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._ _ “4.—.— .- “d‘eau—«mer. ,' . . O ‘ L Initiation ' . Revue phflosoph1que des Hautes Études PUBLIÊE MENSUELLEMENT SOUS LA DIRECTION DE ' PAPUS i? 0. >I< Docteur en 111e‘dectne——Docteur en kabbale ' 27° VOLUME. — 8’" ANNEE SOMMAIRE DU N° , Juin (1895) _.._( PARTIE INITIATIQUE... A ropos de Martines de S. de Guaita. asqually . . . . . . . . ' (p. 195 à 204). Division de l’Homme. . . Papus. (avec fig.) (205 à 209). Genèse des Épidémies. . .
Guymiot. (p. 209 à 218). PARTIE PHILOSOPHI- Une Séance spirite. . . . D' Pugairon. QUEETSŒENHFNUE (p.2igà223) Un Monument alchimique à Rame . . . . . . . . . Bornia Pietro (avec fig.) ( . 224 à 258). p La Lumière d’Egypte. . . Jean Tabris. (p. 259 à 267). " Maçonnerie d’Yorc/t . . . E. Blitz. (p. 267 à 274). I PARTIE LITTÉRAIRE... L’Indompté (poésie). . . . Guymiot. (p. 275 à 278). Le Prince des ténèbres . .
P. de Labaume. (P-278i Groupe indépendant d‘études ésotériques. —— Ordre'Kabbalistique de la Rose >14 Croix. — Ce que l‘on peut faire avec trois bouts de bougies. Bibliographie. — Couronne de clarté. —— Eternelles chansons. — Nou velles diverses. ' ' Tout ce qui concerne la Rédaction et. les Échanges doit. être adressé :52, rue des Perchamps, Paris. Administration, Abonnements: 79, rue du Faubourg-Poissonnière -— Chamuel, éditeur. Le Numéro : UN FRANC. — Un An: DIX FRANCS
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les -Matérialistes en arrivent à les nier.
L’Initiali0n est l'organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: , Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la ' méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains. v Dans la Religion,à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes.
Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique. _ Au point de vue social, l'Initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l‘arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux ' grands fléaux contemporains: le cléricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l’Initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. ;’Initiati0n expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. ‘ La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits. ' Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des-poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier.
L’Initiation parait régulièrement du 15 au 20 de chaque mois et compte déjà huit années d’existence. — Abonnement: 10 francs par an. (Les collections des deux premières années sont absolument épuisées.) \
L‘Initiarion duiS juin 1895 —.——_F ..r n.:.-. .-—maw .. _ . ._. .——.—. PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE .l’1niiiaiz‘on 10 PARTIE INITIATIQUE F. CH. BARLET,S.'. I.'. fë— STANISLAs DE GUAITA, S.'. I.'. &— GUYMIOT. — MARC HAVEN, S.'. I.'. 53 —JULIEN LEJAY, S.'. I.'. g- — EMILE MICHELET, S.'. I.'. (C. G. E.) — LUCIEN MAUCHEL, S.'. I.'. (D. S. E.) MOGD, S.'. I.'. —GEORGE MONTIERE, S.'. I.'. ,\’= —PAPU S.'. l.'. 5} — QUÆRENS, S.'. I.'. (D. G.
E.) —SEDIR, S.'. I.'. '_" . — SELVA, S.'. I.'. (C. G. E.) — VURGEY. 20 PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ABlL-MARDUK. — AM‘ELINEAU. — ALEPH. — BADAIRE. — D" BARA DUC. — Le F.'. BERTRAND 30‘ — BLlTZ BOJANOV. — RENÉ CAILLIE. — CAMILLE CHAIGNEAU.—— CHIMUA DU LAEAY. — ALFRED LE DAIN. — G. DELANNE. — FABRE DES ESSARTS. — Dl“ FUGAIRON. — DEI.EZINIER. — JULES GIRAUn. —HAATAN. — L.
HUTCHINSON. — L.‘ LEMERLE. — LECOMTE. — NAPOLÉON NEY.-— HORACE PEL LETIER. -— G. POIREL. RAYMOND. —- A. DE R. -— Dr SOURBECK, — L. STEVENARD. — THOMASSIN. —- G. VITOUX. — HENRI WELSCH. —- YALTA. 30 PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAU_BOURG. -— JEAN DELVILLE. — E. GotIDEAu.—- MA NOËL DE GRANDFORD. — JULES LERMINA. — L.
HENNIQUE. — JULES DE MARTHOLD. — CATULLE MENDÈS.— GEORGE M0NTIERE. — LÉON RIOTOR. — SAINT-FARGEAU. — ROBERT SCHEFFER. ——ÉMILE SIGOGNE. — CH. DE SIVRY. 40 POÉSIE CH. DUBOURG. — RODOLI’HE DARZENS. —— JEAN DELVlLLE. — YVAN DIETSCHINE. — MAURICE LARGERIS. — PAUL MARR0T. — J. DE TALLENAY. — ROBERT DE LA VILLEHERVÉ.
L’INITIAÏION L’IIIili.I!I'OII du 15 juin I895 DIRECTION ADMINISTRATION 5 42’ rue des perchamps’ 42 ABONNEMENTS, VENTE Au NUMÉRO ' PARIS L DIRECTEUR :PAPUS c H A M U D'“°““"‘ “”°'NT = l-"°‘°" MAUCHEÏ7‘J, llue du Faubourg-Pnissonuxère Rédacteur en chef: ; F.-Ch. BARLET PARIS , Secrétaires de la Rédaction: FRANCE, un an. [0 ‘r. — s: . J' LEJAY PD"::Kîbbtfieln ÉTRANGER, — .z lr. .
RÉDACTION. — ÉCHANGE: 42, rue des Perchamps. — Chcque ré dacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité. L’indépen— dance absolue étant la raison d'être de la Revue, la direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps d’un article. Prière d'adresser tous les échanges : 42, rue des Perchamps, Paris MANUSCRITS. -— Les manuscrits doivent être adressés à la ' rédaction.
Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus 1 à moins d‘avis spécial. Un numéro de la Revue est toujours composé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant. aucun: ,IIIIÉPEIDAIT réunies Ésmtmçuts 1,600 Membres — 104 Branches et Correspondants — Groupes d'Êtudes fermés Les Membres ne paient ni cotisation ni droit d’entrée.
Pourtousrenseignements, s’adresserparlettreà M. Paul SÉDIR, secrétaire, 4, avenue de l’Opéra, Paris, en joignant un timbre pour la réponse. ' Principales Sociétés adhérentes au Groupe ORDRE MARTINISTE ORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE CROIX. - ÉGLISE GNOSTIQUE
W—“_æe- à. , v> / ,g] , . _ . , Û æ : Mur/MM ’ \lf ’ La reproduction des articles inédits publiée par l‘Iniliation est formellement interdite, à moins d’autorisation spéciale. PARTIE INITIATIQUE à pmpas de jiniines de Êasqually MON VIEUX PAPUS (1), J’ai passé la nuit à dévorer ton livre qui m’a pro— duit une très vive impression. Connais-tu les Souvenirs de Ch.—Hénri Baron de Gleichen (avec notice de Paul Grimblot, Paris, L.
Techener, 1868, pet. in—8°) P — Si tu n’as pas lu cet ouvrage posthume d’un contemporain de Saint Martin et de son maître, tu prendras un véritable plaisir à constater combien son témoignage vient cor— roborer et confirmer l’authenticité des choses non seu— lement nouvelles, mais contraires à l’opinion reçue, qui abondent dans ton beau livre.
Qui était ce baron de Gleichen P Peu de chose, moralement. (i) A l’occasion de l’étude sur Martinez de Pasqually, notre ami de Guaita nous a écrit les curieux renseignements suivants dont il a bien voulu nous autoriser à faire part à nos lecteurs (Papus). 7
1 96 L’INITIATION Un curieux qui se faufilait partout, un grand seigneur exotique , mi-partie dilettante pour son propre compte, mi-partie espion (ou agent secret) pour le compte des autres; comme furent plusieurs personnages plus ou moins étranges de cet étrange XVIII° siècle.
Toute sa vie, entêté des mystères de la magie, il a couru d‘un maître à l’autre; il a connu personnelle ment Saint—Martin, Cagliostro (dont il reste finalement le disciple), Lavater, le comte de Saint-Germain, Ca zotte, Duchanteau, Mme de Lacroix, M“ de Bourbon et tant d’autres, qu’il cite volontiers au cours de ses mémoires (publiés cent ans après lui).
Quoi qu’il en soit de ce baron de Gleichen, Saint Martin ne l’estimait guère : — « Je connais beaucoup « la personne dont vous me parlez (écrit-il à son dis « ciple Liebistorff) ; c’est un homme qui a beaucoup « d’esprit, surtout de l’esprit de cour et de l’esprit du « monde; il afrappé à toutes les portes, il a entendu «parler de tout, il a tout lu... Avec cela, je ne pour « rois pas vous dire encore ce en quoi il est entré.
Je «le crois encore trop dans l’historique de la chose « (sic), pour qu’il vous soit grandement utile; et « j’ignore s’il ira jamais plus loin dans ce bas « monde... « Enfin, c’est un homme, s’il faut vous le dire, tel « lement habitué à voir du faux et de l’erreur qu’il « ne recherche que cela dans les meilleures nourri— « turcs : ce qui me faisoit dire dans les temps que « c’étoit un homme qui donnerait trente vérités pour « un mensonge. Peut-être a-t—il changé depuis ;' je le
A PROPOS DE MARTINES DE PASQUALLY x97 « souhaite... (Corresp., Lettre LI, datée d’Amboise, « 5 messidor [23 juin] an Il [I794],passim.) » Saint-Martin insiste ensuite pour que Liebistorff, s’il voit Gleichen, ne lui ouvre pas la bouche à son sujet à lui, le Phil.'. lues.
Mais les mémoires de Gleichen, qui contiennent 72 pages spécialement sur l’occulte, sont infiniment précieux à consulter; car l’auteur raconte ce qu’il a vu : ses renseignements sont presque toujours de pre mière main.
Ainsi, mille choses qu’il dit de Saint— Martin et surtout de son maître Martinez me sem blaient des rêveries, tellement elles sont en contradic tion avec les livres de Matter, Franck, Caro, Mo reau, etc... — Hé bien! voilà que tout ce qu’il avance se trouve être très exact, et confirmé par la correspon dance authentique de Martinez! Je vais transcrire pour toi quelques passages. Stanis.
EXTRAIT DU CHAPITRE INTITULÉ : SAINT-MARTIN « Martinez Pasqualis a été le fondateur de l’ordre mystique des Martinistes, nommés ainsi à cause de la considération que Saint-Martin (l’un des sept maîtres que le chef avait désignés pour propager sa doctrine), avait obtenue au-dessus de ses collègues par son mé rite personnel et par son livre fameux des Erreurs et de la Vérité.
« Pasqualis était originairement Espagnol, peut—être de race juive, puisque ses disciples ont hérité de lui un grand nombre de manuscrits judaïques (P) Sa “ V_, V“ ‘,___,_Y_m.
198 L’INITIATION .I_. .1_IV ‘-w6r—<."_—w . , ._ science était beaucoup moins théorique que celle de ses apôtres; il pratiquait tout franchement la magie, tandis qu’eux s’en cachaient et la défendaient soi— gneusement. <<J’ai été fort lié avec UN CERTAIN LA CHEVALLERIE qui avait été son aide de camp favori ; lequel m’a montré quelques tapis de leurs opérations magiques et raconté plusieurs faits merveilleux s’ils étaient vrais.
' Je n’en citerai qu’un. Les travaux magiques de ces mes— sieurs ont pour objet surtout de combattre les Démons et leurs Satellites, sans cesse occupés à répandre des maux physiques et spirituels sur toute la nature, par leur magie noire. Les combats se font particulière ‘ ment aux solstices et aux équinoxes, de part et d’autre.
Ils travaillent sur des tapis crayonnés (I) sur lesquels ils établissent leurs citadelles, qui consistent en un grand cercle au milieu pour le grand-maître et deux ou trois plus petits pour les assistants. Le chef, quoique absent, voit toutes les opérations de ses dis ciples (quand ils travaillent seuls) et les soutient.
« Un jour, me dit La Chevallerie, que je n’étais pas parfaitement pur, je combattais tout seul dans mon petit cercle (2) et je sentais que la force supérieure de mes adversaires m’accablait et que j’allais être ter rassél...
Un froid glacial qui montait de mes pieds vers mon cœur m’étoufiait; et, prêt à être anéanti, je (1) C’était un usage commun dans la maçonnerie à cette époque : les tableaux de loges étaient mobiles, au lieu d’être crayonnés sur la dalle. (2) Probablement les Quarts de cercle de la correspondance Pasqualis. ‘Ï‘,'M"‘J 1
A PROPOS DE MARTINES DE PASQUALLY 199 m’élançai dans le grand cercle, poussé par une déter— mination obscure et irrésistible. Il me sembla, en y entrant, que je.me plongeais dans un bain chaud dé— licieux qui remit mes esprits et répara mes forces dans l’instant.
J’en sortis victorieux et, par une lettre de Pasqualis, j’appris qu’il avait vu ma défaillance ' et que c’était lui qui m’avait inspiré la pensée de me jeter dans le grand cercle de la puissance suprême. « Voilà ce que La Chevallerie m’a raconté, pénétré de la conviction la plus intime : il se trompait peut être, mais son intention n’était certainement pas de me tromper.
Loin de vouloir faire de moi un prosé— lyte, il faisait son possible pour me détourner de cette doctrine, qui, disait-il, l’avait rendu très malheureux. On l'avait excommunie’à tout jamais (1), pour un péché sans rémission, et il ne cessait de médirè de Pasqualis et de ses successeurs.
Il dépeignait le pre— mier comme un homme plein de vices et de vertus, qui se permettait tout. malgré sa sévérité pour les autres, qui prenait de l’argent de ses disciples, les es croquait au jeu et donnait ensuite leur argent au pre mier venu, quelquefois à un passant qu’il ne connais— sait pas; il disait à ceux qui lui en témoignaient leur étonnement :j’agis comme la Providence, ne m’en demandez pas davantag » (Gleichen, Souvenirs, p. 131 et suivantes.) Viennent ensuite mille détails tout aussi renver— sants sur Saint—Martin et plusieurs autres. (1) Détail que tu sembles ignorer et qui a bien son intérêt. Un autre du Guers, peut-être, ce La Chevallerie...
2 00 L’INITIATION _,_MM. .. a m..m..m . .. , ,,_ . , ,,,,<_ _7 Passons au héros du présent article, à M. de Saint Martin.
Jeune, aimable, d’une belle figure, doux, mo deste, simple, complaisant, se mettant au niveau de tout le monde, et ne parlant jamais des sciences, en core moins de la sienne, il ne ressemblait nullement à un philosophe, plutôt à un petit saint ; car sa dévo tion, son extrême réserve et la pureté de ses mœurs paraissait quelquefois extraordinaire dans un homme de son âge.
Il était fort instruit, quoique, dans son livre, il ait parlé de plusieurs sciences d’une manière fort baroque.
Il s’énonçait avec beaucoup de clarté et d’éloquence, et sa conversation était fort agréable, excepté quand il parlait de son affaire; alors il deve nait pédant, mystérieux, bavard ou taciturne ; crainte d’en avoir trop dit, il niait le lendemain ce dont il était convenu la veille.‘ Il avait des réticences insupportables, s’arrêtant tout court au moment où on espérait tirer de lui un de ses secrets; car il croyait à une voix intérieure qui lui défendait ou lui permettait de parler.
Son grand principe était que, dans la route spirituelle, on ne devait point troubler la marche de l’homme, qu'il suf— fisait de le préparer à deviner les secrets qu’il était destiné à savoir. Aussi, se donnait-il plus de peine pour éloigner ses disciples de sa science que pour les yappeler, se croyant responsable des abus qu’ils pour raient en faire.
Son père, qui était maire d’Amboise, l’avait mis dans le service militaire, où, par sa bonne conduite ou par le crédit de M. de Choiseul, seigneur ' d’Amboise. il s’était avancé, en très peu de temps, au grade de capitaine ; mais, entraîné par la doctrine de
A PROPOS DE MARTINES DE PASQUALLY 201 _..:att 5...“.7 -. W Y w??‘.‘Ù'"WP“"E’Ë . e‘-æi.‘._aÆ"I Pasqualis et une vocation qui lui semblait irrésistible, il quitta brusquement le service, malgré les exhorta tions de ses parents, de ses amis et de son protecteur, se brouilla avec son père et se voua aux œuvres de sa ' ‘ science mystique et à la pauvreté.
Il s’était proposé de ne rien demander à son père, et, réduit au pain et à l’eau, c’est en se chauffant au feu d’une cuisine de gar— gote qu’il a composé son traité des Erreurs et de la Vérité. Le débit de ce livre, le premier et le meilleur qu’il a écrit (1), l’a aidé à subsister jusqu’à ce que M“ de la Croix, qui courait une carrière approchante de la sienne, l’ait recueilli chez elle.
Mais bientôt ils se brouillèrent, voulant s’endoctrinerl’un l’autre, et Saint— Martin, ayant hérité d’une tante cinquante louis de rente, se trouva fort riche et publia quelques nouveaux ouvrages qui augmentèrent son aisance: c’est alors qu’il ouvrit une petite école et je devins son disciple. Tout ce qu’il m’a appris est si peu important, et je l’ai si parfaitement oublié, que je ne crains pas d’être indiscret, en parlant de sa doctrine.
Le peu que j’en dirai m’appartient; je le dois à l’application avec la— quelle je n’ai cessé de relire son livre, à l’attention avec laquelle j’ai saisi chaque mot échappé à mon Harpocrate (2) et peut-être à mon talent pour la devi— (I) Nous donnons pour ce qu’elles valent les appréciations du baron de Gleichen sur les livres de Saint—Martin.
Ces Sou venirs posthumes valent surtout par les détails vécus ; mais la compétence théosophique de l’auteur paraît assez mince, et ses préférences dogmatiques demeurent sujettes à caution. (2) On voit que le baron de Gleichen n’a point si parfaite ment oublié tout ce qu’a pu lui dire son Maître.
202 L’INITIATlON . T ? Tl l_ÿrfl—\Hñ v-w -w nation (sic) de tous les livres qui traitent de sciences occultes. Celui des Erreurs et de la Vérité est le seul dont le style soit agréable... Bien des gens ont cru que cet ouvrage n’avait été composé que pour ramener le monde à des idées reli gieuses par l’appât du merveilleux.
Il est certain qu’il a produit cet effet sur plusieurs personnes de ma con— naissance et sur moi-même; mais j’ai lieu d’assurer que c’est une introduction très savante et très détaillée à la science de la Magie, et qu’il renferme beaucoup de choses, dont l’auteur s’abstenait de parler dans les leçons.
La science des nombres, qu’il a représentée sous l’emblème d’un livre à dix feuilles, était de toutes ses connaissances celle à laquelle il attachait le plus haut prix. Il disait l’avoir volée à son maître, et qu’il ne la communiquerait jamais à personne. C’est grand dommage, car c’est sous ce voile mystérieux qu'il a enveloppé les plus rares secrets de son ouvrage.
