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Revue philosophique des Hautes Etudes PUBLIÉE MENSUELLEMENT SOUS LA DIRECTION DE PAPUS V O. * Docteur en médecine — Docteur en kabbale 2 5e VOLUME. — 7 me ANNÉE SOMMAIRE DU N° .5 (Décembre 1894) PARTIE INITIATIQUE... Les Larves......................... Marc Haven. (p. 197 a 202). ZJAri oratoire et l'Ésotér risme (avec fig.)............. Scdir. (p. 202 à 2 1 o). L'Autorité sociale............ Guymiot. (p. 2 1 o à 2 2 3).
PARTIE PHILOSOPHI - Les Maisons astrologiques Abel Haatan. QUE ET SCIENTIFIQUE (p. 224 à 236). Ce Monde et l’autre .... F. des Essarts. (p. 237 à 242). Calendrier des Magistes. . D.. Fugairon. (p. 243 à 252). PARTIE LITTÉRAIRE.. ; Mrà de Salut..................... ■ Vurgey. (p. 253 à 254). Perpétuité (poésie)............. J. de Tallenay. (p. 254 à 255). Astra.................. ... I. Dietscbine. (p. 256 à 272).
Le Nain.............................. Gilbert Monach. (p. 272 à 277J . Groupe indépendant d’études ésotériques. — Les Dessins symbo liques.— Extraits de la Conférence de M. Michelet.— La Chiromancie médicinale. — Bibliographie. — Correspondance. — Nouvelles di verses. — Courrier théâtral. Tout ce qui concerne la Rédaction et les Échanges doit être adressé 14, rue de Strasbourg, Paris. Administration, Abonnements : 29, rue de Tiévise — Chamuel, éditeur. Le Numéro : UN FRANC. — Un An : DIX FRANCS
PROGRAMME Les Doctrines mate'rialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion ; mais elles n'ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initiation est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent : Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d’i/n même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Svnthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent Y arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cléricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin Y Initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces ar’des questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier.
L’Initiation parait régulièrement du i 5 au 20 de chaque mois et compte déjà sept années d’existence. — Abonnement: 10 francs par an. (Les collections des deux premières années sont absolument épuisées.)
La reproduction des articles inédits publiés par Y Initiation est formellement interdite, à moins d’autorisation spéciale. PARTIE INITIATIQUE ÈAKVES A propos de la parthénogenèse du cancer ♦ La question de l’astral, de ses royaumes, de ses sujets, se pose au débutant comme à l’initié toujours plus pressante, toujours plus profonde, toujours plus terrible.
Il importe de multiplier les études sur ces sujets, il importe de mêler aux recherches du labora toire celles de l’oratoire, aux tentatives hasardeuses et purement matérielles la méditation, l’étude; il faut chercher dans les anciens et demander aux très nou veaux leurs hypothèses pour que du mélange de tous ces éléments naisse un peu plus de lumière, une clarté plus généralement répandue. .
Nous apportons aujourd’hui par occasion notre pierre à cet édifice : nous voudrions montrer ce qu’est une larve, tenter une manifestation de cette fuyante apparence, nullement en donner une définition, mais en faire entrevoir la significative figure.
Et ce n’est pas dans les grimoires, chez les sorcières ou les charl'initiation 198 meurs que j’en trouverai la plus frappante description : je ferai appel à l’observation de savants modernes, à des travailleurs fort ignorants des clavicules et des pactes, amenés par leurs recherches à découvrir à nouveau ces larves.
Dans un travail original publié le 7 novembre dans le Bulletin médical, M. le Dr Critzman, moniteur d’anatomie pathologique à la Faculté de médecine, appliquant les doctrines de son maître M. le Dr Duval, présente une théorie nouvelle du cancer.
Pour la plu part des lecteurs de Y Initiation, le mot de cancer éveille les images terribles que la pathologie populaire a formées et conservées, le cancer, sorte d’animal aux mille bras, poulpe, polype ou crabe, araignée mons trueuse aux yeux ternes, aux griffes voraces, le cancer vampire affamé, être de cauchemar, larve gonflée de vie.
Or cette vision — vraie ou fausse — est depuis longtemps inconnue au médecin ; il a vu, il a touché le cancer ; il sait sa naissance, son accroissement, sa structure ; et ces images, dans la bouche du malade, sont pour lui des naïvetés.
Il sait la science faite sur ce point, et l’analyse a classé le cancer parmi les mille formes anormales des évolutions cellulaires, furoncle ou cicatrice, cirrhose ou dégénérescence graisseuse, pour lui le cancer est détruit dans son individualité, dans sa personnification rêvée. Il persiste malheureusement, bien net, bien tenace, fatal devant les analyses ; et voici qu’en face des faits, d’autres théories surgissent.
Celle de M. Critzman se distingue entre toutes par son originalité. Le cancer -est en deux mots le frère de celui qui le porte : mais
P Voir l’article Division du ciel en maisons astrologiques (pp. 224 à 236).
LES LARVES 199 un frère non humain, un frère rest éà l’état de « désir d’être », d’embryon, de larve. Certes, si vous cherchez ces propres termes dans la communication de M. Critzman, vous ne les trouverez point. Si, d’autre part, vous cherchez la définition d’une larve dans l’œuvre des théologiens du temps passé ou dans le dictionnaire moderne (Migne-Collin de Plancy) vous ne ferez qu’augmenter votre embarras. « Le nom de Larves se prend généralemeut pour tout spectre « de démon horrible qui apparaît aux hommes, en quelque « façon que ce soit, » ditLeloyer (t. III, ch. v, p. 202 ; éd. française, p. 1608), et « Spectre est une imagination d’une substance sans corps « qui se présente sensiblement aux hommes contre l’ordre de « la nature et leur donne frayeur. » (T. I, p. 3, ibid.~) Lavater, Del Rio, Bodin, parlent de même. Ces défi nitions, très savantes d’ailleurs et bien utiles à étudier» vous dérouteraient dans le cas présent par l’étroitesse du point de vue. Mais si, délaissant toute idée précon çue, vous lisez avec attention ce travail du Dr Critz man, si vous assistez à la formation de cette louche individualité, toute passive, toute féminine, toute masse s’agitant vers la forme, aspirant à une organi sation qu’elle a en puissance, mais que nul principe mâle et fécondateur n’est venu dynamiser, si vous voyez contre la vie normale la prolifération se faire, l’envahissement, les avortements multiples, conti nuels, les écroulements, les liquéfactions, les coagu lations se,heurter, se fondre en cette masse hétérogène, qui puise en l’organisme le soutien et la vie tempo200 l’initiation raire ; si vous observez avec M.
Duval, avec Renaud de Lyon les nombreuses apparences, végétales, ani males, que prend cette tumeur; si parmi des cellules très humaines le microscope vous révèle de ces cel lules embryonnaires, caractéristiques de genres infé rieurs, reptiles, poissons, batraciens ; si vous songez que cette progressive et envahissante pénétration va bientôt, parasite fatal, tuer l’être qui la nourrit et ramener au chaos des formes et des forces cette con tradictoire et double existence, alors, mieux que dans les dictionnaires, mieux que dans les vieux spécialistes vous commencerez à entrevoir la larve.
Apparence et fonction, la larve est double. Fille de l’être humain, qu’elle naisse du crime, de l’ignorance, de la perversité, elle conserve à jamais, dans sa course à travers l’astral, le signe de sa coupable et défec tueuse origine (voyez Eliphas Lévi, Clef des grands mystères; Stanislas de Guaïta, Au Seuil du mystères p. 90; Papus, Init., juillet 18g3).
Mais la Providence, qui parmi les possibilités a permis leur existence, ne l’a permis que pour l’utiliser. La larve dans l’univers dissout le mal, use ses efforts, comme ces milliers d’imperceptibles destructeurs qui rendent à la terre les particules désagrégées des plantes et des animaux.
Insaisissable d’habitude, elle œuvre silencieusement, effondrant les grands édifices moraux, intellectuels ou matériels que notre ignorante activité construisait ou rêvait. Invisible, inconnue le plus souvent, et gros sissant la foule des soi-disant hasards, mais visible parfois aux yeux des voyants, médiums ou adeptes, la larve se révèle : spectre, lémure, lamie, élémentaire
LES LARVES 201 sous toutes ses formes, changeante, illogique, fantas tique, elle prend pour apparaître la première enve loppe trouvée : animal-humain, plante animée, toute écorce lui est bonne, et les Maziqin, les Telanaï, nais sent, éclatent, se transforment, fondent sur l’homme et s’évanouissent à son approche, troublent ses sens, inoffensifs tant que l’intelligence reste lucide et le vouloir pur, dangereux, mortels dès que l’effroi ou la souillure ont pénétré leur ancien maître désormais esclave.
Telles sont l’origine, la fonction, la nature des larves, et cette étude ici ébauchée mériterait un volume entier : comme en toute matière, il importe en philo sophie occulte, de bien établir le sens des mots, de bien connaître avant de juger. Ce n’est pas au hasard que les magistes du moyen âge, les kabbalistes de la Renaissance employaient les termes variés de leur riche vocabulaire magique.
Il est aisé de jouer avec ces sonores syllabes évocatrices, de les agiter sans en avoir distingué le sens, et cette méthode plus brillante que profonde est commune aujourd’hui ; mais ce n’est pas le but des travailleurs. La théorie du D1’ Critzman, en nous montrant une larve, dans ses œuvres, dans son corps nous aura permis d’aller plus loin que les mots et de faire peut être entrevoir à quelques-uns l’être de la larve derrière son nom.
Un enseignement encore peut s’en déduire; je ne sais quel sera le sort de cette théorie et si son carac tère élevé, philosophique, risque beaucoup de lui con cilier la faveur des chirurgiens moderne : ce n’est pas, il est vrai parmi les souffleurs qu’il faut chercher les
202 l'initiation adeptes.
Mais, qu’elle soit admise ou non comme •officielle, elle nous montre une fois de plus qu’en mé decine nulle doctrine n’est sûre de vivre le lendemain, nul axiome n’est posé, quoi qu’en disent les savants de journaux, et que toujours les vieux mots, les vieux rites, les vieille croyances reviennent habillés de neuf montrer leur éternelle vérité, comme de la masse adamique sans cesse jaillissent des individualités nou velles, d’une même terre vers un même ciel.
Marc Haven. Il est peu de matières sur lesquelles les rhéteurs se soient aussi abondamment exercés que l’art du dis cours. Mais qui dit rhéteur dit analyste, et tous ces écrivains n’ont illustré que les époques de décadence où les chefs-d’œuvre produits ne pouvaient plus être que commentés.
Actuellement même les traditions de l’éloquence latine sont abandonnées ; la parole est descendue de son piédestal jupitérien; elle s’est faite familière, vivante, plus rapide d’expression ; mais aussi, je crois, elle a cessé d’inspirer des génies tels que les orateurs grecs, latins, tels que ceux du xvn' siècle français.
Eh bien, puisque cet art s’est adapté, par la force des choses, à notre conception moderne de l’agréable, de l’utile et du pratique, je vais essayer de présenter
l’art ORATOIRE ET l’ÉSOTÉRISME 2û3 ici quelques idées, fournies par unetrès vieille théorie, celle du quaternaire mystique, lesquelles idées me semblent pouvoir constituer une synthèse systéma tique de l’art oratoire et ses moyens d’action. Envisagé d’une façon générale, un discours est le passage d’une idée de puissance en acte parle moyen d’un orateur.
Voici donc une Trinité déjà très caractérisée : l’idée, pure abstraction, une, immuable, et auditoire, la multiplicité féconde et matérialisatrice. La Matière et l’Esprit tendent sans cesse à se rapprocher, à s’unir; ils ne le peuvent qu’au moyen d’un troisième terme, l’orateur, canaldel7»j'oZwZzondel’Idée(i).
Ce dernier, dès qu’il commence à parler, à manifester l’idée, ne le fait qu’en se dédoublant : son intelligence reçoit l’idée, et l’assimile, et ses facultés d’expression, sa voix, l’annoncent et la réalisent dans le monde matériel. Ainsi la Trinité pythagoricienne est représentée ici : l’idée est providentielle ; l’auditoire est fatidique, en tant que résultat d’activités passées ; l’orateur est volontaire.
Le schéma suivant fera sans doute mieux saisir le quaternaire dont nous parlons. Remarquons qu’il n’est autre que l’X par qui M. de Saint-Yves nous dit que les hiérophantes d’Egypte répondaient au néophyte demandant la connaissance (2). Une fois le discours terminé, l’idée et l’orateur dis- ( 1 ) Voyez Barlet, Principes de Sociologie synthétique, p. 1 2. (2) Mission des Juifs, passim.
20Ô l’initiation La condition première et indispensable pour agir selon cette méthode sera la maîtrise absolue de la raison et de l’ètre instinctif par l’orateur, de manière que le procédé d’exposition, l’allure de l’énoncia tion, la voix et le geste puissent être maniés avec la plus entière liberté.
Remarquons en outre que, dès le commencement de l’action oratoire, l’idée subit une série de morts et de renaissances à mesure que l’orateur la manifeste. Par suite, nous n’aurons plus en somme à considérer que le ternaire. Pensée. —Expression. — Auditoire.
Pour que l’auditoire reçoive complètement cette pensée, il faut qu’elle lui soit complémentaire ; il s’ensuit pour l’expression la nécessité de revêtir la pensée des apparences de ce complémentarisme : il se formera ainsi un courant orateur-auditoire dont la tendance polarisante aboutira aux actes futurs de l’auditoire, strictement conformes à l’idée primitive.
La pensée en soi est nue et sans forme ; l’orateur devra la revêtir du tempérament complémentaire à celui de l’auditoire, c’est-à-dire lui donner une forme générale (sermon, conférence, discours ou harangue) déterminée 'par le monde d’où elle émane (religieux, philosophique, sentimental ou scientifique) et appuyée sur une forme de style convenable. On pourra suivre sur la figure toutes les correspon dances de ces divisions.
l’art ORATOIRE ET l’ÉSOTÉRISME 2o3 ici quelques idées, fournies par unetrès vieille théorie, celle du quaternaire mystique, lesquelles idées me semblent pouvoir constituer une synthèse systéma tique de l’art oratoire et ses moyens d’action. Envisagé d’une façon générale, un discours est le passage d’une idée de puissance en acte parle moyen d’un orateur.
Voici donc une Trinité déjà très caractérisée : l’idée, pure abstraction, une, immuable, et auditoire, la multiplicité féconde et matérialisatrice. La Matière et l’Esprit tendent sans cesse à se rapprocher, à s’unir ; ils ne le peuvent qu’au moyen d’un troisième terme, l’orateur, canal de Ylnvolution de l'Idée(i).
Ce dernier, dès qu’il commence à parler, à manifester l’idée, ne le fait qu’en se dédoublant : son intelligence reçoit l’idée, et l’assimile, et ses facultés d’expression, sa voix, l’annoncent et la réalisent dans le monde matériel. Ainsi la Trinité pythagoricienne est représentée ici: l’idée est providentielle ; l’auditoire est fatidique, en tant que résultat d'activités passées ; l’orateur est volontaire.
Le schéma suivant fera sans doute mieux saisir le quaternaire dont nous parlons. Remarquons qu’il n’est autre que l’X par qui M. de Saint-Yves nous dit que les hiérophantes d’Egypte répondaient au néophyte demandant la connaissance (2). Une fois le discours terminé, l’idée et l’orateur dis- (1 ) Voyez Barlet, Principes de Sociologie synthétique, p. 1 2. (2) Mission des Juijs, passim.
l’initiation 204 paraissent; il reste l’Auditoire avec les dispositions acquises, les impressions reçues et les actes, suites logiques de ses impressions, encore en puissance. Ainsi donc, si nous personnifions le discours, nous le verrons composé d’Esprit (idée), d’Ame (orateur) à double polarisation, et de Corps (l’auditoire). L’occulte nous a appris que toute assemblée d’êtres individuels dégage une âme de vie qui n'est pas, , comme on le pourrait croire, formée de la somme des tempéraments particuliers, mais bien générée par leur combinaison. Cette idée a fourni à Maurice Barrés une des plus belles pages de son Jardin de Bérénice, C’est ici que nous allons appliquer la loi du Binaire : toute entité tend à se compléter, à se solariser, à se complémentariser; c’est l’expression même du désir, la racine de l’être, le grand arcane des sexes. D’autre part, l’orateur, par définition, n’est orateur que pour convertir la foule à son opinion : comme il sait l’âme collective, inconsciente, il va lui offrir un complémentaire, artificiel c’est vrai, mais suffisant
l’art oratoire et l’ésotérisme 2o5 pour entraîner l’adhésion des cœurs et l’assentiment des intelligences. Tel est le grand secret de la parole: offrir au public son idéal pensé et verbalisé ! Donc, trois choses à déterminer tout d’abord: le IiTcoixscLerut H” ù o rts T t •Inx-orLSdcni’ 4CM*« Con3 cXerct t: i tempérament de l’auditoire, le tempérament de l’ora teur, et le tempérament de l’idée, ou de son vêtement, le style.
20Ô l’initiation * ¥ * La condition première et indispensable pour agir selon cette méthode sera la maîtrise absolue de la raison et de l’être instinctif par l’orateur, de manière que le procédé d’exposition, l’allure de l’énoncia tion, la voix et le geste puissent être maniés avec la plus entière liberté.
Remarquons en outre que, dès le commencement de l’action oratoire, l’idée subit une série de morts et de renaissances à mesure que l’orateur la manifeste. Par suite, nous n’aurons plus en somme à considérer que le ternaire. Pensée. —Expression. — Auditoire.
Pour que l’auditoire reçoive complètement cette pensée, il faut qu’elle lui soit complémentaire ; il s’ensuit pour l’expression la nécessité de revêtir la pensée des apparences de ce complémentarisme : il se formera ainsi un courant orateur-auditoire dont la tendance polarisante aboutira aux actes futurs de l’auditoire, strictement conformes à l’idée primitive.
La pensée en soi est nue et sans forme ; l’orateur devra la revêtir du tempérament complémentaire à celui de l’auditoire, c’est-à-dire lui donner une forme générale (sermon, conférence, discours ou harangue) déterminée 'par le monde d’où elle émane (religieux, philosophique, sentimental ou scientifique) et appuyée sur une forme de style convenable. On pourra suivre sur la figure toutes les correspon dances de ces divisions.
l’art oratoire et l’ésotérisme 207 Je n’ai voulu cependant donner que des types très simples et très théoriques: à l’heure actuelle un prédi cateur se servira tour à tour de la forme conférence pour prouver, du discours pour persuader, de la harangue pour frapper, émouvoir, entraîner, et ainsi des autres. Le lecteur fera lui-même sans difficulté ces combinaisons.
TABLEAU DES VARIATIONS DU STYLE SERMON CONFÉRENCE DISCOURS HARANGUE s’adresse à la foule Concept ..général Le Divin L’Intellectuel L’Artistique Le Philoso phique Scientifique Analytique Sentimental Personnel Comparatif Le Réel, le Posi tif, le Bon sens, la nature syn crétisme Procédé Analyse du moi Lyrisme Sensibilité ner veuse.
Affirmation du moi Systématisme Raisonnement Analyse, de l’externe Adaptation Observation gaie Synthèse, con templation de l’externe Didactisme Description La Phrase Très travaillée Longue Contournée, pressurée.
Classique Oratoire Très longue Naturelle premier jet Vive Courte Chargée Monotone Récitatif Mots, leur couleur Suggestifs Bizarres Néologismes Classiques Imagés Sonores Significatifs sur tout par juxta position Précis Significatifs sur tout par leur musique Longs L’expression doit tout d’abord s’adapter au tempé rament de l’auditoire de façon à le complémentariser: dès qu’elle offrira aux auditeurs leur idéal, elle pourra être facilement utilisée pour les entraîner vers n’im porte quelle action ou quelle adhésion que l’orateur jugera à propos de déterminer»
208 l’initiation Le principal moyen d’expression de l’idée, c’est le Verbe. « Le Verbe est l’instrument de génération de l’esprit», a dit Montereggio (1); il pourra être aidé de la marche pour les discours s’adressant à l’être instinc tif, du geste pour les discours animiques, du regard seul pour les enseignements et les exhortations spiri tuels.
L’orateur sera, dans chacun de ces quatre cas, tribun, orateur proprement dit, conférencier ou pur prédicateur. Voici le tableau des variations de l’expression. TABLEAU DE L’EXPRESSION les genres.
