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Kevue philosophique indépendante des Hautes Études Hypnotisme) Force psychique Theosophie, Kabbale Gnose, Franc-Maçonnerie Sciences Occultes 20 * VOLUME. — 6mu ANNÉE SOMMAIRE DU N° 11 (Août 1893) PARTIE INITIATIQUE. . PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE.... BIBLIOGRAPHIE............ PARTIE LITTÉRAIRE....
La Force vitale (avec trois gravures)........ (p. O/ * à a 11.) Le Système solaire d'après la Kabbale (à suivre)................ (p. iii à 122.) Essai d’une reconstitu tion des vingt-deux arcanes majeurs du Tarot \ avec tableaux) (p. 123 à i5i.) La Magie indienne..... (p. i5i à 158). La Liberté de penser.. <p. i 58 à 163.) Un Cœur discret (suite et jin)................. (p. 164 à 169). Songe d’hiver:............. (p. 170 à 171.) Papus.
Paul Sédir. Dr Fugairon. Lemerle. Dr Ferran. G. Montiere. J. de Tallenay. Groupe indépendant d’Etudes ésotériques. — Nouvelles diverses. — Un Souvenir d’enfance. — Courrier bibliographique. Rédaction : 20, rue de Trévise, 29 y PARIS 1 Administration. Abonnements : 58. rue St-André-des-Arts. 58 PARIS
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion ; mais elles n’ont abouti qu'à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L'Initiation est l'organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent : Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, V Initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent Y arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contempcrains : le cléricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin ['Initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hvpnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie de la Revue (Initiatique') contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier.
L'Initiation parait régulièrement du 1 5 au 20 de chaque mois et compte déjà cinq années d’existence. — Abonnement: 1.0 francs par an. (Les collections des deux premières années sont absolument épuisées.)
La reprn<laction des articles inédits publiés par l'initiation est formelleme nt inl rdite, à moins d'autorisation spéciale. PARTIE INITIATIQUE La Force vitale Un observateur impartial, qui voudra bien étudier de près l'histoire du mouvement spiritualiste en France depuis cinq ans. ne manquera pas de recon naître le r »le capital exercé par l’occultisme sur ces études.
La valeur littéraire de ceux qui curent à cœur la défense des doctrines traditionnelles de l'ésotérisme fit négliger quelque peu les auteurs strictement scien tifiques, et l'occultisme, qui est synthétique avant tout, menaça un instant de ne plus constituer qu’une adap tation du Beau d'après de nouvelles formules.
Ce but était, certes, très élevé : il est même indispensable à atteindre, mais encore une fois, il ne constitue qu’un des trois modes de manifestation de la doctrine ésoté rique. Louis Lucas doit trouver place à côté d’Eliphas Lévi. On a reproché au Groupe que nous dirigeons ses c
g8 l’initiation tendances trop scientifiques et son insouciance des réalisations esthétiques. Mais tout aura son heure et l'œuvre commencée si brillamment, cette année, par Émile Michelet, sera développée au temps voulu.
D'autre part, notre but est d'éveiller l’attention des intellectuels vis-à-vis de ces doctrines, et. si la réali sation artistique comptait déjà de très distingués repré sentants, la réalisation scientifique avait été quelque peu laissée de côté.
Nous avons personnellement remis au jour l'œuvre de Louis Lucas, et nous sommes heureux de voir com bien l'occultisme a gagné de précision et de clarté sous l'influence des chercheurs émanés des milieux scientifiques. C’est par eux que la méthode expéri mentale est sortie des nuages de la sentimentalité où la cantonnaient la plupart des groupes spiritualistes, pour entrer dans le domaine du contrôle rigoureux et la déduction logique.
Nul n'avait mieux défini le but à poursuivre que Louis Lucas dans sa Médecine nouvelle, où il dit (p. 487) : « Nous devons tout honneur et toute reconnais sance à ceux qui nous ont précédé dans la carrière ; gloire donc aux hommes de génie qui nous viennent les mains pleines ; mais ce n’est pas une raison pour que nous restions les bras croisés à chanter hosannah; le meilleur moyen de leur montrer toute la considé ration que nous témoignons à leur génie, c’est de les suivre de notre mieux sur la route qu’ils nous tracent. « A notre époque, les chercheurs sont possédés de la fiévreuse idée de voir la vie, ce mystère admirable
LA FORCE VITALE 99 qui représente le plus beau fleuron de la couronne divine. Eh bien ! essayons de voir la vie!... » Celte phrase sert d'introduction à la découverte du Biomètre, le premier instrument vraiment sérieux qui ait été construit pour se rendre compte de l'existence et de l’action de la force vitale en l’homme.
Depuis 1886, nous recherchions des documents au thentiques sur Louis Lucas, lorsque, il y a quelques jours à peine, nous avons pu connaître le Dr Favre, un vieil ami du maître, qui nous a mis en possession de l’exemplaire unique qui ait été construit de ce Bio mètre.
Si nous insistons particulièrement sur ces sujets, c'est qu’ils se rapportent à l’étude que nous désirons présenter à nos lecteurs concernant un ouvrage des plus curieux qu'un médecin, imbu des doctrines de Lucas, le Dr Baraduc, vient de publier sous le titre de la Force vitale, « notre corps vital ïluidiquc », sa formule biométrique.
Partant des idées théoriques de Lucas sur la ten sion du mouvement libre, le Dr Baraduc a poussé ses recherches très loin en employant, comme instrument enregistreur, l’appareil inventé par l’abbé Fortin, et il est parvenu à présenter de très curieuses conclusions au sujet de la force vitale, conclusions que nous résu merons de notre mieux ainsi qu’il suit : L’être humain individualise une portion du mou vement libre pour constituer sa force vitale.
L’expérience permet de constater l’entrée du mou vement à droite, la sortie de l’excédent à gauche et, dans l’état normal, il existe une différence détermi100 l’iNITIATION nable entre la quantité de mouvement entré e la quantité de mouvement rejeté. Cette différence a été utilisée pour constituer la réserve vitale condensée en quatre centres principaux (dans le grand sympathique), origine des quatre
LA FORCE VITALE 10 I grandes puissances animique : cérébrale, pneumique. gastrique et génitale. Tout trouble dans la réception et dans l’émission ii mouvement libre indique un état pathologique. Cela nous amène à étudier rapidement : L’enseignement de l’ésotérisme touchant la force O vitale : 2 Les rapports de travail du Dr Baraduc avec cet enseignement ; L. ad . ' ons de ces données ésotériques à la I; i; par quelques écrivains contemporains.
Tous nos lecteurs savent que. d’après l'enseigne ment d . l’occultisme, l'homme est constitué par trois principes : le corps phvsique. l’àme et l’esprit.. De ces trois principes, le plus utile à bien connaître pour comprendre l’ésotérisme est le principe inter médiaire. lame, qui a pour fonctions principales : 1 D'entretenir et de constituer le corps physique: 2 D'établir les rapports entre ce corps phvsique et l’esprit.
Pour plus de clarté, nous appelons corps astral l’àme dans scs rapports avec le corps phvsique et cire psychique, l’àme dans ses rapports avec l’esprit (i). C’est du corps astral seul que nous avons à nous occuper à propos de l’ouvrage du Dr Baraduc. ( i) Voy. la Science des Mages.
102 l'initiation L’occultisme enseigne que ce corps astral tire la continuité de son action de trois sources : ( i° Du mouvement libre émané des astres * Paracelse . il tire ses éléments psychiques; 2° De l’air inspiré et fixé sur le globule sanguin. * il tire ses éléments dynamiques et physiologiques ; A 3° Du travail organique du corps physique, il 1 tire ses éléments matériels et surtout le principal support de son action : le globule sanguin.
La qualité du corps actuel et sa tension dépendra donc de trois facteurs : i° La qualité des aliments ingérés origine de la por tion albuminoïde du sang et de la matière des globules ; 2° La qualité de l’air inspiré et le rythme respira toire réglant l'expulsion de l'acide carbonique et la fixation de l’oxygène sur le globule; 3° L’utilisation plus ou moins parfaite du mouve ment libre ambiant au moyen de la fonction que Paracelse appelait le Respir astral et qui, d’après cet auteur, atteindrait son maximum lors du sommeil, quoique s’exerçant à tout moment. ¥ ♦ Tel est, résumé en quelques lignes, l’enseignement ésotérique sur cette question.
Sur quel point s’est porté spécialement l'attention du Dr Baraduc dans son ouvrage ? Sur le dernier principalement. L’auteur passe en effet sans s’y attarder sur les deux premiers, ainsi que le montre l’extrait suivant : « Ainsi, tandis que le corps humain absorbe quatre
LA FORCE VITALE io3 fois par jour des aliments chimiques, solides, liquides, d'une façon continue, des aliments gazeux par la res piration. il pénètre constamment en lui une force de vie primordiale, atomique, attractive, intelligentiée, par l'adaptation incessamment répétée du mode de vie personnel qui constitue le tempérament vital. C’est le corps vital, double fluidique entre le corps matériel qu'il anime et l’ètre réel, l'esprit. » (Page g5.
Un occultiste quelque peu exigeant pourrait donc reprocher à l'auteur de n'avoir pas assez insisté sur l'importance des tonctions physiologiques dans leur rapport avec la force vitale. Car de là dépend la théorie de l’entraînement du corps astral par le régime alimen taire végétarisme ou par le rythme respiratoire.
Mais, ces réserves faites, il faut reconnaître combien le Dr Baraduc a bien saisi l'importance des fonctions du corps vital dans l’ètre humain : « On voitquc le corps humain, mesuré parle poids, étudié par le microscope, est doublé d'un corps intime fluidique dans son essence et dont la valeur peut être appréciée par la différence ou le rapport entre les forces pénétrant à droite et s’extériorant à gauche ; ce qui revient à dire que l'homme à droite et l'homme à gauche est complètement entouré d'une somme de forces radiantes, tandis qu'il renferme en lui un capi tal, réserve de force vitale, de nature fluidique. » (page 94.) C’est même parce que cet ouvrage est en quelque sorte un commentaire scientifique des données de l’occultisme que nous insistons autant sur cette analyse.
104 L? INITIATION Le Dr Baraduc est un élève direct de Luc "llt nous l’indique. Il a de plus découvert pcr>‘ ment une voie nouvelle permettant d’étendre préciser considérablement le champ à peine L par Lucas. Cependant nous avons un reproche, et un reproche assez sérieux à adresser à Fauteur de la Force vitale.
Pourquoi, connaissant comme il les connaît les doctrines kabbalistiques sur le corps vital, citant nos maîtres incontestés, Paracelse et Van Helmont,
LA FORCE VITALE 10? pourquoi avoir fait preuve d’un tel ostracisme qu'il n’est fait aucune allusion au mouvement oc cultiste contemporain qui, cependant, a seul rendu à Louis Lucas la justice qui lui était due ? Est-ce par crainte de se compromettre aux veux des savants officiels ? Mais nous avons le ferme espoir que l’occultisme sera la science de demain et nous saurons bien éviter les transpositions de mots, chères aux écoles classiques.
Faisant un travail sur le corps astral. le D Baraduc devait se souvenir de l'école qui a L plus .di p ur ¡ 'étude scientifique de ce corps astral et n'. \ i nulle crainte de ceux qui détiennent actuelle ment le pouvoir intellectuel: leur règne s'achève. Cela dit en toute franchise, revenons à cet ouvrage remarquable et précisons-en le plan. Ad Force vitale est divisée en cinq parties et quinze chapitres.
Après une introduction générale à laquelle est consacrée la première partie (quatre chapitres), nous abordons la Force vitale et la Loi de consommation du mouvement libre par les modes de ¿énergie dans les deux chapitres de la seconde partie. L’auteur éta blit expérimentalement les caractères de la force vitale et différencie cette force des forces physiques.
De plus il réfute, par une série d'expériences très ingénieuses, les objections qu’on pourrait faire relativement à l’influence de la chaleur et de l’électricité dégagées par le corps humain. La troisième partie. Corps vital fluidique, Enormon (Ame psychique) (quatre chapitres), intéressera tout particulièrement nos lecteurs, car elle est essentielle ment basée sur les données de l'ésotérisme.
io6 l’initiation L'auteur débute par une citation d'Hippocrate: « La nature est active intellectuellement et mmériellement; incessamment elle est soulevée par une force immortelle appelée Ignis, qui en règle les for: >cs. Cet Ignis persiste en nous jusqu'à la mort: il a n e exis tence réelle, il constitue ce qui meut. l'Enori 1.
11 commente ensuite l'admirable définition J mnée par Paracelse de ïEsprit de vie: Spiritus vitœ. spiritus est in corporis membris. omnibuspositus, ut cumque illa seorsim denominantur ;in his omnibus autem et singulis unus inha bitat ac omnium promiscué una virtus est. Nous voyons ensuite, rapidement résumée, 1 his toire defecóle médicale vitaliste telle que La exposée Louis Lucas en tète de sa Médecine nouvelle.
Puis nous entrons plus avant dans la définition du corps vital. Avec le chapitre vm (Enormon), nous abordons l’étude des centres hiérarchiques au point de conden sation du corps astral. C’est en effet par la tension déterminée par ces centres que la vie organise son action.
La vie naît de la tension du mouvement accumulé dans l’organisme, et la puissance animale suit la puis sance de la tension et des limites déterminées par l’équilibre de ces organismes. (Louis Lucas, Méd. Nouv.. p. 121.) Le Dr Baraduc détermine quatre centres de conden sation : i° A l’épiciane vitalité psychique; ; 2° A l’épicœur (IlvEuua) ;
LA FORCE VITALE IO? 3" A l’épigastre vitalité physique' : 4° Au bas vitalité génitale . Dans notre Physiologie synthétique. nous avons montre l'existence de ces centres d’après la très savante étude qu’a laite Malfatti de Montereggio dans sa Nlathèse. donnant la raison d’ètreetla loi de constitution de chacun de ces centres considéré comme un em bryon particulier.
Nous regrettons que cet ouvrage ait échappé au Dr Baraduc qui y aurait trouvé de pré cieux développements. Nous abordons ensuite un point des plus impor- . nts : Le corps r/ta/ est-il immuable, fixe, ou subit-il des modifications ? L'auteur conclut expérimentalement à la positive et montre que, de même que le corps physique, le corps astral se renouvelle incessamment par l’apport du mouvement libre.
Ainsi tombe de par l'expérience cette hypothèse enfantine défendue par quelques écri vains spirites, d'un périsprit, constitué d’après les lois d évolution du monde organique, et violant la plus générale de ces lois, la transformation incessante de la substance.
Un périsprit immuable, non seulement pendant l'existence physique, mais encore dans toute l’évolution future, ce peut être une hypothèse néces saire pour expliquer des faits embarrassants, mais nous devons savoir gré au Dr Baraduc d’avoir détruit cette hypothèse anti-rationnelle et que l’expérience réduit à sa juste valeur. Ce chapitre se termine par de très intéressantes études d'hypnotisme expérimental. Si nous avons dû reprocher à l’auteur son indiffé rence vis-à-vis de l’occultisme moderne, origine de
i o8 l’initiation son étude, nous lui savons un gré infini d’avoir con sacré un chapitre (chap. îx à l'extcrioration totale animique du corps vital psychique. Les laits rapportés sont des plus intéressants et les affirmations du I)r Ba raduc sont franches et loyales. Cette partie se termine par le chapitre que nous considérons comme capital dans l’ouvra;. le cha pitre x intitulé : Schéma du corps vital lu .
Les données très personnelles et très originales de 1\ uteur méritent d'ètre étudiées en entier, et une analvsc en déformerait sûrement le caractère. En développant les enseignements de ce chapitre au moyen de i étude de M. Vurgey F Ame, les Sept principes de l Homme . on aura une vue d'ensemble des plus complètes sur la théorie de la constitution du corps astral.
La quatrième et la cinquième parties étant consa crées à des expériences médicales d’un caractère assez technique, nous n’insisterons pas davantage à ce sujet.
Ainsi, voilà un ouvrage capital et véritablement scientifique sur le corps astral ; les objections que nous avons pu être amené à faire ne peuvent qu'in diquer l’importance de cette étude qui fait le plus grand honneur à son auteur. ♦ -<■ * Avant de terminer notre étude sur la force vitale, nous tenons à rappeler un point bien curieux; c’est l’intuition de ces découvertes scientifiques par un lit térateur bien connu et justement estimé de nos lec teurs: Jules Lermina.
Dans sa nouvelle A Brûler, Jules Lermina avait déjà établi les phases qui peuvent se présenter à FexLA FORCE VITALE iog périmentateur dans la sortie consciente du corps astral : dans un volume paru il y a quelques mois sous le titre de la Magicienne(\}. deux faits qui se sont vérifies par la suite étaient mis au jour.
Tout d'abord l’e«pofla photographie, déterminé plus tard par M. de Rochas, était indiqué et détaillé dans une des nouvelles composant ce vo lume: puis la sortie du corps astral cl. fait encore peu connu expérimentalement, l’emploi du corps astral extériorisé comme agent thérapeutique dans les cas désespérés, s< ni déterminés et analysés avec une pré cision toute scientifique, malgré le caractère littéraire de ce x olume.
Ainsi, voilà un point sur lequel le Dr Baraduc n’a pas encore porté ses investigations: s’emparer d’une partie de la force vitale fixée dans un être humain et. par un procédé à déterminer, infuser cette vie dyna misée dans un organisme affaibli, c’est là un fait de magie et nous sommes heureux de signaler à nos lec teurs cet ouvrage, la Magicienne, sur lequel nous aurons du reste l'occasion de revenir souvent.
Nous ne saurions mieux terminer cette étude que par la vérification personnelle que nous avons eu l’occasion de faire des recherches expérimentales du Dr Baraduc. Le 26 juillet dernier, ayant reçu depuis quelques jours, grâce à l'obligeance de AI. le Dr Favre, le bio- (1) La Magicienne, par Jules Leonina. 1 vol. in-iS: 3 fr. 50 (Chamuel, éditeur).
L INITIATION ''être de L°uiS LUC3S’ "°US r&°1ÙnlCS de lettre cet Gravure extraite de La Magicienne de Jules Lermina. instrument à contribution pour vérifier certaines des données expérimentales du Dr Baraduc.
LE SYSTÈME SOLAIRE D'APRES LA KABBALE I I I Le courant fut fourni au biomètre par deux cléments au chlorhydrate d'ammoniaque montés en tension, et la déviation de l'aiguille aimantée fut de 8o°. Quand 1 vguille fut devenue bien fixe, nous essayâmes d’agir sur elle au moyen de passes, mais inutilement. C'est al- rs que nous touchâmes la barre métallique qui réunissait les deux rhéophores prolongés. Le contact eut lieu avec la main droite : aussitôt l'aiguille se dé plaça à droite de 20° (80 à 100' . Avec la main gauche le déplacement eut lieu à gauche et lut de 20° également. Nous répétâmes le lendemain l'expérience avec trois personnes, et. à la différence de quelques degrés, les résultats furent les memes quant au sens du mou vement. Papes. ORDRE KABBAL1STIQUE DE LA ROSE-CROIX (Suite) Un autre poème de physiologie astrale à noter, c’est que les anciens donnaient à la Lune, comme canal de sa force, l'air (1): c’est ainsi que Macrobe (3) Voir Philolaus, Macrobe (Saturn., liv. ICf, ch. xxi), Pline, etc.
