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Revue philosophique des Hautes Études PUBLIÉE MENSUELLEMENT SOUS LA DIRECTION DE PAPUS V O. « Docteur en médecine — Docteur en kabbale 2 5' V. O L U M E, — 7 M ■ A N N Ê E SOMMAIRE DU N° i (Octobre 1894) PARTIE INITIATIQUE... Notre nouvelle administra tion.................................. La Direction. (P- i)- Le Concile deNicée .... Eugène Nus. (p. 2 à 11). L’Hallucination............... Guymiot. (p. 12 à 20). Jeanne Leade (fin)...............
Sédir. (p. 20-43). PARTIE PHILOSOPHI-Un Calendrier magique, QUE ET SCIENTIFIQUE avec tableaux.......................Dr Fugairon. (44 à 52). ' . L’Au-Delà.......................... E. Burton. (p. 52 à 63). Paracelse et ses 14 livres des Paragraphes............ E. Bosc. (p. 64 à 73). PARTIE LITTÉRAIRE... La VisiondeNehor(poésie) J. de Tallenay. (P- 74 à 75-) • Maison hantée......................Bulwer-Lytton. (p. 76 à 91).
Groupe indépendant d’études ésotériques. — Kvmris. — Répercus sions des blessures de l’astral. — Le Pater des Atlantes. — Une Sur prise. — Nouvelles diverses. — Bibliographie. Tout ce qui concerne la Rédaction et les Échanges doit être adressé 14, rue de Strasbourg, Paris. Administration, Abonnements : 29, rue de Trévise — Chamuel, éditeur. Le Numéro : UN FRANC. — Un An : DIX FRANCS
! ' Les Doctrines matérialistes ^int vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion■ mais elles n’ont " abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. - L’Initiation est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent : Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d’an même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Ban« la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l’arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cléricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère. .
Enfin l’initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte, La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier.
L’Initiation paraît régulièrement du 15 au 20 de chaque mois et compte déjà sept années d’existence. — Abonnement: 10 francs par an. ' (Les collections des deux premières années sont absolument épuisées.)
Changement d’administration DE L'INITIATION Notre ami Chamuel, l’heureux éditeur à qui le Spi ritualisme doit déjà la publication de 160 ouvrages, vient de se rendre acquéreur de l’Inihatton. C’est donc 29, rue de Trévise, que devront dorénavant être adressés tous les abonnements et réclamations.
Nous engageons tout spécialement nos abonnés à nous si gnaler les numéros qui n’arriveraient pas régulière ment afin de faire à la poste les réclamations néces saires.
En quittant l’éditeur Carré, nous tenons à le remer cier de ce qu’il a fait pour ïlnitiation qu’il a acquise alors qu’elle ne faisait pas encore ses frais et qui a été amenée, sous son administration, à cette clientèle de 1,600 lecteurs qui fait de notre organe une des rares publications périodiques gagnant de ! argent. Ce dé tail, bien que très matériel, a son importance pour prouver la vitalité de l’occultisme.
Voilà pourquoi nous avons pu créer un organe hebdomadaire, le Voile dTsis, qui va prendre un nouvel essor sous peu. La Direction.
L» reproduction des articles inédits publiés psr L'Initiation est formellement interdite, à moins d'autorisation sjiéciale. PARTIE INITIATIQUE £13 ÜOÏffllS ®3 SME*1’ (i) L’éditeur Flammarion met en vente ce jour même l'œuvre posthume d’Eugène Nus « Vivisection, du Catholicisme ».Nous sommes autorisés spécialement à présenter à nos lecteurs un extrait de cet ouvrage remarquable que tous les spiritualistes voudront posséder.
Jamais une telle lumière n’avait été pro jetée sur les origines et l’évolution du catholicisme. (En vente chez Charnue!, 29, rue de Trévise, 3 fr.) Défrayés des frais de voyage par les finances de l’Etat, des quatre points cardinaux les évêques accou rurent. Ils seraient venus de la lune, si la lune eût eu des évêques, pour voir un Empereur chrétien. Il y a désaccord sur leur nombre.
Le chiffre officiel de l’Eglise en inscrit trois cent dix-huit. Selon le patriarche Eutychius, renommé par ses biographes pour sa profonde connaissance des choses ecclésias tiques, il y en eut deux mille quarante-huit. Mais il paraît que Constantin, pour circonscrire le débat dans des limites possibles, fut obligé d’éliminer la plupart de ces chefs d’Eglise. (i)
LE CONCILE DE NICÉE 3 « Ayant entendu les avis de tous les évêques assem- « blés, écrit Eutychius, il fut étonné de la diversité « des croyances.
Il yen avait qui faisaient deux Dieux « du Christ et de sa mère, qu’ils subordonnaient éga- « lement au Dieu suprême ; c’étaient les Barbares ou « Marcionites ; d’autres, c’étaient les Sabelliens, fai- « saient naître le Verbe du Père, comme la flamme « de la flamme ; d’autres encore, les Eliens, faisaient « traverser Marie par le dit Verbe, comme de l’eau : « entré par l’oreille, le Verbe était sorti par où sortent « les enfants.
Il y en avait qui faisaient créer l’Homme- « Christ par Dieu même, pour l’envoyer habiter dans « fils de Marie qui avait ainsi pu être appelé Fils de « Dieu, ce Dieu étant unique et simple de substance « comme de personne, sans Verbe ni Saint-Esprit : « c’étaient les Pauliniens de Paul de Samosate.
Les « Marcionites reconnaissaient trois Dieux ; le bon, le « mauvais et le moyen. » Ces diverses opinions pouvaient certes se soutenir, ni plus ni moins que les autres. Mais, au lieu de l’unité, on abordait le chaos. Trois cent dix-huit s’en tendant pour réprouver les systèmes de leurs collègues, Constantin leur confia la tâche d’établir un Credo commun, dans lequel il se chargeait de ranger toutes ces Eglises.
Même dans les trois cent dix-huit, sélectés par l’Empereur, la plupart étaient peu aptes à digérer ces matières métaphysiques. Au dire de l’évêque Sabinus, qui recueillit les Actes du Concile, les pères de Nicée étaient aussi simples et aussi ignorants que, hélas ! ils étaient grossiers. D’après les historiens de l’Eglise, le début ne fut
l'initiation 4 pas heureux.
Selon Socrate de Sozomène, les Pères, croyant n’avoir été appelés en présence de Constantin que pour l’entretenir de leurs affaires personnelles, « oublièrent en un instant ce qui n’importait qu’à la religion et au culte, se prirent de violentes querelles, et s’accusèrent réciproquement avec une indécence et un acharnement indicibles. » Beaucoup remirent à l’Empereur des mémoires relatant les méfaits dont ils accusaient leurs collèguès. - On croit, dit l’abbé Fleury, que ce furent les évêques ariens qui se rendirent coupables de cette infraction à la fraternité chrétienne.
Si le brave abbé eût penché pour Arius, on croirait probablement que ce furent les évêques orthodoxes qui dénoncèrentleursconfrères. Eusèbe de Césarée, quoique inclinant vers l’hérésie, raconte le fait sans commentaire, et la postérité, quelque reculée qu’elle soit, n’éclaircira jamais ce point, car Constantin, en plein concile, lança au feu tous ces libelles sans vouloir y jeter les yeux.
« — Quand il entra dans l’assemblée, disent les « pieux écrivains, couvert de pourpre, d’or et de pier « reries, ses yeux baissés et la rougeur de son front « respiraient une douceur royale. Il refusa de s’asseoir « avant que tous les évêques eussent pris leur place « et lui eussent fait signe d’en faire autant.
Alors il « s’assit humblement sur une chaise basse, toute bril- « lante d’ornements en or. » Sa réponse au discours d’Eusèbe de Césarée, qui lui souhaite la bienvenue, ne fut pas moins empreinte de modestie et de douceur : « — Il conjura ces très chers ministres de Dieu de
LE CONCILE DE NICÉE 5 « ne manifester qu’un même sentiment et qu’une « même opinion, et de se rendre par là eux-mêmes « très agréables à Dieu, tout en faisant une chose que « lui, Constantin, regarderait comme étant, de leur « part, le plus signalé des bienfaits. » Si ce racontar officiel des premiers historiens de l’Eglise n’a pas été inventé par ces plumes sacerdo tales, pour rehausser le sacerdoce dont le règne allait commencer, l’attitude prise par Constantin devant ces pères de Nicée, dont l’esprit et le caractère lui avaient, à première vue, inspiré une si mince considération, né peut guère être attribuée qu’à la volonté d’incul quer à ses sujets le respect de ces évêques, ministres du Dieu chrétien dont il se faisait un associé.
Mais peu importe le mobile ou la mobilité de ce César si juste ment rangé, dans tous les cas, parmi les saints de notre Eglise. Ce sont les œuvres du Concile et non celles de Constantin qu’il s’agit d’examiner. Les trois cent dix-huit évêques furent présidés par Osius.
On croit, dit l’abbé Fleury, que ce simple évêque de Cordoue fut président du Concile en qua lité de légat du pape Sylvestre, empêché par son grand âge de faire le voyage de Nicée. L’abbé Fleury sait très bien que nul n’a pu croire cela, surtout au temps du Concile, où il n’y avait pas de pape.
Le simple évêque de Rome fut convoqué comme les autres, et se fit représenter par deux membres de son clergé, uniquement destinés à faire tapisserie, car ces Latins, qui brillèrent rarement par la science, ne savaient pas même le grec. Si l’évêque de Cordoue fut le légat de quelqu’un, il fut celui de l’Empereur dont il était le
6 l’initiation favori et le grand collaborateur, dans cette entreprise politique de concentration chrétienne. ■ Les on dit et les on croit de ce bon abbé Fleury, employés, annonce-t-il dans la préface de son his toire, pour exposer les affirmations dénuées de preuves suffisantes, comme on en rencontre tant dans les fastes ecclésiastiques, s’appliquent invariablement à un seul ordre de faits : ceux qui lui semblent utiles aux intérêts catholiques.
Jamais on ne dit ni on ne croit ce qui pourrait contrarier les doctrines qui lui sont chères. Ne lui en faisons pas un crime ! nous, glissons tous, plus ou moins, sur la pente de nos désirs, et ces faiblesses de l’esprit méritent d’être excusées quand elles sont involontaires.
Maintenant que le calme est rétabli et que tous les couteaux tirés ont été remis en poche, abordons, avec le Concile, la question qui l’a réuni, vaine, absurde, ou tout comme on voudra l’appeler, ainsi que l'a dit Constantin, avant qu’il se vît forcé de se mêler à la querelle. Il s’agit donc de décider, à l’unanimité, ou tout au moins à la majorité des voix, si le Fils est créé par le Père.
Jusqu’à la fin du m8 siècle, ce fut l’opinion générale. • Les apôtres, même Paul ; les évangélistes, même Jean; les plus fantasques gnostiques, même ceux qui dans le Christ ne voyaient qu’une apparence, les par tisans de l’hypostase, le supposant détaché de Dieu, avec mission de créer les mondes, ont tous admis que la source existait avant le ruisseau, le foyer avant la
LE CONCILE DE NICEE 7 flamme, et qu’entre la partie et le tout il y avait iné galité d’étendue, comme différence de qualité entre la cause et l’effet. Mais cette vulgaire logique du simple bon sens humain, bonne pour les choses de la terre, n’est pas admise dans le ciel.
A l’inverse des anciens sages, qui enseignaient dans leurs temples la loi d’unité de la vie expliquée par cet aphorisme : « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, et ce qui est en bas est comme ce qui est en haut », le Saint-Esprit des chré tiens, incarné dans quelques têtes, découvre, au bout de trois cents ans, que c’est justement le contraire.
Dans la logique divine, le fils, qui est engendré, est pourtant inengendré, absolument comme le Père.
Ce fils, qui n'est pas un fils, ne pouvant avoir de père, puisqu’il est inengendré, et qui pourtant prie son père dont il se déclare le fils, tous deux égaux en puissance, comme ils le sont en essence, quoique le père soit supérieur, ainsi que le fils l’a dit, et ce troisième inen gendré, tout à fait égal aux deux autres, bien qu’il procède de l’un d’eux, ou même de l’un et de l’autre, — c’est une question à débattre, et qui sera débattue, à grands renforts de conciles, coupant même l’Eglise en deux, — constituent le plus beau gâchis divin qui ait jamais irradié de la pauvre cervelle humaine.
Ces malheureux n’ont pas vu qu’en basant leur orthodoxie sur la parité d’origine et l’égalité de puis sance et de qualités de leur fils et de leur père, ils démentaient le fils lui-même qui répétait à satiété : « Mon père est plus grand moi », et qu’ils faisaient du doux Jésus le premier des hérétiques.
8 l’initiation Entre la doctrine arienne et la consubstantialité, la distance était pourtant mince. Etant donnée l’idée empruntée au mythe hindou de l’incarnation divine, tout s’arrangeait aussi mystiquement que possible, sans blesser la saine raison.
Voici la profession de foi des évêques ariens soumise au concile de Nicée : « — Ils croient en un Dieu unique, seul inengen- « dré, seul éternel, seul sans principe, seul immortel, « seul tout-puissant, seul gouvernant et dirigeant « toutes choses, qui a engendré son fils unique avant « tous les siècles, afin qu’il existât et vécût, et par « lequel il a ensuite créé les siècles et tout ce qu’ils « comprennent.
Ils confessent trois personnes: le Père, « le Fils et le Saint-Esprit. Dieu, cause absolue de « tout, est seul sans commencement. Il fut avant le « Christ qui n’est ni co-éternel, ni co-inengendré avec « le Père. » Certes, ces articles de foi, qui reliaient la croyance chrétienne à celle des vieux sanctuaires, par l’intermé diaire de saint Paul et de saint Jean, offraient une pâture suffisammentraffinée aux abstracteurs de quin tessence.
Les plus mystiques des seconds fondateurs de l’Eglise, Justin, Cyprien, Denis l’Aréopagite, Clé ment d’Alexandrie, Origène, Tertulüen même, s’en étaient tous contentés.
« — Il fut un temps, dit Tertulüen, où Dieu n’était ni juge ni père, » Bien longtemps avant Arius, toute l’Eglise était arienne, sauf les sectes encore juives qui, comme Paul de Samosate, faisaient de Jésus un homme supérieur par ses vertus, et quelques philosophes unitaires à leur
LE CONCILE DE NICEE 9 façon, — c’était peut-être la bonne, —-qui ne voyaient, avec Sabellius, dans le Père, le Fils et le Saint-Esprit que trois aspects du grand Être. De toutes ces inventions sur la Nature divine, la seule qui fût complètement extravagante était celle qui devait triompher. Et, pour que rien ne manquât à ce monument d’aberration, on déclara que c’était son absurdité même qui devait le faire accepter.
Dieu, étant l’incompréhensibilité absolue, ne pouvait se ren contrer qu’aux antipodes delà raison qui est la faculté de comprendre. L’absolument insensé nous rappro chait seul de lui. C’est l’explication du Credo quia ineptum, plus logique qu’il n’en a l’air. — « Mon opinion, dit Athanase, est la seule que je ne com prenne pas. » C’est pour cela qu’il l’a soutenue.
Deux mots grecs, homoousios et homoiousios jouè rent un grand rôle dans le concile ; homoousios signi fie même substance, homoiousios semblable en subs tance. Athanase voulait le premier, Arius n’admettait que le second. Cet t grec, appelé iota dans sa patrie, apporté, dit on, comme un rameau d’olivier entre les belligérants, par la sœur de Constantin, au lieu d’être un trait d’union, ne fut qu’un brandon de plus jeté dans la grande discorde.
On devine à quels distinguo, ornés de thèses et d’antithèses, se livrèrent ces docteurs pour déterminer le point précis où l’identique se sépare de l’homogène, où ce qui est semblable diffère, et où, trois personnes distinctes, unies quoique divi sées, sans cesser de se confondre, sont l’une à la droite de l’autre, et la troisième on ne sait où, sauf quand ............. . . ........... Ji ryjll V
10 l’initiation il y a des conciles qu’elle 'a mission d’inspirer. Uhomoousios d’Athanase finit pourtant par l’em porter, et la malheureuse princesse, qui comptait sur son iota, fut repoussée a,vec perte.
La grande déclaration de Nicée, qui fait loi aujourd’hui pour le monde catholique, se résume dans son anathème, accompagnement obligé de toutes les professions de foi : « — L’Eglise de Dieu, catholique et apostolique, « anathématise ceux qui disent qu’il y avait un temps « où le Fils n’existait pas, ou qu’il n’existait pas « avant d’avoir été engendré. » Arius et deux ou trois évêques refusèrent de se sou mettre, préférant la malédiction.
Le pouvoir séculier, qui ne voulait plus de disputes, déclara qu homoousios était le mot véridique et envoya en exil tous ceux qui n’en voulaient pas. Pour en finir à jamais avec ce débat des essences qui troublaient la paix de l’Empire, un décret impérial condamna les écrits d’Ariusà subir le supplice du feu. Ceux qui ne les brûleraient pas, ou ne les feraient pas brûler par les autorités compé tentes, encourraient la peine de mort.
Avec la même facilité, Constantin trancha la ques tion de la célébration de la Pâque, qu’un édit fixa au dimanche pour toute la chrétienté. Quelques menus canons concernant la discipline furent en outre éla borés, pour occuper les entr’actes. Telle fut l’œuvre laborieuse du concile de Nicée accouché par l’opération césarienne, œuvre néfaste autant qu’inepte, qui n’a pu maintenir sa vie qu’à la
LE CONCILE DE NICÉE I I façon des vampires, en buvant des gorgées de sang. Les politiciens d’aujourd’hui, qui prennent encore sa défense, disent que cette façon de concevoir la divinité a fait la civilisation et fut le salut du monde. « — Si la doctrine arienne eût prévalu, a écrit M. le duc de Broglie, Jésus-Christ n’eût été qu’un demidieu.
A côté ou au-dessus de lui, la crédulité populaire n’eût pas manqué de placer d’autres êtres surhumains, pour établir quelques échelons entre le Ciel et la Terre. » Il nous semble qu’en dépit de la divinité de Jésus, la crédulité populaire s’est suffisamment livrée à ce genre de fabrication.
Si ces saints, parfaitement surhumains, puisqu’ils font tous des miracles, chacun dans sa spécialité, ces Madones, noires ou blanches, ces Notre-Dame de la Salette, de Lourdes et d’autres lieux, dont les chapelles font concurrence au maîtreautel du Dieu suprême, ne sont pas au-dessus de lui, elles sont, du moins, tout à côté et diffèrent peu de la légion païenne rangée autour de Jupiter.
La superstition naïve a beau changer d’étiquette, elle est la même dans tous les temps, ainsi, hélas 1 qu’un peu plus haut, ou (si l’on veut) un peu plus bas, la politique religieuse ou la religion politique. ' Eugène Nus.
1 12 l’initiation i,®A!U.lICIHATI©W La matière solide peut passer à l’état liquide, de > celui-ci à l’état vaporeux et de l’état vaporeux à l’état gazeux; dans ce dernier état elle est invisible, c’està-dire qu’elle ne modifie plus pour nous les vibrations lumineuses ; aussi le vulgaire croit-il que la matière à à l’état gazeux est anéantie.
Pourtant il est facile de • comprendre que, si nous voyons encore les vapeurs et si nous ne voyons plus les gaz, c’est que notre œil n’a pas une portée suffisante pour arriver à ce résul tat et que, si nous trouvions le moyen d’étendre la portée de notre œil, il pourrait nous faire percevoir les gaz tout comme il nous fait percevoir la matière dans ses autres états. Les gaz existent,.quoique invisibles ; les chimistes 3e savent bien.
Il y a encore d’autres choses qui • existent sans qu’on puisse les percevoir directement: la chaleur, l’électricité, le magnétisme.
Les effets pro- ■ duits dans le monde par ces choses prouvent que les : substances appartenant au monde invisible sont aussi . bien des réalités que les subtances appartenant au ; monde visible. - Il y a encore d’autres choses qui sont invisibles: nos sentiments, nos idées, etqui cependant produisent •des effets dans le monde physique. Rien peut-il prol’hallucination i3 duire des effets ? A coup sûr non.
Les idées sont donc quelque chose ; il est vrai qu’elles n’appartiennent pas à la classe des objets physiques, qu’on ne peut pas les ranger parmi les choses matérielles ; mais forcément, elles appartiennent à un certain ordre d’existence que nous pouvons nommer le monde idéel. Nous devons alors considérer les idées comme des faits d’ordre idéel, tandis que les objets physiques sont des faits d’ordre matériel.
Le sens commun accepte les idées, comme tout le reste, sans en rechercher la nature ni l’origine ; si d’aventure son attention est attirée là-dessus, comme il n’a qu’un critérium pour estimer la réalité, à savoir les qualités physiques, il perçoit immédiatement que les idées sont dépourvues de ces qualités, d’où il con clut aussitôt qu’elles sont des non-réalités, des choses qui n’existent pas, des riens.
II pense que l’homme les crée en les tirant du néant et qu’en disparaissant de sa conscience, elles retombent dans le néant. Cette opinion sert de base à la théorie de la créa tion ex nihilo et aussi à la croyance au néant, idées répandues chez tous les hommes dépourvus d’éduca tion philosophique, comme ¡lest facile de le constater dans leurs raisonnements qui fréquemment les con tiennent à leur insu.
Parmi les philosophes occiden taux, il en est peu qui aient su s’élever à la conception de l’existence réelle des idées, qui aient reconnu en elles des êtres et des objets appartenant à un ordre d’existence différent del’ordre matériel. Pourtant, si les idées sont des êtres, — et il n’est pas besoin de longues réflexions pour le comprendre, — il faut bien
l’initiation 14 qu’elles appartiennent à un ordre d’existence, lequel, pour être différentde l’ordre physique, n’en comprend pas moins, comme celui-ci, dès objets et des êtres variés. Parmi leurs qualités, les êtres ont la capacité d’entrer en rapport les uns avec les autres ; la percep tion des êtres de l’ordre physique est un rapportentre eux et nous ; ce rapport manque entre nous et les êtres de l’ordre idéel, —chez le commun des hommes.
Nous percevons les êtres de l’ordre physique au moyen de nos sens ; si nous ne percevons pas les êtres de l’ordre idéel, c’est que nous manquons de sens propres à leur perception ; mais, si l’humanité recevait des sens nouveaux, ou si, ce qui revient à peu près au même, ses sens actuels pouvaient être appro priés à la perception du monde idéel, nous pourrions avoir une connaissance expérimentale des êtres peu plant ce monde.
L’état de gaz et l’état d’idée, de même que l’état de chaleur, d’électricité, de magnétisme, ont un carac tère commun : celui d’être hors de la portée immédiate de nos sens ; ils appartiennent tous au monde invi sible. dont le monde idéel est une portion. Le monde invisible a une frontière commune avec le mond physique, comme nous le montre la disparition de la matière passant à l’état de gaz.
Nous avons vu que, si notre œil ne perçoit pas les gaz, ce n’est point parce que ceux-ci manquent d’exis tence, mais bien parce que notre œil n’a pas une por tée suffisante pour les apercevoir. En occultisme, on appelle une portion du monde invisible voisine de
l’hallucination i 5 nous monde astral, et le monde idéel fait partie du monde astral ; conséquemment les idées sont des êtres, des réalités du monde astral, tout comme les roches, les terres, les arbres, les maisons, les ani maux, les hommes, sont des réalités du monde phy sique. - Le monde astral et le monde physique agissent continuellement l’un sur l’autre; les objets physiques, perçus par les êtres vivants, donnent naissance à des idées qui sont des êtres du monde astral ; par contre, les idées peuplant le monde astral passent dans l’in tellect des hommes et des animaux et, par l’activité de ceux-ci, déterminent des modifications des objets constituant le plan physique : une maison, un bateau, un chemin de fer, une machine, sont des objets phy siques qui ont d’abord existé sous forme astrale, comme idée dans le cerveau humain.
« Imaginer, c’est se représenter un objet en l’ab sence de cet objet. » (Paul Janet.) Avec quoi est faite la représentation de l’objet? Avec rien, répond le sens commun. C’est le miracle de Dieu tirant l’univers du néant.
Pour qu’il y ait représentation d’un objet — si la représentation est quelque chose — il faut qu’il y ait une substance servant à constituer cette représentation ; cette substance est ce que les occul tistes appellent lumière astrale. Si les idées sont des êtres substantiels, une appro priation de nos sens actuels ou l’acquisition de sens spéciaux pourrait les rendre percevables.
Les person nes douées d’une imagination assez vive voient dans leur cerveau les personnes et les choses absentes ; Cb-db. i bJ. .i H ryb||jdd
i6 l’initiation pensant à une ville qu’elles ont visitée, elles en re voient les monuments, les rues, les promenades; elles revoient les personnes de leur connaissance, et cela pas avec leurs yeux, mais avec un sens interne dont tout le monde se contente de constater vaguement l’existence, sans chercher à en apprendre davantage sur son compte. .
Ce sens interne, mis en jeu dans le souvenir et l’imagination, est un rudiment du sens qui permet de voir clairement le monde astral.
Tout ce qui est rudimentaire peut être développé, est destiné à se développer ; dans le cours de l’évolution humaine, les sens qui doivent nous rendre aptes à la percep tion directe du monde astral ne manqueront pas de se développer de façon à mettre ce monde à notre portée, tout comme le monde physique s'y trouve actuellement.
Ce n’est pas là simplement une espé rance imaginaire ; il y a déjà des cas nombreux dans lesquels on peut constater le développement de ce sens intérieur. . Ce qu’on appelle hallucination n’est pas autre chose que la perception d’un être d’ordre astral, quel que soit l’objet montré par l’hallucination.
Le fait que l’objet est une idée produite par l’intellect de l’halluciné ne l’empêche nullement d’appartenir au monde astral, puisque nos idées sont des êtres de ce monde. L’intellect humain est un milieu par lequel l’astral et le physique agissent l’un sur l’autre ; on peut en dire autant de l’âme de tous les animaux. Par l’âme des hommes et des animaux, le monde physique détermine l’apparition de certaines espèces
l’hallucination 17 d’êtres dans le monde astral, et réciproquement le monde astral détermine parle même instrument des modifications dans l’économie du monde physique.
Du seul fait que nous pouvons percevoir la forme astrale de l’une de nos idées, fait constaté par la science qui le dénomme hallucination, résulte la démonstration que nous possédons au moins le rudi ment de la faculté de percevoir la forme astrale des idées des autres hommes et la forme astrale des idées de tous les êtres pensants qui sont, comme nous, engendreurs d’objets et d’êtres du monde astral.
Tous les êtres et tous les objetsdu monde astral sontils réels? Il faut s’entendre surle sens des mots. Voici, par exemple, un tableau qui représente un paysage ; le tableau existe comme tableau ; à ce titre, il est réel, mais la représentation qu’il nous offre de l’eau, de l’herbe, des arbres, du ciel, n’est pas ces choses mêmes. Le tableau témoigne de leur existence, mais ne la con tient pas.
Dans le mrônde astral, il y a des tableaux aussi, etbeaucoup de voyants ne perçoiventpas autre chose. Ils voient les êtres du monde astral comme ils se voient eux-mêmes dans un miroir, dans une photogra phie, comme ils voient un homme dans son portrait, comme ils voient dans l’eau d’une rivière les arbres de ses bords, les nuages et les oiseaux qui passent dans le ciel.
Mais, lorsqu’on est apteàpercevoir une image, on est apte aussi à en percevoir l'original ; pour ce faire, il suffit de regarder à l’endroit où il se trouve. Il n’y a pas d’image sans original, mais celui-ci peut ne pas se trouver au même endroit que son image. D’ailleurs l’image est un faitréel, tout aussi bien que son original.
i8 l’initiation L’hallucination ,-a pour cause tantôt la perception d’une image, tantôt celle de l’objet astral lui-même. Elle peut avoir pour objet nos propres idées, les idées des autres hommes, celles des animaux, et aussi celles des êtres qui sont vivants et actifs dans le monde astral, car de tels êtres existent, bien que les savants patentés ne veuillent pas en entendre parler.
Les hommes de tous les temps et de toutes les races ont fait expérimentalement leur connaissance et les ont dénommés sylphes, ondins, naïades, tritons, néréides, salamandres, alfes, fées, ■ génies, gnômes, nixes, dryades, oréades farfadets, poulpiquets, korrigans, kobolds, pygmées, djinns, lutins, dames blanches.
Ces êtres ont des noms dans toutes les langues ; les récits de rencontres avec eux ne sont pas tous des contes faits à plaisir pour émerveiller les enfants ; qu’il y ait de ces récits qui soient faux, cela est certain ; sur quel sujet le mensonge humain ne s’est-il pas exercé ?
Mais prétendre que tous sont faux serait aussi sage que d’affirmer que, puisque les héros des romanciers n’ont jamais vécu de la façon qu’on nous le raconte, iV n’existe ni hommes ni femmes sur terre. v Certaines de ces rencontres sontqualifiéesde visions d’ivrognes, et à juste titre,parce que les êtresdu monde astral ont été souvent rencontrés par des paysans attar dés venant de quelque foire où ils avaient copieuse ment bu.
Mais ce qualificatif, loin d’être une preuve deleur fausseté, est au contraire un argument en faveur de leur réalité, parce que l’ivresse est un des moyens par lesquels nous pouvons mettre notre sytème nerl’hallucination i g veux en état de nous fournir la perception des êtres et des objets du monde astral.
Rire de ces visions d’ivrognes est, dans plus d’un cas, aussi sage que de rire des visions d’un homme qui, ayant une lunette d’approche, décrit des êtres et des objets que l’éloigne ment empêche de voir à l’œil nu.
Certaines subtances comme l’alcool et les narcotiques, ou certaines actions mécaniques comme la danse tournante, la fixation du regard sur un point brillant,.des sons monotones comme ceux d’un tambourin ou certaines chansons de nourrices, mettent notre système nerveux dans un état qui le rend capable de nous faire percevoir le monde astral.
Certains individus ont des dispositions héréditaires à cette perception qui a lieu chez eux sans l’aide des moyens qu’on vient d’indiquer. Il est plus ou moins difficile aux différents individus d’amener leur système nerveux à l’état qui fournit la perception du monde ordinairement invisible.
Pour arriver à comprendre ces choses, il y a une difficulté à surmonter; il faut arriver à la conception de la réalité des idées et de leur existence dans un milieu aussi réel que.le monde physique. Tant que cette con ception manquera, on ne pourra rien comprendre aux enseignements de l’occultisme.
Mais aussi, tant qu’on n’aura pas démontré que les idées sont des riens, des non-entités, tous les arguments qu’on présentera contre l’occultisme seront sans valeur; cette démons tration — qui ne sera pas faite de sitôt — est la seule base solide qu’on puisse donner aux raisonnements de la science matérialiste. Les adversaires de l’occultisme prennent arbitrai- . i i H J
20 l’initiation rement une position supérieure à son égard et, avec une autorité d’emprunt, le somment de justifier ses dires devant leur raison. Où prennent-ils ce droit-là? Dans leur fantaisie et leur présomption. Ils font aux occultistes l’effet d’aveugles sommant ceux qui voient clair de leur démontrer l’existence du soleil sans quoi..... ils ne croiront jamais qu’il existe. A leur aise et tant pis! mais pour qui?
On ne démontre pas les faits, on les constate. La démonstration n’a d’autre rôle que de faire comprendre la possibilité des faits qui ne sont pas immédiatement percevables, mais elle ne peut jamais tenir complètement lieu de leur cons tatation . Guymiot.
LE jfessipr céleste de la faix universelle Troisième message à la Communauté philadelphique {Suite et fin ) Dès lors, on peut espérer que les pierres les plus précieuses seront extraites des mines profondes de la nouvelle terre paradisiaque; ce qui était caché dans le sein obscur de la Nature sera apporté à la lu mière éclatante des pierres flamboyantes de l’amour. De là sortira le vrai amour, qui ne connaît pas l’ai greur, qui souffre tout, croit tout, espère toujours,
LE MESSAGER CÉLESTE DE LA PAIX UNIVERSELLE 21 et ne se laisse pas abattre, lorsqu’il se heurte à quelque chose qui lui est opposé; qui, enfin, vit au-dessus des variations environnantes des choses temporelles et passagères, lesquelles n’influent en rien sur l’iné galité de son humeur et de sa température divine.
De cette source profonde de l’amour naîtra aussi la foi, qui agira suivant un monde si victorieux qu’elle soumettra tout ce qui avait eu la suprématie dans l’an cienne création, corrompue par l’homme. Un autre royaume sera produit : celui de la Sagesse, de la Pu reté et de la Puissance.
De sorte que la nudité du pre mier Adam en nous s’en revêtira et que sa souve raineté sera reconquise par le règne de l’autre Adam, le Seigneur du Ciel, lorsqu’il descend dans la Nature pour la pénétrer et la parfaire, par les canaux qu’il a choisis : ceci appartient à la vie d’après la résurrec tion.
Et cela réside à une si haute unité de la foi que ce que cet esprit convoite et décide en bas, s’accomplit en haut dans ses Cieux : parce que ceci est la clef d’or qui ouvrira au troupeau philadelphique les portes qui lui donneront accès à la gloire du Liban. Car cette clef liera et déliera, fermera et ouvrira.
Ses Philadelphes recevront la prérogative royale d’accomplir des miracles comme Jésus-Christ le faisait lui-même : c’est pourquoi II a dit : « Ils en produiront de plus grands que ceux-ci. » De sorte que les dons aposto liques perdus seront retrouvés, et couleront de nou veau de leur source propre ; il deviendra possible de commander à la mort, de relever la Nature accablée et affaiblie, et d’ouvrir l’intelligence jusqu’à la com préhension du pur langage de la Nature : ramenant
22 l’initiation ainsi la confusion des langues à la pureté de la parole angélique. Oui, il est impossible d’écrire et de raconter les choses merveilleuses qui seront produites par la foi née de l’amour. En conséquence, écoutez et obéissez tous, à quelque classe que vous apparteniez, laïque ou ecclésiastique, haute ou basse, juifs ou païens, serfs ou hommes libres.
Ce message vous est envoyé par la messagère de l’amour qui doit en répandre le nard précieux, où il sera nécessaire : où l’esprit du Scorpion a porté ses ravages en déchirant le principe d’amour et en éten dant le royaume irascible et satanique, qu’il sera donné au royaume philadelphique de l’amour de sur monter et d’anéantir.
Oh 1 quels plus puissants motifs pouvons-nous don ner pour gagner l’esprit sombre, sceptique et rétif qui s’élève dans le moment'où les plus grandes facilités sont offertes pour entrer en la vraie église virginale : laquelle s’élève dans la ville de la Nouvelle-Jérusa lem, magnifique à l’intérieur comme à l’extérieur, ornée des gemmes orientales ; elle est la Fiancée de Dieu et de l’Agneau, de qui doit sortir le royaume éternel de majesté, de puissance et de gloire, où le troupeau philadelphique se multipliera.
D’après cela, il doit venir réellement des cieux, le cri qui rassemblera les anges des Eglises diverses, ré veillant les Laodicéens sommeilleurs, engourdis dans une indécise disposition; ils se débarrasseront de leurs usages, de leurs cérémonies extérieures, de leurs errements et divergences, et se rendront tous en l’unité de l’amour philadelphique. Oh 1 qui ne seraient, . ...... IT,! .. .ocyyiüE
LE MESSAGER CÉLESTE DE LA PAIX UNIVERSELLE 2 3 après cela, avides de ces grandes dignités, désireux de devenir les pasteurs des brebis, pour les guider • avec la houlette d’or de l’amour vers la bergerie,du Grand Pasteur, où elles se rassasieront des fruits du Liban, par lesquels l’esprit, la vie et la force leur seront tous le§ jours prodigués. O Angleterre !
Angle terre ! reconnais le jour de ta salvation : car une mer veilleuse aurore se lève. Ouvre donc les fenêtres de ton âme, et laisse-là s’éclairer : ainsi le Seigneur qui a dit : « Voyez 1 je viens pour gouverner le royaume de l’Amour », y entrera dans sa gloire. Et que tous ceux à qui parviendra ce message adressent de tout leur cœur des prières ferventes pour que son royaume arrive avec la Paix et l’Amour.
L’Alpha et l’Oméga s’adresse aussi aux sept Églises plus éloignées, carie fleuve de l’Amour coule jusque dans leur pays. Les anges de l’Amour ont reçu l’ordre de voler vers elles, pour leur annoncer qu’un lac a été creusé dont les eaux ont une vertu telle que toute leur nature déchue et corrompue sera guérie.
Et cet appel s’adresse d’abord à vous de l’Église romaine, à qui votre âge et votre qualité de succes seurs des Apôtres donnent le prestige ; et il vous aver tit et vous conseille de bien éprouver votre conduite et la conformité de votre vie aux règles apostoliques pour que vous puissiez conserver votre titre et votre rang.
Car il faut que vous sachiez qu’une loi fulgurante, esprit de consumation et de jugement, est sortie de la bouche du Christ Jésus, legrand Apôtre, pour éprouver vos voies, vos œuvres et votre culte. Car il faudra vous résoudre à voir tout ce qui aura été trouvé trop léger,
l’initiation 24 dans la balance d’or, ainsi que le superflu et l’impur, consumé par la puissante chaleur de l’amour de Dieu. C’est pourquoi il vous est conseillé de revenir en votre premier état. Et que celui qui siège comme roi et potentat de cette Église s’examine et s’éprouve avec un soin particulier, pour s’assurer qu’il détient réelle ment les pouvoirs de sa mission ; et cela ne peut être reconnu que par la force de l’esprit de Jésus.
C’est Lui qui tient en main la clef d’or qui doit ouvrir au troupeau des Philadelphes le royaume de l’amour, de l’unité et de la paix. C’est en ceci qu’il se montrera le vrai pasteur des brebis, leur évêque et surveillant.
L’Alpha et l’Oméga doit vous faire connaître que les titres, les mots et les cérémonies extérieurs passeront par le jugement de feu ; soyez donc vigilants ; veillez et fortifiez ce qui pourrait mourir en vous à la vie inté rieure et spirituelle ; et efforcez-vous vers le primitif état d’amour pour que vous puissiez porter le signe de la Fiancée philadelphique. Et voyez ceci un mande ment véridique de Celui qui est tout en tout.
Mais à vous, de l’Église luthérienne et des autres Églises réformées, voici la parole du Conseil et de la Sagesse que vous ne devez pas oublier ; car il doit vous suffire, au commencement de cette réforme, de voir se dissiper les ténèbres de l’ignorance.
Mais il ne faut pas vous arrêter devant ces premières lueurs de l’aurore ; au contraire, votre lampe doit briller de plus en plus jusqu’à ce que l’unité de l’Amour soit atteinte qui ne souffre aucun schisme et jusqu’à ce que le feu rude et âpre du culte selon Elie (par lequel se produisit votre Réforme, préparant ainsi les voies
LE MESSAGER CÉLESTE DE LA PAIX UNIVERSELLE 2 5 d’un culte plus grand et plus élevé) soit absorbé par l’ardeur de l’Amour.
D’après cela, je voudrais ramener sur la pureté, l’amour et le zèle de votre enfance, pre mier épanouissement de vos Églises, vos yeux et ceux de vos pasteurs, pour que vous puissiez en faire la comparaison avec votre état actuel, pour savoir s’il est vraiment pénétré de la lumière et de la force de la sainteté active, ou si plutôt il ne s’est pas assombri et jusqu’à quel point il est retombé en la mort des appa rences cérémonielles.
A cette fin, que chacun de vous descende en lui-même, et qu’il fasse surgiría source du salut qui fera de vous un Liban florissant, où le Roi del’amour et de la paix pourra descendre vous marquer du sceau philadelphique qui est le cœur flamboyant de l’amour -et de l’unité.
Ne méprisez ni ne rejetez ce message, car il vient de Celui qui habite le buisson ardent de l’Amour ; et il vous invite, vous tous qui appartenez aux Églises réformées, à y venir et à y boire le vin de la divine inspiration par lequel vous deviendrez les serviteurs de l’Esprit ; vous sortirez alors pour publier la réconciliation, et ce sera là votre couronne, votre joie et votre gloire.
Ainsi donc, sou venez-vous, peuples et pasteurs, d’examiner en vousmêmes si vous possédez réellement le signe del’Église et de la Fiancée du Christ : le Fiancé royal n’attend plus que cette réforme élevée qui fera disparaître les cérémonies vides et la lettre morte lesquelles ne peu vent résister à l’épreuve de la pierre divine et brûlante de l’amour.
Si donc vous désirez et espérez son appa rition et son royaume universel, soyez confiants et veillez dans le parvis intérieur d’une âme pure et par
2Ô l’initiation faite ; ouvrez vos oreilles pour écouter la voix de votre Royal Pasteur qui vous demande de ne plus faire qu’un seul troupeau, afin qu’étant descendu parmi vous, Il puisse vous conduire à la source d’eau vive et aux gras pâturages ; la soif et la faim disparues, la • parole substantielle pourra surgir de I’Essence radicale de vos âmes, et vous serez ainsi marqués au signe du Saint-Esprit et de l’Alpha et del’Oméga qui rassemblera en une toutes les Églises et qui est tiare de l’éternelle couronne.
Que soit loué, honoré et glo rifié Celui qui fut, qui est et qui sera. Amen ! Écoutez aussi, ô Grecs, et venez du Levant lointain ; et prête l’oreille, Mauritaine, car tu étais jadis et tu es encore aimée du Seigneur, ton Dieu. O Mauritaine, presse-toi et prépare tes chars : car une trompette est descendue de tes cieux pour annoncer des choses étonnantes.
Fuis en hâte et sans hésiter, ou bien obéis à cet appel que t’adresse ton ange qui se tient devant le trône du puissant Roi-Pontife, et qui t’invite à con templer la gloire de Salomon dont l’aurore descend sur la terre. Laisse les rois de Saba et de Seba appor ter leurs présents.
Venez, vous du Midi, profère la voix, et apportez les offrandes de myrrhe, d’encens, d’aromates et d’or, pour ce grand Roi de la Paix qui régnera sur toutes les nations avec justice, douceur et mansuétude et qui couvrira de confusion les belli queux en changeant leurs épées en faux.
Car le siroco deviendra un zéphyr caressant, et le nord-ouest impé tueux et terrible apaisera sa violence, pour que l’Arche de la Foi puisse voguer sans crainte sur les eaux : et le prince qui a élevé son trône vers le
LE MESSAGER CÉLESTE DE LA PAIX UNIVERSELLE 27 nord(i) ne pourra plus (ayant été enfermé dans cette région par l’art du prince Michael) lâcher la bride aux vents boréens, ni lancer les peuples les uns contre les autres. Voyez! l’Ange de la Grèce est sorti, non pour faire sortir ses prisonniers du pays des étrangers et des bar bares.
Réveillez-vous donc, ô Grecs ! et ne dormez plus ; réveillez-vous aussi, Maures, et secouez la somno lence dans laquelle vous vous êtes complus ! Car les ténèbres de la chute touchent à leur fin ; et le jour que vos pères qui avaient la 'foi désiraient voir euxmêmes, et voir apparaître à leurs enfants, est proche.
C’est pourquoi pensez à vos premières actions, et regardez en arrière vers les jours qui n’ont plus d’âge, avant que vous rompîtes vos fiançailles et que vous gaspillâtes l’amour de votre jeunesse.
Rappelez-vous, dit l’Esprit , ce qu’il vous fut dit de ces Eglises ; et que tous ceux qui ont des oreilles entendent aussi ce que l’Esprit dit encore à ces Églises : Vois ! je viens d’un pas pressé et comme un voleur dans la nuit ; veille donc et accomplis tes premières œuvres.
D’après cela que toutes les églises d’Asie s’éveillent, attendent et se tournent vers le Seigneur, leur puis sant Sauveur, qu’elles ont maltraité et blessé par leurs peccations et leurs rébellions volontaires, mais vers lesquelles il revient cependant pour les sauver ! Mais, s’adressant à toi, petit troupeau des vallées, qui n’as pas eu honte de rendre témoignage devant ( 1 ) Isaïe, xiv, v. 1 3.
28 l’initiation ton Dieu, et qui n’as pas renié la passion de ton Jésus, il t’appelle en disant : Vois, je suis devant ta porte pour faire le compte de toutes tes œuvres et de tout ce que tu as souffert pour mon nom. Levez-vous donc et paraissez, vous tous qui avez été cachés dans la poussière, car un envoyé angélique va descendre, pour vous donner les ailes d’or de la colombe.
Soyez donc forts et sachez que'votre salut, que vous croyiez éloigné, est proche. Il y a aussi une invite adressée par le Dieu d’Abra ham à vous, ses descendants, dispersés dans toutes les nations, comme les feuilles détachées de leurs ra meaux. Reviens, reviens, ô Israël schismatique ! Vois combien de générations ont passé tandis que tu n’as pas reconnu le jour de ta réintégration.
Mais ne laisse point ce siècle s’écouler sans avoir confessé le grand nom de Jésus Sauveur. Car, bien que tu l’aies renié lors de sa première venue selon la chair, sa grâce et sa compassion cordiale sont tellement surabondantes, qu’il veut te pardonner ton manque de foi, t’incitant ainsi à un repentir sincère et reconnaissant.
En con séquence, il t’est commandé, sans plus longue hésita tion, de sortir de tes cérémonies mortes, de tes rites périssables, de découvrir ce qui est caché dans i’ombre, derrière le voile, afin que Christ se révèle en toi, selon sa véritable essence, et que tu comprennes les nombreuses prophéties qui doivent avoir leur ac complissement lors de ta réintégration (Voyez E%échiel, ch. xxxvi, v. 24, etc.).
Car, je veux vous retirer du milieu des païens, vous rassembler de toutes les contrées de l’univers et vous réunir dans votre pays.
LE MESSAGER CÉLESTE DE LA PAIX UNIVERSELLE 2 9 Alors, je vous aspergerai d’eau pure, etc. Et je veux vous donner un nouveau cœur et un nouvel esprit, etc. Mais pour cela, continue-t-Il, je veux être demandé et cherché par Israël. Ainsi voyez votre devoir et votre obligation : cessez de vous attacher avec autant de force à vos préceptes littéraux, et ne vous en faites pas plus longtemps des idoles.
Car son culte doit donner une plus haute possibilité, qui est d’atteindre en Christ la loi de l’Esprit vital (ce que vous pouvez réaliser seuls), car elle est profondément enterrée en vous. Ceci est la vraie circoncision de l’Esprit qui vous enlèvera l’aveuglement de vos âmes : que le Christ, cette étoile polaire, se lève en vous, pour vous préparer à 'entrer dans un avenir prochain, dans la puissance et la magnificence de Son Royaume.
Il attend, jusqu’à ce que vous soyez prêts, par la Foi et l’Amour, à se reconnaître comme votre Roi et votre Sauveur. Et un ange puissant est envoyé de Son Trône, qui tourne vert toi sa trompe, ô maison d’Is raël, et vers tous tes rameaux, proches ou éloignés : Entendez la voix de votre fidèle et véridique Pasteur, qui vous invite à vous réunir aux autres Églises. Que dit-il sinoïi : Réveille-toi!
Réveille-toi ! postérité som meillante de Jacob, sans hésiter ni tergiverser ; car vous n’avez pas seulement retardé le jour de votre propre bonheur dans le Royaume de la Paix, mais aussi celui de ce grand corps dont le Christ est la Tête.
C’est pourquoi au nom de l’amour et de la com passion de Dieu le Père Éternel, par les bras de Jésus qu’il tend vers vous, qu’avec vos pères, votre igno rance a méprisés et a rejetés, je vous supplie de ne pas
3o l’initiation rejeter cette réconciliation d’amour, de vous confier dé sormais à l’esprit véridique et au tabernacle de Dieu : car, en témoignage de vie, il va siouvrir par dedans, et les rideaux qui le cachent vont être tirés : que tout genou se plie, pour reconnaître et accepter celui qui s’est produit pour le salut de toutes les nations. Il y a aussi un autre appel adressé à ceux du royaume de Turquie.
Combien de temps resteront-ils dans la sécurité de leurs ténèbres, rejetant la lumière du Christ, manifesté d’abord dans la chair, et qui se révélera dans l’esprit, en présage de son apparition ultime. Voyez, la houlette de l’amour est étendue vers , vous, comme vers tous les peuples, vers les païens même qui ne reconnaissent pas de Dieu.
De sorte que tous ont reçu l’invitation d’assister à la splendeur de cette aurore ; l’Evangile de la paix éternelle et de la bonne volonté vous est annoncée ; et bien'que beau coup d’oreilles de chair n’aient rien entendu, le livre s’ouvrira en vous.
Car les temps sont venus où l’uni vers sera rempli du nom de Dieu, par l’inondation de l’Esprit, eau vivifiante qui recouvrira les terres mortes et obscures de ia nature humaine corrompue lesquelles seront renouvelées par le feu et par l’eau. Car l’Amn a dit : Voyez, je viens pour renouveler toutes choses. Que toutes les Églises s’unissent donc pour un répons affirmatif!
Mais le trône de Dieu et de l’Agneau envoie un ap pel plus pressant aux monarques qui régnent sur cette Terre, en particulier à celui qui gouverne cette nation. Considère, ô Roi, par quelle main puissante tu as été mis à la tête de ce peuple, et rappelle-toi à quelle fin
LE MESSAGER CÉLESTE DE LA PAIX UNIVERSELLE 3l le sceptre du pouvoir a été mis dans tes mains, et pour quelles œuvres la Providence t’a élu. Une mani festation extraordinaire et remarquable de Dieu a été produite pour affermir et pour consolider ton sceptre.
Remarque cela (dis-je) et observe ce qui t'est de mandé : ce n’est pas autre chose que, comme un nou veau David, de te diriger selon la vérité et la justice en conduisant droit les petits et le peuple, en sauvant les misérables, en brisant les oppresseurs. Alors, après la guerre, le vrai règne de Salomon commencera dans la paix et dans le repos, tandis que les désordres et les diversions actuels seront ramenés à l’harmonie et à l’unité.
C’est à cela que vous devez aider et coopérer avec application, en réunissant les partis divisés. En ouvrant ainsi une porte aux vrais Chrétiens, vous con solidez le trône du Roi dans le cœur de ses sujets.
Qu’ainsi les autres monarques et potentats, qui ne sont pas encore arrivés à cet état spirituel libre et im partial, mais qui sont encore liés par leur propre juge ment et leurs cultes particuliers, apprennent par un tel exemple comment ils doivent affermir dans leur royaume le trône du Très-Haut.
D’après cela, coopé- , rez à cette grande extension de l’universalité de l’Amour qui doit réunir les troupeaux dispersés du Grand Pasteur, sur les prairies où croissent les fleurs odorantes de l’Amour. Puissent ces choses s’imprimer non seulement dans le cœur d’un roi, mais dans celui de tous le| autres.
Quelle digue puissante aux débordements babylo niens qui se sont répandus sur toute la terre les grands n’élèveraient-ils pas s’ils voulaient consacre
32 l’initiation leur pouvoir et leur autorité au développement de ce Royaume, à qui tous seront un jour soumis! Consi dérez cela, vous qui avez le gouvernement, comme un ordre du Christ ; sachez que les temps annoncés sont venus, pour que vous receviez de Dieu l’onction de son Esprit Saint, par laquelle vous serez rois véri tables, prêtres et prophètes de l’ordre céleste, tuteurs dévoués de Son Église.
Nous sommes dans une at tente pleine d’espoir de la réforme fondamentale, et de la nouvelle création glorieuse où descendra le ta bernacle de Dieu en grande magnificence et splendeur pour reposer dans et sur la terre. Amen ! C’est ainsi que j’ai publié ce message en toute fidé lité et sincérité, selon l’ordre qui m’en a été donné, et j’en espère le résultat béni qui est la plénitude des grâces sur tous les peuples.
Dans l'attende de quoi, je me tiens dans le détachement, selon le conseil et le précepte de Celui qui accomplira les prophéties pas sées et présentes. LES SIGNES d’un PHILADELPHE PARFAIT DÉCRITS PAR LE BIENHEUREUX APOTRE PAUL I Un Philadelphe est longanime.
On peut dire que la première victoire d’un héros de la foi philadelphique consiste dans la répression et la domination des mouvements irascibles de l’âme, c’est-à-dire dans l’apaisement de ce lion rugissant
LE MESSAGER CÉLESTE DE LA PAIX UNIVERSELLE 33 qui arrête les voyageurs qui se dirigent vers la ville de l'amour fraternel, comme pour les dévorer. Le coura geux héros, le Christ, et le plus zélé de ses disciples, ont été mordus par lui. et ils eurent de la peine à sauver leur vie.Comme le vrai Philadelphe a cet exem ple devant les yeux, il se garde avec soin de cette bête sauvage et furibonde.
Il s’efforce d’imiter la douceur et la patience divine envers les malfaiteurs. Il s’ap plique à gagner par l’amour ses adversaires, et à vaincre par des services et des présents comme Jacob avec son frère Esaû. Il ne souhaite pas que le feu du ciel tombe sur eux, mais que les charbons ardents de l’amour s’accumulent sur leur tête.
Quant aux héré tiques, à ceux qui ne sont pas de son opinion, ou qui ne se plaisent point dans sa société, il ne les méprise ni ne les persécute par l’épée ou le bûcher ; mais il laisse croître l’ivraie avec le bon grain jusqu’au jour de la moisson, où toute œuvre sera purifiée par le feu. II Un Philadelphe est aimable. Comme la politesse et l’amabilité sont des vertus morales, elles seront en lui une grâce chrétienne.
Il ne paraîtra donc ni sévère ni revêche. Sa religion ne le rend pas acerbe ni rude ou bourru envers les autres, mais plutôt bon, aimable et prêt, dès que la moindre occasion s’en présente, à rendre un service agréable et gratuit ; et bien que, selon l’exemple de son Maître, loué soit-il! il recherche grandement la solitude
l’initiation 34 et l’isolement, il ne se fait remarquer, en paraissant au milieu des autres hommes, par aucune singularité, mais il se comporte sans contrainte, selon leurs manières d’être autant qu’il peut le faire innocemment. De sorte que le vrai Philadelphe est l’homme le plus sympathique et le plus serviable du monde; non seu lement d’un commerce honnête, mais encore attrayant, et aussi aisé dans les plus hautes sociétés que le mon dain.
Et il y a autant de différence entre leurs manières qu’entre celles du chambellan qui reçoit un ambas sadeur étranger, et celles de deux frères tendrement unis. En résumé, personne mieux qu’un Philadelphe ne comprend les vraies réjouissances de l’état de communauté, et la joie constante d’une amitié virile qui s’étend jusqu’aux facultés extérieures de sa sphère. III Un Philadelphe n’est ni jaloux ni envieux.
Après qu’il a vaincu les lions et les ours, il lui reste à écraser la tête du serpent rusé de la jalousie, qui a su se glisser jusque dans le Paradis.
Et il est plus facile de dompter et de ramener à une douce har monie la colère furieuse et les qualités rudes d’une âme non ordonnée que de déraciner cette perversité plus occulte et toujours aux aguets, qui a subsisté en plusieurs fidèles éminents dont elle épuise les esprits vitaux et les forces religieuses.
Mais le vrai Philadel phe est celui qui est parfaitement satisfait de l’état où il se trouve par la sagesse, la justice et la bonté ........... . ik ... ..VOyyt; •..A-J
LE MESSAGER CÉLESTE DE LA PAIX UNIVERSELLE 35 de Dieu. Il ne pense pas aux avantages et aux immu nités dont un autre peut jouir ; mais il s’en réjouit volontiers, et lui souhaite un accroissement de grâce et de bénédictions.
Car il est assuré que le seigneur dont il est le fidèle ne manquera pas de le récompen ser, s’il le sert ; c’est pourquoi il ne s’inquiète pas des grandeurs, des honneurs et des richesses que le monde peut donner, et il n’envie pas ceux qui les possèdent; il se soucie encore moins des grâces que son Seigneur envoie à d’autres frères.
Il n’aura pas l’outrecuidance de vouloir obliger la Haute Majesté divine à agir de telle façon ou telle façon, à n’accorder ses faveurs qu’aux fidèles de tel ou tel cercle dont les opinions lui seront agréables. Non, il ne pense pas agir ainsi : il préfère les autres à lui-même, et se considère person nellement comme indigne des moindres dons que le Saint-Esprit lui envoie, car IV Un Philadelphe n’estpas vaniteux.
