The text
Ulnitiattorr du i5 décembre 1893 ? VIENT DE PARAITRE F. - CH • B ARLET DE . PARIS CZEÏ^MTJEL, ÉDITEUR 29, RUE DÉ TRÉVISE, 29
J................. 'WTv^WW^ iOwB^WI?so?i?í &.Js < .‘.ÿ.i ? ■>' iÍÍOSO PH;V~ ’ :Lä'Tftnö$iC>pli i & * 'V >r '-^ :„ <-vz,-®;,■ ■ -• -íCíjs* "^. sy, A.'¿J/ r'^ÿf;,<; ■ ;..• Léon Hiotôr. ' '.-. ' ;¿/■ •?“? ?/•"■ Vi /■■ a <A-< >f5 •;>’■ rY '*•;• 7 ‘-’'• ' *' V'J$■"£“> ? :^Vô v'e rs.eSy ■. 'y ‘¿¿yi -AS'AsASS?y¿v;SS A :;-S^ ¡" Ti^lMWW&SÀ' í ■ ’'’-/i S'í' ' A1'’-'' A '’i'", '-'^. * 'i'1 ¡.f'VSwPía^^áíS^Í '•'; ■ -->J ' :< '.'trí".^!':^
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui.sont l’essence de la Société, de la Politique et.de la Religion ; mais elles n'ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Sçïefice ex.pèri-.- . mentale a conduit les savants malgré eux dans le dtimàine dès forces, purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion 'à • distance.
Effrayés des résultats de leurs.propres'expériences, ies Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initiation est l’organe, principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d’ùn même ésotérisme caché au fond de tous les cultes.
Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement ■ physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.- Au point de vue social, Y Initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l'arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux - grands fléaux contemporains : le cléricalisme et le sectarisme-sousu-• toutes leurs formes ainsi que la misère, Enfin: l’initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes'déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. .
L'Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais' nîappartient exclusivement-à aucune. Elle compte, parmi ses 6o: rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ' cés curieuses études.
' La première partie. de la Revue (Initiatique) contient les articles ■ destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. ■< La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde.instruits. . ■ Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies, et des -, : nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une -, manière qu’elles savent ipujôürs apprécier. ■ L’Initiation paraît régulièrement du-i 5 au 20 de chaque-mois et ’ ’compte déjà cinq années d’existence. — Abonnement : 10. francs -, ’'par an. . ■■■'' . ; d < -L .. ■■ (Les collections des: deux' premières années sont absolument épuisées.) - .
L'Initiation du i5 ctëcembré i8g3 Principaux Rédacteurs et Collaborateurs de f Initiation i6 PARTIE INITIATIQUE F. Ch. Barlet, Sz.Iz. £ — Jules Doinel, S.*. Iz. (D. G. E., .'—Ep. Gnost. — Stanislas de.Guaita, S.'.L'. & — Marc Haven, ,Sz. Iz. — Julien Lejay, S.*. I.*. — Emile Michelet, ":S’z. I.*. (C. G. E.) — Lucien. Maüchel, Sz. Iz. (D. S. E.) — George Montiêre, Sz. Iz. & — Parus, Sz. Iz. — Philophotes, Sz. Iz. (C. G. E.) — Quærens, Sz. Iz. (D.
G. E.) — Sédir, Sz. Iz. (G. G. E.ï — Selva, Sz. Iz. (G. G. E.) — Vurgey, .Sz. Iz. (D. G. E.). 2° PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ■ .Abil-Marduk. —'Aleph. —. Dr Baraduc. — Le Fz; BeR- ■ trand i8’z. — René Gaillié. — • A.. G. Tshéla. — Camille Chaigneau. —Chimua du. Lafay. — G. Delanne. — Delézinier. — Fabre des Essarts. —. Dv Fugairon. Jules Giraud. — . L. Hutchinson. — Horace Lefort.— L.
Lemerle. — Donald . • ■ Mâc-Nab; —Marcus de Vèze. — Napoléon N ey. — Eugène Nus. — Horace Pelletier. — G. Poirel. Raymond. — A. de ■ R. — :Dr Sourbeck. — L. Stevenard. — Thomassin. — Pierre Torcy. — G. Vitoux. — Henri Welsch. — Oswald Wirth. . — Yalta. _ ■ ‘ 3° PARTIE LITTÉRAIRE ; >z ■ / Maurice Beaubourg.E. Goudeau. — Manoël de Grandford. / v—_ Jules Lermina. —« L.
Hennique. — Catulle Mendès. — ./ George Montière. — Uéon Riotor. — Saint-Fargeau. — Robert 'SCHEFFER. — EMILE SlGOGNE; —.G H. .DE SlVRY. r4° POÉSIE' . Ch; Dubourg. — Rodolphe Darzens. — Yyan Dietsch^e.. ' Maurice; Largeris. — Paul Marrot. — J. de TaLlenay.— .^■BERTDE/tAWlLLEHERVE.- J
> L'Initiation du 15. décembre .1893 INDÉPENDANT GROUPE D’ETUDES Quartier Général: ,'V P'X' Secrétariat : M. Paul SÉDIK 4, Av'enue de l’Opéra, PARIS I. . 29, Rue de Trévise, 29 4 • PARIS Y ESOTERIQUES But. — Le Groupe a pour but principal d’étudier, théoriquement et expérimentalement les forces encore non définies de la Nature etdei’Homme — en dehors dé oute secte et de toute personnalité.
Membres. — Les membres ne payent ni cotisation, ni droit o’entrée '— Tout abonné de l'initiation ou du . Voile d'Isis reçoit sa- carte de membre; sur demande . ?. affranchie adressée Secrétariat.- ■ . . Organisation. — Le Groupe comprend 22 commissions d’études au Quartier Général à’Paris. Il compte actuellement 80 branches et correspondants au dehors. Des conférences et des cours ont lieu régulièrement; . au Quartier Général. . .
Renseignements. — Pour tous renseignements sur le ■ Groupe ou les sociétés adhérents dans les différents pays, écrire en joignant un timbre pour la réponse à M. .Paul '. Sédir, 4, Avenue de l’Opéra, Paris.
La reproduction des articles inédits publiés par l’initiation est formel! cm eut interdite, à moins d’autorisation spéciale. PARTIE INITIATIQUE LA MAGIE SOCIALE La matière eclairéç par un peu d’esprit, voilà l’homme. Paracelse . Quel joug imposerait-on à l'homme qui na besoin de rien? J.-J. Rousseau.
I S’il était prouvé que, depuis les temps historiques, l’homme a toujours marché dans la fausse voie, que ¡’Hercule de la Légende, hésitant au carrefour, a choisi le mauvais chemin; si en un mot il était établi que la société a été construite à l’envers, comme serait une maison reposant sur son toit ou une pyramide sur sa pointe, le devoir de tout homme ne serait-il pas. cette conviction acquise, d’employer son énergie à replacer l’édifice social dans l’équilibre scientifique et normal ?
Pour parvenir à cette notion, il faut, comme en tout examen. s’abstraire de toute idée préconçue, de tout préjugé, de toute indulgence à la routine et accepter la vérité, dût-elle se trouver en désaccord-absolu avec
194 l’initiation la prétendue Sagesse Universelle, dût-elle être en contradiction flagrante avec les axiomes les plus in discutés de la Science officielle.
Pour ce, enfin, il faut redescendre au substratum des choses, remonter un à un., et non en les franchis sant par bonds, les échelons trop vite parcourus, et ne passer au stade supérieur que lorsque le plan inférieur fournit à l’ascension un terrain d’une indiscutable solidité. • Nul ne nie que, dans l’évolution humaine, le déve loppement matériel soit antérieur au développement intellectuel.
Il faudrait n’avoîr jamais observé un enfant pour en douter. D’où ces conclusions : a. L’homme a un corps physique, instrument de la vie et base de son développement; b. Le corps physique a des besoins matériels dont la non-satisfaction entraîne la mort; c. La non-satisfaction des besoins matériels est un obstacle invincible au développement des facultés intellectuelles. Donc : d.
Pour que l’évolution intellectuelle puisse nor malement s’accomplir, il faut en premier lieu que les besoins physiques soient satisfaits. Il y a plus de vingt siècles que Socrate disait, dans la République de Platon : « Jetons par la pensée les fondements d’un État. Ces fondements seront indiscutablement nos besoins. Le
VENTRE ET CERVEAU ig5 premier et le plus grand de tous, c’est la nourriture, d’où dépend la conservation de notre être et de notre vie. Le second besoin est celui du logement, le troi sième celui du vêtement et de toutes les choses qui s’y rapportent. » Cette constatation, banale à force de logique, se retrouve dans les monuments les plus anciens de la société, ainsi que l’a prouvé P.
Lacour dans son étude sur le livre V de la Genèse, Il établit péremp toirement que le crime de l’homme fut la méconnais sance de ces vérités et, que l’organisation primordiale de la Société généra la misère. Est-il besoin d'ailleurs de multiplier les citations et les arguments à l’appui d’une thèse qui apparaît si simple ? La Société a pour but la satisfaction des besoins dans l’ordre où ils se manifestent.
Tout va de la Matière à l’Esprit, donc la Société doit être basée sur la satisfaction : T des besoins matériels; 20 des besoins spirituels. En a-t-il été ainsi ? En est-il ainsi ? Les aspirations même des nouvelles écoles évolutionnaires se dirigentelles dans ce sens ? Il faut répondre péremptoirement par la négative. Les sociétés n’ont eu et n’ont encore aujourd’hui en vue que la satisfaction des besoins moraux.
C’est là leur pre mière ligne d’opération : Liberté, Égalité, Instruction, Développement des facultés intellectuelles et morales. Où se trouve la Constitution qui ait inscrit en tête de ses dispositions cette formule : Le but de la Société est : « iû D’assurer l’existence de tous ses membres... »
I l’initiation * * * « Un Allemand a dit « Die Sociale Frage ist eine Magenfrage. » (La question sociale est une question d’estomac.) « E questione die famé, » disent les Italiens. Si un artiste cherchait à symboliser la Société, il devrait la montrer debout sur une miche de pain. O tez le pain^ la société tombe.
Plus banalement encore, si quelqu’un se veut inter roger sérieusement et sincèrement, il reconnaîtra.que, s’il ne mange pas, il ne pense .pas. L’homme qui souffre de la faim retourne à l’animalitéy et nul déve loppement de ses facultés psychiques n’est normale ment possible. Ceci, n’a rien à faire avec cette vertu fantaisiste qu’on dénome la Tempérance. Il n’est point question de quantité, mais de suffisance.
Si par l’in gestion d’une matière en proportion infinitésimale on pouvait supprimer la faim, le devoir de la Société serait d’assurer à tout homme l’usage de ce milli gramme de matière. La faim, n’en déplaise aux philosophes et aux poètes, est la plus grande préoccupation de l’homme : qui n’a pas déjeuné ne pense qu’au dîner éventuel.
« Lorsque la Nature évolue un embryon humain,, lisons-nous dans Isis dévoilée, son intention est qu’un homme soit parachevé: a, physiquement; b, intellec tuellement; c, psychiquement. » Dans la chaîne évolutive, le développement, le.,para chèvement physique précède nécessairement le déve loppement moral.. Ainsi dans la. nature, en toutes ses.
VENTRE ET CERVEAU *97 manifestations : minéral, végétal, animal, stades qui constituent l’homme, évoluant vers . un stade supé rieur, futur. .
Ce qui distingue l’homme des êtres inférieurs, c’est -que ceux-ci ont.seulement l’instinct de conserver leur existence, mais que l’homme a la conscience des moyens à employer pour diminuer la difficulté de vivre, dont le premier et le plus efficace lui est apparu sous forme de socialisation. ■ Un homme a dit à un autre: « Je suis fort, tu es agile, grimpe sur mes épaules et cueille ces fruits pour nous deux. » D’autres sont venus et ont dit, ou auraient dû dire : « Mettons nos efforts en commun et conquérons, tous avec tous et pour tous, ce qui est nécessaire à notre subsistance. » La société vraie est — serait — celle où l’homme, de par l’acceptation du pacte social, s’est assuré pour toute la durée de son existence la non-souffrance ma térielle.
Il ne s’agit ici ni de satisfactions ni de jouissances, — manifestations spéciales à l’individualité, — mais de la conservation de la vie en son expression positive. « La société, a dit Humboldt, ne doit pas se pré occuper de donner aux citoyens le bonheur, mais la sécurité. » La sécurité, c’est la certitude de vivre. ‘La société n’est instituée en principe que pour garantir cette cer titude à tous ses membres.
i j' r 198 l’initiation De l’évolution antérieure l’homme a acquis un estomac et des poumons. L’estomac reçoit la matière, les poumons reçoivent la force. La force est apportée par l’air qui est épandu partout et qui est acquis à l’homme sans effort personnel. La subsistance — matière — doit être conquise. De plus cette résistance à la vie se complique pour l’homme de souffrances accessoires, mais non moins terribles que la faim.
A celles-ci, il faut opposer des engins fabriqués, logis, vêtements, qui, pour être suf fisants, nécessitent l’intervention de la mutualité. Sans parler de la lutte contre les animaux qui a nécessité le concours de plusieurs en raison de la brutalité à vaincre, il est même à remarquer qu’eu ce dernier cas, le rôle social n’a jamais été discuté.
On a toujours compris que si quelque bête féroce rôdait, le danger d’un seul se compliquait du danger de tous, et le groupe s’est uni pour détruire l’ennemi. Encore le fauve ne paraît-il qu’accidentellement, tandis que l’éternel ennemi, la faim, est toujours pré sent et menaçant. Pourquoi ne s’est-on pas uni contre elle comme on l’a fait contre le tigre ou le lion ?
Est-ce parce que le péril destarvation — mot anglais qui signifie mort par la faim et devrait être accepté par notre langue — est individuel et que certains sont sûrs de 11e jamais l’encourir? Est-ce la réalité? Qui est absolument certain de ne jamais, 11e disons pas mourir, mais souffrir delà faim? Le riche que les jeux sociaux ont réduit à la misère ne doit-il pas faire un retour sur lui-même et se demander comment il a été
VENTRE ET CERVEAU 199 assez fou pour 11e pas s’assurer contre ce risque ter rible? N’a-t-il pas été un des piliers de la société, et, en abolissant pour tous le péril de la faim, ne se serait-il pas procuré à lui-même un bien certain, cette sécu rité dont parle Humboldt ? Mais il n’a songé qu’aux jouissances superflues: il a recherché la satisfaction de ses besoins cérébraux, acuité de jouissances, art, fantaisie sous toutes ses formes.
Le meilleur a acquis de la science, du talent, tel autre s’est enivré des suggestions de son génie, et, s’il était mort en possession de ses richesses, il aurait estimé qu’il avait rempli tous ses devoirs, voire même envers ses enfants. Et cependant quelle preuve a-t-il qu’un jour ses enfants n’auront pas faim ?
Cette intelligence dont il était si fier ne lui a pas suggéré la plus élémentaire des vérités, à savoir que celui-là seul est le maître de son avenir qui est cer tain de n’éprouver jamais les privations primordiales. Que lui ont inspiré les misérables ? Des odes, des élégies, des systèmes politiques ou de la pitié, qui n’est que de la poésie en action.
Qu’un homme soit ramassé, mourant ou mort de faim dans une rue de ville superbe, et les journaux ne manqueront pas de s’écrier : « Comment se peut11 faire qu’en plein xrxe siècle...? » etc. Comment? Oui, comment? La réponse ne peut varier : par ignorance et par dédain des lois naturelles et physiologiques, ignorance du rôle dévolu à la matière, base de l’être humain, dédain de cette matière par exaltation vaniteuse et prématurée de l’esprit.
200 LÙNITIAT10N Qui ne connaît les phrases typiques : « On dirait en vérité qu’il n’est d’autres besoins pour l’humanité que les besoins matériels ? Est-ce que les jouissances de l’esprit ne sont pas supérieures à tout ? Faudrait-il d’aventure laire un dieu de son ventre ? Superbe éloquence des gens qui ont dîné.
Le Ventre n’est pas plus dieu que le socle n’est la statue ; mais, si la statue n’est pas bien équilibrée, elle tombe et se brise ; si le ventre n’est pas satisfait, l’esprit n’est pas d’aplomb et divague. ★ ¥ ¥ A Le Ventre, expression synthétique de l’appareil phy sique, est à la fois dépositaire et générateur de la force sans laquelle rien ne vit.
Le Ventre, c’est le mouve ment, l’activité communicable à tous les organes, de puis le plus grossier des muscles jusqu’à la plus dé licate fibre du cerveau, On vit sans penser, on ne pense pas sans vivre. Que dirait-on d’un mécanicien qui, ayant à sa dis position une locomotive, s’asseoirait devant elle, ad mirant l’élégance de ses proportions, le brillant de ses cuivres, mais considérerait comme indigne de lui d’al lumer le foyer ?
Sans le feu, la machine n’est que de la mort. Que l’homme y jette le charbon, et elle s’ébranle, elle part, elle glisse, elle vole vers le but. La société n’ayant pas songé tout d’abord à ce que le foyer humain — le Ventre — fût alimenté et entre tenu, a commis œuvre de folie.
Le mécanicien fera-t-il une distinction entre ses diverses machines, selon leur rôle dans le trafic : manoeuvres, transport des marchandises, trains de voyageurs ou express de luxe? Allumera-t-il, entretiendra-t-il seulement celles qui sont destinées aux tra vaux dits plus nobles, et laissera-t-il les autres à foyer éteint?
Non pas; il sait que la condition première de la Vie de ses machines, c’est ralimentation ; il sait encore que l’œuvre de chacune, si inférieure qu’elle semble, est essentielle à l’entreprise générale. L’homme que la société laisse mourir de faim est une force perdue pour l’humanité, dont l’intérêt bien entendu est que toutes ses machines soient sous pres sion et prêtes à donner le maximum d’énergie dont elles sont susceptibles.
Ah’Z homini utilius homine, a dit Spin osa. Rien n’est plus utile à l’homme que l’homme. C’est avoir méconnu cette utilité que d’avoir basé la société sur le mépris de la matière.
« Mais, s’écrient les philosophes, par vos odieuses théories, vous subordonnez à la matière ce qui est mille fois plus respectable: l’intelligence, la pensée, l’âme ! » Au contraire, c’est par respect pour le développe ment rationnel de ces facultés, que la raison réclame le développement normal de la matière. Antériorité n’est pas domination.
Dans la nature naturée, abstraction faite de la source première, dontnous n’avons pas ànouspréoccuperici, la matière préexiste à l’esprit. Nourrir le corps est la première obligation qui a pour conséquence immé202 l’initiation diate le développement de l’intelligence et pour con clusion l’éclosion de l’esprit. Il faut que la racine soit saine pour que la fleur s’épanouisse. Mens sana in corpore sano.
Un corps qui souffre — et la faim est une souffrance inévitable— n’est pas le corpus sanum. * ¥ * A quelle perversion — à quelle chute — convientil d’attribuer ce mépris anormal et illogique du corps de l’Homme?