112 L INITIATION (AsZro»., liv. 11). attribue à Junon la souveraineté Je l’air, et la confond avec plus de raison avec 1 Lune. « La lune, suivant les anciens philosophes, même suivant les naturalistes tels que Pline, s’alimentait des eaux douces des fontaines. Junon. comme !a lime, descendait tous les ans dans les eaux douces de la fon taine de Kanathé en Arzolide pour v reprendre sa virginité Macrobe, Sal., liv.
111, ch. ivi. cite par Du puis) . Les Grecs personniliaient la Lune sous deux noms : et çmryr,. La racine du premier est Artu : elle s’élève sur les racines D et AL et signifie à première vue une chose formée par liaison de parties séparées et similaires : cette racine est complétée par le mot pf-fj. mère, venantduphénicien•¿"vz moutli .«qui ex prime tout ce qui varie la forme, et donne le mouve ment génératif » (i).
Ce vocable pouvait donc parfai tement désigner la Lune, par le canal de qui la Vie arrive à la Terre. « La racine du mot Selène ou Ilclènc est également celtique et phénicienne. On le trouve dans le tudesque hell, qui signifie clair. lumineux, et dans l’hébreu bbn (hell), qui renferme le même sens de splendeur, de gloire et d'élévation.
On dit encore en allemand heilig, saint, et seelig, bienheureux; on dit aussi seele. l’âme, et seelen, les âmes. Et ceci est digne de la plus grande attention, surtout quand on fait réflexion que, suivant la doctrine des anciens, la lune était regardée comme le réservoir des âmes (2) .. » (1) Fabre d’OIivet, Discours sur l’ess. et la Jorme de la poésie. {') Ibid. Au figuré 5" (hel), contraction de (/z ah
LE SYSTÈME SOLAIRE D’APRES LA KABBALE I l3 Nous retrouvons cette doctrine jusque chez les peu ples les plus éloignés de la civilisation antique. Les habitants de l'îlc de Soccotara et les Hottentots, pour ne citer que ceux-là parmi les sauvages, adres sent à la Lune des sacrifices pour hâter la croissance de leurs pâturages, taire prospérer leurs troupeaux, ou faire tomber la pluie.
D'ailleurs. toutes ces propriétés de la Lune sont déjà indiquées par le nom de Dieu qui lui commande : la racine (S/m du mot Shadaï, « composée du signe du mouvement relatif, réuni à celui de l'abondance divisionnaire, caractérise la Nature productrice en général, l'abondance. la fécondité (i)...»; le signe final * rapporte à une entité ordonnatrice ces effets bienfaisants, « le fécondateur par la Lumière astrale», ainsi que l'explique Stanislas de Guaita. dans son ana lyse de ki RoseyCroix de Kuhnrath (2).
« Ce Dieu double se modalisant pour une action féminine » (3), Shadaï émane donc le mode d'exis tence que les cabalistes ont appelé Jésod, c'est-à-dire la multiplication dans l'espace et dans le temps (“) d’un noyau produit par (1) une puissance ordonna trice qui retient du même coup cette génération divisionnelle dans les bornes d'une circonscription circusignifie l’élévation, l’extension d’une vie ; cette racine symbolise donc implicitement la joie qui résulte de l’expansion ; on pour rait alors dire que Hélène est le nom de la Lune considérée comme réceptacle des âmes en évolution. (1) Fabre d’Olivet, Vocab. radical., p. 127. (2) .lu Seuil du Mystère. (3) Permet Way.
l'initiation 114 laire : épanouissement sphérique de la virilité divine manifestée par le Continuons l'analyse de ces correspondances : ce n'est qu'après en avoir achevé le septénaire, qu'il sera opportun d'en rechercher les rapports.
Nous pouvons cependant dire dès maintenant que la série des sept grands anges tutélaires «qui se tien nent constamment devant le trône de Dieu » a une signification synthétique que l'on comprendra plus clairement après l'étude des autres entités astrales.
Par analogie à ce qui s’est passé sur notre Terre à la création, d'après le récit de Moïse, nous pouvons croire avec vraisemblance à une involution et à une évolution simultanées dans les autres planètes. On peut considérer chaque hiérarchie céleste, chaque chœur, comme une humanité de la planète correspon dante^ et les intelligences et les démons d Agrippa comme l’àme de la planète, son aura morale.
Essayons de vérifier ces données par l’analyse des signes hiéro glyphiques. La terminaison im. qi, commune aux sept hiérar chies. comprend « le signe de la manifestation uni à celui de faction extérieure, employé comme signe collectif, et il compose une racine dont l’objet est de peindre la manifestation universelle, et de développer toutes les idées d’amas et d’entassement (1) ».
Quant au mot Cherubimy sa première racine, 12 (c/zr), oflrc le sens d’un mouvement propre réfléchi ou assimilé, c’està-dire la marque d’une action subie, « ce qui sert de (1) Fabre d’Olivet, Vocab. radical.
LE SYSTEME SOLAIRE D’APRÈS LA KABBALE I 15 monument, de marque distinctive ; tout ce qui grave ou sert à graver (i) » ; la seconde partie du mot. z'^ (oub), n'est, à proprement parler, pas une racine, à cause du signe convertible ; on peut lui assigner, comme sens : propagation d’une action interne et active.
La hiérarchie lunaire, c’est, on le voit. la mani festation extérieure par voie de contagion, si je puis m'exprimer ainsi, d'un mouvement venu d'autre part que du lieu de cette manifestation. En d’autres termes, les Cherubim sont les hérauts, les messagers de la force lunaire, qui n’est autre, nous l'avons vu plus haut, que celle du Soleil réfléchie (2). La syllabe Æl.
Sx. qui termine tous les noms d’in telligences bénéfiques, et la plupart de ceux d’intelli gences maléfiques, signifie «la force excentrique, dans le style hiéroglyphique. Dans un sens restreint, c'est « tout ce qui tend à un but 3 ».
La première partie du nom Elimiel. n’est autre que le mot Ælohim. dans lequel le signe de la puissance unitaire et de la stabi lité a été remplacé par celui de la vie animatrice : " ; il veut dire : le Dieu par qui se manifeste l’élévation de la vie. Transcrire ici les formules de d’Olivet ren forcerait d'une singulière façon la doctrine exposée au Defacie in orbe Lnnœ: qu’il nous suffise de renvoyer (1) Fabre d’Olivet, Vocab. radie., d.
27. (2) Les Chérubins appartiennent, d’après \ePerfect Way, à la sphère des élémentaux ; « ils habitent la région astrale supérieure, qui est extérieure et immédiatement au-dessous de la région céleste : ce sont les anges défenseurs qui entourent et protègent le sanctuaire intime du royaume humain, le Saint des Saints de son âme et de son esprit. » (3) Fabre d’Olivet, Vocabul. rad., p. 12.
116 L INITIATION le lecteur à l'étymologie du mot Hélène, exposée plus haut : il y retrouvera la racine heureuse bel Le mot Hasmodai se compose de deux parties réu nies par le signe conjonctif : dans la première. 1 lit l’opération démonstrative de la Vie xn; remj lisant 1 ipséité des Etres (Zü : la deuxième signifie « '’abon dance naturelle manifestée px"). la raison su disante des choses.
Hasmodai est donc l'entité qui 1 i p. ;ser K les Etres élevés en qui s’affirme la Vie. de l’unité à la multiplicité : c'est lui le génie de l’involution dans le monde sublunaire, principe inharmonique des diffé renciations et des individualisations, opérant par cycles novenaires. Enfin, synthèse de toutes ses opérations, prototype de tous ces êtres, foyer et réceptacle de leurs éner gies.
Gabriel se prosterne devant la face du Shadaï] de qui il tient la force splendide par laquelle il donne un corps O aux différenciations f'2) manifes tées (*); les émanations potentielles du monde sublu naire. il les développe, les ordonne et les élève : les spasmes créateurs de FÈtre supralunaire, il les enve loppe organiquement, les fruits, fils bientôt créateurs à leur tour (i).
« Dans la fresque de FÉglise de Palerme, écrit Dupuis tome Ier, p. 273), Gabriel prend le titre de messager ; (1, Le mot k"1! ;bpa} ouvert à l’aide des clefs de Salomon manifeste le sens ésotérique suivant : Paternité H) du mouvemcntactif producteur (-) de TExistence potentielle à la millième Puissance (n), c’est à dire « production du mouvement extériorisateur qui tait passer du principe absolu à l’essence radi cale, susceptible à son tour de multiplication divisionnelle dans la genese des individus. (Stanislas de Guaita, dans le Lotus de mars 1888.)
LE SYSTÈME SOLAIRE D’APRES LA KABBALE II7 sous la forme de l’aigle, oiseau de Jupiter, il était charge des messages de la divinité. Les cabalistes en font l'ange de la Lune et lui donnent six cents ailes 2 . Les Arabes lui attribuaient la même fonction, que les Egyptiens et les Phéniciens attribuaient à .Mercure. se crétaire de Chrome et d'Osiris.
Ils le nommaient alNàmus al-Acher, le très grand secrétaire, et les Juifs Saphra-Rabba. le grand scribe (2). On en faisait aussi le gardien de la nuit, nom donné à Saturne, suivant Plutarque De facie . Peut-être est-ce là ce qui le fit attacher par les cabalistes au service de la lune, comme les Égyptiens y attachaient Mercure De Iside>.
Gabriel était un des anges qui se tenaient perpétuellement près du trône de Dieu : c’était l’ange des révéla tions (1). » F Nous remarquerons que ces titres de secrétaire et de scribe donnés à Gabriel concordent la signification qui vient d’être dévoilée : le scribe n'est-il pas celui qui donne un corps aux pensées de son Maître, et les Etres potentiels, que sont-ils sinon des idées de Dieu?
Voyons pour terminer quelques correspondances de la Lune. D'après Agrippa (2). la Lune, de meme que les chéru bins, se rapporte à la terre dans le monde des élé ments, quoique « plusieurs la croient cependant être composée de l'eau à cause qu'elle attire les eaux du ciel, de même que de la terre, qu'elle nous commu nique. en étant imbue par la proximité ». Quant au (1) Hyde, De Veter. Pens. Relig. (2) Philos, occ., p. 24.
118 L'INITIATION Microcosme, « quoique la Lune s’attribue tout le corps et tous les membres, à cause de la variété des signes, cependant on lui attribue particulièrement le cerveau, le poulmon. la moelle de l’épine du dos, l’cstomach. les règles des femmes, tous les excréments, l’œil gauche, et la force de croître. » Enfin Fauthoress illuminée du Perfect Way écrit : «Treize, le nombre des mois lunaires, est le symbole de la femme, et il indique Famé et la réflexion de Dieu. » Mercure tzrz, Chichab). —Le signe z qui gouverne ce vocable est, dit Fabre d’Olivet en son Vocabulaire radical.
« une sorte de moule qui reçoit et commu nique indifféremment toutes les formes ». La signifi cation générale du nom hébreu de Mercure m’appa raît donc ainsi : un réceptacle, un noyau plastique sur lequel s’impriment les images du monde extrin sèque. et qui. réactionné par elles, et se les étant assi milées, manifeste (') leur réflexion, Faction de sa force interne et active (2).
Mercure est donc une planète à deux actions, bisexuelle, dirai-je. Voyons ce que l’analyse radicale peut tirer de ce nom dans les langues de FOuest, car je laisserai de côté le Deva-Nahouscha indien.
Et dTabord que le lecteur me laisse transcrire cette note d?un grand astro logue, M. de Saint-Yves : « Le mot HPMHS est le commentaire du signe hiéroglyphique et atlantique o, et se doit lire de gauche à droite pour le sens apparent et de droite à gauche pour le sens caché : S, H (h = a 4-i), M, P, H(h = a-|-i).
LE SYSTÈME SOLAIRE D’APRES LA KABBALE IIÇ « Total : Si (conjonction, lien): /a ou Ya (mouve ment circulaire double de va-et-vient) : Ma-r-ia mère de Mercure et de Bouddha .
« Donc: Lien du double mouvement de la Nature universelle (il » Si l'on se rappelle maintenant la filiation de Mer cure selon la mythologie, on verra quelle profondeur de symbolisme présidait à l’invention de ces fables sacrées dont l’intrigue hardie scandalise depuis des siècles la chrétienté. — Fils de Jupiter et de Maïa, produit de la volonté sur le mouvement aux doubles vagues de la Lumière : tel nous apparaît l’adolescent, le subtil Hermès, l’entendement de Dieu, celui qui, d’après Proclus.
« nous révèle, comme messager de Dieu, sa paternelle volonté, et nous communique la connaissance en développant en nous l’intuition ». « Dionvsios, en grec Atovuatoç, dérive du mot Atoç, génitif irrégulier de Zsûç, le Dieu vivant, et de Noo?, l’es prit ou l’entendement. Les racines phéniciennes de ces % mots sont encore UT», ou u-x, l’Etre unique, et ij, le principe moteur, le mouvement.
Ces deux racines, contractées ensemble, forment le motNooç, qui signifie au propre le principe de l’être, et au figuré l'entende ment (1). » r « Hermès signifiait, pour les Grecs et les Egyptiens, l’intelligence divine dans sa condition dynamique. (1 Note communiquée ¿1M. de Guaita par le marquis de SaintYves d’Alvevdre (Voir le Lotus de mars 1888). — On peut le voir d’ailleurs, le signe astronomique même de Mercure est le fragment supérieur du caducée, dominant les éléments, modes de l'lNNL Aoùr. (1) Fabre d’Olivet, Disc, sur Less. et la Jorme de la poésie.
120 L INITIATION « Raphaël, l'équivalent hébreu de Hermès, est a pelé comme lui le médecin des âmes. « Hermès indique cette faculté de la partie div’ de l’homme qui cherche et qui obtient des renscLmements sur tous les départements de l'existence, péné trant dans le domaine de chaque Dieu, ets’.- ppropriant une partie des biens de chacun. Par lui le can didat à la connaissance spirituelle arrive à la complète initiation.
Il est aussi celui qui communique et, sans lui. il n'y a point de salut. Il est l’éducateur des christs. » Perfecl W'ay) (i). Tous ces caractères vont se retrouver d'un bout à l'autre des correspondances hermétiques. C’est par le canal de la huitième séphire, Hod ”c est-à-dire. pour être bref, la différenciation (i) divisionnelle (t) de la vie (r,)'. que .Mercure reçoit les influences des Ælohim Tzebaoth.
Comment Ælohim est le pluriel de Æloa, dérivé lui-même de la racine ba, et du verbe rr,- (hoelP, comment ces mots se retrouvent dans la presque tota lité des langues de la race blanche, je ne veux pas le redire après le transcendant linguiste de Gangcs. Le nom Tzebaoth signifie, en un sens restreint, sept, nombre de la consommation d’un cycle.
« Tous les noms de nombres, dit d’Olivet (2), ont, en hébreu, (1) L’on s’étonnera peut-être de me voir citer ce livre si fré quemment: mais c’est l’un des meilleurs traités mystiques qui soient paru en cesderniêresannées, quoique la lecture en soit dan gereuse pour l’étudiant non prévenu; en effet, les auteurs mal inspirés ont donné un rôle hors de proportion à la partie fémi nine de l’être humain, et ont en outre fait une énorme erreur en donnant à la partie léminine de Dieu la prééminence sur la partie masculine. (2) Fabre d’Olivet, Lang, hébr., Il, 66.
LE SYSTÈME SOLAIRE D APRES L\ KABBALE 12 I des significations particulières et souvent très pro fondes. » Le mot qui nous occupe se compose de deux parties : runc. principiante. que le signe conjonctif" fait réaliser au moyen du r perfectionnant qui compose l’autre partie.
La partie principiante comprend les hiéroglyphes xzx (içZ’tf) qui peignent le mouvement d’une action interne se développant avec puissance: le m it tout entier est admirable d’harmonie descrip tive : lu avec les clefs du Tarot, il constitue tout le secret des alchimistes (i). S; m .endre davantage en des commentaires au m »ins inutiles, je passe à l’étude des anges de Mer cure.
Ainsi qu'on peut le voir sur le tableau, quelques cabalistcs intervertissent Raphaël et Michaël : il faut chercher l’origine de ces différences dans la théorie O des mythes solaires : « Plutarque nous peint Bacchus et Apollon comme deux formes différentes de la divinité unique qui préside au monde. L'un.
Apollon, toujours jeune, exprime la pureté de la substance lumineuse : l'autre prend toutes les formes, et se distribue dans la matière élémentaire, dans l'air, dans l'eau, dans la terre, dans les plantes, dans les animaux et, en général, dans tout ce qui est sujet aux changements qui résultent des diverses organisations qui s’opèrent dans la matière. » (Dupuis, liv. III, ch. vi.) « Il y avait un dogme secret dit Macrobe (Sa/..liv.
Ier. ch. xvm) qui consistait à croire Apollon et Bacchus. (i) Pour les Egyptiens, Mercure dirigeait les mouvements de la Lune ^Cf. Plutarque, De Iside).
122 l’initiation le même Dieu considéré par rapport à la partie supé rieure du monde et à la partie inférieure. » — < En effet, continue Dupuis, le Soleil considéré sous le rap port simple d’astre lumineux.... dieu du jour, voil » ce qu’on doit entendre par Apollon. Mais si on le con sidère comme agissant dans le monde sublunaire, pour organiser la matière,... avec l’ordre et tous les germes de bien, il est Bacchus ou Osiris », c’est-à dire Dionysos. Confondant les planètes, on a confondu leurs anges. Au surplus, rien d étonnant à ce que Raphaël et Michaël aient une communauté de signifi cation, si l'on se rappelle ce que j’ai transcrit un peu r plus haut sur Hermès-Educateur. Sédir (A suivre.)
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ESSAI D UNE RECONSTITUTION e Dédié à M. Papus, auteur du Tarot des Bohémiens. Dr Fugairon, Le Tarot n’est à mes yeux que la doctrine de la Kabbale exposée en symboles. Le mot Tarot n’est autre que le mot renversé Thora (la loi), venant lui-même de Athor (maison), déesse personnifiant la maison ou les maisons du soleil, c’est-à-dire la zone que cet astre parcourt dans l’espace. Le Tarot comprend vingt-deux arcanes majeurs qui correspondent aux vingt-deux lettres de l’alphabet
l'initiation 124 hébraïque. Celles-ci, d'après le Sepher Jesirah. c nprennent trois lettres mères correspondant atn x >is mondes, sept douMes aux planètes et douze simples aux douze signes du zodiaque. Les personnages représentés sur les vingt-deux lames de nos jeux de tarot ont des costumes rc - sauce et plusieurs ont des attributions incontestable ment modernes. C’est assez dire que depuis L ntiq iité elles ont été considérablement modifiées.
On cornpre id dès lors que M. Papus. qui a écrit un livre fort rem rquable sur le Tarot des Bohémiens, ait pu s'exprimer comme il suit : « 11 nous est impossible de remonter à travers la nuit du moyen âge jusqu'à l’origine des vingt-deux ligures significatives connues sous le nom d'« atouts »dan s le jeu de soixante-dix-huit cartes au moyen duquel les Bohémiens prétendent révéler les secrets de la destinée.
On a reconnu néanmoins que ces arcanes majeurs du Tarot sont les reproductions défigurées d'un modèle primitif remontant à la plus haute antiquité. Retrou ver ce modèle dans sa pureté naturelle n'est pas chose facile, et. s'il est possible de parvenir à ce résultat, ce ne peut être que par une étude judicieuse de toutes les manifestations du symbolisme à travers l’histoire des mythologies orientales.
