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L’Initiation Revue philosophique indépendante des Hautes Études E. Hypnotisme, Force psychique Theosophie, Kabbale Gnose, Franc-Maçonnerie Sciences Occultes SOMMAIRE DU N“7 (Avril 1894) ---- X----- PARTIE INITIATIQUE ... Louis Lucas (avec por trait) ........................... Fapus. (p. i à 3). L'Eglise gnostique (Dog me) ..............................Valentin. (p. 4 à io). Les Compagnons ne sont pas des Messies .... Quærens. (p. io à 14).
Vie de Jean Dee (fin). . PhilophoteS. (p. 14 à 3i). Jeanne Leade............... Sédir. (p. 3i à 35). PARTIE PHILOSOPHI- L’Extériorisation de la QUE ET SCIENTIFIQUE sensibilité et sa théorie au XVIIe siècle .... R"' (p. 36 à 49). Nouvelle traduction de la Genèse (suite)............Alfred le Dain. (p. 5oà 61). PARTIE LITTÉRAIRE... La Maison hantée . . . . Bulwer-Litton. (p. 62 à 6>).
Le Baiser du Satyre(poésie)..............................Yvan Dietschine. (p. 68 à 70). Résurrection (poésie) . . A. E. Badaire. (P- 70 à 71)., Groupe indépendant d’études ésotériques. — Un mystère dans une baraque. — Horoscope de l’année 1894. — Bibliographie.— Nécrologie. — Courte biographie de Ch. Fauvety (avec portrait). — Le Courrier de la Presse.
Rédaction : 20, rue de Trévise, 20 PARIS Administration, Abonnements : 3, rue Racine, 3 PARIS Le Numéro : UN FRANC. — Un An : DIX FRANCS
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion ; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initiation est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d’an même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l’arbitrage contre l’arbitraire, aujourd'hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cléricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l’initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie de la Revue (Initiatique') contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier.
L’Initiation paraît régulièrement du 15 au 20 de chaque mois et compte déjà sept années d’existence. — Abonnement: 10 francs par an. (Les collections des deux premières années sont absolument épuisées.)
L'Initiation du i5 Mars 1894 Principaux Rédacteurs et Collaborateurs de li Initiation i° PARTIE INITIATIQUE F..Ch. Barlet, S.-. I.’. R — Jules Doinel, S.-. I.’. (D. G. E., — Ep. Gnost. — Stanislas de Guaita, S.-. I.-. — Marc Haven, S.-. I.’. — Julien Lejay, S.'. I.'. $ — Emile Michelet, S.-. I.-. (C. G. E.) — Lucien Mauchel, S.-. I.*. (D. S. E.) — George NIontière, S.’. I.-. — Papus, S.-. I.-. ,<■ — Philophotes, S.'. I.-. (C. G.
E.) — Quærens, S.-. I.-. (D. G. E.) — Sédir, S.-. I.-. (C. G. E.) — Selva, S.-. I.-. (C. G. E.) — Vurgey, S.'. I.'. (D. G. E.). 2° PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ; Abil- Marduk. — Aleph. — Badaire. — Dr Baraduc. — Le F. -. Bertrand 3o’.-. — René Caillié. — A. C. Tshéla. — Camille Chaigneau.— Chimua du Lafay. — Alfred le üain.— G. Delanne. — Fabre des Essarts. — Dr Fugairon. — Dei.ézinier.— Jules Giraud. — Haatan. — L. Hutchinson. — L.
Lemerle. — Marcus de Vèze. — Napoléon Ney. — Eugène Nus. — Horace Pelletier. — G. Poirei.. Raymond. — A. de R. — D1' Sourbeck. — L. Stevenard. —Thomassin. — Pierre Torcy. — G. Vitoux. — Henri Welsch. — Oswald Wirth. — Yalta. 3° PARTIE LITTÉRAIRE Maurice Beaubourg. — E. Goudeau.—• Manoël de Grandford. — Jules Lermina. — L.
Hennique. — Catulle Mendès. — George Montière. — Léon Riotor. — Saint-Fargeau. — Robert Scheffer. — Emile Sigogne. — Ch. de Sivry. 4° POÉSIE Ch. Dubourg. — Rodolphe Darzens. — Yvan Dietschinp. w Maurice Largeris. — Paul Marrot. — J. de Tallenay. — Robert de la Villehervé.
L’Initiation du i5 Mars 1804 GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES Secrétariat : M. Paul SÉDIR 4, Avenue de l’Opéra, 4 PARIS Quartier Général : 2g, Rue de Trévise, 29 PARIS But. — Le Groupe a pour but principal d’étudier 'théoriquement et expérimentalement les forces encore non définies de la Nature et de l'Homme — en dehors de oute secte et de toute personnalité. Membres. — Les membres ne payent ni cotisation ni droit d’entrée. —Tout abonné de l’initiation ou du Voile d’isis reçoit sa carte de membre sur demande affranchie adressée au Secrétariat. Organisation. — Le.Groupe comprend 22 commissions d’études au Quartier Général à Paris. Il compte actuellement 80 branches et correspondants au dehors. Des conférences et des cours ont lieu régulièrement au Quartier Général. Renseignements. — Pour tous renseignements sur le Groupe ou les sociétés adhérents dans les différents pays, écrire en joignant un timbre pour la réponse à M. Paul Sédir, 4, Avenue de l’Opéra, Paris.
LOUIS LUCAS
La reproduction des articles inédits publiés par l'initiation est formellement interdite, à moins d’autorisation spéciale. PARTIE INITIATIQUE LOUS LUCAS Louis Jean Lucas est né à Condé-sur-Noireau le 2 5 mars 1816 et est mort à Paris le 9 janvier 1863. Il fit ses études au collège de Caen, puis vint à Paris en 1836, où il prit le grade de licencié en droit (14 dé cembre 183g) et s’inscrivit l’année suivante au barreau de Paris.
Jusque-là l’opposition de ses parents avait empêché Lucas de se livrer entièrement à l’étude. Ayant enfin obtenu la liberté désirée, il passa ses journées à la bibliothèque et dans les cours scienti fiques et, après huit années d’études personelles, il fit paraître son premier ouvrage : Une Révolution dans la Musique, dont il modifia le titre pour l’appeler l’Acous tique nouvelle (1848).
Théodore de Banville écrivit la préface de cet ouvrage, où Lucas expose ses idées sur l'Unité de Force dans l’Univers, considérant le Mou vement libre comme l’origine de toutes les forces phy
2 l’initiation siques et cherchant dans la musique les lois de ce mouvement. Entre temps, Lucasfaisait du journalisme et fondait le journal le Dix Décembre, qu’il aban donna bientôt après pour se livrer exclusivement à la science après s’ètre marié (184g).
Pendant huit ans encore, Lucas poursuit ses recherches concernant l’Unité des forces physiques et l’existence de la Loi sériaire, et en i85q il mit au jour son ouvrage le plus curieux: « la Chimie nouvelle, appuyée sur des décou vertes importantes qui modifient profondémentl’étude de l'électricité, du magnétisme, de la lumière, de l'analyse et des affinités chimiques, avec une histoire dogmatique des sciences physiques ». — Grosvol. in-8° de 524 pages imprimées en texte serré. — Ce travail très important demanderait à lui seul une étude dé taillée.
Voulant propager ses idées scientifiques. Lucas fonde en même temps un périodique, le Nova teur , qui plus tard prit le titre à’Organe cle l’in dustrie, des sciences, des lettres et des arts. L’étude de la Chimie avait conduit Lucas à plusieurs décou vertes industrielles entre autres la silicatisation de la craie (1855) et la boisson alimentaire dérivée de la fermentation du brou de noix : le brou mousseux.
En poursuivant l’histoire des sciences physiques notre auteur avait abordé très sérieusement l’étude de l’al chimie ; il avait reconnu la profondeur des théories scientifiques contenues dans les livres des maîtres hermétistes. De là le Roman alchimique qui parut en 1857. En 1858, Lucas acquiert l’hôtel de Varennes, situé rue de Vaugirard, et là installe un laboratoire où il pour
LOUIS LUCAS 5 suit non plus seulement l’étude de la Chimie, mais encore celle de la Biologie, d’après des bases toutes nouvelles. Il fréquente en même temps avec assiduité l’Ecole de Médecine. C’est vers cette époque qu’il fait connaissance des esprits les plus avancés du temps et qu’il est amené à fréquenter Eliphas Lévi, Desbarolles et le docteur Henri Favre.
Mais l’excès de travail alté rait rapidement lasanté de Lucas qui publia, en 1862, le premier volume de la Médecine nouvelle, basée sur des principes de Physique et de Chimie transcen dantales et sur des expériences capitales qui font voir mécaniquement l’origine du principe de la vie. Le se cond volume parut en 1863 après la mort de l’auteur.
C’est dans cet ouvrage que se trouve décrit le Bio mètre, que Lucas laissa un moment au Dr Favre ; c’est là aussi que l’on peut lire l’expérience capitale, dans laquelle Lucas prétend avoir réalisé la création de cellules vivantes, en faisant passer un courant élec trique dans une solution de dextrine.
Le Dr Favre consacra une notice biographique très résumée à Louis Lucas dans la France Médicale (ire année) et, depuis, l’oubli s’était fait sur le nom et les œuvres de ce chercheur, qui n’était cité dans aucun dictionnaire biographique, lorsque nous remîmes au jour les tra vaux de Lucas, dans notre Occultisme contemporain (1887).
La veuve de Louis Lucas et le Dr Favre vou lurent bien fournir, l’un les détails biographiques, l’autre certains détails scientifiques, et dont nous les remercions bien cordialement. Papus .
4 L'INITIATION GNOSE DE Le Patriarche, exposant les principes de la Gnose restaurée Valentin, par la miséricorde des Eons Patriarche Gnostique, Primat de l’Albigeois, Evêque de Monségur, Grand-maître de la Colombe du Paraclet, aux Evêques et à la Sophia, membres du Très Flaut Synode, Salut et consolation dans le divin Plérôme.
La préparation de la Catéchèse Gnostique que le Très Haut Synode Valentinien doit publier et qu’a rendue nécessaire le rétablissement de la Hiérarchie et la formation de l’Assemblée, Nous a permis, Très Chers Frères et Seigneurs, et Très Illustre et Chère Sœur, de condenser en quelques lignes la doctrine même que cette catéchèse doit faire connaître dans ses détails dogmatiques et liturgiques.
Plusieurs d’entre vous, et, parmi vous, notre Vénérable Frère l’Evêque Elu de Rennes et notre Vénérable Frère l’Evêque Elu de Paris, ont désiré de Nous un mandement explicatif des points principaux de la Théorie sacrée de la Gnose, telle que l’ont professée nos ancêtres des six premiers siècles de Père de Chris- •
MANDEMENT DE SA GRACE LE PATRIARCHE 5 tos et que l’ont enseignée nos illustres docteurs Simon de Samarie et Valentin. Nous leur accordons volontiers ce mandement qui pourra servir d'introduction et de Portique à la caté chèse elle-même.
Puissent et daignent les Eons en bénir le fond et la forme et le rendre utile à nos Elus et à nos Elues. ★ ¥ ¥ Il faut distinguer dans la Gnose, qui est la science, la connaissance absolue du Divin et de ses manifes tations. deux dogmes fondamentaux : Y Emanation et Salut par la Science. Toutes les Ecoles gnostiques sans exception ont admis ces deux dogmes sans la confession desquels nul ne peut se dire gnostique.
Il faut distinguer également la Hiérarchie et la Liturgie qui sont empruntées à la vieille et vénérable école gnostique du Midi, l’Eglise Cathare ou Albi geoise. Nous traiterons d’abord du Dogme. I Le Dogme L’ÉMANATION. — Nous opposons ce dogme à celui de la Création. Qu’est-ce que l’Emanation ?
Les Créatures procèdent par émanation, par géné ration, du Père Inconnu, de cet Infini et de cet Inef fable que Simon nomme le FEU et le PÈRE, que Valentin appelle l’ABIME. C’est un devenir uni
■6 L'INITIATION versel de Dieu dans l’Homme et dans le Monde, une évolution, un processus del’Absolu. Le Premier Prin cipe, l’Etre Pur, l’Abîme, le Père, est une essence in déterminée qui se détermine, qui se déploie dans la multiplicité des êtres et des choses, lesquels deviennent de moins en moins parfaits, à mesure qu’ils s’éloignent de leur source. C’est l’Evoiution. Un second processus se produit ensuite : le Fini gravite vers l’Absolu.
L’Etre se ressaisit lui-même. C’est l’Involution. La Gnose nous enseigne comment s’accomplissent cette évolution et cette involution. Au faîte du monde supérieur se trouve l’Abîme pur, inaccessible, insondable, océan sans bornes, abîme sans fond. Il n’est pas seul. lia une compagne éternelle : le SILENCE. Ils forment la première 5y- %ygie ou le premier couple divin.
Dieu ( l’Abîme-Silence ) est amour : or Valentin nous a dit, dans son langage magnifique, que l’amour n’existe qu’à la condition d’avoir un objet. — ’Aqà-r, 7jv ôÀoç, 7] os ává~7) oùx sœtiv ávcónj, sàv ¡xt¡ r¡ tÔ áYazwjxevov. — C’est pourquoi de l’Abîme et du Silence, éternel Masculin et Féminin éternel, émanent par couples ou syzygies successifs les Eons qui composent le Très Saint Plérôme.
La Catéchèse donnera cette mysté rieuse et profonde Eogonie. Au-dessous du Plérôme est le monde Intelligible ou intermédiaire qui sépare le Plérôme du troisième monde : le monde des formes et de la matière, le Kènôme, le Vide, les Ténèbres que l’Eon Jésus appelait dans l’Evangile les Ténèbres extérieures.
MANDEMÈNT DE SA GRACE LE PATRIARCHE 7 A un point à nous inconnu du Temps sans limite, l’harmonie du Plérôme fut troublée. Le dernier des Eons, Sophia, dans son immense amour pour le Père. voulut s’unir à lui en franchissant tous les degrés qui la séparaient de Lui. Elle se sépara violemment de son époux divin, brisa la syzygie, et, sans le concours de l’Eon masculin qui lui est attaché, voulut émaner seule, à l’imitation de I’Un, de 1’Abîme.
De là sa chute. Elle se trouva séparée par une bar rière (la Limite) de l’infini dont elle émanait. Elle en ressentit une inénarrable tristesse, origine de toutes les tristesses et de toutes les douleurs de l’âme. De cet effort était né un avorton : l’Extrôma Achamot, qui dépara la beauté et troubla la divine Harmonie du Plérôme.
Pour sauver Sophia, deux Eons, le Nous et l’Alètheia, enfantèrent le Christos d’En-haut et le Paraclet (nveùtxa-Wrtov). Ils chassèrent Achamoth du monde divin et rétablirent l’harmonie première. Les Eons émanèrent alors le dernier Eon, le Sauveur Jésus, qui, en s'unissant à Sophia exilée, la racheta et la ramena dans le sein du Plérôme. Restait Sophia Terrestre ou Achamoth.
Dans sa détresse et son abaissement, elle avait conservé le souvenir de la Lumière et du Monde Divin dont elle sortait par sa mère Sophia ; mais la Limite lui inter disait l'accès de ce monde éternellement heureux et pacifié. Le poète a dit : Notre âme est un rayon de lumière et d'amour Qui du foyer divin détaché pour un jour, De désirs dévorants loin de lui consumée. Brûle de remonter à sa source enflammée.
8 L INITIATION Le Plérôme eut pitié de Sophia Terrestre (Achamoth). Jésus se manifesta pour la racheter. Il lui en leva tour à tour la crainte, la tristesse, le désespoir. Sa Tristesse forma la matière ; Sa Crainte forma l’élé ment psych ique ; son Désespoir forma l’essence démo" niaque (Satan). Le Démiurge apparut alors. Il était le fils d’Achamoth. C’est lui qui forma la terre et les hommes.
Leurs corps furent pris dans les molécules de la ma tière; leurs âmes furent prises dans l’élément psy chique. Achamoth communiqua à quelques-uns des Hom mes une étincelle de cette flamme divine qu’elle tenait de sa mère Sophia-Céleste. Ces élus sont les Pneuma tiques. élite de l’Humanité, adeptes nés de la Gnose. Les Psychiques sont les sujets du Démiurge.
Enfin une troisième classe d’hommes, les Hyliques, sont les hommes vulgaires, matériels, asservis à la bestialité. Le Démiurge, qui ne connaît pas le Plérôme, se crut le Dieu suprême. Il se révéla aux Juifs sous le nom de Jéhovah.
II La Hiérarchie et la Liturgie L’intervention surnaturelle des Éons, ayant produit dès l’année vulgaire 1890 la restauration de la Très Sainte Gnose Valentinienne, et treize Evêques ayant été successivement sacrés ou élus, il parut nécessaire de rétablir la Hiérarchie et de constituer des églises dont l’ensemble forme Y Assemblée gnostique.
MANDEMENT DE SA GRACE LE PATRIARCHE 9 C’est pourquoi le Très-Hiut Synode, par son décret suivi de notre Exécutoire du 28 septembre 1893, ré tablit le symbolisme albigeois et conféra à tous les membres de l’Ordre Martiniste le rang de Parfaits ou Pneumatiques. Il emprunta aux Albigeois ou Cathares, leurs Evêques, leurs Diacres, leurs Diaconesses, en y ajoutant pour les femmes le titre de Sophia qui équi vaut à celui d’Evêque.
Les trois sacrements ou symboles : le Consolamentum, la Fraction du pain et I’Appareillamentum furent restaurés. Il déclara que l’Evangile de Jean était le seul que la Gnose reconnût. Ce décret était signé par Nous et par nos vénérables frères les Evêques de Toulouse, de Béziers, de Milan, de Concorezzo, d’Avignon, et par notre illustre sœur la Sophia de Varsovie.
Enfin il décréta la publication de la Catéchèse et des rituels auxquels on travaille actuellement. Nous-même créâmes ensuite l’Ordre de la Colombe du Paraclet, en mémoire des faydits et des Chevaliers et Dames de la guerre Albigeoise et des glorieux mar tyrs de l’inquisition du Midi.
Nous conférons par ce Mandement la Colombe d’argent à nos frères les Evêques et à notre sœur la Sophia, avec le titre de Commandeurs, et les autori sons à recevoir les Chevaliers et Chevalières de l’Ordre. Et sera notre Mandement publié par les soins de nos vénérables frères l’Evêque de Toulouse et l’Evêque élu de Rennes. Donné à Monségur, sur le Mont des Martyrs, le
io l’initiation 26e jour du 2e mois de l’an V de la Restauration de la Gno.se, sous notre sceau patriarcal. f- Valentin, Par mandement de sa Grâce Patriarcale, René du V.-M. Diacre réjérendaire. Patriarche gnostique. Alice L., Diaconesse référendaire. LES LETTRE OUVERTE a MADAME SEVERINE Certes vous nous troublez profondément, madame, dans votre apostolat de bonté. Votre prière au Bon nous élève et nous purifie.
Pourquoi, cependant, voulez-vous, avec tant d’in sistance, tenter d’établir un parallèle entre le Christ et Ravachol. Ne sentez-vous pas combien ils se ressemblent peu dans la conception de leur Idéal et combien ils dif fèrent dans sa réalisation. Ne faites-vous pas erreur lorsque vous associez les aspirations des premiers chrétiens aux appétits de nos derniers anarchistes ? Ceux-ci sont les fils de la science sans foi ou sans Idéal, comme vous le dites ;
LES COMPAGNONS NE SONT PAS DES MESSIES I I ce sont les petits neveux du Positivisme jouisseur et vide, ce sont les produits des manuels de MM. Compayré et Paul Bert. Ils poussent à l'extrême les syl logismes dont ces prud’hommesques universitaires avaient posé les prémices.
Ils considèrent, savamment, avec leur petite science de manuel, la pensée comme une sécrétion du cer veau et, dans leur haine bête de la hiérarchie, ils ne veulent pas inférioriser l’encéphale à l’estomac, mais toutes ces idées-là sont garanties par le pouvoir, profes sées par ses représentants et appliquées par ces anar chistes que ce même pouvoir incarcère et tue aujour d’hui, sans doute parce qu’ils ont trop bien compris la philosophie officielle et qu'ils en ont mis les préceptes en pratique.
L’anarchiste. Cet homme qui se croit tellement supérieur par la vertu suprême de sa raison infaillible, ce profond penseur traitant de balançoires intéressées les dogmes et la foi, en professe une cependant sur laquelle s’échafaude tout son système ; la foi en la bonté humaine, n’est-ce pas là une foi de circons tance, discutable, et en tout cas sujette à caution ?
Et puisque ces philosophes n’admettent que le fait comme outil de raisonnement ou de propagande, est-ce que le fait quotidien, banal ne verse pas sur leur foi un perpétuel jet d’eau froide ? Ne voyons-nous pas beaucoup de gens heureux être de parfaits gredins. — Par pur dilettantisme, les bienfaits ou les élans du cœur se comptent-ils au prorata de la félicité de ceux qui en sont capables ?
Elles sont rares, n’est-ce pas, les créatures bienfai12 L INITIATION santés, au point de se priver pour donner, comme je sais que vous le faites, Madame, et n’est-on pas en droit de douter de la générosité d’individus scientifiques et dogmatiques aussi qui vous écharpent chimiquement des tas d’innocents, sous couleur de philanthropie, mais peut-être à fin de troubler une eau dans laquelle ils jettent ensuite le filet?
Dans l’état actuel de notre société, il faut du renon cement en haut, et de la résignation en bas de l’échelle sociale, et cette dernière vertu est la plus héroïque et la plus noble, parce qu’elle est la plus humble. Qui nous enseigne le renoncement et la résigna tion ? Qui règle éntre les hommes ces rapports fra ternels par lesquels on doit donner sans cabotinisme, et on peut accepter sans outrage ? La Religion.
Ne riez pas, Madame ; c’est encore là que se sèchent les larmes et se réchauffent les cœurs. Je ne veux pas vanter l’excellence de telle ou telle Eglise, aussi n’ai-je pas dit une religion (avec un petit r). Je ne suis pas non plus le champion d’un clérica lisme quelconque ; il y a des cléricalismes autour de toutes les grandes idées, comme des frelons près des ruches. La politique; n’est-ce pas le cléricalisme de la philosophie sociale?
Et l’Art, et la Science? n’ontelles pas aussi leurs petites chapelles ou mieux leurs sacristies? Et les fameux libre penseurs. N’ont-ils pas également leurs cléricaux et quels cléricaux ! Quand je dis Religion, j’entends le culte et la pratique du beau, du bon et vrai de quelques formes, de quelques
LES COMPAGNONS NE SONT PAS DES MESSIES l3 cœurs, de quelques intelligences qu’ils nous viennent. — Seulement tout cela c’est de la Hiérarchie, de l’Harmonie, de l’Ordre, de la Synarchie, en un mot, juste le contraire de ce qui sert à dénommer les théories de MM. Kœnigstein et Vaillant.
