The text
■ i * PUBLIÉE MENSUELLEMENT SOUS LA DIRECTION DE papus y o. ® Docteur en médecine — Docteur en kabbale æ If • I > 2 5* VOLUME. 7ma ANNÉE SOMMAIRE DU N" (Novembre 1894) ■/ AVANT-PROPOS Rapport annuel (avec fig.). (p. 97 à xo8). PARTIE INITIATIQUE... Les Ecorces (fragment iné dit) .................................. (p. i og à il o). Servitude........................... (p. i i o à 12 i).
PARTIE PHILOSOPHI - Guérison d'un envoûtement QUE ET SCIENTIFIQUE (p. 122 à i38). L’Astronomie indienne. . (avec fig.)......................... (p. 1 38 à 1 52). PARTIE LITTÉRAIRE... La Jument noire............... (p. 1 52 à 167). Poème en prose............... (p. 167 à 175), Le Flambeau (poésie) . . . (P- 175)- Papus. Éliphas Lévi. Guymiot. Bojanov. S a vigny. Léon Biotor. Jutta Rill. Jean Delville.
Groupe indépendant d’études^ ésotériques. — Un Esprit tangible. — Correspondance. — Mesmer et-'M. Rouxel. — Bibliographie. — Cour rier théâtral. — Nouvelles diverses. J Tout ce qui concerne la Rédaction et les Échanges doit être adressé 14, rue de Strasbourg, Paris. Administration, Abonnements : 29, rue de Trévise — Chamusl, éditeur. Le Numéro : UN FRANC. — Un An : DIX FRANCS r
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion ; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l'hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initiation est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et fOcculte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l'arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cléricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l’initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à1 aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie de la Revue contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces ardes questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier.
L'Initiation parait régulièrement du i5 au 20 de chaque mois et compte déjà sept années d’existence. — Abonnement: 10 francs par an. (Les collections des deux premières années sont absolument épuisées.) „
L'Initiation du 15 novembre 1894 Principaux Rédacteurs et Collaborateurs de l’initiation i° ■ PARTIE INITIATIQUE F. Ch. BarleJkS.-. I.-. s — Jules Doinel, S.'. I.-. (D. G. E., — Ep. Gnost. — Stanislas de Guaita, S.-. I.-. & — Guymiot. — Marc Haven, S.-. I.-. — Julien Lejay, S.-. I.'. & —■ Emile Mi chelet,'S.-. I.-. (C. G. E.) — Lucien Mauchel, S.’. I.-. (D. S. E.) MoGd, S.-. I.-. — George Montière, S.-. I.'. R — Papus, S.-.
I.-. $5 — Quærens, S.-. I,-. (D. G. E.) — Sédir, S.-. I.-. (C. G. E.) — Selva, S.'. I.-. (C. G. E.) — Vurgey. 20 • PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Abil-Mardük. — Amelineau. — Aleph. — Badaire. — Dr Bara duc. — Le F.'. Bertrand 3o’.-.— Bojanov. — René Caillié. — Camille Chaigneau.— Chimua du Lafay. — Alfred le Dain.— G. Delannf.. — Fabre des Essarts. — Dr Fugairon. — Delézinier.— Jules Giraud. — Haatan. — L. Hutchinson. — L.
Lemerle. — Lecomte. —Marcus de Vèze. — Napoléon Ney. — Horace Pelletier. — "G. Poirel. Raymond. •— A. de R. — Dr Sourbeck. — L. Stevenard. — Thomassin. — G. Vitoux. — Henri Welsch. — Osxvald Wirth. — Yalta. 3» PARTIE LITTÉRAIRE Maurice Beaubourg. — Jean Delville. — E. Goudeau.— MaNOËL DE GraNDFORD. — JuLES LeRMINA. -— L.
HeNNIQUE. — Catulle Mendès.— George Montière. — Léon Riotor. — SaintFargeau. — Robert Scheffer. — Emile Sigogne. — Ch. de Sivry. 4° POÉSIE Ch. Dubourg. — Rodolphe Darzens. — Jean Delville. — Yvan Dietschine. — Maurice Largeris. — Paul Marrot. — J. de Tallenay. — Robert de la Villehervé.
L’Initiation du i5 novembre 1894 L’INITIATION T“TS) DIRECTION 14, rue de Strasbourg, 14 PARIS Directeur : FÆFTJS Directeur-adjoint : Lucien MAUCHEL Rédacteur en chef : F.-Ch. BARLET Secrétaires de la Rédaction : J. LEJAY - PAUL SÉD1R Dr en Kabbale. ADMINISTRATION ABONNEMENTS, VENTE AU NUMERO c h a ai u r: l 29, Rue de Trévise, 29 PARIS FRANCE, unan. 10 fr. ÉTRANGER, — 12 fr. RÉDACTION. —Échange : 14, rue de Strasbourg. — Chèque ré dacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité. L’indépen dance absolue étant la raison d'être de la Revue, la direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps d’un article. Prière d’adresser tous les échanges : 14, rue de Strasbourg, Paris Manuscrits. — Les manuscrits doivent être adressés à la rédaction. Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d’avis spécial. Un numéro de la Revue est toujours composé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant. GROUPE INDÉPENDANT D'ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES r,6oo Membres — 104 Branches et Correspondants — Groupes d'Études fermés Les Membres ne paient ni cotisation ni droit d’entrée. Pour tous renseignements, s’adresserparlettre à M. PaulSÉDIR, secrétaire, 4, avenue de l’Ope'ra, Paris, en joignant un timbre pour la réponse. Principales Sociétés adhérentes au Groupe ! ORDRE MARTINISTE ORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE CROIX. — ÉGLISE GNOSTIQUE
Groupe Indépendant d’études ésotériques Principaux Centres d’Europe
--. . / Groupe Independa Principaux C
des ésotériques e France
AVANT-PROPOS GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES Pour l'exercice i8g3- i8g4 A MM. les Délégués généraux, les chefs du Groupe et les Correspondants. Messieurs, Depuis la fondation du Groupe, vous avez pu, chaque année, constater les progrès accomplis.
Lorsque, voyant l’émiettement des forces spiritualistes en 188g, au lendemain du Congrès, nous eûmes l’idée de cons tituer un centre actif destiné à établir un groupement solide de ces forces éparses, nous ne nous doutions pas du succès qui attendait notre œuvre. Je ne vous referai pas en détail la liste de nos 104 centres actuel lement répandus en France, en Europe, en Algérie, en Tunisie et en Egypte, ainsi qu’en Amérique.
J’ai préféré, cette année, mettre sous vos yeux deux cartes, unede France, l’autre d’Europe, qui vous indiqueront, mieux que toutes les paroles, l’état actuel de notre mouvement.
l’initiation 98 Nous considérons que notre oeuvre de propagande touche à sa fin et nous allons maintenant vous exposer ce que nous comptons faire dans l’avenir.
Le Groupe ésotérique, tel que nous l’avons conçu lors de sa création, avait un triple but : i° Faire une propagande sérieuse et méthodique en faveur du Spiritualisme; 2° Permettre la formation d’un noyau de membres zélés et capables ; 3° Former au moyen de ces membres, sélectés par l’initiation et l’examen, des centres d’études d’une grande activité.
Les années 188g et 1890 ont été consacrées presque exclusivement à la propagande dans le public profane à qui nous avons dû donner presque tous nos instants libres. Les années 1891-92 etg3 nous ont permis, tout en continuant la propagande, de former les premiers rudiments de nos groupes fermés.
Vous allez voir comment l’année 1894 a été fructueuse à ce point de vue et pourquoi nous pouvons aujourd’hui nous pré parer à laisser à d’autres le soin de la propagande auprès des profanes, — du moins quant au Quartier général, car les branches pourront en même temps poursuivre ce triple but.
Les sociétés évoluent comme les individus et toute société qui emploie son activité uniquement pour la propagande sans chercher à former un noyau solide de membres instruits se prépare à faire comme cer taines de ces sociétés spirites qui font toujours la même chose depuis 1853, une revue chaque mois et
RAPPORT ANNUEL 99 des séances identiques au siège de cette revue. Résultat : une douce somnolence coupée de temps en temps par des polémiques ou des œuvres de haine. Une société doit avoir une triple hiérarchie d’organes : abdomi naux thoraciques et céphaliques, et la propagande, conçue comme activité exclusive, ne répond qu’à la plus basse de cette triplicité organique.
Quel que soit le sort que l’avenir réserve à l’occultisme, il faut que nous puissions être certains de transmettre à nos suc cesseurs la tradition que nous confièrent nos prédéces seurs et cela exige deux voies parallèles : i° La partie écrite de cette tradition renfermée sous tous ses aspects dans les publications des occultistes ; 2° La partie orale renfermée dans nos loges et dans nos groupes fermés.
En faisant œuvre de propagande, nous remplissions notre devoir vis-à-vis de l’invisible qui n’admet l’évo lution individuelle qu’autant que cette évolution est payée par les sacrifices qu’on fait pour la collectivité. Nous avons consacré beaucoup d’efforts à cette collec tivité et le moment nous semble venu de poursuivre nos travaux entre nous. En effet Yoccultisme est à la mode ; c’est là le plus grand danger qui pouvait l’atteindre.
On parle beaucoup dans les salons du « corps astral », on ren contre dans le monde de jeunes pédants qui « posent» au prophète ou au professeur d’occultisme. On oublie vite dans ce milieu qu’au bout de ces études il n’existe que trois issues : le sacrifice, la folie ou la mort. Après un examen attentif de la question, nous avons décidé de laisser les mondains s’amuser entre eux et de
100 l’initiation nous renfermer plus que jamais dans ces groupes fermés d’où nous avons été obligés de sortir en 1882 pour arrêter la propagande de doctrines qui condui saient notre intellectualjté à la mort.
Nous cessons donc nos conférences mensuelles, nous ferons sans doute deux ou trois grandes réunions, au cours de l’année, dans la salle du Grand Orient ou dans une salle de même importance, pour payer notre tribut à la cause générale, et nous sommes heureux de ren voyer le public profane aux belles réunions organisées par M',ie la duchesse de Pomar ou aux nombreux cercles spirites qui continuent cette œuvre de propa gande.
De plus nous achèverons, dans le cours de cette année, la constitution de ce Grand Conseil du Spiri tualisme qui doit terminer notre œuvre de réalisation spiritualiste. Toute notre activité va se porter sur nos loges. Voyons ce que nous espérons obtenir.
Depuis quelques mois, un des groupes les plus actifs d’expérimentateurs possède une maison tout entière dans laquelle ont été installés : T une loge martiniste à tenues périodiques ; 20 un laboratoire de Magie ; 3° une bibliothèque très complète ; 40 des groupes d’étudesde Kabbale, d’Astrologie etd’Alchimie: 5" un jardin pour la culture des plantes magiques destinées aux expériences.
Enfin une salled’examens pour l'Ordre kabbalistique de la R »J et une salle pour l’Eglise gnostique sont en préparation. Ce centre sera absolu ment fermé et le directeur de la loge a seul qualité pour y admettre les membres de son choix. A côté de ce centre, dépositaire de nos traditions et
RAPPORT ANNUEL IOI chargé de sélecter les membres dans l’avenir, nous allons créer, sur la rive gauche probablement, un autre centre destiné à l’Ordre martiniste, aux examens élémentaires de l’Ordre kabbalistique de la R et à l’Eglise gnostique. C’est là aussi que nous comptons établir le Grand Conseil du Spiritualisme. Nous avons donc du travail pour l’année qui commence.
Mais, à côté de l’effort que nous allons tenter au Quartier général, nous ne nous désintéressons pas de l'action au dehors et nous tenons à remercier encore nos délégués généraux de ce qu’ils ont fait pour le Groupe pendant cette année. Nous tenons à rendre spécialement un public hom mage aux efforts de notre délégué général pour la Bel gique, M. le Chevalier Louis Selliers de Moranville, à qui notre ami Vurgey a transmis ses pouvoirs.
Le Groupe doit déjà beaucoup au nouveau délégué général, et nous sommes persuadé qu’il lui devra plus encore par la suite.
En Espagne, le vicomte de Torres Solanot, notre délégué général, a eu l’amabilité de nous prévenir des attaques injurieuses dirigées contre l’occultisme et a de plus poussé le dévouement jusqu’à nous ouvrir toutes grandes les colonnes de la Revista de estudios psico lógicos, une des revues spiritualistes les plus sérieuses d’Europe, ce qui nous a permis de réduire à néant les efforts d’ennemis auxquels notre pardon est acquis d’avance.
Nous ne terminerons pas ce qui a rapportau Groupe sans remercier particulièrement les délégués d’Egypte qui nous ont rendu visite lors de leur passage à Paris.
102 l’initiation LES ADAPTATIONS DE L’OCCULTISME Parlons maintenant des travaux poursuivis dans les groupes d'études. En faisant connaître les données fondamentales de l’occultisme, nous avons affirmé que cette doctrine était surtout remarquable par les moyens qu’elle four nissait à ses adeptes de réformer, au point de vue synthétique, la plupart des sciences analytiques con temporaines ainsi que les Beaux-Arts.
Il ne suffisait pas d’affirmer, il fallait prouver en appliquant la méthode analogique aux connaissances les plus différentes. Les groupes d’études se mirent courageusement à l’œuvre et à l’heure actuelle nous avons pu montrer la valeur de la méthode synthé tique de l’occultisme, grâce aux travaux suivants : En Pédagogie En Chimie En Sociologie ( L’Instruction intégrale de ? Barlet (2 vol. sous presse). I La Chimie synthétique du ? même auteur.
Principes de Sociologie Syn thétique de Barlet (1) et Lejay. Anarchie, Indolence et Synarchie de Papus. (1) On voit ce que l’occultisme doit au travail prodigieux de F.-Ch. Barlet dont les connaissances étendues en toutes nos sciences ont permis de réaliser de si grands efforts avec de si faibles moyens.
RAPPORT ANNUEL io3 S L’Anatomie philosophique et ses divisions. Classification des sciences anatomiques de Lapus. Synthèse de l’Esthétique , de Barlet et Lejay. I Anatomie et Physiologie de Pour les Beaux-Arts l’Orchestre de Papus et ! Delius. ' L’Art de l’Orateur de ■ Sédir. Encore une fois ces travaux si divers, tous tech niques, ont été tous menés à bien par l’application d’une seule et même loi, la loi analogique du quater naire.
Que nous importe qu’ils ne soient pas aujourd’hui jugés comme ils le méritent. Nous n’avons rien à at tendre du présent, nous semons les graines et l’avenir saura nous rendre justice si nous le méritons. L’année qui commence verra se poursuivre les tra vaux sur la Sociologie et commencer ceux sur les Sciences mathématiques.
Julien Lejay, à qui nous devons presque toutes les études techniques sur les Beaux-Arts, poursuit ses travaux et cela nous présage encore de beaux ouvrages en cours. Et nous ne parlons pas de l’occultisme en ses diverses sections ; car nous avons voulu montrer que les occultistes cherchent avant tout à appliquer leurs doctrines aux sciences contemporaines.
l'initiation. 104 Jetons maintenant un rapide coup d’œil sur les efforts tentés cette année par les sociétés spéciales d’initiation : ORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE-CROIX C’est à Stanislas de Guaita aidé de quelques amis qu’on doit la reconstitution de l’ordre de. la RoseCroix destiné à conserver à travers les temps la pu reté de la tradition kabbalistique.
On sait que pour atteindre ce but ¡’Ordre institua des examens très sérieux garantissant la valeur intel lectuelle et morale des candidats. De plus, la publica tion des thèses de licence et de doctorat en kabbale permit au public profane de juger à son tour la valeur des travaux issus des membres de l’ordre.
Or, alors que quelque vague fumée ou l’exaltation outrée d’une personnalité sera, dans dix ans, le seul résultat de l’existence éphémère de certaines œuvres tapageuses de ce temps, les travaux de ¡’Ordre kabba listique de la Rose-Croix, exécutés en vue de la défense d’une haute idée et non d’un individu, vi vront ce que vivent les idées.
Cette année nous devons à la Rose-Croix kabbalis tique quatorze travaux dont quelques-uns de la plus haute importance. ORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE-CROIX Thèse de Baccalauréat en Kabbale 1. Parvus : Du Symbolisme de F équerre en F.'. M.‘. (septembre 1894).
RAPPORT ANNUEL io5 Thèses de Licence en Kabbale 1. L. Lézard: La Gnose de Valentin (Initiation, octobre 1892). 2. P. Sédir : Urim et Thummim (Initiation, no vembre 1892). 3. Dr Delezinier : Du Sens et du Symbolisme du mot Caïn (avril 1893). 4. A. Poisson : La Monade hiéroglyphique de Jean Dée (mai, juin, septembre 1893). 5. H. Girgois : Le Fr. M.-. dans l’Argentine (mars 1894). Thèses de Doctorat en Kabbale 1.
Marc IIaven : Une Planche de Khunrath (dé cembre 1892). 2. P. Sédir : Le Système solaire d’après la Kabbale (juillet, août et novembre 18g3). 3. A. Poisson : La Vie de Jean Dée (décembre 1893, février, mars, avril 1894). 4-5. Barlet et Lejay : L’Art et l'Esotérisme (juin, juillet, août 1894). 6. Papus : Isis, son nom et ses mystères (sous presse). 7. H. Girgois : L'Occulte che^ les Aborigènes de l’Amérique du Sud (1 vol. sous presse). 8. H.
Chateau : Le Zohar, traduction française. En tout 14 ouvrages originaux. Le nom seul du dernier de ces ouvrages, le Zohar (première traduction française complète), indique
io8 l’initiation Parmi les périodiques nous tenons particulièrement à signaler la Curiosité revue mensuelle de Nice si re marquablement rédigée par notre confrère E. Bosc et qui est véritablement un journal scientifique de l’occultisme. Enfin, n’oublions pas de recommander vivement à nos lecteurs la Revue des Revues dirigée par Jean Finot, qui a ouvert une section de « Psychologie et Occultisme».
Cette revue parait deux fois par mois (32, rue de Verneuil, Paris) et nous ne craignons pas d’affirmer que c’est une des plus intéressantes d’entre toutes les grandes revues paraissant en France. Nos amis doivent aussi une particulière reconnais sance à M. Jacques Brieu qui a très clairement exposé les doctrines de l’Occultisme dans la Revue de l’Est dirigée par M. Victor de Champvans, 47, place Dronel d’Erlon à Reims.
En résumé, voilà encore une bonne année pour notre cause et nous espérons pouvoir offrir à nos dé légués pour i8g5 un rapport aussi fructueux et qui dénote un tel succès. Le Président du Groupe, Papus.
RAPPORT ANNUEL Thèses de Licence en Kabbale 1. L. Lézard: La Gnose de Valentin {Initiation, octobre 1892). 2. P. Sédir : Urim et Thummim {Initiation, no vembre 1892). 3. D1' Delezinier : Du Sens et du Symbolisme du mot Caïn (avril 1893). 4. A. Poisson : La Monade hiéroglyphique de Jean De'e (mai. juin, septembre 1893). 5. H. Girgois : Le Fr. Mr. dans l’Argentine (mars 1894). Thèses de Doctorat en Kabbale 1.
Marc Haven : Une Planche de Khünrath (dé cembre 1892). 2. P. Sédir : Le Système solaire d'après la Kabbale (juillet, août et novembre 1893). 3. A. Poisson : La Vie de Jean Dée (décembre 18g3, février, mars, avril 1894). 4-5. Barlet et Lejay : L'Art et l'Esotérisme (juin, juillet, août 1894). 6. Papus : Isis, son nom et ses mystères (sous presse). 7. H. Girgois : L'Occulte che^ les Aborigènes de l’Amérique du Sud (1 vol. sous presse). 8. H.
