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L’Initiation Revue philosophique indépendante des Hautes Études Hypnotisme, Force psychique Theosophie, Kabbale Gnose, Franc-Maçonnerie Sciences Occultes 24SVOLUME. — 7me ANNÉE SOMMAIRE DD N’11 (Août 1894) Ce numéro contient en Frontispice le Portrait de Phïlophotes, {Albert Poisson'). PARTIE INITIATIQUE... Esotérisme du Pater Noster................................... Papus. (p. 97 à io5). L’Art et l’Esotérisme (fin).
Barletet Lejay. (p. 106 à 129). PARTIE PHILOSOPHI - Les Cures sympathiques QUE ET SCI ENTIFIQU E (fin).........................................Cari du Prel. (p. 13o à 15o). La Pathogénie chinoise. (avec six figures)........... MoGd. (p. 15o à 168)................ Paracelse et sesXIV livres des paragraphes (tra duction et commentaires inédits)......................... . E. Bosc. (p. 168 à 173). PARTIE LITTÉRAIRE... La Maison hantée.............
Bulwer-Lytton. (p. 174 à 176). L’Hymne d’Orphée (poé sie)...................................Alfred le Dain. (p. 177 à 178). La Rose (poésie)................J. de Tallenay. (p. J78 à 180). Groupe indépendant d’études ésotériques. — Socie'tés adhérentes au groupe. — Eglise gnostique. — Bibliographie. — Nouvelles diverses. Le Numéro : UN FRANC. — Un An : DIX FRANCS Rédaction : Administration, Abonnements : 2g, rue de Trévise. 20 3, rue Racine, 3 PARIS PARIS
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion ; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initiation est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l'arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cléricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l’initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits.
Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier. ■ L’Initiation paraît régulièrement du 15 au 20 de chaque mois et compte déjà sept années d’existence. — Abonnement: 10 francs par an. (Les collections des deux premières années sont absolument épuisées.)
L'Initiation du i5 août 1894 Principaux Rédacteurs et Collaborateurs de l’Initiation i° PARTIE INITIATIQUE F. Ch. Barlet, S.-. I.-. & — Jules Doinel, S.-. I.-. (D. G. E., — Ep. Gnost. — Stanislas de Guaita, S.'. I.-. — Marc Haven, S.-. I.-. — Julien Lejay, S.-. I.-. $ — Emile Michelet, S.’. I.-. (C. G. E.) — Lucien Mauchel, S.l I.-. (D. S. E.) MoGd, S.-. I.-. — George Montière, S.-. I.-. — Papus, S.-. I.-. £ — Quærens, S.-. I.-. (D. G.
E.) — Sédir, S.-. I.’. (C. G. E.) — Selva, S.-. I.-. (C. G. E.) — Vurgey. 2° PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Abil-Marduk. — Amelineau. — Aleph. — Badaire.— Dr Ba raduc. — Le F.-. Bertrand 3o” .’. — René Caillié. — Camille Chaigneau.— Chimua du Lafay. — Alfred le Bain.— G. Delanne. — Fabre des Essarts. — Dr Fugairon. — Dei.ézinier.— Jules Giraud. — Haatan. — L. Hutchinson. — L.
Lemerle. — Marcus de Vèze. — Napoléon Ney. — Eugène Nus. — Horace Pelletier. — G. Poirel. Raymond. — A. de R. — Dr Sourbeck. — L. Stevenard. —■ Thomassin. —■ G. Vit.oux. — Henri Welsch. — Oswald Wirth. — Yalta. 3» PARTIE LITTÉRAIRE Maurice Beaubourg. — E. Goudeau. — Manoël de Grandford. — Jules Lermina. — L. Hennique. — Catulle Mendès. — George Montière. — Léon Riotor. — Saint-Fargeau. — Robert Scheffer. — Emile Sigogne. — Ch. de Sivry.
4° POÉSIE Ch. Dubourg. — Rodolphe Darzens. —Yvan Dietschine. — Maurice Largeris. — Paul Marrot. — J. de Tallenay. — Robert de la Villehervé.
L’Initiation du i5 août 1894 GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ESOTERIQUES Secrétariat : M. Paul SÉDIR 4, Avenue de ¡’Opéra, 4 PARIS Quartier Général : 29, Rue de Trévise, 29 PARIS But. — Le Groupe a pour but principal d’étudier théoriquement et expérimentalement les forces encore non définies de la Nature et de l'Homme — en dehors de oute secte et de toute personnalité. Membres. — Les membres ne payent ni cotisation ni droit d’entrée. —Tout abonné de l’initiation ou du Voile d’Isis reçoit sa carte de membre sur demande affranchie adressée au Secrétariat. Organisation. —Le Groupe comprend 22 commissions d’études au Quartier Général à Paris. Il compte actuellement 80 branches et correspondants au dehors. Des conférences et des cours ont lieu régulièrement au Quartier Général. Renseignements. — Pour tous renseignements sur le Groupe ou les sociétés adhérents dans les différents pays, e'crire en joignant un timbre pour la réponse à M. Paul Sédir, 4, Avenue de l’Opéra, Paris.
Albert POISSON (PH ILOPHOTES) Le Rénovateur de la Science Hermétique. 1869-1894
La reproduction des articles inédits publiés pur l'initiation es formellement interdite, à moins d’autorisation spéciale. PARTIE INITIATIQUE Le « Pater » a toujours été considéré comme une des plus ésotériques d’entre les prières chrétiennes.
D’après la tradition, le Christ aurait, au moment du sacrifice, adressé cette merveilleuse invocation à son Père céleste et tous les occultistes ont présent à l’esprit le travail d’Eliphas Lévi sur le verset occulte du « Pater ». Quelle que soit l’origine réelle de cette prière, il est facile d’en déterminer l’essence hautement initiatique par une analyse, même sommaire.
Nous allons tenter de présenter à nos lecteurs, dans les quelques pages suivantes, un premier résumé de nos recherches à ce sujet. Nous ne doutons pas que des esprits mieux préparés que le nôtre, concernant ce sujet, ne puissent pousser bien loin une étude que nous ne ferons qu’effleurer. Il faut considérer dans le « Pater » : i0 La Prière en elle-même ;
9 8 l’initiation 2° Les divisions qu’elle présente et leur raison d’être ; 3° Les adaptations de cette Prière d’après les prin cipes de l’Analogie. La Prière. Le « Pater » comprend deux parties : i° Une partie exotérique, seule connue de la généralité des catho liques d’Occident ; 2° Une partie ésotérique, connue des églises d’Orient et dont l’énonciation est réservée aux prêtres.
La Partie exotérique comprend la Révélation des forces qui agissent dans les trois mondes et l’analyse de leurs moyens d’action. La Partie ésotérique rattache ces forces à leur prin cipe par la Révélation des mystères du Grand-Arcane. C’est la Synthèse des enseignements dont l’analyse est continue dans la première partie. Donnons pour mémoire le texte français de ces deux parties.
PARTIE EXOTÉRIQUE Père notre qui es aux Cieux, Que Ton Nom Soit sanctifié, Que Ton Règne arrive, Que Ta Volonté soit faite — Sur la Terre comme au Ciel. •k * * Donne-nous aujourd’hui notre Pain Quotidien, Pardonne-nous nos offenses,
ÉSOTÉRISME DU PATER NOSTER 99 Comme nous les pardonnons à ceux qui nous ont offensés ( i ). ** ¥ Préserve-nous de la Tentation, Et Délivre-nous du Mal. PARTIE ÉSOTÉRIQUE (ou gnostique) Parce que Tu es, La Royauté et la Règle et la Force en action dans les Æons (cycles générateurs). c'Ort o-Tj èordv 7j paaiÀeia xai 7] xai 7j Aûvau.iç eîç tou? ’AtSvàç. ’A[X7|V .
Tel est le texte de la Prière, dans lequel nous avons du reste indiqué déjà les divisions sur les quelles nous reviendrons tout à l’heure. Pour l’instant qu’il nous suffise de constater que les Mots employés sont très généraux. Père, Nom, Règne, Volonté, Terre, Ciel. Pain, Pardon, Dettes (ou offenses), Tentation, Péché.
Cela nous indique dès maintenant que ce sont des Lois auxquelles nous avons affaire, c’est-à-dire que, d’après la méthode chère aux anciens, chacun de ces (i) Rappelons le texte latin de ce verset : Dimitte nobis débita nostra sicut et nos dimittimus debitoribus nostris. ce qui doit être traduit exactement : Remets nous notre Dû comme nous remettons à ceux qui nous doivent leur dû à notre égard.
100 l’initiation mots est une clef analogique permettant d’adapter la loi 'énoncée à toute une série de réalités. C’est à un essai de quelques-unes de ces adaptations que nous consacrerons notre prochaine étude. Revenons aux divisions capitales qu’il faut établir entre les Ver sets.
DIVISION DES VERSETS Nous savons que l’occultisme, sans distinction de dates ni d’écoles, enseigne l’existence de trois mondes i° Le Monde Divin ; 2° Le Monde Moral ou Astral ; 3° Le Monde Physique. M. Amelineau, dans son savant travail sur la Gnose égyptienne, insiste sur ce fait que toutes les écoles gnostiques sont d’accord sur l’existence des trois mondes. Il en est de même de toutes les écoles Kabbalistiques, alchimiques ou théurgiques.
Or les trois premiers versets correspondent au Monde Divin caractérisé par trois termes. Père. Nom, Règne et synthétisé par le terme Vo lonté. Terre, Ciel sert de lien entre les deux mondes. Pain, Pardon, Offense correspondent au monde de la Volonté humaine. Enfin Tentation et Péché se rapportent à la chair et au monde physique. Monde Divin Dieu est analysé sous sa triple manifestation :
ÉSOTÉRISME DU PATER NOSTER IOI Le Père (Notre Père) considéré comme existant dans tous les deux, c’est-à-dire dans tous les plans où notre Idéal peut se révéler soit en physique, en astral ou en divin.
Ce Père se manifeste par deux autres aspects, le Verbe (Ton Nom) dont la véritable connaissance doit être réservée aux initiés pour ne pas être profanée (soit sanctifié) ; Le Saint-Esprit (Ton Règne), réalisation vivante de la Divinité dans toutes ses incarnations et dont l’ini tié appelle partout l’avènement total (qu’il arrive).
Enfin l’Unité Divine apparaît dans cette mysté rieuse invo-évolution de la Volonté (Ta Volonté) dont le courant d’amour parcourt toute la création depuis la Matière (la Terre) dans tous ses plans jusqu’à l’Esprit, l’idéal (le Ciel) dans toutes ses hiérarchisa tions. C’est ce mystérieux courant (évoqué par Hermès au début de sa Table d’Émeraude) qui lie le monde Divin au monde humain que nous allons mainte nant aborder. Monde Humain.
A tous les Instants de Notre Vie le courant d’Amour divin pénètre en nous et nous apporte le Pain spiri tuel dont nous devons quotidiennement assimiler les influences salutaires.
Mais, le plus souvent, nous fermons notre âme à cet influx divin qui, semblable au Soleil éclairant la Terre, ne peut cependant pas pénétrer au fond.de la grotte que nous creusons nous102 l’initiation mêmes en nous enfonçant dans la Matière au lieu d’évoluer vers l’Esprit. Quelle est donc le moyen d’ouvrir notre être au Pain quotidien de spiritualité? Le Verset suivant va nous l’apprendre.
Chaque offense faite à notre Immortalité divine est une dette que nous contractons librement envers nous-même et dont nous devrons nous acquitter par les souffrances de la prochaine incarnation. Ainsi que l’enseignait Pythagore, nous générons sans cesse notre avenir par l’emploi que fait notre Volonté du Présent.
Or il est un moyen d’ouvrir rapidement la porte de notre ciel intérieur, c’est de sacrifier un peu de notre égoïlé en faveur d’un peu de notre uni versalité. Notre vie égoïste est en nous, mais notre vie morale est dans les autres. Ce n’est qu’en agis sant au profit des autres que nous agissons en mode d’évolution ; tandis qu’en agissant a notre profit nous agissons en mode d’involution, d’obscurcisse ment.
Si quelqu’un m’injurie, il contracte envers moi une dette morale dont je suis libre de retarder le règlement à mon gré. Il devient, de par son action, mon esclave. Si je garde la haine de son action et si je pense à la vengeance, je m’égoïse, je génère volon tairement le mal qui me tue spirituellement.
Mais, si je pardonne, je m’universalise, j’agis en mode divin, et je détruis non seulement le mal que j’allais me faire, mais encore le mal que mon ennemi s’était fait à lui-même; j’avance, dans la mesure de mes moyens, l’évolution de l’humanité tout entière en rendant
ÉSOTÉRISME DU PATER NOSTER io3 attractives deux âmes qui seraient restées, peut-être des siècles, répulsives l’une à l’autre et qui auraient retardé la réintégration finale. Le Pardon volontaire est donc bien la méthode d’appel à la Providence la plus merveilleuse qui nous ait été révélée. De là l’importance capitale de ce mot au point de vue de la création consciente, par l’homme, de son Immortalité.
Monde Physique Cette création de Péché, c’est-à-dire du mal pour nous-même, est en effet la clef de notre incarnation dans le monde de la Chair, dans ce monde de la Tentation Physique. C’est l’Adam spirituel qui, par son désir de s’unir à la Matière dans l’espoir d’être plus fort que Dieu, a créé en ses molécules, c’est-àdire en nous, la Tentation vers le monde d’en bas. Notre époque est gravement malade d’une erreur issue de même source.
Entre deux puissances, l’idée nue et sans forces apparentes et l’Argent en apparence si puissant comme levier universel, le profane court à l’argent et ne tarde pas à s’apercevoir que cette puissance n’est qu'illusoire et que le tas d'or diminue à mesure qu’on veut en diffuser l’influence dans un plus grand nombre d’êtres. L’Idée, au contraire, se multiplie par le nombre d’êtres qui l’incarnent, s’accroît avec le Temps. Entre l’Esprit, idéal subtil, et la Matière, manifestation immédiate, Adam a choisi cette dernière ; de là le
l’initiation 104 Mal, le Péché, l’incarnation que chacune des molé cules adamiques, c’est-à-dire chaque être humain, doit tuer en lui en faisant appel à l’Union avec l’Idée-Providence par le Sacrifice progressif de la Matière-Destin La clef de toute cette évolution, de cette union possible de Dieu et de l’Homme, est contenue dans un seul Principe : le Pardon.
On peut terminer ici le « Pater » si l’on ne possède que les deux premiers degrés de l’initiation ; mais les « pneumatiques » vont aller plus loin et évoquer le grand mystère de la constitution divine. Nous lèverons le voile autant qu'il est possible de le faire sans danger par le parallèle suivant : Car Tu ES La Royauté La Règle La Force Les Æons Principe du Père. Principe du Fils.
Principe de l’Esprit. dans Principes créateurs du Ciel, de l’homme et de la Terre, c’est-àdire des Trois-Mondes. Manifestations de la Volonté Divine (les Æons correspondant aux Ælohim de Moïse). Résumons tout ce que nous avons déterminé jusqu’à présent dans un tableau final et nous reESOTERISME DU PATER NOSTER io5 mettrons au prochain article l’étude si intéressante des adaptations du Pater. MONDE DIVIN Notre Père qui es dans les Cieux.
Que ton Nom soit sanc tifié. Que ton Règne arrive. Père Verbe L'Esprit INVOE VOLUTI ON (Lien).
Que ta Volonté soit faite \Passage du Divin sur la Terre > au comme au Ciel. ( Moral MONDE MORAL (L’Homme). ¡ Influence cons tante de la Provi dence sur NOUS Pardonne-nous nos offen- ( Auto-création ses Comme nous les ) de Notre Avenir pardonnons à ceux qui ) par nous ont offensés. ( Notre Présent MONDE PHYSIQUE Préserve-nous de la Ten tation Et Délivre-nous du Péché. .
Destruction du MAL par notre alliance avec Dieu SYNTHÈSE Car Tu es la Royauté, Et la Règle, Et la Force en action dans les Æons (les cycles générateurs). Amen. ¡Partie ésotérique 'ciefde la Révéla tion. le Grand Arcane Papus.
io6 l’initiation CHAPITRE III I L’artiste désireux de la perfection adresse à la cri tique trois questions principales : Quelles qualités lui manquent ? Quelle direction doit-il adopter pour les acquérir? Et par quel travail plus particulier? Pour déduire leur solution de notre théorie, ras semblons d’abord tous les principes quelle nous a fournis.
L’Art, incorporation du Verbe dans la Forme, par une création propre de l’homme, doit dominer le sen timent public pour le régir, tout en en suivant les fluctuations, parce que l’œuvre artistique agit sur l’âme humaine comme un stimulant d’activité des plus puissants.
Le domaine esthétique se trouve réparti en quatre régions principales tellement naturelles qu’elles se partagent et expliquent à la fois les diverses formes de l’Art, les écoles qui s’y disputent la suprématie; le goût, le style, la manière de chaque artiste, les iml’art et l’ésotérisme 107 pressions du public et jusqu’aux décisions de la cri tique.
Nous avons reconnu que ces quatre ordres esthé tiques qui, par leurs combinaisons, embrassent toutes les variétés secondaires, correspondent à autant de systèmes fondamentaux de philosophie parce qu'ils représentent les aspects principaux de l’idée au point de vue humain. En Art, ils proviennent des propor tions de la Forme à l’idée dans la combinaison d'où naît la création artistique.
Deux de ces ordres sont de caractère absolu, comme se rapprochant le plus de la Forme pure ou de l’idée pure : les deux autres sont relatifs à l’homme : ils viennent : l’un du Sentiment, plus voisin de la Forme, l’autre de ¡’Assentiment, plus voisin de l’idée.
Aucun d’eux n’est parfait; tous sont défectueux: mais cepen dant tous sont estimables ; nous n’en devons con damner aucun au nom des autres, parce que, loin qu’ils- soient inconciliables, chacun d’eux, comme chacune de leurs combinaisons, est un acheminement vers la perfection qui doit les embrasser tous.
Cette perfection nous l’avons trouvée non dans le mélange éclectique, ou dans une moyenne de médio crité, mais dans la création de la Forme exactement adéquate à l’idée, dans l’idéalisation de la Forme; non dans un équilibre fixe des ordres ou des écoles, mais dans un but infiniment éloigné dont l’histoire de l’Art trace le devenir indéfini.
