The text
L’Initiatioij Revue philosophique indépendante des Hautes Études Hypnotisme, Force psychique Tlieosopliie, Kabbale Gnose, Franc-Maçonnerie Sciences Occultes » 20 * VOLUME. — 6mc ANNEE SOMMAIRE DU N° 10 (Juillet 1893) PARTIE INITIATIQUE... PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE.... PARTIE LITTÉRAIRE.... BIBLIOGRAPHIE.............
Les Larves (avec fig.). (p. i à 14.) Le Système solaire d'après la Kabbale (à suivre) ................ (p. 14 à 2 3.) Les Quatre Eléments (avec tableau)......... (p. 23 à 45.) J.-B. Van Helmont.... (p. 45 à ?4.)t La Magie d'Arbatel (à suivre)................. ip. 54 à 57.) Origine de la Magie sacrée (avec 3 fig.).. (p. 58 à 66.) Reflets d'abimes......... (p. 67 à 69). Nicolas Fîamel, sa Vie, ses Fondations, ses Œuvres, par A.
Poisson (avec pl.).. (P- 7° à 77.) Papus. Sédir. Sel va. Vurgey. Marc Haven. Dr Fugairon. Robert Scheffer. Papus. Groupe indépendant d’Etudes ésotériques. — Planètes et Tempéra ments. — Dans TAstral. — Un Acte de justice. — Nouvelles di verses. — Courrier bibliographique. — Livres reçus. — Ecole pra tique de magnétisme. Rédaction : , rue de Trêvise, 2g I Administration. Abonnements : 58, rueSt-Andrédes-Arts. 58
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion ; mais clk n'ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science < xpérimentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l'hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L'Initiation est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent : Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d'un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, [’Initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent ['arbitrage contre l'arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cléricalisme et le sectarisme sous t: _te- leurs formes ainsi que la misère.
Enfin ['Initiation étudie impartialement tous les phénomènes Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà . et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. L'Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais r.'ca-jent exclusivement à aucune.
Elle compte, parmi ses 60 "i Acteurs. le- auteurs les plus instruits dans chaque branche de Zz- cc-ieuses études. • ":".;:r: rartie de la Revue (Initiatique} contient les articles 'e.’.i'.. -< lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. seconde partie (Philosophique et Scientifique} s’adresse à .. .e:. cer;j eu monde instruits.
L’ :r Iî. troLEmc partie (Littéraire} contient des poésies et des ’-O. qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une -'•'or. - e . el.es savent toujours apprécier. L'A ration parait régulièrement du 15 au 20 de chaque mois cl '-or:,-cinq années d’existence. — Abonnement: 10 francs par an. ■l.e. collections des deux premières années sont absolument tpuHéc».)
< Voir pour l’explication de ce ■. _____________. ces trois ligures l’article du n* ri n 11b
L» reproduction de« articles inédits publiés par l'initiation es formellement interdite, à moins d'autorisation spéciale. PARTIE INITIATIQUE ns ETUDE THÉORIQUE ET EXPERIMENTALE Le but de 1 ’étude suivante est de résumer aussi bien que possible la théorie traditionnelle de la constitution des larves afin de porter l'attention du lecteur sur certains faits d’occultisme pratique que nous nous sommes efforcé d’éclairer par quelques expé riences personnelles. Un travail complet sur cette importante question mérite d’ètre entrepris, surtout aujourd’hui où les théories les plus fantaisistes et les affirmations les plus saugrenues sont débitées dans les journaux quoti diens. C’est en effet par les enseignements de l’ésotérisme concernant les larves qu’un occultiste vraiment ins truit peut expliquer certains faits d’obsession ou de persécution qualifiés « envoûtement " par '.es fanes, ainsi que certains cas d’alièn.uou r.c'U e dont l’étiologie reste obscure pour es "cuce *s Avant tout il faut bien se rappe’c c. e
2 l’initiation est pris par les occultistes modernes dans une accepton spéciale et ne désigne pas seulement les « esprits obsesseurs » conçus par les anciens sous ce nom. La larve est un parasite psychique dont la consti tution et la génération ont été parfaitement définies par Paracelse et. depuis, par Eliphas Lévi et Stanislas de Guaita.
Notre résumé portera donc : i° Sur la constitution de la larve et son origine ; 2° Sur le moyen qui permet à la larve d’exister ; 3° Sur la destruction de la larve. CONSTITUTION-DÉFINITION La figure placée dans cette étude (p. 9) montre la fixation d’une vision astrale dans un miroir magique au charbon. Un magiste y verra immédiatement la représentation du monde des élémentals et des larves.
La diversité et l'incohérence des figures évoquées indiquent bien l’origine de ces formes. Ce sont des images cérébrales, des idées, amenées à l’existence pour un temps plus ou moins long. La larve est un être du plan astral constitué par une idée humaine comme principe supérieur (image de l’esprit dans l’homme), par la force vitale du créa teur de la larve comme principe d’animation, et par un agglomérat de lumière astrale comme corps.
La forme de la larve dépend uniquement de l’ima gination de l’homme qui a créé cette idée vivante ; de là la singularité et la multiplicité de ces formes astrales.
LES LARVES 3 De plus ki larve, origine du remords, vit de la vie même de son créateur et épuise progressivement le malheureux. Aussi la définition de Stanislas de Guaita est-elle excellente : Larves. — « Substances fantastiques inconsistantes, « mais réelles, dépourvues d’essence propre et vivant « d'une vie d’emprunt.
Elle s’attachent à ceux qui leur « ont donné naissance et qui s’épuisent, à la longue, « à les nourrir. » (Serpent de la Genèse, p. 364.) Tout cela est encore obscur pour certains de nos lecteurs, peu familiarisés encore avec les questions touchant à la pratique.
Mais, comme nous avons l’intention d’aborder maintenant ces questions dans Y Initiation, nous allons faire le plus de citations possible afin d’éclairer ce résumé et, aussi, afin de bien montrer le caractère traditionnel de ces recherches. A l’état normal nous générons une foule d'idées ; mais l’intensité de ces idées est rarement assez forte pour leur permettre de réagir sur notre organisme, en devenant des êtres psychiques.
Saint-Yves d’Alveydre dit très bien dans un de ses ouvrages peu connus : les Clefs de Y Orient (1875) : « Dans l'ordre invisible comme dans le visible, rien ne se perd et la substance première d’un astre quel conque garde, imprimés en elle, dans sa lumière secrète, jusqu’au mouvement d'une volonté, jusqu'à la radiation d’une passion, jusqu’à l’image d'une pensée. »
4 l’initiation Mais pour permettre l’existence personnelle pendant un certain laps de temps à cette pensée, il faut une tension cérébrale toute spéciale.
C’est ce que nous montre le très bel extrait suivant de la lettre d’un initié indou publiée par M. Sinnet : ORIGINE DES LARVES «Dans son évolution invisible, toute pensée humaine passe dans l’endroit dont l’ordre physique est l’envers et devient une entité active, en s’associant, en s’unis sant avec un élément particulier, c’est-à-dire avec une des forces semi-intellectuelles des royaumes de la vie.
« Cette pensée survit comme une intelligence active, comme une créature engendrée de l’esprit pendant une période plus ou moins longue et proportionnelle à l’intensité de l’action cérébrale qui l’a générée. « Ainsi, une bonne pensée se perpétue comme une puissance active et bienfaisante et une mauvaise comme un pouvoir démoniaque et maléfique.
« De sorte que l’homme peuple continuellement sa course dans l’espace d’un monde à son image, rempli des émanations de ses fantaisies, de ses désirs, de ses impulsions et de ses passions.
« Mais à son tour le milieu invisible de l’homme réagit, par son seul contact, sur toute organisation sensitive ou nerveuse, proportionnellement à son intensité dynamique. » C’est seulement à la mauvaise pensée, agissant d’une façon dissolvante sur l’organisme et se perpé tuant comme un pouvoir démoniaque et maléfique, que nous donnons le nom particulier de larve.
LES LARVES 5 Les citations précédentes nous montrent que c’est l'idée qui détermine la forme et le mode d’action de cette larve ; mais d’où emprunte-t-elle le pouvoir de continuer son existence ? La larve agit comme un cancer, siégeant, non pas en physique, mais en astral, et c’est à la force vitale même de son créateur qu’elle emprunte le moyen de poursuivre son existence.
C'est grâce à la faiblesse de la volonté de l'obsédé que l’obsession se continue, et jamais un magiste ayant convenablement dompté les impulsions de l’être psychique ne pourra subir l'influence de ces créations de la lâcheté ou de la peur. Le moyen qui permet à la larve d’exister n’est donc point un principe métaphysique.
C’est une force matérielle, facilement perceptible et localisée dans le globule sanguin qui va donner la force et la puissance à cette création éphémère. « C’est à la vapeur du sang, dit Paracelse, que l’ima gination emprunte tous les fantômes qu’elle enfante. » Relatons à ce propos un souvenir personnel. Il y a quelques années, nous fûmes mis à même d’assister à un phénomène d’écriture directe en pleine lumière en compagnie du Dr Gibier.
La scène se passait chez le magnétiseur Robert qui avait endormi deux sujets, un jeune homme et une jeune femme. Une feuille de papier écolier en marge de laquelle les vingt personnes présentes avaient apposé leurs signatures fut placée dans une enveloppe, en pleine lumière, et le sujet homme, toujours endormi, prit cette enveloppe entre le pouce et l’index de chacune de ses deux mains et
6 l'initiation la maintint verticalement sous la lampe allumée. A ce moment nous entendîmes distinctement un yratO tentent spécial dans l'intérieur de l’enveloppe: ce grat tement dura trois minutes environ. Pendant ce temps, le sujet affirmait que son sang s'échappait de ses mains et entrait dans l’enveloppe ; mais personne ne voyait rien d’objectif. Quand le grattement cessa, le sujet s'évanouit et eut une syncope de deux minutes.
Pen dant que je lui prodiguais les soins nécessaires, le Dr Gibier s’était emparé de l'enveloppe. On retira la feuille de papier écolier qui contenait une vingtaine demauvais vers, signés « Corneille » et qui semblaient tracés avec une allumette carbonisée. L’enquête démontra que le jeune sujet, aspirant à la carrière dramatique, avait la tète bourrée de vers des grands classiques. De là l’étiologie du nom de « Corneille ».
Ayant eu à quelque temps de là l’occasion d'analy ser ce genre d'ccritures directes, je constatai, sous le microscope, la présence de globules sanguins hu mains carbonisés. C’était bien le sang qui était la matière de ces manifestations. De là l’affaiblissement énorme du sujet.
Il en est de même dans l'action de ces larves, témoin l’extrait suivant d’Eliphas Levi (Livre des Esprits, p. 216) : VIE DE LA LARVE « Les hiérophantes de Baal et de Nisroch, dans une ■exaltation furieuse, se faisaient des incisions par tout le corps et demandaient soit des apparitions, soit des miracles, aux vapeurs de leur propre sang ; alors tout
LES LARVES 7 commençait à tournoyer devant leurs veux égarés et malades : la lune prenait la teinte de sang répandu, et ils croyaient la voir tomber du ciel ; puis com mençaient à sortir de terre, à voltiger, à ramper, à se traîner des choses hideuses et informes ; on voyait se former des larves et des lémures ; des tètes pâles et sordides comme les vieux suaires, et toutes barbues des moisissures de la tombe, venaient se pencher sur la fosse et tiraient leur langue sèche pour boire le sang répandu.