Il serait profondément intéressant de remonter — d’après les données de la Science nouvelle — jusqu’à ce moment — incalculable en sa petitesse — où s’ef fectua le changement de plan qui marqua le passage de la matière à l’esprit et dont l’Humanité est pour nous l’expression visible et déjà développée. Quand une opération merveilleuse donne à l’aveuglené la sensation de la lumière, les objets lui apparais sent plus grands que nature.
Quand la cellule-sensa tion parvint au stade-sentiment, l’éblouissement fut tel que l’illumination de la faculté acquise troubla la notion d’équilibre. Lorsque, aux commencements de l’histoire, les hommes commencèrent à se rencontrer, à comprendre l’utilité du concours mutuel, il existait entre eux des inégalités corporelles et intellectuelles.
Si elles eussent été seulement corporelles, elles se seraient résolues par la loi des compensations, chacun apportant à la masse sa quotité d’efforts possibles, facilement mesurables.
VENTRE ET CERVEAU 2û3 Mais les inégalités intellectuelles devaient avoir une., résultante absolument contraire. Tous les hommes éprouvèrent — à des degrés diffé rents — cet éblouissement admiratif, orgueilleux, de la lumière-pensée, et il leur parut que cela était *.d ’es sence et de valeur supérieures. Ce qui produisit chez les moins favorisés le respect, chez les plus favorisés l’orgueil et la notion de do mination.
De l’assentiment de tous, l’intelligence, l’esprit, furent proclamés supérieurs à la matière, au corps, et cela parce que l’humanité ne s’était pas encore élevée à la notion de justice. Le rôle des intellectuels, qui eût été d’organiser l’équilibre, se dessina aussitôt en un sens contraire.
S’étudiant à développer chez les moins intellectuels le respect de plus en plus développé de la pensée, ils l’étayèrent sur le mépris de la matière, reléguant les hommes de plus de force, mais de moindre esprit, au rang d’êtres inférieurs, bientôt de bêtes de somme.
Appréciant en même temps que la faim est la pire des souffrances, ils s’ingénièrent à tenir par là la masse brute dévolue au travail ma nuel, tandis que, sous prétexte de travail spirituel, le seul noble,, le seul vraiment utile, ils s'en dispen saient eux-mêmes. De fait, les intellectuels, par des combinaisons qui semblaient miraculeuses, rendirent aux autres le travail moins dur, moins impossible.
Le premier qui leur enseigna l’usage du levier leur apparut un dieu, et il en profita. Peu à peu, son esprit s’éclairant d’égoïsme, il per fectionna le système d’inégalité et, pour éviter l’éléva
l’initiation 204 tion concurrentielle de l’humanité tout entière, s’in génia à élargir le fossé qui le séparait du reste de ses semblables. Il calcula l’utilité de la faim et de la misère qui les mettait à sa merci de savant, de roi et de prophète, et la société fut fondée, Après quelles longues périodes de temps les misé rables s’aperçurent-ils qu’ils avaient été joués? Il était trop tard.
Ils avaient bâti de leurs mains la forteresse dont maintenant la puissance les écrasait. Ceux qui tentèrent de se révolter furent torturés et mis à mort. De quoi se plaignaient-ils, d’ailleurs? Ils avaient faim. Besoins matériels. N’avaient-ils pas reconnu eux-mêmes la supériorité de l’esprit ! Travailler pour manger était le lot des ignorants qui devaient s’avouer les petits et les humbles.
Et il était bon qu’il en fût ainsi, car, s’ils eussent été délivrés de la souffrance faim, ils se seraient également libérés de l’ignorance et seraient devenus les égaux de leurs exploiteurs. Tu ne toucheras pas à l’arbre de la con naissance, car tu serais égal à moi. Et une science fut inventée qui porte encore le nom d’économie politique et qui n’est que l’organisation de l’inégalité et de la misère.
Pourtant il y avait des résistances, parfois d’épou vantables soulèvements qui faisaient trembler les pos sédants sur leurs trônes de jouissances paresseuses. On détourna les colères des peuples sur les peuples voisins, en leur persuadant que c’était la vie des autres qui nuisait à la leur. Ainsi ils oublièrent, dans une ivresse de sang, quels étaient leurs vériVENTRE ET CERVEAU 205 tables ennemis.
On parvïntà leur cacher cette notion du contre un si admirablement évoquée par notre vieux La Boétie. Pour la gloire et l’intérêt de quelquesuns, ils se ruèrent millions sur millions, tandis qu’ils n’auraient eu qu’à se retourner pour se délivrer de la prétendue nécessité de la guerre. Les haines patrio tiques étaient nées, amenant, même dans la victoire., une augmentation de misère.
Puis, pour plus de sûreté, les intellectuels jetèrent à ces brutes, de plus en plus dégradées, un nouvel appeau. Ce furent les religions de pitié, de charité et de miséricorde. Nul ne pouvant s’approprier le ciel, on le leur donna, mais en nue propriété seulement. On s’en ré serva l’usufruit. — Ne parlez pas de votre ventre. L’homme vit sur tout de la parole de Dieu.
La résignation est une vertu grâce à laquelle on amasse dans le ciel d’incalculables richesses. Plus vous serez malheureux sur la terre, et mieux votre père vous accueillera dans le ciel. Bénis sez la souffrance, elle est divine. Vous serez placés à la droite de l’Éternel. — Eh bien 1 auraient dû répondre les exploités, puis que la souffrance est si précieuse, pourquoi vous y dérobez-vous?
Puisque les richesses du ciel sont si merveilleuses, pourquoi vous attachez-vous à celles de la terre ? Mais l’enseignement intellectuel avait fait son œuvre. De très bonne foi, les misérables ont fini par croire à l’infamie du ventre, par avoir dans le sang, dans les
206 L’INITIATION moelles, Je respect de cette civilisation bâtie par eux et contre eux. Leurs plus grands efforts ont tenu à s’y adapter, et, perpétuant l’erreur première, ils ont revendiqué leurs droits moraux, sans comprendre qu’ils prêtaient les mains à un jeu de bascule qui éterniserait aux dépens de la grande masse le préjugé de l’inégalité basée sur la supériorité de l’esprit.
La Constitution la plus révolutionnaire, celle de 1793, inscrit au premier rang des droits *imprescrip tibles et naturels : l’égalité, la liberté, la sûreté, la pro priété . Il a répugné aux plus violents de formuler le droit à la subsistance, le droit du ventre a été soigneuse ment voilé sous des expressions métaphysiques. Ba beuf, qui l’a revendiqué, a été mis à mort. En doit-il être toujours ainsi ?
II La destinée normale de l’homme ne peut s’accom plir que dans l’ordre suivant: i° Développement du corps, de la force, de la santé ; 20 — des facultés de l’esprit. Pour n’avoir pas obéi à cette marche, la société dé périt. Elle est en proie à l’angoisse perpétuelle. Parce que l’intelligence s’est développée tro vite et trop tôt,
VENTRE ET CERVEAU 207 sans que le substratum physique qui doit lui servir de point d’appui soit adéquat au poids qu’il supporte. C’est un cas de mégalocéphalie. Le Sphinx antique est accroupi sur la base cubique., la matière solide et immobile., à laquelle il se cram ponne de ses griffes de lion et s’équilibre de sa croupe de taureau.
La force vivante a son point d’appui Inderacinable et se manifeste par les mamelles génératrices et nutritives de l’avenir. Alors, au-dessus se dresse la tête intelligente, et au-dessus encore s’élèvent les pointes de ses ailes, encore trop faibles pour que l’être prenne son essor vers l’esprit, mais y tendant par l’effort pressenti. Voyez cette colonne surmontée d’un génie qui va s’envoler dans le ciel. La base est cubique, lourde, massive.
Puis la colonne elle-même se dresse en une masse au parfaite équilibre ; du sommet. l’Esprit peut surgir d’un élan sûr vers l’espace. La base de la colonne, c’est le corps de l’homme, normalement nourri, ne subissant point de déperdi tion de forces par des causes humainement évitables. La tour dite Eiffel est encore —■ par un effet d’ins- ■ tinct inconscient — le symbole de cette vérité. Base large, amenant au premier étage: Corps.
Base moins large et cône tronqué, conduisant au second plan : Intelligence. Base moins large encore, supportant la pointe qui se perd dans l’infini : Esprit. Papus dit dans son Traité méthodique : « La construction d’une maison demande trois phases distinctes :
l'initiation 208 « a. Celle du commencement, travaux de terrasse et de charpente ; « b. Celle de l’exécution proprement dite, maçon nerie, serrurerie, etc.; « c. Celle de l’ornementation artistique. « C’est-à-dire : a, Corps; Intelligence; c, Esprit. » Qui songerait à bâtir une maison en commençant par la serrurerie et la menuiserie ? Et pourtant la société n’a pas procédé autrement.
La nature ayant fourni les éléments humains, la raison voulait qu’on préparât ces matériaux, qu’on les agençât de telle sorte que leur solidité fût certaine et qu’ils constituassent la terrasse, la charpente indes tructible sur lesquelles s’appuierait l’édifice. Qui s’ima ginerait de jeter les matériaux pêle-mêle, au hasard, et de bâtir sur cet agglomérat désordonné. Ainsi cependant en a-t-il toujours été des matériaux humains.
Allez, vivez comme vous pourrez et si vous pouvez, et, sur ces fondations informes, nous construi rons l’avenir. La civilisation, sans base de solidité physique, n’est qu’une combustion, sans renouvellement de combus tible.
La science—qui n’a fait jusqu’ici d’autre métier que d’enregistrer des faits — a constaté que la sélection naturelle amenait la destruction des faibles et la survie des forts, Or qu’est-ce que les faibles, sinon les souffreteux, les affamés ? Cette lutte pour la vie ne répond-elle pas à l’état sauvage auquel on se vante si fort d’avoir échappé?
VENTRE ET CERVEAU 20g Un seul effort réel a été fait : le groupement social. Mais, justement, ce groupement n’avait-il pas pour but, non de détruire les faibles, mais de créer des forts ? Des forts, c’est-à-dire des non-souffrants, des bien équilibrés, c’est-à-dire des justes. Car, tous le savent, si nul ne l’avoue, la faim, c’est le mai, en principe et en propagation. ♦ *■ Il convient de considérer la Faim sous un double aspect.
D’abord, en tant que souffrance immédiate, appé tence inéluctable, elle a pour corollaire la volonté de se rassasier, perfas etnefas. D’où le vol et les crimes „concomitants. La société elle-même, si dédaigneuse qu’elle soit des revendications de la matière, frappe presque à regret le coupable qui a réellement la faim pour excuse. Mais le second point est plus topique encore.
L’homme non seulement a faim, mais il est hanté par la peur d’avoir faim. La plus grande torture du pauvre, alors même qu’il gagne tout justement sa vie, alors même qu’il semble heureux, c’est cette inquiétude atra cura de la mala die, du chômage, de la vieillesse. C’est cette crainte de manquer qui, toujours pré sente, toujours angoissante, se trouve au fond de outes les ruses et de toutes les violences. Les riches eux-mêmes, les possédants, sont pour suivis par la crainte de la ruine. Ils. ne prononcent pas
21 o l’initiation le mot de faim, mais en fait il gronde en eux comme une perpétuelle menace, et les spéculations de succéder aux spéculations, les entreprises aux entreprises, les escroqueries de s’entasset sur les abus de confiance, et les férocités propriétaires de se faire plus inhumaines et plus âpres. Qu’on le veuille ou non, cette question du ventre domine tout.
Mais quand même elle se dérobe sous des apparences d’ambitions, d’orgueils, de passions despotiques ; elle gît terrifiante au fond de la cons cience. Un Napoléon, maître de la France, envoie à l’étranger des millions, pour les retrouver en cas de catastrophe. L’économie, cette vertu négative, est une conces sion à la terreur du ventre. La Caisse d’épargne est un garde-manger.
La faim est en toutes nos actions, elle pénètre notre vie, elle influe sur nos relations, institue nos amitiés ou nos haines, elle nous corrompt et nous tue ; alors même qu’elle semble le moins présente, elle est là ubiquiste et guettante. D’où ce double besoin de l'humanité : Manger, avoir la certitude de manger toujours. C’est-à-dire avoir la garantie de ne jamais manquer du nécessaire. Ce mot « nécessaire » a une grande importance.
Il y a bien longtemps que les économistes ont appelé leurs traités de comptabilité, car leurs livres ne sont pas autre chose, du nom redondant de : Science de la Richesse.
VENTRE ET CERVEAU 2U Les philosophes reprochent aux hommes leur amour des jouissances. Que viennent faire ici ces expressions : richesses, jouissances ? Certes tous les hommes ont des droits égaux aux ressources que prodigue la terre. Mais ici ce n’est point d’économie politique qu’il s’agit, mais d’écono mie humaine, physique, de vie entretenue et con servée.
L’homme qui a faim n’est point si ambitieux que de réclamer d’ores et déjà richesses et jouissances. Il veut, il exige l’absence de souffrance. A l’état sauvage il peut, par la force, par la ruse, par brutalité, acquérir individuellement des possessions plus grandes, plus agréables que celles d’autrui. Mais où est sa garantie que demain un autre, plus rusé ou plus brutal, ne le dépouillera pas et ne le réduira pas à mourir de faim ?
L’animal seul jouit sans souci du lendemain. La Nature, est-il dit plus haut, en instituant la vie, a donné à l’homme un organe équilibré, l’esto mac, qui a besoin pour son fonctionnement normal d’une quantité x de matière nutritive. En concluant le pacte social, l’homme n’a eu dans le principe d’autre but que de s’assurer la'possession — jusque là incertaine — de cette quantité x.
Richesses et jouissances sont d’ordre relatif; la satis faction de la faim est d’ordre positif. Avec la sécurité de la nourriture, l’homme acqué rait, ou plutôt comptait acquérir un autre bien, la moindre peine. Seul, il devait lutter sans trêve contre
212 l’initiation les forces naturelles avec risque d’insuccès. En société, ses efforts unis à ceux de ses compagnons, le prému nissaient contre les défaites. D’une part, il n’avait plus l’appréhension continuelle de l’échec, le plus souvent mortel ; d’autre part, en raison de la valeur géométriquement accrue des efforts collectifs, il trou vait fatigue moindre.
Cependant en ceci un nouveau terme est intervenu, le travail que l’homme, si peu intelligent qu’il fût, a reconnu nécessaire, puisque, même seul, il ne pou vait s’en dispenser. Donc, dans le pacte sociable travail entrait enligue de compte, comme devant être d’ailleurs allégé et faci lité par le concours commun. L’être, si obtus qu’il ait été aux temps préhistoriques a constaté que pour manger il fallait un effort, c’està-dire un travail.
Il a constaté encore que, tous les hommes man geant, tous devaient accomplir cet effort, c'est-à-dire travailler. Mais d’autre part, cette règle se formulait tacitement en lui : — 11 n’est obligation de travail que dans la mesure du besoin de manger.
Le groupe social ayant assuré à tous ses membres la subsistance nécessaire, —et le pacte ne va pas au delà, — chacun de ses membres est libre de ne pas travail ler, c’est-à-dire de faire ce qu’il veut. Ce qu’il veut : toute la philosophie du travail est dans cette expression. Les poètes ont chanté sur toutes leurs lyres la sainVENTRE ET CERVEAU 2I3 % teté, la beauté du travail : il y a là une cacologie frappante.
Le travail effectif, c’est-à-dire pour la défense de l’organisme contre la souffrance et la mort n’est pas plus que cette souffrance et que cette mort, chose de rêve et de fantaisie. Le travail est l’arme du combat contre la nature. La nature vaincue, par des moyens qui procèdent de la réalité brutale, l’homme se livre à une occupation choisie par lui, librement, et qui, du travail, n’a plus alors que le nom.
L’ouvrier qui a manié le marteau pendant dix heures a tra vaillé ; si le soir, chez lui, il fait de la marqueterie ou apprend à lire à son petit, demandez-lui s’il y a équi valence de signification entre ces deux travaux. L’un est l’obligation, la coercition obéie de par la faim ; l’autre est un exercice dont — s’il le trouve pénible — il se peut dispenser.
" C’est du travail coercitif, pénible en raison même de son obligation inéluctable, que l’homme entend parlerlorsque tous s’y soumettent pour éviter la faim. « Le travail, a dit Hartmann, est une grande res source, mais on ne s’y décide que comme au moindre de deux maux. » La mort ou la crainte de la mort par la faim étant les plus grands des maux, l’homme par le pacte social a accepté l’obligation du travail.
Le travail doit avoir pour équation l’absence de souffrance. * « ¥ Mais ici plus que jamais les philosophes inter viennent, en pleine révolte de sentiment : « Le grand agent de la marche du monde, s’écrie
l’initiation 214 Renan, c’est la douleur ; la gêne est le principe du mouvement. C’est l’antique théorie du progrès par l’émulation, transformée par nos spéculateurs en miracle de la con currence. Il n’y a là qu’une nouvelle forme de l’indi gnité de la matière. - On peut affirmer d’ailleurs que ceux qui parlent si légèrement de la douleur ne la connaissent que philosophiquement.
La douleur .ou la crainte de la douleur est en effet la seule raison d’être du travail, dans l’ordre d’idées plus haut expliqué.
Mais cette réalisation pénible de l’effort humain se doit proportionner à la souffrance qui l’a provoquée ; et parce que l’homme ne souffri rait plus physiquement et que le travail forcé serait supprimé, il n’en résulterait pas que la marche du monde serait arrêtée, car après la faim du corps, il y a la faim de l’esprit— sur un tout autre plan, — mais non moins angoissante et réclamant un effort-dont l’étendue ne se peut mesurer.
Mais si le rêve des philosophes est que cette faim de l’esprit se fasse sentir le plus tôt et le plus vivement possible, ils seront d’accord que le meilleur moyen d’activer en ce sens la marche du monde, c’est d’at ténuer autant qu’il est en nous les souffrances physi ques qui nous détournent si fort de l’esprit. Renan eûtil philosophé si béatement, s’il n’eût possédé de petites rentes qui le garantissaient contre l’ignoble faim?
Que tous les hommes aient à manger, en de telles conditions qu’ils soient libérés de l’obligation du tra vail forcé, et l’esprit travaillera et le monde moral pro gressera.
VENTRE ET CERVEAU 2l5 L’homme dont l’estomac est satisfait, qui sait comment le lendemain il le satisfera, qui n’a pas froid et qui n’a point l’inquiétude du logement, cet homme-là a l’esprit net, lucide, prêt au développement normal. Ce qu’on appelle le progrès par la souffrance, c’est la hâte fiévreuse vers un idéal d’autant plus incom pris qu’il porte le stigmate indélébile des souffrances passées ou futures.
C’est la civilisation telle que les pseudo-philosophes l’ont faite, maladive, cherchant sa voie, âpre aux jouissances rapides et aiguës, assoiffée de tous les alcools, qu’on les appelle eau-de-vie ou luxe, absinthe ou sadisme, souffreteuse en ses prin cipes et pessimiste en ses buts. Née de la faim, elle emporte avec elle le stigmate de l’inassouvissement.