Celles-ci nous ont légué un mouvementhiéroglyphiqued’une immense impor tance dans les figures représentatives des signes du zodiaque et des autres constellations de la sphère céleste. Or, il est intéressant au plus haut point de constater que ces figures allégoriques correspondent
LES VINGT-DEUX ARCANES DU TAROT 123 absolument à celles que nous retracent les vingt-deux arcanes majeurs du Tarot. De ce rapprochement, peut jaillir une lumière intense sur la genèse des connais sances humaines.
Car la parenté d’origine qui relie manifestement les feuillets du livre de Thot auxsubdivisinns des planisphères grecs et égyptiens, porte à supposer que de part et d'autre on se trouve en prél’une ition spéciale, faite d'après des don nées dont les icumenis manquentencorejusqu'àpréjue nous fourniront peut-être des recherches compétentes sur l’Inde primitive (i). » Sans entrer dans une discussion qui nous entraîne rait trop loin. je répondrai au sujet de ses dernières phrases, à M. Papus d’abord, qu'il n’v a rien à trouver dans la civilisation de l’Inde qui ne remonte pas très haut dans l’histoire. ensuite que les documents ne nous manquent pas pour retrouver le modèle primitif des vinqt-deux arcanes.
Mais à quelle époque doit-on faire remonter l’inven tion du Tarot ? — A la même époque que celle de la Kabbale. « Les ressemblances frappantes, dit Ad. Franck, que nous avons trouvées entre cette doctrine celle de la Kabbale) et les croyances de plusieurs sectes de la Perse, les rapports nombreux et bizarres qu’elle nous présente avec \e. Zend-Avesta^ les traces que la religion (i) Papus, Ze Tarot, pp. 253 et 254.
I 2Ô l’initiation de Zoroastre a laissées dans toutes les parties du judaïsme, et les relations extérieures qui, depuis la captivité de Babylone, n'ont pas cessé d'exister entre les Hébreux et leurs anciens maîtres, nous ont fait 1 conclure que les matériaux de la Kabbale ont été puisés dans la théologie des anciens Perses ; mais nous croyons avoir démontré en même temps que cet emprunt ne détruit pas l'originalité de la Kabbale (i). » Les Perses, après avoir conquis Babylone. avaient tondu leurs doctrines avec celles des Kaldéens et celles-ci s’étaient depuis longtemps mêlées à celles de l’Égypte, de sorte que la doctrine des mages était véritablement éclectique et résumait tout l'enseigne ment des castes sacerdotales de l’Orient.
C'est dans cette doctrine éclectique qu’ont puisé les Hébreux, Philon, et les philosophes grecs d’Alexandrie ; et c’est de cette époque de synthèse universelle que date la Kabbale à peu près telle qu’elle est parvenue jusqu’à nous. C’est de cette époque aussi que date le Tarot tel que nous le connaissons ; ce qui ne veut pas dire qu'il n’y ait pas eu avant lui des systèmes plus ou moins analogues en Kaldée ou dans l’ancienne Égypte.
Les mythes grecs et romains, qui ont laissé des traces évidentes dans le Tarot, prouvent de plus que l’inventeur ou les inventeurs de ce symbolisme, bien que connaissant la Kabbale, n’étaient pas des Juifs de (i) La Kabbale, p. 2g3.
LES VINGT-DEUX ARCANES DU TAROT 12/ Palestine qui ont toujours montré une très grande aversion à l'égard de la civilisation grecque, mais des Juifs d Alexandrie. Cela posé, j'entre tout de suite en matière. 1 Je commence par les figures qui correspondent aux lettres simples de l'alphabet hébraïque et aux douze signes du zodiaque.
Afin d'abréger, je donne cijoint d'après Lenormand le tableau des éléments du plus ancien zodiaque, qui est une invention du Kaldéen. J’ai toutefois une remarque très importante à faire. Le zodiaque n’a pas été créé d'un seul coup, il a été fait au contraire pièce par pièce, ce qui a demandé un temps très long.
Les premiers cultivateurs et forgerons réunis remarquèrent et désignèrent d’abord les constellations qui sautent aux yeux en quelque sorte. Et il fallut de longues observations pour déterminer les solstices et les équinoxes.
Lorsqu’on y parvint pour la première fois, on désigna de la manière suivante les quatre cons tellations où se trouvait alors le soleil : l’équinoxe du printemps par deux jumeaux, parce qu’alors les jours sont égaux aux nuits, et aussi par une porte (nous
Il ÉPOQUES II l'année NOMS accaoiens DES M o 1 s TRADUCTIONS II i mars-avril. Barra Ziggar. L'Autel du Démiurge. Il 2 avril-mai. Gud Sidi. Le Taureau propice. I 3 mai-juin. Murga. La Fabrication des briques. I 4 juin-juillet. Su Kulga. Le Bienfait de la semence. ! 5 juillet-août. Dhc Dhegar. Feu faisant feu. Il 6 août-septembre. Kin Sukus. Le Message d'Isclitar. Ii 7 septcmbrc-octob. Dul Ku. Le Tumulus pur. Il 8 octobre-novemb. Apin Gaba. Ouvrant la fondation. |i 9 novemb.-déc. Ganganna. Les Nuages épais. 1 to décembre-janvier Abba Uddii. La Caverne dit lever. lu janvier-février.. ks A. AN (sur). La Malédiction de la pluie. 12 fevrier-mars. P 1 Se Kin-tar. La Deposition des semailles.
SIGNES du Z <) O l A <2 •* *’ DIEUX PROTECTEURS LIGURES dtl T A R O T 1 Bélier. Alton et Bel. Le Pape. Taureau. Ea. L’Amoureux. 1 Gémeaux. Scliin. Le Chariot. 1 Ecrevisse. Sondau. La Daine de la La Justice. Lion. Baguette magique. L'Hcrniitc. Vierge. Ischtar. La Fortune. Pinces du Scorpion. Scliamasch. Le Pendu. Scorpion. Marottdouk. La Tempérance. Sagittaire. Nergal. I.a Maison-IlieuChèvre Papsonkal. Le Diable. Verseau. Ramman. i.a Lune. Poissons. —-r — Les 7 grands dieux. Le Soleil. - --- ZTAX- ASS-. -SJ
LES VINGT-DEUX ARCANES DU TAROT I2Ç verrons plus loin pourquoi); le solstice d’été par une moissonneuse parce que c’était en cette saison qu’on faisait la moisson ; l’équinoxe d'automne par un chas seur. parce que c’étaitalors qu'on se livrait à la chasse ; et enfin le solstice d'hiver par z/zz ou deux poissons, parce que l’hiver était la saison des eaux. Or ceci se passait entre l’an 65oo et l'an qàoo avant notre ère.
De q5oo à 2 3oo on s’aperçut qu'aux solstices et aux équinoxes le soleil ne se trouvait plus dans les cons tellations précédentes.
On en détermina de nouvelles et on les désigna comme il suit : à l'équinoxe du printemps, le taureau, symbole de la fécondation, de la procréation : au solstice d'été, le Zzon, parce que le soleil est alors dans toute sa force ; à l’équinoxe d’automne, le serpent ou l'homme serpent, parce que cet animal, changeant de peau tous les ans, représente la terre en automne qui se dépouille de sa verdure ; enfin, au solstice d'hiver, la saison de l'eau fut repré sentée par une cruche renversée ou par une grotte d’où sort un ruisseau.
Le zodiaque se composait donc alors de huit constellations.
Vers l’an 2000, les Kaldéens réorganisèrent ou réfor mèrent la religion de Babylone, et, comme les cons tellations ci-dessus ne correspondaient plus à la place du soleil aux quatre points principaux qui divisent sa révolution annuelle, ils déterminèrent de nouvelles constellations qui d'ailleurs avaient été déjà remar quées, et les quatre moments de l’année furent dési gnés par un bélier ayant même signification que le taureau, une écrevisse parce qu’à partir du solstice le soleil marche à reculons comme cet animal, par les
l’initiation i3o serres du scorpion que l'homme serpent tient sous ses pieds et par une chèvre parce que. à partir du solstice d’hiver, le soleil monte comme une chèvre. Ainsi se trouva constitué le zodiaque divisé en douze parties tel que nous l’acceptons encore aujour d’hui. bien que l’équinoxe du printemps n'arrive plus dans le bélier, mais dans les poissons.
Or. ce que je voulais faire remarquer, c’est que dans chaque saison les trois signes ont la meme signification puisque, lorsqu'on les a tour à tour créés, ils occu paient les mêmes points. 5. -. Le bélier (le pape). — Pourquoi le pape à l’équinoxe du printemps ? L'équinoxe du printemps est la porte du ciel et à cette porte l'antiquité avait placé un dieu portier, un dieu qu'on retrouve en Italie comme l'un des plus anciens, Janus.
Les chrétiens ont aussi un portier du ciel, saint Pierre, et, comme le pape est le successeur de saint Pierre, le pape a été mis à la place de Janus. On doit donc représenter sur la lame 5 un dieu à double visage, portant des clefs (Voir dans toutes les mvthologies les représentations de Janus). Or ce Janus ou Ianus n’est autre que le vieux dieu accadien Anou.
Le taureau et Orion (T amoureux). — Sur la lame est représenté un adolescent ou jeune homme imberbe sollicité par deux femmes, .symboles de la r vertu et du vice. — En Egypte, Osiris ressuscite sous forme d’Apis et d Horus, où celui-ci est célébré dans des inscriptions par l’épithète de « puissant taureau ». Les femmes de Lesbos invoquaient le jeune Dionysos dans les memes termes: « Viens, illustre taureau ’
LES VINGT-DEUX ARCANES DU TAROT I 3 I Viens sur ce rivage. » En Phénicie, c'est Adonis, « Adonaï ». En Phrvgie, c’est Athisi en Perse, c’est Mithra; partout, c’est le nouveau soleil, le jeune soleil plein d’une ardeur nouvelle pour la procréa tion: c’est le soleil mort en automne qui ressuscite. Les anciennes lames devaient donc représenter Adonis tort probablement, peut-être Horus. Pour les Kaldéens, c’était Ea le seigneur de L humanité, y.
Les géniaux et le cocher île chariot^. — On ne voit pas au premier abord l’analogie qu’il peut y avoir entre les géniaux et le char de triomphe que représente la lame du 7'arot. Le char surmonté d’un dais soutenu par quatre colonnes est attelé de deux chevaux et porte un jeune cavalier dont la tète est parée de trois étoiles d’or: son vêtement esta bandes. Sur le devant du char est peint le lingam indien surmonté du disque ailé des Egyptiens.
Nous avons dit qu’à la place des géniaux on mettait quelquefois une porte, cette constellation s'étant trouvé primitivement à la place de la porte du ciel, c’est-àdire à l'équinoxe du printemps.
11 n'y aurait donc rien d’extraordinaire qu’après la résurrection d'Horus ou d’Adonis. cette porte ait été transformée en arc de triomphe.f Pour les Egyptiens, les deux géniaux étaient Horus et Harpa-Krat, l’IIarpocrate des Grecs qui n'est qu’un dédoublement d’Horus.
Mais l’image du lingam indien, c’est-à-dire des organes mâle et femelle, indique que le couple se composait d'un garçon et d’une fille, ce qui s’accorderait aussi avec l’arc de triomphe dont nous avons parlé, car. chez les anciens, le seuil de la
l'initiation i3î maison maritale était pompeusement orné pour rece voir la mariée et son cortège. Chez les Kaldéens. le mois des gémaux était celui « de la fabrication des briques». Les gémaux semblent donc avoir représenté primitivement des artisans, des ouvriers: et quand on réfléchit que le signe des gémaux a été inventé par les premiers forgerons ou cabires, on comprend que pour les Grecs les gémaux aient représenté deux cabires.
En effet, Héphaïstos (Vulcai n. est époux de Maïa, forme seco n da i re d ' Ap h rodite ou Vénus, déesse du mois de mai ; et, dans le mvthe des frères cabires, celui qui succombe sous le coup de ses frères revit ensuite et se transfigure dans une théogamie qui rappelle à la fois celle de Dionysos avec Coré et celle d'Aphrodite avec Adonis. C'est cette théogamie qui constituait la lame primitive du Tarot.
On peut la voir représentée dans la Grande Encyclo pédie à l’article cabires. Sous un arc de triomphe à colonne on voit assis enlacés le cabire et la déesse. Les chrétiens, n’ayant pas osé conserver cette scène sur leur lame, se sont inspirés de la fête des cheva liers romains. Ceux-ci avaient pour modèle les dieux équestres Castor et Pollux ou les dioscures. parents des cabires.
Le jour de la fête, les chevaliers, revêtus de la trabée à bandes de pourpre et décorés de leurs insignes militaires, faisaient une procession pompeuse à travers la ville. De là, selon moi, l'idée de substi tuer un char attelé, à l’arc de triomphe, et un cheva lier vêtu d'un habit à bandes aux deux gémaux. La lame peut ainsi représenter la constellation du cocher. 8. n. Le cancer {la justice). — C’est une femme
LES VINGT-DEUX ARCANES DU TAROT 133 assise sur un trône, le front ceint d'une couronne de fer. Elle tient de la main droite un glaive la pointe en l'air et de la gauche une balance. C'est ainsi que les juges étaient représentés au tribunal d'Osiris et c'est ainsi que les Grecs et les Romains figuraient la justice. Mais pourquoi la justice est-elle placée au signe du cancer ?
J’avoue que je suis un peu embarrassé, et c'est du reste la seule lame qui présente quelque difficulté pour sa reconstitution. Chez les Kaldéens, le mois du cancer est le mois « du bienfait de la semence»; il est sous la protection de Sandan. le guerrier représenté avec l'épée la pointe en l air.
Ceci ne signifiant pas grand'chose, il semble que l'auteur du Tarot ait remplacé Sandan par un personnage biblique représentant l'ascension la plus élevée du Soleil. Qaïn et Habel étant identifiés aux gémaux, c'est Hanôch, fils de Qaïn. le fondateur de la première ville en briques, qui doit être placé dans le signe du cancer, ou bien Schêth, dont le nom signifie « fondement ».
Mais, pour une raison que nous ferons connaître tout à l’heure, Schêth a été reporté plus loin et mis à la place d'un de ses descendants nommé aussi Hanôch, et celui-ci s'est identifié à l’Hanôch fils de Qaïn. Hanôch fut enlevé au ciel sur un char de feu et fut, dit-on, divinisé comme Schêth; c’est un type de jus tice, de vie pure et de sainteté prophétique. Son nom veut dire « révélateur ».
Hanôch, par les traits essen tiels de sa physionomie, dit M. Lenormand, se rap proche singulièrement du Maroudouk babylonien,
L INITIATION >3+ «le héraut des dieux ». le révélateur par excellence^ l'intermédiaire habituel entre le maître de la sagesse » * ■ ° suprême. Ea, et l'humanité, celui dont la planète (Jupiter ) veille au maintiende la justice dans le monde. K celui enfin qui « marche devant Ea » comme 1 lanôch «amarché avec Dieu».
Le nom deMaroudouk. corrup tion sémitique de l'accadien Amar-outouki. signifie « éclat du soleil », signification qui s’accorde très bien avec la position du soleil dans le cancer. Maroudouk est aussi l’adversaire des démons. Comment se tait-il cependant que les Kaldéens aient placé ce dieu au mois du scorpion? c’est ce qu’il n'est pas facile de s ex pliquer.
Quoi qu’il en soit, il est probable que c'est Hanôch, siégeant sur un globe de feu au plus haut du ciel et veillant l’épée à la main au maintien de la jus tice dans le monde, qui était représenté sur la lame du Tarot primitif. En sa qualité de révélateur, d’imitateur, il est la personnification même du Tarot. 9. ta. Le lion (Termite). — La lame représente un vieillard appuyé sur un bâton portant devant lui une lampe allumée.
Il rappelle Diogène bien qu’il soit vêtu d’une robe et d’un grand manteau à capuchon. Evi demment c’est un sage, un savant comme Thoth, Zoroastre, et je suis persuadé que le Tarot primitif représentait ce dernier. En effet, selon Dion Chrysostome, cité par M. Al.
Maury, « Zoroastre, en vrai sage indien, s’était retiré du monde et avait vécu dans la solitude, au sommet d’une montagne, c’est-à-dire, à proprement parler, au fond d’une grotte, afin de se livrer tout entier à son amour pour la sagesse et la jus tice. Pline ajoute que le prophète Perse avait, pendant
LES VINGT-DEUX ARCANES DU TAROT T 3 5 vingt années, observé une abstinence sévère » (i). Ajoutons à ce récit que. pour les Babyloniens. le mois du lion étant celui du « feu faisant feu » : on ne pou vait mieux le symboliser que par la personnification du culte du feu. c'est-à-dire par Zoroastre. Le lion est du reste le symbole des Perses. Le personnage biblique qui correspond à ce mois est Mohalael (louange, éclat de Dieu). io. '.
La vierge la roue de fortune'). — Une roue sur laquelleon voit un sphinx au milieud'Anubismon tant et de Typhon descendant. Cette représentation n'a aucun rapport avec la vierge moissonneuse. La destinée et la fortune sont en réalité deux conceptions différentes. Primitivement Fortuna a été considérée comme une déesse spéciale du bonheur : ce n'est que plus tard qu'elle est devenue une déesse indifférente du bien et du mal.
La moissonneuse du zodiaque est la terre ou Isis donnant ses fruits en abondance. On représentait par fois Isis avec une corne d'abondance dans la main gauche. A l’époque gréco-romaine, cette Isis a servi de modèle aux sculpteurs pour symboliser la fortune. La déesse nous est offerte sous l’image d'une femme imposante et belle, debout dans le plus grand nombre des cas, assise quand l'artiste se propose d’exprimer qu’elle est constante.
D'une main elle tient la corne d’abondance d’où s’échappent des productions variées, symbole de la richesse ; de l’autre elle s’appuie sur un gouvernail qui signifie qu'elle règle la destinée à travers (i) Al. Maury, Croyances et légendes de l'antiquité p. i/5.
136 l'initiation > la mer mobile du monde. A ses pieds est une boule qui indique ou sa nature verticale ou l'étendue du pouvoir qu’elle exerce sur l’univers. On la trouve également représentée avec des ailes, ou, comme dans l'œuvre archaïque de Bupalos, avec le polos ou le modius (mesure des céréales) sur la tète et des épis dans une de ses mains.
Un symbole fréquent remplaçant la boule est une roue qui dans le langage devient pro verbial et fournitdes métaphores aux écrivains de tout ordre (i). 11 .H- Les pinces du scorpion ou balance le pendu}. —- Un homme est pendu par un pied au milieu d’une tige transversale reposant sur deux arbres ayant cha cune six branches coupées.
La position des bras et sa jambe droite croisée sur la gauche pour former une croix montre que nous avons affaire à un symbole du feu. A l’équinoxe d’automne le soleil est en effet suspendu tête en bas entre les six mois de l'hémisphère supérieur et l’hémisphère inférieur. La lame du Tarotprimitifreprésentait certainement Héphaïstosou Vulcain chassé du cield’un coup de pied de Jupiter et précipité tête en bas dans les entrailles de la terre.