L’Humanité dont l’homme est un clivage possède, comme l’individu, une tête qui nous doit sa pensée ; soutenue par une poitrine, dans laquelle se meut un cœur, auquel elle demande la vie et une chair, solide piédestal où se sculptent les formes. Les Symboles et les Mythes de toutes les religions élevées ont gardé avec un soin jaloux le divin canon de ces choses.
Le triangle de gloire, de leurs divinités ternaires resplendissait du triple attribut de beauté, de bonté et de vérité. Elles ont pu prêter par le merveilleux, ou simple ment la poésie de leurs textes, à des interprétations dans lesquelles la lettre n’était plus vivifiée par l’esprit.
Elles ont été traduites, pour les besoins de leurs causes, par des criminels, et aussi prêchées par des imbéciles, et ainsi ont pu devenir méconnais sables, mais elles n’en possèdent pas moins le secret de la hiérarchie nécessaire et féconde, grâce à laquelle les autorités ne sont plus asservies par les pouvoirs. Elles possèdent aussi le secret du renoncement et de la résignation absolus.
C’était cette religion que prêchait le Christ aux académiciens universitaires et autres pédants budgétivores du moment. Sa grande bonté, sa grande pureté resplendissent toujours parce qu’il accepta tous les
14 INITIATION outrages, souffrit toutes les humiliations, fut inondé de boue et de crachats, mais ne prêcha que la dou ceur, n’encouragea que l’amour et n’enseigna que le devoir. Qüærens.
Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix (Thèse de doctorat) ©S {Suite et fin) La Reine, touchée par cette apologie spécieuse ou plutôt ayant pitié d’un vieillard presque septuagé naire (qu’elle appelait plaisamment son Philosophe et de sa nombreuse famille, lui fit parvenirle 20 mai i5g5 des lettres patentes munies du sceau royal, le nommant directeur du collège de Manchester, pro vince de Lancastre, place rendue vacante par la nomination du précédent directeur à l’évêché de Chester.
Il y vécut sept ans dans l’aisance, entouré d’une renommée très grande, sinon de bon aloi, à cause des soupçons de magie qui planaient toujours sur lui. Il s’appliqua à les détruire par son zèle à remplir sa charge, par sa prudence, par la pratique
VIE DE JEAN DEE I 5 ostensible de ses devoirs religieux, par son soin à éviter tout scandale. Dans ses discussions avec ses collègues à propos d’argent ou d’autre chose, il ne tranchait jamais la question lui-même, demandant toujours l’avis des autres.
Les paysans et même les citadins avaient une sin gulière opinion de lui. ils venaient l’implorer, le con sulter quand ils se croyaient sous l’influence de quelque maléfice; ils le regardaient comme un puis sant exorciste. Cet hommage du peuple pouvait devenir dangereux, aussi Dee se délivra de cette renommée embarrassante en niant tout pouvoir sur naturel sur les esprits. Il conseillait à ces bizarres clients d'aller se confier aux prêtres.
Un nouveau Roi venait de monter sur le trône; Dee craignit que les bruits qui couraient sur son compte ne trouvassent crédit auprès de lui.
Aussi le 5 juin 1604 il adressa au roi Jacques une supplique, accompagnée de lettres apologétiques, dans lesquelles il cherche à se laver soigneusement de tout soupçon de magie ; il offre de subir un interrogatoire devant le conseil du roi : il se justifiera des bruits qui courent sur son compte par toute l’Angleterre ; et s’il était convaincu de magie et d’avoir eu commerce avec les démons, il demanderait à subir la peine de mort, à être lapidé, brûlé ou enseveli vivant sans pitié.
Le Roi qui s’occupait fort de ces questions, dédaigna la requête de Dee sur le conseil de Robert Cecil, comte de Salisbury. Dee, accablé de chagrins, brisé par les maux de la vieillesse, poursuivi par les railleries de ses ennemis,
16 l’initiation quitta Manchester au mois de novembre 1604 et regagna sa maison de Mortlake. Quoique absent de Manchester, il continua à toucher les honoraires de sa charge. Au mois de mars 1606, Dee, tourmenté par un calcul vésical et par d’autres infirmités, plongé dans une extrême pauvreté, l’esprit angoissé, se décida à reprendre les évocations, sa seule consolation.
11 s’ad joignit un compagnon, Bartholomée Hickmann, que son ami intime Jean Pontésius, récemment revenu de Pologne, lui avait chaleureusement recom mandé, le priant de le regarder comme un autre lui-même.
Raphaël seul apparut dans ces évocations : il recom manda à Dee de prendre courage et de compter sur sa guérison prochaine ; il affirma que ses promesses au sujet du livre de Saint-Dunstanet de la pierre philo sophale auraient prochainement leur effet, qu’il lui ferait d’importantes révélations sur les mystères et les secrets de la sagesse divine; qu’aucun mortel depuis Enoch n’aurait eu une telle connaissance des secrets célestes ; qu’il lui fallait parcourir l’étran ger le plus tôt possible, que tel était l’ordre de Dieu ; que lui Raphaël l’accompagnerait ainsi qu’il avait fait jadis pour Tobie ; que le comte de Salisbury, possédé du démon, poursuivait Dee, le regardant comme un magicien; qu’en conséquence il fallait au plus vite quitter l’Angleterre.
Dee posa nombre de questions à son oracle au sujet de sa vaisselle d'argent qu’on lui avait volée, d’un trésor à trouver, des apprêts de son voyage, de ses
VIE DE JEAN DEE 17 compagnons de route, du pays et de la ville où il fal lait se rendre. A ce sujet il lui fut répondu qu’il pouvait se rendre en Allemagne ou partout ailleurs, qu’il serait ultérieurement instruit de ce qu’il aurait à faire. Cette série d’évocations, commencée au mois de mars, finit le 7 septembre.
Peu après, Dee, au milieu des préparatifs de départ, terrassé par la maladie, mourut dans sa maison à l’âge de quatre-vingt-un ans. * "■ ¥ * Il fut enterré dans l’église paroissiale qu’il avait contribué à réparer et à orner. Il était d’une race antique et noble, originaire du pays de Galles ; il comptait parmi ses ancêtres Roderic le Grand et Hoël Dha, c’est-à-dire le Bon, tous deux roi de Galles et célèbres dans les fastes de sa patrie.
Le nom de Dey fut d’abord porté dans sa famille ; il signifie noir en anglais ; plus tard il fut changé en celui plus euphonique de Dee. Disons quelques mots du Miroir ou Cristal magique que Dee appelait en anglais : the Shew Stone, SkryStone, soit Pierre de révélation, Pierre sacrée, Refuge mystique. A la fin des séances il le renfermait dans un étui garni d’or, qu’il couvrait d’un voile blanc pour le garantir des mauvaises influences.
11 l’appelait encore sa pierre précieuse et l’eut toujours en grande vénération ; quand il le déplaçait, il prenait mille précautions pour le préserver de tout contact impur; crainte qu’il ne se brisât en tombant, il l’avait fait entourer d’un appareil protecteur en or massif.
l’initiation i8 Dec affirma d’abord à Kelley que les mauvais esprits ne pouvaient se montrer à l’intérieur du Cristal, mais il avoua par la suite qu’un certain démon, se donnant pour un bon ange, apparut dans le Cristal sous la forme d’un grand molosse noir : il le chassa à grands cris en l’appelant chien d’enfer. L’ange Michel leur promit que jamais plus rien d'impur ne souillerait le Cristal.
Cependant plus tard un autre démon leur apparut se donnant pour le père de celui pour lequel les peuples de la terre seront maudits, c’est-à-dire de l’Antéchrist. Nous sommes naturellement amenés à parler de la table d’Alliance (en anglais League Table, Table of Covenant'), sur laquelle Dee s’étend longuement, donnant la manière dont elle fut construite, sa forme, ses dimensions, les lignes, figures et caractères qui s’y trouvaient gravés.
La figure centrale se compose de rectangles, surchargés de caractères inconnus ; il l’appelle le sceau de Dieu. On ne devait la regarder qu’avec le plus grand respect, et pendant les évoca tions c’était sur elle que l’on plaçait la Pierre mys tique. Cette table passa à la bibliothèque Cottonienne après la mort de Dee. Casaubon en a laissé la descrip tion et en a donné la reproduction gravée.
Avec cette table, il y avait tout un mobilier sacré comme l’appelle Dee, une couverture blanche en lin, un couvercle, un candélabre, des cierges de cire qui devaient rester allumés pendant les séances, des coussins portant des croix rouges brodées ; toutes ces choses reposaient dans l’oratoire consacré aux cérémonies.
VIE DE JEAN DEF. Personne, excepté les seuls initiés, ne pouvait pé nétrer impunément dans cette pièce ; un domestique de la suite de Lasky, ayant pénétré dans cet ora toire sacré à Mortlake, les esprits déclarèrent qu’en punition de cette profanation impie cet homme péri rait noyé sous peu.
A part le Cristal mystique dont nous avons parlé et que Dee appelait le Principal, le Premier Sanctifié, il est vraisemblable qu’il en possédait d’autres, mais on ne saurait dire si ce fut lui qui les fabriqua ou s’ils lui furent donnés comme le premier.
Dee était un homme probe, sans passions, de mœurs graves, fuyant le luxe, sobre, juste, généreux envers les pauvres, voisin tranquille ; aussi ses voi sins s’en rapportaient à lui comme à un arbitre plein de sagesse quand ils avaient quelque différend à régler. Il accomplissait régulièrement ses devoirs de chrétien, sa foi était orthodoxe et nul plus que lui ne détestait les hérésies condamnées par la primitive Eglise.
Cependant il ne fut pas aussi scrupuleux au sujet de la séparation nette du Catholicisme et de la Réforme ; ainsi en Bohème et en Pologne où l’on suit la religion romaine, il assistait à la messe ; et en Angleterre à son retour il se conforma aux usages de l’Eglise anglicane.
Sa foi chrétienne s’accommo dait des manifestations magiques, il reconnut tou jours les Anges pour ses maîtres ; bien plus, il rendait grâces à Dieu d’avoir bien voulu le mettre dans ce bienheureux état particulier, il le priait de le rendre digne de ses hôtes célestes ; et rien ne put jamais préva loir contre sa croyance à l’orthodoxie des apparitions.
1 L INITIATION Kelley, plus méfiant ou peut-être plus craintif, ne voulut pas d’abord avoir commerce avec les esprits qu’il considérait comme des êtres maléfiques, mais Dee récrimina tellement qu’il finit par assister régu lièrement aux évocations.
Dee eut peut-être lui-même des doutes, car il connaissait l’histoire de Henri Sidney, conseiller intime de la reine Elisabeth, gou verneur d’Irlande, qui avait écouté les avis des Esprits, lesquels lui mentirent toujours impudem ment.
Kelley reprochait aux esprits de s’être souvent trompés, et Dee lui répondait, ou bien qu’il avait mal compris leurs paroles, ou bien qu’en l’absence des bons esprits, les démons avaient pu apparaître dans le miroir.
Dee avait reconnu par plusieurs faits que les esprits noirs cherchaient à le circonvenir et à le tromper; que malgré ce qui lui avait été promis, il y avait eu plusieurs apparitions de mauvais esprits dans son cristal, où ils se livraient à des jeux curieux, faisant les jongleurs et les pitres. Il traita même de menteur un de ces esprits qu’il considérait comme un stupide démon.
Quant à ses amis spirituels, comme il appelle ses anges, jamais un soupçon à leur sujet n’effleura son esprit. Au reste les bons esprits lui affirmèrent plusieurs fois qu’ils étaient les bons anges, messagers et ministresde Dieu.
Uriel lui jura parle Saint nom de Dieu, par le ciel et par la terre, qu’il était bien le vrai Uriel, lumière et serviteur de Dieu; il affirma à Dee et à Kelley qu’ils étaient des prophètes sanctifiés en vue de l’avènement de Dieu, que tout ce qui leur avait été communiqué
VIE DE JEAN DEE 21 arriverait infailliblement. Raphaël leur affirme qu’autant que dureront le ciel et la terre, le souvenir de ces séances subsistera. Gabriel leur dit que la doctrine qu’il leur révélait avait été donnée pour toutes les nations jusqu’à la fin du monde.
Dee s’adonna à ces communications sans impétuo sité, mais pieusement, avec un esprit calme et persévé rant, et quand il devait faire une évocation plus im portante que les autres (telle celle où assista le roi de Pologne), afin d’avoir la conscience calme et pure, afin de se rendre plus digne de ces mystères célestes, il se confessait et communiait plusieurs fois.
Il com mençait toujours ses séances par une prière à Dieu, priait parfois encore pendant l’évocation et à la fin rendait solennellement grâces à Dieu.
Dee se montrant très curieux des secrets de la Sa gesse divine, les esprits lui communiquèrent quelques mots barbares qu’ils prétendaient faire partie de la langue qu’Adam parlait avant le péché, qu’après sa chute il en perdit complètement la connaissance, que chassé du paradis il devint muet et fut contraint de se forger une nouvelle langue qui fut l’hébreu.
Ils lui apprirent qu’il y a trente régions dans l’air, entre l’élé ment du feu et de la terre, qu’elles sont habitées par des esprits, que l’univers entier est soumis à douze anges commandant autant de légions; ils lui firent construire un tableau comprenant quarante-neuf cases qui contenaient les noms mystiques des anges; c’étaient les clefs des Secrets du Seigneur. Les esprits lui promirent aussi la connaissance parfaite des créa tures de Dieu et de la Kabbale naturelle, dont ils
22 L’INITIATION auraient la connaissance à l’aide des clefs angéliques. Sous la conduite d’un ange, Dee travailla pendant cinquante jours à reconstituer le livre d’Enoch, cou vert de figures mystérieuses, contenant le véritable but des créatures et des mondes. Uriel promit encore à Dee qu’il lui révélerait dans la suite beaucoup de secrets divins, telle la description du livre contenant les invocations des noms divins.
Dee ayant manifesté un grand désir de connaître l’avenir, les esprits satisfirent sa curiosité ; il y a en effet un grand nombre de prophéties dans les comptes rendus des séances.
Il faut remarquer qu’aucun des événements n’arriva aux époques prédites ; cela n’a rien qui doive étonner : les voyants de l’astral voient tout sur un même plan et il leur est impossible de déterminer le futur ; s’ils le font c’est pour obéir à un vain amour propre, désireux d’étonner ; tels les mé diums attribuent aux Illustres leurs élucubrations plutôt piètres.
Voici quelques-unes de ces prophéties : l’empereur Rodolphe périrait de mort violente, son frère Ernest monterait sur le trône et sa race périrait à la troi sième génération.
Etienne, roi de Pologne, dans une bataille livrée au commencement de septembre i 585, détruirait la puissance turque et l’étendard slave flotterait à Constantinople en 88 (sans indication du millésime); le soleil changerait la direction de son mouvement dans l’espace, plusieurs étoiles tombe raient du ciel ; l’Antéchrist viendrait avant trois ans (Dee se demandait s’il s’agissait d’années ordinaires ou d’années mystiques composées de quarante-deux
VIE DE JEAN DEE 23 mois), qu’il détruirait Rome de fond en comble, en sorte qu’il n’en resterait pas pierre sur pierre ; le pape actuel mourrait pendant la célébration de la messe, celui qui lui succéderait serait le quinzième de son nom: que le roi d’Espagne mourrait avant deux ans ; que vers le même temps la reine Elisabeth mourrait d’un coup venu du ciel, que Curtzius, qui avait eu des soupçons fâcheux sur Dee, périrait misérablement, qu’Emeric Sontag, secrétaire de Lasky, se tuerait de sa propre main pour les avoir trahis ; qu’enfin Jean Dee et Kelley, aussitôt après leur trépas, ressuscite raient d’entre les morts (ceci doit s’entendre au sens mystique).
Remarquons encore qu’au point de vue purement religieux les esprits penchaient pour la doc trine catholique romaine. ¥ ¥ Deux événements remarquables fortifièrent la foi de Dee. Dans la séance du io avril 1586 à Prague, il fut ordonné à Dee d’apporter et de jeter dans un feu ardent pour les consumer les manuscrits au nombre de vingt-huit, où il avait soigneusement relaté de sa propre main l’histoire des révélations depuis le com mencement.
Il lui était ordonné d’obéir strictement à cet ordre et sans retard afin de ne pas contrarier la volonté divine ; il vit ainsi s’évanouir sous ses yeux, en quelques instants, un travail de plusieurs années. Il pleura amèrement sur cet événement qu’il regar dait comme un indice de la colère de Dieu, car il avait perdu tout espoir d’avoir de nouvelles révéla tions.
l’initiation 24 Cependant le ig du même mois, les évocateurs furent priés par un esprit, — qui avait pris la forme d’un jardinier travaillant une vigne voisine, —furent priés, dis-je, de se rendre dans cette vigne.
Ils s’as sirent dans un endroit agréable et se mirent à causer, lorsque Dee apercevant une feuille de papier blanc agitée par lèvent et ayant été voir, trouva avec joie, à terre sous un amandier, trois des livres brûlés, le le livre d’Enoch, les Quarante clefs angéliques (écrites dans le langage des anges, et traduites en anglais) et le livre de la Collection des Trente firmaments, nommé aussi le Livre de l’Aide, de la Victoire et de la Science terrestre.
Kellev surve nant, ils se jetèrent tous deux à genoux pour remercier Dieu de ce miracle à jamais mémorable. Ils s’éton nèrent surtout de retrouver ces livres entiers et propres, sans aucune trace ni odeur indiquant qu’ils eussent été brûlés.
Peu après, Kelley fut conduit au poêle par le même esprit, qui était apparu sous la forme d’un jardinier ; l’esprit avait fait auparavant ouvrir toutes les portes des chambres de la maison ; il lui tourna la face vers la porte et lui donna par derrière tous les autres livres, excepté deux qui, dit-il, seraient bientôt resti tués. Kelley les rapporta aussitôt à Dee qui attendait le résultat de cette entrevue.
Dee a rapporté ce fait avec ses moindres circonstances dans ses Commen taires, et il cite l’histoire grosso modo dans une lettre qu’il écrivit au nonce apostolique dans le mois de juillet suivant. L’autre prodige arriva au château de Rosenberg,
VIE DE JEAN DEE 25 en 1587. Le 24 avril, pendant une séance dans l’ora toire, le Cristal ou Miroir avec sa garniture en or s’éleva dans les airs et disparut. Le mois suivant, Deé et Kelley se promenant dans le jardin virent deux apparences d’hommes qui se battaient à l’épée, et l’un d’eux priait l’autre de faire ce qui lui avait été commandé, c'est-à-dire de rendre le Cristal et de le placer au chevet de l’épouse de Dee.
Celui-ci se ren dit en toute hâte dans la chambre de sa femme qui, étant malade, gardait le lit, et, ayant soulevé l’oreiller, il trouva le Cristal. Il est hors de doute que Dee et Kelley ont possédé une certaine provision de la fameuse poudre de pro jection. Quoiqu’ils fussent tous deux très versés dans la science alchimique, il ne paraît pas néanmoins qu’ils soient parvenus à préparer eux-mêmes la Pierre des philosophes.
Nous avons vu que Dee pos sédait une certaine quantité de poudre transmutatoire, provenant du tombeau d’un évêque, ouvert lors des fouilles faites à l’abbaye de Glascow, sur le territoire de Sommerset. D’autre part, en avril 1857, un esprit du nom de Ben se vante d’avoir donné de la poudrede transmutation à Kelley. Quoi qu’il en soit, il est certain que Rosenberg reçut de leurs mains deux onces de cette poudre.
Il paraît aussi que le comte d’Averspergen, avec la poudre qu’ils lui avaient donnée, transmuaen lingots d’argent plusieurs vases d’étain ; c’est du moins ce que rapporte le fils de Dee, dont nous allons parler bientôt. 11 affirma, dans une conversation qu’il eut avec Thomas Bruno, il affirma avec serment qu’il
32 l’initiation est écrit en la Genèse, ch. i, v. 28, et en VApocalypse, ch. xxi, v. 1. A ces nouvelles créatures divines, l’image perdue et obscurcie sera restituée par la ToutePuissance sans bornes.
Alors les paroles de l’ange déchu se vérifieront et s’accompliront d’une manière meilleure : « Vous serez comme des Dieux, connais sant le bien et le mal. » Car on pénétrera et on com prendra la racine et le fondement des propriétés mau vaises, et cela sans destruction de l’harmonie, sans extension ni sortie de sa propre proportionnalité, mais par une toute-puissance théique sur les mondes et les régions de ténèbres.
C’est aux pasteurs et aux peuples d’Angleterre que cela sera produit tout d’abord, afin qu’ils voient devant eux comme dans un miroir la magnifique réintégra tion. contenue de l’Alpha à l’Oméga, pour laquelle il se révélera dans ses fiancées ecclésiales; elles seront belles et sans tache comme la pierre blanche sur laquelle il sera écrit : Le Seigneur, notre Justice, ou Jéhovah Schammah, demeure comme dans une cité magnifique, habitée par les seuls vrais Philadelphes.
On pourra demander s’il y a vraiment lieu d’espérer un tel état Philadelphique, et si notre temps y semble quelque peu préparé. Nous répondrons que le moissonneur qui a semé en la terre ces vivantes étincelles est déjà sorti : donc, que la récolte est proche des fruits d’or qui seront offerts sur l’autel flamboyant, tandis que se disperse ront la paille et l’ivraie. On demandera encore peut-être quelles raisons il y a de prédire tout cela, puisque toute la surface de la
VIE DE JEAN DEE 25 en 1587. Le 24 avril, pendant une séance dans l’ora toire, le Cristal ou Miroir avec sa garniture en or s’éleva dans les airs et disparut. Le mois suivant, Deé et Kelley se promenant dans le jardin virent deux apparences d’hommes qui se battaient à l’épée, et l’un d’eux priait l’autre de faire ce qui lui avait été commandé, c'est-à-dire de rendre le Cristal et de le placer au chevet de l’épouse de Dee.
Celui-ci se ren dit en toute hâte dans la chambre de sa femme qui, étant malade, gardait le lit, et, ayant soulevé l’oreiller, il trouva le Cristal. Il est hors de doute que Dee et Kelley ont possédé une certaine provision de la fameuse poudre de pro jection. Quoiqu’ils fussent tous deux très versés dans la science alchimique, il ne paraît pas néanmoins qu’ils soient parvenus à préparer eux-mêmes la Pierre des philosophes.
Nous avons vu que Dee pos sédait une certaine quantité de poudre transmutatoire, provenant du tombeau d’un évêque, ouvert lors des fouilles faites à l’abbaye de Glascow, sur le territoire de Sommerset. D’autre part, en avril 1857, un esprit du nom de Ben se vante d’avoir donné de la poudre de transmutation à Kelley. Quoi qu’il en soit, il est certain que Rosenberg reçut de leurs mains deux onces de cette poudre.
