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’Ïnitiation Revue philosophique des Hautes Études PUBLIÉE.MENSUELLEMENT SOUS LA DIRECTION 15E PAPUS î? 0. Æ Docteur en médecine — Docteur en kabbale 31’ VOLUME. — 9“" ANNEE SOMMAIRE DU N° 9 Juin (1896) __ ,4— PARTIE INITIATIQUE. . . Le Cas de M“° Couédon et la Tradition . . . . . Papus. . (P-197 à 244)-‘ La Génération du Futur ‘ et la Prophétie . . . . . St. de Guaita. (p- 244 à 269) Unité, Amour, Action. .Amo. (p.269 à 280). PARTIE LITTÉRAIRE...
L’Étang maudit (poésie). Guymiot. (p. 280à281). ' Bulletin politique (Triplex). — Groupe ésotérique. —— Échos. — Bibliographie. — Nécrologie. : René Càillié. Tout ce qui concerne la Rédaction et les Echanges doit être adressé Villa Montmorency, 10, avenue des Peupliers, Paris. Administration, Abonnements : 5, rue de Savoie Chamuel, éditeur. ——° . Le Numéro : UN FRANC. — Un An: DIX FRANCS
' PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Eflrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initiati0n est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion,à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’Initiaiion adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l’arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cle’ricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l’Initiation étudie impartialement,tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie. phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. L’Initiarion expose les opinions de toutes les écoles, mais n'appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie de la Revue (lnitia!ique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier. .
' L’Initiation parait régulièrement du 15 au 20 de chaque mois et compte déjà huit années d’existence. — Abonnement: I0 francs par an (Les collections des deux premières années sont absolument épuisées.) là.
L’Initialion du 15 juin I896 PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE l’1nifiaiz‘on 10 PARTIE INITIATIQUE AMO——- F. CH. BARLET, S.'.I.'.&—- STANISLASDEGUAITA, S.'. I.-. ;, -—GUYMIOT. —MARC HAVEN, S.'. I.'. gË—JULIEN LEJAY, S.'. I.'. & ÉMILE MICHELET, S.'. I.'. (C. G. E.) — LUCIEN _MAUCHEL, S.'. I.'. (D. S. E.) MOGD, S.'. I.'. —GEORGE MONTIERE, S.‘. I.'. i} —PAPUS, S.'. l.'. g; — QUÆRENS, S.'. I.'. (D. G. E.) — SÉDIR, S.'. I.'. -— SELVA, S.'.
I.'. (C. G. E.) 20 PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ABlL-MARDUK. -—AMELINEAU. — ALEPH. — Dr BARADUC. — Le F.'. BERTRAND 30‘ — BLITZ. — BOJANOV. -— JACQUES BRIEU. — CAMILLE CHAIGNEAU. —— CHIMUA DU LAEAY. -— ALFRED LE DAIN. — G. DELANNE. — FABRE DES ESSARTS. — D“ FUGAIRON. — DEI.É ZINIER. — JULES GIRAUD. — HAATAN. —— L. HUTCHINSON. — JOL LIVET-CASTELOT. — L. LEMERLE. — LECOMTE. — NAPOLÉON NEY. — HORACE PELLETIER. — G.
POIREL. — RAYMOND. — A.v DE R. —- Dr SOURBECK, — L. STEVENARD. — THOMASSIN. — G. VI TOUX. 5 HENRI WELSCH. —-—YAL‘1‘A. 30 PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAUBOURG. — JEAN DELVILLE. — E. GOUDEAJ). -— MA NOËL DE GRANDFORD. -— JULES LERMINA. — L. HENNIQUE. — JULES DE MARTHOLD. — CATULLE MENDÈS.-— GEORGE MONTIÈRE. — LÉON RIOTOR. — SAINT-FARGEAU. — ROBERT SCHEFFER. — ÉMILE SIGOGNE. -— CH; DE SIVRY. 40 POÉSIE CH.
DUBOURG. — RODOLPHE DARZENS. -— JEAN DELVILLE. — YVAN DIETSCHINE. — MAURICE LARGERIS. —- PAUL MARROT. — EDMOND PILON. — J. DE TALLENAY. -- ROBERT DE LA VILLEHERVE.
L'Initiarion du I5 juin I896 L’IN ITIATIO (“N’Ë’T‘ÏI’ÎËS’ŒNT’ DIRECTION ADMINISTRATION Villa Montmorency, i0, aven. des Peupliers PA RIS—A UTEUIL DIRECTEUR 2 PAPUS DIRECTEUR ADJOINT : Lucien MAUCHEL ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO C H A M U E L il,llue de Savoir: Rédacteur en chef: PARIS F.-Ch. BARLET Secrétaires de la Rédaction: FRANCE, un au. 10 tr. J.
LEJAY — PAUL SÉDIR _ [2 h-_ RÉDACTION. —- Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité. L’indépendance absolue étant la raison d'être de la Revue, la Direction ne se permettrajamais aucune note dans le corps d’un article. Prière d'adresser tous les échanges : Villa Montmorency, 10, avenue des Peupliers, Paris. MANUSCRITS. — Les manuscrits doivent être adressés à la rédaction.
Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d‘avis spécial. Un numéro de la Revue est toujours composé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant. ' GROUPE IIIIJEI’EIDAIT D'ÉTUDES ÉSII'IËRIQIIES v1,600 Membres — 104 Branches et Correspondants — Groupes d‘Études fermés Les Membres ne paient ni cotisation ni droit d’entrée.
Pour tous renseignements, s’adresserparlettreà M. PaulSÉDIR, directeur adjoint, 4, rue de Savoie, Paris, en joignant un timbre pour la réponse. Principales Sociétés adhérentes au Groupe . - ORDRE MARTINISTÊ ORDRE KABBAUSTIQUE DE LA ROSE î‘CROIX. —ÉGLISE GNOSTIQUÆ
La reproduction des articles inédits publiés par l'lnitiation est formellement interdite. à moins d’autorisation spéciale. PARTIE INITIATIQUE m l:As DE F“ ‘Œ@UÉD@N Spiritus flat ubi flult. La Providence, le troisième et le plus élevé des grands principes qui régissent l’Univers, ne peul pas attenter à la liberté qui forme l’essence de la Volonté humaine, le second de ces Principes.
L’Homme, dans sa marche vers la conquête de la réintégration dans l’Héritage de Lumière, est semblable au voya geur qui suit une route coupée de fossés et bordée de précipices; cette route est celle que le Destin, dernier des Principes, met équitablement à la disposition de l’homme d’après la balance des ‘mérites et des démé rites.
La Providence n’a pas le droit de soulever le voyageur qui, librement, va tomber dans un fossé : mais elle a le pouvoir d’éclairer la route et dedévoiler les périls, que l’homme pourra ainsi éviter. Elle pourra aussi faire crier au voyageur : « Casse—cou »!
Mais, si le voyageur s’obstine à se mettre en route par une nuit sombre, en se bouchant les oreilles, il sera seul cause de sa perte, et c’est lui et non pas la Providence qu’il faudra accuser. 4
1 98 L’INITIATION _ Partout dans les traits de notre visage, dans les si gnes mystérieux de la main, dans les inflexions de la voix même, la Providence à placé les avertisse ments qui nous signalent tel fossé, c’est-à-dire telle mauvaise inclination,ou tel précipice, c’est-à-dire telle dévorante passion. Voilà pourl’individu.
Partout dans la tradition populaire, dans la tradi tion religieuse et dans la tradition ésotérique, dans les signes du ciel, comme dansles signatures des êtres terrestres,la Providence a prodigué les avertissements qui signalent à une Nation tel fossé ou tel précipice. car la Nation est en somme le corps social dont les individus ne sont que les cellules.
Mais pourquoi l’homme a-t-il préféré étudier le langage du Destin que celui de la Providence, pour quoi l’individu a-t-il considéré ces marques occultes comme des erreurs d’un autre âge, pourquoi l’Uni versité, c’est-à-dire le cerveau de l’Être Social, a-t-il anéanti les collèges des Prophètes et couvert de ridi— cule les survivants de ces serviteurs du Père céleste, de Sabaoth le bon ?
Parce que le Destin triomphant a conduit les peuples au matérialisme, à l’athéisme, au malthusianisme et au militarisme par le moyen de l’antique Louve romaine et par l’effort que le Prin cipe Jules César a toujours fait pour détruire le Prin cipe Jésus-Christ.
Mais dans les moments des grands dangers, alors que les épreuves appelées par le culte du Veau d’Or vont purifier encore une fois la Nation, alors l’Esprit de Vérité se révèle de nouveau, et les apparitions se multiplient, le plan de l’invisible s’illumine pour les Ma“‘M"‘H“"Ç"” -—-.c«-,.g. n’y. -æ.m
LE CAS DE MADEMOISELLE COUÉDON I99 voyants, et les petites filles d’une école de village, la servante d’auberge de Tilly, voient apparaître la Vierge céleste, image astrale de l’Ame de la Nation; une jeune et humble fille de la bourgeoisie prophétise, alors que les orgueilleux évêques et les prétentieux membres de l’Académie des sciences cherchent dans les bouquins poudreux ce qu’ils trouveraient si facile— ment dans le ciel.
C’est que, tout comme l’homme, l’Esprit de Vérité est libre de choisir ses moyens, et il dédaigne généralement les corps constitués poür le recevoir, sans doute par crainte des commentaires. SPIRITUS FLAT UBI VULT.
C’est, exote’riquement, le fils d’un charpentier, un élève des esséniens, c’est-à—dire d’une secte de mystiques sans pouvoirs et sans honneurs, qui, il y a bientôt vingt siècles, flétrit de la belle manière les archevêques du temps, les pharisiens, qui répondirent en envoyant au gibet, après jugement régulier, le révélateur gênant, l’essénien Jésus.
C’est exotériquement une servante de ferme, une jeune fille bébête et naïve : J eanne d’Arc, qui, se préten dantvisionnaire etmissionnée,etjugée par une réunion d'ecclésia’stiques, va être condamnée quand un message de Gerson vient la sauver et lui fait confier une armée (I).
Elle ne perd du reste rien pour attendre, car, après ses victoires, elle tombe de nouveau sous la coupe des pharisiens de l’époque, qui l’envoient au bûcher pour la purger du « diable » qu’ils avaient déclaré l’infester. (1) Voir Saint—Yves d’Alveydre, Jeanne d’Arc victorieuse p. 298.
200 L’INITIATION Aujourd’hui, une petite bourgeoise prophétise, elle annonce des événements quz'ai*rz‘ventau jour annoncé, elle prouve sa mission par des faits très nets de vision dans l’atmosphère invisible des milliers de personnes qui viennent la consulter, elle refuse tout cadeau’et toute rétribution : voilà de quoi rendre fous de colère tous les pharisiens contemporains, et Dieu sait si la graine s’est multipliée depuis l‘origine!
Tout le journalisme matérialiste, tous les exploi teurs et les jouisseurs qu’on dérange dans leurs tripo tages, hurlent comme un seul homme: « A Charen ton! Un seul a osé tenir tête aux hurlements, un brave. que la vérité n’efi°raye pas, mon ami Gaston Méry, dont l’Inz'tz‘ation a longuement parlé à ses dé buts. A lui seul il a fait taire tous les autres.
Les académies n’ayant pas bronché, c’est une société libre, la Société d’études psychiques, qui, très courageusement, a abordé l’étude de ce problème. Je dois rendre ici hautement hommage au Président de cette société; le chanoine Brettes, qui a su conduire les enquêtes avec une largeur d’esprit remarquable. Il sera un peu le Gerson de la voyante.
La commission ecclésiastique a conclu sans trop se compromettre en disant que cette jeune fille n’était sûrement pas inspirée par l’Ange Gabriel, mais qu’elle pourrait peut-être être inspirée par le diable, quoique cela ne fût pas bien sûr.
Il est clair que si j’avais été un ecclésiastique, j’aurais été « diable ment » (pardon du mot) embarrassé; mais, comme je suis libre de toute attache en cette occurrence, je vais essayer de discuter un peu ce cas. œ-ï-.z;. ..-.m;...mæ,«— . .ÿ/um.,...., . .... A:«. : Wlflm«h. a .. u ,‘w,’ & 1 - . dl
LE CAS DE MADEMOISELLE COUEDON 201 Avant d’aborder cette discussion, parlerai—je des] véritables pharisiens actuels, mes bons amis de l’Aca— démie des sciences et de l’Académie de médecine? Un seul d’entre eux a un peu de courage devant les faits de ce genre, c’est le professeur de physiologie de la Faculté de médecine, M. Charles Richet.
Pour n’avoir pas de difficulté dans ses appréciations, cet honorable savant emploie un procédé renouvelé de Calino. « Revenons à'M"e Couédon. L’Ange Gabriel est une création de son esprit malade, et, quant à sa lucidité, elle n’a pu en donner même la plus minuscule preuve.
Son délire est donc du domaine de la fantaisie, et peut-être de la médecine mentale. (Revue scientifique du 9 mai I896, p. 591.) Or je ne crains pas de dire à M. Richet que son appréciation sur M“e Couédon est du domaine de la fantaisie et peut-être de la médecine mentale, attendu qu’il n’y a pas un, mais cinquante faits de lucidité, dont tous les témoins sont à Paris et qui portent sur des réa— lités objectives, comme la découverte des titres cachés depuis trois ans dans un placard muté par un original, depuis lors défunt.
La méthode de raisonnement de M. Richet corres pond à peu près à celle du monsieur qui dit: « Suppo sons que Napoléon était nègre » et qui fait ensuite une longue et savante étude sur les nègres à travers les âges. Ce qu’il y ad’intéressant, mon cher professeur, dans le cas de M“° Couédon, ce sont justement les prophéties justes et les preuves de lucidité, et, quoique simple docteur de cette Faculté que vous illustrez, c’est
202 L’INITIATION à-dire quoique simple microbe par rapport à vous, que vos titres grandissent au moins à la grosseur d’une cellule embryonnaire, j’oserai appeler votre haute attention sur la nécessité d’étudier les sujets dont vous daignez traiter et de ne pas confondre des cas évidents de lucidité avec des faits d’écriture automatique, sur lesquels je partage ou à peu près votre haute opinion, à moins que ce nelsoit vous qui partagiez à ce sujet l’humble avis que je formulais vers [890.
Revenons donc à M“c Couédon, et précisons la ques— tion en publiant tout d’abord le rapport que j’établis à son sujet pour la Société d’études psychiques de Paris. RAPPORT PERSONNEL PREMIÈRE PARTIE « Messieurs, « A côté et en dehors du rapport médical, chacun de nous doit, d’après une commune décision, exposer son avis et ses conclusions personnelles concernant M"° Couédon, la Voyante de la rue de Paradis.
C’est donc en mon seul nom et au point de vue strictement personnel, que je prends la liberté de développer devant vous la relation suivante, ne voulant en rien engager mes collègues médecins, non plus qu’aucun des membres de la Société qui m’a fait le grand honneur de me conférer une délicate mission. « Vous avez sans doute été frappés comme moi
LE CAS DE MADEMOISELLE COUÉDON 203 même des contradictions multiples qui se sont élevées aussi bien dans les avis formulés par les médecins que dans les impressions diverses éprouvées par les personnes qui ont été en rapport avec M“" Couédon.
« Avant de vous exposer mon avis, je tiens à passer en revue les opinions de mes confrères et à recher cher la clef de leurs diverses opinions, persuadé d’avance que mes confrères, étant guidés, comme nous tous, par la pure recherche de la vérité, ne peu— vent avoir formulé leur avis que d’après un certain nombre d’impressions faciles à déterminer.
Et, si j’ose aborder tout d’abord cette délicate controverse, c’est que j’ai passé moi-même par les phases diverses que reflète chacune des conclusions de mes honorables confrères et que, très sceptique avant de voir M“eCoué don, très méfiant après une première et superficielle étude, j’ai été complètement dérouté dans mes con clusions de fraude ou d’hystérie à la seconde épreuve, intéressé fortement à la troisième et ardemment con vaincu qu'il y avait là quelque chose de réel et ne rentrant pas dans le cadre étroit de nos-conceptions scientifiques à la quatrième étude.
« Car, Messieurs, je ne saurais assez appeler votre attention sur ce fait que vous êtes appelés à résoudre un problème des plus complexes, sinondes plus trou blants, et qu’il vaut cent fois mieux revenir quatre fois ou plus à l’étude que d’essayer de poser une conclu sion hâtive, basée sur une observation incomplète, et qui peut recevoir de la part du temps une affirmation ou un démenti éclatant dont chacun de vous aura à supporter le poids dans un sens ou dans l'autre.
204 L’iNIT1ATION « N’oublions pas que nous sommes une société de chercheurs et non une académie, et n’imitons pas, dans un autre plan, ce savant qui vint prendre le nez du chercheur qui présentait le phonographe à l’Académie des Sciences. « Nous sommes en face d’un problème troublant, avouons plutôt franchement notre ignorance que de chercher à aller trop vite en besogne.
« Si Mne Couédon était simplement une aliénée, poussée par la manie des grandeurs, nous n’aurions pas à constater ce fait étrange des secrets inconnus des consultants et nettement révélés,et l‘existence d’un seul fait de ce genre nous inviterait à la plus grande réserve. quand même cinquante fausses révélations accompagneraient ce seul fait juste, et vous savez, au moins par ouï—dire, combien les révélations étrange ment caractéristiques sont nombreuses, si les erreurs sont aussi très fréquentes.
« Voyons donc comment ont opéré les personnes qui sont devenues des fanatiques de la Voyante,et comparons leur manière d’agir avec celle des con frères dont nous cherchons à caractériser la situa tion.
' Pour étudier le phénomène dans toute sa rigueur, il est nécessaire : « 1° De causer longuement au sujet, soit en tête—à tête, soit en présence d’un des membres de la famille du sujet, et de se mettre aussi bien que possible en rapport avec l’influence manifestée pendant l’état second. « En effet, toutes les personnes que j’ai interrogées
LE CAS DE MADEMOISELLE COUÉDON 205 sur ce point m’ont déclaré que, presque toujours, sinon toujours, la première séance est vague et que les faits annoncés par le sujet ne sortent pas de la banalité des révélations couramment faites par les professionnels. « Tu es bien tourmenté « Mais tu seras soulagé A . Tu es mal entouré « Mais tu vas être éclairé . . A . Tu as été éprouvé, « Et maintenant tu es récompensé.
« Voilà le cadre dans lequel tournent généralement les conversations de la première séance, et on avouera qu’il faut une belle dose de crédulité pour ne pas sor tir de là extrêmement méfiant, sinon sceptique, quand le sujet n’a pas été plus loin.
« Mais ne vous rebutcz pas ; revenez à la charge et retournez causer une demi-heure avec « l’influence »: aussitôt tout change, et les avis des personnes qui ont en ce courage sont presque tous unanimement favo rables. Posons donc comme second point : « 2° Une seule séance d’étude, même en téte-à-z‘êle, ne suffitpas à poser une conclusion.
« L’influence » ne manifeste son action que pro gressivement et après plusieurs séances, sauf de très rares exceptions. « Je conseille à ceux d’entre vous qui voudront se rendre compte sérieusement de cette sorte de grada tion dans l’intensité des phénomènes de lire attenti vement la déclaration d’un de nos confrères parisiens,
206 ‘ L’INITIATION le Dr de Chateaubourg. A la première séance, le sujet dit à notre confrère : « Tu soignes des malades en quantité « C'est pour la Charité « Tu es tourmenté « Tu en es préoccupé. « Déclaration vague s’il en fut.
Aussi notre con— frère dit-il: «Je sortis donc de chez M"° Couédon « fort peu édifié sur sa mission et ne trouvant là rien de remarquable. » « A la seconde séance, le mardi 24 mars, « l’ange » (pour parler comme le sujet) annonça deux faits inconnus du docteur et qui se réalisèrent, l’un le len demain, l’autre quelques jours après.
Il faut noter, Messieurs, la différence caractéristique entre la géné ralité des termes de la première séance et la précision progressz‘ne des termes employés dans les séances ultérieures, 24 mars, 30 mars, 1“" avril. « Or, que serait—il arrivé si le Dr de Chateaubourg, imitant la généralité des consultants, n’avait pas pris sur lui de revenir et d’étudier encore plusieurs fois ce sujet ?
« Il en serait resté sur son impression défavorable et pour quelle cause ? Uniquement pour cause d’aban don du problème avant sa solution ou mieux avant l’établissement des éléments les plus indispensables à sa solution. « Ce qui est donc le plus curieux, ce n’est pas de voir le sujet incapable de parler positivement avant trois ou quatre séances, c’est de constater que, dans
LE CAS DE MADEMOISELLE COUÉDON 207 certains cas, des faits réels et probants ont été pro— duits en une seule séance, car, encore une fois, c’est là l’exception et non pas la règle. « Enfin j’appellerai'tout spécialement l’attention de la Société sur ce point capital. Le sujet présente DEUX ÉTATS : l’état dit normal et l’état d’incarnalion, qu’on peut aussi appeler « état second ».
De ces deux états. quel est le plus intéressant pour nous tous P « Ce n’est certainement pas le premier, puisqu’il ne diffère en rien (ou en presque rienl de l’état de toute jeune fille d’idées religieuses et de même âge que le sujet. C’est l’état second.