Ce dieu s’identifiait, pour l’auteur ou les auteurs du Tarot, avec Virâd (fugitif), descendant de Qaïn, et Yered (descente), de la lignée de Schêth. Les chrétiens, ayant placé saint Pierre à la porte du ciel àl’Orient, ont évidemment songé qu’à la porte du ciel d Occident le même saint pouvait figurer comme représentant l’agonie du soleil, car saint Pierre fut j) J.-A. Hild, dans la Grande Encyclopédie.
LES VINGT-DEUX ARCANES DU TAROT I 3'] crucifié la tète en bas. Comme on n’a pas osé, par scrupule religieux, faire figurer le saint sur un jeu de cartes, on l'a remplacé par un pendu.
Ilipparque remplaça les pinces du scorpion pai la balance, parce que. dans le calendrier kaldéen. le dieu qui protège ce mois est Schamasch, le «juge suprême et équitable du ciel et de la terre », le « directeur », la « loi qui enchaîne l’obéissance du pays », le soleil des équinoxes qui divise également le jour et la nuit, faisant un exercice juste et modéré de sa puissance (comparer ce qui s'est passé pour Hanôch et pour Schamasch ;. 14.
Le serpentaire écrasant le scorpion la tempé rance}. — Un génie verse du vin ou liqueur de feu, de vie) d'une urne d or dans une urne d'argent, c’est à-dire que la chaleur et la lumière solaire passent de l'hémisphère supérieur doré dans l'hémisphère infé rieur argenté.
Chez les Kaldéens, le mois qui nous occupe était le celui de « l’ouverture de la fondation »; chez les sémites, il devint le mois de Schèth, mot qui signifie « fondement », ainsi que nous l'avons déjà dit. Mais Schèth devint en Égypte Set. le Typhon des Grecs, l’homme ailé aux jambes de serpents, le dieu méchant.
Néanmoins, comme les Kaldéens faisaient protéger ce mois par Maroudouk, adversaire des démons, il fallait trouver pour tout concilier un homme-serpent qui ne fût pas méchant ou contraire et qui en même temps symbolisât la souffrance du soleil. On choisit donc Esculape ou le centaure Chiron son maître, dieux de la médecine et de la pathologie, pourrait-on dire. Il
i38 l'initiation tenait d’une main une coupe hémisphérique d’or d’où sortait un serpent qui passait dans la coupe hémi sphérique d'argent tenue de l’autre main. Le serpent représente ici, comme je l'ai dit dans une autre étude, un fleuve de vie. i5. □ (i). Le sagittaire (la maison-dieu . — Une tour s'écroule, frappée par le feu du ciel ; elle écrase un roi aussi bien qu'un manant.
Chez les Kaldéens, le mois des« nuages épais »était protégé par le grand héros Nergal. le grand chasseur, le dieu de la mort. Chez les Sémites, c'est Métouschela’h, « 1 homme armé du trait ». qui rappelle Nemrod, le vaillant chasseur. C’est aussi Samaël, l ange de la mort. Dans la mythologie, les centaures, chasseurs sau vages, démons du vent qui souffle en tempête, person nifient les nuages orageux qui semblent chasser dans le ciel.
Leurs armes sont des troncs d’arbres et des quartiers de rocher. Ce sont les démons de la dévas tation. Les centaures chasseurs font ici suite au cen taure Chiron. Or, dans le combat d’Hercule contre les centaures,le héros blessa d’une de ses flèches Chiron. On voit que l'archer Hercule (sagittaire) se mêle aux chasseurs centaures, à leurs troncs d'arbres et à leurs blocs de pierre.
On ne pouvait donc mieux repré senter ce combat que par la tour de Babel s'écroulant sous les coups de la foudre et dispersant les hommes. C’est l'image de la destruction. 16.7. Le capricorne (le diable). — Le diable est (0 II y a dans le Tarot une erreur produite problémati quement par les auteurs modernes qui placent la maison-dieu après le diable.
LES VINGT-DEUX ARCANES DU TAROT I 3g représenté sous la forme d’un être hybride ayant la tète cl les membres inférieurs d’un bouc, le tronc et les membres supérieurs d’un homme. A ce portrait on reconnaît Pan, Sylvain, les faunes et les satyres, dieux amateurs de vin comme les centaures et for mant avec ceux-ci le cortège de Dionysos ou Bacchus.
Le prototype de tous ces dieux est Khem, dieu d’un des plus anciens nomes delà vallée du Nil.' où le bouc était adoré. C’est un dieu éthyphallique symbolisant la force génératrice principe des naissances et des renaissances. survivant à la mort, mais stationnant un certain temps dans un état d’engourdissement qu elle ne parvient à vaincre que quand le dieu à recouvré l’usage de son bras gauche.
On le représentait en effet debout, le bras droit élevé dans l’attitude du semeur, le bras gauche étant enveloppé avec tout son corps par des bandelettes. Faune, l’équivalent de Khem en Italie, était adoré dans les cavernes. Le mois du capricorne était appelé par les Kaldéens le mois de « la caverne du lever ». Vu son importance dans les religions, il importe d’insister ici sur le symbolisme de l’homme bouc et de la caverne.
« Le jour du solstice d’hiver, dit Lenormand, jour de la mort périodique du soleil, est immédiatement suivi de sa résurrection (naissance, noël). de la reprise de sa marche ascendante. C’est ce qu’exprimait, dans le culte dionysiaque de la Phocide, la simultanéité de la cérémonie nocturne accomplie au tombeau du dieu dans le temple de Delphes, avec la fête orgiastique où les femmes sur les montagnes, à la même heure, éveil
l’initiation 140 laient par leurs cris Dionysos nouveau-né. couché dans le van mystique qui lui sert de berceau. « A ceci fait sûrement allusion le nom symbolique accadien du mois qui succède immédiatement au solstice d'hiver, «lemoisde la caverne ou de l’adyton) du lever (du soleil) ».
« Pour en comprendre le sens, il suffit, en eiïet, de se souvenir des rites de la fête de la renaissance du jeune dieu soleil, tels que la célébraient les Sarraceni, » au dire de saint Epiphane, entrant à minuit dans un sanctuaire souterrain, d’où le prêtre ressortait bientôt en criant: « La vierge a enfanté, la lumière va recom mencer à croître. » Cette cérémonie avait lieu chaque année le 25 décembre, le jour du natalis sofas invicti dans le culte oriental du soleil implanté à Rome au 111e siècle ; le jour de la fête du réveil de Melgarth, à Tyr ; le jour où se célébrait aussi la grande fête perse de Mithranéde la pierre au fond d'une grotte obscure (fond de l’hémisphère inférieur).
« Le signe correspondant au mois de la renaissance du soleil dans le fond de la caverne a pour signe zodiacal le capricorne, qui se montre dans les repré sentations des cylindres assyriens sous la figure d’une chèvre à queue de poisson. « Ce monstre du zodiaque, nous disent les écrivains classiques, est Ægipan, fils de Pan et d’Æga, la chèvre nourrice de Jupiter, ou Pan lui-même, fils d’Ægipan et cPÆga, qui a revêtu cette forme hybride.
Mais, suivant d’autres, c’est la chèvre même qui a nourri Jupiter, ce qui s’accorde avec les pierres gravées où Æga est représenté comme une femme tenant un tri
LES VINGT-DEUX ARCANES DU TAROT T4r dent et un dauphin, assise sur une chèvre à queue de poisson, et ayant Pan auprès d’elle. » (C'est le diable à côté de la vierge mère.) « Ceci nous autorise à rapprocher la chèvre zodia cale de l'animal de cette espèce qui. dans une infinité de mythes d'origine orientale, sert de nourrice au jeune dieu solaire dans la grotte où son enfance est cachée.
C’est Æga ou Amathée, dans la fable Cretoise de l'en fance de Zcus, si pénétrée d'éléments phéniciens ; c'est la chèvre Amalthée qui dans la fable lybienne nourrit Dionysos Ammonien. l'une des formes du dieu fils de la triade carthaginoise, la chèvre qui, sur le bandeau sacerdotal d'argent découvert auprès de Batnah, ligure parmi les symboles les plus importants de Tanith, déesse mère de cette triade, de telle sorte que chez Diodore de Sicile le couple de Baal-Hammon et de Tanith devient celui d'Ammon et Amalthée parents du Dionysos de la Libye.
Et si c'est un Ægipan mâle qui remplace le plus souvent la chèvre nourrice dans le zodiaque grec, la clef d’une semblable substi tution nous est fournie par la légende phrygienne d’Athis où le jeune dieu solaire est nourri du lait d’un bouc au lieu du lait d'une chèvre. » Il est facile maintenant de comprendre pourquoi on représente le solstice d'hiver par un enfant (prin temps, taureau ; été, lion ; automne, aigle ( i), serpent, aigle-serpent, dragon), pourquoi un bouc remplace parfois la chèvre, et pourquoi le bouc est un dieu de la fécondation, du phallus et de la semence. (i) Typhon est représenté avec les ailes d'un aigle ou d'un vautour; ses jambes sont des serpents.
l/lNl'l 1AT10N I42 La lame du Tarot primitif représentait donc un homme barbu et cornu, brun, ayant des membres inférieurs de bouc, la poitrine et le front tatoués d’é toiles pour représenter la nuit. Le dieu tenait à la main un phallus ou son svmbole. Les chrétiens, considérant que ce dieu bouc avait un caractère lascif et priapique, en ont fait l'image de Satan l'impudique.
Pour rappeler la queue de la chèvre en forme de queue de poisson, ils lui ont garni d’écailles le bas-ventre. Eliphas Levi s’est amusé un jour à le dessiner ainsi et tout le monde connaît cette représentation. 18. ï. Le verseau {la lune . — La lame nous repré sente un champ avec un marais formant un carrelour faiblement éclairé parla Lune.
Au loin des bâtisses, au milieu un chien et un loup qui hurlent, des reptiles s'agitent dans le marais ; enfin il pleut. Les Kaldéens appelaient ce mois « la malédiction de la pluie» ou la pluie maudite. Il était présidé par Ramman « l’inondateur ». On l’a remplacé par l’inondation amenant une pluie maudite.
Cette inondatrice est la Lune ou Diane, mais une Diane de l’hé misphère inférieur, des enfers, des maudits, Hécate, la déesse des sorciers, des magiciens. Quand la Lune se voile, disaient les anciens. Hécate apparaît. Hécate est la personnification de la Lune qui pro jette ses rayons mystérieux et voilés dans les ténèbres de la nuit.
C’est à elle que l’on rapportait le don des prodiges et des enchantements : c’est elle que l’on sup posait envoyer les spectres et les fantômes. Sa formule d’évocation, qu’on trouve dans les Philosophumena.
LES VINGT-DEUX ARCANES DU TAROT I43 explique le tableau du Tarot: « Viens, infernale ter restre et céleste Bambô, déesse des grands chemins, des carrefours, toi qui apportes la lumière, amie et compagne de la nuit, toi que réjouissent l’aboiement des chiens et le sang versé, qui erres au milieu des ombres à travers les tombeaux: toi qui désires le sang et qui apportes la terreur aux mortels.
Gorgo, Mormo, Lune aux mille formes, assiste d’un œil propice à nos sacrifices. » On sacrifiait des chiens à Hécate; on croyait qu’elle s’annoncait par l’aboiement de ces animaux, et les reptiles et autres bêtes immondes jouaient un grand rôle dans son culte. Hécate est Akka. la mère des lares, la déesse de la profondeur féconde de la terre qui reçoit les semences et les morts.
Hekté est un surnom d’Isis qui, avec sa sœur Nephtys, a par ses incantations ressuscité Osiris. On la nommait la couveuse, la pleureuse. On la considérait comme la source du Nil ou des fleuves et on la représentait alors tenant une urne à la main ou ayant une urne renversée près d'elle. C'est le Verseau. Avec ces données, il est facile de reconstituer le tableau.
19. p. Les poissons et Andromède [le soleil . — Deux jeunes gens nus se trouvent au milieu d’un terrain où l’on voit une muraille basse. Le soleil brille dans le ciel et cependant il pleut. Après Diane la couveuse, le jeune soleil Apollon, mais un Apollon sortant de l’eau, dégouttant d’eau ; Apollon Delphané avec son dauphin ou poisson au « ventre plein d’eau ». Il est donc wotY/e poissony
l’initiation 144 comme les dieux démiurges de Babylone, comme Oannès, comme Ioamsès ou Ieho-hanan, le baptiseur, précurseur du soleil du printemps (le Christ . Apollon Delphinien perce de ses flèches le dau phin ou serpent céleste (les nuages) et fait pleuvoir.
Sous cet aspect il se rapproche de l'inondateur Ramman qui fait aussi tomber les pluies du mois « des semailles » qui renouvellent la fertilité de la terre et d’où le jeune soleil émerge plus fort après s’être en quelque sorte purifié. L’Apollon auquel nous avons affaire ici est donc en rapport avec les divinités aqua tiques et il n'est plus au ciel. Aussi écoutez la table qui va nous expliquer le tableau du Tarot.
Apollon, chassé du ciel, se réfugia avec Neptune près de Laomédon, qui faisait alors bâtir la ville de Troie, et ensemble ils travaillent, comme manœuvres, à construire les murailles de cette ville. Leur travail achevé, Laomédon leur en refusa le prix.
Neptune irrité submergea le pays et Apollon le désola par la peste; puis,, se laissant fléchir par les prières des Troyens, ils consentirent à n’envoyer contre eux qu'un monstre marin, à qui l'on donnerait chaque jour une jeune fille à dévorer. Hésione, fille de Laomédon luimême, venait d:ètre désignée par le sort, pour être attachée au rocher fatal, lorsque Hercule parut et la délivra.
Une variante de cette fable est celle d’Andromède et de Persée. Cassiopée avait irrité par son orgueil Neptune et les Néréides en se vantant de l'emporter sur elles en beauté. Neptune submergea le pays et envoya un
LES VINGT-DEUX ARCANES DU TAROT 145 monstre marin pour le ravager. On consulta l’oracle d’Ammon, qui promit la cessation du fléau si Andro mède était livrée au monstre marin, enchaînée sur un rocher. Céphée. épouse de Cassiopée et roi d’Ethiopie, y fut contraint par son peuple. C'est là que Persée l’aperçut, s'éprit d’elle et s'engagea à tuer le monstre si on la lui donnait pour épouse.
Persée s'élança en volant sur le monstre, le tua et délivra la jeune fille. La lame du Tarot primitif devait donc représenter un dieu voile en partie par les nuages d'où la pluie tombait, et en bas une terre au bord de la mer où ion voyait la muraille de Troie en construction, un jeune homme et une jeune fille (Hercule et Hésione ou Persée et Andromède) et près d’eux un gros pois son, signe zodiacal du mois.
Il ne faut pas croire que ces fables soient entière ment grecques ; leur origine se trouverait aisément en Phénicie et à Babylone. La légende du prophète Joñas (Oannès) a été composée à l’aide d'un mythe sem blable. Avalé par un monstre marin (une baleine) au milieu d'une tempête suscitée par Dieu, Joñas est en suite rejeté sur le rivage.
La baleine, le dauphin ava lant Joñas, ce sont les nuages enveloppant le feu du ciel et le crachant ensuite ; c'est le feu nouveau sortant des eaux ou le soleil nouveau. Dans les catacombes de Rome, on voit une peinture qui représente la baleine sous forme d'un gros nuage se roulant sur la mer en forme de poisson ; d'entre ses mâchoires, qui sont deux flammes écartées, sort un jeune enfant.
146 L'INITIATION II Je passe maintenant aux sept lames qui correspon dent aux sept lettres doubles et aux sept planètes. 2. 2. La lune (la papesse). — Cette papesse est sim plement le symbole ou personnification de la religion. Elle est représentée sous la forme d'une femme assise au portique du temple, portant sur la tète une tiare surmontée du croissant de la lune. Elle est enveloppée d’un voile transparent dont les plis tombent sur sa face.
Elle porte sur sa poitrine une croix et tient sur ses genoux un livre ouvert. C'est évidemment Isis dont la tête était aussi sur montée de la lune, qui portait à la main la croix ovoïdée et qui était revêtue d'un voile plus ou moins transparent. C'est aussi la Diane céleste. La lame du Tarot primitif représentait certainement Isis ou Astarté. 3. :.
Vénus (ï impératrice). — Elle tient un aigle de la main droite et dans la gauche un sceptre for mant le signe astrologique de Vénus; la couronne est à douze pointes. LeTarot primitif représentait Aphrodite ou la déesse aux colombes avec une tête environnée de douze rayons lumineux. 4. i. Jupiter (rempereur). —11 a un casque à douze pointes et il est assis sur un trône cubique où figure l’aigle.
Jupiter, figuré assis, avec l’aigle à ses pieds, et sa tête entourée de douze rayons lumineux, composait la lame de l’ancien Tarot.
LES VI.XGT-DEl'X ARCANES DU TAROT 147 11. X Mars [laJorcé\. — Le Tarot actuel représente une jeune fille fermant avec ses mains et sans effort la gueule du lion. Elle a l'air d’une dompteuse. Le Tarot primitif devait porter un jeune guerrier, tuant un lion, ou l’étouffant dans ses bras. Peut-être même Schimschou (Samson figurait-il sur quelques jeux. 17. z.
Mer:ure (les étoiles . — La lame porte une jeune fille nue épanchant sur la terre le contenu de deux amphores. Huit étoiles ou plutôt huit globes lumineux et rayonnants brillent au-dessus d'elle, l'un d’eux étant plus gros que les autres ; près de la jeune fille se trouve un ibis ou un papillon posé sur une fleur. L’ibis est le symbole de Thoth ou Hermès ou Mer cure.
Les globes lumineux sont des âmes que Mer cure. dans son rôle de phychopompe, conduit dans la salle de « la double vérité » et de la double lumière (celle du Nord et du Midi). C'était ainsi qu'il devait être représenté dans le Tarot primitif. Les chrétiens lui ont substitué la source de la vérité où les âmes viennent s'abreuver. 20. “.
Saturne (le jugement}, ou mieux la résur rection. — Un ange au ciel sonne de la trompette : un tombeau s’ouvre et il en sort un homme, une femme et un enfant. La lame du Tarot primitif représentait certaine ment Saturne vomissant ses enfants qu’il avait dévorés. On sait que c’est grâce au breuvage magique que Métis donna à Jupiter, pour le faire prendre à Saturne, que celui-ci le rendit à la vie.
148 l'initiation 22. C. Le soleil {le monde). — Une jeune fille nue. tenant une baguette d'une main ou des deux, est pla cée les jambes en croix au milieu d'une couronne de lauriers. Au quatre coins du tableau sont les quatre saisons. La jeune fille représente la magie ou la lumière fille du soleil et tient la place de cet astre entouré du zodiaque, ici figuré par la couronne des mages, du vainqueur des épreuves de l’initiation.
11 ne nous reste plus qu’à examiner maintenant les trois lames qui correspondent auxjtrois lettres mères i. N. Le bateleur. —C est plutôt un mage qui dans le Tarot primitif devait être revêtu du costume des mages. Idéalisé, car il représente le modèle des mages, l’homme uni à Dieu ne faisant qu’un avec lui, c’està-dire Mithra, Dieu issu de Dieu, lumière issue de la lumière.
