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" "" ’ l x ’Linitia’tion Revue philosophique des Hautes Études PUBLIÉE MENSUELLEMENT SOUS LA DIRECTION DE PAPUS K? 0- '1‘ ' ' ' Docteur en médrcine ——Docteur en kabbale a»! 299 VOLUME.’ — 9““"ANNËE SOMMAIRE DU N° 3 Décembre (1895) -——p<—— PARTIE INITIATIQUE... Comment je deuins mys tique . . . . . . . . . . . Papus. (p. 195 à 206). Le Logos . . . . . . . . . Séäir. (p. 207 à 224). Le Secret de l’Univers . . Amaravella. (p. 225 à 239).
PARTIE PHILOSOPHI- Lettre ouverte au cardi— QUE ET SCIENTIFIQUE na! de Paris . . . .) . AbkéCharkoanal (p. 240 à 248). Libres recherches philo . sep/tiques . . . . . . . Lecomte. (p. 249 à 258). PARTIE LITTÉRAIRE... Se t incantations. . . . . Mauxi.eLargeris . 25q). L’1Ïdieu de la Saint-Mar— tin . . . . . . . . . . . . lvan Dietschine. _ (p. 260 à-261). BIBLIOGRAPHIE ........ .. Lumière d'Egypte. . . . . Abel Haatan. (p. 262 à 270).
Groupe indépendant d’études ésotériques. — Recherches sur l‘in connu. -— Projet de recherches collectives. — La Gnose. — Homélie adressée à l'archevêque catholique de Paris par l’évêque gnostique de Bordeaux au sujet du congrès des religions. — Grand conseil de spiri tualisme.— Vue matérielle du corps astral. —-—Aux membres du groupe indépendantd’études ésotériques. — A notre confrère Albert Jounet.— Réception du“Directeur de l’Initiatron. — École de magnétisme de Lyon. — Livres reçus à l’initiation. — Arthur Arnould. — Une belle âme.
Tout. ce qui concev ne la Rédaction et les Échanges doit être adressé Villa Montmorency, 10, avenue des Peupliers, Paris. Administration, Abonnements: 79, me du Faubourg-Poissonnière -— Chamuel, éditeur. Le Numéro : UN FRANC. — Un An : DIX FRANCS _.. ..an‘» -..A» f
PROGRAMME Les D'octrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l‘hypnotisme et la suggestion à distance.
Eflrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initiation est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
« Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’1nitiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l'arbitrage contre l’arbitraire, aujourd‘hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cle’ricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère. .
Enfin l’Initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune.
Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études, La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits.
Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier. L’Initialion parait régulièrement du.15 au 20 de chaque mois et compte déjà huit années d’existence. —— Abonnement: 10 francs par an (Les collections des deux premières années sont absolument épuisées.)
L‘Initiation du 15 décembre 1895 PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE l’Init2’aiz‘on 10 PARTIE IN ITIATIQ UE F. CH. BARLET,S.'. I.'. ,’Q— STANISLAS DE GUAITA, S.'. I.'. g,’j—'— GUYMIOT. — MARC HAVEN, S.-. I.'. 51 —-JULIEN LEJAY, S.'. I.'. {.3 — ÉMILE MICHELET, S.'. I.'. (C. G. E.) — LUCIEN MAUCHEL, S.'. (D. S. E.) MOGD, S.'. I.'. — GEORGE MONTIERE, S.‘. I.'. ,i‘; —PAPUS, S.'. I.'. g» — QUÆRENS, S.'. I.'. (D. G. E.) — SÉDIR, S.°.
I.'. -— SELVA, S.'. I.'. (C. G. E.) — VURGEY. 20 PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE A'BIL-MARDUK. ——AMELINEAU. — ALEPH. — D'BARADUC. -- Le - F.'. BERTRAND 30° — BLITZ. — BOJANOV. — RENÉ CAILLIÉ. — CAMILLE CHAIGNEAU. — CHIMUA DU LAFAY. — ALFRED LE DAIN. — G. DELANNE. — FABRE DES ESSARTS. — Dr FUGAIRON. — DEI.E ’ ZINIER. — JULES GIRAUD. — HAATAN. —— L. HUTCHINSON. — JOL LIVET-CASTELOT. —— L.
LEMERI,E. — LECOMTE. — NAPOLÉON NEY. — HORACE PELLETIER. — G. POIREI.. — RAYMOND. — A. DE R. —— D“ SOUREECK. — L. STEVENARDI — THOMASSIN. — G. VI TOUx. — HENRI WELSCH. — YALTA. 30 PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAUBOURG. — JEAN DELVILLE. —pE. GOUDEAU. — MA NOËL DE GRANDFORD. — JULES LERMINA. —— HENNIQUE. — JULES DE MARTHOLD. — CATULLE MENnEs.—— GEORGE MONTIÈRE. — LÉON RIOTOR. — SAINT—FARGEAU. -— ROBERT SCHEFFER. ,— EMILE SIGOGNE. — CH. DE SIVRY.
40 POÉSIE CH. DUBOURG. —— RODOLPHE DARZENS. —— JEAN.DELVILLE. —— YVAN DIETSCHINE. — MAURICE LARGERIs. b-'PAUL MARROT. — J. DE TALLENAY. — ROBERT DE LA VILLEHERVÉ.
L‘Inili.xlian du 15 décembre 1895 L’ I N IT I AT 10 N (“ENSËI‘ÎËËsMENTS) ADMINISTRATION ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO C H A M U E L 79, Rue du Faubourg-Poissonnière DIRECTION Villa Ion'n:rency, IO, aven. des Peupliers PA RIS-A UTEUIL Dum:rsua : PAPUS DIRECTEUR ADJOINT : Lucien MAUCHEL Rédacteur en chef: F.—Ch. BARLE’I‘ PARIS Secrétaires de la Rédaction: FRANCE, un an. [0 “I. J. LEJAY — PAUL stonn ‘ [r en Kabbale. bTRANGER, — in ir.
RÉDACTION. -— Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité. L’indépendance absolue étantla raison d'être de la Revue, la Direction ne se permettra Jamais aucune note dans le corps d'un article. ' Prière d'adresser tous les échanges : Villa Montmorency. ‘ 10, avenue des Peupliers, Paris. Mmuscmrs. —- Les manuscrits doivent être adressés à la rédaction.
Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d'avis spécial. Un numéro de la Revue est toujours composé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant. GROUPE IIIIEPEIDIIT D'ÉTUDES É801ÉRIQIIE8 1,600 Membres — 104 Branches et Correspondants — Groupes d'Ëtudes fermés Les Membres ne paient ni cotisation ni droit d’entrée.
Pourtous renseignements, s’adresserparlettreà M. Paul SEDIR, directeur-adjoint, 4, rue de Savoie, Paris, en joignant un timbre pour la réponse. Principales Sociétés adhérentes au Groupe ORDRE MARTINISTË ORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE CROIX. — ÉGLISE GNOSTIQUE
W y in.: _. ... ... ____ La reproduction des articles inédits publiés pur l'1niliation est formellement interdite, à moins d’autorisation spéciale. PARTIE INITIATIQUE , tanneur JE revus Ï;fiYSTlWE Notes d’autobz‘ograp/zie intellectuelle. A Cainille Flammarion.
Beaucoup d'écrivains indépendants, quelques phi— losophes et certains chroniqueurs se sont souvent demandé comment il pouvait se faire que des jeunes gens élevés dans les principes de la « saine raison » à l’abri « de la superstition » abandonnent tout à coup ces enseignements positifs pour se lancer dans des études mystiques, pour s’intéresser aux problèmes religieux et philosophiques plus qu’aux évolutions po litiques, et pour pousser l’extravagance jusqu’à ces re— cherches concernant les sciences occultes et la Magie qui dénotent, sinon une aberration totale, du moins un certain affaiblissement des facultés intellectuelles P Ce mouvement vers le mysticisme de la jeunesse contemporaineinquiète les hommes mûrs et décon certe leurs espérances. Veut-on permettre à un ancien partisan des doctrines matérialistes, à un médecin 7
196 L’INITIATION _“Ët’lfl élevé dans les principes chers au positivisme, de ra conter quelques traits de son évolution intellectuelle et de montrer au moins un cas de cette étrange intoxi— cation mystique, suivi depuis son début jusqu’à la crise aiguë?
Si les philosophes ne s’intéressent pas à cette observation, peut-être fera-t-elle le profit des alié nistes; puisqu’il est convenu dans un certain milieu de considérer tous les spiritualistes comme des dégé nérés sinon comme des aliénés. C’est la première fois que j‘aborde mon autobio— graphie intellectuelle, et je ferai mes efforts pour être aussi concis que possible.
Je préviens donc tout d’abord les confrères qui pourront être appelés à suivre mes observations que je n’ai jamais été en con tact avec des professeurs religieux; qu’au contraire toutes mes études depuis l’école primaire jusqu’au doc torat en médecine, en passant par le certificat d’études primaires, le certificat de grammaire et les baccalau réats, ont été poursuivies dans des écoles laïques ou au collège Rollin.
Il n’y a donc pas à chercher ici la prédisposition maladive dérivée des enseignements de l’enfance. En 1882, je commençai mes études de médecine et je trouvai à l’École de Paris toutes les chaires im portantes occupées par des matérialistes enseignant les doctrines qui leur étaient chères sous couleur d’évolutionnisme. Je devins donc un ardent « évolutionniste » par tageant et propageant de mon mieux la foi matéria— liste. Car il existe une foi matérialiste que je considère
COMMENT JE DEVINS MYSTIQUE 197 comme nécessaire à tout cerveau qui veut évoluer à un certain moment.
Le matérialisme qui apprend à travailler pour la collectivité sans aucun espoir de récompense puisque seul le souvenir de votre per sonnalité peut subsister après vous, cette doctrine, qui dessèche le cœur et apprend à ne saluer que les forts dans la lutte pour la vie, a cependant une action puissante sur la raison, et cela rachète un peu ses éga— rements et ses dangers.
On sait quel parti le maté rialisme a su tirer de la doctrine de l’évolution. Et cependant c’était l’étude approfondie de l’évolution qui devait me montrer la faiblesse du matérialisme et ses erreurs d’interprétation. On m'avait dit: « Ces sels minéraux, cette terre, len tement décomposés et assimilés par la racine du végé— tal, vont éroluer et devenir des cellules du végétal.
Ce végétal, à son tour, transformé par les sécrétions et les ferments de l’estomac de l’animal, deviendra du chyle et se transformera en cellules de cet animal. » Mais la réflexion me fit bientôt comprendre qu’on oubliait un des facteurs importants du problème à résoudre. Oui, le minéral évolue et ses principes essentiels deviennent les éléments matériels de la cellule végé— tale.
Mais à une condition, c’est que les forces physico— chimiques et le soleil lui-même viennent aider ce phénomène, c’est-à dire à condition que des forces supérieures par leur évolution se sacrifient à l'évolu tion des forces inférieures. Oui, le végétal digéré devient bien la base maté— rielle d’une cellule animale, mais à condition que du sang et de la force nerveuse (c’est-à—dire de forces
Ig8 L‘INITIATION supérieures dans l’échelle de l’évolution) viennent se sacrifier pour l’évolution de la cellule végétale et pour sa transformation en chyle. En somme, toute montée dans la série, toute évolu— tion demandait le sacrifice d’une et plus souvent de deux forces supérieures. La doctrine de l’évolution . est incomplète. Elle ne représente qu’un côté du fait et néglige l’autre.
Elle met à jour la loi de la lutte pour la vie. mais elle oublie la loi du sacrifice qui domine tous les phénomènes. Possédé par cette idée que je venais de mettre au jour et qui me tenait à cœur, je résolus d’approfondir de mon mieux ma découverte et je passai mes journées à la Bibliothèque nationale.
J’étais externe des hôpi taux; un an de travail, deux au plus m’auraient per— mis de devenir interne et d'accomplir une carrière médicale peut-être fructueuse. J’ai consacré à l’étude des ouvrages des alchimistes, de vieux grimoires ma giques et des éléments de la langue hébraïque, ces années que mes collègues ont passées à étudier les œuvres des examinateurs, et, dès ce moment, s’est dessiné mon avenir.
Cette découverte que je croyais avoir faite, je la retrouvai dans les œuvres de Louis Lucas, puis dans les textes hermétiques, puis dans les traditions indiennes et dans la Kabbale hébraïque. Le langage seul était différent et, où nous écrivons HCl, les alchimistes dessinaient un lion vert; et où nous écrivons 2HCl + Fe : FeCl2 + 2H, les alchimistes dessinaient un guerrier (Mars, le Fer) dévoré par le lion vert (l’acide).
COMMENT JE DEVINS MYSTIQUE 199 En quelques mois ces fameux grimoires m’étaient aussi faciles à lire que les ouvrages, bien plus obs curs, de nos pédants chimistes contemporains.
Et, de plus, j’apprenais à manier cette merveilleuse méthode analogique, si peu connue des philosophes modernes, qui permet de rattacher toutes les sciences en une commune synthèse et qui montre que les anciens ont été purement et simplement calomniés au point de vue scientifique, par l’ignorance historique inqua lifiable des professeurs de science de nos jours. * ut C’est en étudiant leslivres hermétiques que j’eus les premières révélations sur l’existence d’un principe en action dans l’être humain et qui rend compte si faci lement de tous les faits hypnotiques et spirites.
J‘avais appris à l’École de médecine que toute ma— ladie correspond à une lésion cellulaire et qu’aucune fonction ne peut s’exercer sans un travail cellulaire.
Tous les phénomènes psychiques, tous les faits de volition et d’idéation, tous les faits de mémoire cor— respondaient à un travail de certaines cellules ner— veuses, et la morale, les idées de Dieu et du Bien étaient le résultat mécanique produit par les effets del’héré dité ou du milieu sur l’évolution des cellules ner veuses.
Quant aux philosophes dits « spiritualistes > et aux « théologiens », ils devaient être considérés soit comme des ignares ne sachant ni l’anatomie ni la philosophie, soit comme des aliénés plus ou moins malades suivant le cas. Un livre de psychologie n’avait quelque valeur que s’il était fait par un médecin et si
200 L’INITIATION ce médecin appaftenait à l’École des gens «instruits » et raisohnables, c’est-à-dire à l’École matérialiste officielle. Et l’on disait aux naïfs qui croyaient encore à l’âme : « L’âme ne s’estjamais rencontrée sous votre scalpel. » Voilà en quelques mots le résumé des opi nions philosophiques qu’on nous enseignait. J’ai toujours eu la dangeureuse manie de n’accepter une idée qu’après l’avoir étudiée moi-même sous toutes ses faces.
D’abord ravi par l'enseignement de‘l’École, j’en vins peu à peu à avoir quelques doutes que je demande la permission d'exposer. L'École enseignait que rien ne s‘accomplit sans la mise en action d’organes d’autant plus nombreux, que la diuz'sion du travail est mieux établie dans l’or ganisme.
Or, lors de l’incendie de l’Hôtel-Dieu, on avait vu des paralytiques,dont les jambes étaient atro phiées et dont les nerfs n’existaient plus à l'état d’or ganes, recouvrer tout à coup l’usage des membres jusque-là inutiles. Mais ce n’était encore là qu’un faible argument. Les expériences de Flourens avaient démontré que nos cellules se renouvellent toutes en un temps qui, pour l’homme, n’excède pas trois ans.
Quand je revois un ami trois ans après une visite antérieure, il n’y a plus en cet ami aucune des cellules matérielles qui existaient auparavant. Et cependant les formes du corps sont conservés, la ressemblance qui me permet de distinguer mon ami existe toujours. Quel est donc .1‘Organe qui a présidé à cette conservation des formes, alors qu’aucun organe du corps n’a échappé à cette .loi P Cet argument est un de ceux qui m‘ont toujours
COMMENT JE DEVINS MYSTIQUE 201 le plus frappé.
Mais je devais aller encore plus loin,_ Claude Bernard, en étudiant les rapports de l'activité cérébrale avec la production de l’idée, avait été amené à constater que la naissance de chaque idée provoquait la mort d’une ou de plusieurs cellules ner-> veuses, si bien que ces fameuses cellules nerveuses, qui étaient et qui sont encore le rempart de l’argumen-v tation des matérialistes, reprenaient, d’après ces re— cherches, leur véritable rôle, celui d’instruments et non celui d’agents producteurs.
La cellule nerveuse était le moyen de manifestation de l’idée et ne générait pas elle-même cette idée. Une nouvelle constatation appuyait encore la valeur de cet argument. Toutes les cellules de l'être humain sont remplacées en un temps déterminé. Or, quand je me rappelle un fait arrivé dix ans auparavant, la cellule nerveuse qui, à l‘époque, avait enregistré ce fait, a été remplacée cent ou mille fois.
Comment la mémoire du fait s’est elle conservée intacte à travers cet hécatombe de cel lules? Que devient ici la théorie de la cellule généra trice ?
Et même ces éléments nerveux auxquels on fait jouer un tel rôle dans les faits du mouvement sont-ils si indispensables à ce mouvement quand l’embryo logie nous apprend que le groupe de cellules em— bryonnaires qui constitue plus tard le cœur, bat ryth miquement alors que les éléments nerveux du cœur ne sont pas encore constitués.
Ces quelques exemples choisis au hasard parmi une quantité de faits m’avaient conduit à constater que là encore le matérialisme faisait faire fausse route à ses ww202 ’ L’lNlTIATION _U adeptes en confondant l'instrument inerte avec l’agent effectif d’action.
La preuve que le centre nerveux fabrique l’idée, nous dit le matérialiste,c‘est que toutelésion du centre nerveux se répercute sur les faits d’idéation et que, si une lésion se produit dans votre troisième circonvo lution frontale gauche, vous deviendrez aphasique et aphasique d’un genre particulier suivant le groupe de cellules nerveuses atteint par la lésion.
Ce raisonnement est tout simplement absurde, et, pour le démontrer, nous allons appliquer les mêmes raisonnements à un exemple quelconque : tel, le té légraphe. La preuve que l’appareil télégraphique fabrique la dépêche, c’est que toute lésion de l'appareil télégra phique se répercute sur la transmission de la dépêche et que, si je coupe le fil télégraphique, la dépêche ne peut plus passer.
Voilà exactement la valeur des raisonnements ma térialistes : ils oublient le télégraphz‘ste ou ils veulent ignorer son existence. Le cerveau est à un principe spirituel qui existe en nous exactement ce que l’appareil transmetteur est au télégraphe. La comparaison est vieille, mais elle est toujours excellente.
Le matérialiste vient nous dire: « Supposons que le télégraphiste n’existe pas, et raisonnons comme s‘il n’existait pas. » Puis il pose une affirmation dogma tique : « Le transmetteur télégraphique marche tout seul et produit la dépêche d’après une série de mou vements mécaniques provoqués par les reflexes. » Une
COMMENT JE DEVINS MYSTlQUE 203 fois cela posé, le reste marche tout seul,et le matéria liste conclutjoyeusement que l’âme n‘existe pas et que le cerveau produit de lui-même les idées, comme l’appareil télégraphique produit la dépêche. Et il ne faut pas toucher à ce raisonnement : c’est un dogme positiviste, aussi sectairement enseigné et défendu qu’un dogme religieux.
Je sais ce qu’il m’en coûte d’avoir découvert l’ina nité de des raisonnements : j’ai été accusé de roublar— dise, parce qu’on a supposé qu’un matérialiste qui devenait mystique ne pouvait être qu’un « roublard » ou un aliéné. Grâce soient rendues à nos adversaires d’avoir encore choisi le premier terme. Mais passons.
De même que nous pouvons constater que les cel lules matérielles du corps sont simplement les outils de quelque chose qui conserve les formes du corps àtravers les disparitions de ces cellules, de même nous pouvons voir que les centres nerveux ne sont que les outils de quelque chose qui utilise ces centres comme instruments d’action ou de réception.