Le magicien, tout affaibli et tout blessé, s'escrimait contre elles avec le glaive jusqu'à l'appa rition de la forme attendue et de l’oracle. » Ces larves prennent naissance sous l’influence d'une idée d'intensité particulière et se perpétuent grâce à la force vitale de leur créateur.
Mais une idée intense peut se produire par réaction personnelle de la conscience (c’est-à-dire du plan supérieur) sur l’individu : de là le remords et l’obses sion ; mais elle peut aussi être produite par l’action d'une autre personne : de là la suggestion qui n'est en définitive qu’un procédé spécial de création de larves plus ou moins tenaces. C'est là le danger de l'emploi de la suggestion par des individus immoraux ou inexpérimentés.
La puis sance de la larve ainsi créée dépend uniquement de la résistance que la Volonté peut opposer à cette larve. Lorsqu’on se trouve en présence d'un individu à caractère faible et qui se prétend « envoûté » ou « persécuté», il faut bien se rendre compte de l’origine de cette persécution et quatre-vingt dix-neuf fois sur
8 l’initiation cent on se trouvera en présence d'une auto-sugges tion servie par une conscience troublée. Stanislas de Guaita nous fournit à ce sujet la remarquable des cription suivante de Berbiguier : « Berbiguier est certainement la victime d'une nuée de larves ; mais il attribue ces vexations à des sorciers métamorphosés en monstres de toute sorte et de toute grandeur.
« L’examen de ses gravures est des plus curieux à ce point de vue ; ceux dont les yeux ne sont pas faits pour l’astral peuvent du moins étudier en ce miroir la nature protéenne des larves, aptes à revêtir, avec une inconcevable souplesse, les formes les plus para doxales et les plus variées; il suffit que le pauvre possédé, que leur présence horripile, ait l’appréhen sion ou l'obsession de quelque hideuse figure, et les larves de se modeler aussitôt en conséquence ; c'est une hallucination qui prend corps, c’est une pensée qui s’objective et s’informe dans la substance plas tique ambiante (i). » DISSOLUTION DES LARVES La larve, dérivant d’une suggestion émanée de l’in dividu obsédé ou d’un tiers, doit être tout d’abord chassée par l’emploi de la suggestion.
Quand les moyens purement psychiques échouent, nous conseillons vivement l’emploi des pointes d’acier qui agissent sur l’agglomérat de lumière astrale for- (i) Stanislas de Guaita, le Serpent de la Genèse, p. io3.
10 l’initiation mant le corps de la larve et qui détruisent immédia tement ses moyens de réalisation dans notre plan. Enfin l'emploi des parfums, des pantaclcs et des cé rémonies magiques donnera d’excellents résultats quand tous les autres procédés auront échoué.
Afin d'indiquer sommairement au lecteur ce genre de pratiques, nous terminerons cette étude par le récit des expériences personnelles que nous instituâmes à ce sujet il y a deux mois environ. On trouvera des détails complémentaires dans le récit des faits qui se sont passés à Cideville et dans l’expérience rapportée dernièrement parM.
Bojanoo. ★ ♦ * EXPÉRIENCES PERSONNELLES Les expériences que nous avons poursuivies avaient pour but de donner une simple indication sur cette théorie des larves. Il ne faut pas oublier en effet que les études expérimentales d'hypnotisme n'ont de va leur que par la multitude des observations. C'est donc à titre de simple document et pour corroborer ce qui précède que nous transcrivons nos essais personnels. Lin de nos élèves en pratique.
M. A., faisait une série d’études sur l’hypnotisme au moyen d’un de nos sujets : Margueritte. Voulant poursuivre ses expériences sans craindre d’influences extérieures, M. A. suggéra à Margueritte qu’une autre personnalité se développait progressive ment en elle et que personne autre que lui, l’expéri mentateur, n’aurait d’influence sur cette personnalité
LES LARVES I I nouvelle. Continuant sa suggestion pendant plusieurs jours, M. A. arriva peu à peu à persuader à Margue ritte que la nouvelle personnalité — qui était-elle? — avait tout pouvoir sur sa volonté, si bien que le pauvre sujet ne pouvait plus rien entreprendre sans ressentir l'influence de cette personnalité parasite, agissant comme une véritable larve.
J’ignorais totalement, les expériences auxquelles était soumise Margueritte et ayant eu quelques dé monstrations pratiques à faire avec ce sujet, je m’a perçus vite qu’il y avait là quelque chose d'anormal, J'essayai tous les procédés connus des expérimenta teurs.
Je voulus remplacer le suggestionneur par un personnage factice agissant en son nom ; mais rien n’v fit et tout ce que je pus obtenir fut la certitude que Margueritte était dominée par une suggestion échappant aux moyens d’action habituels, par une larve, d’après nos théories. Le lendemain, je fis revenir mon sujet et cette fois j'employai la pratique magique.
Après avoir coupé une mèche de cheveux à Alargueritte placée en état d'hypnose profonde (état de rapport), j'interrogeai le sujet qui ne tarda pas à voir distinctement la person nalité. qui avait pris possession de sa volonté, se con denser peu à peu autour de la mèche de cheveux que j'éloignai progressivement du sujet.
C’est alors que j’enfermai la larve, perçue par Margueritte, dans un cercle magique en lui donnant l'ordre de rester là jus qu'à ce qu’il me plût à moi-même de la délivrer. Jusque là rien de bien extraordinaire. On me dira que tout cet attirail, cette mèche de cheveux coupée.
12 L INITIATION ce cercle, etc. avait agi par suggestion sur le sujet. Cette théorie est peut-être en effet la vraie ; mais poursui vons. Margueritte était ravie, se sentant dégagée de cette oppression qui la gênait depuis plusieurs jours et sentant sa volonté échapper à l'influence de la larve. J’opérais à ma clinique.
Sur ces entrefaites arriva, comme par hasard, M. A., tout fier des résultats qu'il avait obtenus et m’affirmant que la suggestion qu'il avait imposée détruisait le libre arbitre du sujet. Sans dire mot de mon expérience, je sortis en priant M. A. de faire venir dans le sujet la personnalité qu'il avait créée et qu’il prétendait plus forte que la propre personnalité du sujet.
Quand je revins, au bout d’un quart d'heure, un spectacle bien curieux s’offrit à mes yeux. M. A., suant à grosses gouttes, s’époumonnait à faire de terribles suggestions. Déplus, il faisait des passes magnétiques tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre, et cependant rien ne se manifestait. — C’est curieux, me dit-il, elle ne vient pas. — Eh bien ! lui dis-je, elle n’est donc pas si forte que le libre arbitre du sujet. — Je n’y comprends rien.
Et pourtant jamais elle n’a fait la moindre résistance pour se montrer. — Ne vous inquiétez pas. Elle reviendrasans’doute. Et notre entretien se termina sur ces mots. M. A. recommença deux jours de suite et, désespé rant d’arriver à un résultat, il prit le parti de recom mencer son opération et de créer une nouvelle larve. Quelques jours après, je m’aperçus de la présence d’une personnalité (toujours inconnue pour moi)
LES LARVES 13 dominant progressivement la volonté de mon sujet. Cette fois, j’étendis un peu le champ de l’expérience et. après avoir tracé sur le sol, avec de la craie, le cercle magique, je commençai la suggestion, entraî nant la larve au centre du cercle par l'intermédiaire d’une boucle de cheveux.
Quand, d’après les dires de Margueritte, placée en état d'hypnose profonde (état de rapport), la larve fut emprisonnée dans le cercle, je passai mon épée au sujet en donnant la suggestion très impérative qu’une piqûre dans la larve ne pouvait faire aucun mal à cette larve (il est bien entendu que j’employai une autre expression que celle de larve qui aurait été incomprise du sujet).
La suggestion donnée poussait donc le sujet à ne voir se produire aucun fait étrange sous l’influence de la piqûre.
Or, contre toute attente et contre les termes mêmes de la suggestion, à peine la larve eut-elle été piquée à l’épaule que le sujet poussa un cri d'effroi disant: « Mais cela a fait « pouf » comme un ballon qu’on crève et il n’y a plus rien. » La destruction de cette larve avait été absolue et tous les efforts faits, par la suite, pour la rappeler restèrent vains.
Sur ces entrefaites, le sujet eut la variole, entra à l’hôpital et fut envoyé à Aubervilliers. Depuis, nous n’avons pas eu l’occasion de poursuivre ces expé riences. Il est bien entendu que je ne donne aucunement ces faits comme des faits d’ordre scientifique. 11 est plus
l’initiation H que probable que la mise en scène magique facilite beaucoup l’action de la suggestion, mais il faut dire aussi que ceux qui mettent la suggestion à toutes les sauces en ignorent le mécanisme autant que le prin cipe. Nous avons voulu faire pour cette question des larves une simple expérience de laboratoire. C’est en multipliant ce genre d’essais que nous arriverons à quelques idées claires à ce sujet.
Je signale particuliè rement ces études à notre érudit correspondant 1 Iorace Pelletier et suis persuadé qu'il va nous aider brillam ment à poursuivre nos recherches expérimentales. Papus.
ORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE-j-CROIX THÈSE DE DOCTORAT L’étude de l’Astrologie doit débuter par celle de l’Astronomie, car l’Astrologie naturelle n’est que la physiologie du Mégacosme, dont notre science posi tive actuelle est l’Anatomie : de cette branche de savoir à peu près tout est à retrouver actuellement : et, comme toute étude, elle peut être élaborée, expéri mentalement ou par déduction. C’est cette dernière méthode qui me guidera dans les quelques pages qui
LE SYSTÈME SOLAIRE D’APRES LA KABBALE I 5 vont suivre; une concordance de la kabbale astrolo gique et un commentaire des vocables hébreux, telles sont les bases de mes recherches. Dans ces deux direc tions. je n'ai voulu qu’indiquer ; n’importe quel tra vailleur pourra continuer ces recherches; nul doute que les plus intéressantes informations ne récom pensent son labeur.
Le tableau ci-annexé (pp. 16 et 17 comprend tout d’abord les signes et les noms hébraïques des sept pla nètes de notre système: puis les entités célestes à qui ce système sert de corps, rangées, autant que j'ai pu, d'après mes trop rares renseignements, par ordre décroissant de spiritualités : les noms de Dieu, les sephires. troisième à neuvième comprises, le quater naire des esprits planétaires (1) principaux, puis trois séries d'intelligences, d'après Trithème.
Lenain, Eliphas Lévi. Papus; Agrippa m’a fourni un autre septénaire d'intelligences, la liste des démons, les nombres des carrés magiques, et les membres de l’homme micro et macro-cosmique (2). Enfin, je sui vrai, pour la recherche des sens mystiques des hiérogrammes, l’ordre même dans lequel la vie, ou l’àme. parcourt les planètes dans ses migrations. (Voir F. -Ch.