Tout ce qu’il avouait était que les nombres don naient la clé de l’essence de toutes les choses maté rielles pourvu qu’on en connût les véritables noms dans la langue primitive; que, par les nombres on éprouvait les esprits, de même que par les paroles de puissance, pour s’assurer si les uns ou les autres étaient bons ou mauvais; et que tout s’obtenait par l’analyse cabalistique de ces noms et de ces paroles, dont les lettres hébraïques produisaient les dix nombres, qui manifestaient des vérités si importantes. Il ajoutait que l’alphabet hébreu n’était juste que
A PROPOS DE MARTINES DE PASQUALLY 203 jusqu’à la dixième lettre inclusivement; que le reste avait été brouillé, mais qu’ilen connaissait l'ordre vé— ritable (I). Voilà déjà une confession assez, claire que ces Messieurs s’occupaient de Magie.
Un autre aveu que je lui ai arraché est la descrip tion des figures hiéroglyphiques écrites en traits de feu qui lui apparaissaient dans ses travaux, ce dont il lui était ordonné de conserver les dessins, qu’il m’a montrés. Ces figures ne sont autre chose que ce qu‘on appelle les sceaux des esprits, qu'on voit sur les talis— mans, sur les pentacles et autour des cercles magiques.
Mais ce n’est qu’en tremblant que Saint-Martin par— lait de toutes ces choses-là.
Il assurait que la Magie avait occasionné la chute des esprits et celle de l‘homme; que la seule pensée analogue à ces crimes pouvait nous perdre pour toujours; que sa conscience était chargée de l'âme de ses disciples, et que, par toutes ces raisons, il se trouvait obligé à toutes ces précautions que prescrivaient ses doctrines pour les mener au bien à petits pas, et pour éloigner de cette route ceux que la providence n’a point destinés au grand œuvre des élus, choisis par elle pour combattre le mal sur la terre.
Au reste, je conseille à ceux qui veulent étudier le livre des Erreurs et de la Vérité de lire préalablement l’Histoire du Mam'che’isme de Beausobre, qui leur ou— vrira l’intelligence sur les matières fondamentales du livre de Saint-Martin et où ils trouveront de grands rapports avec sa doctrine. (I) Il est impossible de ne pas penser au Tarot.
204 L’INITIATION J’ai connu deux collègues de M. de Saint-Martin, moins difficiles que lui, mais qui ne le valaient pas: l’un se nommait Hauterive, qui tenait boutique de la science à tous venants, ce dont mon maître était fort mécontent; l’autre Villermoze: il avait fondé son cercle à Lyon; il avait moins de savoir que Saint-Martin, mais beaucoup plus d’onction, d’aménité et de fran chise, au moins apparentes.
Il parlait au cœur beaucoup plus qu’à l'esprit; et était estimé de tout le monde pour ses qualités, et adoré de ses disciples, à cause de ses manières cor— diales, amicales et séduisantes. Il a joué un rôle dis tingué dans la Maçonnerie, et a fini par s‘adonner entièrement au magnétisme spirituel.
Il a péri dans les massacres de Lyon(1), et Saint—Martin est mort tranquillement pendant la Révolution, qui avait un peu dérangé la fréquentation de son école.
Pour se faire une idée complète de la doctrine de Saint-Martin, qui, de toutes les doctrines mystiques est la plus merveilleuse, et la plus intéressante et la plus attachante, il faut lire les passages suivants : Gleichen donne la liste complète des ouvrages de Saint-Martin et quelques extraits du livre bien connu des Erreurs et de la Vérité. Il nous a paru inutile de les transcrire. Stanislas de GUA1TA. '(l, C’est la une erreur de GleichenVillermoze est mort à 105 ans à Lyon. (Pxrus.) .. u.. .. .._’__
W. »7—... .mi:,‘zæ:‘kxa;Æ.—æ s:àab‘mn’anämr€f'ffi .w<"‘l‘ün-’DWÏË *:*fi.‘t’." .‘.’,Ï.î» 1’”?<"."‘“‘ DIVISION DE L’HOMME 205 liVllSlllN lL”HMME au a, 4, 7 au a ÉLÉMENTS (EMPLOI DE L’IMAGE ANALOGIQUE) Certains étudiants encore peu familiarisés avec les données de l’occultisme sont un peu déroutés par les différents nombres de principes déterminés par les diverses écoles pour la constitution de l’homme.
Certains prétendent que l'homme est composé de trois ou quatre principes ; d’autres disent de sept, d’autres de neuf, etc., etc. Les étudiants qui ne connaissent pas la clef de ces diverses divisions discutent longuement pour savoir quelle est la classification la plus exacte. ‘ Nous sommes persuadés qu’ils éviteront d’inutiles polémiques lorsqu’ils auront compris que ces divi sions dérivent toutes les unes des autres et exposent simplement l’analyse plus ou moins étendue d’une même vérité.
Afin de rendre notre démonstration aussi simple et aussi claire que possible, nous allons rappeler à nos lecteurs cette image analogique qu’ils con naissent bien du Cocher, du Cheval et de la Voiture correspondant respectivement à l’Esprit, au Corps astral et au Corps physique de l’Homme.
C’est en nous appuyant tou ' jours sur cette image analogique que nous aborderons les détails concernant les principes composant l’être humain. (Voy. la fig., p. 218.)
206 L‘INITIATION TROIS ÉLÉMENTS Un cocher (principe directeur), un cheval (principe moteur) une voiture (principe passif et mû). Telle est l’image de la constitution générale de l’homme en Esprit directeur, Corps astral moteur, Corps physique passif et mû. Voilà pour la composition en trois principes. QUATRE ÉLÉMENTS Mais le système moteur le cheval a deux propriétés bien distinctes : 1° Il obéit au cocher auquel il est relié par les guides.
2° Il agit sur la voiture à laquelle il est lié par les brancards. Si donc l’on distingue les deux fonctions du corps astral : 1° Action sur le corps physique au moyen du sys tème nerveux organique (correspondant à l’action du cheval sur la voiture par les brancards); 2° Réaction de l’Esprit sur le corps astral au moyen du système nerveux conscient (correspondant à l'ac— tion du cocher sur le cheval par les guides).
On décompose le système en trois facteurs avec un second polarisé, ce qui correspond aux classifications en quatre principes ainsi qu’il suit : 1. Esprit. 2. Dans sa réaction 1. Cocher. 2. Lié au cocher par vis—à-vis de l’Esprit les guides (Être psychique) Cheval _ _ Corps astral 3. Lié àla vorture par 3. Dans son action les -brancards sur le corps 4. Voiture. (Vie organique) 4. Corps. ,-...a. __, _ . z_fl
DIVISION DE L’HOMME 207 Ce système est celui adopté par les Égyptiens, par les Kabbalistes, par les Persans, par les Grecs, par les Romains et par tous les hermétistes. Ce serait sortir de notre sujet que d’entrer dans tous ces développe ments que nous donnerons dans un autre article si cela intéresse spécialement nos lecteurs.
NEUF ÉLÉMENTS Mais si l’on analyse tant soit peu chacun des élé ments constituant les trois principes dont nous ve— nons de parler on ne tarde pas à constater l’existence de neuféléments auxquels on peut donner des noms différents. Ainsi le cocher est composé d’une tête directrice (I) de bras actionnant les guides (2) et d’un corps suppor tant le tout (3).
Le cheval est composé aussi d’une tête en rapport direct avec les guides (4), de pattes motrices en rap port avec le sol (5) et d’un corpssupportant le tout (6). La voiture est composée également de trois élé ments : le siège du cocher (7), les roues (8) et le corps de la voiture (9). En décomposant chacun des trois principes de l’homme, nous trouvons aussi : . L’Esprit pur, l’élément divin dans l’homme. .
L'Intelligence et la Volonté agissant sur les passions Esprit. . L’Ame humaine enfermant le tout. 1 5 . L’Être Ps chi ne Im ulsif. ä. L’lnconscientinfériefr. ; Eâ’;äî 6. La Vitalité. . (Tête le fluide nerveux. g. Poiti*ine) le sang. ) E0233“ 9. Ventre) les cellules organiques et la lymphe. p y q . r: ;r;.« çr,; )J h,vl -
208 L’INITIATION C’est là l’analyse extrême généralement usitée qu’on pourrait pousser jusqu’à vingt et un éléments, ainsi que nous le verrons tout à l’heure. (La division en neuf principes a été employée par certains kabba listes et, dans certains cas, par quelques philosophes indous).
Mais cette division sépare des principes qui sont fusionnés dans la réalité et qui se confondent dans l’action générale et, ici encore, notre image analo gique va nous être d'un précieux secours. SEPT ÉLÉMENTS La tête du cheval ne forme en réalité qu'un tout avec les bras du cocher, grâce aux guides. De même le corps de cheval ne forme qu’un avec le corps de la voiture, grâce aux brancards. Ce qui nous donne: tout La Tête directrice du cocher.
Le Corps du cocher. Les Bras du cocher et la Tête du cheval unis par les guides. I 2 3 g. Les Pattes du cheval. . Le Siège du cocher. 6 Le Corps du cheval et le corps de la voiture unis par les brancards. 7 Les Roues. ; l En rapprochant les principes analogues de l’homme nous trouvons : VII. I. L’Esprit pur. VI. 2. Intelligence_ et Volonté (moi conscient) v 3. Ame humaine Et . 1 -f ' et tre psychi ue unis re ’mpu 5’ ' IV. Inconscient inf rieur III. . Fluide nerveux. IL ô. Vitalité et sang unis. I. 7. Cellules organiques. - AI‘P".. {‘%' _l
GENÈSE DES ÉPIDÉMIES 209 Les chiffres romains indiquent l’ordre adopté pour l’énumération par les théosophistes qui n’ont, du reste, jamais cherché à comprendre les rapports de leur clas sification avec celle de la kabbale.
VINGT ET UN ÉLÉMENTS On pourrait pousser l’analyse encore plus loin en montrant que la roue est composée de trois parties (moyeu —— rayons —— cercle extérieur), que chaque jambe du cheval comprend aussi trois divisions (cuisse —— jambes— sabot), etc., etc. D’après les don nées Ies plus simples, on obtiendrait ainsi trois nou velles divisions pour chacun des sept éléments ana lysés précédemment, ce qui nous amènerait à l’analyse en trois 'Septénaires ou vingt et un éléments, usitée dans le Tarot (avec un élément synthétique en plus).
Mais nous nous arrêtons. Il nous a suffid’indiquer cette voie de concordance qui évite des polémiques et des discussions généralement issues de l’ignorance. Les chercheurs que ces questions intéressent sauront aller plus loin dans ces recherches à peine indiquées ici et que nous avons surtout voulu éclaircir par cette curieuse image analogique du cocher, du cheval et de la voiture.
PAPUS. fianÈsa DES ÉI[JDÉMŒS De plus en plus la science matérialiste s’avance vers l’étape où elle comprendra qu’elle ne comprend
2 10 L’INITIATION pas, où elle se rendra compte qu’elle ne sait rien.
Ainsi voici que les hygiénistes sont arrivés à la con clusion que les épidémies comme celles de choléra, de typhus, de variole, que jusqu’ici on attribuait à une pollution des eaux potables, proviennent des va gabonds qui errent par toute la France, traînant une vie lamentable au long des chemins et laissant aux endroits où ils couchent des essaims de microbes qui, après leur départ, cherchent leur nourriture dans le corps des habitants de l’endroit.
La conception matérialiste est un bourbier dans le quel la pauvre science de nos jours a piqué une tête; elle n’a plus dehors que les jambes qu’elle agite d’une façon désespérée, épuisant par là ses énergies vitales qu’elle croit augmenter en les dépensant dans les spasmes de l’agonie.
Aussi la science est—elle incapable de découvrir les causes des faits qu’elle signale; au lieu de lumière, ses yeux boivent de la boue; elle ne tarderait pas à périr dans l’étouffement de son igno« rance si l'Occultisme ne venait à son secours pour la retirer de la fâcheuse situation dans laquelle l’a placée son entêtement présomptueux, son infatuation d’a veugle affirmant que la nuit est le plein jour.
L’Occultiste n’a pas besoin de tâtonner pendant des siècles pour trouver les causes vraies des épidémies par la raison qu’au lieu de vouloir tout inventer ou découvrir lui—même, il utilise les tâtonnements faits par les générations antérieures dans leur marche vers le Savoir. Son regard, utilisant l’expérience des ancêtres, au lieu d’être arrêté à l’écorce des choses, va jusqu’en 1...._,m.&. . A): _,___à,' _r\ ’ —-i
GENÈSE DES ÉPIDÉMIES 2 1 1 leur structure intime que lui donne aussitôt la raison d’être de leur apparence. La science hygiénique,en se basant sur l’hypothèse à peu près incomprise des microbes, a mis la main sur un morceau de vérité quand elle a pensé que les vaga bonds sont des foyers d’épidémies.
' Les roulants, les sans feu ni lieu, traînant au long des routes de la belle France leurs grègues dont l’in tégrité est aussi rare que celle de la conscience des hommes politiques du jour, avec les miséreux à de meure fixe s'empilant chaque soir dans des bouges plus malsains que les logements des animaux domes tiques, sont bien le laboratoire dans lequel prennent naissance les épidémies; leur corps, avarié par la mi sère, est bien l’athanor de cette alchimie néfaste qui sème des miasmes mortels dans notre atmosphère où d’invisibles souffles les disposent de—ci de—là sous l’im pulsion d’on ne saitquelle fantaisie.
Mais l’alambic n’est pas le créateur du produit de la distillation; ce n’est pas le corps des miséreux qui suffit à la production des épidémies;ce ne sont pas leurs molécules physiques toutes seules {qui épanchent les germes des maladie sur leur passage en de méphitiques traînées polluant l’air aspiré par les gens bien nourris et bien logés.
Leurs émanations morales sont la vis viva, la force agissante que véhiculent les molécules physiques épandues autour d’eux par la désagréation non équi librée de leur corps maigrément entretenu par une ali mentation hasardeuse. Quels sentiments sympathiques voulez—vous qu’ait le vagabond pour les gens qu’il rencontre et dont le
2 I 2 L’INITIATION regard, le geste ou les paroles déversent sur lui des courants de mépris et d’animosité ? En réponse à ces sentiments hostiles, il envoie des jets de haine, vapeur invisible, d’autant plus dange reuse qu’elle est plus subtile ; cette vapeur, aspirée par les autres, contamine leur constitution et, à la première occasion qui se présente, se met à démolir la char pente fragile de l’organisme humain.
Les savants reconnus et patentés de nos jours sont encore incapables de s’élever à la simplicité de cette conception; cela ne l’empêche point d’être vraie; pour apparaître, les faits se passent parfaitement de notre compréhension chaque fois qu’elle ne leur est pas in dispensable.
Toutes les forces humaines sont de nature mentale et morale; c’est par ce qui constitue notre mentalité et notre moralité que nous agissons; le physique est seulement l‘outil au moyen duquel s’exerce notre ac tivité. ' Toutes les maladies viennent du moral humain, .soit qu’elles prennent naissance dans le moral du malade lui-même, soit qu’un moral, voisin ou éloi gné, les y jette.
La chimie nous a révélé que physiquement nous sommes solidaires, que perpétuellement nous échan geons la matière physique entrant dans nos constitu— tions. L’occultisme nous enseigne que nous ne sommes pas moins solidaires mentalement et morale— ment. Ce qui est généré dans l’âme d’un homme s’en évapore et va se déposer dans les âmes des autres poury produire des effets bons ou mauvais, suivant - L, -x... “n‘— ..
GENÈSE DES ÉP1DËMIES 2 13 les circonstances, mais aussi inévitables que les phé— nomènes des combinaisons chimiques lorsque leurs éléments sont placés dans les conditions nécessaires au jeu de leurs affinités. Les âmes qui sont génératrices de sentiments hos tiles pour les autres, sont des foyers d’émanations miasmatiques produisant des ravages plus ou moins désastreux suivant la constitution de ceux qui les absorbent.
Un sentiment hostile sortant de l’âme d’un homme est quelque chose comme un essaim d’abeilles quit— tant la ruche natale pour aller fonder un autre éta blissement. Si cela fait plaisir, on peut nommer microbes les abeilles de cet essaim ; un sentiment est une chose unique ou comme l’agglomération d’une foule de petites vies, microbes.
Les mots n’ont d’im portance que par les idées qu’ils enveloppent et la pierre d’achoppement de ceux qui cherchent la con— naissance et l’emploi des ,mots qui sont des cosses vides, qui ne renferment pas d’idées, germes vivants.
L’emploi de pareils mots n’est pas rare de nos jours, et les simples, à qui le verbiage tient lieu de pensée, vous les répètent comme de mystérieux schiboleflz grâce auxquels ils croient expliquer ce dont ils n’ont aucune compréhension. Citons un exemple.
L’école médicale de Lyon est fière d’avoir trouvé le traitement de la fièvre mu queuse et de la fièvre typhoïde par l’emploi des bains froids; seulement elle n’a pas encore le plus léger soupçon de la façon dont ces bains agissent pour opé rer la guérison. Elle déguise son ignorance des con
2 I4 L’INITIATION ditions déterminantes du fait par des expressions vagues comme abaissement de la température, tonifi cation des tissus. Mais les mots ne sont pas du savoir aussi longtemps qu’on ignore ce qu’ils contiennent; avant que l’analyse en soit faite, les mots sont des boîtes fermées qui sont peut—être vides, peut-être pleines, mais pleines de quoi P Voilà ce qu’il est im portant de savoir.
Les bains froids, qui seraient meilleurs s’ils étaient pris, quand le temps le permet, dans l’eau courante d’une rivière et dans l‘intervalle qui sépare le point du jour du lever du soleil, moment où des forces occultes particulières sont en action, ne guérissent pas uniquement les fièvres parce qu’ils abaissent la tem pérature du corps, effet sensible de leur action.
Il y a dans les eaux courantes un astral qui a des relations très directes avec l’astral humain, qui notamment fait contracter celui-ci de façon à le débarrasser de ce qui lui est étranger, de ce qui est fixé par lui par intrusion.
Les maladies comme la fièvre muqueuse et la fièvre typhoïde sont le résultat de l’établissement dans l’as tral du patient d’une colonie d’intrus, d’un essaim de microbes, si l’on veut; l’astral de l’eau courante, en contractant l’astral humain, en expulse ce qui s’y est introduit en fraude, ce qui n’y est pas normalement à sa place; les conglomérats de substance astrale qui sont le foyer de la maladie sont ainsi rejetés hors du corps et emportés par l’eau. Voilà de quelle façon les bains froids de l’école de Lyon guérissent la fièvre typhoïde; ils la guériraient
GENÈSE DES ÉPIDÉNIIES 2 l 5 _., , e.__.,._ +mm,_ V ËÎW.“’ au '. " I- . bien mieux s’ils étaient pris dans une eau courante ou dans une série de baignoires dans chacune desquelles le patient ne resterait que quelques minutes.
Ce sont des germes de conglomérats astraux, causes de maladies que les vagabonds répandent sur leur passage par les sentiments hostiles qui naissent dans leur âme; ils sont des semeurs sinistres, châtiant sans le savoir la société de son injustice, de son égoïsme impitoyable à leur égard.
