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-’= f, --æ. 0 ! ‘ . ‘ A. z _-= - r.r‘ ’rÿtmfi + “t"t“tîiO"‘- 1 AL 2%.. A C i.1n ‘ Revue philosophique des Hautbs Études PUBLIÉE MENSUELLEMENT SOUS LA DÏRECTION DE PAPUS 53 O. >I< Docteur e‘h médecine — Docteur en kabbale 31" VOLUME. — 9'“ A'NNEE SOMMAIRE DU N°ÿ 7 “Avril (1896) w...— PARTIE INITIATIQUE. . . Deuxfragments inédits. . Eliphas Lévi. ( . 1 à 5). Mt51iumnité et Magie (suite et fin) . . . . . . . .Papus. (p. 5 à 33).
Le Secret de l’univers (suite) . . . . . . . . . . .Amaravella. (p‘. 34 à.4o). PARTIE PHILOSOPHILa Patingénész'ehistorique QUE .....,... . . .. et pratique . . . . . . . .Karl Kusewetter (P41 à 64)- . Un Regard vers le Czel.—' Pourquoi le fer seul in— > digue le Nord . . . . . . Aug.Striemdberg. (P- 64 à 69) Changement de person— nalité(fin) . . . . . .A. Lecomte. (p. 70 u 77)-, PARTIE LITTÉRAIRE._,.
La Vague de me! . . . . . .P. de Labaume. ‘P78 à 79.) * . Oh! les morts! . . . . . . . . Guymiot. (P- 79 à 80) Groupe indépendant d’Etudes ésotériques. — Mouvement idéaliste. — Mile Couesdom — Chez le docteur Papus. — Chez M. le chanoine Breues. — L’Inspirée de l’Ange Gabriel. — Thérapeutique occulte.— Ecole secondaire de magnétisme de Lyon. — Livres reçus.
Tout ce qui conceme la Rédaction et les Échanges doit être adressé Villa Montmorency, 10, avenue des Peupliers, Paris-C G 1. . , ;_ Administration, Abonnements : 5, rue de Savoie ' ‘ l\ a: LL Chamuel, ed1teur. d l\ l \.l ER’Si T‘ ‘___ .. __ C/Ïù .Î. L [\ t-\ Y’ i.: Le_ Numéro : UN FRANC. -— Un An: DIX FRANCS A
.5 ‘2 3 14 a 23"") /l /j 714: ::/‘ . .3,,_ PROGRAMME . Les Doctrines matérialistes ont vécu; Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des ‘ forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Minérialistes en arrivent à les nier. _ L’Initiation est l’organe principal de cette renaissance spiritua listé dont les efforts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de' tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.
' Au point de vue social, l’Initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l’arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains: le cIéricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l’Initiazion étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie. phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais' n’appartient exclusivement à aucune.
Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études. _La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits.
Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu‘elles savent toujours apprécier. ' L’Initiation parait régulièrement du 15 au 20 de chaque mois et compte déjà huit années d’existence. -— Abonnement: 10 francs par an (Les collections des deux premières années sont absolument _’,J 3e'p,uÿsëfis1) »- vu f‘gfij ’itl l.. __‘._4
L’IniIiatian du 15 avril 1896 PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE l’1m‘iz‘atïon V 10 PARTIE INITIATIQUE F. CH. BARLET,S.'. I.'. â—STANISLAS DE GUAITA, S.'. I.'. {3— GUYMIOT. — MARC HAVEN,S.'. —JULIEN LEJAY, S.'. I.'. “ ÉMILE MICHELET, S.'. I.'. (C. G. E.) —- LUCIEN MAUCHEL, S.°. I.'. (D. S. E.) MOGD. S.'. I.'. -—GEORGE MONTIERE, S.'. I.'. ;‘\. —PAPUS, S.'. l.°. —— QUÆRENS, S.'. I.'. (D. G. E.) — SEDIR, S.'. I.'. — SELVA, S.'. I.'. (C. G.
E.)— VURGEY. n° PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ABlL-NIARDUK. — AMELINEAU. - ALEPH. —— D“ BARADUC. — Le F.'. BERTRAND 30‘ . . -_—- BLITZ. —— BOJANOV. — RENÉ CAILLIE. —- CAMILLE CHAIGNEAU. — CHIMUA DU LAFAY. — ALFRED LE DAIN. — G. DELANNE. — FABRE’ DES ESSARTS. — D“ FUOAIRON. — DELE ZINIER. -—- JULES GIRAUD. — HAATAN. — L. HUTCHINSON. — JOL° LIVET—CASTELOT. — L. LEMERLE. LECOMTE. NEY. — HORACE PELLETIER. -— G. POIREL. — RAYMOND. -—- A.
DE R. — Dr SOURBECK. —— L. STEVENARD. — THOMASSm. — G. V1 TOUX. — HENRI WELSCH. — YALTA. 30 PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAUBOURG. — JEAN DELVILLE. — E. GOUDEAU. —- MA—‘ NOËL DE GRANDFORD. —— JULES LERMINA. — L. HENNIQUE. ‘— JULES DE MARTHOLD. — CATULLE MENDÈS.— GEORGE MONTIÈRE. — LÉON RIOTOR. -— SAINT-FARGEAU. -— ROBERT SCHEFFER. — ÉMILE SIGOGNE. — CH. DE SIVRY. 40 POESIE CH.
DUBOURG. — RODOLPHE DARZENS. —- JEAN DELVILLE. — YVAN DIETSCHINE.‘ —.MAURICE LARGERIS. — PAUL MARRO‘I‘. -— J. DE TALLENAY. —- ROBERT DE LA VILLEHERVÉ. \ ;" ' """’""“ “ T ‘ T‘-‘.ÏÎÏÎ ‘.:’ ; ‘.. ’*."= ' — NAPOLÉON
L'Initiarion du 15 avril 1896 L’INITIATION ADMINISTRATION ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO DIRECTION a loulmrency, 10, aven. des Peupliers PA RIS-A UTEUIL DIRECTEUR : PAPUS Dune-rem ADJOINT : Lucien MAUCHEL Rédacteur en chef: 5, Iiue de Savoie F.-Ch. BARLET PARIS Secrétaires de la Rédaction: FRANCE un an 10 h_ J. LEJAV -— PAUL SÉDIR . " ' ' Dr en Kabbale, ; ÉTRANGER, — 12 ir. s .___., ..
RÉDACTION. —- Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité. L’indépendance absolue étant la raison d’être de la Revue, la Direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps d’un article. Prière d’adresser tous les échanges :_ Villa Montmorency, 10, avenue des Peupliers, Paris. Les manuscrits doivent être adressés à la rédaction. Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d'avis spécial.
Un numéro de,la Revue est toujours composé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant. ' Mmuscmrs. — snourr: mnrrruum II'ETlIIIES ÉsmÉmçuss 1,600 Membres — 104 Branches et Correspondants -— Groupes d‘Études fermés Les Membres ne paient ni cotisation ni droit d’entrée.
Pourtous renseignements, s'adresserparlettreà M. Paul SÉDIR, directeur adjoint, 4, rue de Savoie, Paris, en joignant un timbre ' pour la réponse. Principales Sociétés adhérentes au Groupe . ORDRE MARTINISTE ORDRE KABBAIJSTIQUÊ DE LA ROSE + CROIX. —ÈGLISE GNOSTIQUE ';\l.I—.—.
’osée / l ämmmMW La reproduction des articles inédits publiés par l'Iniliation est formellement interdite, à moins d’autorisation spéciale.
PARTIE INITIATIQUE ÆEUX ËRAŒMENTS minus LA KABALE CONSIDÉRÊE ELLE-MÊME COMME UNE RELIGION SECRÈTE ET SUPÉRIEURE A TOUTES LES AUTRES Il existe au monde une religion simple et universelle dans ses dogmes comme la nature dans ses lois, une religion qui n’a jamais admis l’idoiâtrie,qui n’a ja— mais occasionné de disputes, qui n’a jamais versé de sang, qui explique, tolère et sanctifie toutes les autres, préserve de l’exaltation religieuse et de la folie en don— nant à la plus grande foi le concours et l’appui de la plus saine et de la plus solide raison.
Cette religion est antérieure au judaïsme et aux autres cultes qui en dérivent : c’était celle des initiés de l’Egypte et des sages de la Chaldée. Elle a fourni à toutes les autres leurs initiations et leurs mystères, elle et seule conservé les secrets de la nature et de la philosophie, elle ne s’est jamais livrée à la supersti tion et à l’ignorance. Une inviolable discrétion a veillé de siècle en siècle à la porte de son sanctuaire. Ses enfants sont morts pour elle sans la trahir. C’est —r——_.—a—“‘x 1
2 L’INITIATION la religion secrète de Moyse, retrouvée depuis par Jésus et confiée seulement à saint Jean : c’est la religion de Zoroastré et de Pythagore, d’Ammonius Saccas et de Synésius, de Denys l’Aréopagyte et de tous les disciples d’Hermès. C’est la religion des grands alchimistes, des templiers et des rose—croix de la haute Maçonnerie et de l’illumination vraiment éclairés.
Plusieurs papes l’ont connue et l’ont professée en secret, elle a compté parmi ses adeptes des empe— reurs et des rois, mais elle est trop simple, trop grande, trop belle et trop pure pour devenir jamais la religion des sottes multitudes. Cette religion, c’est la Kabbale. La Kabbale n’a qu’un dogme, l’harmonie, et qu’un précepte, la justice.
Elle n’a qu’un sacrement, la communion, qu’un temple, l’univers, et qu’un tribunal infaillible, la rai son. Elle est riche pourtant en épopées symboliques, en rayonnantes images et en merveilleuses légendes; elle tient en main la clé des miracles et foule aux pieds la tête du serpent infernal de l’ignorance et de la peur. C’est la seule religion réelle; les autres n’en sont que les mirages et les ombres.
C’est le culte en esprit et en vérité dont parlait le révélateur du christianisme. Jamais ses autels n’ont été salis par le sang des vic times, jamais elle n’a imposé à ses apôtres l’abrutisse ment et la déraison. Elle est hiérarchique par degrés de science et de vertus et non par combinaisons d’intrigue et de ri chesse.
DEUX FRAGMENTS INÉDITS 3 Elle assure la paixà tous les hommes et à chacun le fruit de ses œuvres. ‘ Elle ne décide rien témérairement en matière de foi et n’exclut des croyances humaines que l’absurde, parce que la raison est un- reflet de la lumière absolue et éternelle. _ C’est la religion de sagesse etla philosophie d’amour.
Le culte de la Kabbale a toujours consisté dans les cérémonies de l’initiation, dans une série de signes et de paroles mystérieuses, dans des banquets fraternels, des chants, des fêtes et des discours. DE L’lMITATION DE JÉSUS-CHRIST ET DU MÉPRIS DE TOUTES LES FAUSSE’I‘ÉS HUMAINES Celuiqui me suit ne marche point dansles ténèbres.
C‘est ainsi que le maître nous conseille d’imiter sa vie et ses actions, non par un sentiment de crainte Ou d’espérance aveugles, mais en marchant à la lu mière de la raison suprême et de l’éternelle vérité. Pour imiter la vie de notre modèle si divin parce qu’il est si parfaitement humain, tâchons donc d’abord de la comprendre.
Sa doctrine si simple et si pure estau-dessus de tous les commentaires de ses disciples de tous les âges, et, pour la bien connaître, il ne faut pas s’en rapporter aux explications plus ou moins obscures des hommes, mais à l‘esprit de vérité qui parle à tous ceux dont le cœur est pur. L’évangile passe auprès des oreilles distraites et ne touche pas les cœurs de ceux qui ne sont pas éclairés par l’esprit de vérité.
4. L’INITIATION Si donc vous voulez le comprendre, tâchez d’abord par vos bonnes actions et vos bons désirs de vous en rendre dignes. Il ne s’agit plus de discourir sur les‘mystères; qu’im portent vos opinions sur des choses que vous ne sau riez comprendre? Ce qui plaità l’intelligence suprême, c’est la bonne volonté de votre cœur. Ce ne sont pas les phrases théologiques qui plaisent à Dieu, c’est la charité réalisée par les bonnes oeuvres.
J’aime mieux sentir en moi la piété que de la bien définir. Sachez par cœur la bible et joignez-y une grande érudition philosophiquezà quoi bon cela sivous n’en êtes pas meilleur? Vanités des vanités et tout est vanité, excepté d’ai mer Dieu et de ne servir que lui. La souveraine sagesse consiste à élever son âme dans le ciel par le mépris des maux et des erreurs de la terre.
Vanité donc que de vouloir uniquement faire for tune sur une terre où il faut mourir. Vanité d’ambitionner les honneurs sans songer aux devoirs qu’ils imposent. Vanité de céder aux convoitises au lieu d’être le maître de ses désirs. Vanité de vouloir vivre longtemps sans se mettre en peine de bien vivre. Vanité d’aimer les amuseménts qui passent plutôt que la vie intelligente qui dure toujours. Souvenez—vous de ce proverbe du sage: l’oreille ne se lasse pas, etc. *'” "!ll‘.
LES RAYONS INVISIBLES 5 Travaillez donc à vous détacher des attraits grossiers de la brute pour vous élever aux jouissances de l’âme, car les sens matériels sont insatiables lors— qu’ils n’ont pas de frein spirituel, et il faut même, pour les satisfaire convenablement, les soumettre d’abord aux lois saintes de l’idéal.
EL1PHAS LÉV1. lÆS RAYUNS lMWlSlBLEËS Et les dernières eXpérienee3 d‘Eusapia DEVANT L’OCCULTISME (r) DEUXIÈME PARTIE MÉDIUMNITÉ ET MAGIE Après avoir montré comment les récentes décou vertes touchant le physique venaient appuyer les en— seignements de l’occultisme, il nous reste à étudier une série de faits du plus haut intérêt qui viennent confirmer les enseignements de la tradition ésotérique concernant la médiumnité et les forces peu connues , encore de l’homme visible et de l’homme invisible.
Ces faits sont relatés tout au long dans un rapport pu blié par le numéro de janvier-février 1896 des An nales des Sciences psychiques. (I) Nos lecteurs qui voudraient se procurer un tirage à part de deux articles, orné d'une nouvelle et grande planche élec trographique inédite, le trouveront au prix de 0 fr. 75 au lieu d’un franc, à l’administration de la Revue : 5, rue de Savoie,Paris.
6 L’INITIATION OCCULTISTES ET SAVANTS OFFICIELS On a commis de grosses fautes en confondant le rôle des occultistes et le rôle des savants: Les occultistes, forts de l’appui de leurs expériences personnelles d’une part, et de l’autorité d’un enseigne ment qui n’a pas varié depuis trente-six siècles, d’autre part, affirment une série de doctrines se rattachant soit à des forces de la nature encore peu connues, soit aux conditions d’évolution de la portion immortelle de l’homme.
Mais le public se défie beaucoup de toutes les expé— riences tentées par les occultistes pour prouver par les faits la réalité de leurs théories. On suppose que les dits expérimentateurs seront partiaux et que cela dé— truira en grande partie la valeur de leurs essais. Pourquoi?
Parce que les occultistes, étant, avant tout, des phi— losophes, ne doivent pas marcher sur les brisées des savants, qui sont, eux, les expérimentateurs en qui le public aura et à juste titre plus de confiance.
Que, lorsque les savants refusent systématiquement de marcher, les occultistes soient obligés de les pousser en publiant leurs personnelles expériences, rien de mieux; mais, une fois les savants lancés dans la voie des expériences, les rôles changent, et les occultistes doivent rester dans leur domaine (vis—à-vis du public profane), c’est-à-dire doivent seulement enregistrer les faits dûment contrôlés qui viennent affirmer leurs dires. '
LES RAYONS INVISIBLES 7 Voilà pourquoi nous applaudissons de tout cœur au superbe rapport publié sur la médiumnité d’Eusa pia par une commission de véritables savants non encore entachés d’occultisme ni de journalisme, et qui mérite de fixer maintenant et plus tard toute notre attention.
Du 20 septembre 1895 jusqu’au 26, MM. le lieute nant-colonel de Rochas, ancien élève de l’École poly— technique ; Comte A. de Gramont, docteur ès sciences phy— siques; Sabatier, professeur de zoologie à la Faculté des sciences de Montpellier ; Maxwell, substitut du procureur général à la cour d'appel de Limoges ; Baron C. de Watterille, licencié ès sciences phy siques et licencié en droit; Le Dr Dart‘ex, se sont réunis à la villa de I’Agnélas pour étudier les faits produits par Eusapia Palladino.
Ces messieurs se sont entourés des plus minutieuses précautions contre la fraude, et à cet effet ils ont em— ployé le moyen le plus radical, qui consistait à tenir et à toujours contrôler les quatre membres et la tête du médium. Nous n’avons pas à insister pour nos lecteurs sur ce contrôle, car les occultistes sont assez avancés dans ces études pour admettre la réalité des phénomènes.
Nous nous occuperons donc seulement des faits les plus importants produits, et nous passerons successi vement en revue par rapport à notre doctrine:
8 LÏNl'I‘lATION 1° Le médium ; 2° Les assistants; 3° Les actions extérieures. LE MÉDIUM Le médium étudié était Eusapia Palladino, dont nos lecteurs connaissent déjà le nom. La Commission, tout en cherchant à éviter toute fraude, était animée d’un excellent esprit, qui ressort clairement de l’extrait suivant de son remarquable rapport.
Cela était, d’ailleurs, d’autant plus nécessaire que la Commission n’ignorait pas que tout sujet, médium ou autre, appelé à produire des phénomènes qui exigent de sa part des eiïo_rts pénibles et parfois même doulou reux, peut être tenté consciemmentou même inconsciem ment d’avoir recours à des moyens plus faciles d’obtenir les résultats demandés.
C’est là une disposition essen tiellement humaine et naturelle, avec laquelle_ il faut d’au tant plus compter que l’on se trouve (et c’était ici le cas) en présence de personnes habituées dès longtemps à servir de sujets d’expérience, qui ont pu penser souvent aux moyens de faciliter leur tâche par la fraude et à en faire l’essai.
Il y a là des habitudes de penser et d’agir qui prennent peu.à peu place dans la manière d’être du _ sujet, et qui peuvent aboutir, avec le temps et la répéti tion, à des tentatives inconscientes et presque innocentes de tromperie. Cette considération a son importance, car elle peut conduire à des conclusions négatives un observateur qui n’y attache pas une attention suffisante.
Surprendre un médium en tentative de supercherie ne suffit pas pour nier d’une manière absolue et sans appel la réalité des phénomènes. A côté des essais de supercherie peuvent réellement
LES RAYONS INVISIBLES 9 ....Î. exister les phénomènes sincères et positifs; et, quand on veut observer, dans l’ordre de faits qui nous préoccupe, on est tenu de penser qu’un phénomène obtenu par voie illégitime peut se mêler parfois à des faits sérieux et dignes de crédit.
Il importe donc que les observateurs cherchent à saisir, à côté des observations douteuses ou suspectes, des observations faites avec la netteté et la rigueur de la méthode scientifique. DÉGAGEMENT DU CORPS ASTRAL DU MÉDIUM. — Syn chronisme des mouvements musculaires et des ac— tions produites.
L’occultisme a toujours prétendu que la véritable cause de la plupart des phénomènes dits spirites était la sortie hors du médium de son « double » (ou corps astral, périsprit, etc.) et qu’il fallait voir là non pas un fait extranaturel, mais au contraire un fait se ratta— chant à la physiologie transcendante. Comme corollaire à notre affirmation, citons l’opi nion d’Eliphas Levi à ce sujet.
' « Dire par exemple que dans les soirées magnét1ques de M. Home il sort des tables des mains réelles et vivantes, de vraies mains que les uns voient, que les autres touchent et par lesquelles d’autres encore se sentent touchés sans les voir, dire que ces mains vrai ment corporelles sont des mains d’esprits, c’est parler comme des enfants ou comme des fous, c’est expli quer contradiction dans les termes.
Mais avouer que telles ou telles apparences, telles ou telles sensations se produisent, c’est être simplement sincère et se moquer de la moquerie des prud’hommes, quand bien même ces prud’hommes auraient de l’esprit comme
10 L’INITIATION tel ou tel rédacteur de tel ou tel journal pour rire (1). » « Maintenant, au nom de la science, nous dirons à M. de Guldenstubbé, non pas pour lui qui ne nous croira pas, mais pour les observateurs sérieux de ces phénomènes extraordinaires : « Monsieur le baron, les écritures que vous obtenez ne viennent pas de l’autre monde; et c’est vous-même qui les tracez à votre insu.
« Vous avez, par vos expériences multipliées à l’excès et par l’excessive tension de votre volonté, détruit l’équilibre de votre corps fluidique et astral, vous le forcez à réaliser vos rêves, et il trace en carac tères empruntés à vos souvenirs le reflet de vos ima ginations et de vos pensées.
« Si vous étiez plongé dans un sommeil magnétique parfaitement lucide, vous verriez le mirage lumineux de votre main s’allonger comme une ombre au soleil couchant et tracer sur le papier préparé par vous ou vos amis les caractères qui vous étonnent (2). » Nous-même, dans un travail sur le spiritisme, Con sidérations sur les phénomènes du spiritisme, rap— ports du spiritisme et de l’hypnotz’sme, paru en 1890, nous avons ainsi résumé nos idées sur cette question: La vie peut, dans certaines conditions, sortir de l’être humain et agir à distance.
Dernièrement, vous avez pu lire les expériences de M. Pelletier qui, endormant trois sujets et les plaçant autour d’une table, voit les objets matériels légers se (l) Eliphas Levi, Clef des grands mystères, p. 240. (2) Idem, Scienca des esprits, p. 267.
LES RAYONS INVISIBLES lI mouvoir sans contact et au commandement. Que se passe—t-il P Sa volonté s’empare de la vie des trois sujets et dirige la force de ces trois périsprits sur les objets matériels qui se meuvent sous cette influence. Une autre manière de vérifier ce fait consiste à prendre un sujet endormi, isolé électriquement, et à lui demander de décrire ses impressions.
Le sujet ‘ voit parfaitement le corps astral, c’est-à-dire la vie sortir du médium par le côté gauche (au niveau de la rate), et elle agit sur les objets matériels suivant l’im pulsion que reçoit le périsprit (l). Un médium n'est pas autre chose qu’une machine à dégager du péri;‘prit (corps astral), et ce périsprit sert d’intermédiaire et de moyen d’action à toutes les volontés visibles ou {nuisibles qui savent s’en emparer.