Barlet : {'Astrologie, dans {'Initiation de septembre.) Il est bien d'autres correspondances septénaires que ( 1) D’après Kircher, Œdipus Ægyptiacus, t. Il, cl. 7, sect. Irc, ch. vi. Rome, 4 vol. in-4, i653. (2) Voir la Philosophie occulte, t. Ier; l’édition citée au cours de cette étude est la traduction française parue à La Haye, chez R. C. Albert, 1727, 2 vol. in-8. C’est la source de tous les rituels manuscrits et imprimés.
CORRESPONDANCES (+) \xnnü (?) 01 ((f) Nom de Dieu. □’«iba rnrr loah Elohim. :bx El. lïz: cnfibx * • • ... OEIobim Gibbor. Sepbire. Dinah, rwz Hesed, :"DH Geburah. H T Zi Esprits princi paux. (Kircher). Deel. Cassiel. Michalhen. Datquiel. Zatkiel. Raphiel. Pahamtotihel. Assay hel. Pouaflor. Ituarchiel. Saniphel. Annabil. Esprits tutélaires d’après Trithème et la tradition. bx^Dp et SwD’nn Cassiel, Orifiel. bx^pr Zachariel. bx'ZD Samael.
Anges d’après ' Kircher et Papus. bx’E’Ei* et bx'em Zaphophiel et Jopbiel. Ss-p-iZadkiel. Id. Anges d’après le P. Sabbatbier. bx’pSS Tsapbkiel. Id. Id. Intelligences d’après Agrippa et Kircher. Agiel, bxUX Johphiel, bx’EFP Graphiel, bx^EX^i Démon d’après Agrippa. Zazel. 9. bìXÌ Hismael. 136. bxüon Barzabel. 325. bxzxïiz Membres du Macrocosme. Aralim. :mbx *ix Hasmalim. □’’bnwn Seraphim. • •— Membres du Microcosme d’après Agrippa. Rate. Foie. [Fiel.
, ')) 'l. ... 9 ruu 7 3 n’3'’ x;nSx * •••• Eloa. i),_________________ rnans rrrp Inali Zebaoth. mo D’nbx * Elohim Zebaoth. Sadal. , Tiphereth. nx^zn Netzah, ni*: Hod, Tin Jesod, , 1 j. Eaphahel. Thardihel. Hegeagstgete. > Raphaël. Il eq il ici. Saquiel. Anahelou. Hamahel. Kalackin. Sarypiel. Barnatac. Mihel. Michael. Acittohel. Sa ray bel. Gabriel. Michael. Schddrachen. 1 bx *DV2 Michael. 5x:n Anaci.1 ?X‘S*1 Raphael. Sx'sz: Gabriel.
1. . hpbael et l’eliel. i Anici, Sx'^H ou Anael et Gerirei. bx *2V2 Michael. Id. lMichael. Sx":xn llaniel. Raphael. Id. 1 ..Nachiel, bx'^J i Hagiel, ¡Sx^mH Thiriel, Elimiel, SxrzSn, ou Malchabetarsisim hed bernah Schenhakim. □*pnur nm D’Diüinn x’jSd J Sorath. . 666. rnic Kedemel. &157. bxmp Taphthartharat. 280. rrrnnsn Hasmodai. 369. ’»xt.dct Shad barsch amolli schartaden.
33'H. prœ rnzrrcna vs Malachim. □’□n5d • Elohim. d’îiSn Bene-Elohim. cnnSx-m 1* Cherubim. DpîlDi * , Cœur. 1 Reins. Poumons. Génitoires. ■ ...... —
i8 l’initiation j’ai dû m'abstenir d'expliquer.
Il est hors de doute que commenter la signification du chandelier à sept branches, que donne Philon (i), l'attribution des 7 voyelles aux 7 planètes (2), les 7 pyrées des Perses, les 7 portes planétaires de l'antre de Mithras (3), les 7 Amschaspandsqui forment le cortège d’Ormuzd (4), les 7 chambres de Moloch, les 7 pyramides de Laco nie, la forme des temples planétaires : octogones pour Diane, carrés pour Bol, triangulaires pourMérodach, hexagones pour Adar (5).
Donner la raison de tout cela aurait pu fournir la base d’un travail extrê mement suggestif, mais qui serait sorti de mon cadre et surtout de mon étroite compétence. Qu'il me suffise de constater l’universalité de ces doctrines, aux temps anciens. Cicéron est un des rares qui ne les aient pas adoptées (6).
Pour en revenir à mon tableau, je me suis abstenu de commenter la quadruple série d’esprits que donne Kircher, l’autorité et la fidélité de cet auteur étant parfois sujettes à caution. Quelques observations générales seront maintenant à leur place. Les anciens, pour la plupart, rangent les planètes dans l'ordre suivant : Saturne, Jupiter, Mars, le Soleil, Vénus, Mercure, la Lune. Cependant beaucoup de (1) Vita Moïs.,liv • III. (2) Macrobe, Somn.
Scipio., et Agrippa, liv. 1er, ch. lxxiv. p. 208. (3) Origène, Contra Celse, liv. VI. (4) Anquetil Duperron, Zend Avesta, t. 1er, p<2. (5) Kircher, Œd. Ægypt., t. II, et Poockc,Spec. hist. Arab., p. 145. (6j Cf. De nat. deor., 1. II, ch. xiv et xv.
LE SYSTÈME SOLAIRE D’APRES LA KABBALE I philosophes comme Eratosthènes, Platon, Plutarque, les ont aussi rangées par ordre de domiciles : SaturnePhaenon, Jupitcr-Phaeton, Mars-Pyroeis, VénusPhosphoros ou Lucifer, Mercure-Stilbon (TEtincelant . le Soleil et la Lune.
D'autres inscrivent Mercure à ki quatrième place: enfin les Parses i), Anaximandre, Métrodore et Cratès donnent le Soleil, la Lune, les Planètes et les étoiles fixes: ce ne sont là que des erreurs d’exception. L’ordre véritable des planètes était accepté par le plus grand nombre, et il n’y était dérogé que pour des causes de symbolisme très rares. Demetrius Phalereus (sect.
71) indique les correspondances des notes de la gamme et des pla nètes : je n’ai pas cru devoir en tenir compte (2). Pour l'explication des signes astronomiques des planètes, on peut voir Jean Déc dans sa Monas hieroglvp/iica, Riviera au livre Ier de son Alundo magico, Kircher dans YŒdipus Ægyptiacus (tome IL classe III, quatrième chapitre de la 4e section).
Ils con cordent tous avec ce qu'en dit Papus, à propos de la géométrie qualitative dans le Traité méthodique de science occulte. Enfin je dois de sincères remerciements à mes amis, Papus et Abel Ilatan, pour l’amabilité avec laquelle ils ont mis leurs riches bibliothèques à ma disposi tion. (1) Anquetil-Duperron, Zend-.Awsta, t. II. (21 De meme que pour les nombres planétaires, que l’on trouve dans la Philos, oce.. liv. 11, ch. xxi, p. 290, et dans Kircher, (JAï. Ægy/>Z., cl. Vil, sect. I* c, ch. iv, d'après Abennaschia.
20 L 1 La Lune. — La Lune apparaît comme la média trice entre notre Terre et le système céleste tout en tier; les Hébreux l’ont nommée Lebnah, njnb, la réflectrice, celle qui perfectionne, qui symbolise, qui donne la vie (n) aux productions (j) d’une activit centrale (3) dont le rayonnement s’est étendu (b).
Physiquement parlant, la justesse de cette désigna tion est évidente (1) ; un examen succinct des écri vains antiques nous fixera les caractères de la vie lu naire, et nous essaierons d’en établir la concordance avec la tradition cabbalistique; enfin, l'analyse des deux premières lignes du tableau ci-annexé donnera quelques notions sur les entités qui la dirigent. Et, d’abord, voyons le rôle de la Lune dans le sys tème solaire.
Clément d’Alexandrie décrit, dans ses Stromales. la roue hiéroglyphique de temples égyp tiens, dont les douze rayons symbolisaient le Zo diaque, par les portes de qui entrent et sortent les âmes en notre système solaire : « Tous les signes zodiacaux servent à la rénovation de la Lune et à la génération des hommes, dit le rabbi Pirke-Elihez, et c’est par eux que le monde subsiste. » Le savant Beausobre nous apprend que l’on faisait dire aux Manichéens, dans leur formule d’abjuration, que « Dieu, qui siège dans le ciel, retire les âmes de ce bas (1) En outre de son rôle passif vis-à-vis de la lumière so laire, les inductions générales des astronomes conduisent à cette conclusion que notre satellite est dépourvu d’activité propre.
Le signe même de la Lune peut être pris à volonté pour les cornes du Taureau zodiacal, dans lequel elle a son exalta tion, pour la représentation schématique d’un miroir, ou d’un ctéis.
LE SYSTÈME SOLAIRE D’APRÈS LA Kabbale, monde par le moyen du Soleil et de la Lune. » (Hist. du manich., t. IL p. 5o5.) Il est inutile d’insister sur une doctrine aussi générale dans l'antiquité, que Plu tarque, Jamblique, Apulée, saint Clément d'Alexan drie, saint Epiphane, Alexandre de Lycopole. les gnostiques, nous ont transmise sous cent formes dif férentes.
Manichée dit que (i) le Soleil et la Lune sont des vaisseaux qui transportent les âmes, et que, lorsque la Lune en est toute remplie, elles passent à l'Orient équinoxial. Le départ successif des âmes est la cause du déclin de la Lune (zlcZ. disput. Archelaus^ § 7). La tradition arabe n'est pas moins explicite ; nous la trouvons fixée par Agrippa.
« La Lune, dit ce sa vant hermétiste, comme étant la plus proche de la Terre, reçoit toutes les influences célestes; au moyen de la vitesse de son cours, elle se joint chaque mois au Soleil et aux autres planètes et étoiles, et faisant comme l'office de femme envers toutes les étoiles ; elle en est la plus féconde, recevant en elle-même comme une espèce de fœtus, les rayons et les in fluences du Soleil et de toutes les autres planètes et étoiles; elle les met au jour en étant enceinte pour le monde inférieur.
Car toutes les étoiles se déchargent sur elle, comme sur la dernière qui reçoit leurs in fluences. et les communique ensuite à tous les corps inférieurs et les répand sur la terre. Le pouvoir qu’elle a sur toutes les choses inférieures est le plus manifeste de tous les autres et son mouvement est le (1) Beausobre, Hist. crii, des dogmes de Manichèe, ch. icr.
plus sensible à cause de la familiarité et du voisinage qu'elle a avec nous, et qu'elle communique à toutes ces choses comme tenant le milieu entre les corps supérieurs et les inférieurs.
Et quoiqu'elle reçoive des forces de toutes les étoiles, elle en reçoit néanmoins plus abondamment du Soleil, quand elle est en con jonction avec lui, et elle emprunte de lui sa complec" tion à proportion de son regard,... et. quoiqu'elle soit la plus basse de tous les astres, elle développe néan moins toutes les productions des astres supérieurs, car l'ordre des choses commence par elle dans les choses célestes...
