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Revue philosophique indépendante des Hautes Études Hypnotisme» Force psychique Theosophie, Kabbale Gnose, Franc-Maçonnerie Sciences Occultes ____________r . ____________ 2 2e VOLUME. — 7 ANNÉE SOMMAIRE DU N° 4 (Janvier 1894) AVANT-PROPOS................ PARTIE INITIATIQUE... PARTIE PHILOSOPHI QUE ET SCIENTIFIQUE PARTIE LITTÉRAIRE... La septième année de l'initiation.................. (p. i à 2). Une définition generale de l’amour (p. 2 à 10).
Note sur les noms des nombres hébraïques ■ ■ (p. 11 à 20). Les Hymnes deSynésius. (p. 21 à 3o). x Interprétation des 22 ar canes majeurs du tarot. (p. 3o à 41). Phénomènes psychiques. (p. 41 à 58). Astrologie kabbalistique. (p. 59 à 64). Au Cimetière (poésie). p. 65 à 66). Nicolas Flamel............ (p. 66 à 70). L’Etoilepolaire (poésie), (p. 70 a 72). Le Travail (poésie). . . (P- 72 à 73)- Fin de Sabbat (poésie). (p- 73 à 74)- La Direction.
Papus. Sédir. Fabre des Essarta Dr Fugairon. Bojanov Heatan. Charles Dubourg. Saint-Far geau. O. de Besobrasow J. de Tallenay Y van Dietschine. Groupe indépendant d’études ésotériques. — Courrier bibliogi aohi que. — Revue des Revues — Nouvelles diverses. — Les nouveaux Albigeois. — Une petite infamie. — Nécrologie. Rédaction : 20. rue de Trértse. 2g PARIS Administration, Abonnements : 3, rue Racine. 3 PARIS Le Numéro : UML.FR ANC. — Un An : DIX FRANCS
PROGRAMME Les Doctrines mate'rialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion ; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initiation est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent : Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte A’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l'arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cléricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que 1b. misère.
Enfin l’initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier.
L'Initiation parait régulièrement du i5 au 20 de chaque mois et compte déjà cinq années d’existence. — Abonnement: 10 francs par an. (Les collections des deux premières années sont absolument épuisées.)
L’Initiation du 15 Janvier 1894 Principaux Rédacteurs et Collaborateurs de ï Initiation i° PARTIE INITIATIQUE F. Ch. Barlet, S.-. I.-. & — Jules Doinel, S.-. I.-. (D. G. E., — Ep. Gnost. — Stanislas de Guaita, S.-. I.-. fe — Marc Haven, S.-. I.-. — Julien Lejay , S.-. I.-. & — Emile Michelet, S.-. I.-. (C. G. E.) — Lucien Mauchel, S.-. I.-. (D. S. E:) — George Montiere, S.’. I.-. & — Papus, S.-. I.-. g — Philophotes. S.'. I.-. (C. G.
E.) — Quærens, S.-. I.-. (D. G. E.) — Sédir, S.-. I.-. (C. G. E.) — Selva, S.’. I.-. (C. G. E.) — Vurgey, S.-. I.’. (D. G. E.). 2° PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Abil- Marduk. — Aleph. — Dr Baraduc. — Le F.-. Ber trand i8’.‘. — René Caillié. — A. C. Tshéla. — Camille Chaigneau.— Chimua du Lafay. — G. Delanné. — Delézinier. — Fabre des Essarts. — Dr Fugairon. — Jules Giraud. — Haatan.—L. Hutchinson. — Horace Lefort. — L.
Lemerle. — Marcus de Vèze. — Napoléon Ney. — Eugène Nus. — Horace Pelletier. — G. Poirel. Raymond. — A. de R. — Dr Sourbeck. — L. Stevenard. — Thomassin. — Pierre Torcy. — G. ViTOüx. — Henri Welsch. — Oswald Wirth. — Yalta. 3» PARTIE LITTÉRAIRE Maurice Beaubourg. — E. Goudeau. — Manoel de Grandford. — Jules Lermina. — L.
Hennique. — Catulle Mendès. — George Montière. — Léon Riotor. — Saint-Fargeau. — Robert Scheffer. — Emile Sigogne. — Ch. de Sivry. 4° POÉSIE Ch. Dubourg. — Rodolphe Darzens. — Yvan Dietschine. — Maurice Largeris. — Paul Marrot. — J. de Tallenay. — Robert de la Villehervé.
L’Initiation du i5 Janvier 1894 GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ESOTERIQUES Secrétariat : M. Paul SÉDIR 4, Avenue de l’Opéra, 4 PARIS Quartier Général : 29, Rue de Trévise, 29 PARIS But. — Le Groupe a pour but principal d’étudier théoriquement et expérimentalement les forces encore non définies de la Nature et de l'Homme — en dehors de oute secte et de toute personnalité. Membres. — Les membres ne payent ni cotisation ni droit u’entrée. —Tout abonné de VInitiation ou du Voile d’Isis reçoit sa carte de membre sur demande affranchie adressée au Secrétariat. Organisation. — Le Groupe comprend 22 commissions d’études au Quartier Général à Paris. Il compte actuellement 80 branches et correspondants au dehors. Des conférences et des cours ont lieu régulièrement au Quartier Général. Renseignements. — Pour tous renseignements sur le Groupe ou les sociétés adhérents dans les différents pays, écrire en joignant un timbre pour la réponse à M. Paul Sédir, 4, Avenue de l’Opéra, Paris.
1894 LA SEPTIÈME ANNEE DE ¿INITIATION Avec ce numéro Y Initiation entre dans sa septième année d’existence. Le nombre de nos lecteurs chaque jour croissant est un garant de notre succès. Nous avons cette année donné une grande place à la reproduction des « classiques » de l’occultisme, des ouvrages introuvables des maîtres comme le Monde hyéroglyphique de Jean Dee ou la Magie d'Arbatel. Nos lecteurs ont pu remarquer que chacune de ces oeuvres est accompagnée de commentaires qui en font comprendre l’importance et que nos rédacteurs évitent ces traductions mot à mot qui ne sont que de véritables trahisons. Nous continuerons à poursuivre i
2 l’initiation la même voie en insistant surtout sur les études sociologiques d’après les- donnés de l’ésotérisme et nous remercions tous nos rédacteurs du dévouement avec lequel ils ont collaboré et collaborent encore à la diffusion des idées qui nous sont chères. La Direction . L’augmentation de nos abonnés nous a mis dans la nécessité de supprimer dès maintenant cent cin quante services. A l’avenir, nous prévenons nos amis que l’Initiation ne pourra faire un service gratuit de plus d’une année, sauf pour ses rédacteurs.
La reproduction des articles inédits publiés par l'initiation est formellement interdite, à moins d’autorisation spéciale. PARTIE INITIATIQUE Il existe un Dictionnaire des Sciences philoso phiques dû, en grande partie, à l’initiative d’Ad. Franck, et fort bien fait d’ailleurs. — Or, l’article Amour de ce dictionnaire est caractérisé par l’absence d’une définition vraiment générale de ce terme, et nos lecteurs apprendront, avec étonnement sans doute, que « nous ne connaissons sur l’amour, considéré « d’un point de vue philosophique, que ces deux écrits : « le Banquet, de Platon, et l’ouvrage de Léon l’Hé « breu, intitulé : Dialogues d’Amour (texte italien, « Rome, i535 et Venise, 1541) ». Eh quoi ! deux ouvrages seulement sur l’amour en dix-neuf siècles et demi ! On ne taxera pas messieurs les philosophes de prodigalité. Que serait devenu ce sujet sans les poètes, les romanciers et les auteurs dramatiques ? On frémit, n’est-il pas vrai ? à cette sombre pensée. Essayons donc d’établir une définition générale de
l’initiation 4 l’Amour, assez étendue pour embrasser les manifes tations de l’amour dans le monde physique autant que dans le monde moral et assez précise pour con tenter... les philosophes. Voilà certes une tâche ardue; mais l’espoir d’un succès, aussi faible soit-il, soutiendra nos efforts et nous conduira peut-être plus ou moins près du but.
Déterminons d’abord le caractère de l’amour, nous chercherons ensuite les objets de son action ; puis son moyen et, en dernier lieu, sa fin. — Voilà certes une voie chère à dame Philosophie ; il ne nous reste plus qu’à la parcourir de notre mieux. Avant tout, quel est le caractère bien spécial de l’amour ? Quelle est sa manifestation assez générale pour être partout identique ?
C’est une tendance au rapprochement, à l’union, une impulsion spéciale caractérisée d’une façon si suggestive par Jacob Boehm sous le nom d’astrin gence, et qui nous apparaît bien plus clairement sous le terme d’attraction.
L’amour est une attraction ; c’est même I’attraction dans son sens le plus étendu, qu’il s’agisse de l’affinité des corps chimiques ou des impulsions animiques de l’être humain, c’est partout et toujours le même phénomène : l’attraction, mani festation essentielle de l’amour. Mais, comment allons-nous caractériser les objets sur lesquels s’exerce cette attraction ?
Sans nous arrêter aux mille détails caractéristiques de l’attraction dans chacun des plans de la nature, nous allons chercher le terme le plus général que nous
UNE DÉFINITION GENERALE DE l’aMOUR 5 pourrons trouver, puisqu’il s’agit d’établir une défini tion générale. Or, la première idée qui vient à l’esprit, c’est que l’amour est l’attraction des contraires.
Cependant, un peu de réflexion suffit à montrer que c’est là une exa gération et peut-être une erreur. — La science a presque sûrement démontré aujourd’hui que les forces phy siques ne sont que des modalités de la force et que chacune de ces forces se manifestait sous deux aspects en apparence contraires, mais en définitive dérivés d’une même origine.
Ainsi l’électricité positive et l’électricité négative ne sont que des manifestations différentes d’une même force : il en est de même pour le chaud et le froid, la lumière et l’ombre, etc., etc. ; tout cela se résume, en dernière analyse, dans des états particuliers du mouvement — suivant la belle théorie de Louis Lucas. —Mais pour ne pas nous perdre dans les abstractions scientifiques, demandonsnous si l’homme et la femme, qui représentent res pectivement le pôle positif et le pôle négatif de l’hu manité, sont bien des contraires ?
Les pôles con traires s’attirent, me direz-vous ; d’accord, en première analyse ; mais, en réfléchissant un peu, nous voyons vite que ce terme de contraire traduit mal la pensée qu’il s’agit d’exprimer. La femme complète l’homme; l’homme complète la femme ; mais on ne peut pas dire que (philosophiquement du moins) la femme soit l’ennemie de l’homme et l’homme l’ennemi de la femme.
Toutes nos lectrices s’élèveraient contre une pareille interprétation. Compléter et non s’opposer, complémentaire et non
l’initiation ■6 contraire ; tel est le terme que nous devons adopter. Platon va nous donner, de plus, de curieuses remarques à ce sujet (i). Primitivement, nous dit le grand philosophe (que nous citons de mémoire), l’être humain était composé d’individus en forme de boules ayant chacun quatre bras et quatre jambes et possé dant chacun les deux sexes.
Cet être s’étant révolté contre Dieu, fut vaincu dans sa lutte et, en témoi gnage de cette chute, Dieu sépara l’être humain en deux moitiés ; ainsi furent créés les hommes et les femmes , n’ayant plus chacun que deux jambes et deux bras et constituant ainsi des moitiés de l’être originel. Chacune de ces moitiés cherche à se compléter pour reconstituer l’unité perdue : de là l’amour.
Cette chute, analysée par Platon, atteignit, si nous en croyons les mystiques de l’école de Jacob Boehm et les Martinistes, non seulement l’homme, mais la Nature entière : de là, la création de toutes ces moi tiés, qui, sous les noms de Soleils et de Planètes, de règnes et de forces, puis de corps chimiques ou d’êtres animés, cherchent dans tous les plans, et dans tous les mondes, à se complémentariser.
Nous pourrions poursuivre longtemps encore cette analyse : mais nous pensons avoir justifié le choix de notre terme et nous résumerons l’état présent de nos recherches en disant: L’Amour est l’attraction des Complémentaires. Nous tenons le caractère et les objets d’action ; voyons le moyen. (i) Voyez le Banquet.
UNE DÉFINITION GENERALE DE l’âMOUR 7' Comment s’exerce cette attraction des complémen taires ? Une des tendances les plus générales de l’esprit humain est de mépriser presque toujours la recherche des moyens, des intermédiaires, quand il a saisi la. cause et les effets.
C'est ainsi qu’on s’est beaucoup moqué des Kabbalistes et des alchimistes, enseignant qu’il existe un intermédiaire chargé d’assurer les rapports de l’âme et des corps ; intermédiaire appelé par eux le Média teur plastique. On a prétendu et l’on prétend encore, dans les ou vrages classiques de philosophie, que cet intermé diaire a été inventé uniquement pour éluder une expli cation difficile.
Or, ne voyons-nous pas tous les jours le chimiste amené à mélanger intimement l’huile et l’eau, images analogiques de l’âme et du corps au moyen de {c’està-dire par l’intermédiaire de) la potasse, pour cons tituer le savon. On ne rirait pas d’un chimiste affir mant que la potasse est le médiateur plastique de l’huile et de l’eau ; tandis qu’on se gausse de l'affir mation des alchimistes.
Mais qu’est devenu l’amour dans tout cela, me demanderez-vous ? Nous y sommes plus que jamais, car nous tou chons au but. Entre l'amour, principe de toute attrac tion, et les corps, principe de toute passivité à l’im pulsion attractive, il existe un intermédiaire que nous nommerons universel, car il s’applique à la naturetout entière.
8 l’initiation Cet intermédiaire joue le même rôle que l’électri cité, lors de la transmission d’une dépêche. Il unit les complémentaires et répète strictement dans l’un d’eux les modifications imprimées par l’autre. A l’attrac tion correspondra donc un moyen d’action universel. Comment choisir un meilleur terme que celui qui désigne les phénomènes de l’aimant : le magnétisme ? La parcelle de fer a de Y amour ou de l’affinité pour l’aimant.
Dans cette tendance attractive, essentielle, réside seulement l’amour. Mais c’est grâce à l’in fluence exercée par cet aimant sur le champ des forces ambiantes, grâce à ce que l’on a appelé le fluide ma gnétique (qui, comme la chaleur, la lumière ou l’électricité n’est qu’une modalité du mouvement) que cet amour peut se réaliser, passer de puissance en acte.
Nous appelerons donc magnétisme universel (i) le moyen de réalisation de l’amour dans tous les plans et nous dirons, résumant tout ce qui précède : L’amour est l’attraction des complémentaires au moyen du magnétisme universel.
Inutile de rappeler que, de même que le mot attrac tion change de nom suivant les plans d’action (cohésion, affinité, instinct, etc.), de même le mot magnétisme affectera une foule d’expressions particu lières au plan d’action.
Retenons seulement que, dans l’animalité et dans l’espèce humaine, c’est la force nerveuse qui représentera l’adaptation à ce plan du magnétisme universel. (i) Les kabbalistes et les alchimistes ont donné à ce prin cipe le nom bien poétique de Lumière astrale
UNE DÉFINITION GENERALE DE L’AMOUR 9 Nous n’avons plus qu’une conséquence à détermi ner pour achever l’analyse de l’amour, telle que nous l’avons précisée au début de cette étude. Nous con naissons le caractère, l’objet et le moyen d’action de l’amour ; ii nous reste à chercher son but, sa fin. A cette question : quel est le but de l’amour? la réponse est immédiatement fournie par le bon sens : une création.
C’est ici que la difficulté commence. L’amour a pour but une création ; mais ce serait une grosse erreur, à notre avis, que de penser que la création poursuivie est toujours matérielle, physique. La fin de l’amour peut consister dans la création d’un sentiment assez durable, parfois, pour persister jusqu’à la mort. L’amour peut aussi se complaire dans la création d’une idée, dans la réalisation d’un idéal.
C’est maintenant que nous pouvons saisir toute la grandeur de l’analyse de Platon. Il y a différents amours, ou mieux, il y a différents plans dans les manifestations de l’amour, non seule ment pour la matière organique, mais aussi pour les organismes animaux et pour l’homme.
L’amour commence, dans l’humanité, à l’amour de l’âme pour le corps dans lequel le retient la force ner veuse ; il se continue par l’amour de l’enfant pour sa mère, de l’homme pour la femme aimée ; mais peut aussi s’élever jusqu’à l’amour de l’artiste pour son idéal : la Beauté; du savant pour son idéal, la Vérité; ou du mystique pour son idéal : la Divinité. De toutes ces manifestations de l’amour résultera une création ; mais combien peu souvent cette créa
10 l’initiation tion sera matérielle! Dans la grande majorité des cas, elle sera intellectuelle et Vidée créée dans l’œuvre d’un Colomb, par l’amour delà vérité, sera aussi vivace et, osons le dire, aussi vivante que n’importe quel enfant résultant de l’amour d’un homme pour une femme. De même que l’amoureux est prêt à sacrifier sa vie pour l’objet aimé.
Colomb n’est-il pas prêt à tout sur monter pour satisfaire sa passion intellectuelle et l'ar tiste n’est-il pas prêt à supporter la misère pour atteindre son idéal ? Et si nous voulions une preuve plus palpable encore de l’existence de ces créations intellectuelles, la femme nous la fournirait immédiatement.
La femme, intuitive des grandes vérités par nature, n’est-elle pas jalouse, quand elle aime vraiment, de ■l’amour de l’artiste pour cet idéal, qu’elle ne connaît pas, mais en qui elle sent une rivalité d’autant plus dangereuse que le temps ne fait qu’accroître les char mes des amours intellectuelles ? Consultez sur ce point tous nos romanciers et souvenez-vous de YŒuvre d’Emile Zola dans laquelle ce fait est admi rablement étudié.
Nous pourrions développer longtemps encore notre définition; mais notre intention est d’indiquer plutôt qued’explorer complètement le champ des déductions possibles; aussi nous arrêterons-nous ici en donnant la définition générale que nous avons obtenue : l’amour est l’attraction des complémentaires au moyen du magnétisme universel et en vue d’une créa tion spirituelle ou matérielle. Papus.
NOTES I I ®©T]1 SUR LES NOMS DES NOMBRES HÉBRAÏQUES Au point de vue de leur composition hiéroglyphique (. “HÑ. — Ce mot se décompose de la façon sui vante : Trrx. La racine “n indiquée par Fabre d’Olivet comprend le signe de la divisibilité physique (T) régi par celui de la puissance (N); c’est l’individuali sation d’une partie divisionnelle, toute idée désigna tive.
Le signe n renforce cette signification, en y ajou tant une idée d’arrêt circonscriptif. Au sens hiéroglyphique, le mot tout entier semble être l’image de toute action normalement polarisée (n) où tend le mouvement universel de l’existence physique (") et lui servant de médium pour arriver au centre intérieur, au principe abstrait adéquat.
D’ailleurs, on sait que nous ne pouvons avoir l’idée de l’unité absolue et principiante; les remarques pré cédentes ne pourront donc s’appliquer qu’aux émana tions considérées dans leurs séités relatives.
Si l’on con sidère que le féminin Fins* se forme en remplaçant le “ par un n, signe de toute fermeture de cycle et si l’on aperçoit le sens supérieur de la racine contractée nn, on trouvera une fois de plus la preuve éclatante de la méthode admirable qui a guidé les prêtres égyptiens dans le perfectionnement de leur alphabet : le cher cheur perspicace rencontrera dans l’étude de ce mot note 13 générateur que les anciens Orientaux attachaient au nom de Sheth.
Si l’on remarque, avec d’Olivet, que cette racine peut signifier aussi toute espèce de bois son, c’est-à-dire tout aliment de matérialité et d’aggrégation, — si l’on considère en outre, que la tradi tion générale fait sortir, pour être bref, Vénus des eaux, on pourra acquérir des lumières toutes neuves sur l’appétit sexuel, l’un des plus puissants mobiles des sphères de l’Homme intérieur. Mais revenons aux principes cosmogoniques.
L’étude du Se/er,en nous faisant mieux connaître la genèse du principe Shethien, nous éclairera sans doute aussi sur l’essence du binaire féminin. « Et Adam connut son épouse intellectuelle ; et elle enfanta un fils; et elle lui assigna ce nom ; Sheth, parce que, Lui les Dieux, a fondé pour moi une autre semence de l’abattement d’Habel, lorsque Kaîn l’ac cabla » (ch. iv, v. 2 5) . La semence de Seth provient donc de l’accablement (nom) d’Habel.
