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...u..;—-n-v. -v‘- v - :....-. . 9 °_ ° ‘ i.. In1tlatlon Revue philosophique des Hautes Études PUBLIÉE MENSUELLEMENT SOUS LA DIRECTION DE PAPUS 5.3 O. æ Docteur en médecine — Docteur en kabbale 28° VOLUME.‘ — 8“" ANNEE SOMMAIRE DU N°12 Septembre (1895) PARTIE INITIATIQUE... Quelques considérations sur le septénaire . . . Papas. (p. 197 à 200). La Science de la Vérité de Sankaratcharya . . Sédir. (p. 200 à 209). .
PARTIE PHILOSOPHI - Les Ima es produites par QUE ETSCIENTIFIQUE les e uves . . . . . . . D“ Pugairon.‘ (p. 210 à 2I3). Johannites et St‘monz‘ens. PabredesEssarts. (p. 2I4 à .2Ig). Origine hermétique du grade de Royal—Arche. E. Blitz. (p. 220 à 250). L’Aérosome et le psycho lone . . . . . . . . . . . M. Decrespe. (p. 250 à 258). Philosophie . . . . . . . . Alfred le Bain. (p. 258 à 276). PARTIE LITTÉRAIRE...
La Terre des Aïeux, 0ème . . . . . . . . . . Gaston Armeliia. p. 277 à 280). Groupe indépendant d’études ésotériques.p— L'Eveil. -— Le Parle ment des religions en 1900. —- Vitte. -—— Correspondance. —— L’acide formique et la germination. — Bibliographie. — Proposition de phi— losophie occulte. — Nouvelles diverses. ' Tout ce qui concerne la Rédaction et. les Échanges doit être adressé 42, rue des Perchamps, Paris.
Administration, Abonnements: 79, rue du Faubourg-Poissonnière — ' Chamuel, éditeur. Le Numéro : UN FRANC. — Un An: DIX FRANCS
' PROGRAMME ; Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essor de la société. de la Politique et de la Religion; mais elles n’u abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expér mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine (il forces purement spirituelles par l'hypnotisme et la suggestion distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, Il Matérialistes en arrivent à les nier.
L’Initialion est l’organe principal de cette renaissance spiritu‘ liste dont les efforts tendent: . , ' " Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant! méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques dt expérimentateurs contemporains. . ‘ Dans la Religion,à donner une base solide à la Morale par l découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les culte Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement mét: physiques des-Universitaires, à sortir des méthodes puremer physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse uniqu la Science et la Foi, le Visible et l’0cculte, la Physique et Métaphysique. ‘ Au point de vue social, l’Iniliation adhère au programme - toutes les revues et sociétés qui défendent l’arbitrage con' l'arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les de grands fléaux contemporains : le cle’ricalisme et le sectarisme s< toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l’Initiation étudie impartialement tous les phénomèn. du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déj connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mai n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi se 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branch de ces curieuses études.
La première partie de la Revue (Initiatique) contient les article 'destine’s—‘aux lecteurs dé}à familiarisés avec les études de Scienc Occulte. . , La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse tous les gens du*monde instruits. ' Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et de nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’un manière qu’elles savent toujours apprécier.
' L’Iniîialion parait régulièrement du 15 au 20 de chaque mois e compte déjà huit années d’existence. — Abonnement: 10 franc: par an _ (Les collections des deux premières années sont absolumen épuisées.) \
J vxî. avr L’Initiation du 15 septembre 1895 IlNCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE .l’1nitialz‘on 10 PARTIE INITIATIQUE F. CH. BARLET,S.'. I.'. Sg— STANISLAS. DE GUA1TA, S.'. I.'. 53,— JYMIOT. -— MARC HAVEN, S.'. I.'. si -—J1JL1EN LEJAY, S.'.‘I.'. ,<'; 111.]; MICHELET,S.'. I.'. (C. G. E.) — LUCIEN MAUCHEL, S.'. I.'. . S. E.) MOGD, S.'. I.'. —- GEORGE MONTIÈRE, S.'. l.'. 55 —PAPUS, -. 1.“. il; — QUÆRENS, S.'. I.'. (D. G. E.) — SED1R, S.'. I.'.
SELVA, S.'. I.'. (C. G. E.) -— VURGEY. 20 PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ABIL-MARDUK. —- AMELINEAU. — ALEPH. — BADA1RE. —D“ BARA ‘)UC. — Le F.'. BERTRAND 30' — BLITZ BOJANOV. — RENÉ :AILLIÉ. — CAM1LLE CHAIGNEAU.— CH1MUA nu LAFAY. — ALFRED *’.E DAIN. — G. DELANNE. — FABRE DES ESSARTS.—D" FUGA1RON. “- DEI.ÉZINIER. — JULES G1RAUD. —HAATAN. — L. HUTCHINSON. '— JOLL1VET CASTELOT. — L. LEMERLE. — LECOMTE. — NAPO ÉON NEY. — HORACEPELLETIER. — G.
POIREL. RAYMOND. — A. E R. — Dr SOURBECK [— L. STEVENARD. — THOMASSIN. — G. V1 _:0Ux. -— HENR1 WELSCH. — YALTA. 30 PARTIE LITTÉRAIRE MAUR1CE BEAUBOURG. — JEAN DELVILLE. — E. GOUDEAU. — MA )ÉL DE GRANDFORD. — JULES LERMINA. — L. HENN1QUE. — 11.Es DE MARTHOLD. — CATULLE MENDÈS.— GEORGE MONTIÈRE. — EON R10TOR. —. SAINT-FARGEAU. — ROBERT SCHEFFER. — EM1LE 1GOGNE. — CH. DE SIVRY. 4°. POÉSIE CH.
DUBOURG. — RODOLI‘HE DARZENS. —— JEAN DELV1LLE. — VAN DIETSCHINE. — MAURICE'LARGERIS. — PAUL MARROT. — DE TALLENAY. -— ROBERT DE LA VILLEHERVÉ.
L'Initian‘on du 15 septembre 1895 * L’IN ITIATIO N (“ENSË‘T‘ËËË‘ENTS DIRECTION ADMINISTRATION 42’ rue des perdmmps’ 42 ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO PARIS E L DIRECTEUR : PAPUS c H A M ‘ DIRECTEUR ADJOINT : Lucien MAUCHEL 79' nue du Faubourg_pmssonuyèm Rédacteur en chef: F.-Ch. BARLET PARIS Secrétaires de la Rédaction : FRANCE un an. 10 tr' .. É 5 "' L“ “V P ÊË,ÏKÎbbËeÏR ÉTRANGER, — 12 fr.
RÉDACTION. —ÉCBANGEZ 42, rue des Perchamps. — Chs que ré dacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité. L’indépen— dance absolue étant la raison d'être de la Revue, la direction ne se permettra )amais aucune note dans le corps d’un article. Prière d'adresser tous les échanges : 42, rue des Perchamps, Paris MANUSCRITS. — Les manuscrits doivent être adressés à la rédaction.
Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d'avis spécial. Un numéro de la Revue est toujours composé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant. ‘ GROUPE IIIIIEI‘EIDAIT D'ÉTUDES ÉSII'IËIIIQIIES 1,600 Membres —— 104 Branches et Correspondants —- Groupes d'Êtudes fermés Les Membres ne paient ni cotisation ni droit d’entrée.
Pourtous renseignements, s’adresserparlettreà M. Paul SÉDIR, , secrétaire, 4, avenue de l’Opéra, Paris, en joignant un timbre pour la réponse. Principales Sociétés adhérentes au Groupe ORDRE MARTINISTE ORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE _CROIX. - ÉGLISE GNOSTIQUE
PARTIE INITIATIQUE QUEÆUES ©NSEDÉATE©RS SUR LE SEPTÉRAIRE A propos de l’emploi systématique du septénaire appliqué d’emblée à l’analyse des principes constitu tifs de l’Homme et de la Nature, nous rappellerons les affirmations constantes à ce sujet de l’hermétisme égyptien et de l’occultisme occidental.
Les nombres, images parfaites des idées créatrices, subissent (et imposent aux choses qu’ils régissent) les lois universelles de développement et de génération. Or ces lois (élucidées dans le Sepher Ietzirah, puis dans la loi de création de Wronski) sont unanimes pour enseigner que tout système de réalité se révèle d’abord: EN UN TERNAIRE TONALISÉ ou QUATERNAÏRE. Ce qua ternaire est formé de trois éléments dont un double— ment polarisé.
Ce quaternaire, en passant de l’état statique ou anatomique à l’état dynamique ou phy siologique, développe successivement:
198 L’INITIATION 1° Un septénaire ; 2° Un dénaire; Puis il revient à l’unité. En considérant la réflexion et la réfraction du Nombre dans les trois mondes, on voit que ces lois étendues à leur maximum de puissance donnent: 1° Pour l’Unité, un ternaire: 1X3. 2° Pour le Quaternaire, un duodénaire : +>(3 : 12. 3° Pourle septenaire, vingt et un termes: 7><3 : 2 1.
Voilà ce que veut dire en Kabbale le mot AGLA N51N, l’Unité (A), qui par le ternaire (G) se manifeste dans le duodénaire (L) pour revenir à l'Unité (A). Cela peut paraître du chinois (et ce n’est que de l’hébreu) aux théoriciens qui n’ont pas été élevés à l’école pythagoricienne où les nombres forment la base des études ; mais cela est la base vivante de tout système de réalité, aussi bien en Orient qu'en Occi dent.
Or un auteur qui nous présente des septénaires sans nous montrer leur génération par les ternaires ou les quaternaires producteurs, fait œuvre imparfaite et forcément obscure, car le système ainsi présenté sem blefigé dans une mort perpétuelle.
Ce sont des casiers où les termes s’engouffrent au petit bonheur, ce ne sont pas des réalités vivantes que nous voyons év luer. et se générer sous nos yeux. * 'lnli Il y a trois systèmes de septénaires : Le système du septénaire physique : Le système du septénaire astral
QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR LE SEPTENAIRE 199 Le système du septénaire psychique. Le système du septénaire physique s’écrit par 6 + I et est figuré par deux triangles enlacés contenant en leur centre l'unité. C’est le sceau de Salomon don nant la clef de la circulation des forces divines dans la nature. C’est aussi le caducée d’Hermès formé de deux serpents faisant chacun trois tours autour de la baquette sacrée.
C’est enfin l’étoile à sept pointes don nant la clef du monde des orbes. Le système du septénaire astral s’écrit par 5 + 2. Il se rapporte surtout à l’homme sur le plan terrestre. C’est le pentagramme avec sa double couche blanche et noire indiquant la polarisation positive et la polari sation négative. C’est la main humaine et sa double polarisation droite et gauche; c’est l’étoile positive dominant le croissantnégatif.
Le septénaire psychique s'écrit par 4 + 3. Il indique la victoire définitive de l’Esprit sur la matière.
C’est le triangle surplombant le carré (origine des Pyra— mides); c’est le triangle surplombant le Tan égyptien ; c’est enfin le triangle venant confondre son sommet avec l’extrémité de la ligne verticale et sa base avec la ligne horizontale de la croix rédemptrice. } Lors donc qu’on aborde l’application du septénaire à un ordre quelconque de connaissances, il faut bien savoir à quel genre de septénaire on s’adresse et si c’est la variété 6 + I, la variété 5 —j— 2 ou la variété 4 + 3 qu’on va mettre en usage.
Il faut de plus savoir si l’on monte la spirale de l’évolution, auquel cas le nombre le plus fort est toujours placé le premier (comme dans les exemples ci—dessus), ou si, au con
200 L’INITIATION traire, l’on descend le long de la spirale de l’involu— tion, auquel cas les séries deviennent I +6, 2 + 5 et 3 + 4. Toutes ces considérations ont leur importance pour les véritables adeptes de l’occultisme. C’est à eux que je dédie ces notes abstraites; ils sauront les com prendre à leur juste valeur. PAPUS.
Æa Sermon DE La iYlÉnuuÉ DE SRI SANKARATCHARYA I. — Après avoir salué premièrement Vasudeven dra Gourou (I), le seigneur des Yogz's (2), celui qui donne la connaissance, cette œuvre appelée Tattva Bodh a été composée pour le bénéfice de ceux qui s’efforcent vers le salut. Je veux décrire maintenant la nature du joyau de la vérité, qui est le moyen d’assurer le salut aux per sonnes qui possèdent les quatre qualifications néces saires.
Que sont ces qualifications? Ce sont : 1° La connaissance du réel et de l’irréel, du perma nent et du transitoire; (I) Le Gourou, c’est exotériquement le Maître, au pied du quel s’instruit le disciple; ésotériquement c’est la lumière du Logos. (2) Yogi ou Yogui : littéralement l'uni, celui qui est réin— tégré. ' 'I'i"
LA SCIENCE DE LA VÉRITÉ 20I 2° L’abandon du fruit des actions pour le temps présent comme pour l’avenir; 3° Les six sortes deZqualités mineures; 4° Et l’état de celui qui est délié, libre et absous. 2. -— Le Réel, c’est l’Un, c’est Brahma, et tout autre chose est l’Irréel; telle est la première qualification.
3. — L’abandon du fruit des actions consiste à éteindre le désir des'objets de ce monde et des jouis sances de l’autre monde. ‘ 4. —— Les six qualifications mineures sont: 1° la conquête des sens internes; 2° la conquête des pas— sions externes; 3° l’abandon des affaires temporelles; 4° l’endurance des antinomies, comme le chaud et le froid, etc. ; 5° l’amour sincère des enseignements du Maître et de la Gnose; 6° la tranquillité ou l’impassi bilité du Mental. r I . —- L’état de celui qui est délié, c’est le désir du salut.
12. — L’acquisition des quatre grandes qualifica tions profite à l’homme et l’aide à atteindre la con— naissance de la Vérité. La connaissance de la Vérité, c’est la notion qu'Atma est la seule Réalité et que le reste est illu soire.
13. — Qu’est-ce qu’AtmaP C’est ce qui n’est pas affecté par les trois corps (le grossier, le subtil et le causal), qui n’est qu’un simple témoin des trois états (de conscience qui sont la veille, le rêve et le som meil profond) et qui est la personnification de l’Être (Saï), de l’Intelligence (Tchit) et de la Sérénité (Ananda).
202 L’INITIATION 14. — Qu’est-ce que le corps grossier P C‘est celui qui est fait des cinq éléments grossiers, -— subdivisés eux—mêmes chacun en cinq parties, —— qui est généré par le Karma (1), qui est le siège de l’expérience du bonheur et de la souffrance, qui est sujet aux six mutations (l’être, la naissance, la crois— sance, la maturité, le déclin et la mort); tout cela, c’est le corps grossier. 15. — Qu'est-ce que le corps subtil?
Le corps subtil ou astral est composé de dix-sept éléments : Les cinq sens qui donnent la connaissance; Les cinq organes d’actions; Les cinq principes du souffle, un mental et Buddhz‘. Ce corps étant composé des cinq éléments grossiers non divisés, il développe la faculté de ressentir les conséquences des actes. 16. — Qu’est-ce que le corps causal?
Ce corps est indescriptible, il n'a pas de commen Cement, il est la Non-Connaissance, il est la cause des deux autres corps. 19. — Que sont les trois états (2) ? Ce sont la veille, le rêve et le sommeil sans rêves. ' (1) Le corps grossier (Stuhla Sharira) est le corps phy— suque. ' Le corps subtil ou astral (Sukhsma Sharira) est le siège de la nature inférieure, émotionnelle de l’homme.
Le corps causal (Karana Sharira) est l’individualité cons ciente; il relie les diverses incarnations: il vivifie les deux autres corps par la lumière du Verbe qu’il reçoit sur le plan physique de la Substance non différenciée (Mulaprakriti). (2) C’est-à—dire les effets fatidiques des actions passées.
LA SCIENCE DE LA VÉRITÉ 203 18. -—— Qu’est-ce que la veille? C’est l’état dans lequel le système sensoriel qui donne la connaissance (l’ouïe, la vue, etc.) accomplit ses perceptions. La divinité qui le gouverne, par le corps grossier, est Visva. 19. — Qu’est-ce que le rêve P , C’est l’état dans lequel sont perçus certains objets, formes, etc., à l’aide des affinités et des attractions venues des perceptions de l’état de veille.
La divinité présidant cet état, dans le corps subtil, est nommée Taijasa (la lumière). 20. — Qu’est-ce que l’état de sommeil profond? C’est cet état de conscience qui s'exprime en disant: « Je ne peux rien connaître; je jouis d’un sommeil profond et bienheureux. » La divinité dirigeante par le corps causal s’appelle Prajna. 2 I. -— Quelles sont les cinq enveloppes?
Ce sont : 1° L’enveloppe matérielle de Maya (I) ; 2° L’enveloppe vitale de Maya ; 3° L’enveloppe intellectuelle de Maya ; 4° L’enveloppe cognoscente de Maya; 5° L’enveloppe pure de Maya.
22. —— Qu’est-ce que l’enveloppe matérielle de Maya P Ce qui est né de l’essence et de la nourriture; ce *h<"-ï --\W‘Ae,_._..-.._ .. .,. t, . ,c _ a, . . (1) Maya, c’est, dans la philosophie védantique, la première manifestation de l’absolu ; elle correspond à la Prakriti des Upantshads, à la Sophia des Gnostiques, à. la Nature-Essence de Bœhme; c’est l’épouse et la mère du Logos, que symbolise la très sainte Vierge du catholicisme. -.-— .
204 L'INITIATION qui croît par cette essence et qui en dernier lieu re tourne et se confond avec la terre nourricière. 23. — Qu‘est-ce que l’enveloppe vitale de Maya P Ce qui est composé des cinq principes de vie (1) et des cinq organes d’action : sens inférieurs (la parole, la vue, etc.).
24. —— Qu’est-ce que l’enveloppe intellectuelle de Maya P C'est celle qui est formée par la combinaison des cinq organes sensoriels donnant la connaissance et du mental. , 25. — Qu’est-ce que l’enveloppe cognoscente de Maya? Celle qui est formée par la combinaison des cinq sens supérieurs et de Buddhi (le jugement).
26. — Qu’est-ce que l’enveloppe pure de Maya P C‘est celle qui ignore la vraie nature du moi dans l’amour et la joie, etc. Telles sont les cinq enveloppes.
Ce corps est mien ; ces souffles vitaux sont miens; ce mental est mien et cette ignorance est mienne; tout cela est reconnu (1) Ces cinq principes sont appelés Vayous, c’est—à—dire souflles des vies; ce sont : l" Prana : le souffle du cœur; son mouvement est ascen dant, sa couleur rouge; il produit la respiration et la toux. 2° Apana : le souffle du sacrum : son mouvement est des- - cendant; sa couleur rouge—blanchâtre ; il produit l’excrétion.
3° Vyana : le souffle du corps; il est circulant; sa couleur est d’un jaune éclatant; il produit la transpiration. 4‘= Ua’ana : le souffle de la gorge; il est blanc et produit le son, la parole. , 5e Samana, se localise à l’ombilic; il élimine et harmonise ; il est d’un blanc laiteux (Cf. Maitri Upanishad, II, 6; —— Am retanada Up. I;— Prasna Up. III, 5).
LA SCIENCE DE LA VÉRITÉ 205 comme mien. Mais de quelle façon ? De même que des boucles d’oreille, des vêtements, une maison, etc., bien qu’ils soient regardés comme « miens », restent séparés du soi,-— de même ces choses, quoique recon— nues miennes, ne deviendront jamais Moi, Atma. 27. — S’il en est ainsi, qu’est-ce qu’Atma. Atma est la figure ou la corporisation de sat—t’chit— ananda.
28. — Qu’est-ce que SatP Sat est ce qui existe dans les trois périodes du temps. 29. — Qu’est—ce que T’chitP T’chit est ce qui resplendit par soi-même, sans le concours d’aucun médiateur, et qui illumine toute chose. ' 30. — Qu’est-ce qu’AnandaP Anana’a est la vraie forme du bonheur. On doit connaître l’ipséité d’Atma qui est la corporisation de Sat—t’Chz’t—Ananda.
Nous allons maintenant décrire la genèse des vingt quatre éléments : L’Ether est né du contact de Brahman avec Maya à prédominance obscure(1)g de l’éther est né le vent; du vent le feu ; du feu l’eau et de l’eau la terre. ' (I) La substance primordiale (Prakriti), en se différenciant par l’action de I’Esprit (Pourousha), est susceptible de revê— tir trois qualités, qui sont les Gounas (Cf.