De là vient que nous ne pouvons en nulle façon attirer la force des choses supérieures que par le moyen de la Lune » (i). Telles sont les propriétés qu'Agrippa reconnaît à la Lune, d’après Abulpharage et Abenuaschia qu'il paraît avoir eus entre les mains. Un court résumé d'une page de Julius Firinicus, astrologue latin, permettra aux lecteurs de véri fier les concordances de ces théories.
« Toute la subs tance du corps humain, dit Firmicus, est soumise à cet astre: elle éprouve les alternatives d'accroissement et de diminution que subit la lumière de cet astre, action que l'on peut remarquer avoir lieu sur la moelle de nos os. » — « Elle exerce sa puissance sur les mers dans le flux et le reflux... Elle est une des trois planètes qui distribuent les pluies et qui décident de l'abondance et de la stérilité de la terre.
Elle influe sur la formation des fœtus des animaux et de l'homme depuis lu premier mois jusqu'au septième... » nous (i) Philosophie occulte, liv. I°r,
LES QUATRE ELEMENTS 23 enseigne l'Arabe Haly (i); enfin le traité de Plutarque, De Facie in orbe Lunœ, esttropconnu des hermétistes pour en parler autrement ici.
Macrobe relate la pro priété qu'a la Lune de distendre les pores de la ma tière : c'est à ce titre qu'il fait présider Diane aux accouchements (2) ; et ces idées, nous les retrouvons non seulement chez les astrologues, mais chez les philosophes, comme Plutarque; chez les écrivains religieux' : Philon, Porphyre: chez des métaphysi ciens: Eusèbe, Origènc, Proclus; chez les poètes: Homère, Aleman, Virgile; chez les commentateurs et les compilateurs comme Kircher, Marsile, Ficin (Comment. sur Plotin, Ennéades), Léopold d’Au triche, Saumaise; une pareille concordance paraît devoir être bien près de la vérité.
SÉDIR. (A suivre..) P Hommage à Papus. L antique doctrine des quatre Eléments, qui forme l’objet de cette étude, est une de celles dont on trouve les vestiges dans presque tous les ouvrages d’écrivains philosophes, naturalistes et occultistes jusque vers le (1) Haly. De judicia astrolog. predictio, liv. Ier. (aj Macrobe, Somnior, Scipio., livre 1er, ch. vi.
l’initiation 24 commencement du xvni0 siècle ; mais — pour ce qui nous concerne du moins — nous n’avons jus qu'ici pu en trouver un exposé complet nulle part.
Nous nous sommes alors proposé de tenter une re constitution méthodique, bien que très succincte, de cette doctrine qui, après avoir occupé pendant de nom breux siècles une si grande place dans l'arsenal scien tifique de ceux qui nous ont précédés, a fini par tom ber dans un oubli à peu près complet.
Nous avons donc réuni les bribes trouvées éparses çà et là. et nous les avons coordonnées et analysées, en nous servant surtout de l’expérience astrologique comme moyen de contrôle. La thèse première de notre doctrine est que toutes r __ choses sont formées par quatre Eléments : Feu.
Air, Eau, Terre, qui résultent de la coexistence binaire des quatre qualités premières ou manières d'être d’un principe de force primordial : le Chaud, le Froid, l’Humide et le Sec (1). On a ici de suite l’occasion de constater la profonde divergence de tendance et de méthode qui sépare la science antique de la science moderne. Cette différence porte ici sur la détermination des choses.
Ainsi, lorsque la science moderne veut désigner un principe naturel, elle cherche à en exprimer Vesseiice ; elle est ainsi conduite à employer des termes abstraits (1) Chaque fois que nous voudrons parles termes Chaud, Chaleur, Froid, Humidité, etc. désigner les entités définies par la doctrine qui nous occupe ici, nous nous servirons de majus cules, tandis que nous réserverons les minuscules aux accep tions courantes de ces termes. -
LES QUATRE ELEMENTS 25 aussi généraux que, par exemple. Force et Matière, Mouvement. Vitalité. Tout autrement procédait la science antique. Celleci aura de préférence déterminé ce principe par une des formes de sa manifestation extérieure : elle aspi rait avant tout à une représentation concrète et cher chait un terme évoquant d’emblée l'image d’une chose sensible : c’était la règle et l’exemple réunis en un.
Par un phénomène-type elle symbolisait et le prin cipe et tous les autres phénomènes pouvant être pro duits par celui-ci; par ce procédé elle satisfaisait encore à cette autre tendance : tenir l’essence des choses cachée aux yeux du profane. Mais de la forme adoptée pour type, elle ne retenait pour elle que l’es sence.
« L’ancienne doctrine (i) de la formation de toutes « choses par quatre Éléments selon Pythagore, Empé- « docle, Platon et Aristote, ou par trois principes « selon Paracelse, n’a pas prétendu par là désigner « empiriquement la pure matière primitive, mais « bien plus essentiellement la détermination idéale « de la force qui individualise la figure du corps ; et « nous devons par là admirer avant tout l'effort par « lequel ces hommes, dans les choses sensibles qu’ils « choisissaient pour signes, ne connurent et ne « retinrent que la détermination générale de l’idée. » Ce serait en effet une grossière erreur—générale du (i) Hegel, Philosophie de la Nature (Voir Papus, Traité mé thodique de science occulte, page 892).
26 l’initiation reste dans les livres d'enseignement officiel que de vouloir identifier les essences que la science occulte détermine par ses Eléments, avec les productions matérielles qu'on appelle, dans .la terminologie cou rante, feu, air. eau et terre (i).
Nous dirons de suite ici qu'une autre erreur, résul tant d'ailleurs de la première, et dont il faut bien se garder, c’est — en apportant nos idées modernes sur la relation existant entre ce que nous appelons la chaleur et le froid, l’humidité et la sécheresse — de considérer les termes Chaud et Froid (ou Humide et Sec), employés pour désigner les qualités primordiales, comme des expressions relatives d'un seul principe, l'une indiquant sa présence, l’autre son manque : pour les anciens, chaque qualité constituait une entité réelle et positive, entièrement distincte des autres dans les effets de son action.
Nous insisterons donc une fois de plus sur ce point que la doctrine des quatre qualités consiste en une dé termination synthétique très générale de l'essence des forces delà Nature. En dernière analyse, toute l’œuvre de celle-ci est la production des êtres.
Dans toute gé nération intervient un principe dynamique (mâle) et un principe plastique (femelle), par nature complé mentaires entre eux, réagissant l’un sur l’autre, ne pouvant être séparés dans leur rôle de générateurs, et (i) Une remarque qu’il peut cependant paraître intéressant de faire, c’est que ces productions matérielles (le feu, l’air, l’eau et la terre), choisies pour symboliser les quatre principes for mateurs que la science antique avait découverts dans la nature, représentent précisément tout ce qui caractérise essentiellementla vie terrienne, c’est-à-dire: Matière à l’état solide, l’eau, une atmosphère, et le feu solaire.
LES QUATRE ELEMENTS 27 s'équilibrant mutuellement : le premier a été désigné par le « Chaud », le second par T « Humide ».
Mais toute création a pour condition antérieure — et de même pour fin — une altération ou une destruction; celle-ci ne peut être que le produit de l'action d'autres principesqui. antagonistes aux deux premiers,, viennent rompre leur équilibre, l'un [appelé le Froid) combat tant en première ligne l'Elément dynamique, l'autre le Sec) s'opposant particulièrement à f Elément plas tique.
Le Froid et le Sec représentent donc les prin cipes destructeurs. De ces quatre qualités, le Chaud et le Froid sont les plus énergiques; nous avons, dans cette affirma tion, pour nous l'autorité d'Aristote. On peut donc les désigner collectivement par actives, mâles, par comparaison aux qualités Humide et Sec, qui se présentent comme de nature passive, femelle.
Cepen dant, en comparant les deux qualités de chaque groupe entre elles, on trouvera le Chaud plus éner gique que le Froid; le premier sera donc actif par rapport au second. De meme, le Sec, étant plus éner gique que l llumide. sera actif par rapport à ce dernier, passif.
En désignant l'actif par le passif par —, on obtient ainsi la notation suivante : Chaud Froid + + ~É — • Humide Sec I Mais, dans toute la Nature, aucun principe sexué ne peut réaliser une production sans la présence simul tanée, en acte, de son complémentaire ; aucune des
28 l’initiation qualités ne peut donc non plus se manifester isolément et inconditionnellement : pour passer de l'état virtuel en acte, elle a pour condition la coexistence d'une autre d’ordre complémentaire. Cette coexistence par deux des quatre qualités premières donne naissance à quatre essences nouvelles, appelées Eléments.
Il n’y en a que quatre parce que la présence simultanée de deux qualités absolument et essentiellement con traires, comme Chaud et Froid, Humide et Sec, ne peut aboutir qu’au tempérament de l'une par l'autre ; et celui-ci n’a pas le caractère d'une essence nouvelle. Ainsi l’Elément FEU résulte des qualités Chaud et Sec. AIR — Humide et Chaud. EAU — Froid et Humide. TERRE — Sec et Froid.
La Nature réalise son œuvre de production en se servant des Eléments comme de ses instruments. Plus les Eléments se combineraient difficilement entre eux, plus la formation des choses et des êtres serait entravée ; plus cette combinaison sera facile, plus il y aura abondance de production et variété de formes.
En faisant coexister deux qualités dans un Elément, on arrivait à ce que chacun d’eux eût avec les autres — à part celui qui lui serait entièrement contraire, comme Feu à Eau, Air à Terre — une affinité, un point de contact, — la qualité commune aux deux — qui en facilitât la combinaison. Pour la même raison on a dû conclure à une différence d’intensité des deux qualités présentes dans chaque Elément. Car, si elles avaient reçu la même puissance, il en serait résulté que dans la combinaison
LES QUATRE ELEMENTS 2Q de deux Eléments ayant une qualité commune, les deux qualités non communes se fussent trouvées de force égale: et, celles-ci étant de nature contraires, leur antagonisme mutuel eût été irréductible et n’aurait pu aboutir qu'à leur neutralisation complète, laissant ainsi subsister comme seule active la qualité commune.
On a donc admis que dans chaque Elément l’une des deux qualités existât à son maximum d’intensité, l’autre à un degré modéré. Ainsi dans l’Èlément FEU — le Chaud prime en intensité le Sec. AIR — l’Humide — — le Chaud EAU — le Froid — — l’Humide TERRE — le Sec — — le Froid En écrivant la série comme suit, où la qualité pré pondérante est soulignée, Veu on voit que le Eeu, Elément le plus chaud, est suivi
L'INITIATION r f par l'Air, Elément moins chaud ; l’Air. Elément plus humide, par FEau, Élément moins humide : FEau. Élément le plus froid, par la Terre, Elément moins froid, mais le plus sec. qui à son tour est suivi par le Feu, Élément moins sec. De plus, entre le Feu et FEau, rEléments absolument contraires, se place comme in termédiaire l'Air, ayant le Chaud commun avec le Feu, et FHumide avec FEau.
De même l'Eau devient la transition de l'Air à la Terre. — Ce n'est pas autre chose qu'une application de cette démonstration qu’en seigne la physique en disant qu’une substance passe successivement de l’état radiant aux états gazeux, liquide et solide.
