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evae phfcopbiijiii) indépendante des Hautes Etudes Force psychique Thêosophie, Kabbale Gnose, Franc-Maçonnerie Sciences Occultes 2 O11 VOLUME. — 6,ne ANNÉE SOMMAIRE DU N — (Septembre 1893) -------- o< ------- PARTIE INITIATIQUE... PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE.... BIBLIOGRAPHIE PARTIE LITTÉRAIRE Devoirsde l1 Occultisme F.-Ch. Barlet. (p. ig3 à 2o3.) Dédicace Jn Traité élé mentaire de Magie pratique...................
Papus. (p. 2o3 à 207). Analyse de ridée séphirotique............... Jules Lermina. ip. 207 à 2 1 1.) Les Nœuds d'astral.... (p. 21 t à 21 5).
La Monade hiérogly phique, avec nom breuses gravures et tableaux {suiteetfin). (p. 2 î 5 à 23q.) Origine de la Messe avec planche........... (p. 235 à 244.) Le Mythe et les Sym boles du feu chez les premiers cultiva leurs {suite et fin)............. (p. 244 à 245.) Le Drame terrestre... (p. 247 à 2?O.) Incantation (poésie) (p. 2 5 1 à 2 52.) Apparition (nouvelle). (p. 2 52 à 2.66.) Vurgey. Philophôtes. Dr Fugairon.
Dr Fugairon. îFabre des Essarts. Maurice Largeris. J. de Tallenay. Décret du Synode gnostique. — Groupe indépendant d’Etudes ésoté riques.— A nos nouveaux Députés. — Le Défi de M. Pouchet. — Courrier bibliographique. — Névrurgie. — Nouvelles diverses. Rédaction : Administration, Abonnements : rue de ’Trévine. 20
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éterneh qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion : mais clics n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. J a Science experi mentale a conduit les savants malgré eux d : - le domaine des forces purement spirituelles par Fhypnotist . t la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs pr > . xpériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L'Initiation est l’organe principal de cette en issance spiritua liste dont les efforts tendent : Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d’wn même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l'Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, ¡.’Initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent ¡'arbitrage contre l'arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cléricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la. misère.
Enfin ¡'Initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connuset pratiqués des longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. L'Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu elles savent toujours apprécier.
L'In:t;alion parait régulièrement du i5 au 20 de chaque mois et compte déjà cinq années d’existence. — Abonnement: jo francs par an. (Les collections des deux premières années sont absolument épuisées.)
La reproduction des articles inédits publiés pir l'/nitiation est formellement interdite, a moins d'autorisation spéciale. PARTIE INITIATIQUE devoirs de l’occultisme Mon cher Directeur, Permettez-moi Je vous adresser quelques mors de remerciement pour l’honneur inattendu que vous m'avez fait en me dédiant si gracieusement votre magistral Traité de Magie pratique.
Nos lecteurs et nos chers collègues voudront bien, en faveur des cir constances. me pardonner d’usurper ainsi leur atten tion ou la place qui leur convient. Ce n'est point, en effet, de personnalités que je désire parler ; \’Initiation n'en doit admettre d’aucune sorte.
Je n'insisterai donc point sur tout ce qu'il y a d’ingé niosité. de profondeur, de clarté de science, d’érudition en cet ouvrage, auquel je suis tout fier de me trouver associé ; je n'ai pas à faire ressortir non plus avec quelle aisance vous avez, tout jeune encore, acquis ou découvert au delà de ce qu'une intelligence comIQ-4l initiation mune comme la mienne ne reconnaît qu’après vingt ans d’efforts.
Un mot peut suffire aussi pour nie défendre moimême des indulgences de votre amitié : Sans vous, je serais ignore comme je le mérite, assurément et si j'ai été assez heureux pour vous faire participer quelque fois. comme vous le dites, aux leçons que âge m'a données, c’est à la grandeur de votre œuvre ou au dévouement que vous lui consacrez, non à quelque mérite de ma part, qu'il en faut faire remonter l ’ins piration.
Mais là n’est point l'intérêt public de votre affec tueuse dédicace.
Je liai pas seulement à vous remercier cordialement d’avoir proclamé, en y joignant le nom trop peu connu de notre cher Lejay, l’amitié qui nous a rapprochés dès notre première rencontre : ce qui peut être utile à rappeler, c’est la raison d'être et la por tée de cette union, et pour cela, il faut insister plus vivement que votre réserve ne l'a fait sur le caractère de votre œuvre dans son passé ou son avenir.
Il serait superflu de s'étendre plus que vous ne l’avez fait sur le précepte que vos traités font si bien ressortir : l’occultisme n’est pas tant une science dans l’acception ordinaire de ce mot, qu’un ensemble de principes supérieurs qui domine toute science et toute réalisation.
La fonction de ses parti sans n’est donc pas de le révéler comme un secret invariable dans son expression, mais de le revêtir des formes appropriées à chaque époque, ou pour mieux dire, avec vous, d’adapter ces formes aux lois uni verselles.
DEVOIRS DE L’OCCULTISME 195 Un occultiste doit donc être toujours de son temps — il faudrait même presque dire du temps suivant — et, bien qu’il ne doive cesser d’étudier le passé, il n'en doit retenir autre chose que ses enseignements ou ses principes.
C’est pour cela qu’on nous voit tous si sympathiques aux efforts les plus hardis, si indul gents aux derniers novateurs de tous genres, artistes ou sociologues, politiques ou savants: n’avons-nous pas leur amour ardent du mieux, leur foi dans la puissance humaine, leur certitude d'une direction supérieure en correspondance avec F Universalité de nos aspirations, la conviction que nous touchons aux principes premiers de notre monde?
Nous regardons donc comme le premier de nos devoirs de développer ces principes en applications immédiatement réalisables pour notre société dans toutes les branches de l'activité humaine, c’est-à-dire en science, en art, en morale précise, en sociologie ou en religion ; les symboles, si magnifiques qu’ils soient, ne peuvent plus suffire, nous le savons, à notre époque démocratique et positive.
C’est ce que nous pensons tous, c’est ce que nous nous efforçons d'appliquer de notre mieux dans ce groupe d'études ésotériques où vous avez réussi à nous rassembler. Mais ce que l'on sait moins même, je crois, parmi nos amis, ce qu’il n'est pas aussi facile encore d'intèrpréter, c’est la suite de vos efforts et la nature des difficultés que vous avez dû vaincre pour nous mettre à même d’accomplir ces travaux. 11 est bien utile cependant que nous nous en rendions compte;
196 l’initiation et je me trouve, à ce qu'il me semble, particulière ment à meme d'aider cissemcnt. car il faut avoir vécu dans votre intimité, il faut avoir possédé ces bonnes heures d'expansion que votre lettre rap pelle pour savoir ce que vous ont coûté les réalisa tions entreprises au milieu des travaux intellectuels les plus abstraits ou des exigences de la vie s jciale, pour pénétrer, comme vous savez le faire d'avance, tout l’avenir de ces fondations aussi simples que fécondes dont vous avez le secret.
Parmi ceux que vous avez rassemblés, il en est peu. je crois, qui aient assisté à vos débuts. On ne se rappelleguère aujourd'hui où en était l'occultisme en 1SS6.
Le spiritisme, presque seul, se débattait depuis trente ans dans les efforts impuissants d’unification auxquels le condamne sa nature d'abandon passif: l’œuvre admirable du marquis de Saint-Yves avait fait son apparition, mais comme une illumination subite, l’éblouissement d'un éclair dont la puissance bienfaisante se diffuse, longtemps méconnue, dans la nature qu’il vivifie.
Un seul s’efforcait alors de la divulguer: c’était mon ami René Caillié. âme aussi désintéressée, aussi active peut-être que la vôtre, mais plus isolée dans la sphère idéale, plus enfermée loin des réalisations quotidiennes dans la confiance et l’indulgence de son excellent cœur.
Sa revue de l\4;ztimatérialiste. la première, en France, qui ait parlé de l'occultisme, avait eu pour effet d’encourager l'am bition plus ou moins tyrannique de personnalités d’autant plus inutiles à nommer que les principales sont aujourd’hui disparues.
DEVOIRS DE L’OCCULTISME r97 Il suffit de rappeler comment la bonne foi de notre dévoué et consciencieux ami Gaboriau en avait été surprise, comment les difficultés nées de ces convoi tises firent périr son Lotus, si apprécié dès le début» si recherché maintenant.
Il suffit de redire, en outre, combien, à côté du spi ritisme troublé par ce mouvement nouveau qui devait lui enlever nombre de ses meilleurs adeptes, d’autres doctrines réclamaient, et sou vent avec beaucoup moins d’autorité que d’intolérance, la possession exclusive et infaillible de la vérité: Boudhisme, Brahmanisme. Johannisme plus ou moins pur. Magisme plus ou moins savant.
Cabale, Judéo-Christianisme, Catholi cisme. se précipitaient à l'assaut des consciences: sans compter quelques aspirants excentriques au Pon tificat suprême, ou sans parler de quelques inconnus que la lumière nouvelle faisait à peine apercevoir dans l'ombre où ils se plaisent à poursuivre modeste ment leur développement mystérieux.
C'est du milieu de ce chaos primitif que, sans aucun secours matériel, comme vous le rappelez, vous avez fait surgir audacieusement un centre et une revue, corps et âme. qui survivant à toutes les tenta tives de vos prédécesseurs, se sont enfin, depuis plus de cinq ans, imposés à l'attention publique autant qu'il le fallait pour l’obliger à compter avec l'Occultisme comme avec une doctrine qu’on n'a plus le droit de négliger.
Comment avez-vous atteint ce résultat si désiré? Vous saviez bien que le public n’accorde ses suffrages qu’à celui qui fait acte de puissance réelle ; vous
l'initiation 198 saviez aussi que la force idéale a deux moyens de se faire accepter: ou de s'exposer simplement aux regards en quelque œuvre solide, en comptant sur le temps pour la laisser survivre aux ruines des autres, ou de se comparer avec éclat à ses rivales en un concours immédiat pour la survivance.
Vous étiez également capable de l'un et l'autre procédé ; vous l’avez assez prouvé en les combinant, en appuyant vos œuvres, si originales et si suggestives, de ces créations actives, de ces réalisations que je rappelais tout à l’heure.
Mais soit à cause des susceptibilités qu'elles ont froissées, soit que vous ayiez cru devoir, en raison des circons tances, donner la prépondérance à l'action immédiate, la valeur de vos travaux n'a pu vous garantir de ces écœurements rappelés dans votre dédicace, des dangers peut être même dont ils menacent l'avenir de votre œuvre, des difficultés en tous cas qu'ils lui créent.
Vous savez comme nous souffrons avec vous de ces misères, aussi j’espère qu’il ne sera inutile ni pour nos amis, ni pour nos rivaux eux-mêmes d’entendre quelques mots de conciliation de celui qui, confident de toutes vos pensées, ne s’est pas trouvé comme vous dans la nécessité de sacrifier aux exigences de la lutte jugée nécessaire, ses sentimeuts de fraternelle tolérance, ses sympathies, et jusqu’à ses amitiés elles-mêmes.
Les échecs répétés et de plus en plus éclatants de vos prédécesseurs vous avaient convaincu qu’il fallait sous peine de mort que l’occultisme s’attaquât vigou reusement à ces pavots dont les têtes ambitieuses s’élevaient au-dessus de tous pour imposer la fatalité de leurs parfums suspects.
DEVOIRS DE L’OCCULTISME z99 Vous étiez préparé mieux que qui que ce soit pour ce difficile combat.
Je ne parle ni de la science ni de l'érudition acquises par plusieurs années d'un labeur silencieux, ni de cette activité pratique qui vous rend infatigable: votre supériorité s'accusait surtout par le désintéressement avec lequel vous vous donniez sans ambition personnelle au service d’une cause bien précisée, et par cette tolérance qui vous a permis de rassembler sans distinction d’opinions toutes nos bonnes volontés, sachant qu’elles ne demandaient qu'à grouper leurs divergences pour les effacer.
Mais la lutte qu'il fallait soutenir pour profiter de ces avantages devait traverser plusieurs phases néces saires dont on ne se peut rendre compte qu’en s’en rappelant toutes les conditions : Vous avez eu pour vous d'abord la coalition de tous ceux à qui les plus puissants de vos adversaires por taient ombrage, mais, de ceux-là plus d’un devait à son tour vous disputer le fruit de la victoire ; de vieilles amitiés d’enfance devaient meme succomber à cette épreuve de la jalousie !
Vous auriez pu, à ce qu'il semblait, négliger ces rivalités plus intimes; les per sonnalités dangereuses pour le triomphe de notre cause étaient dominées, la plupart des autres grou paient, spécifiaient les différentes convictions que votre tolérance devait admettre. Mais vous avez pensé que l’Unité était obligée de s’affirmer plus fortement encore en face du public ; de nouveaux sacrifices étaient nécessaires. Je sais mieux que qui que ce soit ce qu’ils ont coûté à la déli catesse de votre générosité, à commencer par cette
200 l’initiation séparation d’avec le plus artiste de nos confrères, séparation que l'exagération meme de ses qualités a rendue aussi éclatante qu'indispensable. Celte néces sité créait une situation nouvelle. Comme le public commençait seulement à appré cier tout l'intérêt de cette lutte, il fallait que les coups en devinssent plus retentissants, plus matériels pour qu'il pût les reconnaître.
C'est ainsi que vous avez cru devoir céder, sous peine d'excommunication de toute l’œuvre entreprise, à ce préjuge social qui vous a mis un jour en face d’un confrère égaré — de bonne foi peut-être — dans l’injure grossière. Je sais quel sacrifice fut imposé, non à votre cou rage qui s’en fut plutôt réjoui, mais à la bonté de votre cœur, alors qu'il vous fallut recevoir ce baptême du missionnaire résolu à descendre au milieu de la foule.
C’était sans doute l’épreuve terrible qui s'im pose à tout créateur quand il approche du but : c’est en tout cas, dans votre pensée même, n’est-ce pas. la fin de cette période pénible que devaient traverser nos rivalités d’occultistes empressés au triomphe de la cause commune.
Si l’œuvre a dû s’imposer d’abord à la mauvaise volonté d’adversaires aveugles ou intéressés ; si eux écartés, la seconde phase vitale, celle de la diffusion qui forme les groupements secondaires, a créé des chefs nouveaux, de nouvelles rivalités, et si celles-ci ont dù fatalement se ressentir encore de la vivacité des premières luttes, nul ne sait mieux que vous que. de par nos principes, la troisième phase est celle de la synthèse en une Unité puissante, et que la condition
DEVOIRS DE L’OCCULTISME 201 première de ce grand œuvre est que la tolérance, mieux encore: la fraternité domine le plus tôt possible toutes nos divergences.
C'est ce que vous nous rappelez en votre dédicace en nous disant que « de nos nombreuses écoles rivales... cellules embryonnaires » de l’ètre à qui nous enten dons donner longue vie, « beaucoup sont dignes d’un sérieux intérêt, et toutes méritent le respect. » Combien d’enseignements différents, combien de pratiques diverses ne devons-nous pas créer en effet, pour répondre aux aspirations, aux capacités variées du public que nous avons souhaité et de qui vous avez forcé pour nous l’attention.
Ce n'est donc plus de sacrifices au salut commun qu'il s’agit entre nous tous, c’est d émulation frater nelle. autant qu'ardente, dans l'étude, dans l'aposto lat. Les griffes du sphinx ont dû se déployer, toujours à regret, mais les voici rentrées : c'est la tête, ce sont les ailes à présent qui vont seules seconder le travail de ses flancs courageux.
S'il peut, s'il doit s'établir désormais quelque hié rarchie entre nos groupes les plus différents, c’est au plus digne d'entre nous qu’il appartiendra d'en hâter l'éclosion, et la dignité ne se mesurera qu’à la pro fondeur, à la solidité des œuvres doctrinales ou so ciales.
Vous n’avez donc qu’à vous réjouir des essaims échappés de vos propres institutions ou appelés par elles au mouvement ; ils en prouvent la vitalité ; si loin qu’ils s’écartent ils en transportent lame. Ici encore, du reste, mon cher ami, vous vous ré
202 l’initiation vêlez notre maître. Tandis que nous eu sommes en core à ces œuvres inachevées, à ces esquisses, à ces projets, à ces espérances, dont je n’ose pas même préciser l'ensemble plus que vous ne le faites en votre allusion dans le dernier numéro de Y Initiation (page 98). vous avez déjà produit cet étonnant Traité de magie pratique, connu maintenant sans doute de tous nos amis.
Feuilleté seulement, il va dire à ceux qui ne vous connaissent pas encore entièrement de quelle science, de quel apostolat vous êtes capable, tout ce que nous pouvons espérer de vous, enfin, quand vous n’allez plus être distrait par les écœurements des luttes fasti dieuses.
Et si je ne me trompe, la dédicace affectueuse que vous avez voulu m'en faire, à moi à qui, parmi nous, mon tempérament a toujours assigné le rôle d’apaisement et de fraternité, dit assez votre désir d'inaugurer une période de labeur silencieux et profond. Pour nous, cher ami, vous avez aussi rendu le devoir plus pressant, plus grande l’impatience de réaliser en travaux semblables aux vôtres les doctrines qui nous enthousiasment et nous animent.
Votre réa lisation même nous oblige à activer nos créations si nous voulons nous montrer dignes de la carrière que vous avez ouverte à nos désirs, à notre zèle. Nous devons être impatients de démontrer à nos rivaux euxmêmes que les convictions qui nous éloignent d’eux sans nous séparer d’intention, se fondent sur des principes d'une fécondité réellement puissante. Quant à vous, vous aurez bientôt fait, en cette lutte
DÉDICACE DU « TRAITE DE MAGIE PRATIQUE » 203 nouvelle, de gagner l’affection de tous ceux que vos succès ont plutôt étonnés jusqu’ici, mais qui vont apprendre à vous connaître entièrement. F.-Ch. barlet. DÉDICACE DU Traité élémentaire de Magie Pratique' A F.-Ch. BARLET Auteur de /'Essai sur ï Évolution de l'idée, de la Chimie synthétique, de ïEnseignement intégral.
Cher ami, Permettez-moi de vous dédier ce livre, à vous qui êtes le représentant le plus éminent de la tradition initiatique d’Occident. Depuis plus de dix-huit ans, vous poursuivez la solution des plus hauts problèmes qui se puissent présenter à l'esprit de l'homme.
En dehors de toutes les luttes comme de toutes les sectes, vous avez su réserver vos efforts pour l’étude sérieuse et approfon die de nos sciences contemporaines, et cette étude vous a conduit à la science occulte, considérée par vous comme la seule voie synthétique de réalisation dans tous les ordres de l’intellectiialité.
Mais vous (ï) Nous reproduisons, pour les lecteurs qui n’auraient pas la Magie Pratique, la dédicace à laquelle fait allusion F.-Ch. Barlet. (N. D. L. D.)
l'initiation 204 avez voulu montrer que l'occultisme tirait sa plus grande force de {'adaptation à nos connaissances actuelles de la méthode qu'il révèle.
Vos travaux sur la loi d'évolution de l'idée à travers les âges, sur la chimie synthétique, sur la sociologie, et enfin votre programme de réformes raisonnées de notre enseigne ment à tous les degrés, sont venus révéler à vos lecteurs que l'étude de la science occulte mène à d'autres voies que les redites sur les anciennes initia tions et les considérations sur le ternaire auxquelles se livrent les jeunes débutants encore impuissants à rien adapter.