Il n’acceptera aucun honneur pour lui-même ; mais il les rapportera tou,s à la Haute Majesté qu’il sert, à cette unique Source de gloire, origine de tout ce qui est honorable. Il est net de toute gloriole et toute en flure : et parce qu’il est peu estimable à ses propres yeux, il n’est pas irréfléchi ou précipité dans ses projets, mais il a coutume d’attendre en tout l’appel et l’ordre de son Maître, de peur de l’offenser au lieu de l’honorer. Et cela lui apprend aussi à peser
l’initiation 36 toutes ses paroles dans la balance sacro-sainte, et à ne pas parler de Dieu inconsidérément. V Un Philadelphe ne s’enorgueillit pas. Car, puisqu’il fuit toute vanitéet toute inconvenance, cela est un signe certain qu’il y a quelque chose en lui, et qu’il n’est pas comme une outre gonflée de vent. Les louanges ne l’élèvent pas, non plus que la contradiction et le mépris ne l’affligent.
Il est tout concentré et non pas, comme une bulle de savon, gonflé des splendeurs et des vanités du monde ou même de quelques dons spirituels. Mais plus il en reçoit de naturels et de surnaturels, plus il se fait paisible, humble, patient, détaché et abandonné à la volonté divine. VI Un Philadelphe ne fait rien d’inconvenant.
Il prend garde de ne rien faire qui puisse lui rap porter du mal : mais il observe scrupuleusement l’éternelle loi de l’ordre. Cette loi est la règle de toutes les vertus : il ne s’occupe donc pas beaucoup des petitesses cérémonielles, quoique ce précepte soit écrit dans son cœur, à savoir que toutes ses œuvres doivent être régulières, ordonnées et convenables.
On remar quera donc dans toutes ses actions une certaine conLE MESSAGER CÉLESTE DE LA PAIX UNIVERSELLE 3 7 venance.qui ne réside pas dans l’apparence extérieure, mais qui est essentielle, qui n’est pas artificielle et forcée, mais naturelle ; qui n’est pas changeante, mais continue; car elle vient d’one racine qui ne passe point.
C’est-une beauté inexprimable lorsqu’elle se manifeste aux enfants des hommes et aux enfants de Dieu ; et la beauté suprême et infinie transparaît en elle d’une façon incompréhensible. Et il appelle cela la réflexion de la splendide- lumière de Dieu sur son âme. ' VII ■ • Un Philadelphe ne recherche pas son Moi.
Il n’y a rien de plus contraire à la belle loi de l’Ordre qu’un esprit borné, qui ne cherche que soimême, et non ce qui se rapporte à l’universalité. C’est pourquoi le vrai Philadelphe est l’homme le plus dévoué au bien-être général que l’on puisse décrire. Il ne recherche pas son intérêt personnel, mais le foule .aux pieds avec le plus grand mépris.
Et, à cette fin, il saisit toutes les occasions d’exercer, pour le bien général, les facultés bonnes et bienfaisantes, à l’exemple de son divin Seigneur et Maître, qui s’effor çait à faire le bien de toutes manières.'- VIII Un Philadelphe ne s’irrite pas facilement. Un homme, dont l’esprit est tendu vers le bien public, qui s’applique à être bienfaisant et qui
l’initiation 38 s’efforce de servir les intérêts de son grand maître, doit s’attendre à essuyer beaucoup de railleries et d’outrages, beaucoup de méprises et de provocations delà part des hommes ingrats et irréfléchis. Mais un vrai Philadelphe ne se laissera pas le moins du monde émouvoir et aigrir pour cela.
Car celui qui mène une vie si au-dessus de la critique du monde n’a besoin que de l’approbation de Dieu, de ses saints Anges, et des hommes grands et bons qui ont vécu sur la terre et qui ont été les bienfaiteurs des hommes. Et, parce qu’il tient ses regards constamment levés vers eux, il estime peu les médisances du temps actuel, mais demeure fermement résolu à tout sur monter pour les servir, eux et leur postérité.
Il ne se laissera pas ébranler dans ses bonnes et nobles inten tions, quelque clameur qui s’élève contre lui ; il lais sera même mille fois plus volontiers salir son nom et son bonheur temporel en cette vie plutôt que d’aban donner ce qu’il sait et reconnaît être agréable à Dieu et utile à son prochain.
Bref, il est, par la grâce du Christ, tellement maître de lui que, tous les hommes l’attaqueraient-ils, ils ne pourraient arriver à lui faire éprouver quelque aigreur. IX Un Philadelphe ria pas de dépit. La sincérité est le caractère le plus distinctif d’un Philadelphe, par quoi il peut être reconnu clairement au milieu des partis, des sectes et des diverses reliLE, MESSAGER CÉLESTE DE LA PAIX UNIVERSELLE 39 gions externes.
Il prend toujours et en tout le bon côté; et lorsque deux opinions contraires peuvent être données sur un objet quelconque, il se rappelle le bon conseil de cet homme sage qui recommandait à son disciple de ne pas prendre l’amphore par l’anse de gauche quand il le pouvait faire par l’anse de droite.
Ainsi, quand le Philadelphe véritable consi dère comment toutes choses ont deux aspects, et comment chaque personne peut être un héros ou un monstre, il s’abstiendra de donner son suffrage avant d’avoir acquis une pleine certitude ; et il pen chera toujours préférablement vers l’avis le plus bénin. Car • • X Un Philadelphe ne se réjouit pas de l’injustice.
Il ne se pose comme juge des fautes d’autrui, en core moins cherche-t-il à censurer les faiblesses et les erreurs de quelqu’un pour faire preuve de grande sagesse.
C’est un vice général, dans le monde, que de s’amuser à discourir sur la folie et la friponnerie des autres (ce qui fait d’ordinaire le sujet de neuf sur dix des conversations) ; et les censurer est la méthode la plus facile pour se faire une réputation d’homme rai sonnable et honnête. Le vrai esprit philadelphique agit tout autrement.
Il ne s’occupe pas du bourdonnement importun et inintelligent d’une mouche, encore moins des grimaces risibles d’un singe; il ne s’amuse pas au récit des manœuvres politiques d’un renard madré,
40 l’initiation des hypocrisies d’un crocodile, des voracités et des cruautés d’un loup ; il n’examine pas avec intérêt une ordure puante.
L’esprit philadelphique est beau coup trop noble pour de telles occupations; et, ' comme il vit au-dessus de ce monde, il converse plu tôt avec les bienheureux habitants des régions supé rieures, qui ne connaissent pas l’envie, que l’injus tice n’intéresse pas, non plus que les fautes et les péchés de quelques-uns de leurs compagnons; mais ils se réjouissent de la vérité et de la conformité des choses d’en bas avec celles d’en haut, leurs modèles célestes.
Comme, donc, il est instruit par eux : XI • Un vrai Philadelphe se réjouit de la vérité. La calomnie est la nature même du Diable, qui ne se réjouit jamais tant que lorsqu’il a trouvé des échos à ses accusations : et la vertu opposée à ceci .est un rayon de la Nature divine qui est répandu sur les saints anges et les âmes bienheureuses.
Par là, le -vrai Philadelphe est rapproché de la Divinité, et il ne se réjouit que dans la vérité, ou dans la réflexion de sa lumière immaculée. C’est pourquoi le Philadelphe ne se réjouit pas seul, mais avec la plus haute société, avec la sainte majesté de Dieu, avec toute la cour céleste, avec tous les hommes pieux de la terre, et particuliè rement avec l’innocence opprimée et calomniée, qui sera sauvée par la vérité.
LE MESSAGER CÉLESTE DE LA PAIX UNIVERSELLE 4» XII Un Philadelphe tient toutes choses secrètes. ■ Comme son grand soin est de ne rien faire contre la vérité, il se trouve obligé (parce que le monde ne souffre guère ceci) de se réjouir en lui-même avec, cette secrète compagnie des bienheureux.
C’est pour quoi un vrai Philadelphe porte et conserve dans sort * cœur tout ce qui ne peut être confié qu’aux sages ; selon le commandement exprès du Christ et sa propre expérience, d’après sa sainte Mère, les Apôtres, les Prophètes, les Nabis. Ce don de secret et de sainte dis crétion lui sera fort .nécessaire, s’il se trouve dans de grands travaux pour la gloire de Dieu.
Car, si les secrets des rois et des princes doivent être gardés, le vrai Philadelphe estime beaucoup plus sacrés et plus occultes les secrets de celui par qui les rois sont gou vernés. Et ses secrets sont en ceux qui le craignent ( i ). Mais cette taciturnité ne doit pas l’empêcher de répandre et de publier, avec le courage du lion, tout ce qui lui a été ordonné de faire connaître : afin, d’être le pilier qui soutient et porte tout l’édifice. XIII Un Philadelphe croit tout. Il croit que Dieu accomplira fidèlement et vérita- (1) Psaumes, xxv, v. 14.
l'initiation 42 blement toutes ses promesses, jusqu’à la plus petite : qu’il est tout prêt actuellement à assister et à secourir ceux qui croient en Lui, comme II a aidé les anciens combattants et les grands héros de la foi qui ont été comme une nuée de témoins ( 1 ) et sur les traces des quels nous devons marcher.
Du côté des hommes, un vrai Philadelphe croira également tout ce qui présen tera quelque fondement, soit apologie, soit réquisi toire.« ' XIV Un Philadelphe espère tout. Dans l’ordre divin, il espère une manifestation ordi naire et extraordinaire du Très-Haut. Les fondements de cette espérance jetés sur un roc ; et la gloire de cette apparition ne s’accroît pas sans que l’espérance s’y adapte immédiatement.
Mais dans l’ordre humain,, lorsque le> mal est trop évident pour que le Phila delphe puisse croire la chose bonne malgré cela, il n’en doute pas absolument, mais il espère, car le pécheur le plus endurci et le plus satanique peut à la fin changer et devenir un saint magnifique, parce qu’il est beaucoup pardonné à celui qui aime beau coup. XV Un Philadelphe souffre et supporte tout.
Cette foi et cette espérance héroïques vouent le Philadelphe entièrement à la cause de son Seigneur ( 1) Hébr., xn, v. I.
LE MESSAGER CÉLESTE DE LA PAIX UNIVERSELLE 43 et Maître, et lui font tout supporter. Car,.puisqu’il attend sa venue imminente, il ne faiblit point, mais garde la parole de la patience et se rappélle de tenir toujours fermement ce qu’il a, pour que sa couronne ne lui échappe point. . XVI Un vrai Pkiladelphe ne tombe et ne s’arrête jamais. Mais, quand tous les autres nous seront brûlés, celui-ci restera.
Le nom d’un Philadelphe demeure éternellement ; il durera autant que le Soleil, et toutes les nations l’appelleront le béni du Seigneur. Tels sont les signes qui furent donnés à un certain pèlerin de la ville céleste de Philadelphie, par un ange puissant qui en descendait ; cet ange lui ôta son cœur, et il mit à la place un charbon enflammé qui depuis se consume d’ardent désir pour le bien de tous ses frères, les hommes. Jeanne Leade. . ..... h.;1. .... 1^11"
PARTIE PHILOSOPHIQUE JT SCIENTIFIQUE 11 CALMB1IIB DK IAHSTIS Je viens proposer aux magistes lecteurs de rinitiation un calendrier magique ou chaldéo-babylonien adapté à notre époque. ' Les chaldéo-babyloniens, qui faisaient commencer l’année à l’équinoxe du printemps, divisaient le mois en quatre parties égales, composées chacune de 7 jours, du 1" au 7, du 8 au 14, du 15 au 21, enfin du 22 au 28.
Le mois ayant régulièrement 3o jours, les deux derniers restaient en dehors de la série des quatre hebdomades, qui reprenaient le mois suivant du i"au 7. Le 7e jour de chaque hebdomade était un jour de rrepos, non pas parce que c’était un jour de fête reli gieuse, mais parce que c’était un jour néfaste.
Tout ceci n’a donc aucun rapport avec l’hebdomade juive, qui ne tient pas compte des jours du mois et • forme une chaîne ininterrompue de 7 jours en 7 jours, ■ dont le 7* jour enfin est un Schabbâth, c’est-à-dire non pas un jour néfaste, mais un jour de repos religieux •et de fête.
Rappelons les antiques désignations accadiennes des •divers mois : Mars-avril = mois de l’autel du démiurge ou du Bélier. ■ Avril-mai = mois du taureau propice ou du Taureau.
LE CALENDRIER DES MAGISTES ^5 Mai-juin = mois de la fabrication des briques ou des Gémeaux. Juin-juillet = mois du bienfait de la semence et du Cancer. Juillet-août = mois du feu faisant feu ou du Lion. Août-septembre = mois du message d’ischtar ou de * la Vierge. . Septembre-octobre = mois du tumulus pur ou des Pinces du Scorpion. Octobre-novembre = mois ouvrant la fondation ou du Scorpion.
Novembre-décembre = mois des nuages épais ou du Sagittaire. Décembre-janvier = mois de la caverne du lever ou de la Chèvre. Janvier-février = mois de la malédiction de la pluie ou du Verseau. Février-mars = mois de la déposition des semailles ou des Poissons.
Enfin les Chaldéens divisaient le zodiaque en deux moitiés, solaire et lunaire, les domnaines des planètes y étaient reparties doublement de la manière suivante : Série lunaire Série solaire 12 Cancer — Lune 11 Gémaux — Mercure io Taureau —-Vénus 9 Bélier — Mars 8 Poissons — Jupiter 7 Verseau — Saturne 1 Lion — Soleil 2 Vierge — Mercure 3 Balance — Vénus 4 Scorpion — Mars 5 Sagittaire — Jupiter 6 Capricorne — Saturne Partant de ces données et en apportant aux calendriers chaldéo-babyloniens les modifications nécessi tées par les progrès de l’astronomie et par les habitudes modernes, nous avons dressé le calendrier que voici :
1884 IjE PRINTEMPS (feu vital) a» 1895 MOIS DU PORTIER CÉLESTE MOIS D’ADONIS ou DU TAUREAU MOIS DU TRIOMPHÉ DU CABIRE OU DES GÉMEAUX OU DU BÉLIBR 20 ÎMBi/». Etchaya Prh. 20 1 PL Lundi. Virgile. 21 I Lundi. Milton. 21 2 PL Man/». Irmia Prh. 21 2 Ma rd i. Annibal. 22 2 Mardi. Vercingétorix. 22 Mer erre?». Iehezqel Prh. 22 3 Mercredi. Copernic. 23 3 Mercredi. Lavoisier. *3 4 INSlDB L'RUCHARISTIE 23 4 Jeudi. Confucius. 24 4 Jeudi. Caton l’Ancien.
24 5 JWrcii Ir* exalt.de la croix *4 5 Vendredi Cléopâtre. 25 5 Vendredi Aissé. 25 6 Samedi. F. DU FEU NOUVEAU. 25 6 Samedi. Celse. 26 6 Samedi. Soramus d’Eph. a6 7 SoMi. PAQUES. »6 7 Soldé. S. Luc. 27 7 00 Soldi. S. Thomas, ap. a; S DIMANCHE. IESHU. 8 DIMANCHE. IESHU. 28 8 DIMANCHE. Fête-Dieu. 28 Q Lundi. Piendare. î8 9 00 Lundi. Rogations. 29 9 Gœthe. ' 29 ÎO nn Mardi. Cyrus. 29 10 Mardi. Rogations. 3O 10 Mardi, Charlemagne. 30 XI UU Mercredi.
Euclyde. 30 11 Mercredi. Rogations . 31 11 Mercredi. Ampère. 3i 12 Jeudi. Le Bouddha. I 13 Jeudi. Moise. X 12 Jeudi. Grams. 1 13 Vendredi Marie de Magdala. 2 r3 rtnindi Se Geneviève. 2 U VlHdrtdi Frédegonda. 3 14 Samedi. Hippocrate. 3 I4 Samedi. ASCENSION. 3 M HL Samedi. S. Vincent de Paul. 3 «5 Soldi. S. Pierre. 4 15 Soldi. S. Philippe, ap. 4 15 Soldi. 3. Jacques, fils d'AL, ap. 4 16 DIMANCHE. IESHU. 5 16 Ml DIMANCHE. IESHU. 5 16 DIMANCHE.
IESHU. s T7 Lundi. Homère. 6 17 Lundi. Horace. 6 17 Lundi. Racine. 6 18 MJ Mardi. Salmanasar. 7 18 Mardi. César. 7 18 Mardi. Tamerlan. 7 TQ Mercredi. Archimède. 8 19 Mercredi. Kepler. 8 19 Mercredi. Gay-Lussac. 8 20 Jeudi. Solon. 9 20 Jeudi. Mahomet. 9 20 Jeudi. Gratien. 9 ar Vendredi Judith. 10 zx Vendredi S- Clotilde. 10 21 PS i'tndndi Agrippine, Vip. 10 22 Samedi. Herophile. 11 22 Samedi. Arétée. xi 22 Samedi. Galien. xi 23 SMi. S.
Jacques, Sia de Z,, ap. xa *3 PO SMi. PENTECOTE. 12 23 Soldi. S. Tbaddée, ap. 12 »4 DIMANCHE. lesHu. »3 34 DIMANCHE. IESHU. 13 24 DIMANCHE. IESHU. 13 25 PO Lundi. Hésiode. *4 25 Lundi. Dante. 14 a5 Lundi. Lamartine. 14 26 Mardi. Alexandre. 15 26 Mardi, Attila. 15 26 Mardi. Napoléon. 27 Mercredi. Galilée. 16 27 Mercredi. Newton. 16 27 Mercredi. Claude Bernard. x6 28 yndi. Lycurgue. 17 28 Sénèque. V 28 ■fiudi. Papialen. <7 «9 VtHdrtdi La Mère d.
Gracque« x8 29 S> iUdegoaàe. xB 29 PL Il.ndriii Phiyni. ^o> Samtdi. Eraslstrate. 19 30 1*1 .0M4 - 19 30 Samedi. OribMM. »9 Ssfcu. 3* Soldé. S. André, »0 38 £usU Soldi. iSStfÜHttSiX L INITIATION
1 1896 1894 L’ÉTÉ (l’esprit) MOIS DE LA LUNE CANICULAIRE ou DU CâSCÈR MOIS D'ADAR ou DU LION MO1 5 DF.S PRESI c DE LA RNTS TVISCHTAR u VIERGE 21 22 23 24 25 36 3? 28 29 30 î 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 U ï4 *5 x6 *7 18 *9 20 21 I a 3 4 5 6 7 8 9 ÎO 11 12 U M 15 16 î? 18 <9 20 21 22 23 24 »5 26 27 28 29 30 31 w KL R PL Lundi. Mardi. Mercredi. Jeudi. . Vendredi Samedi. Soldi. DIMANCHELundi. Mardi. Mercredi. Jeudi. Vendredi Samedi. Soldi. DIMANCHE.
Lundi. Mardi. Mercredi. Jeudi. Vendredi Samedi. Soldi. DIMANCHE. Lundi. Mardi. Mercredi. Jeudi. Vendredi Samedi. Soldi. Apèle. Miltiade. Parménide. LES FEUX DE JOIE. S* Thérèse. Aétius d’Amide. L. F. BUFFIER. IESHU. Raphaël. Paul-Emile. Pythagore. Paule. Brunehaut, Derold. Barrow. IESHU. Rubens. Themistocles. Anaxagore. Ulpien. Blanche de Castille. Bigord. Bossuet. PÈTE K AMORALE. Delasquez. Marius. Socrate. Justinien. Marguerite de Prorence.
André Vésale. Olivier Mailhart. 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 2 3 4 5 6 8 9 10 IX 12 13 14 <5 î6 î-» 18 <9 20 21 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 iï 12 13 14 15 ï6 î? 18 *9 20 21 2?. 23 24 25 26 27 28 29 30 31 00 HL PO PL Lundi. Mardi. Mercredi. Jeudi. Vendredi Samedi. Soldi. DIMANCHE. Lundi. Mardi. Mercredi. Jeudi. Vendredi Samedi. Soldi. DIMANCHE. Lundi. Mardi, Mercredi. Jeudi. Vendredi Samedi. Soldi. DIMANCHE. Lundi. Mardi. Mercredi. Jeudi.
Vendredi Samedi. Soldi. Canova. Pompée. Platon. Montaigne. S* Elisabeth de Hongrie. Fallopin. S. Marc. IESHU. Poussin. Léouidas. AristoteCharron. Isabeau de Bavière. Paracelse. Livingstone. IESHU. Le Cortège. Alcibiade. Phi ion. Alciat. Héloïse. Brunschwich. Lacordaire. IESHÜ. ASSOMPTION. Scipion. Plotin. Cujas. Pasch. Jean de Gersdoff. S. Bernard.
22 »3 24 27 28 29 30 31 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 iï 13 13 14 15 16 *7 18 «9 20 21 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 x4 15 16 n 18 *9 20 21 22 23 24 »5 26 3 29 30 31 OQ HL Pfl PL Lundi. Mardi. Mercredi. Jeudi. Vendredi Samedi. Soldi. DIMANCHE. Lundi. Mardi. Mercredi. Jeudi. _ Vendredi Samedi. Soldi. dimanche. Lundi. Mardi. Mercredi. Jeudi. Vendredi Samedi. Soldi. DIMANCHE. Lundi. Mardi. Mercredi. Jeudi. Vendredi Samedi. Sa ldi. Fra-Angelico. Duguesclin.
Proelus. Colbert. Am. Opie. Stahl. Le P. Hue. IESHULesueur. Clovis. Bacon. J. E. Portalis. Clémence-Isaure, Guy de Chauliac. S. François-Xavier. IESHU. Ingres. F. de la Bonne-Mère. Descartes. Rappel de la Saints-Scène. Jeanne Hachette. Ambroise Paré. G. Darboy. IESHU. Lebrun. Mahomet II. Leibnitz. _ S. Alphonse de Liguri. Anne de Beaujeu. Fabriz. T. Desmares. LE CALENDRIER DES MAGISTES
00 1885 1884 L’AUTOMNE (l’air) MOIS DU DIVIN OUVRIER ou MOIS DE L'HOMME-SERPENT ' ou DU SCORPION MOIS DE LA TOUR DE BABEL ou DU SAGITTAIRE DE LA BALANCE 22 I DQ ZrKWi/i. 2e EXAL. DE LA CHOIX. 22 i Lundi. Beethoven. 21 1 Lundi, Verdi. 25 2 Mardi. Constantin. ^3 2 Mardi. S. Maurice. 22 2 Ma rdi. Ney. 24 3 Mercredi. Denis Papin. 24 3 Mercredi. Les Fr. Montgolfier. 23 3 Mercredi. Philip. Lebon. 25 4 Jeudi. B. d'Argentré. 25 4 Jeudi. Jean de Corase.
24 4 ytun. A. Dandolo, doge. 26 5 Vendredi Anne de Bretagne. 26 4 Vendredi Catherine de Russie 25 5 Vendredi V. Accoramboni. 27 6 Samedi. Ingrassia. 37 6 Samedi. Trousseau. 26 6 Samedi. Burgræve. 28 7 Soldi. Rod. Agricola. 28 7 KL Soldi. S. Jean, évang. æ? 7 NI Soldi. Pierre Richet. »9 8 Hl DIMANCHE. IBSHÜ. 29 8 DIMANCHE. IESHU. 28 8 ÏMAWCHI. IESHU. 30 9 Lundi. Pergolèse. 30 9 Lundi. Rossini. 29 9 Lundi. Palestrino. 1 10 Mardi. Hoche.
31 10 Mardi. Jeanne d’Arc. 30 10 Mardi. De Villars. 2 11 Mercredi. Wat. ti Mercredi. TOUSSAINT. i ï i Mercredi. Chevreuil. 3 12 Jeudi. P. Auber. 2 12 Jeudi. LES MORTS. 2 12 Jeudi. Dupin. 4 U Vendredi. Fel. Medda. 3 *3 Vendredi Charlotte Corday. 3 U Vendredi Catherine de Médicis 5 M Samedi. John Hunter. 4 *4 Samedi. Hanneman. 4 r4 Samedi. Pierre Pigray. 6 *5 P8 Soldi. A. Browski. 5 15 PQ Soldi. Nie. Boismont. 5 *5 Pi Soldi. Rabelais. 7 r6 Lundi.
Mozart. 6 i6 Lundi. Meyerbeer. 6 16 Lundi, Gluck. 8 17 Mardi. Masséna. 7 O Mardi. Soliman II. 7 17 Mardi. Canrobert. 9 18 Mercredi. Franklin. 8 18 Mercredi. Vaucanson. 8 18 Mercredi. Gutemberg. ÏO 19 Jeudi. G. Basilico 9 «9 Jeudi. Olivier Patru. 9 *9 Jeudi. C. Peutinger. 11 20 Vendredi Marguerite de Valois 10 20 Vendredi. Marie de Médicis. 10 20 Vendredi Comtesse Julie. 12 21 Samedi. Scarpa. ri 21 Samedi. Laênnek. li 21 Samedi. Pidoux.
13 22 Soldi. Calvin. 12 22 Soldi. Massillon. 12 22 PL Soldi. Le P. Thomassin. *4 »3 PL DIMANCHE, 188HU. U 23 PO DIMANCHE. IESHU. 13 23 DIMANCHE. IESHU. i5 24 Lundi. Hayn. H 24 Lundi, Gounod. H 34 Lundi. Hérold. 16 24 Mardi. Soult. 15 3 5 Mardi, Lannes. LS Mardi. M ttv-M ithon 17 î6 Mtrcrtdi. Roger Bacon. j6 26 Mircrodi. Morse. 16 2t> Mercredi. Edison. 18 2” y™<u. Boucher d’Argis. 1? 27 ywdi. Pothier. t? 27 y«tdi. J. Pistor, ÎQ 28 Vendredi El.
Banquet. 18 28 Vendredi Anne d’Autriche. 18 28 Vmdndi M””* Roland. 20 20 Samedi. Alexis Boyer. 19 29 Samedi. Veta *«. *9 29 00 Samedi. Bouchardat. »X aé y 00 Soldi. Bourdalou©. ao 30 0« Soldi. 30 30 Soldi. L’Abbé Fleury. L INITIATION
18M L’HIVER (eau et boue) MOIS Du'SATYRE OU DU BOUC 21 i Lundi. Telecles. 22 2 Mardi. Christophe Colomb. 23 3 Mercredi. Clement dilexandrie. 24 4 "Jeudi. Barthold. 25 4 Vendredi NOEL. 2b 6 Samedi. Lordat. 27 7 Ht SoUi. Rollin. 28 8 DIMANCHE. IESHU. 29 9 Lundi Miciades. 30 10 Mardi. Vasco de Gama. 31 11 Mercredi. Origene. I 12 Jeudi. Rerriat-Saint-Prix. 2 U Vendredi Mhe de Montpensier 3 *4 PQ Samedi. Barthez. 4 <5 SoUi. Lakanal.
5 16 Lundi Polyclete. b 17 Mardi, Fernand Cortez. 7 18 Mercredi. S, Augustin. 8 *9 Jeudi. L. B. Bonjean. 9 20 PL Vendredi Mme de S6vigne. 10 21 Samedi. Tulp. 11 22 SoUi. Nicole. 12 33 DIMANCHE. Mages. U 24 Lundi. Aristomedon. *4 Mardi. Pizarre. »S 26 Mercredi- Scot, erigene. rb 27 K yeudi. Cl. Chiffiet. 17 28 Vendredi Mmc de Maintenon. h8 29 Samedi. Dupuytren. 19 30 SoUi. Ramus.
MOIS DE PERSEPHONE OU DU VERSEAU MOIS DU DIVIN SAUVEUR 20 21 1 2 1 Lundi. 1 Mardi. Phidias. Sylla. 22 3 Mercredi- S. Anselme. 23 4 HL Jeudi. Moulon. 24 5 Vendredi Marie - Antoinette. 25 6 Samedi. Récamier. 26 7 SoUi. S. Mathieu. 27 8 DIMANCHE- IESHU. 28 9 Lundi. Praxitèle. 2Q IO PO Mardi. Charles Martel. 3° 11 Mercredi. Abélard. 31 r 12 13 Jeudi. Vendredi T. Troplong. Am. Galitzin. 2 *4 Samedi. Purification. 3 *5 SoUi. Lancelot. 4 16 PL Lundi.
Nicolas de Pise. 5 17 Mardi. Jean Bart. 6 18 Mercredi. S. Thomas d’Aq. 7 19 yeudi. J. -M. Pardessus. 8 20 Vendredi Mm® de Staël. 9 21 Samedi. Malgame. TO 22 Soldé. Le P. Vilotte. II 23 DO DIMANCHE. IESHU. 12 24 Lundi. Ghiberti. U Mardi. Trajan. 14 2b Mercredi. Les Cendres. 27 Jeudi. J. Dougeat. lb 28 Vendredi S® Catherine de Sienne. 17 29 Samedi, Lisfranc. 18 30 Soldi. L’^bbé Pluche. ou DU POISSON 19 i MO Lundi. Albert Durer. 20 2 Mardi. Bayard.
21 3 Mercredi. Bossuet. 22 4 yeudi. Ch. Dumoulin. a3 5 Vendredi Th. Yelverton. 24 6 Samedi. Cabanis. 25 7 Soldi. N. Gerson. a6 8 PO DIMANCHE. IESHU. 27 9 Lundi. Jean Goujon. 28 10 Mardi. Turenne 29 ri Mercredi. Fénelon. 1 a 12 13 yeudi. Vendredi Sully. Rachel Dumont. 3 14 Samedi. Ricord. 4 15 PL SoUi. Luther. 4 16 Lundi. Puget. 6 17 Mardi. Charles-Quint. 7 18 Mercredi. Lamenais. 8 *9 yeudi. Richelieu. 9 20 Vendredi Corn. Martinetti. 10 21 Samedi.
Bichat. ii 22 DO Soldi. Rozan. 12 23 DIMANCHE. IESHU. 13 24 Lundi. Houdon. 14 25 Mardi. Ivan III 15 26 Mercredi. Le P. Gratry. 16 27 Jeudi. Cavour. 17 28 Vendredi George Sand. ib 39 HL Samedi. Charcot. 19 30 SoUi. RAMEAUX. LE CALENDRIER DES MAGISTES 4^ O
5o l’initiation Nous allons maintenant donner les explications nécessaires à la compréhension de ce nouveau calen drier. DIVISIONS DE l’année ■ L’année, qui commence au 20 mars, est divisée en 12 mois et 4 saisons, soit trois mois par saison. Les trois mois du printemps et les trois mois d’été comprennent chacun 31 jours. Les trois mois d’automne et les trois mois d’hiver comprennent chacun 3o jours.
' Nous avons donc 6 mois de 3i jours et 6 mois de 3o jours. Toutefois ceci n’est rigoureusement exact que dans les années bisextiles; dans celles qui ne le sont pas, le second mois d’hiver ne compte que 29 jours. C’est pourquoi nous l’avons marqué en rouge sur le calendrier. Chaque mois est divisé en quatre semaines ou hebdomades, plus deux ou trois grands jours ou dimanches (dies magna, dimagne, dimachne ou dimanche).
Mais, au lieu de laisser, ces grands jours à la fin du mois, comme dans l’antique calendrier babylonien, nous les avons intercallés entre les hebdomades, trois dans les mois du printemps et de l’été, deux seulement dans les mois d’automne et d’hiver. Nous avons dû ainsi restituer au 7e jour, son ancien nom deSoldi.Les joursdela semaine sont donc : lun di, mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi et soldi.
Nous appelons les jours complémentaires du mois les grands jours, parce que ce sont pour nous des jours de repos religieux et de fête religieuse. Nous
LE CALENDRIER DES MAGISTES ' 51 opposons à ces repos religieux les repos purement civils qui auront lieu du soldi à midi jusqu’au lundi à midi,’lorsque les deuxhebdomades ne sont pas séparées par un dimanche. La durée du repos civil pourra d’ail leurs être réduite à une demi-journée selon la com modité des industries ou des administrations; par exemple : du soldi à midi jusqu’au soir, ou du lundi matin jusqu’à midi.
On aurait ainsi des jours de petit repos. De cette manière, à peu près rien ne sera changé à nos habitudes modernes.
LES NOMS DES MOIS Nous ne pouvions, dans notre calendrier, conserver les noms vulgaires des mois, d’abord parce qu’ils ne correspondent pas aux divisions que nous avons adop tées, ensuite parce qu’il est absurde d’appeler, par exemple décembre (dix) le 12’ mois, et que les noms d’avril, de juin, de juillet etc., ne peuvent avoir pour nous aucune signification philosophique ou religieuse ou seulement météorologique.
Nous ne pouvions non plus conserver les désigna tions chaldéennes pour des raisons analogues, mais nous les avons imitées en désignant nos 12 mois par les sujets des lames du Tarot reconstitué qui leur cor respondent. Voici donc les noms des mois : Mars-avril = mois du Portier céleste ou du Bélier. ' 'Avril-mai = mois d’Adonis ou du Taureau. Mai-juin = mois du Triomphe du Cabire ou des Gémeaux.
52 ' l’initiation Juin-juillet = mois de la Lune caniculaire ou du Cancer. Juillet-août = mois d’Adar ou du Lion. Août-septembre = mois des Présents d’Ischtar ou de la Vierge. Septembre-octobre = mois du Divin Ouvrier ou des Balances. Octobre-novembre = mois de l’Homme-Serpent ou du Scorpion. Novembre-décembre = mois de la Tour de Babel ou du Sagittaire. ' Décembre-janvier = mois du Satyre ou du Bouc.
Janvier-février = mois de Perséphone ou du Ver seau . • Février-mars = mois du Divin Sauveur ou du Poisson. Il s’agit de justifier chacune de ces appellations et de montrer leur signification religieuse et philoso phique. De Fügairon. (A suivre.} Vi&B-DSILA Qui de nous, aux heures si lourdes où, entre les douleurs et les préoccupations dont elle est pleine, la banalité de l’existence nous accable, qui de nous n’a
l’au-dela 53 souhaité jeter un regard sur cette autre rive où nous abordons, après la mort ? « C’est le ciel et ses joies éternelles pour les élus ; l’éternel remords pour les âmes coupables, » disent les croyants. • • « C’est le néant. L’âme n’existe pas. Rien de nous ne subsiste après la décomposition, de ce peu de matière qui fut l’homme, » disent les matérialistes et les athées. Et pourtant un attrait invincible nous porte vers ces questions.
L’humanité a besoin de croire : ceux qui résistent le plus aux enseignements religieux tombent parfois dans les pires superstitions. Errant sans boussole au milieu des ténèbres de la raison pure, ils prennent les feux follets de leur imagination pour la lumière' de la vérité.
De tout temps, des phénomènes inexpliqués, des faits surnaturels,- c’est-à-dire produits par des causes ne tombant pas directement sous nos sens, sont venus éblouir les ignorants et déconcerter la pauvre science humaine. Dédaignés par ceux incapables de les étudier, ils sont tombés dans le domaine des charlatans et des chevaliers d’industrie. Tel a été longtemps le sort du magnétisme et du spiritisme qui en découle.
En vain des gens de bonne foi constataient la réalité des phénomènes ; on n’en avait cure. Puisque, au dire des hommes de science les plus écoutés, il était impossible que de semblables faits se produi sissent, à quoi bon s’exposer à être victime de super cheries en se prêtant à des expériences dérisoires ?
54 l’initiation En vérité, dans un siècle illustré par des découvertes si merveilleuses qu’elles semblent tenir de la féerie, se peut-il qu’on ose planter, comme une borne, ce mot impossible à l’apparition d’un fait nouveau, ou supposé tel ? ■ Un poète bien oublé, Lemierre, l’a dit, en deux vers inoubliables : Croire tout découvert est une erreur profonde ; C’est prendre l’horizon pour les bornes du monde.
Cependant le scepticisme officiel, classique, com mence à s’ébranler. Sous les noms modernes de sugges tion et d’hypnotisme, créés pour ces vieilles choses, des savants, que leur expérience garantit contre les illusions des sens, ont jeté les fondements d’une science nouvelle.
Saluons-Ies avec respect, ceux qui, sans se laisser arrêter par de faciles railleries, ont pris l’initiative des études sur ce sujet passionnant et la di rection d’un mouvement spiritualiste qui se généralise.
Chacun de nous doit, ce nous semble, apporter sa pierre à l’édifice et faire connaître les faits démontrant la possibilité des communications avec le monde invisible, lorsqu’il en peut certifier l’exactitude, soit personnellement, soit par des témoignages dignes de foi.
C’est pourquoi nous nous décidons à raconter l’histoire suivante, histoire absolument authentique, dépassant de beaucoup tout ce qu’on a pu obtenir des tables tournantes et des médiums, car il s’agit d’une communication directe avec l’autre monde. La très intelligente et très aimable femme qui en est l’héroïne ....... . Ij!:! .. .WVIC
l’au-dela 55 nous a autorisé à divulguer, en les appuyant dè son nom, ces faits étranges, produits il y a bien des années et connus seulement jusqu’ici d’un petit nombre d’amis Nous ne sommes que l’historien exact et fidèle de cette manifestation de l’au-delà, et nous resterons dans cet humble rôle, laissant à de plus habiles — ou de plus audacieux que nous — le soin de conclure.
Tout le inonde, même de nos jours, connaît, au moins de réputation, M. Alexandre Boucher, l’incom parable violoniste, si justement surnommé l’Alexandre du violon et le violon des rois.
Il régna sans conteste sur le monde musical pendant la première moitié de ce siècle, tant il avait dépassé ses prédécesseurs et ses émules. * Rassasié de triomphes de toutes sortes, mais tou jours avide d’affection, l’illustre artiste avait perdu sa première femme au moment où l’âge, calmant la fougue de sa jeunesse, lui rendait plus indispensables et plus douces les pures tendresses du foyer.
Une jeune et charmante personne, MUo Antoinette de Montagnon, enthousiaste du talent d’Alexandre Boucher, dont elle appréciait depuis longtemps les rares qualités de cœur, ne se laissa pas effrayer par ses cheveux blancs et mit sans trembler sa petite main dans la main puissante du maître.
C’était une nature d’élite, faite pour comprendre une âme d’artiste, pour s’élever avec lui jusqu’à ces sommets de l’art où tout est lumière, où le beau, le bien, le vrai, se confondent dans une magnifique irra diation. Leur union, en dépit de la différence d’âge,
56 l’initi4Tion fut le mariage idéal, tel qu’on le rêve et; qu’on le réa lise si rarement, l’identification de deux vies, de deux âmes qui se complètent l’une par l’autre et qu’on ne comprendrait plus séparées. ML. Boucher était aussi fier de la beauté, de l’esprit, de la grâce extrême de sa femme, qu’elle l’était elle-même du génie et de l’ex quise bonté de son mari. Ce bonheur dura vingt ans.
Le grand artiste avait conservé la vivacité de son esprit, l’ampleur de son talent, son caractère aimable et gai... La mort le prit tout entier, en quelques heures. Ce fut un coup terrible pour sa veuve. Elle perdit à la fois un mari, un père, un ami sûr et fidèle sur lequel s’étaient concentrées toutes ses affections. Au déchirement cruel des premiers moments avait succédé un sentiment d’isolement, absolu, désespéré.
Sourde à toutes les consolations, aux empressements de ses amis, au dévouement de ses proches, elle se sentait seule, toujours, partout; seule au milieu de la foule affairée des rues de Paris, à laquelle elle se mê lait parfois, fuyant sa demeure vide; plus seule encore quand elle y rentrait, dans le grand silence de cette maison que l’absent avait remplie durant tant d’an nées de ses harmonies sublimes... et* aussi de l’exu bérance de son bonheur de vivre et d’être aimé.
D’autres soucis se mêlaient à la douleur de M“s Bou cher, dont la situation était loin de ce qu’elle aurait dû être. Généreux et imprévoyant comme la plupart des artistes, son mari laissait couler l’or deses doigts aussi facilement qu’il le gagnait. Il ne pouvait voir une infortune sans la secourir. Donner n’appauvrit pas,
• - V..V l’au-dela 57 dit-on, et c’est vrai; mais prêter ! Tout emprunteur lui paraissait honnête, tout ami désintéressé. Aussi, Dieu sait s’il avait été exploité ! La belle fortune qu’il semblait laisser était, en réalité, compromise, épar pillée en une foule de mains, dont quelques-unes étaient bien crochues.
' Déjà, devant les embarras du présent et l’incerti tude de l’avenir, la triste veuve avait dû faire de pé nibles-réformes, quitter le bel appartement où vi braient encore les accents de l’immortel instrument devenu muet pour toujours, emporter cette chère relique dans un modeste logement au quatrième étage, rue Guy-de-la-Brosse, une petite rue avoisinant le jar din des Plantes.
Là elle respirait un air pur, reposait ses yeux brûlés de larmes sur la verdure des massifs, et était à l’abri de la curiosité des indifférents. A cette distance du Paris mondain, il ne pouvait venir chez elle que de vrais amis. X ' — Seule, toujours seule !
Cette plainte, qui hantait incessamment sa pensée, elle la prononça à haute voix en entrant dans cette humble demeure, étrangère à tout son passé. — Mais non, ma bien-aimée Antoinette, tu n’es pas seule ; je ne t’ai pas quittée, je suis toujours au près de toi. : Cette voix, pleine de douceur, de pitié, de ten dresse, c’était celle de son mari! M”a Boucher n’éprouva aucune frayeur à cette ma nifestation extraordinaire et si peu attendue. Aurait- . ....... . .......... >^^11 L
58 l’initiation elle réellement aimé, celle qu’effraierait la voix d’outre tombe d’un être chéri ? C’était une femme d’une in telligence élevée, ferme, nullement superstitieuse. Mais elle savait que l’amour est plus fort que la mort. Un grand apaisement se fit en elle et une indicible joie remplaça l’immense tristesse qui l’accablait. — Est-ce toi?
Est-ce bien toi? demanda-t-elle, ne pouvant croire à un si grand bonheur. — Oui, c’est moi, qui t’aime plus encore que sur la terre et veux venir en aide à ta désespérance. L’amour grandit par la séparation. Le mien s’est épuré et j’ai mission d’apporter la consolation à ton cœur. Confietoi à moi, ton meilleur ami. Je t’aiderai à surmonter les difficultés qui t’entourent et dont je suis cause, bien que tu ne m’accuses pas, même dans ta pensée.
A dater de ce moment, la jeune femme se sentit renaître. Sa solitude lui devint chère. N’était-elle pas peuplée parles entretiens constants de celui qu’elle ne pleurait presque plus, car elle le savait heureux ? Il remerciait Dieu de lui avoir épargné les années mo roses de la décrépitude, assurait à sa femme bienaimée que ses épreuves n’auraient qu’un temps et lui promettait de la soutenir jusqu’à ce qu’elles fussent terminées.
Cependant M™ Boucher hésitait parfois à suivre les conseils de son mari, lorsqu’ils étaient trop en désaccord avec ceux d’un homme expérimenté, intègre, auquel elle avait donné sa confiance. Il avait si mal géré ses affaires, sa bienveillance avait si sou vent obscurci son jugement 1 N’en était-il pas encore de même dans cette région inconnue d’où il commuAU-DELA 5g niquait avec elle?
Ces doutes, qu’elle n’osait pour tant exprimer, étaient pressentis par son conseiller invisible. Pour la punir de son peu de foi, cette voix, seule consolatrice de ses heures amères, se tut pen dant six mois. Six mois d’isolement, d’inquiétudes, d’anxiété, où rien ne lui réussissait, où elle s’épuisait en démarches vaines. Le découragement la saisit.
Elle retombe dans un accablement tel que le bienaimé en eut pitié, et sa voix chérie vin réconforter de nouveau l’abandonnée. Sa joie fut extrême, plus grande encore, s’il est possible, que lorsqu’elle l’avait entendue pour la pre mière fois.
Elle l’en remercia avec effusion, promet tant de l’écouter, de le croire désormais. — Sans toi, mon unique bonheur, lui disait-elle, sans ton retour, j’allais mourir de chagrin. — Non, ma fafemme, lui répondit-elle, en em ployant ce diminutif câlin qui rappelait leurs beaux jours, tu ne serais pas morte. Si cela eût été possible, je t’aurais déjà enlevée à la terre. Mais, sans moi, tu serais devenue folle, le pire état de l’espèce humaine.
Courage, donc! La vie est un voyage pénible dont le terme est au ciel. Une petite leçon, toutefois, lui parut nécessaire pour habituer sa femme à croire aveuglément à sa parole. Il la lui donna, avec la gaîté qui l’avait sou tenu sur cette terre dans bien des moments difficiles etqu’il n’avait point perdue dans l’autre monde. Un matin, Mme Boucher partait pour une longue série de courses. Elle avait soigneusement fermé sa porte. N’ayant qu’une femme de ménage venant
6o l’initiation matin et soir faire la besogne, son. appartenant de meurait vide toute la journée. CommèTlle atteignait le bas de l'escalier, elle en tendit la voix de son mari : — Remonte, Antoinette ; ta porte est restée ouverte. — Ah! pour cela, non!
Je suis sûre de l’avoir fer mée et d’avoir ensuite fait jouer le bouton pour m’en assurer. — Remonte, te dis-je; ton logement est ouvert ; tu peux être dévalisée pendant ton absence. — Mais je suis sûre de ce que je te dis. Tu sais toutes les courses que j’ai à faire, combien je vais être fatiguée. Me faire remonter quatre étages pour un caprice, c’est cruel ! — Un caprice? Je n’en ai plus.
Et d’ailleurs, peuxtu m’en reprocher un seul dont tu aies souffert ? Remonte, je t’en prie. — Ah! tyran! dit Antoinette. Et moitié souriante, moitié fâchée, elle commença la pénible ascension. Arrivée sur le palier, elle introduisit la clé dans la serrure. Elle était fermée à double tour. — Pour le coup, mon pauvre vieux, tu radotesl M" * Boucher appelait souvent son mari ainsi en plaisantant. — Ton vieux? C’est toi qui es aujourd’hui ma vieille!
Mon vieux corps est à Montmartre, mais mon esprit est jeune et beau ! La porte restée ou verte est celle du petit escalier de service. Crois-moi: je vois aussi clair à présent dans les âmes humaines que dans les ténèbres de ce corridor.
l’au-dela 6i Il disait vrai. Cette porte —oubliée peut-être à des sein par l’ouvrier qui, le matin, avait posé les tapis — une fois refermée, Mme Boucher redescendit lente ment, songeuse et résolue à suivre en tout les conseils de son mari. Sa confiance ne fut pas trompée. Moins d’une année après, sa situation était liquidée et elle se trou vait à la tête d’une large aisance, lui permettant d’ar ranger sa vie à sa guise.
I Toujours, aux heures difficiles ou tristes, la voix aimée l’encourageait. Une mélancolie douce avait remplacé la douleur aiguë de la séparation. Sans avoir encore voulu quitter son petit appartement de la rue Guy-de-la-Brosse, M“e Boucher avait repris quelques relations parmi celles où le cher regretté avait été le mieux compris, le mieux apprécié. Les soirées de musique intime de la comtesse Yazikoff étaient ses préférées.
Là elle entendait les œuvres de son mari rendues de façon à lui faire parfois illusion, bien qu’il y manquât ces improvisations brillantes, ces coups de génie grâce auxquels il n’exécutait jamais deux fois un morceau de la même manière, et qui, n’ayant pu être notés, sont perdus pour la postérité. L’heure passait vite dans ces réunions choisies. M“e Boucher, ayant à regagner seule son quartier éloigné, ne s'y attardait jamais.
Un soir pourtant, le talent hors ligne d’un jeune artiste lui fit oublier l’heure. Nul ne s’était si bien identifié avec la pensée du maître. Un coup d’œil furtif à la pendule l’étonne et cependant la rassure. Rien que onze heures? Elle
6'2 l’initiation peut encore rester quelques .instants, écouter le der nier morceau. Il lui faut cinq minutes pour descendre la rue Tronchet et trouver une voiture auprès delà Madeleine, où il y en a toujours jusqu’à minuit. Au dernier accord, elle se hâte de sortir, s’enve loppe, de son burnous et la voilà dans la rue noire et déserte. A peine si quelques becs de gaz sont restés allumés. Il est donc bien tard? Elle arrive à la Made leine.
Plus de voitures 1 Que faire? Retourner chez la comtesse, rentrer dans le salon comme un événement, abuser de l’obligeance d’un des invités en le forçant à faire une course énorme pour la reconduire? Elle ne peut s’y résoudre. Pendant qu’elle délibère, l’horloge sonne deux coups. Traverser tout Paris à deux heures du matin, l’heure la plus dangereuse de la nuit, ce serait une véritable folie.
Elle reste immobile, tremblante, indé . cise, n’osant faire un pas... — N’aie pas peur, je suis près de toi. C’est la voix de son mari ! — Ah! mon pauvre Alexandre, que faire? — Parbleu 1 rentrer chez toi. — A pied? si loin? jamais je ne pourrai, — Que si. Essaie, je te soutiendrai. Elle se sentit alors comme enveloppée d’un bras robuste dont elle connaissait bien l’étreinte, et se mit à marcher avec une rapidité surprenante.
C’est à peine si ses pieds touchaient le sol, et son corps lui sem- ■ blait d’une légèreté inconcevable. En passant sur le quai aux Fleurs, quelques hiron delles de rivière, comme on appelait alors ces rôdeurs . IT,! L JCJyjLE
l’au-dela 63 qui élisent domicile sous les ponts, voyant une femme seule, élégamment vêtue, voulurent lui barrer le pas sage. La frayeur la fit chanceler. Mais son protecteur invisible la serra plus fortement contre lui, et, l’enle vant comme s’il eût eu des ailes, la mit en un instant hors de portée. Elle entrait chez elle un quart d'heure juste après avoir quitté la rue Tronchet. Cette rapidité tenait du prodige.
Aussi, sûre de l’appui qui ne lui manquait jamais dans les circonstances pénibles ou simplement embar rassantes, M“" Boucher ne se sentait plus isolée, même quand la voix chérie était longtemps sans lui parler. Sa pensée allait au delà de ce monde cher cher l’ami qui remplissait son cœur et qu’elle avait la certitude de rejoindre un jour. Ce n’était plus un deuil, ce n’était qu’une absence. Puis, le temps fit son œuvre.
Le calme ramena les habitudes, les occupations de la vie ordinaire. La voix se faisait entendre à des intervalles de plus en plus éloignés... Elle s’est tue depuis plusieurs années. Les paroles ne sont plus nécessaires pour prouver à la veuve résignée que ses liens si chers ne sont pas, ne seront jamais bri sés.
Arrivée à son tour à la vieillesse, elle attend en paix le moment où, sur le seuil de l’éternité, la voix de celui qu’elle aima uniquement lui dira, comme autrefois : — Je suis là... Viens... N'aie pas peur ! Edouard Burton, à la Roseraie, par St-Jean de Braye (Loiret). N.B. — Reproduction autorisée pour les journaux ayant un traité avec la Société des Gens de Lettres.
64 l’initiation et ses quatorze livres des paragraphes Paragraphe III. — L’accès qui provient des choses arsenicales a son nombre et sa digestion ; et l’accès des trois principes a un jour erratique ; et l’accès du sang a sa guérison et sa digestion.
Commentaires . — Paracelse dans ce paragraphe assez obscur explique les fièvres qui tirent leur ori gine du sang ; les matières arsenicales contenues dans le sang ont aussi leur nombre, leur guérison et leur digestion.
Mais quand l’accès des trois principes : mercure, sel et souffre, fait le jour erratique, c’est-àdire changeant, l’accès peut être si violent qu’il amène la rupture de quelque veine, l’accès contient dès lors sa guérison et sa digestion. Le sang peut provenir aussi du nez ou s’écouler avec les narines et par ces moyens sont guéries les fièvres du sang.
Paragraphe IV. — De la curation. — Pour guérir la fièvre externe, on peut employer l’or ou les coraux ; mais la moindre cure emploie l’argent et les perles. Description de l’or Alcool devin desséché et préparé sur les cendres de fèves, autant qu’il suffit. Feuilles d’or à volonté.
PARACELSE 65 Réduisez en digestion par son mois. De cette liqueur prenez trois grains avec une once d’eau d’endive ou de pourprier, après ou avant, pendafnt l’accès. Des coraux ç. Coraux blancs, demi-once, ttcool de vin dessé ché dix onces. Réduisez en digestion par son mois. — La dose de cette liqueur est de six ou sept grains, avec les eaux susdites, avant, pendant ou après l’accès. De l’argent Miel liquéfié, quinze onces.
Feuilles d’argent, deux onces. Réduisez en digestion pendant une semaine. — De cette liqueur séparée du miel, la dose est d’un demiscrupule avec quinze grains de safran^ oriental avant l’accès. Des perler ç. Alcali, extrait de citrouille, quinze onces. Eau de blanc d’œuf, trois onces. - Des perles non perforées, une demi-once. Réduisez en digestion par un mois. De cette dissolution prendre six grains avec eau de valériane, avant l’accès. LIVRE X Des maladies internes de la tête. Paragraphe I. — Les douleurs de la tête procèdent 3
66 l'initiation ou du sang, ou de ce qui est résolu ou des congestions; soit que la douleur soit à gauche ou à droite, elle ’ provient de ces trois causes. ■ Paragraphe II. — Les douleurs qui sont des choses résolues montent et descendent par fumée ou vapeur, car toute vapeur est du narcotique anodin avec stupé faction innée ; mais celles qui procèdent des conges tions, quelles que soient leur nature et leurs proprié tés, sont extérieures ou de nature engendrée.
Telle est la maladie et tel est son accident. Paragraphe III. — Après les douleurs de la pre mière espèce, il y a celle du café car par l’anatomie on voit où elles résident dans le côté par accès fiévreux. Dans cette deuxième espèce, elle a la vapeur sèche sublimé aux cellules et parties suprêmes avec un accès erratique anodin.
En la troisième espèce qui est la congestion, telle la manie, la phrénésie, et les espèces de folie selon la congestion de sa partie par le chaud ou le froid résolu ou coagulé. Paragraphe IV. — De la guérison. — La guérison du sang est au froid et au narcotique humide. . Description en la première espèce de la douleur de teste. Cataplasme : ç.
Roses rouges, trois onces. ■ Joubarbe, cinq onces. ■ Faites-en un bon cataplasme avec bon vinaigre ou eau de rose. Autre cataplasme : ty. Coraux préparés, une drachme ; perles non perfoPARACELSE 6? rées,scrupule et demi. Eau de rose et de sempervive, égales parties,, ce qu’il suffit pour incorporer. LIVRE XI Des maladies de la matrice. Paragraphe I.7— Les générations des maladies de la matrice ne sont point en la matrice, ni d’elle, ni par elle.
Car tout membre qui provient d’autres reçoit son détriment des autres, car la douleur de la matrice sont la rétention et la superfluité de la chose. Paragraphe IL — Le concours de la maladie reten tive et de surperfluité descend de toutes les parties de tout le corps ; car les menstrues en la matrice ne sont point menstrues, mais l’excrément des mois.
De là dérive la conjonction, la destruction, l’altération, la conclusion, la permixtion de la bonne et de la mau vaise chose, la décoloration avec ses semblables. Commentaires. — Comme les deux précédents para graphes s’expliquent l’un par l’autre, nous avons réu ni leur commentaire en un seul.
Paracelse nous dit que les maladies de la matrice ne sont point engendrées dans la matrice, mais dans les parties principales de celle-ci, et que les menstrues ne sont que le superflu (l’excrément) du sang qui est rejeté chaque mois. Puis le grand médecin dénombre les maladies spéciales ; ce sont la rétention, l’obstruc tion ou la superfluité des menstrues qu’il nomme conclusion. Paragraphe III. — De la guérison. — On peut obte nir la guérison de la matrice de deux façons: par les
68 l’initiation élixirs et par l’orizée (l’or potable).Parmi les élixirs, le remède souverain, c’est l’alcool de vin desséché. Le second moyen de guérison, c’est le corps et la substance et sa chose essenssiiiée, sans extraction; mais par les transmutations de la substance non liquide en médecine potable, etc. Les perles peuvent aussi être employées par leur dissolution dans l’alcool.
