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PARTIE INITIATIQUE i,”ælruravcuur 1ÏNTÊŒRME INSTRUCTION PRIMAIRE Partie Métaphysique 3° CLASSE : FAITS MÉTAPHYSIQUES 166. — 1° La puissance la fortune, le génie même ou le talent, sont des forces que la Providence confie non pour la satisfaction de celui qui les reçoit, mais pour qu’il en use pour le perfectionnement de ses sem« blables.
Ceux qui les possèdent sont appréciés par leurs contemporains et la postérité d’après l’usage qu’ils en ont fait, non d’après la grandeur de cette puissance. (Exemples historiques à l’appui.) L’abus de ces pouvoirs (consistant en une tyrannie de quelque genre : gouvernemental, financier, criti— que, etc.) entraîne autant de désordres dans la so ‘ciété que pour le despote lui—même : il produit d’une part les guerres civiles ou nationales, de l’autre les
L’INSTRUCTION INTÉGRALE les craintes, les défiances, les cruautés qui troublent la vie et la conscience des tyrans. 2° Il y a donc une morale sociale comme une mor rale individuelle ; elle n’est que l’application aux rap ports sociaux des principes supérieurs de la morale.
C’est surtout dans les rapports sociaux qu’il faut se rappeler l’ordre, que nous donne la conscience en même temps que l’étude de la nature, de tendre vers l’unité par l’équilibre et l’harmonie. Il faut s’y attacher au moins à équilibrer les deux forces opposées de l’intérêt personnel et de l’intérêt général auquel correspondent les groupements de la famille, de la commune et de la patrie. Cet équilibre constitue la Justice.
Il est même indispensable de faire prévaloir l’intérêt général sur le particulier, sous peine de nuire à ce dernier même.
On montrera en effet à l’élève, par des exemples simples (emplois divers de l’impôt, sécurités, facilités pour le commerce, etc.), ce que la société fait pour l’individu, mais en lui rappelant que la société n’est que la synthèse immatérielle des indi vidus, on lui fera comprendre la nécessité pour l’indi— vidu de consacrer une partie de ses efforts aux grou pements sociaux (famille, commune, patrie). C’est ce qui constitue la Solidarité.
3° Ce sont là les devoirs communs ; aux plus forts incombe quelque chose de plus : le dévouement, et il n’est presque personne qui ne soit plus fort que quelque autre ou qui n’ait l’occasion de se dévouer de temps en temps. Ce n’est que par le dévouement que la société progresse, remédie aux soufirances qu’elle
102 L’INITIATION n’a pu encore éviter, comme la misère, ou que le groupe social est sauvé (qu’il soit famille, commune ou patrie), quand quelque danger extraordinaire le menace. 4° Ainsi le devoir prime le droit, qui n’en est qu’une conséquence due à l’effet de la justice et de la solidarité. et le devoir augmente avec la puissance matérielle, intellectuelle ou spirituelle.
Les inégalités naturelles produisent des inégalités sociales, mais elles sont hiérarchisées à la fois par la fonction et le devoir; il n’est personne qui n’ait la même somme de force morale à développer en pro portion de sa force, quelle que soit sa position so ciale. On appuiera ces enseignements par de nombreux exemples de fautes ou de vertus sociales, empruntés à l’histoire anecdotique de tous les temps.
SYNTHÈSE SPIRITUELLE 244. — 1° La première chose qui frappe quand on observe la nature, c’est la multiplicité infinie de ses êtres et de ses phénomènes; aussi avons-nous dû les classer avant tout.
2° En les rapprochant ensuite, nous avons vu cepen dant ces phénomènes et ces êtres soumis à des lois fixes et invariables, simples, qui y mettent un prin cipe d’unité (lois physico—chimiques produisant l’équi libre mobile des deuxforces, réglées par le nombre; tous les êtres inertes ou vivants y sont invariablement assujettis).
L’1NSTRUCTION INTÉGRALE 103 =*'*“” ' 3° Si ces lois de la nature matérielle étaient les seules qui régissent l’univers, elles n’y produiraient l’unité qu'en renouvelant sans cesse les formes et les êtres, fondant la vie éphémère de chacun sur la mort des autres: loi rigoureuse, fatale, lugubre, désolante, que nous voyons en effet en jeu, surtout chez les êtres inférieurs (les minéraux, la forêt vierge, les drames du fond des mers, etc.).
LA FATALITÉ serait la reine de l’univers, reine gouvernant par la MORT un monde toujours le même et toujours en transformation. 4° Mais la loi physique n’est pas la seule que nous ayons trouvée.
Nous avons vu à côté d’elle d’abord la loi d’harmonie (dont le nombre est une première expression), qui nous a permis de classer les êtres in nombrables de la création assez sûrement pour que la science puisse nommer et reconnaître chacun de ceux qu’elle a trouvés.
Nous avons vu que cette harmonie résultait d’une loi de synthèse qui tend constamment à rassembler les êtres (les atomes en corps; les corps en organismes, d’abord élémentaires (la cellule), puis de plus en plus complexes, donnant la suite de tou; les êtres vivants).
Nous avons vu enfin qu’à mesure que l’on s’élève dans cette série des êtres, on yvoit naître le sentiment, la conscience, la spontanéité, la volonté, qui domine de plus en plus la fatalité (l’homme est maître de régler, comme il lui plaît, son organisme même dans la vie végétative, en modifiant sa nourriture, son milieu ou son activité; c’est sur ce principe qu’est basée la science de l’hygiène. 5° La synthèse générale nous apprend quelque chose
t 04 L’INITIATION de plus : c’est que le monde s’arrache de plus en plus à la loi fatale de la multiplicité mortelle pour s’éle ver vers une unité harmonique. Il monte du chaos informe et turbulent aux splendeurs de la plus belle synthèse, de la guerre universelle à l’universelle paix, de l’individualisme à la solidarité.
215. — Il y a donc dans le monde une puissance supérieure à la fatalité, de qui celle—ci n’est que le moyen, qu‘elle règle par la loi de vie et de progrès. Cette puissance est celle qu’on nomme la PROVI DENCE.
Il faut faire ressortir son mode d’action par le résumé de notre synthèse générale; on y distingue trois temps: rf‘ Le Chaos. — Etat d’équilibre absolu des deux. forces, expansive et astrigente, tel que les atomes, ré artis en masse homogène, sontimmo— biles. -— ( tat théorique antérieur à la Création .
2° Les Eléments. -— Rupture de l’Equilibre(création , 1" Temps opposition des deux forces, doù naissance des (Mécanique) corps simples et composés. Création 3“ Passage par les divers états (Matérialisation) : Force et Matière.
D’Air radiant; Prédominance De Feu dissocié et azeux (formation des nébu de la Fatalité. leuses et des solei s ; D’Eau —- Etat de fusion ——Grande activité chi mi ne : les premiers minéraux ; De erre — Achèvement des astres éteints, par refroidissement : condensation des nuages, formation des continents. , 1° Apparition de la vie — (la cellule, élément ma tériel, vitalisé) les Proto:{oaires.
2‘ temps 2° Évolution des organismes végétaux (cryptogames, (Biologiq u es) gymnospermes et phane’rogames). Peuplement. 3“ Evolution presque parallèle d’abord, mais bien Vie et Matière. plus prolongée, des animaux (des zoophytes aux Prédominance mammifères supérieurs); développement crois— de la Providence.
' sant de l'instinct qui fait place ensuite de plus en plus à l’intelligence, à la conscience. et à l’initiative. m...” .-. .g... __._4.4—————-_
L’INSTRUCTION INTÉGRALE 105 imw‘vv—‘zv—r‘“ .. >r"fi“'Ih.<cr‘." w-« ..n» .r. .—n.—y—-Iæ-h —uwvuwév-wuwurn.»avuhäwænw‘à. 5-av .Jsiaæw î. . 1= La vqlonté,l‘intelligence capable d’abstraire le lan gage, s’ajoutent aux dons de lanimal; d’où l’homme qui passe par quatre états principaux (d'après toutes 3' Temps les traditions) : (bis toriq ue) l“ Etat d’innocence et d’ignorance, d’instinct provi L’humamté. dentiel (les paradis— l’âge des Dieux).
Vie et Pensée. 2° État d’individualisme, la conscience du soi pro— Prédominance de duisant la guerre et le chaos tumultueux (les Liberté âges de pierre— Gain — l’âge des héros). responsable. 3“ Etat social tumultueux, divisé, de guerre (les âges historiques). 4° Etat social harmonieux, synthétique, fraternel (en tendance actuellement).
216. — Ce tableau nous dit que: I“ Une puis sance supérieure, l’Esprit, crée la matière (corps chi miques), l’anime successivement, en lui donnant d’abord la force, ensuite la vie, puis la sensibilité, l’intelligence et enfin la liberté: liberté relative, mais croissante avec l’intelligence, et devant laquelle la Providence instinctive se retire à mesure qu’elle grandit, remplacée par la responsabilité; 2° Ainsi l’homme est l’agent supérieur du progrès qui appelle la matière à la vie de l’esprit en en uni fiant la multiplicité dans une synthèse harmonique.
Mais il est responsable de son action: soit comme individu, soit comme famille, soit comme peuple,,soit comme race, s’il agit dans le sens du progrès promi dentiel, de la synthèse, de l’harmonie, de la charité fraternelle, sa vie se prolonge et s’élève dans cette échelle qui, évidemment, ne s’arrête pas à l’homme (d’où, pourl’individu, récompenses de vie future; pour le groupe social, survivance en puissance qui n’est vivace que par l’autorité). S’il agit contre le grand mouvement providentiel) en égoïste, il est replongé dans .la fatalile’, retombe
x 06 L’INITIATION dans la division, la multiplicité, la souffrance, pour être repris (mais morcelé peut—être) par le grand cou rant universel (d’où, pour l’individu, peines de la vie future; pour le groupe social, mort dans l'impuis sance). ' 3° Les moyens d’action de l’homme sont: Le travail, par lequel il réalise le progrès social et avec lui le bonheur individuel terrestre croissant.
La volonté, qui lui permet dans sa sphère d’agir librement pour se perfectionner lui-même et les autres: liberté limitée dans ses écarts, comme on vient de le dire, par les peines fatales sur les récompenses provi dentielles dès qu'elle atteint les lois universelles ou quand elle les seconde. Il y a donc mauvaise volonté et bonne volonté, vice et vertu.
La conscience morale, instrument providentiel, qui l’avertit quand.sa volonté s’égare ou dans quelle direction elle doit manœuvrer (et dans les occasions essentielles seulement), d’où le repentir, le remords ou la satisfaction, qui sont les premières peines ou les premières récompenses de la conduite.
L’intelligence, instrument spirituel des plus puis sants, secondée par la providence des principes et de l’inspiration, qui éclaire à la fois le travail humain et la conscience dans ses détails, leùr montrant sans cesse la voie que le progrès ouvre en avant de son présent.
Enfin la Religion, aspiration de l’homme versl’Es prit, nécessaire pour entretenir son courage au tra vail par lafoi dans l'universelle harmonie, la clarté de son intelligence par l’inspiration, la pureté et la vivacité de sa conscience, la sainteté de sa volonté. —w.—————a—m - ..-f,.,uu.z u '«g‘.«“ùflflr Â
SUR LA MORALE BOUDDHIQUE 107 C’est l’orientation de l'homme vers. DIEU qui, par sa providence, l’appelle à une ascencion libre vers la vie spirituelle, c’est-à-dire vers la vie de beauté et d’harmonie suprême. _ (A l’appui de ces données théologiques, on résumera la psychologie et la morale.) FÇ-CH.
BARLET fillR I.A jltorus fiuruaruu Le bouddhisme, affirmait en Sorbonne M. Léon de Rosny, il y a quelques années, compte trente mille adeptes à Paris, trois cent mille en France, cinq cent millions sur la terre (1).
Quelles sont les raisons d’un si grand succès, et comment se fait—il « que la religion du plus grand nombre soit en faveur auprès des plus éclairés ? » On trouverait à ces deux pourquoi beaucoup de parce que; mais nous ne les enumérerons pas aujourd’hui: nous voulons simple ment, à l’occasion d’un nouveau et précieux volume que vient d’éditer la maison Chamuel (2), remettre sous les yeux de nos lecteurs les principales cohcep (I) ÉMILE CERE, Bréviaire du Bouddhiste.
Paris, E. K0bb, in-18. (2) L‘Imitation du Bouddha, maximes pour chaque jour de l’année recueillies par Bownm,traduites de l'anglais par L. de Langle et J. Hervez. Introduction de RENÉ LORRAIN. 1 vol. in-8 carré. . .. ...._:_t, ,'.L ;.;..vl:. .. I‘nNL 1......,.. ., . . _ .
108 L’INITIATION tiens de cette pure philosophie, que les étudiants de la tradition occidentale négligent peut-être trop d’appro fondir.
Le caractère général de l’intellectualité hindoue réside dans sa perception de l’irréalité du monde créé; au delà du XL° siècle avant Jésus-Christ, l'ésotérisme védique, legs des Atlantes, régnait seul sur les sujets de Ram; mais, conformément à la loi fatidique des choses, à l’influence spécialisante des vagues de vie, la mentalité de la race n’assentit bientôt plus que des fragments de la synthèse occulte: Cette synthèse dégénéra dans les trois systèmes bien connus (subdivisés à leur tour en deux parties): 1° Mimansa etVedanta, philosophie de la révélation; 2° Nyaya, dialectique de Gotama, et Vaiséchika (philosophie de l’individualité) de Kapila, philosophie de la raison; 3° Yoga de Patandjali, Sank/zya de Kapila, philo sophie de la nature.
Il est à remarquer que ces systèmes s’occupent soit de la métaphysique, soit de la cosmologie, soit de la raison abstraite; leur conclusion inavouée accuse la petitesse de l’homme en face de la nature; seule, l’andrologie ésotérique des Védas avait marqué dans une antiquité déjà fort oubliée par les Indous la place de l’homme dans le système de l’Univers; par une réaction fatale, le bouddhisme fut la grande revendi— cation de la volonté humaine, affirmant et exagérant même sa puissance vis—à-vis de la nature (dont elle démontre l'illusoire avec une vigueur sublime, et des dieux qu’elle ignore totalement. — - A. ..‘_,‘..‘-!'F<_:
SUR LA MORALE BOUDDHIQUE 109 C’est ce caractère fondamental du Bouddhisme qui en fait avant toutla plus belle doctrine de morale que le monde ait jamais possédée. it <l# « De même que la grande mer, 6 disciples, n’est pénétrée que d’une seule saveur, la saveur du sel, de même aussi, ô disciples, cette doctrine et cet ordre ne sont pénétrés que d’une saveur, celle de la déli— vrance (I).
« Voici, 6 moines, la vérité sainte sur la douleur: la naissance est douleur, la vieillesse est douleur, la maladie est douleur, la mort est douleur, l’union avec ce que l’on n’aime pas est douleur, la séparation d’avec ce que l’on aime est douleur, ne pas obtenir son désir est douleur; en résumé, le quintuple atta chement aux choses terrestres (2) est douleur. » (Ser mon de Bénarès). ' Ainsi donc toute vie est douleur (3).
Cette douleur vient de la vie même; elle en est l’at tribut inséparable: « Voici, 6 moines, la vérité sainte sur l’origine de douleur: c’est la soif(de l’existence) qui conduit de renaissance en renaissance, accompagnée du plaisir et de la convoitise, qui trouve çà et là son plaisir : la (I) Cullavagga,‘ IX, 1, 4., cit. par Oldenberg, trad. franç., p. 208. (2) L’attachement au corps, aux sensations, aux représenta tions, aux formations, à la conscience. (Oldenberg, Koppen, 1, pp. 214, 222.) (3) Cf. Soutta des signes distinctifs du non-moi. Oldenberg, p. 216. -
1 10 L’INITIATION soifde plaisirs,la soi/“d’existence, la soif de puissance. « Voici, 6 moines, la vérité sainte sur la suppres sion de la douleur: l'extinction de cette soif par l’anéantissement complet du désir, en bannissant le désir, en y renonçant, en s’en délivrant, en ne lui laissant pas de place.
« Voici, 6 moines, la vérité sainte sur le chemin qui mène à la suppression de la douleur: c'est le chemin sacré à huit branches, qui s’appelle foi pure, volonté pure, langage pur, action pure, moyens d’existence purs, application pure, attention pure, méditation pure. » Telles sont les quatre vérités fondamentales du Bouddhisme. ‘ Il en ressort cette conséquence non exprimée dans les textes et qu’on laisse le soin de découvrir à la méditation des fidèles: l’ensemble de ce qui constitue la personnalité d’un homme n’est qu'une écorce de stra— tifications successives accumulées sur le soi par le pouvoir du Karma cosmique et du Karma individuel.
Pour se débarrasser de ces dépôts des renaissances, il faut donc, en les abandonnant, abolir toutes les ten dances inférieures qu'ils développent fatidiquement. C’est ainsi que la morale bouddique est avant tout prohibitive; ses préceptes sont pour la plu partnégatifs.
Nous allons les énumérer, en expliquant leurs effets, d’après les conceptions mêmes qui leur ont donné naissance (1). _(i) Nous ne connaissons dans cet ordre d’idées qu'une étude fane par Mohini dans le Théosophist. ‘
SUR LA MORALE BOUDDIIIQUE ‘ ’III . ce Lorsqu’un laïque a subi les cérémonies de l’ordi— nation, pour achever de lui donner ce caractère de religieux mendiant (bis/chou), on lui communique ses nouvelles obligations.
Les voici d’après des textes reproduits par Koppen, Oldenberg et Chaboseau: PRESCRIPTIONS PHYSIQUES. —— « La nourriture de celui qui a quitté ses foyers pour mener une vie errante doit être ces quelques bribes qu’il obtient en mendiant. Son vêtement doit être fait des chifl’ons qu’il ramasse. Son lieu de repos doit être au pied des arbres dans laforêt.