Vos ouvrages qui touchent aux mathé matiques autant qu'à la biologie. sont venus nous venger de cette injure, prétendant que nous sommes condamnés à rester pétrifiés dans l'étude de 1 anti quité. C’est en alliant la méthode synthétique que nous a léguée cette antiquité avec la rigueur analytique de l’expérimentation contemporaine, que vous êtes par venu (et que tous ceux qui suivront vos traces parviendront) à faire œuvre originale et solide.
Près de vingt années d’un travail opiniâtre vous furent nécessaires pour mener à bien la tâche entreprise; mais grâce à vous, l’occultisme est près de sortir de la voie dangereuse où l’entraînaient les étourderies de ceux chez qui l’imagination remplace le travail et la science.
Vivant loin de Paris, connaissant depuis longtemps la plupart de ces pratiques ignorées aujourd'hui, vous êtes plus près qu’aucun de nous de la source même des enseignements de nos maître de l’invisible, et je vous dois un public témoignage de gratitude pour les
DÉDICACE DU « TRAITE DE MAGIE PRATIQUE » 205 avertissements et les conseils que vous nous avez toujours envoyés inopinément et au moment propice. Grâce à ces avertissements, venus de haut lieu, nous avons toujours été prévenu de toutes les attaques, nous avons pu déjouer toutes les embûches et pour suivre sans faiblesse notre œuvre de réalisation.
C’est sans argent et sans demander la moindre cotisation ni la moindre somme aux membres de nos groupes d’études que nous avons créé ce mouvement en faveur des études ésotériques, et que nous sommes parvenu à enrayer le matérialisme, tout aussi dange reux que le cléricalisme, qui menaçait d'entraîner les esprits de toute la jeune génération à la banqueroute de la conscience et de la morale.
L’argent est un moyen et non un but : c'est en méconnaissant cet enseignement que les sociétés,, comme les individus, se suicident. En nous démontrant le triomphe de l’idée, sa souveraineté et son évolution dans l’histoire de l'humanité, vous avez, mon cher ami, rendu à notre cause un service pour lequel elle vous doit une éternelle reconnaissance.
Dans l'oeuvre commune, j'ai eu personnellement le grand honneur d’être délégué à la réalisation, et de batailler de la parole ou de la plume (parfois aussi de l’épée) pour le succès de nos idées.
Vous savez, mon cher ami, comment, dans les moments de déses poir, alors qu'accablé par les calomnies et les sar casmes, accusé d'agir en dilettante avide de gros sous quand mes pauvres honoraires et mes droits d'auteur alimentaient nos publications, vous savez combien me fut précieuse votre amitié et celle de notre cama2oô l’initiation rade Julien Lejay ; comment, après nos réunions là-bas, au contact de votre savoir et de votre exemple, je revenais plus ardent à la lutte et plus opiniâtre au combat quotidien.
Aujourd'hui le succès désiré est venu couronner nos efforts, et ceux qui suivent révolution intellectuelle de la jeune génération savent combien la réaction contre le matérialisme est évidente. Mais les esprits timorés craignent les mots d'occultisme, d'ésotérisme et de magie.
Après avoir été les initiateurs du mouvement, nous sommes devenus dangereux pour les gens qui seront en place demain, et l’on voudrait bien utiliser les idées en changeant ces vilains mots.
Parmi les nombreuses petites écoles rivales, dont l’existence est aussi nécessaire à l’élaboration d‘un mouvement intellectuel que la multiplication des cellules embryonnaires est nécessaire à l'élaboration d’un corps physique, beaucoup sont dignes d'un sé rieux intérêt et toutes méritent le respect.
Nous ne pro testerons personnellement que contre les hommes qui prétendent ramener les intelligences, évoluées par la science contemporaine, dans le giron du cléricalisme agonisant. C’est là le grand danger qu'on doit signaler aux jeunes esprits avides d’idéal : pour le reste, suivez vos aspirations et méfiez-vous de Voltaire autant que de Loyola.
J Pour nous, mon cher Barlet, nous avons la certi tude que la science occulte possède une méthode syn thétique applicable à nos connaissances contempo raines, et vos travaux en sont la meilleure preuve.
ANALYSE DE l’iDEE SÉPIIÎROTIQUE 2O7 Nous ne ferons pas banqueroute à nos convictions, malgré le dilettantisme dont on se plaît à nous accuser, et ce traité, auquel je travaille depuis long temps. je suis fier de l’intituler : Traité de Magie, et plus lier encore de vous le dédier.
Là s’arrête mon ambition : l’avenir montrera si nous avons été de simples rêveurs, ou si, au contraire, nos efforts désintéressés furent utiles à nos frères en humanité. Papes.
SELON L’ÉTHIQUE DE SPINOSA D'après le Df Jeilincks, Études sur la Kabbale, Leipzig, i85a. ! * I. \n Définition.— Parl’Etre qui est la cause et le gou verneur de toutes choses, je comprends le A ïn-Soph, c’est-à-dire un être infini, libre, absolument iden tique à lui-même, uni en soi, sans attributs, ni volonté ni intention, ni désir ni pensée, ni parole ni action.
20 Définition. — Par les Sephiroth. je comprends les potentialités qui ont émané de l’Absolu, AïnSoph, toutes entités limitées par la quantité, qui, comme la volonté, sans changer de nature, diffé rencie les choses qui sont les possibilités de choses multiformes.
2o8 l’initiation (d) Preuve. — Chaque effet a une cause, tout ce qui prouve ordre et dessein a un directeur. b) Preuve. — Tout ce qui est visible a une limite, ce qui est limité est fini, ce qui est fini n’est : as abso lument identique ; la cause première du monde est invisible, donc illimitée, infinie, absolument iden tique, Aïn-Soph. (çi Preuve. — Comme la cause première du monde est infinie, rien ne peut exister en dehors d’elle. ni sans elle.
Elle est immanente. Scholie. — Comme Aïn-Sopii est invisible et clair, il est la source de la foi et de l’incroyance. II. Proposition. — Les Sephiroth sont le médium (l’intermédiaire) entre l’absolu Aïn-Soph et le monde réel (des choses.) Preuve. — Comme le monde réel est limité et non parfait, il ne peut pas procéder directement d’AïxSoph. Encore Aïn-Soph doit exercer son îniluence sur lui ou sa perfection cesserait.
De là les Sephiroth qui, dans leur intime connection avec l’Aïn-Soph. sont parfaits et, dans leur différenciation (multiplicité . sont imparfaits, doivent être l'intermédiaire. Scholie. —Puisque toutes choses existantes sont nées par le moyen des Sephiroth, il y a un plus haut, un milieu et un plus bas degré dans le monde réel (voir plus loin proposition VI). III. Proposition.— Il y a dix Sephiroth intermé diaires.
Preuve. — Tousles corps ont trois dimensions, chaANALYSE DE l’iDEE SÉPHIBOTIQUE 20g cune desquelles répétant les autres 3 X 3) ; et. en ajou tant l'espace, nous obtenons le nombre io. Comme les Sephiroth sont les potentialités de tout ce qui nous limite, elles doivent être au nombre de io. fl) Scholie. — Le nombre io ne doit pas contredire l'unité absolue de Aïn-Soph.
Comme il est la base de tous les nombres, la pluralité froide de l'unité, le germe contient le développement, comme le feu. la fiamme. les étincelles et la couleur ont une base, quoique différant les uns des autres. ¡¿>) Scholie. — Comme la réflexion de la pensée, ou même l'esprit comme objet de la réflexion sont limités, deviennent concrets et ont une mesure, quoique la pure pensée procède de Aïn-Soph^ la même limite, mesure et concrétion sont les attributs des Sephiroth.
IV. Proposition. — Les Sephiroth sont des émana tions, non des créations. i° Preuve. — Comme l'absolu Aïn-Soph est parfait, ¡es Sephiroth qui procèdent de lui doivent être par faites . De là, elles ne sont pas créées. 2° Preuve. — Tous les objets créés diminuent par abstraction. Les Sephiroth ne diminuent pas, car leur activité ne cesse jamais. De là, elles ne peuvent être créées.
Scholie.— La première Sephiraétait dans Aïn-Soph en puissance avant de devenir une réalité. La seconde Sephira est émanée comme puissance pour le monde intellectuel. Et ensuite les autres Sephiroth ont été émanée pour les mondes matériel et moral. Ceci
2 10 l’initiation f n'implique pas un Avant et un Après ou une grada tion d'Aïn-Soph, mais, de même qu'une lumière d’où d'autres lumières ont été enflammées qui brillent plus tôt ou plus tard, ainsi il embrasse tout en une unité. À . Proposition. — Les Sephiroth sont à la fois actives et passives.
Preuve. — Comme les Sephiroth ne sont pas hors de l'unité d'Aïn-Soph, chacune d'elles doit recevoir de son prédécesseur et communiquer à son successeur, c'est-à-dire être réceptive et communicatrice. VI. Proposition. — La première Sephira est appelée Inscrutable Hauteur, Rous Maaulah; la 2 . Sagesse. Chokmah ; le 3e. Intelligence. Binah : la4 . Amour, Chesed :1a 5e, Justice, Pachad : la 6e, Beauté. Tipherelh ; la 7e, NeRac/i. Fermeté; la 83.
Hod, Splen deur: la 9e (la Droiture) est la fondation du monde, T^edek Yesod Olahm, la Droiture, E^edek.
''a'} Scliolie.—Les trois premières Sephiroth suivaient le monde de la pensée, les trois secondes le monde de l’âme, les quatre dernières le monde du corps, cor respondant au monde intellectuel, moral et matériel. (F) Scholie. — La première Sephira est en relation avec l’àme, en temps qu’elle est appelée Unité, Yechidah : la 2e, autant qu’elle est dénommée Vivante, Chiah: la 3e, autant qu’elle est dénommée Esprit, Ruach; la 40, autant qu’elle est dénommée principe vital. Nephesch ; la 5e, autant qu’elle est appelée Ame, Neschamah ; la 6e opère sur le sang, la 70 sur les os,
LES NŒUDS b’ASTRAL 2 I I la 8e sur les veines, la g0 sur la chair et la 10e sur la peau. (c) Scholie. — La première Sephira est comme la lu mière cachée, la 2e comme le bleu-azur, la 3e' comme le jaune, la 4e comme le blanc, la 5e comme le rouge (blanc et rouge sont le microprosopusl, la 6e comme blanc rouge, la 7e comme rouge-blanchâtre, la 8* comme blanc-rougeâtre, la 9e comme blanc-rougeblanchâtre-rouge-rougeâtre-bleu, et la 10e comme la lumière réfléchissant les couleurs. (Extrait d’une Étude sur la Kabbale, par M. Jules Lermina.) LE MIRACLE DE WOLE U VE-SAINT-LAMBERT Combien le sang qui s'est offert soi-même à Dieu, sans nulle tache, par l’Esprit éter nel, purifiera-t-il vos con sciences des œuvres mortes'. (Ep. saint Paul aux Heb..
IX, t4.) Il existe à Woleuve-Saint-Lambert (1) une chapelle miraculeuse, dite de Marie-la-Misérable, dont l’his toire comme l’atmosphère constituent dans l'astral. — (1) A 8 kilomètres de Bruxelles, sur cette même Woleuve qui arrose le jardin de Van Helmont.
2 I 2 l’initiation que 1 on considère celui-ci comme un tissu ou comme une étendue simple,— un point de concentration défi nitif et fécond. Lne jeune fille, née en 1270 dans cette commune, avait fait vœu de pauvreté et renoncé au monde. Déjà aussi à cette époque s’élevait dans cette localité une jolie chapelle où elle prononça solennellement ses vœux de chasteté.
Un jour, elle fut l’objet de proposi tions coupables de la part d’un jeune h. »1 n k de son village qui l’avait remarquée tandis qu'elle traversait le bois de Linthout, partie de la foret de Seigues détruite sous le gouvernement hollandais. Marie, — c'était son nom,—repoussa avec indignation les hom mages d’une passion que ses vœux rendaient sacrilège. Un dessein odieux germa alors au cœur du misérable.
11 se glissa dans une maison où la jeune fille était reçue, s'empara d’un hanap d'argent et le cacha dans la besace de la jeune ermite. Il osa menacer sa vic time de révéler son méfait si elle persistait à le repous ser. Marie préféra mourir pure.
Nous disons mourir, car la justice de ce temps était prompte et violente, et, malgré les larmes de la jeune fille et la considération dont elle était entourée, la preuve du délit sembla convaincante au mayeur pusillanime.
Marie obtint, pour toute grâce, en passant devant la chapelle où elle avait si souvent trouvé le bonheur de la prière, de pouvoir y entrer une dernière fois pour s’y prépa rer au sacrifice de la vie (1). (1) Elle y pria longtemps devant un tableau religieux aujour d'hui perdu. Lors des invasions françaises, il avait été transporté à Bruxelles, et il y fut brûlé en août i6g5, pendant le bombar dement ordonné par le maréchal de Villeroi.
LES NŒUDS D’ASTRAL 2 I 3 Sur le lieu même de l’exécution, ou plus justement du martyre, le calomniateur fut subitement frappé de démence. On reconnut, dit un auteur i , que c'était une véritable possession, et ses parents le conduisirent dans toutes localités réputées pour leurs cures miracu leuses en cette spécialité. D'autrepart, la voix publique proclama l'innocence de la victime et considéra la démence du délateur comme une punition divine.
On ne parla plus que des vertus de la défunte et de la nécessité de la retirer honorablement du sein de la terre où elle avait été enfouie. La nuit, apparaissaient sur sa sépulture treize fantômes vêtus de blanc et tenant chacun un flambeau à la main. Les fantômes en faisaient trois fois le tour: l’un deux avait la tète ornée d’une couronne éblouissante.
On se résolut à exhumer le corps de Marie-la-Misérable et à le trans porter dans la chapelle qu’elle avait toujours fréquentée avec tant d'amour. On l’y ensevelit sous l'autel. (2 . Depuis sept ans, l’auteur de son supplice luttait en vain contre le démon du remords qui s etait emparé de sa personne. En désespoir de cause, sa famille se décida à le conduire sur une charrette à la chapelle où reposait sa victime innocente.
On eut toutes les peines du inonde à introduire le malheureux, tant était vive la résistance de l’esprit malin qui ne voulait pas lâcher sa proie.
11 fallut sonner la cloche et appeler à la (1) Anonyme (baron Hody), qui a résumé en une brochure dont je me’ sers présentement les données des anciens auteurs sur cette légende qui a inspiré notamment un poème de 1,404 vers au xvin * siècle. (2) Ce qui lui assurait déjà la « sainteté On la fêta le 18 juin (Ac/u Sanctorum.)
l’initiation 214 rescousse les gens du voisinage: les quatre chevaux attelés à la charrette negravirent la montagne qu’avec difficulté, à cause du poids inexplicable de la charge. Amené ainsi, malgré lui. devant l'autel, le démon dis parut tout à coup au milieu d'un grand bruit, et le malade, tombant à genoux, remercia hautement Dieu et Marie, à l'intercession de qui il avouait devoir sa délivrance.
Depuis, la chapelle n'a cessé d’ètre le but de nombreux pèlerinages. De nombreuses messes y ont été fondées à toutes les époques, grâce surtout à cette circonstance qu’elle fit, parla suite, partie du pittoresque domaine seigneurial de l'endroit comté de Croinhem, seigneurie de Stockel, Woleuve-SaintPierre, Saint-Lambert et Saint-Etienne) 1 . Dillérents ordres y ont officié (Carmes, Dominicains . Longtemps, des confréries s'y réunirent (Rosaire).
La chapelle, comme nous l'avons dit, date du xmc siècle. Elle a été restaurée aux xve et xvme siècles. Elle est orientée selon les traditions canoniques. On y re marque, outre des pierres tombales armoriées, des tableaux très détériorés, un tronc daté 1 574. une grille et une chaire Renaissance, un confessionnal des plus primitifs. La cloche date de 1597. Le clocher et l'autel seuls ont été suffisamment entretenus.
L’ensemble de mande une réparation urgente. C’estce milieu, dont l’astral est cultivé incessamment depuis six cents ans, que la branche KuMPtS du Groupe ésotérique a tenu à montrer à quelques-uns (1) André de Brabant'. Le château de Croinhem, datant du xvii« siècle, a appartenu aux familles de Kieilel, dont on voit des sépultures dans le chœur de la chapelle de Berchem, de Hinnisdoel, de Thiennes, de la Boissière (propriétaire actuel).
LA MONADE HIEROGLYPHIQUE 21 5 de ses membres le jour même de la fête de celle qui en est toute la gloire, estimant que rien ne rentre mieux dans le cadre de ses études pratiques (i). (Pour la section A. Paracelse, de KuMPiS, B. G.
E.) yvrgeY. (HERMÉTISME) La Monade Hiéroglyphique de Jean Dee, de Londres Traduit du latin et commenté par Philophotes. (Suite et fin.) Théorème XXI. — Vous avez vu plus haut quelle serait la transformation de notre Monade, si ce qui est caché, enveloppé dans ses replis, était mis en lumière et si ses principes premiers, pour ainsi dire externes, étaient réin tégrés en son sein.
Maintenant, je vous propose une transformation locale de notre Monade, nous mettrons en avant les parties dont nous avions d’abord extrait les symboles des planètes supérieures, puis ceux des autres planètes, en leur donnant au sort leurs places, ainsique, dit-on, Platon le vit en songe. (i) Etudes 83. Analyse de l’étude: vœu, martyre, remords et démence ; consécration et expiation, équilibre, mécanisme d’une évolution.
On trouvera certes pieusement choisie la date de cette excursion scientitique J’avoue que le groupe a mis en outre une certaine coquetterie à combler une lacune des plus regrettables. En effet, la cure de Woleuve-Saint-Lambert. qui dit les messes de fondation quand bon lui semble, ignore absolument la fête du 18 juin et livre en ce jour mémorable la chapelle à de plus zélés. Esprit de clocher, fabrique d'é glise et misère.
2 i6 l’initiation En effet, à partir du sommet du Bélier, on trouve Saturne, Jupiter, Mars. Plus bas la croix nous donne Vénus et Mercure. Enfin on trouve le Soleil lui-même et l'humble Lune (i), mais ces choses seront traitées ailleurs ; je n’ai cependant pas voulu cacher ces mys tères de notre Monade, et j’ai donné la raison pour laquelle l’aspect de notre Monade change.
Voyez et oyez d’autres mystères plus grands au sujet de cet aspect, car ils vous seront utiles; je vous les expli querai brièvement. Séparons donc la Monade, ainsi distribuée en ses par ties anatomiques B D C. Dans ce nouveau ternaire les symboles de D et de C sont connus, meme des rustres. Le troisième, figuré par B, ne peut être aussi facilement connu de tous. Il ne faut le considérer à la légère (2).
Il faut démontrer tout d'abord que ces figures si remarquables sont différentes de B, deuxièmement que les cornes de C sont pour ainsi dire tournées en bas vers la terre. Dans le centre de D seul est visible un point véritablement terrestre.
D et C ensemble pré sentent leurs signes hiérogl y phi- (l’A partir du commencement de l'œuvre, c'est-à-dire du 2 1 mars bélier , les couleurs de la pierre se développent sériellement : noirceur ^Saturne , blancheur capillaire (Jupiter . .Mars, Vénus et Mercure sont ici inversés, on doit lire Mercure ou plutôt Lune, Vénus et Mars. Le Soleil 'rouge parfait) termine la série.