N Prédicateur B Confercncr S Orateur L Tribun Dans la personne de l'orateur Regard Voilé d’extase Stationnel Voilé pas de dédain Scrutateur Vif Éparpillé Yeux ouverts /■ Volume de Verbe ’ la voix cr i ton . articulation Plutôt faible, égal Grave, vibr. intér.
Chantante, ironie Moyen Médium so nore Brève, avec pé riode lente Forte Aigu, criard, saccadé Vive, précise, colérique 1 rés forte Médium, mais très changeant Lente, lourde Grand intérêt Geste Très sobre Main rassem blée Démonstratif, pouceouindex Main vivante, mobile Le poing Maintien Statuaire, tète renversée en arrière Costume lâche Cambré Front en avant Collant Poitrinant Mâchoires en avant Costume com mode, sim ple, clair Remuante, Marchante Costume flot tant L’auditoire est certes ce qui est le plus difficile à modifier: on remarquera que plus son tempérament (1) Ma thèse. Voyez aussi Physiol.synth. de G. Encausse et l’article de Vurgey dans l’initiation d'octobre 1891.
l’art oratoire et l’ésotérisme 209 est matériel (L et S) plus les moyens d’action préa- , labié seront efficaces; à mesure que l’intellectualité d’un collectif s’élève, le décor extérieur perd de son influence sur lui. Dans cette recherche délicate, j’ai essayé de réunir ci-dessous quelques données : c’est là surtout que l’orateur pourra développer son talent d’adaptation. TABLEAU DES AUDITOIRES Ce par quoi il faut agir Temps Lieu B Dispos.
Morales _________ NTendance Ce sur quoi il faut agir N Intellectuels Artistes B Gens du monde Politiciens S Animique Bourgeois Soldats L Instinctifs Passifs purs Enfants-clèves Ouvriers La Mysticité sous une forme quelconque L’Information calme La Curiosité La Passivité L’Assuration Adoration L’Amiration ou l’ironie La Déférence polie Le Sarcasme Animisme favorable ou hostile L’Indifférence Le Crépuscule Lumière indé cise, Vitraux à jeun L’après-midi Lumière rou geâtre, chaude Matin Lumière vive Gaie La Nuit Lumière uni forme Diffuse Après dîner L’Église Salle à tapisse ries, Parfums L’Orgue La Sallede cours L’Amphithéâtre Éclairage intense de la musique de cuivre et pas de sièges si pos7 ■ sibles.
Le Plein air La Salle pu blique Fumée de tabac Sièges larges Commodes S L Enfin, que le lecteur veuille bien se pénétrer de ceci, que les remarques ci-dessus sont très générales ; à lui si elles lui semblent utilisables, de les préciser par l’exemple : Vous voici dans une réunion publique i
2 i o l’initiation d’ouvriers, l’arome du vin chaud se mêle à la fumée des pipes ; votre auditoire est corporel (S L) ; vous vous ferez donc intellectuel, mais seulement dans votre débit ; à des gens en qui sommeillent les idées et les sentiments, et qui ne demandent qu’à « être em ballés », distinguez-vous surtout par votre énonciation, votre facilité de parole et la chaleur de vos expressions : vous leur présenterez ainsi leur idéal, et ils seront conquis.
D’ailleurs ces pages n’ont été écrites, sous l’inspiration directe de métaphysiciens élevés, que connaissent bien les lecteurs de l’Initiation, que pour attirer sur un sujet important dans la vie sociale l’at tention de plus expérimentés et de plus autorisés que moi. SÉDIR. Pourquoi les hommes sont-ils sur terre? Manifestement pour y vivre.
Quel que puisse être le nombre des buts qui forment la destinée de l’huma nité, une chose certaine c’est que le premier de ces buts, condition indispensable à l’atteinte de tous les autres, est de vivre sur terre. Quand on a une chose pour but, il est naturel et rationnel de chercher à l’at teindre au plus haut degré possible. Les hommes doivent donc chercher à vivre sur terre le plus pos sible.
l’autorité sociale 21 I Le monde est assez vaste pour fournir de la place et des moyens d’existence à tous. Il est si vaste que les hommes ne peuvent pas encore l’occuper tout entier. Il y a de larges plaines dont le sol pourrait produire des moissons ondulant en vagues dorées sous le souffle des brises et qui sont couvertes d’herbes servant de pâture aux animaux sauvages.
Les éten dues et les profondeurs de la mer fourmillent de pois sons qui pourraient se transformer en chair humaine et qui sont seulement la nourriture des espèces voraces des habitants des eaux.
La terre est assez grande pour porter sur son dos plusieurs humanités comme celle qui s’y trouve ac tuellement, et pourtant, chaque année, des millions des enfants des hommes, après avoir apparu un moment dans la vie, retournent dans l’inconnu sombre d’où ils avaient surgi ; leur chair, leur corps, chef-d’œuvre dernier des efforts de la Nature, retourne à la terre, dispersant parmi les éléments sans forme l’harmonie mystérieuse qui lui avait donné l’exis tence.
Pourquoi donc ce fait absurde ? Parce que l’homme, au lieu d’employer ses énergies à développer, à étendre la vie humaine, les emploie à la comprimer, à la restreindre, à la détruire.
Ce fait vient de ce que l’homme n’est pas encore un être assez raisonnable pour employer son intelligence à faire affluer en son espèce les forces épanchées de l’inconnu, du Mystère, et vagabondant sans nul souci de l’humanité dans les divers royaumes de l’existence. 7
212 L INITIATION L’intelligence humaine est bien le plus superbe des instruments à portée de notre compréhension par lesquels passent des énergies de la nature pour pro duire des effets dans le monde; mais les effets pro duits dépendent de l’emploi qui est fait de l’intelli gence.
Si cet instrument merveilleux est mis au service des appétits brutaux, des instincts égoïstes, des passions animales, il produit sur l’humanité des effets des tructeurs, tandis que, dirigé par la raison, il produit des effets bienfaisants. Ce qui fait la supériorité de l’homme, sa vraie su périorité sur toutes les espèces d’êtres peuplant la terre en même temps que lui, c’est sa raison.
Son intelligence est un outil, une arme de lutte qu’il peut aussi bien diriger contre lui-même pour se détruire qu’employer à la conservation et à l’extension de sa vie. Les hommes, en mettant leur intelligence au ser vice de leurs passions égoïstes, se font plus de mal entre eux que ne peuvent s’en faire les animaux mal gré l’hostilité spontanée de leurs espèces.
C’est là un fait ayant une raison profonde que l’occultisme nous fait connaître : arrivée à l’époque de sa manifestation sur un plan d’existence, toute force, si elle n’est pas dirigée par une autre de nature supérieure, se retourne sur elle-même et redescend, ravageant ce qu’elle a produit pendant son ascension.
C’est en l’humanité que la force animale arrive à sa plus haute manifestation; si la raison n’en prend pas la direction, la force animale fait demi-tour et redesl’autorité SOCIALE 2 I 3 cend vers les profondeurs d’où elle a émergé, semant des désastres parmi les hommes. C’est à titre d'animaux que les hommes se font du mal les uns aux autres, ce n’est pas à titre d’hommes.
Ils ne sont hommes que par leur raison ; par leurs passions, par leurs instincts, par leurs appétits, les hommes sont simplement une espèce animale que son intelligence rend supérieure aux autres et capable de les détruire ou de les asservir. L’homme peut asservir tous les animaux, y compris lui-même, en tant qu’animal.
Et jusqu’ici, depuis les temps dont nous avons connaissance par l'histoire ordinaire, c’est surtout comme animal que l’homme a vécu. Comme espèce animale, l’humanité a toujours employé une grande partie de ses forces à se détruire, à répandre des cala mités dans son existence. Déterminées par un peu de raison et par beaucoup d’animalité, les institutions sociales ont toujours eu des résultats finalement désastreux pour les peu ples.
La route suivie par l’humanité à travers les siècles estfaite d’une boue gluante et fétide, toujours humide du sang qui coule des plaies que les hommes se font avec l’acharnement des fauves luttant dans les téné breuses profondeurs des forêts. La sinistre devise inscrite sur les drapeaux des peuples fut toujours : Faites-vous du mal les uns aux autres. C’est la constatation de ce fait attristant qui aconT duit des hommes de nos jours en qui la raison a jeté
214 l’initiation des lueurs un peu plus fortes que dans leurs sem blables à devenir des anarchistes. Qu’est-ce qu’un anarchiste ? C’est un homme dont le cœur se révolte au spec tacle des misères, des souffrances, des tortures que l’humanité s’inflige à elle-même au moyen de son intelligence mise au service des instincts animaux qui font partie de sa nature.
Mais l'anarchiste qui est le résultat d’un éclair pas sager de la raison dans un homme, oublie aussitôt cette raison dont l’éclair éblouissant a fait tressaillir son cœur jusqu’en ses fibres les plus cachées et, à son tour, livre son intelligence à la direction des passions.
Indigné des misères humaines, il va jusqu’à vou loir faire disparaître l’humanité pour qu’avec elle s’en foncent dans la nuit du non-être les souffrances et les tortures qui la déchirent. En sorte que sa lueur de raison ferait de lui le plus terrible instrument de malheur à l’action duquel l’humanité ait jamais été soumise.
L’anarchiste, être surtout sentimental, imagine que dans sa nature primitive l’homme est bon, c’est-à-dire qu’ilest une créature essentiellement raisonnable.
Il ne voit pas que si l’homme a inventé des institutions sociales qui sont d’effroyables instruments de torture pour l’humanité, c’est parce que celle-ci, loin d’être une espèce essentiellement raisonnable, est surtout une espèce animale, une espèce dans laquelle, grâce à son intelligence, les-forces qui jouent dans l’anima lité se manifestent avec plus d’intensité sur un plus vaste champ d’action.
l’autorité sociale 2l5 D’ailleurs, ce que beaucoup d’anarchistes réclament pour faire le bonheur de l’humanité, c’est le jeu libre des instincts et des passions animales. Ce qu’ils de mandent, sans bien s’en rendre compte, c’est que l’animalité contenue dans les hommes soit mise en état de se développer jusqu’aux extrêmes limites de sa puissance. Leur intention est bonne, mais ils se trompent quand ils nous parlent de fraternité.
La fraternité n'est pas une passion animale, c’est une passion humaine ; pour qu’elle apparaisse dans le cœur des hommes, il faut qu’il soit illuminé du rayonnement de la raison. Et la raison est absente des animaux. Oui, les hommes sont frères ; mais ils le sont en leur raison et non par leurs instincts, leurs appétits qu’ils ont en commun avec les animaux.
Déchaîner la brute qui est dans les hommes et appeler liberté son activité qu’aucune barrière n’arrê terait, n’est-ce pas le comble de l'absurdité ? Sans doute, nos institutions sociales sont mauvaises ; nous en avons la preuve par les résultats qu’elles produisent tous les jours ; mais avant de vouloir les renverser, il fautsavoir pourquoi elles sont mauvaises et savoir aussi par quelles institutions meilleures on pourra les remplacer.
Si nos institutions sociales sont mauvaises, c’est parce qu’elles sont le produit d’une immense quantité de force animale et d’une petite quantité de force raisonnable. Ce qu’il y a de bon en elles vient de la raison, ce qu’il y a de mauvais vient de l’animalité.
2l6 l’initiation Cela nous fait aussitôt comprendre combien étrange estle moyen d’amélioration que veulent employer les anarchistes, lequel consisterait à ôter toutes les brides qui répriment encore l’animalité contenue dans la nature humaine età laisser les instincts, les appétits, les passions libres d’agir dans toutes les directions, libres de se heurter, de se choquer, de se briser. Belle société qui résulterait d’un pareil état de choses !
Le mal de nos sociétés venant du peu d’action qu’a en elles la raison, le remède évident est d’augmen ter l’action de la force raisonnable. L’anarchiste suppose, et c’est là l’erreur formidable qu’il veut donner pour base à la société qu’il rêve, que l’homme est naturellement parfait.
L’anarchiste, qui se croit naïvement le plus avancé des hommes, est un attardé qui prend pour des vérités évidentes les va gissements rationnels de Jean-Jacques Rousseau dans son Discours sur l’inégalité. Si l’homme était parfait, il y a longtemps qu’ij serait heureux : il ne se serait pas donné la peine d’in venter les institutions qui lui infligent des misères sans nombre.
L’homme n’est pas parfait ; l’homme est un animal comme les autres d’abord, mais un animal différent des autres parce qu’en lui la raison peut apparaître et se développer. Plus il développe sa raison, plus il échappe à l’animalité, plus il devient distinct des autres animaux, plus il s’humanise. L’humanité doit tendre à son humanisation de plus en plus considérable et non pas uniquement aux jouissances que peut lui procurer sa nature animale.
l’autorité sociale 217 Que l’homme goûte ces jouissances, en passant, le long de la routedu progrès, comme le voyageur cueille des fleurs au bord du chemin, on ne peut l’en blâmer. Mais le but du voyageur n’est pas de faire des bou quets, il est de parvenir au terme de sa route. Pour que le voyageur atteigne son but, que faut-il ?
Qu’il conçoive ce but, que sa raison le lui fasse con naître, qu’il veuille y parvenir et qu’il mette ses jambes en mouvement pour y arriver ; il faut que la raison le maintienne sur la route qu’il doit suivre et l’empêche de s’égarer de côté et d’autre suivant les impulsions des caprices que les spectacles qu’il côtoie dans sa marche peuvent éveiller en lui.
Les hommes ne peuvent s’humaniser qu’en se lais sant guider par leur raison, en la laissant éclairer leur cœur et le pénétrer de sa chaleur vivifiante ; en impré gnant le cœur des hommes, la raison leur apprend qu’ils sont frères, que le plus sûr moyen d’arriver au but est de s’aimer les uns les autres, de s’unir pour combiner leurs efforts au lieu de lutter âprement entre eux, de se déchirer, de perdre leur temps etleur forces à détruire les énergies dont ils ont besoin pour accom plir leur destinée ; elle leur enseigne encore qu’ils doivent mettre leurs énergies en œuvre dans la direc tion du but.
L’homme est organisé pour accomplir sa destinée pourvu qu’il mette en œuvre les énergies desa nature; la société n’est qu’une collection d’hommes et son but doit être de favoriser l’accomplissement de la destinée des individus qui la composent. Quelle organisation lui donnerpour qu’elle atteigne
2l8 L INITIATION son but? Evidemment lamême que celle possédée par l’individu. La formule de l’individu sera donc celle de la société. L’homme a sa tète pourpenser, son cœur pour désirer et vouloir, son corps pour agir; il faut donner à la société ces trois organes.
La tête c’est la raison qui organise la société et qui la dirige une fois organisée ; le cœur c’est la force qui agit dans le corps de la société, qui la vivifie, qui veut les résultats conçus par la raison ; le corps c’est ce qui réalise les conceptions de la raison et qui s’entre tient lui-même, par les énergies qui lui sont spéciales pour rester capable d’opérer cette ¡réalisation.
La raison conçoit et dirige, c’est l’autorité, la force législative ; le ¡cœur veut ce qu’a conçu la raison, c’est le pouvoir exécutif, le gouvernement actif, les. pouvoirs publics; le corps exécute les décisions de la raison, de l’autorité qui sont incorporées dans les ordres du gouvernement, lesquels ne doivent jamais être que des applications des lois; au corps est dévo lue l'activité sociale dont une partie vient des énergies qui lui sont propres et l’autre de la loi conçue par la raison queles ordres du pouvoir exécutif transmettent à la partie agissante de la nation.
La raison n’a pas besoin de commander à la diges tion et à la circulation sanguine ; celles-ci s’opèrent spontanément sans son concours ; à leur égard son rôle doit se borner à écarter du corps tout ce qui pour rait les entraver, les suspendre. Une partie seulement de l’activité sociale doit être dirigée par la raison au moyen des ordres du pouvoir
l’autorité SOCIALE 219 exécutif, c’est la partie qui concerne les relations vo lontaires des hommes entre eux et des sociétés entre elles. Quand, dans un homme, le cerveau ne commande plus aux muscles, quel résultat voyons-nous? L’épi lepsie, la danse de Saint-Guy; ses mouvements se produisent sans le concours de sa raison et de sa volonté.
Quand, dans un homme, le cœur est le maître, il n’obéit plus qu’à ses passions, à ses caprices, qui le poussent de-ci, de-là, en des directions con traires , qui le font tantôt avancer, tantôt reculer, d’une façon incohérente, sans que son activité soit subordonnée à l’atteinte d’un but unique.
L’homme n’est complet, n’est sain que lorsque la raison veille en lui, indique les actions à faire à la volonté qui les transmet au corps chargé de leur exécution.
Quand, dans une société, il n’y a pas de gouverne ment, la société est épileptique ; quand il y a un gou vernement sans autorité, sans direction rationnelle (dans les despotismes), la société est passionnée, agit à tort et à travers, défait dans la seconde moitié d’un siècle ce qu’elle a fait dans la première, sous la pous sée des passions différentes qui agissent en elle, pro grès et réaction.
L’histoire nous fait connaître seulement des sociétés passionnées, des sociétés qui n’ont jamais été dirigées par la raison, des sociétés dans lesquelles les caprices des gouvernements tenaient lieu d’autorité. Tous les gou vernements de nos jours sont de la même espèce. Jusqu'à'présent, l’autorité de la'raison n’a jamais gouverné dans les sociétés humaines dont l’histoire vulgaire fait
220 L INITIATION mention ; cette autorité ne s’est point manifestée parce que la raison n’a encore existé qu'à l’état de dissémina tion, de dispersion dans les cerveaux des individus, parce qu’elle n’a jamais été réunie en un seul foyer.
Démolir les sociétés humaines ne suffirait pas à les rendre meilleures comme l’ont imaginé hâtivement les anarchistes ; la condition indispensable pour que leur amélioration ait lieu, c’est de réunir en un foyer rayonnant les étincelles de raison qui jusqu’à présent sont restées dispersées dans toute l’étendue des socié tés. Le forgeron pourrait-il amollir le fer, s’il éparpillait sur le sol de sa forge le charbon allumé ?
C’est l’éparpillement de la raison humaine qui fait qu’elle manque de puissance, qu’elle ne peut produire que des effets passagers dans un cercle restreint. Il y a des villages qui ont le grand avantage de compter parmi leurs habitants un homme très raison nable, respecté de tous, à qui les autres vont deman der conseil dans leurs embarras, quand ils ne savent comment diriger leurs intérêts.
Cet homme raison nable apaise bien des querelles qui auraient fait perdre du temps ou de l’argent à ses concitoyens ; pour son village, il est une source de bien-être dont on se rend surtout compte après sa mort.
Imaginez que tous les villages de France comptent un homme pareil parmi leurs habitants, un homme qui ne recherche pas la popularité, mais que la popula rité va trouver; un homme qui, sans commander à personne, voit ses conseils volontairement suivis par ceux qui les lui ont demandés et vous comprendrez
l’autorité sociale 221 aussitôt qu’une foule des inconvénients de la vie des villages, disputes, médisances, calomnies, haines, procès, disparaîtraient ou seraient considérablement amoindris. Tels sont les effets produits par la raison. Ce qui est petit est comme ce qui est grand. Si la raison pro duit des bienfaits dans un village, elle en produirait de plus importants dans un département, dans une province, dans une nation.
De nos jours, l’action de la raison dans les sociétés est très réduite ; elle se produit au hasard des circons tances, sans règles, sans méthode. Pour améliorer la vie sociale, il suffirait d’augmenter l’action de la raison en la systématisant. En qui la raison peut-elle se manifester pour agir? Est-ce dans les individus qui ne la possèdent pas, en qui elle n’est pas développée?
Ce serait tout comme si l’on demandait aux terrassiers dejfaire le plan de la voie ferrée à la construction de laquelle ils travaillent. La raison ne peut se manifester que dans ceux chez qui elle existe. Elle se trouve bien en germe dans tous les hommes, mais au cours de la vie elle se développe plus ou moins en chacun d’eux. Nous connaissons tous des gens en qui la raison est bien faible, est presque absente.
