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Revue philosophique indépendante des Hautes Eludes Hypaî^tiame * Force psychique Tlê©osophie? Kabbaiie Gît F-rais ©“Maçonnerie Pences Occultes /I« V OLU E L’.. 6n,e ANNÉE MMAIRE DU N' 2 (Novembre 1893) nitiatique . PHILOSOPHI - SCIENTIFIQUE .ITTÉRAIRE... L'État de trouble et l'é volution posthume de l'être humain (avec nombreuses ligures), (p. 97 à 116).
Le Système solaire d'a pres la Kabbale (suite et lin)....................... (p. 11(5 à 13<j). LaTrinosoph ie (à su i vre) (p. 140 à 146). Jdyblis (à suivre) . . . . (p. 147 à 1 5o). Le Gouffre d'en haut (poe'sie).................... (p. 1 51 à 153). Vision astrale. ..... (p. 154 à 174). Serment féal des escholiers nicolaïtes........... (p. 174 à 177). Papua. Sédir. Un hermétiste. Aleph. Gh. Dubourg. J. de Tallenay.
Vurgey. nt. — Groupe indépendant d’études ésotériques. — Nou diverses. — Courrier bibliographique. — Benoit Malon. (édaction : e de Trévise. 20 PARIS Administration, Abonnements : 3, rue Racine, 3 PARIS oiéro : UN FRANC. — Un An : DIX FRANCS
PROGRAMMI Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels.- de la Société, de la Politique et de la Religion; abouti qu’à de vaines et stériles négations. L mentale a conduit les savants malgré eux dans forces purement spirituelles par ¡'hypnotisme e distance. Effrayés des résultats Je leurs propre: Matérialistes en arrivent à les nier.
L'Initiation est l’organe principal de cette ren; liste dont les efforts tendent : Dans la Science, à constituer la Synthèst méthode analogique des anciens aux découverte expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide! découverte d’un même ésotérisme caché au fonde Dans la Philosophie, à sortir des méthode; physiques des Universitaires, à sortir des me physiques des positivistes pour unir dans une; la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, 1Métaphysique.
Au point de vue social, l'initiation adhère toutes les revues et sociétés qui défendent ! l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui lutte grands fléaux contemporains : le cléricalisme et toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l’initiation étudie impartialement tous du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, connus et pratiqués dès longtemps en Orient et si L’Initiation expose les opinions de toutes n’appartient exclusivement à aucune. Elle corr rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans c ces curieuses études. La première partie de la Revue (Initiatique) c destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les Occulte.
La seconde partie (Philosophique et Scienti tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient nouvelles qui exposent aux lectrices ces aride manière qu’elles savent toujours apprécier. L'Initiation parait régulièrement du i5 au 20 compte déjà cinq années d’existence. — Abom par an. (Les collections des deux premières année épuisées.)
la reproduction des articles inédits publiés p«r l'initiation est formellement interdite, à moins d'autorisation spéciale. PARTIE INITIATIQUE ET L'ÉVOLUTION POSTHUME DE L’ÊTRE HUMAIN La tradition kabbalistique détermine trois phases successives dans le phénomène de la mort et enseigne que la mort du corps physique, suivie de la dissolution de ses éléments, ne constitue que la première des étapes de l'évolution posthume de l’entité humaine.
Toutefois, aucun auteur contemporain n’a abordé, à notre connaissance du moins, l’analyse des faits qui s’étendent depuis le commencement de l’agonie jus qu'au moment où l’élémentaire est définitivement constitué. On se contente de dire que c’est là l’état de trouble et Ton ne va généralement pas plus loin.
Or cette question est d’une très grande importance à élucider, car elle permet des déductions capitales, d’une part au sujet de l’inhumation, de l’incinération 4
l'initia riON 98 ou de l'embaumement du corps physique et. d'autre part, au sujet de la réaction de l'idéal de l'ctre humain sur l’avenir. Nous allons donc nous efforcer d'exposer aussi clairement que possible cette question, telle, du moins, que nous la concevons : mais nous n'avons, pas la prétention d’avoir déterminé une définitive vé rité, c’est au lecteur de voir si nos déductions sont vraiment rationnelles.
Nous avons cependant la cer titude qu elles sont d’accord sur ce point avec la tra dition ésotérique que peu d'écrivains contemporains connaissent. ABRÉGÉ DE LA CONSTITUTION DE l’ÊTRE HUMAIN A l’état d’incarnation, l’homme est formé d’une masse matérielle, animée par un principe spécial commun à toute la Nature, la \ ie. et chargée de mettre l’homme véritable, l’esprit conscient, en rela tion avec le milieu matériel extérieur.
On sait toute l’importance attachée par l’occultisme à l'étude de ce principe intermédiaire entre le corps physique et l’Esprit, à ce principe que nous nommons, d’après Paracelse, le corps astral.
On sait aussi que ce corps astral est doublement polarisé (comme tout principe intermédiaire) et qu’il préside à la marche du corps physique sous le nom de vie organique, mais qu’il se manifeste aussi à la conscience sous le nom d’ètre impulsif, d’homme mortel (Platon), d’incons cient inférieur (la Kabbale), d’impulsion réflexe (psycho-physiologistes), etc., etc.
l’ÉTAT DE TROIBLE 09 Dans le sommeil normal, dans le sommeil hypno tique et surtout dans le somnambulisme, ccst l'être impulsif seul qui agit, les réflexes sont tout-puissants et l'action directrice de l'esprit conscient est abolie par rupture de l’influx nerveux (i). Le rôle du corps astral au point de vue purement organique n'est pas moins intéressant, et ccst lui qui va nous donner la clef du phénomène de la mort physique.
Les diverses cellules dont le groupement constitue le corps matériel n’occupent leur position hiérarchi quement déterminée que grâce à l'influence de ce corps astral.
L’affinité spéciale de chacune de ces cellules, considérée isolément, la pousserait plutôt à fuir ce groupement, si le corps astral ne synthétisait, sous son influence prépondérante, toutes ces tendances indivi duelles anarchiques, ne dirigeait tous les efforts in dividuels en vue de l'harmonie collective que nous appelons la santé.
Représentons par une série de petites flèches centri fuges cette tendance originelle des cellules à l’indivi dualisme et par deux grandes flèches à direction centripète cette propriété unificatrice et tonalisante du corps astral. Telle sera la représentation schéma tique de l’action du corps astral sur l’organisme ma tériel. Mais ce corps astral a également une action sur l’esprit immortel.
C’est grâce à l'existence de ce corps astral que l'esprit peut entrer en relation avec l'orga- (i) Voy. Magie pratique, p. 60-74.
100 l’initiation nisme et de là avec le monde matériel extérieur : c’est grâce au corps astral qLie le raPport entre le moi et le 1 non-moi peut S’établir. La tendance de l'esprit est égament centrifuge, l’essence de cet esprit le porte à changer d’état : mais le corps astral, au moyen de la force nerveuse, donne à l'esprit les instruments néces saires à son séjour dans la matière organique. Pour représenter tout cela, nous figurerons l’esprit il; fl amme dont la tendance est toujours de A monter et nous ajouterons une flèche indicatrice pour rendre encore l’image plus claire.
I0-[ l’état de trouble Deux flèches à direction centripète représenteront le rôle du corps astral par rapport à l’esprit. Nous obtenons ainsi une seconde figure schématique qui, ajoutée à la première, nous indique parfaitement le rôle double du corps astral dans l'homme incarné (A et B . Mais, si nous voulons ne rien omettre, il ne faut pas oublier que l’homme peuple son atmosphère astrale de tout un monde d’idées vivantes dont l’en semble constitue Yidéal de chacun de nous. Cet idéal pourra être très inférieur chez une brute à face hu maine ; il pourra tendre au crime et à l’ivrognerie
102 l’initiation comme il pourra être très supérieur : peu importe, il existe, il constitue l’atmosphère astrale, origine de la destinée, et jouera un rôle considérable dans l'évolu tion posthume de la monade humaine ug. 3. C . Mais nous n’avons pas conscience de cette atmo sphère astrale ? me direz vous.
Certainement, saufpar le remords ou le pressentiment, car elle c mstitue l'/nconscient supérieur, le Soi de certains mystiques con temporains.
L’homme, le moi, est placé entre deux inconscients, l’inconscient organique couronné par l’ètre impulsif, en bas, l’inconscient supérieur en haut. — Inutile de rappeler que ces mots de bas et de haut sont unique ment énoncés pour figurer plus facilement cet ordre de faits.Il n’y a pas de telles différenciations en astral.
Ainsi une volonté libre capable de porter les aspira tions de lamonade humaine vers les passions et la ma tière ou vers le sacrifice ctl'Esprit, telleest, en résumé, la constitution de l’homme incarné. Voyons ce que deviennent ces éléments au moment de l’agonie.
DE l’agonie ET DE LA MORT DU CORPS PHYSIQUE L'agonie commence au moment où la tension qui permettait au corps astral de dominer les impulsions individuelles des cellules organiques s’affaiblit. A ce moment les deux modalités du corps astral se séparent, la modalité inférieure perd sa force de cohé sion, et les cellules organiques, reprenant leur liberté individuelle, se séparent du centre général. C’est ce qui
l’ÉTAT DE TROUBLE io3 constitue le phénomène de la décomposition du corps physique (fig. 4). Donc : 4 i° Séparation des deux modalités du corps astral ; 2° Lutte du corps physique et du corps astral, plus ou moinslongueselon quel'individuestplusou moins matérialisé : telles sont les deux premières phases de la mort. Mais que se passe-t-il en haut ? Comment se com porte la modalité supérieure du corps astral, celle qui contient la mémoire des vulgaires détails de la vie, le principe des impulsions réflexes, celles que nous appe-<
l’initiation 104 Ions l'être psychique impulsif (l'homme mortel de Platon) ? Cet être psychique impulsif est lié à l’Esprit auquel il sert d’instrument de perception et de mani festation dans le monde matériel. Il détermine l'affi nité que possédera l'entité humaine immédiatement après la mort. Le désir est la racinede l'être, nous enseigne le mar tinisme : orle désir le plus intense qui s'est manifesté avantlamort détermine le sens de l'impulsion donnée à cette portion de l'être humain. Le mourant est-il animé d’un grand désir de bonheur, attend-il le ciel promis par la religion exotérique et est-il certain de le posséder ?La tendance de l'être sera portée en haut et l’affinité n’existera que pour les choses supérieures. + Au contraire l’individu se suicide-t-il, aspirc-t-il de tout son désir au néant ? La tendance de l'être sera en bas et l’affinité n’existera que pour les choses infé rieures (inféra. les enfers). Dans le premier cas l’affinité portera vers l'amour, et la synthèse, dans le second cas vers la haine et la dissolution. Ainsi: i° Agonie, dislocation des deux modalités du corps astral. Lutte entre les cellules organiques et le corps astral inférieur en bas ;
l’état de trouble io5 2° Réaction de l’ètre impulsif sur l'esprit. Dernier désir. Résultat de cette réaction ; 3° Libération de l’esprit entouré du corps astral supérieur (être psychique), et affinité de l’entité libérée vers le haut ou vers le bas. y/ ¿S Tels sont les trois stades de la première phase de la mort ou de la première mort, car la Kabbale enseigne qu'il y a trois morts, chacune suivie d’une nouvelle ascension. A ce moment donc, le corps physique se décompose, relié par unlienjluidiquensira/à lapartiesupérieurede l'être humain qui va poursuivre son évolution (fig. 5.)
io6 l’initiation Mais cette affinité, résultat du dernier désir, est-elle la seule cause déterminante de l'évolution future? Certes non. car la Justice n’existerait plus et il sufiiraitau plus monstrueux des criminels d’a\ )ir élevé son astralité au dernier moment, par un rite religieux pour évoluer en haut, tandis que la malheureuse vic time, frappée en état de désir non accentué, évoluerait en bas. C’est ici qu’intervient l'action compensatrice de VIdéal, de l’atmosphère astrale, que nous créons incessamment autour de nous, dans le cours de la vie. C’est là le second coips que nos désirs ont lente ment créé et qui va remplacer le corps physique que nous venons de quitter. L’esprit, entouré de sa portion de corps astral, vient se confondre avec l’idéal qu’il s’est créé (fig. 6). C’est alors qu’a lieu la compensation des tendances symbo lisée par les religions exotériques sous le nom de juge ment, avec cette seule considération que la conscience
l’état de trouble 107 dont le principe est la justice immortelle est le seul juge et que les résultats du jugement sont mathémati quement déterminables. La tendance de l'idéal créé peut être supérieure ou inférieure. Un individu qui s’est constamment sacrifié pour les autres, qui a généré dans le cours de sa vie des aspirations toujours élevées, a créé autour de lui une merveilleuse atmosphère astrale à tendance pure ment supérieure.
En admettant que le dernier désir ou la dernière action aient été en contradiction abso lue avec le reste de la vie. qu’arrive-t-il ? L’ètre dont l'affinité est inférieure, d'après le dernier acte accompli, vient se fondre avec un idéal à tendance très supérieure et. comme l'impulsion de l'idéal, len tement généré, l'emporte de beaucoup sur l’impulsion du dernier moment de la vie. l'individu est sauvé par ses propres actions antérieures.
Telle est la justifica tion de la grande idée pythagoricienne faisant générer l'avenir par le passé au moyen du présent. Dans le cas actuel, nous pouvons figurer la tendance de l’idéal par une grande flèche à direction supérieure, et la tendance de l'individu par une petite, à direction inférieure, la résultante sera l’ascension : I , _ » ' Résultat du Jugement Individu Atmosphère astrale
i o8 l'initiation Mais considérons le cas contraire. Un criminel dont l’astral est épouvantable, s’est repenti au dernier moment et a dégagé son individu avec tendance supé rieure. Le résultat du jugement ne varie que fort peu. Le repentir a eu simplement pour but Je rendre un peu moins rapide la tendance à la dissolution. -x. Ainsi la seconde phase de la mort consiste dans l’union de l’individu avec son atmosphère astrale.
L’esprit est ainsi revêtu d'un nouveau corps que les Kabbalistes appellent les écorces. Dans le cas le plus général, les individus ont de ces écorces, retardant l'évolution définitive, et qui vont lentement se dis soudre à la lumière astrale. Résumons donc les trois phases de cette seconde mort. i° Rencontre de l’idéal ; 2° Réaction de l’idéal sur l'individu (jugement): 3° Résultat de cette réaction.
Affinité supérieure ou inférieure de l’élémentaire. A ce moment ce que la Kabbale appelle un Élé mentaire est en effet constitué ; l’être est formé : i° Par l’esprit immortel supérieurement:
l’état DE TROUBLE 109 2° Par le corps astral (portion supérieure) médianement : 3° Par les ccorces. inférieurement. De plus, le lien entre les deux portions du corps astral existe toujours si le corps physique n’est pas tout à fait décomposé.
Avant de terminer cette partie de notre étude, insis tons sur ce fait, c'est que les tendances supérieures contenues dans l’idéal se fondent avec la partie astrale de l’entité humaine et que les écorces ne sont constituées que par les tendances inférieures. ★ * * Les phénomènes que nous venons d'énumérer, en nous servant du langage et des figures purement physiques, se passent dans le plan astral.
Comment pourrons-nous représenter, toujours pour nos yeux matériels, ce plan astral ?
Physiquement et analogiquement, le plan astral peut se rapporter aux données astronomiques de la manière, suivante (Voy. fig. ci-après) : i° La partie inférieure du plan astral pour les habi tants de la Terreest constituée par lecône d’ombre que la Terre traîne à sa suite dans les deux; c’est là ce que Moïse aüpelait l'Erèbe. ce que les anciens appe laient les Enfers (inféra'} ou plutôtl’entrée des Enfers.
C’est la région des élémentals inférieurs. 20 La seconde partie du plan astral est constituée par la région sublunaire, par la sphère d'attraction delà Terre sur la Lune, son satellite. 3° Enfin la partie supérieure du plan astral est
l'état de trouble 111 constituée par le champ d attraction du Soleil sur les planètes de son système(chanipd attraction de i Astre Noir pour les initiés). C'est cette région que Moïse appelait Adamah, si nous rapportons la tradition du paradis terrestre à notre univers. Cherchons maintenant les rapports de l'évolution de l’àme avec chacune des trois régions astrales.
F. région terrestre ou astrale inférieure; L, région sublunaire ou astrale moyenne : S région solaire ou astrale supérieure (voy. la fig. suivante . La première mort, la mort du corps physique, se passe dans l'Erèbc et c'est là que sont précipités les suicidés et toutes les astralités à tendance absolu ment inférieure.
C'est après avoir été ballottés dans les vagues astrales de cette région que l'évolution vers la région lunaire reprend peu à peu. La seconde mort, la mort dedissolution des écorces, se passe dans la région sublunaire et. de là. ¡'Esprit revêtu de son corp lumineux (3e corps) s'élance dans la région solaire Je renvoie au Soleil les Ames immortelles Dont l'Esprii a gagné ses ailes Pour s'enfuir du torrent des Générations.
Autrement, au fond de l'espace, Je les noue à la Femme et leur Destin repasse Dans le jeu de mes tourbillons (r) Ainsi la réincarnation ne s'effectue que pour pur ger l'esprit des phlegmes persistants et ajoutons que celte réincarnation peut se produire sur toutes les ( i) Saint-Yves d’Alveydre, la Lune dans l'initiation (juin ç3'.
l’état de trouble 113 planètes habitées de notre système. Mais c'est là un sujet qui sortirait de notre étude : revenons donc au sujet. L'é/ai de trouble s’étend depuis le commence ment de l'agonie jusqu'à la libération de l’esprit et la disparition des écorces, c’est-à-dire jusqu’à la fin de la seconde mort. Voilà pourquoi les initiés d’Egypte qui avaient pratiqué la sortie complète en astral, étaient appelé deux jois nés.
Pour ne pas allonger outre mesure cette étude, ter minons par deux remarques: i° L’influence de l'inhumation, de l'incinération et de l'embaumement sur le corps physique ; 2" Les modifications apportées dans l'astral d'un individu par un crime. * INFLUENCE DE TRAITEMENT DU CORPS PHYSIQUE SUR L’ÉVOLUTION POSTHUME Nous avons vu que le lien fluidique qui unissait l'entité humaine au corps physique persistait tant que % la dissolution de ce corps physique n’était pas ache vée.