Pour plus de détails, voir Philalèthe, Entrée ouverte au palais fermé du roi, et Poisson, Théories et Symboles. (2) Jean Dee considère maintenant son symbole renversé. On sait qu’en magie les pantacles affectent un sens différent selon qu’ils sont droits ou renversés. Le triangle à sommet supérieur, c’est Dieu, le triangle à sommet inférieur, c’est son reflet, c’est son ombre, c’est Satan.
Le pentagramme la pointe en haut figure le Microcosme,c’est alors un signe aux influences bienfaisantes ; la pointe en bas, c’est la tête du bouc Mendès, c’est le Baphometau Temple : le crucifix renversé est un signe satanique au plus haut degré ; il trônait sur l’autel pendant la Messe noire.
LA MONADE HIÉROGLYPHIQUE 2I7 ques en des lieux plus inférieurs que B. La terre sym boliquement peut figurer pour nous la stablité et la fixité. Quels sont D et C ? Nous le laissons à conclure de ce qui précède. D’où s’il s’ensuit que chacun peut dès maintenant noter un grand secret. On peut étudier ce que nous avons déjà dit du Soleil et de la Lune, afin d'en tirer une interprétation complète et très nécessaire.
Jusqu’ici les cornes de la Lune étaient dit igées en haut (1). Mais assez sur ce sujet. Nous allons examiner la nature du troisième symbole au point de vue des fonde ments de notre art hiéroglyphique. Il semble porter à son sommet une Lune double, ou plutôt le signe de notre Bélier, mais ren versé mystérieusement. Ensuite il présente le symbole des élé ments.
Pour ce qui est de son union avec une double Lune, on peut l’expliquer envers la matière subjective comme représentant degré lunaire. Nous parlons ici des degrés le double que les philosophes habiles peuvent trouver en toutes choses créées: être, vivre, sentir et comprendre. Nous retrouvons donc les deux premiers degrés dans notre Lune, car nous affirmons qu’elle est et qu’elle vit.
Il y en a en effet qui regardent la vie comme étant du mouvement (2) ; or il est reconnu que la Lune a six mouvements démontrés. La Croix que nous remarquons ensuite dans ce symbole nous dénote les quatre élé ments.
Dans nos hiéroglyphes, nous avons la plupart du (1 C’est-à-dire il n’a parlé que du Mercure volatil, mainte nant la lune est renversée, les cornes en bas ; le Mercure est fixé. (2) C'est une conception fort remarquable que celle qui assi mile la vie au Mouvement; quoi qu’on en dise, ce n’est pas à notre siècle que revient la gloire de cette axiome philoso phique. La preuve en est sous nos yeux.
Les adeptes au reste savaient fort bien que tout ce qui est dans l’Univers rentre dans une des trois catégories : force, matière, mouvement ou sujet, cause, efiet. Esotériquement il est parlé de la Lune philosophique ou Mercure-matière de la pierre, autrement dit l’argent purifié, réduit à l'état de Mercure philosophique animé.
2 I S l'initiation temps donné le demi-cercle comme symbole de la lune, et un cercle entier comme symbole du soleil. Ici nous voyons deux demi-cercles, mais sépares par un point conjonctif. En les réunissant convenablement comme on peut le faire par l’art, ils nous représenteront le disque solaire dans son entier. Considérant tout ce qui précède, nous pouvons le résumer dans cette vntence hiéroglyphique.
La Lune existe, elle vit (i), on d ût ¡‘ex traire par le moyen des éléments, elle a le pouvoir de représenter la plénitude solaire, quand on s lit joindre par l’art ses deux demi-cercles. Qu’on la complète donc et que l’on fasse le cercl dont nous avons parlé plus haut et qui est indiqué par la lettre E.
Souvenons-nous bien que ce degré solaire ne nous a pas été donné par la nature, mais qu'il est arti ficiel et factice; nous l’avons obtenu en premier lieu et naturellement en B, mais ses parties étaient séparées et disjointes. Ensuite le rayon de ces deux demi-cercles (2) n’est pas égal au rayon de D et de C, il est bien plus petit.
Il s’ensuit évidemment que B n’a pas la même gran deur que D et C. ce que l’on peut constater de suite, en examinant E produit par B. C’est le caractère de Vénus. Nous avons déjà démontré par nos syllogismes symbo liques que de B on ne peut tirer réellement D. De plus B n’est pas identique à C, donc ce n’est pas la vraie lune vivante.
Aussi pouvons-nous mettre en doute sa vie et son mouvement et nous demander s’ils existent et s’ils sont naturels. Tout ce que nous avons dit de B peut s’entendre analogiquement; de meme ce que 1 j La Lune ou Argent doit être décomposée en ses principes Soufre et Mercure.
L’état statique, qui correspond à l’argent, n’existant plus, l’équilibre étant rompu, la matière principiantc fSoufre et la matière principiée (Mercure^, peuvent continuer leur évolution, et ces deux parties, se réunissant enfin de nou veau, arriveront à la « plénitude solaire » ou or artificiel phi losophique. (2) Ces deux demi-cercles plus petits symbolisent le Mer cure ou Lune philosophique ; ils sont morts, c’est-à-dire fixés.
LA. MONADE HIEROGLYPHIQUE 2IQ nous avons dit du plus haut de C et de D convient parfaitement à B et à ses éléments. Ce que nous avons dit du Bélier lui convient tout aussi bien, puisqu’il en porte le symbole au sommet de son hiéroglyphe, mais renversé, et ce symbole, uni au signe mystique des Elé ments, nous donne B. Nous voyons par cette Anatomie que du corps de notre seule Monade, disséquée par notre art, nait ce nouveau Ternaire.
Nous ne pouvons douter qu’entre les parties de la Monade, il existe une sympathie mutuelle qui les unit, un lien monadaire absolu (i). Donc dans ces membres de la Monade se trouve une vigoureuse puissance magnétique. Enfin il m’a paru bon de noter ce qui suit, mais sim plement comme récréation de l’esprit.
Le symbole B nous montre autant de lettres rudimentaires qu'il y a de points ; il les porte en haut sur la tête et pour ainsi dire de front, ce sont ces trois accolades----j j ; il en pré sente encore trois autres, mais rudimentaires,grossières, indécises. Vous voyez qu’elles sont formées de un ou de plusieurs fragments de cercles. Une meilleure façon de les former se trouve au pouvoir des lettrés habiles.
J'ai ici devant les yeux une infinité de mystères, mais j'ai voulu seulement en dévoiler l’enchaînement sériel. Je desire montrer cette voie comme but aux efforts de quelques-uns. (i) La Monade hiéroglyphique est une en sa variété, toutes ses parties sont reliées’solidement entre elles. Dans le Macro cosme l'astral qui circule unit entre eux les univers. L’astral est nommé Archée par Paracelse, Aour par les cabalistes, lu mière astrale par E.
Lévi. Les alchimistes le connaissaient : « C’est dans l’air que se font les esprits vitaux des animaux qui se forment de sa plus pure substance, la plus rapprochante de la lumière.
Car la lumière qui est le moteur général de toutes choses, venant à communiquer sa vertu mouvante à ce qui approche le plus d’elle, qui est Pair le plus pur, cet air porte ses qualités favorables comme du centre à la circonfé rence par degrés différents aux végétaux, aux minéraux, et aux animaux produits et à produire. » (Introduction à la P/ii/osophie des anciens}.
Et encore : « C’est cet esprit invisible et uni versel que Pair porte dans son ventre pour engrosser la terre de sa vertu minérale et prolifique de toutes choses. > La Révé lation de la parole cachée )
220 L'INITIATION Supposons notre Monade rétablie en son premier aspect mystique et chacun de ses membres uni aux autres, j'exhorterai des lecteurs, je les pousserai à rechercher avec ardeur ce qu’était le feu du Bélier (1) delà première Trinité zodiacale, ce que c’est que notre jour équi noxial, enfin pour quelle cause le Soleil pot trait être exalte au-dessus de son degré vulgaire et bien d’autres questions dignes d’être méditées par les Sage .
Mais il nous faut nous occuper d’autres choses ; nous voulions simplement indiquer du doigt le chemin très fidèlement aux autres, leur montrant en ami à quoi ils doivent s’appliquer avec soin ; je ferai aussi \ >ir, à ceux qui savent se taire, une infinité de mystères, comme je l’ai déjà dit.
Théorème XXII. — On verra facilement que les mys tères de notre Monade ne sont pas encore complètement épuisés, d’autant qu’il nous en reste, mais de purement cabalistiques, à révéler aux Initiés de l’Art sacré. Arra chant habilement ces secrets du laboratoire de la Monade, je vais les exposer à votre Sérénissime Majesté.
Ayant donc avec sagesse délié tout lien de notre Monade, ajou tons des lettres à chacune de ses parties comme vous le voyez ici (2). Nous appellerons donc a un vase artificiel fait de A et de B; on l’obtient en partageant A par M faisant office de diamètre, en somme cela ressemble tort à la première lettre de l’alphabet grec que l'on aurait un peu déformée. Nous enseignons les premiers la vraie mystique de la droite, du cercle et du demi-cercle.
Ne l’avons-nous pas démontré plus haut à propos du cercle et du demi-cercle. C’est ainsi que Xet 6 rappellent l’aspect de certains vases, X les vases de terre, 0 les vases de verre. (i) Le feu du bélier, c’est le premier degré du feu de l'œu vre. C'était de plus aux mois de mars, avril, mai, que l’on commençait ordinairement l’œuvre. Quelques alchimistes veu lent que la date exacte soit le 21 mars.
2) Dans ces figures primitives il faut voir diiïérents usten siles de laboratoire : a c’est un alambic tubulé, Q c’est une coupelle, w le bain de sable, A l’œuf philosophique, etc.
22 I LA MONADE HIEROGLYPHIQUE Mais encore À et o nous rappellent certain pilon, certain mortier faits avec une substance telle que nous puissions y broyer en poudre subtile les perles fines arti ficielles non travaillées, le cristal, le béryl, la chrysolithe, le r ! is, les escarboucles et autres pierres rares.
Enfin ce que vous voyez marqué w, c’est un vase plein de mys tères formé avec la dernière lettre de l’alphabet grec, rendue maintenant à sa première raison mystique, maniI ,'i Je par la simple mathèse locale de ses parties, formée a i de deux demi-cercles.
Il n'est pas nécessaire de parler ici de la forme ou de la matière des vaisseaux vi caires qui sont nécessaires, il faudra seulement re marquer que l’appareil a demande pour être employé que l’on soigne les évents du fourneau. Les débutants eux-mêmes le reconnaîtront sous ce symbole primitif. « œ c’est l’homme de toutes les heures.
Porisme : qui donc ne sent déjà les suaves fruits de l’art sacré, mystérieusement renfermés dans ces deux lettres: Nous ferons voir à quelques-uns, comme en un miroir, notre jardin des Hespe'rides, et au milieu ils ver ront notre seule Monade. En elfet la ligne droite que l’on retrouve dans notre alpha est l’homologue de celle marquée M dans la dernière partie de l’anatomie de notre Croix ; on voit maintenant d’où vient tout le reste.
En ce peu de lignes, je sais que jedonne non seulement les principes, mais encore la démonstration à ceux qui ont une céleste origine, à ceux qui ont le feu sacré, ainsi qu’on le prête au grand Démocrite : « A tous ceux qui veulent un remède pour l’àme et qui sont préparés au travail, nous dirons que ce dogme n’a rien de mythique, mais qu’il est secret» comme il l’afTirmait lui-même :« A la parole du Démiurge l’univers fonctionne et l’homme faiseur de dieux et sage comme eux peut arriver à des découvertes splendides par la science du verbe (1). (i) Dans ces trois cases perpendiculaires de droite et dans celles de gauche faut-il voir une allusion au Christ ?
Né dans une étable, sacrifié sur la Croix. Roi des rois, ces trois termes sont complétés par les suivants : Conçu sous une
LA MONADE HIEROGLYPHIQUE 223 Théorème XXII. — Nous allons ici démontrer les symétries que nous avons observées dans la structure hiéroglyphique de notre Monade; elles devront être observées par ceux qui voudraient la porter sur des anneaux ou des talismans. Au nom de Jésus-Christ cloué pour nous sur la croix, je désire et j’espère que son esprit mu dicte ces lignes, n'étant moi-même qu’un indigne scribe.
Nous allons étudier les mesures de notre Croix du> El éments. Nous commençons par eux parce que, sous le ciel de la lune, tout ce qui est engendré est soumis a x quatre éléments (i), et que son essence est élémen taire, mais ces choses sont lettre close pour le vulgaire. Dans aucune chose créée les éléments ne se trouvent en proportion ou en puissance égalés, mais on peut les ame ner grâce à ¡’Art, ainsi que le savent les Sages.
Dans notre Croix nous trouvons des parties égales et inégales,parce qu’elle se compose de parties semblables et dissembla bles ; plusieurs substances que nous pourrions nommer présentent ces mêmes propriétés de notre Croix. Si dans influence spéciale, supplicié et enseveli, ressuscitant par sa propre puissance. Au point de vue alchimique, on peut interpréter ainsi : Î Né dans une étable : La matière est vile et commune.
Sacrifié sur la Croix : Purification des métaux au creuset. Roi des rois : Matière universelle. Œuvre proprement dit. Conçu sous une influence : Commencer le 21 mars. Supplicié et enseveli : La couleur noire. Résurrection : La pierre au rouge. Que l’on fasse attention aux autres inscriptions, et l’on verra 3u’elles corroborent parfaitement tout ce que nous venons 'avancer.
L’interprétation théologique de ce tableau présente JésusChrist comme un mythe "solaire. Mais Jean Dee s'est montré fort réservé, et cette manière de voir n'est pas certaine. ( 1 ) « A côté du Soufre, du Mercure et du Sel. les alchimistes admettaient quatre éléments théoriques : la Terre, l'Eau. l’Air et le Feu ; ces mots étaient pris dans un sens absolument diitérent du sens vulgaire. Dans la théorie alchimique, les quatre
l’initiation 22 ce qui va suivre nous donnons la raison particulière des symétries entrevues, si nous mettons les sages à même de comprendre les causes secrètes céle'es tout au long de cet opuscule, on admettra que nous aurons téméraire ment dépassé les bornes que nous nous étions propo sées . Prenons un point quelconque sur un plan, soit A. Menons de part et d’autre de ce point une droite assez longue CA K.
Sur cette ligne C K, au point A, élevons une perpendiculaire suffisamment prolongée de part et d’autre (à l’infini disent les géomètres, prévoyant les objections) soit D AE. Prenons un point quelconque sur AK, soit B et pre nons AB comme mesure de notre figure. Soit trois la longueur de AB prise de A vers C, soit AC. Faisons AE double de AB et de même Al) double de AB.
Aussi DE sera en tout quadruple de AB; nous aurons ainsi notre croix élémentaire AB, AC, AD, AE, quaternaire des lignes. Sur B K prenons une droite égale à AD, soit BI. De I comme centre avec I B comme rayon décrivons un cercle, soit BR, coupant la droite AK au point R. Du point R vers K prenons une droite égale à A B, soit R K. Du point K menons de part et d’autre sur A I< une perpendiculaire suffisamment longue, soit P K F.
Sur cette perpendicu laire prenons à partir du point K vers F une droite égale à AD, soit KF. De K comme centre et avec KF comme rayon décrivons un demi-cercle FL. P, tel que P KF soit son diamètre. Enfin au point C menons de part et d’autre éléments pas plus que les trois principes ne représentent des corps particuliers, ce sont de simples états de la matière, des modalités.
L’Eau est synonyme de liquide, la Terre c’est l'état solide, l'Air l’état gazeux, le Feu un état gazeux très subtil, tel que celui d’un gaz dilaté par la chaleur. Les quatre éléments représentent donc les états sous lesquels la matière se présente à nous: on pouvait par suite dire logiquement que les éléments composent tout l'Univers... » (A. Poisson, Théories cl Sym boles des alchimistes). C’est dans ce sens qu’il faut entendre : ... tout ce qui est engendré est soumis aux quatre éléments.
LA MONADE HIEROGLYPHIQUE 22 5 line perpendiculaire égale à AC, d’une longueur suffi sante, soit OCQ. Ensuite sur la ligne CO à partir du point C prenons une longueur égale à AB, soit CM. D 1\1 comme centre avec MC comme rayon décrivons u i demi-cercle CH O dont le diamètre soit CM O. De même sur la droite CQ à partir du point C prenons une longueur égale à AB, soit CN.
Du centre N avec N C comme rayon décrivons le demi-cercle C GQ, dont CNQ est le diamètre. Nous affirmons maintenant que toutes les symétries de notre Monade sont décrites et expli quées ici. 8
22Ô l’initiation Les mathématiques nous permettent d’affirmer que notre ligne fondamentale CK est composée de neuf par ties e'gales à A B. On peut encore représente ru >tre œuvre d’une autre façon; ainsi on pourra dessine.- le cercle et les demi-cercles au lieu de les tracer simple . On ne laissera visible aucun des centres, exee • le centre solaire désigné par la lettre I.
On poui ner les lettres qui notent le cerle solaire (cela sa e le raison mystique). Pour dessiner la Monade, . s. lira d’aug menter la largeur de ses lignes et cela au ■ a de paral lèles. La distance des parallèles doit être 1 quart ou au cinquième de AB. Pour le demi-cercle supérieur on lui donnera l’aspect de la lune dans le ciel, apres sa con jonction avec le soleil, c’est-à-dire quai i elle présente des cornes.
Pour cela, du point K vers R, on prend un quart ou un cinquième de A B, et, de l’extrémité de cette ligne comme centre, on décrit un second demi-cercle lunaire jusqu’au contact du premier. On peut de même faire quelque chose de semblable en M et en X en y éle vant des perpendiculaires.
On prendra la sixième partie ou moins de AB, à partir de la droite OQ sur la perpen diculaire que l’on aura élevée et, avec MC, NC comme diamètres, on décrira deux autres demi-cercles. Enfin on peut mener des parallèles aux droites de notre croix, elles seront séparées par un intervalle égal à la huitième ou dixième partie de AB.
En sorte que notre Croix se compose de quatre superficies pour ainsi dire linéaires, dont la largeur est d’environ le quart ou le cinquième de AB.
Par ces amplifications j’ai voulu pour ainsi dire orner notre figure; chacun peut en faire autant et varier selon les ressources de son esprit, en faisant seulement bien attention de n’apporter aucun dérangement à nos symé tries mystiques, de peur que par négligence, dans la suite des temps, on ne trouble ces mesures symboliques, véritables et nécessaires et que notre nouvelle science ne périsse.
Nous pourrions, si nous voulions, vous expli quer ces choses en un ouvrage plus ample et plus étendu. Ce que nous avons dit suffit, si Dieu le veut, la vérité, fille des temps, vous enseignera le reste.
LA MONADE HIEROGLYPHIQUE 22/ Nous allons exposer méthodiquement quelques appj. cations élémentaires qui peuvent se présenter toutd’abord à celui qui travaille sur les symétries de notre ¿Monade. Nous parlerons d’abord des choses qui doivent leur origine au Quaternaire des lignes de notre croix, à cause que chacun peut voir d’abord qu’elle est composée de quatre lignes.
Puis, de ce quaternaire de lignes, on aura la raison et la division spéciale et mystique.