Et l’Anatomiste armé de son scalpel ne découvrira pas plus l’âme en_disséquant un cadavre que l’ouvrier armé de ses pinces ne découvrira le télégraphiste en démontant l’appareil télégraphique ou le pianiste en démontant le piano. Il est inutile, je pense, de démon trer davantage l’inanité du raisonnement qu’opposent toujours les soi-disant philosophes positivistes à leurs adversaires.
Avant de terminer ces lignes, je tiens encore à appe ler l’attention sur deux « trucs » de raisonnement utilisés par les matérialistes dans les discussions et
204 L’lNITIATION Q. qu'ils servent généreusement quand ils se sentent inférieurs à leurs adversaires. Le premier truc est celui du « renvoi aux SCIENCES spéciales et aux mémoires obscurs »qu’on juge incon nus du naïf adversaire. Comment, Monsieur, vous osez parler des fonctions cérébrales, et vous ignorez la cristallographie?
Vous osez traiter ces questions, et vous n'avez pas lu le dernier mémoire de M. Tartempion sur les fonc tions cérébrales de l’homme tertiaire et du poisson rouge? Allez à l’école, Monsieur, et ne revenez dis cuter avec moi que quand vous « saurez » les éléments de la question que vous abordez.
Or ceux qui nous soutiennent ces balivernes sont généralement de bril— lants élèves de l’École de médecine qui ne connaissent de la Psychologie et de la philosophie que le nom... et encore ! Le second «truc » consiste à nous écraser sous le ridicule parce que nous avons l’audace d’avoir une « opinion » contraire à celle de M. X. plus titré que nous.
Comment! vous n’êtes qu’un simple docteur en médecine, et vous voudriez aller à l’encontre des opi nions de M. X., agrégé, ou de M. 2., le brillant pro fesseur! Devenez d’abord ce qu’ils sont, et après nous ver tons. Tout cela, ce sont de fausses sorties; mais, si com munément employées qu’on les a servies dernièrement .à M. Brunetière, qui a osé parler SCIENCE, alors qu’il n’est même pas médecin... Horreur!!! Et, quand on «est médecin, il faut êtreagrégé, et, quand on est agrégé,
COMMENT JE DEVlNS MYSTIQUE 205 - _ ; «"‘-"" il faut être professeur, et, quand on est professeur, il faut être de l’Institut, et, quand enfin un membre de l’Académie des sciences ose affirmer sa foi en Dieu et en l’immortalité de l’âme, comme le fit Pasteur, on dit alors qu’il était âgé et que le ramollissement ex plique de telles doctrines.
Tels sont les faux-fuyants habituels des matérialistes, mais il suffit de les con— naître pour les ramener à leurs juste valeur. Il n’est donc pas toujours juste de dire que la foi' est une grâce spéciale accordée à quelques natures; j ce suis persuadé,.d’après ce que j’appellerai mon évolu tion personnelle, que la foi s’acquiert par l’étude, comme tout le reste. Mais la vaccination matérialiste a cependant une grande importance.
Elle permet en effet d’aborder la psychologie et les problèmes de l’âme en se basant sur la physiologie et donne par là même une très grande importance à la doctrine des trois principes de l’homme et de ce qu’on appelle, en histoire de la philosophie, la théorie du médz'aleurplastz‘quç Cette théorie admet entre le corps physique et l’ana tomie, et l’esprit immortel et la psychologie, un prin cipe intermédiaire chargé d’assurer les relations des deux extrêmes et qui relève du domaine de la physio logie.
Ce principe, connu aujourd’hui sous le nom de vie organique et qui exerce son action exclusivement sur les organes à fibres lisses par l’intermédiaire du nerfgrand sympathique, a une existence bien définie, à mon avis, et ne relève en rien des déductions méta— physiques.
206 L’INITIATION Les anciens hermétistes nommaient ce principe corps formateur ou corps astral, et c’est à lui qu'ils attribuaient cette conservation et cet entretien des formes de l‘organisme.
Or je puis dire que l’étude de ce corps astral, que je poursuis depuis bientôt dix ans, m’a permis d’établir une explication très scientifique de ces étranges phénomènes hypnotiques et spirites qui déconcertent tant en ce moment certains profes seurs de la Faculté de Paris.
Bien plus, un examen sérieux de toutes les théories présentées pour expliquer ces faits me permet d’affirmer que la théorie de l’her métisme sur la constitution de l’homme, théorie qui n’a pas varié depuis la XVIII" dynastie égyptienne, c’est—à-dire depuis 36 siècles, est la seule qui rende compte d’une manière logique et satisfaisante de tous les faits observés.
On peut aussi aborder l’étude du problème de la mort et du problème de la survivance de la personnalité au delà de la tombe, et cette étude doit présenter un certain intérêt, puisque beaucoup de « jeunes » contemporains appartenant à la classe intellectuelle préfèrent ces recherches aux chinoiseries de la politique et des luttes de partis. Une autre fois je parlerai peut-être de ma voie ésotérique.
Pour l’instant, j’ai simplement voulu montrer la route suivie éxote‘rz‘quement, de mes con victions matérialistes jusqu’à mes études mystiques actuelles. Parus. -, ,,,,æ
LE LOGOS 207 m.___ _._ _ _ . . _ _._. . . . .. »ç.._-‘ m.......- e lav—Q/u”"vv; ME Œ@©S "’ I Tout est dans tout: telle est, selon son expression hellénique, la formule absolue de la loi des correspon dances. Telle est la raison pour laquelle celui qui aspire à recevoir la Gnose ne devient capable d’ac complir son objet qu’après avoir disposé en consé quence toutes les puissances de son Être.
C’est pourquoi il a été écrit: « Au moment d’étu— dier, le novice, ayant fait une ablution conformément à la loi, le visage tourné vers le Nord, doit adresser au Livre saint l’hommage respectueux et recevoir sa leçon étant couvert d’un vêtement pur et maître de ses sens.
« En commençant et en finissant la lecture du Véda, que toujours il touche avec respect les pieds de son initiateur : qu’il aie les mains jointes, car tel est l’hommage dû à la Sainte Écriture...
« Qu’il prononce toujours le monosyllabe sacré au commencement et à la fin de l’étude de la Sainte Ecri ture : toute lecture qui n’est pas précédée de AUM s’ef face peu à peu, et celle qui n’en est pas suivie ne laisse pas de traces dans l’esprit. » (Manaua Darnza Shastra, II, 70-73) (2). (I) Extrait d’un volume de P. Sédir, sous presse. (2) Traduction de A. Loiseleur-Deslongchamps. Paris I833, in-8. ..’-\‘Ir' ;_ .‘ '““‘M*M—. n u -. .___.—.....»_—.—‘.__.
208 L’INITIATION Ainsi donc, que le disciple organise ses facultés phy siques, qu’il purifie son mental des vapeurs de la chair et du sang, qu’il crucifie le serpent enroulé dans son cœur, « qu’il soit entre les mains du Maître comme le cadavre dans les mains du laveur des morts (1). » Ayant affiné la substance de ses trois royaumes jusqu’à en faire le vase précieux où sera contenue la liqueur spiritueuse de l’Esprit de Vie, les quatre Royaumes ouvriront leurs portes à I’initié, la Nature entière sera reflétée dans la pureté cristalline de son intelligence, et les abîmes de l’existence conditionnée n’auront plus de mystères pour lui. #0 Ainsi placé en face de l’immense fantasmagorie du monde phénoménique, le premier travail du can didat à l’Initiation sera de se reconnaître au milieu de ce chaos, d‘y « séparer le subtil de l’épais », d’y in troduire un ordre, une classification générale qui puissent le rendre, lorsque le feu de la Gnose sera des cendu, le féconder, un organisme réellement vivant et harmonieux.
Avant de conduire le lecteur aux sommets éblouis— sants de la conception théogonique, je dois, pour donner une base à son effort, essayer de mettre avec lui quelque lumière dans l’enchevêtrement des phéno— mènes naturels. Nous nous servirons pour cela des savants travaux de M. Barlet, qui a su répartir les observations des sciences positives sur un cavenas (1) Maxime des Soufis.
LE LOGOS 209 naturel, et en élever les conclusions jusqu’aux prin cipes mêmes de l’Esotérisme (1). Voici comment s’exprime ce penseur profond : SYNTHÈSE DES murs DE LA SCIENCE POSITIVE. — 1° La science positive qui s’interdit la recherche les causes médiates, ne fait apparaître dans tous les détails de la nature qu’une matière en mouvement.
« Par la physiologie, elle montre la vie s’excerçant simplement par le jeu des forces physico-chimi ques (2) ; la psychologie même les nécessite et ne se: manifeste que par elles à la science positive (3). « L’anatomie montre que les corps organiques ne diffèrent des inorganiques que par les proportions et non par la nature des éléments.
« La chimie, par la thermo-chimie et la théorie ato mique, se réduit en dernière analyse au jeu des forces physiques s’exerçant sur l’élément ultime de la ma tière figurée. « Les forces physiques se ramènent toutes les unes aux autres et par là à une Force unique animant la matière par le Mouuement.
2° Le Mouvement lui-même ne s’effectue que selon les lois de la continuité géométrique (ou de l’espace figuré) et du nombre (ou du temps défini et disconn tz'nu). 3° Ainsi la science positive aboutit comme au som (r) F.-Ch. Barlet, l’Université libre des hautes études, broch. in-8. Paris, 1894. 22) Cf. Claude Bernard. 3) Cf. Ribot, Wundt, Lotze, Bain, Fechner, etc.
2 I0 L’INITIATION met d’une pyramide (dont l’ensemble des sciences naturelles est à la base), à l’abstraction mathématique. « La Nature naît de ce sommet par une trinité d’abstraction : La Force ; La Matière (l’atome); Le Mouvement, manifestation et par conséquent fonction de l’espace et du temps.
« Ce développement de la Nature se partage nette ment en trois périodes, ou trois ordres de faits diffé rents qui fournissent la série de nos sciences selon leur ordre de complexité (classification des positivistes) et qui correspondent à l’évolution cosmique. I“° période. — Abstraction mathématique: Temps, Espace, Mouvement. 2'“° période. —— Distribution de la force dans la matière: science physico—chimique, géologie et astro nomie comprise.
3‘“° période. — Apparition et évolution de la vie, de la conscience et de la pensée; science naturelle proprement dite, anthropologie, sociologie. SYNTHÈSE DES LOIS DE LA SCIENCE POSITlVE. -—- 1° La conclusion générale dela science positive en la coexis— ' tence d’une matière unique à formes variables et va— riées avec une force unique à manifestations diverses et substituables les unes aux autres.
« La variabilité des formes et des forces se mani— feste par le mouvement. f< Donc trois éléments fondamentaux : Matière, Mouvement, Force.
LE LOGOS 2 l I 2° La suite des variations n’est pas arbitraire. A considérer la matière dans son ensemble ou dans ses détails, on la voit affecter successivement les états d’homogénéité, de ségrégation (formation de parties individuelles plus ou moins indépendantes) et de syn thèse (union harmonique vers une même fin).
« A considérer la Force, on la voit disséminée d’abord et comme latente dans la matière (alors ho— mogène}, rassemblée ensuite en un nombre infini de centre d’actions, tendant finalement à l’unité indivi duelle totale. « Par l’effet de ce mouvement, on voit la substance se condenser autour de certains centres, en même temps que de ces centres rayonne la substance active.
« Les astres se forment, se condensent et en même temps dégagent: la terre, l’eau, l’air, l’hydrogène, le feu (leur aura). Par suite : 3° Considérée à un moment donné (ou comme dans l’Espace) la matière apparaît partagée en trois mondes dont les confins sont confondus : Monde subtil (de la force active), spirituel ; Monde condensé (de la matière inerte), matériel ; Monde intermédiaire (transition de l’inertie‘à la force), monde des lois.
« Considérée dans sa progression ou comme dans le temps la nature apparaît comme un emprisonne— ment de la Force active dans la Matière inerte (état nébuleux) suivi d’un dégagement de cette force qui, en s’échappant, subtilise partiellement la matière. « (A travers une période chaotique intermédiaire de
2 I 2 L’INITIATION remaniements de plus en plus harmonieux et synthé tiques.) 4.. — Le mouvement général se compose d’une suite ininterrompue de mouvements partiels cycliques ou rythmiques, assujettis à la même loi, et comme enclavés les uns dans les autres. C’est ce qui constitue les vies individuelles (d'ani maux, d‘astres, de mondes, etc.).
PREMIERS PRINCIPES DE LA SCIENCE POSITIVE I . —— La Nature nous montre clairement à ses deux extrémités (sur les limites de notre perception) une puissance inaccessible à notre logique, mais d’où vient certainement toute transformation de mouve ment où aboutissent et vont se perdre tous les résul— tats de la vie (I). « D’où trois puissances dans la Nature, à notre point de vue humain : L’lncognoscible supérieur ou spirituel (Noumène).
L’Intelligible ou Nature naturée (Phénomène). L’lmpossible inférieur élémentaire (Substance). 2. — La Nature est vivante; il y a mouvement progressif entre les trois puissances: la preuve en est dans l’action de l’esprit sur la matière dans les phé nomènes (2), et dans la marche évolutive (3). (1) Cf. Premiers Principes d'H.
Spencer, 1‘“ partie; Hart— mann, Philosophie de l’Inconscient, Ie'vol.; Schopenhauer, passini. (2) Voir Hartmann, Philosophie de l’1nconscient. (3) Voir les théories darwiniennes.
LE LOGOS 2 13 'W.Ë'" « L’action de l’esprit sur la matière a une origine et une fin : « L’origine nécessite l’1nuolution ou descente de la puissance active en celle passive. « La fin est dans l’union (ou réunion) de ces deux puissances. ' « L’évolution en est le moyen. « Telles sont les premières notions de panthéisme spirituel et positif sur Dieu (non anthropomorphe). « La Trinité se résout en unité par le fait que la création est perpétuelle.
L’incognoscible apparaît alors comme une puissance neutre se polarisant in cessamment (comme un point mathématique qui rayonne) en émanations qui rentrent en lui après avoir suivi la double phase d’Involution et d’Évolution ou d’aller et de retour. » Telles sont donc les conclusions de la méthode as cendante, expérimentale; nous allons poser en face d’elles les enseignements de la tradition occulte; l’exa. men de cette confrontation sera, je le pense, suffisam ment éloquent pour me dispenser d’entrer dans un commentaire détaillé. n ‘v-24 L’efl'ort devient ardu, les plus grands génies s’y sont rebutés: il va falloir se former une conception de l’Absolu, avant de pouvoir imaginer la vie de ses éma nations.
Les citations se pressent sur ce sujet; des milliers de volumes parlent de cet Infini : Les Kings, les Védas, la Bible, les néo-platoniciens et les mo— nistes actuels ont tous des pages sublimes consacrées
214 L’INITIATION à l'explication de l’lnexplicable. 0 érudit naïf! pour quoi entasser les trigrammcs sur les cunéiformes, et mêler l’hébreu aux caractères dévanagaris? En vain tu dérouleras les papyrus égyptiens, ou tu empileras les briques couvertes d’hymnes aux métaphores frustes et puissantes. Pourquoi chercher si loin ce qui est près de toi, ce qui est au-dedans de toi?
Essaie de fermer ton oreille, de fermer ton âme, d’éteindre le bruit de tes pensées; oublies que tu as vécu, oublies que tu vis ; oublies que tu as oublié et perds jusqu’au souvenir de ta dernière volonté: alors seulement, dans ce Vide, dont l’efirayante nudité te semble irréa— lisable, — car tu as faussé la notion du Réel, —- dans ce Vide, tu pourras entendre le son inexprimable du Néant originel.
EcOute ce que t’enseigne l’ignorance; « Dieu est le seul Être. Il n’y a rien avant Lui, ni après Lui, à quoi Il pût se porter, ni en quoi Il pût se former une volonté, ni de quoi dont il pût Lui naître un désir; car il n’y a rien non plus qui pût faire naître ou donner ce désir. « Il est le Rien, et le Tout; Il est une seule et unique volonté, en laquelle l’univers et toute la créa tion sont renfermés.
Tout est également éternel, en Lui, sans commencement, et dans un poids, dans une mesure, et dans un terme égal. « Il n’est ni lumière ni ténèbres, ni amour ni colère, mais il est l’éternel Un. C’est pourquoi Moïse dit: Le Seigneur est un seul Dieu. » (Deùt., VI, 4.) (Boehme, de l’Electz’on de la Grâce, I, g 3.) « Remarque ceci: La puissance du Père est partout
LE LOGOS 215 dans les cieux et au—dessus des cieux, et cette Puis sauce engendre perpétuellement la Lumière : or cette Puissance omniverselle est et se nomme le Père, et la Lumière qui en est engendrée est et se nomme le Fils. « Ce dernier s’appelle le Fils parce qu’il est né du Père, parce que ses puissances sont le cœur du Père.
Quand il est né, il y a une autre personne que le Père: le Père est la puissance et le Royaume, et le Fils est la Lumière et la Splendeur du Père; et le Saint— Esprit est la libration ou l’extériorisation des Puis sances du Père et du Fils; Il forme et imagine toute chose. (Aurora, vu, 25, 26.) Et encore : - « Si nous voulons parler de la Sainte Trinité, nous devons dire, premièrement, qu’il y a un Dieu: il s’ap pelle le Père et le Créateur de toutes choses.
Il est tout-puissant: tout est Sien, tout vient de Lui, et re tournera en Lui, et demeure en Lui éternellement. Nous disons, secondement: Dieu est triple en per sonne et a engendré, de toute éternité, son Fils qui est Son cœur, Sa lumière et Son amour; ils ne for ment qu’un seul Être; et, troisièmement, nous disons, avec I’Ecriture, qu’il y a un Saint-Esprit qui procède du Père et du Fils. « Ainsi: 1° le Père est I’Être des Êtres.
Si l’autre Principe ne se manifestait par la naissance du Fils, le Père serait l’Abîme obscur. Tu vois donc, 2°, que le Fils, cœur, amour, lumière, action bienfaisante et douce du Père, manifeste un autre Princz‘vc par sa génération, adoucit et rend miséricordieux le Père, n.<....c . . . ._,
216 L’lNlTIATION colérique et âpre ; il est un autre Principe que le Père, car, en son centre, il n’y a rien que joie, amour et sérénité. Tu vois également, en troisième lieu, com ment l’Esprit-Saint procède du Père et du Fils.
Lors— que la Lumière de Dieu est née dans le Père, l’illumi nation de la cinquième forme exhale un esprit aimable et de bonne odeur; c’est lui qui. dans l’origine, était l'aiguillon amer de la matrice astringente; il déter mine dans la source de la douceur des Centres innom brables.
« Comprends bien ceci: la génération du Fils com mence dans le Feu; elle se développe dans la lumière blanche et claire qu’ll est Lui-même, elle produit une odeur agréable et une douce sérénité dans le Père... « Mais le Saint-Esprit n’est pas manifeste avant la Lumière, mais seulement lorsque la source de don— ceur se répand sur la lumière. Il s’élève alors comme un puissant esprit, de la source dés eaux lumineuses, donc il est la puissance.
Il commence dès lors ses formations, et est en tout un Centre Essentiel, d’où découle la vie de la Lumière dans le cœur du Père. Et le Saint-Esprit est cette personne qui procède de la force vivante du Père et du Fils, ce qui confirme l'éternelle génération de la Trinité. (Trois Principes, rv, 58-61.) La puissance divine entière du Père exprime le Verbe en dehors de toutes les qualités : tel est le Fils de Dieu.
Ce mot ou ce son est exprimé par le Père en dehors du Salniter et du Mercure (I) de celui-ci. Le (t) Boehme appelle Salnitter.
LE LOGOS 2 I 7 Père prononce le Verbe en lui-même et ce Verbe est la Splendeur de toutes ses puissances; et, lorsqu’il est exprimé, il ne reste plus rien dans les puissances du Père; elles sont toutes devenues sonores et réson nantes. (Aurora, VI, 2.) Telle est donc, autant qu’il est possible de l’expri— mer, ce grand mystère de la Trinité; au sein des peuples d’Occident, parmi les fidèles du Christ, un écho des enseignements initiatiques pouvait, avec quelque chance de succès, faire retentir quelques mots de la doctrine cachée depuis le commencement des temps, —— une semblable divulgation aurait été considérée en Orient commetéméraire.