Du reste, interrogez les médiums, et tous vous di ront qu’au moment où les phénomènes d’incarnation ou de matérialisation vont se produire, z'ls sentent une douleur aiguë au niveau du cœur et qu’aussitôt après ils perdent conscience (2).
Quand les spirites prétendent que les mains qui touchent la tête des assistants, qui déplacent les meubles ou se profilent en vagues reflets sur les murs, sont les mains des esprits des morts, l’occultisme (qui cependant n’a jamais nié l’existence possible des esprits) (3) affirme qu’ils’agit là d’un phénomène phy— (1) Op. cit., p. 7. (2) Op. cit., p. 8. .
' . y (3) Les spirites éclairés ont toujours été dans que, tout en admettant l‘existence d’agents spirituels, il faut attribuer une
I 2 L’INITIATION sique d’un genre particulier et que c’est le corps astral du médium momentanément extéri0rz‘se’ qui produit ces faits. .
A l’appui de notre affirmation, nous ferons re marquer, non pas aux sectaires, mais aux hommes de science : I° Que toute projection, en dehors, de la main astrale est accompagnée chez Eusapia d’un refroidissement de la main physique; 2° Que le refroidissement cesse en même temps que le phénomène produit sous l’influence de la main extériorisée.
3° Que chaque phénomène physique (déplacement de meubles, été), produit à distance, est accompagné de mouvement synchronique des muscles physi ques, qui, dans les conditions normales, auraient pro duit le phénomène. 4° Enfin que les assistants contribuent, à leur insu, à fournir de la force dans beaucoup de phénomènes, ce qui explique la fatigue rapide ressentie par lesdits assistants.
En somme, il s’agit là de la production, par des piles humaines montées en série ou en quantité d‘une force condensée et dirigée par le corps astral du mé dium qui annonce les phénomènes dans la majorité des cas. Les extraits suivants du rapport vont confirmer très grande part, dans la production des phénomènes phy siques, aux influences provenant du médium.
Nous ne pouvons que renvoyer à ce propos à l’excellent ouvrage d'Aksakofï: Animisme et Spiritisme, p. 275, p. 277 bas et p. 278 haut.
LES RAYONS INVISIBLES 13 d’une façon remarquable nos affirmations concernant le synchronisme des actions à distance et des mouve ments musculaires du médium. Comme remarque générale , il est important de noter qu’Eusapia, presque toujours, a annoncé les phé— nomènes au moment où ils allaient commencer à se pro duire, et que par là elle facilitait singulièrement la sur veillance et le contrôle.
En outre, elle paraissait pendant tout le temps de l’ex périence dans un état de transe douloureux et pénible, qui se traduisait par des soupirs, des gémissements, une toux nerveuse, une transpiration abondante. Quand un phénomène allait se produire, les gémissements redou blaient et on sentait en elle pn état d’effort et de tension considérables.
Dès que le phénomène cessait, elle retom bait inerte et comme épuisée par la dépense de force qu’elle avait dû faire. Il faut également noter qu'Eusapia esquisse générale ment les mouvements de ses membres, qui sont censés devoir produire le phénomène.
Mais elle les esquisse seulement par des mouvements de faible amplitude, inca pables d’atteindre les objets qui sont remués et transpor tés.‘ Il y a là quelque chose qui rappelle les mouvements synergiques que l’on produit instinctivement lorsqu’on observe et que l'on veut aider un homme faisant un très grand effort.
Ainsi, quand Eusapia veut attirer et mettre en mouvement un fauteuil placé dans son voisinage, elle porte un peu la main ou mieux le poing fermé du côté du fauteuil, et le retire ensuite, comme pour tirer le fauteuil à l’aide d’un lien matériel. Dans aucun cas, ce lien matériel n’a pu être ni saisi ni même soupçonné par les observateurs.
Pendant tout le temps de cette surveillance, M. de Gramont a bien observé que chaque manifestation pro duite par le médium est immédiatement précédée ou accompagnée d’un mouvement corrélatif du pied ou de la jambe tout entière du côté où le phénomène va se produire ou se produit. Ce mouvement est accompagné d’un effort musculaire violent, révélé par le durcisse ment des muscles, mais il n’a qu’une amplitude très
14 L’INlTIATION faible et tout à fait hors de proportion avec le mouve ment produit. M. de Gramont s’est assuré d’ailleurs que le mouvement, ou plutôt l’effort du membre, n’avait aucune relation possible de contact ou de lien supposé, soit avec l'objet déplacé, soit avec la personne touchée, soit avec le corps frappé.
Eusapia agite la jambe ou le pied gauche; on y sent une contraction musculaire, et, en même temps, le fauteuil placé derrière le rideau et derrière elle se déplace synchroniquement, à plusieurs reprises, derrière le rideau, comme s’il avait été mécani quement solidaire de ce pied gauche tenu dans la main droite de M. de Gramont, qui s'assure bien de l'indépen dance absolue du membre du médium, de tout lien ou de tout contact avec le fauteuil.
Le contrôle des pieds et de la tête ainsi assuré, et le contrôle des mains restant ce qu’il était, c'est-à-dire peu satisfaisant à cause de leurs déplacements fréquents déjà signalés par M. Sabatier, des coups violents retentissent dans la table, accompa gnés de mouvements synchrones de la jambe gauche. Plusieurs assistants éprouvent des contacts de mains. Le fauteuil s‘agite. Le rideau est projeté sur la table. 9 h.
30 m. — M. Sabatier est touché trois fois et tiré trois fois violemment par le pan gauche de sa jaquette. A ces contacts correspondent des mouvements synchrones du pied gauche tenu sous la table par M. de Rochas. On entend des bruits répétés frappés sur la table. M. Maxwel est touché onze fois de suite sur le sommet de la tête. Les coups sont reproduits synchroniquement par le pied gauche du médium.
La figure de M. Maxwell était contre celle d’Eusapia qut s’était penchée sur lui. La chaise sur laquelle est assis M. Sabatier est arrachée violemment et renversée et M. Sabatier tombe à demi couché par terre. Le contrôle parait excellent, et aucun des membres du médium ni sa tête n’ont fait un mouvement suffisant pour produire un tel effet. M. Sabatier tenait bien la main droite, M. Maxwell la main gauche.
La main droite de M. Sabatier reposait sur les deux cuisses du médium. Le piano émet deux notes qui sont accompagnées de mouvements synchrones des pieds d’Eusapia. Le clavier
LES RAYONS INVISIBLES I 5 blanc est vu par M. Maxwell qui ne remarque pas de corps étranger passant au-dessus de lui. Eusapia fait des mouvements de la main tenue par M. Maxwell à 011,20 au—dessus du piano, comme si elle voulait frapper sur les touches. Celles-ci rendent des sons synchrones à ces mouvements. Trois coups sont frappés dans le bahut placé derrière M. Maxwell et séparé d’Eusapia par ce dernier.
A chaque coup correspond un léger mouvement synchrone de la main gauche bien tenue par M. Maxwell. REFROIDISSEMENT DE LA MAIN DU MÉDIUM. TRANSE. Chaque fois que le corps astral quitte le corps phy sique,on voit se produire en petit le phénomène de la mort dans la portion abandonnée par le corps as— tral. La circulation se ralentit etla chaleur disparaît plus ou moins complètement pour venir au retour du « double ».
Ce fait, déjà observé par Éliphas Lévi par rapport à Home, est encore confirmé par l’observation suivante de la commission. L‘action du souffle du médium est encore très curieuse à remarquer à ce sujet. Enfin, le médium a, dans une autre expérience, associé à l’astral de sa main l’action de M. Maxwell, ce qui est encore plus intéressant à remarquer pour les occultistes.
Nous signalerons aussi les transes du médium concomitantes et chaque dégagement du corps astral. Le fauteuil lourd, situé derrière le rideau, vient heur— ter vivement, à plusieurs reprises, la chaise de M. Max-—
16 L’INITIATION well. Celui-ci constate qu’au moment de la production du phénomène, la main gauche d’Eusapia, qu’il tenait, est glacée. Eusapia a agité la main pendant les mouve— ments du fauteuil, et synchroniquement avec eux. Mais M. Maxwel a toujours tenu la main d’Eusapia et l'a sen— tie devenir très froide. La chaleur est assez rapidement revenue.
M. Maxwell, au moment où il a senti la tem pérature de la main s’abaisser, a serré avec le pouce la main d'Eusapia. Il est très sûr que c’est la main gauche qu’il tenait qui est redevenue chaude. Il affirme que le contrôle de la main a été très bon. M. de Gramont est sûr de la main droite, et M. Dariex des membres infé rieurs, de la tête et du bras droit.
Le piano est revenu sur la table, il est visible à cause de sa couleur blanche, Eusapia penche la tête en avant pour souffler sur le piano. Le piano se déplace comme mu par ce souffle. 9 h. 10 m. -— Les conditions du contrôle restent exac tement les mêmes. ‘ M. Maxwel éprouve dans le dos la sensation d’une main le touchant d’un coup sec et brusque, comme si les doigts étaient écartés et présentés par la pointe.
Il n’a nullement la sensation d’un bras passant derrière lui. Le D“ Dariex a la tête saisie par une main entière qui s’applique sur elle et en embrasse le sommet avec les cinq doigts écartés dont la sensation est très nette. Il ne peut pas établir de différence entre cette sensation et celle que produirait la main même du médium. Les observateurs, interrogés à deux reprises, disent être sûrs des mains du médium.
Le Dr Dariex déclare le contrôle parfait de sa part en ce qui concerne les membres inférieurs, la tête et le bras droit du médium. Tout le monde se rassied. Le contrôle restant le même, Eusapia, de la main gauche tenue par M. Max— well, mime des coups à 30 centimètres au—dessus de la table; ces coups sont simultanément entendus, dans la table, d’une manière très forte.
Puis elle dirige cette même main, tenue par M. Maxwell, vers le rideau dér— rière elle, mais sans atteindre le fauteuil placé dans l’embrasure; aussitôt on entend ce fauteuil se mouvoir
LES RAYONS INVISIBLES 17 en semblant suivre les mouvements de la main, comme si cette main était un aimant; contrôle parfait. 9 h. 15 m. — Eusapia, qui avait gardé ses souliers, les quitte à ce moment. Elle place chacun d’eux sur le pied voisin de l’un des deux observateurs qui tiennent les mains. Elle dégage ses mains et prend la main droite de M. Maxwell et la frotte entre les siennes.
Puis, de sa main gauche, elle fait faire à la main droite de M. Max— well les mêmes mouvements que précédemment, et les mouvements du fauteuil se reproduisent. M. Maxwel ne sent aucun effort, aucune résistance. M. Sabatier avait repris la main droite d’Eusapia dans sa main gauche; et sa main droite était placée sur les deux genoux d’Eusa— pia, de manière à s’assurer que les membres inférieurs restaient immobiles.
En outre, M. Sabatier voit bien la main droite d’Eusapia sur la table et est sûr qu’elle n’est pas rapprochée de la gauche. Les mouvements du fau— teuil jettent le piano par terre; il est remis sur le fauteuil par le Dr Dariex. 9 h. 20 m. — Eusapia frotte vigoureusement la main de M. Maxwell entre ses deux mains, et le fauteuil se précipitecontre la table.
LES ASSISTANTS Le médium, livré à ses seules forces, produirait des faits bien moins positifs s’il n’utilisait pas les for— ces des assistants. L’alliance des assistants et du médium donne nais sance à un singulier phénomène étudié par Eugène Nus sous le nom d’Etre collectif(r) et admirable ment développé par Stanislas de Guaita dans son chapitre sur les Mystères de la multitude (2).
Objectivement le fait se caractérise par la fatigue (r) Eugène Nus, les Grands Mystères. (2) Stanislas de Guaita, extrait du volume la Clef de la magie noire, publié dans l’Initz‘aiion de janvier 1896.
18 L’INITIATION toute spéciale ressentie par les assistants, par la de mande du médium de former une chaîne d’êtres hu mains et par un courantfroid caractéristisque et bien connu de tous ceux qui ont sérieusement étudié les faits. Voici comment nous définissions en 1890 le rôle des assistants. Quel est donc le rôle des assistants dans une séance ? Ce rôle est loin d’être indifférent, comme on pour raitle croire au premier abord.
La volonté, bonne ou mauvaise, de chaque assistant, sa vie également, vien nent agir sur le périsprit du médium, pendant qu’il est sorti et appuient ou arrêtent les influences qui ont agi sur le périsprit.
Les assistants forment donc une véritable enceinte fluidique chargée d’empêcher d’une partle périspritdu médium de perdre sa force en s’éparpillant dans l’es— pace et d’empêcher d’autre part les influences exté rieures au cercle, s’il y en a, de s’emparer de ce péris prit. Voilà pourquoi les médiums demandent souvent qu’on fasse autour d’eux/la chaîne pendant les grandes expériences de maiérialz'saiions ou d’apports.
Cette chaîne augmente de beaucoup la puissance du médium, et ce qu’il y a de fort curieux, c’est que cette chaîne était employée dans les temples égyptiens, ' ainsi que nous le montre Louis Ménard dans le Poly the’isme hellénique et qu’elle est encore employée de nos jours par les francs—maçons, qui comprennent si
LES RAYONS INVISIBLES I9 peu la haute importance de cette cérémonie qu’ils l’emploient... pour la transmission du mot de semes— tre (I). LA CHAINE , 9 h. 40 m. — Eusapia demande qu’on fasse la chaîne pour lui donner de la force. M. Charles de Rochas se place entre MM. Sabatier et de Watteville, et la chaîne se fait. Le pied droit d’Eusapia est tenu et vu par M. Sabatier, le gauche est bien tenu par M. Watteville.
Sur la demande du médium, M. Sabatier change de place avec M. de Gramont, qui passe à la droite du sujet pourtenir la main droite. M. Sabatier se place à droite de M. Gramontsur le côté de la table; sa main gauche est en contact, sur la table, avec la main droite de M. de Gra mont, pour faire la chaîne; et sa main droite avec la main gauche de M. de Rochas, qui est lui-même en con tact avec M. Maxwel.
Il est à noter que le sujet, qui avait exécuté les premiers phénomènes sans qu’eût été formée une chaîne de personnes, ayant ses deux mains comme point de départ et d’arrivée, a demandé à plu sieurs reprises à ce qu’on lui donnât de la force en fai sant la chaîne.
Elle dit qu’à certains moments elle sent comme un fluide lui arriver du côté de M. Maxwell d’abord, et plus tard de M. de Rochas, quand celui—ci aura remplacé M. Maxwell, qui se dit lui-même très las.
LE SOUFFLE FROID Quand Lafontaine se passait un peigne dans les cheveux, l’effluve était si fort qu’un enfant qui était présent s’écria: « Il y a le feu, il y a le feu à la tête de M. Lafontaine (2).» (t) Papus, Considérations sur les phénomènes du spiritisme p. 8. (2) Karl du Prel, Revue des Revues du I" mars 1896
20 L’INITIATION -——.—--—-ç L’effiuve dégagé par le médium et les assistants donne naissance à ce singulier phénomène du souffle - froid. Toutes les personnes présentes sentent fort bien alors une sorte de souffle frais qui parcourt toute la chaîne dans un certains sens. C’est le courant flui dique, formé par les périsprits, qui s’établit.
Le courant fluidique, invisible pour les espritsma tériels et visible pour les voyants (sujets somnambu liques), circule au-dessus du cercle et dans son inté rieur (1). Des instruments de musique circulent au-dessus des têtes des assistants en jouant des airs variés.
Ces instruments peuvent se poser en moinsde trois secondes successivement sur les têtes de douze personnes for mant la chaîne, phénomène impossible à obtenir par tricherie. _ Que se passe—t-il à ce moment P Le courant fluidique qui circule au-dessus des as sistants et qui est renforcé par leur union en chaîne, ce courant porte les' objets comme un véritable fleuve (2).
Eusapia porte à deux centimètres au-dessus de sa tête sa main accompagnée par celle de M. de Gramont qui la tient toujours. Celui-ci a l’impression nette d’un cou rant froid s’échappant des cheveux du médium et qui est semblable à celui qu’on ressent près d’une machine élec trostarique à influence. (I) Papus, Considérations sur les phénomènes du spiritisme, in-8, I8go, p. 10. (2) Idem, ibid.
LES RAYONS INVISIBLES 21 VISION Dans les expériences de l’Agnélas, les faits de vision d’images astrales ou de lumière astrale ont été très peu nombreux et nous le regrettons vivement. M. de Bodisco (r) a étudié dans de bonnes condi tions la condensation progressive de la lumière astrale qui est une des clefs de l’apport que nous verrons plus tard. Rapportons cependant les uniques faits de visions observés par la commission.
Les objets blancs observés et la main sont des condensations délu mière astrale du médium plus ou moins bien formée. Il en est de même de la tête, à propos de laquelle il est bon de se reporter aux expériences du Donald Mac Nab publiées dans le Lotus Rouge (n°' 20 à 24).
En résumé, M. Dariex tenait le médium de manière à être sûr des membres inférieurs, du bras droit et du poi gnet droit, qui ne quittaient pas la table, et de la tête, qui ne quittait pas la sienne. M. Maxwell tient toujours la main gauche, comme il a été dit ci-dessus; M. Saba tier, la main droite d’une manière très ferme.
Le mé dium se plaint de la lumière; la porte est fermée pres que complètement, d’où il résulte une obscurité assez prononcée pour qu’on ne puisse distinguer que les objets volumineux ou de couleur blanche. Le fauteuil qui se trouve derrière les rideaux est dé— placé vivement, ainsi qu’on en peut juger par un bruit de roulement intense.
Le rideau se gonfle, à environ 0m,80 au-dessus de la tête d’Eusapia; il est violemment dé— placé et projeté sur la table; il frotte contre la figure de M. Maxwell qui a la sensation d’un corps dur frottant le le rideau sur sa figure. M. Maxwell reçoit trois coups net— (1) De Bodisco, Traits de Lumière, et surtout étude sur'le corps astral parue dans l’1nitiation.
2 2 L’INITIATION tement localisés sur le côté droit de la poitrine; toujours dansles mêmes conditions le pied du fauteuil frappe trois coups violents; on entend une série de notes jouées vivement sur le piano; celui-ci passe sur la tête de M. Maxwell et est apporté sur la table.
M. de Gramont a vu un objet blanc ayant l’apparence du rideau blanc de dessous et paraissant accompagner l'objet dans son transport : il a vu le piano se dé placer lentement et se balancer en passant entre Eusapia et M. Maxwell, comme si une main le tenait, enveloppé dans la doublure du rideau, puis, au bout de quelques secondes, se poser au milieu de la table.
M. Sabatier a également vu les notes blanches du piano se poser tran quillement sur la table. M. Maxwell a eu l'impression suivante : une fois le petit piano placé sur la table, il voit Un objet blanc de la forme vague d’une main, se déta chant dans l’obscurité et se retirant assez rapidement pour entrer dans l'embrasure de la fenêtre. Est-ce le rideau blanc? M. Maxwell ne le croit pas.
Le rideau eût été visible comme une masse blanchâtre se retirant, tandis que l’impression a été celle d’une pince —comme le pouce et l'index opposés —- coupée brusquement au niveau du poignet de la main. Aucune traînée blanche ne la rejoignait au bord du rideau rouge,derrière lequel elle disparut. Pendant ce temps la main de M. Maxwell est maintenue immobile par celle d‘Eusapia et est restée, avec celle-ci, appuyée sur la table. 10 h.
I5 m. — Eusapia annonce qu’elle va former une tête. Elle dit: ( Regardez, vous allez voir une tête ou la tête. M. Maxwell regarde. il tenait la main gauche d’Eusapia, qui appuyait sa tête sur la sienne. Il a alors vu à 0"“,10 de sa figure une silhouette noire qui se profi lait sur la partie de la muraille du salon placée en face de lui, et qu’éclairait la bande de lumière qui passait dans la fente de la porte.
C’était une silhouette nettement découpée en haut, se perdant enbas et pouvant rappeler la silhouette d’une tête avec une saillie recourbée res semblant à des cheveux frisés. C’était comme une ombre sur une muraille. L’impression était semblable à celle qu’eût produite un objet plat, un carton découpé, par exemple. Cette forme s’est déplacée à droite, puis,
LES RAYONS INVISIBLES 23 après un repos, est revenue à gauche. Le mouvement a été très rapide. M. Maxwell seul a vu cette forme. \ M. Maxwell, invité par Eusapia a regarder, a eu la sensation visuelle d’un avant-bras et d’une main. Il a vu se profilant sur la bande de la muraille éclairée par la fente de la porte en face de lui une main et un bras qui étaient au-dessus de la tête de M. Sabatier.
Ils lui ont paru, à diverses reprises, s’abaisser et se relever comme pour toucher la tête de M. Sabatier, qui a accusé à ce moment divers attouchements. L’avant-bras lui a paru long et mince. Il n’en a pas vu la continuité avec le bras, car il se perdait dans l’ombre, à l’endroit où aurait pu être le coude.
Aucun des autres observateurs n’a observé le fait; mais il convient de dire que M. Maxwell seul, par sa position, pouvait saisir la silhouette sur un fond éclairé. LES EFFETS PRODUITS A L’EXTÉRIEUR Nous avons considéré jusqu’à présent les efIets pro duits surtout par rapport au médium et aux assis tants; occupons-nous un peu des effets produits sur le milieu extérieur.
Nous revenons ici, par un certain côté, aux commu nications développées dans notre première partie (voy. les expériences de M. Iodko) ; mais nous allons rappeler les enseignements des maîtres de l’oc cultisme à ce sujet.
« La magnétisation d’un guéridon ou d’une personne est absolument la même chose, et les résultats sont identiques ; c’est l’envahissement d’un corps étranger par l’électricité vitale intelligente ou la pensée du magnétiseur et des assistants. Ainsi l’électricité accumulée sur un corps isolé
24 L’INITIATION acquiert une puissance de réaction égale à l'action, soit pour aimanter, soit pour décomposer, soit pour enflammer, soit pour envoyer ses vibrations au loin.
Ce sont là des effets sensibles de l’électricité brute, produits par des éléments bruts; mais il y a évidem ment une électricité correspondante produite par la pile cérébrale de l’homme: cette électricité de l’âme, cet éther spirituel et universel qui est le milieu am biant de l’univers métaphysique ou incorporel, a besoin d’être étudié, avant d’être admis par la science, qui ne connaîtra rien du grand phénomène de la vie avant cela (I).