Il y a encore un autre remède dans la carniale, dans l’essence tempérée, et dans l’arbre de mer. Le remède employé pour les douleurs delà matrice ne doit être .ni chaud ni froid et n’être ni dissous, ni humide, ni coagulé, ni fait par diathèse. Car tout ce qui est chaud ou froid est con traire aux maladies des femmes. De même, tout ce qui est sec ou humide est un venin très dangereux en la rétention et superfluité menstruelle.
De même tout ce qui eststipique,diaphorétique,pontique, acerbe et tout ce qui est amer ; toute douceur est aussi une entrave pour la maladie des femmes. Mais-la guérison de la matrice doit être délivrée de toutes les choses sus nommées parce que le remède a son arcane libre et son jugement. La description du tempérament relatif à la première cure des élixirs est: - ç. Alcool de vin desséché, 3 livres.
Feuilles d’anthos, de maïs, de lavande, de chaque dix onces. Cubèbes, girofle, cannelle, de chaque deux onces. Mastic, une once et demie. Deux storcises, de chacun un demi-scrupule. Véronique, trois onces.
PARACELSE 69 Réduire le tout au septième par l’alambic, puis y ajouter 20 feuilles d’or. Des perles non perforées, des grenats, des rubis, de chaque une once et demie. Réduisez en digestion par son mois. Donnez de cette huile 3 ou 4 grains dans du vin de Malvoisie ou dans de l’eau de Marjolaine ou de sauge pendant trois ou quatre jours, le soir et le matin.
La seconde description de la liqueur orizée ou d’or est la suivante : Or préparé ou précipité, après sa dissolution dans du miel et du sel, une once. Liqueur d'oranges, de grenade, de chaque, six onces. —Réduisez en imbibition. Après sur un marbre de porphyre, il faut réduire en forme liquide. La dose est depuis 7 grains jusqu’à 8, 10, etc., en eau de fontaine par deux ou trois jours. Autre remède de l’arbre de mer.
Réduisez l’arbre de mer en calcination avec sel de nitre; réduisez-le en alcali; faire ensuite extraction de sa rougeur et le réduire par l’alambic. De cette liqueur quatre onces. Eau de Basilicon, une livre. Réduisez en réduction par trois jours. Et l’eau doit être séparée de la liqueur par le Bain Mari. La dose de cette liqueur, 4 ou 6 grains une fois le mois, douze fois-fen l’an, pour la première adminis tration. En la seconde année, en la seconde nouvelle
l’initiation 7° lune, six fois en l’an; en la troisième administration, une fois au printemps, une fois en automne, une fois en hiver et une fois en été. Et après l’an, 23 de rechef tous les mois une fois; et de rechef i5 fois en un an. Et après cette admistration en chaque semaine une fois jusqu’à l’an cinquantième. Après chaque jour jus qu’en fin des menstrues.
Autre remède tempéré Grains d’actis noirs, deux livres, réduits en eau de laquelle tu prendras à discrétion, et y ajoutant au tant d’alcool de vin 'desséché et distiller comme il est dit ci-dessus. — La dose de cette eau est depuis une drachme jusqu’à 3 ou 4, une fois le mois par un an entier.
Commentaires. — Quels sont les arcanes pour guérir cette maladie, comme dit Paracelse, il y a deux moyens de guérison: l’un par les élixirs et l’autre par ïori^ée, c’est-à-dire par l’or pur et fin. Les élixirs sont fabriqués par l’extraction de la pure essence d’une chose ou de son corps. Et par essence il faut entendre la qualité et la puissance des choses qu'on extrait par distillation ou par digestion.
Nous devons ajouter que Paracelse est ici tellement obscur que nous n’essayerons pas de le comprendre, de le commenter, car nous pourrions faire fausse route; son latin de cuisine est absolument inintelligible: il nous dit par exemple que ab essaie signifie essence qui se tire directement des choses mêmes et que le bon alchimiste sait aussi en extraire la propriété ou vertu. — Disons en terminant ce com mentaire que par arbres de mer il faut entendre le
PARACELSE 71 corail et par grains d’actis les graines de fuseau ou sureau qui, lorsqu’ils sont mûrs, c’est-à-dire fin sep tembre, sont noirs comme des raisins. LIVRE XII Des douleurs de dents.
Paragraphe I. — Les douleurs de dents avec leurs accidents sont aux racines dans l’os (maxillaire) aux gencives ou dans leurs entours. — La cause de la douleur des dents est de deux sortes : l’une est étran gère à l’emplacement et l’autre provient de son em placement même ; celle qui est étrangère descend de la tête, celle de l’emplacement provient du scabre et dupanarice.
Commentaires. — Nous n’avons à parler ici que du scabre et panarice ; ce sont probablement des éruptions aux gencives par un ver engendré dans la dept ou la gencive qui ronge la dent et meurt dès qu’il sent l’air. — A plus expert que nous d’expliquer la chose. Paragraphe IL — La guérison des dents peut s’obtenir de deux manières par des remèdes ou par extraction (chirurgie). LIVRES XIII ET XIV De la douleur des oreilles.
Paragraphe I. — De la cause. — La douleur des oreilles provient du quatrième émonctoire, des régions de la tête avec la surdité et ses variétés suivant Fana72 l’initiation tomie de la région inférieure avec les régions des narines et des yeux, La cause est accidentelle ou provient de l’emplace ment; la première est de nature albumineuse (?)et la seconde provient de son propre accès naturel avec signes chroniques: tintements d’oreilles et apostème avec pus et sanies et leurs dérivés.
Paragraphe II. — La guérison des douleurs des oreilles se fait de deux façons: l’une se fait par choses apéritives froides, l’humidité; la seconde se fait par les anodins ou les stupéfiants suivant le dire d’Archélaüs et autres, suivant le procédé d’Alburasis, selon l’art chirurgique et l’expérience de Raymond Lulle. Paragraphe I. — Du mal des yeux. —• Les dou leurs des yeux peuvent provenir des mêmes causes que celles des oreilles.
Il faut considérer à part la cataracte ; en dehors de celle-ci on peut appliquer les mêmes remèdes aux yeux qu’aux oreilles. La scotomie (?) peut être opérée par un instrument ; de même, s’il survient une pellicule, un onglet (?)orgeolet probable ment à l’œil, il faut employer un instrument pour leur suppression, et bien que les collyres puissent être utilement employés parfois dans ces cas.
Collyre en la scotomie et pour toute espèce de maux d'yeux.—• R. Vitriol blanc, alun déplumé tutieéteinte de chaque une drachme, liqueur d’euphrasie, six onces, camphre en poudre, une drachme et demie.— Réduire le tout en liquide sur le marbre et séparément faire placer au bain-marie. Commentaire. — Paracelse décrit ici les moyens propres à guérir les douleurs d’oreilles par les choses
PARACELSE 73 apéritives et par les stupéfiants. Il emploie bien des collyres pour guérir la scotomie, les effusions et la cataracte; mais, dit-il, quand on laisse vieillir ces ma ladies, il faut avoir recours à une opération chirurgi cale, à l’instrument, dit-il, car les pelliculles trop en durcies ne sauraient être dissoutes par les collyres ou eaux consomptives, comme les dénomme Paracelse. Ernest Bosc.
y-'- PARTIE LITTÉRAIRE lâ TOIOM B® WOOB Nehor s'était assis sur un tertre ombragé Et regardait au loin la campagne fleurie : De grands nuages d'or dans le ciel imagé Formaient à l'horizon un décor de féerie. La nature riait dans les bras du soleil : Un beau lac s'endormait, reflet d’azur limpide, Et, dans ses flots moirés, des écueils de vermeil Surgissaient puissamment en masse translucide. Ravi par la grandeur de ce monde nouveau Dont les riches couleurs rayonnaient de lumière, Nehor en admirait le splendide tableau Ainsi qu'un idéal inspirant la prière. Soudain, parmi l'azur et l'or, Il aperçut une ombre rose : Flottante, elle avait pris l'essor Dans cet espace grandiose Digitized by
LA VISION DE NEHOR 75 Et révélait à l'œil un ange glorieux Voilant son beau visage en descendant (les deux. Une voix musicale et tendre, ‘ Touchante comme un chant d'amour, Près de Nehor se fit entendre Alors que déclinait le jour. « Bien-aimé, disait-elle, en lui parlant à l’âme, Remplis ta mission, le travail te réclame! Sois charitable et bon, sois noble et généreux, Plus tu t’élèveras, plus tu seras heureux.
Je suis ta blonde fiancée Et j'ai vécu bien avant toi... Par le sentiment, la Pensée, Tu peux t'élever jusqu’à moi. Mais, pour me retrouver, il faut que la souffrance Imprime dans ton cœur son auguste influence ! » Et Nehor écoutait, enthousiaste d’espoir... Soudain, tout disparut !
La rayonnante image, Le grand lac endormi dans les brumes du soir S’étaient évanouis... visions de passage l Nehor était assis sur un tertre ombragé. f Et regardait au loin la campagne fleurie ; De grand nuages d'or dans le ciel imagé Formaient à l'horizon un décor féerie. ■ J. de Tallenay.
?6 l’initiation LÀ MAISON HANTÉE PREMIÈRE TRADUCTION FRANÇAISE Par Jean Tabris Les deux portes étaient encore fermées, celle com muniquant avec la chambre du domestique était en core verrouillée. Dans l’angle du mur où il s’était si convulsivement blotti, gisait le chien.
Je l’appelai — aucun mouvement ; je m’approchai — l’animal était mort ; les yeux sortaient de leurs orbites ; la langue pendait hors de la gueule; l’écume blanchissait ses mâchoires. Je le pris dans mes bras ; je l’amenai près du feu ; je ressentais une peine extrême de la perte de mon pauvre favori — je me faisais de violents re proches ; je m’accusais de sa mort ; je m’imaginais qu’il était mort de peur.
Mais quelle fut ma surprise en découvrant qu’il avait le cou brisé. Cela s’était-il produit dans les té nèbres ? Cela ne devait-il pas avoir été fait par une main d’homme comme la mienne? N’y avait-il pas eu tout le temps un agent humain dans cette chambre ? J’ai de bonnes raisons de suspecter qu’il n’y en avait pas. Je ne puis direjpourquoi.
Je ne puis pas faire plus que d’établir nettement le fait; que le lecteur dé duise la conclusion qu’il lui plaira. Autre circonstance surprenante : ma montre était replacée sur la table dont elle avait été si mystérieu sement retirée ; mais elle s’était arrêtée au moment même où on s’en emparait ; et, depuis, en dépit de
LA MAISON HANTÉE 77 l’habileté de l’horloger, si elle se met à marcher, elle va d’un mouvement bizarre et étrange pendant quelques heures, et puis s’arrête court—elle ne vaut plus rien. Il n’arriva rien de plus pendant le reste de la nuit. Et, en vérité, je n’eus pas non plus longtemps à at tendre avant le lever de l’aurore. Et je ne quittai la maison hantée que lorsqu’il fit grand jour.
Avant de partir, je visitai de nouveau la petite chambre retirée; dans laquelle mon domestique et moi avions été pour un temps prisonniers. J’avais une forte présomption— dont je ne pouvais me rendre compte — que c’était de cette chambre qu’émanait le mécanisme des phéno mènes — si je puis m’exprimer ainsi — qui avaient eu lieu dans ma chambre.
Et bien que j’y entrasse maintenant en [pleine lumière, le soleil dardant ses rayons à travers la vitre fumeuse, je ressentis encore, tandis que j’étais debout dans la pièce, l’impression d’horreur que j’avais d’abord éprouvée la nuit précé dente, et qui avait tant augmenté à la suite de ce qui s’était passé dans ma propre chambre. Je ne pus vrai ment pas supporter de rester plus d’une demi-minute entre ces murs.
Je descendis les escaliers, et encore j’entendis le bruit de pas devant moi ; et en ouvrant la porte de la rue, je crus distinguer un faible rire. Je regagnai ma maison, comptant y trouver mon do mestique déserteur. Mais il ne s’y était pas présenté : et il y avait plus de trois jours que je n’en avais en tendu parler, quand je reçus de lui une lettre datée de Liverpool. dont voici la teneur :
7« l’initiation « Respectable Maître, « J’implore humblement votre pardon, bien que je puisse à peine espérer que vous pensiez que je le mé rite, à moins — que le ciel vous eh préserve ! vous n’ayez vu ce que j’ai vu. Je sens qu’il se passera bien des années avant que je ne me remette ; et quant à être propre au service, c’est inutile d’y songer. C’est pour quoi je vais chez mon beau-frère à Melbourne. Le bateau met à la voile demain.
Peut-être ce long voyage me rétablira-t-il. Maintenant je ne fais,plus que tres saillir et trembler, et m’imaginer qu’il est derrière moi.
Je vous prie humblement, honorable Maître, de donner des ordres pour que mes vêtements et les gages qui me sont dus soient expédiés chez ma mère, à Walworth, Jean connaît son adresse. » La lettre se terminait par des excuses additionnelles quelque peu incohérentes, et des détails explicatifs re- ■ latifs aux choses qui dépendaient du service de ce garçon. t , Cette fuite fera peut-être soupçonner que cet homme désirait.aller en Australie, et s’était frauduleusement mêlé1 de manière ou d’autre aux événements de la nuit.
Je ne dirai rien pour réfuter cette hypothèse ; je la suggère plutôt comme celle qui semblerait à beau coup de personnes être la solution la plus probable d’événements invraisemblables. Ma croyance en ma propre théorie restait inébranlée. Je retournai dans la soirée à cette maison pour rapporter dans un fiacre les objets que j’y avais laissés, avec le corps de mon pauvre chien. Je ne fus point troublé pendant ma
LA MAISON HANTÉE ■ 79 tâche, et il ne m’arriva rien de digne d’être noté, si ce n’est qu’en montant et en descendant l’escalier, j’entendis encore le même bruit de pas devant moi. En quittant la maison, j’allai chez M. J. Il était chez lui.
Je lui rendis les clefs, je lui dis que ma curiosité était suffisamment satisfaite, et j’étais sur le point de lui raconter brièvement ce qui s’était passé, lorsqu’il m’arrêta et me dit, quoique avec beaucoup de poli tesse, qu’il ne prenait plus aucun intérêt à un mystère que personne n’avait jamais résolu.
Je me décidai au moins à lui parler des deux lettres que j’avais lues, et aussi de la façon dont elles avaient ■ disparu, et puis je m’informai s’il pensait qu’elles avaient été adressées à la femme morte dans cette maison, et s’il y avait quelque chose dans l’histoire de sa jeunesse qui pût vraisemblablement confirmer le sombre soupçon qu’éveillaient ces lettres.
M. J. sem bla tressaillir, et, après s’être recueilli quelques ins tants, il répondit : « Je ne suis que peu au courant de l’histoire de la jeunesse de cette femme, si ce n’est, comme je vous l’ai déjà dit, que sa famille connais sait la mienne. Mais vous ravivez quelques vagues réminiscences à son sujet. Je prendrai des informa tions et je vous ferai part de leur résultat.
Cependant, même en admettant cette croyance populaire qu’une * personne qui a été de son vivant soit l’auteur, soit la . victime de crimes abominables, puisse revoir, sous form? d’âme en peine, les lieux où ces crimes ont été commis, Je vous ferai observer que cette maison était remplie de visions et bruits étranges avant la mort de la vieille femmq.—vous souriez—qu'alliez-vous dire?»
8o l’initiation ' « J’allais dire ceci : c’est que je suis convaincu que, si nous pouvions atteindre le fond de ces mystères, nous trouverions un agent humain vivant. ». « Quoi ! vous croyez que tout cela est une impos ture ? Pour quelle raison ? » « Non point une imposture dans le sens ordinaire du mot.
Si soudain j’étais sur le point de tomber dans un profond sommeil dont vous ne pourriez pas m’éveiller, et que dans ce sommeil je pusse répondre aux questions qu’on me poserait avec une,lucidité à laquelle je ne pourrais prétendre dans l’état de veille — vous dire ce que vous avez d’argent dans votre poche, ou décrire vos pensées mêmes — ce n’est pas plus nécessairement une imposture que ce n’est néces sairement surnaturel.
Inconsciemment, sous une influence magnétique, je reviendrais à moi par la volonté d’un être humain, à quelque distance qu’il se trouve, qui aurait acquis du pouvoir sur moi par des rapports antérieurs. « Mais, si un magnétiseur pouvait ainsi agir sur un autre être vivant, pouvez-vous supposer qu’un ma gnétiseur pût aussi agir sur des objets inanimés : mouvoir des chaises, ouvrir et fermer des portes?
« Ou impressionner nos sens avec la croyance en de tels effets— nous-mêmes n’ayant jamais été en rap port avec la personne agissant sur nous? Non. Ce qu’on nomme communément magnétisme ne pour rait pas produire ceci ; mais il peut exister une puis sance ayant du rapport avec le magnétisme, et qui lui soit supérieure—puissance appelée jadis Magie. Qu’un tel pouvoir s’étende sur tous les objets inanimés de la
LA MAISON HANTÉE 8l matière, je n’ose pas l’affirmer; mais, s’il en est ainsi, ce ne serait pas contre nature, ce ne serait qu’une puissance rare dans la nature qui serait accordée à des constitutions douées de certaines particularités, et amenée par la pratique à un degré extraordinaire.
Qu’un tel pouvoir s’étende sur les morts — sur cer taines pensées et certains souvenirs que les morts peuvent encore conserver — et force, non pas ce qui doit proprement être appelé FAME, et qui est bien au delà de l’atteinte de l’homme, mais plutôt le fantôme de ce qui a reçu sur la terre l’empreinte terrestre, à se rendre apparent à nos sens — c’est une théorie très ancienne bien que tombée en désuétude, sur laquelle je ne hasarderai aucune opinion.
Mais je ne pense pas que ce pouvoir soit surnaturel. Permettez que j’expli que ce que je veux dire à l’aide d’une expérience que Paracelse décrit comme facile, et que l’auteur des Curiosités de la littérature cite comme croyable : Une fleur se fane; vous la brûlez. Les éléments qui constituaient la fleur vivante ont disparu, vous ne savez, pas où ils sont; vous ne pouvez jamais ni les retrouver, ni les rassembler.
Mais vous pouvez, par la chimie, de la cendre de cette fleur, produire un spectre de la fleur, telle qu’elle était lorsqu’elle était vivante. C’est peut-être la même chose pour l’être humain. L’âme vous a échappé comme l’essence ou les élé ments de la fleur. Cependant vous pouvez en produire un spectre. Et ce fantôme, bien que, dans la croyance populaire on le confonde avec l’âme du défunt, n’est que l’image de la forme du mort. Ce qui prouve que, de même que dans les histoires de spectres et d’esprits
82 l’initiation les plus avérées, la chose qui nous frappe le plus est l’absence de ce que nous pensons être l’âme, l’ab sence de l’intelligence supérieure libre. Ces appari tions ont lieu pour peu de chose ou même sans rai son, elles parlent rarement lorsqu’elles se produisent; si elles parlent, elles n’émettent pas d’idées au-dessus de celles d’une personne ordinaire sur la terre.
Les spirites américains ont publié des volumes de com munications en vers et en prose qu’ils affirment être faites au nom des morts les plus illustres — Shakes peare, Bacon — Dieu sait qui.
Ces communications, en prenant les meilleures, ne sont certainement pas d’un iota plus élevées que ne le seraient des commu nications de personnes vivantes ayant un joli talent et une éducation soignée ; elles sont étonnamment infé rieures à ce que Bacon, Shakespeare et Platon disaient et écrivaient lorsqu’ils étaient sur la terre.
Et, ce qui mérite plus d’être observé, elles ne contiennent jamais une idée qui ne fût sur la terre auparavant. ■ « C’est pourquoi, au sujet de phénomènes aussi merveilleux que ceux-ci (en les admettant Comme véridiques), je vois qu’une grande partie est du res sort de la philosophie, rien que la philosophie ait le droit de nier, parce que rien n’est surnaturel.
Ce ne sont que des idées transmises d’une manière quel conque (nous n’avons pas encore découvert lesmoyens) d’un cerveau humain. Soit que, par ce moyen, des tables se déplacent d’elles-mêmes, ou que des formes diaboliques apparaissent dans un cercle magique, ou que des mains sans corps s’élèvent et meuvent des ob jets matériels, ou qu’un Être ténébreux, tel qu’il s’en est
LA MAISON HANTÉE 83 présenté à moi, glace-notre sang, je reste encore con vaincu que ce ne sont que des actions transmises, comme -par des fils électriques, à mon propre cerveau, et venant d’un autre cerveau. Dans quelques constitu tions il y a une chimie naturelle, et ces constitutions peuvent des prodiges chimiques ; dans d’autres, un fluide naturel, appelez-le électricité, et ceux-ci peuvent produire des prodiges électriques.
Mais les prodiges diffèrent de la Science positive en ceci: ils sont tou jours sans objet, sans propos, puériles, frivoles. Ils ne conduisent à aucun grand résultat ; et c’est pour quoi le monde n’y fait pas attention et les vrais sages ne les ont pas cultivés.
Mais je suis sûr que tout ce que j’ai vu ou entendu a pour origine lointaine un homme, un de mes semblables; et je crois inconsciem ment à cet homme, quant aux effets produits, pour cette raison : jamais deux personnes, dites-vous, n’ont éprouvé les mêmes sensations. Eh bien, observez-le, jamais deux personnes n’ont exactement le même rêve.
Si c’était une imposture ordinaire, la machinerie serait organisée pour produire des résul tats ne variant guère ; si c’était un agent surnaturel envoyé par le Tout-Puissant, ce serait sûrement dans un but déterminé.
Ces phénomènes n’appartiennent à aucune de ces deux classes ; ma conviction est qu’ils ont leur origine dans une intelligence maintenant lointaine ; que cette intelligence n’a pas une volonté bien nette dans tout ce qui est arrivé ; que ce qui a lieu n’est que le reflet de ses pensées vagabondes, in distinctes, déviées, informes ; en résumé, que ce ne sont que les rêves de cette intelligence mis en action
84 l’initiation et revêtus d’un semblant de substance.
Que cette in telligence soit douée d’une puissance énorme, qu'elle puisse mettre en mouvement la matière, qu’elle soit maléfique et destructive, je le crois ; une force maté rielle quelconque doit avoir tué mon chien ; une telle force aurait pu, j’en sais quelque chose, suffire pour me tuer, si comme mon chien j’avais été subjugué par la terreur, — si mon intelligence ou mon esprit ne m’avait pas permis de la contrebalancer par la résis tance de ma volonté. » « Elle a tué votre chien !
Il est vraiment étrange qu’on ne puisse faire rester aucun animal dans cette maison, pas même un chat; on n’y trouve jamais ni rats ni souris. » « L’instinct de la créature animale découvre les in fluences . funestes à son existence. La raison de l’homme a un sens moins subtil, parce qu’elle a une force de résistance plus grande.
Mais en voilà assez ; comprenez-vous ma théorie ? , « Oui, bien qu’imparfaitement—et je préfère accepter n’importe quel état (pardon du mot) si bizarre qu’il soit, plutôt que d'admettre ces idées de fantômes et de loups-garous qu’on nous a fait avaler dans notre enfance. Cependant, pour mon infortunée maison, le mal reste le même. Que diable puis-je en faire ? » « Je vais vous dire ce que je ferais à votre place.
Mon sentiment me convainc que la petite chambre non meublée, qui se trouve à angle droit de la chambre à coucher que j’occupais, forme le point de départ, le réceptacle des influences qui hantent la maison ; et je vous conseille fortement de faire percer
LA MAISON HANTÉE 85 les murs, d’enlever le parquet, plus encore, de faire démolir toute la pièce. J’ai remarqué qu’elle est déta chée du corps de la maison, construite sur la petite cour de derrière, et qu’on peut la démolir sans nuire au reste de la construction. » « Et vous pensez, si je faisais cela..... » « Que vous couperiez les fils du télégraphe. Essayez.
Je suis tellement persuadé que j’ai raison, que je paie rai la moitié de la dépense si vous voulez me per mettre de diriger les opérations. » « Non pas, je puis parfaitement supporter les frais; pour le reste, permettez-moi de vous écrire. » Environ dix jours après,, je reçus une lettre de M. J. me disant qu’il avait visité la maison depuis que je l’avais vu, qu’il avait trouvé les deux lettres que je lui avait décrites, qu’il les avait replacées dans le tiroir où je les avais prises ; qu’il les avait lues avec les mêmes pressentiments que moi ; qu’il avait com mencé une enquête sérieuse au sujet de la femme à laquelle je conjecturais avec raison qu’elles avaient été écrites.
Il paraissait que trente-six ans auparavant (un an avant la date des lettres), elle s’était mariée, contre le gré de ses parents, avec un Américain d’un caractère très soupçonneux; en réalité, on croyait généralement qu’il avait été pirate. Elle-même était la fille de com merçants très honorables, et elle avait exercé les fonc tions de gouvernante d’enfants avant son mariage.
Elle avait un frère, veuf, qui était considéré comme riche, et qui n’avait qu’un enfant d’environ six ans. Un mois après le mariage, le corps de ce frère fut
86 l’initiation retrouvé dans la Tamise près du pont de Londres; des traces de violences apparaissaient près de la gorge, mais elles ne semblèrent pas suffisantes pour autori ser l’enquête à une autje déclaration que celle de : trouvé noyé. ' L’Américain et sa femme se chargèrent du petit gar çon, le frère défunt ayant par son testament laissé à sa sœur la garde de son unique enfant et en cas de mort de l’enfant, l’héritage passait à sa sœur.
L’enfant mourut six mois après, — on supposa qu’il avait été privé de soins et maltraité. Les voisins déclarèrent qu’ils l’avaient entendu crier la nuit. Le chirurgien qui l’avait examiné après sa mort dit qu’il était amaigri comme par suite de manque de nourriture, et que le corps était couvert de contusions livides.
On racon tait que par une nuit d’hiver l’enfant avait cherché à s’échapper, était sorti dans la cour de derrière, avait essayé d’escalader le mur, était retombé épuisé, et avait été trouvé le matin gisant sur le pavé dans un état désespéré.
Mais, bien qu’il y eût là une certaine preuve de cruauté, le meurtre n’était pas prouvé; et la tante et son mari cherchèrent à excuser leur cruauté en alléguant l’extrême entêtement et la perversité de l’enfant, qu’on déclara idiot. Que cela soit ce que cela voudra, à la mort de l’orphelin, la tante hérita de la fortune de son frère. Avant la fin de la première année de mariage, l’Américain quitta brusquement l’Angleterre et n’y revint jamais.
Il obtint le commandement d’un vais seau-croiseur qui se perdit dans l’Atlantique deux ans plus tard. La veuve resta dans l’opulence; mais elle
LA MAISON HANTÉE 87 eut des revers de fortune de toute sorte : une banque sauta, une faillite lui enleva de l’argent, elle tenta un petit commerce et devint insolvable, puis elle se mit en service, tombant de plus en plus bas, de femme de charge à bonne à tout faire, ne restant jamais longtemps dans la même place, bien qu’on alléguât rien de positif contre son caractère.
Elle était considérée comme sobre, honnête, et particulière ment tranquille dans sa manière d’être; cependant rien ne lui' réussit. Et c’est ainsi qu’elle était tombée dans un asile, d’où M. J. l’avait retirée pour lui con fier la même maison qu’elle avait occupée en qualité de locataire durant la première année de son mariage.
M. J. ajouta qu’il avait passé une heure seul dans la chambre non meublée que je l’avais supplié de détruire, et que son impression de terreur dans ce lieu avait été si grande, bien qu’il n’cût ni vu ni en tendu quoi que ce fût, qu’il était impatient de voir les murs à nu et le parquet enlevé comme je le lui avais suggéré. Il avait embauché des ouvriers pour ce tra vail, et il était prêt à commencer le jour que j’indi querais.
En conséquence, un jour fut fixé. Je me ren dis à la maison hantée ; nous allâmes dans la pièce triste et lugubre, et nous enlevâmes les lambris et puis le parquet. Sous les poutres, couvertes de dé combres, nous découvrîmes une trappe, juste assez large pour le passaged’unhomme.Elleétait’solidement enclouée avec des crampons et des rivets de fer.
En les ôtant, nous descendîmes dans une pièce située audessous, dont on n’avait jamais soupçonné l’exis tence. Il y avait eu dans cette chambre une fenêtre e
l’initiation 88 un tuyau de cheminée, mais ils avaient été murés, évidemment depuis de nombreuses années. Nous exa minâmes les lieux à l’aide de bougies; il restait encore quelques meubles vermoulus, trois chaises, un siège de chêne à dossier élevé, une table, le tout à la mode d’il y a quatre-vingts ans.
Il y avait contre le mur une commode à tiroirs, dans laquelle nous trouvâmes, à moitié pourris, des vêtements d’homme à l’ancienne mode, tels qu’il y a quatre-vingts ou cent ans en aurait porté un gentilhomme d’un certain rang, des boucles et des boutons d’aciers travaillé, comme ceux encore en usage sur les habits de cour, une magni fique épée de cour ; dans un gilet jadis enrichi d’une broderie d’or, mais qui maintenant était noircie et salie par l’humidité, nous trouvâmes cinq guinées, quelque monnaie d’argent, et un ticket d’ivoire, pro bablement pour un spectacle depuis longtemps passé.
Mais nous fîmes notre principale découverte dans une sorte de coffre de sûreté en fer et fixé au mur, dont nous eûmes le plus grand mal à arracher la serrure. Dans ce coffre se trouvaient trois rayons et deux tiroirs. Plusieurs petits flacons de cristal hermétique ment fermés étaient rangés sur les rayons.
Ils conte naient des essences volatiles incolores, sur la nature desquelles je puis seulement dire que ce n’étaient pas des poisons ; du phosphore et. de l’ammoniaque en traient dans la composition de quelques-unes d’entre elles. Il y avait aussi quelques curieux tubes de verre, et une petite baguette de fer pointue, puis un gros morceau de cristal de roche, un autre d’ambre, aussi un aimant d’une grande puissance.
LA MAISON HANTÉE 89 Dans un des tiroirs nous trouvâmes un portrait en miniature monté en or, et conservant la fraîcheur du coloris d’une manière étonnante, vu la longueur de temps durant lequel il était probablement resté là. Le portrait était celui d’un homme d’un âge moyen, peut-être quarante-sept ou quarante-huit ans. C’était un visage remarquable, très frappant.
Si l’on pouvait s’imaginer un serpent colossal transformé en homme, et gardant dans ses traits d’homme le type de l’ancien serpent, on aurait une meilleure idée de cette physionomie que celle qu’en pourraient don ner des descriptions minutieuses : la largeur et l’apla tissement de l’os frontal, l’élégance effilée du con tour déguisant la force de la mâchoire bestiale, l’œil long, grand, terrible, étincelant et vert comme l’éme raude, et en même temps un calme féroce qui semblait provenir de la conscience de son immense pouvoir.
Machinalement je retournai la miniature pour en examiner le dos, et là je vis un pentacle gravé ; au milieu du pentacle une échelle et la troisième marche de l’échelle était formée de la date 1765. En exami nant encore plus minutieusement, je découvris un ressort ; en le pressant, le dos de la miniature s’ouvrait comme un couvercle.
Dans l’intérieur du couvercle, étaient écrits ces mots : « Marianne à toi — Sois fidèle dans la vie et dans la mort à —» Ici suit un nom que je ne veux pas mentionner, mais qui ne m’était pas inconnu. J’en avais entendu parler dans mon en fance par des vieillards comme du nom porté par un charlatan extraordinaire qui avait fait grande sensa tion à Londres pendant environ une année et qui
l’initiation go s’était enfui du pays sous la prévention d’un double meurtre commis dans sa propre maison, — celui de sa maîtresse et de son rival. Je ne dis rien de ceci àM. J., — auquel je rendis à contre-cœur la miniature.
Nous n’avions trouvé aucune difficulté à ouvrir le premier tiroir du coffre de fer ; nous eûmes beaucoup de mal à ouvrir le second : il n’était pas fermé à clef, néanmoins il résista à tous nos efforts, jusqu’à ce que nous eussions inséré dans une fente l’extrémité d’un ciseau. Quand nous eûmes ainsi tiré le tiroir en avant, nous trouvâmes un appareil très singulier en parfait état.
Sur un petit'livre mince, ou plutôt une tablette, était posé un récipient de cristal ; ce récipient était rempli d’un liquide incolore ; sur ce liquide flottait une espèce de boussole, avec une aiguille tournant rapidement sur elle-même ; mais à la place des pointes ordinaires d’une boussole étaient sept caractères étranges, ne différant guère de ceux employés par les astrologues pour indiquer les planètes.
Une odeur particulière, mais point forte ni désagréable, émanait de ce tiroir, qui était revêtu intérieurement d’un bois que nous trouvâmes plus tard être du coudrier. Quelle que fût la cause de cette odeur, elle produisait un effet sensible sur les nerfs. Tous, même les deux ou vriers qui se trouvaient dans la chambre, nous res sentîmes une sensation de frisson et de tressaillement depuis l’extrémité des doigts jusqu’à la racine des cheveux.
Impatient d’examiner la tablette, j’ôtai le vase de cristal. Immédiatement l’aiguille de la bous sole se mit à tourner avec une vitesse prodigieuse, et je sentis tout mon être secoué par un tel choc, que je
LA MAISON HANTÉE ' gi laissai tomber le vase pàr terre. Le liquide se répan dit, le vase se brisa, la boussole roula à l’autre extrémité de la chambre, et à cet instant les murs tremblèrent, comme si un géant les avait poussés et ébranlés.
Les deux ouvriers furent si effrayés qu’ils se préci pitèrent sur l’échelle à l’aide de laquelle ils étaient descendus par la trappe; mais, voyant qu’il ne se pro duisait rien de plus, ils se décidèrent aisément à reve nir.
Pendant ce temps, j’avais ouvert la tablette : elle était reliée en maroquin rouge uni, avec un fermoir en argent; elle ne contenait qu’une seule feuille d’épais velin, et sur cette feuille, inscrite dans un double pen tacle, étaient écrits en vieux latin monastique des mots pouvant littéralement être traduits ainsi : « Sur tous ceux qu’elle peut atteindre dans ces murs — êtres animés ou inanimés, — vivants ou morts, — de même que se meut cette aiguille, qu’ainsi se fasse sentir ma volonté !
Maudite soit cette maison, et sans repos ceux qui y demeureront. » Nous ne découvrîmes rien de plus. M. J. brûla la tablette et la malédiction qu’elle contenait. Il rasa jusque dans ses fondations la partie de la construc tion comprenant la chambre secrète et celle au-dessus.
Il eut ensuite le courage d’habiter lui-même la mai son pendant un mois : dans tout Londres on n’eût pu trouver une maison plus tranquille et plus confor table, et jamais un locataire ne formula la moindre plainte. Bulwer-Lytton.
92 l’initiation Iroupï Indépendant . D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES ‘ Quartier général. — Rapport annuel du Président. — Ce rapport paraîtra dans le prochain numéro de l’ini tiation.
Sans vouloir, pour l’instant, anticiper sur les nou veaux sujets pour l'année 1894-95, signalons cependant les changements apportés dans la propagande qui sera faite, non plus par des conférences mensuelles, mais par plu sieurs grandes fêtes données dans des salles pouvant contenir plus de 1,00c assistants. De plus, une extension considérable est donnée aux loges de Paris et un local spécial va être aménagé à cet effet.
Enfin le Voile d’Isis sera sous peu complètement réorganisé pour devenir un véritable journal d’information spiritualiste. Le Grand Conseil du Spiritualisme.— Le projet définitif d’organisation de cette importante création paraîtra égale ment dans le prochain numéro de notre revue.
Etranger. — Un diplôme d’honneur vient d’être dé cerné par le Comité de Direction du Groupe au chevalier Selliers de Moranville, délégué pour la Belgique en recon naissance des services rendus par lui à notre cause. groupe n° 4. ETUDE DU SPIRITISME Séance du 15 septembre 1894 Cinq personnes présentes : Mœe Marthe B,.., médium. M. B... MM. A. F. et L. F. Aucun résultat. A. François.
KirMRiS DÉLÉGATION DE BELGIQUE Vu : Les lettres du Délégué pour la Belgique, du Groupe Indépendant d’Études Esotériques ; Ses communications verbales du 5 août 1894; ............ ru.. ..UH Hynilu
KVMRIS 93 Les demandes d’adhésion ; La charte de la Commission exécutive en date du a5 juillet 1890. La charte de transmission n° 27. Le règlement général du Groupe ; Une réunion de la branche à établir à Liège a eu lieu à Liège, place Verte, le dix-sept septembre 1800, nonante-quatre, ensuite de laquelle le Délégué, d’accord avec M. J.
Fiévet, Membre correspondant' du Groupe, à Liège, 41, rue des Fossés, Arrête : Statut unique : La Branche régulière « PoLLvX », du Groupe Indépendant d’Etudes Esotériques, du ressort de la Délégation de Belgique, est déclarée fondée.
Elle est régie par le délégué du Groupe, le Chevalier Léonard de Selliers de Moranville, sans autre aide, obligation ou sanction que celles qui lui plairont, et ce en vertu des pleins pouvoirs que lui confèrent : La charte de la Commission exécutive en date du 25 juillet 1890 ; La charte de transmission n° 27. Dont acte, dûment scellé et signé : Arrêté en KvMRiS, le 17 septembre 1894. Le Délégué : 4i Signé : Chev. L. de Selliers de Moranville. D.
G. E. Pour avis conforme : Le Membre correspondant à Liège. Signé : J. Fiévet, C. G. E. Répercussion des Measures du corps astral On lit dans Histoire critique des pratiques supersti tieuses, par Pierre Le Brun (4 vol. in-12, Paris, VveDelaulne, 1782, liv. Il, ch. ni), qu’un nommé Denis Milanges, rendu malade par un sorcier, crut voir son fantôme dans un accès d’égarement et le frappa au visage. Une neuvaine fut suivie d’une apparition de saint Maur dans une église ayant à ses côtés l’ombre du berger, qui
l’initiation 94 paraissait blessé au visage. Denis Milanges guéri, le sort retomba sur le berger, qui n’obtint sa guérison qu’après des prières de sa victime.
Ce récit concorde, quant à la nature des phénomènes, avec l’histoire du berger de Cideville, blessé au visage parce que son ombre (ou corps astral) fut atteinte assez légèrement, et aussi avec l’histoire de cette sorcière qui mourut du coup dont fut frappé son corps astral, et dont l’initiation a parlé (i). Saturninos. LS DSS ITM®» x Monsieur Papus, à Paris.
Le Voile d’Isis n® 164 me fait savoir que, lors de la conférence du 7 juin dernier, vous avez parlé sur le Pater. Je vous envoie celui des Quichuas. Cette magnifique prière a surpris au dernier degré les bons jésuites qui, lors de l’invasion des barbares espagnols, vinrent pour convertir les « Américains idolâtres » qui étaient beau coup plus avancés qu’eux en religion et en moralité.
Vous connaissez assez l'espagnol pour que je vous l’envoie dans la langue de ces bandits fanatiques et ignorants. Elle a été conservée par Montesinos : O vivificador del mundo, tu que existes desde el prin cipio y que existirás trasta et fin, poderoso y misericor dioso, que has ereado el hombre diciendo que el hombre sea, que nos resguardas del mal y nos conservas la salud y la vida ?
Estas en el cielo o en la tierra, en las nubes o en los abismos ? Escucha la voz de aquel que te implora y concédele loque te pide Daños la vida eterna, resguar da nos y acepta nuestro sacrificio. Bien à vous, Girgois. ( 1 ) Delrio (DisquiSitiones magias, 1.
II, ch. xvm) raconte qu’un crapaud ayant rendu prodigieusement pesante la barque d’un matelot qui s’était disputé avec une tavernière, ce crapaud fut transpercé d’un coup d’épée : la femme mourut à la même heure. Un cordonnier de Ferrare ayant blessé un chat noir qui était venu jouer auprès de son enfant malade, une sorcière qui avait promis sa guérison fut blessée mortellement au même en droit (Serclier, L'Antidémon historial, p. 442).
UNE SUBPRISE 95 1« Nos lecteurs auront bientôt le plaisir d’une manifesta tion remarquable du monde occulte. H s’agit d’une série de dessins symboliques, véritables peintures au crayon, exécutés d’inspiration, aussi originaux par leur compo sition que par leur aspect.
Ils transportent dans un monde complètement différent du nôtre, tout fluidique, tantôt sombre et plein de ténèbres imposantes, tantôt illumine d’une lumière éthérée et suave, selon la pensée traduite.
Grâce à l’obligeante intervention de M,ta Wolska, au près de qui l'on pourra obentir plus de détails à ce sujet (au siège du Groupe), quelques-uns d’entre nous ont été admis à voir les premières feuilles avant l’achèvement complet de la' série, mais il ne nous est pas permis de pousser plus loin l’indiscrétion. Elle serait du reste aussi regrettable qu’inutile.
La moitié de l’intérêt de cette oeuvre est dans les circons tances exceptionnelles de son exécution,‘et nous devons ni froisser la modestie si/délicate de l’auteur qui craint de voir troubler sa pieuse retraite, ni déflorer par une critique prématurée le plaisir prochain *que réserve, pa rait-il, à nos lecteurs une exposition publiquede ces des sins, animée des commentaires de l’un de nos conféren ciers des mieux autorisés et des plus connus. ffoiwmis Lès cours de VEcole pratique de »magnétisme, qui ont obtenu un si retentissant succès l’année dernière, grâce aux intéressantes leçons de MM. Papus, Moutin, Durville, etc., s’ouvriront cette année le 19 octobre.
Ceux qui de’sirent obtenir le diplôme de magnétiseurmasseur praticien doivent se faire incrire à la Société magnétique de France, 2 3, rue Saint-Merri, Paris. La Revue des Revues du 1er octobre contient une série
1 l’initiation 96 d’articles aussi passionnants qu’instructifs et amusants. Relevons entre autres : Physiologie du succès, par Scipio Sighele.—-Les Sur prises de l’histoire (quelques généalogies curieuses), par E. Neukomm et G. Bertin. — Ce qu’on mangera en l’an 2000, par le professeur Berthelot. —■ La Navigation aérienne : I. L'Homme volant (Illustré)^ par Vernon ; IL L’Aéroplane Maxim, par Hiram S.
Maxim. — Pierre Ivanovitch Dinkoff, par M“e V. Krestovsky.— 2,5oo 0/0 d’intérêt légal, par G.-W. Moon. — Les Sociétés secrètes musulmanes, par le comte Napoléon Ney. — Le Vrai Inventeur de l'Afrique, par E. Caylor Bourne. — Les Madgyars, par le professeur H. Vambéry. — La Verrerie antique (Illustré). Dans l’intimité de trois poètes, par Mme A.
Smirnoff. — Théâtres et Concerts, par Georges Lefèvre. — Analyse des Revues françaises et étrangères. — Curiosités et Documents. — Revue des Livres. —■ Cari catures politiques. — Dernières Inventions et Découvertes. Paris, 32, rue de Verneuil. France, 14 francs. Union pqstale, 18 francs par an. Abonnements partant du ict au i5 de chaque mois.
Numéro spécimen corjtre 60 cen times en timbres-poste. ¥ ♦ Supplément à la REVUE PHILOSOPHIQUE de septembre 1894. Sommaire de la Revue philosophique, numéro de sep tembre 1894 (19e année). G. Mouret: I. Le problème logique de l’infini. IL Valeur et grandeur. — Amélineau: L’idée de l’âme dans l’an cienne Égypte. Sa genèse et son développement. — Observations et documents.
Analyses et comptes ren dus. — Revue des périodiques étrangers. — Livres nouveaux. Abonnement: ün an, Paris, 3o fr. ; départements et e'tranger, 33 fr. ; la livraison, 3 fr. (Félix Alcan, éditeur, 108, boulevard Saint-Germain, Paris.) Le Gérant : Encaisse. TOURS. — IMP. E. ARRAULT ET C‘, RUE DE LA PRÉFECTURE, 6.
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Groupe Indépenfa Prhîcipaui û
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AVANT-PROPOS GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES Pour Îexercice i8g3- 1894 A MM. les Délégués généraux, les chefs du Groupe et les Correspondants. Messieurs, - Depuis la fondation du Groupe, vois avez pu, chaque année, constater les progrès accom plis. Lorsque, voyant l’émiettement des forces spiritualistes en 188g, au lendemain du Congrès, nous eûmes l’idée de cons tituer un centre actif destiné à établir un groupement solide de ces forces éparses, nous ne nous doutions pas du succès qui attendait notre œuvre. Je ne vous referai pas en détail la liste de nos 104 centres actuel lement répandus en France, en Europe, en Algérie, ■ en Tunisie et en Egypte, ainsi qu’en Amérique. J’ai préféré, cette année, mettre sous vos yeux deux cartes, une de France, l’autre d’Europe, qui vous indiqueront, mieux que toutes les paroles, l’état actuel de notre | mouvement. I I
l’initiation 98 Nous considérons que notre œuvre de propagande touche à sa fin et nous allons maintenant vous exposer ce que nous comptons faire dans l’avenir.
Le Groupe ésotérique, tel que nous l’avons conçu lors de sa création, avait un triple but : i° Faire une propagande sérieuse et méthodique en faveur du Spiritualisme; 2° Permettre la formation d’un noyau de membres zélés et capables ; 3° Former au moyen de ces membres, sélectes par l’initiation et l’examen, des centres d’études d’une grande activité.
Les années 1889 et 1890 ont été consacrées presque exclusivement à la propagande dans le public profane à qui nous avons dû donner presque tous nos instants libres. Les années 1891-92 et g3 nous ont permis, tout en continuant la propagande, de former les premiers rudiments de nos groupes fermés.
Vous allez voir comment l’année 1894 a été fructueuse à ce point de vue et pourquoi nous pouvons aujourd’hui nous pré parer à laisser à d'autres le soin de la propagande auprès des profanes, — du moins quant au Quartier général, car les branches pourront en même temps poursuivre ce triple but. ■ Les sociétés évoluent comme les individus et toute société qui emploie son activité uniquement pour la propagande sans chercher à former un noyau solide de membres instruits se prépare à faire comme cer taines de ces sociétés spirites qui font toujours la même chose depuis 1853, une revue chaque mois et
RAPPORT ANNUEL 99 des séances identiques au siège de cette revue. Résultat : une douce somnolence coupée de temps en temps par des polémiques ou des œuvres de haine. Une société doit avoir une triple hiérarchie d’organes : abdomi naux thoraciques et céphaliques, et la propagande, conçue comme activité exclusive, ne répond qu’à la plus basse de cette triplicité organique.
Quel que soit le sort que l’avenir réserve à l’occultisme, il faut que nous puissions être certains de transmettre à nos suc cesseurs la tradition que nous confièrent nos prédéces seurs et cela exige deux voies parallèles : . i° La partie écrite de cette tradition renfermée sous tous ses aspects dans les publications des occultistes ; . 2° La partie orale renfermée dans nos loges et dans nos groupes fermés.
En faisant œuvre de propagande, nous remplissions notre devoir vis-à-vis de l’invisible qui n’admet l’évo lution individuelle qu’autant que cette évolution est payée par les sacrifices qu’on fait pour la collectivité. Nous avons consacré beaucoup d’efforts à cette collec tivité et le moment nous semble venu de poursuivre nos travaux entre nous. En effet Y occultisme est à la mode ; c’est là le plus grand danger qui pouvait l’atteindre.
On parle beaucoup dans les salons du « corps astral », on ren contre dans le monde de jeunes pédants qui « posent» au prophète ou au professeur d’occultisme. On oublie vite dans ce milieu qu’au bout de ces études il n’existe que. trois issues : le sacrifice, la folie ou la mort. Après un examen attentif de la question, nous avons décidé de laisser les mondains s’amuser entre eux et de
IOO l’initiation nous renfermer plus que jamais dans ces groupes fermés d’où nous avons été obligés de sortir en 1882 pour arrêter la propagande de doctrines qui condui saient notre intellectualité à la mort.
Nous cessons donc nos conférences mensuelles, nous ferons sans doute deux ou trois grandes réunions, au cours de l’année, dans la salle du Grand Orient ou dans une salle de même importance, pour payer notre tribut à la cause générale, et nous sommes heureux de ren voyer le public profane aux belles réunions organisées par M" la duchesse de Pomar ou aux nombreux cercles spirites qui continuent cette œuvre de propa gande.
De plus nous achèverons, dans le cours de cette année, la constitution de ce Grand Conseil du Spiri tualisme qui doit terminer notre œuvre de réalisation spiritualiste. Toute notre activité va se porter sur nos loges. Voyons ce que nous espérons obtenir.
Depuis quelques mois, un des groupes les plus actifs d’expérimentateurs possède une maison tout entière dans laquelle ont été installés : i°une loge martiniste à tenues périodiques; 20 un laboratoire de Magie; 3’ une bibliothèque très complète ; 40 des groupes d’études de Kabbale, d’Astrologie etd’Alchimie: 5° un jardin pour la culture des plantes magiques destinées aux expériences.
Enfin une salled’examens pour l’Ordre kabbalistique de la R ® et une salle pour l’Eglise gnostique sont en préparation. Ce centre sera absolu ment fermé et le directeur de la loge a seul qualité pour y admettre les membres de son choix. A côté de ce centre, dépositaire de nos traditions et ....... . .. .L JCJjytE -
RAPPORT ANNUEL IOI • chargé de sélecter les membres dans l’avenir, nous allons créer, sur la rive gauche probablement, un autre centre destiné à l’Ordre martiniste, aux examens 'élémentaires de l’Ordre kabbalistique de la R ÿ et à l’Eglise gnostique. C’est là aussi que nous comptons établir le Grand Conseil du Spiritualisme. Nous avons donc du travail pour l’année qui commence.
Mais, à côté de l’effort que nous allons tenter au Quartier général, nous ne nous désintéressons pas de Faction au dehors et nous tenons à remercier encore nos délégués généraux de ce qu’ils ont fait pour le Groupe pendant cette année. . Nous tenons à rendre spécialement un public hom mage aux efforts de notre délégué général pour la Bel gique, M. le Chevalier Louis Selliers de Moranville, à qui notre ami Vurgey a transmis ses pouvoirs.
Le Groupe doit déjà beaucoup au nouveau délégué général, et nous sommes persuadé qu’il lui devra plus encore par la suite.
En Espagne, le vicomte de Torres Solanot, notre délégué général, a eu l’amabilité de nous prévenir des attaques injurieuses dirigées contre l’occultisme et a de plus poussé le dévouement jusqu’à nous ouvrir toutes grandes les colonnes de la Revista de estudios psico lógicos, une des re.vues spiritualistes les plus sérieuses d’Europe, ce qui nous a permis de réduire à néant les efforts'd’ennemis auxquels notre pardon est acquis d’avance.
Nous ne terminerons pas ce qui a rapportau Groupe sans remercier particulièrement les délégués d’Egypte qui nous ont rendu visite lors de leur passage à Paris.
, ioa l’initiation LES ADAPTATIONS DE L’OCCULTISME Parlons maintenant des travaux poursuivis dans les groupes d’études. . En faisant connaître les données fondamentales de l’occultisme, nous avons affirmé que cette doctrine était surtout remarquable par les moyens qu’elle four nissait à ses adeptes de réformer, au point de vue synthétique, la plupart des sciences analytiques con temporaines ainsi que les Beaux-Arts.
' Il ne suffisait pas,d’affirmer, .il fallait prouver en appliquant la méthode analogique aux connaissances les plus différentes. Les groupes d’études se mirent courageusement à l’œuvre et à l’heure actuelle nous avons pu montrer la valeur de la méthode synthé tique de roccultisme, grâce aux travaux suivants : En Pédagogie En Chimie En Sociologie ( L’Instruction intégrale de l Barlet (2 vol. sous presse).
I La Chimie synthétique du ( même auteur. ■ ¡ Principes de Sociologie Syn thétique de Barlet (1) et Lejay. Anarchie, Indolence et Synarchie de Papus. . (i) On voit ce que l’occultisme doit au travail prodigieux de F.-Ch. Barlet dont les connaissances étendues en toutes nos sciences ont permis de réaliser de si grands efforts avec de si faibles moyens.
RAPPORT ANNUEL io3 Î L’Anatomie philosophique et ses divisions. Classification des sciences anatomiques de Papus. I Synthèse de l’Esthétique i de Barlet et Lejay. I Anatomie et Physiologie de Pour les Beaux-Arts l l’Orchestre de Papus et I Delius. ' I L’Art de l’Orateur de \ Sédir. Encore une fois ces travaux si divers, tous tech niques, ont été tous menés à bien par l’application d’une seule et même loi, la loi analogique du quater naire. .
Que nous importe qu’ils ne soient pas aujourd’hui jugés comme ils le méritent. Nous n’avons rien à at tendre du présent, nous semons les graines et l’avenir saura nous rendre justice si nous le méritons. L’année qui commence verra se poursuivre les tra vaux sur la Sociologie et commencer ceux sur les Sciences mathématiques.
Julien Lejay, à qui nous devons presquç toutes les études techniques sur les Beaux-A rts, poursuit ses travaux et cela nous présage encore de beaux ouvrages en cours. Et nous ne parlons pas de l’occultisme en ses diverses sections ; car nous avons voulu montrer que lés occultistes cherchent avant tout à appliquer leurs doctrines aux sciences contemporaines.
l’initiation 104 Jetons maintenant un rapide coup d’œil sur les efforts tentés cette année par les sociétés spéciales d’initiation : ORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE-CROIX C’est à Stanislas de Guaita aidé de quelques amis qu’on doit la reconstitution de l’ordre de la RoseCroix destiné à conserver à travers les temps la pu reté de la tradition kabbalistique.
On sait que pour atteindre ce but ¡’Ordre institua des examens très sérieux garantissant la valeur intel lectuelle et morale des candidats. De plus, la publica tion des thèses de licence et de doctorat en kabbale permit au public profane de juger à son tour la valeur des travaux issus des membres de l’ordre.
Or, alors que quelque vague fumée ou l’exaltation outrée d’une personnalité sera, dans dix ans, le seul résultat de l’existence éphémère de certaines œuvres tapageuses de ce temps, les travaux de l’Ordre kabba listique de la Rose-Croix, exécutés en vue de la défense d’une haute idée et non d’un individu, vi vront ce que vivent les idées.
Cette année nous devons à la Rose-Croix kabbalis tique quatorze travaux dont quelques-uns de la plus haute importance. ORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE-CROIX Thèse de Baccalauréat en Kabbale 1. Parvus : Du Symbolisme de l’équerre en F.'. M.\ (septembre 1894). •
»APPORT ANNUEL io5 Thèses de Licence en Kabbale 1. L. Lézard: La Gnose de Valentin (Initiation, octobre 1892). 2. P. Sédir : Urim et Thummim {Initiation, no vembre 1892). ( 3. D' Delezinier : Du Sens et du Symbolisme du mot Caïn (avril i8g3). 4. A. Poisson : La Monade hiéroglyphique de Jean Dée (mai, juin, septembre 1893). 5. H. Girgois : Le F.\ M,\ dans l’Argentine (mars 1894). • Thèses de Doctorat en Kabbale 1.
Marc Haven : Une Planche de Khunrath (dé cembre 1892). • 2. P. Sédir : Le Système solaire d'après la Kabbale (juillet, août et novembre 1898). 3. A. Poisson .La Vie de Jean Dée (décembre 1893, février, mars, avril 1894). 4-5. Barlet et Lejay : L'Art et ¡'Esotérisme (juin, juillet, août 1894). 6. Parus : Isis, son nom et ses mystères (sous presse). 7. H. Girgois : L'Occulte che% les Aborigènes de l’Amérique du Sud (1 vol. sous presse). 8. H.
Château : Le Zohar, traduction française. En tout 14 ouvrages originaux. Le nom seul du dernier de ces ouvrages, le Zohar (première traduction française complète), indique
l’initiation 106 assez quelle reconnaissance devront les futurs oc cultistes à l’Ordre kabbalistique de la Rose-Croix. L’EGLISE GNOSTIQUE Nos lecteurs trouveront dans F Almanach du magiste, publié cette année, tous les renseignements relatifs aux grands progrès accomplis par l’Eglise gnostique depuis sa création.