Sa médecine doit être l'urine fétide de la vache (1) ; de pieux laïques peuvent adou cir ces rigueurs, mais le bikschu doit les accepter en y restant indifférent. Par ces quatre jprescriptions, le moine est complètement détaché3du bien—être physi que; il n’est à charge en aucune manière à la société, il dompte complètement les préférences de son être impulsif (2).
PRESCRIPTIONS MORALES. —-« A un moine ordonné, il est défendu d’entretenir un commerce charnel, même avec une bête. Le moine qui entretient un commerce charnel n’est plus un moine: il n’est pas un disciple du fils des Sakyas.
Tout de même qu'un homme dont la tête a été tranchée ne peut vivre avec le tronc, de (I) Là-dedans est comprise la défense d’user d‘aucune bois son enivrante, et de toute drogue hallucinatoire ou soporifique: ce qui forme les cinq vœux ou Pantscha sila. (A. CHABOSEAU, Essai sur la philosophie bouddique. Paris, G. Carré 1891, in-8, pp. 76 et 599.) , (2) Telle est la première phase de magie pratique.
1 12 L’INITIATION même aussi un moine qui entretient un commerce charnel n’est plus un moine, il n’est pds un disciple du fils des Sakyas. De cela tu dois t’abstenir ta vie durant. « A un moine ordonné, il est défendu de prendre ce qui ne lui est pas donné, ce qu'on qualifie vol, pas même un brin d’herbe, etc. « A un moine ordonné, il est défendu de priver sciemment un être de sa vie, pas même un ver ou une fourmi.
Le moine quiprive sciemment un être humain de sa vie quand ce ne serait que par la destruction d’unfœtus, celui—là n’est plus un moine, etc. « A un moine ordonné, il est défendu de se vanter daucune perfection surhumaine, pas même jusqu’à dire : «Je demeure volontiers dans une maison vide. » Le moine qui dans un mauvais dessein et par avidité se vante faussement et mensongèrement d’une perfec— tion surhumaine, que ce soit un état de méditation ou de ravissement, ou de concentration, ou d’éléva tion, ou du chemin de la délivrance, ou du fruit de la délivrance, celui—là n’est plus un moine, etc. (I).
En périodes de purification, on adjoint aux obs er vances précédentes les trois suivantes : Ne faire qu’un repas par jour, à midi. N’écouter, ne regarder, n’exécuter aucune danse, chant, ou musique profanes, aucune représentation théâtrale. Ne porter ni bijoux, ni parure, n’user d’aucun (I) OLDENBERG, le Bouddha, sa vie, sa doctrine, sa commu nauté, traduit par A. Faucher. Paris, Alcan, I894, in-8, PP- 349. 350. 599.
SUR LA MORALE BOUDDHIQUE 113 parfum. Un détachement plus profond des objets du goût, de la vue, de l’ouïe et de l'odorat est ainsi obtenu.
Enfin, lorsque le fidèle passe de l’état de novice à celui de moine, il prend en outre les deux résolutions de ne dormir que sur un lit bas et dur (1), et de vivre en état de pauvreté volontaire. — Le contrôle sur le sommeil, et l’agrandissement duchamp de la cons— cience est facilité par la première résolution, et la seconde résume toutes les neuf précédentes.
On trouvera dans le précieux recueil l’1milaz‘z’on de Bouddha toutes les illustrations désirables de ces préceptes. Essayons de résumer le but envisagé par ces pres— criptions. Ce but est d’arriver à la suppression de la douleur; or la douleur est causée par l’existence, et l’existence par l’effet de la loi de Karma et de la volonté de vivre (Tarz’ka).
Les vœux énoncés plus haut sont des préservatifs employés contre ces deux forces sur le plan physique, et le « chemin à huit branches » que nous allons décrire tout à l’heure sera le remède approprié au plan spirituel. Sans être partisan d’une continence absolue, ou peut reconnaître l’influence prépondérante qu’exerce cette pratique sur le développement du corps astral inférieur.
En même temps, lorsqu’elle est observée par l’effet d’une extinction radicale des désirs, et non par celui d’une volonté exaltée, cette pratique anni— (1) Certaines sectes obligent même à ne dormir qu’assis.
1 14 L’lNITIATION hile toute une grande partie des tendances sensuelles: autant d’auxiliaires enlevés à la volonté de vivre (1) ; autant de facteurs puissants éliminés pour un nou veau Karma. Le respect de la propriété détruit également la pos sessivité; ses effets sont si évidents qu’il est inutile de s’y arrêter davantage.
Il en est de même du respect de toute existence; dans toute créature est emprisonné. l’embryon spi rituel appelé plus tard à l’immortalité consciente; détruire une des formes de cette pure lumière divine, c’est se mettre en opposition avec le grand courant d’Évolution du Kosmos; c’est imiter les Mages Noirs; tôt ou tard, l’imprudent sera broyé fatalement.
Le dernier précepte semble au premier abord beau coup moins raisonnable que les autres; sa compréhen sion peut cependantjeter une vive lumière sur l’essence de la culture bouddhique.
Ordonner le secret au sujet des pouvoirs spirituels, indique implicitement que le développement de ceux—ci constitue une ou plusieurs étapes de la Voie; l’importance de la première prohi bition s’aperçoit aussi bien plus complètement; on voit que ces pouvoirs spirituels peuvent donner de nouvelles forces à Tan/m, au désir de vivre, et être même le moyen d'une perversité bien plus dange reuse, s’ils ne sont l’attribut de personnes d’une très haute moralité; les ignorants qui en entendent parler (1) La loi de Manou nous semble mieux adapté sur ce point à la réalité des choses : elle ne réclame la continence pour le Brahmane qu‘avant son initiation, et après qu’il a terminé sa vie domestique, c‘est—à—dire lorsqu’il a vu naître son petit—fils.
SUR LA MORALE BOUDDHIQUE 115 peuvent aussi les désirer, et en s’essayant à les acquérir tomber sans peut—être le savoir dans ce sentier « d’à gauche ». La vraie manière de vivre de celui qui pos sède des pouvoirs magiques consiste donc à les em ployer comme des moyens plus puissants pour la réalisation du bien général et de la connaissance su prême. Voyons maintenant la seconde partie des règles de morale.
« Alors le sublimsparla ainsi aux cinq moines : « Il y a deux extrêmes. ô moines, dont celui qui mène une vie spirituelle doit rester éloigné. Quels sont ces deux extrêmes P L’un est une vie de plaisir, adonne’e aux plaisirs et à la jouissance ; cela est bas, ignoble, contraire à l’esprit, indigne, vain. L’autre est une vie de macérations.
De ces deux extrêmes, ô moines, le Parfait s’est gardé éloigné, et il a décou vert le chemin qui passe au milieu, le chemin qui désille les yeux et l’esprit, qui mène au repos, à la science à l’illumination, au Nirvâna. Et quel est, 6. moines, ce chemin du milieu que le Parfait a décou— vert, qui désille les yeux et l'esprit, qui mène au re» pas, à la science, à l’illumination, au Nirvâna?
C'est ce chemin sacré, à huit branches, qui s’appelle foi pure, volonté pure, langage pur, action pure, moyens d’existence purs, aspirations pures, mémoire pure, méditation pure. C’est là, 6 moines, le chemin de milieu que le Parfait a découvert, qui dessille
'1 16 L’INITIATION C les yeux et l’esprit, qui mène au repos, à la science, à l’illumination, au Nirvâna (I). » Mais ici se pose une question d’ordre général qui a dû plus d’une fois embarrasser le philosophe étu diant la philosophie hindoue. Quelle est au juste la nature de ces huit branches P Comment prennent elles naissance, comment la pensée de leur inven teur a-t—elle organisé cette conception ? Quelle est, en un mot, leur raison d’être ?
Remarquons tout d’abord que l’esprit hindou est essentiellement analytique; les choses se caractérisent à ses yeux par leur dissem blance et non par leurs analogies: c’est pourquoi, plus qu’aucun autre, il a si vivement senti la néces sité de s’élever jusqu’à l‘Unité. Revenons à notre tentative d'organisation.
Nous avons, pour le réaliser, trois remarques à faire: la première, que le fils du Sakya est pourvu par son initiation d’un système philosophique nouveau ; toute sa vie sera dirigée maintenant par la loi (Dhar ma). Voici donc la première branche mise à part : la Croyance.
En second lieu, on a pu voir que dans ce grand œuvre difficile de l’obtention de la Bôdhi, le croyant est invité à ne compter que sur lui-même, à m’attendre l’aide d’aucun homme, d’aucun dieu ; d’où importance capitale de la Volonté humaine, qui devra toujours agir d’après la Croyance (2). Les six autres divisions du sentier ne s’applique (1) Sermon de Bénarès.
Oldenberg, op. cit., p. 131. (2) C’est même cette place d’honneur accordée à la Volonté qui caractérise surtout le bouddhisme. r
SUR LA MORALE BOUDDHIQUE 117 W Jï. 1'-- -—- - ront plus donc qu’à l’existence ultérieure du fidèle. Cette existence elle—même se divise naturellement en deux sphères : une physique, matérielle, objective, et l’autre mentale, subjective, spirituelle.
La première comprend la Parole et l’Action, synthétisées dans la Vie; la seconde comprend les Efiorts (ou le Désir des Martinistes) et la Mémoire,, synthétisés par la Méditation (Samadhi) (I). ‘ Un tableau d‘ensemble fera saisir plus clairement ces idées : Règlç primordiale.” (ILOCÂÉYËIËCÊOSÂOÉËÊj:;Ëgpte de toutes supersti-y D’après elle se déter- (Il) Lai volonté droite qui maintiendra le sujet mine . . . . . . . . . . . . . . dans tout le cours de son existence.
E . objective-3 iiiii Xëä‘à’â âïâîëëzzzzz E (V) Vie droite. X’Stence . . (V1) Efforts droits... .. . . - subjective j (VIII) Méditation droxte. (V11) Mémoire droite. . Il ne nous reste plus maintenant qu’à déterminer les effets de ces divers modes d’action, plus ou moins étendus, suivant la sphère à laquelle ils s’appliquent.
Tous les magistes connaissent la puissance de la foi, de la décision franchement prise; Eliphas Lévl aécrit là-dessus des pages magistrales. La croyance droite aura pour principal résultat de faire entrer le croyant dans le cercle (magique) de ses coreligion naires, s’il est permis d’employer ce mot à propos du bouddhisme.
Il recevra de cette communion un ap pui immense, qui facilitera puissamment ses premiers pas. (i) Le terme de Samadhi signifie aussi bien recueillement que Méditation, contemplation, extase : il s’applique à toutes les activités mystiques de l’Esprit.
I 18 L'INITIATION La volonté est le facteur indispensable de toute vie humaine ; c’est la faculté essentielle de l’esprit hu main : il est inutile d'insister ici sur son importance. La parole prononcée peuple notre atmosphère as trale du reflet de nos pensées: il importe donc, si notre aura doit être pure, que note bouche ne profère jamais que la vérité.
Que l'on nous permette de repro duire ici les lignes suivantes de Mohini-MOhun-Cbat— terji (I).
« Un occultiste a-t-il le droit de proférer un men songe ?On admettra facilement que la vie se mani feste par le pouvoir d’acquérir la sensation ; quand ce pouvoir s’endort temporairement, l’animation est sus pendue; l’homme, qui, recevant une série détermi née de sensations, les prétend autres qu’elles ne sont en réalité, exerce le pouvoir de sa volonté en opposi tion à une loi de la nature, dont nous venons de montrer que la vie est indépendante; il se suicide donc en petit (2).
Une semblable analyse peut être facilement appli quée à chacun des cinq autres sentiers ; on verra que leur observance a pour résultat de toujours maintenir le fidèle dans le sens de la loi universelle d’évolution; perdant alors peu à peu toutes les qualités égoïstes qui formaient son individualité, il prend un rang de (I) Le Lotus Rouge, novembre I887. (2) Voyez aussi sur la hiérarchie des forces hyperphysiques produites par les phénomènes physiques, la lettre de Koot 'Houmi Lal Sing (Es0teric Buddhism, par A.-P.
Sinnett, pp. 85 95), reproduite dans la Mission des Juifs, pages 102 et sui vantes, et dans Papus, Traité méthodique de Science occulte.
LA CHANCE I 19 plus en plus élevé dans les forces de synthèse jusqu‘à ce qu’il participe totalement au mystère du Verbe dans la paix du Nirvâna. ' SÉDIR. Œ%À EtälâäiN‘©È Le monde et l’homme sont constitués par trois élé— ments généraux: le physique, l’astral, le spirituel. Le monde spirituel est le monde des causes pour le monde astral, celui—ci est le monde des causes pour le physique.
Chacun des trois mondes est formépar une réunion d’êtres et d’objets. Le monde astral et le monde spiri— tuel ne sont pas moins variés et moins peuplés que le monde physique. Entre autres choses peuplant le monde astral, il y a les idées produites par la pensée humaine. Nos sentiments, nos désirs, nos passions, nos conceptions, nos projets, nos volitions, sont des faits tangibles dans le monde astral.
' Rien n’existe sur le plan physique avant d’avoir préalablement existé sur le plan astral. Toutes les modifications de l’aspect de l’écorce terrestre pro— duites par l’humanité ont pour condition détermi nante des conceptions humaines coulant du plan astral au plan physique par le canal de l’activité. Nos conceptions actives commencent par être des groupes de forces astrales. Notre âme est un lieu de
1 20 L’INITIATION l’espace astral dans lequel se groupent des forces dont les unes sont aptes à passer au plan physique, tandis que les autres sont dépourvues de cette aptitude; toutes les idées pratiques sont des forces astrales capables d’agir sur le plan physique.
En général on croit, sans bien s’en rendre compte, que nos idées surgissent de rien dans notre cons cience ; celle-ci serait un lieu dans lequel le néant passe à l’être; ceux qui ne sont pas psychologues, n’apercevant pas d’antécédents à leurs idées, imaginent, aisément qu’elles surgissent de rien, qu’elles sont des actes de création du Dieu des théologiens à qui il plaît de les faire apparaître dans l’homme suivant les caprices de sa fantaisie, opinion qui semble supportée parle passage du Pater disant : « Ne nous induisez pas en tentation. » Pour être tenté, il faut penser à l’objet de la tentation ; sans qu’on y pense, il n’y a pas de tentation possible.
Les idées ne sont pas rien, mais des choses astrales façonnées par les êtres pensants et qui peuvent se déplacer, se promener de conscience en conscience dans les plaines de l’astral comme le papillon se pro mène de fleur en fleur.
Les idées qui ne viennent pas de nous,à ‘la naissance desquelles nous n’avons pas concouru, viennent de la pensée d’un autre être de l’existence duquel nous pouvons n’avoir aucune con— naissance, mais dont l’existence est prouvée par ses produits, les idées que nous en recevons. C’est à la somme des penseurs inconnus que la théologie a donné "le nom de Dieu, mot qui n’est qu’une étiquette posée sur l’ignorance humaine. On a pu dire avec raison
LA CHANCE I 2 [ 4‘ qu’à mesure que la compréhension humaine aug mente, ce Dieu—là diminue. Pour les hommes igno rants de la physique, quand l’éclair brille, quand le tonnerre gronde, c’est Dieu qui se fâche; quand le cielest bleu, c’est que Dieu est content. La soumission à ce Dieu-là est la soumission à l’ignorance ; aussi les théologiens disent-ils que le désir du savoir nous est soufflé par Satan, l’ennemi de notre Dieu.
Les idées, les conceptions humaines sont des êtres ou des forces du domaine astral. Quelles sont les conditions pour qu’un homme devienne actif? Il faut qu’il ait des idées d’abord, puisqu’il conçoit l’action à exécuter, et la conception n’est pas autre chose qu’un groupement d’idées, en termes d’occul tisme une agrégation de forces astrales ou d’élémen tals.
L’âme humaine, en tant qu’intelligence tournée vers le plan physique, est un lieu du monde astral dans lequel viennent se combiner des forces, les— quelles constituent ainsi des êtres plus ou moins durables, plus ou moins énergiques et plus ou moins aptes à produire des effets sur le plan physique.
Notre action consciente dans le monde physique étant le résultat de nos conceptions dépend donc toujours des êtres astraux peuplant notre âme, des élémentals qui en font leur séjour durable ou passager.
L’élément physique et l’élément astral, parties com posantes de l’homme, sont plus ou moins concor— dants, suivant les individus ; plus ils sont concor dants, plus les élémentals aptes à agir au plan phy— sique passent facilement et.fréquemment sur ce plan; \
I 2 2 L'INITIATION I‘: moins ils sont concordants, plus rare parce que plus difficile est l’action des élémentals de la personnalité sur le plan physique.
Chacun sait par expérience qu’il y a des hommes dont les idées se réalisent facilement dans le domaine physique, tandis qu’il en est d’autres dont les idées restent toujours dans le domaine idéal, dans ce que nous nommons l’imagination, quelque peine qu’ils se donnent pour en obtenir la rélisation sur le plan phy sique.
Ces faits sont le résultat du degré de concor— dance de l’élément astral et de l’élément physique entrant dans la composition de chaque personnalité. Si cette notion des deux plans était répandue, com bien d’hommes de haute intelligence auraient évité des échecs douloureux et inévitables.
Ils auraient com pris que leur manque de chance était la conséquence du manque de concordance de leur élément astral avec leur élément physique, et ils auraient ou aban donné leurs entreprises inutiles ou travaillé préala blement à établir la concordance des deux plans qui faisait défaut à leur personnalité, car la volonté cons ciente est douée d’une puissance qu'on ne soupçonne guère encore.
Il arrive presque toujours que l’élément astral et l’élément physique de la personnalité des grands hommes à leurs débuts ne sont pas en concordance ; de-là les malheurs légendaires dont ils sont presque tous assaillis et la tendance au suicide qui, à un cer tain moment, se manifeste chez la plupart d’entre eux. Cette tendance est le résultat d’une vague per ception qu’ds ont de la non-concordance de leurs élé o’
LA CHANCE 123 ments ; cette perception devenant trop forte,ils obéis sent à la tendance au suicide; ils séparent par un acte de leur volonté des éléments dont la non—concor— dance est pour eux un sujet de souffrance dans l’igno— rance où ils sont que la même volonté convenable ment appliquée pourrait amener la concordance qu’ils désirent entre leurs éléments constituants.