C’est l’homme primitif ou céleste, la sagesse qui sait tout ce qui se passe dans le ciel et sur la terre et par qui toutes choses on été faites. Il est l’ensemble des dix Séphiroth, « le principe de tous les principes, la sagesse mystérieuse, la couronne de tout ce qu'il y a de plus élevé, le diadème des diadèmes ». C'est cette couronne qui était sur la tête du personnage du pri mitif Tarot.
On lit au commencement du Mihir-Vascht : « Ahoura-Mazdâ dit au saint Zarathoustra : Quand j’ai produit Mithra qui possède au loin les campagnes, ô saint! je l’ai créé pour qu’il fût invoqué, adoré à l’égal de moi-même. » Ainsi Mithra est l’image de
LES VINGT-DEUX ARCANES DU TAPOT 14g Dieu et correspond au Verbe, au Christ des chré tiens. Chez les Indous, la magie sc nomme Màyâ et ce mot exprime proprement en sanscrit l'intelligence envisagée dans sa puissance d’action, mais il s’entend surtout de la possession des forces et des moyens surnaturels. La Màyà, qu’on a fini par identifier avec l'illusion, appartient aux Devas aussi bien qu'aux mauvais génies.
Mais les œuvres magiques de ceux-ci sont détruites par celles d'L.’ïru, le plus puissant des enchanteurs, le possesseur des artifices invisibles (Mâyâvin). Mithra tient, chez les Perses, la place de l’Indra védique ; il possède le pouvoir magique au suprême degré. 13.12. La mort, — Un squelette fauche des hommes dans un champ ; on ne voit plus par terre que des têtes, des mains et des pieds.
La mort, fille de la nuit, était représentée par les anciens comme un guerrier armé volant dans l'air avec des ailes noires. D’une main, il tenait un glaive ou un gigantesque marteau, de l’autre un filet qu'il jetait sur la tête de ses victimes. Il est le prince du monde souterrain. Les Hébreux se figuraient la mort à peu près de la même manière; c’était l'ange exterminateur, Samaël, c’est-à-dire l’ange du poison et de la mort.
Plus tard, ils l’appelèrent Satan, Sat-an, parce que Saturne dévo rait ses enfants. C’est la contre-partie de la résurrection représentée également par Saturne Dans le Tarot primitif, c’était l’ange delà mort qui figurait sur le tableau.
SIGNES ZODIACAUX BéHef. 'Taureau. Gémeaux. Cancer. Lion. Vierge. Serres du scorpion, Scorpion. Sagittaire. Capricorne. Verseau, Poissons. PERSONNAGES BIBLIQUES CORRESPONDANTS l'nâscli (dédoublement d'Adunp. Havfill et Adam. Qcnan, frùre d'Hnbel. lia n oc h (qui fut, dit-on, ministre de Sat). Muhalalcl. Yered ou Yirâi. Xlé Hointlcl ou le 2n Hdnoch. Méthouscliâel. Lemcch. Noa’li. Les six ; Yàbal, Yoûbal, Toubal, Schem, Hum, Yâpheth Jouas).
D IVIN ITtóà l'îG Y PT 1 ENN ES CORRESPONDANTES LAMES DU TAROT Anoupli (ambia, gardien de la porte a'eniréc du sgIciI). Le Pape. L'Amoureux. Horus. Hnr-Schewi le guerrier. Le Chariot. Thot, Lu Justice. Oun-Nefcr. L’Hermite. Isis (portant un trône sur la tête ou la La Fortune. corne d’abondance). Atoum ou bien Pittali. Le Pendu. Imhotep, Jìls de Thot. La Tempérance. Cliouns (Hercule). I.a Maison L)¡eu. Khem, Saté et Nonni 4- Athor allaitant Le Diable. son enfant. Ncphtvs et Noupt. La I une. Horoer, Le Soleil.
LES VINGT-DEUX ARCANES DU TAROT l5l 2i. Le fou. — Le fou est un voyageur qui marche insouciant, sans savoir d'où il vient ni où il va II ne s'inquiète pas d'un chien qui lui mord les ¡ami _s. ni d’un crocodile qui l'attend au bord du pré cipice dans lequel il va se jeter. Ce voyageur, c’est Vhomme. l'homme profane: c'est Èpiméthée. On ne pouvait que l'habiller en folie.
Je r.e sais si j'ai réussi, dans ces notes jetées un peu à la hâte sur le papier, à reconstituer d'une manière satisfaisante les anciennes lames des \ ingt-deux arcanes majeurs du Tarot : dans tous les cas. je crois que j'aurai contribué à cette œuvre dans la mesure de mes mo\ eus.
Si quelque lecteur de Y Initiation voulait essayer de dessiner ces vingt-deux Limes, selon les indications que je viens de donner, je le prierai de se mettre en relation avec moi. Dr Fugairon. Un de nos amis a bien voulu nous envoyer un arti cle trouvé sous ce titre dans le Daily News&u 2 5 février dernier. Nous avons pensé qu’il pourrait intéresser nos lecteurs et nous en donnons la traduction suivante.
11 est inutile de dire que nous faisons personnellement toutes nos réserves sur le lond et sur les appréciations du journaliste qui parait tantôt très sceptique et tantôt se contenter à peu de frais. En tout cas il est loin
I 52 L INITIATION d’être toujours clair et manque absolument de préci sion là où il en faudrait Je plus ; il court le grand galop quand il est à « ses faits » et on aimerait à avoir quel ques explications qui seront peut-être dans l’article luimême du professeur Kellar que nous allons essayer de nous procurer.
En tout cas, nous avons tenu à serrer le texte d'aussi près que possible, ne voulant nous permettre aucun changement, même pour rendre les phrases plus correctes. Quand on ne comprendra pas, qu’on ne s'en prenne donc pas à nous. D'autre part, nous croyons cet article utile par l'indication de sources peu connues et de documents auxquels on pourra se reporter.
L’un des romans auquel il est souvent fait allusion vient justement de paraître dans le journal le Temps il y a quelques mois; c’est le Mas ter of Ballantrae auquel il sera facile de se reporter. L. Lemerle. « Quand un escamoteur, un « professionnel » écrit sur le merveilleux, il le blague généralement. Il peut « faire » le tour de la corde indienne ou même « beau coup plus fort », ou bien il nie ce que personne n'a jamais dit avoir vu.
Les curieux peuvent se rappeler un livre récent auquel collabora M. Masskalyne. La North american Review, toutefois, publie un article du professeur H. Kellar, qui est d’une nature bien différente, capable de faire écarquiller les yeux d’éton nement et de faire hérisser les cheveux.
Nous ignorons si cette qualité de « pofesseur » de M. Kellar est un titre académique comme celui du professeur Blackie) ou si, comme d’autres artistes, il se l’est octroyé à luiMAGIE INDIENNE 153 même de par sa propre volonté et fantaisie. On peut admettre que c'est un barnum professionnel, un montreur de séances médiumistiques.
Mais, cequi est extra ordinaire. c'est que le professeur Kellar, avec toute sascic ice d’escamoteur et d'illusionniste, aété entière ment vaincu et convaincu par la magie des fakirs de l’Inde et d’un Zoulou de leurs adeptes, dans l'Afrique du Sud. Par égard pour le sujet, nous admettons que la Norih amerîcan Review ne se« paie pas notre tète », mais que le narrateur parle avec une haute conviction.
Le résultat est qu il fait plus que justifier les contes de la Nada de M. Rider Haggard et ceux du Mas1er of Ballantrae de M. Louis Stevenson. Le pro fesseur Kellar a vu plus fort que le sorcier zoulou de M. Haggard ou que leSecundraDass deM.Stevenson. Kellar ne connaît pas encore le procédé.
« Un séjour de quinze ans dans l’Indeet l'extrême Orientm'a convaincu que les fakirs de haute caste ou magiciens du nord de l'Inde ontprobablement décou vert des lois naturelles que nous ignorons en Occi dent. Il est historiquement certain que, depuis les temps védiques d’une incalculable antiquité, les Hindous ont cru à ces découvertes et ont ajouté foi aux dons mystérieux obtenus par les austérités.
Bien après les temps védiques, le Bouddha et ses disciples ont fait les mêmes miracles. « Au commencement du moyen âge, un fameux voyageur arabe vit les coupes et les vases se mouvoir en l'air à la cour de Delhi ; il fut aussi témoin du fa meux tour de la corde — la corde lancée au ciel, — un homme y grimpant, un autre homme le suivant avec
i5q l’initiation un couteau, le corps du premier tombant à terre taillé en pièces et ce corps reconstitué et rendu à la vie. L’histoire est racontée avec uneentière conviction : le voyageur accorde qu'il fut malade ensuite et qu'un ami et parent indigène, qui était présent, déclara qu'il n'était rien arrivé du tout. Cela suggère naturel lement l'idée de l'hypnotisme comme explication.
Tout se faisait par charme : « C'est là le miracle. » Les curieux trouveront dans le Marco Polo du colonel Jule une très savante étude sur ces merveilles du moven à^eet, dans la collection de la Hakluvt Societv, un récit d'un missionnaire espagnol sur de semblables merveilles dans l’ancien Pérou.
« Ce que M. Kellar a vu lui-même est le phéno mène de la « lévitation ». la suspension, — contraire ment à la pesanteur d’un corps humain en l'air. — et aussi la suspension de la vie, comme dans la tentative de Secundra Dass dans le Master of Ballantrae. La lévitation est fréquente dans les légendes des saints et dans celles de Plotin le néoplatonicien.
L’explication naturelle est que. absorbé dans sa pensée ou en extase, le saint croit qu’il est en lévitation et que ses fervents croient le saint. Mais M. Kellar a vu la chose exécutée en présence du prince de Galles et de plusieurs milliers d’assistants. L’endroit fut le Meidam, à Calcutta, en 1875, l’opérateur un fakir de haut rang.
La méthode fut la suivante : trois épées furent assujetties à terre, les pointes tournées en haut; un jeune fakir fut « mesmérisé » ; quand son corps fut devenu rigide, il fut couché sur les pointes des épées, la plus basse étant à la base de la colonne ver
MAGIE INDIENNE l55 tébrale. Les épées furent alors enlevées, tandis que le corps restait suspendu en l’air. « Mais un tour semblable avant été produit une fois devant un Anglais, gouverneur de province, un aide de camp s'élança et trouva le corps suspendu par des iils métalliques. Al.
Kellar n’a probablement pas connaissance de ce fait dont il ne fait pas mentionD’autre part, un témoignage inattaquable est offert par 1 histoire suivante : Un officier anglais, aperce vant des jongleurs indiens ordinaires (nom de haute caste . les appela chez lui où ils exécutèrent le tour de l’épée, décrit par AI. Kellar. sur une femme de leur troupe.
Elle ne portait qu’une étoile à la ceinture ; une épée fut mise à terre, la pointe sous son coude. Le corps garda la position horizontale sans autre support que l'unique pointe d’épée. L'officier et le chirurgien du régiment l’examinèrent de près et même touchèrent tout autour du corps, de manière à être bien certains qu’il n'y avait ni mécanique ni « décep tion », comme dit Bosco. Le tour qui embarrassa AI.
Kellar « colla » naturellement ces observateurs anglais. On peut certifier un autre tour du pays. Il est bon. quoique pas aussi étonnant. Une jongleuse dit à un Anglais de mettre une roupie dans sa main, à lui, et de regarder entre ses doigts clos de manière à être bien certain que la pièce fût là.
Puis elle lui fit tourner la main, les jointures en dessus ; elle frappa les jointures avec une baguette, quelque chose grouilla dans sa main, il l'ouvrit : un mille-pattes en tomba, mais de roupie, point. « Le dernier cas de lévitation de AI. Kellar vient du
156 l’initiation Jujuland. L’opérateur était un « docteur » sorcier, « de la classe décrite mainte fois par Rider Haggard avec «grande exactitude». lien est question dans deux des contes de M. Haggard, « Alain wife » et « Nada the Lily ».
Dans le premier, le docteur sorcier dit à M. Alan Quaterman qu’il est « capable de faire voir « aux hommes ce qu'ils ne voient pas » —par charme ou suggestion hypnotique, apparemment. — On peut trouver un autre exemple dans le dernier ouvrage non public de M. Leslie sur les Zoulous chez lesquels il fut missionnaire.
Les voyants zoulous l'intriguèrent autant que les « Jessakeeds » intriguèrent les premiers Jésuites en Amérique et Hearne sur le Copper River. Hearne vit des choses qu’il savait impossibles: il con clut qu’il ne les avait pas vues, mais qu’il ne pouvait découvrir la méthode. M. Kellar a de sérieux avan tages dans ce genre de recherches.
Ceux qui recueil lent les contes populaires réussissent mieux auprès des paysans sauvages et défiants en leur parlant un peu d’eux-mêmes et les amenant ainsi à vider leur propre fonds de légendes. Dans le même ordre d’idées, M. Kellar exécuta plusieurs de ses propres tours de vant les Zoulous à la « Duun’s Réservation ».
Avant la guerre zouloue. un magicien zoulou fut ainsi con duit à montrer son art. Il lia un bâton noueux, ou un gourdin à tête ronde à une courte lanière de cuir neuf. Un jeune guerrier fit de même et ils se tinrent à six pieds environ l’un de l’autre, faisant tournover leurs gourdins au-dessus de leurs têtes. C’était le soir et ils étaient devant le feu du camp. Quand les gour dins se touchèrent presque, des étincelles « passèrent
MAGIE INDIENNE i57 « ou semblèrent passer de l'un à l’autre. La troisième « fois, une explosion se produisit : le gourdin du jeune « homme fut brisé en pièces et le guerrier tomba à terre « comme sans vie. » Le magicien se mit alors à agiter de longues tiges d’herbes au-dessus de la tète du jeune homme.
L’herbe « semblait brûler dans ce mouve- « ment et se consumait lentement en pétillant avec «bruit. » Le magicien approcha plus près et agita doucement l'herbe enflammée sur le personnage couché, à environ un pied du corps.
« A mon éton- « nement, le corps s’éleva lentement du sol. et flotta « en l’air à une hauteur d’environ trois pieds, restant « suspendu et s’abaissant, suivant que les passes faites « avec l’herbe en feu étaient plus lentes ou plus ra- « pides. » Quand l’herbe fut tombée à terre, consu mée. le personnage s’affaissa et, après quelques passes du docteur, sauta sur ses pieds, sans aucun mal, et reprit franchement sa respiration.
De deux choses l’une : ou M. Kellar a vu cette opération, ou il a manqué sa vocation et devrait écrire des romans d'aventure. Un autre récit montre plusieurs fakirs dansant dans une chambre vide ordinaire, jusqu’à ce qu’ils se confondirent tous en un seul fakir qui s’avança et salua, à la vue de tout le monde, le reste de la chambre où il avait dansé étant vide de per sonnes et de mobilier.
Puis il dansa de nouveau, et ses trois amis se dégagèrent de sa personne et s’éva nouirent encore ; on ne put les trouver dans la pièce dont le fond n’avait ni portes, ni fenêtres, ni trappes. « La troisième histoire d’enterrement volontaire pour quarante jours, à la façon de Secundra Dass,
i58 l’i.xitiaton est donnée sous l'autorité du général Aledley. Dans la propre expérience de AI. Kellar, à Secunberabad, le sujet ne fit que mourir (autant quon peut Faftirmer) et revenir à la vie. «Ces histoires sont communes dans l'Inde. AI. Kellar ne peut donner aucune explication. Il renvoie à Marco Polo, dont le récit a été annoté par le colonel Yule.
Le colonel lui-même ne fut jamais témoin d'aucun de ces plus étonnants exploits, malgré sa grande expé rience. Pour AL Kellar, il est hors de doute que les magiciens « ont conquis des forces naturelles qui nous « semblent inaccessibles ». Malheureusement les mo numents égyptiens ne nous disent rien des faits sem blables mentionnés dans Y Exode. Il est juste d ajouter que Eglinton a étonné AI.
Kellar par une lévitation, mais c’était dans l'obscurité ! » (Traduit de l'anglais, par L.
Lemerle.) ^A JlBERTÉ DE PENSER Sous ce titre, nous lisons dans le Moniteur de rHygiène Publique, sous la signature de son savant directeur et rédacteur en chef : « 11 y a quelques années, des expériences faites sur' « la force psychique par notre confrère le Dr Gibier « furent considérées par les pontifes du Muséum « comme attentatoires aux dogmes de la Science ofiiLA LIBERTÉ DE PENSER I 5(J « cielle.
Et le Dr Gibier fut mis en demeure ou de « donner sa démission de physiologiste ou de renon- « cer à ses travaux. « Aujourd'hui il s'agit du colonel de Rochas, invité « par le conseil d'administration de l'Ecole polvtech- « nique à choisir entre ses fonctions à cet établisse- « ment et ses études sur l'occultisme.
M. de Rochas « a dû céder à la force : il signera ses travaux d'un « pseudonyme, en attendant qu'on lui donne son « exeat définitif de l’école (i). « Peut-être demain exigera-t-on de M. le professeur « Richet de cesser ses recherches sur la même ques- « tion. de renoncer à ses opinions personnelles sur la « physiologie du système nerveux ! — Les opportu- « nistes de la République appellent cela de la « liberté !... Oh !...
« Ainsi donc, au xxe siècle, la Science officielle « n'admettra pas que des savants de premier ordre « aient des idées contraires à ses doctrines. Et peut- « être verrons-nous les libertaires de la République « réclamer un nouveau tribunal de l'inquisition pour « juger les indépendants qui ont la hardiesse de « penser autrement que ces contempteurs imbéciles « de la Science positive.
« Comme Galilée, on les forcera bientôt à venir « adjurer leurs opinions et à proclamer que le soleil « tourne autour de la terre. Et si on ne les contraint « pas à s'agenouiller devant les pontifes modernes, si - (i) M. de Rochas et le Dr Gibier ne sont pas les seuls dont on ait cherché à briser la carrière dans ces derniers temps et pour les mêmes motifs. — (Note de la R.)
16o l’initiation « on ne les enferme pas dans une cellule de Mazas, « on brisera leur position et on les fera conspuer par « les camelots de la bêtise humaine, par les ignoran- « tins des Académies. « Qu'est-ce donc, en effet, cette science nouvelle « qui étudie en ce moment les forces inconnues révé- « lées par des faits authentiques et par des lois posi- « tives?
Les faits du spiritualisme expérimental sont « des phénomènes qui nous manifestent nos sens, et « les lois qui en résument leur philosophie sont les « relations que certains faits ont eues avec d'autres « laits qui les précèdent, les suivent ou les accompa- « gnent. C'est donc de la science positive. « Docteur Dupouy. » Certes, on ne saurait mieux dire.
Mais, d'autre part, nous serions bien curieux de savoir ce que la science dite officielle pourrait bien mettre en regard des affir mations irrécusables de ce spiritualisme expérimental moderne, ainsi que de la triple exégèse philosophique, morale et religieuse qui en découle ; exégèse bien autrement compréhensible et empoignante que celle du Mosaïsme et du Catholicisme, et par conséquent infiniment plus capable de rallier les masses.
Le spiritualisme expérimental, par ce seul fait qu'il offre des preuves positives et vérifiables de la continuation de l’existence humaine par delà du tom beau, est seul capable de ramener à des sentiments de solidarité sociale, de morale et de justice, la société moderne devenue presque universellement sceptique et assoiffée de jouissances matérielles.
