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. ÿ , _ . I‘fW‘J‘î‘1FF-wnr r , ._., .q . . AI. . L Initiation Revue philosophique des Hautes Études PUBLIÉE MENSUELLEMENT SOUS LA DIRECTION DE PAPUS E3 0. >X< Docteur en Inéd(cine — Docteur en kabbale '- VOLUME. — 9“ ANNEE SOMMAIRE DU N° .4_ Janvier (1896) __.._ AVANT—PROPOS. . . . . Neuvième année de l’INI— . TIATION . . . . . . . Papus. . I). PARTIE INITIATIQUE... Le(spMystères de la Mul tilude . . . . . . . . . .
Stan. de Guaita. (p. 2 à 54). _ ' Le Secret de l'Unwers . . Amaravella. (p. 55 à 63). PARTIE PHILOSOPHI- La Alétallothérapie. . . . Jollivet—Castelot. QUE ET SCIENTIFIQUE (p. 64 à 7x). * , ..--* Essais d’1nterprétali0n ._\p_. d’Allah . . . . . . . . . Zefiar. (P-7I à 73)- _ , , PARTIE LITTÉRAIRE... Le Baptême de Jesus. ..
MaunceLargens. (P- 74) Groupe indépendant d’études ésotériques. — Pollvx. — Branche viscvm. — Ordre martiniste. — Eglise gnostique. _’— Une Statue de saint Antoiñe, près de Granville. — Bibliograph1e, -— Correspon dance. — Nouvelles diverses. -— Errata. — Nécrologœ. Tout ce qui concerne la Rédaction et. les Échanges doit être adressé ' Villa Montmorency, 10, avenue des Peupliers, Paris. Administration, Abonnements : 5, rue de Savoie Chamuel, éditeur. Le Numéro : UN FRANC. -— Un An : DIX FRANCS
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations.
La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l‘hypnotisme et la suggestion à distance.'Eflrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier.
L’Initiation est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux dédouvertes analytiques des expérimentateurs contemporains. Dans la Religion,à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérismecaché au fond de tous les cultes.
Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’Initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l‘arbitrage contre l'arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains: le cléricalisnze et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la Misère.
Enfin l’Initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. L’Initiation expése les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études. .
La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. , La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tons les gens du monde instruits.
Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces ar‘des questions d’une manière qu’elles savent toujr mrs apprécier. ‘ L’Initiation parait régulièrement du 15 au 20 de chaque mois et compte déjà huit années d’existence. -—- Abonnement: 10 francs par an (Les collections des deux premières années (sont absolument épuisées.) _ ‘ .'Ëg' .J
.Ji_ ‘. mais . L’Iniliation du I5 janvier 1896 PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE 1’ Initiation [0 PARTIE INITIATIQUE F. CH. BARLET, S.'. I.'. &— STANISLAS DE GUAITA, S.'. I.'. &— GUYMIOT. — MARC HAVEN,S.'. I.-. 33 —JULIEN LEJAY, S.'. I.'. — EMILE MICHELET, S.'. I.'. (C. G. E.) — LUCIEN MAUCHEL, S.'. I.'. (D. S. E.) MOGD. S.'. I.'. — GEORGE’MONTIERE, S.'. I.'. g — PAPUS, S.'. 1:. fè — QUÆRENS, S.'. I.'. (D. G. E.) -—- SÉDIR, S.'.
I.'. — SELVA, S.'. I.'. (C. G. E.) — VURGEY. 20 PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ABIL-MARDUK. — AMELINEAU. — ALEPH. — Dr BARADUC. .— Le F.'. BER'I_'RAND 30' -— BLITZ. —— BOJANOV. — RENÉ CAILLIÉ. — CAMILLE CHAIGNEAU. — CHIMUA DU LAFAY. — ALFRED LE DAIN. .— G. DELANNE. — FABRE DES ESSARTS. — D“ FUGAIRON. — DEJ.É ZINIER. — JULES GIRAUD. — HAATAN. — L. HUTCHINSQN. — JOL— LIVET-CASTELOT. — L. LEMERLE. — LECOMTE.
"— NAPOLÉON NEY. — HORACE PELLETIER. '— G. POIREL. »« RAYMOND. — A. DE R. — D“ SOURBECK.. — L. STEVENARD. — TI—I0MASSIN. — G. VI— TOUx. — HENRI WELSCH. — YALTA. 30 PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAUBOURG. —— JEAN DELVILLE. — E. GOUDEAU. — MA NOËL DE GRANDFORD. -— JULES LERMINA. — L. HENNIQUE. — JULES DE MARTHOLD. — CATULLE MENDÈS.— GEORGE MONTIÈRE. — LÉON RIOTOR. — SAINT-FARGEAU. -—- ROBERT SCHEFFER. — ÉMILE SIGOGNE. -'.CH. DE SIVRY. A 40 POÉSIE CH.
DUBOURG. —— RODOLPHE DARZENS. -— JEAN DELVILLE. — YVAN DIETSCHINE. — MAURICE LARGER15. — PAUL MARROT. — J. DE TALLENAY. — ROBERT DE LA VILLEHERVÉ.
L’INITIATION L’Initiation du I5 janvier 1896 DIRECTION ADMINISTRATION ! Villa Ionlmnency, 10, aven. des Pruplicrs ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÊ|{Ô PA RIS—A UTEUIL ' DIRECTEUR : P,APUS G H A M U E L DIRECTEUR ADJOINT .- Lucien MAUCHEL 5, Rue de Savoie Rédacteur en chef: ' F.—Ch. BARLET PARIS Ïff‘“jÿ" “°.‘;‘ÏË“C“‘;“gDIR FRANCE, un an. I0 lr. . L A — ‘ J D’en Kabbale, ÉTRANGER, — I2 ir. RÉDACTION. -—- Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité. L'indépendance absolue étant la raison d’être ' de la Revue, la Direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps d’un article. Prière d'adresser tous les échanges : Villa Montmorency, 10, avenue des Peupliers, Paris. ' MANUSCRITS. —— Les manuscrits doivent être adreSsés à la rédaction. Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d‘avis spécial. Un numéro de la Revue est toujours composé d'avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer 1 au plus tôt que le mois suivant. GROUPE murmmun rames tsmtmçu:s I,ôou Membres — 104 Branches et Correspondants — Groupes d'Études fermés _.‘. Les Membres ne paient ni cotisation ni droit d’entrée. Pourtous renseignements, s’adresserparlettreà M. Paul SEDIR, directeur-adjoint, 4, rue de Savoie, Paris, en joignant un timbre pour la réponse. Principales Sociétés adhérentes au Groupe ORDRE MARTINISTE ORDRE KABBALISTIQUE DE LA,ROSE CROIX. — ÉGLISE GNOSTIQUE
BOUDDHISME ÉSOTERIQUE: Aill-IOIÏDDIII l0lllblll-IAM! fllllllflln" aison onscielea Kilt-Il“! oiu atlas l IIIII-II0IIM (Mu, Li"! et lllonll-3harin) ‘l=_—_—= est
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PARTIE INITIATIQUE àlj‘lewième armée tle l’ânitiaiian MES CHERS LECTEURS ET Anus, Voilà dix ans bientôt que, grâce à vous qui m’avez toujours secondé en restant des lecteurs fidèles et dévoués,la direction de l’Inz‘tz‘az‘ion a pu permettre à ses soixante rédacteurs de mettre régulièrement au jour un organe de la presse spiritualiste vraiment indépendante.
Jamais notre revue ne s’est arrêtée dans sa route, et les trente volumes publiés jusqu’à ce jour se suivent sans interruption. J’ai fait, mes chers lecteurs, tout mon possible pour vous intéresser, et vous m’avez bien récompensé, puisque aujourd’hui seize cents des vôtres sui‘vent chaque mois notre revue.
Permettez—moi donc de vous remercier encore plus au nom de mes rédacteurs qu’au mien, et recevez tous mes vœux à l’occasion de cette année, que les destins annoncent néfaste et que la volonté humaine, aidée de la Providence divine, s’efforceront de corri ger. ' PAPUS.
L'INITIATION .. :,.._'r“‘,‘l les Mystères de la Multitude ET LES ÊTRES COLLECTIFS (La Clef de la magie noire, ch. III, influe.) Quel homme du monde, curieux des choses de l’Occulte, n’a vu réussir d’aventure quelque expérience de table tournante ou parlante? Pas un lecteur, peut être, de nos Essais de Sciences maudites.
Ces pratiques de magie bourgeoise, que la coterie kardéc_ienne a érigées en une manière de sport nécro mantique assez anodin, se maintiennent, depuis près d’un demi-siècle, à l’ordre du jour de certains salons. Exhibitions tragi-comiques !
Les premiers rôles en sont tenus, neuf fois sur dix, dans les milieux les plus frivoles, par d’aimables comparses volontiers mystificateurs, ou par quelques apôtres de la foi nou velle, dogmatiques et farouches commis-voyageurs de la maison Révoil et successeurs, laquelle n’est point sise au coin du quai.... Ces conditions peu sérieuses n’empêchent que l’ex— périence ne réussisse de temps en temps. De curieux phénomènes ont lieu.
Quelquefois la présence d’un vrai médium, soit professionnel ou spontané, permet la manifestation de quelque indigène de l’Astral; mais ces visites d’un autre monde sont l’exception: dans la plupart des cas, la table oraculaire répond par coups frappés, et fort pertinemment, sans que nulle
LES MYSTÈRES DE LA MULTITUDE 3 _ 7 ., . . .W.uw w«a 4 w a.7. Puissance soit intervenue, étrangère au cercle des assistants. Inutile d’insister sur les éléments de l’expérience: ils sont des plus simples. L’ordonnance n’en varie guère, et seulement dans les détails de la mise en œuvre. Quelques personnes sont assises en cercle autour d’un guéridon.
Les mains, étendues àplat sur le bord de la tablette supérieure, y reposent le plus légère ment possible, tous doigts écartés. On prend soin de rejoindre les pouces des deux mains, tandis que les auriculaires effleurent, de chaque côté, les petits doigts des voisins de droite et de gauche. Ainsi se forme d’ordinaire la chaîne magnétique; ainsi se clôt le circuit de cette batterie d’éléments humains.
Ces préparatifs, on le remarquera, sont les mêmes, soit qu'on veuille interroger la table, ou simplement la faire tourner. La pensée, le vouloir, le désir des expérrmentateurs, déterminant seuls la direction de l’expérience, en dominent les résultats.
Tout dépend de cette mystérieuse Force, — inconsciente et spon— tanée chez les uns, asservie et canalisée chez les autres, -— que Paracelse nomme quelque part le magique aimant, le Magnes intérieur et secret.
Après une phase plus ou moins longue de conten— tion mentale, quand, la chaîne s’étant favorablement établie, l’expérience doit réussir, une sorte de trépi dation (I) fébrile naît et se propage dans l’épaisseur (1) Il se produit aussi des craquements, quelquefois des coups nettement frappés, comme au choc d’un invisible maillet. —- Ce dernier phénomène est plus rare; il décèle la présence
4 L’INITIATION même du bois: indubitable symptôme, qui accuse l’infusion de la vie à même cette inerte matière ;\ la pénétration du fluide sybillin dans l’âpre tissu ligneux; et la présence, enfin, de l’Oracle invoqué: Deus, ecce Deus.’ Qu’une des personnes présentes pose alors une question : le meuble s'ébranle aussitôt pour répondre; il vibre tout entier, comme imbu de vie propre, doué d’âme et d’intellect.
Bientôt, l’un des pieds se soulève lentement, et retombe de son poids pour se soulever à nouveau et frapper un autre coup en retombant encore. Ainsi de suite. — Un alphabet percussif de convention permet d’engager de la sorte avec l'lnvi— sible une conversation suivie. On interroge l’Oracle de vive voix, ou même mentalement; l’Oracle répond par coups frappés. Ecce Deus! Un être invisible est là, ce n’est point douteux.
Il pense, il raisonne; il parle, il répond. Parfois même il interroge à son tout. Mais vint—il du dehors ? Nullement.
Accompagnait— 1 une des personnes assises en cercle autour du gué 1 d'un fort médium et l’intervention probable de larves ou d’en tités astrales avides de se manifester, à la faveur de la force psychique dont il dispose. — Mais dans la plupart des cas, la trépidation révélatrice de la vie et même de légers craque ments n’impliquent rien de pareil.
Ces phénomènes accusent simplement, comme nous l‘allons montrer, l’eflicace propagation de l’efiiuve sympathique, transmis d'un élément à l’autre de la pile humaine, et la soudaine formation d’un Etre collectif. totalisant en soi les virtualités des personnes présentes, et qui constitue l'Oracle.
Cela étant, toutes les personnes coopérantes peuvent être qualifiées de médium à des titres divers, ou plutôt le Médium est l'ensemble des assistants qui forment la chaîne magnétique.
LES MYSTÈRES DE LA MULTITUDE 5 ridon? Pas davantage. Tout à l’heure il n’était point là; le voici présent, et néanmoins il n’est pas venu. Quand bientôt, la séance finie, les expérimentateurs se disperseront, l’Invisible aura disparu, et pourtant il ne sera point parti. Comme il s’était formé de toutes pièces, en syn thèse éphémère d'éléments rapprochés pour lui don— ner naissance, — pareillement il se dissipera, ce concours venant à cesser.
C’est une chose notable, et dont tous les spectateurs attentifs de ces sortes d’expériences ont été certaine ment frappés, —— qu’en aucun cas, et si fort à souhait que la tentative réussisse, l’Oracle n’émet quelque réponse révélatrice d’inconnu, et dont les éléments ne puissent être fournis par les assistants, ou tout au moins par l'un d’eux (I).
L’intelligence qui se mani— feste ne représente ni plus ni moins que la somme des intelligences présentes, additionnées en une seule.
M. le comte Agénor de‘ Gasparin, -—- qui avait beaucoup expérimenté les tables oraculaires, en une suite de rigoureuses épreuves, dont l’enchaînement, non moins que les résultats, attestent chez lui autant de persévérance que de sagacité, —— M. de Gasparin conclut formellement, à l’encontre de l’hypothèse spi (I) Exemple: <<La tableindiqueral’heure qu’il est, mon âge, le nombre des pièces de monnaie que contient ma bourse; à une condition, toutefois, c’est que je connaîtrai ce nombre.
Quand personne ne le connaît, ni dans la chaîne, ni dehors, l’erreur est certaine, et l’on n’a plus d’autres chances que celles fournies par les coïncidences, et aussi par un calcul assez simple de pgobabilité. » (Gasparin,des Tables tournantes, etc, Il, pp.430— 4 I).
6 L’INITIATION _ 2 a —*:«u._\—q-« n.-- L. . ,. rite : «Les esprits (dit-il) sont des échos ; ils renvoient à chacun son propre langage (I). >> C’est bien cela ; c’est encore quelque chose de plus. L’invisible discoureur fera montre d’idées, de ma— nière etde style parfaitement adéquats aux façons d’être, de penser et de sentir, propres à ses interlocuteurs.
Il sera léger et spirituel dans un cercle de gens d’esprit ;compassé et pédantesque dans un aréopage de solennels imbéciles; irrévérencieux et frondeur, si l’élément voltairien domine. Dans une compagnie panachée de vieilles dévotes et d’ecclésiastiques, four— voyés autour d’un guéridon bien pensant (malgré l’enfer qui le possède l ), le Diable se montrera tour à tour édifiant et acrimonieux, bon catholique et mau vaise langue.
Entre académiciens, un invisible Vau gelas discutera la lettre B du fameux Dictionnaire; entre athées, c’est Sylvain Maréchalqui viendra, frais émoulu de la tombe, déblatérer contre l’immortalité de l’âme et l’existence de Dieu (2). Quand la chaîne est formée d’éléments héterogènes et par trop discords, les résultats sont insignifiants, ou nuls.
L’Oracle mensal paraît le plus souvent l’expression d’une moyenne; mais il peut s’éleverà un maximum, ou descendre à un minimum delucidité, de science et de conscience. (I) Gasparin, Des Tables tournantes, etc. (II, p. 504). (2) Eliphas Lévi cite quelque part, non point à propos de tables tournantes, mais d’apparitions spectrales, une manifesta— tion bien curieuse d’athéisme posthume, dont le fantôme de Sylvain Maréchal aurait été l’instrument (la Science des Esprits, pp. 207-212).
LES MYSTÈRES DE LA MULTITUDE Ces différences tiennent à la proportion variable des natures, actives et passives (I) qui concourent à la genèse de l’entité collective, fluidique. Le minimum phénoménal est attribuable à une surabondance de Psychés plus ou moins négatives, dont les vertus éparses se contrarient et se neutrali sent partiellement, à défaut d’un élément positif qui les groupe, les féconde et les unifie.
Y a-t-il équivalence et compensation entre les deux natures, tant au point de vue du nombre qu’à l’égard de l’intensité dynamique, une moyenne proportion nelle s’établit.
Mais, pour atteindre au maximum, il faut grouper un certain nombre d’éléments négatifs, —— intelligences plus intuitives et réfléchies qu’expansives et sponta nées, —— sous la prédominance d'un élément tout à fait positif; c’est-à-dire sous l’influx d'un homme riche de qualités organisatrices,doublées d’un vouloir énergique et dominateur. C’est alors que, parfaite ment agencée, la batterie psycho—fluidique fournit son summum de rendement...
Car les pensées, même les plus rudimentaires, les réminiscences, fussent les (I) Nous avons observé, dans notre théorie d’inver'se bipola risation des individus mâle ou femelle, que chez tous deux, la Psyché apparaît neutre comme centre d'équilibre, entre les pôles négatif et positif chez l’un, positif et négatif chez l’autre. — Mais ces termes de polarisation n’ont rien d’absolu, en ce qu’ils n’expriment que de simples rapports.
Ainsi telle Psyché, ou centre animique, neutre en vérité relativement à ses deux pôles, peut être conçue soit négative, soit positive, à l’égard d’autres Psychés, comme il est facile de s'en rendre compte Il serait oiseux de relever et de résoudre chaque fois ces sortes d’apparentes contradictions, qu’un lecteur attentif s‘expliquera de lui—même, au moindre effort de raisonnement.
8 L'INITIATION " *"’ '!:wr'w=lvrwu1 ‘. _‘ plus vagues, qui peuplaient nébuleusement les cer vellesnégatives, se développent et se précisent à sou hait, réactionnées par l’influence de l‘élément positif: et l’Être potentiel, s’en emparant, les formule et les exprime par coups frappés. Comment définir cette classe d’êtres potentiels, en qui l’on ne peut guère méconnaître l'autonomie momentanée?
Ils ne sont point des larves, sans doute, puisqu’ils jouissent d’une personnalité intel ligente autant que fugitive; et pourtant leur nature semble inqualifiable, à l’égal de celle des larves.
Par quelles obscures et brusques réactions s’intègrent de , toutes pièces ces Ephémères collectifs; sous quel mode se désintègrenbils plus soudainement encore, —c’est ce qu’on a peine à concevoir, et qui, même conçu, se dérobe à l’interprétation par l'écriture ou la parole. Essayons de soulever un coin du voile.
Le résultat capital de la chaîne magnétique mensale est l’unification des atmosphères secrètes indivi duelles, leur fusion en une seule atmosphère. La com mune irradiation fluidique est cette force qui pénètre, imbibe et anime le guéridon. C’est dans ce hâlo collectif, agglomération et syn thèse des nimbes occultes de tous assistants, que l’Oracle va naître et mourir.
On se souvient que le nimbe, ou atmosphère lumineuse spécifiée qui enveloppe chaque individu, s’engendre de son expir astral. Là sont coagulés, en lémures obsédants, de flottants mirages et des larves parasitaires, -—— véritables fantômes déterminés par
LES MYSTÈRES DE LA MULTITUDE 9 les penséescoutumières de chacun (1) et déterminants à leur tour de pensées nouvelles et d’actes propor tionnels à ces pensées : le tout dans un même cercle vicieux de fatalité, ou dans un entraînement de pro— grès volontaire. Ainsi s’explique l’habitude, bonne ou mauvaise, et sa tendance à devenir « une seconde nature ».
L’énigmatique ascendant astral (2), dont Paracelse fait dépendre les principaux arcanes de la Goëtie, n’est rien autre que ce courant de vivantes images, signatures symboliques des passions dominantes, des maîtresses pensées, des volitions habituelles de cha cun. C’est ce cycle de reflets psychologiques réagis sant sur leur auteur, et suggestifs pour une part de son futur animique et mental (3).
' Quand des rapports suivis s’établissent entre deux personnes, et surtout si elles habitent ensemble, les (I) Non seulement par ses pensées, mais par ses rêveries, ses impulsions passionnelles, ses volitions, etc. 32 (2) « Tout homme est dominé par un ascendant astral, dont la direction est indiquée par les lignes de vie et de mort.
C’est en agissant sur cet ascendant astral qu’on peut envoûter; les cérémonies ne sont qu’un moyen de produire le contact astral sympathique. L’ascendant astral est un double tour billon, qui produit les attractions fatales et détermine la forme du corps astral.
Les maléficiants rendent leur ascendant agres— sif et l'exercent à troubler celui des autres. » (Paracelse, cité par Eliphas Lévi: La Clef des Grands Mystères, p. 387.) (3) Ainsi chaque individualité modifie son propre ascendant, lorsqu’elle imprime une direction nouvelle à ses facultés men tales, psychiques ou volitives. L’ascendant astral, modifié de la sorte, transforme à son tour le double éthéré ou médiateur plastique, en réagissant sur lui.