Elle se hâte de manger, dans tous les sens possibles du mot, par crainte de la pénurie possible. On a souvent raillé la sérénité béate de l’homme qui a bien dîné. Elle est plus adéquate à la nature que l’angoisse menaçante de l’affamé. Que l’humanité tout entière n’a-t-elle, de par l’absence de souffrance, cette béati tude et cette sérénité !
La civilisation, fille de la douleur, porte en elle le germe de la mort, et elle est en proie aux affres de la terreur, terreur de sentir le sol se dérober tout à coup sous ses pas, terreur de l’écroulement contre lequel elle ne s’est pas prémunie, terreur du mal qu’elle a ellemême généré et entretenu, en méconnaissant le prin cipe premier : — La raison d’être et le but de la société est l’aboli tion de la douleur.
2IÔ l’initiation * La vanité civilisée est si grande que réclamer les droits du ventre, c’est s’exposer volontairement aux railleries et aux insultes. — Quoi ! s’écrie-t-on, vous n’avez donc pas l’âme artiste : vous ne jouissez donc pas de toutes les beau tés, de toutes les splendeurs entassées par les intellec tuels, de ces monuments, de ses statues, de ces œuvres d’art sous toutes formés, si affinées, si délicates,...
Et que direz-vous'de ces progrès scientifiques,chemins de fer, télégraphes, qui procurent l’ubiquité à l’homme et à sa pensée?... Vous n’êtes qu’un butor et un vandale. A quoi le vandale réplique : — Si vous aviez employé à la suppression de la souffrance et de la faim le millième des efforts que vous avez consacré au superflu, il ne se trouverait plus un seul misérable pour vous crier ses revendications.
A qui a faim, qu’importe le Moïse de Michel-Ange ou la Transfiguration de Raphaël? A qui a faim, qu’im porte qu’on aille en neuf heures de Paris à Londres ? A qui a faim qu’importe tout ce qui n’est pas le pain tangible et matériel ?
Puis ce sont les philosophes geigneurs qui viennent à la rescousse : — Si vous parveniez — ce qui est heureusement impossible — à supprimer la douleur, vous priveriez l’humanité de la plus exquise des vertus, la charité...
Voulez-vous donc supprimer l’amour, l’amour qui fait des miracles, et saint Martin n’a-t-il pas dit : « Comment les hommes qui connaissent les douVENTRE ET CERVEAU 2 I 7 ceurs de la raison et de l’esprit peuvent-ils s’occuper un instant de la matière ? » Sinistre théorie ! Quelle douceur peut avoir dans l’âme celui qui sait chez autrui l’existence de la souf france ?
Combien plus logique et plus vraie la théorie bouddhique : « Nul ne peut être heureux, si tous ne sont heureux ! Nul n’est rassassié tant qu’un autre a faim... » Mais que dire de ces rêveurs qui, échappés au tor rent, s’agenouillent sur le bord et remercient le ciel, tandis que leurs compagnons hurlent et se brisent sur les roches.....
Sempiternels phraseurs, ils ne supprimeraient pas la maladie, pour conserver l’admirable science de la médecine. Si on ne se brisait plus les membres, alors il n’y aurait donc plus dechirurgiens !... Pitié, charité, amour du prochain, il y a des cent milliers d’années que les misérables sont exploités et meurent au nom de ces fausses vertus. La justice et l’équilibre ne sont pas choses de sentiment.
La cha rité est une prime d’assurance payée par l’égoïsme contre les éventualités d’expropriation violente. Par le contrat social, l’homme a aliéné son droit à la brutalité animale, en échange de l’exercice certain et inaliénable de son droit de vivre. Les contractants ne demandent ni pitié ni charité, mais l’exécution du pacte. Il n’y a là qu’une question d’honnêteté.
2l8 l’înîtiation III Il est temps de conclure.
Les idées émises se résument ainsi : — La Société a été instituée pour délivrer l’homme des souffrances matérielles. — Les souffrances réelles sont la faim et le froid. — La faim et le froid sont annihilés par le pain, par le logement et par le vêtement. — Pour obtenir le pain, le logement et le vêtement l’humanité a à sa disposition un instrument, le tra vail. — La Société doit régler le travail de telle sorte que tout homme ait le pain, le logement etle vêtement. — Cela est la vie; tout ce qui n’est point cela est la mort.
Tous étant susceptibles d’éprouver la faim et le froid, tous doivent fournir leur quote-part de travail social pour s’assurer contreces souffrances réelles. Il nes’agitplus ici de palliatifs comme ceux qu’ima ginent certains économistes socialistes sous le nom de crédit mutuel, de banques populaires. Il ne s’agit pas d’extension des institutions charitables, aug mentant le nombre des asiles, des refuges de toute nature ou des hôpitaux.
Il ne s’agit même pas de syndicats, de sociétés coopérativesqui ne sont que des efforts de groupes, se substituant à l’individu, et resventre et cerveau 2lg tant à l’égard les uns des Autres dans l’état de lutte pour la vie. La vérité est plus nette.
Elle ressort de l’article pre mier du contrat signé virtuellement par tout être hu main apparaissant sur la terre et qui est celui ci : — Je m’engage à, pendant x ans et pendant x heures par jour, à travailler pour supprimer chez moi et chez mes associés les souffrances matérielles.
Moyennant quoi la société me garantit le nécessaire, c’est-à-dire la nourriture, le vêtement, le logement pendant toute la durée de mon existence. ■** * Un Américain, Bellamy, dans un livre — L’An 2000 — qui s’est tiré en Angleterre et en Amérique à plusieurs millions d’exemplaires, à cherché la mise en pratique de ces principes et s’est arrêté à une con ception qui est analogue à celle du service militaire, fonctionnant dans tous les pays plus ou moins civi lisés.
Le, service militaire est un contrat passé entre l’homme et la société. Ce traité comprend, d’une part, l’obligation de servir pendant un temps x, moyennant quoi la Société garantit à l’homme — dans la mesure du possible— l’intégrité delà Patrie. La Patrie est une conception non absolue, contin- .gente à mille événements qui peuvent survenir par la marche même des choses, ainsi que l’indique la ten dance à la fédération universelle des peuples. La Patrie s’est étendue de la famille au groupe, du groupe à la nation. Les Etats-Unis sont un groupement de patries,
220 L’iNITIATION ne formant plus qu’une seule Patrie. L’Europe un jour sera une patrie. Et, dans l’avenir des temps, la Patrie se fondra dans l’Humanité. Au contraire les besoins matériels sont d’ordre ab solu, et aucune réforme, aucune combinaison, quelles qu’elles soient, ne peuvent ni ne pourront les faire disparaître.
Par conséquent il est plus naturel encore d’appli quer le mode usité pour la sécurité de la Patrie à la Sécurité matérielle, physique, donc plus naturel d’imposer à tous des obligations inéluctables dont la forme la plus compréhensible serait l’armée indus trielle ou du Travail. Service pour tous et par tous dans le but de créer, pour tous les habitants d’un même pays et plus tard pour l’humanité tout entière, la sécurité de la Vie.
Que ce service soit de X années, divisé en périodes d’activité et de réserve, avec diminution proportion nelle de l’effort exigé ; par cet effort organisé un résul tat palpable est obtenu. L’obligation est remplie, l’homme est en possession du premier et, quoi qu’on en dise, du plus grand des biens, l’absence de la souf france humainement évitable.
La Question dite des Femmes disparaît, puisque, étant soumises aux mêmes besoins que l’homme,- toutes proportions gardées de vigueur et de fonction, elles sont parties actives au Contrat social et en doivent exécuter les stipulations. Ce service est strictement limité aux productions nécessaires à la vie matérielle de l’être.
VENTRE ET CERVEAU 221 Des statistiques établissent les données du pro blème : Combien faut-il de journées d’êtres humains, renou velées chaque année par l’enrôlement des plus jeunes, pour que soit obtenue la production nécessaire à la garantie de la satisfaction des besoins matériels? Il n’est point question, en principe, de richesse ni de jouissance; l’organisation ne vise que le néces saire, avec tendance au moindre travail possible.
Mais de cette organisation ou de toute aütre, ana logue dans ses principes et dans ses buts, la résultante est celle-ci : Nul homme ne peut plus dire : j’ai faim et jenesais comment manger, je suis vagabond et ne sais où me loger, j’ai froid et ne sais comment me couvrir. Et en ce qui touche la femme : J’ai faim, j’ai froid et je n’ai d’autre ressource pour échapper à la mort que de me prostituer.
L’homme n’étant plus contraint de vendre ses bras et son cerveau, la femme n’étant plus réduite à trafi quer de son sexe. * ¥ * La civilisation a fonctionné au rebours de ces prin cipes.
Si dans une ville comme Paris, avant de construire des palais, des cathédrales, des musées, des monu ments de tout ordre, on avait obéi aux règles les plus élémentaires de la logique, il existerait d’immenses réfectoires où quiconque aurait faim pourrait manger, d’immenses dortoirs ou quiconque serait sans domi cile pourrait coucher.
222 l'initiation On y songe parce qu’on a peur du socialisme ; mais on s'arrête à mille considérations : n’encoura geons pas la paresse, n’abolissons pas la contrainte moralisatrice de la misère, du besoin physique !
Par contre, engraissons les intellectuels, multiplions les sinécures, élargissons toujours et toujours le cercle du fonctionnarisme, et, pour ce peuple d’en haut, construisons.ua Opéra de soixante millions, un Sacré-Cœur de quatre-vingts millions, érigeons des colonnes et des arcs de triomphe. Tout pour la tête, et que le ventre infâme s’arrange comme il le peut !
Aujourd’hui, dans une ville dont le budget dépasse celui d’États entiers, on meurt de froid parce qu’il n’existe pas de chauffoirs publics^ de misère physio logique parce que les hôpitaux sont trop exigus, de faim surtout, car quiconque va au poste de police pour demander du pain est arrêté comme suspect. Pour qui a mangé, la faim est séditieuse.
Nul n’aura même osé concevoir cette pensée, fît-il partie d’un conseil municipal démocratique et élu par la démocratie, de proposer le retranchement, pendant x années, des dépenses somptuaires pour en consacrer le montant à l’extinction rapide, immé diate, pourrait-on dire, des souffrances matérielles. Palliatif, soit 1 Mais encore... pas même cela! * .. Le système de conscription du travail dont il est parlé plus haut répond-il à un idéal de justice ? Oui,
VENTRE ET CERVEAU 223 car il constitue la péréquation entre l’effort exigé et l’avantage recueilli. Est-il pratique ? Oui, puisqu’il est déjà appliqué dans un autre but. Est-il réalisable ?... Cest ce qui sera examiné plus loin. Est-il contraire au développement de l’humanité, au point de vue intellectuel ?
Wagner, qui fut à la fois un grand artiste et un grand philosophe, a écrit ceci : — Quand gagner sa vie ne sera plus pour les hommes libres de l’avenir le but de l’existence tout entière, quand, au contraire, par suite de l’avènement d’une science nouvelle, le gain du pain quotidien nous sera assuré au moyen d’un travail naturel correspondant, bref, quand l’industrie, au lieu d’être notre maîtresse, sera devenue notre servante, alors nous placerons le but de la vie dans le bonheur de vivre, et nous nous efforcerons de rendre nos enfants aptes à jouir de ce bonheur.
L’éducation, basée sur l’exercice de la force et de la beauté physiques, deviendra for cément artistique... chaque homme, dans n’im porte quel ordre d’idées, deviendra un artiste véri table ... Ce qui se peut résumer sous cette forme concrète : L’art commence où finit l’effort de vivre.
L’homme qui, parle sacrifice d’une partie de sa vie. acquierra la sécurité du Vivre pourra sans inquiétude, sans remords, employer le reste de son existence à développer ses facultés spirituelles. Il y sera entraîné par le désir naturel d’ajouter du superflu, art ou joui224 l’initiation sance, au minimum indispensable que constitue le nécessaire garanti.
Libéré seulement de la souffrance, il aura devant lui le champ sans limite du bien-être, sous toutes ses formes, bien-être du corps ou de l’esprit. Il possédera le vrai loisir, la vraieliberté, et l’horizon restera ouvert à toutes ses initiatives.
Nul ne pourra plus prétendre qu’étant contraint de dépenser toutes ses facultés physiques et morales à la seule acquisition du pain quotidien, il est dans l’im possibilité absolue de s’occuper des choses de l’esprit. La possession du bien strict, loin de mettre obstacle à l’appétence du mieux, la développera et l’encouragera.
Qui ne s’est écrié : Je ne puis réaliser l’idéal qui est dans ma pensée, parce que j’ai à peine Je temps de gagner ma vie et celle des miens. Je [ne puis pourtant pas laisser la maison manquer de pain ! Le pain, c’est la liberté. * ¥ * Le système en question est-il réalisable ? Est-il pos sible d’employer dès aujourd’hui toutes les forces de la nation à la suppression des souffrances matérielles? Non. Pourquoi ?
Parce que toutes ces forces vives sont consacrées à défendre l’existence même de la nation. , L’armée du Travail ne pourra être constituée que le jour où l’armée de la Guerre pourra être supprimée. Autrement dit, quand la Guerre elle-même sera effacée des éventualités possibles. La Guerre peut-elle être supprimée ?
VENTRE ET CERVEAU 225 Oui, par la fédération des peuples. Qui s’oppose à cette fédération ? L’organisation autocratique et monarchique du gou vernement chez un certain nombre de nations, sou mises à un Roi ou à un Empereur, dont la seule rai son d’exister gît dans les idées fausses et antisociales de patriotisme exclusif et de puissance décorative.
Les peuples ne sont pas ennemis entre eux : c’est le monarchisme qui les a faits tels, parce qu’il a intérêt à perpétuer la foi en la nécessité de sa fonction. Ses complices sont les prêtres et les actuels possédants. Les peuples savent que leur intérêt réel est d’échan ger entre eux leurs productions, obtenues chez cha cun d’eux, en raison de la situation et du climat, au prix du moindre effort possible.
Le premier facteur de l’échange, c’est-à-dire de l’ac quisition au moindre prix des denrées nécessaires à la vie, c’est la Paix, c’est-à-dire la fédération. Remontant la chaîne du raisonnement, on peu formuler cette conclusion. Lamarche future et pro chaine de l’humanité doit être : i° Destruction de l’obstacle monarchique. Répu blique. 2° Fédération des Républiques.
3° Utilisation et organisation de toutes les forces vives de la Fédération en vue de la suppression des éventualités de souffrances matérielles. En fait, ¡’Humanité, par la force même de la pous sée naturelle, marche dans cette voie. En dépit de toutes les résistances, elle ira jusqu’au bout. La France a atteint le premier stade : République.
22Ô l’initiation Par la Force ou par la contagion du Vrai, elle doit conduire i’Humanité au second stade : Fédération républicaine. En même temps., ses socialistes doivent de plus en plus faire pénétrer dans les consciences cette conviction basée sur la logique et sur la science : Que l’Humanité, ayant reconquis son indépendance par le renversement de toutes les oligarchies, pourra alors mais seulement alors, vaincre l’Ennemi éter nel : La Faim. Jules Lermina. Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix (Thèse de doctorat) La vie de Jean Dee que nous donnons ici n’est que le résumé d’une biographie latine publiée au xvme siècle: Vita Joannis Dee, mathematicî angli, scrîptoreThomaSchmito. — A Londres, 1707, in-4®. — Cet ouvrage, d’une centaine de pages, est rare : la vie proprement dite de Dee comprend cinquante-cinq pages, le reste est rempli par des pièces justificatives, actes, lettres, etc. Nous ne ferons donc que résumer l’oeuvre de Thomas Schmit, éliminant tout ce qui, en dehors des événements de la vie de Dee, ne regarde pas l’occultisme, et ajoutant des détails omis par les
VIE DE JEAN DEE 227 biographes primitifs. Car Jean Dee fut un savant uni versel comme Cardan, comme Bacon Roger; il était mathématicien, mécanicien, astrologue, théologien, magicien, alchimiste, médecin, cabalisteetastronome. ★ ¥ ¥ Jean Dee naquit à Londres le i3 juillet 1627, à quatre heures onze minutes de l’après-midi. Son père, Roland Dee, lui trouvant d’heureuses dis positions, lui fit donner une brillante instruction, partie à Londres, partie à Chelmsford dans le comté d’Essex. A seize ans, il fut envoyé à Cambridge, au collège de Saint-Jean l’Evangéliste, pour terminer ses études classiques. Il se livrait alors à l’étude des belles-lettres.
A cet âge où les passions s’éveillent, il ne songeait qu’à étendre le cercle de ses connaissances. Dormant seulement quatre heures par jour, il con sacrait le reste de son temps à l’étude et à la prière, car il était dès lors fort pieux; mais sa religion planait au-dessus des dogmes et il penchait plutôt vers le mysticisme.
Ayant conquis le grade de bachelier ès-arts, il en tame une autre partie des connaissances humaines, les mathématiques, et sous ce nom il faut comprendre la mécanique et la cosmographie. L’Angleterre n’avait pas alors beaucoup d’illustres en ce genre. Dee passa donc en Belgique où il se lia bientôt avec des savants tels que Gerard Mercator et G. Frisius.
Quelques mois après, il revenait à Cambridge, suffisamment instruit, grâce à ses prodigieuses facultés d’assimila228 l’initiation tion, pour prendre rang parmi les astronomes ayant alors un nom. Le roi Henri VIII nomma Dee professeur de grec au collège de la Sainte-Trinité qu’il venait de fonder à Cambridge. C’était alors la coutume de représenter dans les collèges des pièces classiques.
Jean Dee fut chargé de monter une comédie d’Aristophane : la Paix. Il y a dans cette pièce un scarabée qui vole jusqu’au palais de Jupiter, emportant un homme dans une corbeille. A la vue de ce prodige, tous les spec tateurs furent étonnés et quelques-uns même, complè tement ignorants des lois de la mécanique, répan dirent le bruit que Jean Dee, déjà initié dans la magie, avait produit ce fait avec l’aile des démons. En 1648, Dee conquiert le grade de maître ès-arts, quitte Cambridge et se rend àl’Université de Louvain.
On peut dire que, dès cette époque, il se voue à l’étude des sciences défendues, mais en secret ; ainsi, à Lou vain, il étudie ostensiblement le droit civil, avec suc cès du reste, puisqu’il fut lauréat de l’université. En 155o il se rend à Paris, mais sa renommée était déjà telle que les étudiants et surtout ses compatriotes le supplièrent de faire un cours.
Il se rendit à leurs prières et commenta publiquement les éléments degéométrie d’Euclide. II se lia d’amitié avec des hommes tels que Ranconet, Jacques Sylvius, Turnèbe, Pierre Ramus, Guillaume Postel, Fernel. On lui offrit la chaire de professeur royal aux mathéma tiques, mais il préféra sa liberté et retourna l’année suivante en Angleterre. Marie, sœur aînée d’Edouard VI, venait de monhl1-' f ?