Il paraît aussi que le comte d’Averspergen, avec la poudre qu’ils lui avaient donnée, transmuaen lingots d’argent plusieurs vases d’étain ; c'est du moins ce que rapporte le fils de Dee, dont nous allons parler bientôt. 11 affirma, dans une conversation qu’il eut avec Thomas Bruno, il affirma avec serment qu’il
28 l’initiation Bohême et de Hongrie. Il eut le titre de chimiste de l’empereur, et fut créé baron de Bohême en i5go. Mais il ne sut pas profiter de cette fortune extraor dinaire. Ayant acquis de grandes richesses à l’aide de la poudre de projection, il étala un luxe inoui et fit des dépenses considérables. Enfin, s’étant rendu cou pable de fraudes envers l’empereur son protecteur, il fut condamné à la détention perpétuelle dans une forteresse.
C’est alors que la reine Elisabeth le ré clama comme étant son sujet, probablement à la prière de Dee qui avait appris les aventures de son ex-compagnon. Mais l’empereur refusa de le délilivrer, et Kelley, perdant tout espoir, résolut de s’éva der. Il descendit avec une corde le long des murs de la prison, mais il fut aperçu et, étant tombé à terre, il se brisa les membres et mourut misérablement quel ques jours après (i5g5).
Nous terminerons par quelques mots sur Arthur Dee, fils aîné de notre héros. Il se maria à Manchester dans le temps que son père dirigeait le collège de cette ville. Il s’adonnait tout entier à l’étude de la méde cine et de la chimie. Peu après, Jacques Ier l’envoya à l’empereur de Russie qui lui demandait un méde cin anglais. Il resta dix-huit ans à la cour de Russie.
A son retour il fut mis au rang des médecins asser mentés du roi Charles Ier. Il se fixa enfin à Norwich et y mourut, âgé de plus de soixante-dix ans, vers i65o. Il fut enterré dans l’église Saint-Georges. Il a laissé un petit recueil d’alchimie intitulé : Fasciculus chimicus.
VIE DE JEAN DEE 25 en 1587. Le 24 avril, pendant une séance dans l’ora toire, le Cristal ou Miroir avec sa garniture en or s’éleva dans les airs et disparut. Le mois suivant, Deé et Kelley se promenant dans le jardin virent deux apparences d’hommes qui se battaient à l’épée, et l’un d’eux priait l’autre de faire ce qui lui avait été commandé, c'est-à-dire de rendre le Cristal et de le placer au chevet de l’épouse de Dee.
Celui-ci se ren dit en toute hâte dans la chambre de sa femme qui, étant malade, gardait le lit, et, ayant soulevé l’oreiller, il trouva le Cristal. Il est hors de doute que Dee et Kelley ont possédé une certaine provision de la fameuse poudre de pro jection. Quoiqu’ils fussent tous deux très versés dans la science alchimique, il ne paraît pas néanmoins qu’ils soient parvenus à préparer eux-mêmes la Pierre des philosophes.
Nous avons vu que Dee pos sédait une certaine quantité de poudre transmutatoire, provenant du tombeau d’un évêque, ouvert lors des fouilles faites à l’abbaye de Glascow, sur le territoire de Sommerset. D’autre part, en avril 1857, un esprit du nom de Ben se vante d’avoir donné de la poudrede transmutation à Kelley. Quoi qu’il en soit, il est certain que Rosenberg reçut de leurs mains deux onces de cette poudre.
Il paraît aussi que le comte d’Averspergen, avec la poudre qu’ils lui avaient donnée, transmua en lingots d’argent plusieurs vases d’étain ; c’est du moins ce que rapporte le fils de Dee, dont nous allons parler bientôt. 11 affirma, dans une conversation qu’il eut avec Thomas Bruno, il affirma avec serment qu’il
2Ô L INITIATION avait assisté à deux de ces projections. Malgré que Dee ait possédé une certaine quantité de pierre philo sophale, on a vu qu’à la fin de sa vie il tomba presque dans la misère.
Nous ferons observer que Dee partagea sa provi sion en deux parties, dont l’une, laissée en Angleterre, fut volée ou gâtée lors du sac de sa bibliothèque ; la seconde partie fut employée en Autriche à éblouir la cour impériale par des transmutations : d’autre part Dee en donna deux onces à Rosenberg, et enfin Kelley en se séparant de Dee, comme nous le verrons, lui vola ce qui lui restait de poudre.
Ce Kelley était un nécromant, au dire de Smith ; longtemps avant de connaître Dee, il s’adonnait à la magie noire ; ceci explique un peu sa répugnance pour les évocations de magie angélique. C’est ainsi qu’en présence de Lasky, il prit sur lui de faire apparaître des démons, sous une forme visible, mais Dee intervint et ne lui permit pas d’opérer.
D’autre part, les esprits de Dee lui avant reproché d’avoir eu com merce avec les esprits noirs, il répondit avec vivacité, bien loin de s’excuser ou de nier, en se glorifiant et en ajoutant que cela ne regardait que lui.
Ses mœurs étaient dissolues, il était irascible, turbulent, enclin aux disputes; la plus légère contrariété, la plus mince contradiction le jetaient dans des colères furieuses ; il s’adonnait au vin : enfin c’était un homme sans reli gion et sans mœurs. Dee était fort attristé de ces choses, et il craignait que cette société ne vînt à lui porter préjudice ; il se repentait d’avoir pris pour compagnon cet homme
VIE DE JEAN DEE 27 sans mœurs, il redoutait que l’œuvre sainte à la quelle ils étaient tous deux destinés n’avortât par sa faute. A ses récriminations, à ses colères, Dee oppo sait des conseils, des sermons, l’engageait doucement à revenir à une vie meilleure. Kelley eut un semblant de conversion, puis il retomba dans ses premiers errements.
Il affirmait même contre Dee qu’elles étaient dues aux anges noirs ; enfin il refusa d’assister aux évocations, ne voulant plus rien avoir de com mun avec les esprits de Dee, prétendant qu’il obéis sait à un ordre céleste. Dee, à cette nouvelle, fut rempli de tristesse et d’horreur, comme si cela mar quait la fin de leurs séances.
Il consulta les esprits sur le choix d’un assesseur, et il lui fut répondu de prendre son propre fils Arthur Dee, pas encore tout à fait âgé de huit ans (septembre 1587) et qu’il fallait l’initier en trois jours, consacrés à réciter les prières qu’il aurait à dire pendant les exercices mystiques. Enfin le troisième jour, Kelley revint au bercail et reprit sa fonction ; l’enfant n’avait encore eu aucune apparition.
C’est peu de temps après qu’ils eurent cette communication au sujet de la communauté des femmes. Lorsque Dee rentra dans sa patrie, Kelley ne voulut pas l’accompagner, soit qu’il n’eût pas la conscience tranquille, soit qu’il espérât faire fortune à l’étranger.
Il se rendit donc à Prague, où il se concilia facilement les bonnes grâces de l’empereur Rodolphe, à l’aide de la poudre de projection qu’il avait soustraite à Dee, et aussi en donnant à l’empereur un moyen plus économique de retirer l’or et l’argent des minerais de
28 l’initiation Bohême et de Hongrie. Il eut le titre de chimiste de l’empereur, et fut créé baron de Bohême en 1590. Mais il ne sut pas profiter de cette fortune extraor dinaire. Ayant acquis de grandes richesses à l’aide de la poudre de projection, il étala un luxe inoui et fit des dépenses considérables. Enfin, s’étant rendu cou pable de fraudes envers l’empereur son protecteur, il fut condamné à la détention perpétuelle dans une forteresse.
C’est alors que la reine Elisabeth le ré clama comme étant son sujet, probablement à la prière de Dee qui avait appris les aventures de son ex-compagnon. Mais l’empereur refusa de le délilivrer, etKelley, perdant tout espoir, résolut de s’éva der. II descendit avec une corde le long des murs de la prison, mais il fut aperçu et, étant tombé à terre, il se brisa les membres et mourut misérablement quel ques jours après (i5g5).
Nous terminerons par quelques mots sur Arthur Dee, fils aîné de notre héros. Il se maria à Manchester dans le temps que son père dirigeait le collège de cette ville. Il s’adonnait tout entier à l’étude de la méde cine et de la chimie. Peu après, Jacques Ier l’envoya à l’empereur de Russie qui lui demandait un méde cin anglais. Il resta dix-huit ans à la cour de Russie.
A son retour il fut mis au rang des médecins asser mentés du roi Charles Ier. Il se fixa enfin à Norwich et y mourut, âgé de plus de soixante-dix ans, vers i65o. Il fut enterré dans l’église Saint-Georges. Il a laissé un petit recueil d’alchimie intitulé : Fasciculus chimicus.
VIE DE JEAN DEE 2 9 * * ♦ Listes des ouvrages de Jean Dee ayant trait aux sciences occultes Ouvrages imprimés 1) Propœdeumata Aphoristica, de prœstantioribus naturœ virtutibus, aphorismi 120, Londini 1558. 2) Monas hieroglyphica. Antverpiæ 1564. — Se trouve aussi dans le Theatrum chimicum. ■—L.t Mo nade hiéroglyphique, traduction française dans la 6e année de YInitiation. 3) Trueand faithfull relation, etc. Londres, i65g, in-f°.
C’est le récit des évocations. 4) Schéma natalitium Edvardi Kellœi a Devo formatum erectumque. — Imprimé dans le Theatrum chimicum britannicum d’Ashmole. Ouvrages inédits Existent en manuscrit dans les bibliothèques de Londres. 1) Aphorismi astrologici, 1553. 2) Spéculum unitatis, sive Apologia pro fratre Rogerio Bacone, anglo. 3) Cabbalœ hebraicœcompendiosa tabella, 1392. 4) De unico Mago et de triplice Hérode, eoque Antichristiano, 1570. 5) De hominis corpore, spiritu et anima sive microscomicum totius naturalis Philosophice compen dium, liber unus.
32 l’initiation A est écrit en la Genèse, ch. i, v. 28. et en Y Apocalypse, ch. xxi, v. 1. A ces nouvelles créatures divines, l’image perdue et obscurcie sera restituée par la ToutePuissance sans bornes.
Alors les paroles de l’ange déchu se vérifieront et s’accompliront d’une manière meilleure : « Vous serez comme des Dieux, connais sant le bien et le mal. » Car on pénétrera et on com prendra la racine et le fondement des propriétés mau vaises, et cela sans destruction de l’harmonie, sans extension ni sortie de sa propre proportionnalité, mais par une toute-puissance théique sur les mondes et les régions de ténèbres.
C’est aux pasteurs et aux peuples d’Angleterre que cela sera produit tout d’abord, afin qu'ils voient devant eux comme dans un miroir la magnifique réintégra tion, contenue de l’Alpha à l’Oméga, pour laquelle il se révélera dans ses fiancées ecclésiales; elles seront belles et sans tache comme la pierre blanche sur laquelle il sera écrit : Le Seigneur, notre Justice, ou Jéhovah Schammah, demeure comme dans une cité magnifique, habitée par les seuls vrais Philadelphes.
On pourra demander s’il y a vraiment lieu d’espérer un tel état Philadelphique, et si notre temps y semble quelque peu préparé. Nous répondrons que le moissonneur qui a semé en la terre ces vivantes étincelles est déjà sorti : donc, que la récolte est proche des fruits d’or qui seront offerts sur l’autel flamboyant, tandis que se disperse ront la paille et l’ivraie. On demandera encore peut-être quelles raisons il y a de prédire tout cela, puisque toute la surface de la
32 l’initiation est écrit en la Genèse, ch. i, v. 28, et en Y Apocalypse, ch. xxi, v. 1. A ces nouvelles créatures divines, l’image perdue et obscurcie sera restituée par la ToutePuissance sans bornes.
Alors les paroles de l’ange déchu se vérifieront et s’accompliront d’une manière, meilleure : « Vous serez comme des Dieux, connais sant le bien et le mal. » Car on pénétrera et on com prendra la racine et le fondement des propriétés mau vaises, et cela sans destruction de l’harmonie, sans extension ni sortie de sa propre proportionnalité, mais par une toute-puissance théique sur les mondes et les régions de ténèbres.
C’est aux pasteurs et aux peuples d’Angleterre que cela sera produit tout d’abord, afin qu’ils voient devant eux comme dans un miroir la magnifique réintégra tion. contenue de l’Alpha à l’Oméga, pour laquelle il se révélera dans ses fiancées ecclésiales; elles seront belles et sans tache comme la pierre blanche sur laquelle il sera écrit : Le Seigneur, notre Justice, ou Jéhovah Schammah, demeure comme dans une cité magnifique, habitée par les seuls vrais Philadelphes.
On pourra demander s’il y a vraiment lieu d'espérer un tel état Philadelphique, et si notre temps y semble quelque peu préparé. Nous répondrons que le moissonneur qui a semé en la terre ces vivantes étincelles est déjà sorti : donc, que la récolte est proche des fruits d’or qui seront offerts sur l’autel flamboyant, tandis que se disperse ront la paille et l’ivraie. On demandera encore peut-être quelles raisons il y a de prédire tout cela, puisque toute la surface de la
LE MESSAGER CELESTE DE LA PAIX UNIVERSELLE 3 I à ceux qui se découragent devant le premier obstacle, à ceux qui voudraient savoir, mais ne pas souffrir pour apprendre, à ceux que le manque de foi rend impuis sants, à ceux enfin qui savent, mais qui reculent de vant la réalisation, (i) Philophotes.
LE Troisième année à la Communauté philadelphique Car le lieu des propriétés paradisiaques n’a pu être retrouvé : l’éclosion intérieure et mystique d’une autre terre doit demeurer inviolable, car elle est entourée de la magnifique protection des séraphins flamboyants.
Dans cette enceinte, les enfants de la nouvelle création engendreront sans difficulté et met tront à la lumière le nouvel Adam et sa fiancée virgi nale, la sagesse éternelle : c’est ainsi que se rempli ront les nouveaux deux et la nouvelle terre, selon qu'il (i) Nous donnons ici par curiosité l'article consacré à Dee, par Collin de Plancy, dans son Dictionnaire infernal, si ce n’était ridicule, ce serait odieux.
Voici cette chose: « Jean Dee, Savant fou, né à Londres en 1527. « Il s’occupa de cabale, d’alchimie et d’astrologie. La reine Elisabeth Je tira de sa misère et l'appela son philosophe. Il a laissé quelques écrits que Casaubon a publiés. Mort en 1607.»
3o l’initiation Jean Dee fut un génie puissant, un chercheur infatigable ; alors que sa science lui permettait de remplir une chaire de professeur dans quelque uni versité, et de couler ainsi des jours calmes, partagés entre les joies paisibles du foyer et les triomphes tu multueux de l’amphithéâtre, alors que tout lui sou riait s'il eût suivi les sentiers battus, il préféra, épris d’un idéal hautain, consacrer sa fortune et sa vie à explorer les sciences du mystère.
Attiré par l'inconnu, tel un chevalier recherchant les dangers, il essaya lui aussi de soulever le voile d’Isis, prenant place parmi ces lutteurs souvent obscurs qui cherchent la science pour elle-même et non pour ce qu’elle peut rapporter, gloire ou honneurs.
Il entra dans cette phalange glo rieuse des saints et des martyrs de la Science secrète ; sa vie fut une lutte sans trêve, mais sa mort fut une victoire; rien ne manque à sa couronne, ni la persé cution des ennemis, ni la trahison des amis; il con nut la pauvreté, il connut le spectacle déchirant des souffrances des siens, il eut à supporter et les dédains des grands et la haine bête des populaces, il a goûté à toutes les amertumes, il a.été torturé dans tout son être, et il n’a jamais murmuré contre la volonté divine ; ni le doute, ni le découragement ne préva lurent contre cette âme d’élite : ce fut un cœur d’enfant dans un corps de lutteur.
Aux heures noires, il se réfugiait dans la prière; ce fut là son seul soutien au milieu des agitations de sa vie; il y puisait la force nécessaire pour la lutte. Que Dee soit un exemple
VIE DE JEAN DEE 29 * ¥ Listes des ouvrages de Jean Dee ayant trait aux sciences occultes Ouvrages imprimés 1) Propœdeumaia Aphoristica, deprœstantioribus naturœ virtutibus, aphorismi 120, Londini 1558. 2) Monas hieroglyphica. Antverpice 1564. — Se trouve aussi dans le Theatrum chimicum. — L.l Mo nade hiéroglyphique, traduction française dans la 6° année de YInitiation. 3) Trueand faithfull relation., etc. Londres, 165g, in-f°.
C’est le récit des évocations. 4) Schéma natalitium Edvardi Kellœi a Devo formatum erectumque. — Imprimé dans le Theatrum chimicum britannicum d’Ashmole. Ouvrages inédits Existent en manuscrit dans les bibliothèques de Londres. 1) Aphorismi astrologici, 1553. 2) Spéculum unitatis, sive Apologia pro fratre Rogerio Bacone, anglo. 3) Cabbalæ hebraiccecompendiosa tabella, i5g2. 4) De unico Mago et de triplice Hérode, eoque Antichristiano, 1570. 5) De hominis corpore, spiritu et anima sive microscomicum totius naturalis Philosophies compen dium, liber unus.
LE MESSAGER CÉLESTE DE LA PAIX UNIVERSELLE 33 terre est couverte de ronces et d’épines qui semblent devoir étouffer le bon grain ?
Cela est malheureuse ment trop vrai et bien propre à inspirer des craintes, mais le jour est venu où l’Esprit du Jugement et de la Consumation (i) s’élèvera pour battre et purifier Faire intérieure de l’homme et de la nature, de même que le ferment, la pierre transmutatoire changera le métal brut en l’or d’ophir, selon FEcriture, qui témoigne qu’un homme doit être semblable à For d’ophir (2).
Les commencements de tout ceci seront humbles, faibles et méprisables ; ils auront des tempêtes violentes à subir, et sous le poids desquelles la tendre tige de la plante nouvelle manquera d’être écrasée; mais la pro phétie du Psalmiste(72, v.
16) s’accomplira : « Un peu de froment semé dans la terre, au sommet des mon tagnes, son fruit sera comme le Liban, et les hommes se répandront hors de la ville, et fleuriront comme les plantes de la terre. » De sorte qu’une végétation puis sante sortira de ce rejeton de Jessé, et qu’une ville toute de pierres précieuses, dont les étincellements multicolores renfermeront la virginale pureté re trouvée, et dans laquelle refleurira et s’épanouira la beauté des roses de Saron à la blancheur liliale.
Ainsi la fiancée de l’Agneau apparaîtra dans la lumière transparente. C’est cela qui a été présenté dans le clair miroir de la sagesse, à savoir la fructification d’un nouvel ensemencement, qui doit se montrer vers les temps actuels. ( 1 ) Esaïe. iv, v. 3. (2) Esaïe, xin, v. 12.
34 l’initiation Mais il me semble entendre crier à mon oreille r « Publie et montre plus clairement selon quels modesces choses doivent arriver, pour que nous possédionsmieux le vrai signe et la pierre de touche de cet état philadelphique et qu’aucun esprit faux et trompeur ne puisse s’habiller de ce nom.
Pour remplir cette demande, il nous faut décrire la nativité de ces choses : laquelle n’est pas médiocre, puisque le germe en sort de la Divinité même, qui l’engendre dans le sein maternel de la Nature virgi nale, après qu’il a été reçu dans la forme et la moda lité humaine; ainsi, graduellement, ce germe croît en un corps externe après avoir passé en tous les étatsintérieurs spirituels d’un corps spirituel : et ceci est le voile qui couvre cette naissance et la cache aux yeux grossiers; et elle ne se cache pas ainsi seulement aux autres, mais, en plusieurs, elle est quelque temps in connue et ignorée, parce que la naissance extérieure (i) est encore prépondérante, jusqu’à ce que l’hyperphysique devienne assez forte pour la surmonter et l’assujettir, et pour réduire la partie élémentaire gros sière en attendant son complet anéantissement.
Mais on pourra objecter : si ce que vous dites est le signe d’un parfait Philadelphie, ou frère-amant du Christ, qui donc peut espérer et croire avoir atteint ce but? Ce à quoi on répondra que, cette porte est si étroite, que bien rares sont ceux qui pourront la fran- (t) Actor., ir, v. 40. Pierre les exhortait et disait : Déli vrez-vous de cette naissance perverse.
LE MESSAGER CELESTE DE LA PAIX UNIVERSELLE 35 ■chir (i).
Mais que cela ne vous fasse pas paraître la chose impossible parce que le Christ-Seigneur est luimême à la fois la voie et la porte d'entrée; il ne nous aurait certainement pas exhorté à nous diriger vers elle, s’il n’avait su que nous possédons, endormis, la faculté et le pouvoir de le faire ; et nous devenons particulièrement capables, lorsqu’il s’incorpore en nous selon un mode spirituel élevé et que l’être de pureté et de perfection se fortifie, il devient facile de vivre selon Dieu, et d’opérer naturellement.
C’est ici ■que tous doivent rechercher si leur naissance est venue d’en haut, du Dieu d’Amour. Car le véritable état philadelphique consiste en cette propre généra tion amoureuse, en laquelle l’animosité, l’envie, la perversité, la haine, la colère, la jalousie, la peur et l’incrédulité ne trouvent pas de place.
Car tous ces fruits de l’arbre de la volonté propre doivent être arrachés de la nature ; et cet arbre lui-même doit être déraciné radicalement pour qu’en sa place l’arbre de vie et d’amour puisse croître, verdir et fleurir dans la terre régénérée, et que les pommes d’or de l’amour dont il se chargera feront s’évanouir et disparaître tout ce qui avait pu encore subsister des fruits amers de l’arbre de la mort. (i) Luc, xiii, v. 23,24. Faites effort pour entrer par la porte étroite. (A suivre.) Jeanne Leade.
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE et sa théorie au xvnc siècle Il ressort de mes expériences sur l’extériorisation de la sensibilité que, si on laisse séjourner pendant un temps convenable, auprès d’une partie du corps d’un sujet extériorisé, une substance susceptible d’ab sorber les radiations nerveuses et qu’on emporte en suite cetté substance à une distance qui ne soit pas trop considérable, il subsiste une sorte de lien entre cette substance et la partie du corps dont elle a ab sorbé les effluves, de telle sorte que les actions méca niques exercées sur ladite substance sont ressenties par la personne extériorisée précisément au point de son corps près duquel s’était fait l’absorption.