Et non seulement ils sèment directement du mal, mais ils en font semer aux autres, aux heureux du monde, aux bourgeois bien rentés, aux boutiquiers patentés, aux gens à l’abri de la faim, du mauvais temps, par les sentiments de dédain, de mépris, -d’insultante pitié auxquels leur apparition donne l’oc casion de naître.
Et Karma, comptable infaillible, enregistre tout cela, non pas sur le livre qui doit servir au jugement dernier, mais sur celui qui sert au jugement continu, infligeant sans crainte et sans haine la rétribution de tous les actes commis.
Plongés dans les bitumineuses ténèbres de l’igno rance, les hommes imaginent qu’ils sont indépen dants les uns des autres, que la seule chose qui soit importante pour chacun, c’est d’obtenir la plus grande .somme possible de jouissances, sans s’inquiéter de savoir si ces jouissances égoïstes ne sont pas obtenues par le gaspillage du strict nécessaire des autres qui deviennent par là des déshérités du sort, des misé reux dans l’âme de qui de sinistres pensées, de veni , meux sentiments naissent et s’agitent comme les bêtes
216 L’INITIATION gluantes qu’on voit ramper sur la vase au fond des eaux stagnantes. Heureusement encore pour les heureux du monde que rares sont les misérables qui arrivent à la cons cience de la formidable puissance qu’ils possèdent contre ceux dont l’accaparement des biens de la terre les condamne à la souffrance perpétuelle.
Si les misé rables possédaient cette conscience, comme ils au raient vite fait de débarrasser la terre des jouisseurs qui yvivent au détriment de l’espèce! Mais le pouvoir conscient n’existe qu’en adéquation au savoir et à l’audace. Savoir, oser, vouloir et, pour réussir, se faire.
Mais toute force possède une activité spontanée, pour parler comme nos marchands de philosophie universitaire, par laquelle des effets sensibles sont pro duits bien que moins importants que ceux déterminés sous l’impulsion d’une volonté consciente. Les ignorants, ne voyant pas la haine sortir en fu meuxtourbillons des cœursdes misérables, s’imaginent qu’elle n’existe pas.
C’est pourtant une formidable puissance que la haine, qui est l’envers de l’amour, capable consé quemment de lui faire équilibre; comme la fumée du charbon sortant des cheminées des usines salit l’atmosphère des pays induStriels, la haine, sortant du cœur des misérables, forme au-dessus des contrées civilisées un air noir et empesté qui rend la vie mau vaise.
Mauvaise pour tous, même pour les million— naires dont l’inconscient sait la menace suspendue sur leur vie de luxe et d’égoïsme sans compassion,
GENÈSE DES ÉPIDÉMIES 2 I7 sent la haine les envelopper de ses brumes méphi— tiques, de ses brouillards empoisonnés dont l’effet sur le plan physique est ce que nous nommons les ma— ladies. Dans nos sociétés, personne n’est à l'abri de la mala die, et la source d'où elle sort avec le plus d’abondance est dans le cœur des misérables que les conditions de leur existence forcent à penser souvent des pensées de haine, à formuler des désirs de vengeance contre les heureux de la terre qu’ils sentent instinctivement coupables du vol de leur part de bien-être. Favoris du sort qui passez dans vos luxueux équi— pages en jetant des regards de dédain sur les gueux en baillons qui vous examinent d’un œil chargé d’envie, .surveillez l’expression de vos physionomies; n’attirez point par elle un vomissement de haine de la pru nelle des gueux, car cette haine fracasserait les fragiles bonheurs dont la possession vous enivre. Ils tiennent dans leur cœur une puissance capable d’abattre votre orgueil; ilS n’ont qu’à penser, et aussi tôt la fatalité plane sur vous comme un oiseau de proie, attendant la première occasion pour venir de son bec crochu fouiller votre cœur jusqu’en ses libres les plus sensibles. Ces malheurs, ces désastres qui soudainement dé vastent vos vies, n’ont pas d’autre cause réelle, quelles que soient les apparences parmi lesquelles vous vous égarez, que le conflit de votre dédain avec la haine de ceux d’en bas. Ah! s’ils savaient la manier, leur haine, s’ils savaient s’empêcher d’en être les victimes, de quelles jonchées
2 18 L’INITIATION de cadavres de riches ils pourraient engraisser le sol qui ne leur fournit qu’une si maigre pitancel Heureux du monde, c’est dans votre intérêt qu’il faut devenir bons. GUYMIOT.
_ _.m___fi«_--.-sm v_r -—. , . ..= . ._, .. --_.w—,—,—L-. .-—-—.w. ;1? w UNE ténue spirite aux euvisus de Tuuluse Au mois de février dernier, je fus invité à assister à l’une des séances spirites qui ont lieu périodiquement dans une ville non éloignée de Toulouse.
On avait sous la main, me dit-on, un excellent médium qui s’était formé tout seul et qui produisait toute la série des phénomènes lumineux, d’attouchements à dis tance, de transport des objets, de matérialisation, d’écriture directe, etc. J'étais curieux d’étudier un sujet aussi rare et je m’empressai de me rendre à l’invitation.
La réunion avait lieu dans la salle à manger d’un architecte de la ville où je trouvai réunis : deux ingé nieurs, deux officiers, un éditeur de Paris et deux ou trois autres personnes dont une dame (la maîtresse de la maison), enfin le médium. Celui-ci était un homme d’une trentaine d’années, d’une taille un peu au-dessous de la moyenne, gras, la face un peu bouffie avec deux grands yeux noirs d’hystérique.
2 20 L’INITIATION La salle à manger, un peu basse, parquetée en car reaux de ciments, avait une forme rectangulaire. Sur le mur du fond percé d’une fenêtre alors hermétique— ment fermée, se trouvaient accrochés de chaque côté deux fleurets boutonnés.
Sur le mur perpendiculaire on voyait une cheminée fermée au moyen d’un double écran de manière à intercepter absolument tout rayon lumineux émanant du foyer, et un peu plus loin un placard sans porte, mais fermé par un rideau, qui ser vait aux expériences de matérialisation. Nous prîmes place autour d’une table également rectangulaire située au milieu de la salle, mais plus près cependant du mur opposé à celui du fond.
Le médium qui occupait une extrémité de la table assis sur un fauteuil à pieds métalliques se trouvait à côté de moi du côté gauche, de sorte qu’avec mes mains ou mes pieds. je pouvais surveiller tous ses mouve ments. C’était d’autant plus essentiel qu’il n’opérait exclusivement que dans l’obscurité. Avant de commencer la séance, je fus invitéà fouil ler le médium.
Il s’y prêta de la meilleure grâce, et, comme je palpais son ventre, il me fit remarquer qu’atteint d’une hernie, il portait un bandage. Cet appareil me parut un peu compliqué. En qualité de médecin j’aurais pu demander à le voir, mais je ne voulus en rien faire, ayant eu aussitôt l’idée que ce bandage pouvait bien servirà cacher des objets et que si je les découvrais la séance serait ainsi terminée.
Or je tenais à constater ce que notre médium savait faire. Après une prière aux esprits lue par la dame de la -....\ 4_.' ,'I
UNE SÉANCE SPIRXTE 22 I maison et écoutée très sérieusement par toute l’assis tance, le médium prit un crayon et posa ses mains sur du papier placé devant lui sur la table et l’on étei gnit lalumière électrique. Le médium soupira et gémit pendant un quart d’heure au bout duquel il accoucha d’une phrase assez peu lisible. me souhaitant la bienvenue. Cette phrase tout à fait banale était évidemment de sa fabrication.
L'écriture ne ressemblait en rien à celle des grands médiums écrivains. " Toujours dans l’obscurité la plus profonde, j’enten dis le médium s’éloigner de la table et reculerjusqu’au fond de la salle. Après de nouveaux gémissements et quelque agitation, nous vîmes apparaître de l’endroit où il se trouvait, une petite lueur phosphorescente qui s’éleva jusqu'au plafond et qui, après quelques zig zags, vint se poser sur le papier de la table.
Je jetai immédiatement mes deux mains sur la lueur et je saisis un mètre pliant, qu’après une courte lutte, je permis au médium de m’arracher des mains, car je ne voulus pas dévoiler le truc afin de laisser continuer la séance. D‘où notre prétendu médium avait-il tiré le mètre et le phosphore qui 'enduisait son extrémité?
Pas de ses habits que j’avais fouillés, ni des recoins de la salle que j’avais minutieusement explorés, mais de son fa meux bandage. L’obscurité continuant, j’entendis le médium se dé— placer un peu et bientôtje sentis sur ma tempe gauche le contact d’un corps froid. Je voulus le saisir, mais ma main ne fit que le frôler; je compris cependant
2 2 2 ' L’INITIATION que c’était un corps très dur. L’objet étant venu de nouveau au contact de mes jambes, je lis un mouli net avec mon bras gauche et cette fois je saisis la poi gnée d’un fleuret que je ne voulus pas lâcher. En même temps je demandai la lumière. Tous les assistants purent constater que le médium avait décroché l’un des fleurets du mur et que, le te nant par la pointe, il me touchait très légèrement avec l’autre extrémité.
Le truc était des plus grossiers. Mais plusieurs ne comprirent pas que le médium avait voulu produire le contact a distance et se de mandaient quelle pouvait bien être son intention en me présentant une épée. Dans le reste de la séance, le prétendu médium a bien essayé de produire sur moi d’autres contacts, par exemple celui d’une houppe placée au bout d’un fil de fer tenu entre les dents.
Pour cela, il me saisissait les deux mains et tâchait d’approcher sa face de la mienne. Mais je ne le lui ai pas permis. Je rejetais ma tête en arrière et repoussais ses bras et sa poitrine de toutes mes forces. _ La séance ayant été suspendue un moment, notre farceur annonça qu’il allait tenter de produire une matérialisation.
Une des personnes présentes me dit que quelques jours auparavant il avait fait apparaître une belle tête de vieillard sur le rideau du placard dont j’ai déjà parlé. Le médium s’étant donc assis dans ce placard der— rière le rideau, je me plaçai devant, bien décidé à sauter sur le fantôme s’il apparaissait, et on fit l’obscurité. ’ Mais tous les efforts et les gémissements du ministre
.. ...v...u. v..w“—n_-‘IA Wi‘fa‘7 """‘ "' ' UNE SÉANCE SPIRITE 223 des esprits furent vains, rien ne se produisit, et notre homme déclara que ce soir il ne pouvait rien. Le médium écrivit encore une phrase illisible avec un crayon ordinaire et un crayon rouge, invoqua les es— prits, frappa un coup, fit entendre un bruissement qu’il attribua à un esprit musicien qu’il détestait, disait-il, puis plus rien. L’assistance était lasse d’attendre.
On conclut que ce soir-là les esprits ne voulaient pas se manifester, et qu’il fallait renvoyer les expériences à un jour plus propice. En effet, il faisait un temps affreux, et il est probable que les esprits ont préféré rester chez eux. Quant à moi, je me demandais comment des hommes intelligents comme ceux qui assistent pério diquement à ces séances soi-disant spirites ne se sont pas aperçus que ce prétendu médium n’est qu’un farceur.
Ses gémissements, ses plaintes, ses soupirs ne ressemblent en rien au phénomène que les Anglais nomment transe; un vrai médium ne peut pas opérer sur un fauteuil à pieds métalliques. Ces messieurs prétendent, il est vrai, avoir surpris quelquefois le médium en fraude, mais que d’autres fois la fraude était absolument impossible et que, cependant, il a produit des effets surprenants.
Je ne les contredirai pas, puisque je n’ai vu leur sujet qu’une fois, mais, jusqu’à plus ample informé, ils me permettront de le tenir pour un simple hystérique comédien. Dr FUGMRON .
2 2 4 L'INITIATION îÿm monument alchimique tle Rame Aux frères Martinistes. En 1871, il y avait encore à Rome, sur le coteau Esquilin, une longue et étroite rue qui, partant de l’arc de Gallien, menait jusqu’à Saint—Jean de Latran.
A une centaine de pas environ de cet arc, à la droite de celui qui allait vers Saint—Jean, on voyait le châssis en marbre blanc d’une porte, murée dans la muraille d’enceinte d’un verger: mais on ne voyait pas la porte en bois ni le disque en marbre, qui aurait dû le surmonter. Dans le seuil, dans les jam bages et dans l’architrave de ce châssis étaient/gravés des signes étranges et des maximes latines et hébraïques.
Mon père me disait que c’était la porte de la maison d’un alchimiste, lequel comptait, jadis, faire de l’or en l’extrayant de l’urine solidifiée. Je ne sais pas de qui mon père avait appris cet original renseignement, mais probablement cela était. une tradition. La rue allait jusqu’à son but, limitée à droite et à gauche par deux murailles et par quelques petites maisons, et à côté de la dite porte on n’en voyait pas d’autres.
Avec l’alignement de la place Victor-Emmanuel et des rues qui y mènent, tout a disparu ; rue, murailles, vergers, maison et porte alchimique. A présent, on , AA_‘ . v.
UN MONUMENT ALCHIMIQUE DE ROME 225 voit là la grande place avec le jardin public entouré de beaux palais et les rues larges et régulières qui y aboutissent. Mais il faut bien se hâter de le dire: il y a cinq ans environ, la célèbre porte a été rendue de nouveau à l’admiration, à la curiosité et à l’étude des citoyens, et placée à côté des trophées de Marius, dans l’enceinte du jardin de la dite place.
Ses jam bages ont, à vrai dire, souffert, car ils ont été cassés en quelques parties; mais le châssis est de nouveau debout et muré, et on lui a ajouté au-dessus le disque avec les cercles et les triangles, de sorte qu’en l’obser— vant on conçoit une idée presque exacte de sa primi— tive position.
En effet, entre celle—ci et celle-là il n’y a . que deux petites différences : premièrement, la deuxième est environ à deux cents ou deux cent cinquante pas en avant et à la droite de la première ; en second lieu, la deuxième est vis—à-vis de la première, car la première étaità la droite de l’observateur, tandis que la seconde est à sa gauche. Mais cela n’ôte rien à la valeur de ses inscriptions.
'k au» J’ai feuilleté quelques livres pour savoir de quoi il s’agissait, et maintenant, Messieurs, je peux vous en dire quelque chose, en vous traduisant les renseigne ments que nous donne M. Francesco Cancellieri aux pages 40 et suivantes de son livre Dissertafloni epistolari di G. B. Visconti e Filippo Waquier de la Barthe sopra la statuæ dit Discobola scoperta vella villa Palombara, etc., etc., publié à Rome en 1806 par Antonio Fulgoni.
2 26 L’INITIATION « La célèbre Christine Alexandre, reine de Suède, après avoir renoncé au royaume et après avoir embrassé la religion catholique romaine, choisit, en I655, cette ville (Rome) pour sa demeure. Ici elle s’adonna tout à fait à protéger les sciences, les lettres et les beaux-arts, et cela jusqu’en 1689, pendant laquelle année elle mourut. Entre ses occupations elle voulut aussi essayer de retrouver l’art de faire de l’or.
Pour cela elle fit donc construire dans sa maison plu sieurs laboratoires et invita les alchimistes à aller y faire leurs opérations. Elle leur donna en outre tout ce qui leur fallait pour les exécuter. « Un jour se présenta à la reine un jeune ultra montain qui la pria de lui accorder l’usage d’un de ses laboratoires. La reine le lui accorda, et il commença son travail.
Après quelques mois, il se présenta de nouveau à la reine et lui dit qu’il lui fallait s’en aller à la recherche d’une certaine herbe, laquelle était nécessaire à l'accomplissement de l’œuvre. Il la pria en route de lui donner une cachette, afin d’y garder pendant son absence deux vases d’une certaine liqueur, laquelle devait donner de l’or si on y ajoutait la dite herbe.
Mais il désirait que cette cachette fût close avec deux clefs différentes l’une de l’autre, dont l’une devait être gardée par la reine et l’autre par lui. La reine lui accorda tout ce qu’il voulut, et il s’éloigna. Après longtemps, la reine, ne voyant pas revenir le jeune alchimiste, se fâcha d’avoir été raillée-; elle fit ouvrir à toute force la cachette et s’empara des deux vases. « La reine trouva dedans la liqueur congelée;
UN MONUMENT ALCHIMIQUE DE ROME 227 cependant elle avait été changée en or dans l’un et dans l’autre en argent: et tous les deux ces métaux étaient parfaits dans leurs qualités respectives. « La conversation de la reine était fréquentée du marquis Maximilien Palombara, lequel aussi étudiait l’art de faire de l’or. Elle lui conta ce qui lui était , arrivé et il se moqua d’elle en lui disant qu’elle avait fait enfuir l’oiseau de la cage.
« Cependant peu après il dut se repentir de sa moquerie. Le marquis demeurait dans sa villa, qui était sur l’Esquilin. Il y avait son laboratoire au rez de—chausséede la maison de campagne. Un beau jour, par la porte cochère qui est sur la rue qui mène de Sainte—Marie-Majeure à SaintJean de Latran (porte qui n’existait plus en 1871, comme je l’ai dit plus haut), un homme habillé en pèlerin entra dans la villa.
Il se promena à gauche et à droite, en regardant fixement le terrain, comme s’il y cherchait quelque chose. Un des domestiques du marquis le vit et courut tout de suite en prévenir le maître, et celui-ci lui ordonna de le lui amener. Le domestique obéit, et le pèlerin, qui ne demandait que cela, se rendit tout de suite à la maison de campagne. Il se présenta au marquis avec un petit bouquet d’herbe à la main.
Le marquis .lui demanda pourquoi il s’était introduit dans la villa. Le pèlerin lui répondit qu‘il y était venu chercher l‘herbe qu’il tenait dans sa main. Et il ajouta qu’il avait su qu’il s’occupait d’alchimic et qu’il voulait lui démontrer pratiquement qu'il était difficile mais non impossible de faire de l’or. Le pèlerin ajouta aussi qu’il désirait observer comment le marquis 8
228 L‘INITIATION travaillait et à quel point était son travail. Le marquis n’hésita pas à le lui montrer. Le pèlerin, ayant entré dans le laboratoire, reconnut que le grand œuvre était bien avancé. Ensuite il rissola et pulvérisa l'herbe qu‘il avait ramassée dans la ville et. la jeta dans le creuset, qui était rempli d’une liqueur.
« Après cela il ordonna de ne pas ajouter d‘autre combustible au feu qui brûlait au—dessous de lui, et de le laisser s’éteindre naturellement. « Le pèlerin se fit donner la clef du laboratoire, afin que nul ne pût aller gâter l’opération, et de— manda de pouvoir coucher pendant la nuit dans une chambre à côté dudit laboratoire, pour être à même de surveiller l‘œuvre de temps en temps.
« Il promit au marquis que l'œuvre serait accompli pendant la matinée, suivante et il ajouta à cela qu’il lui en dévoilerait le secret. » « Le marquis se laissa séduire par les promesses du pèlerin, lequel avait la mine d’un homme honnête et simple.....
« Lorsque le matin fut arrivé, le marquis demanda tout de suite des nouvelles du pèlerin; mais les domes— tiques lui répondirent qu'il n’avait pas encore ouvert le laboratoire et qu‘il devait encore dormir. Le mar— quis attendit impatiemment quelques heures; mais, quand il fit grand jour, il fit frapper à sa porte pour l’éveiller.