VIE DE JEAN DEE 2 2Q ter sur le trône ; il s’ensuivit une sorte de révolution religieuse dont Jean Dee eut à souffrir. Accusé d’hé résie et d’avoir attenté à la vie de la reine par des moyens magiques, il fut jeté en prison et jugé par devant la Chambre étoilée de Westminster.
L’accusa tion du crime de lèse-majesté fut repoussée, mais, son orthodoxie ayant paru douteuse, il fut remis aux juges ecclésiastiques, et il ne fallut rien moins qu’un ordre de la reine Marie pour le tirer de leurs mains. Il sor tit de prison le 29 août 1553, mais à la condition de se présenter quand il en serait requis.
Instruit par le malheur, Dee abandonna l’enseigne ment public et se livra en amateur à l’étude des anti quités anglaises ; il réunit en quelques années une merveilleuse collection de manuscrits, de livres rares, de parchemins héraldiques, de curiosités en tout genre. (1558) Elisabeth, seconde fille de Henri VIII, venait , de monter sur le trône.
Robert Dudley, plus tard comte de Leicester, chargea Jean Dee de rechercher, selon les règles de l’astrologie judiciaire, quel serait le jour où les planètes seraient favorables pour le cou ronnement solennel de la reine. Son obéissance sur ce point lui valut son pardon définitif; mais avec les flatteries des grands : ce fut tout ce qu’il en retira.
Jean Dee quitte de nouveau l’Angleterre en 1563 ; il parcourt la Belgique, l’Allemagne et l’Autri.cheHongrie. A son retour, il s’arrête à Anvers, et y achève Jla Monade hiéroglyphique (ouvrage que nous avons traduit récemment fansY Initiation).
Dans sa dédicace à l’empereur Maximilien, il ‘A î :l23o l’initïation déclare qu’il va donner l’explication des puissances hyperphysiques et des vertus supercélestes et qu’il n’y a jamais eu de travail comparable à celui-là. Il déclare que Dieu lui-même lui a donné la volonté et le pou voir nécessaires pour révéler ces secrets au monde entier.
Au reste, il alla au-devant de la critique en mettant en tête de son ouvrage un symbole avec ces mots : « Si tu ne comprends pas, apprends ou taistoi ». Rentré en Angleterre, Dee s’établit à Greenwich, résidence d’étéde la reine. Il ne manqua pas, au reste, de se faire présenter à la reine et lui offrit sa Monade hiéroglyphique.
La reine daigna la parcourir en sa présence, lui déclara qu’elle était son élève et qu’elle s’efforcerait de percer les secrets de la Monade. Au mois de février 1568, Dee obtint une seconde audience de la reine, à Westminster. Il eut avec elle un long entretien sur la Pierre philosophale ; c’est tout ce que l’on en sait ; car, soit crainte, soit modestie, il ne dit jamais rien, dans la suite, de cette entrevue.
On peut néanmoins conclure qu’il s’occupait d’al chimie depuis longtemps déjà; du reste sa Monade hiéroglyphique est là pour le prouver. En 1671, son amour des voyages le reprenant, il quitte l’Angleterre muni de lettres patentes et de recom mandations pour les ambassadeurs anglais à l’étran ger.
Mais il tombe malade en Lorraine,et Elisabeth, qui regardait sa vie comme très précieuse, lui dépêcha deux médecins et un gentilhomme avec ordre de ren trer dès qu'il serait guéri. VIE DE JEAN DEE x De retour dans sa patrie, Dee se confina à Mortlake, sur les bords de ia Tamise, à environ huit milles de Londres et à trois de Richmond, célèbre par un palais où la reine venait en été chercher un air plus pur et un ciel plus clément.
Dès cette époque la fortune de Dee était ébranlée par suite de ses voyages d’une part et de ses dépenses considérables en achats de livres rares, manuscrits, chartes, curiosités, instruments, etc., d’autre part. Longtemps il avait compté sur les vaines promesses des grands ; il pensa alors au mariage, comptant y trouver à la fois la fortune et la tranquillité. 11 chercha donc une femme riche et intelligente.
Ses amis, le comte de Leicester, le docteur Christophe Hatton et la reine elle-même s’en mêlèrent et Dee fut promp tement marié. Il passa quelques années tranquilles, lorsqu’en i5?5 sa femme mourut. C’est à partir de cette même année que Dee entra de plus en plus dans la faveur de la reine qui lui rendit visite plu sieurs fois afin d’examiner en détail sa fameuse biblio thèque et ses superbes collections.
En 1577. -une comète merveilleuse parut dans le ciel : nous n’avons malheureusement plus les observations de Dee à son sujet. Ce phénomène frappait beaucoup les esprits, on y voyait l’annonce des plus terribles événements.
Dee s’entretint souvent à ce sujet avec sa royale élève. Jean Dee s’adonnait en secret à la recherche des arcanes de la philosophie occulte, surtout il étudiait le problème de l’élixir des Philosophes, quand, au commencement de i58o, il s’adjoignit un compagnon. Edouard Kelley, jeune homme de vingt-cinq ou vingtl’initiation 23s six ans., attiré par sa renommées chercha à capter son amitié.
Ï1 fut rapidement admis dans son inti mité tant à cause de la similitude de leurs études et de sa discrétion., que de son habileté dans les opéra tions chimiques, toutes choses qui le plaçaient audessus des souffleurs vulgaires, si bien que plus tard les Esprits le déclarèrent « ouvrier de la nature, ins pecteur des entrailles de la terre ». Quelques mots sur ce Kelley. De son vrai nom, Talbot, il était né à Worcester le ior août 1555.
Les uns disent qu’il exerça d’abord la profession d’apo thicaire dans sa ville natale; d’autres, ce qui est moins vraisemblable, de notaire. 11 aurait eu ainsi à faire nombre d’actes, engagements, testaments. Usant mal de son habileté à contrefaire les écritures, il aurait falsifié des actes, moyennant finances. Malheureuse ment pour lui, il fut convaincu de faux et eut en conséquence les oreilles coupées.
A la suite de cette aventure, il quitta Lancastre qui avait été le théâtre de ses exploits et se lança à la recherche du Secret des Philosophes, se flattant d’arriver par la Chrysopée à la possession d’immenses trésors.
Mais, dans sa hâte de jouir, il sortit des voies ordinaires; ce n’est pas lui qui aurait passé, comme Nicolas Flamel, vingt ans de sa vie dans des recherches laborieuses, certes non; il s’adonna donc concurremment à la magie noire.
Il est constant, en effet, dit Thomas Schmit, que Kelley consulta sur ses recherches un esprit infernal qui lui apparut sous l’enveloppe d’un cadavre enterré récemment. Peu après il fit la connais sance de Jean Dee. A partir de ce moment, ces deux
VIE DE JEAN DEE 233 hommes eurent des apparitions d’esprits que Dee toute sa vie considéra comme des Anges de lumière envoyés du ciel tout spécialement pour éclairer leur âme des rayons de la sagesse divine et leur révéler les événements futurs. Jean Dee en effet était très mysti que; il priait Dieu avec une grande ferveur deîui don ner la grâce de pénétrer les secrets de la nature encore inconnus aux hommes.
11 aimait à répéter que Dieu lui avait donné dès sa jeunesse un amour insatiable de la vérité; que tel était le but de ses études, atteindre avec l’inspiration de Dieu la'connaissance de la vraie phi losophie, le trésor de la sagesse céleste, et la science de la vérité pure.
Aussi, se croyant destiné à être le ministre et le révélateur de la volonté divine aux hommes, il consacrait ses veilles à l’étude de la phi losophie et des mathématiques, à la prière et aux orai sons. Le 22 décembre 1581, Kelley et Dee commencèrent ensemble leurs opérations magiques. Elles sont relatées dans un manuscrit en cinq livres traitant de ces mystères.
Dee y raconte comment il avait préparé l’autel et fabriqué le Sceau Divin, par quels rites ils obtinrent l’apparition et la réponse des esprits. Il y a un appendice à ces manuscrits commencé le 3 mai 1583. Ces manuscrits étaient conservés dans un cof fret à secret. Plus tard, üs tombèrent par hasard entre les mains d’Elie Ashniole, antiquaire et alchimiste, qui les montra à Schmit. Du temps de ce dernier on les conservait encore à Oxon.
Ces manuscrits étaient écrits de la propre main de Dee ainsi que plusieurs autres, qui furent édités en i65g à Londres par
l’initiation 234 Méric Casaubon, filsd’Isaac Casaubon, sous ce titre: True and faithfull relation of what passed for many years between Dr. J. Dee and some spirits., ten ding to a general alteration of most states and king doms in the world. — With preface confirming the reality of this relation by Meric Casaubon ». — Londres, 1659, in-f°. La suite des cinq premiers livres fut conservée dans la bibliothèque Cottonienne.
Le sixième livre est inti tulé: Livre sixième. Des mystères et Parallèle du Saint Défrichement. Commencé le 28 mai i583. — Ces manuscrits ne sont pas réunis en un volume com pact, ils se composent de plusieurs parties diverses, cousues ensemble, tachées d’humidité, comme si l’ouvrage avait demeuré longtemps en terre dans un coffre. 11 serait devenu complètement illisible si on ne l’avait découvert à temps.
Dans une de ces séance magiques, le 21 novembre 1682, Dee reçut d’un ange une pierre transparente et brillante, de forme ronde, semblable à du cristal. On y voyait apparaître figurés les événements futurs et elle émettait des voix. On trouve la relation de ce prodige à la fin du quatrième livre des Mystères.
Il dit que l’Ange, de la grandeur d’un enfant, apparut vers la fenêtre à l’occident de la bibliothèque : tenant cette pierre à la main, il lui ordonna de la prendre, et Dee, ayant obéi, sentit que l’ange était froid et dur, quoi que resplendissant et glorieux. Que penser de ce récit ? Jean Dee, étant à Prague en 1584, jura à l’empereur Rodolphe en attestant le nom de Dieu que tout ceci était vrai et que pour rien
VIE DE JEAN DEE 235 au monde il ne se déferait de son cristal magique. Il le montra aussi à Guillaume de Saint-Clément, ambassadeur du roi d’Espagne, ainsi que son sixième et son quatrième livres mystiques manuscrits. Il le montra à Jacques Curtz, conseiller impérial. A.partir de ce moment, Jean Dee va communiquer avec les esprits par l’intermédiaire de son cristal magique agissant comme miroir constellé ; sa vie va être désormais régie par des ordres célestes, selon lui, et, pour commencer, sur l’ordre du génie Uriel, il fait un acte d’association avec Kelley et lui assigne une pension annuelle de 5o livres. Philophotes. (A suivre.)
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE LA TütïHOSOPHIB (Suite et fin) CHAPITRE II ETSEB MAIM Un vent impétueux s’éleva; j’eus peine à conserver ma lampe allumée. Enfin, un perron de marbre blanc s’offrit à ma vue ; j’y montai par neuf marches. Arrivé à la dernière, j’aperçus une immense étendue d’eau ; des torrents impétueux se faisaient entendre à ma droite; à ma gauche une pluie froide mêlée de masses de grêle tombait près de moi. Je considérais cette scène majestueuse, quand l’étoile qui m’avait quitté sur le perron, et qui se balançait lentement sur ma tête, se plongea dans le gouffre; je crus lire les ordres du Très-Haut ; je me précipitai au milieu des vagues. Une main saisit ma lampe et l’attacha sur le sommet de ma tête : je fendais Fonde écumeuse en m’efforçant de gagner le rivage opposé que je ne voyais point encore; enfin, j’aperçus à l’horizon une faible lueur,
LA TRINOSOPHIE 2^7 je me hâtai; j’étais au milieu d'une eau glacée et la sueur couvrait mon front. Je m’épuisais en vains efforts ; la rive que je pouvais à peine entrevoir sem blait fuir devant moi à mesure que j’approchais. Mes forces m’abandonnaient, je me soutenais avec peine. Je ne craignais pas de perdre la vie, mais de mourir sans être illuminé.
Enfin je perdis courage ; et, levant vers la voûte mes yeux baignés de pleurs, je m’écriai : Indice. me judicium meum et redime me propter eloquium tuumvivificame. A. peinepouvais-je agiter mes membres fatigués, j’enfonçais de plus en plus, quand j’aperçus près de moi une barque. Un homme couvert de riches vêtements la conduisait; je remarquais que la proue était tournée vers la rive que je venais de quitter: il s’approcha.
Une couronne d’or brillait sur son front. «Viens avec moi,me dit-il, laisseune vaine entreprise que tu n’es pas en état d’achever, je suis le ROI des ROIS ; viens, et je partagerai ma puissance avec toi. » Je lui répondis : «Bonum estsperare in Do mino. quàm confidere inprincipibus. A l’instant ia barque et le monarque s’abîmèrent dans les eaux.
Une vie nouvelle sembla couler dans mes veines et je par vins, en peu de moments, à gagner le but de mes fa tigues. CHAPITRE III ETSEB LAAB Je me trouvai sur un rivage semé de sable vert. Un. mur d’argent brillait devant moi. Deux lames
238 l’initiation rouges étaient incrustées dans son épaisseur ; l’une était chargée de caractères sacrés, sur l’autre était gra vée une ligne de lettres grecques; entre les deux lames était un cercle de fer. Deux lions., l’un rouge et l’autre noir, reposaient sur des images et semblaient garder une couronne d’or placée au-dessus de leur tête. Je lus quelques caractères écrits sur les flancs d’un des lions.
On voyait encore près du cercle un arc et deux flèches. A peine avais-je observé ces différents emblèmes qu’ils disparurent avec la muraille qui les contenait. A la place un lac de feu se présenta devant moi ; le soufre et le bitume roulaient à mes pieds leurs flots enflammés... Je frémis ; une voix éclatante m’ordonna de traverser ces flammes; j’obéis,et les flammes sem blèrent avoir perdu leur activité.
Je marchai long temps au milieu de l’incendie. Arrivé dans un espace circulaire, je contemplai le pompeux spectacle dont la bonté du ciel daignait me faire jouir. Quarante co lonnes de feu disposées en cercle décoraient la salle dans laquelle je me trouvais. Un côté des colonnes brillait d’un feu blanc et vif, l’autre semblait dans l’ombre; une flamme noirâtre le couvrait.
Au centre de ce lieu s’élevait un autel en forme de serpent; un or vert embellissait son écaille diaprée, sur laquelle se reflétait les flammes qui l’environnaient ; ses yeux semblaient des rubis. Une riche épée était plantée en terre près du serpent, une coupe remplie de grains de grenade reposait sur sa tête.
J’entendis le choeur des esprits célestes ; une voix s’écria : « Prends le glaive et la coupe; frappe le serpent. » Je pris la coupe d’une main, et de l’autre je portai un coup sur le col du serLA TRINOSOPHIE 23g peut; l’épée rebondit et le coup résonna comme, si j’avais frappé une cloche d’airain.
A peine avais-je obéi à la voix, que l’autel disparut; les flammes, les colonnes se perdirent dans l’immensité ; le son que j’avais produit en frappant l’autel se répéta comme si mille coups semblables étaient frappés à la fois. En même temps une main invisible me saisit parles che veux, et m’éleva vers les voûtes qui s’entr’ouvrirent à mon approche. De vains fantômes se présentèrent de vant moi pour me disputer le passage.
Des hydres, des lamies m’entourèrent de serpents. La vue de l’épée que je tenais à la main écarta cette foule immonde, comme les premiers rayons du jour dissipent les songes, frêles enfants du sommeil et de la nuit. Après avoir monté par une ligne perpendiculaire à travers les différentes couches qui composent les parois du globe, je revis la lumière du jour.
CHAPITRE IV ETSEB ARABOTH A peine étais-je parvenu à la surface de la terre, que mon conducteur invisible m’entraîna plus rapi dement encore. La vélocité avec laquelle nous parcou rions les espaces ne peut être comparée qu’à ellemême. En un moment j’eus perdu de vue les plaines sur lesquelles je dominais. J’avais observé avec éton nement que j’étais sorti du sein de la terre, loin des campagnes de Naples. Une vaste plaine déserte et sa
l’initiation 240 blonneuse, quelques pyramides isolées étaient les seules objets que j’eusse aperçus. Bientôt, malgré les épreuves que j’avais subies, une nouvelle terreur vint m’assaillir : la terre ne me semblait plus qu’un nuage confus ; j’étais élevé à une hauteur immense. La main qui me soutenait m’abandonna : je redescendis. Pendant un temps assez long, je roulai dans l’espace ; déjà la terre se déployait à mes regards troublés.
Je pouvais cal culer combien de minutes se passaient avant que j’al lasse me briser contre un rocher ; mais bientôt, prompt comme la pensée, mon conducteur se précipite après moi; il me reprend, m’enlève, me laisse retomber encore ; enfin il m’élève avec lui à une distance incom mensurable; je voyais des globes rouler autour de moi, des soleils graviter à mes pieds. Tout à coup, on me toucha les yeux et je perdis le sentiment.
CHAPITRE V TEREM SCHERAD A mon réveil je me trouvai couché sur un riche coussin; des fleurs, des aromates embaumaient l’air que je respirais. Une robe bleue parsemée d’étoiles d’or avait remplacé mon vêtement de lin; vis-à-vis de moi était un autel de couleur jaune pâle : un feu pur s’en exhalait sans qu’aucune autre substance que l’autel même l’alimentât ; des caractères noirs étaient gravés sur sa base. Au-dessus de l’autel, était un oiseau dont les pieds et les ailes étaient noirs, le col doré, la
LA TRINOSOPHIE 241 tête rouge et le col d’argent; il s’agitait sans cesse, mais sans faire usage de ses ailes. Il ne pouvait voler que lorsqu’il se trouvait au milieu des flammes. Auprès de l’oiseau on voyait un flambeau blanc., qui brillait comme le soleil. L’oiseau se nomme Taroph, le flam beau Mélach, et l’autel Gophrith. Quatre inscriptions entouraient ces différentes choses.
CHAPITRE VI CHOUL MADDA Je me détournai et j’aperçus un palais immense; sa base reposait sur des nuages. Des marbres incon nus aux enfants des hommes composaient sa masse ; sa forme était triangulaire; quatre étages de colonnes s’élevaient les uns sur les autres ; une boule de cristal terminait cet édifice. Le premier rang de colonnes était blanc., le second noir, et le troisième vert; le dernier était d’un rouge brillant.
Après avoir admiré longtemps cet ouvrage des artistes éternels, je retour nai dans l’endroit où j’avais vu l’autel, l’oiseau et le flambeau. Je voulais les observer encore : ils étaient disparus.
Je les cherchais des yeux lorsque les portes du palais s’ouvrirent : un vieillard vénérable en sortit ; sa robe était semblable à la mienne, mais un soleil d’or suspendu à une triple chaîne brillait sur sa poitrine ; sa main droite tenait une branche verte, l’autre soutenait un encensoir ; une tiare pointue comme celle de Zoroastre couvrait sa tête blanchie.