Est-ce à ses manifestations dans ces gens-là que nous irons demander des règles de con duite ? Non, assurément; mais à ses manifestations chez des gens en qui elle est considérablement développée. Une erreur, largement répandue de nos jours, con siste à confondre l’intelligence, l’instruction avec la
222 l’initiation raison. L’intelligence n'est que l’instrument par lequel peut agir la raison. Sans doute, mieux cet instrument, cette machine est construite, mieux la raison peut agir par elle: mais il faut que la raison s’en serve, et pour qu’elle s’en serve, il faut qu’elle soit présente dans l'individu dont l’intelligence est bien développée.
Les hommes très instruits ne sont pas pour cela des hommes raisonnables; par contre, il en est qui, sans instruction, sont des gens fort raisonnables. Il ne faut donc pas confondre, comme on le fait habituellement, l’intelligence ou l’instruction avec la raison.
Le déve loppement de l’intelligence fait bien d’elle un meil leur instrument pour la raison qu’une intelligence non développée ; mais cet instrument supérieur peut aussi bien être employé par les passions, par les appétits, que par la raison. L’instruction n’est nullement une garantie de capacité à bien diriger les actions humaines; elle ne suffit pas à donner cette capacité; il faut encore qu’elle serve d’instrument à la raison.
Si l’homme très intelligent n’agit que sous la pous sée de ses passions égoïstes, il est seulement pour ses semblables un être plus dangereux que les passionnés à intelligence vulgaire. La direction des affaires humaines devrait apparte nir uniquement aux hommes ayant à la fois l’intelli gence et la raison très développées, possédant la science pour la mettre non au service de leur égoïsme mais au service de l’humanité.
Un des premiers résultats que de tels hommes chercheraient à obtenir serait le plus grand développement possible de la raison dans tous les hommes.
l’autorité SOCIALE 223 C’est bien à cela qu’a toujours aspiré l’humanité à travers toutes ses tentatives d’organisation sociale. Prise en masse, elle a toujours souhaité, toujours désiré voir la direction suprême dans les mains des plus raisonnables. C’est cette aspiration qu’il faut satisfaire pour que l’humanité connaisse de meilleures destinées. Guymiot.
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ET DETERMINATION DES ARCS DE D1RECTION PAR LA METHODE RATIONELLE DE JEAN DE MONTEREGIO Accompagnées d'une comparaison rapide avec les autres systèmes. PRÉLIMINAIRES COSMOGRAPHIQUES En abordant cette partie de l’astrologie, on éprouve souvent de grandes difficultés en rencontrant des termes : Ascensions obliques, cercles de positions, qu’on chercherait en vain dans nos modernes traités de cosmographie. D'autre part, les anciens astrologues à qui ces dénominations étaient familières, négligent généralement d’en donner des définitions. Nous essayerons donc de combler cette lacune en fai sant ressortir l’utilité de ces coordonnées lorsqu’il s’agit de mesurer la position d’un astre par rapport à l’horizon dans le mouvement diurne. Les anciens considéraient trois positions de la sphère et les nommaient sphère parallèle, sphère droite et sphère oblique. 1
DIVISION DU CIEL EN MAISONS ASTROLOGIQUES 22 5 Nous ne nous occuperons pas de la sphère parallèle puisqu’elle exige que l’observateur soit placé au pôle. Nous remarquerons simplement que dans ce cas l’hori zon coïncide avec l’équateur et qu’il ne peut y avoir ni lever ni coucher d’astres résultant de la révolution diurne. Une partie des constellations est toujours visible tandis qu’une autre ne vient jamais briller audessus de l’horizon.
Morin de Villefranciie s’appuie sur ce fait pour déclarer que la vie est impossible au pôle et qu’il ne peut s’y produire aucune généra tion. Dans le cas de la sphère droite, l’observateur est placé à l’équateur et ce cercle est perpendiculaire à l’ho rizon. Tous les astres restent visibles douze heures, et douze heures invisibles.
Tous ceux qui ont une même ascension droite se lèvent, culminent et se couchent en même temps, aussi suffit-il de déter miner pour chacun cette valeur si on désire connaître leur position par rapport à l’horizon.
Il en est tout autrement pour la sphère oblique et cette position, qui est la plus commune puisqu’elle se présente pour tout observateur placé entre l’équateur et le pôle, est aussi celle qui offre le plus de difficultés pour les calculs astrologiques.
Les astres s'y parta gent en trois classes, car suivant leurs déclinaisons les uns sont toujours visibles, les autres paraissent et disparaissent après des séjours variant suivant le lieu qu’ils occupent, d’autres enfin ne se montrent jamais. Mais le point important à noter, c’est que contraire ment au cas de la sphère droite les ascensions droites ne peuvent plus servir à mesurer l’élévation d’un
22Ó L'INITIATION astre par rapport à l’horizon. En effet, deux astres ayant même ascension mais possédant des déclinai sons différentes se lèvent et se couchent à des heures différentes. Or la division du ciel en maisons astrologiques et le calcul de l’arc de direction par la méthode ration nelle reposent sur la révolution du premier mobile ou mouvement diurne et s’opèrent par rapport à l’ho rizon.
Il était donc nécessaire que les astrologues éta blissent de nouvelles coordonnées susceptibles de fournir dans le cas de sphère oblique une position que les ascensions droites ne pouvaient pas faire con naître. C’est alors qu’ils tracèrent par les points d’intersec tion de l’horizon et du méridien de grands cercles qui prirent le nom de cercles dépositions.
Chacun de ces cercles en coupant l’équateur déterminait ce qu’ils appelaient les ascensions obliques (i). Or celui qui passait par le centre d’un astre était le cercle de position de cet astre, et tous les points du ciel qui occupaient un même cercle de position se trouvaient à la même distance de l’horizon.
La figure suivante dans laquelle HHZ représente l’horizon, EEZ l’équateur, a une étoile placée sur le cercle horaire PaPz et sur le cercle de position HaH permettra de remédier aux obscurités que pourrait rencontrer le lecteur dans nos définitions. (i) L’ascension oblique d’un astre est donc l’arc de l’équa teur compris entre son cercle de position et le point y (point vernal). Les ascensions obliques se comptent dans le même sens que les ascensions droites.
DIVISION DU CIEL EN MAISONS ASTROLOGIQUES 227 En effet, on pourra aisément y remarquer : i° Qu’une étoile a est située au-dessus de l’horizon tandis qu’une étoile ¡î ayant même ascension droite est située au-dessous. 20 Que le cercle horaire et le cercle de position cou pent l’équateur en deux points différents.
Nous espérons toute difficulté disparue, aussi allons-nous entreprendre maintenant l’étude des cal culs relatifs à la domification du ciel. Nous aurons soin cependant toutes les fois que l’occasion s’en pré sentera de renvoyer à la présente figure et d’y rappor ter nos définitions (i). PREMIÈRE PARTIE DOMIFICATION DU CIEL Les œuvres des maîtres de l’astrologie renferment différentes méthodes relatives à la répartition du ciel en maisons.
Les uns enseignent que les maisons doivent être égales et qu’il faut diviser tout d’abord l’écliptique ; d’autres admettent l’inégalité des mai sons et commencent par opérer la division de l’équa teur : d’autres encore exposent des systèmes qui ne sont que des modifications des deux premiers. (1) On peut consulter à ce sujet les anciens traités sur la sphère : Guiliblmus Blaev, — Institutio astronomica..... Amsteladamî, i655. Sacro Bosco. — Sphœra mundi. Venise, i5ig.
228 l’initiation Devant ces divergences, l’étudiant s’étonne, et sou vent le découragement s’empare de lui. Si dans ces moments d’abattement il se trouve privé d’un maître qui puisse l’aider de ses conseils, l’éclairer de ses lu mières, il n’est pas éloigné d’abandonner pour tou jours un chemin que couvrent les ronces et de nier une science que tant d’obstacles l’empêchent d’at teindre.
Et pourtant le dogme astrologique reste pur et in tact, quelles que soient les erreurs de ceux qui tentent, son adaptation. La vérité révélée, présent de la divi nité à l’humanité en enfance, conserve sa puissance primitive à travers les âges malgré les fautes et les négations des hommes.
L’homme erre parmi les systèmes contradictoires que semble renfermer la tradition, et, faute d’assentir la base sur laquelle reposait une méthode, il ne voit qu’illogisme où la raison fut le seul guide. Qu’arivet-il alors ? Ou bien, comme nous le disions plus haut, il s’éloigne; ou, croyant saisir la vérité, il appuie son système à un fantôme qu’il prend pour la réalité, tandis que la vérité seule réelle échappe à son hori zon limité.
Aussi peu à peu s’éloigne-t-il des prin cipes sublimes, tandis qu’il prive de vie une science qu’il a voulu posséder avant de la mériter, et que dans ce but il a attirée dans son atmosphère d’ombre au lieu de s’élever vers elle par le travail et le perfec tionnement.
D’où lui vient tout ce mal si ce n’est de-son imper fection et de l’impossibilité où il se trouve de péné trer sa substance grossière et limitée de vérités lumiDIVISION DU CIEL EN MAISONS ASTROLOGIQUES 22Q neuses et infinies. II se lance dans l’étude et ne né glige qu’une chose : se rendre compte des limites de ses possibilités et travailler à les étendre.
11 faut donc qu’il s’efforce tout d’abord de préparer en lui un ter rain favorable à la culture nouvelle, d’y développer toutes les facultés indispensables, et alors seulement il pourra aborder avec fruit pour son développement personnel une science que jusque-là il ne ferait dé former et détruire faute d'être préparé à la recevoir.
D’ici là ne soyons donc pas trop sévères pour les œuvres d’autrui, mais attendons que de longues an nées de méditation nous permettent de mieux distin guer l’ivraie du bon grain. Peut-être qu'alors nous se rons moins surpris de voir la vérité se présenter à nous sous des aspects différents.
Quant à nous, fidèles à notre ligne de conduite, nous continuerons à exposer les anciennes méthodes, évitant d’y mêler des doctrines qui, pour être plus conformes à l'esprit de notre époque, s’éloigneraient sensiblement de la tradition.
La responsabilité est lourde pour celui qui répand imprudemment des opinions que son autorité peut accréditer tandis que lui-même est loin de les assentir, et si Pythagore disait au néophyte : « Pense d’après toi-même, » conseil que les occultes modernes renouvellent aux débutants, il ne leur a jamais en seigné de répandre parmi les hommes des idées nées d’hier et que n’a pas encore développées le travail de la pensée. Ceci posé, nous revenons aux maisons astrolo giques, qui seules nous occuperont désormais, ren
23o l’initiation voyant aux écrits des auteurs compétents (i) pour tout ce qui a trait à une méthode d’entraînement psychique, A côté du désaccord qui semble régner au sujet de la marche à suivre dans la domification du ciel, il convient d’observer qu’il règne l’entente la plus par faite touchant leur existence et leur nombre.
Les an ciens ont toujours admis qu’il y avait des maisons, que chacune de ces maisons possédait des attribu tions particulières et enfin qu’elles étaient au nombre de douze.
Dans un petit traité d’astrologie judiciaire qui doit paraître d’ici peu, nous nous étendons lon guement sur les raisons qui présidèrent à la création des maisons et sur celles qui guidèrent dans la répar tition de qualités; nous éviterons donc d’y revenir, renvoyant le lecteur à ce travail. Maintenant nous allonspaser en revue les différents systèmes et montrer ces divergences qui nous sont déjà connues dans leurs causes et leurs conséquences.
SYSTÈMES DE PTOLÉMÉE Ce système, qui fut un des plus employés, rencon tra un adversaire acharné dans Morin de VillefranChe(2). Cet auteur ne cesse d’en reprocher l’emploi à (1) F.- Ch. Barlet. L’Instruction intégrale. L’Initiation, mai et juin 18 9 3 . Marc Haven. Initiation Kabbalistique. L'Initiation de fé vrier 1894. (2) Morin de Villefbanche. Astrologia Gallica principiis et rationibus propriis stabilita, etc. Hagæ-Comitis, 1661.
DIVISION DU CIEL EN MAISONS ASTROLOGIQUES 231 Cardan et puise un argument en faveur de sa cause dans ce fait que ce dernier, après avoir opéré ses divi sions par la méthode égale (i) dans son De exemplis centum geniturarum, se servit de la méthode ration nelle dans son commentaire sur Ptolémée.
Que Car dan ait usé alternativement des deux méthodes, ses œuvres en font foi, mais il convient de remarquer ce pendant qn’il ne dit en aucun endroit avoir été amené par l’expérience et la raison à rejeter l’une d’elles au bénéfice de l’autre. Sa doctrine peut donc présenter des inconséquences, mais il est impossible d’y puiser un argument contre la division égale. Mais nous reviendrons tout à l’heure auxobjections que J.-B.
Morin soulève contre elle ; voyons aupara vant sa manière de procéder. Comme nous le disions, elle attribue à chaque maison trente degrés de l’éclip tique. Pour arriver à ce résultat, elle est obligée de prendre la division de ce cercle comme base de son -opération. Aussi, dans la domification du ciel, ses adeptes suivent-ils la marche que voici : i° Détermination du point de l’écliptique qui oc cupe l’ascendant au temps de la naissance.
Ce point constituera l’horoscope ou cuspide de la maison I.
2° Division de l’écliptique de trente en trente de grés à partir de ce point et suivant l’ordre des signes. (i) La méthode de Ptolémée est dite égale non parce qu’elle distribuait le ciel en maisons d’égale grandeur (nous verrons, en effet, que la méthode rationnelle agit de même), mais parce qu’elle attribuait trente degrés de l’écliptique, c est-à-dire des parties égales de ce cercle, à chaque maison. . A.
232 l’initiation Il ne reste plus qu’à décrire par chacun de ces points de division un grand cercle passant par les pôles de l’écliptique pour obtenir la division du ciel en douze maisons. Comme exécution, elle est d’une simplicité remar quable, mais elle présente malheureusement des dé fauts.
En effet : i° Chaque maison se trouve coupée en deux par l’horizon, à moins que les pôles de l’écliptique coïn cident avec les intersections du méridien et de l’ho rizon. 2° L’expérience prouve en astrologie que le com mencement de chaque maison est la partie la plus puissante de cette maison et que cette efficacité va en diminuant jusqu’à ce qu’on parvienne aux cinq der niers degrés, qui inclinent plutôt vers la nature de la maison suivante.
Or, avec la méthode égale, le sommet du ciel ne coïncide plus avec le cuspide de la maison X et, comme le fait observer J. B. Morin, dans ces condi tions les astrologues qui veulent diriger le significateur de l’action, de la profession et des dignités doivent attribuer cette qualité àun point de l’écliptique qui est bien le sommet du ciel mais qui peut occuper la mai son XI.
Ils se trouvent donc obligés d’abandonner l’une des deux qualités, puisqu’elles ne sont plus compatibles et de diriger ou lecuspidede la maison X ou le sommet du ciel qui occupe alors une maison dont les attributions n’ont rien de commun avec l’ob jet de leurs recherches. Certes la première objection possède une valeur
DIVISION DU CIEL EN MAISONS ASTROLOGIQUES 2 33 réelle et mérite d’attirer l’attention, mais la seconde ne provient que de l'interprétation spéciale que donne Morin de Villefranche à la loi des directions. Lorsque Ptolemée enseignait l’existence de cinq signiiicateurs au nombre desquels il plaçait l’horoscope et le milieu du ciel, jamais il ne dit qu’il voulût entendre par là les cúspides au commencement des maisons I et X.
Il dirigeait en effet deux angles du ciel sans s’occuper des cúspides qui pouvaient se confondre avec eux ou s’en éloigner. Nous aurons occasion de revenir sur ce sujet dans le chapitre des Directions et on verra qu’on ne pouvait séparer deux choses qui n’avaient jamais été unies. Enfin une troisième objection repose sur ce fait que la division par mode égale ne peut avoir lieu pour un point où l’horizon et l’écliptique coïncident.
Mais nous verrons pareil cas se présenter dans la domification rationnelle, avec bien moins d’importance il est vrai, et J. B. Morin ne songe nullement à la reje ter pour cela mais s’ingénie à trouver un remède. Tels sont donc les inconvénients reprochés à cette division. Cependant, avant d’entreprendre l’étude d’un nouveau système, nous estimons qu’il est juste de signaler les avantages que présente celui-ci.
Si dans l’examen d’un présage on considère la maison dont il dépend et qu’on admette l’action simultanée de tous les planètes (i), on doit rechercher comment ( i) Les douze maisons astrologiques reçoivent en effet l’in fluence du septénaire. Les planètes se classent suivant des coefficients qui indiquent la puissance de leur action. Enfin leur ensemble peut présenter à son tour une valeur qui le rapproche ou l’éloigne de la perfection.
l’initiation ¿34 chacun d’eux développe son influence en cette partie du ciel. Or dans certains cas, l’action par domination ou par présence n’existant pas, on doit porter son attention sur celle qui se produit à l’aide des aspects. Si les maisons se répartissent également l'écliptique, tout planète envoie un rayon dans chacune d’elles et l’on peut expliquer pourquoi elles participent sans exception à l’influx du septénaire.
Mais dans le cas contraire il peut arriver qu’on ne puisse trouver l’ori gine d’un influx faute de présences, domination ou aspects. On serait donc conduit à admettre la priva tion absolue de certains planètes lorsque pareil fait se présente. On aurait donc tort de rejeter avant examen la méthode égale ; ses titres en effet méritent d’attirer notre attention.
Aussi, lorsquedansnotre Traitéd’As trologie Judiciaire nous avons dû opérer la domification du ciel, est-ce à elle que nous nous sommes adressés, dans la conviction qu’elle présentait une réelle valeur et que sa'simplicité devait être à nos yeux un mérite et non un signe de l’ignorance de ses auteurs comme l’estimait J. B. Morin.
SYSTÈME DE PORPHYRE (1) Frappés des inconvénients que présentait la méthode égale, certains astrologues désirèrent y apporter des (1) Phorphirii introductio in Ptolemœi opus de effectibus astrorum. Basileæ, i55g. Porphyre reste pour nous l’auteur de ce système, bien que Petrus Petitus. et d’autres aient voulu attribuer à un certain Antiochus l’ouvrage qui a été imprimé sous son nom.
DIVISION DU CIEL EN MAISONS ASTROLOGIQUES 235 modifications sans la rejeter complètement, comme devaient le faire plus tard quelques-uns de leurs suc cesseurs. C’est ainsi que Porphyre dans son com mentaire sur Ptolémée présenta un nouveau système dans lequel il conservait la division de l’écliptique, mais où il sacrifiait l’égalité des maisons au désir de faire coïncider les quatre angle du ciel avec les cús pides des maisons I, IV, VII etX.
Pour cela il divisait l’écliptique en quatre’parties au moyen du méridien et de l’horizon, puis parta geait chacune d’elles en trois parties égales. 11 obte nait ainsi les cúspides des douze maisons par lesquels il menait de grands cercles passant par les pôles de l’écliptique afin d’opérer la division de tout le ciel.
L'avantage de ce nouveau système était de faire coïncider les angles et les commencements des mai sons, mais il avait encore le grave inconvénient de laisser couper les maisons par l’horizon. Un auteur inconnu le transforma à son tour en menant par les points de divisior de l’écliptique non plus des cercles passant par les pôles mais des cercles de positions. C’était un pas vers la méthode ration nelle.
1 SYSTÈME D’ALCHABITIUS (i) Nous avons vu que Porphyre avait conservé comme base de son système la division de l’écliptique. (i) Alchabitius. Opus ad scrutanda stellarum magisteria isagogicum..., cum Joannis de Saxonia commentario. Venetiis, Sessa et Petrus de Ravanis. 1521.
•¿36 l’initiation Alchabitius va s’appuyer en partie sur la division de ce cercle et en partie sur celle de l’équateur. Voici comment Jean de Saxonia développe sa méthode dans le commentaire qu'il a fait des œuvres de cet auteur. I. — On divise l’écliptique en quatre parties au moyen du méridien et de l’horizon. II. — Par les points d’intersection de l’horizon et de l’écliptique on décrit un grand cercle horaire.
L’équa teur est alors partagé par ce cercle horaire et par le méridien en quatre arcs. III. —On divise chacun de ces arcs en trois parties égales et par les points de division on décrit de grands cercles passant par les pôles du monde. Ainsi Alchabitius utilise l’équateur dont ses pré décesseurs n’avaient tenu aucun compte et en cela il se rapproche du système rationnel, mais sa méthode n’échappe pas aux inconvénients déjà signalés.