Toute la littérature werthérienne qui a occupé la première moitié de notre siècle sous le nom de roman tisme n’est pas autre chose que l’affirmation'prolon gée et inconsciente de la non—concordance des élé— ments astral et physique de l’homme.
Cette littérature a exprimé une souffrance réelle de l’humañité;comme la souffrance est le grand instruc— teur de l’homme, peut-être ne fallait-il pas moins que cette longue période de désespérance pour amener notre génération à l’étude et à la compréhension de l’Occultisme. Les difficultés du début des grands hommes sont une des conditions de leur grandeur par la trempe que leur volonté doit acquérir afin de les surmonter.
C’est une idée qui a déjà été aperçue et que Stendhal a notée dans le . sure et le Noir; la théorie occultiste des trois plans permet de se rendre compte de ce fait que les littérateurs et philosophes antérieurs ont cons taté sans pouvoir l’expliquer.
Ces difficultés venant de la non-concordance des deux plans dans la personnalité des futurs grands hommes, obligent leurs forces astrales, les élémen tals évolués par leur activité intellectuelle personnelle, à rester au plan astral. Chez le futur grand homme,
124 L’INITIATION quand il n’est pas un résigné, ces forces ne demeurent pas inactives; douées d'une grande énergie, elles la dépensent les unes sur les autres; elles vivent avec in tensité; elles luttent, elles se tuent, elles se dévorent, elles se repoussent ou s’unissent, elles se fécondent, elles forment en mot une population vigoureuse et re— muante au lieu astral qu'est l’âme de cet homme.
Plus cette population astrale est dense, plus elle contient de capacités d’agir sur le plan physique ; vienne un changement qui mette en concordance les deux plans, aussitôt la partie active de cette population descend au plan physique et y produit les phéno mènes.
Si, dès le début, les deux plans avaient concordé, chaque force astra’le active, aussitôt venue dansl’âme, serait descendue au plan physique et y aurait agi; mais l’action disséminée, éparpillée, n’aurait jamais en l‘importance, l’intensité qu’elle acquiert lorsque la descente au plan physique est une migration, une in vasion d’idées actives animées par une volonté à haute tension.
On ne peut être un puissant homme d’action sans que l’âme, lieu astral, soit un pays fécond garni d’une population d’idées pratiques nombreuse et robuste. L’étude et surtout la réflexion engendrent une pan— tie de la population astrale des âmes humaines. Toute idée pourrait être pratique sur un plan phy sique adéquat à sa nature.
Toute idée reste utopique aussi longtemps qu’elle ne peut descendre sur un plan physique lui offrant des moyens de se réaliser. La force astrale descendant sur un plan physique
LA CHANCE , 125 non approprié à sa nature, quelle que soit la vigueur dont elle est douée, n’y produira pas les résultats conçus. Les connaissances fournies par l’Occultisme sont seules aptes à nous faire établir la concordance de nos éléments astral et physique,lorsquefile sort, la destinée, le hasard, la volonté de Dieu, Karma, — mot expri mant la même idée àdes degrés divers de compré hension — nous a pourvus d’éléments discordants. GUYMIOT.
àbréqé des Érophéties ljloclernes OUVRAGES CONSULTÉS ADRIEN PELADAN : Dernier Mot des prophéties, 2 vol. 10, rue de la Vierge, à Nîmes (Gard), 188I. ABBÉ CURIEQUE: Voies prophétiques (ouvrage approuvé par cinq évêques); 1872, 2 vol. Palmé (Savaëte, successeur), 76, rue des Saints—Pères. ABBÉ COMBE : Étude sur le secret de la Salette, bro chure in-8", Vic etAmat, 1894, I fr. CHAUFFARD : La Révolution, ouvrage dédié à M"r d'A vignon; Avignon, Aubanel, I893. l.—-CAUSES ET PRÉSAGES DE LA COLÈRE DIVINE. — L’Europe est coupable. Le saintjour est profané, le Saint-Sacrement outragé, l’Incarnation traitée de fable; on nie l‘existence même de Dieu. La France ir rite la colère divine par son mépris des lois du ma riage et ses blasphèmes répétés... Le monde a été inondé de mauvaislivres (I). (I) Vie de S. Marie de Jésus crucifié, Carmélite de Pan, reli gieuse de Belley, une ancienne Religieuse, une Voyante (Ann. du surnaturel, 1884,. p. 156); une Extatique (ibid., p. 3I0).
ABRÉGÉ DES PROPHÉTIES MODERNES 127 u W . — A droite, vanité et mensonge; à gauche, turpitu des abominables. — Pendant quelque temps, la Providence semblera abandonner l’univers (I). — Lesgrands événements auront lieu lorsqu’on ces-_ sera de faire des prières publiques en se disant que les choses iront toujours de même (2). — Au moment où la France comptera sur la paix, de terribles épreuves lui sont réservées (3). —— Des tremblements de terre,des signes au ciel, des fléaux divers, la disette en 1893, la mort de quel— ques saintes personnes privilégiées, annonceront le cataclysme.
Il y aura une grande mortalité, une grande misère; l’année qui précédera le grand événe ment sera très mauvaise. Un hiver fort court précéde— ra la guerre (4). —- L’Église sera séparée de l’Etat et les prêtres por teront les armes: l’année décisive sera celle de l’apos tasie.
La colère de Dieu aura été excitée par dix années d’actions impies commises en France à l’égard de l’Église (5). <<Quand les hommes ne croiront plus à Dieu, seront infidè les aux monarques, voudront détruire par la ruse la religion catholique et n’auront d'autre culte que celui du plaisir ;quand les femmes dans l’excès de leur luxe ne sauront plus comment se vêtir, que les hommes porteront des barbes de capucins, alors Dieu châtiera le monde.» (Vieilles prophéties allemandes.) (1) Le P.
Nectou. (2) Prophéties de Blois (Nectou). (3)Marie des Brotteaux. (4) Id.. et Catherine Laboure’ d’après Feladan (Ann. du sur— naturel, 1884, p. 358.;Marie—Julie (ib., 1886, p. 37). (5) Orval, Marie—Julie, 4 janvier 1884. (Annales du surna turel, 1886, p. 36; 1884., p. 348.) D’après la prophétie de Prémol, le nombre des Judas (13) avec
128 L’INITIATION Il. — Les CHATIMENTS. La France, sans s'y attendre, sera entourée d’enne— mis et attaquée de tous côtés. Toutes les troupes fran çaises étant parties aux frontières, la plèbe alors se soulèvera contre l’autorité. Les ennemis profiteront de l’anarchie pour envahir l’est et le sud-est de la France, en menaçant Paris et Lyon (1). Les provinces de l’est, surtout la Champagne et la Lorraine, subiront des misères effrayantes.
La perturbation sera générale : après la France, l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie, l’Espagne et la Rus sie seront bouleversées par la révolution. {Des monar— ques seront mis à mort.
Des républiques s’élèveront le nombre de Dieu (3) annonce une année de malheurà partir de 1832,année du choléra: or,13 + 3 : 16; 1832 +16 = 1848 + 16 = 1864 (date du déchaînement du spiritisme satanique d’après le secret de la Salette) + 16 = 1880 (commencement de la persécution de l’Église en France) + 16 = 1896.. . et. . . De plus, 1848 + 48 (12, nombre des apôtres, X 4): 1896; et 1851 + 45 (nombre divisible par 3, celui de Dieu): 1896.
Dans la prophétie de Prémol, le triangle de Dieu passe sur la tête de 12 apôtres, et il y a une révolution quand il passe sur la tête de Judas, comme en 1848: or 1848 = 21 (somme des chiffres) :3 X 7,1848 +12 = 1860; et 1860 :15 ou 3 X 5; 1860+ 12: 1872 et 1872: 18 0113 X 6; 1872 + 12: 1884; et 1884 = 21 ou 3 X 7; et 1884+ 12 = 1896 = 24 = 3 X 8.
M- l’abbé Combe, pour d’autres rai sons, suppose qu’il yaura un événement décisifle 20 septembre 1896.Et1875+1+8+7+5:1896. ' Mais il est possible que le triomphe ne soit définitif qu’après plusieurs années de luttes depuis 1896. (1) Marie Brotteaux, Orval, curé d’Ars, Souffrant, Berguille. l '.1 . . ;flsa._L_4»m_—.Ju_ r* » :ç » ,
ABRÉGÉ DES PROPHÉTIES MODERNES 129 en Espagne et en Italie (I). L’empereur d’Allemagne ira en Italie combattre la révolution après avoir en— vahi notre patrie (2). En France, les amis de l’Église et des souverains seront tellement persécutés qu’ils prendront les armes (3). ' Trois partis se feront une guerre acharnée. Le sang coulera comme une pluie du Nord au Midi. pendant que l’Ouest sera en partie épargné à cause de sa foi.
Les méchants feront périr sur l’échafaud beaucoup de prêtres et de gens de bien dont ils auront dressé les listes d’avance. Les trois partis se fondront en deux, dont l’un sera plus fort que l’autre. Ce sera la guerre des rouges, qui se tourneront d’abord contre les riches, puis contre l’Église ; les chemins de fer seront coupés, des couvents seront pillés et brûlés, dès églises fermées puis forcées, les saintes espèces profanées.
Plusieurs villes s’isoleront pour régner dans leurs limites. On se massacrera jusque dans les maisons. Les méchants voudront tout détruire (4). Les républicains se dévoreront entre eux (5). (I) Orval, Mirabilis Liber; Rosa—Colomba Ardente, Holzhau 5er, Prémol, Prophéties allemandes, proph. placentienne, proph. augustinienne; P. Nectou, Jean de Vatiguerro. (2) S. Méthodius. (3) Holzhauser. (4) P.
Nectou, Sœur Nativité, une Extatique (Ann. du Sur— nat, I884, 3 I 2), abbé Souffrant, (Ann. du surnat., I885, p. 43), une Trappistine de N.-D. des Gardes, Secret de la Salette, abbé Mattay (Proph. allemandes), Religieuse de Belley, anonyme cité par Péladan (Dernier Mot des prophéties, 11, 122). (5)Abbé Souffrant, Hélèue Wallrafl‘.
130 L'INITIATION Une bataille se livrera sous les murs de Paris, une autre non loin de Blois (I). Les prières et les supplications des b0ns monteront jusqu’à Dieu. Après plusieurs mois de bouleverse ments, il y aura une crise épouvantablependant la quelle on se battra même la nuit. Les éléments eux-mêmes seront soulevés et la terre tremblera. Les démons se répandront par milliers dans les airs (2).
Une grande bataille se livrera près de Lyon, dans la plaine de Cinq—Fons, après que la plus grande partie des habitants de Paris auront quitté la capitale. Les étrangers seront écrasés et n’entreront point à Lyon. Une immense quantité de méchants périra aussi (3). — Des ténèbres pestilentielles feront périr ceux des méchants qui ne seront pas morts dans les combats.
Les bons chrétiens se préserveront de la mort en allu mant des cierges bénits, dont la lumière seule pourra éclairer pendant les ténèbres (4). —-——La peste et la famine joindront leurs ravages à ceux de la guerre. Une effroyable dépopulation réduira des trois quarts le nombre des hommes (3). La plupart des bons (I) Prophétie de Blais, Marie des Brotteaux. (2) Prophétie de Blois, P.
Nectou, Marie Lataste, Prémol, Jean de Vatiguerro, une Voyante (Ann. du surnaturel, 1885, p. 4.0); secret de Mélan ie. (3) Marie des Terreaux, Marie des Brotteaux, Blois. (4) Anna-Maria Taïgi, Palma, Mélanie, Marie—Julie, José phine Reverdy, Elisabeth Caueri-Mora, Marie Lataste, P. Clausi, une Extatique (Ann. du surnat.
1884., p. 311). (5) Prémol, Religieuse de Belley, Jean de Vatiguerro, Blois, (Proph. augustinienne), Marie Stiefel,Marie-Julie, sœur Marie
ABRÉGÉ DES PROPHÉTIES MODERNES 131 seront conservés pour voir le grand _triomphe de l’Église. —— On croira tout perdu, tout sera sauvé (1). — Les desseins des impies seront renversés quand ils les croiront accomplis pour toujours (2). Un personnage restera sans sépulture à Paris, et la cité coupable sera ruinée de fond en comble. Ceux des méchants qui survivront après le grand coup de la Providence se convertiront en masse (3).
Un souverain du Nord détruira les gouvernements révolutionnaires et fera périr les cinq sixièmes des méchants. Les bons Français auront recours à lui, ainsi qu’au souverain pontife, pour mettre fin à leurs dissensions: ils obtiendront un gouvernement chré tien. Et une longue période de bonheur sera réservée à la France repentante, par la bonté du cœur de Jé— sus (4). La Russie se convertira et aidera la France à rendre la paix au monde (5).
Une grande association, qui s’efforcera d’abolir la vérité, l’autorité de Dieu et celle des princes, sera dé truite parles mains mêmes de ceux qui l’auront soute— de Jésus crucifié, secret de la Salette, Hélène Wallrafï, le P. Léon, S. Ange. (i) P. Bernard Clausi, P. Nectou, abbé Souffrant. (2) Marie Lataste. (3) Prophétie de Grenoble, P. Clausi, Lettre à Mgr Baillès, 1852 (Péladan, Dernier Mot des Prophéties, 1882, 2" partie, p. 39); P.
Nectou, abbé Souffrant, curé d’Ars, le P. Raynaudi (Mgr Cerri,lfuturi Destini). (Ann. du Surnaturel, 1884, p. 312), une ancienne Religieuse, Orval, Souffrant, Belley, Olivarius, Botin, J. de Vatiguerro, secret de Mélanie, Cyelbe, Prémol. (4) Sr Marie Imelda, Mère Marie—Thérèse de Jésus (des Cla risses de Gavany). (S) Abbé Souffrant.
I 32 L’INITIATION nue en la faisant servirà leurs intérêts : ses membres ne trouveront aucun lien de refuge (I).
SATURNINUS. itruts Retaurnnqurs DÉCOUVERTE D’UNE CIVILISATION MYSTÈRIEUSE AU CENTRE DE L’ASIE Depuis qu’un courant d’idées, de plus en plus irré sistible, porte les esprits curieux de traditions anti ques vers le passé des races disparues de notre globe, un grand nombre de voyageurs intrépides, mus par l’amour de la science, ont sillonné dans tous les sens le centre même de l’Asie.
Au prix des plus grands dangers, ayant à lutter à la fois contre les éléments, voyageant parmi des populations inhospitalières, leurs recherches ont pu cependant quelque fois être couronnées de succès. Gloire leur soit rendue !
Car ce n’est pas sans quelque orgueil que, / revenus en Europe, ils ont été à même, par leurs ré cits empreints de sincérité, de présenter aux savants étonnés et presque stupéfaits les preuves indiscuta bles d’une civilisation mystérieuse, dont les vestiges vénérables sont encore là de nos jours gisant épars (I) Georges \Varens (Mgr Cerri, [futuri Destini).
TEMPS PRÉHIS’I‘ORIQUES 133 _ "" . soit au milieu des déserts de sable du centre deÏl’Asie, soit enfouis dans des cavernes immenses,ayantéchappé aux regards des humains au long cours d’âges qu’on ne saurait supputer 1 C’est qu’en efl’et l’homme n’est pas né d’hier ', notre chronologie étriquée est bien pâle, en regard de la réalité des faits.
Nos races actuelles dégénérées, et produit de races qui leur étaient de beaucoup su périeures et auxquelles elles ont succédé, ne font qu’accomplir, dans l’Humanité, le rôle qui leur est assigné par la loi d’évolution.
Appelées à idispa raître comme leurs devancières, peut-être à leur tour, dans quelques milliers d’années, serviront—elles de sujet d’études à une nouvelle race ; peut-être les sa vants d’alors auront-ils à scruter leurs origines de même que les érudits d’aujourd’hui recherchent le mot de l’énigme qui leur est présentée par l’exhuma— tion en quelque sorte de populations, dont jusqu’ici nul n’avait jamais soupçonné l’existence.
Leur nom a été presque effacé de la mémoire des hommes ; à moins qu’on ne veuille prendre. comme une affirma ' tion, l’écho affaibli de légendes locales à ce sujet. Qu’est-ce qu’une légende après tout P La trace in déniable d’un fait ayant laissé son empreinte là où elle s’est formée,et perdant d’autant plus son caractère précis, dans le Temps, qu’elle s’éloigne de l’époque où le fait a pu avoir lieu.
Revêtant tout d’abord la forme orale, le récit passe de bouche en bouche, sou— mis à tous les caprices de l’imagination de l’homme, s’empreint de merveilleux et, colporté de siècle en siècle, n’arrive que dénatùré aux époques posté—
134 L’INITIATION rieures, alors que la science s’en empare et cherche à en extraire la substance. Tel est à peu près le cas pour l’exposé que nous présentons au lecteur. Des ruines dénotant une Civilisation très avancée existent, avons-nous dit, au centre même de l’Asie. Quel est l’organisme humain, quelle est la nation en un mot qui a pu mettre en œuvre cette civilisation ?
L’histoire est muette à cet égard ; le champ des hy— pothèses se trouve donc ouvert, et il faut espérer qu’un chercheur de génie arrivera à pouvoir recons— tituer cet édificef écroulé d’une civilisation disparue. Jusque-là qu’il nous suffise de citer les relations d’ex plorateur qui ont visité ces contrées, entre autres celle du général russe Prejevalsky.
Au Thibet, dans les montagnes, existe une mu raille gigantesque,non encore détruite, se prolongeant au loin depuis le cours de la rivière Khuan—ke,en bas des monts Kara-Korum. Cette construction témoigne d’une civilisation très avancée ayant dû se constituer là il y a des milliers d’années.