'¿iy-'t 242 " l’initiation li s’approcha de moi ; le sourire de la. bienveillance errait sur ses lèvres. « Adore Dieu, me dit-il, c’est lui qui fasoutenu dans tes épreuves, son esprit était avec toi. Monfils, tu as laissé fuir l’occasion, tu pouvais te rendre maître à l’instant ' du flambeau Melach, de ' l’autel Gophrith et de l’oiseau Taroph, et les réunir en toi; tu serais deve'nu à la fois autel, oiseau et flam beau. Il faut à présent, pour parvenir au lieu le 'plus secret du palais des sciences sublimes, que'tu en par coures tous les détours ; viens, je dois avant tout te pré senter à mes frères. >?Ilme prit la main et m’introduisit dans une vaste salle entourée de tablettes chargées de S-ivres., Mon conducteur passa ■ quelques jours avec ■. moi dans"çc sanctuaire de la sagesse ; il m’expliqua tous les passages quijusqüe-là m’avaient semblé inintel- ; ‘ ligibles, me donna une clé des-allégories dont les sages avaient environné leurs secrets. Bientôt je fusen état de me passer de son secours, il me.laissa seul. Je res tai, dans ce séjour paisible, appelé parmi les enfants de Dieu Bethiada. Tous les écrits.dés fils de la science,. tous les traités profonds ou ils se.sont plu à déposer leurs plus secrets mystères étaient autour de mofà Je . fus étonné de leur petit nombre ; j’y cherchai vaine- . • ment .cette effrayante multitude d’ouvrages que l’avi dité de m’instruire m’avait fait lire avec tant de soin ; . ces livres tant vantés-parmi les hommes ne - s’offrirent point à ma vue. Je m’aperçus bientôt qu’ils étaient indignes de figurer parmi les. œuvres sacrées que -la . bonté céleste mettait à ma disposition et je connus . enfin l’esprit qui avait dicté la plupart d’entre eux. Animés de viles-passions, terrestres, leurs auteurs •aï;
í; Ip.
LA TRINOSOPHIE 243 n’avaient cherché dans l’étude de la science' qu’un moyen de satisfaire leur orgueil ou leur avidité, qu’une source toujours renaissante de richesses et de voluptés ; avec de pareils motifs ils ne pouvaient pas espérer d’être éclairés.
Las de renouveler sans cesse des tra vaux toujours infructueux, découragés à l’aspect de leurs recherches inutiles, ne pouvant s’élever jusqu’au sanctuaire mystique, ils ont tenté de faire croire aux enfants des hommes qu’ils avaient soulevé le voile, et ont composé au hasard des ouvrages surchargés de termesjmystérieux dont eux-mêmes ignoraient la valeur, dejohrases insignifiantes et de mots vides de sens.
C’est à^gilde de ces écrits imposteurs qu’ils ont usurpé dans le monde une réputation honteuse, puisqu’ils ne la méritent pas, et qui, méritée, serait encore un crime, puisque le véritable doit cacher ses connaissances avec autant de soin que les faux prophètes en mettent à éta ler leur science trompeuse.
' Apres un assez long temps d’étude, mon conducteur •’ revint ; il me fit signe, je le suivis ; il me purifia sui vant les rites sacrés, avec le miel, l’hysope, l’eau et le lait : il me fit de nouveau traverser des flammes ardentes. Après avoir exécuté les cérémonies prescrites, il m’attacha aux pieds les brodequins Boor, et me fit entrer dans la salle du palais des éléments.
Des sens vulgaires ne peuvent concevoir la forme et l’éclat des ornements qui l’embellissaient. Trois cent soixante colonnes entouraient la salle où nous étions alors ; au plafond était une croix rouge, blanche, bleue et noire, attachée à un anneau d’or ; au centre un autel trian gulaire composé des quatre éléments ; sur ses trois
244 l’initiation pointes étaient posés l’oiseau, l’autel et le flambeau : ils ont changé de nom, me dit mon guide; ici on les nomme l’oiseau Melek, le flambeau Nadigh^ et l’autel Nahi, La salle est appelée Chugh et l’autel triangu laire Sedehr. Autour de cet autel étaient posés quatrevingt-un trônes couverts de housses couleur de pourpre. On montait à chacun par neuf marches de hauteur égale.
CHAPITRE VII ATHAR C0PHTHER Pendant que j’examinais les trônes, le son d’une trompette se fit entendre ; à ce bruit les portes de la salle Chugh s’ouvrirent pour laisser passer soixantedix-neuf personnes toutes vêtues comme mon conduc teur ; elles s’approchèrent lentement et s’assirent sur les trônes. Mon conducteur se tint debout auprès de moi.
Un vieillard, distingué de ses frères par une étole sur laquelle était représenté le signe sacré, et par un long manteau de pourpre, se leva.
Mon conducteur prit la parole en langue sacrée-, «Voici, dit-il, un de nos enfants que Dieu veut rendre aussi grand que ses pères. — Que la volonté du Très-Ha'ut s’accomplisse, répondit le vieillard ; mon fils, ajouta-t-il, en s’adressant à moi, votre temps d’épreuve est terminé : il vous reste à faire de grands voyages ; désormais vous vous appelerez Hakim.
Avant de parcourir cet édifice symbolique, vous allez recevoir un présent de neuf d’entre nous. » A ces mots il vint à moi et me donna, avec le baiser
LA TRINOSOPHLE 246 de paix, un cube de terre grisâtre et spongieuse appe lée Mékir ; le second, trois cylindres de pierre noire, on les nomme Keli-Ghechal\ le troisième un mor ceau de cristal arrondi Beth-phaal ; le quatrième, une aigrette de plumes bleues nommées Naous paryagim : le cinquième y joignit une aiguière d’argent qui porte le nom de Ta/; le sixième, une grappe de raisin, connue parmi les sages sous le nom de Melach-Basche : le septième m’offrit une figure d’oiseau semblable pour la forme à l’oiseau Taroph., mais il n’était pas revêtu de ses couleurs brillantes; il était d’argent.
« Il porte le même nom, me dit-il ; c’est à toi à lui donner les ffi^mes vertus. » Le huitième me donna un petit a\rtël'7essemblant aussi à l’autel Gophrith. Enfin mon Conducteur me mit dans la main un flambeau com posé, comme Melach, de particules brillantes, mais il était éteint.
« C’est à toi, ajouta-t-il comme ceux qui l’avaient précédé, c’est à toi à lui donner les mêmes vertus. » « Réfléchis aux dons emblématiques que tu viens de recevoir, me dit ensuite le chef des sages : tous tendent également à la perfection ; mais nul d’entre eux n’est parfait par lui-même ; leur mé lange peut seul leur donner les qualités qui leur .manquent, et c’est de leur combinaison que doit sor tir l’œuvre divin.
Sache bien encore que tous sont inutiles s’ils ne sont employés suivant l’ordre dans lequel ils t’ont été offerts. Le second, qui sert à employer le premier, ne serait qu’une matière brute, sans force, sans chaleur, sans aucune espèce d’utilité, s'il 11e recevait ces qualités de celui qui vient après lui. Garde précieusement les présents qui t’ont été
246 l’initiatïon ^offerts, et commence tes voyages après avoir bu dans la coupe de la vie. En même temps il me présenta une coupe de cristal, une liqueur brillante et safranée ; son goût était exquis, un parfum délicieux s’en exhalait.
Je voulus rendre la coupe après avoir seulement trempé mes lèvres dans la liqueur: «Achève, me dit le vieillard, ce breuvage sera ton unique nourriture pendant tout le temps de tes voyages. » J’obéis et je sentis un feu divin parcourir toutes les fibres de mon corps ; j’étais plus fort, plus courageux ; mes facultés intellectuelles même semblaient être doublées ; je me hâtai de donner le salut des sages à l’auguste assemblée, et, par les ordres de mon conducteur, je m’enfonçai dans une longue galerie qui .se trouvait à ma droite.
CHAPITRE VIII THEMES-RACHETSA A l’entrée de la galerie dans laquelle j’étais alors, se trouvait posée une cuvette de porphyre ; à mon ap proche elle se remplit d’une eau pure et claire comme le cristal, qui vint se poser sur un sable blanc et fin; la cuve était ovale et soutenue par quatre lions d’ai rain.
Une lame noire incrustée sur le côté qui regar dait la porte renfermait quelques caractères; près delà cuve était un long voile de lin; au-dessus deux colonnes de marbre vert supportaient une plaque arrondie; on y voyait, entourée de deux inscriptions, la figure du cachet sacré, formée d’une croix de quatre couleurs
LA TRINOSOPHÏE . 247 attachée à une traverse qui soutient deux cercles ^qu’environnent deux autres cercles une fois plus ,^r~x__Jgrands. Le”petit cercle est rouge et le second noir. A l’une des colonnes était attachée une hache d’argent dont la hampe était bleue ; on la nomme Phtha.
Après avoir parcouru la galerie et lu les différentes inscriptions, je m’approchai de la cuve et je m’y lavai en commençant par les mains ; je finis par m’y plon- ■ ger tout entier. J’y restai trois jours ; en sortant de l'eau, je m’aperçus qu’elle avait perdu sa transpa rence : le sable était devenu grisâtre, des particules couleur de rouille flottaient dans le fluide.
Je voulus me sécher à l’aide du voile de lin, mais de nouvelles gouttes d’eau remplaçaient sans cesse celles dont le linge s’imbibait. Je renonçai à me sécher avec le voile, et me tenant à l’ombre j’y restai immobile six jours entiers. Au bout de ce temps la source de ces eaux fut tarie ; je me trouvai sec et plus léger qu’auparavant, quoique mes forces me parussent augmentées.
Après m’être agité quelque temps, je retournai à la cuve: l'eau qu’elle contenait était épuisée ; à sa place était une liqueur jaunâtre; le sable était fin, gris et semblait mé tallique. Je m’y baignai de nouveau en observant de n’y rester que quelques moments ; en me retirant je vis que j’avais absorbé une partie du liquide.
Cette fois je ne tentai point de tarir avec le linge la liqueur dont pétais imprégné ; elle l’aurait détruit à l’instant, tant elle, était forte et corrosive. Je fus à l’autre bout de la galerie, m’étendre sur un lit de sable chaud ; j’y passai sept jours. Au bout de ce temps je revins à la cuve: l’eau était semblable à la première. Je m’y plongeai et
l’initiation 248 je n’en sortis qu’après m’être lavé avec soin; je parvins alors à m’essuyer sans peine. Enfin, après m’être pu rifié suivant les instructions que j’avais reçues, je sor tis de la galerie après y être resté seize jours. CHAPITRE IX KATAR GOPHEN Je quittai la galerie par une porte basse et étroite : j’entrai dans un appartement circulaire: ses lambris étaient de bois de frêne et de sandal.
Au fond de la salle, sur un soc composé de ceps de vigne, reposait une masse de sel blanc et brillant. Au-dessous était un tableau; il représentait un lion blanc couronné et une grappe de raisins ; ils étaient tous deux posés s-ur un même plateau, que la fumée d’un brasier allumé élevait dans les airs.
A droite et à gauche s’ouvrait une porte: l’une don nait sur une plaine aride nommée Mokeda ; un vent sec et brûlant y régnait dans toutes les saisons. L’autre porte laissait.apercevoir un lac bourbeux, à l’extré mité duquel s’élevait une façade de marbre, noir. Je m’approchai de l’autel et pris dans mes mains du sel blanc et brillant, que les plus sages appellent Melac-Gophen : je m’en frottai, je m’en pénétrai à l’aide d’une chaleur douce.
Après avoir lu les hiéroglyphes qui accompagnaient le tableau, je m’apprêtai à quitter cette salle. Mon pre mier dessein était de sortir par la porte qui donnait
LA TRINOSOPHIE 249 sur la plaine Mokeda. mais une vapeur brûlante s’en exhalait ; je préférai la route opposée. J’avais la li berté de choisir., avec la condition cependant denepas quitter le chemin que j’avais pris d’abord. Je me décidai à passer le lac; ses eaux étaient sombres et dormantes.
J’apercevais bien, à une grande distance, un pont nommé Epher, mais je préférai la traversée à la longue route que j’aurais été obligé de faire pour atteindre le pont en suivant les Sinuosités d’un rivage parsemé de rochers. CHAPITRE X AGAM-SICHAR J’entrai dans l’eau; elle était épaisse comme du ciment. J’aperçus qu’il m’était inutile de nager partout; mes pieds rencontrèrent le sol.
Je marchai dans le lac pendait treize jours ; enfin je parvins à l’autre bord. La terre était d’une couleur foncée comme l’eau dans laquelle j’avais voyagé; une pente insensible me conduisit au pied de l’édifice que j’avais aperçu de loin. Sa forme était un carré long ; sur le frontispice étaient gravés quelques caractères semblables à ceux qu’employaient les prêtres des anciens Persans.
Le monument entier était construit debasalte noir dépoli ; les portes étaient de bois de cyprès; elle s’ouvrirent pour me laisser passer. Un vent chaud et humide, s’élevant tout à coup, me poussa rapidement jusqu’au milieu de la salle, et en même temps referma la porte
2$0 L INITIATION sur moi. Je me trouvai dans l’obscurité. Peu à peu mes yeux s’accoutumèrent au peu de lumière qui régnait dans cette enceinte et je pus distinguer les objets qui m’entouraient. La voûte, les parois, le plancher de la salle étaient noirs comme l’ébène: deux tableaux peints sur la muraille fixèrent mon attention.
L’un représentait un cheval semblable à celui qui, dit-on, causa la ruine de la malheureuse Troye ; de ses flancs entr’ouverts sortait un cadavre humain. L’autre peinture offrait l’image d’un homme mort depuis longtemps ; de vils insectes, enfants delà putréfaction, s’agitaient sur son visage et dévoraient la substance qu’ils avaient fait naître. Un des bras décharnés de la figure laissait déjà apercevoir les os.
Placé près du cadavre, un homme vêtu de rouge s’efforçait de le soulever ; une étoile brillait sur son front) des brodequins noirs couvraient ses jambes; trois lames noires chargées de caractères d'argent entouraient ces deux tableaux. Je les expliquai et m’occupai à parcourir la salle ou je devais passer neuf jours. Dans un coin plus obscur se trouvait un monceau de terre noire grasse et saturée de parties animales.
Je voulais en prendre quelques parcelles, quand une voix éclatante comme le son d’une trompette me le défendit : «Il n’y a que quatre-vingt neufans, me ditelle, que cette terre est posée dans la salle Rakab. Quand treize attires années seront écoulées y toi et les autres enfants de Dieu pourrez en user. » La voix se tut, mais lesderniers sons vibrèrent longtemps encore dans ce temple du silence et de la mort.
LA TRINOSOPHIE 2$I Après y être resté le temps prescrit, je sortis par une porte opposée à celle par laquelle j’étais entré. Je revis la lumière, mais elle n’était pas assez vive autour de la salle noire pour fatiguer des yeux accoutumés à une longue obscurité. Je vis avec étonnement que, pour joindre les autres édifices, il me fallait traverser un lac un peu plus large que le premier. Je marchai dans l’eau pendant dix-huit jours.
Je me souvins que, dans la première traversée; les eaux du lac devenaient plus noires et plus épaisses à mesure que j’avançais ; au contraire, dans celle-ci, plus j’approchais de la rive et plus les eaux s’éclaircissaient.
Ma robe, qui dans le palais était devenue noire comme les murailles, me parut alors d’une teinte grisâtre ; elle reprit peu à peu ses couleurs ; cependant elle n’était pas entièrement bleue, mais d’un vert qui devint de plus en plus écla tant. Après dix-huit jours, je montai sur le rivage par un perron de marbre blanc. La salle noire est nommée Rakab, -le premier lac Baash, le second Neelach.
CHAPITRE XI AOUPH RAHANNAN A quelque distance du rivage, un palais somptueux élevait dans les airs ses colonnes d’albâtre ; ses diffé rentes parties étaient jointes par des portiques couleur de feu. Tout l’édifice était d’une architecture légère et aérienne. Je m’approchai des portes; sur le fronton
252 l’initiation était représenté un papillon. J’entrai : le palais entier ne renfermait qu’une seule salle. Trois rangs de colonnes l’environnaient. Au centre de l’édifice, était une figure d’homme qui semblait sortir d’un tombeau ; sa main appuyée sur une lance nommée natar frap pait la pierre qui le renfermait autrefois.
Une draperie verte ceignait ses reins, l’or brillait au bas de son vêtement; sur sa poitrine était une table carrée sur laquelle je distinguai quelques caractères. Deux ailes de papillon sortaient de la chevelure de l’homme.
Audessus de la figure était suspendue une couronne d’or enveloppée d’un voile de couleur verte ; au-dessus de la couronne une table jaune renfermait quelques em blèmes que j’expliquai à l’aide des inscriptions que j’avais aperçues sur le devant du tombeau, et sur la poitrine de l’homme.
Je restai trois jours dans cette salle appelée mahir hokim^ et je sortis dans l’inten tion de me rendre, en traversant une vaste plaine, à une tour que j’entrevoyais à une distance assez consi dérable.
CHAPITRE XII SCHIBBEA A peine avais-je quitté les marches du palais, que j’en vis sortir en voltigeant un oiseau semblable à Taroph^ mais il n’avait, comme lui, le col doré ; deux ailes de papillon, jointes aux siennes propres, augmen taient encore sa vélocité. Une voix sortant d’un nuage m’ordonna de le saisir et de l’attacher. Je m’élançai
LA TRIN0S0PH1E 253 après lui : il ne volait pas, mais il se servait de ses qua tre ailes, pour courir avec la plus grande rapidité. Je le poursuivis : il fuyait devant moi, et me fit plusieurs fois parcourir la plaine dans toute son étendue. Je le suivis sans m’arrêter; enfin, après neuf jours de course, je le contraignis d’entrer dans la tour que j’avais vue de loin en sortant de mahirhokim. Les murailles de cet édifice étaient de fer.
Trente-six piliers de .même métal, incrustés d’acier brillant, soutenaient l’intérieur du monument, qui étaitbâtîen telle manière que sa hau teur était doublée sous terre. A peine l’oiseau que je poursuivais fut-il entré dans cette enceinte, qu’un froid glacial s’empara de lui.
Il fit de vains efforts pour mou voir ses ailes engourdies ; il s’agitait encore, essayait de fuir, mais si faiblement que je l’atteignis avec la plus grande facilité ; je le saisis et, lui passantà travers les ailes un clou nommé ophra, je l’attachai au plan cher de la tour à l’aide d’un marteau appelé mélach naous.
A peine avais-je fini que l’oiseau sembla repren dre des forces nouvelles ; il ne s’agita plus, ses ailes de papillon tombèrent, et ses yeux mornes et éteints depuis qu’il avait passé le seuil de la porte devinrent brillants comme des topazes. J’étais occupé à l’exa miner, quand un groupe placé au milieu de l’édifice fixa mon attention.
