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‘ i -51. l’ll‘tläîlGîä’l Revue philosophique des Hautes Études PUBLIÉE MENSUELLEMENT SOUS LA DXRECTION DE PAPUS i3 O- *14 Docteur en médecine — Docteur en kabbale .— 5‘ 313 VOLUME. —- 9'“ ANNEE SOMMAIRE DU N° 35 Mai (1896) .._ p..— PABTIE INITIATIQUE. .. L’Oraison Dominicale . . Sédir. " * (p- 97 à 117) Psychologie_.‘ . . . . . . .Guymiot. (p. 118 à 126). PARTIE PHILOSOPHl-La Chute de Simon le QUE . . . . . . . . . . . . . ..
Mage . . . . . . . . . .Pierre Bornia. (p. 127 à 138). , Notes scientifiques . . . .Aug. Strieudberg (p. 138 a146). Les Fondements de la 50 lidarité . ' . . , . . . . .Jacques Brieu. (p. 147 à 156). ‘ La Viefuture . . . . . . . Dr Fugairon. (p. 156 à 160). PARTIE LITTÉRAIRE... Orphée . . . . . . . . . . .Edmond Pilon. (p. 161 à 163). Pour Giordano Bruno. . Maurice Largeris. (p. 164 à 165).
Notre bulletin politique. —— Le cas de M“° Couédon. — Le futur sauveur des Français. —— La synthèse de l'or. —— Deux discours. — Le Sphinx Balzac. — L’œuvre d’Amo. — Copie de la lettre adressée ' au R. P. Hyacinthe Loyson. —— Mouvement idéaliste. — Biblio graphie. — Livres reçus. Tout ce qui concerne la Rédaction et les Échanges doit être adressé Villa Montmorency, 10, avenue des Peupliers, Paris. Administration, Abonnements : 5,'rue de Savoie Chamuel, éditeur. , Le Numéro : UN FRANC. — Un An: DIX FRANCS A
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Ell'es ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n'ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Efl‘rayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. _ L’Iniliation est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains. _ Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes.
Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’0cculte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’Initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l’arbitrage contre l’arbitraire, aujourd'hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cle’ricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l’Initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de 1’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’lnde. L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie de la Revue (Initiatique) contientles articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier.
L’Initiation paraît régulièrement du 15 au 20 de chaque mois et compte déjà huit années d’existence. -— Abonnement: 10 francs par an (Les collections des deux premières années sont absolument épuisées.)
L’Ii1ii'i‘izlioii du 15 maiIS66 PRINCIPAUX REDACTEURS ET COLLABORATEURS DE 1’ Initiation [0 PARTIE INITIATIQUE F. CII. BARLET,S.'. I.'. fig—STANISLAS DE GUAITA, S.'. I.'. 53— GUYM!OT. — MARC HAVEN, S.'. I.'. 53 —JULIEN LEJAY, S.'. I.'. 35 -« ÉMILE MICHELET,S.'. I.'. (C. G. E.) -— LUCIEN MAUCHEL, S.'. 1.-. (D. S. E.) MOGD,S.'. I.-. —GEORGE MONTIERE, S.'. I.-. 5‘, —PAPUS, S.-. 1.-. fi —- QUÆRENS, S.'. I.'. (D. G. E.) —— SÉDIR, S.'.
I.'. — SELVA, S.'..I.'. (C. G. E.) —- VURGEY. r 50 a PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ABlL-MARDUK. — AMELINEAU. — ALEPH. — D'BARADUC. -— Le F.'._BERTRAND 30' — BLITZ. —— BOJANOV. — RENÉ CAILLIÉ. — CAMILLE CHAIGN_EAU. f CHIMuA DU LAFAY. - ALFRED LE DAN“. — G. DELANNE. — FABRE DES ESSARTS. -— D“ FUGAIRON. — DELE— ZINIER. — JULES GIRAUD. — HAATAN. — L. HUTCHINSON. — JOL— LIVET-CASTELOT. — L.
LEMERLE. -- LECOMTE. — NAPOLÉON NEY. — HORACE PELLETIER. — G. POIREL. —— RAYMOND. -— A. DE R. — Dr SOURBECK. —- L. STEVENARD. — THOMASSIN. — G. VI TOUX. — HENRI WELSCH. —- YALTA. 30 PARTIE LITTÉRAIRE . MAURICE BEAUBOURG. — JEAN DELVILLE. — E. GOUDEAU. — MA— NOËL DE GRANDFORD. - JULES LERMINA. —— L. HENNIQUE. — JULES DE MARTHOLD. — CATULLE MENDES.— GEORGE MONTIÈRE. — LÉON RIOTOR. — SAINT-FARGEAU. — ROBERT SCHEFFER. — EMI’I E SIGOGNE. — CH.
DE SIVRY. 40 POESIE CH. DUBOURC. — RODOLPHE DARZENS. — JEAN DELVILLE. —« YVAN DIETSCHINE. — MAURICE LARGERIS. — PAUL MARROT. —— J. DE TALLENAY. — ROBERT DE LA VILLEHERVE.
L’Initian’on du 15 mai I896 L’INITIATION (““ËI‘ËI‘IP’“ DIRECTION ADMINISTRATION a Ionlmorency, Il), aven. des Peupliers PA RIS—A UTEUIL Dnwcnun : PAPUS ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO CHAMUE L DIRECTEUR ADJOINT : Luoian MAUCHEL 5' [lue de Sgy.je Rédacteur en chef: F.-Ch. BARLE’I‘ PARIS Secrétaires de la Rédaction: FRANCE, un an_ ,0 .,fl._ . LEJAY - PAUL SÉDIR . " or en Kabba,g. ÉTRANGER, —— 12 fr.
RÉDACTION. — Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité. L’indépendance absolue étant la raison d’être de la Revue, la Direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps d’un article. I Prière d'adresser tous les échanges : Villa Montmorency, 10, avenue des Peupliers, Paris. MANUSCRITS. — Les manuscrits doivent être adressés à la rédaction.
Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus‘ à moins d‘avis spécial. Un numéro de la Revue est toujours composé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant. IBIIIJIII’E IIIIEPEIDAIT D'ÉTUDES ÉSOÎËIIIOIIES 1,600 Membres — 104 Branches et Correspondants — Groupes d'Ètades fermés Les Membres ne paient ni cotisation ni droit d'entrée.
Pourtous renseignements, s’adresserparlettreà M. PaulSÉDIR, directeur adjoint, 4, rue de Savoie, Paris, en joignant un timbre pour la réponse. Principales Sociétés adhérentes au Groupe ORDRE MARTINISTÊ DRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE 'jCROIJL —ÈGLISE GNOSTIQUE
La reproduction (les articles inédits publiés par [Initiation es formellement interdite, à moins d'autorisation spéciale.
PARTIE INITIATIQUE L’AIS@JËE B@MÏEÈËFIŒŒALE La fin de l’œuvre sera un concert universel. (L'Homme de désir.) En étudiant les formules liturgiques du brahma nismé, reproduites dans cette belle encyclopédie des Sacred Books of the East dont le professeur Max Müller dirige l’édition, je remarquai, avec tous les commentateurs, l’importance capitale et la répétition constante de l’une de ces prières, appelée dans les Védas Sagitri.
Des recherches ultérieures, faites à la lumière des gloses du grand Sankaratcharya (1), me conduisirent à la supposition d’une analogie probable entre la Saw'h’i et la prière du catholicisme, l’Oraz‘son dominicale; cette supposition prit,peu à peu, les carac tères d’une certitude dont j'aurais voulu démontrer l’existence si des raisons d’à-p’ropos n’indiquaient pour le moment une voie plus opportune.
Dans toutes les études contemporaines de l’occulte, celles de Papus mises à part,abonde une nomenclature (l) Rig Veda Bhashya, édition de Madras, de Tookaram Tatya. ,.m.-. -.x ___.x- W
:.—v‘ n... -‘ .i .-a..-.. 98 L’INITIATION exotique, dérivée de l’hébreu, du sanscrit, de l’alle— mand, du chinois, dont le déchiffrement serait la ter reur d’un linguiste consommé. Il semble quele Dragon du Seuil ait malicieusement augmenté d‘un voile supplémentaire l’épais bandeau dont notre éducation, nos catégories modernes et « civilisées » obscurcissent la vision nue des choses.
A toute cette complication de théories, d’expériences, de probabilités, nos mo dernes théosophes ajoutent la presque insurmontable difficulté de langues et d’idées également étrangères au génie et à la phonétique de notre race. Puisque nous sommes nés en Celtide, ayons l'originalité de rester Celtes, et puisque la langue de Galilée nous ofi’re un hiéroglyphe parfait, sachons le voir, le lire et l’utiliser.
Si notre Réparateür nous a laissé une formule d’oraison, il est logique qu’elle soit conçue, comprise et réalisée en concordance avec ce verbe. Ouvrons donc cette formule avec la sextuple Clé quaternaire : nous en apercevrons alors la puissance dans les trois mondes et dans les sept roues. ‘k «u; « COMMENT IL FAUT PRIER. — Puisque nous étudions l’ésotérisme du rite catholique, nous allons le suivre dans ses prescriptions.
Le Pater est précédé, pendant la Messe, des deux phrases suivantes : Per‘ ommz‘a sæcula sæculorum. Amen .’ Oremus... Dès le début de l’acte sacerdotal, s’inscrit le geste de consécration perpétuelle et de fixation définitive:
. . ,._,.. . , .>q . _V V -w—g1—Mw rwwmW <a.«aw, -«...fl>... L’ORAISON DOMINICALE 99 mystère insigne d’exaltation et d’immutabilité au sein de l’océan infini des formes, des reflets et des images: le serpent est, au premier signe, fixé sur la croix.
« A est la première lettre; elle sort du cœur; elle n’a pas de nature, mais nous y voyons clairement le désir de la volonté éternelle vers l’extérieur, par quoi se génère la Nature de toute éternité: la Volonté convoite le Cœur, et le Cœur convoite la Volonté, c’est le Père et le Fils; et la force qui s’en exhale est l’esprit de la vie éternelle.
« Ainsi donc l’A est né du Cœur et de la Volonlé éternelle, aprèslui naîtront les 24 lettres,car l’A com mence ce dénombrement et l’accomplie parla syllabe men. Ce sont les miracles et les œuvres de Dieu qui apparaissent dans l’esprit au—dessus de la nature comme dans la splendeur de la majesté. » (Bœhme Triple Vie, ch. xvr, 44, 45.) Prions, dit ensuitele Rituel.
Qu’est-ce que la prière, sinon une parole, sinon une production, sinon la procréation, d’un Verbe, à notre double image et à notre ressemblance? Qu’est ce que ad-orerP Appro— cher la main de la bouche, et le geste ainsi déterminé parle pour l’adepte, dans la langue naturelle.
« Ma parole s’est élancée vers mon Dieu, elle est montée vers son siège, elle a frappé les sources de la vie.» (Homme de désir, 19.) « Quelle autre prière que l’action, que celle qui attire l’action et qui s’unit à l’action ? » (Idem, 38.) « La prière vraie est fille de l’amour. Elle est le sel de la science; elle la fait germer dans le cœur de l’homme, comme dans son terrain naturel.
100 L’INITIATION ..,».\ « Elle transforme toutes les infortunes en délices; « Parce qu’elle est fille de l’amour; parce qu‘il faut aimer, pour prier, et qu’il faut être sublime et ver tueux pour aimer.» (Id., 42.) « La prière du juste est cette lime doublement trempée, et destinée à ronger la rouille que l’iniquité a mise sur l’homme et sur l’univers. » (Id., 185.) « Que ta prière soit confiante et hardie, jusqu’à la témérité.
Il veut qu’on le prenne par violence. » (Id., 240.) « Nage continuellement dans la prière, comme dans un vaste océan, dont tu ne trouve ni le fond, ni les bords, et où l’immensité des eaux te procure à chaque instant une marche libre et sans inquiétude. » (Id., 251.) « Je m’unirai à Dieu par la prière comme la racine . des arbres s’unit à la terre. » (Id., 251.) « Aussi impétueuse que les aquilons déchaînés, aussi ardente que les feux de l’Etna, aussi persévé rante que le mouvement des astres: «Telle doit être la prière de l’homme; elle ne doit pas plus connaître le repos etl’interruption,que l’éter nité (1) ne connaît le temps et les intervalles.» (Homme de désir, 19.) Dans le même livre, nous trouvons ces belles pages de notre vénérable maître, le philosophe inconnu.
Nous les transcrivons pieusement, en prenant la liberté d’en souligner l’application symbolique au (1) Omnia sæcula sæculorum.
L’ORAISON DOMINICALE 101 microcosme: seuls les grands rishis Védiques ofïrent des enseignements aussi riches et aussi profonds. «Je me suis levé avant le jour pour offrir mes vœux à l’Eternel. J’ai pris ce moment paisible où les hommes livrés au sommeil y semblent ensevelis comme dans le tombeau pour y ressusciter leur pen— séc. « Ce moment est le plus avantageux pour la prière et pour s’unir à la vérité.
L’atmosphère n’est point agitée parles vaines paroles des hommes, ni parleurs futiles ou vicieuses occupations. « Mortels, n’est-ce que dans le silence de votre pensée que peut se trouver la paix de la nature ?
« Dieu suprême, pourquoi laisses—tu pluêlongtemps dans cette terre fangeuse celui qui t'aime, qui te cherche, dont l’âme a goûté ta vie l « Mes mains s’élèvent vers toi: il me semble que tu me tends les tiennes; il semble que mon cœur se gonfle de ton feu ; il semble que tout ce qui est dans mon être ne fait plus qu’un avec toi—même. .
« Je parcours dans ton esprit toutes ces régions saintes où les œuvres de ta sagesse et de ta puissance répandent un éclat éblouissant, en même temps qu’elles remplissent l’âme de félicités. « Hélas! Le soleil me surprend; une vapeur de feu, en enflammant l’horizon, annonce au monde ce tabernacle de la lumière.
Il vient ranimer la nature engourdie; il vient éclairer les yeux de mon corps, et m’offrir le spectacle de tous les objets qui m’envi ronnent. « Arrête : tu ne m’apportes pas un_ bien réel, si tu m.Wmw , .,...a_-.æa _.— -_-..... ...«....w._.____.—.
I 02 L’INITIATION ne viens pas ouvrir encore plus les yeux de mon esprit. Arrête puisqu’au contraire tu viens les fermer. « Tu vas ne m’offrir que des images mortelles de 'ces beautés immortelles que ma pensée vient de con— templer. Tu vas me cacher le soleil éternel dont tu n’es qu’un reflet pâle et presque éteint. « Arrête: car avec toi vont se réveiller les pensées des hommes; l’ambitieuse audace de l’impie, et les fabricateurs de l’iniquité.
« Avec toi, vont se lever les puissances du monde, pour courber les nations sous leur joug de fer, au lieu de les rappeler à la loi douée de la vérité. Avec toi, tous les poisons vont s’exhaler et remplir d’infection l’atmosphère. » (L’Homme de désir, 196.) « Où prendrai—je une idée juste de la prière et des effets qu'elle peut produire ?
Elle est ma seule res-_ source, mon seul devoir, ma seule oeuvre, dans cette région ténébreuse et sur ce misérable théâtre d’expia tion. . « Elle peut purifier et sanctifier mes vêtements, mes aliments, mes possessions, les matières de mes sacrifices, tous les actes et toutes les sujétions de mon être. « Je peux, par une prière, atteindre jusqu’à ces sphères supérieures, dont les sphères visibles ne sont que d’imparfaites images.
« Bien plus, s’il parait devant moi un homme dont les discours où les défauts m’affiigent, je peux, par la prière, recouvrer de l’intérêt pour lui, au lieu de l’éloignement qu’ils m’aurait causé. « Je peux faire, par ma prière, que l’impie devienne L‘A
L’ORAISON DOMINICALE 103 religieux, que l’homme colère devienne doux, que l’homme insensible se remplisse de charité. Je peux, par ma prière, ressusciter partout la charité. « Je peux, par ma prière, descendre jusque dans les lieux de ténèbres et de douleur, et y porter quelques soulagements. N’est—ce pas la prière qui autrefois a redressé le boiteux, fait voir l’aveugle et entendre le sourd? N’est-ce pas» elle qui a ressuscité des morts?
« Je dois tout attendre de Dieu, sans doute, mais attendre tout de Dieu ce n’est pas rester dans l’apa— thie et la quiétude. C’est l’implorer, par mon acti— vité et par les douleurs secrètes de mon âme, jusqu’à ce que, ma langue étant déliée, je puisse l'implorer par des sons harmonieux et par des cantiques.
« Par la force et la persévérance dans ma prière, j’obtiendrai, ou la conviction extérieure, qui est le témoignage, ou la conviction intérieure, qui est la foi. C’est pourquoi les sages ont dit que la prière était une récompense.
« Le secret de l’avancement de l’homme consiste dans sa prière ; le secret de sa prière dans la prépara— tion; le secret de la préparation dans une conduite pure; « Le secret d’une conduite pure, dans la crainte de Dieu; le secret de la crainte de Dieu dans son amour, parce que l’amour est le principe et le foyer de tous les secrets, de toutes les prières et de toutes les vertus.
« N’est-ce pas l’amour qui a proféré les deux plus superbes prières qui aient été communiquées aux hommes P celle que Moïse a entendue sur la mon _ « ...—-«—-\ __‘-s..,- _-\.r.ÿ»........--_\_.__.
104 L’INITIATION tagne, et celle que le Christ a prononcé devant ses disciples et devant le peuple assemblé. » (Homme de désir, rot.) « Les cieux sonten nous-mêmes, ditJacob Bœhme, l’âme crée par la prière un séjour à Dieu (1). La prière est la faim de la volonté ; elle brise les portes de l’abîme (2); elle est le Christ lui-même.
Il faut prier avec toute notre attention et toute notre volonté, forcer l’enthousiasme dans les moments de froi deur(3), appeler le Père au. nom du Fils; le Saint Esprit nous inspirera les paroles convenables (4). » « L’âme avide de Dieu est comme un guerrier dans la bataille, se débattant au milieu de la mort; elle est aussi comme un homme tombé dans un lac pro— fond où il nage sans en voir les bords.
« L’Esprit de ce monde l’entraîne de concert avec le diable vers la profondeur des eaux. Et l’âme ne trouve point de salut jusqu’à ce qu’elle se réfugie dans la miséricorde de Dieu; elle voit alors que le même Verbe qui l’a créée, la, reçoit et la nourrit. » (Triple Vie, XVI.) «. Il y a deux choses dans la prière: l’une est la volonté austère qui s’efforce en grande humilité de se réfugier dans le cœur du Dieu fait homme, dans l’arbre de vie.
L’autre est l’absorption de la puissance divine par la volonté: et ces deux sont la Foi. Et plus la volonté pénètre profondément, plus l’âme se nour— 1) Aurore, xx1v, 66. 2) 40 Questions, xxrv, 9. 3) Trois Principes, XXlV, 35. 4) Ibid., xxv, 94. .
L’ORAISON DOMINICALE 105 Ww-wm-«r— »vw-w-v-‘ww.n rit et plus le corps du Christ resplendit. » (Triple Vie, XVI, 4,6, 4.7.) Mais terminons là ces citations. Nous allons entrer, avec l’appui d’autres maîtres, dans le corps même de l’acte magique. . ‘cr LE TEXTE DE L’ORAISON DOMINICALE Le premier guide que nous trouvions dans cette voie difficile est celui que Papus nous a offert, en deux remarquables études publiées ici même (I).
L’ingéniosité pénétrante et lumineuse qui est le caractère de son esprit primesautier a su démêler avec clarté les idées synthéthiques du Pater. Voici comment on peut résumer ses travaux: I. Notre Père qui es au Ciel. Père. NI’)OÎ’DE ’ 2. QuetonNomsoitsanctifié. Fils. "”” l 3. Que ton Règne advienne. Esprit. 4. Que ta Volonté soit faite LIEN sur la Terre comme au Clel...æ....... r 5. Donne-nous aujourd’hui _ notre Para quotidien . . Prov1dence.
MONDE 6. Pardonne-nous nos of HUMAIN fenses comme nous par donnens à ceux qui nous . ont offensé. . . . . . . Vol.humame. ‘ MONDE 7. Préserve-nous de la Ten M . j tation, Délivre-nous du “ÈME" Mal . . . . . . . . . . . . Destin. s 8. Car tu es ja Roypute’, a Règ e É VE,RSET t et la Force SOTER’QUE j Dans les Eons (cycles géné rateurs). AMEN. Grand Arcane . (I) Initiation, août 1894 et août I895.
106 L’INITIATION Bœhme donne sur le même sujet des commentaires très étendus dont nous allons présenter le résumé aussi exact que possible. « L’oraisondominicale décrit l’émanation éternelle des trois principes, ainsi que la chute lamen table de l’homme; elle montre la régénération acces sible par le Christ. Elle enseigne le chemin de la réintégration dans l’unité divine et laisse voir la des« cente du Saint—Esprit. » (Triple Vie, ch.
XVI, 29.) « L’oraz’son dominicale est le verbe de Dieu; elle comprend sept demandes, une introduction et un Amen : tout ceci fait g, et Dieu complète le 10. L’in troduction dirige la volonté vers le Père; les 7 de mandes la rendent semblable au Père, elle devient alors angélique, car elle est retournée au centre de la Nature; par l’Amen elle circonscrit son acte, y habite et s’en fait un corps qui n’est autre que celui du Christ.
Tel est le nombre 9 dans le Saint Ternaire, lieu de la Tinctura céleste; le nombre 10 forme la croix; au cune créature ne peut monter jusque-là. Seule, la vo lonté peut y atteindre car elle est aussi subtile que l’Esprit Saint, dont elle est le char préféré (Idem, XVI, 49)- » Voici l’analyse des versets du Pater d’après le Théophilosophe.
' NOTRE PÈRE QUI ES AU CIEL. — Ce verset représente le coup d’aile de l’âme s’élevant vers le premier Ter naire, et s’assimilant à Lui. Il se divise en deux temps : 1“ notre Père; 2° au ciel. Notre indique la détermi nation de l’Eternel vers le premier Principe, Père dif— férencie les deux mères : l’une lumineuse, donnant
L’ORAISON DOMINICALE 107 WWWWWW.”M —au..-" 0.- . ._ ,r. - ' . ‘a..e-s—; :.ï"“.’.f.'”“‘",.»3î'fl“î‘t:ifl.‘. ' -'-_. l’être des choses, se tenant au centre de la croix; l’autre, mercurielle, agissant dans le feu au centre de la_ Nature. ' Entre ces deux mères s‘étend le ciel de l’âme angé— lique, matrice d’amour dans le cœur de laquelle s’ef— fectue la parturition de l’âme individuelle.