Dans la mutualité de ces deux actions (directe ou répercus sive) on trouvera la clef du mécanisme de Karma terrestre. ,, “1”... v. _r._.,— w,“ ‘ W W . ,* Ï P. r -.- :r'r'“.«rM r,-:_*.«
ro L’JNITIATION atmosphères astrales se pénètrent d'une sorte plus ou moins intime, parfois jusqu’à se confondre temporai— rement. Les deux ascendants sont-ils d‘intensité à peu près égale?
Il s’effectue maintéchange d’images déter minantes et de formes lémuriennes, si bien que les caractères s'apparient en réagissant l’un sur l‘autre. — Dans l’hypothèse contraire, celui dont l’ascendant est le plus fort l’emporte en définitive, et fonde sur son prochain une domination qui peut se perpétuer jusqu’à la tombe. Les adeptes disent alors qu’une personnalité absorbe l’autre, et l’entraîne en son tourbillon.
Ascendant et Tourbillon sont termes syno nimes en magie. il va de soi que l’imagination, ou faculté naturelle d’imaginer, de créer des images, constitue la base négative de l’Ascendant. L’ascendant est riche (en mode passif) chez ceux qui ont l’imagination vive et féconde. —-— Il est éner gique (en mode actif) chez ceux dont la volonté est puissamment organisatrice.
Mais la force de l‘ascendant ne réside point dans l’abondance des images qui pullulent, emportées au hasard d’un tourbillon giratoire ; elle réside au con— traire dans la Volonté assez ferme pour les sélecter, les mettre en ordre et leur imprimer une influence favorable, une direction utile.
C’est pourquoi, pour obtenir, dans l’expérience des tables parlantes, le maximum de rendement de la pile psycho—dynamique, il convient de subordonner plusieurs natures négatives (fécondes en images générées sans ordre) à l’empire volontaire et régula
LES MYSTÈRES DE LA MULTITUDE II ,., w. . ..v v .. . . F'57w ._.—,w>. teur d’une seule nature énergiquement positive... Maintenant, comment s’engendre l’oracle éphémère des tables? Jusqu’à quel point l’un des expérimenta teurs, —— le plus passif, sans doute, — peut-il servir d’inconscient médium, non pas au sens ordinaire de ce mot, mais en tant que condensateur des électricités psychiques unifiées ?
La pensée collective ne pourrait— elle, sinon naître, du moins s’élaborer, se traduire et trouver sa formule au cerveau de cet homme, organe plus ou moins exproprié, à titre fugitif, et pour cause d'utilité commune? Dans quelle mesure enfin son corps astral extérioré peut-il devenir l’instrument immédiat et local de la percussion alphabétique? Nous ne hâterons point la solution de ce problème, dédié à la sagacité des théoriciens de l’Inconscient.
Il s’en faut bien que toutes les puissances invisibles nées d’un concours d’êtres humains, —- groupés ou non suivant la norme hiérarchique, — ressemblent à l’oracle mensal, que nous avons élu pour type d’une classe particulièrement instable d’entités collectives. La parole d’Adam, l’homme universel, est essenÀ tiellement créatrice. Il pense des êtres, et son verbe impératif engendre des Puissances et des dominations.
Telle est la loi de Gan-bi—heden 7,131"? ta, la sphère organique Où s’exerce son empire, la mystérieuse enceinte de manifestation, que les traducteurs agnos tiques de la Genèse qualifient de paradis terrestre. La chute a dépossédé l’homme de sa divinité, et nous vivons sous la loi de déchéance. Mais il n’im porte. Rien n’est changé qu’à la surface. La matérialisa . ,p=,Ir—-rwuur .v,,.«. s.
12 L’INITIATION tion de la substance universelle a bien perverti son mode. non point altéré son essence. L’homme uni versel n’a pu déchoir qu’en se subdivisent; à mesure qu’il renaît collectif, l’homme reconquiert ses privi lèges.
Dès ici-bas, il rentre dans ses droits par l’inté— gration sociale; et ce, dans la mesure où la collectivité dont il fait partie, considérable par le nombre et la valeur de ses membres, le rapproche du primitif Adam, c’est—à-dire de l’universalité.
C’est ainsi que dansl’ordre politique, ou social, ou religieux, des millions d’hommes, hiérarchiquement organisés, tant de siècles durant, sous le niveau d’une règle inflexible, ont pu créer, — conscients ou non de leur œuvre bonne ou mauvaise dans l’invisible, — des Etres virtuels, des Entités collectives, en un mot des Dominations fastes ou néfastes, d’une puissance et d’une durée également incalculables !
Un des maîtres contemporains de la pensée ésoté— rique, le marquis de Saint-Yves,a traité de ce mystère avec une parfaite compétence, à propos du Nemro disme. en une page de la Mission des Juifs que nous lui demanderons la permission de reproduire.
« Une fois que l’Homme (dit-il) a imprégné de sa volonté certains éléments de l’ordre invisible; quand il a conçu, voulu, créé, non seulement un Pouvoir Visible, mais, sans le savoir, un être potentiel, occulte, évoqué, se manifestant par des institutions, ce dernier ne meurt pas sans avoir vécu, et, s’il est instinctif et passionnel, il vit en détruisant. « Il combat et dévore dans l’ordre invisible, comme dans le visible, les autres Etres collectifs de cette
LES MYSTÈRES DE LA MULTITUDE [3 .. r» .r ... ,. 'r"'(‘v.glm‘vyvvwc’qyfln .1nr‘va'_f_ Terre; il s’abreuve du sang, il se nourrit de la chair de leurs membres; il aspire les énergies ignées de ce globe et des régions inférieures de son atmosphère; il les respire, et il les inspire dans les instincts domi nateurs du Pouvoir qu’il hante et des individus qui l’occupent (r).
« Voilà pourquoi, à Rome. les actes politiques de . ce dernier sont, dans la vie de relation de cet Etat, une série indisdontinue de massacres militaires et, dans sa vie organique, une chaîne indiscontinuée d’assassinats politiques.
« Or, s’il est relativement facile de créer ou de susciter des Puissances instinctives, des Dominations destruc— trices, il est presque impossible de les effacer de la biologie de la Terre et de la substance primitive, à moins d’un déluge.
« Dans l’ordre invisible comme dans le visible, rien ne se perd, et la substance première d’un Astre quel conque garde imprimés en elle, dans sa Lumière secrète, jusqu’au mouvement d’une Volonté, jusqu’à 'la radiation d’une Passion, jusqu’à l'image d’une Pensée. \ « Une fois l’Espace terrestre occupé, le Temps ter restre une fois saisi, rien ne peut plus être rattrapé, rétrogressé ni détruit, et, si l’Homme a souillé la Lumière intérieure, les Vivants et les Morts en sont (1) Cette conception du dévorant minotaure d‘un régime d’ini quité comporte une lumineuse antithèse.
A l’Egrégore _noi_r d‘un état social séculaire, hiérarchisé dans le mal, s‘opposerait l'Egrégore blanc d'un état théocratique harmonieux et pondéré, — l’Archange de la « Synarchie ».
l4. L‘INITIATION infestés, et les derniers rejettent sur les premiers cette souillure. « Dans le domaine du Mal, dans la sphère d’action de l’Instinct, que ne gouvernent ni la Conscience ni l’Intelligence, le pouvoir Créateur de l'Homme sur cette Terre ne dépasse pas certaines régions de son atmosphère: mais il peut en modifier singulièrement la constitution et la substance hyperphysiques.
« Du même coup, la voie ascendante et descendante des âmes, la Mort et la Génération en sont terrible— ment affectées (r) ». Ainsi, voilà deux exemples, bien distincts à tous égards,d’êtres générés par l’intégration collective.
Si l’on se reporte à l’oracle des tables, cet éphémère de l’Invisible, dont l’existence, obscure et soudaine en son origine comme en son terme, s’accuse aléatoire au point de paraître un mirage intellectuel, un falla cieux reflet des mentalités coopérantes, — quel con traste avec ce formidable Archange de l‘iniquité poli tique et du blasphème antisocial, pour qui les siècles sont des jours, les hétacombes humaines de pério diques repas, et les cataclysmes qui bouleversent les empires, le contre-coup d’un accès d’humeur ou capricieuse ou furibonde!
Cependant, l’un et l’autre cas présentent ce trait de ressemblance, que l’Etre collectif, généré pour un quart d’heure ou pour des lustres séculaires, jouit d’une existence et d’une conscience propres ; sans que les individus dont il forme la synthèse perdent rien (l) La Mission des Juifs, pp. 794-795.
LES MYSTÈRES DE LA MULTITUDE 15 '- — ñm de leurs personnalités respectives. Ceux—ci subissent bien, il est vrai, l’impérieuse suzeraineté du monstre potentiel pétri de leur substance, nourri de leur sang parfois et abreuvé de leurs larmes; mais ils ignorent profondément ce despote invisible.
Alors même que, pour satisfaire son caprice, on les verra succomber dans l’arène de la vie terrestre, ils ne s’écrieront pas, comme le gladiateur expirant : Are, Cæsar; morz'turi te salutant! Ainsi les cellules du corps humain, s’il leur était donné de philosopher, nieraient sans doute l’existence du vaste organisme dont elles font partie intégrante, ‘et pour le salut duquel un irrésistible ins tinct les porte à se sacrifier si souvent (1).
Entre ces deux extrêmes de l’existence collective, on sent qu’il a place pour beaucoup d’entités inter médiaires, plus ou moins stables et conscientes. Nous ne songeons point à en fournir un catalogue, même sommaire. De si délicates nuances en distinguent les variétés, qu’une sèche classification ferait peu de profit.
Il suffira de produire quelques spécimens de ces Collectifs, pour qu’un lecteur intelligent et réfléchi puisse, en comblant les lacunes de la nomenclature, suppléer à ce que nous tairons des Arcanes de la Multitude. .
Les assemblées politiques offrent, au point de vue qui nous occupe, un champ d’observations propice et fertile, avec le contraste de leurs flux et de leurs reflux (1) Lire, dans le Traité méthodique de Science occulte de notre frère le D' Papus, une page bien remarquable et singu fièrement instructive, intitulée: « Une blessure à la phalange; Déjense de l’organisme ». (Pp.794-7gS.)
16 L’INITIATION ' pareillement désordonnés : irrésistibles et soudaines impulsions qui s’y manifestent à l’improviste, et revi rements invraisemblables qui leur succèdent.
Dans une enceinte bien circonscrite, les électricités humaines s’opposent ou se confondent, se neutralisent ou s‘exal tent dans leur antagonisme. au hasard des rencontres ; cette enceinte est un séminaire d’êtres collectifs, géné rés pèle-mêle avec des larves et des concepts vitalisés.
Lorsqu’un certain nombre de citoyens habiles, résolus et fermes dans leurs principes, ne se groupent pas pour former un noyau compact, un centre agrégatif, un point fixe enfin dans ce chaos dynamique, — le sabbat se déchaîne sans trêve des volontés et des passions ad verses.
Tous les mérites individuels, s’entre-détrui— saut alors, concourent à la nullité de l’ensemble : et l’on aboutit, en période de lutte ouverte, à l’égorge ment mutuel; en période d’apparente accalmie, à la parfaite stérilité... Une Assemblée de citoyens person nellement adroits, humains et justes, peut devenir un modèle historique de sottise, de barbarie ou d’iniquité collectives.
Tacite ne l’ignorait pas, qui, d’une image familière et saisissante, nous dépeint à ce double égard les Pères Conscrits de son temps : Sena!ores boniviri, Senatus vero mala bestia. L’âme des foules est partout la même, aveugle et crédule, perméable à toutes influences de bon et de mauvais aloi, et, sur toute chose, susceptible d’étranges revirements. Eugène Sue a bien connu et décrit cette instabilité du Caméléon populaire. Pas un lecteur du Juif Errant que n’ait ému l’allocution du missionnaire
LES MYSTÈRES DE LA MULTITUDÈ 17 w Gabriel, sauvant le Père d'Aigrigny que la foule ameu tée à Notre—Dame allait occire sur les marches mêmes du chœur ; et dans les Mystères de Paris, on se rap pelle la scène tou‘chante de Saint—Lazare, quand le souffre—douleurdes détenues devient, à la voix de Fleur— de-Marie, l’objet de l’intérêt général ; si bien que la plus implacable persécutrice del’idiote enceinte prend l’initiative d’une collecte, en vue d’assurer une layette à l’enfant qui viendra.
La popularité (qui est à la gloire véritable ce que l’instant fugace est àl’éterneile durée), le succès immé diat, la vogue enfin, pour faire usage d’un mot qui dira tout, sont caprices de l’âme des foules. Nous verrons, au chapitre N, comme il faut unifier cette âme multiple et divergente, afin de mettre à profit les forces qu’elle déploie, —— irrésistibles, quand on a su les grouper en fulgurant faisceau. C’est le mystère de la chaîne magique.
Son intelli gence, soit dit en passant, peut conduire à celle du Grand Arcane. Son impeccable emploi garantirait l’omnipotence à l’adepte assez froidement calculateur dans le péril pour n’hésiter point à la mettre en œuvre, et trop austère dans le triomphe pour en abuser jamais. Contentons-nous, cette parenthèse étant close, d’ajouter que la chaîne magique est un moyen sûr de créer des Potentiels collectifs à qui rien ne résiste.
Si les auteurs de la chaîne ymettent quelque persévérance et quelque intensité volitive, l’existence du colosse évoqué, d’abord contingente et mal définie comme celle de l’Oracle mensal, se précise et s’affirme à
I 8 L’INITIATION _ proportion; il devient une Force subjuguante et énergiquement assimilatrice, une Domination du ciel humain : il dévore et résorbe en soi dans l’lnvisible les Puissances qui lui font obstacle sans être à même de sauvegarder leurautonomie; dans le monde physique, c’est par ses membres qu’il agit, en inspirant aux individus réunis pour former son corps social des impulsions, des passions et des idées dont ceux—ci ne songent point à se défendre, les croyant leurs; et qui se traduisent par des actes, dont le résultat est l’asser vissement, la ruine ou la mort des champions de volonté adverse, non point tant à la leur, comme ils le peuvent croire, mais plutôt à la sienne propre.
Qu’on évalue le développement dynamique où doivent nécessairement atteindre les Collectifs recteurs d’agrégations impersonnelles, — Pouvoirs constitués, par exemple, ordres religieux, sociétés secrètes, — toutes compagnies se perpétuant au service d’un prin cipe, d’une idée, d’une volonté, d’un sentiment inva riables, imprescriptibles, censés absolus !
L’organisation normale de telles collectivités, avec son système de ressorts et d’engrenages assortis, en fait des corps vivants, perdurables à la faveur d’un recrutement régulier ; ce sontlà, dans toute la force du terme, des organismes physiques géants, Où s’incarne une âme passionnelle vivante et vivifiante, pourvue d’un vouloir irréfragable et réceptive d’un immortel Esprit.
De telles institutions humaines, doublées dans l’in visible d’un pareil support ontologique, deviennentles citadelles souvent inexpugnables des sectes, dans la
LES MYSTÈRES DE LA MULTITUDE 19 bataille chronique des idées. A l’abri du rempart, les vieux partis prolongent la lutte, alors même qu’elle semble désespérée.
Et dans les cas extrêmes,quandles corps sociaux collectifs paraissent abolis, par suite de la dispersion ou du massacre des membres qui les composent, l’âme collective demeure plus vivace que jamais ; elle survit aux pires désastres, prompte à se refaire un corps, sous un nom ou sous un autre, par l’agrégation d’individus sains et robustes, qu’elle ins pire et possède après le savoir sélectés: si bien qu’en se réincarnant, elle se rajeunit, elle se transfigure, assume une vigueur nouvelle et inaugure un cycle nouveau de domination terrestre.
La survivance de Jacques Molay nous offrit, au tome précédent, un mémorable exemple de rénovation posthumeen ce genre. Vainementl’Autorité pontificale dissout l’Ordre du Temple, en vain les pouvoirs poli— tiques difiament et écrasent les Templiers.
On peut croire l’Ordre anéanti ; mais il renaît de ses cendres dans l’ombre, grandit et se propage au long de quatre siècles et plus, Protée insaisissable, multiplié sous mille apparences étrangères, conspirateur affublé de mille oripeaux d’emprunt...
Dirait-on pas qu’il perd sa tradition comme il a perdu son titre; qu’il abdique sa personnalité avec la conscience de son origine P Mais, sous le voile des métamorphoses, l’Ame collec— tive est là qui veille, gardienne d’un mot d’ordre ! Ce mot d’ordre ne sera point divulgué : il se perpétue néanmoins, inconnu constamment des subalternes, méconnu des chefs eux-mêmes à de certaines épo-' ques ; il se formule binaire, comme l’iniquité com
20 L‘INITIATION plice du pontife et du monarque au xw° siècle. Sa double et secrète devise, le Temple Vivant ne l‘a pas oubliée ; l’heure venue, il J'insufflera au coeur des artisans de sa vengeance testamentaire: « Pulvérise la tiare(r), —foule aux pieds les lys ! (2) » Et voici ! La seconde partie du siècle de Voltaire verra la revanche des Templiers.
Le but se devine à mesure que l’heure approche, mais la forme del’Êvé nement flotte encore indécise. C’est ainsi que vers 1772, la postérité occulte de Jacques Molay revêt d’abord, sous Adam Weishaupt, le caractère d’une vaste société secrète, où se trame une conspiration contre l’autel et le trône. D’Ingolstadt, le foyer central de son incandescence, la secte aréopa gite rayonne au loin sur l’Empire.
La vieille Allema— gne, minée sur toute son étendue, n’attend plus qu’une étincelle. Mais l’Electeur de Bavière est pré venu à temps (3). Il prend d’énergiques mesures, frappe ou bannit les conjurés, et le complot échoue: l’Illuminisme a vécu... Du moins le peut-on croire ; (1) Latro pontifex deleatur (L. P.
D.). — Cf. la déclaration des Rose-Croix, proclamant, en 1613, « que par leur moyen le triple Diadème du Pape sera réduit en poudre ». (Gabriel Naudé, Instruct. à la France sur la vérité des frères de la Rage—Croix . 36.) P (2) Litia pedibus destrue (L. P.
D.) (3) « On sait qu’un des adeptes de cette soc1été subversive, frappé d’un coup de tonnerre dans la rue et porté évanoui dans la maison d‘un particulier, laissa saisir sur lui l’écrit qui_ contenait le plan de la conspiration et les noms des principaux affide’s. » (Histoire philos. du Genre humain, t. I, p. 103.) Cet adepte, foudroyé à Ratisbonne aux côtés de \Veishaupt lui-même, était un prêtre renégat du nom de Lanz. Son porte feuille, saisi par la justice, fut envoyé à la Cour de Bavière. 0
LES MYSTÈRES DE LA MULTITUDE 21 mais la Révolution française démontrera, moins de vingt ans après, l'illusion qu’on s’est faite en pensant détruire le ferment templier, dont legrand coup frappé en Allemagne a seulement éconduit l’invasion et dépaysé l’énergie. Cette fois, rien ne peut mettre obstacle à la précipitation des conjonctures : au cata clysme d’une violence inconnue ébranle tout d’abord la France, par contre-coup l’Europe et le monde.
Puis une évolution en procède, qui depuis un siècle se poursuit, graduelle et sûre, à travers des phases con trastées d’ordre etde désordre, des alternatives de bou leversements politiques radicaux et de restaurations mitigées. Sensiblement, l’axe social a fléchi ; le monde oscille encore à l’heure où nous parlons, et tend vers un nouvel équilibre, vers un ordre de choses inédit.
Quelle que soit la part, prépondérante selon nous, des menées occultes dans le drame de 1789-1793, cette cause décisive ne fut pas la seule à nos yeux.
A plus forte raison n’attribuerons—nous point à l’exclu— sive préméditation des néo-templiers l’avènement d’un cycle social rénové; C’est qu’en France, l’œuvre vehmique s’est combinée, enchevêtrée avec le proces— sus normal des événements ; cette vigoureuse impul sion en a hâté, mais aussi troublé le cours.
Voyez cependant les lys noyés à deux reprises « dans l’effusion de leur sang d’azur », —a et la triple cou ronne du Pape qui perd ses fleurons, avec le Pouvoir temporel par trois fois aboli ! Voilà bien l’accomplis Sement du double programme de la vengeance tem plière : Pulvérz’se la tz'are, foule aux pieds 'les lys. La grande Révolution, cette périodeqflminante et
22 LlNlTIATl0N peut-être unique dans l’histoire du monde; alors que . l’action providentielle et la nécessité fatidique, égale ment éclipsées pour une heure, parurent anéanties dans l’énorme explosion où la Volonté (1) se complut, triomphante, mais sur—le-champ divisée et tournant ses armes contre elle-même dans l’ivresse de sa vic toire; — la Révolution française se signale entre toutes autres crises, par le conflit des grands Collectifs humains.
L’âme templière s’incarna dans la grande Société jacobine, tandis que les Génies potentiels d’autres tra ditions secrètes, plus vénérables par leur {antiquité et leur sagesse, prenaient corps, mais trop hâtivement, dans les groupes feuillant et girondin. L’Esprit libé ml et décentralisateur fléchit sous le despotisme uni taire de la Montagne. La Commune de Paris fit échouer la cause des communes de France.
Les feuil— lants se dispersèrent, et la Gironde fut sacrifiée l... L’histoire de la Convention est surtout précieuse à qui veut saisir sur le vif les rivalités meurtrières d’En tités collectives, dont l‘âpre compétition dans l’lnvi sible se traduit ici-bas en actes sanglants.