En outre, il est difficile d’expliquer pourquoi il divise alternativement l’écliptique et l’équateur. Cependant, lorsque ce système aura subi la modifi cation déjà appliquée à celui de Porphyre et que les cercles horaires auront été remplacés par des cercles de positions, l’horizon ne coupera plus les maisons et la méthode nouvelle s’écartera bien peu de celle de Jean de Monteregio. Abel Haatan. (A suivre.)
I CE MONDE ET L’AUTRE 2?? I Eh ! bien, non, j’ai beau pâlir sur les in-folio des bibliothèques et sur le livre plus vaste de la Nature, je ne puis me convaincre que le monde visible soit l’œuvre d’un Dieu parfait en intelligence et en bonté. Autour de moi tout crie l’illogisme, tout hurle le désordre, l’entre-dévorement universel. Vivre, c’est souffrir. Grandir, c’est chanceler, comme a dit le poète.
Nous naissons au prix de quelles douleurs, nos mères le savent ! Le premier son qui sort de nos poumons est une plainte, et le dernier aussi, hélas! On entre, on crie: C’est la vie ! On crie, on sort : C’est la mort!
Notre existence se passe à disputer le souffle vital à des myriades d’êtres, à des ferments, à des toxiques qui remplissent l’air que nous respirons, et qui se font les dents à nous ronger vivants, en attendant qu’ils nous dévorent morts. Je ne parle pas des accidents dont l’homme est l’agent systématique, des misères, des catastrophes sociales ; je suppose la vie se développant dans les
238 l’initiation conditions les plus favorables au milieu de la plus savante hygiène. Je le répète, — supposé ce cas même, — l’existence n’est qu’un épouvantable combat. Et d’ailleurs, ces mesures d’hygiène elles-mêmes, ces conditions de mieux être, ne coûtent-elles pas la vie à des milliards d’animaux et d’animalcules, qui n’ont pas plus que moi demandé l’être, mais qui l’ayant, ont autant que moi le droit qu’on le leur maintienne.
En somme le volvoce qu’écrase la patte d’un crabe condamne aussi solennellement la prétendue justice divine que la nation qui meurt anéantie par un peuple conquérant. Voyons ailleurs encore : quittons la terre. Laissonsla à ses pleurs, à ses guerres, à ses fléaux, sans plus nous douloir de son destin ni davantage nous étonner que cette vie maudite se perpétue depuis tant de manvantaras. Et que tout cela fasse un astre dans les deux !
Mais dans ces cieux mêmes l’harmonie existe-t-elle ? La vie cosmique, la vie planétaire est-elle mieux réglée que celle d’ici-bas ? Point. Les soleils ont, comme les pommes de nos arbres, un ver qui les dévore.
Comptez les chutes d’étoiles, les globes qui s’entre-choquent, les astres qui vieil lissent, ceux qui s’éteignent, les orbites mal combinées que n’ont vues ni Képler ni Galilée, mais qui sont indéniables, et qui, brusquement, jettent un corps
CE MONDE ET L’AUTRE 2 3g céleste dans une nuit glacée ou le plongent dans une horrible fournaise ! Qu’est-ce que cet effrayant Saturne, qui dans sa vertigineuse rotation a vu une partie de sa sphère se détacher de lui, pareille à une ceinture de chair vivante arrachée par la torture à un torse d’hérétique ?
Qu’est-ce que ce Mars plus effrayant encore dont on aperçoit la surface striée de longs sillons sanglants, qui semblent mettre à nu ses entrailles ? Et ces comètes folles, qui vont tête baissée, à travers les plaines de l’espace, au risque de tout confondre et de tout perturber sur leur passage ? Revenons à la terre. Les orthodoxes, voulant justifier leur Dieu anthro pomorphe, ont imaginé le dogme de la chute. Soit.
Je veux bien que toutes mes douleurs soient le résultat logique de la désobéissance adamique. Je veux bien qu’il soit juste que je souffre, étant fils de la Femme. Mais ces légions de cirons que j’écrase du bout de ma plume, en écrivant ces lignes, en quoi ont-ils mérité pareil sort? Cette gazelle que tout à l’heure va dévorer ce lion, de quoi est-elle coupable ?
Et quel est le crime de ce Saturne, qui voit tournoyer devant lui un lambeau de son être, et de ce Mars tragique, qui saigne là-haut dans l’infini ? Il J’ai bu longtemps à la coupe enchanteresse de Fourier et de Considérant. De bonne foi, j’ai cru avec eux qu’il était possible de faire régner l’harmonie au
l’initiation 240 sein du groupe humain, qu’on parviendrait à sup primer la guerre, à détruire la haine, à instaurer le règne de l’Amour. Supprimera-t-on la maladie? Détruira-t-on la mort ? Et quand même le génie humain arriveraità redresser l’axe du globe et à faire resplendir cette éternelle aurore, chantée par Fourier, imposera-t-il sa loi de fraternité universelle aux astres ivres de haine, aux soleils assoiffés de cataclysmes ?
Heureusement, il est un autre monde, un monde vraiment harmonique, logiquement ordonné, auguste, glorieux et sacré. C’est le monde de l’idée. C’est la région céleste où vit et rayonne l’ineffable Plérôme.
Lumineux domaine de la pensée, dont nous avons dès ici-bas le partiel usufruit, aux heures où notre âme s’affranchissant des terrestres matéria lités, s’élève vers les splendeurs du Verbe, mais dont nous deviendrons tous un jour les coparticipants et les cohéritiers, lorsque nous serons délivrés de ce misérable corps de mort, si lourd aux ailes de l’esprit.
C’est le domaine de la Gnose, c’est le Cosmos immatériel de la science absolue/ Je ne sache pas qu’on voie les théorèmes géomé triques se colleter entre eux. Je ne sache pas que les vérités axiomales,—— le tout est plus grand que la partie, la partie est plus petite que le tout, le principe d’identité, le principe de con tradiction, — soient susceptibles d’ètre un jour pul vérisés comme de simples soleils. Je ne sache pas que les lois du raisonnement, que
X CE MONDE ET l’aüTRE le champ de la raison pure soient menacés d’une des truction analogue à celle qui attend un jour notre tourbillon. Je ne vois pas les idées se nourrir de la substance de leurs congénères et n’exister qu’à la condition d’anéantir leurs voisines. La pensée ignore les atrocités du Struggle for life et rien n’enchaîne ni ne combat son libre développe ment. Il faut conclure.
III De ces deux mondes, le premier n’est point l’œuvre de Dieu. Si Dieu l’avait créé de toutes pièces, tel qu’il est, la seule prière vraiment digne de lui, le seul hymne que nous devrions lui rugir de l’aurore à la nuit, ce seraient les strophes affolées de Lamartine : Lorsque du Créateur la parole féconde .
Dans une heure fatale eut enfanté le monde, Des germes du chaos, De son œuvre imparfaite il détourna sa face, Et, d’un pied dédaigneux le lançant dans l’espace, Rentra dans son repos.
« Va, dit-il, je te livre à ta propre misère, Trop indigne à mes yeux d’amour ou de colère, Tu n’es rien devant moi; Roule au gré du hasard dans les déserts du vide, Qu’à jamais loin de moi le Destin soit ton guide Et le Malheur ton roi ! » Le Cosmos émane du Démiurge, de ce Jéhovah maladroit et cruel que la nation hébraïque, en son lamentable aveuglement, a considéré pendant des siècles comme le vrai Dieu.
L INITIATION 242 Ce Démiurge de la Gnose, c’est aussi l’Ahriman de Zoroastre, l’Iadalbaoth des Ophites, c’est l’idole sinistre des Hyliques, c’est le génie néfaste qu’ont unanimement rejeté de leur Eglise Valentin, Ménandre, Basilide, Marcion, Bardesanes, Manès et Priscillien, Platon lui-mêmesemblel’avoir vaguement distingué du Dieu de Bonté et de Vérité, lorsqu’il s’écrie dans sa République « Mq Travtwv airtov tov 0eov, dZÀà tSv à-faOSv. » Si Dieu n’est que la cause du Bien, —tSv àyaOiov, — quelle est donc la cause de ce qui n’est pas le bien, sinon une puissance d’ordre essentiellement inférieur.
Tout cependant n’est point mauvais dans l’œuvre démiurgique.
Le Propator souverain, quand il jeta les yeux sur les horreurs de la création, laissa couler sur elle une larme de son éternelle paupière, et cette larme s’est faite rosée, ondée bienfaisante, lustrale bénédiction, et c’est elle qui donne au vent ses fou gueuses et enivrantes symphonies, qui met le parfum dans le calice de la rose, le sourire sur les lèvres de la femme, la vertu dans les cœurs droits, le culte de l’idée dans l’esprit des Pneumatiques.
D’ailleurs ce duel terrible du Proarche et du Démiurge, d’Ormuz et d’Ahriman, doit finir un jour. Oui, un jour, vaincu par la mansuétude, terrassé par l’extase, lavé par le sang mystique de I’Eon Jésus, le génie du mal lui-même chantera éternellement le Ho over, c’est-à-dire la Parole sainte, le Verbe de Dieu, et ce monde affreux où tout se heurte et se déchire ne sera plus qu’un souvenir bientôt effacé à jamais au livre de Vie ! Fabre des Essarts.
LE CALENDRIER DES MAOÏSTES 243 LE OLHWM DO IIOOI SYMBOLIQUE DES QUATRE SAISONS Dieu étant l'être premier et le premier principe, il était logique de le désigner par un nom composé de ce qu’il y a de plus premier (si l’on peut s’exprimer ainsi) dans le langage c’est-à-dire par les quatre ou cinq voyelles : I. A. OU. E.
Ces voyelles, nous pouvons les représenter dans l’écriture ou la sculpture ou en général dans le dessin par des chiffres, des lettres ou des hiéroglyphes. i° Par des chiffres, i représente Dieu dans le rôle de son unité absolu, Dieu comme l’être unique qui n’a pas de semblables.
Mais il y a de la multiplicité dans l’univers ; il faut donc que le principe de cette multiplicité existe aussi en Dieu, i s’oppose à ce mul tiple et ce multiple s’oppose à l’i. 2 représentera donc le principe de la multiplicité, psychiquement le principe de la distinction, physi quement le principe de la limitation, c’est-à-dire l’espace, l’espace 2 c’est le passif de Dieu, l’i c’est l’actif.
Mais il y a aussi de l’unité dans l’univers, comme il y a en Dieu de la multiplicité ; l’union de l’unité et de la multiplicité sera donc représentée par 3. Le chiffre 3 représente donc l'harmonie, l'ordre dont le principe est en Dieu.
L INITIATION 246 3° Dans la figure numéro 2, remplaçons la lettre par des objets ayant un certain rapport avec ces lettres, nous aurons : A la place d’1 un bâton, un sceptre, une verge; A la place de V ou d’U une coupe, un vase. A la place d’A une pique, un poignard, une flamme. A la place d’E un carré (un pectoral).
La verge peut être remplacée par un phallus, la coupe par un cteis, le poignard par une flamme et le pectoral (la poitrine étant le lien du souffle) par un van ou un tambour. On voit par là que si le symbole physique du second rôle du principe actif représenté par 3 est le feu (agni), celui de la troisième personne est le soufle (éole).
4’ Enfin, si nous remplaçons les hiéroglyphes par des statues, le 1 ou bâton sera représenté par un homme un père ; le 2 principe passif par une femme, une mère ; le 3 produit de l’union des 2 par un jeune homme un fils et le 4 par un serviteur, un entremet teur, un messager, un conseiller (paracletum spiritum).
5° Transportons maintenant tous les symboles que nous venons de passer en revue au milieu du zodiaque de telle sorte que la branche montante de la croix et ses symboles coïncident avec le mois du Lion milieu de l’été : 3 ou A coïncidera avec le mois du Taureau ; 4 ou E avec le mois de l’Homme-Serpent ; et 2 ou V avec le mois du Verseau.
Nous dirons donc que le Lion ou l’été est le symbole du père, le Taureau ou le printemps est le symbole du fils, le Serpent ailé (ou l’aigle, nous verrons tout à l’heure pourquoi) ou l’automne est le
LE CALENDRIER DES MAGISTES 243 LE EALENDBIEB DES MÂGISTEI SYMBOLIQUE DES QUATRE SAISONS Dieu étant l’être premier et le premier principe, il était logique de le désigner par un nom composé de ce qu’il y a de plus premier (si l’on peut s’exprimer ainsi) dans le langage c’est-à-dire par les quatre ou cinq voyelles : 1. A. OU. E.
Ces voyelles, nous pouvons les représenter dans l’écriture ou la sculpture ou en général dans le dessin par des chiffres, des lettres ou des hiéroglyphes. i° Par des chiffres. 1 représente Dieu dans le rôle de son unité absolu, Dieu comme l’être unique qui n’a pas de semblables. Mais il y a de la multiplicité dans l’univers ; il faut donc que le principe de cette multiplicité existe aussi en Dieu.
1 s’oppose à ce mul tiple et ce multiple s’oppose à 1’ 1. 2 représentera donc le principe de la multiplicité, psychiquement le principe de la distinction, physi quement le principe de la limitation, c’est-à-dire l’espace, l’espace 2 c’est le passif de Dieu, l’i c’est l’actif. Mais il y a aussi de l’unité dans l’univers, comme il y a en Dieu de la multiplicité ; l’union de l’unité et de la multiplicité sera donc représentée par 3. Le chiffre 3 représente donc l'harmonie, l’ordre dont le principe est en Dieu.
L INITIATION 246 3° Dans la figure numéro 2, remplaçons la lettre par des objets ayant un certain rapport avec ces lettres, nous aurons : A la place d’I un bâton, un sceptre, une verge; A la place de V ou d’U une coupe, un vase. A la place d’A une pique, un poignard, une flamme. A la place d’E un carré (un pectoral).
La verge peut être remplacée par un phallus, la coupe par un cteis, le poignard par une flamme et le pectoral (la poitrine étant le lien du souffle) par un van ou un tambour. O11 voit par là que si le symbole physique du second rôle du principe actif représenté par 3 est le feu (agni), celui de la troisième personne est le soufle (éole).
40 Enfin, si nous remplaçons les hiéroglyphes par des statues, le 1 ou bâton sera représenté par un homme un père ; le 2 principe passif par une femme, une mère ; le 3 produit de l’union des 2 par un jeune homme un fils et le 4 par un serviteur, un entremet teur, un messager, un conseiller (paracletum spiritum).
5° Transportons maintenant tous les symboles que nous venons de passer en revue au milieu du zodiaque de telle sorte que la branche montante de la croix et ses symboles coïncident avec le mois du Lion milieu de l’été ; 3 ou A coïncidera avec le mois du Taureau ; 4 ou E avec le mois de l’Homme-Serpent ; et 2 ou V avec le mois du Verseau.
Nous dirons donc que le Lion ou l’été est le symbole du père, le Taureau ou le printemps est le symbole du fils, le Serpent ailé (ou l’aigle, nous verrons tout à l’heure pourquoi) ou l’automne est le
LE CALENDRIER DES MAGISTES 243 LE CALENDRIER DES MASISTES SYMBOLIQUE DES QUATRE SAISONS Dieu étant l’être premier et le premier principe, il était logique de le désigner par un nom composé de ce qu’il y a de plus premier (si l’on peut s’exprimer ainsi) dans le langage c’est-à-dire par les quatre ou cinq voyelles : I. A. OU. E.
Ces voyelles, nous pouvons les représenter dans l’écriture ou la sculpture ou en général dans le dessin par des chiffres, des lettres ou des hiéroglyphes. i° Par des chiffres. 1 représente Dieu dans le rôle de son unité absolu, Dieu comme l’être unique qui n’a pas de semblables. Mais il y a de la multiplicité dans l’univers ; il faut donc que le principe de cette multiplicité existe aussi en Dieu.
1 s’oppose à ce mul tiple et ce multiple s’oppose à l’i. 2 représentera donc le principe de la multiplicité, psychiquement le principe de la distinction, physi quement le principe de la limitation, c’est-à-dire l’espace, l’espace 2 c’est le passif de Dieu, l’i c’est l’actif. Mais il y a aussi de l’unité dans l’univers, comme il y a en Dieu de la multiplicité ; l’union de l’unité et de la multiplicité sera donc représentée par 3. Le chiffre 3 représente donc l'harmonie, l’ordre dont le principe est en Dieu.
l’initiation 244 Enfin il y a un lien qui unit le principe de l’ordre d’une part à l’unité absolue, de l’autre à la multiplicité; ce rapport, ce lien, est représenté naturellement par 4. En effet, 4 == 1 H" 2 3 4 —— 10 == t -j- ® —— t, c’est le retour à l’unité ou l’évolution. Disposons en croix les 4 chiffres, nous aurons la figure suivante, dans laquelle 1,3,4 représentent les 3-------------------------- ------- 4 2 trois rôles du principe actif de l’être tandis que 2 repré sente le passif de l’être. 20 Dans cette figure, nous pouvons remplacer chaque chiffre par une lettre, formée de 1, 2, 3 et 4 barres ou ligues, et nous aurons alors la figure n° 2 qui nous donne le nom de Dieu, dans toutes les langues. Mais il faut faire observer au préalable, que I se représente parfois par Z et se prononce tantôt avec un D devant, tantôt avec un T. Que V c’est OU, U F ou Ph. Cela posé, nous lisons d’abord IAVE ou IAOU ou JA VE ou JAOU, JAO, et enfin IAPHEtEn commençant à lire par V nous avons PHEtIA ou PHTA. En lisant au rebours et en commençant
LE CALENDRIER DES MAGISTES 245 par E nous avons EPHAIsZos. Or, iaphet, phta, éphaistos voulant dire brillant, on voit que iavé, javé, I A È V jovis et jao ont la même signification. C’est pourquoi Dieu est dit lumière. En plaçant un D devant I ou Z nous avons les noms suivants : DIAUS ou DJAUS DIEU ou DJU ou DIU DEUS ou DEV DZEUs En plaçant un T au lieu d’un D, nous aurons de nouveaux noms : TIAU TAU ou TAV TIEU ou TIEV ou TIEN TEU ou TEUT ou TEN TEOU et TEOs
L INITIATION 246 3° Dans la figure numéro 2, remplaçons la lettre par des objets ayant un certain rapport avec ces lettres, nous aurons : A la place d’I un bâton, un sceptre, une verge ; A la place de V ou d’U une coupe, un vase. A la place d'A une pique, un poignard, une flamme. A la place d’E un carré (un pectoral).
La verge peut être remplacée par un phallus, la coupe par un cteis, le poignard par une flamme et le pectoral (la poitrine étant le lien du souffle) par un van ou un tambour. On voit par là que si le symbole physique du second rôle du principe actif représenté par 3 est le feu (agni), celui de la troisième personne est le soufle (éole).
40 Enfin, si nous remplaçons les hiéroglyphes par des statues, le 1 ou bâton sera représenté par un homme un père ; le 2 principe passif par une femme, une mère ; le 3 produit de l’union des 2 par un jeune homme un fils et le 4 par un serviteur, un entremet teur, un messager, un conseiller (paracletum spiri tuel) .
5° Transportons maintenant tous les symboles que nous venons de passer en revue au milieu du zodiaque de telle sorte que la branche montante de la croix et ses symboles coïncident avec le mois du Lion milieu de l’été : 3 ou A coïncidera avec le mois du Taureau ; 4 ou E avec le mois de l’Homme-Serpent ; et 2 ou V avec le mois du Verseau.
Nous dirons donc que le Lion ou l’été est le symbole du père, le Taureau ou le printemps est le symbole du fils, le Serpent ailé (ou l’aigle, nous verrons tout à l’heure pourquoi) ou l’automne est le
LE CALENDRIER DES MAGISTES 247 symbole du messager divin, et enfin la Cruche ren versée ou l’hiver le symbole de la divine mère. On remarquera en outre que selon la kabbale l’été correspond au pur esprit, le printemps au feu vital, l’automne à l’air ou au vent, et l’hiver à l’eau et à là boue mélange de terre et d’eau.
En définitive, nous représenterons le père et l’été sous la forme d’un homme mur, tenant un sceptre à la main, ayant à ses pieds un lion symbole de la puis sance (hercule). Ce sera le roi. Le fils et le printemps seront représentés sous la forme d’un jeune homme tenant un poignard d’une main, un flambeau de l’autre, venant d’ouvrir les flancs d’un taureau ou d’une vache (la terre) d’où il semble s’élever avec toute la végétation (mithra}.