1'e Demande : QUE TON NOM SOIT SANCTIFIÉ. — L’âme s’élevant vers Dieu et se ressaisissant, comprend la présence divine; et, comme « la volonté est le char des fiançailles de l’âme » cette dernière pénétrant jus qu’à la croix du Ternaire s’assimile la procession de l’Esprit Saint; 2° Demande : QUE TON RÈGNE ARRIVE. -— L’âme s’abandonne à la volonté de Dieu, s’identifie à la forme du monde angélique et la comprend, pour s’épanouir dans le ciel; 3° Demande: QUE TA VOLONTÉ SOIT FAITE sua LA TERRE COMME 'AU CIEL. — Par le désir qui la porte de s’unir 21 l’Esprit—Saint, l’âme le saisit dans le centre, elle devient capable d‘opérer les œuvres de Dieu; elle . s'extériorise et se donne tout entière dans la matrice d’amour, puis se reprend pour descendre dans l’esprit de ce monde; 3" Demande: DONNEZ-NOUS AUJOURD’HUI NOTRE PAIN QUOTIDIEN. — Ici se reproduit par la vertu du nombre céleste, la multiplication de l’Esprit sur la croix; l’âme devient angélique, et le corps, se sublimisant sur le centre de la Nature, devient le char du Christ, dont la présence éternelle s’accomplit par la vertu du Tetragrammaton ; 5° Demande: REMETS-NOUS NOS DETTES COMME NOUS W.sm
108 L‘INITIATION vv -‘ :5156 31.Ï X EL... -v=wvw LES REMETTONS A ceux QUI nous DOIVENT. —— La vie irascible et l’action purificatrice de la volonté dans l’Amour sont mis en présence et se mettent à lutter l’une contre l’autre; 6“ Demande : ET NE NOUS INDUIS PAS EN TENTATION.— La volonté se rassemble, s’oriente vers l’Esprit—Saint, s’arrache à la Colère; elle porte l’âme au centre de la Colère, le pénètre et y établit son règne en prenant la puissance des 7 formes ;’ 7° Demande: ET DÉLIVRE-NOUS DU MAL. — L’âme" s’épanouit, comme une fleur précieuse; elle développe peu à peu son fruit, qui est l’union miraculeuse de Deux en Un par la conjonction ignée du régime exté rieur et du régime angélique. — AMEN!
Il nous faut maintenant reprendre l’analyse des mots principaux de l’oraison, au point de vue de leur constitution génétique, et de leur vertu procréatrice. Nous pourrons ensuite essayer une synthèse définitive de toute l’incantation.
Il est nécessaire, avant de com mencer toute recherche, de bien saisir l’idée de la re— lation absolue entre le signe et la chose signifiée: toute pensée, toute émotion, tout geste crée dans la lumière astrale son symbole dont l’intensité vitale est en proportion exacte de la puissance de volonté qui la projeta. Voulons absolument la Vérité, afin que nous habitions en elle. 1° Qu‘est-ce qu’un ciel ?
Le mot ciel signifie tout le contraire de firmament, bien que le langage courant à la suite de la Vulgate emploie ces deux mots l’un pour l’autre. Un ciel est une rareté de dilatation, un firmament est la pléni
L'ORAISON DOMINICALE 109 ‘ûi.Àu tude qui vient remplir cette vacuité. Celle-ci ne peut exister que comme séparant une chose dense d’une chose dilatée: c’est pourquoi Cœlus ou Uranus est du fils de I’Ether et de la Terre.
Dans le côté de l’in— volution universelle, ladite vacuité ne peut se ré— soudre que par l’attraction inférieure (Cœlus se maria avec sa mère {5) et de cette conjonction, qui s’effectue dans l’externe, naît un quaternaire; le noir I), la blanche Rhéa, —— que connaissent bien des alchi mistes, — les Titans, roi de la Hauteur, les Cyclopes, tourbillons de l’Abîme : premières formes des quatre points cardinaux de l’Espace pondérable (t).
Ces développements nous suffisent pour le moment. 20 Qu’est-ce que noire Père? Le mot notre indique d’abord une idée universelle. Pater est un surnom de 25 ou de Bacchus. Le Père est le générateur suprême; il est Éternel, Infini, Immuable et Tout-Puissant; il existe par luimême; il est au-dessus de toute parole, et la seule description qui soit digne de lui est le silence. Prosternons—nous et adorons.
3“ Qu’est-ce qu’un nom? _ La dénomination des choses est, comme l‘indique avec précision la figure du mot, leur fonction dési— gnative, paternelle, jupitérienne. C’est la mesure de la circonscription des choses, la loi (noms) (2) de leur sèité, leur puissance fatidique. (I) Cf. L’hiérogramme de Shem. Voyez aussi Swedenborg, Merveilles du Ciel et de l'Enfer, passim. (2) Le roi du Destin selon Pindare.
: 10 L’INITIATION 4° Qu‘appelle—t-on sanctifier9 Sanctus signifie propice et vénérable. Ragon (I) adopte l’opinion de Noël qui fait dériver ce mot de l’hébreu Sham, ce qui est brillant, exalté, solaire. Le caractère du feu sacré initial de ce mot fait supposer de suite une procession spirituelle, une réunion; et en effet un saint est l’être qui réalise (S) sur la terre, la ressemblance de l’Eternel (A) par le signe du T sacré.
5° Que signifie le mot Volonté? (2l Le V dit J. Bœhme est le caractère de l’exhalaison du feu\sacré; il en exprime cette envolée, cette évo— lution qui va devenir une révolution; cette sortie du point ténébreux dans les divers plans de l’es puce. Remarquons à propos de l’antithèse Terre et Ciel qu’aucune religion ne mentionne les Enfers dans ses liturgies.
La descente aux Enfers est le privilège des Initiés; respectons-le donc en ne cherchant pas la cause de cette mystérieuse omission. . Née dit Hésiode, immédiatement après le Chaos, la Terre, épouse du Ciel, de la Mer, du Tartare, la Ma— gna Mater est une des formes de la Grande Maïa_ Elle est la terminaison des Choses, l'arrêt (terra) de leur expansion (coblus) (3). On voit maintenant où sont les Enfers.
6° Le Pain, dans son acception hiéroglyphique, représente le pantacle universel; sa figure est iden (I) La Messe et ses mystères. (2) Le V est la sortie du feu, l’exhalaison de l'Esprit-Saint (Bœhme). (3) Cf. l’hébreu Aretg. .-r.-
L’ORAISON DOMINICALE 1 r l tique à celle d’Adam et à celle du G.'.
A.'. fixateur du serpent; dans son essence il est le A muni du fil à plomb maçs. (i); demander le pain quotidien signi— fie cet appel constant fait par l’adepte à l’universalité des choses qu’il s’assimile et qu‘il élabore pour en extraire la quintessence : « Dans le pain et dans le vin, dit Bœhme, il y a deux qualités : le corps terrestre, élé mentaire auquel correspond l’homme mortel; et sa puissance céleste et paradisiaque où réside la Tinctura avec les quatre Éléments.
Cette Tinctura est celle qui approche le plus de la vie dans l’homme. » (Von Chrisli Testament, 3, 35, 38.) 7° Le verset de la rémission des dettes contient en abrégé toute la morale; pour le comprendre, il suffit simplement de ne pas suivre la version vulgaire.
Il est l’expression de la Justice absolue, pour l’initié, puis qu’il demande à l’Éternel de nous mettre avec lui sur un pied d’égalité en nous laissant la responsabilité entière de nos devoirs, le poids absolu (T) de nos dé cisions (D) : prière terrible et à laquelle nous ne pou vons nous préparer que dans la crainte et l’humi lité.
8° Qu’est—ce que la Tentation P _ Tout le monde a présent à la mémoire le récit de la (1) Il est le centre de l’amour; il est lecaractèredel’Unius,de l'unité éternelle dans le désir divin, la volonté propre de Dieu, dont Adam fut séparé lorsqu’il entra dans l’égoi‘té, dans la pluralité des propriétés et dans les concordances dissembla bles qu’il expérimenté en mal ou en bien au moyen des cinq sens. (J. Bœhme.).
I I 2 L’INITIATION première tentation dont nous sommes les victimes. L’étude du texte hébraïque de ce récit nous fournira des révélations intéressantes. ' Le triple Tan inclus dans ce vocable indique bien le désir. la réalisation absolue qui, si elle n’est pas maintenue’ dans l’harmonie, devient la génératrice du Mal. 9° Enfin, la dernière demande adressée au Père est celle de la libération du Mal.
Des enseignements fort profonds peuvent être décou verts par l'étude de ces deux mots; nous ne faisons qu’en indiquer les grandes lignes. L’existence des lieux inférieurs est pressentie pour la première fois.
Les analogies universelles vont nous fournir un fil conducteur : main est la pomme, et la pomme fut le fruit qui perdit notre race; la coupe transversale de ce fruit est la figure de l’agent tentateur qui porte en lui—même le cercueil pentagone où gît le cadavre de l’Adam primitif. il faut nous libérer de cette géhenne de plomb par l’enthousiasme du cœur dont les libérations doivent être soumises à la volonté du Père, par_l’extrait spiri— tueux de la puissance ontologique signalée par la Vigne, la plante de Dionysios, Deva, Nahousha, le divin esprit libérateur (I).
Nous avons déjà analysé la signification du mot Amen; on trouvera des développements à ce sujet dans la Correspondance d’Eliphas Levi. Enfin, lorsque l'oraison dominicale est récitée céré (1)5aint—YWS, Mission des .lui_/‘s passim.
L’ORAISON DOMINICALE 1 I3 moniellement, elle se termine par une triple invoca tion à l’Agneau de Dieu chargé des péchés du monde et qui donne la paix. Ragon fait remarquer que cette invocation, au cours de la Messe, est la quatrième sur sept.
On sait que le mot agneau, dans son étymologie, signifie feu ; le feu divin est le fils de Dieu dont la vertu pénètre les mondes, informe les ondes univer— selles. les su‘blimise pour en extraire l’autel cubique, sur lequel il fera comme prêtre et comme victime, son offrande à l’Éternel, afin que la Paix soit sur la terre.
De même que la Savitri, composée de vingt-cinq syllabes, complète le nombre trente—trois parl’adjonc tion d’un verset occulte réservé aux seuls ascètes, il existe pour le Pater un verset gnostique, donné de nouveau par Éliphas Levi, et dont Papus a très clai— rementindiqué le sens dans les belles études citées plus haut.
Nous nous abstiendrons par conséquent de plus amples commentaires, que nous allonsterminer par un essai de synthèse. * -\4 Pour rendre notre travail aussi complet que pos sible, nous avons rechercher une synthèse générale, dont nous traçons un tableau bien imparfait dans la Langue universelle du Schema, et une synthèse parti lière qui sera l’adaptation de la précédente à l’un des trois mondes ou de leurs royaumes particuliers.
Nous avons choisi, pour remplir ce dernier objet, le caS d’une incantation. L’opérateur trace son cercle « dans les siècles des siècles ». Il détermine autour de lui un ciel dont ilest le Père;
1 14 L’INITIATION il sanctifie, il informe ce milieu en son nom, c’est—à dire par sa volonté, son Fils; action qui se reflète aussitôt selon la loi des contrastes analogiques (1). La Trinité-Principe est en action holocauste est unie sur l’autel, et le Dieu va descendre.
Il s‘est incarné, car toute incantation doit aboutir à une présence réelle; l’opérateur a son Fils consubs— tantiel devant lui; la balance de la justice est leur règle commune; tandis que la procession de l’esprit libéré de la matière s’établit dans la lumière incréée. L’opérateur prononce la formule de pacification et de renvoi.
Il serait facile de multiplier ces applications: par exemple au développement de chacun des huit pou voirs de l’adepte, à l’étude des six centres de l’homme astral; mais nous ne voulons pas abuser de la pa tience de nos lecteurs et nous terminerons au plus vite par quelqües extraits des œuvres du philosophe inconnu.
' LES EFFETS DE LA PRIÈRE. —- « Suspens, Dieu Su prême,... donne-moi le temps de me prosterner à tes pieds pour me préparer à tes laveurs et pour en de venir moins indigne. « Je viens de me prosterner aux pieds de l’Eternel ; tais-toi mon âme et adore. « Au lieu de me laisser livré à mon humiliation, Dieu me cherchait, Dieu me poursuivait. « Devant moi étaitle divin Libérateur des humains (1) Cf. le Zohar, soit dans la traduction de H.
Chateau, soit dans le Livre des Splendeurs, d’Êl. Levi, ou dans les autres ouvrages du même maître. .c.“___ H... _..- -.__Tn_r:
L’ORAISON DOMlNlCALE 1 15 prosterné lui-même aux pieds de la suprême Sagesse. « Là il se dépouillait de sa gloire, et ne se réservait de sa propre divinité, que le foyer inextinguible de son amour. « Il soulevait le poids de lajustice qur, s’étant ras semblée tout entière sur le tribunal redoutable du Très—Haut, menaçait l’homme coupable. « Elle lançait des regards de vengeance sur l’abyme du temps, elle était prête d’écraser l’univers.
« Mais cet héroïque et magnifique Réparateur formait comme un vaste océan d’amour et de charité, où tous les fleuves de la vie venaient apporter leurs eaux sa— lutaires. « Leur masse surpassait celle de la justice, comme les clartés réunies des innombrables flambeaux célestes effacent les crépuscules de notre globe ténébreux. « Il entraînait avec effort le poids de la balance et la faisait pencher en faveur de ma malheureuse postérité.
« Je sentais son influence divine pénétrer tout mon être, en dissoudre toutes les souillures par son feu, et les plonger comme dans un torrent vivifiant et régénérateur. _ " « Voilà donc, Dieu suprême, comme tu te conduis envers ton infime créature ! Tu l’accables de tes grâces avant même qu‘elle ait rien fait pour les mériter. «Je me suis relevé, je n’étais plus le même homme.
« Tous les liens qui auparavant me tenaient la tête courbée vers la terre, s’étaient rompus. « Toutes les séductions qui m’avaient empoisonné étaient disparues ; des sources actives sortaient libre— ment de mon cœur. ph..-) ,___,__ -
1 16 L’INITIATION « Elles portaientleur cours sans rencontrer aucun obstacle, vers les régions du monde, pour y contem pler l’ordreet les lois du grand Architecte ', « Vers l’abyme, pour y contempler sa justice. et vers son sacré séjour ma première demeure pour y trouver le terme de toutes les fatigues des mor tels.» (Homme de désir 3 I .) Il faut lire cette page magnifique dans le même esprit de symbolisme qu’elle a été écrite : «C’est pour les épreuves que Dieu nous envoie que nous avons le droit de le prier, et non pas pour les torts que nous nous faisons par notre lâcheté.
« Quand ton cœur est plein de Dieu, emploie la prière verbale qui sera alors l’expression de l’esprit, comme elle devroit toujours l’être. « Quand ton cœur sera sec et vide, emploie la prière muette et concentrée ;c’est elle qui donnera à ton cœur le temps et le moyen de se réchauffer et de se rem plir. A « Tu apprendras bientôt àeonnaitre, par ces secrets simples, quels sont les droits de l’âme de l’homme.
« Quand des mains vivantes l’ont comprimée pour en exprimer la corruption, et qu’elle reprend ensuite sa libre étendue par son élasticité naturelle. « Tu apprendras bientôt à connaître quelle est son autorité sur l’air, sur le feu sur la lumière et sur les ténèbres. « Veille, veille tant que tu seras au milieu des fils de la violence. Ils te persuaderaient qu’ils peuvent quelque chose et ils ne peuvent rien. « Comment seraient-ilsles amis de la vérité, tandis
L’ORAISON DOMINICALE II7 H‘I‘às'4 p que les comparaisons qu’ils nous présentent sont toujours fausses ? « Dans les êtres apparents, il ne reste nulle impres sion de l’action des êtres vrais : voilà pourquoi les ténèbres ne peuvent comprendre la lumière. « Si tu veux la comprendre, cette lumière, ne la com pare à rien de ce que tu connais. « Purifie-toi, demande, reçois, agis : toute l’œuvre est dans ces quatre temps.
« Se purifier n’est-ce pas prier, puisque c‘est com battre ? « Et quel homme oserait marcher sans se purifier, puisqu’il ne peut faire un pas sans porter le pied sur les marches de l’autel ? « Ce n’estpoint assez de népas douter dela puissance du Seigneur, il faut encore ne pas douter de la tienne. « Car il t’en a donné une, puisqu’il t’a donné un nom, et il ne demande pas mieux que tu t’en serves.
« Ne laisse donc point l’œuvre entière à la charge de ton Dieu, puisqu‘il a voulu te laisser quelque chose à faire. . « Il est prêt sans cesse àverser dans toi tous les biens; il ne te demande que de veiller sur les maux qui t’en vironnent, et de ne pas te laisser surprendre. « Son amour a chassé pour toi ces maux hors du temple ; ton ingratitude irait—elle jusqu’à les y laisser rentrer ?
« Homme, homme, où trouver une destinée qui sur passe la tienne, puisque tu es appelé à fraterniser avec ton Dieu, et à travailler de concert avec lui P » SÉDIR.
sexanoaoam Nous savons que nous avons des idées et en même temps que nous sommes autre chose que nos idées, que celles-ci ne suffisent pas à constituer notre être, qu’elles en sont tout au plus des manifestations, mais que leur absence ne diminue en rien notre être en lui même. Les idées sont des objets appartenant à nous comme nos habits appartiennent à notre corps sans que celui-ci soit diminué par les accidents que subis— Sent nos habits.
Si l’on y regardait près, au fond on trouverait que la distinction que nous faisons entre un homme instruit et un ignorant est fort analogue à celle que nous faisons entre un homme bien vêtu et un homme mal vêtu ; l’instruction et l’ignorance sont des habits différents, mais ne changent pas l’essence de l’homme.
Poussant plus loin l’analogie, la grande méthode de penser surtout en occultisme, il ne‘nous est pas difficile d’arriverà la conception que de même que de beaux habits peuvent couvrir un corps mal bâti, une brillante instruction peut servir de vête— ment à un être difiorme, à un esprit mal développé. Apprécier les hommes par leur instruction est au mental la même ehose'que les apprécier au physique par leurs habits.
Sur les deux plans le jugement humain ordinaire s’exerce de la même façon ; c’est de l’apparence qu’on tient compte ; un beau corps mal habillé ne dit rien au yeux de ceux qui ne sont pas des artistes,tandis qu’un bel habit,même s’il recouvre
PSYCHOLOGIE l [9 Wmî î-äm-lyvt . .- > un corps défectueux, fait exhaler leur admiration. Les idées sont donc quelque chose d’extérieur à nous, de même que les vêtements sont extérieurs à notre corps. Pour si bien mis que soit un individu, s’il est débile, il ne pourra pas accomplir les prouesses physiques d’un homme robuste habillé en gueux.
Comme sous les habits il y le corps, solide ou faible, bien proportionné ou défectueux, sous les idées il y a la volonté qui est aussi de construction variable. Tout nu, un homme existe aussi bien qu’habillé; avec ou sans idées la volonté, noyau de l’homme, existe aussi. ‘ La volonté, dans la vie ordinaire, se manifeste par les idées; c’est au travers des idées que notre volonté s’exerce; cet exercice se nomme une volition.
Sans idées, point de volition; celle—ci est la mise en rapport de jonction ou de combinaison d’idées existantes dans notre neutralité pour en produire d’autres qui ne s’y trouvent pas encore. Une des grandes occupations de l’Ètre humain est de fabriquer des idées nouvelles avec celles qui se trouvent déjà dans sa conscience.
Ce qui nous fait sentir nous, ce qui nous fait prendre conscience de notre être, c’est l’effort nécessaire pour changer les rapports de nos idées; qui dit effort dit résistance. Lesidées sont résistantes à la volonté et parfois telle ment résistantes que c’est en vain que nous essayons de les changer et que la volonté est forcée de se replier en ellemême, renonçant ,à modifier les rapports qu’ont nos idées. L’habituelle façon dont la volonté se conduit avec
I 20 L’INITIATION les idées contenues dans la conscience, constitue ce qu’on nomme le caractère de chaque individu. Le caractère dépend de la volonté et des idées. c‘est leur manière d’entrer en rapport. Pour changer un rapport il suffit de changer un de ses termes; ceux qui pen sent que l’éducation, la mise dans la conscience de certains groupes d’idées peut suffire à changer le caractère,n’ont donc pas tort.
Le caractère d’un homme est fait de sa manière de vouloir par les idées qui sont contenues dans sa con science: la manière de vouloir est en quelque chose dépendante des idées, le changement de celles—ci peut donc amener une modification du caractère. Nous connaissons le caractère des hommes en tant qu’ils ont des idées identiques aux nôtres et en tant que nous comprenons leur manière d’établir des rap ports entre ces idées.
Un individu est égoïste quand sa manière de mettre en rapport ses idées tend tou jours à lui procurer ce qu’il regarde comme un avan— tage personnel; un individu est généreux quand il met ses idées en rapport de façon qu’elles produisent un avantage pour les autres. Nous regardons le caractère d’un individu comme sa portion essentielle.
Le caractère étant constitué par la manière de mettre en rapport les idées, l’idéation ou plutôt ses produits sont une partie constituante du caractère. Pour qu’un homme soit ce qu’il est, il lui faut nécessairement les idées qu’il possède; avec des idées autres il serait différent, non pas peut-être dans la manière de les mettre en rapport, mais dans les résul tats produits par cette mise en rapports. Des éléments .
PSYCHOLOGIE '2 I de combinaison différente donnent des résultats diffé rents, bien que le procédé de combinaison soit le même. Versez de l’encre dans un verre d’eau ou ver sez-y de l’alcool. le procédé de combinaison sera le même. le résultat sera différent. Ce n’est donc pas à tort que les moralistes ont de tout temps considéré l’éducation comme ayant de l‘importance pour la formation du caractère.
Les actions des hommes dépendent des idées qu’il combi nent; il n’est donc pas indifférent que les hommes possèdent telles idées ou telles autres. Les actions sont la manifestation au plan physique des volitions, et celles-ci sont la volonté passant par les idées.
Nous ne pouvons être actifs avec conscience que sur les plans à l'égard desquels nous avons des idées; celui qui n’a pas encore d’idées à l’égard du plan mental ne peut pas être consciemment actif sur ce plan; pour être actif sur un plan, il faut non seule ment que nous ayons des idées fournies par les objets de ce plan, mais encore que nous soyons aptes à les combiner en vue de résultats à obtenir; l’aptitude à combiner les idées, à exercer sa volonté sur elles, fait ce qu’on nomme la science,le savoir, d’où l’apho— risme: savoir, c’est pouvoir. ’ N’importe quel homme regardant les planches et les outils d’un menuisier a les mêmes idées que le menuisier; il n’a pourtant pas son savoir parce qu’il ne sait pas,comme le menuisier, mettre ces idées en rapport. Ainsi nous savons faire du feu parce que nous pos- ‘
122 L’INITIATION sédons les idées qui sont indispensables à la produc— tion du feu et que nous savons les mettre en rapport. tandis que nous ne savons ni faire tomber la pluie ni faire apparaître le beau temps, faute de posséder les idées et le savoir nécessaires à la production de ces phénomèmes.