Troisième ment, au sujet des nombres que, soit en ce lieu, soit en d’autres, nous avons astucieusement distribués dans tout l’opuscule, nous montrerons par quelques exem228 l'initiation pies que Dieu les a à dessein utilement applique's dans la nature; nous parlerons d’autres choses encore aux lieux opportuns et elles porteront leurs fruits, si on les com prend bien. Nous allons en traiter brièvement.
QUATERNAIRE DE PYTHAGORE (1) (5 i o 5* Tg ' métathèse donne 24 La soinr pvthagoriquc est io. L’addition quelconque des parties donne 30 Règle de Me'tathèse : on écrit les nombres dans leur ordre normal, depuis la Monade.
Puis du premier au dernier on fait une multiplication continue, c’est-à-dire qu’on multiplie le premier par le second, le produit obtenu par le troisième, puis ce dernier produit par le quatrième et ainsi de suite jusqu’au dernier. Le dernier produit détermine le nombre de me'tathèses possibles. O roi, je te recommande ce procédé qui peut recevoir de nombreuses applications.
Tant dans l’examen de la (1) Quaternaire de Pythagore: les nombres placés au sommet de chaque demi-cercle sont la somme des nombres placés aux extrémités du demi-cercle correspondant. La somme pythagorique 10 des quatre premiers nombres s’obtient par addition théosophique 1 + 24-3+4=10. Toute métathèse donne 24 et s'applique aussi aux quatre pre miers chiffres 1 X 2 X 3x4= 24.
LA MONADE HIEROGLYPHIQUE 22Ç nature que dans les affaires publiques, j’emploie avec un grand plaisir cette Tziruph ou Themura des Hébreux. QUATERNAIRE ARTIFICIEL ( i) La multiplication continue donne 12. L'addition ordinaire donne 8 • ’ La somme de l’addition des parties quelconques est 24, ce qui e»t égal à toute métathèse possible du quater naire. C’est 24 carats d’or, c’est-à-dire la parfaite pureté physique et la bonté suprême sur terre.
Je n'ignore pas que certains ont tiré du quaternaire plusieurs autres nombres, grâce à l’arithmétique. Mais pour celui qui n’aura pu arriver à surprendre la nature et à illuminer ces obscurités, celui-là devant la foule des nombres sentira son esprit s'émousser, bien loin de l’aiguiser par cette étude.
Dans les schémas suivants nous exposerons combien les nombres sont réels dès qu’il s’agit des proportions de nos Eléments, de la détermination exacte des temps et de la description précise des degrés. (i) Le nombre 24, c’est le pantacle de Salomon à six branches, engendré par le quaternaire 24 = 6 X 4. Multiplication continue : ix 2 X 0x2=12. C’est le IEVE. I = 1. E = 2. V = 3. Les alchimistes symbolisent parfois cette loi par une suite de triangles formant chaîne.
200 L INITIATION I I I _ ., , Propriétés Nos nom bres ont une. telle dignité, I que c’est un I péché contre 1 nature del violer leurs 1 lois, parce i qu’elle a Poids voulu par I eux nous en- 1 I seigner,dans / l’étude de ses) plus hauts I mystères, I dans quelles I ; limites im-1 muables, pari quels degrés I lui sont liées f _ les choses! Temps suivantesqui ' sont les actives, externes. Degiés : io, 20 3o, 40. ’ acquises, internes, iknaires ; 1.10 100.... Intini. analytiques | synthétiques Particuliers ’ i3 hi '■ 1 / Préparation. Putréfaction. I Séparation. 24 25 Conjonction. Coagulation. Contrition. Magistraux I Imbibition. Î Formation de la Pierre 252.
1 T Horizon de l’éternité ’3 UO OU 4-» Oc O T3 O U. ’S G QJ +-j O 8 7 6 5 * 4 O 4 3 O I CJ TJ <!> Tl ~' * * Q !» •- C G « .2 .2 •- 2 ♦_» — c u. Cl, « O M eu tü v> O <u u. TJ Cl. 0) O E Qfco 3 " c f ' 4 Horizon du feu 3 De l’air 2 De l’eau I Poignée de terre Le temps I 000 i oo i o I 7 6 5 3 4 2 I
EZ -ZVTLT S Le Quaternaire ; Par la puissance de ses nombres, notre monade cé lèbre le Sabbat, ayant atteint la plus grande puissance de la nature et de l’art. Royaume du corps, de l’esprit, de l’âme 3 Minium 24-25 Jaune Blancheur 1 2-1 3 V cristalline i Ténèbres 1sz
232 l'initiation En les approfondissant, on peut voir dans ces schémas plusieurs choses qu’il serait mauvais d’exposer claire ment. Nous aborderons cependant entre autres choses une question importante (c’e>t la pre mière fois qu’on en parle : elle est nouvelle comme toute c .e science du reste), pourquoi le qti ic ire et le denaire donnent-ils un terme à la numération.
1 .es anciens en ont donné la cause, mais elle n’est ni absolue, ni exacte comme celle que nous allons donner. Lorsque notre Monade a été intégralement, complètement recons tituée physiquement , c’est alors la Monade très une, Unité des Mages, que l’Art ne peut faire progresser plus de quatre fois parles révolutions hypercélestes (et ainsi nait celui qu’à cause de sa grandeur nous voulons symboliser ainsi).
Et pour cette même cause, il n'existe soit dans le monde céleste, soit dans le monde élémentaire, aucune (Notes au tableau 2). Remarquez l’indication des quatre cou leurs principales de l’œuvre. 1. Ténèbres. Couleur Noire. Corps. La matière est encore inerte. 2. Blancheur. Couleur Blanche. / Esprit. La Matière a la 3. Jaune. — Iris-orangé, i vie végétante. 4. Minium. — Rouge. Ame. La Matière animée : la Pierre.
Le royaume du Corps a une case : le Corps physique. ( Corps astral. de l Esprit a deux cases : . «v r r ! Etre psychique. — de l’Ame a une case : l’Ame. Le Corps physique, c’est ce qui supporte. — astral, — — anime. L’Etre psychique, — — meut. L’Ame, ou Esprit conscient, c’est ce qui gouverne. Pour plus de détails, voir Papus : Science des Mages. Cette triple division se retrouve dans 1 Univers : Monde Terrestre ou matériel. Ethéré ou vital. Supercéleste ou divin. La Monade célèbre le Sabbat, c’est-à-dire se repose après ses
LA MONADE HIEROGLYPHIQUE 233 puissance, aucune créature qui n’ait été pourvue et dotée. Jadis quatre philosophes, gens illustres, se servirent de ce fait pour l’œuvre, et, longtemps effrayés par les prodiges obtenus, se convertirent enfin au Dieu bon et toutpuissant, pour chanter les louanges de celui qui leur avait donné par cela même une telle sagesse et une telle puissance sur toutes les autres créatures.
Théorème WW. — Nous terminons ici cet opuscule sur le point, la droite et le cercle. Nous avons décrit not e point monadaire, la série des lignes de nos Eléme: et le cercle, presque analogue à l’équinoxe qui achc .e a circonférence en vingt-quatre heures.
Nous avo i - aussi terminé en 24 théorèmes toute métathèse et m.tamorphose du Quaternaire défini par le nombre 24. l'a l'honneur et à la gloire de celui qui siège sur le trône (d’après le témoignage de Jean, le premier s’archiprêtre des mystères divins, au quatrième chapitre de Y Apocalypse, quatrième et dernière partie).
Autour de lui les quatre animaux, ayant chacun six ailes, disent sans repos nuit et jour: « Saint, Saint, Saint, est le Seigneur Dieu tout-puissant, qui était, qui est, qui sera. » De même sur les vingt-quatre sièges sont assis autour de lui les vingt-quatre vieillards qui, ayant jeté leurs couronnes d’or, se prosternent, disant « Tu es involutions et évolutions. L’L'nivers terminé, Dieu se repose en célébrant le Sabbat.
Au tableau octenaire de notre Croix, remarquez que les chiffres rencontrés par les diagonales passant par le centre donnent tous 9 comme somme : 84-1=9. 6 4- 3 = 9. 74-2 = 9. 445=9. — La Monade n’a que quatre révolutions, c'est-à-dire la Matière, pour arriver à la perfection, ne présente que quatre couleurs principales : noir, blanc, iris, rouge. Chaque couleur ou révolution constitue ce que les alchimistes appellent un tour de roue.
Autre interprétation : Tout est dans tout, les quatre élé ments composent toutes choses. Rien ne peut exister en dehors d’eux. Enfin cette « naissance », après ces « quatre révolutions », peut tout aussi bien symboliser le Soleil renaissant chaque année après les quatre saisons, ce qui nous ramène au mythe solaire, dont nous avions dit quelques mots plus haut.
l’initiation 234 digne, Seigneur d’avoir honneur, gloire et puissance, parce que tu as tout créé et que tout est soumis à ta volonté. Amen. » La quatrième lettre dit : A celui à qui Dieu a donné la volonté et la sagesse de connaître ce divin mystère par les propri. tes éternelles des lettres et lui a permis de terminer ces travaux le ¿5 janvier, commencés le i3 du même mois. En l’an 1 564, à Anvers Un seul point de contact.
Ici l’œil du vulgaire se troublera et ne verra rien ( 1). Philophotes. Fin. (1) Nous aurions pu faire ce commentaire plus étendu; mais les notes que nous avons données jettent quelques lueurs çà et là, suffisantes pour permettre à l’initié de juger les lieux, à lui de faire la lumière complète. L'abondance de notes étouffe le texte, déroute le lecteur ; en expliquant trop, on ne laisse rien à découvrir. On facilite trop la lecture ; rapide, elle ne laisse pas de traces.
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Du moment qu’il est admis que les morts mènent dans l'air autour de nous une vie semblable à la nôtre quoique invisibles (i). chaque famille a le devoir de fournir à ceux de ses membres qui ne sont plus vivants les aliments dont ils ont besoin.
C'est pourquoi il est d'un usage général chez tous les peuples primitifs ou sauvages de déposer autour du mort dans la caverne où on l'enferme des fruits, de la viande, des jarres de lait, etc., afin qu’il puisse se nourrir de leurs émana tions. De temps à autre, on renouvelle ces provisions, qu'on place devant la grotte fermée. Le mort doit recevoir les aliments des mains de ceux à qui il a transmis la vie et la forme humaine.
Le vivant qui n’offre pas des vivres à ses ancêtres est un voleur et un parricide : c’est un voleur, parce que. maintenant qu'il a reçu la vie, il ne veut pas la payer à ceux à qui il la doit ; c’est un parricide parce que le U) Voyez notre précédente étude, ï1 Origine de la Magie sacrée.
236 l'initiation mort ne. peut pas subsister et souffre quand on ne lui donne rien à manger. Tel est le point de départ du culte des morts, c'est-à-dire des soins à donner aux morts. Ces soins sont les mêmes que ceux que nous devons donner à nos enfants et que les enfants doi vent nous donner, le culte qu'ils doivent nous rendre quand nous sommes devenus vieux. Le culte des morts n'est que le prolongement de ces soins.
Néan moins cette manière de procéder à l’égard des morts ne constitue pas encore le culte. Pour que le culte existe, il faut qu’il y ait rite, opération magique. Les morts s’irritent de l’oubli des vivants, aussi ils les punissent, se vengent et les persécutent. Ils défen dent et préservent au contraire ceux qui ne les ou blient pas et font preuve de zèle.
Il faut donc rechercher leurs faveurs, chercher à les allécher pour ainsi dire par des promesses et des vœux par un festin pour lequel l'on tuera la bête la plus grasse du troupeau, ainsi qu’on le fait pour fêter un convive de marque. En même temps, il faut éloigner, repousser les méchants esprits, les intrus qui vou draient assister au banquet et en profiter.
C’est ce banquet sacré, avec les discours, les prières, les chants et les cérémonies ou rites qui l’accompa gnent, qu’on appelle Messe ou bien sacrifice, nous allons voir pourquoi. Je prie le lecteur qui possède dans sa bibliothèque a Création de l'homme et les premiers âges par Henri du Cleuziou, de se reporter à la page 281 de ce livre. 1s y trouveront une planche qui pourrait être intituée la Messe primitive.
ORIGINE DE LA MESSE 2 3? Devant l’entrée d’une caverne où un mort vient d'être inhumé, on a dressé un autel en gazon ou en pierres brutes. Tous les membres de la famille et les amis sont assis par terre tout autour, le bâton ou Y épée à la main.
Le chef de famille, l’ancien (le prêtre, car le mot prêtre veut dire ancien), est debout devant hau te h lève ses bras vers le ciel et invite les ancêtres morts et tous les bons esprits à venir assister au banquet sacré. 11 les prie d'accorder à sa famille leur protection, d cia comblcrdetouslesbiensetde la préserver de tous les maux.
Alors il prononce un discours dans lequel il retrace la vie du défunt; il vante ses qualités et ses exploits, proclame qu'il n'est pas indigne de ses an cêtres glorieux, exhorte les vivants à imiter ses vertus, aflirmeleursolidarité aveclesmorts,le lien qui relieles uns avec les autres etquifait de tous une seule famille.
Exaltés par ces paroles, tous les assistants entonent un chant de louange, pendant lequel on allume du leu sur l'autel et l'on tue ou sacrifie tout à côté un veau ou un bélier qu’on écorche et dépèce ensuite. Les entrailles et la graisse sont portées dans un bassin sur l’autel, offertes aux esprits réellement pré sents et jetées au feu (ainsi oint), dont la flamme s'élève et devient plus brillante.
Le tout est transformé en fu mée, dont les esprits se régalent. Alors on apporte les quartiers qu’on fait rôtir et qu’on partage ensuite entre tous les assistants. Pendant ce temps, ceux-ci se sont levés, tenant d'une main l'épée haute ou le bâton al lumé en garde contre les mauvais esprits. On distri bue aussi des galettes que chacun partage avec son voisin et puis vient la libation.
2 38 l'initiation Dans un cratère est contenue la boisson fermentée. L’ancien en verse dans le feu une partie, qui volatilisée monte avec la flamme vers ceux qui sont au ciel : le reste en est versé dans une coupe que chacu n se passe et où il trempe ses lèvres. C’est le symbole de la soli darité. de la commune union (communion' qui existe entre tous les membres de la famille vivants et entre ceux-ci et les morts.
Le banquet fini, l’ancien asperge, avec le pilon en core mouillé de la liqueur sacrée qui était dans le cra tère et les assistants et l’entrée de la caverne où le mort repose. Enfin chacun se retire. Ainsi le sacrifice et le banquet sacrés sont offerts pour les vivants et pour les morts. Les tribus végétariennes de l'Inde supprimèrent l'immolation d’un animal.
La graisse fut remplacée chez eux par du beurre fondu, et la communion se fit uniquement avec les galettes, et la liqueur fermentée. La m’esse était offerte périodiquement selon les principales divisions du temps ou les besoins' de secours d’en haut. Il y avait des messes plus solen nelles les unes que les autres. Celles qui s’adressaient aux anciens chefs de tribus se faisaient avec plus de magnificence que celles adressées à un simple défunt.
Quand les tribus se furent agglomérées en royaumes, la messe offerte aux anciens rois se fit avec le plus grand appareil. Le roi vivant lui-même, revêtu de ses plus beaux habits et des insignes de la royauté, offi ciait. Et, quand la séparation de la royauté et du sacerdoce se fut opérée, le pontife officiait avec des habits royaux.
ORIGINE DE LA MESSE 2 3g Telle lïit l'origine de la messe, et l'on voit que si l'on ne tient pas compte des détails, pour ne s'attacher qu'au fond, elle se célébrait dès l’âge delà pierre polie de la même manière qu'elle se célèbre encore dans nos églises catholiques. Cet usage est d’ailleurs univcisel et nos libres penseurs athées qui se moquent des cérémonies catholiques disent encore de nos jours la messe.
Oue font-ils en effet lorsqu'ils se réunissent pour célébrer l’anniversaire de Gambetta ou du général I loche? Ils s’assemblentautourd’unetable (autel) parée de fleurs et de candélabres, dressée devant la statue du mort qui tient lieu de son tombeau.
On chante des chansons patriotiques ; un orateur prononce un dis cours dans lequel on retrace les vertus du mort ou exhorte ses amis à les imiter: en un mot, on affirme la solidarité qui existe entre les amis vivants et entre ces amis et le cher mort. Le banquet est le symbole de cette communion.
La seule différence qui existe entre ce banquet et celui de l’homme de l’âge de pierre, c’est qu'à Ville-d’Avray on ne fait pas de prières, que le sacrifice de l’animal et le rôtissage se font à la cuisine et qu’on trinque les verres en signe de communion au lieu de faire la libation. Mais tout ceci n'est qu'un détail, le fond est toujours le même.
Je ne vois donc pas pourquoi, je le répète, les athées du jour tournent en ridicule les chrétiens qui célèbrent un banquet végétarien devant le tabernacle de leurs églises, symbole du tombeau de leur divin maître Jésus. Chez les peuples qui habitaient la plaine, le chef ce
l’initiation 240 tribu ou le roi défunt ne pouvait être enfermé dans une grotte. On construisait alors unegrotte artificielle, dolmen, qu'on recouvrait d'une montagne de terre, d'un tumulus. Autour de ce tumulus on limitait un espace circulaire au carré au moyen de grosses pierres, de pieux ou même d'un simple fossé, et au milieu de cet espace, devant l’ouverture du tombeau, on élevait un autel. Tel fut le premier temple.
Li planche cijointe en montre la disposition. D est le 'i"imen ou chambre sépulcrale précédée d'une galerie, Test le tumulus. le tout représentant une montage contenant une caverne. C’est le prototype du tabernacle. A est l'autel placé devant l'entrée du tombeau. L)e chaque côté de la porte on a planté deux troncs d'arbres terminés en pointe, symbole du bâton allumeur et destinés à préserver le temple des esprits mauvais.
Mais tout le monde ne pouvait pas prétendre à avoir un tumulus pour tombeau. Alors on se conten tait de placer sur la tombe creusée en terre un pieu ou une longue pierre ou wen/zzr (fig. 3). C’est l'origine de toutes nos pierres plus ou moins sculptées que nous voyons sur les tombes.
Parfois on enterrait autour du chef reposant sous le tumulus les chefs secondaires, et sur chaque tombe on plaçaitun menhir ; leur ensemble formait un cromlect surtout lorsqu’elles étaient disposées en cercle. Le menhir est, comme le pieu, le symbole du biiton allumeur qui rallume le feu quand il est éteint ; c'est pourquoi on a pu le remplacer par une croix de bois. Le menhir, le pieu, la croix sont alors le symbole de l'immortalité.
242 l'initiation Le culte des ancêtres et des chefs ou rois défunts eut pour conséquence le culte du ciel, car ciel-père est le rois des rois, l'ancêtre des ancêtres, l’ancien des an ciens, et la messe conduisit les hommes qui la célé braient à de nouvelles réflexions sur le r>’ du feu.
Nous avons vu d'une part le feu et l’air, et de l'autre, tous les êtres vivants, considéré c .orne les fils du ciel-père et de la terre-mère, n< . ons vu de plus que les êtres vivants n'étaient ] u feu et de l'air mêlés à de la boue: mais que ce 1 même temps qu'il était principe de vie. était : rincipe de pensée: enfin que le feu était regardé comme l'ou vrier universel, le transformateur, le faç<m leur uni versel si l'on peut s'exprimer ainsi.