Ce sera le prince, le chevalier. Le messager et l’automne seront représentés sous la forme d’un tambour (i) ailé flanqué de deux serpents, ou d’un serpent ailé, les ailes signifiant ici l’air, le vent. C’est pourquoi on substitue quelquefois au disque ailé un aigle ou épervier ou bien une combinaison de l’aigle et du serpent ce qui produit un dragon. Ce sera le messager ailé (le valet).
Enfin, la mère et l’hiver seront figurés par une femme recouverte d’un manteau, tenant sur ses genoux ou près d’elle un enfant et ayant à ses pieds un vase renversé d’où sort un fleuve. D’une main, elle tient parfois une coupe ou un autre vase (Notre Dame). Pour tout résumer, nous dirons que le printemps est (1) Le tambour ou van est. parfois remplacé par une ciste.
248 l’initiation la saison où la nature nous révèle le mieux le rôle, le personnage de Dieu le fils; l’été, le rôle ou le per sonnage de Dieu le père ; l’automne, le rôle ou le personnage de Dieu le soufle divin (Saint-Esprit) et l’hiver le rôle de la mère divine. Outre que les quatre saisons sont le symbole de la vie divine, elles sont aussi le symbole de la vie hu maine.
L’hiver représente Vincubation et l’enfance ; le printemps la jeunesse; l’été \’âge mur ; l’automne la vieillesse. Enfin les quatre saisons symbolisent encore la création du monde (automne, hiver et printemps), l’histoire de l’humanité et la vie des grands hommes qui la représentent, particulièrement celle du plus grand de tous, notre divin Maître, le mage leshu (prononcez ieschou) de Nazireth.
C’est ce que la symbolique des divers mois va maintenant nous révéler. SYMBOLIQUE DES MOIS DU PRINTEMPS Mois du portier céleste. — Ce mois, le premier de l’année, était consacrépar les Babyloniens au premier personnage divin, à Anou. De cet Anou dérive le Ianus ou Janus des Latins, qui est le Dieudu commen cement, celui qui ouvre l’année, qui est à l’aurore de l’année, à la porte de l’année.
Il permet le passage du Soleil de l’hémisphère inférieur à l’hémisphère supé rieur, le passage des enfers au ciel. De là, le mot Pâques qui veut dire passage. Le mois de Pâques symbolise donc tous les pas
LE CALENDRIER DES MAGISTES 249 sages : celui de la mort ou de la vie latente à la vie manifestée, celui des ténèbres à la lumière, celui du mal au bien, celui de l’erreur à la vérité, celui de la barbarie à la civilisation, celui de l’enfance à la jeu nesse.
De même que toute la nature se réveille renouvelée par la résurrection de la chaleur et de la lumière solaire, de même l’humanité a été réveillée du som meil intellectuel et moral où elle était plongée, par la résurrection du soleil intellectuel qui éclaire tout homme venant en ce monde et qu’on nomme le Verbe divin, le fils divin, qui s’est manifesté sur la terre en la personne de Ieschu.
Mois d'Adonis. — Les Chaldéens avaient consacré ce mois à Ea, le Seigneur de l’humanité ; or Adonis, Adonaï veut dire justement le Seigneur. La lame du Tarot représente le Seigneur quittant Perséphone (la terre), pour s’en aller avec la beauté céleste (Vénus Uranie). Le mois d’Adonis est donc le mois de l’As cension du Seigneur de l’humanité comme du jeune soleil printanier.
Et ce ne sont pas seulement le Sei gneur et le soleil qui montent, mais toute la végéta tion. Toutes les plantes s’accroissent, s’élèvent, montent vers le ciel. Les esprits et les cœurs s’élèvent aussi et soupirent vers le Seigneur.
A mesure que le soleil s’élève dans le ciel, il fait descendre vers la terre ses rayons de plus en plus ar dents; la vie se répand de plus en plus ou s’exalte, les animaux sont remplis d’enthousiasme et d’amour, c’est la descente du feu vital, du principe de vie, du Saint-Esprit. Cette descente est fêtée religieusement
25o l’initiation cinquante jours après Pâques, c’est pourquoi on lui donne le nom de fête de la Pentecôte. La joie de l’homme se manifeste à cette époque de l’année par des processions ou théories qui se dé roulent pendant trois jours autour des champs, et pendant lesquelles on demande à la divine Providence une récolte abondante. Ces processions, ces prières chantées, accompagnées de danses dans l’antiquité, sont nommées Rogations.
Mois du triomphe du Cabire.-—Les Cabires étaient des divinités en rapport d’une part avec Vulcain le divin ouvrier, et Bacchus le dieu de la vigne et du vin, de l’autre avec Hadès le dieu des enfers. Lors qu’on ne considère qu’un Cabire, il est le phototype de l’homme, l’Adam céleste; lorsqu’on en considère plusieurs, il y en a toujours trois de reconnaissables : l’ordonnateur du monde, Vénus ou la beauté et Eros ou l’amour créateur.
C’est à la légende de DionysosZagreus qu’a été empruntée l’idée du Cabire mou rant d’une mort mystique sous les coups de ses frères, pour revivre ensuite et se transfigurer dans une théogamie qui rappelle à la fois celle de Dionysos avec Coré et celle d’Aphrodite avec Adonis. Les deux Cabires Bacchus et Hadès sont parfois confondus avec les dioscures, c’est-à-dire avec les gémeaux (i).
Donc le Cabire triomphant c’est le Seigneur Adonaï uni au plus haut des cieux avec la beauté (Vénus). Si l’on considère avec Platon le beau comme \a. splendeur du vrai, on voit que la beauté unie au Seigneur n’est ( i) Voir ma prochaine étude sur les Cabires.
LE CALENDRIER DES MAGISTES 25i autre que sa splendeur, sa gloire. C’est ainsi que saint Etienne et saint Paul ont vu « le fils au plus haut du ciel entouré de gloire et assis à la droite de son père ». C’est l’exaltation du soleil physique et du soleil in tellectuel chacun dans toute leur gloire, leur triomphe sur les ténèbres et sur l’erreur qu’on célèbre pendant le mois des Gémeaux.
Dans l’antiquité on promenait le Cabire (Dionysos) sur un char de triomphe; d’une main il tenait un canthare, de l’autre un thyrse. Au milieu de la procession qui précédait le char, on por tait un grand cratère entouré de lierre.
Or il est facile de saisir la ressemblance qui existe entre cette proces sion triomphale du grand cratère et notre procession delà Fête-Dieu; chez les Grecs c’était la fête de Skirophorion, tirant son nom du dais sous lequel on portait en procession à Athènes la statue de Minerve et d’Apollon. On y formait des cabanes de feuillage (reposoirs) et les jeunes gens tenaient à la main des ceps de vigne.
Si maintenant nous jetons un regard d’ensemble sur la symbolique des trois mois du printemps, nous voyons que ces trois mois correspondent aux trois moments de la vie céleste d’un même personnage divin qui est le fils, Mithra, le Christ comme on vou dra l’appeler.
Mais, comme le fils ne fait qu’un seul et et même Dieu avec les deux autres personnages de la trinité, il s’ensuit que ces derniers doivent aussi être envisagés comme jouant un certain rôle dans le prin temps. On trouvera donc les traces du père dans le premier mois et on le représentera sous la forme d’un
252 l’initiation roi assis sur un trône portant d’une main une épée flamboyante et de l’autre l’œuf du monde. A ses pieds est un autel sur lequel se trouve un bélier ou un agneau immolé. (Les Chaldéens appelaient le premier mois celui de Y autel du démiurge'). Cet agneau représente le fils immolé. Dans le mois du Cabire, nous avons vu qu’Aros l’amour joue un certain rôle: c’est le SaintEsprit du printemps.
On le représentera sous la forme d’un enfant ailé portant une colombe et une épée de feu. Enfin, la mère ou la nature dans toute la splen deur de la jeunesse et parée de ses fleurs, revêtue d’une robe rose comme l’aurore et vert tendre comme les prairies, sera représentée sous la forme d’une femme jeune et belle comme Vénus ou Aphrodite (i). Une colombe descend sur sa tête, la déesse tient à la main un flambeau.
Nous avons ainsi le roi, le cheva lier ou prince, le valet et la dame d’épée ou de feu. ( i ) Ce mot n’est pas grec comme on l’a cru longtemps, mais phénicien ; il signifie: déesse aux colombes. Dr FüGAIRON. (A suivre.)
PARTIE LITTÉRAIRE ©' {Noël ésotérique) Au Nom Du Père Créateur, Au nom Du Fils Rédempteur, Au Nom Du Saint-Esprit Médiateur : Ainsi Soit-Il ! Gratitude, Admiration, Espoir. Le Verbe sera sanctifié, Le Saint Règne arrivera, La Volonté de Dieu sera faite, La Manne tombera, Le Péché sera racheté, Le Mal nous quittera avec la ten- Sabaoth tation, par Celui Adonaï dont la gloire royale et toutepuissante rayonne en toute possibilité.
VI J H VH Jhoah Emmanuel Adonaï Meleck Elohim Schaddaï Sadaï Ael El Ælohim Gibbor Ælohim Zebaoth Jah Agía Ararita Heure initiale, Seule où pouvait naître Christ et renaître le monde ; Heure fatale, prévue par les Mages, annoncée parle Ciel; Heure de guérison, dès l’heure du premier mal ; Heure du Jourdain, heure de Cana, heure des prestiges. Cueillons le gui sacré ; Célébrons cette Nuit où l’épreuve humaine a le sursis d’espoir,
l’initiation 254 La lumière apparue apparaîtra encore ; L’Etoile va se lever, Le Viatique brilleraaux cœurs désemparés Et loin de la Tourmente, humble et béni, Le Messie Prochain s’incarnera, salué par les seules prévoyances qu’aura nourries la foy en Celui qui a dit : Quelqu’un viendra Christ de Science, rendez dignes de Vous connaître ceux qui [bégayent Votre Nom, Nous Vous prions pendant qu’ils Vous trahissent.
Christ de Sagesse, donnez L’Espoir à ceux qui souffrent, Nous Vous prions pendant qu’ils Vous oublient. Christ de Charité, pardonnez à Vos biographes, pardonnez à [Vos peintres, Nous Vous prions pendant qu’ils Vous blasphèment. Martyr de L’Erreur, Expiateur des lâchetés, Rachetez les proses viles et les peintures mortes. Prophète du Beau, Acteur du Grand Drame, Inspirez ceux qui œuvrent.
Bras de Justice, Puissance Rédemptrice, Ecrasez [’Hérésie sur la route de L’Art. Pasteur d’âmes devant Qui se prosternèrent des Mages, Rappelez aux pauvres la pauvreté de Christ. VurgeY Dans le sol rocailleux étendant ses racines, Où s'entrecroisent leurs réseaux, Un arbre, dominant les campagnes voisines, Elève ses vastes rameaux. Un air pur l’environne Et sa belle couronne Aux rayons du soleil étincelle d’émaux.
PERPÉTUITÉ 255 Le printemps le fleurit et l'automne l’effeuille, L’hiver le couvre de frimas. Mais le souffle glacé quifait périr la feuille A l’arbre même ne nuit pas. Sous sa rugueuse écorce Il conserve sa force Et sèche au loin les fruits que le vent jette à bas. Nos générations, comme les feuilles vertes Aux branches des arbres touffus, Se suivent, s’affaissent dans les tombes ouvertes Où leurs restes sont confondus.
Leur vie est éphémère Et sa trame est légère Mais l’idée survit à ceux qui ne sont plus. Comme l’arbre puissant qui résiste à l’orage Et se dresse victorieux, Elle règne toujours, grandissant d’âge en âge En un élan mystérieux. Son Passé nous domine, Son Avenir nous mine Et nous nous courbons sous son sceptre glorieux! J. de Tallenay.
256 l’initiation < LES JOIES DU CRIME « Vous ne sauriez vous figurer, me dit Atrope, l’ingénieux assassin, le plaisir que l’on éprouve à mener à bien un beau crime! « C’est d’abord le choix du sujet — vous devez me comprendre, vous qui écrivez — dans une oeuvre d’art, quelle quelle soit, le sujet est la chose princi pale, car il contient implicitement la philosophie de l’ouvrage. « Puis vient la question de la forme.
« La forme, c’est l’incarnation de l’idée, c’est l’aspect sous lequel elle apparaîtra à la postérité, et vous savez que, si l’on en croit Buffon, une œuvre n’est vivante qu’autant qu’elle a été exprimée dans une forme parfaite. « Enfin, c'est l’exécution. Dans cette troisième phase, notre art abandonne le domaine tout plato nique de la pensée pour entrer dans celui de l’appli cation.
« C’est vous dire qu’un assassin doit être tout à la fois auteur et acteur. « Quoi que puissent en penser les Muses, je ne crois donc pas faire preuve d’orgueil professionnel en plaçant l’art du crime avant tous les autres. » « — Cependant!..... « — Oh ! je sais ce que vous m’allez dire, fit en
ASTRA 257 souriant mon interlocuteur ; vous allez me nommer les derniers héros de la guillotine, me prouver qu’ils étaient somme toute d’assez médiocres personnages et conclure à la supériorité de la littérature, qui produit des grands hommes, sur le crime, qui n’en produit pas..... , qui en supprime au contraire, comme dirait feu Karr. « Mais vous sentez ce qu’aurait d’antiphilosophique cette manière de raisonner.
« Eh oui ! le crime a comme tous les arts ses nonvaleurs et ses industriels. N’avez-vous pas, parmi vous, des fabricants qui griffonnent des romans, des comédies ou des vers, uniquement parce qu’ils en tirent plus de profit que de tout autre commerce? « Ces gens-là peuvent être des célébrités d’un jour, ils ne seront jamais des artistes.
« Il en est de même des assassins, et tenez pour certain que je n’honorerai jamais du nom de confrère un homme que des considérations intéressées ont jeté dans le crime. Ces sortes de gens déshonorent les arts et les ravalent au rang de métiers. C’est la vocation qui fait les vrais meurtriers, comme elle fait les grands écrivains. L’étude et la pratique complètent ensuite ces heureuses dispositions, assagissent l’esprit et mûrissent le génie.
« Comme tous les artistes, à quelque spécialité qu’ils appartiennent, nous sommes divisés en un grand nombre d’écoles, qui toutes se croient en pos session de l’unique formule capable d’engendrer des chefs-d’œuvre. « Les uns, s’attachant surtout aux idées, professent
258 l’initiation le mépris de la forme. Pour eux le sujet est tout, et ils pensent qu’un crime dont la portée philosophique est haute et audacieuse, est forcément un grand crime.
« A ce groupe appartiennent tous les assassins religieux et politiques : Les soldats qui fondent les ■empires de par le droit divin, ainsi que les révolution naires qui renversent les dynasties au nom des droits de l’homme; le pieux inquisiteur tuant les corps pour sauver les âmes, de même que l’abominable héré tique, attendant, pour assassiner les serviteurs de Dieu, le moment où ils se sont mis en état de péché, afin de les vouer aux tourments éternels.
« Je sais bien que ces grands meurtriers échappent en général à la juridiction des tribunaux ordinaires et que, lorsqu’ils réussissent, le vulgaire leur donne des noms flatteurs, tels que conquérants, libérateurs, saints ou réformateurs. Mais ce même vulgaire n’ap pelle-t-il pas épicier un homme qui vend un peu de fromage, tandis qu’il salue du nom de négociant un monsieur qui en vend beaucoup ?
« Mais revenons à nos écoles ; après les philosophes qui n’aiment que l’idée viennent les purs esthétiques qui n’admirent que la forme. Pour eux, le plus grand forfait n’est rien par lui-même, ou du moins n’est que le canevas sur lequel la main habile de l’assassin brodera artistement les arabesques du crime.
« A cette école se rattachent tous ces grands talents méconnus, que la foule a coutume de classer parmi les fous, car elle est incapable de comprendre les hautes considérations qui les font agir. Ils ne se don nent pas pour des savants soutenant une thèse et
ASTRA 25g auraient moins d’orgueil à faire couler un fleuve de sang qu’à en répandre avec virtuosité quelques gouttes : ce sont nos Parnassiens. Le plus célèbre d’entre eux est actuellement cette mystérieuse person nalité, qui se cache sous le pseudonyme de Jacques l’Eventreur, dont le seul défaut est de commettre toujours le même crime, ce qui lui a valu, parmi nous, le surnom de Henner du scalpel.
En dehors de ces deux grandes Ecoles, les meurtriers se groupent encore, suivant leur caractère, leurs goûts et leur édu cation, en une foule de petites chapelles, qui corres pondent aux cénacles littéraires et subissent comme eux l’influence de la philosophie et de l’esthétique du jour ; si bien que je pourrais vous montrer, dans ma branche, le pendant de toutes illustrations des lettres.
Mais ce serait là une sorte de jeu de société qui senti rait son académie de province. « Quelques rares génies, et ceux-là sont nos clas siques, ont su unir les hautes pensées philosophiques à la beauté incomparable de la forme. Mais ces maîtfes, le monde les ignore, et l’antiquité les appelait le Destin.
« Ils vont impassibles parmi les hommes, prépa rant, avec les larmes et le sang des générations, les religions et les chefs-d’œuvre de l’avenir. Car, et c’est une loi bien connue de l’occulte, les idées sont des vampires : elles ne vivent que par la mort de ceux qui en furent l’expression passagère. « Voilà ce que sont les vrais Assassins.
Certes nous ne connaissons pas, comme vos auteurs célèbres et vos grands tragédiens, les enivrements de la popula2Ô0 L INITIATION rite ; l’admiration des hommes et l’amour des femmes ne récompensent pas notre génie, mais vous ignorerez toujours nos austères plaisirs ; leur nom seul vous ferait pâlir. « Ils s’appellent : les Joies du Crime ! » RÉSURRECTION DIVINE Tu es ton futur créateur.
Tu es un Dieu qui ne feint d’oublier sa toute essence qu’afin d’en réa liser le rayonnement. VlLLIERS DE l’IsLE-AdAM (Axel. Le Monde Occulte.} Or le philosophe était dans sa mansarde. Depuis de longs jours, il n’était pas sorti, et l’idée suffisait à le faire vivre. L’idée, c’était l’absolu du bonheur, la formule su prême qui les contient toutes, le dernier mot de la sagesse terrestre.
Et parce que le philosophe poursuivait éperdument l’idée, il dominait à tel point la matière qu’il n’avait pas faim, quoique n’ayant pas mangé depuis de longs jours. Le peuple était dans la rue, et lui non plus n’avait pas mangé.
Mais, comme l’idée ne nourrissait pas le peuple, il pleurait de rage et criait de douleur en se tordant les mains ; ou bien, dissimulé dans l’ombre, il fixait sur les maisons des riches des yeux qu’enliammaient la haine et l’envie et rôdait, en grondant, autour de l’opulence, comme un loup famélique au tour d’un troupeau bien gardé.
ASTRA 2ÔI L’armée était consignée dans les casernes et atten dait les événements. . Plus d’une fois déjà elle avait marché sur le peuple. Et plus d’un soldat avait appris, au lendemain d’une révolte, que son père ou son frère était mort en com battant sur une barricade. Et plusieurs soldats étaient devenus fous en pensant que peut-être ils avaient tué leur père.
Depuis que le philosophe était entré dans le rêve, la méditation avait peu à peu sublimé son essence. Déjà, dans la joie des libertés reconquises, son es prit s’élevait avec sérénité vers les hauteurs de l’Espérable, et la doctrine, longtemps si obscure, si indéchif frable, s’éclairait graduellement aux yeux de l’initié.
Maintenant, il se tenait debout au seuil du mystère, et une terreur sacrée l’étreignait dans l’appréhension du Signe révélateur. Alors un homme, que nul ne connaissait, se leva parmi le peuple ; instinctivement les anxiétés se tour nèrent vers lui, et les pressentiments le reconnurent. Les cris de douleur s’arrêtèrent dans les gosiers, les yeux résorbèrent leurs larmes, et une voix encore inouie s’éleva dans le silence.