Personne ne répondit; et alors, craignant que le pèlerin n’eût été frappé par quelque maladie, le marquis fit ouvrir la porte à toute force, et alors il vit que le pèlerin s‘était enfui. Probablement il était sorti par une fenêtre, laquelle, étant au rez-de-chaussée, —‘ ‘.‘ —3‘2 Li. - .......%
UN MONUMENT ALCHIMIQUE DE ROME 229 fl:'äYn."l . n’était pas trop élevée au-dessus du sol. Alors le mar— quis entra dans le laboratoire et aperçut le creuset qui gisait renversé sur le plancher. Il vit aussi sur le plancher une trace de matière congelée, de la couleur de l'or. Il la ramassa et il s’aperçut qu’elle pesait; alors il l’expérimenta et reconnut que c’était de l‘or pur. « Le pèlerin ne manqua pas à sa parole de lui dévoiler le mystère.
Il laissa sur la table du labora toire un papier sur lequel étaient tracées plusieurs énigmes. « Le marquis Maximilien, en souvenance d'un tel événement, fit placer plusieurs inscriptions dans la chambre et sur la muraille de dehors de la maison de campagne.
En outre, ilfit graver en marbre, en 1680, une partie des dites énigmes au-dessus de la porte cochère de sa villa (et cette inscription se rapporte à la découverte de l’herbe dans ce lieu) et une autre partie à l’entour d’une petite porte qui est dans la rue, vis—à-vis de Saint-Eusèbe (la porte alchimique, dite aussi magique). Cette deuxième inscription se rapporte aux recettes pour la fabrication de l’or.
« La reine de Suède, ayant eu connaissance de l’évé— nement, rendit au railleur ses railleries. » I. 4‘ Maintenant, nous allons voir les inscriptions dont il est parlé. I Au-dessus de la porte d’entrée de la chambre, au rez—de-chaussée de la maison de campagne, au milieu 1
230 L’INITIATION d'un disque, soutenu par deux génies ailés, il y avait l’inscription qui suit: Aqna A Qua Horti Irrigantur Non Est Aqua A Que Boni Aluntur L’eau avec laquelle les vergers sont arrosés n’est pas l’eau avec laquelle ils sont fertilisés (I). Il Au-dessus de la porte de la chambre, à droite du rez-de-chaussée de la maison de campagne, il y avait ces inscriptions : Guru Solo Sale Et Sole Sile Reste content (sile) du sel (sagesse) et du soleil (lumière, science). En d’autres termes : Sois satisfait d’avoir la sagesse et la science. Sophorum Lapis Non Datur Lupis On ne donne pas la pierre philosophale aux loups (avides). (I) M. Cancellieri ne donne pas la traduction des inscrip— tions qu’il rapporte; toutes celles que je donne ici sont dues à mon frère Alexandre et à quelques-uns de mes amis. '1- <——‘————.— —næ . ...—..-.... - .-. — .. ‘.“ a“‘ ,1
UN MONUMENT ALCHIMIQUE DE ROME 231K. III Au-dessus de la porte de la chambre, à gauche du rez-de-chaussée de la maison de campagne, il y avait ces inscriptions : Qui Potentis Naturæ Arcana Revelat Mortem Querit Celui qui manifeste les arcanes. de la puissante nature cherche la mort. Hodie Pecunia Emitur Spuria Nobilitas Sed Non Legitima Sapientia A présent on achète avec l’argent une fausse no blesse, mais non pas une vraie sagesse. IV L’inscription qui suit était sur la muraille du dehors de la maison de campagne; elle se rapporte à l'existence de l’herbe dans la villa du marquis de Palombara. Losqu’on la lit jusqu’au mot Semper Amen (Ainsi soit—il), elle semble nous indiquer le discours que le marquis dut tenir au pèlerin, lorsqu’il arriva à sa villa; et après, depuis Etz’am petræ... (écris dans la pierre...) jusqu’à la fin, elle semble nous donner
232 L’INITIATION connaissance d’un avis que le pèlerin donna au mar quis en reconnaissance de son hospitalité. 110c IN RVRE ' CÆLI RORE, rvsrs - ÆQVXS u PHYSIS AQVIS ' SOLVM FRACTVM REDDITjFRVC TVM - DVM CVM SALE NITRI 1 AC SOLE -SVRGVNT FVMI 'SPARSI FIMI . IS_TVD NEMVS c Nvmvs-TENET FORMA'SEMPER FIRMA - DVM SVNT ORTÆ SINE ARTE»VI TES! PYRA, ET POMA PVRAt HABENS LACVM PROPE LVCVM n VBI LVPVS NON . SED LE LÆDIT - MITES oves.
ATQVE AVES - CANIS cvsros INTER CAST051AGNOSn FERAS MITTIT FORAS - ET EST ÆGR1 uvws AGRI » AER SOLVS VERA SALVS, REPLENS HERBIS VIAS VRBIS'SVLCI SATI DANT PRO SITI scrrnos VlNI-INTRO VENI VIR NON VANVSIEXTRA VENVS vous FVRES CLAVDO FORES LABE LOTVS EI BAS LÆTVS - MERI MARE . BACCIII MORE n INTER VVAS SI VIS OVASIET QVOD CVPIS GRA TIS CAPIS 'TIBI PARC CORDE PVRO- QVICQVID PVTAS A ME PETAS .
DANT HIC APES CLA RAS OPES DVLCIS MELLIS SEMPER MOLLlS-IC IN SYLVÆ VMBRA SALVE Tv QVI LVGES o NVNC s1 LEGES 'NO’1‘AS ISTAS a STANS me ÆSTAS VERE MISTAO FRONTE MŒSTA-NVNQVAM FLERESt INTER FLORES -s1 MANERES NEC MANARES INTER FLETVS - DVM 111c FLATVS AVRÆ SPIRANT-VNDE SPERANT MESTÆ MENTES INTER MONTES - INTER COLLES, INTER CALLES PARVVS PVS ' SEPE LVDIT l DVM NON
UN MONUMENT ALCIIIMIQUE DE ROME 23?) ET IN VALLE HVIVS VILLÆ' VBI VALLVS CLAVDIT VELLVS! BONVM OMEN - SEMPER AMEN. ETIAM PETRÆ DVM A PVTRE- SVRGVNT PATRE-ITA NOTAS HIC VIX NATVS IN IIAC PORTA LVTO PARTA TEMPVS RIDE’I‘ BREVI RODET - Cette inscription lapidaire en dissyllabes est un badinage littéraire.
Son auteur, le pèlerin, sacrifia quelquefois la grammaire à l’euphonie pour obtenir la consonnance de ces vers joyeux, qui font de l’ins— cription un bijou. Labe lotus Bibas lætus Meri Mare Bacchi More vUn père jésuite ne pouvait faire moins que cela. Mais quelle frissonnànte vérité ne révèlent pas les quatre mots du dernier vers!
« Au milieu de la joie, des jouissances, de la con— templation de l’éclat de la Nature, la mort te grippe, s’empare de toi, et tu n’es plus rien sur cette terre. » Tempus ridet Brevi rodet L’inscription n’a pas, à vrai dire, de ponctuation, car les points et les virgules ne marquent que lat-fin de chaque vers. Pour cette raison et à cause du latin gros sier dans lequel elle est écrite, l’inscription est com prise avec difficulté.
Pour obvier à cela, M. Cancel lieri en donne une transcription avec la ponctuation juste. La voici : ( Hoc in Rure, Cæli Rore, fusis Æquis, Physis Aquis, Solum fractum reddit fructum, dum cum Sale Nitri, ac
234 L’INITIATION Sole, surgunt Fumi sparsi fimi. Istud Nemus, parvus Numus, tenet forma semper firma, dum sunt orme sine arte Vites, Pyra, et Poma pura. Habens Lacum, prope Lucum, ubi Lupus non, sed Lepus sepe ludit; dum non lædit mites Oves, atque Aves; Canis Custos inter castes Agnos Feras mittit feras, et est ægri hujus Agri Aer solus vera salus, replens herbis vias Urbis. Sulci sati dant pro siti Scyphos Vini. Intro veni, Vir non Vanus.
Extra Venus. Vobis, Fures, claudo Fores. Labe lotus, bibas Lætus Meri Mare, Bacehi More. Inter Uvas, si vis, ovas, et quod cupis, gratis capis. Tibi parc, corde puro, quicquid putes, a me petas. Dant hic Apes claras opes dulcis mellis, semper mollis. Hic in Sylvæ umbra salve Tu, qui loges.
Nunc si leges notas istas, stans hic Æstas, Vere mista, fronte mœsta nunquam fleres, inter flores si maneres, nec manares inter fietus, dum hic flatus auræ spirant, unde sperant mestæ mentes inter Montes, inter Colles, inter Calles, et in Valle hujus Villæ, ubi Vallus claudit Vellus.
Bonum Omen, semper Amen. » < Etiam Petræ dum a putre surgunt Patre, ita notas, hic vix natus, in hac Porta, Luto parla, tempus ridet, brevi rodet. » Presque toute l’inscription n’est qu’un éloge de la villa Palombara; la célèbre herbe (Vellus), qui chan geait les métaux en or, n‘est mentionnée qu‘avec ces mots: in Valle hujus Villæ, ubi Vallus claudit Vel Ius.
Ils ne nous expliquent pas de quelle herbe il s’agit, et en outre cette interprétation est très dou teuse, car en latin on dit figurément vellus pour une herbe des prés quelconque, comme nous le prouve clairement la phrase vallum tenet vellus, « la haie Arenferme l’herbe touffue »; ainsi donc le mot vellus de l’inscription peut indiquer tout simplement de l’herbe fourragère, pas d’autre.
Mais alors la phrase vallus claudit vellus ne signifie que «l’enceinte renferme la prairie. » ..-A,‘-_.‘ ,. , -..;-- - " . ..., «
UN MONUMENT ALCHIMIQUE DE ROME 235 La même chose se vérifie pour les mots hic vix natus in hac Porta, qui peuvent ou non se rapporter à la fabrication de l’or dans la villa du marquis. En efl’et, dans l’inscription, il n’est pas dit celui qui naquit (natus) dans la maison (in hacporta).
Ou bien, si nous admettons que natus se rapporte à surgunt, à la « génération », alors nous voyons que l’idée de la transmutation est renfermée dans la phrase; mais, si on veut rapporter natus à un autre sujet ou à une personne, alors l‘hypothèse tombe. Néanmoins, les mots a putre Patre nous confirment l’hypothèse, car le père putrefé du grand œuvre est la. tête de corbeau, l’assemblage de minéraux de différentes compositions.
La signification donc des mots susdits serait, selon moi, celle-ci: « Ici (dans la villa) eut lieu (naquit) la génération (c’est—à-dire le grand œuvre), qui provient de la pourriture (du mélange et de la fermentation). » D’ailleurs, avec cette traduction, je n’entends que rappeler l’attention de MM. les lecteurs et des frères :12 sur les dernières lignes de l’inscription ; à chacun d’en donner une meilleure interprétation et de rectifier mes fautes.
Traduction de l’inscription Dans cette villa, qui a la rosée du ciel, les champs labourés et les eaux courantes, le sol rompu donne son fruit, tandis que le salpêtre et le sel font dégager les vapeurs du fumier éparpillé. Ce bocage, petit dieu, maintient toujours constant le même aspect, tandis que les vignes, les poires et les pommes superbes sont nées sans culture.
236 L‘INITIATION Près du bocage, il y a un lac, et dans ce bocage le lièvre — et non le loup —— souvent s’amuse, sans offenser les doux agneaux et les oiseaux. Le chien gardien est auprès des chastes agneaux et met en fuite les bêtes fauves. Il n’est que l’air de ce champ qui donne au malade la santé. Le potager remplit d’herbages les rues de la ville. Les sillons cultivés donnent pour la soif des coupes de vin.
Entre, 6 toi, qui n’est par orgueilleux! A la porte, Vénus! A vous, voleurs, je ferme les portes. Toi, qui es pur, bois joyeusement du vin (Meri) à foison (mare), comme jadis buvait Bacchus. Si tu veux, réjouis-toi parmi les vignobles et prends gratis ce que tu désires. Je te prépare de bon cœur ce que tu me demandes. Ici les abeilles donnent de d0ux miel, en grande abondance, toujours tendre. Salut à toi, qui pleures sous l’ombrage du bois!
Si tu lisais à présent ces mots, tu ne pleurerais tristement parmi les fleurs, car en ce lieu l'été est mêlé au printemps. Si tu_ demeurais ici, tu ne pleurerais pas tandis que le vent souffle. Les âmes mélancoliques espèrent parmi les monts, parmi les coteaux, parmi les sentiers et parmi) la vallée de cette villa, où une enceinte clôt la toison. Je me souhaite qu’il soit toujours ainsi. Écris dans la pierre : La génération provient de la --... .mun... .-:,,
UN MONUMENT ALCHIMIQUE DE ROME pourriture (a paire patre surgunt). — Ici uécut (la génération P), dans cette maison, bâtie avec la boue. — Le temps sourit, mais dans peu ronge (corrode). V Au—dessus de la porte cochèré de la villa, il y avait l’inscription qui suit. Elle resta à sa place jus qu’à l’hiver de l’année 1801, pendant lequel le marbre tomba à terre et se cassa.
La pierre alors fut trans— portée dans le Potageos (Orti) du marquis de Palom« barn. Villæ ianuam trahando recludens Jason obtinet locuples vellus Medeæ 1680 « Jason, le découvreur (c’est-à-dire le pèlerin), en passant outre la fporte de la villa, obtient du toison de Médée (de l’or) en grande abondance. — 1680. » VI Nous voilà arrivés, enfin, à la description de la cé— lèbre porte magique.
Cinq inscriptions décorent le châssis: il y en a une dans le fronton, une autre dans l’architrave, une troisième dans le jambage de gauche (c’est-à-dire dans celui qui est vis-à-vis de la gauche de qui re— garde la porte), une quatrième dans le jambage de droite, et enfin une. dernière dans le seuil.
238 L‘INITIATION Fronton Dans un cercle, entouré par une décoration, on lit: Tria sunt mirabilia Dent; et homo Mater et. virgo Trinus et anus. « Troissontles choses admirables : Dieuetl’homme, la mère et la vierge, la trinité et l’unité. » Au milieu de ce cercle il y a deux triangles, dont l’un est superposé à l’autre et renversé. Au-dessus de ceux-ci il y a un petit cercle, surmonté de la croix. Dans la bande de ce cercle on lit: Gentrum in trigono centri. « Le centre est dans le triangle central. » Puis au milieu de ce deuxième cercle, il y en a un troisième, plus petit, et au milieu de ce dernier il y a un point. . ' Archztrave nm‘m rm Horti Magici Ingressum Hesperius Custodit Draco Et Sine Alcide Golchicas Delicias Non Gustasset Jason. Ruh Elohim C’est—à-dire Spiritus Dei L'esprit de Dieu. « Un dragon des Hespérides garde l’entrée du Ver ger magique, et, sans Hercule, Jason n’aurait pas goûté les délices colchiques. » Jambage de gauche En lisant de haut en bas:
UN MONUMENT ALCHIMIQUE DE ROME 239 I) Quando in tua domo aigri corvi parturient albas columbas tune vocaberis sapiens 6 Qui scit comburere aqua et lavare igne tacit de terra cœlum et de cœlo terram pretiosam 35 Azot et ignis dealbando Latonam veniet. sine veste Diana TRADUCTION I) (Saturne — noirceur) Lorsque dans ta maison les noirs corbeaux accou cheront les blanches colombes, alors tu seras appelé savant. ' (3‘ (Mars —— orangé) Celui qui sait brûler l’eau et blanchir le feu pro duit de la terre ciel et du ciel terre précieuse.
i""f ., ,. 240 L’INITIATION Ëï (Mercure — bleu) En blanchissant l’azoth (partie volatile de la lu mière astrale) et le feu (partie fixée de l’éther, corps fluidique de la lumière astrale (I), Diane sans vête ment (c’est-à-dire sans le corps matériel) devient La tome (2). Jambage de droite En lisant aussi de haut en bas: la Diameter spheræ thau circuli crux orbis non orbis prosunt 9 Si feceris volare terram super caput tuum eius pennis aquas torrentum convertes in petram (à Pilius noster mortuua vivit rex ah igne redit et coniugio gaudet occulto (I) Voile d’1sis, 153-6. (2) Noirceur, orangé et bleu: les trois premières couleurs de l’œuvre. .
LES COULEURS DE LA PIERRE PIIILOSOPHALE (lapis philosophorum) La « Monade Hiéro lyphique » de Iean Dee, de_Londrfis. Dans ‘Initiation de l’an 1893. Page 2.16 du 20‘ volume €Ï?Qr+O l (31%“? Page 231 Page 139 Page 238 du‘ du du 20° volume 19‘volu me 19‘ volume (tableau) (note) (figure) 9' I) I) Ténèbres. I) ZJ ZIU Bl he r ’C d anc u cristalline. <C ç _ Jaune. 9 (3’ 9 d‘ 9 35 É iËît Ë? Minium. Î : Monade , , La « Porte Magique » “PUS “ R°NS"’ Couleurs de Rome m" ‘ de la ‘ “ Page 648 D ,, En lisant En lisant du «Traité ’.’” “ °"” ” - le jambage ligneaprès méthodique ;,’"".’ "”"°”,“;° ’um’ère gauche ligne, de Science ““"“‘,’3“' " solaire et uis le de anche occulte » m" " mit à roite Noir. _ Violet. I) I) U Blanc. Violet. Azur. d’ 1 Bleu. Bleu. Bleu. g (3’ Vert. Vert. Vert. "" "" Jaune. Jaune. Jaune. lu 9 Orangé. Orangé. Orangé. 9 g Rougerubis. Rouge. Rouge. {Ë} Ë -— Cramoisi. — —*’-——Ë_ . EIWOH EIG EIÛÔIWlHD'IV LNEIWÛNOW NI] 173 I --‘.!m.__ n- .. » _ r c-.ul.‘._-g... 1 %;...
242 L’INITIATION TRADUCTION z: (Jupiter — gris) Le diamètre de la sphère, le tau (+) du cercle et la croix de l'univers ne servent pas à ce monde. 9 (Vénus — jaune) Si tu fais voler la terre au-dessus de ta tête, avec ses plumes, tu convertiras en pierre les eaux des torrents. © (Soleil — rouge) Notre fils, lequel est mort, vit; le roi revient du feu et se réjouit de l’occulte conjonction (I).
Seuil A Est. opus occultum veri ' ÿ sophi aperire terram ut germinet. )__ salutem pro po;nlo « L’œuvre occulte du vrai savant est celui d’ouvrir la terre, afin qu‘elle produise la santé pour le peuple. » Dans le même seuil, mais horizontalement, est gravé: Si sedes non is I Gris, 'aune et rou e: les trois dernières couleurs de l' 1 œuvre. -..._‘. F..=. .. ,...A .:
UN MONUMENT ALCHIMIQUE DE ROME 243 Ê1 On peut le lire de gauche à droite et de droite à gauche. Si sedes non is Si tu sièges, tu ne marches pas. Si non sedes is Si tu ne sièges pas, tu marches. Il ne me reste, ici, qu’à ajouter quelques observa— tions au sujet de la disposition des signes de ce châssis.