On a découvert tout récemment que les tables tournent aussi et que l’aimantation humaine donne aux objets mobiliers soumis à l’influence des cri siaques un mouvement de rotation. Les masses mêmes les plus lourdes peuvent être soulevées et pro» menées dans l’espace par cette force, car la pesan— teur n’existe qu’en raison de l’équilibre des deux forces de la lumière astrale; augmentez l’action de l’une des deux, l'autre cèdera aussitôt.
Or, si l’appa reil nerveux aspire et respire cette lumière, en le ren dant positif ou négatif suivant les surexcitations per sonnelles du sujet, tous les corps inertes soumis à son action et imprégnés de sa vie deviendront plus légers ou plus lourds suivant le flux ou le reflux de la lumière qui entraîne dans le nouvel équilibre de son mouvement les corps poreüx et mauvais con ducteurs autour d’un centre vivant comme les astres (t) Eliphas Lévi, Science des Esprits, p. 270, citant A Morin.
LES RAYONS INVISIBLES 25 dans l’espace sont emportés, balancés et gravitant auteur du soleil (1). Les faits produits ont été étudiés : 1° Dans l’obscurité ou en demi-lumière ; 2° En pleinelumière. Ce second ordre de phénomènes est si rarement obtenu dans les commissions scientifiques qu’il est de la plus haute importance d’en constater la présence dans le cas actuel.
Nos lecteurs savent que certains rayons lumineux agissent comme de véritables dissolvants, à cause de leur potentiel élevé, sur les émanations électriques et astrales du médium. Voilà pourquoi l’obscurité est nécessaire autant aux faits psychiques qu’à certaines manipulations photo graphiques, et ce n’est qu’au prix de grands efforts et d’une accoutumance spéciale qu’un médium peut par venir à produire certains faits en pleine lumière.
M. Lemerle a fait un très beau rapport sur des faits produits en pleine lumière (2). ' FAITS PRODUITS EN OBSCURITÉ A ce moment, les rideaux rouges et blancs du côté gauche du médium sont projetés violemment de manière à recouvrir une partie de la table ainsi que la tête et l’épaule droite de M. de Gramont, du côté de M. Saha tier. On redouble de vigilance quant au contrôle. Les mains, les pieds sont bien tenus comme ci—dessus.
Le médium, de plus en plus en transe, geint, se tord, puis repousse du corps, vers la gauche et un peu en arrière, (1) Eliphas Lévi, Histoire de la Magie, p. 494. (2) L. Lemerle, Rapport sur les expériences de M. Pelletier (Initiation).
26 L'INITIATION la chaise sur laquelle il est assis.
Cette chaise pesant 2“",500 s’est élevée lentement, en passant à la gauche de sa tête et au-dessus de son épaule gauche; elle s’est por tée en avant, en basculant, de manière à se renverser, le dossier en bas, le siège et les pieds en haut, et est venue se placer, avec une douceur remarquable de mouve ments, le siège sur le bras et l‘avant-bras droit de M. de Gramont, et la traverse supérieure du dossier sur les genoux de M. Sabatier placé à droite de M. de Gra mont.
Il convient de mentionner que, quelque temps avant le fait du soulèvement de sa chaise et de sa projeCtion sur M. Sabatier et sur M. de Gramont, Eusapia a fait remplacer la lourde chaise de velours et acajou, sur laquelle elle était assisse, par une chaise cannée, légère. On peut supposer que le médium, ayant l'intention de produire le phénomène d'une manière quelconque, a voulu diminuer l'effort à dépenser.
FAITS PRODUITS EN LUMIÈRE Eusapia, les mains et les pieds tenus comme ci-des— sus, prévient qu’elle va tirer la clé du bahut placé à sa gauche et trop éloigné d‘elle pour que, sans se pencher très fortement, elle puisse l'atteindre, soit avec les mains, soit avec les pieds.
D’ailleurs, M. de Watteville est placé entre le médium et le bahut, si bien que le médium ne saurait atteindre le bahut qu’en passant à côté de M. de Watteville ou même en le poussant. En outre, la lumière est suffisante pour qu‘on puisse voir nettement si Eusapia dirige un de ses membres vers le bahut. Aussitôt on entend grincer distinctement la clé dans la serrure; mais la clé, mal engagée, refuse de sortir.
Eusapia prend d’une main le poignet gauche de M. Sa— batier et, des doigts de l’autre main, lui entoure l‘index. Elle produit autour de ce doigt des mouvements alter natifs de rotation auxquels correspondent des grince ments synchrones de la clé tournant tantôt dans un sens, tantôt en sens contraire. 9 h. 4 m. — Mme de Rochas entre dans la chaîne entre w...“
LES RAYONS INVISIBLES 27 W“Ï“‘ŸÏYÎ'TÜ“WŸ M. de Roches et M. Sabatier. Le contrôle reste le même: le pied droit tenu par M. Sabatier, le gauche par M. de Watteville ; Eusapia se frappe les mains devenues libres, en l‘air, au-dessus de la table, ses mains sont vues de tous.Le fauteuil frappe des coups synchrones avec la mimique des mains.
Elle frappe des mains, et le fauteuil accompagne fidèlement de ses bonds et de ses coups les mouvements des mains. Les mains sont bien vues de tous, les pieds sont bien tenus et même vus _.' le contrôle est déclaré excellent par tous les observateurs.
Eusapia, saisissant de ses deux mains la main de M. Sabatier qui est assis à droite, fait des gestes sacca dés de va-et-vient, comme pour ouvrir la porte du bahut située à gauche, à un mètre de distance environ, et der rière M. de Watteville. Aussitôt la porte du bahut s’agite et produit des sons saccadés et tumultueux comme ceux d’une porte qu’on s’efforce d’ouvrir, mais qui résiste, la serrure n’étant pas ouverte.
A ce moment, M. de Watteville demande s’il n’y a pas lieu de dégager directement la clé du bahut, que les efforts d’Eusapia n’ont pu que faire tourner, sans l’ou— vrir. Sur avis conforme des observateurs, M. de VVatte -ville tourne la clé, ce qui rend libre la porte du bahut, Alors, sur un nouveau geste d’Eusapia, la porte s’ouvre.
Eusapia, s’inclinant vers M. Sabatier, placé à sa droite, met chacune de ses mains sur la joue correspondante de M. Sabatier. Les pieds sont toujours bien tenus, le droit par M. Sabatier, le gauche par M. de Watteville. Eusapia frappe des deux mains en cadence les joues de M. Saba tier: la porte de l’armoire s’ouvre et se ferme alternati— vement en cadence. Un coup sur lesjoues l‘ouvre, le Coup suivant la ferme.
Les mains sont parfaitement vues et senties; les mouvements de la porte sont également vus et entendus, car la porte vient frapper, en s'ouvrant, contre la chaise de M. de Watteville, assis devant le bahut, entre le bahut et Eusapia, et en se fermant contre le bahut lui-même. Les mouvements de la porte son proportionnés comme vivacité aux mouvements des mains.
Après un certain nombre de coups ainsi portés, Eusapia pousse vivement la tête de M. Sabatier vers le bahut ; la porte se ferme avec violence. *—-.- -- .. . , .‘ _.... 3,;mMwxflwzWvM
2 8 L’INITIATION Avant que tous ces phénomènes se produisissent, Eusa pia les avait clairement annoncés : aussi les observateurs sont-ils très en éveil, et le contrôle très rigoureusement observé. Les pieds sont tenus et vus, la tête l'est égale ment, Ies mains sont senties et vues par M. Sabatier, et vues par tous les observateurs.
Il fut, en outre, constaté, après la séance, qu’Eusapia, de la place où elle était, ne pouvait atteindre la porte et la clé du bahut avec les pieds. D’ailleurs, la présence de M. de Watteville entre elle et le bahut aurait fort contrarié des mouvements de cette sorte. Les mains appliquées sur Iesjoues de M. Sa batier ne sauraient être mises en cause.
En outre, il est bien constaté qu’il n’y a entre Eusapia et ce bahut ni lien, ni levier, ni les deux ficelles nécessaires pour pro— duire ce mouvement alternatif, ni aucun moyen direct de transmission. D’ailleurs, on avait, au cours des expé riences, changé de place et circulé entre Eusapia etle bahut, ce qui aurait dérangé le truc, s’il_avait existé.
A aucun moment des expériences, Eusapia n’a été vue en situation ou en action pour placer des moyens matériels de communication entre elle et le bahut et sa clé. Il est bon de répéter que les expériences se faisaient à une lumière suffisante pour que les mouvements des personnes et des objets fussent distinctement vus et constatés. * x--v» Eusapia se place à l’extrémité de la table du côté de la fenêtre.
Pour assurer le contrôle et démontrer que ses mains ne saisissent pas la table pour l’agiter ou la sou— lever, elle demande deux verres remplis d’eau, qu’on place sur la table. Une lampeà pétrole, placée sur la grande table, à 2111,50 de distance environ, avec abat—jour de mousseline blanche transparente, brille de tout son éclat, et nous observons en pleine lumière. Eusapia plonge chacune de ses mains dans un verre rempli d’eau (1).
M. de Rochas place et maintient sa main sur (I) Elle voulait d‘abord essayer de soulever la table, en sou— levant simplement ses mains plongées librement dans l'eau
LES RAYONS INVISIBLES 29 Wa’fl:*h“; "i-’ w . , v. .. les genoux d’Eusapia, et par conséquent entre les genoux et la table pour constater que les jambes et les genoux n’exercent aucune pression de bas en haut sur la table. La lumière étant très belle, MM. Sabatier et de Gramont . surveillent les pieds d’Eusapia et constatent qu’ils n’ont aucun contact avec les pieds de la table, et qu’ils ne sont pas mis en mouvement.
Eusapia, exerçant sur les parois internes des verres une pression excentrique qui les fixe aux mains, porte les verres renfermant ainsi les mains au—dessus de la table, et même en dehors du périmètre de la table, sans aucun contact avec elle. Elle porte les mains tantôt à droite, tantôtà gauche. La table exécute des mouvements latéraux correspondants, en suivantles mains. Des coups sont frappés dans la table.
Les mains, placées dans les verres, sont portées au dessus de la table sans aucun contact avec elle; M. de Watteville saisit les genoux avec les mains, les pieds sont vus par les observateurs. La table est enlevée hori zontalementà 0‘",25 de hauteur. Elle reste ainsi quelques secondes, et puis retombe brusquement. De nouveau, dans les mêmes conditions de contrôle, la table est éle vée à om,3o environ.
Jusque—là, les observations se sont faites en pleine lumière. 9 h. 3 m. — La table se soulève horizontalement des quatre pieds et reste ainsi quelques secondes. Nous observons, en pleine lumière, les quatre pieds de la table et les membres inférieurs d’Eusapia et ne découvrons rien de suspect. Pendant que la table est en l’air, le mé dium gémit et manifeste un effort pénible. La table retombe brusquement, et le médium pousse un grand soupir. .
9 h. 6 m. — Nouvelle lévitation horizontale de la table dans les mêmes conditions, les mains du médium tenues étant situées à 0'”, 10 au-dessus de la table. des verres qui auraient suivi, entraînant la table; mais elle ne put y parvenir, _bien qu’elle eût, disait—elle, produit ce phé nomène en Italie. ' ::t,‘Î_fh—*::u >.=-*3-. '\r ,,_y...._,{..æ,_ ’\\—\rw‘s—r
3o ‘ L’INITIATION UN APPORT Dans nos études personnelles sur les phénomènes dus à la force psychique, nous avions obtenu, avec les médiums Bablin et Valentine, des apports dans des conditions de contrôle rigoureux. Nous avions eu la faiblesse d’admettre à ces expériences des curieux, hommes du monde pour la plupart, qui ne présen taient aucune des garanties scientifiques nécessaires pour ces études.
Cela nous a valu d’odieuses calom nies dues à l’ignorance de nos assistants, et nous sommes heureux de voir un phénomène d’apport étudié dans de bonnes conditions. On a été étonné de voir que certains rayons tra versent la matière la plus opaque.
Quel sera l‘étonne ment de nos savants quand ils découvriront qu’une certaine force (que nous appelons force ou lumière astrale) dissout la matière la plus dense, lui fait tra verserà l’état radiant les murs les plus épais et la reconstitue intégralement dans sa forme première, après ce petit voyage. C’est un peu, suivant l’excellente comparaison de M. G.
Delanne, comme un bloc de glace qui, à l’état de vapeur, passerait à travers un linge fin et serait reconstitué à l’état de bloc de glace de l’autre côté du linge. Dans ces dernières années, nul n’a mieux étudié le phénomènedes apports que Donald,—Mac-Nab. Voyons maintenant le fait rapporté par la commis— 510n. ma.
LES RAYONS INVISIBLES 31 .- "ÿ - 9 h. 30 m. -— La lampe est emportée hors du salon, mais à travers la porte pénètre une lumière suffisante pour distinguer les objets. Les mains sont toujours dans les verres, dont l’eau n’a pas été renversée, tant Eusapia maintient ses mains dans une position constante et ver— ticale, position qui ne leur permet pas d’agir par la pré— hension.
M. Sabâtier se couche sous la table, sur le dos, et sai sit entre les mains et les bras, très fermement, les pieds et les jambes d’Eusapia. Les mains d’Eusapia, renfer— mées dans les verres, sont maintenues hors du contact de la table, ce que la lumière permet fort bien de cons tater. Sur un mouvement de ces mains, la table est ren versée et tombe sur les jambes de M. Sabatier.
A ce moment, le médium abandonne les verres, et les mains sont saisies l’une, à droite, par le colonel de Roches, l'autre, à gauche, par M. de Watteville. Chacun de ces ob servateurs s’applique à tenir solidement et exactement la main qui lui correspond, et la saisit par le poignet et la main qu’il embrasse. M. Sabatier, couché sous la table qui a été redressée, tient fermement les deux membres inférieurs.
Eusapia est vêtue d’une robe noire très simple, d’un corsage clair et n’a pas de corset. Avant la séance, Mme A. de Rochas a assisté à sa toilette de séance; car elle s’allège pour la circonstance, et M“ de Rochas a constaté, avec grand soin et très minutieuse ment, qu’il n’y a sur elle aucun moyen de fraude et de supercherie, ni rien d’étranger à son costume.
En outre, M. Sabatier, avant le début de la séance, a palpé très librement le médium dans presque (1) toute l’étendue du tronc et des membres, sur sa demande, et n'a rien cons taté de suspect.
Cette inspection avait lieu lors des pré cédentes séances, mais, dans le cas actuel, elle a été exercée avec une rigueur et une liberté encore plus com— (1) M. Sabatier dit presque parce que, naturellement, il a hésité à porter la main dans certaines parties, comme l’inter— valle des seins, où un objet aurait, à la rigueur, pu être caché; mais il faut remarquer qu’Eusapia n’avait pas de corset et que MM de Rochas l’avait soigneusement examinée quand elle s’habillait.
32 L’INITIATION plètes, si possible, Eusapia l’ayant d’ailleurs sollicitée. Sur la demande du médium, la lampe est emportée dans le vestibule, la porte en est fermée, et l’obscurité est complète. Eusapia appuie sa tête sur le cou du colonel de Rochas, qui peut, par là, en contrôler les mouvements.
Elle promène en tâtonnant sa main droite tenue par la main gauche de M. de Rochas, sur le bras droit de M. de Rochas; la main gauche est maintenue immobile sur la table par M. de Watteville. Pendant qu’elle tâ tonne, Eusapia dit en italien: « Je cherche, je cherche », puis: « J’ai trouvé. >> Elle s’agite et gémit beaucoup.
Au bout de quelques instants, on entend, sur la table, un coup très violent, qui retentit très fort sur la tête de M. Sabatier, placé sous la table. Les membres inférieurs d’Eusapia enlacés par M. Sabatier sont restés immobiles. On apporte la lampe, et l’on trouve, au milieu de la table, un caillou assez volumineux pesant 500 grammes.
C’est un calcaire compact, mamelonné d’une part, cas suré de l’autre, semblable à ceux qui se trouvent dans les moraines sur lesquelles est bâtie l’habitation de l’Agnélas (I). CONCLUSION Là se terminent les observations que nous avions à faire touchant les expériences de l’Agnélas, du moins en ce qui touche les faits étudiés. Soumettons main tenant quelques desiderata aux observateurs en cas d’études futures de leur part.
1° Il aurait été très utile de mesurer au dynamo métre Ch. Henry la force musculaire du médium ayant et après la séance. Crookes a fait avec Home une seule observation de ce genre, et elle a été très con cluante. (I) M. Dariex, qui était fatigué, s’est retiré, après la chute du caillou, pour aller se reposer.
LES RAYONS INVISIBLES 33 2° A propos des airs de piano, il aurait fallu se rendre compte si les airs sont connus d’Eusapia à l’état normal ou si elle les a entendus souvent,-enfin quel est exactement le degré de son instruction musi cale , car toute Italienne possède plus ou moins intui— tivement la notion de la musique.
3° Regrettons l’absence d’appareils photographiques (ou tout au moins de simples plaques sensibles) bra qués au niveau de la table dans les séances obscures. 4° Les mêmes expériences seraient aussi très inté ressantes à contrôler au moyen de sujets endormis, ' comme l’a fait Lecomte pour Mireille (I) et comme nousle demandions dès “1890. 5° Mais ce sont là des questions que l’avenir per mettra facilement de résoudre.
Nous ne pouvons ter miner Sans remercier encore M. de Rochas, qui n’ap partient à aucune autre école que celle de la science indépendante, d’avoir réuni chezlui cette commission et d’avoir fait un effort deplus pour la conquête de la vérité. Il a mérité grandement non seulement de l’oc cultisme, mais surtout de l’Humanité, que ses travaux; conduisent vers l’Idéal et l’Espérance autant que vers la certitude de l’lmmortalité (2). PAPUS. (I) Voy.
Initiation d'avril I896. , (2) Nous venons de voir chez M. Iodko des photographies du corps astral entier faites en collaboration avec M. de Rochas. Nous sommes heureux de cette très grande décou— verte des deux savants. "l‘y—M’aL'4 -....-.À..... .-..-,.caw..M -. ..._M_ L........._. .._... L........__________
34 L’INITIATION LE sacrer DE L’UNIVERS Selon le Btahmanisme ésotérique (Suite) A ces preuves de raison nous pouvons joindre des preuves de fait.
Non seulement on constate à toute époque et en tout pays une croyance universelle à l’existence de la science occulte; non seulement elle est prouvée par les affirmations de plusieurs fonda teurs de religion, qui se déclaraient chargés de mis— sions spéciales et parlaient avec le plus grand respect de celui ou ceux qui les avaient envoyés; mais encore il existe des preuves historiques de l‘existence des Tsien, Rishi, Gourou, Mahatma, Arhaz‘.
Mages, Hiérophantes, et autres Adeptes de la Science occulte, depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours. Cette question a même attiré l’attention du monde savant. Monsieur de Rosny l’a soulevée dans le V01— taire du 20 juillet 1893, avec un scepticisme courtois qui le prouve homme de sens.
Cet orientaliste ne nie pas la possibilité de l’existence des Mahatma: il est même porté à croire qu’il en existe; l’idée, dit-il, est conforme à la doctrine bouddhiste du perfectionne ment intérieur, le seul infaillible. Mais il semble subordonner cette possibilité à la question de savoir si l’enseignement du Bouddha Ça/ryamouni professe oui ou non une doctrine ésotérique, et sur ce point il se range à l’avis de M. Max Müller, que jamais le Boud
LE SECRET DE L’UNIVERS 35 dhisme ancien n’a en rien de secret. M. de Rosny ajoute que, s’il avait à chercher les Mahatma, il n'irait pas au Tibet, où il ne reste plus, d'après ce que nous savons, qu’une caricature du Bouddhisme. Essayons de répondre brièvement à ces deux points.
Le débat est curieux en ce sens qu’il s’agit de prou— ver l’existence ou la non-existence d’une doctrine secrète, c’est-à—dire cachée avec soin et à dessein, et qui par conséquent serait aussi difficile à trouver au Tibet qu’icLmême, de sorte que les récits de rares voyageurs n’ont guère de poids dans la balance.
Dans ces conditions, lors même que l’existence de cette doctrine aurait été niée avec persistance par plusieurs autorités compétentes, il suffirait d’une affirmation même involontaire ou indiscrète émanant d’une source autorisée, par exemple d’un de ses maîtres, pour laisser supposer son existence. Or la réalité est précisément l’inverse de notre hypothèse: les affirma tions positives abondent, tandis que les négations sont rares et indécises.
Le seul texte, à notre connaissance, sur lequel M. Max Müller puisse étayer son opinion, est ce passage du Mahâ-parinibbâna-soutta, c’est—à-dire d’un livre rempli par ailleurs de mysticisme ésotérique: « J‘ai prêché la vérité sans faire aucune distinction entre la doctrine exotérique et l’ésotérique; car en ce qui regarde les vérités, Anazm“.z, le Tathâgaïa n’a pas le poing fermé d’un maître qui réserve certaines choses » (Trad.
Rys Davids, p. 36). Remarquez que le Bouddha ne nie pas l’existence d’une doctrine ésotérique; il l’établit au contraire, il M. ... ._ >_ _ . ._\,. \. ._., ._,,‘I . -»-‘n._..- vis- ‘3'H‘mawW‘fl'“'
36 L’INITIATION se défend seulement, non pas même de la connaître, mais de l’avoir réservée pour lui seul comme font les autres maîtres: et il a raison, sa doctrine constituant une des plus grandes révélations qui aient été faites au monde. Il ne s’ensuit pas qu’il ait révélé toute la doctrine secrète, ni que tout ce qu’il a révélé ait été compris, ni que tout ce qui a été compris nous soit parvenu.
Or ce qui rend l’occulte tel, c’est précisé ment que la généralité des hommes ne peuvent pas encore le comprendre. Lors même que la Doc— trine secrète tout entière serait publiée sous forme de volume, les gens les plus intelligents se conten teraient de la feuilleter du pouce, et n’en seraient pas plus avancés; quant aux autres, sans même couper les pages, ils s‘emporteraient à la vue de la couverture ou critiqueraient le portrait de l’au— teur.