C’est pourquoi nous ne trouvons, parmi les textes sanscrits connus, que des descriptions de la Trinité non dans sa vie, mais dans son immobilité potentielle. La réelle doc trine occulte de l’Inde n’est pas écrite, mais dessinée dans les cryptes sacrées; et bien rares les privilégiés qui sont admis à la concevoir. Mais revenons à notre sujet.
Voici comment, dans l’Ésotérisme extérieur, les livres hindous caractérisent le principe et la fonction du Verbe: « Je suis le sacrifice, dit Krishna, je suis l’adoration, je suis l’offrande aux morts, je suis l’herbe du salut, je suis l’hymne sacré, je suis le feu, je Suis la vie time. « Je suis le père de ce monde, sa mère, son époux, son aïeul. Je suis la doctrine, la purification, le mot mystique; le Rig, la Sâma, et le Yadjour.
« Je suis la voie, le soutien, le seigneur, le témoin, la demeure, le refuge, l’ami. Je suis la naissance et la âî-<' szäa--.,.; : ..u
2 I 8 L’INITIATION xi‘W destruction; la halte, le trésor; la semence immor telle. « C‘est moi qui réchauffe, qui retiens et laisse tom ber la pluie. Je suis l’immortalité et la mort, l’être et le non-ètre,Ardjourna. » (Blzagaval—Gîta, IX, 15-19).
Je ne m’attarderai pas à relever les concordances des deux doctrines, c’est là une des preuves les plus concluantes en faveur de l’unité de la Tradition, preuve que beaucoup de savants ont d’ailleurs établie avec compétence. Ce qu’il importe de signaler ici, c’est le rôle du Verbe comme âme, point d’appui, centre de la con— ception prégénésétique.
Malfatti de Montereggio en a admirablement compris et fait ressortir le rôle dans la Mathèse, c’est-à-dire — car les mots portent en eux leur raison d’être — dans l’universalité de la réalisa tion mayavique, marquée du sceau quaternaire ainsi que l’exprime le Philosophe Inconnu.
C’est donc, et surtout dans la présente étude qui est tout entière consacrée à la Parole, sur la vie organique du Ter maire primordial qu’il faut concentrer toute notre at tention, et adapter notre entendement à ses pro cédés. Le Verbe est la volonté éternelle de Dieu ; il est le souffle flamboyant d’amour qui, dans le Saint Ter - maire, se nomme Fils de Dieu.
C’est de Lui que le Christ est né, car Il est la séité, la vie et le principe de toutes choses. Exprimé dans les formes des choses, Il est la Nature, il est l’homme chez lequel Il devient le seul temple digne de Dieu; Il est lui-même la Clé “qui ouvre ce sanctuaire, Il est le mot sacré au son de
LE LOGOS 2 I9 qui tombent tous les voiles de l’Eternelle Nature dans l’Amour et dans la Colère. C’est ainsi qu’il est écrit: « En principe était le Verbe, et le Verbe était en Dieu et le Verbe était Dieu: il en était ainsi de Dieu.
Toutes choses ont été faites de Lui, et rien de ce qui existe n’a été fait sans Lui. » (Jean, I, 1—3.) Le Verbe est donc l’effiuve de la volonté divine; il est l’expression de l’unité divine par quoi la puissance de Dieu est amenée à la notion du « quelque chose » (I), mais il faut établir dès main— tenant une distinction nécessaire.
« Le Verbe prononcé, qui comprend la Nature— Essence de la Nature extérieure, l’esprit de l’homme et l’esprit des éléments, et qui peut se manifester dans la Colère ou dans l’Amour, est susceptible de varia tions. Mais le Verbe prononçant, qui habite le sein du premier, est immuable, car il réside dans l’engen drement éternel. Il est né, et naît perpétuellement d’éternité en éternité.
L’homme ne le possède pas . dans son ipséité, l’équanimité parfaite peut seule s’en faire jouir. (J.
Bœhme, Contre Stiefel, XVI, 97.) « La sixième Puissance de la Nature est ce Verbe spirituel prononcé dont le Verbe prononçant est le Verbe éternel; le Verbe est dans la première Impres— sion au sein des ténèbres, la colère de Dieu, et, dans le monde extérieur, le Mercure empoisonné, cause de , toute vie et de toute résonnance. » (la’., Signatura rerum, xrv, 62.) C’est cette puissance qui est le son du Verbe divin qui résonne dans le désir de l’Amour et (I) Cf. J. Boehme, De la contemplation divine, 111, I.
220 ' L’INITIATION qui organise toutes les forces divines pour la manifesta— tion de l'engendrement et du bonheur divins. » (Myst. magnum, VI, 19.) « Le monde spirituel a en soi un commencement éternel, et le monde extérieur un commencement temporel ; mais le Verbe perpétuellement actif règne sur tout et n’est compris ni par le spirituel ni par le temporel, sauf dans son opération.
Car il est alors le Verbe formé, et le Verbe agissant est sa vie, extérieur à tous les êtres, comme une compréhension ou une puissance qui s’introduit dans l’être. » (Id., 111, 10.) La création tout entière est donc le ]Verbe prononcé de Dieu, dans lequel est entendu le Verbe vivant qui est Dieu Lui-même; et ce Verbe prononcé se mani— feste dans la Nature par un Spiritus Mundz’ qui est l‘âme de la création (1).
' Voici donc le premier temps d‘une révélation di— vine, l’Etre a fait le premier pas hors de l’absolu, la Vierge a été conçue sans pêché,... mais n’anticipons pas sur l’histoire de ce développement infini, et bor nons-nous à énumérer les potentialités du Verbe. « Toute la création des ’\Êtres et des créatures, tant éternels que temporels, est renfermée dans le Verbe de la puissance divine.
« Les Ètres éternels tirent leur origine ou leur principe de la science ou du désir du Verbe, c’est-à dire de la seule et première Volonté de l’Immensité inapprof0ndissable, laquelle s’est introduite par le dé— sir dans des Êtres particuliers. (1) Cf. De l’élection de la Grâce, v, 15.
LE LOGOS 2 21 *--:..---.
« Les Êtres temporels tirent leur origine du Verbe formé et proféré, c’est—à-dire de la ressemblance ou de la figuration de l’Éternité, où le Verbe proféré s’est réintroduit comme dans un miroir pour se contem pler. (De l’Electz’on de la Grâce, IV, 3-5.) Krishna s’exprime d’une façon analogue, en ini— tiant son disciple : « C’est moi qui, doué d’une forme invisible, ai dé veloppé cet Univers ; en moi sont contenus tous les êtres, et moi je ne suis pas contenu en eux; « D’une autre manière, les êtres ne sont'donc pas en moi : tel est le mystère de l’union souveraine.
Mon âme est’le soutien des êtres, et, sans être contenue en eux, c’est elle qui est leur être. « Comme dans l’air réside un grand vent soufflant sans cesse de tous côtés, ainsi résident en moi tous les êtres : conçois-le, fils de Kuntî. « A la fin du Kalpa (I), les êtres rentrent dans ma puissance créatrice; au commencement du Kalpa je les émets de nouveau.
« Immuable dans ma puissance créatrice, je pro duis ainsi par intervalles tout cet ensemble d’êtres sans qu’il le veuille et par la seule vertu de mon éma nation. (I) Un Kalpa s’appelle aussi, dans la chronologie brahmani que, un jour de Krahma. C’est la période compri5e entre deux conjonctions successives de toutes les planètes sur l’horizon du Lanka au commencement du signe Arias.
Il embrasse qua— torze périodes interdiluviennes (Marrons) et leurs intervalles, soit: 4.320.000.000 d’années. Cf. BAILLY, l’Astronomie in dienne; un article de Davis in Asiatic Researches, A. DE DAIN. l’Ina‘e antique, Paris, I596, in-I8. SINNETT. Bouddhisme éso térique, etc., etc.
2 2 2 L’INITIATION « Et ces oeuvres ne m’entraînent pas : je suis plaie en dehors d’elles et je ne suis pas dans leur dépem dance. » (Bizagavat Gz'lâ, IX, 4 à g.) Telle est la base de la sublime doctrine de l’Union (Yoga), du renoncement au fruit des œuvres ; les In dous sont le seul peuple qui ait osé l‘expliquer et l’en— seigner dans la sphère animique ; l’ésotérisme occi dental la contient dans l’intelligible, mais l‘adapta tion n’en a point été faite chez nous.
Voici comment elle peut s’établir dans la compréhension (—) avant que de passer dans la fonction (+).
« Toute la création, tous les ciels des cieux, aussi bien que ce monde qui est dans le ventre du Cosmos, aussi bien que le Ciel de la Terre et de toutes ses créatures, tout ce que tu peux voir et apercevoir, tout cela ensemble est Dieu le Père, qui n‘a ni commence— ment ni fin ; et, où tu puisses porter tes regards, dans la plus petite sphère que tu puisses déterminer, se trouve toute la création de Dieu, entière, irréductible, irrésistible.
« La création sévère, qui gît dans le noyau le plus intérieur de toute lumière, est là partout où tu vois une créature ou un lieu dont la Lumière} soit éteinte. Mais ceci n’est qu’une partie. « L’autre partie ou l’autre personne est la Lumière, qui est générée sans cesse par toutes les puissances qui les illumine et qui est leur source.
« C’est à cause de cela qu’il a été prononcé par le Père que cette Lumière ne concevrait pas l’engendre ment du Père, dont elle est cependant le Fils sans cesse conçu : tu as un exemple de ceci dans les feux
LE LOGOS 2 2 3 secondaires de ce monde : applique à ce sujet toutes les méditations. « Et le Père aime d’autant plus ce Fils qu’ll est la Lumière et la douce santé par la force de qui s’ac croît la gloire du Père. « Mais ce ne sont là que deux personnes. L’une est aussi grande que l’autre, et leurs existences sont liées. « La troisième distinction, ou la troisième Per sonne en Dieu est l’Esprit qui s’élève en tourbil lon Où s’élabore la vie.
Il bouillonne dans toutes les puissances, il est l’esprit de vie, et les puissances ne peuvent pas le ressaisir, sans qu’il les allume et qu’il forme par son tourbillon des figures et des images selon la loi de la génération douloureuse orbiculaire en chaque lieu.
« Si tu ne veux pas rester aveugle, tu dois savoir que l’airest cet Esprit ; mais, dans le lieu de cqmonde, la Nature est tout entière dévorée par le feu de la colère : donc Lucifer est le cœur ; et le Saint—Esprit, l’Esprit de douceur, doit restercaché dans son Cie‘l. « Ne demande pas Où est ce ciel, car il est dans ton cœur; ouvres-en la porte avec ta clé qui t’est indi , quée ici.
« Ainsi, ilya un Dieu et trois Personnes diffé— rentes en Lui, et aucune ne peut saisir ou borner l’autre. ou pénétrer sa genèse. Mais le Père engendre le Fils, et le Fils est le cœur du Père, son amour et sa lumière, la source des Joies et le commencement de toute Vie. « Et le Saint-Esprit est l’Esprit de Vie, le formateur w-‘.«
224 L’INITIATION et le créateur des choses et le ministère des volontés de Dieu. Il a créé du corps du Père les anges et les créatures, il informe tout journellement, il est la force et l’espoir vivant de Dieu. De même que le Père prononce le Verbe hors de Ses Puissances,,l’Esprit informe par correspondance. » (A urora, XXlll, 61-73.) La conclusion s’impose naturellement, mais peu ont osé la produire au grand jour; voici comment le divin Krishna l’exprime: « Ceux qui se réfugient en moi, enseigne Krisna, et cherchent en moi la délivrance de la vieillesse et de la mort, connaissent Dieu, l’Ame suprême et l’Acte (I) dans sa plénitude ; « Et ceux qui savent que je suis le Premier vivant, la Divinité Première et le Premier sacrifice, ceux-là, au jour même du départ, unis à moi par la pensée, me connaissent encore. » (Bizagavat-Gitâ, Vil, 29, 30.) SÉDIR. (I) Le Karma.
LE SECRET DE L’UNIVERS 225 LE SECRET DE L’UNlVERS Selon le Brahmanisme ésotérique Aux castes de l’âge noir Aux prêtres qui ne savent plus, Aux chefs qui ne peuvent plus, Aux riches qui n’échangent plus, Aux travailleurs qui n’endurent plus. Et aux déclasssc‘s qui souffrent toujours! PREMIÈRE PARTIE VIDYA, LA CONNAISSANCE HUMAINE Pour ceux qui en savent encore moins que moi, et pour les penseurs las d’apprendre, anxieux de com prendre, je voudrais, à titre de proposition plutôt que d’enseignement, et indifférent aux refus comme à la gratitude, offrir certaines occasions de penser, de devenir, certaines possibilités de savoir et d’être, transmises de génération en génération et.de pays en pays par une minorité de'gens peu connus, encore moins soucieux de l’être. ‘ Ces idées, mises par leur étrangeté même à l’abri des curiosités superficielles, constituent une parcelle, _..u..-_.._,_. ‘.' r__.fl._æ.,_.‘..w
226 L’INITIATION une relique, le rapide aperçu ou souvenir lointain d’un monument colossal par ses proportions et son antiquité, synthèse de la religion, de la philosophie et de la science, dont les orthodoxes hindous ont con servé les noms de Doctrine cachée (I), connaissance du Soi (2), de I’Infini (3) et de la Religion (4.), c‘est à-dire de l’être individuel, de l‘univers et de leurs rapports.
Les Bouddhistes s’en souviennent sous le nom de Clarté (5), entendant par là la théorie et la pratique des meilleurs moyens pour atteindre l’état des Eclaire’s (6), des hommes qui ont développé toute leur nature spontanément, progressivement et égale ment, jusqu’au plus haut degré de perfection humaine.
Enfin quelques reflets de ces doctrines ont formé en Occident les bases de la Gnose ou Théosophie, appelée aussi Religion secrète, sagesse ésotérique ou science occulte. Pour éviter les préjugés que pourrait faire naître ce dernier terme, disons d’abord qu'il n’implique aucune idé d’exclusion.
Tous peuventatteindre la perfection et l’atteindront tôt ou tard ; toutes les consciences s’épa nouiront quelque part dans le temps et dans l’espace; entrele sauvage. et le civilisé, bien plus, entre le sot et l’intelligent, et même entre le criminel et le saint il y a simplement des degrés d’évolution, et pas de diffé— rence de nature. Mais il existe des moyens d’accélérer cette évolution.
L’état sublime connu sous les noms d’union avec la vérité (7), délivrance de l’illusion (8), (I) Goupta-uidym — (2) Atma-ridya. —- (3) Brahmâ-vidya. — l4) Yoga-aidya.— (5) Bodhi. — (6) Bouddha. — (7) Yoga. -—- (8) Moksha.
LE SECRET DE L’UNIVERS 227 et extinction du trouble (1), peut être atteint par ce que les mystiques appellent le sentier secret, jalonné des instructions de ceux qui l’ont suivi. Ce chemin le plus court, en droite ligne, ne peut être connu que d’un petit nombre, la masse des êtres étant entraînée sur la route de la nature, la voie de l’évolution, la ligne courbe. - Tout chemin de traverse est difficile.
Sur quatre aspirants à la sagesse, dit une tradition cabalistique, l’un devint fou, un autre criminel, le troisième mourut victime de son imprudence, et un seul entra dans le temple. Les religions ont montré la route du salut bordée de dangers matériels et d’embûches morales : embûches non seulement insurmontables pour qui cherche son salut personnel, mais encore dangers très réels pour les autres, pour l’humanité.
Le premier savant venu, n’importe quel médecin moderne, possède les moyens de détruire des popu lations entières, d’infester de germes contagieux l’eau, l'air et le sol même d’une contrée, sans courir d’autre risque que celui de succomber au fléau déchaîné par lui.
Or l’entraînement occulte comporte le dévelop pement de certaines facultés humaines mais trans cendantes, la connaissance de forces naturelles mais prodigieuses, dont l’emploi immoral, égoïste ou même imprudent amènerait des catastrophes plus ter ribles encore, et dont l’auteur serait la victime la moins digne de pitié. Les secrets théoriques de l’occultisme sont aussi (1) Nirflâna
228 L’INITIATION soigneusement gardés que ses secrets pratiques, pour plusieurs raisons dont la moindre est que la théorie mène à la pratique, et dont la meilleure est que la science occulte reste telle non seulement parce qu'elle ne doit pas être divulguée, mais encore parce qu’elle ne peut pas l’être.
On ne peut pas écrire de livre vraiment occulte; écrire, c’est révéler, mais c‘est aussi revoiler: l’auteur se comprend grâce à ses conceptions personnelles sous-entendues pour lui entre les lignes; aussi de tels livres ne sont dangereux que pour leur auteur. Il n’a qu’à se relire en essayant d’oublier ce qu'il sait, pour partager pleinement l’avis probable de quelques-uns de ses hypothétiques lec teurs, et trouver son œuvre vide de sens.
Nous, qui. savons si peu, avons pu faire cette expérience (I). Une charmante allégorie, d’inspiration et de tour nure orientales, compare la vérité à une source située au sommet d’une montagne escarpée; plusieurs (I) Nous devons déclarer dès le début que nous n’avons aucune prétention au titre d'occultiste pas plus qu'à aucun autre. L’auteur de ces études est un être très ordinaire. au point de vue social, intellectuel et moral.
Ayant eu la chance de rencontrer quelques disciples avancés dans le senber de l’oceultisme et d'entendre énoncer quelques théories orientales, il a résolu de les transmettre telles qu'il les a comprises. Il a pu se convaincre à la fois de l’existence des occultistes et de la difficulté qu’il y a à les aborder; mais il lui restait la res source de penser par lui-même et de suppléer par son intuition à des données insuffisantes.
Il est donc probable et même cer— tain que ce livre contient des erreurs, imputables à notre seule ignorance: erreurs non seulement d’occultisme, mais aussi de science. de raisonnement et de style. Toutefois, il y aurait de l'ingratitude vis-à-vis de l’humanité à se justifier d’une chose aussi profondément humaine que l’erreur : Homo sum, et nil humanum a me alt'enum pute.
LE SECRET DE L’UNIVERS 229 sages ont résolu d’y atteindre, mais telles sont les dif— ficultés de la route que chacun avance juste d’un pas par siècle sur ses compagnons tombés en chemin. Un seul parvient au sommet et, rajeuni par l’élixir de vie, redescend vers la cité pour livrer à ses semblables sa merveilleuse découverte.
Mais il y trouve une nou vellégénération qui ne se souvient pas de la tradition antique; les h0mmes l’ont oubliée, avec ses frères morts à la peine. Lui-même est considéré comme un fou, puis emprisonné comme un être dangereux. Il est venu dans son royaume, et les siens ne l’ont pas reçu.
Si la voie reste inconnue, c’est parce que la géné ralité se soucie peu de la chercher, incapables d’ail— leurs d’en surmonter les très réels obstacles; parce que tout ce qu’ils possèdent d'énergie, de volonté, surtout en notre âge de lutte pour le pain quotidien, est dépensé à suivre la grand’route, où les main tiennent l’intérêt illusoire et social, l’entraînementde la foule et l’habitude; enfin parce que chacun doit découvrir et se frayer lui-même sa propre voie à. travers les ronces de sa personnalité.
La perfection ne s’apprend pas, elle se devient. Le monde extérieur ne peut nous fournir que des occasions de devenir, chocs qui feront jaillir l’étincelle, peut-être, si nous sommes prêts; mais en nous, comme dans le caillou, gît le feu latent capable de réduire en cendres l’illusion immense.