En le considérant sur l'autel, de nouveaux rôles devaient lui être attri bués : i° Puisque c'est lui qui transforme l’offrande et. ainsi volatilisée, la porte au ciel et aux esprits qui sont au ciel ou en l’air, il est le messager, l'intermédiaire, le médiateur entre les hommes et le ciel, d'une part, et entre les vivants et les morts, d'autre part.
20 Puisque c'est lui qui donne la vie à tous les êtres animés, et qui est incarné en eux, en sacrifiant un de ces êtres c'est lui qu'on sacrifie; il est donc en réalité la victime offerte pour servir de nourriture, et comme c'est aussi lui-même qui est dans l’homme qui sacrifie, il est le sacrificateur. Le feu est donc en même temps sacrificateur et victime.
Réellement présent dans le breuvage fermenté et dans le pain, comme il l’est dans le sang et dans la chair des êtres vivants, le pain et le vin ou le sôma peuvent être substitués à ces cires vivants. 3° Le feu existant et dans les êtres aniORIGINE DE LA MESSE 24? mes et en dehors d’eux, ceux-ci sont plongés en lui: il les relie les uns aux autres, tant les vivants que les morts, et en forme une unité.
Tous les hommes ne constituent donc qu’une seule famille, ils sont tous frères. Enfin, en sa qualité de médiateur entre le ciel cl hommes, le tcu réunit l'humanité au ciel-père et la terre-mère, en sorte que l’univers entier est un. Ainsi le feu est le principe de [’unification. Ce lien qui relie tous les êtres entre eux et au ciel-père conslituc la religion, iïeligio religet nos ei in quo sumus et per quem sumus, dit saint Augustin.
Nous venons d'assister, dans les quatre ou cinq études qui précèdent, à la formation lente et pièce à pièce du germe de la doctrine qui s'est développée dans l'humanité et qui finalement a abouti à la reli gion chrétienne. Mais il ne faut pas croire qu'à l'époque où nous sommes placés, c'est-à-dire à l'époque où l'Europe voyait arriver chez elle les pre mières populations de la pierre polie, la doctrine fut répandue parmi le peuple.
Quelques vieilles familles patriarchales seules la possédaient. Chacune avait contribué pour sa part à sa formation et elle ne leur était venue commune dans son ensemble que parce qu'en se mariant les filles d'une famille portaient dans la maison d’un autre ce qu'elles avaient appris dans la leur.
La doctrine mise en vers se transmettait orale ment de père en fils et composait des chants qu’on chantait le soir auprès du foyer domestique ou au dehors lorsqu'on offrait un sacrifice.
Aussi, à l’au rore de l’histoire, des familles devenues puissantes, mais qui ne possédaient pas la doctrine sacrée, qui ne l’initiation 244 connaissaient pas l’art de fabriquer la liqueur fermen tée, firent-elles une guerre terrible aux tribus privilé giées pour s’emparer du secret, guerre dont nous avons recueilli les détails dans les diverses mytholo gies et que nous nous proposons de raconter. Dr Fugairon. CHEZ LES PREMIERS CULTIVATEURS De la pâte vieille et aigrie mêlée accidentellement à la pâte nouvelle fit découvrir plus tard le pain à le vain. Les galettes étaient ordinairement tenues dans une corbeille (fig. 8, pl. II), appelée ciste, ou dans un plat en bois ou en métal, ayant la forme d'un plateau de balance et nommé disque. L’art de fabriquer les liqueurs fermentées fut long temps tenu secret, en sorte que ceux qui le possé daient étaient regardés comme des êtres privilégiés, et toutes sortes de légendes couraient sur leur compte. On disait qu’ils tenaient du ciel ce breuvage ; que, grâce à lui, non seulement ses heureux possesseurs jouissaient toujours d’une santé parfaite, mais encore qu’il les rendaient immortels. On croyait aussi qu’il
LE MYTHE ET LES SYMBOLES DU FEU 24Î) procurait de beaux enfants aux femmes stériles, rem plissait le cœur d’amour et donnait aux hommes la sagesse. Dr Fugairon.
BIBLIOGRAPHIE * Par Marc AMAME UX C'est toujours un événement pour le monde litté raire et une bonne fortune pour le groupe initiatique que l'apparition d'un livre de Marc Amanieux.
Le Drame Terrestre, sa nouvelle oeuvre, continue avec bonheur et en mode noblement ascendant, la progression dont ses précédents livres, la Révolution et Formose, avaient déjà donné la raison, raison réel lement géométrique, et qui nous permet d'augurer d'ores et déjà une série d’impérissables chefs-d’œuvre, étant donné l’àge et la fécondité du poète, qui n’en est encore qu’à ce cap de la quarantaine, véritable jeu nesse de l’écrivain !
Ici, rien du thème complexe de la Révolution : une affabulation d’une simplicité homérique. Une bohé mienne, Vassilie, est l’amante de Trajan Popesco, un pauvre hère comme elle. Bientôt dédaignée par celuici qui rêve de plus pures amours, de dépit, et aussi sollicitée par les affres de l’or, elle se donne au comte Carlo Reni, qui ne tarde pas à son tour à se lasser de
LE DRAME TERRESTRE 247 cette passionnée de matière: Vassilie, chassée s’éloigne, le cœur rongé de deux vengeances : il faut qu’elle châtie tour à tour Trajan et Leni. Contre eux elle suscite une sorcière, la Serginc. dont les doctes maléficcs lui vont donner la double satisfaction qu'elle attend. Or Reni aime une toute idéale et toute exquise créa ture. Flavie. Mais l’action malfaisante de la Sér ié ne tarde pas à s’exercer.
Flavie se meurt, lente ment consumée par la phtisie. Cependant Trajan Popesco est devenu l’époux de Gilberte. une douce et dévouée compagne, faite selon son cœur. Tous deux sont heureux. Reni rencontre un jour Trajan, qui, rayonnant de gaieté, l'étonne par son invincible foi au bonheur. 11 songe amèrement, à sa bien-aimée, à lui, que ht malemort va bientôtétreindre!
I lélas! l’heure fixée par les infernales puissances va sonner aussi pour Trajan. Vassilie répand dans la chaumière de Popesco un liquide magique que la Sergine lui a donné. La maisonnette prend feu, et Gil berte, son petit enfant, et Trajan. éperdument accouru, meurent au milieu des flammes. Flavie est morte aussi de la lente maladie qui la minait, et Carlo est allé la rejoindre dans les profondeurs de TAu-delà.
On sait que Marc Amanieux ne croit pas à la mort. Aussi, dans une vision suprême, nous montre-t-il tous ces glorieux désincarnés, Carlo et Flavie, Trajan et Gilberte, se retrouvant et s’animant, dans la splen deur de cette terre astrale, dont notre planète de fer et de boue n’est que la triste et loqueteuse dou blure.
l’initiation 248 Tel est le canevas sur lequel Amanieux a brodé les magnificences de la magistrale décade qui a nom : L’Abyme, L’Amour et la Chair, L’Amour et l’Esprit, Les Tendresses et les Haines, Les Longues Agonies, Les Hauteurs du drame, Poètes et Penseurs, Toute la Folie humaine, Les Deux Mondes, Le Dieu Pan. Nous n'avons pas à insister sur la forme, nos lec teurs la connaissent. C’est celle du poème de la Révo lution, celle de Formose.
Le vers d’Amanieux, puis sant, métallique, est véritablement de l’or. Outre les propriétés natives du plus éclatant et du plus solide des métaux, il en a aussi cette malléabilité merveil leuse que donne à l'or le marteau du batteur: à de certaines heures, en lisant ce poète, on a comme des impressions d’ailes d’abeilles, de gazes fluides vous effleurant la joue.
Par un caprice d’art qui rappelle ces délicieuses originalités des maîtres-maçons du moyen âge, cou pant les chapitres sculptés d’une vie de saint de petits hors-d’œuvre héraldiques, çà et là posés aux saillies des angles, Amanieux a émaillé son poème de chants lyriques, tels que Amour païen, Fleurs et Femmes, rEternelle antithèse, etc., qui sont d’un effet aussi étrange que séduisant. J’ai toujours considéré ce poète
LE DRAME TERRESTRE 249 comme un stupéfiant architecte. S'il eût vécu à l’époque ogivale, il eût construit Saint-Maclou de Rouen, c'est incontestable. Nous voudrions orner ce fruste aperçu de quelques citations. Prenons au hasard du feuillet les vers sui vants. C’est Flavie qui parle, pressentant déjà la mort : ...
Mon Dieu ! que vous êtes beaux, tous, O soleil, ô montagne, ô mon peuple de chênes, Rameaux ayant toujours des jeunesses prochaines, Ciel qui, deux fois par jour, transforme ton décor, Ah! par grâce et pitié, faites-moi vivre encor! Mais si tu me trahis, ô Terre sacrilège, Maudits soient tes mistrals, maudite soit ta neige! Si l’on vient m’arracher si tôt de vos côtés, Alors, opprobre à vous, ô nature, ô beautés !
Anathème aux accueils que vous ferez à d’autres, Ruine aux voluptés qui ne sont pas les nôtres! Rochers creux que j’aimais, champs que mon pied foula, N’abritez plus d’amour, si je ne suis plus là ! A Carlo Reni s’adresse à l’Etre des êtres : Ah ! ma raison se perd, ma vision se trouble! Tu te démens sans cesse, et, sous ton aspect double, Tu m’apparais, au fond des vagues profondeurs, Vêtu tantôt de bronze et tantôt de splendeurs.
Te nier? je ne puis; t'écarter? tu t’imposes. Comme un captif laissé près de portes non closes, Je me sens surveillé, je ne sais a’où, par toi; Et si je veux m’enfuir, tu mets la main sur moi; Et comme un bruit de marche, au loin, sous une voûte, J'entends partout tes pas sous l’azur, et j’écoute. Maître ! épave des mers où tu nias enfermé, Je retourne vers toi, soumis et désarmé.
La partie intitulée Evocation, trop longue pour être citée, est souverainement belle ; superbe également la tirade qui vient ensuite, le Dieu de Michelis. Mais le passage vraiment intéressant au point de vue occultiste, c’est la vision du vieux pasteur Sabas.
25o L INITIATION Amanieux a su là condenser, en vers lapidaires qui sonnent et vibrent comme les versets d’un psaume à la gloire de la vie éternelle, sa consolante théorie sur l'enchaînement sériel des existences : Alors Sabas entra dans le puits de Mœussac, Et, sous les eaux battant les rocs comme un ressac, Il vit le corps brisé de Reni sur le sable. O prodige!
Au-dessus de ce corps périssable, 11 aperçut un corps semblable qui croiss:iit, Et des femmes ayant un astre à leur corset Comme un enfant naissant tiraient ce corps vers elles; Tout à coup s'élançant, plus vives que des ailes, Et portant dans le val le nouveau-né dormant, Elles dirent : « Mettons sur lui son vêtement.
Laissons-le s’éveiller et qu'on mande Elavie! » Sabas, au fond des eaux, voyait Reni sans vie, Prêt pour la pourriture et le festin des vers, Et là, dans un éden, sous un ciel sans hivers, L'autre Reni vivant prêt pour l’amour suave. « Viens encore avec moi, pasteur, dit la voix grave », Et Sabas se trouva chez Trajan.
Eux aussi Les trépassés d'hier, hors de leur corps noirci, Etaient sortis vivants aux mains des jeunes femmes, Les deux époux, emplis de la clarté des âmes. Se regardaient tremblants, émerveillés, joyeux. Et P enfant s’agitait l'aube nouvelle aux yeux.
Et plus loin : Nos globes sont jumeaux, et tel est le mystère, De la Création, que sous un double ciel, Deux terres sœurs, ayant un sol matériel, Peuvent se pénétrer, l’une invisible à l’autre; Tu viens de la première et montes dans la nôtre ; Tout ce qui meurt en bas, de l’homme aux arbrisseaux, Revit ici. La mort ne fait que des berceaux, Et l’on ne connaît pas de cercueil dans ce monde.
La mort berce la vie en sa droite profonde, Et son sein maternel est bercé de jasmins ! Comme de pareilles oeuvres si riches de jeune sève, si débordantes de viriles inspirations, consolent des mièvreries de notre dolente et maladive époque ! Fabre des Essarts.
PARTIE LITTÉRAIRE Dédiée à M. Papus, AU NÉOPHYTE Profitons de ce que notre Terre s’endort. Et de la torpeur de la nocturne brise: Regarde! la plaine est brumeuse et grise Et le ciel de lilas mêlé d’or. Hécate apparaît, spectre blême, En cette naissante nuit; C’est l’heure du Problème : Chaque asire qui luit Sera ton phare. Si ma voix T'effare., Vois!...
252 l’initiation PRIERE MAGIQUE Apparaissez, Esprits latents des forêts sombres Esprits des eaux. Esprits du ciel! — Laissez-nous voir vos vagues [ombres ! Condensez-vous, balancez-vous sur les roseaux Sur les ramures ! Ah ! Suspendez vos chants aigus, petits oiseaux ! Vents ! il vous faut cesser aussi vos sourds murmures Ca?' dans la nuit EF éveillons pas l'essaim hideux des noirs lémures, Ils accourraient tous affolés au moindre bruit. O blonde Lune ! Dont le sourire hélas ! pour nous trop tôt s'enfuit, Inonde encor de tes reflets la haute dune Où nous allons En un instant manifester quelque fortune! Venez, Esprits ! Ah ! surgissez de vos vallons !... Maurice Largeris. NOUVELLE Par J. de TALLENAY Une exposition de tableaux, organisée au Havre par un comité de dames, au bénéfice des familles de
APPARITION 253 naufragés, venait d’être ouverte au public. Son vaste local était envahi par une foule bigarrée, élégante, cosmopolite, arrêtée çà et là devant les toiles exhi bées, émettant des remarques et, le plus souvent, des critiques sur les œuvres soumises à son examen. — Oh! les magnifiques poissons! s’écria un mon teur qui s’était promené jusqu’alors dans la salle d'un air dédaigneux et ennuyé ; voyez donc, com tesse. on en mangerait !
Diane de Saray ne répondit pas. Elle s’était arrêtée devant un tableau, placé à peu de distance de celui qu'on lui désignait. C’était le premier de la file par courue qui parut attirer son attention. Elle le contem plait longuement avec un battement de cœur d’artiste, l'émotion sourde et puissante qu'inspire le Beau. Mais son interlocuteur ne se tenait pas pour battu. — Que regardez-vous donc ? reprit-il.
De l’eau, des nuages noirs... des fantômes aux corps féminins surgissant d’une nuit fantastique ? C’est la fameuse toile de Pierre Lara ; il n’a jamais pu la vendre. C’est sinistre. — C’est superbe ! murmura la jeune femme, et si je ne partais pas bientôt, je la lui achèterais. — Admirez plutôt mes poissons, c’est suggestif au moins, à la bonne heure ! La comtesse sourit et releva la tête.
Elle allait répli quer quand son regard, planant indifférent sur la foule, fut brusquement arrêté par un autre regard, très brillant, très intense, mais surtout très troublé, qui la contemplait ardemment. Ces yeux, elle les avait déjà vus ; depuis trois mois, ils la poursuivaient
2 54 L INITIATION partout, humbles, respectueux, mais révélant une irrépressible passion dans leurs profondeurs noires. — Connaissez-vous ce monsieur? demanda-t-elle à mi-voix au baron Meyri, le vieil ami rencontré à la porte de l'exposition et qui l’accom. agnait mainte- * nant durant sa visite. — Je crois bien, je ne connais que lui ! C'est Lara, l'auteur de la composition que vous admirez.
C'est un original, un garçon très intelligent, • s horrible ment nerveux. Il s'occupe d’occultisme, croit aux esprits, voit des fantômes ; il se dédouble, que sais-je, moi? enfin toutes ces vieilles blagues qui redeviennent a la mode... Lui est très sincère, il croit que « c’est arrivé». Voulez-vous que je vous le présente?
II vous intéressera, vous qui aimez l'analyse et tout ce qui sort de l’ordinaire... — Oui, certainement, j’aurai un vrai plaisir à lui dire combien je trouve son œuvre belle. Le baron Meyri interpella aussitôt l'artiste qui pas sait auprès d’eux et le nomma à la jeune femme. Pierre Lara s’inclina très bas, sans proférer uneparole. Elle le regarda étonnée. 11 était horriblement pâle, ses lèvres tremblaient.
Elle vit que ses cheveux presque blancs, très épais, se collaient, mouillés, contre ses tempes : elle vit que ses yeux allongés, très noirs, profonds, exprimaient une inquiétude, une détresse... — Votre toile est superbe, monsieur, lui dit-elle pour le mettre à l’aise : la composition est une mer veille. C’est simple et si grand ! — Je savais que vous la comprendriez, balbutia-t-il
APPARITION 255 d’une voix basse, à peine distincte... je le savais... — Vous y avez mis une intensité d’expression qui m'a frappée !... il ne répondit plus.
Il la regardait toujours, mais l'entendre, vivant en dedans, recueillant au fond i.2 lui-même, tout à fait inconsciemment, les sensas multiples et violentes de la minute actuelle, . ;;;nt tout. tout, même la présence réelle à ses côtés d>. la femme aperçue trois mois auparavant au sortir l'une gare, et qui. dès cet instant, avait remué en lui les libres les plus délicates, les plus profondes, les pl is intimes de son être.
11 était là, près d’elle, muet, bouleversé, avec toute son âme dans son regard. La comtesse, comprenant vaguement ce qui se pas sait en lui. éprouva le contre-coup de ce grand trouble exquis, torturant, et, sans toutefois s’en rendre compte, subit 1'elTet du fluide magnétique et puissant dont il l'enveloppait.
Pour la première fois de sa vie, en pareille circonstance, elle se sentit gênée ; un peu de rougeur colora ses joues pâles, et, sous la fine voi lette qui les recouvrait, ses grands yeux gris plongè rent. pénétrants, dans cette âme affolée qui l’appelait. Elle voulut parler, mais, se ravisant tout à coup, avança rapidement, sans rien dire, examinant les ta bleaux exposés, suivie du baron et de Pierre Lara. On la remarquait beaucoup.
Des personnes se retour naient pour la voir passer, tandis qu’elle marchait calme, grave, un peu hautaine, vêtue d’une robe simple et élégante dont la teinte sombre faisait ressor tir celle de ses cheveux, d’un beau roux vénitien. Sa tète, au pur profil grec, était d'un grand caractère.
256 l’initiation M“° de Saray s’arrêtait parfois dans une pose médita tive devant une toile qui la frappait, puis continuait sa visite, sans paraître s’apercevoir de l'admiration dont elle était l’objet.
Arrivée à la sortie, elle prit congé des deux hommes qui l’accompagnaient. — Puis-je venir vous voir? lui demanda Lara, parlanttrès bas, sans lever les yeux sur elle. — Certainement, venez, je reçois les mercredis. — Permettez-moi, madame, de venir en dehors de votre jour ; je suis un sauvage, un ours...
Un peu choquée de ce sans-façon, mais intéressée cependant par les allures étranges de l'artiste, elle lui fixa, pour le recevoir, le surlendemain, à quatre heures. * * * La comtesse se trouvait seule dans son salon, lors qu’on lui annonça M. Lara. Il salua et balbutia tout de suite, rougissant, très embarrassé : — J'ai des excuses à vous faire Je me suis conduit comme un écolier...