Chateau : Le Zohar, traduction française. En tout 14 ouvrages originaux. Le nom seul du dernier de ces ouvrages, le Zohar (première traduction française complète), indique
io8 l’initiation Parmi les périodiques nous tenons particulièrement à signaler la Curiosité revue mensuelle de Nice si re marquablement rédigée par notre confrère E. Bosc et qui est véritablement un journal scientifique de l’occultisme. Enfin, n’oublions pas de recommander vivement à nos lecteurs la Revue des Revues dirigée par Jean Finot, qui a ouvert une section de « Psychologie et Occultisme ».
Cette revue paraît deux fois par mois (Sa. rue de Verneuil, Paris) et nous ne craignons pas d’affirmer que c’est une des plus intéressantes d’entre toutes les grandes revues paraissant en France. Nos amis doivent aussi une particulière reconnais sance à M. Jacques Brieu qui a très clairement exposé les doctrines de [’Occultisme dans la Revue de ¡'Est dirigée par M. Victor de Champvans, 47, place Dronel d’Erlon à Reims.
En résumé, voilà encore une bonne année pour notre cause et nous espérons pouvoir offrir à nos dé légués pour i8g5 un rapport aussi fructueux et qui dénote un tel succès. Le Président du Groupe, Papus.
RAPPORT ANNUEL io5 Thèses de Licence en Kabbale 1. L. Lézard: La Gnose de Valentin {Initiation, octobre 1892). 2. P. Sédir : Urim et Thummim {Initiation, no vembre 1892). 3. D1' Delezinier : Du Sens et du Symbolisme du mot Caïn (avril 18g3). 4. A. Poisson: La Monade hiéroglyphique de Jean Dée (mai. juin, septembre 18g3). 5. H. Girgois : Le Fr. Mr. dans l’Argentine (mars 1894). Thèses de Doctorat en Kabbale 1.
Marc Haven : Une Planche de Khunrath (dé cembre 1892). 2. P. Sédir : Le Système solaire d'après la Kabbale (juillet, août et novembre 1893). 3. A. Poisson : La Vie de Jean Dée (décembre i8g3, février, mars, avril i8g4). 4-5. Barlet et Lejay : L'Art et ! Esotérisme (juin, juillet, août 18g4). 6. Papus : Isis, son nom et ses mystères (sous presse). 7. H. Girgois : L'Occulte che% les Aborigènes de l’Amérique du Sud (1 vol. sous presse). 8. H.
Chateau : Le Zohar, traduction française. En tout 14 ouvrages originaux. Le nom seul du dernier de ces ouvrages, le Zohar (première traduction française complète), indique
io6 l’initiation assez quelle reconnaissance devront les futurs oc cultistes à l’Ordre kabbalistique de la Rose-Croix. L'EGLISE GNOSTIQUE Nos lecteurs trouveront dans l’Almanach du magisle, publié cette année, tous les renseignements relatifs aux grands progrès accomplis par l’Eglise gnostique depuis sa création. LA LIBRAIRIE Mais laissons de côté les oeuvres intellectuelles et disons, en terminant, quelques mots de l’œuvre maté rielle.
Si nous avons pu accomplir tous ces travaux et surtout leur permettre de voir le jour, c’est que nous étions merveilleusement secondés par notre ami Chamuel, licencié en droit, qui s’est chargé de la lourde tâche de diriger la maison d’édition et la librairie.
Cette affaire actuellement, en si bonne voie, est sou mise à toutes les chances d’une affaire matérielle ordi naire et nous ne pouvons, en attendant l’avenir, que faire tous nos vœux pour la continuation du suc cès qui a accueilli les premiers efforts de Chamuel. Aujourd’hui les magasins de la rue de Trévise sont devenus insuffisants pour contenir les i5o,ooo vo lumes qui forment le stock courant.
Des agrandisse ments considérables sont projetés et déjà deux nou veaux magasins ouverts faubourg Poissonnière sont insuffisants. Nous assistons à la naissance d’une
RAPPORT ANNUEL IO7 affaire matérielle qui, si Dieu lui prête vie, pourra devenir des plus importantes par la suite. Nos lecteurs savent que Y Initiation a été acquise par Chamuel le mois dernier. De plus, nous tenons à prévenir nos amis que le Voile d'Isis va prendre un nouvel essor et va être transformé de façon à être un véritable journal des journaux du spiritualisme sans distinction d’écoles.
On voit combien le Groupe était dans le vrai en s’annexant une librairie et nous sommes heureux de voir que l’exemple donné par les occultistes a été suivi par les petites sociétés spiritualistes qui se sont dernièrement constituées et qui ont créé de petites li brairies. L’OCCULTISME ET LA PRESSE Nous ne saurions clore cet exposé sans remercier la presse politique de tout ce qu’elle a fait pour l’occul tisme durant l’année écoulée.
Le jour n’est pas loin où nos grands journaux auront chacun un rédacteur chargé de ces questions qui deviennent de plus en plus intéressantes pour le public. Le Figaro a, le pre mier, indiqué la voie, quoique cantonné dans l’étude des arts divinatoires, et nous lui devons à ce sujet nos plus vifs remerciements. Les remarquables études poursuivies dans le groupe 4 (Spiritisme expérimental) par M. A. Fran çois ont trouvé dans la presse des commentateurs nombreux et ce n’était que justice.
i o8 l’initiation Parmi les périodiques nous tenons particulièrement à signaler la Curiosité revue mensuelle de Nice si re marquablement rédigée par notre confrère E. Bosc et qui est véritablement un journal scientifique de l’occultisme. Enfin, n’oublions pas de recommander vivement à nos lecteurs la Revue des Revues dirigée par Jean Finot, qui a ouvert une section de « Psychologie et Occultisme ».
Cette revue parait deux fois par mois (Se. rue de Verneuil, Paris) et nous ne craignons pas d’affirmer que c’est une des plus intéressantes d’entre toutes les grandes revues paraissant en France. Nos amis doivent aussi une particulière reconnais sance à M. Jacques Brieu qui a très clairement exposé les doctrines de l’Occultisme dans la Revue de l'Est dirigée par M. Victor de Champvans, 47, place Dronel d’Erlon à Reims.
En résumé, voilà encore une bonne année pour notre cause et nous espérons pouvoir offrir à nos dé légués pour i8g5 un rapport aussi fructueux et qui dénote un tel succès. Le Président du Groupe, Papus.
La reproduction des articles inédits ï-ubliés p^r VI niLia.ti.on est formellement interdite, à moins d’autorisation spéciale. PARTIE INITIATIQUE (O La haine de l’écorce ou de l'idôlatrie est la raison delà circoncision. La circoncision estleretranchement de l’écorce de l’arbre paternel.
En symbolisant Dieu par le principe paternel créateur, les kabbalistes pro testent contre l’idolâtrie en dépouillant ce principe de son enveloppe extérieure que figurent les écorces. Les kabbalistes appellent le péché une écorce : l’écorce, disent-ils, se forme comme une excroissance qui se ride à l’extérieur par la sève qui se fige au lieu de circuler ; alors l'écorce se dessèche et tombe.
De même, l’homme qui est appelé à coopérer à l’œuvre de Dieu, à s’achever lui-même en se perfectionnant par l’acte de sa liberté, s’il laisse figer en lui la sève divine qui doit servir à développer ses facultés pour le bien, l'homme accomplit un progrès rétrograde, il dégénère, et tombe comme l’écorce morte. Mais, (i) Ce fragment inédit d’Éliphas nous a été communiqué par une de ses élèves, M" Hutchinson. Quelle reçoive tous nos remerciements au nom des amis du maître.
110 l’initiation selon les kabbalistes,' rien n’aboutit au mal dans la nature, toujours le mal est absorbé par le bien ; les écorces mortes peuvent encore être utiles en étant ramassées par le laboureur qui les brûle et se chauffe à leur chaleur, puis fait de leur cendre un fumier nu tritif pour l’arbre, ou bien, en se putréfiant au pied de l’arbre, elles le nourrissent et retournent à la sève par les racines.
Dans les idées de la Kabbale, le feu éternel qui doit brûler les méchants est donc le feu régénérateur qui les purifie, etpar des transformations douloureuses, mais nécessaires, les fait servir à l’uti lité générale, et les rend éternellement au bien qui doit triompher.
Dieu, disent-ils, est l’absolu du bien, et il ne peut y avoir deux absolus : le mal est l’erreur qui sera absorbée par la vérité; c’est l’écorce qui, pu tréfiée ou brûlée, retourne à la sève, et concourt de nouveau à la vie universelle. Eliphas Lévi. Le monde au milieu duquel nous vivons est une collection de symboles, lesquels manifestent et cachent à la fois ce qui leur donne l’existence.
Les Indiens, considérant que le monde n’existe point par lui-même, le nomment illusion, Maya, et disent que la seule réalité est l’Etre par qui toutes choses existent, Parabrahm. Tout ce qui n’est point Parabrahm dans son état de pureté est pour eux le
SERVITUDE I I I produit de Maya, l’illusion, et d’Avidya, l’ignorance, la non-connaissance du Réel. L’illumination consiste pour eux à reconnaître Parabrahm sous toutes choses, à voir que toutes les manifestations de l’Être sont des illusions passagères et que la seule réalité est l’essence de tout.
Les Européens considèrent les manifestations de l’Être comme des réalités et, beaucoup plus occupés à la perception de ce qui les entoure qu'à la réflexion métaphysique, ne s’élèvent pas toujours jusqu’à la conception de l’Être en soi, indépendant de ses ma nifestations.Certains d’entre eux, comme le philosophe allemand Louis Büchner, prétendent même qu’il est impossible à un homme sensé d’arriver à cette con ception à laquelle, se plaçant en opposition symé trique aux penseurs indiens, ils affirment qu’on doit reconnaître la qualité de pure illusion.
Matérialistes et idéalistes sont des produits de la loi des contraires. On peut dire qu’ils ont à la fois raison et tort ; ils ont raison pour leur compte, ils ont tort dans l’opinion qu’ils professent à l’égard de leurs op posants.
Au fond ni les uns ni les autres ne contestent la Réalité ; ils la voient différemment; ils ne savent pas comprendre que la Réalité est indépen dante de la façon dont on la voit et que notre percep tion ou notre conception n’est pas apte à lui dicter des lois.
Les symboles sont quelque chose puisqu’ilsexistent et sur ce point les matérialistes ont raison ; où leur tort commence, c’estlorsqu'ils affirment que les sym boles qu’ils perçoivent sont toute la Réalité.
I 12 l’initiation Sous les symboles, il y a quelque chose puisqu’ils changent et se renouvellent, puisqu’après avoir existé un temps ils disparaissent pour être remplacés par d’autres ; sans ce quelque chose les symboles ne pour raient pas apparaître, c’est pourquoi les Indiens les regardent comme des illusions et disent qu’il va un monde de réalités auquel nous devons parvenir en faisant une brèche à l’écorce que sont les symboles.
Les matérialistes s’en tiennent à l’écorce deschoses, les idéalistes veulent en voir le dedans. Tels que nous nous connaissons, nous hommes, sommes aussi les symboles de ce qui nous produit et que nous ne connaissons guère.
Il n’est personne qui, poussant assez avant l’examen de sa personnalité in terne, n’arrive à constater que nombre de ses idées, de ses sentiments et parfois même de ses voûtions ne viennent pas de lui, mais ont une origine inconnue; on s’aperçoit qu’à leur égard on joue le rôle de récep teur, de champ de manifestation. A chaque instant il nous arrive de dire : Ah ! pour quoi n’ai-je pas eu plus tôt cette idée-là !
Ce qui im plique la reconnaissance obscure que nos idées ne dé pendent pas totalement de nous. II y en a qui s’en prennent à eux-mèmes du retard de leur conception faute d’être parvenus à la consciencedela dépendance dans laquelle nous nous trouvons à l’égard des condi tions déterminantes de notre idéation et des autres phénomènes de notre vie psychique.
L’ignorance de cette dépendance est, pour les hommes, la cause de beaucoup de tracas et d’inquié tudes dont se trouve affranchi celui qui la connaît
SERVITUDE I I 3 parce que, sachant qu’il est pour une grande partie de son activité l’instrument de forces dont il n’a pas la direction, il devient assez indifférent au jeu du monde et au rôle qu'il y joue. Il en arrive à être moins émo tionnable que le commun des mortels, à vivre en phi losophe comme dit le-bon sens populaire.
C’est cet état philosophique qu’il faut comprendre par la montée au-dessus de dukkha, la douleur, ex pression synthétisant toutes les paires d’opposés, dont parlent toutes les méthodes enseignant la pratique de Yoga. Les ascètes del’Inde ont pris cette recommandation au sens matériel et ont cru qu’elle voulait dire se rendre insensible à la douleur physique.
La sensibi lité est un phénomène naturel, résultant de notre or ganisme ; si, pour qu’elle disparaisse, il faut faire appel à toutes les forces de son être comme font les fakirs, loin de se mettre au-dessus de la douleur, on se met au-dessous, on se subordonne à elle, on s’en fait le serviteur.
Se mettre au-dessus de la douleur doit être entendu au sens moral et veut dire qu’on doit parvenir à com prendre que le monde est gouverné par des forces dont nous n’avons généralement pas connaissance, au milieu ' desquelles nous comptons pour peu de chose, qui agissent sur nous à notre insu et contre lesquelles nous ne pouvons rien ou pas grand’chose. A quoi bon se désoler de ce à quoi l’on ne peut rien? . A quoi bon s’en réjouir ? Notre organisme est un instrument par lequel des
L'INITIATION 114 forces inconnues nous font éprouver du plaisir et de la douleur : la production de ces émotions est le but des forces agissant sur nous ; plaisir et douleur prennent d’autant plus d’intensité que nous leur at tribuons plus d’importance ; si nous leur devenons indifférents, leur intensité diminue : par notre indifférence nous empêchons les forces inconnues d’at teindre le but qu’elles se proposent en agissant sur nous.
Cette indifférence est une étape du chemin condui sant l’homme vers la liberté, vers l’aptitude à gou verner les énergies qui sont en lui; elle n’en est pas le point terminal. A cette étape on est même exposé à un danger par ticulier et il n’est pas bon de s’y attarder.
Les forces inconnues qui veulent du plaisir et de la douleur sous mode humain et qui les obtiennent par leur action sur notre organisme, peuvent, quand elles sont frustrées dans leur attente, ou laisser de côté un organisme qui leur devient de moins en moins utile ou, prises d’une colère subite, comme on en voit chez les enfants, le briser tout d’un coup.
Plus on demeure longtemps à cette étape du déve loppement humain, plus on est exposé à y subir des accidents ; on y ressemble à un pauvre hanneton res tant sur le sol à portée de la main des enfants qui passent ; un d’eux arrive et le prend : Hanneton, vole, vole, vole, Hanneton, vole, vole, donc... La bestiole ne bouge pas, l’enfant la repose par
SERVITUDE I I 5 terre; un autre survient, même chanson; l’insecterestant immobile, l’enfant l’estropie ou l’écrase. Il y a différentes catégories d’invisibles qui ont de l’action sur l’homme. Le développement humain consiste à s’affranchir de plus en plus de la domination des êtres invisibles.
Mais cela ne va pas tout seul ; les invisibles ont besoin, pour leur plaisir ou pour leur utilité, des résultats de l’action qu’ils exercent sur nous et ne sont pas disposés à perdre leur influence ; ils sont hostiles à toute tentative d’affranchissement et y mettent de nombreux obstacles. Les individus naturellement doués pour parvenir à cet affranchisse ment forment une nombreuse catégorie dans la col lection des Pas de chance.
Les invisibles dominateurs de l’humanité, perce vant l’aptitude de certains hommes à échapper à leur influence, s’acharnent contre eux pour les faire rentrer dans le troupeau de leurs animaux domes tiques ou les suppriment promptement pour empê cher qu’ils répandent la contagion et aussi pour évi ter que leur race soit perpétuée.
C’est là un danger naturel du développement oc culte bien plus sérieux que toutes les épreuves sym boliques des sanctuaires de l'antiquité ; ici l’épreuve peut être faite de toutes les circonstances de la vie, car les invisibles agissent à l’aide des hommes qui sont leurs instruments.
Les inquisiteurs qui mirent tant d'acharnement à étouffer la pensée libre ne furent pas autre chose que les instruments des invisibles qui tiennent à la sou mission des troupeaux humains qu’ils exploitent, la116 l’initiation quelle est toujours mise en danger par la pensée qui cherche à comprendre le monde. Au fond Yhomme ordinaire n’a aucune liberté.
Il est simplement un outil par lequel des forces, des vo lontés qu’il ne connaît pas, exercent leur action dans le monde. Pour s’affranchir il faut, suivant l’expression de la Genèse, devenir « pareil aux Elohim », et les Elohim, surtout ceux des catégories inférieures, ne veulentpas que l’homme, leur instrument, devienne pareil à eux.
Figurons-nous qu’un mécanicien, après-avoir cons truit une locomotive et s’en être servi pour effectuer des transports, voie un jour se développer en elle une intelligence et une volonté propres en vertu desquelles son conducteur ne pourrait plus s’en faire obéir que lorsqu’elle y consentirait, une locomotive qui sorti rait des rails capricieusement et s’en irait vagabonder à travers champs, semant de côté et d’autre les wa gons qu’elle aurait dû traîner à destination.
Il est évident que les mécaniciens qui tiendraient à conserver la clientèle des entrepreneurs de transports se garderaient bien de continuer à construire de pa reilles locomotives. Les invisibles à qui l’humanité sert d’outil sont dans les mêmes dispositions à son égard. Ils tiennent à conserver leurs outils et non à les voir échapper à leur maniement. Comment les hommes peuvent-ils cesser de jouer le rôle d’instruments des invisibles ? En cessant d’obéir aux impulsions de leur nature. Le plaisir et la
SERVITUDE I I 7 douleur sont les deux mobiles de tous les êtres vi vants ;en devenant indifférent à l’un comme à l’autre, on passe à l’état d’instrument non maniable par les pouvoirs invisibles qui actionnent l’humanité. C’est là le chemin que fait prendre la Yogaindoue. Il y a diverses catégories parmi les êtres qui ac tionnent l’humanité et qui agissent sur elleaussi bien les unes que les autres.
Les sorciers du moyen âge avaient trouvé la voie pour échapper à une de ces ca tégories: ils faisaient pendant leur activité de sorciers tout à rebours des impulsions de la nature ordinaire. Par là ils devenaient des instruments non ma niables pour les invisibles qui emploient l’activité normale de l’humanité; ils n’en étaient que de meil leurs outils pour les autres.
Il va des gens qui croient qu’en devenant sorciers ils augmentent leur liberté. Erreur! Ils augmentent seulement l’efficacité de leur activité dans une certaine direction. L’homme ne peut échapper à la servitude dans la quelle il se trouve à l’égard des invisibles qu’en montant au-dessus des paires d’opposés, dont la prin cipale est le plaisir et la douleur.
En ne se laissant plus inciter à l’action par ces mobiles, on devient un instrument dont les exploiteurs de l’humanité ne peuvent plus se servir; on passe pour eux au rang de non-valeur. Dès qu’on n’est plus sujet aux émotions ordinaires, on échappe à leurs prises. Les exploiteurs directs de l’humanité sont des êtres ayant pour corps extérieur la matière astrale. Physiquement les hommes agissent les uns sur les
l'initiation 118 autres par contact, même quand ils agissent de loin; sur tous les plans le contact est l’unique moyen de transmission du mouvement.
Les astraux agissent sur les hommes par contact aussi ; ils nous touchent par notre corps astral, siège du plaisir et de la douleur, comme l’ont démontré expérimentalement les phéno mènes de l’hypnotisme, lesquels ont pour raison d’ètre un changement des relations normales du corps astral et du corps physique.
C’est en actionnant la matière de notre corps astral, dans lequel sont comprises les facultés de l’intelli gence que nous nommons perception, comparaison, jugement, raisonnement, que les astraux nous di rigent. C'est dans le contenu de ces facultés, c’est-à-dire dans nos perceptions, dans nos idées, dans nos con ceptions, que les sentiments apparaissent.