Reportons-nous à ce dernier mouve ment : « Et ensuite, il déclara sa pensée, Kaîn, à Habel, son frère : et c’était lorsqu’ils existaient en semble dans la nature productrice : or, il s’insurgea (ap1) contre Habel, son frère et l’immola (ch. iv, v. 8). » Dans la Nature, la Force expansive et la Force astringente agissaient donc simultanément ; le point important c’est le mode d’action de Kaîn contre Habel. Le verbe insurger repose sur la racine ap ou mieux a_ip; remarquons tout d’abord la répétition du signe
12 l’initiation une les mêmes idées que Moïse nous a laissées entre voir dans son Septur, ch. 11, v. 23 . 2. W, DW.—• Nous avons vu tout à l’heure que l’unité ne se pouvait concevoir d’une façon abso lue : le nombre 2, nous dit la théosophie, ne pourra pas l’être davantage.
Étant une différenciation de l’unité qui prend conscience d’elle-même, de l’unité évoluée, nous n’apercevrons dans le binaire que « l’ac tion passive et repliée sur soi » (3) du mouvement ou de la durée relatifs ®).
On peut voir dans cette racine le signe de toute Force déployant son action dans le Temps et dans l’Espace mesurables (ti?) tandis que par une opération particulière, sa portion active s’est isolée de ce mouvement qu’elle regarde accomplir par sa partie passive ( ]), sa faculté volitive.
Si l’on considère W, ce sera le mouvement, Fac tion même de toute espèce de « mutation, de transi tion de passage d’un état à un autre. » Si l’on considère DW, on aura l’idée générale des mutations collectives. Le nombre deux féminin fait W, TlU?, D'ITO. Sa racine est digne de toute l’attention des chercheurs et Fabre d’Olivet en a indiqué les principaux sens que je me contenterai de résumer d’après lui (i).
Formée du signe de la Croix réalisatrice et de celui du Désir, il indique la disposition du fondement des choses, la réalisation, ce vers quoi tend le binaire. On sait d’autre part, les significations opposées de destructeur et de ( i ) Cf. Sepher, p 146. 14 l’initiation dernier signifie le développement de l’existence maté rielle mécanique, la substance, la matière. Voici donc comment je crois qu’on peut interpréter toute cette révolution cosmique.
Les phénomènes na turels avaient été concentrés et transformés dans leur ensemble de par le principe centripète selon une loi contraire à celle de IEVE. C’est pourquoi cette éma nation fut réfléchie par IEVE, et porta dans le sein de celui qui l’avait émise une fermentation violente, une ardeur obsure qui fut le principe de la Substance (1). Résultat tout à fait opposé à celui de l’action d’Habel, qui avait extrait les quintessences des choses.
Dès lors, nous pouvons présumer que la Force caïnique immola (Ain) l’Expânsion en la désorganisant, le résultat de cette agression est décrit au v. 2 5 du même chapitre par le mot nnn {accablement'), dont nous retrouvons la racine nn un peu plus haut, comme constituante de l’unité féminine.
Ainsi donc, en Cosmogonie, nous voyons la Base des choses cons tituée par la réaction qui suit le dernier effort de l’Expânsion ; en Arithmétique qualitative, la Dyade symbolisée par le signe de ¡’Unité, dans lequel l’N principiant est remplacé par le H réalisateur, pour aboutir à une consommation septénaire (rw).
Je crois qu’à la réflexion, ces données élémentaires s’assure- ( 1) Je n’oserais affirmer la réalité de ce que j’avance ici ; mais la comparaison suivante fera peut-être mieux concevoir le phé nomène queje décris obscurément. Un des sens physiques de la racine Kaîn est un roi. Or, qu'est-ce qu’un roi ?
C’est le cen tralisateur de la vie économique artistique et intellectuelle d’une collectivité : émanation que, en effet, il élabore et trans forme pour la faire servir à l’issue de l’Athanor vivant qu'il devrait pire anv deççpins nrnvidpntiplc
NOTES I I SUR LES NOMS DES NOMBRES HÉBRAÏQUES Au point de vue de leur composition hiéroglyphique i. “”N*. — Ce mot se décompose de la façon sui vante : "n-N. La racine “H indiquée par Fabre d’Olivet comprend le signe de la divisibilité physique (“) régi par celui de la puissance (>\‘); c’est l’individuali sation d’une partie divisionnelle, toute idée désigna tive.
Le signe il renforce cette signification, en y ajou tant une idée d’arrêt circonscriptif. Au sens hiéroglyphique, le mot tout entier semble être l’image de toute action normalement polarisée (n) où tend le mouvement universel de l’existence physique (7) et lui servant de médium pour arriver au centre intérieur, au principe abstrait adéquat.
D’ailleurs, on sait que nous ne pouvons avoir l’idée de l'unité absolue et principiante; les remarques pré cédentes ne pourront donc s’appliquer qu’aux émana tions considérées dans leurs séités relatives.
Si l’on con sidère que le féminin nnx se forme en remplaçant le “ par un n, signe de toute fermeture de cycle et si l’on aperçoit le sens supérieur de la racine contractée nn, on trouvera une fois de plus la preuve éclatante de la méthode admirable qui a guidé les prêtres égyptiens dans le perfectionnement de leur alphabet : le cher cheur perspicace rencontrera dans l’étude de ce mot
12 l’initiation une les mêmes idées que Moïse nous a laissées entre voir dans son Septur, ch. n, v. 23 . 2. W, tznrtf.— Nous avons vu tout à l’heure que l’unité ne se pouvait concevoir d’une façon abso lue : le nombre 2, nous dit la théosophie, ne pourra pas l’être davantage.
Etant une différenciation de l’unité qui prend conscience d’elle-même, de l’unité évoluée, nous n’apercevrons dans le binaire que « l’ac tion passive et repliée sur soi » (J) du mouvement ou de la durée relatifs ('¿‘).
On peut voir dans cette racine le signe de toute Force déployant son action dans le Temps et dans l’Espace mesurables (U?) tandis que par une opération particulière, sa portion active s’est isolée de ce mouvement qu’elle regarde accomplir par sa partie passive (]), sa faculté volitive.
Si l’on considère W, ce sera le mouvement, l’ac tion même de toute espèce de « mutation, de transi tion de passage d’un état à un autre. » Si l’on considère □’ùtï, on aura l’idée générale des mutations collectives. Le nombre deux féminin fait nü, TIU7, DW. Sa racine est digne de toute l’attention des chercheurs et Fabre d’Olivet en a indiqué les principaux sens que je me contenterai de résumer d’après lui (i).
Formée du signe de la Croix réalisatrice et de celui du Désir, il indique la disposition du fondement des choses, la réalisation, ce vers quoi tend le binaire. On sait d’autre part, les significations opposées de destructeur et de ( i ) Cf. Sepher, p. 146.
NOTE i3 générateur que les anciens Orientaux attachaient au nom àtSheth.
Si l’on remarque, avec d’Olivet, que cette racine peut signifier aussi toute espèce de bois son, c’est-à-dire tout aliment de matérialité et d’aggrégation, — si l’on considère en outre, que la tradi tion générale fait sortir, pour être bref, Vénus des eaux, on pourra acquérir des lumières toutes neuves sur l’appétit sexuel, l’un des plus puissants mobiles des sphères de l’Homme intérieur. v Mais revenons aux principes cosmogoniques.
L’étude du Sefer.&n nous faisant mieux connaître la genèse du principe Shethien, nous éclairera sans doute, aussi sur l’essence du binaire féminin. « Et Adam connut son épouse intellectuelle ; et elle enfanta un fils; et elle lui assigna ce nom ; Sheth, parce que, Lui les Dieux, a fondé pour moi une autre semence de l’abattement d’Habel, lorsque Kaîn l’ac cabla » (ch. iv, v. 2 5) . La semence de Seth provient donc de l’accablement (nnn) d’Habel.
Reportons-nous à ce dernier mouve ment : « Et ensuite, il déclara sa pensée, Kaîn, à Habel, son frère : et c’était lorsqu’ils existaient en semble dans la nature productrice : or, il s’insurgea (Dp1) contre Habel, son frère et l’immola (ch. iv, v. 8). » Dans la Nature, la Force expansive et la Force astringente agissaient donc simultanément ; le point important c’est le mode d’action de Kaîn contre Habel.
Le verbe insurger repose sur la racine Dp ou mieux a-!>p; remarquons tout d’abord la répétition du signe compressif dans ces hiéroglyphes : Kaîn et Kam. Ce
L INITIATION H dernier signifie le développement de l’existence maté rielle mécanique, la substance, la matière. Voici donc comment je crois qu’on peut interpréter toute cette révolution cosmique. Les phénomènes na turels avaient été concentrés et transformés dans leur ensemble de par le principe centripète selon une loi contraire à celle de IEVE.
C’est pourquoi cette éma nation fut réfléchie par IEVE, et porta dans le sein de celui qui l’avait émise une fermentation violente, une ardeur obsure qui fut le principe de la Substance (1). Résultat tout à fait opposé à celui de l’action d’Habel, qui avait extrait les quintessences des choses. Dès lors, nous pouvons présumer que la Force caïnique immola (Ain) l’Expansion en la désorganisant, le résultat de cette agression est décrit au v.
2 5 du même chapitre par le mot nnn (accablement), dont nous retrouvons la racine DH un peu plus haut, comme constituante de l’unité féminine.
Ainsi donc, en Cosmogonie, nous voyons la Base des choses cons tituée par la réaction qui suit le dernier effort de l’Expansion ; en Arithmétique qualitative, la Dyade symbolisée par le signe de l’Unité, dans lequel I’N principiant est remplacé par le n réalisateur, pour aboutir à une consommation septénaire (HW).
Je crois qu’à la réflexion, ces données élémentaires s’assure- (1) Je n’oserais affirmer la réalité de ce que j’avance ici; mais la comparaison suivante fera peut-être mieux concevoir le phé nomène que je décris obscurément. Un des sens physiques de la racine Kaîn est un roi. Or, qu’est-ce qu’un roi?
C'est le cen tralisateur de la vie économique artistique et intellectuelle d’une collectivité : émanation que, en effet, il élabore et trans forme pour la faire servir à l'issue de l’Athanor vivant qu’il devrait être, aux desseins providentiels.
NOTE 15 ront elles-mêmes dans l’esprit et que de plus amples commentaires seraient au moins inutiles.
3. üibï?. — La première racine de ce mot, 5©, signifie, dans le style hiéroglyphique, « la ligne tracée d’un objet à un autre », toute chose normale et ordonnée; la seconde racine contractée, ttib, comprend d’abord le signe même (ib) de la tendance des objets les uns vers les autres ; (c’est la rac. rùi comme image intelligible) ; puis le radical wb, symbole de tout pétrissement.
Le mot entier décrit donc la formation de cette sorte d’unité que produit l’attrait des choses les unes pour les autres, tendance que nous avons vue, à l’ar ticle précédent, présider à la conception, à la Dyade. 4. mt. — La racine de ce mot est 31, désignant « toutes les idées de multiplication, d’augmentation, d’accroissement, de grandeur » ; elle grandit, en jouant le rôle d’un principe (N) sur la matérialité, « image du vide et du néant (y).
En somme ce mot est un commentaire du Tetragrammaton sacré (1). 5. WOH. — La première partie dece mot, désigne, « dans un sens étendu, l’enveloppement général et la chaleur qui en résulte, considérée comme un effet du mouvement contractile ».
« C’est l’ardeur qui accom pagne les rayons du soleil ; c’est la couleur foncée, la noirceur qui résulte de leur action. » Ce nom de Ham est opposé à Shem et correspond à Kâm. (1) Voir la Magie d'Arbatel, trad, par M. Haven.
i6 l’initiation « De la réunion au signe de l’Activité extérieure à celui du mouvement relatif, ou par contraction à la racine élémentaire WN, naît une racine dont l’objet est d’exprimer tout ce qui se meut d’un mouvement contractile, se retire en soi, se touche, se met en masse » ( i).
On pourra faire à ce sujet des rapprochements ins tructifs entre le Quinaire hébraïque et le Pentagramme soit pantaculaire, soit microcosmique, signe du Dé sir ; de même qu’avec la Pentasomie des Chinois, des Indous et de quelques Grecs. i 6.
WW. — Ce sont comprend la racine -ÎW dont la signification métrique, équilibrante et proportionnelle, est circonscrite par le signe harmonique W- « Le nombre six comprend donc tout ce qui est dans des relations harmonieuses : le blanc, l’albâtre, le lys, le lin, la vieillesse, tout ce qui jouit du calme et du bonheur (2) ». Il correspond au “1, au soleil : (WDW), au glaive de Michaël, à l’harmonie des choses, au Beau (n"®’n).
« On trouve au féminin TiWW, et le chaldaïque dit nw : ce qui rapproche le nombre six du nombre deux-, entre lesquels, au reste, il existe de grandes analogies, puisque six est à trois ce que deux est à un, et que nous avons vu que trois représentait une sorte d’unité (3). » 7. J73W. — Voici l’un des nombres les plus renom- (t) D’Olivet, Voc. rad.'et trad. du Sepher. (2) D’Olivet, Voc. rad. (3) D’Olivet, Sepher.
NOTE més et les plus entourés de prestiges, par l’histoire des religions et des peuples; c’est aussi l’un de ceux dont la signification a subi les plus grands changements. Voyons les conditions dans lesquelles il apparaît pour la première fois. Le chapitre 2 du Sepher Berœschit décrit ainsi le dernier «jour» de la création : 1. — Et ainsi furent parfaits le ciel et la terre et leur nature conductrice.
2. — Et il accomplit, Lui-les-Diéux, l’acte souve rain qu’il avait exercé, dans la septième manifestation phénoménique ; et il se restitua dans son ineffable séité, la septième manifestation phénoménique, après, l’accomplissement de l’acte de sa souveraine puis sance qu’il avait exercé (j). L’œuvre du septième jour est donc une restitution. Lui-les-Dieux accomplit, totalise son acte créateur : le verbe nbs {accomplir} dérive du mot Sa Tout.
On voit dès lors que ce verset, composé de deux, phrases identiques, offre d’abord l’idée de l’accom plissement d’un acte par un principe, c’est-à-dire la différenciation, le mouvement de ce principe, tout d’abord immobile et immuable, puis la restitution (niUT’) (2), le rétablissement de ce principe dans son. repos primitif.
On remarquera l’identité du verbe nasn avec le nom de la septième planète, Saturne : nnML (1) Sepher, p. 65. (2) La racine de ce verbe est 2W, la même que celle du mot sept : c'est la peinture de la trajectoire d’un mobile (XÏ7) que la force centrale fait revenir à son point de départ.
18 l’initiation Récapitulons ici ce que nous avons pu apprendre; comme toujours, d’Olivet sera notre guide (i). Les Hébreux expriment la durée temporelle de trois façons.
Le premier terme, -57, « caractérise un même état con tinué, une durée actuelle; comme relation, nous le traduisons par encore: l’autre, unn> porte l’idée d’un commencement d’existence, soit dans l’ordre des choses, soit dans l’ordre des temps;.... s’applique à la transition de cette même existence, à une muta tion de l’être ; c’est-à-dire que l’être qui en est l’objet ne se trouve point, à la fin de la période qu’il exprime, au même point ou dans le même état où il était à son commencement...
Enfin le dernier de ces termes est □TO, qui doit s’entendre de toute révolution qui replace l’être dans son état primitif. Ces diverses périodes, étant toujours relatives à l’être auquel elles s’appli quent, peuvent s’entendre de la durée la plus bornée, comme de celle dont les limites échappent à l’enten dement humain.
Les nombres ww, deux, sept y pren nent leur racine. » Ce que l’on pourrait dès maintenant déduire de tout ceci, c’est que les nombres un., deux, sept forment en eux-mêmes l’acte de création et sont les généra teurs de la décade quabalistique. 8. n:ntï. —Je ne vois pas d’autres idées à émettre que celles indiquées par Fabre d’Olivet : « Ce mot s’élève sur la double racine Q’ü et Par la première. O'tü (rac. comp.), on entend l’action de poser, de pla- (1) Sepher, p. 155.
NOTE i'9 cer l’un sur l'autre ; par la seconde, fin, celle de spé cifier, de distinguer parles formes. C’est donc l’entas sement des formes qu’il faut entendre par ce nombre.
Cette signification est rendue évidente par celle du verbe yinut, qui veut dire proprement s’engraisser, grossir (i). » Le nombre 8 est donc un équilibre, une action normale et législative. g. inrn. — Si nous considérons le nombre précé dent comme analyse d’un être ou d’une action quel conque, nous obtiendrons le novenaire en réunissant les termes de cetteanalyse. C’est cequevanous indiquer la racine de ce nom de nombre (2).
Formée du signe du mouvement relatif, “¿7, agissant sur celui du vide.de la matière, indique un mouvement d’objectivité, de matérialisation, une condensation, une consolidation, une cimentation, dont le signe des signes, n, indique la perfection. C’est le ternaire de troisième ordre qui a principié un mouvement septénaire de deuxième ordre, consolidé par une parfaite réalisation.
C’est en même temps le mètre de la période complète de l’orbe de toute force. 1 o. *1Ü3L — « C’est-à-dire la congrégation de la puis sance propre de la force motrice élémentaire. Ce sens résulte des deux racines contractées Tù?"U’ÿ. Par la première, t?“, on doit entendre toute formation par agrégation ; par la seconde, W, tout principe moteur » (3). ( 1) Sepher, p. 153. (2) Voc. rad. n. (3) Sepher, p. 154.
20 l’initiation Nous retrouvons l’hiéroglyphe la manifestation de la puissance, la génération : tous sens connus des mystiques : depuis les Védas jusqu’à Bdhm, et de sainte Thérèse à Jacques Vingtras. C’est ce nombre qui est la base du système de Wrqnski : on pourra consulter avec fruit là-dessus le Messianisme et ses Prodromes : mais le livre par excellence qu’il faut .apprendre et s’assimiler, ce sont les Harmonies de ¡.’Etre exprimées par les nombres de Lacuria. Sans pousser plus loin ces rapprochements, je m'ar- .rête ici en m’excusant de n’avoir su présenter que des vues superficielles et hâtives sur cet important sujet. SÉDIR. (Juin g3).
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE 111 HYITO DE SÎIESIIS Évêque gnostique de Ptolémaïs INTRODUCTION I Ce délicat poète, trop oublié aujourd’hui, fut une des plus intéressantes figures de la phalange gnostique. Encore que ses formules n’aient pas toujours toute la clarté métaphysique qu’on y voudrait trouver et que l’expression de sa pensée donne parfois un peu trop le flanc aux perfidies des traducteurs, il n’en demeure pas moins le digne et incontestable continuateur de la tradition Valentinienne, et nous avons pensé qu’il ne serait point hors de propos d’entretenir nos lec teurs de cette haute personnalité, à une époque où la Gnose vient de surgir de sa longue nuit, plus vivante et plus glorieuse que jamais. Essayons d’abord de raconter l’homme; nous par lerons ensuite du poète. C’est sur cette terre illustre de Cyrène « qu’ont
22 l’initiation habité les Carnéade et les Aristippe, » comme le dit lui-même Synésius, que ses yeux s’ouvrirent à l’exis tence hylique. Il est impossible de préciser la date de cette naissance. On la place généralement vers la seconde moitié du iv’ siècle.
Issu d’une famille grecque, qui se vantait d’avoir dans_ son ascendance des archontes et des aréopagites, Synésius avait hérité de ses aïeux un goût pro fond pour la littérature hellénique et, pour les vieux mythes, un culte respectueux, mitigé par un judicieux rationalisme, qui savait faire jaillir le fruit de vérité de l’enveloppe exotérique.
Ses premières études ébauchées dans Cyrène sous l’égide de son père Eroptius, furent complétées dans Alexandrie par les enseignements de la Charmeuse Hypathie, qui avait le talent de donner à la géométrie un irrésistible attrait. Cette douce muse païenne ne fit qu’accentuer davan tage dans l’esprit et le cœur de Synésius les heureuses tendances qu’il possédait par voie d’atavisme.
L’an tique adorateur de la Forme qui dormait en lui se réveilla tout entier et la religion platonicienne n’eut pas de plus vaillant apôtre. Synésius quitta l’école d’Alexandrie pour se rendre à celle d’Athènes, où, brillamment, il parfit son éduca tion intellectuelle. Quelque temps après nous le retrouvons à Cyrène, sa patrie.
Il a tout pour lui, la beauté qui passe., le savoir qui demeure, l'or qui tient lieu de la première, et qui permet d’acquérir le second ; il est fêté, entouré, aimé. Il a la passion de l’agriculture et de la chasse, qui sont un réactif saluLES HYMNES DE SYNESIUS 2 3 taire contre l’excès de la tension cérébrale et qui exal tent l’empire de l’esprit, en asservissant la chair. Vers 397 se place un des plus glorieux épisodes de sa vie.
La Cyrénaïque était alors désolée par les incur sions barbares et par les tremblements de terre. Synésius s’arracha sans hésiter à ses études et à ses plaisirs. Il courut auprès d’Arcadius, qui régnait alors à By zance, pour demander aide et protection contre le fléau. Le patriotique solliciteur fut d’ailleurs impi toyablement évincé.