La logique la plus élémentaire nous conduit donc à poser comme troi— sième élément d’étude : « 3° Étudier beaucoup plus longuement l’état second ou prophétique que l’état premier ou normal et surtout ne pas faire entre ces deux états des analogies qui ne seraient pas rigoureusement corroborées par des faits.
« Je résume les éléments qui, à mon avis, consti— tuent une base sérieuse et solide d’appréciation, d’après les faits acquis jusqu’à ce jour. « 1° Causerie avec le sujet ou étude en tête—à-tête. « 2° N e jamais se borner à une seule séance d’étude. « 3° Étudier plus longuement l’état second que l’état premier.
« Nous pouvons maintenant nous rendre compte de l’origine des divergences de vues signalées entre nos confrères et qui sont des conséquences forcées de l’oubli d’une ou des trois conditions fondamentales ci-dessus énumérées.
208 L'INITIATION « Certains confrères n’ont jamais vu le sujet. On vient leur demander leur avis, et il est tout clair qu’ils répondent, suivant leur spécialité. —- C’est une hysté— rique, une névropathe, dit M.‘le Dr Maurice de Fleury (Figaro), avec excitation maladive de la circonvolu— tion de Broca.
« Il est clair que,si on venait me demander mon ' avis sur une prophétesse du Kamchatka, et, si je vou lais répondre d’après mon imagination, je ne pourrais donner aucune autre conclusion que celle de mon confrère de Fleury. Il n’a rempli aucune des trois conditions élémentaires nécessaires à l’élucidation du prOblème. Il en est de même du D' Bérillon.
« Je ne parlerai pas, Messieurs, des jugements médicaux portés par des reporters, comme le stupé fiant exemple que nous en fournit un des derniers numéros du Figaro, accusant le sujet, sans l’avoir vu, d’écholalie! Nous nous en tiendrons aux opinions réellement discutables, celles de nos confrères. « Voici un de nos maîtres les plus éminents le Dr Dumonpallier.
Il a vu le sujet un quart d’heure en présence de cinquante personnes, il a parlé cinq mi nutes au sujet à l’état normal et n’a vu l’état second qu’en présence également de tous les membres de la Société, et cependant un court examen a suffià notre éminent maître pour constater un fait de la plus haute importance au point de vue médical: l’absence for melle de tout symptôme d’hyste’rz‘e. ‘« Le Dr Dumontpallier a cru à une fraude, il a cru se trouver en présence d’une farceuse. Lequel de nous, avec des moyens si défectueux d’investigation, et vou
.r. _ , , . . _ ., . ..,.._—v. —-m" «v '*'-"w‘-:NN‘IP W * . LE CAS DE MADEMOISELLE COUÉDON 209 lant quand même poser une conclusion, aurait pu ' dire autre chose? Personne, n’est-ce pas P et la conclu sion posée par le Dr Dumontpallier est amenée for—, cément par l’absence d’une enquête quelconque sur 'un sujet qu'on voit quelques minutes. « Et maintenant, Messieurs et chers collègues, j’en arrive à une considération bien curieuse.
J’ai eu l’honneur de faire partie de la commission médicale qui a étudié en votre nom M“° Couédon, et je vous déclare que, si je n’avais étudié le sujet ni avant ni après notre visite, je n’aurais pu avoir un autre avis que celui de mes éminents confrères le Dr Hacks et le Dr Le Menan du Chesnais.
' « Ces messieurs n’ont vu le sujet qu’ici devant nous tous ou chez elle en présence de dix personnes (nous trois, le Dr de Chateaubourg, la mère et le père du sujet, deux prêtres présents à notre visite, Gaston Mery, le Dr Bull‘et un photographe).
« Ajoutez à cela l’ahurissement d’un minutieux interrogatoire couronné par un aveuglant éclair de magnésium, et vous comprendrez que, si nous nous sommes entourés de toutes les garanties néces saires à l’examen extérieur, c’est-à-dire médical, du sujet, nous ne pourrons en dire autant de l’étude de l’état second.
« Aussi, je vous le répète, si je n’avais en d’autres moyens d’investigation que mes confrères, mes con clusions n’auraient en rien différé des leurs, et vous en saisirez facilement la raison d’après ce qui précède. « Encore une fois, et je ne saurais trop insister sur le point capital de cet examen : il y a des prédictions
2 10 L’INITIATION de faits inconnus des consultants et se réalisant par faitement. Et la clef de ces prophéties, la statistique de leur valeur réelle ou de leur nombre, ne nous sera pas donnée par l’étude seule du sujet, il faudra y joindre une enquête minutieuse auprès des personnes qui affirment ces choses.
C’est ce qu’aurait fait la Psychical Sociely de Londres, et je suis persuadé que c’est ce que tiendra à honneur de faire la Société Psy chique de Paris. DEUXIÈME PARTIE « Examinons maintenant trois questions : « 1° Pourquoi le tête-à-tëte est-il nécessaire?
« 2° Pourquoi l’influence est—elle plus intense avec le nombre des séances P « 3° Pourquoi l’état second se manifeste—Fil, et quelle en est la cause P « Nous’abordons là, Messieurs, la seconde partie et la plus délicate assurément de mon étude.
Si dans la première partie les faits m’ont conduit d’eux mêmes à la cause réelle des divergences qui se mani— festent entre les divers observateurs, je suis obligé de vous prévenir que, maintenant, je me cantonne sim plement sur le terrain des déductions, et je baserai mon opinion surtout sur les comparaisons entre M”° Couédon et les nombreux médiums que j’ai eu l’occasion d’étudier depuis dix ans.
« A mon avis, la sensibilité du médium vis—à-vis du consultant se détermine d’après des lois analogues à celles qui régissent le magnétisme et l’électricité. « Mettez deux pôles de même nom en face l’un de n_
LE CAS DE MADEMOISELLE COUÉDON 2[I l’autre, vous aurez, non pas attraction, mais répulsion. <2 Mettez un consultant partial ou animé d’inten ' tions ou d’idées préconçues en face d’un sujet, et im médiatement vous annihilez tous les moyens que possède le sujet de se manifester au dehors.
« Je ne voudrais pas ici prendre un exemple per sonnel et je vous renverrai à l’excellent rapport publié dans le dernier numéro des Annales des Sciences Psychz'ques par six expérimentateurs consciencieux sur le médium Eusapia. « Vous y verrez comment la Commission prit ses précautions pour établir un courant de sympathie entre les expérimentateurs et le sujet, sans quoi les résultats eussent presque sûrement été négatifs.
« Aussi oserai-je comparer ce contact des deux courants sympathiques au contact de la lumière et de la plaque sensible du photographe. « Prcjetez à la fois sur une même plaque photogra phique dix lumières différentes: vous n’obtiendrez qu’un chaos et non une épreuve. ’ « De même, mettez un médium ou un sujet en pré sence de dix électricités humaines difl’érerites, l’accord avec l’électricité du sujet sera impossible à établir.
« Dans les milieux où se font des expériences spi— rites, les médiums mettent de longues semaines et souvent des mois à unifier les diverses électricités des assistants. « Voilà, pour, moi, la clef de la solution de notre première question : Pourquoi le tête à tête est néces saire, et aussi la clef de la seconde: intensité pro gressive suivant le nombre des séances. —_v-.s.-__
2 i 2 L'INITIATION « Nous arrivons à la troisième question, celle de l’état second. « Ici, Messieurs, il me semble encore indispensable de faire une remarque. ' « Tous les jours ceux d’entre vous qui s’intéressent aux faits de l’hypnose sont amenés à voir des sujets à « l’état second ». — Or, que M“” Couédon soit par— tiellement ou complètement à l’état second, ce n’est pas là sa caractéristique bien spéciale.
« Ce qui différencie en effet tout à fait ce sujet de ceux que vous voyez constamment, c’est que ce sujet dans son état différent de l’état normal a annoncé positivement des faits positifs inconnus des consul tants et qui se sont réalisés comme ils avaient été annoncés. Votre Commission psychique a sûrement recueilli un certain nombre de ces faits.
Pour moi, je vous en rappellerai un seul : l’annonce dans un journal de la date de la chute du ministère quinze jours avant la réalisation de ce fait, et alors que les probabilités semblaient contraires à cette prédiction.
« C’est cette faculté qui intéresse particulièrement tout chercheur impartial, et le problème tout entier se résout en dernière analyse aux deux propositions sui vantes : _ 1° Cette faculté est—elle une manifestation exclusi vement personnelle du sujet ? « 2° Cette faculté dérive—t-elle d’une influence étrangère au sujet? Ce qui, dans l’affirmative, nous amènerait à rechercher le caractère de cette influence. C’est à des faits que nous allons, autant que possible, demander la réponse à ces questions.
LE CAS DE MADEMOISELLE COUÉDON 213 W. r‘<w v v . . .._-m—. . ..e.v W. L -. —.' vvr- m-—v.-_ _}_,_4 4 : , « Existe-t-il un cas quelconque bien caractérisé d’annonce d’un fait inconnu des consultants et s’étant réalisé par la suite, alors que le sujet consulté utilise ses seules facultés ? « Vous souvenez-vous, Messieurs, de l’assassinat de l’huissier Gouffé ?
Ce malheureux avait subitement disparu sans laisser de traces, et chacun s’efforçait de trouver une piste.
Un rédacteur d’un journal, peu suspect de mysticisme, La Lanterne, a l’idée bizarre d’aller, muni de la calotte de velours du disparu, con— sulter une somnambule, Mme veuve Auffinger, 15, rue du Four. — Le lendemain il publiait dans son jour— nal la consultation de la somnambule. -— Celle-ci prétendait que l’individu auquel appartenait Cette calotte venait d’être assassiné et que son cadavre serait retrouvé dans quinze jours aux environs d’une ville commençant par un L (mais elle avait dit dans le Nord).
Elle ajoutait dans une seconde consultation que les assassins se livreraient à la fin du mois de janvier et cela se passait, je crois, au mois de novembre. « Or, Messieurs, Gabrielle Bompard se livrait à la justice le 31 janvier. — Il sera facile aux membres de la Société que ces faits intéresseraient de trouver les numéros de la Lanterne en question, que j’ai résumés de mémoire.
« Voilà un cas de prédiction par un sujet n’usant que du développement de ses facultés, dû à l’état second d’une part, à un long entraînement de l’autre. « Mais cet état second n'est pas provoqué par le sujet seul. Il faut l’intervention d’une autre personne, l’hypnotiseur ou magnétiseur.
214 ' L’INITIATION (. Si M”e Couédon répond par un certain point à l’exemple ci-dessus, il faut aussi admettre qu’il y a autre chose, et c’est cette autre chose dont il faut main tenant nous occuper, puisque cette demoiselle n’a jamais été hypnotisée et que l’étiologie seule du nom « d’ange Gabriel » donné à son état second a pu être approximativement déterminé par un exemple anté rieur.
« Posons donc une nouvelle question : « Existe-t-il un cas quelconque bien caractérisé d’intervention dans un être humain d’une influence quelconque étrangère à l’humanité?
« Messieurs, je trouve qu’il serait bien audacieux de conclure sur ce point pour le moment ; mais, fidèle à ma ligne de conduite, je vais vous rapporter un fait qui se présente avec tous les caractères rigoureux d’un fait réel, et je vous laisserai juge des conclusions à en tirer. « Voici, dit A.
Aksakof, dans son savant ouvrage « Animisme et Spiritisme, voici un autre exemple « d’une production médiumnique dont le caractère « individuel écarte la possibilité d’une explication par « la clairvoyance: je veux parler du roman de Charles « Dickens : Edwin Drood, laissé inachevé par l’illus « tre auteur et complété par le médium lames, un « jeune homme sans éducation.
Des témoins ont vu « le mode de production de l’œuvre, et des juges com « pétents en ont apprécié la valeur littéraire. « Je tiens à donner quelques détails sur cette pro— « duction unique dans les annales de la littérature. « Quand le bruit se répandit que le roman de
LE CAS DE MADEMOISELLE COUÉDON 215 I_-Ta . « Dickens allait être terminé par un procédé aussi ex « traordinaire, aussi inusité, le Sprz‘ngfield Daily « Union envoya l’un de ses collaborateurs à Brattle— « borough (Vermont) où habitait le médium, pour « s’enquérir sur place de tous les détails de cette « étrange entreprise littéraire.
Voici quelques extraits « du compte rendu en huit colonnes publié par ce « journal, le 26 juillet 1873, reproduit d’abord par le « Banner ofLz‘g/zt et ensuite partiellement par le « Spz'ritualz'st de 1873, page 322, auquel nous les « empruntons: '« Il (le médium) est né à Boston; à « l’âge de quatorze ans, il fut placé en apprentissage « chez un mécanicien, métier qu’il pratique encore « aujourd’hui; de sorte que son instruction scolaire A « s’est terminée à Page de treize ans.
Bien qu’il ne fût « ni inintelligent ni illettré, il ne manifestait aucun « goût pour la littérature et ne s’y était jamais inté— « ressé. « Jusqu’alors il n’avait jamais tenté de faire passer « dans un journal quelconque le moindre article. Tel « est l’homme qui prit en main la plume de Charles « Dickens pour continuer The Mystery of Edwz'n « Drood et qui a presque terminé cette œuvre.
« Je fus assez heureux pour être la première per « sonne à qui il ait fait part lui-même de tous les dé « tails, la première qui ait examiné le manuscrit et « en ait fait des extraits. « Voici comment les choses se sont passées. Il y « avait dix mois, un jeune homme, le médium, que « je désignerai, pour être bref, par l’initiale A (car il « n’a pas encore voulu divulguer son nom) avait été
2I6 L’INITIATION 2 2 2 .« invité par ses amis à se mettre à une table pour prendre part à une expérience spirite. Jusqu’à ce jour, il avait toujours raillié les « miracles spirites » , les considérant comme des supercheries, sans se douter qu’il possédait lui—même des dons médium niques.
A peine la séance est-elle commencée que l’on entend des coups rapides et que la table, après des mouvements brusques et désordonnés, se ren verse sur les genoux de M. A. pour lui faire voir qu’il est le médium. Le lendemain soir, on l’invita à prendre part àune deuxième séance ; les manifesta tions furent encore plus accentuées.
M. A. tomba sou— dainement en transe, saisit un crayon et écrivit une communication signée du nom de l’enfant de l‘une des personnes présentes, dont M. A. ne soupçonnait pas l’existence. Mais les détails de ces expériences ne sont pas d’un intérêt particulier à cette place.
« Vers la fin du mois d’octobre 1872, au cours d’une séance, M. A. écrivit une communication adressée à lui-même et signée du nom de Charles Dickens, avec la prière d‘organiser pour lui une séance spéciale, le 15 novembre. « Entre octobre et la mi—novembre, de nouvelles communications lui rappelèrent à plusieurs reprises cette demande.
« La séance du 15 novembre qui, d’après les indi cations reçues, fut tenue dans l'obscurité, en pré sence de M. A. seulement, eut pour résultat une longue communication de Dickens qui exprimait le désir de terminer par l’intermédiaire du médium son roman inachevé.
LE CAS DE MADEMOISELLE COUÊDON 217 2 (( «(‘ médium de consacrer a (( (( « Cette communication apprenait que Dickens avait longtemps cherché le moyen d’atteindre ce but, mais que jusqu’à ce jour il n’avait pas trouvé de sujet apte à accomplir pareille tâche.
Il désirait que la première dictée se fit la veille de Noël, soirée qu’il afl‘ectionnait particulièrement, et il priait le ‘ cette œuvre tout le temps dont il pourrait disposer sans porter préjudice à ses occupations habituelles... Bientôt il devint évident que c’était la main du maître qui’écrivait,’et M. A. accepta avec plus de bonne volonté cette étrange situation.
Ces travaux, exécutés par le médium, en dehors de ses occupations professionnelles, qui lui prenaient dix heures chaque jour, produisirent, jusqu’en juillet 1073, douze cents feuillets de ma nuscrit, ce qui représente un volume in-octauo de quatre cents pages. » « En faisant la critique de cette nouvelle partie du roman,.le correspondant du SprinfieldDaily Union s’exprimait ainsi: « Nous nous trouvons ici en présence de tout un groupe de personnages dont chacun a ses traits ca ractéristiques, et les rôles de tous ces personnages doivent être soutenus jusqu’à la fin, ce qui consti tue un travail considérable pour qui de sa vie n’a écrit trois pages sur n’importe quel sujet; aussi sommes-nous surpris de constater dès le premier chapitre une ressemblance complète avec la partie édifiée de ce roman.
Le récit est repris à l’endroit précis où la mort del’auteur l’avait laissé interrompu et ce, avec une concordance si parfaite, que le cri
'218 L’INITIATION « tique le plus exercé qui n’aurait pas connaissance « de l’endroit de l’interruption ne pourrait dire à « quel moment Dickens a cessé d’écrire le roman de « sa propre main. Chacun des personnages du livre « continue à être aussi vivant, aussi typique, aussi « bien tenu dans la seconde partie que dans la pre « mière. Ce n’est pas tout.
On nous présente de nou « veaux personnages (Dickens avait coutume d'intro « duire de nouveaux acteurs jusque dans les dernières u scènes de ses œuvres), qui ne sont pas du tout des « doublures des héros de la première partie; ce ne « sont pas des mannequins, mais des caractères pris « sur le vif, de véritables créations. Créées par « qui P... » (P. 323.) « La correspondance continue: «Voici plusieurs « détails d’un incontestable intérêt.
En examinant le « manuscrit, je trouvai que le mot traveller(voya « geur) était écrit partout avec deux 1, comme c’est « l’usage en Angleterre, alors que chez nous, en Amé « rique, on ne met généralement qu’une seule 1. « Le mot coal (charbon) est partout écrit coals, « avec une s, ainsi qu’on le fait en Angleterre.
Il est « intéressant aussi de noter dans l’emploi des majus « cules les mêmes particularités que l’on peut obser « ver dans les manuscrits de Dickens, par exemple « lorsqu'il désigne M. Grewgious, comme étant an « angular man (un homme anguleux). Remarquable « aussi la connaissance topographique de Londres, « dont l’auteur mystérieux fait preuve dans plusieurs « passages du livre. Il y a aussi beaucoup de tour « mures de langage usitées en Angleterre, mais incon
LE CAS DE MADEMOISELLE COUEDON 219 A Q 2 "t A à flââfx‘kÿèz’ë nues en Amérique. Je mentionnerai aussi le chan gement subit du temps passé en temps présent, surtout dans un récit animé, transition très fré— quente chez Dickens, surtout en ses derniers ou vrages.
Ces particularités et d’autres encore qu’on pourrait citer sont de mince importance, mais c’est avec de pareilles bagatelles qu’on eût fait échouer toute tentative de fraude. » « Et voici la conclusion de l’article cité : « J’arrivai à Brattleborough avec la conviction que cette œuvre posthume ne serait qu’une bulle de savon qu’il serait aisé de crever. Après deux jours d’examen attentif, je repartis et, je dois l’avouer, j’étais indé— cis.
Je niai. d’abord comme chose impossible, —- comme chacun le ferait après examen, — que ce manuscrit eût été écrit de la main du jeune mé dium M. A. ; il me dit n’avoir jamais lu le premier volume; détail insignifiant, à mon sens, car je suis parfaitement convaincu qu’il n’était pas capable d’écrire une seule page du second volume.
Ceci n’est pas pour offenser le médium, car il n’y a pas beaucoup de personnes en état de reprendre une œuvre'inachevée de Dickens.
« Je me vois, par conséquent, placé dans cette alter native: ou un homme degénie quelconque a employé M. A. comme instrument pour présenter au public une oeuvre extraordinaire, d’une manière également extraordinaire, ou bien ce livre, ainsi que le prétend son invisible auteur, est en effet écrit sous la dictée de Dickens lui-même. La seconde supposition n’est guère plus merveilleuse que la première. S’il existe 15
2 20 L‘INITIATION à Vermont un homme, inconnu jusqu’à présent, capable d’écrire comme Dickens, il n’a certes aucun motif d’avoir recours à un semblable subterfuge. Si, d’autre part, c’est Dickens lui-même « qui parle, bien qu’étant mort », à quelles surprises ne devons—nous pas nous préparer?
J’atteste, en tout honneur, qu’ayant eu toute latitude d’examiner librement toutes choses, je n’ai pu trouver la moindre trace de tromperie, et, si j'avaisle droit de publier le nom du médium-auteur, cela suffirait pour dissiper tous soupçons aux yeux des personnes qui la connaissent, si peu que ce soit. » (P.
326.) « Là, Messieurs, je suis obligé de vous résumer de mon mieux une tradition d‘origine kabalistique sur les influences qui peuvent entrer en relations avec l’humanité. Il est bien entendu que je joue ici le rôle d’un simple perroquet et que vous avez absolument le droit de considérer ce que je vais vous dire comme un pur roman, si tel est votre bon plaisir.
« Donc, d'après cette tradition, l’homme peut être en rapport dans certains cas soit avec des entités infra—humaines, c’est-à-dire dont l’intelligence est in férieure à l’intelligence moyenne de l’homme, soit avec des entités supra-humaines, c’est-à-dire douées de certaines facultés que ne possède pas normalement l’homme.