Les alchimistes ne sont pas d’accord, à ce qu’il semble, sur la vraie progression des régimes et des couleurs de l'œuvre; on peut en voir un exemple dans les renseignements que j’ai réunis dans le tableau qui suit. Avant tout, il n’est pas facile de fixer les correspon dances entre les couleurs, les métaux, les planètes et leurs signes.
En s’appuyant surles données de M. Papus (Traité méthodique de Science occulte, p. 648), on voit à priori qu’ils correspondent à la série des couleurs de Wronski (Papus, Traité méthodique de Science 0c culte, p. 104.), et à l’échelle des couleurs de la lumière solaire, avec quelques petites différences (entre celles de M. Papus, il y a en plus le noir; entre celles de M. \Vronski, il y a en plus le cramoisi; entre celles de l’échelle lumineuse, il y a en plus l’azur).
En comparant ce résultat avec les données du texte de la monade hiéroglyphique de Jean Dee et avec les notes y ajoutées par le très distingué alchimiste, feu M. Albert Poisson (Initiation de 1893, p. 23I du vol. XX; p. I3g du XIX"; pl. à la p. 238 du XIX°;
244 L lNITIATION note I à la p. 216 du XX"), on voit qu‘on peut établir le parallèle qui suit: _ l°" I) Saturne (plomb) : noirceur. cendre. gris. ( blanc souillé. ‘ blancheur capillaire. 2° Z” Jupiter (étain) 5° (C Lune (argent) : blancheur. blanc brillant. 4° Ç AMercure (nerveux) vert. jaune. jaune orangé. couleur d‘iris. ( queue du paon. 3 rouge parfait. vert. 5° 9 Vénus (cuivre) j livide. 6° (5‘ Mars (fer) 8 7° @ Soleil (or) » rubis. pourpre.
Mais, commeje l’ai dit plus haut,tout le monde n’est pas d’accord sur cette progression : la planche donnée nous le montre bien. Que s’ensuit-il ? Que les hiéroglyphes de la porte magique peuvent nous don ner une solution du problème. La donnent-ils vrai ment? C’est ce que nous allons voir.
Le pèlerin, lorsqu’il s’enfuit de la maison de cam pagne du marquis de Palombara, « laissa sur la table du laboratoire un papier sur lequel étaient tracés plu sieurs énigmes », et le marquis fit graver ces énigmes dans la pierre. Mais les fit-il graver dans le même ordre qu’ils étaient sur le papier? Les fit—il reproduire exactement? Y ôta-t-il, ou y ajouta-t-il rien ? Fut—il capable de bien , - ———.ml.&.‘é&'. w—
UN MONUMENT ALCHIMIQUE DE ROME 245, Vair. - ".". 1' partager ces signes selon les exigences du châssis, sans en altérer l’ordre? -—- Tout cela est ce que nous ne savons pas et que nous ne pouvons pas savoir, car il faudrait retrouver le papier du pèlerin. Quipeut dire ce qu’il est devenu?
F ut—il transporté, en I 836, de la villa Palombara à la villaMassimo (jadis Montalto) avec l'inscription des dissyllabes par le prince Massimo, nouveau propriétaire de la villa? -— Je ne sais pas, car M. Ch.
Gaetano Morani, à la page 274 du volume G de son Digz'onarz’o dz' erudizione sto r2’ca-ecclesz’astz‘ca (publié à Venise en 1860), dans lequel j’ai recueilli le renseignement surle sort de cette inscription, ne nous parle que de son transport et y ajoute qu’elle fut placée à l’entrée principale de la nouvelle villa.
Cela me fait croire qu’en 1836 la maison de cam pagne de la villa Palombara, avec son laboratoire et ses inscriptions, était déjà détruite. Il faut donc se passer des seuls renseignements que nous donne le châssis de la porte magique. Le premier problème qui se pose devant nous est celui—ci: COmment lire ses énigmes?
Par où com mencer ? ’ Nous pouvons suivre plusieurs systèmes: ou lire les inscriptions ligne après ligne de droite à gauche, ou les lire de gauche à droite; ou bien lire le jambage de droite de haut en bas, et puis celui de gauche de haut en bas aussi; ou bien encore lire avant tout le jam bage de gauche et puis celui de droite de haut en bas. On pourrait aussi les lire de bas en haut, mais cela ne ferait que compliquer la question. A quoi s’en tenir?
246 L’INITIATION Si nous observons le tableau ci-dessus, nous aper cevons d'un clin d’œil queles diversités entre les dif férentes progressions des régimes et des couleurs rela tives de l’oeuvre ne se rapportent presque toutes qu’aux termes intermèdes de l’échelle, car au com mencement on trouve toujours I), la noirceur, et à la fin {2), ou le rouge rubis.
Cette observation s’impose, et, comme nous voyons qu’en haut du jambage de gauche il y a I) et qu’au bas de celui de droite il ya ê), ainsi nous nous bornerons àla lecture desinscriptions du châssis en deux seules manières, c’est-à-dire : a) en lisant avant tout le jambage de gauche de haut en bas et puis celui de droite aussi de haut en bas, et alors nous aurons la progression I), d‘, Ç,ZJ’, Q , (à; b) en lisant les signes ligne par ligne, de gauche à droite, en commençant par I) ; et alors nous aurons la progression I), 24“, d‘, 35 et (9.
Soit, qu’on consi dère l’une ou l’autre, elle ne s’accorde avec aucune des progressions mentionnées dans l’lnitiation de 1893. Et, si nous tenons pour certaine la correspon dance donnée cLdessus des planètes avec les couleurs de l’œuvre, nous verrons que l’une et l’autre des pro gressions ne donnent pas une échelle rationnelle des couleurs, mais des séries qui s’éloignent par sauts de la progressi0n des lumières du spectre solaire.
Cetteporte magique nous donne donc de meilleurs renseignements sur l’œuvre que ceux que nous con naissons déjà? Aux alchimistes la réponse. J’ai donné la traduction des inscriptions qui accompagnent les signes des planètes, j’ai cherché à éclaircir le chemin autant qu’il m’était possible; aux autresla comparaison
UN MONUMENT ALCHIMIQUE DE ROME 24.7 entre les hiéroglyphes et les maximes, entre les cou leurs auxquelles nous croyons que les signes se rap portent et celles dontles maximes nous parlent. Mais, avant d’achever l’examen de cette porte, je 'dois, Messieurs, vous faire observer deux autres par ticularités.
Si on lit les signes du jambage gauche de haut en bas et puis ceux du jambage droit de haut en bas aussi, on voit que le premier et le second se terminent par ces signes : 35€} Celui de droite (que j’ai indiqué dans ce mémoire toujours par là) n’est autre chose que celui de gauche renversé, c’est—à-dire le mercure philosophique, tandis que l’autre indique le mercure terrestre.
Ces deux signes déterminent donc deux stades de l’œuvre alchi mique, le premier le petit œuvre, ou la fabrication de l’argent, et le secondle grand œuvre, ou la fabrication de l’or. Le signe ‘L..U placé au-dessous de tous les autres exprime, à ce qu’il semble, la manade hiéroglyphz’que, mais avec cette particularité qu’elle est une monade lunaire, au lieu d’être une mortade solaire. L’inscription de Rome in dique donc un procédé différent de tous ceux qu’on a
248 L‘lNlTIATlON connus jusqu’ici pour fabriquer le lapis philosopho rum P M. Jollivet Castelot ou d’autres savants alchimistes voudront —— je l’espère — nous expliquer le symbo lisme de cestrois derniers hiéroglyphes et cette nou velle recette pour faire de l'or. tt. Revenons maintenant à notre histoire et au pèlerin.
Le fait que M. Cancellieri nous relate se passa entre l’année 1655 (pendant laquelle la reine de Suède s’éta— blità Rome) et l’année 1680 (pendant laquellele mar quis de Palombara fit placer sur la porte cochère de sa villa l'inscription qui a traità la découverte de l’herbe alchimique.
Or, si on lit entre leslignes de l’inscription des dis— syllabes, les paroles: « Si tu lisais à présent ces mots, tu ne pleurerais tristement..... -—- Si tu demeurais ici, tu nepleureraz’s pas..... » nous font bien comprendre que le marquis connut et plaignit la fin du pèlerin, mais il ne put la divulguer, et ni même son nom, car des raisons de politique s’y opposèrent. Mais qui était donc ce pèlerin ?
On trouve un premier renseignement sur lui à la page 47 du tome Il du Walks in Rome, où est écrit : « Ici (dans la villa Palombara), le marquis Maximi— lien Palombara fit édifier une chambre pour Fran— cesco Giuseppe Boue, le précurseur de Cagliostro, le— quel y iaisait de l’or. « Par elle (par la porte magique) on entrait dans la salle où se rassemblaient, pour y tenir leurs séances,
UN MONUMEN-T ALCHIMIQUE DE ROME 249 ceux qui croyaient à la pierre philosophale (I). » Ce renseignement, tiré de l'œuvre de M. Silvagni, est en partie inexact, car M. Cancellieri, qui nous conte l’événement tout au long, nous explique très clairement que le marquis ne fit bâtir aucune chambre, que sa maison de campagne était déjà bâtie lorsque le pèlerin y entra, que celui-ci ne demeura pas dans la villa, et enfin il ne nous dit pas si la porte magique donnait entrée à une maisonnette.
En outre, il nous peint le marquis tout seul dans son laboratoire (qui était éloigné de la muraille d’enceinte de sa villa); donc tombe l’idée, que le iVal/ts in Rome nous a fait entrevoir, d’une réunion d’alchimistes travaillant dans le laboratoire du marquis. On a, comme on le voit, enflé le sujet.
Un renseignement plus complet, mais malheureu sement inexact aussi, pour les mêmes raisons que nous avons vues ci—dessus, est celui qu’on trouve au chapitre xv (Cagliostro) du volume I de l’œuvre de M. David Silvagni, la Carte 6 la societa romana nei scoli xvm e XIX, publié à Rome en I884, par la typographie Forzani et 0°.
Le voici: « Pendant le siècle avant celui dont nous par lons (2), avait été à Rome le rusé aventurier Fran— ‘ (I) Initiation, novembre 1894, p. 180. (2) C’est—à—dire pendant le xvu° siècle.
M. Silvagni donne, en ce :chapitre, une très intéressante description d’une des dernières séances de Cagliostro à Rome, celle du 15 septembre I789, pendant laquelle celui—ci vità la carafe, avec l’entremise d’une petite fille, les révolutionnaires français se rendre à Versailles; ce qui arriva effectivement le 12 octobre de la même année. 5. Em. le cardinal Ber—
2 50 L’INITIATION cesco Giuseppe Bono, lequel, après avoir trompé le roi de Danemark, en lui faisant croire à la découverte de la pierre philosophale, c‘est-à-dire de la méthode pour fabriquer de l’or, se présenta à la reine Chris tine et la trompa avec le même artifice. De sorte qu’il lui arracha plusieurs milliers d’écus.
Il trompa aussi le marquis Maximilien Palombara (Massimi). lequel dans sa villa sur I’Esquilin fit bâtir une chambre, afin que le Bono pût y fabriquer de l’or. Il y a dix ans (I), existait encoreà l’entrée (P) de cette ville une porte magique, décorée de signes kabbalistiques et de vers latins et hébraïques.Elle donnait entrée à la salle des réunions secrètes de ceux qui croyaient au lapis philosophorum.
Dans les deux livres ci-dessus mentionnés, le pèlerin est appelé de deux différentes manières, savoir : Fran cesco Giuseppe Bona et Francesco Giuseppe Bono. Pour m’assurer de son vrai nom, j’ai feuilleté d’autres livres; mais qu’est-il arrivé?
La | question s’est compliquée, au lieu de se fdébrouiller.lUn auteur (Digionari0 enciclopedico H0epli) l'appelle Gio vanni Francesco Barra ou Borri; un autre (Mys tères des Sciences occultes par un initié, p. 587), Joseph-François Borri, et enfin un troisième (le Digionario bibliografico) Giuseppe Francesco Borri. nis, ambassadeur de Louis XVI, qui était présent à la séance, s’écria: « Diamine! questa razza di auguri fate at mio Si gnore? » (Diantre! quelle sorte de souhaits faites-vous à mon Seigneur ?) Cagliostro lui répondit : c: Me ne vincre sec, essi si avvereranno. » (Ça me déplaît, mais tout cela adviendra.) (I) C’est—à—dire en I874.
UN MONUMENT ALCHIMIQUE DE ROME 251 Laquelle de toutes ces dénominations est la vraie? Les renseignements que nous donne M. Sil vagni Après auoir trompé le roi de Danc mark....., il se présenta à la reine Christine et la trompa..... Il trompa aussi le marquis Palom— bara.....) nous prouvent clairement qu’il s’agit de la même personne, dont nous parlent les auteurs, qui appellent le pèlerin Borri et Borro.
Aucun doute donc que le mot Bono qu’on trouve dans le livre de M. Silvagni ne soit une faute de transcription ou d’impression. A l’égard du renseignement du iVal/rs in Rome, il saura déjà ressorti aux yeux du lecteur qu’il a été tiré du livre susdit, et que le mot Bono a été altéré en Bona. La dispute est donc réduite entre Borro et Borri. A ce point, il est facile de mettre au clair la vérité.
Borro n’est qu’une traduction italienne erronée du mot latin Barras ou Burrlzus, qui équivaut à Borri. _ Son prénom est contesté aussi : l’un l'appelle Francesco Giuseppe, quelque autre Giuseppe Fran cesco, et un troisième, enfin, Giovanni Francesco.
Je n’ai trouvé cette dernière appellation qu’une seule fois, et, par conséquent. j’ai été amené aisémentà croire qu’ici il s’agit d’une transcription ou interpré tation erronée de la lettre initiale du prénom G. Franl cesco. La question est donc réduite à ces termes: s’appela-t-il Francesco Giuseppe pu Giuseppe Fran cescoP Je suis incapable de me déclarer sur ce sujet; mais cela n’est que d’une importance Secondaire. Au reste, dans l‘intitulé du livre la Clef du cabinet,
252 L’INITIATION il est appelé G.-F. Borri, c‘est—à-dire Giuseppe Fran— cesco. Maintenant, voyons quelques renseignements sur sa vie. La première et la pluslaconique indication est celle— ci :« Borri (Barre aussi) Jean—François (1625-1695), de Milan; jésuite, célèbre alchimiste, mort prisonnier dans le château Saint-Ange (à Romc). » (Dz’çionario enciclopedz’co Hoepli.) Chaque mot de ce passage nous donne un renseignement.
Il était de Milan : cela nous explique pourquoi M. Cancellieri l’appelle ultra montaz’n, c'est-à-dire étranger, né hors des domaines du pape, hors de l’État romain. Il était jésuite : cela nous explique la facilité qu’il avait d’écrire des vers, dont nous avons un bel exemple dans l’inscrzPtion des dissyllabes. Il fut un célèbre alchimiste: cela veut dire qu’il fabriqua vraiment de la pierre philosophale.
Il mourut prisonnier dans le château Saint-Ange: c’est-à-dire que la Compagnie de Jésus ou le pape, jaloux de ses talents, le firent emprisonner, sous le prétexte qu’ilétait hérétique. Les mots de l’inscription de dissyllabes « Si tu lisais » et « Si tu demeurais ici » nous donnent l‘idée que le marquis de Palom bara connaissait le sort du pèlerin, mais qu’il se garda bien de divulguer le nom d’un prisonnier d’État.
Cela nous est, en une certaine manière, confirmé par le renseignement que le marquis Maximilien Palom bara fut Conservatore en I651 et en 1677 (I). Dans (I) Gatessi, Inscript. Rom., t. II, pp. 128, 14.2. — Un conservatore en ce temps-là équivalait à un consigliere muni cipale (conseiller de mairie) d’aujourd’hui.
UN MONUMENT ALCHIMIQUE DE ROME 253 le même château demeura, quatre-vingt-quatorze ans après (en 1789), son successeur Cagliostro, coupable du même crime, d’avoir épouvanté avec ses doctrines la Louve de Rome. A présent, la libre pensée a vaincu : à Campo di Fiori s’élève enfin la statue en bronze de son apôtre, de Giordano Brune, sur l’em placement même de son martyre.
Ce monument témoigne de l’intransigeance et de la cruauté de la ' Papauté (I) et enseigne aux futures générations à quel prix de sang la libre pensée obtint sa victoire.
Voici une autre biographie de notre pèlerin : « Borri (Joseph-François, né à Milan), en 1727. —— Alchimiste de la reine Christine, condamné à être brûlé comme hérétique, mort en prison à Rome, en 1695 ; publia la Clef du cabinet du chevalier Borri. » (Mystères des Sciences occultes, p. 587.) Elle dit que Borri naquit en 1627, tandis que la précédente apporte la date 1625 : laquelle des deux dates est exacte?
Je crois qu’il est bon de {suivre l’avis de la première, car une biographie plus étendue et plus détaillée que celle-ci, due à la plume de M. de La combe, et que, sous peu, nous analyserons, donne le 4 mai 1627. Ce mémoire, publié dans les Mystères des Sciences occultes, a deux renseignements inexacts, que je veux faire observer.
Le premier est celui que Borrifutalchi— miste de la reine Christine; cela, à justement parler, n’est pas exact, car il ne fut pas un alchimiste officiel (1) Le pape _fit brûler le philosophe noiain, le 17 février 1600, pour ne pas répandre son sang. 0 exécrable ironie!
2 54 L'INITIATION de la cour, stipendié de la reine, mais un simple aven turier. Le deuxième est celui que Borri publia la Clef du cabinet...; le livre n’est pas authentique, il fut publié par les soins de ses ennemis.
Au contraire, elle nous donne deux renseignements en addition à ceux que nous connaissons déjà, c’est-à dire : 1° qu’il était considéré comme hérétique, et cela veut dire qu’il était un libre penseur, un occul tiste ; 2° qu’il mourut en prison au lieu d’être brûlé, ce qui nous explique non que la Louve de Rome eut compassion de lui, mais qu’elle eut son intérêt de le laisser vivre.
Avec les mémoires, en partie contradictoires entre eux, que j’ai reproduits, on ne peut pas dresser une biographie exacte et complète du pèlerin. C’est pour cette raison que je vais glaner dans un cinquième mé— moire, celui de M. de Lacombe, publié dans la Bio— graphie universelle : il complétera de son mieux les précédents, mais néanmoins sans épuiser l’argument.
Malheureusement, en raison du cadre restreint de mon travail et à défaut de l’édition française, je dois me borner à l’abréger et à la paraphraser (I). Joseph-FrançoisBcrri naquità Milan le4 mai 1627. Il fit ses études dans le séminaire des jésuites à Rome, et, après, il fut admis au Vatican. Ensuite, il s’adonna à la médecine, à la chimie et à la débauche aussi.