Quels secrets étranges, quelles révélations pourraient surgir de ces vestiges vénérables, s’il nous était donné de faire revivre ce passé, lettre morte pour le genre humain actuelle ment. Les portions orientales et centrales de ces régions connues sous le nom de Nan-Schayn et Altine-Taya étaient autrefois recouvertes, dans un temps qu’il est impossible de supputer, de nombreuses cités pou vant rivaliser avec la Babylone relativement moderne. Une période géologique tout entière s’est accomplie
TEMPS PRÉHISTORIQUES 13 5 -Ir- »'|“IIn—"n“:i'ffll“l»'fl : Ww vul u__, depuis que ces cités antédiluviennes ont exhalé leur dernier souffle. Enfouies au-dessous des remparts mouvants de sables sans cesse renouvelés, elles re posent au milieu de ces terres désolées, mortes à tout germe de vie, contrées formant les plaines centrales immenses du bassin, dont les limites seules sont su perficiellement connues du voyageur.
Au milieu de ces plaines stériles, de fraîches oasis se rencontrent cependant où nul pied humain n’a pu encore s’aventurer, car leur abord est tellement difficile qu’elles sont inaccessibles même aux natu rels du pays, par suite des ouragans qui ravagent en tièrement les plaines en avant d’elles.
A la suite de ces tempêtes de sable, des abîmes profonds se creusent dans les entrailles de la terre; des ouvertures se sont formées donnant accès dans le sous-sol de quelques—unes de ces oasis : espèces de cavernes sablonneuses où plusieurs armées pourraient se mouvoir à l’aise.
Du reste, ces antiques civilisations sont en quelque sorte constatées dans d’autres régions de cette même contrée relativement plus peuplées. — L’oasis Tcher tchen, par exemple, située à environ, 4,000 pieds au-dessus du niveau du fleuve Tchertchen-d’Aria, est entourée, dans toutes directions, de ruines archaïques débris de cités détruites.
On y a rencontré plus de trois mille squelettes ou ossements humains, vestiges avérés de races, de nations éteintes, dont les noms sont maintenant inconnus à nos ethnologistes. A vouloir classer, diviser ces oSsements,combien un an thropologiste de profession se trouverait embarrassé,
136 L’INITIATION puisque les descendants respectifs de toutes ces races antédiluviennes mêlées et confondues, les reconnais sant comme leurs ancêtres, sauraient à peine donner quelques vagues renseignements sur ce point impor tant de leur descendance supposée.
Lorsqu’on les interroge sur leur origine, les habi tants actuels de ces contrées répondent invariable blement qu’ils ne savent pas d’où leurs frères sont venus, mais qu’ils ont entendu dire que le premier ou les plus anciens hommes de ces localités avaient été gouvernés par les grands génies de ces déserts.
Qu’une semblable réponse puisse être imputée à l’ignorance ou à la superstition, soit pareillement à un enseignement oblitéré d’une doctrine secrète ésoté rique, une base demeurecependant,étayant en quelque sorte ce récit; nous voulons parler d’une tradition pri mordiale dont on doit tenir compte dans une certaine mesure.
Seule entre toutesles tribus du pays, celle du Khoôrassan prétend être venue de la région connue de nosjours sous le nom d’Afghanistan, et cela bien avant Alexandre ; et ces légendes apportées et ap prises viendraient corroborer les récits des natifs du pays.
De plus, le célèbre voyageur russe Prejevalsky, déjà cité, rapporte que dans l’oasis de Tschertchen,au Thi bet, existent les ruines de deux vastes cités ; la pre— mière a été détruite, selon la tradition locale, il y a trois mille années, par un héros considéré comme un géant ;et la deuxième, plus récemment, par les Mon gols, vers l’an 1000 de notre ère. L’emplacement de ces deux cités, d’une étendue w.,.. .. 4--....H _ 1..,,_1
TEMPS PRÉHISTOR‘IQUES 137t prodigieuse, se trouve actuellement recouvert par les sables du désert, livré au soulèvement impétueux des vents brûlants du simoun ; et, àla suite des ou ragans presque perpétuels en ces parages, on décou— vre, parsemés çà et là, des porcelaines broyées, des ustensiles de cuisine, même des ossements humains.
Les natifs rencontrent assez fréquemment des vases d’or ainsi que desmonnaies en argent, des diamants, des turquoises et, ce qui doit le plus étonner, des verres cassés. Des cercueils en bois d’une matière inaltérable ont été quelquefois exhumés, au-dedans desquels des momies_embaumées reposent dans leur dernier sommeil.
Parmi ces momies, celles représentant des hommes sont toutes de haute stature et dépassant de beaucoup la moyenne ordinaire; elles sont puisamment bâties avec de longs cheveux ondoyants. Dans une autre excavation, se trouventdouze sque— lettes d’hommes accroupis, les mâchoires afiermies par un cercle d’or passant sous le menton en tra vers du sommet de la tête. — Peu de temps après a été découvert le sépulcre séparé d’une jeune fille.
Elle était entourée dans un étroit vêtement de laine, le sein revêtu d’ornements étoilés en or, les pieds laissés à découvert. (Lecture faite par Prejevalsky qui ajoute que, tout le long de la route longeant la rivière de Tchertchen, il a entendu dire par les natu rels dupays que, selon des légendes antiques, trente— trois villes très anciennes, ont été enlevées et’f ces lieux, dans le passé, sous les sables du désert.) Une tradition identique a cours, sur le Lob—nor et
138 L’INITIATION dans l’oasis de Kerga, où l’on retrouve les traces d’une ancienne civilisation disparue remontant à des temps que l’on ne saurait évaluer, ce qui donne le droit d’ajouter foi à une autre légende garantie en quelque sorte par les pundits (savants) de l’Inde et de la Mon golie, lorsqu’ils font mention d‘un immense amas de documents, espèces de bibliothèques, exhumés des sables, archives respectables de l‘antique savoir ma gique, dont les habitants étaient alors en possession d’après la légende.
Ces documents, recueillis au dehors et mis en sûreté, n’attendent plus, pour être déchiffrés, que d’être étudiés, si tant est qu’on puisse jamais retrouver la clef du sens profond qu’ils renferment.
La science occulte répond à ces desiderata, avec cette réserve toutefois que ceux qui s’y adonnent se montrent très discrets sur la nature des sources où ils vont puiser leurs documents; car ceux qui ont détenu au cours des âges, et détiennent encore aujourd’hui la clef des symboles dont nous possédons seulement des thèmes commentés par à peu près, n’ont jamais voulu déchirer le voile en entier. Pourquoi? dira-t—on.
Par la raison que la lumière trop éclatante de la vérité n’était point bonne à être projetée dans un monde non encore préparé à ces sublimes enseigne— ments ! Il ne faut pas le dissimuler, nous connaissons fort peu de chose, sur la doctrine véritable des grands initiés des temps antiques. Des documents existent, cela ñ’est plus douteux; mais qui les connaît de nos jours exactement, sans crainte d’erreur? Quel est le savant assez osé, fût-il initié lui-même, ... ,7 , _ ,....._i._ / / . -..... .- 4
TEMPS PRÉHISTORIQUES 139 qui ait pu, en toute sincérité, affirmer sa compétence en ce qui concerne un enseignement qui a toujours été célé jusqu’ici, alors que son premier devoir d’ini tié était de se taire ? Telle est la question ; il ne faut pas chercher où elle n’est pas, heureux si nous pouvons un jour faire parler le sphinx. Ce doit être le vœu le plus ardent de tous les amis de la science.
En attendant, contentons—nous desà peu près qui dépassent encore de beaucoup les élucubrations philosophiques modernes sur le système du monde, tant physique qu’intellectuel et moral.
En somme, la découverte d’une civilisation préhis torique au centre de l’Asie est éminemment sugges tive. ’ Elle démontre tout d’abord, d’accord en cela avec la science, que des bouleversements géologiques ont en lieu en Asie, à des époques différentes, qui ont eu pour effet de remanier la structure même de cette par— tie du globe actuel, par delà les plus anciennes civili sations connues: conséquence immense ouvrant des horizons presque infinis à la superposition des (races humaines les unes sur les autres.
Puis, en outre, s’il en est ainsi, un autre fait rigoureusement déduit en dé coule, à savoir que les races humaines dépassent les cataclysmes, au milieu des transformations produites dans la structure terrestre, les suivent en quelque sorte, et qu’à chaque convulsion géologique succède une convulsion ethnique, si je puis m’expliquer ainsi.
Ce qui dénoterait un plan providentiel unitaire dans toutes les parties du Cosmos, Où chacune d’elles vien drait sejoindre à l’ensemble, en créant l'unité du des
140 L’INITIATION Wm.m u;au.:. a... . sein conçu, appelé à se survivre, au milieu de trans formations successives. Chaîne sans fin reliant le passé au présent,affirmant le progrès dans la création ; progrès jamais interrompu, dans l’espace et dans le temps, se mouvant dans l’Eternité sans limites !
L’homme a toujours conçu d’instinct cette gran diose épopée qui le relie à tous les êtres;c’est en un mot le Divin qui l‘étreint de toutes parts pour ne plus le quitter à jamais! Si haut que l’on remonte dans les souvenirs du passé, en sondant d‘un œil curieux, attentifs à recueil lir les similitudes ou les coïncidences, qu’on les dé nomme ainsi, si l’on veut.
Qu’importe! on retrouve les mêmes traditions parmi les peuples les plus divers, soit au nord, soit au sud, soit à l’orient, soit à l’occi dent. Une doctrine secrète conservée avec un soin jaloux dansles sanctuaires, ésotérique à son origine, puis exo térique, s’est toujours affirmée, au moyen de symboles hiératiques, religion universelle de l’ancien monde préhistorique. Nos religions modernes en dérivent directement.
Il faut le proclamer ici bien haut, il n’y a eu dans le passé qu’une seule religion, aussi bien qu’il n’en existe qu’une dans le présent, et qu’il n’y en aura qu’une dans l’avenir, sous des vêtements différents, il est vrai, mais ayant possédé et devant toujours possé— der le caractère unitaire inhérent à celui de la nature humaine. L’homme est simpliste par essence, et la science véritable le démontre victorieusement.
TEMPS PRÉHISTORIQUES 141 La diffusion d’une doctrine secrète dans le passé ne saurait être mise en doute : le débat, s’il peut en exister un, se restreint à une question d’interprétation. Or la tradition acceptée sans conteste dans l‘anti quité rapporte que, lors de la destruction de la biblio thèque d’Alexandrie, des milliers de vieux parchemins relatant cette doctrine secrète tant controversée par les modernes ont été sauvés du désastre.
Qui ne sait que, si, sous le règne d‘Akbar dans le nord de l’Indoustan, des quantités de manuscrits, fruit de travaux écrits en langue sanscrite, ont été anéantis, conformément aux ordres insensés d’un souverain fanatique et barbare, d’un autre côté le sud de l‘In doustan, qui avait échappé à l’invasion, n'a pu subir les mêmes calamités?
Les antiques parchemins, écho des enseignements de la doctrine secrète des grands initiés, ont été pieu sement conservés dans les temples; ils y sont encore aujourd’hui, entourés de gardes vigilants, afin d’être soustraits aux regards des profanes.
En Chine et au Japon, d’après une tradition uni verselle, les textes les plus vieux de cette doctrine se crète avec les commentaires qui seuls peuvent aider à la rendre compréhensible, textes s’élevant à des mil liers de volumes, ont été mis depuis longtemps hors de la portée de mains profanes.
Toutes ces causes réunies expliquent pourquoi a été perdue depuis des siècles la clef qui aurait permis seule de déchiffrer le sens véritable attaché à ces sym boles multiples et si variés. Ne les rencontre-t—on pas, du reste, dans la vaste
142 L'lNITIA'I‘ION littérature sacrée et occulte représentée en Egypte par les archives hiéroglyphiques,à Babylone par les caractères cunéiformes retrouvés et composant des bibliothèques prodigieuses en briques cuites ; dans l’Inde par les commentaires secrets qui peuvent rendre intelligible le sens véritable des Védas, ces vérités cé lées pour l’œil du vulgaire, visibles pour l’initié des sanctuaires.
Ainsi que des voyageurs l’ont constaté, d’après la relation qui précède, un nombre considé— rable de ces manuscrits existent encore au milieu des cryptes solitaires de certaines régions du Thibet. Qu’on consulte, à cet égard, les pundits buddhistes: tous seront unanimes à affirmer l’existence de leurs livres secrets.
Si les initiés qui se sont toujours succédé d’âge en âgejusqu’à nos jours ont cru devoir conserver sur tout le dépôt précieux des connaissances qui leur ont été confiées par leurs devanciers, il ne faut pas croire qu’ils aient été mus par des sentiments d’orgueil ou d’intérêt personnel: loin de là.
En présence des forces terribles et secrètes mises à leur disposition par le fait de l’initiation, forces produites par les lois physiques naturelles à travers les âges, il eût été dangereux de répandre de telles connaissances à des multitudes non préparées à les recevoir, et qui auraient pu les appli quer au mal au lieu de les appliquer au bien.
Entre autres pouvoirs acquis aux initiés seuls, il en est un, le Vril, dont la puissance destructive a été retrouvée de nos jours par le physicien J.—W. Keely, de Philadelphie. Mais, dira-t-on, en ce qui concerne la philosophie
TEMPS PRÉHISTORIQUES 143 pure, quel danger pouvait-il y avoir pour l’humanité à la révéler dans son sens ésotérique? En voici la rai son.
Prenons la doctrine des chaînes planétaires par exemple, où les sept principes de l’homme se trouvent incarnés dans l’évolution de sept races distinctes, chaque principe se trouvant en corrélation avec le plan d’une planète et d’une race; les principes humains, sur chaque plan, sont pareillement en cor— rélation avec sept forces occultes inhérentes à chaque race, disent les initiés.
D’où il s’ensuit que, les pre— mières races ayant été les mieux douées, leur puis sance physique et morale se trouvait être supérieure à celles qui ont suivi; les races en dégénérescence, comme les races actuelles ayant perdu le sens moral élevé de leurs devancières, ne sont point encore aptes à s’adapter, à employer des forces susceptibles de cau ser un mal incalculable à l’humanité si l’on n’y pre nait garde.
Autrefois, l’emploi de ces forces était d’un usage courant chez certaines privilégiées ; nous n’en voulons pour preuve que les traditions conservées sur ce sujet, et que l’on rencontre si souvent dans les poèmes de l’Inde, surtout Ramayana.
Voici quelques extraits qui élucideront cette ques tion palpitante d’intérêt à notre sens: Changement de formes: Aussitôt qu’ils eurent ouï ces paroles flatteuses, les huit démons saluent Ravana (le prince des démons), le quittent sous des formes invisibles (t. IV, p. 390). « Fils de rayon, lui dit le bienheureux Astri, des Rakshasas anthropophages sous différentes formes, et
14.4 L’INITIATION sous les appapences mêmes de carnivores altérés de sang, habitent dans cette vaste forêt (t. IV, p. 291). Pouvoir sur la Vie et la Mort: Paroles de Cara bhanya avant de monter sur son bûcher: «J’ai mérité de Brahma une faveur par mes violentes macérations: c’est que je ne puis être tué par aucune arme dans ce monde, nipercé d’aucune flèche(t. IV, p. 38).
Et plus loin, page 51: « A ces mots Carabhanya mit le feu à son bûcher, et il entra au milieu des flammes. Alors, émergeant de cette masse de feu et purifié, il brilla d’une lumière semblable à celle du feu. « Il s’éleva par-dessus les mondes, récompense des Richis aux œuvres saintes qui ont veillé religieuse— ment sur le feu sacré (c’est-à-dire la vérité), et, dépas sant le ciel des dieux, il atteignit le monde de Brahma lui-même.
« L’anachorète aux œuvres pures vit _le père de tous les êtres environné de sa cour, dans son paradis, séjour de béatitude; et Brahma, jetantles yeux sur le saint revêtu d’une éclatante splendeur, le salua avec ces mots: « Sois le bienvenu dans mon ciel. » Ne dirait—on pas la reproduction presque littérale d’un épisode de béatification de l’un des saints de la lé— gende dorée de l'Église catholique P ’ Le Culte de la Force réprouvé dans le Ramayana : Le culture des armes enfante naturellement une pen sée vaseuse d’injustice (t.
IV, p. 70); admirable leçon bonne à méditer dans nos temps modernes Où la Force prime le Droit. Définition du Devoir source de tout Bien: « Le
TEMPS PRÉHISTORIQUES 145 Devoir'est le père de l’utile; le Devoir engendre le bonheur; c’est par le Devoir que l’on gagne le Ciel. .Ce monde a pour essence le Devoir. » Hélas! que nous sommes loin encore de l’applica tion de ces préceptes. Religion du Sacrifice : « Le Paradis est la récom pense des hommes qui ont déchiré eux—mêmes leurs corps dans les pénitences, car le bonheur ne s’achète pas avec le bonheur. » (T.
IV, p. 70.) Ces sentences ne mériteraient-elles pas d’être ins— crites en lettres d’or au fronton de tous nos temples, à la place d’honneur de tous nos établissements d’ins— truction publique ? Quelle philosophie sublime, et que. de sérénité dans son exposition! Suggestion mentale: « Aditi et Diti , Danou et Kalakà entrèrent dans sa pensée. » (T.
IV, p. 41.) Le Vrz'l, sa puissance: « Je vais lancer à sa ruine un dard supérieur céleste d’une triomphante rapidité :, le trait même d'un feu, pour qu’il dévore cette mas— sue. « Le trait d’Agni (Dieu du feu, d'où ignis en latin), tout pareil au feu, arrêta la grande massue dans son vol'dans les airs.» (T. IV, p. 215.) Qu’était-ce que le Vril?
A en croire les antiques récits de l’Inde, c’était le contenant d'une force irrésis sistible emmagasinée sous une forme particulière, et dont les anciens Atlantes, ancêtres Rutas, eux—mêmes progénitures des Hindous, connaissaient l’usage. Il est utile de rapprocher la force éthérique nouvelle, décou verte par l’Américain Keely, de cette force connue des Hindous.