Le fils de Théodose avait bien d’autres soucis au cœur que le sort d’une petite pro vince d’Afrique, qui ne lui fournissait ni mets de choix pour sa table ni maîtresse de marque pour son lit ! Mais Synésius ne se rebuta pas : il fit deux années d'antichambre! Admis enfin aux honneurs de l’au dience, il adressa à l’empereur le plus éloquent dis cours, — et aussi le plus révolutionnaire, — que les échos d’une cour aient jamais entendu.
Les devoirs de la royauté y étaient magistralement tracés : il y flétrissait sans pitié ni mesure le luxe insolent et les iniques lâchetés des séides impériaux. Arcadius laissa tout dire, mais il n’appert guère que le sort des Cyrénéens s’en soit amendé. Synésius rentra triomphale ment dans sa patrie, rapportant de Constantinople, outre le texte de son discours à Arcadius un curieux roman philosophique, ï’Egyptien ou la Providence.
Mais de nouveau les brigands infestent le sol natal; il les chasse, le fer à la main (400). De cette époque date son poème des Cyrénaïques, qui s’est malheurement perdu. Trois ans plus tard, il fit un nouveau séjour à
l’initiation 24 Alexandrie. C’est ce voyage qui marque le début de ses relations avec l’évêque Théophile, dont il demeura l’ami dévoué, et qui eut l’honneur de consacrer son ma riage. Notons que Synésius était toujours le disciple fervent de la Gnose, c’est-à-dire, pour les partisans de ladogmolatrie nouvelle, un hérétique, un mécréant en voie de damnation.
Vraiment ! on ne sait qui des deux il faut le plus admirer, de ce bon évêque, qui ne rou git point de l’amitié d’un gentil, ou de ce noble poète qui accepte le droit de posséder la femme aimée de la main d’un prêtre chrétien !
A cette époque, si proche encore de la fraternelle œuvre, qui du berceau de Bethléem, irradiait sur le monde, le poison politicien n’avait point tué dans les âmes les hautes et larges pensées ; le pacte du pape et de l’empereur n’avait point encore fait son œuvre. Hélas ! tout ne tardera guère à changer ! Synésius écrivit à Alexandrie son Dion et son Traité des songes, où il s’affirme nettement platoni cien.
En 405, il revient en Cyrénaïque, accompa gné de celle qui devait être le soutien fidèle de toute sa vie. Cyrène se trouve entourée d’une nuée de Marcomans, qui menacent de tout détruire. Comme en 400, Synésius prend le casque et l’épée et force les barbares à lever le siège de la ville. Mais dans le combat, tous les biens matériels du poète-sol dat ont péri. Il erre misérablement pendant quelque temps avec sa femme et ses enfants.
En 410, les habi tants de Ptolémaïs ayant à élire un évêque, fixent leur choix sur Synésius, dont ils connaissent les ver tus et la fière intelligence. L’élu se récuse. Il n’a rien,
LES HYMNES DE Sï| ÉSIUS 2 5 — à l’en croire, — de ce qu’il faut pour faire un pas teur d’âmes.
Lisez plutôt ce qu’il écrit à son frère et voyez com ment ce païen comprend les devoirs pontificaux : « Un évêque doit être un homme de Dieu, étran ger, inflexible à tout plaisir, entouré de mille regards qui surveillent sa vie, occupé des choses célestes, non pour lui, mais pour les autres, puisqu’il est le docteur de la loi et doit parler comme elle ! » Et puis, il a une autre préoccupation ; il ne veut pas rompre avec son cher Platon ; la sainte Gnose est la foi dans laquelle il a juré de vivre et de mourir.
« La Philosophie est en opposition avec certains dogmes du catholicisme, communément enseignés. Si je suis appelé au sacerdoce, je ne veux pas feindre des idées que je n’ai pas. La Vérité est fille de Dieu, devant qui je veux être irréprochable. Sur ce point, je ne veux pas jouer la comédie. » Certes! voilà de glorieux et bien rares scrupules !
Comme nous sommes loin de ce singulier concept du vicaire savoyard, qui plus tard dira sa messe avec d’autant plus d’hypocrite recueillement qu’il y croira moins ! Toute cette noble logique de la conscience ne peut modifier le sentiment des chrétiens de Ptolémaïs. Ils veulent absolument Synésius pour évêque. Celui-ci cède enfin à leurs instances.
Mais cet acte ne fut de sa part qu’une condescendance de son cœur, et non point une capitulation de sa raison. Il déclara d’ailleurs que pour rien au monde, il ne consentirait à se séparer de sa chère et vaillante compagne.
2Ô l’initiation Synésius reçut successivement le baptême, la prê trise, l'initiation épiscopale, mais il garda sa femme et ses opinions. Si le nouveau pasteur de Ptolémaïs n’adopta point dans leur intégrité les dogmes chrétiens, il pratiqua du moins les devoirs du sacerdoce avec un zèle évan gélique qu’aucun prêtre orthodoxe n’a jamais surpassé.
Tout à l’amour de ses frères en humanité, il pensait avec Jésus que le royaume de Dieu n’est pas de ce monde, et le pouvoir temporel des évêques n’eut pas de plus ardent adversaire. « Dans les temps antiques, écrit-il à ce sujet, les. mêmes hommes étaient prêtres et juges.
Les Egyptiens, et les Hébreux furent longtemps gouvernés par les prêtres; mais comme l’œuvre divine se faisait ainsi d’une manière toute humaine, Dieu sépara ces deux existences; l’une resta religieuse, l’autre politique. Pourquoi essayez-vous donc de réunir ce que Dieu a séparé, en mettant dans les affaires non pas l’ordre,, mais le désordre ? Rien ne saurait être plus funeste.
Vous avez besoin d’une protection: allez au déposi taire des lois; vous avez besoin des choses de Dieu, allez au prêtre de la ville. La contemplation est le devoir du prêtre, qui ne prend pas faussement ce nom ! » La Cyrénaïque était alors en proie à une sorte de Verrès au petit pied, le proconsul Andronicus,qui fai sait peser un joug de fer sur la malheureuse province.
Synésius, après l’avoir inutilement rappelé à ses devoirs d’humanité, le frappa d’excommunication. Mais lorsque cette justice immanente des choses qui
LES HYMNES DE SYNESIUS 2? tôt ou tard venge les opprimés eut jeté Andronicus au pied de la roche Tarpéienne, ce fut dans la demeure même du généreux pontife que le tyran détrôné trouva un asile contre les colères du peuple. Les dernières années de l’épiscopat de Synésius furent douloureusement assombries par les maux de la patrie, toujours si amers aux grandes âmes, et par les deuils de famille, dont rien ne console.
De nouvelles peuplades barbares vinrent porter le désordre et la ruine au sein de la Cyrénaïque et Synésius vit succes sivement mourir ses trois enfants. C’est alors qu’il écrit à Hypathie, qui était demeurée pour lui la chaste amie d’élection, sans rien usurper de la place plus intime qu’occupait en son cœur la mère de ses fils : « Comme un torrent longtemps contenu, le malheur est venu tout à coup fondre sur moi. Ma félicité s’est évanouie.
Plaise à Dieu que je cesse ou de vivre ou de me rappeler la perte de mes enfants ! » Mais le patriote trouve des accents plus pathétiques encore que le père : « Je placerai devant moi les vases sacrés, j’embrasserai les colonnes du sanctuaire, qui soutiennent la table sainte; j’y resterai vivant, j’y tom berai mort. Je suis ministre de Dieu et peut-être fautil que je lui fasse l’oblation de ma vie !
Dieu jettera quelque regard sur l’autel arroséparlesangdu pontife. Les prières du saint évêque furent doublement exaucées. Les barbares chassés de Ptolémaïs allèrent porter ailleurs leurs ravages et quelque temps après, Synésius, s’éteignant de langueur, retrouvait au sein lumineux du Plérôme les trois anges que la mort lui avait pris.
28 l’initiation II L’œuvre poétique de Synésius se compose de dix hymnes d’inégale longueur. C’est le dialecte dorien qu’il a choisi, comme s’harmonisant le mieux par ses consonnances graves et ses formes sévères avec la majesté des choses de Dieu.
Ce n’est pas toutefois qu’à de certaines heures le poète ne songe à sacrifier aux grâces; son langage alors a toutes les exquisités berceuses d’une mélopée ionienne, sans toutefois s’amollir jamais, et comme tous les décadents de la prime cuvée, il sait trouver des allitérations, des com binaisons de syllabes, des contextures métriques, qui, délicieusement, caressent l’oreille, sans heurter la rai son.
Ecoutez cette musique : Maxap, oimç [xîrà [xoipaç, Metà [xoxOouç, rzerà "ixpàç X0ovoY’/)0eïç [zeÀsotüvaç, Emêàç voov xsÀeuOœv, BuOov eiosv OeoXap-Tt^. Ajoutez-y, par la pensée, la mélodie puissante et simple, qui devait se marier à ce noble rythme si largement mélodique en lui-mème, et vous pourrez vous imaginer l’enchantement qui devait résulter de cette lyrique synthèse. Voilà pour la forme. Quant au fond, un partisan de la variété dans l’art pourrait peut-être le trouver un
LES HYMNES DE SYNESIUS 2g peu monochrome. C’est en somme toujours la même série de pensées et de vues philosophiques qui se reproduit. C’est Bythos, le Propator, l’Incréé que le poète prie et glorifie : c’est son fils immortel, Jésus, le doux Eon qu’il chante; c’est Sophia, férue du céleste amour, c’est l’âme humaine faisant effort pour secouer le linceul de la sombre Hylé et s’ériger vers les hau teurs sacrées du Plérôme. Ce que le poète implore, dans l’ordre matériel, c’est une calme et sereine médiocrité : Movov et toœov Ttapsv/) ”0<tov àpxiov xaÀrîiç ’Atïo -fsirovwv èpuxetv tfIva [X'/| xpeco [xé xapuwoi Eitî cppovriSaç ij.eXaivaç. Ce qu’il demande, comme faveur spirituelle, c’est un cœur pur, c’est la lumière de la Sagesse, c’est de s’élancer un jour dans les secrets divins du Verbe. Mais avec quelle éblouissante richesse d’expressions ces prières, ces pieux élans sont formulés! C’est bien là cette langue exubérante, caractéristique de tout déclin cyclique, qui jette d’autant plus de feux, d’irra diations, de rayons aveuglants, de fulgurescences, de caprices de lumière, qu’elle est plus près de son cou chant. Le christianisme romain s’est emparé des hymnes de Synésius, comme il s’est emparé de l’évangile gnostique de saint Jean. Un jésuite, le P. Péteau, Pater Patavius, en a donné une traduction latine,
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LES HYMNES DE SYNES1US 2g peu monochrome. C’est en somme toujours la même série de pensées et de vues philosophiques qui se reproduit. C’est Bythos, le Propator, l’Incréé que le poète prie et glorifie : c’est son fils immortel, Jésus, le doux Eon qu’il chante; c’est Sophia, férue du céleste amour, c’est l’âme humaine faisant effort pour secouer le linceul de la sombre Hylé et s’ériger vers les hau teurs sacrées du Plérôme.
Ce que le poète implore, dans l’ordre matériel, c’est une calme et sereine médiocrité : Movov ei Toaov Trapeiv] ’’Ocov apxiov xaÀrzjç ’AzO YEtTOVOJV EpUXSlV C/Iva prij xpeco ixé xdtxxTût Eiù 'ppovriSaç [xeÀaivaç. Ce qu’il demande, comme faveur spirituelle, c’est un cœur pur, c’est la lumière de la Sagesse, c’est de s’élancer un jour dans les secrets divins du Verbe.
Mais avec quelle éblouissante richesse d’expressions ces prières, ces pieux élans sont formulés! C’est bien là cette langue exubérante, caractéristique de tout déclin cyclique, qui jette d’autant plus de feux, d’irra diations, de rayons aveuglants, de fulgurescences, de caprices de lumière, qu’elle est plus près de son cou chant.
Le christianisme romain s’est emparé des hymnes de Synésius, comme il s’est emparé de l’évangile gnostique de saint Jean. Un jésuite, le P. Péteau, Pater Patavius, en a donné une traduction latine,
L INITIATION dans laquelle il s’efforce visiblement de dégnosticiser la pensée du pasteur de Ptolémaïs, tout en serrant d’assez près le texte grec. Cette traduction nous a du reste puissamment aidé dans l’adaptation française. Le texte original dont l'auteur accompagne son œuvre a été soigneusement collationné par nous avec celui de Boissonnade, tome XV du Poetarum grœcorum Sylloge.
Nous avons lu également la tra duction de MM. Grégoire et Collombet, qui eux aussi se sont fait un devoir d’accommoder Synésius à la sauce catholique. Quant aux hymnes de Synèse Cyrénéan, évesque de Ptolémaïde. traduits du grec en françois, par Jacques de Courtin de Cissé, gentil homme percheron,nous avons voulu aussi en prendre connaissance, — ô tædium ! — avant de livrer notre travail à l’impression.
En résumé nous avons tout mis en œuvre pour me ner à bonne fin notre entreprise. Puissent les Eons la bénir et ceux de nos frères qui nous liront en recueillir quelques fruits de, piété et de douce conso lation ! Fabre des Essarts.
DES 22 ARCANES MAJEURS DU TAROT Toutes les interprétations que l’on a données des arcanes majeurs du Tarot ne pouvaient qu’être illu soires tant que l’on n’avait pas reconstitué ces sym- ■XINTERPRÉTATION 3i boles plus ou moins défigurés par les modernes. Mais les symboles véritables une fois connus, rien de plus facile que d’en saisir le sens.
Disons tout de suite que ces arcanes se rapportent à la vie spirituelle et à la vie organique de l’homme, la vie de l’homme étant comparée par les Egyptiens (et en général par tous les orientaux) à la marche quotidienne ou annuelle du soleil dans le ciel ou dans le zodiaque.
Rappelons en outre que, d’après la cosmogonie de la Kabbale, l'esprit divin correspond à l’été: que le souffle (vent) vient de l’esprit et correspond à l’automne, commen cement de la création matérielle; que l’eau vient du souffle ou de l’air et correspond à l’hiver ; enfin que le feu vient de l’eau et correspond au printemps. C’est dans l’eau que l’esprit divin a creusé les ténèbres et le vide et qu’il a formé la terre et l’argile.
Cela posé, voici (PI.) un petit temple magique qui se compose de trois parties : le vestibule, la nef et le sanctuaire. Je suppose qu’un profane, un curieux vienne le visiter et me demande en entrant, de lui expliquer tout ce qui va se présenter à sa vue ; voici le discours que je lui tiendrai : i° Ce vestibule où vous êtes entré est tout tendu de noir ; levez les yeux au-dessus de la porte et vous voyez ce tableau qui représente la mort.
Vous êtes au milieu de la matière, de la nuit, des ténèbres éter nelles au sein desquelles réside la mort éternelle. Toutefois, il dépend de vous d’en sortir. Ne faites pas comme ce fou représenté par cette statue qui marche continuellement dans la nuit (comme l’indique la courbe que vous voyez tracée sur le sol) sans se préocVej/tSu h
INTERPRÉTATION 33 cuper de savoir qui il est, d’où il vient et où il va, car il est voué à la mort éternelle. Ecartons la tapis serie qui ferme cette porte eL marchons vers la lumière. 2e La nef où vous êtes maintenant représente la vie en général et la vie humaine en particulier. De chaque côté, vous remarquez six pilastres qui sou tiennent la voûte azurée du ciel parsemée d’étoiles.
Sur chacun des pilastres, se trouve un tableau com parable à ceux du chemin de la croix dans les églises catholiques. Ces tableaux sont rectangulaires et au-dessus de leur cadre d’or portent des symboles. Les trois premiers à votre gauche sont surmontés d’une coupe, les trois seconds de deux épées. A votre droite, les trois premiers sont surmontés d’un disque les trois seconds de deux sceptres.
Ils correspondent respectivement à l’hiver, au printemps, à l’automne et à l’été. Transportons-nous maintenant à l’extrémité du côté droit devant le tableau en rapport avec le signe du cancer au solstice d’été, et marchant à droite, fai sant deux fois le tour de la nef en stationnant un moment devant chaque tableau que nous examinerons ainsi deux fois.
Thot. — Voici Thot,personnification delà sagesse, de l’intelligence et de la science ou des troispremières Sephiroth. La sagesse suprême appelée aussi Eden céleste est, d’aprèsla Kabbale, l’origine de Yesprit. Considéré dans son essence la plus pure, l’esprit a en effet sa racine dans l’intelligence. Mais c’est une nécessité pour l’esprit inhérent à sa
.34 l’initiation nature finie, de jouer un rôle dans l’univers, de con templer le spectacle de la création pour avoir cons cience de lui-même et de son origine, pour rentrer, sans se confondre absolument avec elle, dans cette source inépuisable de lumière et de vie qu’on appelle la pensée divine. Il faut donc que l’esprit descende.
Le saint çoroastre. — Il personnifie les trois secondes Sephiroth, la miséricorde et la grandeur, la justice et la force, la beauté morale. Avant de venir dans ce monde (toujours d’après la Kabbale), chaque esprit est mâle et femelle réunis en un seul être. En descendant, ces deux moitiés se séparent pour aller animer des corps différents.
L’esprit masculin passe par le principe delà miséricorde et de la grandeur qui est un principe d’expansion, l’esprit féminin s’im prègne du principe de la justice et de la concentration. Chaque esprit est ainsi pourvu d’une âme, dont la beauté est le principe. L’âme est le siège de l’esprit, du bien et du mal, du bon et du mauvais désir; elle subjugue la vie et lui impose des lois.
La Fortune.— Personnification des dernières séphiroth ou schechinat, du triomphe et de la gloire et du principe dynamique base de toutes choses. Elle four nit à l’âme qui descend toujours, le moyen d’union, l’élément générateur, sorte d’esprit grossier, de fluide immédiatement en rapport avec le corps et cause des instincts ou mouvements inférieurs. Cet élément est le siège de l’âme comme cell-ci est le siège de l’esprit. Ainsi les âmes sont enfantées en ce monde par l’union du saint roi (Zoroastre) et de la Schechinat ou
ìnterprétatìon 55 de la reine qui sont à la génération de l’âme ce que l’homme et la femme sont à la génération du corps. Vulcain. —Ainsi revêtue d’une sorte de manteau de lumière, l’âme se précipite comme Vulcain dans la matière ; elle passe de la région de l’esprit divin, dans la région matérielle, où la douleur com mence.
Esculape. — Son éclat s’amoindrit en se revêtant du principe de vie, l’air; de dorée elle devient argen tée, de la région du soleil elle passe dans celle de la lune, et bientôt s’entoure de brouillard. La tour de Babel. — La voilà en effet en plein dans le chaos de la matière, dans le tourbillon formé par le vent et les nuages, qui descendent dans les basfonds de l’atmosphère. Emportée par ce tourbillon, elle va pénétrer dans un corps organisé.
C’est la fin de l’involution : dévolution va com mencer. Pan. — L’esprit et ses enveloppes s’engage dans un organisme mâle et se revêt de matière organique. Il fait partie de la liqueur séminale. Celle-ci se déverse dans un organisme femelle, le corps se développe et bientôt il naît.
Ce tableau est donc double : le recto représente Pan, le verso représente la femme venant d’accoucher, tenant l’enfant sur ses genoux. (Noël J Hécate. — Ce tableau est double aussi, car si d’un côté il représente Hécate que nous reverrons tout à l’heure, de l’autre il représente le petit enfant, élevé au fond des bois, dans la grotte, près des sources, au milieu des nymphes et des bergers ou faunes. C’est
36 l’initiation le verseau ; c’est la vie cachée de l’homme, son enfance. Apollon Delphinien ou sauveur. — Malgré toutes les épreuves, tous les dangers, tous les périls auxquels l’enfant est exposé, il survit. Au contraire, même tous ces maux le purifient, le rendent plus fort, il est sauvé et va pouvoir se présenter au sein de la société dans toute la force, dans tout l’éclat de la jeunesse.
C’est dans le mois des poissons que s’accomplissent tous les rites purificatoires : baptêmes, jeûnes, lupercales, etc., auxquels se lie l’idée d’un sacrifice hu main offert à la divinité. Janus. — Le divin portier ouvre les portes de la vie publique, de la vie en pleine lumière. L’âme est res suscitée à la lumière, elle a pris pleine possession d’elle-même. Voilà le jeune homme lancé dans la vie. Le bourgeon va s’épanouir.
Adonis. — Mais la jeunesse est bientôt soumise à une rude épreuve. L’amour s’empare d'elle, et alors elle a à choisir entre les amours d’en bas et les amours d’en haut. Si elle est sage, elle choisira les amours d’en haut. Le triomphe. — Ensuite a lieu, au milieu des fleurs, l’hyménée, qui doit être le plus beau jour de la vie humaine. L’homme entièrement développé va fonder une famille, il va perpétuer la vie, il devientcréateur.