LA LIBRAIRIE Mais laissons de côté les œuvres intellectuelles et disons, en terminant, quelques mots de l’œuvre maté rielle. • Si nous avons pu accomplir tous ces travaux et surtout leur permettre de voir le jour, c’est que nous étions merveilleusement secondés par notre ami Chamuel, licencié en droit, qui s’est chargé de la lourde tâche de diriger la maison d’édition et la librairie.
' Cette affaire actuellement, en si bonne voie, est sou mise à toutes les chances d’une affaire matérielle ordi naire et nous ne pouvons, en attendant l’avenir, que faire tous nos vœux pour la continuation diF suc cès qui a accueilli les premiers efforts de Chamuel. Aujourd’hui les magasins de la rue de Trévise sont devenus insuffisants pour contenir les 15o,ooo vo lumes qui forment le stock courant.
Des agrandisse ments considérables sont projetés et déjà deux nou veaux magasins ouverts faubourg Poissonnière sont insuffisants. Nous assistons à la naissance d’une
RAPPORT ANNUEL IO7 affaire matérielle qui, si Dieu lui prête vie, pourra devenir des plus importantes par la suite. Nos lecteurs savent que Ylniiialion a été acquise parGhamuel le mois dernier. De plus, nous tenons à prévenir nos amis que le Voile iflsis va prendre un nouvel essor et va être transformé de façon à être un véritable journal des journaux du, spiritualisme sans distinction d’écoles.
On voit combien le Groupe était dans le .vrai en s’annexant une librairie et nous sommes heureux de voir que l’exemple donné par les occultistes a été suivi par les petites sociétés spiritualistes qui se sont dernièrement constituées et qui ont créé de petites li brairies. L’OCCULTISME ET LA PRESSE Nous ne saurions clore cet exposé sans remercier la presse politique de tout ce qu’elle a fait pour l’occul tisme durant l’année écoulée.
Le jour n’est pas loin où nos grands journaux auront chacun un rédacteur chargé de ces questions qui deviennent de plus en plus intéressantes pour le public. Le Figaro a, le pre mier, indiqué la voie, quoique cantonné dans l’étude des arts divinatoires, et nous lui devons à ce sujet nos plus vifs remerciements. Les remarquables études poursuivies dans le groupe 4 (Spiritisme expérimental) par M. A. Fran çois ont trouvé dans la presse des commentateurs nombreux et ce n’était que justice.
io8 l’initiation Parmi les périodiques nous tenons particulièrement à signaler la Curiosité revue mensuelle de Nice si re marquablement rédigée par notre confrère E. Bosc et qui ,est véritablement un journal scientifique de l’occultisme. » Enfin, n’oublions pas de recommander vivement à nos lecteurs la Revue des Revues dirigée par Jean Finot, qui a ouvert une section /de « Psychologie et Occultisme ».
Cette revue paraît deux fois par mois (32, rue de Verneuil, Paris) et nous ne craignons pas d’affirmer que c’est une des plus intéressantes d’entre toutes les grandes revues paraissant en France. Nos amis doivent aussi une particulière reconnais sance à M. Jacques Brieu qui a très clairement exposé les doctrines de l’Occultisme dans la Revue de l'Est dirigée par zM. Victor de Champvans, 47, place Dronel d’Erlon à Reims.
En résumé, voilà encore une bonne année pour notre cause et nous espérons pouvoir offrir à nos dé légués pour 1895 un rapport aussi fructueux et qui dénote un tel succès. Le Président du Groupe, Papus.
La reproduction de» article« inédits publiés p«r l'initiation est formellement interdite, à moins d'autorisation spéciale. PARTIE INITIATIQUE ëks écoacïs0 La haine de l’écorce ou de l’idôlatrie est la raison delà circoncision. La circoncision estleretranchement de l’écorce de l’arbre paternel.
En symbolisant Dieu par le principe paternel créateur, les kabbalistes pro testent contre l’idolâtrie en dépouillant ce principe de son enveloppe extérieure que figurent les écorces. Les kabbalistes appellent le péché une écorce : l’écorce, disent-ils, se forme comme une excroissance qui se ride à l’extérieur par la sève qui se fige au lieu de circuler ; alors l’écorce se dessèche et tombe.
De même, l’homme qui est appelé à coopérer à l’œuvre de Dieu, à s’achever lui-même en se perfectionnant par l’acte de sa liberté, s’il laisse figer en lui la sève divine qui doit servir à développer ses facultés pour le bien, l’homme accomplit un progrès rétrograde, il dégénère, et tombe comme l’écorce morte. Mais, (i) Ce fragment inédit d’Éliphas nous a été communiqué par une de ses élèves, M“* Hutchinson. Qu’elle reçoive tous nos remerciements au nom des amis du maître. Cb-db. . . ...... H ryb|| t;
110 l’initiation selon les kabbalistes, rien n’aboutit au mal dans la nature, toujours le mal est absorbé par le bien ; les écorces mortes peuvent encore être utiles en étant ramassées par le laboureur qui les brûle et se chauffe à leur chaleur, puis fait de leur cendre un fumier nu tritif pour l’arbre, ou bien, en se putréfiant au pied de l’arbre, elles le nourrissent et retournent à la sève par les racines.
Dans les idées de la Kabbale, le feu éternel qui doit brûler les méchants est donc le feu régénérateur qui les purifie, et par des transformations douloureuses, mais nécessaires^les fait servir à Futi lité générale, et les rend éternellement au bien, qui doit triompher.
Dieu, disent-ils, est l’absolu du bien, et il ne peut y avoir deux absolus : le mal est l’erreur qui sera absorbée par la vérité; c’est l’écorce qui, pu tréfiée ou brûlée, retourne à la sève, et concourt de nouveau à la vie universelle. Eliphas Lévi. Servitudb Le monde au milieu duquel nous vivons est une collection de symboles, lesquels manifestent et cachent à la fois ce qui leur donne l’existence.
Les Indiens, considérant que le monde n’existe point par lui-même, le nomment illusion, Maya, et disent que la seule réalité est l’Être par qui toutes choses existent, Parabrahm. Tout ce qui n’est point Parabrahm dans son état de pureté est pour eux le
SERVITUDE I I I produit de Maya, l’illusion, et d’Avidya, l’ignorance, la non-connaissance du Réel. L'illumination consiste pour eux à reconnaître Parabrahm sous toutes choses,, à voir que toutes les manifestations de l’Être sont des illusions passagères et que la seule réalité est l’essence de tout.
Les Européens considèrent les manifestations de l’Être comme des réalités et, beaucoup plus occupés à la perception de ce qui les entoure qu’à la réflexion métaphysique, ne s’élèvent pas toujours jusqu’à la conception de l’Être en soi, indépendant de ses manifestations.Certains d’entre eux, comme le philosophe allemand Louis Büchner, prétendent même qu’il est impossible à un homme sensé d’arriver à cette con ception à laquelle, se plaçant en opposition symé trique aux penseurs indiens, ils affirment qu’on doit reconnaître la qualité de pure illusion.
Matérialistes et idéalistes sont des produits de la loi des contraires. On peut dire qu’ils ont à la fois raison et tort ; ils ont raison pour leur compte, ils ont tort dans l’opinion qu’ils professent à l’égard de leurs op posants.
Au fond ni les uns ni les autres ne con testent la Réalité; ils la voient différemment; ils ne savent pas comprendre que la Réalité est indépen dante de la façon dont on la voit et que notre percep tion ou notre conception n’est pas apte à lui dicter des lois.
Les symboles sont quelque chose puisqu’ilsexistent et sur ce point les matérialistes ont raison ; où leur tort commence, c’est lorsqu’ils affirment que les sym boles qu’ils perçoivent sont toute la Réalité.
I 12 l’initiation Sous les symboles, il y a quelque chose puisqu’ils changent et se renouvellent, puisqu’après avoir existé un temps ils disparaissent pour être remplacés par d’autres ; sans ce quelque chose les symboles ne poürraient pas apparaître, c’est pourquoi les Indiens les regardent comme des illusions et disent qu’il y a un monde de réalités auquel nous devons parvenir en faisant une brèche à l’écorce que sont les symboles.
Les matérialistes s’en tiennent à l’écorce deschoses, les idéalistes veulent en voir le dedans. Tels que nous nous connaissons, nous hommes, sommes aussi les symboles de ce qui nous produit et que nous ne connaissons guère.
Il n’est personne qui, poussant assez avant l’examen de sa personnalité in terne, n’arrive à constater que nombre de ses idées, de ses sentiments et parfois même de ses voûtions ne viennent pas de lui, mais ont une origine inconnue; on s’aperçoit qu’à leur égard on joue le rôle de récep teur, de champ de manifestation. A chaque instant il nous arrive de dire : Ah I pour quoi n’ai-je pas eu plus tôt cette idée-là !
Ce qui im plique la reconnaissance obscure que nos idées nedépendent pas totalement de nous. II y en a qui s’en prennent à eux-mêmes du retard de leur conception faute d’être parvenus à la consciencedela dépendance dans laquelle nous nous trouvons à l’égard des condi tions déterminantes de notre idéation et des autres phénomènes de notre vie psychique.
L’ignorance de cette dépendance est, pour les hommes, la cause de beaucoup de tracas et d’inquié tudes dont se trouve affranchi celui qui la connaît
SERVITUDE I l3 parce que, sachant qu’il est pour une grande partie de son activité l’instrument de forces dont il n’a pas la direction, il devient assez indifférent au jeu du monde et au rôle qu'il y joue. Il en arrive à être moins émo tionnable que le commun des mortels, à vivre en phi losophe comme dit le bon sens populaire.
C’est cet état philosophique qu’îl faut comprendre parla montée au-dessus de dukkha, la douleur, ex- . pression synthétisant toutes les paires d’opposés, dont parlent toutes les méthodes enseignant la pratique de Yoga. . . • Les ascètes del’Inde ont pris cette recommandation au sens matériel et ont cru qu’elle voulait dire se rendre insensible à la douleur physique.
La sensibi lité est un phénomène naturel, résultant de notre or ganisme; si, pour qu’elle disparaisse, il faut faire appel à toutes les forces de son être comme font les fakirs, loin de se mettre au-dessus de la douleur, on se met au-dessous, on se subordonne à elle, on s’en fait le serviteur.
Se mettre au-dessus de la douleur doit être entendu au sens moral et veut dire qu’on doit parvenir à com prendre que le monde est gouverné par des forces dont nous n’avons généralement pas connaissance, au milieu desquelles nous comptons pour peu de chose, qui agissent sur nous à notre insu et contre lesquelles nous ne pouvons rien ou pas grand’chose. A quoi bon se désoler de ce à quoi l’on ne peut rien? A quoi bon s’en réjouir ? Notre organisme est un instrument par lequel des
l'initiation 114 forces inconnues nous font éprouver du plaisir et de la douleur; la production de ces émotions est le but des forces agissant sur nous ; plaisir et douleur prennent d’autant plus d’intensité que nous leur at tribuons plus d’importance ; si nous leur devenons indifférents, leur intensité diminue : par notre indifférence nous empêchons les forces inconnues d’at teindre le but qu’elles se proposent en agissant sur nous.
Cette indifférence est une étape du chemin condui sant l’homme vers la liberté, vers l’aptitude à gou verner les énergies qui sont en lui; elle n’en est pas le point terminal. A cette étape on est même exposé à un danger par ticulier et il n’est pas bon de s’y attarder.
Les forces inconnues qui veulent du plaisir et de la douleur sous mode humain et qui les obtiennent par leur action sur notre organisme, peuvent, quand elles sont frustrées dans leur attente, ou laisser de côté un organisme qui leur devient de moins en moins utile ou, prises d’une colère subite, comme on en voit chez les enfants, le briser tout d’un coup.
Plus on demeure longtemps à cette étape du déve loppement humain, plus on est exposé à y subir des accidents; on y ressemble à un pauvre hanneton res tant sur le sol à portée de la main des enfants qui passent ; un d’eux arrive et le prend : Hanneton, vole, vole, vole, Hanneton, vole, vole, donc... La bestiole ne bouge pas, l’enfant la repose par
SERVITUDE ‘ I 15 terre; un autre survient, même chanson; l’insecte res tant immobile, l’enfant l’estropie ou l’écrase. ’ Il y a différentes catégories d’invisibles qui ont de Faction sur l’homme. Le développement humainconsiste à s’affranchir de plus en plus de la domination des êtres invisibles.
Mais cela ne va pas tout seul ; les invisibles ont besoin, pour leur plaisir ou pour leur utilité, des résultats de Faction qu’ils exercent sur nous et ne sont pas disposés à perdre leur influence ; ils sont hostiles à toute tentative d’affranchissement et y mettent de nombreux obstacles. Les individus naturellement doués pour parvenir à cet affranchisse ment forment une nombreuse catégorie dans la col lection des Pas de chance.
Les invisibles dominateurs de l’humanité, perce vant l’aptitude de certains hommes à échapper à leur influence, s’acharnent contre eux pour les faire rentrer dans le troupeau de leurs animaux domes tiques ou les suppriment promptement pour empê cher qu’ils répandent la contagion et aussi pour évi ter que leur race soit perpétuée.
C’est là un danger naturel du développement oc culte bien plus sérieux que toutes les épreuves sym boliques des sanctuaires de l’antiquité ; ici l’épreuve peut être faite de toutes les circonstances de la vie, car les invisibles agissent à l’aide des hommes qui sont leurs instruments.
Les inquisiteurs qui mirent tant d’acharnement à étouffer la pensée libre ne furent pas autre chose que les instruments des invisibles qui tiennent à la sou mission des troupeaux humains qu’ils exploitent, la /
1i6 l’initiation quelle est toujours mise en danger par la pensée qui cherche à comprendre le monde. Au fond l’homme ordinaire n’a aucune liberté. Il est simplement un outil par lequel des forces, des vo lontés qu’il ne connaît pas, exercent leur action dans le monde. . .
Pour s'affranchir il faut, suivant l’expression de la Genèse, devenir « pareil aux Elohim», et lesElohim, surtout ceux des catégories inférieures, ne veulentpas que l’homme, leur instrument, devienne pareil à eux.
Figurons-nous qu’un mécanicien, après avoir cons truit une locomotive et s’en être servi pour effectuer des transports, voie un jour se développer en elle une intelligence et une volonté propres en vertu desquelles son conducteur ne pourrait plus s’en faire bbéir que lorsqu’elle y consentirait, une locomotive qui sorti rait des rails capricieusement et s’en irait vagabonder à travers champs, semant de côté et d’autre les wa gons qu’elle aurait dû traîner à destination.
Il est évident que les mécaniciens qui tiendraient à conserver la clientèle des entrepreneurs de transports se garderaient bien de continuer à construire de pa reilles locomotives. Les invisibles à qui l’humanité sert d’outil sont dans les mêmes dispositions à son égard. Ils tiennent à conserver leurs outils et non à les voir échapper à leur maniement. Comment les hommes peuvent-ils cesser de jouer le rôle d’instruments des invisibles ? En cessant d’obéir aux impulsions de leur nature. Le plaisir et la
SERVITUDE „7 •douleur sont les deux mobiles de tous les êtres vi vants ;en devenant indifférent à l’un comme à l’autre, ■on passe à l’état d’instrument non maniable par les pouvoirs invisibles qui actionnent l’humanité. C’est là le chemin que fait prendre la Yogaindoue. Il y a diverses catégories parmi les êtres qui ac tionnent l’humanité et qui agissent sur elleaussi bien les unes que les autres.
Les sorciers du moyen âge avaient trouvé la voie pour échapper à une de ces ca tégories; ils faisaient pendant leur activité de sorciers tout à rebours des impulsions de la nature ordinaire. Par là ils ¿¿venaient des instruments non ma ■ niables pour les invisibles qui emploient l’activité normale de l’humanité ; ils n’en étaient que de meil leurs outils pour les autres.
Il y a des gens qui croient qu’en devenant sorciers ils augmentent leur liberté. Erreur! Ils augmentent * seulement l’efficacité de leur activité dans une certaine direction. L’homme ne peut échapper à la servitude dans la quelle il se trouve à l’égard des invisibles qu’en montant au-dessus des paires d’opposés, dont la prin cipale est le plaisir et la douleur.
En ne se laissant plus inciter à l’action par ces mobiles, on devient un instrument dont les exploiteurs de l’humanité ne peuvent plus se servir; on passe pour eux au rang de non-valeur. Dès qu’on n’est plus sujet aux émotions ordinaires, on échappe à leurs prises. Les exploiteurs directs de l’humanité sont des êtres ayant pour corps extérieur la matière astrale. Physiquement les hommes agissent les uns sur les
I 18 l'initiation . autres par contact, même quand ils agissent de loin; sur tous les plans le contact est l’unique moyen de transmission du mouvement.
Les astraux agissent sur les hommes par contact aussi ; ils nous touchent par , notre corps astral, siège du plaisir et de la douleur, comme Font démontré expérimentalement les phéno mènes de l’hypnotisme, lesquels ont pour raison d’être un changement des relations normales du corps astral et du corps physique.
C’est en actionnant la matière de notre corps astral, ‘ dans lequel sont comprises les facultés de l’intelli gence que nous nommons perception, comparaison, jugement, raisonnement, que les astraux nous di rigent. * C’est dans le contenu de ces facultés, c’est-à-dire dans nos perceptions, dans nos idées, dans nos con ceptions, que les sentiments apparaissent.
Les senti ments sont formés des états émotionnels, du plaisir et de la douleur, qui apparaissent dans nos groupes d’idées ; ceux-ci peuvent-être considérés comme la matière dont les sentiments sont la force. ’ C’est par ses sentiments, en dernière analyse par le plaisir et la douleur, que l’homme est actif, est diri geable, aussi longtemps qu’il n’a pas établi la maîtrise de son moi sur ses états de conscience ; c’est par là que les astraux le dirigent pour lui faire accomplir leurs desseins lesquels n’ont nullement pour but direct des phénomènes physiques, les astraux ne con naissant pas la matière de cette espèce-là.
En agissant sur nous, les astraux ne soupçonnent même pas les conséquences physiques de leur action ; cette ignoSERVITUDE Iig rance est ce qu’on a en vue lorsqu’on dit qu’ils sont sans moralité. Ce à quoi ils tiennent, ce qu’ils cherchent à pro duire, ce sont des phénomènes astraux qui sont pour eux des réalités tangibles ; les phénomènes de ce genre que nous pouvons leur fournir sont nos états de con science, nos états’ d’âme.
Il suit de là que, lorsqu’on cherche le concours des astraux dans la sorcellerie, dans la magie, pour obte nir directement des résultats physiques, on fait fausse route. Ils ne peuvent pas vouloir ces résultats, dont ils n’ont aucune connaissance ; ce qu’ils veulent, ce sont les phénomènes astraux dont l’apparition est liée aux faits physiques par nous perçus.
Les états émotionnels apparaissant pendant les opé rations magiques sont précisément les phénomènes voulus par les astraux prenant part à ces opérations. Ce à quoi ils tiennent, c’est à la crainte, à la peur, à la terreur qui s’emparent de celui qui fait les évoca tions; ces états d’âme sont des phénomènes sur leur plan de perception où ils ont pour eux de l’utilité.
Demandez à un astral la richessse, et il ne sait pas de quoi vous lui parlez ; il veut l’apparition en vous des phénomènes sentimentaux auxquels la possession de la richesse donne naissance, pas autre chose. Par nos états d’âme habituels, nous sommes pour eux des choses utiles, indifférentes ou nuisibles.
Ils soignent les choses utiles, les entretiennent dans l’état où elles leur rendent des services, tandis qu’ils dé daignent celles qui ne leur servent à rien et sont hos tiles à celles qui leur sont nuisibles.
120 l’initiation Ce de quoi ils s’occupent, c’est uniquement de nos sentiments et pas du tout des phénomènes physiques qui peuvent en être les déterminateurs par la bonne raison qu’ils n’en ont pas connaissance. Immensément supérieurs à nous dans le monde astral par la perception directe qu’il en ont, ils nous sont par contre immensément inférieurs dans le monde physique qu’ils ignorent totalement.
C’est sans le savoir qu’ils font apparaître des phénomènes physiques ayant pour nous grande importance commepar nos actes, nous faisons apparaître des phéno mènes astraux dont nous ne soupçonnons pas l’im portance pour eux. Pour connaître le monde physique, il faut y être présent en conscience, ce qui n’est possible qu’à ceux qui sont pourvus d’un corps matériel.
Les astraux ne peuvent pas plus diriger leur action dans la matière que nous ne pouvons diriger l’action de la vapeur d’eau quand elle s’est évanouie dans l’es pace, et pourtant elle y produit nécessairement des phénomènes dont nous sommes les détermi nateurs sans le savoir, rien qu’en faisant bouillir de l’eau.
A l’égard du monde astral, nous sommes le point de départ de phénomènes dont nous n’avons aucune con naissance, dont nous ne sommes pas moralement responsables, puisque nous sommes incapables de les vouloir, mais qui n’en produisent pas moins leurs effets sur nous, d’autant plus inévitables que nous ne pouvons rien faire pour les détourner. Les astraux sont de même soumis aux conséquences
SERVITUDE 12 I œ des phénomènes physiques qu’ils produisent incon ies sciemment.. ne L’astral et le physique ne sont pas deux matières de nature essentiellement différente, mais deux états le de la même matière qui fusent constamment l’un s dans l’autre. Quand la matière devient astra'e, elle e échappe à notre perception ; l’état gazeux est la fron t ' - tière des deux états ; quand la matière astrale devient , physique, elle échappe à la perception des astraux. Guymiot.
PARTIE PHILOSOPHIQUE BT SCIENTIFIQUE GUÉRISON D’üM mODTÏim Au mois de juillet de l’année dernière (i8g3), un de mes amis, M. P..., libraire à G..., m’informait qu’une bonne femme des environs lui avait demandé de lui procurer un livre dans lequel elle pourrait trouver un remède contre une maladie dont souffrait sa fille depuis longtemps ; c’était un grimoire que la femme désirait. • M. P... demanda à cette personne en quoi consis tait la maladie de sa fille et pourquoi elle n’allait pas voir le médecin, plutôt que de chercher un bouquin inutile et que d’ailleurs il ne saurait lui procurer. La femme lui avait répondu que sa fille, âgée de dix-neuf ans, était malade depuis quatre ans environ, qu’elle avait consulté à différentes reprises plusieurs méde cins, que ces messieurs avaient ordonné toutes sortes de médicaments sans succès et qu’elle, la mère, était sûre que sa fille avait été ensorcelée par un individu de sa localité ; c’est pourquoi elle était venue deman der un livre pouvant lui donner des indications sur ce qu’il fallait faire. M. P..., là-dessus, avait promis à la bonne femme de s’en occuper et s’était fait donner
GUÉRISON D’UN ENVOUTEMENT 123 son nom et son adresse : M” P.-M., à O.-s.-T. Le a3 juiljet (dimanche), je me suis rendu à J’adresse ci-dessus indiquée. Je m’y trouvai en face d’une campagnarde d’une quarantaine d’années, grande, robuste d’apparence, à visage ouvert et franc. A côté d’elle était assise sa fille.
Je me présentai comme étant informé par M. P... de la maladie de la jeune fille, et je dis que je venais pour examiner la malade, voire même pour la guérir.
Sur la question, de la part de la mère : « Vous êtes donc médecin, Monsieur? ■» je répondis : « Sans être médecin, je m’occupe de certaines maladies spéciales, et, si le cas de votre fille rentre dans cette catégorie, je me fais fort de la guérir promptement. » J’ajoutai que mon intervention était absolument gratuite et que je ne demandais que la promesse de faire un don modéré aux pauvres de la commune après la guérison défini tive.
M“« P... répondit qu’elle était prête à tous les sacrifices pourvu que sa fille soit rétablie. Je me fis alors raconter avec tous les détails l'ori gine du mal et en quoi celui-ci consistait.
Je ques tionnai la malade et sa mère (le père ne devait ren trer que dans la soirée), et voici en substance leurs affirmations : Il y avait quatre ans environ, un jour d’été, la jeune fille, qui alors n’avait que quinze ans, en marchant dans la maison, ressentit une douleur dans la jambe droite, à la partie postérieure de la cuisse et jusqu’à la hauteur de la hanche. A partir de ce moment, elle était devenue boiteuse. Elle n’avait pas fait de faux pas ; aucun accident extérieur n’était arrivé qui eût
l’initiation 124 pu déterminer le mal. La jambe tout entière était de venue douloureuse peu à peu. Une hyperesthésie gé nérale intermittente se déclarait, de sorte qu’il y avait des jours où la jeune fille ne pouvait faire aucun mou vement sans ressentir des douleurs intolérables. On ne pouvait, en ces moments, la toucher sur aucune partie du corps sans provoquer des cris de douleur.
Des maux de tête fréquents la tourmentaient, ainsi que des maux de dents, d’estomac (elle avait complè tement perdu l’appétit) et de poitrine Un rhume de cerveau chronique accompagné de sécrétions nasales puantes et en quantité extraordinairement abondante, complétait un état général de débilité dont l’aspect extérieur de la malade était le reflet fidèle.
Petite, desséchée, pâle, elle pouvait à peine marcher, en boi tant fortement et appuyée sur une canne, lors de ma première visite. Ayant remarqué toute une collection de flacons et boîtes de pharmacie sur la planche de la cheminée, j’examinai les étiquettes et je demandai quel médecin avait traité la malade. La mère m’informa qu’elle avait consulté le Dr D..., un praticien très apprécié dans la contrée ; le Dr R... et le Dr L...
Ces médecins avaient ordonné du salicylate de soude, du bromure de potassium, des frictions à l’alcool camphré, appli cations de teinture d’iode, injections souscutanées de morphine et d’atropine, etc. (1), sans que jamais la moindre amélioration se soit produite. Au contraire, l’état de la malade empirait avec le temps. (1) La hanche avait, en outre, subi le traitement ordinaire de la coxalgie, avec immobilisation, etc.
1 GUÉRISON D’UN ENVOUTEMENT 125 Les différentes médications appliquées me parais saient indiquer que les médecins n’avaient pu rendre un diagnostic précis du cas présent. M’aidant des quelques notions générales de médecine que j’ai ac quises. j’examinai à mon tour la malade.
Je ne pus apercevoir aucune affection spéciale, si ce n’est que la jambe droite était de 2 centimètres plus longue que la jambe gauche depuis que la malade était devenue boiteuse. Jusqu’ici, Mme P... n’avait nullement fait allusion à l’idée qu’elle avait exprimée à M. P..., à G..., con cernant l’origine occulte de la maladie de sa fille.
Je lui dis alors que mon ami P... m’avait informé de ses idées spéciales quant à l’origine du mal, et que, pour que je puisse me faire une opinion, il était né cessaire qu’on me dise tout. M“° P... devint toute rouge en répondant à peu près : « Je n’osais pas tout de suite vous en parler ; mais, puisque vous le savez, je suis bien contente de tout vous dire.
Voici : ma fille a appris le métier de coutu rière, et elle allait travailler chez les personnes qui la demandaient. Ici, au village, habite une famille M..., dont le chef, M. M... Amable, a une assez mauvaise réputation, dans ce sens qu’on lui attribue certains pouvoirs occultes dont il abuse pour faire du mal aux autres ; aussi on le craint beaucoup, mais personne n’ose rien dire. Cet homme a une fille de l’âge de la mienne.
Depuis plusieurs années, cette fille est très malade; on a dû la mettre à l’hôpital de G .. Ma fille allait travailler chez ce M..,, et je crois que c’est lui qui lui a donné la maladie de sa propre fille, car on
I2Ô l’initiation dit que, pour guérir sa fille, il faut porter le mal sur une autre personne. » Sur ma demande, P... me dit que la fille de M... était toujours malade à l’hôpital de G... Je de mandai à Mme P... si ses soupçons s’appuyaient sur quelques faits positifs concernant sa propre fille ou d’autres personnes persécutées par M... Elle me ra conta différents cas où l’on soupçonnait l’intervention malveillante de cet homme.
Je n’en retiens que ce qui concerne le cas spécial qui nous occupe. Voici le récit deMmeP... : « J’ai eu moi-même à souffrir de la mère de M..., laquelle était encore plus redoutée que son fils. Étant encore jeune fille (j’avais dix-neuf ans), j’allai, un jour, assister au mariage d’une de mes camarades qui était parente éloignée avec les M... Les deux familles étaient brouillées depuis longtemps, et aucun desM... n’allait à la noce.
« Le jour de la cérémonie, au matin, j’étais occupée à m’habiller pour partir, lorsque la vieille M... entra chez nous et me demanda si j’allais à la noce. Sur ma réponse affirmative, elle se fâcha, m’injuria et, finalement, voulut me défendre d’y aller.
Comme je ne voulais pas l’écouter et que je riais d’elle, prête à partir, elle me dit : Eh bien, puisque tu vas à la noce tout de même, prends garde de ne pas faire quelque chose dans tes jupons blancs. Et, là-dessus, elle nous quitta. « Une heure après, je me rendis à la maison de réunion. A peine étais-je arrivée que je fus prise d’une diarrhée subite et tellement violente, que je dus
GUÉRISON D’UN ENVOUTEMENT I27 quitter la fête et rentrer chez nous. Je fus bien'ma lade pendant trois jours. ' « Quant à ma fille, voici ce qui s’était passé lors qu’elle tomba malade. Comme je vous l’ai dit, elle allait coudre chez les M... ; la fille M... était déjà ma lade.
Le jour où le père conduisit sa fille à la gare pour la transporter à l’hôpital, il passa avec elle de vant notre maison, et, en passant, il déposa chez nous un paquet, demandant que Marie, ma fille, le lui apportât chez lui quand elle reviendrait travailler. Le lendemain, ma fille tomba malade et le paquet resta chez nous plus de huit jours.
« Comme M... ne venait pas le réclamer et que ma fille ne pouvait pas sortir, j’allai, un jour, moi-même lui porter son paquet ; il me dit qu’il n’y avait plus pensé.
Ce n’est que plus tard que l’affaire de ce pa quet a commencé à me paraître étrange, car M... n’avait aucune raison pour apporter un paquet chez nous en conduisant sa fille à la gare, et il n’avait pas besoin de demander que ma fille le lui rapportât, puisqu’il devait lui-même repasser chez nous en ren trant chez lui.
« Maintenant je ne vous ai pas encore confié une chose qui nous préoccupe autant que la maladie, car cela a commencé en même temps ; mais je n’ose jamais en parler à personne, excepté à M. le curé, qui est déjà venu nous voir plusieurs fois. C'est que notre maison est hantée depuis que Marie est mala de !» , ■ Sur ma demande de préciser les faits, M" P. con tinua ainsi :
128 l’initiation « 11 arrive fréquemment, presque tous les jours, que le soir, quand il ne fait plus bien clair, ça frappe à notre porte, quelquefois tout à fait comme quelqu’un qui veut entrer, d’autres lois plus faiblement ou bien des coups très forts. Quand on y va voir, il n’y a per sonne.
La nuit, nous entendons du tapage partout au-dessus de notre chambre à coucher, au grenier... des coups qui ébranlent quelquefois toute la maison, comme une poutre qui tombe. Puis ça frappe dans les meubles, dans la chambre de Marie, dans son armoire, derrière la glace, dans la cheminée, etc., tantôt de gros coups, tantôt de légers bruits.
Souvent cela se produit en plein jour, pendant que nous som mes assis à table ou que nous faisons notre ménage ; mais jamais le tapage n’est aussi fort que la nuit.
Auparavant, j’avais toujours beaucoup de poules et de lapins ; maintenant, je ne peux plus en élever, et mes poules ne pondent plus et dépérissent si rapide ment que je n’en tiens plus. » , Sur ma demande si ces bruits insolites leur faisaient peur, la mère et la fille répondirent qu’elles y étaient tellement habituées que cela ne leur faisait plus rien; seulement, toutes les fois que le bruit accusait une intensité exceptionnelle, la malade souffrait davan tage.
' Pendant que je posais encore différentes questions, le père était rentré et me confirmait les explications de sa femme. M. P.-M. est un petit cultivateur aisé et intelligent. • . . Après un court silence, je dis aux trois personnes présentes que je me chargeais de traiter, voire même . ........ IT,! ... ..L JCJyltL
ipWH"’'.« GUÉRISON D’UN ENVOUTEMENT I2g de guérir la malade, et je priai les parents de me laisser seul avec elle. Je n’étais nullement convaincu que la maladie et les bruits insolites étaient dus à un sortilège, à une influence occulte quelconque.
J’étais plutôt porté à croire qu’on avait affaire à une névrose générale, compliquée des déperditions astrales inconscientes (manifestations médianimiques), ou, pour mieux dire, mon diagnostic portait sur un déséquilibre astral, dont la névrose avec toutes ses suites n'étaient que les effets.
Mon intention était donc de me rendre compte si, pendant l’hypnose, les douleurs cesseraient, et de voir si une magnétisation appropriée et la suggestion pourraient amener une amélioration et taire cesser les accidents médianimiques. A cet effet, j’endormis la malade.
J’arrivai promptement à l’occlusion des yeux ; les globes oculaires présentaient bien la contracture caractéristique vers le haut et en dedans, mais le su jet, même après une magnétisation prolongée, con servait parfaitement l’ouïe, la mémoire et la sensibi lité. Néanmoins, dans l’état hypnotique, elle pouvait marcher sans l’aide de sa canne, tout en accusant des douleurs.
Elle n’était pas suggestionnable, c’est-àdire que les suggestions d’essai que je lui faisais, elle ne les acceptait pas. Elle se souvenait parfaitement, après le réveil, de ce que je lui avais ordonné. J’ai passé ainsi plusieurs heures de la soirée, avec un ré sultat négatif. Je quittai la maison en fixant ma pro chaine visite au dimanche suivant (3o juillet). Je retrouvai la malade dans le même état. Les mani2
i3o l’initiation festations des bruits insolites avaient été particulière ment accentuées pendant la semaine écoulée. La malade avait beaucoup souffert, mais se trouvait un peu soulagée depuis le matin. Je l’endormis. L’hyp nose n’était pas plus profonde que précédemment.
Par des passes prolongées et des suggestions verbales très fortes, j’essayai d’animer la malade, de lui enle ver les douleurs, de la faire marcher sans boiter, mais inutilement. ' Je la réveillai alors, j’appelai les parents, et je demandai une petite table. J’avais l’intention de pro voquer des manifestations médianimiques et d’essayer de me rendre maître des émanations astrales que je supposais être émises par la malade.
La petite table apportée, j'y plaçai les parents et la fille, et, après avoir fait l’obscurité en fermant les volets de l’unique fenêtre, je m’y plaçai moi-même. Après trois quarts d’heure d’attente, rien ne s’était produit, excepté que la mère de la malade s’était endormie, fait que j’a* remarqué seulement après avoir rétabli la lumière. Je réveillai la mère.
' L’obstination des manifestations médianimiques à ne pas vouloir se produire en ma présence, malgré les conditions favorables, me donna à penser. Une connexion de ce fait avec une influence étrangère ne me paraissant pas impossible, je résolus de ques tionner la malade elle-même sur l’origine de son mal. A cet effet je l’endormis de nouveau et posai des questions telles que: « D. Vous êtes malade, n’est-ce pas? — R. Oui, Monsieur. — D.
Où avez-vous du mal ? — R. Partout, Monsieur. — D. Comment êtesGUÉRISON D’UN ENVOUTEMENT l3l vous tombée malade ?. — R. Je ne sais pas. — D, Quelqu’un vous a-t-il fait du mal? »Pas de ré ponse. En étendant ma main droite et en la touchant légè rement au sommet de la tête, je dis lentement, d’un ton impératif: « Je vous ordonne de me répondre immédiatement : Quelqu’un vous a-t-il fait du mal ? — R.
Oui. » La voix, en prononçant ce mot « oui », était devenue subitement presque imperceptible et c’est à peine si la malade avait remué les lèvres.
Ce change ment d’état m’indiquait que j’allais enfin vaincre sa résistance à se laisser subjuguer complètement par l’hypnose. ■ Je recommençai à lui faire des passes pendant quelques minutes, puis j’étendis son bras droit dans la position horizontale ; j’y opérai une passe, et le bras devenu rigide conserva sa position. J’en fis autant avec le bras gauche, puis avec les deux jambes, malgré la douleur dans la jambe droite.
Pour être à l’abri d’une simulation, ¡je laissai les membres dans leurs positions anormales, et je continuai de questionner après l’avoir observée pendant trois ou quatre minutes. « D. Qui est-ce qui vous a fait, du mal ? » Pas de réponse. « D. Je vous ordonne de me répondre immé diatement : répondez ! — R. Je ne puis pas. » La voix était presque éteinte ; en même temps, un tremblement convulsif la secouait tout entière.
Cela pouvant provenir de la tension musculaire due à la position anormale des membres, je dégageai les bras et les jambes. Le tremblement persistait néanmoins
i3a l’initiation sous forme de secousses violentes. Je la calmai alors par des passes accompagnées de paroles bienveillantes après quoi je lui dis: - « La personne qui vous a fait du mal ne peut plus rien vous faire à partir de ce moment : je m’y oppose ; mais il faut que vous me la nommiez, et je vous ordonne pour la dernière fois de me répondre.
Qui est-ce ? — C’est Moreau. » La malade s’était assoupie complètement dans un fauteuil après cet aveu. '' « D. Comment Moreau vous a-t-il fait du mal ? — R.'Il m’a touchée à la jambe. — D. Dites-moi quand il vous a touchée et comment il a opéré. — R. C’était la dernière fois que je suis allée travailler chez eux. Moreau s’est assis à côté de moi, il m’a causé et avait sa main gauche posée sur ma cuisse.
C’est le lendemain que je suis tombée malade. — D. Moreau avait-il l’habitude de s’assoir à côté de vous et de vous causer familièrement? -— R. Non, Monsieur, il ne s’était jamais occupé de moi qu’à table,' pendant qu’on man geait. Ce jour-là, c’était la première fois qu’il restait près de moi pendant que je travaillais. — D. Êtes-vous allée chez les Moreau encore après cet incident ? — R.
Non, Monsieur, puisque je suis tombée'malade le lendemain. » ' J’arrêtai mes questions, et je fis à la malade la sug gestion suivante: « Faites-bien attention à ce que je vais vous dire : à partir de maintenant 'votre état va changer et s’améliorer progressivement.. Vous aurez de l’appétit, et vous mangerez comme une personne bien portante de votre âge ; vous aimerez de préférence
GUÉRISON D’ON ENVOUTEMENT i33 le matin une tasse de lait chaud, tel qu’on vient de le traire, sans l’avoir fait bouillir. A midi, vous aimerez un morceau de viande de bœuf rôtie légèrement et de légume: le soir, vous aimerez un œuf à la coque. Avec cela, vous mangerez du pain à votre goût et toute autre chose qui vous plaira. M’avez-vous comp pris? — R. Oui, Monsieur. — D.
C’est bien; à partir d’aujourd’hui, vous dormirez bien toutes les nuits ; vos maux de tête, de poitrine et de la hanche vont dis paraître, ainsi que le rhume de cerveau. Vous com mencerez à reprendre de la force et de la couleur, et vous irez vous promener tous les jours un peu, même si les douleurs dans la jambe ne sont pas encore dis parues complètement. Vous avez bien compris tout ce que je vous ai dit? — R. Oui, Monsieur. — D.
Ré pétez tout ce que je vous ai dit. » La malade exécuta ma demande en répétant tex tuellement mes paroles. Alors je la réveillai. Après le réveil, elle avait connaissance de ce qui s’était passé pendant l’hypnose jusqu’au moment où je lui avais demandé si quelqu’un lui avait lait du mal; elle avait perdu le souvenir. Je lui ordonnai de faire une pro menade dans la chambre sans canne.
A son grand étonnement, elle pouvait marcher sans canne, tout en boitant ; en même temps elle accusait un grand sou lagement général. Je crois utile de dire ici que, si j’admettais une ac tion occulte de la part du nommé Moreau, je considé rais par contre la constitution de la malade comme cause primordiale de son état. Néanmoins, après avoir rappelé les parents, qui se trouvaient au jardin,
134 l’initiation je m’adressai aux trois personnes présentes à peu près en ces termes : « L’individu qui a'causé la maladie, c’est bien Moreau. A partir de ce moment, il n’a plus aucun pouvoir sur la malade, et son état s’améliorera pro gressivement. Les bruits insolites qui se sont produits chez vous ne se produiront plus du tout. C’estMoreau qui en était l’instigateur, mais il ne peut plus rien; je m’y oppose.
Maintenant, écoutez : Moreau viendra vous trouver prochainement; il vous parlera de votre fille ; il voudra en avoir des nouvelles, il voudra la voir, il sera très inquiet; peut-être sera-t-il malade lui-même. S’il vient ici chez vous, vous le mettrez à la porte ; vous lui direz tout court que vous ne tenez pas à ce qu’il vienne vous voir, et vous le ferez partir sans entrer en aucune discussion.
M’avez-vous bien compris? — Parfaitement, Monsieur, répondit le père. — Et vous le mettrez à la porte s’il vient? — Soyez tranquille. — Bien. Maintenant, si par hasard vous rencontrez Moreau dehors, vous ne tiendrez pas non plus conversation avec lui ; s’il vous accoste, vous lui tournerez le dos.
Et, m’adressant àla malade: « Et vous, Mademoiselle, si au cours de vos prome nades vous le rencontrez et qu’il vous regarde, vousle fixerez bien dans les yeux, jusqu’à ce qu’il détourne la tête. S’il voulait vous causer, vous lui direz qu’il vous laisse tranquille. C’est bien entendu comme ça, n’est-ce pas ? Vous ferez comme je vous dis, et vous n’aurez pas peur? — La malade répondit affirmati vement. » Peu après, je quittai la maison. Dans le courant de la semaine, je reçus une lettre
GUÉRISON D’UN ENVOUTEMENT i35 de la part du père m’informant que la malade allait beaucoup mieux, qu’elle commençait à marcher un peu, qu’elle n'avait plus mal nulle part, excepté à la hanche—le rhume de cerveau avait complètement dis paru, — qu'elle mangeait ce que je lui avais ordonné, qu’elle dormait très bien la nuit, qu’aucun des bruits accoutumés ne s’était produit depuis le dimanche.
En outre, M. P. m’écrivait que Moreau était venu chez eux le lendemain de ma visite, lundi, dans la soirée, et qu’il me donnera des détails lors de ma prochaine visite. Ledimanchesuivant,j’ai trouvé la malade réellement changée à son profit. Tous les accidents maladifs énu mérés plus haut avaient disparu, à l’exception de la douleur dans la hanche,qui se faisait toujours encore sentir, bien que plus modérée ; le mouvement était toujours boiteux.
Au sujet de Moreau, voici ce qui s’était passé. Je laisse la parole au père, M. P. : , « Lundi soir, vers 5 heures, j’étais occupé dans notre jardin, lorsque ma femme m’appela en me di sant que Moreau venait vers la maison. Je suis sort devant notre porte pour ne pas le laisser entrer. Il me disait bonjour en me tendant la main, maisjefissemblant de ne pas m’en apercevoir.
Il me demanda tout de suite comment allait ma fille en faisant mine d’en trer a la maison. Je lui barrai le chemin et lui dis que Marie allait très bien et qu’il était inutile qu’il entrât chez nous. Il s’étonna et dit qu’il me trouvait tout drôle ce jour-là. Je lui répondis que j’avais de l’ouvrage et je rentrai. Sur quoi Moreau s’en alla.
i36 l’initiation «Le lendemain, mardi, il est revenu le matin,vers 9 heures ; je n’étais pas à la maison : je travaillais dans la vigne. Ma femme, qui le vit venir, ferma la porte à clef. Il a frappé pendant un instant ; mais, comme personne ne répondait, il est parti. « Mercredi matin, vers la même heure, Moreau vint me trouver dans ma vigne. Il me dit bonjour en me tendant la main. Je n’ai rien répondu, et je con tinuai à bêcher.
Il commença alors à me faire des re proches, disant que je lui en voulais sans raison, et il m’offrit une prise. Je refusai d’accepter et lui dis de me laisser tranquille et de s’en, aller. Alors Moreau se mit à genoux devant moi, et il m’implorait dac cepter la prise.
Cette attitude m’a tellement im pressionné, que j’ai ramassé mes outils et suis rentré, le laissant là. » Depuis, la famille P. n’avait pas revu l’individu, et ils avaient appris par des voisins que Moreau était malade depuis quelques jours. Après avoir entendu ce récit, j’endormis la malade comme précédemment, et je lui fis des suggestions dans le même sens, en m’occupant particulièrement de sa coxalgie.
Je revis la jeune fille encore plusieurs fois et cons tatai une amélioration constante dans son état. Après lui avoir recommandé de porter un soulier spécial, au pied gauche, et dont la semelle et le talon étaient rehaussés, sa démarche s’équilibra progressivement et les douleurs dans la hanche diminuèrent au fureta mesure. Récemment, j’ai eu la visite du père, qui m’annonGUÉRISON D’UN ENVOUTEMENT I çait le rétablissement complet de sa fille.
Il m’informaiten même temps que Moreau, depuis l’incident cité plus haut, était toujours souffrant, mais qu’il sor tait, et que plusieurs fois déjà, s’étant croisé tantôt avec lui, le père, tantôt avec la mère et la fille, il dé tournait ostensiblement la tête en passant, s’il nepouvait éviter là rencontre, et que jamais il n’avait plus adressé la parole à aucun membre de la famille.
L’attitude de cet individu me paraît un indice dans ce sens, que, si dans le cas présent la constitution de la malade était à priori favorable à des accidents ner veux, l’individu en question, possédant quelques pra tiques et connaissances occultes et sortilèges, avait réellement exploité ce champ tout prêt â être envahi, et qu’il y avait opéré son maléfice avec toute la su perstition de sa race.
Ayant rendu malade le sujet dans l’intention de guérir sa propre fille, il est tombé victime du choc en retour, le jour où le charme était rompu.
Après cet exposé des faits, qu’il me soit permis de témoigner mon humble hommage au maître, dont les travaux sont venus jeter la lumière dans ce mé lange ténébreux, produit d’une part par mon éduca tion contemporaine et d’autre part par ma connais sance de certaines forces et certains faits, constituant un démenti vivant à notre philosophie officielle et fin de siècle.
Si aujourd’hui commence à se déchirer le voile qui m’obscurcissait la vue, le raisonnement et le jugement, c’est en premier lieu au maître Papus que j’en suis redevable. Si le hasard existait, je dirais que c’est lui qui a voulu que l’ouvrage de Papus: Traité
i38 l’initiation méthodique de Science occulteme tombât sous la main à l’époque où je cherchais en vain dans les ouvrages des auteurs célèbres autre chose que de simples en registrements de faits, avec des conclusionset indica tions vagues ou contradictoires.
Si depuis j’ai pu entreprendre l’étude d'auteurs tels qu’Eiiphas Levi, Fabre d’Olivet, Louis Lucas, etc., c’est encore aux ouvrages de Papus qufe j’en dois l’impulsion, et ce sont les indications précises du maître qui m’ont mis sur la voie de comprendre. Bojanov.
L’ASTRQNQNIE indienne Messieurs, Dans le cours de mes travaux et afin de m’identi fier aussi complètement que possible avec l’esprit des grands morts dont je recherchais la science, j’ai été bien souvent contraint de dépouiller, comme disait un de nos célèbres philosophes, le manteau du dis ciple. Ne vous étonnez donc point des différences que vous pourrez noter entre les systèmes que je vais émettre et les enseignements de nos écoles.
Loin de moi la pensée de remplacer, même de cri tiquer aucune science. J’apporte simplement ici ce qu’avec une foi profonde, j'appellerai toutàlheure
l’astronomie indienne i3g devant vous la science du peuple disparu, de ce peuple dont l’étonnant génie, enfantant, la première civilisation, accomplit, vis-à-vis de notre humanité à ses débuts, une tâche autrement grandiose que la tâche si féconde pourtant que devaient accomplir dans nos temps historiques les génies d’Athènes et de Rome. - Mais quel était ce peuple ?
Notre siècle qui interroge avec tant de soin, qui fouille avec tant d’ardeur les épaves du passé, notre siècle ignore encore sa patrie, ses demeures. Un instant, les Russes aspirèrent à la gloire de les avoir retrouvées.
Lorsqu’ils franchirent le Caucase, en effet, et enva hirent la Sibérie, ils découvrirent d’abord des villes entières creusées dans le flanc des montagnes... plus loin, dans les plaines qu’arrose le Iénisséi, de vastes champs mortuaires.
Ces tombes dont l’architecture ne ressemblait à aucune furent regardées par eux comme les lits mys térieux où dormaient les premiers pères de notre humanité civilisée. ■ Les armes et les bijoux qu’on y recueillit forment, à Saint-Pétersbourg, un musée spécial appelé impropre ment musée des antiquités finnoises, et plus exacte ment : musée des antiquités tchouds.
Le mot tchoud, chez les populations tartares, désigne des êtres jouissants d’un pouvoir surhumain des sortes de demi-dieux. Les Russ.es furent confirmés dans leur opinion pre mière par la tradition orientale. Les légendes con
l’initiation 140 servées parmi les peuples de la haute Asie donnent comme berceau à la plus ancienne des civilisations la Sibérie méridionale. Le Chinois appelle Célestes les monts qui le sépa rent de la magnifique région qui fait aujourd’hui partie du vaste empire Russe.
L’historien chinois raconte que, de l’autre côté de ces monts, sur le versant septentrional, dans les grandes vallées de l’Amou-Daria et du lénisséi, habi taient des demi-dieux ou, ce qui est même chose, des hommes ressemblant à des dieux par leur sagesse et leur savoir. L’histoire ajoute que, dans des temps oubliés, ces êtres quasi surnaturels pénétrèrent en Chine, appor tant avec eux des mœurs douces et des lois justes.
LeTartare a conservé au lac Baïkal le nom de mer Sainte. Dans la haute Asie également et au nord de la Perse, se trouvent les ruines immenses de la mère des villes, ou de la première ville érigée par la main des hommes, de cette Balk bâtie par Caïoumors, le premier roi de la première dynastie Irarienne ou Persane.
C’est à cette première Eriène qu’il faudrait, au dire des chroniqueurs orientaux, faire remonter les origines de notre civilisation, de toute civilisation, veux-je dire. Pourtant, le Schah-Nameh ou livre des rois rapporte que le pischdad Houschensk, successeur immédiat de Caïoumors fit rechercher les croyances des premiers Iraniens et graver les symboles qui les résumaient dans les sanctuaires des Temples.
l’astronomie indienne 141 i ' A mon sens, l’âge auquel appartiendraient les sublimes éducateurs de l’humanité est certainement un âge géologique antérieur plutôt qu’un âge préhis torique. • La tradition confirme cette dernière hypothèse.
L’habitant du Caucase prétend qu’à l'origine du monde, ses ancêtres occupaient des îles défendues par d’abruptes falaises et portaient le nom d’Adighés nom qui a pour racine le mot Adda, qui signifie île en langue tartare. ■ ' Adda ou Edda- paraît avoir une valeur beaucoup plus importante. D’après la légende que je viens de rapporter, il désignerait l’Asie alors que cette partie de l’univers n’était qu’une vaste Océanie.
Lorsque je prononce le mot Edda, ne vous semblet-il pas voir apparaître, dans le lointain des âges, l'Eden de Moïse ? ' Assurément Edda ou Eden ont la même prove nance pourquoi pas la même signification ?
Bien mieux, qu’y aurait-il d’étonnant qu’après avoir civilisé le monde, soit par voie de colonisation, soit par voie de conquête, le grand peuple disparu ait gardé pour lui et pour lui seul l’appellation à.’Adam, c’est-à-dire de l’insulaire par excellence, du roi des îles ? Mais comment disparut Edda ? Par quel effroyable cataclysme fut emportée dans la nuit des temps la nation adamite ? Le Brahmane attribue les bouleversements remar qués à la surface de notre globe aux approches pério
l’initiation 142 diques d’une comète monstrueuse poussée par Siva, génie de la destruction, et qui, heurtant ■ quelque jour cet univers à son centre causerait l’écroulement des sphères, marquant ainsi la fin d’une des phase de la création, pour mieux dire de l’œuvre de Brahm. * , «• * Le cataclysme qui détruisit Edda ne changea pas seulement la surface du globe.
Il surprit l’humanité en plein développement intellectuel et arrêta brus quement l’éducation des peuples. Le mage adamite n’était plus là pour ordonner ou poursuivre l’initiation, mais l’initié, persuadé que ses maîtres immortels, quel que fût leur demeure épiaient toujours ses plus secrètes pensées, prêts à punir le parjure... l’initié emportait avec lui dans l’éternel oubli la science qu’il avait reçue comme un dépôt sacré.
Ainsi fut perdue la parole, et lorsque l’humanité s'éveilla de sa longue torpeur, à peine avait-elle con servé les notions des arts les plus usuels. Cosmogonie, connaissance des êtres, science des choses, toutes les vérités fécondes sur lesquelles re posaient comme sur d’inébranlables bases la gran deur d’Edda, gisaient maintenant dans le silence d’abîmes ignorés où des dieux jaloux défendaient aux hommes l’approche de ces merveilleux trésors.
Sur le marbre et sur le porphyre qui, jadis, avant l’écroulement des temples, avait entouré le sanctuaire, sur le granit des monts, près des autels rongés par les ans, en quelque lieu que ce fût de l’univers, on dé
l’astronomie INDIENNE 143 couvrait maintenant des signes étranges, incompris... inexplicables, partout les mêmes signes. Ceux qui avaient gardé comme un souvenir du passé, ceux-là répondaient lorsque par hasard on parlait devant eux dé ces signes : « Chacun résume l’une des sciences révélées jadis aux hommes par des envoyés divins...
Nul ne peut à présent ni les comprendre, ni les traduire : mais lorsque seront accomplis les temps marqués, ceux-là mêmes qui les ont apportés viendront les expliquer et une nouvelle ère commencera pour l’humanité. » Delà encore cette attente d’un messie commune à toutes les sectes dont les espérances, les mécomptes . et les luttes constituent l’histoire réelle de î’antiquité jusqu’aux temps de la Grèce et de Rome. * * Les Signes ou Symboles contenant la science ada mite sont de deux sortes : théoriques ou pratiques, c’est-à-dire qu’ils résument ceux-ci : les notions basées sur l’expérience, ceux-là les sciences dues aux efforts de la raison, les sciences abstraites.
Parmi les signes pratiques deux semblent offrir un intérêt plus particulier. Le premier est le carré, que portent écrit dans la main certaines déités de l’Inde. En rejoignant, au moyen de lignes nouvelles les extrémités des sécantes existant à l’intérieur du carré dont je parle, j’obtiens un deuxième carré, mais ins crit. Inscrivons à son tour le carré enveloppant dans
l’initiation 144 une circonférence et nous aurons une figure résumant la science géométrique presque tout entière et, ce qu’il y a d’étrange, tous les caractères de l’écriture latine, conséquemment de notre écriture à nous. A en juger par leur origine, on croirait que ces caractères, la langue qu’ils servaient à exprimer furent employés jadis par des initiés afin de se recon naître entre eux. Voyez cette figure : Si nous l’analysons nous y trouverons les disposi tions de lignes nécessaires pour démontrer les théo rèmes ayant trait aux rapports des arcs à la circonfé rence, des angles ayant leur sommet au même point des lignes perpendiculaires et obliques, de l’égalité des triangles, des parallèles, etc., etc.
l’astronomie INDIENNE 145 Je ne m’arrêterai qu’à une seule démonstration ayant pour objet la valeur du carré construit sur l’hypothénuse d’un triangle rectangle, carré égal, vous le savez, à la somme des carrés construits sur les deux autres côtés. Le grand carré ABDC est évidemment égal à un carré construit sur la ligne FH, hypothénuse du triangle rectangle FEH. ■ z Or le carré ABDC se compose : 1 0 Du carré construit sur le côté EH du triangle rectangle FEH. 2° Des triangles EBF, FAG, HDF, dont la somme est égale au carré FGHE ou, ce qui est même chose, à un carré construit sur. le second côté FE du triangle rectangle FHE. ♦ ’ * * ' Dans la même figure se trouvent toutes les lettres romaines. Exemple Dans le carré seulement : YKAEHLFXZMNITV, etc. Et avec la sphère enveloppant les deux carrés : R G B G D O, etc. Quant à l’alphabet grec, dérivé plus directement de l’alphabet phénicien, la plupart de ses lettres rap pellent le serpent, autre symbole que l’on peut placer également parmi les symboles d’ordre pratique. Ex. : tr, 4, p, e.
l’initiation 146 Mais voici le plus important de tous les signes ou symboles de la catégorie que nous sommes en train d’établir. Ce signe est le Pentagramme. .