La science du xvn° siècle avait, sur les phénomènes de cet ordre, des observations et des théories qu’on a laissé perdre et que nous reconstituons peu à peu. Voici notamment quelques extraits du traité de la poudre de sympathie par le célèbre savant anglais
l’extériorisation DE LA SENSIBILITÉ 37 Kénelme Digbv ; leur intérêt n’échappera à per sonne, ne fût-ce qu’au point de vue historique. R. I LA FORME DES MOLÉCULES DES CORPS ET LES CRISTAUX Chaque sorte de corps affecte une figure particu lière. Nous le voyons clairement parmi les différentes sortes de sel.
Pilez-les séparément, dissolvez, coagu lez et changez-les tant qu’il vous plaira, ils reviennent toujours après chaque dissolution et coagulation à leur figure naturelle, et chaque atome du même sel affecte toujours la même figure.
Le sel commun se forme toujours en cubes à faces quarées, le sel nitre en colonnes à six faces, le sel armoniac en hexagones à six pointes, de même que la neige est sexangulaire; le sel d’urines en pentagones... et ainsi de plusieurs autres sels.
Les distillateurs ont remarqué que s’ils reversent sur la teste morte (1) de quelque distillation l’eau qui en a esté distillée, elle s’y imbibe et s’y réunit incontinent; au lieu que si vous y versez quelque autre eau, elle surnage et a grand’peine de s’incorpo rer.
La raison est que cette eau distillée, qui semble un corps homogène, est pourtant composée de cor puscules de différentes natures et par conséquent de différentes figures (comme les chymistes le montrent (1) Les anciens chimistes appelaient caput mortuum ou tête morte le résidu de leurs opérations. .
38 L INITIATION à l’œil), et ces atomes étant chassés par l’action du feu hors de leurs chambres et comme des lits qui leur estaient appropriés avec une très exacte justesse, quand ils reviennent à leurs anciennes habitations, c’est-à-dire à ces pores qu’ils ont laissés vuides dans les testes mortes, ils s’y accomodent en se rejoignant admirablement et et se commensurent ensemble.
Et le même arrive quand il pleut après une grande sécheresse: car la terre boit incontinent cette eau qui en avoit esté attirée par le soleil au lieu que toute autre liqueur étrangère n’y entreroit qu’avec difficulté. Or qu’il y ait des pores de différentes figures dans des corps qui semblent estre homogènes, M. Gassendi l’affirme et tâche de le prouver par la dissolution des sels de différentes figures dans l'eau commune.
Quand (dit-il, ou à cet effet) vous y aurez dissout du sel com mun autant qu’elle en peut prendre, supposons par exemple une livre, si vous y mettiez encore un scru pule seulement, elle le laissera couler au fond comme si c’étoit du sable ou du piastre; maintenant elle dis soudra encore une bonne quantité de s’el nitre ; et, quand elle ne touchera plus à ce sel, elle dissoudra autant du sel armoniac, et ainsi d’autres sels de diffé rentes figures.
II LES MOLÉCULES DE MÊME NATURE S’ATTIRENT En nostre pays (et je crois que c’est le même icy) l’on fait provision pour toute l’année de pastés de cerfs et de daims, en la saison que leur chair est meill’extériorisation de LA SENSIBILITÉ 39 leure et plus savoureuse, qui est durant les mois de juillet et d’aoust; l’on les cuit dans des pots de terre ou crouste dure de seigle, après les avoir bien assai sonnés d’espices et de sel; et, estans froids, on les couvre, six doigts de haut, de beurre frais fondu pour empêcher que l’air ne les entame.
On remarque pour tant, après toutes les diligences qu’on peut faire, que quand les bestes vivantes, qui sont de même nature et espèce, sont en rut, la chair qui est dans ces pots s’en ressent puissamment, est grandement altérée et a le goust fort, à cause des esprits bouquains qui sortent en cette saison des bestes vivantes et sont attirés par la chair morte de leur même nature. Et alors on a de la peine d’empescher que cette chair ne se gâte.
Mais, cette saison estant passée, il n’y a plus de danger pour tout le reste de l'année.
Les marchands de vin remarquent en ce pays-ci, et partout où il y a du vin, qu’en la Raison que les vignes sont en fleur, le vin qui est dans la cave fait une fer mentation et pousse une petite lie blanche (qu’il me semble qu’on appelle la mère) à la superficie du vin, lequel est en désordre jusques à ce que les fleurs des vignes soient tombées ; et alors, cette agitation ou fer~ mentation s’estant apaisée, tout le vin revient en l’état où il estoit auparavant.
Et ce n’est pas d’aujour d’hui seulement qu’on a fait cette remarque; car (pour ne rien dire de plusieurs autres qui en parlent) saint Ephrem le Syrien, dans son dernier testament (il y a près de treize cents ans) rapporte cette même circonstance du vin, qui souffre une agitation et fer mentation dans le tonneau à même temps que les
4o l’initiation vignes exhalent leurs esprits à la campagne ; et se sert ainsi d’un pareil exemple des oignons secs qui ger ment dans le grenier quand ceux qui sont semés dans le jardin commencent à sortir de terre et à embaumer l’air de leurs esprits; voulant indiquer, par de tels exemples connus de la nature, la communication qui est entre les personnes vivantes et les âmes des morts.
C’est que ces esprits vitaux qui émanent des fleurs remplissent l’air de tout côté..., ils sont arrêtés dans les tonneaux par le vin qui leur tient lieu de source et qui a abondance de semblables esprits. Et ces nouveaux esprits volatiles survenants excitent les esprits les plus fixes du vin et y exercent une fermen tation, comme si on y versait du vin doux ou du vin nouveau....
Et c’est pour cette même raison qu’une nappe ou serviette tachée d’une meure ou de vin rouge est aisément nettoyée en la lavant à la saison que ces plantes fleurissent, au lieu qu’à tout autre temps ces taches ne cèdent point à la lessive (i). • En Angleterre, où nous n’avons pas assez de vignes pour en faire du vin, la même chose s’observe et encore quelque particularité davantage.
Quoy qu’on ne fasse point de vin en nostre pays, nous en avons pourtant en très grande abondance qui s’y apporte du dehors. Il en vient principalement de trois endroits : des Canaries, d’Espagne et de Gascogne.
Or ces ré- (i) J’ai entendu dire par une dame habitant la campagne dans un grand pays de vignoble, que les taches de vin faites aux serviettes et aux nappes reparaissaient au moment des cuvées bien qu’elles parussent complètement blanches après avoir passé à la lessive.
l’extériorisation de la sensibilité 41 gions estans en différents climats et degrés de latitude et par conséquent l’une plus chaude que l’autre et où les mêmes arbres et plantes fleurissent plutôt les unes que les autres, il arrive que cette fermentation de nos différents vins s’avance plus ou moins selon que les vignes dont ils proviennent fleurissent plus tôt que plus tard en leur pays : estant conforme à la raison que chaque vin attire plus volontiers les esprits des vignes d’où il provient que des autres.
Je ne scaurois m’empêcher en cette occasion de faire une petite digression pour développer un autre effet de la nature que nous voyons assez souvent et qui n’est pas moins curieux que le principal que nous traitons. Il semblera peut-estre avoir des causes et des ressors encore plus obscurs : néanmoins ils dépendent en plusieurs circonstances des mêmes principes, quoy qu’en d’autres ils soient différens.
C’est tou chant les marques qui arrivent aux enfants quand leurs mères durant leur grossesse ont envie de manger de quelque chose. Pour y procéder dans mon ordre accoutumé, j’en proposeray premièrement quelque exemple.
Une dame de haute condition que plusieurs de cette assemblée connoissent (au moins par répu tation) a sur son col la figure d’une meure aussi exacte comme un peintre ou un sculpteur la pourrait représenter, car elle n’en a pas seulement la couleur, mais aussi la grosseur, avançant par-dessus la chair comme si elle estoit en demy relief.
La mère de cette dame estant grosse d’elle, elle eut envie de manger des meures ; et son imagination en estant remplie, la première fois qu’elle en vit, il luy en tomba une par
42 l’initiation accident sur le col. On essuya aussitost et avec soin le sang de cette meure et elle n’en sentit autre chose pour lors ; mais, l’enfant estant nay, on aperceut la figure d’une meure sur son col, au même endroit où le fruit estoit tombé sur celuy de la mère ; et tous les ans, à la saison des meures, cette impression, ou pour mieux dire cette excressance s’enfle, grossit, démange et devient enflammée.
Une autre fille qui avait une semblable marque, mais d’une fraize, en estoit encore plus incommodée ; car, en la saison des fraizes, non seulement elle demmangeoit et s’enflammoit, mais elle se crevoit comme un abscez, et il en découloit une humeur âcre et corrosive, jusqu’à ce qu'un habile chirurgien luy osta tout jusques aux ra cines par le moyen d’un cautère ; et, depuis cela, elle n’a jamais senty aucun changement en cet endroit qui l’incommodoit tant auparavant, n’y estant resté qu’une simple cicatrice.
III LES RESTES DE VIE La grande fertilité et richesse d’Angleterre consiste en pâturages pour la nourriture du bestail. Nous en avons les plus beaux du monde et aussi abondance d’animaux et principalement de bœufs et de vaches, il n’y a si pauvre ménage qui n’ayt quelque vache pour leur fournir du lait. C'est la principale nourriture des pauvres gens aussi bien qu’en Suisse. C’est pourquoy
l’extériorisation de LA SENSIBILITÉ 43 ils sont grandement soigneux du bon estât et de la santé de leurs vaches.
S’il arrive qu’en faisant bouillir du lait, il se gonfle tant qu’il répande par-dessus le poëslon et tombe dans le feu, la bonne femme ou la servante abandonne à l’instant tout ce qu’elle faisoit et accourt au poëslon qu’elle retire du feu, et à même temps prend une poi gnée de sel, qu’on tient toujours au coin de la chemi née pour le garder sec, et le jette dessus cette braise où le lait s’estoit répandu.
Demandez-lui pourquoi elle fait cela et elle vous dira que c’est pour empescher que la vache qui a rendu ce lait n’ayt pas mal au pis ; car, sans cela, elle l’auroit dur et ulcéré et pisseroit du sang et enfin elle serait en hasard de mourir, non pas que telleextrémité lui arrivast à la première fois, mais néanmoins elle en souffrirait du mal ; et, si cela arrivoit souvent, la vache ne manqueroit pas d’en mourir à la fin.
11 pourroit sembler qu’il y a quelque superstition ou folie en cecy.
L’infaillibilité de l’effet garantit de la dernière; et, pour la première, plusieurs croient que la maladie de la vache soit surnaturelle et un effet de quelque sorcellerie, et ainsi que le remède que je viens de dire est superstitieux ; mais il est aisé de les désabuser de cette persuasion en leur déclarant com ment la chose va, selon les fondemens que j’ay posés (1) .... (1) Digby explique que le lait en tombant sur le feu s’éva pore et que ses atomes se répandant dans l’air vont jusqu'au pis de la vache, où il est attiré par sympathie, emportant avec lui des atomes de feu qui irritent le tissu glanduleux et tendre
l’initiation 44 Cet effet touchant la conservation du pis de la vache, ensuite delà brûlure de son lait, méfait souve nir de ce que plusieurs personnes m’ont dit avoir veu en France et en Angleterre.
Quand les médecins examinent le lait d’une nour rice pour l’enfant de quelque personne de condition, ils l'éprouvent par divers moyens devant que de juger définitivement de sa bonté, comme par le goust, par l’odorat, par sa couleur, par sa consistance, etc. Et quelques-uns le font bouillir jusqu’à l’évaporation pour voir sa résidence et autres accidens et circons tances qui le reconnoissent et le discernent mieux par ce moyen.
Mais celles au lait desquelles on fait cette dernière épreuve se sont senties fort tourmentées à la mamelle et au tetin et particulièrement pendant qu’on faisait bouillir leur lait ; et partout, après avoir une fois enduré ce mal, elles ne vouloient plus consentir qu’on emportast de leur lait hors de leur vue et pré sence, quoy qu’elles se soumissent volontiers à toute autre épreuve que celle du feu.
Pour combiner cette expérience de l’attraction que le pis de la vache fait du feu ensemble avec la vapeur du lait brûlé, je m’en vais vous en dire une autre de semblable nature, dont j’ay moy-même veu la vérité du pis. — Quant au sel crépitant sur le feu, il agit au moyen de ses atomes qui s’emparent de ceux du feu et les précipitent en les empêchant ainsi d’aller plus loin, de même qu il abat les atonies de suie enflammée quand on s’en sert contre un feu de cheminée ; si du reste quelques atomes de feu s’échap paient et allaient jusqu’au pis, ils seraient accompagnés d’atomes d’esprit de sel (chlore) qui sont eux-mêmes des remèdes contre la brûlure.
l’extériorisation de LA SENSIBILITÉ 45 plus d’une fois et que vous pourrez expérimenter faci lement. Prenez les ordures d’un chien toutes les fois qu’il en fera et jetez-les toujours dans le feu. Au commen cement vous le verrez seulement un peu échauffé et émeu ; mais dans peu de temps vous le verrez comme s’il était tout brûlé, pantelant et tirant la langue comme s’il venoit de courir longtemps.
Or ce mal lui arrive à cause que ces intestins atti rant la vapeur de son excrement brûlé et, avec cette vapeur, les atomes de feu qui les accompagnent, ils s’altèrent et s’enflamment, de sorte que, le chien ayant toujours la fièvre et ne pouvant plus prendre nourri ture, ses flancs se ressèrent et se rétrécissent, et à la fin il en meurt.
Il ne seroit pas à propos de divulguer cette expé rience parmy quelques personnes et nations trop sujettes à s’en servir à mal. Car la même chose qui arrive aux bestes arriveroit aux hommes, si on faisoit de même avec leurs excréments. 11 arriva une chose remarquable à ce propos à une personne de nos voisins pendant mon séjour en An gleterre.
Il avoit un fort bel enfant et fort délicat; et, afin d’y avoir toujours l’œil, il fit venir la nourrice chez luy. Je le voyois souvent, car c’estoit une homme de grande intrigue dans les affaires, et j’avois alors besoin d’un tel personnage. Un jour je le trouvoy fort triste, et sa femme tout éplorée.
De quoy demandant la raison, ils me dirent que leur petit se portoit fort mal ; qu’il avoit la fièvre et le corps tout enflammé, ce qui se voyoit à la rougeur du
46 l’initiation visage ; qu’à tout propos il faisoit des efforts pour aller à la selle, et pourtant qu’il ne faisoit guères de matière qui estoit toute chargée de sang ; et qu’il se rebuttoit de tester.
Et ce qui les mettoit le plus en peine estoit qu’ils ne pouvoient conjecturer aucune cause vraye semblable de tout ce désordre ; car sa nourrice se portoit très bien, avoit son lait tel qu'ilsle pouvoient souhaitter, et en toutes autres choses on avoit eu le soin qu’il falloit.
Je leur dis sur le champ, que, la dernière fois que j’avois esté chez eux, j’avois remarqué une particularité dont j’avois alors dessein de les advertir, mais que sur l’heure quelque autre chose m’en avoit destourné, et que puis après je ne me souvins plus de la leur dire.
C’est que l’enfant ayant fait signe de vouloir estre mis à terre, aussitost qu’il y fut, laissa tomber ses ordures ; et la nourrice prit incontinent une pellée de cendres et braise, dont elle les couvrit, et puis jetta le tout dans le feu. La mère se mit à me faire des excuses de ce qu’on avoit esté si négligeant à corriger cette mauvaise habitude de l’enfant, disant que, comme il avancerait en âge, il s’en corrigerait de luy-même.
Je luy répliquay que ce n’estoit pas pour cette considération que je luy tenois ce discours, mais pour trouver la cause du mal de leur enfant et ensuite le remède. Et là dessus je leur fis le récit d’un semblable accident qui estoit survenu deux ou trois ans auparavant à un enfant d’un des plus illustres magistrats du parlement de Paris qui estoit élevé en la maison d’un médecin de grande réputation en cette même ville. Je leur dis aussi ce: que je viens de vous rapporter (messieurs) touchant
l’extériorisation de la sensibilité 47 3es excrements des chiens, et je leur fis faire reflexion sur ce qu’ils avoient ouï dire diverses fois et ce qui se fait assez souvent dans notre pays.
C’est que, dans les villages où il fait toujours bien ■crotté durant l’hyver, s’il arrive qu’il y ait quelque fermier qui soit plus propre que les autres et qui tienne plus nettement les avenues de sa maison que les voisins, les goujats sont bien ayses d’y venir, la nuit ou quand il fait obscur, pour y lascher leur ventre ; d’autant qu’en tels villages il n’y a guères de ■commodité d’aisements ; outre qu’en tels lieux ainsi -proprement accommodez, ces galans de goujats sont hors de dangers de s’enfoncer dans la boue, qui au trement leur pourroit monter par dessus les souliers, mais les bonnes ménagères, en ouvrant au matin la porte du logis, y trouvent un présent dont l’odeur mal gracieuse les transporte de colère.
Celles qui sont ins truites à ce jeu vont incontinent rougir une broche ou une pelle dans le feu, puis l’enfoncent ainsi chaude dans l’excrément ; et quand le feu en est ■esteint, ils la réchauffent de nouveau et répètent souventes fois la même chose.
Cependant le fripon qui .a fait cette saleté sent une douleur et colique aux boyaux, une inflammation au fondement, une envie continuelle d’aller à la selle, et à peine en est-il quitte qu’il ne souffre une fièvre durant tout ce jour-là ; ce qui est cause qu’il n’a garde d’yretourneruneautre fois.
Et ces femmes, pour s’estre ainsi garanties de sem blables affronts, passent ignorammen t pour sorcières et pour avoir fait pacte avec le diable puisqu’elles tour mentent de la sort les gens sans les voir ny les toucher.
l’initiation 48 Ce gentilhomme ne rejeta pas ce que je venois de dire et fut encore davantage confirmé quand je lui dis qu’il regardast au fondement de son enfant, que sans doute il le trouverait fort rouge et enflammé, et que, le visitant, on vit aussitôt qu’il était tout chargé de pustules, et comme excorié.
Il ne passa guère de temps que ce pauvre petit mignon languissant ne fist, avec grande douleur et pitoyables cris, quelque peu de matière, laquelle, au lieu de permettre qu’elle fust jetée dans le feu ou couverte de braise, je la fis mettre dans un bassin d’eau froide que je fis porter en lieu frais ; ce qu’on continua de faire à chaque fois que l’enfant leur en donnoit le sujet; et il commença à s’amender à l’heure même et dans deux ou trois jours il se porta très bien (1). ( 1 ) Cahagnet, dans SàMagie magnétique (Paris, 1858, p. 441), rapporte des faits qui viennent à l’appui des observations de Digby.
Mais il ne faut pas oublier, qu’en admettant même qu’ils soient exacts, on ne saurait y voir que des faits excep tionnels comme les facultés des sujets susceptibles d’entrer dans les états hypnotiques.
Le roi Louis-Philipe, issu d’unefamille de magnétistes versée dans la connaissance de la magie (rapporte l’histoire), crut devoir faire disparaître de suite jusqu'à la moindre tache de sang aux lieu et place où son fils, le duc d’Orléans, avait trouvé la mort.
Cette précaution, qui fut remarquée généralement, nous prouve que cet homme, qui n’était ignorant en aucune science, craignait que ses ennemis s'emparassent de ce sang et n’obtiennent, avec son secours, des résultats d’envoûtement sur les jeunes princes, vu qu’il savait bien que le rapport entre eux et les envoûteurs eût été on ne peut plus direct par ce moyen.
Ce fait me remet en mémoire (ajoute Gahagnet) que j’ai tra vaillé quelque temps démon état de tourneur chez un homme qui me conta ainsi le bout d’histoire suivant :
L EXTERIORISATION DE LA SENSIBILITE 49 Encore très jeune, lorsque je faisais mon tour de France, je trouvai de l’ouvrage dans une boutique dont la maîtresse devint amoureuse de moi.
Je ne tardai pas, vu mon âge et mon peu d’expérience, à obtenir d’elle ce qu'elle m’offrait volontiers ; mais, comme elle était vieille, et qu’elle avait une fille de mon âge environ, je me sentais plus amoureux de la fille que de la mère, aussi le lui laissé-je apercevoir ; je fis même une condi tion de notre liaison, de les connaître toutes les deux. La mère promit tout, mais elle voulait m’épouser avant de m’accorder sa fille.
Je trouvai la proposition d’autant plus étonnante que le mari de cette femme existait et dirigeait notre atelier. Je lui en fis l’observation.
Elle me dit: « Tu vois quelle mine il a, il va descendre la garde au premier jour : je travaille à m’en débar rasser; il était dur-à-cuir, voilà plus de quinze mois que je fais cette besogne ; mais avant trois mois il sera parti. — Et quelle besogne fais-tu donc, lui demandai-je ? — Pardié, me répondit-elle, tous les matins il va faire son cas sur le fumier, et moi, je vais y jeter une pincée de... (Cet homme me nomma une substance que je ne peux faire connaître).
Tu vois, reprit la femme, quelle courante il a... etc.; et il n’y a plus qu’espoir ! ! » Cet homme me dit que cette révélation jeta un tel trouble dans son âme qu’il n’eut rien de plus pressé que de quitter cette ville. Il m’assura qu’il s’était informé delà santé antérieure de son patron, qu’elle était des plus belles, et qu’effectivement, depuis environ quinze mois, il était atteint d’une dysenterie inguérissable.
5o l'initiation Mot à mot, avec rapprochements philologiques BRASCHITH — COMMENCEMENTS Chapitre Ier. — Origine des temps i .— Braschith dans les commencements, origine des temps, bracréa, forma, aléim (les élevés) forces. — Le mot Dieu est traduit inexactement : il exprime laréunion, au pluriel, de toutes les forces existantes.— Ath vers, les, eschmim cieux, ou et, at vers, éartz la terre (la déchirée).
2. —• Ou mais, et, éartz la terre, éité était, téou vaste amas sans ordre, ou et, béou mélange confus (tohu bohu, qui en français veut dire tout cela, ou et, hschc obscurité, ol sur, phni faces, téoum de l’abîme, ou et, rouh souffle, aléim d’Aléim, mrhpht errant çà et là, ol sur, phni faces, émim des eaux.
3. —Ou et, iamr dit, Aléim, Aléim, iei soit, aour lu mière, ou et iei fut, aour lumière 4. •—Ou et, ira vit, Aléim Aléim, ath éaour la lu mière, ci que, toub bon, ou et, ibdl il tailla, sépara, Aléim Aléim, bin entre, éaour la lumière, ou et, bin entre, éhschc obscurité. 5. —Ou et, iqracria, appela,Aléim Aléim,laour sur, à, ioum jour, lumière, ou et, lhsche sur, à, obscurité, qra
TRADUCTION DE LA GENÈSE 5i COMMENTAIRES (i) Chapitre Ier. — La Création i.—Braschit, pour: b in contracté, d’où en latin in, en franç, dans, en. Rasch, sans, radas, d’où lat. radix, racine, principe, origine des temps, sommet, tête, rachitique. — It pour out, signe du pluriel. — bra. bara, créer, de phrh, pharah, fam. fructus, producere, sans. Bhâr, a donné pariô, b = ph. parturire. rapprocher, brr , barar, broyer, brisement.