Nous voici revenu au point de départ, au solstice d’été. Toth. — L’homme pleinement épanoui a acquis la science et la sagesse, il est à l’apogée de ses facultés psychiques et physiques, il va décliner. Le tableau est double : au verso, il représente hercule combattant,
INTERPRÉTATION 37 obligé de se retourner parce qu'un crabe envoyé par Junon lui pince le talon. Comme Hercule, comme le soleil, l’homme est obligé de rétrograder. Zoroastre. — Mais, tout en rétrogradant physique ment, il a acquis toutes les vertus qui donnent à l’homme toute sa beauté morale. La fortune. — Enfin l’homme recueille tous les fruits de son travail, la récompense de toutes ses peines.
Il peut maintenant quitter la vie active pour la retraite et le repos. Vulcain.— Il descend donc comme Vulcain dans l’hémisphère inférieur, sentant sa chaleur et son énergie vitale diminuer : c’est la vieillesse. Esculape. — Les souffrances de toute sorte, les maladies l’assaillent; il lutte tant qu’il peut, mais son organisme s’use de plus en plus, il va bientôt suc comber.
La tour de Babel. — Une flèche le tue, il tombe comme une tour en ruine qui s’écroule, et les vents tourbillonnants emportent les débris de son orga nisme et les dispersent. Pan. — Mais l’âme s’est dégagée du corps, elle est née à la vie spirituelle ; c’est comme un accouchement, une nouvelle naissance. C’est une crise, et l’âme en est tout étourdie. Comme l’enfant qui vient de naître, elle ne se rend pas compte de son état.
Hécate. — Bientôt, comme entre le sommeil et la veille, elle se trouve assaillie par des figures grima çantes, des bêtes monstrueuses qui semblent vouloir la dévorer ; elle est sous la domination d’Hécate qui cherche à l’épouvanter pour la mettre à l’épreuve. Si
38 l’initiation elle ne triomphe pas de ces épreuves, elle est rejetée loin du cercle de l’évolution, et tombe dans la nuit •éternelle, empire de la mort éternelle. Apollon sauveur. — Si elle triomphe, au. contraire, elle franchit le grand fleuve épouvantable et se plonge dans la mer éthérée, où elle achève de se purifier. Alors elle est à peu près sauvée.
Janus. — Les portes du ciel lui sont ouvertes, elle peut passer (Pâques), mais elle peut aussi repasser, et retomber vers Hécate. Adonis. —■ Elle peut encore, en effet, céder aux instincts d’en bas et rentrer dans le cycle de l’évolu tion organique, c’est-à-dire revivre ici-bas; ou bien, attirée parles instincts d’en haut, elle quitte le monde inférieur à tout jamais.
Le triomphe. — Unis désormais à la beauté céleste, à une belle âme complétant la sienne, l’esprit revêtu d’une lumière éblouissante, monte toujours en triomphe et quitte le cycle de l’évolution pour entrer dans le monde divin, où nous allons le suivre. Pour cela, franchissons cette porte qui est devant nous et pénétrons dans le sanctuaire. 3° Il est tendu de blanc; vous êtes au sein de la lumière éternelle et de la vie éternelle.
En face de vous, sur le mur, est un cercle blanc d’où partent dix faisceaux de rayons lumineux. Sur ce cercle, se détache une statue représentant le divin mage Mithra (le Christ), vêtu d’une robe blanche et d’une ceinture d’or. Sa main gauche est levée vers le ciel, son bras droit dirigé vers le globe bleu foncé de la terre qui est sous ses pieds. La face antéro-inférieure de ce globe est
INTERPRÉTATION 3^ concave et encadrée ; c’est le miroir magique. Au milieu de la coupole du sanctuaire, tout étincelante de lumière, vous voyez un serpent lumineux qui se mort la queue et qui est replié en forme de huit couché; c’est le symbole de l’infini. Devant le globe au miroir magique, voici un autel blanc et or, recou vert de marbre blanc.
Sur cet autel est un ciboire, un disque d’or recouvert d’une clocle de cristal, un réchaud, une lampe magique et une épée. Comme vous le voyez, tout le sanctuaire repré sente la lame x du Tarot. Le divin mage est l’homme-Dieu, l’Adam céleste en qui tous les esprits vont se réunir et se compléter les. uns par les autres.
Arrivé au dernier terme de la per fection, dit le Zohar, l’esprit ne connaît plus ni réflexion ni crainte ; mais sa bienheureuse existence, entièrement renfermée dans l’intuition et l’amour, perd son caractère individuel ; sans intérêt, sans action, sans retour sur lui-même, il ne peut plus se séparer de l’existence divine. .....
Là tout rentre dans l’unité et dans la perfec tion; tout se confond dans une seule pensée, la lumière qui se cache en elle, ne peut jamais être saisie ni connue; on ne saisit que la pensée qui en émane. Enfin, dans cet état, la créature ne peut plus se dis tinguer du créateur; la même pensée les éclaire, la. même volonté les anime; l’esprit, aussi bien que Dieu, commande à l’univers, et ce qu’il ordonne, Dieu l’exécute. Vous êtes maintenant initié à la doctrine, écrite symboliquement sur les lames du Tarot. Néanmoins,
y 40 l’initiation j’ai encore quelque chose à vous faire connaître. Ren trons dans la nef. Voyez ce lustre suspendu au milieu de la salle. 11 se compose de tringles dorées formant une étoile à sept branches, aux extrémités desquelles s’adaptent sept tableaux, mais qui, au lieu d’être rectangulaires comme les tableaux des pilastres, sont circulaires.
Au-dessus de chacun des cadres dorés de ces tableaux se trouve une étoile; deux cependant font exception : l’un porte un soleil et l’autre le croissant de la lune. Derrière chaque médaillon est une petite lampe avec un globe de couleur. Des chaînes d’or relient les pointes de l’étoile à une couronne supérieure.
Les sept tableaux et les sept lampes représentent les sept planètes : au soleil ou Apollon s’oppose la lune; à la lune, Mars ; à Mars, Mercure; à Mercure, Jupiter ; à Jupiter, Vénus; et à Vénus Saturne. Les sept planètes modifient, pour chacun de nous, la marche de l’involution et de l’évolution, elles spé cifient ces grandes périodes de notre existence. Leur influence est tantôt bonne et tantôt mauvaise pour nous.
Et, bien qu’il faille faire la part de la volonté individuelle et de la providence, l’action des planètes n’en est pas moins très sensible. Vous me dispenserez d’entrer dans des détails sur ces influences, que vous trouverez exposées dans les traités d’astrologie, comme vous m'excuserez aussi de ne pas vous avoir donné sur les autres arcanes plus de développement que je ne l’ai fait.
Mais, maintenant que vous êtes initié et que je vous ai mis sur la voie, il vous sera facile de compléter mes explications.
PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES 41 Je ne vous parle pas non plus des autres peintures que vous avez pu remarquer dans le temple et qui constituent les arcanes mineurs; je vous les expli querai une autre fois. Dr Fugairon. En janvier 1891. je me trouvais à Gand (Belgique).
Lors d’une visite chez une famille amie, la conversa tion fut portée sur des expériences hypnotiques qu'un magnétiseur de profession présentait à ce moment dans une salle publique de la ville.
J’avais assisté moi-même à la séance donnée la veille par ce magnétiseur, et les expériences produites me paraissent assez intéressantes et sortant du réper toire ordinaire des professionnels pour que je croie utile de les mentionner ici avant de continuer mon récit. Sur la scène se trouve le sujet (professionnel, voya geant avec son magnétiseur), une jeune fille, assise sur une chaise. Le magnétiseur la met en sommeil.
Le public dans la salle se composait en majeure. partie des étudiants de l’université de Gand. Le magnétiseur demande de former une commis sion pour surveiller et vérifier les expériences. La Commission, dont je fais partie, est composée exclu sivement d’étudiants, excepté moi. Le magnétiseur annonce l'expérience suivante : Sur une ardoise ordinaire, quelqu’un de la Com
l'initiation •4* mission ou du public écrira une phrase dans une langue quelconque. L’ardoise sera ensuite posée par l’écrivain, qui seul aura connaissance de ce qu’il a ■écrit, sur les genoux du sujet et de façon que le côté •opposé à l’écriture soit tourné en haut.
Le sujet, qui ■aura au préalable les yeux bandés, copiera sur ce côté libre de l’ardoise l’écriture du dessous, non seulement textuellement, mais en reproduisant exactement l’écri ture de l’écrivain. Ceci dit, le magnétiseur apporte du papier gommé et prie la Commission de coller du papier sur les pau pières fermées du sujet. Ceci fait, les yeux sont bandés avec un fichu noir en soie. Le sujet, comme j’ai dit, est en sommeil.
Le magnétiseur présente l’ardoise, sur laquelle un des assistants inscrit une phrase en français. Le sujet reproduit cette phrase sans hésitation et en imitant très exactement l’écriture de l’auteur. Parmi les assis tants se trouvent des étudiants appartenant à différentes nations.
L’ardoise est couverte d’inscriptions en alle mand, anglais, espagnol, italien, polonais, etc., qui toutes, sans exception, sont reproduites, lorsque le sujet, recevant à nouveau l’ardoise, paraît hésiter un instant. Puis elle dit, d’un ton plaintif: « C’est de l’hébreu, c’est bien difficile ! » et, après avoir à plu sieurs reprises essayé d’écrire, elle reproduit la phrase en hébreu.
Ce qui me paraît dans ce cas surtout remarquable, c’est que le sujet avait conscience de ce qu’il repro duisait. Ceci est un argument pour la faculté tant dis cutée et contestée de certains individus, plongés dans
PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES j.3 l’état hypnotique, de comprendre et savoir parler même des langues dont ils n’ont aucune notion à l’état normal. (Je reviendrai sur ce sujet tout à l’heure.) Après cette expérience, le magnétiseur faisait des essais d’hypnotisation sur plusieurs étudiants de bonne volonté, sans y réussir. Il se présenta alors un jeune homme de seize à dix-sept ans.
Il est mis en état de sommeil très promptement; quelques expé riences ordinaires de catalepsie, suggestion, réussissent très bien. Alors le magnétiseur annonce qu’il veut essayer, vu les aptitudes du sujet, une expérience de transmission de pensée. — Il faut noter ici, que le sujet était inconnu du magnétiseur; c’était un jeune homme de Gand, de bonne famille, n’ayant jamais ni vu ni contribué à des expériences hypnotiques.
Le sujet se trouvait sur la scène, debout, à l’état normal de veille. L’opérateur était descendu parmi le public pour demander à plusieurs personnes d'inscrire ’sur des petites feuilles de papier les actions qui de vaient être exécutées par le sujet. Le magnétiseur pre nait connaissance de la demande, tandis que le demandeur conservait sa feuille. L’opérateur était éloi gné du sujet d’une quinzaine de mètres environ.
Le nombre des différents ordres à exécuter pouvait être de vingt à vingt-cinq. Le magnétiseur, depuis qu’il avait quitté la scène, ne s’était plus rapproché du sujet ; après avoir recueilli tous les ordres, il se retira encore, de sorte, qu’une distance de 18 à 20 mètres le séparait du sujet qui toujours se trouvait sur la scène.
44 l’initiation Parmi les ordres à exécuter, je citerai les trois suivants: i° Ordre donné par un étudiant de ma connais sance : « Prendre mon chapeau et se coiffer avec. » 2° Ordre donné par un autre étudiant de ma con naissance : « Prendre dans la poche de M. Bojanov son porte-monnaie et le conserver » (le magnéti seur demandait de lui faire connaître M. B.).
3° Ordre donné par moi : « Crier par trois fois et à haute voix, sur la scène : Vive la Belgique! » Tous les ordres furent parfaitement exécutés. Ce qui me paraît particulièrement remarquable, c’est que le jeune homme n’était pas un sujet entraîné et que la transmission, voire l’exécution des ordres, se faisait à l’état de veille. Voici donc le sujet de conversation dans le cercle de la famille X.
Parmi les personnes présentes se trouvait une jeune parente de Mn,e H., M110 M. B., de Bruxelles. Cette jeune fille prenait beaucoup d’intérêt à la conversation et finalement exprimait le désir d’essayer si elle pourrait être magnétisée. Sur ma proposition de faire quelques expériences préalables pour me rendre compte du degré de sa sensibilité, elle accepta.
J’essayai alors de lui cataleptiser le bras dans la position horizontale, sans la mettre en som meil, ce qui réussit bien. Je lui fis des sugges tions concernant des changements du goût : boire de l'eau pour du vin, prendre du poivre pour du chocolat en poudre,etc., toujours sans l’avoir mise en sommeil. Je l’avertis alors que j’allais l’endormir. La jeune fille étant assise, j’opérai par la fixation
PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES 45 des yeux, accompagnée de passes. Au bout de quel ques minutes, ses yeux se fermèrent. Mon intention était de faire, si possible, quelques expériences pou vant me servir comme enseignement, et non pas d’amuser les assistants par des suggestions plus ou moins drôles.
Je continuai donc, après l’occlusion des yeux, de faire des passes jusqu’à ce que le sujet ne répondît plus à ma question régulière: « Vous dor mez bien, n’est-ce pas? » que d’une voix presque imperceptible. J’arrêtai alors l’hypnose sur ce degré, et je bandai les yeux de M“° B. avec un mou choir, de sorte qu’il lui était matériellement impos sible de voir même en ouvrant les paupières.
Je pris dans un sucrier un morceau de sucre, avec toutes les précautions nécessaires pour ne pas éveiller son attention. Je le tenais dans ma main fermée, et je posai les questions suivantes : D. — Mademoiselle, vous m’entendez bien, n’estce pas ? R. — Oui, Monsieur (la voix très faible). D. — Faites bien attention : je tiens quelque chose dans ma main droite ; vous allez me dire ce que c’est. Parlez assez haut avec votre voix ordinaire.
R. — C’est blanc. (Après quelques instants:) Un morceau de sucre. Je dis : Très bien, Mademoiselle.Voilà maintenant ma main gauche: qu’est-ce queje tiens dans ma main gauche? (Ma main était posée sur la table et fermée; j’avais pris, pendant la première expérience, dans ma poche, un petit morceau d’un crayon ordinaire.) R. — Je ne vois pas bien, il fait trop noir.
l'initiation 48 D. —Mademoiselle, nous allons faire une expé rience bien plus merveilleuse que les précédentes, et vous ferez bien attention, n’est-ce pas ? R. — Oui Monsieur. D. — Eh bien, voici un jeu de cartes.
Vous pren drez les cartes, vous les couperez bien, et puis vous les rangerez sur la table, de sorte que vous commencerez par le sept en allant jusqu’à l’as, et chaque espèce ensemble, en faisant attention que le cœur entre en première ligne, puis le pique, le carreau et en der nière ligne le trèfle. M’avez-vous bien compris ? R. — J’ai bien compris, mais je ne sais pas si je réussirai ; je veux l'essayer.
MH° B. prend les cartes, les coupe, et puis elle commence. La première carte qu’elle prend, c’est le roi de cœur. Elle la dépose à peu près au milieu de la table, qui était une grande table ancienne. La se conde carte, c’est l’as de pique. Elle la place en dessous . et à droite du roi de cœur, de sorte que les deux cartes se touchent avec leurs coins respectifs.
La troisième carte, c’est le valet de pique, elle la place dans le rang du pic, à l’endroit où le valet devait se trou ver si toutes les cartes avaient été placées. La cin quième carte, c’est le sept de cœur elle la place à l’endroit du sept, au rang du cœur. La sixième carte, c’est l’as de cœur ; elle la place à l’endroit voulu. La septième carte, c’est la dame de cœur ; elle la place à coté du roi.
La huitième carte, c’est le dix de pique; Mlle B. la tient pendant quelques [instants dans sa main, puis elle dit : — Je ne vois plus : tout est embrouillé.
PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES 45 des yeux, accompagnée de passes. Au bout de quel ques minutes, ses yeux se fermèrent. Mon intention était de faire, si possible, quelques expériences pou vant me servir comme enseignement, et non pas d’amuser les assistants par des suggestions plus ou moins drôles.
Je continuai donc, après l’occlusion des yeux, de faire des passes jusqu’à ce que le sujet ne répondît plus à ma question régulière: « Vous dor mez bien, n’est-ce pas? » que d’une voix presque imperceptible. J’arrêtai alors l’hypnose sur ce degré, et je bandai les yeux de Mu° B. avec un mou choir, de sorte qu’il lui était matériellement impos sible de voir même en ouvrant les paupières.
Je pris dans un sucrier un morceau de sucre, avec toutes les précautions nécessaires pour ne pas éveiller son attention. Je le tenais dans ma main fermée, et je posai les questions suivantes : D. — Mademoiselle, vous m’entendez bien, n’estce pas ? R. — Oui, Monsieur (la voix très faible). D. — Faites bien attention : je tiens quelque chose dans ma main droite; vous allez me dire ce que c’est. Parlez assez haut avec votre voix ordinaire.
R. — C’est blanc. (Après quelques instants:) Un morceau de sucre. Je dis : Très bien, Mademoiselle.Voilà maintenant ma main gauche: qu’est-ce queje tiens dans ma main gauche ? (Ma main était posée sur la table et fermée ; j’avais pris, pendant la première expérience, dans ma poche, un petit morceau d’un crayon ordinaire.) R. — Je ne vois pas bien, il fait trop noir.
46 l’initiation D. — Regardez bien, vous verrez plus clair. R. — Oui, c’est plus clair, c’est assez long, c’est rond, c’est gris, on dirait un crayon... oui, c’est un crayon. J’ai remarqué maintes fois que dans des expériences analogues les couleurs jouent un rôle et que les cou leurs indécises sont moins bien perçues que les cou leurs tranchantes.
Il me semble que, si l’exactitude de cette observation pouvait être établie d’une façon formelle, ce phénomène constituerait un appui sérieux pour les dissertations de Louis Lucas sur le mouve ment et la matière, voire la cause et les effets. [La Chimie nouvelle, Angulaison.) Comme je ne voulais pas prolonger les expériences, de peur de fatiguer Mlle B., je la réveillai. M"e B. était très enchantée de posséder des facultés si merveilleuses.
Elle me donna la permission de reve nir pendant les quelques jours qu’elle resterait à Gand pour faire des expériences plus importantes. Je me suis rendu chez la famille X. le surlendemain. Je magnétisai Mlle B. comme précédemment ; je lui bandai les yeux, et je fis l’essai suivant. Je priai la maîtresse de la maison d’écrire sur une feuille de pa pier un mot avec un crayon, et de mettre Ta feuille sous enveloppe.
Je pris l’enveloppe, et je la déposai sur la table, devant M"° B. Le dialogue suivant s’en gagea alors entre nous deux : D. — Mademoiselle, ici, devant vous, vous voyez une lettre sous enveloppe, n’est-ce pas ? R. — Oui. D. — Dites-moi ce qui s’y trouve écrit, lisez la lettre. (Le sujet ne répondit pas.)
PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES 47 D. — Mademoiselle, avez-vous compris ce que je vous ai demandé ? R. — Oui, Monsieur. D. — Eh bien ? R. — Je ne vois pas bien : c’est trop embrouillé. D. — Regardez bien, tâchez de lire. R. — Je ne peux pas, je vois tout blanc. D. — Voyez-vous l’enveloppe ? R. — Oui. D.—Voyez-vous la feuille de papier dans l’enve loppe ? R. — Oui.
Je priai alors Mmo X. d’écrire le même mot avec une plume, à l’encre, sur un autre papier et en grands caractères. La feuille fut mise sous enveloppe par M'no X., et je la présentai de nouveau à Mlle B. D. —Tenez, Mademoiselle, voici une autre lettre, plus facile à lire, essayez. R. — ( Après quelques instants, avec beaucoup de satisfaction.) Ah ! oui, je vois bien... mais, il n’y a qu’un seul mot : Mélanie !
J’ouvris l’enveloppe, et le mot écrit était réellement celui nommé. Je réveillai Mllc B. et lui rendis compte de l’essai, dont elle n'avait aucun souvenir. Après une interruption d’une demi-heure environ, je la mettais de nouveau en sommeil, pour tenter une expérience du même genre, mais plus compliquée (les yeux toujours bandés). Je pris un jeu de cartes, je le posai sur la table devant le sujet, et je lui dis :
l'initiation 48 D. —Mademoiselle, nous allons faire une expé rience bien plus merveilleuse que les précédentes, et vous ferez bien attention, n’est-ce pas ? R. — Oui Monsieur. D. — Eh bien, voici un jeu de cartes.
Vous pren drez les cartes, vous les couperez bien, et puis vous les rangerez sur la table, de sorte que vous commencerez par le sept en allant jusqu’à l’as, et chaque espèce ensemble, en faisant attention que le cœur entre en première ligne, puis le pique, le carreau et en der nière ligne le trèfle. M’avez-vous bien compris ? R.—J’ai bien compris, mais je ne sais pas si je réussirai ; je veux l’essayer.