Je vous ai suivie dans la rue, vous vous en êtes aperçue... il faut que j'explique... une ressemblance... — N’expliquez rien, monsieur, je hais les explica tions. Asseyez-vous et causons. Y a-t-il longtemps que vous habitez le Havre ? — Je l’habite depuis que j’ai su que vous y étiez ins tallée vous-même.
J’ai besoin de vous voir et, quand je vous ai vue, je suis heureux pour plusieurs jours... -— Monsieur ! — Je vous en supplie, ne vous offensez pas de ce que je dis. Je vous respecte, je vous vénère à genoux!
APPARITION 2^7 Comprenez-moi. Madame ; je suis un malheureux ! Je suis né artiste, artiste jusqu'au fond de l’âme : une étoile m'attendrit, une fleur me fait pleurer, mais je suis maladif, bizarre, nerveux, je n’ai pas d’amis et ceux qui auraient pu m’aimer, je les ai fait souffrir. Je suis seul dans la vie. Seul !
Une fois, il y a bien longtemps, j’ai rencontré en Italie, mais sans la con naître. sans parvenir à lui être présenté, une jeune Américaine et, dès lors, toutes les aspirations, les élans comprimés, toutes mes pensées les plus tendres, mes pauvres songes refoulés, sont allés vers elle, éperdument, toujours... Vous êtes plus belle, mais vous lui ressemblez, Madame. Vous avez le même re gard. intellectuel et profond...
Quand je vous ai ren contrée pour la première fois, il y a trois mois, à Paris, cela m'a donné un grand coup au cœur!... Depuis je vous ai vue souvent, je vous ai parlé une fois... Je vous aime comme un enfant, comme un fou... Je ne demande rien... Il s’arrêta, parce que sa voix s’éteignait, presque in distincte. mais ses yeux, singulièrement mobiles, se fixèrent, palpitants et troublés, sur le beau visage tourné vers lui.
Un long silence, un silence léger, nullement désagréable, tout à fait inconscient de part et d’autre, suivit ces paroles.
La comtesse, d’abord étonnée, un peu froissée peut-être, les avait écoutées ensuite avec la curiosité, l'esprit d’analyse qu’éveillait en elle — femme du monde habituée aux déclarations intéressées et mensongères de ses nombreux admira teurs — la nouveauté du fait, l’exceptionnelle ren contre d un sentiment violent, sincère, ingénument 9
2 58 l'initiation exprimé. Laissant le silence se prolonger, sérieuse et pensive, elle regarda plus attentivement cet étranger à peine entrevu, notant surtout les indices du boule versement intérieur qu’il cherchait visiblement à ré primer. Sa figure était très maigre, scs cheveux touffus et bouclés: sa courte barbe, taillée en pointe, grisonnait déjà.
Ses yeux noirs, très vifs, aux reflets métalliques, disaient une extrême souffrance. — Voilà donc la passion ! pensa-t-elle. Meyri avait raison; il est intéressant... c’est une nature rare et fine, un tempérament spécial... Pauvre homme, il m’aime, et je sens, pour la première fois, bien qu’on me l’ait répété si souvent, que cela pourrait être vrai...
Une femme bête ou simplement ordinaire eût fait sonner très haut les mots de de vertu, de devoir. La comtesse de Saray était une femme intel ligente, une femme de cœur. Elle regardai Pierre Lara avec un sourire, un sourire triste et doux, un beau sourire de pitié dont le rayonnement éclaira son vi sage aux lignes sévères. Eperdu, frissonnant, il se leva... — Vous avez pardonné, Madame... Vous avez compris ! Comme vous êtes bonne !
Il y eut un nouveau silence, très court; puis Lara, se rasseyant, demanda d’une voix changée, raffer mie : — Auriez-vous peur de voir une apparition ? — Peur ? Je ne le pense pas, pourvu que je me rende bien compte que c’en est une. Mais, au lait, c’est vrai, on m’a dit que vous vous occupiez de ces
APPARITION choses... Comment donc avez-vous été amené à le taire ? — fout naturellement.
J’étais somnambule dans mon enfance et je suis resté un sujet de premier ordre, exceptionnel même, car je dirige à volonté les sorties de mon esprit, de mon moi, et je me rappelle parfaitement au réveil les étapes parcourues par lui. — C'est très, très étrange, mais cet effort, cette ten sion de votre volonté doivent vous fatiguer beaucoup, vous rendre malade ? — Plus maintenant.
J'arrive assez vite au dégage ment, surtout lorsqu’il ne s'agit que de m’envoyer à un endroit déterminé, dans la région astrale, par exemple, au milieu des élémentals qui y vivent et dont je désire connaître l'organisation. Il m’est plus difficile d’apparaître à quelque personne vivante... — C'est impossible ! s’écria la comtesse. Impossible, Madame? Une chose est-elle impos sible parce que nous ne la comprenons pas ? Le sur naturel !
Mais ce mot n’a été inventé que pour servir de rideau aux orgueilleux ou aux imbéciles, trop pa resseux ou trop timorés pour en 'soulever le coin et tenter une exploration dans le domaine qu'il leur voile !
Quelle vanité folle et puérile que de vouloir limiter l’infinie puissance de la création, l'harmo nieux et incommensurable problème de ses lois mys térieuses et cachées, tout simplement parce qu'en en constatant chaque jour les effets, on n’en saisit pas la cause. Et puis, quelle négation de Dieu! — Peut-être avez-vous raison, interrompit Mme de Saray, pensive. Quant à moi, je comprends, je sens
2Ó0 l’initiation parfois que nous sommes environnés d'un monde inconnu, peuplé d'êtres invisibles... Mais nous nous écartons du sujet: vous parliez d'apparitions, de dé doublements? Quel moyen employez-vous donc pour les produire ? — Ma volonté.
C’est une force colossale, mais com parable à l’électricité répandue dans l'air ambiant, qui sature, entoure, pénètre la planète sur laquelle on n'a pas trouvé le moyen de l'emmagasiner et de s’en servir. Il existe de prodigieuses puissances inutilisées La volonté en est une. Tout homme la possède en germe, mais elle reste à l’état latent, chez la plupart, infé conde et stérile.
J'ai essayé simplement d'exercer la mienne, .de l’employer, par exemple, à apparaître à des amis, d’arriver à une projection de mon âme... — Vous avez réussi ? Comment faites-vous ? — Sur cinq essais, j’ai réussi deux fois. Il faut un entraînement de quelques jours, c'est-à-dire qu’il est nécessaire, pour faciliter la sortie de l'esprit, de con centrer toutes ses pensées sur la personne choisie.
Il faut aussi jeûner et se fatiguer beaucoup, parce qu’il est essentiel, au moment de l'expérience, que le corps soit dans un état d’abattement complet. — Et vous voudriez m’apparaître ? — Oui, Madame, si vous le permettez.
Je pense tant à vous, je vous aime tant qu’il me sera facile et doux de le faire et que je suis certain de réussir. — Dépêchez-vous alors, dit la jeune femme avec un sourire, car je pars bientôt. — Vous partez ! vous ! balbutia-t-il suffoqué. — Mais oui ; j’habite les Etats-Unis où mon mari,
APPARITION 2ÔI qui est ingénieur, est chargé de la construction d un chemin de fer. Je ne suis venue en Europe que pour voir ma mère. Elle était souffrante et m’appelait... Maintenant qu’elle est guérie, je retourne à New-York et je m'embarque dans une semaine à bord du... Elle s'interrompit, saisie, tout émue.
Lara avait couvert ses yeux d’une main; l’autre, restée sur ses genoux, tremblait violemment. — Vous viendrez me dire adieu, ajouta-t-elle d'une voix persuasive et caressante; je serai heureuse de vous revoir encore. Venez donc dans ma loge ven dredi prochain ; c’est la veille de mon départ et je dois y assister à une fête de charité.
11 se leva sans répondre et machinalement se diri geait vers la porte de sortie, quand, tout à coup, se retournant, il prit la main de la comtesse et entraîna celle-ci vers la fenêtre ouverte, par laquelle entrait, splendide, serein, tout pailleté d’atomes tremblants et colorés, un large rayon de soleil qui entoura la jeune femme d’un éclat tendre etrhaud, vaporisant, fondant en tons lumineux, d’une exquise harmonie, ses che veux d'un roux sombre, sa tète sculpturale au teint mat, sa longue robe de laine blanche.
Elle resta im mobile, regardant Lara avec une pitié infinie aux fond des yeux. — Laissez-moi vous voir, vous voir encore, tout entière, en plein soleil, murmura-t-il, faisant un effort inouï pour maîtriser l’immense émotion qui l’étrei gnait. Vous pardonnez, n’est-ce pas ? Vous sentez qu’on ne peut pas s’offenser? Oui, oh ! oui, je crois en Dieu qui vous a faite si belle... Que je vous aime !
2Ô2 l’initiation — Adieu ! dit-elle enfin tristement. Il ne répondit pas, mais il la regarda. Que lut-elle dans ce regard ? De l'adoration, une prière ardente, une intensité de souffrance, une agonie muette qui touchaient à la folie... Elle lui tendit la main : il la prit, se pencha comme pour la baiser: mais, poussant un cri, un long cri éperdu, pâle comme s’il allait mourir, il la laissa retomber et s'enfuit...
Peu de jours après, quand Mme de Saray arriva au théâtre, pour y assister au concert dont elle avait parlé à M. Lara, sa loge, située au fond de la saile, vis-à-vis de la scène, fut immédiatement envahie par ses amis, jeunes et vieux, désireux de la voir encore, de lui souhaiter un bon voyage.
Elle était un peu pâle, mais étrangement captivante dans la simplicité presque austère d’une toilette noire tout unie et de ses cheveux, coiffés à la grecque, sans ornement ni bijou. Causant avec le baron Meyri, elle lui demanda s’il avait vu Pierre Lara. — Oui, dit-il, je l’ai rencontré à l’exposition. 11 avait mauvaise mine ; il m’a fixé dans les yeux sans me reconnaître... Pauvre garçon, je crains qu'il n'aille tout droit à la folie !
Mais il doit être ici ; je l'ai vu arriver tout à l’heure; tenez, le voilà au parterre; il nous tourne le dos. Elle l’y découvrit en effet. Il était nu-tête, en habit, cravaté de blanc, le dos voûté, l’attitude affaissée. Une seule fois, durant la représentation, il se retourna pour regarder derrière lui, là-haut, la comtesse entou
APPARITION 263 rée de scs adorateurs, mais il ne la salua pas, et, tan dis que la salle entière riait aux éclats d’un étourdis sant monologue débité par Coquelin cadet, Mme de Saray s’aperçut avec un douloureux serrement de cœur que tout en répondant d'un signe de tète au monsieur placé à côté de lui et l’accablant de ques tions, il s'essuyait furtivement les yeux d’un geste nerveux et accablé.
Il pleure ! pensa-t-elle en frissonnant, est-ce à cause de moi ? à cause de mon départ ?... ★ * *• Le lendemain, vers cinq heures, le grand transat lantique le Saint-Germain quittait les bassins inté rieurs. pour gagner, aidé d'un remorqueur, la passe très étroite de la sortie du port.
Une foule nombreuse assistait au départ, et pendant que le bateau s’éloi gnait peu à peu, les amis de la comtesse, réunis en groupes, lui criaient encore leurs adieux et leurs souhaits auxquels la jeune femme, appuyée sur le sa bord d’arrière, répondait par un sourire triste. On était au milieu de septembre, et le temps, assez frais, avait chassé du pont la plupart des voyageurs.
Un brouillard intense, mais très bas et rasant les eaux, s’abattit sur le navire, effaçant instantanément les maisons bien alignées, les quais remplis de monde, les mouvements divers des embarcations voisines, et prêtant une mélancolie subite à ce début de traversée. Le Saint-Germain avançait lentement, avec précau tion , lançant à intervalles rapprochés un jet de vapeur
l'initiation 264 sifflante, dont l'épaisse fumée, ne pouvant se dissiper dans l'air chargé d'eau, se contournait en lourdes vo lutes blanches sur un fond de grisaille uni et dont l’appel strident répercutait violemment au loin sa longue plainte déchirante.
La comtesse était restée sur le pont, retenue, empoignée par la solennelle tris tesse qui enveloppait les choses et donnait aux mâts, à peine estompés dans la brume, aux machines. aux vergues, demi-voilées, indistinctes aux matelots. se mouvant comme des ombres parmi les cordages mouillés, un aspect vague et pénible de rêve fantas tique.
Très impressionnée, le cœur serré, elle con templait distraitement les rives, voyant se confondre dans le brouillard, à mesure qu'on s'éloignait, des formes à peine estompées, lorsqu'elle aperçut soudain, tout au bout de la jetée, une sombre figure isolée, droite, immobile. Elle devina plutôt qu'elle ne recon nut Pierre Lara.
Le navire passa lentement, très len tement devant lui. il ne bougea pas et, pendant un espace de trois minutes au moins, elle et lui se regardè rent de loin à travers l'ombre épaisse avec une dou loureuse intensité : puis le Sa in l-Germain, hâtant sa marche vers la pleine mer, cingla plus rapidement.
La distance augmentait entre eux, l’effacement gran dissait, lorsque Diane, attristée, inquiète et se pen chant au bastingage pour le voir encore, le vit faire deux pas en avant, chanceler et s’abattre lourdement à terre où sa forme allongée, éclaboussée des vagues, se détachant, mince ligne noire sur un fond sombre, dans cette navrante solitude, était tragique. La jeune femme se retourna alors pour gagner sa
APPARITION 205 cabine. Elle fut arrêtée soudainement par un phéno mène étrange : le soleil, brillant tout à coup au-des sus de la brume, l’avait victorieusement transpercée de rayons lumineux et colorée d’inexprimables reflets aux teintes pourprées, tellement belles, tellement va riées, tellement délicates, que le navire entier sem blait glisser dans une merveilleuse atmosphère incon nue. irradiée d’idéales couleurs.
Et, devant elle, sur le pont, au milieu de cette ineffable splendeur, éclairé, imprégné de la vaporeuse lumière de ce brouillard rose, elle aperçut Pierre Lara qui la contemplait avec un infini de bonheur et de prière dans les yeux. Une v ffx basse, mais distincte, passa comme un souffle à son oreille. — Diane! murmurait-elle.
Glacée de peur, étranglée d'émotion, mais fascinée par l’inexpressible puissance de l’appel fluidique émané de l'apparition, elle fit un pas vers celle-ci. Tout s'effaça instantanément. Le soleil disparut, et l'immense voile gris, plus obscur, plus désolé, étrei gnit le grand paquebot qui fuyait vers EOcéan.
Seule sur le pont désert, Almc de Saray, d’abord immobile, courut vers barrière, essayant de percer du regard la brume opaque, d’apercevoir encore le pauvre corps qui gisait, inerte, là-bas, sur la jetée, tandis que l’âme, d'un élan de sa volonté, en avait brisé momentané ment les parois. Elle ne vit plus rien.
Deux mouettes, entre-croisant leur vol au-dessus du sillage, où les eaux bouleversées roulaient avec fracas, animaient seules, de leurs mouvements
206 l'initiation rapides, l’étrange et morne désolation environnante. Alors, penchant la tète sur ses mains, Diane pleura longuement, la poitrine soulevée de sanglots... J. de Tallenay. RESTAURATION DE LA GNOSE Le Saint Synode Gnostique décrète : ARTICLE PREMIER Le rétablissement delà hiérarchie permet la restau ration du symbolisme gnostique. ART. Il La CONSOLAMENTUM, la FRACTION DU PAIN et I'aPPAreillamentum de ^Assemblée albigeoise sont rétablis. ART. III Les Evêques et leurs coadjuteurs peuvent seuls con férer le CONSOLAMENTUM. ART.IV Tout pneumatique, parfait ou sup:; inc": peut faire la FRACTION DU PAIN. ART. V L’appareillamentum est le privilège exclusif du siège patriarcal. ART. VI L’Initiation publiera les trois rituels incessamment.
DÉCRET DU SYNODE 267 ART. VII I/ordre Martiniste est déclaré d’essence gnostique. Tout Sup': inc * prend rang dans la classe des Parfaits. ART. VIII L'Evangile de Jean est le seul Evangile gnostique. ★ ¥ ¥ Donné à Paris sous le sceau du T. S. Synode gnos tique, le 28° jour du septième mois de l'an IV de la Restauration de la Gnose. f Le Patriarche Gnostique, primat de l’Albigeois, évêque de Monségur. T L'Evêque de Toulouse. T L'Evêque de Béziers T La Sophia de Varsovie. T Le coadjuteur de sa Grâce le Patriarche évêque de Milan. T Le coadjuteur de Toulouse, évêque de Goncorezzo. T L'Evêque élu d'Avignon. Par mandement de sa Grâce et du T. S. Synode. Le Diacre Référendaire. Exécutoire Le Très S. Plérôme invoqué, nous ordonnons que le Décret suscrit du Très Saint Synode gnostique sera mis à exécution dans les assemblées. f VALENTIN, Patriarche gnostique. primat de ¡’Albigeois, évêque de Monségur.
268 l’initiation 4k 0 U P E D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES Quartier général. — Le rapport du President pour l’année 1892-1893 paraîtra le mois prochain. Nous pou vons, dès à présent, donner les chiffres suivants qui indi quent assez les progrès incessants du Groupe : Branches et correspondants. France . . 33 — — Europe . . 29 — — Autres pays. 18 Total ...
80 Ainsi, alors que les fédérations entreprises par les di verses sociétés spiritualistes n’ont pu donner encore de résultats satisfaisants, le Groupe d’études ésotériques, sans demandera ses membres ni cotisation, ni droit d’entrée, est parvenu en moins de quatre ans à constituer quatrevingts foyers de propagande active, régulièrement cen tralisés à Paris, sans compter les vingt-quatre commis sions d’études du Quartier général.
C’est la société la plus puissante existant actuellement en Europe par le nombre de ses membres et de ses branches. Ce succès est dû à la tolérance absolue pour toutes les opinions qui forme la base de tous les travaux du Groupe.
Etranger. — Par l’actif dévouement de M. de Thomassin, le Groupe ésotérique vient de s’affilier, à titre de société adhérente, l’Alliance internationale des Cogi tants (Cogitanten-Allian^), sous l’inHucnce de laquelle l’Académie des Cogitants, prochainement rénovée à Ber lin, marchera dans les voies de la philosophie spiritua liste.
Un nouveau poste de correspondant va être établi à Berlin. groupe n° 4 (Séance du 23 août i8ç)3) Cinq personnes présentes (M. et Mmc B..Mmo P.. M. et Mm8 F...).
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ESOTERIQUES 269 Les assistants se placent, en arc de cercle, dans 1 angle Est de la salle des séances. On ne fait pas la chaîne. Le milieu de la salle est occupé par une lourde table couverte d’objets légers. Sur cette table se trouve aussi un vase chargé de fleurs ; à l'extrémité opposée à l’assistance on dépose une feuille de papier blanc et deux crayons.
Les assistants les plus rapprochés de la table en sont éloignés de plus d’un mètre. Une petite table carrée, à quatre pieds, destinée à ser \ ir de premier moyen de communication avec l’invisible, est placée entre M. et NI21" B... et M. F... Après la prière d’usage, nous nous mettons dans l'obs curité. Aussitôt la lampe enlevée, M. F... appelle à liante voix l'esprit familier du Groupe ; celui-ci ne se manifeste pas.