146 L’INITIATION Métamorphose: Dans le Ramayana, lors du départ ‘ des grands singes à la recherche de la belle Sita, l‘épouse fidèle de Rama, il est souvent rappelé leur facilité et leur pouvoir de se métamorphoser en quelque forme que ce soit. Il en est de même des démons: on leur reconnaît à tous la faculté de changer de forme.
Clairvoyance: Quand la pénitente qui gardait le palais de la déesse fut interrogée par les grands singes sur la possibilité de sortir de la forêt magique, elle leur dit: « Néanmoins, grâce à la puissance que je possède en vertu de mes pénitences, grâce aux mérite: conquis par mes constantes macérations, vous sorti rez tous, singes, de cet obscur labyrinthe.
Plus loin (59 vol., p. 368), le grand vautour qui avait eu, ainsi que son frère, les ailes brûlées (par le feu du Ciel), et s’étaient tous deux abattus sur la mon— tagne, sans pouvoir se relever, punis d’avoir eu dans leur orgueil insensé la pensée de s’élever jusqu’aux Cieux (allusion à la fable d’lcare reproduite par les Grecs).
Le grand vautour, interrogé par les singes sur le rapt de Sita par Ravana, leur rendit un service signalé en leur apprenant qu’il avait vu le démon Ravana emporter Sita dans les airs, dans tel lieu...
« Marchez d’un pas hâté, singes, leur dit-il, carje mus vois déjà, grâce à ma science, revenir ayant réussi vous-mêmes à voir Sita. » Puissance de la volonté: Le riche Niehara, en qui la pénitence avait entièrement consumé la matière par la puissance‘de la volonté, fit repousser les ailes du vautour; et avec elles revinrent sa jeunesse, son cou
TEMPS PRÉHISTORIQUES 147 rage et sa puissance (t. IV, p. 39). Et plus loin: « Je te ràmènerai ton épouse Sita, dit l’anachorète Sou— griva à Rama; je te la ramènerai comme Vischnou ramena les volumes du Véda, perdus dans le cata— clysme (déluge).
Des tentations ou sortilèges attribués au démon: La tentation de Bouddha, plusieurs siècles avant l’ère chrétienne, a préparé la tentation de saint Antoine; de même que la tentation de Sougriva (5° vol. du Ramayana) a précédé celle de Bouddha. La tentation de Bouddha a préparé celle attribuée à saint Antoine tout aussi bien par l’idée, le théâtre, les décorations, le fond même et les accessoires du sujet. (T.
V, pp. lV-XV.) ' Pour terminer, puisque nous avons mentionné le Ramayapa, ce poème unique au monde, cette mer de lait, ainsi que s’exprime Michelet à son sujet, qu'il nous soit permis de dire ici que la morale indienne fait une) déification de l’épouse, du mariage une reli gion, de l’infidélité un sacrilège.
Le christianisme futur issu du Christhna indou qui vivait à Madoura plusieurs siècles avant l’ère chrétienne, y a puisé sa tra— dition, son dogme, ses principes métaphysiques et mo raux, son culte en toutes ses parties; ce qui ne doit pas étonner, si l’on rapproche cette constatation obligée d’une découverte récente faite au Thibet.
Cette dé couverte est d’importance capitale,considérant qu’il ne s’agit rien moins que de la personnalité de Jésus Christ, d’une lacune à combler pendant son exis tence, celle qui a précédé les quelques années de sa prédication jusqu’à sa mort à Jérusalem.
148 L’INITIATION Nous reviendrons sur ce sujet dans un article pro chain.
On le voit, d’autres civilisations plus parfaites que la nôtre ont existé, puisque nous les avons copiées sans en approcher encore ; quoi d'étonnant alors qu’au delà de l’antique civilisation indienne si peu con nue, d’autres centres vivaces et resplendissants de lu— mière aient tracé leur sillon dans l’humanité si loin en arrière dans leur passé obscur que ces populations, pour nous primitives, ne nous ont plus laissé qu’un peu de poussière en souvenir de leur passage sur la terre ?‘ Tel est l’enseignement à retirer du récit que nous avons présenté au lecteur au commencement de cet article, et puissions—nous comprendre enfin pour quoi les grands initiés ont cru devoir nous mesurer avec parcimonie les quelques vérités qu’ils nous ont livrées d’âge en âge. ‘ ALFRED LE Dam.
Eouermarrou KËrN©SW@ÜE I Quiconque se plonge dans l‘étude de la Gnose ne saurait dès d'abord, eût-il l'œs trz’plex dont parle Horace, échapperà une sorte de vertigineux épouvan tement. Tant de sèves bouillonnent autour de lui, de si touffus branchages s’entrecroisent et s’enchevêtrent, de si complexes harmonies se succèdent et se heurtent, -
CONCILIATION GN OSTIQUE I tant d’ombre et tant de lumière se manifeste à la fois, qu’il se croit égaré en un fuligineux pandémonium, ne sachant plus. où trouver le dextre chemin ni la normale orientation, se demandant même si une orientation est possible. C’est qu’aussi bien tout semble contribuer à cet égarement.
De Simon le Mage à Prescillien, c‘est une série ininterrompue de flagrantes contradictions, — on le dirait du moins, — en doctrine comme en mo rale. Valentin par exemple, dans sa filiation éonique admet une ogdoade, une décade et une dodécade. D’autre part, il proclame la liberté de la chair, tout en décernant des honneurs spéciaux à la virginité. Mar cion, lui, admet bien aussi les trente Bons, mais il prêche la continence, et condamne le mariage.
Car— pocrate, de son côté, reconnaît l’existence d’anges’ oppresseurs des hommes. Il veut du reste que nous cédions à la concupiscence, que nous obéissions à tous ses appels pour ne pas être dominés par elle. Pour lui, rien n’est bon ni mauvais in se. En cela il est diamétralement opposé aux montanistes, ennemis de tous les plaisirs sensuels, passant une partie de leur existence dans les jeûnes et la xérophagie.
Les nico— laïtes, reprenant en morale la tradition carpocra tienne, vont jusqu’à conseiller la communauté des femmes. Les ophites affectent des tendances univer salistes, admettent le magisme, le platonisme et même lejudai‘sme, si impitoyablement proscrit par les anti— tactes, qui affirment que tout ce que contient l’ancien testament est inspiré par le démon et qu'il faut en pratiquer le contre-pied. Saturnin enseigne que {le
I 50 L’INITIATION mariage et la génération viennent aussi de Satan et que Jéhovah n’est qu’un des sept anges démiurgiques. Les borboriens et les phibionites adorent un éon femelle, Barbels, et se livrent systématiquement aux plus incestueuses copulations.
D’après les caïnites, tous les excommuniés, tous les maudits, Ca‘in, Cham, Esaü, Coré, Dathan, les sodomites, Judas lscariote lui—même, doivent être réhabilités: ce sont des calom niés; leur crime qui est leur gloire, c'est d’être entrés en lutte avec le Dieu des Juifs, qui n‘estqu’un faux Dieu.
Les esséniens se drapent chastement dans de longues robes blanches pour prier: les adamites ne se présen tent dans leurs temples qu’en état de complète nudité. En prenant connaissance de ces détails, on est vraiment tenté de s'écrier avec M. de Pressensé que la Gnose est le cauchemar de l‘humanité! Il n’en est rien pourtant.
M. de Pressensé n‘est qu’un puritain étroit, et celui qui se scandalise en pé nétrant dans le pronaos gnostique, et qui ne sait pas triompher de son impression première, n‘est pas digne de contempler les merveilles du sanctuaire. Que diriez-vous d’un néophyte catholique qui pren drait ombrage des gargouilles de Notre-Dame et des lubricités sculptées aux acrotères de ses statues?
Est-ce que ces indécents caprices d’artiste empêchent la magnifique et harmonieuse unité de la cathédrale? Est—ce que même elles n‘y contribuent pas dans une certaine mesure ? La Gnose est autrement vaste qu‘une basdique ogi vale: c‘est un monde, et, pour faire un monde, il faut de tout.
CONCILIATION GNOS’I’IQUE I 5 I Il Mais nous avons mieux à dire. Remarquons une fois pour toutes que c’est parle canal d’écrivains très suspects de parti pris, les Cyrille, les Clément d'Alexandrie, les Irénée, les Théo doret, les Epiphane, que nous sont parvenus la plu part des documents que nous possédons sur les gnostiques.
Tous ces protagonistes de l’orthodoxie paulinienne n’avaient-ils pas un intérêt intense à calomnier l’ennemi qu’ils voulaient abattre? Basile n’est pas né d’hier. On le trouve à toutes les époques. Il fut l’auxiliaire de tous les absolutismes. Cette considération infirme singulièrement la valeur des détails historiques que nous venons de passer en revue. Ames scrupuleuses, rassurez-vous.
La Gnose n’est point si noire que d’aucuns ont voulu vous la pré— Vsenter. Sous ce tissu brodé de tant de fabuleux caprices, lourd de tant de gloses fantaisistes, elle apparaît, en sa sereine majesté, grande, belle et pure, comme la sainte épousée destinée aux noces éternelles.
Çà et là, on voit saillir les fières lignes de son corps immaculé; on la sent palpiter et frémir à travers ce monstrueux entassement de calomnies qui l’auraient tué, si ce qui estimmortel pouvait mourir. Les grands points de doctrine se dégagent, univer sellement reconnus, sans contradictions, sans tâton nements maladifs, clairement, majestueusement.
152 L‘INITIATION Qu‘on prenne Simon le Mage, Basilide, Carpocrate, Cérinthe, Marc, Marcion, Ménandre, Saturnin, les ophites, ou Valentin, c’est partout l’affirmation d'un Propator unique, éternel en force et en vertu, s‘affir mant par le principe de l’émanation, partout un Cos mos œuvre d’un génie inférieur, partout un Christ sauveur réharmonisant le Plérome,rédimant l'huma mité.
Et c’est partout aussi la science instaurée sur les ruines de l’antique ignorance ; I‘w’Bm: est à la fois son nom et sa devise. Jamais elle ne dément l’un, jamais elle ne fault à l'autre ! Et la morale, dira-t—on ? La morale, n’en déplaise à M. Compayré et à ses traités, est en somme ce qu’il y a de plus relatifici bas. Il n’y a donc pas lieu de s’étonner de voir, dès le début de la Gnose, se manifester deux courants diffé rents.
« Si la matière est la source du mal,dit M. Léon Maury, dans sa remarquable thèse sur les Origines de la Gnose, il faut nous en délivrer et réduire autant que possible les rapports que nous aurons avec elle; de là l’ascétisme, et cet ascétisme a été pratiqué avec la plus extrême vigueur par plusieurs sectes; ou bien, et voici l’autre terme de l’alternative, puisque la na ture est par elle-même mauvaise, il n’y a pas à s’oc cuper du monde sensible; on ne doit songer qu’aux choses supérie‘ures et pour le reste suivre les impul sions naturelles. » V Il est bien évident que si nous n’étions que des âmes, ce dualisme en morale n‘aurait pas lieu d’exis
CONCILIATION GNOSTIQUE 153 ter. La divergence d’orientation ne provient en somme que dela façon dont la matière, c’est-à—dire le corps, est envisagée. En fait, si l’on s’attache au dogme de l’immorta lité et de la supériorité de l’âme, ce qui est un dogme éminemment gnostique, le corps logiquement devient un facteur très secondaire.
Qu’importe après tout qu’on fasse de lui ce qu’on voudra, pendant l’infinitésime durée de l’existence terrestre?Qu’on la regarde comme un trésor ou comme une guenille, qu’il soit fait à l’image de Dieu ou du Diable, que cette chair péris sable, que cette pauvre loque soit négligée, fustigée, accablée de macérations, ou choyée, obéie, parfumée, abreuvée de délices, quand elle périra, quand ses atomes dissociés rentreront au sein du ténébreux Kénôme, il n’en sera ni plus ni moins.
Le point important est de savoir dans quelles con ditions l‘amendement intellectuel s’accomplira le mieux. Question de tempérament après tout! Il est évident que, chez certaines natures, la continence absolue paralyse tout essor spirituel, comme il en est d’autres chez qui le plaisir charnel amène prompte ' ment une réaction intellectuelle éminemment féconde. Et réciproquement d’ailleurs.
La Gnose, étant donnée sa mission universaliste, devait, sous peine de n’être qu’une pure théorie, prévoir toutes les idiosyncrasies possibles. C‘est ce qu’elle a fait, et c’est ce qui consti tue sa grandeur. Ces divergences en morale ont non seulement pour correctif, mais je dirai même pour conséquence fatale, une indiscutable unité de doctrine: ascètes, et épi
154 L'INITIATION curiens, encratites et carpocratiens, docètes et phi bionites, tous ont professé pour l‘âme le même culte auguste et sublime. Tous marchaient exactement dans la même direction, vers le même but, aspiraient au triomphe définitif de l‘idée sur la chair. Ils sui vaient deux lignes apparemment parallèles, mais qui, géométriquement convergentes, devaient nécessaire ment se rencontrer dans le domaine de l’Infini.
111 Je sais bien qu’à l’unité de doctrine on pourrait m’opposerqu’il y a des différences profondes entre les diverses hiérarchies des éons données tour à tour par les simoniens, les valentiniens et les marcionites, pour ne citer que ceux-là. Et d’abord ces différences sont-elles si capitales qu’on le veut bien dire P Ne voit-on pas que le plus souvent c’est simplement le vocable qui diffère, non le con cept ?
Du reste, qu’on affirme sept, trente ou trente— trois éons, le principe del'émanation n’en subsiste pas moins dans toute son intégralité, ici comme là. "Ev »:b 71:äv, comme disaient les pythagoriciens: tout est dans tout. Du moment que vous proclamez le ternaire, c’est-à-dire l’émanation initiale, implicite ment vous reconnaissez toutes les potentialités qu’il contient. Simon le Mage s‘est arrêté là où Valentin a continué à marcher, voilà tout.
Il n‘y a là ni contra diction, ni divergence doctrinale. Un autre terrain sur lequel éclate l’unité gnos tique, c’est le terrain social. Toutes les écoles sans
DE L’iDEE DE DIEU 155 doute ne se sont pas préoccupées des matér1alités de la vie terrestre, mais toutes celles qui en ont fait l’objet de leur étude, depuis les esséniens et les thé rapeuthes jusqu’aux apotaclites, ont conclu à la né— cessité de la mise en commun de tous les biens. Pour elles, l’ennemie séculaire, la propagatrice de tout sentiment étroit, de tout subversif égoïsme, c’est la propriété individuelle!
Et sous ce rapport, comme sous bien d’autres, elles ne font qu’appliquer dans son esprit et dans sa vérité l’Evangile du Christ. Les paroles qui nous resteraient encore à dire sont réservées aux seuls initiés. Mais ce que nods avons dit ici suffira largement, nous l’espérons du moins, pour amener à nous les âmes que la désolante Hylé retient encore dans ses lacs.
Elles verront que nous sommes la véritable Eglise universelle, ouverte à tous, bonne pour tous, ne damnant personne, offrant de vastes horizons à toutes les généreuses envolées et de fraternelles consolations à toutes les faiblesses humaines. T FABRE DES ESSARTS. E L’%IDEE DE {Dieu Un philosophe qui avait évidemment dans l’esprit un tour humouristiquea dit : « Dieu a fait l’homme « à son image... Soit ! mais l’homme le lui a bien « rendu. » Ce philosophe émettait, à mon sens, une
156 L’INITIATION profonde vérité et, dans ces quelques mots, il a donné la clef de toutes les idées fausses qui sont propagées sur la divinité, aussi bien par ceux qui l’attaquent que par ceux qui l’adorent. En effet, malgré nous, sceptiques ou croyants nous ramenons toujours les termes de cette divine inconnue à l’étalon humain.
A chaque qualité que nous reconnaissons en Dieu, nous ajoutons l’adjectif « divin » ou « absolu » ; nous prétendons alors avoir éclairé notre pensée, et, si nous réfléchissons, nous finissons par nous apercevoir que ce rayon de lumière que nous croyons avoir trouvé n’est que le reflet de l’idée infuse d’un « créateur du monde », mais qu’il ne va pas au delà de l’intelligence inconsciente, mère des idées innées.
Ceux qui nient l’existence de Dieu emploient, depuis de longues années, un argument attristant à force de bêtise. « Puisque vous savez que Dieu existe, disent-ils, démontrez-moi son existence. » D’abord, je ne sais pas que Dieu existe, je le crois ! Croire, c'est être convaincu d'une chose dont on n’a pas la preuve. Si on la savait, cette chose, elle serait démontrée, et Dieu est indémontrable par essence, je n’ose pas dire : par définition.
Deux termes sont en présence : Dieu et l’homme. Et la question est ainsi posée ; on met en demeure l’homme, un être fini, de prouver l’existence de Dieu, êtreinfini. Mais, puisque l’homme est fini, il ne peut concevoir l’Etre infini, et, puisque Dieu est infini, il ne peut être conçu par l’homme. Si Dieu était défi nissable, il ne serait pas infini et, par conséquent, ne
DE L’IDÉE DE DIEU 157 serait pas Dieu. Donc, si Dieu existe, nul ici—bas ne peut le définir ni le connaître. On peut « croire» qu’il est, mais non pas le « savoir ». Après cela, il paraîtrait singulièrement audacieux de venir dire : « Je vais vous expliquer ce qu’est Dieu! Evidemment nous ne pouvons pas le com prendre, j’espère l'avoir prouvé; mais, si nous ne pouA vons savoir ce qu’il est, nous pouvons, du moins, savoir ce qu’il n’est pas.
Un des mystères les plus obscurs des dogmes est celui de la Trinité. Dieu est un en trois personnes ! Et naturellement on a beau jeu à venir dire: C’est impossible ! Comment concevoir trois personnes en une seule ? C’est incompréhensible! Certainement c’estincompréhensible, et cela l'est bien davantage si vous vous contentez d’ajouter au substantif « person nes » l’adjèctif« divines ».