Dans quel enthousiasme de toute-puissance s’épanouit I’Egrégore (1) Il semble que la Volonté domine tout à l’époque révolu tionnaire, —— comme la Providence paraît tout conduire au temps de Jeanne Darc, — et le Destin tout nécessiter aux der niers jours de Byzance. Cette prépondérance alternée des Puissances rectrices du monde, rentre, à titre d’exception, dans le système de l’Equi libre universel.
Aussi n'est—ce point l’empire passager d’une Puissance sur les deux autres, mais l’absolutisme de cette domination souveraine qui nous fait qualifier d’unique l’époque . de Mirabeau, de Sieyès et de Robespierre.
LES MYSTÈRES DE LA MULTITUDE 23 victorieux I Comme il imprime à son armée terrestre l’irrésistible élan de sa confiance et de son courage altiers! Mais, s’il vient à faiblir dans lalutte avec son adversaire (occulte comme Lui), quelle déroute parmi ses légions! Quels revirements au cœur de l’Assem— blée I... Tout appui cède qu’il aurait cru ferme, toute fidélité mollit qu’il croyait à l’épreuve d’un. revers de fortune.
Les plus sûrs instruments de son règne lui manquent à la fois (1).
Qu’on étudie à ce point de vue la crise du fédéra lisme girondin, et l’effondrement d’un parti qui, dis posant d’une majorité massive, tenait tous les postes d’honneur et de sûreté à la (Convention; — puis la chute inopinée du colosse en qui respirait l’esprit et semblait battre le cœur des foules, et qui, prévenu des projets de ses ennemis la veille de son arrestation, haussa si magnifiquement les épaules : « Ils n’ose— raient, dit-il; on ne touche {paslà Danton : je suis l’arche! » ; —— enfin plus tard,au lendemain de l’apo théose de Robespierre dictateur, la réaction dévorante de Thermidor : on jaugera mieux, à la faveur de ce triple exemple, l’inanité des marionnettes indivi duelles, en de pareilles tempêtes d’âmes collectives.
Le vouloir de tel ou tel acteur isolé équivaut au Néant (1) Pour qu’il en fût autrement, il aurait fallu que l‘Egrégore mis en échec comptât parmi les siens quelque auxiliaire rompu au maniement occulte des foules; un lieutenant capable de le suppléer à l’heure de la défaillance, et qui sût conjurer la débandade, en resserrant la chaîne sympathique de groupe ment. Mais de tels hommes sont rares.
La Révolution, si fé— conde en valeurs individuelles, n’en vit surgir dans aucun des groupes qui se succédèrent au pouvoir.
24 L’INITIATION même, quand les Volontés générales se heurtent et se brisent dans l’éther orageux ! La vraie bataille est au Ciel psychique : tout se décide entre les grands cham pions collectifs.
Ces formidables Dominations de l’Invisible posent et sacrifient les pions de chair sur l‘échiquier social ; ils se jouent de nos individualités hautaines, avec la désinvolture d’un enfant qui range ses soldats de plomb sur une table, et d‘une piche nette, les abat par files l D’ailleurs, dans la mêlée occulte dont la Conven tion nationale est le centre, interviennent d’autres acteurs invisibles.
Tandis que les intérêts majeurs s’agitent entre les grands Collectifs séculaires, d’autres initiatives, subsidiairement intercurrentes, viennent modifier les événements dans leur forme extérieure et dans les détails qu1 leur font cortège. En pareil cas, les Volontés individuelles, à peu près nulles au regard des résultats décisifs à obtenir, suffisent à provoquer isolément des résultats secondaires, notables encore.
La somme de l‘addition n’en varie guère, mais licence leur est faite d’intervertir ou même d’altérer (en les balançant) les chiffres de la colonne. Toute rivalité mise à part des Dominations collec tives qui troublent de leurs orages la sérénité du Ciel humain, -— il reste à l’âme des foules assez d’autres mobiles pour justifier son allure instable, ambiguë, et ses fiévreux écarts.
C’est la réciprocité des atmosphères fluidiques, le jeu mutuel des Ascendants, puis aussi l’influence répercussive que les larves passionnelles exercent sur leurs auteurs : voilà bien des éléments à porter en compte. Qu’on s’étonne après cela de la com
LES MYSTÈRES DE LA MULTITUDE 25 plication des trames enchevêtrées, chaos où prennent leur origine ces entraînements soudains de pitié, d’en thousiasme ou de terreur, ces courants imprévus, ces revirements à confondre l’esprit !
Au sein même des grands Collectifs se forment de moindres agrégations, jouissant d’une vie propre en même temps que de la vie commune; pareillement dans l’unité d’un parti politique, se détachent plu sieurs compagnies de nuances distinctes, et dans cha cune, on discerne sans peine plusieurs groupes : toutes fractions qui participent de l’ensemble sans se fondre ni disparaître en lui.
Du reste, les rares individus restés libres de toutes attaches, pour ne s’être point inféodés aux Entités potentielles préexistantes, peuvent, en se groupant, donner naissance à des Collectifs nouveaux. C’est ce qui se produisittardivement, au berceau du Socialisme, par l’effort de Babeuf et de ses amis...
Quatre—vingt—treize ne fut pas plus socialiste que ne l’avait été quatre-vingt-neuf: pareille tendance ne s’ob serve ni dans la rédaction des cahiers du Tiers, ni dans le tempérament des plus fougueux tribuns de la Montagne; et, lorsque éclata la Révolution, il parait certain que nul courant n’existait en ce sens. Tant d’autres réformes, et plus urgentes, sollicitaient la Conscience publique !
Babeuf se fit fort d’en créer un ; et s’il y parvint, sous le règne du Directoire, ce ne put être que par l’emploi, plus ou moins instinctif, de la chaîne sympathique. La conspiration de l’an V devait échouer: le moderne Gracchus paya de la tête son humeur partageuse et l’imputation de rêver une nou
26 L’INITIATION velle loi agraire (I) (5 prairial); maisle vaste complot qu’il avait su ourdir demeure un singulier exemple de mouvement improvisé dans un milieu sinon réfrac— taire, du moins sans préparation à cet effet. L’ordre religieux, aussi bien que l’ordre politique et social, comporte ses Entités collectives, dont l’exa— men relève pareillement des mystères de la Multi— tude.
Nous nous estimons tenu sur ce point à la plus scrupuleuse réserve : ce n’est pas qu’il nous parût contre—indiqué de produire ici des explications caté goriques; mais, —- la matière étant ardue et délicate, — nous n’appréhendons pas tant d’être trop compris, que mal interprété. Aussi ne prendrons—nous nos exemples que dans les cultes qui appartiennent au passé.
Il est certain que telles faces de ‘la question demeureront ainsi dans l’ombre; peut-être semblera-t-il au public qu’à cer tains égards nous nous soyons contredit. Quoi qu’il en soit, nous préférons nous taire... Pour les adeptes de la Science, nous en aurons dit assez. (I)Babeuf allait plus loin.
Son idéal était le communisme, commele prouve une;Adresse au Peuple français, trouvée dans ses papiers. — « La loi agraire (y lit—on) ou le partage des terres fut le vœu instantané de quelques soldats sans prin cipes... Nous tendons à quelquechose de plus sublime, de plus équitable, le Bien commun, ou la communauté des Biens!.., La terre n’est à personne...
Les fruits sontàtout le monde... » (Extrait des pièces trouvées chez Babeuf, imprimées par ordre de l’Assemble’e : adresse au Peuple français, passim. — Cité par Barruel, Mémoires pour servir à l’histoire du Jacobi— nisme, Lyon, 18I8, t. IV, p. 342.)
LES MYSTÈRES DE LA MULTITUDE 27 \ ' Une classe particulière d’êtres collectifs mérite d’êtrè signalée à part, et nous toucherons un mot des Dominations théurgiques. « La Théurgie (s’exclame Eliphas Lévi, dans un de ses livres les plus admirables et les moins connus), la T’héurgie, mot terrible, mot à double sens, qui veut dire création de Dieu !
Oui, dans la théurgie, on apprenait au prêtre comment il doit créer des dieux à son image età sa ressemblance, en les tirant de sa propre chair et en les animant de son propre sang. C’était la science des évocations par le glaive et la théorie des fantômes sanglants...
Les grands mystères étaient la sainte Vehme de l’antiquité, où les francs juges du sacerdoce pétrissaient de nouveaux dieux avec la cendre des anciens rois, détrempée dans le sang des usurpateurs et des assassins (1). » L’abbé Constant, nous I’osons croire, n’a garde de confondre cette théurgie sacerdotale des grands mys tères déjà dégénérés, avec la sainte théurgie dont Por phyre et Iamblique, héritiers des plus glorieuses tra— ditions de la Mystique héroïque et divine, nous ont transmis les rites et les formules.
A toutes pages de son traité si révélateur de l’Abstinence, Porphyre laisse percer son mépris pour les arcanes de la chair et du sang, indissolublement liés à l’évocation des mauvais Génies : « Ces esprits (dit-il) ne sont occupés qu’à tromper par toutes sortes d’illusions et de prodiges. Les philtres amoureux sont de leur invention : l’in tempérance, le désir des richesses, l’ambition .vien (1) La Science des Esprits (pp. 216-217, passim).
28 LÏNlT1ATION ment d’eux, et principalement l‘Art de tromper; car le mensonge leur est très familier. Leur ambition est de passer pour dieux, et leur chef voudrait qu’on le crût le grand Dieu. Ils prennentplaisir aux sacrifices ensanglantés : ce qu‘il y a de corporel en eux s’en engraisse, car ils vivent de vapeurs et d‘exhalaisons et se fortifient par les fumées du sang et des chairs.
C’est pourquoi un homme prudent et sage se gardera bien de ces sacrifices, qui attireraient ces génies. Il ne cherchera qu’à purifier entièrement son âme, qu’ils n’attaqueront pas, parce qu'il n’y a aucune sympa thies entre une âme pure et eux (1) ». On pourrait citer vingt passages analogues du même Porphyre, d’accord sur ce point avec tous les adeptes de la haute et angélique Théurgie.
Le magiste de lumière conjure les lntelligences du Ciel par les invocations, les par— fums et le pentacle étoilé.
Désireux de les rendre pré— sentes, non plus seulement aux sens, mais à l’esprit, — il s’efforce surtout de leur devenir semblable par la pureté, l’amour et l'essor intellectuel : car il n’est pas de plus infaillible secret pour évoquer l’un de ces êtres, que de s’assimiler à son essence, — ce qui s’ap pelle, en Magie, forcer la demeure de l’Ange, ou pren dre ascendant sur lui (2). (I) Traité de Porphyre, touchant l‘Absl‘inence de la chair des animaux, avec la flic de Florin, etc., et une dissertation sur les Génies, parM. de Burigny. (Paris, de Bure, 1747, in-12, pp146—147.) (2) Méditer, dans l’lnitiation du 1'” octobre 1895 (pp. 7-25), l’étude sur Martines de Pasqually et les Miroirs magiques, par F.-Ch. Barlet. — On y verra la différence essentielle entre les pratiques incomplètes de l’Illuminisme proprement dit et les
LES MYSTÈRES DE LA MULTITUDE 29 Reste la théurgie prestigieuse dont parle Eliphas, et qui, même au service du Juste et du Vrai, garde tou jours un caractère d’ambiguïté, de violence, et comme un stigmate de réprobation.
Cette théurgie est celle dont s’enorgueillit le prêtre féticheur des tribus sauvages, et, en général, tout pontife d’idolâtrie, lorsque, baignant l’Autel du sacri— fice de sang victimal et conjurant les Puissances de l’Invisible, il semble prêter pour une heure le mouve ment, la pensée et la vie, —— qui à ses Manitous de bois ou de pierre, qui à ses Belphégor d’airain.
Cette théurgie fut encore celle des mages politi ciens de Babylone et de Ninive, de Suze et d’Ecba tane : instrument de domination théocratique, elle servit longtemps à établir sur des prestiges cette reli— gieuse terreur dont les sacerdoces ambitieux de la toute-puissance ont coutume de frapper le populaire et d‘éblouir jusqu’aux grands de ce monde, jusqu’aux monarques qu’ils se flatteur ou d’asservir ou d’ex ploiter.
Or, si nous demandons sur la vertu de quels auxiliaires ces adeptes d’une théurgie cléricale justi fiaient leur foi et fondaient leur puissance, l’Esoté risme nous répondra : Sur la coopération d’Entités collectives, qu’ils appelaient leurs dieux. Oui, de tels prêtres, amalgamant leur âme et celle des multitudes, au moule d’une volonté consciente rites de la Haute Magie.
L’auteur de ces pages péremptoires est sans doute aujourd’hui le plus savant initié de cette vaillante École française, à laquelle nous-même revendiquons l’honneur d'appartenir.
30 L’INITIATION ou d‘un fanatisme instinctif, en façonnaient un Ciel à l’image de leur commun idéal; — et la plus essen tielle fonction du Sacerdoce consistait à créer, à nourrir, à entretenir des dieux! On sent qu’il n’est point question d’idoles, en tant qu’effigies matériellcs. D’ailleurs, idole veut dire autre chose, et plus.
Le vocable e’t'3wÂov n’exprime pas seulement en grec la représentation, l'image ou la statue d’un Dieu; il signifie surtout un spectre, un fantôme, une Puissance occulte, enfin. — Même sens au mot latin idolum. ' Sur ce point, l’Antiquité n’a qu’une voix, et la Bible confirme Hérodote et Pausanias, Plutarque et Tite-Live. Ne lit-on pas dans les Psaumes que tous les dieux des nations sont des démons :Omnes diz‘ gentium dœmonia (I ) ?
Nous savons déjà sous quels auspices les Collec tifs du ciel humain prennent naissance et accroisse— ment. Pas de chaîne magique plus irrésistiblement effi cace que celle des volitions adoratrices, dynamisées par la Foi. C’est ici surtout que le Verbe humain réalise d’emblée ce qu’il affirme. Taxera-t-on de fabuleuses les voix du chêne dodo— nien et de la statue de Memnon? L’antique autel (I) Psaumes XCV, 5.
Nous avons proposé du même texte une interprétation difle’rente (le Temple de Satan, p, 65); mais ces deux sens, loin de s’exclure, s‘éclairent et se complètent mutuelle ment.
LES MYSTÈRES DE LA MULTITUDE 31 a pu prophétiser sans doute; le guéridon spirite se mêle bien d’en faire autant. Pontife et Mage ont été longtemps synonymes... Le grand œuvre théocratique serait-il pas, somme toute, la transposition religieuse et l’extension en espace et en durée de _"cette occulte genèse, — ani— mique et spirituelle et fluidique, -— d’où émerge encore sous nos yeux l’Oracle mensal?
La danse et le verbiage des tables n’équivaudraient-ils point à une réduction démonstrative des phénomènes théurgiques et sybillins: de même qu’au laboratoire, moyennant une forte machine de Ramsden et une batterie de condensateurs, l’électricien reproduit la foudre en miniature, l’éclair et sadétonation ?
Quoi qu’il en soit, les éléments demeurent les mêmes, et pareille la loi de génération collective: c’est toujours un cercle de Psychés passives, d’âmes similaires à tendance uniforme, éparses faute de cohésion, et qu’une Volonté énergique, ou un groupe de telles Volontés unifiées synthétise, évertue et féconde. Ainsi, à la faveur d’une chaîne sympathique dûment établie, une Entité collective s’engendre.
Mais, une fois clos le circuit d’enthousiasme reli gieux, rien ne tend à le rompre. Le courant, loin de faiblir, s’accentue avec le temps; car les éléments transitoires de la pile psycho—dynamique non seule ment se remplacent, mais encore se multiplient. L’être potentiel s’affirme, se développe et consacre bientôt son autonomie, en réagissant d’une sorte despotique sur les membres de son corps social, grouillant et divers.
3 2 L‘INITIATION Car ce serait une étrange erreur que de croire, avec certains Kabbalistes dévoyés, que la Déité s’incorpore littéralement à son effigie symbolique, yséjourne à demeure ; enfin, pour tout dire, qu‘elle haute de sa présence réelle les images de bois ou de marbre, d'or ou d’airain. Son corps véritable n’est point là.
Quant à la forme fluidique, nous verrons plus loin ce qu’elle peut être, lorsque d’aventure elle se manifeste :' phénomène insigne et d'une tout exceptionnelle rareté. Ici se dresse une objection, facileà prévoir, non moins facile à rétorquer.
Les voix traditionnelles de l’Antiquité nous attestent que de multiples appari— tions, — totales ou partielles, splendides ou mons trueuses, ravissantes ou terribles, —ont pullulé autour des autels de ces dieux. Cicéron en rapporte un certain nombre de cas dans son ouvrage de Naturâ Deorum.
L’histoire du mysticisme alexandrin abonde en constatations analogues, et le bon le Loyer, notant d‘après Virgile les rites d’usage, lors des sacrifices solennels en l’honneur des grands Olympiens, observe que « les sacrificateurs voiloient leur teste, de crainte que pendant qu’ils sacrificient, ils se fussent troublez et empeschez de quelque visage ou face enne mie qui eust peu se présenter et Offrirà leur veue (I) ».
Dans les temples du Polythéïsme, les Immortels ne furent point avares de leur présence visible, et depuis le spectre de l'infernale Hécate glaçant d’effroi les fidèles de ses orgies, jusqu’aux radieuses visions (I) Histoire des Spectres, I605, in-4" (t. [1, pp. 878).
LES MYSTÈRES DE LA MULTITUDE 33 . _ -,-æ ' qui signalaient l’Epiphanie des mystères de Samo thrace et d’Eleusis, il était permis à l’initié de parcou— rir du regard la gammelumineuse des dieux. Que croire de toutes ces apparitions qui peuplaient l’ombre des sanctuaires et semblaient liées à l’autel ?
N’y peut-on voir, sinon les formes astrales des divi nités, du moins des corps fluidiques d’emprunt, que s’adaptaient les Entités collectives pour se manifester aux yeux de chair? Nous ne le pensons pas.
Si nous écartons l’hypothèse de supercherie sacerdotale, admissible et même probable dans un certain nombre de cas, mais que la critique négative des modernes a le tort de généraliser (I) à priori, ces formes lému riennes se décèleront des indigènes du plan astral, évoluant dans le nimbe ou l’atmosphère occulte de I’Egrégore collectif.
Simples larves le plus souvent, (I) L’école en question arbore comme un étendard cet absurde axiome de l’impossibilité des phénomènes dont la science contemporaine est inapte à rendre raison. Un pareil à priori dispense de toute controverse et même de tout examen des circonstances et des témoignages.
Il est d’ailleurs vraisemblable qu’en quelque occurrence les prêtres aient utilisé leurs notions d'optique poursupplée aux phénomènes réels par des effets de fantasmagorie.—E.Sal verte cite une description de Damascius, que Photius nous a conservée en sa Bibliothèque (Cod. 242) et dont les termes tendraient à le faire croire.
La voici : « Dans une manifesta tion qu’on ne doit pas révéler,... il apparaît sur la paroi du temple une masse de lumière qui semble d’abord très éloi gnée; elle se transforme, comme en se resserrant, en un visage évidemment divin et surnaturel, d'un aspect sévère, mais mêlé de douceur, et très beau à voir.
Suivant les ensei— gnements d’une religion mystérieuse, lesAlexandrins l’honorent comme Osiris et Adonis. » Eusèbe Salverte ajoute, après avoir rapporté ce passage: « Si j’avais à décrire une fantas magorie moderne,m’expliquerais—je autrement ?» (Des Sciences occultes, 1829, in-8°, t. I, p. 309).
34 L’INITIATION I ou encore élémentaux, ou concepts ritalise’s. Dans les sanctuaires où le culte des ancêtres a rétabli la grande communion des vivants et des morts, les âmes gloriflc‘es peuvent s’irradier au551, ou du moins objectiver une image astrale adéquate à leur verbe spirituel. Très exceptionnellement, les substances angéliques manifesteront leur gloire.
C’est qu’en ces murs hospitaliers, les visiteurs de toute hiérarchie trouvent un asile convenable à leur nature. Le milieu s’y prête à miracle: soit un temple voué de temps imgnémorial aux pérégrins d’un autre monde, — soit la crypte des mystères, toute saturée du triple magnétisme de la terreur, de l’enthousiasme et de l'amour!
L’air qu’on y respire vibre au rythme incessant des liturgies, des conjurations, des prières ; les lourdes volutes des parfums consacrés se tordent et se déroulent dans la tiède vapeur du sacrifice quo tidien.
Là les démons souterrains, les Ombres exhalées du puits de l’abîme trouveront, comme l’enseigne la Magie ténébreuse, à se vêtir de sang condensé; — là de même les Visiteurs d’entre-ciel se tisseront un corps arômal de lumière, de musique et‘d’encens, selon les rites de la glorieuse Théurgie.
La Divinité locale est d’ailleurs présente, encore qu’invisible; mais le hâle frémit de son âme collec tive :âme vivante et mouvante, faite des âmes de milliers ou de millions d’adorateurs, et toute peuplée de rêves lémuriens de cette multitude fanatique. Pour se rendre manifeste aux organes de la vue, parfois de l’ouïe et du toucher, les Puissances oc—
LES MYSTÈRES DE LA MULTITUDE 35 cultes ont besoin d’un milieu tout imbu de force psy chique disponible : soit qu’elles s’assimilent le fluide vital émané des chairs meurtries ou du sang répandu; soit qu’un médium leur prête pour un temps sa propre substance biologique, qu’elles lui restitueront dans l’acte de se dissoudre et de s’évanouit aux re gards.
Quant aux parfums consacrés, ils n’offriraient (du moins par eux-mêmes) aux Puissances invisibles que la faculté de revêtir un contour fallacieux et fugace, une image sans consistance et sans vie.