Le feu donne par perception aux ani maux une idée analogue, identique peut-être à celle qu’il nous fournit; nous voyons en hiver les chiens et les chats se chauffer comme nous; mais l’idée con concrète du feu qui est identique probablement chez les animaux et chez nous n’est pas accompagnée chez eux des idées qui sont ses conditions de production ; de là leur impuissance à faire du feu.
Le ciel, la terre, les étoiles, les montagnes, les rivières, la mer, ne nous fournissent que des idées concrètes ; nous ignorons les conditions de leur pro duction; nous manquons des idées de ces conditions; nous constatons notre ignorance à cet égard en disant que Dieu les a faits ou que la Nature les a produits, Dieu et la Nature étant deux synonymes de l’Igno— rance humaine.
Quand nous pouvons combiner des idées, nous pouvons vouloir parce que c’est l’action de la volonté qui combine les idées. Les idées sont des instruments, des outils, des machines ; c’est en passant en elles que la volonté produit une volition. Pour vouloir il faut la concep tion d’un résultat qu’on veut atteindre et de plus les idées des moyens de parvenir a ce résultat. Si quel qu’une de ces choses manque, la volition n’est pas réalisable. Une volition dont on ne conçoit que le but w.-- ... ,,,... « W_- .-__ ..._.,. r ...,.._.w....... .‘, »,.-r- .—.w-;
PSYCHOLOGIE 123 et pas les moyens d’y parvenir n’est qu’un désir. Beau coup de gens désirent la gloire, par exemple, mais sans savoir par quels moyens l’acquérir ou sans avoir ces moyens à leur disposition. Les idées, faits men— taux, ont des correspondances avec des faits physi— ques ou manquent de ces correspondances.
Ce qu’on appelle travail de l’imagination et qui aboutit à la construction de désirs et à la satisfaction imaginaire de ces désirs, est simplement l’assemblage d’idées sans faits physiques correspondants.
Rien de plus faCile que d’assembler des idées de ce genre ; on n’a pas l’embarras de donner à des faits physiques le même assemblage qu’aux idées; aussi une grande partie de l’activité mentale des hommes consiste-t-elle à fabriquer des désirs et à imaginer des satisfactions purement idéales de ces désirs.
C’est un dur travail dans bien des cas que d’assembler les faits physiques d’une façon correspondant à l’assemblage des idées, et peu d’hommes sont capables de faire ce travail. La volonté consciente, l’effort de la plupart des hommes, s’écoule, se disperse au plan mental et ne descend pas au plan physique. La volonté est la force transformatrice de l’univers, c’est Siva.
Les hommes sont surtout des agents in— conscients de la transformation du plan physique. Ils travaillent sur ce plan beaucoup plus qu’ils ne s’en doutent et pas du tout comme ils le supposent. L’exercice de la volonté sur le plan physique est une faculté très rudimentaire dans les hommes, et ils l’exercent par routine beaucoup plus que par effort original. Aussi les inventeurs sont—ils rares,
124. L’INITIATION comparés à la masse des hommes, parce que pour être un inventeur il faut une tension de volonté beau coup plus forte que pour produire simplement des désirs et assembler des idées pour la satisfaction ima ginaire de ces désirs.
Les hommes dépensent leur volonté à l‘égard du plan physique par routine, par instant, beaucoup plus que délibérément que libre ment; cela vient de ce que le plan physique leur fournit la plupart de leurs idées et de ce qu’ils ne sont guère capables de concevoir ces idées objectivement, comme en dehors d’eux, par la raison qu’ils sont entièrement plongés dedans.
La conscience, le moi de l’homme est éparpillé, est en solution dans les idées qu’il possède à l’égard du plan physique ; il con sidère ces idées comme lui, comme partie intégrante de son moi; ses habits, sa position sociale, ses biens — au fond les idées qu’il a de toutes ces choses — lui paraissent la portion importante de son moi parce que celui-ci est répandu en elles comme de l'eau dans du sable.
Extraire son moi des idées relatives à l’am biance physique est le premier pas sur la voie du développement occulte, le premier pas nécessaire pour l’augmentation du pouvoir de la conscience.
Cette extraction opérée, le moi prend conscience des idées se rapportant au plan mental; l’homme peut devenir artiste, savant, philosophe. se trouve capable de prendre conscience des faits mentaux comme la grande masse humaine prend conscience des faits physiques. La plupart des hommes avancés en sont à l’étage où le moi est fondu dans les faits mentaux; peu nombreux sont ceux parvenus à objectiver ces M _____Wi
1, . . *. ...a. .un_n.‘_._z-. m; 125 faits, à en extraire leur moi. La conscience ne peut pas donner ce en quoi elle est toujours fondue, le moi ne peut guère diriger les faits au milieu desquels il est dispersé, avec lesquels il est identifié ; il subit les modifications imposées à ces faits sans pouvoir s’y opposer.
C’est par sa fusion dans les idées des faits physi ques et dans celles des faits mentaux que le moi, la volonté, éprouve des passions; être passronné, veut dire être subissant, bien que la plupart des gens con sidèrentla passion comme l’activité même.
Les feuilles secouées par le vent sont très mouvantes, très actives en apparence si l’onne considère que leur mouve— ment : mais, comine cette activité vient d’une force extérieure aux feuilles, elles sont en réalité d’autant plus passives qu’elles se remuent davantage; il en est de même de l’homme passionné.
Un bon nageur est au bord d’un fleuve rapide; il peut se jeter dans le courant pour subir le mouvement des eaux, puis en sortir et rester immobile en regar— dant les eaux passer devant lui. Les hommes pas sionnés sont des inondés entraînés par le courant des eaux et incapables d’en sortir par leurs propres forces, ne pouvant atterrir que par les courants du fleuve qui les emporte, à la merci duquel ils se trou vent; ils ne sont pas libres.
Être libre c’est pouvoir choisir. Le choix n’est possible qu’autant qu’on est distinct des objets qu’il s’agit de choisrr. Distinguer le moi de tous les objets qui l’entourent, l’extraire de tous ceux dans lesquels il se trouve fondu, c’est con quérir la liberté. PSYCHOLOGIE
t 26 L’INITIATION Les gens instruits sont à l‘égard des faits mentaux comme les ignorants à l’égard des faits physiques; ils les subissent sans les comprendre, sans être aptes à les diriger. L’aptitude à la direction, c’est la volonté, la force universelle, qui peut s’entourer de couches d’idées de plus en plus subtiles, qui peut diviser en tranches de plus en plus minces la masse de faits l’entourant.
Les Égyptiens avaient pris l’oignon pour symbole du moi augmentant ses aptitudes à diriger, àorganiser la masse des faits qui l’entourent, au milieu desquels il se trouve plongé, dans lesquels il se trouve épar pillé, fondu. La valeur de l'homme dépend de son aptitude à organiser les faits qui lui servent d’écorce, à les disposer en couches régulières, exactement cor respondantes.
Le développement psychique n’est pas autre chose que l’agrandissement de cette aptitude. Le moi, la volonté, a le choix d’agir dans les diverse couches de faits suivant son gré, quand il est distinct de ces faits, quand il a pris conscience de son pouvoir de s’en isoler.
Et quand on est parvenu à condenser le moi à l’état de pureté, à l’extraire de tous les mélanges dans lesquels il était répandu, éparpillé, on trouve qu’il est d’une substance répandue dans l’Univers, le Soi, l’Atma; on a franchi toutes les illusions de l’existence dans laquelle les choses apparaissent comme séparées les unes des autres; on sent qu’on est tout et on fond, goutte d’eau, dans l’océan de l’Être. GUYMIOT. (l,- * ,> _WW—n-. , ,,,... __,....Î_4
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE LE CHIEN IDE SII‘E@N LE MAGE (TABLEAU DE M. BATTONI, A ROME) Pro aris et focis. C’était une belle journée de l’année 64 après Jésus— Christ.
La populace, sous le beau ciel azur et les rayons dardants du soleil du Midi, se poussait vers leforum romain,pour assister à un spectacle étrange, à un spectacle nouveau pour ce temps-là, à un spec tacle qui ne s’est plus renouvelé que quelques siècles après au temps des Croisades, en Palestine (I), et à celui de frère Jérôme Savonarola à Florence (2), c’est à-dire à un défireligieux. (x) Pendant la première croisade (en 1098 après J.—C.), Pierre Barthélemy, prêtre de Marseille, traversa sain et sauf, près d’Archas (Tripoli de Syrie) un bûcher ardent, pour prouver à la foule incrédule qu‘il avait réellement retrouvé dans l'Église de cette ville-là la pointe de la lance, qui avait transpercé Jésus— Christ sur le Calvaire (Baudry, archevêque de Dôle, Histoire de la prise de Jérusalem, t.
I ; Sue, les Mystères du peuple, épisode 13, p. 148; A. Michaud, Storia dalle cro ciate, trad. italienne; Milan, [884).
' (2) Le défientre frère Jérôme Savonarola (représenté par son élève, frère Dominique de Pescia, dominicain) et frère Rondi nelli, franciscain, lequel aurait dû avoir lieu le 17 avril 1498 sur la place de la Signoria, à Florence, fut empêché par une pluie abondante qui trempa les bois du bûcher avant que fût commencé le spectacle.
Les vaillants champions chrétiens, dé— livrés par l’imprévu secours de l’eau, crurent prudent de ne plus souiller mot de l‘épreuve.
128 L’INITIATION . ..-m.‘ Cette foule n’était plus celle d‘autrefois, c’est-à-dire qu’elle n’était plus composée simplement par les citoyen de l’Urbs; tout au contraire : c’était une foule hétérogène, aux aspects différents, aux figures difl’é rentes, avec des gestes, des langages et des manières de s’habiller tout à fait variés ;'c’était, en un mot, une foule cosmopolite, telle qu’elle devait l’être après les victoires des aigles romaines sur le monde entier.
Rome n’était plus aux Romains seuls; c’était une ville où l’on trouvait les types des habitants de toutes les provinces de l’empire.
Mais la diversité de la nationalité n’était pas la seule qui régnât parmi ces gens-là : trente et une années s’étaient à peine écoulées depuis la mort de Jésus— Christ, que, grâce à ladifl’usion de la nouvelle doctrine dans la ville, ses citoyens se trouvaient déjà partagés en trois camps : païens, gnostiques et chrétiens (1). t #1!
L’empereur, entouré de licteurs et de gardes. amené par les porteurs dans sa litière, au milieu des accla— mations de la foule, va s’asseoir sur les rostra vetera, dans le Comiz‘ium, pour juger de l’étrange défi, de ce . défidont le résultat devra faire éclater la véracité et la supériorité de l’une ou de l’autre des deux cloc trines, la gnostique et la chrétienne. (1) Les Hébreux étaient compris des païens avec ces derniers, aussi bien que lorsqu’ils furent proscrits de Rome (environ 52 après J.-C.), les chrétiens durent aussi en sortir. C’est Suetone qui nous l’assure. Ce fut alors que saint Pierre se rendit à Jéru salem, pour y présider le concile.
LA CHUTE DE SIMON LE MAGE 129 Simon, ce mage de Gitthoï (1), que ses contem porains appelaient la Grande puissance de Dieu (2), ce disciple fameux de l’autre mage Dositée, ce secta - teur de l’ancienne doctrine d'Hermès Trismégiste, ce réintégré actif, ce théosophe dépositaire des bribes de la science sacrée des pyramides, ce dernier hiéro— phante, cet insigne gnostique auquel les Romains avaient déjà élevé une statue (3) dans l’Ile Sacrée, ainsi qu’à sa créature d’élection Sélène ou Hélène (4.), va montrer sa valeur à saint Pierre et à saint Paul (5), au pe:heur du lac de Tibériade et au légionnaire de Rome,à ces deux chrétiens fanatiques, à ces disciples de Jésus, ignorants de toute doctrine scientifique des anciens Égyptiens, à ces gnostiques dissidents, réin— tégrés passivement, dépositaires tout simplement des bribes de la tradition kabbalistique des Esséniens (6) et faiseurs de miracles par sala fides.
A ces représentants des deux religions s’ajoutent ceux de la troisième, c’est-à-dire les sacerdotes qui (l) Village près de Samarie. (2) Actes dès Apôtres, vm, 9-ro-x r . (3) Simon se rendit à Rome vers l’an 41 après J.-C.
Des critiques affirment que la statue, retrouvée dans le lieu, en lequel y devait être celle de Simon, n’était pas celle du célèbre philosophe. mais celle du dieu romain Semo—Sancus (V01r le mémoire de M. \Veiss sur Simon le Mage dans le Dixionario bibliografico itallano). (4) Voir au volume XVIII° de l’lniiiation. (5) Leurs vrais noms étaient Simon—Céphas et Saütus. (61 « . .
Les Hébreux possèdent une science que saint Paul soupçonnait sans la connaître et que saint Jean, initié par Jésus, cachait et révélait à la fois sous les hiéroglyphes gigan tesques de l’Apocalypse. . . » (Eliphas Lévi, le Livre des splen deurs, p. 2). Cette aflirmation nous semble bien hasardée.
I 30 L’INITIATION ont suivi l’empereur jusque sur les rostra et qui doivent le conseiller dans son jugement. Ces Gentils, ces païens, ces polythéistes en étaient-ils capables? Les sanctuaires de la religion de Rome, de ce troi sième rejeton de l’ancienne initiation, qu’avaient-ils gardé des traditions de la Chaldée ?
Presque rien ; les augures, les aruspices et les autres sacerdotes ne con naissaient plus le symbolisme de la doctrine secrète, ne pratiquaient plus les sciences occultes;deurs pra— tiques s’étaient réduites à une fumisterie et — au dire de Cicéron, — ils se moquaient les uns des autres lorsqu’ils se rencontraient dans les rues.
L’empire religieux de Ram s’était définitivement démembré (I) et les bribes de son unique doctrine étaient partagées en proportions différentes entre les trois religions, dont nous venons de parler. il «en Le Mage célèbre va commencer sadifficile expérience, la foule assemblée se ment et se sépare; d’un côté se placent les vrais gnostiques, les sectateurs de Simon, qui se fient à la science de leur maître (2); ils occu pent la place du Comitium entre le janus (3) et les rostra refera ;de l’autre côté se rangent les nouveaux sectaires, les gnostiques dissidents, les chrétiens : ils (I) S. de Guaita, Au Seuil du mystère, pp. 27 à 30. (2‘ « Simon le Magicien..... rappelait les âmes des enfers, animait les statues, changeait les pierres en pain, se rendait invisible faisait naître d‘un mot des arbres chargés de fleurs et de fruits, ou creusait a son gré les rochers. » (Loys de Rel mora, les Phénomènes du spiritisme, p. 16,. (3) Statue du dieu Janus.
LA CHUTE DE SIMON LE MAGE 131 sont refoulés sous les arcades de la cum’a julz‘a, avec saint Pierre et saint Paul à leur tête, et ceux—ci espè rent en l’échec de l’épreuve; enfin autour des rostra sont les Gentils, curieux de voir le nouveau spectacle et railleurs des chrétiens aussi bien que des gnos tiques, de ces sectateurs d’une même religion, qui vont se faire la guerre, s’exterminer entre eux, don— nant un bien douteux exemple de la charité et de l’altruisme prêchés dans leurs temples.
Néron va s’amuser. it ’41— Mais, qu’arrive-t-il tout à coup ? Après les conju rations du mage, le ciel s’obscurcit et Simon, au milieu des éclairs et des tonnerres s’élève dans les airs. Les gnostiques alors chantent Hosanna, tandis que saint Pierre, agenouillé, et saint Paul, debout, prient leur Dieu de faire échouer la prouesse et de faire écra ser Simon sur le pavé.
En effet, cela arrive; ce désir pieux atteint son but; mais non par l’intervention du Dieu miséricordieux des chrétiens, mais bien par une inattention de la part de l’expérimentateur. Simon se précipite des airs dans lesquels il s’était véritablement élevé et tombe rapidement à terre.
Les démons, — dit une tradition chrétienne, — ou les puissances bienfaisantes, dirons-nous, avec l’aide desquelles il avait accompli le miracle, tâchent de le soutenir encore, de lui rendre la chute moins dange reuse que possible, mais, hélas! nonobstant cela il tombe sur le pavé et se casse les jambes. ..W
132 v L’INITIATlON Dans cette tradition on peut voir un bel exemple de la suggestion dans les foules, car les chrétiens croient apercevoir les diables, c'est-à-dire des êtres qui n’ont jamais existé. Pendant ce moment terrible, l’assistance est saisie d’épouvante et il en arrive un vacarme, un bruit, une confusion générale, tandis que les apôtres de l’Évan— gile, les yeux levés au ciel, invoquent leur Dieu, plus ardemment que jamais.
Saint Pierre voyant Simon se renverser et se préci— piteràterre, s’écrie : « Tombe, tombe ici-bas, disciple haï, rival dangereux! » et saint Paul laisse entrevoir sur son visage cette pensée : « Que je me réjouis, afireux nécromancien, de ta chute!
Que je suis con tent de ton malheur ! » Le distingué peintre, M. Battoni, représente le moment culminant de ce défidans un beau tableau qu’on admire dans l’église de Sainte—Marie-des-Anges à Rome (place de Termini).
En cette œuvre artistique d’une incontestable va— leur, le peintre, à son insu, a trahi la superstition chrétienne (celle des diables, qui aident le mage) et a exprimé sur les visages des apôtres et de leurs secta teurs les vices de tous leurs coreligionnaires : l’intolé rance et la malignité, la cruauté et la lâcheté (I). Il a (i) Est»ce qu’ici il faudrait prouver ce que nous disons?
Nous ne le croyons pas, car on en trouve des exemples en toutes les époques de l’histoire de l’Europe. Il suffira donc de se ressouvenir des arrêts du Saint-Office, de l’extermination des Templiers, des bûchers de l’lnquisition et de la Saint— Barthe’lemy. — Mais il faut dire aussi qu’au milieu de cette
LA CHUTE DE SIMON LE MAGE 133 donné, en outre, aux deux apôtres du divin Jésus— Christ, les marques de leur charge les clefs et l’épée (I). La populace épouvantée — assemblage de païens, lesquels ont, au contraire, l’aspect de clercs et de pen dants de gibet, —— complète cette émouvante peinture religieuse (2).
A Ayant parlé de l’événement et du tableau qui nous en a fait souvenir, il ne nous reste que d’ajouter quel ques mots sur le sujet de la malheureuse chute du vénéré maître gnostique.
Une tradition populaire, parvenue jusqu’à nos oreilles, nous rappelle, même aujourd’hui, que cela n’arriva pas par la volonté du Dieu des chrétiens, — ce Dieu aurait«il pu vouloir cela? — mais tout sim plement parce que Simon laissa tomber le penta gramme, lequel, au reste, n’apparaît pas dans le ta« bleau, c’est-à-dire le talisman auquel, et non aux diables, il devait la réussite de son expérience, expé rience qui, quoique merveilleuse et étrange, est répé— société viciée, on trouve pendant l’écoulement des siècles des nobles personnalités.telles que les fondateurs des bibliothèques monastiques (saint Benoit, saint Colomban, saint Boniface) et les héros de la charité (saint Vincent de Paul et saint Charles Borrome‘e). (I A Montpellier, il y a un tableau de Sébastien Bordone, lequel représente la même scène ,V.
Xavier Adger. Consi— dérations sur la vie et sur les œuvres de Sébasiien Bordone, Paris, 1818). (2) Outre ce tableau de M. Battoni, l’église Sainte—Marie— des—Anges a un remarquabe pavé en marbre blanc, dans lequel sont représentés les douze signes du zodiaque (M. Ax mellini, le Chiese di Roma dalsecolo IV° al XIX", Rama Tip. Vaticana, 1891, p. 822i. —..-..—._;. -—.—
134. L’INITIATION tée encore aujourd’hui, à ce que l’on dit, par les fakirs hindous (1). * 0 o Quelles conséquences apporta l'échec de Simon ? Fût-ce la perte des doctrines gnostiques?
En aucune façon, si Simon, les jambes cassées, alla mourir d’amertume et de chagrin à l’Ariccia (2), cela ne témoigne pas de la perte de la tradition ésotérique en lui et en ses disciples; mais tout au contraire, car le malheur qui lui arriva était dû simplement à sa per— sonnelle inattention, et ses idées ne furent pas per dues, nous en témoigne Apollonius de Tyane (3).
Saint Pierre et saint Paul finirent leur vie plus noblement, mais non moins malheureusement que Simon, car tous les deux subirent le martyre à (1) Voir l'article du très distingué M. H.
Pelletier dans le n° 145 du Voile d'lsis. — Voir au même sujet ce qu'écrit M. Loys de Remora dans son livre les Phénomènes du spiri— tisme, pp. 32 à 45. (2) On voyait encore en 1796 dans le jardin dit de la Volière, au palais de M. le prince Chigi à l‘Ariccia (près d‘Albano), le sarcophage de Simon le Mage et nous croyons qu’on l'y voit encore aujourd‘hui; mais qui peut nous assurer de son au thenticité? D.
Emanuele Canonico Lucidi, Dell'Ariccia cris tiana, pp. 327 et suiv., 1796).
D'autres auteurs font mourir_ Simon à Rome, à Brunda (Brindisi?) ou en d‘autres lieux. (3) Que les premiers gnostiques eussent un symbolisme aussi intéressant que celui des chrétiens, à tel point qu'on pour— rait. en fouillant,constituer une archéologie gnostique, comme il y en a une chrétienne, les rares reliques de leurs clous magi ques, de leurs abraxas et de leurs poignards nous le prouvent très clairement. C’est avec un vif désir que nous attendons de M. Louis Esquieu, notre aimé ami et frère, un mémoire sur les abraxas.
LA CHUTE DE SIMON LE MAGE 135 Rome (1), le troisième jour avant les calendæ de Julius (juillet), c’est-à-dire le 29 juin de l’an 65 après Jésus-Christ (2). Ils furent appelés saints et martyrs, tandis que le Mage n’est qu’un hérétique simoniaque. De ce que nous avons vu jusqu’ici, il ressort que les (i) Rome garde les souvenirs de la vie et des miracles de ces deux saints.
A l‘église de Saint—Pierre, il y a, —— dans une garde, — la chaire de ce premier pontife; dans celle de Saint— Pierre—ès-Liens (San Pietro in pincoli), il y a ses chaînes ; et enfin, une chapelle dans la campagne, à quelques kilomètres d’une de ses portes, avec son inscription Qui san Pietro e san Paolo s’incontrorno, etc., nous rappelle le lieu de rencontre des deux apôtres (64 apr.
J.-C.) avant d’entrer dans la Ville Eternelle pour y prêcher de nouveau contre Simon-le Mage et ses disciples. Dans la prison tulliane (carcerMamer— tinus, siae Tullianum), qui est au-dessus de l‘église de Saint Pierre-en—Pri80n, au forum romain, on observe une source d’eau. Elle est due à un miracle. Saint Pierre était prisonnier, — aussi bien que saint Paul. — dans ce cachot triangulaire (64—65 ap. J.-_C,).