Ce n’est pas le mot qu’il faut ajouter, c’est l’idée qu'il faudrait dégager l Le mot « divin » n’a aucun sens propre;pour nous, c’est démontré puisqu’il est synonyme d’absolu, d’in fini, et que nous n’avons aucune notion pratique de l’infini. Cependant, s’il n’est pas explicable positive ment, il est concevable négativement. Dieu au sens négatif signifie : extrahumain !
Cette trinité n’est donc point formée de personnes ayant quoi que ce soit comparable dans l’humanité. Ces trois personnes n’ont alors ni corps, ni âme, ni individualité, ni, en résumé, la moindre des chosès 'qui se trouvent chez l’homme. Déjà, si je ne puis connaître ces trois personnes divines, je puis du moins les concevoir, puisque, en les admettant d’es
158 L’INITIATION sence extrahumaine, différente de ce que mon intel ligence peut saisir, je leur crée une existence qui ne blesse en rien ma logique ni ma raison, car je sais qu’elles vivent, ou plutôt qu’elles sont dans un plan supérieur à l’humanité et où mon esprit ne peut attein dre. .
Or, si les personnes dont se compose la trinité n’ont point un corps comme le nôtre, n’ont point d’âme, point d’apparence visible, pourquoi ne pour rai—je pas admettre leur mystérieuse coexistence PJ'en suis réduit à me dire :Je ne les puis concevoir ! Évi demment, et c’est la première chose que j’ai dite : Si vous pouviez concevoir Dieu, il ne serait pas !
Envisageant ainsi la divinité, j’en arrive à faire jus tice des expressions : Dieu le père, Dieu le fils, Dieu le Saint-Esprit. Il eût mieux valu ne pas employer ces qualifications à propos de Dieu, car elles ramènent invinciblement l'esprit à cette erreur qui l’enchaîne, l’anthropomorphisme de la Divinité. On dit aussi : Dieu est l’absolue bonté, la sagesse parfaite, la justice suprême, l’intelligenceinfinie !
Que veut dire tout cela P Que Dieu est bonté, justice, sa gesse, intelligence, àun degré inaccessibleà l’homme! Certes cela est vrai, mais ces mots n’en sont pas plus clairs pour cela !
Que penseriez-vous du maître qui dirait à l’élève: « Vous avez bien entendu le mot « que je viens de dire P Eh bien, ce mot vous ne pou « vez pas le comprendre, ni moi non plus d’ailleurs, « parce que votre entendement humain ne peut s’éle « ver jusque-là ! » Et l’élève pourrait répondre : « Pourquoi l’employez-vous P » ’
DE L’1DÉE DE DIEU 159 De même, bonté, sagesse, etc., sont des expressions qui n’ont pas. de sens, se rapportant à Dieu; elles caractérisent des conceptions humaines inapplicables au Créateur. Aussi,—- peut-on me répondre, -— j’ajoute: Divine suprême infinie! Mais ce n’est là que l’abrégé de cette phrase : « Que je ne puis pas concevoir ! » Dès lors, pourquoi employer des mots qui ne peuvent par définition éveiller en vous la moindre idée juste ?
Ils vous servent, ces mots impropres, à évoquer une tacite comparaison entre qui P Entre deux termes dont l’un vous est inconnu : Dieu !Ce qui fait que votre comparaison n’existe même pas. D’ailleurs la même objection peut se faire à propos des personnes de la sainte Trinité; c'est un syllo gisme.
Le motpcrsonne appliqué à Dieu est faux, car iléveille en moiune idée de comparaison dontj’ignore undes termes, ce qui fait que mon esprit se débat dans le vide quand je l’emploie :or ce mot est communé— ment employé,donc il ne sert qu’à m’égarer.
Mais, alors, que faut-il penser de Dieu P Une seule phrase me parait vraiment belle : « Je suis celui qui suis l » Oui, Dieu est non seulement celuiqui est, car «celui » éveille encore une idée de comparaison mais il est aussi ce qui est. Tout n’est pas Dieu, ce serait du panthéisme. mais Dieu est véritablement ce qui est. Alors Dieu est le mal ? Non, car le mal n’existe pas ! C’est la négation de ce que l’homme appelle le Bien.
Le mal n’est pas plus que le néant qui est la négation de l’existence, pas plus que l’ombre qui est la néga tion de la lumière. On peut donc dire ceci : Tout ce qui est renfermé dans ce que l’homme appelle
I 60 L’INITIATION le Bien, c'est-à—dire ce qui est suivant la norme absolue, tout cela est en Dieu ou par Dieu. Mais l’homme peut-il connaître l’essence de la norme, la fin réelle des mondes, des choses, du Bien ? Non, il ne peut la connaître, mais il croit qu’elle existe, par ce qu’elle doit être pour que Dieu soit et que Dieu doit être pour qu’elle soit.
C’est un cercle, mais la science n’est-elle pas figurée, comme la vie univer selle, comme le feu universel, comme l’âme des uni vers, par le serpent qui se mord la queue, par le cercle au centre duquel est un point ?
Certes, l’homme ne peut « savoir » que le Bien absolu existe, pas plus qu’il ne peut « savoir » que Dieu est ; mais il peut le sentir, le « croire », et c’est par cette foi qui l’éclaire que s‘affirme le souffle divin qui l’anime, c'est par cette infuse sensation d‘un au— delà d’où il est exilé, d’une fin extrahumaine où il tend que nous pouvons confusément nous dire : L’homme est un Dieu tombé qui se souvierit du ciel!
On dira : Par ces pensées, vous ;éloignez l’homme deDie1_1! Vous lui prouvez qu’il ne peut avoir uneidée juste sur la divinité !
Oui, c’est vrai, mais en échange je lui montre qu’il doit se faire du Créateur une idée plus haute, plus surhumaine, plus universelle, et que, loin de chercher à comprendre ce qu’il ne saurajamais expliquer, il doit se confier sans lutte et sans regrets à cette étincelle qui l’anime, à ce fil conducteur mis en lui pour le guider vers la vérité éternelle lorsqu’il lui fut donné la Foi ! P. DE LABAUME.
SYMBOLISME DE LA MAÇONNERIE D’YORK I6! ORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE 'I CROIX (Thèse de Licence) ' ESSAIS D'INTERPRÈTA TIO1ÏI’ DU SYMBÛLISME rie la MAÇÛNNERIE t’l’WRK Il LA SOCIOLOGIE DES FRANCS—MAÇONS PAR ÉDOUARD BLITZ R.-.
A.-., S::: I, =:x 13:} 5:1: C=2= Ainsi qu’il a été démontré dans notre thèse précé dente par l’analyse du grade capitulaire de Maître de Marque, quatrième du Rite d’York, la Franc-Maçon nerie n’est pas seulement « une Société basée sur les principes de la Loi Naturelle et dont le but est la Phi lanthropie », mais encore possède-t—elle des secrets ignorés de la presque totalité des Frères, et dont l’importance est telle que leur divulgation pourrait entraîner les conséquences les plus graves, non seu lement pour la prospérité de l’Ordre, mais surtout pour la réalisation du grand projet d’émancipation intellectuelle, religieuse et sociale de l’humanité, but absolu, mais non avoué, de la F rame—Maçonnerie.
162 L’INITIATION Comprenant que le Grand-Œuvre de la Réintégra tion de l’homme dans ses Droits ne peut s’accomplir que lorsqu’ll aura acquis la parfaite connaissance des Devoirs qui Lui incombent, la Franc-Maçonnerie a pris pour point d’appui un terme absolu, reconnu et universellement accepté; l’ordre a basé son système sur les préceptes de la plus stricte Moralité qui est une, universelle et infaillible.
Ses rituels ne semblent contenir aucun autre ensei— gnement que celui de la morale; le symbolisme maçonnique même, si fécond en adaptations mys tiques et religieuses, scientifiques et sociales, ne reçoit guère en loge d’autre interprétation.
Cependant, même après un examen très superficiel des rituels maçonniques, un vrai maçon ne peut manquer de découvrir, sous la gaze qui le voile à peine, l’admirable plan de gouvernement politique préconisé par la Franc-Maçonnerie et dont nous nous proposons de tracer ici les grandes lignes. à U-U Toutes les formes de gouvernement ne sont que des modifications de trois grands systèmes, connus sous les noms de : Théocratie, Autocratie et Démo cratie, formant ce que nous pourrions nommer sym— boliquement, le triangle politique : Théocratie Autocratie Démocratie
SYMBOLISME DE LA MAÇONNERIE D’YORK 163 La Tréocratie est cette forme de gouvernement dans laquelle Dieu est considéré comme le chef suprême, les livres saints comme l’unique loi; les prêtres sont les fonctionnaires d’État, et les croyants forment la nation. Les infidèles sont hors de loi et ne participent aucunement « aux droits et bénéfices » de la société théocratique, dont ils sont impitoyablement exclus.
La Franc-Maçonnerie a cela de commun avec la Théocratie que le chef suprême de l’Ordre est le G.'. A.'. D.'. L.'. U.'. et que nul athée n’est admis au sein des loges. La Théocratie fut la forme de gouvernement adop tée par les Israélites sous Moïse. C’est la forme principale des gouvernements de I’Asie. La Théocratie est administrée par le clergé: c’est l’État dans l’Église.
L’Autocratie est basée sur la loi du plus fort, c’est le gouvernement militaire par excellence. L’Autocratie fut le régime des Jules César, des Pierre—le-Grand, des Napoléon. En Théocratie, le chef suprême, étant éternel, demeure à jamais sur son céleste trône; mais sous le gouvernement autocratique, le chef suprême étant mortel, le pouvoir est transmis à ses descendants directs par un droit d’hérédité nommé Droit divin.
Les nations autocratiques sont gouvernées par des fonctionnaires classés d’après un certain ordre nommé hiérarchie. La Franc-Maçonnerie est éminemment hiérar 6
I 64 L’INITIATION chique. Dans sa forme la plus simple elle ne possède pas moins de trois grades initiatiques, et nul atelier régulier n’est autorisé à ouvrir ses travaux sans la présence de trois officiers dont les fonctions sont subordonnées les unes aux autres. L’Autocratie fut la forme de gouvernement adoptée par les Israélites sous leurs rois; C’est la forme principale des gouvernements de l’Europe.
L’Autocratie est administrée par l’armée et le clergé (Russie): c’est l’État et l’Église. La Démocratie est basée sur la loi de la Majorité, c’est la forme civile de gouvernement. Sous l’administration démocratique, le chef su— prême, nommé directement par le peuple, est rem placé par un nouvel élu au bout d’une période variant de quatre à sept années.
La Franc—Maçonnerie dans ses loges affecte le suf frage universel pour l’élection de ses dignitaires, mais ressemble surtout au système démocratique au point de vue de la liberté individuelle, basée sur les prin cipes de l’Égalité et de la Fraternité. La Démocratie est la forme principale du gouver— nement en Amérique.
Le gouvernement démocratique est administré par la magistrature : c’est l’État sans l’Église. ‘R‘I La Franc-Maçonnerie synthétise ces trois systèmes en une seule grande forme politique, empruntantà
SYMBOLISME‘ DE LA MAÇONNERIE D’YORK 165 chacun des précédents son principe caractéristique: A la Théocratie : Dieu, Maître suprême; A l’Autocratie : la Discipline et la Hiérarchie mili taires; A la Démocratie : la Liberté, l’Égalité et la Frater mité.
Synthèse bien exprimée par le pantacle des grades capitulaires de la Maçonnerie d’York, représentant un triangle renfermé dans un cercle; et la lettre G,, /°Â placée au centre de la figure, initiale du nom sacré de la Divinité (en anglais God) devant laquelle, du plus jeune Apprentz’jusqu’au Vérérable Maître, nous nous inclinnns tous avec respect et humilité, est aussi l’initiale du mot Gouvernement, auquel, avec un égal respect et une égale soumission, nous devons tous obéir.
Une preuve tout aussi marquante de l’éclectisme politique du rite d’York nous est offerte par le tableau des officiers d’un chapitre de Royal—Arche présidé par un Grand Prêtre, représentant le gouvernement reli— gieux de la Théocratie; un Roi, représentant le gou vernement militaire de l’Autocratie; et un Scribe, représentant le gouvernement civil de la Démocratie.
Ce gouvernement synthétique, préconisé par la Franc—Maçonnerie, peut, avec raison, être nommé Hiérocraz‘t’e. Il suffirait, en effet, pour justifier cette appellation Ï : F-a,.
166 L’INITIATION de se rappeler le gouvernement intérieur des Loges symboliques par un Maître, un premier et un second surveillants, et le gouvernement de l’Ordre tout entier: en loges subordonnées aux Grandes Loges ou Suprêmes Conseils de chaque pays, et la dépendance (toute morale, du reste) sous laquelle ceux-ci se placent envers « la Céleste Loge, là-haut, où préside le Grand Architecte de l’Univers. » Partout l’on remarque cette grande subdivision en trois termes de l’autorité et du pouvoir.
Le symbolisme de la Franc-Maçonnerie dans tous les rites est très prodigue en représentations de cette hiérarchie: de l’Echelle de Jacob à I’Echelle philo— sophique du Kadosh. Et faut—il évoquer la nomencla ture des treize grades du Rite américain, des trente trois grades du Rite écossais, des quatre-vingt-dix grades du Rite de Misraim, etc., pour montrer la hiérarchie de l’Initiation maçonnique elle—même ?
Dans le gouvernement des Francs-Maçons l’admi nistration est graduée avec le même soin que l’ins truction dans les mystères, mais l’Ordre affecte pour le nombre 3 la préférence marquée par les pythagori ciens, les kabbalistes et par tous les initiés, à quelque tradition qu’ils appartiennent.
Jetons un coup d’œil sur l’ensemble de la constitu tion générale, ou plutôt sur l’anatomie de ce système universel d’organisation sociale que l’esprit de la Maçonnerie cherche à établir pour gouverner les ' Nations Unies, organisation à laquelle nous avons donné le nom de gouvernement sacré ou Hiérocratie. . f.,(.' r
,, a..._—.‘....nmw<. ..,.. _.. ,.. . .am,,. v ,v,:p_«w.,)r _IFW" -1 ‘ SYMBOLISME DE LA MAÇONNERIE D’YORK I67 t un Le fait que nos Temples sont élevés à la gloire du Grand Architecte de l'Univers; Le fait qu’il est solennellement recommandé à tout maçon « de ne jamais entreprendre un travail impor tant sans invoquer d’abord les bénédictions du ciel »; Le fait que la première question demandée en loge à un néophyte l’amène à déclarer publiquement sa confiance en Dieu ; Prouvent que tout le plan social de la Franc Maçonnerie repose sur le principe fondamental de la Théocratie : LA RELIGION Cependant, si nous nous rappelons avec quel soin la Maçonnerie évite la moindre tendance vers l’esprit de secte, nous conviendrons que, parle mot Religion, il ne faut pas entendre un culte particulier, mais plutôt, selon les termes de Webster, « la pratique « d’une réelle piété consistant dans l’accomplissement « de tous nos devoirs envers Dieu et les hommes, et « dans l’obéissance aux commandements divins. » Cette définition adoptée par les écrivains maçon— niques les plus érudits de l’Amérique s’applique par faitement à la Religion de la Hiérocratie et rallie à elle les Hindous comme les Juifs, les Mahométant comme les Chrétiens. - Le terme intermédiaire entre Dieu et l’homme, contenant cette loi divine dont parle Webster, est la Conscience.
r68 L'INITIATION Nous possédons à présent les trois éléments consti tutifs du premier Ternaire, base de la science sociale maçonnique et identique au principe fondamental de la Théocratie: Dieu, Conscience, RELIGION ' Homme.
La Religion est le premier pilier supportant le Temple hiérocratique, et on le fait contempler au Néophyte par les yeux de l'âme, alors qu’aveugle et nu il vient de pénétrer pour la première fois dans le sanctuaire de la Science occulte. Il en est autrement à l’égard des deux autres piliers de l’édifice social, lesquels. ayant rapport directement avec notre bien-être matériel, doivent être considérés avec les yeux du corps.
Quels sont, en effet, les premiers symboles qui attirent l’attention du maçon venant de recevoir la Lumière ? La Bible, le Compas et I’Equerre.
Que représentent-ils en Sociologie P « La Bible qui règle et guide notre conduite » est le sublime symbole de la Loi, de la Constitution, de l’Ordre général, de l’Organisation sociale, etc. La Bible représente l’ensemble des trois grandes divisions politiques d’une Nation, savoir: , Pouvoir exécutif, LOI * Pouvoir législatif, l Peuple. “au T’ræj
SYMBOLISME DE LA MAÇONNERIE D’YORK 169 constituant le deuxième grand Ternaire basé sur la hiérarchie et identique au principe fondamental de l’Autocratie.
Pendant que le Néophyte prête serment et reçoit ses premières instructions, on lui fait soutenir la Bible de la main gauche, afin de lui faire entendre que tout citoyen doit être le soutien de la Loi, le défenseür de l’Ordre, et, pour appuyer davantage sur cette obligation, on lui fait promettre le secret (ser ment d’Apprenti), et l’obéissance (serment de Compa gnon), c’est-à-dire d’obéir en silence, et cela au péril de sa vie, à l’Autorité, à la Loi, afin de préserver l’harmonie qui fait la force et la vitalité de notre ins— titution.
Enfin l’Equerre et le Compas (troisième pilier de l’édifice social) ne sont que des instruments de tra vail, représentant, comme le symbole de la Ruche au grade de Maître, l’activité générale. La main droite du Néophyte repose sur l’équerre et le compas pour signifier que tout citoyen de la nation maçonnique doit constamment tenir à la main les outils du travail rédempteur.
Ces enseignements sont souvent répétés en Maçon nerie et sous différents symboles; mais aucun d’eux n’est aussi frappant que la « due forme » de l’Apprenti , à l’autel des serments, soutenant la Loi d’une main, et de l’autre défendant la sainteté du Labeur. L’Equerre et le Compas symbolisent donc le travail dans sa double acception, correspondant à la Maçon nerie opératiue ou pratique et à la Maçonnerie spécu-, latine ou libre et acceptée:
170 L’INITIATION Travail matériel et Travail intellectuel. Et nous trouvons sans peine les trois éléments hiérarchiques établissant le double Ternaire du Labeur, basé sur le principe fondamental dela Démo cratie américaine qui demande que chaque citoyen soit une entité active.