Si nous pouvions développer ici cette histoire, nous verrions apparaître successivement, dans un ordre constant, nos quatre systèmes naturels couronnés par
I 10 l’initiation demande à chacun de ses novateurs, et chacun d’eux, en effet, la lui prépare, chacun doit la prévoir pour diriger vers elle tous les efforts de son travail person nel. Voilà ce que la critique doit se rappeler. Exiger du talent qu’il se fasse génie, dédaigner, décourager tout ce qui n’atteint pas les hauteurs est le fait d’un juge ment étroit qui ne voit que le temps présent.
Rien ne doit, non plus, être plus spontané que l’inspiration artistique: l’Esprit souffle où il lui plaît; il ne faut donc pas songer à le détourner sous prétexte de le diriger par nos règles factices. il n’est pas plus sage enfin de prétendre à la perfec tion par l’exaltation d’aucune école spéciale ; ce n’est point par l'immensité de ses qualités que le génie se distingue ; elles sont toujours accompagnées de défauts énormes ; c’est par la grandeur de sa synthèse, de sa spiritualité.
Le génie ne se crée pas, il naît: il descend parmi nous tout armé comme Minerve sortant du cerveau de Jupiter, mais il ne naît point sans l’incubation des efforts individuels qui le précèdent, sans le travail des siècles qu'il achève; il faut seulement à ces efforts une orientation appropriée ; c’est cette orientation que nous avons à chercher à l’aide des principes établis jusqu’ici.
II Nous avons vu que toute œuvre artistique suppose comme éléments essentiels : le goût, qui en est l’esprit, et préside au choix du sujet : le style, qui en est l'âme
l’art et l’ésotérisme 107 pressions du public et jusqu’aux décisions de la cri tique. Nous avons reconnu que ces quatre ordres esthé tiques qui, par leurs combinaisons, embrassent toutes les variétés secondaires, correspondent à autant de systèmes fondamentaux de philosophie parce qu'ils représentent les aspects principaux de l’idée au point de vue humain.
En Art, ils proviennent des propor tions de la Forme à l’idée dans la combinaison d'où naît la création artistique. Deux de ces ordres sont de caractère absolu, comme se rapprochant le plus de la Forme pure ou de l’idée pure ; les deux autres sont relatifs à l'homme ; ils viennent : l’un du Sentiment, plus voisin de la Forme, l’autre de L’Assentiment, plus voisin de l’idée.
Aucun d’eux n’est parfait; tous sont défectueux; mais cepen dant tous sont estimables ; nous n’en devons con damner aucun au nom des autres, parce que, loin qu’ils- soient inconciliables, chacun d’eux, comme chacune de leurs combinaisons, est un acheminement vers la perfection qui doit les embrasser tous.
Cette perfection nous l’avons trouvée non dans le mélange éclectique, ou dans une moyenne de médio crité, mais dans la création de la Forme exactement adéquate à l’idée, dans l’idéalisation de la Forme; non dans un équilibre fixe des ordres ou des écoles, mais dans un but infiniment éloigné dont l’histoire de l’Art trace le devenir indéfini.
Si nous pouvions développer ici cette histoire, nous verrions apparaître successivement, dans un ordre constant, nos quatre systèmes naturels couronnés par
io8 l’initiation une ère synthétique où le génie, faisant un pas nou veau vers la perfection, donne à l’esprit humain une impulsion qui se partagera ensuite dans le même effort quaternaire. Tels ont été les grands siècles intellec tuels et artistiques caractérisés par-les noms des Ap pelle, des Raphaël, des Poussin.
Cette marche cyclique du progrès, que nous devons laisser au lecteur le plaisir de reconnaître par luimême fournit à la critique quelques enseignements essentiels : Un Homère, un Phidias, un Raphaël, un MichelAnge, ne naissent pas spontanément, inattendus, comme par un coup de foudre, au milieu d’un siècle qui, mal préparé, ne saurait les comprendre.
L’histoire nous montre le génie toujours précédé d’un ensemble de précurseurs moins puissants qui lui ouvrent la voie en disposant pour lui, à leurs dépens, les esprits des contemporains. Il apparaît comme l’efflorescence fé conde de toute une vie qui a grandi confuse encore et comme dépourvue d’âme jusqu’à ce qu'il arrive pour en faire éclater l’unité, l’harmonie et la beauté par l’esprit qu’il y ajoute.
Aussi se refuse-t-on souvent à croire à son existence individuelle quand les siècles accumulés ont effacé les détails de son existence humaine sans diminuer sa grandeur. Les noms d’Her mès, d’Orphée, d’Homère, sont devenus la synthèse légendaire de tout un siècle.
C’est une loi universelle et la loi fondamentale du progrès que l’Esprit vienne animer ainsi les synthèses que prépare la Nature en ses aspirations vers I’Unité et la perfection de l’Être ; la théorie darwinienne, ap
l’art et l’ésotérisme 109 puyée de la paléontologie, en a donné de notre temps la confirmation la plus éclatante. Après qu’une suite de transformations de détails a produit comme une confusion d’essais plus ou moins informes, un être complet en son genre est adopté par l’Etre universel pour subsister, seul type d’une espèce qui, par de nou veaux efforts vers la perfection, méritera, par la suite, une synthèse nouvelle.
Après que l’homme de génie est venu enrichir le monde de ses oeuvres puissantes, les disciples la di vulguent, la disséminent d’abord, puis la discutent, la modifient, la corrompent, la transforment jusqu’à ce qu’elle semble disparaître perdue en une confusion inextricable, mais c’est de cette confusion même que naissent, avec les précurseurs, les éléments de la syn thèse nouvelle en progrès sur la précédente.
La Vie universelle s’accomplit comme celles indivi duelles, en analogie avec celle d’une terre que se par tagent les jours et les nuits, ou avec celle de notre organisme, en une suite de systoles et de diastoles, semblables aux mouvements par lesquels notre cœur répand le sang purifié par le principe actif de l’air ou ramène à cette vivification le sang épuisé pour la nour riture du corps.
Par cette loi s’explique notre siècle aussi fécond que troublé. Il a tout scruté, analysé, décomposé; mais, possédé jusque dans l’anarchie de ce besoin d’harmo nie et d’unité que rien ne saurait arracher du désir humain, il aspire autant que jamais à quelque syn thèse gigantesque en proportion avec le bouillonne ment qui l’annonce ; il la pressent, il l’entrevoit, il la
I IO L INITIATION demande à chacun de ses novateurs, et chacun d’eux, en effet, la lui prépare, chacun doit la prévoir pour diriger vers elle tous les efforts de son travail person nel. Voilà ce que la critique doit se rappeler. Exiger du talent qu’il se fasse génie, dédaigner, décourager tout ce qui n’atteint pas les hauteurs est le fait d’un juge ment étroit qui ne voit que le temps présent.
Rien ne doit, non plus, être plus spontané que l’inspiration artistique: l’Esprit souffle où il lui plaît; il ne faut donc pas songer à le détourner sous prétexte de le diriger par nos règles factices.
Il n’est pas plus sage enfin de prétendre à la perfec tion par l’exaltation d’aucune école spéciale ; ce n’est point par l’immensité de ses qualités que le génie se distingue ; elles sont toujours accompagnées de défauts énormes ; c’est par la grandeur de sa synthèse, de sa spiritualité.
Le génie ne se crée pas, il naît; il descend parmi nous tout armé comme Minerve sortant du cerveau de Jupiter, mais il ne naît point sans l’incubation des efforts individuels qui le précèdent, sans le travail des siècles qu'il achève ; il faut seulement à ces efforts une orientation appropriée ; c’est cette orientation que nous avons à chercher à l’aide des principes établis jusqu'ici.
II Nous avons vu que toute œuvre artistique suppose comme éléments essentiels : le goût, qui en est l’esprit et préside au choix du sujet; le style, qui en est l’âme
l’art et l’ésotérisme 111 «t influe surtout la composition, et la manière, qui est double ; touche, complément du style, d’où dépend l’exécution des détails, et Science, empruntée aux lois naturelles.
Nous avons dû noter aussi que le goût et le style correspondent au rôle passif de l’artiste, à l'inspiration; leur modification ne peut s’attendre que d’un travail psychique très délicat auquel la critique ne doit tou cher qu’avec la plus grande réserve, de peur de le troubler; il est particulièrement difficile à la nature impressionnable de l’artiste.
C’est principalement dans le goût et le style que ¡réside la synthèse géniale; c’est donc d’eux surtout qu’il ne faut exiger qu’un per fectionnement limité. Nous ne nous attarderons pas à en détailler la marche, nous nous contenterons d'indiquer le but le plus prochain de ce perfectionnement pour chaque ordre d’artiste, obligés de négliger même les analogies qui justifient cette indication.
Chacun de nos tempéraments artistiques a trois perfections, en correspondance avec les trois aspects de toutes choses ou point de vue humain : l'une pas sive, par rapport à l’Universel Créateur; l’autre active, par rapport à la Nature créée; la troisième mixte, ou réciproque, par rapport à l’homme.
Les voici énumérées dans cet ordre : La triple perfection de goût et de style que l’idéa liste doit faire éclater en son œuvre est dans la Foi en l’absolu, le rayonnement ou Splendeur sur le Monde, Majesté imposante vis-à-vis de l’homme. La perfection, pour le tempérament intellectuel, se
I 12 l’initiation manifeste par la Noblesse, Y Indépendance et la Justice Pour le tempérament sentimental elle est dans la Piété (au sens le plus large du mot), les grâces de la Poésie, et Y Amour. Enfin la perfection du tempérament réaliste se tra duit par la Sérénité panthéiste (ou esprit de fatalité placide), la Puissance productrice et féconde; \a. Pru dence humble et patiente.
On pourra préciser ces assertions en comparant, par exemple, Raphaël à Michel-Ange; la splendeur majestueuse, la piété, la grâce, la douceur du premier accusent nettement son caractère idéaliste et senti mental ; la vigueur indépendante, la puissance, la grandeur violente et fatale du second le signalent aussi clairement comme le maître des intellectuels réalistes et passionnés. * * * Si le perfectionnement du goût et du style sont si difficiles pour l’artiste, il peut au contraire se consi dérer comme à peu près maître de sa manière et sur tout de la science.
Ici ce n’est plus seulement à une perfection partielle qu’il doit aspirer, c’est à l’union de tous les genres, à l’acquisition de toutes les res sources. Elles sont toutes indispensables à la traduc tion fidèle de son goût et de son style, quels qu’ils soient; sans elles l’intensité même du génie contribue à l’exagération des défauts.
Combien de coloristes seraient parfaits, plus maîtres du dessin ; ou combien de dessinateurs, s’ils avaient perfectionné leur coloris r voyez encore les deux illustres exemples cités tout à
l'art et l’ésotérisme i 13 l’heure; à quelle hauteur est parvenu Raphaël, dans la Dispute du Saint Sacrement, ou la Transfigura tion, par les deux transformations successives de sa manière sous l’influence de Léonard de Vinci et de Michel-Ange ! Combien ce dernier lui reste inférieur, au contraire, par la puissance même de sa vigueur, pour n’avoir pas su donner plus de moelleux à un corps angélique qu’au torse d’un Hercule !
Ainsi point de perfection, même dans son ordre, pour l’artiste qui négligera l’étude consciencieuse des manières propres aux autres tempéraments. Sans doute, il devra conserver sa note dominante, mais elle ne restera pas exclusive ; l’harmonie des autres contribuera même à la rehausser. Ce n’est qu’enrichi de ces ressources qu’il pourra aborder utilement letude delà Nature, son souverain Maître, seule capable de le parfaire.
L’ordre de transformation de la Manière n’est pas indifférent; il est irdiqué par le classement naturel des quatre sortes de :empérament. Les deux extrêmes, idéaliste et naturalis e, sont opposés et contraires ; les rapprocher immédiitement expose à des réactions violentes et stériles ;ce sont les deux absolus que la Vie seule peut rassônbler pour les identifier dans l’harmonie.
Les deux autres ordres : le sentimental et l’intellectuel, sont ces intermédiaires vivants, propres à l’homme, opposés comme analogues, d’union plus facile. Ils ne sont, cepeidant, que par les deux absolus, qui, sans eux, resteraieit en une éternelle contrariété. Par leurs tendances propres, ces quatre ordres sont comme en mouvemen : l’intellectuel descend de
114 l’initiation l’absolu idéal vers l’absolu substantiel, par le senti ment; le sentimental, à l’inverse, s’élève, de cet absolu subsantiel, vers l’intellectuel et l’idéal où le portent ses aspirations intimes. Il se produit entre ces quatre élé ments métaphysiques comme un double courant qui transporte incessamment le Néant vers l’Etre, la Matière vers l’Esprit ; c’est le sens de ce courant que l’artiste doit observer en ses transformations.
Ainsi l’idéaliste qui a besoin de lester pour ainsi dire sa pensée des procédés du réaliste, devra traverser d’abord ceux de l’intellectuel et du sentimental, en suivant le courant descendant. Il est à remarquer que telle fut en effet l’évolution de Raphaël qui, dans son existence pourtant si brève, approcha plus que tout autre peut-être de cette synthèse suprême de perfec tion.
A l’inverse, le réaliste doit s’élever, par la manière du sentimental d’abord, à celle de l’intellectuel puis de l’idéaliste; c’est la voie qu’a su.vie le Poussin, cet autre génie presque complet; élève de Vouet et de Claude Lorrain, il arriva par un travail constant à la plus grande rigueur de dessin ; il ibandonnera même plus tard, par une exagération maheureuse, la manière du Titien adoptée d’abord, nous privant dans ses derniers chefs-d’œuvre du charmt du coloris qui l’au rait fait maître complet.
Ruben: aussi peut être cité pour le même ordre d’efforts, nais moins étendus ; Van Dyck s’y est avancé davan age : on peut remar quer du reste à son sujet comment le disciple continue l’évolution de son maître. Quant aux intermédiaires, l’intellectuel comme
l'art et l'ésotérisme i 15 l’idéaliste doit achever sa descente jusqu'au réalisme à travers le sentiment avant de remonter à l'idéalisme : c’est la voie où s’est engagé Léonard de Vinci, mais sans la parcourir complètement.
Le sentimental, au contraire, qui tient de plus près au naturalisme, doit rectifier sa fougue par la manière sévère de l’intellectuel, puis s’élever jusqu’à l’idéalisme avant de redescendre à l’école réaliste qu’il sera capable alors de dominer avec avantage. (On pourrait peut-être nommer Courbet et Théodore Rousseau comme exemples de cette évolution au moins par tielle.) Les artistes à tempéraments complexes, qui sont de beaucoup les plus nombreux, doivent être considérés comme des tempéraments simples en voie de progrès ; ils s’expliquent alors d’après les principes précédents ; leur orientation se trouve indiquée par l’analyse de leur caractère.
Le cadre de cette esquisse ne nous permet pas mêmelarevue des tempéraments binaires, mais deux exemples célèbres indiqueront comment on peut les étudier.
L’intellectuel sentimental, peintre dramatique et mouvementé tel que Gros ou Delacroix, est orienté dans le sens de la descente ; il tend vers la couleur ; il ne se complétera qu’en remontant du fonds réaliste au procédé idéaliste dont il procède; c’est à quoi Gros a réussi bien mieux que Delacroix.
A l’inverse, le sentimental intellectuel, comme Rubens, par exemple, est en mouvement ascendant; c’est ce qui explique, nous l’avons dit tout à l’heure, comment Van Dyck lui succède et le perfectionne en
ii6 l’initiation remontant vers l’intellectualité et même l’idéalisme.
Il faut noter aussi qu’il est toute une catégorie de tempéraments composés de deux éléments écartés l’un de l’autre; par exemple, le Dominiquin, idéaliste à tendances réalistes pour qui l’exécution de la pensée était un long et pénible labeur : pour ceux-là, l’évolu tion consistera à s’emparer d’abord des caractères intermédiaires ; le Dominiquin devait s’attacher aux procédés intellectuels et sentimentaux ; ces derniers surtout lui ont manqué ; sa peinture en est restée raide et composée.
Baudry, qui semble avoir appartenu à cette catégorie, a bien mieux réussi ses remarquables transformations : Roll, Puvis de Chavannes, peuvent aussi être rattachés à cet ordre, le premier comme en mouvement descendant; le second, au contraire, remontant vers l’idéal. ★ * * Ces principes nous permettent de répondre aux deux premières des questions qui s’imposent à la cri tique.
Le tempérament propre de l’artiste s’obtient d’abord par une analyse souvent assez délicate, mais que l’exercice facilite assez rapidement dès que l’on s’est rendu maître des caractères qui spécifient les quatre ordres principaux. Une fois ce tempérament établi, il suffit d’appliquer les règles précédentes pour indiquer à l’artiste la voie qui peut le conduire le plus aisément à la perfection de son genre propre.
l'art et l’ésotérisme Il7 Reste à résoudre la troisième question, celle des conseils pratiques. III Nous n’avons pas à insister ici plus que nous ne l’avons dû faire plus haut sur les procédés de la cul ture psychique qui seule peut perfectionner le goût et le style.
Les moyens en sont connus de tous : l’obser vation, l’étude des chefs-d’œuvre qui préparent à celle de la Nature: la lecture, la méditation et, par-dessus tout peut-être, la culture morale, la purification de l’âme sans laquelle rien de vraiment grand ne peut s’obtenir dans aucun des domaines de la pensée. Quant à l’ordre à suivre en ce magnifique et difficile labeur, il est fixé par les préceptes établis précédem ment.
Que chacun aspire d’abord à celle de ses trois perfections la plus rapprochée de son tempérament, pour arriver à la plus éloignée par celle intermédiaire. Pour le réaliste, par exemple, la Sérénité panthéiste, qui est comme la possession de l’Esprit de la Nature, occupe le rang le plus élevé ; il y parviendra en recher chant d’abord le moindre, celui de la perfection sen sible, la Puissance productrice et féconde.
Par elle il se rapprochera du sentiment ; il s'attachera ensuite à exprimer cette soumission patiente, mais active et laborieuse de l’humble à la fatalité de son sort, senti ment qui l’amènera à l’intellectualité ; la combinaison de ces deux ordres de pensée l’élèvera plus facilement au degré suprême. Les exemples abondent d’artistes contemporains lancés dans cette voie pleine de pro messes pour l’avenir.