Un jour, qu’il s’était accroupi sur son grabat, avec le visage appuyé à la rude et froide paroi de travertin, le geôlier vint l’appeler. Le saint ne bouge pas; alors celui-ci lui donne un soufflet. Qu’arrive-t-il ? La joue, poussée contre la pierre s’y imprime. et de cette cavité jaillit la veine d’eau. L’église de Saint—Paul aux Trois Fontaines fut, — dit-on, — bâtie sur l‘emplacement où cet apôtre subit le martyre.
Sa tête, coupée, fit trois bonds et aux endroits où elle toucha jaillirent trois jets d‘eau. On boit, à présent, de cette eau, qui coule de trois fontaines, qui sont dans l’église, laquelle est confiée aux soins des trappistes. Cette remarquable trappe débite du lait, du vin et les produits de l’eucalyptus (liqueurs, cigarettes, tabac à fumer).
L’église de Saint-Pierre au Montorio sur le Mont de l’or) fut bâtie sur l'emplacement du martyre du pre mier pape Dans le méda11]ier du palais du Vatican est gardée une médaille frappée à la fin du premier siècle, laquelle repré sente les figures des saints Pierre et Paul.
Elle est un des plus anciens et précieux monuments du christianisme. (2) Cette date n'est pas sûre; quelqu'un l’établit en 65, Til lemont en 66, l’histoire sacrée en 67 et Pearson en 68 après J.-C. (Gence, Vie de saint Paul, publiée dans le Dictionnaire bibliographique italien). mp...ÿ.. .. .... ..N_‘-_..,-.navxm -‘_«\s..a__ ... a *«w.- .... ._.n.\ q_. - <>. t .. e....,.,_ w \ s.,>«u » .4. _ - . . ‘
i 36 L’INITIATION chrétiens ont toujours cherché par tous les moyens à amoindrir la grandeur du philosophe de Gitthoï et pour élever celle des deux tièdes disciples du divin maître Jésus (I). Q au Mais l‘issue du défifut-elle, du moins,favorable aux chrétiens?
Tout au contraire, car Néron. qui laissa tranquilles les gnostiques, jugea que la chute du mage fut due 1— sclon ce que les chrétiens mêmes divul guaient, — aux prières des apôtres et pour cette raison les poursuivit avec acharnement. Les premiers à res sentir la colère de l’empereur furent naturellement leurs chefs. qu’il fitemprisonner et tuer.
Mais ce mar tyre ne produisit pas le résultat désiré, car les chré— tiens ne perdirent pas courage, pour la perte de ' leurs maîtres. Néron alors étendit la persécution à (1) Ils n‘étaient pas très courageux, à ce qu‘il semble. Saint Pierre, dans le potager des Oliviers, se laissa emporter jusqu’à couper une oreille à Malcus et, dans la cour du palais de Caïfa, à Jérusalem, quand le coq chanta, il renia trois fois son Maître.
En outre, lorsqu‘il rentra en Rome 64 après J -C.?) dans l’attente d‘une persécution, il allait revenir sur ses pas de crainte d’exposer sa vie. Il aurait sans doute fait cela s‘il n’avait pas rencontré Jésus dans la m'a Appia, lequel lui repro cha sa faiblesse.
Saint Pierre, étonné de le voir là, vivant, lui demanda: Domine, quo vadis P (Seigneur. où vas-tu ?) et celui Cl répondit : Venio Roman: iterum crucifigi (Je vais à Rome pour être crucifié de nouveau.
Ce fait a été témoigné aussi par l'église de Rome même, car sur la place de leur rencontre (non loin des catacombes de saint Caliste) on a bâti une petite Eglise, appelée du Passage ou des Paumes, parce que l‘on y voit, gravés dans une pierre, les pieds de Jésus. — Saint Paul échappa, nous ne nous rappelons pas bien si ce fut à Phi lippi (53 ap. J.-C.) ou à Rome (6.; ap. J.-C.), aux vengeances des licteurs en déclarant hautement: Civis Romanus sum.
LA CHUTE DE SIMON LE MAGE 137 tous. A celle-ci (64—68 après Jésus-Christ) d’autres suivirent, sous Domitien (95), Trajan (I06). Marc Aurèle (166-177). Septime Sévère (199-204), Maxi min (235-238), Dèce (250-252), Valérius (258-260), Aurélien (275) et Dioclétien (303—313) (1).
Ce fut seu— lement dans cette dernière année que le christianisme fut reconnu comme la religion officielle de l’empire romain, et vers cette époque, c’est-à-dire pendant les premiers temps du IV" siècle, qu’il commença à com— battre ouvertement et à vaincre le gnosticisme,ou, en d’autres termes que de persécuté il devint persécuteur.
Mais, Dieu merci, cette congrégation maudite des sectateurs du « Dieu de paix et de charité ». quoique vaincue, ne fut jamais domptée, car elle bourgeonna de nouveau ensuite et la papauté dut faire de grands efforts pour en anéantir les membres, et cela arriva en I208 (croisade contre les Albigeois), 1209 (mas sacres de ChaSseneuil, de Béziers, de Carcassone, de Termes, de Minerve), 1229 (pillage de Marmande), 1240 (prise de Lavour), 1244 (bûchers de Montségur), I254 (fureur de l’Inquisition à Albi et àNarbonne) (2) (I) Papus, Traité méthodique de Science occulte, p. 624. (2) Voir l’A lmanach du Magiste en 1894, pp. 232 à 237.
En Italie, les Vaudois (Manichéens comme les Albigeois), habi tants des vallées de Luserna, de Perosa et de San Martino, en Piémont, dans lesquelles pendant le xmc siècle s’était réfugié Pierre Valdo, de Lyon. furent aussi persécutés (1687-1690) : onze mille furent égorge’s et trois mille purent heureusement s‘enfuir en Suisse, d'où ils rentrèrent, sous la conduite d’Henri Arnaud ou Arnaldo Valdese, dans leur pays pour le défendre des armées française et piémontaise.
Ils vainquirent à la Bal— siglia, et enfin Sa Hautesse Royale le duc Victor-Amédée Il, libre de la suprématie de Louis XlV, leur accorda sa protec tion et la liberté de religion : 4: Voi non avete che un Dio e
138 L’lNITIATION \ et enfin de 1311 a 1313 (autodafés des Templiers en France, en Italie, en Flandres, en Angleterre, en Castille, etc). Mais parvint-elle, la papauté, par ses scélérates tentatives à son but? Non, car les gnostiques se sont encore une fois réorganisés en 1890, et aujourd’hui la ,vieille tradition oubliée et négligée et l’église abattue et détruite s’élèvent comme un terrible revenant devant les prêtres du Vatican.
Qu’ils se souviennent que les temps sont changés et que le premier article du Statut d’Italie octroyé par Sa Majesté le roi Charles-Albert, à Turin le 4 mars 1848, admet la tolérance de tous les cultes. Pierre BORNIA Sir: l:;: %‘lotes scientifiques et hilnsmphiques [Il L’ANALYSE SPECTRALE L’analyse spectrale, un phénomène d’interférence et réflexion.
La raie D du spectre solaire peut indi quer la présence de deux sources de lumière. un principe a servire ».— Ainsi leur dit-ille 18 mai 1690,_ou à peu près : « Servite a Dio e al vostro principe fidelmente.
Finora siamo stati nemici; d’ora innanzi dobbiamo essere amici; altri san0 stati cagione della postra disgragia; ma se, corne e doven vostro, voi esponete la vita in mio servizio, io esporro la mia per voi, e finche avro un pezzo di pane, ne avrete la vostra parte ». Ces nobles paroles prouvent claire ment que si Victor—Améde’e Il poursuivit les Vaudois, il le fit à contre—cœur {Teofilo Gay, Il Rimpatrio dez‘ Valdesi, Torino 1879, Loescher). ’
NOTES SCIENTIFIQUES ET PHILOSOPHIQUES 139 Waræ- - . 1 Newton, auteur de la théorie d’émission, ne vit jamais les lignes de Frauenhofer, parce qu’il fit passer les rayons lumineux par un trou au lieu d’une fente. La fente du collimateur paraît donc constituer la partie capitale du spectroscope, ce qui se confirme par l’expérience suivante : ' J’enlève le prisme du spectroscope, et je pose mon œil devant la fente du collimateur.
Toutes les lignes de Frauenhofer se font voir et j’ai même essayé de les photographier, ce qui est difficile lorsque leur projection ne se produit qu’à une distance minime. L‘apparition des raies noires n’est donc autre chose qu’un phénomène d’interférence, franges d’in terférence, réfractées par le prisme. Colorez la flamme de Bunsen par le sodium et vous verrez la raieD en jaune.
Allumez derrière cette flamme une lampe de Drummond et la raie jaune va se changer en noir. Phénomène d’interférence ! Or, dirigez les rayons du soleil dans l’appareil sans trop fermer le collimateur et vous aurez le spectre continuel sans raies. Serrez à vis maintenant le colli mateur et vous verrez les raies de Frauenhofer. Phé nomène d’interférence.
Frauenhofer commençait par voir huit raies; puis il en a vu six cents, et de npsjours on en a vu cent mille et plus.Au fait, sous un grossissement énorme, elles sont innombrables, toutefois comptées et numérotées. 'Comment expliquer la couleur noire des raies du soleil ? Par la constitution physiologique de l’œil, ou par la présence d’un soleil ultra-stellaire, ou par...
140 L’INITIATION Un soleil derrière le nôtre, à l'instar de la lampe de Drummond derrière la flamme d’alcool, ce n’est pas une idée d’hier, puisque les phénomènes de l’éclipse avaient depuis longtemps donné à penser à une source de lumière autre que le soleil. « D'après la description minutieuse que M. F.
Arago en a donnée, la couronne de 1842 se composait d’une première zone circulaire contiguë au bord de la lune, large d’environ 3, et d’une seconde zone moins vive, superposée à la première et large d’environ 5’ 45”. « Si, comme M. Arago inclinait déjà à le croire, la couronne circumsolaire est une lumière étrangère à notre soleil... » P. F. P. DELESTRE, Ancien élève de l’École polytechni ue, Directeur des manufactures de l‘ tat.
La première fois que je maniais un spectroscope j’avais oublié de serrer le collimateur. En apercevant la flamme de Bunsen par la fente qui tombait juste dansle jaune du spectrum, je fus étonné. En vissant, la fente disparaît en s’alliant au jaune. Je colore la flamme avec du chlorure de sodium et la raie jaune fait apparition. Mais ceci n’est qu’un essai de chalumeau, me dis—je. Le sodium colore en jaune et la raie jaune est là.
L’Indium colore en bleu, etla raie bleue se présente en bleu. Pourquoi le chlore du sel marin n’a pas part à la coloration, cela restait énigmatique. Or la raie D joue un rôle de trouble—fête dans l’ana lyse spectrale, car elle se révèle à contre-temps et
NOTES SCIENTIFIQUES ET PHILOSOPHIQUES I4.I presque toujours. On a voulu expliquer cette anoma lie par l’omni-présence du sodium,dérivé de l’eau de mer évaporée emportant le sel marin, ce qui est faux, lorsque tout le monde sait que l’on évapore exprès les fluidités afin de laisser les matières solides en résidu. , D’ailleursà l’analyse microscopique on ne trouve pas le sel marin, mais toujours la silice et l’amidon comme résidus.
Et l’écorce terrestre, composée pour la plupart de silice, d’alumine et de chaux, produit une poussière exempte de sel marin. En dépit de ces faits incontestables, Roscoe prétend que c’est le sodium omniprésent qui évoque la raie jaune si on chauffe un fil de platine dans la flamme incolore.
Voyelattribue le même efl°etàla poussière d’un livre; Bunsen et Kirchhofl’ assurent que _&.’____ 3.000.000 gramme de sodium suffit pour donner une réaction distincte. Ce qui est faux. L’opération ne se passe pas si régulièrement, mais chaque fois que je touche à la flamme avec un corps refroidi. La raie jaune se présente, et la raison : combus— tion incomplète, qui fait dépôt de charbon incandes cent. Rappelons une analogie.
La flamme de l’hydrogène, refroidie par un corps quelconque. rend le spectre du soufre. Or ce que l’on nomme gaz hydrogène est un hydrocarbure C “ X“ qui par refroidissement se déduit en C H " : méthane, lequel s'oxydeà C Il“ = soufre. En 1879, Lockyers communiqua à l’Académie
142 L’lNITIATXON des sciences à Paris cette observation : que le phos phore chauffé en tube scellé avec du cuivre donne le spectre de l’hydrogène, ce que je voudrais expliquer de cette manière. Le phosphore C H 30 rend au cuivre un C 0 de sorte que 3 Hreste, gardant la disposition de retirer ses ingrédients après l'opération. De même il observe que le phosphore donne le spectre de l’hydrogène au pôle négatif.
En visant un bon feu de bois allumé dans la che— minée je m’attendais à voir les spectres du carbone, des carbures hydrogénés, de l’oxyde de carbone, du cyanogène, de l’azote, et surtout du potassium. Mais je n'obtenais que la raie jaune du sodium. En vissant le collimateur pour l’ouvrir, la raie jaune s’élargit et finalement je vois scintiller les flammes jaunes du feu dans la fente entr’ouverte. Voilà la raieD!
Et jugeons par là de la nullité de toute l’analyse spectrale. Amen ! IV LE CIEL ET L’ŒiL Un miroir restait sur une table et la lune s'y réflé chit comme une image ronde jaune, ce qui me parùt en ce moment étrange. Attendu qu’une surface plane réfléchit une lumière énorme comme la lune de tous points exposés, il faut que l’image ronde aperçue doive sa forme à l’appa— reil visuel.
NOTES SCIENTIFIQUES ET PHILOSOPHIQUES 14.3 Afin d’élucider cette question et curieux de savoir comment le monde se présenterait émancipé de mon œil trompeur, je procédai aux expériences suivantes. Exp. 1. —— Une plaque lumière, sans chambre noire, sans objectif, submergée dans le révélateur fut exposée à la lune pendant quarante cinq minutes. Je soulevai la plaque, l’exposai à la lumière diffuse et fixai.
Le résultat: au milieu du cliché un nuage sombre avec un réseau clair alvéolé. Quelque temps après — c’était au printemps —— je me promenais dans une ravine dont le côté oriental était encore occupé par un tas de neige exposé aux rayons du soleil couchant. La surface de la neige fon dante présentait les mêmes empreintes alvéolées que cel les tracées sur ma plaque photographique par la lune.
Pendant un voyage à travers la Bohème, à la fonte des neiges, j’observai que la neige gardait l’empreinte de ces mêmes alvéoles, ronds. creux, ou mauvais hexagones. J’exposai le miroir aux rayons rde la pleine lune et le tain au-dessous de la glace me rendit le même ré— seau alvéolé qui reste encore. Exp.
2.—J’exposai une plaque lumière, sans appa reil, sans lentille, au soleil couchant, trois secondes, et l’image reçue ne ressemblait en rien à celle de la lune.Toute la plaque était couverte de petites flammes. Exp. 3. -— J’exposai une plaque lumière, sans appareil, sans objectif, toute seule, au firmament étoilé et dirigée vers Orion.
Le cliché montrait une surface unie avec des innombrables points clairs, mais de grandeurs différentes. %— »—«« «v—A«—e—«
I44 L’INITIATION Réflexions. —- Pourquoi le soleil et la lune ne se présentent—ils pas sur la plaque comme ils se font voir dans le miroir, sous des formes distinctes etlimi tées? Ce doit doncêtrel'œil etsaconstruction quidécident de la formation de ces disques luisants.
Le soleil et la lune ne sont-ils pas ronds '1’ Afin de savoir Où j’en étais, j’envoyai des épreuves sur papier à la Société astronomique de France, accompagnées d’un mémoire, qui repose dans les archives, attendant encore la réponse.
V SUR LA PHOTOGRAPHIE EN COULEURS DIRECTE En 1892, en exposant devant un appareil photo graphique ordinaire un support avec un aimant, je reçus dans le développateur la couleur jaune du bois du support et la couleur rouge de minium de l’ai— mant. Le révélateur était un composé d’iconogène, donc un dérivé de houille en parenté avec les couleurs d’aniline. Les couleurs disparurent dans le fixateur comme d’habitude.
Mes idées furent portées vers les plaques d’éosine de Vogel, qui sont isochromatiques, et je pensais que ces plaques constituaient la base d’une photographie en couleurs, puisque l’aniline a la faculté de prendre out es les couleurs. r .--.-“
NOTES SCIENTIFIQUES ET PHILOSOPHIQUES 145 Continuant à raisonner, je me disais: Si j’enlève l’objectif de la chambre noire, l‘effet des rayons doit être plus efficace délivrés du travail de traverser un médium comme le verre. J’enlevai l’objectif et le remplaçai par un dia phragme perçé d’un trou d’aiguille. ’ Le résultat, la photographie obtenue. représentait un homme posé contre une fenêtre et un paysage en dessous.
La figure de l’homme se modelait comme une image vue au stéréoscope; le paysage se dessinait aussi vigoureux que la figure. Et, ce qui valait mieux, l’habit blanc rayé de bleu était rendu de façon que le blanc était clair et le bleu sombre. Donc iso chromatisme complet. Puis je me dis : Une plaque d’argent poli exposée aux vapeurs d‘iode montre les couleurs du spectre d’après l’intensité de l’attaque de l’iode.
Donc, en ex posant une plaque d’argent dans la chambre noire, sans objectif, et en développant des vapeurs d’iode sous la pose, l’effet produit in statu nascente doit mener au but. Le résultat, pour cause de mauvais appa reil, indécis.
Au contraire, une plaque Lumière ex posée sans objectif m’a rendu un paysage avec les couleurs complémentaires, de façon que les arbres étaient devenus rouge de vin, etc. Expériences à faire : 1° Exposer une plaque d‘argent dans une chambre sans objectif, seulement avec le diaphragme à trou, la plaque submergée dans un vase en verre adopté pour les spectres d’absorption, et rempli d’eau de chlore. '
146 L’INITIATION 2° La même, avec développement de chlore en forme de gaz. 3° Une plaque d’acier poli, qui dans la chaleur prend les couleurs diverses du spectre à cause de l’oxydation, sera exposée dans un liquide oxydant et dans une chambre à diaphragmeà trou. 4° Renverser les expériences et exposer une plaque ou un papier chloruré, iodurés et dans une solution d’un sel d’argent pour obtenir l’effet in statu nascente.
VI LA DISTANCE DU SOLEIL DE LA TERRE La Physique nous apprend que les rayons du soleil sont parallèles et que par là un miroir concave doit réfléchir ses rayons de façon qu'ils concourent dans un foyer, situé entre le centre et le miroir. Expérience. J’ai exposé un miroir concave aux rayons du soleil et en guise d’écran,j’ai mis du coton nitrique très mince, qui s’allume dans un foyer situé entre le sommet du miroir et le milieu du rayon.
Ceci prouve que le soleil ne se trouve pas là où la physique prétend. Ceci prouve que le soleil est lui—même une image virtuelle. De quoi ? Quelques-uns disent : de la lumière universelle omniprésente, réfléchie par la sphère céleste. A lire: DELESTREZ Exploration du Ciel lhéocen trique; Alcide MORIN: Treize Nuits (cité de Papus); DOBLERZ Ein neues Wettall, Leipzig 1892. Auousr STRINDBERG.
_ LES FONDEMENTS DE LA SOLIDARITÉ 147 v w » ‘N=‘ÏŒS sur les Æenrlements de la fialidarité L’harmonie universelle est fille de l’Amour univer sel, fils lui—même de la Solidarité universelle. La Soli darité est constituée par l’ensemble des multiples et universels rapports qui, sur tous les plans, unissent les êtres.
Ces rapports ont pour origine les rapports de créa ture à Créateur qui eux—mêmes ont nécessairement Dieu pour principe. ‘ Ceci est le corollaire des propositions suivantes: Tout être, — quel qu’il soit, —ne peut jamais sortir de son être, rien imaginer, rien créer qui ne soit déjà. en lui—même. Toutes ses créations ou créatures seront donc des images plus ou moins parfaites, plus ou moins pures, plus au moins réduites, des reflets de lui même.
Tous les êtres, même les plus infimes, sont, par suite, des dieux, des images de Dieu. D’ailleurs, Dieu, —— étant l'Êtr‘e en toute sa plénitude, c’est-à-dire l’être en qui sont réunies toutes les conditions d’êlre, — ne peut projeter et ne projette sur le plan de l’existence ou plan phénoménique quelui-même, ne peut donner et ne donne aux êtres — tous émanés de lui -— que des conditions d’être qu’il possède.
Cette projection, cette manifestation de Dieu sur le plan de l’Existence, forme la Création. Voici comment s’opère de toute éternité cette mani festation et quel est le processus de la Création.
148 L’INITIATION En se manifestant, Dieu (1) s’oppose à lui-même, se différencie en principe masculin ou actifet en prin cipe féminin ou passif, en essence et substance. en esprit et matière. Il s’objective en quelque sorte, s’épand au dehors. Il donne ainsi naissance au mouvement centrifuge ou expansif: premier aspectdu Mouvement un.
Mais, comme toute action est suivie d’une réaction (origine du mouvement centripète ou attractif: second aspect du Mouvement), tout respir d’un aspir, —— les parties séparées cherchent à se rejoindre, à reconstituer ' l’unité homogène primordiale (2).
Les principes oppo sés s’accouplent: le principe masculin fécondele prin cipe féminin, et il y a enfantement, l‘essence s’unit à la substance et l’existence en découle, l’esprit s’unit à la matière et l’être s’élabore progressivement, s’ébau che, s’orgarnise, est créé. Ainsi jaillit la première étincelle de la vie; ainsi apparut et apparaît la Vie.
Par cet acte, créateur, multiplié et imité à l’infini, dans le Temps et dans l’Espace, les mondes et les êtres ont été et sont créés, deviennent et se reprodui sent. Car le Mouvement — ce substratum dela Vie— est l’organisateur, l’ordonnateur de la Création, de (1) Dieu manifesté, c’est Brahmâ, l’aspectrelatifde Parabrahm. (2) En réalité, elles ne la reconstituent pas, — immédiate— ment du moins.
Autrement l’équilibre absolu serait rétabli, la Création serait mort-née. Tant que la force active n’est pas entièrement épuisée, la victoire de la force réactivé ne peut pas être complète, définitive. Elle ne le sera qu’à la fin des temps. Entre la naissance et la mort de l’Univers, il se produit des séries d’actions/et de réactions partielles qui constituent les diverses phases de la vie universelle et des vies partielles. \
LES FONDEMENTS DE LA SOLIDARITÉ 149 l’Univers. Etant alternativement actifet passif, positif et négatif, chaud et froid, lumière et obscurité, expan sion et concentration, flux et reflux, -— il se heurte et se limite lui-même, s’équilibre, s’ordonne et se coor— donne en séries.