Devi Bhagavata, III, VIII, 19‘ et la Mathèse de Malfatti). La 1“ est Sattva, pure, lumineuse et illuminatrice. La 2‘ est Radia, active, cause du mouvement. . La 3* est Tamas, obscure, cause de la pesanteur. Cf. la Sankhya Kart/ra, d’lsvara Krishna. ‘ r l ___,,_æ. ..q,.en- . . . z..- z. ..-.a_fi xw1 a .ar. .-—--—. .
206 L’INITIATION Parmi ces cinq éléments, de la portion pure de 1’Ether est né le sens de l‘ouïe; de la portion pure de l’Air, lesens du toucher: de la portion pure du Feu, le sens de lalumière; de la portion pure de l’Eau, le sens du goût; de la portion pure de la Terre, le sens de l’odorat. De la portion pure de ces cinq éléments mêlés en— semble, l‘Intellect (Antahkaranam) est né. Selon la nature de ses actes, il est divisé en quatre parties.
La perception comparative (Manas) , le jugement(Buddh i) , la conscience (Chz'tta), la notion d’ipséité, le Moi (Ahankara). Parmi ces mêmes Éléments, de la portion active de 1’Ether, l’organe de la parole est né; de la portion active de l‘Air, les mains; de la portion active du Feu, les jambes et les pieds; de la portion active de l’Eau, les organes d’excrétion ; de la portion active de la Terre, les organes de génération.
De la portion active de ces cinq éléments mêlés ensemble, les cinq principes de vie ont pris nais sance (I). De la portion obscure des cinq éléments, ont été générés les cinq éléments grossiers, par le procès des cinq causalités. 3I. — Qu’est—ce que le procès des cinq causalités? (I) Ces cinq éléments (Tattwas) sont les modes d’existence de la substance différenciée (Prakriti). Akasa, l’éther, l’espace donne naissance au son.
Vayou, l'air, le volume produit le mouvement. Teias, le feu, l’expansion, produit la lumière et la chaleur. Apas, l‘eau, la contraction, produit le froid. Prithm‘, la terre, la fixité, produit l’équilibre.
LA SCIENCE DE LA VÉRITÉ 207 v m .. . s . — Divisez chacun des cinq éléments en deux parties; laissez—en une, et subdivisez l’autre en quatre parties. La combinaison de chacun de ces quarts avec un quart de chaque autre élément est ce qui forme le dit procès. , ' De ces cinq éléments, tout cet univers comprenant les quatre sortes de corps grossiers a été produit. Dans cet univers, quatorze mondes ont été créés.
Celui qui préside les corps grossiers est appelé Jiva; il est la réflexion ou l’ombre de Brahman. Ce véri table Jz'va avec l’aide de Prakritz‘ engendre la percep tion de la distinction entre Jiva et Iswara en Atma. Voici de quelle façon : Atma (I) avec l’enveloppe de la N on-Science est dit être Jiva, et avec l’enveloppe de Maya il est Isvara.
Aussi longtemps que subsiste la perception distinc— tive de Jiva et d’Isvara, aussi longtemps se renou velleront les formes de la mort et de la naissance. C’est pourquoi, annulant cette perception distinc tive, on doit contempler Jiva comme Isvara et Isvara comme Jiva.
Si l'on objecte: la distinction de Jiva et d’1svara ne peut s’évanouir, puisque Jiva ayant une individualité ne connaît que peu de choses, tandis que Isvara, étant universel, connaît toutes choses.
La signification exotérique de la syllabe Tvam (de Tat tvam, élément) indique ce qui préside sur le corps (I) Dans la terminologie védantique, et en particulier pour les Monistes (Adwaïti), Brahman, Purush, Parabrahm, Atmà, sont autant de noms du principe inconscient et incompréhem sible de l’Esprit universel, qui est l’essence et l'énergie du monde.
208 L’lNITIATION grossier et sur le corps subtil; le sens ésotérique dé— signe la pure énergie qui se manifeste dans l’extase (Samadhi) et qui est libre de toute enveloppe. De même , Tat signifie exotériquement l’omni scient Isuara; mais ésotériqdement il indique l’énergie libre de toute enveloppe. Quand le sens ésotérique est compris, et sans la distinction de Jiva et d’1svara, la différence de ces concepts ne sera pas saisie.
Ceux qui, à l’aide des théories védantiques enseignées par un initiateur, commencent à réaliser Bra/zman en toutes choses sont des délivrés (Jivanmukïas). 32. — Qu’est—ce qu’un Jivanmukta (i) ?
Celui qui, avec la’fermeté qu’il affirme: «Je suis un homme, je suis un prêtre, je suis un guerrier, je suis un commerçant, je suis un ouvrier, » affirme: « Je ne suis ni un homme, ni un brahme, ni un guerrier, ni un commerçant, ni un ouvrier; mais je n’ai aucune relation avec eux; je suis la corporisation de Satchz'— tananda; je suis rayonnant par moi-même; je suis omni-présent et omnipénétrant. » Celui qui avec une telle manière de voir possède le moyen de la connais sance directe des choses, —- au moyen de la formule : «Je deviens Brahm», par laquelle il se libère des liens du Karma (Destin), -—- celui-là est un délivré.
33. — Combien y a-t-il de sortes de Karma? Il y en a trois sortes. ' 34.. -— La première est l’accomplissement des actes avec le corps physique, par une personne saine, con naissant la distinction du bien et du mal. (1) Littéralement : Délivré du Temps et du Monde.
LA SCIENCE DE LA VÉRITÉ 209 35. —- La deuxième comme la semence de renais sances sans nombre ; il est accumulé pendant les vies précédentes. 36. —- La dernière est l’effet fatidique qui, ayant créé ce corps, obtient une récompense ou un châti ment, le plaisir ou la douleur, dans ce monde seule ment. Ce dernier Karma meurt lorsqu’on l’expérimente. Le premier Karma est détruit par la connaissance exprimée en pensant : je suis Brahman.
Sri Krishna corrobore ceci lorsqu’il dit à Ardjouna : « Le feu de la connaissance réduit en cendres tous les Karmas. '» (Bhagavad Gz'tâ, IV, 37.) Le second Karma est comme la goutte d’eau sur la feuille de lotus: il n’a pas d’autre relation avec l’lni tié, et, selon qu’il est bon ou mauvais, il s’attache aux amis ou aux ennemis de l’Initié.
Les Écritures disent que « celui qui connaît Atma est au-dessus de la douleur »; et la tradition ajoute que « celui qui a conquis le désir et le mental, après avoir atteint la connaissance, qu’il meure à Benarès ou dans la maison d’une personne qui mange la chair des chiens (la plus basse caste), est libre et absous ». (Traduit du Theosophz‘st et annoté par P. SÉDIR). €’ :‘.”3 il)
ŒlËË litM°fiiÀïŒrlËâ Produites par les efiluves du corps humain Dans mon Essai sur les phénomènes électriques des êtres vivants, j’ai fait voir: 1° Que toute décharge ou courant électrique des corps bruts ou vivants s’accompagne d’une décharge ou d’un courant des gaz absorbés ou occlus.
2° Que toute décharge ou courant électrique arrache au corps et entraîne des particules matérielles en plus ou moins grand nombre que dans les êtres vivants en particulier; ces particules (organiques dans ce cas) sont en nombre beaucoup plus grand que dans les corps bruts.
3° Que chez les êtres vivants toute décharge ou courant d’éther, de gaz et de particules organiques est soumis aux émotions, à l’imagination etàla vo— lonté, ce qui fait différer les décharges électriques des corps vivants de celles des corps bruts. Cela posé, je rappelais que Prietley, ayant fait passer une forte décharge électrique à travers une Chaîne de fer étendue sur une lame de verre, vit chaque chaî
LES IMAGES PRODUITES PAR LES EFFLUVES 211 non se dessiner sur le verre, au moyen d’une poudre noire qui s’en était détachée.
Je rappelais aussi qu’à l’intensité près, ces eflets ne diffèrent point des em preintes laissées par la poudre lorsqu’elle entrace, à des distances souvent très grandes, le contour des objets atteints par la décharge; enfin que Fusierini a montré que sous l’influence de puissantes décharges une substance pouvait mécaniquement traverser une plaque.
Je concluais de ces faits que les décharges d’origine animale produisent des effets semblables, mais qu’ici, grâce à la cause psychique (absente chez les corps bruts), l’image produite pouvait être soit celle du sujet qui la produit, soit celle d‘une autre per sonne dont l’image hante son imagination, soit celle de n’importe quel objet pensé.
Comme preuve de ce que j’avançais, je citais les feuilles de papier sur lesquelles on dessine une fi gure quelconque, figure invisible pour tout le monde, mais visible pour un sujet préparé. Les expériences récentes du D'Baraduc confirment cette manière de voir (1).
« Au cours de ces expériences, dit-il, je fus amené à créer un procédé tout nouveau de projections d’images, et à constater que l’esprit créateur d’une image intracranienne peut la projeter sur une plaque qui l’enregistre. « La première conséquence de cette méthode élec— (1) Difi’érence graphique des fluides électrique, vital, psy— chique, p. 14..
2 I 2 L‘INITIATION tro-odo—psychique, sur une plaque sensible, fut de constater que ce que l’on appelle une image psy— chique formée par la concentration de l’esprit, une imagination plus ou moins puissante, peut être pro jetée par la main, transmise par l’électricité positive, et son mouvement vibratoire enregistré par la plaque de telle façon que la volonté, après l’avoir créée, puisse extériorer l’image imaginée dans des condi tions intéressantes à spécifier.....
« Ainsi donc, un mélange proportionnel d’élec tricité comme vecteur, de fluide vital comme moyen, de pensée volontaire ou de psychisme se manifes— tant, produit une image voulue, l’extériorise par la main, et la projette sur un plan réceptif, sans que les doigts ne bougent et ne tracent de dessin; l’Es— prit créateur, par des intensités vibratoires différentes, accuse des ombres et des reliefs comme l’estompe d’un dessinateur. » \ Mais, à côté de nos manifestations volontaires, nous en avons d’involontaires où le psycholone entre parfois seul en jeu.
Nous pourrons alors avoir sur la plaque des images non voulues. Or il faut bien se garder de croire que ces images viennent de l’extérieur, du milieu cosmique qui nous entoure; elles viennent uniquement de nous, seulement nous n’en avons pas conscience.
Enfin, quand les centres psychiques des plus in férieures du psycholone entrent seuls en jeu, les ef— fluves pourront retracer sur les plaques des images imparfaites d’organes ou même simplement de tissus ou même plus simplement encore de simples amas I
LES IMAGES PRODUITES PAR LES EFFLUVES 213 de matières, de simples nuages plus ou moins pom melés. On peut obtenir les images sur la plaque de deux manières: 1° par les effluves naturelles de la main; 2° par ces mêmes effluves renforcées par un courant électrique dû à une machine.
Dans ce dernier cas, les images peuvent être mo difiées par l’excès d’éther apporté, le fluide positif des machines se graphiant par des irradiations très abondantes, tandis que le fluide régatif se traduit par une opacité laiteuse, contractive sur elle-même. Notre savant confrère le Dr Baraduc n’interprète pas ses expériences de la même manière que moi.
La différence des images lui semble caractériser trois fluides difl'érents, le fluide électrique, lefluide vital et le fluide psychique. Pour nous le fluide électrique est l’éther; le fluide vital n’est autre chose que les décharges de gaz et de particules matérielles accompagnant toute décharge ou courant éthéré, fusionné pour M. Baraduc avec l’action du psycholone; enfin le fluide psychique n’est que l'action volontaire de l’égo.
Il me serait d’ailleurs impossible de considérer une cause psy chique comme un fluide. Les mots fluide et cause psy chique s’èxcluent et ne peuvent s’accoupler. Mais qu’importent, pour le moment, les théories, les faits seuls sont essentiels, et ceux mis en évidence par notre savant confrère suffisent à eux seuls pour illustrer la vie d’un homme. Dr FUGAIRON.
214 L’INITIATION ,iuuuuunus au fpIMGNIENS I Le grand apôtre de l’idée chrétienne, celui qui, après Jésus, représente le plus intensivement l’évan gélique mansuétude, celui qui fut par excellence le prêtre de la charité. ce n’est ni Pierre, cette tête brûlée par le soleil de Judée, dont le dévouement était tout en éclats, en paroles bruyantes, qui résonnait comme une cymbale et raisonnait comme un fou; ni Paul, cet âpre batailleur, qui apporta dans la prédication de la bonne nouvelle un fanatisme de même aloi que celui dont il faisait preuve en poursuivant les premiers -...fl.fl chrétiens: c’est Jean, le disciple bien-aimé, l’élu dont la tête reposa sur le sein du Christ, l’ami de l’heure funèbre, le pieux héros qui suivit le Maître jusqu’au sommet du Golgotha.
On est vraiment stupéfait de l’inexplicable aberration qui a poussé tout un groupe de l’Église naissante à lui préférer Céphas, que son triple reniement aurait dû placer à un rang très inférieur dans la hiérarchie apostolique. Je veux bien que ses pleurs aient lavé sa faute, que Jésus lui ait pardonné son incroyable lâcheté.
Mais ce repentir venait-il du cœur P N’était-ce pas encore un de ces accès passionnels dont il était coutumier P S’il en eût été autrement, s’il avait pleuré ces vraies larmes que l’amour seul fait couler, il aurait tout bravé, tout vaincu, et pharisiens et sadducéens et scribes et .g.";' .,uari‘Æü‘d
JOHANNITES ET SIMONIENS 215 princes des prêtres pour accompagner son Maître sur la voie de douleur, et c’est Simon Pierre et non Simon de Cyrène qui eût aidé le grand Martyr à porter sa croix ! La Gnose ne s’y est point trompée. Son évangile fut toujours celui de Jean, et c’est Jean qui pour elle est le chef moral et le protagoniste de la communion chrétienne.
Il A quel moment et par quel complexe artifice la tra— dition simonienne se substitua-t-elle à la tradition johannite? Il est bien difficile de l’établir. Dès l’origine du christianisme on constate l'existence des deux églises. Pierre devait naturellement plaire davantage à la masse des croyants par ce qu’il y avait de brus— que et d’emporté en lui, et peut-être aussi par ses fai blesses mêmes.
La foule, qui connaît, elle aussi, ces élans passionnés, ces fougueux transports que suivent de lamentables réactions, la foule se trouvait plus près de lui. Pour elle Jean était trop mystique, trop voisin de l’idéale et calme perfection. Il tenait trop de l’ange, pas assez de l’homme. S’il nous est permis d’évoquer ici un souvenir platonicien, nous dirons que Jean incarnait le voÜç et Pierre le Ôtlp.oç.
Jean parlait au vulgaire un langage plus pur, plus élevé, qu’il ne seyait pour être compris de tous. Il de vait être, -—- et c’est là sa sublime gloire, -— l’apôtre de l’élite intellectuelle, de ceux pour qui la raison est le rayonnement de l’amour, et pour qui l’étude est un acte d’adoration . .. _. . ;..
216 L’INITIATION Pierre et Paul au contraire parlaient la langue de tout le monde. De là, évidemment, l'immense popu larité qui s’attacha à leur nom. La légende elle-même se mit de la partie. Elle les fit tous deux mourir à Rome, bien que le premier n’y ait probablement ja mais mis les pieds. Mais le proto-christianisme rendit justice à Jean. Il en fit le premier évêque d‘Ephèse.
Or on sait que cette ville occupe le premier rang dans la nomencla ture des sept églises d’Asie. Nous pensons que la qualité de citoyen romain que Paul revendiquait si hautement ne fut pas sans in fluence sur le choix de Rome comme capitale du 'monde chrétien.
Quoi qu’il en soit, la vraie tradition chrétienne, —— la tradition johannite, —- était créée, et, malgré les ef forts des primats romains, nous allons la voir sous mille formes s’affirmer et se continuer à travers les âges. C’est bien contre elle que les portes de l’enfer ne sauront point prévaloir.
Les Templiers, ces héritiers directs de la Gnose, se réclameront de saint Jean l’Evangéliste, et son nom flamboiera au fronton de leur église, jusqu’au jour où Philippe IV, signant le pacte sanglant avec ClémentV, l’orgueilleux hériter de Pierre, ruinera une autorité religieuse menaçante à la fois pour l’absolutisme pa pa] et pour la toute-puissance royale.
Cette tradition johannite, nous la retrouvons éga lement chez les Albigeois et chez les Vaudois qui y demeureront fidèles sous le_fer des persécuteurs. Il y a plus : Rome elle-même, Rome, le boulevard
JOHANNITES ET SIMONIENS 2‘17 indiscutable de la tradition simonienne, enferme dans ses murs, encore à l’heure présente, un hommage écla tant à la prééminence du disciple bien-aimé sur le dis— ciple renégat.
La cathédrale de la ville éternelle n’est point la basilique de Saint-Pierre. mais bien celle de Saint-Jean-de—Latran, construite sur l’emplacement où le glorieux évangéliste fut, suivant la légende, plongé dans l’huile bouillante avant son exil à Patmos.
Si de ces faits, qui d’eux-mêmes parlent assez haut, nous passons aux détails du rituel catholique, d’autres curieuses constatations restent à faire, qui ne peuvent qu’étayer plus solidement encore notre thèse. C’est d’abord la date de la fête de saint Jean l’Évan géliste. Cette solennité a lieu, dans l’église romaine elle—même, le 27 décembre, au surlendemain par conséquent de la fête de Noël.
En rapprochant ainsi la fête du bien-aimé disciple de celle du divin maître, il n’y a pas à douter qu’on ait voulu prouver quel rang élevé saint Jean occupait dans la hiérarchie hagiologique. Par contre, la fête de saint Pierre et de saint Paul se trouve reléguée au 29 juin, c’est-à-dire bien loin en dehors des séries aventuelle, quadragé simale et pascale.
En second lieu, remarquons que l’évangile de saint Jean est le seul des quatre dont un texte ait été inséré dans la partie fixe de la liturgie du missel. Et ce texte est précisément celui que la Gnose orthodoxe repro duit dans la plupart de ses cérémonies: In principz'o erat rerbum. Un autre vestige bien significatif du johannisme
2 18 L’INITIATION original, c’est cet aigle aux, ailes déployées qui dans la plupart de nos vieilles églises servait encore, il y a quelques années, de pupitre aux choristes, et cons tituait ce fameux lutrin qui joue un rôle si impor tant dans l’économie de l’office chanté. Détail non moins significatif, c'est depuis l’adoption définitive du rite romain que l’aigle a été remisé dans le ma— tériel démodé des arrière-sacristies.
Dernièrement, j'en ai vu un fort beau en visitant Saint—Ouen de Rouen, lequel se morfondait sous la poussière et les toiles d’araignées, au fond d’une chapelle abandon née. En prononçant ces ineptes proscriptions, nos seigneurs les évêques ont certainement obéi à un mot d’ordre venu ex cathedra Petrz‘.
Au lieu des lourds antiphonaires reliés de vieux cordons, margés de vermillon et noblement ornés de signets multicolores, que supportaient les ailes ten dues de l‘oiseau de Jean de Patmos, et autour desquels majestueusement se groupaient les choristes en chape, on voit maintenant de modestes livrets format Char pentier tenus par ces mêmes officiers de chœur, très incommodément assis sur de chancelants eScabeaux, au long des stalles canonicales.
Si l’orthodoxie simo— nienne y a trouvé une petite revanche, je ne crois pas que l’esthétique religieuse y ait beaucoup gagné. Mais, matière de bréviaire! comme dirait maître Alcofribas. Passons. 111 Il y a un demi—siècle, un intéressant illuminé, au quel je consacre une assez longue étude dans mes
JOHANNITES ET SIMONIENS 219 Hierophantes, essaya d’instaurer en France le culte johannite. Il avait réussi à former un certain nombre d’adeptes. Malheureusement sa louable entreprise tomba dans un ritualisme compliqué et bizarre qui donna prise au ridicule. A cette époque, le ridicule tuait encore Chez nous. Fabré-Palaprat et son culte en moururent.
La franc—maçonnerie elle—même a conservé divers souvenirs de l’antique johannisme, mais ces souvenirs sont aussi peu compris du troupeau que le reste des symboles de cette fraternelle institution. Chaque jour les diverses loges de l’obédience du grand Orient, con tinuant leur œuvre icbnoclaste, s'acharnent à en sup primer quelque vestige. Ils ne se doutent guère, nos bons frères, qu’ils font ainsi cause commune avec la _ curée romaine.