Si, par imagination, vous tirez deux lignes partant du sommet de la tête, et allant, l’une au pied gauche, l’autre au pied droit ; si, par des lignes encore, vous joignez l’extrémité du pied gauche à . la main droite, l’extrémité du pied droit à la main gauche, la main droite à la main gauche, vous aurez dessiné un pen tagramme.
Clé de la science hypnotique ou magné tique le pentagramme avait deux pôles principaux : Le sommet du crâne, siège de la volonté. C’était grâce à cette dernière faculté que le prêtre ou l’initié parvenait à cet état de concentration, d’ab sorption en lui-même, si passionnément désiré par lui. Et remarquez la façon dont l’artiste indien repré sente les images de ses divins instructeurs.
Tous sont assis les jambes et les bras simulant au tant que possible le pentagramme. , Le pentagramme avait un autre pôle et en opposi tion constante, celui-ci, avec le pôle volontaire. Le second pôle pentagrammique se trouvait à l’en trecroisement des lignes allant des extrémités des mains à celles des. pieds.
Cet entre-croisement indique les organes de la géné ration et de la fécondité universelle, symbolisés par le Lingam dont le culte remontait, dans linde et dans l’Égypte, à l’antiquité la plus reculée. Mais la division du pentagramme en deux pôles en
l’astronomie indienne 147 opposition constante semble avoir donné naissance à deux sciences, bases des anciens mystères,la science des exhilarants ou agents susceptibles de provoquer une ivresse mystique et la science des aphrodisiaques.
L’opposition entre les deux pôles était si bien con nue des mages et plus tard de leurs adeptes, j’oserai dire qu’elle était tellement pratiquée, que les sectes avaient fini par se distinguer entre elles au moyen du pentagramme droit et du pentagramme renversé.
Si le pentagramme droit appartenait aux sectaires recherchant dans la possession absolue de ses facultés son perfectionnement intellectuel et moral, le penta gramme renversé, au contraire, dénotait toujours la secte ou l'initié adonné aux cultes et aux pratiques orgiaques. Le pentagramme droit était encore le symbole ou le signe de l’évocation.
Enfin, dans la science du pentagramme renversé, le serpent jouait un rôle aussi important que le scara bée sacré. Dois-je rappeler que la thériaque préparée par les prêtres d’Égypte était recherchée dans tout l’Orient autant comme stimulant des plus énergiques que comme antidote.
Le venin du céraste ou du scythale, redoutables reptiles contre les atteintes desquels la superstition invoquait la puissance des psylles, ce venin faisait la base de la célèbre composition. Tous, vous connaissez la légende biblique. C’est par le serpent que Moïse fait cueillir la pomme à Ève; c’est par Ève, la fem me, que Moïse fait présenter à Adam le fruit portant en lui la science du bien et du mal.
l’initiation 148 Savez-vous .pourquoi ce choix de la pomme? C’est que ce fruit présente à son centre et plus nettement qu’aucun autre la figure pentagrammique. Pour s’en convaincre, il suffit de couper une pomme horizontalement et autant que possible par le milieu. » ■ « * Les principaux signes d’ordre spéculatif sont au nombre de deux : Vhexagramme et le tétragramme.
Ces deux signes enseignaient, d’après la science an tique, la formation de cet univers conformément aux lois de la géométrie et de l’équilibre.
Permettez-moi de ne point insister sur la série de déductions qui m’ont amené, pour ainsi dire point par point, à reconstituer l’antique cosmogonie; per mettez-moi de ne point rechercher, pour l’instant, la substance absolue, nécessaire, essentiellement active, cachée au fond de la métaphysique indienne et égyp tienne et de laquelle dérivaient, par voie de transfor mations, les êtres et les choses.
Permettez-moi de ne pas vous montrer cette subs tance s’agglomérant au centre du fini, devenu comme le centre même de l’espace et subissant enfin, par l'effet combiné des forces, les révolutions diverses qui ont présidé à la formation du monde. . Le cadre que je me suis tracé ne comporte pasd’aussi longs développements.
J’arrive donc à la description de cet univers tel que semble l’avoir compris le.mage adamite, et après lui le prêtre du Kashmir et de la Haute-Égypte. Selon l’antique enseignement, la sphère universelle
l’astronomie indienne 149 était soutenue au centre de l’espace par deux grands cônes de matière cosmique, animés chacun intérieu rement de deux systèmes de courants évidemment électro-magnétiques dessinant deux spirales se diri geant ensemble et parallèlement vers un même som met.
Les pointes de ces cônes, s’enfonçant sans cesse dans les profondeurs de l’espace, semblaient chercher, l’un le pôle Nord ou Zénith, l’autre le pôle Sud ou Nadir de l’infini.
Leur étendue était d’ailleurs si bien proportionnée à la sphère universelle soutenue par eux que cette sphère n’éprouvait et ne pouvait jamais éprouver que des oscillations mathématiquement réglées, oscilla tions partant tantôt du Zénith et s’abaissant vers le Nadir, tantôt allant du Nadir au Zénith.
5o l’initiation Les axes de ces cônes prolongés au delà de leurs bases formaient l’axe même de la sphère universelle. Perpendiculairement à ces deux cônes de soutien, la sphère universelle possédait une ceinture de matière cosmique. Cette ceinture en forme de bourrelet enserrait la partie restée libre entre les grands cônes.
Elle étreignait l’ensemble des sphères ou masses et retenait celles d’entre elles qui, placées sur les limites du monde, essayaient de franchir la circonférence commune, obéissant ainsi soit à des répulsions exer cées par d’autres sphères, soit à la force centrifuge, conséquence du mouvement de rotation.
La ceinture de l’univers Avait encore un autre objet; plusieurs systèmes de courants la sillonnaient à l’in térieur et en faisaient un tourbillon d’une effroyable puissance, entretenant le mouvement de rotation dont le monde enserré par ldi était animé.
Les flots pro fonds et lumineux de l’océan cosmique étaient d’ail leurs visibles pour l’homme et ceux qui, les premiers, les avaient distingués par delà les cieux les avaient surnommés la voie lactée. A l’intérieur, la sphère universelle s’était divisée selon l’hexagramme d’abord.
De cette division étaient pés trois mondes différents dont les sphères centrales s’étayaient les unes sur les autres au moyen de cônes emboîtant leurs pôles de la même façon que les grands cônes externes ou de main tien emboîtant la sphère universelle. Ces trois sphères centrales, formant l’axe du monde, étaient appelées, selon leur position, l’une la sphère
l’astronomie INDIENNE I 5l du zénith, l’autre la sphère du centre, et la troisième la sphère du Nadir.
Les cônes qui les soutenaient s’étayaient encore de manière que la pointe du cône nord appartenant à la sphère du centre venait envelopper ou emboîter, comme on voudra, l’extrémité du cône sud suppor tant à sa base la sphère située au Zénith, La sphère du Nadir portait, elle, à la pointe de son cône nord, l’extrémité du cône sud de la sphère du centre. • Les deux sphères du Zénith et du Nadir s’appuyaient enfin, la première au moyen de son cône nord au centre même de la base du grand cône enveloppant le nord de la sphère universelle, et la seconde au moyen de son cône sud, 'au centre du grand cône dont les replis extrêmes, s’allongeant au Nadir comme ceux d’un immense reptile, cherchaient sans cesse, à tra vers les espaces incommensurables, les bornes toujours plus lointaines de l’infini.
' Ces trois sphères étaient censées représenter les trois éléments. La sphère du Zénith s’appelait pour cette raison sphère de l’éther ou de l’air, celle du centre sphère de l’eau ou la Terre, celle du Nadir sphère du feu. Chacune de ces sphères devenait à son tour, le mou vement de rotation aidant, le centre d’un ensemble ou d’un système de sphères.
La sphère universelle contenait ainsi trois univers formés chacun d’un tourbillon ou anneau constellé et et d’un tourbillon ou anneau planétaire. Le place ment des sphères enfermées dans ces anneaux concenL INITIATION triques avait eu lieu, lui aussi, selon l’hexagramme d*abord. Il est à remarquer que la disposition de notre zodiaque répond exactement à ces données.
Par une coïncidence tout au moins étrange, les sphères de notre zodiaque peuvent être groupées trois par trois, chaquegroupe dessinant un équilatéral, deux de ces équilatéraux dont les sommets occuperaient deux points diamétralement opposés de la circonfé rence universelle, dessinant à leur tour un hexa gramme.
Prenons pour exemple ou point de départ les cons tellations de la Balance et du Bélier en opposition directe dans notre zodiaque. (A suivre.) Michel Savigny.
PARTIE LITTÉRAIRE LA JUMENT NOIRE L’étude des croyances humaines offre sans cesse un nouvel aliment à l’esprit. L’imagination peut s’y lancer sans règles et sans limites... Citerai-je le cas du prince Peter Iponsky, qui frémissait à la seule vue d’un cheval noir ? Nous étions quelques bons camarades, au régiment des gardes Empereur-Joseph.
Le soir, au mess, nous racontions tout ce qui nous passait par la cervelle aventures d’amour ou de guerre, souvenirs qui rajeu nissent l’esprit, et nous suivions nos rêveries dans la fumée blanche des pipes.
Or, un soir que la conver sation avait je ne sais comment abordé les doctrines de Pythagore, la métempsycose et autres fadaises, le prince Peter, notre chef, eut un tressaillement ner veux qui ne resta pas inaperçu. — Ne raillez pas cela, murmura-t-il d’une voix grave... Voulez-vous me permettre une histoire?
Et, sur notre acquiescement muet, il continua : — C’était au temps où j’étais jeune et beau, — il y a belle lurette de cela ! — lieutenant des lanciers de Digitized by LjOOQle
l’initiation 154 la garde, et peu disposé aux humeurs noires, je vous assure. Ah ! l’insoucieux compagnon que j’étais, ne ruminant que gloire, plaisirs et combats.
Ah ! le joyeux drille que le prince Peter, qui la nuit s’époumonnait aux carrefours, hurlait des sérénades nar quoises sous les fenêtres des vieux grognons de la cour, qui ouvraient leurs vitres en geignant de jalousie quand ils avaient une épouse à garder, sinon grondant de dépit contre les braillards qui se trompaient d’adresse !... J’ai été en duel, dix, vingt fois, je ne m’en souviens Plus. C’était amusant, en ce temps-là.
Notre empe reur, que Dieu garde! n’envoyait pas alors en exil pour un malheureux petit co’up d’épée ; et on n’en était pas plus mauvais amis pour cela. Vers la fin de ma vingt-cinquième année, mon oncle, lequel avait été mon tuteur, eut la bizarre idée de me marier. Je dis bizarre idée, car rien n’avait jusqu’alors donné à supposer que j’en eusse envie.
Il me présenta sans autre forme de procès à la comtesse Pluska, aimable et jolie, et dont j’ai toujours présents à l’es prit les yeux vifs et la splendide chevelure d’ébène. Or sa tête était brune, ses sourcils aussi, ses yeux lui saient comme du jais ; il se dégageait d’elle et peutêtre de ses toilettes un ensemble de teintes où le noir dominait.
Elle était belle, riche, je lui plaisais ; c’était en somme le meilleur parti que je pusse jamais espérer. Mais qui expliquera ma rébellion irraisonnable aux désirs de mon oncle, et pourquoi il suffisait qu’il
LA JUMENT NOIRE 155 voulût me marier pour que j’y fusse opposé, et pour quoi je répondis à la comtesse Pluska, qui s’attendait à mieux que cela, que je désirais rester célibataire. Je lui tirai ma révérence, ainsi que vous dites à pré sent, mes jeunes camarades.
Peu de temps après le hasard sembla donner raison à ma conduite en cette occurence, car cette jeune femme, née pour régner et être aimée, fut emportée en quelques jours par une fièvre maligne... Je me louai de ma décision. — Pauvre petite comtesse ! ne pus-je m’empêcher de dire en apprenant sa mort. Et ce fut tout.
Puis nous eûmes des manœuvres dans l’Ukraine, quelques duels et beaucoup de fêtes, un nouveau colonel; l’empereur me décora, et me nomma dans les hus sards... Comment ne l’eus-je pas oubliée?...
Pour me témoigner son contentement, lorsque je reçus le ruban mon oncle me fit don d’une monture, et c’est d’elle que je vais vous entretenir. * ♦ ♦ C’était une jeune jument vive, pleine d’ardeur, d’une splendide robe noire brillante, marquée d’une liste blanche au qhanfrein. Elle me plut tout de suite par sa pétulance et l’es pèce d’amitié qu’elle me témoigna dès les premiers jours. Lui tendais-je la main, elle la léchait.
Un seul claquement de langue lui faisait tourner la tête ; et alors elle me suivait longtemps des yeux, tant qu’elle le pouvait, avec un regard quasi humain. Un hennissement de joie retentissait quand je pénétrais
156 l’initiation dans son écurie. Si nous sortions je la bridais moimême ; elle piaffait de joie. Elle paraissait tant m’aimer que j’en fus secrètement flatté et que je l'adorai bien tôt moi-même. Je la dénommai Andra. Elle devint ma monture favorite, à tel point que je ne conservai qu’elle; et je lui prodiguai les soins les plus assidus. Elle fut presque une amie.
Ses deux grands yeux fixés sur moi avait un regard d’une intel ligence incomparable ; il me semblait que c’était un être humain, qui me comprenait, et bientôt je lui parlai. Ce furent des claquements de langue, des ono matopées, puis des phrases, auxquels elle répondait par un hochement de tête ou un hennissement. Et c’était charmant, ces conversations avec Andra ! Oh ! l’étrange chose, bien difficile à expliquer main tenant...
Plus je lui 'parlais, plus il me semblait l’avoir déjà vue, l’avoir rencontrée ailleurs, avoir conversé avec elle; plus il me semblait que je la con naissais déjà !... Cette persuasion devint si grande que toute notion de temps disparut. Ma possession d’Andra était si lointaine qu’il m’était impossible de m’en rappeler la date.
Je l’avais toujours eue près de moi ; et ce que je vous dis est la stricte vérité, souvenez-vous-en, mes jeunes camarades, car je n’ai jamais menti. J’aurais coupé la gorge à quiconque m’eût affirmé le contraire. Je voyais Andra, la flattais, lui parlais, je la montais comme si elle eût été là depuis le jour de ma nais sance. Ah ! nous étions de vieilles connaissances, à n’en pas douter.
Ses appels de joie, les coups de langue qu’elle me lançait sur les mains, ses piaffeLA JUMENT NOIRE i57 ments à mon approche, autant de preuves d’attache ment qui ne faisaient qu’augmenter chaque jour. Aussi nul mieux que moi ne savait ce qui lui plaisait, l’heure de ses repas, ses mets favoris, l’arrangement de sa litière.
Son regard suivait chacun de [mes mou vements, et j’y retrouvais des sentiments humains, la joie, la jtristesse, la douleur ou la colère. Oui, la colère... Un jour, à la promenade, je rencontrai mon ami Fritz Rosanow, estafette de la garde de l’empereur. Il montait un superbe alezan dont je ne pus m’empêcher de le complimenter. Je mis pied à terre et caressai ce cheval, lui palpai les membres et soulevai ses pattes.
L’animal s’y prêtait avec la plus grande complaisance, quand soudain il se cabra en poussant un cri. — Mais votre bête a donc le diable dans le ventre, s’écria l’estafette à demi-colère, voilà mon cheval abîmé ! Et il m’indiqua sur l’encolure une large morsure que venait d’y creuser Andra. Je la regardai : sesyeui brillaient de jalousie, oui, de jalousie, d’une jalousie furieuse.
Exaspéré, je la cravachai ; elle bondit sous le coup, hennit douloureusement, et j’aperçus distinc tement, oh ! je n’en pus douter, de grosses larmes qui ruisselaient de ses paupières... J’eus le grand tort de me courber sous son despo tisme, de subir chacun de ses caprices, de plier devant ses volontés. Elle fut plus maîtresse de moi que je ne l’étais d’elle. Ce ne fut plus un secret pour personne... « C’est sa jument qui le mène, » disait-on. Et rien n’était aussi vrai.
158 l’initiation . — Voyons, prince, me répétait Rosanow à chaque rencontre, allez-vous bientôt vous débarrasser de cette mauvaise bête?... ' ** ♦ On ne jase pas sur un animal domestique sans que les éclaboussures n’atteignent le maître. Je dus envoyer mes témoins à Rosanow, pour ses calomnies sur ma jument...
Pour la première fois, sur le ter rain la chance m’abandonna : je reçus un magistral coup d’épée dans le flanc, qui me cloua pour trois mois au lit. • Je fus même à deux doigts du trépas. J’eus le délire, un délire atroce, pendant lequel je hurlai des impré cations terribles contre Rosanow, et j’appelai Andra ma douce amie, ma fidèle compagne, mon trésor, avec des sanglots daps la voix.
Quand mes idées redevinrent lucides, ce fut encore d’elle que je parlai, ce fut elle la première dont je m’enquis. Mon bon oncle,-en faction quotidienne à mon chevet, répondit : — Je l’ai prise chez moi... pour la soigner. •—Merci, merci, mon oncle!... m’écriai-je en sai sissant ses mains et les arrosant de mes larmes. Que dit-elle?... — Elle va on ne peut mieux, répliqua le brave homme en riant, quoiqu’un peu maigriotte...
Quant à te rapporter ce qu’elle dit... je crois que tu divagues encore mon garçon... Je n’ai pas souvenance d’avoir jamais entendu discours de cheval!... Ce qu’il affirmait là était raisonnable, mais tout
LA JUMENT NOIRE i5gsimplement parce qu’il ne la comprenait pas. Elle me parlait bien à moi, Andra, et je savais bien ce qu’eZ/e disait, moi !... — Mon bon oncle, je vous prie, achevai-je en l’em brassant, faites qu’elle ne manque de rien. Il promit ce que je voulus. Tint-il parole? Chaque jour on me servait du café.
Je dérobais le sucre que je remettais furtivement, mystérieusement à mon oncle, comme si j’eusse commis un acte répréhensible. — Prenez, lui murmurai-je à l’oreille... c’est pour Andra... Il s’habitua lui-même à cette innocente manie, me raconta qu’Andra était satisfaite de mes envois, qu’elle avait raison de l’être, et je crois même, l’affirmerai-je? qu’il me dit un soir qu’Andra [l’avait prié de me re mercier...
Il la comprenait donc, J’incrédule!... — Elle maigrit, elle maigrit, me dit-il un autre jour, et puis elle devient méchante. Je ne peux plus la tenir... On ne sait qu’en faire; elle casse tout. Cette nouvelle me bouleversa. Ma jument, ma bête, mon Andra, rebelle, méchante, elle, la douceur même! Que lui avait-on fait, en vérité? Je passai une nuit terrible.
Puis cette idée se dessina très complète, très lucide dans mon cerveau : . ’ — Andra croit que l’ai abandonnée... Et qu’elle se désolât, qu’elle maigrît de cet aban don, rien de plus naturel. Ainsi s’étiole toute créature délaissée de celui qu’elle aime, ainsi la plante meurt, faute de soleil. ■ Vous retracerai-je ma joie, mon contentement lorsque le vieux Ipkins, qui me soignait, me permit
16o l’initiation de m’habiller et de sortir? Je courus chez mon oncle et pénétrai jusqu’à l’écurie, sans monter embrasser mon aimable parent. — Andra ! Andra ! m’écriai-je en apercevant ma jument la tête basse, amaigrie, le poil terne et dans une posture de désolation qui eût attendri un tigre. Elle tourna lentement la tête et son œil brilla, pen dant'qu’un frisson de contentement la parcourait. ' J’étais déjà auprès d’elle, à la caresser.
Dieu, comme elle était changée ! Son auge pleine d’avoine poussié reuse prouvait qu’elle ne mangeait plus ; sa robe était semée de taches grisâtres où le poil se pelait. Ce dépérisement m’outra de colère; je détachai ma bête, l’emmenai aussitôt, et un certain froid subsista quelque temps entre mon onde et moi à la suite de cette aventure. Il essaya même de faire croire que mes facultés mentales étaient dérangées...
Bref, complètement revenu à la santé et à mes occu pations ordinaires, je continuai à affectionner ma belle jument noire. Elle reprit son allure vive et sa robe brillante. Mais son regard, quand il se fixait sur moi, semblait renfermer maintenant une sorte de rancune et de reproche. Songeait-elle toujours à cet abandon forcé dont elle avait souffert ? Et cela mal gré les explications que je lui donnai.
Quand je lui parlais, elle ne montrait plus cette joie qui me faisait tant plaisir. Une fois même où je la flattais sur les naseaux, au contraire de l’amicale léchée que j’attendais, elle me mordit à la main. Vous
LA JUMENT NOIRE l6l connaissez ma patience, elle est courte, et en d’autres occasions un cheval eût payé cher cette méchanceté I Je me contentai de rudoyer Andra ; et incontinent, sachant combien elle était jalouse, je me rendis acqué reur d’un poney russe des écuries de lord Stirbey, attaché d’Angleterre, qui, sa mission finie, se défaisait de sa maison.
J’installai mon acquisition dans le box voisin de celui d’Andra, éprouvant un malin plaisir à la mécon tenter. Le lendemain, le poney était couvert de mor sures. Je battis la jument; La nuit suivante, le batflancs du box fut brisé à coups de pieds. Je m’entêtai, et, dans un esprit de vengeance bien puéril, je m’atta chai exclusivement au jeune cheval, ie caressant, le choyant. Andra ne ' souffla plus mot, baissa la tête, se tint tranquille.
Je la crus domptée. Une nuit, elle s’échappa dans l’écurie, et on reconnut le matin que le poney avait une jambe brisée. Je dus remonter Andra. D’ailleurs, c’était une bête de race et mon amitié pour elle n’était pas complètement éteinte. On parlait d’une nouvelle expédition en Ukraine, pour réprimer un soulèvement ; il fallait se remettre en selle. Les hardies chevauchées de jadis dans cette contrée accidentée me revenaient en mémoire.
Com bien plus longues, plus attrayantes, elles seraient maintenant, avec Andra au pied sûr, à la jambe alerte! L’hiver s’annonçait comme très rigoureux, déjà la neige était tombée. Qu’importait ! Le soldat n’est-il pas heureux en toute saison, s’il a bon cheval et bonne carabine ? Nous partîmes le cœur léger, avides d’aventures. . 3
l’initiation 162 Fritz Rosanow, avec lequel je m’étais réconcilié, était des nôtres. Nous allions botte-à-botte, par étapes, le long des routes, précédant un détachement commandé par le gros major Soltiz. Notre petite escorte était for mée de hussards de mon régiment. Tout alla bien pendant la première journée. Peu à peu l’allure d’Andra devint inquiétante.
Elle affectait de boiter, fléchissait sur ses pattes, que j’avais pourtant examinées avant mon départ selon mon habi tude,et dans lesquelles je n’avais remarqué rien d’anor mal. Nous étions dans la région montagneuse, où les routes sont bordées de rocs grossièrement taillés et de ravins, et où la moindre chute pouvait devenir dan gereuse. Je l’éperonnai, la cravachai; elle se laissa tomber une fois, deux fois.
Je fus projeté sur le roc j mais j’en fus quitte heureusement pour la peur. — Cette sale bête vous brisera les reins, répétait Fritz Rosanow, lfiissez-la. ' — Avez-vous un cheval à me prêter ? Andra dressa les oreilles et son passe raffermit. Je retombai dans ma trompeuse quiétude.
Nous traver sâmes plusieurs villages et atteignîmes une gorge pro fonde, au bas de laquelle mugissait un torrent, et qu’il nous fallait franchir pour atteindre la bourgade où se ferait notre halte de la nuit. Le chemin, bordé de pierres maçonnées, était des plus périlleux; nous jugeâmes prudent de mettre pied à terre, de tenir nos chevaux en main et de passer un * à un le long du bord.
Andra marchait presque sur mes talons et je sentais son souffle brûlant dans mon cou. A plusieurs reprises elle glissa sur moi ; je m’ar
LA JUMENT NOIRE i63 rêtai pour ralentir sa descente. Ses yeux brillaient d’un feu sombre et méchant; je n’y pris pas garde. Quand nous repartîmes, elle avança si brusquement qu’elle faillit me faire perdre l’équilibre. — Eh bien, qu’est-ce donc? m’écriai-je en colère en me retournant et secouant la bride avec violence : - Andra ! ■ • ★ * « La jument, pour toute réponse, me lança un regard mauvais.
Mais, sans être plus docile, elle ne tenta rien autre contre moi. Je le dis à dessein, car je fus persuadé aussitôt — et j’y pensai toute la nuit — qu’elle ne cherchait qu’à assouvir une rancune inexplicable, et surtout inatten due après notre amitié réciproque. Le lendemain, nous continuâmes notre voyage dans ce pays accidenté. Nous ne comptions rencon trer les hordes ukraniennes qu’à. 5 ou 10 lieues de là.
Au loin, les pentes rudes des montagnes étaient couvertes detaches noires et blanches, qui étaient des forêts ou de la neige. Au fond de la vallée où nous descendions, des taillis épais de mélèzes ou de bou leaux nous dérobaient la blancheur du sol.
Nous pas sions sur des rocs qui faisaient feu tout le long d’une sente abrupte ; et cette marche périlleuse nous don nait le vif désir d’atteindre au plus vite la neige her beuse du sous-bois, où nous pourrions nous reposer et attendre la petite armée qui nous suivait. Les bandes qu’on nous avait signalées étaient for mées des derniers débris de ce peuple des steppes
164 l’initiation d’Ukraine, fier et insoumis, cruel dans sa sauvagerie révoltée. Plus d’un d’entre nous frémissait à l’idée de tomber entre leurs mains, d’être, ainsi que de précé dents otages, traînés à la queue d’un cheval indompté ou d’avoir les yeux crevés. Aussi fallait-il veiller à ne pas s’écarter. • Nous jasions de cela, en route, à voix basse, un peu attristés. Quand nous approchâmes des bois, l’allure se ralentit encore.
Le gros major Soltiz, qui nous avait rejoints, paraissait navré de ne pas aperce voir ses soldats qu’il précédait à peine de quelques heures. — Peste ! s’écria Fritz Rosanow, ne dirait-on pas que nous allons à l’enterrement ! Un instant après, il médit encore: — Je voudrais que vous puissiez voir l’air étrange de votre cheval, il a l’air fou, en vérité.
Je ne pouvais le regarder de face; mais l’animal frémissait sous moi, levait les naseaux, et par-dessus le toupet de sa crinière, j’apercevais distinctement le globe ardent de ses prunelles. Fritz avait raison. — Vous devriez vous défier de votre bête, répétat-il encore. I» Il avait à peine achevé qu’Andra pointa, fit un bond qui faillit me lancer à terre, et partit comme une flèche dans la direction de la forêt.
J’essayai en vain de la maintenir, de l’arrêter. Elle était vraiment devenue folle, un sifflement sauvage s’échappait de sa gorge. Pendu des deux bras après une rêne de la
LA JUMENT NOIRE 165 bride pour faire dévier cette course furieuse, je voyais grandir à mes yeux la lisière de la forêt et compris que nous allions nous briser la tête contre le premier arbre. Je n’ai pas peur de la mort, non, delà mortfière, hautaine, à poitrine libre, de la mort du soldat, du vaillant, de l’intrépide; mais être ainsi broyé par un caprice d’animal me sembla horriÿe !
J’eus aussitôt l’idée, le spectacle de la bouillie informe que mon crâne allait devenir. Je m’écriai avec un ricanement de démon, à demi fou moimême: — Ah ! Ah ! Andra, belle vengeance en vérité ! Quelle galopade frénétique, inouïe, dont le seul souvenir me glace à cette heure. Un bruit de chevaux derrière nous l’accélérait encore.
Andra sauta des rocs, franchit des ravins, bondit par-dessus des ruis seaux, traversa des marais comme une sauterelle, troua des fourrés avec la violence d’un boulet. * L’écume coulait le long de son encolure, ses naseaux soufflaient un bruit de forge. Je n’essayais plus de la détourner ni de l’arrêter. J’avais les mains en sang. Ma tête sonnait comme une cloche, avec fracas ; le vent me fouettait le visage, mon chapska s’était envolé.
Je ne songeais même plus à mon sort inéluctable. Pourtant la bête pénétra dans la forêt par les che mins libres, m’écorcha aux troncs d’arbres sans m’y briser, me réservant pour une autre mort: Tout à coup des balles sifflèrent à mes oreilles, et je me trou vai en plein camp de rebelles. Ma position me parut effroyable encore.
i66 l’initiation La jument s’était arrêtée, frémissante. Je lui enfon çai mes éperons dans les flancs en la lançant dan-s la direction du retour. La douleur fut si forte qu’elle fit un bond ; je lui labourai la chair^ elle continua lente ment quelques pas. Les Ukraniens crurent que leur proie allait leur échapper. Une grêle de balles nous suivit. Andra tomba sur le côté, sans que je pusse dégager ma jambe,droite. C’en était fait de moi.
Et je songeais à mon heure dernière, quand Fritz Rosanow et deux cavaliers apparurent sur des chevaux blancs d’écume. Ils me suivaient depuis le commencement de la folie d’Andra... Rosanow sauta à terre tira ma jument par la bride, tandis que les autres faisaient le coup de feu pour maintenir les assaillants. Deux fois Andra souleva, deux fois elle se laissa retomber sur moi.
Fritz alors. me saisit par les épaules et put me tirer de cette position critique. Andra, comprenant que sa vengeance lui échappait, poussa une sorte de grognement rauque, et nous lança une ruade furieuse en se roulant sur le sol; et nous vîmes qu’elle était couverte de sang. Nous soutînmes là, pendant quelques minutes, un combat qui nous eût été funeste sans l’arrivée de notre escorte, qui mit les rebelles en fuite...
Huit jours après, repassant en ces lieux , nous retrouvâmes ma jument, dont il ne restait que la carcasse. Elle avait été dévorée par les corbeaux. Seuls les deux yeux subsistaient encore et vivaient, oui, vivaient encore, et me regardèrent longtemps. Je ne l’oublierai jamais. Je ne peux songer à Andra sans me rappeler la mysPOÈME EN PROSE 167 tique petite comtesse noire que je faillis épouser et qui mourut si inopinément.
Dans une de ses dernières lettres à mon oncle, n'écrivait-elle pas : « Le prince est de ces hommes qui jouent avec les sentiments... Tôt ou tard, en ce monde ou dans l’autre, je m’en vengerai... » Mais, vous l’avez entendu, mes jeunes camarades, la jument Andra ne parvint pas à réaliser ce désir de la petite comtesse Pluska...
Léon Riotor. mîib u nosi {Traduit du Norvégien) I Il y a longtemps, j’errais dans le loitain pays de la fiction ; des vapeurs argentées planaient sur tout, et dans la distance flottaient les reflets roses-tendres du soleil couchant. Une étrange mais agréable oppression s’empara de moi, et je regardai fixement autour, essayant de voir l’être dont la présence semblait être si près de la mienne.
Je ne vis rien ; mais sur l’air vinrent flotter les accords d’une douce musique : une puissance irrésistible m’attira vers le son. Peu à près je me trouvai dans une forêt féerique voilée d’une lumière argentée et emblématique. La musique augmentait ; les arbres, les fleurs, le
i68 l’initiation bouillonnement du petit ruisseau, tous s’y joignaient! Frappé d’admiration de la beauté de toutes ces cho ses, j’avançai doucement sur la pointe du pied, redoutant de déranger l’harmonie des alentours. Comme j’avançais, un parfum lourd remplit l’air ; à moitié étourdi, je me laissai tomber sur un tapis de mousse ; mes sens semblaient être bercés dans un repos songeur.
Subitement, la musique se transforma en voix, et des romances, de douces fantaisies, traver sèrent l’air ; un portail à moitié caché par les roses se montra, et d’un effort suprême je me traînai vers lui à moitié insensible: j’en forçai l’entrée.
Je m’arrêtai enchanté et tremblant : l’air parfumé devint plus lourd, et à travers mes paupières demi-fermées je vis un groupe de femmes ravissantes dansant au clair de lune, leurs formes séduisantes drapées dans des vête ments soyeux ; toutes chantaient de doux petits pas sages de romances comme si elles chuchotaient de ' doux messages dans l’air ; l’une chuchotait aux rayons de la lune, une autre aux fleurs, aux arbres, à la brise, jusqu’à ce que l’air trembla, oppressé d’amour.
Un ardent désir crût dans mon cerveau, pendant que dans mon sein s’élevait un malaise étrange. Une brume épaisse enveloppa le tout à travers de laquelle les femmes avançaient, balançant leurs formes gra cieuses en mouvements caressants : tout près, tout près, tout près ! jusqu’à ce que je tombe inconscient sur l’herbe au milieu d’elles. Tout devint sombre autour de moi.
Mon haleine vint plus vite, ma bou che desséchée s’ouvrit pour humer l’air frais, quand une paire de lèvres brûlantes se pressèrent sur les
POÈME EN PROSE l6g miennes. D’un effort surhumain je repoussai la for me, et dans une grande terreur j’appelai pour : de l’air, de l’air, de l’air ! . La brume se leva lentement, l’air tremblant oppressé d’amour se dissipa en un long soupir.
J’ouvris les yeux et je me trouvai aux dehors du portail, couché dans un vallon de fraîches fougères, lesquelles, ten drement bercées par la brise, répandaient leurs gouttes de rosées sur ma figure brûlante.
Je regardai cette tranquillité des environs : une profonde tristesse s’em para de moi et je pleurai H * Lentement je me levai, et je m’avançai plus pro fondément dans la forêt : la brume du crépuscule avait fait place à l’obscurité la plus profonde de la nuit.
De plus en plus je m’éloignai, jusqu’à ce que la route se divisa en deux sentiers : l’un tout à fait étroit tournait jusqu’au sommet d’une montagne froide et désolée ; l’autre allait en s’élargissant en avançant dans la forêt, et était caché dans les ténèbres ; j’y entrai. Comme j’avançais, le sentier se rétrécissait et les arbres autour de moi prenaient des formes étranges, étendant leurs bras comme s’ils voulaient s’emparer de moi.
Je fus effrayé, j’essayai de retourner, mais un mur épais de ténèbres me barra le chemin. Des voix mystérieuses flottèrent dans l’air : pas de chants, pas de paroles, mais un murmure inarticulé d’intensité nerveuse dans laquelle rien ne pouvait se distinguer. Vibrations après vibrations résonnèrent dans une étrange brume augmentant, augmentant, jusqu’à ce qu’une folie me posséda, la brume si intense qu’elle se
l’initiation 170 changea en matière, formant de hideux tableaux autour de moi. Je me pressai les mains sur les paupières, mais la pression parut me réduire qu’en une flamme de feu plus ardent les horribles tableaux qui s’étaient gravés dans mon cerveau. Aussi ouvris-je les yeux et je regardai fixement leur effrayante nudité, pen dant que des murmures éloignés se formaient d’euxmêmes en romances horribles.
Je ne pouvais me boucher les oreilles ni fermer les yeux, mais je me pressai les mains contre le cœur afin qu’ils n’y entrassent point. J’essayai de pleu rer : mes larmes étaient gelées ; j’essayai d’appeler : ma voix ne rendit qu’un son inarticulé. Alors mes forces me manquèrent et je tombai.
Mais voilà que le petit ruisseau qui coulait près de là répandit ses larmes fraîches sur moi et son gai petit chant parais sait dire: « Enfant de l’homme, ne cherche d’appui qu’en toi-même. » Une énergie intense, née du déses poir, s’empara damoi ; avec mes dernières forces, je me traînai hors de ces ténèbres hideuses ; faible et sanglant, je gagnai l’entrée de la forêt ; près de là bouillonnait mon petit ruisseau.
En poussant un san glot, je me laissai tomber à son côté et je me baignai les membres dans son eau pure. Longtemps je restai là étendu essayant de gagner des forces, pour trouver un nouveau sentier, et comme je me levais la douce lumière d’une aube nouvelle apparut autour de moi.
Devant moi je vis encore une fois le chemin tournant qui conduit à la montagne, et un désir ardent me prit d’en atteindre le sommet, que je puisse voir et respirer librement dàns un
POÈME EN PROSE 171 endroit spacieux. Je luttais pour arriver jusqu’au haut , et en dépit du dur labeur une douce satisfaction me crût dans le cœur. Peu après un rayon de soleil perça la brume et une joie inconnue s’éleva en moi. Au-dessus de moi je vis d’autres êtres gravir péni blement, doucement, mais satisfaits comme moimême.
Toute brume avait disparu : le plein jour apparaissait autour de moi ; pas une seule fois ai-je regardé derrière moi, et ma joie était grande. Peu après j’entendis de doux chants si purs, si vrais qu’involontairement je levai les yeux et devant moi, je vis une femme magnifiquement belle ardemment montant aussi son chemin. Pour un moment seulemen t elle s’était arrêtée pour chanter son Action de Grâce.
Je la regardai avec un nouveau sentiment de camara derie; et elle me renvoya un sourire. Pour la pre mière fois de ma vie, il me semblait regarder dans les yeux d’une-femme franche.
De nouvelles énergies me vinrent et bientôt je gagnai son côté ; elle me souhaita la bienvenue du même regard ouvert ; mais elle n’arrêta pas son labeur, ainsi nous avançions péniblement côte à côte, çà et là une pierre aiguë entravait nos progrès, mais nos mains se joignirent et les obstacles furent surmontés par la réunion de nos forces. — A la fin nous arri vâmes à un grand espace découvert, c’était la première étape de notre sentier aride.
' Le soleil brillait dans son plein dans les deux bleus, submergeant le tout de ses rayons glorieux ; alors pour la première fois je me tournai vers ma compagne et la serrai contre mon cœur, heureux d’avoir la lumière
172 l’initiation du dieu Soleil pour voir entièrement la beauté dans les profondeurs des yeux de mes véritables amours, et pendant que je la tenais serrée contre moi-même, ¡’entendis les chants du petit ruisseau passant mon oreille en de doux et musicaux bouillonne ments. H ‘ A Edith Vickers.
La nuit est tombée : tout autour la nature semblait être bercée dans le repos ; le ciel n’était qu’une large voûte d’un bleu d’azur ; pas un nuage, seulement la pleine lune argentée voguant lentement en avant, jetant son éclat sur le monde endormi.
Une petite rivière coulait à travers les prairies et les charmilles comme une large ceinture d’argent, ses eaux bouillonnaient dans un doux rythme, cares saient gentiment toutes les images amoureuses dans ses eaux claires.
Çà et là il plongeait en se haussant doucement dans les anses ombragées, dans les prairies chargées de fleurs ; de plus en plus, il se hâtait jusqu’à ce qu’un bras caressant bifurquât encerclant une petite île couverte de fougères et de fleurs abritées par de grands saules courbés balançant leurs branches dans un refrain calmant.
La lune perça ces ténèbres rêveuses, elle s’arrêta et trembla d’admiration comme ses rayons tombaient sur un cygne magnifique nichant au milieu des aspho dèles et des lys, ses plumes brillaient de rosée faisant rejaillir l’étincelle argentée des baisers des rayons ........... . bV.. .... H IV
POÈME EN PROSE 173 lunaires. Le cygne était endormi rêvant de ses ma gnifiques plumes blanches, de fleurs de serre odorifé rantes, de jouantes fontaines, de cascades bouillon nantes : tout le temps se voyant comme étant le roi de tous ses biens mondains. Ses plumes se redressè rent et bruirent avec une vanité intense et avec un profond soupir de satisfaction ; il se réveilla.
Il regarda autour de lui et avec une grande impatience il secoua toutes les gouttes de rosée de ses ailes étincelantes : à quoi servaient tous ses rêves glorieux s’il devait se trouver toujours niché au milieu de ces mêmes fleurs sauvages et insignifiantes, le même ruis seau murmurant toujours le même petit conte nuit et jour ?
Ainsi le cygne avec un regard dédaigneux glissa lentement sur la surface argentée du ruisseau s’oubliant en admirant amoureusement son image réfléchie. Il continua de flotter-ainsi, aveugle pour toutes les beautés qui l’environnaient. _ Dans le lointain le chant d’un rossignol flottait tendrement et plaintivement dans l’air ; il retentissait dans la nuit avec une telle ardeur amoureuse que la nature même restait immobile pour aimer.
' Une étrange, une nouvelle sensibilité s’empara du cygne : pour un moment seulement une corde in connue lui résonna dans le cœur et avec un désir auquel il ne put résister, il étendit les ailes et s’envola vers le chant. Le rossignol caché dans le feuillage, rêveur d’un bouleau argenté, était perché tissant tous ses rêves et désirs dans un chant larmoyant. Il avait le cœur triste,
l’initiation 174 pourtant ressentait-il une joie pénétrante’, même dans • ses souffrances : il savait qu’il donnait au monde de ce qu’il avait de mieux. Il regarda autour de lui, ses yeux tombèrent sur les grandes ailes étincelantes du cygne.
Prenant son essor vers lui : « C’est un ange qui descend à moi », pensa le rossignol, « un ange pour me porter au ciel », et son chant s’éleva avec une telle exaltation que la nature autour de lui écoutait dans un haletant étonnement. Le cygne vola droit au bouleau cherchant d’un désir amoureux l’oiseau magnifique dont le chant a retenti à travers la nuit.
Le cœur du rossignol cessa de battre : son chant augmenta et avec de tendres espérances inconnues, il vola vers ie cygne pour déposer son cœur à ses pieds. Le cygne regarda son petit corps brun avec dégoût était-ce là l’oiseau dont le chant avait touché cette corde étrange dans son cœur! et IL se détourna. Un triste et plaidant petit trille flottait de la gorge du ros signol.
Mais le cygne étendit ses blanches ailes, s’envola et fondit dans l’air bleu comme un flocon de neige. Encore une fois le chant du rossignol retentit à travers la nuit et tout le monde écoutait avec des larmes dans le cœur. Le cygne retourna dans sa petite île et vécut de ses rêves, pourtant avec un nouveau chagrin caché dans le cœur. — Quel était son désir ?
11 ne le sut que lorsque la mort un matin vint gentiment lui baiser les paupières ; alors pour un moment il eut les yeux grands ouverts, il vit plume à plume lui tomber dü corps le laissant sans grâce et froid. Pendant ce temps
■T? IT LE FLAMBEAU 17 5 l’âme du rossignol passa devant lui parée de gloire incomparable. Un sanglot s’échappa du cœur du cygne touchant les cordes que le rossignol avait fait vibrer et quand son âme prit son libre essortle cygne mourant baissa la tête avec un tendre chant. Jutta Rill. A Sédir.
Toi qui cherches toujours dans l'ombre de toi-même Comme un aveugle au fond d’une éternelle nuit, Oh ! beau spectre de chair que nul rayon conduit Vers l’essence divine ou la cause suprême, Toi qui tâtonnes là, sur ton front lourd et blême. Les sillons ténébreux d’un formidable ennui, Si pour tes yeux fermés l’azur n’a jamais lui, Ferme ta bouche morne et pleine de blasphème.
Viens confronter la mort avec ton corps mortel Sous rimmense labeur du rêve et du réel Où les mondes latents vibrent dans la lumière. Car, semblable au soleil qui forme la matière, Tu dois voir à travers l’argile du cerveau Ton âme palpiter comme un vaste flambeau ! Jean Delville.
176 l’initiation IRODPÏ f-RDÎPÏHDABT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES On lira le Rapport général du Président en tête de ce numéro. Nous n’y ajouterons aucun commentaire. groupe n° 4. . ETUDE DU SPIRITISME . Séance du 20 octobre 1894 Cinq personnes présentes : Mœe Marthe B..., médium, M. B..., M. et A. F. L. F.
Quelques instants avant le commencement de cette séance, le directeur du Groupe fut avisé par l’esprit fami lier L... d’avoir à enlever les petites balles qui, d’ordi naire, figurent parmi les accessoires mis à la disposition des Invisibles.
Cet avis, comme on le verra plus loin, était d’autant plus précieux, que quelques-unes de ces balles étant en caoutchouc durci auraient pu, en raison des incidents de la séance, sinon blesser grièvement, tout au moins con tusionner de désagréable manière quelques-uns des assis tants . ' .
Après la prière d’usage, nous nous mettons dans l’obs curité et nous observons, selon la recommandation qui nous en est faite par l’esprit familier, le silence le plus complet. Vingt minutes, laps de temps fixé par notre ami invi sible, s’écoulent ainsi. Soudain, un coup violent est frappé sur la table placée au milieu de la pièce.
Par le moyen du signal habituel (cliquetis aériens) nous sommes avertis que la séance peut présenter quelque danger et qu’il faut nous mettre momentanément ep lumière.
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES I77 .
A la lueur de . la lampe nous ne constatons rien d’anormal, mais le directeur du Groupe ayant eu recours à l’écriture médianimique reçoit cette communication : « Faites ceci : prenez l’épée, placez-vous près du ’ « poêle , remettez-vous en obscurité et ne soyez pas « effrayés; nous sommes là pour vous protéger. » Il convient de dire que le poêle désigné par l’invi sible est placé à une extrémité de la salle opposée à celle / où nous étions groupés.
Le directeur du Groupe prend une épée, se place à à l’endroi désigné ei décrit devant lui le cercle magique; l'obscurité est faite. Bientôt, le fauteuil sur lequel repose Mm* B..., notre médium, est agité de vigoureuses- se cousses. Tous les objets placés sur une grande table sont violem ment projetés du côté de M. A. F., directeur du Groupe; un vase contenant des fleurs est brisé. M. A.
F. demande quel est Fauteur du tumulte: Bélial, est-il répondu, par coups frappés. — Le direc teur du Groupe,'fervent croyant, trace, nous dit-il, le signe de la croix avec l’épée : tout rentre dans le calme. La lumière électrique jaillit.
Nous constatons alors que les objets projetés l’ont tous ' été en dehors du cercle tracé par l’évocateur qui, demeuré à sa place, est entouré de ces objets (vase, fleurs, papiers, crayons, livres, boîtes à musique, son nettes, tambour de basquw, etc., etc.) régulièrement ran gés autour de lui en forme de demi-cercle. Aucun d'eux n’a franchi la magique frontière.
Disons, en passant, qu’aucun objet ne fut lancé du côté des autres membres du Groupe. En eût-il été ainsi pour les balles si, malgré l’avis donné, celles-ci avaient été laissées sur la table? Aux initiés de conclure.
Nous voulons tenter une nouvelle épreuve en obscu rité (sans l’épée), mais à peine sommes-nous privés de lumière que de légers crépitements aériens nous dictent, lettre par lettre, cet avertissement : « Assez aujourd’hui. » Nous obéissons docilement, puis M. A. F., qui veut encore avoir une dernière communication (en lumière.
178 l'initiation bien entendu), reçoit ce dernier message (écriture méca- • nique): « Les mauvais esprits sont en nombre ; il nous est « impossible de grotéger l’assemblée même-avec votre volonté. » La séance est levée à 11 heures. - ■ A. François. R. — Aucun cas de sommeil magnétique ne s’est pro duit au cours de cette séance pendant laquelle les dames présentes ont fait preuve du plus grand sang-froid.
1W IWBIT TAieiail OU MADAME MARIE WILLIAMS Médium américain démasquée 11 y a en ce moment une grande émotion dans le monde spiritualiste parisien, nous raconte le New York Herald, édition de Paris. L’un des premiers cercles spirites, très fréquenté par l’aristocratie, vient d’être victime d’un célèbre médium américain aujourd’hui en renom dans toute l’Europe.
Mme Mary Williams, l’année dernière, occupait l’atten tion de la presse de Londres, par ses expériences, et elle entreprenait un voyage continental afin de propager les doctrines spiritualistes dans les trois grandes capitales, Paris, Berlin, Saint-Pétersbourg. Elle se disait capable de matérialiser l’esprit des défunts et de le montrer aux fidèles par son intermédiaire.
Environ quinze jours après, elle arrivait à Paris avec son directeur M.Macdonald. Les deux premières séances furent des plus réussies au point de vue spiritualiste excitant la plus grande admiration parmi la société d’élite présente. ' M« Williams se plaçait derrière le rideau, son direc teur ajoutant que cela était ainsi nécessaire afin d’éviter
UN ESPRIT TANGIBLE 179 le contact avec ceux présents, pouvant occasionner des . troubles nerveux au médium; alors des fantômes lumi neux de grandeurs' différentes, commençaient à se mon trer, et les assistants voyaient la forme d’un père, d’un parent ou d’un ami. Néanmoins il était curieux de remarquer que l’assis tance ne pouvait pas toujours s’entendre sur la person nalité des fantômes.
Dans un cas, une personne croyait voir son père, un lord anglais avèc sa perruque à large fond, tandis qu’une autre dépeignait le portrait en pied de sa mère. Cependant une personne était présente que probable ment les fidèles n’auraient pas admise à la séance, s’ils avaient été aussi certains de son identité qu’ils l’étaient de celle des fantômes.
C’était M. Leymarie, aussi connu dans le monde spi rite que M. Henri Rochefort dans le monde du journa lisme français. .
De concert avec des amis, il résolut de saisir avec la main l’une des mystérieuses apparitions, et ainsi de se rendre compte si le. revenant était autre qu’un turnip lamp. ■ En conséquence il se rendit à la dernière séance de M“» Williams à Paris, et, dès que l’esprit matérialisé fit son apparition, il se lança à sa poursuite et le saisit forte ment.
L’esprit se débattait avec force énergie, afin de reprendre sa liberté et finalement réussit à prendre M. Leymarie à la gorge comme pour l’étrangler. Sur ces entrefaites, le directeur, se rendant compte de la situation, essayait, mais en vain, de faire une diversion en faveur de l’esprit sur le public, tandis que les amis de M. Leymarie, s’étaient eux aussi emparés de ¡’Esprit.
Une lumière fut aussitôt apportée et l’on vit que le fantôme n’était autre que M1*“ Williams en maillot, ayant sur la figure un masque phosphorescent. Derrière le rideau se trouvait sa robe, et dans'un sac, sans nulle doute ayant été dissimulé pour la séance sous son jupon, trois vêtements pour les fantômes blancs, deux pour les fantômes noirs, trois perruques et une paire de moustaches.
l’initiation 180 Les spiritualistes de suite réclamèrent l’argent perçu à l’entrée, et M“’ Williams fut dans l’obligation de quitter • Paris pour l’Amérique le jour suivant. Frascati, 17-10 94. Monsieur le Directeur, Voilà un renseignement sur un alchimiste italien qui habitait à Rome dans le xvnt®siècle, renseignement 'que j’ai trouvé dans le Walks in Rome (t. II, p. 47) et qui peut-être pourra vous intéresser.
« Au delà de l’arc de triomphe de Galliène, à la droite, était l’entrée de la villa Palombaro, laquelle occupait une partie considérable des bains de Titus. « Ici le marquis Massimiliano Palombara fit édifier une chambre pour Francesco Giuseppe Bona, le précurseur de Cagliostro, lequel y faisait de l’or.
La porte magique, décorée de signes cabalistiques et de vers latins et hébreux, resta à sa place jusqu’en 1874. (A présent on la voit dans le jardin de la glace Wittorio Emanuel à côté des trophées de Marius.) « Par elle on entrait dans la salle, où se rassemblaient, pour y tenir leurs séances, ceux qui croyaient àia pierre philosophale. » Je tâcherai de lire le livre de M. Silvagni,- « la Corte et la Società romana nei secoli xvm et xix, » qui parie de ceM.
Bona et de vous donner d’autres renseignements à ce sujet. S’il yen a, je vous enverrai la photographie de cette porte, qui est en marbre blanc. Agréez, Monsieur le directeur, mes respectueuses salu tations. Bornia Pietro. (C. G. E.)
MESMER ET M. ROUXEL 181 IISIH ST 1. BOOXS¿ Un ouvrage de M. Rouxel est toujours intéressant à analyser. On est assuré d’y trouver la marque d’une bonne érudition et aussi, hélas ! d’un amour de la polémique qui vient souvent gâter les plus sérieuses tentatives; ÙHistoire du Magnétisme (i), que publie l’école dirigée par M, Durville, présente au premier chef ces qualités et ce défaut.
Lorsque M. Rouxel fait de la polémique sur le dos d’un contemporain, il suffit de prendre le sage parti de ne jamais répondre et de laisser le temps faire son œuvre d’oubli ; mais quand les attaques s’adressent à des morts généralement considérés comme éminents par leurs œuvres, il est juste de relever semblable ten dance. Avant tout, donnons au travail de M. Rouxel les éloges qu’il mérite certainement.
L’exposition historique du Magnétisme est fort clairement faite, l’auteur sait mettre au jour avec sobriété, la part qui revient, d'après lui, à chaque magnétiseur. C’est à notre connaissance le livre le plus clair et le plus méthodique publié dans ces derniers temps sur la question.
En outre,on y trouve une érudition que nous sommes habitués à rencontrer rare ment dans le monde du magnétisme et plusieurs ouvrages inconnus sont analysés et remis à leur juste valeur. Ce livre mérite donc d’attirer sérieusement l’attention et, si nous reconnaissons, avec plaisir, ses grandes qualités, force nous est d’insister quelque peu sur ses défauts. , Le titre exact est Histoire et philosophie du magné tisme.
C’est donc une œuvre historique touchant aux grands magnétiseurs d’une part, à leurs théories, de l’autre, que voulait faire M. Rouxel. Or quel singulier historien que celui qui dit : « Voici ma théorie, tous ceux qui s’en sont approchés sont de grands magnétiseurs, tous ceux qui s’en sont (i) Histoire et philosophie du magnétisme, t vol. in-18,3 fr. ............ ij!:! ... ........ ;yjii c
182 l’initiation éloignés sont des charlatans ». Voilà le procédé d’expo sition qui nuit si singulièrement aux excellentes qualités que nous venons d’énumérer, voilà ce qui risque défaire de cette tentative un insuccès comparable aux précédentes du même auteur.
Un historien doit, avant tout, avoir, l’âme assez généreuse pour être impartial, dans le cours de son exposé, quitte à consacrer un dernier chapitre à ses idées personnelles s’il croit devoir prendre date dans l’histoire. Aussi M. Rouxel comprendra-t-il pourquoi ses mé chantes attaques contre le fondateur du magnétisme m’ont révolté, car elles indiquent une partialité dont Mesmer avait le droit d’éviter les effets.
M. Rouxel lance trois accusations contre Mesmer : i® Il n’a rien découvert, .2® Il a gagné de l’argent avec sa découverte; 3° Il était matérialiste. Voici deux passages qui indiquent clairement l’état d'esprit de l’auteur vis-à-vis de Mesmer.
Mesmer a fait beaucoup de bruit et peu de besogne, comme on a pu en juger par le trop court aperçu de ses faits et gestes ; mais il a, comme on dit, < attaché le grelot » et ses disciples lui ont fait rendre le son dont il étai{ capable (p. 40).
Nous avons vu qu’au lieu d'être un homme de science, encore moins un philanthrope, sauf en paroles, Mesmer n’a été qu’un simple marchand de remède secret, un , individu qui cherche à exploiter le public et à tirer le meilleur parti possible de sa prétendue découverte, sans jamais révéler en quoi elle consiste (p. 41). j • ............................ > Ma situation d’occultiste me permet de me croire assez impartial pour répondre à M. Rouxel et pour lui expli quer pourquoi il me semble que son opinion ne sera sympathique à aucun chercheur sérieux.Procédons donc par ordre.
1° Mesmer et l’invention du Magnétisme. Le magnétisme ne forme qu’une toute petite branche de cet occultisme enseigné dans les temples égyptiens et grecs de l’antiquité. Le magnétisme constituait une des
MESMER ET M. ROUXEL i83 pratiques de l’art du Thérapeute initié qui alliait son action aux pratiques de la Magie éclairée par l’Astrologie. M. Rouxel montre fort bien par ses citations que les pratiques magnétiques étaient connues avant Mesmer.-» Quel a donc été le rôle de ce dernier ?