En revanche, la petite table carrée en contact avec M.et Mmc B... et M. F... donne par coups frappés le nom d’une personne morte accidentellement depuis quelques jours et appelée moralement, à l’insu des autres assis tants, par Mnle P... (sans contact avec la table). Apres avoir interrogé cet esprit, M. F... le prie de don ner une preuve matérielle de sa présence en jetant une Heur à la personne qui a conservé son souvenir.
Au même moment, Mme B... pousse un cri de frayeur et déclare avoir senti le contact d’un être froid; quelques secondes s’écoulent au milieu du silence général, puis une fleur est projetée sur Mme P... La petite table carrée dicte ensuite :« Lumière». Une lampe est apportée. Nous avons alors recours à l’écriture mécanique et nous sommes invités de nouveau à laire l’obscurité.
Après quelques instants de calme, la grande table se dirige lentement du côté opposé aux assistants quelques objets sont projetés soit sur les personnes présentes, soit dans une direction opposée ; la petite table carrée échappe aux médiums, et libre de tout contact, répond aux ques tions posées. Nous obtenons également des réponses (oui ou non)
270 l’initiation au moyen de petites décharges électriques se faisant en tendre au-dessus de la tête de AI1”0 P... Nous obtenons ainsi une réponse affirmative à une demande de faire cesser l’obscurité. La lumière faite, nous constatons que deux mots par faitement lisibles: Xlerci.., Dieu..., puis une signature il lisible ont été tracés sur la feuille de papier placée sur la grande table (du côté opposé à l’assistance).
Nous demandons, par l’écriture mécanique, pourquoi l’esprit qui s’est ainsi manifesté n’a pas donné son nom. « Les forces m’ont manqué, nous est-il répondu, mais refaites l’obscurité, vous aurez mieux. » Nous-suivons ce conseil et nous prions notre ami invi sible de nous avertir d’apporter la lampe en agitant un grelot ou une sonnette.
Pendant cette troisième partie de la séance, de nom breux objets sont déplacés : une boite à musique donne quelques notes, un tambour de basque est agité. Mine B... déclare que son fauteuil est violemment secoué. La grande table se déplace vivement à plusieurs reprises et se met en marche. Le tintement d’une sonnette nous annonce la lin de la séance obscure.
On apporte la lampe et nous remarquons que la grande table s’est placée dans l’angle ouest de le salle, c’est-à-dire dans la partie diamétralement opposée à l’assistance ; nous remarquons en outre que l’esprit familier du groupe a écrit son nom d’une manière très lisible à côté des deux mots précédemment tracés sur le papier placé à l’extré mité de la grande table.
Ce nom est écrit à l’aide d’un crayon pris sur la table, mais autre que les deux déposés intentionnellement sur le papier. Les traits sont plus noirs, les lettres ont la même forme que celle des mots « Dieu et Merci » cités plus haut. Mesures prises,' je constate que le papier sur lequel se voit l’écriture directe est placé à plus de 2mqo de l’assis tance. Tout semble indiquer la présence d’un être invisible doué de volonté. A. François.
GROUPE INDÉPENDANT D'ÉTUDES ESOTERIQUES 2/1 3i août 1893. Monsieur le Directeur, A la suite de notre séance du 23 août dernier, Mme S. me pria de venir passer une soirée chez elle pour y ex poser, devant quelques intimes, les premiers éléments de la science occulte. Référant à ce désir, je ne crus pouvoir faire mieux que lire 1 article de Papus sur les phénomènes magiques, public dans Y Initiation d’avril 1890.
Après quoi, les expériences commencèrent. Je vous prie de remarquer, Monsieur, qu’au cours de cette séance nous avons été assez heureux pour obtenir que les nombreuses Heurs placées dans un vase fussent toutes distribuées simultanément aux dames présentes, placées dans diverses directions , ce qui détruit complètement la théorie de la force du médium se projetant dans une direction opposée.
Je vous signalerai encore le fait d’un piano jouant sans contact. Ceci dit, je laisse la parole à M. B. Veuillez recevoir, Monsieur, l'assurance de mes meil leurs sentiments. A. François. i GROUPE N° ùeance du 2~ août i8()3. Après avoir assisté à plusieurs séances de spiritisme données chez M. François, je fus invité à me trouver chez une dame qui désirait en avoir une chez elle avec le concours de ce dernier.
D’après ce que j'avais déjà vu et ce que j’avais pu étu dier, je craignais avec beaucoup d’autres personnes que, dans un local nouveau et devant des personnes étran gères. il n’y eût aucune manifestation spirite. Il n’en a rien été, et le merveilleux des dernières séances a été pour le moins égalé. Neuf personnes étaient présentes: M. et Mme F., Mmc, M110 et M. G., M119 X., Mmo P., M. et M1UC B. La séance commença vers 9 heures 1/4. Dans la salle, un peu exiguë, se trouvaient une petite
l’initiation table et une grande table carrée sur laquelle divers petits objets étaient disposés. Sur un ordre donné par l’in visible, M. et Mmo F. et M. B., qui connaissaient déjà ces manifestations, furent rélégués dans le fond de la salle. Il ne restait autour de la grande table que des per sonnes qui n’avaient jamais assisté à des séances de ce genre.
M. F., Mni° B. et M110 X. s’étant mis à la petite table, on demanda si l’esprit familier du groupe était présent. Il fut répondu affirmativement par coups frappés à plu sieurs reprises, et, sollicité ensuite par l'écriture méca nique, on fit faire par deux fois différentes ¡’obscurité.
Alors divers objets de la grande table firent remués ou projetés ; on perçut distinctement le son de sonnettes, grelots, et un piano placé dans la pièce fit entendre quel ques notes. Sur la demande qui en fut faite, un bouquet placé au milieu de la table fut distribué aux assistantes, qui toutes étaient placées dans des directions différentes.
Enfin, grâce à un mince filet de lumière filtrant par la porte mal jointe, Mm0 F. put voir une grande ombre passer, alors que dans la salle on n’entendait aucun bruit. Pendant toute la durée de cette séance, la petite table et quelquefois la grande furent violemment secouées. L’esprit présent disposait, faut-il croire, de forces très grandes par suite de la présence de plusieurs médiums influents dans l’assistance.
Lorsque la lumière fut rapportée, on constata que le sol était jonché de fleurs ; la grande table avait tourné, de sorte que les personnes qui l’entouiàient n’avaient plus les mêmes objets devant elles. Un jeune homme présent, M. G., dit avoir ressenti sur la joue l’effet d’une gifle qu’une main lui aurait donnée.
Quoi qu’il en soit, les assistants et surtout les per sonnes qui se trouvaient pour la première fois en pré sence de ces manifestations furent fort impressionnées. Moi-même, qui avais déjà vu ces choses se produire, je ne puis me défendre d’un sentiment de crainte en pensant que l’on peut être à la merci d’un esprit animé de sentiments malveillants. La science occulte, quoique à ses débuts, nous montre des choses merveilleuses. Le champ en est vaste, et
A NOS NOUVEAUX DEPUTES ^3 chaque jour des hommes éclairés l’explorent et nous découvrent des faits nouveaux.
On peut dire sans crainte qu’un grand avenir est réservé au spiritisme et que ses adeptes, qui, bien que divisés sur des questions de détail, partent du meme principe pour aboutir aux mêmes résul tats, ont déjà et auront à leur service, surtout quand la lumière sera faite sur des points moins obscurs', un agent merveilleux et une force considérable. A. Bessière.
Après la séance spirite, et sur les conseils de M119 X., jeune Russe très instruite et des plus distinguées, nous tentons avec succès quelques expériences de suggestion mentale à l'état de veille. Pour ces expériences, une personne de bonne volonté, magnétisable ou non, se rend dans une pièce voisine.
Les assistants se concertent à voix basse et décident que le sujet fera telle ou telle chose sans qu’un geste indicateur soit fait, sans qu’une parole soit prononcée. Le sujet, rappelé, est placé dans un cercle compact formé par l’assistance, qui doit n’avoir qu’une seule vo lonté et se mettre en contact avec lui; le suggestionneur (M110 X.) se place en face de la personne désignée et la regarde fixement.
Deux dames voulurent bien se soumettre aux expé riences. La première suggestion était : « Se mettre à genoux. x> La deuxième : « Prendre un gâteau sur la table. » Les personnes désignées étaient complètement éveil lées. Les suggestions ont parfaitement réussi. A. François. A nos nouveaux Députés Sous ce règne européen de la force, que signifie l équilibre des puissances, si ce n'est l'opposition mu tuelle de leurs Jorces ar mées ? Si de nos jours une compagnie créait une ligne de che mins de fer ayant pour but spécial la collision des trains
l'initiation 2 74 le massacre des voyageurs et la destruction des marchan dises, sous prétexte d’équilibrer les forces des locomo tives, le bon sens public saisirait les tribunaux de la question.
Si, pour détendre leur conseil d'administration, les ingénieurs de cette compagnie venaient devant les ma gistrats disserter sur les bienfaits du système et le légi timer, au nom d’une théorie du cheval-vapeur, naturelle, primitive et philosophique, le jury demanderait pour ces ingénieurs le bénéfice des circonstances atténuantes et leur admission à Bedlam ou à Charenton, selon le pays.
Mais admettez qu’une pareille société se fonde, et que la compagnie de la collision fonctionne ; les < ifleurs auront beau être de bons chrétiens, les mécaniciens des gens équitables, les chefs de train d’honnêtes pères de famille, le fonctionnement général n’en sera pas moins odieux, antichrétien, inique, absurde, les voyageurs et les marchandises n’en seront pas moins les uns massa crés, les autres saccagées.
Chaque train,forcé de se heurter avec un autre, n'aura pour toute chance de salut que de chauffer à toute vapeur, d’élever sa pression à son maximum et, grâce à la vitesse acquise, de jeter le plus grand poids possible dans la balance du choc, d’écraser pour n’être pas écrasé.
Tels sont exactement les résultats du Congrès de Westphalie et voilà trois siècles bientôt que ce système fonctionne, dévore la fortune des peuples, comme les lo comotives engloutissent le charbon de terre et tue, chaque siècle, plus d’hommes qu’il n’en faudrait pour for mer une puissante nation. Saint-Yves d’Alveydre. {Mission des Souverains, pp. 228 et 229). Nous n’avons guère l’habitude de relever dans nos pu blications les appréciations plus ou moins bienveillantes
LE DÉFI DE M. PONCHET 2y5 de Messieurs les savants officiels touchant les doctrines ésotériques. Les qualificatifs de mystiques, de charlatans ou d’aliéncs à nous appliqués sont la conséquence habituelle desdites appréciations. Au jourd’hui,cependant, un des savants professeurs que compte notre Université, M. Pouchet, mérite d’arrêter notre attention, car il a fait une proposition qui vaut la peine d’être examinée. Al.
Pouchet offre mille francs de prime à la personne qui pourra lire un mot contenu dans une enve’oppe fer mée. Cette offre est faite, dans la pensée du savant pro fiteur, pour démontrer le charlatanisme des prétendus liseurs de pensée. Or M. Pouchet nous permettra-t-il de lui dire que sa proposition indique une ignorance absolue des phéno mènes qu'il prétend contrôler ?
Notre affirmation est peut-être brutale; mais nous es pérons pouvoir la justifier. J’ai personnellement étudié avec soin deux des « liseurs de pensée » qu'on devrait plutôt appeler des« automates psychiques » : Zamora et Onofroff.
Or ces sujets obéis sent assez bien à un ordre donné mentalement, surtout si on décompose parla pensée les mouvements à exécuter; mais ils m’ont déclaré eux-mêmes être dans l’impossibi lité de percevoir autre chose qu’un commandement mental.
Ces sujets sont des « automates » subissant des impulsions psychiques d’une manière absolument passive; mais non des « voyants » capables de lire des idées dans le cerveau d’un assistant ou des mots dans une enveloppe fermée. M. Pouchet propose de résoudre un problème de clair voyance magnétique en croyant rester simplement dans le domaine de la suggestion à distance.
Le sujet à qui vous commandez mentalement de lever le bras droit et d'etemdre un bec de gaz (le 3e à gauche par exemple) ne voit pas du tout ces idées dans votre cerveau, plus qu’il ne perçoit un seul de ces mots. Ce sujet sent une impul sion tendant à faire lever son bras droit ; puis il est attiré (toujours instinctivement) vers un certain bec de gaz et sa main est poussée à tourner la clef. C’est un travail pu
276 l’initiation rement réflexe dans lequel les centres médullaires sem blent seuls entrer en jeu, tandis que les faits de clair voyance (que je n’ai personnellement jamais pu constater scientifiquement) mettent en jeu de tout autres centres nerveux, le cerveau postérieur surtout. La proposition de M. Pouchet ne répond donc nulle ment au problème à résoudre. Il faudrait la refaire de la manière suivante.
« Mille francs sont proposés au sujet qui exécutera ponctuellement et sans aucun contact avec . ii s opé rateurs une série d’actes qui, pour contrôle, seront mentionnés d’avance dans une enveloppe fennec qui ne quittera pas l’expérimentateur. Dans ces conditions, la fameuse action mentale à dis tance qui effarouche tant M. Pouchet existera tout aussi bien.
Un cerveau aura agi sur une moelle sans intermé diaire phvsique ; mais l’expérience aura quelque chance de réussite. Car, il faut bien le dire, on peut nous appeler de.s aliénés ou des hallucinés ; mais il n’en est pas moins vrai que nous étudions ces faits depuis plusieurs années et que nous prétendons connaître les conditions d'expéri mentation rationnelle mieux que les débutants.
Nous commençons à avoir l’habitude de manier ces > « piles humaines » qui ne rendent jamais les forces phy siques qu’on leur confie qu’après de singulières et d’inat tendues transformations.Ces <appareilsintelligents » sont bien plus difficiles à manier et surtout à éloigner de toute tendance à la fraude que les appareils physiques des laboratoires.
Les conditions d’expérience changent complètement ; de là le facile triomphe de ceux qui con naissent mal la question. Quedirait M Pouchetsi nousluiproposion 2,ooof. pour nous montrer dans un télescope un habitant de Saturne? Théoriquement, on ne peut pourtant pas dire que le fait est impossible, s’il l’est pratiquement aujourd’hui. Eh bien ! le défi du savant professeur est du même genre quoique dans un autre ordre de recherches.
Il ne faut pas confondre la clairvoyance à distance avec l’impulsion psychique. Cela n’est pas permis à un psycho-physiolo giste.
COURRIER BIBLIOGRAPHIQUE 277 Je comprends très bien que le succès de nos idées gène cesmessieurs ; qu’ils cherchent un mobile vulgaire ; l'appât du gain sur les naïfs, à nos actions et à nos réali sations pour lesquelles nous dépensons cependant le plus clair de nos revenus.
Que ceux qui ignorent notre but réel nous insultent, soit, mais qu’au moins ils se donnent la peine d’étudier un peu ces questions avantde poser des «défis » qui ne ridiculisent que ceux qui les proposent. Parus. Michaïl, par Tolstoï, traduit par le prince Bojïdar Karageorgeorgevitch, 1 vol. de la petite collection Guillaume, Pans, E. Dentu, 18g3.
On sait que le comte Tolstoï s’est retiré du monde et vit en châtelain solitaire et bienfaisant à Jasnaïa Poliana. Il fut amené à s’occuper de l’éducation des enfants du village, « et il écrivit pour eux de petites légendes, des récits très courts et très simples dont la morale se dégage d’elle-même comme un parfum d’une fleur.
Ces nouvelles furent répandues à des milliers d’exemplaires en petits cahiers très modestes, mal imprimés sur du mauvais papier, illustrés avec plus de bonne volonté que d’art ; mais on les vendait, selon le désir de Tolstoï, dix copeks, à peine quatre sous. » Le présent opuscule est la traduction d’une de ces simples légendes, traduc tion souple et délicate comme la pensée de l’auteur el’emêtne.
Il y a dix-huit cents ans, le Christ Jésus a dit: « Je suis le chemin, la vérité et la vie »; et les Douze ont répété ces paroles aux peuples d’Hereb’ ; combien les ont comprises? Combien ont seulement cherche le che min du chemin? Combien Font trouvé, le chemin pour aller à Christ ? Démonstration ancienne comme la Terre, mais toujours accueillie avec joie par ceux qui la cherchent sincèrement : la science est poussière en face de l’Æmour.
l’initiaton 278 < Aimez-vous les uns les autres », c’est la clé de la connaissance, c’est la clé du pouvoir, la clé du temple de la mystique Jérusalem.
Que de phrases, dira-t-on, pour rappeler cette redite ressassée ; mais que fait la Nature et l'Homme autre chose que des recommence ments perpétuels: et n’est-il pas humiliant pour les par tisans scientifiques du Progrès de voir les Slaves partir des memes idées que professaient les Druides - sau vages », les Egyptiens « adorateurs de b¿i- s > et les Indous, peuple misérable et abruti.
Cela est pourtant, et dans cette redite, le penseur perspicace verra le germe imperceptible d'où florira, dans quel«, > si je es, le magnifique épanouissement mental de . tre race même; au point de vue plus restreint de r. re culture actuelle l’œuvre, de Tolstoï sera féconde < résultats heureux: elle prépare pour les génération prochaines des cœurs ouverts à la Bonté, accessibles a la Pitié ; et c'est seulement en ces cœurs que la science peut être déposée dans son intégrale et pure plénitude.
SÉblR. Jean-Paul Clarens. —Strada. 1 vol. in-8 de 228 pp. — En vente chez Chamuel et C‘c. AI. de Strada est un des méconnus les plus illustres que le six8 siècle puisse s’honorer d’avoir produit; son œuvre, tout intellectuelle, embrasse la culture générale de l'esprit : classifiée suivant une méthode de certitude que Al.
Clarens résume ainsi : i° Le Fait et tout fait propre irréductible, observable, certainement existant, est le point de départ de la pensée dans chaque science ; 20 Le Fait est le solidificateur de l’action du syllo gisme, de l’expérience, du calcul qui descendent du pré tendu rang de critériums à celui d'instruments certains de la méthode quand ils obéissent aux lois d’institutions qui sont les mêmes pour tous les ordres du savoir ; 3° Le Fait enfin et le fait propre à chaque science, comme à chaque art leur est critérium quand son indes - tructibilité s’impose.
Alontrer ici que notre philosophe semble un peu exaCOURRIER BIBLIOGRAPHIQUE 2 79 gérer l'importance de Descartes, de Pascal, de Bacon, un peu diminuer le mérite intrinsèque de Kant et des méta- ; hysiciens allemands, demanderait beaucoup trop de place.
Nous avons affaire ici à un système essentielle ment français, clair, lumineux, suffisamment profond, /.cariant des voies actuelles juste assez pour cire novaLur, et pas trop pour être la vraie initiation intcllec1 elle que nous attendons. (Entre beaucoup d’opinions, lle-ci : que les \ édas sont l’œuvre d’une civilisation ses débuts, me semble typique.) Ces restrictions faites, admirons avec son enthousiaste ci le, M. Clarens, la puissance vraiment synthétique de cet esprit, s’exerçant d’abord sur le terrain de la cience sociale (le Dogme social, 185g, la Séparation Ps Pouvoirs, 1861, Séparation absolue de l'Église et de P État, I862, l'Europe sauvée et la Fédération, 1867).