« Les communications dites spirites fourmillent d’exemples où le sujet seul ou allié à une force semi— inconsciente de la nature produit des assemblages de lieux communs attribués modestement à Charle— magne, à saint Louis ou à Descartes. Mais dans tout kkââkkâkâkkk
LE CAS DE MADEMOISELLE COUÉDON 22I ce fouillis on chercherait en vain l’annonce positive d’un fait qui se réaliserait vraiment à la date fixée. « D’autre part, l’histoire nous montre dans l’entité inspiratrice de Socrate l’influence d’un être qui peut conduire celui qui le subit soit au bien, ce qui fut le cas de Socrate, soit à la perversion. à la folie où à la mort. ce qui est le cas le plus général des obsédés.
Or le caractère des êtres de ce genre répond par beaucoup de points, aux manifestations dont est l’objet M“° Couédon. « En effet, ce genre d’influences supra-humaines, appartenant soit au domaine du bien, soit au domaine du mal, se caractérise par le don de prophétie; mais ce don ne se manifeste qu’après l’établissement d'un courant sympathique entre le consultant et le sujet.
De là la nécessité des séances successives et de l’impat tialité de la part du consultant. « Ces conditions ne sont-elles pas remplies, le sujet est livré à ses propres forces et, soit qu’il entre vérita blement dans une sorte d’état second spécial, soit qu’il s’en tienne à l‘exercice de ses seules facultés naturelles, la communication ne sort pas du domaine de la banalité, et tout se borne à quelques vagues géné— ralltés.
« Telles sont, Messieurs, les quelques remarques que m’a suggérées l’étude de M“° Couédon, et je vous demande la permission de les résumer en terminant. « 1° La muliplicit‘e’ des séances _est nécessaire à l’établissement du rapport réel entre les consultants et le sujet. « 2° Dans certains cas, les phénomènes produits
222 L'INITIATION semblent ,dus uniquement aux facultés intuitiues du sujet, livré à ses seules ressources. « 3 Dans d’autres cas, les phénomènes produits semblent dus à l‘interuention d’une entité extrahu maine. > 4° Tout arbre spirituel se jugeant à ses fruits, il est indispensable d’attendre pour se rendre véritable— ment compte du caractère et de l’origine réelle de cette influence.
« Voilà, en résumé, les seules conclusions qu’une étude impartiale du sujet m’inciteà formuler. Je suis tout disposé à modifier ces conclusions, si des faits viennent m'apprendre que je me suis trompé sur un point quelconque. « Il me reste, en terminant, à remercier encore la société de l’amabilité avec laquelle elle a bien voulu écouter ce rapport tout personnel.
« Paris, le4 mai [896. , « Dr ENCAUSSE (Parus) << Lauréat des hôpitaux de Paris, ex-chef du laboratoire d’hypno the’rapie à l’hôpital de la Charité. « Officier d’Académie, officier du Medjidié, chevalier du Christ, chevalier de l’ordre de Bolivar. a» Ce rapport demande en outre une étude détaillée des influences du monde invisible, que nous allons maintenant entreprendre.
DES INFLUENCES DU MONDE INVISIBLE L’action possible de certains êtres venus du monde invisible sera conçue toujours d’après les idées que
LE CAS DE MADEMOISELLE COUEDON 22?) chaque école ou chaque religion se fait touchant la constitution de ce monde invisible. Un résumé très rapide des principales idées émises à ce propos s’im pose donc si nous voulons voir bien clair dans notre sujet. A toute époque, les visions des intuitifs et des pro phètes ontrévélé aux hommes l’existence d’êtres spi— rituels intermédiaires entre Dieu et 171 umanité.
L’idée générale et commune à toutes les révélations est celle—là et les divergences ne se produisent que lorsqu’il s’agit de classer et de nommer les différents genres de ces êtres spirituels. LES ÉGYPTIENS. — Ainsi, trente siècles avant Jésus Christ, les Égyptiens distinguent déjà les bonnes et les mauvazses divinités, et la Magie est employée.
« Des divinités mystérieuses, inconnues, disposant « de tout, il importe peu de momifier plus ou moins « la chair morte. Si la « divinité » veut rendre la vie « au corps inanimé, elle le saura bien faire. Mais il « doit y avoir de mauvaises divinités. » Il y en a. On les chasse en prononçant certaines paroles, en portant certains bijoux (1). (Croyances des Égyptiens de la XI° dynastie 3064 av.
J.-C.) Vers le huitième siècle avant Jésus-Christ, l’idée du Dieu infernal, du diable noir a déjà vu le jour et est connue exotériquement; mais celle des anges ailés avait de beaucoup précédé. « La momie (de la XI° dynastie) est protégée par \ Isis et par Nephthys a genoux « dans l’attitude du (I) Marins Fontane. les Egyptes, p. 169.
2 24 L’INITIATION . deuil » avec delongues ailes couvrant presque tout le sarcophage.
Ce ne sont plus ces « femmes excellentes » ayant ramené Osiris, mais des déesses, des anges ailés, des chérubins protégeant les morts (1). » L’âme coupable, jettée avec son corps (astral) dans «l’hémisphère inférieur », livrée au dieu infernal noir, franchira soixante-quinze cercles douloureux peuplés de monstres tourmenteurs armés de glaives (2). (Croyances des Egyptiens vers 715 avant J ésus-Christ.) LA GNOSE. — Nous retrouverons avec tous les détails le développement de cet enseignement dans l’œuvre ésotérique de Valentin, plusieurs siècles après (3).
Là les influences invisibles sont appelées Liturges, receueurs pacifiques, receueurs de lumière, receveurs du trésor, suivant leur élévation, et chaque éon com prend une hiérarchie qui contient plus de 20 grades. — Nous préparons du reste un travail complet sur ce sujet. ' LES PERSANS. — Et qu’on ne croie pas que cette idée des intermédiaires entre la Divinité et l’Huma nité ait été purement égyptienne.
Le Zend Avesta, reflet des enseignements de l’Inde et de la Chaldée, dit textuellement : « Ormuzd n’a pas produit directement les êtres matériels et spirituels dont l’Univers se compose; il les a produits par l’intermédiaire de la parole, du Verbe divin, du saint Hanouer.» (ZEND AVESTA.) (i Marins Fontane. les Egyptes, p. 169. (2% Id., ibid., p. 423. (3) Voy. Pistis Sophia.
LE CAS DE MADEMOISELLE COUÉDON 225 « Au-dessous du Verbe divin, de l’intelligence ou de la Raison Universelle qui a préexisté et présidé à la formation des choses, nous rencontrons les ferouers, c’est—à-dire les formes divines, les types immortels des différents êtres.
Le feu et les animaux ont leursferouers comme l’homme : les nations, les villes, les provinces aussi bien que les individus. » (ZEND AVESTA.) Les JUIFS. — Inutile de rappeler que les sectes juives en rapport avec des initiés admettaient les anges.
Les Juifs, à l’exception des sadducéens, admettaient et honoraient les anges, en qui ils voyaient, comme nous, des substances spirituelles, intelligentes, les pre— mières en dignité entre les créatures (i). L’HELLÉNISME. — Quant à l’antiquité dite païenne (sans doute parce qu’elle ignorait les guerres de reli gion), elle a transmis universellement et intégrale ment ]es enseignements de l’ésotérisme au sujet des êtres invisibles.
On en jugera par les extraits sui vants : ' « Les âmes qui sont vues non par les yeux, mais par l’esprit et sont appelés héros, lares et génies. » (VARRON, liv. XVI.) « Le règne de daïmons ou d’animaux aériens qui, bien que tout auprès de nous, ne nous apparaissent jamais ouvertement. » (PLATON, Opus., t. 1X.) (1) Collin de Plancy, p. 35.
226 L’INITIATION « Les âmes volantes dont l’air est rempli quoi qu’elles soient invisibles pour nous. » (PHILON, cité dans Acad. des inscriptions, t.
II, p. 5.) « Les esprits inférieurs habitent un lieu près de la terre; bien plus, ils sont des entrailles de la terre; il n’y a méchanceté qu’ils n’aient l'audace de pousser à bout; ils ont l’humeur tellement violente et insolente, c’est ce qui fait qu’ils machinent le plus souvent et tendent des pièges et embûches des plus violentes et les plus soudaines, et, quand ils font leurs sorties d‘ordinaire, ils sont cachés en partie, et en partie ils font violence, se plaisent fort partout où règne l’in justice et la discorde. » _ (PORPHYRE, tue Siècle.) Mieux vaut donc présenter ce qui se raconte sur Typhon, sur Osiris et sur Isis comme formant une série d’aventures éprouvées non par des dieux ou des hommes, mais par des Génies puissants, par des êtres que les Platon, les Pythagore, les Xenocrates et les Chrysippe déclarent, sur Iajoz’ des antiques théo— logz’es, avoir été d’une nature plus vigoureuse que ne l’est la nature humaine.
Leur puissance considérable les met au-dessus de notre condition; chez eux le principe divin n’est ni pur ni sans mélange ; ils par ticipent à la fois de l’immortalité de l’âme et des sens du corps (1). LE MOYEN AGE. —— Avant de parler des opinions du catholicisme sur cette question, rappelons que les (i) Plutarque, Traité d’Osiris et d'1sis, p. 25.
LE CAS DE MADEMOISELLE COUÉDON 227 grimoires et les écrits des initiés qui reflètent encore les enseignements de la tradition sont unanimes à admettre l’existence de ces intermédiaires auxquels s’ajoutent parfois les « esprits » des défunts : « Je révolterai peut-être bien des gens contre moi, si je dis qu’il y a des créatures dans les quatre élé— ments, qui ne sont ni des purs animaux ni des hommes, quoiqu’ils en aient la figure et le raisonne ment, sans en avoir l’âme raisonnable.
Paraceise en parle clairement ainsi que Porphyre.
« On prétend que ces créatures extraordinaires sont d’une nature spirituelle; non pas d’une spiritualité qui exclue toute matière, mais d’une spiritualité qui n’admet pour fondement substantiel qu’une matière infiniment diluée et autant imperceptible que l’air ? (Grimoire du xvr° siècle PetitAlbert, pp. 99 et I23.) « Quand on a des raisons solides de croire que ce sont des esprits des hommes défunts qui gardent les trésors, il est bon d’avoir des cierges bénits au lieu de chandelles communes. r» (Grimoire du XVIe siècle, Petit Albert.) «I La réintégration sera universelle; elle renouvel lera la nature et finira par purifier le principe même du mal.
Toutefois, pour cette œuvre, les êtres infé rieurs ont besoin de l’assistance de ces esprits qui peuplent l’intermonde entre le ciel et la terre. » (Martines de Pasqually, XVIII° siècle.) LE CATHOLICISME. —— Puisque des prêtres étaient appelés à formuler leur opinion sur le cas de
228 L’INITIATION M”° Couédon, il est intéressant de savoir comment l’Église entend ces questions. L’Église n’a jamais admis QU’UN SEUL GENRE d’êtres invisibles intermédiaires entre Dieu et l’homme et subdivisés en plusieurs classes, et elle a toujours ap pelé ces êtres du nom générique d’anges.
Parmi ‘ces anges, les uns, s’étant révoltés contre Dieu et ayant été vaincus, sont devenus des anges de léne‘bres,et les autres sont restés des anges de lumière, chacun de ces groupes étant divisé en plusieurs hié rarchies. Les seules discussions qu’aient soutenues les doc teurs ecclésiastiques ont porté sur la constitution de ces anges, etla plupart ont conclu au mélange d’esprit pur et de matière éthérée dans cette constitution (I).
Saint Hilaire résume bien cette dernière opinion ainsi que D. Calmet et saint Ambroise. « Il n’y a rien dans les substances et dans la créa tion, soit dans le ciel, soit sur la terre, soit parmi les choses visibles, soit parmi les invisibles qui ne soit corporel.
Même les âmes, soit pendant la vie, soit après la mort, conservent quelque substance corpo relle, parce qu’il est nécessaire que tout ce qui est créé soit dans quelque chose. (SAINT HILAIRE, Canon 5.) « Tous ces phénomènes d’apparitions s’expliquent bien plus facilement avec la corporéité adhérente (I) Le meilleur travail contemporain sur les Anges est le livre qu’a fait paraître sous ce titre le P. Lavy, dominicain et très profond philosophe.
LE CAS DE MADEMOISELLE COUÉDON 229 qu’avec la corporéité d’emprunt qui nécessiterait un miracle continu. (D. CALMET, Appar., p. 237.) « On doitréserver pour la Sainte Trinité toute seule l’expression immatérielle (o’wu’spurov),rien dans les êtres créés n’étant complètement immatériel. (SAINT AMBROISE, I. II de Abr.. ch.
VIII.) Quant aux propriétés et facultés des anges, l’Aréo pagite a fait le traité le plus complet sur la matière, et nous en détacherons seulement les deux passages suivants : « Ainsi ce sont les anges qui en premier lieu et à plusieurs titres sont admis à la participation de la divinité et expriment moins imparfaitement et en plus de manière, le mystère de la nature infinie; de là vient qu’il sont spécialement et par excellence honorés du nom d’anges, la splendeur divineleur étant départie tout d’abord et la révélation des secrets surnaturels étantfaite à l'homme par leur entremise.
«Ainsi avant et après la loi les anges conduisaientà Dieu nos illustres ancêtres, tantôt en leur prescrivant des règles de conduite, et les ramenant de l’erreur et d’une vie profane au droit chemin de la Vérité (I), tantôt en leur manifestant la constitution de la hié rarchie céleste en leur donnant le spectacle mysté rieux des choses surhumaines, en leur expliquant, au nom du ciel, les événements/Murs (2). » (S. DENIS l’ARÉOP., ch. Iv, Il.) (I) M\rrH.,2, I3; Act., II, I3. (2) DANIEL, 7, to; Is.uc, cap. x.
230 L’INITIATION Quiconque applaudit aux religieuses créations sous lesquelles on peint ces pures substances que nous n’avons ni vues ni connues doit se souvenir que ce grossier dessin ne ressemble pas à l’original et que toutes les qualifications imposées aux anges ne sont, pour ainsi dire, qu’imaginaires (I). Car chacun n’est pas saint, et la science n’est pas pour tous, disent les Ecritures (2).
Si donc quelqu’un réprouve ces emblèmes imparfaits, prétextant qu’il répugne d’exposer ainsi les beautés saintes et essen— tiellement pures, sous de méprisables dehors, nous ferons simplement observer que cet enseignement se fait en deux manières (3). DES DÉMONS. — L’Église, n’admettant qu’un seul genre d’êtres invisibles, a doncforce’ment classé dans le genre des démons tout ce qu’elle ne pouvait placer dans le genre des êtres de pure lumière.
Aussi quelle variété dès qu’il s’agit de ce monde infernal, et cependant rien, ou à peu près, qui n’ait été connu des Égyptiens ou des Bouddhistes (4.).
Voici d'abord l’opinion purement théologique : « Ce que nous savons d’exact sur les démons se borne à ce que nous enseigne l’Église : que ce sont des anges tombés qui, privés de la vue de Dieu depuis leur révolte, ne respirent plus que le mal et ne cher chent qu’à nuire (COLLIN DU PLANCY, p. 202.) (I) SAINT DENIS, loc. cit. (2) I, Con, 8, 7. (3) SAINT DENIS L’ARÉOP., ch. II, 2. (4) V. les Enfers Bouddhiques (Chamuel, éditeur), et pour les Égyptiens les études d’Amelineau.
LE CAS DE MADEMOISELLE COUÉDON 231 Bayle arrive aussi à admettre des êtres mauvais dans les mondes invisibles. « Il se trouve dans les régions de l’air des êtres pensants qui étendent leurempire aussi bien que leurs connaissances sur notre monde.
Et, comme on ne peut nier l’existence sur la terre d’êtres méchants qui font le mal et s’en réjouissent, on serait ridicule si on osait nier qu’il y ait, outre ceux-là qui ont des corps, plusieurs autres qu’on ne voit pas et qui sont encore plus malins et plus habiles que l’homme. ( BAYLE, Dictionnaire critique, 4 art. Spinoza et Ruggiéri.) v Mais, à côté du menu fretin, des disciples, il ne faut pas oublier le roi de l’Enfer, dont Bossuet nous a tracé ce saisissant portrait: « Puisque l’ennemi dont nous parlons est si puis— sant, vous croirez peut—être, Messieurs, qu'il nous at taquera par la force ouverte et que les finesses s’ac— cordent mal avec tant de puissance et d’audace.
Mais Satan marche contre nous par une conduite impéné trable et cachée. Il ne brille pas comme un éclair, il ne gronde pas comme un tonnerre; il ressembleà une vapeur pestilente qui s’écoule au milieu de l’air par une contagion insensible et imperceptible à nos sens. Il se glisse comme un serpent.
Et Tertullien nous décrit ce serpent par une expression admirable: « Il se cache autant qu’il peut, il resserre en lui—même par mille détours sa prudence malicieuse. Il ne craint rien tant que de paraître; quand il montre la tête, il cache la queue; il ne se remuejamais tout entier. Ah!
232 L’INITIATION mes frères, c’est Satan qui nous est représenté par ces paroles ; qui pourrait vous dire toutes ses profondeurs et par quels artifices ce serpent coule. (Bossurr, 2° sermon sur les démons.) Eudes de Mirville, à qui nous avons emprunté beau coup de citations sur ce sujet, dit de son côté, à pro pos de Satan : « Plus tard, nous espérons bien nous étendre sur l’immense rôle rempli dans toute la nature cosmique et physique par ceprince de l’air, par ce porte-lumière qui entoure notre globe, qui circumbulaz‘ terram, mystérieux agent que la Bible appelle quelque part «le principe de toutes les voies du Seigneur : -—princi— pium uz'arum Domz‘ni Behemoth, principe créé toute fois après l’engendrement du verbe et de la lumière auxquels il fut dit à leur tour: Ante Luciferum genui le (Je vous engendrai avant Lucifer) (i). » * in; On voit qu’à notre avis la grande erreur de l’Église a été de garder pour ses initiations secrètes, qui se sont bientôt perdues pour elle, l’enseignement de la classe d’esprits intermédiaires entre les purs et les mauvais et dans lesquels rentre l’esprit inspirateur de Socrate.
LE SPIRITISME. —-— Certaines écoles philosophiques contemporaines nient plus ou moins complètement (1) Nul parmi les contemporains n'a mieux pénétré le mys tère de Satan que Stanislas de Guai‘ta dans son magnifique SERPENT DE LA GENÈSE. w;fl_jç!i
_ _......_4. ' werm—wm ..rvsu ñ .W.W‘"”’ î " LE CAS DE MADEMOISELLE COUÉDON 233 l’existence des démons et restreignent beaucoup l’ac— tion des anges. Toutes les manifestations de cet ordre sont attri buées à des « esprits » plus ou moins avancés et ap partenant à des êtres humains désincarnés ou en voie de réincarnation.
L’idée que les démons sont simplement des âmes de méchants êtres humains n’est pas neuve, puisque, sans parler de l’Egypte (et pour varier), nous la re— trouvons dès la plus haute antiquité chez les Siamois. « Les Siamois ne connaissent pas d’autres démons que les âmes des méchants qui, sortant des enfers où elles étaient détenues, errent un certain temps dans le monde et font aux hommes tout le mal qu’elles peuvent.
De ce nombre sont encore les criminels exécutés, les enfants mort-nés, les femmes mortes en couches et ceux qui ont été tués en duel. (COLLIN DU PLANCY, p. 204.) Pour les adeptes de l’école spirite, M“° Couédon, subit donc soit la possession complète de son corps par l’ « esprit » d’un mort qui trouve bon de se faire appeler « ange Gabriel », ce qui constituerait une in carnation, soit, selon la très remarquable expression du directeur de la Revue immortaliste, Camille Chai gneau, une sorte de domination passagère et non constante des facultés intellectuelles, une surfusion psychique venant d’une entité invisible.
Bouvéry a également développé de très originales idées sur les rapports du Spiritisme et du cas de M“° Couédon. En somme, ce sont les chercheurs de cette école qui
234 LiNl’l'IATION étaient bien placés pour voir beaucoup des aspects de ce phénomène. L’OCCULTISME. — La caractéristique des écoles repré— Sentant la vieille tradition ésotérique est d’admettre l’existence d’êtres psychiques inférieurs au plan humain appelés élémenlals, en outre des êtres spirituels connus des révélations exotériques.
De plusl’occultisme montre qu’on prend souvent pour des anges et pour des démons certains habitants du plan astral et qui, bien que conscients, ne manifestent que le reflet des idées et de l’idéal de l’être humain qui les fait parti— ciper à son existence. C’est à cette classe qu’apparte— naît le génie inspirateur de Socrate, de même que les influences qui ont guidé souvent Moïse (I).
Nous venons de terminer un ouvrage, la Magie et l’hypnose, où toutes ces classes d’êtres et de formes invisibles sont étudiées expérimentalement. Pour l’ins tant nous ne pouvons que donner un grossier résumé de l’enseignement de l’occultisme sur ce sujet. Ce résumé est extrait de notre étude sur la Science des Mages. « Les agents: Élémentals, Élémentaires.
« Outre les fluides,fluides créateurs, de l’Archétype et fluides conservateurs, de l’Astral, il existe des agents particuliers actionnant les fluides. » « Dans notre comparaison précédente, les doigts de l’opérateur, les mille cellules qui entretiennent le (I) Voy. à ce propos la très remarquable étude de Stanislas de Guaita sur les mystères de la Multitude, parue dans l’1nitia tion. C’est, à notre avis, la première révélation de l’ésotérisme de la Mission de Moïse.