Nous ne pouvons devenir sans le monde extérieur, car il contient toutes les vérités complémentaires de la nôtre; mais à moins d’assimilation, c’est-à-dire d’un développement spontané et intérieur, ces vérités nous Wmmm «.«. . e...
2 30 L’lNITIATION demeureront étrangères, mêmes lues, même con senties, même vécues. On pourrait proclamer sur les toits les plus profondes théories occultes: elles seraient comprises par ceux-là seulement dont l’entendement intérieur est ouvert. Bien des êtres ont des oreilles subtiles, qui n’entendent point; et souvent nous comprenons une vérité longtemps après l’avoir lue, un fait après en avoir épuisé l’épreuve.
On peut avoir vécu longtemps, avoir vécu souvent, sans avoir pro fondémentvécu. L’expérience n’est pas faite seulement de temps, mais aussi d’efforts et de lassitude.
Les âmes lasses de jouir et de souffrir, que l’on compterait facilement dans l’humanité, ont seules le véritable désir d’aller plus vite: les autres peuvent se contenter des religions extérieures, des philosophies officielles, des sciences établies, de toutes les fleurs du grand printemps; elles arriveront où elles tendent, Où tendent les meilleurs, à la fortune, à une situation assise, à une gloire respectée, à des idées nettes, à une conduite immuable, à une conscience tranquille, à une vieil lesse enviée, à une mort facile, à un paradis éternel ou à l'oubli définitif.
L’occultisme n’a rien à donner à qui ne demande rien, et n’ouvre pas à qui n’a pas frappé.
Encore n'admet-il que le voyageur de bonne foi, fuyant devant sa propre joie et les douleurs d’autrui, devant les vertus personnelles et les vices humains, devant le mensonge intime et les conven tions sociales ; le voyageur fatigué jusque dans l’âme, qui, sachant l’horizon toujours bleu là-bas, toujours vulgaire ici, a perdu le désir même d’arriver et, jusqu'à la notion du but ‘à atteindre. Accessible à tous, le
LE SECRET DE L’UNIVERS 23r . _.._..fi.wwr _ temple n’est pas une promenade pour les curieux, un lieu de plaisir pour les désœuvrés, une boutique à l’usage des vendeurs. L’occultisme ne condamne personne, ne rejette personne, n’exclut personne; mais ses livres, même ouverts, peuvent rester fermés. La profondeur du mystère est en raison inverse de notre avancement, de nos capacités intellectuelles et morales.
Les sages font la doctrine, les autres la font occulte. Jamais le soleil ne se\couche, mais la terre tourne et il y fait jour ou nuit. Les nuages n’ont pas été toujours aussi épais qu’en notre saison, ni la vé« rité aussi secrète.
Et le seul but du présent ouvrage et de bien d’autres efforts est de hâter le retour du prin temps moral, de l‘âge d’or où beaucoup d’êtres auront chaud au corps et au cœur, où peu manqueront du pains pirituel, ni de l’autre.
L’idée d’exclusivisme ainsi déracinée de l’esprit du lecteur y pourrait être remplacée par un sentiment de défiance, d’ailleurs fort justiciable, le scepticisme étant le vestibule du temple et le piédestal de la vérité, si nous ne prenions soin d’examiner les bases de la science occulte antique (I) et de les comparer à ceux de la science exacte et moderne.
Or les sources de Yog—w‘dya sont l’expérience transcendante (2), le jugement transcendant, pensée supérieure ou intui tion (3), et l’autorité transcendante (4), la bonne nouvelle ou témoignage sincère, qui se subdivise en tradition écrite, révélation ou inspiration, et en tra (I) Pourâna. -— (a) Drishta, Pratyak:ha. - (3) Pramâna, Pratibha. —- (4) Apta watehana, apta yox. a-‘-r
2 32 |. INITIATION dition orale ou initiation (l). L’observation, le rai sonnement et la tradition sont les sources uniques de toutes les connaissances vulgaires à l’humanité; ces mêmes facultés à l‘état transcendant sont aussi les sources uniques de la connaissance transcendante.
La science ordinaire, ne s’appuyant que sur l’expé rience sensible, sur la déduction mentale et sur l’auto rité de quelques générations scientifiques, n’est que l’état rudimentaire de la science universelle, l'aspect moderne de l’éternelle vérité.
Nous entendons par expérience transcendante l’évi— dence directe obtenue au moyen de tous les sens et de toutes les facultés de l’homme parfait; et cette expé rience dépasse l’expérience scientifique ordinaire, car certains sens et facultés ne sont pas développés dans l’homme normal actuel.
L'humanité a existé bien des siècles avant de pouvoir produire et comprendre Bach, Beethoven et Wagner; des facultés‘supérieures à la musique, plus riches en jouissances et plus sub tiles, existent en elle à l’état latent, pour nous insoup çonnées et inimaginables,et se développeront dans les siècles futurs.
D’après la science occulte, l'ouïe est le sens qui évolue plus spécialement dans notre cycle actuel : chacun des éléments sensibles a produit ou produira sa floraison d’artistes, de savants, de grands êtres et de grandes choses.
Des sciences grandioses ont disparu aux regards de l’humanité sans guère laisser d’autres traces que de vagues superstitions, obéissant à l’inexorable loi des cycles (2); nous avons (r) Srouti e!Smriti. —— (2) Karma. ;_Fa».x.,.... A -.N9MW» _,4»--«rmur“..— , _vA , v—çj
LE SECRET DE L’UNIVERS 233 u . -;, n, W. ..vv.mmw amw ;.-.u)’c>uuïêæk7îJ“n ..:..d“‘"‘..4.;W—mm vu, en ces derniers siècles, l’astrologie et l’alchimie, faibles échos d’un passé vénérable, céder le pas à la chimie et à l’astronomie, pressentiments d’un futur “encore plus magnifique.
Comme certaines anomalies physiques sont explicables par réversion ancestrale, certains phénomènes psychiques, comme la clair voyance ou la clairaudience, vaines et parfois mons trueuses esquisses de ce que l’homme a pu ou pourra être, nous permettent de soupçonner l’existence et 1la possibilité de développement d’autres sens, facultés ou moyens d’expérience que ceux par nous connus.
Assez modestes pour reconnaître de très granes inégalités de développement même entre des hommes extérieurement semblables, contemporains et compa triotes, nous devons admettre qu’il a toujours et par tout existé des hommes en avance sur leur siècleet sur leur pays.
Nous affirmons qu’il existe encore des êtres autant supérieurs au sauvage que celui-ci l’est au civilisé, au point de vue des facultés corporelles, de la vigueur des organes ou de la subtilité des sens, et autant supérieurs au civilisé que celui—ci l’est au sauvage, quant aux facultés mentales : mais, outre“les ' facultés physiques et intellectuelles, nous prétendons que des individus peuvent posséder, par suite d’une anomalie ou d’un entraînement, certains pouvoirs qui furent ou seront l’apanage de collectivités passées au futures.
Nous appartenons à une civilisation d’intel lectualité pratique : des peuples entiers, comme les Égyptiens, ont vécu d’une vie psychique, et, malgré leurs monuments, papyrus et bas-reliefs, leur histoire n’est compréhensible qu’aux étudiants de la magie; “w-‘QWm<« - r r
2 34 L’INITIATION il a existé aussi, notamment dans l’lnde antique, avant le commencement de l‘âge noir, des ères d’in tellectualité purement spirituelle, quand l’effort vers la perfection était aussi et plus intense qu’actuelle ment la lutte pour la vie matérielle; enfin la science occulte admet l’existence d’humanités qui ne soupçon naient même pas la nature de l’intelligence, c’est-à dire des phénomènes mentaux familiers à notre hu manité normale et des lois qui régissent l’association de nos idées à l’état de veille (1) et de rêve (2).
L’in telligence, si variable selon le tempérament, l’édu cation, l'âge ou la latitude, l’intelligence, qui ne suis siste même pas pendant le sommeil (3), est une simple phase dans l’évolution de l’homme et de l’humanité. La conscience même disparaîtra dans l’éternité de vant quelque chose de plus sublime. L’humanité n’est pas seulement tel pays ou tel siècle, mais toutes les époques et .tous les continents.
L’homme, selon le Brahmanisme ésotérique, n’est pas seulement sa personnalité actuelle : toutes les hu meurs qui se succèdent dans son caractère, tous les caractères qui évoluent dans son individualité, toutes les individualités qui se manifestent au cours de son existence humaine, sont les effets extérieurs de causes de plus en plus profondes et permanentes.
L’homme est un arbre à sept couches (4), et ne meurt pas tout entier lorsque ses feuilles jaunissent ou que son écorce se détache. L’homme, comme tous les êtres de (l) Djagrala. — (a) Swapna. -- (3) Soushoupti. —- (4) Sap taparna.
LE SECRET DE L’UNIVERS 235 »«w.wÿwm. ._ wwsivww—---v—r‘"..mv_un -'.—IVÇ"N‘:1‘ ‘ W‘Y;'TT"W_. yi‘Jl l’univers et l’univers lui-même, est un Djiva, un foyer d’émanations, un noyau de substances, un centre de forces,un germe de consciences, un produc— teur de sphères concentriques. Ces Oupad/zi ou sub stances sont appelées dans l’univers éléments (1)01! dimensions (2), et, dans l’homme, enveloppes ou fourreaux (3).
Un soleil par exemple comprend d’abord un noyau enveloppé d’une atmosphère, puis d’une photosphère; au delà s’étend une nouvelle sphère d’éther de dimensions considérables, au sein de laquelle tournoient les astres tangibles dépen dant de ce soleil : au delà encore il y en a d’autres, inconnues de la science moderne, tandis que l’occul tiste entend des planètes qui ne sont ni visibles ni pondérables.
La plus grande de ces sphères est com< mune au soleil et à tous les astres de son système; une autre, commune à tous les soleils, est ce fameux cercle dont le centre est partout et la circonférence nulle part. L’homme aussi est un centre, dont les sphères sont appelées enveloppes-reflets ou mirages.
Son corps matériel est l’enveloppe de nourriture (4); puis vient le corps astral, dont l’existence est admise et dont les dimensions normales ont même été constatées par quelques savants modernes : au delà de cette sphère du souffle (5) vient la sphère mentale (6), puis la sphère de conscience (7), et enfin la sphère de béatitude (8), où s’arrête le déve— loppement actuel. (1) Bhouta. — (z) Tanmatra. — (3) Kosha. — (4) Anna maya-kosha. —— (5) Prana-maya-kosha. — (6) Mana-maya kosha.— (7) Vidjgnyana-maya-kosha . (8) Ananda-maya-kosha.
2 36 L’tN lTIATXON L’homme connaît l’extérieur physique au moyen des cinq sens constituant sa sphère matérielle (t); il connaît l’extérieur astral au moyen de quatre sens transcendants (goût, vue, toucher, ouïe) constituant son corps fluidique (2).
Les sphères supérieures lui sont perceptibles au moyen des sens spirituels (clair— voyance, psychométrie, clairaudience); le plus su blime de ses sens est celui par lequel il peut percevoir l’harmonie des sphères : l’ouïe est le plus étendu, le plus direct, le plus intelligent, le plus éternel de nos moyens de perception.
Bien que l’explication com plète de cette manière de concevoir l’homme ne rentre pas dans le cadre du présent ouvrage, et mal gré l’étrangeté d’une classification si peu conforme aux idées modernes, le lecteur qui voudra bien nous suivre jusqu’au bout verra qu’elle fait partie d’une synthèse très vaste, très logique et très scientifique, et que l’homme ou microcosme est construit sur le modèle de l'univers ou macrocosme.
Cette descrip— tion objective de l‘être humain permet de concevoir au moins vaguement ce que nous entendons par expérience transcendante. C’est l’expérience acquise par certains individus complets ou développés sur tous les plans.
Ajoutons qu’il est possible à tous de contrôler leurs observations, à condition seulement de devenir occultistes, comme il est loisible à chacun de vérifier les observations, calculs ou théories que tel astronome a fait admettre dans la science exacte, à condition simplement de devenir savant. _ (r) Anna—maya—kosha. -— (2) Prana-may‘a-kosha. ‘x.a.‘_,a:JÊ:_ ',».WW, i"t"'a.w,-:V .
LE SECRET DE L’UNIVERS 237 ..»| .-..««sn vu;vw L’intuition transcendante est l’influx de la vérité dans la conscience, ou plutôt I’efflux de la cons— cience vers la vérité. La vérité étant la conformité de la conscience avec ce qui est, n’a pas besoin d’être inventée ou créée: la vérité n’est pas à faire: elle existe.
La faculté de connaître la vérité étant l’essence même . . de la consc1ence, Il suffit de diSSiper l’erreur, c’est—à dire d’élargir la connaissance incomplète, pour que le vrai prenne la place du faux, ou le plus vrai du moins vrai.
Lorsqu’un hommea réussi à tranquilliser son mental, à le purifier et à l’élever par une cons tante aspiration vers la réalité, les rayons de celle—ci se reflètent tout naturellement dans sa conscience, comme ceux de la lune dans une eau calme. On dit alors que cet homme est un inspiré ou un intuitif. C’est pourquoi certains bouddhistes japonais enseignent que l’étudiant doit commencer par faire de son esprit une page blanche.
Notre nature inférieure, et non notre partie spirituelle, doit être cultivée et purifiée. L’âme supérieure n’a pas besoin d’apprendre, elle sait: en elle est contenu l’univers, c’est-à-dire toute la vé rité.
« En moi sont les rivières, et les forêts, et les villes saintes, et les vénérables ascètes, et les sphères de félicité; et toute l’extase des dieux faite de la lai— deur des démons. » Il suffit que l’homme se déve lopp; complètement pour que la vérité pénètre toute sa nature; il suffit que la fleur sorte de terre pour que les rayons du soleil l’enveloppent d’amour et de beauté. Pour faire comprendre la différence entre cette fa ‘ __.,.( ,..Ç.,, ..Fx
238 L’INITIATION culté de pensée transcendante (I) ou connaissance pri mordiale (2) et la pensée (3) ou connaissance (4) ordi naires, nous devons dire encore quelques mots de la manière dont le Brahmanisme ésotérique conçoit la constitution de l’être humain. L’homme est àla fois un être vivant (5), pensant (6), et divin (7) ou doué d’aspirations vers la béatitude et l’immortalité.
Toutes les manifestations humaines, forme, mouve ment, sensibilité ; intelligence, souvenir, raison ; sentiment, passion, aspiration, peuvent se ranger en trois catégories, et sont sensibles, mentales ou senti mentales. L’homme est une trinité de vie (8) d’esprit (g) et d’âme (10).
Cette division, connue de tout temps, a été enseignée dans toutes les écoles occul tes, et la philosophie universitaire elle-même recon naît en nous de la sensibilité, de l'intelligence et de la volonté. Mais chacune de ces facultés est double, contradic toire, à la fois bonne et mauvaise.
Les sens nous font jouir, mais il nous font souflrir; notre espritembrasse le vrai, mais ne s’attache que trop facilement au faux; et, si nos désirs peuvent être portés vers le bien, ils n’ont pas moins de puissance lorsqu’ils se proposent le mal.
L’homme n’est pas seulement heureux, rai sonnable, spirituel, c’est aussi un être qui souffre, qui se trompe et qui se vautre : à la fois ange et démon, (I) Pramanas. — (2) Pradjgnyanam. — (3) Manas. — (4.) Vidjgnyanam. -— (5) Bhouta. — (6) Manou. -— (7) Deva. -— (8) Prana. —- (g) Manas, Tchittam, etc. — (10) Repré— sentée théoriquement par l’Ananda-maya-kosha, et actuelle ment par l’Antah/raranam et le Bouddhi.
LE SECRET DE L’UNIVERS 239 ,. ,_ , ._ _ -.m.Î -u..w..,. encore plus qu’ange ou démon. Or, la dualité étant le caractère de l’illusion de la vie réfléchie (1), cette trinité inférieure ou sombre ne peut être que le reflet, l'image renversée du triangle lumineux ou de la réa lité éternelle. Le Moi (2) est le mirage du Soi (3).
La grande âme éternelle et universelle, dont le Soi humain est un rayon, possède les trois qualifications de Sat, existence vraie, infinie et immuable ; Tchz‘t, conscience sans bornes ou omniscience, et Ananda, béatitude sans mélange et sans parties. C‘est, si l’on veut, la divinité une en trois personnes.
Cette trinité sainte, se reflétant dans l’univers illusoire (4), indivi dualisé (5), ou étendu (6), y produit les trois qualités ou aspects (7) appelés Sattva ou spiritualité, Radjas ou passionnalité, et Tamas ou matérialité.
L’homme d’illusion possède donc trois plans de conscience cor respondant aux troisplans de l’univers illusoire, le plan de la centralisation spirituelle (8), celui de la centralisation passionnelle (g) et celui de la centralisa tion matérielle (10).
AMARAVELLA. (A suivre.) (I) Maya. — (2) Mahâhankaram, le grand Je-faisant. — (3) Maha: ou Mahâtma, le grand Soi. (4) Maya. — (5) Ahan karam. — (6) Vishmzm, de Vis, pénétrer. — (7) Gouna. — (8) Sattwzka-ahankaram. - (g) Radjasa-ahankaram. -— (I0) Ta masa-ahankaram, appelé aussi Bhoutâdi ou la source des élé— ments.
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE LETTRE @IŒVETË AU CARDINAL-ARCHEVÈQUE DE PARIS (I) LE CONGRÈS DES RELIGIONS. —— LETTRE DE L’ABBI’; CHAR— BONNEL. —- LE PRINCIPE D’UN CONGRÈS EST-IL ORTHO BOXE? — LA TOLÉRANCE. -— LES RELIGIONS ET LA. RELIGION. — CEUX QUI CHERCHENT DIEU. (Nous avons entretenu nos lecteurs du congrès des religions en [900.
Ce projet, qui passionne les esprits, est l'objet, dans le monde cat clique, des plus ardentes controverses. Le ro— moteur de ce mouvement est l'abbé Charbonnel qui veut ien demander à l’nclair de ublier la lettre ouwrte suivante u’il adresse à MH‘ Richard. 'est là un document qui éclaire 'un jour très vif cette noble discussion.) EMINENCE, Cette lettre sera une prière, une suprême adjuration. Je la voudrais humble, point humiliée.
Surtout, je désavoue d’avance l’impertinente prétention qui pour rait m’être attribuée de m’élever contre votre auguste vieillesse, contre votre caractère sacré, contre votre (I) Extrait de l’excellent journal quotidien l’Éclair. Nous avons jugé cette lettre trop élevée pour ne pas la conserver dans les collections de notre revue. — (N. D. L. D.).
LETTRE OUVERTE 241 autorité religieuse. Je fais acte de liberté, non pas de révolte. . Il y a deux mois déjà, j’exposais dans un article de Revue, pour le livrer à la discussion de tous, le projet d’un « Congrès des religions » qui se tiendrait à. Paris, en 1900.
Il nous avait paru, à de bons juges qui me donnèrent leur avis, à quelques amis et à moi, que l’idée devrait être trouvée grande et généreuse de clore, par une solennelle manifestation de paix, le cycle des cent années terribles où sévirent les que relles religieuses, intellectuelles, sociales, et de pro clamer, au seuil d’un siècle nouveau, l’évangélique et réconciliatrice vérité de la Paternité de Dieu et de la Fraternité des hommes. ‘ Pour un jour, venus de toutes les contrées de l’uni vers, les croyants de foi diverse affirmeraient un seul et même credo: « Je crois en Dieu », et, pour un jour, ils diraient une seule et même prière : « Notre père qui êtes aux cieux. » Ainsi apparaîtrait parmi nous cette Église invisible où s’unissent en une seule âme les âmes de tous ceux qui croient et prient sur la terre.
Et, par cet incomparable spectacle de.l’union des croyants, les penseurs reconnaitraient que ce sont, enfin, des conquêtes modernes incontestées, le droit de toute pensée libre, de toute conviction sincère, ou même de toute recherche inquiète, non seulement à la tolérance, mais au respect, et, pour tout dire en un mot qui longtemps effraya, la Liberté de conscience.