Le peuple et le philosophe écoutaient, et, quoiqu’ils entendissent les mêmes paroles, tous deux les com prirent différemment. Voici parallèlement ce que crurent ouïr le peuple et le philosophe : « Citoyens, vous êtes des esclaves ! Les riches ont fait de vous moins que des animaux. » « Homme, tu as oublié tes nobles finalités, et tu t’es 3
2Ô2 L’iNITIATION laissé asservir par l’attrait des choses matérielles. » « Vous avez courbé le front devant les grands et devant les forts, vous vous êtes laissé subjuguer comme un vil bétail, et vous avez peiné de père en fils, afin que quelques-uns puissent jouir. » « Tu t’es laissé séduire par tes passions, tu les a adorées, c’est pourquoi elle t’ont enchaîné et ne t’ont donné quelques jouissances grossières qu’au prix d’incessantes douleurs. » « Et cependant, ces riches, ces grands et ces forts, d’où sortent-ils, sinon des rangs du peuple ?
Que se raient-ils demain si vous refusiez de les servir? » « Qui donc, sinon toi-même, a donné cette puis sance à tes passions ? Qu’en resterait-il le jour où tu aurais le courage de les bannir de ton cœur? » « Mais vous êtes des lâches, les riches le savent.
Ils ont su vous inspirer une terreur superstitieuse, et, si d’aventure quelqu’un parmi vous a le courage de re lever la tête et fait mine de secouer le joug, vite ils déclarent une guerre et, vous précipitant les uns contre les autres, vous parlent de gloire tout en conservant leurs écus. » « Hélas ! ton cœur est faible, il aime ses passions.
Si même en un jour d’énergie tu tentais de te reprendre sur elles, elles trouveraient bien un moyen, en leur hypocrisie, d’opposer les uns aux autres tes résolu tions les plus généreuses et tes sentiments les plus sublimes ; et c’est en célébrant la vertu et l’amour, qu’elles te pousseraient dans le crime etla turpitude. » « Quand donc, citoyens, quand donc sonnera l’heure du courage et de la délivrance ? Quand donc,
ASTRA 263 Tefusant fièrement un pain qu’on vous mesure avec parcimonie et mettant résolument la main sur la fortune publique, quand donc direz-vous : « Ceci est à nous par le droit du travail. A l’avenir, nous vou lons que tout le monde jouisse, et que personne n’abuse. » « Homme de peu de courage !
Qu’ils sont encore loin de toi, les temps où, secouant le joug des passions — qui ne sont, tu le sais, que des désirs cherchant à se matérialiser, c’est-à-dire à se limiter dans les choses, — tu t’écrieras, dans la gloire de ta virilité : « Vous êtes mes esclaves ! Désormais servez-moi ! Je vous en lève à jamais le pouvoir de me tenter ».
« Les riches ne sont pas aussi formidables qu’ils vous paraissent ; leur puissance n’est faite que de votre crainte, et, le jour où vous les aurez renversés vous vous écrierez stupéfaits : « Voici donc ceux qui nous faisaient trembler? » « Les passions ne sont que ton ombre, comme les vertus sont ta lumière. Si tu marches dans la lumière, ton ombre te suivra ; mais, si tu t’éloignes de la lumière, ton ombre marchera devant toi. Face au soleil !
Avance hardiment dans la splendeur du Devenir, et lorsque tu seras remonté à ton origine, tu t’étonneras toi-même d’avoir eu peur de ton fantôme. « Peuple, tu as beau pleurer de rage et crier de dou leur, tu as beau n’être qu’un affamé, qu’un va-nu-pieds et qu’un mendiant. Tu es le véritable propriétaire de toutes les richesses que tu as créées et l’unique souve rain de l’Etat, qui n’existe que par toi. « Prends donc sans hésiter les richesses, mets la
264 l’initiation couronne sur ta tête et dis : « Le roi, c’est moi ! » « Que sommes-nous donc sinon ce que nous croyons être ? « Reconnais-toi donc, homme de peu de foi ! Dé truis en toi toute crainte ! Projette-toi dans l’Esprit, comme tu as projeté l’univers dans la matière ! Salue en ton imagination la créatrice de toutes les illusions qui l’entourent !
« Dieu Possible, crée-toi Dieu Vivant par la vertu de l’affirmation ! » A ce moment, un hurlement terrible s’éleva de la foule ; l’armée venait de paraître. Elle avait bouché toutes les issues, et maintenant, conduite par ses chefs, elle s’avançait lente, formidable, inéluctable comme la fatalité. Il y eut un instant d’affolement; mais, se rendant aussitôt compte de la situation, le peuple comprit qu’il n’avait plus qu’à mourir.
L’armée, approchant toujours, avait entouré la foule. Et ces deux masses humaines, composées d’êtres ché tifs, se sentirent tout à coup grandes et comprirent qu’en ce moment suprême elles étaient des Idées. « Joue! » commanda un officier. Automatiquement les soldats épaulèrent leurs fusils et les braquèrent sur la foule qui les regardait impas sible. 11 y eut une seconde de silence solennel. « Feu ! » cria l’officier. Mais on ne l’entendit pas, car une voix qui aurait dominé le tonnerre, ordonna : « Crosse en l’air ! »
ASTRA 205 Et, dans cette voix surnaturelle, chaque soldat crut reconnaître la voix même de son père. Il y eut un mo ment d’hésitation; puis tout à coup, jetant bas les armes et s’entraînant les uns les autres, les soldats étendirent les bras et coururent vers les hommes du peuple, qui, pleurant, les pressèrent sur leurs poitrines amies. Depuis que l’orateur avait cessé de parler, le philo sophe s’était résorbé dans son rêve.
Il n’avait rien en tendu de ce qui se passait au dehors, car son âme, qui déjà percevait l’infini, était montée trop haut dans le possible pour s’arrêter au devenu d’un jour. Par l’abandon total et définitif de toutes les chose auxquelles l’humanité attache son bonheur, le philo sophe s’était élevé vers la Suprême Lumière, et lente ment il se sentait redevenir un Dieu.
Cependant le peuple n’avait pu se maintenir long temps dans les hautes régions du pardon et de l’amour. Bientôt la bestialité originelle reprit le dessus: il s’était souvenu qu’il avait souffert et, étant désormais le plus fort, il avait résolu de se venger. Alors on égorgea dans les rues, et le peuple prit plaisir à voir couler le sang des riches.
Mais bientôt il se lassa de ce spectable, trop lent au gré de sa co lère, et il réclama de la Mort plus de diligence dans l’exécution du mandat qu’il lui avait confié. On imagina alors de faire sauter les maisons dans lesquelles se cachaient les maîtres de la veille. Et la ville fut semblable au cratère d’un volcan en éruption. Le philosophe fut surpris en pleine méditation par
206 l’initiation une de ces terribles explosions. Sa tête, détachée du tronc, plana quelque temps sur cette cité d’apocalypse, et, continuant son rêve infini dans des espaces, elle retomba sur la terre; puis, tout à coup, comme éclate un obus chargé de poudre, elle se brisa sous la pression formidable del’Zrfee. Alors un revirement surnaturel s’opéra dans l’âme troublée des multitudes.
Le glaive destructeur tomba des mains du bourreau, une immense pitié s’empara des cœurs, et l’homme eut la révélation soudaine de ses sublimes finalités. L’Idée était entrée en triomphatrice dans les cons ciences: Le Dieu inconnu était mort pour le monde en renaissant dans l’Incréé.
ASTRA Alors que je voyageais en Allemagne, je m’arrêtai quelque temps à Heidelberg pour y suivre les cours du professeur Augustus Lauth, ce philosophe trans cendant, qui le premier révéla le sens ésotérique des doctrines de Bouddha et passa, aux yeux de quelquesuns de ses disciples, pour le dernier avatar de l’ini tiateur des Indes.
Comme le comprendront tous ceux qui ont étudié les sciences occultes, le professeur avait soin de cou vrir d’une parabole ou d’une allégorie les vérités que des raisons supérieures obligent à cacher à la foule ; de sorte que les seuls adeptes qui possédaient les clefs des grands arcanes étaient capables de comprendre toute la profondeur des idées du savant. Les autres
ASTRA 267 ne pouvaient voir dans les cours de Lauth qu’une philosophie très élevée, et prenaient ies paraboles pour d’ingénieuses figures destinées à éclairer les par ties trop abstraites de ses leçons.
Le professeur ne tarda pas à distinguer, parmi ses auditeurs, ceux qui saisissaient le sens caché de ses doctrines, et, s’étant enquis de nos noms, il adressa à chacun de nous une lettre, dont la lecture nécessitait la connaissance du Tarot et par laquelle il nous invitait à nous rendre tous les mercredis soirs chez lui, pour y discuter les grands problèmes de la philosophie her métique.
Le lecteur m’excusera de ne point lui exposer ici les questions qui faisaient l’objet de nos entretiens; il n’appartient à personne de révéler les mystères, car ainsi que le dit Maître Janus dans Azel, nul ne peut être initié que par lui-même.
Qu’il lui suffise donc de savoir que, planant dans les sphères les plus sublimes de la pensée, le profes seur ne se fût jamais abaissé à une de ces expériences matérielles qu’affectionnent les magesde second ordre, et qui ont parfois l’inconvénient grave de laisser entre voir aux profanes quelques-uns des secrets du Temple.
Chez Lauth, je fis la connaissance de plusieurs jeunes gens, tous très versés dans les sciences occultes, et je me liai plus particulièrement avec un étudiant du nom de Magnus, dont l’esprit mystique et bizarre me captiva dès le premier jour. Magnus habitait seul un petit appartement de la Judengasse, travaillait énormément, n’avait pas de
208 l’initiation balafre sur le visage, et ne paraissait jamais dans aucune fête d’étudiants. Un être aussi singulier ne pouvait manquer d’exci ter au plus haut point la curiosité de ses condisciples, aussi, lorsqu’un mercredi, en sortant de chez le pro fesseur, il invita quelques-uns d’entre nous à venir passer chez lui la soirée du lendemain, nous accep tâmes tous avec empressement.
Le jeudi soir, en arrivant chez l’étudiant, nous trou vâmes une nombreuse société. « Nous étions en train de faire des expériences psychiques, nous dit notre hôte en venant à notre rencontre, voulez-vous y prendre part?
Peut-être votre concours nous permettra-t-il d’obtenir les phénomènes que nous cherchons en vain à produire depuis une demi-heure. » Nous prîmes tous place autour d’un grand appareil qui était, à ce qu’on m’apprit, un perfectionnement du baquet de Mesmer, une sorte d’accumulateur de force psychique, auquel était joint un dynamomètre à cadran, dont l’aiguille permettait de mesurer, à tout moment,le degré de condensation du fluide emmaga siné.
Nous vîmes bientôt l’aiguille se déplacer lentement sur le cadran gradué, et, en même temps, nous éprou vâmes tous une sensation de fatigue qui allait en aug mentant, comme si nos forces se fussent écoulées hors de nous par d’invisibles fissures. « C’est l’effluve, murmura mon voisin à mon oreille, déjà le dynamomètre accuse une force de trois médiums.
Bientôt vous allez voir ce que M. de BoASTRA 269 disco appelle le ^oo-éther se condenser sous la forme d’un solide lumineux. Et qui sait, peut-être nous serat-il donné d’assister à une matérialisation. Mais il faudrait tout d’abord éteindre la lampe, car les vibra tions de la lumière contrarient l’action des forces occultes. » Précisément quelqu’un venait de se lever, et, un moment après, nous étions plongés dans la plus com plète obscurité.
Un temps assez long s’écoula, un silence profond régnait sur l’assistance, et la fatigue que j’avais ressen tie dès le commencement de l’expérience augmentait à chaque instant; c’était une sorte d’engourdissement qui alourdissait peu à peu mes membres, tout en lais sant à mon esprit toute sa lucidité.
« Fixez bien le sommet de l’accumulateur, me dit à voix basse mon voisin, le phénomène ne peut tar der à se produire. » En effet, une minute ne s’était pas écoulée qu’il me sembla voir tremblotter sur l’appareil une lueur fugi tive; une autre la suivit bientôt, puis une troi sième, et je vis alors apparaître un corps phosphores cent qui avait la transparence du cristal ; mais, chose surprenante, quoiqu’il fût par lui-même très lumineux, il n’éclairait que les objets placés dans son voisinage immédiat.
La masse brillante augmentait à vue d’œil. En peu de temps, elle s’étendit sur le sommet de l’accumulateur, les montants s’en chargèrent à leur tour, puis l’appareil tout entier en fut insensiblement recouvert, et cette étrange coulée de lave diaphane
l’initiation sayo gagna bientôt les mains des expérimentateurs, qu’elle enveloppa d’une atmosphère bleuâtre et transpa rente. Hynoptisé, je regardais ce singulier phénomène, et une terreur vague s’emparait malgré moi de mon esprit. Quelle était donc cette force inconnue dont se Jouait notre ignorance ? Où donc allait nous con duire cet imprudent désir de connaître?
Cependant le flux de lumière montait toujours, envahissant peu à peu la poitrine et les membres des assistants. Déjà, sur plus d’un visage, se formaient de grandes plaques brillantes, dessinant un coin de bouche, un nez ou un œil, tandis que tout le reste de la physionomie était plongé dans les ténèbres.
Et je croyais distinguer sur toutes les figures le hideux rictus de la peur, que ce contraste de clarté et d’ombre rendait plus inquiétant encore. Enfin toutes les figures sortirent de la nuit comme nimbées d’une auréole fluidique, et je regardais avec appréhension cette assemblée de spectres, dont je ne reconnaissais plus les visages.
Je jetai les yeux sur le dynamomètre, il marquait vingt médiums.L’accumulateur, disparaissant à moitié sous les gibbosités lumineuses, affectait des formes d’une bizarrerie effrayante. Vaincu par le sentiment d’une indicible terreur, je voulus m’arracher à ce cauchemar et fuir au plus vite ce lieu maudit, où se perpétrait je ne savais quel mystérieux forfait, qu’un pressentiment me faisait entrevoir à la lueur de cette aurore magique.
ASTRA 271 Horreur ! j’étais cloué sur ma chaise ! Il m’était impossible de faire le plus petit mouvement. Douce ment, comme une eau qui filtre goutte à goutte, toutes mes forces s’en étaient allées. Elles étaient deve nues ce cristal malléable et phosphorescent qui allait éclairer mon agonie de ses lueurs blafardes et sépul crales. Je comprenais ma situation dans toute son épou vante; plus de secours à attendre!
Tous ceux qui m’entouraient étaient paralysés comme moi, et chaque minute le hideux accumulateur, la machine vampire, allait pomper un peu plus de nos vies, jusqu’au moment où, toutes nos forces épuisées, nous glisse rions dans l’inconscient et dans la mort. Déjà autour de moi bon nombre de personnes s’étaient endormies. Oh! le grand, le profond sommeil dont aucun de nous ne se réveillerait !
Cependant la marée de lumière vivante montait toujours, recouvrant tout de son grand suaire, sem blable à une épaisse couche de neige violemment éclairée par la lune. Au-dessus de cette masse, dont la densité augmen tait à tout moment, s'était formé une sorte de brouil lard qui flottait dans la chambre et n’avait pas tardé à enlever aux objets la précision de leurs contours.
Bientôt au sein de cette atmosphère s’étaient déga gées des formes vagues et inachevées, et je reconnus en elles des élémentaux auxquels tout ce fluide mis en liberté donnait pour un moment l’apparence de la vie. Une terreur encore inéprouvée s’était emparée de moi. Je comprenais que j’étais sur le seuil d’un
L INITIATION 272 monde inconnu et mystérieux. Mon esprit, qui jus qu’à ce moment avait conservé toute sa lucidité, s’obs curcissait comme sous la tombée d’un voile de crêpe, et peu à peu, sans pouvoir rien faire pour me ressaisir, je sentais ma raison rouler à la démence..................... Tout à coup la porte de la chambre s’ouvrit, et une femme parut sur le seuil.
Elle tenait à la main une bougie qui éclairait son teint diaphane ; ses gestes avaient tant de grâce, d’har monie et de légèreté, qu’on l’eût dite soustraite aux lois de la pesanteur, et son sourire, à demi voilé, don nait à sa physionomie une expression tout à la fois immatérielle et passionnée. Alors les yeux de l’incon nue se tournèrent vers moi.
Je ressentis au cœur un choc comme si la foudre y était tombée, et il me sembla que, pendant une seconde, le mystère de la vie et de l’amour me fût révélé. Puis un grand silence se fit en moi, mes yeux ne distinguèrent plus les objets environnants, j’éprouvai la sensation délicieuse d’un souffle léger passant sur ma figure, et je perdis connaissance. (A suivre.) Ivan Dietschine. Que s’éteigne toute lumière en la cellule où nul ne viendra.
Au miroir, au seul Miroir de Nuit et de Silence que ma pensée se voie et s’examine ! Mais non ! Là-haut le jour se traîne encore et meurt,
LE NAIN ' 273 et du soupirail profond dont l’issue estlointaine tombe une lueur vague, affaiblie et nuancée aux transpa rences d’un écran. Là-haut un jour se traîne et meurt, qui pour moi n’aura pas été ! De l’ombre, quelques choses familières surgissent à peine et sous un aspect inaccoutumé. Et parce que sur la table noire s’étagent en Babel les grands infolios ; parce qu’encore des flacons ventrus luisent dans l’indécis, comme sur un fourneau des cornues, il m’a semblé que j’étais en une secrète salle d’étude. On l’aurait faite en quelque oratoire ancien et je serais assis dans une haute cathèdre, sous l’arc-enciel d’un magique vitrail. Là-bas, le cristal aux douces teintes garderait les philtres ; là des livres mystérieux — un Robert Fludd aux lettres qui brillent dans la nuit, ou quelque « DeMagia, » annoté dans unelangue inconnue ! Et, au retour d’un long voyage, l’esprit et le corps las, comme à cette heure, j’attendrais. J’attendrais non pas la fin d’un jour, mais la venue du Maître. Il serait le frère de mon père et le père de mon esprit. Son nom serait Claude Monach, et il m’aurait enseigné la Science.... Et je penserais avec mélancolie : « Ici se sont écou lées les années premières de ma vie ! Que de temps passé depuis le jour où II m’accompagna au détour du chemin ! Déjà des filons d’argent serpentaient dans sa barbe longue ; maintenant les veilles ont dû creuser bien des sillons sur son front où la neige des ans s’amoncelle !...
274 l’initiation L’oblique faisceau lentement chemine et ce qu’il éclaire, c’est une lanterne ciselée qui au bout d’une triple chaîne balance des reflets multicolores de sa verrière et les coruscations des gemmes enchaînées. «... Mais qu’ai-je entendu? Quels sont ces coups frappés et qui redoublent?
Peut-être tu emprisonnes quelque pauvre phalène que les splendeurs de ta lumière attirèrent un soir, ou bien un étourdi hanne ton de mai ? « Pourtant la crypte est bien close, et c’est un jour « d’automne qui là-haut se traîne et meurt ! Ma voix s’est élevée dans l’ombre, impérative, et lentement un verre vient de tourner, du châssis. Ah! l’étrange forme qui se faufile d’un nain grotesque et sautillant!— « ...
Nain moqueur! gnome sans aucun doute échappé de la terre qui partout m’environne, pourquoi tends-tu vers moi ce doigt immobile ? Pour quoi eneore ces yeux ronds, ces sourcils hauts et ce rire silencieux en ta grande bouche ? Le nain qui maintenant chevauche un coq de cuivre s’est écrié : « Ah ! Ah ! tu es assis dans une haute cathèdre. sous l’arc-en-ciel d’un magique vitrail ! ! !...
« Balancez, mes jambes torses, balancez de vos brodequins les pointes en cagoules ! « Moi je suis le nain vêtu d’une capuce brune à la manière de Claude Monach mon maître !... «... Jadis je vaguais libre par toute la demeure, escaladant le désordre des in-folios poudreux. CerLE NAIN 275 tain jour, je découvris sous l’âtre le lézard rouge et j’en fis ma monture.
Je le frappais d’une ramille de tym et j'allais, sonnant de la trompe au col d’une cor nue cassée, jeter l’épouvante dans le vasque aux gre nouilles ! » Il me souvient encore de mes luttes avec le vieux hibou qui rêve sur le manteau de la cheminée haute.
Oh ! que de joie à voir son bec claquer dans le vide et je chantais : « hibou, vieux Hibou, hibou de sor cier., sorcier de hibou ! devine, devine quelle plume je vais t’arracher ! » Alors le Maître s’écria : « Nain malfaisant, sois « enfermé parmi les choses inertes, dans cette niche « d’où tu ne peux descendre ! » Mais, s’étant retourné, il riait dans sa barbe pointue...