II représentait un jeune homme dans la fleur de l’âge et de la beauté ; il tenait à la main une verge dorée, entourée de deux serpents entrelacés, et s’efforçait d’échapper aux efforts d’un autre homme grand, vigoureux, armé d’une ceinture de fer et d’un casque sur lequel flottait une aigrette rouge ; une épée posée près de lui était appuyée sur
l’initiation 254 un bouclier arrondi, chargé d’hiéroglyphes. Le guer rier tenait dans ses mains une forte chaîne ; il en liait les pieds et le corps de l’adolescent qui cherchait vai nement à 'fuir son terrible adversaire. J’ouvris une porte qui se trouvait entre deux piliers et je me trou vai dans une vaste salle. CHAPITRE XIII HIPHERA L’endroit dans lequel je venais d’entrer était exac tement rond ; il ressemblait à l’intérieur d’une boule.
Composé d’une matière dure et diaphane comme le cristal, il recevait du jour par toutes ses parties. La partie intérieure était posée sur un bassin rempli de sable rouge. Une chaleur douce et égale régnait dans cette enceinte circulaire. Les sages nomment cette salle keli^echokith. Le bassin de sable qui la soutient porte le nom de esch-choi. Je considérais avec étonne ment ce globe de cristal, quand un phénomène nou veau excita mon admiration.
Du plancher de la salle s’éleva une vapeur douce, moite et safranée ; elle m’environna, me souleva doucement,et, dans l’espace de trente-six jours, me porta jusqu’à la partie supé rieure du globe. Après ce temps-là la vapeur s’affaiblit; je descendis peu à peu. Enfin, je me retrouvai sur le plancher ; ma robe changea de couleur : elle était verte lorsque j’entrai dans la salle, elle devint alors d’une couleur rouge éclatante.
LA TRINO SOPHIE 255 Par un effet contraire, le sable sur lequel reposait le globe quitta sa couleur rouge et devint noir par degrés. Je demeurai encore trois jours dans la salle après la fin de mon ascension. Après ce temps, j’en sortis pour entrer dans une vaste place environnée de colonnades et de portiques dorés. Au milieu de la place était un piédestal de bronze ; il supportait un groupe qui représentait l’image d’un homme grand et fort.
Sa tête majestueuse était couverte d’un casque couronné ; à travers les mailles de son armure d’or, paraissait un vêtement bleu ; il tenait d’une main un bâton blanc chargé de caractères et tendait l’autre à une femme ; aucun vêtement ne couvrait sa compa gne. Un soleil brillait sur son sein, sa main droite supportait trois globes joints par des anneaux d’or.
Une couronne de fleurs rouges ceignait ses beaux che veux : elle s’élançait dans les airs, et semblait y élever avec elle le guerrier qui l’accompagnait. Tous les deux étaient portés sur des nuages ; autour du groupe, sur les chapitaux de quatre colonnes de marbre blanc, étaient posées quatre statues de bronze : elles avaient des ailes et paraissaient jouer de la trompette.
Je traversai la place, et, montant un perron de mar bre qui se trouvait devant moi, je vis avec étonnement que je rentrais dans la salle des trônes, la première où je m’étais trouvé en arrivant au palaisde la Sagesse. L’autel triangulaire était toujours au centre de cette salle, mais l’oiseau, l’autel et le flambeau étaient réu nis et ne formaient plus qu’un corps.
Près d’eux était posé un soleil d’or; l’épée que j’avais apportée de la salle de feu reposait à quelques pas de là sur les cous2 56 l'initiation sins d'un des trônes. Je pris l’épée, et, frappant le soleil; je le réduisis en poussière ; je le touchai ensuite, et chaque molécule devint un soleil d'or semblable à celui que j’avais brisé. << L'œuvre est parfait»., s’écria à l'instant une voix forte et mélodieuse.
A ce cri les enfants de la lumière s’empressèrent de venir me join dre ; les portes de l’immortalité me furent ouvertes ; le nuage qui couvre les yeux des mortel se dissipa : JE VIS, et les esprits qui président aux éléments me reconnurent pour leur maître. Un Hermétiste.
PARTIE LITTÉRAIRE LE T1UK6LB A Papus Trzangle vénéré, triangle symbolique., Mon œil te rencontre toujours, 0 Précurseur lointain du culte évangélique Plus ancien même que les jours ! Plus ancien que les Jours dont tu portas le germe Durant presque une éternité ; Triangle trois fois saint, ion image renferme Le règne de ITllimité ! Mais plutôt, tu n'es qu’un avec l’infini même Dont les aspects sont si divers, 0 signe ! tu résous le très subtil problème De la Die et des Univers ! ' J'eus beau chercher, étendre à l’horizon ma vue, Chaste amant de la vérité, En tous pays mon âme ardente t’a revue, Universelle Trinité! 9
258 l’initiation Sur ¿es bords du Jourdain et sur les bords du Gange, O Triangle resplendissant ! Partout fai vu briller aux appels de r archange Ton éclat magique et puissant. Oui ! Je méditerai devant toi, signe auguste, Des Dogmes, divin fondement : Et devant toi, mon front si fer et si robuste S'inclinera profondément !... Maurice Largeris. 1 Vers la fin du jour nous rencontrâmes sur la route deux femmes qui marchaient péniblement. Nous leur offrîmes une place dans la voiture couverte d’une grosse bâche de toile ; elles acceptèrent. Elles paraissaient bien lasses. Sous le crépuscule qui tombait, leurs deux formes noires avançaient en haletant: leurs vêtements n’étaient que des haillons, leur chevelure emmêlée et inculte tombait en brous sailles sur leurs épaules. Et; je ne pus distinguer leur visage. Elles montèrent dans la voiture et se blottirent au fond, sous la bâche lourde, pendant que nous repartions au galop dur et carillonneur des deux percherons.
LE PRESSENTIMENT 25g Sur la route plane et unie nous allions comme le vent; les buissons s’enfuyaient derrière nous, soudai nement éclairés l’espace d’un instant parla lueur vive qui s'échappait de la lanterne au réflecteur poli, et, dans le secouement du véhicule qui nous emportait, peu à peu mon esprit s’égara par-delà cette nuit sombre et cette campagne morte, cette campagne morte sous la nuit, dans l’étincellement splendide des fêtes d’ici-bas.
Et mon cœur qui souffrit si longtemps, delà souffrance amère et toujours renouvelée de chaque jour qui s’envole, mon cœur y rencontrait l’ange radieux qui illumina souvent mes nuits sans som meil, l’éclatante réverbération d’un autre moi-même, mais d’un moi-même jeune-et beau, comme je vou drais être, de cette beauté idéale qu’on n’a pas encore rencontrée sur la terre.
Dans nos déserts peuplés de femmes malsaines et laides, j’avais erré lontemps pour la chercher, et toujours j’étais seul, sans elle. Quel bonheur ce soir-là de la rencontrer si douce et si belle, si idéalement belle, telle que je l’avais rêvée!
Sa tête avait l’aspect noble et fier d’une tête de jeune lion, avec la crinière ondulante et souple de ses amples cheveux dorés, tissés comme des fils d’or : ses yeux brillèrent en me regardant, et je baissai le front, subjugué par cette royauté si royalement affir mée, et je sentis que l’éclair de son regard m’avait pénétré comme une lame d’acier, et que j’étais âme et corps tout à elle, comme j’étais à elle avant de l’avoir aperçue autrement que dans un rêve. Et je me trouvai, par-delà cette nuit froide, dans cet éblouissement d’un instant, de tomber à ses
2Ôo l’initiation genoux en balbutiant des sons entrecoupés. Elle fît un geste comme pour me chasser ; mais soudain elle me releva et me baisa sur les lèvres. Et nous nous aimâmes longtemps; elle avait été toute à moi, toute en mon pouvoir en me voyant, parce qu’elle m’aimait déjà avant de m’avoir vu. Soudain, un brusque cahot m’éveilla ; la voiture s’arrêtait, nous étions arrivés aux portes de la ville, et les douaniers nous interrogèrent.
Nous n’avions rien avec nous..., si, deux femmes. Elles sortirent brusquement de l’ombre en entendant les questions qu’on nous adressait à leur égard. Elles nous remer cièrent avec des pleurs dans la voix de les avoir secou rues si charitablement sur la route, car elles seraient tombées de fatigue. Et comme nous offrions de les emmener plus loin, jusqu’au seuil de leur asile, elles refusèrent, confuses sans doute de leur pauvreté hideuse.
Et comme mon compagnon ressaisissait les rênes et le fouet, un rayon de lumière illumina un instant le visage de l’une d’elles, et me fit voir comme dans un éclair ma radieuse vision, mon rêve idéal, hautain et fier sous l’embroussaillement de ses che veux blonds tissés comme des fils d’or. Nos regards se rencontrèrent, et je tressaillis, soudain subjugué par ce regard étincelant qui me pénétra comme une lame d’acier.
Elle s’enfuit alors en prononçant quel ques mots incompréhensibles et nous repartîmes au galop dur et carillonneur des deux percherons. Oh ! cette voix, qui m’était restée dans l’oreille comme une musique. Quelle étrange hallucination! Comment se peut-il que mon cerveau malade ait vu
LE PRESSENTIMENT 2ÔI sous les traits de cette mendiante hideùse et dégue nillée le rêve que j’ai tant de fois caressé? Comment se peut-il que mon ange idéal d’amour, mon ange splendide de rayonnement et de beauté, m’ait rencon tré sous la forme de cette coureuse aux haillons sor dides? II Depuis, bien des ans se sont accumulés sur ma tête, et l’adversité sombre n’a pas aussi vite emporté ma jeunesse que mes illusions.
Je suis encore un jeune homme, mais mon esprit est un vieillard. En songe, plus qu’en réalité, j’ai goûté de tout, j’ai joui de tout ; c’est ce qui m’a blasé. Par l’esprit, j’ai été comblé de tous les honneurs, mes désirs ont été satisfaits, et ces amours furieuses', qui nous font râler et mourir, je les ai ressenties. Et que la réalité est mesquine auprès du rêve !
Ce que mon esprit m’a fait ressentir, je ne veux jamais le ressentir dans la réalité, car la désillusion me serait trop grande, si grande au point de me briser le cerveau. Et le songe m’a transporté a des hauteurs où la vie ne me transportera jamais, et j’ai joui souvent de ces pâmoisons idéalement terribles sans connaître seu lement leur premier mot. Donc, je suis blasé et je- n’ai pas joui de la vie.
J’ai inventé de moi-même toute cette sagesse profonde que je ne connais pas et que j’aurai peut-être besoin d’acquérir un jour. Je suis comme une vierge pour qui la monstruosité de l’homme n’a plus de secret. L’esprit nous réserve sou vent de ces tourments obscurs.
l’initiation 262 Souvent, dans notre tête où règne un perpétuel brouillard, formé par tout ce que nous avons pensé et par tout ce que nous avons vu., un brouillard formé surtout de tout ce que nous avons rêvé, de beau ou de hideux, surnage et apparaît à la vive lumière l’une de ces images indélébiles. Dans ce gigantesque et magique stéréoscope, où toute vision a son tour, le songe le plus souvent caressé est celui que nous trouvons le plus beau.
Et ce songe prend la forme d’une réalité que nous avons vécue: et que peut être la mes quine réalité de la vie, auprès de la grandiose réalité du rêve? Rien. Un abîme.
L’homme a longtemps ainsi préparé à l’avance dans son cerveau chacun des événements à venir: de cela découle directement la désillusion, mais de cela dé coule aussi la prescience des moments à naître, et cette double vue qui passe dans notre esprit comme une fugitive lueur, dont notre mémoire garde quelquefois un souvenir pâle, n’est qu’une sorte d’instinct de l’avenir.
Nous nous sommes- couchés dans des lits que nous connaissions sans les .avoir jamais aperçus, et nous avons baisé des visages qui ne nous étaient pas inconnus, et qui pourtant n’avaient jamais passé devant nos yeux. III Et pourtant, frère, nul plus que moi ne devrait ramper dans la basse réalité, nul plus que moi, de ceux qui sont à lutter corps à corps avec la nécessité dure, sans parvenir à la terrasser.
LE PRESSENTIMENT 203 Et pourtant je me suis longtemps écorché à cette âpre théogonie du rêve., malgré mon cerveau besoigneux et malade, aride d’ambition, malgré ma lutte de chaque jour. J’avais caressé une femme en dor mant, et j’étais amoureux de cette femme. Ah ! pourquoi, frère, m’as-tu emmené avec toi ce soir-là, il y a bientôt sept ans, dans la grande char rette couverte d’une bâche lourde et humide ?
Pour quoi en galopant au crépuscule, sur la route sombre, avons-nous recueilli cette femme, noire et obscure, qui illuminait mon âme et qui devait l’incendier? Pour quoi, cette femme, ne l’ai-je pas précipitée sous les roues et foulée aux pieds des chevaux, tâchant de me. rendre plus lourd pour augmenter d’un atome le faix qui l’aurait écrasée ?
Ah ! frère, la plaie de mon coeur est si vive et si cuisante que j’essaie en vain de l’adoucir avec un baume corrosif!.., ÏV C’est l’hiver dernier, à peu près à cette époque, que pour la première fois je reçus une invitation pour l’une des fêtes mensuelles du banquier Samuel, ce banquier qui éblouit tout Paris par ses royales prodi galités, et à qui la fortune a toujours souri ; le seul homme, d’ailleurs, qui ait su se faire envier : riche, heureux, beau, maître d’une femme éblouissante de beauté dont on m’avait souvent parlé, et père de deux babies blancs et roses, possesseur d’une immense for tune qui s’accroît tous'les jours, cet homme est le
l’initiation 264 seul dont le front ne se soit jamais plissé sous une amère contraction intérieure. Aussi ne dédaigne-t-il pas d’appeler., chaque mois, dans ses salons étince lants, le plus de gens possible, le plus d’admirateurs. Il aime à tirer les yeux ; il aurait des poètes pour chanter ses fastes, si un poète pouvait se vendre en res tant poète.
Il éprouve un contentement rageur à lancer des poignées de billets de banque à la face de cette foule idiote qui rugit d’allégresse, ne voyant pas, la pauvre, qu’on ne lui rend que ce qu’elle a donné. Comment se peut-il que cet heureux ait songé un jour à m’inviter ? Je l’ignore et l’ignorerai toujours.
La fatalité sombre poussa sans doute sa main,comme elle me força moi-même à accepter, car c’était la pre mière fête où je me rendais ainsi, ayant toujours jus qu’alors refusé cet amer plaisir de me tremper dans le bonheur des autres. Je fus bien longtemps hésitant, mais quel démon eut raison de ma résistance et me fit obéir ? Il est à croire que ce soir-là je n’avais pas som meil.
Je me décidai à me rendre chez le richissime banquier, curieux de voir à quoi ressemblait cet homme qui avait tous les bonheurs à satiété, curieux de voir cette femme qui appartenait à cet homme, et qu’on disait admirable, curieux de voir ces enfants qui avaient eu pour générateurs ces deux beaux, ces deux riches, cet homme et cette femme.
Quand je descendis de ma modeste voiture de louage, devant le perron illuminé et orné de fleurs, je ressentis un certain battement dans la poitrine, une espèce de dégoût et d’éblouissement ; je trouvai cela superbe, et je trouvai cela bête. Comment dépeindre le sentiment
LE PRESSENTIMENT 205 qui m’envahît ? Je passai avec assurance entre les laquais courbés à quarante-cinq degrés, et, après avoir gravi un étage de marbre blanc, j’entrai dans le grand salon qu’on m’indiqua complaisamment. On m’an nonça : quelques têtes se retournèrent à mon nom. surtout quelques têtes de femmes, simple curiosité, et je me perdis dans la foule bigarrée. Je ne fus aucunement étonné. L’enchantement de la prescience m’avait saisi.
Cette annonce de mon nom faite à haute voix par un laquais galonné, ces têtes se retournant pour moi, cette foule bigarrée dans ce salon étincelant de dorures, dans cette atmosphère chaude et parfumée, je connaissais tout cela, comme si j’y fusse déjà venu souvent, bien souvent.
Je me rappelais parfaitement ce plafond décoré, les petits anges bouffis qui laissaient de chaque angle couler entre leurs doigts des flots de rubans roses, et le lustre en bronze décoré avec ses morceaux de cristal cliquetants.
Je me sentais comme chez moi, et j’aperçus, ou du moins je crus apercevoir plusieurs figures connues me jeter un coup d’œil d’intelligence, quoique en dehors de cela je fusse assez gauche, ne sachant comment me comporter... Dans mon ignorance du monde et de ses usages, j’hésitai à lier conversation. Enfin, je me décidai à couler quelques mots, que j’essayai de rendre spirituels, dans l’oreille d’un homme ordinaire qui s’était assis à ma droite.
Il me répondit avec obligeance et me renseigna sur les habitudes de la maison. Nous en vînmes à causer du banquier Samuel et de ses affaires, de sa femme
206 L INITIATION et de ses enfants. Et tous ces personnages de notre conversation, il me semblait les connaître de longue date. Je crois même que je fournis plusieurs répliques à bon escient.
Mon interlocuteur s'arrêta complaisam ment à me parler de la femme du banquier, une femme si belle et si imposante, qu’on ne pouvait la voir sans Faimer ; mais elle était rigide dans ses prin cipes de droiture, et c’était une véritable mère .de famille : aussi avait-elle fait bien des désespérés.
Mal heur à celui qui était assez osé pour lui parler d’amour, comme on parle aux femmes ordinaires, sa dignité de mère outragée ne laissait pas l’injure impunie..... C’était une fille du peuple que le banquier avait épou sée par amour, et celui-ci connaissait si bien le carac tère de sa femme, qu’il était le premier à plaisanter sur les maris trompés.
Ces détails in ouïs m’intéressèrent au plus haut point, mais je ne pouvais croire tout ce qu’on me disait sur cette femme surprenante. J’allais sans doute pousser plus loin mon indiscrétion, lorsque mon interlocuteur s’arrêta soudain ; — Chut ! la voilà 1 Je restai pétrifié, puis tournai la tête vers celle dont nous parlions. Damnation! C’était elle! Oui, elle!
Je poussai une espèce de sanglot rauque que j’étouffai avec la main, les yeux rivés sur la vision qui s’avan çait lentement vers nous, recevant gracieusement les hommages, comme une reine entourée de sa cour. Malédiction ! Fallait-il que mon sort me remît en sa présence ! C’était bien elle ! Et telle que je l’avais vue si souvent. Avec son port hautain et fier, sa chevelure
LE PRESSENTIMENT 267 de tissu d’or fauve et sa tête de jeune lion... Lors qu’elle passa près de nous, me regarda-t-elle ? Est-ce bien moi qu’elle a-regardé. ou simplement jeta-t-elle un regard distrait vers l’endroit où j’étais assis; mais ce regard me pénétra comme une lame d’acier, et je baissai le front, vaincu et subjugué. D’ailleurs aucune révolte ne grondait en moi ; je me sentis faible comme un enfant.
Elle continua sa marche lente ; elle ne m’avait pas vu ? Que se passa-t-il en moi? Mais je melevai et je la suivis; jusqu’où ?—j’étais comme ivre. — je ne sais. Je la suivis où il lui plut d’aller. comme un chien suit son maître, voilà tout ! V Je pénétrai après elle dans un petit boudoir tendu de satin bleu., et cela si lentement et si doucement qu’elle ne m’aperçut pas. A quoi rêvait-elle ?