Entre temps, VUltimum o'-ganum (i865), avait, avec la Méthode générale (I867), le Point de départ de la pensée (1868) ,1c Manifeste de la philosophie de l'Impersonnalisme méthodique (1868), fondé le système philosophique de l'auteur; système adhérant à la conception du Trans formisme. ainsi que le fait voir cette gigantesque adap tation poétique, entreprise sous le titre d'Epopée humaine, et de laquelle huit tomes sont déjà parus.
Le - premier cycle de civilisations » va de la Genèse uni verselle ( I890), à Sardanapale (1891), en traçant l'histoire des Races ( 1890), du Pouvoir (le Premier Roi, 1890) et de l'Autorité (Le Premier Pontife, 1890). Le deuxième cycle comprend le Peuple de D;eu et le pallas des peuples (non publiés encore) ; Jésus (IS92), la Mort des Dieux (i865), la Mêlée des races (i8~3).
Entinle troisième cycle, entièrement en préparation, fera l’histoire du monde au moven âge, depuis Charlemagne. Une autre étude sera consacrée à l’exposé de l’œuvre immense de ce poète.
M. de Strada apporte à ses épo pées la précise rigueur d’un esprit nourri de science, et la hauteur d’un métaphysicien éminent ; ses vers ont une parenté frappante avec ceux de M. de Saint-Yves et ceux d’Alber Jhouney : c’est un des meilleurs éloges que je puisse en faire. Sédir.
280 l'initiation F. J. S. De l’Alfabr/ Univr(rsrtl, o> sujr; de La Reform projtf de l’Ortograf. Paris, i8o3, in-12, 24 pp. Cet opus cule, adresse' à l’Académie française, contient tout un système original de grammaire et d’écriture ressem blant assez, à ce qu’il m’a semblé, au principe de la langue chinoise. Paul Fort. Plusieurs choses, une plaquette in-18. Vers et proses mêles ; le tout fort veule. Discoveries in The Bacon probletn, par \V F.
C. Wins ton, une plaquette in-8, chez Turnbull et Speae , Edinbourgh, 189a. M° Wigston s’est consacré à l’élucidation d’un point demeuré obscur dans l’histoire littéraire et philoso: hique de la Renaissance : l’identité de Bacon et de Shakes peare. Cette question, sujet déjà de nombreux débats érudits, lui a fourni l'occasion de plusieurs in-octavos: Bacon, Shakespeare and the Rosicrucians, Francis Bacon, the Columbus of Literature.
La présente plaquette est un éclaircissement de quelques points restés obscurs dans cette thèse. Hugo de Gizycki. Zur Critik des Spiritismus, une plaquette de 24 pp. in-8; Berlin, 1893, au Bureau Biblio graphique. AI. de Gizycki est un des spiritualistes allemands les plus actifs.
La Revue Philosophique de septembre le signale comme fondateur de la revue hebdomaire Ethische Kultur, organe d’une société ayant pour but l'avancement et la diffusion de la culture morale ; un congrès est annoncé pour la première quinzaine de septembre à Eisenach. La brochure actuelle se recommande à l’at tention du public par la claire et lucide exposition qu’elle fait de ce qu’est le spiritisme, de son histoire et de ses causes.
Selon l’opinion des psycho-physiologistes les plus avancés, Al. de Gizycki donne les phénomènes médianimiques comme dépendant de l’assistance. Il termine par une bonne classification des médiums. S.
COURRIER BIBLIOGRAPHIQUE 2Ü l Hubertus Gisevius (Hugo von Gifvcki). Les Théories de Kant sur le temps et l'espace, au point de vue du sens commun. Hanover, 1890, in-8 de 38 pp. Cet autre très intéressant opuscule, qui conclut à la foi comme clci de voûte de la pensée humaine, est telle ment compact, et d’une logique si serrée, que l'analyse en est a peu près impossible.
Contentons-nous d’en recommander la lecture, et de le comparer au travail de M. Louis Werber : la Répétition et le Temps (Revue philosophique de septembre). _________ S. Trois Femmes, 1 vol. in-18, par M. Georges Bonnamour. Savine, éditeur.
Au debut, c’est une préface fantaisiste, mi-littéraire, mi-philosophique, inventée par l’auteur, où treize per sonnages, dont un poète — son unique rôle consiste à olfrirdes cigarettes, — deux Siamois cyniques et grin cheux, un jeune homme blond épris de mysticisme, un auteur dramatique, un musicien, un snob à monocle, un philosophe, un critique d’art, un mage, réunis dans l’arrière-salle d’un café tranquille, à la sonie d’un spectacle ennuyeux, discutent sur le « symbole du petit enfant dans les bras de l’aveugle ( 1), sur la science et l’idée, sur l’identité du moi et du non-moi, sur une grande actrice. — « Une vrai dinde ! déclare l’auteur dramatique.
Il faut la seriner comme les autres » ; — sur l’idéation inconsciente, sur une visite à Sarcey ; sur les critiques de Bauer, de Fouquier, de Lemaître, de Nestor; sur la Pravatz d’Anatole France; « la petite aiguille qui n’a l’air de rien et qui tue » ; sur les IdéesForces ; sur la métaphysique; sur Taine, Bourget, Rod: sur Maurice Barrés, admiré par le jeune homme blond, mais dénigré par le second Siamois : sur l’impuissance, dans les arts plastiques, des mystiques et des symbo listes à exprimer l’idée, le sentiment ; sur l’idéalisme avec qui régnera le magnificisme ! sur le roman, « de l’art à la portée des bourgeois, de l’art inférieur, s'écrie le Mage; sur Mallarmé ; sur la génération actuelle, que (>) Les aveugles de M. Maurice Materlinek
l’initiation 2<S2 le second Siamois proclame, avec Rosny, « la génération de la conquête... Tout ce qui est viril lui fait peur » ; sur la bassesse intellectuelle de nos romanciers en renom (ces deux dernières critiques formulées par le Mage et les Siamois) ; sur Renan, sur Je positivisme malade, sur le transformisme. «. ..... Et leur causerie d’acheva coupée de sourires.
« Inquiètes faces pales aux veux trop aigus, nerveux jeunes hommes aux gestes fébriles, un peu. las déjà d'avoir trop pensé, groupe batailleur où les mains, la fièvre tombée au froid de la nuit, se serrent cordiale ment, qui grossira l’élite de demain. ». Après la préface, M. Bonnamour raconte que son vo lume est la simple reproduction d'un manuscrit a lui légué par un ami défunt, Jacques Desgcnetz, et portant telle dédicace : A MON AMI G. B.
Je lègue ces pages, avec de'fense de les publier. J. D. Pour excuser cette publication contraire à la derniere volonté du mort. George Bonnamour fait revivre, en un court avant-propos, physiquement et psychiquement, son fort intéressant trépassé.
« Il est clair, déclare-t-il, qu’en remettant ces papiers à mon éditeur, j’obéis naguère à des motifs nobles autant qu’impérieux; mais c’est affaire entre lui et moi, si l’on veut même : affaire d’argent. « D’aucuns s’indigneront. « Mais Desgenets, de ce cynisme tranquille, se fût, à plein cœur gaudi. L’être orgueilleux et hautain qu’il fut, je crois l’honorer en le trahissant.
Il avait sur toutes choses des vues trop claires, trop intelligentes, pour croire à l’absolu d’aucun sentiment, s’appela-t-il amitié!
COURRIER BIBLIOGRAPHIQUE 283 « On l’avait trahi, il avait trahi. Apres en avoir saigné, sotte lient, il avait fini par en rire. Ce don supérieur de compréhension, qui lui vint vers la trentième année, a lit fait de lui le plus indulgent, le plus désintéressé des hommes. » v.... Après une adolescence romantique, des voyages et dques passions, des fatigues cérébrales lui valurent u c ; hvsionomie pâle, tourmentée, aux beaux yeux liè vre x.
Pince dans le drap sombre de jaquettes anglaises, discret et méticuleux, de nerfs aigus, de cœur généreux, ékc mt vraiment parmi la raideur empesée, l’odieuse arsouillerie des snobs et des esthètes actuels, il fut peutêtre le dernier gentilhomme de lettres, celui qui savait, vous avant, la veille, fustigé au vif, lénifier et guérir la blessure entre deux cigares, à l'heure du cercle. » Je passe, à mon grand regret, un voyage que les deux c mpagnons firent ensemble aux Pyrénées, « trois ans, a ant qu’aucune maladie, cruelle et lente, ne révélât à Desgenets les affres sans fonds de la douleur; la superbe Oraison à la mort qu’il improvisa « un frais matin splen didement bleu... couché sur une énorme dalle de pierre rouge, dans la Galaia », et que reproduit en entier M. George Bonnamour, pour tant de sots et d’infàmes cuistres n;archant derrière le cercueil de son ami qui les haïssait, la touchante entrevue où Desgenets moribond, une après-midi d’avril, étendu sur le divan'de son petit salon, parle de son destin inévitable « avec le même im pertinent sourire qui rayonna sur toutes leurs querelles, les littéraires et les autres, d’après diner. — Aussi, mon bien cher ami, conclut -il, jouissez de l’émotion que vous cause l’idée de ma fin prochaine et ne vous posez point de sottes questions.
« L’éternel » A quoi bon ! « répond à toutes ». ★ * ¥ «C’est par un raisonnement analogue, ajoute M. Bon namour que je suis amené à publier ces pages... J’en use avec lui comme il eût fait pour moi, le cas échéant, et n’ai point de regrets. Si quelqu’un m’accuse d'avoir mé connu la volonté dernière de mon ami, transcrite ci-avant, j’ai, contre lui, le témoignage de ma conscience... Je prie
l’initiation 284 seulement qu’on remarque ceci : Je résous la question dans un sens qui m’est favorable, et si je laisse, contre toute honnêteté, paraître aujourd’hui ce volume, mon Dieu ! je ne veux point le cacher plus longtemps, c’est que j’y trouve — mon petit avantage. s> Trois études de femmes : Jane, Paule-IJerinine, Clotide-Claire, composent le manuscrit de Desgenets.
J’ana lyserai, dans un prochain article, cette trilogie admirable du rendu, de vie réelle, d’observation vécue, terrible évocation des mœurs faciles et du scepticisme actuels.
Je laisse aux lecteurs le soin de juger si le oi-uisant legs est authentique ou purement imaginaire, et si M. George Bonnamour— un humoriste d’incontestable talent — ne s’est accusé de traîtrise que pour s'offrir le plaisir et l’occasion de peindre un curieux état d’àmefin de siècle ? George Montière. ★ ¥ * LeSecfei des Pierres, un art mystérieux, par J.-V.
Monbarlet, est un de ces livres vertigineux qu’il faut lire, le crâne cerclé de ses deux mains, sous peine de le sentir éclater. Pendant une durée de 422 pages, fauteur nous entretient de merveilleuses créations artilisques dont personne, jusqu’à lui, n’avait soupçonné l’existence.
Ce caillou que vous heurtez du pied, ce rocher informe qui surplombe au bord du torrent, ce galet que roule l’eau du fleuve, ce sont — d’après lui — autant de spé cimens, autant de chefs-d’œuvre d’un art inconnu. Exa minez avec attention, prenez votre loupe, vous verrez apparaître des animaux fantastiques, des formes hu maines, des figures grimaçantes ou rieuses, voire meme des inscriptions grecques ou latines.
Tout cela a été gravé, ciselé ou peint à une époque qu’il est difficile de préciser, mais à coup sûr d’admirables maîtres ont passé par là. Et quelle étourdissante fécondité ! C’est par cen taines de mille, c’est par millions que se comptent ces œuvres impérissables. Le sol de la France en est cou vert. On n’a qu’à se baisser pour en prendre. — Tout cela, allez-vous me dire, c’est du pur subjectivisme. J’en vois autant dans le nuage où le vent se joue, dans les
NÉVRURGIE 285 veines du marbre de ma cheminée, dans la fumée de mon cigare! Et d’ailleurs ce caillou que vous me faites admirer, où vous voyez, vous, une nourrice allaitant son nourrisson, et où je vois, moi, un crocodile qui saute à la corde, ce caillou, dis-je, vient d’être détaché du bloc par le cantonnier du voisinage.
Un simple caprice de cassure a produit tout le mystère. — Point du tout, r id l'auteur (tenax propositi)-, après avoir été peints i : sculptés, tous ces cailloux ont été ajustés et collés, par dv arti>tes peu jaloux d’étaler leurs œuvres devant les y-ux profanes, et il s’agit là non d'une cassure, mais <: un simple décollement produit par le marteau du can tonnier !
Lecteurs de Y Initiation, voyez-vous quelque objection sérieuse à opposer à une pareille déclaration? Elle me semble mammalement péremptoire et il faudrait être iorissu d'entendement et forclos de jugeotte raciocinante pour n'en pas être satisfait. Le livre de AI. Monbarlet est d'ailleurs écrit dans une langue claire et limpide ; il foisonne d’aperçus géolo giques et archéologiques pleins d’un réel intérêt.
La par tie descriptive est accompagnée de figures hors texte, dans lesquelles, avec une dose de bonne volonté con gruente, on peut, sans trop de difficulté, voir à peu prés tout ce que l’auteur y voit lui-même. Nous tenions à signaler ce curieux ouvrage; mais nous attendons une enquête scientifique, qui établisse le départ à faire entre ce qu’il peut y avoir d’objectif et ce qu’il y a d’incontestablement subjectif dans le Secret des Pierres.
Fabre des Essarts. N; ÉVR U, R G tS Il est de notre devoir comme de notre ressort de si gnaler au groupe ésotérique un curieux ouvrage publié à Bruxelles en 1846 sur le magnétisme animal. On y trouvera des notions que l’on croit ne dater que de plus
286 l’initiation tard à côté de considérations qui méritent d’ctre re prises. Quelques renseignements bibliographiques d’abord : cette étude est intitulée: Névrurgie (i) ou le magné tisme animal devenant une science physico-mat' : via tique et le fluide innervateur rendu visible, app ' ble, en force et en vitesse (2). etc. Elle est due i abbé xcomte Aloïs de Rabiano.
Ce travail, remar ¡11 le pour l’epoque, est, sous forme de dix lettres, une se. >: Je édi tion de huit lettres publiées l’année précédé tte sous le titre : Mesmer, Galvani et les Théologiens. Enfin, u e douzième lettre sur les Abus, dangers et réglementation du magnétisme a paru en t85i, à l’occasion d’un procès intenté à des magnétiseurs et sous le titre : Cha^lalaneries, abus et dangers des magnétiseurs vulgaires.
Néces sité de réglementer et de surveiller scientifiquement la pra tique publique et l’application des phénomènes somnam buliques. La pagination de cette brochure semble la placer à la suite d’une onzième lettre absente et rien ne justifie son sous-titre : Extrait de l'ouvrage intitule : Névrurgie (3).
Voici la table des dix lettres de l’ouvrage : t° La Né vrurgie innocentée ; 20 Démonstration physique du fluide nerveux, son action gaïvano-mesmerienne ; 3° Né vrurgie et métaphysique (4) ; 40 Névrurgie et phrénolo gie; 5° Névrurgie, Sybiiles et divination ; 6° Explication physiologique de la Névrurgie ; 70 Névrurgie et ma gie (5); 8° Névrurgie, Phrénologie et Mesmérisme; 90 Né vrurgie visible, pondérable; io° Névrurgie comparée, phénomènes nouveaux.
Au cours de ces exposés, l’auteur est amené à donner de très curieuses indications relativement aux « états » (1) Néologisme heureux dû à l'auteur. (2 Objet spécial de la lettre neuvième en vingt expériences simples et intéressantes qu’il conviendrait de reprendre et sur lesquelles nous appelons l'attention du Groupe. (3) Le titre de la lettre porte : Névrurgie et catalepsie dans les deux éditions. C’est celui-ci qui a raison.
Il est traité de métaphysique dans la lettre septième principalement. (4) Peut-être est-il fait allusion à une troisième édition. (5) Le dernier souci de l’auteur est évidemment d’accorder ces mots.
NOUVELLES DIVERSES 287 d’hvpnose étudiés dernièrement, aux phénomènes de conductibilité (son, voix, calorique, vent, haleine, odeurs), aux fonctions du grand sympathique, à la dé ni onologie, à la constitution de l'homme-pile, à 1’ « in né vation » (sortie du corps astral, dite depuis « exté riorisation de la sensibilité et de la motricité »), etc., etc. Cet ouvrage mérite d’être tiré de l’oubli et peut être ut ■- encore dans l’approfondissement de certains points tant théoriques que pratiques. (Communication faite au Groupe, branche KuMPiS, ection II.
Van Helmont). yVRGE Y.
Le journal la Lanterne (n° Soyi, 26 août i8q3), publie une très curieuse et très remarquable étude intitulée : Comment on exploite une possédée, histoire de la Reine des b rancs-Macons. > e Nous conseillons à nos lecteurs de demander à l’admi nistration de ce journal (18, rue Richer) ce numéro vrai ment intéressant où l’on dévoile une des machinations cléricales les plus inattendues en plein xixe siècle. ★ * ¥ Le journal le Figaro a commencé le 3t juillet une série d'études sur la divination dues à la plume de notre di recteur.
Cette série comprend 40 petits articles. * 4 4 Dans le Journal de la Santé M. Bué commence une série d’études sur le maintien et la divination déductive qui promettent d’être fort intéressantes. * 4 * * LA FETE ORIENTALE DU 3l AOUT Tous les quelques mois, M. Nicolas Nicolaïdès, le sym288 l’iNITIATIOiN pathique directeur du journal ï Orient, organise à Paris une fête orientale et chaque fois le succès mérité vient récompenser ses efforts.
Le 3t août dernier en l’honneur du i8° anniversaire de l’avènement au trône de S. AI. Ghazi Abd-Ul-Hamid Khan II, une fête encore plus réussie, s’il est possible, que les précédentes a été donnée dans les salons du café turc.
Le programme comportait un diner, deux concerts, un bal et un souper, le tout admirablement organisé. Après le diner, les toasts ont été portés à S. AI. I le Sultan, par M.- Jules Simon ; au président de la Répu blique, par M. Nicolaïdès ; au calife de l’Islam ; ir AL le DrPapus; à la Presse par Al.
Fabius de Ghampv.lle; aux dames françaises par le cheik Abou-Naddara qui a im provisé de fort beaux vers pour la circonstance, fous nos compliments à AL Nicolaïdès pour l’organisation de cette fête.
Voici le toast porté par Papus: Mesdames, Messieurs, Les progrès considérables réalisés depuis la renaissance philosophique et scientifique des temps modernes ne doi vent pas faire de nous des ingrats, ignorants des origines de ce considérable mouvement d'idées.
C’est à l’Islam que nous devons la création des pre mières écoles scientifiques en Occident ; c’est à l'Islam aussi que nous devons en grande partie la connaissance première des grands philosophes grecs, lumineux flam beaux au sein des ténèbres du moyen âge. Ceux qui connaissent la pure philosophie qui se dégage des enseignements religieux de l’Islam nous montreront la valeur de ces doctrines que nous avons encore si peu étudiées.
C’est au-dessus de toutes les compétitions de sectes, dans le domaine élevé de la philosophie indépendante que ie me place pour rendre justice à ces hauts ensei gnements, si méconnus encore. Aussi, Mesdames, Messieurs, c’est à un acte de recon naissance et de justice que je vous convie en vous priant de lever votre verre en l'honneur du chef religieux de l’Islam, du souverain qui, au prix d’un labeur acharné, a