Il est facile de déduire de là une réponse à une question posée par M. E. Bosc à ce propos. Inhumation. — Quand le corps physique est inhumé, l’évolution de l'entité humaine, surtout si les ten dances, si les désirs de l'individu étaient matériels et terrestres, est étroitement liée à la dissolution lente du corps physique.- Dans ce cas la rupture du lien flui dique se fait progressivement et sans grandes souf
l’initiation 114 frances morales de la part de l'individu, sauf dans les cas où l'astralité est tout à fait mauvaise. Incinération.— L'incinération est une opération chi rurgicale. Les individus peu évolués éprouvent une souffrance morale considérable eu sentant détruire ce corps, objet unique de leur culte, mais tout cela est compensé par la rupture complète du en fluidique qui reliait encore l’Esprit au monde matériel.
Embaumement. — Les initiés n ont p is ¿1 tenir compte des contingences matérielles qui arrêtent la plupart des hommes vulgaires. Aussi, dès la mort, l’initié se dégage-t-il rapidement de son corps physique, puis du second corps qu’il a revêtu dans le monde sublunaire pour s’élancer dans la sphère d'attraction solaire.
Tou tefois. comme nul être ne saurait transgresser les lois de la nature, l’esprit, ainsi évolué, est relié par deux liens fluidiques aux corps qu'il vient de quitter. Un lien rattache le corps physique à l'écorce astrale et un autre lien l’écorce astrale à l'Esprit. Aucune souf france morale ne saurait exister dans ces conditions.
Les prêtres égyptiens, connaissant parfaitement ces données, et voulant condenser dans leur temples une somme considérable d'astralité, revêtaient, par le procédé de la momification, le corps physique des initiés (prêtres et rois) d'une sorte de corps astral matériel ou plutôt d’un fourreau protecteur agissant après la mort sur les cellules organiques de la même façon que le corps astral agissait durant la vie.
Ainsi le corps physique ne se décomposait pas, le lien fluidique istral existait toujours et les relations entres ies ini tiés vivants et les initiés morts étaient toujours posl'état de trouble :i5 sibles. De là l'importance de cet acte dont la cause a si bien échappé à tous les écrivains peu au courant de traditions ésotériques.
DU MARTYRE Tout individu tué pour une idée immortalise, de ce tait meme, l’idée dont il devient le principe animateur dans l'invisible. Analysons un peu les conditions de atmosphère astrale de deux individus : l’assassin, et la victime. Que fait l'assassin ? 11 arrête subitement un mouve ment en pleine évolution.
Comme les lois de la méca nique sont universelles dans tous les plans, l’assassin agit comme un homme qui librement arrêterait un boulet en pleine course, c’est-à-dire que la force acquise, subitement arrêtée, se condense sur le point d’arrêt. Astralement, l’assassin se charge immédiate ment de tout l’astral inférieur que pouvait posséder sa victime, qui devient un martyr.
Aussi l’idéal généré par cet assassin au moment du crime est-il à ce point matérialisé, qu’il se manifeste même durant la vie sous le nom de remords. Que sera-ce après la mort ! Par contre, la victime voit son atmosphère astrale délivrée de toutes les écorces qui l’obscurcissaient, et l’évolution posthume se trouve singulièrement avan cée.
Nuire astralement à quelqu’un, c'est donc accepter la responsabilité de prendre pour son compte toutes les fautes commises par la victime sur qui on agit. Aussi la plus grande habileté consiste-t-elle à être honnête aussi bien sur le plan astral que sur le plan physique.
116 l’initiation Voilà pourquoi nous verrons tous les grands ini tiés ne jamais craindre la mort, même violente.
Aussi la parole de l’essénien Jésus est-elle véritablement divine quand, sachant, de par l’initiation, le sort astral qui attendait scs persécuteurs, il intercède p-ur eux, disant:« Pardonnez-leur, mon père - ils ;i savent ce qu’ils font. » Voilà pourquoi aussi le pape et le roi. s'entendant pour assassiner les membres de l'ordre du Temple, ne se doutaient pas de la singulière astralité qu ils généraient pour la royauté et la papauté dans l'ave nir.
Mais n'insistons pas: nous avons donné les éléments d’une étude que nos lecteurs sauront développer par la méditation. Peut-être reviendrons-nous encore dans quelque temps sur ce sujet. Papus. (Suite et fin) Toutes ces idées sont admirablement synthétisées dans le mot Raphaël, l'individualité active et agissante dont la fonction est essentiellement généra trice ; la racine signifie un médecin en hébreu (i) : (i) Beausobre (I/ist. du manich., t. II, liv. IX. ch. 11 cite cette église palermitaine où sont inscrits les noms des sept grands
LE SYSTÈME SOLAIRE D’APRÈS LA KABBALE I I 7 son nombre arithmétique est 280. c’est-à-dire sept lois 40. Le nom même de l’intelligence mercurienne.
Thiriel. n’est que l'expression du rôle de celte planète : il signifie l'entitéqui réfracte ('£) les éma nations éthérées (-»■>); c'est ce qu’exprime, en morpholo gie hiéroglyphique, le caducée; c’est le premier mobile de ce « double mouvement» dont parle Saint-Yves, et dont la connaissance exacte est un des arcanes principaux de la Thaumaturgie.
Le nom du démon de Mercure désigne justement cette matérialisation finale, cette objectivation fatidi que r) de l’Aither doublement sublimé : Thartliar, ",nn"l ; je ne donne ici que le sens physique de ce vocable: son nombre arithmétique est également 280. * le même que celui de l’Etre lumineux dont il repré sente la contre-partie.
Enfin la collectivité d'êtres qui habite la sphère de Mercure n'est que l’émanation sensible de celle qui la précède immédiatement ; l'étude de Vénus nous dévoilera donc la Nature de ces Fils des Ælohim : les Arabes nous les indiquent d'ailleurs comme tenant de la nature de l'eau (1) dans le monde élémentaire.
Quant au microcosme, nous dit Agrippa, « Mercure préside à la langue, à la bouche et aux autres instru ments et organes des sens tant extérieurs qu’intérieurs, aux mains, aux jambes, aux nerfs et à la vertu phananges avec une épithète caractéristique. Raphaël y a le titre de médecin, que les Grecs donnaient à Esculape.
Ce dernier mot d’ailleurs, ramené à ses racines celtiques pri mitives, caractérise Hermès « le père de l'entendement univer sel ». Coïncidence digne de marque. (1) Philos. occ.} p. 61.
118 l’initiation tastique. » Le lecteur voudra bien remarquer que les membres du microcosme inscrits au tableau ci-joint, d'après le même Agrippa, sont les correspondances des fonctions que ces membres exercent dans chacun de leurs corps respectifs. Vénus (hà“:, Nedgat}. — La racine centrale;.- (dg) est précédée de la racine contractée..7 et suivie du signe perfectionnant r.
In centre s antiel au dedans de qui se fait sentir un travail i . t de déchi rement (") subi (Z) volontairement, ce centre divisé par cette action passive (7), ses parties matérialisées (:) : voilà les trois phases d’un processus grandiose qui se synthétise, se résume et se perfectionne en r, par lequel il est limité et défini. A quoi aboutit ce travail?
L’étymologie du nom même deVcnus: •¿* “E (Phn-ish) — la face de la réa lité, de l’objectivité, — nous le fait voir : faction de cette planète est donc féminine et plastique. Les racines phéniciennes du mot Aphrodite indiquent la génération élémentaire fécondée.
C’est ce que l'on trouvera indiqué dans les passages suivants du Per- « Quelques-uns disent que Vénus était originaire ment Phenus ayant pour racine Vénus est le génie du quatrième jour, la Révélatrice du Soleil et du Système céleste, et c’est à elle, par conséquent, que l’emblème de la Lumière céleste était spécialement dédié.
« En qualité de Vénus, le plus brillant des sept mystiques qui représentent les Ælohim de Dieu, elle (la substance) correspond au troisième, à l’esprit de
LE SYSTÈME SOLAIRE D’APRES LA KABBALE I 10 Conseil, parce qu’il est la Sagesse: or. ¡’Amour et la Sagesse ne sont qu’un. Aussi est-elle dépeinte, dans l'art mystique, comme Aphrodite, la reine des mers. Marie, l’étoile de la mer, et comme l'àmc possédant la pure intuition de Dieu de laquelle procède l’homme partait.
Sa correspondance dans la Science mystique est le Sodium, le Sel. dont le rayon dans le spectre solaire se trouve le troisième, comme Vénus parmi les planètes, et dont la couleur esÙ£ jaune. Le cuivre est le métal dédié à Vénus, car les cristaux du cuivre sont d’un bleu de mer profond...
Comme lsis et Artémise, elle est essentiellement l'initiatrice, la Vierge vêtue de blanc, debout sur la Lune et gouvernant les eaux. » Ce caractère doublement cyclique de l’action vénusienne se trouve expliqué en quelque sorte par le nom divin qui lui commande. Je ne puis que ren voyer le lecteur aux pages admirables où d'Olivet explique le divin Tétragramme.
Que l’on me permette d'appuver sur la marche de l’action qui nous occupe: l'Absolu se manifeste et se multiplie dans une cir conscription quaternaire, celle ci s’expansionne pour atteindre son but : la consommation cyclique du sep ténaire, confirmation précieuse des notes par les quelles commence ce paragraphe.
La séphire correspondante exprime bien le milieu approprié à cette action divine: Net^ah. qu'on envi sage comme formé des racines : et xx t^ah ou nx (ZçeVz), désigne la multiplication, la suprématie, le triomphe des êtres individuels réfléchis. — L’ange tutélaire de Vénus va synthétiser ces différentes signi fications.
120 l’initiation C’est le P. Esprit Sabbathicr qui donne la forme la plus complète del'Ælohim vénusien : Hamel, Sx'zxn. Laissons de côté la terminaison cl qui constitue la personnification de l’être dont il s’agit.
Nous verrons tout d'abord que les nombres arithmétiques des quatre lettres n, x, lues de gauche à droite, sont respec tivement 5, i, 5o et io ; les deux dernières lettres sont donc les correspondantes des deux premières maté rialisées, involuées d’un cycle. La succession de leurs quatre nombres. hiéroglvphiée géométriquement, reproduit d’ailleurs le signe astronomique de Vénus.
Mais, pour ne pas nous écarter de l’analyse radicale, lisons cet hiérogramme. Nous obtenons : r la puis sance une et éternelle (x) de la vie universelle non ditférenciée (n), se manifestant (’’) par la production d’êtres réfléchis (; ; 2° l'Etre (" différenciant (x) des existences individuelles (:■) dont la succession cons titue le Temps (’) ; 3° La vie (n) de l'homme x pro duisant un fils (:) par le phallus ('>).
Ce sont ces idées de production nouvelle, d’êtres jeunes qui, métapho risées, ont conduit aux qualités de fraîcheur, de grâce, de beauté que l’on reconnaît dépendre de Vénus et de ses anges. Vénus est chargée de donner la beauté aux productions de la Nature, dit Proclus (i). «Anael signifie doux chant de Dieu (2),... son secret est au cœur du monde (3). » Le lecteur curieux pourra trouver ce secret avec assez de facilité. La fonction bénéfique de l’entité dont je viens ( 1 ) Dans Timée. (2) Perfect Way. Hymne d'Aphrodite,
LE SYSTEME SOLAIRE D’APRES LA KABBALE 121 donner l'esquisse analytique sera la réalisation par les organes des principes spirituels de la Vie. soit Hagiel: dont le nombre est 18.
Le démon vénusien au contraire, d'essence fémi nine. ainsi que l'indiquent les sens physiques du D et de l'Al qui entrent dans son nom. ne préside qu'à la quatrième différenciation de la Vie involuée, indiquée par le son K. p : il est proprement le lien assimilatif, la force de cohésion, l'attractdu soi pour soi (ci) dans la sphère de «l’existence matérielle mécanique », p. Le nombre radical de Kedemel est 144.
L'humanité vénusienne prend le nom à'Ælohim. z'nSa. Pour bien pénétrer les sens de ce mot. impor tant à plus d’un titre, on me permettra de transcrire ce qu'en dit Fabre d'Olivet. « C’est le pluriel du mot * nbx (1), nom donné à i'Etre Suprême par les Hébreux et les Chaldéens, et dérivant lui-mème de la racine Sx qui peint l'élévation, la force et la puissance expansive, et qui signifie, dans un sens universel. Dieu.
C’est une remarque fort singulière que ce dernier mot. appliqué au Très-Haut, n'est pourtant dans son sens abstrait que le pronom relatif celui ou ceux employé d'une manière absolue.
Les peuples asiatiques ont presque tous usé de cette métaphore hardie, xin (hôà), c’est-àdire Lui. est, en hébreu, en chaldaïque, en syriaque, en éthiopien, en arabe, un des noms sacrés de la Divinité; et il parait bien que le mot persan Goda, Dieu, qui se trouve dans toutes les langues du Nord, dérive aussi du pronom absolu lui-même. On sait
122 l’initiation assez que les philosophes grecs, et principalement Platon, ne désignaient pas autrement la cause intel ligente de l'univers que par le même pronom absolu TO aùro.
« Quoi qu'il en soit, le nom hébraïque .-Elohim a été visiblement composé du pronom “x et du verbe absolu nin, Etre-étanl, dont j'ai assez :v lé dans ma grammaire.Le verbe lui-même, réuni au pronom "x, fournit nv)x (Ælôahj, n le pluriel, Ælohim, signifie exactement Lui-eux-qui-soni. l’Ètre des Etres (i). » On voit que les Ælohim de Vénus, qu’il ne faut pas confondre avec les sept grands dieux qui portent ce nom. sont les Êtres vivants par excel lence; et on comprendra clairement dès lors la rai son des influences de cette planète dans le micro cosme.
Agrippa les énonce ainsi : « Vénus préside aux reins, aux testicules, à la verge, à la matrice, à la vertu séminale, à la vertu de concupiscence, à la chair, à la graisse, à l'embon point, au bas du ventre, au nombril, à tout ce qui sert à l'œuvre de Vénus, comme à l'os sacré, à l'épine du dos, à la partie inférieure du dos appelée le râble, et, outre cela, à la tète et à la bouche dont on donne le baiser d’amour (2). » Vénus est d'ailleurs la planète dont les propriétés sont les plus universellement connues : inutile de s'y arrêter davantage.
O (1) Lang. hébr., 11« part., p. 28. (2) Phil. occ Dans le monde élémentaire, Vénus et ses anges participent de la nature de l’air,
LE SYSTÈME SOLAIRE D’APRES LA KABBALE 123 Le Soleil (ü'2ü). — « Le signe delà durée relative et du mouvement qui s'v rapporte » régit le signe de l'action extérieure ('□): si l’on se rappelle que ü a, en outre, le sens de *î et celui de 2 renforcé, on verra déjà décrites en deux caractères la force extériorisée expan sive du soleil, bornée à une sphère déterminée.
Que ! on confronte d’ailleurs, ainsi que le conseille Fabre d Olivct, (Shcm et Si“ (Habel), on verra quelle similitude rapproche ces deux êtres. Mais, quant au mot qui nous occupe, cette diffusion dans l’espace de l'action indiquée par le initial est ramenée à sa juste proportion d.'harmonie par le second ü, qui l’équi libre. Au propre, le vocable tout entier signifie le lumineux, le rayonnant.
Le nom grec qui équivaut à ce nom hébreu est llr/io; i i. L'importance de cet astre était primordiale dans les temps antiques: tous enseignements initiatiques, toute culture, tous rites actuels étaient réglés par le passage de la planète royale à travers les signes du zodiaque. 'On trouvera sur ces sujets capitaux tous les rensei gnements de l'érudition la mieux informée dans les travaux de Dupuis et de P.
Renaud, pour ne citer que ces deux auteurs qui représentent à peu près le point initial et le point d’arrivée de la critique anti-cléri cale. Je vais essayer de résumer quelques données an tiques sur cet astre. (i) Voir, au paragraphe consacré à la Lune, l’étymologie de Hélène. Le signe féminin ; (n) est remplacé par ;iôsh), signe masculin de manifestation lumineuse.
124 l'initiation Le soleil du printemps et de l’été s’appelait Diony sos, Bacchus, Apollon. Hercule ou Alcide (plus spé cialement nommé pour la période estivale). Thésée, Helios, Mélicerte, Pan. Adonis, Atys. Bel. Osiris, Mendès, Ammon, Mithra, Ormuzd. Le soleil d’automne et d’hiver, c’est Pluton, Esculape, Jason, Serapis, Esnum. Cneph. Il a pour sym bole le serpent ou le dragon. Dionysos Bacchus (i) ou Iacchos. Mendès.
Esculape, ce sont autant de noms de Mercure; le lecteur les trouvera expliqués plus haut et ce double emploi sera la raison pour laquelle les cabalistes médiévaux ont confondu Raphaël et Michaël . Quant aux mo tifs, ils sont tout astronomiques, et Dupuis les expose tout au long dans les chapitres consacrés à chacun de ces noms.
Fabre d’Olivet(Fers dorés) donne, ainsi qu’il suit, l’étymologie d’Apollon : « Olon dérive du phénicien p’7 (whôlon) et est appliqué dans la plupart des dia lectes orientaux à tout ce qui est infini, éternel, uni versel, soit dans l’espace, soit dans le temps.
Je dois remarquer comme une chose intéressante et peu con nue des étymologistes que c’est du mot zx* ou ap). joint à celui de whôlon. qu’on a fait celui cl'ap-whôlon, c’est-à-dire le Père universel, infini, éternel. » Dans le même commentaire, nous trouvons l’explication du nom d’Hercule: Herr ailes, le seigneur de l’Univers (2). Alcide, dont les racines phéniciennes peuvent (1) « ...
Le soleil que nous appelons Bacchus... » (Orphée.) Shamash n’est que le Samas chaldéen. (2) Fabre d’Olivet, Voc.rad., p. 20.
LE SYSTÈME SOLAIRE D'APRES LA KABBALE 125 s'écrirevc-bx al-shid), veut dire ce-lui-qui-fécondela-Nature-naturante, ou. si l’on envisage une forma tion différente des racines, celui-qui-domine-dans-unecirconscription-déterminée. Le Mélicerte que nous rapporte Eusèbe. c’est le Melek-œrtç, des Hébreux, au sens physique le roi de la terre.