LA LIBERTÉ DE PENSER I 6l Ct un tel avantage (ne serait-ce qu’au point de vue de f économie de gendarmes) peut-il être regardé comme méprisable par nos gouvernants et par la science officielle??? M..is existe-t-il réellement une science officielle s'ap puyant sur un principe quelconque? Qui le saura jamais? — Quant à lui demander une exégèse quel conque. autant demander des perles à des pour ceaux !
En effet, jusqu’en ces derniers temps et pendant une longue période, physiciens, chimistes et mathém ticiens s’appuyaient presque tous sur le principe des forces et propriétés de la matière, c’est-à-dire sur le principe matérialiste. D'où cette conclusion pour les médecins que le cerveaula pensée, comme le foie fabrique la bile.
Mais, depuis que le matéria lisme scientifique a conduit les médecins organicistes à l’impuissance thérapeutique, les moralistes au scep ticisme et au nihilisme, les législateurs à des travaux stériles, et notre état social européen à une sorte ^in toxication stercorale, le matérialisme ne trouve plus d’avocats publics.
Personne n’ose plus prôner un sys tème dont les conséquences anti-scientifiques, anti morales et anti-sociales sont devenues tout à fait osten sibles. Aujourd’hui, nous en sommes à lapériode de l'éclec tisme et du scepticisme, c'est-à-dire à la période du pot-pourri, où une multitude inconsciente cherche à allier les choses les plus dissemblables. Dans les choses scientifiques, si l’on veut un spéci men de ce genre, l’on n’a qu’à examiner le programme 6
IÔ2 l’initiation et les cours de philosophie que l’université impose à ses aspirants bacheliers ès-lettres : l'exégèse du potpourri s’y étale dans toutes les grandes largeurs, avec une naïve effronterie. Quel fatras indigeste C’est à ne pas en croire ses yeux et ses oreilles! Et certes je ne suis pas le seul à l'avoir vu et à le dire! Qu'on demande plutôt aux bacheliers fabriqués depuis l’adoption de ce dernier programme !
Il faut vraiment que les jeunes gens soumis à ce régime nauséeux aient une bien forte dose de sens moral pour ne pas sortir de là parfaits sceptiques aussi bien en matière de justice que de morale sociale.
En histoire officielle, c’est la même gamme : période orgueilleuse du pot-pourri- Et en voici la preuve : Est-il aujourd'hui un seul homme moyennement instruit qui ne sache qu’à l’époque où la Bible mo saïque place la création de l'homme, il existait déjà dans l’Inde depuis plus de quarante siècles une civili sation très avancée, et des codes de morale civile et religieuse tels que ceux que nous possédons, quoique issus de là, ne les ont pas encore égalés.
Personne n’ignore cela, pas plus dans l’Université qu'ailleurs.
Mais ce que nos universitaires savent en tant que citoyens, ils l’ignorent en tant qu’éducateurs de la jeunesse, car, bien que confits en libre-pensée, ils con tinuent pour l’usage des adolescents à retrancher plu sieurs siècles à notre pauvre humanité, et, pour pre mière pâture, à les conduire dans les herbages incultes de Y Arabie et de la Mésopotamie, au lieu de leur mon trer tout d abord les magnifiques épopées et les incom parables monuments de Y Inde Brahmanique. En cela,
LA LIBERTÉ DE PENSER l63 ils font sans doute plaisir à Moïse et à saint Pierre, mais ils ne font assurément pas œuvre de progrès.
Eh bien ! il est évident que. lorsqu'on fait ainsi de la philosophie à la façon de Bilboquet, et de l’histoire à la façon du Père Loriquet, et que l'on voit d’autre part l'état mental et moral de nos masses populaires, tel que l'a fait le matérialisme officiel contemporain, il n'y a pas lieu pour la science officielle à beaucoup se glorifier.
Il est évident qu'un peu de modestie et beaucoup de tolérance seraient bien mieux dans son rôle, d'autant plus que le public qui paie pourrait bien finir par se fâcher tout de bon.
Quant à nos gouvernants, dans leur existence, hélas ! trop éphémère, ils feront bien de se rappeler qu’il n'y a jamais eu de gloire à récolter, à devenir le bras séculier de sectaires intolérants, et que. lorsque cette intolérance vient s'attaquer à des découvertes d'une importance capitale et à des groupements de faits seuls capables de sortir nos masses populaires du bourbier moral où elles croupissent, l'intolérance revêt un caractère plus grave et peut atteindre les propor tions d'un crime social. Dr ZÈDE.
BIBLIOGRAPHIE Suite et ßn Le lendemain, à une heure de l'après-midi, le facteur lui remit une lettre d'André. Elle ne contenait que quelques lignes, mais exprimait un tel désespoir, une telle amertune, des doutes si atrocement cruels, sur un dévouement qui s'illusionne et n’avait pas le sentiment de son impuissance véritable, ces lignes révélaient de si épouvantables tortures que la jeune fille n’hésita plus.
Elle enferma les trois billets dans l’enveloppe de cette lettre, posa les cinq cachets, et elle achevait d’écrire l’adresse, lorsque Bastid entra. La rapidité avec laquelle elle traça les derniers mots et jeta la let tre parmi celles dont se composait le courrier ne put êmpècher l’ami d’André d’apercevoir les cinq cachets, qui lui firent aussitôt connaître la nature de cet envoi et sa destination.
A cet instant même, le facteur vint prendre la levée d’une heure et emporta le pli chargé mêlé à la Correspondance communale qui emplissait son sac. Claire avait constaté que la correspondance entre Mazclset son fils, d’abord assez espacée, était devenue plus fréquente, quotidienne même depuis quelques temps. Elle avait aussi remarqué que les enveloppes des lettres partant de Flottes et de celles arrivant de
BIBLIOGRAPHIE 165 Paris étaient maintenant fermées par un cachet de cire rouge au chiffre des correspondants. Tout à coup la réalité lui apparut. Elle ne pouvait plus restituer cette somme de trois mille francs dont elle avait disposé pour envoyer à André : elle vit venir à elle la honte, le déshonneur public...
Des nuages passèrent devant ses veux, ses oreilles bour donnèrent, elle tomba, sans un cri. » * Lorsqu'elle s'éveilla de cette évanouissement, elle était assise dans un fauteuil de sa chambre, ayant près d'elle Bastid qui tenait une de ses mains.
C’est lui qui l’avait transportée là. qui l avait ranimée de son mieux et regardait, avec une joie extatique, la vie remonter à la surface, se répandre en légères flammes roses sous les blancheurs de la peau. Elle jeta les yeux autour d’elle, égarée, reconnut Bastid ; puis, subite ment, se dressant, s'échappant au bras qui s’efforcait de la retenir, elle prit sur la table la lettre d'André.
« Tenez, dit-elle, en la plaçant sous les yeux de Bastid, lisez... Oui. c’est une lettre que j’ai décachetée... Je risque ma révocation, peut-être plus...Cela m’est indifférent... Je n'ai pas à me repentir de ce que j’ai fait...
Lisez... » Bastid lut attentivement la lettre, et, la rendant à la jeune fille : « Je savais tout cela dit-il, je n’ai pas besoin des vous dire que je comprends à quelle impulsion vous avez obéi en ouvrant cette lettre, et que je ne vous estime pas moins et que je ne vous suis pas moins attaché pour ce fait... mais je vous dis encore que je
i66 L INITIATION savais tout cela, que cette lettre ne m’apprend rien... « — Comment ! s écria-telle, vous saviez de quelle affreuse trahison j’étais victime, et vous ne m’avez pas ' prévenue !.. Vous ne m’avez pas fait connaître ce misérable auquel je me suis toute sacrifiée ! .
«—J'ai voulu, plusieurs fois, vous prévenir des dan gers que vous couriez, répondit-il avec une douceur ferme; rappelez-vous bien que vous avez toujours refusé de me croire. J’ai voulu vous éclairer sur le caractère véritable de celui que vous aimiez, et vous m’avez accusé de trahir l’amitié... » « — Mais il fallait insister,... me donner des preuves... Vous en aviez !..
« — Vous ne n’auriez pas cru davantage, affirma Bastid, accentuant sa négation d'un hochement de tête attristé. «—Vous ne savez, reprit-elle, jusqu'à quel point je me suis sacrifiée !.. Vous ne savez pas ce que j'ai fait! J'ai volé pour lui ! Oui, j’ai volé ! J’ai disposé d’une somme qui m'était confiée. J’en ai disposé sans savoir si je pourrais la rendre...
« — Vous aviez des raisons de croire, répliqua-t-il, qu’il vous serait possible de la restituer. Eh bien, tranquillisez-vous. Cette somme arrivera à destina tion... «— Que voulez-vous Jire?demanda-t-elle, interdite, ne pouvant comprendre ce qu’elle entendait ! «—Vous vous souvenez que j’étais ici même, lors que M. Savoix vous remit la somme qu’il vous priait de faire parvenir à Bordeaux.
L’état d’esprit si vive ment inquiet dans lequel je vous vis me laissa prèsBIBLIOGRAPHIE i67 sentir ce qui devait arriver, et j’acquis une complète certitude, en vous vovant remettre au courrier une J lettre chargée dont j'avais pu d’un coup d'œil lire l’adresse écrite de votre main. J’avoue humblement cet espionnage, d'ailleurs involontaire... pas tout à fait cependant...
Alors... j’ai réalisé, au plus vite, cette somme de trois mille francs, et il m’a été pos sible de ¡'expédier ce matin. Elle arrivera un jour en avance, puisque ce n'est aujourd’hui que le 22... « — Vous avez !... s’écria-t elle, sans pouvoir ache ver sa phrase.
Elle joignit ses mains, resta quelques secondes, le regard immobile, comme en extase; puis, se repre nant, n’osant croire, elle ajouta : « Pardonnez-moi si j'exprime un doute... mais cette lettre... je ne pouvais, pourtant, manquer de la voir...
« — Aussi l’ai-je portée moi-mème, ce matin, à Issudel. » Elle étreignit spontanément les mains de Bastid, et, le regardant de ses yeux tout resplendissant de larmes: « Mais pourquoi, s’écria-t-elle, avez-vous fait cela ? En quoi ai-je pu mériter un pareil dévouement ? « — Oh ! je veux bien vous le dire », répondit-il avec une simplicité souriante, un peu troublé sous le re gard de Claire.
« Ceci, reprit-il en devenant grave, est la confession d'une... faute que ma conscience appelle crime... oui, crime. Pour d’autres, ce mot serait ridiculement exagéré... Pour moi. c’est celui qui convient. Avant de vous connaître, j'ai été le com plice d’André... le complice contre vous.., sachant qu’il ne vous aimait pas, qu'il était résolu à trahir
168 l’initiation toutes ses promesses, à vous infliger les plus cruelles désillusions; je me suis fait son associé;c'est moi qui ai favorisé votre intimité, votre correspondance, vos rendez-vous... J'ai durement expié tout cela, croyczle, car, à voir les souffrances que vous vous prépariez et auxquelles je contribuais moi-même, je m'effrayais, je vous plaignais, je... m’attachais à vous... sans espoir... n'osant... et je ne sais comment...
J'ose... en ce moment... vous faire cet aveu... » - A l’instant où il lui semblait que tout se détachait d’elle, qu’elle allait s’abîmer toute dans la honte et le désespoir, ce dévouement qui la sauvait murmurait auprès d’elle de chaudes paroles consolatrices, la rap pelait doucement à la vie du cœur, et elle écoutait, baissant les yeux, laissant sa bouche s'entr'ouvrir en un sourire charmé.
« Me pardonnez-vous ? »demanda-t-il d'une voix basse qui contenait la plus fervente, la plus anxieuse imploration. Elle ne put que laisser tomber ses mains dans celles qui les attendaient. Mais aussitôt elle les retira, presque violemment. « Non! dit-elle... non !... c’est impossible !...
Vous ne savez pas qu’zï est venu ici... un soir... et... je ne suis plus digne de vous... » 11 avait, d’un geste rapide, jeté sa main sur les lèvres de la jeune fille. « Je voulais, dit-il, vous épargner la tristesse de cet aveu. » Alors il lui sembla que son cœur s’agenouillait de vant la souveraineté simple de ce sentiment, et elle
BIBLIOGRAPHIE 16g pleura de reconnaisance, d'admiration, déjà presque de bonheur... « \ us voulez bien de mon... affection ? » deman da-t-il. suppliant, essayant de lire, dans les yeux de la jeune fille, l'arrêt qu elle allait prononcer. « — Oh !... » s’écria-t-il. épanoui tout àcoup d'une indicible jubilation au sourire qui répondait à sa prière... « Vous verrez, vous oublierez bientôt tout ce que vous avez souffert. Mousserons heureux.
Je ne veux plus que vous restiez ici... Ma fortune nous permettra de vivre dans ce Fontarov que je vous ai conservé, espérant qu'il serait un bon refuge pour votre peine et, plus tard, une jolie retraite pour notre bonheur. Je ne me suis donc pas trompé!.. Vous allez écrire, ce soir même, votre lettre de démission que vous adresserez au directeur des postes, et j'irai voir, moi-même.
M. Mazels, pour régler avec lui des affaires qui ne vous concernent plus. Maintenant laissez-moi refermer cette lettre que vous donnerez à la distribution pour le prochain courrier. Mazels la trou vera peut-être un peu détériorée. Mais qu'importe! Les preuves font défaut... Enfin ne vous tourmentez pas.
Ne pensez qu’à vous... à nous... si vous voulez bien. » Elle sourit, encore tristement, car son regard se perdait là-bas, dans le jardin des Mazels. s’arrêtait sur la pelouse, près des massifs que le paulownia dominait de son vaste parasol. George Montière. (Fi«.)
PARTIE LITTÉRAIRE songe d/fliven wLa plaine, s'étendant sous un ciel nuageux, D'un océan glacé me présentait l'image: Quelques rares buissons dépouillés de feuillage Y gisaient sous le poids de grands amas neigeux. Immuable d'aspect, malgré son amplitude. Vaste. morne, sans voix ainsi qu'un monde éteint, Désert improductif et par l'hiver étreint. Elle étalait au loin sa froide solitude. Triste et silencieux, je m'étais arrêté. , Contemplant ce tableau jadis plein de lumière. Où j'avais, autrefois, vu fleurir la bruyère Et voltiger au vent les papillons d'été. Pensif, je me disais : « Bien étrange est la vie ! Est-ce un songe confus, suivi d'un long sommeil, La floraison d'un jour s’animant au soleil, Un éclair fugitif qui s'enflamme et dévie ?
SONGE D’HIVER I7I Tout meurt cl tout renaît, mais de germes nouveaux, Elaborés sans cesse et mourant à leur heure: Il est toujours quelqu'un q.ii se désole et pleure Car les fleurs du printemps s'ouvrent sur des tom beaux ! La mort ! Est-ce la fin suprême. L'abîme où choit tout ce qu'on aime Pour n'en plus jamais revenir? Notre moi qui veut, pense et prie, N'a t-if comme l'herbe flétrie, Çw’hh instant pour s’appartenir ? Et si telle est sa destinée Pourquoi sa pensée obstinée Rêve-t-elle une éternité? Comment se /ait-il qu'éphémère Elle conçoit le grand mystère D’un univers illimité ? Peut-on accuser de Jolie Tout homme qui se sacrifie s A quelque lointain avenir? Est-il juste que ses souffrances, Ses longs efforts, ses espérances Ne le préparent qu'à « mourir » ? Je me souviens alors que l'antique sagesse Plaçait des sphinx géants au milieu du désert : Ils gardaient un secret, ainsi qu’une promesse... Par delà leur silence un temple était ouvert ! J. DE TaLLENAY. ‘
172 l'initiation Groupe Indépendant D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES Voyage du Président. — Le Président du Groupe a consacre une partie des vacances à aller visiter les dif férents chefs de branches et le délégué général en Bel gique. L’occultisme fait de sérieux progrès dans ces con trées, et diverses idées ont été échangées au sujet d’un congrès spiritualiste indépendant à organiser à Bruxelles dans quelque temps.
Voici du reste le rapport de « Kumris » pour cette année. TROISIÈME RAPPORT ANNUEL SUR LES ÉTUDES DU GROUPE EN KvMPlS Depuis notre dernier rapport, nos ordres du jour 29 à 41 contiennent toute l’extension donnée à l’organisation du G. E. K. (dispositions 26 à 3i), et tous ses travaux (études 64 à 98). Organisation. —Le Groupea continué à s’affilierà plu sieurs sociétés du pays et de l’étranger.
Le prêt au dehors a été autorisé, dans certains cas, pour la bibliothèque. Le travail en sections a donné de très notables résultats. Une nouvelle section hébraïque viendra bientôt s’ad joindre aux sections magique, divinatoire, pratique et philosophique. Les membres entrés cette année prennent rang parmi les plus précieux.
Dans le corps régent, dont l’institution a établi l’autonomie des sections, le docteur Lijau, directeur de la section Ram, s’est particulière ment distingué. Un diplôme d’honneur lui a été décerné. Notre ami N. Brossel, dans ses doubles fonctions, mé rite tous les éloges parla constance de son dévouement,
GROUPE JNDÉPEND/XNr DETUDES ESOTERIQUES I 73 et nous lui devons personnellement nos plus vifs remer ciements. L’institution du Conseil kynirique a donné à la direction du Groupe le caractère impersonnel qui convenait, en assurant la représentation de l’intérêt col lectif. Deux voyages du P. G.
E. nous ont donné le plai sir de l’entendre conférencier, et nous ont mis en rapport avec le public et la presse chez qui plus de sympathie et d’intelligence s'est manifesté. Le Conseil joint ses vœux aux nôtres pour que l’année prochaine n’apporte plus au cun obstacle à la visite que M. de Guaita D. S. E. a bien voulu promettre au Groupe.
Par des dons généreux, le Groupe s’est enrichi de pantacles, portraits, autographes, livres, etc. Un tableau bibliographique et un tableau questionnaire sont appendus en permanence à la salle d’etudes. ainsi que les catalogues de ventes de livres, etc. Les sections ont pris des mesures rigoureuses pour la fréquentation de leurs séances et la contribution indivi duelle de chaque condisciple au travail commun.
Une liste de discipline a été instituée pour toute contraven tion à l’intérêt et à la neutralité sociale comme à l’esprit traditionnel et adelphal. l’n diplôme d’honneur a été décerne pour services extérieurs. A côté des travaux col lectifs, des œuvres personnelles ont fourni d’importantes contributions aux travaux du Groupe.
Denombreux rap ports se sont établis entre K. et d’autres branches (Lyon, Le Caire, Congo, etc.), tant au point de vue administratif qu'au point de vue scientifique. Notre bien-aime condis ciple de Rosport C. P. E. de la branche d’Anvers (V1>CVM), chargé d’une mission spéciale en Afiique au sujet des sociétés secrètes arabes, a remis l’intérim à son père.
Il nous adresse les meilleures nouvelles et nous com munique, par le dernier courrier, un rapport des plus inté ressants sur les écoles régionales de féticheurs. Le Groupe a tenu quatre séances par mois, soit trente-six séances, nombre double de celui des années précédentes.
11 serait désirable que les rapports du centre avec les branches fussent plus réguliers et pussent établir une coopération scientifique puissante basee sur la répartition du travail, d’une part, et sur la mutualité sociale d’autre part. L’ins titution des cahiers kymriques donne d’heureux résul tats en constituant au Groupe un patrimoine social. Un
174 l’initiation cahier théoriqueet un cahier graphologique ont etc jus qu’ici approuves et classés. La commémoration annuelle à Van Helmont a consisté cette année en une visite à la maison de l’illustre savant, à Viloorde. Le Groupe a éga lement célébré cette année la mémoire de Paracelse, né en 149?.