Créer, c’est briser un germe. Onomatopée. — Aléim. Alé, de ôlé, élever, d’où lat. tollo, altus, excelsus, fr. halle. lat. ala, aies, collis, an. hill, ar. Allah, fr. élé ments. Cemot qui est au pluriel régit un verbe au sin gulier; il a été traduit par Deus, Dieu, au singulier, et a été l’objet de bien des controverses.
Cette traduction littérale étant toute philologique, nous nous bornerons à indiquer ici un ouvrage père où l’on pourrait peutêtre se rendre compte du sens de la pluralité attri bué au mot Aléim, en regard de l’unité attribuée au mot Aléim dans sa fonction créatrice ; nous voulons ( i ) Abréviations du texte philologiqu e.
V. pour voir; San. pour sanscrit: gr. pour grec; lat. pour latin; al. pour allemand; an. pour anglais; ar. pour arabe ; fr. pour français. Les numéros indiquent les versets correspondant au texte hébreu Les tirets— la fin de l’explication philologiquede chaque mot. Dans toutes les théogonies, les appellations du vocable Dieu diffèrent, selon les qualifications et les fonctions qui lui sont attribuées.
Dès lors, pour suivre exactement le texte hébreu, je ne changerai rien aux diverses appellations qui s'y trouvent consignées. Quand nous rencontrerons le mot Aléim, il sera traduit par le mot Aléim et il en sera de même des autres appellations Jéovah, ischraël, adnt, etc. etc., tout en ayant soin d’indiquer la signification attachée à ces.vocables.
52 L INITIATION cria appela, lilé nuit, ou et, iei fut, orb soir, ou iei fut, bqr matin, ioum jour, ahd un, premier. 6. — Ou et, iamr dit, Aléim Aléim, iei soit, rqio firmament, btouc entre, milieu, émim des eaux, ou et, iei soit, mbdil séparation, bin entre, mim eaux, lmim d’entre les eaux.
7. — Ou et, iosch fit, Aléim alé, ath érqio le firma ment, ou et, ibdl il sépara, bin entre, émim des eaux, aschr qui mthhth à partir de dessous, llrqio de firma ment ou et, bin entre, émim les eaux, aschr qui, môl à partir de sur, lrqio du firmament, ou et, iei fut, en ainsi. 8. — Ou et, iqra cria, appela, Aléim Aléim, l’r qio sur firmament schmim cieux ou et iei fut, orb soir, ou et iei fut, bqr matin, ioum jour, schni deuxième.
9. — Ou et, iamr dit, Aléim Aléim, iqouou se rassem blent, émim les eaux, mthhth à partir de dessous, é, les schamim cieux, al vers, mqoum lieu, ahd un, outhraé et que se voie, éébsché l’aride (la terre), ou et iei fut, en ainsi. 10. — Ou et, iqra cria, appela, Aléim Aléim, lébs_ ché sur l’aride, artz terre, ou et, lmqoué sur réunion, réceptacle, émim des eaux, qra il cria, appela, émim mers, ou et, ira vit, Aléim Dieu, ci que, toub bon.
11. —Ou et, alors, iamr dit, Aléim Dieu, thdscha que foisonne, éartz la terre, dscha abondance, oschb d’herbe, mzrio semant zro semence, otz de plante, de bois (d’arbre), phri (à) fruit, osché faisant, portant, phri fruit lminou suivant espèce, manière de lui, aschr qui, zrou semence de lui, bou dans lui, ol sur, éartz la terre, ou et, iei fut, en ainsi.
TRADUCTION DE LA GENESE 53 parler de la doctrine secrète du livre le Dzdyan. Cette unité dans sa pluralité y est expliquée tout au long, sous sa forme symbolique. Le mot Dieu venant de san. Daivâ, a donné en gr. Théos. lat. Deus.
Tradui re Aléim par Deus ne s’explique pas. — Ath pour at. vers, à. signe d’action, t = d( de até, lat. vado — E pour al, el, ille, ilia, le, la, les, — Eschmim, de scham ; d’où lat. summis, fr. sommets, cimes. (No ta). — Les voyelles permuttent entre elles, de même que les consonnes de même ordre, a = é = i = o = ou — u. — E artz, aratz, de rtz ratz. fam. râ teau, herse, lat. rostrum, al. erde, an. earth, san dhara ; d’où par inversion des lettres, aratz, lat. terra, terre, tellus. (r tombe en 1), en san. talan, sol. base.
2. — Éité. de éoué, être, exister, d’où fio, iéoué, l’Eternel, lat. vitâ, vie, san. as, être, gr. ôuiôs, la. avus. gr. aiôn, ôon, lat, vivus. — Hschc, haschac, obscu rité, voile, nuit, gr. skéô, skia, fr. sac qui renferme, enveloppe. — 01, de ôlé, monter, fam. altus, columna halle. — Phni, phani, pour phanim, au pluriel, faces; de phhh , phafhah, étendre; phth, phathah, lat. pateo, patefacio, san. pathas. — Ou, rouh, rouhah, onomatopée, souffler, respirer, d’où hié, haié, éié, être, esse, vivere, san. as. — Émim, eaux, ar. ma, san. mi, écouler, mouvoir, lat. amnis. de mrr. marar, couler : d’où mer, san, maras, mer, de mi. lat. mare, d’où mceror en lat., al. meer.
3. — I amr. de amr, amar, parler, dire, de émé, cou ler, sans, mi, couler, murmurer, de mrr, marar, couler à grand bruit, d’où mer. — iei de éié être, exister; vita (v — é, i, a). — Aour, lumière, de raé, par inversion,
l’initiation 54 12 —Outhoutza et produisit, éartz la terre, dscha abondance, oschb d’herbe (de plante), mzrio semant, zro semence, Iminéou, suivant espèce de lui (d’elle), ou etotz bois, osché faisant, phri fruit, aschr qui zrou, se mence de lui bou dans lui Iminéou suivant espèce de lui ou et, ira vit, Aléim Aléim ci, que, toub bon. 13 — Ou et, iei fut, orb soir, ou et, ici fut, bqr matin, ioum jour, schlischi troisième.
14 —Ou et, iamr dit, parla, Aléim Aléim, iei soit, maourth luminaires, brqio dans firmament, éschmim des cieux, lé bdil pour faire séparer, bin entre, éioum le jour, ou et, bin entre, élilé la nuit, ou et, eiou qu’ils soient, lathth pour signes, ou et, lmouo dim pour époques, ou et, limim pour jours, ou et, schnim années.
15. — Ou et, eiou qu'ils soient, lmaourth pour flambeaux, luminaires, brqio dans firmament, éschamim des cieux, léair pour éclairer, ol sur, éartz la terre, ou et, iei fut, en ainsi.
16. — Ou alors, iosch fit, Aléim Dieu, ath schni les deux émaourth les luminaires, é les, gdlim les astres grands, ath émaour le luminaire, égdl le grand, 1, pour mmschlth dominations, éioum le jour, ou et,, ath émaour le luminaire éqtn le petit, 1 pour mmschlth dominations, élilé la nuit, ’ou et, ath écoucbim les. étoiles.
17. — Ou et, ithn il distribua, athm eux, Aléim Aléim, brqio dans firmament, éschmim des cieux, 1 éaour pour éclairer, ol sur, éartz la terre. 18 —Ou et, lmschl pour dominer, bioum sur jour, ou et, blilé sur nuit, ou et, lébdil pour faire séparer,
TRADUCTION DE LA GENESE 55 gr. oraô, voir, lat. aurora, aurore, sans, usrà, aurore, lat. aer, air, fam. raé. 4. — Ci quus, sicut, que. — Toub, bon, de iab, dé sirer, sans. av. désirer, désirable, d’où en lat. aveo, gr. oiô(b =v).— Ibdl, ibdal, tailler, de btzr, batzar. (1 de vient r comme z tombe en l)fam. couper, tailler, gr. telèslat. dolare, fr. doloire, sans, dal, fendre, gr. déléo.
5. — I qra, de qra, onomatopée, sans, crue, résonner crier, an. to cry. Les cr sont déchirants, éclatants. Fam. gr, cr’ — 1 aour 1 pour ôl, sur, à, vers, de ôlé aller, s’élever vers, san. vaill, mouvoir. — Ioum, jour, de ihm iahm, brûler sans.
Kâm, aimer, c. à d. brûler, d’oû amor, amare, amour, aimer. — Lilé, nuit, voile, de loul, san. hoûl, couvrir, houl, haoul, volvo, houle, gr. éilôo, enrouler. — Orb, orab, soir, mé lange, confusion, d’oû éreb, ce qui est noir, de hrb, h = o, harab, corvus, corbeau, san.
Karatas corbeau, c.-à-d. noir, couleur noire, b = v. •—bqr, baqar, matin, fam. gr. attaquée par b. creusement, percement, le jour perce la nuit. — Ahd, ahad, un, éin, unus, san. unas. par und ; le d tombe en n. 6. Rqiô, raqiô, de rhaq, étendre, donc firmament, par attaque de a, et par inversion, ô = a.
Orac, arac, gr. arakè^ arkomaï, lat. arceo, largus, étendre, écarter. — Btouc, batouc. b pour in dans en, et touc de tqô Taqô, piquer, toquer, toucher, ail. tieke, an. také, san. tag, atteindre — Tango, fam. stigô, le milieu, le cœur d’une chose est un percement. — 7. —ôsché, faire, dehrach, déchirer, arracher, san. Karac, fendre, creuser, travailler, fam. gr. — Cn» ainsi, de coun régler, d’où canne, qui sert à régler.
6o l’initiation régnez, b dgth sur poissons, éim des eaux, ou et, b ouph sur oiseau, éschinim des cieux, ou et, b cl sur toute, hié vie, érmschth la rampante, mouvante, ol sur, éartz la terre.
29. — Ou et, iamr dit, Aléim Aléim, éné voici, nththi je donne, 1cm pour nourriture, ath cl toute, oschb herbe, plante, zro, semant, zro semence, aschr qui. ol sur, phni faces, cl toute, éartz la terre, ou ath cl tout, éotz le bois (arbre), aschr qui, bou sur lui, sur elle, la terre, phri produit, otz bois (arbre), zro semant, zro semence, 1cm pour nourriture, ieie sera’ 1 aclé pour nourriture.
30. — Ou et Ici, pour toute, hith vie, éartz de la terre, ou et, Ici pour tout, ouph oiseau, éschmim des cieux, ou et, Ici pour tout, roumsch reptile, ram pant, ol sur, éartz la terre, aschr qui, bou dans lui, nphsch âme, hié vivante, ath cal la toute, irq verte, oschb herbe, niante, 1 aclé pour nourriture, ou et, iei fut, en ainsi.
31. — Ou et, ira vit, Aléim Aléim, ath cal tout, aschr que, osché faisant (avait fait), ou et, éné voici, toub bon, mad excessivement, ou et, iei fut, orb soir, ou et, iei fut, bqr matin, ioum jour é schischi le sixième.
TRADUCTION DE LA GENESE 53 parler de la doctrine secrète du livre le Dzdyan. Cette unité dans sa pluralité y est expliquée tout au long, sous sa forme symbolique. Le mot Dieu venant de san. Daivâ, a donné en gr. Théos. lat. Deus.
Tradui re Aléim par Deus ne s’explique pas. — Ath pour at. vers, à. signe d’action, t = d( de até, lat. vado — E pour al, el, ille, ilia, le, la, les, — Éschmim, de scham ; d’où lat. summis, fr. sommets, cimes. (No ta). — Les voyelles permuttent entre elles, de même que les consonnes de même ordre, a = é = i = o = ou = u. — F, artz, aratz, de rtz ratz. fam. râ teau, herse, lat. rostrum, al. erde, an. earth, san. dhara ; d’où par inversion des lettres, aratz, lat. terra, terre, tellus. (r tombe en 1), en san. talan, sol. base.
2. — Éité. de éoué, être, exister, d’où fio, iéoué, l’Eternel, lat.vitâ, vie,san. as, être, gr. ôuiôs, la. avus. gr. aiôn, ôon, lat, vivus. — Hschc, haschac, obscu rité, voile, nuit, gr. skéô, skia, fr. sac qui renferme, enveloppe. — 01, de ôlé, monter, fam. altus, columna halle. — Phni, phani, pour phanim, au pluriel, faces ; de phhh , phafhah, étendre; phth, phathah, lat. pateo, patefacio, san. pathas. — Ou, rouh, rouhah, onomatopée, souffler, respirer, d’où hié, haié, éié, être, esse, vivere, san. as. — Émim, eaux, ar. ma, san. mî, écouler, mouvoir, lat. amnis. de mrr. marar, couler: d’où mer, san, maras, mer, de mî. lat. mare, d’où mœror en lat., al. meer.
3. — I amr. de amr, amar, parler, dire, de émé, cou ler, sans, mî, couler, murmurer, de mrr, marar, couler à grand bruit, d’où mer. — iei de éié être, exister; vita (v = é, i, a). — Aour, lumière, de raé, par inversion,
l’initiation 54 12 —Outhoutza et produisit, éartz la terre, dscha abondance, oschb d’herbe (de plante), mzrio semant, zro semence, lminéou, suivant espèce de lui (d’elle), ou etotz bois, osché faisant, p'nri fruit, aschr qui zrou, se mence de lui bou dans lui lminéou suivant espèce de lui ou et, ira vit, Aléim Aléim ci, que, toub bon. 13 — Ou et, iei fut, orb soir, ou et, ici fut, bqr matin, ioum jour, schlischi troisième.
14 — Ou et, iamr dit, parla, Aléim Aléim, iei soit, maourth luminaires, brqio dans firmament, éschmim des cieux, lé bdil pour faire séparer, bin entre, éioum le jour, ou et, bin entre, élilélanuit, ou et, eiou qu’ils soient, lathth pour signes, ou et, lmouo dim pour époques, ou et, limim pour jours, ou et, schnim années.
15. — Ou et, eiou qu’ils soient, lmaourth pour flambeaux, luminaires, brqio dans firmament, éschamim des cieux, léair pour éclairer, ol sur, éartz la terre, ou et, iei fut, en ainsi.
16. — Ou alors, iosch fit, Aléim Dieu, ath schni les deux émaourth les luminaires, é les, gdlim les astres grands, ath émaour le luminaire, égdl le grand, 1, pour mmschlth dominations, éioum le jour, ou et, ath émaour le luminaire éqtn le petit, 1 pour mmschlth dominations, élilé la nuit, “ou et, ath écoucbim les étoiles.
17. — Ou et, ithn il distribua, athm eux, Aléim Aléim, brqio dans firmament, éschmim des cieux, 1 éaourpour éclairer, ol sur, éartz la terre. 18 — Ou et, lmschl pour dominer, bioum sur jour, ou et, blilé sur nuit, ou et, lébdil pour faire séparer,
TRADUCTION DE LA GENESE 55 gr. oraô, voir, lat. aurora, aurore, sans, usrà, aurore, lat. aer, air, fam. raé. 4. — Ci quus, sicut, que. — Toub, bon, de iab, dé sirer, sans. av. désirer, désirable, d’où en lat. aveo, gr. oiô(b =v).— Ibdl, ibdal, tailler, de btzr, batzar. (1 de vient r comme z tombe en l)fam. couper, tailler, gr. telèslat. dolare, fr.doloire, sans, dal, fendre, gr. déléo.
5. — I qra, de qra, onomatopée, sans, crue, résonner crier, an. to cry. Les cr sont déchirants, éclatants. Fam. gr, cr’ — 1 aour 1 pour ôl, sur, à, vers, de ôlé aller, s’élever vers, san. vaili, mouvoir. —■ Ioum, jour, de ihm iahm, brûler sans.
Kâm, aimer, c. à d. brûler, d’oû amor, amare, amour, aimer. — Lilé, nuit, voile, ■de loul, san. hoûl, couvrir, houl, haoul, volvo, houle, gr. éilôo, enrouler. — Orb, orab, soir, mé lange, confusion, d’oû éreb, ce qui est noir, de hrb, h = o, harab, corvus, corbeau, san.
Karatas corbeau, c.-à-d. noir, couleur noire, b = v. —bqr, baqar, matin, fam. gr. attaquée par b. creusement, percement, le jour perce la nuit. — Ahd, ahad, un. éin, unus, san. unas. par und ; le d tombe en n. 6. Rqiô, raqiô, de rhaq, étendre, done firmament, par attaque de a, et par inversion ô = a.
Orac, arac, gr. arakè, arkomaï, lat. arceo, largus, étendre, écarter. — Btouc, batouc. b pour in dans en, et touc de tqô Taqô, piquer, toquer, toucher, ail. tieke, an. také, san. tag, atteindre — Tango, fam. stigô, le milieu, le cœur d’une chose est un percement. — 7. —òsche, faire, de hrach, déchirer, arracher, san. Karac, fendre, creuser, travailler, fam. gr. — Cn> ainsi, de coun régler, d’où canne, qui sert à régler.
56 l’initiation bin entre, éaour la lumière, ou et, bin entre,’éhschc les ténèbres, ou et, ira vit, Aléim Dieu, ci que, toub bon. 19 — Ou et. iei fut, orb soir, ou et, iei fut, bqr matin, ioum jour, rbioi quatrième.
20. —Ou et, iamr dit, Aléim Aléim, ischrtzou que pullulent, émim les eaux, schrt pullulation, nphsch souffle d’âme, spiritus, hié vivante, ou et, ouph oi seau, iouph vole, ol sur, éartz la terre, ol sur, phni faces, rqio de firmament, éschamim les cieux.
21. — Ou et, alors, ibra créa, Aléim Dieu, ath éthninm les cétacés égdlim les grands, ou et, ath cl toute, nphsch âme, hié vivante, érmschth les reptiles, aschr qui,schrtzou pullulent, foisonnent, émim (dans) les eaux lminem suivant manière, espèce d’eux, ou et, ath cl tout, ouph oiseau cnph ailé. Ce mot veut dire encore oiseau et ailé; répéter le même mot n’aurait pas de sens.
Cependant cnph a une signification diffé rente de ouph ; cph veut dire main, cavus, cavité, donc palme. Ne serait-ce pas oiseau moitié reptile, moitié oiseau ? lmineou suivant espèce de lui, ou et, ira vit, Aléim Aléim, ci que, toub bon.
22. — Ou et, ibrc il bénit, athm eux, Aléim Aléim l’amr en disant, phrou produisez, fructifiez, ou et, rbou multipliez, ou et, miaou remplissez, ath émim les eaux, gouffres, bimim dans eaux (mers), ou et, éouph l’oiseau, irb s’étende, multiplie, bartz sur terre. 23. — Ou et, iei fut, orb soir, ou et, ieifut, bqr ma tin ioum, jour hmischi cinquième. 24. — Ou et, iamr dit, Aléim Aléim, thoutza que
TRADUCTION DE LA GENÈSE 8. — Schim, comme plus haut, cieux, élevés, cîmes, sommets. — Schni, deuxième, fam. schn, schan, dé chirer, dent sch = d, haine, le sch est voisin de h aspirée, gutturale. 9. — I ou de qoum, se dresser, marcher. Goué, confluo, se réunir, se rassembler, y = q.
Mqoum, maqoum, lieu de réunion, de qoum se lever, aller, al. commen, an. to corne, caminar, cheminer. — Ahd, ahad, unus, un, unique, c’est-à-dire séparé, a = u ; d tombe en n. — Outh raé de raék, voir, o raô. — Ibsch ibaschde bschel, baschal, cuire, areo, se dessécher, sec, aride, d’où asch, feu, d’où asso brûler, ail. af che, a. ashes. cendres.
10. — Mqoum, maqoum, réunion, deqoué, réunir, fami. misceo, C = q, gr. mignoumi, mêler, san. màks, mêler, an, mixing.
11. — Dscha, dascha, foisonner, germer, abon dance, d’où dazus, densus. — Oschb, oschab, plante, herbe, san. di hâ, amasser, v. hsch, hasch, hâcher, couper de cerpo, san. ghas, manger, mâcher, o = y. d’où par inversion, bosch, bois, bûcher, boisselerie- — Zriô, zariô, de zrô, zro, lat sero, semer, zrh, zarah, répandre eu rayonnant, d’où azur. — Oltz, bois, ail holtz. — Phri, fruit, de phrh, phrah, preduire, fructus, al. frucht, p = f. ph = bh — san. bhâr, fam. pario.— Min, section, manière, mine san. —Eoua. ille, ilia, lui.
12. — Toutza, deitza sortie, issue, produire — Ira de raé, orao voir, rapprocher, par interversion aour, feu, lumière — Hrr, harar, uro, brûler. — 14. — Maourth, maourath, de aour, lat. aër, aur,
58 l’initiation produise, éartz la terre, nphsch, âme, hié vivante, Iminé suivante espèce d’elle, bémé bête, êtres vivants, les ruminants (à organes puissants), ou et, rmsch rep tile rampant, ou et, hith vies, éartz de la terre, Iminé suivant espèce d’elle, ou et, iei fut,en ainsi.
25. — Ou et, iosch fit, Aléim Aléim, ath hith les vies, êtres vivants éartz (de) la terre, Iminé suivant es pèce d’elle, ou et, ath é bémé les bêtes ( grosses), Iminé suivant espèce d’elle, ou et, ath cl tout, rmsch reptile rampant, éadmé de la terre, Imineou suivant espèce de lui, ou et, ira vit, Aléim Dieu, ci que, toub bon.
26. — Ou et, iamr dit, Aléim Aléim, nosché fai sons, adm homme, btzlmnou à ressemblance, image de nous, cdmouth nou comme similude de nous, ou alors, irdou il dominera lui (ou bien dominera; ou est pour l’euphonie) bdgth sur poissons, éim des mers, ou et, bouph sur oiseau, éschmim (des) cieux, ou et, bbémé sur bêtes (grosses) ou et, bel sur toute, éartz la terre, ou et, bel surtout, érmsch le rampant, érmsch de rampant, ol sur, é artz la terre.
27. — Ouet, ibra créa, Aléim Aléim, é adm le adam, homme, btzlmou suivant ressemblance similitude de lui, btzlm suivant ressemblance similitude, image, Aléim Aléim, bra créa, ethou lui, zer mâle, ou et, nqbéfemelle, bra créa, athm eux.
28. — Ou et, i bre il bénit, athm eux, Aléim Aléim, ou et, i amr il dit, 1 m à eux, Aléim Aléim, phrou produisez (croissez), ou et, rbou multipliez, ou et, miaou remplissez, ath éartz la terre, ou cbsché et fou lez aux pieds, domptez, soumettez elle, ou rddou et
TRADUCTION DE LA GENESE 59 hour, hôr. — Mouôdim, époques, périodes, temps, lieu, deiod,lat. ætas, été, (temps désigné), san. aidhas chaleur, fixer. i5. — Maourth, maourath luminaires, luminaria-- de aour briller. — Eair, éclairer, voisin de iar, iaour, fleuve, cours d’eau, de de rrr, rarar, couler et briller. *at aër, aurora, jour, aour, j = i.