Les senti ments sont formés des états émotionnels, du plaisir et de la douleur, qui apparaissent dans nos groupes d’idées ; ceux-ci peuvent-ètre considérés comme la matière dont les sentiments sont la force.
C’est par ses sentiments, en dernière analyse par le plaisir et la douleur, que l’homme est actif, est diri geable, aussi longtemps qu’il n’a pas établi la maîtrise de son moi sur ses états de conscience; c’est parla que les astraux le dirigent pour lui faire accomplir leurs desseins lesquels n’ont nullement pour but direct des phénomènes physiques, les astraux ne con naissant pas la matière de cette espèce-là.
En agissant sur nous, les astraux ne soupçonnent même pas les conséquences physiques de leur action ; cette ignoSERVITUDE 119 rance est ce qu’on a en vue lorsqu’on dit qu’ils sont sans moralité. Ce à quoi ils tiennent, ce qu’ils cherchent à pro duire, ce sont des phénomènes astraux qui sont pour eux des réalités tangibles ; les phénomènes de ce genre que nous pouvons leur fournir sont nos états de con science, nos états d’âme.
Il suit de là que, lorsqu’on cherche le concours des astraux dans la sorcellerie, dans la magie, pour obte nir directement des résultats physiques, on fait fausse route. Ils ne peuvent pas vouloir ces résultats, dont ils n’ont aucune connaissance ; ce qu’ils veulent, ce sont les phénomènes astraux dont l’apparition est liée aux faits physiques par nous perçus.
Les états émotionnels apparaissant pendant les opé rations magiques sont précisément les phénomènes voulus par les astraux prenant part à ces opérations. Ce à quoi ils tiennent, c’est à la crainte, à la peur, à la terreur qui s’emparent de celui qui fait les évoca tions ; ces états d’âme sont des phénomènes sur leur plan de perception où ils ont pour eux de l’utilité.
Demandez à un astral la richessse, et il ne sait pas de quoi vous lui parlez; il veut l’apparition en vous des phénomènes sentimentaux auxquels la possession de la richesse donne naissance, pas autre chose. Par nos états d’âme habituels, nous sommes pour eux des choses utiles, indifférentes ou nuisibles.
Ils soignent les choses utiles, les entretiennent dans l’état où elles leur rendent des services, tandis qu’ils dé daignent celles qui ne leur servent à rien et sont hos tiles à celles qui leur sont nuisibles.
120 L INITIATION Ce de quoi ils s’occupent, c’est uniquement de nos sentiments et pas du tout des phénomènes physiques qui peuvent en être les déterminateurs par la bonne raison qu’ils n’en ont pas connaissance. Immensément supérieurs à nous dans le monde astral par la perception directe qu'il en ont, ils nous sont par contre immensément inférieurs dans le monde physique qu’ils ignorent totalement.
C’est sans le savoir qu’ils font apparaître des phénomènes physiques ayant pour nous grande importance comme, par nos actes, nous faisons apparaître des phéno mènes astraux dont nous ne soupçonnons pas l’im portance pour eux. Pour connaître le monde physique, il faut y être présent en conscience, ce qui n’est possible qu’à ceux qui sont pourvus d’un corps matériel.
Les astraux ne peuvent pas plus diriger leur action dans la matière que nous ne pouvons diriger l’action de la vapeur d’eau quand elle s’est évanouie dans l’es pace, et pourtant elle y produit nécessairement des phénomènes dont nous sommes les détermi nateurs sans le savoir, rien qu’en faisant bouillir de l’eau.
A l’égard du monde astral, nous sommes le point de départ de phénomènes dont nous n’avons aucune con naissance, dont nous ne sommes pas moralement responsables, puisque nous sommes incapables de les vouloir, mais qui n’en produisent pas moins leurs effets sur nous, d’autant plus inévitables que nous ne pouvons rien faire pour les détourner. Les astraux sont de même soumis aux conséquences
SERVITUDE I 2 I des phénomènes physiques qu’ils produisent incon sciemment. L’astral et le physique ne sont pas deux matières de nature essentiellement différente, mais deux états de la même matière qui fusent constamment l’un dans l’autre. Quand la matière devient astrale, elle échappe à notre perception : l’état gazeux est la fron tière des deux états ; quand la matière astrale devient physique, elle échappe à la perception des astraux.
Guymiot. GUÉRISON D’UN ENVOUTEMENT 12/ quitter la fête et rentrer chez nous. Je fus bien ma lade pendant trois jours. « Quant à ma fille, voici ce qui s’était passé lors qu’elle tomba malade. Comme je vous l’ai dit, elle allait coudre chez les M... ; la fille M... était déjà ma lade.
Le jour où le père conduisit sa fille à la gare pour la transporter à l’hôpital, il passa avec elle de vant notre maison, et, en passant, il déposa chez nous un paquet, demandant que Marie, ma fille, le lui apportât chez lui quand elle reviendrait travailler. Le lendemain, ma fille tomba malade et le paquet resta chez nous plus de huit jours.
« Comme M... ne venait pas le réclamer et que ma fille ne pouvait pas sortir, j’allai, un jour, moi-même lui porter son paquet ; il me dit qu’il n’y avait plus pensé.
Ce n’est que plus tard que l’affaire de ce pa quet a commencé à me paraître étrange, car M... n’avait aucune raison pour apporter un paquet chez nous en conduisant sa fille à la gare, et il n’avait pas besoin de demander que ma fille le lui rapportât, puisqu’il devait lui-même repasser chez nous en ren trant chez lui.
« Maintenant je ne vous ai pas encore confié une chose qui nous préoccupe autant que la maladie, car cela a commencé en même temps; mais je n’ose jamais en parler à personne, excepté à M. le curé, qui est déjà venu nous voir plusieurs fois. C'est que notre maison est hantée depuis que Marie est mala de ! »
I2Ô l’initiation dit que, pour guérir sa fille, il faut porter le mal sur une autre personne. » Sur ma demande, Mmc P... me dit que la fille de M... était toujours malade à l’hôpital de G... Je de mandai à MIU0 P... si ses soupçons s’appuyaient sur quelques faits positifs concernant sa propre fille ou d’autres personnes persécutées par M... Elle me ra conta différents cas où l’on soupçonnait l’intervention malveillante de cet homme.
Je n’en retiens que ce qui concerne le cas spécial qui nous occupe. Voici le récit de Mme P... : « J'ai eu moi-même à souffrir de la mère de M..., laquelle était encore plus redoutée que son fils. Étant encore jeune fille (j’avais dix-neuf ans), j’allai, un jour, assister au mariage d’une de mes camarades qui était parente éloignée avec les M... Les deux familles étaient brouillées depuis longtemps, et aucun desM... n’allait à la noce.
« Le jour de la cérémonie, au matin, j’étais occupée à m’habiller pour partir, lorsque la vieille M... entra chez nous et me demanda si j’allais à la noce. Sur ma réponse affirmative, elle se fâcha, m’injuria et, finalement, voulut me défendre d'y aller.
Comme je ne voulais pas l’écouter et que je riais d’elle, prête à partir, elle me dit : Eh bien, puisque tu vas à la noce tout de même, prends garde de ne pas faire quelque chose dans tes jupons blancs. Et, là-dessus, elle nous quitta. « Cne heure après, je me rendis à la maison de réunion.
A peine étais-je arrivée que je fus prise d’une diarrhée subite et tellement violente, que je dus 128 l’initiation « 11 arrive fréquemment, presque tous les jours, que le soir, quand il ne fait plus bien clair, ça frappe à notre porte, quelquefois toutà fait comme quelqu’un qui veut entrer, d’autres lois plus faiblement ou bien des coups très forts. Quand on y va voir, il n’y a per sonne.
La nuit, nous entendons du tapage partout au-dessus de notre chambre à coucher, au grenier... des coups qui ébranlent quelquefois toute la maison, comme une poutre qui tombe. Puis ça frappe dans les meubles, dans la chambre de Marie, dans son armoire, derrière la glace, dans la cheminée, etc., tantôt de gros coups, tantôt de légers bruits.
Souvent cela se produit en plein jour, pendant que nous som mes assis à table ou que nous faisons notre ménage ; mais jamais le tapage n’est aussi fort que la nuit.
Auparavant, j’avais toujours beaucoup de poules et de lapins ; maintenant, je ne peux plus en élever, et mes poules ne pondent plus et dépérissent si rapide ment que je n’en tiens plus. » Sur ma demande si ces bruits insolites leur faisaient peur, la mère et la fille répondirent qu’elles y étaient tellement habituées que cela ne leur faisait plus rien; seulement, toutes les fois que le bruit accusait une intensité exceptionnelle, la malade souffrait davan tage.
Pendant que je posais encore différentes questions, le père était rentré et me confirmait les explications de sa femme. M. P.-M. est un petit cultivateur aisé et intelligent. Après un court silence, je dis aux trois personnes
GUÉRISON D’UN ENVOUTEMENT 1 25 Les différentes médications appliquées me parais saient indiquer que les médecins n’avaient pu rendre un diagnostic précis du cas présent. M’aidant des quelques notions générales de médecine que j’ai ac quises j’examinai à mon tour la malade.
Je ne pus apercevoir aucune affection spéciale, si ce n’est que la jambe droite était de 2 centimètres plus longue que la jambe gauche depuis que la malade était devenue boiteuse. Jusqu’ici, Mme P... n’avait nullement fait allusion à l’idée qu’elle avait exprimée à M. P..., à G..., con cernant l’origine occulte de la maladie de sa fille.
Je lui dis alors que mon ami P... m’avait informé de ses idées spéciales quant à l’origine du mal, et que, pour que je puisse me faire une opinion, il était né cessaire qu’on me dise tout. Mme P... devint toute rouge en répondant à peu près : « Je n’osais pas tout de suite vous en parler ; mais, puisque vous le savez, je suis bien contente de tout vous dire.
Voici : ma fille a appris le métier de coutu rière, et elle allait travailler chez les personnes qui la demandaient. Ici, au village, habite une famille M..., dont le chef, M. M... Amable, a une assez mauvaise réputation, dans ce sens qu’on lui attribue certains pouvoirs occultes dont il abuse pour faire du mal aux autres ; aussi on le craint beaucoup, mais personne n’ose rien dire. Cet homme a une fille de l’âge de la mienne.
Depuis plusieurs années, cette fille est très malade; on a dû la mettre à l’hôpital de G .. Ma fille allait travailler chez ce M..., et je crois que c’est lui qui lui a donné la maladie de sa propre fille, car on
12Ô l’initîation dit que, pour guérir sa fille, il faut porter le mal sur une autre personne. » Sur ma demande, Mme P... me dit que la fille de M... était toujours malade à l’hôpital de G... Je de mandai à M" P... si ses soupçons s’appuyaient sur quelques faits positifs concernant sa propre fille ou d’autres personnes persécutées par M... Elle me ra conta différents cas où l’on soupçonnait l’intervention malveillante de cet homme.
Je n’en retiens que ce qui concerne le cas spécial qui nous occupe. Voici le récit de M“6 P... : « J'ai eu moi-même à souffrir de la mère de M..., laquelle était encore plus redoutée que son fils. Étant encore jeune fille (j’avais dix-neuf ans), j’allai, un jour, assister au mariage d’une de mes camarades qui était parente éloignée avec les M... Les deux familles étaient brouillées depuis longtemps, et aucun desM... n’allait à la noce.
« Le jour de la cérémonie, au matin, j’étais occupée à m’habiller pour partir, lorsque la vieille M... entra chez nous et me demanda si j’allais à la noce. Sur ma réponse affirmative, elle se fâcha, m’injuria et, finalement, voulut me défendre d'y aller.
Comme je ne voulais pas l’écouter et que je riais d’elle, prête à partir, elle me dit : Eh bien, puisque tu vas à la noce tout de même, prends garde de ne pas faire quelque chose dans tes jupons blancs. Et, là-dessus, elle nous quitta. « Une heure après, je me rendis à la maison de réunion. A peine étais-je arrivée que je fus prise d’une diarrhée subite et tellement violente, queje dus
GUÉRISON D’UN ENVOUTEMENT 12/ quitter la fête et rentrer chez nous. Je fus bien ma lade pendant trois jours. « Quant à ma fille, voici ce qui s’était passé lors qu’elle tomba malade. Comme je vous l’ai dit, elle allait coudre chez les M... ; la fille M... était déjà ma lade.
Le jour où le père conduisit sa fille à la gare pour la transporter à l’hôpital, il passa avec elle de vant notre maison, et, en passant, il déposa chez nous un paquet, demandant que Marie, ma fille, le lui apportât chez lui quand elle reviendrait travailler. Le lendemain, ma fille tomba malade et le paquet resta chez nous plus de huit jours.
« Comme M... ne venait pas le réclamer et que ma fille ne pouvait pas sortir, j’allai, un jour, moi-même lui porter son paquet ; il me dit qu’il n’y avait plus pensé.
Ce n’est que plus tard que l’affaire de ce pa quet a commencé à me paraître étrange, car M... n’avait aucune raison pour apporter un paquet chez nous en conduisant sa fille à la gare, et il n’avait pas besoin de demander que ma fille le lui rapportât, puisqu’il devait lui-même repasser chez nous en ren trant chez lui.
« Maintenant je ne vous ai pas encore confié une chose qui nous préoccupe autant que la maladie, car cela a commencé en même temps; mais je n’ose jamais en parler à personne, excepté à M. le curé, qui est déjà venu nous voir plusieurs fois. C'est que notre maison est hantée depuis que Marie est mala de ! » Sur ma demande de préciser les faits, Mme P. con tinua ainsi :
l’initiation « il arrive fréquemment, presque tous les jours, que le soir, quand il ne fait plus bien clair, ça frappe à notre porte, quelquefois toutà fait comme quelqu’un qui veut entrer, d’autres fois plus faiblement ou bien des coups très forts. Quand on y va voir, il n’y a per sonne.
La nuit, nous entendons du tapage partout au-dessus de notre chambre à coucher, au grenier... des coups qui ébranlent quelquefois toute la maison, comme une poutre qui tombe. Puis ça frappe dans les meubles, dans la chambre de Marie, dans son armoire, derrière la glace, dans la cheminée, etc., tantôt de gros coups, tantôt de légers bruits.
Souvent cela se produit en plein jour, pendant que nous som mes assis à table ou que nous faisons notre ménage ; mais jamais le tapage n’est aussi fort que la nuit.
Auparavant, j’avais toujours beaucoup de poules et de lapins ; maintenant, je ne peux plus en élever, et mes poules ne pondent plus et dépérissent si rapide ment que je n’en tiens plus. » Sur ma demande si ces bruits insolites leur faisaient peur, la mère et la fille répondirent qu’elles y étaient tellement habituées que cela ne leur faisait plus rien; seulement, toutes les fois que le bruit .accusait une intensité exceptionnelle, la malade souffrait davan tage.
Pendant que je posais encore différentes questions, le père était rentré et me confirmait les explications de sa femme. M. P.-M. est un petit cultivateur aisé et intelligent. Après un court silence, je dis aux trois personnes présentes que je me chargeais de traiter, voire même
GUÉRISON D’UN ENVOUTEMENT I2Ç de guérir la malade, et je priai les parents de me laisser seul avec elle. Je n’étais nullement convaincu que la maladie et les bruits insolites étaient dus à un sortilège, à une influence occulte quelconque.
J’étais plutôt porté à croire qu’on avait affaire à une névrose générale, compliquée des déperditions astrales inconscientes (manifestations médianimiques), ou, pour mieux dire, mon diagnostic portait sur un déséquilibre astral, dont la névrose avec toutes ses suites n’étaient que les effets.
Mon intention était donc de me rendre compte'si, pendant l’hypnose, les douleurs cesseraient, et de voir si une magnétisation appropriée et la suggestion pourraient amener une amélioration et faire cesser les accidents médianimiques. A cet effet, j’endormis la malade.
J’arrivai promptement à l’occlusion des yeux ; les globes oculaires présentaient bien la contracture caractéristique vers le haut et en dedans, mais le su jet, même après une magnétisation prolongée, con servait parfaitement l’ouïe, la mémoire et la sensibi lité. Néanmoins, dans l’état hypnotique, elle pouvait marcher sans l’aide de sa canne, tout en accusant des douleurs.
Elle n’était pas suggestionnable, c’est-àdire que les suggestions d’essai que je lui faisais, elle ne les acceptait pas. Elle se souvenait parfaitement, après le réveil, de ce que je lui avais ordonné. J’ai passé ainsi plusieurs heures de la soirée, avec un ré sultat négatif. Je quittai la maison en fixant ma pro chaine visite au dimanche suivant (3o juillet). Je retrouvai la malade dans le même état. Lesmani2
13o l’initiation festations des bruits insolites avaient été particulière ment accentuées pendant la semaine écoulée. La malade avait beaucoup souffert, mais se trouvait un peu soulagée depuis le matin. Je l’endormis. L’hyp nose n’était pas plus profonde que précédemment.
Par des passes prolongées et des suggestions verbales très fortes, j’essayai d’animer la malade, de lui enle ver les douleurs, de la faire marcher sans boiter, mais inutilement. Je la réveillai alors, j’appelai les parents, et je demandai une petite table. J’avais l’intention de pro voquer des manifestations médianimiques et d’essayer de me rendre maître des émanations astrales que je supposais être émises par la malade.
La petite table apportée, j’y plaçai les parents et la fille, et, après avoir fait l’obscurité en fermant les volets de l’unique fenêtre, je m’y plaçai moi-même. Après trois quarts d’heure d’attente, rien ne s’était produit, excepté que la mère de la malade s’était endormie, fait que j’a1 remarqué seulement après avoir rétabli la lumière. Je réveillai la mère.
L’obstination des manifestations médianimiques à ne pas vouloir se produire en ma présence, malgré les conditions favorables, me donna à penser. Une connexion de ce fait avec une influence étrangère ne me paraissant pas impossible, je résolus de ques tionner la malade elle-même sur l’origine de son mal. A cet effet je l’endormis de nouveau et posai des questions telles que: « D. Vous êtes malade, n’est-ce pas? — R. Oui, Monsieur. — D.
Où avez-vous du mal ? — R. Partout, Monsieur. — D. Comment êtesGUÉRISON D’UN ENVOUTEMENT I 3 I vous tombée malade ?. — R. Je ne sais pas. — D, Quelqu’un vous a-t-il fait du mal? »Pas de ré ponse. En étendant ma main droite et en la touchant légè rement au sommet de la tête, je dis lentement, d’un ton impératif: « Je vous ordonne de me répondre immédiatement : Quelqu’un vous a-t-il fait du mal ? — R.
Oui. » La voix, en prononçant ce mot « oui », était devenue subitement presque imperceptible et c’est à peine si la malade avait remué les lèvres. Ce change ment d’état m’indiquait que j’allais enfin vaincre sa résistance à se laisser subjuguer complètement par l’hypnose.
Je recommençai à lui faire des passes pendant quelques minutes, puis j’étendis son bras droit dans la position horizontale ; j’y opérai une passe, et le bras devenu rigide conserva sa position. J’en fis autant avec le bras gauche, puis avec les deux jambes, malgré la douleur dans la jambe droite.
Pour être à l’abri d’une simulation, jje laissai les membres dans leurs positions anormales, et je continuai de questionner après l’avoir observée pendant trois ou quatre minutes. « D. Qui est-ce qui vous a fait du mal ? » Pas de réponse. « D. Je vous ordonne de me répondre immé diatement : répondez ! — R. Je ne puis pas. » La voix était presque éteinte ; en même temps, un tremblement convulsif la secouait tout entière.
Cela pouvant provenir de la tension musculaire due à la position anormale des membres, je dégageai les bras et les jambes. Le tremblement persistait néanmoins
i32 l’initiation sous forme de secousses violentes. Je la calmai alors par des passes accompagnées de paroles bienveillantes après quoi je lui dis: « La personne qui vous a fait du mal ne peut plus rien vous faire à partir de ce moment : je m’y oppose ; mais il faut que vous me la nommiez, et je vous ordonne pour la dernière fois de me répondre.