En 1654, poursuivi par la police parce qu’il faisait scan dale, il feignit de se corriger de sa vie déréglée. Après (1) J’ai sous les yeux la traduction italienne, publiée dans le Dizionario bibliograflco.
m—-————v—-v—v—-——-— -—-v 0 UN MONUMENT ALCHIMIQUE DE ROME 255 la mort du pontife Innocent X, lorsque Alexandre VII fut élevé au siège pontifical (en 1655), Borri s’enfuit à Milan, poursuivi pour ses idées par le Saint—Office. Néanmoins, le, 5 janvier 1661, il fut condamnéà être brûlé comme hérétique; mais il s’était déjà enfui à Strasbourg (en 1660).
De là, il alla demeurer à Ams terdam (1662—63), à Hambourg (1664 P), où il arracha beaucoup d’argentà la reine Christine, à Copenhague (1669 P), où il arracha d’autre argent, mais cette fois au roi Frédéric III, lequel mourut le 9 février 1670. Haï des courtisans de ce roi, il résolut d’abandonner le Danemark et de se rendre en Turquie.
Dans ce but, il s’achemina pour la Moravie; mais, à Goldingen, le gouverneur, se doutant de lui, le fit emprisonner. En 1672, l’empereur d’Autriche le fit remettre au pon tife, qui était alors Clément X, lequel le fit enfermer dans une des prisons du Saint-Office. On fit abjurer à Borri ses erreurs (sa pensée), et on lui fit faire péni tence publiquement.
Quelques années après, le duc d’Estrées, ambassadeur de France, obtint que Borri fût transféré au château Saint-Ange : là on lui donna la permission de créer un laboratoire, et il y mourut le 10 août 1695. Borri publia : Gentis Burnorum notitz’a, oeuvre anonyme; Strasbourg, 1660 ',) De vini generatione in acetum, decz’sz’o experz’mentalis ; Epistolæ duæ adT/z.
Bartholinum, de ortu celebri et usu medz‘co, necnon de artificio oculorum humores restituendi; Copenhague, 1669; Istru,*ioni politiche date al re diDanimarca, 1681. Ses ennemis publièrent dix de ses lettres en un livre
256 L’INITIATION intitulé la Chiave de! gabinetto de! cavagliere G.-F . Borri col favorc dalla quale si vedono varie let— tere scientifiche, Chimie/te e curiosissime, con varie istruçz‘oni politiche ed altre case degne di curiosita, e mol/i segneti bellissimi; Cologne, Marteau, 1681, petit in-12.
De ces lettres, la première et la deuxième traitent des esprits élémentals; dans les sept qui suivent, il est parlé du grand œuvre, de la congélation du mercure et de quelques secrets de métallurgie etde cosmétique; la dixième enfin a pour objet l’âme des animaux. Le tout est précédé d’une lettre ironique adressée à Borri, leur auteur présumé.
Jusqu’ici la biographie écrite par M. de Lacombe, à laquelle je renvoie MM. les lecteurs s’ils veulent connaître quelles étaient les idées philosophiques et religieuses de Borri, ne complète pas l‘histoire du célèbre alchimiste, car elle ne nous le montre, pas comme un vrai hermétiste et ne nous dit pas quel était le procédé de son grand œuvre; en outre, elle n'éclaire pas assez la période de sa demeure à Rome.
Je chercherai de mon mieux à mettre au jour ce dernier point. M. Silvagni, dans son livre, écrit : « Francesco Giuseppe Bora (lisez Joseph-François Barn), après avoir trompé le roi de Danemarck..... se présenta à la reine Christine..... Il trompa aussi le marquis Maxi milieu Palombara. » Au contraire, M. de Lacombe écrit que Borri trompa avant tout la reine Christine à Hambourg (en 1664 P) et, après, le roi de Danemark (Iôôg?-Iô7o). Du marquis de Palombara, il n’en parle pas. ’ ‘ .1... -.-.‘I‘h—I
UN MONUMENT ALCHIMIQUE DE ROME 257 En quelle année le jésuite pèlerin trompa-t-il à Rome la reine Christine et le marquis ?
Il est clair, avant tout, que Borri s’enfuit de Rome au commen cement du pontificat d’Alexandre Vil, c'est—à—dire pro bablement en 1655 ou 1656, et qu’il n’y revint plus, de crainte detomber entre les mains du Saint—Office; donc la chose dut se passer dans l’année 1655, pendant laquelle la reine Christine s’établit à Rome, ou tout au plus pendant l’année suivante.
Le déguisement en pèlerin nous montre Borri sur le point d’abandonner Rome; il avait déjà eu affaire avec la police, en 1654, et en 1655 il avait affaire avec le pape même: Rome n’était donc plus habitable pour lui.
Pour ces raisons, je crois qu’il ne s’attarda pas jusqu’en 1657, ou 1658, ou 1659, pour revenir à sa ville natale, de laquelle il s’enfuit avant 1661, car, si cela avait été, il n’aurait pas eu le temps de s’entourer là de sectateurs et d’écrire contre la religion de Rome.
Au contraire, le nouveau pontife, avant de commencer à poursuivre les nova teurs, dut s'installerdans son siège, et lareine Christine, avant de faire construire les laboratoires pour les alchimistes, dut faire arranger son palais ; par consé quent, l’année 1655 se passa, très probablement, tran quille pour notre jésuite.
Pour ces raisons, je crois que l’événement qui a donné lieu à ce mémoire s’est passé pendant les derniers mois de 1655 ou pendant les premiers de 1656. BORNIA PlETRO S.'. I.'. 30 avril 1895.
258 L’INITIATION ADDITIONS Un monument alchimique de Rome. reine de Suède (I), après avoir renoncé au royaume .... Note : (I) Fille de Gustave-Adolphe, née le 18décembre I627,reme depuis I633 jusqu'en I654. (Rome), pour sa demeure (2). Ici....... Note : (2) Elle ne demeura pas toujours à Rome; car, de temps en temps, elle voyagea en Europe. En I664, ou à peu près, elle séjourna à Hambourg. Addition : Après badinage littéraire, écris : Lobe lotus....... Après un bijou, ajoute : lta notas Hic m’x natus ..... .. Vix est au lieu de juixit. .... ne marquent que la fin de chaque vers. Ajoute : En outre, selon l’usage de ce temps-là, tous les U sont indi qués par des V (par ex. Venus pour Venus, Vuas pour Uras). le latin grossier, dans lequel elle est écrite (I). Note : (I) A observer: Sale Nitri; l\[eri Mare; Bonum Omen. la première et la deuxième traitent des esprits élémentals (I) dans les sept....... Note : (I) M. de Lacombe écrit que l'abbé de Villars a donné l’extrait de ces deux lettres dans le Comte de Gabalis ou En tretien sur les Sciences secrètes; mais de ce renseignement devons-nous déduire que Borri était un sectateur de la RoSe>}Croix ? Si cela est admissible, l’interprétation des hié roglyphes de la Porte magique mettra au grand jour une partie des théories de cette célèbre société. (Pour l’abbé de Villars et son Comte de Gabalis, voir S. de Guaita, Essais de Science maudites. Au seuil du Mystère, pp. 2 I4—3I5, édition de I895 .
mrll un)!!! rmn nm m mn‘.p r l I J d 1 t l (&A« e e 4.? A. + ; 4(Lu-“Ï; . .l'.. /'b.'»..w.. Voir l'article Un monument alchimique de Rome (pp. 224 à 258) .________. _
LA LUMIÈRE D’E’GYPTE 259 En ËŒJMHÈIRB D°iE©WTE“’ .— LE ROYAUME DE L’ESPRIT (INVOLUTION) « Étant, Incréé, Éternel, Un,» dit le DrJohn Young, à propos du « Créateur ,et de la création », et certai nement aucun Inspiré n’a jamais écrit plus sublime vérité que celle contenue dans les mots ci-dessus. Pur Esprit, per se, diffusif, non atomique, incréé sans forme, existant par lui-même.
Silencieux, im mobile, inconscient; possédant dans sa sublime pu reté le seul attribut divin exprimable dans le langage humain, la potentialité absolue et sans conditions. Tel est le royaume de l’esprit, qui, par considéra— tion pour la linguistique, a été dénommé par l’Occul tiste « le royaume de l’être non manifesté ». Nous allons maintenant nous occuper de la première éma nation de cet inconcevable état.
La Kabbale contient de longs et savants traités sur les diverses émanations des dix Séphiroth, pour la plupart écrits dans un style si allégorique qu’ils sont pratiquement inutiles pour le plus grand nombre des disciples occidentaux, et même peu satisfaisants pour les intelligences orien tales, et à plusieurs points de vue ils peuvent égarer.
La première émanation de ce royaume de l’être sans forme réclame l'attention la plus soutenue du disciple. (I) Nous extrayons ce chapitre remarquable de l’importante traduction de M. Jean Tabris qui va paraître dans quelques jours. ' i(N. D. L. D.); 9
260 L’INITIATION I"' Elle constitue la clef de voûte divine de cette céleste antienne qu’est la création. Cette première émanation, appelée par les Kabbalistes la Couronne. signifie, lors qu’elle est dépouillée de son voile mystique, l’activité ‘ou le mouvement simple et nu. Ainsi nous voyons que la première action de l’intelligence inconsciente est la pensée, et la pensée implique la vibration au mouvement.
Au moment où l’intelligence divine vibre sous la puissance de la pensée, jaillit de l’abîme infini de la divinité laZdyade de toute grandeur future. Cette dyade, ce sont les jumeaux cabalistiques « l’Amour et la Sagesse », qui, tour à tour, s‘arro gent les attributs d’attraction et de répulsion, de force et de mouvement. Ils sont mâle et femelle, égaux et éternels, et se manifestent extérieurement comme mouvement et repos.
Peu importe combien difficiles et abstruses sont nos spéculations, lorsque l’orbe de notre méditation métaphysique sera complet, nous nous trouverons de nouveau face à face avec notre point de départ primitif, qui est la triade infinie de l’Amour, la Sagesse et la Couronne, ou, en d’autres termes, la force primordiale unique contenant en elle—même des potentialités illimitées.
Étudiants et explorateurs des mystères de la nature, nous devons nous contenter de cette trinité divine ou Têtede-Dieu, nous consolant toutes les fois que ce sera nécessaire par la certitude que, plus nous semblerons approcher du grand trône lumineux de l’infini, plus ce divin centre se reculera de nous. S'il n'en était ainsi, l’éter— nité ne saurait exister pour les atomes de la Vie diffé— renciée. En conséquence, l’immortalité de l’âme serait __.w”u;.""«:"lflN‘r’:""“""‘"‘"’"’ ’ w... — ... -u
e L.. ...——_ _.7— .-v ‘_.—. æ.vwgrsv I.. v , «. ri. LA LUMIÈRE D’ÉGYPTE 261 un rêve vide, une simple fiction couvée par quelque puissance infernale dans l’imagination surchauffée d’une pauvre dupe. Avant d’aller plus loin, le lecteur feraitbien de con fier à sa mémoire les doctrines suivantes, enseignées par les initiés Occultistes à toute vraie sagesse.
Ce sont des doctrines pour nous dans notre présent état, tant que nous ne pourrons pas les démontrer extérieure— ment par une forme d’expérimentation connue.
I. —— « Tout l’univers est rempli de la présence de Dieu. » Ce qui revient à dire que l’univers est péné tré de l’esprit pur, immuable et sans forme de la Di— vinité. _ Il. .— « L’univers est sans entrave et sans limite, c’est Un cercle dont la circonférence est partout, et le centre nulle part. » C’est-à-dire l’univers est double et se compose du manifesté et du non manifesté.
Il ressort de ceci que la Divinité est progressive dans la sphère infinie de son déploiement spirituel. III. — Du divin principe de la vie unique, central Soleil spirituel de l’univers manifesté, émanent de purs tourbillons. De ce centre de vie absolument in concevable émanent les rayons spirituels du Père, étincelants de l’activité divine.
Au-dessus du vide immense et immobile, universel et terrible, l’esprit silencieux et sans forme de Dieu devient vivant en même temps qu’un nombre infini d’univers qui lui som subordonnés. C’est-à-dire que les rayons de la Divinité se concentrent en divers points de l’espace vers un foyer. Ces points ou foyers forment les centres spirituels d’univers plus petits. On peut voir un , . ., ... -« x... .N...,. n..s...«...,. m‘sMW“'än«Â-”' W.«wp—u,N “v“. "1—"ñ-TW‘” «s-, ‘ . s.»"“-’ h »
262 L’INITIATION exemple de ceci sur notre plan matériel en observant que les soleils de premier ordre engendrent une série de soleils secondaires. Ces soleils secondaires engen drent des planètes, et les planètes engendrent à leur leur tour les lunes Par la science des correspondances, « ce qui estinférieur est comme ce qui est supérieur. » Qu’on se souvienne de ceci.
Le divin but de la création est la différentiation de l’un inconscient et sans forme, et "le grand moyen de le réaliser consiste dans la perfection des intelligences divines; les intelligences particulières réfléchissant l’idée divine de l’intelligence universelle, les intellects conscients individualisés, possédant une âme immor telle capable de progression éternelle, en tant qD’atomes différenciés de la vie du Créateur — Arbitre suprême du tout — deviennent eux-mêmes des Créateurs et des arbitres secondaires des destinées des mondes.
La marche de la création est double et consiste dans l’Involution et l’Êvolution. L’une est insépara ble de l’autre. Si paradoxal que cela puisse paraître aux non initiés, c’est, néanmoins, une vérité divine que l’Evolution et la perfection de la vie spirituelle s’accomplissent par le moyen de l’Involution, du dehors en dedans, de l’infiniment grand à l’infiniment petit.
Pour mieux comprendre ce mystère, il faut que nous ayons recours à une série de symboles. En con séquence, nous concevrons le foyer divin de l’essence primordiale comme étant le centre spirituel d’un uni vers. ,Ce rayon divin constitue une triune Tête—de Dieu, d’où émane la pure lumière blanche de l’un
LA LUMIÈRE D’ÉGYPTE 263 W æ v, .. . I sans forme, ou, en d’autres termes, ce centre consti— tue un royaume de Séphiroth, un soleil—sphère de potentialités vivantes, êtres divins infiniment supé— / Â.>llo}Ui//IJS/ . rieurs à la sphèreîäarchangélique la plus élevée. Nous pouvons le concevoir comme étant un point dans l’océan infini de l’amour divin entouré par l’éclat ful . __ _ ‘ .. ‘WdflM' “;I ._4‘ .«u.."" 7“-w.. WW‘asa—\‘u'*“. «m* °' “!"" " ' “‘“"““w "\.“‘ ‘ "" " "" % F*
264 L’INITIATION .... _.,w gescent de la Couronne ineffable. Cette sphère divine est passive dans un tel état. Le Nirvâna règne sur la clarté bienheureuse de son sein immobile. Mais le temps maintenant approche où sa mission doit com mencer dans le projet créateur.
Le moment arrive, et dès que les premiers battements créateurs de la pensée se mettent à vibrer, toute la sphère de lumière immo bile et sans forme brille étincelante de vivante éner— gie. Et maintenant voyez que] changement s‘est effec tué! La douce, blanche lumière a cessé d‘être, et à sa place dans toutes les directions possibles rayonnent de puissants océans de force; chaque océan diffère en vitesse, en couleur et en potentialité.
Le passif est devenu actif, et l’immobilité a commencé à se mou voir, traversant le vide de l'espace sur les ailes de la lumière. La Divinité s’est reflétée; une portion de l‘âme infinie s’est décomposée, et ses potentialités, illimitées à l’origine, se sont résolues en une série d’attributs actifs, mais limités.
Ceci est relaté dans le langage mystique de la Kabbale comme étant l'évo— lution des sept Séphiroth actives de la première Tri nité, l’Amour, la Sagesse et la Couronne. Ce sont ces sept Séphiroth actives qui constituent les sept prin cipes de la nature. Elles forment sept points ou centres secondaires autour du foyer qui les a engendrées.
Soleil spirituel, et forment les sept états de la vie an gélique d’où la divine matrice émet tous les atomes de vie de leur univers. D’après ce qui précède, le lecteur verra qu’à l’aurore d’un univers la pure essence sans forme est indéter minée avant d’être entraînée par la volonté divine des
LA LUMIÈRE D’ÉGYPTE 265 F-lmbn1rr" s- 1x- >sw-y—. ' v.r ."'h-r.... '4b..... . -.. -q *""-d"_’“ : -. . hiérarchies angéliques qui habitent les royaumes du non manifesté dans leur soleil-sphère de vie créatrice, et par ce contact elle subit immédiatement un chan— gement. Elle ne reste pas sans forme plus longtemps, mais devient atomique et douée d’un attribut ou fa culté qu’elle ne possédait pas auparavant, savoir: la polarité.
Cette polarité implique du même coup une sorte d’association, et divise la substance sans forme en deux parties égales, chacune complément néces saire de l’autre dans l’existence manifestée. L’une est positive, l’autre, évidemment, négative. Le rayon po sitif est celui qui constitue le feu spirituel vivant de toutes choses, et ses atomes sont infiniment beaux.
Le rayon négatif tend toujours vers un état de repos ou ,d’inertie, et ses atomes sont grossiers et désor donnés comparés à ceux du rayon positif. C’est la substance formée par le rayon négatif qui constitue chaque série de la matière. depuis la substance éthérée inconcevablement belle, qui compose les formes des divins archanges du soleil, jusqu’aux veines minérales du dense métal.
C’est pourquoi, lorsque nous parlons généralement d’esprit et de matière, les termes sont tout à fait insi gnifiants dans un sens occulte, car ceque nous nom mons esprit n’est pas pur esprit, mais seulement l’at tribut positif ou agissant de ce que nous nommons matière.
Ce qui démontre que la matière est complè tement irréelle; c’est seulement une apparence pro duite par le rayon négatif, et cette apparence est le résultat de la polarité ou mode de mouvement; l’un est droit et pénétrant, l’autre courbe et enroulant.
266 L'INITIATION Résumons cette digression brève mais nécessaire : avec les sept états angéliques précédemment mention— nés commence l'évolution spirituelle Chacune des sept sphères est un reflet d'un des sept principes ré— fractés, qui constituent l’esprit divin des créatures an géliques. De ces reflets jaillissent les races angéliques, inférieures à leurs générateurs seulement en puis— sance mentale et en potentialité.
Puis, à leur tour. sont produits des états célestes encore inférieurs, chaque état ou sphère correspondant par sa nature, sa couleur et son attribut à la sphère dont il est né ou qu’il reflète.
Mais, bien que chaque état dans l’échelle descendante soit semblable par correspon dance, il perd de sa grandeur, il devint plus matériel; les puissances spirituelles de ses races angéliques sont plus faibles, c’est-à-dire moins actives, parce qu’elles sont de plus en plus entraînées dans la matière, à mesure qu’elles descendent les degrés de l’échelle.
Ainsi procède l’évolution, déroulant successivement état après état, sphère après sphère, formant une série de cercles dont la ligne de mouvement ou de descente n’est pas dans le plan de son orbite; puis la forme se finalise en spirale jusqu’à ce que le point extrême soit atteint. Au delà, le mouvement est impossible, car l’infiniment grand est devenu l’infiniment petit. C’est le point extrême de polarisation d’où se réfléchit le monde matériel.