LE CAS DE MADEMOISELLE COUÉDON 235 ‘{*_w.w ., . ._.. _,-_...‘:.
“mit-«m.— IŒ'ËÿI .r mar:a w-f. ‘IFI‘l’PWÏ’TFË"" 'v%”R-’fr mouvement et la vie de ces doigts représentent les agents dont nous parlons. » « Étant donné que tout ce qui est visible est la manifestation et la réalisation d’une idée invisible, l’occultiSme enseigne qu’il existe, dans la Nature, une hiérarchie d’être psychiques, de même qu’il existe dans l’homme, depuis la cellule osseuse jusqu’à la cellule nerveuse, en passant par l’hématie, une véri table hiérarchie d’éléments figurés. » « Les êtres psychiques qui peuplent la région dans laquelle agissent les forces physico-chimiques ont reçu le nom d’élémentals ou esprits des éléments.
Ils sont analogues aux globules sanguins et surtout aux leucocytes de l’homme.
Ce sont les élémentals qui agissent dans les couches inférieures du plan astral en rapport immédiat avec le plan physique. » « De plus. il suffit de se rappeler que, dans notre plan physique, un-animal fort intelligent, le chien, joue le même rôle. —— Le chien d’un brigand n’atta— quera-t-il pas un honnête homme, sous l’impulsion de son maître, et le chien du fermier ne se jette—t-il pas sur le voleur qui tente d’entrer dans la ferme?
Dans les deux cas, le chien ignore s’il a affaire à un honnête homme ou à un bandit; il est irresponsable de ses actions et se contente d’obéir à son maître, qui reste, seul, entièrement responsable. Tel est le rôle des élémentals dans l’astral. « Dompter des élémentaires ne peut être comparé qu’à l’action de la discipline militaire. Le chef d’ar mée a su grouper autour lui par le dévouement ou la crainte des êtres conscients et responsables, qui ont
2 36 L’INITIATION bien voulu asservir leur volonté à celle du chef ou ont été forcés de le faire. Cette seconde action est bien plus difficile que l’action sur le chien. Il en est de même en astral, où l’élémentaire n’obéit que par, dévouement ou par crainte, mais reste toujours libre de résister à la volonté du Nécromant. « Les Elémentals sont encirculation presque conti nuelle dans les fluides de l’Astral.
Outre ces entités, il en existe d’autres de l’avis de tous les voyants. Ce sont les Intellz’gences directrices formées par les esprits des hommes qui ont subi une évolution consi dérable. Ces êtres, analogues aux cellules nerveuses des centres sympathiques de l’homme, ont reçu des noms très divers dans toutes les cosmogonies des anciens.
Nous nous contentons d’indiquer leur exis tence. » « On trouve encore, d’après l’enseignement de la Kabbale, dans le plan astral des entités douées de conscience; ce sont les restes des hommes qui viennent de mourir, et dont l‘âme n'a pas encore subi toutes ses évolutions. Ces entités répondent à ce que les spirites appellent « des esprits », à ce que l’occultiste appelle « des élémentaires ».
« Les élémentaires sont donc des entités humaines évoluées, tandis que les élémentals n’ont pas encore passé par l’humanité, point très importantà retenir. » L'IMAGE ASTRALE « La théorie des « images astrales » est une des plus particulières parmi celles qui sont exposés par l’occultisme, pour l’explication des phénomènes les
‘ I LE CAS DE MADEMOISELLE COUÉDON 237 plus étranges; aussi devons-nous la résumer de notre mieux. « A propos de notre exemple de l'artiste et de la statuette, nous avons vu qu’une, des fonctions du « plan astral » était de conserver les types des formes physiques et de les reproduire, comme le moule con serve et reprôduit les formes de notre statuette.
« Cette propriété vient de ce fait que le plan astral peut être considéré comme un miroir du monde divin qui reproduit en négatif les idées principes, origine des formes physiques futures. « Mais l’occultisme enseigne que, de même que toute chose ou tout être projette une ombre sur le plan physique, de même tout projette un reflet sur le plan astral.
« Quand une chose ou un être disparaît, son reflet en astral persiste et reproduit l’image de cette chose ou de cet être, telle que cette image était au moment précis de la disparition. —- Chaque homme laisse donc « en astral » un reflet, une image caractéris tique. —— A la mort, l’être humain subit un change ment d’état caractérisé par la destruction de la cohé— sion qui maintenait unis des principes d’origine et de tendance très différentes.
« La somme des aspirations les plus nobles de l’être humain, dégagée de la mémoire des choses terrestres autant que le somnambule est dégagé des souvenirs de l’état de veille, en un mot l’z'de’alque l’être humain s’est créé pendant la vie, devient une entité dynami que qui n’a rien à voir avec le MOI actuel de cet indi vidu et passe dans le monde divin. i» .'/‘-vr
238 L’INITIATION C’est cet idéal plus ou moins élevé qui sera la source des existences futures et qui en déterminera le carac tère. C’est en se mettant en relation avec ces « images astrales » que le voyant retrouve toute l’histoire des civilisations évanouies et des êtres disparus.
Une dé couverte toute récente, celle de la Psychométrie, est venue montrer que ces affirmations de l’occultisme, qu'on pourrait prendre pourde la métaphysique pure, correspondent à des réalités absolues. » « Supposez que votre refletdans un miroir persiste, après votre départ, avec sa couleur, ses expressions et toutes ses apparences de réalité, et vous aurez une idée de ce qu’on peut entendre par « l’image astrale « d’un être humain. » « Les anciens connaissaient parfaitement ces don nées et appelaient: ombrel’image astrale qui évoluait dans les régions les plus inférieures du plan astral, mâne l’entité personnelle, le MOI qui évoluait dans les régions supérieures de l’astral ; et enfin esprit pro prement dit l’idéal supérieur de l’être.
« Que les incrédules ou ceux qui se figurent que l’occultisme est une invention moderne écoutent Ovide » Voilà en résumé comment l’occultisme considère les habitants de ce plan astral intermédiaire entre le (1) <<Il y a quatre choses à considérer dans l’homme : les mânes, la chair, l’esprit et l’ombre; ces quatre choses sont placées chacune en son lieu: la terre couvre la chair, l‘ombre voltige autour du tombeau, les 1nânes sont aux enfers, et l‘es prit s’envole au ciel. » (Ovide.)
LE CAS DE MADEMOISELLE COUÉDON 239 plan physique et le plan divin. C’est seulement au-des— sus de ces êtres astraux que se trouvent les êtres cé lestes correspondants à ce que le catholicisme a appelé des anges (Voir tableau page suivante).
COMMENT JUGER M“° COUÉDON Un observateur qui aura à juger le cas de Mlle Coué don se laissera presque toujours emporter par une idée préconçue dérivée de ses opinions philosophi ques, et le jugement dépendra non plus tant de l’ob servateur que de son système de raisonnement.
S’agit-il d’un positiviste, ou même d’un matéria liste, il fera rentrer l’énorme courant d’espérance, gé néré parla voyante, dans une sorte de maladie supers— titieuse dont est atteint tout être humain , et il se bouchera les yeux et les oreilles pour ne pas voir et pour ne pas entendre.
Car lesfaits justes ne peuvent entrer dans ses catégories mentales autrement que dans les cases des « coïncidences » et des « probabili tés », qui seraient vite comblés par les phénomènes produits s’il fallait les étudier à fond.
Si le positiviste se double d’un médecin, vous ver rez défiler, après l’hystérie et l’aliénation mentale, en passant par l’épilepsie, tous les vieux faits du dédou blement de la personnalité qui servent à tromper le gros public depuis plusieurs années au sujet des phé nomènes étranges qui gênent trop les académies. Prenons l’autre pôle, et cherchons quelle peut être l’opinion des catholiques. D’après ce que nous avons vu, le catholicisme
LES INFLUENCES DU PLAN INVISIBLE D’APRÈS LES PRINCIPALES TRADITIONS i CATHOLICISME NOM DES PLANS ÉGYPTIENS GNOSTIQUES PAÏENS smmnsm: OCCULTISME Chérubins. Êtres ailés ' . Receveurs Sera hms- , " g .5 DIEUX de I2 Grands Tr8nes. Esprits ou _. > . . . ... ' D; _ ." . su erreurs. creatures °‘ Q supérieurs' Lumière_ eux Dommauons. p . Vertus_ angéliques. Puissances. . . . Receveurs Demi-Dieux PFÎ"CÎPaUÎéSEsprits ÊIF€S aStf3ux-, Superleur.
Anges allés. acifi et Hér s Archanges. inférieurs Images astralcsj p ques' ° ' Anges. ' Elémentarres.; a . 2 2 2 Humanité. Humanité. Humanité. Humanité. Humanité. Humanité. n. >s à .-E E D. Genii _loci. Démons Serpent astral. Inférieur. Démon noir. Liturges. Espr1t_s ou Anges » EIémentaux. élémentaires. rebelles. 8uloilh. -— toutes. 0Ÿz NOI.LWLINI"I “ho-an
WŒf-Ïfliï"" _ . . . ., ._ .....m.. _‘.. ....__..,_,. \ LE CAS DE MADEMOISELLE COUÉDON 24.1 n’admet comme agents de l’invisible que des anges, et des anges rebelles ou démons.
Il est bien difficile pour un catholique d‘admettre l’influence d’un ange, comme cela tout de suite, et il est bien plus simple de dire: « C’est un bon tour du diable. » Anotre avis il y a dans le cas de M‘}° Couédon ni ange ni diable au sens catholique du mot, et c’est à d’autres écoles qu’il faudrait s’adresser pour avoir non pas la clef, mais une clef de l’énigme.
Les écoles qui ont l’habitude d’étudier les sujets et les médiums vont nous donner les diverses solutions du problème.
Les magnétiseurs nous diront que le {cas de M“° Couédon se rapporte par beaucoup de points aux faits de lucidité magnétique, mais que cependant la lucidité seule n’expliquerait pas complètement les nombreux faits de prophétie se rapportantà la nation, SI ces FAITS SE RÉALISENT: 1" Parce que les annales du magnétisme renferment très peu de cas de prophéties nationales faites par des sujets et s’étant réalisées exactement; 2° Parce que, par contre, ces annales renferment un nombre considérable de faits de visions justes du passé ou de l’avenir des consultants ou de leurs pro— ches.
Les Spirites voudront voir dans ce casl’influence d’un « esprit, de l’âme d’un défunt », se parant pour la circonstance du nom d'ange Gabriel. Cette hypo— thèse, défendue dans la plupart des organes du parti,_ne rend compte que très grossièrement du phénomène dans tous ses détails.
242 L’INITIATION Les disciples de la science occulte décomposent ainsi le cas de M”° Couédon: . I" Le nom d’Ange Gabriel estdérivé uniquement des séances de M““’Orsat ets’explique par un simple phén0« mène de suggestion d’abord, d’auto-suggestion ensuite. 20 Les nombreuses banalités et faits énoncés si fré quents dérivent généralement de la mauvaise foi ou des idées préconçues des consultants.
A la première séance, M"e Couédon ne manifeste généralement que les facultés les plus simples des sujets et des mé diums. Ce n’est que par le contact répété que d’autres influences peuvent apparaître.
3° Les faits justes se rapportant au consultant ou à ses proches ressortissent de la lucidité somnam bulique sans aucune influence autre que celle des fa cultés intuitives du sujet ; 40 Les faits justes et les prophéties se rapportant à la nation semblent provenir réellement d‘une influence du monde invisible.
Nous considérons personnellement cette influence comme émanée du plan invisible qui est directement en rapport avec la Terre, et nous croyons que cette influence est neutre et n’a rien à voir ni avec les forces correspondant à ce que le catholicisme nomme les anges, ni avec celles qu’il appelle démons.
Si cependant il fallait absolument classer cette influence dans une des deux seules catégories qu’admet le catholicisme, nous pencherions bien plus vers une hiérarchie inférieure d’anges que vers une hiérarchie de démons. Mais ce sont là des détails théologiques que nous n’avons pas à aborder. .-—-' :.u.n.'
OWEICIVW HG SVO EI'I 917c NOGEIHOO ŒI'I'IEISI 1 ANALYSE DU CAS DE M“ COUÉDON GENRE ORIGINE CAUSE FACULTÉS DU SUJET DU PHÉNOMÈNE DU PHÉNOMÈNE AIPROXIMATIVE MISES EN ACTION Le Nom d’Ange Gabriel Les Séances de M° Orsat. Suggestion Facultés psychiques et auto-suggestion. personnelles du sujet. Imagination et Mémoire Influence peu marquée du Sujet. ou contraire , du consultant. donné à l’lnfluence. Faits erronés. Banalités. Généralités. Faits justes.
Visions. Prophéties se rapportant au consultant ou à ses proches. Faits justes se rapportant à l'Être social, à la Nation. (Plan physique.) L’Habitude des séances. Vision dans le plan invisible de la Nature. Lucidité somnambulique. Vision dans le plan invisible supérieur de la Nature. Lucidité prophétique. Facultés intuitives développées (6° sens). I .Accord avecle consultant et bonne foi de sa part. 2.
Lecture directe dans l’at mosphère invisible du consultant. 3. Psychométrie. Action possible et même probable d’un guide du monde invisible. Facultés intuitives du sujet dominées complètement ou partiellerpen_t_ par un agent mvmble.
244 L’INITIATlON Cependant, nous ne voudrions pas tomber dans le piège signalé au début de cette étude et juger d‘après le système philosophique qui nous est cher. Aussi avons—nous réuni de notre mieux les divers éléments d’appréciation. C'est maintenant à nos lecteurs de juger en dernier ressort. PAPUS. tEa ©Éna’aamon un Mana IÈ'II‘ LA eaoenÉrna “’ Hoivrot {>e'z‘,dit Héraclite. Tout s’écoule. Nulle chose n‘est; toute chose devient.
Dans l’Univers, du moins, ajouterons-nous, pour n’infliger point un démenti à l’axiome kabbalistique : « L‘ange qui a six ailes ne change jamais ». Or donc, si le fugitif Devenir est bien la loi de ce monde déchu, demandons—nous comment ce Devenir s’engendre. Voyons de quoi il est fait. \ L’on se rendra compte aisément, a observer les choses de haut, que trois Puissances concourent à le produire.
Peu de penseurs l’avaient bien nettement (1) Cette étude magistrale est extraite de la Clé de la Magie noire, tome deuxième du Serpent de la Genèse, actuellement sous presse, et qui doit paraître en oétobre prochain.
Les marques d’admiration qui ont afflué de toutes parts lors de la publication récente d’un autre extrait du même livre, les Mystères de la multitude, font que c’est avec le plus grand plaisir que nous offrons à nos lecteurs un nouveau thème d’ins truction; nous croyons pouvoir à l’avance transmettre à Stanislas de Guaita, avec les nôtres, tous les remerciements de ces derniers. (N. D. L. R.) .
LA GÉNÉRATION DU FUTUR ET LA PROPHÉTIE 245 senti, avant que Fabre d’Olivet eût fixé les termes de cette triple collaboration. Mystiques purs, ou purs déterministes, ou apologistes d’une liberté sans frein, tant d’autres avaient trouvé plus simple d’assigner une source unique au fleuve de l’éternel Devenir (I).
Beaucoup de philosophes en sont encore là. — Tout se modifie, disent les uns, au gré du divin Vouloir: la Providence est la cause voilée, l’agent secret et la mesure occulte de l’évolution universelle. — Eh non! répliquent les autres : pouvez-vous mé— connaître qu’une inflexible loi enchaîne l’effet à la cause, nécessairement ?
Le déterminisme est absolu ou n‘est point : du Destin seul découle le fatal Deve nir. -— Et la liberté humaine, protestent d’autres philosophes, qu’en faites-vous ? C’est la Volonté qui engendre et règle le Futur : et le Devenir n’est autre que le mode normal de sa génération.
Nulle de ces trois écoles n’est méprisable, car cha— cune enseigne une part de la Vérité.‘Les trois Puis sances qu’elles préconisent isolées concourent à mo tiver l’ordre des choses futures; tout le mystère de l’Avenir réside dans la loi de leur mutualité féconde. Loi créatrice et capitale s’il en fut : absconse et voilée comme le Futur qu’elle commande.
Loi sibylline par excellence : tout art divinatoire doit, pour être sérieux, (I) « La plupart des écrivains qui m’ont précédé dans la carrière n’ont vu qu’un principe la où il y en avait trois.
Les uns, comme Bossuet, ont tout attribué à la Providence; les autres, comme Hobbes, ont tout fait découler du Destin; et les troisièmes, comme Rousseau, n’ont voulu reconnaître par— tout que la volonté de l’homme.» (Fabre d’Olivet, Histoire philosophique du genre humain, t. I, p. 55.)
246 L'INITIATION fonder ses règles sur la formule algébrique de son énonciation; et la Prophétie, exercée en mode intuitif ou rationnel, extatique ou déductif, conscient ou non, ne se justifie logiquement que par l’évaluation d’un calcul de probabilités qui se puisse chiffrer sur la valeur réciproque de ces trois facteurs, combinés et proportionnés en raison de cette souveraine loi.
Les fatalistes disent vrai quand ils promulguent les aphorismes suivants: une cause étant donnée, l’effet s’ensuit, irrésistible. L’effet gît inclus dans la cause, comme l’oiseau dans l'œuf. Sitôt produit, l’effet devient cause à son tour, pour engendrer de nouveaux effets, et ainsi de suite, à perte de pensée.
Mais les innombrables causes existantes s'enchaînent et se combinent, s’enchevêtrant de telle sorte qu’elles pro— duisent, conjointement ou séparément, des effets variés à l’infini. Si bien qu’en dépit du plus rigou reux déterminisme, l’effroyable complexité des com binaisons rend impossible le calcul des effets à naître.
Les mystiques de la Liberté n’ont pas tort, quand, faisant émaner toute chose de la libre initiative du Vouloir adamique, dont l’homme est actuellement la plus haute expression incarnée, ils soutiennent que la Volonté serait encore toute-puissante si elle ne s’était divisée, d’où la chute et l’ouverture du cycle temporel; —— quand ils ne voient dans les obstacles fatidiques qu’elle a maintenant à combattre, que l’expression, en_quelque sorte consolidée, d’un vouloir antagoniste au passé; — quand ils saluent dans le Destin (cette Puissance même qui lie indissoluble— ment l’effet à la cause), une sorte d’attribut de la
LA GÉNÉRATION DU FUTUR ET LA PROPHÉTIE 247 r:æn Volonté, savoir : la garantie de pérennité des libres volitions antérieures, irréductibles et vivaces, à l’épreuve contre les possibles retours de cette volonté même, et prolongeant désormais leur essor palingé nésique à travers la succession des apparences.
Les avocats de la Providence, enfin, ne sont pas moins véridiques, lorsqu’ils célèbrent l’irréfragable et pacifique impulsion que la suprême Puissance im prime à l’Univers : l’infaillible empire exercé sur toutes choses par cette Prévoyance maternelle, — qui est l’intelligence même de la Nature, et qui agit im médiatement sur l’homme par illumination, inspira tion, persuasion; et médiatement sur le Destin, par l’intermédiaire de l’homme, capable de modifier celui ci, soit en combinant les causes existantes, soit en en créant de nouvelles.
Ainsi la Providence édifie l’Ave nir sur les plans de la sagesse; et, répugnant à jamais contraindre la Liberté humaine,comme à violenter la règle du Destin, n’en influe pas moins sur l’une et sur l’autre. En cas de conflit, le dernier mot reste toujours.à la Providence. Les deux autres Puissances peuvent bien contrarier momentanément ses desseins, en retarder l’exécution. Mais qu’est le temps, pour la divine Sagesse ?
Rien ne prévaut, en définitive, contre « l’événement providentiel, précisément parce qu’il est indifférent dans sa forme et qu’il parvient toujours à son but par quelque route que ce soit : c’estle Temps seul et la Forme qui varient. La Providence n’est enchaînée ni à l’un ni à l’autre (I). » (1) Histoire philosophique du genre humain,t. 1, pp. 53—54. _M—»——— _——
248 L’INITIATION Nos lecteurs savent déjà comment l'âme humaine, placée ici-bas entre l’esprit et le corps comme entre un légitime époux et.un séducteur de rencontre, décide de sa vie future et en détermine le rhythme, selon qu’elle se comporte à l’égard de l’un et de l’autre amant, qui d’en haut et d’en bas la sollicitent : soit qu’elle se voue à la fidélité conjugale, ou qu'elle s’obs tine dans un adultère dégradant.
Or une stricte ana— logie homologue l’Univers total au moindre individu qui le réflète, en le résumant; car identique est l’es sence des êtres et des choses. Tout sort du Grand Adam,(l’Adam Kadmôn du Zohar... Providence, Volonté et Destin sont au Cosmos intégral ce que les trois vies spirituelle, psychique et instinctive sont à l’exemplaire humain.
Aussi la Volonté (soit collective, soit individuelle), inséparable de l’âme (universelle ou particulière) devient l’artisan du Devenir; en col laboration avec la Providence et le Destin, disons mieux : en commerce avec l’Époux céleste ou le Fatum séducteur (I).