Il a réalisé le magnétisme, il a créé des disciples pra tiquants, il a créé un mouvement d’opinion énorme visà-vis d’une question qui n’était connue que des sociétés secrètes et de quelques rares érudits. Sans Mesmer le mouvement n’existerait pas et quoi qu’en dise M. Rouxel Mesmer a fait « beaucoup de besogne », car c’est à ce fondateur du mouvement que les magnétiseurs doivent tout.
Mesmer fut un réalisateur puissant : ayant appris le magnétisme dans une société initiatique, il voulait faire profiter le monde profane de sa science. Nous revien drons tout à l’heure sur son baquet et ses pratiques. Abordons le second point. 2° Mesmer a gagné de l'argent avec le Magnétisme.
J’ouvre votre ouvrage à la page 323, Monsieur Rouxel, et j’y vois le prix des lames magnétiques, des plastrons ma gnétiques ainsi que le prix des conseils pratiques de ma gnétisme. Vous êtes de plus, comme moi-même, profes seur d’une Ecole de Magnétisme qui ne paye pas ses professeurs mais qui fait payer ses élèves.
C’est même à ces élèves que vous prétendez enseigner le mépris du fondateur de la première école magnétique sous pré texte que ses < prix étaient trop élevés ». Or cet homme qui aurait pu s’enrichir facilement comme médecin demandait des sommes élevées pour une découverte qu’il jugeait capitale, mais à quoi consacrait-il ces sommes ? A l’établissement de centres où les malades pauvres étaient traités gratuitement.
Car c’est encore lui qui a montré la voie des cliniques du magnétisme. De plus, nous considérons son fameux « baquet » comme un merveilleux condensateur, de force psy chique et ce n’est certes pas de la faute de Mesmer si ses 'ignorants successeurs ont méprisé une découverte qu’ils n’ont pas comprise.
Nous nous proposons sous peu de montrer à l’aide de nouvelles expériences sur quel prin cipe était construit ce « baquet .» qu’on s’est empressé d’abandonner par la suite.
l'initiation •I84 3° Mesmer était matérialiste. Pour juger Mesmer, M. Rouxel aurait dû posséder les deux parties de sa doctrine : la partie exotérique écrite et imprimée qu’il analyse et la partie orale, donnée dans les loges « d’harmonie » et qu'il semble ignorer.
Or, Claude de Saint-Martin a été initié à la doctrine de Mesmer et les documents manuscrits que nous possé dons nous permettent de dire que le réalisateur du ma gnétisme s’intéressait surtout à l’étude de la force psy chique dans son action sur l’Univers et subsidiairement dans ses réactions sur l’Hoœme.
C’est là le point de vue auquel doivent se placer tous les magnétiseurs qui feront du traitement magnétique vrai et non des études mys tiques, grâce au somnambulisme. Mesmer en tant que praticien .avait raison de déclarer que la découverte de Puységur entraînait le magnétisme curatif dans une fausse voie.
Et cela est si vrai que M. Durville revient aujourd’hui aux théories ésotériques de Mesmer et qu’il en- vient à nier même le « fluide » mystique des anciens magnétiseurs. C’est donc seulement par insuffisance d’études qu’on peut accuser Mesmer d’avoir été pure ment matérialiste.
Mais les limites d’un compte rendu ne peuvent être exagérées et force nous est d’arrêter ici les critiques que nous devons adresser à M. Rouxel pour la partie magné tique de son ouvrage ; en terminant, il nous reste à pro tester de toutes nos forces contre la phrase suivante : « Au nombre de ces savants, non pas roublards, mais honteux, je placerai MM. Ch.
Richet, Ochorovicz, Pierre Janet, de Rochas, etc. Mais tout ce que je pourrais faire se réduirait à dire qu’ils n’ont rien, absolument rien dé couvert qui ne le fût depuis longtemps par les magnéti seurs. » Cette phrase ne montre pas seulement un évident parti pris, elle étale au grand jour une ignorance réelle que nous sommes étonnés de constater chez un auteur de l’érudition de M. Rouxel.
Je ne parlerai que d’un seul de ces savants, M. de Rochas, à qui les magnétiseurs devraient être les pre miers à rendre justice. Par une méthode d’expérimentation qui restera le mo ............. Ik ... ..i C
MESMER ET M. ROUXEL l85 dèle du genre, M. de Rochas est arrivé à démontrer les faits suivants : ' i° Les hynoptiseurs ont raison de prétendre que l'hypnotisme diffère du Magnétisme des anciens magné tiseurs.
L’hypnotisme forme la partie la plus élémentaire de la science du « sommeil provoqué », et c’est en approfon dissant les états de sommeil déterminés par l’hypno tisme qu’on découvre et détermine expérimentalement les phénomènes décrits parles anciens magnétiseurs.
2» Ces magnétiseurs avaient donc raison dans leurs théories de l’état de rapport, de la sensation à dis tance, etc., mais ils avaient négligé d’établir la pro gression des différents états de sommeil.
S’ils l’avaient fait, ils auraient découvert les phases hypnoptiques avant Braid. , 3® De plus, M. de Rochas, par l’étude suivie de {'Exté riorisation de la sensibilité, a pu établir la transition entre les faits du magnétisme et ceux du spiritisme. Il est par venu à extérioriser le fantôme d’un vivant et à le photo graphier.
Enfin la poursuite de ses études a amené le savant expérimentateur en plein Occultisme, les travaux, com mencés par l’envoûtement, se poursuivent en ce moment et donnent des résultats absolument nouveaux. La signature de M. de Rochas n’a plus reparu au bas d’un article concernant ces travaux depuis plusieurs mois, et cela en raison d’une promesse fermement tenue depuis.
C’est dire que les persécutions n’ont pas manqué à ce chercheur, qui a fait une série de découvertes dont une seule suffirait à faire connaître M. Rouxel. Et c’est un homme d’une telle probité scientifique, d’un tel désin téressement qui s’entend appeler « savant honteux » par un tel critique.
Je suis fier d’avoir l’honneur de protester en cette occasion ; car il s’agit là non pas d’un fait de doctrine, mais d’une ignorance qui ne peut être per mise au « professeur de l’histoire du Magnétisme ». Les découvertes de M. de Rochas sont si réelles que je ne donne pas trois ans aux magnétiseurs pour les dé masquer de leur mieux. J’ai déjà en main les preuves du commencement de cette tactique.
l’initiation 186 Ma situation d’occultiste me permet de protester en cette occasion et de ne pas laisser passer de telles atteintes à la mémoire de Mesmer et aux recherches de nos savants contemporains. Songez, Monsieur Rouxel, à la responsabilité que vous encourez vis-à-vis de l’e'crivain impartial qui dans cinquante ans voudra faire l’histoire du mouvement spiritualiste actuel.
' S’il déniche vos œuvres, il trouvera dans chacune d’el les des paroles de haine visant soit une doctrine soit une personnalité. Alors que tous s’efforcent de prêcher l’union et la concorde, le critique verra toujours l'esprit de désu nion et de discorde dicter chacune de vos pages.
Et si l’on veut placer à côte' de ces œuvres négatives (car toute œuvre de destruction est négative) la somme de vos œuvres positives, de celles où vous tendez à l’édification d'un idéal véritablement impersonnel, croyez-vous que le jugement du critique d’alors ne sera pas plus dur pour votre mémoire que votre opinion sur Mesmer?
Et si je crois devoir en toute sincérité vous signaler l’écueil vers lequel vous entraîne le besoin de bataille qui est en vous, c’est que je suis le premier à rendre jus tice à votre amour du trayait, à votre solide érudition et à votre dévouement à vos opinions. Ce sont là des qua lités sérieuses qui permettent de faire des œuvres d'avenir et de laisser aux ignorants ces œuvres de haine et de polémique qui sont mortes avant même d’avoir vécu.
Papus. * Les Phénomènes psychiques occultes, Etat actuel de la question, par le Dr Albert Coste. 2e édition ; Montpellier, Camille Goulet; et Paris, G. Masson. 3 fr. 5o. La première édition de cette belle étude formait une thèse de doctorat soutenue par l’auteur devant la faculté de médecine de Montpellier ; l’entreprise était hardie,
BIBLIOGRAPHIE 187 mais l’audace réussit aux jeunes, et M. le Dr Coste eut la légitime satisfaction de voir ses idées, — nos idées, —■ recevoir la consécration d’un diplôme officiel. Cet ouvrage constitue une excellente préparation pour les mystiques, avant d’aborder les travaux ésotériques ; aux hommes de science, il peut fournir une vue nette des faits-psychiques actuellement avérés et des idées de recherches et d’expériences nouvelles.
Après une histoire très érudite de la question, l’auteur aborde l’étude des phénomènes proprement dits. Nous allons transcrire ici la classification qu’il en donne. i a Hallucinations thélépathiques visuelles. b — — auditives, c —• —■ tactiles. d — — réciproques. e — — collectives. 2® Genre. Lucidité ou clairvoyance. 3e Genre. Pressentiment. \ , I i» De la force psychique, lévitation.
9 p, , 1 a Se produisant sans l'intervention reconnue x .? > d’un médium. ’ w «= o jj.111 n | b Matérialisation. “■g « j ivers. | c EXpériences Milan. U ° 3° Des médiums. 40 Théories émises pour expliquer les divers phéno- . [ | mènes occultes.
Le Dr Coste a su grouper ces données d’une façon mé thodique; il en expose avec la même clarté et la même véracité les théories, puis il donne de tout cela les con clusions les plus rationnelles et les plus larges. Sédir. Henri Dubéchot, L'Orientation. Charnue!, éditeur; prix 1 fr. J’ai été agréablement surpris de trouver en l’auteur de cette brochure un véritable mystique, un fils spirituel
i88 l’initiation des Kuysbrocek,des Leadeet des Astinger. M. Dubéchot dit de loi-même: «L’esprit consolateur m’a instruit;... j’apporte l'aube d’un jour nouveau, le signal de la déli vrance des captifs de la nuit.
Cette fois encore, la vérité aura été révélée à un ignorant, à un humble, à qui le monde n’a enseigné ni ses lettres, ni sa science. » Ce pendant, tout porte à croire, en lisant ces trop courtes pages, que leur auteur n’a pas négligé les arts profanes ; la langue merveilleusement claire et souple exprime les charmes du mysticisme avec la saveur si délicieuse des anciens écrivains.
Le salut réside dans l’acquisition de la science; tel est l’enseignement de Jésus ; mais pour acquérir cette science de l’invisible, il faut recevoir le royaume de Dieu comme un enfant : « L’âme qui satisfera aux conditions que résume cette parole sera prête à entendre les expli cations qui vont suivre : affranchie de l’obsession du moi, et avide de lumière comme la sève que le soleil entraîne dans la circulatiou végétale, elle s’avancera jusqu’au Zenith de son ciel dans le rayonnement de la poésie divine... ; au jour à la fois terrifiant et divin de la seconde naissance elle habitera et connaîtra, d’une connaissance éternellement reconnaissante, le monde au seuil duquel s’arrête le langage humain. » Tout le problème consiste donc à bien orienter les activités de l’âme, et à garder fermement l’orientation droite.
Moyennant cela la moisson sera abondante ; et la moisson, c’est l’âme du fils, sortie des profondeurs du chaos, malgré la résistance et les séductions de l’élément inférieur, et revenant à l’âme du père, après avoir ac quis la connaissance de sa pensée. > Toutes nos félicitations à M. Dubéchot pour ce beau et pieux travail. SÉDIR. Victor de Champvans, Les Petits Suicides. Bibliothèque des Modernes; Paris, 155, rue Montmartre, in-18, 2 fr. Dans ce volume de nouvelles, troisième de la série les Amours rurales, l’actif directeur de l’ancienne Revue mo—
BIBLIOGRAPHIE 189 derne, •— depuis peu de temps Revue de l'Est, — nous de'voile une nouvelle face de son talent.
Ces pages, toutes vibrantes d’une vie saine et fortefontun contraste agréa ble avec tant de littératures contournées et mièvres aux quelles nous sommes malheureusement habitués.L’amour des humbles, des bons, des opprimés par les conven tions sociales éclate à chaque feuille de ce recueil qui, nous l’espérons, obtiendra tout le succès qu’il me'rite. ★ > ♦ * Léon Riotor, Le Parabolain. Bibliothèque de la Plume, in-12 carré.
Très suggestive brochure d’un penseur à la logique vi goureuse. M. Riotor défend en sociologie ses théories individualistes ; son culte de la volonté a de la personnalité, Nous recommandons vivement à tous les penseurs cet opuscule plein d’idées fortes et neuves. Les Mystères du Zodiaque, par Edmond Groult ; Li sieux, 1894, in-18.
Très intéressant travail de vulgarisation dans lequel M. Groult, le fondateur des musées cantonaux, résume les immenses recherches des Dupuis, des Boulanger, des Volney sur la mythologie astronomique des Anciens et sur la signification du zodiaque en particulier. Papüs et Delius, Anatomie et ’Physiologie de l’or chestre. Brochure in-i8, avec planches et table ¡Chamuel, prix 1 fr.
Un kabbaliste et un musicien se sont réunis pour met tre au jour cette pensée originale, à savoir que l’or chestre est analogue à un être vivant, composé de corps, d’âme doublement polarisée, et d’esprit. Comment s’éta blissent ces correspondances musicales et instrumentales,
l’initiation 190 comment les manier, comment les grands musiciens ont deviné intuitivement cette application du quaternaire, les lecteurs l’apprendront avec beaucoup d’intérêt et de profit, en lisant cette originale et profonde produc tion. S. ■ *• • E. Amelineau. — Le Nouveau Traité gnostique de Turin. Brochure in-18 ; Chamuel, éditeur, prix 1 fr.
Le savant auteur de tant d’érudites études, celui pour qui les papyrus alexandrins n’ont guère plus de se crets, vient porter à la connaissance du public français un des plus intéressants documents que nous connais sions sur la théurgie gnostique.
Savants et mystiques y trouveront grand profit; et le succès de cette traduction seragrand parmi les nombreux fidèles de ¡’Eglise gnos tique actuelle. , S. ie • » Traité théorique et pratique du Haschich et autres sub stances psychiques. — Un vol. in-12, chez Chamuel. prix 3 fr.
Le polygraphe auteur de ce curieux volume a voulu offrir au public la scientifique essence d'une des si nombreuses fleurs du mal; c'est du moins ce que semble indiquer l'anonymat qu’il a parlé. • A l’histoire du Haschich, à la description de la plante est ajoutée une étude détaillée sur ses effets physiolo giques et pathologiques.
De plus trois chapitres sont consacrés à l’étude des plantes narcotiques et sédatives, de la Morphine et des Herbes magiques. Le livre est surtout intéressant en ce qu’il résume et réunit des données éparses dans beaucoup de volumes et de revues ; c’est une sorte de vade-mecum du haschichien.
BIBLIOGRAPHIE 191 * * Astra, chez Chamuel, 2g, rue de Trévise, Paris; prix 1 fr. . Ecrire une histoire d’amour qui soit en même temps un conte philosophique de la plus haute portée, mêler la poésie à la science, éclairer d’un jour nouveau les té nèbres de la conscience, tel est le but que s’est pro posé et qu’a atteint le mystérieux et savant auteur de l’Âs/ra. Voici d’ailleurs une lettre que nous nous permettons de reproduire.
« Je trouve votre Astra extrêmement curieuse, très « joliment contée, bien composée, savamment claire, ce « qui est le suprême de l’art en ces matières occultes si « fuyantes et si obscures. » Juliette Adam. ★ » * Le prophète de l’Apocalypse et de la France, par J. Vicère, géomètre ; Pespignan, 1894, in-12. M. Vicère est le Pierre et Jean dont il est parié LàBas àe J. K.
Huysmans ; dernier commentateur de l’Apocalypse, ilapplique les symboles de ce livre de haute kabbale à l’époque actuelle ; comme tant d'autres mys. tiques, il voit notre époque comme une période de tran sition et de combat qui doit se clore par l’avènement du Christ en esprit et en vérité- Depuis Ruysbroeck, jus qu'à Anna Kingsford, en passant par Jeanne Leade, Œtinger et tant d'autres, toutes les prophéties de ce genre recouvrent une réelle science ésotérique que les initiés peuvent lire dans l’œuvre de Jean Trilheucsur les causes secondes.
Il ne nous est pas permis d’en parler plus explicitement ici. Quoiqu’il en soit, parmi les nombreuses prophéties de M. Vicère, il en est de fort justes; il appartient évi demment à la classe privilégiée des voyants naturels, et, attaché comme il semble l’être à une doctrine pure et
L INITIATION IÇ2 pieuse, nul doute qu'il ne s’élève encore plus haut, sur tout s’il sait rester simple et bon. Seoir, C00BKS1 THÉÂTRAL ■ LES BRAS DE VÉNUS . M. Jules de Marthold, l’auteur connu et justement ap précié de tant d’œuvres exquises, vient de faire représen ter au théâtre Lisbonne — cadre que nous aurions souhaité plus délicat pour être digne d’une si fine chose — une pantomime.
C’est, je crois, son premier essai en cette matière ; et nous sommes heureux de constater que M. de Marthold a parfaitement réussi. Voici en gros le sujet de cette pantomime : Un sculp teur talentueux traîne une existence morne au milieu de ses œuvres inachevées. Parmi elles, une Vénus de Milo ; en une inspiration, il modèle les deux bras admi rables qu’il faut pour rendre la vie à ce chef-d’œuvre.
La Vénus s’anime alors et devient femme, elle en apprend rapidement les coquetteries et les arts; elle prend le cœur du pauvre Pierrot, inconséquente, folle et perverse, inconsciemment, elle dilapide l’argent de l’amoureux, briseqout chez lui, — jusqu’à ce qu’enfin celui-ci, revenu à la raison, la dépossède de ses bras. — On le voit, l’idée est très profonde et pleine de leçons pour les gens au cœur fragile.
Espérons que beaucoup des artistes pré sents à cette première retiendront la leçon, si aimable ment dite d’ailleurs pardeux interprètes fidèles. ' S. IfowailSS ©W1RS3S Nous recommandons chaudement à tous ceux qui s’intéressent à la politique orientale, et à l’avenir de ces races encore neuves, le journal ¡’Orient et ¡’Abeille du
„ NOUVELLES DIVERSES . ig3 Bosphore; les informations les plus intéressantes et les * plus nombreuses y sont prodiguées. A lire tout particu lièrement dans ces derniers numéros un curieux article sur les femrries musulmanes. ' Bureaux, 9Í, avenue Malakoff, Paris.
Le Voile d’Isis réorganise' à partir de ce mois publie dans chaque numéro un journal des journaux spiritua listes dans l’ordre suivant: iw n“ du mois: Analyse des Revues Spirites. — — magnétiques. 3° — *— occultistes et philo sophiques. 4e'- — ' — littéraires. Nos lecteurs qui voudront se tenir au courant du mou vement spiritualiste trouveront là d’utiles renseignements.
Demander un numéro spécimen franco 29, rue de Trévise, Paris. • » A bientôt un livre nouveau de Jules Lermina : Magie Sociale. * ♦ • Sommaire de la Revue philosophique, numéro de Novembre. 1-894 (19' année). DUCAS: La mémoire brute et la mémoire organisée.— R. DE LA GRASSERIE : De l’importance des langues sauvages au point de vue psychologique. — G.
RI CHARD: La discussion judiciaire et l’état de droit. — Revue générale. — Analyses et comptes rendus. — Correspondance. — Revues des périodiques étrangers. Abonnement: Un an: Paris, 3o fr.; départements .et étranger, 33 fr. La livraison, 3 fr. (Félix Alcan, éditeur, 108, boulevard Saint-Germain, Paris.) La Revue des Revues du i5 octobre contient, comme toujours, une quantité de conceptions neuves et des plus intéressantes. Citons au hasard :
W. • Z' ÏÇ4 l’initiation - La Thérapeutique de l’avenir (La Sérothérapie), par le D' J. Héricourt, chef du laboratoire physiologique à la Faculté de médecine. — Les Surprises de l’histoire, par E. Neukomm et G. Bertin. — Le Christ dans l’Inde, par le professeur Max Muller. — La Misère anglaise, par le professeur A. Okolski.— Les Banknotes pittoresques (Illustré). — Pierre IvanovitchDinkofl', par Mm» V. Kres tovsky.— Les Mystères des vins: I.
Le Vin de nos pères et celui d’aujourd’hui, parle vicomte G. d’AvENEL ; II. Le Champagne américain, par Lee J. Vance. — L’Adoration des plantes et les Tarahumaris, par Carl Lumholtz. — Les Berceaux à travers les âges (Illustré). — Les Madgyars, par le professeur Ç.
Vambéry. — La Jeune Allemagne littéraire, par Servaes et Hollaender. — La Poésie' et les Poètes chinois, par Barthélémy Saint-Hilaire. — Les Revues Indépendantes, par Alfrel Vallette. — Analyse des Revues françaises et étrangères. — Caricatures politiques. Les nouveaux abonnés pour 1895 bénéficieront de l’enwi gratuit des numéros devant paraître jusqu’à la fin de l’année courante. Paris, '32, rue de Vernéuil. France, ¡4 francs.
Union postale, 18 francs par an. Abonnements partant des 1er et 15 de chaque mois. Numéro spécimen contre 60 cen times en timbres-poste. ' ** * • . ADRESSE DU SYNDICAT DES MAGNÉTISEURS, MASSEURS, MÉDIUMS-GUÉRISSEURS, ETC. . A SA MAJESTÉ L’IMPÉRATRICE DE RUSSIE L’adresse suivante a été remise le to novembre à M.le baron de Mohrenheim, ambassadeur de Russie, à Paris. ' Majesté, Le Syndicat des Magnét.iseurs, Masseurs, de France, s’associe à la grande douleur de Votre Majesté, et porte
NOUVELLES DIVERSES Ig5 en son cœur le deuil de Celui qui fut le Grand Ami de la France. ' ' Le Syndicat ne saurait oublier qu’en maintes circon stances le très regretté'tsar Alexandre III et son Illustre famille ont témoigné leur sympathie et accordé leur puissante protection à la science du magnétisme. Le Syndicat remercie tout particulièrement Votre Majesté d’avoir appelé près de son Noble Epoux le Pope Jean Serguief de Cronstadt.
Elle a pu constater que l’amélioration produite dès l’arrivée du célèbre Thérapeute ne peut être attribuée qu’à ses puissantes invocations et à ses hautes facultés magnétiques. Le Syndicat prie Sa Majesté l’impératrice d’accepter les vœux qu’il forme pour que la France et la Russie restent toujours les deux nations sœurs.
Agréez l’expression du profond respect avec lequel nous avons l’honneur d’être, de Votre Majesté Impé riale, les très humbles serviteurs. ' ■ Le Président. E. Houssay, • 56, rue de la Tour, Passy-Paris. Le Ier Vice-Président, Le Trésorier. A. Lorenza. L. Aoffinger... Le Gérant : Encausse. ________________________ _______ _ _........................................ .................. TOURS. — IMP. K. ARRAULT BT C", RUE DE LA PRÉFECTURE, 6.
Principaux Ouvrages recommandés pour l’étude de l’OCCULTISME et de ses applications • - CONTEMPORAINS E.-Ch. Barlet . . . . f L’Évolution de l’idée. ( L’Instruction Intégrale. Stanislas de Guaita . ( Le Serpent de la Genèse. ‘ ( Le Temple de Satan. ( Traité méthodique de Science Occulte. Papus . ! Traité élémentaire de Magie pratique. ( La Science des Mages. A. Jhounev ...... . Esotérisme et Socialisme. René Caillié . . . . . . Dieu et la Création. ■ CLASSIQUES Eliphas Lévi . . . . ,. . La Clef des Grands Mystères. Saint-Yves d’Alveydre Mission des Juifs. Fabre d’Olivet. . . . . La Langue hébraïque restituée. Albert Poisson. . . ,. . Théories et Symboles des Alchimistes. LITTÉRATURE Jules Termina . . . i La Magicienne. • ‘ ' ( A Brûler. Bulwer Lytton . . ( Zanoni. ‘ | La Maison Hantée. • ' MYSTIQUE P. SÉDIR. ...... Jeanne Leade. ‘ ‘ i Jacob Bœhme et les Tempéraments. POUR DÉTAIL ET PRIX, S’ADRESSER I A la Librairie CHAMÜEL, 29, Rue de Trévise, PARIS Envoi Franco du Catalogue. TOVRS.JMP, S. 4BW.UiT.ZT CIE
Voir l’article Division du ciel en maisons astrologiques (pp. 224 â 236).
•< La reproduction des articles inédits publiés par l'initiation est formellement interdite, à moins d’autorisation spéeiale. PARTIE INITIATIQUE iss propos de la parthénogenèse du cancer La question de l’astral, de ses royaumes, de ses sujets, se pose au débutant comme à l’initié toujours plus pressante, toujours plus profonde, toujours plus terrible.
Il importe de multiplier les études sur ces sujets, il importe de mêler aux recherches du labora toire celles de l’oratoire, aux tentatives hasardeuses et purement matérielles la méditation, l’étude; il faut chercher dans les anciens et demander aux très nou veaux leurs hypothèses pour que du mélange de tous ces éléments naisse un peu plus de lumière, une clarté plus généralement répandue.
Nous apportons aujourd’hui par occasion notre pierre à cet édifice : nous voudrions montrer ce qu’est une larve, tenter une manifestation de cette fuyante apparence, nullement en donner une définition, mais en faire entrevoir la significative figure. Et ce n’est pas dans les grimoires, chez les sorcières ou les char
l’initiation 198 meurs que j’en trouverai la plus frappante description : je ferai appel à l’observation de savants modernes, ï des travailleurs fort ignorants des clavicules et des pactes, amenés par leurs recherches à découvrir à nouveau ces larves. Dans un travail original publié le 7 novembre dans le Bulletin médical, M. le Dr Critzman, moniteur d’anatomie pathologique à la Faculté de médecine, appliquant les doctrines de son maître M. le Dr Duval, présente une théorie nouvelle du cancer. Pour la plu part des lecteurs de VInitiation, le mot de cancer éveille les images terribles que la pathologie populaire a formées et conservées, le cancer, sorte d’animal aux mille bras, poulpe, polype ou crabe, araignée mons trueuse aux yeux ternes, aux griffes voraces, le cancer vampire affamé, être de cauchemar, larve gonflée de vie. Or cette vision — vraie ou fausse — est depuis longtemps inconnue au médecin ; il a vu, il a touché le cancer ; il sait sa naissance, son accroissement, sa structure ; et ces images, dans la bouche du malade, sont pour lui des naïvetés. Il sait la science faite sur ce point, et l’analyse a classé le cancer parmi les mille formes anormales des évolutions cellulaires, furoncle ou cicatrice, cirrhose ou dégénérescence graisseuse, pour lui le cancer est détruit dans son individualité, dans sa personnification rêvée. Il persiste malheureusement, bien net, bien tenace, fatal devant les analyses ; et voici qu’en face des faits, d’autres théories surgissent. Celle de M. Critzman se distingue entre toutes par son originalité. Le cancer est en deux mots le frère de celui qui le porte : mais
LES LARVES g IÇ® un frère non humain, un frère rest éà l’état de « désir d’être », d’embryon, de larve.
Certes, si vous cherchez ces propres termes dans la communication de M. Critzman, vous ne les trouverez point. Si, d’autre part, vous cherchez la définition d’une larve dans l’œuvre des théologiens du temps passé ou dans le dictionnaire moderne (Migne-Collin de Plancy) vous ne ferez qu’augmenter votre embarras.
« Le nom de Larves se prend généralemeut pour tout spectre « de démon horrible qui apparaît aux hommes, en quelque « façon que ce soit, » ditLeloyer(t.III,ch. v, p. 202 ;éd. française, p. 1608),et < Spectre est une imagination d’une substance sans corps « qui se présente sensiblement aux hommes contre l’ordre de « la nature et leur donne frayeur. » , (T. I, p. 3, ibid.) Lavater, Del Rio, Bodin, parlent de même.
Ces défi nitions, très savantes d’ailleurs et bien utiles à étudier» vous dérouteraient dans le cas présent par l’étroitesse du point de vue.
Mais si, délaissant toute idée précon çue, vous lisez avec attention ce travail du Dr Critsman, si vous assistez à la formation de cette louche individualité, toute passive, toute féminine, toute masse s’agitant vers la forme, aspirant à une organi sation qu’elle a en puissance, mais que nul principe mâle et fécondateur n’est venu dynamiser, si vous voyez contre la vie normale la prolifération se faire, l’envahissement, les avortements multiples, conti nuels, les écroulements, les liquéfactions, les coagu lations se heurter, se fondre en cette masse hétérogène, qui puise en l’organisme le soutien et la vie tempo200 » l’initiation raire ; si vous observez avec M.
Duval, avec Renaud de Lyon les nombreuses apparences, végétales, ani males, que prend cette tumeur ; si parmi des cellules très humaines le microscope vous révèle de ces cel lules embryonnaires, caractéristiques de genres infé rieurs, reptiles, poissons, batraciens ; si vous songez que cette progressive et' envahissante pénétration va bientôt, parasite fatal, tuer l’être qui la nourrit et ramener au chaos des formes et des forces cette con tradictoire et double existence, alors, mieux que dans les dictionnaires, mieux que dans les vieux spécialistes vous commencerez à entrevoir la larve.
Apparence et fonction, la larve est double. Fille de l’être humain, qu’elle naisse du crime, de l’ignorance, de la perversité, elle conserve à jamais, dans sa course à travers l’astral, le signe de sa coupable et défec tueuse origine (voyez Eliphas Lévi, Clef des grands •mystères; Stanislas de Guaïta, Au Seuil du mystère» p. 90; Papus, Init., juillet 1893).
Mais la Providence, qui parmi les possibilités a permis leur existence, ne l’a permis que pour l’utiliser. La larve dans l’univers dissout le mal, use ses efforts, comme ces milliers d’imperceptibles destructeurs qui rendent à la terre les particules désagrégées des plantes et des animaux.
Insaisissable d’habitude, elle œuvre silencieusement, effondrant les grands édifices moraux, intellectuels ou matériels que notre ignorante activité construisait ou rêvait. Invisible, inconnue le plus souvent, et gros sissant la foule des soi-disant hasards, mais visible parfois aux yeux des voyants, médiums ou adeptes, la larve se révèle : spectre, lémure, lamie, élémentaire
LES LARVES 201 sous toutes ses formes, changeante, illogique, fantas tique, elle prend pour apparaître la première enve loppe trouvée : animal-humain, plante animée, toute écorce lui est bonne, et les Maziqin, les Telanaî, nais sent, éclatent, se transforment, fondent sur l’homme et s’évanouissent à son approche, troublent ses sens, inoffensifs tant ' que l’intelligence reste lucide et le vouloir pur, dangereux, mortels dès que l’effroi ou la souillure ont pénétré leur ancien maître désormais esclave.
Telles sont l’origine, la fonction, la nature des larves, et cette étude ici ébauchée mériterait un volume entier : comme en toute matière, il importe en philo sophie occulte, de bien établir le sens des mots, de bien connaître avant de juger. Ce n’est pas au hasard que les magistes du moyen âge, les kabbalistes de la Renaissance employaient les termes variés de leur riche vocabulaire magique.
Il est aisé de jouer avec ces sonores syllabes évocatrices, de les agiter sans en avoir distingué le sens, et cette méthode plus brillante que profonde est commune aujourd’hui ; mais ce n’est pas le but des travailleurs. La théorie du Dr Critzman, en nous montrant une larve, dans ses œuvres, dans son corps nous aura permis d’aller plus loin que les mots et de faire peut être entrevoir à quelques-uns l’être de la larve derrière son nom.
Un enseignement encore peut s’en déduire; je ne sais quel sera le sort de cette théorie et si son carac tère élevé, philosophique, risque beaucoup de lui con cilier la faveur des chirurgiens moderne : ce n’est pas, ¡1 est vrai parmi les souffleurs qu'il faut chercher les
202 l’initiation adeptes.
Mais, qu’elle soit admise ou non comme ■ officielle, elle nous montre une fois de plus qu’en mé decine nulle doctrine n’est sûre de vivre le lendemain, nul axiome n’est posé, quoi qu’en disent les savants de journaux, et que toujours les vieux mots, les vieux : rites, les vieille croyances reviennent habillés de neuf montrer leur éternelle vérité, comme de la masse adamique sans cesse jaillissent des individualités nou velles, d’une même terre vers un même ciel.
Marc HaVen. J’irt oiatoiie et Î|sotéris»t Il est peu de matières sur lesquelles les rhéteurs se ' soient aussi abondamment exercés que l’art du dis cours. Mais qui dit rhéteur dit analyste, et tous ces écrivains n’ont illustré que les époques de décadence ■ où les chefs-d’œuvre produits ne pouvaient plus être ■que commentés.
Actuellement même les traditions de l’éloquence latine sont abandonnées ; la parole est descendue de son piédestal jupitérien; elle s’est faite familière, vivante, plus rapide d’expression ; mais aussi, je crois, elle a cessé d’inspirer des génies tels que les orateurs grecs, latins, tels que ceux du xvn * siècle français.
Eh bien, puisque cet art s’est adapté, par la force des choses, à notre conception moderne de l’agréable, de l’utile et du pratique, je vais essayer de présenter
l’art oratoire et l’ÉSOTÉRISME 2QÏ ici quelques idées, fournies par ûnetrès vieille théorie, celle du quaternaire mystique, lesquelles idées me semblent pouvoir constituer une synthèse systéma tique de l’art oratoire et ses moyens d’action. Envisagé d’une façon générale, un discours est le passage d’une idée de puissance en acte par le moyen d’un orateur.
Voici donc une Trinité déjà très caractérisée : l’idée, pure abstraction, une, immuable, et auditoire, la multiplicité féconde et matérialisatrice. La- Matière et. ¡’Esprit tendent sans cesse à se rapprocher, à s’unir ; ils ne le peuvent qu’au moyen d’un troisième terme, l’orateur, canal de Vlnvolution del’Idée(i).
Ce dernier, dès qu’il commence à parler, à manifester l’idée, ne le fait qu’en se dédoublant : son ' intelligence reçoit. l’idée, et l’assimile, et ses facultés d’expression, sa voix, l’annoncent et la réalisent dans le monde matériel. Ainsi la Trinité pythagoricienne est représentée ici: l’idée est providentielle ; l’auditoire est fatidique, en tant que résultat d’activités passées ; l’orateur est volontaire.
Le schéma suivant fera sans doute mieux saisir le quaternaire dont nous parlons. Remarquons qu’il n’est autre que l’X par qui M. de Saint-Yves nous dit que les hiérophantes d’Egypte répondaient au néophyte demandant la connaissance (2). Une fois le discours terminé, l’idée et l’orateur dis- (1) Voyez Barlet, Principes de Sociologie synthétique, p. ia. (>) Mission des Juifs, passim.
204 l’initiation paraissent; il reste l’Auditoire avec les dispositions acquises, les impressions reçues et les actes, suites logiques de ses impressions, encore en puissance. Ainsi donc, si nous personnifions le discours, nous le verrons composé d’Esprit (idée), d’Ame (orateur) à double polarisation, et de Corps (l’auditoire). L’occulte nous a appris que toute assemblée d’êtres individuels dégage une âme de vie qui n’est pas, comme on le pourrait croire, formée de la somme des tempéraments particuliers, mais bien générée par leur combinaison. Cette idée a fourni à Maurice Barrés une des plus belles pages de son Jardin de Bérénice, C’est ici que nous allons appliquer la loi du Binaire : toute entité tend à se compléter, à se solarîser, à se complémentariser ; c’est l’expression même du désir, la racine de l’être, le grand arcane des sexes. D’autre part, l’orateur, par définition, n’est orateur que pour convertir la foule à son opinion : comme il sait l’âme collective, inconsciente, il va lui offrir un complémentaire, artificiel c’est vrai, mais suffisant
l’art oratoire et l’ésotérisme 2o5 pour entraîner l’adhésion des cœurs et l’assentiment des intelligences. Tel est le grand secret de la parole: offrir au public son idéal pensé et verbalisé ! Donc, trois choses à déterminer tout d’abord: le IncortscierLt -fC o n -3 c X e n t tempérament de l’auditoire, le tempérament de l’ora teur, et le tempérament de l’idée, ou de son vêtement,
ao6 L INITIATION La condition première et indispensable pour agir selon cette méthode sera la maîtrise absolue de la raison et de l’être instinctif par l’orateur, de manière que le procédé d’exposition, l’allure de l’énoncia tion, la voix et le geste puissent être maniés avec la plus entière liberté. • Remarquons en outre que, dès le commencement de l’action oratoire, l’idée subit une série de morts et de renaissances à mesure que l’orateur la manifeste.
Par suite, nous n’aurons plus en somme à considérer ■ que le ternaire. Pensée. — Expression. — Auditoire.
Pour que l’auditoire reçoive complètement cette pensée, il faut qu’elle lui soit complémentaire ; il s’ensuit pour l’expression la nécessité de revêtir la pensée des apparences de ce complémentarisme : il se formera ainsi un courant orateur-auditoire dont la tendance polarisante aboutira aux actes futurs de l’auditoire, strictement conformes à l’idée primitive.
La pensée en soi est nue et sans forme ; l’orateur devra la revêtir du tempérament complémentaire à celui de l’auditoire, c’est-à-dire lui donner une forme générale (sermon, conférence, discours ou harangue) ■déterminée 'par le monde d’où elle émane (religieux, philosophique, sentimental ou scientifique) et appuyée sur une forme de style convenable. On pourra suivre sur la figure toutes les correspon dances de ces divisions.
r "T l’art oratoire et l’ésotérisme 207 Je n’ai voulu cependant donner que des types très .simples et très théoriques : à l’heure actuelle un prédi cateur se servira tour à tour de la forme conférence pour prouver, du discours pour persuader, de la harangue pour frapper, émouvoir, entraîner, et ainsi des autres. Le lecteur fera lui-même sans difficulté ces combinaisons. .
TABLEAU DÈS VARIATIONS DU STYLE SERMON CONFÉRENCE DISCOURS HARANGUE s’adresse ali fool« Concept général Le Divin L’Intellectuel L’Artistique Le Philoso phique Scientifique Analytique Sentimental Personnel Comparatif . Le Réel, le Posi tif, le Bon sens, la nature syn crétisme Procédé Analyse du moi Lyrisme Sensibilité ner veuse.
Affirmation du moi Systématisme Raisonnement Analyse de l’externe Adaptation Observation gaie Synthèse, con templation de l’externe Didactisme Description La Phrase Très travaillée Longue Contournée, pressurée.
Classique Oratoire Très longue Naturelle premier jet Vive Courte Chargée Monotone Récitatif Mots, leur couleur Suggestifs Bizarres Néologismes Classiques Imagés Sonores Significatifs sur tout par juxta position Précis Significatifs sur tout par leur musique Longs \ .
L’expression doit tout d'abord s’adapter au tempé rament de l’auditoire de façon à le complémentariser: dès qu’elle offrira aux auditeurs leur idéal, elle pourra être facilement utilisée pour les entraîner vers n’im porte quelle action ou quelle adhésion que l’orateur jugera à propos de déterminer. ........... . Ik ... ..i U
l’initiation 208 Le principal moyen d’expression de l’idée, c’est le Verbe. « Le Verbe est l’instrument de génération de l’esprit», a dit Montereggio (1) ; il pourra être aidé de la marche pour les discours s’adressant à l’être instinc tif, du geste pour les discours animiques, du regard seul pour les enseignements et les exhortations spiri tuels.
L’orateur sera, dans chacun de ces quatre cas, tribun, orateur proprement dit, conférencier ou pur prédicateur. Voici le tableau des variations de l’expression. TABLEAU DE L’EXPRESSION les genres.
N Prédicateur B Conférenc' S Orateur L Tribun Dans la personne de l’orateur N Regard Voilé d’extase Stationnel Voilé pas de dédain Scrutateur Vif Éparpillé Yeux ouverts / Volume de N Vcrbe ) la voix in > croc ’ ton ( articulation Plutôt faible, égal Grave, vibr. intér.
Chantante, ironie Moyen Médium so nore Brève, avec pé riode lente Forte Aigu, criard, saccadé Vive, précise, colérique 1 rts forte Médium, mais très changeant Lente, lourde Grand intérêt S Geste Très sobre Main rassem blée Démonstratif, pouceouindex Main vivante, mobile Le poing L Maintien Statuaire, tête renversée en arrière Costume lâche Cambré Fronten avant Collant Poitrinant Mâchoires en avant Costume com mode, sim ple, clair Remuante, Marchante Costume flot tant L’auditoire est certes ce qui est le plus difficile à modifier: on remarquera que plus son tempérament (1 ) Ma thèse.Voyez aussi Physiol.synth. de G. Encausse et l’article de Vurgey dans l'initiation d’octobre 1891.
/ l’art oratoire et l’ésotérisme 209 est matériel (L et S) plus les moyens d’action préa lable seront efficaces ; à mesure que l’intellectualité d’un collectif s’élève, le décor extérieur perd .de son influence sur lui. ■ . Dans cette recherche délicate, j’ai essayé de réunir ci-dessous quelques données : c’est là surtout que l’orateur pourra développer son talent d’adaptation.
TABLEAU DES AUDITOIRES Ce sur quoi il faut agir Ce par quoi 11 faut agir N Intellectuels Artistes B Gens du monde Politiciens s Animique Bourgeois Soldats L Instinctifs Passifs purs Enfants-élèves Ouvriers N Tendance La Mysticité sous une forme quelconque L’Information calme La Curiosité La Passivité B Dispos. Morales L’Assuration Adoration L’Amiration ou l’ironie .
La Déférence polie Le Sarcasme Animisme favorable ou hostile L’Indifférence s 1 Temps Le Crépuscule Lumière indé cise, Vitraux à jeun L’après-midi Lumière rou geâtre, chaude Matin Lumière vive Gaie La Nuit Lumière uni forme Diffuse Après dîner L Lieu L’Église Salle à tapisse ries, Parfums L’Orgue La Salle de cours L’Amphithéâtre Éclairage intense de la musique de cuivre et pas de sièges si pos sibles.
Le Plein air La Salle pu blique Fumée de tabac Sièges larges C ommodes Enfin, que le lecteur veuille bien se pénétrer de ceci, que les remarques ci-dessus sont très générales ; à lui si elles lui semblent utilisables, de les préciser par l’exemple : Vous voici dans une réunion publique ....... . .... .LH IC
aïo l’initiation d’ouvriers, l’arome du vin chaud se mêle à la fumée des pipes ; votre auditoire est corporel^S L) ; vous vous ferez donc intellectuel, mais seulement dans votre débit ; à des gens en qui sommeillent les idées et les sentiments, et qui ne demandent qu’à « être em ballés », distinguez-vous surtout par votre énonciation, votre facilité de parole et la chaleur de vos expressions : vous leur présenterez ainsi leur idéal, et ils seront conquis.
D’ailleurs ces pages n’ont été écrites, sous l’inspiration directe de métaphysiciens élevés, que connaissent bien les lecteurs de l'initiation, que pour attirer sur un sujet important dans la vie sociale l’at tention de plus expérimentés et de plus autorisés quemoi. , Sédir. L’AUTORITÉ sociale Pourquoi les hommes sont-ils sur terre? Manifestement pour y v/vre.
Quel que puisse être le nombre des buts qui forment ia destinée de l’huma nité, une chose certaine c’est que le premier de ces buts, condition indispensable à l’atteinte de tous les autres, est de vivre sur terre. Quand on a une chose pour but, il est naturel et rationnel de chercher à l’at teindre au plus haut degré possible.
Les hommes doivent donc chercher à vivre sur terre le plus posl’autorité sociale 211 Le monde est assez vaste pour fournir de la place et des moyens d’existence à tous. Il est si vaste que . les hommes ne peuvent pas encore l’occuper tout entier. Il y a de larges plaines dont le sol pourrait produire des moissons ondulant en vagues dorées sous le souffle des brises et qui sont couvertes d’herbes servant de pâture aux animaux sauvages.
Les éten- ’’ dues et les profondeurs de la mer fourmillent de pois sons qui pourraient se transformer en chair humaine et' qui sont seulement la nourriture des espèces voraces des habitants des eaux.
La terre est assez grande pour porter sur son dos ■ plusieurs humanités comme celle qui s’y trouve ac tuellement, et pourtant, chaque année, des millions des enfants des hommes, après avoir apparu un moment dans la vie, retournent dans l’inconnu sombre d’où ils avaient surgi ; leur chair, leur corps, chef-d’œuvre dernier des efforts de la Nature, retourne -à la terre, dispersant parmi les éléments sans forme l’harmonie mystérieuse qui lui avait donné l’exis tence.
Pourquoi donc ce fait absurde ? , Parce que l’homme, au lieu d’employer ses énergies â développer, à étendre la vie humaine, les emploie à la comprimer, à la restreindre, à la détruire.
Ce fait vient de ce que l’homme n’est pas encoréun être assez raisonnable pour employer son intelligence à faire affluer en son espèce les forces épanchées de l’inconnu, du Mystère, et vagabondant sans nul souci de l’humanité dans les divers royaumes de l’existence.
212 l’initiation L’intelligence humaine est bien le plus superbe des instruments à portée de notre compréhension par lesquels passent [les énergies de la nature pour pro duire des effets dans le monde; mais.les effets pro duits dépendent de l’emploi qui est fait de l’intelli gence.
Si cet instrument merveilleux est mis au service des appétits brutaux, des instincts égoïstes, des passions animales, il produit sur l’humanité des effets des tructeurs, tandis que, dirigé par la raison, il produit des effets bienfaisants. ■ Ce qui fait la supériorité de l’homme, sa vraie su périorité sur toutes les espèces d’êtres peuplant la terre en même temps que lui, c’est sa raison.
Son intelligence est un outil, une arme de lutte qu’il peut aussi bien diriger contre lui-même pour se détruire qu’employer à la conservation et à l’extension de sa vie. Les hommes, en mettant leur intelligence au ser vice de leurs passions égoïstes, se font plus de mal entre eux que ne peuvent s’en faire les animaux mal gré l’hostilité spontanée de leurs espèces.
C’est là un fait ayant une raison profonde que l'occultisme nous fait connaître : arrivée à l’époque de sa manifestation sur un plan d’existence, toute force, si elle n’est pas dirigée par une autre de nature supérieure, se retourne sur elle-même et redescend, ravageant ce qu’elle a produit pendant son ascension.
C’est en l’humanité que la force animale arrive à sa plus haute manifestation ; si la raison n’en prend pas la direction, la force animale fait demi-tour et redes-
. l’autorité SOCIALE 2l3 cend vers les profondeurs d’où elle a émergé, semant des désastres parmi les hommes. C’est à titre d’animaux que les hommes se font du mal les uns aux autres, ce n’est pas à titre d’hommes.
Ils ne sont hommes que par leur raison ; par leurs passions, par leurs instincts, par leurs appétits, les hommes sont simplement une espèce animale que son intelligence rend supérieure aux autres et capable de les détruire ou de les asservir. L’homme peut asservir tous les animaux, y compris lui-même, en tant qu’animal.
Et jusqu’ici, depuis les temps dont nous avons connaissance par l’histoire ordinaire, c’est surtout comme animal que l’homme a vécu. Comme espèce animale, l’humanité a toujours employé une grande partie de ses forces à se détruire, à répandre des cala mités dans son existence. Déterminées par un peu de raison et par beaucoup d’animalité, les institutions sociales ont toujours eu des résultats finalement désastreux pour les peu ples.
La route suivie par l’humanité à travers les siècles est faite d’une boue gluante et fétide, toujours humide du sang qui coule des plaies que les hommes se font avec l’acharnement des fauves luttant dans les téné breuses profondeurs des forêts. _ La sinistre devise inscrite sur les drapeaux des peuples fut toujours : Faites-vous du mal les uns aux autres. C’est la constatation de ce fait attristant qui a con duit des hommes de nos jours en qui la raison a jeté
l’initiation 214 des lueurs un peu plus fortes que dans leurs sem blables à devenir des anarchistes. Qu’est-ce qu’un anarchiste ? . ' C’est un homme dont le cœur se révolte au spec tacle des misères, des souffrances, des tortures que l’humanité s’inflige à elle-même au moyen de son intelligence mise au service des instincts animaux qui font partie de sa nature.
Mais l’anarchiste qui est le résultat d’un éclair pas sager de la raison dans un homme, oublie aussitôt cette raison dont l’éclair éblouissant a fait tressaillir Son cœur jusqu’en ses fibres les plus cachées et, à son tour, livre son intelligence à la direction des passions.
Indigné des misères humaines, il va jusqu’à vou loir faire disparaître l’humanité pour qu’avec elle s’en foncent dans la nuit du non-être les souffrances et les tortures qui la déchirent. En sorte que sa lueur déraison ferait de lui le plus terrible instrument de malheur à l’action duquel l’humanité ait jamais été soumise.
L’anarchiste, être surtout sentimental, imagine que dans sa nature primitive l’homme est bon, c’est-à-dire qu’ilest une créature essentiellement raisonnable.
Il ne voit pas que si l’homme a inventé des institutions sociales qui sont d’effroyables instruments de torture pour l’humanité, c’est parce que celle-ci, loin d’être une espèce essentiellement raisonnable, est surtout une espèce animale, une espèce dans laquelle, grâce à son intelligence, les forces qui jouent dans l’anima lité se manifestent avec plus d’intensité sur un plus vaste champ d’action.
l’autorité sociale 2lS D’ailleurs, ce que beaucoup d'anarchistes réclament pour faire le bonheur de l’humanité, c’est le jeu libre des instincts et des "passions animales. Ce qu’ils de mandent, sans bien s’en rendre compte, c’est que l’animalité contenue dans les hommes soit mise en état de se développer jusqu’aux extrêmes limites de sa puissance. Leur intention est bonne, mais ils se trompent ' quand ils nous parlent de fraternité.
La fraternité n’est pas une passion animale, c’est une passion humaine ; pour qu’elle apparaisse dans le cœur des hommes, il faut qu’il soit illuminé du rayonnement de la raison. Et la raison est absente des animaux. Oui, les hommes sont frères ; mais ils le sont en leur raison et non par leurs instincts, leurs appétits qu’ils ont en commun avec les animaux.
Déchaîner la brute qui est dans les hommes et appeler liberté son activité qu’aucune barrière n’arrê terait, n’est-ce pas le comble de l’absurdité ? Sans doute, nos institutions sociales sont mauvaises ; nous en avons la preuve par les résultats qu’elles produisent tous les jours ; mais avant de vouloir les renverser, il faut savoir pourquoi elles sont mauvaises et savoir aussi par quelles institutions meilleures on pourra les remplacer.
Si nos institutions sociales sont mauvaises, c’est parce qu’elles sont le produit d’une immense quantité de force animale et d’une petite quantité de force raisonnable. Ce qu’il y a de bon en elles vient de la raison, ce qu’il y a de mauvais vient de l’animalité. »
2IÔ l’initiation Celanous fait aussitôt comprendre combien étrange estle moyen d’amélioration que veulent employer les anarchistes, lequel consisterait à ôter toutes les brides qui répriment encore l’animalité contenue dans la nature humaine et à laisser les instincts, les appétits, les passions libres d’agir dans toutes les directions, libres de se heurter, de se choquer, de se briser. Belle société qui résulterait d’un pareil état-de choses !
Le mal de nos sociétés venant du peu d’action qu’a • en elles la raison, le remède évident est d’augmen ter l’action de la force raisonnable. L’anarchiste suppose, et c’est là l’erreur formidable qu’il veut donner pour base à la société qu’il rêve, que l’homme est naturellement parfait.
L’anarchiste, qui se croit naïvement le plus avancé des hommes, est un attardé qui prend pour des vérités évidentes les va gissements rationnels de Jean-Jacques Rousseau dans son Discours sur l’inégalité. Si l’homme était parfait, il y a longtemps qu’il serait heureux ; il ne se serait pas donné la peine d’in venter les institutions qui lui infligent des misères sans nombre.
L’homme n’est pas parfait ; l’homme est un animal comme les autres d’abord, mais un animal différent des autres parce qu’en lui la raison peut apparaître et se développer. Plus il développe sa raison, plus il échappe à l’animalité, plus il devient distinct des autres animaux, plus il s’humanise. L’humanité doit tendre à son humanisation de plus en plus considérable et non pas uniquement aux jouissances que peut lui procurer sa nature animale.
. l’autorité sociale 217 Que l’homme goûte ces jouissances, en passant, le long de la routedu progrès,comme le voyageur cueille des fleurs au bord du chemin, on ne peut l’en blâmer. Mais le but du voyageur n’est pas de faire des bou quets, il est de parvenir au termede sa route. Pour que le voyageur atteigne son but, que faut-il ?
Qu’il conçoive ce but, que sa raison le lui fasse con naître, qu’il veuille y parvenir et qu’il mette ses jambes en mouvement pour y arriver ; il faut que la raison le maintienne sur la route qu’il doit suivre et l’empêche de s’égarer de côté et d’autre suivant les impulsions des caprices que les spectacles qu’il côtoie dans sa marche peuvent éveiller en lui.
Les hommes ne peuvent s’humaniser qu’en se lais sant guider par leur raison, en la laissant éclairer leur cœur et le pénétrer de sa chaleur vivifiante ; en impré gnant le cœur des hommes, la raison leur apprend qu’ils sont frères, que le plus sûr moyen d’arriver au but est de s’aimer les uns les autres, de s’unir pour combiner leurs efforts au lieu de lutter âprement entre eux, de se déchirer, de perdre leur temps etleur forces à détruire les énergies dont ils ont besoin pour accom plir leur destinée ; elle leur enseigne encore qu’ils doivent mettre leurs énergies en œuvre dans la direc tion du but.
L’homme est organisé pour accomplir sa destinée pourvu qu’il mette en œuvre les énergies de sa nature; la société n’est qu’une collection d’hommes et son but doit être de favoriser l’accomplissement de la destinée des individus qui la composent. Quelle organisation lui donnerpour qu’elle atteigne
2l8 ' l’initiation son but? Evidemment la même que celle possédée par l’individu. La formule de l’individu sera donc celle de la société. L’homme a sa tête pour penser, son cœur pour désirer et vouloir, son corps pour agir ; il faut donner à la société ces trois organes.
La tête c’est la raison qui organise la Société et qui la dirige une fois organisée ; le cœur c’est la force qui agit dans le corps de la société, qui la vivifie, qui veut les résultats conçus par la raison ; le corps c’est ce qui réalise les conceptions de la raison et qui s’entre tient lui-même, par les énergies qui lui sont spéciales pour rester capable d’opérer cette [réalisation.
La raison conçoit et dirige, c’est l’autorité, la force législative ; le (cœur veut ce qu’a conçu la raison, c’est le pouvoir exécutif, le gouvernement actif, les pouvoirs publics ; le corps exécute les décisions de la raison, de l’autorité qui sont «incorporées dans les ordres du gouvernement, lesquels ne doivent jamais, être que des applications des lois; au corps est dévo lue l’activité sociale dont une partie vient des énergiesqui lui sont propres et l’autre de la loi conçue par la raison que les ordres du pouvoir exécutif transmettent à la partie agissante de la nation.
La raison n’a pas besoin de commander à la diges tion et à la circulation sanguine ; celles-ci s’opèrent spontanément sans son concours ; à leur égard son rôle doit se borner à écarter du corps tout ce qui pour rait les entraver, les suspendre. Une partie seulement de l’activité sociale doit être dirigée par la raison au moyen des ordrès du pouvoir x
ne*”*- . r l’autorité SOCIALE 219 exécutif, c’est la partie qui concerne les relations vo lontaires des hommes entre eux et des sociétés entre elles. Quand, dans un homme, le cerveau ne commande plus aux muscles, quel résultat voyons-nous? L’épi lepsie, la danse de Saint-Guy; ses mouvements se produisent sans le concours de sa raison et de sa volonté.
Quand, dans un homme, le cœur est le maître, il n’obéit plus qu’à ses passions, à ses caprices, qui le poussent de-ci, de-là, en des directions con-» traires, qui le font tantôt avancer, tantôt reculer, d’une façon incohérente, sans que son activité soit subordonnée à l’atteinte d’un but unique.