17. — Ithn, ithan, pour i nathan, de nathan, don ner. distribuer, c.-à-d. atténuer, a=t, san. dùnan, présent, d = th. 19. —Rbioi, quatrième, rabioi, de rbiô, rabio, quatre, fam.rbb, rabab, rb, rab, s’étendre en puissance, en force, d’où robuste, robustesse, rabin, puissant en science. 20. — Schartz, scharatz diviser, multiplier, d’où foisonner dérive de schr, schar, et rtz, ratz... grands diviseurs, onomatopées.
Nphsch, naphasch, souffle, vie, esprit, âme de Nphah, san. ânas. souffle, souffler de phouh, fouhah, respirer, souffler, onomatopée, fam. pneouma, fouô, d’où phoque. — Hié, vita. v=i. 21. — Ethnim, fam. téinô. tendo, n appelle d. éten du, thon (gros poisson). — Cl, cal, tout; de clé, calé, achever, fin (qui renferme) cli, cali, vase, écuelle.
Tout cela de cil, calai, achever cia, cala, kléio ; le signe C est rond et exprime bien l’idée. — Nphsch, naphasch, souffle, âme de Nphh, naphah, exsufflo, souffler : de phouh, phouah, respirer, souffler, respi rer (onomatopée). 22. — Ibrc, ibarac, de brac, barac, précor, b = p, courber, par inversion, agenouiller, fam. san. parchà, courbe, orbes, corbis. — Rbou, rabou, comme suprà,de rbô, s’étendre, d’où multiplier.— Miaou, de
6o L'INITIATION régnez, b dgth sur poissons, éim des eaux, ou et, b ouph sur oiseau, éschinim des cieux, ou et, b cl sur toute, hié vie, érmschth la rampante, mouvante, ol sur, éartz la terre.
29. — Ou et, iamr dit, Aléim Aléim, éné voici, nththi je donne, 1cm pour nourriture, ath cl toute, oschb herbe, plante, zro, semant, zro semence, aschr qui, ol sur, phni faces, cl toute, éartz la terre, ou ath cl tout, éotz le bois (arbre), aschr qui, bou sur lui, sur elle, la terre, phri produit, otz bois (arbre), zro semant, zro semence, 1cm pour nourriture, ieie sera’ 1 aclé pour nourriture.
30. — Ou et Ici, pour toute, hith vie, éartz de la terre, ou et, Ici pour tout, ouph oiseau, éschmim des cieux, ou et, Ici pour tout, roumsch reptile, ram pant, ol sur, éartz la terre, aschr qui, bou dans lui, nphsch âme, hié vivante, ath cal la toute, irq verte, oschb herbe, niante, 1 aclé pour nourriture, ou et, iei fut, en ainsi.
31. — Ou et, ira vit, Aléim Aléim, ath cal tout, aschr que, osché faisant (avait fait), ou et, éné voici, toub bon, mad excessivement, ou et, iei fut, orb soir, ou et, iei fut, bqr matin, ioum jour é schischi le sixième.
TRADUCTION DE LA GENÈSE 61 mla, mala, remplir, multus, accomplir, plein. 24. — Thoutza. V. vers. 12. —Bémé, onom., bête, brute, de émé, bruire, bêler. 25. — Eadmé, terré, humus, d’où hodm, homme tiré de la terre, a = h plus aspirée 26. — Adm, adam, homme, homo, comme v.
25.— Betzlmnou, batzalamnou, de tzlm, ombre, lat. similis, semblable, similitude, image. (S — tz.) — Tzalam cdmouthnou, cadmouthnou, de dmé, assimiler, damé, voisin, tzlm, tzalam, assimiler, image est réunion de particules semblables. — Irdou, iradou, de rzn, razan exercer la puissance, dominer, de rtz brisement, force.
27. — Zcr, zacar, mâle, qui sème, de zrô, zarosemer, zrouô, zarouô, semis, semence, d’où sero se, mer (pour sermer, sarmen),— Ngbé, nagbé, femelle, de n q b, perforer, fendu, deqb r, quabar; h r b, harab ; hcr, hacar, creuser, caver; fam, h r, h = q, q r. onom. 28. — b r c, barac, bénit. V.
22. lat. brachium, bras, le bénisseur, aussi le briseur, de phraq (b = f.) fam. frango, frac, fraq. — Cbsch, cabasch, fouler aux pieds, soumettre, subjuguer, d’où escabeau ; ail. scôps mouton, maté, dompté. 29. — Laclé, dea de acl, acal, manger, dévorer, de calé consumer, ar. akal. 30. — Irq, iraq, ce qui est vert, verdure tige, verte, par inversion qrac, qroc; fam. croquer, craquer, onom.
3i—Mad,valdéexcessivement, beaucoup de; m d d, madad, mode, extension, quantité, mesure; san. mas, étendre, mesurer d = s. d’où metior en lat. mesurer, an. mete, al. messe, (d — s.= t.) — Ésch. chi, éschaschi, de schsch, schasch, ail. sechs, lats sex, six en fr. (A suivre.) Alfred Le Dain.
PARTIE LITTÉRAIRE PREMIÈRE TRADUCTION FRANÇAISE Un de mes amis, à la fois homme de lettres et phi losophe, me dit un jour d’un ton demi-badin demisérieux : « Chose étrange ! depuis que je vous ai vu, j’ai découvert une maison hantée au centre même de Londres ».
« Réellement hantée? — et par quoi? par des es prits ? » « Eh ! je ne puis répondre à cette question ; tout ce que je sais, c’est qu’il y a six semaines nous étions, ma femme et moi, à la recherche d’un appartement meublé. En passant dans une rue tranquille, nous aperçûmes ¿1 la fenêtre d’une des maisons un écriteau : « Appartements meublés ».
La situation nous conve nait : nous entrons dans la maison ; les chambres nous plaisaient, nous les retenons pour la semaine, et nous les quittons le troisième jour. Aucune puis sance humaine n’aurait pu décider ma femme à rester plus longtemps : et je n’en suis pas surpris. »
LA MAISON HANTÉE 6 3- « Qu’avez-vous donc vu ? » « Excusez-moi, mais je n’ai nulle envie d’être ridi culisé en passant pour un rêveur superstitieux ; et, d’autre part, pourrais-je vous prier de croire sur ma simple affirmation une chose que vous penseriez être impossible si elle ne tombait sous l’évidenee de nos propres sens.
Permettez-moi de vous dire seulement ceci, que ¿ce n’est pas tant ce que nous avons vu et entendu (car vous pourriez bien supposer que nous avons été dupes de notre propre imagination exaltée) qui nous a chassés, qu’une indéfinissable ter reur qui saisissait chacun de nous chaque fois que nous passions devant la porte d’une certaine chambrenon meublée, dans laquelle nous n’avons vu ni en tendu quoi que ce fût.
Et, merveille plus étrange encore : pour la première fois de ma vie je fus .d’ac cord avec ma femme, et j’avouai, après la troisième nuit, qu’il était impossible d’en passer une quatrième dans cette maison. En conséquence, le matin du qua trième jour, j’appelai la femme, qui gardait la maison et faisait notre ménage et lui déclarai que les chambres ne nous convenaient pas tout à fait, et que nous ne res terions pas toute notre semaine.
Elle répondit sèche ment : « Je sais pourquoi ; de tous les locataires vous êtes celui qui êtes resté le plus longtemps. Quelquesuns avaient passé une seconde nuit, aucun, avant vous, une troisième. Mais j’en conclus qu’ils ont été très bons pour vous. » « Ils— qui ils? » demandai-je, affectant de sou rire. « Apparemment, ceux qui hantent cette maison,.
64 l’initiation quels qu’ils soient. Je ne m’en occupe pas: je me les rappelle depuis bien des années, lorsque j’habitais cette maison, non point comme domestique; mais je sais qu’ils causeront quelque jour ma mort. Je ne m’en soucie guère. Je suis vieille et dois mourir bien tôt de manière ou d’autre.
Et alors je serai avec eux et encore dans cette maison. » Cette femme parlait avec un calme si terrible, que réellement une sorte de terreur m’empêcha de pousser plus loin la conversa tion avec elle. Je payai la semaine entière nous étions trop heureux d’en être quittes à si bon compte. » « Vous excitez ma curiosité, dis-je; il n’y arien que j’aimerais comme de dormir dans une maison hantée.
Je vous prie, donnez-moi l’adresse de la mai son que vous avez quittée si brusquement. » Mon ami me donna l’adresse ; et quand nous fûmes séparés, je me dirigeai vers la maison indiquée. Elle était située dans la partie nord d’Oxford-Street, dans une rue triste mais respectable. Je trouvai la maison fermée. Aucun écriteau à la fenêtre, et pas de réponse à mes coups.
Comme je m’en retournais, un garçon de brasserie, qui venait prendre les pots d’étain aux portes, me dit : « Cherchez-vous quel qu’un dans cette maison, monsieur ? » « Oui. J’ai entendu dire qu’elle était à louer. » « A louer! Eh, la femme qui la gardait est morte — morte depuis trois semaines, et on ne peut trouver personne pour y demeurer, bien que M. J... ait offert beaucoup.
J1 a offert à ma mère, qui travaille pour lui à la journée, une livre sterling par semaine juste pour ouvrir et fermer les fenêtres, et elle a refusé ».
LA MAISON HANTÉE 65 « Elle a refusé ! — et pourquoi ? » « La maison est hantée; et la vieille femme qui la gardait a été trouvée morte dans son lit avec les yeux grands ouverts. On dit que le diable l’a étranglée. » « Peuh ! — Vous parlez de M. J... — Est-il le pro priétaire de la maison ? » « Oui. » « Où habite-t-il? » « G.
Street. n° — » « Qu’est-il? — Est-il dans les affaires ? » « Non, monsieur — rien de particulier; un simple gentleman. » Je donnai au garçon de brasserie la récompense méritée par ses divers renseignements, et je me dirigeai vers la demeure de M. .1... dans le G. Street, qui était tout près de la rue où se trouvait la maison han tée.
Je fus assez heureux pour trouver chez lui M. J..., un homme âgé, à la physionomie intelligente et aux manières prévenantes. Je lui déclinai franchement mon nom et ma qua lité.
Je dis que j’avais entendu dire que la maison était considérée comme hantée ; — que j’avais un vif désir d’examiner une maison ayant une réputatation si équivoque ; — que je lui serais grandement obligé s’il voulait me permettre de la louer, quand ce ne serait que pour une nuit. J’étais disposé à payer ce privilège le prix qu’il lui plairait de demander.
« Monsieur », dit M. J... avec beaucoup de courtoi sie, « la maison est à votre disposition aussi long temps qu’il vous plaira. Mettons de côté la question de loyer. C’est moi qui serai votre obligé si vous par
66 l’initiation venez à découvrir la cause des phénomènes étranges qui pour le moment lui ôtent toute sa valeur. Je ne puis la louer, car je ne peux même pas trouver une domestique pour la garder et pour ouvrir la porte. Malheureusement la maison est hantée, si j’ose me servir de cette expression, non seulement la nuit, mais le jour; bien que durant la nuit les troubles soient d’une nature plus ennuyeuse et quelquefois plus alar mante.
La pauvre vieille femme qui y est morte il y a trois semaines, était une malheureuse que j’ai reti rée d’une maison de charité, parce que dans son en fance elle avait été connue de quelque membre de ma famille, et qu’autrefois elle avait été dans une situa tion de fortune lui permettant d’occuper en qualité de locataire la maison en question qui appartenait à mon oncle.
C’était une femme qui avait reçu une éduca tion supérieure, et d’un esprit ferme, etc’étaitla seule personne que j’aie jamais pu engager à rester dans cette maison.
En vérité, depuis sa mort, qui fut sou daine, et l’enquête du coroner qui donna une mau vaise réputation à l’immeuble, j’ai à ce point déses péré de trouver quelque personne pour se charger de la maison, encore plus un locataire, que je la loue rais volontiers à l’année à quiconque paierait seule ment les frais et les impôts. » « Combien y a-t-il de temps que cette maison a acquis cette sinistre réputation ? » « Je ne puis vous dire exactement, mais il y a beaucoup d’années.
La vieille femme dont je parlais disait qu’elle était hantée lorsqu’elle en était locataire il y a trente ou quarante ans. Le fait est que j’ai passé
LA MAISON HANTÉE Üy ma vie dans les Indes Orientales, et dans le ser“ vice civil de la Compagnie. Je suis revenu en Angleterre l’année dernière, en héritant de la fortune d’un oncle, parmi les biens duquel se trouvait la maison en question. Je l’ai trouvée fermée et inha bitée. On me dit qu’elle était hantée et que personne ne voulait y demeurer. Je me mis à sourire à ce qui me semblait un conte oiseux.
Je dépensai quelque argent à la réparer— j’ajoutai à son mobilier de l’an cien temps quelques modernes bibelots — je mis une annonce, et je trouvai un locataire pour une année. C’était un colonel retiré à demi-solde.
11 s’y installa avec sa famille, un fils et une fille, et quatre ou cinq domestiques: Le lendemain tous quittèrent la mai son, et quoique chacun d’eux déclarât avoir vu quel que chose différant de ce qui avait effrayé les autres, chaque quelque chose était cependant également terrible pour tous. Réellement je ne pouvais en cons cience ni poursuivre en justice, ni même blâmer le colonel pour la rupture de l’engagement.
Alors j’y mis la vieille femme dont j’ai parlé, donnant l’auto risation de louer la maison par appartements. Je n’ai jamais eu de locataire qui soit resté plus de trois jours. Je ne vous raconterai pas leurs histoires— attendu que deux locataires n’ont pas eu les mêmes phénomènes exactement répétés.
Il vaut mieux que vous jugiez par vous-même, que d’entrer dans la maison avec l’imagination influencée par des récits antérieurs: seulement préparez-vous à voir et à en tendre une chose ou une autre, et prenez toutes les précautions qu’il vous plaira. »
68 l’initiation « N’avez-vous jamais eu la curiosité de passer vous-même une nuit dans cette maison? « Oui. Je n’ai pas passé une nuit, mais trois heures seul dans cette maison. Ma curiosité n’est pas satis faite, mais elle est éteinte. Je n’ai nul désir de renouveler l’expérience. Vous ne pouvez pas vous plaindre.
Vous voyez, monsieur que je ne suis pas suffi samment impartial ; et à moins que votre curiosité ne soit excessivement ardente et vos nerfs d’une puissance peu ordinaire, je vous avertis honnê tement de ne pas passer une nuit dans cette mai son. » (A suivre.) Bulwer-Lytton.
VISIONS MYSTIQUES te Bais» ©i taTO Ainsi parlait la Nymphe au milieu de ses larmes : « Je dormais pure encor, près du ruisseau natal, Qui s’en venait jaseur, sous l'ombre des grands [charmes. Interrompant parfois sa chanson de cristal De ses gentils vacarmes.
LE BAISER DU SATYRE 69 Des vertes profondeurs du bois mystérieux, Comme une mélopée éolienne et douce, Sortait un chant lointain, un chant religieux. Attentives, mes sœurs étouffaient dans la mousse Leurs pas silencieux. Et cette voix disait : « Gardez, Nymphes chéries, « Dans vos yeux innocents, cette sérénité. « Que toujours, au printemps, vos blanches théories « Célébrant la jeunesse et la virginité, « Parcourent nos prairies.
« Car vous êtes la source où baigne l'Univers « En votre pureté refleurissent les mondes. « Oh ! ne permettezpas à la main du pervers, « De troubler l’harmonie ineffable des ondes « Et de vos cheveux verts. » Comme un flot apaisé meurt en baisant la grève, L’hymne s’éteignit dans le silence des bois, A jamais emportée au vol de l'heure brève, Sans plus me rien laisser du charme de sa voix Qu’un souvenir de rêve.........
Lorsque je m’éveillai, j’aperçus, ô terreur ! Un monstre à face humaine, un enfant de Nicée, Et détournant alors les yeux avec horreur, Je sentis, tout à coup, sur ma lèvre blessée, Son baiser de fureur.
L'INITIATION JO Naïades, qui voye^ mes larmes et son rire, Néréides d’Argos, Nymphes de l’Hellespont, Grand Neptune, est-il vrai que dans tout ton empire U n’est pointasses; d’eau pour effacer l’affront Des lèvres du Satyre ? » Yvan Dietschine. RÉOROCTIOI A mon Angcle adorée. Quand je fus resté seul en ma détresse immense, Quand partit celle à qui j’avais donné ma foi, Dédaignant ce qui fait le but de l’existence, Je suppliai la mort d'avoir pitié de moi. Plus rien ne m’émouvait, après le coup trop rude; Travail, ambition, arts, poésie, étude, Je ne voyais en tout que vide, inanité. Car j’avais tout perdu, car tout m’avait quitté. Et pourtant je savais que notre pauvre vie N’est que le seuil étroit d’un brillant devenir, Que d’une autre carrière elle sera suivie Où les âmes pourront enfin se réunir; Où, de son corps mortel l’esprit dégagé, l’Ange Jouira pour toujours d’un bonheur sans mélange Où sera consolé le cœur tant éprouvé, Où nous sera rendu l’être aimé retrouvé.
RÉSURRECTION 71 Mais une voix soudain qui sortait d’un sourire. Une voix empruntant des accents bien connus. Au fort de ma douleur me vint doucement dire : « C’est moi qui te reviens, c’est moi. ne pleure plus ! Je suis réincarnée en confondant mon âme Avec une âme sœur, avec une autre femme. Nous sommes deux en une et voulons toutes deux Comme par le passé te rendre encore heureux. Autant que je t’aimais, mon alter ego t’aime. Puisque je suis en elle et puisqu’elle c’est moi. Tu peux l’aimer, tu dois l’aimer comme moi-même Et bannir le chagrin dont tu faisais ta loi. » Mes yeux se dessillèrent, j’avais l’âme ravie Et je me reprenais ardemment à la vie. Le cœur rempli d’amour et le front relevé. Car, ayant tout perdu, j’avais tout retrouvé. A.-E. Badajre.
72 l’initiation D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES Quartier général. — L’organisation à Paris du Con seil permanent du Spiritualisme se poursuit activement, les adhésions arrivent de jour en jour plus nombreuses et nous pensons que cette nouvelle création entrera sous peu en voie d’active réalisation. Le Voile d’Isis poursuit la campagne nécessaire à cet effet.
Conférences. -- La dernière séance du Groupe a été remplie par une conférence de Papus sur la Femme et une intéressante lecture de Marius Decrespe sur la Physique occulte. Vendredi t3 courant aura lieu une séance exception nelle dans laquelle M. de Savigny exposera ses études sur Y Astronomie indienne dans l’antiquité. Groupe n° 4 Etude du spiritisme.
Séance du 10 mars i8gj Cetteséance eutlieu dans la salle habituelle du Groupe, laquelle est, comme il a déjà été dit, munie d’une lampe électrique destinée, pendant les séances obscures, à faire revenir subitement la lumière.
L’amabilité du chef du Groupe n°4 n’ayant su résister à diverses sollicitations, l’assistance se composait d’une quinzaine de personnes dont au moins quatre ou cinq étaient ignorantes des sciences occultes et amenés là par le désir de voir ou d’entendre elles-mêmes ce qui leur avait été rapporté. Fut-ce un bien? Fut-ce un mal?
Il est difficile de se prononcer, mais cette séance, loin de revêtir le carac tère généralement calme et pour ainsi dire réfléchi de ses devancières, se fit remarquer par une succession de
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES y3 manifestations des plus bruyantes. On pourrait peut-être les attribuer à la rencontre de diverses influences éma nant de nouveaux assistants parmi lesquels se trouvaient peut-être un ou plusieurs médiums apportant chacun leur contingent de forces psychiques auxquelles auraient obéi divers esprits d’un ordre différent.
L’esprit familier était cependant présent, ainsi qu’on put le constater par l’écriture mécanique et par les réponses qu’il fit aux évocations que lui adressa le chef du groupe; cela peut s’expliquer par la présence du mé dium habituel, Mine B......
La séance, commencée à g heures 3/q et terminée vers i i heures 1/2, se divisa en quatre parties obscures pen dant lesquelles divers objets (grelots, balles, sonnettes, fleurs) furent projetés dans différents endroits de la salle, mais en plus grand nombre et avec plus de force que de coutume. Les objets lourds (tambours, boîtes à musique, etc...) le plus souvent épargnés furent égale ment lancés de tous côtés.
Le guéridon servant aux ex périences échappa des mains des médiums et tourna autour de la pièce. La grande table se mut à plusieurs reprises semblant être repoussée ou attirée de tous côtés. Ce qui caractérisa surtout cette séance, ce furent les secousses qui ébranlèrent les sièges de trois ou quatre personnes, principalement de M™ B.... qui fut peu à peu et de cette façon ramenée près du guéridon.
Une autre personne, Mlle H..., fit de la même manière le tour delà salle, ce qui motiva de la part de cette demoi selle une frayeur bien justifiée par l’e'trangeté du phéno mène. — Un Anglais, M. L..., ayant senti sa chaise lui échapper, se départit du sang-froid habituel à ses com patriotes et d’une voix tremblotante demanda la lumière.
Enfin on entendit de violents coups frappés soit dans la table, soit contre la cloison et, craignant des manifesta tions par trop bruyantes, on termina la séance. Malgré ce qui est dit au commencement de ce rapport sur le caractère tout différent de cette soirée, il fut ce pendant permis d’y faire d’importantes observations. En effet, malgré les nombreuses projections de lumière électrique faites inopinément, pour éloigner toute idée
l’initiation 74 de supercherie ou pendant qu’un phénomène se produi sait pour essayer de le saisir, les manifestations étaient d’une grande intensité. L’illumination subite de la salle nous permettait de constater l'attitude des assistants ; mais la clarté inter rompait souvent le phénomène.
D’ailleurs, cette inter ruption ne paraissait avoir aucune influence sur les phé nomènes subséquents qui reprenaient de plus belle dès que l’obscurité était rétablie. Cependant, l’illumination subite nous a permis de constater d’une façon absolument certaine le déplace ment sans aucun contact possible d’une grande et lourde table à.six pieds, d’une petite table à quatre pieds et du fauteuil d’un des médiums.
Pour ce dernier déplacement on remarqua que non seulement le mouvement commencé s’achevait librement, mais même un second mouvement, en sens inverse du premier, se produisit très net, très intense, dans des conditions telles que la position des pieds du médium ainsi secoué ne pouvait que s’opposer au mouvement ainsi produit.