Qui est-ce ? — C’est Moreau. » La malade s’était assoupie complètement dans un fauteuil après cet aveu. « D. Comment Moreau vous a-t-il fait du mal ? — R. Il m'a touchée à la jambe. — D. Dites-moi quand il vous a touchée et comment il a opéré. — R. C’était la dernière fois que je suis allée travailler chez eux. Moreau s’est assis à côté de moi, il m’a causé et avait sa main gauche posée sur ma cuisse.
C’est le lendemain que je suis tombée malade. — D. Moreau avait-il l’habitude de s’assoirà côté de vous et de vous causer familièrement? — R. Non, Monsieur, il ne s’était jamais occupé de moi qu’à table, pendant qu’on man geait. Ce jour-là, c’était la première fois qu’il restait près de moi pendant que je travaillais. — D. Etes-vous allée chez les Moreau encore après cet incident ? — R.
Non, Monsieur, puisque je suis tombée malade le lendemain. » J’arrêtai mes questions, et je fis à la malade la sug gestion suivante: « Faites-bien attention à ce que je vais vous dire: à partir de maintenant votre état va changer et s’améliorer progressivement. Vous aurez de l’appétit, et vous mangerez comme une personne bien portante de votre âge ; vous aimerez de préférence
GUÉRISON D’UN ENVOUTEMENT I 33 le matin une tasse de lait chaud, tel qu’on vient de le traire, sans l’avoir fait bouillir. A midi, vous aimerez un morceau de viande de bœuf rôtie légèrement et de légume ; le soir, vous aimerez un œuf à la coque. Avec cela, vous mangerez du pain à votre goût et toute autre chose qui vous plaira. M’avez-vous com pris? — R. Oui, Monsieur. — D.
C'est bien; à partir d’aujourd’hui, vous .dormirez bien toutes les nuits ; vos maux de tête, de poitrine et de la hanche vont dis paraître, ainsi que le rhume de cerveau. Vous com mencerez à reprendre de la force et de la couleur, et vous irez vous promener tous les jours un peu, même si les douleurs dans la jambe ne sont pas encore dis parues complètement. Vous avez bien compris tout ce que je vous ai dit ? — R. Oui, Monsieur. —■ D.
Ré pétez tout ce que je vous ai dit. » La malade exécuta ma demande en répétant tex tuellement mes paroles. Alors je la réveillai. Après le réveil, elle avait connaissance de ce qui s’était passé pendant l’hypnose jusqu’au moment où je lui avais demandé si quelqu’un lui avait fait du mal ; elle avait perdu le souvenir. Je lui ordonnai de faire une pro menade dans la chambre sans canne.
A son grand étonnement, elle pouvait marcher sans canne, tout en boitant; en même temps elle accusait un grand sou lagement général. Je crois utile de dire ici que, si j’admettais une ac tion occulte de la part du nommé Moreau, je considé rais par contre la constitution de la malade comme cause primordiale de son état. Néanmoins, après avoir rappelé les parents, qui se trouvaient au jardin,
134 l’initiation je m’adressai aux trois personnes présentes à peu près en ces termes : « L’individu qui a causé la maladie, c’est bien Moreau. A partir de ce moment, il n’a plus aucun pouvoir sur la malade, et son état s’améliorera pro gressivement. Les bruits insolites qui se sont produits chez vous ne se produiront plus du tout. C’estMoreau qui en était l’instigateur, mais il ne peut plus rien : je m’y oppose.
Maintenant, écoutez : Moreau viendra vous trouver prochainement; il vous parlera de votre fille; il voudra en avoir des nouvelles, il voudra la voir, il sera très inquiet; peut-être sera-t-il malade lui-même. S’il vient ici chez vous, vous le mettrez à la porte ; vous lui direz tout court que vous ne tenez pas à ce qu’il vienne vous voir, et vous le ferez partir sans entrer en aucune discussion.
M’avez-vous bien compris? — Parfaitement, Monsieur, répondit le père. — Et vous le mettrez à la porte s’il vient? — Soyez tranquille. — Bien. Maintenant, si par hasard vous rencontrez Moreau dehors, vous ne tiendrez pas non plus conversation avec lui ; s’il vous accoste, vous lui tournerez le dos.
Et, m’adressant àla malade: « Et vous, Mademoiselle, si au cours de vos prome nades vous le rencontrez et qu’il vous regarde, vous le fixerez bien dans les yeux, jusqu’à ce qu’il détourne la tête. S’il voulait vous causer, vous lui direz qu’il vous laisse tranquille. C’est bien entendu comme ça, n’est-ce pas ? Vous ferez comme je vous dis, et vous n’aurez pas peur? — La malade répondit affirmati vement. » Peu après, je quittai la maison. Dans le courant de la semaine, je reçus une lettre
GUÉRISON D’UN ENVOUTEMENT 135 de la part du père m’informant que la malade allait beaucoup mieux, qu’elle commençait à marcher un peu, qu’elle n'avait plus mal nulle part, excepté à la hanche—le rhume de cerveau avait complètement dis paru, — qu'elle mangeait ce que je lui avais ordonné, qu’elle dormait très bien la nuit, qu’aucun des bruits accoutumés ne s’était produit depuis le dimanche.
En outre, M. P. m’écrivait que Moreau était venu cher, eux. le lendemain de ma visite, lundi, dans la soirée, et qu’il me donnera des détails lors de ma prochaine visite. Ledimanchesuivant,j’ai trouvé la malade réellement changée à son profit.
Tous les accidents maladifs énu mérés plus haut avaient disparu, à l’exception de la douleur dans la hanche,qui se faisait toujours encore sentir, bien que plus modérée; le mouvement était toujours boiteux. Au sujet de Moreau, voici ce qui s’était passé. Je laisse la parole au père, M. P. : « Lundi soir, vers 5 heures, j’étais occupé dans notre jardin, lorsque ma femme m’appela en me di sant que Moreftu venait vers la maison.
Je suis sort devant notre porte pour ne pas le laisser entrer. Il me disait bonjour en me tendant la main, mais je Assem blant de ne pas m’en apercevoir. Il me demanda tout de suite comment allait ma fijle en faisant mine d’en trer a la maison. Je lui barrai le chemin et lui dis que Marie allait très bien et qu’il était inutile qu’il entrât chez nous. Il s’étonna et dit qu’il me trouvait tout drôle ce jour-là. Je lui répondis que j’avais de l’ouvrage et je rentrai. Sur qu<bi Moreau s’en alla.
i36 L INITIATION «Le lendemain, mardi, il est revenu le matin, vers g heures ; je n’étais pas à la maison : je travaillais dans la vigne. Ma femme, qui le vit venir, ferma la porte à clef. Il a frappé pendant un instant ; mais, comme personne ne répondait, il est parti. « Mercredi matin, vers la même heure, Moreau vint me trouver dans ma vigne. Il me dit bonjour en me tendant la main. Je n’ai rien répondu, et je con tinuai à bêcher.
Il commença alors à me faire des re proches, disant que je lui en voulais sans raison, et il m’offrit une prise. Je refusai d’accepter et lui dis de me laisser tranquille et de s’en aller. Alors Moreau se mit à genoux devant moi, et il m’implorait d’ac cepter la prise.
Cette attitude m’a tellement im pressionné, que j’ai ramassé mes outils et suis rentré, le laissant là. » Depuis, la famille P. n’avait pas revu l’individu, et ils avaient appris par des voisins que Moreau était malade depuis quelques jours. Après avoir entendu ce récit, j’endormis la malade comme précédemment, et je lui iis des suggestions dans le même sens, en m’occupant particulièrement de sa coxalgie.
Je revis la jeune fille encore plusieurs fois et cons tatai une amélioration constante dans son état. Après lui avoir recommandé de porter un soulier spécial, au pied gauche, et dont la semelle et le talon étaient rehaussés, sa démarche s’équilibra progressivement et les douleurs dans la hanche diminuèrent au fur et à mesure. Récemment, j’ai eu la visite du père, qui m’annon
GUÉRISON D’UN ENVOUTEMENT I 3 7 çait le rétablissement complet de sa fille.
Il m’infor mait en même temps que Moreau, depuis l’incident cité plus haut, était toujours souffrant, mais qu’il sor tait, et que plusieurs fois déjà, s’étant croisé tantôt avec lui, le père, tantôt avec la mère et la fille, il dé tournait ostensiblement la tête en passant, s’il ne pou vait éviter la rencontre, et que jamais il n’avait plus adressé la parole à aucun membre de la famille.
L’attitude de cet individu me paraît un indice dans ce sens, que, si dans le cas présent la constitution delà malade était à priori favorable à des accidents ner veux, l’individu en question, possédant quelques pra tiques et connaissances occultes et sortilèges, avait réellement exploité ce champ tout prêt â être envahi, et qu’il y avait opéré son maléfice avec toute la su perstition de sa race.
Ayant rendu malade le sujet dans l’intention de guérir sa propre fille, il est tombé victime du choc en retour, le jour où le charme était rompu.
Après cet exposé des faits, qu’il me soit permis de témoigner mon humble hommage au maître, dont les travaux sont venus jeter la lumière dans ce mé lange ténébreux, produit d’une part par mon éduca tion contemporaine et d’autre part par ma connais sance de certaines forces et certains faits, constituant un démenti vivant à notre philosophie officielle et fin de siècle.
Si aujourd'hui commence à se déchirer le voile qui m’obscurcissait la vue, le raisonnement et le jugement, c’est en premier lieu au maître Papus que j’en suis redevable. Si le hasard existait, je dirais que c’est lui qui a voulu que l’ouvrage de Papus : Traité
138 l’initiation méthodique de Science occulte me tombât sous la main à l’époque où je cherchais en vain dans les ouvrages des auteurs célèbres autre chose que de simples en registrements de faits, avec des conclusionset indica tions vagues ou contradictoires.
Si depuis j’ai pu entreprendre l'étude d’auteurs tels qu’Eliphas Levi, Fabre d’Olivet, Louis Lucas, etc., c’est encore aux ouvrages de Papus que j’en dois l’impulsion, et ce sont les indications précises du maître qui m’ont mis sur la voie de comprendre. Bojanov.
Messieurs, Dans le cours de mes travaux et afin de m’identi fier aussi complètement que possible avec l’esprit des grands morts dont je recherchais la science, j’ai été bien souvent contraint de dépouiller, comme disait un de nos célèbres philosophes, le manteau du dis ciple. Ne vous étonnez donc point des différences que vous pourrez noter entre les systèmes que je vais émettre et les enseignements de nos écoles.
Loin de moi la pensée de remplacer, même de cri tiquer aucune <science. J’apporte simplement ici ce qu’avec une foi profonde, j’appellerai tout à ¡heure
l’astronomie indienne i3g devant vous la science du peuple disparu, de ce peuple dont l’étonnant génie, enfantant la première civilisation, accomplit, vis-à-vis de notre humanité à ses débuts, une tâche autrement grandiose que la tâche si féconde pourtant que devaient accompli r dans nos temps historiques les génies d’Athènes et de Rome. Mais quel était ce peuple?
Notre siècle qui interroge avec tant de soin, qui fouille avec tant d’ardeur les épaves du passé, notre siècle ignore encore sa patrie, ses demeures. Un instant, les Russes aspirèrent à la gloire de les avoir retrouvées.
Lorsqu’ils franchirent le Caucase, en effet, et enva hirent la Sibérie, ils découvrirent d’abord des villes entières creusées dans le flanc des montagnes... plus loin, dans les plaines qu’arrose le Iénisséi, de vastes champs mortuaires. Ces tombes dont l’architecture ne ressemblait à aucune furent regardées par eux comme les lits mys térieux où dormaient les premiers pères de notre humanité civilisée.
Les armes et les bijoux qu’on y recueillit forment, à Saint-Pétersbourg, un musée spécial appelé impropre ment musée des antiquités finnoises, et plus exacte ment : musée des antiquités tchouds. Le mot tchoud, chez les populations tartares, désigne des êtres jouissants d’un pouvoir surhumain des sortes de demi-dieux. Les Russes furent confirmés dans leur opinion pre mière par la tradition orientale. Les légendes con
l’initiation 140 servées parmi les peuples de la haute Asie donnent comme berceau à la plus ancienne des civilisations la Sibérie méridionale. Le Chinois appelle Célestes les monts qui le sépa rent de la magnifique région qui fait aujourd’hui partie du vaste empire Russe.
L'historien chinois raconte que, de l’autre côté de ces monts, sur le versant septentrional, dans les grandes vallées de l’Amou-Daria et du lénisséi, habi taient des demi-dieux ou, ce qui est même chose, des hommes ressemblant à des dieux par leur sagesse et leur savoir. L'histoire ajoute que, dans des temps oubliés, ces êtres quasi surnaturels pénétrèrent en Chine, appor tant avec eux des mœurs douces et des lois justes.
LeTartare a conservé au lac Baïkal le nom de mer Sainte. Dans la haute Asie également et au nord de la Perse, se trouvent les ruines immenses de la mère des villes, ou de la première ville érigée par la main des hommes, de cette Balk bâtie par Caïoumors, le premier roi de la première dynastie Irarienne ou Persane.
C’est à cette première Eriène qu’il faudrait, au dire des chroniqueurs orientaux, faire remonter les origines de notre civilisation, de toute civilisation, veux-je dire. Pourtant, le Schah-Nameh ou livre des rois rapporte que le pischdad Houschensk, successeur immédiat de Caïoumors fit rechercher les croyances des premiers Iraniens et graver les symboles qui les résumaient dans les sanctuaires des Temples.
l’astronomie indienne 141 A mon sens, l’âge auquel appartiendraient les sublimes éducateurs de l’humanité est certainement un âge géologique antérieur plutôt qu’un âge préhis torique. La tradition confirme cette dernière hypothèse.
L’habitant du Caucase prétend .qu’à l’origine du monde, ses ancêtres occupaient des îles défendues par d’abruptes falaises et portaient le nom à’Adighés nom qui a pour racine le mot Adda, qui signifie île en langue tartare. Adda ou Edda paraît avoir une valeur beaucoup plus importante. D’après la légende que je viens de rapporter, il désignerait l’Asie alors que cette partie de l’univers n’était qu’une vaste Océanie.
Lorsque je prononce le mot Edda, ne voussemblèt-il pas voir apparaître, dans le lointain des âges, VEden de Moïse? Assurément Edda ou Eden ont la même prove nance pourquoi pas la même signification ?
Bien mieux, qu’y aurait-il d’étonnant qu’après avoir civilisé le monde, soit par voie de colonisation, soit par voie de conquête, le grand peuple disparu ait gardé pour lui et pour lüi seul l’appellation à’Adam, c’est-à-dire de l’insulaire par excellence, du roi des îles ? Mais comment disparut Edda ? Par quel effroyable cataclysme fut emportée dans la nuit des temps la nation adamite ?
Le Brahmane attribue les bouleversements remar qués à la surface de notre globe aux approches périol’initiation 142 diques d’une comète monstrueuse poussée par Siva, génie de la destruction, et qui, heurtant quelque jour cet univers à son centre causerait l’écroulement des sphères, marquant ainsi la fin d’une des phase de la création, pour mieux dire de l’œuvre de Brahm. ** ♦ Le cataclysme qui détruisit Edda ne changea pas seulement la surface du globe.
Il surprit l’humanité en plein développement intellectuel et arrêta brus quement l’éducation des peuples. Le mage adamite n’était plus là pour ordonner ou poursuivre l’initiation, mais l’initié, persuadé que ses maîtres immortels, quel que fût leur demeure épiaient toujours ses plus secrètes pensées, prêts à punir le parjure... l’initié emportait avec lui dans l’éternel oubli la science qu’il avait reçue comme un dépôt sacré.
Ainsi fut perdue la parole, et lorsque l’humanité s’éveilla de sa longue torpeur, à peine avait-elle con servé les notions des arts les plus usuels. Cosmogonie, connaissance des êtres, science des choses, toutes les vérités fécondes sur lesquelles re posaient comme sur d’inébranlables bases la gran deur d'Edda, gisaient maintenant dans le silence d’abîmes ignorés où des dieux jaloux défendaient aux hommes l’approche de ces merveilleux trésors.
Sur le marbre et sur le porphyre qui, jadis, avant l’écroulement destemples, avait entouré le sanctuaire, sur le granit des monts, près des autels rongés par les ans, en quelque lieu que ce fût de l’univers, on dé- '
L:ASTRONOM1E INDIENNE 143 couvrait maintenant des signes étranges, incompris... inexplicables, partout les mêmes signes. Ceux qui avaient gardé comme un souvenir du passé, ceux-là répondaient lorsque par hasard on parlait devant eux de ces signes : « Chacun résume l’une des sciences révélées jadis aux hommes par des envoyés divins...
Nul ne peut à présent ni les comprendre, ni les traduire : mais lorsque seront accomplis les temps marqués, ceux-là mêmes qui les ont apportés viendront les expliquer et une nouvelle ère commencera pour l’humanité. » De là encore cette attente d’un messie commune à toutes les sectes dont les espérances, les mécomptes et les luttes constituent l’histoire réelle de l’antiquité jusqu'aux temps de la Grèce et de Rome. ★ * ¥ Les Signes ou Symboles contenant la science adamite sont de deux sortes : théoriques ou pratiques, c’est-à-dire qu’ils résument ceux-ci : les notions basées sur l'expérience, ceux-là les sciences dues aux efforts de la raison, les sciences abstraites.
Parmi les signes pratiques deux semblent offrir un intérêt plus particulier. Le premier est le carré, que portent écrit dans la main certaines déités de l’Inde. En rejoignant, au moyen de lignes nouvelles les extrémités des sécantes existant à l’intérieur du carré dont je parle, j'obtiens un deuxième carré, mais ins crit. Inscrivons à son tour le carré enveloppant dans
¡44 l'initiation une circonférence et nous aurons une figure résumant la science géométrique presque tout entière et, ce qu’il y a d'étrange, tous les caractères de l’écriture latine, conséquemment de notre écriture à nous. A en juger par leur origine, on croirait que ces caractères, la langue qu’ils servaient à exprimer furent employés jadis par des initiés afin de se recon naître entre eux. Voyez cette figure : Si nous l’analysons nous y trouverons les disposi tions de lignes nécessaires pour démontrer les théo rèmes ayant trait aux rapports des arcs à la circonfé rence, des angles ayant leur sommet au même point des lignes perpendiculaires et obliques, de l’égalité des triangles, des parallèles, etc., etc.
l’astronomie INDIENNE 145 Je ne m’arrêterai qu’à une seule démonstration ayant pour objet la valeur du carré construit sur l’hypothénuse d’un triangle rectangle, carré égal, vous le savez, à la somme des carrés construits sur les deux autres côtés. Le grand carré ABDC est évidemment égal à un carré construit sur la ligne FH, hypothénuse du triangle rectangle FEH. Or le carré ABDC se compose : i° Du carré construit sur le côté EH du triangle rectangle FEH. 20 Des triangles EBF, FAG, HDF, dont la somme est égale au carré FGHE ou, ce qui est même chose, à un carré construit sur le second côté FE du triangle rectangle FHE. * ¥ Dans la même figure se trouvent toutes les lettres romaines. Exemple Dans le carré seulement : YKAEHLFXZMNITV, etc. Et avec la sphère enveloppant les deux carrés : R G B C D O, etc. Quant à l’alphabet grec, dérivé plus directement de l’alphabet phénicien, la plupart de ses lettres rap pellent le serpent, autre symbole que l’on peut placer également parmi les symboles d’ordre pratique. Ex. : <7, ç, œ, p, e.
l’initiation Mais voici le plus important de tous les signes ou symboles de la catégorie que nous sommes en train d’établir. Ce signe est le Pentagramme.