Pan, conçu comme « le résultat de la contraction du signe de l'activité intérieure z (B ou P), avec la racine :x 1 2 an) qui caractérise l'étendue circonscriptive de l'ètre. sera le symbole de toute production active allant de puissance en acte, de toute manifesta tion de l’acte générateur (i). » L’Adonis syrien, c’est l’Adonaï hébreu: il signifie cette opération fort difficile à concevoir dans le macrocosme, mais que l’on saisit mieux en l’appliquant à l’homme, et qui consiste à canaliser vers un but unique les forces, les émanations éparses des choses.
Ce nom est considéré par les au teurs de la Voie Parfaite comme« type de la Lumière, de la Force et de la Liberté » ; c’est le nom mystique de l’homme microcosmique, renfermant en lui les deux sexes spirituels : c’est « le Logos, l’idée de Dieu, du moi de Dieu, la pensée de l’intellect divin, formu lée et personnifiée,... la manifestation de Dieu dans la substance, se produisant par la Génération, allant du dedans à l’extérieur, ... la Volonté centrale d’un système de manifestations quelconque », enfin contre partie céleste du Christ dans l’homme (2L (1) Pythagore disait qu’Hercule était la force de la Nature. (2) On remarquera seulement que le syriaque a remplacé la relation adverbiale de lieu 'N (aï), où, par la désignation de l’être effectif et substantiel (ish).
L2Ô l'initiation L’objectivation de l’ètrc substantiel, son ipséite manifestée, voilà ce que représente le syriaque Atys: r’nx (At-ish). Analyser successivement le reste des appellations solaires est un travail aisé : il ne fera que confirmer les propriétés de cet astre. L. 1 chaldéen, le Baal Saninn phénicien (i) doivent rc regardés, d’après Pline, comme l'âme ou plutôt 1'. ’ ,'cnce de l’U ni vers (2).
Horus est la force qui di •? lu révolu tion du soleil (3).
Hammun ou Am mon. d’après les Dionysiaques d’Eusthate, était représenté sous la forme d'un bélier; Hécatéc en parle comme d’un Dieu caché (4). et. sui vant Jamblique, «lenometla formed Ammon expri ment la force intelligente et organisatrice qui se déve loppe dans laNature, lorsque les formes intellectuelles des corps se matérialisent par la génération de ces der niers. » Reprenons le fil de notre étude cabalistique.
Le nom divin qui commande à la sphère du Soleil, c'est Æloha ; nous avons vu au paragraphe precedent avec quelle énergie ce mot désigne et affirme Dieu, si j’ose appliquer ces termes à un tel objet : je ne revien drai donc pas sur cet exposé.
Tiphereth, tel est le nom de la séphire correspon dante ; il s’élève sur la racine (PhR), signe de fruc tification. de génération, etc. : on peut en formuler ainsi le sens général : une réalisation existante, une (1) Eusèbc, Fr<xp. Ev., liv. 1er, ch. x. (2) Hist. nat. liv. ILch. vi. Plutarque, De Iside. <4) 'd.
LE SYSTÈME SOLAIRE I) APRES LA KABBALE 12/ génération harmonique dont le cycle est terminé, et qu'une action extérieure à elle signifie et symbolise: L ange tutélaire du Soleil est A/zc/jdéZ, : le sens moyen de cet hiérogramme est celui par qui les exis tences émanées et lemporellement bornées (:) se manifestent d'une façon effective 0) au moyen d'une action passive et formatrice (c) (i).
Les productions du chef angélique sont symbolisées dans le nom du deuxième ange solaire Nachiel, : le sens grammatical en est le parce que} le sens hiéroglyphique, le résultat d'une force assimi lante et comprimante.
Les deux actions que nous ve nons d énoncer, étant perverties, constituent le dé mon Sorath : le signe du mouvement circonférenciel sur une sphère quelconque (©), converti ('.) en un mouvement rectiligne et individuel (n) dont les déve loppements tombent dans le domaine de la Nécessité (r>, tel est le phénomène cosmique dont ce mot est le signe. Enfin, pour épuiser les correspondances de cet astre, passons à l’étude deMalachim.
A première vue, on s’aperçoit que la première partie de ce mot, Malac/ii, '2x5'2, est l'anagramme de Michaël (2); les Malachim, au propre les royaux, sont la collectivité qui centralise, qui fixe en la concentrant (zx) l'essence sept fois sublimée (’2) de la Vie solaire.
Si nous (1) L’intervention de Raphaël et de Michaël comme anges du Soleil et de Mercure peut être expliquée par les mythes solaires Dionysos, d’Esculape. etc. Rappelons ici que la racine du nom du 3’ ange Feliel, soit 5,2, est la même que celle du mot phallus. (2) Kircher, Œd. Ægypt, t. 11. première partie.
128 l’initiation lisons en nombres cet hiérogramme, nous v décou vrons la marche suivante: un ensemble de Forces sériées selon la loi quaternaire s'élève jusqu'à l’Équilibre dont la première différenciation 1 avait produit, et de là se synthétise en la principiantc vigueur de l’Unité initiale ; une nouvelle vague d’involution commence déjà, et le binaire s'établit tout d'abord. Là s'arrête pour la sphère solaire ce m rivement des cendant.
Les planètes suivantes se chargeront de l’achever, nous avons vu précédemment de quelle façon. Terminons ces commentaires en les résumant d’après les auteurs traditionnels. « Le Soleil est l’hiéroglyphe de Dieu, son histoire est celle de l'âme ». dit le docteur Anna Kingsford.
Agrippa le fait participer de la nature du feu (i ; « Suivant la tradition des Arabes, le soleil préside au cerveau et au cœur, à la cuisse, aux mouëlles. à l’œil droit et à l’esprit de vie (2). » Et plus loin : « Tout ce que nous avons de bon. nous le tenons du Soleil, ou immédiatement de lui-même seul, ou de lui-même par la médiation des corps célestes.
« Beaucoup de platoniciens ont dit que l ame du (1) « Le principe actif des générations est tout ce qui est au-dessus de la Lune, ditOcellus Lucanus, et surtout le Soleil qui par son mouvement change continuellement l’air en rai son du froid et du chaud; d’où résultent les,changements de la Terre et de tout ce qui tient à la Terre.
L'obliquité du zo diaque qui influe sur le mouvement du Soleil favorise encore les changements et devient une nouvelle cause de généra tion. » (2) Philos, occ., p. 61.
LE SYSTÈME SOLAIRE D’APRES LA KABBALE I 2Q monde étoit principalement dans leSolcil, comme celle qui remplissoit tout le globe du Soleil répand ses rayons de tous cotez, comme un esprit qu'elle envoyé à toutes choses, leur portant avec soi la vie, le sentiment et le mouvement convenable à tout l'univers même.
C’est pourquoi les anciens naturalistes ont appelé le Soleil le cœur même du ciel : et les Chaldéens l'ont placé comme le Roy au milieu des Planètes... Il répond à Dieu avec tant d’harmonie que Platon l’appelle le fils de Dieu visible, et Jamblique l'image de la divine intelligence. Et notre Denys dit qu’il est la statue transparente de Dieu...
Le Soleil donc, tenant la moyenne région du monde, et comme étant le cœur de l’univers, entre dans toutes les choses animées....
C’est pourquoi Homère dit, et Aristote le confirme, que tels sont les mouvements dans l’esprit de l'homme, que chaque jour le Soleil, le Roi et le modérateur des planètes, y met (i). » Mars Maris). — « Le signe de l’action exté rieure et passive (d), s’étant réuni à celui du mouve ment propre ("*). constitue une racine dont l'objet est de caractériser tout ce qui se livre à son impulsion, qui s’étend, usurpe, envahit l’espace...
Dans l'arabe moderne, cette racine se borne à deux acceptions principales : la première s’applique à l'action de passer, de dépasser, d'outrepasser ; la seconde, à l'étatdetre amer, fort robuste. — La racine (wir) signifie donc tout ce qui s'étend et s’élève, affecte l’empire et la do mination, comme un potentat : tout ce qui excède les (i) Ibid.t liv. il, chap. xxxn. 5
13o l'initiation bornes de son autorité, comme un tvran. un re belle^) . » Des considérations instructives peuvent être déduites si l'on considère T2 comme la racine (l’élément principe) modifiée par une action passive. La seconde partie de Lhiérogramme nous peint une puissance extérieure rectificatrice (') qui brise l'impul sion désordonnée que représente pour lui faire prendre un mouvement circulaire plus cohérent izi.
Ces qualités d'énergie, de vigueur, de \ irilité étaient connues des Grecs, dont Lires est une traduction lit térale du nom hébraïque, et qu'ils qualifiaient de flamboyant; nous les trouvons exprimées avec-4a même puissance par le nom d'Ælohim Ghibbor. Que l'on me permette ici un emprunt à Labre d'Olivet (2). « Ce mot important (Ghiborim) est composé de deux racines quefusage a contractées, et z:.
La pre mière. z:. (gb\ développe proprement l'idée d'unechose mise ou survenue au-dessus d'une autre, comme une bosse, uneéminence. une protubérance. C'est au figuré un surcroît de gloire, de force et d'honneur. La seconde, TZ (¿or), renferme l'idée de l'éclat, de la pu rification. 11 ne faut pas la confondre avec celle dont j'ai parlé au paragraphe 1" du chapitre premier, et sur laquelle porte le verbe x^z, créer...
Celle dont il s’agit maintenant réunit au même signe générateur z la racine modifiée y,x («or) qui, affectée spécialement au feu, développe toutes les idées qui s’attachent à (1) Fabre d’Olivet, Lang. hébr.,t. [cf Vocab. radical, p. 81. (2) Id., t. II, p. 181. H
LE SYSTÈME SOLAIRE d’aPRÈS LA KABBALE 13 I cet élément. C’est d’elle que dérivent les mots ■'2. le froment, le grain par excellence : ^‘2. élire, choisir, distinguer : "prc ce qui est blanc et pur : rnz, ce qui est élu. mis à part, préféré.
«Nous pouvons conclure de ces lumières étymo logiques que le mot □'■'21 (Ghiborim)... signifie les hommes très distingués, très éclatants, très no bles (1). » Les Ælohim ghiboréens émanent une atmosphère séphirale semblable à eux ; Geburah ne signifie pas autre chose que la Vie robuste, éclatante, supérieure.
C’est elleque respire Samuel. en accomplissant dans sa sphère d’activité l’incessante sublimation par quoi les effluves vitales en équilibre harmonieux sur cette cir conférence (2) sont ramenées à une seule collectivité quaternaire, à potentialité plastique (O).
C’est ce vaet-vient (incessant) que l’hiéroglyphique de Graphiel nous dépeint : sa première partie, Ti {gr‘. caractérise le mouvement itératif continu d’une action qui ramène l’ètre sur lui-meme ; l’autre partie. (aph). en est le pourquoi, la cause finale. Dans un sens restreint, cette dernière racine désigne le nez et, dans un sens figuré, la colère : observations intéressantes pour l’étude des signatures astrologiques.
Bar^abel, c’est l’action de Samaël avortée : c'est l’essor anti-naturel d'un mouvement interne générateur (13. ¿>r) tendant (S) vers sa cause productrice (2N, ab) quelque chose d’analogue aux perversions de l’instinct génésique dans l’homme. (G Les quatre stases d’involution de l'Homme sont Adam Aaïsh, Ænosh, Ghibor.
l’initiation I 32 Enfin, la sphère de Mars est habitée parles Séra phin!. Ce mot s’élève sur les deux racines contractées if (s/iarr) et (raph). Prenons la première de ces racines comme le résultat de la réunion du signe de l’élément principe ("ix, nr) avec le signe du mouve ment relatif ; les idées de puissance.de domination, de royauté en découleront.
Quant à la seconde racine, nous avons vu, en analysant Raphaël, qu'elle svmbolisait tout mouvement régénérateur. Les Séraphim seront, d’après cela, les soutiens des puissances, les médecins des rois, les anges des empires.
Terminons ces courtes analyses en disant que la planète ignée « préside au sang, aux veines, aux reins, au chyle, au fiel, aux narines, au dos. à l'effusion du sperme, et à la vertu irascible ou aux pas sions. » (i) Jupiter (□"!) Ram. — « Le signe du mouvement propre considéré dans son mode abstrait ou dans ses diverses modifications radicales, xn, rr, *^. rr. étant universalisé par le signe collectif c, désigne cette sorte de mouvement ou d'action, au moyen de quoi une chose quelconque, s'élevant du centre à l'un des points de la circonférence, parcourt ou remplit une étendue, une place qu’elle n’occupait pas auparavant ..
Tout ce qui se porte vers le haut s’élève, se dilate, monte, se projette, s’élance, pullule, suit un mouve ment de progression et d’ascension (2). » De cette planète viendront tous effets grands, nobles, bons. (1) Philos, occ., p. 61. (2) Fabre d’olivet, Voc. rad., p. 223.
LE SYSTÈME SOLAIRE D’APRES LA KABBALE I 33 élevés. Elle sera, dans l'homme, la volonté; dans 1 état social, les hautes castes (i). Ses vertus découlent du divin nom : Sx, Æ/, qui lui commande, symbole des idées les plus hautes de force et de puissance.
Les Hashmalim lumineux, ceux dont l'existence propre <xn, ha s'exalte avec magnificence (*x, .1 / dans leurs sphères respectives S/nn), per çoivent les rayonnements de Æ/dans l’atmosphère si lencieuse de Hesed, qui diffuse Hd) les principes essentiels émanés de l’Absolu.
Si l'on comprend Jupiter comme analogue à la Vo lonté, on verra, décrit par le mot T^achariel. la ten dance terminative (ihTç) du rayon éthéré (■»">, Ri) à graver d'une façon ineffaçable,à perpétuer le souve nir des choses (*ip, c/tr); l’on sait que tel est l’effet de la Volonté humaine, magiquement dirigée, sur la Lu mière astrale.
T\adkiel signifie, dans le même ordre d'idées, les efforts difficiles, les travaux à exécuter pour parvenir aux fonctions de l’ange tutélaire. « Nous remarquons en passant, dit Dupuis, que les Arabes donnent à Jupiter planète le nom deTzedekou de Sydye » (2). ^Selden, de Dits syr., ch. 1", p. 77.) La signification de Johpliiel. nous la verrons au pa ragraphe suivant.
La tendance générale des forces jupitériennes est l’expansion, atteinte par un mouve ment interne et continu. Le démon de Jupiter va éparpiller ces forces : il universalisera (ü) lesmanifes- (1) Ram, on le sait, signifie bélier; cette constatation est à rapprocher des formes du Jupiter Ammon; Dupuis donne l’explication astronomique de toutes ces particularités. (2) Origine de tons les cultes, t. XIX, p. 149.
134 l'initiation tâtions circonférencielles ou extérieures de la A ie in en les matérialisant. Ces divers caractères sont corroborés par la tradition arabe, qui met le royaume des Sylphes sous la domi nation de notre planète.
Dans l'homme elle com mande « au foyer et à la partie la plus charnue de l’es tomac, au ventre et au nombril : c’est pour cela que l'antiquité représente un nombril dans le temple de Jupiter Ammon : il y en a qui lui attribuent outre cela, les côtes, la poitrine, les intestins, le sang, les bras, la main droite et la vertu naturelle » (i .
Saturne (*N ‘nnc, Sheblai >. — Considérons la pre mière syllabe du nom hébreu de Chronos comme composée « du signe du mouvement relatif et de la durée qui s’y rapporte, joint à celui de l’activité inté rieure; elle renferme toute idée de retour vers un point de départ, par métaphore ce qui décline, un vieillard. C’est là un premier point de rencontre avec la mythologie.
La finale nfi définit et circonscrit ce mouvement de régression, en le faisant réintégrer dans l’unité primitive (2), tandis que le *1 terminatif en in dique l'objectivation. L’étude des nombres de ces racines au point de vue théosophique conduira à des résultats identiques. Cette fonction régulatrice de Saturne était universel lement connue dant l’antiquité. Platon dit en sub- (0 Phil occ.. p. 62.
Une dernière concordance : les Grecs faisaient Jupiter (ils de Saturne et de Rhéa, c’est-à-dire produit par une force auto-motrice ra) soumise aux mouvements sériaires de Saturne : la Volonté s’exerçant avec harmonie. (2) On retrouve ce mouvement de retour, de répétition peint par l’arabe Chra, racine du grec Krotios.
LE SYSTÈME SOLAIRE D’APRES LA KABBALE l35 stance dans le Timée que la première suite des mouve ments du ciel est le temps : il sera donc naturel d’en attribuer la gérance, pour notre système solaire, au premier mobile que nous rencontrerons en descendant de l'Empyrée, — à Saturne. Ceci appartient à la tradition écrite. Voyons la tradition orale (t).
« Maintenant si je te dis: S-A-T Sal est aux Indes l’un des trois noms de Dieu, il est l’asseç. la suffisance de soi-mème (2), le sal latin, et son emblème est le triangle: tu me croiras, car. des trois lettres qui le composent, s représente Visa ou sitha indienne. Viseth ou selhos indienne, le thésée Pelage. 17m grecque, le Sel/i hébreu et tous : la ¿une qui est Sam ou Sein, Sémélie ou S ¿miles, sem-blable au Soleil.
« .1 représente ltaiïé ou adou indien, hahad syrien. adonis grec, adonai hébreu, et tous : Adam, soleil levant père d'Abel; le jour, emblème de Jésus; la lumière qui à son midi est Ham, car il est le grand Mah. et son nom n’est que l’antiphrase de sa gran deur.
« T représente le point, ta ou tau, le plateau ta# ou tav, la ligne tal ou tel, le lit tulé, le point sombre Dliama, plaine (Damas) de l’humanité Demos, le haut point thibet ou thobut, la table thabor ou tabula, et tous : le jardin d\4rfon ou d'Eden, la terre du Soleil, Sait en allemand moderne signifie rassasié. (P. S.). (2) Bible de la Science bohémienne.
Evangile selon le plus vieux des pèlerins, le plus franc des prophètes, le plus vrai des socialistes, le bohémien Narad Jils de Ncs, vainqueur des deux grandes prostituées d'Orient et d’Occident. Publié par J.-A. Vaillant, de Bucarest. Un fascicule in-40, s. 1. n. d.
136 l’initiation surface ou plaine, table ou plateau, couche ou lit du genre humain. » On voit à quelle richesse de développements prête la méthode toute cabalistique des transpositions de lettres qu'emploie J.-A. Vaillant: malheureusement il n'a jamais été publié que les premiers feuillets de cette œuvre éminemment intéressante. Mais revenons aux racines grecques.