Bientôt, las de regarder mon image déformée aux ventres polis des ours de pierre noire, j’entrai dans l’armoire aux talismans. Là je changeai l’orientation des pentagramnes et j’ouvris le coffret aux parfums ! Et le hibou d’hulluler, et le chat de miauler, et les grenouilles de coasser !...
« Nain malfaisant, s’écria « encore le maître, je t’enfermerai dans une prison « aérienne où l’ennui te rongera le cœur et où le ver- «. tige te trouera le crâne !... » — « Ma prison est donc « '£xette lanterne.
Et, parmi les colonnettes qui sup- « portent le dôme ciselé, je me promène en rêvant, « ou bien je m’enferme pour voir en chaque verre << Les mêmes choses sous diverses couleurs — car il «-està mon gré des heures bleues ou écarlates. — Et « djns le pendentif je me suis bien souvent tapi en « silêncei s’entrecroisent les apothéoses del’Escar278 l’initiation Les lecteurs de [’Initiation se souviennent, sans doute, qu’au cours de notre se'ance dn 14 août dernier l’esprit famillier l . avait annoncé un apport secret pour le directeur du Groupe.
Plusieurs communications faites depuis lors à M. A. F. avaient renouvelé à celui-ci la promesse de cet apport qui a été fait ce soir dans les circonstances rela tées ci-après. Avant de commencer la séance, nous avions été pré venus par l’esprit L., d’attendre patiemment, en obscu rité, pendant douze ou quinze minutes,dans le plus grand calme.
Ce laps de temps est à peine écoulé qu’un coup est frappé au centre de la grande table dont chacun de nous est éloigné d’environ o“,9o. Plus éloigné encore est M. A. F. qui, sur l’ordre de notre ami invisible L., s’est placé près du poêle, à l’en droit même qui lui avait été désigné lors de la dernière séance.
Par cliquetis aériens notre ami et conseiller L. demande qu’on fasse de la lumière et au même moment nous entendons tomber sur la table un léger paquet qui semble avoir été projeté du plafond et frôle légèrement en passant la suspension d’une lampe. A la clarté de cette lampe, nous découvrons au milieu de la table une enveloppe blanche dont la partie supé rieure est légèrement repliée.
Nous ouvrons cette enve loppe et nous y trouvons, tracée en caractères gras, transparents, très accentués et parsemés dans certaines parties de linéaments rouges, la communication sui vante : « A A. François, < Marie vous enverra un conseil qui, m’inspire-t-elle, « doit être secrètement gardé, et vous seul, ou presque, < intéresse, méditez sérieusement aussi mon ultième < avertissement et mettez-le à profit. < FvûGt aeauro'v
LE NAIN 275 tain jour, je découvris sous l’âtre le lézard rouge et j’en fis ma monture. Je le frappais d’une ramille de tym et j’allais, sonnant de la trompe au col d’une cor nue cassée, jeter l’épouvante dans le vasque aux gre nouilles ! » Il me souvient encore de mes luttes avec le vieux hibou qui rêve sur le manteau de la cheminée haute.
Oh ! que de joie à voir son bec claquer dans le vide et je chantais : « hibou, vieux Hibou, hibou de sor cier, sorcier de hibou ! devine, devine quelle plume je vais t’arracher ! » Alors le Maître s’écria : « Nain malfaisant, sois « enfermé parmi les choses inertes, dans cette niche « d’où tu ne peux descendre ! » Mais, s’étant retourné, il riait dans sa barbe pointue...
Bientôt, las de regarder mon image déformée aux ventres polis des ours de pierre noire, j’entrai dans l’armoire aux talismans. Là je changeai l’orientation des pentagramnes et j’ouvris le coffret aux parfums ! Et le hibou d’hulluler, et le chat de miauler, et les grenouilles de coasser !...
« Nain malfaisant, s’écria « encore le maître, je t’enfermerai dans une prison << aérienne où l’ennui te rongera le cœur et où le ver- « tige te trouera le crâne !... »■— « Ma prison est donc « cette lanterne.
Et, parmi les colonnettes qui sup- « portent le dôme ciselé, je me promène en rêvant, « ou bien je m’enferme pour voir en chaque verre « les mêmes choses sous diverses couleurs — car il « est à mon gré des heures bleues ou écarlates. — Et « dans le pendentif je me suis bien souvent tapi en « silence ; là s’entrecroisent les apothéoses de l’Escarl’initiation 276 « boucle, et les espoirs de l’Emeraude, et les consola- « tions limpides de l’Amethyste ! » Mais ce que j’aime plus que tout encore, c’est d’en fourcher ce grand coq d’émail qui, au plus haut de la coupole, reluit sur mon palais aérien.
Et de là, voyant maître Claude courber sur le vieux livre son front soucieux, je chan te : « Il est de douces siestes sous les vertes ramures et au seuil des fraîches cavernes ! » Et si grondent les fourneaux, je chante encore : « Au bord des grèves, le vent du nord éparpille ses caresses de pluie fine aux doigts tendus des mains en fièvre. » Alors, mon maître s’écrie : « Nain bavard, ennemi « de mes études, monstrueux fils d’un Gnome et « d’une Sylphide, je te rendrai à tes pères qui te bat- « taient au sein de la terre ou à tes mères qui te chas- « sèrent pour ta laideur ! » « Mais souvent, assis en cette haute cathèdre, il « écoute les questions malignes de mon critique ver- « biage et j’ai vu ses lèvres pâles dessiner un bien « mélancolique sourire ! » Quels sont là-haut ces pas lents et sonores, aux quels tous les êtres qui vivent dans l’ombre se sont réveillés?
Mais ! Voici le maître ! cours vite cacher en la lan terne tes yeux rieurs. Et cesse encore, nain curieux, d’écraser au vitrail verdâtre ton nez et tes lèvres ex sangues !...
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ESOTERIQUES 277 Et toi, aussi, méchant nain du doute toujours par donné. Point d’interrogation railleur qui sautille à la porte du vrai ! cesseras-tu d’importuner mon âme qui se contemple au miroir de la nuit venue ?... Mes rêves sont en une lanterne ciselée qui balance au bout d’une triple chaîne les reflets multicolores de sa verrière et les coruscations des gemmes enchâssées.
Gilbert Monach. (La Rêverie dans la Crypte.} D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES Les travaux du Groupe se poursuivent activement dans les loges. — Avant deux mois des cours publics vont être inaugurés dans un nouveau local. — Les membres de Paris devront nous faire crédit pour les conférences en attendant cette prochaine réorganisation. groupe n° 4 ETUDE DU SPIRITISME Séance du 10 novembre i8g4 Cinq personnes présentes : Mme Marthe B., médium; M'“c B. MM. A.
F., L. E. Selon la règle établie, des projections de lumière élec trique ont été faites inopinément par l’un des deux assis tants (non médiums) en communication constante avec les boutons destinés à faire jaillir cette lumière.
278 l’initiation Les lecteurs de [’Initiation se souviennent, sans doute, qu’au cours de notre séance dn 14 août dernier l’esprit famillier I . avait annoncé un apport secret pour le directeur du Groupe. Plusieurs communications faites depuis lors à M. A. F. avaient renouvelé à celui-ci la promesse de cet apport qui a été fait ce soir dans les circonstances rela tées ci-après.
Avant de commencer la séance, nous avions été pré venus par l’esprit L., d’attendre patiemment, en obscu rité, pendant douze ou quinze minutes,dans leplusgrand calme. Ce laps de temps est à peine écoulé qu’un coup est frappé au centre de la grande table dont chacun de nous est éloigné d’environ om,go. Plus éloigné encore est M. A.
F. qui, sur l’ordre de notre ami invisible L., s’est placé près du poêle, à l’en droit même qui lui avait été désigné lors de la dernière séance. Par cliquetis aériens notre ami et conseiller L. demande qu’on fasse de la lumière et au même moment nous entendons tomber'sur la table un léger paquet qui semble avoir été projeté du plafond et frôle légèrement en passant la suspension d’une lampe.
A la clarté de cette lampe, nous découvrons au milieu de la table une enveloppe blanche dont la partie supé rieure est légèrement repliée. Nous ouvrons cette enve loppe et nous y trouvons, tracée en caractères gras, transparents, très accentués et parsemés dans certaines parties de linéaments rouges, la communication sui vante : « A A.
François, < Marie vous enverra un conseil qui, m’inspire-t-elle, « doit être secrètement gardé, et vous seul, ou presque, « intéresse, méditez sérieusement aussi mon ultième < avertissement et mettez-le à profit. < rvüjOi aeauro'v « L. »
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ESOTERIQUES 279 Les caractères de ce message sont de la même main que les précédents messages qui ont été apportés. Après que l'émotion causée par cet envoi est calmée, nous demandons à notre bienveillant messager L. ce que nous devons maintenant faire. Il nous engage (par l’écriture mécanique) à rester en lumière jusqu’à ce que l’heure sonne (vingt-cinq minu tes environ) et à méditer. — Cet avis est suivi.
2e PARTIE L'heure sonne. M. A. F. reçoit, par l’écriture, l’avis de de prendre l’épée et de rester très calme. — La lampe est emportée. — Presque aussitôt le cliquetis aérien se fait entendre de divers côtés; quelques menus objets sont déplacés ; une sonnette posée sur la table soulevée par quelque main fluidique tinte dans l’espace.
Sur un nouvel avis qui n’avait sans doute d’autre but que de nous faire constater l’état des choses, nous faisons un instant de la lumière pour nous replacer presque aussitôt en obscurité. A peine cette troisième partie de séance obscure estelle commencée qu’une série de coups frappés sur la grande table forme le mot «.secret ». Des cliquetis aériens dictent le même mot, bientôt suivi de ceux : « Pour Adrien seul ».
Tout à coup, chute d’un corps sur le parquet et invi tation d’apporter une lampe. Nous constatons, en lumière, la présence sur le plan cher, à côté de M. A. F., d’un petit pli en parchemin de forme oblongue, large d’environ 1 centimètre et long de 6. M. A. F. ramasse ce pli qui est entouré d’un fil main tenu par trois cachets sur lesquels est imprimé le signe A . Au milieu, dans le sens de la longueur, une forte épin gle à tête noire.
Par l’écriture médianimique M. A. F. demande quelle est la ligne de conduite à tenir pour l’ouverture de ce pli. « L’épingle, lui est-il répondu, est destinée à ouvrir le
28o l’initiation « pli sans briser les cachets : l’apport étant pour toi seul, « fais sortir les assistants, lis et garde le secret. > Nous passons dans une chambre voisine laissant seul M. A. F. qui quelques minutes après nous rappelle. Il est à la fois grave et radieux ; il nous montre, mais fermée, la communication contenue dans le pli dont il est l'heureux destinataire.
Cette communication est tra cée sur un papier parcheminé assez ténu — elle est en caractères rouges et surmontée— M. A. F. nous permet de le constater — du sceau de Salomon entouré de lan gues fulgurantes. Au milieu, l’œil qui jamais ne se ferme. Au bas de la communication la signature « Marie » et auprès une croix -j-.
Nous livrons sans aucun commentaire aux méditations de tous, occulitstes, spirites ou même profanes, les mer veilleux phénomènes dont nous avons été témoins. L. François, officier d’Acade'mie A. François, chevalier de la Légion d’honneur R. — Aucun cas de sommeil magnétique n’a été cons taté.
L,’ Initiation d’octobre renfermait, au sujet de ces des sins symboliques, les premiers renseignements qui aient été fournis au public sur cette question. C’est en effet grâce au dévouement de Mlle de Wolska, la propagatrice de l’occultisme, que l’exposition de ces treize dessins a pu être menée à bonne fin.
Notre ami Emile Michelet vou lut bien mettre son talent et son zèle à l’appui de cette œuvre et le 29 novembre dernier une très belle conférence était donnée 8, rue d'Athènes, devant un auditoire aussi nombreux que choisi. Nous détachons de cette confé rence les extraits suivants qui renseigneront complète ment nos lecteurs.
EXTRAITS DE LA CONFERENCE DE M. MICHELET 281 Extraits de la Conférence de M. Michelet Les treize dessins symboliques dont il est ici question ne sont pas l’œuvre d’un artiste.
L’auteur est une femme qui jusqu’alors avait ignoré le mécanisme du dessin, et qui soudain a pris le crayon sous l’influence d’une force: l’inspiration. <s L’esprit souffle où il veut. » Il a soufflé sur le front d’une femme qui vivait, obscure et solitaire, étrangère au mouvement artistique, et ne demandant autre chose que de rester obscure dans sa solitude et son deuil.
Au fond, l’origine d’une œuvre, les conditions dans lesquelles elle a été exécutée, la personnalité de son auteur même, n’importent guère. Sa qualité essentielle, son unique raison d’être, c’est sa beauté. Or, voici treize dessins d’une étrange beauté. Ils ne ressemblent à rien de ce que nous connaissons dans l’art d’Occident. Ils ne se rattachent à aucune école, à aucune traduction esthétique.
Aussi leur originalité dé concertera-t-elle bien des esprits. Leur charme en pé nétrera beaucoup d’autres. Leur beauté décorative, leur composition harmonieuse séduiront des artistes, leur intensité d’expression, leur mystérieuse attirance sont pour donner de belles émotions.
Dans des décors irrévélés encore surgissent, entre des masses d’ombre opaque, et caressées par une lumière inconnue, des formes fluidiques de femmes, ayant toutes une âme au bord de leurs longs cils. Des formes, non des corps ; le modèle en est léger, le tissu impalpable. On dirait des âmes qui revêtirent des robes tramées avec de la lumière. Elles vivent, ces créatures, de cette vie ardente dévolue aux types supérieurs de notre hu manité.
Ne les croyez pas les inanes fantômes de frêles poupées. Elles ont la force de porter la douleur et l’amour et même le plus lourd des fardeaux, la béatitude. Elles sont entourées du monde de la matière qui leur dévoile ses opulentes beautés, qui découvre sous leurs pas les robustes créations que combinent, avec ses mul tiples ressources les forces delà nature. Et leurs yeux, bien qu’occupés d’un puissant rêve, s’émerveillent de ces décors.
282 l’initiation Où vivent-elles ces créatures? Sur la terre? Entre ces deux limites connues de tous :1a naissance et la mort? Oui, et au delà. En ces treize dessins, leur destin se déroule pendant la vie de la terre et après cette vie. (Treize, dans la mys tique du nombre, exprime la transformation.) Ces treize dessins ne sont pas de capricieuses rêveries, arbitraire ment juxtaposées.
Ils racontent un poème d’un enchaî nement aussi logique que l’exige toute œuvre de beauté. Une créature humaine apparaît sur terre. Elle passe de l’enfance à l’adolescence et à la jeunesse, et son sein lé ger frémit sous le souffle de la souffrance, de la joie et de l’amour, qui sont les deux pôles de l’existence et leur équilibre.
Elle vit sa vie visible pendant les six premiers dessins, puis nous la voyons, dans les sept suivants, con tinuer la vie invisible dans le monde astral jusqu’au monde empyréen. Elle n’est pas seule. Car, en dépit des apparences, nul être n’est jamais seul dans la vie. Sur elle veillent des tendresses et des forces au cœur du Mystère, jusqu'à l’heure où elle se confondra dans l’é— pousaille de son idéal.
Dans ces dessins, l’expression est symbolique. Il n’y a pas lieu.ici de théoriser sur ce qu’est en art le symbole. Beaucoup de gens affirment ne rien comprendre aux formes symboliques de l’art. Je ne vois, pour ma part, aucun inconvénient à leur incompréhension. L’art symbolique part de ce. principe que le monde est une série de symboles sous lesquels se révèle et se dérobe à la fois leur origine, leur cause première.
Pour cela, l’art symbolique refuse-t-il d’exprimer la réalité? Nulle ment. Un exemple: Frantz Hais peint le portrait d’un homme. Il le fait en considérant cet homme comme exis tant tel qu’il le voit : de la vie qui bouillonne dans la chair puissamment épanouie. Frantz Hais créera une belle œuvre selon cette vision. Rembrandt vient ensuite pour peindre le portrait du même homme.
Il le fait en considérant cet homme tel qu’il le voit: entre les deux pôles de la lumière et l’ombre. Mais la lumière et l’om bre deviennent, chez Rembrandt, l’évocation d’une force mystérieuse, un symbole révélant et dérobant à la fois
EXTRAITS DE LA CONFERENCE DE M. MICHELET 283 son origine, sa cause première. Rembrandt, par là, est entré dans une forme symbolique de l’art. Dans l’art, l’expression directe, la reproduction dite réaliste d’un objet et l’expression symbolique révèlent toutes deux la Réalité. Ce que le vulgaire estime les créa tions arbitraires de l’imagination d’un grand poère, est une Réalité.
Quand Homère dépeint le domaine om breux de Poséidon, quand Dante et Michel-Ange retra cent le monde occulte du désespoir, quand Poë enlumine une auréole de douleur autour de son corbeau; ces Voyants révèlent, sous une forme symbolique, une Réa lité. Ils ne sont supérieurs au commun des hommes que parce qu’il leur fut donné de voir et de révéler cette Réalité.
L’art symbolique seul peut pénétrer dans le monde astral, dans le domaine que les Kabbalistes nomment le monde des causes secondes, et en rapporter des révéla tions. Il y a un art et une littérature du monde astral. Je ne dis pas une poésie ni musique, car tous les grands poètes sont rois dans ce domaine, et tous les grands mu siciens,conscients ou non des sources de leur inspirations.
Comme œuvres typiques appartenant à cet art je citerai, dans les arts graphiques, et procédant d’écoles très diffé rentes : le Triomphe de la mort de l’Orcagna, la Tenta tion de Saint-Antoine de Callot, certains caprices de Goya.
Si l’on demande des exemples dans contemporanéité, je citerai, parmi les artistes qui relèvent à desdegrés divers de cet art: Félien Rops, Gustave Moreau, Odilon Redon le hollandais Jan Too-Rop et, parmi les nouveaux venus, de nombreux artistes.
C'est à l’art symbolique et astral que se rattachent, malgré leur originalité imprévue, les treize dessins sym boliques dont il est ici question. ★ ¥ ¥ Dans quelles conditions ces dessins ont-ils été exécu tés ? L’auteur est une Russe, veuve d’un artiste russe, Egoroff, dont les musées russes possèdent des toiles d’un art âpre et fougueux.
Le père d’Egoroff était aussi un peintre, qui fut le maître de Brulow, et peut être consil'initiation 284 déré comme le fondateur d’une école russe qui s'inspira de l’école romaine. D’Egoroff père, dont l’art séduisait beaucoup le tsar Alexandre Ier, le Musée de ¡’Ermitage possède une Flagellation. Egorofffils avait encore pour grand’père un sculpteur célèbre, Martos.
Egoroff avait donc toute une hérédité d’art. Son talent, très ardent n’a nullement le caractère symbolique et s’éloigne de la facture des dessins de sa veuve autant qu’un Van Ostade s’éloigne d’un Botticelli. Mœe Egoroff, de son côté, appartenait à une famille militaire. Son mari la laissa veuve, après avoir souffert pendant quinze ans d’une cruelle paralysie. Dès lors,elle vécut, recluse volontaire, dans son deuil.
Son mari ne lui avait pas permis d’apprendre le dessin. Il lui conseil lait de faire des ouvrages d’art décoratif. Avec beaucoup de goût, elle exécutait des décorations de faïence, des ouvrages de ciselure, des cuirs repoussés, etc. — J’ai toujours senti en moi, me disait-elle, une grande force me permettant de me livrer à des travaux assez rudes.
En effet, l’exécution des treize dessins exposés est d’une vigueur qui ne semble pas venir d’une main fémi nine. Jamais elle n’avait dessiné une figure quand, il y a six mois? elle sentit en elle une force irrésistible la poussant à prendre un crayon. Elle obéit et fit le premier de ces dessins, l’enfant.
C’est alors que Mlle de Wolska, l’ardente propagatrice des idées spiritualistes, émerveillée, engagea M“9 Egoroff à me montrer ce premier dessin. Je vis paraître succes sivement les douze autre, dans des conditions de rapidité et d’exécution hors de l’ordinaire. Des artistes vinrent les voir. Quelques-uns étaient de ceux dont le jugement fait loi. Ils conseillèrent une exposition publique.
Je garde le silence sur le caractère mystérieux qui scelle l’origine de ces dessins, exécutés chacun en deux ou trois jours par une femme qui n’avait jamais dessiné précé demment. Car d’une œuvre exposée, seule la Beauté vaut... Emile Michelet. 2 5 novembre 1894.