M"° B. prend les cartes, les coupe, et puis elle commence. La première carte qu’elle prend, c’est le roi de cœur. Elle la dépose à peu près au milieu de la table, qui était une grande table ancienne. La se conde carte, c’est l’as de pique. Elle la place en dessous . et à droite du roi de cœur, de sorte que les deux cartes se touchent avec leurs coins respectifs.
La troisième carte, c’est le valet de pique, elle la place dans le rang du pic, à l’endroit où le valet devait se trou ver si toutes les cartes avaient été placées. La cin quième carte, c’est le sept de cœur elle la place à l'endroit du sept, au rang du cœur. La sixième carte, c’est l’as de cœur ; elle la place à l’endroit voulu. La septième carte, c’est la dame de cœur ; elle la place à coté du roi.
La huitième carte, c’est le dix de pique; Mlle B. la tient pendant quelques [instants dans sa main, puis elle dit : — Je ne vois plus : tout est embrouillé.
PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES 4g J'insiste pour qu’elle continue, mais elle répond; Je ne peux plus : je ne vois plus clair. — Qu’est-ce que vous avez donc, que vous ne voyez plus clair ? R. —Je ne sais pas, c’est comme un brouillard de vant mes yeux . Je n’insistai plus alors et la réveillai. Etant réveillée. MHo B. se sentait une lourdeur dans la tête et dans tous les membres.
Je dissipai cet état en lui faisant quelques passes latérales sur le sommet de la tête. Il fut convenu, ce jour-là, que je reviendrais le lende main pour recommencer notre expérience avec les cartes. Mme X. avait invité le médecin de la famille, le docteur Z., de Gand, à assister aux expériences.
M. Z. était absolument réfractaire à tout ce qui con cernait les forces ou les effets non définis et ne consi dérait que comme supercherie ou erreur toutes les ma nifestations hypnotiques, spirites ou autres, qui sortent du cadre des sciences officielles.
M. Z. était d’autant plus convaincu de l’inexactitude de toutes les expé riences du genre, que lui-même avait essayé d’expé rimenter avec des personnes ayant servi comme sujets à des magnétiseurs professionnels et qu’il n’avait jamais pu réussir à provoquer l’hypnose.
Aussi M. Z., qui arrivait quelques minutes après moi et avec qui nous causâmes de l’expérience projetée, ne cachait-il pas son scepticisme en fait de sorcellerie et deman dait-il des faits et non pas des paroles. Cette discus sion avait beaucoup excité M11“ B., qui y prenait part avec beaucoup de vivacité et qui défendait ses
5o l/initiatîon qualités de voyante tout récemment découvertes. Pour prévenir toutes les fausses interprétations pos sibles de la part du docteur, je le priai de vouloir bien aller chercher lui-même chez le plus proche marchand un jeu de cartes. Après le retour de M. Z., j’endormis Mlle B., comme précédemment, puis je lui bandai les yeux.’ Je demande : Vous dormez bien, Mademoiselle ? R. — Oui, Monsieur. D. — ,Regardez-moi, me voyez-vous ?
R. — Oui, Monsieur. D. — Qu’est-ce que je fais avec mes mains? R. — Vous les avez joint sur votre dos. D. — Voyez-vous M. le Docteur Z. ? ■ R. —Oui, Monsieur. ' D. —Vous savez qu’il prétend que vous ne sau riez pas ranger un jeu de cartes sur la table ? R. — Il est bien drôle, M. le Docteur, on lui en fera voir bien d’autres. D. — Eh bien, Mademoiselle, voici les cartes : faites comme hier, rangez-les dans le même ordre.
M110 B. prend les cartes, que M. Z. lui pré sente, et elle commence. Je n’ai pas noté la suite des cartes.
Elles étaient non seulement parfaitement ran gées, mais encore chaque carte était mise, au fur et à mesure que mon sujet les prenait, à la place lui appar tenant, comme dans des casiers préparés et numé rotés d’avance, de sorte que, lorsque toutes les cartes furent mises, elles formaient un carré parfait, se tou chant les unes les autres. J’exprimai à la sensitive ma satisfaction, ce qui
PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES 5 I lui faisait visiblement plaisir. M. Z. demanda alors de répéter l'expérience, sous la condition que luimême mettra un bandage sûr les yeux du sujet. Je demandai à Mlle B., toujours endormie, si elle n’était pas trop fatiguée pour faire droit au désir du docteur. Elle répondit: Ah ! maintenant, ce sera bien plus facile! M. Z. demanda alors à la maîtresse de la maison deux serviettes et les appliqua sur les yeux du sujet.
Sur mon ordre, celui-ci saisissait les cartes et*répétait parfaitement l’expérience, mais bien plus prompte ment que la premièrefois. Aussitôt les cartes mises, je réveillai A'I"e B., qui ne se sentait pasdu tout fatiguée. Le D. Z., très impressionné du fait, demandait si on voulait faire une autre expérience, qu’il indiquerait lui-même. M110 B. consentit de s’y prêter.
M. Z. me pria alors de sortir avec lui dans une pièce avoisinante, et là, il me dit qu’une affaire d’ordre privé le préoccupait beaucoup en ce moment et qu’il désirait que M110 B. devine quel était le sujet de cette préoccupation.
Je répondis à M. Z. que cela sortait tout à fait du cadre de nos expériences, que les personnes aptes à cela étaient très rares et que, par conséquent, je n’avais pas plus d’idée sur le résultat, que lui-même; mais que nous l’essaierions. J’endormis donc de nouveau M110 B. sans l’avoir prévenue de ce dont il s’agissait.
Je continuai les passes jusqu’à ce que sa voix devînt à peine intelligible, puis le commençai ainsi : D. — Mademoiselle, je vous poserai quelques ques tions tout à fait particulières; vous tâcherez de répondre
52 l’initiation consciencieusement et à haute voix, n’est-ce pas? R. — Oui, Monsieur (avec sa voix ordinaire). D. — Connaissez-vous le D1' Z ? R. —■ Pas trop. D. — Ça ne fait rien; écoutez. M. Z., qui est ici, assis devant vous, est en ce moment très préoccupé d’une affaire privée ; dites-moi, qu’est-ce qui le pré occupe tant ? R. — (Après quelques instants, avec humeur.) Hum ! il s’agit d’une femme !
Je regarde le docteur, qui me fait un signe affirma tif. Pour ne pas commettre une indiscrétion, je de mande s’il faut continuer de questionner. M. Z. n’y voit pas d’inconvénient. D. — Où est cette dame ? R. — Elle n’est pas ici. D. — Où est-elle ? R. — Dans un pays étranger. D. — Quel pays ? R. — La France. D. — Quelle ville ? R. — Paris. Là-dessus, M. Z. m’interrompit en disant: C’est exact.
Je demandai alors au docteur quelle question il fallait poser ensuite. « Demandez-lui donc, répondit-il, si cette dame a reçu ces jours-ci un cadeau de ma part, et en quoi ce cadeau consistait. » D. — Mademoiselle, cette dame dont il s’agit, at-elle reçu ces jours-ci un cadeau de la part de M. Z. ? R. — Oui. D. — Qu’est-ce que c’était donc ?
PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES 53 R. — Un gros paquet, D. — Qu’est-ce qu’il contenait, ce paquet ? R. — Il y avait un jambon et deux lièvres ! M. Z. reconnaissait comme exactes les réponses de M11" B; je m’arrêtai et la réveillai. Nous nous séparâmes avec promesse de continuer le lendemain.
Étant données les aptitudes extraordinaires deM118 B., j’avais l’intention de faire des essais sur ce qu’on est convenu d’appeler la clairvoyance ou lucidité; c’est-àdire la faculté d’une personne sensitive d’apercevoir des faits passés, présents ou à venir sans qu’une sug gestion ou transmission consciente ou inconsciente de la part du demandeur ou d’une personne de l’assis tance soit admissible.
La réunion suivante eut lieu le lendemain di manche, dans l’après-midi. Je fis part aux assistants, etàMllc B., du genre d’expérience que nous allions tenter. A cet effet, je demandai à M1Ie B., avant de l’en dormir, de me nommer une personne de sa connais sance n’habitant pas la ville de Gand et inconnue de toutes les personnes présentes. Ml,e B. me donna le nom d’un monsieur O. Je l’endormis alors, comme d’habitude.
D. — Mademoiselle, connaissez-vous M. O. ? R. — Oui. D. — Où est-il en ce moment ? R. — Je ne sais pas. D. — Cherchez-le? R. — (Après quelques instants.) Il n’est pas chez lui.
54 l’initiation D. — Où est-il alors ? R. — Il est sur la route d’Arlon. D. — Que fait-il là ? R. — Il monte en bicyclette. Là-dessus je réfléchis un instant quelle question poser, lorsque mon sujet fit un mouvement comme une personne qui est prise d’une frayeur subite. Je demande : — Qu’avez-vous donc ? A quoi elle répond au même instant et avec émo tion, sans que j’eusse achevé la phrase : — Il tombe ! D. —Comment! il est tombé?
R. — Oui, il a heurté une pierre. D. — S’est-il fait du mal ? R. — Non, il se relève. Ah ! si, il s’est blessé au bras gauche, il regarde son bras ; il remonte tout de même ; ce n’est pas grave. Comme Mlle B. me paraissait très émotionnée, je m’arrêtai et la réveillai.
Je l’informai de ce qu’elle venait de dire et la priai de vouloir écrire immédiate ment à M. O. pour lui demander si réellement il s’était trouvé dimanche soir, vers 3 heures, sur la route en bicyclette, et s’il lui était arrivé un accident.
II est à noter, comme MHe B., à son réveil et sur ma demande, nous le disait, que M. O. était un étudiant en médecine d’Arlon, parent avec la famille B., faisant ses études à Bruxelles et demeurant chez les parents de M110 B., qu’en ce moment il était rentré chez lui à Arlon pour quelques jours et que jusqu’à ce jour, jamais une correspondance n’avait été échangée entre
PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES 55 elle et M. O. Aussi devrait-on trouver très extraordi naire à Arlon que Mila B. écrivît à M. O. Mais, vu l’intérêt que présentait le cas, la jeune fille écrivit séance tenante à M. O., et moi-même je portai la lettre à la poste. En partant avec le train poste de Gand pour Bruxelles le soir même, la lettre ne pouvait être distribuée à Arlon. que le lundi matin, à 8 heures.
Or, le lundi matin, à la première distribution des lettres, 7 heures 1/2 du matin, M"c B. recevait à Gand une lettre venant d’Arlon, écrite par M. O., et infor mant lajeunefille que la veille, le dimanche dans ïaprèsmidi, il lui était arrivé un léger accident en montant en bicyclette ; c’est pourquoi il priait B. d'ex cuser sa mauvaise écriture, qui était due à ce que, s’étant blessé au bras gauche, il ne pouvait mainte nir avec cette main son papier, qui par conséquent glissait sous sa plume.
Il est à remarquer ici que Mll° B. m’affirmait de nou veau que jamais M. O. ne lui avait écrit auparavant et qu’elle ne s’expliquait point comment l’idée lui était venue de l'informer de son accident à peine celui-ci arrivé.
Elle reçut une nouvelle lettre le mardi sui vant, en réponse à la sienne du dimanche, dans laquelle M. O. exprimait sa stupéfaction de ce qu’elle ait pu avoir connaissance de l’accident à l’heure même où cela était arrivé, et il demandait des explications.
Ce fait de lucidité me paraît doublé d’une action télépathique inconsciente de la part deMUe B. pendant l’hypnose ou bien pendant qu’elle lui écrivait, et qui avait amené M. O. à lui écrire à son tour. J’ai eu l’occasion, quelques mois plus tard, de faire
56 l’initiation la connaissance de M. O. à Bruxelles, et il m’a con firmé que jamais il n’avait écrit à M"e B. avant cette affaire et qu’il ne comprenait encore pas comment l’idée lui était venue de l’informer de ^accident. M. O. ne pouvait même pas s’expliquer comment il avait eu connaissance de l’adresse exacte de M1,e B. à Gand, ne se rappelant pas en avoir été informé; maisM. O. savait la jeune fille à Gand.
Pendant son séjour à Gand, je fis avec Mlle B. d’autres expériences de lucidité, entre autres la suivante : Après l’avoir endormie, comme d’habitude, je la priai de voir sa mère et de me renseigner très exactement sur ce que sa mère faisait.
Mlle B. me dicta en substance ceci : « Ma mère se trouve dans la cuisine, elle essuie des verres ; voilà qu’elle sort, elle va dans l’atelier à papa — c’est drôle, jamais elle n’y va! — elle parle à papa; tiens ! elle demande la clef de ma chambre à papa ; elle sort de l’atelier, elle monte au premier, elle entre dans ma chambre, elle ouvre ma boîte à ouvrage; elle y prend la clef de la chambre du second ; elle monte, elle entre dans la chambre, elle ouvre l’armoire, elle y prend son manteau de fourrure, elle le regarde, elle dit: C’est dommage ! elle dépose le manteau sur le lit.
Ici j’interrompis MIIe B. et la réveillai. Mlle B. écrivait dans la soirée même à sa mère en lui demandant si elle avait fait ce jour-là ce que je viens d’écrire, et surtout si elle avait visité son man teau de fourrure, si elle avait trouvé dans celui-ci des mites et si elle se souvenait d’avoir exprimé son regret en disant à haute voix : C’est dommage! M“** B. mère a confirmé tout cela, excepté les paroles
PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES 5'] qu’on lui prêtait, ne pouvant pas affirmer que réel lement elle avait donné à sa pensée l’expression verbale. Un soir, ayant été invité à dîner chez la famille X., on désirait des expériences hypnotiques, auxquelles Mlle B. voulut bien se prêter. L’idée m’était venue de tenter un essai d’un autre genre. Mme X. avait à son service une bonne flamande sachant relativement bien le français.
Cette bonne était une fille de campagne, âgée de dix-huit ans, petite, grosse et grasse, tempé rament lymphatique, esprit très lourd. Je lui deman dai si elle voulait se laisser endormir.
Sur son consen tement, je la mis en sommeil très promptement, puis aussitôt j’endormis MIle B. ; ensuite je fis à Mlle B. la suggestion suivante : Lorsque vous serez réveillée, vous ne serez plus Mtle B,, mais vous serez un jeune homme anglais (M1Ie B. ne savait pas l’anglais), appartenant à une très bonne famille, et vous allez assister au bal de la cour de Bruxelles.
Vous y ferez la connaissance d’une demoiselle avec laquelle vous allez danser, et pendant le repos vous vous promènerez avec elle dans le salle, et vous tiendrez une conversation très animée.
N’oubliez pas que vous êtes anglais et que vous parlez très mal le français. — A la bonne j’ai fait cette suggestion : « Lorsque vous serez réveillée, vous ne serez plus la bonne de Mnie X., mais vous serez une demoiselle appartenant à la noblesse du pays, et vous allez assister au bal de la Cour de Bruxelles.
Vous y ferez la connaissance d’un jeune anglais très bien, qui vous invitera à danser et avec qui vous vous promènerez entre temps. — Je remis entre les mains
58 l’initiation de M110 B. une assiette en guise de chapeau claque, puis je la réveillai ainsi que la bonne.
Je passe le récit delà scène du bal, qui était jouée par les deux actrices improvisées avec une maëstria vraiment extraordinaire (une dame touchant le piano marquait l’orchestre), et je ne veux retenir qu’un point essentiellement important : C’est que Mll0B., dans ses causeries avec la bonne anoblie, parlait le français aussi mal et d’une façon aussi drôle qu’un Anglais qui ne l’aurait appris qu’au collège ; par contre elle assaisonnait sa conversation à chaque instant avec les expressions et les phrases les plus caracté ristiques en parfait anglais, surtout en faisant à demivoix les réflexions les plus drôles au sujet de sa com pagne.
J e répète que Mlle B. ne connaît pas du tout l’anglais. Mlle B. m’avait accordé une séance pour le lende main à l’effet de tenter une expérience d’un genre spé cial : la prédiction de l’avenir. Après l’avoir plongée dans un sommeil profond, je lui posai, entre autres, quelques questions me con cernant personnellement. Je dois mentionner ici que j’étais à la veille de me marier, et de m’établir.
Mlle B. me disait que je ne m’établirais pas encore ; que le mariage n’aurait pas lieu, et cela pour telle et telle cause ; que j’avais un ami avec qui je voulais faire une affaire (de m'établir) ; qu’il ne fallait rien faire avec cet homme, qu’il me porterait malheur, etc., etc. Ces pré dictions se sont pleinement confirmées peu de temps après. Gustave Bgjanov.
ASTROLOGIE KABBAL1ST1QUE 59 La tradition nous enseigne l’existence de génies veillant sur l’homme pendant son passage sur cette terre, mais cette conception se formule difficilement en l’esprit de quelques-uns ; aussi les voit-on errer entre une irréalité complète et une existence anthro pomorphique. Avant de fournir le moyen de les con naître, qu’on nous permette de présenter quelques explications tirées des vieux maîtres occultes.
Le Dogme formulé si magnifiquement par Eliphas Lévi, du Verbe créateur de l’homme, telle est la source des développements futurs et en même temps de l’exis tence de ces génies. Ainsi qu’il fut enseigné en une admirable peinture de l’évolution de l’être posthume, par ses aspirations et par ses désirs l’homme s’entoure continuellement d’idées vivantes, constituant son idéal et formulant son exact état d’âme.
Par là se forme cette puissance, résultat d’une existence humaine, qui devra se dé ployer en une autre vie et à l’exercice de laquelle pré sidera un génie. 11 dépend de notre âme que cette puissance nous rapproche de la vie instinctive ou nous élève au con traire dans les sphères de l’intellectualité pure, car l’idéal dirigera en une existence prochaine vers le plan convenant exactement à la réalisation des désirs dont il fut créé.
6o l’initiation Cette toute-puissance se manifeste très lumineuse ment dans les anciennes mythologies, et lorsque, d’après la métempsycose,les anciens enseignaientque la forme nouvelle correspondait aux aspirations d’une existence passée, réincarnant par exemple dans le corps de bêtes féroces ceux qui s’abandonnaient à une colère aveugle, le sens de ce symbole était clair pour ceux qui savaient débarrasser du voile la vérité enclose en leurs fictions.
Nous pouvons donc apercevoir les actions réci proques de l’âme et de la puissance de l’idéal et en tirer la marche à suivre en cette vie ; cependant il est un arcane se rattachant davantage à la magie cérémo nielle et dont nous allons exposer le mystère.
Notre génie est le principe immédiatement supé rieur à celui dans lequel nous agissons, et, d’autre part, au dire des sages, nous pouvons par un ardent désir, à l’aide de certains rites et cérémonies, l’atteindre et fusionner avec lui. Telle est la base en effet de toutes les invocations et de toutes les pratiques en cette voie.
Nous croyons avoir suffisamment parlé pour préparer la route aux développements personnels; aussi allonsnous présenter la pratique traditionnelle pour arriver à la connaissance des hiéroglyphes sacrés, dont le nom d’un génie est formé. Suivant Agrippa les hommes et les œuvres possèdent des génies qui veillent à leur existence.
En effet on conçoit facilement qu’en toute œuvre entreprise il se trouve un instant où passant en réalisation, elle semble naître à la vie physique. Les méthodes suivantes seront donc applicables aux uns et aux autres, ce que
ASTROLOGIE KABBAL1ST1QUE 6l faisaient les anciens à qui nous les devons et Agrippa qui les cite en ses IIIe et IVe livres. Nous croyons devoir présenter tout d’abord l’expli cation de quelques termes et l’exposition de quelques opérations dont l’usage purement astrologique pour rait être ignoré.
Les Arabes nomment hylégiaques les cinq lieux suivants : i° Lieu du Soleil ; 2° Lieu de la Lune ; 3° Ascendant ; 4° Partie de fortune; 5° Lieu de la conjonction ou de l’opposition des Lu minaires ayant précédé immédiatement la naissance.
Les opinions varient un peu à ce sujet, mais nous avons cru devoir préférer celle-ci tant à cause de l’im portance des lieux choisis que de la renommée de ceux qui la professent, parmi lesquels nous citerons Schonerus (i) et Alchabitius (2). Enfin, par Almutel on entend la planète qui pos sède le plus de dignités, en l’un de ces endroits et dans le lieu qu’il occupe dans la figure et dans le jour et l’heure de la nativité.
Voici comment se comptent ces dignités : Au maître de la maison..................... 5 dignités — de l’exaltation.................. 4 — — de la triplicite.................. 3 — — du-terme.......................... 2 — — de la face.......................... 1 — 1) Schonerus J., De Judiciis nativitatum. 2) Alchabitius, Opus ad scrutanda, etc.