118 l’initiation Laissant au lecteur le soin d’appliquer la même règle aux autres tempéraments, nous arrivons tout de suite à la pratique du perfectionnement propre à la manière.
Les préceptes en sont plus faciles et plus précis. * * L’art de la peinture consistant essentiellement à donner l’illusion de l’espace au moyen de lignes et de couleurs tracées sur un plan, tous les principes de sa pratique se trouvent renfermés dans la perspective, en donnant à ce mot sa signification la plus étendue.
Aussi pourrait-on en partie faire l’histoire de la pein ture, au moins dans ses premiers temps, par celle des progrès de la perspective : parle relief, ou modelé des figures, par le raccourci, et enfin par les procédés divers qui donnent l’illusion des lointains. Depuis les célèbres traités de Léonard de VinÇj, tout le monde connaît les trois genres bien distincts de perspective : la linéaire, la chromatique, et celle du clair obscur.
On peut dire que les transformations les plus modernes de la peinture qui procèdent de l’école naturaliste de Velasquez, de Murillo, de Rem brandt, bien plus restreinte autrefois, ont ajouté un quatrième genre de perspective, celui où la couleur seule donne le relief, non plus par un coloris assez simple, mais par les nuances les plus fines, qui cher chent à reproduire toutes les gradations délicates de la Nature. Nous sommes ainsi en possession de quatre sortes de perspectives, et, comme on va le voir, elles nous
l’art et l’ésotérisme i i g offrent cette particularité des plus remarquables qu’elles correspondent précisément à nos quatre ordres d’ar tistes, complétant les caractères qui les spécifient par une note pratique plus frappante que les autres. Il est indispensable, pour le montrer, de rappeler en quelques mots quelques détails techniques que l’on n’est pas accoutumé à considérer sous ce jour.
Tout le monde sait que, pour se rendre compte théoriquement d’un tableau, il suffit de se le repré senter comme la vitre d’une fenêtre sur laquelle on dessinerait ou l’on peindrait un objet extérieur tel qu’on l’aperçoit à travers cette vitre. Le point qui se trouve exactement en face de l’œil du spectateur (sur la ligne perpendiculaire à la vitre) est dit le point de vue principal.
Toutes les lignes perpendiculaires à la fenêtre semblent se diriger vers lui pour s’y confondre. La ligne horizontale menée par ce point est dite ligne ■d'horizon du tableau : tous les objets qui sont au-des sous d’elle sont vus par le dessus ; tous ceux qui se trouvent au-dessus de cette ligne sont vus par le des sous.
On comprend que le spectacle ainsi aperçu par la fenêtre variera non seulement dans son étendue, mais dans son effet aussi selon qu’on s’approchera plus ou moins de la vitre. Si l’on en est tout à fait à proximité le tableau différera peu de l’aspect que l’on aurait eu en se plaçant au dehors : celui de l’espace en tous sens.
S’éloigne-t-on, au contraire, beaucoup plus loin, les objets latéraux les plus proches disparaissent du tableau en laissant l’attention plus libre pour ceux qui sont en face ; les lignes perpendiculaires au tableau
120 L INITIATION qui fuyaient vers le point de vue principal n’appa raissent que par leurs extrémités où leur écart n’est plus guère appréciable, les objets éloignés ne sont plus rattachés aux objets plus proches, ils disparaissent au profit de ceux-ci qui, par ce double motif, deviennent le sujet principal, presque exclusif, du tableau.
C’est ce phénomène optique qui nous oblige à nous mettre en un point particulier pour examiner conve nablement un tableau : nous nous plaçons devant lui comme nous le ferions à la fenêtre qu’il représente pour voir le même spectacle. Chaque tableau a donc sa distance comme sa ligne d’horizon. L’artiste est absolument maître de choisir l’une et l’autre selon l’effet qu’il veut rendre, comme en ayant été lui-même impressionné.
Or par le choix de ces deux éléments nos quatre tempéraments se révèlent aussitôt; ils se condamnent presque, en même temps, comme on va le voir, à l’un de nos quatre genres de perspective, et reçoivent ainsi un cachet très accentué Ils n’échappent à ce genre d’exagération personnelle qu’en se rendant maîtres de toutes les sortes de pers pective pour leur emprunter les correctifs nécessaires.
L’idéaliste, amant de l’infini, veut de l’espace illi mité, et, par conséquent de la lumière à flots, la lu mière naturelle du soleil qui remplit et personnifie pour ainsi dire l’espace visible. L’idéaliste se rapproche donc de la fenêtre pour jouir du spectacle dans toute l’ampleur de ses trois dimensions : sa distance est la moindre ; le champ de son tableau est vaste , sa ligne d’horizon est abaissée (parfois même au-dessous du cadre).
l’art et l’ésotérisme 12 I Son attention se fixe-t-elle en cet espace sur un objet unique qu’il entend reproduire seul, séparément, il le rend alors tel qu’il le voit dans l’espace illimité, c’est-à-dire en pleine lumière (i), ce qui produit un effet tout particulier dont il est aisé de se rendre compte par un exemple exagéré.
Regardez quelque objet au microscope, en l’éclairant fortement : son relief et ses couleurs s’effacent, vous n’en voyez plus que le profil avec les silhouettes de ses principaux détails, marqués par des lignes continues d’une extrême finesse. C’est ainsi que l’idéaliste voit la nature : pour lui, tout est diaphane, il ne reste que des contours purs et déliés au milieu d’une lumière homogène à peine teintée de quelques nuances.
Telle sera sa peinture aussi ; il n’a plus à sa disposition que la ligne, et la ligne réduite à son expression la plus simple ; la cou leur lui manque presque entièrement. Il n’a donc aussi qu’un moyen de rendre l’illusion de cette pro fondeur qui lui est chère ; ce moyen est celui de la perspective linéaire, et, de fait, c’est le plus puissant pour rendre l’espace (2). Tout autre est le réaliste.
Toujours désireux de l’objet solide et bien apparent, il se recule loin de notre fenêtre imaginaire pour n’être pas distrait dans sa (1) Il ne faut pas entendre par cette expression le plein air qui va être expliqué un peu plus loin. (2) Voir, par exemple, le Mariage de la Vierge de Raphaël tableau composé alors qu’il se rapprochait encore le plus des primitifs.
122 l’initiation contemplation par les accessoires latéraux ou loin tains. Sa distance est la plus grande : il peint volon tiers de grandeur naturelle, tant il aime à limiter son champ. Il regarde de face (ou même d’en bas), négligeant tout ce qui est au-dessus de son sujet comme ce qüi l’entoure : sa ligne d’horizon est très élevée ; ses tableaux manquent souvent de ciel.
Comme il se plaît à la solidité, au relief avec toutes les nuances graduées qui le produisent, il aime à mettre l’objet en plein jour, mais en jour diffus, non en lu mière éclatante. Ce qu’il cherche, ce n'est point la lumière absolue de l’idéaliste, mais les reflets de la lumière sur le corps qu’il examine et qu’il a seul en vue dans tous les mystères de sa réalité (i).
Or ces reflets produisent les couleurs, et les couleurs jus qu’aux nuances, c’est-à-dire leurs combinaisons en proportions infiniment variées. La ligne de contour n’existe plus pour lui ; elle est fournie comme dans la nature par les nuances seules.
Le réaliste pourra donc être le coloriste par excel lence, le partisan du plein air. l’artiste aux mille nuances délicates, harmonieuses, fondues, aux jeux de lumière délicieux, mais incapable de dessin, de (i) Ce sont ces reflets considérés dans toutes leurs nuances et empruntés surtout à la lumière diffuse, qui constituent la peinture de plein air, par opposition à l’éclairage artificiel de l’intellectuel dont il sera question tout à l’heure.
Le plein air ne suppose donc pas nécessairement un tableau lumi neux comme le sera toujours celui de l’idéaliste. Celui-ci aper çoit les objets dans la lumière; le réaliste voit la lumière sur les objets.
l’art et l’ésotérisme 125 lointains, de perspective linéaire, il n'aura que celle qui donne le relief par les nuances ; c’est là cette pers pective nouvelle, bornée aux premiers plans, dont nous avons parlé tout à l'heure. Nous l’appellerons la perspective chromatique (par extension ou plutôt par déplacement du sens donné jusqu’ici à cette déno mination) . C’est surtout au salon du Champs de Mars qu’on en trouvera de remarquables exemples.
Entre ces deux types sont ceux des artistes aux tempéraments moyens : ils ont ensemble quelques caractères communs. Ils ne s’approchent pas du tableau autant que les idéalistes, mais ils s’éloignent moins que les réalistes : leur distance est moyenne. Leur ligne d’horizon, aussi, occupe une position médiane (i).
Ce qu’ils cherchent à voir, en effet, ce ne sont ni les vastes horizons ou l’espace du premier, ni les détails plas tiques des derniers ; ils s’attachent à quelque scène d’ensemble qui se passe à portée de la vue, ni trop près ni trop loin.
Le champ de leur tableau est assez souvent comme la scène d’un théâtre ; les accessoires latéraux sont en grande partie rejetés hors du cadre par l’effet de la distance moyenne ; quant aux fonds, ils s’en soucient assez peu ; ce sont encore des acces soires à moitié cachés par les acteurs du tableau prin cipal. Le type de ces artistes participe, mais incomplète ment, des caractères propres aux deux autres.
Ils (i) C’est à peu près la distance classique qui est d’une fois et demie la largeur du tableau, et la hauteur classique qui est des deux tiers de sa hauteur.
l’initiation 124 conservent la couleur du réaliste parce que leur lu mière plus limitée ne la détruit pas; ils ont aussi la ligne de l’idéaliste, mais bien moins nette, moins fine, plus altérée par l’effet des couleurs.
En outre, tant à cause de la disparition partielle des accessoires laté raux que parce que leur horizon est en partie masqué, la fuite des lignes qui leur restent n’est plus assez apparente pour accuser clairement la profondeur dont ils ont. besoin ; la perspective linéaire ne peut leur suffire, bien qu’ils l’emploient; Ils y suppléent par une perspective d’autre nature, celle aérienne ; voici comment : D’abord, pour accuser la forme de chaque détail, qui en constitue le modelé., ils accentuent la ligne des contours et la couleur par le contraste des ombres et des lumières: en peinture ce procédé se nomme le clair-obscur.
E11 outre, pour donner la profondeur, ils se fondent sur ce fait que l’interposition de l’air éteint ce même contraste en diminuant la vivacité de la lumière, des ombres et des couleurs en proportion de l’épaisseur de la couche d’air, et par conséquent de l’espace qu’elle remplit: ils traduisent la distance par la dégradation des tons et des teintes.
La perspective aérienne par ce double artifice exige une lumière plus accentuée et souvent, aussi, plus localisée, plus artificielle par conséquent: c’est par elle que l’académie est tombée dans ce convenu contre lequel tant de peintres modernes réagissent avec énergie par l’étude de la réalité. La perspective aérienne se partage du reste entre deux écoles. Les intellectuels, comme plus rapprochés
l’art et l’ésotérisme 125 des idéalistes, se contentent presque de lui demander la ligne et les jeux de la lumière ou clair-obscur; la couleur reste un accessoire où les teintes sont négli gées; le procédé du glacis peut y suppléer; on s’y contente des tons. Pour eux le modelé, ainsi prive des ressources propres au coloris, demande une accen tuation plus énergique; la pénombre tend à dispa raître ou au moins à se réduire.
Voilà pourquoi l’intellectuel peint par contrastes, par méplats, par couleurs plates et souvent simples, en correspondance parfaite avec la rigueur et l’énergie de son caractère. En même temps, sa distance est moindre que celle du sentimental, sa ligne d’horizon est moins relevée aussi; ses fonds sont disposés en deux ou trois plans parallèles nettement espacés; sa ligne reste accentuée sous la couleur.
Nous nommons ici aéro-linéaire la perspective ainsi caractérisée. Le sentimental plus rapproché du réaliste a du coloris, au contraire; son trait disparaît sous la cou leur, bien qu’il l’ait guidée. Cet artiste a donc un peu moins de lignes que l’intellectuel, mais les teintes dont il disposesuffisentà l’éloignement en profondeur et au modelé.
Sa lumière est donc moins crue, son coloris est plus moelleux, sa perspective fuit mieux aussi ; son caractère est surtout dans la teinte, c’est-à-dire dans la variation d’une même couleur par l’addition d’une ou plusieurs autres qui restent accessoires par rapport à celle-là. Son coloris, supérieur à celui de l’intellectuel, est
126 L'INITIATION plus riche qu’harmonieux; il est loin encore des nuances voluptueuses du réaliste, mais il a plus de chaleur que lui. Il conserve aussi tout ce qu’il peut de la perspective linéaire dont il a particulièrement besoin parce que les ressources de ses teintes lui per mettent souvent plus de hauteur et de profondeur qu’à l’intellectuel.
Nous nommerons sa perspective : Chromo-linéaire. * * Voilà donc nos quatre perspectives qui naissent du caractère même des quatre ordres principaux d’ar tistes (i). Perspective linéaire à distance courte, à champ étendu, lumineuse, à traits fins, purs, délicats, à cou leur effacée et plate. C’est celle de l’idéaliste.
Perspective aéro-linéaire, à distance moyenne, à champ limité en hauteur et en profondeur; par elle les lointains et le ciel apparaissent souvent plats comme une toile de fonds théâtrale mal venue ; ^es traits, la lumière, les ombres sont accentués, les couleurs tranchées et vigoureuses, mais simples, à ( i ) Il faut remarquer que dans un tableau les diverses sortes de perspective qui y sont employées doivent fournir la même distance; c’est une difficulté dont les artistes ne triomphent pas toujours ; elle peut produire une discordance dont la cause échappe aisément à la critique.
Ce défaut est particulièrement dangereux pour les intellectuels et les sentimentaux qui ont toujours deux sortes de perspective. Nous avons cru le remar quer notamment dans le tableau exposé cette année par Munkazi ; la perspective chromatique donne une distance bien plus grande que l’aérienne.
l’art et l’ésotérisme 127 l’aspect sombre, énergique. C’est la perspective des intellectuels. Perspective chromo-linéaire, à distance moyenne encore, mais un peu plus grande, au dessin plus moel leux mais plus relâché aussi, au coloris plus riche et plus fondu, à lumière plus dispersée, avec plus de profondeur et parfois plus de hauteur ; en tous cas plus suave et plus variée. C’est celle du sentimental.
Enfin, perspective chromatique qui ne conserve plus que la couleur et se borne à peu près exclusi vement au premier plan pour le rendre en un modelé plein de vérité, d’harmonie, de délicatesse. C’est la perspective du réaliste. La première se caractérise surtout par la ligne : La seconde, par le ton (indépendant de la couleur) La troisième, par la teinte, ou variation d’une même couleur ; La quatrième par la nuance, ou combinaison de couleurs.
Il est aisé maintenant de tracer la voie des progrès pratiques en appliquant à ces distinctions les règles fixées plus haut pour le perfectionnement général ; quelques mots suffisent à les rappeler. L’idéaliste devra s’attacher d’abord à l’étude du clair-obscur, puis à celle du coloris, par la perspective chromo-linéaire, pour arriver enfin jusqu’aux nuances du réaliste ; elles seront précieuses pour ses premiers plans.
Le naturaliste, au contraire, si expert en ces mêmes nuances, devra s’accoutumer à les chercher dans la profondeur de son tableau, entre les plans successifs,
128 l’initiation pour s’enrichir de la perspective chromo-linéaire : Une fois qu’il en sera maître, il passera facilement à la perspective aéro-linéaire, et par elle il arrivera enfin à l’étude de la ligne qui donnera plus de finesse à ses contours, plus de distiction à ses formes, d’expres sion à ses figures.
Le sentimental s’élèvera d’abord au clair-obscur, puis à la perspective linéaire, études qui ne lui seront pas fort pénibles, après quoi il redescendra direc tement à la perspective chromatique pour se rendre maître de tous les artifices du coloris. C’est peut-être le tempérament le plus heureusement disposé à cause de son avancement sur la voie ascendante.
L’intellectuel doit descendre au contraire en étu diant les teintes du sentimental, puis les nuances du coloriste, avant de revenir au dessin qui a besoin chez lui d’être purifié et précisé.
Mais ne manquons pas de nous rappeler surtout que ces études ne doivent jamais être que le prélude de celle qui les domine toutes, l’étude du maître par excellence de la Nature ; elles n’ont d’autre but que de faire comprendre méthodiquement en enseignant à rendre avec vérité chacun des détails par lesquels la Beauté se manifeste en ses formes. ★ ¥ ¥ En disant comment tout artiste peut arriver à la perfection qui lui est propre, en indiquant même la spiritualisation de la Forme comme but de cette per fection, nous n’avons entendu donner la préférence à
l’art et l’ésotérisme 12g aucun ordre particulier de peinture. Nous avons tou jours insisté au contraire sur la pensée que chacun d’eux a son rôle, sa place désignée dans l’éducation sociale. Quel est ce rôle spécial ? C’est là une question qui intéresse la sociologie et non l’esthétique ; nous ne l’avons donc pas abordée ici.
C’est au directeur social, quel qu’il soit, à savoir employer pour le plus grand bien de l’esprit public les richesses que l’art lui prodigue aujourd’hui plus abondantes et plus variées que jamais, mais qu'il se garde de les vouloir régler par aucune contrainte. A l’artiste seul appartient de diriger comme il l’entend son œuvre.
Semblable à la sibylle antique, il écoute, il traduit les inspirations de l’invisible qui est son domaine propre ; il jette ensuite au vent les feuilles où sa réponse est écrite, laissant à qui veut les consulter le soin d’en profiter pour le mieux au gré de ses désirs ou de ses besoins1 Barlet et Lejay.
LES Ses cheveux devinrent de plus en plus épais et pri rent tout à fait la couleur et la dureté des cheveux de Kerner (i). Dans ce cas l’Od, l’essence du magnétiseur, se montra comme principe organisateur^ tel qu’il l’était pour son propre corps, il le fut aussi pour le corps sur lequel il fut transplanté, Kerner ajoute : « Ce fait prouve la grande force sympathique que possèdent les cheveux.