L’homme n’est complet, n’est sain que lorsque la raison veille en lui, indique les actions à faire à la volonté qui les transmet au corps chargé de leur exécution.
Quand, dans une société, il n’y a pas de gouverne ment, la société est épileptique ; quand il y a un gou vernement sans autorité, sans direction rationnelle (dans les despotismes), la société est passionnée, agit à tort et à travers, défait dans la seconde moitié d’un siècle ce qu’elle a fait dans la première, sous la pous sée des passions différentes qui agissent en elle, pro grès et réaction.
L’histoire nous fait connaître seulement des sociétés passionnées, des sociétés qui n’ont jamais été dirigées par la raison, des sociétés dans lesquelles les caprices des gouvernements tenaient lieu d’autorité. Tous les gou vernements de nos jours sont de la même espèce. Jus qu’à présent, l’autorité de la raison n’a jamais gouverné . dans les sociétés humaines dont l’histoire vulgaire fait
220 l’initiation mention ; cette autorité ne s’est point manifestée parce que la raison n’a encore existé qu’à l’état de dissémina tion, de dispersion dans les cerveaux des individus, parce qu’elle n’a jamais été réunie en un seul foyer.
Démolir les sociétés humaines ne suffirait pas à les rendre meilleures comme l’ont imaginé hâtivement les anarchistes ; la condition indispensable pour que leur amélioration ait lieu, c’est de réunir en un foyer rayonnant les étincelles de raison qui jusqu’à présent sont restées dispersées dans toute l’étendue des socié tés. Le forgeron pourrait-il amollir le fer, s’il éparpillait sur le sol de sa forge le charbon allumé ?
C’est l’éparpillement de la raison humaine qui fait qu'elle manque de puissance, qu’elle ne peut produire que des effets passagers dans un cercle restreint. Il y a des villages qui ont le grand avantage de compter parmi leurs habitants un homme très raison nable, respecté de tous, à qui les autres vont deman der conseil dans leurs embarras, quand ils ne savent comment diriger leurs intérêts.
Cet homme raison nable apaise bien des querelles qui auraient fait perdre du temps ou de l’argent à ses concitoyens ; pour son village, il est une source de bien-être dont on se rend surtout compte après sa mort. * Imaginez que tous les villages de France comptent un homme pareil parmi leurs habitants, un homme qui ne recherche pas la popularité, mais que la popula rité va trouver ; un homme qui, sans commander à personne, voit ses conseils volontairement suivis par ceux qui les lui ont demandés et vous comprendrez
l’autorité sociale 221 aussitôt qu’une foule des inconvénients de la vie des villages, disputes, médisances, calomnies, haines, procès, disparaîtraient ou seraient considérablement amoindris. ' Tels sont les effets produits par la raison. Ce qui est petit est comme ce qui’est grand. Si la raison pro duit des bienfaits dans un village, elle en produirait de plus importants dans un département, dans une province, dans une nation.
De nos jours, Faction de la raison dans les sociétés est très réduite ; elle se produit au hasard des circons tances, sans règles, sans méthode. Pour améliorer la vie sociale, il suffirait d’augmenter l’action de la raison en la systématisant. ‘ En qui la raison peut-elle se manifester pour agir? Est-ce dans les individus qui ne la possèdent pas, en qui elle n’est pas développée ?
Ce serait tout comme si l’on demandait aux terrassiers de’faire le plan de la voie ferrée à la construction de laquelle ils travaillent. La raison ne peut se manifester que dans ceux chez qui elle existe. Elle se trouve bien en germe dans tous les hommes, mais au cours de la vie elle se développe plus ou moins en chacun d’eux. Nous connaissons tous des gens en qui la raison est bien faible, est presque absente.
Est-ce à ses manifestations dans ces gens-là que nous irons demander des règles de con duite ? Non, assurément ; mais à ses manifestations chez des gens en qui elle est considérablement développée. Une erreur, largement répandue de nos jours, con siste à confondre l’intelligence, l’instruction avec la
2'22 l’initiation raison. L’intelligence n’est que l’instrument par lequel peut agir la raison. Sans doute, mieux cet instrument, cette machine est construite, mieux la raison peut agir par elle; mais il faut que la raison s’en serve, et pour qu’elle s’en serve, il faut qu’elle soit présente dans l’individu dont l’intelligence est bien développée.
Les hommes très instruits ne sont pas pour cela des hommes raisonnables; par contre, il en est qui, sans instruction, sont des gens fort raisonnables. Il ne faut donc pas confondre, comme on le fait habituellement, l’intelligence ou l’instruction avec la raison.
Le déve loppement de l’intelligence fait bien d’elle un meil leur instrument pour la raison qu’une intelligence non développée ; mais cet instrument supérieur peut aussi bien être employé par les passions, par les appétits, que par la raison. L’instruction n’est nullement une garantie de capacité à bien diriger les actions humaines; elle ne suffit pas à donner cette capacité; il faut encore qu’elle serve d’instrument à la raison.
Si l’homme très intelligent n’agit que sous la pous sée de ses passions égoïstes, il est seulement pour ses semblables un être plus dangereux que les passionnés à intelligence vulgaire. La direction des affaires humaines 'devrait apparte nir uniquement aux hommes ayant à la fois l’intelli gence et la raison très développées, possédant la science pour la mettre non au service de leur égoïsme mais au service de l’humanité.
Un des premiers résultats que de tels hommes chercheraient à obtenir serait le plus grand développement possible de la raison dans tous les hommes.
L’AUTORITÉ SOCIALE 223 C’est bien à cela qu’a toujours aspiré l’humanité à travers toutes ses tentatives d’organisation sociale. Prise en masse, elle a toujours souhaité, toujours désiré voir la direction suprême dans les mains des plus raisonnables. C’est cette aspiration qu’il faut satisfaire pour que l’humanité connaisse de meilleures destinées. ■ i Guymiot.
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE 1 ivisioi au ciel eu misons astrobf içuCS ET DÉTERMINATION DES ARCS DE DIRECTION PAR LA MÉTHODE RATIONELLE DE JEAN DE MONTEREGIO Accompagnées d’une comparaison rapide avec les autres ' systèmes. PRÉLIMINAIRES COSMOGRAPHIQUES En abordant cette partie de l’astrologie, on éprouve souvent de grandes difficultés en rencontrant des termes : Ascensions obliques, cercles de positions, qu’on chercherait en vain dans nos modernes traités de cosmographie. D’autre part, les anciens astrologues à qui ces dénominations étaient familières, négligent généralement d’en donner des définitions. Nous essayerons donc de combler cette lacune en fai sant ressortir l’utilité de ces coordonnées lorsqu’il s’agit de mesurer la position d’un astre par rapport à l’horizon dans le mouvement diurne. Les anciens considéraient trois positions de la sphère et les nommaient sphère parallèle, sphère droite et sphère oblique. ........ ij!:! .. .iïiryNIl C
DIVISION DU CIEL EN MAISONS ASTROLOGIQUES 225 Nous ne nous occuperons pas de la sphère parallèle puisqu’elle exige que l’observateur soit placé au pôle. Nous remarquerons simplement que dans ce cas l’hori zon coïncide avec l’équateur et qu’il ne peut y avoir ni lever ni coucher d’astres résultant de la révolution diurne. Une partie des constellations est toujours t visible tandis qu’une autre ne vient jamais briller audessus de l’horizon.
Morin de Villefranche s’appuie sur ce fait pour déclarer que la vie est impossible au pôle et qu’il ne peut s’y produire aucune généra tion. Dans le cas de la sphère droite, l’observateur est placé à l’équateur et ce cercle est perpendiculaire à l’ho rizon. Tous les astres restent visibles douze heures, et douze heures invisibles.
Tous ceux qui ont une même ascension droite se lèvent, culminent et se couchent en même temps, aussi suffit-il de déter miner pour chacun cette valeur si on désire connaître leur position par rapport à l’horizon.
Il en est tout autrement pour la sphère oblique et cette position, qui est la plus commune puisqu’elle se présente pour tout observateur placé entre l’équateur et le pôle, est aussi celle qui offre le plus de difficultés pour les calculs astrologiques.
Les astres s’y parta gent en trois classes, car suivant leurs déclinaisons les uns sont toujours visibles, les autres paraissent et disparaissent après des séjours variant suivant le lieu qu’ils occupent, d’autres enfin ne se montrent jamais. Mais le point important à noter, c’est que contraire ment au cas de la sphère droite les ascensions droites ne peuvent plus servir à mesurer l’élévation d’un
L INITIATION 22Ô astre par rapport à l'horizon. En effet, deux astres ayant même ascension mais possédant des déclinai sons différentes se lèvent et se couchent à des heures différentes. Or la. division du ciel en maisons astrologiques et le calcul de l’arc de direction par la méthode ration nelle reposent sur la révolution du premier mobile ou mouvement diurne et s’opèrent par rapport à l’ho rizon.
Il était donc nécessaire que les astrologues éta blissent de nouvelles coordonnées susceptibles de fournir dans le cas de sphère oblique une position que les ascensions droites ne pouvaient pas faire con naître. C'est alors qu’ils tracèrent par les points d’intersec tion de l’horizon et du méridien de grands cercles qui prirent le nom de cercles de positions.
Chacun de ces cercles en coupant l’équateur déterminait ce qu’ils appelaient les ascensions obliques (1). Or celui qui passait par le centre d’un astre était le cercle de position de cet astre, et tous les points du ciel qui occupaient un même cercle de position se trouvaient à la même distance de l’horizon.
La figure suivante dans laquelle HH' représente l’horizon, EE" l’équateur, « une étoile .placée sur le cercle horaire P«P et sur le cercle de position H«H permettra de remédier aux obscurités que pourrait rencontrer le lecteur dans nos définitions. ( 1 ) L’ascension oblique d’un astre est donc l’arc de l'équa teur compris entre son cercle de position et le point 7 (point vernal). Les ascensions obliques se comptent dans le même sens que les ascensions droites.
\ DIVISION DU CIEL EN MAISONS ASTROLOGIQUES 22J En effet, on pourra aisément y remarquer : i° Qu’une étoile a est située au-dessus de l’horizoa tandis qu’une étoile p ayant même ascension droite est située au-dessous. 2° Que le cercle horaire et le cercle de position cou pent l’équateur en deux points différents.
' Nous espérons toute difficulté disparue, aussi allons-nous entreprendre maintenant l’étude des cal culs relatifs à la domification du ciel. Nous aurons soin cependant toutes les fois que l’occasion s’en pré sentera de renvoyer à la présente figure et d’y rappor ter nos définitions (i). PREMIÈRE pARTIE • DOMIFICATION DU CIEL Les œuvres des maîtres de l’astrologie renferment différentes méthodes relatives à la répartition du ciel en maisons.
Les uns enseignent que les maisons doivent être égales et qu’il faut diviser tout d’abord l’écliptique ; d’autres admettent l’inégalité des mai sons et commencent par opérer la division de l’équa teur : d’autres encore exposent des systèmes qui ne sont que des modifications des deux premiers. (i) On peut consulter à ce sujet les anciens traités sur la sphère : Guiliblmus Blaev. — Institutio astronomica..... Amsteladamî, 1655. Sacro Bosco. — Sphara mundi. Venise, i5ig.
l’initiation 228 Devant ces divergences, l’étudiant s’étonne, et sou vent le découragement s’empare de lui. Si dans ces moments d’abattement il se trouve privé d’un maître qui puisse l’aider de ses conseils, l’éclairer de ses lu mières, il n’est pas éloigné d’abandonner pour tou jours un chemin que couvrent les ronces et de nier une science que tant d’obstacles l’empêchent d’at teindre.
Et pourtant le dogme astrologique reste pur et in tact, quelles que soient les erreurs de ceux qui tentent, son adaptation. La vérité révélée, présent de la divi nité à l’humanité en enfance, conserve sa puissance primitive à travers les âges malgré les fautes et les négations des hommes. .
L’homme erre parmi les systèmes contradictoires que semble renfermer la tradition, et, faute d’assentir la base sur laquelle reposait une méthode, il ne voit qu’illogisme où la raison fut le seul guide. Qu’arivet-il alors? Ou bien, comme nous le disions plus haut, il s’éloigne ; ou, croyant saisir la vérité, il appuie son système à un fantôme qu’il prend pour la réalité, tandis que la vérité seule réelle échappe à son hori zon limité.
Aussi peu à peu s’éloigne-t-il des prin cipes sublimes, tandis qu’il prive de vie une science qu’il a voulu posséder avant de la mériter, et que dans ce but il a attirée dans son atmosphère d’ombre au lieu de s’élever vers elle par le travail et le perfec tionnement.
D’où lui vient tout ce mal si ce n’est de son imper fection et de l’impossibilité où il se trouve de péné trer sa substance grossière et limitée de vérités lumiWW ... : DIVISION DU CIEL EN MAISONS ASTROLOGIQUES 22g neuses et infinies. Il se lance dans l’étude et ne né glige qu’une chose : se rendre compte des limites de ses possibilités et travailler à les étendre.
Il faut donc qu’il s’efforce tout d’abord de préparer en lui un ter rain favorable à la culture nouvelle, d’y développer toutes les facultés indispensables, et alors seulement il pourra aborder avec fruit pour son développement personnel une science que jusque-là il ne ferait dé former et détruire faute d’être préparé à la recevoir.
D’ici là ne soyons donc pas trop sévères pour les œuvres d’autrui, mais attendons que de longues an nées de méditation nous permettent de mieux distin guer l’ivraie du bon grain. Peut-être qu'alors nous se rons moins surpris de voir la vérité se présenter à nous sous des aspects différents.
Quant à nous, fidèles à notre ligne de conduite, nous continuerons à exposer les anciennes méthodes, évitant d’y mêler des doctrines qui, pour être pljus conformes à l’esprit de notre époque, s’éloigneraient sensiblement de la tradition.
La responsabilité est lourde pour celui qui répand imprudemment des opinions que son autorité peut accréditer tandis que lui-même est loin de les assen tir, et si Pythagore disait au néophyte : « Pense d’après toi-même, » conseil que les occultes modernes renouvellent aux débutants, il ne leur a jamais en seigné de répandre parmi les hommes des idées nées d’hier et que n’a pas encore développées le travail de la pensée.
2.3d l’initiation voyant aux écrits .des auteurs compétents (i.) pour tout ce qui a trait à une méthode d’entraînement psychique, A côté du désaccord qui semble régner au-sujet de lamarche à suivre dans la domification du .ciel, il convient d’observer qu’il règne l’entente la plus par faite touchant leur existence et leur nombre.
Les an ciens ont toujours admis qu’il y avait des maisons, que chacune de ces maisons possédait des attribu tions particulières et enfin qu’elles étaient au nombre de douze.
Dans un petit traité d’astrologie judiciaire, qui doit paraître d’ici peu, nous nous étendons lon guement sur les raisons qui présidèrent à la création des maisons et sur celles qui guidèrent dans la répar tition de qualités ; nous éviterons donc d’y revenir, renvoyant le lecteur à ce travail.
Maintenant nous al lons paser en revue les différents systèmes et montrer ces divergences qui nous sont déjà connues dans leurs causes et leurs conséquences. SYSTÈMES DE PTOLÉMÉE ' 'Ce système, qui fut un des plus employés, rencon tra un adversaire acharné dans Morin de Villefranche(2). Cet auteur ne cesse d’en reprocher l’emploi à (1) F.- Ch. Barlet. L'Instruction intégrale. L’Initiation, mai et juin 1893. Marc Haven. Initiation Kabbalistique.
L’Initiation de fé-, vrier 1894. (2) Morin de Viliefkanche. Astrologia Gallica principili et rationibus propriis stabilita, etc. Hagæ-Comitis, 1661. -
DIVISION DO CIEL EN MAISONS ASTROLOGIQUES 23r Cardan et puise un argument en' faveur de sa- cause dans ce fait que ce dernier, après avoir opéré ses divi sions par la méthode égale(i) dans son De exemplïii centum geniturarum, se servit de la méthode ration nelle dans son- commentaire sur Ptolémée.
Que Car dan ait usé alternativement des deux méthodes, ses œuvres en font foi, mais il convient de remarquer <æ-- pendant qn’il ne dit en aucun endroit avoir été amené par l’expérience et la raison à rejeter l’une d’elles aw bénéfice de l’autre. Sa doctrine peut donc présenter’ " des inconséquences, mais il est impossible d’y puiser' un argument contre la division égale. ■' Mais nous reviendrons tout à l’heure auxobjections que J.-B.
Morin soulève contre elle > voyons aupara vant sa manière de procéder. Comme nous le disions, elle attribue à chaque maison trente degrés de l’éclip tique. Pour arriver à ce résultat, elle est obligée de prendre la division de ce cercle comme base de son opération. Aussi, dans la domification du ciel, ses adeptes suivent-ils la marche que voici : ' i° Détermination du point de l’écliptique qui oc cupe l’ascendant au temps de la naissance.
Ce point constituera l’horoscope ou cuspide de læ maison I. ’ 2° Division de l’écliptique de trente en trente de grés à partir de ce point et suivant l’ordre des signes. (i) La méthode de Ptolémée est dite égale non parce qu’elle distribuait le ciel en maisons d’égale grandeur (nous verrons, en effet, que la méthode rationnelle agit de même), mais parce, qu’elle attribuait trente degrés de l’écliptique, c’est-à-dire des parties égales de ce cercle, à chaque maison.
l’initiation 232 Il ne reste plus qu’à décrire par chacun de ces points de division un grand cercle passant par les pôles de l’écliptique pour obtenir la division du ciel en douze maisons. Comme exécution, elle est d’une simplicité remar quable, mais elle présente malheureusement des dé fauts.
En effet : i® Chaque maison se trouve coupée en deux par l’horizon, à moins que les pôles de l’écliptique coïn cident avec les intersections du méridien et de l’ho rizon. ■ 2° L’expérience prouve en astrologie que le com mencement de chaque maison est la partie la plus puissante de cette maison et que cette efficacité va en diminuant jusqu’à ce qu’on parvienne aux cinq der niers degrés, qui inclinent plutôt vers la nature de la maison suivante. .
Or, avec la méthode égale, le sommet du ciel ne coïncide. plus avec le cuspide de la maison X et, comme le fait observer J. B. Morin, dans ces condi tions les astrologues qui v'eulent diriger le significaleur de l’action, de la profession et des dignités doivent attribuer cette qualité à un point de l’écliptique qui est bien le sommet du ciel mais qui peut occuper la mai son XI.
Ils se trouvent donc obligés d’abandonner l’une des deux qualités, puisqu’elles ne sont plus compatibles et de diriger ou lecuspidede la maison X ou le sommet du ciel qui occupe alors une maison dont les attributions n’ont rien de commun avec l’ob jet de leurs recherches. Certes la première objection possède une valeur
DIVISION DU CIEL EN MAISONS ASTROLOGIQUES 233 réelle et mérite d’attirer l’attention, mais la seconde ne provient que de l’interprétation spéciale que donne Morin de Villefranche à la loi des directions. Lorsque Ptolemée enseignait l’existence de cinq significateurs au nombre desquels il plaçait l’horoscope et le milieu du ciel, jamais il ne dit qu’il voulût entendre par là les cúspides au commencement des maisons I et X.
Il dirigeait en effet deux angles du ciel sans s’occuper des cúspides qui pouvaient se confondre avec eux ou s’en éloigner. Nous aurons occasion de revenir sur ce sujet dans le chapitre des Directions et on verra qu’on ne pouvait séparer deux choses qui n’avaient jamais été unies. Enfin une troisième objection repose sur ce fait que la division par mode égale ne peut avoir lieu pour un point où l’horizon et l’écliptique coïncident.
Mais nous verrons pareil cas se présenter dans la domification rationnelle, avec bien moins d’importance il est vrai, et J. B. Morin ne songe nullement à la reje ter pour cela mais s’ingénie à trouver un remède. Tels sont donc les inconvénients reprochés à cette division. Cependant, avant d’entreprendre l’étude d’un nouveau système, nous estimons qu’il est juste de signaler les avantages que présente celui-ci.
Si dans l’examen d’un présage on considère la maison dont il dépend et qu’on admette Faction simultanée de tous les planètes (i), on doit rechercher comment (i) Les douze maisons astrologiques reçoivent en effet l’in fluence du septénaire. Les planètes se classent suivant des coefficients qui indiquent la puissance de leur action.
Enfin leur ensemble peut présenter à son tour une valeur qui le rapproche ou l’éloigne de la perfection. ........ .... .. >{¿1 U
l'initiation ■334 chacun d’eux développe son influence en cette partie du ciel. Or dans certains cas, l’action par domination ■ou par présence n’existant pas, on doit porter son attention sur celle qui se produit à l’aide des aspects. Si les maisons se répartissent également l’écliptique, tout planète envoie un rayon dans chacune d’elles et Fon peut expliquer pourquoi elles participent sans ■exception à l’influx du septénaire.
Mais dans le cas contraire il peut arriver qu’on ne puisse trouver l’ori gine d’un influx faute de présences, domination ou aspects. On serait donc conduit à admettre la priva tion absolue de certains planètes lorsque pareil fait se présente. On aurait donc tort de rejeter avant examen la méthode égale ; ses titres en effet méritent d’attirer notre attention.
Aussi, lorsque dans notre Traitéd”As^ trologie Judiciaire nous avons dû opérer la domification du ciel, est-ce à elle que nous nous sommes ■adressés, dans la conviction qu’elle présentait Une réelle valeur et que sa simplicité devait être à nos yeux un mérite et non un signe de l’ignorance de ses auteurs comme l’estimait J. B. Morin.
SYSTÈME DE PORPHYRE (1) Frappés des inconvénientsqueprésentait la méthode •égale, certains astrologues désirèrent y apporter des ■ (1) Phorphirii introductio in Ptolemœi optes de effectibus dstrorum. Basileæ, 155g. Porphyre reste pour nous l’auteur de ce système, bien que Petrus Petitus et d’autres aient voulu attribuer à un certain Antiochus l’ouvrage qui a été imprimé sous son nom.
F - I”1 DIVISION DU CIEL EN MAISONS ASTROLOGIQUES 2.35 modifications sans la rejeter complètement, comme devaient le faire plus tard quelques-uns de leurs suc cesseurs.
C’est ainsi que Porphyre dans son com mentaire sur Ptolémée présenta un nouveau systè me dans lequel il conservait la division de l’écliptique, mais où il sacrifiait l’égalité des maisons au désir de faire coïncider les quatre angle du ciel avec les cús pides des maisons I, IV, VII et X. Pour cela il divisait l’écliptique en quatre parties, au moyen du méridien et de l’horizon, puis parta geait chacune d'elles en trois parties égales.
11 obte nait ainsi les cúspides des douze maisons par lesquels, il menait de grands cercles passant par les pôles de l’écliptique afin d’opérer la division de tout le ciel. L’avantage de ce nouveau système était de faire coïncider les angles et les commencements des mai sons, mais il avait encore le grave inconvénient dé laisser couper les maisons par l’horizon.
Un auteur inconnu le transforma à son tour en menant par les points de division de l’écliptique non plus des cercles passant par les pôles mais des cercles, de positions. C’était un pas vers la méthode ration nelle. SYSTÈME D’ALCHABITIUS (r) Nous avons vu que Porphyre avait conservé comme base de son système la division de l’écliptique. (i) Alchábitius. Opus ad scrutando stellarum magisterio isagogicum..., cum Joannis de Saxonia commentario. Venetiis, Sessa et Petrus de Ravanis. 1521.
l'initiation 236 Alchabitius va s’appuyer en partie sur la division de ce cercle et en partie sur celle de l’équateur. Voici comment Jean de Saxonia développe sa méthode dans le commentaire qu’il a fait des œuvres de cet auteur. I. — On divise l’écliptique en quatre parties au moyen du méridien et de l’horizon. IL — Par les points d’intersection de l’horizon et de l’écliptique on décrit un grand cercle horaire.
L’équa teur est alors partagé par ce cercle horaire et par le méridien en quatre arcs. III. — On divise chacun de Ces arcs en trois parties égales et par les points de division on décrit de grands cercles passant par les pôles du monde. Ainsi Alchabitius utilise l’équateur dont ses pré décesseurs n’avaient tenu aucun compte et en cela il se rapproche du système rationnel, mais sa méthode n’échappe pas aux inconvénients déjà signalés.
En outre, il est difficile d’expliquer pourquoi il divise alternativement l’écliptique et l’équateur. Cependant, lorsque ce système aura subi la modifi cation déjà appliquée à celui de Porphyre et que les cercles horaires auront été remplacés par des cercles de positions, l’horizon ne coupera plus les maisons et la méthode nouvelle s’écartera bien peu de celle de Jean de Monteregio. Abel Haatan, (A suivre.)
CE MONDE ET L’AUTRE 237 CI IMW IT L’AUTH 1 Eh I bien, non, j’ai beau pâlir sur les in-folio des bibliothèques et sur le livre plus vaste de la Nature, je ne puis me convaincre que le monde visible soit l’œuvre d’un Dieu parfait en intelligence et en bonté. Autour de moi tout crie l’illogisme, tout hurle le désordre, l’entre-dévorement universel. Vivre, c’est souffrir. Grandir, c’est chanceler, comme a dit le poète.
Nous naissons au prix de quelles douleurs, nos mères le savent ! Le premier son qui sort de nos poumons est une plainte, et le dernier aussi, hélas 1 On entre, on crie: . C’est la vie ! On crie, on sort : ' C’est la mort!
Notre existence se passe à disputer le souffle vital à des myriades d’êtres, à des ferments, à des toxiques qui remplissent l’air que nous respirons, et qui se font les dents à nous ronger, vivants, en attendant qu’ils nous dévorent morts. . Je ne parle pas des accidents dont l’homme est l’agent systématique, des misères, des catastrophes sociales ; je suppose la vie se développant dans les
•2’38 l’initiation •conditions les plus favorables au milieu de la plus savante hygiène. Je le répète, — supposé ce cas même, —» l’existence n’est qu’un épouvantable combat. Et d’ailleurs, ces mesures d’hygiène elles-mêmes, ces conditions de mieux être, ne coûtent-elles pas la vie à des milliards d’animaux et d’animalcules, qui n’ont pas plus que moi demandé l’être, mais qui ■l'ayant, ont autant que moi le droit qu’on le leur •maintienne.
En somme le volvoce qu’écrase la patte d’un crabe ■condamne aussi solennellement la prétendue justice •divine que la nation qui meurt anéantie par un peuple conquérant. Voyons ailleurs encore : quittons la terre. Laissonsla à ses pleurs, à ses guerres, à ses fléaux, sans plus nous douloir de son destin ni davantage nous étonner ■que cette vie maudite se perpétue' depuis tant de manvan taras. Et que tout cela fasse un astre dans les deux !
Mais dans ces cieux mêmes l’harmonie existe-t-elle ? La vie cosmique, la vie planétaire esUelle mieux réglée que celle d’ici-bas Point. Les soleils ont, comme les pommes * de nos arbres, ■un ver qui les dévore.
Comptez les chutes' d’étoiles, les globes qui s’entre-choquent, les astres qui vieil lissent, ceux qui s’éteignent, les orbites mal combinées ■que n’ont vues ni Képler ni Galilée, mais qui sont indéniables, et qui, brusquement, jettent un corps
r T» CE MONDE ET L’AUTRE 23^, céleste dans une nuit glacée ou le plongent dans une horrible fournaise ! Qu’est-ce que cet effrayant Saturne, qui dans sa vertigineuse rotation a vu une partie de sa sphère se détacher de lui, pareille à une ceinture de chairvivante arrachée par la torture à un torse d’hérétique ?
Qu’est-ce que ce Mars plus effrayant encore dont on aperçoit la surface striée de longs sillons sanglants, qui semblent mettre à nu ses entrailles ? Et ces comètes folles, qui vont tête baissée, à travers les. plaines de l’espace, au risque de tout confondre et de tout perturber sur leur passage ? Revenons à la terre. Les orthodoxes, voulant justifier leur Dieu anthro pomorphe, ont imaginé le dogme de la chute. . Soit.
Je veux bien que toutes mes douleurs soient le résultat logique de la désobéissance adamique. Je veux bien qu’il soit juste que je souffre, étant fils de la Femme. Mais ces légions de cirons que j’écrase du bout de ma plume, en écrivant ces lignes, en quoi ont-ils mérité pareil sort? Cette gazelle que tout à l’heure va dévorer ce lion, de quoi est-elle coupable ?
Et quel est le crime de ce Saturne, qui voit tournoyer devant lui un lambeau de son être, et de ce Mars tragique, qui saigne là-haut dans l’infini ? H _ J’ai bu longtemps à la coupe enchanteresse de Fou rier et de Considérant, De bonne foi, j’ai cru avec eux qu’il était possible de faire régner l’harmonie au
T 240 l’initiation sein du groupe humain, qu’on parviendrait à sup primer la guerre, à détruire la haine, à instaurer le règne de l’Amour. Supprimera-t-on la maladie? Détruira-t-on la mort ? Et quand même le génie humain arriverait à redresser l’axe du globe et à faire resplendir cette éternelle aurore, chantée par Fourier, imposera-t-il sa loi de fraternité universelle aux astres ivres de haine, aux soleils assoiffés de cataclysmes ?
Heureusement, il est un autre monde, un monde vraiment harmonique, logiquement ordonné, auguste, glorieux et sacré. C’est le monde de l’idée. C’est la région céleste oû vit et rayonne l’ineffable Plérôme.
Lumineux domaine de la pensée, dont nous avons dès ici-bas le partiel usufruit, aux heures où notre âme s’affranchissant des terrestres matéria lités, s’élève vers les splendeurs du Verbe, mais dont nous deviendrons tous un jour les coparticipants et les cohéritiers, lorsque nous serons délivrés de ce misérable corps de mort, si lourd aux ailes de l’esprit.
C’est le domaine de la Gnose, c’est le Cosmos immatériel de la science absolue.“ Je ne sache pas qu’on voie les théorèmes géomé triques se colleter entre eux. Je ne sache pas que les vérités axiomales, — le tout est plus grand que la partie, la partie est plus petite que le tout, le principe d’identité, le principe de con tradiction, — soient susceptibles d’être un jour pul vérisés comme de simples soleils. Je ne sache pas que les lois du raisonnement, que
• CE MONDE ET L’AUTRE 24! le champ de la raison pure soient menacés d’une des truction analogue à celle qui attend un jour notre tourbillon. ■ Je ne vois pas les idées se nourrir de la substance de leurs congénères et n’exister qu’à la condition d’anéantir leurs voisines. . La pensée ignore les atrocités du Struggle for life et rien n’enchaîne ni ne combat son libre développe ment. Il faut conclure.
' III ’ De ces deux mondes, le premier n’est point l’œuvre de Dieu. Si Dieu l’avait créé de toutes pièces, tel qu’il est, la seule prière vraiment digne de lui, le seul hymne que nous devrions lui rugir de l’aurore à la nuit, ce seraient les strophes affolées de Lamartine : Lorsque du Créateur la parole féconde .
Dans une heure fatale eut enfanté le monde, Des germes du chaos, De son œuvre imparfaite il détourna sa facp, Et, d’un pied dédaigneux le lançant dans l’espace, Rentra dans son repos. < Va, dit-il, je te livre à ta propre misère, Trop indigne à mes yeux d’amour ou de colère, Tu n’es rien devant moi; Roule au gré du hasard dans les déserts du vide, Qu’à jamais loin de moi le Destin soit ton guide Et le Malheur ton roi ! » Le Cosmos émane du Démiurge, de ce Jéhovah maladroit et cruel que la nation hébraïque, en son lamentable aveuglement, a considéré pendant des siècles comme le vrai Dieu.
T asp l’initiation - Ce Démiurge de la Gnose, c’est aussi l’Ahriman de Zoroastre, l’Iadalbaoth des Ophites, c’est l’idole sinistre des Hyliques, c’est le génie néfaste qu’ont unanimement rejeté de leur Eglise Valentin, Ménandre, Basilide, Marcion, Bardesanes, Manès et Priscillien, Platon lui-même semble l’avoir vaguement distingué du Dieu de Bonté et de Vérité, lorsqu’il s’écrie dans •sa République « Mtj ttovtwv afaov tèv Osov, àÀXà tw» ¿■¡>a0wv. » Si Dieu n’est que la cause du Bien, —rôv «yaOSv, — quelle est donc la cause de ce qui n’est pas le bien, sinon une puissance d’ordre essentiellement inférieur.
Tout cependant n’est point mauvais dans l’œuvre démiurgique.
Le Propator souverain, quand il jeta Lesyeux sur les horreurs de la création, laissa couler sur elle une larme de son éternelle paupière, et cette larme s’est faite rosée, ondée bienfaisante, lustrale bénédiction, et c’est elle qui donne au vent ses fou gueuses et enivrantes symphonies, qui met le parfumdans le calice de la rose, le sourire sur les lèvres de là femme, la vertu dans les cœurs droits, le culte de l’idée dans l’esprit des Pneumatiques.
D’ailleurs ce duel terrible du Proarche et du Démiurge, d’Ormuz et d’Ahriman, doit finir un jour.
Oui, un jour, vaincu par la mansuétude, terrassé par l’extase, lavé par le sang mystique de I’Eon Jésus, le génie du mal lui-même chantera éternellement le Ho over, c’est-à-dire la Parole sainte, le Verbe de Dieu, et ce monde affreux où tout se heurte et se déchire ne sera plus qu’un souvenir bientôt effacé à jamais au livre de Vie ! • Fabre des Essarts.
LE CALENDRIER DES MAGISTES 2ij II CâliniHI lis IAHSTIS SYMBOLIQUE DES QUATRE SAISONS Dieu étant l'être premier et le premier principe, il était logique de le désigner par un nom composé de ce qu’il y a de plus premier (si l’on peut s’exprimer ainsi) dans le langage c’est-à-dire par les quatre ou cinq voyelles: I. A. OU. E.
Ces voyelles, nous pouvons les représenter dans l’écriture ou la sculpture ou en général dans le dessin par des chiffres, des lettres ou des hiéroglyphes. 1“ Par des chiffres, i représente Dieu dans le rôle de son unité absolu, Dieu comme l’être unique qui n’a pas de semblables.
Mais il y a de la multiplicité dans l’univers ; il faut donc que le principe de çette multiplicité existe aussi en Dieu, r s’oppose à ce nraf- 'tiple et ce multiple s’oppose à l’t.. 2 représentera donc le principe de la multiplicitéi psychiquement le principe de la distinction, physi quement le principe de la limitation, c’est-à-dire l’espace, l’espace 2 c’est le passif de Dieu, F1 c’est l’actif.
Mais il y a aussi de l’unité dans l’univers, comme il y a en Dieu de la multiplicité ; l’union de l’unité et dé la multiplicité sera donc représentée par 3. Le chiffre 3 «présente donc l’harmonie, l’ordre dont le principe est en Dieu. I
l’initiation 244 Enfin il y a un lien qui unit le principe de l’ordre d’une part à l’unité absolue, de l’autre à la multiplicité; ce rapport, ce lien, est représenté naturellement par 4. En effet, 4 = 1 4-2 4 3 4-4=10= 14-0=1, c’est le retour à Cunité ou l’évolution. Disposons en croix les 4 chiffres, nous aurons la figure suivante, dans laquelle 1, 3, 4 représentent les 1 3...................... 4 2 trois rôles du principe actif de l’être tandis que 2 repré sente le passif de l’être. 2° Dans, cette figure, nous pouvons remplacer chaque chiffre par une lettre, formée de 1, 2, 3 et 4 barres ou ligues, et nous aurons alors la figure n° 2 qui nous donne le nom de Dieu, dans toutes les langues. Mais il faut faire observer au préalable, que I se représente parfois par Z et se prononce tantôt avec un D devant, tantôt avec un T. Que V c’est OU, U F ou Ph. Cela posé, nous lisons d’abord IAVE ou IAOU ou JA VE ou JAOU, JAO, et enfin IAPHEtEn commençant à lire par V nous avons PHEtIA ou PHTA. En lisant au rebours et en commençant
LE CALENDRIER DES MAGISTES 245 par E nous avons EPHAIstos. Or, iaphet, phta, éphaistos voulant dire brillant, on voit que iavé, javé, I A ———........—.......................E V jovis et jao ont la même signification. C’est pourquoi Dieu est dit lumière. En plaçant un D devant I ou Z nous avons les noms suivants : ' DIAUS ou DJAUS DIEU ouDJUouDIU DEUS ouDEV • DZEUs En plaçant un T au lieu d’un D, nous aurons de nouveaux noms : ' TIAU TAU ou TAV TIEU ou TI EV ou TIEN TEU ou TEUT ou TEN TEOU et TEOs
l’initiatioh 246 3° Dans la figure numéro 2, remplaçons la lettre par des objets ayant un certain rapport avec ces lettres, nous aurons : A la place d’I un bâton, un sceptre, une verge ; A la place de V ou d’U une coupe, un vase. A la place d’A une pique, un poignard, une flamme. A la place d’E un carré (un pectoral).
La verge peut être remplacée par un phallus, la . ■coupe par un cteis, le poignard par une flamme et le pectoral (la poitrine étant le lien du souffle) par un , van ou un tambour. On voit par là que si le symbole physique du second rôle du principe actif représenté par 3 est le feu (agni), celui de la troisième personne •est le soufle (éole).
4° Enfin, si nous remplaçons les hiéroglyphes par des statues, le 1 ou bâton sera représenté par un homme un père; le 2 principe passif par une femme, une mère ; le 3 produit de l’union des 2 par un jeune homme un fils et le 4 par un serviteur, un entremet teur, un messager, un conseiller (paracleium spiritum).
5° Transportons maintenant tous les symboles que nous venons de passer en revue au milieu du zodiaque die telle sorte que la branche montante de la croix et ses symboles coïncident avec le mois du Lion milieu de l’été ; 3 ou A coïncidera avec le mois du Taureau ; 4 ou E avec le mois de l’Homme-Serpent ; et 2 ou V avec le mois du Verseau.
Nous dirons donc que le Lion ou l’été est le symbole du père, le Taureau ou le printemps est le symbole du fils, le Serpent ailé (ou l’aigle, nous verrons tout à l’heure pourquoi) ou l’automne est le
r LE CALENDRIER DES MAGISTES 247 symbole du messager divin, et enfin la Cruche ren versée ou l’hiver le symbole de la divine mère. On remarquera en outre que selon la kabbale l’été correspond au pur esprit, le printemps, au feu vital, l’automne à l’air ou au vent, et l’hiver à l’eau et à la ■boue mélange de terre et d’eau.
En définitive, nous représenterons le père et l’été • sous la forme d’un homme mur, tenant un sceptre à la main, ayant à ses pieds un lion symbole de la puis sance (hercule). Ce sera le roi. ■ Le fils et le printemps seront représentés sous la forme d’un jeune homme tenant un poignard d’une main, un flambeau de l’autre, venant d’ouvrir lçs flancs d’un taureau ou d’une vache (la terre) d’où il semble s’élever avec toute la végétation (mithra).
Ce sera le prince, le chevalier. Le messager et l’automne seront représentés sous la forme d’un tambour (i) ailé flanqué de deux serpents, ou d’un serpent ailé, les ailes signifiant ici l’air, le vent. C’est pourquoi on substitue quelquefois au disque ailé un aigle ou épervier ou bien une combinaison de l’aigle et du serpent ce qui produit un dragon.
Ce sera le messager ailé (le valet). - Enfin, la mère et l’hiver seront figurés par une femme recouverte d’un manteau, tenant sur ses genoux ou près d’elle un enfant et ayant à ses pieds un vase renversé d’où sort un fleuve. D’une main, elle tient • parfois une coupe ou un autre vase (Notre Dame). Pour tout résumer, nous dirons que le printemps est (1) Le tambour ou van est 'parfois remplacé par une ciste.
248 l’initiation la saison où la nature nous révèle le mieux le rôle, le personnage de Dieu le fils; l’été, le rôle ou le per sonnage de Dieu le père ; l’automne, le rôle ou le personnage de Dieu le soufle divin (Saint-Esprit) et l’hiver le rôle de la mère divine. . Outre que les quatre saisons sont le symbole de la vie divine, elles sont aussi le symbole de la vie hu maine .
L’hiver représente ï incubation et J enfance ; le printemps la jeunesse; l’été l’âge mur ; l’automne la vieillesse. Enfin les quatre saisons symbolisent encore la création du monde (automne, hiver et .printemps), l’histoire de l’humanité et la vie des grands hommes qui la représentent, particulièrement • celle du plus grand de tous, notre divin Maître, le mage leshu (prononcez ieschou) de Nazireth.
C’est ce que la symbolique des divers mois va maintenant nous révéler. . SYMBOLIQUE DES MOIS DU PRINTEMPS Mois du portier céleste. — Ce mois, le premier de l’année, était consacré par les Babyloniens au premier personnage divin, à Anou. De cet Anou dérive le lanus ou Janus des Latins, qui est le Dieu du commen cement, celui qui ouvre l’année, qui est à l’aurore de l’année, à la porte de l’année.
Il permet le passage du Soleil de l’hémisphère inférieur à l’hémisphère supé rieur, le passage des enfers au ciel. De là, le mot Pâques qui veut dire passage. Le mois de Pâques symbolise donc tous les pas
LE CALENDRIER DES MAGISTES 249 sages : celui de la mort ou de la vie latente à la vie manifestée, celui des ténèbres à la lumière, celui du mal au bien, celui de l’erreur à la vérité, celui de la barbarie à la civilisation, celui de l’enfance à la jeu nesse.
De même que toute la nature se réveille renouvelée par la résurrection de la chaleur et de la lumière solaire, de même l’humanité a été réveillée du som meil intellectuel et moral où elle était plongée, par la résurrection du soleil intellectuel qui éclaire tout homme venant en ce monde et qu’on nomme le Verbe divin, le fils divin, qui s’est manifesté sur la terre en la personne de leschu.
Mois d Adonis. — Les Chaldéens avaient consacré ce mois à Ea, le Seigneur de F humanité ; or Adonis, Adonaï veut dire justement le Seigneur. La lame du Tarot représente le Seigneur quittant Perséphone (la terre), pour s’en aller avec la beauté céleste (Vénus Uranie). Le mois d’Adonis est donc le mois de l’As cension du Seigneur de l’humanité comme du jeune soleil printanier.
Et ce ne sont pas seulement le Sei gneur et le soleil qui montent, mais toute la végéta tion. Toutes les plantes s’accroissent, s’élèvent, montent vers le ciel. Les esprits et les cœurs s’élèvent aussi et soupirent vers le Seigneur.
A mesure que le soleil s’élève dans le ciel, il fait descendre vers la terre ses rayons de plus en plus ar dents; la vie se répand de plus en plus ou s’exalte, les animaux sont remplis d’enthousiasme et d’amour, c’est la descente du feu vital, du principe de vie, du Saint-Esprit. Cette descente est fêtée religieusement
r F T »5o ¿’initiation cinquante jours après Pâques, c’est pourquoi on lut donne le nom de fête de ia Pentecôte. La joie de l’homme se manifeste à cette époque de l’année par des processions ou théories qui se dé roulent pendant trois jours autour des champs, et pendant lesquelles on demande à la divine Providence une récolte abondante. Ces processions, ces prières chantées, accompagnées de danses dans l’antiquité, sont nommées Rogations.
Mois du triomphe du Cabire. — Les Cabires étaient des divinités en rapport d’une part avec Vulcain le divin ouvrier, et Bacchus le dieu de la vigne et dj» vin, de l’autre avec Hadès le dieu des enfers. Lors qu’on ne considère qu’un Cabire, il est le phototype de l’homme, l’Adam céleste; lorsqu’on en considère plusieurs, il y en a toujours trois de reconnaissables : l’ordonnateur du monde, Vénus ou la beauté et Eros ou l’amour créateur.
C’est à la légende de DionysosZagreus qu’a été empruntée l’idée du Cabire mou rant d’une mort mystique sous les coups de ses frères, pour revivre ensuite et se transfigurer dans une théo garnie qui rappelle à la fois celle de Dionysos avec Coré et celle d’Aphrodite avec. Adonis. Les deux Cabires Bacchus et Hadès sont parfois confondus • avec les dioscures, c’est-à-dire avec les gémeaux (t).
Donc le Cabire triomphant c’est le Seigneur Adonai uni au plus haut des cieux avec la beauté (Vénus). Si l’on considère avec Platon le beau comme la splendeur du vrai, on voit que la beauté unie au Seigneur n’est (i) Voir ma prochaine étude sur les Cabires.
LE CALENDRIER DES MAGISTES 25'1 autre que sa splendeur, sa gloire. C’est ainsi que saint Etienne et saint Paul ont vu « le fils au plus haut du ciel entouré de gloire et assis à la droite de son père ». C’est l’exaltation du soleil physique et du soleil in tellectuel chacun dans toute leur gloire, leurtriomphe sur les ténèbres et sur l’erreur qu’on célèbre pendant le mois des Gémeaux.
Dans l’antiquité on promenaitle Cabire (Dionysos) sur un char de triomphe ; d’une main il tenait un canthare, de l’autre un thyrse.. Au milieu de la procession qui précédait le charr on. por tait un grand cratère entouré de lierre.
Or il est facile de saisir la ressemblance qui existe entre cette proces sion triomphale du grand cratère et notre procession delà Fête-Dieu; chez les Grecs c’était la fête de Skirophorion, tirant son nom du dais sous lequel, on portait en procession à Athènes la statue de Minerve et d’Apollon. On y formait des cabanes de feuillage (ceposoirs) et les- jeunes, gens tenaient à la main des ceps de vigne. .
Si maintenant nous jetons un regard d’ensemble sur la symbolique des trois mois du printemps, nous voyons que ces trois mois correspondent aux trois moments de la vie céleste d’un même personnage divin qui est le fils, Mithra, le Christ comme on vou dra l’appeler.
Mais, comme le fils ne fait qu’un seul et et même Dieu avec les deux autres personnages de la trinité, il s’ensuit que ces derniers doivent aussi être envisagés comme jouant un certain rôle dans le prin temps. On trouvera donc les traces du père dans le premier mois et on le représentera sous la forme d’un
T 1 l’initiation roi assis sur un trône portant d’une main une épée flamboyante et de l’autre l’œuf du monde. A ses pieds est un autel sur lequel se trouve un bélier ou un agneau immolé. (Les Chaldéens appelaient le premier mois celui de l'autel du démiurge). Cet agneau représente le fils immolé. Dans le mois du Cabire, nous avons vu qu’Eros l’amour joue un certain rôle: c’est le Saint Esprit du printemps.
On le représentera sous la forme d’un enfant ailé portant une colombe et une épée de feu. Enfin, la mère ou la nature dans toute la splen deur de la jeunesse et parée de ses fleurs, revêtue d’une robe rose comme l’aurore et vert tendre comme les prairies, sera représentée sous la forme d’une femme jeune et belle comme Vénus ou Aphrodite (i). Une colombe descend sur sa tête, la déesse tient à la main un flambeau.
Nous avons ainsi le roi, le cheva lier ou prince, le valet et la dame d’épée ou de feu. (i) Ce mot n’est pas grec comme on l’a cru longtemps, mais phénicien; il signifie: déesse aux colombes. Dr Fugairon. (A suivre.)
PARTIE LITTÉRAIRE ¡KBIT D® ôâlOï (Noël ésotérique) Au Nom Du Père Créateur, Au nom Du Fils Rédempteur, Au Nom Du Saint-Esprit Médiateur : Ainsi Soit-Il! Gratitude, Admiration, Espoir. Le Verbe sera sanctifié, Le Saint Règne arrivera, La Volonté de Dieu sera faite, La Manne tombera, Le Péché sera racheté, Le Mal nous quittera avec la ten tation, par Celui dont la gloire royale et toutepuissante rayonne en toute possibilité.
W JHVH Jhoah Emmanuel Adonaï Meleck Elohim Sadaï El Sabaoth Adonaï Schaddaï Ael Ælohim Gibbor Ælohim Zebaoth Jah Agla Ara ri ta Heure initiale, Seule où pouvait naître Christ et renaître le monde ; Heure fatale, _ prévue par les Mages, annoncée par le Ciel; Heure de guérison, dès l’heure du premier mal ; Heure du Jourdain, heure de Caua, heure des prestiges. Cueillons le gui sacré ; Célébrons cette Nuit où l'épreuve humaine a le sursis d’espoir. I Digitized byGoogle
l’initiation 254 La lumière apparue apparaîtra encore ; • L’Etoile va se lever, Le Viatique brillera aux cœurs désemparés Et loin de la Tourmente, humble et béni, Le Messie Prochain s’incarnera, salué tpar les .seules prévoyances qu’aum nourries lafoy en Celui qui a dit: Quelqu’un viendra Christ de Science, rendez dignes de Vous connaître ceux qui [bégayent Votre Nom, Nous Vous prions pendant qu’ils Vous trahissent.
Christ de Sagesse, donnez L’Espoir à ceux qui souffrent, ' Nous Vous prions pendant qu’ils Vous oublient. ' Christ de Charité, pardonnez à Vos biographes, pardonnez à [Vos peintres. Nous Vous prions pendant qu’ils Vous blasphèment. i Martyr de L’Erreur, Expiateur des lâchetés, Rachetez les proses viles et les peintures mortes. Prophète du Beau, Acteur du Grand Drame, ' Inspirez ceux qui œuvrent.
Bras de Justice, Puissance Rédemptrice, Ecrasez l'Hérésie sur la route de L’Art. Pasteur d’âmes devant Qui se prosternèrent des Mages, Rappelez aux pauvres la pauvreté de Christ, ~...VurgeY ©BaPBTOWS » Dans le sol rocailleux étendantses racines, ' Où s'entrecroisent leurs réseaux, Un arbre, dominant les campagnes voisines, Elève ses vastes rameaux. Un air pur l’environne Et sa belle couronne Aux rayons du soleil étincelle d’émaux.
PERPÉTUITÉ 255 Le printemps le fleurit et l'automne l’effeuille, L’hiver le couvre de frimas. Mais le souffle glacé quifait périr la feuille A l’arbre même ne nuit pas. Sous sa rugueuse écorce H conserve sa force Et sèche au loin les fruits que le ventjette à bas. Nos générations, comme lesfeuilles vertes Aux branches des arbres touffus, Se suivent, s'affaissent dans les tombes ouvertes Où leurs restes sont confondus.
Leur vie est éphémère Et sa trame est légère Mais l’idée survit à ceux qui ne sont plus. Comme l’arbre puissant qui résiste à l’orage Et se dresse victorieux, Elle règne toujours, grandissant d'âge en âge En un élan mystérieux. Son Passé nous domine, Son Avenir nous mine Et nous nous courbons sous son sceptre glorieux! J. de Tallenay.
256 l’initiation LES JOIES DU CRIME « Vous ne sauriez vous figurer, me dit Atrope, l’ingénieux assassin, le plaisir que l’on éprouve à mener à bien un beau crime .> . « C’est d’abord le choix du sujet — vous devez me comprendre, vous qui écrivez — dans une œuvre d’art, quelle qu’elle soit, le sujet est la chose princi pale, car il contient implicitement la philosophie de l’ouvrage. 1 « Puis vient la question de la forme.
« La forme, c’est l’incarnation de l’idée, c’est l’aspect sous lequel elle apparaîtra à la postérité, et vous savez que, si l’on en croit Buffon, une œuvre n’est vivante qu’autant qu’elle a été exprimée dans une forme parfaite. ' « Enfin, c’est l’exécution. Dans cette troisième phase, notre art abandonne le domaine tout plato nique de la pensée pour entrer dans celui de Fapplication.
« C’est vous dire qu’un assassin doit être tout à la fois auteur et acteur. ' , « Quoi que puissent en penser les Muses, je ne crois donc pas faire preuve d’orgueil professionnel en plaçant l’art du crime avant tous les autres. » « — Cependant » « — Oh ! je sais ce que vous m’allez dire, fit en
ASTRA 257 souriant mon interlocuteur ; vous allez me nommer les derniers héros de la guillotine, me prouver qu’ils étaient somme toute d’assez médiocres personnages et conclure à la supériorité de la littérature, qui produit des grands hommes, sur le crime, qui n’en produit • pas...... qui en supprime au contraire, comme dirait feu Karr. « Mais vous sentez ce qu’aurait d’antiphilosophique cette manière de raisonner.
« Eh oui I le crime a comme tous les arts ses non valeurs et ses industriels. N’avez-vous pas, parmi vous, des fabricants qui griffonnent des romans, des comédies ou des vers, uniquement parce qu’ils en tirent plus de profit que de tout autre commerce ? « Ces gens-là peuvent être des célébrités d’un jour, ils ne seront jamais des artistes.
« Il en est de même des assassins, et tenez pour certain que je n’honorerai jamais du nom de confrère un homme que des considérations intéressées ont jeté dans le crime. Ces sortes de gens déshonorent les arts et les ravalent au rang de métiers. C’est la vocation qui fait les vrais meurtriers, comme elle fait les grands écrivains. L’étude et la pratique complètent ensuite ces heureuses dispositions, assagissent l’esprit et mûrissent le génie.
« Comme tous les artistes, à quelque spécialité qu’ils appartiennent, nous sommes divisés en un grand nombre d’écoles, qui toutes se croient en pos session de l’unique formule capable d’engendrer des chefs-d’œuvre. . « Les uns, s’attachant surtout aux idées, professent
l’initiation 258 le mépris de la forme. Pour eux le sujet est tout, et ils pensent qu’un crime dont la portée philosophique est haute et audacieuse, est forcément un grand crime.
« A ce groupe appartiennent tous les assassinsreligieux et politiques : Les soldats qui fondent les empires de par le droit divin, ainsi que les révolution naires qui renversent les dynasties au nom des droits de l’homme ; le pieux inquisiteur tuant les corps pour sauver les âmes, de même que l’abominable héré tique, attendant, pour assassiner les serviteurs de Dieu, le moment où ils se sont mis en état de péché, afin de les vouer aux tourments éternels.
« Je sais bien que ces grands meurtriers échappent en général à la juridiction des tribunaux ordinaires et que, lorsqu’ils réussissent, le vulgaire leur donne des noms flatteurs, tels que conquérants, libérateurs-, saints ou réformateurs. Mais ce même vulgaire n’ap pelle-t-il pas épicier un homme qui vend un peu de fromage, tandis qu’il salue du nom de négociant un monsieur qui en vend beaucoup ?
« Mais revenons à nos écoles ; après les philosophesqui n’aiment que l’idée viennent les purs esthétiques qui n’admirent que la forme.
Pour eux, le plus grand forfait n’est rien par lui-même, ou du moins n’est que le canevas sur lequel la main habile de l’assassin brodera artistement les arabesques du crime. - « A cette école se rattachent tous ces grands talents, méconnus, que la foule a coutume de classer parmi, les fous, car elle est incapable de comprendre les hautes considérations qui les font agir. Us ne se don nent pas pour des savants soutenant une thèse et
ASTRA 2.5$ auraient moins d’orgueil à faire couler un fleuve de sang qu’à en répandre avec virtuosité quelques gouttes : ce sont nos Parnassiens. Le plus célèbre d’entre eux est actuellement cette mystérieuse person nalité, qui se cache sous le pseudonyme de Jacques l’Éventreur, dont le seul défaut est de commettre toujours le même crime, ce qui lui a valu, parmi nous, le surnom de Henner du scalpel.
En dehors de ces deux grandes Écoles, les meurtriers se groupent encore, suivant leur caractère, leurs goûts et leur édu cation, en une foule de petites chapelles, qui corres pondent aux cénacles littéraires et subissent comme eux l’influence de la philosophie et de l’esthétique du jour ; si bien que je pourrais vous montrer, dans ma branche, le pendant de toutes illustrations des lettres.
Mais ce serait là une sorte de jeu de société qui senti rait son académie de province. « Quelques rares génies, et ceux-là sont nos clas siques, ont su unir les hautes pensées philosophiques à la beauté incomparable de la forme.