A première vue il peut paraître étrange qu'on ait désigné FElément considéré le plus humide par Air et non par Eau, et on pourrait prétendre tout au moins que les noms air et eau ont été mal choisis, ou mal appliqués comme termes de comparaison ou symboles. Cette objection proviendrait de ce qu’en songeant à l'eau (ou en général à tout ce qui est humide), nous voyons principalement sa propriété d'humecter, de mouiller.
Mais nos recherches nous ont conduits à croire que l’ancienne doctrine a voulu désigner par Humide bien plutôt ce que nous appelons fluide.
De sorte qu’en choisissant l’air pour symbole de FÉlément humide et chaud, elle a surtout songé à sa fluidité (Humidité) et à sa propriété d’expansion (Chaud) ; d’autre part, en effet, l’eau, bien qu’encore fluide, l’est de beaucoup moins que l’air (moins Humide), ses molécules ayant déjà beaucoup plus de cohésion, ce qui est un effet de Faction du Froid.
LES QUATRE ELEMENTS 3l En analysant la part qui revient à chacune des quatre qualités premières dans la production des phénomènes, nous trouvons que les manières d’etre qui caractérisent essentiellement leur manifestation sont les suivantes : Le CHAUD — ardeur, mobilité, expansion; l’HUMIDE — fluidité, élasticité; le FROID — concentra tion, cohésion ; le SEC — tension, rigidité.
La quadruple spécialisation des forces naturelles, dont les qualités premières servent d’expression symbolique, donne naissance aux quatre forces Elémentaires: la Chaleur, le Froid, l’Humidité et la Sécheresse.
L'action de celles-ci sur le plan physique consiste, comme tout le monde sait: Celle de la CHALEUR à dilater, diffuser, raréfier, agréger les homogènes, désagréger les hétérogènes : chauffer (ce qui représente l’expression en quelque sorte synthétique des effets précédents); Celle du FROID à condenser, contracter, solidifier : r éfrigérer : (Selle de l’HUMIDITÉ à assouplir, relâcher, li quéfier : humecter ; Celle de la SÉCHERESSE à durcir, tendre, raidir ; dessécher.
Passant sur le plan animique, nous trouvons que l’action des quatre qualités est caractérisée par une superposition, à leur action Élémentaire, d’une opé ration de dynamisation vitale et de spécialisation fonctionnelle. Couramment on identifie la chaleur avec la vie. En effet, partout où l’on rencontre une manifestation de
32 l’initiation la vie, on trouve de la chaleur, si petite qu’en soit parfois la somme. Plus celle-ci est grande, plus la vie est intense; voyez combien luxuriantes et puissantes la flore et la faune sous les tropiques ! Que par contre on s’approche des pôles, on voit comme la vie se fait de plus en plus rare, et s’étiole, et paraît se retirer.
D'ailleurs, si on abaisse artificiellement la tempéra ture d'un être vivant quelconque au delà d’un certain point,— variable selon les espèces, — on le tue par ce seul fait! Chaleur et vie paraissent donc insépara bles. Cependant la chaleur n’est pas la vie. Son effet par lui-même n’est pas d’animer un organisme, du moins l’effet simple et primitif en quelque sorte que nous avons désigné jusqu’ici par Élémentaire.
Autrement il suffirait de placer une graine dans une boîte fermée et de l’exposer à la chaleur, pour la faire germer, ou bien on ranimerait un cadavre en le réchauffant ? Aussi les anciens faisaient-ils une distinction entre la chaleur élémentaire et celle « éthérée » ; c’est à cette dernière qu’ils attribuaient la propriété de vivi fier les organismes.
On ne doit encore pas la con fondre avec ce qu’on appelle la chaleur organique ; car celle-ci ne donne pas aux organes l’impulsion fonctionnelle, elle est au contraire le résultat des phé nomènes de combustion et de combinaison chimique produits par le jeu des organes; son intensité croît en raison de l’énergie du fonctionnement organique, Mais à son tour cette chaleur entretient les fonctions en favorisant les échanges. On voit là ce fait admi rable de la vie produisant et renouvelant elle-même
LES QUATRE ELEMENTS 33 les conditions qui sont nécessaires ¿1 son plein déve loppement. Car. bien que l'action Elémentaire soit subordon née à ki puissance an i ni ¡que, elle réagit cependant sur celle-ci. Ainsi la chaleur, même Elémentaire, ac tive les fonctions organiques, tandis que le froid pro duit l'effet contraire. L’humidité et la sécheresse ont également une action sur l’économie végétale et ani male.
Comparez les changements qui s’opèrent dans les êtres vivants par les variations météorologiques, périodiques ou accidentelles, ou considérez les modi fications artificielles que produit en thérapeutique l’emploi des phlogistiques et des antiphlogistiques, vous aurez autant de preuves que vous voudrez de cette réaction élémentaire sur le fonctionnement vital.
Ces distinctions et le rôle réciproque des puissances »Elémentaire et animique établis, déterminons les spé cialisations de cette dernière.
Comme nous l’avons fait ressortir par l’exemple de la relation de la chaleur avec la vitalité, chacune des quatre qualités premières contient, à côté d’une spécialité de la puissance Élé mentaire. une certaine spécialité de la puissance ani mique. ayant entre elles ce rapport que la première vient servir de véhicule indispensable à la seconde.
Ainsi le Chaud, que nous avons, au point de vue générique, caractérisé comme étant le principe dyna mique par excellence, a dans le domaine physiolo gique pour propriété première et principale de donner aux organismes l’impulsion vitale. Ce principe n’est cependant pas identique à la Vitalité (2e principe, la division septénaire de l'homme) ni il ne l’engendre. La
l‘initiation 34 Vitalité,force générale relevant d’un principe cos mique (1), existe partout dans l’Univers. à létal am biant, non délimitée ni localisée : de la somme totale de celte force chaque être vivant emprunte une partie, qui va, lorsque cet individu vient à mourir, rejoindre la masse, d’où elle est sollicitée à nouveau pour animer d autres organismes.
La fonction animique du Chaud consiste, à notre sens, à déterminer cet appel de Vitalité et à en fixer une somme définie dans l'organisme en formation, à la stimuler, l'exciter, la régénérer et à l’y entretenir : plus l’action du Chaud sera énergique, plus sera grande la somme de vitalité qui se fixera. Le Chaud représente donc pour nous non le principe produisant la force vitale même, mais déterminant l'énergie delà vitalisation de l’organisme.
Mais la vie d’un être est un renouvellement et un échange continuels, qui se réalisent par une circula tion de force et de matière. Cette circulation s’opère par le moyen d’un élément lluidiquc qui, charriant des molécules de matière et de la force vitale fixée, les / distribue aux organes. Le principe qui détermine la formation de ce substratum et sa fonction est 1’« Hu mide ».
De l’action combinée du Chaud et de l’Humide résultera donc, dans sa manifestation la plus générale, toute production et nutrition, en un mot le mouvement, la vie. 11 s’ensuit que leurs contraires, le Froid et le Sec, produiront dans leur action commune, considérée en (1) Conf. Papus, Traité méthodique de Science occulte, p. 245.
LES QUATRE ELEMENTS 35 elle-même, l'immobilisation, la fixation de la matière, farrèt du mouvement, la mort. Partant des considérations qui précèdent, nous définirons l'action animique des quatre qualités comme suit: CIIAUD. — Vitalisation. manifestation de la force vitale fixée dans les cellules (Chaleur). — Expansion. — Elément dynamique.
III AUDE. —Matérialisation, emmagasinement et diffusion de la force vitale par les li juides de l'orga nisme ilumidum radicale ; substratum du Chaud .— Détente: pondération. — Elément modérateur : mo dère surtout l'excès du Chaud. SEC. — Tension. Condensation de force. Eré thisme (i ). Irritation inflammatoire avec le Chaud, nerveuse avec le Froid. Action par rapport à Vllumide : suppression des échanges par épaississement des liquides.
Action sur le Chaud : produit une suractivité de vitalisation, se manifestant par une augmentation de chaleur organique et une plus grande rapidité des échanges. — (Inflammation.) FROID. — Contraction. — Le Froid favorise l’exci tabilité nerveuse. Action par rapport au Chaud: Diminution de la Chaleur et de la vitalisation par ralentissement des phénomènes de combustion : Atonie. Action sur Y Humide: produit une suractivité du (i) Coni. Louis Lucas, Médecine Nouvelle,
36 l’initiation principe Humide, manifestée par une hypersécrétion séreuse: lenteur des échanges. FROID ET SEC — fixation et rétention des pro duits de combustion ; minéralisation par astringence. .Mort.
Le Chaud et V Humide. bien qu’étant les principes qui. normalement, produisent et entretiennent la vita lité des organismes, peuvent donc cependant devenir nocifs lorsqu’ils viennent à se manifester séparément, n’étant pas suffisamment équilibrés l’un par l’autre, à un degré excessif.
Quant aux affinités que présentent ces quatre qua lités entre elles, nous les résumerons comme suit: Le Chaud et le Froid, étant essentiellement anta gonistes, se neutralisent mutuellement : de même l'Humide et le Sec. Le Chaud et l'Humide se complètent dans le mode actif, positif Mouvement-Vie): le Froid et le Sec dans le mode passif, négatif ( Fixation-Mort).
L’Humide exerce une attraction sur le Chaud et, conjoint à lui. tend à Véquilibrer: le Chaud, plus actif que l’Humide. tend par contre à dominer, à réduire celui-ci, ou. ce qui revient au même, tend à appeler le Sec dans sa sphère d’action.
Le Sec, coexistant avec le Chaud, produit chez celui-ci une suractivité, soit par suite de la tension ou condensation qu’il crée, soit parce que. le fait de sa manifestation active sur son point de rencontre avec le Chaud équivalant à l’absence effective sur ce point de l’Humide, le Chaud ne se trouve plus équilibré, action qui est le propre de l'Humide.
LES QUATRE Él ÉMENTS De même le Froid produit une suractivité de 1’1 lumidc. Ces quatre qualités sont toutes simultanément ac tives dans les êtres vivants ; pour expliquer les diffé rences de constitution, on doit donc admettre que le coefficient de l’intensité peut, pour chacune d'elles, varier d'une espece à l'autre, ou aussi bien d’un in dividu à un autre de même espèce.
Mais, quel que soi1 le « Tempérament » résultant de la diversité de pro portion dans laquelle les quatre qualités agissent dans un organisme, elles doivent, pour constituer son état normal, se maintenir dans un équilibre relatif: dès que l'une d’elles vient rompre cet équilibré, elle tend à v créer une anomalie ou un état pathologique (i i. (i) Théorie de Galien.
Au point de vue particulier des Formes physiques de l'Homme Le CHAI D produit les formes pleines, musclées, à contact chaud. le teint coloré, éclatant: L’HUMIDE produit les formes arrondies, à con tours vagues, à libre lâche, à contact mou ; blancheur du teint :. Le FROID produit la maigreur, corps à contact froid, teint mat ivoire: Le SEC produit les formes accentuées, la fibre ten due, contact ferme, le teint brun, comme hàlé.