Mais, si les fumigations tiennent une très large place dans le Ri tuel théurgique, c’est que là ne se borne point appa remment leur secret emploi. lmproviser des médiums, par l’extase qu’elles provoquent chez les sensitifs; puis épurer les fluides qui s’exsudent des corps sidéraux abmatérialisés de la sorte : voilà la double destination de ces effluves aromatiques.
On peut en dire autant, à d’autres égards, des hymnes religieuses dont la ma gie enchante l’oreille, et des pompes liturgiques dont l’ordonnance charme la vue.
Nous verrons plus loin, à propos des décisives ex périences du colonel de Rochas d’Ayglun, que les di vers états physiologiques ressortissant au magnétisme passif, au somnambulisme et à l’extase, sont liés à un phénomène très particulier de dilatation extra— corporellc de la substance vivante et sensible; dilata— tion qui s’effectue par couches ou zones concen triques : c’est là ce que le savant physicien entend par « l’extériorisation de la sensibilité ». Cette faculté a si bien disparu de la peau*du sujet, qu’on peut en piquer
36 L’INITIATION ou en échauder la surface sans qu’il s'en aperçoive ; mais, si l’on répète les mêmes expériences sur l’une des couches sensibles, distantes du corps de plusieurs centimètres ou même de beaucoup plus, l’hypnotisé perçoit la sensation douloureuse, et l’accuse aussi tôt (I).
Cette sensibilité abmatérialisée est sujette à se dissoudre en certaines substances, telles que la cire, par exemple; à telles enseignes qu’une poupée de cire imprégnée du fluide vivant devient elle-même sen sible; ou plutôt qu’un lien s’établit entre elle et le sys— tème nerveux du sujet, qui, dès qu‘on touche la pou— pée, perçoit de suite la sensation telle qu’il l’eût éprouvée à l’état de veille, si l’on avait agi sans inter médiaire sur la peau même.
Bien plus, il la perçoit à la place de son corps précisément correspondante à celle où l’on a touché le volt.
Enfin, — chose plus étrange encore! —— de mémorables expériences du co lonel de Rochas ont établi qu’une plaque photogra— phique étant imbue de la sensibilité du sujet en hyp nose, dès qu‘on égratigne la pellicule à un point donné de l’image, un stigmate s’imprime aussitôt par répercussion sur la chair du sujet (2), au point corres— pondant.
L’expérience aréussi d’une chambre à l’autre, en des conditions de contrôle et de publicité qui ne peuvent laisser aucun doute. Ainsi M. de Rochas a scientifiquement vérifié le principe de l’envoûtement à distance. (I) Voy. les États profonds de l'Hypnose, Paris, I892, in-8 (P- 57) (2) Ce phénomène ne réussit bien que sur des sujets très sensibles.
LES MYSTÈRES DE LA MULTITUDE Fermons cette parenthèse, pour revenir à nos mys— tères de la multitude. Nous n’avons mentionné ces étonnantes constatations que pour faire mieux com— prendre comment, —à fortiori, — des Invisibles peu vent s’emparer du fluide vivant épanché par les sensi tifs dans le phénomène de l’extase; puisque d’inertes objets qu’on immerge dans les couches de ce fluide, le retiennent en s’en imbibant.
C’est à ce titre que nous avons pu dire :les par fums, en provoquant l’extase chez des sensitifs, im— prouisent des médiums. Mais Il faut bien convenir que les authentiques apo théoses flamboyaient assez rares dans les temples du vieux monde païen : les spectres de la lumière néga tive y étaient surtout chez eux, au détriment des purs Esprits de la lumière de gloire.
Comme un prince pervers et cruel m’invite et ne retient guère à sa cour que des hommes hypocrites ou corrompus, l’Egrégore du lieu, rarement pur, atti rait de préférence à soi des Entités d’ordre équivoque; et l’aura sanglante des victimes aimantait l’atmos phère au profit des larves, des lémures semi-cons cients et des démons mauvais.
La loi des sacrifices sanglants gardait, comme on l’a vu, dans l’antiquité sacerdotale, une autorité quasi universelle. Moi’se, sous ce rapport, ñ’inaugura point d’excep tion : son cultéapparaît, dans toute la force du terme, un culte de sang. Le grand prêtre de sa Loi n’offrait pas seulement à Jéhovah des prémices d’huile et de farine en fleur:
38 L’INITIATION nombre de génisses, de béliers, de colombes étaient journellement immolés sur l’autel des holocaustes ; le feu sacré en dévorait la graisse et les entrailles, le sang en était répandu tout alentour. On aspergeait le voile du sanctuaire de pourpre vivante; on en frottait les cornes d’airain, sur l‘autel des parfums, « pour être à lhôah une oblation de très agréable odeur » !
Le sang enfin paraît un Nectar dont Adonaï seul a droit d’être abreuvé; le sang devient la propriété du Seigneur, si exclusive et si inviolable, que, contre tout homme qui mangerait le sang des animaux avec leur chair, Moïse édicte la peine de mort (1) ! Les sacrifices humains ne font pas défaut en Israël : à toutes les pages de la Bible, le Seigneur ordonne des massacres ou des holocaustes.
La dévotieuse bar barie est une tradition qui date de loin. A cette pos térité d'Abraham. qui devait être un jour plus nom breuse « que les étoiles du ciel et les grains de sable de la mer » (2), ce saint Patriarche apparaît constam ' (l) Cette loi draconienne est répétée à plusieurs reprises dans la Bible.
Nous citerons seulement deux passages du Léuitique : « Toute personne qui aura mangé du sang périra du milieu de mm peuple (vu, 27) »; 4<Car la vie de toute chair est dans le sang; c’est pourquoi j’ai dit aux enfants d’lsraël : vous ne man gerez point du sang de toute chair, parce que la vie de la chair est dans le sang; et quiconqu e en mangera sera puni de mort (xvn, r4). » (Traduction Le Maistre de Sacy; c’est à elle que nous empruntons nos citations, quand il s’agit d’une version exotérique.) En méditant le Traité de l’Abstinence de Porphyre, on dé couvrira les vrais motifs de cette interdiction si sévère.
La rai son capitale qui a décidé Moïse était bien connue des platoni— ciens. La vérité est une, et identique à elle-même sur l’Olympe et sur le Sinaï. (2) Genèse, xxu, v. [7.
LES MYSTÈRES DE LA MULTITUDE _ 39 ment dans une gloire, le glaive sacerdotal levé sur son propre sang. ’ Tantôt, sur l’ordre d’Adonaï, c’est Moïse qui fait égorger vingt-trois mille Israélites adorateurs du veau d’or, et qui félicite les enfants de L_évi « d’avoir con— sacré leurs mains au Seigneur en tuant leur fils et leurfrère, afin que la bénédiction de Dieu leur fût donnée » (I).
Et de fait, le sacerdoce est, de ce jour-là, exclusivement acquis aux Lévites : ils ont reçu l’onc tion ! Tantôt c’est Jephté, triomphateur des Ammo nites, qui accomplit un vœu, en sacrifiant sa propre fille au dieu d’Isaac et de Jacob. Quant aux ennemis ‘vaincus, le Seigneur exige leur extermination jus qu‘au dernier (2).
Chananéens, Madianites, Amalé cites, etc., ils y passeront tous :Moïse l’ordonne au nom d’Adonai‘ et surveille avec un zèle jaloux l’exé cution de cette loi. Le successeur du théocrate n’est pas plus débonnaire : les habitants de Jéricho, d’Azor et des autres villes que ses armes ont soumises sont passés au fil du glaive, et Josué accumule, en l’honneur de Jéhovah et toujours par son ordre, une hécatombe de trente et un monarques !
Si impérative est la prescription de tailler en pièces les Amalécites et de tuer tout, « depuis l’homme jusqu'à la femme, (I) Exode, xxxn, v.
29. (2) <<Mais quant à ces villes qui vous seront données pour héritage, vous ne laisserez la vie à aucun de leurs habitants; « Mais vous les ferez«tous passer au fil de l‘épée, c’est-à-dire, les Hétéens, les Amorrhéens, les Chananéens, les Phérezéens, les Hévéens, les Jébuséens, et les Gergese’ens, comme le Sei gneur votre Dieu vous l'a commandé, etc. » (Deutéronome, xx, v. I6-17).
40 L’INITIA'I‘MN jusqu’aux petits enfants et ceux qui sont encore à la mamelle (I), » que Samuël, cinq siècles plus tard, vient signifier au roi Saül son anathème, le Seigneur l’ayant rejeté, pour ce qu’il a fait miséricorde à son prisonnier Agag, roi d’Amalec; après quoi l’illustre et saint Nabi, sans se laisser attendrir par les lamen— tations du malheureux Agag, « le coupe en morceaux devant le Seigneur, à Galgala (2). » Terminons par ce trait du plus grand des prophètes : après qu’à sa prière le feu du ciel est descendu, Elie ordonne l'im molation des prêtres de Baal, ses concurrents mala droits, qui s'étaient montrés inhabiles à obtenir le même miracle, et les fait périr jusqu’au dernier, sur le bord du torrent de Cison (3).
L’implacable despote qui commande toutes ces hor reurs, qui semble se complaire à ces barbaries, est-il bien le Dieu vivant, Ihôah Ælohîm? Il est permis d’en douter un peu. Réfléchissons pourtant. L’œuvre mosaïque n’est pas une œuvre aimable; sublime et nécessaire, elle l’a été! Le théocrate des Hébreux a déployé une force écrasante, mais pour le triomphe du plus pur Esprit... De brutalité plus idéale, il n’en fut jamais. Moïse?
Un saint, mais plus encore un Titan. Or, si la force n’est point chose sympathique, même exercée par des mains surhumaines et pour un résultat capi tal; gardons—nous de méjuger d’un homme tel que (1) Premier livre des Rois, xv, v. 3. (2) Ibid.,xv, v. 33. (3) Troisième livre des Rois, xym, v. 40.
LES MYSTÈRES DE LA MULTITUDE 41 Moïse, non plus que de l’autorité céleste dont il fut le mandataire et le porte—glaive, ici—bas ! Voyez ce puissant Législateur, cet Epopte de l’ab solue Vérité, dont la mission exceptionnelle est de pétrir de la glaise humaine, pour y imprimer le sceau divin!
Il a écrit le livre des Principes cosmogoniques, Sep/1er Berœshitb, où la science colossale du passé (1) dort sous un triple voile d’hiéroglyphes (2), jusqu’au préfix de la manifestation. il a érigé l’Arche, symbole irrévélé d’un suprême Arcane, témoignage cher au théurge de son alliance avec le Ciel et point d’appui de son verbe fulgurant; l’Arche sainte, formidable athanor du feu céleste, où repose la présence réelle de son allié d’en Haut, la She’ekinah d’Ælohîm!
Et il a placé le Livre dans l’Arche. —— Commel’œut d’Orphée ou le coffre d’Osiris, l’Arche contient désor mais le germe d’un monde futur, la graine intellec— tuelle qui doit ensemencer l’avenir. (1) « Fils du passé et gros de l’avenir, ce livre, héritier de toute la science des Égyptiens, porte encore les germes des sciences futures.
Fruit d’une inspiration divine, il renferme en quelques pages et les éléments de ce qui fut, et les éléments de ce qui doit être. Tous les secrets de la nature lui sont con— fiés. Tous. Il rassemble en lui, et dans le seul Berœshilh, plus de choses que tous les livres entassés dans les bibliothèques européennes.
Ce que la nature a de plus profond, de plus mys térieux, ce que l'esprit peut concevoir de merveilles, ce que l’intelligence a de plus sublime, il le possède... » (Fabre d'Oli vet, Langue hébraïque restituée, t. Il, discours préliminaire, . 6. p (2) )« Le sacerdoce judaïque, destiné à garder le Sépher de Moyse, n’a point été généralement destiné à le comprendre, et encore moins à l’expliquer... » (Id., ibid., p. 9.)
42 L'INITIATION Maintenant, cette Arche sainte, il faut un peuple pour la porter, pour la servir et pour la défendre. Moïse a sélecté ce peuple et l'a constitué en corps de nation, après l‘avoir affranchi de la servitude; puis, vingt ans et plus, il l‘a traîné de désert en désert jusqu’au seuil de Chanaan !
Pétrir en un tout homogène une foule diverse et bariolée (plus d’âme encore que d’aspect); frapper l’lsraël nouveau d’un cachet indélébile et unique au monde, en lui révélant l'Unité de Dieu, dogme jus qu’alors tout ésotérique, et le plus secret arcane du sanctuaire des nations; graver au coeur sémite le nom d’Ælohîm et l’horreur de l’Idolâtrie; improviser le peuple de Dieu, puis enfin l'épurer, — fût—ce en le décimantl... ce n’était point une médiocre tâche, ni de celles qu’on peut accomplir par la douceur, la mansuétude et le pardon.
De toutes parts, surgissent autour de la multitude en marche des peuplades vautrées dans les abomina tions du paganisme le plus obscène, et les revenants d’un exil égyptien n’ont pas encore désappris le culte du veau d’or. — Que fera Moïse P Pour éprou— ver ce métal humain qu’il façonne, Moïse le fera pas ser au creuset de l’épreuve: dans la fournaise du désert, il jettera sans doute un minerai d’âmes bien alourdi de gangue; or, il veut que la statue se coule en pur bronze, pour l’immortalité.
Coûte que coûte, il va falloir que l’impur s'évanouisse en fumée, ou s’élimine en scories... — Vous avez beau dire, objectera-t-on. Rien ne justifie ces atrocités dont l’histoire juive est tissue, et
LES MYSTÈRES DE LA MULTITUDE 43 cette Loi draconienne, que Moise, élu de Dieu, ins taura. Pour transmuer les cœurs, Dieu n’avait qu’à faire un miracle... Raisons humaines, que toutes vos raisons! ' — Ces raisons humaines sont des raisons divines aussi; car il n’y a qu’une Raison, comme il n’est qu’un Dieu. Quand l’homme est atteint de certaines maladies, une opération devient nécessaire, et le chirurgien ne doit pas craindre de débrider la plaie.
Lorsqu’un membre est perdu de gangrène, qui plus est, il faut l’amputer, pour le salut du corps. qui reste. Eh bien ! au temps de Moïse, une opération pouvait seule ga ' rantir la guérison du grand malade Humanité. Avant Jésus-Christ, Moïse a sauvé le monde! — Soit! admettons. s’il le faut, l’urgence de cette législation terrible, et aussi de cette politique sangui naire dont Machiavel a, depuis lors, consacré le prin cipe (I).
Mettons que ces violences fussent légitimes, par la grâce non point du Seigneur, certes! mais de la Nécessité, cette norme païenne, que les Grecs plaçaient au-dessus de tous les dieux. Mais une objection reste debout, spécieuse pour le moins.
Pourquoi ce culte de sang, en Israëlî’ Pourquoi ces sacrifices pontificalement inaugurés par Moïse, et ri (I) Machiavel, dans son Livre du Prince, conseille au con quérant de.faire tomber, en son nouvel empire, toutes les têtes qui dépassent; de ne pas laisser vivre un seul rejeton de la souche de ses anciens rois, et de disperser ou de massacrer en masse le peuple qui pourrait avoir joui de la liberté. Mais, dit il, mieux vaut anéantir que disperser une telle population.
44 L’INITIATION tualistiquement sanctionnés par sa Loi? S’il faut ré pandre le sang, qu’au moins ce ne soit pas sur un autel! Abominable holocauste! Quel Adonaï de con trebande a pu s’y complaire? Point assurément Iod-he’ue’ (ou Ihôa/1 Ælo/1im), le véritable Seigneur Dieu des dieux: nous ne ferons nulle difficulté d‘en convenir.
Selon toute vraisemblance, ceux-là seqls s’y com plaisaient, que la vapeur de telles offrandes abreuve et réconforte: élémentaux, larves et lémures de tout ordre. Moïse savait, comme tous les maîtres de la sagesse, tirer parti de pareilles forces.
Et, si notre lec teur s’en scandalisait, jugeant celles-ci équivoques, nous lui ferions observer qu’il est écrit au Rituel kabba listique de Salomon, « que le Sage règne avec tout le Ciel, et se fait servir par tout l’Enfer (I). » Admettrons-nous d’autre part que, lors de l’exode des hébreux fugitifs, ce fut le Vrai Dieu encore dont la Bible parle en ces termes: « Et le Seigneur marchait devant eux pour leur montrer le chemin, paraissant durant le jour en une colonne de nuée, et pendant la nuit en unecolonne de feu, pour leur servir de guide le jour et la nuit (2) »?
Le tabernacle du témoignage une fois construit, «la nuée du Seigneur se reposait sur le tabernacle durant le jour, et une flamme y pa raissait pendant la nuit (3)... » (I) Mss. hébreu cité par Eliphas: Dogme de la Haute Magie, tome I, page 80 (troisième prérogative (g) de celui qui tient les clavicules de Schlômoh dans sa droite, et dans sa main gauche la branche d’amandier fleuri). (2) Exode, Xlll, 2 I. (3) Exode, XL, 36.
LES MYSTÈRES DE LA MULTITUDE A l’égard des phénomènes miraculeux que prodigua la science du prêtre d’Osiris, chacun peut consulter le Pentateuque. On y verra comme ce théocrate, édu cateur d’un peuple récalcitrant sous la verge d’airain, le fit marcher de Mitzraîm à la Terre promise dans un feu roulant de miracles, dont l’instrument immédiat était l’arche, ce formidable condensateur des forces hyperphysiques.
4 L’Arche sainte apparaît une batterie d’électrité cé leste (I), construite sur un plan rigoureusement scien— tifique.
L’étude sagace des prescriptions relatives au (1) « L’électricité est là (opine le marquis de Saint-Yves), mais simplement comme force intermédiaire dans notre atmos phère; il y a, derrière, d’autres forces encore, enveloppant ce que les Indiens appellent l’Akasa, voile elle-même d’une con centration de l’Ame du Monde et de l’Esprit pur sur ce taber— nacle et sur ce théurge. » (La Mission des Juifs, p. 449.) Nous partagerions sans réticences l’avis du savant auteur, pourvu qu’il convînt avec nous que IOd—héflê (mm), le Dieu Nature, ne se manifeste aux sens physiques, par des phéno— mènes anormaux, que moyennant la médiation d'un homme, ou d’une collectivité humaine (terrestre ou céleste); d’une Puis sance adamique en un mot: laquelle Puissance met en œuvre dans une intention particulière et contingente les divers agents dont il ne dispose que pour un usage universel et transcen dantal. , C’est d’ailleurs en mm que l’homme-synthèse et Dieu mam festé révèlent à l’ésotéricien leur identique essence; mais le ’ Toutdivin ne prend l'initiative que de l’ensemble cosmique; les details sont du ressort du sous—multiple hominal.
M, de Saint-Yves, après avoir détaillé les merveilles théur— giques accomplies par Moïse, conclut en ces termes: « Telle était lJ. puissance de la Sagesse et de la Science antiques, au sommet de l’initiation dorienne, quand, chose rare, l’Epoptese trouvait être un homme de génie, capable de manifester la Divinité d’une manière convenable. » (Ibid., p. 464.) Cette phrase, fort significative, semble mettre notre opinion d’accord avec celle de l’éminent occultiste, et nous en sommes très flatté.
46 L’INITIATION tabernacle mettrait sur la voie de bien des mystères, inouïs pour nos comtemporains.
Tout a son impor tance, l’orient'ation du tabernacle, la structure compli quée de l’Arche, le Voile, l’Autel des parfums (qui est d’or), l’Autel des holocaustes (qui est d’airain) avec sa grille, le Chandelier aux sept branches et aux vingt— deux coupes, le Bassin des ablutions avec sa base, et les Colonnes du temple et les Rideaux du parvis, etc., et, par—dessus toute chose, la disposition réciproque de ces objets consacrés.
Les indications significatives abondent, que souligne encore le Rituel des cérémo nies. Les ingénieurs des temples thébains et memphites semblent avoir poussé l’étude approfondie des forces fluidiques ou mystérieuses bien au delà du possible contrôle de nos savants positivistes du jour; mais les connaissances que Moïse devait à la culture ésotéri que Egyptienne n’étaient pas moins positives que les leurs.
L’Être-des-Êtres que ce théurge a si bien connu (fl’flN ‘I‘JJN «'l‘o'lN) (Aehz‘eïe asIzer Aehieïe), l’universel Principe mâle dont il a poursuivi la notion jusqu’en son insondable Unité (7 Iod ou I’Vodh), n’a rien qui soit accessible aux yeux charnels. Il n’agit sur la ma tière que par les lois préétablies...
Toute Puissance d’En haut qui se manifeste par des phénomènes et se révèle à nous par d’autres intermédiaires que la lu mière occulte des Intelligences, ne peut être qu’une Divinité de remplacement. Quel est donc cet allié divin que Moïse évoque dans la détresse ou le péril ; ce céleste Interlocuteur
LES MYSTÈRES DE LA MULTITUDE qui le conseille, le réconforte et l’instruit? avec lequel il discute et dont il détourne la colère embrasée? (I) Qu’on lise, au chapitre xxxur du Deutéronome, cette sublime vision du Sinaï: Des milliers d’Élus, réintégrés aux privilèges de la divine Essence, se pressent en une apothéose colossale, dans la fulgu rante lumière d’lhôah (V.2). Le voilà, l’Allié céleste: il s’est levé de Séir !
La grande Communion des Saints de l’initiation d07ienne, telle est donc l’Entite’ collective avec qui Mcïse est en constant rapport, organique, hiérar chique et magique! Tel est le Dieu de sa Théurgie, — la plus haute, la plus sainte, la plus légitime qu’Epopte ait jamais pratiquée.