Elle se laissa tomber sur une causeuse et resta longtemps la tète appuyée sur sa main blanche, le regard perdu dans le vide. J’étais immobile, droit, près de la por tière refermée, un moment ainsi. Puis, l’attraction me saisit, je fis trois pas sur l’épais tapis et me trou vai près d’elle. Ellp ne remua pas. Elle n’avait rien entendu. En me baissant malgré moi, mes lèvres effleurèrent ses cheveux dont l’odeur capiteuse acheva de me griser.
Elle bondit à ce contact, la narine fière, l’œil en courroux, tandis que moi, affolé et me sen2 68 l’initiation tant perdu, j’étais tombé à genoux sur le tapis; et je courbai la tête comme un petit enfant à la prière. Elle eut un geste de superbe dédain et de hautain commandement, elle indiquait la porte refermée. Son regard était si dur que je me relevai alors, muet et stupide.
Mais, soudain — ô bizarrerie de nos deux destins à jamais liés! — nos deux regards se rencon trèrent et elle recula en posant la main sur son sein, comme une femme blessée au cceur. Puis, dans toute la furieuse étrangeté d’une passion qui n’a pas de frein, dans l’impudeur d’un amour terrible et idéale ment sublime, elle m’étreignit de ses deux bras nus et me baisa rageusement sur les lèvres, en rugissant et en haletant.
Nous roulâmes sur la causeuse. Alors, elle dit ces mots entrecoupés : — Viens, il y a trop longtemps que je t’attends ! Et nous nous sommes enchaînés dans le crime. :i Ah ! frère, voilà pourquoi tu as mal fait de m’em mener avec toi un soir d’automne, il y a sept ans de cela, dans la charrette à la bâche lourde.
Le fantôme qui hantait mon esprit m’a ressaisi pour jamais dans la réalité, et c’est par un crime que nous avons réalisé la mystérieuse prescience, qui nous liait l’un à l’autre, comme les deux atomes qui se cherchent jusqu’au jour de la rencontre... Léon Riotor.
CHANT DE RECONNAISSANCE 269 La source fuît sous une branche Qu’elle refoule en s’écoulant ' Et le ruisseau devient torrent, S'enfle, s'élargit et s’épanche ; On le voit briller au soleil. Etinceler dans la clairière;, > Creuser le sol, mordre la pierre De son flot limpide et vermeil. Ainsi ma tendresse profonde Monte toujours, toujours plus haut, Et de mon cœur où elle éclôt S’élève et plane sur le monde!
Et c'est à loi que je la dois Cette divine ardeur de l’ame, A toi, dont l'œil rempli de flamme Fait trembler le son de ma voix. Oh! oui, je te la dois l’émotion bénie Qu’éveille dans mon sein la nature infinie, Le parfum des forêts, le calme du matin, La vapeur suspendue à l’horizon lointain, Et les frémissements, le bruit sourd, le murmure Que la vie en travail épand sous la ramure!
Je te dois ces élans puissants Qui rayonnent su?' toute chose Depuis l’humble petite rose Jusqu’aux soleils resplendissants !
^7° l’initiation La colossale symphonie Des Univers planant au ciel, J’en al senti, à ton appel, Vibrer l’éternelle harmonie. Parmi les astres habités Où des Êtres pleinsde croyance, De troublants rêves ¿Espérance Ainsi que nous sont agités, Mon esprit, avide d’espace, Fier de ton triomphant amour, S’élance et s’embrase à son tour, Tressaillant au soiffle qui passe....
A ce souffle divin de la Création, Au rayonnant flambeau de l’inspiration, J’ai saisi, grâce à loi, la vivante étincelle Qui donne à mes accents cette farce nouvelle Pour célébrer au loin la gloire de tes yeux Et les globes géants roulant de deux en deux!
Aussi, lorsque je songe à la voix tendre et chère Parlant des choses d’autrefois Avec des sons si doux, qu’on croirait d’une mère Entendre la tremblante voix: Lorsqueje l’aperçois ton front plein de Pensée S’inclinant d’un mouvement las, Reposer sur ma main a la tienne enlacée, Je remercie le Ciel tout bas. J. de Tallenay.
GROUPE INDÉPENDANT ü’ÉTUDES ESOTERIQUES 2^1 Jndé D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES Quartier général. — Les conférences mensuelles, les réunions hebdomadaires des officiers des groupes le mercredi et les séances du vendredi sont maintenant orga nisées au Quartier général. Des conférences de Kabbale et de Magie vont erre créées sous peu.
Le vendredi S décembre, Jules Lerrnin a a fait sur ïe Nir vana une très remarquable conférence que nous serons heureux de publier soit dans ¡’Initiation, soit dans le Voile d'Isis. Le poète Laurent Tailhade a dit excellem ment deux de ses œuvres les plus exquises. Voyage du président. — Le mois dernier, Papus est allé faire une série de conférences en Belgique, à Anvers, à Gand et à Bruxelles.
A Anvers, au Cercle artistique, devant plus de 6oo per sonnes, le conférencier a remporté un vif succès. A Gand, au Cercle artistique, également accueil très cha leureux devant une salle comble. Voici, du reste, à titre de document, un extrait du Journal de Gand à ce sujet.
Cercle Artistique et Littéraire Conférence dePapus, — Sujet : Les Arts divinatoires. £ Sans dépenser de grands efforts, sans trébucher une seule fois, sans s’efforcer non plus d’abasourdir par les expressions si volontiers rébarbatives des conférenciers pétris de sciences, Papas a résolu jeudi soir un difficile problème devant les membres du Cercle Artistique et
l’initiation 272 Littéraire : mener paître pendant une heure — et cela sans fatigue — des âmes contemporaines dans un champ mystérieux où fleurissent les Arts divinatoires... Étsi les uns ont été un peu troublés, si les autres n’ont pas senti la plus petite égratignure à leur impassibilité, tout le monde a montré fort bon visage à ce pasteur d’un soir.
Papus expose ses idées avec une volubilité exception nelle, détaille ce qu’il faut, et sans difficulté aucune dé mêle les choses qui paraissent les plus embrouillées, avec une ingéniosité légèrement déroutante et une logique très serrée. C’est d’abord sui- l’écriture que Papus s’appuie pour fixerun caractère ; un trait plus ou moins énergique ou indécis lui est auxiliaire précieux'.
Comme il l’a montré avec toute l’habileté et l’expérience désirables, il ne faut bien souvent qu’un simple jambage pour révéler à un œil quelque peu exercé tout un tempérament. La coupe du visage est peut-être plus indiscrète encore que l’écriture. Le front, les yeux, le nez surtout suffi sent pour distinguer un être volontaire d’un être imagi natif. Notre marche, notre attitude même ne disent-elles pas ce que nous sommes ?
Et il y a gros à parier que notre façon d’entrer dans un salon découvrirait à Papus tout aussitôt notre caractéristique. L’examen attentif des petits sillons qui s’ouvrent dans la paume de nos mains dévoile bien des choses indis crètes, joyeuses ou mélancoliques... Nous ne pouvons exprimer ici que succinctementtout l’intérêt de cette conférence et dire que le nombreux public du Cercle a donné tous les signes d’une vive sa tisfaction. J. D.
A Bruxelles au Groupe Kumris, Papus a fait une cau serie sur l’Etat de Trouble.. En janvier, ce Groupe inaugurera son nouveau et ma gnifique local. Peut-être le Président fera-t-il un nou veau voyage à cette occasion.
GROUPE INDÉPENDANT D'ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES 2^3 * * ¥ Groupe n° 10. — Spiritisme. Séance du 4 Novembre i8g3. Cette séance se divise en trois parties successives qui, selon les règles jusqu’ici suivies, se sont passées en obscurité.
Les intervalles en lumière ont été consacrés à des communications par l’écriture mécanique au moyen de laquelle l’esprit familier L., fait connaître ses instruc tions et indique les conditions à observer pour les mani festations.
Les six personnes présentes sont groupées à une extré mité de la salle des séances: auprès des médiums se trouve le guéridon utilisé pour les communications typtologiques, Sur uner table de milieu sont placés, hors de portée des assistants, divers objets parmi lesquels un vase rempli de fleurs, une boîte à musique, un timbre à son nerie, et un petit jouet qui, par frottement de ses parois l’une contre l’autre, imite le chant du rossignol.
Pour obtenir ce résultat, il est nécessaire que le jouet soit (détail important, on le verra tout à l’heure) tenu entre deux mains dont l’une tient le tube ou partie immobile tandis que l’autre provoque, par Un mouve ment de va et vient, l’imitation du chant d’un oiseau. Autre détail à ne pas négliger. La boîte à musique surmontée d’une petite manivelle ne peut émettre de sons qu’autant que cette manivelle est mise en mouve ment et dirigée.
Le timbre à sonnerie repose sur un petit trépied. Le marteau qui le fait vibrer ne peut obéir qu’à la pression assez forte d’un doigt. Première Partie H est convenu avec l’invisible que celui-ci frappera
l’initiation 274 un coup sur le timbre pour demander de la lumière, et plusieurs coups pour appeler notre attention. Les assistants font la chaîne en se tenant les mains. Quelques minutes s’écoulent dans un profond silence bientôt interrompu par de légers crépitements, signal ordinaire décelant la pre'sence de l’esprit L. Interrogé, cet esprit fait savoir qu’il convient de faire de la lumière.
A la lueur d'une lampe nous constatons que la boîte à musique et le timbre à sonnerie ont été transportés d’une extrémité' à l’autre de la salle. L’esprit annonce que les manifestations vont continuer et que nous aurons de la musique. a® Partie Un tambour de basque posé sur la table agite ses gre lots, puis est successivement projeté sur l’un des assis tants, puis à un autre bout de la salle sur le parquet. La boîte à musique joue un air.
Le timbre est mis en branle et sonne plusieurs fois avec vigueur. Quelques fleurs et des balles en celluloïd sont distribuées à deux ou trois personnes. Durant ce temps, les crépitements redoublent d’intensité. Us semblent partir du guéridon qui, en ce moment, est éloigné des médiums et n’est en conractavec qui que ce soit. Les'manifestations ayant cessé, nous nous remettons en lumière.
Nous constatons alors que le vase conte nant les fleurs est venu se poser tout au bord de la table et qu’il a été remplacé au plein milieu de celle-ci par la boîte à musique. Quant au timbre, déplacé aussi de nouveau, il est maintenant sur un plateau vis-à-vis d’un assistant très surpris de le voir aussi près de lui. Non loin d’un autre petit plateau se voit un point blanc tranchant sur le tapis qui recouvre la table. Qu’est-ce ?
C’est un papier soigneusement plié sur lequel sont tracés ces mots: « Cessez... soyez tranquilles... L.\ ». L’écriture très caractéristique reproduit fidèlement les linéaments tracés par l’esprit dans diverses, expé riences précédentes.
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES 275 Tenant à la parcelle de papier déchiquetée sur ses bords, elle semble avoir été arrachée de quelque feuille. La qualité de ce papier diffère absolument de celle du papier avec lequel il est comparé ; tout semble indiquer qu’il xient de l’extérieur.
36 Partie A peine l’obscurité est-elle complète qu’un bruit vio lent se fait entendre; le bouquet de fleurs tiré violem ment sans doute du vase, est vivement projeté en presque totalité sur M.m0 P. qui avait tout à l’heure manifesté quelque ironie à l’égard de l’esprit L., puis cette dame est littéralement criblée de ces petites balles en celluloïd dont il est parlé ci-dessus.
Cet incident provoque une certaine gaieté bientôt arrêtée par le chant du rossignol. Le jouet mentionné plus haut parcourt la salle en chantant dans l'espace, au-dessus des assistants, puis plus loin, pour revenir ensuite et se poser sur les genoux de M. L.-F. qui avait exprimé ce désir. La séance au cours de laquelle aucun cas de som meil magnétiqne n’a été constaté est levée à n heures. L.
François. * J * * Amérique du Sud. — Notre Délégué général nous envoie les meilleures nouvelles sur la propagation du Spi ritualisme dans ces pays, propagation qui ne peut se faire cependant qu’avec lenteur à cause de la toute-puissance du Clergé. Nous comptons néanmoins, dans la République Argentine, trois groupes d’études du spiritisme, un groupe pour l’hypnotisme, un pour l’occultisme ; en plus deux loges martinistes fonctionnent avec succès. Que notre dévoué Délégué reçoive nos plus vifs remer ciements au nom de notre cause.
276 l'initjatjon Manière facile d’établir l’'Horoscope d’une opération à Paide de la Connaissance des temps et d'un simple rap porteur. Dans l’excellent Traité de Magie pratique de M. Pa~ pus, il est dit, page 318, que, pour entreprendre une ex périence magique dequelque importance, il estne'cessaire de se rendre compte de l’état du ciel au moment où l’on désire opérer.
On se sert, à cet effet, de la Connaissance des temps publiée pour le Bureau des Longitudes, et du Planisphère mobile, deM. Camille Flammarion.
Toutefois,comme il est des circonstances où il est bon, comme on dit vulgairement, d’avoir plusieurs cordes à son arc, voici un moyen très simple d’arriver au même résultat en remplaçant le planisphère mobile par un simple rapporteur en corne tel qu’il s’en trouve dans toutes les boîtes de compas employées pour le dessin linéaire.
Vous prenez donc un rapporteur et une feuille de papier blanc sur laquelle vous décrivez une circonférence de même diamètre que votre rapporteur. A l’extérieur de cette circonférence vous en tracez une autre, puis vous divisez la première en douze parties bien égales. Dans chaque case ainsi obtenue, vous portez les hiéro glyphes des douze signes du zodiaque dans l’ordre indiqué par la figure de la page 319 du Traité de Magie pratique.
Cela fait, vous cherchez dans la Connaissance des temps la longitude du soleil au moment de l’opération projetée, et vous indiquez aussi exactement que possible, par un point ou par un simple trait, la place qu’il doit occuper: dans le zodiaque. Le procédé dont il s’agit repose sur une remarque bien simple, c’est qu’à midi la position du soleil est
l’horoscope magique 277 perpendiculaire à l’horizon astronomique. lien est de même à minuit. A 6 heures du matin, il doit se trou ver à l’extrémité droite de cette ligne, et à 6 heures du soir à son extrémité gauche.
H en résulte que, si l’on place le rapporteur sur le cercle précédemment décrit, on obtiendra immédiate ment l’horizon astronomique à la base dudit rappor teur en faisant coïncider sa courbe avec la circonférence du cercle, et en amenant le signe du soleil sous le 90e de gré pour midi et pour minuit, sous le o de droite pour 6 heures du matin, et sous le 180e degré de gauche pour 6 heures du soir.
Pour les heures intermédiaires, ce n’est guère plus compliqué. 11 suffit simplement de se rappeler que le soleil, dans sa course apparente autour de la terre, par court à peu près exactement io0 à l’heure et 1/4 de degré à la minute. Une petite opération de calcul mental suffit ensuite pour résoudre le problème. Deux exemples pour les personnes peu familiarisées avec la cosmographie achèveront complètement ma démonstration.
Prenons d’abord celui du Traité de Magie pratique. Soit à déterminer l’état du ciel le 23 avril 18p3, à midi. Je marque d’abord sur le cercle zodiacal la place que doit occuper le soleil, et, puisqu'à ce moment l’astre du jour était situé perpendiculairement à l’horizon, je fais coïncider avec le 90° degré de mon rapporteur que j’applique sur le cercle.
Il est clair que j’ai alors, sous le rapporteur, toute la partie du ’ciel qui se trouve au-dessus de l’horizon, et dans le demi-cercle libre toute la partie invisible. Soit à trouver l’état du ciel le même jour, à 7 heures du matin. De 7 heures à midi, il y a 5 heures, pendant lesquelles le soleil parcourt i5°XS —7$ degrés. Je retire ces 75° que Je soleil n’a pas encore parcourus; de 90° qu’il aura parcourus à midi, il reste 15°.
Je porte donc le 15e degré de la droite du rapporteur—car le soleil se lève à l’est — sur le signe de cet astre et la base du rappor teur me donne encore l'horizon astronomique.
278 l’initiation Pour les heures de nuit, il ne faut pas oublier que le soleil, étant au-dessus de l’horizon, marche jusqu’à 6 heures du matin, non plus de l’est à l’ouest, mais de l’ouest à l’est. De plus, la partie couverte par le rappor teur, au lieu d’indiquer le ciel visible, donnera, au con traire, le ciel invisible.
Il va de soi qu’une fois l’horizon obtenu, il ne restera plus qu’à placer les autres planètes d’après leurs longi tudes respectives pour obtenir le même résultat qu’avec le Planisphère de M. Camille Flammarion. X..., membre correspondant. LES PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES OCCULTES Par le D1' Albert Coste Ruy-Blas aimait beaucoup faire rire les femmes.
U nous plaît fort voir sourire les savants; les vrais savants, s’entend, les seuls, les uniques, les officiels, les diplô més, les -décorés ; non point ces savants de contrebande qui, sans autorisation des Facultés, se permettent de savoir quelque chose et osent même parler de ce qu’ils savent !
Ceux-là ont un sourire quelconque ; mais l’aca démicien, l’universitaire acquiert un particulier sourire que, seules, peuvent donner les saines traditions de l'ai ma parens; il faut, de toute nécessité, un brevet en bonne et due forme pour pouvoir sourire ainsi, et, plus haut s’empilent les parchemins, plus aussi, s’accroît la beauté classique du sourire du vrai savant- Tandis que le front, d’un marbre légèrement jaunâtre, s’immobilise en sa friCOURRIER BIBLIOGRAPHIQUE 279 gidité plastique, presque imperceptiblement les paupières clignent, et c’est au coin des yeux dont l’éclat aciéré s’adoucit, une gerbe de fines rides, des rides aristocra tiques, qui, toutes droites, s’élancent, tels des rayons d’apothéoses, et fulgurent sur le champ vaste des tempes où, majestueusement, se rythme le battement de la pen sée supérieure, olympienne; en untroussementplein de bienveillante pitié, le nez s’anime et palpite ; et, cepen dant, les lèvres, exsangues et minces, s’amincissent en core, et, sur la mâchoire démeublée, se tendent, rigides, pincées par le non dissimulé mépris d’une noble fatuité ; le menton, décemment glabre, enfonce ses plis graisseux et blancs entre les pointes évasées à souhait du faux-col irréprochable; la tête hoche doucement, le gosier fait un hem! discret avec ambiguité...
Ce sourire-là est un des signes caractéristiques du vrai savant, de l’officiel, et on le trouve stéréotypé sur toutes les faces tant soit peu académiques. Mais il arrive que des fois une teinte orange en modi fie la sérénité et l’expression satisfaite.
C’est lorsqu’une tuile extra-universitaire vient écorner quelqu’une des vieilles idoles en plâtre si précieusement conservées dans, VÉcole, sous l’épais rideau des toiles d’araignées de la sacro-sainte Routine. M.
