. E. ARRAULT ET C".