Bouddha le dit lui-même dans cet autre discours à Ananda, traduit du Samyouttaka-NÏ/xaya par Olden burg: « Quand le moine errant Vaz‘c/zagotta me demanda: « Y a-t—il un Moi ? » si.je lui avais répon du: « Le Moi est, » cela aurait confirmé la doctrine des Samana et Brahmana qui croient à la perma— nence; si j’avais répondu : « Le Moi n’est pas, » cela aurait confirmé la doctrine de ceux qui croient à l’an nihilation.
Si j’avais répondu Oui, aurais—je réussi à lui faire connaître que toutes les existences sont le non—moi? Si j’avais répondu Non, cela n’aurait fait que le jeter de perplexités en perplexités: mon Moi n’existait-il pas antérieurement, ou bien n’existe-t-il ‘ plus maintenant? » Tous les mystères de la science
LE SECRET DE L’UNIVERS 37 . .-.. a... .. a , _ä , );æ % occulte sont contenus dans le,silence que garda le Bouddha à cette occasion. A maintes reprises, Çahyamouni enjoignit à ses disciples d’imiter cette discrétion en ce qui concernait leurs pouvoirs occultes. « Maître, dit l’un d’eux, il est dur de mendier dans ce pays. J’emploierai mon pouvoir spirituel pour aller au continent du nord, et prendre ma part du riz qui y pousse tout seul.
Je transporterai aussi les autres prêtres, par mon pou— voir spirituel, au même endroit.
Bouddha répon dit: « Non, non;bien que vous possédiez ce pou voir et puissiez l’employer quand l’occasion se pré— sente, vous n’avez nullement le droit de l’étendre aux autres, ni d’affecter le reste des prêtres par votre propre action. » (Beal, BuddhistLiteraz‘ure in China, pp. 53, 54..) Dans la série même des Livres sacrés de l’Orient, de Max Müller, nous lisons l’histoire d’un Bhz‘lrkou qui, s’élevant dans l’air, alla prendre une écuelle de bois de santal placée au sommet de longues tiges de bambou, puis, la tenant, flotta et fit trois fois le tour de la tête de Radjagriha.
Bouddha le repri— manda en disant: « Cela n’est pas convenable.
Com ment pouvez—vous, Bhâradua‘dja, pour l’amour d’un misérable pot de bOIS, dévoiler devant des laïques la qualité surhumaine de votre mystérieuse puissance d’1ddhir“ » Et il fit une règle pour ses disciples de ne jamais étaler leurs pouvoirs devant le profane. (Vinaya Texts, 3, i.) Ailleurs, le Bouddha enseigne à ses disciples la manière d’acquérir ces facultés merveilleuses: « Si un Bhikkou désire exercer un à un tous les différents
38 L’INITIATION Iddhis, étant un devenir multiforme, et, étant mul tiforme, devenir un: se rendre visible, se rendre invisible; passer sans être arrêté de l’autre côté d’un mur ou d’une montagne, comme à travers de l’air; pénétrer dans la terre comme dans de l’eau; voyager les jambes croisées à travers le ciel, et toucher et sentir avec la main même le soleil et la lune; entendre, d’une oreille claire et céleste et supérieureà celle des mortels les sons humains ou célestes, lointains ou proches; rappeler à son esprit les divers états temporaires des jours pas— sés, une incarnation, deux, trois, quatre... ou cent mille existences; voir, d'une vision pure et céleste et supérieure à celle des mortels, les êtres au moment où ils quittent un étatd’existence et prennent forme dans d’autres, bas ou nobles, beaux ou mal partagés, heu reux ou misérables, selon le Karma dont ils héritent, -— qu'il accomplisse tout ce qui est bien; qu’il se voue à la quiétude du cœur qui vient du dedans, qu’il ne repousse pas l’extase de la contemplation, qu’il regarde à travers les choses, qu’il soit beaucoup seul. » (Akanheya Soutta, Liures sacrés de I’Orient, vol. XI, pp. 211 et suiv.) Voici d’autres paroles du Bouddha, toujours empruntées à la même série: « Les conducteurs (d’hommes) ont parlé avec beaucoup de mystère; aussi est-il difficile de les comprendre.
Cherchez à comprendre les mystères des Bouddha, et vous devien drez des Bouddha. Je connais la loi de délivrance, mais je ne révèle pas soudainementà tous la connais— sance des omniscients, parce que je fais attention aux
LE SECRET DE L’UNIVERS 39+ dispositions de tous les êtres. Vous êtes étonné, Kâshyapa, de ne pouvoir approfondir le mystère exposé par le Tathagâta. C’est que le mystère exposé par les Tathagäta, les Arhaz‘, etc., est difficile à com prendre. Je suis le Dharmartîdja, né dans le monde comme destructeur de l’existence. Je déclare la loi à tous les êtres après avoir discerné leurs dispositions.
Les hommes supérieurs, de sage entendement, gardent la parole, gardent le mystère, et ne le révèlent pas aux êtres vivants. Cette science est difficile à com— prendre. Les simples, s’ils l’entendaient tout d’un coup, seraient perplexes : dans leur ignorance, ils perdraient la voie et s’égareraient. Je parle suivant leur portée et leur faculté; au moyen de différents sens i’accomode ma manière de voir. » (Saddharma Poundarîka, pp. 121, I22).
Pour ne pas laisser entièrement à M. Max Müller le soin de réfuter son opinion par ses propres docu ments, nous transcrirons encore ces quelques lignes du Bouddhisme chinois d’Edkins (p. 43) : « A l’âge de 71 ans, le Bouddha enseigna sa doctrine ésotérique ou mystique. Ce fut en réponse aux 36 questions qui lui furent posées par Kâshyapa. Nâgärdjouna établit comme règle que chaque Bouddha a deux doctrines, une re’ye’le‘e et une mystique.
L’exotérique est pour la multitude des nouveaux disciples. L’ésotérique est pour les Bodhz‘saz‘vas et pour les disciples avancés comme Kâs/zyapa. Elle n’est pas communiquée sous forme de langage défini, et n’a pu par conséquent être transmise par Ananda comme doctrine définie parmi les Sozîtra. Par exemple, le Fa-hwa-kùzg ou Sozîtra
40 L’INITIATION du Lotus de la bonne loi, qu’on regarde comme con tenant la crème de la doctrine révélée, est à considé rer comme une sorte de document original de l’en seignement ésotérique, tandis que dans sa forme il est exotérique. » Nous pourrions multiplier les citations, mais à quoi bon?
Malgré tout notre respect pour la profonde éru dition de M. Max Müller, nous ne pouvons hésiter entre son opinion et les affirmations positives du Bouddha lui-même et de ses principaux disciples, La doctrine ésotérique existait donc au temps de Boud dha dont le nom même signifie d’ailleurs « Eclairé par la Bôdhi », c’est-à-dire par la gnose ou science secrète.
Nous pouvons montrer également que l'un de ses principaux centres a existé depuis les temps les plus reculés, au Tz’bet Où nous prétendons qu’il existe encore. AMARAVELLA. (A suivre.)
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE I.A PAIIIIGÉNÏÈSIE HISTORIQUE ET PRATIQUE Par KARL KUSEWETTER Nous inspirant de l’exemple que nous donne M. le Dr Du Prel dans ses articles sur l’accélération de la végétation des plantes et le Phénix des plantes (I), nous croyons qu’il ne sera pas sans intérêt pour nos lecteurs d’avoir un aperçu aussi bien de l‘histo rique des théories et des expérience faites en palim génésie, que des pratiques mises en œuvre. lIsSeront alors à même, par des expériences personnelles, assez grosses de détails, il estvrai, mais nullementcoûteuses, ils seront à même, disons-nous, de pouvoir se rendre compte de la valeur ou de la non-valeur de l’objet qui nous occupe.
Je suis d’autant plus en état de les rensei gner à cet égard que, depuis nombre d’années déjà, il m’a été donné de pouvoir recueillir sur cette questions des instructions pourla plupart d’ailleurs difficiles à dé couvrir et inédites, et que, d’autre part, j'ai pris soin d’éliminer tout ce que l’époque antérieure confondait avec la palingénésie, par exemple les phénomènes de la (I) Voyez le volun1e VII du Sphinx, particulièrement le fas— cicule d‘âvril 1889.
42 L‘INITIATION generatio acquz‘voqua, des précipités métalliques arbo rescents et de la cristallisation, toutes choses au nombre desquelles on peut ranger le palingénésie des orties dans la lessive congelée de leur sel, dont fait mention Joseph Duchesne (de son nom latin Quercetanus. 1546-1609), médecin de Henri IV de France (I). Nous distinguerons deux sortes de palingénésie.
1° La palingénésie des ombres, qui a pour objet la production du corps astral, végétal ou animal; et 2° la palingénésie des corps, qui implique l’accélération de la végétation des plantes (végétation forcée) et en même temps vise à reconstituer les corps organisés détruits.
Dans ses dernières conséquences, celle-ci pénètre dans le domaine de I’H0munculus, cette évo cation chimique de l’être humain, point où viennent en contact les extrêmes de la mystique et du matéria lisme.
Ovide parle déjà par avance en termes exacts de la végétation forcée lorsqu’il dit de sa Médée (t): « De toutes ces substances et de mille autres qu’il est impossible de nommer, elle compose le philtre destiné au vieillard moribond; puis, avec unebranche (I) Voyez le Sphinx, Vil, 40, p. 197.
Bien plus, on allait jusqu'à voir dans les cristaux de glace des vitres couvertes de givre le palingénésie des plantes que l‘on avait brûlées pour en extraire la potasse. Comparez Eckartshausen, Eclaircisse ments sur la magie, II, p. 399.
Celui qui veut se faire une idée de tout ce que l'on entendait sousle nom de palingénésie et du rôle de l’imagination dans ce que l’on avait vu, n‘a qu’à lire et relire la Physica curiosa de Jean Otto von Helbig (Londershausen. I700, in—8“). La feuille de mélisse d’0ettinger pourrait, elle aussi, être rangée au nombre des produits de l’imagination. a (z) Métamorphoses, 32, 275-284.
LA PALINGÉNÊSIE 43 d’olivier depuis longtemps desséchée et sans feuillage, elle les mêle et les remue du fond à la surface. Mais ' voici que la vieille branche agitée dans l’airain bouil—y lant commence à reverdir; bientôt elle se couvre de feuilles et se charge tout àcoup d’olives pleines de suc.
Partout même où le feu fait jaillir l’écume hors du vase et tomber sur la terre des gouttes brûlantes, on voit naître le gazon printanier et les fleurs écloses au milieu de gros pâturages. » Les alchimistes instituèrent à plusieurs reprises des expériences palingénésiques. Abou Bek re al Rhali (surnommé Rhasès, mort en 932)et Albertus,;,Magnus notamment ont dû s'occuper de notre sujet (1).
Bien plus: de ce dernier on va jusqu’à affirmer qu’il décrivit des Homunculi (z), et dans l'Œuure végétal d’lsaac Hollandus (3) figurent des remarques sur la palingé nésie. , C’est seulement chez Paraceise que nous rencon— trons des indications plus. détaillées sur. les deux espèces des palingénésies.
Sur la palingénésie des ombres, il s’exprime en ces termes (4): « De là ressort qu’une force primz' entz’s (d’entité première) est enfermée dans un flacon et amenée à ce point, de pouvoir donner naissance dans ce même (I) Eckartshausen,Eclaircissements sur la magie, II, p. 390.
Je n’ai eu, à la vérité, aucune occasion d‘examiner avec soin la grande édition, de Jammy, des œuvres d’Albertus Magnus; toute fois je communiquerai plus loin une instruction manuscrite qu’on lui attribue, relative à la palingénésie. (2) Campanelle, De sensu rerum et magia, Francof., 1620, in-4°. (3) Plusieurs fois imprimé. (4.) Archidoxorum libri If, I. l.
44 L'INITIATION flacon à une forme de la même plante et ce sans le secours d’aucune terre; et, quand cette plante est arrivée au terme de sa croissance, ce qu’elle a engendré n’est point un corpus (corps), car pour cause première elle n’a point eu un liquidum terræ, et sa couche est une chose n’ayant d’existence que pour l'œil, une chose que le doigt ramène à l’état de suc; ce n’est qu’une fumée affectantla forme d’une substance, mais n’offrant toutefois nulle prise, c’est—à-dire quelque chose d’im matériel, non susceptible d’impressionner le sens du toucher. » Paracelse ne donne point d’instruction sur la palin génésie desqombres, mais bien sur celle des corps, lorsqu‘il dit (I): « Prenez un oiseau qui vient d’éclore enfermez—le hermétiquement (2) dans un matras et réduisez-le en cendres sur un feu convenable.
Plongez ensuite le récipient tout entier avec les cendres de l’oiseau incinéré dans du fumier de cheval et laissez_ le là jusqu’à ce que se soit formée une substance vis queuse (produit de la cendre et des huiles empyreu— matiques); mettez cette substance dans une coquille d‘œuf, fermez le tout avec le plus grand soin et faites couver selon le mode usité : vous verrez alors repa— raître l’oiseau précédemment incinéré. » Le comte Kenelm Digby (1603-I665) assure avoir reconstitué de la même façon des écrevisses brûlées (3), \ et Paracelse veut étendre a toutes les espèces d’ani (I) De naturâ rerum. (2) C’est-à-dire à l’abri de l’air et du contact direct du feu. (3) Maurer, Amphitheatrum magiæ uniuersæ.
LA PALINGÉNÉSIE 45 ‘Ii-bw.“ maux ce mode de palingénésie. Son contemporain, Agrippa de Nettesheim, semble avoir connu ce pro cédé, car il dit (i): « Il existe un artifice par lequel, dans un œuf placé sous une poule couveuse, s’en gendre une figure humaine, ainsi que je l’ai vu et suis en état de l’exécuter moi-même.
Les magiciens attri— buent à une figure de ce genre des forces merveilleuses et l’appellent la véritable mandragore. » Nous revien drons là-dessus plus loin. A l’exemple de leur maître, les paracelsistes s’oc— cupèrent de palingénésie et écrivirent beaucoup sur ce sujet. Citons parmi eux Gaston de Claves (Cla— uœus) (2), Quercetanus (3), Pierre Borrelli (4) Nicolas Beguin (5) Otto, Tachenius (6), Daniel Sennert (7), A. F.
Pezold (8), Kenelm Digby (9), David Van der Becke (10) et William Maxwell (Il). L’ouvrage du recteur de Hindelberg, Franck von Frankenam, est loin d’épuiser la matière et, au point de vue expéri— mental, se base principalement sur les instructions, concordantes d’ailleurs, de Borelli, Tachenius et Van (1) De Occulta Philosophia, l. I, ch. xxxvr. (2’) Philosophia chem., Gener. et Lugd.
Bat., 1612, in—8°. (3) Defensio contra anonymum. ‘ (4) Historiarum medico—physz‘carum centur., IV, Francof.,rô7o, in-8°. (5) Tyrocinium chymicum, Paris, 1600, in-8°. (6) Hippocrales chymicus, Yanet, 1666, in-12. (7) Opera omnia, Lugd., 1650. in-folio; t. III, p. 706 et 750. (8) Ephem. natur. curios. centur., Vil, obs.
12. (g) Dissertatio de plantarum uegetatione. (10) Experimenta et meditationes circa naturalium rerum principia, Hambourg, 1683, in—8°. (Il) Medicinu magnetica.
46 L’INITIATION In" der Becke. Autant que je sache, le derniertémoignage de pratique palingénésique vient d’Eckartshausen qui dit (I) : Deux de nos amis ont vu de réelles expé riences, instituées de façon différente; ils assistèrent aux manipulations et les exécutèrent eux—mêmes.L’un fit revivre une renoncule et l’autre une rose; ils firent aussi avec des animaux des expériences qui furent couronnées de succès.
Et c’est d’après leurs principeset leur méthode que je veux aussi travailler. William Maxwell, le Gustave J œger du xvue siècle, parle de la palingénésie en plusieurs endroits de ses ouvrages. Malheureusement, toutefois, il le fait à la façon de son maître Fludd, c’est-à-dire d’un façon confuse et sottement mystérieuse.
Sur la palingé nésie des ombres tout d’abord, il s’exprime en ces termes (2‘) : « Prenez unequantitésutfisante de feuilles de roses, faites-les sécher au feu et enfin avivez celui ci avec le soufflet jusqu’à ce qu’elles soient réduites en une cendre très blanche (ce résultat peut être obtenu par simple combustion, dans un creuset porté au rouge, de feuilles de roses desséchées).
Extrayez alors le sel au moyen de l’eau ordinaire et introduisez ce sel dans un kolatorium (un de ces appareilsinutiles de l’ancienne chimie; n’importe quel flacon bouché à l’émeri rendra les mêmes services) dont vous aurez obturé le mieux possible les ouvertures; laissez ce kolatorium sur le feu pendant trois mois (il s’agit (I) Eclaicissements sur la magie, II, p. 386. (1:) Medicina magnatica, l. ll, ch. v. —Ce qui est entre parenthèses constitue mes remarques.
I.A PALINGÉNÉSIE 47 évidemment ici de la chaleur douce de la digestion), enterrez-Ie ensuite dans le fumier (comme il a été indi qué plus haut) et laissez—l’y trois mois. (C’est en vue de la putréfaction qu’on plongeait les préparations dans du fumier de cheval qu’on renouvelait lorsque S’abaissait la chaleur engendrée par la pourriture).
Au bout de ce temps, retirez le récipient et replacez-le sur le feu jusqu’à ce que les figures commencent à apparaître dans le flacon. _ C’est de cette façon que Maxwell est d’avis de pra tiquer la palingénésie de toutes les plantes et même dans l’homme, et ailleurs il dit (I) : « Et de même que de cette manière les sels des plantes sont contraints de laisser apparaître dans un flacon les figures des plantes qui ont préparé ces sels, de même, et c’est un fait hors de doute, le sel de sang (c’est-à-dire le sel provenant de la cendre du sang) est en état de repro— duire, sous l’influence d‘une très faible chaleur, une figure humaine.
Et il faut voir là-dedans le véritable homuncule de Paracelse. » Comme pendant à cette palingénésie des ombres, Maxwell connaît aussi une palingénésie des corps, et décrit ainsi qu’il suit la « véritable mandragore » d’Agrippa (2) : Mêlez dans un récipient non artificiel, bien clos (une coquille d’œuf vidée par l’aspiration) (3), du sang avec les particules les plus nobles du corps (4)., aussi bien que (I) Voyez l’ouvrage cité, 1.
11, ch. xx (2) Medicina magnetica, l. Il,ch. xx. (3) La remarque est de Maxwell. (4) Comparez à ce sujet la dissertation de Paracelse sur I‘Homunculus.
48 L’INITIATION possible et dans les proportions convenables, et faites couver par une poule. Au bout d’un temps déterminé vous trouverez, rappelant la forme humaine, une masse avec laquelle vous pourrez accomplir des cho ses merveilleuses; vous verrez aussi une huile ou un liquide baignant cette masse tout autour.
En mélan geant cette huile ou ce liquide avec votre propre sueur, vous réaliserez,par un simple contact, des mo difications dans les perceptions de vos sens. » David Van der Becke appelle le corps astral Idea seminalis et donne, relativement à la palingénésie des plantes, lesinstructions suivantes (I) :« Par une jour née sereine, recueillez la semence mûre d‘une plante, broyez-Ia dans un mortier (une écuelle à pulvériser rendra les mêmes services) (2), et mettez-la dans un matras de la taille de la plante, à peu près, matras présentant un orifice étroit afin de pouvoir être fermé hermétiquement.
Conservez le matras fermé jusqu’à ce qu’il se présente une soirée permettant d’espérer une abondante rosée dans la nuit. Introduisez ensuite la semence dans un vase en verre et, après avoir placé sous ce vase un plateau afin que rien ne soit perdu, exposez-la sur un pré ou dans un jardin afin qu’elle se pénètre bien de rosée. Entre temps recueillez quel ques mesures de rosée de mai.
Quant à la semence humectée de rosée, remettez—la dans le matras avant le lever du soleil. Vous filtrerez ensuite la rosée re cueillie et distillerez jusqu’à disparition complète de (I) Experimenta, etc. p. 318. (2) La remarque est de Van der Becke.
LA PALINGÉNÉSIE 49 Wÿx7wp’j . . -.—. tout dépôt. Pour ce qui est du dépôt lui-même, vous le calcinerez et obtiendrez après une série de lavages un sel que vous dissoudrez dans dans la rosée distillée après quoi vous verserez de cette rosée distillée la hauteur de trois doigts sur la semence imprégnée de rosée et luterez l’orifice du matras de telle sorte qu’aucune évaporisation ne se puisse produire.
Puis, vous conserverez le matras en un endroit où règne une chaleur modérée. Au bout de quelques jours, la semencecommencera à se transformer peu àpeu en une sorte de terre mucilagineuse; l‘alcool flottant au-dessus se zébrera de stries età sa surface se formera une mem brane multicolore;le liquide situé entre cette membrane et la terre mucilagineuse est de couleur verte.
Exposez le matras fermé aux rayons du soleil et de la lune et, en temps de pluie, tenez-le dans une chambre chaude jusqu’à ce que tous ces indices soient bien achevés. Si vous soumettez alors le matras à une douce chaleur, vous verrez apparaître l’image de la plante correspon— dant à la semence employée, et vous la verrez dispa raître par le refroidissement.
Cette méthode de re— présentation de l’Idea semz‘nalïs estemployée avec peu de variantes par tous ceux qui pratiquent la palingé— nésie. » ' Van der Becke cite aussi la palingénésie parle moyen de la cendre sans toutefois donner les instructions re latives à ce sujet et estime que l’on peut, de cette fa— çon, pratiquer vis—à-vis de ses ancêtres une nécro— mantie licite, pourvu toutefois que l’on ait conservé de leurs cendres (i). (l) Expérimenta, p. 315).
50 L’INITIATION Nous trouvons l’avis de Van der Becke très com plété dans ce qu’il ya d’essentiel dans un ouvrage (I) de la fin du siècle dernier où il est dit : « Prenez la semence d’une plante. La plante peut être quelconque pourvu qu’elle soit dans sa maturation et recueillie par un beautempset un ciel serein. Broyez-en 4 livres (2) dans un mortier en verre et mettez—la dans un fla con convenable, de la taille dela plante tout entière.