Cependant, en conséquence de la chute universelle et de la matérialisation qui en fut le résultat, la Vo‘ lonté générale se trouve astreinte à l’engrenage du Destin; comme l’âme, en conséquence de la chute individuelle (lisez de son incarnation terrestre), se (I) Il convient de notifier, en passant. que la grande loi de sexuelle polarisation trouve à s‘appliquer ici par analogie nécessaire.
Qu’on ait le talent de manier avec art la clef que nous avons fournie, et l‘on sera surpris de la fécondité avec laquelle se déploieront et la genèse des principes et le pro cessus des conséquences, dans l‘ordre tant universel que par ticulier.
LA GÉNÉRATION DU FUTUR ET LA PROPHÉTIE 249 7 trouve assujettie aux exigences de l’organisme phy sique. Il est des rapports forcés entre la Volonté et le Destin, de même qu’entre la Psyché et le Corps. Tout un monde de mutualités en procède, inéluc tablement : contraintes réciproques, répercussions, échanges.....
Mais, en dépit de cette communauté forcée entre l’âme et le corps, entre la Volonté et le Destin, l’âme peut s’interdire de multiplier par sa faute ces points de contact trop nombreux déjà, et vivre dans l’intimité de la vie intellectuelle, en commerce avec l’Esprit pur. La Volonté peut pareillement gou— verner de conserve avec la Providence, en éludant les écueils du Destin.
Ainsi, Providentialistes, Fatalistes et Volontaires exclusifs ont raison chacun pour une part. En conci liant leurs systèmes, ils pourraient, d’un commun accord, déterminer la suprême formule de synthèse et d'équilibre qui leur manque isolément.
Et, pour énoncer en mode exotérique la vérité sur ce point, nous dirons que, si la genèse pouvait être éclaircie des événements à échoir, elle nous les révélerait attri buables pour un tiers à la fatalité du Destin, pour un tiers à l’initiative de la Volonté, pour un tiers à l’insti gation de la Providence.
Seulement, qu’on y prenne garde : cette répartition proportionnelle semblera le plussouvent erronée, par suite d’une illusion d’optique mentale: cela tient à l’exercice constamment occulte de l’influence céleste ici-bas. L’action providentielle défie l’observateur, parce qu'elle est médiate. et ne s’exerce qu’en mode fatidique, sous l’apparence du déterminisme le plus
2 50 L'INITIATION strict; ou en mode volitif, sous celle de l’initiative humaine la moins contrainte qui soit. —- Tel homme, par exemple, apparaît très libre d’accomplir un acte donné et l'accomplit en effet; mais la Providence l'inclinait intérieurement à ce faire: dira-t-on qu’il a librement voulu et agi? Sans doute, car il pouvait résister à l’action céleste ;mais spontanément?
Non point, puisqu’il a voulu et agi en conformité de l’ins piration d’En Haut. — D’autre part, tel événement, qui apparaît fatalement nécessité par une cause antérieure et semble par là ressortir au pur Des tin, fut préparé de longue date et suscité par la Providence, qui, inspirant l’intelligence d’un Élu, ou même utilisant la malice d’un pervers, a fait, en temps utile, semer par l’un ou l'autre, ou par tous deux, dans le champ du Devenir, la graine d’une plante qui lève à son heure en plein terreau fatidique. -— Voilà l’action providentielle, déguisée, au premier degré, en action volitive, au second degré, en action fatidique, ainsi que nous l’avions fait pressentir.
En résumé, des trois Puissances collaboratrices dont dépend l’avenir, la seule Providence peut pré— voir à coup sûr en décidant ce qu’elle fera, et pro mulguer la marche des choses en statuant sur l’essor de sa propre initiative. Théorème évident, d’où procède un irrésistible corollaire: c’est quel’inspiration d’En Haut peut seule conférer au prophète uneintuition certaine des choses futures. Encore ce dernier ne les percevra-t-il qu’en puissance d’être, et non point en acte accompli:
. r,rjl.r I LA GÉNÉRATION DU FUTUR ET LA PROPHÉTIE 251 \ puisque la forme des événements a intervenir n’est aucunement fixée d’avance, mais dépend des conjonc tures plus ou moins propices que fera naître le jeu mutuel du Vouloir humain, toujours spontané dans ses libres allures, et du Destin physique, toujours inflexible en son déterminisme aveugle.
Ainsi tonne un Verbe de prophétie sur les lèvres des Nabis, affirmatif quant à l’essence d‘un événement à venir, mais muet, — ou hypothétique et par suite faillible, —— touchant le fait de sa forme et l’époque fixe où il adviendra.
Sur ces derniers points, la Voix céleste (i) elle-même ne peut prononcer que par cal— cul de probabilités; mais quelle vraisemblance en faveur de ce qu’a disposé et prévu Celle-là qui par excellence prévoit et dispose: prævidet et prouz‘det! L’aléa se réduit à la quotité négligeable.
La prophétie d’Orval, pour prendre un exemple péremptoire en dehors des prophéties dites canoniques, montre à quelle lucidité peut s‘élever l’Intelligence humaine. sous l’inspiration de la Providence divine. Deux mots touchant l’authenticité de la prophétie d’Orval. — L’hyphothétique, d’abord: elle aurait été (1) Nous disons céleste (ou providentielle) et non dim‘ne, Cette distinction importe, au cas particulier.
Rappelons en effet que la Providence est l’intelligence de la Nature. Quand nous accolons à la Providence l’épithète de divine, nous nous conformons au langage reçu. C'est d’ailleurs à travers la Pro— vidence que Dieu se fait sentir à nous.
Puis ces extensions du sens des vocables sont coutumières en toutes les langues, et nous pensons avec d’Olivet qu'il ne messied point de sacrifier à l'usage en pareil cas, pourvu qu’on le fasse pour la commodité du style, et non par'ignorance ou confusion.
252 L’INITIATION écrite dans la première moitié du XVI" siècle, par un solitaire de l’abbaye d’Orval, et publiée pour la pre mière fois dans un recueil de prédictions imprimé à Luxembourg en 1544.. Voilà ce que nous n’avons pu vérifier.
Mais le certain, c’est qu’on commença d’en parler lors des événements de 1814-1815, et que M“ Lenormand la connaissait en 1827, puisqu’elle en publia un important extrait dans ses Mémoires de Joséphine, imprimés cette même année.
Cette prédiction futinsérée in-extenso dans le Journal des villes et des campagnes, en 1837, numéro du 18 juillet (n° 100 de la 25° année), et, depuis cette époque, souvent citée et reproduite dans nombre de publications.
Or les événements de notre histoire y sont prédits, de 1797 à 1873, avec une stupéfiante précision; et si, à partir de cette date, la prophétie ne s’adapte plus aux faits, peut-être n’est-ce point défaillance de l’inspira— tion sibylline, mais, comme nous le verrons, rupture dela chaîne fatidique, par suite d’un acte imprévu, invraisemblable, de la libre volonté d’Henri V.
PROPHÉTIE DORVAL (1) En ce temps-là, un jeune homme (Napoléon) venu d’0utremer (Corse) dans le pays du Celte—gaulois se manifestera par conseils de force (Toulon, vendé— miaire, campagne d’Italie); mais les grands qu’il (1) Est—il besoin de prévenir que les observations entre paren thèses sont de nous? Le reste (en italiques) est le texte même de la prophétie d’Orval.
LA GÉNÉRATION DU FUTUR ET LA PROPHÉTIE 253 ombragera (les membres du Directoire) l’enverront guerroyer dans les pays de la Captivité (réminiscence biblique: Egypte, lieu de captivité d’lsraël). La victoire le ramènera au pays premier (retour d’Egypte). Lesfils de Brutus (les Républicains) moult stupides seront à son approche, car il les dominera (18 brumaire) et prendra nom empereur ( 1 804).
Moult hauts et puissans Roys seront en crainte vraye, et son aigle enlevera moult sceptres et moult couronnes. Pietons et cavaliers portant aigles et sang autantque moucherons dans les airs, courront avec luy dans toute I’Europe qui sera moult esba/zz’e et moult san glante (guerres continuelles de l’Empire).
Il sera tant fort que Dieu sera cru guerroyer d’avec luy: l’Église de Dieu moult désolée (par l’impiété révolutionnaire) se consolera tant peu en voyant ou? vrir encore les temples a ses brebis tout plein égarées (suites du Concordat) et Dieu sera béni. lWais c’estfait, les lunes sontpasse’es; le vieillard de Sion (le pape) maltraité (captivité de Fontaine— bleau) criera à Dieu, et voilà que le puissant (Napo— léon) sera aveuglé par péchés et crimes.
Il quittera la grand’ville avec armée si belle que oncques fut jamais pareille (levées en masse pour la campagne de Russie, 1812); mais oncques guerroyeur ne tien dra bon contre la face du temps. (Anathème contre les conquérants, dont les jours sont comptés.) La tierce part et encore la tierce part de son armée périra par le froid du Seigneurpuissant (c’est précis: retraite désastreuse de Moscou). Alors deux lustres seront passés depuis le siècle de solution; et voilà que les
254 L’INITIATION veuves et les orphelins crieront à Dieu. et voilà que les hauts abaissés (princes français et nobles émigrés ou encore les souverains étrangers) reprendront force: ils s’unirontpour abattre l’homme tant redouté.
Voicy venir avec maints guerroyers le vieux sang des siècles (retour des Bourbons, à la faveur des armées coalisées), qui reprendra place et lieu en la grand'ville (première Restauration : Louis XVIII, 1814); alors l’homme tant redouté s’en ira tout abaissé (abdication de Fontainebleau) près le pays d’Outremer d’où il était advenu (l’île d’Elbe est à côté de la Corse).
Dieu seul est grand! (Cette exclamation, dans la prose du bon Solitaire, marque presque toujours un changement de règne). La lune onzième n’aura pas encore reluy, et le fouet sanguinolent du Seigneur (Napoléon, autre Fléau de Dieu) reviendra en la la grand’ville (retour de l’île d’Elbe) et le vieux sang quittera la grand’vz‘lle (fuite des Bourbons, 18I5). Dieu seul est grand! Il aime sonpeuple et a le sang en haine.
La cinquième lune reluyra sur maintsguer royers d’Orient (les Alliés, bataille de VVaterloo); la Gaule est couverte d’hommes et de machines de guerre (seconde invasion des Alliés). C’est fait de l’homme de mer! (Napoléon, captif à Sainte—Hélène). Voicy venir encore le vieux sang de la Cap (le sang des Capétiens, les Bourbons: retour de Louis XVIII; deuxième Restauration, 18 I 5).
Dieu veut la paix, que son saint nom soit bény.’ Or paix grande sera dans le pays Celtegaulois; lafleur blanche (la fleur delys) sera en honneur moult grand; les maisons de Dieu ouyront moult saints cantiques ‘u.—"—“-v— .-.. . M A
LA GÉNÉRATION DU FUTUR ET LA PROPHÉTIE 255 (floraison du culte, protection du clergé).
Mais lesfils de Brutus (les républicains) voyent avec ire lafleur blanche et obtiennent règlement puissant (seraient-ce les Ordonnances royales contre les jésuites?) dont Dieu est encore moultfasché a cause des siens; etpour ce que le saintjour est encore moult profané; ce pour— tant Dieu veut éprouver le retour a luy par 18 fois 12 lunes. , Dieu seulestgrana’lllpurgeson peuplepar maintes tribulations; mais toujours les mauvais auront fin.
Sus donc lors, une grande conspiration contre lafleur blanche chemine dans l’ombre par mainte compagnie maudite, et le pauvre vieux sang de la Cap quitte la grand’vz’lle. (Révolution de juillet 1830, Charles X prend la route de l’exil). Et mo'ult gaudissent lesfils de Brutus (courtes illusions des Républicains).
Oyez comme les servans Dieu crient toutfort à Dieu et que Dieu est sourd, par le bruit de ses flèches qu’il re trempe en son ire pour les mettre au sein des mau— vais. Malheur au Celte-Gaulois! Le coq (symbole de la branche cadette, de la maison d’0rléans) eflacera la fleur blanche (le lys de la branche aînée, symbole des Bourbons). Un grand s’appellera roy du peuple. (Louis—Philippe).
Grande _commotion se fera sentir cher les gens, parce que la couronne aura été posée par mains d’ouvriers qui ontguerroye’ dans la grand’ ville (premières années de la Monarchie de Juillet: instituée révolutionnairement, elle est constamment menacée par la Révolution). Dieu seul est grand! Le règne des mauvais sera vu
2 56 L'INITIATION croître. Mais qu’il se hâtent: voilà que les pensées du Celte—Gaulois se heurtent et que grande division est dans l'entendement. (Instabilité ministérielle?) Le roy du peuple est en abord vû moultfaible (jusqu’au minis tère Périe_r) etpourtant contre-ira bien les mauvais... Mais il n’était pas bien assis et voilà que Dieu lejette bas! (Révolution de février 1848). Hurleq,fils de Brutus! (République 1848).
Appelez sur vous les bêtes qui vont vous dévorer! (Fanatisme du peuple pour Louis-Napoléon; l’Aigle de l’Empire réparaît en France avec son cortège d’oiseaux de proie). Dieu grand! quel bruit d'armes (guerre de Crimée, guerre d'Italie, guerre du Mexique, guerre franco allemande). Il n’y apas encore un nombre plein de lunes et voicy venir maints guerroyers. C’est fait .’ (L’année terrible va amener l’invasion et la chute du second Empire).
La montagne de Dieu, désolée, a crié à Dieu (politique perfide avec Rome). Lesfils de Juda ont criéà Dieu de la terre étrangère et voicy que Dieu n’estplus sourd. Quel feu va avec ses flèches l Dix fois six lunes et pas encore sixfois dix lunes ont nourri sa colère. Malheur à toy, grande ville! Voicy les Roys (le roi de Prusse, les rois de Saxe, Bavière, ,Würtemberg, etc !
Les rois !) armés par le Seigneur (rien ne prévaudra donc contre eux, tout effort est inutile). Mais déjà le feu t’a égalée à la terre (bombardement de Paris). Pourtant, lesj ustes ne périrontpoint.Dieu lesa écou— tés. La place du crime est purgée par Iefeu (les in— cendies de la Commune). Legrand ruisseau (la Seine) a éconduit toutes rouges ses eaux à la mer (implaca .".‘hflkW ,.-_r.,..
LA GÉNÉRATION DU FUTUR ET LA PROPHÉTIE 257 ’9!flmwm bles réprésailles des Versaillais : la Commune est écrasée dans le sang.) La Gaule vue comme délabrée (l’Alsace et la Lorraine en sont violemment arrachées) va se rejoindre (reprendre haleine et se réparer). Dieux aime la paix.
Venez, jeune prince ; quitter l’île de la captivité (Premier voyage de M. le comte de Chambord en France. — Le prophète voit le comte de Chambord dans l’intégrité de son droit ancien; il le voit en I830, lorsque, âgé de dix ans à peine, il part pour l’exil, accompagné de son grand-père Charles X et de son oncle le duc d’Angoulême, qui ont abdiqué tous deux, et gagne l’Angleterre, l’île de la Captivité: un roi exilé n’est-il pas roi captif?) Voyer! (Réflé— chissez avant d’agir : l’heure n’est pas encore venue).
Joignez le lion à lafleur blanche. (Faites alliance, ô prince des lys, avec celui dont le Lion est l’héraldi— que emblème : abouchez-vous avec le maréchal de Mac—Mahon, président de la République intérimaire). Veneg! (Deuxième appel, l’heure a sonné : 1873 — A partir de cette ligne, la prophétie d’Orval ne con _ corde plus avec les événements; pourquoi?
Serait—ce point qu’Henri V a modifié l’ordre des choses, en ne répondant pas à l’appel combiné du Destin et de la Providence?) La prophétie finit ainsi : Ce qui est prévu, Dieu le veut! Le vieux sang des siècles terminera encore grandes divisions. Lors un seulpasteur sera vu dans la Celte—Gaule. L’homme puissant par Dieu s’assoira bien. éMoult sages règle mens appeleront la paix.
Dieu sera cru d’avec luy, tant prudent et sage sera le rejeton de la Cap. Grâce au Père de Miséricorde, la Sainte Sibn re—
258 L’INITIATION chante en ses temples un seul Dieu bon. Moult brebis égarées s’enviennent boire au ruisseau vif _: trois princes et roys mettent bas le manteau de l’erreur et payent clair en la foy de Dieu. En ce temps—là, un grand peuple de la mer reprendra uraye croyance en deux tierces parts (l’Angleterre et l’Ecosse P). Dieu est encore be’nipendant14/ois 6'lunes el6fois 13 lunes (13 ans 54 jours)...
Dieu est saoûl d’avoir baille’ mi séricorde et, cepourtant, il peut pour ses bons prolon ger la paix encore pendant zofois 12 lunes. Dzeu seul est grand! les biens sontfaits; les saints vont souflrir. L’homme du Mal arriue ; de deux sangs prend croissance: lafleur blanches’obscurcitpendant tofois 6 lunes et 6foz‘s 20 lunes (I4. ans, 200 jours), puis disparoitpour ne plus paraître.
Moult de mal et guère de biens en ces tems-là ; moult grandes utiles detruitespar le feu. Israé’l vien dra à Dieu-Christ tout de bon ; sectes maudites et sectesflde‘les sont en deuxparts bien marquées.
Mais c’estfait; lors Dieu seul sera cru; et la tierce part de la Gaule et encore la tiercepartet demie n’aplus de croyance; comme aussy tout de même les autres gens Et voilà 6jbis 3 lunes et 4 fois 5 lunes que tout se sépare et le siècle de Fin a commencé. Après le nom bre nonfait de ces lunes, Dieu combat par ses deux Justes (Elle et Hénoch P) et l’homme du Mal (l’Ante— christ) ? a le dessus.
Mais c’est fait l Le haut Dieu met un mur de feu qui obscurcit mon entendement, et je n’y vois plus... Qu’il soit be’ny a toutjamais. Amen!
LA GÉNÉRATION DU FUTUR ET LA PROPHÉTIE 259 Telle est cette surprenante prophétie, qui,—en sup posant même sa rédaction postérieure aux premiers événements qu’elle relate, -— demeure incontestable— ment contemporaine, au moins, des dernières années de la Restauration.
Abandonnons aux risées du scep ticisme les fait énoncés jusqu’à cette date : resterait à expliquer la révélation de ceux qui s’échelonnent de puis l’avénement de la Monarchie de Juillet jusqu’àla présidence du maréchal de Mac—Mahon.
Rien d’essen— tiel qui ne soit indiqué, jusqu’au calculdes lunaisons, qui se trouve d’une exactitude constamment vérifia— ble (1) Chacun peut s’éviter de fastidieux calculs, en consultant une intéressante brochure, parue en 1873 sous les initiales F.
P.; en voici le titre :Au 17 février 1874. le grand avènement, etc_, prouvé par le commentaire le plus simple et le plus mé— thodique, etc., de la célèbre prophétie d'Orval (Bar-le-Duc, août 1873, in-8" de 94 pages, plus 1 feuillet de table des ma fières).
L’auteur, un fervent de l’autel et du trône, commente mot à mot le texte que nous donnons ici (collationné avec quelques variantes sur une copie plus ancienne), et prouve, par un cal cul minutieux des lunaisons, que l’auteur de la prédiction (chose assez rare chez les prophètes eux-mêmes) localise à jour fixe chaque événement qu’il annonce.
L’introduction de cette brochure renferme une concordance bien frappante entre les événements de la Restauration etceux qui signalèrent le règne de Louis-Philippe.
Résumons quelques traits de ce long parallèle: RESTAURATION Le Duc de Berry, héritier légitime du trône de son père (Charles X), épouse une princesse étrangère (Sicilienne), qui lui donne un fils appelé à régner (le Duc de Bordeaux); — puis meurt assassiné, le 13 février I820, mois de la chute de Louis Philippe. La Révolution de 1830 dure trois jours. Charles X tombe, à 74 ans, à cause des ordonnances de son
200 L‘lNITIATION A partir de 1873, nous l’avons déjà dit, la concor dance cesse, entre les pronostics et les événements accomplis. Nous avons même fait pressentir le pour quoi de cette anomalie. Henri V fut-il, —— oui ou non, — appelé au trône de France par le vœu national, ou du moins à la re quête de l’Assemblée nationale, en 1873 ? C’est un fait indubitable (1).
La fin de non-recevoir plus ou ministre;— il abdique en faveur de son petit-fils, âgé de 10 ans; -— on répond qu’il est trop tard! Charles Xs’embarque pourl‘Angleterre, avec son petit-fils, le duc de Bordeaux, — et meurt en exil.
MONARCHIE DE JUILLET Le duc d’0rléans, héritier légitime du trône de son père (Louis-Philippe), épouse une princesse étrangère (Mecklem bourgeoise), qui lui donne un fils appelé à régner (le comte de Paris) ; -— puis meurt de mort violente, le 13 juillet 1842, mois de la chute de Charles X. La Révolution de 1848 dure trois jours.