Non seulement la somnambule devint lucide chaque fois qu’elle mit sur le sommet de sa tête une mèche de mes cheveux, mais en se lavant la tête chaque matin avec l’eau dans laquelle elle avait mis des mèches de cheveux (il fallait toujours que ce fût un nombre impair), elle reçut une chevelure très épaisse de la couleur et de la dureté de ma propre chevelure.
Elle avait des cheveux fins, soyeux et noirs et en peu de temps, elle reçut, en employant ce remède, (i) Kerner : Histoire de deux somnambules, 121, i32, i38
LES CURES SYMPATHIQUES I 3 I une chevelure épaisse, brune et dure.
Durant cette période elle devint très forte de figure et, à ce propos, elle me dit : « J’ai pris la forme de ta figure comme la couleur de tes cheveux; si un magnétiseur maigre m’avait soigné, je serais également devenue maigre. » Une partie de l’eau qu’elle avait employée ayant été jetée par inadvertance sur le poêle, elle eut un mal de tête affreux qui ne cessa que quand toute l’eau fut vaporisée.
Kerner rappelle à ce propos la tradition populaire qui veut qu’on ne jette jamais les cheveux, mais qu’on les brûle pour qu’on ne puisse s’en servir pour des influences magiques et qu’en outre, si les oiseaux emploient ces cheveux pour la construction de leurs nids, les personnes auxquelles ils ont appar tenus souffrent du mal de tête durant la période que couvent ces oiseaux (i).
On a employé aussi le règne végétal pour la trans plantation des maladies. On mêle la mumie avec de la terre noire et on y sème une plante qui peut guérir la maladie en question. Pendant sa croissance, la plante attire à elle l’esprit mumial et entre ainsi en rapport avec le malade. Après cela il faut détruire la plante d’une manière qui soit en rapport avec la maladie.
Ou on la brûle, ou on la sèche à l’air, ou on la jette dans une eau courante ou on l’enterre sur le fumier. On peut encore soutenir la transplantation en arrosant journellement la plante par l’eau dans laquelle le malade s’est lavé ou par son urine. Mais ici il faut savoir discerner. Santanelli
132 l’initiation dit : « Les plantes ne conviennent pas toutes pour tous. Elles ont leurs propriétés et leurs forces spéciales et agissent en conséquence sur l’esprit vital qu’on unit à elles. Voilà pourquoi l’herbe férigineuse agit autrement que le chardon ; la première se rapporte aux douleurs de la tête, la seconde à la maladie du foie » (i).
On peut encore réunir les deux méthodes de trans plantation en introduisant la maladie dans une plante et en donnant celle-ci à manger à un animal (2). Une autre méthode consiste à déposer la mumie dans le creux d’un arbre ou dans la racine, et cela au printemps, alors que la sève circule vivement. Les Paracelsistes recommandent la « déposition » contre les maladies chroniques et la transplantation contre les maladies passagères.
La transplantation est aussi un bon préservatif. On choisit des arbres à croissance lente si l’on désire avoir une action durable, et des arbres à croissance vive si l’action doit être immé diate. Reichenbach a démontré dans ses nombreux ou vrages que des effluves odiques se détachent non seu lement des organismes et des plantes, mais aussi des minéraux. Ceux-ci aussi furent employés par les Paracelsistes pour des cures sympathiques.
On attri buait surtout au vitriole (sulfate de cuivre) une in fluence salutaire. On conseillait contre le mal de dent de curer la dent jusqu’au sang, puis de mettre au fond (1) Santanelli, 24. (2) Maxwell, II, 8.
LES CURES SYMPATHIQUES 133 du trou un peu de cette poudre de vitriol. Le chan celier comte Kenelm Digby, ami des rois Jacques, de Charles I et Charles II possédait une poudre renom mée. Il a écrit là-dessus un traité d’où j’extrais l’his toire suivante (i) : M. Howell, en se promenant, rencontra soudai nement deux amis qui se battaient en duel. Il se jeta entr’eux et fut grièvement blessé à la main gauche.
Quelques jours après, il alla trouver Digby pour que celui-ci lui donnât de sa poudre parce qu’il souffrait beaucoup et le médecin exprimait la crainte de voir la gangrène se déclarer. Digby demanda un objet quelconque qui eût été imbibé du sang de la plaie et Howell fit chercher la jarretière avec laquelle on avait bandé à la hâte la blessure, le jour du combat. Digby mit la jarretière dans une cuvette avec de l’eau et y jeta sa poudre.
Il regarda Howell qui causait à l’autre bout de la chambre avec un ami ; au même moment il se retourna disant que la douleur avait cessé et qu’il sentait un fraîcheur agréable. Digby lui conseilla alors de débarrasser la plaie de tous les emplâtres et de se borner à la tenir bien propre. Le roi Jacques apprit cette histoire et vint chez Digby avec le duc de Buckin gham. Digby tenait à leur prouver l’efficacité de sa poudre.
Il ôta la jarretière de l’eau et la fit sécher près du feu. Bientôt après, le serviteur de Howell vint dire que son maître souffrait énormément de la plaie, que c’était comme si du charbon ardent la brûlait. Digby lui répondit qu’il pouvait retourner chez son maître (i) Digby. La poudre de sympathie.
l’initiation T 34 et lui dire que la douleur allait cesser aussitôt; il remit la jarretière dans l’eau et non seulement les douleurs cessèrent de suite, mais la plaie fut cicatrisée après cinq ou six jours. Digby confia au roi le secret de sa poudre qu’il avait reçu d’un moine revenu des Indes en Italie, et plus tard il écrivit son Oratio de pulvere sympathetico.
Maintenant, pour ce qui concerne l’influence subite de cette substance métallique sur la mumie, il suffit de dire que les Paracelsistes regardaient le sang comme mumie particulièrement efficace parce qu’il contient plus d’esprit vital que toute autre substance : voilà pourquoi on cherchait à agir directement sur lui pour guérir des abcès, des plaies et des hémorrhagies.
Après une saignée, par exemple, on avait l’habitude d’enterrer le sang après y avoir ajouté des herbes cura tives. Ceci correspond à ce que dit une somnambule: « Quand on me saigne, alors je sens une grande quan tité de force magnétique me quitter ; une personne qui serait très impressionnable pour des influences magnétiques s’endormirait facilement en aspirant la vapeur qui s’échappe du sang qui quitte les veines » ( 1 ).
Reichenbach arrive à la même conclusion ; il dit à propos du sang saturé d’Od : « A différentes reprises je levais les bras en l’air devant M"° Zinkel qui alors, au fur et à mesure que le sang descendait, voyait très bien mes bras pâlir et perdre leur lumière. Quand je les laissais retomber, (1) Du Potet : Journal du Magnétisme, VIII, 172.
LES CURES SYMPATHIQUES 135 elle les voyait redevenir lumineux dès que le sang affluaitvers leboutdes doigts. Je repris cette expérience avec Mlle Zinkel plusieurs années plus tard. D’abord je lui montrai mes mains et mes bras étendus horizonta lement, puis je les élevai verticalement et aussitôt elle les vit devenir plus obscurs.
Etendus horizontalement ils redevinrent plus clairs et,quand jeleslaissai tomber entièrement, elle les vit aussitôt tout à fait lumineux. La lumière odique variait donc d’après la proportion de sang que contenait les veines (i) ». Ceci explique comment le sang, si riche en Od, peut être également si efficace comme mumie. Mais on peut employer d’autres substances mumiques pour les cures sympathiques.
Wirdig dit : « J’appelle mumie, et je considère comme véhicule de transplantation toute substance imprégnée d’esprit vital. » Lui aussi nomme en pre mière ligne le sang, mais il mentionne encore toute secrétion du corps ou excrétion du corps : urine, sueur, lait, cheveux, ongles, qui, séparés du corps, gardent pendant un certain temps une portion d’esprit vi tal (2).
Il nomme également l’haleine et la salive; ainsi ce sont les mêmes substances qu’on retrouve jouant éga lement un si grand rôle dans les guérisons du magné tisme animal, ainsi que dans les guérisons miracu leuses de l’ancien et du nouveau testament. Toutes les maladies, selon les Paracelsistes, dérivent (1) Reichenbach: VHomme sensitif, 1, 766; n, 74 (2) Wirdig, II, R. 27.
j36 l’initiation d’un désordre de l’esprit vital ; Mesmer plus tard a énoncé la même idée. Il est du devoir du médecin d’influencer cet esprit vital, et cela devient possible par le rapport qui existe entre cet esprit vital et la mumie. Quand on traite la mumie, la guérison se répercute sur l’organisme.
Pour démontrer comment cette union solidaire existe entre l’Od de la mumie et sa source organique, on a cité un phénomène analogue dans le domaine de la nature : Gœthe le mentionne en disant : Quand les vignes fleurissent Le vin remue dans le tonneau.
Tenzel démontre que le vieux vin fermente dans le tonneau et devient trouble quand le cep d’où il pro vient commence à fleurir (i) « Comment se fait-il, dit Santanelli, que les vins espagnols par exemple qu'on emporte à Naples gardent leurs habitudes climatolo giques et fermentent quand les vignes fleurissent en Espagne et non quand elles fleurissent à Naples (2).
Ce rapport existe donc dans toute la nature et peut être employé chez l’homme pour guérir les maladies avec plus d’efficacité que par la thérapeutique actuelle. Un traitement direct de l’Od extériorisé de la mumie doit agir immédiatement sur l’organisme malade tandis qu’un remède introduit dans le corps ne fait qu’effleurer l’enveloppe.
Voilà pourquoi les Paracelsistes méprisent les cures allopathiques, non seule ment parce qu’ils inclinent vers le traitement homéo- ( 1) Tenzel, t. 1. Santanelli, 2.
LES CURES SYMPATHIQUES 13/ pathique et isopathique, mais parce que l’allopathie ne peut jamais atteindre que le corps et peut tout au plus agir sur les symptômes delà maladie, tandis que l’esprit vital n’en est jamais influencé. Ils disent que la guérison doit s'effectuer intérieurement au sein même de la vie.
C’est l’esprit vital qui doit être amé lioré et qui doit recouvrir ses forces ; c’est lui qu entretient le processus vital ; c’est lui qui est le repré sentant de la vis medicatrix naturce. et c’est lui aussi qui saura se rendre maître de la maladie. Et, en effet, nous le voyons bien, c’est presque toujours la nature elle-même qui viendrait à notre aide.
Cette améliora tion et cette force rendue à l’esprit vital se produit par l’entremise de la mumie; mais, comme son rapport avec le corps est basé sur une influence mutuelle, il faut que le corps du malade observe une diète con venable durant le cours du traitement de la mu mie. La mumie se trouve en rapport, non seulement avec le corps entier, mais surtout avec la partie du corps d’où elle est tirée.
Maxwell nous dit : « On guérit les maladies des intestins en agissant sur les excréments, les maladies des reins à l’aide de l’urine; on emploie souvent encore cette dernière substance pour les ma ladies générales, parce qu'elle se trouve alliée aux veines, au foie et à l’estomac. On guérit les maladies des poumons au moyen des glaires ou des crachats excrétés en toussant.
On guérit à l’aide de la sueur les parties d’où elle est prise; les ongles s’emploient comme mumie pour traiter les maladies des mains et des pieds, les cheveux s’emploient pour la partie du
i38 l’initiation corps d’où ils ont été coupés, et enfin on agit sur le corps entier en se servant du sang (i). » Chaque maladie exige un traitement spécial de la mumie.
Voici ce qu’en dit par exemple Santanelli : « Si l’on mêle le jus d’euphorbe avec les excréments frais, le malade est purgé magiquement, mais il ressent de violentes douleurs qui disparaissent aussitôt qu’on ■ arrose la mumie d’eau coulante (2). » Si parles excrétions du corps on parvient à atténuer les maladies, parce que ces eucrétions imbibées par une partie de l’esprit vital, attirent à elles le mal, cet effet doit être plus grand encore, si l’on prend une partie du corps même.
C’est en effet ce que pensait Paracelse et voici ce que nous raconte Van Helmont : « Un habitant de Bruxelles avait perdu son nez au combat. Il s’adressa à un médecin nommé Tagliacozzo, à Bo logne, et demanda qu’on lui posât un nez artificiel. Mais, comme il ne voulut pas se laisser couper la -chair de son propre bras, il tomba d’accord avec un ouvrier, qui pour une certaine somme se laissa couper la chair nécessaire pour le nez.
Après treize mois, ■quand le patient était rentré chez lui, son nez com mença à devenir froid; quelques jours après il pourrit et tomba. On commença à s’informer de la cause de cet étrange événement, et il se trouva qu’au même moment où le nez avait commencé à devenir froid l’ouvrier était décédé.
Ceci peut être attesté par des témoins oculaires demeurant encore à Bruxelles (3). (1) Maxvell, II, 14. (2) Santanelli, 10. (3) Van Helmont: De magnetica vulnerum curatione.
LES CURES SYMPATHIQUES I 3g. On dit qu’Edmond Abouta traité un sujet analogue.- dans un roman: Le ne% du notaire.
On pourrait ajouter à ces faits ce qui se rapporte aux remèdes encore employés de nos jours: L’on guent d’armes, la lampe de vie, le philtre d’amour, les injections animales (7z), mais il faut que je passe outre et il me suffit de poser la question : Comment, le moyen âge est-il parvenu à ces connaissancesdes cures magico-magnétique ?
Il est évident que le hasard, l’expérience et les spéculations philosophiquesn’auraient pas suffi pour les découvrir, bien que les médecins de cette époque eussent l’avantage d’être non seulement docteurs en médecine mais en mêmetemps docteurs en philosophie, tandis que de nos joursle matérialisme a rendu notre vue bien trouble. Mais il existe encore une troisième source d’intelligence, magique que j’ai effleurée tout à l’heure.
Paracelse décrit (i) un état d’extase qui pourrait bien ressembler au somnambulisme. « Dans cet état, dit-il, on lit dans, l’invisible et l’on découvre les secrets de la na ture ». Il existait beaucoup de ces extatiques au moyen âge, ce furent des somnambules thérapeutes ; on les trouvait parmi les possédés, les sorcières et même parmi les Saintes, Sainte Hildegarde par exemple.
Nous retrouvons encore cette faculté parmi les som nambules artificiellement conduits dans cet état par la magnétisation ; elles sont alors influencées par les qua lités odiques de toutes choses, voilà pourquoi elles re- (i) Paracelse, De imaginibus, II, 3o8.
l’initiation 140 connaissent tout de suite l’essence des choses et savent en quel rapport cette essence se trouve vis-à-vis du corps humain ; telle était la somnambule Manette Une somnambule de Puységur au siècle passé avait égale ment décrit sa maladie de manière à désigner claire ment la transplantation, bien qu’elle n’eût jamais entendu parler de ces choses-là (1).
La « voyante de Prévorst », de Kerner, indiqua souvent l’essence des plantes qu’elle tenait dans ses mains et c’est de cette manière aussi que les somnambules parviennent à faire la diagnostic des personnes avec lesquelles on les met en relation et à leur prescrire les remèdes capables d’améliorer leur Od.
Elles sentent que les qualitésodiques des différentes personnes varient selon leur individualité; c’est donc par le contact et non par clairvoyance qu’elles jugent. Dernièrement, à l’oc casion du procès du somnambule lost de Dorlisheim à Strasbourg, les « gens compétents » déclarèrent que la clairvoyance n’existait pas et que par conséquent le diagnostic et les prescriptions dudit lost n’étaient qu’escroquerie.
Ce procès s’est donc appuyé sur des données entièrement erronées puisqu’il s’agissait d’effluves odiques et non de clairvoyance. Ceux qui nient ces faits sur lesquels est basée toute l’existence devraient se renseigner chez Reichenbach. Si l’on avance que ce ne sont que les médecins qui ont le droit d’être juges dans cette question on peut citer des noms appartenant à ce camp comme Ochorowicz, (1) PuyséG'jr. Mémoires, 368, 36g.
LES CURES SYMPATHIQUES iqi Baréty et le Docteur Martin Ziegler dont je ne con nais les écrits que depuis peu (i); Il serait à désirer qu’on fît observer à de pareils « compétents » qu’ils n’ont pas le droit de parler au nom de la science puisqu’ils n’émettent que leur opi nion personnelle.
Quand des somnambules touchent des cheveux ou du linge d’un malade absent, ils sentent, par les effluves odiques emmagasinés dans ces objets qui se fusionnent avec les leurs, de quoi souffre le malade.
C’est à cause de cette fusion que les somnambules ressentent souvent les douleurs des malades dont ils touchent les objets et que l’éloignement de leur magné tiseur ou de l’objet avec lequel ils se trouvaient en rapport les impressionne péniblement.
Une des som nambules de Kerner qui avait tenu pendant longtemps un cep à la main, disait, quand celui-ci fut mis sur une table, qu’il fallait le lui rapporter « parce qu’elle n’était pas encore tout à fait sortie du cep » et que l’éloignement soudain d'un objet ou d’une personne avec lesquels elle s’était trouvé en rapport l’affectait toujours péniblement (2).
Cette somnambule se mon trait également tout de suite au courant de la trans plantation.
Tenant à la main une branche de noyer, elle dit : « Si on brûlait cette branche imbibée de mon magnétisme, je souffrirais des douleurs atroces dans toutes les parties de mon corps et j’en mourrais cer- {1 ) Martin Ziegler, Atonicité et Zoicité. — Lutte pour l'exis tence entre l’organisme animal et les algues microscopiques. — Le rayonnement magnétique. (2) Kerner, Histoire de deux somnambules.
l’initiation 142 tainement. Si on la mettait dans de l’eau, je sentirais un frisson parcourir tous mes membres, toute ma force serait absorbée par l'eau, j’aurais la fièvre et je serais privée de mes sens. La seule chose qui pourrait me sauver alors serait qu’on me fît boire cette eau et qu’ainsi mes forces me fussent rendues (1).
Ainsi les diagnoses des somnambules sont « odiquessensitives »; voilà ce qu’on aurait dû prendre en con sidération lors du procès « Schlofer » à Strasbourg. Les remèdes des somnambules sont très souvent des cures sympathiques parce qu’ils connaissent le monde odique. Voilà pourquoi je crois que la connaissance des cures magnétiques du moyen âge avait pour source les communications des somnambules.