Si, par imagination, vous tirez deux lignes partant du sommet de la tète, et allant, l’une au pied gauche, l’autre au pied droit ; si, par des lignes encore, vous joignez l’extrémité du pied gauche à la main droite, l’extrémité du pied droit à la main gauche, la main droite à la main gauche, vous aurez dessiné un pen tagramme.
Clé de la science hypnotique ou magné tique le pentagramme avait deux pôles principaux : Le sommet du crâne, siège de la volonté. C’était grâce à cette dernière faculté que le prêtre ou l’initié parvenait à cet état de concentration, d’ab sorption en lui-même, si passionnément désiré par lui. Et remarquez la façon dont l’artiste indien repré sente les images de ses divins instructeurs.
Tous sont assis les jambes et les bras simulant au tant que possible le pentagramme. Le pentagramme avait un autre pôle et en opposi tion constante, celui-ci, avec le pôle volontaire. Le second pôle pentagrammique se trouvait à (’en trecroisement des lignes allant des extrémités des mains à celles des pieds.
Cet entre-croisement indique les organes de la géné ration et de la fécondité universelle, symbolisés par le Lingam dont le culte remontait, dans l’Inde et dans l’Égypte, à l’antiquité la plus reculée. Mais la division du pentagramme en deux pôles en
l’astronomie indienne »47 opposition constante semble avoir donné naissance à deux sciences, bases des anciens mystères,la science des exhilarants ou agents susceptibles de provoquer une ivresse mystiqueet la science des aphrodisiaques.
L’opposition entre les deux pôles était si bien con nue des mages et plus tard de leurs adeptes, j’oserai dire qu’elle était tellement pratiquée, que les sectes avaient fini par se distinguer entre elles au moyen du pentagramme droit et du pentagramme renversé.
Si le pentagramme droit appartenait aux sectaires recherchant dans la possession absolue de ses facultés son perfectionnement intellectuel et moral, le penta gramme renversé, au contraire, dénotait toujours la secte ou l'initié adonné aux cultes et aux pratiques orgiaques. Le pentagramme droit était encore le symbole ou le signe de l’évocation.
Enfin, dans la science du pentagramme renversé, le serpent jouait un rôle aussi important que le scara bée sacré. Dois-je rappeler que la thériaque préparée par les prêtres d’Égypte était recherchée dans tout l’Orient autant comme stimulant des plus énergiques que comme antidote.
Le venin du céraste ou du scythale, redoutables reptiles contre les atteintes desquels la superstition invoquait la puissance des psylles, ce venin faisait la base de la célèbre composition. Tous, vous connaissez la légende biblique. C’est par le serpent que Moïse fait cueillir la pomme à Ève; c’est par Eve, la femme, que Moïse fait présenter à Adam le fruit portant en lui la science du bien et du mal. <
L INITIATION I48 Savez-vous pourquoi ce choix de la pomme? C’est que ce fruit présente à son centre et plus nettement qu’aucun autre la figure pcntagrammique. Pour s’en convaincre, il suffit de couper une pomme horizontalement et autant que possible par le milieu. * * Les principaux signes d’ordre spéculatif sont au nombre de deux : Vhexagramme et le tétragramme.
Ces deux signes enseignaient, d’après la science an tique, la formation de cet univers conformément aux lois de la géométrie et de l’équilibre.
Permettez-moi de ne point insister sur la série de déductions qui m’ont amené, pour ainsi dire point par point, à reconstituer l’antique cosmogonie; per mettez-moi de ne point rechercher, pour l’instant, la substance absolue, nécessaire, essentiellement active, cachée au fond de la métaphysique indienne et égyp tienne et de laquelle dérivaient, par voie de transfor mations, les êtres et les choses.
Permettez-moi de ne pas vous montrer cette subs tance s’agglomérant au centre du fini, devenu comme le centre même de l’espace et subissant enfin, par l'effet combiné des forces, les révolutions diverses qui ont présidé à la formation du monde. Le cadre que je me suis tracé ne comporte pas d’aussi longs développements.
J’arrive donc à la description de cet univers tel que semble l’avoir compris le mage adamite, et après lui le prêtre du Kashmir et de la Haute-Égypte. Selon l’antique enseignement, la sphère universelle
l’astronomie indienne 149 était soutenue au centre de l’espace par deux grands cônes de matière cosmique, animés chacun intérieu rement de deux systèmes de courants évidemment électro-magnétiques dessinant deux spirales se diri geant ensemble et parallèlement vers un même som met.
Les pointes de ces cônes, s’enfonçant sans cesse dans les profondeurs de l’espace, semblaient chercher, l’un le pôle Nord ou Zénith, l’autre le pôle Sud ou Nadir de l’infini. Fia.
2 Leur étendue était d’ailleurs si bien proportionnée à la sphère universelle soutenue par eux que cette sphère n’éprouvait et ne pouvait jamais éprouver que des oscillations mathématiquement réglées, oscilla tions partant tantôt du Zénith et s’abaissant vers le Nadir, tantôt allant du Nadir au Zénith.
15o l’initiation Les axes de ces cônes prolongés au delà de leurs bases formaient l’axe même de la sphère universelle. Perpendiculairement à ces deux cônes de soutien, la sphère universelle possédait une ceinture de matière cosmique. Cette ceinture en forme de bourrelet enserrait la partie restée libre entre les grands cônes.
Elle étreignait l’ensemble des sphères ou masses et retenait celles d’entre elles qui, placées sur les limites du monde, essayaient de franchir la circonférence commune, obéissant ainsi soit à des répulsions exer cées par d’autres sphères, soit à la force centrifuge, conséquence du mouvement de rotation.
La ceinture de l’univers avait encore un autre objet; plusieurs systèmes de courants la sillonnaient à l’in térieur et en faisaient un tourbillon d’une effroyable puissance, entretenant le mouvement de rotation dont le monde enserré par lui était animé.
Les flots pro fonds et lumineux de l’océan cosmique étaient d’ail leurs visibles pour l’homme et ceux qui, les premiers, les avaient distingués par delà les cieux les avaient surnommés la voie lactée. A l’intérieur, la sphère universelle s’était divisée selon l’hexagramme d’abord.
De cette division étaient nés trois mondes différents dont les sphères centrales s’étayaient les unes sur les autres au moyen de cônes emboîtant leurs pôles de la même façon que les grands cônes externes ou de main tien emboîtant la sphère universelle. Ces trois sphères centrales, formant l’axe du monde, étaient appelées, selon leur position, l'une la sphère
l’astronomie INDIENNE I 5 I du zénith, l’autre la sphère du centre, et la troisième la sphère du Nadir. Les cônes qui les soutenaient s’étayaient encore de manière que la pointe du cône nord appartenant à la sphère du centre venait envelopper ou emboîter, comme on voudra, l’extrémité du cône sud suppor tant à sa base la sphère située au Zénith.
La sphère du Nadir portait, elle, à la pointe de son cône nord, l’extrémité du cône sud de la sphère du centre.
Les deux sphères du Zénith et du Nadir s’appuyaient enfin, la première au moyen de son cône nord au centre même de la base du grand cône enveloppant le nord de la sphère universelle, et la seconde au moyen de son cône sud, au centre du grand cône dont les replis extrêmes, s’allongeant au Nadir comme ceux d’un immense reptile, cherchaient sans cesse, à tra vers les espaces incommensurables, les bornes toujours plus lointaines de l’infini.
Ces trois sphères étaient censées représenter les trois éléments. La sphère du Zénith s’appelait pour cette raison sphère de l’éther ou de l’air, celle du centre sphère de l’eau ou la Terre, celle du Nadir sphère du feu. Chacune de ces sphères devenait à son tour, le mou vement de rotation aidant, le centre d’un ensemble ou d’un système de sphères.
La sphère universelle contenait ainsi trois univers formés chacun d'un tourbillon ou anneau constellé et et d’un tourbillon ou anneau planétaire. Le place ment des sphères enfermées dans ces anneaux concenl’initiation i5i triques avait eu lieu, lui aussi, selon l’hexagramme d’abord. Il est à remarquer que la disposition de notre zodiaque répond exactement à ces données.
Par une coïncidence tout au moins étrange, les sphères de notre zodiaque peuvent être groupées trois par trois, chaquegroupe dessinant un équilatéral, deux de ces équilatéraux dont les sommets occuperaient deux points diamétralement opposés de la circonfé rence universelle, dessinant à leur tour un hexagramme.
Prenons pour exemple ou point de départ les cons tellations de la Balance et du Bélier en opposition directe dans notre zodiaque. (A suivre.} Michel Savigny.
PARTIE LITTÉRAIRE LA JUMENT NOIR L’étude des croyances humaines offre sans cesse un nouvel aliment à l’esprit. L’imagination peut s’y lancer sans règles et sans limites... Citerai-je le cas du prince Peter Iponsky, qui frémissait à la seule vue d’un cheval noir ? Nous étions quelques bons camarades, au régiment des gardes Empereur-Joseph.
Le soir, au mess, nous racontions tout ce qui nous passait par la cervelle aventures d’amour ou de guerre, souvenirs qui rajeu nissent l’esprit, et nous suivions nos rêveries dans la fumée blanche des pipes.
Or, un soir que la conver sation avait je ne sais comment abordé les doctrines de Pythagore, la métempsycose et autres fadaises, le prince Peter, notre chef, eut un tressaillement ner veux qui ne resta pas inaperçu. — Ne raillez pas cela, murmura-t-il d’une voix grave... Voulez-vous me permettre une histoire?
Et, sur notre acquiescement muet, il continua : — C’était au temps où j’étais jeune et beau, — il y a belle lurette de cela ! — lieutenant des lanciers de
158 l’initiation — Voyons, prince, me répétait Rosanow à chaque rencontre, allez-vous bientôt vous débarrasser de cette mauvaise bête ?... * ♦ On ne jase pas sur un animal domestique sans que les éclaboussures n’atteignent le maître. Je dus envoyer mes témoins à Rosanow, pour ses calomnies sur ma jument...
Pour la première fois, sur le ter rain la chance m’abandonna : je reçus un magistral coup d’épée dans le flanc, qui me cloua pour trois mois au lit. Je fus même à deux doigts du trépas. J'eus le délire, un délire atroce, pendant lequel je hurlai des impré cations terribles contre Rosanow, et j’appelai Andra ma douce amie, ma fidèle compagne, mon trésor, avec des sanglots dans la voix.
Quand mes idées redevinrent lucides, ce fut encore d’elle que je parlai, ce fut elle la première dont je m’enquis. Mon bon oncle, en faction quotidienne à mon chevet, répondit: — Je l’ai prise chez moi... pour la soigner. — Merci, merci, mon oncle!... m’écriai-je en sai sissant ses mains et les arrosant de mes larmes. Que dit-elle ?... — Elle va on ne peut mieux, répliqua le brave homme en riant, quoiqu’un peu maigriotte...
Quant à te rapporter ce qu’elle dit... je crois que tu divagues encore mon garçon... Je n’ai pas souvenance d’avoir jamais entendu discours de cheval!... Ce qu’il affirmait là était raisonnable, mais tout
155 LA JUMENT NOIRE t voulût me marier pour que j’y fusse opposé, et pour quoi je répondis à la comtesse Pluska, qui s’attendait à mieux que cela, que je désirais rester célibataire. Je lui tirai ma révérence, ainsi que vous dites à pré sent, mes jeunes camarades.
Peu de temps après le hasard sembla donner raison à ma conduite en cette occurence, car cette jeune femme, née pour régner et être aimée, fut emportée en quelques jours par une fièvre maligne... Je me louai de ma décision. — Pauvre petite comtesse ! ne pus-je m’empêcher de dire en apprenant sa mort. Et ce fut tout.
Puis nous eûmes des manœuvres dans l’Ukraine, quelques duels et beaucoup de fêtes, un nouveau colonel ; l’empereur me décora, et me nomma dans les hus sards... Comment ne l’eus-je pas oubliée?...
Pour me témoigner son contentement, lorsque je reçus le ruban mon oncle me fit don d’une monture, et c’est d’elle que je vais vous entretenir. * . * * C’était une jeune jument vive, pleine d’ardeur, d’une splendide robe noire brillante, marquée d’une liste blanche au chanfrein. Elle me plut tout de suite par sa pétulance et l’es pèce d’amitié qu’elle me témoigna dès les premiers jours. Lui tendais-je la main, elle la léchait.
Un seul claquement de langue lui faisait tourner la tête ; et alors elle me suivait longtemps des yeux, tant qu’elle le pouvait, avec un regard quasi humain. Un hennissement de joie retentissait quand je pénétrais
i56 l’initiation dans son écurie. Si nous sortions je la bridais moimême : elle piaffait de joie. "Elle paraissait tant m’aimer que j’en fus secrètement flatté et que je l’adorai bien tôt moi-même. Je la dénommai Andra. Elle devint ma monture favorite, à tel point que je ne conservai qu’elle ; et je lui prodiguai les soins les plus assidus. Elle fut presque une amie.
Ses deux grands yeux fixés sur moi avait un regard d’une intel ligence incomparable ; il me semblait que c’était un être humain, qui me comprenait, et bientôt je lui parlai. Ce furent des claquements de langue, des ono matopées, puis des phrases, auxquels elle répondait par un hochement de tête ou un hennissement. Et c’était charmant, ces conversations avec Andra ! Oh ! l’étrange chose, bien difficile à expliquer main tenant...
Plus je lui 'parlais, plus il me semblait l’avoir déjà vue, l’avoir rencontrée ailleurs, avoir conversé avec elle; plus il me semblait que je la con naissais déjà !... Cette persuasion devint si grande que toute notion de temps disparut. Ma possession d’Andra était si lointaine qu’il m’était impossible de m’en rappeler la date.
Je l’avais toujours eue près de moi ; et ce que je vous dis est la stricte vérité, souvenez-vous-en, mes jeunes camarades, car je n’ai jamais menti. J’aurais coupé la gorge à quiconque m’eût affirmé le contraire. Je voyais Andra, la flattais, lui parlais, je la montais comme si elle eût été là depuis le jour de ma nais sance. Ah ! nous étions de vieilles connaissances, à n’en pas douter.
Ses appels de joie, les coups de langue qu’elle me lançait sur les mains, ses piafteLA JUMENT NOIRE I 5 7 ments à mon approche, autant de preuves d’attache ment qui ne faisaient qu’augmenter chaque jour. Aussi nul mieux que moi ne savait ce qui lui plaisait, l’heure de ses repas, ses mets favoris, l’arrangement de sa litière.
Son regard suivait chacun de 'mes mou vements, et j’y retrouvais des sentiments humains, la joie, la tristesse, la douleur ou la colère. Oui, la colère... Un jour, à la promenade, je rencontrai mon ami Fritz Rosanow, estafette de la garde de l’empereur. Il montait un superbe alezan dont je ne pus m’empêcher de le complimenter. Je mis pied à terre et caressai ce cheval, lui palpai les membres et soulevai ses pattes.
L’animal s’y prêtait avec la plus grande complaisance, quand soudain il se cabra en poussant un cri. — Mais votre bête a donc le diable dans le ventre, s ecriarestafetteàdemi-colère,voilàmon cheval abîmé! Et il m’indiqua sur l’encolure une large morsure que venait d’y creuser Andra. Je la regardai : ses yeux brillaient de jalousie, oui, de jalousie, d’une jalousie furieuse.
Exaspéré, je la cravachai ; elle bondit sous le coup, hennit douloureusement, et j’aperçus distinc tement, oh ! je n’en pus douter, de grosses larmes qui ruisselaient de ses paupières... J’eus le grand tort de me courber sous son despo tisme, de subir chacun de ses caprices, de plier devant ses volontés. Elle fut plus maîtresse de moi que je ne l’étais d’elle. Ce ne fut plus un secret pour personne... « C’est sa jument qui le mène, » disait-on. Et rien n’était aussi vrai.
15.8 l’initiation — Voyons, prince, me répétait Rosanow à chaque rencontre, allez-vous bientôt vous débarrasser de cette mauvaise bète?... On ne jase pas sur un animal domestique sans que les éclaboussures n’atteignent le maître. Je dus envoyer mes témoins à Rosanow, pour ses calomnies sur ma jument...
Pour la première fois, sur le ter rain la chance m’abandonna : je reçus un magistral coup d’épée dans le flanc, qui me cloua pour trois mois au lit. Je fus même à deux doigts du trépas. J’eus le délire, un délire atroce, pendant lequel je hurlai des impré cations terribles contre Rosanow, et j’appelai Andra ma douce amie, ma fidèle compagne, mon trésor, avec des sanglots dans la voix.
Quand mes idées redevinrent lucides, ce fut encore d’elle que je parlai, ce fut elle la première dont je m’enquis. Mon bon oncle, en faction quotidienne à mon chevet, répondit : — Je l’ai prise chez moi... pour la soigner. — Merci, merci, mon oncle!... m’écriai-je en sai sissant ses mains et les arrosant de mes larmes. Que dit-elle ?... — Elle va on ne peut mieux, répliqua le brave homme en riant, quoiqu’un peu maigriotte...
Quant à te rapporter ce qu’elle dit... je crois que tu divagues encore mon garçon... Je n’ai pas souvenance d’avoir jamais entendu discours de cheval!... Ce qu’il affirmait là était raisonnable, mais tout
LA JUMENT NOIRE i59 simplement parce qu'il ne la comprenait pas. Elle me parlait bien à moi, Andra, et je savais bien ce qu’eZZe disait, moi !... — Mon bon oncle, je vous prie, achevai-je en l’em brassant, faites qu’elle ne manque de rien. Il promit ce que je voulus. Tint-il parole? Chaque jour on me servait du café.
Je dérobais le sucre que je remettais furtivement, mystérieusement à mon oncle, comme si j’eusse commis un acte répréhensible. — Prenez, lui murmurai-je à l’oreille... c’est pour Andra... Il s’habitua lui-même à cette innocente manie, me raconta qu’Andra était satisfaite de mes envois, qu’elle avait raison de l’être, et je crois même, l’affirmerai-je? qu’il me dit un soir qu’Andra Tavait prié de me re mercier...
Il la comprenait donc, l’incrédule!... — Elle maigrit, elle maigrit, me dit-il un autre jour, et puis elle devient méchante. Je ne peux plus la tenir... On ne sait qu’en faire; elle casse tout. Cette nouvelle me bouleversa. Ma jument, ma bête, mon Andra, rebelle, méchante, elle, la douceur même! Que lui avait-on fait, en vérité? Je passai une nuit terrible.
Puis cette idée se dessina très complète, très lucide dans mon cerveau : — Andra croit que l’ai abandonnée... Et qu’elle se désolât, qu’elle maigrît de cet aban don, rien de plus naturel. Ainsi s’étiole toute créature délaissée de celui qu’elle aime, ainsi la plante meurt, faute de soleil. Vous retracerai-je ma joie, mon contentement lorsque le vieux Ipkins, qui me soignait, me permit
i6o l’initiation de m’habiller et de sortir? Je courus chez mon oncle et pénétrai jusqu’à l’écurie, sans monter embrasser mon aimable parent. — Andra ! Andra ! m’écriai-je en apercevant ma jument la tète basse, amaigrie, le poil terne et dans une posture de désolation qui eût attendri un tigre. Elle tourna lentement la tête et son œil brilla, pen dant qu’un frisson de contentement la parcourait. J étais déjà auprès d’elle, à la caresser.
Dieu, comme elle était changée ! Son auge pleine d’avoine poussié reuse prouvait qu’elle ne mangeait plus ; sa robe était semée de taches grisâtres où le poil se pelait. Ce dépérisement m’outra de colère; je détachai ma bête, l’emmenai aussitôt, et un certain froid subsista quelque temps entre mon oncle et moi à la suite de cette aventure. Il essaya même de faire croire que mes facultés mentales étaient dérangées...