Toutes les formes de la matière, tous les êtres et tous les phénomènes sont des équilibres, des limitations et des sériations, c’est—à-dire encore des équilibres, -— du.Mouvement. Mais ces équilibres ne sont que des équilibres relatifs, des équilibres ins— tables, incessammentrompus et incessammentre’tablis, mais modifiés, — des équilibres en perpétuel devenir.
ChaqUe être, en particulier, est donc du mouvement condensé, délimité, mesuré et dont le degré de conden sation,les limites et les rapports des diverses parties changent continuellement, se manifestent et se réali sent par des équilibres en permanente instabilité (1).
Et l’Univers, en son ensemble, contienttous les états d’expansion et de condensation de la matière, tous les mélanges et toutes les combinaisons dont sont suscep— tibles l’essence et la substance, toutes les formes et toutes les possibilités de l’être réalisées.
C’est un orches tre immense — dont les êtres, les groupes d‘êtres etles synthèses d’êtres sont les linstruments — qui exécute in! -—.À..._. , (1) Cependant l‘instabilité ne doit pas être trop grande.
Il faut et il est nécessaire, — pour que la santé, la aie normale des organismes simples ou complexes, des individus et des so— ciétés, des atomes et des astres, se maintienne, — que le mou vement, l'idée directrice qui déterminent tel équilibre, telle forme aient le temps de se réaliser complètement, sans quoi il y a fièvre, maladie, avortement. —— Ce degré normald’instabi— lité varie selon les êtres, leur phase de développementet leurs diverses parties.
150 L’INITIATION tous les rythmes et coordinations de rythmes — mélo dies et harmonies — de la Vie (1) universelle. Musi que merveilleuse, d’une beauté et d’une grandeur indi— cibles! Pendant son cycle de manifestation, de vie objective, l’Univers involue et évolue successivement.
Durant la période involutive, la Vie passe de l’Unité à la multiplicité; I’Esprit se matérialise et la Matière domine de plus en plus; ce qui est homogène devient hétérogène; l’Univers se différencie, se fragmente, et chacune de ses parties obéit plus particulièrement au mouvement répulsif et dispersif ou tendance isolante.
Durant la période évolutive, le mouvement de retour s’effectue: la vie passe de la Multiplicité à l’Unité; la Matière se spiritualise; ce qui est hétérogène devient progressivement homogène; les êtres tendent à s’unir, font voile vers Dieu, et chacune des parties de l’Unir vers obéit plus particulièrement au mouvement attrac tif ou tendance unitive.
Emane’ de Dieu, l’Univers retourne à Dieu, après que tous les êtres qui le composent ont acquis la connaissance totale, atteint la conscience absolue. i( u:& De tout ce qui précède résulte que le particulier est le reflet du général; Que, comme Dieu, tout être est masculin et fé— (1) Rien, à mon sens, ne définit mieux Ieymot vie, quoiqu’elle soit si multiple et si complexe dans ses manifestations, que ce vocable très disant: rythme. Car. qui dit rythme, dit mouve— ment réglé, mesuré et série.
LES FONDEMENTS DE LA SOLIDARITE 151 au..;.pfi __ minin, actif et passif, essence et substance, esprit, ma tière et mouvement (esprit, corps et âme) ; Que, comme Dieu, il crée et s’objective et s’épand en créant; (Créer est donc sa fonction, —— la seule du reste. —— Il crée non seulement lorsqu’il donne naissance à des êtres semblables à lui, mais aussi lorsqu'il pense, lorsqu’il travaille et quel que soit son genre de tra vail.) Que, comme Dieu, — lequel se manifeste dans et par la création qui est son propre corps, ——il se mani— feste dans et par ses créations, particulièrement dans et par son corps, sa principale création; Que, comme Dieu, -— lequel conserve et trans forme l’Univers, — il conserve et transforme —— in consciemment ou consciemment -—- son propre corps, et qu’aussi un abîme les sépare.
En effet, Dieu est I’Être absolu et tout être est autre relatif; Dieu tire la Création tout entière de son sein, et tout être em prunte au dehors les éléments de ses créations.
Il en résulte encore que, comme l’Univers, tout être est produit du Mouvement et en manifeste, par consé— quent, les modalités dans ses actes ; Que, comme l’Univers, il,est partie matière, partie esprit et partie lumière astrale ; Que, comme l’Univers, il involue et évolue, durant le cours de ses multiples existences; Qu’il a même but: devenir Parfait; Et qu’une question de degré seulement sépare la monade de l’Univers: la première est un être infini— ment petit, le second un être infiniment grand.
152 L’INITIATION Ainsi tous les êtres -— unis intimement par des rap ports de compdsition, de constitution, de mode d’ac— tion, de fonction et de but, — sont étroitement soli daires. Aucun n’est isolé. Il est relié, enchaîné à tout ce qui l’entoure. Il agit et réagit sur son milieu dans tous les sens et surtous lesplans. Pas un de ses actes n’est indifférent; tous ont un retentissement universel.
Car tout mouvement — et tout acte estune série ou une série de séries de mouvements, — produit en un pointquel conque de l’Espace et à un moment quelconque du Temps, —met en vibration la matière pondérable et in pondérable, les fluides, les essences et les forces spiri— tuelles, les esprits, les âmes et les corps, s’étend àl’infini, se répercute dans tout l’Univer's qu’il modifie plus ou moins en en rompant l’équilibre.
Il transmet de proche en proche, dans toute les directions, et, selon l’énergie initiale qui l’a produit, il agit avec plus ou moins d’intensité et de rapidité. Dès l’instant qu’il est créé, il appartient au Temps età l'Espace. Ici il participe du présent; là, il est inscrit dans le passé; ailleurs, il n'est pas encore. Il se heurte aux obstacles, les brise ou rebondit.
Il donne naissance simultanément et Succes sivement à d’autres mouvements et contribue à la déter mination de l’avenir. Qu’à un moment donné il soit annulé par un mouvement contraire, de force égale, l’équilibre général n’en est pas moins rompu par le retour de ces deux forces à l’état latent.
Toute pensée,exprimée ou non exprimée, — com prenant ainsi que tout autre acte des séries de mou vements, — agit immédiatement sur le milieu qui lui est propre et médiatement sur les autres.
LES FONDEMENTS DE LA SOLIDARITÉ 153 5 î .‘"n‘ Ï Î . .I La solidarité est donc vraiment universelle et éter nelle comme l’Univers. Mais elle n’est pas partout et toujours égale (I). Elle varie, pour un même être, selon les temps et les mi lieux.
De plus, elle croit du général au particulier et, inversement, décroît du particulier au général : le nombre et la puissance des rapports augmentant ou diminuant, selon les catégories d’êtres (... espèce, ordre, classe, règne...) deviennent de moins en moins ou de plus en plus générales. Par suite, la solidarité qui unit les êtres d’une même espèce est-elle bien plus grande que celle qui les unit aux êtres des autres espè ces?
Et les hommes qui appartiennent tous à la même espèce, se doivent-ils bien plus l’un à l’autre qu’ils ne se doivent aux autres êtres. ir 41 Nous avons vu, plus haut, que tous les êtres ont un même but : devenir parfait. Une seule voie mène à ce stade ultime du progrès : la Sagesse. Un véhicule y porte. Ce véhicule est l’Amour. Il n’y en a pas d’autre. Sans ce véhicule, on n’arriverait jamais au terme du voyage.
On ne peut, en effet, arriver à connaître réellement une chose que lorsqu’on l’a vue, palpée, retournée en tous les sens, sentie, perçue, qu’on l’a aimée, qu’on l’a (l) On pourrait, ce me semble, affirmer, avec assez de vrai semblance, que la force de la solidarité est en raison inverse du carré des distances et des temps. S'il en était ainsi, la gra— vitation universelle ne serait qu’un cas particulier de la solida rité universelle.
wv €ñ W a,. < rani... 154 L’INITIATION faite sienne, en quelque sorte; un homme que lors qu’on a vibré à son unisson, qu’on l‘a aimé véritable ment. Car aimer, c’est sentir, c’est éprouver les joies des autres, c’est compatiràleurs souflrances; c’est res sentir les palpitations des êtres, le frémissement univer sel de la vie universelle.
Aimer c’est encore s’accroître de la vie des autres, de tous les êtres; c’est communi4 quer avec eux, c’est vivre leur vie, vivre lavie de l’Uni vers; c’est, en un mot, s’universaliser ou plutôt s’uni versifier, se diviniser, s’identifier à l’Univers, à Dieu. De cette manière, les sensations et les sentiments de tous les êtres devenant nôtres, notre respiration s’ac corde avec le rythme de l’Univers, et notre loi et la loi de l’Univers, de Dieu.
Alors, mais alors seulement, nous connaissons l’Univers et Dieu. Vivre d'une vie égoïste, au contraire, c’est placer une barrière, un écran entre le monde extérieur et nous; c’est briser les liens qui nous rattachent à lui, rompre nos relations avec lui; c’est laisser se ternir et se détériorer le fragile et vivant miroir, l’âme, qui nous réfléchit l’Univers, c’est se replier sur soi, s’em— murer en soi—même.
Nos sensations devenant plus particulières et bien moins nombreuses, nous sentons moins, nous vivons moins, nous connaissons moins et nous stationnons, nous reculons. L’égoïste parfait est semblable au limaçon retiré dans sa coquille; il se détache du mouvement évolu— tif; il se suicide. Il ne sait rien en dehors de ce qui n’est pas lui, et même, ne connaissant que soi, il s‘ignore lui-même. WMM*MWW._ —.-‘ _ .._._, , .A .’ _, .«;- .,._g_, 1
LES FONDEMENTS DE LA SOLIDARITE 155 ‘k 44 Nous devons donc obéir de préférence à la ten dance attractive, avec d’autant plus de raison, d’ail leurs, que nous parcourons actuellement la deuxième période de notre vie cosmique, —- période qui est pré cisément celle où domine cette tendance. Nous ne devons pas cependant lui obéir exclusivement.
L’union absolue, — état en lequel la substance et l’es sence se résorberaient l’une dans l’autre, où l’homo généité serait partout sans solution de continuité, — ainsi que l’isolement absolu, — effet de l’hétérogénéité absolue, — entraîneraient l’une et l’autre la mort de l’Univers. Il n’y a donc pas et il ne peut y avoir au— cun atome qui soit absolument isolé des autres atomes, ni absolument confondu avec aucun d’eux.
Si le milieu dans lequel on vit est mauvais et que l’on ne se sente pas assez fort pour combattre son influence néfaste, il est préférable de vivre dans l’iso— lement. On doit aussi résister toujours, parce qu’illu— soires et décevantes, aux magnifiques attractions de Maya, aux forces déprimantes et désagrégeantes du moi, et fermer le coeur aux sentiments bas et vils.
La tendance isolante, au reste, empêche que notre moi se confonde avec les autres mois. Enfin, en.manière de conclusion, nous dirons que chaque être doit concilier—— en lui et par lui —— ces principes antinomiques : individualisme et solidarité, qui correspondent aux deux modes généraux du Mouvement universel. Quant à l’homme, il doit, certes, agir. ainsi que tout —*-—-s.—.—-»«-—«-—, v.:\__ u.«. .- '——.a . .. ,M..-mgww —\.\_.
156 L'INITIATION être, mais il doit, aussi et surtout, en tant qu’être en général, chercher à s‘univcrsaliser ou plutôt à s‘uni— aersz_’fier, et, en tant qu‘homme en particulier, cher cher à s’humaniser ou plutôt à s’humanifier.
Jacques BRIEU. Œ.°Z‘à WËŒE âË‘sÛQPsËÎÂPRË Dans le numéro du 11 août 1895 de l’Inz‘tz‘afion, j’ai exposé que la constitution de l’homme peut être résumée dans le tableau suivant: Sysàème 3 €30 s c 1 ne , Homme . p y q ps)Ch010ne 2 force vitale. Système acrosome 3 corps astral. Soma“q“e sarcosome Que deviennent à la mort chacune de ces parties ?
Le sarcosome se désagrége, et tout le reste s’en dégage comme une vapeur, mais comme une vapeur, un nuage, conservant la forme humaine. L’égo se sépare-t-il du psycholone et de l’aéro some ? Jamais. L’égo est la clef de voûte du psycholone. en sorte que, s’il se séparait de ce dernier, celui-ci se désagrégerait. Or le' psycholone ne se désagrège pas,
LA vu; FUTURE 157 nous le démontrerons; au contraire, il tend à se resserrer. Alors, qu’est-ce qui a fait que d’après le phénomène des apparitions, on aconsidéré le corps astral comme dépourvu de l’égo et comme n‘étant plus qu’une écorce, une coque, qu’pn a nommé, je ne sais trop pourquoi, un élémentaire P C’est que tout simplement la mort est un sommeil.
Au moment de la mort l‘égo s’endort et n’a plus conscience de lui-même, et qu’il ne reste plus en activité dans le corps astral que les monades du psy— . cholone. Dans cette première phase de la vie d’entre tombe, l’homme n’est plus qu’un élémentaire, pour me servir de l’expression consacrée, mais j’en préfé rerais une autre. Ce n’est pas tout.
Dans une seconde phase, les monades supérieures du psycholone s’endormentà leur tour, toutes les monades qui le composent se ressèrent, l’être de la forme humaine passe àla forme pseudo—sphérique avec un appendice ou plusieurs, et l’élémentaire est ainsi transformé en une larve. Danscette larve, les monades inférieures seules du psycholone sont éveillées; une grande,partie de l’aéro some s’est dissoute et a disparu dans l‘atmosphère.
Dans une troisième phase, la condensation du psy cholone arrive à son maximum. Toutes ses monades sont endormies et groupées autour de la monade qui est l’égo. Son volume n’excède pas alors celui d’une molécule de matière organique, l’aérosome est réduit à son minimum, et nous avons ce que j’appellerais une molécule germe.
158 L’INITIATION La molécule germe subit dans l’atmosphère, dans les eaux, dans la terre, ou dans la poussière des tom beaux, le sort de tous les microbes. C’est un microbe à l’état de rie latente et qui attend les conditions nécessaires à'son réveil.
Comme tous les microbes et pour les mêmes causes, il finit par pénétrer dans un organisme favorable, et cette 'condition est remplie lorsque l’organisme dans lequel il a pénétré est de même espèce que lui et possède des cellules repro ductrices se trouvant dans la phase d’évolution voulue pour l’incorporation de la molécule germe.
La cellule reproductrice se transforme alors en ' spermatozoïdes, renfermant chacun une molécule germe incorporée c’est-à-dire qui a commencé sa dilatation. Le spermatozoïde s’incorpore dans un ovule, la molécule germe se dilate de plus en plus, et on sait le reste. Dans cette dilatation qui constitue l’évolution de l’individu, le réveil des monades du psycholone a lieu dans l’ordre inverse de l’involution posl mortem.
Les monades les plus inférieures se réveillent les pre— mières; vient ensuite le tour des supérieures, et l’égo ne se réveille qu’après la naissance. Les phases d’involution correspondent exacte ment aux phases de l’évolution. La maturité corres pond à la jeunesse, la vieillesse à l’enfance, et la mort à la naissance. L’état élémentaire correspond à l’état fœtal.
Dans l’état élémentaire, comme dans l’état fœtal, l’être présente la forme de son espèce, mais l‘égo est endormi. Dans l’état de larve qui correspond à l’état embryonnaire, l’être n’a pas la ...l
LA VIE FUTURE 159 forme de son espèce, et il n’y a que les monades qui président aux sphères inférieures de la vie qui sont éveillées. Enfin l’état de molécule germe est analogue à l’état d‘œuf. II Ce que je viens de dire pour l’homme s’applique à tous les animaux. Tous passent par les mêmes phases. Le sort de l’homme n’est-il donc pas autre que celui des bêtes ? Non, malheureusement, pour un grand nombre d’hommes.
Mais il y a des hommes dont la destinée est autre. Ils sont le plus petit nombre, car, s’il y a beaucoup d’appelés, il y a peu d’élus. Je me dispen serai d’exposer ici quelles conditions les hommes doivent remplir au moment de la mort, car on le devinera sans peine. Je me contenterai donc d’exposer ce qui se passe pour eux. Au moment de la mort, ils passent à l’état d’élé— mentaz’res, mais cet état dure peu.
Vers le troisième jour, leur égo se réveille, et les voilà en pleine con— science de leur nouvel état. Les hommes qui demeurent à l’état d’élémentaires sont assaillis par les larves qui les tourmentent, les dévorent, et les obligent à descendre tous les degrés de l’involution jusqu’à la réincorporation.
En proie à d’horribles cauchemars, ils sont retenus à la surface du globe terrestre par les courants électriques des régions supérieures de l’atmosphère qui leur barrent le passage.
160 L’INITIATION l s . . Les réveillés ou ressuscités en pleine conscience de leur état et de ce qui se passe autour d’eux. échappent aux larves en franchissant les courants supérieurs et en allant prendre place dans I‘Ether serein: Ils peuvent, d’ailleurs, redescendre dans l’atmos phère toutes les fois qu'il leur convient, et condenser dans leur aérosome les poussières et les vapeurs de l’air de manière à se rendre visibleset palpables.
On les dirait alors tout à fait ressuscités et ils le sont en effet. Ce corps ressuscité jouit de diverses propriétés dont les principales sont la clarté, l’agzliléet la subtilité. Le corps est lumineux, et l’intensité de cette lumière varie àvolonté. Il est agile, c’est—à-dire qu'il peut se porter partout Où il lui plaît avec autant d’agilité que de vitesse. Il est subtil ou peut passerà travers tous les corps.
Dans l’éther où il réside, il est sensible à des images que l’œil de “l’homme d’ici-bas n’a jamais vues, à des harmonies que ses oreilles n’ont point entendues. Je ne m’étendrai pas ici plus longtemps sur ce sujet: ce serait dépasser le but que je me suis proposé en rédigeant cette note. Il me suffit d’avoir cherché à préciser quelques—unes des conditions de lavie future. Le 31 mars 1896. Dr FUGAIRON.
PARTIE LITTÉRAIRE DRPHÈE 1 Mon frère des oiseaux et ma sœur des colombes, Venez vers ma maison en vous donnant la main ; L’avrz’l a rajeuni la tristesse des tombes Et toute une aube neuve a paré les jardins; Votre Bonheur rira dans mes sentiers d’automne, Et votre Paix heureuse, aufront pur de ma peine, Efeuillera des asphodèles monotones; Des ramz’ers neigeronz’, en essaims, sur mes plaines; Vos baisers, ô mon Frère et ma sœur des oiseaux, Charmeront mon vieux deuil et ma vieille rancune ; Les larmes de vos yeux, aux plis de mon manteau, Diront votre Passé, en perles, une à une...
Et moi l’Hôte inconnu de votre espoir, Passants, Hausse’ aux durs battants de ma porte morose, J’écouterai vos voix évoquer le vieux temps Et vos mains efieuz’ller des guirlandes de roses, 3
162 L’INITIATION Jusqu’à l’heure où, vous asseyant à mon foyer, 0 vous, la Lumineuse avec le bel Aède Vous me contz‘eg le doux émoi des bois charmés Et les tigres soumis par; la lyre célèbre...
Il Quelque soir, à I'Horloge où pendent des poids d'or, Une heure neuve annoncera ma Destinée Et je saurai qu’enfin, si mon Printemps est mort, La saison auxfruits lourds de mon Automne est née; J'ouvrz’rai les battants de mon seuil ténébreux Et, debout dans la Nuit, j’attendrai que les Maires, Une à une, levant leurs lampes vers mes yeux Viennent toucher mon front de leurs bâtons d'ivoire; A leur signe fatalje clorai les battants Où tantde mains d’amis, rythmant la voix de I’Heure, Vinrent jadis frapper etfaire à mon Printemps L’hommage de leur vigne et de leur plaine enfleurs ; M’agenouillant dans l’herbe folle des degrés, Une dernière fois j’embrasserai les pierres Que lespas d’Eurya’iœ et que les pas d’0rphée Jonchêrent de pavots et de lys de lumière; Une dernièrefois, à l’horloge àpoz’ds d’or J’écouterai le chant frivole de la Vie, E t, mes adieux donnés à la Demeure amie, Je suivrai vos pas d‘ombre aux bois clairs de la Mort, Sachant que tout Automne entraîne toute Année Et qu’après tout Léthéflue un styx illusoire Wud.l_fiv__x,æ_ ÆJ. JvV—W L
ORPHÉE 163 A celui dont le sortfut d’être, ô vieilles Moires/ Le frère d’E urydz‘ce et lefrère d’0rphe’e...
111 J’ai revu ma Maison et j’ai revu mon seuil Etj’ai rêvé, comme autrefois, devant le feu Au bruit clair de l’horloge où s’égrenait le deuil Depuis lejour du meurtre et de la mort du Dzeu; Quand —- 6 cette petite main sur le heurtoir! -— Quelqu’un que j’ignorais et qui venait de l’ombre, Quelqu’un qu’avaientguidé des vols clairs de colombes M’apporta le tribut du Fleuve et de ses soirs. ..
La tête me sourit aux mains de la Porteuse De ses yeux sans prunelle où burent les oiseaux Et qu’avaient perforés de leurs thyrses nouveaux Les ceps enguirlandés de la vigne haineuse...
La tête me sourit aux bras de l’inconnue De ses dents que tac/mit encor le vin obscène Et les cheveux dorés au creux de ses mains nues Mapprirent le trésor et l’orgueil de la Peine ;‘ Et c’est depuis, 6 la Porteuse du vieux Fleuve, Pour avoir vu ta Face et béni ton prestige Que, sûr du songe amer où mon Destin s’abreuve, J’aisu l’enchantement et l’horreur de la Lyre! EDMOND PILON. .‘.-I—a_.-.-_a.4 y_.—_—>_.u . .. W >;_W .. ...—v.«
164 L'INITIATION ‘I9©ÜR Ënorauano Œäauno Je te salue, ô noble et sainte âme ! ô fier et coura geux martyr de la très auguste Vérité !
Que ton nom et ta mémoire vivent à jamais en l’esprit de tous ceux qui, comme nous, sont pénétrés de l’éternelle et divine Lumière d'En—Haut. --— Partant de l’absolue infinité de l’être, tu n’as pas cru, sublime intelligence, qu’un monde purement matériel et fini fût digne d’un Dieu infini et 1nvisible. —— Loin de t’arrêter aux apparences trompeuses des phénomènes, tu n’as jamais douté que le Kosmos intégral ne rentrât lui-même dans l’abso lue et indivisible Unité. — Pour toi comme pour nous. la substance du monde est en Dieu même. —— Toute existence, toute vie, tout mouvement sont donc en Lui: In eo piuz'mus, moremuretsumus. — Dieu est le Suprême Principe qui concilie tous les contraires, qui engendre et absorbe toutes les qualités quelles qu’elles soient puisqu’il est l’Absolu ! —— O glorieux martyr! c’est parce que ton Dieu était trop grand pour leur étroite intelligence qu’ils ont cru devoir t’immo ler. — Les insensés l...
Ta dernière parole suffit à peindre la hauteur de ton caractère stoi‘que :« La sen tence’que vous portez vous trouble peut—être en ce moment plus que moi », as-tu dit. Parole magnifique et digne du Maître lui-même.