Un des moyens de transplantation chez les Paracelsistes était l’Application. Celle-ci consistait à poser sur le corps ou sur la partie du corps malade un objet qui pouvait s’imbiber de l’esprit vital malade. Maxwell, par exemple, conseille de mettre un concombre près d’un enfant souffrant de la fièvre; le concombre se gâte, mais l’enfant guérit. On peut aussi guérir les enfants en mettant dans leur lit un jeune chien (2).
Voici, à ce propos, ce que dit une somnambule de Bende Bendsen. Durant le traitement de la malade, la veuve Petersen, il arriva deux fois que son petit chien eût des crampes dans les jambes de derrière et qui ne (1) Kerner, 237. M. de Rochas, sans connaître ce fait, est arrivé aux même conclusions. Pour éviter d'affaiblir les reflets quand il a eu l’occasion de dissoudre leur sensibilité dans un verre d’eau, et leur faire boire cette eau. Baraduc, etc. (2) Maxwell, II, 9.
LES CURES SYMPATHIQUES 143 le quittèrent qu’après plusieurs heures. La malade lui déclara pendant son état somnambulique que le chien avait été infecté par elle.
Là-dessus, Bendsen lui demanda s’il était possible de reporter ses crampes sur un animal, et elle répondit : « En ce cas, il faudrait que mon propre chien, qui, se trouvant toujours en contact avec moi, partage mes effluves, soit magnétisé en même temps que moi et qu’il lût alors mis en contact avec mes mains et mes pieds. Dans ce cas, une crampe passerait sur lui, mais cela ne réussirait pas avec un chien étranger.
Le mien, au contraire, reste tantôt dans mon lit, tantôt sur mes genoux; je le caresse et lui mâche quelquefois le pain dont je le nourris; tout cela le met avec moi dans un rapport de magnétisme ani mal très intime. » Elle ne voulut pas permettre au docteur d’expéri menter dans ce sens, mais il fit l’expérience avec une autre malade: « Pendant l’hiver 1819, je fis l’expé rience sur une autre malade souffrant de crampes et j'employai un chien étranger.
Je le mis aux pieds de la malade sans le magnétiser et le chien eut beau se débattre, les crampes le saisirent. II tournait les yeux, tordait la bouche et crispait les pieds tout à fait comme le faisait la malade quand les crampes saisis saient ses bras et ses jambes. Mais après deux minutes, il se mit de nouveau à courir dans la chambre en cherchant à se cacher (1) ». Du reste, ce genre d’application fut autrefois fré< (1) Archives du magnétisme animal, IX, t, 1 53.
i44 l’initiation quemment employé par les médecins (i). Le Dr Mill ier à Pforzheim employait à cet effet de jeunes pigeons. La veuve Petersen conseilla un jour à son docteur de lui faire appliquer de la viande fraîche contre le mai de tête. Il le fit plusieurs fois avec succès, puis donna la viande soit à son chien, soit à un chien du voisi nage ; chaque fois, ces animaux devinrent malades de la même maladie.
Ce genre de remèdes sympathiques et d’autres encore ont été souvent contrôlés par des médecins (sans préjugés) qui ont constaté leur effica cité.
Nous avons donc une concordance absolue entre ce que les Paracelsistes ont enseigné au moyen âge, ce que les Mesmeristes enseignent depuis cent ans, ce que Reichenbach et d’autres encore ont découvert, et ce que les différents somnambules ont reconnu intui tivement sur le Rapport et la Transplantation. En tout cas, le principe fondamental de tout cela est indiscutablement vrai.
Mais si on me demande si on devrait revenir à ce traitement, je ferais une restric tion. Pour juger ce traitement d’après ces fruits, il faut nous adresser d’abord à Paracelse. C’était le médecin le plus renommé de son époque. Dans son écrit sur les maladies tatares, il nomme dix-huit princes qui ne purent être guéris parleur médecin et qu’il réussit à guérir.
Cela a changé depuis lors, et aujourd’hui si un potentat devient malade, les coryphées de la science (i) Wolfart, Jahrbücher für Lebens magnetismus. — Hufe land, Journal für praktische Heilkunde. — Hensler, Die verschiedenen Wirkungen des Hierischen magnetismus, 148.
LES CURES SYMPATHIQUES 145 de tous les pays se réunissent autour de son chevet pour se quereller et le monarque meurt.
Les contemporains de Paracelse parlaient de lui avec le plus grand respect : Giordano Bruno dit : « Qui depuis Hippocrate a pu se comparer au docteur Para celse dont les guérisons touchent aux miracles ? » Il est jugé de même par Van Helmont et Erasme de Rotterdam, et son épitaphe a perpétué jusqu’à nos jours sa renommée comme médecin. Nous savons par lui-même qu’il devait ses succès hors ligne à la méthode des cures sympathiques.
Il dit : « Les cures magnétiques dues à la mumie ont été trouvées merveilleuses au delà de tout ce qu’on peut décrire. C’est ainsi que chacun peut être guéri de toutes les maladies quand d’autres remèdes n’ont plus aucune influence. C’est justement la cure magnétique par la mumie qui surpasse en efficacité tout autre arcane médical, soit qu’elle dérive des herbes, des racines, des minéraux ou des métaux.
Faites atten tion, vous pharmaciens, regardez quelles mumies vous possédez et observez de combien la mumie que j’ad ministre est supérieure par ses effets à celle que vous prescrivez. Elles diffèrent comme l’Orient et l’Occident, comme le corps et l’esprit, comme la mort et la vie.
Comment vous plaît ce discours et qu’en ditesvous (i) ? » Nous voyons de même par les écrits de Tenzel, Wirdig et Maxwell que ses successeurs appréciaient fort sa méthode de guérir. Aujourd’hui Paracelse ne (i) Paracelse, II, 3 i 3 (Hufer).
l’initiation 146 compte plus guère d’adhérents que dans les cam pagnes parmi les paysans qui, se trouvant en posses sion d’un vieux volume, guérissent encore par des cures sympathiques. On peut bien s’imaginer que ces cures ne se trouvent pas entre les mains des gens les plus compétents et cependant on n’a qu’à s’en informer ; ils guérissent souvent ceux qui ont été aban donnés comme incurables par la médecine officielle.
Je pourrais même citer le nom d’un peintre très renommé qui, après avoir épuisé tous les remèdes, a été guéri par un soi-disant empirique. J’ai vu un jour un de ces paysans guérisseurs, comparaissant devant la justice comme tous ceux qui font concurrence à la médecine monopolisée, et payant tranquillement son amende, parce que ses dépenses devaient lui être largement restituées par la municipalité.
Si donc je défends les cures sympathiques, j’entends par là cette méthode primitive qui se conserve encore dans sa pureté dans les campagnes. De même, en dési rant retourner aux Paracelsistes, ce n’est que pour reprendre le fil perdu, le développer et élever cette méthode à une hauteur d’autant plus grande que nous possédons de nos jours des moyens d’action inconnus de nos ancêtres.
Quant à ceux qui ne veulent pas en convenir, je dois dire seulement que la médecine ne pourra pas s’y soustraire puisque toutes les sciences naturelles y concourent. Les Paracelsistes enseignent, et Reichenbach dé montre, que l’Od se trouve dans tous les règnes de la nature, que tout corps possède ses qualités odiques ; seulement on ne peut les démontrer physiquement ou
LES CURES SYMPATHIQUES I 47 chimiquement, car elles n’agissent que sur l’agent le plus subtil de la nature, le nerf sensitif. Prenons d’abord le règne minéral. Je me conten terai de citer un seul fait. En i865, Reichenbach reçut une lettre du célèbre chimiste Berzélius, de Stockholm, qui lui demanda la permission de venir étudier avec lui à Charlsbad la question de l’Od qu’il avait découvert.
Reichen bach accepta l’invitation, chercha une personne sensitive et en trouva une par l’entremise du mé decin le conseiller Höchberger. Ce fut Mlle Se ckendorf qui eut la bonté de se prêter à ses expé riences. Reichenbach apporta un sac rempli de différentes substances chimiques, toutes enveloppées dans des papiers, de sorte que personne ne put con naître le contenu.
11 les éparpilla au hasard sur la table et demanda alors que la jeune fille passât la paume de la main dessus. Elle le fit et déclara qu’elle avait senti une attraction exercée sur sa main en passant sur quelques-uns de ces paquets, tandis qu’elle n’avait rien senti du tout en la pas sant sur les autres. Reichenbach la pria de vouloir séparer en deux parties les paquets qui l’avaient influencée et ceux qui lui paraissaient indifférents.
On ouvrit alors les papiers et il se trouva, chose extraordinaire, que ceux qui ne l’avaient pas in fluencée contenaient des substances électropositives et que ceux qui avaient exercé sur sa main une attraction contenaient des corps électronégatifs. Reichenbach ajoute : « Le grand maître de la théorie sur l’électrochimie n’étaitpas peu étonné d’avoir
l’initiation 148 trouvé dans le nerf sensitif un agent nouveau qui ajoutait un pilier fondamental à sa création. Depuis ce moment il était gagné pour ma Cause et il le confessa dans son discours à Bonn comme aussi son rapport annuel paru en 1865 (1). Passons maintenant au domaine végétal, ici en core Reichenbach a fait de nombreuses expé riences (2).
Mais celui qui ne veut pas s’en rapporter à lui n’a qu’à se promener à la campagne jusqu’à ce qu’il rencontre une vache broutant. Il verra alors qu’elle se nourrit des herbes qui sont nourrissantes et qu’elle passe devant celles qui sont venimeuses. Comme elle n’a jamais étudié la botanique et qu’elle n’a jamais entendu parler du Colchicum autumnale^ il est probable que son instinct est guidé par les effluves odiques des plantes.
Mais notre professeur de botanique connaît-il ces émanations odiques ? Non certes.
Le professeur Faëger dit : Quand un étudiant en botanique étudie sa science, il se contente, à quelques exceptions près, de l’apparence extérieure, de la forme, de la couleur, du nombre, de la position des parties, etc., et, quand il a fait ses études microsco piques de la plante, alors il se considère comme un professeur accompli bien qu’il ne sache rien de l’essence même de la plante...
En ceci l’animal est bien supérieur à l’homme ; il étudied’abord l’essence, (1) Reichenbach, l'Homme sensitif, T, 706. (2) Reichenbach : le Monde des plantes dans ses rapports avec la sensitivité et l'od.
LES CURES SYMPATHIQUES 14g la substance même de la plante qui se trahit même là où cesse la forme, dans la sève par exemple, ce qui donne le moyen à l’animal de le reconnaître même la nuit et d’en trouver la trace de loin par l’odorat.
L’animal saisit non seulement l’essence de la plante, mais connaît également la relation qui existe entre cette essence et son propre être, ce qui fait qu’il peut juger si elle est salutaire ou nourris sante ou inutile ou venimeuse (i). Dans le règne organique toutes ces influences Jouent également un grand rôle.
Les instincts, les idiosyncrasies, les antipathies et les sympathies sont autant de facteurs qui définissent et jouent leur rôle dans notre propre formation, mais la France hu maine ignore ces faits ! Nous possédons donc des qualités odiques dans le règne minéral, dans le règne végétal et dans le règne organique. Elles ne tombent pas sous les sens, mais elles sont ressenties là où se trouve la sensibilité nécessaire.
Nous ne possédons pas la science de ces essences ; nous ne savons pas quelles sont leurs relations mutuelles, mais ces relations existent ; il faut donc que l’histoire naturelle qui, jusqu’à ce jour, ne s’est occupée que des relations ou de l’ana lyse extérieure, s’occupe dorénavant de l’analyse in térieure.
Moins que toutes, la Science de l’Homme a le droit de refuser de se rendre à ces études et les médecins pourront d’autant moins s’y soustraire que ceux d’entr’eux qui déterreront les écrits ensevelis (1) Iager : la Dissolution homéopathique.
i5o l’initiation des Paracelsistes les laisseront bien loin en arrière en construisant sur cette base une science nouvelle^ Et alors la parole de Paracelse sera vraie encore une fois : « Le véritable progrès dans les sciences consiste à reconnaître les choses dans l’invisible (i). Dr Carl du Prel. L'ESPRIT MS RACES JAWES LIS SEPT ÉLÉMENTS JE L’HOMME ET LA PATHOGÉNIE CHINOISE Le dernier schéma normal qui offre quelque intérêt est celui de la Mort.
J’entends ici (comme le font les maîtres chinois) par Mort, la mort normale, par usure, sans maladie mentale ni décomposante : c’est-à-dire que, un instant avant les dissociations finales du com posé humain, tous les éléments de ce corps composé ont leur valeurrelative, leur mouvement, leur action rationnels.
Dans ces conditions, le schéma de la mort, dressé en Extrême-Orient, va nous conduire à de sin gulières constatations, qui réjouiront les modernes psychiques. L’entrée en agonie enlève au corps une (i) Paracelse; Chirurgie, 3n.
LES SEPT ÉLÉMENTS DE L’HOMME ïTi partie de sa sensibilité, à l’intelligence une partie de sa lucidité. A ces symptômes s’ajoutent un ralen tissement de toutes les fonctions et un refroidis sement général des organes. Mouvement, chaleur, lumière, diminuent proportionnellement jusqu’à la disparition, qui est la mort (dissociation des éléments par disparition du Khi).
Les diverses périodes de cette dissociation ressortent dans le schéma avec une singulière clarté ; il permet de voir à la fois quels éléments sont atteints les pre miers et aussi combien de temps la mort apparente peut durer sans amener la mort véritable, et enfin comment, tant que l’élément essentiel de la coordina tion n’a pas disparu, il est possible de rappeler à la vie un composé qui, atteint de tous côtés, n’a pas subi cependant la dissociation totale.
L’élément XUONG est prêt à se dissoudre, à cause de la tendance vers zéro du mouvement AM, sorti du THANTHUY ; l’élément MAU est voisin de l’arrêt et du refroidissement, à cause de la tendance du retour, au KHI central, du KHIPHOI particularisé qui anime le MAU.
L’élément THAN (THANTHUY ou THANHOA) est atteint directement par l’usure et se rapproche sans cesse de l'immobilité (qui est sa mort individuelle, puisque sa raison d’être est le mouve ment). Le Khi, en tant que KHIPHOI, tend à perdre sa localisation, car le KHI du THAN, diminuant peu à peu, le KHI du PHOI tend à le remplacer, pour éviter la solution de continuité entre éléments infé rieurs et supérieurs. Le THANKHI, de moins en moins fort en valeur et en quantité (toujours dans le
l’initiation __i52 l’initiation cas normal de la mort par usure)/puisqu’il ne trouve plus dans le composé humain les moteurs ni les mo biles où appliquer son activité, se retire peu à peu. L’élément THAN, qui n’est plus excité par le mouve ment HOAetqui n’a plus suffisamment de KHI pour s’y attacher davantage, tend à la dissociation et à son retour vers les immortels.
L’élément TINH n’est plus excité par le THAN qui emploie le peu qui lui reste de forces à sa vitalité seule, sans aucune démonstra tion, et tend à sa dissociation par suite de son inutilité. L’élément WUN, tout en restant présent, s’éloigne peu à peu ; et on prévoit le moment où, à force de s’éloigner, il ne sera plus visible, et où, par la suite, le composé humain, manquant de la manifestation di vine, disparaîtra.
Tel est le moment de vie diminuée, mais encore normale, moment le plus voisin de la mort.
Les phé nomènes successifs qui le provoquent peuvent se dé composer et se résumer ainsi : Le THANKHI diminuant peu à peu, l’attraction matérielle et la répulsion instinctive de tout élément pour la dissociation forcent le KHIPHOI à aller retrou ver dans sa localisation physiologique le THANKHI devenu impuissant ; et c’est là le premier symptôme de la Mort.
Le KHI disparaît de tous les éléments vi sibles du composé; le pouls tombe, la circulation s’arrête, le sang se retire et se refroidit, l’immobilité, l’insensibilité, la pâleur, siègent dans les éléments inférieurs : telle est la mort animale. Elle n’est pas distincte essentiellement de la plus profonde léthargie, mais seulement différente en modalité; cela est reLES SEPT ÉLÉMENTS DE L’HOMME f XVqNGSchéma du Sommeil
L INITIATION i$4 connu aujourd’hui, même en Occident, où l’on prend fréquemment pour la mort la léthargie totale, et où l’on inhume parfois des gens qui ne sont pas morts, et qui ne meurent véritablement que parce qu’ils ont été inhumés.
On prescrit certainement d’attendre quarante-huit heures entre les phénomènes mortels et l’inhumation ; mais il y a des léthargies — des morts animales — qui durent plusieurs semaines et plusieurs mois sans amener la mort véritable : on recommande aussi l'incinération des extrémités ; mais il n’est pas certain que la brûlure elle-même rappelle de la léthar gie ; ou, si elle en rappelle, n’est-ce pas, peut-être, d'une façon si brusque, que le patient ne revienne à la vie que pour mourir immédiatement?
Il est certain absolument que l’on inhume une certaine quantité d’individus qui ne sont pas morts ; il est certain que — si la coutume de l’incinération totale subsiste — on brûlera vivants plusieurs malades (quoique moins fréquemment qu’au cas de l’inhumation).
Mais il est plus assuré encore que les médecins abandonneront, comme morts, certains patients, que des soins appro priés, et surtout donnés à un moment précis, pour raient empêcher de mourir; il est assuré que — con vaincus de la mort en leur conscience — ils ne font absolument rien pour arriver à diagnostiquer sûre ment la mort totale, et pour éclairer, sur ce point capital, leur science encore enténébrée.
La mort animale est suivie immédiatement de la disparition de tout mouvement (en effet l’élément THAN est le premier affecté des inférieurs, au sommet desquels il se trouve). La mort du THAN affecte diLES SEPT ÉLÉMENTS DE L’HOMME I 55 Schéma des léthargies.
156 l’initiation rectement le THÂN, qui se trouve à son tour privé de la force qui lui permet de s’unir au mouvement du KHI et de vivifier ainsi l’entendement THAN (et par suite THANKHI puisque KHI et THÂN sont indis solublement liés jusqu’au dernier moment) reste donc en lui-même et son rayonnement, ne vient plus affec ter les éléments voisins : l’élément TINH disparaît donc de l’économie, et tout en subsistant (puisque WUN lui-même ne s’est pas encore retiré) ne prend plus sa part du composé humain, quoique restant virtuellement capable d’être rappelé; il n’a souffert en rien ; seul son lien avec le composé humain a dis paru.