Je laisse à notre excellent collabora— teur Oswald Wirth le soin de le leur prouver plus doc tement que moi, dans le grand ouvrage qu’il prépare sur le symbolisme maçonnique. A nous, les fidèles de la Gnose, les Parfaits et les Parfaites que le saint Plérome éclaire de sa lumière,à nous de ramener le cours des saines traditions.
Sur les débris du trône vermoulu de Céphas, sur la poussière de l’absolutisme simonien, dressons un autel indes tructible à la gloire de celui qui chérit Jésus, plus que ne le fit aucun de ses disciples, et dont la parole su prême fut ce cri sublime jeté aux humanités futures: « AIMEZ-VOUS LES UNS LES AUTRES! » T FABRE DES ESSARTS.
220 L’INITIATION ESSAIS D'INTERFRÊTATION DU SYMBOLISI‘IE de la MAÇÜNNERIE d’YÛRK llI ORIGINE HERMÉTIQUE DU GRADE DE ROYALE-ARCHE PAR ÉDOUARD BLITZ A mes compagnons Royale-Arche de tous les Rites, Témoignage de bonne confraœrnité. à.
I Il importe, avant tout, d’établir une ligne de dé marcation bien définie entre les deux parties de la Franc—Maçonnerie moderne: celle dont le but essen tiellement philanthropique, moral et social tire son origine des anciennes corporations d’ouvriers maçons soumises à la prétendue Constitution d’York (926); et la Maçonnerie scientifique dont l’existence ne re monte guère au delà de la fin du xvn" siècle, et qui fut formée de toutes pièces par les Rose-Croix de l’École d’Ashmole, continuateurs des Roger Bacon et
,SYMBOLISME DE LA MAÇONNERIE D’YORK 221 des John Dee Anderson. Désaguliers et plus tard Der mott introduisirent les traditions des adeptes du moyen âge dans les Rituels des Loges et cela à l’insu même des membresde ces Loges.
Les dogmes de l’an tique Philosophie furent scellés dans le symbolisme naïf des ouvriers maçons parmi une foule de pan tacles empruntés au Gnosticisme, à la Magie expéri mentale, au Mysticisme des religions mortes, et la vé— nérable confrérie des Libres Maçons fut utilisée pour transmettre la tradition hermétique aux générations à venir comme jadis la Kabbale fut confiée à un peuple d’esclaves et la Clef de la Science abSolue à des tribus nomades et méprisé‘es.
Dans l’esprit des rénovateurs de la Franc—Maçonnerie, l’ancienne cor poration servirait surtout à renfermer les vérités scientifiques qu’il importait de conserver intactes et de perpétuer à travers les âges.
Malheureusement, la science des spéculations hardies reçut le coup de grâce de la science purement expérimentale : l’Astro logie, l’Alchimie furent délaissées avec mépris par les savants mêmes qui s’étaient formés à leurs écoles; la langue symbolique, « ce langage des dieux » se perdit peu à peu; on finit bientôt par ne plus l’en— endre; l’âme de la Grande Maçonnerie s’échappa, il ne resta plus que la froide enveloppe de ses rituels mutilés par cent vandales et...,corrigés (?) par autant d’ignorants.
La maçonnerie scientifique avait vécu et la Parole fut à jamais délaissée. Ce résultat cependant était prévu, de même que le réveil éventuel de la Maçonnerie fut prédit : les mys— tères contiennent en eux toute l’histoire passée, pré
2 2 2 L’INITIATION sente et future de l‘Ordre et il faut y voir autre chose qu’une coïncidence étrange : le Maître assassiné par ses propres frères, c’est l’esprit de l’Institution tué par la lettre; les recherches pour le corps de la vic— time, sont les présents efforts de l’Occultisme dans toutes les parties du monde vers la Lumière Ésoté rique ;enfin la résurrection d’Hiram, c’est l’instant où le Grand Arcane sera replacé dans le temple, où le Fils de la Veuve sera vraiment retiré de la tombe et rendu à la Lumière, au Soleil des Sages qui seul éclaire le Maçon.
Le but de cette analyse est d‘exposer, autant que nous le permettent nos obligations, les vérités scienti fiques voilées dansle symbolisme toufl'u du grade que nous n’hésitons pas à présenter comme le plus oc culte de la Frame-Maçonnerie, celui de Royale—Arche, au Rite d‘York.
« Les hiérophantes combinèrent tellement les « dogmes et les symboles de leur religion que ces « symboles pussent être assez exactement expliqués « par trois systèmes différents (l’allégorique, l’histo— « rz'que et l’astronomique) sans y comprendre la seule « véritable interprétation, la seule qu’ils eussent en « vue dans la formation de leur théogonie, c’est—àa « dire l’interprétation physique qu’ils voilaient avec « un soin extrême pour en conserver toujours la con— « naissance exclusive (1). » Cette interprétation physique ou adaptation du symbolisme à la science des forces naturelles consti (i) J.-M. Ragon, Orthodoxie Maçonnique, p. 574.
SYMBOLISME DE LA MAÇONNERIE D’YORK 223 tue l’Initiation hermétique, emportée d’Egypte par Moïse et transmise au sein de la Franc—Maçonnerie par les Kabbalistes et les Rose-Croix _à l’époque de la décadence de l’Art.
C’est cette interprétation physique, si cachée des mystères des modernes hiérophantes, que nous nous proposons de donner, non d’une façon méthodique, en rétablissant la marche régulière du Grand Œuvre, mais en suivant, au contraire, le désordre intention nel que l’on remarque dans les cérémonies de l‘ini tiation. Néanmoins, il sera facile à l’adepte de reconstituer la progression logique des choses du G.'. 0'. en met tant l’ordre dans ce chaos.
Quant au Disciple, il doit trouver, comme jadis par ses efforts personnels, ce qui lui manque pour parfaire son instruction : « La Vérité, dit Ragon, ne s’enseigne pas, seulement l’ini— tiation désépaissit le voile » ; l’objet de-notre étude ne va pas plus loin.
A nos chers compagnons de Royale Arche qui viendraient à nous lire, nous leur rappelle— rons ce qu’il leur a été si souvent répété : « Le pre mier sera le dernier, et le dernier sera le premier (1). » Puisse cette citation leur servir de fil d’Ariane dans ce très incomplet et très imparfait travail.
Il Les auteurs de la Maçonnerie Scientifique sont les Philosophes hermétiques des XVI” et xvn° siècles qui (1) Grade de Maître de Marque. _. _-\ _.;.æ-«..,«.« A...Ln.__
2 24 L’INITIAJ‘ION "'"“ë_' unissent à leurs opérations alchimiques les œuvres de la Kabbale, de la Magie, de l‘Astrologie et de la Théurgie.
Ils considèrent I’Hermétisme dans ses adap tations aux trois mondes de la Kabbale et poursui vent la recherche de la Pierre Philosophale qui per— met, dans le Monde des éléments, de transmuer les métaux en or : c'est la réalisation physique de I’Her métisme: dans le Microcosme, de réintégrer l’Homme dans sa pureté primitive: c’est la réalisation psy chique; enfin, dans le Macrocosme, de connaître Dieu dans ses manifestations, sa Loi, sa Lumière : c’est la réalisation mystique de I’Hermétisme.
Cette Lumière que recherche tant Bacon est le Feu Central de la Nature (INRI), dans le monde des Élé ments; l’un, l’Od ou l’Astral (AZQn) dans le monde des Orbes; la Parole( un), dans le Monde Divin. La Franc-Maçonnerie philosophique est I’Hermé— tisme dans sa triple signification, enseigné par l’ana— logie de ses symboles, de ses rites et de ses cérémo nies.
Le pantacle du chapitre nous prouve du reste clai rement que la science d’Hermès est celle que profes— sent les vrais maçons de Royale-Arche; c’est le triple Tau ,1, dont on a donné cent interprétations diffé rentes aussi irrationnelles les unes que les autres.
Nous extrayons du Rituel du deuxième Grade de l’Ordre Martiniste pour les États-Unis d'Amérz‘que, les instructions originales suivantes : « Le triple Tau ,; est l’abréviation des mots Té TragrammaTon et TéTracTys ; il est la représentation graphique du Nom Incommunicable, il correspond à
SYMBOLISME DE LA MAÇONNERIE D’YORK 225 la lettre w, triple Tau hébraïque, symbole de la Divi nité manifestée par le Verbe, par la Parole —— (c’est exactement ce que signifie le pantacle du grade de Royale—Arche). — Le Tau ou la croix étant le sym bole du quaternaire, le triple Tau est l’ensemble des lois du Ternaire de toutes les théogonies et du Qua ternaire de toutes les sciences.
Mais le 7.-, tel qu’il est représenté le plus souvent, c’est—à-dire entouré du cercle, forme avec celui-ci les trois lettres du nom de THOT, et sans le cercle il réunit les initiales du nom du plus grand des Initiateurs, de celui qui fut le père de toutes les Sciences et de tous les Arts, d‘Her mès Trismégiste (i) ! » ' III Le grade de Royale-Arche fait suite au sublime degré de Maître, au grade palingénésiaque de l’Ordre; c’est le complément indispensable de la maçonnerie bleue et sans lequel le sens du troisième degré reste rait absolument obscur.
Nul autre rite ne présente un grade aussi parfait, malgré le tripatouillage que les ritualistes américains lui ont fait subir.
En l’exami— nant superficiellement, on supposeraitvolontiers que le Royale-Arche, qui n’a été présenté sous son aspect actuel qu’en 1770, est formé d’éléments puisés dans les autres systèmes : on y trouve des épisodes histo riques, des mots de passe, des signes appartenant à une foule d’autres grades, tels que ceux d'Élu, de (_1) Bd. B., Rituel de l'Ordre Martiniste (sous presse).
2 26 L’INITIATION Chevalier d’0rient, de Rose-Croix, de Noachite, de Chevalier du Soleil, de Souverain Grand Com mandeur, voire des mots et des signes conservés dans les loges continentales au grade de Maître et retranchés de _la loge symbolique dans le système d’York.
' Mais, loin d’être un assemblage informe de débris de grades, le Royale-Arche anglo-américain consti tue une véritable restauration du Grand Art : « C’est la racine, le cœur, la moelle de la Maçonnerie », dit avec raison Dermott, l’auteur du grade ou, plutôt, celui qui développa l’idée première de Ramsay, l’in venteur du treizième degré du Rite Ancien et accepté.
Ces deux Royale—Arches diffèrent au point de vue de la rédaction de leurs rituels, ils varient dans leurs détails respectifs, mais reposent tous deux sur la même légende, dont la découverte est due seulement au chevalier Ramsay.
Cette légende se trouve dans la Bibliothèque de la Croix du Maine et Duverdz’er, pu bliée au commencement du siècle dernier, à l’époque où Ramsay, revenant de l’Université de Leyde, se trouvait en France et recevait de Fénelon les ensei— gnements de cette philosophie mystique dont l’in fluence devait plus tard se faire si profondément sen— tir dans les œuvres de cet audacieux ritualiste. Cette légende a trait à Nicolas Flamel.
Avant de disparaître mystérieusement, le célèbre adepte aurait, dit-on, déposé dans les caves de sa maison, sise vieille rue de Marivaux, n° 16, un coffre de cèdre revêtu de lames d’or et contenant de la poudre de projection, sa baguette d’initié et le fameux
SYMBOLISME DE LA MAÇONNERIE D’YORK _ 227 \ -qwn\, livre d’Abraham le Juif, prince, prêtre, astrologue et philosophe.
Et, par une similitude qui n’est point le fait du ha sard, le Conseil d’un Chapitre de Royale-Arche et précisément gouverné par un prêtre, un prince et un philosophe portant les titres de Grand Prêtre, Roi et Scribe, et toute l’initiation roule sur la découverte d’un coffre recouvert de lames d’or et contenant des objets analogues à ceux que l’immortel Artiste aurait enfermés dans un souterrain.
Cette légende populaire est travestie en légende biblique par Dermott et contée en ces termes au néophyte : « Quand Dieu refusa au roi David la grâce de lui laisser élever un Temple à sa gloire, Salomon fut dé signé pour mener à bonne fin cette noble entreprise, et la tradition (P) nous apprend qu’en excavant le sol pour les fondations de l’édifice les ouvriers exposèrent sous la pioche l’entrée d’un caveau renfermant d’im— menses trésors en or, en argent et en pierreries.
Salo mon, supposant que cette voûte avait fait partie d’un temple élevé avant le déluge, et craignant qu’il n’eût été consacré aux faux dieux, fut informé en songe que le lieu avait été sanctifié à trois différentes re prises : cette voûte, en effet, se trouvant à l’emplace ment même de la tombe d’He’noch, du bûcher d’Abra— ham et du seuil de la porte de la maison d’Ornam, le Jébusite, là où David apaisa l’Ange exterminateur.
Les trésors furent conséquemment recueillis et em— ployés à l’ornementation du temple. » Sans nous ar rêter pour faire observer au lecteur l’introduction du nom d’Hénoch, l’Herme‘s biblique, dans ce récit tout
228 L’INITIATION à fait imaginaire, nous mettrons en regard de cette narration rituélique une autre tradition présentée par A.-T.-C. Pierson’s, 33" (1). Cet auteur raconte que, lorsque Julien l’Apostat voulutrebâtir le temple, il fit excaver le sol pour y établir les fondations; au cours des travaux, des ouvriers mirent au jour une pierre qui scellait l’ouverture d‘un profond souterrain taillé dans le roc en forme de cube parfait.
Un des ouvriers, s’y étant fait descendre à l'aide d’une corde attachée à la ceinture, trouva au centre de la cave, émergeant de l’eau qui recouvrait le sol à plus d’un pied de profon— deur, un autel sur lequel était déposé un livre enve loppé dans un tissu de lin. Nous retrouvons dans ces trois légendes la même idée, la même formule hermétique, dans laquelle le moins clairvoyant découvre la cuisson de la matière dans l’oeuf ou l’Athanor.
Ces symboles étaient très familiers aux savants du siècle dernier et le parti que l’on pouvait tirer de la légende de Flamel au point de vue de l'initiation her métique n’a échappé à l’attention d’aucun ritualiste; elle se présentait trop bien après le symbolisme du troisième grade pour ne pas venir le compléter.‘ De là viennent les mutilations que le grade de Maître a dû forcément subir en Angleterre, parce qu’en 1717 les rénovateurs de la Maçonnerie voulurent que l’initia— tion fût complète en trois degrés, ce qui est impos sible.
Il fallut donc retrancher du troisième grade cer-‘ taines instructions à peine ébauchées et les transpor (1) A.—T.-C. Pierson’s, Traditions of Freemasonæy‘.
SYMBOLISME DE LA MAÇONNERIE D’YORK 229 ter au Royale—Arche pour les y présenter sous une forme plus complète. IV Kunrath divise l’initiation à la haute Philosophie en sept degrés. Le grade auguste de Royale-Arche occupe dans la nomenclature du Rite d’York le septième degré. Ainsi que l’indique la septième figure de l’Amphithe’âtre de la Sagesse, de Kunrath, ce septième degré forme la synthèse absolue de la Science.
Pour parfaire l’opération du Grand-Œuvre, dit le même kabbaliste, il n’est point besoin d’une somme supérieure à celle de trente thallers (I). L’Initiation au chapitre de Royale-Arche, en ce pays, ne dépasse pas la somme de trente dollars. Cette initiation porte le nom d’exaltation, ce qui, en termes d’alchimie, veut dire purification, perfection. Le Maître Maçon est dit élevé au sublime degré, mais le R A est exalté à l’auguste grade.
Les Philoso phes hermétiques dônnent à leur Poudre, lorsque l’œuvre est parfaite, le nom de Pierre exaltée. Les FF .'.ld’un Chapitre de Royale—Arche se donnent le titre de Compagnons, comme jadis les disciples d’un même Maître ; ils portent la couronne d’or, sym bole de la pierre exaltée, dela pierre parfaite au rouge qui est la couleur de la Maçonnerie capitulaire. Les bijoux des dignitaires sont d’or et suspendus (1) Cité par Eliphas Lévi, Histoire de la magie.
230 L’INITIATION dans le triangle.
L’or représente la matière fixe de l’Œuvre ; le triangle, « les trois principes, Sel, Soufre Mercure, qui ne font qu'une seule matière et un seul corps homogène comme les trois angles d’un triangle ne font qu’une figure (1) ». et Par le triangle les Alchimistes représentaient l‘Équilibre absolu, au premier angle le signe du Sou— fre, symbole de la Force; au second, le signe du Mercure, la Matière; au troisième, le signe du Sel, le Mouvement (2) ».
Les dignitaires du Chapitre sont au nombre de douze et personnifient, dans le Monde Archétype, les douze fondements de notre bonheur temporel et spi rituel ou les douze pierres servant de fondements à la Jérusalem céleste (3), — dans le Monde des Orbes les douze signes du Zodiaque, — et dans le Monde des Éléments les douze opérations de la Nature que nous voyons décrites dans les traités d’Alchimie, tels que les Douze Clefs de la Sagesse de Basile Valentin, les Douze Traités du Compolite, les Douze Portes de Riplée, etc. .
Les douze opérations du Grand—Œuvre sont très explicitement emblématisées par les douze gemmes de l’Ephod par le Grand—Prêtre qui préside le chapitre ; gemmes consacrées au douze fils. de Jacob, représen tant eux—mêmes les douze signes du Zodiaque dont les abréviations ont servi de symboles aux alchimistes pour les douze opérations de I’Œuvre, savoir : (1) Dom Pernety, Dict. mytho-hermétique. (2) A. Poisson, Théories et Symboles des Alchimistes. (3) Apocalypse, ch. Vil.
SYMBOLlSME DE LA MAÇONNERIE D’YORK 23'l toi La Calci-nation = putréfaction, matière au noir. “0’ La Congélation = coagulation. fiLa Fixation = cuisson de la matière putréfie’e. . 63 La Dissolution : réduction d’un corps en sa matière première. 82’ La Digestion = préparation àlÂdissolution. np La Distillation = circulation de la matière ap pelée Rebis. à La Sublimation : purification de la matière. HL La Séparation = effet de dissolution d’un corps par son dissolvant. n» L’lncinération : opération préparatoire à' la multiplication. ‘7c,' La Fermentation = séparation du soufre d’avec le sel. m La Multiplication = renouvellement des opéra— tions avec des matières exaltées. )( La Projection = transmutation. Ces douze opérations forment les quatre principales divisions du Grand-Œuvre selon Albert le Grand, et ces divisions correspondent au groupement des pierres du Pectoral ou Rational dont voici le tableau : Sardoine Topaze Émeraude ] Escarboucle Saphir Jaspe Ligure Agathe Améthyste Chrysolithe Onyx Béryl I
2 32 L’INITIATION Selon le Deutéroname, chapitres xxxm, xxxv et xxxrx, ces gemmes correspondent respectivement aux fils de Jacob : ‘ Ruben J uda Lévi Benjamin Joseph Manassé Zabulon lssachar Gad Dan Nephtali Aser Et à ceux—ci sont attribués, toujours dans le même ordre, les signes suivants du Zodiaque :
5u-"_—"‘ Tableau de la Symbolique Hermétique du Rational. L: Tomme, Ghlpii'es 33, 85 Il 81h - , GEMMES COULEUR Corrélation Planètes L E z0 DIA Q U E du des des Fils de Jacob attribuées '. _ H ’\_ _ _ avec les pierres aux F115 de Signes attribués % Signification des Symboles RATIONAL GEMMES du Rational (l) Jacob Fils ËË’}acob Ë' Cryptograpliiè hermétique Sardoine. Brun foncé. Ruben. I) Verseau. x; La Multiplication. T0paze. Jaune. Juda.
33 ou {à} Lion. 82’ La Digestion. Émeraude. Vert. Lévi. Ê} ou 3) Gémeaux. La Fixation. Escarboucle. Rouge. Benjamin. 6 Capricorne. ‘,(., La Fermentation. Saphir. Bleu. Joseph. 9 Vierge. Il}? La Distillation. Jaspe. Jaune orange. Manassé. Z“ Scorpion. HL La Séparation. Ligure. Vert pomme. Zabulon. ô Cancer. tf9 La Dissolution. Agathe. (iris strié noir. Issachar. Taureau. ‘d La Congélation. Améthyste. Rouge violacé. Gad.