62 l’initiation A la Planète en maison .. ■ I, 12 dignités. — — X, 11 — — — VII, IO — — — IV, 9 — — — XI, 8 — — — V, 7 — — — II, 6 — — —■ IX, 5 — — — VIII, 4 — — ■— III, 3 — — — XII, 2 — — — VI. ï — Enfin 7 dignités à la Planète qui gouverne le jour ou la nuit de la nativité et 6 à celle qui gouverne l’heure.
Connaissant ce qui précède, la première opération consiste à dresser la figure du ciel pour Pheure de la naissance, ou pour celle du début d’une entreprise. Après quoi on projette depuis l’ascendant, par tous les degrés et selon l’ordre des signes, les lettres hébraïques.
On examine alors quelles sont celles de ces lettres tombées au-dessus des Planètes considérés comme Almuten, c’est-à-dire possédant le plus de dignités en les lieux hylégiaques, et, les coordonnant suivant l’importance des places qu’elles occupent, on en forme le nom du génie.
Cette méthode étant renversée, c’est-à-dire le point de départ de la projection étant fixé à l’occident et le mouvement ayant lieu contre l’ordre des signes, four nit le nom du mauvais démon. Certains portent leur attention sur les quatre points
ASTROLOGIE KABBAL1STIQUE 63 du ciel et réunissent les lettres tombées au-dessus des Planètes, qu’un examen antérieur ja indiquées comme possédant le plus de dignités en ces lieux. Là aussi le nom se forme d’après un ordre indiqué par le plus ou moins de mérite des Planètes envisagées. Cependant ces opérations s’adressent plutôt à celui qui, ayant obéi à la fatalité, cherche cependant à connaître les conséquences d’un acte aveuglement produit.
Le sage connaît les influences des cieux sur notre monde sublunaire et sait en prévoiries qualités dans l’avenir, quelque éloigné soit-il. La science lui fait connaître l’instant propice où régnera l’accord le plus parfait entre l’influx des mondes supérieurs et les besoins de l’œuvre à réaliser.
Aussi choisit-il son heure longtemps à l’avance et lorsqu’il permet à son idée de revêtir une forme, il est tranquille, car il n’ignore pas que les Planètes les plus favorables vien nent saluer sa naissance. Pour lui il n’y a donc qu’à réunir les lettres correspondant aux Planètes qu’il a su choisir et à les grouper suivant l’importance qu’il voulut bien accorder à ces dernières.
Avant de terminer je citerai encore une méthode, basée sur les lieux hylégiaques. Ces lieux étant déter minés, on projette depuis le Bélier, par tous les degrés du Zodiaque et selon l’ordre des signes, les lettres hébraïques. On forme alors le nom du génie en recueil lant les lettres qui viennent tomber aux degrés des dites places dont le plus ou moins de dignité sert à les classer. Cette opération, faite depuis la Chèvre et contre l’ordre des signes, fournit, en coordonnant les lettres
l’initiation 64 tombées au-dessus des points opposés aux lieux hylégiaques, le nom du mauvais génie. Pour conclure, nous ferons observer que les traités laissés par les anciens sur ce sujet sont innombrables; aussi notre but ne pouvait être que d’en présenter une faible partie en l’accompagnant des enseignements astrologiques nécessaires ; puisse-t-elle éveiller en quel ques-uns le désir d’en apprendre davantage et les en gager à profiter de ce point d’appui tout-puissant accordé par Dieu à la foi et à la volonté du juste pour lui permettre de s’élever dans les régions lumineuses où brille, dépouillée du voile des subjectivités, la lumière une de la vérité éternelle. Haatan .
PARTIE LITTÉRAIRE Dans l’humble cimetière où gît, parmi les fleurs, Ce qui fut ton corps doux et frêle, ô mon amie. Mon regard attristé n'est plus mouillé de pleurs ; Ma douleur qu'a bercée une longue accalmie N’évoque plus dans les ténèbres du tombeau Ta chère tête brune à jamais endormie ; Mais toujours devant moi brillent — double flam beau — Tes beaux yeux dont la Mort éteignit les prunelles, Et qui se sont rouverts sous un soleil plus beau ; Car la Mort n'atteint pas les choses immortelles : La tombe peut garder tes ossements glacés, Ce qui fut Toi vraiment a maintenant des ailes. C’est pourquoi tes regards ne sont point effacés. Puisque dans tes regards transparaissait ton âme ; Et je les vois encore ainsi qu'aux jours passés. 3
66 l’initiation La cendre inerte est là sous mes pieds; mais la \ flamme Subtile, obéissant à la divine Loi, A fui le corps raidi que le néant réclame. Et voici qu’à présen t; lorsque je pense à toi, Comme aux jours d'autrefois je te revois vivante Au ciel intérieur que chacun porte en soi.
Mais si le noir cercueil dont l’homme s’épouvante N’a qu'un peu de poussière et ne te contient plus, Je n’en souffre pas moins de te sentir absente ; Car tandis que je songe aux printemps révolus Et que de l'infini je soulève les voiles, Dans l’éther radieux d’où nous sommes exclus Ton âme suit là-haut le chemin des étoiles. Charles Dubourg.
Légende du XIVe siècle Le lundi 17 janvier i3&2, le soleil éclairait joyeuse ment la bonne ville de Paris. Au co.in de la rue des Ecrivains et de la rue Marivault se dressait une maison élevée d’un seul étage. Au rez-de-chaussée une boutique d’écrivain attirait le regard par les manus crits superbement enluminés, exposés aux deux fenêtres qui trouaient la muraille à hauteur d’appui ;
NICOLAS FLAMEL 67 au premier étage, les vitraux d’une large baie, enca drée de bois apparent, étincelaient au soleil. A pre mière vue, cette maison était celle d’un bourgeois aisé, et rien, à l’extérieur, ne révélait les pratiques démo niaques qui, au dire des commères du quartier, se passaient au dedans.
Devant la boutique, quelques pauvres hères se pres saient aux croisées encombrées de manuscrits, suivant attentivement le travail de jeunes artisans occupés,les uns à copier des ouvrages anciens, les autres à faire les dessins des enluminures, d’autres encore à colorier d’or et de vermillon les parchemins déjà zébrés de grosses lettres gothiques. ■ Dans la rue, au clair soleil d’hiver, de nobles sei gneurs, montés sur de beaux chevaux recouverts de housses multicolores, précédés ou suivis de pages portant sur leurs poitrines les bizarres armoiries bariolées : des culs-de jatte se traînant et demandant l’aumône, des escholiers joyeux lutinant les petites bourgeoises au nez de leurs époux, au grand esclaffement des manants : des marchands ambulants ; des hommes d’armes : une exubérance de vie contrastant singulièrement avec le calme qui planait dans la chambre sise au-dessus de la boutique de l’écri vain.
Là, le maître de céans, Nicolas Flamel,etsa femme, dame Pernelle, surveillaient, assis près de la grande baie vitrée, un athanor chauffe par une petite lampe à huile. Une grande table, au milieu de la pièce, était chargée de vieux manuscrits, de fioles de formes bizarres, de creusets et de matras, les uns vides, les
68 L INITIATION autres à moitié remplis de liquides de diverses cou leurs. « Nous serons bientôt à la fin de cette expérience, disait à sa femme Nicolas Flamel. Encore deux jours et deux nuits et j’aurai peut-être enfin trouvé ! Mais la matière que j’ai choisie est-elle bien le mercure des Philosophes, dont le symbole est si merveilleuse ment peint en la première des figures du livre d’Abraham le Juif ?
Combien de fois déjà ai-je cru arriver au but de mes recherches, alors que j’étais encore dans les ténèbres ! Et pourtant, je crois avoir déchiffré ce livre magnifique que Canche— Dieu ait son âme — avait commencé de m’expliquerlorsque, si malheu reusement, il est mort avant d’avoir pu tout me dé voiler.
Qu’importe,si je nesuis pas digne encored’être illuminé! je travaillerai et je prierai » ; et se mettant à genoux — : «Dieu tout-puissant, dit-il, éternel Père de la lumière, de qui viennent tous les biens et tous les dons parfaits, j’implore votre miséricorde infinie ; laissez-moi connaître votre éternelle sagesse ; c’est celle qui environne votre trône,qui acréé et fait, qui conduit et conserve tout.
Daignez me l’envoyer du ciel, votre Sanctuaire et du Trône de votre gloire, afin qu’elle soit et qu’elle travaille en moi, car c’est elle qui est maîtresse de tous les Arts célestes et occultes, qui possède la science et l’intelligence de toutes choses.
Faites qu’elle m’accompagne dans toutes mes œuvres; que, par son esprit, j’aie la véritable Intelligence ; que je procède infailliblement dans l’art noble auquel je me suis consacré, dans la recherche de la miracu leuse pierre des sages que vous avez cachée au monde,
NICOLAS FLAMEL 69. mais que vous avez continué au moins de découvrir à vos élus ; que ce grand œuvre que j’ai à faire icibas, je l’achève heureusement ; que, content, j’en jouisse à toujours ! Je vous le demande, par JésusChrist : la pierre céleste, angulaire, miraculeuse et fondée de toute éternité, qui commande et règne avec Vous. » « — Mon ami, répondit dame Pernelle, tu te con sumes inutilement dans cette expérience chimérique.
Mainte et mainte fois déjà tu t’es cru sur le point de parfaire le grand œuvre ; jamais tu ne produiras autant d’or alchimique que ta boutique d’écrivain te rapporte d’argent en un seul jour. C’est à peine si, maintenant, tu te montres par-ci par-là, quelques minutes, au milieu de tes scribes! Ils se doutent des essais que tu tentes en vain ; ta conduite s’ébruitera et cela nuira à ton commerce de manuscrits et d’en luminures.
Pourquoi courir après ce fantôme que tu poursuis sans l’atteindre au lieu de t’adonner à aug menter encore le nombre des seigneurs qui te confient leurs ouvrages à copier, et des évêques qui te donnent leurs missels à enluminer? » « Ne blasphème pas, femme, interrompit Flamel, le but que je poursuis est beau, et, si les ignorants nous traitent de sorciers, Dieu nous protège et nous seconde dans nos recherches.
Regarde; l’opération suit son cours comme il est indiqué dans le livre pré cieux d’Abraham le Juif. La couleurnoire,—la tête de corbeau, — peinte dans la première figure de ce livre, indice de la putréfaction, s’est montrée, il y a déjà quelques semaines, dans l’œuf philosophique, et, vois,
l’initiation 70 la noirceur peu à peu disparaît ; bientôt nousverrons apparaître la blancheur parfaite. Mais va-t-elle se montrer, cette couleur que je m’attends à voir depuis si longtemps, hélas ! sans résultat? » Dame Pernelle ne l’écoutait plus. Soudain une vio lente explosion retentit. L’œuf philosophique a éclaté renversant le dôme de l’athanor, éteignant la petite flamme de la lampe.
Nicolas Flamel est consterné : sa femme le regarde d’un air narquois, mais l’alchimiste ne la voit pas : lentement, presque craintif, il ramasse un éclat de l’œuf. A peine l’a-t-il examiné qu’il pousse un cri : des fragments de matière blanchâtre adhè rent au verre. Anxieux, Flamel réunit une certaine quantité de cette matière blanche. Il prend un creuset, y verse du mercure, et fait chauffer sur le fourneau que sa femme allume fièvreusement.
Il projette la matière blanche et coule le contenu du creuset sur un marbre ; la masse de métal se refroidit rapidement et se fige : c’est de l’argent ! Dame Pernelle et Nicolas Flamel tombent à genoux et remercient Dieu ! Saint-Fargeau. Quel rayon pour l'histoire, au monde quel tableau! Deux peuples dont les noms ont l'éclat du tonnerre, Qui se tendent la main dans cet espoir si beau Du triomphe de paix faisant trembler la guerre.
l’étoile polaire 7i Deux peuples confiants en la voix de leur cœur Pour dominer les temps à l’angoissant problème, Deux peuples recueillis contenant la rumeur De l'Europe orageuse et lançant l’éclair blême.
De l’Europe entraînée au déluge de sang Sous le joug du César enivré de sa force, De l’Europe irritée et se sentant au flanc La morsure d’acier de l’aiguillon féroce, Mais l’aigle à l’œil perçant du colosse du Nord Se joint au pavillon des trois couleurs sacrées.
El l’Europe éblouie au jour des fêtes d'or Inscrit celte alliance en ses grandes journées A l’heure quand lu pris la barre dans tes mains Du vaisseau de l’Etat brillait l’éclair terrible, Dans le noir horizon, seul, debout, invincible (i) Sur les flots insensés fixant tes yeux sereins, Tu fis marcher ton œuvre au droit indestructible.
L’éclair s’évanouit, l’horizon s’éclaira, Le vaisseau remonta le courant de l’abîme, A travers l’océan vers l'avenir sublime, En maîtrisant les flots le vaisseau géant va' Immuable et portant ses mâts comme une cime. Les yeux des nations se sont tournés vers toi Pilote de génie, œil de la Providence Et !
Etoile polaire est phare d’espérance, Luit Etoile polaire, Etoile de la foi Sur le grand océan au port de l’alliance. (i) Nom du vaisseau sur lequel l’empereur Alexandre fait ses traversées maritimes.
l’initiation 5® Mais si le violent Teuton foulant du pied La raison, le premier prend le fouet de la guerre; Si son bec de vautour veut percer la visière Du colosse du Nord, frapper frère allié. Le vaisseau levant l’ancre ébranlera la terre. Olga de Bézobrasow.
Ialta, Crimée, octobre i8g3. ylsszs à mon balcon, j’entendais dans la rue Des bruits de pas, des voix, un roulement lointain ; Une étrange rumeur par bien des sons accrue, S’élevant dans les airs et s’apaisant soudain. On allait, on venait, partout était la vie, Ses aspirations, ses douleurs, ses plaisirs ; Sa soif de l’inconnu, toujours inassouvie Et son puissant effort vers d’éternels désirs.
Ainsi qu’en l’océan mille vagues mouvantes Surgissent à la fois aux rayons du soleil, S’élevant, s’abaissant, sombres, étincelantes Mêlant des flots d’azur à des flots de vermeil; De même sous mes yeux, passait la foule humaine Où chacun d’entre nous, créature d’un jour, Prend son rang, se débat et se meurt, l’âme pleine De désillusions, de regrets et d’amour.
FIN DE SABBAT 73 De nos maux, si nombreux, le travail seul console En occupant l’esprit et rassurant le cœur ; On apprend à lutter, étant à son école Et le prix du combat rend la paix au vainqueur. Le travail aide l’homme à dompter la matière En le disciplinant lui-même pour le Bien: C’est le devoir de tous, c’est presque une prière Car de tous nos progrès, c’est l'unique soutien.
Que l’on fait de travaux dans le sein d’une ville Du lever de l'aurore à l’approche du soir! Que de projets aussi dont la trame fragile Ne résistera pas aux assauts du savoir! Assis à mon balcon, voyant passer la foule, Je me disais : Là-bas, sur le pavé vibrant Où tant d'activité se présente et s’écoule, Une Force se meut, et le spectacle est grand ! J. DE TaLLENAY.
VISIONS MYSTIQUES Les démons, les sorciers, les vampires, les goules Célèbrent cette nuit le grand sabbat : Minuit ! Oh ! vois le cimetière envahi par leurs foules ; Un vieux bouc préside à leur funèbre déduit. ' Cette tète de mort, qu’on appelle la lune, Chante dans le ciel noir les cantiques maudits.
l’initiation 74 Et le moine bourru, vêtu de bure brune, Enivre de sang chaud des prêtres interdits. Des diablotins cornus, se tirant par la queue, Sous un saule-pleureur balancent un pendu. Sur la mare voltige un follet, lueur bleue Qui fuit et qui poursuit le danseur éperdu.
Parmi les croix de bois le fossoyeur titube Mêlant son chant d’ivrogne à ces charivaris, L’enfant de chœur se livre aux baisers du succube Sur les ossements blancs et les cercueils pourris. Seul un squelette esquisse une danse macabre Et ses os en sifflant se heurtent, sonnent creux : Il s’élance, s’arrête et pirouette et se cabre. Et la chouette pleure en le ciel ténébreux.
L’ange déchu, pressant la vierge polluée, Assouvit ses désirs d’infernales amours, Et les oiseaux de nuit, tournoyante nuée, Vont glaner dans le sang les restes des vautours. Les tombeaux profanés, tout grouillants de vermine Laissent voir la hideur des cadavres rongés: Les jeunes ont des yeux crevés que le ver mine. Ils riont que deux grands trous pleins d’ombre les âgés Mais déjà le jour point, dissipant les fantômes.
Tout tremble et se dissout. Spectres évanouis N’ont laissé derrière eux qu'un nuage d’atomes Dansant dans le soleil à nos yeux éblouis. Ivan Dietschine.
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ESOTERIQUES f-NBÉPÊHBANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES Quartier général. — Les conférences mensuelles du Groupe se poursuivent avec le même succès maigre' le mauvais temps. Tous les mercredis ont lieu les réunions des officiers du Groupe et ces réunions sont des plus fructueuses pour la propagande de nos doctrines. _ groupe n°4 Séance du g décembre i8g3.
De même que celle du 4 novembre dernier, notre séance du g décembre courant, à laquelle assistaient les mêmes personnes, se divise en trois parties qui, comme on le verra tout à l’heure, ont présenté un intérêt tou jours croissant.
Avant d’en faire le compte rendu, il convient de dire que le chef de notre groupe invité par l’esprit familier L... —avec lequel il est presque quotidiennement en rapport au moyen de l’écriture médianimique — à aug menter l’attirail des objets utilisés pour les manifesta tions, d’un second timbre à sonnerie et d’une seconde boîte à musique, s’était empressé de déférer à ce désir. Nous en avons été largement récompensés.
En effet, la séance était à peine commencée que les deux boites à musique se mettent à jouer simultané ment ; les deux timbres carillonnent à leur tour et leurs vibrations répétées forment une sorte de mélodie à la quelle succède bientôt le chant du petit jouet« imitation du rossignol » déjà entendu le 4 novembre. De même qu’alors ce jouet se livre « en chantant » à une promenade aérienne au-dessus de la tête des assis tants. Enfin, de petites balles en celluloïd posées dans une
l’initiation corbeille sont projete'es vers quelques-uns d’entre nous ; un tambour de basque est violemment lancé à terre. Ce fut tout pour la première partie. Deuxième partie Une grande table ronde à six pieds suffisamment éloi gnée pour qu'aucun de nous puisse l’atteindre semble tirée en divers sens.
Les objets qui y sont déposés sont pour ainsi dire frôlés par une main qui cherche à faire choix de celui à l’aide duquel se manifestera la présence de l’invisible. Tout à coup, deux crayons sont brisés et leurs débris lancés sur le parquet.
Des fleurs qui étaient placées dans un porte-bouquet sont, dans le même moment et par un mouvement divergent, envoyées à deux dames placées du même côté de la salle des séances,mais aux deux angles opposés de ce côté. Puis, un grand bruit — la chute d’un corps pesant sur la table. — A ce bruit succèdent des crépitements aériens, signal fréquemment usité par l’es prit L... Notre attention redouble.
Du centre même de la table ci-dessus désignée surgis sent des pointes lumineuses.
Ces pointes, au nombre de deux, par instants trois, et longues de trois à quatre centimètres, présentent une lueur centrale assez vive entourée d’un nimbe ; elles se meuvent à l’entour des divers objets qui agrémentent la surface de la table ; elles s’élèvent, s’abaissent, vont, viennent ou demeurent un moment auprès des boîtes à musique pendant que celles-ci se font de nouveau enten dre, soit encore auprès des timbres dont les sonneries résonnent, soit enfin à côté d’une sonnette qui est vive ment agitée dans l’espace.
Les pointes fulgurantes disparaissent ; la table, mue par une vigoureuseimpulsion, est en quelque sorte trans portée à l’extrémité de la salle. L’esprit familier demande que l’on fasse de la lumière. Nous constatons alors un phénomène qui nous comble de joie. C’est un apport. Sur la table auprès du porte-bouquet renversé est une pierre ou plutôt un galet de omio de largeur sur orai5 de
GROUPE INDÉPENDANT D ETUDES ÉSOTÉRIQUES 77 longueur (son poids constaté depuis est de y5o gram mes), venu on ne sait d’où. Ce galet, qui devait être utilisé par son possesseur comme presse-papiers ainsi que l'indiquent les taches d’encre dont est sillonnée sa surface inférieure est enjo livé sur toute l’étendue de sa surface supérieure d’une peinture représentant deux navires quittant la rade.
C’est l’arrivée de cet apport qui tout à l’heure avait produit ce bruit violent dont nous avions été si profon dément émus. Prié de faire connaître la provenance du galet, l’esprit répond (par l’écriture médianimique) qu’il a pris cet objet chez une ennemie du spiritisme. Il n’en veut pas dire davantage. Troisième partie Nous laissons toutes choses en l’état et nous replaçons dans l’obscurité.