Bref, complètement revenu à la santé et à mes occu pations ordinaires, je continuai à affectionner ma belle jument noire. Elle reprit son allure vive et sa robe brillante. Mais son regard, quand il se fixait sur moi, semblait renfermer maintenant une sorte de rancune et de reproche. Songeait-elle toujours à cet abandon forcé dont elle avait souffert ? Et cela mal gré les explications que je lui donnai.
Quand je lui parlais, elle ne montrait plus cette joie qui me faisait tant plaisir. Une fois même où je la flattais sur les naseaux, au contraire de l’amicale léchée que j’attendais, elle me mordit à la main. Vous
LA JUMENT NOIRE 161 connaissez ma patience, elle est courte, et en d’autres occasions un cheval eût payé cher cette méchanceté ! Je me contentai de rudoyer Andra; et incontinent, sachant combien elle était jalouse, je me rendis acqué reur d’un poney russe des écuries de lord Stirbey, attaché d’Angleterre, qui, sa mission finie, se défaisait de sa maison.
J’installai mon acquisition dans le box voisin de . celui d’Andra, éprouvant un malin plaisir à la mécon tenter. Le lendemain, le poney était couvert de mor sures. Je battis la jument. La nuit suivante, le bàtflancs du box fut brisé à coups de pieds. Je m’entêtai, et, dans un esprit de vengeance bien puéril, je m’atta chai exclusivement au jeune cheval, le caressant, le choyant. Andra ne souffla plus mot, baissa la tête, se tint tranquille.
Je la crus domptée. Une nuit,.elle s’échappa dans l’écurie, et on reconnut le matin que le poney avait une jambe brisée. Je dus remonter Andra. D’ailleurs, c’était une bête de race et mon amitié pour elle n’était pas complètement éteinte. On parlait d’une nouvelle expédition en Ukraine, pour réprimer un soulèvement; il fallait se remettre en selle. Les hardies chevauchées de jadis dans cette contrée accidentée me revenaient en mémoire.
Com bien plus longues, plus attrayantes, elles seraient maintenant, avec Andra au pied sûr,àla jambealerte! L’hiver s’annonçait comme très rigoureux, déjà la neige était tombée. Qu’importait ! Le soldat n’est-il pas heureux en toute saison, s’il a bon cheval et bonne carabine ? Nous partîmes le cœur léger, avides d’aventures. 3
162 l’initiation Fritz Rosanow, avec lequel je m’étais réconcilié, était des nôtres. Nous allions botte-à-botte, par étapes, le long des routes, précédant un détachement commandé par le gros major Soltiz. Notre petite escorte était for mée de hussards de mon régiment. Tout alla bien pendant la première journée. Peu à peu l’allure d’Andra devint inquiétante.
Elle affectait de boiter, fléchissait sur ses pattes, que j’avais pourtant examinées avant mon départ selon mon habi tude,et dans lesquelles je n’avais remarqué rien d’anor mal. Nous étions dans la région montagneuse, où les routes sont bordées de rocs grossièrement taillés et de ravins, et où la moindre chute pouvait devenir dan gereuse. Je 1 eperonnai, la cravachai; elle se laissa tomber une fois, deux fois.
Je fus projeté sur le roc J mais j’en fus quitte heureusement pour la peur. — Cette sale bête vous brisera les reins, répétait Fritz Rosanow, laissez-la. — Avez-vous un cheval à me prêter ? Andra dressa les oreilles et son passe raffermit.
Je retombai dans ma trompeuse quiétude; Nous traver sâmes plusieurs villages et atteignîmes une gorge pro fonde, au bas de laquelle mugissait un torrent, et qu’il nous fallait franchir pour atteindre la bourgade où se ferait notre halte de la nuit. . Le chemin, bordé de pierres maçonnées, était des plus périlleux; nous jugeâmes prudent de mettre pied à terre, de tenir nos chevaux en main et de passer un à un le long du bord.
Andra marchait presque sur mes talons et je sentais son souffle brûlant dans mon cou. A plusieurs reprises elle glissa sur moi ; je m’arLA JUMENT NOIRE i63 rêtai pour ralentir sa descente. Ses yeux brillaient d’un feu sombre et méchant; je n’y pris pas garde.
Quand nous repartîmes, elle avança si brusquement qu’elle faillit me faire perdre l’équilibre. — Eh bien, qu’est-ce donc? m’écriai-je en colère en me retournant et secouant la bride avec violence: Andra ! ★ * * La jument, pour toute réponse, me lança un regard mauvais. Mais, sans être plus docile, elle ne tenta rien autre contre moi.
Je le dis à dessein, car je fus persuadé aussitôt — et j’y pensai toute la nuit — qu’elle ne cherchait qu’à assouvir une rancune inexplicable, et surtout inatten due après notre amitié réciproque. Le lendemain, nous continuâmes notre voyage dans ce pays accidenté. Nous ne comptions rencon trer les hordes ukraniennes qu’à 5 ou io lieues de là.
Au loin, les pentes rudes des montagnes étaient couvertes de taches noires et blanches, qui étaient des forêts ou de la neige. Au fond de la vallée où nous descendions, des taillis épais de mélèzes ou de bou leaux nous dérobaient la blancheur du sol.
Nous pas sions sur des rocs qui faisaient feu tout le long d’une sente abrupte ; et cette marche périlleuse nous don nait le vif désir d’atteindre au plus vite la neige her beuse du sous-bois, où nous pourrions nous reposer et attendre la petite armée qui nous suivait. Les bandes qu’on nous avait signalées étaient for mées des derniers débris de ce peuple des steppes
l’initiation 164 d’Ukraine, fier et insoumis, cruel dans sa sauvagerie révoltée. Plus d’un d’entre nous frémissait à l’idée de tomber entre leurs mains, d’être, ainsi que de précé dents otages, traînés à la queue d’un cheval indompté ou d’avoir les yeux crevés. Aussi fallait-il veiller à ne pas s’écarter. Nous jasions de cela, en route, à voix basse, un peu attristés. Quand nous approchâmes des bois, l’allure se ralentit encore.
Le gros major Soltiz, qui nous avait rejoints, paraissait navré de ne pas aperce voir ses soldats qu’il précédait à peine de quelques heures. — Peste ! s’écria Fritz Rosanow, ne dirait-on pas que nous allons à l’enterrement ! Un instant après, il me dit encore: — Je voudrais que vous puissiez voir l’air étrange de votre cheval, il a l’air fou, en vérité.
Je ne pouvais le regarder de face; mais l’animal frémissait sous moi, levait les naseaux, et par-dessus le toupet de sa crinière, j’apercevais distinctement le globe ardent de ses prunelles. Fritz avait raison. — Vous devriez vous défier de votre bête, répétat-il encore. Il avait à peine achevé qu’Andra pointa, fit un bond qui faillit me lancer à terre, et partit comme une flèche dans la direction de la forêt.
J’essayai en vain de la maintenir, de l’arrêter. Elle était vraiment devenue folle, un sifflement sauvage s’échappait de sa gorge. Pendu des deux bras après une rêne de la
LA JUMENT NOIRE 16 5 bride pour faire dévier cette course furieuse, je voyais grandir à mes yeux la lisière de la forêt et compris que nous allions nous briser la tête contre le premier arbre. Je n’ai pas peur de la mort, non, delà mort fière, hautaine, à poitrine libre, de la mort du soldat, du vaillant, de l’intrépide; mais être ainsi broyé par un caprice d’animal me sembla horrible !
J’eus aussitôt l’idée, le spectacle de la bouillie informe que mon crâne allait devenir. Je m’écriai avec un ricanement de démon, à demi fou moimême: — Ah ! Ah ! Andra, belle vengeance en vérité ! Quelle galopade frénétique, inouïe, dont le seul souvenir me glace à cette heure. Un bruit de chevaux derrière nous l’accélérait encore.
Andra sauta des rocs, franchit des ravins, bondit par-dessus des ruis seaux, traversa des marais comme une sauterelle, troua des fourrés avec la violence d’un boulet. L’écume coulait le long de son encolure, ses naseaux soufflaient un bruit de forge. Je n’essayais plus de la détourner ni de l’arrêter. J’avais les mains en sang. Ma tête sonnait comme une cloche, àvec fracas ; le vent me fouettait le visage, mon chapska s’était envolé.
Je ne songeais même plus à mon sort inéluctable. Pourtant la bête pénétra dans la forêt par les che mins libres, m’écorcha aux troncs d’arbres sans m’y briser, me réservant pour une autre mort: Tout à coup des balles sifflèrent à mes oreilles, et je me trou vai en plein camp de rebelles. Ma position me parut effroyable encore.
—----------- r 166 l’initiation La jument s’était arrêtée, frémissante. Je lui enfon çai mes éperons dans les flancs en la lançant dans la direction du retour. La douleur fut si forte qu’elle fit un bond: je lui labourai la chair, elle continua lente ment quelques pas. Les Ukraniens crurent que leur proie allait leur échapper. Une grêle déballés nous suivit. Andra tomba sur le côté, sans que je pusse dégager ma jambe droite.
C’en était fait de moi. Et je songeais à mon heure dernière, quand Fritz Rosanow et deux cavaliers apparurent sur des chevaux blancs d’écume. Ils me suivaient depuis le commencement de la folie d’Andra... Rosanow sauta à terre tira ma jument par la bride, tandis que les autres faisaient le coup de feu pour maintenir les assaillants. Deux fois Andra se souleva, deux fois elle se laissa retomber sur moi.
Fritz alors me saisit par les épaules et put me tirer de cette position critique. Andra, comprenant que sa vengeance lui échappait, poussa une sorte de grognement rauque, et nous lança une ruade furieuse en se roulant sur le sol; et nous vîmes qu’elle était couverte de sang. Nous soutînmes là, pendant quelques minutes, un combat qui ndliseûtété funeste sans l’arrivée de notre escorte, qui inities rebelles en fuite...
Huit jours après, repassant en ces lieux , nous retrouvâmes ma jument, dont il ne restait que la carcasse. Elle avait été dévorée par les corbeaux. Seuls les deux yeux subsistaient encore et vivaient, oui, vivaient encore, et me regardèrent longtemps. Je ne l’oublierai jamais. Je ne peux songer à Andra sans me rappeler la mysPOÈME EN PROSE 167 tique petite comtesse noire que je faillis épouser et qui mourut si inopinément.
Dans une de ses dernières lettres à mon oncle, n’écrivait-elle pas : « Le prince est de ces hommes qui jouent avec les sentiments... Tôt ou tard, en ce monde ou dans l’autre, je m’en vengerai... » Mais, vous l’avez entendu, mes jeunes camarades, la jument Andra ne parvint pas à réaliser ce désir de la petite comtesse Pluska...
Léon Riotor. (Traduit du Norvégien) I Il y a longtemps, j’errais dans le loitain pays de la fiction; des vapeurs argentées planaient sur tout, et dans la distance flottaient les reflets roses-tendres du soleil couchant. Une étrange mais agréable oppression s’empara de moi, et je regardai fixement autour, essayant de voir l’être dont la présence semblait être si près de la mienne.
Je ne vis rien ; mais sur l’air vinrent flotter les accords d’une douce musique : une puissance irrésistible m’attira vers le son. Peu à près je me trouvai dans une forêt féerique voilée d’une lumière argentée et emblématique. La musique augmentait ; les arbres, les fleurs, le
i68 l’initiation bouillonnement du petit ruisseau, tous s’y joignaient! Frappé d’admiration de la beauté de toutes ces cho ses, j’avançai doucement sur la pointe du pied, redoutant de déranger l’harmonie des alentours. Comme j’avançais, un parfum lourd remplit l’air ; à moitié étourdi, je me laissai tomber sur un tapis de mousse ; mes sens semblaient être bercés dans un repos songeur.
Subitement, la musique se transforma en voix, et des romances, de douces fantaisies, traver sèrent l’air ; un portail à moitié caché par les roses se montra, et d’un effort suprême je me tramai vers lui à moitié insensible: j’en forçai l’entrée.
Je m’arrêtai enchanté et tremblant : l’air parfumé devint plus lourd, et à travers mes paupières demi-fermées je vis un groupe de femmes ravissantes dansant au clair de lune, leurs formes séduisantes drapées dans des vête ments soyeux ; toutes chantaient de doux petits pas sages de romances comme si elles chuchotaient de doux messages dans l’air; l’une chuchotait aux rayons de la lune, une autre aux fleurs, aux arbres, à la brise, jusqu’à ce que l’air trembla, oppressé d’amour.
Un ardent désir crût dans mon cerveau, pendant que dans mon sein s’élevait un malaise étrange. Une brume épaisse enveloppa le tout à travers de laquelle les femmes avançaient, balançant leurs formes gra cieuses en mouvements caressants : tout près, tout près, tout près! jusqu’à ce que je tombe inconscient sur l’herbe au milieu d’elles. Tout devint sombre autour de moi.
Mon haleine vint plus vite, ma bou che desséchée s’ouvrit pour humer l’air frais, quand une paire de lèvres brûlantes se pressèrent sur les
POÈME EN PROSE 169 miennes. D’un effort surhumain je repoussai la for me, et dans une grande terreur j’appelai pour : de l’air, de l’air, de l’air ! La brume se leva lentement, l’air tremblant oppressé d’amour se dissipa en un long soupir. J’ouvris les yeux et je me trouvai aux dehors du portail, couché dans un vallon de fraîches fougères, lesquelles, ten drement bercées par la brise, répandaient leurs gouttes de rosées sur ma figure brûlante.
Je regardai cette tranquillité des environs: une profonde tristesse s’em para de moi et je pleurai !! Lentement je me levai, et je m’avançai plus pro fondément dans la forêt : la brume du crépuscule avait fait place à l’obscurité la plus profonde de la nuit.
De plus en plus je m’éloignai, jusqu’à ce que la route se divisa en deux sentiers : l’un tout à fait étroit tournait jusqu’au sommet d’une montagne froide et désolée ; l’autre allait en s’élargissant en avançant dans la forêt, et était caché dans les ténèbres; j’y entrai. Comme j’avançais, le sentier se rétrécissait et les arbres autour de moi prenaient des formes étranges, étendant leurs bras comme s’ils voulaient s’emparer de moi.
Je fus effrayé, j’essayai de retourner, mais un mur épais de ténèbres me barra le chemin. Des voix mystérieuses flottèrent dans l’air: pas de chants, pas de paroles, mais un murmure inarticulé d’intensité nerveuse dans laquelle rien ne pouvait se distinguer. Vibrations après vibrations résonnèrent dans une étrange brume augmentant, augmentant, jusqu’à ce qu’une folie me posséda, la brume si intense qu’elle se
l’initiation 170 changea en matière, formantde hideux tableaux autour de moi. Je me pressai les mains sur les paupières, mais la pression parut me réduire qu’en une flamme de feu plus ardent les horribles tableaux qui s’étaient gravés dans mon cerveau. Aussi ouvris-je les yeux et je regardai fixement leur effrayante nudité, pen dant que des murmures éloignés se formaient d'euxmêmes en romances horribles.
Je ne pouvais me boucher les oreilles ni fermer les yeux, mais je me pressai les mains contre le cœur afin qu’ils n’y entrassent point. J’essayai de pleu rer : mes larmes étaient gelées; j’essayai d’appeler: ma voix ne rendit qu’un son inarticulé. Alors mes forces me manquèrent et je tombai.
Mais voilà que le petit ruisseau qui coulait près de là répandit ses larmes fraîches sur moi et son gai petit chant parais sait dire : « Enfant de l’homme, ne cherche d’appui qu’en toi-même. » Une énergie intense, née du déses poir, s’empara de moi ; avec mes dernières forces, je me traînai hors de ces ténèbres hideuses ; faible et sanglant, je gagnai l’entrée de la forêt ; près de là bouillonnait mon petit ruisseau.
En poussant un san glot, je me laissai tomber à son côté et je me baignai les membres dans son eau pure. Longtemps je restai là étendu essayant de gagner des forces, pour trouver un nouveau sentier, et comme je me levais la douce lumière d'une aube nouvelle apparut autour de moi.
Devant moi je vis encore une fois le chemin tournant qui conduit à la montagne, et un désir ardent me prit d’en atteindre le sommet, que je puisse voir et respirer librement dans un
POÈME EN PROSE I7I endroit spacieux. Je luttais pour arriver jusqu’au haut et en dépit du dur labeur une douce satisfaction me crût dans le cœur. Peu après un rayon de soleil perça la brume et une joie inconnue s’éleva en moi. Au-dessus de moi je vis d’autres êtres gravir péni blement, doucement, mais satisfaits comme moi-, même.
Toute brume avait disparu : le plein jour apparaissait autour de moi ; pas une seule fois ai-je regardé derrière moi, et ma joie était grande. Peu après j’entendis de doux chants si purs, si vrais qu’involontairement je levai les yeux et devant moi, je vis une femme magnifiquement belle ardemment montant aussi son chemin. Pour un moment seulemen t elle s’était arrêtée pour chanter son Action de Grâce.
Je la regardai avec un nouveau sentiment de camara derie; et elle me renvoya un sourire. Pour la pre mière fois de ma vie, il me semblait regarder dans les yeux d’une femme franche.
De nouvelles énergies me vinrent et bientôt je gagnai son côté ; elle me souhaita la bienvenue du même regard ouvert ; mais elle n’arrêta pas son labeur, ainsi nous avançions péniblement côte à côte, çà et là une pierre aiguë entravait nos progrès, mais nos mains se joignirent et les obstacles furent surmontés par la réunion de nos forces. — A la fin nous arri vâmes à un grand espace découvert, c’était la première étape de notre sentier aride.
Le soleil brillait dans son plein dans les cieux bleus, submergeant le tout de ses rayons glorieux ; alors pour la première fois je me tournai vers ma compagne et *la serrai contre mon cœur, heureux d’avoir la lumière
172 l’initiation du dieu Soleil pour voir entièrement la beauté dans les profondeurs des yeux de mes véritables amours, et pendant que je la tenais serrée contre moi-mème, j’entendis les chants du petit ruisseau passant mon oreille en de doux et musicaux bouillonne ments. II A Edith Vickers.
La nuit est tombée : tout autour la nature semblait être bercée dans le repos ; le ciel n’était qu’une large voûte d’un bleu d’azur ; pas un nuage, seulement la pleine lune argentée voguant lentement en avant, jetant son éclat sur le monde endormi.
Une petite rivière coulait à travers les prairies et les charmilles comme une large ceinture d’argent, ses eaux bouillonnaient dans un doux rythme, cares saient gentiment toutes les images amoureuses dans ses eaux claires.
Çà et là il plongeait en se haussant doucement dans les anses ombragées, dans les prairies chargées de fleurs ; de plus en plus, il se hâtait jusqu’à ce qu’un bras caressant bifurquât encerclant une petite île couverte de fougères et de fleurs abritées par de grands saules courbés balançant leurs branches dans un refrain calmant.
La lune perça ces ténèbres rêveuses, elle s’arrêta et trembla d’admiration comme ses rayons tombaient sur un cygne magnifique nichant au milieu des aspho dèles et des lys, ses plumes brillaient de rosée faisant rejaillir l’étincelle argentée des baisers des rayons
POÈME EN PROSE 173 lunaires. Le cygne était endormi rêvant de ses ma gnifiques plumes blanches, de fleurs de serre odorifé rantes, de jouantes fontaines, de cascades bouillon nantes : tout le temps se voyant comme étant le roi de tous ses biens mondains. Ses plumes se redressè rent et bruirent avec une vanité intense et avec un profond soupir de satisfaction ; il se réveilla.
Il regarda autour de lui et avec une grande impatience il secoua toutes les gouttes de rosée de ses ailes étincelantes : à quoi servaient tous ses rêves glorieux s’il devait se trouver toujours niché au milieu de ces mêmes fleurs sauvages et insignifiantes, le même ruis seau murmurant toujours le même petit conte nuit et jour ?