Fermez ensuite ce flacon de telle sorte que rien ne s’é‘ vente; mettez—le avec la semence broyée en un endroit chaud et attendez un soir où le ciel soit bien clair : c’est en effet, comme on peut l’observer, en de tels moments que la rosée s’amasse en plus grande abon— dance. Portez alors la semence pour la mettre dans une jatte et exposez-la en plein air dans jardin ou sur un pré.
Il faudra avoir le soin de placer la jatte sur un large plateau, afin que rien ne se perde par l’écou lement; la rosée viendra tomber sur la semence et lui communiquera sa nature.
En outre de cela on de vra au préalable avoir étendu sur des pieux des draps ' bien propres surlesquels la rosée se déposera en grande quantité et qu’elle imbibera de façon que, par torsion du linge, on puisse recueillir de cette rosée la valeur de huit mesures qu’on mettra dans un récipient en verre, dans un seul !
Quant à la semence ainsi impré— gnée de rosée, on devra la remettre dans le flacon (I) Dissertation sur la résurrection artificielle des animaux plantes et êtres humains au moyen de leurs cendres. Francfort et Leipzig, 1785, in-12. {2) La quantité est indifférente. Néanmoins il faudra observer, ainsi qu’il ressort de ce qui suit, qu’il faut compter deux litres de rosée pour une livre de semence.
LA PALINGÉNÉSIE 5 I avant le lever du soleil afin que rien n’en soit pompé ou réduit en vapeur par cet astre. Après cela il faudra filtrer et distiller à plusieurs reprises, tandis qu’on calcinera les restes de la rosée pour en extraire le sel. On dissoudra ce sel dans la rosée distillée, et on le joindra à la semence broyée du flacon jusqu’à ce qu’il le dépasse de deux fois la largeur du doigt, puis on. cachettera hermétiquement àla cire.
On enterremen suite le flacon à 2 pieds de profondeur en un lieu humide ou dans du fumier de cheval pendant un mois tout entier. Si alors on le sort, on verra la semence transformée, et on trouvera au-dessus d’elle une mem brane diversement colorée et, sous cette membrane, une terre mucilagineuse, tandis que la rosée apparai tra, de par la nature de la semence, d’une coloration vert-pré.
On suspendra alors pendant tout l’été le flacon ainsi fermé en un endroit tel qu’il puisse, le jour, recevoir les rayons du soleil, la nuit ceux de la lune et des étoiles. En cas de pluie ou de temps va riable, on le tiendra en un lieu sec jusqu’à ce que le temps se remette au beau : à ce moment on pourra le suspendre de nouveau.
La réussite de l’œuvre peut exiger deux mois comme elle peut exiger deux ans, selon que le temps aura été ou non beau et chaud. Voici quels sont les indices de la croissance. La ma— tière muéilagineuse se soulève notablement; l’alcool et la membrane commencent à diminuer de jour en jour, et le tout se prend presque en masse.
On voit aussi dans le verre, par suite du reflet du soleil, une vapeur subtile dont la forme ou figure, qui est celle de la plante, flotte à ce moment encore isolée et inco—
52 L'INITIATION lore ainsi qu’une simple toile d’araignée (1). Cette figure monte et descend fréquemment suivant l’énergie avec laquelle le soleil agit et suivantque la lune brille de son plein éclat dans le ciel. Enfin le dépôt et l’al cool se transforment en une cendre blanche qui, avec le temps, donne naissance à la tige, à la plante et aux fleurs, avec leur couleur et leur figure.
Si on éloigne la chaleur, tout cela disparaît et se retransforme en sa terre pour reparaître quand on replace le flacon sur le feu ou quand on le tient à une chaleur douce. Exposées de nouveau au froid,les figures disparaissent.
Si le flacon est bien fermé l’apparition de ces figures pourra être réalisée indéfiniment. » Telles seraient, d’après la source ci-dessus, les ins tructions mises en pratique par Kircher, à l’occasion de quoi je ferai remarquer que Kircher, en avançant que l’empereur Ferdinand III en aurait reçu le secret de l’empereur Maximilien, émet une allégation forcé— ment erronée, étant donné que Ferdinand III naquit en 1608 alors que la mort de Maximilien Il remonte àl'année 1576.
Nous trouvons les instructions d’0ettinger (2) très essentiellement complétées chez le chimiste J.—J.
Becher (3), fort célèbre en son temps, et voici quels en sont les termes dans le traduction allemande : « Prenez (1) Rappelons ici l’aspect de toile d’araignée qu’offrent, à ce qu’on suppose, les « spectres », la «Dame blanche», comme on l’appelle, et tant d’autres apparitions. (2) Comparez dans le Sphinx, VU, xr., p. 198. ‘ (3) Chymischer Glückshaj‘en. Francfort, 1682, in-40, p. 849. Chemischer Glückshafen est le titre allemand de l’ouvrage et peut se traduire par : Fort heureux où mène la chimie.
LA PALINGÉNÉSIE 53 en temps convenable une plante quelconque ou plu tôt chaque partie de cette plante, la racine en no vembre, après égrènement de la semence ; la fleur en son plein épanouissement, la plante avant la florai son. Prenez de tout cela une fraction notable et faites sécher en un lieu ombreux où ne pénètre ni le soleil ni aucune autre chaleur.
Calcinez ensuite dans un pot de terre dont les joints auront été bien obturés et extrayez le se] avec l’eau chaude. Prenez ensuite le suc de la racine, de la plante et de la fleur; mettez-la dans un vase de terre et faites dissoudre dans ce suc le sel. Après cela prenez une terre vierge, c’est-à—dire n’ayant été encore ni laboure’e ni ensemencée, telle qu’on la rencontre sur les montagnes.
Cette terre devra être rouge, pure et sans mélange; pulvérisez—la et passez-la autamis. Vous la mettez alors dans un réci— pient en verre ou en terre et l’arroserez avec le suc ci—dessus jusqu’à ce qu’elle l’ait absorbé et commence à devenir verte. Vous poserez ensuite sur ce récipient un autre de hauteur telle qu’il corresponde à la taille naturelle de la plante.
Les joints devront être bien obturés afin qu’il n’arrive sur l’image de la plante aucun courant d’air. Toutefois le récipient devra être muni d’une ouverture à sa partie la plus infé rieure, afin que l’air puisse pénétrer dans la terre.
Exposez alors au soleil ou à une douce chaleur et au bout d’une demi-heure vous verrez apparaître en cou leur gris-perle l’image de la plante. » Dans le même passage, Becher communique encore les instructions suivantes : « Dans un mortier broyez une plante avec ses racines et ses fleurs, mettez-la
54 L’INITIATION dans un matras ou autre récipient jusqu’à ce qu’elle entre d’elle-même en fermentation et dégage de la cha leur. Exprimez-en ensuite le suc, purifiez-le par le fil trage et reversez sur le résidu ce que vous aurez filtré dans le but de produire la putréfaction comme tout à l’heure, jusqu’à ce que le suc revête la couleur natu— relle de la plante.
Ensuite exprimez de nouveau ce suc et filtrez-le. puis mettez-le dans un alambic et faites digérer jusqu’à ce que toutes les impuretés se soient déposées et que le suc apparaisse clair, pur et de la couleur de la plante. Versez alors ce suc dans un autre alambic et distillez par une douce chaleur le flegme et les esprits volatils au—dessus du chapiteau. Il restera la sulfure, c’est—à-dire la masse solide de l’extrait. Mettez-le de côté.
Du flegme retirez ensuite par distillation au moyen Îd'un feu doux les produits volatils ammoniacaux plus légers que l’eau, prove nant de la fermentation; mettez—les de côté. Prenez en suite le résidu, calcinez-lepar un feu doux, et au moyen du flegme extrayez—en le sel volatil (c’est—à—dire les sels ammoniacaux unis aux produits acides de la combustion).
De nouveau distillez au bain—marie le flegme pour en extraire le sel volatil et calcinez le résidu jusqu’à ce qu’il devienne blanc comme la cendre. Sur ce résidu versez le flegme et extrayez-en par lavage le sel fixe. Filtrez à plusieurs reprises la lessive et séparez par évaporation le flegme ou sel puri fié.
Prenez après cela les deux sels, le sel volatil et le sel fixe, versez-y les esprits volatils avec le soufre et les esprits de feu qui, pendant la distillation, se pré— sentent les premiers, et laissez le tout s’unir. Vous
LA PALINGÉNÉSIE 55 pouvez, au lieu de flegme, prendre de l’eau de pluie distillée et y dissoudre. au lieu du sel fixe (carbonate de potasse), un sel de plante quelconque, puis ajouter le soufre, coaguler (dessécher) au moyen d’un feu doux et amener ainsi la réunion et la combinaison des trois principes.
Mettez ces trois principes dans un vaste matras et ajoutez à l’eau distillée par la plante elle-même ou à l’alcool de la rosée de mai ou de l’eau de pluie. Un seul de ces deux liquides peut suffire.
Soumettez à une douce chaleur le vase hermétique— ment clos et vous verrez la plante immatérielle croître avec ses fleurs dans cette eau et apparaître visible— ment aussi longtemps que durera Ia chaleur; elle dis— paraîtra par le refroidissement pour réapparaître si vous réchauffez, et c’est là un grand miracle de la nature et de l’art. » ‘ Deux instructions analogues sur la palingénésie des corps et sur celle des ombres se trouvent dans les manuscrits de la Rose—Croix de mon arrière-grand père (1).
La première est attribuée à Albert le Grand et figure dans l’A. B. C. d’or des phénomènes de la Nature d'Albert le Grand, opuscule manuscrit, la traduction évidemment d’un ancien original latin. Je ne saurais dire si cet opuscule setrouve dans la grande édition Jammy des œuvres d’Albert le Grand, cette collection n’étant point à ma disposition. Toutefois l’authenticité d’origine del’opuscule précité me parait vraisemblable pour deux raisons. Tout d’abord il ressort jusqu’à l’évidence des (I) Voyez le Sphinx, l, I, pp.45 et suiv.
50 L’INITIATION œuvres imprimées d’Albert le Grand (I), que ce grand savant avait connaissance de la palingénésie, et, en second lieu, il est fort possible, comme cela se produit fréquemment, que des manuscrits réellement existants n’aient point été admis dans la collection parce que le collectionneur en ignorait l’existence.
Voici quelle est la première de ces instructions : « De même que se trouve dans quelques minéraux le Spirz'lus Unz'vérsz', de même que‘des minéraux on ’ peut tirer un Spirz‘tum universalem; de même parmi tous les minéraux deux se rencontrent qui d’eux mêmes fournissent ce Spz‘rz'tum.
L’un est une Minera Bz'smut/zi (2) venant des montagnes, l’autre est une terre minérale brune qui se trouve parmi les miné rais d’argent et qui renferme un semblable esprit mer veilleux donnant la vie. Les cailloux que l'on ren contre dans les cours d’eau donnent aussi un tel Liquorem; mais propre seulement à faire croître les métaux, car, plongés dans cette liqueur, ceux-ci crois— sent en hauteur.
Voici comment s’obtient le Spz’rz'tum provenant du bismuth. Prenez une M2‘nera bismuth? telle qu’on la tire des montagnes; réduisez—la par le broiement en une poudre impalpable et mettez cette poudre dans une cornue bien lutée.
Plongez cette cornue dans une . coupelle pleine de limaille de fer de façon qu’elle en soit entièrement recouverte et adaptez-lui un serpen tin : vous en ferez sortir alors un Spirz‘tum per gradus (r) Eckartshausen, Eclaircissements sur la magie, Il, pp. 388 et 390. (2) Du bismuth oxydé apparemment.
LA PALINGÉNÉSIE 57 z’gnz’s en quarante—huit heures, lequel Spirz’tus débor— dera comme les larmes coulent des yeux. On ne préconise point ici l’eau; mais comme la rosée (1) fournit le Spiritum Uniuersz’ que dans mes écrits j’ai appelé spirz’tus rorz‘s majalz’s, qu’on en ajoute une demi-livre, car ce n’est nullement contraire àl’œuvre. Qu’on y introduise ensuite le Spiritum bismuthz’. Quand tout y sera, laissez éteindre le feu.
Lorsque tout sera refroidi, vous verserez la lz'quorem qui a débordé lors de la distillation, dans un grand alambic et vous placerez cet alambic dans un Balneum maris (bain-marie) après l’avoir recou— vert d’une Alembz’cum (chapiteau); puis, celui-ci étant bien luté, distillez : vous obtiendrez un spiritum pur comme du cristal, doux comme le miel; ce spiri— tum est Un esprit vivant et appartient à la Magia._ Cet esprit a fait de moi un magicien; il est l’unique esprit actif doué de propriétés magiques qui ait reçu de Dieu le Très—Haut les forces qu’il possède, car il peut revêtir toutes sortes de formes.
Il est animal, car il créa des Animalz’a; il est végétal, car il créa des Vegetabz’lz‘a.
Par lui croissent arbres, feuillage, herbes, fleurs, oui, tous les Vegetabilz’a; il est minéral. car il est le principe de tous les minéraux et de tous les mé— taux; il est astral, car il vient de haut en bas, des astres dont il est par conséquent imprégné ; il est uni— versel, vu qu’il est créé dès le principe; il est le Verbe, étant issu de Dieu ; il est par conséquent intelligible et le Primum mobile de toutes choses; il est la pure (I) Comparez l‘instruction suivante.. ‘Ilh_"
58 L’INITIATION nature, sortie de la lumière et du feu, puis transportée et insufflée dans les choses inférieures. Hermès (I) dit de ces choses que l’esprit est apporté en elles dans le sein des vents. Cet esprit ôte et donne la vie et on peut avec lui accomplir des merveilles inouïes.
Voici comment : Prenez une plante, une fleur ou un fruit avant que la nature les ait amenés à maturité complète, grappes de raisins, poires, pommes, cerises, prunes, amandes par exemple. Après avoir opéré le triage de ces choses, ' suspendez-les ensembleà l’ombre et, de même que les fleurs, laissez-les se dessécher.
Vous les amènerez ensuiteà refleurir et àreverdir en plein hiver, au point même qu’elles mûriront et produiront leurs fruits du goût le plus succulent. Voici comment il faudra pro— céder.
On prendra un récipient à embouchure étroite et à large ventre dans lequel on versera de l’esprit uni versel la valeur d’une livre; puis on mettra dans ce récipient les branches avec les fleurs et les fruits, et on bouchera à la cire afin que l’esprit reste bien dans le récipient. Abandonnez ensuite l’opération à elle-même.
En vingt-quatre heures tout commencera à verdir et à croître en hauteur: les fruits mûriront, les fleurs revêti ront leur parfum et tout aura bonne odeur et bon goût. 0nîreconnaîtraen cecila puissancede Dieulàoùl'évêque de Passan (2) ne voit qu’une œuvre diabolique, parce qu’il ignore la puissance divine.
Cet esprit est capable de réaliser sur bien davantage encore d’autres choses, (I) Dans la Tabula Maragdina. (2) Rüdigér de Radeckou Otto de Louadorf: tousdeux étaient contemporains d’Albert. nm.“ W
LA PALINGÉNÉSlE 59 comme le Saint-Père lui-même le pourra constater. Il faut louer et prier Dieu pour tous les bienfaits et mi— . rades dontil nous gratifie, pauvres êtres humains que nous sommes. En vérité, et qui le nierait, c’est chose surnaturelle que de faire revivre ainsi par cet esprit des choses mortes, ce qui sert d’ailleurs à donner la preuve que cet esprit a la puissance de ramener à l’existence tout ce qui est mort.
C’est ainsi qu’ayantpris un oiseau et l’ayant incinéré dans un vase, j’ai mis ses cendres dans un pareil récipient (dans le manuscrit est repro duit, surmonté d’un faux chapiteau, un alambic dans lequel on peut voirun liquide et dans celui-ci le visage d'un enfant).
Dans un autre récipient j’ai mis la cendre du cadavre en décomposition d’un petit enfant, après avoir au préalable porté au rouge la terre de ce réci— pient; dans un autre encore la cendre d‘une plante brûlée avec ses fleurs. Ces différents récipients, je les ai ensuite entièrement remplis de spirz’tus, puis j’ai abandonné l’opération à ellemême.
L’esprit (corps astral) de l’enfant et de la plante, développé en vingt— quatre heures, s’est montré à.moi dans le spiritus avec toutes lesapparences de la réalité. Cela n’est-il point une véritable résurrection de ces êtres?
L’esprit (ici le spiritus) éveille à ce point la forme que, par là, on peut se faire idée de l’aspect que nous revêtirons lorsque nous serons nous-mêmes esprits avec des corps purs, c’est-à—dire transparents et différents de figure. De même que recevra unevie nouvelle le corps avec l’âme et l’esprit qui lui appartiennent, de même nous serons alors dans cette transfiguration en état de com— templer Dieu, car il est force lumineuse. J’ai voulu _ _.‘“mu-W
60 L'INITIATION dire qu’ici je possède un esprit avec lequel je pourrais m’entretenir quelques heures par jour, mais cet esprit n’est que la représentation non matérielle de la façon dont nous ressusciterons d’entre les morts.
En outre, on a trouvé chez moi lors de l’enquête un' récipient dans lequel le liquor seul est conservé avec une goutte de sang de Thomas (Thomas d’Aquin, élève d’Albert) qui lui aussi porte sur lui une goutte de mon sang: lorsqu’on désire savoir comment se porte un amiqui vousest cher, on està même, par ce moyen, d'être renseigné jour et nuit.
Cet ami est-il tombé malade, la petite lueur au milieu de ce récipient, au lieu d’être brillante, ne jettera qu’un très faible éclat: est—il très malade, elledevient terne; s’il est en colère, le flacon s’échauffe; s’il agit, la lueur s’agite ; quand il meurt, elle s’éteint et le flacon éclate. Bien plus, on peut, puisque tout provient de cet esprit unique, on peut utiliser ces signes pour adresser la parole à son ami, car cet esprit atout pouvoir.
Les paracelsistes et les Rose-Croix s’occupèrent énormément de ces lampes vitales, et un certain Burg graf publia (I) même sur ce sujet un livre spécial dont Van Helmont fait mention (2), mais que je n’ai encore pu trouver nulle part. Pour terminer, je veux encore donner communica tion d’uneexpérience de palingénésie quifigure dansle Testamentum Fratrum Rosæ et Aureæ Cruczs.
On peut la rapprocher de la précédente, et, pour un chi (I) Burggravis, De lampade vitæ, Franeck, I61 I. (2) Helmont, De magnetica vulnerum curatione, ä20.
LA PALINGÉNÉSIE 61 miste disposant d'un laboratoire, elle est facile à exé‘ cuter: ' « Manière de préparer l’Um'ærsel à l’aide dela rosée de la pluie et de la gelée blanche (givre). » Mes chers enfants! Que lezèledutravail vous anime dès le début del’année.
Recueillez dans un grand ton— neau de la gelée blanche, de la neige, du brouillard, de la rosée et de l’eau de pluie autant que vous pourrez vous en procurer, abandonnez toutes ces choses à elles mêmes et laissez-les entrer en décomposition et se putre’fier jusqu'au mois de juillet.
Vous aurez des signes véritables lorsque la masse terreuse cessera d’être homogène,lorsque à la partie supérieure se for mera une sorte de membrane verte, tandis que la force verdoyantedelà végétation se révélera par l’apparition de quelques vermisseaux. Mes enfants ! Quand les choses en seront là, mettez—vous à l‘œuvre, remuez et mêlez le tout.
Versez ensuite dansun serpentin (alam— bic avec son serpentin) et distillez par un feu doux les 100 livres par 10 livresà la fois, pas plus, jusqu’à épuisement de votre eau putréfiée. Vous remettrez alors dans un serpentin et distillerez de nouveau par dix livres ce produitde la première distillation. Puis, jetant le résidu, vous distillerez encore par 10 livres.
Quand vous n’aurez plus en tout que 10 livres (1), prenez une forte cornue, capable de bien supporter le feu et versez—y ces 10 livres ; puis, dans la cendre, sur un feux doux, réduisez par distillationsces 10 livres à six, (1) Ainsi que celaa lieu dans la rectification des alcools,l'en semble de ces produits de distillation estramené par distillations successives à 10 livres.
62 L’INITIATION "'1'"êw remettez encore le spiritum dans une cornue, plongez celle—ci dans un bain-marie et ramenez encore par dis tillation à 3 livres.
A ce point, septième distillation, montera un esprit très volatil qui est un air pur, bien plus, un esprit donnant la vie, car,si vous en absorbez la valeur d’une pleine petite cuillerée, vous ressentirez dans tous les membres les effets de sa puissance : il ragaillardit le cœur et traverse le corps ainsi qu’un souffle et un esprit. Vous devrez donc avoir rectifié cet esprit sept fois et l’avoir ainsi p‘oussé dans ses derniers retranchements.
Vous pouvez alors le faire servir à diflérents usages, accomplir des miracles avec, car cet esprit éveille toutes choses et les appelle à la vie.
Maintenant, prenez la cendre d’une plante, d'une fleur et d’une racine ou bien la cendre d’un animal oiseau ou lézard, ou bien encore la cendre du cadavre en décomposition d’un petit enfant, portez-la au rouge, mettez-la dans un large et haut matras ou tout autre grand verre; puis, de cet esprit merveilleux qui vivifie, versez par-dessus la hauteur d’une main et bouchez avec soin votre récipient, que vous placerez alors sans I’agiter en un endroit chaud.
Au bout de trois fois vingt-quatre heures la plante apparaîtra avec sa fleur, l’animal ou l’enfant avec tous ses membres, résultat que quelques—uns utilisent pour de vastes jongleries. Ces êtres toutefois sont des créatures purement spiri tuelles, car, si on les agite un peu, ils ne tardent pas à disparaître.
Si on laisse le récipient en repos, ils repa raissent, ce qui est un spectacle merveilleux à voir, un spectacle qui nous fait assister à la résurrection des morts et nous montre comment toutes choses dans la
LA PALINGÉNÉSIE 63 nature reprendront figure lors de la résurrection uni verselle. Mon ami! C’est ensuite une fleur desséchée, fanée ou tout autre feuillage, brin d’herbe ou grappe de rai sin que j’ai coupée avec son cep et ses feuilles pour les laisser se dessécher à l’ombre; c’est encore un bou quet que j’ai fait de toutes sortes de fruits non mûrs aussi bien que d’autres à la phase de développement.