Sagittaire. n» L’Incinération. Chrysolithe. Jaune d‘or. Dan. Balance. & La Sublimation. Onyx. Blanc grisâtre. Nephtali. Bélier. 603 La Calcination. Béryl. Vert sombre. Aser. Poissons. La Projection, (1) Selon la Deuté )lHOÀ‘(I ŒII‘dEINNOÔVW V1 30 EIWSI'ÏOHWÀS E‘Ez
2‘34 L’INITIATION Verseau Lion Gémeaux - s Capricorne Vierge Scorpion Cancer Taureau Sagittaire l Balance Bélier { Poissons Faisons remarquer, en passant, que celui qui sait lire le tableau ci-dessus selon la méthode connue des artistes, c’est—à-dire en se souvenant d’abord de la citation biblique, et, ensuite, en se servant del’équerre et du compas, pourra sans difficulté mettre à la suite les unes des autres les phases diverses de l'opération ; les quatre grandes divisions établies par Albert Le Grand se détacheront d’elles-mêmes, nettement, comme les quatre voiles du tabernacle dont il sera parlé plus loin.
La couleur des pierres du Rational se rencontre pendant les opérations qui séparent la putréfaction de la projection, sans correspondre cependant à la pro— gression chromatique du, magistère. Les couleurs files gemmes ne sont point celles de la matière pendant ’les opérations «qu"elies désignent.
D’autres considérations que celles qui font l’objet de cette étude se rapportent à ces pierres talismaniques;ïnous ne pouvons ici que Les signaler à l’attention du magiste. Néanmoins le plus grand nombre des Alchimistes ne reconnaissent au Grand-Œuvre que sept opéra mum“‘ ” “
__ .... .-—.—.—.——.I;_ærlm.xvw 'n-xw—Ina r :u -cv.a."’a v,— « ’ SYMBOLISME DE LA MAÇONNERIE D’YORK 2235 dons :. « Les. Philosophes hermétiques, dit Pernety, comptent l’exaltation entre les sept opérations -.du Grand-Œuvre » (I). Les ritualistes du grade de Royale—Arche ont adopté cette classification dans la. division de.l’exaltafion, ou initiation, en sept parties: . L" La préparation des:candidats, jusqu’à. l?obligæ tion, inclusivement.
2.° La Destruction du temple. 3° La Captivité à Bahylone, 49 Le Retour à. Jérusalem. â" L’Entrée dans le Tabernacle. 6° Les Fouilles et les Recherches. 7° La Découverte de La Parole perdue. , Ce sont. ces épisodes de l‘Initiatiort 3111septièmegrade de la Maçonnerie d’York que nous nous proposons d’analyser en établissant le rapport intime qui les. relie aux théories et aux. dogmes des Philosophes hermé— tiques.
Il est inutile de répéter que les opérations alchimiques ne sont pas placées méthodiquement. eil que l’enchaînement des phases du G.::O.-.. doitêtre établi par le Néophyte. lui-même ; quant: à L’explica— tion des termes de l’argot alchimique dont il sera fait ici. un usage constant, nous renvoyons le lecteur aux (Il Dans le Microcosme l'homme est constitué de sept prin cipes qui l‘exaltent au—dessus de toutes les autres créatures: i” le corps physique, 2° le corps électro—vital, 3° le. corps astral, 40 le corps spirituel, 5° l'âme animale.
60 l‘âme divine, - 7° le pur esprit ou le Moi divin. Ces sept principes sont ren— fermés dans les quatre termes du Quaternaire microcosm_æique de la Kabbale: le corps physique, le corps astral, l'âme vitale et l’âme divine. - \__, l‘._‘., « \- « \Aÿwxw»æ..‘_..vyw‘_i N‘_'*qbæu-Ë,QWMNW . . -
236 L'INITIATION c _ __(_ . .n ouvrages de Albert Poisson, Louis Figuier, Franck et Berthelot. V L’exaltation à l’auguste grade se confère toujours à (mis néophytes à la fois, représentant, selon la tra dition maçonnique, Hananiah, Mishaël et Azariah, mieux connus sous leurs noms chaldéens de Sha drach, Meshach et Abednego, comme ayant échappé miraculeusement à la fournaise de Nabuchodonosor.
Ces trois récipiendaires représentent les trois prin cipes des philosophes: le Soufre, le Sel et le Mercure obtenus par la séparation du pur d’avec l’impur, opé— ration qui se pratique dans la fournaise ou fourneau secret, aussi appelé Athanor qui est la matière qui œnserve le feu des Sages.
Les trois néophytes, qui se sont déjà relevés de la flambe d’Hiram, symbolisent la semence obtenue par hputréiaction, la matière passée par la tête de cor— beau, le blanc du noir enfin. Les candidats sont liés l’un à l’autre par une longue corde enroulée sept fois autour de leurs corps, figu rant ainsi l’idée qu’exprimaient les trois septénaires du Livre d’Abraham de Juif (le Frère Terrible qui con— duit les récipiendaires en représente le titre).
Le chiffre Vingt et Un que forme le trio est le nombre kabba— listique de max, mot sacré principal du grade, l’ensoph de l’Arbre séphirothique des noms sacrés du Royale— AIche (voir pl. III). En Alchimie, Vingt et Un repré - sente le symbole le plus caché de la matière cuite et digérée au blanc parfait; c’est le nombre de la réali
SYMBOLISME DE LA MAÇONNERIE D’YORK 237 . 4 ._.-—_ m en—n sation qui demande un travail de vingt et un jours. A leur entrée au chapitre, les aspirants sont reçu sous la voûte vivante. faite au moyen des mains jointes des compagnons placés sur deux lignes se faisant face; cette voûte va en _s’abaissant graduellement, ce qui oblige les récipiendaires à baisser la tête, puis à se courber et à ramper.
Le but moral de ce mode de réception est exprimé par ces paroles : « Courbez-vous, mes frères, car celui qui sera abaissé sera exalté. » Makey, dans son Ri tualz’st (p. 355), dit, à propos de cette cérémonie: « Le maçon qui cherche à progresser doit déposer tout sentiment de vanité et d‘arrogance et, avec un esprit humble, disposé à s‘instruire et animé du vif désir d’apprendre, doit se jeter aux pieds de son Maître pour en obtenir la lumière nouvelle, cette vérité vers laquelle tendent tous ses efforts. » ' L’on reconnaît là tout d’abord l’obéissance et la sou— mission passives qu’en Science hermétique le Maître exige du disciple.
Au point de vue pratique cette épreuve est la para— phrase mise en action de cette devise: « Le premier serale dernier et le dernier sera le premier » sur laquelle l’attention des néophytes a été si fortement appelée dans les grades précédents, grades purement prépara— toires du reste.
Mais le but principal de la cérémonie du passage sous la voûte est de représenter la réduc‘ tion du volume des corps soumis à la préparation de la matière, la désintégration physique de leurs molé— cules, leur déformation, leur pulvérisation, leur so— lution. c.v: m a-æ... ai...
. ..-. ._._vi1. .__ "“‘.. 2 3 8 L‘INITIATION Aussitôt que le dernier membre du groupe a passé sous I’Arche vivante, les néophytes s'agenouillen‘t et adressent une prière à I’Eternel, selon la pratique constante des Nicolas Flamel, des saint Thomas d’Aquin, des Raymond Lulle, des Bernard le Trévi san, des Albert le Grand dont les œuvres mystiques marchaient de pair avec les opérations d‘Alchimie.
Mais la prière maçon-nique que nous trouvons dans le Monitor de Sickels (p. 52) et que tout Royale-Arche connait ou doit connaître par cœur est si caractéris— tique au point de vue des doctrines kabbalistiques, magiques et hermétiques du grade que nous croyons néce55aire de la traduire aussi littéralement que pos sible: « 0 toi, Éternel et Omnipotent mm, Glorieux m‘m, permets à tes chétives et suppliantes créatures, au nom de notre très Excellent et Suprême Grand Pr'ètre (?
Abraham le Juif??), d’approcher de ta Divine Majesté. O toi qui résides entre les ailes des Chérubins,tends l’oreille à nos louanges età nos sup— plications et daigne communiquer avec nous deton Trône de Miséricorde. Nous révérons avec humilité tes perfections infinies et ta bonté suprême.
Nous te remercions d’avoir laissé à l’homme, mêmeaprês son péché et sa chute, la puissance du raisonnement et la faculté de s’élever dans les sphères intellectuelles. Nous te remercions d’avoir jeté sur le rude et rugueux sentier de la vie tant de joie et de bonheur parmi les douleurs et les calamités inhérentes à notre présent état. 0 toi, qui parus à Moise, ton Serviteur, au milieu des flammes du Buisson ardent, allume en
SYMBOLISME DE LA MAÇONNERIE D’YORK 239 J , __<__ . Ir_4. .v:_vw4 -L.. nous, nous t’en conjurons,une flamme d’adoration pour Toi, d‘amour pour nos frères et de charité pour tous les hommes.
Fais tomber le voile de l‘igno— ran'ce et le bandeau de l’erreur afin que notre esprit. puisse contempler la splendeur de tes oeu vres. —- Que la verge de ta grâce, le spectre de ta puissance nous protège et nous défende contre la fureur de nos ennemis et en particulier contre la sub tilité et la malice du Serpent dont la vigilance cruelle cherche notre ruine.
Puisse la lèpre du péché être à jamais extirpée de notre cœur et la devise « wwpmmh» marquer toutes nos pensées, toutes nos paroles et toutes nos actions ! Que l’encens de notre piété monte continuellement jusqu’à toi de l’autel de nos cœurs et exhale jour et nuit un parfum‘qui te soit agréable.
Permets-nous de fouiller les arcanes de la Vérité afin que nous soyons de plus en plus ins— truits dans l‘accomplissement. de nos devoirs et que nous partagions la joie de ceux qui sont appelésà con naître la Parole Sacrée et à la garder fidèlement dans leurs cœurs.
Enfin, ô Père miséricordieux, fais que. lorsque nous aurons passé les voiles de ces cours ter restre, lorsque ce tabernacle matériel se sera cor rompu, il nous soit permis de pénétrer dans le céleste Saint des Saints et d’être admis en la présence du Grand Conseil, là-haut,_où. le Suprême Grand Prêtre règne éternellement.
Amen. » Passons sur la valeur littéraire de cette proseam poulée, ne. nous arrêtons qu’aux formules kabbalis-» tiques, magiques et hermétiques qui résument pres que toute la partie occulte du grade. Nous trouvons
340 L’INITIATION en premier lieu le Tétragramme sacré mm, symbole alchimique de l'Or fusible, qui, selon le chapitre xxx11 de l’Exode, doit être pulvérisé et jeté dans les eaux ; puis immédiatement après le Iod-hé-voph—hé des Æchimistes, son synonyme «'IM'IN, dont il a déjà été parlé.
L’Eternel est placé sur la mnzw, entre les ailes des Chérubins qui représentent la loi de l’antago nisme, des principes Actif-Passif, Chaud-Froid, Mâle— Femelle, Fixe-Volatil; « le Soufre est le Père des métaux et le Mercure est leur Mère. » — « Aussi, dit dom Pernety, Dieu n’a—t—il créé qu’un mâle et une femelle et rien, dans l’Univers, ne s’engendre sans le secours de l’un avec l’autre.
Ce qui est représenté par Icsdeux Chérubins qui couvraient l’Arche de leurs ailes, et par les deux Tables de la Loi données à Moyse qui y étoient renfermées. » (1) Ces Chérubins forment la synthèse des quatre ani- . maux kabbalistiques : le Lion, symbole du Fixe, du Soufre; l’Aigle, symbole du Volatil, du Mercure; le Taureau, hiéroglyphe de la matière du Grand— Œuvre; l’Homme, emblème du Fixe.
Mais le Fixe étant symbolysé deux fois (par le Lion et par l’Homme), les Chérubins de l’Arche p’offrent pas les traits du Lion : ils réunissent seulement la tête et le tronc de l'Homme, les pieds du Taureau et les ailes de l’Aigle, c’est-à-dire la Matière de 1’Œuvre, le Fixe «a le Volatil. Mais les animaux kabbalistiques résumés par les Sphinx bibliques sont, autant que ceux d’Égypte et (1) Dictionnaire mytho-herme’tique.
smaousme DE LA MAÇONNERIE D’YORK 241 d’Assyrie, l‘expression hiéroglyphique des quatre lettres du Nom incommunicable : Yod-Hé—Vau—Hé, dont les correspondances dans les trois Mondes demandent un développement que ne comporte pas cette brève analyse. (Voiries Armes du R.'.A.'., pl.I.) Les allusions à la force magique sont nombreuses et saillantes dans cette invocation; telle est la phrase : « Nous te remercions d’avoir laissé à l’homme, même après son péché et sa chute, la puissance du raisonnement et la faculté de s’élever dans les sphères intellectuelles », et celle qui suit immédiatement dans laquelle le Royale-Arche reconnaît que, malgré l’état de matérialité du genre humain, l’homme a pu con server la faculté de tremper les lèvres dans la coupe des jouissances spirituelles, de déchirer les voiles de l’erreur et de contempler, comme Moïse devant le Buisson Ardent, le Suprême rem: 'IIIJN mrm.
« Que la verge de ta grâce, le sceptre de ta puis sance », c’est-à—dire la verge d’Aaron, le bâton de l’Ermite, la baguette du Mage, « nous protège et nous défende contre la fureur de nos ennemis », le fixe et le volatil; et ici, sans transition, l’auteur de la prière abandonne la Kabbale pour pénétrer dans la moelle même de l’hermétisme, « et en particulier contre la subtilité et la malice du Serpent dont la vigilance cruelle cherche notre ruine. » Le Serpent, Python des Égyptiens, dont l’anagramme est Typhon, l’assassin d’Osiris, c'est—à-dire les sels métalliques qu’il importe de vaincre, de tuer; en termes d’Alchimie, d’amener à la putréfaction, au noir très noir, sans quoi tout le travail est ruiné et notre matière perdue.
242 L’lNl'l‘lATION « Puisse la lèpre être extirpée _de notre cœur .’ » est une autre phrase d’argot alchimique qu’il faut lire: puisse notre or (coeur) être à jamais dépouillé de ses impuretés (lèpre).
Puis l’auteur fait au M-icrocosme une transposition de la même idée: « Puisse la devise mmb wwp (Kodesh Layehovah) marquer chacune de nos pensées, de nos-paroles et de nos actions! », simple adaptation de la poudre de projection au Monde Moral. —« Que l’encens qui brûle continuellement sur l’autel de nos cœurs exhale un parfum qui te soit agréable ! » est une partie de cette prière occulte dont la haute signification n’échappera à aucun lecteur tant soit peu versé dans les mystères de la Théurgie dont nous n’avons pas à traiter ici.
Enfin la prière se termine par des vœux. rappelant encore le caractère essentiellement kabbalistique du début.
Aprèsl’invocation, les trois récipiendaires accomplis sent l’inévitable rite de cireumambulaz‘ian, qui n’est autre que la circulation alchimique. la volatilisaüon ou purification de la matière, etsont conduits àl’autel des serments oùils prononcent l’obligation du grade que, malgré la haute portée philosophique de quelques unes de ses parties, nous nous voyons à regret obligé de passer sous silence.
Au second voyage, il est donné lecture du passage de l’Exode, chapitre tu, où. il est parlé du buisson ardent. ‘ ' «. C’est au buisson ardent, dit Maekey dans son Rituah‘st, que Moïse reçut. la divine mission. d‘écrire le Pentateuque, d’où le maçon de Royale-Arche tire
SYMBOLISME DE LA MAÇONNERIE D’YORK 243 Itous les enseignements qui le distinguent si éminem ment du reste des maçons.
L’introduction de cet ' épisode dans le Septième degré de la Maçonnerie d’York est particulièrementappropriée aux instructions qui suivent et dans lesquelles il est raconté d'une manière détaillée comment lelégislateur israélite reçut la force et l’autorité nécessaires pour accomplir les prodiges et les miracles auxquels il sera bientôt fait allusion. » Il est difiicile de désigner plus clairement l’origine kabbalistique du degré de Royale-Arche.
Le Penta teuque, en effet, est le livre classique du kabbaliste; la Kabbale elle-même n’est que l’interprétation orale et secrète de ce livre; or, si l’on veut se rapporter à l’opinion de Ragon que nous avons exprimée au début de cette étude (page 222), l’on pourra se convaincre que la tradition du prêtre égyptien, auquel apparut dans le Buisson Ardent le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob (de Ram, d’Isis et de Yah), était précisément l’interprétation physique du Pentateuque, de ce véri table traité d’Hermétisme, commenté plus tard par Abraham le Juif, pour ne parler que de ce philosophe, auteur inconscient du grade qui nous occupe.
Après avoir contemplé le Buisson Ardent où les récipiendaires ont reçu communication du mm mrm mmz, ils accomplissent trois nouveaux voyages pendant lesquels il est donné lecture du chapitre xxxvr, v. i -1—2*0 des n Chron., traitant de la Destruction de Jérusa‘lem, récit hermétique de la dissolution des corps pour en obtenir la réduction en leur principe premier. La Des— tructio.n de Jérusalern est pourl’a‘lchimiste-maçm ce
244 L’INITIATION que le Massacre des Innocents de Flamel est pour l’alchimiste-profane.
Les trois néophytes sontterrassés, liés pieds et poings et traînés hors de la salle pour re présenter les prisonniers menés en captivité à Ba— bylone. ’ Selon le Trévisan, Valentin et d’autres adeptes, il faut entendre par captivité, par emprisonnement l’état de l’Or des philosophes lorsqu’il est retenu au sein des / matières hétérogènes dont il faut le débarrasser.
La prison, Babylone, représentent le vase dans lequel on enferme la matière de l’œuvre pour travailler au nua gistère.
Cet épisode de l’Histoire Sacrée est raconté aux can didats en insistant particulièrement surla capture des vases d’or du Temple, et la destruction des colonnes d’airain Jachin et Bohaz; l’airain, métal androgyne, ' corps imparfait, mais dont les philosophes doivent se servir pour l’Œuvre, il en est de même del'or vulgaire (les vases du Temple). ‘ VI Bientôt le roi de Perse Cyrus reçoit de Dieu l’ordre . d’élever à Jérusalem un Temple à sa gloire et de dé livrer les Juifs (Esra, I, If3).
Le roi fait proclamer dans tout son empire l’acte qui permet aux Israélites de retourner dans leur pays. Selon Raymond Lulle, renvoyer la matière à son pays natal signifie faire passer la matière de l’œuvre par la noirceur. « En conséquence de cette proclamation du’roi, est.
SYMBOLlSME DE LA MAÇONNERIE D’YORK 245 il dit aux postulants, un grand nombre de nos frères, nés en captivité, sont déjà retournés à J érusalem pour y relever la Maison du Seigneur.
Vous allez à présent représenter trois des derniers captifs israélites laissés à Babylone. » Le voyage de Babylone à Jérusalem s’accomplit alors au milieu des difficultés les plus grandes, des obstacles les plus imprévus: tantôt de hautes monta gnes, tantôt de profonds ravins, tantôt de larges fleuves viennent les détourner de leur route: puis ce sont des tribus hostiles qu’il faut combattre et les aiguillons de la faim et de la soif, de la chaleuret de la fatigue qu'il faut supporter avec courage.
L’Artiste reconnaît dans le voyage des Royale Arches les voyages d’Osins, de Bacchus, de Néopto 1ème, symboles de I’Œuvre Hermétique (I), de l’opé ration si difficile de la fixation du Mercure par la circulation. Les récipiendaires se trouvent trois fois arrêtés par des obstacies, à première vue insurmontables, et chaque fois ils adressent à I’Eternel une prière fer vente.
Ces prières sont Ies Psaumes cxu, CXLI[ et cxun dont l’analyse hermétique donnera à l’initié la connaissance de la nature de ces trois grands obstacles et lui fournira, sans doute, le moyen de les combattre.
Nous trouvons dans la terminologie alchimique de ces Psaumes des allusions répétées aux ennemis, aux persécuteurs qui ne sont autres que le fixe et le volatil; à l’âme emprisonnée, c’est-à-dire au ferment, (I) Pernety, Fables égyptiennes et grecques dévoilées.
246 L'INlTIATION au germe qui anime la pierre et dont on fait l’Elixir, retenu dans les parties terrestres, grossières de la matière vulgaire; au Serviteur ou matière {des philo— sophes, ainsi nommée parce qu'elle se soumet à leurs désirs et qu’elle obéit à leur volonté; au Jugement, mot qui se rencontre souvent dans les œuvres de Raymond Lulle et par lequel ce philosophe entend l’action de décider de l’habileté de l’artiste par la valeur de sa poudre de projection ; etc. Enfin les néophytes arrivent à Jérusalem, le pays natal (la noirceur); ils se trouvent devant le voile extérieur du tabernacle et se font reconnaître du Grand Maître du premier voile en leurs qualités d’Excellents Maîtres (l’Excellent Maître, sixième grade, est celui qui a scellé la voûte de la principale arche du premier Temple au moyen de la clef de la voûte d’Hiram accidentellement retrouvée au grade de Maître de Marque.