LA CHIROMANCIE MÉDICINALE 285 Par Philippe May de Franconie Avec un avant-propos\et une chiromancie synthétique Par Ernest Bosc, i vol. in-18, 3 fr. M. Ernest Bosc, directeur de la Curiosité, vient de réédi ter un ancien et très curieux traité de chiromancie de Philippe May.
Ce traité se termine par une chiromancie synthétique signée de M. Bosc et au sujet de laquelle nous tenons à faire dès maintenant certaines remarques. il faut éviter le plagiat « Ce Taisnier est l’auteur d’un ouvrage sur la chiroman cie, mais qui n’est guère qu’un plagiat de celui de Bar thélémy Codes. » (P.
2.) « Nous mentionnerons également au sujet de cette sience le capitaine d’Arpentigny, qui est le père de la chi romancie moderne ; aussi a-t-il été souvent pillé sans aucun scrupule par une foule de chiromanciens. » (P.
9.) Aussi, après la lecture de ces deux phrases et de quel ques autres pareilles étions-nous persuadé que M. Bosc allait prendre bien garde de tomber sous le coup de reproches de ce genre et son travail débute en effet par des renvois nombreux et variés.
Cependant une chose nous avait frappé,c’était,dans la liste des chercheurs s’étant occupés de chiromancie,l’absence totale du nom d’un cer tain Papus qui a fait quelques études que nous croyons originales en ces matières.
Mais, après tout, nul n’est forcé de connaître tous les auteurs s’étant occupés d’une question et nous en avions fait notre deuil lorsque nous nous aperçûmes que tout un chapitre, le chapitre VI, était, à peu de choses près, comment dirions-nous ?.... « emprunté » sans citation d’origine à cet auteur inconnu. Qu’on en juge par les quelques extraits suivants :
286 l’initiation PAPUS 1891 Traité méthodique de Science occulte RÉSUMÉ SYNTHÉTIQUE DE CHIROMANCIE Les enfants nouveaunés qui n’ont encorechoisi, que je sache, aucune profession particulière, ont un grand nombre de lignes. (P. 816). Deux grands principes luttent dans l’homme, la Fatalité et la Volonté.
La ligne de Saturne représentant la Fatalité, la ligne de tête représen tant la volonté, leur action réciproque nous donne la première division que nous devons considérer. Cette action produit une croix indiquée par la fi gure suivante. (P. 826.) Il faut donc corroborer les enseignements de la ligne de vie par ceux de la ligne de fatalité et sur tout par l’examen des deux mains. (P.
83i.) Résumons ce que nous avons dit dans une figure d’ensemble. Trois lignes Verticales : i° La Saturnienne (FaBOSC I894 CHIROMANCIE SYNTHÉTIQUE Disons tout d’abord que les enfants ont à leur naissance des lignes très marquées bien que n’ayant exercé aucune profession manuelle... ou autre. (P. 23.) Deux principes sont constamment en lutte dans l'homme : la Fatalité et la Volonté.
La première est repré sentée dans la main par la saturnienne et la vo lonté par la ligne de tête qui va du mont de Jupiter à celui de Mercure ; ces deux lignes forment donc une croix. (P. 25.) Aussi faut-il corroborer les renseignements four nis par cette ligne de vie avec ceux fournis par la fatalité ; et dans tous les cas il est indispensable d’examiner les deux mains (P. 25.) En résumé, la main comporte : A.
Trois lignes ver ticales i° La Saturnienne (FaIL FAUT ÉVITER LE PLAGIAT talité) partant du médius au milieu. 2° L’Apollonienne (idéal) partant de l’annulaire à droite. 3' La Mercurienne (in tuition) partant du petit doigt, extrême droite (manque très souvent).
Trois lignes horizontales: 4° La ligne du cœur (générosité) partant de l’index à gauche. 5° La ligne de tête (Vo lonté-Activité,). Au milieu de la main, horizontale, ment. 6° La ligne de vie par tant du pouce et l’entou rant. (P. 825 et 826.) 287 talité) partant du médius. 20 L’A p ol 1 o n i e n n e (Idéalité), partant de l’an nulaire. 3° La Mercurienne (in tuition), partant du petit doigt (auriculaire). B.
Trois lignes hori zontales 40 La ligne de cœur (générosité), partant de l’index. 5° La ligne de tête (ac tivité, volonté), au milieu de la main, horizontale ment. 6° La ligne de vie (exis tence), partant du pouce et contournant le mont de Vénus (matérialité) (P. 3o et 3o.) Un éditeur, moins affable queM.
Carré pourrait faire un bon procès en contrefaçon tant du titre que des ma tières traitées, mais nous sommes tellement persuadé qu’il s’agit d’un simple oubli, que nous nous contente rons de signaler cette omission au public en priant l’auteur de corriger tout cela dans une édition qui ne peut manquer d’être prochaine.
Du reste, une correspon dance que nous eûmes avec l'auteur à ce sujet transforme le phénomène en un cas très curieux de télépathie.
M. Bosc affirme dans deux lettres : «Je ne connaissais pas votre étude quand j'ai écrit la mienne. » C’est donc par intuition astrale que la tournure ironique de la phrase de Papus sur les nouveau-nés fut reproduite par M. Bosc, que le mot corroborer vint se placer dans une phrase identique et que le résumé est copié mot à mot dans Papus. Il est vrai qu’au lieu de Volonté et Activité,
288 l’initiation M. Bosc dit Activité, Volonté et qu’au lieu d’idéal il dit idéalité ; la transmission psychique a subi là quelques corrections.
C’est sans doute pour cette raison et parce que deux lignes de plus sont ajoutées aux conclusions que M. Bosc nous écrit : < J’ajouterai que mon résumé est plus développé et partant plus clair que le vôtre. » Or en ôtant ce que M. Bosc a plagié (psychiquement) dans Papus, il reste deux lignes et trois mots changés comme travail personnel. Quel curieux cas de phénomène psychique ! P.
Les Tempéraments et la Culture psychique, d’après Jacob Boehme, par Paul Sédir. Il peut sembler osé de la part d’un positiviste de ten ter l’analyse d’un ouvrage d’un mysticisme aussi pur et aussi élevé qu’est la Culture psychique de M. Sédir.
Qu’on veuille bien se souvenir, cependant, qu’il ressort des expériences des vivisectionnistes les plus matéria listes., de ceux qui n’ont pas rencontré l’âme sous leur scal pel (!!!) que le corps matériel tangible de l’homme, ce corps auquel ils s’abandonnent et sacrifient même toute idéalité, n’est qu’un assemblage essentiellement instable de molécules qui ne font que passer dans l’organisme ; que la vie animale n’est qu’une suite interrompue de morts partielles, de désagrégations sans cesse renouvelées ; et qu’ainsi la conception qui fait de notre corps un tout homogène et concret n'est, strictement, qu’une illusion de nos sens; le corps n’est qu’une apparence.
Par contre, il ressort non moins évidemment de l’expérience personnelle que chacun peut répéter à volonté que l’en semble de forces constituant ce qu’on appelle l’âme est individualisé au point qu’il n’est pas possible à un homme de connaître exactement et directement la pensée intime d’aucun autre homme, et qu’ainsi cette âme niée avec tant d’audace et d’imprudence est la seule
BIBLIOGRAPHIE 28g réalité que chacun ait le droit d’affirmer pour son propre compte.
Ces ve'rite's sont la base de tout le mysticisme, sous quelque forme qu’il se manifeste; détruire les illusions matérielles, et purifier l’âme de façon à lui permettre le libre exercice des facultés qui lui sont propres, tel est le but de la culture psychique : « 11 faut que chacun deses fils (d’Adam) détruise en lui les facultés terrestres et réédifie les facultés célestes.....
Les créatures ne vivent (pour nous) qu’en vertu de l’attention que nous leur prêtrons ; si donc la volonté les abandonne, les créatures meurent en soi avec toutes leurs inclinations, qui arrêtenfactuellement l’âme dans son essor versDieu. Est-ce donc à dire qu’il faille tout négliger pour se consacrer exclusivement à la vie mystique ?
Non, car l’essence même du mysticisme, c’est l’amour: «Vivre avec le Cosmos, dit l’auteur dès la première page, c’est la Voie. » Puis, plus loin : « Il est un écueil que peu ont évité, peut-être parce qu’il est évident.
Quand le Christ et les maîtres après lui ont recommandé de vendre tous les biens de ce monde pour se charger uniquement de la croix, il n’a jamais été dans leur intention de prêcher la mendicité ; au contraire, ils ont voulu détacher de toutes choses terrestres l’homme qui les aime avec passion, c’est-à-dire négativement, pour que, ayant perdu pour lui le ressort intérieur, il ne les considère que comme des moyens de se relier à l’universel.....
Cherche et désire la science naturelle comme le plus précieux tré sor, ce qu’elle serait d’ailleurs si l’on en usait comme il faut.....La lumière naturelle de la raison est sans doute le trésor le plus précieux qui soit au monde si on sait l’obtenir concurremment avec la lumière divine. » Et, à côté de ces enseignements virils, si fort éloignés du Credo quia absurdum ou du Perinde ac cadaver, l’au teur montre que l’humilité, le renoncement, le gai cou rage, la pénitence persévérante et la prière sont le seul moyen de parvenir à l’illumination, et qu’ainsi, par trois étapes successives, se réalise le véritable mystique, le Nouvel Homme de Saint-Martin, qui, l’esprit dans le ciel, a cependant son cœur dans l’humanité et ses pieds sur la terre.
l’initiation 290 Le travail de M. Sédir comprend une vingtaine de pages en quoi est condensée la substantificque mouëlle, comme dirait le maître occultiste Rabelais, d’une méthode expé rimentée sans relâche depuis plus de cinq ans. Ce n’est donc pas seulement l’œuvre «de bonne foi » d’un cher cheur sceptique qui dit : « Que sais-je ? » C’est, bien plus encore, l’affirmation consciente d’un expérimentateur qui a étudié, pratiqué, et qui sait.
Sur le thème quasi schématique qu’il présente aujourd’hui au public, des développements pouvant occuper plusieurs gros volumes sont susceptibles d'être édifiés par un travailleur cons ciencieux; qu’on n’hésite pas à s’engager dans la voie si magistralement tracée par M. Sédir; ce mystique est positiviste à sa manière.
Papus termine par ces mots la lettre-préface qu’il a écrite pour ce très important ouvrage : «Je puis mainte nant disparaître, certain de laisser la tradition occiden tale que j’ai défendue en des mains loyales et sûres.
Avec mes félicitations pour ce travail, recevez, mon cher Sédir, l’assurance de toute ma gratitude. » Qu’il nous soit per mis de nous associer à ce public témoignage de recon naissance pour les exemples d’abnégation distraite et effective que nous a donnés le dévoué secrétaire du Groupe indépendant d’Etudes ésotériques. Marius Decrespe. ¥ ¥ Imogène, par Edmond Picard, imprimé chez F. Laricer Bruxelles, 1894, in-32 de luxe.
M. Edmond Picard est un des hommes les plus en vue de la Belgique intellectuelle et même de la Belgique poli tique. De nombreux succès de tribune et de barreau, de sérieuses études de critique, des œuvres littéraires remarquées lui ont donné une notoriété à peu près unique dans le pays.
De filiation bourgeoise, né avec tous les avantages inhé rents à cette classe sociale, il a su s’en dépouiller pour parfaiter sa culture d’assimilation esthétique. Le livre qu’il nous offre aujourd’hui est une preuve remarBIBLIOGRAPHIE 2ÇI quable de la délicatesse de son cerveau et de ses grandes facultés de’compréhension.
Tout y est parfaitement adapté à l’état de la sensibilité contemporaine ; idée et forme juste assez originales pour charmer les plus indépendants des esprits bourgeois et des cœurs de femmes honnêtes, — et pour ne pas leur rendre la lecture pénible. Ce livre est la peinture d’un amour élevé par la pas sion des deux amants jusqu’à la hauteur du Symbole, Car c'est un mérite fort rare et qu’il ne faut pas manquer de souligner : l’esthète, chezM.
Picard, s’appuie sur un philosophe fort solidement instruit. Voici d’ailleurs une page de cette œuvre qui en indi quera l’allure mieux que toutes nos analyses : « Harmonie! Loi suprême du monde! Tu règle les infiniment grands et les infiniment petits !
En toi se déverse comme en l’abîme ultime tous les efforts de la nature et des Etres vers le Bien et le Beau, Entité der nière et irréductible à laquelle aboutissent, en leur trans formations de plus en plus simples, toutes les forces pri mitives, matérielles et morales. Corps premier qui résume et contient la multiplicité des autres et qui se magnifie aux proportions du Dieu un. Tu es l’infini car rien ne t’échappe.
C’est toi qui anime l’universelle et inlassable aspiration vers un état meilleur. C’est toi qui fais éclore toutes les espérances. C’est toi qui brilles inextinguible, consolatrice et encourageante, au-dessus des misères, des souffrances et des déceptions. C’est toi qui donnes la paix et la joie dès qu’on t’a conquise.
C’est toi qui es le ressort toujours bandé de la perfection. Tu es l’Absolu !... S.
Essai de spiritisme scientifique, par D. Metzger. Paris, Librairie des Sciences psychologiques.
M. Metzger, spirite érudit et militant, nous présente dans son livre une série de conférences lues à la Société d’études psychiques de Genève. Après tant d’efforts tentés à Paris en vue d’amener le spiritisme dans la voie scientifique, efforts qui n’ont
2Ç 2 l’initiation abouti qu’à la dislocation des groupes parisiens, c’est avec satisfaction que nous avons constaté que M. Metzger a défendu la cause de la doctrine kardéciste avec une tolérance peu commune à ses adeptes.
Contrairement à un grand nombre de pratiquants qui voient dans les moindres faits psychiques l’intervention des désincarnés, l’auteur nous dit que: « les causes « physiques ne sont pas tout, en effet, il y a l’intelli- « gence qui les dirige. Or cette intelligence, quelle est- « elle? Est-ce celle des assistants, celle du médium, « celles d’intelligences extra-terrestres ?
Ou bien, aurions- « nous, selon les circonstances, affaire tantôt aux unes « et tantôt aux autres. < Etant donné que l’action de la pensée se fait sentir « en dehors des limités de l’organisme, il est infiniment « probable qu’en plus d’une occasion c'est la pensée « même du consultant qui répond à sa propre ques- « tion. » Plus loin, l’auteur passe en revue les hallucinations té lépathiques, apparitions d'humains et d’animaux ; puis des conseils très judicieux sont donnés sur la manière de diriger les groupes d’études pratiques, et sur l’entraî nement des médiums.
Nous citerons encore un curieux chapitre où M. Metzger croit voir un certain rapport (au moins extérieur) entre les feux follets^ les feux l’Elme et les lumières mystérieuses qui apparaissent dans quel ques réunions spirites. Puis, après avoir traité de la question des matérialisations partielles et totales,l’au teur termine son œuvre par une conclusion remarquable par l’indépendance des théories émises.
En résumé, le livre de M. Metzger est une heureuse ac quisition pour tout chercheur s’intéressant à l’étude des phe'nomènes de l’astral.
Nous terminerons en souhaitant que l’auteur, quoique réfractaire encore à la théorie occultiste, poursuivre des études si heureusement commencées ; nous ne doutons pas alors que, par la connaissance plus approfondie de la loi du ternaire (dont il n’a jusqu’à présent entrevu qu’une partie), il n’arrive à des conclusions identiques à celles de nos maîtres. L, C.
NOUVELLES DIVERSES 2g3 25 novembre 1894. Monsieur le Directeur, Je viens de lire dans une revue spirite le compte rendu détaillé de la..... surprise du médium William. Permettez-moi de faire remarquer, à ce sujet, que si les chefs des groupes spirites employaient l’électricité et, à la rigueur, l’épée dans leurs séances obscures, les manifestations seraient plus probantes et les fraudes moins nombreuses.
Il est présumable, en effet, que dans ces conditions les médiums payés réfléchiraient deux fois avant de sortir de leur satanée logette pour promener leurs formes au milieu des assistants. J’ajoute que je n’ignore nullement la possibilité des cas d’inconscience, ni les suites d’une réintégration de corps astral. Ci-joint, avec l’assurance de mon entier dévouement, le compte rendu de notre séance du 10 novembre. A. François.
Notée délégué général pour l'Allemagne, M. le cheva lier Thomassin, nous annonce la formation d'une nou velle loge à Munich. * * * On nous raconte ce fait poignant: le comte de Leiningen, membre de la Société théosophique, faisant à Munich, le 8 novembre, une conférence sur le vedanta, déclare que la théosophie n’a rien à faire avec les miracles de Mm<> Blavatsky. ♦ * Les conférences du colonel Doneux et les cours sur les lois de Bruck qui ont lieu au siège de la branche métro294 l’initiation politaine de Belgique, Kumris, sont suivis avec le plus vif intérêt, et ont un grand succès auprès du public bruxellois.
On nous annonce de Prague la création d’un nouveau journal occultiste: VEtoile d'Outre-tombe. Ce journal, rédigé en langue tchèque, est mensuel ; il coûte 4 francs par an, et compte déjà 5oo abonnements. Il est rédigé par des SI.
On annonce pour paraître prochainement deux traduc tions de la Science des Mages en tchèque et en allemand, et un nouvel organe de propagande occultiste devant paraître à Vienne.
Le mois prochain nous ferons un compte rendu spécial d’une œuvre magistrale qui vient de paraître sous la signature d'Hélion et sous le titre de : La Sociologie absolue. •Plusieurs de nos lecteurs nous ayant demandé l’adresse d’une personne faisant de bon massage médical, nous leur recommandons en toute sécurité Mme Le Layo, 13, rue de Tocqueville, à Paris.
Paraîtra prochainement chez Chamuel : TRAITÉ D’ASTROLOGIE JUDICIAIRE ABEL HAATAN Cet ouvrage réclamé depuis si longtemps permettra d’aborder plus facilement l’étude de la science astroloCOURRIER THEATRAL Zg5 gique. Aussi l’éditeur n’a pas reculé devant les frais que nécessitait son impression. Le lecteur en jugera en par courant les ta'bles, les nombreuses figures astrologiques et les portraits d’astrologues célèbres qu’il renferme.
GO0RRIIR THEATRAL Sous l’impulsion de Mlle Magnera (du théâtre du Gymnase), une œuvre des plus intéressantes s’est consti tuée sous le titre « d’Office-Théâtre ». Il s’agit de pré senter au public trois séries d’attractions : i° Un théâtre libre ; 20 Des conférences sur des sujets philosophiques ou scientifiques ; 3° Des inventions nouvelles. Nous avons assisté à la représentation du 27 novembre qui a été des plus animées.
L’idée de montrer une invention nouvelle la Dou^employ en un petit acte de pantomime mérite surtout d’être signalée par son originalité. L’Office-Théâtre peut réussir, surtout si l’on change les contrôleurs, qui ignorent totalement les égards qui sont dus à la Presse. Cela suffit pour « couler » une œuvre qui a demandé beaucoup de temps et de peine. P. Le Gérant : Encausse. TOURS. — IMF. E.
ARRAULT ET C", RUE DE LA PRÉFECTURE, 6. CONTEMPORAINS Principaux Ouvrages recommandés pour l’étude de l’OCCULTISME et de ses applications E.-Ch. Barlet ...... Stanislas de Guaita . . Papus............................ A. Jhouney................... L’Évolution de l’Ide'e. L’Instruction Intégrale. Le Serpent de la Genèse. Le Temple de Satan. Traité méthodique de Science Occulte. Traité élémentaire de Magie pratique. La Science des Mages.
Esotérisme et Socialisme. René Caillié................ Dieu et la Création. * CLASSIQUES Eliphas Lévi............... La Clef des Grands Mystères. Saint-Yves d’Alveydre Mission des Juifs. Fabre d’Oli.vet............ La Langue hébraïque restituée. Albert Poisson............ Théories et Symboles des Alchimistes. LITTÉRATURE Jules Lermina . . . Bulwer Lytton . . ( La Magicienne. ( A Brûler. Zanoni. ( La Maison Hantée. P.
Sédir......................... MYSTIQUE Jeanne Leade. ( Jacob Bœhme et les Tempéraments. A la Librairie CHAMUEL, 29, Rue de Trévise, PARIS pour détail et prix, s’adresser : TOURS, IMP. E. ARRAULT ET CIE