Eh bien! quand j’ai voulu que mes élèves voient, j’ai mis dans un récipient de ces ramilles, de ces fleurs, puis j’ai versé dessus la quantité d’esprit nécessaire. Il faut que le récipient soit large en bas, étroit en haut. Ce récipient, je l’ai fermé àsa partie supérieure avec de la cire et laissé en repos vingt-quatre heures.
Au bout de ce temps tout a recommencé à verdir et à fleurir, à ce point que les fruits desséchés ont repris vie même au milieu de l’hiver et ont même, après trois à quatre jours et autant de nuits, mûri et acquisun goût exquis. J’ai dit alors que je les avais reçus de tel ou tel pays à ceux principalement qui étaient dans l’ignorance absolue de ces choses.
Mon ami, j’ai mis aussi un peu de cet esprit dans un beau petit flacon blanc et j’y ai ajouté en outre quelques gouttes de mon sang ou du sang d’un ami qui m’est cher. J’ai ensuite solidement bouché le flacon. J’ai pu de cette façon constamment observer comment allait mon ami, s’il était en bonne santé, malheureux ou heureux, car sa personnalité se présente d’une façon tout à fait caractérisée. Vit-il heureux, la clarté règne
64 L'INITIATION dans le flacon ettoutestvivant autourde lui(1) ; court il un danger, tout est terne autour de lui; s’il vient à être malade, l’obscurité et l’agitation se font dans le flacon ; vient—il à mourir, naturellement ou de mort violente, le flacon éclate. C’est ainsi qu’avec cetesprit qui donne la vie on peut accomplir nombre de mer veilles. (Traduit par L.
DESVIGNES.) (I) C'est-à—dire autour de la lueur qui représente l’ami. (Note du traducteur.) fin regard vers le fiel et les 23 degrés I C’était le jour de Pâques, et le bois gentil fleurissait au parc de Storesholm, le bois gentil qui porte la fleur du lilas et en imite l’odeur sans être un lilas. Nous allions voir danser le soleil, comme disait la légende sur ce jour de résurrection.
En levant les yeux pour regarder l’astre du jour, je ne découvris rien qu’une clarté brillante de feu blanc, et je renonçai au spectacle périlleux, me rappelant le conseil de ma mère qui m’avait prévenu que le soleil pouvait aveugler. Bien des jours de Pâques ont passé depuis lors, et il arriva que je m’avisais de regarder le soleil pour décou vrir ses taches. Il se trouvait dans l’équateur du ciel, puisque ce fut vers l’équinoxe du printemps. En levant les yeux vers
UN REGARD VERS LE ClEL ET LES 23 DEGRÉS 65 le soleil, je n’aperçus d’abord qu’une immense clarté, un nuage de feu qui se condensait au fur et à mesure, se concentrait pour former un disque jaune d’or circu lant dans un autre cercle tantôt blanc d’argent, tantôt noir de fer.
C’est alors que l’idée m’est venue: le soleil est-il rond,puisque nous le voyons rond P Et qu’est-ce que la lumière. quelque chose en dehors de moi, ou seule ment des perceptions subjectives ? La lumière qui sera une force et pas une matière, comment peut-elle être visible lorsque les autres, forces ne sont pas visibles?
Le soleil est-il lalumière omniprésente, primitive, informe, que mon oeil défec tueux ne peut saisir que comme la petite‘ tache jaune au fond de l’organe visuel, seule sensible aux rayon luisants ? , Et encore qu’est-ce que la lumière lorsque l’obscu: rité n’est pas son antithèse.
Enfermez-vous dans une chambre obscure, couvrez les yeux par les mains, pressez les globes, et vous verrez que la lumière existe dans les ténèbres. _ C’est juste cette expérience que j’ai répétée quantité de fois, vérifiée et annotée.
Donc, en serrant les yeux avec les condyles des pouces, je vois un chaos de lumière, d’étoiles, d’étin celles, qui se rassemble et se condense en un disque éblouissant, tournant dans un autre parfaitement comme le soleil. Mais ce n’est pas le tout encore. Le disque se met à lancer des gerbes d’une lumière rouge, tournoyant de droite à gauche et de gauche à droite, imitant les facules du soleil, mais aussi ressemblant ,\ ,. . ,_;A-,_,M,>A-N. 3
66 L’INITIATION a une tache de soleil en tourbillon ou aux nébuleuses spiralées de la Vierge et du Chien de chasse. Au maximum de douleur provoquée parla pression, le soleil disparaît et un astre brillant d’une lumière blanche fait apparition. En cessant de presser, la clarté disparaît et un jeu de couleurs se produit.
Au milieu. une fossette au pourpre noir de la Scabieuse, entourée d‘un doux jaune de soufre, présentant le dessin caractéristique d’une tache de soleil. Est-ce donc l’intérieur; de son œil que l’astronome dessine en mots et images, et seraient-ce les lentilles du tube et de l’appareil qu’il pho tographie en reproduisant sur la plaque la figure du soleil? Mais, répondis—je, les facules, les taches, les protu bérances sont photographiées !
Et je m'arrètai là pour un moment. . Cependantune ophtalmoscopie àplanches coloriées me tomba entre les mains, et j’avoue que je fus étourdi en regardant ces figures de la rétine, imitant le nuage, le soleil, les cercles concentriques, les étoiles, la voie lactée, tous les phénomènes de la voûte céleste. Où commence le moi, et où finitle non-moi ? L’œil adopté d’après le Soleil, ou l’œil créant ce phénomène appelé le Soleil ?
Magister dz‘xz’t: Schopenhauer a dit : Le monde tout entier avec l’immensité de l’espace dans lequel le tout est contenu, et l’immensité du temps, dans lequel le tout se meut, avec la merveilleuse variété des choses qui remplissent l’un et l‘autre, ne sont que des phénomènes cérébraux.
UN REGARD VERS LE CIEL ET LES 23 DEGRÉS 67 Le Soleil dessine une orbite circulaire mais imagi maire sur la voûte imaginaire du firmament qui n’est pas fermé. Cette orbite décrit un angle de 230 vers l’équateur du ciel. L’œil formé d’une sphère possède une tache ronde etjaune, comme le Soleil, seule sensible à la lumière et située23" au—dessus du point où entre le nerf visuel insensible.
Serait-ce que l’homme, en se redressant sur les jambes de derrière et regardant le soleil en pleine figure, soit devenu aveuglé au punctum cecum, et que le soleil, la lumière omniprésente, se soit créé un nou— veau foyer ! Ou la terre, changeant la position de son axe, a-t-elle forcé l’homme de se redresser les 23° degrés ? . Qui sait le dise, et en même temps qu’il raconte pourquoi le cœur accuse de même une inclinaison de 23 degrés.
Il POURQUOI LE FER SEUL INDIQUE LE NORD Tous les corps, sous l’influence d’un courant galva nique, sont magnétiques, soit para magnétiques, soit diamagnétiques. Mais les paramagnétiques se placent dans la direction axiale après le maximum de densité. La densité entre donc comme facteur dans le poten tiel magnétique, et la direction de l’aiguille aimantée dut être déterminée par la densité du fer.
Rien n’a prouvé que la terre est un aimant, ni non plus que sa masse consiste de fer, attendu que les vol cans ne vomissent jamais du ic‘.’ fondu.
68 L'INITIATION En me demandant encore pourquoi le fer, en dehors d'une influence magnétique, se place dans la direction nord, la densité moyenne du fer évaluée à 5 et 6 s’as sociait à la densité calculée de la terre, mise entre 5 et 6, de sorte que je formulais la réponse ainsi : Le fer, ayant la densité de la terre, tente, suspendu dans une position libre, de se placer dans la direction de l’axe afin de chercher l’équilibre.
Pour le contrôle je recourus à l'expérience. Exemple 1. —- Une aiguille de zinc suspendue par un fil de cocon se plaçait 53° est. Exemple 2. — Une aiguille de cuivre sous les mêmes conditions se dirigeait 69° est. Or: la densité du zinc, 6,8, est à la densité du cuivre 8,87, comme la déclinaison du zinc, 53°, est à la déclinaison du cuivre, 69°. Il y avait donc une relation bien définie entre la direction des métaux et leur densité.
A Exemple 3. -— Je suspendis une aiguille de verre de la densité 3. Elle se plaça 23° est. Ce qui est con forme à l’équation : 6.8: 3 2 53°: x“ = 23,35 Exemple 4. —— Je coupai une aiguille de la capsule d’une bouteille, sans connaître la composition de cet alliage d’étain et de plomb. L’aiguille prit la position 67° est. J’évaluai la densité de l’aiguille à 8,5, ce qui corres pond à une déviation de 67°.
Or l’alliage des capsules de bouteille le plus com mun est I étain et I plomb, qui donne le' moyen 8,5. ""““ ' ‘"”"" ""”
UN REGARD VERS LE CIEL ET LES 23 DEGRÉS 69 Exemple .5. — Une aiguille de cuivre fut suspendue au-dessus d’une rose des vents bien graduée. Quatre bougies de la même hauteur et calibre furent allumées aux quatre points cardinaux. L’aiguille prend la position est—ouest. J’éteins la bougie est : l’aiguille se place 10° est du nord. La bougie sud est aussi éteinte; l’aiguille descend avec la pointe nord juste 45° sud de l’est.
En éteignant encore la bougie ouest, de sorte que la bougie nord seule reste allumée, l’aiguille descend encore plus avec la pointe nord et la pose en sud, juste la situation inverse de l’originale. En allumant la bougie nord seule, l’aiguille se pla— çait 10" est au ouest du nord. ' Les bougies nord et sud allumées, l’aiguille occu paitla direction nord-sud sans déviation. Un verre rempli de neige repoussa l’aiguille.
Un clou chauffé sans être incandescent attira l’aiguille Or : le pôle du froid et le pôle magnétique de la terre se retrouvent presque aux mêmes latitude et longitude. Y a-t—il une correspondance entre température et magnétisme? Probablement, puisqnel’unité des forces est reconnue.
L’aiguille de fer aimantée cherche donc le froid, le magnétisme, l’équilibre. , Regarder l’aiguille d’inclinaison qui se place hori zontalement à l’équateur, commence à s’incliner lors qu’on lédéplace au nord, s’incline 65° à Paris et 90" au pôle magnétique au nord de l’Amérique. AUGUSTE STRIENDBERG. *wm*u...M -.———...
70 L’INITIA'I 10.\‘ fin ras rie changement de persannalité Par ALBERT LECOMTE (Fin) V En relisant les pages précédentes, je ne puis m’em pêcher de penser que, si elles avaient été écrites par un autre, je serais extrêmement porté à n’y voirqu’un mélange de souvenirs, d’auto-suggestions et de sug— gestions de l’opérateur.
Je me rappelle les cas de som nambules, poursuivant avec une logique rigoureuse, quelquefois pendant des mois entiers, une série de visions dont la fausseté fut ensuite absolument démon trée(r).
Je me dis que Mireille a une imagination très vive, et qu’elle a bien pu céder, au moins incons ciemment, au désir de se montrer en relation avec un être supérieur qui manque rarement l’occasion de lui faire des compliments Et cependant j’ai tâché d’éviter toutes les causes de suggestion, j'ai obtenu le témoignage concbr dam des contrôles sur des phénomènes qui, n'ayant à ma connaissance jamais été décrits, n’auraient pas dû se présenter à l’esprit s’ils n’avaient point eu quel que réalité; les termes différents dans lesquels sont formulés ces témoignages tendraient, du reste, à prou ver qu’ils sont dus non à une transmission d’idées, mais à la production de faits réels.
Quoi qu’il en soit, les récits de ceux qui se prétendent u) Les états superficiels de l’hypnose, p. 50. —-Les états profonds de l’hypnose, p. 56.
UN CHANGEMENT DE PERSONNALlTÉ 7r ‘ ...,.. .._,. en communication avec les morts nous décrivent d’une façon raisonnable leur vie nouvelle et suffisent à faire rejeter un des principaux arguments des matérialistes. « Si avec les logiciens, dit M. Bourdeau (I), on admet que le critérium de la certitude est l’inconceva bilité du contraire, il serait facile de démontrer par l’absurdité de la négative la nécessité de la mort.
Quand on essaie de se représenter un état de choses dont elle serait exclue, on ne trouve,en effet, que conséquences irrationnelles, impossibilité pour la vie de durer et de se développer. » Comment de telles affirmations osent-elles se_formu ler en présence de conceptions grandioses qu’ont inspirées aux penseurs une connaissance plus appro fondie de l’immensité de l’univers et les preuves innombrables de l’existence de forces intelligentes que la science actuelle ne se refuse à admettre que parce qu’elles ne rentrent point dans le cadre étroit de son enseignement?
Certes, nous pouvons être induits en erreur par ces entités dont nous ne connaissons pas la nature. Peut être aussi ces révélations sont dues à une envolée de notre âme momentanément dégagée des liens du corps charnel qui obscurcit les perceptions inhérentes à sa nature immortelle?
Telle estl’hypothèse qu’a dévelop pée un esprit des plus distingués en même temps que des plus positifs, l’historien Henri Martin, à propos des visions de Jeanne d’Arc (2). « Il existe, dit-il, dans l’humanité, un ordre excep« (I) Le Problème de la mort et la Science positive. I893. (2) Histoire de France, t. VI, p. 143. .....‘, .s‘. ,,,..,_,. ,.;‘., -\.. a-..«.a..,....\... -_ ... .. ..
72 L’INITIATION tionnel de faits moraux et physiques qui semblent déroger aux lois ordinaires de la nature, c’est l’état d’extase et de somnambulisme,soit spontané,soit arti ficiel, avec tous ses étonnants phénomènesdedéplace ment des sens, d’insensibilité totale ou partielle du corps, d’exaltation de l’âme, de perceptions en dehors de toutes les conditions de la vie habituelle. Cette classe de faits a été jugée à des points de vue très opposés.
« Lesphysiologistes, voyantles rapportsaccoutumés des organes troublés ou déplacés, qualifient de maladie l’état extatique ou somnambulique, admettant la réa lité de ceux des phénomènes qu'ils peuvent ramener à la pathologie et niant tout le reste, c’est-à-dire tout ce qui paraît en dehors des lois constatées de la physique.
La maladie devientmême folie,à leurs yeux, lorsqu'au déplacement de l’action des organes se joignent des hallucinations des sens, des visions d’objets qui n‘existent que pour le visionnaire. « Un physiologiste éminent a fort crûment établi que Socrate était fou, parce qu’iI croyait converser avec son démon.
« Les mystiques répo‘ndent non seulement en affir mant pour réels les phénomènes extraordinaires des perceptions magnétiques, question sur laquelle ils trouvent d’innombrables auxiliaires et d’innombrables témoins en dehors du mysticisme, mais en soutenant que les visions des extatiques ont des objets réels, vus, il est vrai, non des yeux du corps, mais des yeux de l’esprit.
L’extase est, pour eux, le pont jeté du monde visible au monde invisible, le moyen de com mdnication de l’homme avec les êtres supérieurs, le """"""”"" "
UN CHANGEMENT DE PERSONNALITÉ 73 souvenir et lapromesse d’une existence meilleure d’où nous sommes déchus et que nous devons reconquérir. « Quel parti doiventprendre dans ce débat l’histoire et la philosophie ?
« L’histoire ne saurait prétendre déterminer avec précision les limites de la portée des phénomènes, ni des facultés extatiques et somnambuliques ; mais elle constate qu’ils sont de tous les lieux ; que les hommes y ont toujours cru, qu’ils ont excercé une action con sidérable sur les destinées du genre humain ; qu’ils se sont manifestés, non pas seulement chez les contem— platifs, mais chez la plupart des grands initiateurs; que si déraisonnables que soient beaucoup d’extatiques, il n’y a rien de commun entre les divagations de la folie et les visions de quelques—uns; que ces visions peu vent se ramener à de certaines lois; que les extatiques de tous les pays et de tous les siècles ont ce qu’on peut nommer une langue commune,la langue des sym boles, dont la langue de la poésie n’est qu’un dérivé, langue qui exprime à peu près constammentles mêmes idées et les mêmes sentiments par les mêmes images.
« Il est plus téméraire peut-être d’essayer de conclure au nom de la philosophie; pourtant le philosophe, après avoir reconnu l’importance morale de ces phé— nomènes, si obscurs qu’en soient pour nous la loi et le but, après y avoir distingué deux degrés, l’un infé rieur, qui n’est qu’une extension étrange ou un dépla cement inexplicable de l’action des organes, l’autre supérieur, qui est une exaltation prodigieuse des puis sances morales et intellectuelles, le pilosophe pourrait soutenir, à ce qu’il nous semble, que l’illusion de
74 L’INITIATION l’inspiré consiste à prendre pour une révélation apportée par des êtres extérieures, anges, saints ou génies, les révélations intérieurs de cette personnalité infinie qui est en nous, et qui, parfois, chez les meil« leurs et les plus grands, manifeste par éclairs des forces latentes dépassant presque sans mesure les facultés de notre condition actuelle.
En un mot, dans la langue de l‘École, ce sont pour nous desfaits de subjectivité.
Dans la langue des anciennes philosophies mystiques et les religions les plus élevées, ce sont les révélations du ferouer mazdéen, du bon démon (celui de Socrate), de l’ange gardien, de cet autre moi qui n’est que le moi éternel, en pleine possession de lui même, planant sur le moi enveloppé dans les ombres de cette vie (c’est la figure du magnifique symbole zoroastrien partout figuré à Persépolis et à Ninive : le ferouer ailé ou le moi céleste planant sur la personne terrestre).
« Nier l’action d’êtres extérieurs sur l’inspiré, ne voir dans leurs manifestations prétendues que la forme donnée aux intuitions de l’extatique par les croyances de son temps et de son pays, chercher la solution du problème dans les profondeurs de la personne humaine, ce n’est en aucune manière révoquer en doute l’intervention divine dans ces grands phéno mènes et dans ces grandes existences: L’auteur et le soutien de toute vie, pour essentiellement indé pendant qu’il soit de chaque créature et de la création tout entière, pour distincte que soit de notre être contingent sa personnalité absolue, n’est point un être extérieur, c’est-à-dire étranger à nous, et ce n'est pas
UN CHANGEMENT DE PERSONNALITÉ 75 en dehors qu’il nous parle; quand l’âme plonge en elle—même, elle l’y trouve, et, dans toute inspiration salutaire, notre liberté s’associe à sa Providence.
Il faut, ici comme partout, éviter le double écueil de l’incrédulité et de la piétié mal éclairée; l’une ne voit qu’illusions et qu'impulsions purement humaines; l’autre refuse d’admettre aucune’part d’illusion, d’igno rance ou d’imperfection là où elle voit le doigt de Dieu.
Comme si les envoyés de Dieu cessaient d’être des. hommes, les hommes d’un certain temps et d'un certain lieu, et comme si les éclairs sublimes qui leur traver sent l’âme y déposaient la science universelle et la perfection absolue. « Dans les inspirations le plus évidemment provi dentielles, les erreurs qui viennent de l’homme se mêlent à la vérité qui vient de Dieu. L‘être infailli— ble ne communique son infaillibilité à personne.
C’est à quelque chose d’analogue à cette dernière hypothèse que je suis tenté de m’arrêter pour le cas dont je viens de faire l’exposé. _ D’une part, en effet, je suis très frappé par les chan— gements si nets et si réguliers d’états physiques corres pondant aux phases diverses du dégagement, mais, de l’autre, je n’ai point osé m'assurer si je ne pourrais pas reproduire, par de simples suggestions, ces chan gements d’état dont je ne m’explique du reste pas la cause.
Ce que je connais de l’existence terrestre du prétendu Vincent, rend difficile à comprendre sa progression si rapide: deux zones de mondes! Enfin, que penser de phrases telles que celles-ci: «Voyons! entre hommes, nous pouvons bien dire cela. » -— Ou
76 L’INITIATION bien encore, en parlant de Mireille: « N’est-ce-pas qu’elle est belle? », qui lui échappent parfois au milieu de conversations Où il expose, avec une véritable élo quence, des doctrines du plus pur spiritualisme qui, d’ailleurs, ne m’étonneraient ni pour la forme ni pour le fond, dans la bouche de Mireille éveillée et un peu surexcitée (I).
Dans tout ce que je connais et ce que connaît Mireille à l'état de veille, je n’ai rien trouvé qui puisse expliquer la conception du cônelumineux. Le colonel Olcott a bien voulu traduire le présent article en anglais pour le publier, à Madras, dans le Tlzéosophist et consulter à ce sujet ses lecteurs de l'Inde. Peut-être trouverons-nous dans leurs réponses la solutiOn de cette énigme.
Voici le compte rendu de la séance, rédigé par un des assistants. M‘"° Z. a vu son propre corps astral se former à environ un mètre à sa droite sous la forme d’une nuée Iumineusebleuâtre. Quand M. de R. aendormi Mireille, elle a vu se dégager de la tête de celle—ci comme une boule de lumière qui s’est fixée au-dessus.
« Mireille a alors vu le fantôme de M"" Z. à l’endroit indiqué, elle a vu, de plus, une traînée fluidique (I) Dans la séance du 24 juillet I894, le prélat qui a Tédigé l’un des procès-verbaux, voulant s‘assurer que Vincent n’était pas un démon, le pria de réciter le Pater, ce qu’il fit avec une onction édifiante.
Puis, M“ X., discutant avec lui sur ce qui se passait après la mort de Mireille qui, éveillée et très catholique et l’appelle respectueusement Monseigneur, finit par s’écrier d’un ton fort dégagé: « Allons donc! Monsieur I’abbé;jele sais mieux que vous qui ne parlez que par ouï-dire; je viens d’y passer. »
UN CHANGEMENT DE PERSONNALITÉ 77 reliant ce fantôme au corps charnel de Mme Z. Cette traînée présente, vers le milieu de sa longueur, une partie beaucoup plus lumineuse que le fantôme lui même. Mireille dit que la lumière est due àl’esprit de Mme Z. qui a quitté son corps charnel, mais sans suivre complément son corps astral; c’est pour cela que l’esprit de M"“6 2., placé entre les deux, voit l’un l’un et l’autre.
« Mireille interrompt ces explications pour dire que le cône qui transporte Vincent est arrivé; elle le voit dans un coin du salon qu’elle désigne; puis elle tombe en léthargie et se ranime au bout de quelques instants avec la personnalité de Vincent.