Louis-Phillipe tombe, à 74 ans, à cause des ordonnances de son préfet de police; il abdique en faveur de son petit-fils, âgé de 10 ans; — on répond qu’il est trop tard 1 Louis-Philippe s’embarque pour l‘Angleterre, avec son petit fils, le Comte de Paris, — et meurt en exil. (i) L’Assemblée nationale n'eut pas à voter en forme le réta— blissement de la monarchie, à cause de la lettre du Prince à M. Chesnelong, en date du 27 octobre, où la revendication du drapeau blanc s’aflirmait absolue. — Mais une commission, dite des neuf, où se trouvaient représentés, sous la présidence du Général Changarnier, toutes les nuances de la majorité monarchiste, avait préalablement délégué M. Chesnelong au près de M. le Comte de Chambord, pour fixer, d’accord avec lui, les conditions et les termes de son rappel au trône de France.
Ce rappel ne faisait plus question. L’accord semblait parfait, sur tous les points de la Constitution; seule, la diffi— culté du drapeau subsistait encore... Le Prince, dans l’entre— vue du 11,, parut lever la dernière incertitude, en chargeant M. Chesnelong de l’assurance formelle « que rien ne serait changé au drapeau, avant qu’il ait pris possession du pouvoir ». Henri V se réservait seulement de « présenter au pays, à l'heure r-m-r_.q
LA GÉNÉRATION DU FUTUR ET LA PROPHÉTIE 261 “l"fl'fi’:"'-'"ä , ' ' ., .. moins déguisée qu’il objecta se réclamerait peut-être des motifs les moins futiles et les plus consciencieu sement pesés; sans doute y a-t-il là un mystère de loyalisme et d’équité que nous n’approfondissons pas: toutau plus risquerions-nous une hypothèse (1) tout à l’honneur du prince,qu’on a si durement blâmé en cette conjoncture... Quoiqu’il en soit, le fait demeure évident.
M. le comte de Chambord n’a pas voulu ré— qu’il jugerait convenable, et se faisait fort d’obtenir de lui par ses représentants, une solution compatible avec son honneur et qu’il croyait de nature à satisfaire l’Assemblée et la Nation » (textuel).
Sur cette double assurance, les députés de toutes les fractions de la majorité ayant promis leur vote, le gouverne ment du Maréchal ayant assuré son concours, la Monarchie semblait faite, quand la malheureuse lettre du 27 vint anéantir toutes ces espérances, en « revendiquant le drapeau blanc. sans admettre ni conditions ni garanties préalables » (voyez la Campagne monarchique d’octobre 1873, par Ch.
Chesnelong; Plon, 1896, in-8). (I) Supposons un instant que M. le comte de Chambord crûtles revendications de Nauëndorff, smon justifiées, du moins soutenables. Aurait-il agi différemment ? —- Dans l’hypothèse de la survivance de Louis XVII et de sa postérité directe, Henri V n’aurait pu toucher à la couropne qu'en usurpateur Son devoir était donc de s'abstenir.
D’autre part, refuser sans motif le trône offert, et reconnaître même tacitement le droit de Nauëndorfféquivalait pour lui à noter d'infamie la mémoire de son grand-père Charles X et de son grand oncle Louis XVIII, — rois dès lors illégitimes. Il fallait donc un prétexte, valable ou spécieux, pour décliner l’invitation de l'Assemblée, en 1873. Ce prétexte, la question du drapeau blanc l’offrait au comte de Chambord.
Voilà une pure hypothèse : nous la donnons pour ce qu’elle vaut... — Il est certain que l'année suivante, en 1874, le comte de Chambord, intimé devant la Cour de Paris par les héritiers Nauëndorff, crut devoir faire défaut. Le prince laissa au ministère public le soin de contredire à leurs prétentions. Demandeurs en restitution d’état civil, ils furent déboutés, en dépit des efforts de Jules Favre, dont il faut lire l’admirable plaidoirie. 6
262 L'INITIATION "“"-'!I gner. Le moyen dilatoire qu’il invoqua soudain, cette acceptation du drapeau blanc, dont il fit, à la surprise de beaucoup de ses plus fidèles serviteurs, une con dition expresse de son avènement au trône, fut—elle autre chose qu’un prétexte à repousser le sceptre offert?
Personne ne s’y trompa, que les intéressés, qui firent semblant. — Substituer, au lendemain de nos dé— sastres, la bannière des lys au drapeau tricolore, c’eût été dire au million de braves qui s’étaient fait décimer sous ses plis : « Vous avez pris cette loque pour l’étendard national, naïfs que vous êtes, ou rebelles P Ce chiffon aux trois couleurs, pour la gloire duquel vous braviez la mort d’un cœur si léger, n’existe point même!Ouvrez les yeux, Français; voici le drapeau de la France I...
Et saluez les trois lis d’or brodés sur satin blanc! » Quelle énorme billeveséel Si peu que les ennemis de M. le comte de Chambord accordassent d’intelligence et de tact à ce prince, lui ont-ils fait de bonne foi l’injure de prendre au sérieux pareille proposition, àl’adresse d’un peuple qui semblait alors acclamer son royal sauveur, en se jetant dans ses bras P...
La magnifique précision de la prophétie d’Orval, de 1797 jusqu’en 1873, trahit, au moins par intermit— tences l’inspiration céleste. Les décrets mêmes de la Providence peuvent être contrariés, avons-nous dit, par le veto du libre vouloir humain; mais leur accom plissement, avorté sous une forme, s’effectuera bientôt sous une autre.
Si donc le solitaire d’Orval a subi sans mélange l’influx providentiel, la volonté d’Henri V aura bien pu susciter à l’adaptation des plans énoncés
LA GÉNÉRATION DU FUTUR ET LA PROPHÉTIE 263 une éphémère entrave; mais alors ils ne sont que diffé -rés et s’adapteront sous un autre mode, impossible à prévoir ou même à pressentir sans révélation expresse.
Que si, au contraire, la claire—vue du bon ermite pro— cédait d’une source ou moins haute ou moins pure, alors l’inhibition d’une volonté intercurrente, en 1873, peut avoir dérangé toute la trame fatidique, et rien n’adviendra des événements désignés à s’ensuivre. Dès le milieu de mars de la présente année 1896, l’opinion s’est passionnément émue des prophéties d’une extatique de 24 ans, qui se dit inspirée par l’archange Gabriel.
Des mois ont coulé sans que la vogue se démentit. C’est par centaines de mille que les curieux se sont fait inscrire pour être admis à voir etàentendre M“°Henriette Couédon, « la Voyante de la rue de Paradis ». L’ange nous annonce pour la fin de cette année des tribulations amères et d’épouvantables épreuves: inondations,cataclysmes naturels,degrandesémeutes, une guerre générale...
Rien ne manque au tableau des châtiments que le ciel réserve à la France oublieuse de son Dieu. Enfin, le rétablissement de la royauté nous est prédit comme devant ouvrir une ère faste, à l’issue de la période expiatoire que nous vaudra notre impiété et notre corruption. Le monarque, un Bourbon d’une branche latérale, régnera sous le nom d’Henri V (1). (1) Cf. La Voyante de la rue de Paradis, par Gaston Méry; Dentu, 1896, in-12 (pp. 34—36). ,u.—.——- -
264. , L’INITIATION On cite plusieurs phénomènes de seconde vue, où la véracité de M“ Couédon se serait fait paraître. Mais autre chose est la clairvoyance d’une lucide, autre chose l’inspiration d’une Sibylle ou d’une céleste Missionnée. Dans le premier cas, c’est M"° Lenormand qui nous intrigue et nous étonne; dans l’autre cas, c’est Jeanne Darc, qui nous réveille et qui nous sauve... .
L’avenir se chargera bientôt de détruire ou de cen tupler le prestige de la Voyanle, car ses prédictions sont toutes à brève échéance. Quoi qu’il en advienne, la sincérité de cette jeune fille ne fait pour nous aucun doute, pas plus que le fait d’une influence occulte, ni la réalité d’un être invisible dont elle est l’organe.
Médium àincarnation, elle s‘exprime en vers asso— nants de sept pieds, et ne se souvient plus, dans son état normal, des choses qu’elle a débitées lorsqu’elle se trouvait en condition seconde. Mais l’identité de son inspirateurreste un problèmeinsoluble. L’ « ange» serait-il un Élémental ? un Élémentaire ?... ou vériv tablement, comme elle le croit, un Messager du ciel i’ C’est ce que Demain nous révélera.
Ces considérations nous amènent tout droit à une étude succincte des arts divinatoires, examinés dans leurs principes. Étant données les trois Puissances collaboratrices dont le Futur est l’ouvrage, on serait tenté d’établir une classification ternaire, où se répartissent les dif— férents moyens divinatoires, selon qu’ils procéde
LA GÉNÉRATION DU FUTUR ET LA PROPHÉ’I’IE 265 raient d’une origine providentielle, ou volitive, ou fatidique. Mais, en fait, la divination proprement dite semble le monopole du Destin. La seule Providence infuse, il est vrai, l'Esprit de prophétie pur de tout mélange. Mais le Verbe provi dentiel est incoercible; sa transmission, toute sponta née, est volontaire de sa part.
Il ne s’évoque, —excep— tionnellement, — que parla pratique de l’Extase active. C’est ce qu’un lecteur attentif du précédent chapitre a dû comprendre d’avance. On m’interroge guère directement la Volonté univer selle: c’est un fait, et la raison profonde n’en est point facile à justifier...
Notons seulementque de deux choses l’une: ou cette Volonté universelle suit les voies de la Providence, et son Verbe se confond avec le Verbe pro videntiel (dont on peut dire: Spiritus flat ubi vult); ou bien la hautaine, se dégageant de cette tutélaire influence, devient dès lors sujette à se tourner contre elle-même: «les pensées se choquent, et grande divi sion est dans l’entendementl... » La volonté émet par suite des oracles contradictoires, selon que le consul tant s’est jeté dans l’un ou l’autre de ses courants hos tiles.
Du reste, on peut envisager en ce cas la volonté comme vassale du Destin à bref délai: finalement elle fléchit d’autant plus sous la loi fatidique, qu'elle parut s’y heurterd’un plus superbe effort. Soient dites ces cho ses à l’égard de la volonté ou des Volontés collectives, car les volontés individuelles échappent à tout augure: lorsqu’elles-mêmes s’interrogent, savent-elles seule ment quoi serépondre?Rarement. Elles sont la spon .. « .«.. ,. v. 71 , . ...
266 L’INITIATION tanéité même, dans l’indéfinie multiplicité. Elles ne formulent que des intentions: savez-vous rien de variable?.... L’on conçoit donc qu’il n’y ait nul avan tage, comme nulle sécurité aussi, à consulter l’âme universelle volitive: puisqu’elle s’élève, en prime hypothèse, à la collaboration providentielle, ou de vient, si elle y répugne, le hochet multiple du Destin, — idole beaucoup plus facile à faire parler.
C’est au Destin que ressortissent tous les arts divi natoires, plus ou moins imparfaits, qui sont actuelle ment Ou connus ou pratiqués. On peut les dire innombrables, du moins innombrés. Boissard et Peucer, qui leur ont consacré tant de centaines de pages in-folio, semblent fort loin d’en offrirla nomen— clature intégrale.
Le livre de Pierre de Lancre, Incré— dulité et Mescréance du Sortilège, en produit (p. 198—...) une liste sinon complète, à coup sûr fort détaillée, et Jean Belot présente sur ce point le double avantage d’être explicite à la fois et concis. Nous renverrons à ces auteurs pour le détail des pra— tiques divinatoires.
Il nous suffira de souligner qu’elles ne sont tant diverses que dans la polixité de leurs formes extérieures: car, en ce qui concerne leur nature essentielle, ces pratiques diffèrent beaucoup moins qu’il ne semble, et nous n’en sachons guère qui dé— bordent le cadre d’une classification quaterne, vraisemblablement inédite (I), et que voici : (I) Cf. l’Introduction des Miroirs magiques, par P.
Sédir (Chamuel, I895, in-t 2). — On trouve en cet excellent travail un tableau qui n‘est pas sans analogie avec le nôtre.
LA GÉNÉRATION DU FUTUR ET LA PROPHÉTIE 267 1’ Par l'Evocati0n ou la Consultation directe des Invisibles. -— Exemples: Théomancie (néo— platonicienne), Nécromancie, Recours à l‘assistance des génies ou des démons, Fureur Sibylline, etc. 2“ Par l’interprétation des signatures natu relles (dont il sera traité aux chapitres 4et 5). —— Exemples: Science analogique des formes univer selles(Anatomie cosmiquede Crollius).
Morpholo gie qualitative; Physiognomonie, Phrénologie, Métoposcopie, Chiromancie, Graphologie,etc.; Art augural, Haruspicine, Tératoscopie, Interpréta tion des Images fatidiques; Oné‘iromancie ou explication des songes, etc. 3° Par l’étude des combinaisons artificielles, plus ou moins simples ou complexes, présentant à l’esprit l’image contrastée du jus et du nefas éternels. -— Exemples : Urîm et Thummîm, Pile ou face; Tarot, Cartes, Jeux symboliques de la vie humaine (jeu d’oie), etc., Sorts de tous genres.
4’ Parla fixation prolongée de certains objets informes et multiformes, où l’œil croit voir passer des images confusément sibyllines; appel à la lucidité, par une sorte de pratique auto—hypno tique, état que provoquent de concert l’effort prolongé de l‘attention et la fatigue du nerf optique. —- Exemples: Divination par les éléments; Pyro— mancie, Aëromancie, Hydromancie, Géomancie, (la vraie; la fausse Géomancie qu’on pratique d‘ordinaire rentre dans la 3' catégorie), Cristallo mancie, Divinations par la carafe, le miroir ma gique, le blanc d‘œuf, le marc de café, etc. PRATIQUES DIVINATOIRES Ces divisions, nullement arbitraires, n‘ont cepen— dant rien d’absolu: certaines pratiques peuvent relever à la fois de plusieurs d’entre elles. -— Ainsi l'astrologie, qui appartient à la deuxième sorte en raison des as pects célestes (véritables signatures du firmament) sur quoi reposent les calculs généthliaques, — l’Astrologie ressortit également au trmsième mode, par suite des règles toutes d’artifice et de convention auxquelles
268 L’INITIATION cette science est actuellement (1) astreinte. — De même encore, la pratique du Tarot, attribuable sans doute au troisième genre de divinations, dont un pur hasard semble la loi, est réversible aussi sur le qua trième; cette pratique se fonde bien en efl‘et sur les combinaisons, toutes fortuites en apparence, d‘em blèmes artificiels et imaginaires, non pas sur l’inter— prétation de signes ou d’hiéroglyphes spontanément fournis par la nature; mais, d’autre part, ce kaléidos cope d'images sibyllines, miroitant sous le regard de l'expérimentateur, peut être conçu comme un moyen perfectionné de provoquer en lui la seconde vue.
L’interprétation des signatures naturelles,paraît, à coup sûr, en ses diverses variétés, le mode de divina— tion le plus rationnel et le moins trompeur; l’examen de la physionomie, le discernement des lignes du front et de la main, l’étude sagace des écritures, pré sentent à l’envi une sérieuse documentation, multiple et de mutuel contrôle; et sur cette base de certitude psychologique, révélatrice autant qu'irrécusable, on peut bâtir tout un édifice de lumineuses conjectures.
Il ne faut pas médire non plus des cartes, des Tarots, — ces jeux symboliques de la vie humaine, déroulés à travers ses alternatives d’heur et de mal— heur, ses contrastes de chance et de malchance, dont les Arcanes, -—— fastes ou néfastes, — burinent l’em \ blême tour a tour.
Un devin véritablement doué (1) Sur le contraste entre l’astrologie des anciens, et la Babel de notions abitraires qui porte aujourd’hui ce nom, consultez Fabre d'Olivet (Vers dorés de Pythagore, pp. 269-278).
UNITÉ, AMOUR, ACTION 269 ....a... .—.—.y. r - «1;; s’exalte au maniement de ces figures fatidiques; il sourcille, on dirait qu’il tend l’oreille... Ces cartons bariolés lui deviennent Oracles parlants! Soudain, il a tressailli; son œil s’éclaire du jour intérieur : à sa seconde vue, un immense horizon s’est ouvert. Le voile de l’Astral est déchiré... . . - . . . - . . . . o . - . . . . ..
STANISLAS DE GUAITA Mut, MUR, Ëll'l‘lûll Pensez à l’UNITÉ, vous dominerez le Dualisme ; vous obtiendrez la Paix et le Bonheur. Toutes les sectes, basées sur l'antagonisme, toutes filles de Satan l’Adversaire, sont emportées dans le tourbillon de l’éternel Dualisme, l’éternelle chose inférieure. Mais ce Dualisme n’est lui-même qu’Illu sion. Au-dessus de lui est la Réalité fixe, suprême et bienheureuse.
N’adoreg pas les dieux dont le trône doit avoir pour piédestal les démons. Lui, 1’Eternel, le Principe a un grand nom ; il s’ap» pelle l’IDENTIQUE. Heureux celui qui, adorant l’IDEN TIQUE, saura conquérir l’Égalz’té d’Ame, l’Union divine. Heureux celui—là, car sa douce joie placée dans l’1mmuable ne saurait finir. La Roue éternelle tourne dans l’obscurité. Au-dessus de l’Univers total est l’éternel foyer de
270 L‘INITIATION Béatitude qui émet et rappelle tour à tour les êtres, sans cesser d’être le Seul, l’IDENTIQUE, l'Unité pure et souveraine. y Comment retourner à l’Unité? Par [Union mys tique invariable, répond la sublime Bhagavad Gita; parl'amour, répond Saint-Martin. « Je suis en eux, et vous en moi, afin qu’ils soient consommés dans l’Unité » (S.
Jean, xvn, 23), répond Jésus qui fait de l’Amour le commandement suprême et qui meurt parce qu’il révèle l'Unité. « Il n’y a qu’un Dieu, mais ne le dis pas à la foule, car il t’arriverait malheur, » disaient les Brahmanes au jeune initié (raconte Mgr Laouënan). Jésus proclama l’Unité, au prix de la croix.
Notre pensée occidentale, pétrie dans le moule de la religion chrétienne exotérique, conservant cette forme étroite, alors même qu’elle devient protestataire (science officielle, néantisme), fascinée par le sensua— lisme et la Vie sur terre, est loin, bien loin de s’élever à la pure contemplation de l’Unité.
L’étudiant spiritualiste, par l’étude de la pensée orientale, pratique le meilleur moyen de libération (le Buddhisme de G. de Lafont est un livre acces sible du plus haut intérêt, véritablement recomman dable à ce point de vue, n'était sa préface trop agres— sive envers Blavatsky, par le sar Péladan). La spiritualité des grands maîtres indous (morts ou vivants, peu importe !) est complémentaire de la spi ritualité des maîtres européens. Notre anthropomorphisme vulgaire, la bassesse de nos.conceptions sur l’Univers et les modulations de la
UNITÉ, AMOUR, ACTION 271 “W?“T'” ' ' force universelle est équilibré par ce qu’on appelle injurieusement le panthéisme indou et qui est simple ment l’expression d’une science formidable qu’à peine nous commençons à balbutier.
Panthéiste, sans doute, saint Denys l’aréopagite, quand il dit : Une véritable unité subsiste au fond de la multiplicité, et les choses qui se voient sont comme le vêtement symbolique des choses qui ne se voient pas (Hiérarchie céleste, argument).
Dieu est nommé un, parce que dans l’excellence de sa singularité absolument indivisible, il comprend toutes choses et que, sans sortir de l’unité, il est le créateur de la multiplicité (Noms divins, ch. xu). L’Univers visible n’est que l’aspect inférieur, illu soire de la Réalité suprême, fixe,enseignent les Indous. C’est donc une loi du monde que ce qui est supé rieur se reflète en ce qui est inférieur, dit saint Denys.
N’est-ce pas le même langage? . Celui qui trouve tout dans l’unité, qui rapporte tout àl’unité et qui voit tout dans l’unité, peut avoir le cœur stable et demeurer en paix avec Dieu (Imitation de Jésus-Christ, ch. 111). Celui à qui la parole éternelle se fait entendre est . débarrassé d’une infinité d’opinions.
Tout procède de cette unique parole, et tous les êtres rendent témoignage qu’il n’y en a qu’une, et cette même parole est le principe qui nous parle inté— rieurement (Imitation de Jésus-Christ, ch. 111). ’ Je suis l’âme qui réside en tous les êtres vivants, je suis le commencement, le milieu et la fin des êtres
272 L’INITIATION vivants (Bhagavad Gita). Voici dans son unité tout l’Univers avec les choses mobiles et immobiles. Con— temple donc en moi l’Union souveraine. Là donc, dans le corps du Dieu des dieux, le fils de Pâdnu vit l’Univers entier et unique dans sa multiplicité (Bha gavad Gita). Dans ma miséricorde et sans sortir de mon unité, je dissipe en eux les ténèbres de l’igno rance, avec le flambeau de la science(Bhagavadj.
Celui qui adore mon essence résidant en tous les êtres vivants et qui demeure ferme dans le spectacle de l’Unité, en quelque situation qu’il se trouve, est toujours avec moi (Bhagavad). Mon âme est le soutien des êtres, et, sans être con tenue en eux, c’est elle qui est leur être (Bhagavad).
Dieu, sans commencement et suprême, ne peut être appelé un être, ni un non-être... (Bhagavad) Sans être partagé entre les êtres, il est répandu en eux tous ; soutien des êtres, il les absorbe et les émet tour à tour (Bhagavad).