Cette large signification, cette philosophie lointaine d’un «Congrès des religions» a été admirablement dégagée par les discussions de toute la presse.
242 L’INITIATION _._. Mais, Éminence, ma déception fut douloureuse aussi de sentir qu’un pareil projet ne suscitait que la mauvaise humeur parmi les hommes de religion. Pour la grande majorité de ceux-là, je fus un gêneur qui, en vérité, aurait bien pu laisser tranquille, en sa somnolence de sacristie, un clergé administratif et financier.
« Nous baptisons, nous marions, nous enterrons : que vient-on nous parler de congrès et de paix des consciences? » Telle fut la protestation générale. Et l’on referma les portes sur les refuges où les inerties se blottissent. Le monde intellectuel, cependant, attendit et ré clama la réponse du monde religieux. L’insistance fut jugée indiscrète.
Enfin le bruit se répandit, par de vagues et obscures confidences faites aux journaux, que le projet d’un « Congrès des religions» était désapprouvé, —— et désapprouvé par Votre Éminence. Les raisons? On n’en donnait point. Le projet était désapprouvé, nettement, mais sans raisons. Sans aucun doute, cela était grave. Les partisans du congrès s’émurent.
Le calme et la confiance leur revinrent, à songer qu’un « Congrès universel des religions » ne serait ni exclusivement parisien, ni exclusivement français, et qu’une pareille idée intén resse le monde entier, — l’Amérique, par exemple, autant que la France.
Même, s’il nous fallait croire que Votre Éminence mettrait sa haute et vénérable autorité en travers de cette idée, nous pouvions nous rassurer par la conscience de n’avoir agi que sur les conseils des grands et vaillants chefs de l’Église amé ricaine, du cardinal Gibbons, de Mgr Ireland, et par
LETTRE OUVERTE 243 ,,| _.. r la certitude d’avoir leur appui, ou même leur protec tion. L’opposition eût été bien plus redoutable, et elle eût fourni, au lieu de déclarations tranchantes, quel ques raisons. On essaya enfin. On commença par la pire : le principe d’un « Congrès des religions » était— il bien orthodoxe P Et on parla d’hérésie. Il revenait sur les lèvres, le mot implacable, le mot des terribles condamnations.
Mais, hérétiques donc, le cardinal _Gibbons et ces dix archevêques des États-Unis qui, à l’assemblée de New—York, en 1892, votèrent à l’una nimité la participation des catholiques au « Parle— ment des religons » de Chicago? Hérétiques donc, les soixante-dix évêques qui les suivirent ?
Qui sait, après tout? car ils ne firent pas de casuistique sur le cas d’hérésie, là-bas, loin de la vieille Europe, ces apôtres du jeune catholicisme américain qui, plus près de la vie moderne, ont pour noble souci de répandre par tous les moyens un peu d’idéal chrétien, Un peu d’évangélique consolation, parmi les démo craties travailleuses et peineuses, et qui savent que la grande orthodoxie est encore d’être généreux et pitoyable comme on l’est par l’Evangile.
Un « Congrès des religions », c’est, parait-il, la glorification du principe de tolérance. Tant mieux, certes. Mais nos bons sectaires, — et il‘en est « de toute sorte », comme parmi les jésuites de Pascal, — nous rappellent que «toute vérité est intolérante, et sur tout la vérité religieuse », que « l’inlolérance est le principe de vie de l’Eglise catholique». Je n’ai pas besoin, Éminence, de vous assurer que ces choses
244 LÏNITlATION sont écrites dans tels journaux religieux. L’on est même allé jusqu’à dire : « Vous voulez, par un con grès, restaurer l’idée de Dieu.
L’idée de Dieu n’est rien, si elle n’est pas l’idée du vrai Dieu: et le vrai Dieu, c’est celui que nous enseignons. » En vérité, si près du xx" siècle, après cent ans de philosophie libé— ratrice, de pareilles prétentions qui sont outrecui dantes, sauvages, inhumaines, sans raison et sans cœur, peuvent encore se produire ! Et il ne se fait pas un soulèvement de toutes les âmes offensées?
Mais, c’est vrai, ces choses ne sont dites qu'à l'écart de la pensée qui vit, dans les églises mortes. Et le monde va, n’écoutant pas la voix qui sort des nécropoles.
Si, vraiment, l'Église catholique donnait raison à de tels sectaires. et si, sur de tels motifs, elle refusait d’entendre la prière de tous les croyants de l’univers qui implorent, se souvenant du spectacle de Chicago, l’immense bienfait d’un «Congrès des religions», que pourrait-on alors opposer à ces philosophes qui disent : « L’intolérance est le principe de vie de l’Église, et c’est elle-même qui le réclame.
L’Église donc ne saurait vivre que par un effort à opprimer et à détruire tout ce qui n’est pas elle. Son principe de vie est le principe de mort de toute autre foi, de toute autre pensée. Et, dès lors, toute autre foi, toute autre pensée, qui représentent un droit sacré de la cons cience, doivent, pour se défendre et pour vivre, pro— clamer l’intolérance contre l’Église.
A l’Église, et à l’Église seule, toute tolérance est refusée? » C’est le raisonnement sévère de l’école de M. Renouvier. Et ce raisonnement n’est-il pas obscurément impliqué dans ML?» .0», :—-væ'-. M
LETTRE OUVERTE 245 f!.r tant de préventions et de colères que les proclamateurs à outrance des « droits de la vérité » ont amassées contre l’Église, par suite contre l’idée religieuse ? Je sais bien qu’on subtilise et qu’on « distingue ». —— Intolérance de l’erreur, s’écrie-t-on, mais tolérance des personnes. » —— Quel tenace sophisme, qui court encore les écoles de théologie!
Le problème de la to— lérance n‘est point un problème théorique; c’est un problème éminemment pratique et social. Il ne se ré sout pas dans l’absolu ; il se résout relativement aux pêrsonnes. La vérité et l’erreur y sont moins en cause que des âmes pareillement sincères qui croient avoir les unes la vérité, et les autres telle autre vérité. L’intolérance de l’erreur! Mais cela n’existe pas en soi, l’erreur.
On ne saurait la concevoir que comme le « non-être » de la vérité. Et dans la personne seu lement on peut l’atteindre. L’erreur, c’est, au bout du compte, la pensée de quelqu’un: pensée erronée ou pensée incomplète. Traquer une erreur, ce fut et ce sera toujours, quelque casuistique qu’on fasse, tra quer la pensée de quelqu’un, et donc traquer les per sonnes. Mais une objection plus spécieuse survient. Tolérer, passe encore.
Un Congrès solennel, Où toutes les reli gions du monde seraient admises par une sorte d’éga— lité parlementaire, irait bien plus loin: il consacre rait et impO‘serait à la foule cette persuasion, favorable au scepticisme, que « toutes les ; religions sont bonnes » et que « toutes se valent ». —- Eh bien ! Éminence, il faut enfin qu’un de nous ose le dire, un de ceux qui ne se résignent pas à laisser prévaloir un
246 L’INITIATION autoritarisme dogmatique sans légitimité philoso— phique et sans humanité: — non, toutes les religions ne sont pas bonnes; mais, oui, en toutes il y a la Re— ligion qui est bonne, et, oui, toutes les consciences sincèrement religieuses, en qui vit I’Esprit religieux, sont bonnes par la valeur morale de cet esprit et de cette sincérité; — non, les religions ne se valent pas toutes; mais, oui, toutes les droites consciences se valent et ont un droit égal à exiger le respect de leurs libres convictions.
Si la foi est le plus grand don de Dieu, la « bonne foi » est le plus grand mérite de l’homme, son droit le plus sacré et le plus à défendre. Les religions va— lent surtout par l’appropriation que s’en font les âmes, et par le soutien moral que les âmes y trouvent.
Qu‘importe la plus belle et la plus haute des religions, si elle n'est pas au fond des cœurs P Et celui-là est—il le meilleur, qui conforme le mieux sa conscience à sa foi, même restreinte, ou celui qui, ayant une foi plus complète, n’y conforme pas sa conscience ? Nous ne cesserons pas de le dire et redire, c’est plus du côté de l’homme que les religions doivent être considérées.
Il ne s’agit point tant de religions que d’hommes reli gieux, et point tant de credo et de vérité que d’âmes croyantes et de sincérité.
Et ainsi, par delà les sectes et les chapelles, dans une communion supérieure d’aspirations, de sentiments, de prières, se forme la noble élite des âmes religieuses, — l’ « église », vrai ment, de tant d’élus qui, par l‘élevante paix des croyances, ou par des regrets et des désirs de foi, ou par les tourments d’une pensée inquiète, ou par les
LETTRE OUVERTE 247 appels de leur souffrance, le regard vers la lumière, CHERCHENT DIEU. Comme ce serait donc, Éminence, de pauvres rai sons, celles par lesquelles l’inertie catholique se déro berait à l’œuvre de générosité que le monde entier demandera d’un vœu puissant 1 Mais ces raisons qu’on donne ne sont pas, je le soupçonne, celles qui arrê tent.
Depuis un siècle, l’Église de France s’est tenue, boudeuse et maugréante, à l’écart des profonds mou vements de la pensée contemporaine. Comme elle fut étouffée, pour un temps, la voix des Lamennais, des Lacordaire, des Montalembert!
Quand aujourd’hui un Manning d’Angleterre, un lreland d’Amérique et un Léon de Rome, ont voulu faire revivre le vieil et libéral Évangile périmé, I’Evangile des multitudes, et qu’ils ont voulu ramener l’Église parmi l’aristocra tie qui pense et parmi la foule qui travaille, I’Eglise avait désappris, ayant longtemps gardé « ses quartiers d’hiver dans les sacristies et les sanctuaires», le 1an gage des penseurs et le langage des ouvriers.
Elle ne savait plus que les gémissantes litanies qu’on mar monne au fond des temples désertés. Une séparation lointaine était faite entre des croyants qui n’avaient plus que des dévotions, et ces multitudes à qui il eût fallu un peu de religion, mais qui passaient, doulou reusement désenchantées. Le Christ, pour ce qu’un vain formalisme en avait fait, n’était plus un Dieu.
Et, de Tolsto’i au plus jeune de nos écrivains, com bien de grands esprits, combien de bons cœurs, sup plièrent que le Christ redevînt le Dieu de l’Evangile
248 L'INITIATION Si l‘Église répondait à cet appel de tant d’âmes, et si, en une majestueuse assemblée, elle se montrait prête enfin à rapprocher de la vie intellectuelle et so ciale de ce temps l’Evangile retrouvé, une reconnais sance universelle la bénirait de ce bienfait divin. Mais ne faut-il pas prévoir, dans le regret, que de l’étroi tesse paresseuse d’hier il restera pour demain la dé fiance et la lâcheté ?
Cette défiance et cette lâcheté auront honte d’elles. Un mouvement d’opinion se fait déjà, parmi les hommes généreux de toutes les religions et de toutes les philosophies, en faveur d’un « Congrès des reli gions ».
Si l'Église s’abstient et demeure silencieuse, il pourra être dit qu’elle s’acharne à dénier à l’huma nité quelques-uns des principes de la conscience, de la vie morale et sociale. dont cette humanité prétend vivre et auxquels désormais elle ne renoncera plus. Éminence, vous avez désapprouvé le projet d’un « Congrès des religions ». Vous êtes à Rome, dit—on, pour le combattre.
Ma prière, mon adjuration suprême, sera pour vous demander, avec un très humble respect, de craindre l’avenir, et de reconnaître que la Générosité peut quel quefois avoir raison contre le Pouvoir. ‘ V1cron CHARBONNEL.
LIBRES RECHERCHES PHILOSOPHIQUES 249 äibres Recherches philasaphiques DANS L’HISTOIRE NATURELLE ET DANS L’HOMME Par le secours du psychisme naturel Sitôt que nous voyons des efl‘ets intelligentiels se produire en dehors de ces conditions, et qui dépas sent nos forces de compréhension de plusieurs mil liers de coudées, vite nous crions à « l’inconscient », à la « Nature », et cela sufiità notre profonde... igno rance!
Chaque phase possède un savoir—faire, et une forme deconscience, et un « langage » particulier adaptit à chaque état.
'\ Si leur puissance nous surpasse, il nous semble encore que c’est de par l’œuvre accomplie que l’on doit juger de l’intelligence de celui qui l’accomplitt et non par des formes qui n’ont rien de commun avec de telles manifestations si profondes et gran dioses qu’elles nous interloquent tellement que malgré toute notre science du jour, nos piètres prises céré brales n’y peuvent mordre.
Et dire que la majeure partie des hommes passent, sans s’en douter, à côté de ces richesses de recherches et d’appréciations intéressantes tellement leur obser— vation est limitée par un optique étroit! Le Matérialisme, en s’arrêtant à la surface du phé nomène, dit: « Sans cerveau pas de pensées », a rai
250 L’INITIATION son en ce sens limité. Mais quand il ajoute et « pas d’intelligence », il méconnaît justement que l’intelli gentiel a plusieurs formes d’activité et de manifesta tion. « Inconscient » est tout bonnement le résultat d’un déplacement d'observation.
Il n’existe nulle part dans la Nature des choses, car il serait impossible d’expliquer des œuvres mar quées au sceau de la plus grande intelligence et de la plus grande sagesse, pour y mettre en place une FORCE AVEUGLEI C’est justement parce que l’intelligentiel est su prêmement lumineux en lui-même qu’il accomplit ces merveilles qui nous frappent de cécité par leur grandeur. Il est immanent au monde, car il en est l’Ame.
Il est divin parce qu’il tend à l’ordre et à l’har monie, même dans ce qui nous apparaît comme des conflits passagers. Les phénomènes du somnambulisme jettent une vive clarté sur les facultés de l’âme humaine et de son organisme.
En voici un exemple très frappant et qui ne pouvait échapper à l'observation: Voici le fait: Le sujet, plongé en état de somnam bulisme parfait, parle, agit, gesticule, etc. Vous êtes tout étonné qu’à son réveil il ne se ressouvient de rien, à moins qu’il ne le désire et que le magnétiseur ne le veuille fortement et lui impose le souvenir. Considérons d’abord le premier cas. Il semble que les cellules de la représentation cérébrale qui cons
LIBRES RECHERCHES PHILOSOPHIQUES 251 tituent la mémoire ordinaire n’ont pas été affectées le moins du monde, que les paroles, les pensées ont comme enjambé les trames cérébrales de la mémoire. Pour aller plus loin ou plus profond? Où ? C’est ce que nous aurons à voir plus loin. Le lucide cependant n’a pas eu les caractères d’une exaltation cérébrale quelconque, qui constituerait comme le délire.
Pourquoi cette volonté imposée va-t-elle imprimer le souvenir dans les cellules cérébrales de la mémoire? Parce que la volonté est une force d’arrêt qui fixe fortement ‘le cliché, et l’image alors s’y arrête le temps nécessaire. Mais il ne faudrait pas supposer que un coup rendu de nouveau au sommeil lucide, par contre il aura pu oublier le cliché cérébralisé.
Non, dans un cas comme dans l’autre il se rappelle parfaite ment, étant replongé à nouveau en somnambulisme, de tout P Où va se caser cette seconde mémoire interne bien plus étendue que la première de surface? Swedenborg a toujours avancé que l’homme possède un cerveau spirituel qui serait comme une pénétration intrinsèque et réciproque des deux cer veaux l’un. dans l’autre, l’un organisé matérielle— ment, et le second organisé spirituellement.
Mais avant d’admettre cette proposition, tâchons d’épuiser comme toujours les faits matériels, pour voir s’ils ne répondraient pas d’abord à la recherche et ne Seraient pas suffisants d’eux-mêmes. On connaît les curieux cas qui frisent momenta -—s ..a :: . t“ 4_
252 LÏNITIATION| 41 nément l’aphasie, qui fait que l’on sent parfaitement qu’on oublie quelque chose, et qu’il est impossible, malgré tous les ef’rorts cérébralement déployés, de s’en rappeler. Et toujours la sensation obsédante se fait sentir. Il semble qu’elle contient comme — un œuf contient l’embryon — la pensée elle-même.
Seulement, comme ce travail ne paraît pas suivre les canaux habituels de la représentation, il s‘ensuit que la pensée ainsi enveloppée comme de substance ne peut s’en déga ger et se formuler. On sait que le meilleur moyen, c’est de ne plus s’en occuper, et alors il est rare qu’un moment après la pensée n’apparaisse pas. Il semble donc qu’il y a un parcours canalisé pour nos pensées cérébrales et imposé par l’organisme.
Ce qui n’empêche, que les pensées oubliées font cependant encore partie de notre mémorandum in terne qui forment l’aire de notre seconde conscience. Les chercheurs savent aussi que dans la solu tion des problèmes longtemps et impuissamment cherchés combien,à un moment où il y est pensé le moins, la solution surgit comme un éclair sur le clavier cérébral.
Il se fait donc à notre insu de conscience de sur— face un travailinterne intelligentiel et « inconscient » pour nous qui parvient à réaliser des résultats supé— rieurs. C’est donc là, dans cette seconde forme de conscience; qui emprunte encoreà la vitalité interne ces ressources merveilleuses quiont été jadis déployées dans la période d’activité animique et instinctive. Chez les natures médianimiques cette seconde cons—
LIBRES RECHERCHES PHILOSOPHIQUES 25 3 FIN. v5.\« cience voilée se révèle presque tout entière parfois avec une envergure qu’il n’est pas donné à la per sonne d’atteindre dans sa phase ordinaire. Les inspirés, les génies, les inventeurs, les poètes, les grands humains ont de ces envolées dans le champ de la seconde conscience.
Non seulement cette seconde conscience a ses propres forces déjà bien puissantes, mais c'est qu’elles peuvent opérer par écho une répercussion dans d’autres sphères personnelles chez lesquelles elles opèrent un soutirage et un drainage qu1 les en richit d’autant momentanément. Elles peuvent être et devenir comme des porte-voix d’emprunt, soit isolément, soit collectivement.
Généralement le médium accuse la croyance que c’est un autre être qui le fait agir et qui s’incarnerait en lui momentanément. Et en effet dans les médiumsà incarnation on reconnaît jusqu’au faciès, qui se modifie et se moule sur celui de l’évoqué participant. Dans les expériences hynoptiques, on sait que par la suggestion le sujet s’efforce de'réaliser le type connu ou qu’il suppose.
Il faut bien remarquer que dans l’ordre des phé nomènes, il se passe des ressemblances et des pos sibilités qui peuvent atteindre les réalités. — Vou loir tout l’un ou tout l’autre, vouloir séparer abso— lument les ordres de phénomènes, et nier la possi bilité de les reproduire dans de certaines limites nous semble être trop à l’étroit si on songe que, en somme, ce sont toujours des forces intelligentielles qui sont en I . -. ..u‘—WM“‘"<—”" va.+_ï*fl" -'— *"-'--* .‘- ..——àn\::3.w ....«,|_._.w«..,. .«‘..—...‘Ï:. .‘ .;..j.-.ä_ i
2 54 L‘INITIATION . .un. jeu, par conséquent elles doivent ou peuvent réali ser des choses qui dépassent toujours notre cadre ordinaire. Vouloir faire de l’homme,dans certains états, un petit dieu sous prétexte qu’il ne peut appeler des forces libres étrangères, nous semble pour le moins aussi merveilleux que les esprits. En tout cas, cela n’en prouverait par plus de puissance sur humaine que mieux encore son immortalité possible.
Alors dans ce cas il doit être encore spirituellement lié à l’humanité et intellectuellement. La vie de l’humanité est un chaînon continu et sohdaire qui ne peut être disjoint en quelque endroit de rupture que ce soit.
Le point de suture le plus difficile à établir dans le phénomène, c’est ce qui apparuentà la seconde cons cience, et ce qui peut appartenir à des forces per sonnelles, libres, en dehors d’elles, ou qui se fondent en elle suggestivement et momentanément par des affinités d‘afiections, comme chez les médiums à in carnation.