Mais ces maîtres, le monde les ignore, et l’antiquité les appelait le Destin. _ « Ils vont impassibles parmi les hommes, prépa rant, avec les larmes et le sang des générations, les religions et les chefs-d’œuvre de l’avenir. Car, et c’est une loi bien connue de l’occulte, les idées sont des vampires : elles ne vivent que par la mort de ceux qui en furent l’expression passagère. « Voilà ce que sont les vrais Assassins. Certes nous ne connaissons pas, comme vos auteurs célèbres et vos grands tragédiens, les enivrements de la popula-»
a6o l’initiation rité ; l’admiration des hommes et l’amour des femmes ne récompensent pas notre génie, mais vous ignorerez toujours nos austères plaisirs ; leur nom seul vous ferait pâlir. _ « Ils s’appellent : ¿es Joies du Crime ! » RÉSURRECTION DIVINE Tu es ton futur créateur. Tu es un Dieu qui ne feint d’oublier sa toute essence qu’afin d’en réa liser le rayonnement. V1LMERS DE l’IsLE-AdaM (Axel.
Le Monde Occulte.) Or le philosophe était dans sa mansarde. Depuis de longs jours, il n’était pas sorti, et l’idée suffisait à le faire vivre. L’idée, c’était l’absolu du bonheur, la formule su prême qui les contient toutes, le dernier mot de la sagesse terrestre. ' Et parce que le philosophe poursuivait éperdument l’idée, il dominait à tel point la matière qu’il n’avait pas faim, quoique n’ayant pas mangé depuis de longs jours.
Le peuple était dans la rue, et lui non plus n’avait pas mangé. Mais, comme l’idée ne nourrissait pas le peuple, il pleurait de rage et criait de douleur en se tordant les mains ; ou bien, dissimulé dans l’ombre, il fixait sur les maisons des riches des yeux qu’en flammaient la haine et l’envie et rôdait, en grondant, autour de l’opulence, comme un loup famélique au- * tour d’un troupeau bien gardé.
ASTRA 2ÔI L’armée était consignée dans les casernes et atten dait les événements. ■ Plus d’une fois déjà elle avait marché sur le peuple. Et plus d’un soldat avait appris, au lendemain d’une révolte, que son père ou son frère était mort en com battant sur une barricade. Et plusieurs soldats étaient devenus fous en pensant que peut-être ils avaient tué leur père.
Depuis que le philosophe était entré dans le rêve, la méditation avait peu à peu sublimé son essence. Déjà, dans la joie des libertés reconquises, son es prit s’élevait avec sérénité vers les hauteurs de l’Espérable, et la. doctrine, longtemps si obscure, si indéchif frable, s’éclairait graduellement aux yeux de l’initié.
Maintenant, il se tenait debout au seuil du mystère, et une terreur sacrée l’étreignait dans l’appréhension du Signe révélateur. Alors un homme, que nul ne connaissait, se leva parmi le peuple ; instinctivement les anxiétés se tour nèrent vers lui, et les pressentiments le reconnurent. Les cris de douleur s’arrêtèrent dans les gosiers, les yeux résorbèrent leurs larmes, et une voix encore inouïe s’éleva dans le silence.
Le peuple et le philosophe écoutaient, et, quoiqu’ils entendissent les mêmes paroles, tous deux les com prirent différemment. . Voici parallèlement ce que crurent ouïr le peuple et le philosophe : « Citoyens, vous êtes des esclaves ! Les riches ont fait de vous moins que des animaux. » ■ « Homme, tu as oublié tes nobles finalités, et tu t’es 3
l’initiation a6ï laissé asservir par l’attrait des choses matérielles. * « Vous avez courbé le front devant les grands et devant les forts, vous vous êtes laissé subjuguer comme un vil-bétail, et vous avez peiné de père en fils, afin que quelques-uns puissent jouir. » « Tu t’es laissé séduire par tes passions, tu les a adorées, c’est pourquoi elle t’ont enchaîné et ne t’ont donné quelques jouissances grossières qu’au prix d’incessantes douleurs. » « Et cependant, ces riches, ces grands et ces forts, d’où sortent-ils, sinon des rangs du peuple ?
Que se raient-ils demain si vous refusiez de les servir? » « Qui donc, sinon toi-même, a donné cette puis sance à tes passions ? Qu’en resterait-il le jour où tu aurais le courage de les bannir de ton cœur? » « Mais vous êtes des lâches, les riches le savent.
Ils ont su vous inspirer une terreur superstitieuse, et, si d’aventure quelqu’un parmi vous a le courage de re lever la tête et fait mine de secouer le joug, vite ils déclarent une guerre et, vous précipitant les uns contre les autres, vous parlent de gloire tout en conservant leurs écus. » « Hélas! ton cœur est faible, il aime ses passions.
Si même en un jour d’énergie tu tentais de te reprendre sur elles, elles trouveraient bien un moyen, en leur hypocrisie, d’opposer. les uns aux autres tes résolu tions les plus généreuses et tes sentiments les plus sublimes ; et c’est en célébrant la vertu et l’amour, qu’elles te pousseraient dans le crime et la turpitude. » « Quand donc, citoyens, quand donc sonnera l’heure du courage et de la délivrance ? Quand donc,
ASTRA 263 refusant fièrement un pain qu’on vous mesure avec parcimonie et mettant résolument la main sur la fortune publique, quand donc direz-vous : « Ceci est à nous par le droit du travail.
A l’avenir, nous vou lons que tout le monde jouisse« et que personne n’abuse. » « Homme de peu de courage l Qu’ils sont encore loin de toi, les temps où, secouant le joug des passions •— qui ne sont, tu le sais, que des désirs cherchant à se matérialiser, c’est-à-dire à se limiter dans les choses, — tu t’écrieras, dans la gloire de ta virilité : « Vous êtes mes esclaves ! Désormais servez-moi !
Je vous en lève à jamais le pouvoir de me tenter ». « Les riches ne sont pas aussi formidables qu’ils vous paraissent; leur puissance n’est faite que de votre crainte, et, le jour où vous les aurez renversés vous vous écrierez stupéfaits ; « Voici donc ceux qui nous faisaient trembler ? » ' « Les passions ne sont que ton ombre, comme les vertus sont ta lumière.
Si tü marches dans la lumière^ ton ombre te suivra ; mais, si tu t’éloignes de la lumière, ton ombre marchera devant toi. Face au soleil ! Avance hardiment dans la splendeur du Devenir, et lorsque tu seras remonté à ton origine, tu t’étonneras toi-même d’avoir eu peur de ton fantôme. « Peuple, tu as beau pleurer de rage et crier de dou leur, tu as beau n’être qu’un affamé, qu’un va-nu-pieds et qu’un mendiant.
Tu es le véritable propriétaire de toutes les richesses que tu as créées et l’unique souve rain de l’État, qui n’existe que par toi. « Prends donc sans hésiter les richesses, mets la
264 l’initiation couronne sur ta tête et dis : « Le roi, c’est moi I » « Que sommes-nous donc sinon ce que nous croyons être ? « Reconnais-toi donc, homme de peu de foi ! Dé truis en toi toute crainte ! Projette-toi dans l’Esprit, comme tu as projeté l’univers dans la matière ! Salue en ton imagination la créatrice de toutes les illusions qui l’entourent !
« Dieu Possible, crée-toi Dieu Vivant par la vertu de l’affirmation ! » A ce moment, un hurlement terrible S’éleva de la foule ; l’armée venait de paraître. Elle avait bouché toutes les issues, et maintenant, conduite par ses chefs, elle s’avançait lente, formidable, inéluctable comme la fatalité. Il y eut un instant d’affa|ement; mais, se rendant aussitôt compte de la situation, le peuple comprit qu’il n’avait plus qu’à mourir.
L’armée, approchant toujours, avait entouré la foule. Et ces deux masses humaines, composées d’êtres ché tifs, se sentirent tout à coup grandes et comprirent qu’en ce moment suprême elles étaient des Idées. ’ « Joue! » commanda un officier. Automatiquement les soldats épaulèrent leurs fusils et les braquèrent sur la foule qui les regardait impas sible. 11 y eut une seconde de silence solennel. « Feu 1 » cria l’officier. Mais on ne l'entendit pas, car une voix qui aurait' dominé le tonnerre, ordonna : « Crosse en l’air ! »
ASTRA. 265 Et, dans cette voix surnaturelle, chaque soldat crut reconnaître la voix même de son père. Il y eut un mo ment d’hésitation ; puis tout à coup, jetant bas les armes et s’entraînant les uns les autres, les soldats étendirent les bras et coururent vers les hommes du peuple, qui, pleurant, les pressèrent sur leurs poitrines amies. ■ Depuis que l’orateur avait cessé de parler, le philo sophe s’était résorbé dans son rêve.
Il n’avait rien en tendu de ce qui se passait au dehors, car son âme, qui déjà percevait l’infini, était montée trop haut dans le possible pour s’arrêter au devenu d’un jour. Par l’abandon total et définitif de toutes les chose auxquelles l’humanité attache son bonheur, le philo sophe s’était élevé vers la Suprême Lumière, et lente ment il se sentait redevenir un Dieu.
Cependant le peuple n’avait pu se maintenir long temps dans les hautes régions du pardon et de l’amour. ' Bientôt la bestialité originelle reprit le dessus: il s’était souvenu qu’il avait souffert et, étant désormais le plus fort, il avait résolu de se venger. Alors on égorgea dans les rues, et le peuple prit plaisir à voir couler le sang des riches.
Mais bientôt il se lassa de ce spectable, trop lent au gré de sa co lère, et il réclama de la Mort plus de diligence dans l’exécution du mandat qu’il lui avait confié. On imagina alors^de faire sauter les maisons dans lesquelles se cachaient les maîtres de la veille. Et la ville fut semblable au cratère d’un volcan en éruption. Le philosophe fut surpris en pleine méditation par
266 L INITIATION une de ces terribles explosions. Sa tête, détachée du tronc, plana quelque temps sur cette cité d’apocalypse, et, continuant son rêve infini dans Ses espaces, elle retomba sur la terre ; puis, tout à coup, comme éclate un obus chargé de poudre, elle se brisa sous la pression formidable de l’idée. Alors un revirement surnature! s’opéra dans l’ânue troublée des multitudes.
Le glaive destructeur tomba des mains du bourreau, une immense pitié s’empara des cœurs, et l’homme eut la révélation soudaine de ses sublimes finalités. L’Idée était entrée en triomphatrice dans les cons ciences : Le Dieu inconnu était mort pour le monde en renaissant dans l’Incréé. .
ASTRA Alors que je voyageais en Allemagne, je m’arrêtai quelque temps à Heidelberg pour y suivre les cours du professeur Augustos Lauth, ce philosophe trans cendant, qui le premier révéla le sens ésotérique des doctrines de Bouddha et passa, aux yeux de quelquesuns de ses disciples, pour le dernier avatar de l’ini tiateur des Indes.
Comme le comprendront tous ceux qui ont étudié les sciences occultes, le professeur avait soin de cou vrir d’une parabole ou d’une allégorie les vérités que des raisons supérieures obligent à cacher à la foule ; de sorte que les seuls adeptes qui possédaient les clefs des grands arcanes étaient capables de comprendre toute la profondeur des idées du savant. Les autres
f ASTRA ne pouvaient voir dans les cours de Lauth qu’une philosophie très élevée, et prenaient les paraboles pour d’ingénieuses figures destinées à éclairer les par ties trop abstraites de ses leçons.
Le professeur ne tarda pas à distinguer, parmi ses auditeurs, ceux qui saisissaient le sens caché de ses doctrines, et, s’étant enquis de nos noms, il adressa à chacun de nous une lettre, dont la lecture nécessitait la connaissance du Tarot et par laquelle il nous invitait à nous rendre tous les mercredis soirs chez lui, pour y discuter les grands problèmes de la philosophie her métique.
Le lecteur m’excusera de ne point lui exposer ici les questions qui faisaient l’objet de nos entretiens; il n’appartient à personne de révéler les mystères, car ainsi que le dit Maître Janus dans Azel, nul ne peut être initié que par lui-même.
Qu’il lui suffise donc de savoir que, planant dans les sphères les plus Sublimes de la pensée, le profes seur ne se fût jamais abaissé à une de ces expériences matérielles qu’affectionnent les mages de second ordre, et qui ont parfois l’inconvénient grave de laisser entre voir aux profanes quelques-uns des secrets du Temple.
Chez Lauth, je fis la connaissance de plusieurs jeunes gens, tous très versés dans les sciences occultes, et je me liai plus particulièrement avec un étudiant du nom de Magnus, dont l’esprit mystique et bizarre me captiva dès le premier jour. Magnus habitait seul un petit appartement de la Judengasse, travaillait énormément, n’avait pas de
a68 L INITIATION balafre sur le visage, et ne paraissait jamais dans aucune fête d’étudiants. . . Un être aussi singulier ne pouvait manquer d’exci ter au plus haut point la curiosité de ses condisciples, aussi, lorsqu’un mercredi, en sortant de chez le pro fesseur, il invita quelques-uns d’entre nous à venir passer chez lui la soirée du lendemain, nous accep tâmes tous avec empressement.
Le jeudi soir, en arrivant chez l’étudiant, nous trou vâmes une nombreuse société. < Nous étions en train de faire des expériences psychiques, nous dit notre hôte en venant à notre rencontre, voulez-vous y prendre part?
Peut-être votre concours nous permettra-t-il d’obtenir les phénomènes que nous cherchons en vain à produire depuis une demi-heure. » Nous prîmes tous place autour d’un grand appareil qui était, à ce qu’on m’apprit, un perfectionnement du baquet de Mesmer, une sorte d’accumulateur de force psychique, auquel était joint un dynamomètre à cadran, dont l’aiguille permettait de mesurer, à tout moment,le degré de condensation du fluide emmaga siné.
Nous vîmes bientôt l’aiguille se déplacer lentement sur le cadran gradué, et, en même temps, nous éprou vâmes tous une sensation de fatigue qui allait en aug mentant, comme si nos forces se fussent écoulées hors de nous par d’invisibles fissures. « C’est l’effluve, murmura mon voisin à mon oreille, déjà le dynamomètre accuse une force de trois médiums.
Bientôt vous allez voir ce que M. de BoASTRA 269 disco appelle le zoo-éther se condenser sous la forme d’un solide lumineux. Et qui sait, peut-être nous serat-il donné d’assister à une matérialisation. Mais il faudrait tout d’abord éteindre la lampe, caf les vibra tions de la lumière contrarient l’action des forces occultes. » Précisément quelqu’un venait de se lever, et, un moment après, nous étions plongés dans la plus com plète obscurité.
Un temps assez long s’écoula, un silence profond régnait sur l’assistance, et la fatigue que j’avais ressen tie dès le commencement de l’expérience augmentait à chaque instant; c’était une sorte d’engourdissement qui alourdissait peu à peu mes membres, tout en lais sant à mon esprit toute sa lucidité.
« Fixez bien le sommet de l’accumulateur, me dit à voix basse mon voisin, le phénomène ne peut tar der à se produire. » ' En effet, une minute ne s’était pas écoulée qu’il me sembla voir tremblotter sur l'appareil une lueur fugi tive; une autre la suivit bientôt, puis une troi sième, et je vis alors apparaître un corps phosphores cent qui avait la transparence du cristal ; mais, chose surprenante, quoiqu’il fût par lui-même très lumineux, il n’éclairait que les objets placés dans son voisinage immédiat.
La masse brillante augmentait à vue d’œil. En peu de temps, elle s’étendit sur le sommet de l’accumulateur, les montants s’en chargèrent à leur tour, puis l’appareil tout entier en fut insensiblement recouvert, et cette étrange coulée de lave diaphane
l’initiation 270 gagna bientôt les mains des expérimentateurs, qu’elle enveloppa d’une atmosphère bleuâtre et transpa rente. Hynoptisé, je regardais ce singulier phénomène, et une terreur vague s’emparait malgré moi de mon esprit. Quelle était donc cette force inconnue dont se .jouait notre ignorance ? Où donc allait nous con duire cet imprudent désir de connaître?
Cependant le flux de lumière montait toujours, envahissant peu à peu la poitrine et les membres des assistants. Déjà, sur plus d’un visage, se formaient de grandes plaques brillantes, dessinant un coin de .bouche, un nez ou un œil, tandis que tout le reste de la physionomie était plongé dans les ténèbres.
Et je croyais distinguer sur toutes les figures ,1e hideux rictus de la peur, que ce contraste, de clarté et d’ombre rendait plus inquiétant encore. Enfin toutes les figures sortirent de la nuit comme nimbées d’une auréole fluidique, et je regardais avec appréhension cette assemblée de spectres, dont je ne reconnaissais plus les visages. Je jetai les yeux sur le dynamomètre,, il marquait vingt médiums.
L’accumulateur, disparaissant à moitié sous les gibbosités lumineuses, affectait des formes d’une bizarrerie effrayante. ■ Vaincu par le sentiment d’une indicible terreur, je ■voulus m’arracher à ce cauchemar et fuir au plus vite ce lieu maudit, où se perpétrait je ne savais quel mystérieux forfait, qu’un pressentiment me faisait entrevoir à la lueur de cette aurore magique.
ASTRA 271 Horreur ! j’étais cloué sur ma chaise ! H m’était impossible de faire le plus petit mouvement. Douce ment, comme une eau qui filtre goutte à goutte, toutes mes forces s’en étaient allées. Elles étaient deve nues ce cristal malléable et phosphorescent qui allait éclairer mon agonie de ses lueurs blafardes et sépul crales. Je comprenais ma situation dans toute son épou vante; plus de secours à attendre!
Tous ceux qui m’entouraient étaient paralysés comme moi, et chaque minute le hideux accumulatçur, la machine vampire, allait pomper un peu plus de nos vies, jusqu’au moment où, toutes nos forces épuisées, nous glisse rions dans l’inconscient et dans la mort. ' Déjà autour de moi bon nombre de personnes s’étaient endormies. Oh! le grand, le profond sommeil dont aucun de nous ne se réveillerait !
Cependant la marée de lumière vivante montait toujours, recouvrant tout de son grand suaire, sem blable à une épaisse couche de neige violemment éclairée par la lune. Au-dessus de cette masse, dont la densité augmen tait à tout moment, s’ctait formé une sorte de brouil lard qui flottait dans la chambre et n’avait pas tardé à enlever aux objets la précision de leurs contours.
Bientôt au sein de cette atmosphère s’étaient déga gées des formes vagues et inachevées, et je reconnus en elles des élémentaux auxquels tout ce fluide mis en liberté donnait pour un moment l’apparence de la vie. Une terreur encore inéprouvée s’était emparée de moi. Je comprenais que j’étais sur le seuil d’un
l’initiation 272 monde inconnu et mystérieux. Mon esprit, qui jus qu’à ce moment avait conservé toute sa lucidité, s’obs curcissait comme sous la tombée d’un voile de crêpe, et peu à peu, sans pouvoir rien faire pour me ressaisir, je sentais ma raison rouler à la démence. . . . .
Tout à coup la porte de la chambre s’ouvrit, et une femme parut sur le seuil. ■ Elle tenait à la main une bougie qui éclairait son teint diaphane ; ses gestes avaient tant de grâce, d’har monie et de légèreté, qu’on l’eût dite soustraite aux lois de la pesanteur, et son sourire, à demi voilé, don nait à sa physionomie une expression tout à la fois immatérielle et passionnée. Alors les yeux de l’incon nue se tournèrent vers moi.
Je ressentis au cœur un choc comme si la foudre y était tombée, et il me sembla que, pendant une seconde, le mystère de la vie et de l’amour me fût révélé. Puis un grand silence se fit en moi, mes yeux ne distinguèrent plus les objets environnants, j’éprouvai la sensation délicieuse d’un souffle léger passant sur ma figure, et je perdis connaissance. (A suivre.) Ivan Dietschine. watii Que s’éteigne toute lumière en la cellule où nul ne viendra.
Au miroir, au seul Miroir de Nuit et de Silence que ma pensée se voie et s’examine ! Mais non ! Là-haut le jour se traîne encore et meurt,
LE NAIN 273 et du soupirail profond dont l’issue estlointaine tombe une lueur vague, affaiblie et nuancée aux transpa rences d’un écran. Là-haut un jour se traîne et meurt, qui pour moi n’aura pas été ! ' De l’ombre, quelques choses familières surgissent à peine et sous un aspect inaccoutumé. Et parce que sur la table noire s’étagent en Babel les grands in folios ; parce qu’encore des flacons ventrus luisent dans l’indécis, comme sur un fourneau des cornues, il m’a semblé que j’étais en une secrète salle d’étude. On l’aurait faite en quelque oratoire ancien et je serais assis dans une haute cathèdre, sous l’arc-enciel d’un magique vitrail. Là-bas, le cristal aux douces teintes garderait les philtres ; là des livres mystérieux — un Robert Fludd aux lettres qui brillent dans la nuit, ou quelque « De Magia, » annoté dans une langue inconnue 1 Et, au retour d’un long voyage, l’esprit et le corps las, comme à cette heure, j’attendrais. J’attendrais non pas la fin d’un jour, mais la venue du Maître. Il serait le frère de mon père et le père de mon esprit. Son nom serait Claude Monach, et il m’aurait enseigné la Science.... Et je penserais avec mélancolie : «Ici se sont écou lées les années premières de ma vie ! Que de .temps passé depuis le jour où II m’accompagna au détour du chemin ! Déjà des fiions d’argent serpentaient dans sa barbe longue ; maintenant les veilles ont dû creuser bien des sillons sur son front où la neige des ans s’amoncelle!...
274 l’initiation L’oblique faisceau lentement chemine et ce qu’il éclaire, c’est une lanterne ciselée qui au bout d’unetriple chaîne balance des reflets multicolores de sa verrière et les coruscations des gemmes enchaînées. « ... Mais qu’ai-je entendu ? Quels sont ces coups frappés et qui redoublent ?
Peut-être tu emprisonnes, quelque pauvre phalène que les splendeurs de ta lumière attirèrent un soir, ou bien un étourdi hanne ton de mai ? « Pourtant la crypte est bien close, et c’est un jour « d’automne qui là-haut se traîne et meurt ! Ma voix s’est élevée dans l’ombre, impérative, et lentement un verre vient de tourner, du châssis. Ah ! l’étrange forme qui se faufile d’un nain grotesque et sautillant! — « ...
Nain moqueur! gnome sansaucun doute échappé de la terre qui partout m’environne, pourquoi tends-tu vers moi ce doigt immobile ? Pour quoi eneore ces yeux ronds, ces sourcils hauts et ce rire silencieux en ta grande bouche ? Le nain qui maintenant chevauche un coq decuivre s’est écrié : « Ah ! Ah ! tu es assis dans une haute cathèdre. sous l’arc-en-ciel d'un magique vitrail ! ! !...
« Balancez, mes jambes torses, balancez de vos brodequins les pointes en cagoules ! « Moi je suis le nain vêtu d’une capuce brune à la manière de Claude Monach mon maître !... «... Jadis je vaguais libre par toute la demeure» escaladant le désordre des in-folios poudreux. CerLE NAIN 2?5 tain jour, je découvris sous l’âtre le lézard rouge et j’en fis ma monture.
Je le frappais d’une ramille de tym et j’allais, sonnant de la trompe au col d’une cor nue cassée, jeter l’épouvante dans le vasque aux gre nouilles ! » Il me souvient encore de mes luttes avec le vieux hibou qui rêve sur le manteau de la cheminée haute.
Oh ! que de joie à voir son bec claquer dans le vide et je chantais : « hibou, vieux Hibou, hibou de sor cier, sorcier de hibou ! devine, devine quelle plume je vais t’arracher ! » ■ Alors le Maître s’écria : « Nain malfaisant, sois « enfermé parmi les choses inertes, dans cette niche « d’où tu ne peux descendre 1 » Mais, s’étant retourné, il riait dans sa barbe pointue...
Bientôt, las de regarder mon image déformée aux ventres polis des ours de pierre noire, j’entrai dans l’armoire aux talismans. Là je changeai l’orientation des pentagramnes et j’ouvris le coffret aux parfums ! Et le hibou d’hullùler, et le chat de miauler, et les ^enouilles de coasser !...
« Nain malfaisant, s’écria « encore le maître, je t’enfermerai dans une prison < aérienne où l’ennui te rongera le cœur et où le ver- « tige te trouera le crâne !... » — « Ma prison est donc « cette lanterne.
Et, parmi les colonnettes qui sup» < portent le dôme ciselé, je me promène en rêvant, « ou bien je m’enferme pour voir en chaque verre « les mêmes choses sous diverses couleurs — car il « est à mon gré des heures bleues ou écarlates. — Et « dans le pendentif je me suis bien souvent tapi ea « silence; là s’entrecroisent les apothéoses del’Escarl’initiation 276 « boucle, et les espoirs de l’Emeraude, et les consola « tions limpides de l’Amethyste 1 » Mais ce que j’aime plus que tout encore, c’est d’en fourcher ce grand coq d’émail qui, au plus haut de la coupole, reluit sur mon palais aérien.
Et de là, voyant maître Claude courber sur le vieux livre son front soucieux, je chante : « Il est de douces siestes sous les vertes ramures et au seuil des fraîches cavernes ! » Et si grondent les fourneaux, je chante encore : « Au bord des grèves, le vent du nord éparpille ses caresses de pluie fine aux doigts tendus des mains en fièvre. » Alors, mon maître s’écrie : « Nain bavard, ennemi « de mes études, monstrueux fils .d’un Gnome et « d’une Sylphide, je te rendrai à tes pères qui te bat « taient au sein de la terre ou à tes mères qui te chas « sèrent pour ta laideur 1 » « Mais souvent, assis en cette haute cathèdre, il « écoute les questions malignes de mon critique ver- « biage et j’ai vu ses lèvres pâles dessiner un bien « mélancolique sourire! » , Quels sont là-haut ces pas lents et sonores, aux quels tous les êtres qui vivent dans l’ombre se sont réveillés ?
Mais ! Voici le maître ! cours vite cacher en la lan terne tes yeux rieurs. Et cesse ençore, nain curieux, d’écraser au vitrail verdâtre ton nez et tes lèvres ex sangues !...
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES 277 Et toi, aussi, méchant nain du doute toujours par donné. Point d’interrogation railleur qui sautille à la porte du vrai ! cesseras-tu d’importuner mon âme qui se contemple au miroir de la nuit venue ?... • • • » • • • » « •' « • • • • • « 0 Mes rêves sont en une lanterne ciselée qui balance au bout d’une triple chaîne les reflets multicolores de sa verrière et les coruscations des gemmes enchâssées.
Gilbert Monach. (La Rêverie dans la Crypte.) . •^KOÏÏPK (-KDÉPÏMDAMT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES . Les travaux du Groupe se poursuivent activement dans les loges. — Avant deux mois des cours publics vont être inaugurés dans un nouveau local. — Les membres de Paris devront nous faire crédit pour les conférences en attendant cette prochaine réorganisation.
GROUPE N° 4 • ETUDE DU SPIRITISME Séance du 10 novembre 1894 Cinq personnes présentes : Mm' Marthe B., médium? M“ B. MM. A. F., L. E. Selon la règle établie, des projections de lumière élec» trique ont été faites inopinément par l’un des deux assis * tants (non médiums) en communication constante avec les boutons destinés à faire jaillir cette lumière.
378 l’initiation Les lecteurs de l’initiation se souviennent, sans doute, qu’au cours de notre séance dn 14 août dernier l’esprit famillier L. avait annoncé un apport secret pour le ■directeur du Groupe. ' ’Plusieurs communications faites depuis lors à M. A. F. avaient renouvelé à celui-ci la promesse de cet apport qui a été fait ce soir dans les circonstances rela tées ci-après.
Avant de commencer la séance, nous avions été pré venus par l’esprit L'., d’attendre patiemment, en obscu rité, pendant douze ou quinze minutes,dans leplusgrand •calme. Ce laps de temps est à peine écoulé qu’un coup est frappé au centre de la grande table dont chacun de nous est éloigné d’environ o“,9O. Plus éloigné encore est M. A.
F. qui, sur l’ordre de notre ami invisible L., s’est placé près du poêle, à l’en droit même qui lui avait été désigné lors de la dernière séance. Par cliquetis aériens notre ami et conseiller L. ■demande qu’on fasse de la lumière et au même moment nous entendons tomber sur la table un léger paquet qui semble avoir été projeté du plafond et frôle légèrement ■en passant la suspension d’une lampe.
A la clarté de cette lampe, nous découvrons au milieu de la table une enveloppe blanche dont la partie supé rieure est légèrement repliée. Nous ouvrons cette enve loppe et nous y trouvons, tracée en caractères gras, transparents, très accentués et parsemés dans certaines parties de linéaments rouges, la communication sui vante : « A A.
François, « Marie vous enverra un conseil qui, m’inspire-t-eUe, « doit être secrètement gardé, et vous seul, ou presque, « intéresse, méditez sérieusement aussi mon ultième < avertissement et mettez-le à profit. « aeauté»
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ESOTERIQUES 27g Les caractères de ce message sont de la même main que les précédents messages qui ont été apportés. Après que l’émotion causée par cet envoi est calmée, nous demandons à notre bienveillant messager L. ce que nous devons maintenant faire. Il nous engage (par l’écriture mécanique) à rester en lumière jusqu’à ce que l’heure sonne (vingt-cinq minu tes environ) et à méditer. — Cet avis est suivi.
2e PARTIE L’heure sonne. M. A. F. reçoit, par l’écriture, l’avis de, de prendre l’épée et de rester très calme. — La lampe est emportée. — Presque aussitôt le cliquetis aérien se fait entendre de divers côtés; quelques menus objets sont déplacés ; une sonnette posée 'sur la table soulevée par quelque main fluidique tinte dans l’espace.
Sur un nouvel avis qui n’avait sans doute d’autre but que de nous faire constater l’état des choses, nous ■ faisons un instant de la lumière pour nous replacer presque aussitôt en obscurité. A peine cette troisième partie de séance obscure est elle commencée qu’une série de coups frappés sur la grande table forme le mot « secret ». Des cliquetis aériens dictent le même mot, bientôt suivi de ceux : < Pour Adrien seul ».
'Tout à coup, chute d’un corps sur le parquet et invi tation d’apporter une lampe. Nous constatons, en lumière, la présence sur le plan cher, à côté de M. A. F., d’un petit pli en parchemin de forme oblongue, large d’environ i centimètre et long de 6. M. A. F. ramasse ce pli qui est entouré d’un fil main tenu par trois cachets sur lesquels est imprimé le signe A • Au milieu, dans le sens de la longueur, une forte épin gle à tête noire.
Par l’écriture médianimique M. A. F. demande quelle est la ligne de conduite à tenir pour l’ouverture de ce pli. « L’épingle, lui est-il répondu, est destinée à ouvrir le
a8o l’initiation « pli sans briser les cachets : l’apport étant pour toi seul, < fais sortir les assistants, lis et garde le secret. » Nous passons dans une chambre voisine laissant seul M. A. F. qui quelques minutes après nous rappelle. Il est à ia fois grave et radieux ; il nous montre, mais fermée, la communication contenue dans le pli dont il est l’heureux destinataire.
Cette communication est tra cée sur un papier parcheminé assez ténu — elle est en caractères rouges et surmontée— M.A. F. nous permet de le constater — dq sceau de Salomon entouré de lan gues fulgurantes. Au milieu, l’œil qui jamais ne se ferme.
Au bas de la communication la signature « Marie » et auprès une croix Nous livrons sans aucun commentaire aux méditations de tous, occulitstes, spirites ou même profanes, les mer veilleux phénomènes dont nous avons été témoins. L. François, A. François, . officier d’Académie chevalier de la Légion d’honneur R. — Aucun cas de sommeil magnétique n’a été cons taté.
US BE33IIS SYMBOLIQUES U Initiation d’octobre renfermait, au sujet de ces des sins symboliques, les premiers renseignements qui aient été fournis au public sur cette question. C’est en effet grâce au dévouement de M110 de Wolska, la propagatrice de l’occultisme, que l'exposition de ces treize dessins a pu être menée à bonne fin.
Notre ami Emile Michelet vou lut bien mettre son talent et son zèle à l’appui de cette œuvre et le 29 novembre dernier une très belle conférence était donnée 8, rue d'Athènes, devant un auditoire aussi nombreux que choisi. Nous détachons de cette confé rence les extraits suivants qui renseigneront complète ment nos lecteurs.
EXTRAITS DE LA CONFERENCE DE M. MICHELET 281 Extraits de la Conférence de M. Michelet Les treize dessins symboliques dont il est ici question ne sont pas l’œuvre d’un artiste. L’auteur est une femme qui jusqu’alors avait ignoré le mécanisme du dessin, et qui soudain a pris le crayon sous l’influence d’une force: l’inspiration.
« L’esprit souffle où il veut. > Il a soufflé sur le front d’une femme qui vivait, obscure et solitaire, étrangère au mouvement artistique, et ne demandant autre chose que de rester obscure dans sa solitude et son deuil. \ Au fond, l’origine d’une œuvre, les conditions dans lesquelles elle a été exécutée, la personnalité de son auteur même, n’importent guère. Sa qualité essentielle, son unique raison d’être, c’est sa beauté.
Or, voici treize dessins d’une étrange beauté. Ils ne ressemblent à rien de ce que nous connaissons dans l’art d’Occident. Ils ne se rattachent à aucune école, à aucune traduction esthétique. Aussi leur originalité dé concertera-t-elle bien des esprits. Leur charme en pé nétrera beaucoup d’autres.
Leur beauté décorative, leur composition harmonieuse séduiront des artistes, leur intensité d’expression, leur mystérieuse attirance sont pour donner de belles émotions. _ Dans des décors irrévélés encore surgissent, entre des masses d’ombre opaque, et caressées par une lumière inconnue, des formes fluidiques de femmes, ayant toutes une âme au bord de leurs longs cils. Des formes, non des corps ; le modèle en est léger, le tissu impalpable.
On dirait des âmes qui revêtirent des robes tramées avec de la lumière. Elles vivent, ces créatures, de cette vie ardente dévolue aux types supérieurs de notre hu manité. Ne les croyez pas les inanes fantômes de frêles poupées. Elles ont la force de porter la douleur et l’amour et même le plus lourd des fardeaux, la béatitude.
Elles sont entourées du monde de la matière qui leur dévoile ses opulentes beautés, qui découvre sous leurs pas les robustes créations que combinent, avec ses mul tiples ressources les forces delà nature. Et leurs yeux, bien qu’occupés d’un puissant rêve, s'émerveillent de ces décors.
T 282 l’initiation Où vivent-elles ces créatures? Sur la terre? Entre ces deux limites connues de tous:1a naissance et la mort? Oui, et au delà. • . En ces treize dessins, leur destin se déroule pendant la vie de la terre et après cette vîe. (Treize, dans la mys tique du nombre, exprime la transformation.) Ces treize dessins ne sont pas de capricieuses rêveries, arbitraire ment juxtaposées.
Ils racontent un poème d’un enchaî nement aussi logique que l’exige toute œuvre de beauté. Une créature humaine apparaît sur terre. Elle passe de l’enfance à l’adolescence et à la jeunesse, et son sein lé ger frémit sous le souffle de la souffrance, de la joie et de l’amour, qui sont les deux pôles de l’existence et leur équilibre.
Elle vit sa vie visible pendant les six premiers dessins, puis nous la voyons, dans les sept suivants, con tinuer la vîe invisible dans le monde astral jusqu’au monde empyréen. Elle n’est pas seule. Car, en dépit des apparences, nul être n’est jamais seul dans la vie. Sur elle veillent des tendresses et des forces au cœur du Mystère, jusqu’à l’heure où elle se -confondra dans l’épousaille de son idéal.
Dans ces dessins, l’expression est symbolique. Il n’y a pas lieu ici de théoriser sur ce qu’est en art le symbole. Beaucoup de gens affirment ne rien comprendre aux formes symboliques de l’art. Je ne vois, pour ma part, aucun inconvénient à leur incompréhension. L’art symbolique part de ce principe que le monde est une série de symboles sous lesquels se révèle et se dérobe à la fois leur origine, leur cause première.
Pour cela, l’art symbolique refuse-t-il d’exprimer la réalité ? Nulle ment. Un exemple: Frantz Hais peint le portrait d’un homme. Il le fait en considérant cet homme comme exis tant tel qu’il le voit : de la vie qui bouillonne dans la chair puissamment épanouie. Frantz Hais créera une belle œuvre selon cette vision. Rembrandt vient ensuite pour peindre le portrait du même homme.
Il le fait en considérant cet homme tel qu’il le voit: entre les deux pôles de la lumière et l’ombre. Mais la lumière et l’om bre deviennent, chez Rembrandt, l’évocation d’une force mystérieuse, un symbole révélant et dérobant à la fois
N» r T EXTRAITS DE LA CONFÉRENCE DE M. MICHELET 283 «on origine, sa cause .première. Rembrandt, par là, est entré dans une forme symbolique de l’art. ' Dans l’art, l’expression directe, la reproduction dite réaliste d’un objet et l’expression symbolique révèlent toutes deux la Réalité. Ce que le vulgaire estime les créa tions arbitraires de l’imagination d’un grand poère, est une Réalité.
Quand Homère dépeint le domaine om breux de Poséidon, quand Dante et Michel-Ange retra cent le monde occulte du désespoir,quand Poê enlumine une auréole de douleur autour de son corbeau ; ces Voyants révèlent, sous une forme symbolique, une Réa lité.
Ils ne sont supérieurs au commun des hommes que parce qu’il leur fut donné de voir et de révéler cette Réalité. . , L’art symbolique seul peut pénétrer dans le monde astral, dans le domaine que les Kabbalistes nomment le monde des causes secondes, et en rapporter des révéla tions. Il y a un art et une littérature du monde astral.
Je ne dis pas une poésie ni musique, car tous les grands poètes sont rois dans ce domaine, et tous les grands mu siciens,conscients ou non des sources de leur inspirations. Comme œuvres typiques appartenant à cet art je citerai, dans les arts graphiques, et procédant d’écoles très diffé rentes : le Triomphe de la mort de l’Orcagna, la Tenta tion de Saint-Antoine de Callot, certains caprices de Goya.
Si l’on demande des exemples dan? contemporanéité, je citerai, parmi les artistes qui relèvent à des degrés divers de cet art : Félien Rops, Gustave Moreau, Odilon Redon le hollandais Jan Too-Rop et, parmi les nouveaux venus, de nombreux artistes.
C’est à l’art symbolique et astral que se rattachent, malgré leur originalité imprévue, les treize dessins sym boliques dont il est ici question. ** * Dans quelles conditions ces dessins ont-ils été exécu tés ? L’auteur est une Russe, veute d’un artiste russe, Egoroff, dont les musées russes possèdent des toiles d’un art âpre et fougueux.
Le père d’Egoroff était aussi un peintre, qui fut le maître de Brulow, et peut être consiT 284 L'INITIATION déré comme le fondateur d’une école russe qui s’inspira de l’école romaine. D’Egoroff père, dont Fart séduisait beaucoup le tsar Alexandre Ier, le Musée de l’Ermitage possède une Flagellation. Egoroff fils avait encore pour grand’père un sculpteur célèbre, Martos.
Egoroff avait donc toute une hérédité d’art. Son talent, très ardent n’a nullement le caractère symbolique et s’éloigne de la facture des dessins de sa veuve autant qu’un Van Ostade s'éloigne d’un Botticelli. M“> Egoroff, de son côté, appartenait à une famille militaire. Son mari la laissa veuve, après avoir souffert pendant quinze ans d’une cruelle paralysie. Dès lors,elle vécut, recluse volontaire, dans son deuil.
Son mari ne lui avait pas permis d’apprendre le dessin. Il lui conseil lait de faire des ouvrages d’art décoratif. Avec beaucoup de goût, elle exécutait des décorations de faïence, des ouvrages de ciselure, des cuirs repoussés, etc. — J’ai toujours senti en moi, me disait-elle, une grande force me permettant de me livrer à des travaux assez rudes.
En effet, l’exécution des treize dessins exposés est d’une vigueur qui ne semble pas venir d’une main fémi nine. • Jamais elle n’avait dessiné une figure quand, il y a six mois, elle sentit en elle une force irrésistible la poussant à prendre un crayon. Elle obéit et fit le premier de ces dessins, l'enfant.
C’est alors que Mlle de Wolska, l’ardente propagatrice des idées spiritualistes, émerveillée, engagea M“* Egoroff à me montrer ce premier dessin. Je vis paraître succes sivement les douze autre, dans des conditions de rapidité et d’exécution hors de l’ordinaire. Des artistes vinrent les voir. Quelques-uns e'taient de ceux dont le jugement fait loi. Ils conseillèrent une exposition publique.
Je garde le silence sur le caractère mystérieux qui scelle l’origine de ces dessins, exécutés chacun en deux ou trois jours par une femme qui n’avait jamais dessiné précé demment. Car d’une œuvre exposée, seule la Beauté vaut... _ ■ Émile Michelet. 15 novembre 1894. '
LA CHIROMANCIE MÉDICINALE 28!> Bà ChIBOWAHGII OÎBÏCIBAI.«- Par Philippe Mat de Franconie Avec un avant-propos et une chiromancie synthétique Par Ernest Bosc, i vol. in-18, 3 fr. M. Ernest Bosc, directeur de la Curiosité, vient de réédi ter un ancien et très curieux traité de chiromancie de Philippe May. ' Ce traité se termine par une chiromancie synthétique signée de M. Bosc et au sujet de laquelle nous tenons à faire dès maintenant certaines remarques. . IL FAUT ÉVITER LE PLAGIAT < Ce Taisnier est Fauteur d’un ouvrage sur la chiroman cie, mais qui n’est guère qu’un plagiat de celui de Bar thélémy Codes. » (P. 2.) « Nous mentionnerons également au sujet de cette sience le capitaine d’Arpentigny, qui est le père de la chi romancie moderne ; aussi a-t-il été souvent pillé sans aucun scrupule par une foule de chiromanciens. » (P. 9.) Aussi, après la lecture de ces deux phrases et ¿le quel ques autres pareilles étions-nous persuadé que M. Bosc allait prendre bien garde de tomber sous le coup de reproches de ce genre et son travail débute en effet, par des renvois nombreux et variés. Cependant une chose nous avait frappé,c’était,dans la liste des chercheurs s’étant • occupés de chiromancie,l’absence totale du nom d’un cer tain Papus qui a fait quelques études que nous croyons originales en ces matières. Mais, après tout, nul n’est forcé de connaître tous les auteurs s’étant occupés d’une question et nous en avions fait notre deuil lorsque nous nous aperçûmes que tout un chapitre, le chapitre VI, était, à peu de choses près, comment dirions-nous ?.... « emprunté » sans citation d’origine à cet auteur inconnu. Qu’on en juge par les quelques extraits suivants :
286 l’ikitiatwm1 PAPUS l8y I Traité méthodique de Science occulte KtSMHÈ.
SYNTHÉTIQUE DE CHIROMANCIE Les enfants nouveaunés qui n’ont encore choi si, que je sache, aucune profession particulière, ont un grand nombre de lignes. (P. 816). Deux grands principes luttent dans l'homme, la Fatalité et la Volonté. La ligne de Saturne représentant la Fatalité, la ligne de tête représen tant la volonté, leur action réciproque nous donne la première division que nous devons considérer.
Cette action produit une croix indiquée par la fi gure suivante. (P. 826.) Il faut donc corroborer les enseignements de la ligne de vie par ceux de la ligne de fatalité et sur tout par l’examen des deux mains. (P. 83i.) Résumons ce que nous avons dit dans une figure d’ensemble.
' Trois lignes Verticales : Io La Saturnienne (FaBOSC 1894 CHIROMANCIE SYNTHÉTIQUE Disons tout d’abord que les enfants ont à leur naissance des lignes très marquées bien que n’ayant exercé aucune profession manuelle... du autre. (P. 2Î-> Deux principes sont constamment en lutte dans l’homme : la Fatalité et la Volonté.
La première est repré sentée dans la main par la saturnienne et la vo lonté par la ligne de tête qui va du montée Jupiter à celui de Mercure ; ces deux lignes forment donc une croix. (P. 25.) Aussi faut-il corroborer les renseignements four nis par cette ligne de vie avec ceux fournis par la fatalité ; et dans tous les cas il est indispensable d’examiner les deux mains .. (P- 2--> En résumé, la main comporte : ' A.
Trois lignes ver ticales 1» La Saturnienne (FaIL FAUT ÉVITER LE PLAGIAT talité) partant du médius au milieu. 2®L *Aj>o/fonienne(idéal) partant de l’annulaire à droite. . 3* La Mercurienne (in tuition) partant du petit doigt, extrême droite (•manque très souvent).
Trois lignes horizontales: 4® La ligne du cœur (générosité) partant de l’index à gauche. 5° La ligne de tête (Vo lonté-Activité). Au milieu de la main, horizontale, ment. 6® La ligne de vie par tant du pouce et l’entou rant. (P. 825 et S26.) 287 talité) partant du médius. 2° L’Ap oll o nien ne (Idéalité), partant de l’an nulaire. 3® La Mercurienne (in tuition), partant du petit doigt (auriculaire). B.
Trois lignes hori ZONTALES 4® La ligne de cœur (générosité), partant de l’index. 5° La ligne de tête (ac tivité, volonté), au milieu de la main, horizontale ment. 6® La ligne de vie (exis tence), partant du pouce et contournant le moût de Vénus (matérialité) (P. 3o et 3o.) Un éditeur, moins affable queM.
Carré pourrait faire un bon procès en contrefaçon tant du titre que des ma tières traitées, mais nous sommes tellement persuadé qu’il s’agit d’un simple oubli, que nous nous contente rons de signaler cette omission au public en priant l’auteur de corriger tout cela dans une édition qui ne peut manquer d’être prochaine.
Du reste, une correspon dance que nous eûmes avec l’auteur à ce sujet transforme le phénomène en un cas très curieux de télépathie.
M. Bosc affirme dans deux lettres : « Je ne connaissais pas votre étude quand j’ai écrit la mienne. » C’est donc par intuition astrale que la tournure ironique de la phrase de Papus sur les nouveau-nés fut reproduite par M. Bosc, que le mot corroborer vint se placer dans une phrase identique et que le résumé est copié mot à mot dans Papus. Il est vrai qu’au lieu de Volonté et Activité,
288 l’initiation M. Bosc dit Activité, Volonté et qu’au lieu d’idéal il dit idéalité ; la transmission psychique a subi là quelques corrections. C’est sans doute pour cette raison et parce que deux lignes de plus sont ajoutées aux conclusions queM.
Bosc nous écrit:« J’ajouterai que mon résumé est plus développé et partant plus clair que le vôtre. » Or en ôtant ce que M. Bosc a plagié (psychiquement) dans Papus, il reste deux lignes et trois mots changés comme travail personnel. Quel curieux cas de phénomène psychique ! P.
Les Tempéraments et la Culture psychique, d’après * ' Jacob Bœhme, par Paul Sédir. - Il peut sembler osé de la part d’un positiviste de ten ter l’analyse d’un ouvrage d’un mysticisme aussi pur et aussi élevé qu’est la Culture psychique de M. Sédir.
Qu’on veuille bien se souvenir, cependant, qu’il ressort des expériences des vivisectionnistes les plus matéria listes, de ceux qui n’ont pas rencontré l'âme sous leur scal pel (! ! !) que le corps matériel tangible de l’homme, ce corps auquel ils s’abandonnent et sacrifient même toute idéalité, n’est qu’un assemblage essentiellement instable de molécules qui ne font que passer dans l’organisme ; que la vie animale n’est qu’une suite interrompue de morts partielles, de désagrégations sans cesse renouvelées ; et qu’ainsi la conception qui fait de notre corps un tout homogène et concret n’est, strictement, qu’une illusion de nos sens; le corps n’est qu’une apparence.
Par contre, il ressort non moins évidemment de l’expérience personnelle que chacun peut répéter à volonté que l’en semble de forces constituant ce qu’on appelle l’âme est individualisé au point qu’il n’est pas possible à un homme de connaître exactement et directement la pensée intime d’aucun autre homme, et qu’ainsi cette ’âme niée avec tant d’audace et d’imprudence est la seule
, j* BIBLIOGRAPHIE 289 réalité que chacun aille droit d’affirmer pour son propre compte.
Ces vérités sont la base de tout le mysticisme, sous quelque forme qu’il se manifeste; détruire les illusions matérielles, et purifier l’âme de façon à lui permettre le libre exercice des facultés qui lui sont propres, tel est le but de la culture psychique : « 11 faut que chacun deses fils (d’Adam) détruise en lui les facultés terrestres et réédifie les facultés célestes.....
Les créatures ne vivent (pour nous) qu’en vertu de l’attention que nous leur prêtrons ; si donc la volonté les abandonne, les créatures meurent en soi avec toutes leurs inclinations, qui arrêtent'actuellement l’âme dans son essor versDieu. Est-ce donc à dire qu’il faille tout négliger pour se consacrer exclusivement à la vie mystique ?
Non, car l’essence même du mysticisme, c’est l’amour : < Vivre avec le Cosmos, dit l’auteur dès la première page, c’est la Voie. » Puis, plus loin : « Il est un écueil que peu ont • évité, peut-être parce qu’il est évident.
Quand le Christ et les maîtres après lui ont recommandé de vendre tous les biens de ce monde pour se charger uniquement de la ■ croix, il n’a jamais été dans leur intention de prêcher la mendicité ; au contraire, ils ont voulu détacher de toutes choses terrestres l'homme qui les aime avec passion, c’est-à-dire négativement, pour que, ayant perdu pour lui le ressort intérieur, -il ne les considère que comme des moyens de se relier à l’universel.....
Cherche et désire la science naturelle comme le plus précieux tré sor, ce qu’elle serait d’ailleurs si l’on en usait comme il faut.....
La lumière naturelle de la raison est sans doute le trésor le plus précieux qui soit au monde si on sait l’obtenir concurremment avec la lumière divine. » Et, à côté de ces enseignements virils, si fort éloignés du Credo quia absurdum ou du Perinde ac cadaver, l’au teur montre que l’humilité, le renoncement, le gai cou rage, la pénitence persévérante et la prière sont le seul moyen de parvenir à l’illumination, et qu’ainsi, par trois étapes successives, se réalise le véritable mystique, le Nouvel Homme de Saint-Martin, qui, l’esprit dans le ciel, a cependant son cœur dans l’humanité et ses pieds sur la terre.
290 l’initiation Le travail de M. Sédir comprend une vingtaine de pages en quoi est condensée la substantificque mouëlle, comme dirait le maître occultiste Rabelais, d’une méthode expé rimentée sans relâche depuis plus de cinq ans. Ce n’est donc.pas seulement l’œuvre «de bonne foi » d’un cher cheur sceptique qui dit : « Que sais-je î » C’est, bien plus encore, l’affirmation consciente d’un expérimentateur qui a étudié, pratiqué, et qui sait.
Sur le thème quasi schématique qu’il présente aujourd'hui au public, des développements pouvant occuper plusieurs gros volumes sont susceptibles d'être édifiés par un travailleur cons ciencieux; qu’on n’hésite pas à s’engager dans la voie si magistralement tracée par M. Sédir; ce mystique est positiviste à sa manière.
Papus termine par ces mots la lettre-préface qu’il a écrite pour ce très important ouvrage : «Je puis mainte nant disparaître, certain de laisser la tradition occiden tale que j’ai défendue en des mains loyales et sûres.
Avec mes félicitations pour ce travail, recevez, mon cher Sédir, l’assurance de toute ma gratitude. » Qu'il nous soit per mis de nous associer à ce public témoignage de recon naissance pour les exemples d’abnégation distraite et effective que nous a donnés le dévoué secrétaire du Groupe indépendant d’Études ésotériques. ' Marios Decrespe. ' * ¥ Imogène, par Edmond Picard, imprimé chez F. Laricer Bruxelles, 1894, in-32 de luxe.
M. Edmond Picard est un des hommes les plus en vue de la Belgique intellectuelle et même de la Belgique poli tique. De nombreux succès de tribune et de barreau, de sérieuses études de critique, des œuvres littéraires remarquées lui ont donné une notoriété à peu près unique dans le pays.
De filiation bourgeoise, né avec tous les avantages inhé rents à cette classe sociale, il a su s’en dépouiller pour parfaiter sa culture d’assimilation esthétique. Le livre qu’il nous offre aujourd’hui est une preuve remar- .......... .... . JCiSlC
BIBLIOGRAPHIE 2§ 1 quable de la délicatesse de son cerveau et de ses grandes facultés de’compréhension.
Tout y est parfaitement adapté à l’état de la sensibilité contemporaine ; idée et forme juste assez originales pour charmer les plus indépendants des esprits bourgeois et des cœurs de femmes honnêtes, — et pour ne pas leur rendre la lecture pénible. ’ Ce livre est la peinture d’un amour élevé par la pas- * sion des deux amants jusqu’à la hauteur du Symbole.
Car c’est un mérite fort rare et qu’il ne faut pas manquer de souligner : l’esthète, chezM. Picard, s’appuie sur unphilosophe fort solidement instruit. Voici d’ailleurs une page de cette œuvre qui en indi quera l’allure mieux que toutes nos analyses : « Harmonie! Loi suprême du monde! Tu règle les infiniment grands et les infiniment petits !
En toi se déverse comme en l’abîme ultime tous les efforts de la nature et des Etres vers le Bien et le Beau, Entité der nière et irréductible à laquelle aboutissent, en leur trans formations de plus en plus simples, toutes les forces pri~ mitives, matérielles et morales. Corps premier qui résume et contient la multiplicité des autres et qui se magnifie aux proportions du Dieu un. Tu es l’infini car rien ne t’échappe.
C’est toi qui anime l’universelle et inlassable aspiration vers un état meilleur. C’est toi qui fais écloré toutes les espérances. C’est toi qui brilles inextinguible, consolatrice et encourageante, au-dessus des misères, des souffrances et des déceptions. C’est toi qui donnes la paix et la joie dès qu’on t’a conquise. C’est toi qui es le ressort toujours bandé de la perfection. Tu es l’Absolu !... . S. Essai de spiritisme scientifique, par D.
Metzger. Paris, Librairie des Sciences psychologiques. M. Metzger, spirite érudit et militant, nous présente dans son livre une série de conférences lues à la Société d’études psychiques de Genève. Après tant d’efforts tentés à Paris en vue d’amener le spiritisme dans la voie scientifique, efforts qui n’ont
l’initiation 292 abouti qu’à la dislocation des groupes parisiens, c’est avec satisfaction que nous avons constaté que M. Metz ger a défendu la cause de la doctrine kardéciste avec une tolérance peu commune à ses adeptes.
Contrairement à un grand nombre de pratiquants qui voient dans les moindres faits psychiques l’intervention des désincarnés, l'auteur nous dit que: « les causes « physiques ne sont pas tout, en effet, il y a l’intelli— « gence qui les dirige. Or cette intelligence, quelle est- < elle? Est-ce celle des assistants, celle du médium, « celles d’intelligences extra-terrestres ?
Ou bien, aurions- « nous, selon les circonstances, affaire tantôt aux unes « et tantôt aux autres, < Etant donne' que l’action de la pensée se fait sentir « en dehors des limités de l’organisme, il est infiniment « probable qu’en plus d’une occasion c’est la pensée « même du consultant qui répond à sa propre ques- « tion. » Plus loin, l’auteur passe en revue les hallucinations té lépathiques, apparitions d’humains et d’animaux ; puis des conseils très judicieux sont donnés sur la manière de diriger les groupes d’études pratiques, et sur l'entraî nement des médiums.
Nous citerons encore un curieux chapitre où M. Metzger croit voir un certain rapport (au moins extérieur) entre les feux follets, les feux l’Elme et les lumières mystérieuses qui apparaissent dans quel ques réunions spirites. Puis, après avoir traité de la question des matérialisations partielles et totales,l’au teur termine son œuvre par une conclusion remarquable par l'indépendance des théories émises.
En résumé, le livre de M. Metzger est une heureuse ac quisition pour tout chercheur s’intéressant à l’étude des phénomènes de l’astral.
Nous terminerons en souhaitant que l’auteur, quoique réfractaire encore à la théorie occultiste, poursuivre des études si heureusement commencées; nous ne doutons f>as alors que, par la connaissance plus approfondie de la oi du ternaire (dont il n’a jusqu’à.présent entrevu qu’une partie), il n’arrive à des conclusions identiques à celles de nos maîtres.