En résumé, notre lampe à incandescence nous a per mis : i° De constater d’une manière irréfutable le déplace ment sans contact d’objets très lourds ; 2° De rassurer les personnes effrayées par la violence des phénomènes ; 3° De nous rendre compte, chaque fois que la lumière fut faite inopinément, que personne n’avait bougé et que la table où étaient posés les objets projetés était tou jours libre de tout contact.
Il était bon que les expériences fussent faites devant les assistants habituels des séances du Groupe comme devant cinq ou six personnes venues pour la première fois à une séance spirite. 11 est permis de supposer qu’une lumière bleue ou violette troublerait moins les phénomènes. A. François.
UN « MYSTÈRE » DANS UNE BARAQUE W « MYSTÈRE » DANS UNE BARAQUE Les forains sont, comme F Amour, enfants de Bohême. Le vent qui souffle du pays des rêves, le même qui vient chanter puissamment dans le cerveau des grands artistes, apporte aux pauvres saltimbanques des intuitions encore assez subtiles.
Si vous suivez les fêtes foraines, vous verrez comme les forains sont saisis par toutes les modi fications de la sensibilité populaire, par tous les courants d'ide'es qui serpentent à travers la foule. Cette année, à la foire au pain d’épices, il y a, parmi les nouveautés, une baraque inattendue.
Sous la lumière électrique apparaissent, sur le perron qui sert d’entrée, des soldats romains, casqués et cuirassés, l’un portant l’aigle romaine, l’autre les faisceaux du licteur. Des femmes, drapées à l’orientale, de rouge et de bleu, le voile d’un ton vigoureux couronnant le front, avivant le regard des yeux noircis, des femmes traînant autour de leurs gestes de longs plis.
Derrière cette figuration silen cieuse, une grosse dame trône au comptoir du contrôle. Sur ^la toile de la baraque s’étale une inscription en lettres énormes:« La Passion de Jésus, qui a été crucifié, il y a 1800 ans, pour avoir prêché la Liberté, l’Égalité, la Fraternité. » Les toiles, badigeonnées d’un ton sévère ; des figures de femmes formant des cariatides, en motif décoratif, sont peintes en grisaille, de chaque côté de l’entrée.
Le théâtre ayant tenté de remonter vers le Mystère religieux, la baraque foraine, reflet du théâtre, a suivi ce mouvement. Pas de parade. Le patron prononce seulement quelques mots pour engager les badauds à entrer, il a l’air d’un notaire de chef-lieu de canton, avec ses favoris blancs encadrant son solennel visage rasé. Je cause avec lui. Il déclare ne pas faire œuvre d’art. Il est circonspect et désire ne choquer personne. « Au jour d’aujourd’hui, . dit-il, la monnaie de tout le monde est bonne à prendre. »
D’après l’affiche, la Passion est représente'e, à l’inté rieur, « en douze tableaux d’après les grands maîtres : Rubens, Carrache, Ribéra, P. Véronèse, Joséphin (c’est, j’imagine, le Josépin), Hans Holbein, Delacroix, Long (j’avoue humblement ignorer ce maître) et Munckasi (sic). » La représentation va commencer.
Il y a là un public fort convenable, composé des meilleurs éléments d’une foule de fête foraine : des ouvriers avec « la bourgeoise etles gosses », des petits commerçants, de jeunes couples à mines de fiancés. Les enfants sont très nombreux et fort recueillis.
Après que le piano a joué un air de danse assez pro fane, la toile se lève : Un jeune homme, aux longs che veux blonds, à la barbe fine, drapé de rouge, est courbé sous le tronc coupé d’un gros arbre. Il pivote lentement, car il est placé sur une plaque tournante. Au fond de la salle, une voix blanche, enrouée, fatiguée, cassée récite quelques monotones paroles : « Le Christ au jardin des Oliviers, d’après Veronèse...
Un ange lui montre le calice... » Et, tandis que le récitant psalmodie avec son nez, la plaque tournante s’arrête. Un ange, de blanc vêtu, au masque de poupée, et qui, d’après le programme, répond, dans la vie privée, au nom de Marguerite, ap paraît dans un flot de lumière électrique, et le person nage central tend vers lui les bras avec désespoir. Le mime qui représente le Christ est un jeune homme élancé, au masque régulier.
Tout ceci me rappelle bien lointainement Véronèse... Le rideau se relève sur le deuxième tableau : c’est le baiser de Judas. Le Christ, cette fois, se trouve sur la plaque tournante avec le traître, un gros homme barbu, dont la tunique courte découvre les jambes lourdes. La plaque tourne, tourne, et le récitant, dans une pose naïve, arrange l’Evangile à sa façon.
Tandis que sa voix usée s’écoule sur l’auditoire absolumeut silencieux, des soldats romains surgissent sur un geste de Judas. Et les personnages miment la scène, en restant figés une minute en chaque attitude successive.
La passion déroule ses tableaux : le Christ devant Pilate d’après Munkaczy ; la Flagellation, d’après CarASTROLOGIE ONOMANT1QUE 77 rache ; la Crucification (sic), d’après Ribera ; le Golgotha, d’après Poussin, jusqu’à la Re'surrectîon. Le Christ tourne toujours avec la plaque. Le jeune homme qui le représente est certes plein de bonne vo lonté ; mais son jeu est neutre, sans caractère. Il sil houette assez élégamment.
Il rappelle M. Albert Lam bert fils. Il se nomme Kervaloff qui représente la Vierge Marie. Hommes et femmes sont très graves. Leurs atti tudes ne sont ni plus fausses ni plus empahtiques que celles de nos plus renommés cabotins. Je leur reproche d’être trop semblables aux comédiens. Ils miment trop bien. Ils sont trop bien habillés et manquent de gau cherie.
Comme j’aimerais mieux les paysans bretons quj représentent les Mystères en plein vent ! Quelques hail lons sur une sensibilité sincère, voilà de l’art., de l’art rudimentaire et naïf, certes. Mais c’est pour avoir re conquis un peu de cette essentielle ingénuité des âmes populaires et douces que Maurice Bouchor a seul pu écrire un Mystère qui ne sonne pas le toc. E.
M. Essai d’un Horoscope de la République Française pour 1894 Rêve ou réalité, j'apporte mon offrande aux curieux. (P. Christian) La République Française actuelle conçue le 18 fé vrier 1870 ne date réellement que de son premier président nommé le 3i août de la même année.
L'INITIATION 78 horoscope et traduire sa figure généthliaque d’après le calendrier thébaïque. Après cettepetite opération nous avons les chiffres suivants: t53, 222, g, 6, qui, addi tionnés kabbalistiquement, nous donnent le nombre fatidique XXX. Ce nombre, qui est en même temps un arcane mineur, est déjà un bon augure. Il présage : Réalisation du succès espéré ; des entreprises sérieuses et stables.
Née sous la Vierge (qui a pour génie Isis) la République Française ne parviendra, toutefois, aux honneurs que par son propre mérite. Elle aura à lutter, continuelle ment, durant sa vie entière, avec ses citoyens et avec ses envieux ou ses ennemis cachés ou déclarés. Ses amis ou alliés lui seront de peu d’utilité et ses alliances les plus remarquantes seront contractées en voyage.
Elle sera toujours menacée d’être renversée si, une seule fois, l’iniative lui manque ; mais par l’intelligence, le travail, la volonté son élévation est certaine. Les parties faibles de son organisme sont ésotérique ment l’estomac, le foi et les jambes. Le 3t août tombe au XVI Thumis.
Ce de'can lui pro nostique: longévité, mais timidité d’esprit, irrésolution entravant ses meilleurs succès ; aptitude aux arts, à la mécanique et aux sciences analytiques. Le 9° degré de la Vierge lui donne l’Amour des champs (agriculture, colonisation, peinture) et l’esprit contem platif.
Notre but n’étant pas de nous étendre sur son horos cope général, nous allons le laisser, pour passer superfi ciellement encore sur celui de tSg3 et nous arrêter un peu plus sur les présages astrologiques de l’année cou rante.
En ajoutant le nombre faditique XXX à i8g3, nous avons pour sommet 1023 d’où se dégage l’arcane XV, Lettre X (Héron), nombre 60, qui exprime dans le monde divin la prédestination; dans le monde intellectuel, le mystère ; dans le monde physique, l’imprévu, la fatalité. L’Arcane XV c’est le Thyphon. Le Bouc de Mendès C’est l'image de la fatalité qui fait explosion comme un volcan à travers les ténèbres des passions bestiales. L’imprévu, dit cet arcane, mettra ta prudence en défaut,
astrologie onomantique 7g et la fatalité ruinera tes plans d’avenir si ta Volonté ne met un frein à tes passions. Déplaçons les planètes sur le casier hermétique d’après les règles astrologiques des révolutions annuelles et dépouillons-les, en suivant le mieux quenous pouvons les instructions d’Ely Star dont les écrits nous ont initié à l’astrologie, et puissions-nous lui faire honneur par ce travail ! Mous avons le taureau en maison I.
C’est le signe des grandes luttes, des ennemis cachés, des maladies, des pertes d’argent, des protections, des alliances, des tribu lations. Le signe de la nativeté passe en maison VI. C’est aussi un présage de dangers, de maladies redoutables, de grandes luttes, de blessures et contusions. Redouble de vigilance lui conseille l’arcane qui régit ce signe.
La maison II a l’Etoile royale du Taureau : augmen tation de biens; Union, alliance protection. La maison IV a le soleil : Augmentation de territoire ; dignités vers le milieu et la fin de l’année. Révélation d’intrigues, de Mystères. Président honoré. Aptitude aux sciences hydrauliques et souterraines. Avancement. Voyages heureux; faveurs mais danger touchant les citoyens ou la position.
Mercure dans la maison V donne l'élévation de fortune par le travail et l’intelligence; chance dans l’industrie. Rend savant et artiste; adonne aux voyages heureux ; donne la diplomatie. Rend libéral et quelque fois prodigue. L’Arcane XI, en maison X, fait vaincre les obstacles. Vénus annonce une belle et fiche alliance. Etant dans le Verseau elle pronostique toutefois des dangers ; une perte prématurée de citoyens : des espérances déçues.
Nous allons laisser à l’ami lecteur qui s’y entend, le soin de continuer cette horoscope. Si nous avons parlé succinctementdel’horoscope géné ral et de celui-ci, c’est pour mettre en évidence Déton nante réalité des quelques arcarnes astrologiques que nous avons mentionnés. Mais comme dit sagement Christian : « Arrêtons-nous,
8o l’initiation lecteur bénévole, à égale distance d’une crédulité sans base et d'un doute imprudent... » « Usons de cet aver tissement, mais n’exagérons pas sa portée. » En 1894, année de Mercure, la République française a pour sommet 1924, d’où se dégage l’arcane XVI, lettre O (olélatts), nombre 70. Dans le monde divin c’est le châtiment de l’orgueil. Dans le monde physique, les écroulements de fortune.
Il est le symbole du conflit des forces matérielles qui peuvent broyer les grands comme les petits ; les ministres comme les citoyens. C’est encore l’emblème des rivali tés qui n’aboutissent, de part et d’autre, qu’à une ruine commune; des projets stérilisés, des espérances qui s’étiolent, des entreprises qui avortent, des ambitions foudroyées, des morts, des catastrophes.
Dans l'horoscope, cet arcane répond : Tu marches à ta perte; elle sera le fruit de ton orgueil, de tes impru dences ou de tes fautes volontaires. La maison 1 passe dans le Bélier : dangers de bles sures, chagrins, deuils, maladies; position sociale entra vée par des fautes. Luttes par ses relations ou avec ses citoyens; alliances ou associations d’intérêts; voyages d’intérêts. Voyages nuisibles, dangers par l’eau; triomphe sur les ennemis.
Cet aspect est redoutable : la République étant née sous la vierge et ce signe zodiacal est en maison VI. Mais le signe de nativité se trouvant en révolution en maison I tandis que le maître de l’année est en mai son XII, VI, VIII, c’est un présage qui indique une ba lance de biens et de maux et chance de triompher de la mauvaise fortune par un héroïque effort de l’intelligence et de la volonté. Etudions maintenant les aspects.
Il y a, en maison II, conjonction de Saturne avec Vénus : Inconstance de volonté et de conduite. Obs tacles dans les alliances, chagrins dans les amitiés, les unions. Dangers pour le Président ou la Présidence. Fatalités. Conjonction de Saturne à Mars couronné : Grandes difficultés. Retards dans la réalisation des espérances, pertes; perte de citoyens. Fortune et honneurs à la fin.
ASTROLOGIE ONOMANT1QUE Conjonction de Saturne à Mercure : Impuissance de vant les épreuves de la vie au commencement. Aptitude aux sciences. Esprit d’indépendance. En maison X, conjonction de Vénus à Mars couronné : Haute fortune et heureuses alliances dans le pays ou hors du pays, pourvu que la ligne de conduite des gou vernants soit irréprochable et judicieuse.
En maison VIII, conjonction de Mercure avec le Srleil : Réussite après la combinaison des forces de ’Etat (de la force morale et physique qui ne reculent pas levant les obstacles, mais qui les usent peu à peu). En maison VI, conjonction de Mercure à la Lune : Perfidie, trahisons dangereuses de la part des gens du >euple. Conspirations, séditions.
Trigone de Mars couronné à Saturne : Menace les dtoyens d’accidents divers, mais promet des honneurs <t donne de bons ministres. Trigone de Mars couronné à Vénus : Retarde la con corde ; donne des ennuis avec les envieux et les gens de bisse condition; met en butte aux infamies, mais finit ptr donner la sagesse et la renommée qui vainquent les obstacles.
Trigone de Mars couronné à Mercure : Donne un espr:t grave et pénétrant dans les affaires: donne de bons ministres, de bons conseillers; fait des ingénieurs, mathéma iciens, des savants, des littérateurs. Ce sera donc, pou-la France, une, année d’avancement diplomatique, scientifique, littéraire et de découvertes. Trigone du Soleil à Mercure : Réputation, célébrité par .es sciences et les inventions.
Finit par donner la force de caractère, de la fortune et des honneurs dans l’administration de la justice. Trigone du Soleil à la Lune : Bienveillance. Bonnes alliances. Honneurs, gloire. Amour du peuple. Trigone de Mars couronné au Soleil : Autorité. Gou vernement. Honneurs. Haute fortune. Voyons, enfin, les Planètes dans les maisons célestes.
La Lune en maison I donne des alternatives de gain et de perte; d’abaissement et d’élévation ; de la supériorité dans la culture des arts; quelques déceptions, des obs tacles en toute carrière, mais étant dans le Taureau, la
82 l’initiation sagesse et la rectitude de jugement feront accroître la fortune et donneront de la prospérité dans les affaires. Saturne, en maison IV, nuit à la Présidence ou au Président : Il y a péril de renversement de position. Il provoque des dissensions, des maladies (morales î), nuit aux immeubles. Retarde ou maleficie les voyages. At taque de la malveillance humaine.
La lune, en maison VI, donne des luttes, des tribula tions par des gens de bas aloi. Des mystères et des cha grins de famille, des maladies cérébrales. Dangers de submersion. Voyages ruineux, mais vie longue et intel ligence de l’avenir. Mercure, en maison VI, donne des luttes avec des in férieurs. Produit des maladies, fait des serviteurs infi dèles, nuisibles, fourbes ou voleurs.
Pousse aux que relles intestines, mais grâce à l’intelligence, au savoir et à la volonté des dirigeants, les adversités se modifieront à la fin. Homo sapiens dominabitur astris. Vénus en maison VII, promet une bonne union, une bonne entente quoique tardives. Augmente les biens, fait des associations heureuses malgré des rivalités et des inimitiés et donne une longue vie.
Mercure, en maison VIII, donne des relations avec des gens violents, outrageants qui feront subir de grandes pertes aux biens et pourront blesser à mort la Répu blique. Il y aurait à craindre des discordes avec les voi sins et des inimitiés à cause de succession. Le Soleil, en maison VIII (ou l’arcane XIV) présage de grands périls pour la position, si l’on manque d’ini tiative et de décision.
Mars couronné, en maison X donne la fortune, les honneurs pourvu que les chefs aient une conduite irré prochable et ferme. Vénus, en maison X élève, à la fin, à la fortune et aux honneurs; promet longue vie et donne des alliances heureuses ou la concorde, après bien des luttes avec les sociétés perverses.
Vénus en maison XI promet des amitiés, de la con corde, des unions heureuses, mais avec plus de bonheur au commencement qu’à la fin : Il y aura des espérances déçues.
ASTROLOGIE ONOMANTIQUE 83 Mars couronné, en maison XII promet la fortune contre les ennemis. Vénus, en maison XII, donne des ennuis avec les gens de bas étage. Des intrigues. Fait craindre des luttes avec des citoyens ou des alliés. Saturne, en maison XII, suscite des inimitiés occultes, des noires calomnies. Donne des pertes de biens, des persécutions de mauvais serviteurs, des affronts par les amis.
Les « poissons » atténuent ces présages, mais te peuvent les effacer complètement. Mercure, en maison XII, présage des ennuis avec des sociétés perverses et dangereuses; pousse à des rela tions dégradantes, incline aux querelles violentes et aux calomnies. Quoiqu’il y ait bien d’autres développements astrolo giques à faire, nous nous arrêtons. Ce que nous avons dit est plus qu’il ne faut, pour un essai d’horoscope.
Tous ces présages pour 1894 ne sont pas très rassu rants, car si la force de volonté, l’initiative manquent dans les chefs et les ministres, la République française, la France entière, courent un grand danger.
Nous souhaitons de tout cœur nous être trompé dans ce que cet horoscope a de triste et d’alarmant, ayant « accompli cette tâche », comme dit Christian dans son Histoire de la Magie, sans ambition de succès, mais non sans désir d’être utile. Le 21 février 1S94. Eistibus Nitibus. LE LIVRE DES SPLENDEURS par Eliphas Levi Le livre des splendeurs est le couronnement de l’œuvre d’Eliphas ; et ces palmes, il appartenait au chœur
84 b’.INITIATION des disciples de les déposer sur le buste du maître comme en ces anniversaires un peu de'mode's mais d’une élégance si précieuse où telle scène honore un grand poète. Le geste de Papus ne me semble pas autre : il vient entouré de ses frères plus jeunes, jeune lui-même, rendre un hommage public à celui qui reste au seuil du passé comme la dernière et la plus proche des figures vivantes.
Sans doute, par delà son profil, des ombres respectées, des noms immortellement puissants, s’éclairent au loin ; mais n’est-ce pas au travers du Dogme et du Rituel que nous entrevîmes ces anneaux lumineux de la Tradition ? La clef des grands mystères nous ouvrit les ténèbres du passé : Eliphasest le rameau d’or qui conduit à la porte d’ombre.
Cette œuvre colossale qui devient une science autori taire, un cléricalisme tout-puissant, proclamait la liberté, l’amour et la foi ; cette voix prophétique, vibrante qui rejetait tous les faux ornements des rhéteurs célèbres d’alors pour chanter la vie, la vie fraîche, triomphante, future : tout cela n’a rencontré que mépris dès l’abord, que froideur et indifférence.
Il ne nous appartient pas de retracer la série des dou leurs et des souffrances d’Alphonse Louis Constant: mais il ne faut jamais oublier en songeant à lui quelle sève de liberté révoltée bouillonnait en son cœur. Il était fils de Rabelais et de Béranger à bien des heures, si par fois à d’autre instants moins sincères il se montrait le disciple tout intellectuel de douloureux mystiques ou de savants érudits.
Il aime Postel, il vit avec Tritheme, il lutte avec Paracelse ; ceux qui sont entrés dans le cercle de ces esprits comprendront mieux ce qu’était l’âme d’Eliphas Levy. Des maîtres, nos maîtres ( 1), ont assez assurément apprécié ce qu’était l’esprit du philosophe pour qu’il nous soit permis de parler ici de son âme.
Poète et novateur, —le passé diffère si peu de l’avenir! — il ne va s’accommoder à son sujet, s’adapter à son époque qu’à force de volonté, et, malgré des efforts con- (1) Papus, Stanislas de Guaita en appendice au Livre des Splendeurs, et passim.
BIBLIOGRAPHIE 85 tinus, il ne maîtrisera pas ses élans d’apôtre et d’artiste assez froidement pour dominer les cris de protestation échappés à sa douleur, les chants d’amour de sa jeunesse et de sa liberté.
Mélange de science et d’obscurité voulue, de ferveur et de colère, drames, hymnes, oraisons et prédications, son œuvre se déroule pareille à ces poèmes indiens, à ces cosmogonies primitives qui nous laissent, pour être trop sincères, l'impression d’un commence ment perdu, d’une fin inachevée, d’une végétation luxu riante, désordonnée.
A des esprits précis, ces génies à l’allure de grandes forêts ne plaisent pas : ils inquiètent et déconcertent; à de méthodiques intelligences il faut un ouvrage où soit condensée cette force épaisse, un plan de ces labyrinthes : ils veulent avoir la vue d’ensemble, le plan général avant de se jeter aux terreurs des massifs, aux solitudes des profondeurs : méthode dont nous ne saurions les blâmer ou les louer: chacun a la science, le résultat seul importe.
Pour ceux-là le Livre des Splendeurs estl’œuvre nécessaire, attendue depuis longtemps et qui sera d’enthousiasme accueillie. Ce livre ne sera pas d’un moindre profit aux hommes d’imagination : ils y retrou veront en des pages admirables (i) les symboles vivants et les arcanes éternels déjà révélés aux primitifs hiéro glyphes du Dogme et du Rituel.
Trois portions composent cette bible des religions : l’une, contenant le traité capital du Sohar, l’Idra Rabba, et ses commentaires; l’autre, dévoilant le symbolisme des légendes d’Hiram, et rendant aux bijoux maçon niques l’éclat de leurs originelles pierreries ; le dernier, réunissant les deux historiques lumineuses de Krishna et de Jésus. Ce faisceau triple de lumières, érigé parmi les autres livres du maître, les ordonne et les illumine.
La Kabbale éclaire le livre des Esprits , la légende d’Hiram rappelle la clef des grands mystères, et le verbe de Krishna ou celui de Jésus à chaque souvenir de l’ésotérisme chrétien ou brahmanique évoque un cha pitre du dogme ou du rituel qui le commente. Eliphas a-t-il indiqué quelque part une préférence pour l’un ou (i) Je parle surtout ici de la première partie, l’Idra Rabba.
l’autre dogme ; est-ce un kabbaliste, demanderont les débutants sur la route, hésitant dans le choix d’un guide Et s’il fut kabbaliste, est-il orthodoxe ? Etait-il initié ? Autant de questions qu’un voile épais couvrira long temps encore à leurs yeux.
Et si je leur affirmais qu’Eliphas était un initié orthodoxe, que telle des plus immé moriales fraternités le comptaitparmi ses membres, si je le prouvais, pièces en main, leur foi serait-elle plus grande en lui, leur marche plus rapide?