Abordons enfin le plan mental. Pour connaître les propriétés des qualités premières et par là des Elé ments sur ce plan, on pourrait se contenter, à la rigueur, des connaissances acquises jusqu'ici de leurs
38 L INITIAI ION effets physiologiques ; en se cantonnant dans l'obser vation, on parviendrait à fixer les tendances morales et intellectuelles qui découlent de la constitution phy sique de l'homme résultant de la prédominance de tel élément, ou. si on aime mieux, qui ac.ompagnent habituellement ce « tempérament ». Prenons par exemple la constitution qui est le pro duit de la prédominance de faction du Chaud et de l'Humide {alias sanguine).
Elle se caractérise physio logiquement par une grande puissance vitale et orga nique ; ainsi toutes les fonctions de l’organisme en général s’exécuteront avec régularité, avec aisance et avec force, en particulier celles des organes de la cir culation sanguine.
L'hématose sera donc active et abondante ; le sang sera riche, très fluide et mobile: l'impulsion du coeur étant forte, il parcourra tous les vaisseaux avec facilité, librement et rapidement.
Tous les échanges seront aisés, complets et prompts: cha leur organique, élevée ; chylilication parfaite: grande puissance et ardeur sexuelles; sensibilité nerveuse vive, mais sans excès : tissu musculaire ferme, mais ■* / souple, abreuvé abondamment; force musculaire: mouvements souples et rapides.
Une pareille organisation ne saurait manquer de créer, chez l’individu qui en est gratifié, un sentiment de plénitude, de force, de sécurité, de bien-être. Ce sentiment de force fera à son tour naître un besoin d’expansion, d'activité, de mouvement : la force demande à se dépenser, à s’user : l’individu cédera à cette impulsion intérieure : il sera donc toujours remuant, actif, vif, et aimera les exercices physiques.
LES Qt atre éléments 3 9 Ce besoin dominant de mouvement le conduit à craindre toute contrainte, et lui inspire ce goût de liberté et d'indépendance qui est l’apanage caractéris tique de ce tempérament. L’esprit devient ainsi faci lement frondeur et insurgé.
Du sentiment de force et de sécurité qu’éprouve 1 individu, naîtra aussi pour lui la confiance en soi: le caractère sera donc décidé et franc, et. le besoin d'expansion et la sensibilité naturelle aidant, il devient gai. aimable. bienveillant, généreux, enthousiaste. foutes les fonctions organiques s’exécutant avec énergie, toutes les impulsions seront fortes : les repré sentants de ce tempérament sont d’ailleurs essentielle ment des impulsifs : par suite de l’énergie des impul sions qu’ils reçoivent, ils apparaîtront ardents, spon tanés. primesautiers.
Les impressions et les émotions sont vives, rapides, faciles : elles seront donc très variées, se succédant sans cesse, changeantes, et plutôt à Heur de peau que profondes. De là viendra l’excessive mobilité qui caractérise ce tempérament dans toutes ses poursuites, dans scs appétits, ses sentiments et ses affections, comme dans scs idées et scs opinions: l’esprit man quera donc complètement de suite, de même qu’il manquera de profondeur.
Ce défaut de fixité exclut aussi la concentration, la réflexion profonde. Mais cette absence est compensée par une rapidité de conception et une puissance d'in tuition remarquables. L'esprit est naturellement in ventif et très ingénieux.
Cette faculté d'intuition, jointe à la sensibilité (d’autant plus développée et délil'initiation 40 cateque l’Humide prime davantage le Chaud), pourra être la source de conceptions et en général d’aptitudes artistiques. La vivacité des impressions et des émotions rendra aussi le caractère facilement irritable, mais poui une courte durée, car aucune impression ne persiste long temps dans ce tempérament.
On aurait ainsi un aperçu des propriétés par les quelles F Élément Air (Chaud et Humide) se mani feste sur le plan mental, et on n’aurait qu’à soumettre les autres tempéraments à pareil examen. Mais nous avons préféré nous servir de ce procédé plutôt comme moyen de contrôle, et déduire l’action des quatre qualités sur ce plan de leur essence même.
On se rappelle que le Chaud et le Froid ont été con çus comme étant d’essence male, par conséquent active ; l’Humide et le Sec d’essence femelle, pas sive. Pour répondre à cette conception, les deux premières qualités devront, en termes les plus généraux, tendre à produire un mouvement, les dernières un état.
D’autre part, le Froid était considéré comme ayant un caractère femelle par rapport au Chaud, et le Sec comme se comportant comme mâle par rapport à l’Humide. On devra donc assigner un mouvement plus énergique au Chaud, plus contenu au Froid. Le premier aura un caractère agressif: il ira en avant, en dehors ; il sera projection, impulsion.
Le second se repliera sur lui-même, se résorbera en quelque sorte; sa direction sera arrière, en dedans : il sera concen tration. aboutissant par conséquent à Yimmobilité.
LES QUATRE ELEMENTS 41 {étal qui manifeste le caractère femelle du Froid par rapport au Chaud). L'Humide produira un état se présentant sous l’aspect de passivité, qui, en réagissant sur le mouve ment, le modérera : le Sec, un état de tension, qui. en donnant du ressort au mouvement. Pacceni fera.
Partant de ces données, nous arriverons aux con clusions suivantes : le Chaud, d'essence active, avant pour qualité la Mobilité, est le principe de toute Expansion de force (mouvement centrifuge), accom pagnée de Spontanéité et d’ARDEUR. C'est l’Elément Stimulant. Impulsif. Le Iroid a pour qualité FAstringence; il produit ainsi toute Contraction, Concentration, tout mou vement Réflexe (centripète), toute Réaction.
Son action tend vers I'Inertie, la Résistance. I'Impassibilité : tout ce qui porte l'empreinte de Gravité, de Lenteur, d'1 Iabitude profonde, est du à son influence. C'est l’Elément absorbant. L’Humide, d'essence féminine, a pour qualité la Passivité, et est le principe de la Plasticité, qui a pour condition la Sensibilité, la Souplesse et la Mo bilité (sens passif du mot), d'où la tendance à Varier et à Changer.
Sous son influence les manifestations prennent un caractère de Vibration sous une excita tion venue du dehors, de Reflet, ¿'Empreinte. Son action est dans son ensemble Adoucissante, Amollis sante; c'est l'élément Modérateur. Le Sec produit toute Tension de force, par consé quent toujours un Excès. Son influence confère ainsi un caractère tranché, un caractère de Précision,
l’initiation d'Acuité. de Rigidité, d’ErroRT, de Violence. C’est leléinent intensif. Et comme tout excès, toute ten sion, a pour suite un état de détente, le Sec imprime aussi la marque ¿'Intermittence, d'A-Coup, de Sac cade.
Des propriétés que nous venons d'énoncer, on peut conclure que le Chaud favorise surtout le développe ment de 1 être instinctif et intuitif, le Froid de celui méditatif et réfléchi. l’Humide de l'etrc sensitif et sentimental, le Sec de celui passionnel.
Si maintenant on veut faire une excursion dans le domaine pratique, on reconnaîtra l'influence du Chaud partout où il y a activité, entrain, vivacité: où la nature est primesautière, où l'ètre suit scs im pulsions, où l'on découvre de la décision, du cou rage. de l'initiative, de l'esprit d'entreprise ; où c'est l'ambition qui pousse; où, le cœur dominant la tète, la nature morale est rayonnante et se manifeste par l'altruisme, la générosité, le désir d'aider et de proté ger; où les désirs sont vifs, où il y a gaieté, opti misme, enthousiasme.
Le Froid, ce sera la lenteur, l'hésitation allant jusqu'à la crainte, le découragement facile, la tris tesse, le pessimisme.
Le Froid engendre la tendance vers la contemplation, la médication ; il donne de la réserve, de la froideur en tout — froideur des appétits, froideur dans l'accueil, froideur des sentiments, etc. — L’être cherchera toujours à isoler sa personnalité au dépens de ses semblables, .à absorber autrui dans son moi : ici, c’est la tète qui prédomine sur le cœur. L’Humide produit une nature très douce, délicate.
LES QUATRE ELEMENTS 43 rêveuse, ondoyante, inoffensive, soumise, toujours capricieuse, qui. ne trouvant pas assez de force en elle-même, éprouve toujours le besoin de s'attacher à quelqu'un, de se modeler sur lui. Elle est impres sionnable. a une imagination très active, et possède à un haut degré la faculté d’assimilation. Ses appétits sont variables et changeants.
Nature morale: dévoue ment. bonté spontanée et naïve: abandon et fusion du moi en la personnalité d’autrui. Le Sec donne une tendance générale vers la domination, l'effort violent et V immodération, Le Sec, c'est volonté, « passion » (i). dureté, inflexibilité, disci pline, commandement. Esprit absolu et exclusif.
Ap pétits voraces : « tout pour lui... » Si maintenant des qualités premières nous passons à leurs combinaisons, les Eléments, nous trouverons donc que : Feu Chaud et Sec veut dire zèle, impatience, au dace. insouciance, aplomb, confiance en soi. exubé rance. impétuosité, pétulance, colères, brutalités, pas sions violentes, emballements, fierté, impériosité, combativité, domination despotique: projets hardis : tendance instinctive et intellectuelle : « en avant » ; formule intellectuelle: croire: affirmer. — Ressort principal : l'ambition.
La Terre (Sec et Froid), ce sera application, labeur, patience, opiniâtreté, prudence, fixité des opinions, esprit de conservation. Paresse, inertie (lorsque (i) Entraînement violent que l’être subit ( — ) et qui devient Êour lui une source de iorcc active ( 4- ), ce qui représente ien le caractère---- 1- du Sec. Voir plus haut.
le Froid domine). Abstraction du monde ambiant; concentration de l'esprit : réflexion, raisonnement, examen. Esprit toujours inquiet: « douter, nier. » L’individu voit surtout ce qui sépare, les différences ¡analyse); aime les combinaisons, ce qui est méca nique, exact. Esprit théoricien, à principes : d’où système: règle inflexible. Tyrannie intellectuelle : rigorisme, fanatisme. Rancune longue.
Égoïsme l’être se « concentre » sur lui-même en toutes choses . — Poursuite dominante : savoir (s’étendant depuis la curiosité pour les petites choses de la vie banale aux recherches scientifiques les plus profondes). Qui dit AIR (Humide et Chaud) dit mobilité en tout, dans les désirs, les sentiments, les idées, etc; sou plesse d’esprit et de caractère. Impulsions vives: im pressionnabilité: spontanéité. Irritabilité. Ambition généreuse.
Intuition; invention. Finesse, intrigue, brouilles. « Esprit ». Sensibilité vive: conceptions et sentiments artistiques. Adresse, Générosité, esprit libre et libéral. L’Air donne les attachements faciles, mais changeant aisément d’objet. (Sur le plan senti mental comme sur celui intellectuel, l’être tend à se «diffuser».) Emotions faciles, mais à fleurde peau. Passion dominante : l’amour. L’E.
IL’(Froid et Humide) se manifeste par une na ture changeante, molle, apathique, absolument inca pable dTun effort de volonté énergique, ayant un laisser-aller extrême; recherchant toujours la tranquil lité physique, le calme, le repos, la paix, aimant ses aises, craignant la contrainte, donnant une grande importance au sentiment, allant de préférence vers
J.-B. VAN 11 ELMONT tout ce qui est romantique ou se prête à une rêverie mélancolique, ou à la fantaisie. — Recherche domi nante : le bien-être materiel. Nous arrêtons là cette petite étude. Elle est loin, très loin de la prétention d’avoir tout dit sur la ma tière : elle ne veut d’ailleurs, comme cela a été dit au début, être qu’un premier essai de systématisation.