Voilà l’âme de lumière et l’Esprit de Vérité que (I' « Comme la sédition se formait et que le tumulte s'augmentait, Moïse et Aaron s‘enfuirent au tabernacle de l’AHiance. Lorsqu’ils yfurent entrés,la nuée les couvrit, et la gloire du Seigneur parut devant tous.
« Et le Seigneur dit à Moise: << Retirez-vous du milieu de « cette multitude, je vais les exterminer tous présentement. » Alors, s’étant prosterné contre terre, Moïse dit a Aaron: « Prenez votre encensoir, mettez-y du feu de l’autel et de l’en « ce13 dessus, et allez vite vers le peuple, afin de prier pour « lui; car la colère est déjà sortie du trône de Dieu, et la « plaie commence à éclater. » << Aaron fit ce que Moïse lui commandait; il courut au milieu du peuple que le feu embrasait déjà, il offrit l’encens, et, se tenant debout entre les morts et les vivants, il pria pour le peupe, et la plaie cessa.
« Le nombre de ceux qui furent frappés de cette plaie fut de q1atorze mille sept cents hommes, sans ceux qui avaient péri tans la sédition de Coré... » (Nombres, ch. xw, v.42-49. Traduction Le Maistre de Sacy.) \
48 L’INITIATION î_ - voulait insuffler Moïse au cœur du peuple de son choix. Un peuple « de col roide (1) », cet lsraël nouveau; 1 résistant, indomptable, mais obstiné et inflexible aussi! L’incarnation se fait mal... Un instant, l‘Alliê j céleste perd espoir et patience et se désintéresse de la race juive; il parle de la sacrifier, et d’établir Moïse à l la tête d’un autre peuple plus grand et plus fort (7). C’est Moïse qui l’en dissuade.
Car cette race est brillante de vertus, si elle a :le grands vices.
Elle pourra se vautrer en fait dansla plus crapuleuse idolâtrie, rien n’effacera le dogme monothéiste, imprimé au fer rouge dans la chair de son cœur: Ilzôah Æ'lohim est un Dieu unique .’——— Puis, tel qu’un dragon commis à la garde d’un ines tismable trésor. le défend sans l’ouvrir et sans le connaître, lsraël, se transmettant de génération en génération le précieux dépôt de la Genèse, cette réserve ésotérique du passé, grosse de l’avenir intellectuel d’un monde, lsraël va mériter le titre de gloire hiéroglyphiquement inclus dans son nom : 5N'N'î'ÿ‘, manifestation rayonnante de Dieu. .
L’essentiel est garanti de la sorte ; la race ju've satisfait à sa mission. Dansles limbes de l’Inconscient prophétique, jusques aux temps prescrits, sommeille encore la Parole qui sauvel... Cependant, les successeurs du grand théoc;ate seront la plupart au-dessous de leur tâche, si facilè et l (1) Exode, xxx111, v. 3 et 5. 1(2) Nombres, x1v, v. 12.
LES MYSTÈRES DE LA MULTITUDE < "fi"‘-Tfl-"-' si simple comparée à la sienne. La lumière d’Ælohîm va d’abord s’affaiblir, puis s’éclipser par degrés jusqu’à totale obscuration. Entre la Vérité vivante évoquée par Moïse et le Sacerdoce même élu par lui pour en devenir le réceptacle, un rideau de brumes s’interposera, ténébreux.
A la faveur du crépuscule, les pontifes de la pire Goëtie porteront l’abomination dans le lieu saint; et la Lumière de gloire du Sima ne se fera plus connaître aux Nabis que par intermit— tences, en de rares éclaircies, ou parmi les ombres etles reflets d’une épiphanie orageuse. ' Revenons à Moïse et résumons-nous. Ses rapports religieux avec l’Invisible apparaissent multiples et divers.
1° Ce prophète a surpris et extatiquement pratiqué l’Absolu divin, dans le tabernacle de son incommuni cable Unité. 2° Il a connu, adoré, glorifié lhôah Ælohim, savoir Dieu manifesté dans la Nature par son Verbe éternel. lhôah n’est-il point resté le Dieu d’lsraël, par excel lence ?
3° Moïse afait alliance théurgique avec l’Egre’gore de la grande Communion des Elus. — Le mystique interlocuteur du théurge, l’Adonaï personnel réalisant l’Image divine, n’est autre que le plus sublime des Collectifs humains, réintégré dans la Loi du Règne de Dieu.
4.0 Enfin, certaines prescriptions du culte sanglant de Moïse donneraient à penser qu’il entretenait de mas sives colonnes de substances élémentales ou lému riennes, qui devaient lui servir pourles œuvres de sa
50 L‘INITIATION Magie sacerdotale, lorsqu’il ne jugeait pas à propos de recourir aux prérogatives de son alliance, et d’évo quer l’Egrégore. Voilà des nuances bien complexes pour le discer nement des sémites « au col roide ». Instruit par son chef dans ces multiples voies de l‘Art sacerdotal, le peuple hébreu, ignorant cdmme il l’était, fût tombé promptement dans l’idolârie.
Or Moise voulait, avant tout, imprimer le verbe monothéiste dans la con— science d‘lsraël; il voulait que son dogme unitaire fût l’étoile sainte des destinées juives. Aussi, réservant pour les initiés de tradition orale toutes ces périlleuses distinctions, il se garda bien d’en embarrasser son peuple. En toutes circonstances, c’est toujours Ihôah Ælo hîm qu’il met en avant. Il est l’unique Adona‘i, le Seigneur, dieu d"lsraël.
Des ennemis sont—ils taillés en pièces ? Le Seigneur les a livrés au bras vengeur de son peuple... — Un passage de cailles pourvoit-il à la nourriture des juifs au désert? Le Seigneur a envoyé des cailles... — Une décharge fluidique a-t-elle foudroyé Nadab et Abiu, coupables d’une imprudence en offrant l’encens ?
Une flamme sortie du Seigneur les a dévorés (I). (I) Les manifestations ignées ou fulgurantes à travers quoi le Seigneur se révèle et rend des oracles, frappe ou guérit, prononce la bénédiction ou l’anathème, etc., — manifestations quiabondent à toutes les pages dela Bible,— ont faitdélirer bien des exégètes. Jéhovah (ose écrireM.
Renan), « ce bizarre agent électriforme » (p. 290), « est le Roûah universel sous forme globale, une sorte de masse électrique condensée » (p. 289). _ (Histoire d‘Israël , t. l, passim.) Pareils commentaires, qui témoignent peut—être chez leur
LES MYSTÈRES DE LA MULTITUDE 51 Dans les envoyés de Dieu, c’est Dieu que le rédacteur de la Genèse enseigne à voir.
C’est si vrai que Jacob, ayant lutté avec l’Ange, donne au lieu de la rencontre « le nom de Phanuel ou Pheniel, c’est-à-dire la face de Dieu, en disant : J’ai vu Dieu face à face, et cepen dant monâme a été sauvée (r). » Presque toujours, quand Moïse parle du Seigneur à propos d’un fait historique ou d’une prescription sacerdotale, et non point au sujet des mystères cos mogbniques ou théogoniques, c’est son Allié céleste qu’il entend; c’est—à-dire la plus noble Entité collec tive qui puisse humainement représenter et divine ment suppléer l’Etre-des-Etres.
Si l’on insistait pour mieux connaître cet Egrégore de la grande Communion des Elus, nous n’hésiterions pas à le désigner par son vrai nom : 5mn, MICHAEL.
Michaël est (pour notre tourbillon) le tabernacle du Seigneur ; or il est écrit: « In sole posait Deus tabernaculum suum... » Notons ici que Michaël n’est qu'un Æloha d’Ælohîm, qu’un membre vivant de Ihôah Adonaï, le Verbe éternel ;— enfin, qu’Adonaï même n’est que la manifestation d‘Aî'n—Soph, ‘-‘|WDVN, le Dieu suprême et irrévélé.
Par rapport à l’Absolu, c’est-à—dire contemplé de haut en bas, le Verbe universel est l’Homme typique, auteur de plus de naïveté encore que de malice, semblent la mieux éloquente critique du système juif d'exclusive centrali sation diviniste. Tout ramener exotériquement au Jéhovah per— sonnel, c’est éluderles interprétations polythéistes qui pourraient naître en l’esprit des foules... Mais toute médaille a un revers. (r) Genèse, xxxn, v. 30.
52 L’lNlTIATION l’Adam Kadmon du Zohar: relativement à nous, c’est-à-dire conçu de bas en haut, le Verbe est lhôah lui-même, ou Dieu manifesté. Ainsi l’homme-synthèse et Dieu manifesté se con fondent, et dans cette identité sublime (l) réside un des plus profonds mystères de la tradition kabbalis— tique.
« Qui peut accorder ensemble (dit Eliphas) le Dieu de la terre et l'Homme du Ciel, en touchant au point fixe de leur union: celui-là a trouvé le G A.'. ; arcaneindicible, puisque c‘est l’alliance du Kether humain et du Kether divin, figurée par la lutte de Jacob avec l'ange. Par cet arcane, Lucifer se fait Dieu, non plus en se révoltant, mais en obéissant libre— ment à Dieu. Qui aures habet audiendi audiaz‘J...
C’est le Non-eus d'en-haut équilibré par celui d'en bas, et de ces deux négations jaillit une affirmation inattendue et immense, qui est adéquate à l’homme dieu (2) ». ' Pour en revenir à l’Allié de Moïse, sa déification (l) d: La lance composée de quatre métaux (voy., pour la des cription de ce symbole, Des Erreurs et de la Vérité, Edlmbourg, 1775, in-8", p. 35) n’est autre chose que le grand nom de Dieu composé de quatre lettres niru.
C‘est l'extrait de ce nom qui constitue I’essenca de l’homme; voilà pourquoi nous sommes formés à l’image et à la ressemblance de Dieu ; et ce quaternaire que nous portons, et qui nous distingue si claire ment de tous les Etres de la nature, est l'organe et l’empreinte de cette fameuse croix, dans laquelle l’ami Bœhme nous peint si magnifiquement l‘éternelle génération divine, et la généra— tion naturelle de tout ce qui reçoit la vie, soit dans ce monde, soit dans l'autre. » (Correspondance de Saint-Martin avec le baron Kirchberger de Liebz’storfi‘, p. 45.) (2) Correspondance de l'Abbé Constant avecle baron Spéda_ liéri, M55. (1110 Cahier, p. 72.)
LES MYSTÈRES DE LA MULTITUDE 53 exotérique se légitime par une frappante analogie.
Puisque Chrishna, manifestant Wishnou sur la terre, a pu légitimement dire : Je suis Wishnou ! — pour quoi Michaël, manifestant Ihôah au ciel des âmes, ne pourrait—il pas dire : Je suis Ihôah P Si quelque Puissance 21 le droit de prendre exotéri , quement le nom de l’Eternel, c’est bien cette vivante Synagogue de ses Élus, la plus haute expression col lective du verbe humain divinisé !
Néanmoins, en donnant le Dieu qui se manifestait dans la nuée pour l’éternel Dieu-des—Dieux, Moise a fait en quelque sorte ce dont l’auteurjuifdu Sép/zer Toldos incrimina plus tard Jésus de Nazareth : d’avoir montré aux nations, comme étant la véritable pierre cubique du Temple, un cube d’argile fait à la ressemblance de cette mystérieuse pierre de l’angle, qu’il n’était par— venu à dérober... Il ne nous appartient pas d’en dire davantage.
Nous n’avons nulle autorité pour juger Moïse, pas plus que le Kabbaliste auteur du Sépher Toldos Jesc/zu n’était qua— lifié, ce semble, pour se faire l’arbitre de notre Messie.
Ce grimoire syro-chaldaïque, presque contempo rain de Jésus-Christ, accuse le « fils de Miriam » d’avoir accompli tous ses prestiges à l’aide du Nom incommunicable tU'fiDI’JH DE: (Sclzema Hampho rase/z) dérobé au temple de Jérusalem dont il aurait forcé les portes par de coupables enchantements. suivent des récits de prodiges plus surprenants encore que ceux des Évangiles....
Retenons ce fait au passage, que les miracles de Jésus étaient chosehors de doute au sentiment des Juifs de son temps...
54 L’INITIATlON Nous aurions pu nous étendre beaucoup plus sur le mode de génération comme sur le rôle des Entités collectives humaines, étudiées soit au point de vue reli gieux, soit au point de vue social. Le peu d’exemples que nous avons proposés serviront de jalons de repère, pour le cadastre d’une région peu fréquentée des pen seurs. Nous nous flattons d’avoir dit à ce sujet des choses assez neuves et généralement insoupçonnées.
L'intégration collective est un phénomène aussi réel, sur les plans astral et psychique, que les combi— naisons de la chimie, par exemple, sur le plan maté riel. Bien des questions laissées dans l‘ombre àdessein s’éclaireront, si l’on sait faire usage de la loi, si féconde en imprévu, dite de l’analogie des contraires.
Ainsi, la Communion des Saints dont Michaël est la personnification lumineuse, comporte pour anti thèse la Synagogue des pervers, dont l’incarnation ignée sera Samaé’l 5m20, le Satan ésotérique de la Kabbale.
Il messiérait de confondre ce Collectif caco-psychique (d'une réalité formidable à de certaines époques, quand des divisions intestines ne stérilisent point sa vigueur en l’opposant à elle—même),— avec le Satan légendaire, grifl‘u et cornu, digne fils des imaginations fanatiques, et qui n’est, comme on l’a laissé entendre plus haut, qu’une Image astrale vitalise’e.... STANISLAS DE GUAITA.
LE SECRET DE L’UNIVERS 55 LE SECRET DE L’UNWERS Selon le Brahmanisme ésotérique Ces trois principes subjectifs ou âmes (1) de l’homme sont enveloppés dans les cinq principes objectifs ou corps (2) dont nous avons déjà parlé.
La vie maté— rielle (3), reflet illusoire de la vie éternelle (4), anime l’homme matériel ou naturel, composé d’un corps de nourriture (5) et d’un corps de souffle (6), corres pondant aux natura naturans et natura naturata des anciens philosophes.
La pensée finie (7), sym bole de l'omniscience éternelle (8), éclaire le corps mental (g) et le corps d’idéalité (10);enfin l’âme d’incarnation (11), rayon de l’âme libre et bienheu reuse(12), rayonne à travers un corps de béatitude (13) qui n’est encore développé que d’une façon rudimen taire et exceptionnellement dans notre humanité ac— tuelle.
Normalement, labéatitude divine ne se mani— feste pas encore au moyen d’un corps spécial, mais seulement par son reflet dans la partie spirituelle (14) de nos facultés mentales et corporelles; par le sens (1)Dehi. —(2) Deha, sharira, kosha, ou padhi.—(3)Prâna.— (4) Sat. — (5) Anna-maya-kosha ou Bouddhi. — (6) Prân-amaya kosha. ——(7) Djiua. — (8) Vidjgnyana.
Bouddhi, -—- (g) Ananda ou Djinatma.Manas, Tchittam. —' (10) Ananda-maya-kosha.— (1 1) Tchit ou Maha-tchaita-nyam. —(12)Mano—maya-kosha ou Manas. — (13) Vidjgnyanamaya-kosha. —-—(14) Saltwika.
56 L’INITIATION intime ou conscience (i) et le sentiment de certi tude (2) d’une part, et de l’autre par l’aspect supé rieur du désir matériel, Eros, que les Bouddhistes appellent Kama, l‘amour, et qui se manifeste par les sens.
Le Sol (3) constitue dans l’homme la trinité spiri tuelle, le centre et la cause même de notre être, le germe éternel et latent en chacun de nous. la Monade que Leibniz définit comme un miroir de l’univers, réfléchissant indifféremment le bien et le mal, le vrai et le faux, la nuit et le jour, l’immense et le minime.
Ce foyer lumineux n’a pas besoin d’être alimenté, car il est la vie universelle, éternelle, débordante et in compressible, la pure Être-té dont la vie (4) qui anime nos enveloppes inférieures est le reflet pério dique et limité.
Il n’a pas besoin d’apprendre, de pen ser ou de connaître la vérité, car il est la vérité même, l’être avec tous ses aspects, l’être dans sa nature in time, la parfaite conformité de la conscience avec la réalité, avec toute la réalité; tandis que le mental or dinaire (5) ne peut embrasser que des conceptions définies, limitées et plus ou moins vraies ou fausses, car il fait partie du principe centralisateur universel et produit précisément en nous l’égoïsme (6).
Enfin la Monade n’aspire pas, étant la béatitude d’être sans limites, le don perpétuel de soi-même à tout ce qui existe, l’amour parfait (7) et infini (8) dont notre (1) Antahkaranam. —— (2) Bouddhi. — (3) Salehidananda.— (4) Prâna. — (5) Manas inférieur. — (6) Ahankaram ou le Je— faisant. — (7) Ananda. — (8) Ananta.
LE SECRET DE L’UNIVERS 57 Bouddhz‘ inférieur, malgré ses inspirations d’art, de génieet de sainteté, n’est qu’une pâle etlointaine image. En un mot, la Monade ou Trinité spirituelle, l’Atma, « descriptible seulement par non, non ! », est quié’ tude absolue au-dessus du bien et du mal, réalité ab solue au-dessus du vrai et du faux, éternité absolue au-dessus de la vie et de la mort.
Aussi est-elle sou vent décrite comme indifférence (I) inconscience (2) et non-être (3). Elle est à la fois être et non-être, omniscience et inconscience, bien et mal, en un mot l’absolu par rapport à l’homme. Pour acquérir l’expérience transcendante, l’homme doit reconquérir ses pouvoirs corporels primordiaux et développer de nouveau en lui—même les organes atrophiés par le non-usage.
Les principaux obstacles à ce développement sont l’inertie matérielle, l’atta chement à la vie physique et la sensualité, grandes forces par lesquelles la nature subsiste dans son état actuel. De même, nous appelons raison transcen dante le Manas purifié au point d’avoir reconquis ses facultés primordiales (4), et de pouvoir réfléchir sans trouble la sagesse infinie (5).
La raison inférieure, limitée par sa nature même, ne peut, d’après Sanita râclzarya et Gotama, donner naissance à plus d’une notion à la fois. Il s’ensuit qu’elle contient en elle même le principe des contradictions, entrevues sous le nom d’antinomies par Kant et Hegel, et dont nous chercherons tout à l’heure à dégager les aspects fon (I) Moksha. — (2) Atchit. — (3) Asat. v- (4.) Pramanas. -— (5) Mahamanas ou Maha-Tchit.
58 L’INITIATION damentaux. Autrement dit, la sagesse ou pensée ordinaire, représentée par le serpent qui se mord la queue, tourne dans un cercle vicieux, et tout homme 'qui ne s’est pas contredit lui—même est un homme qui n'a pas encore assez pensé. Ses principes sont d’autant plus solides, sa règle de conduite plus im muable, et plus tranquille sa certitude, qu’il est plongé davantage dans l’illusion.
Le sage, d’après Lao-tge, « adopte les sentiments de la foule, et la traite comme un enfant; il se couvre de haillons et cache des joyaux dans son sein ». Nos pensées ne sont pas plus Nous, que nos corps ou nos vêtements. Il n’est peut-être pas inutile de remarquer que celui qui peut ainsi changer à volonté d‘opinions ou de manières d‘être, est le pôle opposé du bourgeois qui oscille entre les dernières opinions des journaux lus.
L’homme est le penseur de l’univers, et, l’univers subsistant par les contrastes, la pensée transcendante doit embrasser, résoudre et dépasser toutes les antinomies. Toute vérité qui admet seulement une partie de ce qui est est une vérité incomplète, c’est-à-dire une erreur, et forcément en contradiction avec son erreur supplé— mentaire.
L’attitude mentale que nous essayons de faire entrevoir est quelque chose d’à peu près inconnu dans l’humanité actuelle : une tolérance élargie à l’infini, non par pitié sentimentale, mais par déve loppement logique; une conviction profonde que tout homme vaut quelque chose, et que nul être sincère ne se trompe, malgré que des gens sincères profes— sent les opinions les plus opposées; une constatation fatale que ce qui nous déplaît fait partie de l’univers
LE SECRET DE L’UNIVERS 59 aussi bien que ce qui nous attire, et que, l'univers ne devant pas changer sa manière d’être, c’est nous qui pouvons élargir notre manière de voir.
Celui qui l’a compris est prêt et apte à jouer tous les rôles à lui assignés par la Nature, la Providence, le Hasard ou le Destin, mais aussi à admettre le rôle de tous les autres êtres; qu’il renaisse prêtre ou courtisane, voleur ou bourreau. prince ou rebelle, il prendra son rôle au sérieux, et fera bien ce qu’il peut faire. Car, «en fai . saut l’œuvre qui dérive de sa nature, l’homme ne commet point de péché », dit la Bhagauaz’ Gudla.
Seul peut-être parmi les civilisés d’0ccident, Carlyle a reconnu que la sincérité est le fondement de l’ordre social et universel. Si les conclusions de la philosophie orientale ont quelque chose de farouche au point de vue de l’Europe, c’est que celle-ci reste depuis trèslongtemps à un même point de vue: on pourrait faire le même reproche à la Chine.
Les deux moitiés du cerveau humain vou— draient demeurer étrangères l’une à l’autre; la nature y mettra bon ordre. Nous lui laissons aussi le soin de for— muler nos conclusions. La nature est la conclusion unique des philosophies les plus contradictoires.