Ramené au phénicien primitif, chronos se compose des deux parties 13 (C/nj et ]1N (.4ôri) contractées, et qui signi fient, dans leur acception primitive, ce qui constitue un monument, une marque distinctive, l’être consi déré en lui-même, qui grave, qui inscrit, qui conserve la mémoire des choses : en un mot, la durée tempo relle.
Remarquons que si, dans la racine ”x'. on éteint la voyelle-mère 1, on obtient le signe saturnien le mieux caractérisé : pN, « toute idée de douleur, de tristesse, de souci, de calamité» (»). Le nom des Titans, les frères de Saturne, exprime également ces idées de tristesse sympathique et d'anhèlement.
Sur la sphère saturnienne influe immédiatement Ihoah-Ælohim (Lui-les-Dieux-qui-est-qui-jut-et-quiserd);sans essayer une description malhabile des sens du saint Tétragramme, je passerai de suite à l'étude des anges qui se tiennent devant sa Face : ils sont nourris des productions (2) toujours nouvelles (n) que manifestent (■>) les deux principes de l'Empyrée dans leur désir incessant (2) ; ainsi est engendrée Binah. C’est en elle que l'ange Cassiel élabore le mystère (1) Fabre d’OIivet, Voc. rad., p, ¡3.
LE SYSTÈME SOLAIRE D’APRES LA KABBALE l3/ des formes en dirigeant la sphère (d) des existences matérielles (p) manifestées: c’est par elle que la Vie (n) ayant émané les irradiations de l’Ether (’1) objec tive dans le Temps et dans l'Espacc, ce qui constitue la face des choses ("£'); et c’est l’Ange Orifici qui est chargé de ce ministère.
L'Intelligence Tzaphophiel régularise ces manifes tations par les mouvements de flux et de reflux ('rz, phoupho) dont il sait varier la constante profusion de leur cours (eï. Tsaph) (2), aidée dans cette tâche par le réalisateur Jophiel qui localise temporellement (,|2,p/ii) la Vie absolue (FP, J ah).
Agiel n'est autre que le reflet manifesté de la Force cyclique, dont l'action croît du 4 au 7, et que représente Ihoah ; le nombre de la racine est 5. Enfin le nom démonial Zarel indique la désharmonisation de ces ondes émanées, leur tendance à se centraliser Aç) suivant une ligne droite, négative x F Za).
Le sphère de Saturne est habitée par les Arali™, les Très-Puissants, ceux qui exercent dans toute son expansion la vigueur de l’élément principe, la force génésique de la Nature.
C’est par eux que Saturne tient de l'élément Eau, et c’est leur influence qui, dans l'homme, se fait sentir « à la ratte, au foye, à l’estomach, à la vessie, à la matrice, et à l’oreille droite et à la vertu réceptive » (1). (i) Le père Sabbathier exprime les vertus de Saturne avec une force bien plus grande en nommant Tsaphkiel.
La seconde partie de ce mot ip (Ai) désigne l'irrésistible force du Destin qui agit, implacable, sur la passivité des choses. (2¡ P/til. occ., p. 61.
138 l'initiation CONCLUSIONS (i). Ainsi donc, si nous jetons un coup d'œil d’en semble sur ce trop court exposé des correspondances célestes, nous pouvons nous en faire la représentation suivante. Des profondeurs de l'Empyrée zodiacal. 1* Absolu, se manifestant selon les modes des noms di. ins. irra die dans le Tohmi w’bohou, le denaire prestigieux des Sephiroth. Dès lors s'enchaîne la série d'émanations qui aboutit à l’Existence sensible.
L’équilibre des Sexes de Dieu en constitue la potentialité première, et celle-ci se développe selon la série fatidique de IEVE : sa révolution crée le Temps, sa Sagesse gou verne le Septénaire. Cette première vague saturnienne, dont le flux émane et le reflux consomme toutes choses. Jupiter la rassemble et la concentre pour une action égale ment double.
Il dirige l’Aither potentiel, et déploie une force ignée dont procède celle de Mars : celui-ci, (i) Avant ces phrases finales, je voudrais noter les deux ali néas suivants, le premier de Macrobe, le second de Poimandrès.
Au cours de son involution, lame acquiert, par Saturne, le raisonnement et l’intelligence, la faculté logistique et contem plative ; par Jupiter, la force d'action; par .Mars, la lougue et la valeur pour entreprendre: par le Soleil, les facultés imagi native et sensorielle; par Vénus, le désir; par Mercure, la faculté d’énoncer et d’exprimer ; par la Lune, la force de gé nérer.
Dans son évolution, l’âme rend à la Lune la faculté d’ac croissement : à Mercure, la lraude ; à Vénus, l’amour des plai sirs; au Soleil, la passion de la grandeur; à Mars, la témérité: à Jupiter, les mauvais moyens de parvenir; et à Saturne le mensonge.
LE SYSTÈME SOLAIRE D’APRES LA KABBALE I 39 agissant sur la plasticité intelligible, sublime les éma nations de Tzerek et les projette selon la fulgurante expansion de cette activité. Le premier ternaire, on le voit, exprime des puis sances d'ètre; il est viril et générateur, il se ré -r.- Samas.
Le Soleil est le grand Athanor. le Cor.:;' teur. au sein de qui bouillonnent toutes ir.^ii . il détient le secret qui sépare le subjectif de î c: il est le Centre et le Roi. dont l'Ange Michaël brandit le glaive (*) (1). Avec Vénus s'inaugure la Triade féminine et pas sive; elle est la Faculté d'Arès; au point de vue an thropomorphe, elle est la partenaire du Mâle ardent et vigoureux.
Son ange est le prince de la Lumière astrale, celui qui objective les potentialités, et qui en transmet les images à l’androgyne Hermès, actif mais toujours féminin, quand il remplit son rôle de méde cin des âmes et des planètes. Enfin, à la blanche Isis aboutit la Triade.
De même que son correspondant viril Saturne, elle termine aussi toutes choses, mais en les réfléchissant, en les gestant ; matrice admirable et diverse de toutes in fluences. tendre gardienne des âmes, blanche et puf r dique initiatrice des Elus... des Elus, à qui ces bal butiements sont dédiés. SÉDIR. (i) Voir E.
Levi, la Science des Esprits, où l’on trouvera, d'après une Clavicule hébraïque, des correspondances iden tiques à celles établies ici.
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE C'est dans l'asile du crime ou du malheur, dans les cachots de l’inquisition, que votre ami trace ces lignes, qui doivent servir à votre instruction. En son geant aux avantages inappréciables que doit vous pro curer cet écrit de l’amitié, je sens s'adoucir les hor reurs d’une captivité aussi longue que peu méritée.
J'ai du plaisir à penser qu’environné des gardes, chargé de fers, un esclave peut encore élever son ami au-dessus des puissants, des monarques qui gouver nent ces lieux d’exil.
Vous allez pénétrer, mon cher Théothime, dans le sanctuaire des sciences sublimes; ma main va lever pour vous le voile impénétrable qui dérobe aux yeux du vulgaire le tabernacle, le sanctuaire où l'éternel déposa les secrets de la nature, secrets qu’il réserva pour quelques êtres privilégiés, pour les élus que sa toute-puissance créa pour voir, pour planer à sa suite dans l’immensité de sa gloire, et détourner sur l’esLA TRINOSOPHIE 141 pèce humaine un des rayons qui brillent autour de son tronc d'or.
Puisse l'exemple de votre malheureux ami devenir pour vous une leçon salutaire, et je bénirai ces longues années d'épreuves que les méchants m’ont lait subir. Deux écueils, également dangereux, se présenteront sans cesse sur vos pas; l'un outragerait les droits sacrés de chaque individu : c’est l'abus du pouvoir que Dieu vous a confié. L’autre causerait votre perte : c'est l’indiscrétion....
Tous les deux sont nés d une même mère.... ; tous deux doivent l’existence à l'or gueil. La faiblesse humaine les allaita....: ils sont aveugles : leur mère les conduit. Par son secours, ces deux monstres vont porter leur souffle impur jusque dans les cœurs des élus du Très-Haut Malheur à celui qui abuserait des dons du ciel pour servir ses passions !
La main toute-puissante qui lui soumit les éléments le briserait comme un faible roseau : une éternité de tourments pourrait à peine expier son crime. Les esprits infernaux souriraient avec dédain aux pleurs del'ètredont la voix menaçante les fit si souvent trembler au sein de leurs abîmes de feu.
Ce n'est pas pour vous, Théothime.que j'esquisse ce tableau effrayant : l’ami de l’humanité ne deviendra jamais le persécuteur des hommes ; mais l’indiscrétion, mon lils.ee besoin impérieux d'inspirer l'étonnement, l'admiration, voilà le précipice que je redoute pour vous. Dieu laisse aux hommes le soin de punir le ministre imprudent qui permet à l'œil du profane de pénétrer dansson sanctuaire mystérieux. OThéothime! que mes malheurs soient sans cesse présents à votre
l’initiation 142 esprit ! Et moi aussi j’ai connu le bonheur. Comblé des bienfaits du ciel, entouré d'une puissance telle que l'entendement humain ne peut la concevoir, commandant aux génies qui dirigent le monde, heu reux du bonheur que je faisais naître, je goûtais, au sein d'une famille adorée, la félicité que l'Eternel accorde à ses enfants chéris.... Un instant a tout détruit!......J'ai parlé, et tout s'est évanoui comme un nuage.
O mon fils ! ne suivez pas mes traces ! Qu’un vain désir de briller aux yeux du monde ne cause pas votre perte.... Pensez à moi. pensez que c'est dans un cachot, le corps brisé parles tortures, que votre ami vous écrit. Théothime. réfléchissez que la main qui trace ces caractères porte l'empreintedes fers qui l’accablent, des tourments qui l'ont mutilée ... Dieu me punit ; mais qu’ai-je fait aux hommes cruels qui persécutent ?
Quels droits ont-ils pour interroger le ministre de l’Eternel ? Ils me demandent quelles sont les preuves de ma mission : mes témoins sont des prodiges, mes défenseurs, mes vertus, une vie in tacte..., un cœur pur... ; que dis-je ? ai-je le droit de me plaindre ? J'ai parlé !.... Le Très-Haut m’a livré sans force et sans puissance aux fureurs de l’avare fanatisme.
Le bras qui jadis pouvait renverser une armée peut à peine aujourd’hui soulever les chaînes qui l’appesantissent.... Je m’égare...; je dois rendre grâce à l’éternelle justice. Le dieu vengeur a puni son enfant égaré ; le dieu clément a pardonné à son fils repentant. Un esprit aérien a franchi les murs qui me séparent du monde resplendissant de lumière ; il s’est présenté devant
LA TR1N0S0PHIE 143 moi. il a fixé le terme de ma captivité. Dans deux ans, mes malheurs finiront; mes bourreaux, en entrant dans mon cachot, le trouveront désert; et bientôt, purifié par les quatre éléments, pur comme les génies du feu. je reprendrai le rang glorieux où la bonté divine m'a élevé... Mais combien ce terme est encore éloigné !...
Combien deux années paraissent longues à celui qui les passe dans les souffrances, dans les humi liations. Non content de me faire soufirir les supplices les plus horribles, mes persécuteurs ont employé, pour me tourmenter, des moyens plus sûrs, plus odieux encore: ils ont appelé l'infamie sur ma tète: ils ont fait de mon nom un objet d’opprobre.
Les enfants des hommes reculent avec effroi quand le hasard les a fait approcher des murs de ma prison : ils craignent qu’une vapeur empoisonnée ne s'échappe par l’ouver ture étroite qui laisse passer, comme à regret, un rayon de lumière dans mon cachot. O Théothime, c'est le coup le plus cruel dont ils pouvaient ni ac cabler...
J’ignore comment je pourrai vous faire parvenir cet ouvrage: je juge des difficultés que j’éprouverai pour le faire sortir de ce lieu de tourment, par celles qu’il a fallu vaincre pour le finir. Privé de tous secours, j'ai moi-mème composé les agents qui m'étaient néces saires.
Le feu de ma lampe, quelques pièces de mon naie et peu de substances chimiques échappées aux regards scrutateurs de mes ennemis, ont produit les couleurs qui ornent ce fruit des loisirs d'un prisonnier. Profitez des instructions de votre malheureux ami : elles sont tellement claires, qu’il serait à craindre que
l’INI'HATION 144 cet écrit tombât en d’autres mains que les vôtres : sou venez-vous seulement que tout doit vous servir. Une lettre mal expliquée, un caractère oublié, vous em pêcheraient delever le voile que la main du créateur a posé sur le Sphinx. Adieu, Théothime: ne me plaignez pas: la clé mence de l’Eternel égale sa justice. A la première assemblée mystérieuse, vous reverrez votre ami. Je vous salue en Dieu.
Bientôt, je donnerai le baiser de paix à mon frère. A. E-E-A-A. CHAPITRE PREMIER ETSEB CEBER 11 était nuit ; la lune, voilée pardes nuages sombres, ne jetait qu'une lueur incertaine sur les blocs de lave qui environnent la Solfatura. La tète couverte du voile de lin, tenant dans mes mains le rameau d'or, je m’avançais sans crainte vers le lieu où j'avais reçu l’ordre de passer la nuit.
Errant sur un sable brûlant, je le sentais à chaque instant s’affaisser sous mes pas: les nuages s’amoncelaient sur ma tête ; l'éclair sillon nait la nue, et donnait une teinte sanglante aux flam mes du volcan... Enfin, j'arrive, je trouve un autel de fer, j’y place le rameau mystérieux, je prononce les mots redoutables.
A l’instant la terre tremble sous mes pieds, le tonnerre éclate, les mugissements du Vésuve répondent à ses coups redoublés ; ses feux se joignent aux feux de la foudre..., les chœurs de
LA TR1N0S0PH1E r45 génies s’élèvent dans les airs, et font répéter aux échos les louanges du Créateur. La branche consacrée que j'avais posée sur l’autel triangulaire s’enflamme tout à coup, une épaisse fumée m’enveloppe: je cesse de voir. Plongé dans les ténèbres, je crus descendre dans un abîme.
J’ignore combien de temps je restai dans cette situation : mais, en ouvrant les yeux, je cherchai vainement les objets qui m’environnaient quelque temps auparavant. L'autel, le Vésuve, la cam pagne de Naples avaient fui loin de moi ; j’étais dans un vaste souterrain, seul, nu, éloigné du monde entier. Près de moi était une robe longue et blanche : son tissu délié me sembla composé de fil de lin.
Sur une masse de granit reposait une lampe de cuivre; au-dessus, une table noire chargée de caractères m’indiquait la route que je devais suivre. Je pris la lampe, et, après avoir revêtu la robe, je m’engageai dans un chemin étroit dont les parois étaient revêtues de marbre noir; il avait trois milles d'étendue.
Mes pas retentissaient d’une manière effrayante sous ces voûtes silencieuses; j'avançais sans détourner la tète, suivant les ordres que j'avais lus dans l’inscription : enfin, j’arrivai à une porte de bronze : elle s’ouvrit devant moi : j’aperçus des degrés, je les descendis.
Après avoir marché long temps, je crus distinguer une lueur errante devant moi : je cachai ma lampe, je fixai mes yeux sur l’ob jet que j’entrevoyais : il se dissipa, s’évanouit comme une ombre. Sans reproches sur le passé, sans crainte sur l'avenir, je continuai ma route; elle devenait de plus en plus pénible. Toujours engagé dans de longues galeries composées de quartiers de pierre noire, des
l'initiation 146 bruits effrayants retentissaient sans cesse autour de moi. Je n’osais fixer le terme de mon vovage souterrain. lorsqu’après une marche immense, j'arrivai à une place carrée ; une porte s'ouvrait au milieu de ses quatre faces: elles étaient de couleur différente, et placées chacune à l'un des quatre points cardinaux.
J'entrai par celle du septentrion : elle était noire. celle qui me faisait face était rouge ; la porte de l'orient était bleue, et celle qui lui était opposée était d'une blancheur éclatante. Au centre de cette salle était une masse carrée ; une étoile de cristal brillait sur son milieu.
Sur la face sep tentrionale on voyait une peinture: elle représentait une femme nue jusqu a la ceinture : une draperie noire lui ceignait les reins et retombait sur ses genoux: deux bandes d’argent ornaient son vêtement: dans sa main était une branche de myrte qu elle posait sur le front d’un homme placé à ses côtés. Une table ter minée par un seul pied était entre eux : sur la table était une coupe, une branche verte et un fer de lance.
Une flamme soudaine s’élevait de terre et semblait se diriger vers l'homme. Je voulus me retirer après avoir considéré le tableau et l'étoile. J’allais entrer par la porte rouge, quand, tournant sur ses gonds avec un bruit épouvantable, elle se referma devant moi.
J’allais tenter la même épreuve sur celle que décorait la cou leur du ciel, lorsqu'un bruit soudain me fit détourner la tête: je vis l’étoile s’agiter,, elle se détache, roule, et se plonge tout à coup dans l’ouverture de la porte blanche. Je la suivis aussitôt. Un Hermétiste.
{Le Secret du passé) II LE SILEX LINGUISTIQUE Suite) J Il ne suffit pas d’affirmer : il faut aussi montrer, et démontrer. Mais, pour cette démonstration, celui qui écrit croit devoir prendre une précaution oratoire. Dans tous les cours de mathématiques, le profes seur dit à ses élèves : « Voici une formule dont j'ai besoin pour établir un théorème.
Cette formule provient, elle-même, d'un théorème ; mais ce théo- • rème, vous ne pouvez pas le faire ni le comprendre, parce que vous ne savez pas encore tout ce qui est nécessaire pour cela. Faites-moi. jusqu'au moment où vous pourrez vérifier, crédit de votre confiance, en admettant cette formule comme un postulat néces saire. » Ce langage, celui qui tient ici la plume l’adresse au lecteur bienveillant.
Il dit : « Une découverte ne se fait pas méthodiquement. Celui qu'une heureuse chance conduit dans une des cryptes encore inexplo148 l'initiation rces de l'istence (i), y entre rarement par l’ouverture la plus commode. 11 y pénètre par une brèche, y tombe du ciel, ou y surgit du sol. I nc fois dans a place, il doit s'orienter, se reconnaître, observer une foule de choses nouvelles, les coordonner.