Puis, ce fut fini de ton corps matériel, tes chairs toutes vives sifflèrent et se racornir_ent dans les flammes, et ton esprit à jamais libéré peut-être de ce monde grossier de la forme put enfin planer dans les pures et sereines régions de l’Es
NOTRE BULLETIN POLITIQUE 165 sence Universelle dont tu avais reçu la mystérieuse et très sûre intuition. Trois siècles se sont écoulés depuis ta mort tragique et glorieuse, et voilà qu’il se rencontre, à notre époque sceptique et troublée, une voix, pour, en quelques lignes émues, célébrer ta mémoire impérissable, ô Giordano Bruno l MAURICE LARGERIS.
N©’JI‘RË BULLEÏl‘HN P@LKTRUJË L’événement de ce mois est le conflit des deux Chambres suivi de la chute d’un ministère de plus, mais vous n’attendez pas, n’est-ce pas, que nous en parlions longuement; vous savez bien que ce n’est là qu’un épi sode de l’irréductible antagonisme parlementaire.
Quel ques-uns s‘en réjouissent comme de la perfection du genre; nous voici, disent—ils, enfin bien pourvus de nos whigs et de nos tories devant qui les autres partis s’eHa cent. L’instinct public sentant combien cette perpétuelle balance répugne à l‘esprit d’unité et de clarté franche de notre France aperçoivent, au contraire, qu'une revision s’impose chaque jour davantage pour résoudre les batte— ments de cette dissonance insupportable.
A quelle har« monie la ramènera t-on ? A l’unisson, probablement, car nous ne sommes pas mûrs pour l’accord plus savant du ternaire; mais attendons les événements pour en reparler et revenons à la suite de notre entretien sur la politique extérieure.
Le mois écoulé semble assez calme; il ne faut pas s’y tromper, ce n’est qu’une trêve due aux complications où l’Angleterre s'est embarrassée comme dans ses propres filets, en voulant troubler le monde à son profit. Tandis que le colosse russe, conscient de son impo saute majesté, poursuit avec sérénité, au milieu de tout ce bruit, les préparatifs de ce couronnement auquel se
_ m...,_,_flÿüü ‘ ‘ 166 L’INITIATlON hâtent les délégués du monde entier, de l’Orient à l’Occi dent, tout semble conspirer contre les audacieux défis de sa rivale.
Elle voit l’ambassadeur le plus célèbre de la Chine, malgré le poids des années, accourir des premiers à Saint-Pétersbourg pour traiter, avant la grande solen nité, des alliances orientales; Ferdinand apporter les tributs de l'Occident, et la Hongrie réveiller par ses aspi rations russophiles les passions du pangermanisme au trichien.
Elle n’est guère plus heureuse en Afrique : au Nord, l’expédition du Soudan où sa duplicité commence a écla ter, se trouve longuement retardée; au Sud, leTranswaal, toujours appuyé des sympathies allemandes, accentue avec audace son indépendance, démasquant à tous les manœuvres inavouées de la Chartred Cie, refusant toute entente à Londres jusqu’à la revision des subtilités pré cédentes, condamnant à mortles partisans qui ont favo risé le coup de main des flibustiers anglais; puis la situa tion se complique de la révolte redoutable des Matabélés.
Enfin, surcroît de difficultés aussi grave qu’inaitendu, voici cet assassinat du shah de Perse qui semble comme un obstacle jeté par la Providence en travers des ambi— tions britanniques.
C’est ici, sans contredit, l’événement capital du mois écoulé; la portée en est considérable; l‘Initiaii0n en re parlera sans doute à cause de son caractère religieux; nous devons indiquer du moins ce qu'il révèle des forces sociales, presque cosmiques, que l’avarice mercantile a mises en conflit.
La mort de Nasser-ed-Din est d’abord un sérieux échec aux intérêts anglais; il les préférait à ceux de son voisin immédiat, arrivé maintenant presque aux portes de Téhéran, tandis que les tendances de son héritier sont pour la Russie. Il est pourtant un troisième fils (le premier est écarté comme fils d’esclave) partisan de l’Angleterre, et c’est à lui que sont confiés le comman dement de l'armée et la garde du trésor persan conservé en.nature.
On ne peut s’étonner que ie Foreing office son: _accuse’ déjà de fomenter de ce côté encore les dis sqnsmns qui forment le fond de sa politique; mais com bien dangereuses ici!
Fa *.‘vyra' . .. - -ræ«o..»-.næ: .» n .. . -.-—‘uA.4 I-‘.‘.«62 .-rf ;çu‘.â{' 73" 1’? u’.. '_Ï.Î; . . NOTRE BULLETIN POLITIQUE 167 Pour s’en rendre compte, il suffit de noter que l’as sassin de Nassened—Din est un Babi et de se rappeler ce que cela signifie : Trois fois soumise aux races orientales, par les califes de bagdad, par Gengiskan et par Tamerlan, la Perse a pour religion dominante le mahométisrt e.
Le caractère fondamental de cette religion est l‘esprit d'Unité: Un seul Dieu et Mahomet est son prophète, le dernier des prophètes que le Dieu unique envoie successivement sur la terre pour rendre toujours plus intime l‘union de l’humanité avec son créateur. Pas de clergé institué, pas d'organisation sociale particulière; un seul livre, le Coran, qui renferme tout ce qu’il faut à la vie intellec tuelle et morale du croyant.
Cette simplicité était tout à fait propre à régénérerles peuples perdus dans l’anarchie du polythéisme quel qu’il soit: brahmanisme dégénéré ou fétichisme des noirs. Aussi l'islamisme n'a-t—il cessé de s’étendre en progrès constant sur toute la race arabe, sur l'Inde, sur la Tar— tarie, une bonne partie de la Chine et les innombrables peuplades régressées de l’Afrique.
En comparaison de cette simplicité, le christianisme trinitaire est encore un polythéxsme pour ces intelligences neuves ou fatiguées; il est donc impuissant en face de cette propagande fana tisée contre lui.
L’interprétation du Coran étant libre, les sectes se sont multipliées comme les organisations politiques; néanmoins, l’unité du monde musulman est maintenue par le pèlerinage de La Mecque, et aussi par une ten dance récente de trente ans environ à rétablir le kalifat, les souverains musulmans cherchant à se rassembler autour du sultan de Constantinople, considéré comme l’héritier légitime du prophète.
Dans ce mouvement, il faut pourtant excepter la Perse. Ce royaume se distingue dans l'islamisme par la science et l‘élévation de ces aspi rations; on ressent toujours sur cette vieille terre des Magerba, puissance des traditions antiques qui ont si fortement influencé le christianisme même à son origine.
Les Persans sont des Chiites (ou hétérodoxes) opposés aux Sunnites orthodoxes; ce n’est pas à Mahomet, c’est à Ali, son gendre, qu'ils attribuent le pouvoir souverain,
, ’ 168 L’INITIATION ; Wc't.‘<zh. u ; .. ._ . spirituel et temporel, repoussant, par suite, toutes les traditions orales transmises par les premiers chefs. Beau— coup d'entre eux vont même jusqu’à accorder à Ali tous les attributs de médiateur divin que les Chrétiens re— connaissent à Jésus-Christ. , En outre, leurs interprétations sont généralement teintées d’un mysticisme fort accentué et très voisin du panthéiste indien.
Ainsi les Sofis, secte puissante, qui compte plusieurs hommes célèbres, prêchent un quié tisme fort analogue à celui de Boudha. Une autre secte, celle des Rossayris ou Ehl-è-hek, gens de la vérité, à qui le fanatisme musulman est odieux, se fait l’apôtre de la charité, de la tolérance, de l’amour, de l'égalité entre les hommes.
Ils disent que d’un être divin absolu, incompréhensible, immuable sont is sues cinq intelligences principales, ou pyrs, qui gouver nent l'univers né de la substance même de Dieu, et que la pensée divine se met en contactdirectavec l’humanité par une série de messies incarnés dont les principaux sont: Abraham, Zoroastre, Moïse,Jésus-Christ et Ali.
C’est au milieu de cet islamisme, pour ainsi dire quintessencié, qu’est né le Babysme, en 1847, fondé par un jeune savant musulman, Mirza-Aly-Mohammed, se prétendant descendant direct d’Ali. Il joignait à la connaissance la plus complète du Coran l’étude appro— fondie des traditions persanes antiques, de l’Evangile et des doctrines rabbiniques.
Il a transmis sa doctrine sous forme d’interprétation du Coran dans plusieurs écrits dont les principaux sont le Byyan, ou exposition dogmatique, et le Livre des préceptes; ses disciples y ont ajouté le Livre de la lumière. Le nom de Bab qu’il s’est donné signifie Porte, c’est-à—dire la voie du salut, l’ouverture sur la vérité.
Dieu, selon lui, est à la fois Unité et pluralité, ce qui résiste à la division et ce qu’il y ade plus divisible; l’Unité primitive d’où naît I’Unité supputée. Il donne naissance à la multitude des formes sans cesser d'être un et immuable. Sa puissance créatrice s’exerce par sept attributs possédant chacun la vie, l’activité, la fécondité; ce sont la Force, la Puissance, la Volonté, l’Action, la Condescendance, la Gloire et la Révélation.
NOTE-E BULLETIN POLITIQUE 169 L’espèce humaine participa particulièrement de Dieu, secondée par des personnages initiés en vertu d’une grâce spéciale à la pensée divine qu’ils ont mission de révéler. Ils sont comme les incarnations successives de l’Esprit de l’Humanité. Quand l’un d’eux a achevé sa mission, son âme va immédiatement sejoindre z‘t l’âme destinée à s’in carner chez le prophète suivant. Le.
Bab est le dix-neuvième de ces prophètes; il est donc un médiateur divin: « Celui qui rentre en moi, dit « il, rentre en Dieu, mon Seigneur, et celui qui ne ren— ( trera pas en moi ne rentrera jamais en Dieu. » Un vingtième prophète viendra terminer la serie et ce‘ sera la fin des temps; elle est proche.
Alors toutes choses seront anéanties, sauf la nature divine; les justes rentre ront au sein de Dieu avec la pleine conscience de leur existence, pour le contempler après l’avoir compris. Ces doctrines profondes se doublent d’une organisa tion sociale pratique. L’autorité est confiée à un conseil de dix-huit membres correspondant aux dix-huit pro phètes antérieurs avec un dix-neuvième, supérieur, repré sentantle Babou Point central.
Il est chargé des pouvoirs sacerdotaux, législatifs et exécutifs et fiscaux, car des im— pôts importants sont levés sur les sectateurs Enfin les préceptes sociaux consistent dans l'égalité des hommes, l’afi'ranchissement dela femme (doctrine essen tiellement révolutionnaire en Orient), la bienveillance, la charité, l’hospitalité, qui ne doivent laisser aucune place à la misère. ' L’extension du Babysme fut rapide.
A côté de son principal disciple et au même rang, une femme aussi belle qu’instruite et pieuse futbientôt populaire: Zerrin Tadji ou la Couronne d’or, dite aussi la Consolation des yeux ou son Altesse la Pure. Mais le clergé musulman effrayé des progrès de la secte nouvelle, ne tarda pas à susciter contre elle de terribles persécutions; les Babis, malgré l’opposition de leur fon dateur, eurent Ie tort de s’y opposer par la violence.
En 1852, l’armée assez nombreuse qu’ils avaient réussi à lever fut réduite avec beaucoup de peine par celle du gouvernement, mais plus de quinze à vingt mille fidèles furent massacrés avec de vrais raffinements de cruauté,
æ \ WWmuznumu ,. -.«.. ..... . . 7 . 170 L’INITIATION malgré la parole donnée de la vie sauve. Le Bab fut sup plicié dans les remparts de Tabriz; son Altesse la Pure elle-même. ayant refusé d’apostasier, fut brûlée vive, malgré la sympathie du peuple.
Ce fut la fin du Babysme militant, mais aussi la consé cration par le martyr; le Bab nouveau s‘est depuis ce temps réfugié à Bagdad ou il reste inaccessible même aux sectateurs, mais les progrès de la religion n’ont cessé de croître en Perse et dans l’Asie Mineure. Aussi est-elle restée l’épouvantail de la cour d‘Ispahan.
Nasser-el-Din Shqh qui se piquait d‘introduire en son royaume les prin cipes de la civilisation européenne, avait décrété la tolé rance de toutes les religions,mais en exceptant formelle rment le Babysme et lui seul. Les babis comptent cependant sur la conversion de l’Iran tout entier; il parait probable que leur influence s'étendra même bien au delà.
Si l’on remarquel’analo— gie frappante de leur mystique avec celle du boudhisme, si l’on se rappelle l’activité si rapidement acquise par la secte des Wahhabites, grâce à une réforme pourtant bien moins profonde de l’islamisme, on pourra juger de la puissance que le babysme peut être appelé à donner à la religion musulmane en Asie, on verra quellè menace croissante peut être l‘influence russe en Perse pour la su prématie anglaise dans les Indes.
La Russie, du reste, en s’avançant en Tartarie, s’est gardée de contrarier la foi musulmane par d’intempes tives missions tendant à la'convertir. Loin de la, ses pu blicistes, ses hommes d’Etat présentent sans cesse le tsar comme le souverain de plus de huit millions des disciples de Mahomet de sorte que cet empereur chré tien pour l’Occident, est à demi musulman aux yeux de l’Orient.
Cette attitude est singulièrement favorisée par l'ancienne tradition des peuples tartares, leur annonçant qu’un souverain slave les rendra maîtres du monde. Ils attendent le Tsar blanc à l’égal d’un meSsie, comme les musulmans d’Afrique attendent la venue du grand Mahdi. Enfin, que le lecteur remarque combien les quelques préceptes babystes donnés tout à l’heure sont voisins aussi de l’ésotérisme catholique, combien aussi le peuple
LE CAS DE MADEMOISELLE COUÊDON I7I russe est enclin au mysticisme, quel appoint nouveau, par conséquent, le babysme peut apporter au rapproche ment du rite grec avec la Perse et l'Inde, et il apercevra mieux encore quelles passions formidables peut soulever l’oppression avide de l'Angleterre en Orient.
Il faudrait aller plus loin encore pour en achever le tableau, écouter la réaction spiritualiste qui s’étend sur la vieille Europe en des formes diverses, examiner aussi la situation religieuse auxEtats-Unis, dont nous n’avons pu parler encore. Mais réservons ces considérations pour un peu plus tard.
Il en est une autre plus pressante à éclaircir; celle de savoir comment il appartient à l’An gleterre de troubler ainsi le monde entier, par ses désirs d’ordre tout matériel. Comment, après tant d’efforts in tellectuels et moraux, ce sont encore les instincts de bien-être, générateurs aux temps primitifs de la science et des rudiments spirituels eux—mêmes, quiviennent ré veiller aujourd’hui les et surexciterles passions religeuses des peuples !
Grande question quitouche aux lois les plus univer selles de la vie sociale! Nous tâcherons de l’aborder dans le prochain bulletin. TRIPLEX. LE CAS DE M“ C.WÈWN La Société Psychique a entendu un excellent rapport du Dr Le Menant du Chesnay sur le cas de Mlle Couel don.
Apres avoir examiné: 1° Les faits qui semblent contraires à l'inspiration de Mlle Couédon; 2° Les faits qui semblent favorables; le rapporteur conclut qu’il y a là des faits non encore explicables par lesforces naturelles actuellement connues. Une nouvelle commission de dix-huit membres a été nommée pour rechercher le caractère réel des forces en jeu, si possible. Notre éminent collaborateur M. Bouvérya publié, dans la Paix Universelle, un très important article dont nous
172 L’lNl'l'lATION détachcns les quelques passages suivants, que nous fai— sons précéder du compte rendu de la séance de la Société. A la Société des Sciences psychiques La Société des Sciences psychiques, dans sa dernière séance, s’est occupée du cas de Mlle Couédon, la voyante de la rue de Paradis. La séance était présidée par l’abbé Brettes, assisté de M. le Dr Tison, vice-président.
Le rapport du Dr Le Menant des Chesnays Après la lecmre du procès-verbal, la parole est donnée au rapporteur de la Commission chargée d’examiner l’état psychique de Mlle Couédon, M. le Dr Le Menant des Chesnays. _ Le rapporteur se pose cette question: Y a-t-il dans le cas de Mlle Couédon quelque chose qui ne ressortisse pas des moyens naturels?
Il y a trois classes de témoignages : témoignages inu tiles à l‘inspiration, témoignages favorables et témoi— gnages défavorables à l'inspiration.
Parmi les premiers, plusieurs sont à citer, entre autres celui de Mme Orsat qui passe pour avoir été le profes seur de Mlle Couédon, dont le cas ressemble beaucoup à celui de la voyante ; parmi les hommes d’aflaires qui consultaient Mme Orsat se trouvait M. Couesdon, et parmi les familiers de la spirite, Mlle Couédon, qui, accompagnée de sa mère, consultait souvent celle-là. L’état mental de Mlle Couédon est à examiner.
Le langage rythmé est une caractéristique de la voyante impossible à sténographier, tellement il est rapide; il fait présumer une intervention extranaturelle, tout en ne restant pas complètement au-dessus des forces natu telles. Les témoignages défavorables à l’inspiration sont nombreux. Mlle Couédon est infailliblement trompée toutes les fois qu’on veut la tromper. Les témoignages favorables peuvent se ranger sous plusieurs titres. Les lectures de pensées sont « certaines ». Les vues du passé sont également ( certaines ),
LE CAS DE MADEMOISELLE COUÉDON _ '173 MM. l’abbé Brettes, Frichet, Montran, Gaston Méry ont pu le constater. Plusieurs autres témoins, entre autres M. le docteur Chateaubourg et M. l’abbé Sabathier, affirment que la voyante a pu faire des constatations du présent soit sur des faits connus, soit sur des faits inconnus.
Un fait très remarquable est celui-ci: Mlle Couédon fit retrouver une fortune considérable cachée par une personne morte il y a trois ans. Quant aux prophéties faites par Mlle Couédon, il en est une douzaine déjà qui ont été réalisées. La Commission peut affirmer que Mlle Couédon a raconté l’histoire d’une famille, décrit sa situation ac— tuelle et prophétisé son avenir. Cette dernière chose est la seule qui reste à constater.
Dans beaucoup de cas, Mlle Couédon a découvert des maladies graves et indiqué les moyens de les guérir ou de les soigner. Un certain nombre de guérisons, dû à Mlle Couédon, est rapporté par M. Gaston Méry; la Commission a pu s’en assurer. Et une chose à remar quer, c’est que la clairvoyance de Mlle Couédon aug— mente ou diminue, suivant les personnes, et ne subit pas de changements, suivant que les consultants parlent ou gardent le silence.
La conclusion du rapport est celle—ci: Nous recon— naissons que, en dépit des raisons qui pourraient enta cher de supercherie le cas de Mlle Couédon, sa clair voyance ne peut, en certains cas, être expliquée par aucun moyen naturel. Discussion M. le Dr Encausse et M. l’abbé Brettes posent ensuite une question subsidiaire sur la portée de l’intelligence humaine, tendant à établir formellement si l’on a affaire à une force extranarurelle.
M. le Dr Le Menant des Chesnays croit que, pour arriver à connaître la nature des phénomènes dont il s’agit, il faut étudier très profon dément la portée de la clairvoyance humaine; il y a donc lieu de constituer une nouvelle Commission. M. le D“ Encausse rappelle le fait de Mme Auffinger, la somnambule qui révéla à un rédacteur de la Lan
174 - L’INITIATION terne les détails de la découverte de l’assassinat de l’huissier Gonflé; mais, d’après lui, ce fait ne peut suf fire à expliquer par similitude le cas de Mlle Couédon. Après une observation de M. le D“ Tison, M. le D' En causse fait remarquer l’analogie qui existe entre l’état de Mlle Couédon et celui de certains médiums spirites dont il donnera les noms au besoin.
Une nouvelle commission Les conclusions de M. le Dr Le Menant des Chesnays sont adoptées à une très grande majorité. Puis on vote la nomination d’une commission mixte composée de six docteurs, six prêtres et six autres membres de la Société, chargée de rechercher la part à. attribuer au natureldansles phénomènes psychiques dont Mlle Coué don est le sujet.
Voici ce que dit Bouvéry sur ce point : En attendant que nous essayions d’élargir le débat par une étude qui est sous presse, nous ferons remarquer que, règle générale, les « sujets » pénètrent d’autant mieux le consultant que celui-ci a déjà été mis en rap— port avec eux.
Le docteur Encausse (Papus) a donc eu raison de dire à son savant confrère : Vous n'avez pas le droit de porter un jugement définitif, puisque vous n’avez été mis qu’une seule fois en relation avec M".3 Couédon. En efTet, tous ceuxqui ont étudiéle magnétisme, le som— nambulisme, savent combien devient puissante l’affinité fluidique entre le magnétiseur et son ( sujet ».
Ce der nier arrive, parfois, jusqu’à lire à livre ouvert dans la pensée de son magnétiseur habituel. Il ressent jusqu’à ses douleurs physiques. La distance finit par ne plus exister. Il peut être endormi à plusieurs lieues. Il en ré sulte que, pour voz'rle passé, le présent etl‘avenir d’une personne, il n’y a pas toujours besoin de faire intervenir un esprit, un simple dégagement astral peut suffire.
Si nous passons à la question des prédictions poli tiques, des recommandations philosophiques ou reli gieuses, etc., nous dirons qu’ici il peut yaroir aussi deux influences bien distinctes : la première n’est qu’une simple
LE CAS DE MADEMOISELLE COUÉDON 175 suggestion. en raison du savoir du et sujet » ou du ( mé dium ». Cette suggestion se fait par l’entourage, par la lecture de livres, de journaux, etc. La deuxième est une inspiration des forces extraterrestres. Le même « sujet a, le même « médium », peuvent être tour à tour sous une de ces deux influences.
C'est le cas de Mme Orsat, de M1“ Couédon et de la plupart, pour ne pas dire de tous les médiums que l’on voit dans les groupes spirites les quels croient recevoir une communication d’un esprit qui a laissé un nom dans l’histoire. Le ou les esprits qui agissent parfois sur Mm Orsat et Mlle Couédon sont loin d’être « supérieurs ».
Ce ne sont certainement pas des esprits ignorants ; ils ont en géné ral à leur avoir des faits qui le démontrent, surtout chez M1116 Orsat. Mettant de côtéles esprits farceurs, plus ou moins char latans; qui, forcément, doivent de temps en temps s’em parer de ces deux « médiums ». Il n’y aurait rien d’im possible à ce qu’un groupe d’esprits poursuivent dans ces manifestations un but fixe, n’ayant rien à voir avec la simple farce.
Les prédictions, ou plutôt les prédications philosophiques, politiques ou sociales de Mm Orsat, de M“" Couédon et aussi d’autres « sujets ) qui ne se con naissent pas entre eux sont uniformes pour qu’il n'y ait pas là un but déterminé qui difière d’une simple fumisterie. C’est généralement à tort que ces personnes font in tervenir la Divinité dans leurs prophéties.