Albert Coste vient de lancer une tuile de cette sorte; et quelle tuile ! « Les Phénomènes psychiques occultes », tel est le titre de la thèse que le nouveau docteur vient de soutenir avec le succès qu’on sait devant la faculté de médecine de Montpellier, et cela, en l’an de matérialisme 1890 1 Les coques astrales des Babinet, Velpeau et consorts en ont tressauté comme de simples coquilles d’ceufs le pourraient faire sur les vagues du Malstrom.
Et le comble, c’est que cette thèse a été acceptée, c’est que la faculté s’est inclinée, enfin ! devant les faits qu’a groupés le docteur Coste. Mais aussi quels faits éloquents et quel groupement serré! La thèse, abritée sous cet épigraphe : « les possibilités de l’univers sont infinies comme son étendue physique. — O .-J.
Lodge », débute par cette affirmation, hardiment explicite, empruntée au professeur Richet : « Nous avons la ferme conviction qu’il y a, mêlées aux forces connues
280 l’initiation et décrites, des forces que nous ne connaissons pas ; que l’explication mécanique, simple, vulgaire ne suffit pas à expliquer tout ce qui passe autour de nous ; en un mot, qu’il y a des phénomènes psychiques occultes, et si nous disons occultes, c’est un mot qui veut dire tout simple ment inconnu. » Puis, dans une introduction fort dure, en somme, malgré sa force d’un calme absolument courtois, le D1' Coste reconnaît qu’il y a dix ans la soutenance de pareille thèse eût été impossible pour plusieurs raisons dont la première est, « il faut bien l’avouer, la répu gnance singulière donttous, même les meilleurs cerveaux, nous sommes plus ou moins dupes envers ce qui dé range nos habitudes mentales, ce que Lombroso a nommé le misonéisme. » Suit l’exposé de la question.
Le chapitre suivant donne un résumé trop court de l’histoire du merveilleux, dans laquelle l’auteur ne retient que les points les plus susceptibles du contrôle expéri mental et analytique de notre science moderne. Tout est cité, de ce qui se rapporte à la question.
Une phrase, entre autres: « Ajoutons aussi, à titre de curiosité, que Descartes, le sceptique lé plus déterminé en apparence, tomba plusieurs fois en extase alors qu’il avait vingtquatre ans ; dans l’une d’elles, il entendit une explosion, il vit des étincelles briller par toute la chambre, il perçut une voix du ciel qui lui promettait de lui enseigner le vrai chemin de la science, etc. » Descartes spirite ! Voilà un document inattendu.
M. Coste ne les oublie pas, les spirites, et, après avoir rapidement esquissé le monu ment occultiste contemporain, il précise le rôle du spi ritisme qui rendit « à la cause des phénomènes psychiques occultes le même service que rendit le mes mérisme à celle de l’hypnotisme », c’est-à-dire d’atti rer l’attention sur certains faits dont l’étude sérieuse pourrait amener plus tard à la constitution d’une nou velle branche de la Science ; puis le point où en sont actuellement les diverses parties de l’occultisme.
Avec M. Richet, le Dr Coste divise les phénomènes occultes en deux classes formant en tout cinq groupes; la première classe, celle des phénomènes psychiques proprement dits, comprend la télépathie, la lucidité et
ÿiv;?:? <!?■< ^ ■’'' ' - ' "I'‘ "■ A V'Ti COURRIER BIBLIOGRAPHIQUE »81 les pressentiments qui, dans le fond, sont des manifesta tions, plus ou moins différentes les unes des autres, d’une seule et même puissance, ou tout au moins de puissances très semblables agissant d’une même façon ; la deuxième classe comprend les phénomènes qu’on désigne sous les noms de : lévitation, apport, etc., et les manifestations objectives de fantômes, apparitions, etc., sans hallucination; les phénomènes de cette classe, M. Coste propose de les appeler phénomènes psychiques occultes, ou mieux phénomènes psychiques occultes à effets physiques.
Alors commence cette si passionnante énumération de faits, pour la plupart bien connus de quiconque s'est un peu occupé d’occultisme, mais toujours plus attrayants; ce sont les expériences de Pierre Janet, Ochorowicz, Richet, Héricourt, Beaunis, Luys, de Rochas, Dariex, M“0 Sidgwick, Hausen, Liébeault, Crookes, Hare, Reichembach, Gibier, Zcellner, Lepelletier, Lombroso, Schiaparelli, Aksakof, Baréty, etc., etc. L’auteur parle aussi, longuement du fameux ouvrage Phantasms of the Livings auquel il fait de nombreux emprunts ; mais, avec une prudence exquise, il ne cite rien des expériences occultistes proprement dites, dont ,1e témoignage, .dit-il, pourrait peut-être paraître intéressé.
Après avoir présenté cette satisfaisante collection de faits, encore des faits, rien que des faits, comme le veut l’école de Magendie, l’auteur s’occupe de la définition du médium, passe en revue les différentes théories qui ont été émises pour exp liquer les phénomènes occultes, et termine, comme il avait commencé, par l'affirmation de son Credo scientifique : Ily a des phénomènes psychiques occultes.
Tel est le travail du Dr Albert Coste; travail auquel on ne peut guère reprocher que d’être présenté avec beau coup trop de modestie.
« Simple procès-verbal de l’état de la question, » dit, en effet, l’auteur qui ne parle d’ailleurs pas de ses expériences personnelles ; il semble qu’il y ait là toute autre chose qu’un simple procès-ver bal ; il n’appartient pas à un sténographe de faire une œuvre aussi palpitante que cette Thèse ; la conviction personnelle active échauffe avec intensité et anime ces
282 l’initiation citations répétées qui tendent inutilement à masquer la part considérable prise par le signataire à la confection de ce livre. Aussi ne peut-on qu’applaudir à la fière conclusion de l’un des chapitres : « Certes, nous en avons « assez dit pour exciter à d’exhilarantes joies ou à d’api- « toyés haussements d’épaules les délectables exem- « plaires humains étiquetés « Beaux-Esprits ». Et c’est « déjà un résultat.
« Aurons-nous réussi de même à susciter chez les « âmes sérieuses, dans les cerveaux sagement réceptifs, « non pas un entrainement passager, non pas une con- « viction hâtive, mais la notion raisonnée de l’A^ornmZ « possible, mais un intérêt réfléchi pour les Phénomènes « de l’Occulte ? « Que cet espoir nous soit permis. » La thèse du D1' Albert Coste restera l’un des plus pré cieux monuments de l’Occultisme au xix° siècle.
Bien plus que les expériences imprécises et sans sérieuse méthode de Charcot, ce travail aura contribué à faire pénétrer la toute petite science, dont s’enorgueillit si fort l’époque actuelle, dans le Temple de l’éternelle Science. » Marius Decrespe. * ¥ ¥ Merveilleux scientifique, par J.-P. Durand (de Gros). — 1 volume grand in-8, 6 fr, — Félix Alcan, éditeur).
Premier importateur (sous le pseudonyme de Philips) des expériences de suggestion hypnotique sur le conti nent dès l’année i85c, l’auteur de ce livre est en même temps l’incontestable fondateur de l’hypnotisme en temps que science ; ce dernier point est établi par la date et le contenu de ses deux ouvrages, l’Electrodyna^ misme vital (i855) et le Cours théorique et pratique àe Braidisme ou Hypnotisme nerveux (1860). On sait que leDrJ.-P. Durand réunit à un degré remarquable les qualités du savant, du philosophe et de l’écrivain.
En lui décernant ie prix Lallemand, en 1892, pour ses travaux sur le système nerveux, l’Académie des sciences, par l’organe de son rapporteur, M. le profesIJ COURRIER BIBLIOGRAPHIQUE 2§3 seur Broxvn-Séquard, le déclarait « un penseur et un écrivain dé grand mérite ». Son nouveau livre, comme ses écrits antérieurs, unit l’attrait de la forme à la richesse et à la solidité du fond.
Au point de vue médi cal, psychologique et philosophique, il offre un intérêt hors ligne et son apparition sera ce qu’on peut appeler un événement. P’. Vurgey. Le Salon de 18g3. Exposition triennale des Beaux-Arts, plaquette in-8. En vente chez Chamuel. Belles et sincères pages d’une critique saine et juste, à l'allure « peladanesque » ; nous leur réservons une étude plus détaillée. * + <• Le Bouddha, sa vie, sa doctrine, sa communauté, par H.
Oldenberg, professeur à l’Université de Kiel, tra duit de l’allemand par P. Foucher, agrégé de l’Univer sité, avec une préface de M. Sylvain Lévi, chargé de cours à la Sorbonne (i vol. in-8° de la Bibliothèque de Philosophie contemporaine, 7 fr. 5o. — Félix Alcan, édi teur). Le Bouddhisme est à la mode ; tout le monde en parle, presque personne ne le connaît.
Les indianistes seraient d’ailleurs mal venus à reprocher au public son ignorance ; on aurait vite fait de leur répondre : « Que ne nous don nez-vous sur le Bouddhisme un livre de première main, accessible à tous sans études spéciales, exempt de toute intention charlatanesque ou polémique, écrit dens un esprit vraiment scientifique, par un homme particulière ment compétent et qui ait du talent par-dessus le mar ché. » Or tel est justement le livre que présente aujourd’hui M; P. Foucher au public français, sous le patronage de notre jeune et savant compatriote M.
Sylvain Lévi, dans la traduction du Bouddha, de M. Herman Oldenberg, l’un des premiers indianistes de ce temps.
En face du.Bouddha irréel, volatilisé en héros solaire l'initiation 284 (et d’ailleurs écrit à l’intention des seuls spécialistes) de M. Senart, M. Oldenberg, s’aidant de sa prodigieuse con naissance des Écritures sacrées de l’Eglise Cinghalaise, a ressuscité le Bouddha vivant et agissant, comme Renan a su rendre la vie au Jésus mythique de Strauss.
Mais il n’a pas borné là sa tâche ; l’historien et le phi losophe trouveront encore dans son livre deux grands chapitres inédits de l’histoire de la pensée humaine ; dans l’introduction, le développement de la philosophie brahmanique d’après les anciennes Oupanishads ; dans la IIe partie, un exposé clair, cohérent, nourri de textes, de la doctrine de Bouddha..
On lira enfin avec intérêt dans la IIIe partie le tableau des formes si curieuses que la vie monastique a prises en Orient. Telle est cette oeuvre, capable à la fois de satisfaire les esprits critiques (qui trouveront en note toutes les réfé rences) et le grand public qu’aucun appareil d’érudition pedancesque ne viendra rebuter dans sa iecture. C’est ce qui explique son succès si considérable en Allemagne et en Angleterre.
La traduction a été faite sur la seconde édition. Qu’il nous suffise de dire que l’auteur l’a lue en épreuves et qu’il en a beaucoup loué la fidélité à rendre les nuances de l’original et aussi le tour, parfois plus libre et plus aisé, du style. Le 21 novembre 1893, A Monsieur le Directeur de /'Initiation.
Mon Cher Ami, Dans Le Gouffre d'en haut que publie Y Initiation de ce mois, le typographe me fait dire au quatorzième vers : Sous son épaule droite où brille Belgeuse.
REVUE DES REVUES 2$5 Outre qu’il n’y a jamais eu d’étoile nommée Belgeuse, le vers n'a plus ainsi que onze pieds ; j’avais écrit *. Sous son épaule droite où brille Betelgeuse. Je vous serais reconnaissant de mettre ma protesta tion sous les yeux, des lecteurs de Y Initiation. J’aurais bien aussi à me plaindre des modifications qu’a subies la ponctuation ; mais je ne veux pas insister davantage. Cordialement à vous. Charles Dubourg.
Journal du Magnétisme. Novembre 1898. — Som maire : Premier congrès national pour le libre exercice de la médecine en France. — Compte rendu de la séance du 28 octobre 1893 de la Société magnétique de France. — Conseil pratique contre l’hypochondrie et la mélan colie. — Au sujet d’un contrefacteur. — Histoire et phi losophie du Magnétisme, par M. Rouxel. Religion Universelle. i5 novembre 1893. — Deux analyses du nouveau livre de M, Ch.
Fauvety : Théonomie. — Un très long et intéressant article de P.
Verdad sur la Reconstitution et la réformation de la famille ; l’au teur soutient habilement cette thèse ancienne, mais toujours d’actualité : que la Société est fondée sur la famille; que la famille n’existe que par l’amour véri table ; que le mariage actuel, bien qu’enregistré par le maire et béni par le prêtre, est une véritable prostitution plus, funeste que celle des filles du trottoir et comparable seulement à celle des hétaïres de haute marque, des femmes du grand monde qui sont les plus dangereuses prostituées.
286 l’initiation Suivent: Bilan d'Ocîobre, par J. Bearson ; Le Congrès des Religions de Chicago ; VÈre. de la Fraternité com mence; et la Logique de Incroyants, à propos du P. Loyson, par Fabre des Essarts. L’Etoile. Novembre 1893. — Le Livre du Mystère, par A.
Jhouney. — La Religion messianique, par le même. — La 9e des lettres odiques-magnétiques de Reichembach. — Lettre, du 12 juin 1890, de l’abbé Roca à son cure', lettre par laquelle, proclamant hautement sa foi catholique, notre malheureux ami demandait que l’Eglise ne lui refusât pas les honneurs de la sépulture religieuse : on sait quelle suite a été donnée à cette supplique, — La chapitre xix® de VCEuvre de Godin ; architecture sociale. — La Question de la Paix perpé tuelle, mémoire envoyé au Congrès de la Ligue interna tionale de la Paix et de la Liberté, par M. Hippolyte Destrem. — Une instruction dictée par un esprit en 1870. — Diverses études sur le spiritisme, la suggestion, etc., entre autres une légende concernant la comtesse Orlamunde, sorte de fée mélusine ou de Dame Blanche qui serait attachée à la maison des Hohenzollern et dont le fantôme apparaîtrait chaque fois que l’un des membres de cette famille doit mourir.
Paix universelle. 15 et 3o novembre 1893. — Thé rapeutique magnétique, par A. Bue'. — L’Ecole pratique de magnétisme, par J. Bouvery, — Pour et contre, Recherches dans l’inconnu, par A. Goupil. — Congrès des sciences psychiques à Chicago. — L’Alliance francorusse, réponse fort digne de J.
Bouvery à un article anti français publié dans la Flambeau (Bruxelles) par MM. Paulsen et Gony, à qui l’auteur reproche amica lement d’avoir un moment perdu de vue d’une part les liens étroits qui unissent la France à la Belgique et, d’autre part, la cause supérieure du spiritualisme et de l'humanité. — Divers morceaux de littérature.
Voile d’Isis. i5, 22, 29 novembre 189?. — Chro nique de Papus (Combattre ou édifier), Marius Decrespe, etc. — Curieuse étude sur les éléments, par Sédir. — Un pape alchimiste, par Philophotes. — Des
NOUVELLES DIVERSES 287 vertus de l’ail, par Galanti. — Articles de foy, par Vurgey. — Compte rendu de la conférence de Papus sur l’état de trouble. — Rapport de la 3e année d’études du groupe Kumris. — La fin de l’intéressante bibliographie de Science occulte, par E.
Bosc; etc. etc. Signalons encore, parmi les périodiques hipnotismo, de Florence ; Lux, de Milan ; Berlin ; Borderland, de Londres, l’une occultistes les plus sérieuses ; Constancia, de BuenosAires ; le Messager, de Bruxelles ; Revista espiritista de la Habana ; Revista de Estudios psicológicos, de Barce lone ; etc., etc. étrangers : Sphinx, de des revues ' iïr H Si Le volume' de notre ami F.-Ch.
Barlet sur Vlnslruciion primaire est terminé et va être livré à l’imprimeur. Il s'agit là d’une tentative considérable et qui peut avoir une très grande portée pour l’avenir de l’ésotérisme. Nous reparlerons sous peu de cette œuvre. Lors de son voyage à Bruxelles, Papus a découvert au Musée du Cinquantenaire une Rose-Croix du xv® siècle dont tous les symboles sont parfaitement conservés.
M. Vurgey s’est charge' du soin d’expliquer et de com- ■ menter le symbolisme de ce curieux objet. L'éditeur Chamuel va publier au mois de janvier plu sieurs volumes attendus avec impatience par nos lec teurs. Tout d’abord un gros volume inédit d’Eliphas Lévi, intitulé le Livre de la Splendeur, et qui contient, entre autres études, un commentaire étendu sur le Siphra Dzénioutha, le livre kab balistique du mystère.
De plus, la traduction du Sohar avec les commentaires de Rosenroth, dont nous avons annoncé déjà l’apparition et qui a été retardée pour cause de force majeure, paraî tra au commencement de février 1894. — Les quelques i 1 '■b
2 88 L’INITIATION bribes de traduction parues en France sans commentaires ne peuvent quegarer les lecteurs même déjà familiarisés avec ces questions. L’Almanach que nous préparons pour' 1894 paraîtra également vers le mois de février. Nous remercions nos nombreux correspondants de leurs envois à cette occa sion. -, C’est le 5 janvier qu’aura lieu la prochaine conférence du Groupe.
Nos abonnés qui n’auraient pas reçu d’invita tions sont priés de se souvenir de cette date. La série de cours sur la Physiologie ouverte par Papus à l’Ecole de Magnétisme sera terminée le 18 décembre par une séance solennelle. Nos amis peuvent demander, des invitations à M.' Dùrville, rue Saint-Merri.
Avis aux périodiques spiritualistes étrangers. — Un individu que nous nous abstiendrons de qualifier ayant écrit à certains de nos confrères de l’Etranger que l'ini tiation avait cessé de ' paraître, nous prévenons les inte'- ressés que jamais la publication de notre revue n’a subi la moindre interruption. Lé nombre considérable'de ses abonnés lui garantit au contraire une longue et fructueuse existence. N.D. L. D. Le Gérant : Encausse, IMP. E. ARRAULT ET 0*°, 6, RUE DE LA PRÉFECTURE,'TOURS
■' L'Initiation du x:5 décembre 1890 EN VENTE; A LA - LIBRAIRIE- CHAMUEL ■. s •' 2g, rue de Trévise^Paris, . Dernières Brochures de PAPIJS LA SCIENCE DES MAGES • ' • RÉSUMÉ COMPLET DE L’OCCULTISME AVEC 4 FIGURES SCHÉMATIQUES Brochure de 60 pages, in-8°, texte serré ..... 0 fr. 5o PEUT-ON ENVOUTER ÉTUDE ENTIÈREMENT. INÉDITE SUR L?ENVOUTEMENT AVEC LA REPRODUCTION PHOTOGRAPHIQUE D’UN PACTE FAIT AU XIXe SIÈCLE Prix ........................... i fr.
LES ARTS DIVINATOIRES AVEC NOMBREUSES. FIGURES ' > , série de 40 études parues dans Le Figaro (Sous presse) DE L’ÉTAT DES SOCIÉTÉS SECRÉTES A L'ÉPOQUE DE LA RÉVOLUTION ■ (Tirage à ioo exemplaires-seulement)