Nous ajouterons que l’action de clore hermétiquement le vase philosophique est des plus importantes, et la manière décrite dans le grade d’Excellent Maître est identique à celle employée le plus souvent par l’artiste ; elle consiste à « boucher le vase », fermer l’arche) avec un bouchon de verre (clef de la voûte) qui prenne bien juste dans toute sa circonférence; on le lute ensuite avec un bon mastic (ciment) » (I).
La couleur du premier voile est bleue, couleur de la Maçonnerie symbolique; en alchimie l’eau est bleue ; (i) Permety, (oc. cit.
SYMBOLISME DE LA MAÇONNERIE D’YORK 247 le bleu représente aussi le repos absolu (1); ici il remplace le noir, la tête de corbeau. « Au quatrième feuillet du livre de Flamel, dit Eliphas Lévi dans son Histoire de la Magie, on voyait le Temps prêt à trancher les pieds à Mercure. Près de là était un rosier fleuri dont la racine était bleue, la tige blanche, les feuilles rouges et les fleurs d’or.
C’est l’œuvre avec ses trois couleurs successives: c’est le magistère au noir, au blanc et au rouge qui fait germer et fleurir l’or. » Les néophytes passent le premier voile après avoir donné au garde le mot sacré : mm: 1117N mm. Le garde les instruit des mots de passe D117, un et 1‘157 (noms des constructeurs de la première arche) et du signe qui leur permettront de passer le second voile.
Ce signe consiste à imiter le geste de Moïse lorsque, sur l‘ordre de l’Eternel, ayant jeté sa baguette sur le sol, celle-ci se transforma aussitôt en serpent et, ayant saisi l’animal par la queue, ce dernier reprit. sa forme originale: c’est la volatilisation du fixe immé diatement suivie de la fixation du volatil, et ce symbole biblique est tiré tout entier du livre d’Abraham le Juif.
Voici, selon Mackey, la signification morale du signe; le sens kabbalistique contenu dans les termes du savant Franc—Maçon n’échappera pas au lecteur. : « De même que ces miracles ont été permis à Moïse pour prouver la divinité de sa mission qui consistait à retirer le. peuple israélite des ténèbres de l’idolâtrie (I) Eliphas Lévi, Philos Herm., Clef des Grands Mystères.
248 L‘INITIATION égyptienne et le ramener à la connaissance et au culte du vrai Dieu, de même ces signes communiqués au Royale—Arche sont les preuves évidentes de la réalité de sa mission qui consiste à se libérer de l‘esclavage, de l’erreur et à retourner au culte de la divine Vérité. » Par ce parallélisme établi entre la mission du légis— lateur hébreu et celle du Royale-Arche, l’illustre Fa Mackey affirme que le vrai maçon et le grand initié, Mosheh, pratiquent le même art et emploient les mêmes moyens: tous les deux séparent la lumière des ténèbres, ou blanchissent le Mercure après la putréfaction et trouvent la pierre de projection.
Tous les deux recherchent la divine Vérité qui est le vrai Dieu dans toute la splendeur de sa création, c’est-à dire manifesté dans les trois mondes de la Kabbale.
Les néophytes se présentent devant le second voile, dont la couleur est violette, combinaison du bleu du premier voile avec le rouge écarlate du troisième ; couleur synthétique de la gamme des teintes affectées par sa matière passant du blanc au rouge vif, le violet est équivalent à ce que les alchimistes nomment la ' plume de paon. Les postulants reçoivent les trois mots de passe et le signe qui leur permettront de passer le voile suivant.
La triple parole est: D'cZJ, nm et mmn, étrange association de personnages ayant véCu à des époques bien différentes; sans aucun doute les premiers ritualistes avaient désigné dans le principe les trois constructeurs de la seconde Arche emportée d’Egypte et devant laquelle officiait Aaron. Mais nous remarquons que les deux premiers noms D11] et 1151 ont déjà été prononcés devant le second voile; comme ,,,.. .,—_—.... A..._-..I;u ‘
SYMBOLISME DE LA MAÇONNERIE D’YORK 249 il était nécessaire de donner la triple parole aux trois derniers voiles (tout dans ce grade se fait par trois fois trois), on serait arrivé à posséder treize mots sacrés au lieu de onze qui forment l’arbre des séphL rots.
Dans quelques chapitres on ne répète pas les mots DW et 1151, mais, pour ne pas dépasser le nombre de l’Ensoph et des dix Séphirots, on a mutilé la triple Parole du Monde Archétype (voir PI. III) et on ne prononce qu’un seul mot sacré, soit mm, soit ]N'7:W. Du reste il n’est pas prudent de rechercher la valeur historique dans la Franc—Maçonnerie en général et dans le Rite d’York en particulier.
Il n’est pas de preuve plus convaincante du but réellement philoso phique de l'Ordre que le peu de souci que montrent les ritualistes de la vérité historique; pour adapter des symboles à l’enseignement des sciences abstraites, il a fêté absolument indispensable de les arranger de façon à présenter des analogies assez nettement définies pour rendre cet enseignement possible.
Or cela ne pouvait se faire qu’en sacrifiant la vérité historique chaque fois que celle-ci s’opposait à la marche logique de l’enseignement secret. Du reste ces noms n’ont d’autre valeur que celle que la Kabbale leur attribue. Il ne faut considérer en eux que le sens hiérogly phique de leurs lettres.
Prenons, par exemple, le mot mum qui exprime les idées symbolisées par le groupe des trois récipiendaires attachés par une corde qui leur lie sept fois le corps :, ' L’unité relative sa du ternaire! formé par la réu nion des trois septénaires 1.—; — 1— est équivalente
2 50 LÏNlTLATION au duodénaire (des opérations de l’oeuvre) exprimé par la lettre finale : —. Ces lettresI dont on addi— tionne les principes (non les nombres) qu’ils repré sentent donnent (1+ 7+7 + 3 +7+12=37) le nombre 37, dont les chiffres lus séparément expri ment le triple (3) septénaire (7) représenté par les trois néophytes, — le produit de leur multiplica— tion (3X7:21).
Vingt et un est le symbole de l’œuvre parfait; et, additionnés théosophiquement (3+7=10), ces chiffres donnent le nombre Dix, symbole de l’alliance de l’Etre (l) et du Non-Être (o), du Tout (I) et du Rien (o); 10, équivalent du signe hiéroglyphique {à du Soleil et de l’Or, etc. Connaître ce nom, c’est posséder le secret de la pierre des philo.— sophes.
En effet, sur l’Arbre séphirothique des mots sacrés du grade, mum occupe la place de Jesod, du Fondement; c’est la Pierre cubique, la Pierre angu— laire, dont il est si souvent parlé en. Maçonnerie, 'à tous les degrés et dans tous les systèmes. (A suirre.) En. B1.172, Si: Iî'_î fillR räimsamr a; LE 9srcnnmnn.
Dans le numéro d’août dernier de l'Initz‘az‘ion, le D' Fugairon expose avec clarté le résumé d’un sien ouvrage en préparation, en lequel il cherche à définir, de par les données prééises de la science moderne, la constitution de l’homme. et à fournir de la sorte
SUR L‘AÉROSOME ET 'LE PSYCHOLONE 251 «une base d’explication aux phénomènes occultes qui ont l’homme pour théâtre ou moyen.
Cette méthode, inaugurée par Louis Lucas, nous est trop chère pour que nous ne demandions pas au D"Fugaironla permission d’apporter notre modeste appoint à son travail et de préciser, par des considé rations autres, certains points importants de sa note précitée. ’il n’est que trop vrai, beaucoup d’occultistes con fondent l’aérosôme et psych010ne, le corps astral et l’âmeastrale.‘L’erreur vient d’une fausse interprétation du ternaire corps, âme, esprit, ou, comme disent les spirites, corps, périsprit, esprit.
Mais, ainsi que 'l’a magistralement démontré M. Bar‘let dans son étude sur 'le Zodiaque et les Génies planétaires, tout ter naire se résout forcément en quaternaire sur le plan réalisé où nous Vivons.C’est ce que tous les occultistes qui savent ont compris, ainsi que le dit très justement Papus à la suite de ‘l”art‘icle du D' Fugairon, en citant pour preuve ses propres travaux,ceux de Marius Fon taines et d’Amelîneau, auxquels nous ajouterons ceux «d’Eliphas Lévi.
Une fois de plus, les investigations po sitives d’après les données de la science moderne con firment donc, en cet article du Dr Fugairon, les ensei gnements de la Science occulte.
Cependant, sachant par expérience combien les oc— cultistes superficiels'sont portés 'à rétablir cette con fusion entre la matière (à l‘état radiant) et la force, nous croyons devoir insister sur certaines définitions du 'D' 'Fugairon. > Ainsi, page 146 du numéro précité de l’Initiation,
2 52 L’INITIATION il dit: « Chaque atome chimique possède ainsi une âme et un corps. L’âme, c’est la monade centrale; le corps, ce sont les monades groupées tout autour. . ... Dans chaque cellule, il y a une monade centrale spé cialisée au point de vue des propriétés psychiques et dont les propriétésont un degré de développement plus grand que celui de l’âme des atomes chimiques. Cette monade centrale est l’âme de la cellule.
Les autres monades agrégées qui la constituent forment son corps en sarcosôme..... Je donne à l’ensemble des centres psychiques le nom de psycholone. » Des gens peu instruits peuvent voir une contradic— tion en les lignes qui précèdent.
D’une part, on vient dire en effet: l’âme est un centre de forces (et c’est préci— sément la définition que nous en avons donnée nous— même dans un ouvrage sur les Microbes de l’Astral, actuellement à l’impression); d’autre part, on lit : l’âme est une monade, c’est-à-dire un point matériel, bien matériel, quoique animé par une force, comme tout ce que nous montre la nature sensible.
Il n’y a aucune contradiction,nous semble-t-il,entre ces deux affirmations. L’âme est un centre de forces, c’est-à-dire qu’elle est essentiellement inatteingible à notre investigation expérimentale directe; mais, par analogie, nous pouvons dire que, de même que les forces qu'étudie la physique, elle agit en provoquant le mouvement de la matière : cellules, molécules, atomes, monades.
Le lieu géométrique où se totali sent les sommes partielles de force vive contenue en chaque molécule de l’ensemble considéré, où sont appliquées toutes les forces potentielles de cet ensem
sua L’AÉROSOME ET LE PSYCHOLONE 253 I ble, est aussi le lieu de manifestation de l‘âme. Or la monade qui se trouve à ce point précis est l’organe immédiat de manifestation de l’âme, c’est le centre physique où s’exercent les efforts de toute l’énergie du système.
De même, la monade-soleil peut être dite avec vérité, quoique d'une façon figurée,l‘âme du monde ; au point de vue sensible, le soleil n’est qu’un amas de matière, comme les planètes qui gravitent autour de lui ; mais cet amas matériel occupe le lieu géométrique où convergent toutes les énergies plané taires, qui s’irradient ensuite du centre sous forme de lumière, de chaleur, d’électricité, etc. Mais ce qui fait vivre le monde, ce n’est pas le soleil matériel, c’est la force qui meut la matière : mens agz‘tat molem, et qui agit, invisible, des planètes au soleil, puis, radieuse et vivifiante, du soleil aux planètes (évolution et invo lution, polarisation négative et positive).
Ces considérations nous amènent à signaler l’im— portance d’un élément que le D‘ Fugairon semble avoir laissé un peu dans l’ombre; il dit, page 147 : « L’homme se compose donc : « r° Du sarcosôme (réunion du sarcosôme de toutes les cellules) ; « 2° De l’aérosôme, formé par la fusion des aéro sômes de toutes les cellules; « 3° Du psycholone, ensemble des centres psy chiques; ' « 4° De l’Ego, centre psychique qui constitue notre moi, qui est au-dessus de tous les centres for mant le psycholone. » Cette conception de la constitution de l’homme —w“" ‘ \'\
254 L’INITIATION est exacte si l’on considère l’homme abstrait, l’hom me: en soi; elle est incomplète si on l’étudie dans le mi lieu phénoménique de ses manifestations.
Elle rend compte du ieu des forces entre les différents centres. matériels d’un même homme, elle est muette à l’égard. des relations entre un homme et le milieu ambiant Un homme peut. être, en effet, considéré comme une simple cellule du Tout humain, ou du Tout. ter restre, ou du Tout solaire, ou du Tout universel.
Par rapport à l‘ensemble en lequel on considère un. homme— cellule, le psycholone de cet homme n’est qu’un simple centre psychique qui doit s’unir à tous Les. autres centres semblables pour former le psycholone général du tout considéré.
Or, puisque l’hommeem soi n'est que l’ensemble des cellules qui. le campa sent (sarcosôme, aérosôme et psycholone), il ne peut normalement rien distraire des forces qui sont en. lui pour s’unir au milieu ambiant; bien plus, il faut, pour qu’il lui soit possible de se développer, qu’il, puise en ce milieu ambiant des forces que, du reste, il, restituera plus tard (assimilation et désassimilation); et, tant que ces forces extérieures agissent dans l’homme, on doit les considérer comme distinctes: 1° du. mi, lieu d’où-elles viennent; 2° du milieu où elles s’exer— cent actuellement.
C’est sur l’action de ces forces. externes qu’ont porté les expériences effectuées par le Dr Baraduc et décrites dans son livre sur la Force vitale. Nous rangeant à la terminologie grecque adop tée par le Dr Fugairon, nous proposerions de donner. à cette somme de forces externes momentanément, localisées en l’homme le nom de : exergone (delggr \ , _. ,/ ...r. ..,—r’-w —-»«. danM»w...VœnF—.‘N—.MM:
sua L’AÉROSOME ET LE PSYCHOLONE 255 indiquant l’extériorité, et de ëprtW, travail), littérale ment : puissance venue de l’extérieur ou agissant à l’extérieur, par opposition à énergie, puissance dans un système considéré, le mot exergone désignant un principe concret, et le terme énergie s’appliquant à une potentialité abstraite (I).
Au reste, si l’existence de l’exergone se peut dé— duire facilement de l’étude physique de l’homme, nous n’avons pas la prétention de faire croire à l’in vention d’une classification nouvelle; de tout temps, l’oœultisme a connu la division de l’homme, qui est basée à la fois sur les faits, sur «le raisonnement et sur la tradition; et nous ne croyons pas .qu’on puisse expliquer complètement aucun des phénomènes humains sans le septénaire; notamment en ce qui concerne les phénomènes dits psychiques, l’intervention de l’exergone a certainement autant de poids que celle du psycholone, ainsi que nous espé— rons pouvoir le démontrer quelquejour par le compte rendu d’expériences actuellement en cours.
Enfin la véritable réalisation du quaternaireque nous avons évoqué en commençant s’effectue par l’exergone et mon par I’Ego qui est.le triple principe supérieur ou plan astro—physique en lequel nous vivons; le schéma suivant, inspiré par les travaux de Barlet et de Fa— pus, justifiera cette affirmation.
L’exergone (force intangible extérieure) est bien en effet l’opposé du corps matériel concret, et, entre eux \ '(si) Si nous avons bien compris l‘enseignement des anciens. '-le principe qu’ils ont appelé enormon serait lîensemble de .I'exergone et du psycholone.
2 56 L’INITIATION deux, le corps astral affirme sa double polarité active (psycholone) et passive (aérosôme). 1 Exergone .‘| Psycholone Aérosôme t"l Sarcosôme 1 Ainsi présenté, ce quaternaire permet d’établir la correspondance septénaire, comme on peut le voir au tableau ci-dessous: Arum . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . _ _ _ Boom-n . . . . . . . . . . . . . . . Ego..... spirituel M supérieur ..... . .
Système _ et ““’s : inférieur . . . . . . . , È intellectuel KAMA . . . . .. . . . . . . . . . . . . . Ps cholone. _ PIANA ou JIVA, spécialité. EÀïérgone. . l Slsœme psycmque (l) LINGA SHARIRA . . . . . . . . . . .
Aérosôme. _ Sruuu Sunna (ou RUPA) Sarcosôme. lsysœme somatique - ° Le rayon manasique qui s’unit à Kama pour former le psycholone pourrait bien être. considéré comme une force extérieure au quaternaire, sur lequel seul peuvent porter les études du physicien; maison ne saurait le confondre avec l’exergone : i° parce qu’il est intelligent, tandis que l’exergone n’est, dans notre conception, constitué que par les forces physiques aveugles (les idées qui nous viennent du dehors n’agis_ (l) En fait, le psycholone agit plus spécialement sur l’aéro_ sème, et l'exergone sur le sarcosôme; le premier est la force de l’âme et le second la force du corps, de même que Buddhi est la force de l’esprit. . -‘.A_/.,_‘ J).
SURL’AÉROSOME ET LE PSYCHOLONE 237 .-cw.an. . sent que par induction sur notre psycholone et non, comme l’exergone, par action directe sur l’aérosôme ou le sarcosôme); 2° parce qu’il s’incarne une fois pour toutes, pendant la vie, en Kama, tandis que l’exergone, comme le psycholone proprement dit, l’aérosôme et le sarcosôme, se renouvelle constam ment.
Mais, nous le répétons, cette étude des différentes parties de l’Ego est en dehors du domaine de la phy sique qui, du reste, a bien assez à faire d’étudier le quaternaire inférieur.
En terminant, nous nous permettons de relever deux légères erreurs, deux lapsus échappés au D' F u gairon : 1° L’aérosôme n’est lumineux que parce que ses molécules sont en vibration sous l’action d’une force quelconque; par elle-même, la matière (et l’aérosôme n’est pas autre chose) n’est ni lumineuse, ni chaude, ni électrisée, etc.; elle n’acquiert ces propriétés par rapportà nous que sous l’action d’une force qui lui imprime tel ou tel mouvement correspondant; la luminosité réelle du corps astral dépend des mouve ments moléculaires de l’aérosôme sous l‘influence du psycholone ou de l’exergone.
' 2° Le psycholone se renouvelle, puisqu’il est l’en semble des centres dynamiques de molécules renou— velables; la personnalité se renouvelle également; ce qui ne se renouvelle pas, c’est le Manas inférieur uni à Karma et qui fait partie de l’Ego individuel; il im porte de ne pas confondre l’individualité éternelle et la personnalité transitoire, le Soi et le Moi. .s"ü<_w«xa.«;æ -7. *- - v—'-—v<'f:
2 58 L’iNITIATION Mais ces remarques ne peuvent avoir de notre part qu’une valeur toute provisoire, puisque nous n’avons pas lu l’ouvrage important que veut bien nous pro mettre le D' Fugairon et qui contiendra les preuves de ses affirmations. MARIUS DECR‘ESPE. PHILÜSÜPHIÏE A @U@Zl SÉRIE“ LA PHRL@S©PHÏLË Le signe visible de l’absolu, c'est 1. -— Le signe invisible, c’est la conscience.
' Souverain bien ou la Vérité Amour Justice « Je pense, donc je suis», a dit Descartes, au premier chapitre de la Méthode. -— Si je pense, je possède la faculté d’établir des rapports, soit physiques, soit moraux. De l’accord de ces rapports entre eux dépend le bien ou la loi absolue, soit dans l’ordre physique, soit dans l’ordre moral.
L’idée qui se présente tout d’abord, c’est la consta— tation de deux faits primordiaux, deux phénomènes: \ W"”””"""""'”’W“WW ‘ ' .. '_..‘ËM r..a..m . _ \ _
LA PHILOSOPHIE 259 le premier, qu’il existe des choses en dehors de nous qui échappent à notre action directe: c’est le monde physique ou matériel; le second, qu’il existe des faits ou phénomènes en nous: c’est le monde moral. Pour déterminerle monde physique dans ses rapports multiples, le point continué ou la ligne droite déter— minée est la mesure la plus simple que nous aitdonnée la nature.
Par elle, on arrive àla découverte des sciences exactes, puisqu’on peut mesurer leur rapports. La conscience, la ligne étroite, dérivant de l’Absolu, sert à déterminer le degré des sentiments humains.
Nous acquérons dans les deux ordres une mesure infaillible, le plus bel apanage de l’être pensant;c’est ce qui constitue l’intelligence et explique notre supé— riorité sur les animaux qui ont bien,eux aussi, une intelligence, mais que j’appellerai relative; c’estl’ins— tinct qui les porte impérieusement vers la satisfaction de leurs besoins physiques.