La Divinité n’a pas à intervenir dans les conséquences qui découlent du bien ou du mal que nous avons fait. Elle a établi des lois d’une telle sagesse, d’une telle puissance, qu'il n’est pas besoin de rien y modifier ; sa mathématique n’a pas à subir de correction. Nous sommes des voyageurs devant passer de pla nètes en planètes pour atteindre le but que la divinité s’est proposée.
Nous sommes libres d’agir en bien ou en mal, comme le voyageur dans la cabine du vaisseau qui l‘emporte. Si nous faisons mal, nous rendons notre séjour ter restre pénible et désagréable, d’autant plus que nous se rons obligés de revenir réparer le mal que nous aurons fait ou laissé faire. C’est donc nous-mêmes que nous
176 L’INITIATION punissons, comme se punit l’alcoolique par la ruine de son corps physique et l’empoisonnement de son être mo ral et de son périsprit. Eh bien! ce qui existe pour les individus, existe aussi pour les sociétés et les peuples. La loi Rien ne seperdleur estinexorablement appliquée.
Mais que les ( sujets » qui font œuvre de prédictions ne s’illusionnent point : la lecture du Livre de Vie d’un homme, d’une nation, d’un peuple, n’est pas aussi facile ' qu‘ils semblentle croire. Le don de dégager son âme, son esprit, ne suffit pas; il faut aussi un avancement moral et intellectuel acquis dans d‘autres existences dont ils ne se doutent pas.
Sans cela, jamais un « sujet ), quels que soient sa volonté, ses prières, son savoir terrestre, ne pourra complètement déchiffrer, comprendre l’alphabet qui sert à établir le Doit et Avoir de chacun de nous, sur tout en ce qui concerne l’avenir.
S‘il ne suffit pas de feuilleter une grammaire anglaise pour apprendre l'anglais, il ne suffit pas non plus de re garderle Livre de Vie d’un homme ou d’un peuple pour comprendre son passé, son présent et les conséquences qui en découleront pour l’avenir.
Il n’y a que des êtres transcendants, tels que Socrate, Jésus ou Jeanne d‘Arc, qui peuvent, par inspiration ou par dégageaient astral, connaître ce qui est caché aux hommes par suite du nombre restreint de sens qui sont développés en eux. Ces êtres sont rares. Il n’y en a peut-être pas en douze depuis que l’humanité existe. Je ne vois aucun indice dans les « sujets » modernes se disant « inspirés ) qui puisse faire croire à leur haute mission.
Nous croyons que les très rares prédictions qui se réa lisent, surtout celles qui concernent la politique et les mouvements sociaux, sont dues à l’inspiration des amis désincarnés du consultant, lesquels se font un plaisir de leur être agréables, dans quelques cas exceptionnels; car, en principe, cela ne doit pas être permis.
Nous croyons aussi que la direction supérieure d’une planète permet certaines divulgations afin d’aider à maintenir la croyance à l’Au delà, que nos erreurs, nos mensonges scientifiques ou philosophiques essayent de faire ou blier.
LE CAS DE MADEMOISELLE COUEDON 177 Quant aux terrifiants cataclysmes terrestres ou poli tiques annoncés par Mlle Couédon, ils ont depuis long temps été prédits soit par Mme Orsat, soit par d’autres somnambules. C’est la marotte, si je puis m’exprimer ainsi, de la plupart des « prophètes ». Rappelons-nous la prophétie de l'an mille, celles des prophètes de l'An cien et du Nouveau Testament, ainsi que des « voyants » ou « voyantes ) des couvents.
Pourtant dans ce phénomène, il ne faut pas être ab— solu :il arrive parfois que certaines personnes sont ins— pirées par une force supérieure «au moment où elles s’y attendent le moins, et cela à la veille de quelques grands mouvements populaires ; tel Gazette à la veille de la Ré volution. Ces étranges avertissements, dont on rit volontiers de nos jours, étaient connus des grands tragiques grecs, ini— tiés la plupart.
DausAntigone, Sophocle fait adresser par le « voyant » au roi criminel les paroles suivantes : Roi ! de tels crimes font gronder plus qu’il ne faut L‘Olympe et l’l-ladès, l'ombre en bas, la foudre en haut. Déjà je vois autour de toi les Erinnyes S'assembler, méditant les mornes agonies, Ces deuils qu‘on ne plaint pas, qui sont les châtiments, Et dans ton palais les longs gémissements.
Plus d’une révolte sanglante est due aux inspirations des esprits victimes, dans leur vie terrestre, de notre triste état social. Il en est de même de ces « fatalités » qui semblent pe« ser sur certaines familles riches ou prolétaires.
Que de fois on entend ces mots: « Mais qu’ai—je donc fait au ciel pour être accablé ainsi P » Hélas! pauvres souffrants,vous n’avez rien fait au ciel; il ne se sent jamais atteint par les sottises de l‘homme, et il ne connaît pas la vengeance. Ses lois sont tout amour, ainsi qu’on en aura la preuve lorsqu’on se sera débar rassé des mensonges conventionnels que les hommes ont érigés en lois. (le sont vos victimes qui se vengent. La vie, pensiez—vous, dans une incarnation précédente, n’est
178 L’INITIATION qu’un escamotage. Insensés ! on n’escamote rien devant les lois divines. Voilà un court aperçu de notre manière de voir, sur les causes des faits étranges qui se produisent depuis quelque temps dans tousles pays civilisés.
Il ne faut pas s’imaginer qu’il n’y a qu’en France que le mysticisme et le spiritualisme scientifique cherchent à reprendre le gouvernement des âmes ; cela se dit dans quelques jour naux, mais ces journaux sont bien peu renseignés, ou ils sont de mauvaise foi. Ah l la science moderne a voulu nier l’âme sous le fal lacieux prétexte qu’elle ne la trouvait pas au bout de son scalpel...
Elle n’a pas voulu s’occuper du monde des es prits : « C’est bon, disait-elle, pour les vielles femmes ou pour aider à élever les enfants. ) Pauvres savants! quand donc vous déciderez-vous à ne plus vous faire rappeler à l’ordre par une Bernadette, « une gardeuse d’oies » ou un ange Gabriel quelconque ? Ah! quelleleçon l... (t). (1) Depuis quelque temps, la Normandie fait concurrence à la Salette et à Lourdes.
La « Sainte Vierge » apparaît presque tous les soirs vers onze heures, àTilly-sur-Seuilles. Un grand nombre de personnes affirment l’avoir-vue. Quelquefois, elle est accom pagnée de « l’enfant Jésus ». Apparition ou hallucination ? Il y a là, en tous cas, un phé— nomène, autrement,intéressant pour la vérité, pour l’humanité, que la plupart de ceux des laboratoires.
Eh bien ! où sont les académies qui, au nom de la science sans épithète, bravant les préjugés bêtes qui nous régissent, ont délégué un ou plusieurs de leurs membres à Tilly-sur— Seuilles ? ‘ Une chose est vraiment curieuse dans le cas de Tilly : c’est dans ces mêmes parages que demeurait il y a quelque soixante ans le célèbre Eugène Vintras.
Chacun sait que ce contremaître de fabrique. fort intelligent et très pieux, croyait non seule ment converser avec c: l’archange saint Michel », mais le voyait... Eugène Vintras fit des prédictions des plus curieuses et dont un assez grand nombre se réalisèrent. ‘ Sa marotte, comme celle de Mm‘ Orsat, de M“‘ Couédon, a "été le retour d’un Bourbon sur le trône de France.
C’était aussi la marotte de la célèbre sibylle M“° Lenormand, qui se croyait inspirée par l’ange « Ariel, et chez laquelle se rendait en foule la haute société » de l’Empire et de la Restauration.
LE FUTUR SAUVEUR DES FRANÇAIS Ceci dit, tomes les personnes qui ont à cœur de faire passer le progrès et la vérité avant leur petite personna— lité doivent remercierla Société psychique —- sans oublier Papus —- d’avoir osé, envers et contre tous, ouvrir un débat public sur le cas de Mlle Couédon. Voilà de la . bonne et vraie science.
Quelle que soit la décision de cette société, dont nous sommes loin de partager tous les sentiments, elle n’en aura pas moins donné un grand . et bon exemple.
Nous souhaitons vivement qu’il sorte des différentes écoles spirites et spiritualz'stes modernes qui faisaient par tie du congrès internationalde 1889 ungroupe d'hommes énergiques bien décidés à briser avec les enfantillages, le néfaste Moi... les discussions byzantines qui ont cours dans ces écoles.
Jamais le moment n’a été plus propice pour ouvrir à l’humanité le chemin qui la conduira au port de salut qu’elle demande en vain, depuis si long temps, aux dogmes religieux ainsi qu’aux académies scientifiques ou philosophiques. Il n'est que temps de se mettre à l’œuvre par des ac tions et non des paroles ou des fleurs de rhétorique, que l’on élabore enfermé dans son cabinet en dehors de tout contact, de toute action tangible.
Ce n’est pas ainsi que les Socrate, les Jésus, les Pierre l’Hermite ont soulevé les foules et ont imprimé à leur siècle, à 1’Humanité, leurs idées. N’attendons pas que la « maladie sociale >>, qui devient de plus en plus mena çante, ait affolé les hommes : il serait trop tard 1 .l.
BOUVÊRY. fie Futur Sauveur tlus Français Les journaux ne cessent d’entretenir leurs lecteurs des révélations de M“° Couédon.Des princes, inscrits ou non sur l’almanach de Gorha, ont anxieusement interrogé la voyante. Les partisans de ces princes n’ont pas manqué d’aller interroger non moins anxieusement la sibylle pa— risienne. Pour mon compte, je n'appartiens à aucun parti monarchique. Aimant la République en soi, comme
180 L’(NIT1ATION la forme du gouvernement qui tend à réduire au minimum les inégalités sociales. je n’ai pas de raisons personnelles pour m'attacher à un prétendant. Si je n'avais pas la pré tention d'être un bon martiniste. je dirais que mon amour propre a souffert, quand la lecture des prophéties m’a révélé que la République actuelle vivrait peu d’années, et que les excès de ses partisans les plus avancés finiront par la perdre.
Ma situation d’esprit, après avoir lu cer taines ratiocina1ions, a été celle de l’officier républicain Boulon, quand il eut rr.édité la célèbre prophétie de Pré mol, qui annonçait, avant 1848, la prompte ruine d’une seconde République et le rétablissement de l’empire (1). Or, une grande quantité de prophéties modernes annon cent que la monarchie sera rétablie en France.
Nous allons résumer très brièvement ce qu’elles nous laissent entrevoir de l'avenir après une période de bouleverse ments formidables (2). I. —‘ ORIGINE DU SAUVEUR FUTUR (3‘) Les prédictions qui annoncent des malheurs sont con« ditionnelles et abrogées de fait si nOtre république prend un caractère chrétien.
Sous le bénéfice de cette réserve, en voici le résumé : Toutes les prophéties disent qu’il naîtra de la race de saint Louis un sauveur poùr la France. Il sera, dit Merlin Joachim, de la postérité de Pépin, du peuple et de la race antique des Francs, dit la prophétie de saint Ange. Marie Galaste le qualifie de « rejeton poussé sur le tronc d’un vieil arbre » : Expres— sions que beaucoup ont appliquées au comte de Cham bord.
La Mère du Bourg dit qu’il aura connu l’épreuve et la souffrance. Sa noble race, dit le P. kicci, aété très affiigée par nécessité à une dure servitude. Il sera, selon Jean de Vatiguerro, des restes du sang très saint des rois (I) Le Grand Phare, par V. de Stenay, 1875, in-12. (2)M. Chauflard (Prophéties.
Paris, Thorin, 1886, in-12) admet des luttes entre les prétendants après la prochaine guerre sociale. (3) Les textes suivants sont tirés des Voies prophétiques, de M. l’abbé Curiaque, du Dernier mot des prophéties, de Péla— dan (Nîmes, 1882); des Lettres sur les prophéties, par Cha bauty (1871, in-8).
LE FUTUR SAUVEUR DES FRANÇAIS 181 de France. Hélène Wallraff annonce que Sa famille aura beaucoup souffert. Personne ne comptera sur lui, dit sœur Marianne (de Blois) : ce ne sera pas celui qu’on attendait qui règnera. Jérôme Bosin l’appelle « l’enfant du sang des rois que donneront les gens d‘Artois »: ceci ne signifie pas qu’il naîtra en Artois, mais qu’il viendra d’abord au nord de la France.
Olivarius affirme qu’il sera soutenu « par le peuple guerrier de la Gaule-Belgique ».
D’après une vieille tradition insérée dans le De Ante christo de Raban Maur (attribué à saint Augustin), un roi des Francs possédera tout l’ancien empire romain, avant la grande apostasie des nations qui préparera (vers la fin du xx° siècle), le règne de l’Antechrist. - Il portera, dit Olivarius, lion et coq sur son armure; il unira, s’écrie le prophète d’0rval, le lion à la fleur blanche.
Le voyant de Prémol le représente monté sur un lion, tandis que le coq chante devant lui. Le Rejeton de la Cape, dit la prophétie d’Orval, sera soutenu par Dieu dans ses guerres. Il unira le lis au lion, selon l’exta tique du Tyrol. « Il viendra, d’après une religieuse, au milieu de l’orage. Les acclamations pour les fils du roi hypocrite s’évanouiront bientôt» (Annalesdu Surnaturel, 1885. 145).
« Les poursuivants d’essais, dit saint Patern, seront moult dolents et piteusement marris. Le fer ne ploiera cette fois sous le bec des oiseaux de Jupiter et de basse cour. Les oiseaux royaux n’ont plus d’ailes. Un seul ‘sauva divinement le genre humain. Un seul aussi vaudra mieux que tous. Je vois venir celui qui jubernera » (Annales du Surnaturel, 1887, p. 309).
Plusieurs prophéties ont donné des espérances aux partisans de la survivance de Louis XVII : « Trois fleurs de lis, s’écrie le P. Callixte, tomberont dans le sang, une quatrième dans la boue, une cinquième s’éclipsera... Une fleur de lis rayonnante sort d’un nuage. (1) Je ne puis garantir l’authenticité absolue de cette prédic tion. Voir les Prophéties et les éuénements de demain, par Thas, ouvrage favorable aux Narmdorfl‘. L’ouvrage de M Cha— bauty et le Dernier mot des prophéties, de Péladan, étaient pour le comte de Chambord.
182 L'INITIATION Gloire à Dieul la foi renaît; un homme, instrument de Dieu, en a rallumé le flambeau (I). ) Le P. Nectou, l'abbé Souffraud, l'abbé Mattay, Marie des Terreaux, une reli gieuse trappistine de l’Anjou, Martin (de Gallardon), parlent en faveur de Louis XVII.
Mais ces prophéties, qui ont été faites de l’époque de la Révolution à 1840, sont loin d'avoir toutes les caractères d'authenticité que nous sommes en droit de réclamer: rien ne prouve qu’elles n’aient pas été remaniées par les partisans de Richemont. Richard de Toustain aurait laissé. au mont Saint-Michel, une prédiction annonçant de grands malheurs pendant trois générations, pour la postérité de Louis XV (Annales du Surnaturel, 1887).
Tout cela ne prouve pas qu’un descendant de Louis XV doive ré.— gner. Il est vrai que d’autres prédictions sont favorables aux Bourbons d’Espagne. Il y aurait une alliance entre la France et I’Espagne ? Espagne et Gaule seront unis ensemble dit Nostrada mus (IV, 5). Sainte Brigitte affirme que l’empereur (le Grand Mo narque) sortira de la race des rois d’Espagne, et portera l’Aigle entouré des tours d’Espagne.
Saint Nicolas d’ACTOR annonce qu’il sera ( le grand lion d’Espagne ». « Le grand duc Caries, dit saint Vincent Ferrier, con duira le Pontife à la cité du Soleil. Il sera couronné par le même pontife empereur d’Orient et d’0ccident. » (An— nales du Surnaturel, 15 octobre 1885).
Saint François de-Paule aurait prédit que dans sa jeunesse le Grand Monarque sera grand pécheur, puis fera grande péni— tence et deviendra un saint (ibid.) (Voir : les Grands évé— nements de demain, Paris, librairie légitimiste, 35, rue de Grenoble, 1888).
Ainsi, les prophéties ont été appliquées au comte de Chambord; elles le sont maintenant soit à Don Caries, soit à la survivance de Louis XVII, soit à d’autres Bour bons, avec des arguments qui paraissent irréfutables aux gens convaincus d’avance. Les d’Orléans et les Bona parte ne paraissent pas pouvoir trouver des espérances dans les recueils de prédictions. Ame de la Foi, le voyant d'Orval, Olivarius, nous laissent entrevoir toutefois une r.7_
LE FUTUR SAUVEUR DES FRANÇAIS 183 réconciliation des partis (De Stenay : Phare prophétique, Louvain, 1881). Il. —- LE PRÉCURSEUR DU GRAND MONARQUE Feu Adrien Peladan, en son Nouvedu Liber Mirabilis, édité à Nîmes en 1871, a publié le récit du prodire aé rien de Vienne en Dauphiné, vu le 3 mai 1848. Ce récit est reproduit dans les Prophéties et les événements de demain, ouvrage édité en 1892 par MM. Blond et Bar— ra].
Une vingtaine de témoins auraient aperçu dans les nuages des figures symboliques fort reconnaissables: des aigles, un bonnet phrygien, une ville ruinée, puis des drapeaux blancs, un lion.-. une tête enfin.« Cette tête, d’un aspect haut et majestueux, était d’un blanc d‘argent et montrait un visage rose, un crâne chauve et des che— veux blancs forment autour une espèce de couronne. Cette tête ressemblait à celle de Louis XVI.
Au-dessus sur l’azur du ciel, se lisaient ces trois lettres grosses et violettes, dont la première était plus grande que les autres : AVE. Plus haut que les lettres et toujours sur l’azur du ciel se voyaient quatre grands chiffres, dont les deux du milieu étaient retournés en sens inverse. Leur couleur était noire.
Ils étaient disposés ainsi: 5.595... etc... » Les anciennes prophéties représentent le futur con ‘quérant comme jeune à l’époque où il se fera connaître. Comment les concilier avec cette vision ?Y a-t-il d’autres prédicrions qui dépeignent ce futur sauveur sous les .traits d’un vieillard B Il y en a plusieurs : « Dix ans après le désastre, dit le P.
Idoine Marc (mort en 1867), le pays paraîtra perverti, on y dansera sur les cadavres, on ne verra plus de prêtres en soutene._ Les religieuses prendront l’habit du monde, sous peine d‘être fouettéesl Un jour, un homme à barbe blanche, mais plein de .force et de courage, se montrera à la foule, dans les principales villes de France, et appellera le peuple fidèle à la guerre sainte (1).
On le suivra en chantant des can (1‘ Les lucifériens parlent du futur soulèvement (Mém. de Diane Vaughan, dernier fascicule).
184 L’INITIATION tiques et des psaumes. La lutte s’engagera. Un homme presque aveugle commandera les impies. llsera vaincu etjeté dans l’ile de Marie. La fleur de lys répandra par tout ses parfums et pendant quarante ans il y aura la paix. ) (Annales du .5urnaturel, I885, p. 37).
« Il s’appellera Louis-Charles, dit Marianne Galtier, il ne régnera qu‘un an et cédera la couronne à un prince qui n’a pas de descendants. > — « Le Grand Monarque de sa main réparatrice a tout sauvé, vaticine la religieuse de Belley. Il ne fait que passer, sa gloire est courte, il est né dans le malheur. En l’an I8... l’enfant de l’exil lui succède. La paix sera alors donnée à la France... » (Cu rique : Voixprophe’tiques, Il).
« Le lis, dit saint Thomas de Cantorbéry, viendra dans la terre du Lion... l’Aigle des régions orientales, les ailes étendues sur le soleil, viendra en aide au Fils de 1’Homme avec l’immensité de ses troupes... (I). Le Lis perd sa couronne, qui passe providentiellement au Fils de l’homme. Pendant quatre ans se succéderont des ba tailles et des querelles de religion... ) (Ami. du Surnat. 1887, p. 355).
L’abbé Souffrant aurait prédit : « Le grand Monarque ne fera que prendre la couronne pour la placer sur la tête de son héritier direct. ) (Curique.) D’où viendra cet héritier? III. — D’OU VIENDRA LE JEUNE PRINCE — SON PORTRAIT. Le monarque « du nom de Henrius » (2) viendra de l’Orient (Prissol). Un grand prince d’Orient lui donnera « la lame » d’après la prophétie d’Olivarius. Nostrada mus l’appelle le Grand Chiren (anagramme d’Henric).
Les vieilles compilations de Maître Antonin,de David Pareus, disent qu’il aura le front haut, les sourcils ar qués, de grands yeux, le nez aquilin. Une prédiction at tribuée à la Sibylle tiburtine nous apprend qu’il sera d’une stature élevée, beau de visage, et fort bien propor tionné (3).
Les vieilles prophéties s’accordent à le repré— (I) La Russie est. désignée clairement. (2) Prophétie attribuée aussi à Innocent XI (Dernier mot des Prophéties, par A. Peladan, I, I60). (3) Prophétie de Padoue. 'm'l .l
LA SYNTHÈSE DE L’OR 185 senter commeaimant la vérité,la bonté,la justice,l’humi lité et la religion. Une vaticination du xu° siècle l’appelle le Roi blond de l’Occident. Des prophéties allemandes le représentent (à un certain âge) boiteux et montant à cheval du pied gauche. Nostradamus parle de son pied estaché (HI, 91)(r).
Son étendard sera un drapeau blanc orné du Sacré Cœur (Prophétie placentienne, Ann. du Surnaturel, 15 février 1887, 15 septembre 1888, proph. de Boulieret, mai [883, proph. allemandes). ' Le portrait tracé par Mlle Couédon, reproduit à peu près les mêmes traits : la voyante n’en dit guère plus (2). Mais qui donc aurait les loisirs nécessaires pour son mettre à une critique sévère toutes ces prophéties ex ploitées par les partis monarchiques?
SATURNINUS. ll.a Synthèse de MM Notre éminent rédacteur August Strindberg, qui joint à son grand talent d’écrivain une science prodigieuse, vient de réaliser la synthèse de l’or en partant du fer, August Strindberg a le mépris absolu de la richesse et il n’a jamais gardé un de ses procédés secrets; aussi nous a-t-il donné immédiatement ses recettes qui viennent confirmer toutes les affirmations des alchimistès.
Nous poursuivons les expériences de contrôle qui toutes don nent des résultats absolument probants. En attendant d’en dire plus long, voici la première lettre que nous a adressée Strindberg à ce sujet : CHER DOCTEUR, « Voici ce qui me préoccupe et ce qui compte comme excuse de mon invisibilité. « Je fais de l‘or; en voici .des échantillons.