Je ne le pense pas, le document et l’érudition détruisent plus qu’ils ne créent: il faut se méfier de,'qui s’entoure de trop de livres et de trop de titres: dip/ômes publiés, parchemins agités, cela sent son pédant de collège.
Eliphas parlait peu des sanctions humaines et ne les recherchait pas ; il se con tentait de pressentir quel éveil sonnerait un jour grâce à lui dans l’âme de ses disciples futurs: il semait à pleines mains, à plein cœur, confiant le bon grain au Dieu qui veille sur les moissons.
M. Chamuel en éditant ce volume précieux, Papus en le présentant au nom de tous ceux dont Eliphas fut le maître préféré ont montré hautement le respect que professent pour les ancêtres ceux que la Tradition compte aujour d’hui parmi ses adeptes.
Ce profond amour filial si fécond n’existe qu’aux familles où l’estime morale se trouve à côté de la sympathie intellectuelle : c’est la con dition de toute chaîne magique, c’est un des caractères qui sépare la science occulte de toute science dévoilée, c'est une des trois pierres sur lesquelles repose le templeimpérissable de Schlomoh. Marc Haven. Electricité et magnétisme terrestres. Théorie de N.- R.
Bruck appliquée à la physique du globe, à la météo rologie, aux incendies et au grisou, par le lieutenant, colonel A. Doneux.
Le sous-titre de cet ouvrage en trois volumes le pré sente assez clairement au lecteur. La loi générale d’évcBIBLIOGRAPHIE 8? lution dont Lagrange a établi la concordance dans la Bible, dans les pyramides et dans l'œuvre de Brück, l’auteur la décompose et établit des subdivisions jusqu’à la semaine. Puis, il l’applique auxincendies et au grisou, prévenant humanitairement l’erreur judiciaire qui r.e règne que trop en cette matière.
La documentation sta tistique de cette œuvre est très puissante. M. Doneux se propose, dans la suite, d’appliquer la loi formulée par Brück à tous les faits de l’histoire, à la vie des grands hommes, etc. Cette seconde partie de son œuvre con tiendra, nous dit-il, sa réponse à un article assez curieux de Lagrange, paru dans Ciel et Terre, et où les deux admirateurs de Brück ne sont guère d’accord sur les principes mêmes de leur maître.
Toujours est-il que l’ouvrage de M. Doneux offre une grande quantité de données curieuses. Pour le discuter, il faudrait remonter à l’œuvre même de Brück que l’on suppose connue et acceptée. Or c’est cela que Lagrange remet aujourd’hui en question.
Nous croyons qu’il n’y a là qu’une question de personnalité comme on n’en voit que trop souvent dans le monde savant, et que le principe même sur lequel repose la théorie dont il s’agit ne pourra guère en sortir bien infirmé quant au fond. L’important travail du colonel Doneux ouvre la voie à de nombreux calculs de recensement chronologique, et les exemples qu’il offre sont, en tous cas, d’une singularité frappante. Les événe ments démontreront le mieux sa valeur, et, jusqu’à présent, ils ne l’infirment guère.
Dire que nous atten dons avec impatience la suite de ce travail d’application et la défense de la loi de Brück et de ses subdivisions, c’est manifester franchement le grand intérêt que nous avons pris à cette lecture, dont semble surgir la plus uni verselle des vérités : celle du temps lui-même. Nous conseillons à l’auteur une fréquentation de Wronski. Il nous semble qu'elle pourait être féconde. Vurgey.
88 l'initiation ★ ¥ ¥ REVUE ÉTYMOLOGIQUE Par M. Lapierre Il est bien difficile si l’on veut être consciencieux de donner son avis sur l’œuvre d’une vie entière après une heure de lecture. Il est plus délicat encore de juger, quand une se'rie d’études divergentes font parler aux deux interlocuteurs une langue bien différente ; c’est notre embarras actuel devant la campagne menée si fermement par M. Lapierre dans sa Revue étymologique.
Prouver l’affinité des trois groupes indo-européens, sémitiques et chamitiques, établissant ainsi la probabilité d’une langue mère unique. Montrer ensuite l’évolution des sons comme des idées dans les différents idiomes sortant de ce tronc commun. Telle est la tâche herculéenne qu’il a entreprise.
Ce n’est pas seulement une érudition complète de ces langues, c’est aussi une connaissance de la psychologie, je dirai même de la métaphysique — n’en déplaise à l’au teur — qu’il faut pour un tel travail.
M. Lapierre s’étonne de voir que peu de philologues, aucun pour mieux dire, n’a fait avant lui cette œuvre de synthèse : mais l’idée a pu naître chez plusieurs de le faire ; je présume même que beaucoup ont rêvé, médité, peut-être entrepris cette œuvre ensuite abandonnée, et les feuilles sont restées demi-noircies devant l’impuissance où se sont sentis les audacieux de ce noble effort. M. Lapierre réussira-t-il ?
Sant doute il sait l’égyptien, l’hébreu, le sanscrit sans parler des idiomes récents et qui nous sont encore fami liers. Mais quel égyptien ? celui des savants officiels : ne lui est-il jamais arrivé d’en douter ? Quel sanscrit? n’estce pas celui qui date de cent ans? Et l’hébreu, pour vieux qu’il soit dans notre bagage scientifique, n’a-t-il plus de mystères ?
Et j’admets que ces trois capitales questions soient tranchées : je suppose que ces langues originelles soient fixées et déterminées pour nous en leur
BIBLIOGRAPHIE 89 sens litte'ral et analytique actuel : remonterons-nous à Moïse, aux inscriptions de Thèbes, aux immémoriales civilisations thibétaines sans hésitation, sans timidité,sans craintes de jouer avec notre propre sincérité ? C’est un grand défaut de la science moderne que cette assurance avec laquelle elle nie, affirme, et porte instantanément des jugements absolus que l’heure suivante annihile.
Certes, nous serions mal venus à classer M. Lapierre parmi les officiels : c’est au contraire un de ces travail leurs isolés et originaux qui — même dans leur opposi tion — sont toujours des nôtres.
Et la grande déférence qu’il manifeste à l’égard des philologues classiques dont il reconnaît toute la valeur intellectuelle, toute l’influence bienfaisante, tout en combattant leurs théories, lui mérite de la part de tous les consciencieux le respect et la considération.
Nous regrettons seulement de le voir attaquer cette question de symbolisme idéographique d’une façon trop analytique et matérielle pour y pouvoir pleinement réussir : et nous ne pouvons nous empêcher de penser que si l’auteur avait vu dans la Kabbale autre chose que certaines subtilités philologiques de la Thermorie ou du Notarikon ( t) ; s’il avait pénétré les lois occultes si fécondes en applications dans cette création humaine qu’est le verbe, il eût sans doute rendu plus méthodique, comme il le désirait— plus vivante et plus vraie, — cette tentative d’ailleurs très courageuse et, nous le souhaitons, très fructueuse (2).
Marc Haven. ★ * ¥ Gibert-Augustin Thierry. — Le Masque, conte milésien. Paris, A. Colin et Cie, 1894, in-18. M. Gilbert-Augustin Thierry s’est fait connaître ces ( 1 ) La Kabbale dans ses applications restera toujours lettre morte pour qui n’aura pu pénétrer les dogmes métaphysiques. Cela peut consoler bien des gens d’apparente dilvugation et de profanation sans danger. (2) Nous ne voulons pas dire ici que M. Lapierre ignore les
90 l'initiation dernières années par plusieurs romans, les uns comme la Savelli parus dans la bibliothèque de romans histo riques, les autres faisant partie d’une série intitulée « Récits de l’Occulte » et dont le présent volume est le dernier né.
Ces histoires l’avaient classé de suite parmi ces vulgarisateurs de l’occulte qui, ayant saisi quelques théories traditionnelles capables d’une adaptation inté ressante et dramatique, les font servir à la charpente de décors variés.
Le roman actuel est fondé sur des souvenirs de réin carnation ; le héros du livre fut autrefois, à l’époque de la décadence égyptienne, un esclave amoureux et aimé d’une courtisane célèbre Kallixte ; il la tua dans un accès de jalousie, et actuellement il promène une incurable nervosité à travers les décors de la haute vie ; sa bienaimée d’autrefois revit en même temps, laide, pauvre fille de bas étage; elle a été recueillie par un Anglai initié qui restitue au sommet de la Butte Montmartre les splendeurs du culte d’Isis.
Après une série de chas sés-croisés dont l’imprévu est tout en faveur de l’imagi nation de l'écrivain, la courtisane se tue et son amant devient la proie d’un aliéniste maniaque.
Evidemment M. Gilbert-Augustin Thierry possède bien plutôt un tempérament de philosophe que de litté rateur, quoique les facultés de conception et d’expres sion semblent presque se balancer en lui ; c'est pourquoi je préfère examiner l’esprit du livre plutôt que sa forme et sa structure.
Ce qui frappe dès l’abord comme la tendance générale de cette œuvre, c’est la glorification de la Femme expri mée ici par la prééminence du culte d’Isis ; Isis, ce nom se répète à presque toutes les pages du livre, avec une perpétuité d’intention obsédante.
C’est donc bien là la doctrine de l’auteur ; et si nous recherchons derrière le metteur en scène le mobile intellectuel de tout cela, données de la Kabbale ou les écrits de Fabre d’Olivet : nous savons au contraire de source sûre qu’il a eu ces ouvrages entre les mains; mais il n’a pas découvert sous leur superficielle obscurité la lumière de la Tradition.
BIBLIOGRAPHIE 91 nous trouverons un jeune journaliste qui n’a pu être reçu dans aucune société d’initiation traditionnelle.
Ce n’est pas que je veuille faire de personnalités, mais toute doctrine s’incarne nécessairement ; et c’est avec le plus grand et le plus sincère déplaisir que je vois un poète et un adaptateur de mérite, devenu l’instrument inconscient d’une pensée combien pernicieuse, hélas ! se fourvoyer et courir à grands pas vers la perte où l’auront entraîné les mirages d’un mysticisme faussement tendre.
Avec quelle ardeur, avec quelle facilité la génération présente des néo-spiritualistes n’a-t-elle pas accueilli la théorie du salut par la femme !
Quelle idée captivante en effet pour ces esprits encore tout endoloris de vo luptés que cette perspective de ciel et de purification acquis en aimant encore les chères formes et les doux péchés ; malheureusement, ce n’est là qu’un mirage aussi décevant et aussi dangereux que l’ascétisme brutal des fakirs ; une société célèbre vint d’Orient nous apporter les desséchantes et mortelles doctrines des Frères inversifs ; les dernières fleurs de l’érotisme mystique se sont épanouies par les efforts de catholiques déséquili brés .
Quoi qu’il en soit, je crois de mon devoir d’avertir des esprits mal informés; pour écrire un hymniaire du culte d’Isis faut-il d’abord traduire correctement le latin des auteurs originaux ; et quand on projette un Traité de magie, on devrait savoir que la science ne suffit pas, et que la signature de certains articles au ton goguenard comme il en a été écrit sur les Bouddhistes et les Swédenborgiens de Paris, par exemple, est une flétrissure morale.
On s’étonnera peut-être de tant de mots au sujet d’un simple roman ; j’ai simplement saisi l’occasion de signaler un danger que je regrette d’avoir été obligé de désigner par des noms ; on me pardonnera cette sortie, fort peu dans mes habitudes, en considérant la droiture de l’in tention.
92 L INITIATION ★ X ¥ José Hennebicq. Le Verbe Auroral, une plaquette de luxe, petit in-16, avec frontispice de Jean Delville. Malines, L. et A. Godenne, i8ç)3. Un des poètes d’avenir que nous promet la jeune Belgique nous a donné dans ce court recueil le résumé de la période de sa vie intérieure qui a précédé son ini tiation à l’occulte.
D’un esprit particulièrement compré hensif et assimilateur, M. Hennebicq s’est imbu des sub tilités délicieuses des Laforgue, des Rimbaud, et des Verlaine, juste assez pour en percevoir le côté faible ; également épris du vrai et du beau, il a pu parvenir à la spire logique qui suit immédiatement celle de l'intuition poétique. Je n’ai pas la prétention d’esquisser ici cette transformation intime, trop sacrée pour être exposée au public.
Que l’on me permette simplement de transcrire la pièce finale : Devenir rêvé. Eros ! Eros! Je ne veux plus subir tes lois, J’ai brisé tes autels, ton sceptre et tes icônes; Et voici déjà fuir tes nymphes et tes faunes. Tu ne connaîtras plus mes douloureux émois. Tes prestiges sont vains, tes charmes sont rompus: Incitateur du rut, ma chair n’est plus ta serve.
Tu régnais sur mon cœur, mon vouloir le préserve De tes dois et mes sens sont à jamais repus. Penser ! Divin tourment, pure finalité : Enfin l’instant se meurt et le verbe va naître! Je touche au seuil sacré du Mystère, et mon être Enivré d’espérance a soif d’éternité. Portes d’or, ouvrez-vous, gardiennes des secrets !
Je veux franchir la Norme et briser la matière ; L’occulte m’a troublé, j’aspire à sa lumière, Et vous, sphinx, répondez, ne restez pas muets. Mages, insufflez-moi votre subtilité ; Transmuteurs des métaux, inventeurs des Pantacles: Eblouissez mon âme au récit des miracles Et m’aidez à gagner l’Impersonnalité.
LA PHOTOGRAPHIE ET LES FAITS PSYCHIQUES La Le journal russe Novoïe Vremia, du 5 mars 1894, con tient l’article suivant : « Le professeur Wagner a communiqué à la section de photographie delà Société' technique de Petersbourg un fait très étrange.
«En voulant photographier un sujet hypnotisé, il avait dirigé vers lui un appareil photographique, et, au moyen de la lumière d’une lampe au magnésium Kordioumoff, il prit deux instantanés, en ayant soin de s’entourer de toutes les précautions requises pour une opération aussi délicate.
« Sa surprise fut extrême lorsqu’il examina le cliché : les murs de la chambre, les meubles, les tapisseries, tout apparaissait en détail ; le sujet seul ne s’y trouvait pas. A sa place, on voyait, sur l’un des clichés, seulement partie d’un pied, sur l’autre cliché une partie de la main ; le reste du corps était remplacé par des taches blanches qui semblaient bien disposées en couches concentriques.
« Le professeur avait hypnotisé le sujet dans son appartement, dans une chambre fermant à clef où per sonne ne pouvait entrer. Le sujet qui était hypnotisé dort assis sur un sopha, sans, être couvert d’aucune étoffe.
Le savant expérimentateur, ne trouvant de ce phénomène aucune explication satisfaisante, invite les spécialistes de la Société à élire une commission de trois membres pour répéter l’expérience sur ce même sujet hypnotisé, et dans les conditions identiques à celle où elle a été faite la première fois. » Nous renvoyons le Dr Meyer, pour avoir l’explication du phénomène qu’il a observé, aux expériences de M. de Rochas sur l’extériorisation du fluide nerveux en couches lumineuses concentriques, expériences dont un résumé a paru dans V Initiation en juin 1892. Depuis ce moment, M. de Rochas a pu photographier l’image astrale produite, à un certain moment, par la
condensation de ces couches, mais il a dû abandonner son laboratoire sur l’ordre d’un général inspecteur qui, complètement ignorant du mouvement actuel des esprits, a déclaré qu'on ne devait pas s’occuper de sciences occultes dans une école militaire; comme si toute science n’était pas occulte avant d’être découverte.
En tous cas, les termes mêmes dont s’est servi ledit général pour qua lifier l’Ecole polytechnique montrent combien la célèbre institution dévie de la voie tracée par ses fondateurs, à mesure que l’élément militaire y domine davantage. NECROLOGIE Hector Vigné Une famille de spiritualistes sincèrement croyants vient d’être de nouveau cruellement éprouvée.
Le jeune Hector Vigné, musicien déjà remarquable et fortement apprécié par ses maîtres et ses camarades, est mort en quelques jours, alors qu’un radieux avenir s'ouvrait devant lui. L’épreuve terrestre est terminée par cette belle âme; que la foi en nos doctrines-permette à l’ex cellent père et à toute la famille de supporter une cruelle douleur. La mort pour la terre c’est la naissance d’un esprit protecteur dans l’invisible.
Charles Fauvety est né le io août iSiàdans le Midi de la France, d’une vieille famille protestante et qui n’a cessé depuis les Vaudois d’apporter son concours aux
COURTE BIOGRAPHIE DE CH. FAUVETY g5 grands mouvements de réformation religieuse ou de transformation sociale. Dès son plus jeune âge, Charles Fauvety s’attachât comme ses pères aux idées religieuses et sociales que la Réforme et la Révolution n’avaient fait que préparer dans les âmes.
Charles Fauvety sur son lit de mort (Communiqué à Papus par M° V* Verdier-Fauvety Nous le trouvons tout d’abord mêlé au mouvement Saint-Simonien qui, de i83o à 1848, entraîna et enthou siasma ce qu'il y avait de meilleur et déplus intelligent dans la jeunesse des écoles et de la bourgeoisie. Mais Fauvety devait se distinguer personnellement avec une individualité propre et des doctrines entière ment nouvelles.
En 1845, nous le trouvons militant pour son compte, avec ses propres idées et ses propres doctrines. C’est à ce moment qu’il fonde une Revue quidoit dire la vérité à tout le monde et faire la pleine lumière sur toutes choses.
L INITIATION 96 Il est aidé dans cette œuvre par un prêtre d’une intel ligence remarquable, et qui doit se faire un nom dans dans toutes les branches du savoir. (Je veux parler de l’abbé V.
Constant, plus connu sous son pseudonyme d’Elyphas Lévy.) Dans cette Revue, CharÎes Fauvety démontre ce qu’il sera dans l’avenir; il apparait avec les talents qu’il doit de plus en plus consacrer à la sociologie, à la politique, à la religion et à la philosophie. Par son premier éclat de pensée personnelle, on aperçoit clairement l’avenir qui s’ouvre dans le jeune philosophe. La Révolution de 1848 amena Fauvety à jouer un rôle assez important.
Il fit venir Proud’hon à Paris et publia avec cet étrange penseur un journal politique au service d’une nuance ardente et révolutionnaire. Mais le tempérament de Proudhon ne devait pas longtemps con venir à Charles Fauvety. Il abandonna donc Proudhon pour s’unir à des hommes plus pondérés ou moins anar chistes.
On était arrivé au second Empire; la République avait été supprimée, et tous les socialistes réformateurs comme Fautevy se trouvaient ou exilés ou désarmés. Fautevynefut pas exilé ; quand à être désarmé, il l’était en effet, puisque déjà à peu près toute ses espérance, et tous' ses rêves étaient à terre.
Mais il était jeune et au premier abattement devait succéder un réveil de force, de courage et d’énergie et lui faire reprendre la lutte sur un terrain différent, avec d’autres hommes et d’autres moyens.
C’est alors qu’il s’unit au philosophe Renouvier, à Erdan, à Luois de Tourreil, et qu’il fonde avec eux la Revue philosophique et religieuse, qui ne tarda malheu reusement pas à être supprimée sur la demande d’un pasteur protestant très bien vu de l’Empire. Après cet échec et cette sorte de persécution, M. Fau vety se recueillit, puis évolua vers un ordre d’idées qu’il avait longtemps combattu.
C’est à cette époque que nous le trouvons (1866) pu bliant à ses frais une Revue religieuse et socialiste, qui est devenu comme un programme définitif pour l’œuvre et les disciples de Charles Fauvety. Cette Revue a
X. COURTE BIOGRAPHIE DE CH. FAUVETY 97 porté le titre de Solidarité et a vécu juequ’en 1870La guerre, la Commune, la fondation de la troisième République ne laissèrent pas Fauvety indifférent. Pen dant ces périodes difficiles, il fit grandement et patrio tiquement son devoir, mais en silence.
La République assise, et par la volonté du suffrage universel, il comprit que son heure était encore venue de parler et de faire entendre anx hommes une parole de vérité, qui devait retentir très loin et trouver de l’écho dans l’àme de ceux qui savent qu’aucune société ne peut longtemps vivre si de prime abord elle n’a mis à sa base l'idée de Justice et l’idée de Dieu.
La Religion laïque et universelle (1876-94) fut l’organe de la pensée religieuse et organisatrice que Fauvety voulait répandre. D’autres œuvres Ont vu le jour sous le nom de Charles Fauvety. Nous en ferons plus tard la nomenclature et le résumé dans une biographie plus développée. Nous n’avons voulu ici que jeter les grandes lignes d’une exis tence entière consacrée à la recherche et à la pratique du bien.
Charles Fauvety laisse des disciples zélés, qui doivent continuer l’œuvre de leur maître et diriger un mouvement philosophique qui ne peut qu’aboutir à cet idéal que poursuivent en ce moment tant d’âmes géné reuses, et qui fera (Dieu le veuille !) des cieux nouveaux et une terre nouvelle, c'est-à-dire une société où toutes [es injustices et les malhonnêtetés seront disparues, avec les ténèbres, pour faire place, dans la lumière, à la jus tice et à la droiture du cœur et de l’esprit.
Charles Fauvety aura, pour sa part, con tribué dans une très large mesure à ce grand changement opéré dans les âmes, et plus tard belle sera sa récompense et celle d ses disciples. P. Verdad (Lessard).
Monsieur, J’ai l’honneur de porter à votre connaissance que le Courrier de la presse, soucieux de perfectionner ses ser vices, vient, pour cause d’agrandissement, de transférer l’entrée de ses bureaux même immeuble. 21, BOULEVARD MONTMARTRE Ce qui lui permettra d’augmenter encore dans de grandes proportions le nombre de ses abonnements aux Revues et aux journaux aussi bien français qu’étrangers. Tous les soins seront apportés dans l’exécution des ordres ainsi qu'une grande célérité dans les envois, de façon à donner une entière satisfaction à tous les abon nés qui honorent de leur confiance le Courier de la presse, et qui peuvent compter sur son dévouement et sa discrétion absolue. Veuillez agréer, M. , l’assurance de ma paraite considération. A. Gallois. Le Gérant : Encausse. TOURS. — IMP. E. ARRAULT ET C", RUE DE LA PRÉFECTURE, 6.
1 L’Initiation du i5 Mars 1894 Paul SÉDIR La Mystique Judéo-chrétienne I. LE MESSAGER CÉLESTE DE LA PAIX UNIVERSELLE, par Jeanne Leade, première traduction française. II. LES TEMPÉRAMENTS et la culture psychique d’après Jacob Bôhme (avec lettre pré face de Papus). III. DE SIGNATURA RERUM, première tra duction française, avec planches et portrait (en préparation). VIENT DE PARAITRE George MONTIÈRE SARAH KEMMY Un beau volume in-18. — Prix. . . 5fr. 50 CHAMUEL, ÉDITEUR 29, RUE DE TrÉVISE, PARIS (Compte rendu prochainement)
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