Il n’y a qu’à lire les ouvrages des docteurs officiels, Coste, Beaunis, Barnhein, etc., pour voir avec quelle ingéniosité ils sont parvenus à établir la réalité de cette seconde conscience intime. Nous pourrions encore citer, comme nous l’avons fait en I883, le dédoublement de la pensée orga nique d’avec celle intime dans le rêve, tandis que dans l’état de veille, il nous est impossible d’opérer ce dédoublement.
Mais ce serait nous répéter sans cesse. Et d’ailleurs l’enjambement des trames céré brales que nous avons cité plus haut dans le som—
LIBRES RECHERCHES PHILOSOPHIQUES 255 1_.rnambule lucide rend aussil complètement que pos sible raison du phénomène de dualité de conscience. On sait qu’en présence de ces phénomènes de dua lité de conscience, ou de mémoire, quelques savants ont émis l’hypothèse que, dans certains cas de sépara tion, les deux lobes du cerveau pouvaient fonctionner séparément et comme constituer chacun un état de conscience spécial.
Jusqu’à présent, rien de positif n'a établi la réalité de cette hypothèse. CHAPITRE IV NOUVEL APERÇU SUR LE LIBRE ARBITRE Les antinomies qui surgissent devant notre rai— sonnement ne sont que le résultat soit de problèmes mal posés, soit de l’ignorance des éléments de l’é quation philosophique que nous posons.
Toujours devant le libre arbitre se pose la pro phétie. (Comme nous n‘écrivons pas pour les« pro— fanes » nous n’avons pas à nous attarder à leur répondre.) Nous le répétons, nous écrivons pour ceux qui ontfranchi le seuil et qui ont vu et palpe'. Alors naturellement en face de la prophétie réalisée, minutée même parfois dans ses lignes secondaires, que devient le libre arbitre?
La question est complexe, mais la double cons— cience va nous élucider au moins fortement les obs curités du problème ? Et les répercussions psychiques absorbées dans l’aura du vestibule terrestre par les âmes à naître à notre état, dont nous parlerons plus _ .. r. . . u“ v. - . smm-‘WHK... . menu—«M». -- w>» « r-w mm . 'W.‘L...L::z..;.æ... \M A-—«-\.e .>. ‘ -«..,:Âtÿ_ÿW «-«,Fnu«..q ...“ .\..e,.’,.(_ÿ,r
256 L’INITIATION _, 1 ;u :r,W loin et plus longuement, achèveront probablement de nous donner une des clefs du problème, un des plus difficiles posés à notre observation. Évidemment, l’âme qui a tant fait voir de sa puis sance prévisionnelle dans les finalités de l‘organisme et dans les emprises translucides des instincts, comme nous l’avons déjà démontré surabondamment à qui veut voir, ne peut être condamnée à couper entiè rement ses ailes.
Puisque dans les phénomènes du somnambulisme lucide, nous voyons encore se ré véler de ces merveilles qui nous démontent si aisé ment. Par conséquent," cette faculté et de cognition et de prévision et d’emprise est toujours plus ou moins la tente. Il ne s’agit qu’elle soit sollicitée, suggestionnée occultement quand le corps et la mémoire cérébrale reposent pour qu’elle entre en vibration occulte.
Il est évident que les âmes ne sont pas continuel lement claquemurées dans leur gaine charnelle, qu’elles ont des échappées et de là des rapports entre elles. De quoi s’occuperont-elles, si ce n'est de préparer le jeu terrestre qui peut les intéresser et leur fournir àelles-mêmes des éléments d’appréciation réciproques et des aliments psychiques d’observation qui font l’activité de leur vie et sa raison d’être.
Ces âmes se concertent plus ou moins nombreuses, selon comme le concert aura été étendu, et d‘autant consenti en harmonie de jeu, d’autant les résultats pourront avoir chance de manifestation préméditée. Mais comme, en somme, toutes les âmes n’ayant pas les mêmes affinités, ne peuvent se lier ainsi, il
LIBRES RECHERCHES PHILOSOPHIQUES 257 s’ensuit donc forcément que le jeu, la pièce conçue pour être exécutée se limitera plus ou moins, et par conséquent le jeu concerté courra le risque d’être gêné ou dévoyé par un jeu plus général ou même limité et interféré par les jeux voisins. Alors naturellement la prophétie se trouvera for cément tronquée et manquée par l’enchevêtrement des jeux occultes interférentiels.
L’âme comporte une sorte de liberté inhérente à sa puissance et à son individualité, et cette liberté est employée aux nouvelles affections qui a fait naître en elle le jeu terrestre. L’écho de cette liberté est répercuté par reflets dans le cérébral. Ce dernier accomplit tant bien que mal le jeu, " tout en croyant être libre, et avec l’illusion nécessaire à ce que le rôle fut « vrai » et cru tel?
Mais dans ce cérébral s’est localisé aussi une certaine somme de pensées ancrées en lui et entretenue par les matéria lités des sens qui ne sont pas toujours adéquates avec les aspirations de l’âme; il s’ensuit un ensemble d’élé— ments hétérogènes qui peuvent fort bien déranger le plan interne.
Du reste, le cérébral n’est pas toujours lui-même élevé àun état de sensitivité nécessaire qui lui per— mette de rester passif, c’est-à-dire de comprendre les manifestations de l’âme et de lui obéir.
Car les instinctivités sont nébuleuses en elles mêmes, et elles ne possèdent pas toujours cette net teté, cette impulsivité qui s’imposent et qui ne pré— sentent pas toujours une affirmation suggestive suf— fisante pour accomplir les actes en les discernant. 1 —WW—..- \ ..»..« : u-.WW \...n,:wtm_‘...nr‘l-flagykfl e“ ..q.;.,, ...._-«
2 58 L’INITIATION Du reste, Cahagnet a traité cette question d’une façon lumineuse possible pour un tel sujet, dans ses ouvrages. L‘un de nous, et nous pouvons l’assurer, a vu un cas prophétique marquant devenir réalité à vingt ans de distance. Et le cas était assez parti culier pour s’en rappeler. Il ajoute que dans ce cas on est comme « absent de soi-même », comme si le peu de liberté que répercute l’encéphale aurait pu en faire manquer l’accomplissement. M. V. Meunier, dans lejournal le Rappel du 15 octobre I886, cite plusieurs exemples de ces suggestions prophétiques réalisées à longue échéance. Dorothée Wisser, Hollandaise, née en 1820, était encore toute petite fille quand un enfant lui appa rut. Il Iui annonça que des phénomènes extraordi naires se produiraient un jour en elle. Et en effet, vers l’âge de vingt-trois ans, elle eut les stigmates dela couronne d’épines, puis aux mains, aux pieds et à la poitrine. Nous ne nous attarderons pas à reproduire la conclusion de M. Meunier qui n’explique rien de l’origine du phénomène. (A suivre.) LECOMTE. '®e"
PARTIE LITTÉRAIRE fiept ïacaraatians l Sept incarnations encorl... Avant de vivre Il luz‘faut donc septfois renaître, ô dur destin! Sept fois recommencer le funèbre festin De l’existence (1), avant que de SAT même être ivre]... Septfois mourir, septfois aux arbres du sentier, A uxfleurs de la prairie, aux vers, aux grains de sable Disperser les débris de ce corps méprisable Avant que son esprit survive tout entier! Septfois vous l’étreindreg (mais de moins en moins, Désirs cuisants, désirs que redoute celui [certes), Sur la tête duquel I’Esprit divin a lui Dans l’absolu silence etpar les nuits désertes l.. . (I) Il s’agit de l’existence illusoire de Maya.
260 L’INITIATION Il t’appelle à son aide. 6 Méditation ! Compagne du Nardjol dont I’auxtère retraite Est le partage. Viens ! et que son âme abstraite Fasse de toi sa seule et sainte ambition. Oui l toi seule pourras l’aider durantses routes. Si ses pas sont semés de malfaisants démons, Tu les feras s’enfuir par delà mers et monts. Avec toi je ne crains blessures ni déroutes... Sept incantations cncor ! Courage , ilfaut, Fixant son froid regard sur l’A me universelle, Que son être entre tous les êtres se morcèle, Et son esprit sera très pur et sans défaut!... MAURJCE LARGERIS. l’Adieu de la Saint—Martin Pour Fnm: Hameau. Dans les jardins pensijÏs, sur le flot qui s‘attriste, La rose défeuz’llée a neigé ses couleurs. Et la mourante opale et la pale améthyste Tombentdes vérandas en averses defleurs. Comme un soufile d’été la Saint—Martin subsiste A peine. Un deuil descend des nuages en pleurs, Et déjà l’hirondelle, à l’aile fantaisiste, Frz‘leuse s’est enfuie au pays des chaleurs.
L’ADIEU DE LA SAINT-MARTIN 26I Sur le fleuve muet, où les feuilles de rose Glissent en emportant les parfums des beaux jours, Le dernier rayon d’or en expirant se pose. Oh ! veux—tu! sur ces fleurs embarquons nos amours Et, comme dans Venise Où rêvent les gondoles, Fayons l’hiyer prochain à bord de leurs corolles. IVAN DIETSCHINE. ' Novembre 1895. “WMMM ml\\_a<'.' _æ4 ‘_ . m- . ..
BEBLIOGBÀPHIE LUMIÈRE n*trmrr La traduction qui fait l’objet du présent article fut opérée il y a déjà quelques années à l’intention d'une fraternité composée de quelques étudiants de l’occul tisme.
Dans ce milieu l’œuvre nouvelle fut rapidement estimée à sa juste valeur; l’originalité des idées qu’elle renfermait, les solutions satisfaisantes qu’elle fournis— sait à certains problèmes et les développements qu’elle produisait au sujet des influences planétaires, déter— minêrent rapidement chez ses premiers lecteurs le désir de faire participer à ces richesses tous ceux que leur ignorance de la langue anglaise ou la rareté du texte original en auraient éloignés.
L’approbation de maîtres éclairés vint encore fortifier cette première in tention. C’est avec l’autorité puissante de celui qui affirme avoir vu, de celui qui déclara s’être élevé à la contem plation directe des réalités spirituelles, que l’auteur se présente à nous, et l’anonymat qu’il a voulu garder,
LUMIÈRE D’ÉGYPTE 263 imité en cela par le traducteur, anéantit à l’avance toute accusation de vanité et d’orgueil qui pourrait être formulée çontre lui.
En quelques pages sublimes il nous dépeint les pre— mières activités de l'être ineffable et sait introduire dans notre phraséologie moderne une telle réalité d’a— mour intense et d’adoration ardente qu’aux regards de notre âme celui qui estincognoscible et inexprima ble par le langage humain semble déjà paraître.
Puis on descend de ces hauteurs éblouissantes en même temps que naît la première dyade : « Au moment où l’intelligence divine vibre sous la puissance de la pen— sée. » La première émanation fut la couronne étince— lante, symbole de l’activité sans bornes,et maintenant jaillisent l’Amour et la Sagesse, les deux principes in— séparables bien qu’en apparence opposés.
Ils sont le type éternel des sexes, le modèle de la loi universelle, cette loi que l’auteur, dans le courant de son œuvre, saura nous montrer partout en action. Ces trois premières émanations constituent une « triune Tête—de—Dieu », d’où émane la pure lumière blanche,car cette sphère divine est passive.
Mais bien— tôt les premières vibrations retentissent sous l’influen ce de la pensée créatrice, et la blanche lumière se transforme en de puissants océans de force, en une série d’attributs actifs et limités. En même temps une faculté nouvelle, la polarité, a pris naissance, et la substance a été divisée en deux rayons, l’un positif, l’autre négatif. Nous ne pouvons avoir la prétention de condenser en quelque pages une doctrines déjà à l’étroit en un ““'R.Ïau_oww
164 L' INITIATION volume. Aussi nous bomerons—nous à présenter dé sormais quelques-unes des opinions les plus remar— quables qu’elle renferme en même temps que nous chercherons à faire ressortir leur importance relative ment à l’entraînement occulte et à la théorie astrolo gique. Notre souhait sera réalisé si nous parvenons à intéresser le lecteur et à éveiller en lui le désir d’en savoir davantage.
Après nous avoir fait contempler jusque dans sa racinel‘involution de l’esprit et nous avoir entraînés par la puissance de son verbe jusque dans les sphères inaccessibles aux esprits privés de la vue spirituelle, l’auteur nous ramène dans les royaumes de la matière jusqu’au point ultime de l’arc descendant.L‘esprèt et la matière prennent naissance par suite de la polarisa— tion indiquée plus haut.
Autour d’un centre immobile émanent desrayons innombrables donnant naissance à leur tour àdes rayons lancés dans toutes les directions. Les premiers cristaux, origine de nos sensations, prennent naissance par suite de l’action de huit forces opposées deux deux autour d’un centre immobile. L’œuvre de cristallisation s’accomplit ainsi sur le plan externe et à l’activité originelle succède l’inertie.
La cristallisation complète et l’inertie absolue consti tueraient la mort, négation du mouvement. Maisl’i» négalité des forces en présence ne permet pas un tel résultat, et bientôt nous voyons le mouvement en spi— rale prendre naissance. C’est par des démonstrations savantes pouvant satisfaire les intelligences les piles rationnelles que l’auteur nous explique l’origine-du mouvement de retour, le début de cette évolution .—-—.——-<;;
LUMIÈRE D’ÉGYPTE 265 Wu-m«« "—Wn.—n.———A Na.-‘NavM“\..u _.__ . ,y_n(.v.,._..—. travers les règnes pour ‘ qu’il poursuivra ensuite a aboutir à l'homme. L’origine de la matière, la plus ou moins grande réalité de cet être ont toujours passionné les métaphy siciens.
Ce problème qu’il convenait de résoudre sans tomber dans le panthéisme ni le dualisme, et en n’at— tribuant pas à Dieu, le souverain bien, la création du mal est un écueil où beaucoup de philosophes vinrent s’échouer. Cependant, si à notre avis nul penseur n’a égalé Lacuria sur ce sujet,nous estimons cependant que le lecteur recueillera le plus grand profit de la lecture des pages qui s’y rapportent dans la Lumière d’Egypte.
Après avoir expliqué l’origine du dualisme apparent, l’auteur formule la loi qui régit leur retourà l’unité. Cette loi unique et universelle est celle des sexes dont nous avons vu le type éternel dans la sphère divine. Il nous la montre en action dans l’univers et dans l’homme. Chez ce dernier, c’est par sa réalisation que doit avoir lieu la créatiOn du foyer animique.
La doc trine des âmes sœurs émanées du moi divin atome différencié du moi infini se présente ici avec une ampleur et un développement que nous n’avons ren contré encore chez aucun écrivain. La théorie théoso phique du changement de sexe est énergiquement combattue en même temps que la doctrine du Karma et de la réincarnation.
Ail] sujet de ces dernières nous observerons que les explications fournies par l’auteur nelaissent pas d’être insuffisantes à ce sujet, l’inégalité réelle que l’astrolo - gi«e constate entre les hommes à leur naissance tend u.-v*—wæ:-‘ "‘="'!.‘ï'=“ï . , . ., . . ‘ -v....... vw>.'w “5‘,“
266 L'INITIATION . .: .w l.w ..-.. .—-—. —..— à démontrer que leurs antécédents ont dû les diffé— rencier. Certes, ainsi que le démontre notre éminent maître M. Ch.
Barlet, le Karma ne comprend pas seulement une réaction fatale et renferme aussi l’ac tion providentielle, mais on ne peut nier qu’il repré— sente le lien qui unit l’homme à la loi universelle et quipermet à cette dernière de s’en emparer pour le jeter sur la terre dans des conditions déterminées.
Il appartient à l’être humain de se rendre insaisissable \en devançant la loi fatale et en détruisant lui-même toutes les attractions qui le rendent son esclave. D’autre part, bien qu’Elip/zas Lévi lui aussi ait rejeté la doctrine de la réincarnation, si on admet que l’homme existe sur cette terre pour développer des potentialités latentes, il semble impossible d’admettre qu’il puisse passer dans d’autres états avant que sa tâche soit accomplie.
Nous nous permettons ces objec tions et les formulons avec tout le respect que nous éprouvons pour un adepte hiérarchiquemect élevé. Cependantl’auteur admet plusieurs exceptions pour lesquelles la renaissance dans un corps organique est naturelle: 1° cas d’avortement. 2° cas d’idiots nés; 3° cas d’incarnation messianique. Or ne considère— t-0n pas comme avortons tous ceux qui ne réalisent pas le cycle d’existence qui constitue leur destin ?
A côté de ces remarques nous ne pouvons que signa— ler la haute valeur des chapitres relatifs à la constitu— tion hermétique de l’homme, à la médiumnité, au sa tellite sombre. Sa division septénaire de l‘homme mérite d’être profondément méditée. La composition en trois dyades régies par le divin moi, entité spiri— t
.'«'"7‘I *‘ ' LUMIÈRE D’ÉGYPTE 267 tuelle, ramène au quaternaire la division septénaire. Une erreur s’étant glissée dans l’impression du tableau de ces dyades, nous profiterons de l’occasion qui nous est offerte pour le rétablir dans son intégrité. DEUXIÈME TROISIÈME DYADE DYADE j PREMIÈRE j DYADE Réfraction. (FormeélectroAmeanimale. Ame divine. ' magnétique. Réflexion. Corps Corps astral. Forme physique. spirituelle.
Le mode d’investigation de l’esprit humain est trai— té suivant la doctrine occulte et avec des détails totale— ment inconnus des écoles actuelles.
La science expé rimentale et l’intuition spirituelle s’unissent pour l’édification de l’œuvre commune: « Il n’y a que deux sources d’où nous puissions recevoir une connaissance quelconque :‘ l’une est subjective,l’autre est objective ; la première nous donne la connaissance spirituelle ou causale du cosmos, la seconde du monde matériel ou monde des effets. » Aussi, lorsque l’auteur nous dit: « Un homme peut être le géant intellectuel de son époque et cependnt être en même temps très égoïste, très injuste et très immoral », tout nous porte à croire qu’il a en vue la faculté rationnelle, cette puissance qui édifie avec les matériaux que lui fournissent l’in tuition et les sens et non l’intellectualité supérieure qui ne peut s’acquérir que par l’évolution morale et la destruction des sentiments égoïstes. - . ','rw m.7‘f"‘f‘lfl?ä
268 - L’INITIATION Les documents que nous possédons au sujet de ce satellite sombre, de cet autre du mal dont plusieurs ésotéristes et un grand nombre de mystiques ont enseiv gné l’existence, sont assez rares pour que nous appe— lions l‘attention du lecteur sur le chapitre qui s’y rap porte dans ce volume. lVrons/ria consacré plusieurs pages bien connues de ses disciples au développement de sa loi absolue dans ces royaumes ténébreux, et nous avons été surpris de rencontrer dans les œuvres de Louis Michel, dont notre ami Baglis prépare un résumé, des indications précieuses au sujet d’un organe, « la grande géhenne omniverselle, grand centre de toutes les influences », dont la rate serait, l’analogue dans le corps humain.
Les auteurs difièrent sur la localisation de ce foyer du mal, et si, dans la Lumière d’Egypte, on indique la sphère magnétique de notre planète comme étant ce satellite obscur, il convient de remarquer que Ange Pechmeja, dans J’Œufde Kneph, avait considéré la terre comme dé crivant une ellipse autour d’un foyer de chaleur et de lumière, et autour d’un foyer de froid et d’obscurité; La première partie termine par l’explication de la ’ nature;et des fonctions de l’adeptat et par un rapide aperçu des moyens à employer pour y parvenir.