« Point de départ: (1) Voir I, 25: v, 4.0; v, 41; v6t;x, 7 ;1x, 89; tu, gt; in, 93; t, 32; VIII, 38; vtn, 2;1x, 41;v,‘4 , V], 97; N, 14. (2) Deuxième fascicule de M. A. Méry.
I86 L’INITIATION « Le sulfate de fer précipite l’or métallique de ses solu tions. ( Précipiter (pour moi) veut dire: reconstituer un corps décomposé. « Le fer entre donc comme ingrédient dans l’or. « Les preuves: « Tous les sables d'or sont ferrugineux. « Avant la découverte des mines américaines et austra liennes, tout l’or a été extrait de sulfures de fer (pyrites).
« Partout, dans les roches ignées où on trouve l’or, les sulfures de fer sont dans le voisinage. « August STRINDBERG ». Dnux Mamans Al’occasion de l’anniversaire de la mort d'Allan Kar— dec deux importants discours ont été prononcés cette année, l’un par Bouvéry, l'autre par Auzanneau. Nous résumerons les parties les plus importantes de ces dis cours dans notre prochain numéro, avec les commentaires que nous croyons utiles d’ajouter.
Disons dès mainte nant que nous approuvons absolument l’esprit d’union qui semble souffler de nouveau (et cela beaucoup à cause d’Amo) entre les groupes divers du Spiritualisme. LE SË’HJIN BÂLZÀ@ Il est curieux de voir combien le journalisme vit d’idées toutes faites et quelle ignorance il manifeste dès qu’il s’agit d’efforts réellement. grandioses.
On ignore généralement toute la partie occultiste de l'œuvre de Balzac dans laquelle rayonne comme un pur joyau ces « Proserits » où se trouve révélée la filiation martiniste du grand écrivain. Un de nos plus éminents artistes, doublé d’un initié Marquet de Vasselot, a eu l’idée de synthétiser ce Balzac inconnu en un sphynx qui manifeste de par son symbo— lisme les qualités maîtresses de l’œuvre entier du pro digieux évocateur d’idées.
COPIE DE LETTRE 187 Aussitôt la bonne presse quotidienne de crier: « Com prends pas, donc absurde ». Qu’il soit au moins permis aux fervents du symbole de saluer l’auteur de cette grande idée, traduite avec tout l’art que sait donner à la moindre de ses œuvres le maître Marquet de Vasselot. PAPUS. L‘Œuvre d’Amo Nous avons eu le plaisir ce mois de voir notre ami AMO, qui continue sans relâche son œuvre de synthèse et d‘union.
Nous ne doutons pas de la réussite de cette noble entreprise planant bien haut au-dessus des pér sonnalités, et à laquelle nous nous associons de tout cœur. Que notre ami reçoive ici l’assurance de tout ‘ notre dévouement à ses efforts. P. COPIE DE LA LETTRE ADRESSÉE AU R. P.
HYACINTHE LOYSON Très cher et très illustre Frère, C’est de Jérusalem, où mourut le Dieu fait homme, que vous datez votre si profondément chrétienne et si éloquente missive, récemment adressée à la presse pari sienne. C’est de Versailles, tout plein encore de la pous sière de l'homme fait Dieu, que je vous envoie mon humble homélie. Vous savez combien les miens et moi nous avons tou jours admiré votre merveilleux génie apostolique.
Lais sez—moi vous dire une fois de plus que cette admiration grandit dans nos âmes a mesure que s’élargit votre horizon religieux. Vous rêviez déjà de voir fraterniser en France catholiques et protestants; maintenant, c’est aux fils de Mahomet et aux enfants de l'Église copte que v0us offrez le baiser de paix. Voilà le véritable esprit évangélique. Vous tentez ce que depuis Jésus personne encOre n’avait osé tenter. Gloire vous soit rendue! Vous avez raison de croire que les temps sont venus d’adorer Dieu en esprit et en vérité et de cesser de s’ana
188 L’INITIATION thématiser d‘Eglise à Eglise, et j’applaudis à ce magni fique essor que rien ne peut arrêter, pas même cette persécution, —— moins sanglante, il est vrai, mais aussi cruelle que celle des Néron et de Décius, — qui s’appelle le ridicule. Comme vous, je suis aujourd’hui missionné pour tra vailler au salut des âmes.
Investi, quoique bien indigne, de la haute direction de l'Église gnostique, je vous adresse mon fraternel appel, afin que, dans vos prières, vous n’oubliiez ni le troupeau ni le pasteur. C’est aux lieux que vous avez visités que notre Église a eu son berceau. Bénissez-la comme elle vous bénit. Aimez-la comme elle vous aime! Veuillez croire, très cher et très illustre Frère, à ma bien respectueuse et bien profonde amitié.
T— FABRE DES ESSARTS, Primat de l‘Albigeois, patriarche de l’Église gnostique. MVEMEEÏŒ EEJÊ ALIŒE Nous sommes en mesure d'annoncer dès à présent à nos lecteurs que M. P. Sédir, directeur adjoint du Groupe indépendant d’Etudes ésotériques, va inaugurer très prochainement une série de conférences sur le mou vement idéaliste, dans les principales mairies de Paris.
BEBLE©ŒEAÇEÆIE PAR SÉDIR LE CONGRÈS DES RELIGIONS A CHICAGO Je reçois, tardivement sans doute, le très compact volume que M. Bonet—Maury, professeur à la faculté de théologie protestante de Paris, a consacré au compte rendu de ce concile unique dans l’histoire des religions.
C’est avec joie cependant que je vais attirer l’attention de nos lecteurs et des Frères martinistes sur cette ma gnifique manifestation, en les exhortantà imiterl’activité du Nouveau-Monde et à seconder de toutes leurs forces
BIBLIOGRAPHIE I le projet du généreux apôtre Amo, tendant à établir pour 1900 le Congrès de l’humanité à Paris (1). Au printemps de 1891, l’avocat Ch. Bonney de Chi— cago nomma les membres d’un comité général des assemblées religieuses; ce comité s’adjoignit une section de dames, sous la présidence de Mm Augusta Chapin, docteur en théologie. Le révérend John—Henry Barrows fut élu président du comité.
En juin 1892, 40,000 circulaires lancèrent à travers le monde les grandes lignes du projet. Une seconde circu lrire (1" mars 1893) donna le programme des travaux, calculé pour seize journées, à trois séances par jour.
Il faut stigmatiser ici ceux qui refusèrent l’adhésion demandée à ce projet grandiose; ce furent: l’Église pres bytèrienne de Chicago, le sultan de Turquie, M. Pobe—ÿ donotseff, procureur général du saint-synode de l’Église russe et l'archevêque de Cantorbéry.
Remarquons qu’au cune abstention ne vint des communions de l‘extrême Orient. » Ce fut Mgr K_eane, recteur de l’université de Washing ton, qui rédigea le programme des séances, lequel peut se ramener, dit M. Bonet-Maury, à ces trois parties: 11 La religion en soi: universalité de la croyance en Dieu._L‘idée d’un Dieu unique, père de tous les hommes. La vie future.
41 La religion dans ses rapports avec la famille, les sciences, arts et lettres, la morale, les problèmes sociaux, l’humanité. Justice internationale et arbitrage. ( La situation actuelle de la religion: perspectives d’union des Églises chrétiennes et d’union rehgieuse de la famille humaine.
La religion universelle et définitive. » Les religions représentées furent: le confucianisme, le taoîsme, le bouddhisme, le shintqïsme, le brahma nisme, le djai‘nisme, le brahmo—somadj, le parsisme, l’islamisme, le christianisme (catholicisme , Églises grecques, arméniennes, protestantes), le judaïsme et (1) J’ai eu l’heur de rencontrer Amo à Paris, ces dernières semaines, et 'e tiens à souligner ici, autant que ma modeste voix peut le aire, toute l’activité et l’amour actifqui rayonnent de cette figure surabondante. »eÀ.—. -...a>,,..
190 L‘INITIATION même l’agnosticisme ; sur 168 députés, il y avait [00 pro testants, 18 catholiques, 10 )uifs, 8 bouddhistes. Les conclusions des travaux ne tendent à rien moins que fixer les éléments primordiaux de la religion, la méthode de formation d‘une religion universelle, et le siège central de la future unité religieuse.
Dans tous les travaux envoyés sur les questions précédentes, que tout occultiste a déjà résolues par avance, nous regrettons qu‘aucun savant, même M. Réville, même le comte Go blet d’Alviella auquel l’I.N.R.I. est pourtant connu, n’ait su donner une vue vraiment centrale et synthétique. Nous regrettons enfin qu’aucun initié oriental n’ait pris sur lui d’en dire quelques mots.
Je saluerai cependant le bouddhiste Dharmapala, le théosophe Chakravarti, le brahmane Dvivedi, le swami Vivekanannda, et Horin Toki comme des frères illuminés, et je leur adresse ici l’appel qu’ils entendront certainement pour coopérer à l’œuvre commune et faire resplendir à nouveau sur le monde l’étoile de leur mère, la blanche Celtide, qui se manifeste actuellement autour de nous sous la forme lunaire de Sophia. SÉDIR.
MARIE DE MANACÉÏNE. — Le Sommeil tiers de notre vie, tra duit du russe parEnrtesrJousen, Paris, Masson, 1896, in-18, 360 p., 3 fr. 50, A mon avis, ce livre est un des plus remarquables qui soient sortis d’une plume féminine; il contient une quan tité de documents étonnants, classés, étudiés et conden sés avecla plus merveilleuse entente de la méthode scien— tifique.
Divisé en quatre parties, il étudie successivement la physiologie, la pathologie, l'hygiène et la psychologie du sommeil. Nous allons résumer brièvement les con clusions de l’auteur sur chacune de ces têxes.
Notons une fois pour toutes que la tendance du livre est nettement positiviste, tandis que Mme de Manacéïne est, par tempérament, prédisposée à tous les développe ments de ce que nous appelons la sensibilité astrale ; son éducation intellectuelle a aboli cette notion cérébra.e, de telle sorte qu’au lieu de voir la cause des défi'e’rents phé nomènes physiologiques dans une simple gymnosophie, elle explique une modification par une autre plus micros
BIBLIOGRAPHIE 19 I copique sans arriver à réduire définitivement la matière objective. Ceci dit, établissons le résumé du livre, ou du moins — car le mot est peut—être ambitieux pour une telle fo rêt de documents, —-— essayons d’en dégager les princi— paux enseignements.
Au point de vue physiologique, on remarque dans le sommeil une modification de l’acte respiratoire; la quan tité d’oxygène absorbé s’accroît, le pouls se ralentit, le volume du corps diminue, le cerveau s’anérr.ie. La moelle épinière ainsi que les nerfs sensibles ne dorment pas. Les exsudations sont beaucoup plus actives.
Enfin l'insomnie diminue le nombre des globules rouges du sang. — Il demeure établi par les expériences de Tarchanoff, et de beaucoup d’autres que le cerveau seul dort pendant le sommeil, et l’auteur arriva à dire que dans l’homme endormi, la conscience seule est inter rompue; donc que l’inconscient fonctionne seul: remar quons l’accord de cette vérité, qui semble une « La Pa lissade ) avec les théories des monistes allemands sur le ( sujet transcendant: », étudié depuis des milliers d’an— nées, sous des noms difiérents dans ses moindres détails par les védantistes indous et par toute la tradition oc culte.
Après avoir passé en revue les différentes théories du sommeil, l’auteur ab0utit à cette définition, que le som meil est le temps du repos de notre conscience. Toutes les insomnies s’observent chaque fois que le sang afflue à la tête; par conséquent l’activité de la cons cience nécessiterait l’afflux du sang au cerveau.
« Une in somnie est impossible pendant un état inconscient », tel estl'axiome que pose l’auteur; or, comme l’état conscient est la perception de relation du moi avecun état du non moi, on découvre avec étonnement quela science moderne confirme la science des anciens Égyptiens, qui affir— maient il y a soixante siècles, par la bouche de Moïse que le sommeil est une universalisation de l’être particu lier (I). (I) Voyez le texte hébreu du Sep/1er, à la création de la femme.
192 L’INITIATION Mm de Manacéîne reconnaît d’ailleurs l’existence de l‘âme. dont la plus importante faculté, la coqscîence,pos sède un substratum anatomique dans le cerveau.
Au point de vue de l’hygiène, l’auteur donne des con seils fortjudicieux sur la durée du sommeil, laquelle peut se réduire de sept à cinq heures dans l'âge adulte et en parfaite santé, de même l’influence de la lumière solaire, de la température de la chambre à coucher, de la posi tion du corps dans le lit.
Plusieurs pages sont consacrées à établir l’importance des observations subjectives intérieures ; avec Kant l'au teur pense que la religion seule peut nous fournir une réponse aux questions fondamentales de la vie; nous sommes complètement d'accmd avec elle sur ce point. il ne reste plus qu’à déterminer de quelle façon nous de vons comprendre les données de la foi pour les transmuer en notion scientifiques.
Mais ce n’est pas ici le lieu de discuter ces graves problèmes.
Toute la dernière partie du présent livre est consacrée à l‘étude de la vie intérieure pendant le sommeil ; tout en la lisant, je déplorais l’aveuglement où la science mo derne avait mis une âme impressionnable, un esprit Ou— vert et vif, comme celui de Mme de Manacéïne, pour qu’elle puisse cotoyer de la sorte ce roÿaume nocturne sans apercevoirle grand Luminaire de l’Invisible dont le soleil physique n’est que l’image (1).
La clé secrète de l’androgonie était là, elle n'a pas été utilisée. Terminons en adressant à M. Ernest Jaubert, nos sin cères remerciements pour nous avoir fait connaître une œuvre aussi sérieuse et aussi fortement documentée que celle—là, et nos félicitations pour la clarté et la scrupu leuse fidélité qu’il a montrée dans le travail d’un traduc— teur rempli d’abnégation. SÉDIR. P.
CORNEILLE. ——Enuoûtement, Histoire d'une séduction, 1 vol. in-t8, E. Flammarion, 3 fr. 50. Ce volume appartient à la catégorie des romans à thèse, et celle qu‘il défend est au plus haut point intéressante pour tous ceux qui étudient les puissances de la volonté. (l) Voyez la Mathèse, de Malfatti.
. BIBLIOGRAPHIE » Ig3 . v ‘ \ 7 On sait que les savants sont fort partagés sur la question de la responsabilité et du libre arbitre en matière de sug gestion hypnotique. Les uns prétendent que le libre arbitre. subsiste toujours, les autres qu’il ne se maintient pas. M. Corneille décrit un cas de séduction par sugges_ tien, où le héros devient à son tour victime du courant dynamique qu’il a lancé. « . '. - .
Et c’est à ce point de vue que l’idée du livre est ins-—, tructive et digne de remarque. Il y a là des décors de vie mondaine et de passion décrits avec la plume austère du savant, ce qui n’est pas sans un certain ragoût littéraire, de même que les robes de bute dont s’enveloppent cer taines perversités. ' * S - J. DE TALLENAY. -— Au Sanatorium, I vol. in-I2, format des eucologes, s.
1., I896. _ Il ya une évolution nouvelle à signaler dans la manière et dans la conception de Mme de Tallenay. Le'petit ro man que je présente aujourd’hui aux lecteurs de‘l’Initia tien est la simple histoire de deux jeunes fillés poitri naires et du médecin attaché au Sanatorium.
Pages remplies de sentiments délicats, de vibrations tristes, de peintures immatérielles,tableaux aux tons délicieusement effacés, aux couleurs poignantes et subtiles,*plainteS mo‘ dulées avec une intensité si douce; douleurs universelles des êtres et des choses; les déserts, en un mot, qui pré. cèdent la grande vacuité. Nos bien sincères félicitation pour dette littérature vivante et vraie.
S ' SATURNUS; — LATROCBÉMIE ET ELBCTROHOMÉOPATHŒ, Let‘p fig, W. Friedrich, 1896, ïn-8. Portraits de Paracelse et de Matteî, et une plane/men couleurs. - Cete petite brochure est ton instructive; écrite claire ment, elle expose avec lucidité les doctrines du -Macro-, cosme et du MicrOcosme, de l’unité des forces de la nature..
Un chapitre;entier est consacré à l’unité de la Matière, à la théorie de “la transmutation; on y trouve un index historique des latrochimistes ; enfin un exposé succinct du système électrohoméopatique inventé par le comte Matteî. Dans la même collection va paraître
,ualn—a—æ_—- , 194 L’INITIATION une traduction allemande de la Science des Mages, de Papus. Toutes nos félicitations aux Martinistes dévoués qui signent ces travaux. ‘ ' SÊDIR. Manius.Annnfz. 7— Montserrat, 1vol. in-18, Paris, Savine, 1896. Ce roman, qui, si je ne me trompe, est un début, s‘épL graphie d'un verset où saint Lue enseigne que : C'est là un Ave fort engageant; et le lecteur qui yré pond, ne sera pas déçu dans son espoir.
Le récit d’une évolution vers l’âme-sœur symbolisée par Tiphereth -s’y déroùle avec intérêt parmi des décors mystiques, dés rappels wagnériens. Il faut noter toutparticulièrement une.fort belle tentation du héros sur la montagne, par Hérodiade. Kundry et Alcibiade. Avec toutes ces’notes sincèrement sympathiques, je Iouerai en dernier lieu, la fine exécution du livre en élégants caractères espagnols.
Mais il est une annonce que je retiens : celle de la pu blication prochaine par M. Audié, de Raymon Lull, l’illuminé. ' S. GaondCmrdn. — Résurrectio Dim‘ Quirim‘ Francisci Bacom', CCLXXannis est obztum crus 1Xde Aprilis anniMDCXX V1. Halle (i), 18 , plaquette in-18, avec portrait. Très.intéresSante brochure défendant la thèse d’iden tité entre Bacon et Shakespeare, et de leur attachement aux Frères de la Rose 1-.
On y trouve la réimpression d’une pièce élégiàquç: In obitum incomparabili‘s F. de V., par_un ami de Ben Johnson, et la vie de Bacon par le Dr Rawley, son chapelain. Lames nargue .MARIUSDECRÊSPE. —- Recherches sur les conditions d’eæpe’rimentarion personnelle en physio-psycholcgia. "En vente chez Chamuel,v75 cent. Tirage à part d’articles parus dans le Journal du Magnétisme. . (1) Chez l’auteur, Halle a. d., Saale, 13, Handelstr.
uvges REÇUS 195 La Ban. a.- A travers l’hypnotisme, conférence faite au théâtre de Cahors, 1896, ino8, 48 pages. ' Dans l'Angleterre su.œraine de la France par la_ F.:. (1 vol. 3 fr.
50, chez CHAMUEL, 5, rue de Sa-. voie), comme dans l’Angluis est-iljuifz’ M. Louis MAR THIN-CHAGNY continue à dévoiler impitoyablement l’âme anglaise. . _ , Il achève de démontrer que la néfaste M.'. est bien née en Angleterre en 1717, c’est—à-dire à une époque ré cente, qu’elle a été créée uniquement par des Anglais, puis importée sur le Continent.
Les Juifs n’y sont en trés que bien plus tard, en 1782, lors du couvent de Wil helmsbad ; ils s‘y sont trouvés comme chez eux, l’âme juive et,l'âme.anglaise étant similaires, et ont utilement joint leurs efforts à ceux d’Albion. — Vers 1700, l’An'— gleterre n’était rien : elle n'avait ni marine, ni colonies; elle était pauvre ; elle ne comptait que 8 millions d’ha bitants.
La France avait une puissante marine, de‘non;- ? breuses et riches colonies ;elle_ était prospère. Elle con tenait 20 millions d’habitants.
Deux siècles de M.'. ont complètement interverti la face des choses. — La fortune des Anglais et des Juifs a suivi une progression simultanée dans le monde : pauvres ou persécutés-jus; qu’en 1717, progressivement dominateurs et arrogants jusqu’à ces dernières années, profondément humiliés de puis quelquetemps.
Ces études sur la M.-. nous sem blent indispensables à connaître pour les historiens de l’avenir qui désireront remonter des faits aux causespdes événements généralement étranges de ces deux derniers siècles... , L’Anglais est-ilun Israélite ?, L’auteur rappelle qu’il y a 310,000 Anglais acceptant la nouvelle théorie d‘Israêl Albion, admettant cette thèse, inconnue en France jus qu’ici.
Ilfait ensuite de nombreuses citations de l’ouvrage fondamental de GOLig8n0t des Mousseaux et du concluant travail de Kalixt‘ de Wolèki ; il montre que ce que ces écrivains ont dit du Juif, s’applique merveilleusement à l'Apglais... \ God est-il Lucifer? En répondant affirmativement à cette question déconcertante à première vue, on trouve
196 L’INITIATION subitement la clef de bien des choses Incorhpréh‘e‘nsîbles autrement. M. LouisMarthin-Chagny s’étend sur 'les étrangetés. sur les côtés grotesques et odieux de la féli gion des'Anglais, sur leur antipapisme, sur leur catholi— cisme qui s’allie,si. volontiers à la F.'. M.'., qui refuse catégoriquement de.combattre les sociétés secrètes. Les clergymen Anglais sont détestés dans la pieuse Albion elle-même.
On se fait en Angleterre une étrange idée du . Christ, dont on tient a se réclamer pour pouvoir s’afl'u— - hier du titre de chrétien, indispensable pour faire bonne figure dans l’Europe chrétienne. Mais la conception du Christ en Angleterre se rapproche étrangement de celle du Christ chez les Juifs.
L’auteur évoque la question du satanisme qui revientà la mode dans les milieux reli gieux, comme dans les milieux antireligieux, dont on rencontre si peu de traces en France, mais dont les manifestations sont très palpables dans certains pays étrangers et même très voisins.....
L’auteur termine par des considérations sur notre politique anticoloniale, antifrançaise, anticommerciale, internationaliste, socialiste, etc., qui n’est d’après lui qu’une conséquence désastreuse, mais nécessaire, de la F.'. M.'., instrument des instincts et des efforts concor- - dants des Anglais, des Juifs et de leurs similaires, les huguenots.
Il s’est surtout efforcé de faire œuvre-de na tionaliste, mais il a été à chaque instant obligé de s‘oc cuper de bizarreries religieuses de l‘Anglais.-ll ne se cantonne pas dans les chemins battus: il renverse quans tités d’idées qui ont cours presque partout dans les pays prétendus éclairés. un FÊDÉRALISME‘ LIBERTAIRE L’Ordresocial et le Contrat libre est le titre d’une bro chure que dent de mettre en vente l’éditeur CHAMUEL (5. rue de Savoie) et dans laquelle M. LÊON Pansons pose*les bases d‘un Fede’ralisme libertaire.
Le jeune so ciologue prévoit le temps où sera organisée une so cie‘té dans laquelle les fonctions politiques auront fait place aux seules fonctions industrielles. Ainsi sera réa lisé le rêve de Proudhon. Cette brochure est à lire atten tivement au moment où l’on se lasse de la politique et oùl'on parle tant de décentralisation et de fédéralisme. Le Gérant: Encaussn. roues. —— me. E. ARRAULT :r c", RUE DE LA rai:recrune, o.