Les chercheurs de systèmes tout faits demandent, aux au teurs qu’ils lisent, une solution du secret de l’Absolu, un mot de la fin qui soit une fin des mots et des faits; un talisman dont la profession délivrerait à jamais eur corps de souffrance et leur âme d’obscurité. Ils voudraient que l’explication du mal, par exemple, fût en même temps la défaite définitive et la destruction du mal; ils cherchent le livre magique qu’il suffirait
60 L’INITIATION de parcourir, ou même de regarder, pour devenir semblable aux dieux. Déclarons de suite que le livre actuel n‘a pas de prétention de ce genre. Pas plus que celui qui l'a précédé, il ne présente de conclusion morale ni de solution philosophique sur lesquelles puisse s’endormir l’esprit paresseux. Nous ne pro mettons à son lecteur sincère ni le bonheur céleste ni la tranquillité terrestre.
Notre but, au contraire, est de jeter le trouble dans ses idées, afin qu’il devienne semblable à nous ; qu’il soit fort embarrassé de savoir s’il est théiste ou athée, matérialiste ou spiritualiste, constructeur ou destructeur; qu’il puisse, comme le guerrier instruit par Krz’shna, approuver le combat— tant et son adversaire et celui qui ne combat point, et se dire que, s’il était tout-puissant, il ferait l’univers précisément tel qu’il est, avec tout ce qu’il contient de lutte acharnée et de paix indicible !
Peu nous importe donc dans quel esprit ce livre sera lu, car son esprit à lui, c’est l’esprit de Yoga, de l’union vraie, del’accord parfait humain, qui n’est pas une utopie, mais la solution naturelle de toutes les dissonances. Yoga est l’essence même de la religion .' elle embrasse toutes les religions sans être embrassée par aucune.
Elle contient tout ce qu’il peut y avoir de plus immense dans la cosmogonie brahmaniste, de plus profond dans la métaphysique taoïste, de plus pur dans la morale bouddhiste, de plus fraternel dans l’esprit chrétien, de plus convaincu dans la foi maho métane. Ce n’est pourtant pas une religion éclectique, car, outre la somme des vérités religieuses déjà con nues, elle renferme une grande masse de vérités reli
LE SECRET DE L’UNIVERS 61 gieuses, philosophiques et scientifiques que l’huma nité découvrira quand elle sera prête. Les religions et sciences particulières sont le développement en sur face de la conscience humaine: Yoga en est le déve loppement en profondeur.
Les religions deviennent, avec le temps, une affaire de foi aveugle, d’hérédité, de mode ou d’obligation, et leurs fidèles ne peuvent plus raisonner sans se heurter au mystère et à l’ab— surde. Il s’ensuit que parmi ceux qui tiennent encore à leur religion, Bouddhistes ni Chrétiens, Mahomé— tans ni Juifs ne comprennent les leurs propres, et encore bien moins celles des autres.
S’il existe un fossé entre les diverses religions et philosophies, il existe un abîme entre l’homme d’aspiration etl’homme de science. Pourtant les facultés religieuses, étant humaines au même titre que les facultés philosophi ques ou scientifiques, reposent sur une même aspira tion vers une même vérité.
Il est facile de voir que la vraie religion devrait être scientifique et philosophique; on aperçoit moins facilement ce que la science gagnerait à devenir reli gieuse. Pourtant toutes les sciences physiques reposent sur des hypothèses métaphysiques dont la discussion ni l’épreuve ne sont de leur ressort.
Les sciences naturelles n’ont pas à s'occuper de la réalité de la matière, ni les mathématiques de la nature des nombres ou des formes, ni la chimie de l’existence des atomes. Tous les « pourquoi» et. parmi les « comment », tous ceux qui échappent aux sens sont du domaine d’Atma-Vidya. Toute science un peu profonde, comme l’astronomie ou la chimie trans—
62 L’lNlTIATION --. . cendante, empiète sur le domaine religieux : à tra vers les télescopes et microscopes, l'observation tend à se transformer en contemplation. Du domaine occulte et psychique où les savants commencent à s’aventurer aujourd’hui, les savants ressortiront fata lement prêtres, parce que, cherchant des forces, ils auront trouvé des dieux.
Toute science est le piédestal d’un art. La métaphysique est antérieure et supé rieure à la physique, la musique à l’acoustique. La science possède une âme, homogène sous ses membres variés. L’harmonie n'est distincte de la mathéma tique, ou la thérapeutique de l’astronomie, que sur le plan antérieur dont les savants modernes se sont partagé l’analyse.
Les anciens se faisaient de la mu sique une idée autrement large et synthétique, eux pour qui la théorie des sons était étroitement unie à celle des nombres. A mesure que la science moderne grandi1;a en expérience et en profondeur, on verra qu’elle est simplement une nouvelle édition de la science humaine. Car il existe une science univen selle comme une philosophie et une religion univer selles.
La connaissance sacrée (1) comprend la science des Tattva comme celle des corps simples, l’hygiène des Yogui comme celle des Docteurs, la cosmogonie des Pourâna comme celle de Copernic, et les for mules abandonnées comme celles qui le seront un jour. Elle est de tous les temps et de tous les pays. Elle n’est pas seulement la science humaine, elle est la science humanitaire : son savoir est inséparable de (1) Brabmâ- Vidya.
LE SECRET DE L’UNIVERS 63 sa morale, et ses disciples ne deviennent plus instruits qu’autant qu’ils deviennent meilleurs; tandis qu’ac— tuellement, le progrès moral ne marchant pas de pair avec le progrès intellectuel, non seulement on peut être à la fois savant et malhonnête, ce qui heureuse ment est encore rare, non seulement le premier venu peut se servir de la science pour exploiter ou détruire ses semblables; mais encore les découvertes, perfec tionnements et applications scientifiques ne font qu’intensifier les misères de la majorité de l’humanité.
Témoin les innocentes populations massacrées à la suite de l’invention de la boussole, les hécatombes facilitées par l’invention de la poudre et de ses formi dables dérivés, les ouvriers brisant les machines qui les réduisent à l’inaction, et nos estomacs empoi sohnés tous les jours grâce aux progrès de la chimie.
D’où nous concluons, non pas qu’il faudrait moins de science, mais qu’il faudrait plus de morale, plus d’esprit philosophique et religieux. AMARAVELLA. (A suivre.)
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE m méaneeuaaæaaem Différents corps métalliques approchés de l’orga nisme humain exercent sur lui une influence marquée, notamment les aimants ; mis en contact avec le corps, soit extérieurement, soit intérieurement, par voie digestive, ils produisent un effet thérapeutique parfois très remarquable. .
La science officielle n’admet ces faits que depuis fort peu d’années; il n’y a que quelque temps qu’elle se sert des métaux pour amener la guérison par pro duction de courants thérapeutes. Maisles savants non officiels savent que, dès la plus haute antiquité, l‘on employait ces moyens ; les prê tres se servaient d’or, d’argent, de diamant, de cuivre, d’étain, mais surtout d’or.
Les alchimistes étaient tous d’accord sur ce point que l’or guérissait, que l’or constituait le Grand Remède par excellence ; et ils cherchaient à l'adminis trer en poudres, en solutions. La Matière du Grand-Œuvre, mélangée à un liquide
LA MÉTALLOTHÉRAPIE 65 liquéfié, formait l’E1‘ixir, le fameux Elixir de longue vie qui devait produire de remarquables résultats. On le trouve mentionné dans tous les bouquins du temps; il ne passionnait pas moins que la pierre philosophale elle-même ; et la légende prétend que Nicolas Flamel et sa femme Pernelle, après en avoir bu, allèrent vivre, immortels, au sein d’une île enchantée.
Eh bien ! n’est—il pas curieux, suggestif, de voir que la Médecine actuelle — suivant en cela tous les savants d’aujourd’hui, à quelque branche de la science qu’ils appartiennent, — en vient à proclamer, tacitement tout au moins, la profondeur et la réalité du savoir « occulte » ancien, antique, dont elle s’approprie les magnifiques révélations P De même que les chimistes, à présent, recohnais sent l’Unité de la Matière affirmée par tous les alchi— mistes, les docteurs des grandes facultés médicale s’emparent des recettes anciennes, lesquelles indiquent la Métallothérapie comme le traitement le plus ration nel et le plus sûr.
J’ai eu l’occasion, un peu cherchée, je l’avoue, de questionner plusieurs « docteurs en médecine » bien et dûment diplomés; tous, surtout ceux de la jeune génération scientifique, m’ont déclaré qne les métaux ont une influence irrécusable absolument sur les ma lades, chez qui ils hâtent ou amènent la guérison, sur tout chez les malades d’un tempérament nerveux; c’est ainsi que les neurasthe’nies partielles ou géné rales, les hystérz’es, les névralgies, les tics, les con tractures, en un mot toutes les affections nerveuses sont diminuées ou même supprimées par l’action de 3
66 L’lNITIATION l’or, de l‘argent, du cuivre, isolés ou réunis, et placés sur l‘organe atteint, soit directement, soit indirecte— ment.
Pour traiter les migraines, par exemple, ou les neu rasthénies oculaires si douloureuses et si gênantes, qui produisent, entre autres malaises pénibles, le phé nomène vulgairement appelé, mouches ou taches volantes, il est conseillé de s'appliquer sur le front, durant une nuit, un bandeau à l’intérieur duquel se trouvent placées des pièces d’or ou d’argent (monnaie). L’effet, parait-il, peut être excellent.
L'aimant exerce une,action reconnue; chaque pôle magnétique de l’aimant jouit d'une propriété diffé rente : avec l’un on enlève la douleur, avec l’autre on la reproduit. Évidemment on ne peut obtenir ce résul tat avec tous les malades, il en est de même d’ailleurs pour les autres médicaments, mais cela réussit sur beaucoup d’individus, notamment les nerveux.
Du reste, la Métallothérapie, l’Electrothérapie, — sans doute identiques, car les métaux produisent des courants, en contact avec la peau, -—ont leur applica— tion tout indiquée et la meilleure, répétons-le, dans le cas de névropathie, d’hystérie, de phénomènes ner veux quelconques. M. Bury constata les actions aesthésiogènes dues à l’application sur la peau d’un certain nombre de mé taux.
M. Landouzy rapporta le cas d’un sommeil léthar gique provoqué par l’approche d’un aimant; Dumoul— pallier et Pitres, des cas d’hypnose et de réveil par un contact métallique, comme le dit très bien le colonel _._,.,...;-_.r.,,.....«_ wr W..«r- . .- .r . ... . .c. _ ,/.,.- »,, À... M,
LA MÉTALLOTHÉRAPIE 67 de Rochas dans son beau livre : « Les Etats superfi ciels de l’Hypnosè » (Chamuel). A la Salpêtrière, de nombreuses recherches furent faites par Charcot, qui établirent l’influence puis— sante de l’aimant sur les hystériques. Mais c’est surtout au professeur H.
Durville, que revient le grand honneur d’avoir étudié en détail et avec un talent remarquable les différentes actions de l’aimant; il a créé la véritable théorie du magnétisme, lequel est sans doute un agent dérivé de l’électricité, ou une forme de cette énergie répandue dans tous les ’ corps à l’état latent, centralisée par les métaux dont elle constitue l’âme peut-être, la puissance médicale sans doute.
Les métaux agissent sans doute, disons-nous, par l’Electricité, l’Electro—Magnétisme qu’ils provoquent, et un changement, une transformation moléculaires s’opèrent (tout phénomène est produit dans l’Univers par des transmutations atomiques, causées dans les corps, dans la Matière, par la Matière elle-même, raréfiée, élémentaire : l’éther, dont les vortex formés de particules éthériques attirées et repoussées, agissent par poussées sur les atomes chimiques proprement dits), qui se répercutent par tout l’organisme et réta blissent l’équilibre nécessaire au maintien de la santé_ Selon que les métaux sont positifs ou négatifs, ils provoquent des courants tels, produisent des effets différents, des contractures, des décontractures, etc. Rochas pense que le diamant, le platine, l’or, l’ar gent, les acides énergiques, les rayons rouges, l’oxy gène sont positifs; le bismuth, le nickel, le soufre
68 LÏNITIATION les bases puissantes, les rayons bleus ou violets, l’hy— drogène, négatifs.
' Remarquons en passant la naissance d'une Méde cine nouvelle (qui n’est autre toujours que la Renais sance d’une médecine très antique), basée sur l’action thérapeuthique3produite par les rayons lumineux; elle recherche ce que peuvent produire les rayons bleus, violets, rouges, jaunes, verts, et même déjà elle for— mule une certaine loi, un principe: les rayons violets et bleus amènent le bien-être, calment la folie, des cépha— lées,des états nerveux ; les rayons rouges causent le ma— laise.
Cette action, étrange à première vue, s’explique très bien par l’électricité àl’état négatifdansla lumière bleue, positif dans lesfirayons rouges, agissant d’une façon hétéronome ou isonome par rapport au corps humain. . Toute médecine se réduit donc en résumé à.un changement moléculaire que l’on doit produire de façon à rétablir l’équilibre des forces de l’organisme, . (suivant le malade que l’on traite et sa sensibilité électrique).
Quelques mots sur les phénomènes métallothéra piques en général, étudiés par les médecins de ce siècle : M. Burg est le premier qui en fasse mention dans sa « thèse inaugurale », 1853.
Plusieurs mé moires, de lui vinrent ensuite : Métallo!he’rapz‘e du cuivre, 1867 ; la Métallot/zérapie dans le service de M. le professeur Verneuz‘l, 1877, etc. Il établit ce fait que le métal capable de provoquer les phéno »’ç.«;hp.,fi-:.—._Nwv., ;q»Af’lMrA"b-uw—oæfifÿva"fiiM . . A, 7 A >‘gW I l
LA MÉTALLOTHÉRAPIE mènes n’est pas le même pour tous les individus; le malade est dit sensible à un métal, à tel métal. Tel malade sera trouvé sensible au fer, tel autre à l’or, au zinc, au cuivre, et ainsi de suite.
Pourtant il existe des sensibilités bi et polymétal liques. — Nous ferons remarquer que ces effets sont analogues à l’influence « occulte » des pierres : dia— mant, saphir, rubis, émeraude, etc., affirmée par les anciens et tant ridiculisée par les « esprits forts » (l!) modernes; on se demande pourquoi,puisqu’ils recon naissent l’influence des métaux, électrique sans doute, au lieu d’être occulte (électrique aussi?...) Mais l’Electricité, inconnue en elle-même, est-elle encore autre chose aujourd’hui qu’une force occulte, c’est-à-dire ignorée de nous P...
M. Burg a employé avec succès la métallothérapie dans une foule de cas, dit le docteur R. Vigouroux dans sa brochure Métallot/ze’rapie, Métallosc0pz’e, Aesthész‘ogênes, un des travaux les mieux composés sur la question, par un auteur indépendant et conscien cieux; des hystéro—épilepsies, une méningite grave, les crampes des cholériques (ici c'est le cuivre qui est employé), la migraine et d’autre névroses furent sou lagées.
L'aimant naturel et des barreaux d’acier aimantés lui ont donné de nombreux résultats : l’Electrothé rapie moderne, si à la mode, provient des faits obser vés alors, faits connus d’ailleurs de Pline, Dioscoride, Paraçelse, Gilbert et Mesmer (il ne faut point oublier que Mesmer est le fondateur de cette science d’avenir). Le Dr Vigoùroux place, entête de la liste des aesthé‘ »-rnj.:._ v«
70 L’INITIATION siogènes, l’électricité statique, l’aimant, les vibra tions. Ce doit être exact, et nous ferons observer que l’influence thérapeutique du diapason, c'est—à—dire des vibrations, indique l’exactitude de ce que nous avan' cions plus haut : à savoir que l‘Eleètricité produisait un changement moléculaire dans l’organisme, dont le résultat était le rétablissement de l‘équilibre néces saire à la santé.
L’illustre Charcot guérit complètement en leur ap pliquant des pièces d’or et de fer, - et même à dis tance, — des malades affectés d’hémichorée et d’hé mianesthésie sensitivo-sensorielle, d’hémianesthésies, d’hémiplégies de la sensibilité ou du mouvement,‘_dues à des lésions cérébrales.
Nous ne pouvons nous étendre davantage sur ce chapitre, tout intéressant qu’il soit; notre but était simplement d’esquisser la partie philosophique de la Métallothérapie dont les origines sont liées à l’alchi mie et dont les effets portent sur la modification des architectures atomiques de l’organisme humain ; l’édude approndie des faits nous entraînerait trop loin et en dehors du cadre de cette revue.
Qu’il nous suffise de constater que la Médecine devient de jour en jour plus rationnelle, grâce aux travaux du D'Papus, que la Métallothérapie ou mieux l’Electrothérapie s’est imposée, grâce surtout à H. Dur ville (1) ; les corps guérissent bien réellement par influence, comme l’enseignaient les occultistes, par les (I) Voir son Traité de la physique magnétique ouvrage très clair, très concis, profond et populaire. '
_ ESSAIS D’INTERPRÉTATION D’ALLAH 71 vibrations électro-magnétiques qu’ils rayonnent à un degré différent chacun, et qui se communiquent. ‘ Une pléiade de savants s’est attachée à ces recher ches, -et nous en .mentionnerons quelques-uns : Charcot, Durville, Luys, Dumontpallier, Romain, Vigouroux, Vulpian, Debove, Boussi, Proust, Ballet, Fr. Müller, Maggiorani, Bianchi, ec., pour ne citer que les principaux et les plus connus. Mars I 895.
JOLLIVET-CASTELOT. ESSAI D’lNTEREEËTATIÛN mura L’Esotérisme du Tétragramme a été formulé par tous les Maîtres de la Kabbale et notamment d’une façon lumineuse par Papus (I). A côté de ce symbole initial et final, les descendant d’lsraël, les descendants d’lsmaël, devaient eux auss en posséder un parallèlement (2). Il existe en effet : c’est le nom même qu’ils donnent à Dieu: Allah.
Il est certain que les occultistes arabes ont dû en déve lopper le symbolisme, mais, dans la difficulté où nous sommes de remonter à ces sources, nous pou vons en ébaucher un essai d’interprétation. En arabe,le nom de Dieu s’écrit et s’épelleah‘f(3), (I) Le Tarot, ch.
II. (2) Fabre d’Olivet le laisse entrevoir (Langue hébr. rest., discours préliminaire,“ . (3) Au moment de mettre sous presse, notre imprimeur n’ayant pas reçu de l’Imprimerie Nationale les caractères arabes que, suivant l’usage, nous lui[avons demandés, nous ......,.__\ \_..\_.»v | .,r<- ..M_MÆM"gM\-WWS ‘ " ' 1..I.J"’x'.: 13721 '. r,, ! . e.._.-«.-g__vw
-—-... .. ..« _,_W“ 72 L’INITIATION lam redoublé. alif, he’. A première vue, on s’aperçoit donc qu'il se forme de la syllabe a! opposée à elle— mème en se renversant,‘fcommc si elle se reflétait dans une glace, et suivie de la lettre lze’.
Voyons d’abord ce que signifie Cette syllabe se compose de correspondant à N, emblème du premier sephiroth, la lettre initiale qui symbolise l’Unité, le point central, et de ,corresp0n dant à 5,qui symbolise l’extension, le développement, le cycle parfait. représente donc l’idée de l'Unité étendue à l’Infini, l’Elre Un et Tout.
Dans un sens restreint, il a signifié (1) ce qui tend à un but, et exprime par suite l’idée de relation : d’où l’article. signifie donc Le par excellence, Celui (qui est). C’est pourquoi l’hébreu en a fait une appellation de Dieu, 5x, E! dans l’échelle du Binaire (2). ou 5x, symbolise l’idée d’extension à l’Infini, de mouvement continu sans fin, de cycle éternel, par suite les deux oppositions d’Etre et de Néant.
Lafpremière syllabe, avec sa signification ésotérique et se reflétant comme dans un miroir, représente donc le symbolisme de la tête magique du Zohar: « Le front de Dieu et ses deux yeux formaient un triangle dans le ciel, et le reflet formait un triangle dans les eaux (3) ».
C’est l’Adam—Kadmôn qui émane d’Ensoph ; c’est le Microcosme reflétant le Macrocosme; sommes, à regret, obligés de passer outre, afin de ne pas retarder l’apparition de ce numéro. (1) Fabre d’Olivet. (z) Corneiius Agrippa, De occulta philosophia, l. il. (3) Traduction d’Eliphas Lévr.
essms D’lNTERPRÉTATION D’ALLAH 73 c’est encore le commentaire lumineux de la loi fonda mentale : « De l’analogie des contraires résulte toute harmonie, » et de son corollaire, le dogme d’Hermès: « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, et ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, pour accomplir le miracle d’une seule chose.
Enfin le lze’ final, c’est, comme en hébreu, le symbole de la vie universelle qui vient compléter les deux pre— miers termes du nom que nous considérons. En même temps, par sa position terminale, il indique le passage de ces deux termes représentant un Absolu, dans le monde de notre compréhension, c’est , l’Etre Un et Infini passant dans la sphère de notre intelligence, devenant pour nous une expression sensible, pour— rait—on dire.
Enfin, passant à la valeur numérique (1’ , nous voyons que : correspond à N : 1 -— ’7 : 30 — "J : 30 _ ,-, : 5 (ï5 : 12 Le nombre 12 est 4 X 3, c’est-à-dire le carré du Ternaire, le rapport du rayon à la circonférence, la quadrature mystique du cercle.