Ainsi le cygne avec un regard dédaigneux glissa lentement sur la surface argentée du ruisseau s’oubliant en admirant amoureusement son image réfléchie. Il continua de flotter ainsi, aveugle pour toutes les beautés qui l’environnaient. Dans le lointain le chant d’un rossignol flottait tendrement et plaintivement dans l’air ; il retentissait dans la nuit avec une telle ardeur amoureuse que la nature même restait immobile pour aimer.
Une étrange, une nouvelle sensibilité s’empara du cygne : pour un moment seulement une corde in connue lui résonna dans le cœur et avec un désir auquel il ne put résister, il étendit les ailes et s’envola vers le chant. Le rossignol caché dans le feuillage, rêveur d’un bouleau argenté, était perché tissant tous ses rêves et désirs dans un chant larmoyant. Il avait le cœur triste,
L INITIATION !74 pourtant ressentait-il une joie pénétrante, même dans ses souffrances : il savait qu’il donnait au monde de ce qu’il avait de mieux. Il regarda autour de lui, ses yeux tombèrent sur les grandes ailes étincelantes du cygne.
Prenant son essor vers lui : « C’est un ange qui descend à moi », pensa le rossignol, « un ange pour me porter au ciel », et son chant s’éleva avec une telle exaltation que la nature autour de lui écoutait dans un haletant étonnement. Le cygne vola droit au bouleau cherchant d’un désir amoureux l’oiseau magnifique dont le chant a retenti à travers la nuit.
Le cœur du rossignol cessa de battre : son chant augmenta et avec de tendres espérances inconnues, il vola vers le cygne pour déposer son cœur à ses pieds. Le cygne regarda son petit corps brun avec dégoût : était-ce là l’oiseau dont le chant avait touché cette corde étrange dans son cœur! et il se détourna. Un triste et plaidant petit trille flottait de la gorge du ros signol.
Mais le cygneétendit ses blanches ailes, s’envola et fondit dans l’air bleu comme un flocon de neige. Encore une fois le chant du rossignol retentit à travers la nuit et tout le monde écoutait avec des larmes dans le cœur. Le cygne retourna dans sa petite île et vécut de ses rêves, pourtant avec un nouveau chagrin caché dans le cœur. — Quel était son désir?
Il ne le sut que lorsque la mort un matin vint gentiment lui baiser les paupières ; alors pour un moment il eut les yeux grands ouverts, il vit plume à plume lui tomber du corps le laissant sans grâce et froid. Pendant ce temps
LE FLAMBEAU i?5 l’âme du rossignol passa devant lui parée de gloire incomparable. Un sanglot s’échappa du cœur du cygne touchant les cordes que le rossignol avait fait vibrer et quand son âme prit son libre essortle cygne mourant baissa la tête avec un tendre chant. Jutta Rill. A Sédir.
Toi qui cherches toujours dans l’ombre de toi-même Comme un aveugle au fond d'une éternelle nuit, Oh! beau spectre de chair que nul rayon conduit Vers l’essence divine ou la cause suprême, Toi qui tâtonnes là, sur ton front lourd et blême. Les sillons ténébreux d’un formidable ennui, Si pour tes yeux fermés l’azur n'a jamais lui, Ferme ta bouche morne et pleine de blasphème.
Viens confronter la mort avec ton corps mortel Sous l’immense labeur du rêve et du réel Où les mondes latents vibrent dans la lumière. Car, semblable au soleil qui forme la matière, Tu dois voir à travers l’argile du cerveau Ton âme palpiter comme un vaste flambeau ! Jean Delville.
f 76 L INITIATION D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES On lira le Rapport général du Président en tête de ce numéro. Nous n’y ajouterons aucun commentaire. groupe n° 4. ETUDE DU SPIRITISME Séance du 20 octobre 1894 Cinq personnes présentes : Mme Marthe B..., médium, M. B..., M. et Mma A. F. L. F.
Quelques instants avant le commencement de cette séance, le directeur du Groupe fut avise' par l’esprit fami lier L... d’avoir à enlever les petites balles qui, d'ordi naire, figurent parmi les accessoires mis à la disposition des Invisibles.
Cet avis, comme on le verra plus loin, était d’autant plus précieux, que quelques-unes de ces balles étant en caoutchouc durci auraient pu, en raison des incidents de la séance, sinon blesser grièvement, tout au moins con tusionner de désagréable manière quelques-uns des assis tants .
Après la prière d’usage, nous nous mettons dans l’obs curité et nous observons, selon la recommandation qui nous en est faite par l’esprit familier, le silence le plus complet. Vingt minutes, laps de temps fixé par notre ami invi sible, s’écoulent ainsi. Soudain, un coup violent est frappé sur la table placée au milieu de la pièce.
Par le moyen du signal habituel (cliquetis aériens) nous sommes avertis que la séance peut présenter quelque danger et qu’il faut nous mettre momentanément en lumière.
GROUPE INDÉPENDANT û’ÉTUDES ESOTERIQUES I77 A la lueur de la lampe nous ne constatons rien d’anormal, mais le directeur du Groupe ayant eu recours à l’écriture médianimique reçoit cette communication ; « Faites ceci: prenez l’épée, placez-vous près du « poêle , remettez-vous en obscurité et ne soyez pas « effrayés; nous sommes là pour vous protéger. » Il convient de dire que le poêle désigné par l’invi sible est placé à une extrémité de la salle opposée à celle où nous étions groupés.
Le directeur du Groupe prend une épée, se place à à l’endroi désigné et décrit devant lui le cercle magique; l'obscurité est faite. Bientôt, le fauteuil sur lequel repose Mme B..., notre médium, est agité de vigoureuses se cousses. Tous les objets placés sur une grande table sont violem ment projetés du côté deM. A. F., directeur du Groupe; un vase contenant des fleurs est brisé. M. A.
F. demande quel est l’auteur du tumulte : Bélial, est-il répondu, par coups frappés. — Le direc teur du Groupe, fervent croyant, trace, nous dit-il, le signe de la croix avec l’épée : tout rentre dans le calme. La lumière électrique jaillit.
Nous constatons alors que les objets projetés l’ont tous été en dehors du cercle tracé par l’évocateur qui, demeuré à sa place, est entouré de ces objets (vase, fleurs, papiers, crayons, livres, boîtes à musique, son nettes, tambour de basque, etc., etc.) régulièrement ran gés autour de lui en forme de demi-cercle. Aucun d'eux n’a franchi la magique frontière. Disons, en passant, qu’aucun objet ne fut lancé du côté des autres membres du Groupe.
En eût-il été ainsi pour les balles si, malgré l’avis donné, celles-ci avaient été laissées sur la table? Aux initiés de conclure. Nous voulons tenter une nouvelle épreuve en obscu rité (sans l’épée), mais à peine sommes-nous privés de lumière que de légers crépitements aériens nous dictent, lettre par lettre, cèt avertissement : « Assez aujourd’hui. » Nous obéissons docilement, puis M. A. F., qui veut encore avoir une dernière communication (en lumière,
L INITIATION 178 bien entendu), reçoit ce dernier message (écriture méca nique) : « Les mauvais esprits sont en nombre ; il nous est « impossible de protéger l’assemblée même avec votre volonté. » La séance est levée à 11 heures. A. François. R. — Aucun cas de sommeil magnétique ne s’est pro duit au cours de cette séance pendant laquelle les dames présentes ont fait preuve du plus grand sang-froid.
OU MADAME MARIE WILLIAMS Médium américain démasquée 11 y a en ce moment une grande émotion dans le monde spiritualiste parisien, nous raconte le New York Herald, édition de Paris. L’un des premiers cercles spirites, très fréquenté par l’aristocratie, vient d’être victime d’un célèbre médium américain aujourd’hui en renom dans toute l'Europe.
Mme Mary Williams, l’année dernière, occupait l’atten tion de la presse de Londres, par ses expériences, et elle entreprenait un voyage continental afin de propager les doctrines spiritualistes dans les trois grandes capitales, Paris, Berlin, Saint-Pétersbourg. Elle se disait capable de matérialiser l’esprit des défunts et de le montrer aux fidèles par son intermédiaire.
Environ quinze jours après, elle arrivait à Paris avec son directeur M.Macdonald. Les deux premières séances furent des plus réussies au point de vue spiritualiste excitant la plus grande admiration parmi la société d’élite présente. Mm0 Williams se plaçait derrière le rideau, son direc teur ajoutant que cela était ainsi nécessaire afin d’éviter
UN ESPRIT TANGIBLE 179 le contact avec ceux présents, pouvant occasionner des troubles nerveux au médium; alors des fantômes lumi neux de grandeurs différentes, commençaient à se mon trer, et les assistants voyaient la forme d'un père, d’un parent ou d’un ami. Néanmoins il était curieux de remarquer que l’assis tance ne pouvait pas toujours s’entendre sur la person nalité des fantômes.
Dans un cas, une personne croyait voir son père, un lord anglais avec sa perruque à large fond, tandis qu’une autre dépeignait le portrait en pied de sa mère. Cependant une personne était présente que probable ment les fidèles n’auraient pas admise à la séance, s’ils avaient été aussi certains de son identité qu’ils l’étaient de celle des fantômes.
C’était M. Leymarie, aussi connu dans le monde spi rite que M. Henri Rochefort dans le monde du journa lisme français. De concert avec des amis, il résolut de saisir avec la main l’une des mystérieuses apparitions, et ainsi de se rendre compte si le revenant était autre qu’un turnip lamp.
En conséquence il se rendit à la dernière séance de Mmo Williams à Paris, et, dès que l’esprit matérialisé fit son apparition, il se lança à sa poursuite et le saisit forte ment. L’esprit se débattait avec force énergie, afin de reprendre sa liberté et finalement réussit à prendre M. Leymarie à la gorge comme pour l’étrangler.
Sur ces entrefaites, le directeur, se rendant compte de la situation, essayait, mais en vain, de faire une diversion en faveur de l’esprit sur le public, tandis que les amis de M. Leymarie, s’étaient eux aussi emparés de l’Esprit.
Une lumière fut aussitôt apportée et l’on vit que le fantôme n’était autre que Mmo Williams en maillot, ayant sur la figure un masque phosphorescent. .Derrière le rideau se trouvait sa robe, et dans un sac, sans nulle doute ayant été dissimulé pour la séance sous son jupon, trois vêtements pour les fantômes blancs, deux pour les fantômes noirs, trois perruques et une paire de moustaches.
18o l’initiation Les spiritualistes de suite réclamèrent l’argent perçu à l’entrée, et Mma Williams fut dans l’obligation de quitter Paris pour l’Amérique le jour suivant. Frascati, 17-10 94. Monsieur le Directeur, Voilà un renseignement sur un alchimiste italien qui habitait à Rome dans le xvin° siècle, renseignement ‘que j’ai trouvé dans le Walks in Rome (t. II, p. 47) et qui peut-être pourra vous intéresser.
« Au delà de l’arc de triomphe de Galliène, à ia droite, était l’entrée de la villa Palombara, laquelle occupait une partie considérable des bains de Titus. « Ici le marquis Massimiliano Palombara fit édifier une chambre pour Francesco Giuseppe Bona., le précurseur de Cagliostro, lequel y faisait de l’or.
La porte magique, décorée de signes cabalistiques et de vers latins et hébreux, resta à sa place jusqu’en 1874. (A présent on la voit dans le jardin de la place Wittorio Emanuel à côté des trophées de Marius.) « Par elle on entrait dans la salle, où se rassemblaient, pour y tenir leurs séances, ceux qui croyaient à la pierre philosophale. » Je tâcherai de lire le livre, de M. Silvagni, « la Corte et la Società romana nei secoli xvin et xix, » qui parie de ce M. Bona et de vous donner d’autres renseignements à ce sujet.
S’il yen a, je vous enverrai la photographie de cette porte, qui est en marbre blanc. Agréez, Monsieur le directeur, mes respectueuses salu tations. Bornia Pietro. (G. G. E.)
MESMER ET M. ROUXEL 181 ïœm ST I. RÛOXSL Un ouvrage de M. Rouxel est toujours intéressant à analyser.On estassuré d’ytrouver la marque d’unebonne érudition et aussi, hélas ! d’un amour de la polémique qui vient souvent gâter les plus sérieuses tentatives. Histoire du Magnétisme (1), que publie l’école dirigée par M. Durville, présente au premier chef ces qualités et ce défaut.
Lorsque M. Rouxel fait de la polémique sur le dos d’un contemporain, il suffit de prendre le sage parti de ne jamais répondre et de laisser le temps faire son œuvre d’oubli ; mais quand les attaques s’adressent à des morts généralement considérés comme éminents par leurs œuvres, il est juste de relever semblable ten dance. Avant tout, donnons au travail de M. Rouxel les éloges qu’il mérite certainement.
L’exposition historique du Magnétisme est fort clairement faite, l’auteur sait mettre au jour avec sobriété, la part qui revient, d’après lui, à chaque magnétiseur. C’est à notre connaissance le livre le plus clairet le plus méthodique publié dans ces derniers tempssur la question.
En outre,on y trouve une érudition que nous sommes habitués à îencontrer rare ment dans le monde du magnétisme et plusieurs ouvrages inconnus sont analysés et remis à leur juste valeur. Ce livre mérite donc d’attirer sérieusement l’attention et, si nous reconnaissons, avec plaisir, ses grandes qualités, force nous est d’insister quelque peu sur ses défauts. Le titre exact est Histoire et philosophie du magné tisme.
C’est donc une œuvre historique touchant aux grands magnétiseurs d’une part, à leurs théories, de l’autre, que voulait faire M. Rouxel. Or quel singulier historien que celui qui dit : « Voici ma théorie, tous ceux qui s’en sont approchés sont de grands magnétiseurs, tous ceux qui s’en sont (i) Histoire et philosophie du magnétisme, i vol. in-i 8,3 fr.
182 l’initiation éloignés sont des charlatans ». Voilà le procédé d’expo sition qui nuit si singulièrement aux excellentes qualités que nous venons d’énumérer, voilà ce qui risque de faire de cette tentative un insuccès comparable aux précédentes du meme auteur.
Un historien doit, avant tout, avoir, l’âme assez généreuse pour être impartial, dans le cours de son exposé, quitte à consacrer un dernier chapitre à ses idées personnelles s’il croit devoir prendre date dans l’histoire. Aussi M. Rouxel comprendra-t-il pourquoi ses mé chantes attaques contre le fondateur du magnétisme m’ont révolté, car elles indiquent une partialité dont Mesmer avait le droit d’éviter les effets.
M. Rouxel lance trois accusations contre Mesmer : i° Il n’a rien découvert. 2° Il a gagné de l’argent avec sa découverte ; 3° Il était matérialiste. Voici deux passages qui indiquent clairement l’état d'esprit de l’auteur vis-à-vis de Mesmer.
Mesmer a fait beaucoup de bruit et peu de besogne, comme on a pu en juger par le trop court aperçu de ses faits et gestes ; mais il a, comme on dit, « attaché le grelot » et ses disciples lui ont fait rendre le son dont il était capable (p. 40).
Nous avons vu qu’au lieu d’être un homme de science, encore moins un philanthrope, sauf en paroles, Mesmer n’a été qu’un simple marchand de remède secret, un individu qui cherche à exploiter le public et à tirer le meilleur parti possible de sa prétendue découverte, sans jamais révéler en quoi elle consiste (p. 41).:] Ma situation d’occultiste me permet de me croire assez impartial pour répondre à M. Rouxel et pour lui expli quer pourquoi il me semble que son opinion ne sera sympathique à aucun chercheur sérieux.Procédons donc par ordre. i° Mesmer et l’invention du Magnétisme.
Le magnétisme ne forme qu’une toute petite branche de cet occultisme enseigné dans les temples égyptiens et grecs de l’antiquité. Le magnétisme constituait une des
MESMER ET M. ROUXEL i83 pratiques de l’art du Thérapeute initié qui alliait son action aux pratiques de la Magie éclairée par l’Astrologie. M. Rouxel montre fort bien par ses citations que les pratiques magnétiques étaient connues avant Mesmer. Quel a donc été le rôlede ce dernier ?
Il a réalisé le magnétisme, il a créé des disciples pra tiquants, il a créé un mouvement d’opinion énorme visà-vis d’une question qui n’était connue que des sociétés secrètes et de quelques rares érudits. Sans Mesmer le mouvement n’existerait pas et quoi qu’en dise M. Rouxel Mesmer a fait « beaucoup de besogne », car c’est à ce fondateur du mouvement que les magnétiseurs doivent tout.
Mesmer fut un réalisateur puissant : ayant appris le magnétisme dans une société initiatique, il voulait faire profiter le monde profane de sa science. Nous revien drons tout à l’heure sur son baquet et ses pratiques. Abordons le second point. 2° Mesmer a gagné de l'argent avec le Magnétisme.
J’ouvre votre ouvrage à la page 323, Monsieur Rouxel, et j’y vois le prix des lames magnéliqties, des plastrons ma gnétiques ainsi que le prix des conseils pratiques de ma gnétisme. Vous êtes de plus, comme moi-même, profes seur d’une Ecole de Magnétisme qui ne paye pas ses professeurs mais qui fait payer ses élèves.
C’est même à ces élèves que vous prétendez enseigner le mépris du fondateur de la première école magnétique sous pré texte que ses « prix étaient trop élevés ». Or cet homme qui aurait pu s’enrichir facilement comme médecin demandait des sommes élevées pour une découverte qu’il jugeait capitale, mais à quoi consacrait-il ces sommes ? A l’établissement de centres où les malades pauvres étaient traités gratuitement.
Car c’est encore lui qui a montré la voie des cliniques du magnétisme. De plus, nous considérons son fameux « baquet » comme un merveilleux condensateur, de force psy chique et ce n’est certes pas de la faute de Mesmer si ses ignorants successeurs ont méprisé une découverte qu’ils n’ont pas comprise.
Nous nous proposons sous peu de montrer à l’aide de nouvelles expériences sur quel prin cipe était construit ce « baquet » qu’on s’est empressé d’abandonner par la suite.
l’initiation 184 3° Mesmer était matérialiste. Pour juger Mesmer, M. Rouxel aurait dû posse'der les deux parties de sa doctrine : la partie exote'rique écrite et imprimée qu’il analyse et la partie orale, donnée dans les loges « d’harmonie » et qu'il semble ignorer.
Or, Claude de Saint-Martin a été initié à la doctrine de Mesmer et les documents manuscrits que nous possé dons nous permettent de dire que le réalisateur du ma gnétisme s’intéressait surtout à l’étude de la force psy chique dans son action sur l’Univers et subsidiairement dans ses réactions sur l’Homme.
C’est là le point de vue auquel doivent se placer tous les magnétiseurs qui feront du traitement magnétique vrai et non des études mys tiques, grâce au somnambulisme. Mesmer en tant que praticien avait raison de déclarer que la découverte de Puységur entraînait le magnétisme curatif dans une fausse voie.
Et cela est si vrai que M. Durville revient aujourd’hui aux théories ésotériques de Mesmer et qu’il en vient à nier même le « fluide » mystique des anciens magnétiseurs. C’est donc seulement par insuffisance d’études qu’on peut accuser Mesmer d’avoir été pure ment matérialiste.
Mais les limites d’un compte rendu ne peuvent être exagérées et force nous est d’arrêter ici les critiques que nous devons adresser à M. Rouxel pour la partie magné tique de son ouvrage; en terminant, il nous reste à pro tester de toutes nos forces contre la phrase suivante : « Au nombre de ces savants, non pas roublards, mais honteux, je placerai MM. Ch. Richet, Ochorovicz, Pierre Janet, de Rochas, etc.
Mais tout ce que je pourrais faire se réduirait à dire qu’ils n’ont rien, absolument rien dé couvert qui ne le fût depuis longtemps par les magnéti seurs. » Cette phrase ne montre pas seulement un évident parti pris, elle étale au grand jour une ignorance réelle que nous sommes étonnés de constater chez un auteur de l’érudition de M. Rouxel.