Tel est le deuxième moment. Le troisième moment est le plus fugitif ; c’est celui où KHI (et ceci malgré l’opposition du KHIPHOI) est trop usé, trop faible pour conserver dans le composé si ébranlé le THAN immortel, qui n’est sujet à aucune diminution essentielle, mais qui a besoin, pour demeurer en l’homme, d’une force appropriée à la sienne et qui l’y maintienne.
Déso rienté, THAN s’échappe donc, lentement et comme à regret et monte dans les supérieurs. C’est la mort animique. La disparition du THAN fait mourir le composé humain, mais seulement indirectement, attendu que) même alors, WUN, « tout en étant à l’extrémité de la vue, n’a pas encore complètement disparu. » THAN, n’étant plus dans le composé, la localisation de KHI, devient inutile ; KHI donc abandonne les éléments in férieurs. Mais« il se tient un instant au-dessus du corps qu’il vient de quitter, comme s’il le regrettait ». En
LES SEPT ÉLÉMENTS DE l’hOMME l57 effet, il diminue peu à peu, et il n’y a pas de raison qu’il cesse brusquement; il s’en va doucement, comme la flamme d’une lampe sans huile.
C’est pour cela que les rites commandent symboliquement au fils du père mort d’aller sur le toit de la maison pour appe ler l’esprit du mort qui n’est pas encore parti C’est pour cela que les TINHDZUOC et surtout les PHANAC déclarent que le savant qui a suivi tous les phé nomènes de la maladie et de la mort, et qui se trouve, au moment voulu, près du corps, qui a épié les successivités mortelles, peut, avec un traitement adéquat, et dans le court espace de temps qui nous occupe, provoquer une anagénèse encore possible, et rappeler la vie entière dans le corps humain, sur lequel le KHI seul, agent de l’existence totale, veille encore.
Mais cet instant est extrêmement fugitif. Rapide ment le KHI, abandonné, diminue jusqu’à perdre son être même; il tend vers sa nature, vers le THÀN enfui; insensiblement, il s’évanouit, il s’échappe, il meurt, à ce moment précis où Wun disparaît. La mort est consommée.
Mais à peine est-il mort pour satisfaire à la loi des éléments inférieurs, il ressuscite et s’élance vers les éléments supérieurs de la nature, desquels il parti cipe, et se réunit au THAN, afin de reprendre une nouvelle existence, et de reconstituer, avec d’autres éléments, mais avec la même personnalité, l’indivi dualité immortelle. Tel est le schéma oriental de la mort. Il est difficile de n’être pas pénétré d’admiration devant de sembla"
158 l’initiation blés conceptions; il est difficile surtout de ne pas se rappeler, devant cette doctrine, qui a bientôt cinq mille années d’existence, le dogme du corps glorieux humain indissociable que prêche l’apôtre saint Paul, avec lequel et par lequel il déclare que tous les hommes, jouissant ou souffrant, vivent et vivront éternellement. (Saint Paul : Romains,' vi, 5; vm, 37, 38,3g.— Cor : ier épître vi, i3, 14 ; xv, 19, 20, 21, 22, 42, 43, 44, 52, 53, 54. — Cor : 2* épître, v, 4). Sous des vocables différents, la croyance est la même, et donne aux disciples de Fohi et de Laotseu, comme à ceux véritables du Christ, la confiance en la récom pense, par d’autres existences, ou par une seule, des labeurs de l’existence présente, et l’assurance conso lante de ne jamais perdre cette personnalité mysté rieuse, que nous aimons d’autant plus que son mys tère nous a fait davantage hésiter, travailler et souf frir. ** * 4 C’est cette méthode des schémas qu’il convient d’appliquer à la recherche du diagnostic des maladies accidentelles et des protopathies, et surtout à la déter mination déductive des remèdes directs qu’il faut leur apporter, par le traitement immédiat de l’élément dont l’anormalité passagère est la cause du mal. C’est dire que, après avoir — par le symptômatisme — donné exactement la valeur et la portée de 1’ « Ingressus » morbide, le raisonnement psychologique doit conduire au siège du mal. Dès lors, tout le reste, qui est la thérapeutique proprement dite, se fera par
Schéma de la Mort.
l’initiation 160 une opération analogue à celle que fait le savant qui, ayant trouvé une formule trigonométrique exacte, la spécialise en une solution, à l’aide d’une table logari thmique.
De peur de répétitions fastidieuses, on exposera seulement ici les raisonnements pathogéniques établis sur deux maladies, toutes deux particulières à l’Ex trême-Orient, et dont les prognoses sont si analogues, qu’on hésite le plus souvent pendant les deux ou trois premiers jours de l’invasion ; il s’agit du choléra et des fièvres à formes pernicieuses.
Le premier symptôme du choléra (je ne parle pas des symptômes extérieurs, crampes, vomissements, etc. qui ne sont que des corollaires) est une diminution générale de la chaleur organique. Cette diminution persiste, s’accentue avec la maladie, jusqu’à devenir le phénomène principal.
C’est l’élément THAN qui est donc amoindri; l’en trée morbide (ingr. m.) ne peut donc être que dans le THANHOA, localisation physique du mouvement du THAN, et cette entrée morbide est à retenir dans la médication. Examinons-en les conséquences. Le THAN, quoique ne recevant pas l’effort moteur, n’est nullement attaqué dans son essence (il ne peut l’être, étant immortel, que par une manifestation a rétro de l’élément WUN).
Or, du moment qu'il a toute sa vigueur, mais qu’il ne reçoit pas le moyen de l’em ployer, il sort de sa localisation et de son utilité natu relle ; il est toujours intimement lié à KHI, puisque la vie subsiste; mais, à cause de la perte du mouve ment, il n’atteint plus l’élément TINH. Donc (et c’est
LES SEPT ÉLÉMENTS DE L’HOMME l6l par là que le choléra se distingue des fièvres perni cieuses), n’ayant à remplacer aucun des éléments infé rieurs (qui sont tous, jusqu’à présent du moins, sains et normaux), le THANKHI s’extériorise, et tend à s’échapper du composé. C’est la première chance de mort du choléra; c’est celle qui agit dans le cas appelé « entérite spécifique foudroyante ».
Or. par l’attraction naturelle (on pourrait dire demiintuitive) qu’éprouve le KHI à venir remplacer l’in termédiaire qui fait défaut (cette tendance coutumière du quatrième élément a déjà été vue dans le schéma de la mort), le KHIPHOI, inquiet comme tout l’orga nisme, vient suppléer de son mieux à l’absence du THANKHI; quittant l’élément MAU, il rompt le nodus sanguin et l’équilibre de l’organisme infé rieur.
C est bien là le refroidissement du sang ; et, lorsque ce refroidissement augmente de valeur, ou dure trop longtemps, telle est la deuxième chance de mort, celle à laquelle les malades succombent le plus communément.
Il est facile de reconnaître dans la maladie les phases du schéma, depuis le refroidissement du corps jusqu’à l’insensibilité, les hématémèses (le sang, lui aussi,s’extériorise de la façon qu’il peut) jusqu’à l’igno rance et à l’inconscience passagère, qui se montre au cours de la maladie, mais qui cesse généralement aux approches de la mort (à cause du retour du KHIPHOI dans la localisation abandonnée par le THANKHI).
A ce moment a lieu un mieux passager, menteur pour la plupart du temps; cependant, si le KHIPHOI est extrêmement fort (si le malade est très solide d’élé3
I 62 l’initiation ments inférieurs), il peut rappeler le THANKHI, par l’aimantation spéciale de cet élément, et peut ainsi sauver le patient. C’est pour exacerber le KHI, parle moyen du KHIPHO1, que, dès la première atteinte, on administre au malade des excitants, tels que l’absinthe, le cham pagne. Mais, en cas de choléra endémique, le remède préventif est indiqué par la thérapeutique pa thogénique, découlant du schéma, et doit être admi nistré, même avant tout prodrome. Le schéma des fièvres pernicieuses n’est pas du tout semblable à celui du choléra, et cependant les deux maladies s’ouvrent similairement. C’est ici (et j’ai pris exprès cet exemple) que l’utilité, la nécessité même de l’examen pathogénique éclate. Le symptôme premier des pernicieuses est égale ment un refroidissement général, suivi des mêmes corollaires physiques (vomissements, déjections san guinolentes, crampes). Mais la suite de la maladie permet de déclarer que, pour un effet analogue, la cause est toute différente. En effet (et on ne saurait expliquer autrement les phénomènes morbides conséquentiels) l’ingressus de la maladie frappe le THANTHUY, c’est-à-dire le mouvement des élé ments inférieurs (tandis que le choléra affecte le mouvement des éléments supérieurs). La dispari tion de ce mouvement cause, dans le tourbillon san guin, un désordre qui se traduit par un ralentissement
LES SEPT ÉLÉMENTS DE LHOMME T/lVf4 't-------------—---------------- ________________ Schéma du choléra.
l’initiation 164 et un refroidissement, cause directe et seconde du pre mier symptôme de la maladie. Lorsque l’ingressus morbide est subit et violent, la secousse produite est telle, qu’elle peut amener la mort ; le patient semble alors succomber au refroidissement soudain ; et c’est ce qu’on appelle l’accès pernicieux de forme algide, qui est en effet fréquemment foudroyant. Sinon, les phénomènes se suivent avec une logique implacable.
Le mouvement du THANTHUY, détourné et non détruit, erre du côté du mouvement du THANHOA, pour exacerber le TH AN. Le TH AN se trouve donc excité à un point tel, qu’il s’empare du KHI tout en tier (de même qu’une électricité, violemment dégagée, prend comme conducteur tout ce qui se trouve à sa portée). Dans certains cas, le KHIPHOI, dont il s’em pare, le traîne à la suite dans ce tourbillon sanguin (cas des natures musculaires et sanguines).
Et alors, comme d’autre part le sang n’est pas actionné par son mouvement coutumier, le THANKHI prend, dans le tourbillon inférieur, la place du mouvement qui fait défaut, et cause dans un organisme non préparé pour sa venue, le même ravage que causerait une force de cent chevaux, développée soudain dans un mécanisme qui n’est fait que pour supporter l’effort de dix che vaux.
Il y a donc en ce cas, dans les éléments infé rieures, une stagnation, en même temps qu’une com bustion violente du sang, favorable à la zymotique, et un exhaussement de température, capable des plus grands désordres. Mais cela ne suffit évidemment pas à caractériser le schéma, ni la marche delà maladie. En effet, il reste
LES SEPT ÉLÉMENTS DE L’HOMME l65 (à cause de l’exàcerbation du THÀN par un moteur plus puissant que dans la vie normale) un excédant de THAN inoccupé; déplus, le KHI, enlevé à son rôle d’intermédiaire, tend naturellement à venir le remplir, et, pour ce, à abandonner le rôle anormal de destruction, par surchauffe, qu’il joue dans les élé ments inférieurs.
Pour ce double motif, un moment vient, où une partie de ce THAN exacerbé se trouve libre, et en dehors de l’étreinte du KHI (tandis que dans l’état normal, c’est toujours le KHI qui est su rabondant au THAN).
Abandonné à lui-même, tant par effet réflexe que par son attraction élémentaire, le THAN se précipite vers le TINH, qui n’est pas nor malement affecté par le nodus intellectuel, et y porte les doubles ravages de son exacerbation et de son isolement ; c’est là la dernière phase de l’accès pernicieux.
Il correspond au délire, à la folie fiévreuse, avec, comme conséquence corporelle immédiate, l’hé morrhagie des méninges, l’hémiplégie, le coma et la mort insensible. Le schéma reproduit donc bien et prévoit, par la déduction logique de ses lignes, tous les phénomènes de l’accès.
Toutes les maladies directes peuvent être ainsi ra menées : i° Par la constatation du premier symptôme; 2° Par son application au schéma de la vie nor male; à une construction graphique, et à un raisonne ment déductif, pour ainsi dire algébrique, tant ses conséquences découlent forcément et clairement l’une
i66 l’initiation de l’autre. Ce raisonnement et cette construction indi queront immanquablement l’élément attaqué spécia lement à chaque phase du mal ; il devra, s’il a été exactement conçu, reproduire essentiellement tous phénomènes extérieurs qui sont constatés sur le pa tient, et les reproduire sur le schéma au moment pré cis où ils se produiront dans la nature, coordonnés avec tels ou tels symptômes, telle ou telle transfor mation pathologique. Il serait évidemment superflu d’aller plus loin : l’étude de cent schémas ne serait pas plus convain cante que l’étude de deux seuls. On peut voir, en presant l’expérience par la réflexion, quels résultats une telle méthode peu donner. Cependant, pour faire la preuve par des exemples bien inédits, je m’arrê terai à deux cas spéciaux : celui où, sans avoir une maladie, l’organisme humain est en proie à des influences extérieures, soit bénéfiques, soit délétères, influences qui changent temporairement ses moda lités (telles sont, par exemples, les influences des inébriants et de tous les agents organoleptiques); et celui où l’ingressus morbide, ne s’attaquant à aucun des éléments inférieurs, échappe à la pathologie : je veux parler des maladies mentales et des maladies ner veuses, que la science n’a pas encore réduites, parce qu’elle en ignore ou en méconnaît le siège. Ces mala dies ne peuvent précisément être circonscrites que par une méthode de pathogénie psychologique, comme celle que je viens d’exposer, méthode où les moyens de diagnostic et les moyens de traitement sont au
LES SEPT ELEMENTS DE L HOMME Schéma des fièvres pernicieuses.
i68 L INITIATION même plan, intellectuel, moral, ou psychique, que les affections qu’ils prétendent découvrir et guérir. MoGd. (A suivre). et ses patom livres CHAPITRE II De l’examen ou preuve des lépreux. Paragraphe I. — Des jugements de la lèpre venue par accident. — La preuve des lépreux se montre par les signes : premièrement par l’urine scatée (grasse) ; secondement, par les excréments.
On reconnaît la lèpre d'accident par l’urine, et la seconde, celle de l’estomac et des intestins, par l’analyse des excré ments. Paragraphe II. — De la lèpre causée par les ali ments. — La transpiration est le premier signe avec la coagulation ; le second réside dans la diversité des pustules; le troisième se voit par l’épiglotte et les che veux ; ce sont là les signes de la lèpre causée (par l’usage de certains aliments).
PARACELSE 169 Commentaire. — Par épiglotte, il faut entendre ici un instrument en argent que l’on plaçait sur les poils des paupières (sourcils) et si les poils tombaient par cet attouchement, c’était un signe certain de la lèpre causée.
Paragraphe III. — Des signes de la lèpre innée ou naturelle. — On reconnaît la lèpre innée par les con cavités et la consomption des chairs près du pouce, par la couleur azurée (ou orzçée, c’est-à-dire couleur d’or) de la peau ; par une grande excitation vénérienne et par des effluves de chaleurs. CHAPITRE III Des différences des signes.
Paragraphe I. — La première différence des signes procède de l’alopécie avec signes sur la face comme la goutte rosée, la mauvaise gale et polype extérieur. La seconde est un prurit causé par le venin qu’on a pris ; la troisième différence doit être attribuée à des causes extérieures, comme le refroidissement de la chaleur trop forte, du réalgar; enfin, la quatrième différence tire son origine des viandes, des médicaments et des maladies.
Observation. — Nous avons donné déjà (supra) deux significations de ce terme réalgar dans le pré sent paragraphe : il signifie venin des métaux. CHAPITRE IV De la cure de la lèpre Paragraphe I. — Suivant que la lèpre est rouge ou
170 l’initiation blanche, il faut employer l’une ou l’autre cure. Voici les signes de la lèpre blanche : la couleur étrange de la peau; l’issue ou sortie du chaos, avec puanteur, la voix rauque et les résidus excrémentiels. Les signes de la lèpre rouge sont : l’ulcération de la peau, la gale avec démangeaison (ou prurit) et les pustules.
Commentaires. — La couleur étrange de la peau signifie que la couleur de la peau du corps n’est pas la même que celle de la face; elle est cendrée, livide ou plombeuse. — Par le terme chaos, il faut entendre la respiration ou plutôt l’haleine qui est fétide ; certains lépreux sentent l’oignon rôti ou l’ail, plutôt l’odeur de l’hydrogène phosphoré (l’arsenic).
Paragraphe II. — Il y a deux procédés à employer pour la guérison de la lèpre : le premier est la conser vation; et le second la cure proprement dite. Ce qui relève de la conservation comprend : les extractions d’antimoine, l’essence du sang, de la veine du cœur (veine-porte), la liqueur de perles et de coraux, les spécifiques de grains de genièvre, de la chicorée ou de la valériane.
Observation. — L’ancienne médecine employait beaucoup l’essence de sang, parce qu’elle avait, dit-on, des vertus singulières pour le corps humain.
Ce n’était pas seulement le sang de l’homme qu’on faisait boire, mais celui de beaucoup d’animaux ; par exemple le sang du lièvre était utile pour dissoudre le sable, la gravelle et les calculs de la vessie ; celui des cigo gnes était utilisé contre le venin des animaux; celui des taupes pour les maladies du sein, des mamelles de la femme, etc.
PARACELSE I?I Paragraphe III. — Les remèdes qui appartiennent à la guérison ; sont les minéraux d’or, la manne, le théreniabin et toutes les variétés d’argent. Nota bene. — Nous avons vu précédemment que le théreniabin ou la manne étaient presque la même chose. LIVRE VII De la Goutte ou Paralysie, Apoplexie, etc. Chapitre premier De la matière de la goutte.
Paragraphe I. — La goutte est la synovie de sa partie et, d’où qu'elle provienne, elle amène la douleur et des accès. La goutte est paralysie et l’apoplexie n’est que la contraction des membres. Paragraphe II. — La synovie est la nourriture de sa partie et la conservation de la vertu motive par la force de la vertu digestive.