Deux ou trois minutes sont à peines écoulées que nous entendons, en même temps que le frôlement déjà perçu dans la seconde partie de la séance, un bruissement sem blable à celui que fait une plume dirigée par la main qui la fait écrire. Ce bruissement se produit sur la table, alors éloignée de plus de deux mètres de chacun des as sistants. Il cesse bientôt et la table est violemment rame née vers les membres du groupe.
Le crépitement aérien se fait alors entendre de divers côtés et dicte ces mots : « Boîte rouge », puis : « Lu mière. » Nous cessons la séance obscure. Sur la table est une boîte oblongue en carton, ayant contenu des croquettes. — Cette boîte, rouge, utilisée comme support temporaire d’un tambour de basque qui y repose encore, ne révèle, extérieurement du moins, aucune particularité intéressante.
On l’ouvre, et nous y trouvons surmontée du signe mystique ci-dessus reproduit la communication suivante rédigée et tracée en quelques instants par l'invisible luimême, comme preuve irréfutable de sa présence parmi nous.
78 l’initiation Copie de la lettre apportée par l’esprit qui se présente sous le nom de Lureau. Séance du g décembre iSg3 « Répondant à l’évocation que je perçus à travers l’éther des mondes et qui me venait de notre allié spirituel Adrien François, je me rendis au sein de la réunion où son désir m’appelait. Toutes les personnes présentes anxiétaient au milieu de ce que les humains vivants nomment obscurité.
« Déjà le spirite plus haut désigné et dont la force médianimique réside surtout dans la facilité que nous trouvons à nous en servir au moyen d’écriture, avait rempli diverses feuilles de présages ou de conseils, tout cela était signé du nom que je me plais à prendre poul ie visiter, le conduire, l’exhorter, le conseiller et remplir près de lui la mission que Dieu et de plus bienheureux que moi veulent me confier.
Car dans ces mondes, la loi que celui qui fut, est, et sera reste immuable: Caritas, caritasque semper : « Si quoique non présent, j'inspire l’astralité de son corps et la spiritualité de sonarne, ne vous étonnez point : une extraction de ma pensée reste en lui, car je dois le guider dans vos ténèbres pour lui montrer, quand son heure sonnera au carillon de l’immortalité les lumières, bienheureuses où, à leurs divers degrés, se meuvent les esprits de tous les mondes.
« L’endroit où je vins m’était connu, et à travers leurs revêtements corporels et passagers, je saluai du nom d’amis les esprits présents, qui se purifiaient dans la douleur terrestre. « Un autre esprit était là, veillant. 11 est connu ici sous le nom de Marie : c’est tout ce que j’en puis dire, le respect ne m’a pas permis encore de m’élever jusqu’à lui ; plusieurs auréoles nous séparent et sa personne est vénérée. « Quelqu’un d’ici m’est cher.
Sans cette personne,il me serait difficile de me manifester, car sa force m’est néces saire et l'Eternelle Puissance la-protège. Et je suis satisfait du respect dont elle est entourée. Son âme est grande
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ESOTERIQUES 7g mais l’enveloppe en est frêle et moi-même m’arrête ou m’abstiens quelquefois. « Je poursuis, mais remerciez celui qui permet que je vous communique ces choses : Beati quos juvat Deus !
« A la demande d’Adrien François ou de ma propre’ inspiration, je fis mouvoir les objets qui e'maillaient la table ; j’en tirai des sons, et de temps à autre, soit par des cliquetis aériens ou des déclanchements rythmiques du guéridon, j’indiquai ma volonté. « Ces diverses manifestations, déplacements d’objets, sons, jets de fleurs, bris de deux crayons, sont peu importantes pour nous, et je n’en fais pas autrement rela tion.
« Dans la deuxième partie de cette séance, j’ai posé sur la table une pierre peinte et tachée. « Mais il m’est rarement permis de faire plus. L’esprit que j’ai déjà nommé se réserve les plus hautes missions ; je m'incline,c’est l’ange de cette demeure et c’est lui qui m’a inspiré les pensées dont je vous fait part,c’est lui qui, tout à l’heure, s’est promené sur la table en pointes ful gurantes.
« Priez pour nous et espérez: car le domaine occulte ne vous est pas fermé, peut-être verrez-vous de belles choses dont la grandeur vous effraiera. « Nous convainquons les hésitants, corrigeons les rail leurs, protégeons les croyants, maisfuyons les imbéciles. « Lureau ».
Le papier de cette lettre, qui sera communiquée en original aux officiers du groupe ésotérique, est d’une grande finesse : les caractères sont fermement tracés et parfaitement lisibles. Tout commentaire serait superflu.
Dans les circons tances où elle nous a été donnée et eu égard tant au caractère élevé des révélations qu’elle contient qu’aux phénomènes qui l’ont précédée, cette communication dissipe pour nous toute espèce de doute touchant l’exis tence d’un monde supra-terrestre. L. François. Remarque : Aucun cas de sommeil magnétique n’a été constaté au cours de cette séance. — On ne fit pas la chaîne.
8o l’initiation Extérieur. — La section Ram de notre branche Kutnris nous a communiqué des cahiers synthétiques de gra phologie, conçus selon une méthode parfaite d’exposi tion logique. — Dans notre prochain numéro nous par lerons du nouveau local de Kumris. Parmi les branches nouvellement fondées, rappelons celle de Blois et une toute récente dont notre ami Mauchel a jeté les fondements à Beauvais.
Deux postes de correspondants à Moulins (Allier) et à la Roussière (Vendée), une nouvelle société adhérente : l’Unité-TriUn à Alger, tels sont les accroissements de ce mois. ★ ¥ ¥ Notre dévoué délégué général, M. de Thomassin, fonde au 15 de ce mois un nouvel organe ésotérique : Lux cum Tenebris. Souhaitons qu’il sache se mettre à l’abri des atteintes de la médiumnité intellectuelle, qu’il sait si courageusement combattre.
Notre délégué nous signale aussi comme l’œuvre le plus important occultiste, publié en Allemagne depuis longtemps, le livre de M. Kiesewetter, Faust in der gescliichte und Tradition, Mitbesonderer Beruciksiciitigung des occulten Phœnomenalismus und des mittelalterlichen dauber wesens. Anhang : Die Wagner sage und das Wagnerbtich (Leipzig, Max Spohr, 189c, XXIII et 56/ PP-)- M. Kiesewetter est peut-être le plus grand occultiste d’Allemagne.
11 a hérité de son père une biblio thèque très curieuse de livres très rares sur la magie, la kabbale, l’ordre de Rose Croix, etc. Dans son livre sur Faust, il a colligé tout ce qu’il pouvait trouver sur le caractère historique du mage célèbre, sa vie, ses exor cismes, sa magie pratique, sur la théurgie, nécromantie et crystallomantie, sur Fausto Hoellenzwang, sur 1 his toire de Wagner, le mage Jeronimo Icotto, les mages Johannes Teutonicus et Péladine.
Ses parallèles de la dæmonologie kabbalistique avec ce Hoellenzwang sont du plus grand intérêt. L’explication, que M. Kiesewetter donne du problème de Mèpliistophélès, qu’il regarde comme une partie du sujet transcendantal de Faust, personniliée dans l'hypnose, est une preuve de la pro fonde érudition de ce maître occultiste dans les matières
COURRIER BIBLIOGRAPHIQUE 8l psychologiques. Nous recommandons vivement ce livre à tous nos amis du G. E. « K $IBLI06RAPHIQD£ Dialogues entre de grands Esprits et un vivcint, par Amédée H., Simonin, officier d’infanterie, démissionnaire au coup d’État du 2 Décembre 1851 (sic).
Si nous étions des occultistes dans le sens sectaire que nos adversaires attribuent à ce terme, nous ne pour rions que nous réjouir de l’apparition du livre de M. Simonin, qui démontre que Crookes a toujours pro testé avec énergie contre la qualification de spirite (spi ritualist en anglais), qu’on a voulu lui attribuer; mais nous considérons l’avenir des idées spiritualistes (sans étiquette d’école) comme supérieur à toutes ces ridi cules querelles de sectes et nous constatons avec peine que ce livre est appelé à faire un tort considérable à tous les travaux sérieux.
Sous prétexte d’interroger la Vierge Marie et M. Thiers, Platon et Loyola, saint Vincent de Paul et Mahomet sur la valeur de ses oeuvres, M. Simonin, qui se donne avec modestie comme le seul psychologue du xixe siècle, ne s’aperçoit pas qu’il faudrait au moins qu’il existât une différence de style ou d’expression entre tous les « chers esprits » venus de contrées si diverses qui sont le produit unique de son imagination, aidée de l’in conscient de ses médiums.
Nous reviendrons sur ce livre pour l’analyser au point de vue psychologique, mais dans le sens medical du mot. P. ¥' ¥ Olga de Besobrazow. — Poussière d'Etoiles. Avec une intro duction par Engogis. i vol., in-18, sur papier teinté. En . vente chez Chamuel, éditeur. Un esprit dont la puissance a pu saisir les grandes évolutions du passé, sans oublier pour cela la précise
82 l’initiation investigation des détails, — qui a pu vivre les vies des races, et qui a su réduire et réaliser en lui-même ces notions vastes et compliquées, — s’est pris d’un coup d’une religieuse émotion devant les souffrances collec tives. Un battement cérébral a fait ciller son regard au spectacle des destinées terrestres, et de cet envoi tout intellectuel ont été produits les nobles vers androgynes de Poussières d'Etoiles.
Je ne redirai pas, après M. Engogis, avec quelle justesse se mêlent « l’admirable clarté de la langue fran çaise et la précision de sa logique, à la vague allure contemplative et à l’abondance touffue des images de la langue slave. » Je veux seulement relever le caractère vraiment philosophique et océulte de l’inspiration de ces poèmes. « Oh ! mon âme, ouvre enfin tes ailes de lumière Pour ce vibrant azur aux flammes d’avenir !
C’est assez d’étouffer au souffle de poussière, D’écouter dans la nuit grincer à chaque ornière Le char de l’Existence au chemin du Souffrir ». Voilà bien le pur enthousiasme intellectuel des as cètes brahmaniques ; foyer lumineux à la clarté duquel vacillent et disparaissent comme de légères fumées les apparences de l’égoïsme et des passions individuelles.
Ce sont ces austères sommets de la pensée, encore plus arides lorsqu’ils sont cachés par les neiges boréennés, que n’a pas craint d’aborder MUe de Bezobrazow. Ils paraîtront sans doute bien froids aux tendres âmes de nos contrées sentimentales, qu’importe?
L’improbation ou l’approbation du public sont choses secondaires; pourvu que la graine germe en quelques rares esprits, le semeur doit se dire amplement rémunéré de longs mois de pénibles travaux. S. * * « Ch. Thomassin. — Jeanne d'Arcs seeliches Leben. Recherches psychologiques et historiques (Extr. de la Revue Nord und Süd). M. Thomassin donne dans cette importante Revue,
COURRIER BIBLIOGRAPHIQUE 83 une réédition considérablement augmentée de sa der nière brochure. J'ai déjà montré avec quelle sagacité il sait faire parler les vieilles archives, avec quel art il sait amener l’esprit de ses lecteurs, des constatations sèches de la science jusqu’aux lumineux enseignements de l’ésotérisme, en passant par les inductions de la psycho-physiologie la plus juste.
Félicitons M. Thomassin de ses travaux qui resteront, j’en suis sûr,au premier rang, dans la nom breuse littérature inspirée par notre héroïne nationale. S. Vie de saint François d'Assise, par Paul Sabathier, i v. in-8°, chez Fischbacher, 1894. Ce volume représente dix années de labeur et, ce qui vaut mieux encore, une existence entière vécue dans le désir du beau, dans la communauté de pensée avec un apôtre du travail et de l’amour.
L’auteur a voulu, dans une impartiale étude, enlever à saint Fran çois d'Assise le clinquent dont le clergé orne si lourde ment ses statues pour mieux montrer un vivant, un frère dont la vie soit un exemple au lieu d’être un idéal, dont la vertu communicative gagne à cette plus réelle simpli cité.
Mais, tandis qu’inflexible l’histoire s’efforce de réta blir une chapelle qui soit en pierre et même lézardée, un moine qui soit un homme et même un pauvre homme, sans cesse l’artiste est obligé de lutter contre l’appari tion des temps qu’il évoqua ; et l’on sent à chaque pas combien l’auteur s’est enivré à l’air de ces siècles fleuris de mysticisme, de charité, idée jeune et que nul culte, nulle classe alors n’avait encore accaparée ni transformée en quelque formule d’usure ou d'égoïsme.
Cette étude avec ses documents, ses tableaux, sa per ception des lois mystiques sous les faits en apparence les plus isolés, c’est plus qu’une restitution plus qu’une justice rendue à la mémoire d’un homme et d’une idée ; c’est une activité rejetée en l'actuel tourbillon des volon tés et des désirs.
L’amour est la véritable clef de l’histoire, nous dit l’historien et cette clef, ce n’est pas seulement celle qui dans le passé va nous ouvrir les siècles avec
l’initiation 84 leurs épopées de fer et de sang, avec leurs décadences tremblant aux invasions ou leurs espérances chantant de la terre fertile aux cieux illuminés, c’est aussi, c’est surtout la clef qui dans le présent nous fait communier avec toute souffrance, toute volonté, tout espoir, et qui donne à la parole du Christ comme à celle de François ce caractère de permanente et immédiate vérité qui n’a besoin ni de preuves — prouve-t-on l’absolue beauté ? — ni même d’adaptation.
Nous avons trop de fois en ces pages reconnu la hauteur de vues et même les connais sances spéciales que donne l’étude des mystiques pour craindre un seul instant que l’auteur s’étonne de nous voir rapprocher son François d’un Buddha ou d’un Parsifal ces simples aussi de la légende — ou de l’histoire ? — qui vont pour guérir méprisant les royales fleurs.
Les symboles, pour devenir des puissances, ont besoin d’être incarnés ; et les souffrances volontairement élues, les sacrifices acceptés sont les préventives sauvegardes du sang humain précieux parce qu’il est aussi le sang du Christ. Faire revivre parmi nous ces visages éloignés et fixer en notre pensée leur ardeur ou leur parole, c’est plus qu’une belle œuvre, c’est l’œuvre. Nous sommes ■heureux de reconnaître un tel ouvrier en M. Sabathier.
Est-il besoin d’attendre qu’un étranger — quel qu’en soit le mérite — traduise cet ouvrage et qu’il nous revienne d’ailleurs pour en apprécier la haute valeur. Nous jugeons mieux nos lecteurs et nous regrettons de n’avoir pas plus souvent d’œuvre aussi remarquable à leur signaler. Marc Haven.
Le Voile d’isis a commencé une série de chroniques d’actualité par Papus; signalons entre autres : Combattre ou édifier, les Jeunes d'après M. Anatole France, le Microbe social, etc. Sédir a donné une profonde étude
REVUE DES REVUES 85 sur ¡’Ornement des Noces spirituelles, de Ruysbrœck l’Admirable ; le DrCzeslaw de Czynski se livre à d’inté ressantes Considérations sur les Phénomènes d’hypnotisme transcendantal; citons encore Microbiologie, par Spes ; une étude remarquablement lumineuse de Marc Haven sur le fonctionnement des Condensateurs astraux, étude de laquelle l’auteur tire des conclusions qui sont presque les lois des conditions de la production de certains phé nomènes ; les Sorciers de Locmaria, où sont habilement groupés nombre de faits curieux recueillis par Delfosse; enfin le Nirvana, conférence faite au Groupe d’études ésotériques, le 8 décembre dernier, par Jules Lermina.
Cet article mérite une mention toute spéciale. L’éminent publiciste pose d’abord les conditions dans lesquelles prennent naissance les différentes religions « et le maté rialisme dogmatique n’est qu’une religion ».
Puis après avoir constaté l’inadmissibilité parla raison des religions fondées sur la révélation et, d’autre part, l’inanité des doctrines positivistes, il dit que la réponse à cette question troublante : « Cette vie est-elle la seule que nous devions vivre ? En a-t-il été, en sera-t-il d’autres ? » la réponse se trouve dans la philosophie bouddhique et peut y être raisonnablement discutée.
Mais précisément, pour pouvoir comprendre et, par suite, admettre cette réponse, il la fallait discuter. » Or la paresse conseillait à l’homme soit d’accepter les théories toutes faites des religions, soit de s’en tenir à la théorie néantiste.
C’étaient là deux solutions précises, nettes, qui débar rassaient l’homme du souci des problèmes, résolus comme par miracle. » Au contraire, « pour apprécier la science nouvelle, il est nécessaire de procéder non plus par vastes synthèses, allant de la création à la fin du monde, mais de suivre analytiquement le processus des forces, depuis leur éma nation du Grand Tout jusqu’au terme de l’évolution, si terme il y a. » C’est cette tâche qu’a assumée Jules Lermina en ce qui concerne le Nirvana. Laissons la parole au confé rencier : Nirvana Il est bien entendu que, dans l’exposé qui va suivre,
86 l’initiation nous acceptons sans les discuter les hypothèses de la Science orientale. Nous admettrons donc, sans chercher à en établir la raison d’être ni la justice, l’acte premier de différencia tion qui a créé la vie, puis cette involution qui est le pseudonyme de la Chute, enfin le passage de l’indivi dualité, de l’Ego à travers les phases de l’existence objective.
La vague de vie a roulé à travers les mondes, les gaz se sont formés, puis se sont condensés, puis les miné raux ont évolué en végétaux, se sont transformés en animaux. Enfin l’étincelle, échappée comme une semence du Foyer éternel, s’est emprisonnée dans la prison humaine dont elle cherche à s’évader.
A la mort de l’homme, l’Ego, comme le captif qui jette derrière lui ses fers brisés, sort, mais meurtri physique ment et moralement.il a contracté pendant cette longue réclusion des maux qui semblent inguérissables et qui constituent ce qu’on appelle son mauvais Karma.
11 est libre, mais en apparence seulement : car il resterait continuellement l’esclave de la souffrance, il porterait éternellement le fardeau des souvenirs, des regrets et des remords, si la nature bienfaisante ne lui accordait le répit d’un long sommeil pendant lequel il éprouve les joies de l’oubli et les illusions des rêves.
En un mot, l’âme humaine, délivrée des liens matériels, mais encore chargée des souillures de la vie terrestre, se débarrasse peu à peu de ce qui n’était pas intimement lié à elle, des tendances et des passions qui n’avaient pas été superficielles ou que d’autres tendances meilleures avaient contrebalancées.
Le corps astral, moule physi que, puis le Corps du désir, Kama Rupa, se dissolvent, et alors l’Ego entre en état de Dévakhan, état de prostra tion extatique, sommeil de l’âme, ne laissant subsister dans la conscience que l’illusion des bonheurs poursui vis et rêvés. La vie de l’homme, de la naissance à la mort, n’est qu’une journée de l’existence totale impliquée à chaque Ego, et séparée, par le repos dévakhanique, d’autres
REVUE DES REVUES —~&7 journées dont l’ensemble constituera la vie normale et complète.
De même que, sur la terre, dans la vie telle que nous la percevons, l’homme, le soir venu, s’endort pour se réveiller le lendemain et pour continuer sa tâche, soit pour parfaire son éducation, soit pour s’élever dans la société; de même l’homme, la mort venue, s’endort dans le Dévakhan pour ensuite s’éveiller et reprendre l'œuvre de son perfectionnement ou plutôt de sa libéra tion définitive.
Tout homme se met au lit avec la responsabilité, latente ou ressentie, des actes bons ou mauvais qu’il a accomplis pendant le jour. A-t-il bien agi, acquis quel que progrès, surmonté quelque difficulté? au réveil il se sentira liais et dispos, armé de santé et de lucidité pour continuer sa route. Supposez, au contraire, un homme qui s’est couché après une orgie; il s’éveillera la tête lourde, le cerveau troublé.
S’il ne réagit pas contre cette dégradation, il tombera de nuit en nuit, de sommeils en réveils, à l’état de brute, sans parler des infirmités qui l’attendent et qui s’aggraveront sans cesse. Ce sommeil, cependant, il pour rait l’utiliser pour son amendement.
La nuit apporte un calme relatif à ses méninges surexcitées; l’ivresse s’est dissipée; on peut dire que chaque matin il rentre dans une vie nouvelle et il ne tient qu’à lui de la faire hono rable et morale. Ce qui pèse sur lui, c’est son acquit, ce que les Hindouistes appellent son karma! mais il ne tient qu’à lui de le modifier, de l’améliorer. Plus le sommeil aura été long et profond, et plus il est apte à se ressaisir.
Ainsi du sommeil dévakhanique. L’Ego s’est endormi, chargé de son Karma. Là aussi viendra le réveil. Après cette longue sédation qu’on évalue à dix ou quinze siècles, l’Ego revient à la notion des choses, chargé du Karma dont la force ne s’est pas diluée pendant ce repos. Il faut qu’il recommence la vie.