Mais déjà elle nous fait entrevoir d’intéressantes applications de la doctrine qu'elle expose Ainsi, pour ne citer que quelques exemples, elle nous donne la ciel de l’action de certains agents physiques sur l’or ganisation physiologique, action qui. en passant par l’intermédiaire de celle-ci, peut aller jusqu’à se réper cuter sur l’organisation morale: ainsi elle nous permet de déterminer les diets que produiront telles condi tions habituelles ou telles variations météorologiques ou climatériques, sur le physique et sur le moral : ainsi elle nous fait connaître les tendances animiques, morales et intellectuelles qui accompagnent telle constitution physiologique, ou leurs variations résul tant de certains états pathologiques.
Selva. Jean-Baptiste Van llelmont naquit à Bruxelles en 1.S77. A l’âge de vingt-deux ans, il fut reçu docteur. (1) Bruxelles possède depuis 1889 une statue de Van Helmont. Le 27 niai 1892, le Groupe indépendant d’Etudes éso tériques. pour honorer la mémoire du Maître, déposait solen nellement une palme au pied de ce monument et décidait de
L IM 11A i iui> 46 et son autorité et son renom s'étendirent bientôt par toute l’Europe. Il exerçait libéralement son art mal gré les préjugés de sa famille. L’université de Lou vain lui confia sa chaire de médecine. Ce qui le dis tingua immédiatement avant toute réforme de fond, ce fut le soin qu’il prit d'envelopper scs enseigne ments d’une forme énigmatique. Des difficultés crois santes avec ses parents le firent voyager pendant dix ans.
Déjà aussi, à cause de sa réputation de bien faiteur, la persécution se levait contre lui. Scs voyages furent une patiente épreuve que sa foi toujours sou tenue l’aida à traverser héroïquement. 11 visita l’Allemagne, la Russie, l’Autriche, la Bavière. l'Alsace, la France, la Suisse, l’Italie, l’Espagne et la Hol lande. Avant de quitter Bruxelles, il fit ses adieux au père Aguillon dont le traité d’optique fut si utile à Newton.
Ce n’est d’ailleurs pas le seul élément d’annexe au travail de Dutcns' (1) que nous offre l’histoire de Van Helmont, comme on le verra. Les voyages de Van Helmont le mirent en rapport avec toutes les célébrités de son temps et augmentèrent encore le trésor de ses connaissances. En Bavière, fêter régulièrement l’anniversaire de cette commémoration.
En 18g3. le Groupe a entendu à la salle d’études de KYMPIS la lecture de la présente notice et s’est rendu en pèlerinage à Vilorde où une plaque commémorative doit être posée par les soins du Conseil communal pour désigner au culte des fidèles l'ancienne demeure du grand savant.
Cette année, cet anniver saire coïncidait précisément avec celui d’un autre maître occultiste, le « divin » Paracelse dont l'œuvre a tant inspiré Van Helmont et dont le prestigieux trident sert de symbole social à la branche KYMPIS. (1) Dutcns. De l'origine des découvertes attribuées aux modernes, 1812.
J.-B. VAN HELMONT 47 Van Helmont fut sacre Rose Croix. A son retour, il se trouva seul au monde: sa mère, sa sœur et son ami Aguillon étaient morts. Quelques mois apres, en i G i o. il se maria et s’installa à Vilorde, sur le bien de sa femme. Il mena là une vie de travail et de charité, ne quittant son laboratoire que pour visiter les pauvres et les malades.
Cependant, il opérait un grand nombre de guérisons par l’action de ce qu'on est convenu d’appeler aujourd’hui le fluide magné tique : il était parvenu, de cette manière, à cicatriser différentes plaies, à rendre l’ouïe aux sourds et le mouvement au paralytiques.
L’aimant, pensait-il, attire le fer : or le sang contient un grand nombre de molécules ferrugineuses: l’aimant peut donc agir sur le sang et le rappeler dans les parties que la lésion lui a fait abandonner. Il publia sur cette assertion un ouvrage intitulé: De magnelica vulnerum curatione. et dont l’ignorance flatte trop facilement certaines présomptions modernes.
La faculté de théologie de Louvain crut apercevoir des hérésies dangereuses dans ce traité. Elle y découvrit une imitation de Jésus-Christ peu recommandable. Van Helmont fut enfermé de ce chef dans les prisons de l’archevêché de Mali nés. Heureusement, l’archevêque Jacques Boonen combla son prisonnier de prévenances et le reçut dans son palais. Après quelque temps, il fut l’oublièrent.
Vainement, l’électeur de Cologne, qui cultivait les sciences et recherchait les savants, voulut l’attirer de lui : vainement 1’ l’avoir à sa cour. La fin de sa vie fut profondément
48 l’initiation attristée par la perte de quatre de ses cillants en quelquetenips.il mourut le i8-3o décembre 1644dans les bras de sa femme et du seul fils qui lui restait. Ce fils. Mercure Van Ilelmont. s’occupa de l’édition des œuvres de son père et initia Leibnitz à la philosophie traditionnelle 1). Ces données succinctes sur la vie du grand savant sont extraites d'une excellente notice du colonel d'Elniotte (2).
C’est à ce meme travail que j'emprunte les considérations suivantes relatives à l'œuvre de Van Ilelmont. Les habitants de Bruxelles ignorent que dans leurs murs naquit jadis un homme qui mérite, par son génie, une place entre Bacon. Galilée et Descartes.
L'Italie s'honore d'avoir donné le jour à Galilée; la France revendique les cendres de Descartes ; les An glais citent Bacon avec fierté; et les Belges, si jaloux de leur réputation, ne tirent aucun avantage de la naissance qu'a reçue parmi eux le précurseur des plus 1 François Van Ilelmont. à qui la chimie moderne doit tant, a etc surnommé Mercure à cause de ses études sur ce inétal.
Leibnitz, qui l'a appelé un rival de Pythagore, lui a fait cette épitaphe: « Ci git. non inférieur à son père, un autre Van ilelmont qui dans ses travaux multiples fit revivre les rois de la pensée, et dota le monde des plus grandes richesses. » Cette épitaphe est rapportée dans la notice publiée en 1889 à Vilorde par M. Louis Geelhand. Le même biographe, en rela tant les obstacles que l’ardeur scientifique de J.-B.
Van Helmont rencontra au cours de ses voyages, cite entre autres sa dénonciation à la Sorbonne. Heureusement, dit-il. Marie de Médicis, à qui l'on avait depuis longtemps signalé, surtout comme astronome, le mérite de notre compatriote, le prit sous sa protection et lui fit rendre ses papiers pour son libre retour en 16? 2. (2) Essai philosophique et critique sur la vie et les ouvrages de J.-B. Van Helmont, de Bruxelles, l’un des plus grands hommes duxvi« siècle, etc. Bruxelles, 1817.
J.-B. VAN 1IELM0NT 9 + belles découvertes dans les sciences, 1 investigateur, le plus persévérant des secrets Je la i a urc: celui qui dans scs recherches savantes, n'a eu d’autres limites que l’univers : celui qui n’a rien ignor chimie nous offre de plus merveilleux, et qui. pendant cinquante ans de travaux, prépara les fondements du système médical que nos contemporains ont donné comme leur ouvrage.
Le premier, il a parlé de la for mation des gaz. considérés comme une conquête de la chimie moderne : il leur donna ce nom d’un mot allemand qui signifie esprit.
Le premier, il a deviné le principe sur lequel Locke et Condillac ont établi leur théorie des idées: le premier, il a soulevé le voile qui nous cache le mystère de la reproduction : enfin, il précéda Galilée dans ht connaissance positive de la marche et de la forme du globe que nous habitons. Que d'écrivains célèbres ont recueilli, dans scs œu\ res, de précieuses richesses, et ont caché avec soin la source où ils avaient puisé!
L'air inflammable dont Montgollicr s'est attribué la découverte. Van Hclmont <T» l’avait trouvé. L’acide sulfureux, annoncé aux sa vants comme le fruit des recherches de Stahl, et l'acide muriatique dont les chimistes font hommage à Glauber. ont été connus l'un et l'autre par Van 1 lelmont : il décrit les moyens de les composer et parle de leurs propriétés.
On a considéré comme un dernier effort de l’art que Lavoisier soit parvenu à décom poser l'eau et Biot à la recomposer: Van Hclmont avait opéré ces métamorphoses. Je ne parlerai ni de ses opinions sur la respiration, sur le salpêtre, sur l’inhalation cutanée et la transpiration insensible :
5o l'initiation sur ce qu’il dit de la contraction des artères par le gaz vital, dont l'action excite, selon lui. la puissance nerveuse et développe la force de l'esprit. (Ce gaz est ce que Condorcet appelle air vital, et que nos physi ciens disent résulter de la combinaison de l'hydro gène avec les animaux vivants.) Il faut observer que Van Helmont distingue ce gaz de celui que donne le salpêtre à une forte chaleur; il le désigne par gaz de feu. et les nomenclateurs l'appellent oxygène.
Ce fut aussi Van Helmont qui eut la première idée du ther momètre et lui donna pour points extrêmes la glace fondante et l'eau en ébullition. On lui doit l'huile de soufre, per campanum. un laudanum analogue à celui de Paracelse, l’esprit de corne de cerf. etc. Il reconnut l'existence du suc gastrique.
Harvey, qui s'aperçut le premier de la circulation du sang, vit sa découverte accueillie avec faveur parce qu'elle parut dans un temps capable d'en apprécier l'utilité et le mérite. Van Helmont, au contraire, né au sein des troubles civils et des querelles reli gieuses. occupa peu son siècle et la postérité.
Mais si les choses utiles et lumineuses publiées par Van Helmont n'ont pas brillé alors de tout leur éclat, elles ont été comme ces semences qui, renfermant en un point imperceptible des germes à l'infini, n'attendent qu'un moment favorable pour se dé velopper et fructifier.
A mesure que la langue fran çaise s'est perfectionnée, les ouvrages écrits en latin moderne ont été moins recherchés; les livres, multi pliés sous des formats plus commodes, ont fait négli ger les lourds et redoutables in-folio. C’est ce qui exJ.-B. VAN JI ELMONT 5i pliquc encore le délaissement dont souffrit l'œuvre du savant.
Van Hclmont étudia beaucoup Paracelse dont il appliqua les principes. 11 attaqua de front les doctrines d'Aristote, Galien et Avicenne, fort en hon neur de son temps. Il donna la théorie du magnétisme attribuée à Mesmer. Sa théorie chimique repose sur trois éléments primitifs. — Un joli mot du philo sophe, en passant : il souffrait de voir dans un ser mon toutes les tètes s'incliner au nom d'un saint et rester immobiles au nom de Dieu.
« Puisque Dieu le souffre, disait-il. pourquoi ne le souflrirais-je pas? » Et il retournait à ses études. Il importe de remarquer l'infériorité où se trouvait le chimiste quant aux ins truments de laboratoire si perfectionnés depuis. Cette infériorité qui l'exposa à maints périls double son mérite de priorité et de longanimité.