Outre diverses opérations d’entraînement que l’auteur con— seille pour le développement des facultés psychiques et que nous regrettons de ne pas voir plus longuement traiter, il émet deux préceptes au sujet du régime ali mentaire. et des rapports sexuels dont on comprendra toute l’importance. La nourriture doit se composer exclusivement de végétaux, et le célibat doit être
LUMIÈRE D’ÉGYPTE 269 .. .-. . -cm..«rxz.y—.<m'-"r : évité : << -Obéir aux lois de la nature est la seule route saine et sûre conduisant à l’évolution spirituelle des sens de l'âme, et une de ces lois consiste dans l’union légitime des sexes. » Cependant cette règle peut plus tard subir des exceptions: « Ainsi le célibat ne doit exister que lorsque la nature animale s’est élevée assez haut vers les principes supérieurs pour que les propen sions sexuelles soient susceptibles d’étendre leurs vibra tions vers un plan d’action plus élevé. » Eliphas Le’ui ne nous dit-il pas aussi : « Dieu est visible dans ses 'œuvres, et il ne demande rien aux êtres contre les lois de leur nature dont il est lui—même l’auteur » ?
La deuxième partie traite uniquement des influences astrales. Au milieu des trésors qu’on y rencontre il est impossible de faire un choix. Il faudrait tout citer, et notre examen déjà trop long ne saurait admettre d’être augmenté encore. Disons simplement que l’in fluence des signes du zodiaque et celle des planètes sont étudiées avec la science et développées avec la clarté que nos lecteurs sont habitués à rencontrer dans les travaux de M. Ch.
Barlet. Sûrement nous leur inspirerons ainsi le désir de juger par eux-mêmes de la vérité de notre assertion. Les rapports des pla— nètes avec les facultés intellectuelles sont définies d’une manière précise bien éloignée des interprétations des apciens, à qui on peut reprocher d’avoir manqué un peu de clarté en ce sujet.
Avant de terminer, remarquons que,si Morin de Villefranc/ze plaçait la perfection dans le premier ciel, pour attribuer ensuite à chaque planète un attri but actif mais limité, l’auteur de Lumière d’Egypte A tm.,fll flr l = -
270 L‘INITIATION considère que « la somme totale de ces puissances que nous nommons influences planétaires est conte nue dans la potentialité du rayon solaire ». Ce der nier se réfracte en sept rayons secondaires, et chaque planète, selon sa nature particulière et son affinité, absorbe l’un d’eux.
Uranus et Neptune prennent place parmi leurs aînés qu’ils sont chargés de représenter à une octave supérieure, et l’auteur ajoute: « Ainsi nous voyons qu’à mesure que l’homme développe des facultés supé— rieures des orbes plus éthérés apparaissent dans les hiérarchies célestes des cieux étoilés dans le but de le régir et de le gouverner. » Quant aux petites planètes récemment découvertes, ce sont les débris d’un astre disparu qui symbolise l’âme qui manque dans la constitution de l’homme.
Répétons-le, nous n’avons pu que fournir, d’une manière très incomplète et très imparfaite, un aperçu de toutes les richesses enfermées en ce volume.
Si nous regrettons que l’auteur montre parfois quelque violence à l’égard de l’école théosophique et des dis ciples du bouddhisme ésotérique au sujet de doctrines qu’il rejette, du moins nous sommes heureux de pou voir saluer l’une des œuvres les plus remarquables de notre épOque, œuvre qui deviendra très rapidement précieuse pour tous les adeptes de l’astrologie. ABEL HAATAN. ." &tlnæ
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES 271 “ŒRWPE MnÈrrmmm D’ÉTUDES ÉSOTÈRIQUES Prochainement quelques conférences destinées à nos lecteurs seront données à Paris par le président et les officiers du Groupe.
Nous en reparlerons dans le pro chain numéro ainsi que de nos rapports de Belgique que nous venons de recevoir. * #4 RECHERCHES SUR L’INCONNU GROUPE n° 4 « MONSIEUR LE DIRECTEUR, Si, en raison même de mes nouvelles convictions, j’ai renoncé aux évocations spirites, je n'ai nullement renoncé à l’étude des forces ou des intelligences occultes.
Permettez-moi donc, à l’occasion, de vous narrer certains faits touchant quelque peu l’Occultisme : Arthur T., (âgé d’une vingtaine d’années)‘, fils d’honnêtes commerçants de Grenelle, tombe parfois spontanément en somnambulisme. Quand ce fait se produit pendant le repas, ce jeune homme dit voir, dans son verre, des lettres qu’il épelle très vivement. Les phrases ainsi formées constituent des prédictions qui se sont réalisées quelquefois.
Une nuit, M. et Mme T. furent réveillés par un bruit semblable à celui produit par un tapis fortement battu. Ce bruit paraissant venir de la chambre de son fils, M. T. s’y dirigea avec une bougie allumée. Il fut alors témoin d’un singulier spectacle: Les deux battants d’une table secoués par une main invisible battaient avec force.
272 L’INITIATION “:7fl Dans son lit, Arthur étaiten état complet de catalepsie. ( Est-ce bientôt fini? odemanda M. T. quelque peu habitué aux manifestations spontanées de l’Invisible. Pour toute réponse la table se mit en marche et d‘elle-même, se plaça à cheval sur le lit du cataleptique. M. T. enleva la table et la remit à sa place. Le lit et son occupant, toujours en catalepsie, firent alors une promenade dans la chambre.
Trois coups furent ensuite violemment frappés dans la porte d’entrée. Puis, Arthur s’éveille après avoir traversé la phase léthargique; ce fut la fin du phénomène. A. FRANçOlS. P. S. -— Depuis quelques semaines, je fais des expé riences de suggestion mentale chez M. T. Je vous en rendrai compte prochainement.
EPIWJ’ET DE RECHERCHES CÜLLEGTIV’ES J’ose prendre la liberté de soumettre aux chercheurs occultistes un projet de travail collectif. il est bon de répondre à l'objection qui nous a été faire par des esprits prévenus, à savoir que nous sommes des travailleurs encore trop novices pour que nos conclusions fassent autorité.
Démontrons qu’elles sont vraies, non seule ment par des réalisations nouvelles, mais aussi par une grande enquête dont les résultats confirmeront nos affir mations. Cette enquête demande de si vastes lectures, qu’elle ne peut être faite que par une collectivité d’éru— dits et de spécialistes.
Il s’agit de recenser le plus grand nombre possible d’ouvrages contemporains sur le magnétisme, l’hypnotisme, les diverses sciences occultes, la -théosophie, la mystique, la philosophie des sciences et la philosophie de l’histoire. On peut se limiter à l’analyse des ouvrages publiés en France, en Allemagne, en Angleterre et aux États-Unis, depuisg 1860 par
PROJET DE RECHERCHES COLLECTIVES 273 exemple. L’analyse de chaque ouvrage ou article impor— tant serait faite par un travailleur compétent, capable d’extraire de ses lectures ce qu’il trouverait de nouveau et d’original, capable aussi d’indiquer brièvement ce qui serait une simple confirmation des hautes vérités acquises par l’occultisme français.
Chaque note aurait un titre, comme: Gonflement extraordinaire obtenu par le magné— tzsme: Gougenetdes Mousseaux, dans la Magie au XIXe siècle, page..., dit ceci..., etc. (suivrait la citation, brièvement appréciée, avec renvoi à d’autres ouvrages Où le cher cheur aurait trouvé des faits analogues).
Un autre liseur pourrait corriger et compléter cette note par d’autres citations: Tel fouilleur noterait, sous le titre Froid ressenti par les expérimentateurs, différents phénomènes bien connus des occultistes, etc. Les notes ainsi prises, envoyées au Voile d’Isis sous forme de glanures ajoutées à des analyses d’ouvrages, pourraient, au bout de quelques années, être une véri— table mine d’or pour les travailleurs.
Les dévoués collaborateurs étrangers du Groupe éso térique nous rendraient un grand service en dressant à loisir une liste d’ouvrages publiés depuis trente ou qua rante ans dans leur pays d’origine, en mentionnant même ceux dont ils ne connaissent que le titre. Il serait bon de mentionner l'éditeur et le prix de chaque ouvrage. Quiconque voudrait analyser un ouvrage en avertirait Sédir ou Sisera.
Une note imprimée éviterait que le même travail fût fait par plusieurs. — Les travailleurs de province (comme votre serviteur) ne pourraient se passer des renseignements de Paris ou de l’étranger.
Ainsi, je de'sirefort savoir quels sont les ouvrages édités à l’étranger sur les prophéties modernes depuis 1860; si des occultistes daignent m’envoyer une réponse au « Voile d’Isis », je la recevrai avec reconnaissance et je commen cerai mes extraits. — Tel autre fera cette question à nos correspondants d’Allemagne: Quels sont les meilleurs ouvrages sur l’hypnotisme ?
Une note fera lire ce qui est essentiel et laissera de côté les livres sans valeur. Mon modeste projet me parait se relier à celui d’un
274 L’INITIATION .:-. vvaW futur congrès des religions, et compléter les indispen— sables renseignements bibliographiques donnés si libé ralement par le Groupe ésotérique sous la direction de son infatigable président. SATURNINUS, S*'.t I*Ï* LA ŒNOSE On se rappelle la lettre ouverte adressée par l’évêque gnostique de Bordeaux, T Synésius, au cardinal Richard en faveur du Congrès des Religions de 1900.
Nous reçûmes vers cette époque la visite d’un rédacteur de 1’Eclair qui demanda une interview avec l’évêque de Bordeaux; nous lui donnâmes les moyens de cette entre vue, ce qui ne l’empêcha pas de déclarer quelques jours après qu’il n’avait pu obtenir de ce côté aucun renseigne ment. T Synésius vient d‘ailleurs d’envoyer au même journal une lettre rectificatrice (3 décembre).
Nous pouvons dès à présent informer les Parfaits et les Parfaites que le T. H. Synode,réuni prochainement, approuvera la version définitive de la Catéche‘se et des Rituels ésotériques. T PAUL, év. de Concore{æo, coud}. de Toulouse.
HOMÉLIE ADRESSÉE A L’ARCHEVÈQUE CATHOLIQUE DE PARIS PAR L’ÉVÊQUE GNOSTIQUE DE BORDEAUX AU SUJET DU CONGRÈS DES RELIGIONS : Très cher Frère en Dieu, C’est à Rome Où vous êtes et c’est en ma qualité d’évê que gnostique de Bordeaux et de coadjuteur de S. G. l’évêque de Paris que je vous adresse cette homélie. J'apprends avec une profonde tristesse que vous vous
..4: H. HOMÉLIE 275 opposez à ce que la confession catholique soit repré— sentée au Congrès des Religions qui doit tenir ses assises à Paris, en 1900. C’est de votre part une pensée d’autant plus malheu— reuse qu’elle est en contradiction flagrante avec l’esprit de fraternité et de conciliation de l’Evangile de saint Jean, qui est exclusivement le nôtre, mais qui est aussi l’un des vôtres.
De ce congrès, il ne peut jaillir que bien et bénédic tion sur l’humanité tout entière. On y affirmera Dieu, on y proclamera solennellement la persistance de l’être, en un mot on y consacrera une fois de plus les immor— ’ telles vérités qui sont à la base de toute religion et qui sont l’essence même de cette foi universelle, dont les temples ne sont ni à Garizim, ni à Jérusalem, ni à Rome, mais partout Où l‘âme humaine souffre et adore.
Ce que nous préparons, ce n’est ni une assemblée po litique, ni un conseil d'hérésiarques, c’est le véritable concile œcuménique des temps nouveaux. Notre frère Victor Charbonnel vous l’a prouvé plus éloquemment que je ne le saurais faire; je me contenterai d’adresser appel à vos sentiments de citoyen français et de prêtre chrétien. Ce que la libre Amérique a fait à Chicago, la France doit le faire à Paris.
Ce que le cardi ‘ nal Manning a approuvé, le cardinal Richard doit l’ap prouver. Sur ce, je prie le saint Plérome et les saints Eons qui le composent de vous éclairer, etje souhaite que de la cité éternelle où nos apôtres Valentin et Simon évangélisèrent les peuples, vous rapportiez la pensée de chrétienne to lérance qui anime ici les pasteurs de toutes les confes ‘ sions. T SYNESIUS, Évêque gnostique de Bordeaux, Coadjuteur de l’évêque de Paris.
27! L’INITIATION firancl fionseil du fipiritualisme _— La première réunion des délégués a eu lieu à la date indiquée. Il a été décidé d'adresser un appel imprimé à tous les journaux spiritualistes pour terminer la consti tution régulière des délégués. Dans un mois le Grand— Conseil fonctionnera complètement et nous espérons que ce organisme contribuera pour beaucoup à l’union de toutes les fractions du Spiritualisme.
VUE MATÉRIELLE DU GÙRPS ASTRAL Je me suis demandé bien souvent si quelqu’un étant dans son état normal, a vu le corps astral? Après quelques recherches voici ce que j’ai trouvé: Perth (Die mystischen E3cheinunghen I, 49) : Frédéric I", roi des Danois, condamne son secrétaire Febourg à être pendu pour avoir trahi certains secrets. Les causes principales qui ont porté le roi à donner cette sentence ont été les intrigues de Forbene.
Pendant l’exé— cution, le roi, ainsi que plusieurs autres personnes qui y ont assisté ont vu au—dessus de la tête de Febourg une flamme. Tous se sont écriés que Febourg n’est point fautif, alors le roi décide qu‘on lui fasse un en terrement avec tous les honneurs dus à son grade, et ordonne que Forbene soit pendu. Plinin (Hist., x1, 37, 45).
Une Légende républicaine : On vit un jour sur la tête du grand prêteur républicain 4<Genucius Cipus » des cornes de feu. Le grand prêteur considère ceci comme signe de royauté ce qu’il fit qu’il s’est exilé. Perth (Die mustischen Exscheinunghen I, 49) : Le Fils du grand théologue Weller du temps de Luther,
|r ,_. 277 ainsi que ses serviteurs, vit la tête de son père entourée de flammes pendant que celui—ci dormait. Tel-Livin (I, 39), Une Ancienne Légende Latine Etrusque . A la cour du vieux roi Tarquin on élevait l’enfant d’une esclave par l’ordre de la reine Tanaquille. Un beau jour la cour entière vit pendant le sommeil de l'enfant une flamme sur la tête qui disparut aussitôt qu’il s’éveilla: Max cum somno et flamman abiise.
De même que chez Febourg cette flamme fut prise comme un bon signe, car plus tard cet enfant devint roi, (ce fut Servin-Tulin): Sigma dedit genitor, tuum cum caput igne corusco Contigit igne coma flammeus arsit apex. (Ovide, Fast, VI, 635, et suiv.). VUE MATERNELLE DU C_ORPS ASTRAL N’étant pas satisfait de ces preuves, voici ce que j’ai trouvé et qui prouve jusqu’à l’évidence l’apparition du corps astral.
Le Modem Spiritualiste, pages 268-71 : Russel Wallace cite les photographies relatives au corps astral obtenues par John Beattie de Clifton avec le docteur Thomson, d’Edimbourg. Ces docteurs sou tiennent que l’impression du corps astral s’est Opérée aussitôt que l’on a posé le révélateur. Die Plotglichkeit, mit der diese gestalten aufden Plat ten erschienen.
Su bald der Entwiekler augewendet Wurde Aksakov 1,54 : En laissant de côté les dates historiques et en consi dérant seulement qu’on peut enregistrer le corps astral au moyen des appareils photographiques, nous pouvons certainement dire que le corps astral est visible parfois à l’œil nu. J.-T. ULIc.
2 78 L’INITIATION Bomnmsnonnancm ‘ Jeudi, 3 octobre. MONSIEUR, J‘aurais voulu, dès le premier jour, vous dire combien je fus touché de l’intérêt que l’Initiah‘on témoigna pour la grande cause du Congrès des religions en reprodui— sant, la première d'entre les revues, un article sur la ques— tion.
Nous menons, mes amis et moi. une campagne qui ne pourra aboutir que soutenue parles esprits généreux de toute croyance, de tout mysticisme ou de toute phi losophie. A l’Initîation vous êtes, parmi ceux-là, des meilleurs. Et c‘est pourquoi votre concours nous sera particulièrement sympathique et précieux. Je tiens, pour mon compte, à vous remercier chaleureusement de la première marque que vous nous en avez donnée, un peu comme un gage.
Veuillez bien, Monsieur, agréer l’assurance de mes sentiments bons, sympathiques et distingués. V. CHARBONNEL. VKSR@ŒI ASTRALË Nous lisons dans la Presse du 15 décembre 1895 la curieuse note suivante, qui indique un cas très intéres sant de Vision astr‘ale relatif au désastre subi par les Italiens en Afrique: Le major Toselli jouissait à Peveragno d’une estime affectueuse très vive. Sa sœur est folle de douleur. Par une singulière coïncidence, la vision de la mort de son frère lui apparut le jour et l’heure même de la bataille.
ÉCOLE DE MAGNÉTISME DE LYON 279 I'.’2‘“T nEcarrmns DU nmacrnun DE « L'INITIATION » M. le Dr Papus recevra personnellement les membres du Groupe et les lecteurs de l'Initiaz‘ion qui voudraient lui demander des renseignements, le mardi de chaque semaine, de 3 heures à 6 heures, à dater du 10 jan— vier 1896,à son domicile, villa Montmorency, Paris—Au teuil.
ÉCOLE DE MAGNÉTISME DE mon L’Ecole secondaire de Lyon dirigée par le père Phi— lippe obtient un gros et légitime succès. Elle compte plus de quarante élèves régulièrement ins. crits, et les cours sont très suivis. Voici,à titre documentaire,le résumé d’un des derniers cours : ÉCOLE SECONDAIRE DE MAGNÉTISME ET DE MASSAGE DE LYON Cours du jeudi 5 décembre 1895, — cinquante per sonnes présentes.
Philosophie du magnétisme LE MAITRÈ : « Avez-vous bien compris ce que j’ai eu « l’honneur de vous expliquer concernant les pôles et la « loi de polarité? Permettez—moi de revenir sur ce sujet. > Après une première explication claire et précise, le maître nous dit :
280 L’INITIATION « En l’homme il ya deux sujets: l'âme etla matière (I) L’une vient de Dieu, elle est de Dieu même: consé quemment la dignité de votre être ne saurait être mé connue. — Soyez fiers d’appartenir à ce Dieu qui est si grand, si bon (dans quelques instants faites-moi sou venir de vous donner une idée de sa bonté et de sa grandeur!) « Dieu a mis sur notre route,ici-bas, tout ce que nous pouvons désirer et tout ce dont nous avons besoin pour lutter, c’est-à-dire pour nous dépouiller nous— mêmes de ce boulet que nous trainons depuis le com mencement. — Je sais bien qu’en ce moment vous vous dites : Mais pourquoi nous a-t-il créé pour souf frir? -— Détrompez-vous, ne jugez point ses œuvres, ne jugez point non plus votre frère.
Le maître nous fait ensuite une longue dissertation sur la création et les devoirs de l‘homme, nous disant en la terminant .
« Ne répétez point ceci au dehors, car « on ne comprendrait pas ce que vous comprenez en ce « moment et là vous perdriez votre temps; ce n’est pas « ainsi qu’il faut semer le bon grain. » Une personne demande au maître pourquoi ce Dieu si bon tolérait les révolutions et la guerre, Où tant de mal heureux succombaient et mouraient sous le feu des .fu sils et des canons et périssaient par les bayonnettes.
A cette question le maître répond:« Mais vous ne « vous souvenez donc pas du jour Où je vous ai expliqué « que la mort n’était effrayante que pour ceux qui en— « touraient le sujet devant disparaître du nombre des « mortels?— Ne m’avez-vous pas demandé la preuve de < ce que je vous disais? Ne vous ai-je pas dit qu’un (( (( « (( àkkkkfi àkkââkâ cliché se présentait à vous et vous, comme une auto matique machine, vous exécutiez les décrets de Dieu.