Le Conseil kymrique a dû sauvegarder les droits tra ditionnels du Groupe à l’occasion de manifestations irrégulières qui se sont produites dans l'aire de sa jus sion. Cette exécution formelle ne saurait compromettre en rien des amitiés individuelles ni impliquer un désaveu de doctrines dont l'orthodoxie et l’esthetique lui sont chères. Nous avons eu à cœur de concilier la discipline hiérarchique et nos principes catholiques et artistiques.
A ce point de vue encore, nous avons un desideratum à adr es>er au centre, que nous voudrions voir respecter plus fidèlement des principes mêmes de l’ésotérisme en ce qui concerne la religion et l’art. Il est de ces allures séculières qui vor.t jusqu’à la maçonnerie : nous n’avons pas à les juger, mais nous devons les désavouer en toute amitié et subordination.
En ce qui nous concerne personnellement, nous de vons un mot de restriction à propos du grade d’initiation martiniste qu’on a b en voulu nous octroyer à l’occasion de la nomination collective des rédacteurs ésotérisants de 17nin>Hon. Nous n’avons voulu y voir qu’une simple marque de distinction honorifique, sans autorité ni obli gation, à l'exemple des étrangers jadis investis citoyens d’une ville bienveillante.
C’est ainsi que nous pouvons accepter ce titre, d’ailleurs impersonnel.
Etudes. — Les études les plus importantes ont été : com munications sur des mots hébreux, psychometrie, phré nologie, physiognomonie, chirologie. astrologie, grapho logie, visite à l’observatoire royal, définitions philoso phiques, principes méthodiques, questions o’esthétique, classification des arts, ésotérisme de la fête de Noël, l’in variable milieu des Tsen-sse, théorie des tempéraments, types planétaire *, nouveau testament, etc. La section Paracelse a tenu une séance itinérante sur les lieux d’un miracle (xine siecle). 11 n’a plus etc question de spiri tisme. •
UN SOUVENIR D’ENFANCE Les liens de sympathie intellectuelle se sont resserrés entre les membres dont les éléments incompatibles se sor t spontanément distraits. Ces heureux résultats d’une s ect constante ne pourront que s’accentuer. Le con seil estime que la force et la pureté du Groupe sont étail se fait fort de les maintenir. L’avenir prochain d'une véritable fraternité philosophique peut être envi sagé avec certitude. Juillet i8q3. D. G.
K. ■Hr Souvenir d’enfance I i commencé à aller à l’école dans la petite commune normande du V., où je suis ne en 1855. Mais, quand j’eus atteint ma septième année, mes parents, voyant que mon instituteur était vieux, usé, et hors d’état de me faire réaliser des progrès sérieux, prirent le parti de m’envoyer à A., commune voisine de la nôtre, et où exerçait alors un maître qui passait, à juste titre, pour un des meilleurs de la région.
C’était d’ailleurs, pour le dire en passant, un homme fort intelligent et qui avait toutes les facultés voulues pour exceller en plus d'un genre si le hasaid ou la fortune l’eussent placé dans des circonstances plus favorables. Il \ it encore et administre aujourd'hui, comme maire, la commune dont, pendant plus de quarante ans, il instruisit les enfants.
A., dont je viens de parler, compte un millier d’habitants environ et possédé une église appartenant à différentes époques, mais -dont le clocher, construit dans le plus pur style roman du xic siècle, est classé parmi les monuments historiques de notre département. Or, pendant que je fréquentais l’école d'A., ce vieil édifice fut le théâtre d’événements étranges qui, pour un temps, faillirent mettre à l'envers bien des cervelles.
Il y avait alors à A. un sacristain nommé M. dont nous autres, enfants (cet âge est sans pitié, a dit La Fontaine) nous nous amusions beaucoup, parce que le pauvre homme était affligé d’un tic nerveux de la figure, en
l’initiation 176 sorte que, lorsqu’il chantait, sa bouche s’allongeait démesurément tantôt vers le milieu d’une joue, et tantôt vers le centre de l’autre, ce qui produisait reflet le plus grotesque et le plus risible qu’on pût imaginer. A ses fonctions de sacristain, M. joignait aussi celle de sonneur de cloches.
Or il arriva qu’un matin d’hiver, comme il était allé selon sa coutume sonner l'Angelus, avec une lanterne pour s’éclairer, au plus fort de sa besogne en levant nonchalamment les yeux, il aperçut tout à coup un personnage vêtu d’une longue draperie blanche qui lui couvrait les pieds et retombait jusque sur les dalles de l’antique nef.
Le spectre se tenait immobile à quelques pas de lui et le regardait avec des yeux qui flamboyaient dans l’obscurité.
Terrifié à cette vue, et peu désireux d’ailleurs d'entrer en conversation avec l’être surhumain qui venait de lui apparaître d’une façon aussi peu usitée, M. s’enfuit à toutes jambes, oubliant, dans sa précipitation d’emporter sa lanterne, et abandonnant sans plus de précaution la corde de la cloche, qui, lancée à toute volée, continua assez longtemps de s’agiter en mouvements désordonnés, frappant au hasard, murs, bancs et chaises, et produisant par toute l’église un vacarne épouvantable.
Il alla raconter son aventure à ses voisins qui, cela va sans dire, ne tardèrent pas à l’ébruiter partout.
D’aucuns pensèrent que M. avait voulu simplement s’amuser à leurs dépens ; d’autres, moins sceptiques, crurent que le malheureux avait dû perdre momentanément la tète ; quelques-uns, enfin, plus avisés, mirent l’affaire sur le compte de quelque mauvais plaisant qui s'était déguisé pour surprendre son monde, et jouir tout à son aise de la frayeur qu’il inspirerait.
Pendant quelques jours, ce furent donc des commen taires sans fin; puis, comme toute chose a un terme icibas, ce bel émoi finit par s’apaiser, et bientôt on ne parla plus de rien. Le fantôme paraissait donc tout à fait oublié lorsque, quelques semaines plus tard, les enfants de la première communion, assistant un jour à une leçon de catéchisme
UN SOUVENIR D’ENFANCE 177 que leur faisait le bon vieux cure de la paroisse, s écriè rent tout à coup qu’ils voyaient quelque chose d’extraor dinaire. C’était une multitude d'ombres qui surgissaient de chaque recoin obscur de l'église et qui, devenant peu à peu plus distinctes, prenaient graduellement des formes humaines.
11 y en avait partout : sur l'autel, dans les stalles, dans la chaire à prêcher et même plein un vieux jubé qui se voit encore entre le porche et la nef. Ces images aériennes n'étaient pas immobiles; elles allaient et venaient, montaient et descendaient le long des vieux murs, paraissant Botter plutôt que marcher dans l'atmosphère épaisse et froide que traversaient cependant les premiers rayons d’un pâle soleil de dé cembre.
Les enfants les contemplaient avec plus de curiosité que d'effroi ; d ailleurs, le bon curé, pour les calmer, avait eu la présence d’esprit de leur assurer qu’il n’y avait là rien d'anormal et que leur étonnement provenait de ce que c'était la première fois qu'ils étaient témoins de choses de cette nature.
Cependant, il ne crut pas devoir continuer sa leçon et les renvoya chez eux en leur recommandant de ne parler à personne de ce qu’ils venaient de voir, ce dont un cer tain nombre d’entre eux ne tinrent nul compte, car cette nouvelle affaire se répandit bien vite aux alentours et servit même pendant quelque temps à défrayer les jour naux de la région, qui ne s’en occupèrent que pour s’en moquer, comme bien l’on pense.
Quoi qu’il en soit, à la suite de ces faits, l’abbé L. pra tiqua dans l'église certaines cérémonies qui eurent pour effet de congédier définitivement les fantômes ; jamais ils ne reparurent. Maintenant, une question se pose : ces singulières ap paritions se sont-elles véritablement produites ou ne fut-ce qu’une vulgaire supercherie?
Malgré les dénéga tions des esprits forts, je crois qu’il n’est guère possible d’en révoquer en doute la réalité. Pourquoi, en effet, par quelle étrange aberration d’es prit ce sacristain se serait-il avisé de jeter ainsi le trouble
rjS l'initiation dans une paisible localité, au risque meme de se faire passer pour insensé, s'il n'avait réellement rien vu / Quant aux enfants, ils sont, en général, on L ait, de grands simulateurs, et, d'ailleurs, il est possi de qu’ils aient eu l'esprit troublé par le récit de l’aventu e arrivée au sacristain, et que, par suite, ils aient cru voir sans * avoir rien vu.
Cependant, nous devons ajouter, >ur être tout à fait impartial, que les détails très circonstanciés et absolument concordants que certains d’entre eux don nèrent ne permettent pas d’autoriser soit l une, soit l’autre ce ces deux hypothèses.
Si donc on admet logiquement la possibilité de ces manifestions, il serait certainement intéressant d'en étu dier les causes et la modalité ; mais, comme je suis très peu compétent sur ces questions et que je craindrais d’émettre des théories hasardées, on me pardonnera de m’en abstenir.
J'ajouterai seulement, pour terminer ce court récit, qu'un peu avant que les événements dont il s'agit ne se produisissent, il se passa dans la commune de A. un fait qui pourrait peut-être avoir eu avec ces événements une relation occulte assez facile à expliquer. L’église de A., dont j’ai déjà dit quelques mots, était entourée d’un cimetière très ancien et dans lequel on enterrait depuis un temps immémorial.
A cette époque, il était devenu beaucoup trop restreint pour les besoins de la population, de sorte que le sol se trouvant, pour ainsi dire, saturé de matières animales, la décomposition des corps ne s’y opérait plus qu'avec une extrême lenteur et d’une façon fort incomplète. Pour remédier à cet inconvénient, on avait pris le parti d’en établir un autre situé à quelque distance du village, au milieu de la plaine.
Quant à l’ancien, il avait été décidé qu’en en détruirait la moitié pour créer une place pu blique et construire une route départementale. Pendant les travaux nécessités par cette double trans formation, on avait trouvé une quantité considérable d’os sements très bien conservés.
Or tous ces restes n’avaient peut-être pas été traites avec tout le respect dû à la dé pouille des morts : tibias, fémurs, omoplates, crânes giserent trop de temps sur le sol; on les entassait pêlemêle dans des tombereaux pour les transporter au cimeNOUVELLES DIVERSES 179 tière nouveau; et plus d’une fois, à la sortie des classes, les enfants du voisinage jouèrent avec ces débris.
Qui sait si les mânes irritées de ceux auxquels avaient appartenu ces corps ne furent point la cause principale de ces étranges phénomènes.
La kabbale, en effet, nous enseigne que, lorsque ce qui constitu. la personnalité humaine s’est enfin séparé de la prison charnelle nécessitée par la vie terrestre, quelq1 e chose d’impérissable, l’esprit, le souffle des osse ments, le Habal de Garnin, demeure, longtemps encore, dans le silence des tombeaux, adhérent aux restes blan chis de ce qui fut un être humain.
Dés lors, et en admettant comme vraie cette donnée de la science occulte, est-il donc déraisonnable de sup poser que l’élémentaire, l’esprit désincarné, puisse res sentir l’injure faite à sa cendre, et parfois même cher cher à s’en venger en venant troubler les vivants par d’importunes excursions dans le domaine du monde ma tériel.
Quoi qu’il en soit, on pourrait encore aujourd’hui trou\er dans la commune d’A. des vieillards qui ont con servé le souvenir de ce que je viens de raconter, et des hommes de l’âge mur, mes anciens camarades de l’école, qui en ont été les témoins oculaires. G. Cherre (M. G. E.).
Nos lecteurs savent sans doute combien notre cause doit de reconnaissance à Ml,e Emma Calvé qui est une des propagatrices les plus ardentes de 1 occultisme. La célébré artiste vient de recevoir de S. M. la reine Vic toria le titre de dame d’honneur avec une merveilleuse décoration en brillants et en rubis. En la lui remettant, S.
M. l’embrassa et lui dit : « Nous nous sommes con nues dans une autre planète avant d’être sur la Terre. > Voilà certes une récompense bien portée et justement méritée. 18o l’initiation M. Borna Pietro, notre correspondant italien, nous envoie de très curieuses notes sur le Tarot.
Nous résu merons ces travaux dans un prochain numéro. * ♦ ¥ • Le Dr Gérard vient de faire paraître, sous le titre le Médecin de Madame. un curieux roman où trois cha pitres sont consacrés à la Magie. Inutile de prévenir nos lecteurs que tout est romanesque dans cet ouvrage curieux dont nous ferons sous peu un compte rendu. Le Voyage d'Urien, i vol. petit in-40 de M. André Gide. Illus trations de M. Maurice Denis.
Librairie de l’Art indépen dant. Un nouveau chef-d’œuvre à joindre aux précédents. Le moyen manque pour exprimer la puissance charmeuse de ce merveilleux volume, si noble de conception, si tou chant de mélancolie lyrique, qui vous laisse, après lec ture, la sensation d’un beau rêve dont on s’éveillerait.
« Quand l’amère nuit de pensée, d’étude et de théolo gique extase fut finie, mon âme qui, depuis le soir, brûlait solitaire et fidèle, sentant enfin venir l’aurore, s’éveilla distraiteet lassée...
Je mouillai mon.front à la rosée des vitres, et repoussant dans le passé ma rêverie, les yeux dirigés vers l’aurore, je m’aventurai dans le val étroit des métempsychoses.
« Aurores ! surprises des mers, lumières orientales, dont le rêve ou le souvenir, la nuit hantait d’un désir de voyage notre fastidieuse étude, — désirs de brises et de musiques, — qui dirait ma joie lorsqu’enfin, après avoir marché longtemps comme en songe dans cette tragique vallée, les hautes roches s'étant ouvertes, une mer azurée s’est montrée !
« Sur les flots! sur les flots, pensai-je, vogueronsCOURRIER BIBLIOGRAPHIQUE 181 nous, mer éternelle, vers nos destinées inconnues ? Nos âmes excessivement jeunes chercheront-elles leur vail lance ? « Sur la plage m’attendaient les compagnons du pèlerinage ; je les reconnus tous, bien que ne sachant pas si je les avais vus quelque part. Mais nos vertus étaient pareil es. Le soleil était déjà haut sur la mer.
Ils étaient arrivés des l’aube et regardaient monter les vagues. Je m'excusai de m’ètre fait attendre; eux me pardonnèrent, pensant qu va chemin m’avaient arrêté encore quelques subtilités dogmatiques ou des scrupules, puis me repro chèrent pourtant de ne m’ètre pas plus simplement laissé venir. Comme j etais le dernier et qu’ils n’en attendaient plus d autres, nous nous acheminâmes vers la ville au grand port où appareillent les navires.
Des clameurs en venaient vers nous sur la plage. » ★ ♦ * Suit une description de la ville et du port; puis les voilà sur mer, à bord de V Or ion. Le voyage commence. Réduit à me limiter dans une brève analyse, je ne puis qu’indiquer sommairement la série de leurs aventures, mais chaque page enfante une merveille et j’ai regret de ne pouvoir tout citer : nuit sur mer, rêverie, aspects changeants du paysage.
Le troisième jour, rencontre de belles iles flottantes, des « jardins de mer ».
Le qua trième jour, quatre de leurs compagnons descendent sur « une plage sablonneuse remuée de dunes arides », et ne reviennent qu'au lendemain matin, en courant et faisant des gestes : « Fuyons, fuyons, disaient-ils, des sirènes habitent l’ile et nous les avons vues. » Lorsqu’ils eurent repris haleine, tandis que YOrion fuyait à toutes voiles, l’un d’entre eux raconta les événements de la nuit, la musique merveilleuse qui les extasiait, la beauté de la ville; et c’est plus tard, finit-il, « que nous les vîmes couchées dans les algues ; elles dormaient... et . leurs cheveux ruisselants qui les couvraient tout en tières, verts et bruns, semblaient des herbes de la mer; mais nous avons couru trop vite pour bien les voir... — Mais leurs voix, leurs voix, dites-nous,leurs voix,comment étaient-elles ? (Chacun souhaitait de les avoir enten182 l’initiation dues). — Elles étaient comme une vallée d’ombre et comme l’eau fraîche aux malades. » Il se tut et l’rien comprit que son ami regrettait les belles sirènes. < Le treizième jour, dans une plaine où ils étaient perdus depuis le matin, marchant toujours et sans jamais savoir la route, on commençait à s’ennuyer, lorsqu’on rencontre une fillette dans un champ d’alfa, brune et sous le soleil de midi, toute nue, en attendant la nubilité, qui gardait de puissants dromadaires.
Ou lui demande le chemin : elle pleure , en indiquant la ville. Une heure après, nous avons vu la ville; elle était grande, mais morte. Nous fûmes saisis d'une tris tesse solennelle... Nous avons marché dans les rues; toutes les maisons étaient closes ; et, on ne sait pour quoi, on ne voyait personne...
Un monument carré tout à coup s’est dressé et des cris qui sortaient d’une porte ouverte nous ont attirés d’assez loin ; nous nous hâtions, pensant enfin voirquelque chose ; nous sommes entrés dans une vaste salle; une foule nombreuse v pous sait de tels cris que nous fûmes étourdis d’abord... Deux derviches hurleurs commençaient leur extase...
Us tournèrentsi follement vite, que leur robe, toujours plus tendue, devenait presque horizontale, les décou vrait tout nus, obscènes. Nous partîmes retrouver le navire. « Le vingt et unième jour, nous nous sommes arrêtés devant un rivage planté d'arbres. On apercevait, non loin de la mer, une ville; une avenue d’eucalyptus y me nait, où se promenaient des groupes de femmes...
Avant la fin du jour, quelques-uns des nôtres, ainsi qu’une partie des gens de l'équipage, descendirent à terre, pour acheter des vivres et demander la route. Nous les attendîmes tout le soir. Le lendemain, ils revinrent, mais avec quelques-uns seulement des matelots. Ils étaient pâles et leurs yeux agrandis luisaient d'une dou ceur inexprimable.
Ils rapportaient ¿ admirables fruits écarlates, saignants comme des blessures, et des gâteaux de farines inconnues; mais, quand nous voulûmes les questionner, ils prétextèrent une grande fatigue et s’étendirent dans les hamacs; alors nous comprimes qu’ils avaient été auprès des femmes du rivage et nous
COURRIER BIBLIOGRAPHIQUE i83 en fûmes extrêmement tristes... A partir de ce jour, nous ne fûmes plus tous unis dans la même pensée, et, sentant très vivement ce que nous ne voulions pas être, nous commençâmes à savoir ce que nous étions. » Le voyage continue; ils s’arrêtent près d’une ville, « elle était étroite et s’allongeait suivant la mer... Des ibis et des flamants roses pêchaient des crabes dans le sable du i ord...
Des barques de pêcheurs, chaque jour, y venaient chercher le corail, >es éponges et les coquilles perlières »... On relâche ensuite devant une ile où se dresse une montagne très élevée, et ils vont remplir, à une fontaine claire, une tiole de cristal pour calmer la fièvre d’un de leurs compagnons malades. « Nous avons rencontré, sur le bord de la mer, un enfant mystérieux qui songeait, assis sur le sable.