Quand il voit l’essence indi— viduelle des êtres résidant dans l’unité et tirant de là son développement, il marche vers Dieu (Bhagavad); C’est en honorant par ses œuvres celui de qui sont émanés les êtres et par qui a été déployé cet Univers, que-l’homme atteint à la perfection (Bhagavad). Le Maître du monde ne crée ni l’activité, ni les actes, ni la tendance àjouir du fruit des œuvres; c'est le résultat de la nature individuelle (Bhagavad).
Adressant le mot mystique 6272 à Dieu unique et in divisible, et se souvenant de moi: celui qui part ainsi, abandonnant son corps, marche vers la voie suprême {Bhagavad).
UNITÉ, AMOUR, ACTION 273 Mais il faudrait citer tout entier ce livre qui est probablement le plus beau qui soit sorti de la main des hommes (Emile Burnouf).
L’étudiant qui a jeté loin de lui toutes les lettres et paroles mortes, toutes formules, tout ce qui vient du dehors pour chercher par la méditation, en soi-même, la Vérité, trouverait tour à tour, dans la Bhagavad Cita, une science profonde de la nature, une sensation profonde du divin pur; tantôt l’Uni vers entier avec ses hiérarchies vivantes et tantôt Dieu lui—même, le principe masculin suprême.
Il y appren— drait tantôt le calme profond et le silence parfait, tantôt l’Amour, la Bonté, l’ADORATION. Que les esclaves des dogmes. que les sectaires restent à la porte. Que ceux qui offrent leur âme tout entière, en Sacrifice au Père unique de tous les êtres, se nouris sent longuement de ces belles paroles de nos ancêtres indous, sur la Science de l’Essence des choses, science de l’Éternel présent, science de l’IDENTIQUE.
Ne nous arrêtons donc pas aux mots, car nous ne parlons pas ici pour ceux que les mots creux et la passion asservissent, mais pour ceux qui cherchent I’Esprit, reconnaissent que l’Unique Soleil spirituel donne l’être à toutes choses, éclaire et vivifie toutes choses, émet et absorbe tour à tour, éternellement, l’Univers entier. Car ce qui est ne saurait cesser d’être.
Si les occultistes veulent exercer une action décisive sur l’humanité, ils ont le devoir de proclamer avec force «l’Unité du principe absolu des choses, essence et point culminant de la philosophie indienne» (Émile Burnouf).
274 L’INITIATION Le mot d’ordre des véritables occultistes de tous pays est donc UNITÉ. Unité, c’est un mot, tout d’abord ; mais, c’est l’Im mensité, le Divin pur ensuite pour quiconque regarde cet Un, le fixe, s’identifie. L’Ame du Disciple est alors rapprochée de la grande âme qui bat à travers toutes les petites âmes, son intellect subit la transmutation spirituelle et devient l’Intelligence qui perçoit directement le vrai.
Sa Volonté devient puissante, elle établit cette puis sance en dominant les instincts et la pensée elle— même. Elle se libère de la Servitude et devient la Reine triomphante et sereine.
C’est alors que l’étudiant arrive devant les Portes d’Or... _Si l’évocation spirituelle de l’Illuminaz‘ion, fruit de la contemplation unitive et de notre absorption en l’Unité par l’Amour (c’est l’âme et l’esprit du Mar tinisme, qu’on ne l’oublie pas), n’est pas suffisante, hélas! pour convaincre quelques chercheurs, devrons- ‘ nous alors évoquer le pouvoir et rappeler, aux yeux de tous, que l'Inde est aussi le pays des Fakirs aux phénomènes étranges, des magiciens puissants et des Yoguis aux ordres desquels obéissent les anges et les démons: la créature devenant créateur.
L’Inde, la vieille terre de nos vieux ancêtres, est le pays père de la Science et de la tradition ; elle est le pays père des Druides, ses envoyés. La Bretagne semble avoir recueilli le dépôt sacré que lui confièrent, sans doute, les maîtres celtes. _.-. ,i ..;.‘......
UNITÉ, AMOUR, ACTION 275 Tout, en ce pays breton, rappelleet respire l’Ésotérisme. Églises, hôtels, maisons particulières sont remplies d’objets sculptés dont les motifs se rapportent évidem ment et très directement à la Science sacrée ou Science Une, Science de l’Unite’ qui plane au-dessus de toutes les religions dont elle est la source éternelle. Combien j’aimerais voir revivre cette belle âme cel— tique, tout amour, lumz’èreet liberté!
Combien j’aime rais la voir se rappeler sa vieille mère indoue, s’unir à elle ! Combien j’aimerais voir le beau mouvement Mar tinisme, tout Amour et Unité, lui-même, acquérir, par l’Union forte de ses membres et leur ardeur fraternelle créatrice, une Vie intense, recueillir à son tour le dépôt celtique!
Combien j’aimerais vOir le Martz‘nisme, par un accord sympathique avec la Théosophie elle—même, si proche de l’lnde, réaliser le plus beau geste d’Unz’té qui se soit vu depuis les temps historiques.
Ces temps, il faut l’espérer, reculeront eux-mêmes bien au delà des limites étroites que leur attribue la lettre médiocre de la Bible juive et le peu d’envergure de la pensée de nos savants officiels. (Rendons hommage en passant à la Mission des Juifs, de Saint—Yves d’Al veydre.) La vie universelle est éternelle. Rien n’est créé,mais tout se transforme (apparen ce due à la Maya), Tout vient de l'Unité. ' D’où coule le Catholicisme P du Judaïsme.
D'où le Judaïsme? de la Kabbale. D’où la Kabbale? de Ie’ve’, la loi d’émanation. D’où la loi d’émanation? du Iod. D’où le Iod ? du point, de L’UNITÉ. (Je m’ar— .g_- _.-..___ _L_._A.
276 L’INITIATION -. .- r2“‘fi_gf'\ tête ici ; iront plus loin ceux qui trouveront.) D’où coule toute la philosophie indoue ? de l’Unité. L’Islamisme ? de l’Unité. Quel est le grand principe que la Science moderne a proclamé, dans le monde des forces physiques connu par elle, notion magnifique qu’elle élargira bientôt, pour lui faire envelopper tous les plans de la Matière et de l’Idée de la Matière ? C’est l’Unz’té.
A l’Unité fondamentale on adjoindra la Causalz’té rigide (Loi d’Égalité de I’El’fet et de la Cause), régis sant toute vie, toute transformation, tout phéno mène. Avec ces deux grands principes : Unité, Causalité; autrement dit: Amour, Justice; autrement dit: Fra ternité, Équité, on remettra de l’ordre dans toutes les Sciences: physiques, psychiques, spirituelles.
Quelle est enfin l’aspiration sublime du cœur, le rêve déchirant. le désir, fou humainement, sage divine— ment, qui nous transporte au delà de tous les mondes, vers l’Absolu-Dieu ? C'est l’Union, l’Amour, l’Unifi cation, l’Unité. 3. Le principe fondamental du Catholicisme et de la Franc-Maçonnerie, c’est l’Unité. Les deux aveugles se battent pour la même chose qu’ils ne comprennent pas.
Socialement, . le catholicisme et la Franc—Maçon nerie affirment vouloir la Fraternité humaine; c’est aussi le même principe. Mais ce principe n’est qu’un prétexte; au fond, c’est le combat des passions, c’est le Dualisme sous sa forme sombre: l’Antagonisme. Laissons-le et passons.
UNITÉ, AMOUR, ACTION 277 Puisque cet Un est le seigneur de tous les nombres qui le répètent à l’infini, puisqu’il est le principe de la force suprême, le roi éternel du Kosmos, pourquoi donc ne pas l’inscrire en grandes lettres dans nos coeurs, sur nos fronts et nos actes: l’Unité, au nom de l’Unité, pour l’Unité.
Voilà le point fixe, la note fondamentale dont il ne faut pas s’éloigner, sous peine de dissonance, au lieu d’une pure et radieuse Harmonie. La loi Universelle rassemble, synthétise; travail lons avec elle. Laissons les vieux dogmes pétriflés ou corrompus, laissons les morts enterrer leurs morts, fuyons Sodome, ne regardons pas derrière nous, comme la femme de Loth.
Elançons—nous en avant, toujours en avant, et lançons un grand cri, à la face du monde entier; UNITÉ. Vivons cette Unité, prêchons l’Union par l’l-larmo nie entre toutes les libertés ; et c’est le Bonheur et la Paix pour la terre, en attendant la Béatitude suprême qui est la destinée de toute créature.
L’Esotérisme ayant restitué (ainsi que cela se fait à toutes les époques semblables de la Vie Universelle, dans l’infini), le culte pur de l’Unité, la Religion Une de l’Amour, donnera ensuite à la Science, le corps Astral, intermédiaire entre l’Ame et le Corps, ignoré des Catholiques, ce qui les empêche de conce voir la vie sans leur corps, d’où leur Sensualisme ou Passionnalisme transcendant. L’Esotérisme donnera à la Science la notion du Plan astral et de ses habi
2 78 L’INITIATION tants (plus besoin alors d’appeler le diable à tous propos comme le font les prêtres). L’homme pourra enfin jeter un pieu de lumière sur ces entités men teuses de l’Astral inférieur et del’Astral moyen, qui se font passer pour Dieu et gouvernent les peuples et les individus de la Terre par la stupeur ou l’abrutisse ment. Disons, en résumé : Un seul Dieu : l'Unité, le premier principe. Une seule Loi : la Justice. Une seule Nature. . Une seule règle de vie, d’action. d’ascension : l’AMOUR et le SACRIFICE. Ce qu’il faut donc graver en traits ineffaçables, au fond de notre cœur. (Peut-être étudierons—nous prochainement l’Ascèse de la Pensée, que doit pratiquer tout disciple de la Vérité par—dessus tout). Proclamons et réalisons dans la Vie Sociale, dans la Vie Universelle le grand principe d’Amour infini pour tous les êtres de l’Univers entier. Aimons avec force, etl’Amour, trouvant asile dans nos cœurs, descendra sur la terre. Enfin, soyons des hommes d’Action. L’Action fraternelle, vivante, exige le rapport cons tant entre tous. L’Harmonie est fondée sur l’Amour et la Liberté. L’Action fraternelle exige la Spontanéité, la Tolé rance, 1’Ardeur sans fin. Semons-nous. Aidons—nous. Aimons-nous. Agissons pour l’Unité, pour l’Amour, pour le triomphe de la
UNITÉ, AMOUR, ACTION 2 79 Science divine qui dissipera en même temps les ténèbres et les influences ténébreuses. . Que la Lumière soit! Que l‘Amour règne sur la Terre comme au Ciel. Que tous les hommes, enfants du même Père, soient Un. AMO. .gp,
- n*l .'."“"‘_p PARTIE LITTÉRAIRE E°ââraue ti‘llaumr Les voix de la forêt chantaient dans la nuit sombre, Un cavalier courait sous les larges arceaux ; De l’homme et du cheval les yeux luisaz‘ent dans [l'ombre, Et leur course troublait le sommeil des corbeaux. Au milieu du grand bois il est une clairière Où dort un étang noir couvert de nénuphars Que la [une tacha soudain de sa lumière Faisant du cavalier pâlir les durs regards.
Aussitôt la forêt d’un manteau de silence Couvrit toutes ses voix. Un soupir résonna ; Du milieu de l’étang empli de somnolence Un informe sortit et la nuit frissonna. L’informe s’avança lentement sur les ondes Vers le haut cavalier qui l’attendait au bord , Des flammes sur les joncs sautillaient, vagabondes; L’air était saturé d’une senteur de mort.
NOTRE BULLETIN POLITIQUE 281 'Les feuillages semblaient raidis par l’épouvante; Cheval et cavalier paraissaient de granit; Et l’informe approchait, brune, grise et mouvante, Et le cheval soudain, en se cabrant, hepnit, Puis s’enfuit toutà coup en un galop sauvage ' Autour de l’étang noir, menant son cavalier, Et l’informe glissait, sans voix et sans visage, Toujours à côté d’eux, d’un élan régulier.
GUYMIOT. u©ran BULLETIN remarqua ' La Chronique précédente avait réservé des questions propres à nous rapprocher de la résolution des dualismes sociaux précédemmentdécrits; nous avions à parler de la Russie signalée par sa cérémonie solennelle del’esprit économique de notre temps, de l'avenir qu’il renferme pour chaque peuple ; les événements nous forcent à re— mettre encore ces observations, mais celles qui nous réclament n’en rendront que plus claires les conclusions différées.
Parmi les faits de ce mois, il faudra glisser rapidement sur deux fort importants : le couronnement du Tsar et les nouvelles menaces des États-Unis contre I’Espagne qui faisaitjustice à Cuba des flibustiers américains; nous y reviendrons le plus tôt possible.
Il en est deux autres qui nous réclament d’une façon plus pressante et pour lesquels notre temps va être bien étroitement mesuré; le succès du parti socialiste à nos dernières élections munimpales, et... la famine au Tonkin! La famine! Voilà ce qu’importe en Chine le pavillon aux couleurs fondamentales, le drapeau décoré de la belle devise trinitaire française ! Voilà ce qu’enfante notre manie, dans l’engouement
282 L’INITIATION mercantile du siècle, d’imiter l’implacable logique des protestants saxons; voilà le fruit de cette fleur de bour geoisie transplantée sur le sol chinois. Je copie l’1ndo-Chine française publiée à Hanoï : « Le spectacle qu’ot’fraient, hier matin, les abords de la mairie était particulièrement navrant.
« Nous n’exagérons pas en disant que plus de cinq cents individus, des femmes surtout, accompagnées de leurs enfants, étaient là, les yeux caves, affamées. atten dant l’aumône de la municipalité. ( Bien maigre cette aumône... tout juste pour cha cun de quoi vivre un jour. « ...Nous ne voyons ici qu’une bien faible partie de la misère du pays; on meurt littéralement sur les routes dans certaines provinces. » Et la cause ?
« Notre incurie, notre imprévoyance,... notre désir d’obtenir, par nos douanes des sommes foujours plus fortes en laissant sortir le plus possible de riz (1). » Avant nous le gouvernement chinois avait, selon l'an tique coutume, établi dans chaque province des greniers d’abondance d’où les provisions amassées se répandaient aux jours de mauvaise récole, pour prévenir la disette.
De forts droits de douane défendaient ces greniers contre la rapacité des spéculateurs en faisant payer la sortie du riz. Maîtres par la force, nous avons retourné contre les vaincus cette institution si bien appropriée à leur économie nationale : Traité du 6 juin 1884, défendu par l’expédition meur— trière de 1885. Article 12 : « Dans tout le royaume, les douanes réorganisées (l) seront entièrement confiées à des administrateurs fran çais.
Il n’y aura que des douanes maritimes et des fron tières, partout où le besoin se fera sentir. la Et le besoin s’est fait sentir de les faire fructifier le plus possible entre les mains de l'ADMINISTRATION fran çaise, ces douanes réorganrsées 1 (X) On signale au dernier moment une faute qui_serait bien plus grave encore :_ l’encouragement au jeu public allermé à notre profit au morns dans certaines provmces.
NOTRE BULLETIN POLITIQUE 283 Et l’on a favorisé l’exportation du riz. Et le Tonkin meurt de faim. Voilà comment on colonise, comment on importe dans les pays barbares(l) la liberté du commerce, les grands principes de la civilisation européenne! 1 Car ils osent bien invoquer cette liberté, les défenseurs del’économie politique l — Oh! n’imitons pas, au moins jusque dans son hypocrisie dévote, cet insatiable esprit d’avarice et d’accaparement.
Non, nous ne savons pas coloniser comme nos voisins colonisent; disons-le fran chement, de voix haute et claire du vieux coq gaulois ; faisons—nous-en gloire, même, car là n’est pas notre rôle ; Dieu merci, la piraterie ne sera jamais dans notre sang! la Liberté de la France doit être fraternelle, elle doit rayonner, vivifier; qu’on n’aille pas lui demander de se faire pieuvre ou vampire l Mais laissons ces considérations que l’on pourrait croire purement sentimentales parce que la honte et la pitié les enflamment; et, dans le calme du raisonnement, montrons parles principes de la Trinité deux fois ins crits sur notre drapeau, comment et pourquoi les écono— mistes saignent la poule aux œufs d’or.
Il est un principe, antique, tellement essentiel qu’il a traversé tous les âges, pénétré toutes les religions, toutes les mœurs; il n’est voilé qu’à l’agnosticisme égoïste.
C’est que toutes choses de notre Univers sont réparties en trois sphères concentriques, solidaires ; que de cette trinité naissent par simple développement sept puis— sances principales, et que ces puissances dominent toute l’activité des êtres et des ch05es vivantes suivant douze phases analogues aux mois des quatre saisons, symbo lisées dans le zodiaque (I).
Comment ce principe universel s'applique aux carac tères des peuples divers, c’est ce qu’il est facile de faire voir par une considération assez simple, sans recourir aux abstractions de philosophie universelle. Pour juger un peuple aussi bien qu’un individu, il est nécessaire,etilsuflitde l’examiner sous trois points de vue: (I) Voir le « Zodiaque » par Barlet, dans l'[nitiation, numé ros de mars et avril I895.
2 84 L’INITIATION Quelles sont ses occupations ou son travail national P Comment les accomplit-il, ou quelle est son organisa tion ? Quels principes le dirigent, ou quelle est sa religion ?
Chacune de ces questions est susceptible de quatre sortes principales de réponses, correspondant à la Tri nité universelle développée en quaternaire par le dédou blement naturel de son terme moyen: Le travail natio— nal, l’organisation, les principes, peuvent être empruntés soit à la sphère fatale de la Nature, soit à la sphère in dépendante de la Volonté (intelligente ou sentimentale), soit à la sphère divine de la Providence.
Voilà les douze distinctions principales des caractères individuels.
Les peuples sont: ou religieux comme les Hébreux et l’lnde, ou plus attachés à la Nature, pas teurs ou agriculteurs comme l’Arabe et le Chinois, ou plus adonnés aux manifestations de l’âme humaine, soit que, passionnels et sentimentaux, ils se montrent guer— riers, expansifs (comme les Grecs), soit que, plus portés àl’intellectualité pratique, ils se fassent industriels et marchands (comme les Phéniciens).
Voilà pour leur travail ; de même leur organisation sera ou théocratique, ou militaire, ou juridique, ou natu relle (basée sur la famille, par exemple). Enfin la religion, qui s’adresse à l’invisible, le com prend ou par les forces de la nature, ou par l’âme hu maine , soit sentimentale (culte des ancêtres , des demi-dieux), soit intellectuelle (les protestantismes de tout genre) ou par les principes métaphysiques, comme l‘Inde.
Cependant, par suite de leur étendue considérable, ces distinctions ne représentent pas les individualités ordi naires; celles-ci ne sont données que par les combinai sons de ces types principaux. Ils se combinent soit en empruntant à des ordres différents chaque forme de manifestation, soit en amalgamant plusieurs ordres dans la même force.
Ainsi la Chine est d'un type remarquable par la pu reté de ses caractères; ils se différencient seulement par l’ordre auquel ils se rattachent: Son travail et ses prin cipes sont empruntés à la sphère naturelle, son organi
NOTRE BULLETIN POLITIQUE 285 sation à la sphère divine: On ne peut mieux s’en rendre compte que par l’étude du livre excellent d’un de ses anciens consuls: la Cité chinoise, de M. Éugène Simon. On voit là clairement une nation de goûts exclusive ment agricoles. Sa religion, celle de Confucius, est toute natura— liste (I).
Les règles politiques, la loi, l’autorité, sont con fiées aux lettrés, à l’Aeadémz‘e des Tamlin et à la cour des censeurs, chargés de conserver les préceptes de cette religion; voilàl’organisarion théocratique en mode divin de nuance naturaliste.
La pratique sociale est, au contraire, laissée à la famille prise à la fois comme élément et comme puis sance principale; le gouvernement réduit à sa plus simple f0nction ne fait qu’assurer les communications réciproques des éléments ; l’unité cependant est fournie par un principe religieux, celui de l’Unité de l’Humanité dans l’espace et dans le temps, et de l’Humanité attachée à la terre: le culte de l’agriculture et celui des ancêtres rappellent continuellement cette Unité.
Ainsi, nation agricole à activité matérielle, à principes naturalistes, à organisation théocratique, voilà la Chine. Voulez-vous connaître la France? Ce sera plus diffi cile parce qu’elle est plus nuancée. Au point de vue du travail matériel, vous la verrez surtout agricole, comme le remarque Fabre d’Olivet, mais sans activité et princi palement animique; à la fois passionnelle et intellec tuelle; artiste, enthousiaste, rayonnante.
Ses principes sont intellectuels aussi, plus raisonnables que religieux, mais loin du matérialisme et teintée de sentiments qui l’éloignent autant delalogique protestante de l’Anglo—Saxon que de la métaphysique abstraite du Germain. Son organisation est du même genre: juridique selon l'esprit de la sphère humaine, mais d’une nuance unitaire fort prononcée empruntée à la sphère divine.
Elle est donc très harmonieuse parce que toutes les (1) La religion de Lao-Tsé, tout idéaliste, est si opposée à ce principe qu'elle est la seule que la Chine ait persécutée en tant que religion. .