TRAVAIL L’Equerre ou l’École Le Compas ou l'Atelz‘er Le Maître Le Maître Les Disciples Les Compagnons Les Ecoliers Les Apprentis La Franc-Maçonnerie ne recrute ses membres que parmi les individus n’ayant aucun vice corporel; elle exclue la femme, l’enfant, le vieillard, l’insensé, l’idiot, l’illettré, ainsi que les estropiés et les mutilés, non pas par un esprit exclusif, inhumain, mais pour signi fier au moyen d’un puissant emblème que nul citoyen de la République maçonnique ne peut être dispensé de la loi du travail, même à cause d’inhabileté phy sique ou intellectuelle.
Les devoirs maçonniques in combent à tous ceux qui aspirent à la participation des « droits et bénéfices » que leur promet le gouver nement hiérocratique. C’est précisément pour cette raison que le nouveau maçon est pressé on ne peut plus vivement « d’aider et de secourir ses frères malheureux » au moment même où il se trouve si complètement dénué de biens matériels qu’il lui est littéralement impossible de
SYMBOLISME DE LA MAÇONNERIE D’YORK 171 « déposer le moindre objet métallique dans les archives de l’Ordre » comme il le lui est demandé.
Il semblerait que le moment serait opportun pour illustrer, par l’exemple, cet esprit de charité, dont le discours du Vénérable est imprégné, en permettant à un Frère de venir au secours de cet infortuné et lui permettre de satisfaire « à l’ancienne coutume préser vée dans chaque loge régulière et bien gouvernée. » Mais non, le néophyte est abandonné à son sort et laissé dans sa misère.
Cette cérémonie, qui produit toujours sur les assis tants une profonde impression, a pour objet de rappe ler au nouvel initié qu’un citoyen de la République universelle, capable, dans quelque endroit du monde où peut le conduire la Destinée, de travailler et de recevoir un salaire suffisant à ses besoins et à ceux de sa famille, est fait pour aider et secourir les infortu— nés, mais non pas pour recevoir l’aumône lui—même. —— Les frères malheureux qu’il lui faut assister sont précisément ces vieillards impotents, ces estropiés, ces aliénés qui, hélas! ne peuvent participer au travail commun.
De même, la loi régularisant le travail est sagement _ exprimée par le symbolisme de la Règle de vingt quatre pouces « emblème des vingt—quatre heures du jour qu’on nous apprend à partager en trois parties, savoir: 8 consacrées à Dieu et à secourir nos frères; _huit pour nos occupations ordinaires et huit heures pour le repos et le sommeil (I), » évitant par cette (I) Traduction de J. M. Ragen.
172 L’INITIATION intelligente division du temps les effets délétères du labeur excessif, la concurrence immodérée, etc. Ce programme de la journée de huit heures est pré cisément celui que les systèmes socialistes actuels ne cessent d’exposer à l’attention des législateurs de tous les pays, et cette loi si sage qui est celle de la Franc—Maçonnerie depuis 1717, sera certainement promulguée le jour où nos frères des Chambres légis latives voudront permettre à la loi maçonnique d’être « le guide » de leur vie publique, comme elle est « la règle » de leur vie privée.
Il Nous venons de voir que la Nation maçonnique est formée de l’association de citoyens actifs et labo rieux, association comparable seulement à celle d’une immense ruche d’abeilles; et que la Constitution du Gouvernement hiérocratique s’appuie sur les prin cipes fondamentaux de la théocratie, particulière à la nature contemplative de l’Asiatique; de l’Autocratie, caractéristique de l’esprit chevaleresque de l’Européen et de la Démocratie, expression politique du« self help » américain.
Il nous reste à exposer brièvement le mécanisme interne de cette forme de gouvernement politique qui n’est que l’application, sur une plus grande échelle, du gouvernement des ateliers par un vénérable Maître, un premier et un second surveillants. Quelles sont les fonctions politiques que ces trois dignitaires de la Loge représentent en science sociale P un .<à«nflW f aj
SYMBOLISME DE LA MAÇONNERIE D’YORK 173 Les instructions rituéliques de la Maçonnerie d’York vont nous les indiquer on ne peut plus clairement: « Le vénérable Maître se lève à l’Orient pour ouvrir et « gouverner sa Loge, ordonner le travail et donner « aux ouvriers l’instruction qui leur convient. » Le Vénérable représente, par conséquent, le pou voir exécutif, l’autorité supérieure, le gouvernement tout entier concentré dans la personne d’un chef suprême d’où émanent tout les ordres: c’est lui qui, en ordonnant le travail, met en activité le grand ate lier social, l’immcnse ruche d’artistes et d’artisans.
Le Vénérable gouverne en autocrate, réunissant les pouvoirs législatif et exécutif: il se lève à l’Orz‘ent, pour signifier que la plupart des gouvernements orien— taux appartiennent à cette forme autocratique. Mais le Vénérable est également chargé du soin de donner l’instruction, fonction qui nous présente ce dignitaire sous l’aspect de l’instituteur, du philo sophe.
Donner l’instruction évoque l’idée de Science, comme gouverner, celle de Sagesse. _ En effet, Salomon, dont le rôle revient au Vénérable dans la grande tragédie du « sublime grade », était un autocrate universellement connu pour sa pro— fonde sagesse et ses grandes connaissances scienti tiques. Le Vénérable Maître est donc le symbôle vivant du Gouvernement et de la Science.
Le premier surveillant a pour fonctions « de payer « le salaire des ouvriers, s’il leur en est dû, afin que « nul ne s’éloigne mécontent. »
174 L’INITIATION Le rôle du premier surveillant, comme celui du Vénérable, est double: Étant chargé du paiement des ouvriers, le Premier Surveillant personnifie le Capital; la phrase « s‘il leur en dû » évoque l’idée d’une juste et égale distri bution selon le mérite personnel de l’ouvrier, idée renforcée encore par la phrase qui termine la réponse du Premier Surveillant, «l’harmonie étant la force et «le soutien de toutes les institutions et principale— « ment de la nôtre. » Ceci démontre clairement que sous le gouverne ment hiérocratique le rôle du Capital est de veiller au maintien de la paix, de servir d’intermédiaire entre les partis dissidents; son privilège est l’arbitrage.
Dans les mystères du troisième degré, le Premier Surveillant représente le beau caractère d’Hiram, roi de Tyr, qui établit clairement sa personnification du Capital en fournissant les matériaux pour le Temple ainsi que les ouvriers chargés de l’édifier.
Dans le deuxième grade du Conseil des Maîtres Royaux et sélects (neuvième du Rite d’York améri cain), l’illustre Roi de Tyr joue le rôle de Pacificateur et fait rentrer l’imprudent lzabué dans les bonnes grâces de Salomon. Le premier Surveillant représente donc le Capital et la Justice.
I Le second Surveillant est chargé « d’appelerles ou vriers du travail au repos, de les surveiller pendant ce temps et de voir que les heures consacrées aux loisirs ne soient pas profanées par l'intempérance ou les excès. » Il représente le Tramz‘l et l’Organz‘saz‘z‘on du Travail.
SYMBOLISME DE LA MAÇONNERIE D’YORK 175 W' a. : - l-, Dans les mêmes mystères du grade de Maître, c’est le second Surveillant qui représente le troisième personnage, le héros du drame, ainsi que l’indique le bijou (le Fil à plomb ou la Perpendiculaire) de ce dignitaire, suspendu au cou du néophyte qui remplace ici le second Surveillant.
Nul, mieux qu’Hiram, l’ouvrier en métaux, n’enten dait l’art de diriger les multitudes: d’un signe de sa main, il nous apprend la légende, l’immense armée d’artisans employés à la construction du Temple, se place dans l’ordre le plus parfait: «A droite, ceux qui travaillent le bois; à gauche, ceux qui s’adonnent à l’industrie des métaux; au centre, les travailleurs de la pierre. » Hiram n’a qu’à étendre le bras, et cette foule immense d’ouvriers venus de tous les points du monde, parlant toutes les langues, de mœurs diverses, de croyances religieuses différentes, reste immobile et silencieuse, attendant les ordres de son chef...!
Le second Surveillant est donc le symbole vivant du Travail et de son Organisation. Conséquemment, nous trouvons dans les trois di gnitaires d’une chambre du milieu la représentation des trois grands moteurs de la nouvelle organisation sociale: La Science, qui conçoit; Le Capital, qui fournit les moyens ; Le Travail, qui exécute.
Dans la République Maçonnique: La Science dispose de l’A utorite’; Le Capital, de la Justice; et le travail, de l’Ordre. La Science est le principe actif de la Franc-Maçon ._r-.u‘_ ..
176 L’INITIATION nerie, et c’est à elle que revient de droit la tâche de gouverner les hommes.
Ce n’est plus le prêtre, ni le soldat, ni l’avocat, in carnations de l’intolérance, de la force brutale et de l’intrigue, qui veilleront sur les destinées des nations; mais le sage dont les passions sont étouffées sous les désirs jaloux vers l’inconnu scientifique et dont le jugement est formé par de longues années d’observa tions patientes, par la solitude et la méditation.
Il faut un effort de la nature et quarante ans d’étude pour faire un savant, et, différant en cela du reste des hommes, ce sont les richesses intellectuelles qu’il ' recherche, bien plus que les richesses de ce monde; ses conquêtes s’étendent dans le domaine de la nature plutôt que dans les empires des peuples voisins: l’Univers est le pays du savant et il n’a point besoin de colonies.
L’on ne peut s’empêcher de trouver des plus sages le choix du Philosophe pour gouverner la République hiérocratique universelle. Le gouverne ment de la science présente des garanties de paix intérieure et extérieure et cherche à augmenter cons tamment la somme des conforts intellectuels et maté— riels du peuple.
L’on voit aussi, par cette supériorité politique accordée par la Franc—Maçonnerie à la Science, que le Suffrage universel, par lequel‘le philosophe ver tueux n’a guère plus de voix que l’ivrogne illettré, est antimaçonnique. Le grade de Maître Passé (5° du Rite d’York) roule uniquement sur ce sujet, et ses cérémonies ne sont qu’une critique en action du suf frage universel.
SYMBOLISME DE LA MAÇONNERIE D’YORK 177 Le Travail remplit le rôle passif en Maçonnerie; il est chargé de l’exécution de l’idée conçue par la Science (1); telle est la main du peintre qui suit passi vementl’impulsion qui lui est transmise par le cerveau. C’est au travail lui-même, au Prolétariat, qu’in combe le devoir de s’organiser pour la meilleure réali sation des plans indiqués sur la planche à tracer par l’inventeur.
La classification des ouvriers en corps de métiers, en corporations, l’hiérarchie basée uniquement sur le degré d’habileté individuelle : tels sont les principes fondamentaux d’une excellente organisation du pro— létariat; et, lorsque ces règles seront strictement ob— servées, il n’y aura plus à craindre les effets de « l’in tempérance et des excès » de la classe ouvrière.
Le capital est l’élément neutre de la hiérocratie, le terme intermédiaire équilibrant les forces apparem ment opposées de la Science et du Travail. Le Ca pital dispose de la Justice parce que, afin de rendre des arrêts impartiaux, un juge doit être placé dans une position indépendante.
Il n’est que trop connu, hélas! quoique le nombre des magistrats intègres soit considérable, qu’un homme dont les ressources sont restreintes est plus disposé à se laisser corrompre, lorsqu’il est fait appel à son jugement, que celui dont les biens matériels sont étendus.
Le Capital doit sié ger sur le trône de la Justice, et ses arrêts ne viseront que vers le bien public et la prospérité de l’État, sans (1) Son devoir est donc d’obéir non au capital,mais à la Science.
I 78 L’INITIATION tenir compte des exigences de la Chicane, qui veut des lois pour servir de sujet à la prolixité des avocats. III Pénétrons plus avant dans le mécanisme, et tâchons de découvrir le ressort caché de cette immense hor loge que nous avons appelée hiérocratie, et d’en expo ser le principe vital, l’âme. Pour cela, il est nécessaire de pénétrer dans la Chambre du Milieu et de soulever le voile qui en couvre les mystères.
Le rituel nous a donné la charpente du Temple So cial, mais c’est dans les arcades de la Maçonnerie que nous découvrirons l’occulte force motrice de l’orga nisation tout entière et recouvrerons la Parole Perdue. Dans la chambre du Milieu, siège central du gou vernement hiérocratiqùe, trônent Salomon, le Sage, Hiram, le riche, et Hiram—Abi, le Laborieux. Nous connaissons : ils sont le symbole vivant de la Science du Capital et du Travail.
Quelle est l’entreprise dans laquelle se trouvent en; gagées ces trois forces différentes et apparemment op posées ? La construction d’un seul et même temple. Comment travaillent-elles ? ‘ Dans la plus parfaite harmonie. L’Harmonie est la Parole Perdue. C’était la Parole de Pythagore et de son école; c’était la Parole des Initiés de Memphis ; c’est la parole de Sociologie maçonnique moderne.
SYMBOLISME DE LA MAÇONNERIE D’YORK 179 Oui, la Science, le Capital et le Labeur doivent travailler à l’unisson parce que leur existence dépend de leur alliance. Si leur sublime association est dis soute, l’équilibre du système social est détruit, l'har monie est altérée, la Vraie Parole est perdue, et le beau Temple de la Société Idéale reste inachevé.
Et la Maçonnerie symbolise cette vérité sociale par l’admirable scène devant la tombe du Maître, où malgré la présence de Salomon et de son allié le roi de Tyr qui tous deux devraient connaître la Parole, le grand Secret incommunicable est déclaré à jamais perdu, car il ne peut être transmis qu’en la présence du troisième associé, étendu là sans vie.
C’est pour le même motif qu’en musique il n’y a d’harmonie que lorsque trois notes entrent bien dans la formation de l'accord, et si ces trois notes forment des tierces, l’ac— cord est dit parfait et est seul capable de donner le sentiment du repos, c’est-à-dire du parfait équilibre tonal.
L’Harmonz’e est la vraie Parole du Franc-Maçon, comme le Feu Central de la Nature est la vraie Pa role du Rosicrucien, et l’Equz’lz’bre, la vraie Parole du Martiniste : elles représentent toutes une idée uni— que dont la parfaite compréhension rend celui qui la possède omnipotent.
Lorsque Salomon, Hyram de Tyr, et le fils de la Veuve, c’est-à-dire la Science, le Capital et le Labeur (qui font la Sagesse, la Force et la Beauté d’une na tion) travaillentà l’unisson, nous voyons le Temple avancer rapidement vers son achèvement; mais, aus sitôt que l’un de ces principes sociaux se sépare des
I 8 0 L’INITIATION deux autres, tout travail cesse brusquement, les ou vriers se dispersent en désordre, et la confusion la plus grande succède tout à coup à l’ordre le plus par \ fait. Et, commel’existence même de ce principe scis sionnaire dépend de son alliance avec les deux autres, nous assistons du coup à son brusque trépas. Telle est la morale de la mort tragique de notre Grand Maître Hiram Abi, considérée au point de vue de la sociologie. Quels sont, en effet, les trois assassins du sublime ouvrier P Trois autres ouvriers, etde plus compatriotes de la victime ! ‘ Le Travail, symbolisé par Hiram-Abi, est assas siné par des individus de son propre parti, c’est-à—dire par le Travail lui-même. (A suivre.) En. BLIT2, S:;: [:3 K®K®%
/> .-..w*.ÿ* *-r.* 7. .r-. ( TTÉRAIRE PARTIE LI lL& VHSÏ[©N DU SANG Jeanne, au cours dun hiver, vient à Vaucouleurs, Chez un parent. La neige, avec livides pâleurs, Sous le ciel sombre, où seul un aboiement s‘élance, Sur la campagne morte épandait le silence Et jetait dans la salle un reflet au plafond. Assise au coin du feu, devant l’âtre profond, ou parfois éclataz‘t le bruit d’une étincelle, Dans sa robe écarlate en fourreau, la Pucelle, Au milieu d’ un essazm d’enfants aux blonds cheveux Et de petits cousins et de petits neveux, Parfois rêvait, parfois s’adonnait au ménage Ou conversait avec des filles de son âge; Et comme elle était belle et d’un esprit divin, Qu‘on parlait beaucoup d’elle à la ronde, il advint Qu’un jeune et beau seigneur la vit et s’éprit d’elle.
I82 L’INITIATION Le cœur franc, pénétré d'un sentiment fidèle, Jean de M8t{ vint un jour et vint le lendemain. Il s’asseyait près d’elle, il lui prenait la main ; Et comme elle était pure et n’avait la pensée Que sa virginité pût en être ofi‘ensée, Elle s’abandonnait, heureuse, à la douceur De sentirprès de soi, toujours, cette âme sœur.
Il parlait doucement: « Eh bien ! gente pucelle », Lui disait—il, tournant des yeux émus vers elle, « Si ce n’est à l’amour, à quoi donc songez-vous, Avec cet air rêveur en vos grands yeux si doux P » Insensible aux regards brûlants de convoitise, Elle lui révélait sa constante hantise! Faire sacrer le Roi, délivrer sans délais Orléans, et « bouter hors de France l’Anglais », Et, pour cela, revoir le seigneur de la Ville, .
Qui, pourtant, la reçut de façon peu civile, Naguère, et l’accabla_ sous des propos raideurs, Robert de Baudrz’court, sire de Vaucouleurs. Mais le malencontreux gouverneux de province Écoute Jean de Metz et chaque fois l’évince.
Or, une nuit, Jeannette eut un songe: et c’était Une plaine funèbre ou l’on se combattait, [batailles » Où, des deux parts, volaient, se ruaz’ent « les Alentour d’un convoi de chars et de futaz’lles ,' Et les charrois, lancés parmi les camps rivaux Par le déchaînement afl’olé des chevaux, Qui dans la fumée âcre agitaient leurs crinières, Bondaient de corps pétris leurs sanglantes ornières...