Je ne parlerai que d’un seul de ces savants, M. de Rochas, à qui les magnétiseurs devraient être les pre miers à rendre justice. Par une méthode d’expérimentation qui restera le moMESMER ET M. ROUXEL l85 dèle du genre, M. de Rochas est arrivé à démontrer les faits suivants : i° Les hynoptiseurs ont raison de prétendre que l'hypnotisme diffère du Magnétisme des anciens magné tiseurs.
L’hypnotisme forme la partie la plus élémentaire de la science du « sommeil provoqué », et c’est en approfon dissant les états de sommeil déterminés par l'hypno tisme qu’on découvre et détermine expérimentalement les phénomènes décrits par les anciens magnétiseurs.
2» Ces magnétiseurs avaient donc raison dans leurs théories de l'état de rapport, de la sensation à dis tance, etc., mais ils avaient négligé d’établir la pro gression des différents états de sommeil. S’ils l’avaient fait, ils auraient découvert les phases hypnoptiques avant Braid. 3° De plus, M. de Rochas, par l’étude suivie de l’Extériorisation de la sensibilité, a pu établir la transition entre les faits du magnétisme et ceux du spiritisme.
Il est par venu à extérioriser le fantôme d’un vivant et à le photo graphier. Enfin la poursuite de ses études a amené le savant expérimentateur en plein Occultisme, les travaux, com mencés par Y envoûtement, se poursuivent en ce moment et donnent des résultats absolument nouveaux.
La signature de M. de Rochas n’a plus reparu au bas d’un article concernant ces travaux depuis plusieurs mois, et cela en raison d’une promesse fermement tenue depuis. C’est dire que les persécutions n’ont pas manqué à ce chercheur, qui a fait une série de découvertes dont» une seule suffirait à faire connaître M. Rouxel.
Et c’est un homme d’une telle probité scientifique, d’un tel désin téressement qui s’entend appeler « savant honteux » par un tel critique. Je suis fier d’avoir l’honneur de protester en cette occasion ; car il s’agit là non pas d’un fait de doctrine, mais d’une ignorance qui ne peut être per mise au « professeur de l’histoire du Magnétisme ».
Les découvertes de M. de Rochas sont si réelles que je ne donne pas trois ans aux magnétiseurs pour les dé masquer de leur mieux. J’ai déjà en main les preuves du commencement de cette tactique.
i86 l’initiation Ma situation d’occultiste me permet de protester en cette occasion et de ne pas laisser passer de telles atteintes à la mémoire de Mesmer et aux recherches de nos savants contemporains. Songez, Monsieur Rouxel, à la responsabilité que vous encourez vis-à-vis de l’écrivain impartial qui dans cinquante ans voudra faire l’histoire du mouvement spiritualiste actuel.
S’il déniche vos oeuvres, il trouvera dans chacune d’el les des paroles dehaine visant soit une doctrine soit une personnalité. Alors que tous s’efforcent de prêcher l’union et la concorde, le critique verra toujours l’esprit de désu nion et de discorde dicter chacune de vos pages.
Et si l’on veut placer à côté de ces œuvres négatives (car toute œuvre de destruction est négative) la somme de vos œuvres positives, de celles où vous tendez à l’édification d’un idéal véritablement impersonnel, croyez-vous que le jugement du critique d’alors ne sera pas plus dur pour votre mémoire que votre opinion sur Mesmer?
Et si je crois devoir en toute sincérité vous signaler l’écueil vers lequel vous entraîne le besoin de bataille qui est en vous, c’est que je suis le premier à rendre jus tice à votre amour du travail, à votre solide érudition et à votre dévouement à vos opinions. Ce sont là des qua lités sérieuses qui permettent de faire des œuvres d’avenir et de laisser aux ignorants ces œuvres de haine et de polémique qui sont mortes avant même d’avoir vécu.
Papus. Les Phénomènes psychiques occultes, Etat actuel de la question, par le Dr Albert Coste. 2e édition ; Montpellier, Camille Coulet; et Paris, G. Masson. 3 fr. 5o. La première édition de cette belle étude formait une thèse de doctorat soutenue par l’auteur devant la faculté de médecine de Montpellier ; l’entreprise était hardie,
BIBLIOGRAPHIE 187 mais l’audace réussit aux jeunes, et M. le Dr Coste eut la légitime satisfaction de voir ses idées, — nos idées, — recevoir la consécration d'un diplôme officiel. Cet ouvrage constitue une excellente préparation pour les mystiques, avant d’aborder les travaux ésotériques ; aux hommes de science', il peut fournir une vue nette des faits psychiques actuellement avérés et des idées de recherches et d’expériences nouvelles. Après une histoire très érudite de la question, l’auteur aborde l’étude des phénomènes proprement dits. Nous allons transcrire ici la classification qu’il en donne. I a Hallucinations thélépathiques visuelles. b — — auditives. c — — tactiles. d — —• réciproques, e — — collectives. 2e Genre. Lucidité ou clairvoyance. 3e Genre. Pressentiment. 2° Phé- | nomènesi divers. I 1° De la force psychique, lévitation. a Se produisant sans l’intervention reconnue d’un médium. b Matérialisation. c Expériences de Milan. 3° Des médiums. 4° Théories émises pour expliquer les divers phéno mènes occultes. Le Dr Coste a su grouper ces données d’une façon mé thodique; il en expose avec la même clarté et la même véracité les théories, puis il donne de tout cela les con clusions les plus rationnelles et les plus larges. Sédir. Henri Dubéchot, L'Orientation. Chamuel, éditeur; prix 1 fr. J’ai été agréablement surpris de trouver en l’auteur de cette brochure un véritable mystique, un fils spirituel
i88 l’initiation des Kuysbrocek,des Leadeet des Astinger. M. Dube'chot dit de lui-même: «L’esprit consolateur m’a instruit;... j’apporte l’aube d’un jour nouveau, le signal de la déli vrance des captifs de la nuit.
Cette fois encore, la vérité aura été révélée à un ignorant, à un humble, à qui le monde n’a enseigné ni ses lettres, ni sa science. » Ce pendant, tout porte à croire, en lisant ces trop courtes pages, que leur auteur n’a pas négligé les arts profanes ; la langue merveilleusement claire et souple exprime les charmes du mysticisme avec la saveur si délicieuse des anciens écrivains.
Le salut réside dans l’acquisition de la science; tel est l’enseignement de Jésus ; mais pour acquérir cette science de l’invisible, il faut recevoir le royaume de Dieu comme un enfant: « L’âme qui satisfera aux conditions que résume cette parole sera prête à entendre les expli cations qui vont suivre : affranchie de l’obsession du moi, et avide de lumière comme la sève que le soleil entraîne dans la circulatiou végétale, elle s’avancera jusqu’au Zenith de son ciel dans le rayonnement de la poésie divine... ; au jour à la fois terrifiant et divin de la seconde naissance elle habitera et connaîtra, d’une connaissance éternellement reconnaissante, le monde au seuil duquel s’arrête le langage humain. » Tout le problème consiste donc à bien orienter les activités de l’âme, et à garder fermement l’orientation droite.
Moyennant cela la moisson sera abondante ; et la moisson, c’est l’âme du fils, sortie des profondeurs du chaos, malgré la résistance et les séductions de l’élément inférieur, et revenant à l’âme du père, après avoir ac quis la connaissance de sa pensée. » Toutes nos félicitations à M. Dubéchot pour ce beau et pieux travail. SÉDIR. Victor de Champvans, Les Petits Suicides. Bibliothèque des Modernes; Paris, 155, rue Montmartre, in-18, 2 fr.
Dans ce volume de nouvelles, troisième de la série les Amours rurales, l’actif directeur de l’ancienne Revue moBIBLIOGRAPHIE 189 derne, — depuis peu de temps Revue de l’Est, — nous dévoile une nouvelle face de son talent.
Ces pages, toutes vibrantes d’une vie saine et fortefontun contraste agréa ble avec tant de littératures contournées et mièvres aux quelles nous sommes malheureusement habitués.L’amour des humbles, des bons, des opprimés par les conven tions sociales éclate à chaque feuille de ce recueil qui, nous l’espérons, obtiendra tout le succès qu’il mérite. * Léon Riotor, Le Parabolain. Bibliothèque de la Plume, in-12 carré.
Très suggestive brochure d’un penseur à la logique vi goureuse. M. Riotor défend en sociologie ses théories individualistes; son culte de la volonté a de la personnalité, Nous recommandons vivement à tous les penseurs cet opuscule plein d’idées fortes et neuves.
Les Mystères du Zodiaque, par Edmond Groult ; Li sieux, 1894, in-18. ■Très intéressant travail de vulgarisation dans lequel M. Groult, le fondateur des musées cantonaux, résume les immenses recherches des Dupuis, des Boulanger, des Volney sur la mythologie astronomique des Anciens et sur la signification du zodiaque en particulier. Papus et Delius, Anatomie et Physiologie de l'or chestre.
Brochure in-18, avec planches et table ; Chamuel, prix 1 fr. Un kabbaliste et un musicien se sont réunis pour met tre au jour cette pensée originale, à savoir que l’or chestre est analogue à un être vivant, composé de corps, d’âme doublement polarisée, et d’esprit. Comment s’éta blissent ces correspondances musicales et instrumentales,
l’initiation comment les manier, comment les grands musiciens ont deviné intuitivement cette application du quaternaire, les lecteurs l’apprendront avec beaucoup d’intérêt et de profit, en lisant cette originale et profonde produc tion. S. * E. Amelineau. — Le Nouveau Traité gnostique de Turin. Brochure in-18 ; Chamuel, éditeur, prix i fr.
Le savant auteur de tant d’érudites études, celui pour qui les papyrus alexandrins n’ont guère plus de se crets, vient porter à la connaissance du public français un des plus intéressants documents que nous connais sions sur la théurgie gnostique. Savants et mystiques y trouveront grand profit; et le succès de cette traduction seragrand parmi les nombreux fidèles de l’Eglise gnos tique actuelle.
S. * Traité théorique et pratique du Haschich et autres sub stances psychiques. — Un vol. in-12, chez Chamuel. prix 3 fr. Le polygraphe auteur de ce curieux volume a voulu offrir au public la scientifique essence d’une des si nombreuses fleurs du mal ; c’est du moins ce que semble indiquer l’anonymat qu’il a parlé.
A l’histoire du Haschich, à la description de la plante est ajoutée une étude détaillée sur ses effets physiolo giques et pathologiques. Déplus trois chapitres sont consacrés à l’étude des plantes narcotiques et sédatives, de la Morphine et des Herbes magiques. Le livre est surtout intéressant en ce qu’il résume et réunit des données éparses dans beaucoup de volumes et de revues ; c’est une sorte de vade-mecum du haschichien. S.
BIBLIOGRAPHIE 191 ¥ ¥ Astra, chez Chamuel, 29, rue de Tre'vise, Paris; prix 1 fr. Ecrire une histoire d’amour qui soit en même temps un conte philosophique de la plus haute portée, mêler la poésie à la science, éclairer d’un jour nouveau les té nèbres de la conscience, tel est le but que s’est pro posé et qu’a atteint le mystérieux et savant auteur de V Astra. Voici d’ailleurs une lettre que nous nous permettons de reproduire.
« Je trouve votre Astra extrêmement curieuse., très « joliment contée, bien composée, savamment claire, ce « qui est le suprême de l’art en ces matières occultes si i fuyantes et si obscures. » Juliette Adam. ★ ¥ ¥ Le prophète de l’Apocalypse et de la France, par J. Vicère, géomètre ; Perpignan, 1894, in-12. M. Vicère est le Pierre et Jean dont il est parlé LàBas de J. K.
Huysmans ; dernier commentateur de l’Apocalypse, ilapplique les symboles de ce livredehaute kabbale à l’époque actuelle ; comme tant d’autres mys. tiques, il voit notre époque comme une période de tran sition et de combat qui doit se clore par l’avènement du Christ en esprit et en vérité.
Depuis Ruysbroeck, jus qu’à Anna Kingsford, en passant par Jeanne Leade, Œtinger et tant d’autres, toutes les prophéties de ce genre recouvrent une réelle science ésotérique que les initiés peuvent lire dans l’œuvre de Jean Trilheucsnr les causes secondes. Il ne nous est pas permis d’en parler plus explicitement ici.
Quoiqu’il en soit, parmi les nombreuses prophéties de M. Vicère, il en est de fort justes; il appartient évi demment à la classe privilégiée des voyants naturels, et, attaché comme il semble l’être à une doctrine pure et
192 . l’initiation pieuse, nul doute qu’il ne s’élève encore plus haut, sur tout s’il sait rester simple et bon. Seoir. LES BRAS DE VÉNUS M. Jules de Marthold, l’auteur connu et justement ap précié de tant d’œuvres exquises, vient de faire représen ter au théâtre Lisbonne — cadre que nous aurions souhaité plus délicat pour être digne d’une si fine chose — une pantomime.
C’est, je crois, son premier essai en cette matière; et nous, sommes heureux de constater que M. de Marthold a parfaitement réussi. Voici en gros le sujet de cette pantomime : Un sculp teur talentueux traîne une existence morne au milieu de ses œuvres inachevées. Parmi elles, une Vénus de Milo ; en une inspiration, il modèle les deux bras admi rables qu’il faut pour rendre la vie à ce chef-d’œuvre.
La Vénus s’anime alors et devient femme, elle en apprend ■rapidement les coquetteries et les arts; elle prend le cœur du pauvre Pierrot, inconséquente, folle et perverse, inconsciemment, elle dilapide l’argent de l’amoureux, brise tout chez lui, — jusqu’à ce qu’enfin celui-ci, revenu à la raison, la dépossède de ses bras. — On,le voit, l’idée est très profonde et pleine de leçons pour les gens au cœur fragile.
Espérons que beaucoup des artistes pré sents à çette première retiendront la leçon, si aimable ment dite d’ailleurs pardeux interprètes fidèles. Nous recommandons chaudement à tous ceux qui s’intéressent à la politique orientale, et à l’avenir de ces races encore neuves, le journal [’Orient et ¡’Abeille du
NOUVELLES DIVERSES ig3 Bosphore^ les informations les plus intéressantes et les plus nombreuses y sont prodiguées. A lire tout particu lièrement dans ces derniers numéros un curieux article sur les femmes musulmanes. Bureaux, 91, avenue Malakoff, Paris. *¥ ¥ Le Voile d’Isis réorganisé à partir de ce mois publie dans chaque numéro un journal des journaux spiritua listes dans l’ordre suivant : ior n° du mois: Analyse des Revues spirites.
20 — — magnétiques. 3° — — occultistes et philo sophiques. 4° — — littéraires. Nos lecteurs qui voudront se tenir au courant du mou vement spiritualiste trouveront là d’utiles renseignements. Demander un numéro spécimen franco 29, rue de Trévise, Paris. • A bientôt un livre nouveau de Jules Lermina : Magie Sociale. * ¥ • Sommaire de la Revue philosophique, numéro de Novembre 1894 (19e année).
DUCAS : La mémoire brute et la mémoire organisée. — R. DE LA GRASSERIE : De l’importance des langues sauvages bu point de vue psychologique. — G. RI CHARD: La discussion judiciaire et l’état de droit. — Revue générale. — Analyses et comptes rendus. — Correspondance. — Revues des périodiques étrangers. Abonnement: Un an: Paris, 3o fr.; départements et étranger, 33 fr.
La livraison, 3 fr. (Félix Alcan, éditeur, 108, boulevard Saint-Germain, Paris.) La Revue des Revues du i5 octobre contient, comme toujours, une quantité de conceptions neuves et des plus intéressantes. Citons au hasard :
4 ■' U. Î ÏQ4 l’initiation . La Thérapeutique de l'avenir (La Sérothérapie), par le Dr J. Héricourt, chef du laboratoire physiologique à la Faculté de médecine. — Les Surprises de l’histoire, par E. Neukomm et G. Bertin. — Le Christ dans l’Inde, par le professeur Max Muller. — La Misère anglaise, par le professeur A. Okolski.— Les Banknotes pittoresques (Illustré). — Pierre Ivanovitch DinkofT, par Mm8 V. Krestovsky. — Les Mystères des vins: I.
Le Vin de nos pères et celui d’aujourd’hui, parle vicomte G. d’AvENEL; IL Le Champagne américain, par Lee J. Vance. — L’Adoration des plantes et les Tarahumaris, par Carl Lumholtz. — Les Berceaux à travers les âges (Illustré). — Les Madgyars, par le professeur H.
Vambéry. — La Jeune Allemagne littéraire, par Servaes et Hollaender. — La Poésie et les Poètes chinois, par Barthélemy Saint-Hilaire. — Les Revues Indépendantes, par Al fred Vallette. — Analyse des Revues françaises et étrangères. — Caricatures politiques. Les nouveaux abonnés pour i8g5 bénéficieront de l’envoi gratuit des numéros devant paraître jusqu’à la fin de l’année courante. Paris, 32, rue de Verneuil. France, 14 francs.
Union postale, 18 francs par an. Abonnements partant des 1er et i5 de chaque mois. Numéro spécimen contre 60 cen times en timbres-poste. .r 1 ADRESSE DU SYNDICAT DES MAGNÉTISEURS, MASSEURS, MÉDIUMS-GUÉRISSEURS, ETC. A SA MAJESTÉ L’IMPERATRICE DE RUSSIE L’adresse suivante a été remise le 10 novembre à M. le baron de Mohrenheim, ambassadeur de Russie, à Paris. .'.'S&ÏÀA
NOUVELLES DIVERSES iç5 en son cœur le deuil de Celui qui fut le Grand Ami de la France. Le Syndicat ne saurait oublier qu’en maintes circon stances le très regretté tsar Alexandre III et son Illustre famille ont témoigné leur sympathie et accordé leur puissante protection à la science du magnétisme. Le Syndicat remercie tout particulièrement Votre Majesté d’avoir appelé près de son Noble Epoux le Pope Jean Serguief de Cronstadt.
Elle a pu constater que l’amélioration produite dès l’arrivée du célèbre Thérapeute ne peut être attribuée qu’à ses puissantes invocations et à ses hautes facultés magnétiques. Le Syndicat prie Sa Majesté l’impératrice d’accepter les vœux qu’il forme pour que la France et la Russie restent toujours les deux nations sœurs.
Agréez l’expression du profond respect avec lequel nous avons l’honneur d'être, de Votre Majesté Impé riale, les très humbles serviteurs. Le Président. E. Houssay, 56, rue de la Tour, Passy-Paris. Le jcr Vice-Président, A. Lorenza. Le Trésorier. L. Auffinger. Le Gérant : Encausse. TOURS. — IMP. E. ARRAULT ET C1*, RUE DE LA PRÉFECTURE, 6.
Principaux Ouvrages recommandés pour l’étude de ¡’OCCULTISME et de ses applications CONTEMPORAINS F. Ch Rîrtît J L’Évolution de l’idée. ............1 L’Instruction Intégrale. c r, (Le Serpent de la Genèse. Stanislas de Güaita ... — , , ( Le Temple de Satan. I Traité méthodique de Science Occulte. Traité élémentaire de Magie pratique. La Science des’ Mages. A. Jhouney.................. Ésotérisme et Socialisme. René Caillié...............
Dieu et la Création. LITTÉRATURE CLASSIQUES Eliphas Lévi............... Saint-Yves d’Alveydre Fabre d’Olivet............ Albert Poisson............ La Clef des Grands Mystères. Mission des Juifs. La Langue hébraïque restituée. Théories et Symboles des Alchimistes. Jules Lermina . . . . ( La Magicienne. / A Brûler. ( Zanoni. ( La Maison Hantée Bulwer Lytton . . . MYSTIQUE P. SÉDIR...............
Jeanne Leade. / Jacob Bœhme et les Tempéraments TOUR DÉTAIL ET PRIX, S’ADRESSER A la Librairie CHAMUEL, 29, Rue de Trévise, PARIS Envoi Franco du Catalogue. —\ TOURS, IMP. E. ARRAULT ET CIE