11 lui faut du temps pour cela, surtout pour trouver la porte par où d'autres pourront pénétrer à sa suite. Pour entraîner les autres, il est obligé de leur attester à l'avance 1 exis tence de choses qu'ils ne verront pas dès l'entrée. Je vous demande, moi aussi, crédit de votre confiance, que je mettrai, d'ailleurs, le moins possible à l'épreuve. » K Le langage se compose de sons articulés ou, plus exactement, de sons et d’articulations.
Ces sons et ces articulations, émis par les appareils qu'on nomme les poumons, le larynx et la bouche s'expriment visi blement par des signes qu’on appelle des lettres, et dont l’ensemble constitue l'alphabet. L'opinion générale, d'ailleurs conforme à la vrai- (i) Pour exprimer des idées nouvelles ou mieux préciser des idées anciennes, il est souvent nécessaire d’employer des termes nouveaux.
Le mot ex-istence rend l’idée de l’action d être ma nifestée; le mot istence est ici employé pour l’action d’être « en sol ». Dans le domaine des idées, l'istence devient Vex-istence par l’intervention de la Connaissance. Une idée est si elle est possible, lors même qu'elle n’a jamais été conçue; elle ex isle du moment qu’ayant été conçue, elle est connue.
Dans le cas actuel, comme dans celui de toutes les découvertes, l’idée ex primée est celle-ci : le chercheur a trouvé quelque chose qui était, mais que l’on ignorait; en faisant entrer ce « quelque chose » dans le domaine de la Connaissance, le trouveur lui confère l'existence.
BÏBLIS ’49 semblance. est que les langues ont de beaucoup pré cédé l'écriture. Il est nécessaire que nous admettions, à titre de postulat, une idée différente : à savoir, que l’écriture et la langue sont contemporaines. C'est le premier appel fait à la convention intervenue cidessus en vue d’un crédit de confiance.
L L'alphabet est l'ensemble des lettres d'une langue ; cet ensemble représente-t-il un total informe ou une série méthodiquement constituée? Au premier abord, la première hypothèse parait la plus vraisemblable. Il existe deux sortes de lettres : les voyelles, exprimant les sons : les consonnes, exprimant les articulations. Au lieu d’ètre classées séparément, comme il serait logique, elles sont mêlées, confondues.
D'autre part, parmi les consonnes, il en est qui se ressemblent, qui sont dites la douce ou la forte l'une de l’autre ; il serait logique quelles fussent mises côte à côte, et il n’en est rien. Conclusion, c'est le désordre qui prévaut; il n'y a pas de méthode dans l'alphabet ; les lettres ont été fabri quées au fur et à mesure des besoins ou sans besoin — puisqu’il y a surabondance. — et superposées au hasard.
Ne nous hâtons pas toutefois de conclure. Dans les œuvres de l'homme, particulièrement dans les œuvres intellectuelles, la méthode est le fait général, on pour rait dire le fait de droit. Si elle n’existe pas dans une de ces œuvres, il y a lieu de se demander si ce n’est
15o l'initîation pas par l'effet d’une volonté, s’il n’y a pas, en réalité, un plan, une méthode plus complexe que celle qui vient d’abord à l’esprit. D’autre part, il faut se souvenir que l'écriture fut l'œuvre des prêtres. — c’est là une opinion géné ralement admise, par suite un postulat facile à accep ter provisoirement, — et que les prêtres ont de tout temps, et surtout dans l'antiquité, procédé par mys tères, emblèmes, symboles et initiations. Ceux qui construisirent l'alphabet — les alphabets — ne mirentils point quelque chose de cette préoccupation dans le classement qu’ils firent des lettres? Aleph. (A suivre.)
PARTIE LITTÉRAIRE Le Gouffre d’en, haut A CAMILLE FLAMMARION / Iom »1 âge respectueux. L hiver. quand vient le soir, et que. parmi la brume) L'etoile. en frissonnant, au firmament s'allume, Et l'été, quand la nuit dans les vastes deux clairs Jette son voile d'ombre où brillent des éclairs. Je m’en vais, solitaire, errer dans la campagne: Et. tout en bâtissant des châteaux en Espagne, Tout en rêvant parfois, dans le sentier obscur, Je m'arrête et. les yeux levés au sombre a^ur, Je regarde monter dans l'éther insondable Des constellations le troupeau formidable. C'est l’hiver, Syrius, étincelant flambeau; Le géant Orion drapé dans un lambeau De nébuleuse qui flotte, écharpe neigeuse. Sous son épaule droite où brille Belgeuse. Puis partout, au hasard, dans un fourmillement Intense, lumineux, passent confusément
I 52 l’initiation Devant l’œil ébloui par leur troupe pressée, Le navire Pégase, Andromède, Persée, Et le Taureau dont l'œil rouge est Aldébaran. L’été venu, tout change à l'éternel cadran: De nouvelles splendeurs l'horizon s'environne : C’est l’At'gle, le Dauphin, la Lyre, la Couronne Qui semble un diadème oublié dans les deux : Le Cygne ailé fendant l’éther silencieux : Puis, marchant vers un but qui sans cesse recule.
La Vierge, le Serpent, Ophiuchus, Hercule: Arcturus accroupi sous les pieds du Bouvier: Plus loin, lançant un trait qui ne peut dévier, Le Sagittaire avec son carquois sur l'épaule : Et, dans toute saison tournant autour du pôle, La Grande Ourse promène au fond des deux vermeils Son char mystérieux fait avec des soleils.
Je t’aime, ô nuit splendide où ma vue est perdue Parmi les astres d'or qui peuplent l'étendue : J’aime ton sombre a\ur, tes ors, ton flamboiement : Et le gouffre d'en haut m'attire éperdument. Oh! songer que là-haut, dans les profondeurs bleues, Passent à des milliers de millions de lieues Des soleils entraînant des terres dans leur vol: Que ces mondes lointains emportent sur leur sol, Comme ici-bas la terre, une race vivante!
Oh! le regard se trouble et l'esprit s'épouvante A contempler ainsi l’infini lumineux: Le problème éternel nous enserre en ses nœuds Et nous nous demandons, anxieux, quel mystère Unit notre âme au ciel et le ciel à la terre.
LE GOUFFRE D’EN HAUT i53 Par quels liens obscurs, et de nous ignorés. Attirez-vous nos yeux, espaces éthérés? Ces mondes inconnus, sur leurs ailes de flammes, De ceux que nous aimons emportent-ils les âmes? Et. quand la Mort viendra nous prendre à notre tour, Trouverons-nous là-haut la souffrance ou l'Amour ?
O Mort ! sombre Déesse au bras inexorable, Toi qui frappes le fort comme le misérable, Déesse qu'on ne peut regarder sans frémir, Tu fais souffrir, tu fais pleurer, tu fais gémir: Mais tous ceux qu'en passant tu touches de ton aile Ont. dans leurs yeux fermés une aurore éternelle, Car. lorsque de la vie est éteint le flambeau, L'âme franchit d'un bond les portes du tombeau Et, délivrée enfin, s'évade de la Terre.
C'est toi qui tiens la clef du ténébreux mystère Que nous voulons en vain déchiffrer ici-bas. Oui. la crainte et l'horreur s’attachent à tes pas, Et tu donnes pourtant la Lumière et la Vie. Aussi, sans regretter les biens que l'homme envie, Quand j'aurai de mes ans vu décroître le cours, Quand j'aurai fait ma tâche et terminé mes jours. Je t'attendrai sans crainte, ô Mort libératrice! Et tu viendras alors, grande consolatrice.
Me montrer du tombeau le jour mystérieux : Avec ton doigt léger tu fermeras mes yeux: Tu viendras, douce Mort, déchirer tous les voiles. Et tu m’emporteras dans l’azur plein d'étoiles. Charles Dubourg.
i54 l'initiation Abbaye de Villers. août iSg3. Qui était-elle, d’où venait-elle, cette jeune femme qui me troublait si profondément? Je me le deman dais avec un étrange intérêt durant la première semaine de mon séjour à Villers. Elle y était arrivée en même temps que moi. au commencement de l’été, et sa seule présence avait chassé d’un coup le repos si nécessaire à mon cerveau, surmené par le travail, par les angoisses d'un livre à créer.
Je la voyais à table, puis dans les ruines, surtout dans la cathédrale dont elle incarnait à mes yeux l’âme triste et superbe mieux encore que ne l’eussent fait de longues processions de moines, tant sa beauté s’harmonisait avec la majesté des mu railles tombantes.
Grande, pâle et fière, comme un lys merveilleux qu’eilleurent sans jamais l'incliner les baisers du vent matinal, elle me semblait faite pour dominer, pour régner, pour se laisser aimer de loin à deux genoux, avec adoration, respect et désespoir. Elle me préoccupait beaucoup. A quelle nationalité rat tacher ses allures à la fois hautaines et captivantes? Sa chevelure sombre, ses yeux noirs eussent été méri dionaux, si les cheveux étaient épais, si les yeux bril
VISION ASTEALE I 5 5 laient; mais l’auréole qui la couronnait si magnifique ment était fine et s'envolait en boucles légères: le regard qui aurait dû révéler son être intérieur était énigmatique et rentré... Italienne? Espagnole ? Rou maine? Je l’étudiais et je me répondais négativement. Créole, peut-être? Pas davantage.
De sa tète posée sur un cou puissant, de son buste souple et nerveux, de toute sa personne se dégageaient une activité, une dis tinction hardie, une force virile que n'ont pas les langoureuses lîlles des tropiques.
Le visage sérieux, plein de mystère, m'aurait semblé dur, méchant même, si je n'avais surpris quelquefois une nuance de ten dresse pensive flottant autour de la bouche et illumi nant alors d'un charme subtil, très féminin, la clas sique régularité des traits. Cette femme me fascinait si complètement que je résolus de la connaître. Je commençai par demander son nom à l’hôtel.
« — AIrac Naïs Larska, me répondit l'aubergiste. » Et, devinant sans doute ma curiosité : « — C'est une artiste étrangère, continua-t-il, Polo naise, je crois. Elle est venue à Villers pour peindre. » Une artiste? Une Intellectuelle ? Oh oui, incontes tablement ! La Pensée, dans toute sa glorieuse indé pendance, rayonnait largement sur son front élevé. Mais, une Polonaise? Non, mille fois non!
Elle n’avait ni la dissimulation ni la coquetterie enjôleuse des femmes de cette race et, pourtant, son oeil, plein de franchise et d'audace, possédait aussi ce je ne sais quoi de vague, de lointain, qui flotte au fond de tout œil slave...
156 l’initiation Mes conjectures s’égaraient de plus en plus: j étais à l’affût de prétextes pour me rapprocher d’elle, car elle m'attirait, elle m’attirait invinciblement Je combinais des plans, je devenais impatient, fiévreux, je songeais à elle tout le jour, je rêvais d’elle toute la nuit, lorsque, par suite d’une circonstance toute futile en apparence, mon désir fut exaucé.
Un matin, tandis qu’elle déjeu nait à une petite table à côté de la mienne, on lui apporta un télégramme qu’elle ouvrit immédiatement. « — Avez-vous encore une chambre à coucher? demanda-t-elle au domestique. « — Non, madame, tout est pris. » Une vive contrariété assombrit les traits de la jeune femme. « — Il n’y a pas moyen de loger quelqu'un pour une seule nuit ? « — Non, madame. » Enfin ! Enfin, je la tenais donc, l’occasion tant désirée!
Je m'avançai vivement et je lui dis aussitôt après m’être nommé : « — J’occupe deux chambres, madame. Permettezmoi d’en mettre une à votre disposition. » Elle réfléchit une minute, releva la tète et me regarda droit dans les yeux en souriant : « — J’accepte, monsieur. Vous me tirez d'un grand embarras.
La personne que j’attends a quitté Paris ce matin, et je n’aurais plus eu le moyen de l'empêcher d’arriver. » Son français, très pur, dénotait cependant une ori gine étrangère ; son organe un peu voilé était délicieux comme une caresse lente. Nous causâmes, ou plutôt
VISION' ASTRALE ,57 je la fis causer, pour entendre cette voix dont la rare musique me pénétrait tout entier. Elle me connaissait de nom: elle avait lu mes ouvrages qu’elle avait com pris en artiste et sentis en poète: elle m’en parla lon guement. puis me demanda tout à coup : « — Connaissez-vous Nehor ? « — Le nécromancien ? Le Mage ? De réputation et de vue. oui.
J’apprécie ses livres, de purs chefsd’œuvre artistiques, m ais je déplore son mysticisme ses descriptions d’un J\u-delà plus que douteux, l’in tervention constante de phénomènes extraordinaires n’existant que dans son imagination... « —Jevousarrête,interrompitvivementM,1,nLarska: vous alliez dire une chose peu digne de vous !
Doutez, c’est votre droit d'homme intelligent qui n'a pas vu, mais ne niez jamais, car en niant vous ne ménagez aucune porte de sortie à votre amour-propre... « — Quoi ! dis-je à mon tour, vous croyez à ces théories étranges d’existencessuccessives, de dédouble ments, de sorties de l’Esprit hors du corps physique, à ces théories nouvelles... « — Je vous arrête encore, Monsieur. Ces théories sont vieilles comme le monde.
Le magnétisme ou fluide vital, la clairvoyance, l’astrologie, les sciences cachées enseignées dans les temples aux seuls initiés, ont eu des effets constatés de tous temps ’. Quant à la possibilité de communiquer avec ceux qui sont morts pour nous, on a cru depuis la plus lointaine antiquité, avec logique et bon sens, que des êtres désincarnés, appelés Esprits par les hommes, vivaient dans notre atmosphère, s’intéressant à la terre qu’ils avaient
i58 l’initiation quittée et sur laquelle ils devaient revenir plus tard. On a toujours cru à nos rapports directs avec ce monde voilé pour nous.
Comment ne pas y croire, d'ailleurs, quand on songe au va-et-vient continuel établi entre l'occulte et le matériel : quand on songe qu’à chaque seconde il naît un homme, qu'à chaque seconde il en meurt un autre, et que cette chaîne d'existence évo luant de l'astral en physique, du physique en astral, est soutenue depuis des milliers de mille ans. qu'elle est ininterrompue, qu'elle est éternelle ? » Elle parlait avec conviction.
Sa voix s était raffermie et vibrait, martelée d'intonations métalliques, admira blement sonores. Son visage aussi avait perdu sa pla cidité de statue grecque, ( ne vie intérieure, intense et passionnée, palpitait sur ses traits sévères, s'éveillait aux coins de sa bouche, remplissait son regard dont la fixité profonde voyait bien loin, au delà, ses mysté rieuses intelligences dont elle défendait si fièrement l'existence.
Comme je ne répondais pas. elle reprit son thème; elle développa ses idées avec chaleur, désirant amener chez moi, ou plutôt chez l'auteur dont les livres l'avaient intéressée, un mouvement de sym pathie et de curiosité. Mais je ne l’entendais pas. je ne la voyais même plus, car, tandis qu'elle parlait, mon âme tremblante cherchait la sienne : mon âme. secouée d'une angoisse exquise, se donnait à son âme pour toujours.
Oh! quelle minute immense que celle où l’on se dit : J’aime! Le passé s’effondre; le présent change et se colore: l'avenir fait peur! Silencieux, recueilli, je sentais la vie s’en aller de moi-même, je sentais la souffrance prendre sa place, et je sentais
VISION ASTRALE 159 aussi que toutes les jouissances accumulées, tous les bonheur rêvés, ne me vaudraient pas cette souffrance entière, poignante, irrésistible ! La jeune femme s’aperçut de mon absence, car elle s'arrêta tout à coup, me regardant d’un air étonné... « — Et vous, madame, connaissez-vous Nehor ? demandai-je très vite, pour dire quelque chose. « — Si je connais Nehor ? C’est lui que j’attends tout à l’heure !
Oui. je le connais : je le connais bien. Je l’ai rencontré dans mon pays il y a trois ans. 11 y venait pour s'occuper des sciences occultes dont l’élude est poussée très loin dans les Indes. J’ai beaucoup travaillé avec lui à Bombay et je lui ai servi d interprète tant qu’il n'a pas su l’hindoustan. « — Vous êtes Anglaise, alors ? » Il y avait sans doute un certain désappointement dans ma voix, car elle rit franchement.
« — Non, je suis née aux Indes, mais de parents circassiens. Alon mari était Polonais. Et maintenant, Monsieur, puisque vous avez l’obligeance de céder une de vos chambres à Nehor, voulez-vous me permettre d’y entrer pour préparer l’autel qu’il me demande? » L'n autel? De quel autel voulait-elle ¡parler? Je me levai, assez intrigué, et. passant devant pour lui montrer le chemin, j’arrivai au fond du couloir où se trouvait mon appartement.
Sa chambre donnait en face. Elle y entra et me rejoignit ensuite, tenant un crucifix, une nappe de dentelle, des fleurs, deux bou gies qu’elle déposa, sans mot dire, sur un guéridon, près de ma fenêtre. Je fus frappé de l'extrême religio sité de son expression. Elle contempla un instant,
16o l'initiation rêveuse et comme rentrée en elle-même, la route, les arbres immobiles, le seuil désert des ruines, le vieux réfectoire, dont le mur, revêtu de mousse humide, élançait vers le ciel son triangle pyramidal. Ses yeux, ses beaux yeux priaient, bien que ses lèvres restassent closes. « — Voudriez-vous voir une évocation ? me dit-elle à demi-voix. « — Je le désire de toute mon âme. Madame. « — Eh bien, préparez-vous pour ce soir.
Je deman derai au Maître de vous laisser assister à nos efforts. Il est très difficile, mais il vous connaît de nom. et j'espère obtenir sa permission. « — De quoi s’agit-il donc? — C’est dans le but de faire une des plus solen nelles expériences qu'il soit possible de tenter, celle de l’apparition consciented’un ou de plusieurs invisibles que Nehor vient de Paris. Il s'y prépare depuis un mois.
La grandeur de ces ruines désolées, leur soli tude dans ce vallon perdu, leur extrême tristesse, leur abandon, le caractère sacré qu'elles ont revêtu autre fois, en font un cadre digne du phénomène que nous espérons. Nehor en avait été très frappé lors de son dernier voyage en Belgique.
Il profite maintenant de mon séjour ici pour tenter l'entreprise. » Elle me quitta rapidement sur ces paroles après m'avoir recommandé la méditation et l'isolement. Je lui obéis. Je me rendis dans l’église. Je vécus toute cette journée au milieu de son délabrement tragique, résolu, malgré mon scepticisme bien arrêté, à suivre ses conseils pour n’entraver en rien l’épreuve du soir.