« Mme Z. qui, toujours endormie, suit attentivement ce qui se passe et le raconte spontanément, voit à l’endroit désigné un cercle lumineux, dont les bords paraissent animés d’une sorte de frémissement, et qu’elle compare à un brillant ostensoir sans pied; de ce cercle descend, vers la boule de lumière qui se trouve au-dessus de la tête de Mireille, un rayon qui les relie.
« Au moment où s’est fait le changement de person nalité, la boule de lumière est montée le long du rayon et est entrée dans le cercle; immédiatement après, une flamme est sortie du cercle, a suivi le rayon en sens inverse et est entrée dans le corps de Mireille. « Quand l’incarnation a pris fin, M“"’ Z. a vu une flamme remonter dans le cercle, et la boule lumineuse redescendre par le même chemin sur la tête de Mi reille. » ' A. LECOMTE.
lLlt VAGUE DE ‘WEl FRAGM ENT Les éléments captifs halettent sous l’orage! C’est le tohu-bohu, chaos du premier âge, Et le monde naissant hideux et convulsé Se tord avec terreur dans la nuit du passé. Rien n’existe! Partout, il n’est queformes vagues... Les volcans en fusion bondissent sous les vagues... Ça et là, dans l’Ether, des gaufres sont béants A u fond desquels mugit la voix des Océans 1...
Tout se mêle : les airs, lefeu, la terre et l’onde. C’est la bataille afl'reuse et le tonnerre gronde. Les cieux sont obsurcz‘s, on ne peut même voir Scintiller les rayons de l’étoile du soir! Bientôt, pourtant, bientôt! quelques siècles à peine... Les printemps embaumés soufileront leur haleine, Et dans ces lieux brûlés par l’horrible chaleur Naitront la première herbe et la premz’èrefleur!
Bientôt viendra le temps de la métamorphose, Et le premier parfum de la premièré rose S’exhalera dans l’air pur, jadis empeste’ Du soufre des volcans en pleine activité.
on! LES MORTS! _ 79 Déjà les minéraux dans le sein de la terre Auront évolué. D’immenses blocs de pierre, Sortis des Océans, dresseront vers les cieux Leurs sommets couronnés de rocs capricieux. Dans les eaux, pousseront desforéts sous-marines, Déjà les continents boz‘seront leurs collines...
Oh! ces arbres géants ! oh! ces fleurs de corail Qu’enfantera la terre en son premier travail, En sa première sève, ardente et vierge encore Et que l’homme, jamais, à sa naissante aurore Ne pourra contempler de son premier regard! Car ils ne seront plus... car il viendra trop tard]... Les lacs et les forêts serviront de refuge A ces grands animaux nés avant le déluge...
Puis, tout s’apaz’sera dans le calme infini, L’équilibre naîtra sur le monde assaz’ni, Les feux s’attz’édz’ront au sein de la planète, A recevoir son Roi la Terre sera prête... Et quand le temps viendra, suivant l’ordre éternel L’heure du Genre Humain sonnera dans le ciel! P. DE LABAUME. ©Iäli lLË.‘S M@IËITSl Tiède et très lent le vent soufilait du cimetière ; Oh ! les morts oubliés qui dorment dans la terre! Mon front était rêveur, mon cœur était calmé; Oh .’ des morts endormis, combien avaient aimé!
80 L’INITlATION Une image grandit lentement dans la brume Qui dormait sous mon front comme dans les matins Où la rivière lente au fond du vallonfume; Oh! les morts amoureux du tempsdesjours lointains! C'était un corps très beau ; la blonde chevelure Roulait sur les bras blancs et les yeux étaient clairs; Oh! les morts disparus, chargés de jours amers; Et dans mon cœur mordit de l’amour la brûlure.
Un sourire imprégné des senteurs d’un secret Vint errer sur sa bouche et son sein m’attirait; Oh! des morts endormis le sommeil _est fragile : Fuyeg le vent quifrôle au soir leur lit d’argile.
GUYMIOT. üRflUPE ËNDÈPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÈRIQUES BULLETIN POLITIQUE Laissons nos Chambres, nées de l’intrigue, balancer sans cesse par l’intrigue cette misérable bascule du dua— lisme parlementaire, poursuivre cette perpétuelle coali tion du chien et du loup contre le berger toujours renou velé et toujours envié, et regardons au dehors.
Ici le spectacle n'est pas beaucoup plus satisfaisant, mais il est plus grand du moins ; nous allons y apprendre quelques lois fondamentales, de la vie des nations, très propres à nous éclairer sur les nécessités de notre poli tique extérieure, sur ses dangers,sur son avenir. Tout en suivant le cours des événements récents, pas sons une revue rapide des différentes nations Euro péennes qui s’y sont trouvées intéressées:
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES 81 Les premiers faits qui méritent toute notre attention, comme ils ont ému le monde politique, sont : la conver— sion du prince Ferdinand à la religion grecque ortho doxe, acte de soumission envers la Russie conforme au traité de Berlin ;le soulèvement de la Macédoine et les troubles toujours aussi sanglants de l’Arménie; derniers épisodes de la trop fameuse Question d’0rient.
Nous n’avons pas à nous y arrêter longuement, car, intéressant le conflit des races, ils appartiennent plus particulierement à cette histoire de l’humanité qui est le degré supérieur de la politique ; nous avons cependant à en déduire d’importantes observations au point de vue européen.
Avec eux nous assistons une fois de plus aux efforts que font les derniers venus des peuples touraniens et slaves pour parfaire leurs personnalités : Bulgares, Rou mains et Serbes sont, sur le Danube, les gardiens de la barrière toujours disputée qui repousse du sol des blancs les derniers conquérants touraniens,les derniers oppres seurs mahométans de la chrétienté.
Mais ils sont venus trop tard pour qu’il leur soit permis de gagner leur propre indépendance en cette lutte ; au reste l’élément slave dominant chez eux les porte naturellement vers la Russie.
Aussi leur sort serait-i1 depuis longtemps fixé avec l’expulsion desTurcs par les Slaves sansla puissance des convoitises que leur territoire souleva ailleurs, tandis qu’ils servent d’instruments à ces passions, misérable ment ballottés par elles entre leurs puissants voisins, l'Autriche et la Russie, nous allons voir bientôt sous quelle pression. ‘k «w-ri En nous rapprochant de l‘Occident, notons, bien qu’ils soient paisibles en ce moment, deux autres peuples qui après avoir précédé ceux-ci dans ce rôle protecteur, sont encore livrés comme eux aux mêmes déchire— ments entre les aspirations de l’autonomie et les don leurs de l’assujettissement : L’un tout à fait subjugué, mais toujours vivace, l’autre au contraire presque indé pendant, presque souverain chez son maître. Vous avez reconnu la Pologne et la Hongrie;vous pourriez presque
82 L’INITIATION yajouter la Bohème, aux tendances plus occidentales. Peuples singuliers qui nous intéressent à un double titre par la particularité de leur sort et par les antagonismes qu’ils entretiennent!
L’éclat de leur vie si rapide semble n'être emprunté qu’à leur mission providentielle de protecteurs de la chrétienté; ils ne subsistent plus aujourd’hui dans leur léthargie agitée que comme un sujet de division contre les tendances unitaires de la vieille Europe.
Tous deux sont plus rapprochés encore de la famille slave que de l’allemande ; aussi voit-on la Hongrie faire verser l’Em pire d’Autriche dans un dualisme si prononcé qu‘elle en est presque entièrement paralysée.
Ces graves antagonismes sont cependant dominés par un autre plus accentué, celui desdeux familles saxonne et gauloise, de l'Allemagne et de la France : cause depuis bientôt trente ans de cette paix armée où l‘Europe s’enlise rapidement dans la ruine et la misère.
Il est la seule raison d’être de cette triplice péniblement galva nisée par la Prusse qui d’une part y exploite de son mieux la passion moderne d’autonomie, tandis que de l’autre elle croit y attirer l’Angleterre, alors qu’elle lui sert en réalité d‘instrument. C’est ainsi qu’il faut com prendre les mouvements d’apparence assez fantaisiste qui s’opèrent depuis quelques mois pour quadrupler la triple alliance.
C’est qu’au delà encore de ce dualisme franco-germain il en est un plus vivace et plus dangereux encore, qui depuis près de deux siècles envenime toutes les dissen sions de l’Europe,entrave la marche normale de la civi lisation : C’est celui de l’Angleterre contre la Russie que le marquis de Saint-Yves a si bien fait ressortir dans sa Mission des souverains.
Les événements derniers l’accen tuent avec une netteté frappante et lui empruntent tout l’intérêt émouvant qu’ils ont justement soulevé. eI. L’Europe était assez calme ; son virus constitutionnel et parlementaire opérait en Orient, par nous inoculé au Japon, ce foyer de boudhisme qu’on se plaît à nous
GROUPE INDEPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES 83 représenter comme la religion sage, pacifique et fratér— nelle par excellence I L’agitation de la race blanche s’exerçait tout à l’extérieur, toute aux intérêts mercan tiles : sur le terrain de la race jaune, en Birmanie, ou dans cette Afrique que notre avarice est en train d’arra cher à ses indigènes.
L’Angleterre était alors sous la direction de son parti démocratique quand, plus généreux qu’habile, peut-être, son ministère en vint à menacer à l’intérieur la consti tution qui lui est essentielle, par le home rule et surtout par la proposition de supprimer la chambre des Lords, tandis qu’à l’extérieur les échecs diplomatiques se mul tipliaient sur tout les points du globe: en Afrique, à Madagascar, au Japon, en Birmanie.
Le péril était clair,.éminent; un vigoureux coup de gouvernail y vint parer : dissolution du parlement, ren— trée en scène des tories, et le chant de défi retentit à nouveau sur le monde : < Rule Britannia, Britannz’a rules away » et du même coup voilà l’Europe en feu 1 Car qu’importe la paix du mOnde si la balance des comptes faiblit à la cité de Londresl Rapprochement presque avoué de la triple alliance, pour en utiliser les flottes sur la Méditerranée; crise financière presque désastreuse à la bourse française préa lablement enfiévrée par l’agiot sur l’or; soulèvement de l’Arménie contre la Turquie que l’Angleterre, de par les traités, doit défendre ; empiétement au Venezuela améri cain ; invasion des mines convoitées du Transvaal, sauf à désavouer le flibustier secrètement encouragé; occupa tion du territoire des Achantis; tentatives sur la baie de Delagoa, et cette misérable Italie jetée sur les lances de Ménelick, car il faut l’Afrique entière à I’Empire bri tannique, d’Alexandrie au Cap, de Kartoum au Maroc incessament menacé ou circonvenu.
Mais Lord Bu]! opère peu par lui-même; il allume le teu, il le souflIe et s’éloigne... pour établir la balance de l’opération. Sa main est partout, active et mystérieuse ; partout on s’égorge pour lui, mais sans lui: c’est pour lui, pense-t-il, que le Japon assassine la Chine ; pour lui que l’insolent Crispi va jouer son va-tout dans les déserts du Tigré. C’est pour lui que l’Arménie se fait égorger
84 ' L’INITIATION par les Turcs ou les massacre à son tour ; c’est pour lui que les puissances uriinstant amies ont enchaîné l’Egypte; et si, par hasard, quelque Jameson met son nom en cause il n’hésite pas à le sacrifier à l’indignation publique, sauf à l’honorer chez lui d’ovations.
Il n’est pas guerrier, il est marchand : c'est lui qui fournit au besoin les armes et l’argent, sans oublier les intérêts, à ceux qui, tout autour du Globe, ouvrent ses comptoirs au prix de leur sang.
Il n’a qu’un ennemi redoutable, un ennemi qui hante ses rêves ambitieux; c'est ce colosse fermement assis entre deux mondes et qui commence à s’étendre sur les mers, l‘Empire de l’aigle à deux têtes, orientale et occi dental, cette Russie, qui pèse sur Constantinople, par court la Méditerrannée, domine au nord de l’Inde, s’étend sur toute la Chine, se joue du Japon, touche aux États—Unis. Voilà celui contre qui tout est machiné!
Appui du Japon, s’il penche vers la Chine; traité chi mois au sud, s’il en obtient au nord; appui de la triplice s’il s’unit à la France; appui de la Serbie par l'Autriche si la Bulgarie va vers lui; appui de l’Arménie révoltée s’il s’avance tant soit peu vers Constantinople.
C’est contre lui que tous les antagonismes sont attirés et ex— ploités: l’Allemagne comme la France, les Slaves du Danube comme la Turquie d’Europe, question d’Alsace, question d’Egypte ou question d’0rient, toute nation est bonne à exploiter, toute querelle est bonne pour l’An gleterre à susciter, à entretenir, à envenimer pourvu qu’elles embarrassent son terrible ennemi, soit directe ment, soit en ses alliances. eI.
Voilà donc l’état actuel de l’Europe et le jeu de sa po— litique: un mouvement perpétuel de bascule, décoré du nom d’équilibre, comme ses gouvernements parle mentaires partout adoptée à l’imitation de l’emporo cratie anglaise. Chaque nation tend à s’identifier à son peuple, c’est—à— dire à rassembler en une unité puissante tous ses élé ments ethnographiques naturels, mais elle ne l’essaye ou n’y arrive guère que par l’artifice grossier et dangereux
.—_—-_ .._— GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES 85 de la dictature militaire. Le machiavélisme éhonté de Bismarck a fait école, bien que ses disciples n’atteignent pas aisément au même degré de cynisme (Crispi, Stam boulofl', Milan).
Ce mouvement de concentration qui correspond à une période biologique parfaitement indiquée par Spencer, s’accompagne de trois sortes de dualismes concentriques pour ainsi dire, qu’entretient soigneusement le plus étendu etle plus extérieur.
Ainsi chaque nation ne songe qu’à épier un ennemi, au lieu d'aspirer à l’harmonie générale : 1° Dualisme des Slaves englobés dans l’empire otto man, et de la Sublime Porte, de caractère à la fois vital et religieux; on en peut rapprocher celui des peuples magyar et polonais avec l’Allemagne ou la Russie; 2° Dualisme religieux encore et surtout philosophique, entre les deux races teutone et française, catholique et protestante, mais dualisme aisément résoluble par la science supérieure, comme le prouvaient il y a trente ans nos sympathies pour l’Allemagne savante, si l’ambi tion prussienne, exploitant en son hypocrisie de justes aspirations unitaires, n‘était venue jeter dans la balance le poids stupide de ses armes brutales; ' 3° Duel mercantile enfin de l’Angleterre contre la Russie, irréductible celui—là, parce qu’il est ardent comme la passion de l’avarice et du bien-être, implacable comme le désir‘de vivre.
Car la vie même de l’empire britan— nique en dépend, non seulement sa richesse ou son or gueil. Duel où les autres peuples ne, sont que les seconds et qui cache des forces et des intérêts bien plus puis sants encore que ceux que nous venons d’apercevoir. C’est ce que nous dira cette intervention inattendue des des États-Unis dans ces derniers mois, et leur fameuse doctrine de Monroë.
Mais il faut remettre à d’autres causeries le dévelop pement de ces considérations nouvelles; elles nous en traîneraient trop loin; nous avons aussi du reste d’autres lois à faire surgir des événements derniers; contentons nous pour aujourd’hui de ces deux—ci : Tendance des nations à s’identifier à leurs peuples en une unité inattaquable; ‘ .l-- ' -
86 L’INITIATION Dualisme universel des nations européennes qui ré duit leur prétendu équilibre aux oscillations arbitraires d’une balance à faux poids. TRIPLES . nouvuuunn ruaËanmsnn L’ltalie, que la fatalité du destin semble accabler avec tant de violence par certains côtés, voit peut-être poindre dans son ciel spirituel l’aurore de jours meilleurs.
Au milieu des orages de la lutte entre la Haute Maçonnerie et la Papauté, la tradition ésotérique profère ses appels. C’est ainsi que dans la revue du D" Hofl'mann, Lux (mars 1896), nous avons relevé une longue étude de M. F.
Bruni sur le mouvement idéaliste; une autre du même auteur sur la question de savoir si les kardécistes sont les continuateurs des doctrines antiques’; enfin, n’oublions pas une étude psycho-philosophique sur la possibilité physique d’une vie future que donne dans le même numéro le Dr Bemgui. Le Comité permanent du Suprême Conseil Martiniste a décidé de faire parvenir au F:ϰ.
Bruni, 5:2: 12:; un di— plôme d’honneur en témoignage de satisfaction et en vœu d’encouragement. oIl Notre distingué collaborateur M. Georges Vitoux va faire paraître, le 15 de ce mois, une monographie extrê mement complète et illustrée de nombreuses gravures intitulée Rayons,X et la photographie de l’Invisible.
M“" WIIESDÜN Les journaux quotidiens ont fait un bruit énorme au tour de M118 Couesdon, et chacun a voulu dire son mot au sujet de ( la voyante ). - Pour nos lecteurs,habitués depuis longtemps à ces ma nifestations, nous dirons :
cur«:z LE DOCTEUR PAPUS 87' Mm Couesdon‘ n’est ni hystérique ni aliénée. Elle subit l’incarnation d’un esprit astral d’ordre très élevé. Cette incarnation n’est pas constante et, dans certains cas, peut être remplacée par des manifestations directes de l’Higher-self du sujet. Les médecins qui ont étudié comme nous-mêmes Mne C. sont tous d’accord pour rejeter l'hystérie.
Parmi les gens qui ont attaqué le sujet, il faut laisser de côté les ignorants, les incapables et tous ceux qui ont jugé Mlle C. sans l’avoir vue autrement qu’en imagination. Il faut tenir compte aussi de l’ahurissement causé par un phénomène d’incarnati0n sur l’esprit des. psycholo gues officiels.
Les occultistes et, en général, les membres des écoles spiritualistes sont particulièrement au courant de ces questions et savent éviter les excès de dénigrement ou d’emballement auxquels se sont livrés les journaux quo tidiens. Après avoir exposé notre opinion entière à nos lec teurs, nous allons publier deux interviews et une étude de Sédir sur M“° C.
D’ailleurs tous les détails désirables au sujet de cette voyante sont exposés dans une brochure très complète, très sincère et très franche que notre ami Gaston Méry vient de publier chez Dentu, à un prix très modique (t). Parus. ©HÈZ JLlË ©©TEÛR AI‘P’ÜS « Il y a près d’un mois, j’ai eu l’occasion d’étudier, dans d’excellentes conditions, la jeune fille dont tout Paris s’occupe aujourdh’ui.
Depuis, cette pauvre enfant a été la proie des coteries et des sectes, et les qualificatifs l’illuminée, d‘hystérique, d‘aliénée, de possédée, voire même de trompeuse sont prononcés de tous côtés. Mon ami Gaston Méry a parlé de ma visite, et, comme je suis assailli de demandes de tous côtés à ce sujet, je suis heu reux de répondre par la voie du Gaulois. (r) GASTON MÉRY, la Voyante de la rue de Paradis : préface d‘Edouard Drumont et portrait.
88 L’INITIATION « Je prendrai hardiment la défense de l'accusée et, autant comme docteur en médecine que comme étu diant l’hystérie et l’occultisme, je dirai: Ilya là quelque chose de réel qui soulève une fois de plus le problème du rapport entre le monde visible et le monde invisible. Les sarcasmes non plus que les injures n’empêcheront pas les faits réels d’être des faits.
Je crois donc qu’une « in fluence ) se manifeste par l’intermédiaire de M“0 Coues don et je ne crois pas qu’il faille mettre le diable en cause.
Voilà le résumé de mon opinion, que je vais tâcher d’éta blir de mon mieux. ( Hystérie. — Pour les médecins, je diraique le sujet n’a jamais eu de crises, qu’elle ne présente aucune trace d’anesthésie non plus que d’hyperesthésie localisée et qu’elle passe de l‘état normal à l’état ( prophétique ) sans manifester aucune phase classique de sommeil ner veux.
Elle n’est pas anesthésique à l’état second, ce qui ‘ tendrait à remplacer le qualificatif hystérie par celui de fraude. Nous reviendrons tout à l’heure sur ce point. «Aliénation mentale. — La jeune fille est religieuse ainsi que sa famille. Elle a connu une amie qui « avait des conversations avec sOn ange »; mais le sujet ne pré— sente aucune trace d’exaltation religieuse en dehors de sa mission. Elle n’a pas d’asymétrie faciale.
«Toutefois, j’attribue le nom d’ange Gabriel donné par elle à « l’influence », aux idées de la jeune fille et au mi lieu dans lequel elle vit. Mais je m’élève absolument contre l’idée de voir en cette jeune fille une aliénée. Dans un rapport plus complet je dirai mes raisons dans leur totalité; pourl’instant, j’insisterai sur un seul point: Visions justes.
Les maisons d’aliénés sont remplies de ( prophètes », mais jamais ces prophètes n’annoncent un fait juste. Or j’ai établi l’annonce d’une série de faits inconnus des visiteurs annoncés par la jeune fille et qui sont très bien arrivés. ( Fraude. — C'est même avec cet argument que je repousse l’accusation de fraude. Un abbé vient voir le sujet, qui lui dit: « Votre sœur est malade en ce moment en province. ) L’abbé proteste et croit à une erreur. En rentrant chez lui, il trouve une lettre lui annonçant la
CHEZ LE DOCTEUR PAPUS 89 maladie de sa sœur. Je choisis ce fait entre beaucoup: ( 10 Parce que j’en connais le témoin; ( 2° Parce qu’il écarte toute idée d’enquête sur la per sonne qui vient consulter, — argument absurde quand on reçoit cent cinquante personnes par jour. « 3° Parce qu’il était inconnu du consultant, ce qui écarte l’argument de lecture dans la pensée.
«Le sujet voit-il toujours juste P A mon avis, c’est impos sible, d’abord parce que beaucoup de personnes viennent demander des nouvelles de leur « pot—au-feu ) ou viennent poser des questions passionnelles alors que «l’in— fluence ) a nettement caractérisé sa raison d’être: « 10 Donner des preuves de salucidité et de son origine extraphysique en révélant aux consultants des détails tout intimes de la vie passée ; « 2° Ces preuves données, annoncerà notre France les « clichés » qui se préparent dans l’invisible à son sujet.
« Mais «l’influence » n’est pas venue pour dire avec qui Mme trompe son mari, ou pour révéler à Mme Y... combien lui vole chaque jour sa cuisinière.