Il avait des grands veux bleus comme une mer glaciale, sa peau luisait comme les lis et ses cheveux étaient comme une nuée que le soleii à l’aube colore (Novalis). Il cherchait à comprendre des mots qu’il avait tracés sur le sable.
Il parla; sa voix de ses lèvres jaillit, comme s’envole l’oiseau du matin en se couant la rosée. » ■* * * Us partent et, pour la septième fois, abordent dans une ile. où ils descendirent pleins d'espoir et dont ils ne s’éloigneront longtemps apres que le cœur navré d’une horreur grandiose. ... « Nous ne vîmes aucun homme; ils habitaient les plateaux de lile Depuis la mort de Camaralzaman, ils avaient tous quitté la ville.
Et toutes ces femmes dé laissées, s’affolant au désir des mâles, parfois sortaient dans la campagne, comme celles que nous avions ren contrées, pensant que peut-être quelque homme des cendu des plateaux viendrait pour les séduire, elles se déguisaient... « La reine vint nous dire qu’elle nous retenait prison niers. « Captivité délicieuse, plus perlide que les dures
l'initiation 184 geôles: ces femmes voulaient nos caresses et nous gar daient pour leurs baisers.
« Du premier jour, les matelots furent perdus , puis, un à un, tombèrent les autres; mais nous sommes demeure' douze qui n’avons pas voulu céder * La reine devint amoureuse de nous; elle nous lit baigner dans des piscines tièdes et nous parfumer de mirbane; elle nous revêtit de manteaux splendides: mais, nous dérobant aux caresses, nous ne songions qu’au dé part...
«La reine, la belle Itaiatalnefous, nous promena: nous ne cédions pas, mais la vue de ces merveilles qu elle aurait voulu séductrices ne laissait pas de nous emplir de lyrisme. » Nous ne savions pas où était le navire, et en nous grandissait un projet de fuite... Par une nuit de mer si basse qu’elle quitta les murs, Urien, accompagné de deux amis, partit furtivement à la recherche de l’Orfon.
« C’était encore le crépuscule, mais on n’entendait plus de bruits. Après avoir doublé les terrasses, nous nous trouvâmes derrière la ville... Après les murs, ce furent des falaises basses, d’argile; et soudain la falaise a cessé : notre cœur s’est empli de crainte, car nous sentions que c’était là... Encore quelques pas, et, pen chés contre l'extrême roche, alors nous avons regardé.
Des formes mystérieuses passèrent ; tout cela nous parut si pâle, si peu sûr, que nous nous sommes enfuis, saisis d’une épouvante misérable, éclairés, affolés par la Lune qui se levait par-dessus la falaise, et devant nous, sur les roches, sur l’eau, jetait nos ombres déme surées. « Notre délivrance vint d’une plus tragique manière.
Déjà naissait, grandissait dans la ville, mais doucement d’abord, la peste horrible et lamentable qui laissa toute File, après, morne et comme un immense désert. « Ah! ce qui fut terrible, ce fut l’arrivée des hommes ; ils descendaient de tous les plateaux. Ils espé raient trouver des femmes encore vaillantes et profiter de leurs désirs pour leur donner la maladie.
Ils arrivaient courants, hideux, livides,, mais quand ils virent les femmes si pâles et qu’ils comprirent, pris d’une épou
COURRIER BIBLIOGRAPHIQUE 185 vante désespérée, ils jetèrent des cris dans la ville. Cer taines les voulaient encore ; et l'assurance de la mort leur redonnant comme une sinistre vaillance, ils s’em brassèrent furieusement, ils sucèrent toute la joie qu’ils purent avec une soif, une rage, une espèce de frénésie pour nous vraiment terrifiante; il semblait qu'i’s vou lussent ainsi supprimer le temps de la honte.
Et d'autres femmes sanglotaient parce qu’ils étaient venus trop tard. « Un h ger vent commença de s’élever, et, rabattant vers la ville la fumée lourde des volcans, jeta sur eux des cendres grises. Epuisés, ils s’étaient dépris pour vomir... Maintenant ils roulaient pêle-mêle sur l’herbe et leurs entrailles faisaient d’horribles efforts pour sortir...
Ils moururent ainsi, sans posture, tordus, affreux, déjà décomposés ; et le silence entra dans la ville. « Des nuages alors se levèrent , une pluie froide vers le matin acheva de glacer leur âme et les couvrit d'un linceul de boue que l’eau faisait avec la cendre. « Et nous avons pensé aux grandes voiles, au départ...
Et ce qui nous fait partir, c’est l'odeur insupportable des cadavres. • • « Le septième jour de leur nouveau voyage, ils ren contrèrent la douce Ellisqui les attendait sur la pelouse, assise sous un pommier... On la fit monter dans la barque.
« Après une nuit étrange, lors d’une promenade vers les landes comme une forme vaporeuse, une blanche femme naissait, se balançait aérienne, s’élevait au-dessus du marais; elle agitait une clochette comme un calice dans sa main... Penchés dans l’ombre pour voir, nous avons trouvé une pauvre brebis perdue par la lande, perplexe, la laine humide de ténèbres. Elle portait au cou la clochette.
Nous recueillîmes la brebis égarée, et lui définies sa clochette, mais un nouveau bruit s'en tendit, et de nouveau se souleva des vases, comme une étoffe mortuaire, une femme longue et voilée; le voile gris traînait sur la jonchee, comme s’accroche aux joncs de la brouée. La tige de lis inclinée penchait le calice
i86 l'initiation vers la terre; les sons tombaient comme des graines. Et comme elle partait, je la vis. baissée vers un repli de l’ombre, au cou d une brebis venue suspendre son lis en clochette. Nous recueillîmes la brebis sur la plaine.
Une troisième forme parut : le suaire couvrait son usage; derrière elle flottait sa traîne, comme une étoffe déchirée, parmi les feuilles des roseaux, et ie l’ai vue mettre la fleur, tandis qu’elle se dé disait, laisser la brebis désolée, la clochette à la laine attachée avec sa main qui s’évapore. — Ainsi douze femmes sont venues; nous avons recueilli les brebis après elles, et nous guidions ce troupeau par la main, comme des bergers sans hou lette, à travers la nuit, sur la route inconnue, parmi les touffes de roseaux et les caïeux des renoncules. » Ce fut ce même jour que parurent à l’horizon les nre mières glaces flottantes... < Et insensiblement aussi lan guissante, maladive, Ellis, chaque jour plus pâlie, plus blonde et corrme évaporée, devenait toujours moins réelle et paraissait s’évanouir. < — Ellis, lui dit Urien, par manière qui la prépare ; vous êtes un obstacle à ma confusion avec Dieu, et je ne pourrai vous aimer que fondue vous aussi en Dieu même. < Il fallait maintenant se garer des montagnes de glace; les vagues, pas encore très froides, fondaient lentement leur base; soudain on les voyait chavirer, leur cime pris matique croulait, disparaissait dans la mer et remuait l’eau comme un orage, ressortait avec ces cascades aux flancs et dans la vague tumultueuse longtemps oscillait encore, incertaine de sa posture...
Il en vint qui, rapprochées par une affinité subite, avaient emprisonné des baleines; plus élevées que l’eau, elles semblaient nager dans l’air. « Vers le milieu de la nuit apparut un vaisseau gigantesque; la lune l’éclairait mystérieusement; ses agrès étaient immobiles ; aucune lueur sur le pont. Il passa près de nous; on ne l'entendait pas voguer, et pas un bruit dans l’éqjipage.
Nous comprimes alors qu’il était pris dans de la glace, entre deux banquises qui s’étaient sur lui refermées; il passait ainsi, tranquille, et disparut. » Chez les Esquimaux, ils commencent à souffrir du scorCOURRIER BIBLIOGRAPHIQUE I S y but. « Chaque climat a ses détresses; chaque terre sa maladie ..
N »tre sang était devenu trop fluide: il s’échap pait de toutes parts ; il suintait des gencives, des narines, des paupières, de sous les ongles... à cause de nosder.ts trop faibles qui branlaient dans leurs alvéoles, le biscuit de mer sec nous était une nourriture impossible; cuit dans l’eau, il faisait une bouillie épaisse où nos dents se prenaient et restaient... mais la liqueur hémostatique vint à bout de la maladie.
Ellis meurt. — « J’ai cherche sa forme perdue, dit Urien, et mon T. ne a dit sa prière. » Puis la nuit a repris son silence et sa sérénité. « Tout se taisait; les yeux d’Urien éblouis se fer mèrent. Mais, Ellis ayant mis un doigt sur sa paupière, il ouvrit les veux et ne vit plus qu’elle. — « Urien ! Urien! « triste frère! ^ue ne m’as-tu toujours rêvée !— Souviens- « toi de nos jeux de dis.
Pourquoi voulus-tu, dans l’en- « nui, recueillir ma fortuite image? Tu savais pourtant « bien que ce n’était pas l'heure et que ce n’était pas dès « là-bas que posséder était possible.
Je t’attends au delà « des temps, où le=> neiges sontéternelles ; ce sont des cou- « ronnes de neige et plus de fleurs que nous aurons. Ton « voyage va finir, mon frère. Ne regarde plus vers jadis. « Il est encore d'autres terres, et que ru n’auras pas con- « nues,que tu ne connaîtras jamais, que t’eût servi de les « connaître ? Pour chacun la route est unique, et chaque « route mene à Dieu. » « ....
Puis, s’étant penchée sur la neige, elle écrivit eu lettres embrasées ce qu’Urien, s’étant agenouillé, put lire : Ils n'ont pus encore obtenu ce que Dieu leur avait promis afin qu'ils ne parvinssent pas sans nous à la per fection.
« Urien voulait encore lui parler, la supplier de lui parler encore, et il tendait les mains vers elle; mais elle, au milieu de la nuit, me montra de sa main l’aurore, et, s’étant lentement relevée, comme un ange chargé de prières, elle reprit le chemin séraphique. » * ¥ • Voilà notre héros de retour ainsi que ses compagnons. « Si nous avions su d’abord, conclut-il, que c’était cela
l’initiation 188 que nous étions venu voir, peut-être ne nous serionsnous pas mis en route.
Ayant satisfait notre orgueil et sentant que de nous ne dépendait plus l'accomplisse ment des destinées, nous attendions maintenant que lc> choses autour de nous devinssent un peu plus fidèles. < Et, nous étant agenouillés, nous avons cherche sur l’eau noire le reflet du ciel que je rêve. » Reste à féliciter M. Maurice Denis de ses curieuses illustrations si concordantes au texte et si lyriques comme lui.
Jamais artiste ne s’est mieux inspiré du symbolisme d’une œuvre; jamais artiste ne s’est mieux maintenu jus qu’au bout à la hauteur de son sujet. George Montière. G. Eugène Simon. — /a Terre et par la Terre, i vol. in-18, Paris, i8g3. En vente chez Chamuel.
Comme les précédents livres du même auteur, ce der nier-né roule sur la théorie de la famille : tous ceux parmi nos lecteurs qui ont un peu étudié la sociologie connaissent pour l’avoir lu et médité ce livre précieux : la Cité chinoise. Plus heureux que la majorité des remueurs d’idées, M. Simon a aujourd’hui la joie de voir celles qu’il a importées en notre continent mises en pra tique. C est un Anglais, sir R.
Poore, qui prit cette initiative honorable il y a quelques années Ancien major de l’ar mée anglaise, grand propriétaire du comté de Wiltshire, il sut, grâce à la plus grande souplesse d u droit coutu mier, prendre les mesures suivantes : constituer avec une partie de son domaine un majorât inaliénable et in divisible en faveur deses fils et deses filles non mariées, l’autre partie devant être, après sa mort, divisée entre ses fils.
Comme en Chine, trois grands registres ont été établis : le livre desactes administratifs, le livre des actes judiciaires, et le livre des ancêtres ; aucune décision n’est inscrite au premier de ces livres sans que la famille tout entière n’ait donné son avis,
COURRIER BIBLIOGRAPHIQUE I 8ç> « Un peuple est d’autant plus civilise' que, sur le plus petit espace, il a su se procurer et se distribuer le plus également et au meilleur marché la plus grande somme de liberté, d’égalité, de justice, de sécurité et de bienêtre » (i).
M. Simon préconise donc le système de la petite proprici. : par elle la population augmente, l’émi gration s’arrête, la paix sociale est résolue ; enfin les citoyens, déiiv< és d’an travail matériel trop assujettissant, peuvent co. acier plus de temps à leur culture morale et intellectuelle.
Le moyen de tous ces bienfaits se trouve dans de sages modifications apportées à la famille, à la propriété, à l’impôt : la famille chinoise telle que Saint-Yves nous la décrit, offrant en elle l image du « Nom de Dieu », la petite propriété inaliénable, mais non individuelle, ni collective ; personnelle ; et l’impôt unique sur la terre et sur les services rendus par la collectivité. — Le livre se termine sur l’espérance de prochaines réalisations, des nouvelles synthèses ; nous nous associons aux vœux de AL Simon, mais en nous permettant de lui faire remar quer que, si ces aspirations se réalisent, ce sera un démenti donné à l’une de ces phrases : « que l’histoire ne se recommence pas ».
Qizis? Jeanne d'Arc, eine Heilige ? Skeptische Studien gele * gentlich des Canonisations processes, Munich, chez M. PoessI, i8g3, in-8° carré de vm-147 pages. Pour l’auteur de cette éruditedissertation, les derniers mouvements qui se sont produits autour du grand nom de Jeanne d’Arc ont été des manœuvres jésuitiques.
Rétablir l’histoire vraie de notre héroïne, en éclairer la psychologie, en faire ressortir le caractère sibyllin, tel est le but de M. Thomassin. Reconnaissons d’abord avecquelle maîtrise ill’a atteint. Les historiens français de la Pucelle et les anciens chro niqueurs sont analysés avec la même précision que les (1) La Cité chinoise.
l'initiation 190 agissements récents des évêques; mais la partie de l’ou vrage qui doit attirer le plus notre attention est sans contredit celle où M. de Thomassin tâche de résoudre les problèmes psychologiques que nous présente cette épopée, à l’aide des données les plus récentes de la psy cho-physiologie.
L'auteur ne partage en aucune façon les pieux enthousiasmes d'Ayroles, d'Eysell, du profes seur Hecker (i) qui voient dans notre héroïne la mani festation à peu près complète du surnaturel catholique.
Remarquons d’abord les suggestions que Jeanne reçut dans son enfance de son père, fervent catholique ; puis, d’après ses aveux, la forme humaine, sous laquelle ses saints lui apparaissaient : autant de probabilités pour que, selon l’opinion du baron du Piel, l’auto-suggestion ait été l’agent principal de ces phénomènes.
Ainsi donc, l’opinion de lexotérisme laïque sur Jeanne d'Arc: une auto-hallucinée; l’exotérisme clérical actuel dit une sainte, après avoir brûlé la sorcière; mais l’éso térisme voit en elle un de ces anges messagers visibles des puissances directrices des nations, incarnations passagères de lame d’un peuple, manifestations humaines delà Providence.
C’est à ce point de vue que le marquis de Saint-Yves a tracé l’histoire de la Pucelle (2), dont F.- Ch. Barleta tracé ici même, il y a deux ans, un si magis tral commentaire. Malheureusement, ce seraient là des théories, beaucoup trop elevées pour l’immense majo rité du public; et il y a un aussi grand mérite à adapter des idées à l'atmosphère intellectuelle de son époque.
C’est ce dernier parti que M. de Thomassin a choisi: nous ne pouvons qu’applaudir à la perfection de son œuvre. Sédir. La Course à rabime ; Première Veille. Nuit Tombante, par Léomce de Larmaxdie. Paris, Chamuel, i8g3, in-18 de 158 pa es. Ces nouvelles proses lyriques du « Commandeur de Géburah > sont dédiées au « Commandeur de Tipheret », (1) NewProphetae,dieJun/frauvon Orléans, Leipzig, 1861. (2) Jeanne d’Arc victorieuse.
COURRIER BIBLIOGRAPHIQUE I9I Gary de I ^acroze, « le lumineux esthète ». L’auteur a pris le soin d’avertir dés maintenant le lecteur du plan général de l'œuvre qu’il projette. La Phgz/e de Vie, dit -il, est l’épopée intellectuelle et sentimentale d’une àme d’ex ception au milieu de la sottise et de la vulgarité contem poraine.
Trois périodes marquent l’involution et l’évo lution de cette àme depuis l’origine de sa conscience jusqu’au rayonnement de sa pensée intégrale. « L’àme débuté par la Chevauchée de la Chimère, d’abord aux prés tieuris de l’enfance : Mes Yeux d'enfant; puis dans la prison d’une adolescence triste : /’Age de Fer-, enfin, dans l’accablant désert d’une jeunesse pauvre : /'Age de Feu.
« L’àme désabusée verse dans le pessimisme ; le deuxieme chant de son épopée sera la Course à l'Abîme. « Trois cercles en progression ténébreuse partagent cette descente infernale : le cercle mélancolique, Nuit tombante, est suivi par le cercle du rire amer, Nuit close, et complété par le cercle de la terreur, Pleine ombre.
« Mais l’àme a une santé métaphysique qui la fait émer ger du gouffre et c'est alors la Montée du Ciel par trois échelles successives en gradation de lumière. Tout en bas, l'échelle de la résignation, le Sentier des Larmes, mène à l’échelle du sacrifice, le Chemin de la Croix, et à l’intuition céleste des événements humains, Au-Delà.
« Ici l'épopée se termine dans l’apaisement de la vie ésotérique et de la volonté propre subordonnée aux concepts divins. » Si j’ai donné toutauiongee tracé, c’est pour faire con naître le plus rapidement les idées de M. de Larmandie; pour nous, leur genèse est claire : elle est incluse dans le Nuctemeron d'Apollonius, dans le Tarot.
De ces sources ésotériques, elle garde la vigueur unitaire et la lumineuse simplicité ; les psychologues actuels dédaigneront sans doute cette trop claire évolution de l’àme, comme peu adaptée au tour d’esprit moderne.
Peut-être M. de Lar mandie, s’il ne cherche que le bien intellectuel général, eût-il mieux fait d’accommoder les puissants éclairs de son talent vigoureux à la myopie ambiante ; peut-être aussi est-il destiné à l'initiation intellectuelle d’une jeune
l’initiation 192 génération. Tout cela est d’ailleurs subsidiaire ; ce qu’il importe de constater, c’est l’autorité de plus en plus accentuéeaveclaquelle AI. de Larmandieexpose la philo sophie néo-catholique qu’a révélée Joséphin Péladan. Il en imite d’ailleurs la réserve prudente, en ne livrant au public que la partie exotérique de son système, comprenant trop bien la hauteur et la solennité de ce qui touche réellement à l’Occulte. SÉDIR.
L'Exposition Colombienne, suivie de notes descriptives des villes de New-York. Washington, Philadelphie, Chicago, etc., avec cartes et illustrations. Philadelphie, 1892, in-8 carré. Nous recevons cette élégante et intéressante brochure, au moment où s’ouvre l’exposition de Chicago.
Nous avons là-bas des attaches spirituelles, par les branches du Groupe ésotérique, parla Bibliothèque internationale des œuvres des femmes qui a sa place marquée au Palais des femmes. Cette plaquette intéressera donc beaucoup de lecteurs, à plus d’un titre. Le Gerant : Encausse. IMP. E, ARRAULT ET C!c fiT— ----------------:------------------------------ ’ RUE DE LA PRÉFECTURE, TOURS.