Je vous expliquerai ce que devient ce cliché après le temps déterminé. « Ne m’avez-vous pas demandé si on verrait un jour la (1.) Nos lecteurs comprennent qu’il s‘agit ici de deux des principes de l'homme. Le Maître n’enseigne les secrets du tromème que dans d’autres circonstances. ...-u
ÉCOLE DE MAG-NÉTISME DE LYON 28r ea4‘œaaàxaaaaaaa.eaaaaaaaxa fin .des choses? Et je. vous ai répondu à ce sujet. — Ne m’avez-vous pas demandé ce qu’était un cliché? Je vous l’ai dit. — Ne m’avez vous pas demandé encore si vous pourriez entendre des voix et de la musique partant d’un cliché? Ne vous souvenez-vous pas de celui de la bataille de Waterloo, comme si cette journée mé— morable se fût passée en votre présence et sous vos ' yeux?
Quelques-uns parmi vous, n’ont—ils pas vu et tous parfaitement entendu? Vous vous rappelez les cris les grincements de dents des malheureux blessés; n‘avez-vous pas senti la poudre brûlée et vu sa fumée ?
Tous ceux qui étaient à cette séance n’ont—ils pas en— tendu Ie roulement des tambours, les coups de canons et la. fusillade? —- Vous me demandez si les blessés souffrent encore depuis ce temps, —— en effet c’est votre droit,mais je ne dois pas aller si loin; -— sachez bien qu’ici-bas pas plus que dans les autres mondes ou autres terres, tout a une vie et que la mort n’est q-u’apparente et n’est en réalité qu’une métamorphose.
Le cliché de Waterloo n’est pas mort, il a été fait au commencement et durera toujours en se modifiant, il est vrai, mais il est vivant et n’a pas été créé seule ment pour nous, mais aussi pour d’autres peuples, d’autres mondes et d’autres terres.
« Tous ceux qui vous ont apporté la parole de Dieu vous ont dit qu’il est bon et juste; ils vous ont dé fendu de juger ses œuvres, et vous, lorsque vous serez justes, vous comprendrez que vous n’avez pas à juger ses œuvres, car vous les trouverez justes. — Si vous êtes plus justes encore, vous vivre{pnr LUI etpour LUI».
« S’il vous a été donné de voir et d’entendre et que votre curiosité soit satisfaite, vous devez payer, mais payer plus que vous pourrez. — Je veux dire que tous vous faites ce que vous pouvez pour bien faire à l’égard de l’amour que vous devez à votre frère, afin de rendre le bien pour le mal; mais, si vous réfléchissez bien, vous reconnaîtrez que vous auriez encore pu mieux faire : c’est pourquoi je vous dis qu’il faut payer plus que vous ne le pouvez. » aaAaé àAAkÀAA5‘è r. SUJET. — Un malade, le sieur B’.- Clovis, demeurant
282 L‘INITIATION à Lyon, cours du Midi, âgé de 55 ans, tibia brisé (9 sep— tel'hbre I895), première consultation. Le Maître interroge ce malade et lui demande la cause de sa maladie : ce dernier déclare avoir reçu plumeurs c_Oups de pied de cheval au tibia. au point queol’a‘mputa t10n de lajambe fut jugée nécessaire, mais qu Il s opposa Vivement à cette opération.
' ’ _ Le Maître reconnaît que le péroné a été gpen par la science chirurgicale, mais que le tibia n'a pu etre sonde et de ce fait empêche le malade de pouvo1r bouger le Pied ni étendre la jambe.
Le Maître, s’adressant alors à un homme des.plus scep_ tiques, M. X. (professeur à l’École de la Marumere), lut it: a Prenez parmi les assistants un homme de votre choix, auquel vous direz : « Vous êtes un grand magne << tiseur; veuillez donc venir magnétiser la jambe de ce << malade. ) L€dil M- X. s’étant adressé à un élève, celui-ciré— pond affirmativement et s'avance d’un air conva1ncu auprès du malade, sur la jambe duquel il fait des. passes magnétiques pendant deux minutes et demie envuon. -_— APrès cette opération, le sujet affirme ne plus ressentir aucune douleur ni raideur dans sa jambe et, pour le prou-— ver, il Pose son pied à terre, ce qui lui eût été de toute imPOSSibilité auparavant.
Le Maître nous dit : « Il reste maintenant à faire la ( suture du tibia. > Les élèves remarquent alors plusieurs rugosités assez volumineuses à partir du tiers moyen antérieur et infé rieur au tiers antérieur et supérieur du tibia.
Le Maître demande si parmi les assistants il se trouve un docteur : « S‘il s‘en trouvait un et qu’il veuille mettre ( la main sur la partie malade, il est certain que les os re « prendraient immédiatement leur place, et peut-être la « suture serait instantanée. —A défaut d'un docteur, dit c le Maître, x‘<’-mplaçons sa science par un massage peu ‘ ordmaire ; — ne voulant pas contrevenir aux statuts “ de l’École de Paris, nous ne toucherons pas’la partie < affectée. » Pour exécu . ter ce massage peu ordinaire, le Maître prie "015 Personn es désignées par M. X. (professeur à l’École l
ÉCOLE DE MAGNÉTISME DE LYON 283 de la Martinière) de prendre une béquille du malade et de l’apporter àl’autre extrémité de la salle et demande à l‘un de ces Messieurs de vouloir bien faire des frictions légères sur cette béquille. Le malade déclare ressentir sur—le—champ l’effet de ce massage, depuis l'os de la cuisse jusqu’au pied, et, chose à remarquer, la plupart des assistants ressentent par ricochet les mêmes effets.
N0us étant approchés, nous remarquons avec surprise que les rugosités ont sensiblement diminué de volume; de son côté, le malade manifeste son étonnement et nous assure ressentir une très grande amélioration et beau coup plus de force dans sa jambe. 2“" SUJET. — Un sieur Frédéric P., atteint de rhuma— tismes et ayant les jambes enflées, première consultation.
Pendant l’opération sus«énoncée, le Maître donne l’ordre à l’un des assistants de s’adresser à un élève en lui disant: « Vous êtes le sieur Frédéric P. ». Cet assis« tant obtempérant à l’ordre donné, l’élève lui répond: « En effet, je suis bien Frédéric P., je suis atteint de douleurs et j’ai les jambes enflées. » Le Maître, s'adressant alors à M"° C.
P., élève, la prie, de faire des passes magnétiques sur les jambes du faux malade, ce qu’elle fait sur-le-champ, et en moins de deux secondes, les douleurs ainsi que l’enflure disparaissent. -—-Inutile d’ajouter que les deux Frédéric P. se déclarent tous deux ensemble complètement soulagés et ne ressen tir aucun mal.
OBSERVATIONS. -— Le Maître nous fait observer qu’il est obligé de se servir de ce stratagème (si toutefois l’on peut s’exprimer ainsi) pour abréger le cours de clinique, — qu’en apparence l’on'croit reconnaître tous les carac tères physiques de l’hypnotisme, mais qu’on veuille bien ne pas s’y méprendre,car ce n’est point de l’hypnotisme, attendu qu'au préalable aucune permission n’est deman déc au sujet. — Le Maître ajoute : < Vous avez tous ( sans doute remarqué queje ne m’adresse qu’aux per ( sonnes les plus sceptiques et que ces derniers ne sont ( pas plus fatigués après qu’avant l'opération. — Ne ( croyez point que ce soit de ma propre force, mais que ( c'est Dieu qui le permet ainsi. — Vous avez tous vu
284 L’INITIATION n commander à la matière le jour de l’ouverture des cours, et cela sans passes magnétiques et sans aucune application de force de volonté.
La matière, n'étant pas pourvue d’âme. ne peut être hypnotisée ;.cette matière a cependant obéi à ce qui lui était commandé sans le secours du magnétisme. — En vérité, je vous l‘affirme,. tous les pouvoirs sont donnés à l’homme. —— Si vous disiez à un animal de rendre son instinct à la nature, il deviendrait fou, et, si vous lui disiez de rendre la vie à la nature, il mourrait sur-le-champ. ) La plupart des élèves se souviennent que le Maître»a déjà en maintes circonstances donné les preuves les plus palpables à l’égard de tout ce qui est énoncé ci—dessus.
AAAAA*ARÀ Pour M. Philippe, directeur: Le Secrétaire adjoint, LAURENT Bourrnsn. BIBLIOGRAPHIE F. JOLLIVET-CASTELOT. — L’Alchimie, broch. in-r6, I fr.. Cette brochure est la reproduction de l’article de notre savant correspondant paru dans le Mercure de France de novembre.
4: La matière est une, la matière vit, elle évolue; il n’ya pas de corps simples. > Tels sont les axiomes dont s’épigraphie ce travail; destiné surtout à la propagande, il indique l’alliance pOssible de la chi mie synthétique contemporaine et des théories hermé tiques. S. . au. Vérités coloniales, » par J. CHESSÈ. Chamùel, éditeur ,.
79, rue du Faubourg—Poissonnière. _ Dans ce petit volume de ISO pages environ, l’éditeur Chamuel publie sous le titre de Vérités coloniales, et ces ,trois sous—titres : le Désordre, les Abus, le Danger, ce que ,» '-.wWMW_I._’UW mM,Mwu-M—M»dvwc .w.-.,ñ.“.wfl
BIBLIOGRAPHIE 2 85 j’appellerai volontiers l’acte d’accusation politique sui vie parle gouvernement français en matières coloniales depuis un certain nombre d’années, acte dressé par un _homme dont le caractère personnel et les différentes po— sitions qu’il a occupées ou qu‘il occupe encore affirment la compétence et la sérieuse importance : M. Chessé, officier de la.
Légion d’honneur, membre du Conseil supé rieur des colonies, ancien gouverneur dela Guyane, etc. Les faits présentés par M. Chessé, très succinctement et dans un style très sobre, sont pour la plupart con nus; mais, par le groupement fort habile que l’auteur a su en faire, ils exercent une impression saisissante sur l’esprit du lecteur..., j’allais dire du tribunal.
Après l’audition d’un pareil document, la condamna tion s’impose prompte et sévère. C’est une triste page de l’histoire politique de la France que M. Chessé à écrite là; on a hâte de la tourner, dans l’espoir de trou ver mieux après, mais, ce mieux, le trouverons—nous? L’avenir nous l’apprendra.
Ce qui me frappe particulièrement dans ce petit opus cule documentaire, c’est la quantité de très graves ques— tions qui s’y agitent ou qu’il soulève, et toutes d‘une importance capitale, tant il est vrai qu'on pourrait dire de la politique coloniale de la France — comme de celle de toutes les nations — ce que M. Chessé dit de l’émi— ,grauon.
« L’émigration bien comprise et bien organisée sera certainement, et quand on le voudra, un des meilleurs «moyens d’aider aux solutions de la question sociale; mais tout est encore à faire dans ce sens.. :» L’ouvrage de M. Chessé convaincra de cette vérité tous ceux qui le liront, et il mérite, certes, d’être lu par nous ceux qui se préoccupent à un titre quelconque des multiples problèmes sociaux qui se posent si impérieuse anent à nous à l’heure qu’il est. JÉHAN DULAC.
286 L’INITIATION LIVRES REÇUS METZGER. — Le Monde sera-kil catholique ? 1 vol. in 18 (Chamuel). — Compte rendu prochainement. JOLLIVE‘T CASTELOT. —- L’AIchimie (Mercure de France). — Tirage à part d’un excellent article de notre collabo rateur. D“ ARNAUD. — L’Art de connaître les hommes, 1 vol. gr. in-8 de 800 pages (Montpellier, impr. Ch. Boehm). Très beau travail dont nous regrettons de n’avoir qu’un volume.
ALEXANDE Axsaxor. — Animi5me et spiritisme (Leyma rie). 1 vol. in-8, 10 francs. Travail fort intéressant sur lequel nous reviendrons très prochainement. D' LIPTAY. -— Projet d’un idiome international sans construction grammaticale (Bouillon), 1 vol. in-8. D' J. Dans DE LÉON. -— La Immortalidad de!
Alnta, 1 vol in-r8; Compendio de Etnografia generale, I vol- "I 18 (Aquascalientes Mexique). : _ Nous avons reçu de M. Growmm HOFFMANN S::: I:.: un très beau travail qui vient d'être publié à Rome sous le titre de L’Uomo occulto (L’Homme occulte). Nous re— mercions M. Hofl'mann du grand honneur qu’il nous a fait en nous dédiant son livre, et nous en ferons pro chainement une analyse spéciale.
P. nÉcnouoem ARTHUR ARNOULD Un après—midi de l’année 1888, je reçus la visite d’un homme à la barbe blanche qui me courait après depuis trots jours sans pouvoir me joindre. Cet homme, ardent matenahste, sentait ses idées se transformer depuis quel«
NÉCROLOGIE 287 que_ temps sous l’influence de phénomènes étranges. Il e51_ra1t e_t1_1d1er l’occulnsme. Je mis mon faible acquis à la d15p0s1t10n du nouveau venu, dont l’amitié avec notre maître Eugène Nus facilita smgulièrement les progrès, . et, en moins d’une année, Arthur Arnould (c’était le nom du.néophyte) était déjà fort avancé dans les études éso ter1ques.
C’est alors ue survintla révolte des Français contre les agissements e la Société théosophique que je représen tais en France. Nous avions découvert que des ordres se« crets étaient envoyés de Londres et que nous étions dupes des Anglais. Tous nos disciples se rangèrent à nos côtés à cette occasion, et Arthur Arnould fut du nombre. J’obtins du Président de la S.
T. une charte pour for mer une branche bien indépendante et bien française : l’Hermès. Je fis nommer mon ardent néophyte président de cette nouvelle branche,dontles travaux commencèrent aussitôt. Quelques mois après, je m’aper us ne nous étions trompés de nouveau et que les ngla15 avaient formé un roupe secret dans l’espoir de reprendre cette intellectua ité française,à laquelle ils paraissent tenir beaucoup.
De nouveau je protestai avec énergie, et je demandai non pas ma démission, mais mon expulsion solennelle de ce milieu, honneur qui me fut accordé en même temps qu’à mon cher ami et maître F.-Ch. Barlet. Suis je sûr de ne pas avoir dépassé la mesure dans ma lutte d’alors, n’ai—je pas été entraîné à des violences de langa ge que je saurais peut-être réprimer aujourd’hui ?
Je ne sais, ou plutôt je dois le croire, car mon disciple, mon ami si dévoué jusque—là, devint un adversaire acharné, et tenta par tous les mo ens de justifier la devise : L’ini tié tuera (moralement) ’initiateur. J’avais reçu de l’invisible l’ordre formel de combattre l’influence antichrétienne de cette société au laise: de vant cet ordre, ma vie. n’était plus rien, et jétais prêt à mourir sur l’heure plutôt que de désobéir.
Je combattis donc, mais je reçus l’ordre de pardonner solennellement à mes adversaires et articulièrement à Arthur Arnould tout le mal qu’ils avaient cherché à me faire. J’obéis de toute mon âme, et devant Eugène Nus, le tendis la main à mon ancien dis‘ciple, q'ui repoussa a main tendue en répondant: « Jamatsl ) e lui ai par< donné encore, et, dans lesluttes ultérieures, j’ai toujours 'té aussi bienveillant qu’il fut possible à son égard. A cela je n’ai d’autre même que d’avoir essayé de
288 L’INITIATION mettre en pratique les enseignements de l’occultisane.. J'eus la joie ronde de voir mes faibles efforts recevoir la sanction u succès comme me l’avaient promis mes maîtres invisibles dont je ne suis que l’instrument.
Je n’avais pas l’argent nécessaire à une propagande active, et cependant en six ans le Groupe possède [4.0 branches et l‘lnitiation assez de lecteurs pour vivre largement et pour aider encore le Voile d’1sis dans son existence. Par contre, la Société Théosophique a dépensé, dans ces trois dernières années, dix-huit mille francs espèces sans aucun résultat équivalent. Mes maîtres avaient donc, comme toujours, vu la vérité longtemps d'avance.
Mm Blavatsky est morte dans le cours de cettecam pagne, la Somété Théoso hique vient de perdre ses 200 branches américaines a çrs que le Martinisme vient de conquérir avec succès six États de l’Amérique du Nord en un au. Enfin ce brave cœur et cette belle âme que fut Arthur Arnould vient à son tour de quitter le plan physique.
Puisse la prière que je fais pour sa libération et a grande pitié que m'inspira son œuvre tro mécon nue ui permettre d‘obtenir la récompense ue à son amour de l’idéal et de l’immortalité l Aeôté d'un adver— saire que j’estimais, c’est un des grands et des plus clé voués champions du spiritualisme qui disparaît. Que son idéal se réalise là-haut, c’est là mon plus vif désir.
J’ai été amené, à propos decette disparition. à faire un récit encore inédit concernantl‘hjsroire du spiritualisme en ces dernières années. Je garantis la scrupuleuse exac— titude de tout ce que j’avance ici. Pour le reste, l’avenir décidera. PAPUS. M. Bouyéry a publié dans la Paix Universelle le bel art1cle suivant auquel nous nous rallions pleinement. N. D. L. D‘.
U NE BELLE AME _La_ cause 5 irite vient de perdre un de ceux qui lui faisaient le p us d’honneur: M. Cam1|le Fabre, ancien
NÉCROLOGIE 289 conseiller de préfecture, qui est mort, directeur de la maison de correction de Sainte—Pélagie. Malgré sa position officielle, notre regretté ami ne craignait pas de déployer le drapeau du spiritisme, j'en tends du spiritisme large, humanitaire, affranchi du dé testable sectarisme qui a fait, qui fait encore tant de mal à notre cause (1). .
Cette largeur d’esprit et ce courage imposaient aux plus sceptiques, et l’administration dont dépendait M. C. Fabre, toute contraire qu’elle est à nos idées, ne disait rien... Elle laissait faire, parce qu'elle savait, de preuve certaine, que notre ami ne pouvait qu’enseigner et vouloir le bien, dont il donnait lui-même le premier l’exemple. Parler bien, soit; mais bien agirl voilà le grand moyen de persuasion.
Ceux auxquels M. Fabre avait affaire habituellement, les pires criminels souvent, il leur portait toute son at— tention et un sentiment de fraternité qui ne se lassait pas. Qui nous dira le nombre de ces égarés, de ces cou— pables qui lui doivent d’être revenus à des sentiments meilleurs et à une plus juste appréciation des droits et des devoirs de chacun?
Les condamnés à mort (pendant qu’il était directeur de la Conciergerie) étaient l‘objet de ses plus tendres soins et_de ses appels les plus touchants. Il y a eu là des conversions bien étranges... et que per sonne n’a connues. Plus d’un de ces malheureux est monté à l’échafaud avec l’espérance de pouvoir, dans une vie ultérieure, racheter, réparer le mal fait dans la vie actuelle. Il serait regrettable que notre ami n’eût pas laissé des Mémoires.
Quelle surprise pour nos criminalistes en chambre... en voyantl'inanité de leurs théories, et quelle leçon pour tous! . Plusieurs spirites ont tenu à accompagner la dépouille mortelle de cet homme de bien. Il n’a pas été possible — "(‘1) M. C.
Fabre fut un des trois spirites ou spiritualistes qui se rallièrent franchement à la proposition d’une Fedératzon Universelle, lanant au—dessus de toute école particuliere, de toute Église ermée, pounne poursuivre que le bien enéral de l'Humanité. Depuis lors, ceux qui avaient dabor rafllé l’idée, nous traitant d’utopistes, etc., l’ont reprise sous d’autres noms... Les hommes passent, les zdées restent... Espérons que, cette fois, les hommes réussiront. _ ,
Il a 290 L’INITIATION vu le monde officiel qui conduisait le deuil — de dire gpe lques mots sur la tombe, pour rappelerà tous ce qu e C. Fabre avait fait pour la cause spiritualiste et pou : celle de l’humanité qui ne se séparent pas. J. Bouvfmv. «P’ Le Gérant .' Eucaussz. il‘i' TOURS. -- IMP. E. ARRAULT ET C", RUE DE LA PRÉFECTURE. Ô. !} .-‘.nu le ,. . (Jus-ÿ. ‘-«n"‘ lulu "’7‘3’1"
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