Le sujet ne prend pas un son pour ses consultations, ce n’est pas une somnambule ni une tireuse de cartes, c’est un sujet mani festant des phénomènes d’un ordre spécial que nous con naissons, nous les occultistes qu'on traite d’aliénés ou de faux prophètes et dont la science vient chaque jour con firmerles théories. « Est»ce le diable? Le sujet communie tous les huit jours et a été exorci‘sé sans résultat par divers prêtres.
Voilà pour tranquilliser les âmes pieuses. ( Et maintenant, permettez-moi, à titre de conclusion, quelques remarques. « J’ai été amené chez le sujet par un éminent diplo mate,'M. Rachid Moutran, à l’effet d’étudier le sujet, qui ne me connaissait pas, et qui cependant m’a prouvé sa « mission » par des faits qui ont été probants pour moi.
J’étais venu avec le plus grand scepticisme et j’ai convenu, après une étude sérieuse, du peu fondé de mon attitude. « On peut, sans crainte, jeter au panier les opinions de tous les gens qui jugent ce sujet sans l’avoir ni vu ni étudié. « Quel que soit le sort que l’avenir réserve à M“°Couës
90 L’INITIATION don et à ses chers parents, il faut la féliciter du courage avec lequel elle a bravé les enquêtes des aliénistes. « L’lnvisible manifeste encore une fois son acrion; mais pas plus qu’hier les hommes ne reconnaîtront aujourd‘hui la vérité. Les asiles d’aliénés n’existaient pas du temps d’Isa'ie et d’Elie, sans quoi on les y eût envoyés tout de go.
Enfin l’avenir nous dira si les prophéties de cette jeune personne sont aussi justes pour I’Etat que pour les particuliers. « Voilà mon avis, que j’ai peut—être trop résumé pour être clair. » CHEZ M. LE GHAIWINE BRETTES Plusieurs de nos confrères ont cru pouvoir annoncer que le cardinal Richard avait interdit ou allait interdire aux ecclésiastiques l’accès de la demeure de M“° Couës-, don.
D’autres affirment que cette interdiction s’étendait aux simples fidèles, mais que le cardinal, mieux informé, l’avait retirée. Or, nous nous sommes adressé directement à. l‘arche— vêché pour savoir ce qu’il fallait penser de ces informa tions contradictoires.
Il nous a été répondu quel’arche vêque de Paris n’avait pris et sans doute ne prendrait aucune décision de cet ordre, à moins toutefois que cer tains scandales possibles, mais qui ne se sont pas encore produits, n’obligeassent l’autorité diocésaine à intervenir Jusque-Ià, les ecclésiastiques resteront libres, comme tout le monde, d’interroger Mll° Couësdon et de recueil lir ses oracles.
Seulement ils le feront, ainsi qu’ils l’ont fait déjà,en leur nom personnel, sans que leurs visites rue de Paradis engagent en aucune manière l’administration épiscopale. Parmi les ecclésiastiques qui ont ainsi interrogé M“° Couesdon se trouve M. le chanoine Brettes, qui, ayant été mis à ce propos directement en cause ces jours— . ci, a bien voulu nous fournir hier quelques explications Intéressantes. , . "MWFNJ”"‘"““" / r >r<w«’<‘ww-', « r ,/-.»',v««Î—=:.p.rw_‘flrl '‘
CHEZ M. LE CHANOINE BRETTES 91 « J’ai fondé, il y a un an, nous dit M. le chanoine Brettes, la Société des sciences‘psychiques, dont le but est de chercher à établir le plus exactement possible la ligne de démarcation entre le naturel et l’extranaturel dans les phénomènes où cette ligne n’apparaît pas de prime abord et qui peuvent être étudiés expérimentale ment.
« Le cas de M"° Couesdon ne pouvait manquer de nous intéresser.Mais, puisqueje dis « nous », il faut, avant d’aller plus loin, que vous sachiez qui nous sommes. « La Société des sciences psychiques se compose de cinquante membres : vingt-cinq prêtres, vingt—cinq mé decins. Elle a un président, éligible entre tous les socié taires, et deux fice-présidents, dont l’un est ecclésiastique l’autre laïque.
Le bureau est renouvelable tous les ans. ( Donc nous avons prié M“° Couesdon de vouloir bien se prêterà un examen scientifique de son cas et de se rendre, à cet effet, à l‘hôtel des Sociétés savantes, où nous avons coutume de nous réunir, le premier et le troisième mercredi de chaque mois. « Elle est venue,accompagnée de son père, et nul des prêtres ni des médecins présents n’a mis en doute, je dois le reconnaître, sa complète sincérité.
« L’assistance était fort nombreuse, je veux dire que la plupart des membres de la société était là. Car nous n’admettons les étrangers à nos séances qu’à titre absolu ment exceptionnel.
Il y avait notamment du côté ecclésias tiqueTle Père Bulliot, mariste et professeur de philoso phie à l’Institut catholique; MU Méric ; un jésuite, le Père Rouvre ; un dominicain, le Père Lavy: l’abbé Sabatier, vicaire de Saint-Augustin; l‘abbé de Bessonies, vicaire de Notre—Dame-des Victoires ; et du côté laïque : le docteur Tison, médecin en chef de l’hôpital Saint— Joseph; le docteur Iurbred, le docteur Dariex, directeur des Annales psychiques; le célèbre docteur Bataille; le docteur de Iodko, savant électricien russe qui, par paren thèse, a, au cours de cette même séance, défendu cette thèse, peu conforme à l’enseignement officiel, que le fluide vital et l’électricité sont une seule et même chose ; enfin, les docteurs Le Menant des Chesnais, Encausse, Hacks, Dumontpallier. "'“"‘"““'”"“ï:
92 LÏNlTIATION un « M“° Couesdon a paru quelque peu intimidée en présence d’une assemblée aussi imposante. Cependant elle s’est prêtée de bonne grâce à l’examen auquel il était nécessaire de la soumettre, et elle n'a pas tardé à entrer dans cet état spécial que tous les journaux ont décrit.
« Nous avons alors demandé à l’archange Gabriel de nous prouver son identité, — puisque M“e Couesdon croit n’être que son interprète, — et de fournir quelques signes de la mission que celle-ci s’attribue. « Vous ne serez pas surpris d’apprendre que l'archange n’a pas répondu d’une manière très précise ni par consé quent très satisfaisante à notre appel. On sentait chez le sujet une préoccupation très vive de l’auditoire devant qui il parlait.
« Cette préoccupation s’est d’ailleurs traduite, après le départ de l’archange, par un refus formel, de la part de la jeune fille, de se prêter à de nouvelles expériences. Ici, nous a-t-elle dit, je vois bien que les esprits ne sont pas bien disposés à entendre les révélations de l’ange. C’est pourquoi je ne reviendrai pas. « Aucune discussion n’a en lieu, bien entendu, en présence de M“° Couesdon.
Seulement une commission a été nommée pour étudier son cas, moins curieux peut être qu’on ne se l’imagine. Cette commission se compose de trois médecins: MM. Le Menant des Chesnais, Hacks et Encausse, et de trois prêtres: le Père Bulliot, l’abbé Sabatier... le nom du troisième m’échappe.
« Le rapport sera déposé et discuté d’aujourd’hui en quinze, à notre réunion du troisième mercredi d’avril. (( Jusqu’à cette date, je suis obligé de me tenir dans la plus grande réserve, mais je puis vous dire encore ceci: Les phénomènes comme ceux qui nous occupent sont très intéressants au point de vue scientifique, pas du tout au point de vue religieux.
' — Vous excluez donc, Monsieur le chanoine, l’hypo— thèse de la possession démoniaque? — Je ne prétends pas cela. Je veux dire seulement que les phénomènes dont je parle n’intéressent pas la cause religieuse. m
CHEZ M. LE CHANOINE BRETTES — On assure que plusieurs prêtres ont déjà exorcisé Mne Couesdon. Est-ce vrai? —— Je ne le pense pas.
En tous cas, je ne l’ai pas fait, bien que j’aie vu cette jeune fille chez elle avant qu’elle se rendit à la réunion de la Société des sciences psy— chiques. —— L’autorisation de l’Ordinaire n'est—elle pas requise pour qu’un prêtre soit en droit de pratiquer l’exorcisme ? — Non, s’il s‘agit de l’exorcisme privé, cérémonie qui consiste dans la simplelecture de prières spéciales, assez longues, par lesquelles tout prêtre approuvé peut, de sa propre initiative, adjurer le démon de quitter un corps qu’il tourmente.
« Au contraire l’autorisation de l’Ordinaire est requise pour l'exorcisme public. L’exorciste est alors non seu— lement autorisé, mais désigné par l’évêque, et la céré— monie revêt des formes particulièrement solennelles. ( C’est ce qui eut lieu à Giff, dans le diocèse de Versailles, il y a plusieurs années, pour une possédée dont le cas défraya longtemps la presse et qui est main— tenant parfaitement guérie.
« Mais on ne doit procéder publiquement à l’exor cisme, qu’en cas de possession diabolique notoire et pour faire cesser les scandales qui en résultent.
« Rien de pareil pour M115 Couesdon. ) L’INSPERÊE DE L’ANGE ŒABRIEIL Nos lecteurs ont pu apprendre par les journaux quoti diens, notamment par l’EcIair, le Journal, le Matin, le Temps (31 mars) et le Figaro,qu’unejeune fille donnait, rue de Paradis, àtoute personne, des révélations sur le pa5sé, sur l’avenir tant des individus que de la France.
Voici sept mois que ces révélations ont lieu ;l’archevêché de Paris s’en émut de fort bonne heure, et, s’il le juge a propos, le D“ Papus racontera lui-même les examens qui eurent lieu à ce sujet en sa présence. J’ai pu, grâce à l’obligeance de M. Gaston Méry, péné trer de suite jusqu’à la jeune inspirée; on sait quelle æ'\\
94 L’INITIATION est l’affluence des visiteurs qui se pressent pour recevoir ses révélations, et, pendant les quelques minutes queje demeurai en attente, quatre ou cinq des plus grands noms de France sont venus s’inscrire à la suite des listes volu mineuses. M“° Couesdon s’est montrée d’une trop grande cordia lité pour que je lui impose icil’ennui de voir sa personne et sa famille livrés de nouveau à une publicité indiscrète.
Qu’il me suffise de donner quelques indications sur ces signatures. Elle semble de tempérament sanguin, nerveux, astrologiquement dominé par Vénus et le Soleil ou Jupi ter. La figure rappelle un portrait bourbonien du xvn'3 siècle; la main est petite, ferme, harmonieuse; les doigts carrés, la volonté forte.
Les monts de la Lune et de Vénus saillants; l’intuition et l’inspiration très mar quées; la ligne de cœur très riche; la vie semble être très surchargée de luttes de toutes sortes. L’ensemble est cor dial, d’une grande franchise et d’une grande bonté.
Les révélations qu’elle a actuellement lui ont été déjà faites ily a quelques années, parait-il, sous forme de visions; l’ange se manifeste par une prise de possession complète de son intelligence; il n’en résulte aucune fatigue pour elle; au contraire, sa santé paraît en fort bon état.
Les révélations sont dites dans un autre ton de voix; elles s’expriment avec volubilité, comme une mélopée e_n vers de sixà sept pieds, ayant tous le son é, er, ait, comme assonance. L’ange se répète souvent; il ne se laisse pas tutoyer. Enfin il ne donne pas de date précise à ses prédictions.
Personnellement, le récit de mon évolution antérieure m’a été fait avec assez de précision; j’ai obtenu à des questions d’avenir des réponses que je serai heureux de vérifier. L’entité qui donne ces lumières prétend être bien réellement l’ange Gabriel qui se manifesta autrefois à la Vierge. Il reçoit, dit-il, directement les ordres de Dieu, mais saint Michel est au-dessus de lui.
J’ai dû borner la mes investigations, n’ayant mal— heureusement aucune commodité pour procéder à une recherche plus précise sur l’être véritable de cet ange. SÉDIR. ._ aZf’yflmim«,«mu
ÉCOLE SECONDAIRE DE MAGNETISME DE LYON 95 THÉRAPEUTIQUE OÊZGUlLTE Il y a environ un an, un jeune homme vint me trouver pour me supplier de le défendre contre un envoûteur puissant, dont il se croyait la victime. M. 8... avait été, en Algérie, le secrétaire d’un spirite, qu’un sorcier arabe avait initié aux pratiques d’une magie rudimentaire.
Le sorcier avait, par la suite, conçu un goût assez vif pour la femme du spirite; d’où compétitions et_luttes à coups de figures de cire.
M. B. semblait ne pas s’en être tiré indemne; quand je le vis, les liens hyperphysiques sem— blaient être très distendus chez lui; la nuit, son lit cra— quait, se soulevait, des images parcouraient sa chambre, une voix lui parlait; son déséquilibre se communiquait à ses intimes; et il en était arrivé à des projets de sui cide.
Je lui indiquai un schéma satqrnien de défense et de concentration, extrait des talismans de la Philosophie occulte d’Agrippa; les phénomènes cessèrent immédiate ment pour une période de plusieurs mois.
Au bout de ce temps, je tentai sur M. B... les premières manipulations pour un développement de clairvoyance; à la suite de ces exercices, les phénomènes médiumniques recom mencèrent quoique avec beaucoup moins d’intensité; de sorte que ce jeune homme se considère aujourd’hui comme complètement guéri. SÊDIR.
ËGOIÆ SEEOHDAIRE DE MAGNÉTISME DE LYON COURS DU 26 DÉCEMBRE I895 Magnétisme à distance. — Dissertation sur le magné— tisme. — Opération magique.— 75 personnes présentes. DISSERTATION SUR LE MAGNÉTISME Un homme malade « Il s’agit, nous dit le maître, d’une opération difficile pour vous, mais vous êtes à l’école, c’est pour apprendre ce que vous ne savez pas. — Je prie les élèves voulant p_ :‘K":”m«.m
96 L'INITIATION recevoir une leçon sérieuse de bien vouloir se retirer. ) (Dix élèves environ se retirent dans un salon à part).
Après la lecture d’un diagnostic posé par un docteur, on fait entrer une des personnes qui sont dans le salon voisin. ( Il faut maintenant, dit le maître, poser un diagnostic c’est-à-dire qu’il s’agit de nous expliquer de quelle mala die cet homme est atteint et nous dire où il sent son mal. » Sur les réponses embarrassées de l‘élève, le maître ajoute : « Ne vous souvenez-vous donc pas d’avoir reçu le < pouvoir de vous rendre compte de la maladie d‘un sujet « à son approche? > Immédiatement, la souvenance revient à l’élève, et celui-ci répète (ainsi que les autres élèves, appelés l’un après l’autre) ce qui venait d’être indiqué par le docteur.
Il serait trop long de rappeler ici tout ce qui nous a été dit par le maître à ce sujet. À1agne’tisme à distance Un homme vient prier le maître de vouloir bien opérer sur sa fille < Françoise », âgée de dix-sept ans. Sur le consentement et l’ordre du maître, M. B. est prié de fermer les oreilles à un élève de l’école, ce qui est fait de suite.
On donne alors lecture du diagnostic posé par le doc teur de la famille, puis on fait retirer les mains placées sur les oreilles de l’élève.
Ce dernier affirme à l’instant être M119 B., âgée de dix sept ans, et s’appeler 1 Françoise », la fausse malade ajoute: « MOn père est allé voir si un Monsieur, nommé P., « voulait venir pour me soulager, mais mon mal ne me « fait pas souffrir, mes parents souffrent plus que moi « de me voir en cet état. » Pendant ce temps, le maître demande au père de la jeune fille s’il habite dans le quartier, et, sur sa réponse affirmative, le maître prie plusieurs élèves d’accompa gner le père de la jeune fille chez lui et de venir rappor ter ce qui se passe chez la malade.
ÉCOLE SECONDAIRE DE MAGNÉTISME DE LYON 97 Vingt minutes après, les personnes envoyées reviennent apporter leur témoignage dans la salle du cours: ( La jeune malade, déclarent-ils, ne se sent plus la « même, et annonce qu’il y a quelque chose d'étrange « dans son organisme; elle a plus. de forces et la fièvre « a disparu: je voudrais, dit la malade, rester toujours « en cet état. ) .
Liberté rendue au sujet Le maître rend au sujet la liberté, et M“" X., élève de l'école, s‘approche du sujet et lui dit: « Vous n’êtes pas une demoiselle, vous êtes un homme, « un soldat. » « En effet, répond le sujet, je ne comprends pas pour quoi je suis couché sur ce lit (il est couché sur une banquette de la salle), mais ici, je crois que je suis chez des gens de ma famille, c’est‘pourquoi je viens de dire ce que je ne sais pas. » Les sens du sujet sont repris par lui-même, sans passes magnétiques. kkA4‘s Opération Magique _ Dans ce cas, nous dit le maître, nous allons procéder autrement.
« Je vais prendre une quantité considérable de fluide magnétique dans un pays que vous ne connaissez pas, je vais le rendre tangible, c’est—à-dire solide, et vous le verrez comme moi, et le sentirez aussicomme moi, ce qui est fait àl’instant même. 1) Tous les assistants déclarent distinguer parfaitement le fluide sur la main du maître.
« Je vais jeter ce fluide sur la glace qui est en face « de vous; voyez et entendez. » Au même instant, une terreur affreuse s’empare des assistants, un homme reçoit le fluide en pleine poitrine, ce qui lui occasionne une suff0cation et une perte de respiration pendant quelques minutes; les élèves crai gnent une asphixie complète.
Le maître nous dit alors: _ « Vous ne pourrez faire ces choses que plus tard, mais « je veux vous apprendre les opérations de magie, afin « que vous puissiez fabriquer des fluides magnétiques AA4‘xA
98 L’INITIATION Ir_xŒ « avec des substances végétales. On peut en faire avec « des substances animales, mais je vous le défends. » M. X., instituteur primaire. ayant montré du scepti cisme à l’égard de ce qu‘il venait de voir, le maître lui ordonne de tomber en catalepsie, et immédiatement la catalepsie commence à s’emparer de lui. A ce moment, le maître lui demande s'il doute encore? M. X. répond négativement.
ILWEŒS IRE©ÜJS Règne de l’Esprit Pur, 1 vol. in-18 relié, prix 2'fr. 50. Lessard, 3, rue Mercœur. Nantes. M1cnsus on RIENZI. —-— De Marseille à Carthuge, br'o— chure in-S,i fr. Gustave Guérin, éditeur, 22, rue des Boulangers, Paris. xt ou Vient de paraître: M. Dacnasra, l’Exle’riorisntion de la force nerveuse et les travaux de Al. de NOÏ‘kÎGWÏL‘( Iodko, avec portrait.
Paris, Chamuel, broch. in-18, 1 fr. ,, s e æn Sous forme d'un résumé succinct de l'Histoire littéraire allemande, M. Léon Riotor nous donne dans son petit livre, Des Bases classiques allemandes, une vision très nette de ce qu’on pense aujourd’hui par delà le Rhin.
Les origines de l’enseignement pratique qui y florit, la genèse d’une philosophie particulariste, à nulle autre comparable, y sont tracées en quelques lignes, mais clairement établies. ( Libr. de la France Scolaire, 17, Rue Guénégaud, Paris. — Une brochure petit in-18, 1 fr. ) o en Le Petit Journal du lundi 16 mars 1896 a publié sous le titre Le Mystère un très important article sur l’occul— tisme et son application aux théories de la lumière invi— sible.
Cet article bien documenté fait honneur à la direction du Petit Journal qui l’a provoqué autant qu’à son rédacteur M. Ludovic Naudeau.
ARTICLES REÇUS 99 I I Signalons dans le Mercure d’avril 1896 un très remar— quable article d'Edmond Pilon sur Maeterlinck où les occultistes trouveront de très belles pages sur l'influence mystique de Claude de Saint-Martin et de Swedenborg. i‘I Recommandons vivement à nos frères espagnols l’excel lente revue Luz astral paraissant deux fois par mois 6, passage Sarmiento, à BuenoseAires (République Ar gentine) sous la direction de notre f;'; Grégoire.
ARTICLES REÇUS ET DEVANT ÊTRE PUBLIÉS DANS LES PROCHAINS NUMÉROS DE L’Inz’tidtt’0n SÉDIR, l’Oraison dominicale. — MAURICE BORDIER, une Réforme dans les traductions hébr1iqués. — HADAR, Introduction à la légende Jacques Joli-Cœur. — D“ FUGAI RON, la Vie future. — JACQUES BRIEU, Notes surles fonde ments de la solidarité.—— A. STRIENDBERG.
Études scienti‘ fiques et philosophiques. -— GUYMIOT, Psychologie. -— BOUVÉRY, Discours. — JOLLlVET-CASTELOT, l’Hiérodoule (nouvelle). — P. CRESPE,l’Antéchrist(étude philosophi que), commenté par Sédir. — L’Auteur du Tout Universel, Explication d'un poêle alchimique. —— Bornia Pietro, la Chute de Simon le Mage. Le Gérant: ENCAUSSE. TOURS. — lMP. E. ARRAULT ET C", RUE DE LA PRÉFECTURE.
Principaux Ouvrages recommandés pour l’étude de l’OCCULTISME et de ses applications CONTEMPORAINS . L’Évolution de l’Idée. I‘.-CH. BARLET. . . . . , . . L Instrucnon Integrale. j Le Serpent de la Genèse. .STANISLAS DE GUAITA . . (_Le Temple de Satan. Traité méthodique de Science Occulte PAPUS . . . . . . . . . . Traité élémentaire de Magie pratique. La Science des Mages. A. JHOUNEY . . . . . . . Esotérisme et Socialisme. RENÉ CAILLIÉ . . . . . .
Dieu et, la Création. CLASSIQUES ELIPHAS LEVI . . . . . . La Clef des Grands Mystères. SAINT-YVES D’ALVEYDRE Mission des Juifs. . FABRE D’OLIVET. . . . . La Langue hébraïque restituée. ALBERT POI>SON. . . . . Théories et Symboles des Alchimistes. LITTÉRATURE " La Ma icienne. \ g JULES LERMINA. . . . . ( A Brûler. \ Zanoni. BULWER LYTTON . . . . ( La Maison Hantce. MYSTIQUE ( Jeanne Leade. P. SEDIR. .- . . .
". ( Jacob Bœhme et les Temperaments POUR DÉTAIL ET PRIX, S’ADRESSERZ i la librairie CHIMUBL, 5, rue de Savoir, PARIS Envoi Franco du Catalogue. TOURS, IMI>. E. ARRAUI.T ET C“.