286 L’INITIATION formes de sa manifestation sont du même ordre, et ce caractère la fait particulièrement synthétique, amante de l’Unité dans la variété. Nation intellectuelle et agricole, à principes sentimen taux et logiques, supérieurs, à organisation logique avec une teinte idéale: voilà la France.
C’est un être bien hu« main, mais capable d’embrasser la Nature et le Divin métaphysique en une synthèse vibrante de beauté et de générosité mesurées; ni pratique, ni religieuse, médiane en pleine voie de spiritualisation.
L’Angleterr‘e, très humaine aussi, est plus près de la Nature: Industrielle et commerçante par essence, à principesjuridiques rigides,à organisation indépendante, qui préfère l’individu à la société, sa devise l‘exprime parfaitement: Dieu et mon droit.
Son Dieu est celui de la raison; il réside dans la pensée de chaque homme, va riable avec elle, enchaîné à la volonté humaine; son droit est individuel, strict, logique, implacable comme la fatalité. .
Au nom de sa mission commerciale universelle, qu’elle remplit, il faut le dire, admirablement, au nom de son ' génie, l’Angleterre peut se croire fondée a pressurer l’Inde vaincue, à tourmenter sans cesse la Chine irréduc tible, à lui imposer perfas et nefas, à elle, si simple et si pratique en son paisible labeur, le poison stupéfiant de l’Inde toute rêveuse; l’Angleterre peut coloniser pour soi—même. Mais la France!
La France, elle aussi, peut coloniser, mais d’une seule façon: Par l’intelligence, par l’esprit l — Eh bien, répondent nos partisans de la politique coloniale, qu’allons-nous faire en Afrique, en Chine, au Tonkin, sinon semer les bienfaits de notre esprit d’intel— lectualité sentimentale, de science, d’art, de fraternité ? Cet argument spécieux a sa réponse dans le dévelop pement des principes qui'précèdent.
Le tempérament national n'est pas invariable. Comme toutes choses de ce monde, imparfait en lui-même, il se modifie avec le temps pour tendre vers la perfection qui n’est que dans la synthèse harmonieuse des différences. Il appartient du reste aux nations comme aux hommes
NOTRE BULLETIN POLITIQUE de s’aider mutuellement ; c’est l’un de leurs devoirs les plusimpérieux, mais pour tous c'est tout à la fois un crime et une gressière erreur que de tyranniser les faibles, même sous le prétexte de les perfectionner. C’est un crime parce que l’indépendance de la personne hu maine est une des lois divines les plus absolues, ob servée par la Providence elle—même!
C’est une erreur grouière parce que l’évolution de tout être a ses lois inviolables contre lesquelles aucune tyrannie ne prévaut. On peut violenter un enfant, on n’en fera jamais un homme avant l’âge, ou tuera plutôt l’homme en lui dans son germe. Eugène Simon, avec son excellent jugement, nous donne une preuve frappante de ces principes à propos de la Chine.
Reprochant aux missionnaires de nous y créer les conflits les plus graves parce qu’ils veulent im— poser leur politique à celle des naturels qui y répugne, il ajoute: « Tous ne méritent pas ce reproche; il en est même qui blâment cet excès de zèle... Ceux-là ont, au tant qu’ils l’ont pu, abandonné peu à peu la catéchisa— tion et se sont livrés à l’étude de la langue ou des livres chinois...
Ilsjouissent de la part de toutes les populations et des mandarins de la considération que l’on a toujours pour les lettrés...
C’est à ce groupe de missionnaires qu’appartenaient la plupart des anciens Jésuites des xvn° et xvnr° siècles. » Que maintenant le lecteur veuille bien remarquer qu’il existe à Pékin un seul observatoire astronomique soi gneusement entretenu et cultivé par les lettrés; c’est celui que ces mêmes jésuites français ont installé il y a plus de deux siècles, composé d’instruments français, selon les principes de nos sciences.
La voilà la colonolisation française, durable, aimée, fécondante ! Mais quand nous prétendons importer nos capitaux, nos machines, notre travail scientifique perfectionné, fût—ce réellement dans un but désintéressé et géné reux (?), commençons par nous demander si le peuple à qui nous les offrons est d’âge à recevoir ces perfectionne ments parce qu’ils nous conviennent. Or pour la Chine, la réponse est facile:
2 88 L’INITIATION ' u.‘-.'i‘ Il est peu d’institutions qui suivent le tempérament national d’aussi près que la propriété. Ce droit, que les économistes veulent voir si fatal, si entier, ses variétés comme les caractères; il a son évolution aussi. Les jurisconsultes n’ont jamais pu renoncer à y dis tinguer deux éléments essentiellement différents: le droit d’user et celui d’abuser; l’usufruit et la pleine propriété.
Eh bien il est tout un ensemble de nations dont le caractère naturel s’oppose au droit d’abuser:la Chine est de celles-là; la pleine propriété y est collective; la pos session, seule individuelle. est attribuée à la famille. Donc, pour laChine, pas de capitalistes possibles, pas de grande culture; si nos principes économiques s’y pon— vaient acclimarer, ce ne serait qu‘à la longue et par la théorie. Mais regardons un peu chez nous-mêmes.
Ne voilà—t-il pas que, par la suite des temps, le vieux principe de la propriété abusive s’évanouit en faveur du seul droit de possession? N’est-ce pas ce que nous disent plus clairement que jamais les succès croissants de nos socialistes accentués par nos dernières élections municipales?
Tout instinctif qu’il soit, tout dénué de principes supé rieurs, parce qu’enveloppé dans les désirs du siècle il a _voulu s’enfermer dans la sphère fatale du naturalisme, le Socialisme a parfaitement senti sa ligne la moindre résis tance : la propriété collective des instruments de travail.
Ainsi s’explique le cri de triomphe bien légitime qu‘est le discours de Jules Guesde dans ce‘punch où il réunis sait les Conseillers municipaux de Paris, le 30 mai dernier, au nom du parti ouvrier français. Ce n’est pas sans raison qu’il a pu dire: « Nous sommes le seul parti « ouvrier, et nous le resterons.
Un seul parti a plei « nement triomphé aux dernières élections, c’est le nôtre I » Le Socialisme doit probablement à ses fondateurs plus spiritualistes un autre sentiment plein d’avenir, c’est celui de la diffusion actuelle des principes de la solida rité qui du fond de l’anarchie nous relève vers l’Unité synthétique. Toutefois, utopiste encore en ce point, il ne saisit pas la source, je ne dirai point de la tolérance,
GROUPE !NDÉPENDANT D'ÉTUDES ÉSOTÉRIOUES 289. mais de la Fraternité, source qui se cache dans cette djver51té même des tempéraments et des âges en voie d union harmonieuse,et non pas uniforme, pour la consti tution de la Famille humaine. C’est faute de cette intelligence que les socialistes n’aperçoivent pas, notamment, quelle sagesse préside à l’alliance entre la France républicaine, démocratique, et lemptre autocrate de toutes les Russies.
Mais qu’il réfléchissent sur ces fêtes du couronnement dont nous aurons à reparler; qu’ils voient la jeunesse de: ce peuple russe encore mineur; qu’ils approfondissent la grandeur de son caractère à la' fois mystique et pra tique ; qu’ils mesurent la prodigieuse rapidité de ses pro grès,et ils comprendront à quelle puissance l’avenir peut le désigner ;ils verront aussi quelle spiritualité moyenne lui manque à laquelle la France peut si bien suppléer dans sa maturité maternelle.
Qu’ils voient encore la matérialité de l’Angleterre fermement attachée à ces principes économiques que le temps commence à miner; qu’ils jettent un coup d’œil aussi sur cette Amérique, fille insoumise d’Albion, si ambitieuse déjà dans son incroyable activité matérielle, et il pourront apercevoir quelle lutte se prépare entre ces deux jeunes rejetons de la vieille Europe, l’Amérique et la Russie, se disputant l’Orient; ils pourront voir quel rôle superbe la France peut être appelée à y jouer par la supériorité même de son tempérament et de son passé, pour le salut de tous,quoique au prix peut être de son existence actuelle.
Mais ce sont là des vues qui demandent bien d’autres causeries encore. TRIPLEX. muer 'ËNDÈPENMNT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES GROUPE N° 4. Étude de l’Inconnu. Mai 1896. Tout récemment, un rédacteur très connu de la revue La Nature, M. Ch. de V., me pria de le mettre en rap
290 L’INITIATION ports avec un médium voyant qui a rendu, à plusieurs reprises, d‘inappréciables services au Groupe n°4. Sachant M'“° de V... fort souffrante, en ce moment, je pensai qu’il s’agissait d’une consultation la concernant et je me mis immédiatement à la disposition de mon ami. Nous arrivâmes à l’improviste chez le médium (M“ne R...) qui nous fit le meilleur accueil, bien que je ne l’eusse pas vue depuis près de six mois.
Je lui proposai de l’endormir. « C’est inutile, me répondit-elle, je serai tout aussi lucide a l’état de veille. » Après quelques secondes de recueillement, M” R... dit brusquement à M. de V... Je vois à côté de vous une dame âgée, c’est votre mère, elle ne vous ressemble pas du tout; mais .votre fille lui ressemble étonnamment.
Cette dame, qui vous quitte rarement, n’est pas seule, il y a avec elle un homme, d’une taille élevée, un peu vouté, ses cheveux bouclés tombent sur ses épaules, ce n’est pas un parent. » « Je le vois s’occupant de recherches que je ne puis pas définir; c’est un savant ou un professeur.
« Il vous a beaucoup aflectionné et vous assiste encore aujourd’hui. ) Ici, une pause. — Puis, tout à coup : « Ah! par exemple, il a une voix bien singulière pour un homme de cette taille. » Il est impossible de dépeindre la surprise éprouvée par M. de V... aux dernières paroles prononcées par le médium, et il faudrait une autre plume que la mienne pour décrire sa physionomie en entendant Mme R... lui RAPPELER certaines particularités de la vie d’un ami de sa famille décédé depuis une quinzaine d’années.
La voyante décrivit ensuite une personne que M. de V... regrette depuis trois ans, et donna des détails intimes sur deux opérations subies par cette personne. Pendant cette entrevue, le médium resta continuelle— ment éveillé, nous parlant comme il l’aurait fait au cours d’une conversation ordinaire, s’il s’était agi d’êtres ou de visions perceptibles pour tous les humains. A. FRANÇOIS. P.-S. — Ai-je dit que Mme R... et M. de V... se voyaient pour la première fois et que je n'ai jamais vu T "
ÉCHOS ' 291 moi—même les personnes dépeintes par le 'médium avec une exactitude que M. de V... a qualifiée de mer— veilleuse P A. F. * 24:; Je tiens de M. B..., ancien payeur à l’Armée du Rhin, chevaler de la Légion d’honneur, le récit suivant : << J’avais douze ans, j’étais pensionnaire au collège de C...
Mon père, habitant la même ville, venait me voir tous les jeudis. c Un jeudi il me quitta vers cinq heures, en pleine santé, après m’avoir recommandé d’éviter toute punition pour la sortie du dimanche suivant. « Il mourut subitement dans la nuit. « Ma sœur, mariée, plus âgée que moi de douze ans, habitait à cette époque V..., éloignée de plus de 15 lieues.
Il n’existait alors aucune communication rapide entre C... et V... ( Dans la nuit même où mon père mourut, ma sœur eut un songe dans lequel elle vit ma mère morte depuis plus d’un an, qui lui dit : « Je suis très heureuse, ton père est avec moi. » 1 Ce n’est que le lendemain soir que ma sœur apprit la mort de notre père, qu’elle croyait bien portant. » A.
FRANÇOIS. iË©H©S INSCRIPTION PROPHÉTIQUE Il y a une dizaine d’années, les journaux ont appliqué à 1886, bien prématurément, l’inscription de l’Église d’0beremmel, non loin de Trèves: « Lorsque saint Marc nous amènera Pâques ; que saint Antoine nous chantera la gloire de la Pentecôte; que saint Jean se présentera à la Fête-Dieu, le monde résonnera de cris de douleur. » En 1886, Pâques tombe sur la Saint-Marc, 25 avril,la Pentecôte sur la Saint—Antoine de Padoue, 13 juin; la Fête-Dieu sur la Saint-Jean, le 24 juin.
292 L’INITIATION Après combien d'années cette coïncidence se repro duira-t-elle ? Avant 1886, quelles dates a-t-elle pu mar quer? Un occultiste versé dans l’astronomie pourrait-il nous le faire savoir ? Saturninus. n'u CURIEUX PHËN OMÈNE CÊLESTE Mardi soir, 26 mai,à Bourges, entre Il heure et demie et minuit,a été remarqué un halo en forme de croix. La lune, dont le contour était comme auréolé, formait le centre des quatre bras.
Le phénomène a duré trente mi— nutes et a été l’objet de commentaires en raison de sa coïncidence avec les fêtes de Moscou. (Le Soleil.) 10"15 TiLLY-SUR-SEULLES Tilly-sur-Seulles a eu jadis son heure de célébrité. Là prophétisa le fameux Éugène Vintras, le maître du trop fameux abbé Boullan, que dévoila si justement Stanislas de Guaita.
Alire sur Vintras les volumes rares que renferme la Bibliothèque Nationale (Ld‘93, I à 21, et Ld27, 206 78) : les Prisons d’un prophète, par La Paraz, Caen (I).M. G02 zoli a publié : les Saints de Tilly-sur-Seulles. Cette localité Vaut-elle être célèbre parmi les lieux hantés, les Loca infesta de Thyraeus? .
' Saturnmus. * 44 UNE CA5TE SÉNÉGALIENNE Il y a au Sénégal, dit Elisée Reclus, une sorte de demi aristocratie fort redoutée que l’on dit issue du mariage d’un revenant avec une vivante. Géo ra hic. * ( g 1’ ) ‘! ‘F UN HOROSCOPE Le prince Charles de Danemark aurait, selon les jour naux, tiré l’horoscope de la petite Grande—Duchesse Olga, et cet horoscope lui prédirait une fin prématurée. (1) La Paraz est un pseudonyme de l’abbé Charvoz.
ÉCHOS ' 293 BIBLIOGRAPH1E Nous avons omis de mentionner un article du 15 octo bre dernier, dans la revue catholique La Quinzaine, sur Lr_z Magie et les Templiers, par R. Christian. a e. Le 3I mars 1896, M. Lippmann a déposé à l’Académie des Sciences un ouvrage de M. de Mély: l’Alchz‘mz“e cire; » les Chinois.
6 <r 1' Nous nous faisons un plaisir d’annoncer à nos lecteurs qu'aussitôt après la mise au jour de son étude sur les Incantations, M.'Sédir fera paraître un résumé succinct des enseignements de la tradition sur les Plantes magiques, leur, préparation et leurs usages. n ? I!
M. Jacques Brieu, dont on a pu lire un remarquable travail danysd'1nitiati0n de mai, fait chaque mois une étude très complète du mouvement idéaliste dans une des principales revues littéraires actuelles.C‘est ainsi que les lecteurs du Mercure de France, de la Plume, de la Nouvelle Revue moderne peuvent suivre les progrès de nos idées. ' Dans le dernier numéro de la Plume, les notes person nelles de M. J.
Brieu qui accompagnent son analyse de « Comment je devins mystique ) sont très intéressantes et très_profondes. » , Tous nos remerciements et tous nos encouragements à notre nouveau rédacteur. P. . ’4 c ERRATA x NOTES SUR LES FONDEMENTS DE LA SOLIDARITÉ ) Page 15 I, ligne 18, au lieu de tout être est autre.., lire: tout autre... . Page 152, ligne 15, au lieu de : Il transmet.., lire : Il se transmet... I Page 152, ligne I6, au lieu de : toute.., ltre : toutes...
994 L’INITIATION Pages I53, ligne 8, au lieu de : selon les catégories.., lire: selon que les catégories... Page 153, ligne I3, au lieu de espèce ; et... Page 154,, lignes 7 et 8, au lieu de : communiquer.., lire : communier... Page I54, ligne I3, au lieu de : notre loi est la loi.., lire : notre loi est la loi... : espèce? Et.., lire : BÏELE©GÈAPEIE B.
PORTIER. — Le carré diabolique de g et son dérivé le carré satanique de g (carré de basr: magique aux deux premiers degrés), tirés du carré magique de 3. Alger, Jourdan, 1895, in-8, 32 p., 1 franc, ' M. Portier, ancien professeur de langues étrangères et de mathématiques à S. Paulo (Brésil), donne dans cette très intéressante brochure des vues complémentaires sur quelques cas particuliers des carrés magiques.
On sait l’importance de ces combinaisons minérales dans l’ini— tiatipn profonde; sept des principales nous ont été con servées par Agrippa dans sa Philosophie occulte (I) ; et. bien qu’à l’étude, ils apparaissent déformés par de nom breuses erreurs de détail; ils sont, pour celui quisait les déchiffrer par le poids, etpar la mesure, comme dit Saint Martin, révélateurs au premier chef; les sources sur ce sujet sont en somme assez rares; ni la Chine, ni l’Inde, ni l’Arabié n’ont laissé échapper leurs trésors.
Un livre pomme celui de M. Portier est donc une bonne fortune pour les chercheurs, et c’est à ce titre que nous le signa lons et le recommandons à nos abonnés. SÉDIR. (I) Reproduits depuis dans beaucoup de traités spéciaux, par exemple dans le Dogme et rituel de haute Magie, d’Eliphas Levi, et dans le Traité de Magie pratique de Papos.'Les Yantrams indous sont fondés sur le même principe.
BBLIOGRÀPHIE 2'95 Traité expérimental de Magnétisme. Physique magnétique. Cours professé à l’École pratique de Magnétisme et de Mas sage, par H. DURVILLE. Deux volumes reliés, avec portrait, signature autographe de l'auteur et 56 figures dans le texte Chaque volume ’» fr., à la Librairie du Magnétisme, 23, rue Saint-Merri, Paris.
Cet ouvrage, qui comprend deux volumes, est écrit méthodiquement, dans la forme d’un traité de physique; et, en effet, l‘auteur ne parle que de physique.
Mais, c'est une physique inconnue par laquelle il démontre que le magnétisme — qui est tout différent de l’hypno tisme — s’explique parfaitement par la théorie dyna— mique, et qu‘il n’est qu'un mode vibratoire de l’éther, c'est-à-dire une manifestation de l‘énergie. - L’ouvrage de M. Durville, illustré de nombreuses fi gures inédites qui facilitent encore l'intelligence du texte, est des plus intéressants, car il classe désormais le magnétisme animal, tant controversé depuis trois siècles, au rang des sciences naturelles. * 244 La Revue Socialiste, fondée en 1885 par Benoit MALON (Directeur, Georges RENARD), en raison de l'extension que prend sa Librairie, a transféré ses bureaux 78, Pas sage Choiseul, Paris.
Envoi franco sur demande du Tableau Synoptique des principaux articles parus dans la Revue socialiste depuis sa fondation, et du Catalogue de sa librairie. ûuvrages reçus à L’initiation MARIUS ANDRÉ. — Montserral. roman féerique. 1 vol. in-18, 3 fr. 50 (Serine). HENRI CHATEAU. -— Ioland la Saincte, roman de moyen âge. 1 vol. in-18, 3 fr. 50 (Chamuel).
JOHÂNNÈS GRAVIER. —Simon Dent;, drame historique en 8 tableaux, bibliothèque artistique et littéraire, 31, rue Bonaparte, Paris. MADAME CORNÉLIE. —— A la Recherche du Vrai, mé langes littéraires et philosophiques, 3 fr. à la Librairie du Magnétisme.
296 L’INITIATION MAURICE BEAUBOURG. -— La Saison au bois de Bou logne. I vol. in-18, 3 fr. 50 (Simonis Empis). VICTOR DE STENAY. — Le Diable apôtre. I vol. gi". in- I 8, (Delhomme et Briquet). ART. BONNOT. — Entre un croyant et un incroyant, Bi bliothèque à bon marché, 77, rue Violet. M. -DECRESPE. -— Condition d’expérimentation person nelle en Physio-Psychologie, 0 fr. 75, 23, rue Saint Merri.
RENÉ GAILLIÉ APPEL A NOS LECTEURS L’ardent champion du spiritualisme qui dirigeait, le mois dernier encore, l'Ame est mort en trois jours des suites d’une piqûre septique. C’est un brave cœur et un ami que nous perdons si subitement, et il mérite plus qu’une simple et rapide nécrologie.
Notre ami Barlet se chargera de résumer à grands traits la vie et l’œuvre de celui qui fonda la première revue ouverte et toutes les écoles spiritualistes: la REVUE DES HAUTES ÉTUDES, où l’occultisme contemporain compta ses premiers rédacteurs.
Aussi René Caillié mérite t-il un souvenir tout à fait exceptionnel, et dès mainte nant l’Initintion ouvre UNE SOUSCRIPTION à l’effet de rappeler sur la tombe de notre frère, par une modeste pierre, l’œuvre du directeur de l’Ame aux générations futures.
Nous publierons incessamment la première liste de souscription et nous prions nos lecteurs d'adresser tous leurs envois à M. Paul Sédir, 4, rue de,Savoie, Paris, qui centralisera les souscriptions Parus. Nous consacrerons une note spéciale, dans le prochain numéro, au grand philosophe JULES SIM0N. Le Gérant: ENCAUSSE. TOURS. — IMP. E. ARRAULT ET c", RUE DE LA PRÉFECTURE, O.