Sa forme corporelle et son corps astral s’étant dissous pendant son sommeil, il reprendra une enveloppe humaine, celle pour laquelle ses dispositions karmiques lui donneront une affinité. Malgré la subtilité de ces conceptions, nous y décou
88 l’initiation vrons cependant une logique remarquable et cette règle morale que : meilleure sera le Karma emporté par l’homme en Dévakhan et meilleur sera son sort en réin carnation. Mais ces réincarnations ne peuvent s’éterniser ; elles doivent amener une solution, c’est-à-dire ce que nous appellerions volontiers la mort définitive.
De plus, comme nous admettons que, quelles que soient les vicissitudes des réincarnations, elles finissent toujours par l’amélio ration du Karma, nous arrivons à demander quelle est la fin, quel estle suprême état d’élection. La Science orien tale répond par le Nirvana. Reprenons la vie de l’homme et essayons de nous ren dre compte de la véritable nature des progrès qu’il doit accomplir.
La méthode analogique veut que nous trou vions, dans les faits certains de la vie présente, des détails qui nous mettent sur la voie. Posons d’abord en principe que la vraie raison de la souffrance, c’est le besoin, sous quelque forme qu’il se manifeste, même sous sa forme passionnelle de désir. Le désir et le besoin entraînent l’effort qui est le substratum de toute souffrance.
La première notion que nous possédions du bonheur, c’est l’absence d’effort et par conséquent de souffrance. Notre vie n’est qu’un long effort pour supprimer la nécessité de l’effort; c’est dire que nous ne connaissons d’autre vraie béatitude que le repos, c’est-à-dire la satis faction du besoin sans effort.
Or il est à remarquer que, lorsque nous venons au monde, nous apportons, acquis déjà, le fonctionnement intérieur de notre organisme, non seulement sans qu’il nous soit nécessaire de le mettre en mouvement, mais encore sans qu’il nous soit possible d’agir sur lui. Le cœur bat, les poumons respirent, et, plus intimement encore, le sang circule, sans qu’il existe ni puisse exister un effort de notre part.
N’y a-t-il pas là un effet de Nirvanisme à noter, c’est-à-dire l’existence sous son aspect réflexe, indépendante de notre volonté, quelque chose comme une primordiale libération de l’effort ? - Allons plus loin : l’enfant se traîne à. terre ; on lui apprend à marcher, vous savez au prix de quelles chutes
REVUE DES REVUES 8.9 et de horions. Puis un jour vient où il se dresse sur ses pieds, il va devant lui. Quelques mois se passent, et il marche si droit et d’un pas si sûr que cette action, qui lui paraissait si complique'e, ne nécessite plus de sa part ni attention ni effort. Il a atteint le stade réflexe de son appareil locomoteur.
Notons ensuite l’éducation, la lecture, si malaisée au début, puis devenue un travail machinal ; le calcul au quel la mémoire se plie si parfaitement qu’il s’opère ins tinctivement et sans méditation ; aussi l’acquisition d’une langue étrangère, alors qu'on arrive à penser en cette langue. Ces faits d’ordre courant ne nous ouvrent-ils pas des horizons sur l’état nirvânique suprême?
Le Nirvana, nons disent les enseignements ésotériques, n’est pas l’annihilation absolue. Puis un autre mot énoncé éclaire singulièrement la question : Le Nirvâna, c’est l’omni-science. Nous arrivons à en conclure que le Nirvâna n’est que le degré supérieur du Dévakhan.
Et, continuant l’analogie indiquée plus haut, nous disons que tout progrès accompli qui supprime en pre mier lieu le désir de l’effort, puis l'effort lui-même, puis la notion de l’effort, est un pas en avant, une ascension vers l’état dévakhanique d’abord, puis nirvânique. Karma n’est alors que le résidu des progrès non accom plis et qu’il reste à accomplir. Nous admettons trois stades: physique, intellectuel et spirituel.
Le progrès physique définitif, c’est quand le désir de vivre physiquement est aboli, que l’effort pour la vie n’est plus, que la notion de cet effort, souvenir ou regret, a disparu ; en un mot quand la vie n’est plus qu’un état réflexe, s’accomplissant par soi-même sans que la volonté intervienne.
L’homme est arrivé au plus haut degré sur le plan physique quand il vit sans savoir ce qu’il vit, quand la vie « est » par elle-même. Le progrèsintellectuel est accompli quand nous savons tout, sans que subsiste le désir de savoir, l’effort d’ap prendre ni la notion que la science existe. C’est l’accèsl’initiation go sion au monde astral, dans lequel le Savoir est tout» pe'nètre tout, absorbe tout. Le Savoir est l’atmosphère astrale « Akaça ».
Reste le progrès spirituel ou de justice. Il semble que cette notion soit mieux que les autres facile à saisir. Ne connaissons-nous pas certains hommes qni pensent juste, qui jugent juste, et en quelque sorte sans effort, comme par intuition. Mais encore nous savons qu’ils agissent sous l’influence de faits extérieurs, sous la pres sion de considérations modifiables. Dans leur cons cience se livre le combat du pour et du contre.
Le juste ne s’édifie que par contradiction de l’injuste. Le progrès n’est accompli que le jour où le juste est en l’Ego sans que subsistent ni le désir d’être juste, ni la notion que le juste existe ou peut ne pas exister. L’Ego arrivé à cet état se trouve donc dans les con ditions suivantes : il vit à l’état éthéré, peu importe le mot, sans éprouver le désir de vivre, sans notion de vivre.
Il sait, sans désir de savoir, sans effort pour savoir, sans savoir qu’il sait ni que le savoir existe. Il est juste, sans désir de justice, sans effort vers la justice, sans notion que la justice existe ou puisse ne pas exister. Les Hindouistes disent encore : — Le Nirvana est; il n’existe pas. N’est-ce pas exactement conforme à nos définitions ? Exister, c’est avoir le désir, l’effort et la notion de l’existence. Etre, c’est être, en absolu, sans relativité.
Dans le Dévakhan, l’Ego existe, parce que la période de la lutte n’est pas terminée. Dans le Nirvana, l’Ego est dans l’infinie jouissance de l’être, sans notion du nonêtre. Le désir implique la crainte. En Nirvana, l’Ego est sans crainte, donc sans désir. L’effort implique la résis tance. En Nirvâna, la résistance n’est pas, donc l'effort est inutile. La notion implique l’ignorance. En Nirvâna l’Omniscience détruit la possibilité de l’ignorance.
Maintenant, Dévakhan, Nirvâna répondent-ils, a des réalités, ou n’est-ce là que des visions ingénieuses de métaphysique transcendantale ? Nous l’ignorons et l’ignoREVUE DES REVUES gi rerons sans doute toujours, car il nous faudrait d'abord résoudre le grand problème : Pourquoi la vie? Pourquoi le désir? Pourquoi l’effort? Pourquoi la notion ?
Enigme dont Parabrahm a gardé le mot. ★ * * Le prochain numéro du Voile contiendra une inté ressante étude sur VAstrologie science sacrée; une Lettre ouverte à Papus, au sujet de sa récente brochure : Peut-on envoûter? une curieuse pièce de jolis vers, signés Louis Lavigerie, etc. La Religion universelle : Plusieurs articles sur la Tliéonomie de Ch. Fauvety; la Femme dans les Répu bliques idéales, par Fabre des Essarts ; Néo-fanatisme, par J.
Bearson, etc. Journal du Magnétisme : Congrès pour le libre exer cice de la Médecine. La Chaîne magnétique : Congrès pour le libre exer cice de la Médecine. Annales des Sciences psychiques : Cas de prémonition et de lucidité, par le Dv Ermacora ; Phénomènes de télesz/tés'ie, par le prof. S. Venturi ; Observations anciennes de télépathie, d’après le général Thiébault; Essai de classi fication des phénomènes parapsychiquès, parle prof. Boirac; Compte rendu du Congrès des sciences psychiques de Chicago, par M.
Mangin ; Mouvements d'objets sans con tacts, par le prof. E. Coues. Annales de Psychiatrie : Rétention d'urine guérie par le transfert suggestif, par le Dr Luys ; De l'onycliophagie et de son traitement psychothérapique, par le Dr Bérillon ; Psychoses infectieuses, par le Dr A. Martin, etc., etc. On sait aussi avec quel soin et quelle haute compé tence sont dirigées ces deux revues, la première par le Dr Dariex, la seconde par le D1' Luys.
La Revue Spirite : Avantages pratiques du spiritisme; Jeanne d'Arc, par Stead (traduit du Borderland) ; Che; les spirites américains, par Clémens ; différents extraits de journaux étrangers, par H. Pelletier, etc. Cette revue est aussi mauvaise et aussi mal faite que d’habitude.
l’initiation 92 Le Flambeau, dans un article intitule' : France-Bel gique, répond à l’analyse que nous avons faite dans notre dernier numéro d’un article de M. Bouvéry, de la Paix universelle, lequel article reprochait à MM. Gony et Paulsen les sentiments peu favorables à la France que ces deux écrivains avaient récemment manifestés.
Nous sommes très heureux de donner acte à M. Gony de son énergique protestation contre l’accusation portée contre lui, et nous espérons qu'il nous rendra cette justice que nous ne pouvons, en ces lignes, que nous renfermer dans notre rôle d'analyste, sans nous permettre aucune appréciation. Nous renvoyons donc la protestation à M. Bouvéry.
L’Etoile continue la Siphra Dqénioutha, la Religion Messianique, les Lettres odiques ; Notes biographiques sur l’abbé Roca; Usage et abus du spiritisme ; Extraits de la Magie pratique, de Papus ; les Expériences de Milan, etc., etc. Citons encore, pêle-mêle : la Revista de Estudios psico lógicos, Revista espiritista de la Habana, Lu\, la Vérité, la Lumière, Borderland, Sphinx, et tant d’autres dont le nombre et l’importance croissent tous les jours.
Borderland sera analysé dans notre prochain numéro. L’année 1894 s’annnonce particulièrement bien sous le rapport de la réalisation intellectuelle au milieu de nous. En outre des études de F.-Ch.
Barlet et de Pa pus, la maison Chamuel prépare une collection des clas siques de l'Occulte (soit des textes en français avec com mentaires) qui débutera par : le Zoœar traduit par Henri Château, et le Miroir temporel de l’Eternité de Bohme, traduit par P. Sédir.
En outre, M. Marc Haven, bien connu de nos lecteurs comme kabbaliste prépare une Chiromancie traditionnelle, et Paul Sédir un Traité d’interprétation des Songes basé sur l’étude de la lumière astrale.
NOUVELLES DIVERSES 93 ★ * * L’Almanach du Magiste. — Cet almanacbq, ue nous avons décidé de porter à 100 pages avec nombreuses gra vures, ne paraîtra qu’au début de l’année magique, le 30 mars.
Nous prions nos correspondants encore en retard de profiter de ce nouveau répit pour nous envoyer une ou deux pages. ★ * * SUR PARACELSE Nous avons beaucoup étudié Paracelse, qui n’est pas toujours bien compréhensible ni intelligible, parce qu’il a soit en allemand, soit en latin une terminologie toute spéciale.
Nous nous proposons de donner ici, de cet illustre hermétiste, deux opuscules aussi rares que curieux : ie Abrégé de la préparation des médicaments, avec la manière de les administrer ; Extrait d’un manuscrit latin de la propre main de Paracelse.
Cet opuscule ne comporte que 6 ou 7 pages et cepen dant l’auteur dit à la fin : « Le traité de ces préparations semble bref, mais néanmoins il comporte toute la chimie, et le médecin, initié en ces mystères, s’il a quelque ap titude et jugement, portera ses desseins à plus grandes choses en étudiant ces préparations. » 2e Les XIV livres des Paragraphes, qui avec les notes et les commentaires dont nous les accompagnons ne for ment guère que 5o à 55 feuillets de copie.
E. B. Le dernier numéro de la Curiosité de Nice contient un remarquable article de notre collaborateur Ernest Bosc. Ce journal, qui a pris comme sous-titre Journal de l’Occultisme scientifique, prendra, nous n’en doutons pas, une grande extension sous peu.
Nous en reparlerons du reste prochainement. ★ ¥ ¥ Un journal catholique de Bordeaux, la Légitimité, pu blie dans son numéro du 7 janvier l’article suivant qui sera, nous l’espérons, un vrai régal pour nos lecteurs.
94 l’initiation Les hommes de notre siècle ont cru d’abord pouvoir se passer de Dieu et dédaigner sa religion : alors ont pullule', au grand étonnement des indifférents, les sectes antichrétiennes et antisociales. Toute grande commotion de notre monde politique a été précédée de la diffusion de doctrines anticatholiques.
Avant 1789, les mesme'- riens, les martinistes, les swedenborgiens, ont prospéré à côté des voltairiens et des encyclopédistes; la Révolu tion de i83o a été précédée de la formation des sectes utopistes de Fourier et de Saint-Simon; la secousse de 1848 a été amenée par les Sociétés secrètes et a coïn cidé avec les rapides progrès du spiritisme, né un an auparavant dans une bourgade d’Amérique.
Entre 1860 et 1870, les sectaires satanistes ont fait de très grands progrès ; aujourd’hui l’occultisme prétend faire revivre contre le matérialisme les traditions panthéistiques de la maçonnerie abandonnées par un si grand nombre de maçons.
Le spiritisme est devenu une religion ayant ses prêtres, • ses néophytes passionnés, ses dogmes et ses rites : l’oc cultisme, lui aussi, devient une religion : les nouveaux et prétendus révélateurs ont, comme les saints-simoriiens, la prétention de s’appuyer sur les résultats des sciences positives, de refaire la société sur d’autres bases et de propager les anciens dogmes albigeois.
Oui, la revue Initiation, dans son numéro de septembre 1890, renferme un décret du « saint synode gnostique » annonçant que le rétablissement de la hiérarchie permet la restauration du symbolisme gnostique, avec le consolamentum ou imposition des mains pour remettre les péchés, la fraction du pain et l’appareillamentum de l’assemblée albigeoise.
Ce décret est signé « Valentin, patriarche gnostique, primat de l’Albigeois, évêque de Monségur ».
« D’après l’opinion de la secte, dit Alzog, la grâce du Saint-Esprit étant inadmissible, la chute après le consoLES NOUVEAUX ALBIGEOIS g 5 lamentum prouvait que celui-ci avait e'te' nul dès le prin cipe ; comme cependant les chutes fréquentes des con solés ébranlaient la the'orie, ces fanatiques finirent par ne plus accorder le consolamentum, sauf de rares excep tions, qu’à des malades en danger d’une mort prochaine, ou sous la condition de se mettre in endura, c’est-à-dire de se donner lentement la mort, en se privant de nour riture ou en se faisant tirer beaucoup de sang ».
De même, à notre époque, des fanatiques, Américains pour la plupart, se privent de nourriture, sur le conseil des médiums spirites, afin que leur âme acquière la faculté de sortir du corps pendant cette vie; des francsmaçons s’engagent au meurtre ; des magnétiseurs, comme feu Du Potet, affirment que « tout ce qui est généreux se tue » ; quantité de médiums finissent par la folie ou par le suicide, parce que les pratiques du spiri tisme qu’inspire Satan donnent le dégoût de la vie et le désir de la mort.
Et de tout temps, certaines opérations magiques ont réclamé du sang. On reconnaîtra l’inspi ration de celui qui fut homicide dès le commencement. Il appartient à NN. SS. les Evêques de rappeler les condamnations déjà prononcées contre les pratiques du spiritisme,véritable religion de l’Ante-Christ, qui se pré sente aujourd’hui sous des formes nouvelles.
Peut-être qu’un jour Mgr l’Archevêque de Paris jugera bon de patronner quelque Société de théologiens et de savants orthodoxes, ayant pour but d’opposer la vérité catho lique à l’erreur occultiste.
Il a fallu créer une presse ca tholique; il faudra un Groupe d’études surnaturelles, pour répondre aux erreurs répandues par le Groupe indépendant d’études ésotériques fondé à Paris. La Croix et d’autres journaux catholiques parisiens daigneront peut-être mentionner notre vœu, inspiré uniquement par le désir de voir se former un groupe de chercheurs orthodoxes.
Un Lecteur. ■k * * Signalons aux amateurs de curiosités littéraires et bibliophiliques la légende du Pêcheur d’anguilles, de notre collaborateur Léon Riotor, éditée à un nombre très res
96 l’initiation treint d’exemplaires par la collection artistique de La Plume, 3i, rue Bonaparte. Le Pêcheur d’anguilles est pre'cédé d’un étrange et spectral dessin de Georges de Feure. ★* * ïïne Petite Infamie (l’histoire des talismans) Plusieurs de nos correspondants de l’étranger nous signalent une manœuvre que nous n’hésitons pas à dé masquer.
En 1889, au moment de l’Exposition univer selle, des Orientaux avaient en leur possession de très curieuses médailles revêtues de caractères hiérogly phiques dont on nous pria de rechercher la signification.
Après huit jours de travail à la Bibliothèque nationale, nous découvrîmes que ces médailles étaient d’anciens talismans, et nous demandâmes, pour seul prix de nos recherches, qu’on voulût bien imprimer la mention sui vante : « Les caractères recouvrant cette médaille ont été expliqués par la direction de l’initiation, 58, rue SaintAndré-des-Arts, Paris. » C’était faire payer notre travail en publicité pour notre revue.
A cette époque, le Groupe Indépendant d’études ésoté riques n’existait pas : il fut fondé en décembre, et ceci se passait en juin. Or voilà cinq ans que cela s’est passé, et depuis ce temps, à notre insu et en évitant toute publicité, un in dividu répand le bruit que nous vendons, moyennant cin quante ou cent francs, des talismans et exhibe à l’appui de son dire une des médailles qu’on nous a données à déchiffrer.
Il nous a fallu cinq ans pour apprendre cette infâme calomnie, et nous n’avons pas tardé, dès lors, à connaître l’auteur de cette manœuvre. Nous prévenons donc cet individu qu’il s’agit là d’une diffamation caractéri sée ; que deux témoins suffisent pour le faire traduire de vant les tribunaux compétents (dont il est du reste coutu mier) et que notre charité et notre indulgence sont grandes;
UNE PETITE INFAMIE 97 mais qu’ellesn’irontpas jusqu’à permettre qu’on essaye de jeter le discrédit sur notre œuvre et de salir notre hon neur. Nous avons dit dans tous nos ouvrages que vendre des talismans, en leur attribuant un autre carac tère que l’intérêt archéologique, c’était faire une escro querie, et nous répétons encore cette affirmation. Les oiseaux de nuit craignent la lumière du soleil ; voilà pourquoi nous pensons en avoir fini avec cette ridicule affaire. Si la plaisanterie continue, nous chargerons les tribunaux de la suite. A bon entendeur, salut. Papus. N ÉCROLOGIE DONALD EDOUARD ALEXANDRE MAC-NAB Nous venons de recevoir la nouvelle de la mort d’un des hommes qui ont le plus contribué à l’étude des hautes doctrines de l’ésotérisme en ces dernières années. M. Alexandre Mac-Nab, dont nos lecteurs n’ont pas oublié les savants travaux sur les deux in conscients parus dans l’initiation. De même, le Lotus (rouge) avait publié une série d’expériences des plus scientifiquement conduites par le même auteur. Quoique Mac-Nab n’ait pas appartenu à nos groupes, nous ne voulons pas que sa mémoire disparaisse, et nous signalons son œuvre à tous les historiens du spi ritualisme contemporain. Le Gérant : Encausse. IMP. E. ARRAULT ET C¡‘, 6, RUE DE LA PRÉFECTURE, TOURS
L’Initiation du i5 Janvier 1894 LE Poème de l’Ame (poème initiatique) /2> x A £ PREMIERES AMOURS. — SOUVENIRS ET REVES à 5 A TRAVERS LES CŒURS * § TRIOMPHE ET JOIES. — LA GRANDE EPREUVE £ APOTHÉOSE DU COUPLE ANDROGYNE g 6 Ego sum resur rectio S Orné (le trois pantacles Et accompagné' de deux mélodies pour piano et chant Prix : 3 fr. 50 Nous avons annoncé cet ouvrage dont nous publierons un compte rendu spécial dans notre prochain numéro.
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L’INITIATION rzris) DIRECTION 14, rue de Strasbourg, 14 PARIS Directeur : fæftjs O» 0 >î< Directeur-adjoint : Lucien MAUCHEL Rédacteur en chef : F.-Ch. BARLET Secrétaires de la Rédaction : J. LEJAY - PAUL SÉDIR j ' ADMINISTRATION ( ABONNEMENTS, VENTE AU NUMERO G. CÆZRIaÉ I i 3, rue Racine. 3 PARIS FRANCE, un an. io fr. ÉTRANGER, — 12 fr. RÉDACTION : 14, rue de Strasbourg. — Chaque rédacteur publie ses articles sous, sa seule responsabilité.
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