C’est l’état spirituel de vie le plus bas, celui qui a formé la première race éthérée d’êtres humains sur notre planète, et qui ainsi a donné nais— sance au fameux âge d’or célébré dans la mythologie. . [ _ . ...--» ,a.-.n..w;m.g...
SYMBOLISME DE LA MAÇONNERIE D’YORK 267 a W W,—q ._.__ . . .mW, -&«mæwfl.çz. . .1- . Wfi . -“ Explication du diagramme La triade centrale représente l’Amour, la Sagesse et la Couronne ; l’étoile à sept pointes, les sept rayons q1fi en émanent. Les sept cercles montrent les sept mondes angéliques formés des sept principes actifs.
Les noms de Cassiel, Michael, etc., sont les noms ca balistiques des Séphiroth. tandis que les mots placés ‘ au-dessus et au-dessous indiquent leurs attributs. JEAN TABRIS. ORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE “l‘ CROIX (Thèse de Licence) ESSAlS D’INTERPRÊTA‘I‘MN DU SYMB@ILISME de la MAÇÛNNERIE d’WRK II LA SOCIOLOGIE DES FRANCS-MAÇONS PAR ÈDOUARD BLITZ R...
A.-., S::: I, :11 D=I= s :1: c=:= (Suite et fin) Les auteurs de notre divine Institution ont admira blement illustré et prouvé avec la plus grande, élo quence possible que :
268 L'INITIATION Lorsqu‘un parti isolé veut s’emparer de la Règle de la loi, de l’Équerre de l’Égalité et du Maillet de l’Autorité, à l’exclusion des deux autres partis, ses supports naturels, ces précieux instruments de labeur sont vite souillés par leur emploi arbitraire et devien nent bientôt des instruments de Meurtre social.
La règle de la loi est appliquée uniquement à la satisfaction des passions humaines ; c’estle levier d’une Ambition mal entendue. L’Equerre de l’Egalité devient un instrument de tyrannie contre la suprématie de la sagesse et de la vertu, et permet à l’Ignorance de triompher momen« tanément sur la vraie science.
Le Maillet de l’Autorité est une arme terrible dans les mains d’un parti isolé; il est employé pour écraser l’intelligence sous les coups d’un aveugle Fanatisme. C’estle maillet de l’autorité ecclésiastique qui a causé les massacres qui déshonorent l’Histoire de l’Église.
C’est le Fanatisme qui arme aujourd’hui les forces occultes de l’anarchie comme au temps des Rebel lions civiles, des Révolutions politiques et des Guerres de partisans qui déshonorent l’Histoire des nations. Ces trois assassins, dans la légende, se nomment Jubela, Jubelo et Jubelum ; mais en sociologie la Maçonnerie leur donne des noms moins fictifs: ce sont l’Ambition, l’Ignorance et le Fanatisme.
Et c’est à ces vices que nous devons notre présente impuis sance à rétablir cette sublime harmonie des diffé— rentes forces sociales, cette harmonie symbolisée par l’étroite union de nos trois anciens Grands Maîtres. C’est afin de bien pénétrer le néophyte de la néces
a, ...1-. _.., -.-—-—r-r-n. ; .. - . ' ‘fiï-Tm-ræfl " ""‘" " ,._-.— l SYMBOLISME DE LA MAÇONNERIE D’YORK 269 sité d’être humble et modeste, que la F rame-Maçon— nerie lui fait laisser dans l’antichambre son argent, ses bijoux, jusqu’à ses vêtements, et l’affuble d’un ridi cule accoutrement.
C’est pour humilier son amourl propre mal placé qu’on le fait voyager autour de la loge, pour l’exhiber et montrer aux frères présents à la cérémonie cette créature qui se prétend un homme, né libre, honorable et bien qualifié, bien recommandé, ‘sincêremen: préparé, etc., etc., et qui n’est après tout ‘qu’un pauvre hère, aveugle et nu, mené la corde au con comme un supplicié, une bête de somme ou un esclave que l’on traîne au marché !
C’est pour lui apprendre à être humble que, malgré ses « hautes qualités morales », sa parole n’est pas reconnue comme étant un gage suffisant de sa bonne foi, et nulle instruction ne pourrait lui être donnée dans le cas où il refuserait de prononcer un serment solennel en « présence du Dieu Tout—Puissant et de ses concitoyens ! » Si ces épreuves ne suffisent pas pour déracinerà jamais ce sentiment de folle Ambition chez l’homme intelligent qui frappe à la porte de la loge pour y rece— voir la Lumière, nous sommes en droit de demander quelle leçon pourra lui être plus profitable.
Et, plus tard, lorsque le même néophyte sera vive ment pressé de développer son intelligence parl’étude des sept Arts libéraux, emblématiques des Connais— sances universelles, et des cinq Ordres d’Architec ture, représentant l’éducation esthétique ou l’Art du Beau, quelle école de Philosophie prouvera d’une manière plus poétique la nécessité de détruire à jamais
27o L'INITIATION l’Ignoranee en faisant de chaque ouvrier du Temple social un homme de vastes connaissances scientifiques et artistiques ?
Enfin, comment pourrait-on condamner avec plus de grandeur et d’éloquence le Fanatz‘sme et l’lnto— lérance de l’aveugle esprit de secte qu’en montrant cette harmonieuse triade d'hommes de dilférentes croyances: Salomon, un Initié des Mystères Égyptiens ; Hiram de Byr, un adorateur de Moloch, et Hiram Abi! un sectateur du feu, unissant tous leurs efforts pour l’édification d’un Temple merveilleux consacré à la gloire du Dieu d’lsraël il! lV Résumons : La Société Maçonnique est basée sur la Religion ou la Moralité, la Loi ou l’Ordre, le Labeur ou l’Activité.
Chacun de ces principes fondamentaux est gou verné d’après les règles les plus strictes de la Hiérar— chie, telle que la subordination des grades et celle des fonctions des dignitaires d’une loge de Maîtres nous l'indique. Le Travail est divisé en deux branches : matériel et intellectuel correspondant aux divisions de la Franc-Maçonnerie en Maçonnerie opératz‘ve et Maçonnerie spéculative.
Le Travail matériel présente trois degrés parallèles au grade d’lnitiation, savoir: Le Maître, les Compagnons, les Apprentis. Le Tranaz‘l intellectuel présente trois degrés, paral—
SYMBOLISME DE LA MAÇONNERIE D’YORK 271 r -e_ÿ . .,.... _ . .,._. ... .. lèles au rang hiérarchique des trois officiers de la loge de Maître, savoir : Le Maître, les Disciples, les Écolz‘ers. La Loi est organisée de la même manière: Le Pouuoir exécutif, le Pouvoir législatif, la Nation. La Religion présente les mêmes éléments : Dieu, la Conscience, l’Homme.
Telles sont les premières pierres destinées à sup porter l’édifice maçonnique : elles sont les mêmes que celles qui forment la base de la Théocratie asiatique, de l’Autocratie européenne et de la Démocratie amé ricaine.
Le principe vital de cette nouvelle société tire son origine de la forte union des trois grandes puissances qui en émanent: la Science, le capital et le Travail, se combinant dans une seule entité par l’association de leurs intérêts mutuels et surtout par l’unité de leur but: l’érection d’un Temple, symbole d’une idéale organisation sociale.
Le système de gouvernement intérieur défendu par la Franc—Maçonnerie est admirable par son extrême Simplicité. Il établit parmi les ouvriers la plus parfaite égalité, leur donnant à tous les mêmes droits. Chaque citoyen est « reconnu et accepté » comme un Frère, « né libre » et participant « de sa propre volonté » au travail commun. Il procure à chaque ouvrier une certaine somme de
272 L'INITIATION travail matériel ou intellectuel, lui permettant ainsi de « subvenir à ces besoins et à ceux de sa famille » et même de « contribuer au Soulagement de ses frères malheureux, de leurs veuves et de leurs orphe lins ». ‘ Il paie à chaque ouvrier un juste salaire « afin que nul ne s’éloigne mécontent », établissant ainsi le sanctum regnum sur la terre, le règne messianique de la Justice.
Il permet à chaque citoyen « dûment et réellement préparé » de concourir pour son avancement pour les honneurs, poussé seulement par une noble émula tion. » Il n’accorde ces récompenses et ses honneurs qu’à ceux qui se seront montrés « dignes et bien qua lifiés », « après dû examen et sévères épreuves », et non à ceux qui voudraient les obtenir par les influences d’amis, la protection des grands, le pres tige de la naissance, l’intrigue ou la violence: Non, « le salaire du Maître » n’est accordé qu’au mérite personnel.
Que sont nos gouvernements actuels comparés au système libéral, juste et grandiose de la hiérocratie préSentée par la Franc-Maçonnerie sous le voile allé gorique ? À Dans nos Républiques, nos Royaumes, nos Empires, que voyons-nous P La Sagesse ridiculisée; le Capital corrompant la Législature et les soi—disant cours de Justice et restant obstinément sourd aux justes réclamations du prolé» tariat; et le Prolétariat lui-même s’agitant dans un. “"5
SYMBOLISME DE LA MAÇONNERIE D’YORK 273 l état chronique de rébellion contre le Gouvernement ’ et assumant la folle prétention de dicter des lois au monde et soumettre tout à son despotisme aveugle et passionné! Ce n’est guère « l’Harmonie » qui est la vraie Parole exprimant l’état social contemporain, mais bien son hideux remplaçant, « la Discorde », qui exprimebienla« corruption » de la société moderne.
Et cette désorganisation est due aux trois vices suprêmes quirongent nos partis politiques: l’Ambition ,de la classe intellectuelle; 1’lgnorance de la classe financière et le Fanatisme de la classe ouvrière.
Voilà pourquoi la sagesse d’aujourd’hui doit pro noncer l’arrêt de mort immédiate contre les trois assassins du bonheur des Nations comme jadis Salomon ordonna l’exécution sans délai des assassins de notre vénéré Grand-Maître ; et cela avant de pro ' céder à la levée du corps, c’est-à-dire avant toute ten tative de régénération sociale, car, même c‘ourbés sous les chaînes, ces ennemis du bien public, s’ils respirent encore, préviendront tout effort pour la res tauration de la sublime Unité de la Trinité maçon— nique: Science, Capital, Labeur.
Le devoir des vrais Maçons consiste donc à unir tous leurs moyens intellectuels et matériels pour le rétablissement de cette parfaite union des trois grands moteurs de la société; mais, pour mener cette « noble et glorieuse entreprise à bonne fin, il importe d’abord de « soumettre nos passions ». Commençons par les
2 74 L’INITlATlON - - “se! plus dangereuses: la folle ambition et l’aveugle into lérance. Acquérons journellement des connaissances nouvelles grâce auxquelles nous puissions arracher « tout à faitle bandeau de l’Ignorance et jeter loin de « nous la corde » des préjugés mondains afin d’être « bien qualifiés » pour contribucrà l’érection du grand Temple de la République idéale, « où le son d’un outil de fer ne se fait pas entendre », c’est-à-dire où la paix et l’harmonie ne sont jamais troublées par une note discordante. En. BLITZ, Si: I*.’r 7.— ....,..——L—__>
sunnoueué L’appel inentendu de mes forces mourantes Se disperse dans l’air; Je n’ai qu’à mourir seul, et les brises errantes N’en causerontjamais qu’avec le gazon vert. Si la brise gémit en contant mon sort triste Aux roseaux écouteurs, [piste Qu’importe aux chiens du sort qui n’ont quitté ma Que pour m’attraper mieux. J’entends bien leurs cla [meurs. Ils ontdes crocs luisants, les chiens qui me poursuivent Ils ont goûté ma chair En plus d’un jourpassé. Pour moi lesjours se suivent Et se ressemblent tous. Bah! chantons un vieil air. A quoi bon prolonger des appels dans la brume? Les sentiers sont déserts; C’est nuit; les bûcherons, près dufoyer quz‘fume, Ecoutent des gamins les rires aux sons clairs. '
276 L’INITIATION C’est donc ce soir enfin que maforme charnelle Va choir de mon esprit. [nelle Tant mieux! Mais quoi chanter P La vieille ritour— Que dit près du berceau la mère qui sourit: « Fais dodo, l’enfant, do, pour devenir un homme, Fais dodo, l’enfant, do; La terre verte attend un roi pour son royaume, Ce roi sera mon fils;pour lui, pas defardeau.
« Fais dodo, l’enfant, do; le vent dans les pâtures Chante des refrains sourds Pour cadencer les pas des Puissances impures Qui vont au champ des morts cueillir des cheveux [lourds.
« Fais dodo, l’enfant, do, sous l’œil doux de ta mère, Dans ton petit berceau; Plus tard tu vez‘lleras, car la vie est amère Même auxgrands fronts marqués parle céleste sceau. » Mêmeaux grands fronts, dit la chanson, elle est trom Il faut dire surtout. [peuse; Pour le sort de ton fils, crains la marque menteuse Qui promet la grandeur : du malheur c’est l’atout.
Si tu me voyais là, tout seul dans la nuit noire, Vil vagabond mourant, Moi qui voulais lustrer au soleil de la gloire Mon front que la pensée afait pâle et trop grand,
F1'-"'"" "' L’INDOMPTÉ 277 Tu frémz’raz’s d’horreur, et ta chanson berceuse Conteraz‘t à ton fils Les douceurs de la vie à penser paresseuse, Qui jamais ne renvoie au destin ses défis. Tu dirais : « Fais dodo, mon bel enfant que j’aime, Fais dodo sans rêver; . Le rêve ne vaut rien; on en fait un poème Qu’on essaye de vivre et ne peut achever.
« Fais dodo, l’enfant, do, dormir pendant la vie 3 Est ce qu’onfait de mieux; ' Les bons dormeurs n’ont pas au cœur de folle envie Qui leur fasse attaquer le grand pouvoir des dieux. « Et les dieux sont jaloux, et devant leur puissance Ilfaut courber lefront; Malheur au cœur tropfier!
Du jour de sa naissance De leur haine les dieux partout le poursuivront. » Ah oui! les dieux sont durs pour qui, fier d’être un Au destin dit: Pourquoi? [homme," Et refuse au collier de la bête de somme Son cou qui ne connaît que son vouloirpour loi. Mais qu’importe après tout P L’animal dans la fosse _Doit descendre à son tour, Et ses bonheurs passés, dont la valeur estfausse, Resteront sur le bord, bien loin de l’autre jour, .
278 L’INITIATION Du jour qui luit là—bas sur la rive abordée En nageant dans la nuit, ou sa tête sera, comme ici—bas, bridée Par l’espoir du plaisir qui le trompe et s’enfuit, Tandis que le penseur, de la fiertéfarouche Qu’il emporte avec lui, Fera là-bas un glaive, et malheur à la bouche Dont l’ordre l’a couché sur le sol aujourd'hui!
GUYMIOT. lEa l?amca tons QÎ’ÉNÊBRBS Chèvre-pied fabuleux dont l’œil lance uneflamme, Sinistre épouvantail des rêves sans sommeil, Ombre vaine, reflet que le Néant réclame. Dz’sparais dans la Nuit, car voici le Soleil! Tu n’es pas! Dahs les cieux éclatants de lumière L’Ombre n'a point de place et le jour resplendit, Et, dans le cri d’amour de la Nature entière Il n’est rien d’infécond, car Dieu ne l’a pas dit!
Tu n’es que le produit des ivresses astrales Oh! Satan, sombre fils des angoisses morales, Tu n’es Rien, Roi du Mal, visage aux traits confus, On ne crois plus en toi! La Volonté l’emporte, Les Mages t’ont vaincu. Va .’ ta puissance est morte; Il suflît de vouloir pour que tu ne sois plus..... P. DE LABAUME.
un “7.2": ...u...,.. .. GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES 279 étaurr ÈNDÊPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES QUARTIER GÉNÉRAL. — Le Président du Groupe a rendu visite le mois dernier aux amis de Lyon. Quel ques réunions intimes ont été tenues et un projet de nouvelles réunions a été ébauché. Branches Nous recevons des nouvelles très satisfaisantes de la branche du Groupe établie à Montpellier.
Un local vaste et confortable a été loué pour y donner des con férences; il est ouvert tous les jours pour des causeries ou lectures, et deux fois par semaine'pour des expé— riences. L’étude du spiritisme a donné des résultats encourageants; elle est conduite d’ailleurs avec toute la précision désirable.
28 mai 1895 GROUPE N° 4 ÉTUDE DU SPIRITISME MONSIEUR LE DIRECTEUR, J'ai reçu de nouveau, le 3 mai, en plein jour, un mes sage apporté par notre invisible ami L... Ce message très court, en vers latins, contenait une réponse à une question mentale. Notre invisible correspondant faisait connaître, en même temps, le nom sous lequel il a vécu sur la terre. Nous avons pu constater son identité.
A bientôt les détails qui intéresseront vivement les spiritualistes de toutes les écoles. En attendant, je vous prie, Monsieur, de recevoir l’assurance de mes meilleurs sentiments. A. FRANçOIS. ' _ W.W.rv ..
280 L‘INITIATION ©RDRlB KAB]BAILÏISTKQŒIIÊ DE LA ROSE æ CROIX SUPRÊME CONSEIL La Chambre de direction du suprême Conseil, réunie le mois dernier sous la présidence de Stanislas de Guaita a décrété d’importantes additions aux statuts, et notam ment quelques modifications réglementaires qui, inté ressant le public, doivent être portées à sa Connaissance. A.
Titres. — Les membres connus et les membres occultes du suprême Conseil, appartenant seuls au Cercle Intérieur de l’ordre, ont seuls droit au titre traditionnel de Frères Illuminés de la RÆ C. Quant aux titulairesdes grades (institués par l'ordre), de bachelier licencié et docteur en kabbale, ils ne peu vent, conformément à la lettre des diplômes, se préva— loir que du titre de .Membres du Cercle extérieur de la R >14C. B.
Examens. — A dater du 1" juillet 1895, tous les examens par correspondance sont supprimés et de meureront abolis. Tout candidat habitant la France devra venirà Paris, aux époques fixées, se soumettre en personne aux épreuves écrites et orales, requises pour l’obtention des diplômes de bachelier et de licencié en kabbale.
A titre exceptionnel, il pourra être permis aux candi dats habitant l’étranger de subir les épreuves hors Pa ris, devant un jury d’examinateurs délégués à cet effet, ou même de briguer dans d'autres conditions les grades de bachelier ou de licencié. Cette dernière faveur ne pourra être accordée que fort rarement, dans les cas de force majeure, et chaque fois par décision expresse du suprême Conseil ou de sa Chambre de direction.
Donc, règle générale, les examens auront lieu annuelle ment à Paris. Chaque printemps, une session régulière S’ouvrira dans le courant des mois d’avril ou de mai;
. ., w . u w .._.. W _ (____ fi__g___ . ...... _, .Æ CE QU’ON PEUT FAIRE AVEC TROIS noms DE BOUGIE 281 la date en sera précisée deux mois à l'avance, et publiée dans l’Initialion. Dorénavant, l'épreuve seule du baccalauréat sera pré cédée d’une épreuve écrite: réponse précise à une ques tion formulée par l’examinateur, sousles yeux mêmes de qui cette réponse devra être immédiatement rédigée.