VISION ASTRALE l61 Il faisait une chaleur intolérable : l’air suffocant était pleins d’émanations sulfureuses. Je passai de longs instants, plongé dans mes pensées, les yeux machi nalement fixés sur les fenêtres ogivales dont les re bords entouraient d’un cadre blanc l’opacité sombre des nuages arrêtés sur les ruines.
Comme de grands draps funèbres préparés pour l’enterrement d’un monde, ils descendaient, pesamment, lentement, al longeant leurs ombres démesurées sur la terre qu’ils couvraient d'un voile incolore. Vers le crépuscule, un calme énorme, effrayant, tel que je n'en avais jamais constaté, tomba sur l’immense nef, dont les mille ru meurs confuses s’éteignirent subitement comme dans l’attente épouvantée d'un cataclysme prochain.
A ce calme étrange, ma rêverie s’éveilla aussitôt. Une eurieuse sensation d’angoisse m’étreignait : je regardai autour de moi avec une attention inquiète... Rien ne bougeait ; une colossale immobilité figeait toutes choses. Seul, mon cœur battait si fort que j’en perce vais nettement les coups sourds et précipités.
Je fis quelques pas dans l’église, cherchant à me distraire ; scrutant, dans ce but, les chapelles délabrées recou vertes d’un lierre solidement inscrusté dans leurs murs ; tâchant de raisonner l’inconcevable peur qui me saisissait ; mais la sensation d’écrasement produite par la chute de ce grand calme acquit une telle force que je n’en pus supporter plus longtemps la pénétrante solennité!
Tout doucement, à petits pas, pour laisser les pierres se recueillir davantage encore, je quittai leur enceinte et je gagnai l’hôtel, très impressionné. Dans mon appartement où j’entrai avec distraction, 6
I 62 l’initiation en hôte accoutumé, un mouvement de suprise me re tint à la porte : Nehor était là. Il se tenait debout, la tète inclinée, devant l'autel que M"1 Larska avait im provisé : près de lui. couché sur le tapis et fixant son maître, s’allongeait un superbe chien no -, Je recon nus aussitôt le célèbre défenseur du spi: : laiismeet de l’art pour avoir admiré plus d'une fois > i tète caracté ristique aux étalages des photographes.
1. était mince, grand et blond. Son type régulier semblait descendre en droite ligne de ces Chaldéens dont les portraits se voient encore sur les antiques bas-reliefs de nos mu sées.
Il y avait quelque chose de biblique dans ce vi sage autoritaire, dans cette barbe dorée finement par tagée en deux sur la poitrine, dans ces yeux très bleus dont l’expression calme n'était pas faite pour l'embra ser et briller sous l'influence des passions humaines.
Tel que je le voyais là. il ressemblait au Christ mar chant sur les eaux, tant par le caractère religieux de sa beauté que par la singulière impression de sérénité qui se dégageait de toute sa personne.
J étais immobile à ses côtés, profitant de son rêve recueilli pour étudier ses traits délicats sur lesquels la pensée incrustait tant de pouvoir, tant de dignité, lorsqu'un coup de ton nerre, éclatant dans le lointain, vint mourir en rou lements sourds au-dessus de la maison. Le chiense redressa et se mit à gémir. « — Ici, ?\Ianas ’. fit Nehor en se retournant pour appeler fanimal. Pardon, Monsieur, je ne vous avais pas vu... » Nous échangeâmes quelques phrases de courtoisie banale, puis il me dit :
VISION ASTRALE I 63 « — Madame m'a transmis votre désir. « — Eh bien ? Il sourit. Ce sourire était grave et doux. Le plein regard de ses yeux profonds se fixa sur moi avec in terrogation. « —Je vous admets parmi nous, dit-il. après cet instant d'examen silencieux. Soyez dans le cloître à neuf heures. D’ici là recueillez-vous. Priez. Priez beaucoup et humblement. » Je le remerciai. Un second coup de tonnerre, plus rapproché, craqua dans le ciel.
A travers la buée qui se levait sur la route, j'aperçus les ruines se plaquant de couleurs étranges, de teintes anti naturelles. « — Ne craignez-vous pas l'orage ? lui demandaije alors. « — Non, dit-il tranquillement. Je le désire aucontraire. » Je quittai le jeune Maître sur ces paroles et je me retirai dans ma chambre. Etait-ce le temps ? Étaientce les allures de Nehor ?
Était-ce l’attitude bizarre de ce chien noir qui gémissait comme un être humain ? Je ne sais... je me sentais ému. agité, et le rire que mon scepticisme envoyait à mes lèvres refusait d’y monter. Je pris un fauteuil, j’essayai de lire, d’écrire, de m’occuper... en vain !
Je feuilletai alors quelques ouvrages traitant des sciences occultes : Éliphas Lévi, Saint-Yves, Papus, mais les lettres dansaient devant ma vue ; un flot de sensations indescriptibles m’en vahissait. De guerre lasse, je m’y abandonnai, me laissant aller à des rêves confus, parmi lesquels une figure de femme au regard triste et magnifique passait
l’initiation 164 et repassait dans mon cerveau excité. « Elle ne m'est rien : elle ne me sera rien, jamais rien ! » me répé tai-je avec toute la volupté du désespoir et. incons ciemment, je rapprochai son fier type circassien de l’aristocratique finesse de celui de Nehor... Naïs ! murmurai-je alors tout bas, en dedans, de cette voix du cœur qu'on n’entend pas quand elle est inspirée par l’irrémédiable.... « — Me voici. Il va être neuf heures.
Il est temps de partir. » Un tressaillement me secoua. Je me levai, tout étourdi. Près de la porte qu’elle avait ouverte, la comtesse était là. enveloppée dans une mante noire d’où émergeait son visage dont la pâleur intense ne s’avivait que de la sombre splendeur de ses yeux. « — Qu’y a-t-il ? demanda-t-elle aussitôt en me voyant. Avez-vous peur ? — Non. Madame, répondis-je en affectant le calme. Partons, je suis prêt.
«— Couvrez-vous bien ; il fait un temps affreux. L’orage approche. » Elle parlait doucement comme à l’église. Je me vêtis à la hâte et je la suivis jusqu'à l'entrée des ruines où je remarquai, avec étonnement, qu elle tenait en laisse le chien noir de Nehor. « — Pourquoi ce chien ? demandai-je. «— 11 nous est nécessaire ce soir. Les animaux ont plus de sensibilité que l'homme. Ils sentent avant lui l’approche d’un phénomène de la nature. Manas est habitué aux apparitions ; c’est d’après les symptômes
VISION ASTRALE I 65 qu’il manifeste que le Maître sait s’il doit continuer ou suspendre l’évocation... » L ne rafale soudaine lui coupa la parole. La tempête arrivait maintenant, terrible, mena çante. Une pluie fine tombait, battue par le vent en poussées inégales, en multitude de piquants atomes glacés.
Les ténèbres s'épaississaient, déchirés de temps à autre du sillonnement brusque de longs zigzags lumineux qui tremblaient au ciel, une seconde, ardem ment. puis s'éteignaient, laissant tout dans une ombre dramatique. J'offris mon bras à la jeune femme. Elle le prit et nous entrâmes sans avoir échangé un mot dans l’ancien réfectoire de l’abbaye où l’émotion nous cloua au sol, dominés, écrasés par l'inénarrable gran deur de la tourmente.
Les nuages, au-dessus de nous, flottaient comme des navires désemparés sur un océan bouleversé, et passaient, passaient avec une rapidité folle, striés au passage de subites flèches d'argent qui palpitaient dans leur sein et nous faisaient apercevoir, un bref instant, surgissant de l'obscurité, le pignon inflexible de la muraille ruinée. Ensuite, un apaise ment, un calme...
Le vaste silence, la vaste nuit étaient pleins d'une attente solennelle... puis, un rou lement formidable, une volée colossale de dix mille canons : de tous côtés le soudain éclatement de l’orage emplissant le vieux monastère de sinistres craque ments comme si d'énormes rocs se détachaient de ses parois ébranlées et roulaient au fond d’invisibles abîmes.
Les grandes ogives des fenêtres s’embrasaient de lueurs vertes, de lueurs jaunes, qui permettaient de voir comme en plein jour. Je regardai ma compagne.
166 l'initiation Elle était merveilleuse dans son immobilité. la main posée sur la tète du chien, collé, tout tremblant, contre elle. Son visage était tranquille; son beau masque de médaille, était impassible, mais ses yeux, scs veux évocateurs d’infini, étaient pleins de la communion de son âme d’artiste avec l’âme de la nature. Naïs !
Oh ! se prosterner à ses pieds et de lui dire... ce mot qui tremble sur mes lèvres, ce mot qui pleure au fond de moi-meme, ce mot qui va remplir ma émue vie !... « — Où donc, Nehor? murmurai-je d'une voix étouffée, domptant une fois de plus l'élan insensé qui me jetait à elle.
« — Dans le cloître : rejoignons-le » Sous l'ancienne voûte gothique dont l'harmonieuse courbe s’arrondit sur des piliers cyclopéens, Nehor, en une longue robe de laine blanche, se tenait debout, une épée nue à la main. Un cierge, posé sur le sol. près de lui, élevait vers le ciel l’offrande de sa flamme vacillante et projetait des palpitations de lumière triste à travers les grandes ombres tragiquement accu mulées.
«—Nous sommes là,» murmura t-elle, en tou chant le jeune maître a'u bras. Il nous regarda un instant, l'un et l'autre, sans par ler. Une ardente fièvre intérieure illuminait ses veux. J Dans son expression, il y avait une défiance sévère ; dans son attitude, quelque chose de menaçant ; dans les bras qu’il leva vers nous d’un geste ample, l’éploiement prodigieux de son pouvoir. « — Priez ! dit-il avec force. Étouffez l’orgueil qui
VISION ASTRALE 167 vous fait douter, étouffez la révolte qui vous fait nier. Il va toujours des anges auprès de nous: invoqucz-les pour qu'il vous inspirent un courage croyant. Priez, afin que nos guides invisibles, ici présents, daignent nous assister en cette tentative d’amour et d'espérance infinis.
Inclinez-vous et priez! » Lui-même se prosterna, le visage tourné vers le passage du fond dont l'entrée, d'un noir intense, paraissait être le seuil solennel d’un caveau funèbre: puis, après une adoration lente, il se releva, traça le cercle magique autour de nous avec son épée, et com mença l’évocation d’un ton de mélopée, avec une voix pleine de vibrations passionnées: « —Esprits d'Orient. esprits divins, esprits du feu, ô vous qui commencez toute création, ô vous qui sus citez toute existence, ô vous qui jetez à l'esprit le germe de toute idée, Esprits d'Orient, soyez présents au nom de Jévé ; protégez l’œuvre commencée en ce moment : aidez-moi au nom de ¡’Absolu et par l'Eternitc ! » Un épouvantable coup de tonnerre secoua la voûte.
Le cloître entier se plaignit et s’ébranla comme si les murailles de plusieurs grandes villes y avaient été précipitées d une seule poussée. Le ciel, ouvert, parais sait blessé d'un bout à l’autre. De larges espaces de feu bleu pâle tressaillaient en son cœur déchiré et lançaient dans le vide des milliers d’épées éblouis santes.
Muet, défaillant d’admiration et d'horreur, à demi aveuglé par l’étincellement fulgurant des éclairs, je me tenais près de Nais. J'entrevoyais par saccades sa figure marmoréenne et je sentais par intuition, avec
168 l’initiation une volupté puissante, battre son cœur, étreint, comme le mien, par la grande tragédie des éléments et par notre audacieux appel aux Etres invisibles.
Nehor, l'épée étendue vers l’Ouest. restait debout, frémissant, indompté, et les paroles sacrées conti nuaient à s'échapper de ses lèvres en pricre rythmée : « — Esprits d’Occident. esprits terrestres, ô vous qui développez toute création, ô vous qui évoluez toute existence, ô vous qui resplendissez toute idée, je vous invoque et je vous conjure au nom de l lncréé, au nom de Jévé, assistez-moi au nom de l’Eternité ! » Un instant il fut interrompu par l'irrésistible déchaî nement de l’ouragan qui attaquait les vieux murs sur lesquels d’énormes roues semblaient tourner à pleine vitesse avec de soudaines explosions de bombes écla tant à leur passage : mais sa voix, toujours plus haute, toujours plus sonore, sa voix magnifique dominait le tumulte.
« — Esprits du Sud. esprits d'amour, ô vous qui animez toute création, ô vous qui magnifiez toute existence, ô vous qui réalisez toute Idée, au nom du Réalisateur sublime, au nom du Verbe resplendissant au nom de Jeoschova, je vous adjure de m'aider, moi pauvre et indigne mortel, en l’œuvre divine que j'en treprends...
Je n’entendis pas la fin de la phrase, car Manas, le chien noir, se dressant soudain sur ses pattes de der rière, poussa un long hurlement de terreur, cherchant à échapper à la jeune femme qui le tenait fortement en laisse. Les chauves-souris, réfugiées en masse dans le cloître, tracèrent tout à coup de grands cercles éperVISION ASTRALE 169 dus, sc heurtant à la voûte et retombant sur le sol. voletant, criant, épouvantées... Qu’y avait-il donc?
Je regardai vers l’antre obscur : je regardai, dans une attente fébrile, le cœur battant à coups de marteau, chaque fibre de mon corps tressaillant d’une insoute nable anxiété, sûr maintenant, tout à fait sur, que j’allais voir... un Être de l’Au-delà ! Il y eut un instant de silence total, un instant d éclipsé noire, trop court meme pour penser... Le cierge s'éteignit..., partout la nuit, la nuit horrible...; puis la tempête redoubla de fureur!
Les ténèbres étaient emportées, dévorées, enlevées de toutes parts.
Le feu du ciel entrait en souffles puissants, illuminant à la fois les divers monuments du couvent, s’élançant en spirales le long des parois de l’église, entourant d'une étreinte enflammée les immenses colonnes dis jointes, courant, montant, se creusant un chemin jus qu'au fond des souterrains, frappant les arbres éche velés, enveloppant le chœur, embrassant les pierres tombales.
Le chien poussa un second cri strident et s’abattit, convulsé de peur, sur la terre où il continua à gémir douloureusement. Frissonnante, les yeux dilatés, Nais leva lentement le bras vers l’arche noire... Qu’était-ce donc cette lueur? cette vapeur bleue condensée en boule qui tournait et brillait comme une miroitante roue de saphir et d'or?
Une sensation puissante de grandeur et de révé rence nous fit tomber à genoux tous deux, tandis que Nehor, immobile, majestueusement serein, investi de par sa foi d'une autorité suprême, poursuivait glorieu sement son incantation :
l’initiation « — Esprits du Nord, esprits de l’air, ô vous qui existence, ô vous qui étouffez toute idée, au nom du Christ, tremblez! Au nom de l'Inlini, fuyez! La glaive de la Justice vous domine et vous dirige de par l'Eternité !... O Dieu qui êtes le Père des Univers. Dieu grand, je sais et je crois ! Mes moyens <euls sont insuf fisants : c’est pourquoi ma faiblesse monte vers Vous en un cri plaintif.
Je prie du plus profond de mon cœurque les Esprits que j’appelle viennen: .1 -sitôt sans nuire à personne, sans causer de terreur à qui que ce soit. O Dieu d’amour. Dieu de Lumière, je vous invo que !
Je vous supplie ! » Nehor s'agenouilla près de nous, les yeux fixés vers le feu phosphorescent, qui. tout au fond du cloître, allait et venait, montait et descendait, traçant dans le vide un vivant symbole de la croix. .Nous attendîmes, silencieux, palpitants... Au dehors, autour de nous, l’abbaye n'était plus qu'une gigantesque masse hur lante, sifflante où la tempête se débattait dans un chaos horrible.
Soudain, follement, Manas voulut se jeter horsducercle magique.... je le retins, je regardai... un spasme glacé me contracta le cœur !
Là, à côté, par tout, des quantités de faces spectrales de formes diver ses, toutes blanches, toutes livides, nous entouraient, nous regardaient, surgissant à la fois des piliers et de la voûte ; des faces douloureuses, des faces grima çantes se cachaient et reparaissaient ; des centaines d’yeux brillaient, dardant du sein des vieilles pierres la flamme aiguë de leurs regards sans visages... Des yeux en masse ! Des yeux menaçants, des yeux tristes,
VISION ASTRALE 171 des yeux d'aveugles, des yeux de morts, tous s’ou vraient et se refermaient, tous palpitaient, tournaient et tournaient, vertigineux, fous ! Nehor, tranquilleet superbe, se releva. Je vis comme dans un rêve, à la lueur des éclairs, un sourire de domination triomphante entrouvrir ses lèvres, tandis qu'il étendait d'un geste de protection ses deux mains sur nos tètes.
« —Soyez sans crainte, dit-il doucement, Dieu est là » Une paix toute-puissante nous enveloppa, descen dant de cette parole infinie : Dieu est là. Grandiose et pénétrant, le calme envahit nos cœurs avec un senti ment ineffable de confiance et d'adoration ’. Relevés près du Maître, nous suivîmes, la jeune femme et moi, les grands mouvements qui maintenant agitaient le cloître.
Des petites balles de feu passaient en sifflant : des souffles d'air froid nous frôlaient et tournoyaient comme des trombes minuscules, s’évanouissant pour faire place à des triangles de vapeur violette, de vapeur rouge qui sortaient du sol et qui montaient d'un trait à l'ogive.
Au fond, devant nous, la Croix, toujours plus haute, toujours plus brillante, se dessinait : couronnéed'une auréole diaphane dont la clarté,projetée en longs rayonnements, nous baigna peu à peu de lumière astrale et nous permit, en nous infiltrant delà force psychique, de nous isoler du reste de la terre... Une secondenous vécûmes de la vie de l'Éternité !...
La musique des sphères résonnait en une cadence lente dont la mélodie colossale arrivait de l’espace par larges vibrations colorées. Dans ces rayons d'harmo
l’initiation 172 nie et d'azur, s’agitaient par milliers des formes lumi neuses à face humaine, parmi lesquelles beaucoup de morts aimés, des connaissances, des amis, des parents, dont les moindres mouvements pointîllaicnt l’atmos phère transparente de spirales vaporeuses d'un bleu électrique qui toutes se groupaient et s'envolaient autour de grands anges au visage glorieux.