Commentaires. — Ce paragraphe est assez obscur et demande quelques explications. — Paracelse nous dit que la synovie est ce liquide qui nourrit le corps humain, car il n’y a aucune partie du corps qui n’ait sa synovie, qui est toujours, d'après Paracelse, comme l’estomac de toutes les parties du corps humain, d’où elles tirent leur subsistance, accroissements, etc. Et la synovie n’est pas seulement la nourriture de ces membres, mais elle conserve encore la vertu mo tive, c’est-à-dire qu’elle met en mouvement les forces nécessaires à une bonne digestion.
l’initiation 172 Paragraphe III. — Il s’ensuit, de ce qui précède, que la maladie est la séquestration ou séparation d’avec la première génération de l’anodin de sa partie. Et quand la synovie est séparée, elle détermine l’in sensibilité de la partie délaissée. Paragraphe IV. — L’accident du mal est de la coa gulation, puis de la résolution congelée.
Toute coagu lation humide est le signe d’une future résolution, cause de la maladie, avec séquestration des deux. Donc le signe de la vraie apoplexie est l’écume, la suffocation avec contraction. Le signe de la paralysie, l’altération du membre et la stupéfaction de la partie. En la Gonorrhée, le signe est la matière de l’écoule ment; le signe des autres maladies selon l’anatomie, la perte du sentiment avec le mal. LIVRE VIII De l’asthme.
Paragraphe I. — Les signes de l’asthme sont les suivants : les apostèmes du poumon, les anthrax des régions de l’estomac, les ulcères, l’humidité su perfluide de la région du poumon, la siccité, la graisse, la réplection et les excréments de la liqueur. Paragraphe IL — Les signes de l’asthme, sont ceux-ci : la difficile respiration, le crachat blanc, la voix rauque, la siccité du gosier, la soif, l’altération du pouls et l’oppression stomacale. Paragraphe III. — De la cure sèche. — Myrrhe, turbith, alipte, muscade, assa, une once. Soufre vif, 6 onces.
PARACELSE 173 Coaltar, sel fondu la moitié du poids ci-dessus. Réduisez le tout en poudre par sublimation. — La dose est depuis une drachme jusqu’à trois ou quatre drachmes. Paragraphe IV.— De la cure humide ou résolutive, — La cure de relaxation comporte : l’élixir de tartre cru , l’essence de vin essenssifié, et les eaux séparées de leur chair. N. B.
Ces deux derniers paragraphes ne sont guère que des formules de remèdes; mais nous avouerons ne pas bien comprendre l’expression eaux séparées de leur chair. LIVRE IX Des fièvres externes Paragraphe I. — La fièvre est une chaleur putride accompagnée de tremblements par l’obstruction de la matière enfermée dans les pores de la peau par une vertu qui resserre.
Paragraphe II. — Toute putréfaction matérielle fait son obstruction matérielle par les esprits du sel, avec une naturelle coagulation. Et après la coagulation, elle dégénère en tremblement, par digestion. Commentaire. — Paracelse explique ici, le nombre des accès de fièvre. La putréfaction se fait dans la matière; celle-ci fait obstruction par les esprits du sel. Après quoi ce qui est digéré s’en va et dégénère en tremblements. (A suivre.) Ernest Bosc.
PARTIE LITTÉRAIRE PREMIÈRE TRADUCTION FRANÇAISE Par Jean Tabris Comme j’estime que la présence d’esprit ou ce qu’on appelle courage consiste précisément à être familiarisé avec les circonstances qui le déterminent, ainsi j’ose dire que j’ai été longtemps familier avec toutes les expériences qui appartiennent au merveilleux.
J’avais été témoin de beaucoup de phénomènes très extraor dinaires dans diverses parties du monde, — phéno mènes qu’on nierait absolument si je les exposais, ou si je les attribuais à des agents surnaturels. Mainte nant, ma théorie est que le Surnaturel est impossible, et que ce qu’on appelle surnaturel est simplement quelconque chose dans les lois delà nature dont nous avons été jusqu’ici ignorants. C’est pourquoi, si un
LA MAISON HANTÉE 175 fantôme se dressait devant moi, je n'aurais pas le droit de dire: « Donc, le surnaturel est possible» ; mais plutôt: « Ainsi, l’apparition d’un esprit est, con trairement à l’opinion reçue, dans les lois de la na ture, et non pas surnaturelle. » Dans tout ce dont j’avais été témoin jusqu’ici, et en vérité dans toutes les merveilles que tous les amateurs de mystère de notre époque rapportent comme des faits, un agent matériel vivant est toujours requis, Sur le continent, vous trouverez encore des magiciens qui affirmeront qu’ils peuvent évoquer des esprits.
Pour le moment, admettez qu’ils disent vrai, la forme matérielle vivante du magicien concourt à la produc tion du phénomène et il est l’agent matériel au moyen duquel, par suite de particularités de constitution, cer tains phénomènes se manifestent à nos sens naturels.
Admettez encore, comme véritables, les récits des manifestations spirites de l’Amérique : musique ou autres sons, — écriture sur le papier produite par une main indiscernable — meubles déplacés sans aucun agent humain visible, — ou apparition et contact de mains, auxquelles aucun corps ne semble appartenir. Cependant, il faut trouver le médium ou l’être vivant, doué de particularités de constitution capables d’obtenir ces manifestations.
En définitive, pour toutes ces merveilles, même en supposant qu’il n’y ait au cune imposture, il faut qu’il y ait un être humain semblable à nous-mêmes, à l’aide ou par le moyen duquel les phénomènes se manifestent à des êtres hu mains. Il en est de même pour les phénomènes main tenant familiers du magnétisme et de l’électro-biolo176 l’initiation gie ; l’esprit de la personne sur laquelle on opère est affecté par un agent matériel vivant.
Et, en supposant qu'il soit vrai que le sujet magnétisé puisse répondre à la volonté ou aux passes du magnétiseur à cent milles de distance, la réponse n’en est pas moins occasion née par un être vivant; ce peut être à l’aide d’un fluide matériel, — appelez-leélectricité, appelez-leOd, appelez-le comme vous voudrez — qui a la faculté de traverser l’espace et de passer à travers les obstacles, que l’effet matériel est transmis de l’un à l’autre.
Ce qui me fait croire que tout ce dont - j’avais été témoin jusqu’ici, et tout ce que je m’attendais à voir dans cette étrange maison, devait être causé par quelque agent ou médium mortel comme moi-même ; et cette idée a nécessairement empêché la crainte avec la quelle ceux qui regardent comme surnaturelles des choses qui ne sont pas dans les opérations ordinaires de la nature, peuvent avoir été impressionnés par les aventures de cette nuit mémorable. Bulwer-Lytton. (A suivre.)
l’hymme d’orphée 177 •ÆWM ©OWMÉI Le peuple de la Grèce, ami des fictions. De l'Egypte reçut ses aspirations. Rendu plus attrayant, le dogme moins austère, En changeant de climat, changea de caractère. Mais quelle est cette voix? La nature en suspens Tressaille de bonheur à ses tendres accents. Salut, chantre divin, Orphée!
A l’Hellenie Tu vins manifester ton aimable génie ; Errant et malheureux, ô poète inspiré, A tout jamais ton nom restera consacré! Brillant dans l’Avenir d’une pure auréole, Des nobles sentiments il sera le symbole. Ta lyre retentit ; perçois-tu cet écho En tous lieux répétant ton hymme le plus beau ?
C’est lui, c’est Jupiter, le maître de la foudre: Qui veut lui résister se voit réduit en poudre; N’est-ce pas le dieu fort, le seigneur des seigneurs. Le souffle universel qui féconde les cœurs; Des globes étoilés, le Roi, le grand ancêtre, Et seul préexistant le principe de l’être ; Le corps suprême et Un, mâle et vierge immortel, Dans son sein renfermant et la Terre et le Ciel?
Suprême intelligence, à l’Amour il s'allie, Et de cette union naît la source de vie ; Les astres dans l’Aour, ainsi qu’un cercle d’or, Le dérobent aux yeux, empêchent son abord ;
l’initiation 178 Au milieu de l’Ether, il repose invisible, Aux moindres sons prêtant une oreille infaillible : Sans limites, son corps recouvre l’Infini Et du grand tout contient l’ensemble réuni. Qui pourrait l’ébranler? Dans le Temps, immuable, Eternel, Jupiter demeure inaltérable !... Orphée! à tes leçons la Grèce s’instruisit. Tes chants mélodieux formèrent son esprit. Dans son sein recueillant un rayon de ton âme, Lumière éblouissante, étincelle, une flamme, Radieuse, on la vit, aux autres nations. Léguer de l’idéal les riches fictions. Descendez de l’Olympe, ô vous, dieux et déesses ! Venez-nous rappeler le temps de vos faiblesses : Epoque fortunée où vos adorateurs Vous dressaient des autels comme à des bienfaiteurs ; Alors que des humains empruntant la figure, Vous supportiez leurs maux, tribu de la Nature. Alfred le Dain. Deux anges voilés d’un rayon de soleil Etaient descendus sur la terre A l’heure de son réveil. — Devant eux, en un parterre S’élevait une rose
LA ROSE I79 Dont la corolle était plus blanche Que l’écume qui s'épanche A la surface des mers. Une larme de l’aurore En son sein brillait Palpitante... Et son âme dégagée En parfums légers Montait Triomphante! Et l’un des anges dit: « Emportons-la, mon frère ? » Mais l’autre, pensif et le front attristé, Murmura doucement : « J’entends une prière! » La-bas, dans la campagne lointaine Une femme pâlie - Longuement pleurait... Son enfant • Agonisait, Etouffant Sous l’étreinte d’une mort prochaine. Les anges Prenant la rose Fraîche éclose, S’envolèrent Près du petit qui mourait:
i8o l’initiation Et, sur sa lèvre desséchée Laissèrent tomber la goutte de rosée... L’enfant souriant S’endormit doucement. J. de Tallenay. D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES Quartier général. — Notre dévoué délégué général pour la Belgique, M. F. Vurgey, vient de remettre ses pouvoirs au chevalier de Selliers de Morainville, un des membres les plus capables et les plus actifs du Groupe Kumris.
De la part de M. Vurgey, nous faisons ici nos meilleurs et plus fraternels souhaits à M. de Morainville; nous les renouvelons, avec le témoignage de notre sincère reconnaissance à M. Vurgey, confiants que nous sommes dans l’heureux résultat du nouveau genre de travaux qu’il va accomplir, travaux qui, nous enlommes sûrs seront des meilleurs pour le triomphe de l’idée spiritua liste. Groupe n° 4. ETUDE DU SPIRITISME. Séance du 13 juillet i8g4.
Monsieur le Directeur, Pour donner satisfaction à quelques initiés très dési reux de constater des phénomènes, je crus pouvoir réuGROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES l8 I nir exceptionnellement une quinzaine de personnes, pour une séance d’enseignement pratique du spiri tisme.
Cette se'ance fut divise'e en deux parties : 1° EN LUMIÈRE I Mme R., médium voyant, tente, avec succès, quelques expériences de vision de personnes décédées, appelées mentalement par des assistants qu’elle voyait pour la première fois. (Mma R., décrit également des décédés parents ou amis à qui personne ne pensait.) 2° EN OBSCURITÉ : De violents déplacements sans contact se produisent sans qu’il soit possible, malgré de nombreuses projec tions de lumière électrique, de saisir la cause du phéno mène.
Sur l’invitation d’un assistant nous formons un cercle en nous tenant tous par la main. Le médium, est placé au centre de ce cercle et se trouve alors presque en con tact avec la grande table où" sont déposés ■ divers objets servant habituellement aux manifestations. Dans ces conditions, aucun phénomène ne se produisit. Il est à remarquer que, depuis que le Groupe 4 a ouvert ses portes, les phénomènes sont loin d’avoir pro gressé.
A partir du mois de septembre, ce groupe reprendra ses expériences en petit comité. Veuillez recevoir, Monsieur, l’assurance de mes meilleurs sentiments. A. François. P.-S. — Nous passons sous silence les phénomènes ordinaires de communication par la table ou l’écriture mécanique.
i82 l’initiation Ordonnant un jubilé d’action de grâces pour la fête de la Restauration de la Très Sainte-Gnose.
Valentin, par la Miséricorde des Eons, Patriarche Gnostique, Primat de l’Albigeois, évêque et baron de Montségur, Grand-Maître de l’Ordre des chevaliers faydits de la Colombe du Paraclet, à Leurs Seigneuries les Evêques et la Sophia, aux Diacres et aux Diaconesses, aux Parfaits et aux Parfaites de l’Assemblée, Salut et Consolation dans le Divin Plérôme ! Nos Seigneurs, Ma Dame, Nos Très Chers Fils et nos Très Chères Filles.
Il est enfin venu, ce jour où nous pouvons rendre au Plérôme nos actions de grâce et nos adorations pu bliques. En septembre prochain, nous célébrerons la fête de, la Restauration Miraculeuse de notre Très Sainte-Eglise. En septembre prochain, la catéchèse qui contient la Doctrine sacrée des Simon et des Valentin sera livrée à la lumière. En septembre prochain, le Très-Haut Synode des Evêques se réunira en assemblée plénière.
Notre cœur déborde de joie et de reconnaissance. La voilà donc accomplie, cette œuvre à laquelle nous fûmes appelés dès 1867, par une manifestation divine. La voilà accomplie grâce aux Saints Eons, grâce à notre mère Sophia-Achamoth, qui veille sur les Elus d’En-Haut, grâce à celle qui doit venir, Quæ ventura est, Notre-Dame le Saint-Esprit.
Et pourquoi ne le dirions-nous pas, avec une infinie gratitude : la voilà donc accomplie, cette œuvre de rédemption, de paix et de salut grâce à notre zèle, à nos efforts, à notre charité, à notre dévoue ment, à notre Intellectualité supérieure. Que notre vénérable frère, l’Evêque de Toulouse, vice-président du Très-Haut Synode, reçoive ici tout spécialement mes félicitations apostoliques et l’expression de notre recon naissance.
Nous lui devons beaucoup. Nous n’hésitons pas à le dire à tous. Sa science, sa piété, son génie de réalisation ont été entre les mains des Célestes In fluences un instrument nécessaire et merveilleux.
BREF PATRIARCAL i83 Que leurs Seigneuries, les évêques de Goncorrezzo, de Bordeaux et de Rennes, que sa Seigneurie la Sophia de Varsovie, reçoivent aussi notre témoignage et nos hautes félicitations. Vous surtout, Monseigneur de Concorrezzo, qui dans vos fonctions de Grand-Réfé rendaire avez été pour Nous et pour l’Évêque de Tou louse un auxiliaire mille fois cher et précieux. Quel changement s’est opéré !
Dès que nous eûmes reçu le sacre en 1890, tout sembla devoir crouler alors que tout paraissait établi sur le roc. Nous nous serions découragés, si nous n’avions été si visiblement soutenus par les Eons et par Sophia, si nous n’avions senti dans notre cœur et au-dedans de Nous, l'incessante protection de la grande HélèneEnnoia. Maintenant, après les troubles de la première heure, quelle face brillante a revêtu notre Eglise !
Le grain de sénevé est devenu un arbre fort et charmant. La moisson jaunit sous le souffle du Saint-Esprit. La moissonneurs accourent en foule au champ du père de famille. Qua torze sièges épiscopaux gouvernent l’Assemblée. Des hommes éminents, des femmes pures, demandent l’ini tiation gnostique. Les feuilles publiques enregistrent nos manifestations. Bientôt une chapelle s’ouvrira. Bientôt la parole gnostique retentira dans Paris.
Béni soit le Divin Plerôme, gloire soit aux Eons, ado ration à Celle qui doit venir. Mais nous serions ingrats si nous nous contentions d’adorer en silence. Nous serions ingrats si nous ne rendions au Centre Divin d’où tout émane une so lennelle Eucharistie. Nous serions ingrats si nous ne décrétions un jubilé qui réjouisse à la fois les Saints dans la Lumière, et les Pneumatiques dans le voyage.
Nous avons donc résolu d’indiquer un jour spécial et de le consacrer, sous le nom de Fête pascale de la Res tauration, à la Divinité Immanante et absolue dont dont nous sommes les indignes ministres. A ces causes : Le Très Saint-Plerôme Invoqué : De l’avis du Très-Haut Synode, Nous avons statué et statuons, décrété et décré
184 l’initiation tons, voulu et voulons, ordonne' et ordonnons, ce qui suit : Article iep. — Le 8 septembre 1894 (ère vulgaire), sera consacré à la fête jubilaire d’actions de grâces. Art. 2. ■—■ Les évêques célébreront cette fête par la messe gnostique et par une homélie pontificale. Art. 3. — Les Membres de l’Assemblée recevront le consolamentum. Art.
4. — Nous accordons aux errants qui sont en core enveloppés dans le tourbillon de l’Astral le béné fice de l'appareillamentum. Art. 5. — Et sera notre bref apostolique publié par Sa Seigneurie le Grand Référendaire. Donné à Montségur, sur le nom des Martyrs, le 27e jour du 7° mois de l’an V de la Restauration de la Gnose. T Valentin Patriarche gnostique. Par mandement de Sa Grâce et parle 'Près-Haut Synode.
Le Grand-Référendaire du Sceau, T Paul Evêque, de Concorrezzo coadju teur de Toulouse. CONFÉRENCE DU TRÈS HAUT SYNODE Le 8e jour du septième mois de l’an V, de l’Ere gnos tique nouvelle, leurs seigneuries les évêques gnostiques et la sophia de Varsovie se sont réunis en leur temple, à Paris, sous la présidence du Patriarche Valentin. Le T. S. Plérôme invoqué, Sa Grâce le Patriarche, assisté de LL. Seigneuries les évêques, procéda tout
l’église gnostique i85 d’abord aux rites de la consécration solennelle de notre frère Synésius, et à son installation au siège episcopal de Bordeaux ; le coadjutariat de l’évêché de Paris fut en outre confié à son dévouement. Il fut ensuite procédé à l’élection de notre frère Jean, comme évêque de la Rochelle et de Saintes : il recevra la consécration solennelle à la prochaine tenue duT.-H. Synode.
L’évêque de Toulouse est nommé Vice-Président du T.-H. Synode, et son coadjuteur Grand Référendaire. Leurs Seigneuries déterminèrent ensuite les règle ments de l’ordre de la Colombe du Paraclet, et la no menclature des Commanderies entre lesquelles seront répartis les dignitaires.
Enfin, il fut travaillé à l’élaboration des Rituels et de la Catéchèse, à l’activement desquels Nos Seigneurs les Evêques vont mettre la dernière main. — L’Initiation, le Voile d’Isis et VEtoile sont les or ganes de publicité choisis par le T.-S. Synode. lionne' à Paris, le 10e jour du septième mois de l’an V de la Restauration de la Gnose. T Vincent Evêque de Toulouse, Vice-Président du T.-H. Synode.