LA VISION DU SANG 183 « — Messire Jean de Metz, je vous le dis pour vrai: Ce douze février, lui dit-elle, à Rouvray Dans la Beauce, par où l’Anglais se ravitaille, Notre gentil Dauphin a perdu la bataille ; Et la France a pleuré les meilleurs de ses preux ; Et nos frères d’Ecosse y sont tombés nombreux, Avec lafinefleur de la Chevalerie Dontje vois le sang pourpre inonder la prairie!
Allez au gouverneur et veuillez l’aviser. » Baudrz’court, pour le coup, la fit exorciser ; Car le diable, à la fin, laissait trop voir ses cornes, Et la folie avait outrepassé les bornes. On lui versa de l’huile, on luifit des discours En latin, en hébreu l —— Jeanne voyait toujours. Or, par un matin clair, au bout d’une semaine, L’usage du royaume)à jour fixe ramène, Par la route de Bar, le messager du Roi.
Et la foule s’assemble à l’entour du befi‘roi Et Baudricourt l’attend de sa tour la plus haute.
On le voit apparaître au sommet de la côte: Il galope, et, petit à petit, son galop Grandit et fait sonner son pas et son grelot; Et, devant le donjon, le cheval, qui ruisselle, Trotte encor que déjà l’homme a quitté la selle, Et voilà comme ilparle aux bourgeois réunis: « Ce douze février, à Rouvray—Saz‘nt—Denz‘s, En Beauce où les Anglais, que le succès rend ivres, ’
184 L’lNlTIATION Massaient pour Orléans tout un convoi de vivres, Monseigneur le Dauphin — que Dieu prenne en A perdu la bataille et son armée aussi.
Là tombèrent frappés par une mort précoce Messire Jean Stuart, connétable d’Ecosse, Et Monseigneur d’A lbret, de Béarn et d’Irun, Et Pierre de Naillac, Sire de Châteaubrun, E t les meilleurs barons d’A uvergne et de Sain longe .’ »> La foule, à ce récit, se rappelant le songe De la Pucelle, ouvrit de grands yeux etfrémit D’épouvante; Robert de Baudrz’court blêmit Et de stupeur au peuple imposa le silence.
Mais uel u’un, toutà cou , 0 re àJeanne une lance .’ Un autre un casque, un autre une cotte d’acier Que les chantres jongleurs de l’âge devancier Nommaient le blanc haubert ou la cotte de maille; Et lafoule s’empresse autour et se Chamaille A qui boucle l’épée et soutient l’étrier; Et Baudricourt lui—même ofi’re le destrier, Et Jeanne resplendit dans sa cotte moulée, Miroitant au soleil de la longue coulée D'un métalflamboyant sur son corps répandu Comme un ruissellement d’or et Jargentfondu..
Alors elle sourit d'extase sous les armes, Et Iafoule, alentour, versait de douces larmes ;. Et Jeanne, parvenue au but de son désir, Exaltait de triomphe et pleurait de plaisir. Escortée, à deux pas, de son amifidèle, Sublime, elle passa devant la citadelle, [merci ! '
n"r" * BATH-SCÉBAH 185 Dont, pour elle, on avait baissé le pont-levis; Et tous deux, entourés d’une garde, et suivis, ' De loin, par les regards, vers la terredes Gaules, Parmi les peupliers et les bouquets de saules Disparurent au son d’un rappel du tambour..... Mais, depuis, Jean de Metg ne parla plus d‘amour.
GASTON ARMELIN. _ Ëawrâcéaan Samuel, livre Il, chapitre XI Une nuit transparente et bleue emplit l’espace ; Dans l’air pâméflotte une odeur de volupté; Je‘rusalem s’endort et, seul dans la cité Qu’il domine, David rêve sur sa terrasse. Du calice desfleurs s’exhale un souffle ardent; La chair du Roi s’émeut et, par cette nuit chaude, Il sent autour du lui la Luxure qui rôde ’ Comme unfauve afi”amé qui s’étire en grondant.
Le trouble de ses sens gagne jusqu’à son âme , Le rêve qui le hante éveille en lui l’amant Qu’un désir implacable étreint éperduement... Et voici que soudain, là-bas, surgit la Femme Au loin, dans une cour, une blancheur a lui : Les yeux fixes, les doigts crispés. David se penche; Il aperçoit un sein, la rondeur d’une hanche, Et le péché vivant s’est dressé devant lui.
186 L’INITIATION Celle qu’il voit ainsi quitter ses derniers voiles, Prête à descendre au bain parfumé qui l’attend, Ses lourds cheveux épars sur son sein palpitant, C’est Bath-Scébah nue et debout sous les étoiles. Mais, dans l'ombre quefait ce beau corps frémissant, Rampe, invisible encor, le crime qui s’approche: — Le meutre d’0uriya dont l’heure est déjà proche Va mêler à la volupté l‘odeur du sang. CHARLES DUBOURG. ©1DJ! au i9anummes Ce matin, en sortantdes voiles du sommeil, Mon cœur était en fête; , Pendant que je dormais, un rayon de soleil Se jouait sur ma tété. Salut, me disait—il, c’est le premier beau jour ; Poète prends ta lyre Voici le renouveau; Printemps est de retour, Printemps au doux sourire. Comme un chant de victoire ecoute dans les cieux Gagouiller l’hirondelle , Regarde—la, dans l’or limpide et radieux, Monter à grands coups d’aile.
I"-""”"'““ — ODE AU PRINTEMPS 187 Ne sens-tu point passer le souflle du printemps Sur ton âme ravie P Les voilà revenus, les jours où les vingt ans Souriaientà la vie! Comme en ces temps heureux ne sens-tu pas ton cœur Avec lesfleurs éclore P Et ton corps frissonner sous le baiser vainqueur Des lèvres de l’AuroreP Dans la douceur des nuits, dans la splendeurdes jours, Sur l’aile des chimères, Va respirer les fleurs et chanter les amours Comme elles éphémères! Car ce qui rend, hélas! le gai printemps si cher, 0 Poêle, à ton âme: C’est qu’il est à lafois doux,fugitgflamer, Comme un baiser de femme! YVAN DIETSCHINE.
188 L’INITIATION fiR@UPE ÆNDÉPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES Le 8 mai dernier a eu lieu la conférence du Groupe, rue de l’Ancienne-Comédie. Nous y avons retrouvé avec plaisir la plupart de nos abonnés. — Notre collaborateur Émile Michelet n‘avait pu, malgré ses efforts, tenir sa promesse de « causerie esthétique ». Papus y a exposé, de la façon lumineuse qui lui est habituelle, la doctrine de l’âme dans l’Ancienne Egypte.
Il a expliqué la durée prodigieuse de la ciwlisation dans ce pays, et il a conclu en indiquant les fausses interprétations des égyptologues concernant les croyances religieuses des habitants de Mizraim. — Nous avons eu la chance de présenter à notre auditoire le docteur Favre, l’ami de Louis Lucas, d’Eliphas Levi, George Sand et de Dumas.
Le doc teur Favre, de passage à Paris, où il prépare une entre— prise qui intéresse au plus haut point notre nationalité, a bien voulu, reprenant en quelque sorte la conférence de Papus. exposer ses idées sur l’état relatif actuel de l’Orient et de l’Occident. Sa parole brillante et imagée, sa voix vibrante, lui ont acquis toutes les sympathies de ceux qui l’écoutaient.
Nous pouvons leur annoncer pour le mois prochain un régal oratoire dont nous avons obtenu la promesse de la bonne grâce du docteur Favre. S. * dit» Le nombre des personnes qui s’intéressent à la cause spiritualiste augmentant sans cessse, la direction du ( Groupe » a décidé de déléguer un de ses membres pour recevoir le public et développer les relations per sonnelles entre les fidèles de notre cause. M. Paul Sédir, avec sa bonne grâce habituelle, a bien "W"""”"""‘“"”W »-"'-—-v:’rrw,« -, J...m ...n. .- ., '-l/# e
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÊRIQUES 189 voulu se charger de ce soin; il recevra nos amis le di manche matin jusqu’à midi, et le lundi de 5 heures à 7 heures, à l’Administration de l’Initiati0n, 7g, faubourg Poissonnière. GROUPE N? 4 Séance du 28 avril 1893 MONSIEUR LE DIRECTEUR, Depuis la dernière lettre que j’ai eu l’honneur de vous adresser, j’ai reçu, de nouveau, en plein jour, deux mes sages apporte's par mon invisible ami.
Le premier de ces messages, placé dans une enveloppe mentionnant exactement l’âge que j’avais atteint le jour même, contenait l’apport d’un objet religieux de minime valeur que j’avais demandé mentalement sans en avertir .qui que ce soit.
Cet apport qui consiste en trois petits objet en fer blanc, — la Foi, l’Espérance et la Charité — une ancre, un cœur, une croix, était enveloppé dans un petit papier de soie sur lequel étaient imprimés ces mots, {que je transcris textuellement) : Major autem horum est Charitas. Un autre papier, vert, se trouvait sous la même enve— loppe; on y lisait ceci : « Memento et spera.— LUREAU. » Comme ornements, quatre croix.
Le deuxième message apporté m’est parvenu après une visite faite au révérend père X.,de l’ordre desjésuites,qui, en voyant les signes cabalistiques qui figurent sur la première lettre apportée par l’esprit qui se présente sous le nom de Lureau, s’écria : « C’est le Malin! », et m’enga gea vive'ment, ainsi que mon excellent ami 2., à ne pas re tarder davantage mon retour aux pratiques de la reli gion.
A la suite de cette visite, je déclarai à mon ami que, tout en ayant la ferme intention de mourir muni des sa— crements de l’Église, je croyais avoir encore le temps d’y penser.
I go L‘INITIATION Le lendemain, je reçus, en pleinjour. le message sui vant :(Vigild quia nescis diem neque horam. — LUREAU.) Les deux messages étaient scellés du sceau de Salo— mon. A . FRANÇOIS. P.-S.—- J'engage les incrédules à lire (ou à relire) la Magie magnétique de Cahagnet et les œuvres de Sinnett.
LA fiermination des graines par les Æakirs Voici un fait qui donnera à réfléchir aux occulristes trop disposés à accepter les anciennes théories du fluide vital. On sait que les fakirs ont la prétention de faire ger— mer très rapidement les graines par l’imposition des mains.
Les occultistes disent que la volonté du fakir a agi sur la vie en sommeil dans le végétal, et a non seulement mis cette force vitale en mouvement, mais encore lui fournit habituellement la nature. Mais avec quoi a-t-il agi sur cette force vitale endormi dans la plante I’ Avec sa propre force vitale qui est sortie de son corps et a agi à distance.
Dans mon livre sur l'Électricité des êtres vivants,i’attri buais le phénomène de la germination rapide à la décom position chimique par l‘électricité émise par le fakir de la terre toute spéciale employée. Les occultistes, en effet, négligent de prendre en considération cette terre qui doit être prise dans un nid de carias, petites fourmis blanches qui construisent des monticules de 8 à 10 mètres de hauteur. Mon explication se trouve confirmée, non seulement par les expériences relatives à l’action de l‘électricité sur
BIBLIOGRAPHIE 191 la germination et que*j'ai rapportées dans mon livre, mais encore par une expériepce récente des plus inat tendues et rapportées par l’Echo scientifique du 15 avril 1895.
Je cite textuellement: ( En temps ordinaire, c’est—à-dire lorsque la tempé rature est au-dessus de 90 degrés, une graine ne germe qu’au bout de dix à douze jours; avec le procédé de M. Ragonneau, il en est tout autrement; les dix jours se réduisent à dix heures maximum.
« Cet ingénieux horticulteur, pour arriver à ce résul tat surprenant, se contente d’arroser ses graines avec une solution aqueuse à 1/5000 d’acide formique chimique— ment pur. » D“ FUGAIRON. BIBLÆ©ŒËAEÆ1ÏE L’Etat naturel et la part du prolétaire dans la civilisation, par E. GROVELLE. Sous forme de journal à dix centimes, M. Gravelle fait paraître de temps en temps des fragments d’une étude fort intéressante portant le titre ci—dessus.
Frappé comme tant d’autres des misères sociales, M. Gravelle, un indépendant, un artiste, un philosophe qui, dans ses voyages de l’Amérique du Sud, a été à même d’apprécier de visu les avantages de l’état naturel, s’efforce, de sa seule initiative, de montrer combien la civilisation, mal gré ses grandeurs indéniables, à d’inconvénients.
Basée sur l’égoïsme, elle produit cet épouvantable résultat de faire mourir defaim le plus grand nombre pour donner à quelques-uns une immense quantité de jouissances superflues. Le remède à cet état de choses, M. Gravelle le voit dans le retourà l’état de nature; l’état de nature n’est pas l’état sauvage, l’état animal, mais simplement
192 L’INITIATION l’état en lequel sont supprimés les besoins factices de notre civilisation perverse et les inconvénients qu’ils entraînent; l’état de nature est celui Où l’homme, débar rassé de sa plus grande partie du labeur dangereux et inutile en soi auquel il est obligé de se livrer pour vivre -— pour végéter, plutôt, — pourra librement développer ses facultés intellectuelles et morales.
« Tout pour l’Artl > telle est la devise de M. Gravelle. Elargissons très peu cette formule, nous aurons: «I Tout pour l’Idéel ) qui est l’expression du rêve le plus élevé de toutes les philosophies. D’ailleurs, mérite fort rare à notre époque, M. Gravelle, insatisfait de sa seule théo rie, compte la mettre en pratique au printemps prochain et a bon espoir de réussir. Nous le lui souhaitons sincèrement.
Une légère critique en‘ terminant : M. Gravelle ne me parait pas accorder assez de valeur au travail personnel ni à l’agriculture. Supprimer l’excès inutile du travail, rien de mieux; répartir équitablement entre tous les richesses naturelles, c’est parfait.
Mais il est trop certain que, sous l'influence du bien-être, même non luxueux, la plus grande partie de l’humanité cesserait de penser pour retourner à l‘institictivité brutale des âges préhisto riques.
Nul doute que le promoteur de l'école naturienne ' ne sente lui-même que les nécessités de la vie, lors qu’elles ne sont pas exagérées et ne vont pas jusqu’à la souffrance aiguë — ce qui est le cas en notre société, — sont le plus puissant facteur du progrès.
Sous cette réserve, la tentative de M. Gravelle me semble fort inté ressante et mérite d'être rapprochée des théories de M. Lessard (Retour à la terre) et de l'état social des Chinois qui ont su rester si heureux en se mettant à l’abri de cette civilisation dont nous sommes si fiers.
MAmus DECRESPE. - au Petit Traité de mélodie et d’harmonie pratique ou1’Art d'apprendre à composer sans maître, par ALFRED LE DAIN, membre de la Société des Auteurs et Composi teurs de musique. Cet ouvrage a pour but d’enseigner l’art de composer,
L’ORPHELINAT D’ANDILLON 193 sans maître, au moyen d'un enseignement nouveau, pro duit d’une loi naturelle s’appliquant à la mélodie, aussi bien qu’à l’harmonie: ce qui jusqu’ici n’a été enseigné par aucune méthode connue. Cette,loi naturelle donnée par l’acoustique s’impose. Il s’agissait d’en faire la démonstration. C'est l’innovation présentée parl’auteur.
Cette méthode donne le moyen à tout élève connais sant un instrument solinote ou plurinote d’écrire cor-‘ rectement un morceau de musique quelconque. —— En effet, il n’est pas plus difficile, par cette méthode, d’écrire correctement un morceau de musique, que d’écrire une lettre: c’est affaire de grammaire, et les tableaux figura tifs placés à la suite de l’ouvrage répondent à cette don— née élémentaire, base de tout enseignement rationnel.
L’auteur, au moyen de ces tableaux figuratifs, peut donner des leçons par correspondance, chaque tableau qu’il s’agit de remplir comprenant une leçon. Toute lettre non affranchie sera refusée. Pour la ré ponse envoyer un timbre poste. S’adresser à l’auteur, à Saint-Cloud, 35, rue du Cal vaire (Seine-et-Oise). * :i 1‘ Reçu à l’Initiation COMPTE RENDU PROCHAINEMENT EMMA DE RIENZI, Eternelle chanson. 1 beau vol. in—4°, chez Vanier.
Exquises poésies dont nous reparlerons. L’@RPHELINAT D’ANDILIWN’ Quoique nous n’ayons pas l’habitude de faire, dans l‘1nitiation, des annonces industrielles, nous ne pouvons nous abstenir de signaler l’œuvre de l’0rphelinat d’An dillon, fondée par M. Thouard à Andillon près Blois (Loir-et-Cher).
I 94 ’L’INITIATION M. Thouard a établi dans son orphelinat une fabrique de liqueurs et nous signalons les marques suivantes, puis— que le commerce entrepris n'a pour but que le progrès de l’Orphelinat. L’Andillonnaise. — La reine des Liqueurs de table, très agréable, digestive, hygiénique (3 lr. 75). La Châtelaine. — Anisette triple supérieure (3 fr. 75). . La Fine .Mouche. — Absinthe blanche supérieure, dis tillation des sommités fleuries d‘absinthe (3 fr. 25). Absinthe Thouard. — Absinthe verte, marque recom mandée (3 fr. 25). Le Dartagnan. — Apéritif au vin de Sauterne (2 fr. 25). Kirsch de la forêt du Mont. — Distillation des plus soignée de fruits récoltés dans la propriété (4 fr.). Cassis de Bullevue. — Marque recommandée, fabrica tion spéciale (3 fr. 25). Le Régénérateur. — Au vin de Sauterne. Le plus grand fortifiant et reconstituant trouvé jusqu‘ici (3 fr. 25). -v :9WŒ. Le Gérant: ENCAUSSE. TOURS. — IMP. E. ARRAULT ET C", RUE DE LA PRÉFECTURE, 6
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