Une seconde seulement... une fugitive seconde, puis la vision del’Au-delà disparut. Un rideau scin tillant et pourpré nous la déroba, et le cloître, avec scs arceaux sombres,ses craquements sinistres, ses souffles froids, ses veux, ses horribles yeux qui le peu plaient de toutes parts, surgit de nouveau, brusque ment, à notre vue encore éblouie.
La Croix surna turelle s’y dressait toujours dans son éclatante simpli cité, mais elle palissait et, sous l'un de ses bras, dans la lueur cendrée qui l'entourait maintenant, passait en file interminable une longue suite de moines, les mains jointes, le capuchon blanc relevé sur la tète. Ils passaient en chantant, ils passaient en pleurant, et s’engouffraient un à un dans les souterrains désolés. Le dernier moine s’arrêta.
Il leva les bras lentement et solennellement, et sa voix de spectre, sortant des abîmes de l’inconnu, résonna, toute mouillée de larmes, sous la voûte sépulcrale : « — La mortest le réveil silencieux d'un rêve agité. Priez, ô Esprits immortels enfermés en de périssables enveloppes! Priez pour les âmes qui souffrent encore en ce lieu. Priez pour l’Esprit de ces pierres qui vibre pour la dernière fois. Priez ! » Priez!
Priez ! répétèrent faiblement dans le loinVISION ASTRALE i73 tain des centaines de voix douloureuses, tandis que peu à peu. graduellement, disparaissaient tous les symptômes de l’évocation et que nous nous retrou vions seuls, frissonnants et glacés, environnés de nuit et de tempête. Nehor est parti. Nais s'en est allée bien loin, au pays du soleil, et je suis encore à Villers.
Je n'y suis pas isolé, car l’amour et la foi sont entrés dans mon cœur, l'amour avec ses aspirations insatiables, ses immenses douceurs, ses tristesses divines; la foi, avec la toute-puissance de sa consolation !
Comme un homme perdu dans les profondeurs d’un laby rinthe, j'avais erré à travers tous les systèmes, à tra vers toutes les croyances, à travers tous les plaisirs, cherchant l’idéal, cherchant la solution de l’énigme delà Vie et ne trouvant... rien ! Maintenant, je crois; maintenant, je prie. La manifestation d’une grande Vérité a rayonné jusqu’à mon àme et y fait luire une espérance magnifique !
A l'heure du crépuscule, quand le calme descend sur les ruines endormies et que j'erre dans la cathé drale parmi les murailles chargées de leurs sombres manteaux de lierre ; quand je me trouve dans le cloître obscur et recueilli, sous les colonnes usées par le temps, j’évoque Nais en une rêverie de tendresse et de paix.
Parfois, j’ai des moments de désespoir quand je la revois hautaine et triste, mystérieuse et pâle, passant avec indifférence dans ma vie. Hélas ! elle a passé... passé... laissant un sillage ineffaçable, et je pleure alors en pensant à elle, mais toujours,
l’initiation 174 toujours surgit la vision radieuse des Esprits planant dans l’air lumineux, la vision de cet Au-delà où je verrai Nais vêtue de rayons et me souriant du fond de l’espace bleu. Mon front s’incline, mes mains se joignent et je murmure bas. bien bas : « Je t’aime et je t’attends ! » J. de Eallenay. Serment féal des escholiers nicv Mîtes 11 Idale, comme toute châtelaine, a la doc ce manie des fondations.
Elle a fondé une école dont voici l’original programme : SERMENT FÉAL DES ESCHOLIERS NICOI AÏTES Nous irons à l’école, à l’école de bonté, apprendre à souffrir, apprendre à oublier. Nous irons à l’école, à lecole de la vie, forger nos âmes à coups de désil lusions. Nous irons à l’école, à l’école d'amour, tremper nos cœurs dans nos larmes, notre idéal dans la réalité. Nous irons à l’école, à l’école de patience, dans l’exil, et dans le silence.
Nous irons à l’école, à l’école première, cueillir le fruit fatal, et mourir de savoir. pour n’avoir pas [su vivre d’igno- [ rer. ( 1) Extrait d’un volume en préparation : Fleur de Verbe.
SERMENT FÉAL DES ESCH0L1ERS N1COLAÏTES 175 Nous irons à l’école, à l’école, où l’on devient quelque chose [sans devenir quelqu'un, nous parer d’erreurs officielles, et dévorer les certitudes [trompeuses. Nons irons à l'école, à la même, retenir des dates et de séculaires [potins, pour décrocher de coû- [teux parchemins. Nous irons à l’école, à la même encore, sans voir sous les voiles les mystères sans âge.
Nous irons à l’école, toujours à la même, innover des formes imprévues de [la bêtise humaine, en de sceptiques témérités. Nous irons à l’école, à l’école buissonnière, nous doutant de tout, sans jamais soupçonner [l’infinie parenté qui règne [de bas en haut. Nous irons à l’école, à l’école de mémoire, célébrer les maîtres, et pleurer le passe'. Nous irons à l’école, à l’école de gloire, rugir aux blasphèmes, et ourdir des victoires.
Nous irons à l’école, à l’école du devoir, tacher à obéir, mériter de commander. Nous irons à l’école, à l’école, comme nos pères,
176 l’initiation comme nos fils, parce que notre mère fut [conduite à l’école par le [serpent. Nous irons à l’école, à l’école de lumière, nous éblouir aux vérités, rêver à notre âge d’homme, etconvoiter leciel. Nous irons à l’école, à l’école meurtrière, continuer la chaîne de science et [de misere, aggraver le mal de penser |de la terre, et meurtrir nos [âmes aux épines [des axiomes.
Nous irons à l’école, à l’école où l’on écoute à genoux Celui [qu’on n’entend pas, apprendre à prier, apprendre à prier Dieu de nous le [pardonner. Sur un thème monotone et lent, le magister chante ces litanies blanches,si rationnelles d'ailleurs,le 6 décembre de chaque année.
Le cours s’ouvre immédiatement après par l’exégèse suivante : « Peuple escholier, un proverbe espagnol dit qu’il faut être sot pour ne pas pouvoir faire deux vers, et fou pour vouloir en faire quatre. La rime et le mètre, dans leur application usuelle, sont d’une théorie étroite et arbitraire. L’oblitération etl’assonnance réduisent la poésie à ce que serait la musique régie par l’unisson.
Telle sonorité vocale appelle telle autre complémentaire, mais non sem blable. Quant à la prosodie métrique, elle n’existera que le jour où l’alignement vertical des parties d’une propo sition enchaînera celles-ci d’une manière logique par leur commencement,au lieu de les bâcler perpendiculairement sans autre rapport qu’une désinence simiesque. Mais il
mandement 177 n’y a pas de règles à cette poétique-là, et, en fait de tleuves,les professeurs n’admettent que les canaux, parce qu’ils ont des écluses, au cube et à l’heure. La monoma nie de la rime qui relève du calembour est une des prin cipales causes de la désaffectation de certains mots, et la cheville n'est qu’un des parasites que la langue doit à la prosodie des jardins de Versailles.
Le peuple escholier bénit le corps professoral, et la plus grande punition dont on puisse le menacer est de faire des vers. 11 faut dire que, malgré ces heureux résul tats, ldale n’autorise cet enseignement subversif qu’à litre d’essai... Son royaume n’est pas à l’abri de la grande plaie du provisoire. » yVRGEY. DE SA GRACE.
LE PATRIARCHE GNOSTIQUE, PRIMAT DE LALB1GEOIS, ÉVÊQUE DE MONTSEGLR Valentin, Patriarche Gnostique, Primat de l’Albigeois, évêque de Montségur, à nos vénérables frères les évêques de Toulouse et de Concorezzo, salut et con solation dans le divin Plérôme. Nous avons lu avec un cœur profondément touché, nos seigneurs et très chers frères, la manifestation que vous venez de publier au nom de l’Assemblée Gnostique, en faveur de l’abbé Roca.
Nous nous y associons plei nement. La vision d’or des saints Eons a déjà consolé l’Esprit de cet apôtre méconnu de la Justice, de l'amour éternel et de la vérité. Mais nous estimons avec vous que l’Assemblée des Élus et des Parfaits doit s’unir,dans ce
1/8 l’initiation troisième monde, aux Célestes Influences et faciliter l’entrée de cet Esprit dans les splendeurs du Plerôme. A ces causes, et l’Eon Pneuma-Agion invoqué, nous décrétons ce qui suit : Article premier. — La Manifestation des évêques de Toulouse et de Concorezzo sera inscrite >ur le livre du Très-Haut Svnode. J Art.
2.— Nous ordonnons pour le ij novembre 189?, à 8 heures du soir, la réunion in spiritu des membres du Très-Haut Synode. Art. 3. — A 8 heures et demie, chacun des évêques et sa Seigneurie la Sophia imposeront les m uns, en profé rant les paroles sacramentelles du consolamentnm. à l’en veloppe astrale du défunt. Art. 4. — Chacun des évêques nous rendra compte, par une lettre secrète, des résultats spirituels de cette action sacrée. Art.
5. — La prière Valentinienne sera dite pendant un septénaire, du 7 au 13 novembre, partons les membres de l’Assemblée. Art. 6. — Ce mandement, afin que l’Assemblée entière en ait connaissance, sera publié dans le Voile d'Isis et reproduit ensuite dans Y Initiation et V Etoile. Donné à Montségur, sur le Mont des Martyrs, le vingtdeuxième jour du dixième mois de l'an IV de la Restau ration de la Gnose, souo notre sceau patriarcal.
Valentin, Patriarche gnostique. Par mandement de sa Grâce : Le diacre référendaire, R. D. du V. AI. La diaconesse référendaire, Alice L.
GROUPE INDÉPENDANT d’ÉTL'DES ESOTERIQUES I/Ç ^noiiPE Indépendant D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES Réouverture du Groupe.— Le vendredi 10 novembre, ont etc inaugurées les conférences du Groupe, sous la présidence de Jules Lermina. Papus a fait une conférence sur l'Etat de Trouble résumé dans l’article qui parait dans ce numéro de ['Initiation. Le nombre des assistants est d'un bon augure pour l’année qui commence.
Groupes d'études. — Les Groupes d’études vont sous peu reprendre leur activité. Seul, pour l’instant, le Groupe 4 (étude expérimentale du Spiritisme), poursuit ses importants travaux, témoins les deux procès-verbaux suivants. Toutes nos félicitations à M. François. SÉANCE DE SPIRITISME du 7 octobre i8g3.
Groupe n° 4 Avant assisté à plusieurs séances de spiritisme, j’ai vu des choses merveilleuses; mais ces dernières manifesta tions m’ont laissé une impression si forte que, malgré moi, je me demande maintenant si ce que j’ai vu est vrai et même si j’ai bien vu ce que mes souvenirs me rap pellent.
Je ne suis encore qu'un profane ; mais, aux initiés comme aux sceptiques, ce sera une garantie d’impartia lité : les premiers se réjouiront de recueillir, sans le de mander, le témoignage de quelqu’un qui n’est pas des leurs; les seconds seront plus enclins à croire une per sonne qui ne se dit ni spirite ni médium, mais qui est simplement un curieux et un chercheur.
Dans la salle des séances, cinq personnes (M. et AI’“« F., M., et AI. et AImc B.) étaient réunies. Par l’écriture mécanique, il fut conseillé de faire la chaîne pendant l’obscurité. On déféra à cet ordre. Cette première partie
18o L’INITIATION fut sans grande importance. Un médium conversa avec l’invisible qui répondit par coups frappés. Quelques minutes après, on rit une nouvelle séance obscure. Les assistants étaient massés au côté sud de la salle. C’est alors qu’il se passa des choses que je ne puisque qualifier d’extraordinaires. Dans 1*. ngle NordOuest delà pièce, apparut à environ deux mètres du sol un point lumineux.
Les cinq personnes présentes l'ont chacune aperçu, et ce n’est qu’après avoir recueilli leur * imoignage que j’ose poursuivre et raconter les faits suivants : Le point se dédouble, grossit, va, vient, monte, des cend, semble écrire dans le vide, se rapproche de l’un ou de l'autre des assistants, puis se dirige lentement vers la table où il reste quelques secondes. 11 se relève, reste un instant en l’air, disparait et revient.
Nous tous nous l’examinions avec intention et nous tous vîmes alors comme une fumée phosphorescente,que quelqu’un de plus autorisé que moi a qualifiée de fluide, se dégager de ce point, monter jusqu’au plafond où des points lumineux apparaissent également. Après leur disparition, on pose quelques questions à l'esprit présent qui répond,puis demande la lumière avec beaucoup d’insistance laquelle est caractérisée parla vio lence des coups frappés.
On obéit; il fut alors constaté que le point lumineux était descendu sur une feuille de papier placée au bord de la table et sur laquelle on trouve ces mois: Maria suni. L’écriture était incorrecte et on ne pur déchiffrer pour le moment leur signification. On supposait que le second mot était un autre prénom et, se perdant en conjectures, on fit une nouvelle séance obscure, ne doutant pas qu’on allait assister à des choses merveilleuses.
Des bruits nous avertirent que l’esprit demandait à se communiquer et l’on écouta; les mots trouvés auparavant sur le papier furent dictés lettre par lettre, de façon qu’aucun doute ne pût subsister, puis les communications cessèrent. On entendit alors un autre bruit, le signal ordinaire de l’esprit familier du groupe, lequel n’avait répondu encore à aucune évocation. Sur la demande d’un médium, cet esprit fit mouvoir plusieurs objets ; des fleurs furent
GROUPE INDÉPENDANT D ETUDES ESOTERIQUES 1 Si lancées aux personnes présentes et dans l’ordre désigne' par le médium ; des grelots et des sonnettes furent agites ; un tambour de basque et une boite à musique, après avoir fait entendre quelques sons, furent lancés à terre. Apres ces diverses manifestations, la lumière fut faite.
Par l’écriture mécanique un médium demanda l’explica tion des mots Maria sum, que personne n’avait encore pu comprendre ; la pensée de tous était bien loin de la vérité. Après quelques mots tracés sur le papier, le médium écrivit ce qui suit : « Ceci est mon nom, je suis Marie. » L’esprit s’était communiqué par l’écriture directe et l’avait fait en latin.
Je n’ajoute rien, je laisse chacun libre d’apprécier comme il lui conviendra les faits que je viens de racon ter; mais c’est l’esprit troublé que je suis sorti de cette séance et je répète ce que je disais plus haut: Ai-je bien vu ce que j’ai vu ? M. Befreres.
Remarques. — Au cours de cette séance, aucun assis tant ne s’est endormi du sommeil magnétique ; les coups frappés dont il est question plus haut ont été entendus sur une table éloignée des assistants. Séance du JJ. octobre i8g3. Neuf personnes, pour la plupart incrédules, assistaient à cette séance qui n’a pas eu lieu au siège meme du groupe n° 4. Dès le début, l’invisible demande impérieusement par coups frappés qu’on fasse l’obscurité.
A peine la lampe est-elle enlevée que les manifestations commencent : différents objets sont lancés de divers côtés ; des coups de sifflet, stridents, se font entendre audessus de la tête des assistants dans toutes les parties du salon ; personne n’y comprend rien, chacun affirme n’avoir pas apporté de sifflet; les personnes présentes sont ahuries.
Une lampe est apportée, point de sifflet; nous consta tons qu’un papier d’une finesse extraordinaire, enroulé autour d’un petit morceau de bois, a été déposé sur une
l’initiation ï 82 grande table. Nous déplions et nous ouvrons ce papier avec des précautions infinies et nous y trouvons une courte phrase relative à l'absence de AI1“0 F... qui n’avait pu venir à cette séance.
La finesse du papier ne permet guère de supposer que les mots qui y figurent aient été tracés à l'aide d’un crayon, on serait plutôt tenté de croire qu’ils ont été imprimés à l’aide d’une composition inconnue ; ces mots sont nettement séparés et très correctement tracés. Chacun reconnaît qu’il est difficile d’admettre qu’un assistant quelconque soit l’auteur de cette mystérieuse lettre.
L’Invisible donne de nouveau par l’écriture méca nique le conseil de faire l'obscurité. Les manifestations recommencent au<sitôt plus vio lemment; le sifflet retentit de nouveau ; sur ma demande, il se fait entendre aux oreilles des personnes que je désigne. J’exprime le désir que les incrédules soient secoués sur leurs sièges ; ce vœu est exaucé ; les dames donnent quelques signes de frayeur, on demande de la lumière.
La lampe apportée, nous trouvons deux papiers por tant trace d’écriture directe ; puis le sifflet, cause de tout le bruit, déposé sur la table. Chacun affirme sur l'honneur voir ce sifflet pour la première fois. A. Fran< ois. Remarques. — Aucun cas de léthargie ne s’est produit au cours de cette séance. On ne fit pas la chaîne.
Nous tenons de source sûre que les phénomènes psy chiques sont en ce moment l’objet d'une étude expéri mentale approfondie ce la part de certains ordres reli gieux. Le médium Franck serait, d’après nos renseigrements, interné en ce moment dans un couvent non loin de Paris, et les faits de réincarnation seraient soi gneusement analyses, grâce à lui.
NOUVELLES DIVERSES i83 ♦ • ¥ M. Dorbon, libraire, 6, rue de Seine, vient de publier une œuvre inédite de Fabre d’Olivet, le Sage de !Indostan, drame philosophique en un acte en vers, imprime sur beau panier et contenant un portrait de l’auteur (Prix: 3 fr.). Le portrait seul est vendu 2 fr. en grand format et 1 fr. en format petit in 8°. Avis aux nombreux admira teurs de Fabre d’Olivet.
Le baron Spedallieri vient d’autoriser notre ami Lucien Mauchel à copier les passages les plus impor tants des neuf volumes de lettres inédites formant la cor respondance d'Eliphas et du baron pendant de longues années. • • Le baron Deslandes a publié un charmant ouvrage, Cœurs de Marins, dont nous donnerons la prochaine fois un compte rendu bien mérité. * • • C’est par suite d’une erreur que le compte rendu du livre si remarquable du Dr Coste, de Montpellier, n’a pas été publié dans l'initiation.
Cet oubli sera prompte ment réparé. • • CONGRÈS DU LIBRE EXERCICEDE LA MÉDECINE Le premier Congrès organisé par la Ligue nationale pour le libre exercice de la médecine en France se réunira à Paris du 20 au 23 courant, au siège de la Ligue, 23, rue Saint-Merri, Paris.