En résumé, on trouve donc dans le nom de Dieu tel que le prononcent les Arabes, en même temps que le symbole de l’Etre Un et Tout, les grandes lois fon damentales de la Kabbale, c‘est—à—dire qu’il condense dans ces cinq lettres l’ensemble de toute la tradition ésotérique. ZEFFAR S=.’= I=,'5 _( 7...,l .. . , _.y;. . ,,,_;r );ry_g,1..fw.ry ’7
PARTIE LE narrEns DE céans —“_ Dédié à M. Masseau Lorsque la justice languit, lorsque l’injustice se relève, alors je me fais mohmême créature et je renais d’âge en âge. BHAGAVAD-GXTA . Jean-Baptiste attendait... Les foules accourues De pasteurs, de soldats romains s’étazent accrues...
Jean—Baptiste préchaz’l, et la puz’ssanle Voix De l’asce‘te disait : « 0 mes frères! jevoz’s Du monde rajeuni briller au loin l’aurore; Amendeq-vous! prie: toujours .’ prz’eg... encore l... Préparer les sentiers qui conduiront à Dieu! Pour moi qui vais bientôt vous dz'reun prompt adieu, Je ne puis en cejour que vous baptiser d’onde, Mais viendra le Messie et le Sauveur du monde Quz'mus baptz’sera, lui seul, du feu divin J... E! sur le front, et dans les regards du devin » r..——..,., - A
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES 75 Passait comme un reflet du Saint-Esprit Lui-même, Et la barbe encadrant son long visage blême, Etendard argenté, flottait au gré du vent... Un homme jeune encor se présenta devant L’asce‘te du désert en inclinant le buste... Tout à coup tressaillit le Prophète 'robuste, Il avait reconnu le Messie! —— En tremblant, Sur la tété du Christ et son vêtement blanc Tissé de lin, iifit couler l'eau symbolique...
Le Christ, avec son doux regard mélancolique, Les bras croisés, reçut le baptême, et la main De Jean bénit Jésus qui reprit le chemin Bordé de grands roseaux sur la rive du fleuve. Oui! désormais la Terre avait une âme neuve. MAURICE LARGERIS.
43. <ÿR@UPE ËNDÈPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES ,5!— GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRXQUES, QUÀRTIER GÉNÉRAL. — Les conférences que le Groupe doit donner cette année seront faites à partir du mois de février dans le nouveau local du Groupe. Nous en reparlerons pro chainement. GROUPE N° 4 ÉTUDE DE L’INCONNU MONSIEUR LE DIRECTEUR, Il y a quelques semaines, je fus assez heureux pour rencontrer, chez M. T., deux jeunes filles (Mll€s A., 18 ans, et G. 17 ans), très sensibles à l'action magné—
76 L’INITIATION ...—w.—.—mvr tique, qui voulurent bien se prêter à d'intéressantes ex périences, dont la cause déterminante échappe à l’analyse humaine et que je me bornerai à exposer sommaire— ment.
1" soirée. -— 14 novembre 1895 Après établissement du rapport magnétique à l'aide de l'imposition des mains et de l’influence du regard, M“° A., que je voyais pour la première fois, s‘endort rapidement et exécute les ordres queje lui donne, men talement, à 3 mètres environ de distance. de se lever, de venir vers moi, de s'en aller, de s’asseoir. etc. 21 novembre 1895 J’endors en même temps, par suggestion mentale, M“°s A. et G. dont je suis séparé par une cloison vi trée, éloignée d’elles d'envir0u 2 mètres.
Toutes deux se lèvent à mon commandement mental et viennent vers moi après avoir ouvert la porte de la pièce où je me trouve. Sur mon désir mental, elles miment une scène de jalousie; M“c A. repousse M“° G.; celle-ci lui montre le poing. Le réveil se produit presque instantanément par un simple effort de volonté.
1 8 novembre M"° G. s’endort rapidement et, sous l’influence de... l'lnvisible (voir, dans l’1nitiation, les précédents comptes rendus du Groupe n° 4), exécute tous les ordres que je lui donne mentalement, de prendre un objet dans un en droit quelœnque, de le déplacer, de le remettre à sa place, etc. M“' G. s’éveille rapidement par suggestion; je lui place un verre d‘eau dans la main, je le reprends au bout de quelques instants.
Quand je touche la surface du liquide avec une cuil— lère, M“" G. (qui ne comprend absolument rien à ce que jefais) déclare ressentir une sensation de froid au front; si je plonge la cuillère dans le liquide, elle éprouve une sensation de froid au cœur. J’ai-la certitude de n’avoir pas agi par suggestion (dans cette expérience).
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES 77 5 décembre M118 G. est très agitée, elle s’endort difficilement. Je lui donne (mentalement) l’ordre de prendre une lampe sur un meuble. Elle se lève, se dirige vers ce meuble, touche la lampe désignée et se retourne vers moi d’un air interrogateur. « Oui », dis—je (mentalement). M“ G. fait un signe de tête négatif, puis sa physio— nomie prend un air railleur et elle s’empare d’un autre objet.
Même scène pour un bouquet et différentes autres choses. Je lui suggère alors (toujours mentalement) l’ordre de venir vers moi, de s’en aller, de s’asseoir, etc. ; elle obéit aussitôt. Le réveil s’opère facilement par suggestion. I 2 décembre M“° G. est, comme lors de la précédente séance, très agitée. Il m’est impossible de l’endormir, quelle que soit la méthode employée. Au bout d’une demi-heure je renonce à toute tenta— rive.
Nous nous plaçons alors, Mme T., M. T., M”° G., et moi, autour d’une table ; puis, une conversation banale s’engage. Quelques instants après, M“° G., ferme les yeux, pousse un soupir, s’endort profondément et s’empare brusquement d’un crayon et d’une liasse de papiers qui se trouvent sur la table. Toujours endormie, elle se met à écrire rapidement, barrant des lettres, rayant des mots, corrigeant des fautes.
Elle me passe ensuite les feuilles de papier sur lesquelles elle a écrit. C’est, parait-il, un esprit désincarné qui se sert de M“ G. pour se manifester. Cet esprit (R) déclare être la cause de mon insuccès et affirme être venu chez moi, il y a quelques années, s’in
78 L’INI'I'IA'I'ION carner par l‘intermédiaire d’Arthur T., pour troubler nos séances. A la lecture de ce passage, je m’incline poliment en signe d’assentiment; M“ G. me rend mon salut d’un air moqueur. Je pose ensuite verbalement diverses questions qui sont résolues (par écrit) d'une manière satisfaisante, puis je demande à l’esprit (?) s’il peut peut produire des phénomènes physiques.
Il me répond qu‘il en produit quand bon lui semble et invoquele témoignage de M. T., qui confirme la vérité de cette assertion. Désireux de connaître l’identité de l’esprit qui se ma feste ainsi, je le prie de nous donner une preuve de son existence terrestre.
Mne G., les yeux toujours clos, se lève alors brusque ment et se dirige vivement vers M. T., au risque de tout renverser sur son passage ; elle revient ensuite vers moi le bras levé, le visage menaçant.
Peu soucieux de m’exposer aux coups dont veut me faire gratifier, par les mains de M“°'G., mon invisible adversaire, je concentre mes forces et je souffle forte ment dans la direction de celle-ci qui tombe bientôt en catalepsie dans une attitude inimitable. Nous la recevons dans nos bras.
Sous l’action de quelques passes magnétiques, elle s'éveille, après avoir traversé une courte phase léthar gique ; elle n’a aucun souvenir du rôle involontaire qu’elle vient de jouer. 19 décembre 1 895 M11. G... veut bien se prêter à de nouvelles expériences. Mes tentatives pour l’endormir sont infructueuses. Vers 9 heures, M“‘° X. et sa fille Mne A., que je n’avais pas vues depuis le 21 novembre, arrivent chez M. T.
Après les compliments d’usage,je prie M“ T. (46 ans), de vouloir bien se prêter à quelques expériences, elle y consent; puis je prie ensuite M“' A., de donner la main à M“ T., elle le fait gracieusement et s’endort presque aussnôt. '
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES 79 Je sépare alors Mme T. et M113 A., et je tente, sur cette dernière, une expérience de suggestion mentale. A peine ce désir est—il éCIOS dans ma pensée, que M“° A., hausse les épaules se lève, bouscule M. T., va s’asseoir devant une table libre de tout objet, et fait signe qu’elle veut écrire. On apporte du papier et des crayons, M“° A. s’en empare violemment et se met à écrire avec rapidité.
D’après la communication ainsi obtenue, c’est encore un esprit (P) qui veut me contrarier dans mes expériences de magnétisme ; il déclare qu’il m’empêchera d’obtenir tout résultat avec M1165 G. et A. Il offre ses services pour le spiritisme.
Je m’eflorce en vain de réveiller Mlle A., elle me souffle au visage d’un air railleur, ricane d’un air étrange, me frappe à coups de crayon, me lance des boulettes de pa p1er au Visage, etc. L’esprit (?) affirme (par l’écriture) que c’est LUI qu a endormi M119 A., et qu’il ne la réveillera que quand je serai parti. Il demande qu’on fassel’obscurité.
Aussitôt après avoir obtenu cette communication par l’écriture mécanique, Mne A., toujours en somnambu lisme, les yeux hermétiquement clos, se lève, ouvre les battants de la table, la met entre elle et moi et se place à côté de M118 G. On emporte la lampe dans la pièce voisine dont nous sommes séparés par une cloison vitrée. La clarté est encore assez grande pour voir très distinctement les silhouettes et les gestes des assistants.
A peine la lampe est-elle enlevée, que M“BA. prend la main de Mne G., et la force à se tenir debout à côté d’elle. M110 G. s’endort presque aussitôt. M119 A. me la désigne du doigt d‘un air vainqueur, puis m’adresse un geste que ne désavouerait pas un ga min de Paris. Elle saisit ensuite la table à deux mains et fait de violents efforts pour la lancer contre moi.
La réu nion de nos forces(quatre personnes) est nécessaire pour maintenir ce meuble à sa place. On rapporte la lampe et 'e fais de nouveau de vaines tentatives pour réveiller llA"“ A., et G. -— Toutes deux haussent les épaules, puis. s'emparant de papier et de crayons, me tournent le des
80 L’INITIATlON et se mettent à écrire en s‘appuyant contre le mur. Les communications me concernent; ce sont des rail leries, des conseils moqueurs ou des reproches sur ma manière d’apprécier les esprits (1’) et leur pouvoir. J’insiste inutilement pour avoir une preuve de l’exis tence terrestre des esprits(?) qui se communiquent, sous le nom de B. par M“ G., sous le nom de C. par M"° A. De guerre lasse, j'abandonne la partie à 11 heures.
“"95 G. et A. manifestent une grande joie et m’accompa gnent (toujours endormies et les yeux hermétiquement clos) jusqu’àla porte de la rue (le local où se faisaient ces expériences est au rez—de-chaussée). J’ai revu M. T. le lendemain de cette séance il m’a déclaré que M““ G. et A. se sont évei‘léés sans secousse moins de deux minutes après mon départ.
En présence de ces faits, mon opinion est que je me suis de nouveau trouvé (sans le vouloir) en présence de l’Invisible. Je ne le regrette nullement, et j'attends, sans crainte aucune, de nouvelles manifestations spontanées. A. FRANÇOIS.
NOTA. —— Les personnes qui ont assisté à ces expé riences sont, outre les sensitives, M. et Mme T. et Mme C. (une seule fois); aucune d‘elles n‘est capable de tenter une suggestion par esprit de contrariété (ni autre— ment). ' Arthur T., dont je vous ai parlé il y a quelque temps, n’a assisté à aucune des expériences ci-dessus mention nées.
J’allais oublier de dire qu‘en raison des communica tions obtenues et de l’attitude des médiums pendant leur sommeil, il est permis de supposer que les chers dispa rus qui se sont incarnés n’appartiennent pas au meilleur des mondes. BELGIQUE M. le Chevalier L. Sellier de Moranville est porté à l’ordre du jour des loges du Groupe ésotérique, pour les services éminents qu’il a rendus à la cause spiritualiste
GROUPE INDEPENDANT D'ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES 8I en Belgique durant l’exercice de ses fonctions de délégué général. \ Notre frère Michaël d’Anvers, est nommé délégué gé néral du Groupe pourla Belgique, surla demande de son prédécesseur. La Branche Kumris de Bruxelles est déclarée dissoute, et tous pouvoirs sont donnés au nouveau délégué pour reconstitutr une branche régulière du Groupe à Bruxelles.
DELEGATION DE BELGIQUE Année sociale 1894-95 RAPPORT DU DELÉGL‘É Nous comptons actuellement cinq branches en Bel— gique.
Trois sont en pleine activité; ce sont KvMRIS », la branche métropolitainede Belgique, qui compte déjà plusieurs années d’existence; la branche <<ViSCvM » d’Anvers et celle de Liège « POLLVX », à la naissance desquelles j’ai eu le plaisir de pouvoir contribuer comme délégué, et qui sont constituées sur le même plan que KvMRIS; enfin de deux autres en voie de formation et dont j’espère pouvoir annoncer sous peu la création. le vous ai avisé en temps utile de la formation de 'ces branches, et vous trouverez ci-joint les rapports annuels de leurs chefs.
Comme délégué, je suis heureux de constater leurs débuts pleins de promesses pour l’avenir, affirmant une fois de plus la vitalité des œuvres animées du véritable esprit de l’antique science. Le 1" novembre I895. Chev. L. DE SELLIERS DE MORANVILLE. D. G. E. A M. Papus. P. G. E. 42, rue des Perchamps, Paris.
8 2 L'1Nl1‘IATION PoLLvX Branches d’études Esotériques sous la direction de l’Initiarion à Paris. RAPPORT ANNUEL ' ‘ FONDATION DE LA BRANCHE Il y a un an environ, quelques amis et moi, animés que nous étions d’explorer le domaine des sciences occultes, nous nous mimes '" .,,urt avec le groupe central d’Etudes ésotériques l'In1tiation à Paris et avec laBranche métropolitaine KvMRyS à Bruxelles.
M. le Chevalie L. de Selliers de Moranville, délégué du Centre pour la Belgique, nous fit le plaisir de guider nos premiers pas. C'est grâce à ses sages avis et conseils que la Branche POLLVX s’érigea à Liège; elle fut définitivement fondée le 17 septembre 1894 par la remise de la charte n° 28 au chef de la Branche liégeoise, M. Fiévet.
Travaux de la Branche, action au dehors. — Aussitôt que nous fûmes nés, notre premier souci fut d’agir sur l’opinion publique à Liège, d'intéresser l’élément intel lectuel à nos recherches et a nos études. Il convient d’ajouter que nous nous bercions de l’espoir de trouver de suite un bon contingent d'adeptes.
Nous fûmes assez heureux de voirles journaux accueil lir favorablement divers de nos articles ainsi que les communiqués (que nous leur adressions concernant nos réunions publiques, conférences, etc. En outre, un de nos meilleurs libraires se chargea volontiers du dépô d'ouvrages occultistes. Malheureusement, l’expérience nous démontra que le nombre de ceux qui recherchent la vérité pour elle même, est très limité.
Peu d’hommes savent sacrifier une partie de leurs loisirs ou de leurs économies pour suivre l’étude de questions qui ne rapportent aucun avantage matériel. Quoi qu’il en soit, notre noyau pri— mitif s’est agrandi, et de plus nous nous sommes créé un courant de sympathie; c’est ainsi qu’à nos conférences
POLLVX 8 3 nous comptons un public d’une cinquantaine de per sonnes, venues par invitation. Conférences. — Nos aînés en occultisme voulurent bien nous rendre visite de temps à autre et nous apporter la bonne parole. C’est ainsi que M. le Chevalier de Selliers de Moran ville nous arla de«l'Alchimie »; M. Michaêl C. B.
E., de Viscum, nous a révélé les « Mystères de la Toute Puissance »; M. Émile Sigogne nous a causé du « Mys— térieux », et enfin le C. B. E. de POLLVX, enhardi par l’exemple de ses devanciers en Occultisme, a développé la question des « trois principes de l’homme ». Toutes ces conférences sont reproduites avec tous les détails et conservées dans les archives de POLLVX.
La causerie de M. Michaël, reproduite en brochure, a eu plein succès auprès de nos condisciples et amis. Travail intérieur. Expériences. — Des expériences de télépathie furent tentées entre deux membres de la Branche.
De même, des expériences de spiritisme furent poursuivies pendant trois mois environ; mais, malgré l’assiduité des expérimentateurs, malgré toutes les pré— cautions requises, nous n’obtînmes aucun phénomène qui pût nous récompenser de nos efforts. Études personnelles.— Nous aurions voulu pouvoir débuter pour la première année par des travaux régu liers,abordant un sujet, l’étudiant pour passer à un autre.
Mais force nous a été de nous familiariser avec toute une nouvelle terminologie et de plus de parfaire une étude superficielle capable de nous permettre par la suite un travail sérieux et fructueux. Nous abordâmes donc la lecture des ouvrages de magnétisme, hypno— tisme, etc., tels que ceux de Crookes, Gibier, Kardec, Delanne.
Nous continuâmes avec Stanislas de Guaita (Au seuil du mystère), Christian (Histoire de la Magie), Lermina (Magie pratique), diverses brochures de Papus, Bulwer Lytton, Edgar Poë, Balzac, Barlet, Poisson, Bruck, etc., etc. Bref, nous avons franchi une année d’études préparatoires.
Il était indispensable que pour le début chacun de nous pût choisir tel ou tel ouvrage dont le contenu venait combler un vide et puiser ainsi un complément de savoir qui faisait défaut.
84 L’INITIATION . . -. 11'.’1‘0.w Hébreu. — Indépendamment de ce qui précède, deux membres de PoLLvX entreprirent l’étude de l'hébreu, persuadés que cette étude est nécessaire si l’on veut se familiariser avec la Kabbale, les travaux de Fabre d'Oli vet surla langue hébraïque restituée, etc. Conclusion. — En résumé, les membres de PoLLvX, sans vouloir paraître trop optimistes, ont le droit de se montrer satisfaits de l'année écoulée.
Quant à l'avenir, ils sont persuadés que, vu les premières difficultés vain cues, la Branche ne fera que marcher de succès en suc cès. Liège, le 2 juillet 1895. J. FIÉVET. C. B. E. BRAN©HE VKSÆ‘VM Rapport sur les travau.c de l'exercice 1894-95 Nous avons reçu notre charte numéro 25 vers le mois de juin 1894. Plusieurs mois se sont écoulés avant que nous jugions convenable d‘entrer dans la période d’action proprement dite. .
Pendant ce temps, nous avons à deux reprises l’occa— sion de soutenir avec lesjournaux quotidiens de la ville (Le i’lIdfiïl et le Précurseur) une polémique touchant l’importance et le caractère sérieux des études relatives à l'occultisme. Nous avons constaté que cette polémique a eu pour résultat d’amener plusieurs journalistes à chercher dans ces matières le sujet de divers articles de vulgarisation.
Vers le mois de janvier, différentes personnes parais sant désireuses d’élucider quelques-unes des questions que soulèvent ces problèmes, nous nous sommes décidé à constituer un premier noyau d’action. Après deux mois passés en préparatifs divers (choix de .. A ————-—, .,..4._.._ .
BRANCHE VISCUM 85 local, recherches des adhérents possibles, etc.), nous avonslancé notre première convocation, le 22 mars 1895. Nos convocations sont envoyées régulièrement à trente personnes; ange membres suivent assidûment nos réu nions qui sont hebdomadaires.
Notre local étant gratuit, nous avons pu réduire notre contribution à un taux minimum (12 fr. par au), ce qui nous permet de n’avoir égard qu’à des considérations intellectuelles, seulement pour ce qui regarde le recrute ment de nos membres. Études Notre groupe ne comporte qu’un nombre très restreint de membres déjà versés dans l’étude des sciences oc cultes.
Nos premières études ont consisté à faire lire et résu mer par des membres, des ouvrages synthétiques don— nant d’abord une vue d’ensemble des diverses questions qui peuvent être examinées. Ont été étudiés de la sorte : I. Les .Mystères des sciences occultes, par un initié. II. Le phénomène spirite devant la Science, par Gabriel Delanne.
Un de nos condisciples de Bruxelles, M. Sensus, a bien voulu venir nous donner une première leçon de Gra— phologie. En outre, plusieurs ouvrages traitant d’occultisme ont été mis entre les mains des membres, et un roulement a été établi de façon à activer autant que possible ce mode personnel et très fructueux de travailler.
Le groupe a organisé une enquête permanente sur tous les phénomènes de télépathie; plusieurs procès-verbaux de fait d’un intérêt considérable ont été recueillis de la sorte; il nous en parvient d’ailleurs fréquemment encore de nouveaux. Ces faits seront classés et donneront lieu à une étude spéciale, lorsqu’ils seront suffisamment nom breux.
Plusieurs membres du groupe ayant manifesté le désir de contrôler expérimentalement les phénomènes spirites, nous avons organisé une autre série de réunions hebdo madaires, auxquelles participent plusieurs médiums de
8 6 L’INITIATION la ville et qui ne nous ont encore donné que les phéno mènes ordinaires de la typtologie. Propagande L’Qnquête sur les phénomènes de télépathie a produit une grande impression sur les personnes qui ont été appelées à nous fournir des témoignages; le bruit s’en est répandu dans tous les milieux de la ville; sous ce rap port seul, notre enquête a été très fructueuse.
Nous avons aussi pu faire proposer, par un membre du Comité administratif de notre Bibliothèque communale, l'achat pour celle-ci d’un nombre considérable d’ou— vrages précieux et as sez chers relatifs à la tradition éso— térique; ces achats auront lieu probablement cette an— née. Nous n’avons pas cru pouvoir organiser dès cette année de conférence publique. Nous pensons pouvoir le faire l’an prochain. Le chef de Branche, ' MICHAEL C. B.