Toute créature humaine possédant la vie, consé z quemment des besoins physiques, par là se trouve assimilée, d’un côté, avec les animaux. -— Notre nature est donc à la fois physique et morale. —— Phy sique, puisque nous avons des besoins à satisfaire; morale, puisque nous avons des sentiments à expri mer.
' Une nature parfaite sera donc celle dans laquelle se trouveront réunis ces deux phénomènes: satisfa& tion des besoins physiques, satisfaction des besoins moraux. Le besoin, l’appétence, en un mot, répond directe ment à la loi physique qui est hors de nous, parce que ..o... ,..’'.—.-«»._“Î,
260 L’INITIATION nos organes matériels, le monde extérieur la récla ment, et à la loi morale qui est en nous, parce que nos . sentiments nous y portent.
Le sentiment de la morale absolue, nous le puisons en nous-même, de la conscience: cet arbitre suprême de nos moindres actions. ce directeurintime, sans cesse en éveil, nous indiquant la marche à suivre dans la vie; et sa consécration se trouve dans le libre arbitre sans lequel l’homme obéirait à des lois fatales, devenu le jouet des passions les plus contradictoires.
Le sentiment est bon ou mauvais, selon que nous l’avons bien ou mal mesuré à notre conscience.
Quand il y a équilibre constant ou harmonie dans nos senti— ments, nous arrivons à la perfection relative par rapport à l‘absolu, Dieu. — Lorsqu’il n’y a pas harmonie, il y a discord; et cela explique le jeu des passions ou les divers courants qui nous entraînent souvent, no nobstant les appels non entendus de la conscience, où il n’est pas convenable de se rendre, par rapport à à la raison pure.
D’où il suit que l’homme est une créature responsable de ses actes et pouvant, à sa Volonté, se diriger sur le bien ou sur le mal. Quoique nous puisions nos sentiments en nous même, nous avons une tendanceimpérieuse qui nous porte à les exprimer au dehors. — C’estla loi d‘expan sion de la nature, la force motrice par excellence, l’attraction universelle qui se nomme gravitation dans l’ordre physique et l’amour dans l’ordre moral.
Par cette merveilleuse tendance, écho‘ éloigné de la - nature divine que la conscience nous révèle cette lumière qui éclaire tout homme venant au monde, M____ Aawiwm”_—m—mtm-gu_—m _ A _._‘_.,___._.—.
LA PHILOSOPHIE 261 selon l’apôtre, nous sommes en rapports constants avec l’absolu, et par cela même perfectibles et susceptibles de progrès. Le progrès est donc d’essence divine. C’est l’échelle mystique de Jacob nous représentant l'homme luttant sans cesse, depuis les temps les plus reculés, afin d’arriver à l’ldéal, c’est-à-dire àla reproduction dans les faits humains du grand dessein harmonique de la nature.
En eñet, dans l’ordre physique, tout s’étant trans formé et se transformant et se perfectionnant sans cesse, il doit en être de même dans l’ordre moral.
D’où la conséquence qu’un homme de progrès est le plus beau titre qui puisse être décerné à une créature humaine, et que c’est une aberration, un discord épou vantable que de vouloir entraver l’œuvre de Dieu sur la Terre. - D’où il résulte que la société, dans les conditions rationnelles, agglomération d’individualités réunies en faisceaux, n’est donc que l’édifice moral, ou la cité de Dieu par excellence, dontles parties harmoniques constituées doivent se moulerà l’instar sur des œuvres grandioses qui nous sont présentées, dans l'ordre physique, par le grand architecte de l’univers.
Cette idée bien comprise, on peut et on doit faire dériver tous les rapports sociaux de cette vérité absolue; et le plus ou le moins de perfection, dans son applica tion, explique la qualité des rapports sociaux entraeux. De cette recherche est née la Sociologie.
Appliquée avec larègle absolue de la justice, sanctifiée " par l’Amour, cette attraction morale, portée à sa plus 9 \ ,_ -_'._. tA«_,.«—.v—ic._._.c, \ -—.,....._, ....-. -._.A.\.t«__,_-_—__A_M‘i ; -\wM.A‘\I*“"‘"’T‘u-Ù"Ufi" &æ‘_.,"’*n—yfl« y__:æ-s ,_,__ -
262 L’INITIATION haute puissance, enfante les actions sublimes, la vertu. Par cette règle de conduite, les hommes seront ame nés insensiblementet sûrement à perfectionner de plus en plus leurs rapports entre eux, à se dégager de préju— gés barbares, de la guerre par exemple.
D’irrationnels dans leurs concepts, trop souvent hélas! d’injustes, conséquemment, qu’ils apparaissent en bien des cas, les hommes deviendront soumis à la loi d’amour, plus équitables entre eux. L’homme ne sera plus « le loup de l’homme » selon la définition si saisissante de Hobbes, mais son véritable frère en Dieu. — C’est la loi de l'Evangile; pourquoi ne l’appliquons-nous pas?
Des rapports sociaux découle naturellement l’éco nomie politique, science parfaitement dénommée, puisque de la parfaite économie, en politique, découle le bien-être de tous, des masses sociétaires. Or, en économie politique, on expérimente sur des unités humaines, au lieu d’expérimenter sur des chiffres, comme en mathématiques pures.
Néanmoins, nonobstant un ordre d’idéesdifl'érent, on arrive à un résultat semblable au moyen de la puissance des nombres, idée sublime de Pythagore qu’on ne saurait trop méditer. . En effet, en mathématiques, que produirez—vous avec des unités isolées P Absolument rien. ——Assemblez ces unités. combinez—les, et vous arriverez à résoudre les problèmes les plus ardus du calcul.
Ceci est d’une évidence qui n’est pas sujette à démonstration, tant elle est manifeste. Eh bien! que ne fait-on de même en économie sociale ? :i_4A.—nvLr :—.—».A..«,..mW —'....- A’.’:‘_;—._...‘x;;_.;:zusæn, ;, r.......,.. , \‘:L‘s Ë
LA PHILOSOPHIE 263 l L-‘ x,‘.w_«._..\Nv—«H L’unité, c’est l’égoïsme de chacun, l’éparpillement des forces au grand détriment de la masse entière; c’est la concurrence intelligente qui tue, au lieu de l’épanouissement collectif du corps social tout entier. Par ces unités groupées, au contraire, vous arrivez à des combinaisons multiples qui toutes s’aident mu tuellement, sans entraver pour cela le jeu régulier de l’individualité humaine.
Annihiler, comme certaines écoles philosophiques le préconisent, la liberté de l’in dividu au profit exclusifd’une collectivité quelconque, c’est outrepasser la loi naturelle du progrès, c’est pen cher vers la tyrannie du nombre, qu’il ne faut pas confondre avec l’harmonie sociale.
Ceci établi, faites des nombres sociaux, des intérêts groupés par l’affinité des intérêts, au lieu de cette froide individualité, la base actuelle des sociétés mo dernes. et vous accomplirez sans secousse, naturelle ' ment, harmoniquement, les vues de la Providence. La Bible l’a enseigné, il y a déjà bien longtemps: il n’est pas bon que l’homme soit seul.
Cette idée d’une haute portée philosophique doit s’entendre non seulement de l’équilibre de la créature, comme espèce, qui sent le besoin de se reproduire, afin d’accomplir l’acte religieux assurant l’accomplissement des vues divines dans.l’avenir, mais encore de son état, comme Lêtre sociable appelé à vivre au milieu de ses semblables. De là dérivent les rapports de société, les contrats des unités sociales entre elles.
Ces contrats librement consentis doivent être loyale ment exécutés de la part de chacun de ses membres sous peine de voir des inégalités monstrueuses surgir
264 L’IN1TIATION d’une situation créée tout d’abord pour les éviter. A côté des droits de chacun il y a pareillement les devoirs de chacun. Droits et devoirs sont corrélatifs, les uns aux autres.
Malheureusement cette idée qui sanctionne l’harmonie des rapports sociaux a été tellement obscurcie de tout temps par des motifs inté— ressés, qu’il n’est pas d’homme qui trop souvent ne se fasse une idée différente de ses droits et de ses devoirs en ce monde.
Une lacune importante à combler se— rait de présenter un cours d’économie politique au point de vue des droits et des devoirs de l’homme en société; de déterminer en vertu des mêmes principes et des recherches la meilleure forme de gouvernement, celle qui s’adopte le mieux aux règles de l’absolu, de la justice, partant de cette idée que, les hommes étant frères, tout texte de loi quelconque doit, pour être via ble, s’appuyer, contenir en substance le principe de V la fraternité dont on parle tant de nos jours et que l’on pratique si peu.
Pourquoi? surtout parce que cette sublime devise a été mal présentée aux peuples assoiffés de liberté et laissant dans l’ombre les autres termes de la devise. Lisez sur les murs de nos édifices. Partout vous y voyez figurer ces mots: Liberté, Egalité, Fraternité. J’en demande bien pardon à mes contemporains, mais cette devise est fautive, et ne peut et n’a pu que produire des effets très imparfaits, présentée de cette manière.
Selon mon humble avis, et n’en déplaise à mes grands initiateurs de 89, il eût fallu présenter cette devise d’autre sorte, comme suit : .9pŒ‘KÆ'2':*_i”..r.‘_x"_.kA[«<{.u{ù ' ' ' , __ ' ' ' 'i _. wœuw«,.M— .mwm .. , ,,, . ,. A -, w Iw":l .h
LA PHILOSOPHIE . 265 Fraternité, Égalité, Liberté. Et en voici la raison : Si l’on admet que les hommes sont frères, les uns l’admettent, je suis de ce nombre; d’autres ne l’ad mettent pas et sont les défenseurs acharnés des castes d’où dérivent les privilèges. Ne comptons pas avec les idées modernes. Poursuivons.
Si les hommes sont frères. ils doivent être égaux entre eux, de par le droit divin; donc l’Égalité dérive nécessairement de la Fraternité, logi— quement parlant. Puis, si les hommes sont égaux entre eux, l’homme égal de son frère ne saurait être entravé, lésé dans la manifestation de sa liberté na tive.
Tout au plus, pour le bon ordre social, est—il nécessaire, dans l’établissement du pacte social inhé rent à tout gouvernement quel qu’il soit, de limiter dans une certaine mesure, pour l’intérêt général de la communauté, l’expansion de son droit primitif d’homme libre; mais cette mesure doit être aussi mi nime que possible. On peut, avons-nous dit, atténuer ce droit à la condition expresse de ne pas l’entraver outre mesure.
C'est la pierre d’achoppement de tout gouverne ment, et seule la Fraternité peut nous éclairer à cet égard en fixant pour base de son action, et sans. l’enfreindre, le principe. Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qui vous fût fait.
Cette loi ne date pas d’hier, puisqu’elle remonte aux temps védiques, est passée dans le code du premier Manou (époque brahmanique), a été reprise plus tard par le Bouddhisme, ensuite par Confucius, puis enfin 0 ‘ 'rww.»«\.‘.aa‘.n-\%ma‘— .—‘.,,,u K
266 L’INITIATION par le Christ quI a présenté à l’humanité la synthèse universelle de la loi d’amour appuyée sur la Frater nité. Appliquée à l’ordre social, cette loi a fourni comme éléments la triade suivante accompagnée de ses divisions principales: - De l’amour dérivent les sentiments tendres : 1° La maternité, la paternité, la fraternité (d’où par corollaire l’égalité et la liberté).
2° Puis la religion, la foi, la charité, la piété, la pitié, la bienveillance, l’amitié, la douceur, la mansuétude, l’humilité. De la justice dérive le droit ou l’équité, et du droit le devoir. Du souverain bien dérivent: la vérité, la beauté, la vertu, l’honneur, l’Idéal, le courage, l’héroïsme, la pureté, la force morale qui a pour instrument le libre arbitre. Au sommet des facultés se trouve placée l’Intelli— gence éclairant la raison.
Et qu’est-ce que l’lntelli gence, c’est l’électricité de Dieu mise en contact avec l’homme. En effet, Manou, que je reproduis textuellement, n’a—t-il pas dit : Rien n’a pu se créer que par l’intelligence, Et le monde est son œil où luit la Providence. Deux questions se présentent maitenant à l’esprit questions méritant d’être étudiées. Qu’est-ce que la philosophie P A quoi sert la philo— sophie ? Ces su1ets d un mterêt capital, souvent débattus, ont Q - . , W L L. M...
LA PHILOSOPHIE 267 besoin d’être élucidés, pas autant que je le voudrais, la place me manquant. Je me contenterai donc pour aujourd’hui d’une simple esquisse. La philosophie est l’étude de l’idéal, de l’absolu, de la raison pure, de la vérité. A quoi peut et doit servir la philosophie ?
A ap prendre à l’homme àse connaître intimement, à ana lyser ses sentiments, d’après une règle invariable qui lui serve de boussole, au milieu des passions mul— tiples qui viennent l’assaillir.
De telle façon qu'il puisse se gouverner en pleine liberté en ayant pour guide la recherche de l’absolu ou la raison qu’il puisse distinguer ce qu’il est bon, ce qu’il est bien de faire ou de ne pas faire, par rapport à lui—même d’abord, et ensuite par rapport à ses semblables.
Ceci établi, il est facile de comprendre que plus l’homme se sera rapproché du bien, du beau, du vrai, par la pensée, plus il sera disposé à_ faire rayonner autour de lui les conséquences divines de cette pen— sée; en un mot à appliquer les principes dans l’ordre social auquel il appartient, plus il sera en harmonie avec la loi divine.
Ce sera, si l’on veut, l’impératif caté— gorique de Kant. _ Toute action humaine provient forcément, qu’elle soit le produit de la raison ou du sentiment, d’une loi primordiale qu’il s’est donnée ou qu’on lui a donnée pour guide. Cette action sera bonne ou mauvaise, selon qu’elle découlera d’un bon ou d’un mauvais principe, c’est-à-dire se rapprochera ou s’éloignera, sera la conséquence plus ou moins rationnelle du fait divin de l'absolu. ' . wwfi—r" s\\.r«.-pqfir—ww«uwwÿw.\ewwel "\-.;.;- %‘m\W-Mshææv ._
268 L’INITXATION g Ce fait, il doit toujours être présent dans sa pensée, au moment de l'accomplissement d’un acte. Cela explique les bons raisonnements et les mau vais raisonnements, les bons sentiment et les mauvais sentiments et conséquemment la bonne philosophie, image rationnelle du bien, du beau et du vrai, et la mauvaise philosophie, image ou la déviation d’un principe mal compris, mal défini.
On le voit, la philosophie sert à quelque chose, puisque, en vertu de son essence même, elle peut, selon que l’homme s’écarte de la loi divine, im muable, ou s’ytient, le conduireà la pureté, au beau, au bien, par rapport à lui-même et à la droiture, à l’équité vis—à-vis des autres.
Puisqu’il peut en outrey avoir différentes manières d’expliquer, d’entendre l’absolu, en raison de la fragi lité de la raison humaine, lorsqu’elle n’est pas aidée par la voie intime de la conscience, il ne faut pas s’étonner si les rapports des hommes entre eux diffè rent, sont plus ou moins harmonieux, selon le degré d‘avancement dè leur intelligence et de leur mora lité.
Partant souvent de principes opposés, les sociétés divergeront entre elles. Telle philosophie conduira nécessairement les membres d’une communauté se ciale vers la doctrine qu’on est convenu d’appeler matérialiste; telle autre, par contre, partant du pôle opposé, se dirigera vers la doctrine spiritualiste.
Matière, Esprit, ces deux vocables ont été de tout temps le champ d’expérience de la pensée où, comme dans une arène ouverte, les plus grandes intelligences
LA PHILOSOPHIE 269 se sont jusqu’à nos jours évertùées à résoudre le‘grave problème de notre destinée présente et future. —— Seule la raison de l’homme étant appelée à se prononcer dans le débat toujours ouvert et jamais épuisé, 'il est à croire que notre nature finie et limitée ne connaîtra jamais l’infini et ses splendeurs.
La sagesse supérieure de l’incréé a dû en décider ainsi, afin de nous épar gner sur le globe, avec la connaissance de ce que nous avons dû être, la raison justifiée peut-être de notre ‘ existence ici-bas, et si misérable parfois. En somme, l’homme étant éminemment perfectible, qu’il lui suffise d’écarter de sa pensée tout ce qui touche à l’inconnaissable, de s’arrêter là où les ténèbres se font dans son esprit.
Son rôle sur la terre est encore assez brillant; sa tâche est assez noble, pour qu’il se décide à abandonner la poursuite d’un rêve irréali— sable. L’homme, par la pensée, ne s’est-il pas élevé jusqu’à son créateur P Cette sublime conception doit lui suffire. En somme, l’Idéal, la perfection absolue, tel est le pôle vers lequel l’homme doit être attiré, soit pris individuellement, soitconsidéré comme agrégat, en corps de nation ou groupe social.
C’est le problème à résoudre pour chaque société. S’il en est ainsi, quelle est la meilleure manière de dégager l’absolu, de le présenter aux hommes comme règle de conduite ? De la façon dont ce problème sera résolu dépendra le plus ou le moins de perfection des sociétés, la plus ou la moins grande somme d’harmonie susceptible de régner entre les membres qui les composent, dépendra
270 L’INITIATION enfin la stabilité, l’ordre dans le corps social, attendu que la vie sociale n’est que le reflet des principes sur lesquels elle s’appuie.
Puisque la philosophie a une portée aussi considé rable, il serait puéril de la dédaigner, il est au con traire utile d'en définir les termes pratiques essentiels; il est important d’étudier de quelle manière les hom mes en général l’ont comprise jusqu‘ici, au point de vue de son application aux règles usuelles de la vie sociale.
N’est—il pas douteux, en effet, que des prémisses pré— sentées dans l’exposé de quelque philosophie que ce soit, devra sortir des conséquences qui s’imposeront logiquement à la direction des faits humains P Cabanis a dit: « Le cerveau secrète la pensée comme le foie secrète la bile », ce qui revient à émettre l'idée que la matière pense par elle-même, et que la pensée n’est que l’une des propriétés de la matière.
Dès lors il existera deux sortes de matières: une matière qui pense, et une matière qui ne pense pas. Admettre une semblable proposition peut paraître audacieux à plus d’un titre; une proposition contraire paraissant l’annihiler par cet ancien aphorisme: Mens agz’tat molem. Cet aphorisme de Lucrèce réputé matérialiste cependant diffère essentiellement de la définition de Cabanis. Beaucoup de spiritualistes seraient heureux d’en avoir conçu l’idée.
Répondant à Cabanis, on peut lui objecter ceci: S'il est vrai que l’électrité, avant de se dégager, ait besoin de certaines conditions qui se rencontrent dans la pile de Volta, par exemple dans les nuages lorsque— la chaleur est intense, pourquoi ne pas accorder au c..*__. #.‘:=4an—... -.
LA PHILOSOPHIE 271 principe de vie qui nous anime, sorte d'électricité qui nous est inconnue, à l’âme immatérielle, en un mot, les mêmes conditions qu’à ce que j’appellerai l’âme matérielle du globe terrestre, l’électricité ? Avant la production du phénomème d’où surgit la foudre, l’électricité existe—telle ?
Évidemment oui; à l’état latent, je le veux bien, mais l’électricité existait avant la production du phénomène, en tant que force emmagasinée ; elle préexistera encore après.
Pour ce que l’on est convenu d’appeler l’âme, entité métaphysique spirituelle, exprimant ce je ne sais quoi qui est la vie, quoi de plus rationnel que pour se mani— fester elle ait besoin, de même que l’électricité, de certaines conditions: d’une boîte osseuse, par exemple, contenant le cerveau, disposé de cette façon qu’il aplu au grand architecte de l’univers de le faire P A l’état nor mal du cerveau, l’âme se manifeste dans toute sa pléni tude; dans les conditions anormales des lobes du cer veau, produisant la folie, par exemple, l’âme, ne trou— vant plus son support en état sain, naturel, perdra dans ce cas sa liberté d’action rationnelle.
En outre, il pourra se faire, étant donné un état de paralysie du cerveau, qu’entièrement oblitérée, de même que l’élec tricité, l’âme n’existe plus qu’à l’état latent, qu’elle sommeille, pour céder le pas aux seuls instincts ani maux de la créature. Mens sana in corpore sana. Cet adage antique ne fait que confirmer l’eXplication ci-dessus exposée.