Les séances auront lieu: le lundi 20, à 2 heures du soir; le mardi 21 ; à 8 heures 1/2 du soir ; le mercredi 22, à 2 heures ; le jeudi 23, à 8 heures 1/2 ; le vendredi 24, a 2 heures. Visite individuelle à VEcole pratique de Magnétisme le jeudi à 9 heures du matin (clinique), le mercredi et le vendredi (leçons théoriques) à 9 heures du soir. Le samedi 25, à 7 heures du soir, banquet suivi de concert. Le Congrès sera dirigé par un comité de cinq membres ;
l’initiation 184 MM. l’abbé Houssay, le docteur Bénard, Fabart, Durville, Fabius de Champville; membre suppléant, M. Auffinger. M. Papus, vu ses multiples occupations, a adressé au président, avant cette séance, sa démission de membre du comité d’organisation et de membre du Congrès.
Allemagne.— Die ubersinnlicheïVelt 1 octobre et novem bre) l’organe de la société Sphinx de Berlin, rédigé par le Dr Max Rahn, contient un très intéressant proces-ver bal de matérialisations, obtenues dans les - < mees privées de la société.
Félicitons-la de ces constantes recherches. ★ ¥ * Le Bulletin officiel de l’Association syndicale profession nelle des médecins de la Seine ( i5 septembre ¡8g3) publie la note suivante que nous reproduisons sans commentaire : Exercice illégal de la médecine. — Suggestion mentale. Contravention.
La loi du ap ventôse an XI a eu pour objet de protéger d'une manière générale la santé publique contre les en treprises des charlatans et des empiriques en réservant exclusivement aux docteurs en médecine ou en chirurgie et aux officiers de santé l'exercice de l'art de guérir.
Il résulte de l'esprit et du texte de cette loi quelle est absolue et indéterminée dans sa portée, quelle doit s'ap pliquer à tous ceux qui attirent à eux des malades, en leur faisant concevoir l’espérance d’une guérison, quels que soient les procédés prétendus curatifs, alors même qu'ils n'auraient d'autre effet que d'agir sur l'imagina tion des malades.
Ainsi jugé par la décision qui suit : La Cour, Considérant que P..., sans être muni du diplôme de docteur ou d’officier de santé, a depuis plusieurs années attiré chez lui un grand nombre de malades qu’il a traités par les pratiques du magnétisme, comme il a été constaté, en 1887, par un jugement du Tribunal correctionnel de Lyon, confirmé par arrêtée la Courdu 5 novembre 1887,
NOUVELLES DIVERSES 185 qui l'a condamné à 15 francs d’amende pour exercice illé gal de la médecine et par un second jugement, à la date du ai mai 1890, confirmé par arrêt du i‘r juillet sui vant, le condamnant pour quarante-six contraventions de même nature à i5 francs d’amende par chaque con travention ; Considérant qu’il est établi par les documents de la cause que depuis sa dernière condamnation et malgré les avertissements réitérés de la justice, P... a continué à recevoir à son domicile un certain nombre de personnes soutirant de diverses maladies qu’il a traitées par des procédés analogues à ceux précédemment employés, tout en cherchant à en dissimuler les manifestations exté rieures et en se couvrant de la collaboration d’un doc teur muni d’un diplôme régulier, auquel il prétend avoir loue le local où se donnaient les consultations; Considérant notamment que la dame N..., femme C..., dont les dépositions sont confirmées par celles de son mari, a déclaré s’être rendue chez P... vingt-cinq fois dans le courant de l’année 1891 ; que, suivant ses déclaratons, P... aurait vivement frappé son imagination en lui parlant de Toutre-tombe et des âmes des morts; qu'elle affirme, en outre, être tombée gravement malade après avoir absorbé un verre d'eau que P... lui aurait or donné de boire, et qui aurait été, dit-elle, imprégnée de fluide magnétique; qu’il est malheureusement certain que cette pauvre femme, très faible d’esprit, a éprouvé, à la suite de visites faites chez P..., un trouble mental lel qu’elle a dû être internée dans un asiie d’aliénés ; qu’à chacune de ses visites, la femme N... a payé la somme de 1 franc à titre de rémunération; Considérant que de son côté, la femme G... déclaie avoir, dans l’année 1891, fait cinq visites chez P...; qu'un certain nombre de personnes se trouvaient là réunies dans la même salle ; que P... entrait, prononçant des paroles mystérieuses comme s’il évoquait, dit-elle, un esprit ; qu’il passait devant chaque personne, la regardait fixement, lui demandait le genre de maladie dont elle souffrait, puis ajoutait : cela ira mieux; qu’à chacune de ses visites la femme G... a payé une rémunération de 2 francs;
i86 l’initiation Qu'il n’est donc pas douteux qu’au cours de l’an née 1S91, comme précédemment, P... a attiré chez lui un certain nombre de malades à qui il faisait concevoir l’espoir d’une guérison à la suite des prati jues étranges qu’il exerçait vis-à-vis d'elles; Considérant, en droit, que la loi du i» ventôse an Xi a eu pour objet de protéger d’une manie generale la santé publique contre les entreprises des charlatans et des empiriques, en réservant exclusives. m- ; ix docteurs en médecine et en chirurgie et aux < . iers de santé l’exercice de l'art de guérir ; qu'il rc e l’esprit du texte de cette loi qu'elle est absolue et indéterminée dans sa portée; qu’elle doit donc s’appliquer n.us ceux qui attirent à eux des malades, en leur faisant concevoir l’espoir d’une guérison; que la loi ne subordonne d’ail leurs l’existence de la contravention qu’elie entend répri mer. ni au mode de traitement employé, ni à l’adminis tration d'aucun médicament, que ses dispositions s’étendent manifestement à la pratique de tous les pro cédés prétendus curatifs,’alors même qu’ils n'auraient eu d’autre but ni d’aittre effet que sur l’imagination des ma lades ; Considérant, au surplus, qu'il est établi par les divers documents de la cause et notamment par les déclarations meme de P... et parcelles de son associé, le docteurS..., que le contrevenant prétendait agir sur les malades par l’influence du magnétisme ; que le docteur Branche, en tendu comme homme de l’art par le Tribunal a déclaré de son côté que sans recourir aux passes magnétiques il était possible d’agir par le seul regard ou par la sugges tion mentale sur certains sujets ; que meme de tels pro cédés, loin d’être d’une entière innocuité, sont de nature à produire des effets d’autant plus pernicieux sur la santé du malade qu’il est plus impressionnable et plus disposé à croire à la puissance surnaturelle de celui dont il subit la domination ; Considérant, dès lors, que P... ne saurait actuellement prétendre qu’il n’a pas continué d’exercer l’art de guérir suivant ses pratiques habituelles à l’égard des malades dont il recevait les visites ; qu’il a ainsi commis autant de contraventions à la loi du 19 ventôse an XI ; que ces
COURRIER BIBLIOGRAPHIQUE 187 visites ont été autant de fois répétées; que la prévention relève à juste titre vingt-cinq contraventions a l’égard de la femme N... dans l'année qui a précédé les poursuites; que quatre contraventions doivent aussi être retenues pour les visites faites par la femme G..., P... n’avant pas été présent d’après les déclarations du témoin à l’une des visites qu’elle déclare avoir faites à sa salle de consulta tion ; Par ces motifs, Dit mal jugé, bien appelé; Réforme le jugement dont est appel, et statuant à nou veau ; Déclare P... coupable de vingt-neuf contraventions à la loi du 19 ventôse an XI, article 35 (dont la lecture a été donnée), commises dans l’année qui a précédé la poursuite; Le condamne, en conséquence, à vingt-neuf amendes de i5 fr. chacune, ensemble q35 francs. Le condamne, en outre, aux dépens de première ins tance et d’appel ; Fixe au minimum la durée de la contrainte par corps. Ministère public : M. Roullet, avocat général. {Cour de Lyon, ch. correct., 4 avril 1892.) Charles Fauvety : Théonomie, Démonstration scientifique de l'existence de Dieu. 1 volume in-12 de près de 3oo pages, 2 fr. 5o. port compris. Nantes (Loire-Inférieure), chez Les sard, libraire-éditeur, 3, rue .Mercœur. Voici en quels termes l’Éditeur résume la pensée dominante de ce livre : « Nous publions un livre sur Dieu, dit M. Lessard, à une époque où plus personne neveut entendre parler de Dieu. Et cependant nous sentons la nécessité pressante de cette publication, car nous croyons de plus en plus à l’utilité morale et sociale de l’idée de Dieu. Qu’on veuille
i88 l'initiation bien remarquer qu’il ne s’agit point ici, dans ce volume, d'inventer Dieu, parce que Dieu est moralement et so cialement utile à la vie des peuples.
Voltaire a pu profes ser cette opinion : que si Dieu n’existait pas, il faudrait Y inventer. Nous pensons, au contraire, avec l’auteur de ce livre, M. Charles FAUVETY, que. si Dieu n’existait pas, il faudrait le déclarer hautement à toute la terre, car la Vérité' à nos veux passe avant toutes choses.
Si donc nous affirmons l’idée de Dieu, nous dédirons qu’on sache bien que ce n’est point parce que nous crovons uniquement à l’utilité morale et sociale de cette idée, mais bien parce que nous sommes persuades de l'exis tence del’Etre par excellence qui contient tous les êtres, et qui est comme l’âme et la réalité vivante de tout ce ce qui est. — Dieu, pour l'auteur de ce ¡ivre comme pour l’éditeur, est un fait scientifique.
C’est donc bien, comme le titre de ce livre l'indique, une explication scientifique de Dieu que nous sommes heureux d’offrir au public. Mais c’est aussi une Science nouvelle que nous appor tons à nos contemporains, et que M. FAUVETY a si heu reusement nommée Théonomie. Le mot Théonomie, de Theos, Dieu, et Nomos, loi, ne signifie rien dans la pen sée de M. FAUVETY, que ce que dit clairement l’alliance de ces deux mots : DIEU-LOI.
Mais ce néologisme a cet avantage d’exprimer V identité de la Science et de la Loi. La Science n’existe que parce qu'il y a des lois, et une Loi suprême qui les relie et les embrasse toutes. Il ne peut y avoir de science quand la science ne s’appuie que sur des phénomènes.
Les phénomènes font connaître l’existence des lois et servent à les découvrir, mais la réalité parfaite est dans la LOI, et non pas dans le phé nomène séparé de la Loi qui le domine et le régit. Nous ne pensons pas que, dans aucun autre ouvrage sur Dieu, cette manière d’envisager l’idée de Dieu ait jamais été employée.
Nous espérons, que ceux qui liront le travail de M. FAUVETY concluront comme il a conclu luimême, et propageront à leur tour une idée qui est l’affir mation de la Vérité la plus scientifique, puisqu'elle est, dans sa source, la plus vivante et la plus réelle. M. Charles Fauvety est très connu dans le monde des penseurs. Il est auteur de nombreux travaux philosoBENOIT MALON 189 phiques qui ont fait de son nom une véritable autorité.
Le problème divin, tel que M. Fauvetv le pose et le ré sout dans son livre sur Dieu, n’est point fait pour dimiminuer l'autorité dont il jouit justement. Nous sommes donc de l’avis de l’éditeur, et nous recommandons vive ment un livre qui ne peut manquer de faire son chemin, même sans réclame. ★ Emile Sigognl : Coules Merveilleux, Un vol. in 18, sur papier de luxe, en vente à la Librairie du Merveilleux.
Ce recueil de nouvelles, dédiées à la princesse Léon Ouroussoxv, est la dernière œuvre de l'auteur de Suprême Joie, de ï Education, de la Diction dans l'Art oratoire, et plusieurs autres volumes de littérature dramatique et critique. Les lecteurs de V Initiation connaissent déjà le talent de l'auteur, ne serait-ce que par la belle Evocation, parue dans un des derniers fascicules.
La pure langue et la fraîche palette de M. Sigogne ont su s'élever jusqu’au coloris grandiose et puissant des hymnes védiques dans Asamati, Beau livre, belles pensées: quels caractéris tiques plus vrais, quel meilleur éloge?
S HINT OIT Nous ne saurions faire sur cet homme de bien, apôtre de toutes les grandes idées, une nécrologie plus belle que celle que lui a consacrée Rodolphe Simon dans le dis cours suivant prononcé au cimetière et qui a fait grande et profonde impression sur les assistants : « Citoyennes, citoyens, « Vous ne voudrez pas refuser à l’amitié le triste mais consolantprivilège de mêler à ce suprême adieu un pieux témoignage en faveur de ce qui fut, dans l’ami qui vient des’éteindre, plus grandque sa science, pourtant si vaste, 190 l’initiation plus pénétrant et plus leçon 1 que son esprit si lumi neux : la bonté.
« D’autres plus compétents analyseront les merveil leuses facultés, les précieuses qualités de cette nature privilégiée. « L’ami se borne à rappeler l’immense bonté jui sera le plus pur rayon de sa g'oire. Comme dans le ian des réalisations socialistes, ce sera sa plus puiss.1 e ucacité « Par sa bonté, Benoit Malon désarme ses ennemis et les conquiert souvent au point de les transformer en amis.
Par son aimable tolérance, il amen-- a. socialisme les défiants et les indécis. Par sa douce accueillance, qui est une des formes de la bonté, il séduit ceux qui l’approchent et s’en fait, pour la propagation de ses' généreuses idées, des auxiliaires d’autant plus dévoués, qu’il a gagné leur cœur avant de convaincre leur esprit.
Autour de lui, les haines s’apaisent, les di Lions s’atté nuent, il semble que cette nature d’elite soit douée u’une sorre de puissance transmutatrice : à son contact on de vient meilleur.
« Mais le rayonnement de sa bienfaisante influence ne s’arrête pas à l’entourage immédiat ; ses écrits, empreints d’une profonde compatissance pour tous ceux qui souf frent, pénétrent au loin les couches profondes des in connus et y font lever des légions de convertis à la reli gion socialiste. « Son fonds d'affective bonté était surtout inépuisable envers les faibles et les jeunes.
« L’effort des commen- « çants et des humbles est saint, a-t-il écrit dans ses der- « nié res volontés, il faut l’encourager. » Il les encourageait en effet, et c’était touchant de voir comment il s’ingéniait à couvrir les défauts et à souligner les mérites d une pre mière production.
Les débutants se retiraient toujours contents, et combien, sous l’influence de ce paternel ac cueil, ont pu se développer, qui eussent succombé sous le poids d’une critique méritée ! « Ce foyer de bienfaisance devait attirer les dévoue ments. L’on peut dire qu’après ses œuvres et ses actes, ils ont été le plus bel ornement de sa vie.
« Vous en avez un exemple touchant dans la personne de deux lemmes que leur modestie autant que leur douBENOIT .MALON 191 leur cache à vos regards (1). L’une, pendant trois ans, lui a prodigue les soins les plus plus dévoués, les plus assidus, faisant de la santé du pauvre malade l’unique objet de sa vie.
L’autre lui a donné une année de son temps, de sa santé, et, dans une veille ininterrompue de huit mois, dont tous les instants furent remplis de soins vigilants et de reconforts affectifs, a donné la mesure de la prodigieuse force de résistance que communique au frêle organisme qu’est la femme la sublimité du dévoue ment. Pour ceux qui n’auraient pas connu Benoit Malon, de tels faits suffiraient à le juger.
« Il faudrait n’avoir point connu Benoît Malon pour conclure de cette grande bonté à une veulerie de carac tère qui trop souvent explique ce plus noble attribut de l'homme par l’absence de toute virilité dans la vo lonté ; Malon fut faible, il est vrai, et ne sut jamais rien refuser toutes les fois que sa personne ou ses intérêts étaient seuls en cause.
Il ne sut même pas se défendre, car c'était un détestable lutteur pour cette bataille féroce des intérêts qui fait le fond de la société actuelle. Nous le grondions alors. 11 nous désarmait en nous associant à l’un de ses sauvetages, sortes de relèvements moraux ou physiques dans lesquels il dépensait ses ressources et ses facultés pour sauver quelque infortune, panser quelque plaie morale ou ramener quelque égaré. « C’était tantôt la provision du mois qui y passait, tan tôt des semaines ravies à son travail.
Certains font la part du feu pour des habitudes ou des caprices ; avec Malon il fallait compter faire la part de la bienfaisance, et cela ne chômait pas. « Vous savez qu’il meurt pauvre. « Mais à côté de cette faiblesse dans la bonté que blâ meront seuls ceux qui n’ont pas connu l’inelfable vo lupté de la bienfaisance, quelle force nous trouvons dans cet homme aussitôt que nous quittons le terrain indivi duel.
« Ah ! certes, le Vincent de Paul n’atténuait pas en lui le révolutionnaire, l’énergique membre de la Commune, (1) Mmc Sarrazin et M'i * Husson.
IÇ2 l’initiation le ferme administrateur et l’héroïque défenseur du XVIIe arrondissement. Cette contradiction s’explique d'un mot : Malon était altruiste, et, suivant qu’il s’agissait de lui-mème ou de la collectivité, revêtait une nature différente. « Citoyennes et citoyens qui êtes dans cette enceinte, et vous tous oublieux ou indifférents qui êtes restés etrangers à cette manifestation, nous sommes tous cruel lement frappés par cette mort.
Il n’y a pas ici Je deuil individuel, ni de parti, ni de groupe, ni de categorie, ni de nationalité. C'est un deuil universel, car c’est au pro grès de l'humanité tout entière que Benoit Malon a con sacré sa vie. « Mais que le sentiment du devoir social, du devoir humain, refoule dans nos cœurs le cruel déchirement de l’irréparable perte.
« Sursum cordai Haut le cœur 1 « Celui qui ne s’arrêta jamais dans la voie si ardue de la poursuite des justices nouvelles, celui qui au milieu des plus atroces souffrances endurées depuis dix mois ne cessa pas d’augmenter son œuvre, l’inlatigable pionnier dont le dernier regard de moribond fixait encore de tout son reste d’énergie l’aurore de la délivrance qui se lève pour l'humanité, ne nous permettrait pas de rester abîmés dans la douleur.
« Relevons-nous; unissons-nous pour combattre le passé et conquérir l’avenir. « Benoît Malon est mort. « Vive la justice sociale par la lutte et le progrès ! « Et, vocable suprême synthétisant l’être tout entier du grand mort, « Vive l’humanité ! » Le Gérant : Encausse. IMP. E. ARRAULT ET Cic, 6, RUE DE LA PRÉFECTURE, TOURS.