T Paul Evêque de Concorezzo coadj. de Toulouse Grand Référendaire. T Valentin Patriarche gnostique, évêque de Montségur, primat de l’Albigeois, G.-M. de la Colombe du Pa raclet, Président du T.-H. Synode. Imprimatur : T Valen in
i86 l'initiation L’anatomie philosophique et ses divisions, par Papus, doqteur en médecine de la Faculté de Paris, docteur en Kabbale.
Sans être grand clerc en la matière, sans être revêtu des titres que confère la Faculté, il suffit d’avoir ouvert quelque ouvrage d’anatomie, de physiologie, il suffit même d’avoir causé quelques heures avec un médecin pour se faire une idée juste, mais peu enthousiaste, du manque de méthode dans l’enseignement de la médecine comme dans la science elle-même.
Toutes ses branches s’en ressentent : la pathologie incertaine s’égare; la thé rapeutique s’arrête intimidée ou s’aventure en de redoutables tentatives.
Mais la crainte de paraître vieuxjeu, de rabâcher, la course à la découverte entraînent la plupart de ceux qui s’en étonnaient d’abord, et bien peu, parmi les rares esprits qui aimaient la culture philoso phique nécessaire pour le faire, s’inquiètent et s’efforcent de modifier ce pénible état de choses.
Il appartenait à Papus plus qu’à tout autre de donner le signal d’une réforme : l’élévation de son intelligence, l’ardeur qu’il a toujours mise à défendre la cause du spi ritualisme lui faisaient un devoir, périlleux il est vrai, de tenter là encore un nouvel effort. Il a été, comme les autres, couronné de succès.
Son livre pourrait être dédié aux professeurs de la Faculté de médecine : ils en retireraient un grand profit s’ils voulaient pour sa lecture laisser de côté les toques et les robes sous lesquelles un peu d’intransigeance et de partialité sommeille toujours : ils y apprendraient quelques
BIBLIOGRAPHIE 187 noms inconnus d’eux la veille: et le désir de savoir avant de condamner les amènerait peut-être à l’admira-' tion désintéressée. Mais c’est beaucoup rêver et, faute de cela, ce volume pourrait encore s’adresser aux plus jeunes qui étudient encore.
Cette génération que plus d’un ouvrage de Papus a déjà frappée, intéressée, éveillée à de libres recherches, s’y trouvera dirigée et encouragée par cette oeuvre, véritable modèle de réali sation. Enfin n’est-ce pas à nous surtout qu’il est offert ce premier ouvrage de médecine, n’est-il pas le début sur la voie des publications de médecine hermétique, dont le Dr Papus est non seulement le théoricien mais le merveilleux praticien.
C’est ainsi que nous le compre nons, c’est ce que nous espérons.
Suivre page à page, dans un compte rendu scrupuleux Vanatomie philosophique nous ne le ferons pas: l’aridité du sujet qui demande des connaissances approfondies par endroits en anatomie, insuffisant à d’autres pages en physiologie, rebuterait en un résumé les meilleures volontés : mais nous tenons à faire ressortir dans cet ouvrage qui en fourmille un certain nombre d’idées intéressantes, on voudra bien nous pardonner si l’ou vrage perd en cette notice un peu de son unité de com position.
La tendance à la synthèse qui se manifeste tous les jours dans les sciences et dans les arts fait à l’anatomiste un devoir de chercher à substituer aux énumérations anciennes des sciences anatomiques une classification, c’est-à-dire une organisation de ces sciences d’après une vue d’ensemble et une connaissance des rapports qui les unissent entre elles. Est-ce là l’œuvre du médecin ou celle du philosophe ?
Question délicate, qu’une réponse trop hâtive, mal interprétée, pourrait envenimer encore. Sur le sens de Philosophe, sur la définition de Médecin, tant de choses seraient à dire avant de rejeter l’un ou l’autre du procès. Aussi entre les deux et pour les con cilier, Papus fait appel à la catégorie indécise, accueillante des chercheurs.
Ennemis de tout spécialisme, amateurs de nouveau, d’inconnu, d’étrange même, audacieux sans violence néanmoins, ces chercheurs ont des noms dans le passé : ce sont les Adrien Peladan, les Lucas, les
i88 l’initiation Malfatti, les Wronsky pour ne citer que les modernes. Ce sont eux qui vont au nom de l'expérience parler aux anatomistes, au nom de la raison, aux philosophes et rapprocher les penseurs de chaque bord. Le tableau [page 82) où se trouvent comparées les différentes clas sifications proposées fait nettement ressortir l’antithèse des écoles anatomique et philosophique.
Ceux-là, can tonnés dans le domaine des faits, y cherchant vainement une base à leurs divisions, — ceux-ci voulant imposer aux faits leurs vues personnelles érigées en lois. Enfin les chercheurs, (et dans cette planche ils prennent ouver tement leur nom de cabalistes) introduisant la mathèse, montrant du microcosme au macrocosme l’identité de la nature, la hiérarchie des fonctions.
Le débat, à leur arrivée, s’élargit considérablement, et le lecteur, familia risé aux méthodes occultes, a vite reconnu les pays aux symboles rassurants qu’il a l’habitude de parcourir : il craignait s’être perdu au dédale des cellules embryogéniques, aux aridités des vertèbres et des apophyses, mais les chercheurs ont relevé sa tête et c’est dans les fleurs et les oiseaux, dans les montagnes et les airs qu’il a retrouvé le rythme perdu, la loi, en l’individu vaine ment recherchée.
Ce rôle, Papus l’indique seulement, puis revient à son étude et l’on regrette presque de voir ces portes ouvertes sur le domaine des principes se fer mer aussi vite, la nécessité du sujet ramenant l’auteur au fait très spécial des classifications anatomiques.
Une histoire des classifications proposées, présentée avec la netteté, la facilité habituelle à Papus, nous montre le désarroi des anatomistes : au cours de cet exposé, cependant, de-ci, de-là, l’auteur arrache quelque aveu, quelque assentiment aux hommes les plus autorisés. Les opinions de Debierre, de Spix, incertaines, à l’état d’hypothèses, de rêveries, se rapprochent et prennent à ce contact une force nouvelle.
Un mot de celui-ci éclaire une obscurité de celui-là et c’est un grand plaisir intel lectuel de voir la sûreté, la facilité avec laquelle l’auteur dirige dans leurs hésitalions ces savants qui n’étaient pas |des organisateurs, leur fournit les principes, les méthodes pour utiliser leur consciencieuse et d’ailleurs admirable érudition.
BIBLIOGRAPHIE l8g Bientôt la de'finition de l’anatomie philosophique — l’e'tude des lois de l'organisation — se de'gage. La méthode — l’analogie — apparaît. Et, sur ce point, Papus, modestement caché derrière des noms officiels : Camille Bertrand, Owen, Debierre, enseigne le maniement de cette arme qu’il connaît si bien. L’analogie est si dange reuse, si fallacieuse à qui n’en a profondément étudié les lois, vérifié les assertions !
Que de déboires, que de mirages elle donne au débutant qui cherche en elle, sans prudence ni savoir, l’instrument universel de toute recherche, de tout travail !
Or ce livre de Papus est un guide précieux pour qui voudra le méditer : on y trouve un double enseignement; pour la plupart ce ne sera qu’une étude approfondie de méthodologie scientifique : pour les occultistes, c’est un livre où l’on apprend ce qu’est l’analogie, ses dangers, ses méthodes, son maniement, avec la sûreté d’un traité didactique rehaussé d’un exemple immédiat.
Le Tarot apprenait à monter, Anatomie philosophique enseigne et cela est plus difficile encore, à redescendre.
Le choix des ouvrages cités et commentés, Oken, Malfatti, Adrien Péladan désormais connus du monde savant qui' s’efforcait de les ignorer ou les raillait ; la science avec laquelle il a fait pénétrer en des cerveaux préoccupés de théories spéciales et de faits matérielle ment indéniables des considérations de mathématique transcendantale et métaphysique des nombres, de sym bolisme ésotérique, tout cela montre une fois de plus le désintéressement et la fermeté avec lesquels l’auteur poursuit son but : semer partout des germes de vérité.
Avoir fait connaître, peut-être apprécier Malfatti à quelques travaiSeurs, c’est déjà beaucoup; mais dans cette œuvre de Papus qui est une réalisation des prin cipes de l’ésotérisme et une application de la méthode occulte, il y a plus à chercher qu’un simple enseigne ment de l’Anatomie philosophique.
Celui qui s’efforce de pénétrer le jeu des forces secrètes, la mise en œuvre des puissances magiques y trouvera, sagement dissimulée, la clef des réalisations. Ce livre à l’apparence rébarba tive, officielle, savante, attirera moins de lecteurs, moins de lectrices surtout, par son titre et quelques pages
l’initiation 190 feuilletées que des Mystères de la Magie ou des Charmes de sorcellerie mais pour qui saura le lire et en compren dra la portée, cette anatomie philosophique marquera un stade de plus dans la route ascendante que parcourt l’auteur et qu’il signe chaque année d’une œuvre nou velle et toujours plus parfaite.
Marc Haven. ★ ¥ ¥ Mystères des sciences occultes par un Initié. — Un vol. in-40 avec de nombreuses gravures; à la librairie illustrée. Cette énorme compilation fait honneur à la patience de celui qui l’a entreprise. Nous y avons reconnu la main d’un vulgarisateur de talent, M. Plytoff. La Divi nation et la phénoménologie occultes dans leurs princi pales branches y sont exposées avec beaucoup de faits.
Ce qu’il y a surtout à louer dans ce volume c’est son inspiration qui est sainement traditionnelle. L’histoire du magnétisme et celle du spiritisme sont très intéres santes. Enfin le volume se clôt sur un exposé de la doc trine occulte d’après F.-Ch. Barlet et Papus. L’éloge n’en est point à faire.
La partie matérielle est très soignée ; de nombreuses et intéressantes gravures, des portraits peu connus reproduits par la plume de Kreutzberger complètent parfaitement l’œuvre. Elle est appelée à un grand succès dans la classe moyenne et dans le peuple. S. * ¥ ¥ Fabius de Champville. Le Magisme, étude de vulgari sation. br. in-18, à la librairie spiritualiste.
Cette brochure commence par ces mots : « Depuis quelques années, l’occulte, l’occultisme, les occultistes sont devenus à la mode. Malheureusement là comme en bien des choses, il y a usage ignorant. Nombre de gens parlent de l’Occultisme sans savoir même ce
BIBLIOGRAPHIE igi que le mot signifie ». Tout cela est fort juste, mais, si je voulais avoir la dent dure, j'ajouterais que l’auteur a néglige' de faire l’application de ces paroles à lui-même.
Sa brochure expose des théories et des faits de magné tisme; on n’y trouve aucun des principes de l’occulte; en magisme (ne pas confondre avec une de ses subdivi sions, le magnétisme), il y a deux procédés de connais sance: l’un exotérique et scientifique, acquis par le tra vail personnel, les livres, les conférences, etc. ; l’autre ésotérique ou traditionnel, acquis par les Sociétés d’ini tiation.
M. de Champville reproduit dans sa brochure les connaissances acquises scientifiquement; mais il nous est permis de douter s’il appartient à une société régulière d’initiation orientale ou occidentale.
Enfin, une remarque encore : M. Fabius de Champville expose clairement les découvertes de M. de Rochas sur l’extériorisation de la sensibilité, etc. Pourquoi fautil qu’un manque de mémoire malheureux l’ait empêché de citer à la bonne place le nom de leur inventeur? Il faut laisser aux savants ces procédés ; les occultistes ont l’habitude de rendre à César ce qui appartient à César.
En somme tout ceci revient à une impropriété de termes : la brochure en question n’a du Magisme que le nom. Nous faisons tous nos vœux pour que M. de Champville nous donne, dans un avenir prochain des travaux plus vivants et plus profonds, quel que soit leur titre d’ailleurs. Sedir. k * * Dr P. Valentin. — Les Religions orientales considérées dans leurs rapports avec l’hygiène et la prophylaxie des maladies contagieuses.
Paris, Steinheil, 1894, in-8. Le sujet est des plus intéressants; pour être traité complètement un gros volume n’aurait pas suffi; recon naissons que dans ce court espace de 82 pages l’auteur a su parfaitement en dessiner les grandes lignes. Les codes égyptiens, chaldéens, moïsiaque : le Koran, le Zend-Avesta et les lois de Manou sont successi vement passés en revue dans leurs parties qui traitent de
l’initiation I 92 la purification; et beaucoup de détails, très connus des ésotéristes sont remis au jour, avec une érudition rare au sein de la Faculté de médecine. Nos sincères félicitations au Dr Valentin pour cet heureux essai qui, malgré quelques erreurs inévitables à un non initié, a su rédiger, dans une langue littéraire, une œuvre dont l’originalité tranche heureusement sur la foule des publications médicales ordinaires. S.
Plusieurs journaux spiritualistes ont ouvert une sous cription en faveur d’un des pionniers du mouvement théosophique en France : F. K. Gaboriau, qui, après avoir consacré toute sa fortune à la propagande des idées théosophiques, est tombé dans une situation pré caire.
Nous nous associons de grand cœur à ce mouve ment de sympathie et, sans insister ici sur ce que les occultistes ont personnellement fait dans ces derniers temps, nous engageons tous nos amis à envoyer direc tement leur obole à M. F.-K. Gaboriau, 1 o, rue du CloîtreNotre-Dame, Paris.
Nous voulons éviter en ces délicates questions toute ingérence d’intermédiaire. -fc ¥ ¥ La longueur exceptionnelle des importants articles publiés dans ce numéro nous obligent à faire toutes nos excuses à MM. Selva, Sédir et Alfred Le Daim, pour le retard forcé que subit la publication de leurs remar quables travaux. Le Gérant : Encausse. TOURS. — IMP. E. ARRAULT ET c", RUE DE LA PRÉFECTURE, 6.
VIENT DE PARAITRE L’Anatomie Philosophique ET SES DIVISIONS SUIVI d’une analyse détaillée de LA MATHESE DE MALFATTI DE MONTEREGGIO PAR G. ENCAISSE — PAPUS DOCTEUR EN MÉDECINE DE LA FACULTÉ DE PARIS Ancien externe des Hôpitaux et du Bureau central Médaille de bronze de l’Assistance publique Ex-chef du laboratoire d'hypnothérapie du Dr l.uys à l’hôpital de la Charité Ancien professeur, médaille de bronze et médaille d'argent de l'union française de la Jeunesse Officier d'Académie — Officier de l’ordre impérial du Medjidic Chevalier de l’ordre militaire et royal du Christ, de 1 ordre de Bolivar, etc., etc. Ouvrage orné de 12 tableaux Prix : 4 fr. PARIS GHAMUEL, EDITEUR 29, rue de Trévise, 29 1894
VIENT DE PARAITRE L’Almanach du Magiste <re ANNÉE MARS 1894-MARS 1895 CONTENANT : L’AGENDA MAGIQUE POUR TOUS LES JOURS DE L’ANNÉE Les Jugements Astrologiques des sept planètes. La liste des Herbes, des Pierres et des Correspondances magiques. Le Jugement des Songes d’après le cours de la Lune. UN RÉSUMÉ DE MAGIE CERÉMONIELLE L’HYPNOTISME PRATIQUE EN QUATRE LEÇONS. Le Miroir magique. — Les expériences d’Eliphas Levi. Les 22 axiomes magiques. LE RÉSUMÉ DE LA DOCTRINE DE L’OCCULTISME SUR L’AME ET SON ÉVOLUTION. Des extraits et des citations des principaux occultistes. L’Histoire du Mouvement spiritualiste dans ces dernières années, et la liste des Fraternités Initiatiques. Orné de gravures et des portraits de L.-C. de Saint-Martin, Fabre d’Olivet, Wronski, Eliphas Levi, Louis Lucas, Eugène Nus, Fauvety, Camille Flammarion. PUBLIÉ par un Groupe d’Occultistes sous la direction de PARUS Président du Groupe indépendant d'Etudes Esotériques. Prix : » francs PARIS GHAMUEL, Editeur 2g, rue de Trévise, 2g i894 (Tous droits expressément réservés).
L'Initiation du i5 août 1894 VIENT DE PARAITRE LA MAISON HANTEE Par BULWER-LYTTON Première Traduction française par Jean TABRIS Tirage de grand luxe sur beau papier, à très peu d’exemplaires. Prix : 2 fr. CHAMUEL, EDITEUR VIENT DE PARAITRE George MONTIÈRE SARAH KEMMY Un beau volume in-18. — Prix. . . 3 fr. 50 — CHAMUEL, ÉDITEUR 2g, RUE DE TrÉVISE, PARIS
L’INITIATION C“TS) DIRECTION 14, rue de Strasbourg, 14 PARIS Directeur : □=» A.IE’TJ'S 0.0® Docteur en médecine, docteur en kabbale Directeur-adjoint : Lucien MAUCHEL Rédacteur en chef : F.-Ch. BARLET Secrétaires de la Rédaction : J. L E J A Y — PAUL S É D I R ADMINISTRATION ABONNEMENTS, VENTE AU NUMERO Gt. CA.KFIÉ 3, rue Racine, 3 PARIS FRANCE, un an. io fr. ÉTRANGER, — 12 fr. RÉDACTION : 14, rue de Strasbourg. — Chèque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité. L’indépendance absolue étant la raison d’être de la Revue, la direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps d’un article. Manuscrits. — Les manuscrits doivent être adressés à la rédaction. Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d’avis spécial. Un numéro de la Revue est toujours composé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant. Livres et Revues. — Tout livre ou brochure dont la rédaction recevra deux exemplaires sera sûrement annoncé et analysé s’il y a lieu. Les Revues qui désirent faire l’échange sont priées de s’adresser à la direction. ADMINISTRATION, ABONNEMENTS. — Les abonnements sont d’un an et se paient d’avance à l’Administration par mandat, bon de poste ou autrement, 3, rue Racine. ETRANGER. — Envoyer tous les’ échanges à la direction, 14, rue de Strasbourg, Paris. TOURS, IMF. S XAULT ET CIE.