Et puis, si vous admettez Dieu, une puissance créa trice hors de nous, laquelle nous étreint de toutes parts par l’infini et nous a doué d’une parcelle d’éma—
272 L’INITIATION __--. _,_.___.i ,,,,,.. , nation spirituelle procédant d’elle, dénommée par l’homme l’intelligence, la raison, l’esprit, vous refu sez à cette émanation sublime, l’âme spirituelle, une action distincte de la matière, pour la confondre en elle, au nom d’une union mystérieuse, mystique, d’un panthéisme irresponsable 1 Bien plus, vous lui refusez l’immortalité, que vous accordez libéralement à la ma— tièreinerte ! Cela confond.
Une chose inerte, une pierre, par exemple, au nom du principe que « rien ne se crée, rien ne se perd », aurait en elle la propriété de se transformer, sans jamais disparaître dans l’espace et dans le temps, et vous refuserez les mêmes condi tions à l’esprit, à l’instrument que fait agir la matière inerte!
Ceux qui pensent ainsi devraient méditer ces paroles de Manou, le premier législateur de l’Inde antique : Rien n’a pu se créer que par l’intelligence, Et le monde est son œil où luit la Providence, L’Esprit, la Vie, en un mot,et la matière coexistent et coexisteront de toute éternité. Dans quelles condi tions i’ Nous l’ignoi‘ons et l’ignorerons sans doute tou jours.
' Qu’il nous suffise de nous élever jusqu’à Dieu, d’être digne de lui, puisqu’il nous a créé; et c’est assez pour l’homme sur cette terre. Où la raison cesse d’avoir son empire, là doit cesser la philosophie. Qu’e‘St-ce que le mal ? La déviation du bien, de l’harmonie; le discord des lois providentielles. Dua lisme existant depuis la création, le bien et le mal
LA PHILOSOPHIE 273 offrent le caractère d’un combat entre la satisfaction des appétits matériels, commandés par les sens, et les lois morales dictées par la conscience, par la raison pure, l’idéal, l’absolu. Ce qui explique le libre arbitre.
Si, comme les animaux, nous n’avions que des sens à satisfaire, l’instinct y pourvoirait seul; mais, notre nature morale réclamant d'autres satisfactions, il y a donc, de ce moment, lutte entre ces deux facultés: faculté du sentiment, faculté de la raison pure, d’où ' naissent le Bien et le Mal.
De la conception du Bien est sortie la notion du devoir à accomplir, en regard du droit que nous con fère notre qualité d’homme dans nos rapports avec nos semblables. C’est pour avoir méconnu la juste coexis tence de ces deux termes, que le droit s’arroge de plus en plus dans nos sociétés modernes une place prépon dérante, au détriment du devoir, son correctif, lorsque le premier outrepasse ses limites naturelles.
Le devoir accompli librement conduit à la vertu, lorsque la lutte entre le bien et le mal outrepasse les conditions ordinaires par une tension extraordinaire des sentiments affectifs produite par l’amour, qui se diversifie de tant de façons différentes ! ‘ Il peut y avoir devoir accompli sans la vertu, mais la vertu ne saurait exister sans devoir accompli et, qui plus est, sans sacrifice, la plus noble condition du libre arbitre, qui nous permet de choisir l’idéal du devoir (le sacrifice), par l’abandon spontané d’une partie de nos droits naturels. Par là, nous goûtons la jouissance plus pure de la loi absolue, du bien, du (I .n
2 74 L'INITIATION beau, du vrai, sanctionnée par le dévouement. Par le sacrifice, la nature humaine laisse bien loin derrière elle les instincts. Cette faculté l’élève jusqu’à Dieu, en la dégageant de ses liens corporels, pour la revêtir de l’auréole de l’absolu.
Les matérialistes n’ar riveront jamais à la religion du sacrifice, parce que, soumis tout entiers aux sensations physiques, pour eux seules légitimes, le sacrifice pour eux n’a point sa raison d’être. En effet, instinct, sensation, correspondent à une satisfaction égoïste, personnelle, et cette religion, car c’en est une, ne saurait avoir rien de commun avec la religion du sacrifice que nous venons de dé— finir: le spiritualisme, en un mot.
Dans le matérialisme, la nature étant présentée comme le facteur unique, irresponsable et fatal de l’action, l’homme livré à ses instincts sensitifs, jouet de ses propres passions qui le commandent impérieu sement, peut s’arrêter parfois dans la poursuite‘du dé Sir, mais alors il n’y est incité que par l’intérêt, la crainte du châtiment, s’il blesse la loi sociale, jamais par le devoir. Il faut savoir s’écouter penser.
Etudiez cette idée, elle est féconde en résultats pratiques et démontrera à tout observateur de bonne foi et sans préjugés de secte religieuse, d’école politique et sociale, à quoi peut servir; la philosophie. Scrutez avec sincérité votre conscience, et, à la suite de quelque acte que ce soit, elle vous criera, plus sûrement que les plus beaux raisonnements philosophiques, le plan à suivre dans la vie.
LA PHILOSOPHIE 275 En s’étudiant penser, l’homme reconnaît qu’il existe en lui une certaine chose partant du cerveau: la raison; une certaine autre chOse dérivant du cœur: le sentiment. — Nous avons donc à notre disposition deux instruments d’appréciation: ce qui dérive de la raison, les facultés; ce qui dérive du cœur, les sentiments. — La vertu est la réunion complète, harmonique, de la raison et du sentiment; c’est le de voir élevé à la plus haute puissance, accompagné de sacrifice.
Le devoir peut se passer du sacrifice; la vertu, non. Le devoir est une religion. Pour résumer ces quelques appréciations philoso phiques, sans autre but que d’en préciser les côtés les plus saillants, de les mettre en lumière, au point de vue pratique dans le cours de la vie de l’homme si mouvementée, j’ajouterai: Matière, Esprit sont deux pôles opposés conduisant à deux ordres différents dans les rapports sociaux de l’homme.
L’hommea—t-ilchoisilematérialismecomme principe d’action, il y aura pour lui, par voie de conséquence, abaissement de sa personnalité qui le fera déchoir, le plongeant de plus en plus, par une pente insen sible et fatale, dans les bas-fonds vaseux de l’iniquité.
L’homme a-t-il choisi le spiritualisme comme prin cipe d’action, il y aura pour lui, par voie de consé quence, relèvement progressif de sa nature morale, tendance irrésistible vers le beau, le bien, l’absolu, la vérité. Il se recherchera en Dieu, en un mot. A l’homme de choisir sa route ici—bas. S’il veut déchoir, qu’il s’adresse à la matière et il descendra de pente en pente, jusqu’à l’animalité.
276 L’INITIATION S’il veut au contraire mériter le nom d’homme, de créature pensante et digne de ce nom, qu’il s’attache sans cesse au perfectionnement de sa nature spiri tuelle. Du point de vue de la matière, ou du point de vue de l’esprit dérivent tous les systèmes philosophiques élaborés depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours. Il ne saurait y en avoir d’autres; et, Selon que les hommes pris isolément ou par groupes sociaux auront étayé leur loi morale sur l’un ou l’autre de ces systèmes , la loi d’amour, c‘est-à-dire la justice, ou la loi de la force brutale, c’est-à-dire le désir de la jus tice, de l’équité, l’homme, dans ses rapports avec ses semblables, rencontrera soit l’harmonie, la concorde, la paix, ou bien le discord, la guerre de classe à classe, de gouvernement à gouvernement, de nation à nation. J’en ai fini avec ma démonstration. C’est au lec teur à juger de leur plus ou moins d’opportunité. ALFRED LE DAIN. Chausseroy, le 20 août 1895. ‘ k#_LÀ-I.h"-L'_‘L'
PARTIE LITTÉRAIRE m Œ‘anna uns Maux Sous le cielflamboyant où blanchissenl les nues, Depuis les bords du Rhin jusqu’aux océans bleus, Depuis la Cornouaz’lle et ses falaises nues, Jusqu’aux monts espagnols, jusqu’a ux Alpes chenues, S ’étend le grand Pays, —- la Terre des Aïeux. C’est pour ce beau pays du chêne et du platane Que les durs grenadiers du grand Napoléon, Ayantfranchi l’Europe avec leur marche crâne, Moupaient à Mont—Sain t-Jean, à Leipsic/r, à Séganne, Au cri de : « Rendez—vous », répondanttouiours : Non! C’est pour lui que nzouraz'entles soldats deJemmapes, Ces fiers républicains qui dressaient leur drapeau Contre les empereurs, les rois et les satrapes Et qui portaient au monde, étapes par étapes, Ce cri de liberté quifait frémir la peau.
278 L INITIATION _ ,,,__ , C’estpour lui que Sal{bach vit succomber Turenne, Que Villars vit son sang couler à Malplaquet, Que Guise combattit aux champs de la Lorraine, Et que Gaston de Foix rendit l’âme à Ravenne, Et que Bayard tomba sous un coup de mousquet.
C’est pour lui qu’à Paris la vaillante Pucelle, Transpercée, arracha la flèche de ses mains, Pour lui qu elle chassa les Anglais devant elle, Que, livrée au bûcher dont la flamme étincelle, Sa cendre futjetée au vent des grands chemins.
C’est pour ce beau pays que notre Empereur Charle Vainquit les Musulmans et dompta les Saxons, Sauva la douce France et le royaume d’Arle, Pour lui qu’est mort Roland dont le trouvêre parle Dans la vieille épopée et vingt autres chansons.
C’estpour lui — toujours lui —— qu’aux champs cata Nos pères ont vaincu les hordes d’A ttila, [Iaunz’ques Que Vercz‘ngétorz’x ligua cent républiques Pour secouer le joug des Romains tyranniques Et mourut dans les fers où César l’étrangla !
Or, dès les temps confus où les premiers Arvernes -—— Trente mille ans avant le pieux Jésus-Christ —— Luttaz’ent contre les ours du fond de leurs cavernes Afin de conquérir pour nous, peuples modernes, La domination de l’homme et de l’esprit, A * wN «W<‘--’
LA TERRE DES AIEUX 279 Et depuis, et pendant la longue descendance, Que cent siècles et plus virent naître après eux, Sur ce sol qu’ils ont fait un trésor d’abondance, Tous ces hommes luttant pour leur indépendance Inondaient de leur sang la Terre des Aïeux.
E1 tandis qu’ils tombaient sous leurs puissantes armes Presque toujours vainqueurs et toujours glorieux, Les épouses, les sœurs et les mères en larmes, Se tordant de douleur et s’afi’olant d’alarmes, Arrosaz‘ent de leurs pleurs la Terre des Aïeux.
Et, dans les temps de paix et de gaité sereine, Les laboureurs courbés sur la charrue aux bœufs, Ceux qui sous le soleil et dans la chaude haleine Ramassaient de leurs faulx les épis de la plaine, Baignaient de leur sueur la Terre‘a’es Aïeux.
4 Et, quand la mort venait, prématurée ou lente, Ceux dont quelque parent avait fermé les yeux, Que lesfemmes pleuraz’ent avec leur voix dolente Et dont on enterrait la forme pantelante, Nourrissaient de leur chair la Terre des Aïeux!
Or, depuis ce long temps, lespleurs, le sang qui brûle, Les cendres, les sueurs et la chair et les os Ont formé cet humus où la sève circule, Et chaque brin de terre, et chaque molécule Sont nourris et gonflés d’un ferment de héros!
280 L’INITIATION __q 0 Français, si ion cœur sait honorer tes pères, Si tu sais aimer ceux à qui tu dois lejour, Tu tiens la sous tes pas tout ce que tu vénères, Les cerveaux des penseurs, les entrailles des mères, Les cœurs des jeunes gens tout palpz’tants d’amour.
Ils sont dans les moissons des vastes échappées. . . a— Jette—toi, roule—toi, dans un élan fougueux, Sur ces plaines, de sang et de larmes trempées, Embrasse les sillons avec tes mains Ct‘ispées Et mords de les baisers la Terre des Aïeux!
E 1‘ si l’ennemi vient pour envahir tes hâvres, Tes villes, tes coteaux, tes plaines et tes bois, Radis-toi longuement, dans ton cœur que tu nâvres, Qu’il vafouler aux pieds des milliards de cadavres, Ce que ces morts ont fait et ce que tu leur dois.
Alors, cours arrêter cette armée insolente, Forme de tout ton corps un rempart valeureux, Repousse l’étranger d’une main violente Ou tombe, s’il lefaut, la poitrine sanglante, Et féconde à ton tour la Terre des Aïeux!
GASTON ARMELIN. l dinars inutrrunxur D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES QUARTIER GÉNÉRAL. — Le Comité directeur a décidé de récompenser d’une façon toute spéciale le travail assidu d’un des officiers du Groupe et a pris à cet effet la décision suivante:
L’ÉVE1L 28 1 A dater de l'exercice 18954896, il est créé au Groupe un p05te de directeur adjoint chargé de suppléer le Pré sident chaque fois que cela deviendra nécessaire. M. Paul Sédir, docteur en kabbale, membre du Su prême Conseil de l’Ordre martiniste et du Suprême Con seil de l’Ordre kabbalistique de la Rose-Croix, est nom mée directeur adjoint du Groupe jusqu’à nouvel ordre. Pour le Conseil directeur : Le Président du Groupe, PAPUS.
Le mois prochain, nous publierons le programme des travaux du Groupe pour l’exercice 1895-96. La Branche la PARFAITE JUSTICE, à l’occasion de la clôture de ses travaux, avait organisé un concours sur les questions suivantes : ' 1° Anatomie et physiologie; 2° Le corps astral; 3° Un sujet laissé au choix de l’étudiant.
Après la proclamation du résultat, l’ordre dujour- sui vant a été adopté : 1° Renouvellement du bureau; 2° Réception des nouveaux adhérents; 3° Dispositions à prendre pour lesétudes pratiques occultes. nvÊvnarn Vous ne vous étonnerez pas“ en apprenant que, depuis l’instant de ma mort, je n’ai point aperçu les portes du Ciel.
Mais je suis si pleinement heureuse dans mon séjour actuel que je ne regrette nullement de n’avoir pas trouvé ce que j’espérais sur terre. Lorsque je me réveillai, je crus être encore sur la terre, dans une contrée incon nue; j’attendais votre père et vous; l’air était doux, et les passants portaient le bonheur sur leur figure; je me dis : « Il ne faut pas que je reste oisive »; et il me sem bla coudre dans des vêtements. Je me souvins tout d’un
282 L’INITIATION coup que ce jour-là était dimanche, et je m’enquis de l'église.
Celui à qui je fis cette demande sourit et me ré— pondit amicalement: ( Voici l’église : ce monde est le temple naturel où nous prions le Père. » A ces paroles, il me sembla recevoir une commotion intérieure, et j'en tendis des voix crier: « Gloire au Seigneur, au Roi éter— nel! » En un instant, je connus que j’étais morte, et en— vironnée d’esprits qui ne m’effrayaient point. Je me prosternai, et je récitai l’oraison dominicale.
Toutes mes idées antérieures étaient renversées; j'étais stupéfaite de posséder un corps que je croyais avoir laissé dans la tombe. Mon amie me répondit: « Oui, ton corps phy sique est au tombeau ; celui que tu as maintenant est un organisme tout différent. » Le souvenir de ma vie pré— cédente me revint alors, et je ne fus que plus émerveillée de tout ce que j’apercevais alors.
« Je croyais que nous avions des ailes dans le ciel », dis—je; mon amie pour toute réponse me prit par la main et je vis aussitôt votre père causant avec un vieillard; mais je ne pus lui parler.
Je croyais toujours être au ciel, je cherchai le chant des psaumes et le son des harpes, et les bienheureux vêtus de blanc; alors une voix intérieure me répondit : < La robe blanche, celle à laquelle tu {as travaillé tout à l’heure, elle est actuellement terminée: les psaumes, c’est le ( Pater » dont les paroles sont une musique déli cieuse pour Mon oreille, et Mon trône est dans ton cœur. ) Mon entendement s’ouvrit alors et la paix pro fonde descendit en moi.
Il m’est impossible de vous dé— crire tous les horizons qui me furent ouverts; je répé— tais: «Parle, Seigneur, ton serviteur t’écoute », et la. voix continuait ses admirables leçons. Cette vie vous parait peut-être bien semblable à la vie terrestre; il n’en est rien cependant. Il me semble, lorsque je compare les hommes d’ici aux hommes de la terre, que les cadavres sont ces derniers.
Les plus élevés et les meilleurs d’ici se vouent presque entièrement à la conso lation des affligés, — car il en est qui souffrent parmi nous d’une façon terrible. (Traduit de [ch Erwachte.)
LE PARLEMENT DES RELlGIONS DE 1900 283 fie Éarlemant des Religians de 1900 Nous lisons dans le numéro de l’Eclair du 9 septem— bre 1895 l’article suivant qui intéressera vivement nos lec teurs, nous en sommes persuadé : Le monde religieux s’attache à un vaste projet qui pré sente pour les croyants, les philosophes et les savants, un intérêt considérable.
Il s’agit d’organiser à Paris pour 1900 un « Congrès universel des religions » à l’exemple du parlement des religions qui fut tenu à Chicago en 1893. Les principes en étaient posés l’autre jour, dans la Revue de Paris, en un article dont nos confrères se sont entretenus. Le projet a donné lieu à de nombreux com mentaires, il a soulevé de regrettables confusions.
Nous avons pensé qu’il était intéressant d’en préciser les ter mes. ‘ Un groupe de jeunes prêtres français — à qui la fré quentation simultanée de l’Institut catholique et de la Sorbonne littéraire et scientifique a donné, avec de so lides études, un esprit de large tolérance —- a pris l’ini— tiative de donnerà Paris ce congrès universel des reli gions. —— C’est l’abbé Félix Klein, professeur à l’Institut catholique, l’auteur connu de « Tendances nouvelles en religion et en littérature », l’abbé Joinniot, vicaire géné ral à Meaux ; l’abbé Pierre Vignot, maître de conférences à l’école Fénelon; l’abbé Charbonnel, celui qui posait récemment les grandes lignes de ce projet dont il est l’un des plus ardents propagandistes.
CHEZ LE PROMOTEUR C’est à l’abbé Charbonnel que nous sommes allé demander ce que devait être exactement le Congrès uni versel des religions. < — C’est très simple. Nous sommes quelques-uns, nous dit-il, qui voulons reprendre la tradition évangé lique et démocratique, qui voulons aller au peuple, qui
284 L’INITIATION estimons que pour lui la religion doit être tout au moins un soutien moral. Mais, pour atteindre à ce but, la reli— gion ne doit pas s'imposer, elle doit simplement, digne— ment, en toute sincérité se proposer au peuple pour qu’il en accepte ce qui lui en semble utile et bon.
4: Notez qu'en cela nous ne songeons pas un instant à discuter le droit que la vérité a de s'imposer, mais nous estimons qu'en l’état actuel et pratiquement il importe avant tout de respecterlaliberté de conscience et d’ofl'rir seulement les enseignements moraux de la religion. ( Nous n’examinons pas si — ce que nous croyons fermement — la religion catholique a une valeur morale qui la fera triompher, nous n’examinons pas d’autre part la possibilité d'une ère nouvelle différente de celle ci où les données du socialisme fourniraient leurs solu-' tions.
Pratiquement et sans chercher plus loin, nous avons l'éducation religieuse qui est là, toute prête, avec l‘avantage d’une expérience séculaire et d'une empreinte héréditaire sur les masses. LE BUT DU CONGRÈS Par quels faits indiquer cette tendance ?
Comment ces hommes feront-ils connaître au peuple qu’ils ne sont pas des sectaires qui prétendent lui imposer une religion avec tous ses dogmes, mais une large direction morale ? ( — Nous avons pensé qu’un Parlement où seraient loyalement conviées toutes les religions, où les ministres de ces religions auraient toute faculté d’exposer la doc trine, de l’expliquer à tous, ce serait la meilleure façon de prouver au peuple notre sincérité quand nous lui pro posons une religion. < Vous voyez quel a été notre point de départ, et ce que nous entendons faire en convoquant un congrès uni versel des religions à l’exemple de celui de Chicago.
Mais notez que d’autres peuvent fort bien y venir avec d’autres idées et dans un autre but. < C’est de la réunion de ce congrès que nous nous en tretenions, voilà plus d’un an, avec M. Bonnet-Maury, le délégué des Églises réformées d’Europe au Parlement
LE PARLEMENT DES RELIGIONS DE 1900 285 ‘3‘ de Chicago ; l’idée en fut soumise au cardinal Gibbons qui s’en montra chaleureusement partisan. » Un mémoire sur la réunion de ce congrès en France, avec l’indication des adhésions qu’il réunissait déjà, fut adressé à Léon X111.