E. esmom«: M. Alfredo R. de Aldao, deMadrid est nommé délégué général du Groupe pour l’Espagne centrale(D. _G. E.). Sur les propositions du délégué, le Dr F. Bercero est nommé correspondant du Groupe pour la province de Valladolid (C. G. E.). - Une revue occultiste sera prochainement publiée à Madrid. ©RDRJË MIAlR'JÏ’JINKS'Ï‘È L’Ordre Martiniste a pris un essor considérable en ces derniers temps.
Mais la palme de la propagande revient à l’Amérique où en moins d’un an seize Etqts ont été ouverts au Mar tinisme. Voici le nom de ces Etats.
ORDRE MARTINISTE Massachusetts, — New-York, —-— New-Jersey, — Pen sylvanie, ——-Maryland, — District de Colombie, — Flo ride, — Georgie, — Missouri, — Ohio, -— Michigan, -— Illinois, — Minnesota, — Colorado, -— 0regon, — Was— hington (territoire de).
En présence des résultats obtenus, une récompense ex ceptionnelle s’impose; aussi sommes—nous heureux de porter à la connaissance des délégués de l'Ordre et des Présidents de Loges aussi bien que du monde profane la décision suivante : Par décizion du Suprême Conseil de l’Ordre Marti niste pour la France et l’Etranger. 1° La Constitution du Grand Conseil pour l’Amérique est approuvée. 2° Le F.'.
BLITZ, délégué du Suprême Conseil de Paris et Président du grand Conseil Martiniste des États-Unis est porté à l’ordre du jour des loges et des groupes martinistes. 3° Des chartes d’honneur du Suprême Conseil sont décernées à la S.'. Mary R Kent et aux Peto David son et Silliman. Le P.'. M.'., archiviste, est chargé de l’exécution de cette décision. Le Président du Supreme Conseil, PAPUS.
SUPRÊME CONSEIL D’après les statuts, les membres du Suprême Conseil de l’Ordre sont soumis à la réélection. Les résultats de l’élection et les nouvelles décisions promulguées seront communiquées aux intéressés ainsi qu’aux délégués du Suprême Conseil. Le siège de la T.'. P.'. D Hermanubis va être, à partir de janvier, transféré dans un local plus vaste que l‘on décore actuellement. ‘ La T.'. P.'.
E] Hermanubis a procédé, le 11 de ce mois, à la réouverture solennelle de ses travaux, dans son nouveau local. — Rappelons, à ce sujet, que M. P. Sé
88 L’INITIATION dir se tient toujours à la disposition de nos lecteurs, les lundis et samedis de 5 heures à 7 heures, 4, rue de Savoic. ESPAGNE Le F.'. AlfrcdQ R. de Aldao Eymerich de Madri:l, S.'. I.'. est nommé délégué spécialdu Suprême Conseil par l'Es pagne centrale. _ FRANCE Le F.'. Rivoire D.-. L.'. M.'., à Lyon, est nommé dé— légué spécial du Suprême Conseil. Muse euesm<gua MANDEMENT DE S. G.
SYNÉSIUS Primat de l'Albigeois, évêque de Monlségur, à l‘occasion de son élévation aux fonctions primaliales. TRÈS CHERS COOPÉRATEURS, Encore que je ne sois entré qu'à la dernière heure en la vigne du divin Maître, me voilà par vos désirs, et par le vouloir du saint Plérome, élevé au rang suprême de la hiérarchie gnostique.
C’est, j’aime à le croire, beau coup plus à mon zèle religieux qu'à mon savoir doctrinal que vous avez songé en portant sur moi vos suffrages, et j’imagine que c'est mon expérience de la vie plus que ma piété évangélique qui m'a désigné à votre choix.
Bien lourde pour mes débiles mains est la charge qui m’incombe, d’autant plus que je prends possession des fonctions primatiales au lendemain d’une apostasie qui a jeté le trouble dans les âmes et qui serait certainement faite pour les décourager, si tous nous n‘avions pas l’iné branlable conviction que l‘œuvre de Dieu s'accomplit en dépit de toutes les faiblesses humaines.
Vous m’aiderez, très chers coopéra_teurs, à cicatriser la plaie béante que notre naissante Église porte à son flanc, en vous groupant fraternellement autour de votre pasteur; sous l'égide flamboyante du Tau mystique, e resserrant davantage encore, s’il est pessible, les liens de
ÉGLISE GNOSTIQUE 89 concorde et d’amour qui nous unissent et en multipliant les œuvres d’apostolique propagande. En ce qui me con cerne, je jure solennellement devant vous de vivre et de mourir dans la Foi gnostique et de me livrer tout entier à sa diffusion à travers le monde.
Très chers Frères et Sœurs en I’Eon Christos, pour oublier les tristesses du présent, nous n’avons qu‘à tourner les regards vers la Sainte Montagne où nos frères albigeois ont cimenté de leur sang versé à flots et de leur chair cruellement torturée les sublimes croyances qui constituent notre Religion. Cet exemple doit être un précieux réconfort pour nos cœurs ulcérés.
A ces causes : Je convoque 51 la date du dimanche 2 février prochain, en mon palais primatial provisoire, [7, rue des Martyrs, à 8 heures et demie du matin, les évêques, diacres, diaconesses, parfaits et parfaites , résidant actuelle ment à Paris, en vue d’assister au saint sacrifice que je dois y célébrer pour attirer les bénédictions du saint Plérôme sur notre Eglise. l’engage ceux de nos seigneurs les évêques qui ne pourront se rendre au milieu de nous, à célébrer eux—mêmes le saint sacrifice, aux mêmes intentions, en leurs chapelles particulières.
J'annonce également qu’une catéchèse gnostique doit paraître incessamment, qui sera distribuée à tous les zélateurs de notre œuvre, et, pour cette publication, je fais appel à toutes les lumières de mes très chers coopé rateurs. La catéchèse dont il s’agit sera suivie d’un ca lendrier gnostique, qui fixera d’une façon définitive le nom des saints personnages que nous devons honorer.
Sur ce, très chers Coopérateurs et Frères, je prie le saint Plérôme de vous combler de ses faveurs et de ses dons et de vous faire la grâce de conserver intacte la Foi en la T. S. Gnose. Donné à Montségur, sous le double Tan, le 4° jour du 1" mois de la 6° année de la reconstitution de la Gnose. T SYNÉSIUS, Primat de l’Albigeois, évêque de Montségur. Sous le contre—seing de notre secrétaire : BASILIDÈS, D. G. \
9 o L’lNlTlATION Il!“ STATUE Dl SAINT-ANTOINB PRÈS GRANVILLE Diverses lettres nous ont parlé de faits extraordinaires qui s’accomplissent aux environs de Granville, autour d’une statue de saint Antoine ; nous en parlons simple ment à titre de renseignements.
Depuis deux mois, un grand nombre de personnes voient une pluie d'étoiles sur la statue, et. derrière la statue, une série de lettres blanches formant des inscrip tions comme celle-ci: « Oh! priez, nos enfants, Dieu vous exaucera. ) Le mot priez revient souven t et aussi le mot pénitence. Des officiers, très incrédules, venus en curie ux, o n lu, nous écrit-on: six ou huit juin 1896 — guerre.
D’autres personnes croient voir des mouvements à la statue, par exemple l’enfant Jésus caresser saint Antoine, ou bien la robe de saint Antoine paraître ensanglantée et sa tête couronnée. Six jeunes filles y étant allées, quatre déclarent dans une lettre avoir vu, et deux autres n'ont rien vu. Aucune enquête n’a encore eu lieu.
Des personnes, peu crédules d’abord, ayant aujour— d’hui une sorte de conviction, nous avons cru bien faire d’en dire ici en mot, en réservant, d’ailleurs, tout juge— ment sur le caractère de ces faits qui peuvent aussi être diaboliques. Nous y reviendrons sicela se confirme.
Des détails. (La Croix, 4 janvier 1896.) Observations. — Le clergé catholique a trop peur de se compromettre, vu son insuffisance en fait de mystique; je serais bien étonné s’il y avait une enquête régulière. Le phénomène rappelle, il est vrai, les annonces faites à Pontmain en 1871 et l’avis donné à Lourdes en 1858; quant à la prédiction d’une guerre, elle fera penser à la révélation publiée dans l’1nitiation par Papus en mars 1895.
Des images saintes d'Italie, d’abord en 1896, puis plus récemment à Bari, à Castelpetroso, etc., ont pré— senté les mêmes phénomènes, que voyaient la plupart --w—« —t‘««[r*N« ,«.
BIBLIOGRAPHIE 9 I des spectateurs. Les bons pères de la Croix ont—ils‘tel 1ement peur des diables qu’ils n’osent demander une enquête officieu se à des journalistes catholiques du dépar tement? Avis à nos correspondants de l’Ouest. SATURNXNUS. BEäLÆ@@ËAEEÏE EL CANTAR DE Les CANTARES DE SŒLOMON, trad. de l’hé breu par le D‘ Jésus DIAZ DE LÉON, 1 vol. z'n-8 carré; Aguas Calientes, 18gr, 4pesos.
Nous recevons la seconde édition de ce livre, publié dès l’abord en 1889; l’épithalame du prince des Mages y est traduit en sept langues, avec un commentaire grammatical et philologigue. Le docteur Diaz de Léon a fait la une œuvre véritablement monumentale; tous les matériaux y sont rassemblés pour la compréhension de ce magnifique poème, défiguré, en compagnie de tant d’autres, par l’ignorance ou la mauvaise foi.
Le Cantique des Cantiques n’est pas un chant d’ésotérisme, comme le supposent certains orientalistes;il n’est pas seule— ment un poème symbolique sur le Christ et son Église, comme le veulent dom Calmet et les exégètes religieux: il est le pendant du livre de Job, un hosanna, un chant d’actions de grâces pour le sacerdoce extérieur; pour l’occulte, c’est la théorie du Verbe magique, de l’Incan— tation; car, qu’est-ce que “MU sinon Souara, comme l’a parfaitement vu le docteur de Léon ?
Ce n’est pas ici le lieu d’en étudier le triple sens; de telles notions appartiennent à l’enseignement oral. Qu’il nous suffise d’indiquer cette œuvre aux initiés et de la leur recommander chaleureusement. SÉDIR. ‘k 4 '\K BARONNE STAFFE, les Pierres précieuses et les Bijoux, 1 vol. in—16 carré, chez Chamuel; prix, 2 fr. L’Esotérisme est d’une variété infinie dans ses appli
92 L'INITIATION cations; le décor extérieur de la vie est susceptible de recevoir toute une splendeur par sa mise en harmonie avec la loi des correspondances. Il existe une magie de l'habillement comme une magie du geste ou une magie de la parole. Et c'est à l’étude de l’un de ces régimes extérieurs qu’est consacré le présent livre de la baronne Staffe.
Les pierres précieuses offrent à l’investigation du cher cheur une mine féconde d’enseignements et de notions; leur production artificielle est un des résultats acces soires du Grand-Œuvre alchimique, et le secret s’en trouve indiqué d‘une manière admirable et claire, — pour qui sait voir, — dans la disposition physique de leur matière.
Beaucoup d'essais dans ce sens ont été tentés par la science officielle moderne, avant d'arriver aux travaux de Frémy; il est cependant possible de simplifier beaucoup les procédés de ce chimiste; mais ce sont là dissertations trop austères pour le livre dont je dois parler, mm de grâce, de fraîcheur et de science aimable.
La baronne Staffe a condensé, d'une plume alerte et vive, une masse imposante de documents, où le folk-lore et les traditions magiques tiennent la plus grande place. Vertus secrètes des gemmes, usages, légendes poétiques ou puériles, histoire naturelle succincte : toutes ces choses et bien d’autres encore sont indiquées dans ce premier compendium, qui inaugure la « Bibliothèque de l’élégance féminine ».
Les Bijoux y ont aussi leurs chapitres, avec leurs sym bolismes et leurs usages. Toute l’esthétique du vêtement dans son décor métallique etcubique est de la sorte pré— sentée dans ce qu’elle offre de plus brillant et de plus aisément compréhensible aux intellects féminins. Pour notre part, exprimerons-nous le vœu de manuels ana logues sur l'habillement et sur le geste?
Nous serions fort heureux de voir ces sujets, essentiellement féminins, traités par la plume universellement autorisée de la baronne Staf’fe. SÈDIR. . au I Etcrnelle Douleur Tout ce qui sort de la plume de JEAN-PAUL CLARENS a le double attrait d’être œuvre d'artiste et de penseur.
BIBLIOGRAPHIE 93 Après avoir donné à l’élite, en dehors de ses ouvrages de haute philosophie, des livres exquis, tels que Heures Vécues et Tête et Cœur, vomi qu’il vient de faire paraître, chez OLLENDORFF, une nouvelle œuvre éminemment curieuse et attachante, qui nous montre son talent si varié sous un aspect inattendu.
L’Eternelle Douleur est le titre de ce livre où sont abordés, de main de maitre,avec une audace et une vir tuosité stupéfiantes, les plus importants problèmes de la vis intellectuelle et sentimentale. , Pour la première fois, JEAN-PAUL CLARENS écrit en vers, et ses vers, chose bien rare de nos jours, unissent la profondeur de la pensée à l’impeccabilité d’une forme parfaite.
Ilest, en effet, selon nous, impossible d’être plus pré cis et plus lyrique, plus substantiel et plus humain. On voit que l’auteur de I’Eternelle Douleur a fait le tour des choses et qu’il est retenu de ce long et périlleux voyage après avoir acquis le vrai sens de la vie qu’il exprime en des strophes prestigieuses, où chaque mot condense de véritables mondes d’idées de sensations et de sentiments.
Aussi, l’Eternellc Douleur est un livre qui ne périra pas, car il est marqué du sceau des formules définitives. Il repose délicieusement des prétentieux et inintelligibles grimoires de décadence qui constituent de nos jours ce qu’on ne craint pas d’appeler la Poésie (?). L’Eternelle Douleur est donc une œuvre forte et simple. Peut-on en faire un meilleur éloge?
Nous ne le pensons pas: la simplicité étant ce qu’il y a de pIUs dif— ficile et n’appartenant qu’aux véritables artistes, qu'à ceux ui ont réellement quelque chose à dire.
C’est pourquoi la forme doit être ce cristal limpide des eaux de source où l’œil plonge jusqu’aux extrêmes profondeurs; car, ainsi que l’écrit Joubert: « Les mots sont comme les vers; ils obscurcissent tout ce qu’ils n’aident pas à mieux voir. » Cette qualité maîtresse essentiellement française, nous voulons dire la clarté, JEAN-PAUL CLARENS la possède au plus haut point; elle donne un charme infini à cette succession d’états d’âmes réunis sous le titre d’Eternelle Douleur qui résume si bien les aspirations du poète et
94 L‘INITlATION les méditations du philosophe en face de la grande et inévitable Loi de la souffrance humaine. C’est pourquoi nous croyons que tous ceux qui liront ces pages où palpite une âme passionnément éprise de justice et de vérité, se sentiront meilleurs après avoir beaucoup pensé.
Ennmsrounaucu CORPS ASTRAL ET CORPS PHYSIQUE MON CHER SÉDIR, Dans le numéro de décembre de l‘Initiatian, vous avez apprécié les' Microbes de l’Astral avec trop de bienveil lance pour que je ne vous en remercie pas. Mais vous signalez un point sur lequel je vous demande la permis— sion de m’expliquer, parce qu’il s’agit d’une question de principe au point de vue doctrinal comme au point de vue phénoménique.
Vous me reprochez de faire émaner le corps astral du corps physique, tandis que, d’après les enseignements de la tradition, c‘est au contraire le corps astral qui f0rme le corps physique.
En principe et d’une façon gé nérale, la tradition a évidemment raison contre moi; mais je me suis placé à un point de vue particulier qui me force à considérerle phénomène en sens inverse; en effet, la tradition part de Dieu pour aboutir à la nature en passant par l'Homme, et le procédé est excellent en mystique ou 'en métaphysique; mais, en physique, il faut partir du fait tangible pour tendre au principe inattein gible; arrivant au mot d’Hégel, que je cite de mémoire: « La nature tend à la raison », et le physicien doit suivre le processus naturel de réintégration du tout dans l’Un.
De plus, le physicien doit considérer seulement les choses telles qu’elles sont actuellement; et si, dans l’organisme humain en fonctions, il existe tantôt une attraction du dehors vers le dedans et tantôt une répulsion du dedans
NOUVELLES DIVERSES vers le dehors, il me semble que, pour la conservation de la masse totale du corps astral, les phénomènes de répulsion ont une prépondérance marquée; comment, en effet, pouvons-nous expérimentalement constater l’existence du corps astral, sinon par son extériorisa tion? Et à quoi tend le corps humain tout entier, sinon à l’extériorisation totale du corps astral, dans le phéno mène de la mort?
Veuillez remarquer, du reste, que, si j’ai dit expressé ment que le corps astral émane du corps physique, j'ai aussi décrit avec détails le processus de l’incarnation (dans le cristal) de l’aréosome formé sous l’action des forces; vous retrouverez là, en leur ordre traditionnel, les termes du ternaire: Force, Fluide (1?), Matière, qui déguise et surtout exprime fort mal, à mon sens, cet autre ternaire beaucoup plus vrai: Esprit, Force, Ma tière, dont la physique est encore incapable d’aborder la discussion.
Je crois que ces quelques réflexions suffiront pour me justifier du soupçon d'hérésie et pour faire voir que nous sommes d’accord, n’est—ce pas, quant au fond des choses. Bien cordialement vôtre, MARIUS DECRESPE. Nouveaws waasns L'année est dure pour les revues spiritualistes.
Après la Revue scientifique des idées spiritmzlistcs, morte dans le courant de l'année, voici I’Etoile qui disparaît et qui est remplacée par l’Ame, revue moins volumineuse, diri gée par notre confrère si dévoué René Caillié, à Avi gnon.
De même l’Aurore meurt à la suite du décès subit de sa directrice.ll en est de même de la Revue Immorta liste qui se transforme. ‘ Espérons que l'année qui commence verra naître de nouveaux organes en place de ceux-là. - av: Le 29 décembre dernier, M. Théodore Tifiereau a fait au Trocadéro une conférence sur l’Alchimie. -w‘—
96 L’INITIATION Notre délégué général pour l'Amérique du Sud, le Dr Girgois, vient de fonder à Bucnos-Ayres un journal occultiste intitulé Lux Astral. Toutes mes félicitations à notre vaillant représentant et à ses courageux collabo ra1curs. EflïäfltTÀ De l'article sur les Clous gnostiques Pages au lieu de lire 125, note(1) pro". Oridi. prof. Orioli. — — Giulo Miner- ' vini. Giulio Minervini. 12;, s’entrecoupenten un N 128, choubis. 130, ET SIGNV SALOMONIS. E. (P. 5.). 132, les gemmes des tem pliers. -— (Gallia Celtica, p. 29, note 3. - s’entrecoupent et un N. chnoubis. ET SIGNA SALOMONIS. E. ligne 6 .' T "5 IGNV. DE DOMNA ARTE.\lIX (P. 5). les gemmes des Templiers. (Gallia Celtica). (P. 29, note 3.) 'l NÉGä@L@GÆE PAUL VERLAINE Nous ne saurions laisser partir sans un mot d’adieu l’homme de génie qui vient de mourir. Le Spiritualisme doit une reconnaissance profonde à l’auteur de Sagesse et tous les intellectuels conserveront avec respect le sou ‘-.;.- . wMW4.,« æm—m,. , .
BIBLIOGRAPHIE 97 venir de celui .qui sut mépriser toujours les voies di verses qui mènent à la fortune pour se consacrer au culte exclusif de l'idée. Cela a mené plusieurs fois Veriaine à l’hôpital; mais cela lui a ouvert aussi l’immortalité. Que notre adieu soit accompagné des remerciements sincères que méritent les poètes et les gens du monde qui ont su entourer de bien-être, sinon de luxe, les derniers mo ments du poète. Ces actes-là honorent l'humanité en ce siècle de matérialisme et d'égoïsme. PAPUS. Le Gérant: ENCAUSSE. rouas. — X.\H‘. E. ARRAULT ET 0", RUE DE LA PRÉFECTURE, o. »
l r-—_.___ Nous ne saurions trop recommander à nos lecteurs} l’excellente publication suivante : ‘ REVUE DES COLONIES ET DES PAYS DE PHOTECTOBAT Annales enqycloj>édiques et illustrées de la Politique, de la Littérature, des Sciences, des Arts, de la jurisprudence, de la Finance, de l’Industrie, du Commerce, de la Marine et des Colonies. Parait tous les mois par fascicule gr. in-8° de 96 pages à deux colonnes Abonnement annuel: France, 20 tu; Colonies et Union postale, 25 fr. sous LA DIRECTION DE PAUL VIVIEN
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Dieu et la Création. CLASSIQUES ELIPHAS LÉVI . . . . . . La Clef des Grands Mystères. SAINT-YVES D’ALVEYDRE Mission des Juifs. FABRE D’OLIVET. . . . . La Langue hébraïque restituée. ALBERT POISSON. . . . . Théories et Symboles des Alchimistcs. LITTÉRATURE ( La Magicienne. JULES I.ERMINA . . . . . , A Brûler. ’ ' ' Zanoni. BUL“”” L’TTO” ' ' ' ' ( La Maison Hantée. MYSTiQUE ( Jeanne Leade. P' SED”’ ' ' ‘ ' ' ' ’ ' ' Jacob Bœhme et les Tempéraments.
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