Il devra s’écouler une année au minimum entre les épreuves de baccalauréat et de licence (sauf dispense, par ordre supérieur). Quant à la composition écrite de licence et la thèse de doctorat, les sujets en seront désormais imposés; le choix n’en sera plus laissé au candidat. C. —Nomination. — M. Paul Sédir, docteur en kab bale, vient d'être nommé membre du suprême Conseil de la Rose >{< Croix. Paris, ce 10 juin 1895.
PAR ORDRE: Le Délégué général : Le Président : Pneus. STANISLAS DE GUAITA. l‘.‘.e qu’en peut flaire avec trois bouts de bougie Décidément, je suis sorcier, sorcier je suis. -— Eh bien! non, je ne suis pas sorcier, je ne veux pas être sorcier.
Un sorcier est, selon moi, un vulgaire, un sinistre person nage, ignorant le plus souvent, possédant, il est vrai, quelques procédés secrets véritablement magiques et merveilleux qu’il pratique d’une façon routinière dans l‘unique but de nuire à son semblable et de satisfaire ses secrètes et détestables rancunes.
Je préfère de beaucoup l’étiquette de magicien qui aquelque chose de plus noble et de plus grandiose et qui suppose la science chez celui à qui on l’applique. Donc, je suis magicien, magicien je suis. Depuis quelque temps j’éprouvais des insomnies, la gloire de M. le comte de Rochas m’empêchait de dormir, et je me sentais dévoré du désir de suivre ses traces. Je me demandai si je ne pourrais pas comme lui
282 L’INITIATION pratiquer l’envoûtement; je repoussai d‘abord cette idée comme téméraire et insensée et j’essayai d‘appliquer mon esprit à autre chose. Mais ce fut en vain, l’idée obsédante venait toujours m’assaillir, et je cédai. Mais comment tenter l'expérience d’envoûtement? Je n'avais pas de cire à modeler, matière indispensable pour con centrer, pour amasser sur elle le fluide astral, la substance psychique d'un sujet quelconque?
Pourrais—je remplacer cette matière par une autre ? Par quelle autre? Je cher chai, je fouillai dans ma tête et je songeai à la cire à cacheter. Par hasard mes regards s‘égarèrent sur des bouts de bougie, puis, comme frappé d’une soudaine ins piration, je me déterminai à en user pour l’expérience que je voulais faire.
Je pris donc trois bouts de bougie, j’en mis un dans l’une des deux mains de mes trois sensitifs auxquels je commandai de tenir cette main bien fermée, puis je regardai l’heure à ma montre. Au bout de six minutes mes trois sensitifs se trouvèrent plongés dans un profond sommeil.
Le bout de bougie que chacun tenait dans sa main exerçait sur lui une influence hypnotique Du reste je savais qu’on endort un sujet en lui appliquant une bougie à la nuque et qu’on le réveille en lui appliquant la même bougie non plus à la nuque, mais au front. J’avais fais bien des fois cette expérience et toujours avec succès. Je reviens à mon essai _d’envoûtement.
Je laissai mes trois sensitifs dormir à leur aise et je regardai de temps en temps à ma montre. Quand un bon quart d’heure se fut écoulé, je retirai le bout de bougie de chacune des mains de mes sensitifs qui le serraient forte ment, puis je leur soufflai surles yeux pour les réveiller.
Aussitôt qu’ils furent bien réveillés, je pris un canif et je plongeai l’extrémité de la lance dans le corps de chacune des trois bougies; à l’instant, les trois sensitifs qui igno raient le pourquoi de ce que je faisais, — ils n’avaient pas la moindre idée de l’envoûtement, ils ne se doutaient pas non plus que je voulais essayer de les envoûter, — à l’instant même où j’introduisais la pointe du canif dans le corps de la bougie, les trois sensitifs ressentirentune vive douleur dans la paume de la main qui avait tenu labougie. Je continuai à piquer, à retourner la pointe du canif dans la plaie de la bougie sur laquelle j’exerçais mon
....«. ._.‘_‘._v_v..-p—«rn .. - —_-—a—.v‘.—.n >w«»-..ær . » - CE QU’ON PEUT FAIRE AVEC TROIS BOUTS DE BOUGIE 283 implacable cruauté. Les trois sensitifs ressentirent une douleur de plus en plus vive, de plus en plus aiguë. Je condamnai mes trois martyrs à un autre genre de sup plice.
J’allumai une quatrième bougie et je me mis à brûler tour à tour le corps de chacune des trois bou gies, et chaque fois que je brûlais une bougie, chac un de mes sensitifs ressentait dans la paume de la main la brûlure que j’infligeais au bout qu’il avait tenu. Un des trois, plus sensitifs que ses deux compagnons de tor ture, eut dans la main des espèces de petites ampoules très légères et à peine visibles.
J’ai fait trois fois en dif— férentes séances ces deux expériences, et j’ai obtenu exactement les mêmes résultats. On m’objectera peut être, et non sans raison, que mes expériences, quoique intéressantes, sont loin d’égaler en importance celles de M. le comte de Rochas, qui ont un caractère bien autrement saisissant et merveilleux. Je tombe d’ac cord que mes faibles essais sont en réalité bien peu de chose.
Ils prouvent la réalité et la grande portée de la découverte de M. de Rochas, c’est tout ce que je dési filia HORACE PELLETIER, Correspondant du Groupe indépendant d’Etudes ésotériques. BIBEE©ŒBAEÆIE CAHAGNET, la Magie magnétique, réédition. 1 vol. in-16. Paris,jVigot, 1895.
M. Paul Vigot, qui a déjà donné il y a quelques années une élégante réédition de la Magie dévoilée de Dupoteg vient aujourd’hui de publier à nouveau la Magie magné tique de Calmgnet. Ce dernier ouvrage est bien connu des occultistes: c’est l’œuvre d’un homme qui avait approfondi toutes les sciences secrètes, bien qu’il se fût spécialement adonné, dans la pratique, au magnétisme. Les pages qu’il consacre aux miroirs magiques, les expé - .Tw,.__.,r_—-w-—.-t1v.w.e . .
2 84 L’INITIATION riences originales etpeu renouvelées depuis surl’influence de la volonté, sur l'action astrale de l'homme dans la nature, font de ce volume un recueil de faits et un manuel pratique précieux pour tous les débutants. Ne pas s'en écarter, c’est rester dans la voie. Cahagnet à laissé beaucoup d'ouvrages dont quelques-uns sont devenus aussi rares dans la librairie que la magie magné— tique et plusieurs manuscrits inédits.
Nous souhaitons que M. Vigot, qui a tous les titres pour le faire, continue pour ce maître l’œuvre de restauration qu’il a si bien entreprise. MARC HAVEN. Counonnn ne maure "’ Sous ce titre suggestif, Camille Mauclair vient d’offrir aux lettrés et aux penseurs un livre rare, très précieux. Peu nombreux sontles ouvrages qui s’imposent abso lument par leur âme et par leur forme.
Celui-ci mérite tous les suffrages des intellectuels, car à la beauté du style il joint la profondeur de l’analyse. Roman féerique, l’intitule l’auteur: et sans doute ce sera cette épithète que lui donneront beaucoup d’esprits superficiels ou profanes; mais ceux qui pénétreront l’Ide’e du Livre — ceux qui comprendront le sens du symbole — et puis ceux qui savent l’appelleront fantôme d'astral...
Camille Mauclair ne m’en voudra point de soulever le voile du symbole ; la clarté brille derrière, éclatante et traditionnelle; c’est d'ailleurs aux lecteurs d'une revue occulte que je parle, ne déflorant point pour un public frivole les mystères sur lesquels, d’une main légère et si douce, l'écrivain tissa une transparente gaze préserva tr1ce. ' (I) Paris, Ollendorf, 1895.
Sur la couverture, dessin de Rochegrosse; c'est un vrai paysage de l’astral évoqué par le grand artiste. n -:.." *>J—...-fl‘ —»»
! COURONNE DE CLARTÉ 285 En des pages exquises, brèves mais ciselées avec un burin toujours égal, il a fixé les hallucinations et les rêves, ces images -— nous dirons ces formes -— vivantes, qui flottent dans notre mémoire et devant nos yeux, qui tourbillonnent devant les regards de l'Ame et du Corps.
Songes, disent les ignorants; formes vivantes, affir mons-nous, fantômes de l’astral élémentals et larves dont le vol — souvent'prophétique — demeure lié d’une indissoluble et suprême manière aux événements de la vie, aux phénomènes de l’Univers, car ce sont, ces êtres, ce sont peut-être les forces vulgaires qui nous entourent; ils constituent sans doute et la Fièvre et la Douleur, et la Maladie et la Malchance...
Ils dirigent plus ou moins notre monde enfantant, d’après leur progression, les Mouvements, les Désirs, la Terreur, les Monstruosités ou les débuts de l’Extase... ‘ Oh ! ces Larves, chauve-souris de l’Au-Delà ces élémen tals avides d’existence propre l Quels songes rouges ils nous évoquent!
De quel effroi ils nous poignent, collés à nous, suçant comme des pulpes hideux, comme de glauques cancers, notre souffle de vie 1 De leurs trames noires et serrées ils nous cachent la lumière astrale supé rieure, où planent les fées et les magiciens auréolés de la Clarté sublime de la diamantique Couronne de Clarté... Ce doit être tout à fait la conviction de C.
Mauclair, car il peint les visions vaines et trompeuses, les îles du Doute, de la Fièvre, de la Migraine, de l’Amnésie, de l’Impalpable ; il traverse ces mondes troublants et agités tout d'abord, il navigue sur les murs de l’angoisse et de l’apparence dont les flots dégagent d’ironiques teintes avant d’aborder au port d’où brille la Lumière en son éclat si pur.
Ce n‘est qu’après avoir été ballotté par les vagues in cessantes et goulues ainsi que des vampires — après avoir abandonné une à' une les écorces faites des sensa tions extérieures et matérielles, que le héros du féerique roman et Maïa son amie naissent pour le royaume de la clarté. Et dégagés de tout contact physique, ayant re connu que la lumière n’est point au dehors mais en dedans d’eux-mêmes, ils se pâment alors dans I’Eclat Éternel. . .
2 86 L’INITIATION Maïa se fond en lui comme un parfum ; une couronne de diamant étincelle au milieu du Soleil. Et au moment où le miracle les toucha ils cessèrent..... Le symbolisme de l'œuvre est du plus pur bouddhisme, voit-on. Maïa. cette femme adorable et changeante, si belle. d'une éblouissante splendeur, c’est l’Illusion, c’est l’Ethérée, l’Idéal.....
Maïa ! le monde est illusion — Maïa ! tout est illusion — Maïa ! tout est irréel au dehors de nous: l’illusion la plus forte est ce que nous appelons Réalité. — Il n'y a de permanent, d’Eternel que la Pensée, et c'est en elle que les êtres doivent s’absorber immortalisés dansla Communion du Nirvâna : « Tout est notre invention,tout ce que nous avons vu et notre corps même est notre invention, et il n’a même pas un reflet ! la fusion de nos âmes s’accomplit dans le néant de cette eau impénétrable 1 Aucune connaissance n'est extérieure.
Nous avons cher ché à nous connaître en visitant le monde, mais nous l’imaginions selon ce que nous étions déjà.....
L’esprit contient tout, et la pensée est la seule reine de l‘Uni— vers Il est impossible hélas d’étendre les citations ; tout se rait à transcrire du reste, car chaque morceau du volume constitue une œuvre d’art magnifique autant que de science profonde: La Route de l’Orient, les Mains Pâles, chant de Scylla, l‘Ile des yeux clos, l’Impalpable, le Miroir, sont des parties d’une beauté égale, d’une ri— chesse de mots et d'expressions inouies.
Artiste de premier ordre, Camille Mauclair apparaît initié aux difficultés de l'Occultisme qu’il doit magistra— lement connaître et pratiquer. Il parle d’ailleurs des forces psychiques dans l‘étude l'Impalpable < les ma térialisations survinrent bientôt. Etcndus dans des chambres Closes, nous voyons l’air s’allumer de feux bleuâtres qui sortaient de nous, et des êtres vaporeux glissaient à travers les objets et les hommes.
Certains étaient opaques sur un fond clair, comme faits de chair réelle, mais diaphanes sur un fond sombre. Ils nous con sidéraient tristement, et quelquefois, quand nous leur parlions sans peur, ils s‘approchaient et nous posaient leur main lumineuse sur les lèvres..... » _ , ..,.._.,,.. .,-..._..M,
ÊTERNELLES CHANSONS 287 Je n’en veux encore pour témoin que le subtil récit : < Les Mains Pâles > Il renferme d’étranges et sombres peintures, et sur ce décor, des mains surgissent seules, pâles, longues et caressantes, évocations moins irréelles peut-être que les choses tangibles.... Réel, point réel, d’ailleurs, dirons-nous avec l’auteur. Et puis, qu’est-ce que vous appelez réel? Pour moi, c’est le profond..... F. JOLLIVET CASTELOT.
ÊTERNELLES GHANSÛNS Par Mme EMMA Dl RIENZI (Vannier, éditeur) Palpitations d’un cœur qui rythme sa vie de joies et de peines, envolées et découragements d’une âme qui tour à tour exhale la tendresse dela mère ou la passion de l’amante, le tout dominé parla Foi inébranlable en la Di vinité de l’Amour et en la Spiritualisation des joies terres tres, tel nous apparaît ce livre auquel nous devons de délicieuses heures de rêverie.
Ainsi voyez cette suggestive description à propos d’une conférence surle « Baiser ». Voici : la salle est pleine, et de jolis visages Se_ penchent pour l’entendre évoquer le «c Baiser ». 0 poème éternel dont nous tournons les pages Avec l'elfroi mortel de le voir s’efiacer.
Oui, la salle était pleinel elles étaient venues Les unes pour apprendre à mieux se définir Les jeunes pour savoir les douceurs inconnues Les autres pour rêver — ou pour se souvenir Tous les sujets sont abordés avec un égal bonheur par Mme Emma di Rienzi depuis les descriptions pures jusqu'aux revendications sourdes. Mais l’Amour parfume ..g,.t\-c.W-—ag
288 L’lNITIATION ce livre de sa réelle toute-puissante. L'amour dans toutes ses gammes depuis: Les rideaux sont tirés, la lumière est éteinte. Dans mes bras enlacés, je t'ai fait tressaillir. Et je me sens encor vibrer de ton étreinte Et mourir et renaître, et renaître et mourir. ' 9 jusqu à, Je t'aime et rien ne vaut ce mot: je t'aime! C’est mon credo, le sursum de mon cœur.
Le premier cri de l’ivresse suprême, Et le dernier de la douleur. le tout dominé par l’aspiration à la fusion des âmes: Quand, enlacés, nous serons un seul être Dans un rayon de cette immensité! ou, Je croyais, pauvre enfant, que l'amourd'une lemme Saurait remplir tout seul le cœur de l’être aimé, Qu’il ne devait jamais s'éteindre dans une âme, Le premier rayon d'or du printemps parfumé! Il nous faudrait tout citer!
Aussi adressons-nous à l’auteur 1105 compliments les plus sincères et nos plus vives félicitations. PaorEs. Nouvmms ®wmsas LE CONGRÈS DE 1900 On sait que, dès la première idée de ce congrès, l’Ini— tiation a envoyé sa complète adhésion aux promoteurs de cette idée. Poursuivant ici l’organisation du Conseil supérieur du Spiritualisme dont le besoin devient de plus en plus ur W_Mfflÿflflfgfifÿ-:.Ïglw ..
NOUVELLES DIVERSES 2 gent, nous ne pouvons qu’applaudir aux idées de groupe ment et d’union. Aussi apprenons-nous avec plaisir que le Comité orga— nisateur définitif sera nommé en mars 1897. D'ici là, nous collaborerons de notre mieux à l'œuvre commune. LA DIRECTION. c au Notre éminent collaborateur Fabre des Essarts vient de remporter le prix du Ministre dans le concours Paris Province avec une pièce de vers intitulée les Convention nels.
Nous sommes heureux d’enregistrer ce nouveau succès du poète délicat de la Chanson des Couleurs et de Pour Lui.
Sur avis conforme de l’Académie de médecine et du Conseil supérieur de l’Instruction publique, l‘Ecole pra— tiqqe de magnétisme et de massage,f0ndée en 1893 par la Société magnétique de France, 23, rue Saint-Merri, vient d’être classée parmi les grands établissements de l’ensei gnement supérieur libre. _ Les magnétiseurs doivent être joyeux de cette décision, car elle consacre officiellement leur art tant contesté de puis plus d’un siècle. . I .
Par contre, la police a mis fin au charlatanisme éhonté de certaines diseuses de bonne aventure qui encombraient la quatrième page des journaux, et faisaient un tort moral considérable aux études sérieuses.
Il est cependant regret-A table que M. le Préfet de Police ait confondu dans la même poursuite les sujets magnétiques véritables, les pauvres cartomanciennes avec les exploiteuses ayant des salons multiples et commanditées pour tromper les naïfs. —- Plus de 900 poursuites ont en eñ‘et été décidées pour Paris seulement; les cabinets de consultation ont été fermés et plusieurs individus ont été envoyés au Dépôt. —- Nous tiendrons nos lecteurs au courant.
II-‘ Tout le monde sait que la pupille se dilate quand on soustrait à la lumière une portion de la rétine: M. Charles Henry vient de présenter à l’Académie un . 2;. ._g. .:i
290 L’INITIATION n. .\ ‘.-)_.n , nouveau pupillomètre, construit par Ph. Pellin, qui per met de démontrer que la pupille se dilate également quand, sans modifier en rien l’éclairement de la rétine, on soustrait à la lumière une portion de l'iris, c’est—à dire du petit anneau membraneux qui entoure la pupille. En général, les iris foncés se dilatent plus que les iris clairs.
C’est la première fois que la couleur des yeux intervient dans une question d'optique physiologique.
Il y a sans doute dans ces mouvements, à côté d’une réaction directe probable de l’iris, des réflexes d’origine centrale, car la pupille de l'œil gauche, par exemple, se dilate si l’on soustrait à la lumière l‘iris de l’œil droit. — Plu sieurs conséquences importantes ressortent de ces faits: entre autres une explication immédiate de la photophobie que l'on constate dans les inflammations de l'iris, sans qu'il y ait lésion rétinienne.
D’autre part, en se dilatant inégalement en présence de deux sources un peu diffé rentes, notre iris est un diaphragme qui tend à égaliser pour notre rétine ces deux sources: d’où une erreur systématique dont est affectée notre photome’trie. .et M. Jollivet-Castelot vient d'offrir au Groupe vingt-cinq exemplaires de son ouvrage si remarqué, la Vie et l’Ame de la Matière.
Nous tenons à remercier publiquement notre estimé collaborateur de son désintéressement et de son dévouement. Le Traité d'harmonie de M. A. Le Daim, précédem ment annoncé, est en vente chez Chamuel, au prix de 2 fr. 50. (le numéro paraît avec un léger retard dû à la poste qui avait égaré un paquet d’épreuves. A dater du prochain numéro l’Initiation reprendra toute sa régularité et paraî— tra au plus tard le 20 de chaque mois. N. D. L. D. Le Gérant : ENCAUSSE. TOURS. - IMP. E. ARRAULT ET C", RUE DE LA PRÉFECTURE, 6.
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