Le pape donna à ce projet une approbation absolue; mais, dans le but même d’en assu rer la complète réussite, il ne voulut pas lui donner son patronage direct, afin d’éviter que ce parlement des reli— gions, qui doit être indépendant et ouvert à tous, ne semble être « le congrès du pape ».
LES AUGURES « A dire la vérité, la nouvelle qu’une réunion de ce genre se tiendrait en France a paru produire quelque surprise dans le monde cätholique qui, jusqu’à présent, reste d’une manière générale sur la réserve: on a mal— heureusement conservé dans notre vieux monde les an tipathies que créèrent les anciennes querelles religieuses: les représentants des diverses religions n’ont pas ici l’habitude de se fréquenter, d’échangerleurs idées; ils évitent avec le plus grand soin tout point de contact.
4( En' Amérique, il en va tout autrement: des repré sentants de religions opposées acceptent fort bien, sur certains points, une action commune. On a vu le cardi nal Gibbons venir prendre la parole, après un pasteur protestant, dans un meeting en plein air, et, suivant sa formule, on doit pratiquer la séparation dans le dogme, mais l‘union pour l’action morale.
C'est dans cet esprit que doit se tenir ce congrès, dit on, qu’il faut bien se garder de confondre, ainsi que cela a été fait, avec le projet d’une « exposition universelle et internationale de l’histoire du christianisme pendant les dix-neufpremiers siècles » où les panoramas, les dio ramas, les reproductions de toutes sortes, les figurants costumés doivent tenir une large place.
Ce n’est pas une '« rue du Caire » de l’Exposition de 1889 que « nous voulons reconstituer en matière religieuse, c’est un con grès scientifique que nous voulons tenir. » Ce projet rencontrerait de sérieuses adhésions à l’étran ger, même aux Indes. W,”tu_\_ -.à«..:_.s‘u 4.——v——‘-—ñ«o‘.:m
. \ 286 L’INITIATION Ce congrès impliquera l’idée de l’égalité parlementaire des croyances, c’est-à-dire l‘égale liberté pour toutes de s’affirmer et de se propager par persuasion. La réunion du congrès comprend deux périodes: dans la première période chaque religion séparément discuc tera les thèses des discours publics. Dans la seconde période chaque religion par ses ora— teurs s’affirmera devant le peuple.
Le congrès se tiendra dans l’amphithéâtre de la nou velle Sorbonne: c'est là, sous la fresque de Puvis de Chavannes, dans cet édifice de la Science qui a remplacé l’asile des oiseuses querelles théologiques, que se tien dra ce Parlement qui cherchera à unir toutes les religions dans une commune action morale. C’est égal, il y a quelque distance entre ce Parlement et la Saint-Barthélemy!
VEϑΑE Un de nos bons amis, un des hommes qui ont le plus fait pour le progrès de nos idées depuis plusieurs années, M. Vitte, quitte la France dans quelques jours et part en Orient. Nos lecteurs connaissent les études mystiques d’Amo et aucun d’eux n’a oublié ce Miroir spirituel pu— blié dans le Voile d’lsis et qui obtint un si vif succès.
Cet ancien élève de l’Ecole polytechnique, cet ingénieur éminent, est avant tout un modeste et doit servir d’exemple à tous ceux qui veulent suivre la « voie de la sagesse ». Vitte n’a jamais voulu faire partie effective d’aucune société ni d’aucun groupement.
Il a réalisé le programme superbe d’être le phare de l’union au milieu des discordes de personnes et, s’il n’a été membre d’au cune société spiritualiste, toutes les sociétés sans excep tion lui doivent de gros services, de sérieux appuis et de nombreux membres.
Touchant de par sa situation d’assez forts appointe ments, Vitte gardait le strict nécessaire pour vivre et distribuait largement le reste aux œuvres ou aux hommes vaincus par la fatalité. En partant, il laisse une œuvre \ w’ ‘ " " "', _‘wT'/Vidww‘v.fl-‘ru‘xæx . ,.æ__,ç—.y« , .. .,,_ .._.L
CORRESPONDANCE 287 considérable à accomplir, ce Congrès de 1900 qui sera la consécration de la tâche d’union, si bien menée à bien par cet excellent cœur et ce brave ami que mes vœux accompagnent dans son exode. @©aas©nnane3 MONSIEUR, ' L’adhésion formelle et définitive de M. A.
François aux croyances et aux pratiques de l’Église catholique, apostolique et romaine, adhésion que faisaient du reste pressentir les derniers numéros de l’Initiation, est un fait qui aura probablement surpris, en même temps que moi, les divers lecteurs de votre Revue et qui mériterait quelques explications complémentaires.
S’il est vrai, comme l’affirment les spirites, que la vie se continue après la mort, par une lente évolution, sans une modification soudaine et profonde dans les idées et les sentiments de la période terrestre, comment M. Fran çois est—il certain que les 'messages qu'il a reçus sont l’exposition de la vérité absolue?
Quelle preuve a-t-il que les communications des esprits, alors même que leur identité aurait été contrôlée, ne sont pas l’œuvre de ca tholiques ultra-mondains qui peuvent se tromper comme tous leurs semblables? ’ Il me semble que, dans l’intérêt même de ses nouvelles convictions, M. François devrait donner aux lecteurs de l’Initiati0n des renseignements qui pourraient les con duire, eux aussi, sur le chemin de Damas où il croit avoir trouvé la vérité.
Veuillez agréer, Monsieur, l’assurance de mes meil— leurs sentiments. Ch. B. L'AEIDE FURM]ÂQUE & LA GERMINATION MON CHER DOCTEUR PAPUS, M. J. Fardel, de Lille, vous fait connaître par une lettre du 30 juillet, reproduite dans le numéro d’avril de l’Ini— hW—Müæ—"NWW‘ ‘W
288 L‘INITIATION tiation, qu’il a expérimenté la germination hâtive des graines au moyen de l’acide formique, en suivant les indications du D" Fugairon. Ce n'est pas moi qui puis donner des indications. Dans l’Initiarion, je me suis borné à reproduire un article de l’Écho scientifique dans lequel on disait que M, Ragon neau, horticulteur, avait obtenu la germination des graines en les arrosant avec une solution d’acide fo‘r mique à 1/5000.
M. Fardel dit avoir employé une solution à 1/1500, soit un gramme d‘acide pour 1 litre et demi d’eau. Il n’a donc pas suivi les indications de M. Ragonneau. D'ailleurs, qu’il se mette en relation avec celui-ci et que, pour avoir son adresse, il écrive au directeur de l’Echç scientifique. Agréez, cher docteur, l’expression de mes sentiments dévoués. Dr FUGAIRON.
BEBLI©GÈAEËIE Les Sept Principes de l’Homme, ou sa constitution occulte d’après la théosophie, par le Dr PASCAL. Chamuel, édi teur, 1 vol. in-18, 2 fr. Le D“ Pascal est un des écrivains les pins sérieux que possède le mouvement théosophique en France. Le - dernier ouvrage de cet auteur est plein de très grandes qualités, mais présente aussi les défauts qu’il est à peu près impossible à un écrivain de cette école d’éviter.
Nous allons nous expliquer le plus nettement possible à ce sujet.
Et nous cherchons tellement à rester sur le terrain purement critique, que nous venons de renoncer à la publication d’un compte rendu analytique chapitre par chapitre et presque page par page de cet ouvrage qui était prêt à être publié; nous avons eu peur d’ouvrir une polémique inutile et irritante et nous tenons autant que possible à continuer la méthode qui nous a si bien réussi en France [et dans les pays latins : bâtir à côté et ne jamais perdre son temps à détruire. .Wu/vw‘wyfl'. ,//MWWJNM " o ....s-L %W
BIBLIOGRAPHIE 289 Nous avions fait une étude comparative et détaillée des enseignements des deux traditions.
Mieux vaut donc présenter cette étude en article didactique qu’à propos de l’analyse d’un ouvrage récent. * Nous dirons donc que, pour un lecteur au courant de la terminologie théosophique, le petit volume du D“ Pas cal expose très minutieusement les diverses questions se rattachant à la constitution et à l’évolution des prin— cipes de l'homme. Les exemples, quoique choisis dans d’anciens auteurs, tels que D’Acier, sont clairs et bien présentés.
En un mot, tous les disciples de l’école théo sophique liront ce travail avec fruit.
Les critiques que nous pourrions adresser au D" Pascal viseraient surtout le cantonnement de l’auteur dans l’en seignement d’une seule tradition; j’ai lu avec grand soin le livre, et je constate que tout ce qu’il renferme nous le savions déjà au moment Où, en même temps que les occultistes français, nous avons porté nos études vers la synthèse qui résulte de toutes les traditions.
Ce que le D“ Pascal dit au moyen de termes dérivés du sanscrit peut être dit entièrement en termesfrançais. Voilà tout le secret de la clarté des ouvrages des occul— tistes et du succès de leurs mouvements dans les pays latins. ' D’autre part, ce qui fait la grandeur de l’enseignement ésotérique, c’est l’unanimité de toutes les traditions à son sujet.
Pour l’Orient, toutes les questions doivent être traitées en faisant les parallèles entre les traditions indiennes et les traditions chinoises appuyées par les quelques enseignements de Sanchoniathon que nous a transmis Bér05e.
Pour l’0ccident, la grande tradition hermétique d’Egypte doit éclairer la tradition kabbalistique, pytha goricienne, gnostique et alchimique pour abôutir au catholicisme, d’une part, et au symbolisme des sociétés initiatiques, d’autre part. ‘ Il suffit ensuite d’éclairer l’une par l’autre les données de la tradition orientale par celles de la tradition d’Occi dent pour faire des œuvres aussi importantes que l’étude de Barlet sur le Zodiaque et les Géniesv planétaires qui indique les progrès considérables accomplis par l’occul—
290 L’INITIATION tisme français depuis qu’il a cessé de piétiner sur place. pour se lancer franchement en avant. Nous reprocherons donc surtout au Dr Pascal sa con— ‘ naissance absolument insuffisante de la tradition occi— . ‘ dentale et de ses classiques. Ainsi l’étude des ouvrages de Fabre d’Olivet aurait permis à l’auteur de présenter la psychologie d’une façon bien plus claire qu’il ne le fait dans son chapitre sur Manas.
Mais, encore une fois, tout cela demanderait de trop longs développements, et ce n’est pas ici le cas de dis— cuter point par point un ouvrage très intéressant et que nous avons soigneusement étudié vu sa valeur toute par ticulière; nous reprendrons dans quelque temps en une série d’articles les études comparatives qui pourraient intéresser nos lecteurs. PAPUS. 1' as..
LePalladisme,culte de Satan-Lucifer dans les triangles maçonniques, par DOMENICO MARGIOTTA, in-8 de x-247 pages (P. Falque, éditeur, Grenoble).
Introduction : Bénédictions du Saint—Père et de divers prélats. ‘ CHAPITRE 1‘". —— Coup d’œil rétrospectif: Attaques contre Lemmi (extraits dejournaux, lettres ,etc.) et lettre de Pike à Lemmi contre le Grand-Orient de France (le Grand— Orient de France hors la communion de la Maçonnerie Universelle), etc. CHAP. 11.—0rth0doxie maçonnique: Hymne à Satan, de G.
Carducci. — Lucifer, extraits d’un poème de Marie Rapisardi. — Instructions de Pike aux S G Insp. Géné. sur Lucifer, Satan, la Magie, etc. — Credo et Pater de Pike. — Credo, Pater, Ave et Mater de Lemmi (ces dernières prières ont un caractère panthéistique). — Extraits du Talmud. -— Le Geimaïth. — Menngog, chant palladique qui se module pendant les « œuvres de grand rite », analysé et traduit.
Il n’y a rien concernant les ri— tuels palladistes, en dehors des prières. j CEAP. III. — Apparitions de Satan(à Paris, à Milan, à Charlestown, etc.). — Secte des « Messes Noires » qui .....—........ "44....d—a1 ..-.__L_’.
BIBLIOGRAPH [E 291 dévalise les tabernacles dans les églises. — L’auteur ra conte que, se trouvant chez le fr. . Oreste Cecchi, ingé nieur civil, celui-ci fit apparaître, un matin, dans son jardin une chèvre blanche.
« Nous nous promenions, dit Margiotta, dans le jardin, lorsque, tout à coup, mon ami modula un sifflement étrange et cria : A moi Faghel! —Aussitôt un bêlement prolongé se fit entendre, et une magnifique chèvre blanche nous apparut, comme sortant de terre. » ' Evocation magique par F Pessina, décrite avec tous les détails possibles et les prières rituéliques adressées àla Trinité : Lucifer, Satan, Aleppe. CHAÿP.
1v. — Faits et Gestes du Grand Magicien Giam battista Pessina. CHAP. v. —— Bêtises et infamies. -— Attaques contre Renan, E. Lévi, Guaita, Papus, etc. — Pratiques magiques : moyens pour obtenir l’amour d’une femme. -— Recette pour guérir la rage canine. — Moyens de planter la che ville magique en faveur ou contre quelqu’un. —- Secret pour parler avec les morts. — D’après Pessina. CHAP.
VI. — Alphabet du Palladium réformé nouveau et sa véritable explication: Les 22 lettres de cet alphabet désigné sous le nom d’Alphabetdés Mages d’Alexandrie. Ces lettres correspondent a celles de l’alphabet hébreu, et leur explication, d’après Jamblicus Il (quel est ce Jam blicus P) se rapproche beaucoup de la signification attri buée aux cartes du Tarot (Arcanes majeurs).
Eistibus Nitibus, dans son article de l’Initiation d’août, attribue aux arcanes XVII, XVIII, etc., la même signification que Jamblicus Il. CHAP.
Vit. — Le Palladisme en déroute. — Histoire de DianaVaughan, ses démêlés avec le comité de Londres, sa conversion (extraits de revues), etc., etc. Documents supplémentaires: Apparition du diable à Florence en 1886 devant l’auteur. — Vols d’hosties con sacrées (reproductions d’une préface de Huysmans).-— Encyclique de Lemmi contre Jeanne Darc. —- Les Läbah des 77, litanies lucife’riennes, etc. J. B.
292 L’INITIATION A propos de ces écrits, annonçons que le 1“ octobre doit paraître une réponse de Papus intitulée : Le Diable et l’0ccultisme (1 fr., chez Chamuel). N. D. L. D.
Propositions de philosophie occulte”) M. Vurgey nous adresse cette plaquette, tirage à par: de la Revue de Belgique, et nous sommes particulière— ment heureux de la présenter à nos lecteurs parce qu’elle offre un intérêt fort puissant au double point de vue de la doctrine essentielle et de son adaptation contempo raine.
L’Occulte y est excellemment défini :1 ce qui nous .est insensible dans l’état actuel de l’entraînement de nos sens et du perfectionnement des instruments qui y sup pléent... L’ésotérisme est ce qui est révélé (revoilé) par un symbole plastique ou littéraire. » Cependant, dès la première page, je dois signaler une distinction fonda mentale sur laquelle il est de toute importance de s’ex pliquer au préalable.
« L’exotérisme, dit M. Vurgey, est la forme évolutive de l’ésotérisme. La forme occidentale actuelle de l’ésoté— risme est le catholicisme apostolique et romain. ) Il y a la deux mots de trop. Si M. Vurgey veut dire {que c’est en étudiant la symbolique de la religion de Jésus que l’occidental doit monter les degrés du sanctuaire occulte, ilapleinement raison.
Je lui répondrai,— et avec moi tous ceux qui ont reçu la lumière après l’avoir cherchée, — qu’il se laisse alors entraîner par un reflet. Je signerai ces lignes parce qu’il y faut une responsa— bilité, mais les idées ne m’en sont pas particulières et le débat reste impersonnel.
J’ai eu l’inestimable bonheur d’être appelé à connaître quelques-uns de ceux dont Vil liers de l’lsle—Adam dit « qu’ils ne laissent point de nom dans la mémoire des passants ». Er»_c’est sur leur doc (1) En vente chez Chamuel. .,..... “VAM”/läw< -o(’_;’-ÆnWmW‘ .’ fi.fi'p‘py’,4 _ ....a‘..“.‘..' .4. .....,A....,. ,..,__r ,»‘*__, , 7Mu
NOUVELLES ' DIVERSES 293 —-———--«=—-*"“»:‘_’“—-—W 5‘.v.rfl"’ »wmrwmy‘m:mnz—*i‘W trine que je m'appuie ici. Tout sacerdotalisme est en dehors de l’Occulte, ipso facto. En. dehors également ’ tout orgueil de race, ce sentiment qui a dû faire écrire à M. Vurgey que « fraterniser avec l’lnde, c’est trop ».
L’Occule est-au centre, et le centre est, partout pour celui qui voit; ceux seuls dont les yeux sont fermés s’é— meuvent pour ou contre le jésuite, le fakir ou le der \'iche. r Mais l’émotion est la voie qui conduit à la sérénité, et le mouvement ésotérique de ces dernières années n’est qu’une émotion: puisse-t-elle en conduire beaucoup jusqu’au royaume du Réel !
Ces restrictions à part, les propositions de Philosophie oceulte sont dignes de toute louange, et nous sommes heureux de pouvoir transmettre une fois de plus au fon— dateur‘ de Kumris les chaleureuses félicitations des officiers du Groupe indépendant d’Etudes ésotériques parmi lesquels il s’est conquis une place si distinguée. SEDIR.
Nouvmms wsasas M. Vurgey nous fait part des travaux d’un congrès bibliographique international pour l’adoption de la clas sification décimale de Deuvey et la création d’un réper toire universel. Ce congrès siège à Bruxelles.
M. vurgey est chargé de la partie philosophique et artistique. * v v Le Zohar, traduction française d"Henri Château, avec lettre-préface de Papus, vient de paraître chez Chamuel en un be!u volume de la collection des « classiques de l’occulte », au prix de 5 fr. ' Le Gérant: ENCAUSSE. TOURS. — XMP. E. ARRAULT ET c", RUE DE LA PRÉFECTURE, 6.
VIENT DE PARAITRE PAPUS LES ARTS DIVINATOIRES Graphologie, Chiromancie Physiognomonie, Influences astrales Petit résumé pratique avec figures PRIX : UN FRANC PAUL SÉDIR LES MIROIRS MAGIQUES Divination, Clairvoyanoe, o Royaumes de l’Astral, Évooations, Consécrations Un petit Volume in-8 de 72 pages : l Franc CHAMU‘EL ÈDITEUR l
' Pour? paraître le 1" octobre » Chez CHAMUEL I . I I.GlllflhlB et l occultisme Réponse aux publications « Satanistes }> , Par PAPUS -a- > v - BROCHURE IN-18g — PRIX : 1 FR. \ Pour paraître le 15 octobre PREMIERS ÉLÉMENTS DE lflllllllflll Par PAP US Réédition très augmentée du Résumé Synthétique de Ghiromahcîe paru en 1892 - .Un, volume in-18, avec 62 figures
Principaux Ouvrages recommandés pour l’étude de l'OCCULTISME et de ses applications CONTEMPORAINS F C B L’Évolution de l'Idée. " H' ARLET' ’ ' ' ' L’Instruction Intégrale. Ë Le Serpent de la Genèse. STANISLAS DE GUAITA . . Le Temple de Satan. , Traité méthodique de Science Occul PAPUS . . . . . . . . . . j Traité élémentaire de Magie pratique La Science des Mages. ‘ A. JHOUNEY . . . . . . . Ésotérisme et Socialisme. RENÉ CAILLIÉ . . . . . . Dieu et la Création. > CLASSIQUES ELIPHAS LÉVI . . . . . . La Clef des Grands Mystères. SAINT-YVES D’ALVEYDRE Mission des Juifs. FABRE D’OLIVET. . . . ., La Langue hébraïque restituée. ALBERT POISSON. . . .’ . Théories et Symboles des Alchimist< LITTÉRATURE ' j La Magicienne. JULES LERMINA . . . . . 2 A Brûler. BULWER Ï.YTTON . . . . l 23mm" 2 La Maison Hantéè. MYSTIQUE P SÉDIR . s Jeanne Leade. . . . . . . . . . - ( Jacob Bœhme et les Tempérament POUR DÉTAIL, ET PRIX, S’ADRESSER: il la lilll‘flll‘lfl CHÀIIUEL, 79, 1‘118 (il! Fûflb0fltE-PÛISSÛBMÈI’G. I Envoi France du Catalogue. . TOURS, IMP. E. ARRAUI—T ET CIE