A cet enseigne ment du maître que l'air renferme un être réel, moyen entre l'esprit et la matière, le magnale, il con vient de rapprocher cette phrase de d'Alembert : « Les phénomènes de l'aimant sont produits vraisemblable ment par une matière subtile, différente de l'air, parce que ces phénomènes ont également lieu dans le vide.
11 faut encore rapporter ces passages de son œuvre: « Une conclusion forme une opinion, mais point une démonstration. La logique prouve des proposi tions contradictoires. » Un des nombreux titres de gloire de van Helmont au point de vue pratique fut d'ètre le premier à cher cher à enrayer la saignée dans l'usage abusif qu'on en faisait à son époque. La distillation lui doit autant que la physiologie, surtout celle de Haller, autant que
52 l’initiation vl la thérapeutique moderne tout entière que ses ré formes fondèrent. L’œuvre devait Helmont apparaît surtout comme un recueil de notes, d'observations. 11 est incomplet et peu ordonné. Par la forme peu favorable qu’il offre, il ne sut conquérir la renom mée à laquelle il a droit, mais ht postérité a profité des lumières qu'il a répandues.
Pour prouver combien n'ont été que des commentateurs et des copistes de cet œuvre, le colonel d'Elmottc met en regard de pas sages de van Helmont des extraits d'auteurs divers. La révélation est écrasante. Ce n'est pas là un des moindres mérites de ce mémoire que dépare mal heureusement un esprit voltairien de la plus mauvaise époque. Condillac. Buffon, Chaptal, Bouillon-laGrange.
Rumfort, d’Alembert, ne sont pas les seuls à subir le redoutable parallèle. En cosmogonie, van Helmont professe les idées de Pythagore, d'Ar chimède, de Copernic, de Galilée, de Newton. Métaphysiquement, l’occultiste se signe par cette affir mation : «L’âme, image de la divinité, ne pense rien principalement, ne connaît rien intrinsèquement, ne contemple rien vraiment que Dieu ou l'unité pre mière à laquelle tout le reste se rapporte.
Pour par venir à cette contemplation, il faut que l’activité de l ame soit abandonnée à elle-même, qu’il n’y ait au cun discours, ni intérieur, ni extérieur, aucune action préméditée, aucune attention déterminée; il faut que l’âme n’agisse point, quelle attende, dans un repos profond, l'influence gratuite d’en haut, qu’il ne lui reste aucune impression qui la ramène à elle, quelle se soit parfaitement oubliée; en un mot, quelle
J.-B. VAN HELN0NT 53 demeure absorbée dans une inexistence, un oubli, qui la rendent inerte et passive. «Rien ne conduit plus efficacement à cette privation que l'adoration profonde de Dieu.
Dans cette profon deur. lame se perdra, les sens seront suspendus, les ténèbres qui l'enveloppent se retireront, et la lumière d'en liant s'y réfléchira : alors il ne lui restera que le sentiment de l'amour de Dieu qui l'occupera tout en tière. » Je veux terminer sur cette pensée mystique l'invo cation d'un grand esprit parce que d'autres lui en ont lait grief alors qu'elle est tout à sa gloire Sans doute, aujourd'hui, un tel penseur en une telle lorme appa raîtra peu sympathique, et sa mémoire, toute digne qu'elle peut être de l'histoire, ne saurait s'imposer qu'à la piété d'un petit nombre.
Encore ce culte est-il un devoir et l'accomplissons-nous avec joie et orgueil. 11 plaît à nos cœurs de contribuer annuellement à cette œuvre de restitution, entre la méfiance des uns et l'ironique indifférence des autres. Ce faisant, nous savons placer on ne peut plus dignement notre respect et satisfaire à des lois dont le règne nous sera adouci en raison directe de notre mérite.
Agissons donc de pleine âme, et, plus sages que ses descendants actuels (i), princes ignorants et yi?z-iYe-s/ècZe gouail leurs. soyons les fils selon la science de ce grand — n (i On compte parmi les Bruxellois contemporains un journa liste et plusieurs membres de la noblesse qui pourraient se sou venir qu'ils descendent de l’illustre savant. Celui-ci d'ailleurs était apparenté aux familles de Stassart, van Roust, de Brouckost, de Mérode, de Pellines.
l'initiation 54 homme dont la vie, on l’a vu, fut aussi exemplaire que l'œuvre. y vrgeY. Suite Hommage à Ai. Ch. Barlet. A. XXVII. — Fais un cercle ayant au centre A qui soit B, C. D. E, BC à l’Orient, CD au Nord, etc... Divise chaque quadrant en 7 parties de façon qu'il y ait en tout 28 parties et que chaque secteur soit divisé lui-mème en 4, soit en tout 112 parties et il y a autant de secrets qu’il est défendu de révéler.
Ce cercle ainsi divisé s'appelle Sceau des secrets de l’univers entier de qui. d'un centre A qui est l’ineffable Dieu, est émanée toute la circonférence. Le prince des secrets de l’Orient réside au milieu et a de chaque côté trois satrapes qui ont chacun quatre ministres sous leur dépendance et le prince lui aussi en a quatre. Tous les autres quadrants cje meme ont leur prince des secrets, leurs satrapes et leurs ministres quaternaires.
Mais celui de l’Orient est le dispensateur de toute sagesse, celui de TOccident de toute force, celui du Midi de toute culture, celui du Nord de toute vie
LA MAGIE D’ARBATEL 55 rigide (1). À rOrienl donc sont inscrits les grands secrets, au Midi les movens. à FOccident et au Nord J les petits. L’usage de ce cercle est de savoir d'où viennent les esprits ou les anges qui enseignent les secrets qui leur sont conlies par Dieu. Leur nom est le résultat de leur fonction et de leurs vertus, selon que Dieu distribue à chacun sa tâche.
L’un a le pouvoir de l’épée, l’autre de la peste, un autre de la lamine, infligée aux peu ples sur l’ordre de Dieu. Les autres sont les destruc teurs des cites, comme ces deux anges qui furent envoyés pour renverser Sodome et Gomorrhe et les lieux voisins : l’exemple en est rapporté par les Ecri tures. Les uns sont les anges gardiens des royaumes, les autres des individus, suivant que chacun aura formé leur nom dans sa langue (2).
Et ainsi celui qui le vou dra. invoquera l’ange de la Médecine, ou de la Phi- (1) A l’inverse de certain adepte de la Science chaldéo-grecque. mais d’accord avec la tradition hermétique et magique, nous conseillons donc avec Arbatel le printemps et l’été, fa lune montante, le matin et le milieu du jour pour les travaux du Grand-Œuvre, réservant le reste de la vie aux occupations banales.
Dans cette première période il faut encore distinguer l’influence des deux princes sur les grands secrets et les moyens secrets comme l’indique notre auteur.
La Fr.'.M.'. a conservé la lettre de ces enseignements. (2) L’homme a donne son nom à toute chose : iorsque nous voulons évoquer un génie qui nous mette en rapport avec son Dieu et le nôtre, il faut donc d’abord retrouver méthodiquement et dans sa plus grande pureté possible le nom primitivement attribué par nous à ce génie.
Cet oubli passager dû à la rup ture de l’équilibre et à la distension binaire du microcosme et du macrocosme est un des points importants de la science éso térique f Bouddha-Pythagore-Jésus, les cabalistes Ktrcher . les mystiques Swedenborg'].
Ce nom retrouvé, nous pouvons com mander au génie de porter à Dieu notre prière et l’exécution plus ou moins parfaite de notre ordre dépendra uniquement de la perfection plus ou moins grande de notre recherche pré liminaire.
56 l'initiation losophie. ou des Mathématiques, ou de la Sagesse civile, ou de la Sagesse naturelle ou surnaturelle, ou de tel autre qu’il voudra. Qu'il demande sérieusement, avec la plus profonde émotion, avec foi et constance, et certainement il recevra ce qu’il désire de Dieu, père de tous ces esprits. Cette foi est supérieure à tout talisman et à tout sceau, et les soumet à la volonté humaine.
A cette foi s’ajoute la science caractéristique d'évoquer les anges, qui a pour source la seule révéla tion divine : mais sans la loi susdite et qui doit la pré céder, elle tombe dans l'obscurité. Si quelqu'un veut s’en servir comme d’une science mnémotechnique et comme méthode plus simple fournie par Dieu auquel toute essence spirituelle appartient, il pourra le faire sans que Dieu s'y oppose.
Mais, qu’il prenne garde de ne pas tomber dans l'idolâtrie et dans les lacets du Diable, qui. ardent à la chasse, capture facilement les imprudents. Or cet adversaire ne peut être saisi que par la droite de Dieu et forcé d’obéir à l’homme de bien, d'incliner devant lui sa mauvaise volonté. Nom breuses sont les tribulations, grandes les tentations, lorsqu’il a reçu l'ordre de tendre des embûches au talon du Christ, ou à la semence de la femme.
Ce n'est donc qu'avec crainte et tremblement que l'on doit aborder la Pneumatique avec le plus grand respect de Dieu, et l'homme ne doit converser avec les essences spirituelles qu'avec recueillement et sagesse. Qu’il se garde de toute légèreté, de tout orgueil, de toute ava rice. de toute vanité, de toute jalousie, de toute impiété, celui qui se livre à un si grand art, s’il ne veut périr misérablement.
LA MAGIE i/aRBATEL 57 A. XXVIIL — Comme tout bien vient de Dieu qui est le seul bien, c'est à lui qu'il faut demander ce que nous \ niions en le priant en esprit et vérité et d’un cœur simple. La conclusion du Secret dus secrets est que chacun s’excite à prier pour ce qu’il désire et il ne souffrira pas de refus. Qu’il ne méprise pas sa propre prière, car, à celui qui le prie.
Dieu peut donner et veut donner le bienfait de connaître l'auteur à qui nous demandons humblement la réalisation de nos désirs. Ce père miséricordieux et bon aime ses fils de désir, comme dit Daniel, et les exauce avant même qu’ils n’aient pu vaincre la dureté de leur cœur à prier. Mais il ne veut pas que nous donnions le Saint aux chiens ni que nous méprisions et rejetions les merveilles de son trésor.
Aussi lis et relis souvent et avec soin le premier septénaire des secrets. Dirige et règle ta vie et toutes tes actions sur ces préceptes, et tout cédera à l'assentiment de ton àme en Dieu, auquel tu le confies. (A suivre.)
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Origine de la Magie Sacrée L’homme connaît par la conscience, et cela par simple intuition, qu’il est une cause, et une cause qui s’aperçoit elle-même comme cause indépendamment de ses effets. 11 est même essentiellement une force qui a conscience de soi. Cette conscience est manifeste dans le plus simple de nos actes. Je veux mouvoir mon bras et mon bras se meut.
Non seulement je sais, pendant que le mouvement s'exécute, que j’en suis la cause, moi qui l'ai voulu et qui continue de le vouloir tout le temps qu’il dure: mais encore, avant de m'v résoudre, je savais que j'étais capable de le vouloir: sans quoi, comment aurai-je eu l'idée d’en prendre l’initiative ? Et après que j’ai cessé d’agir, j’a perçois encore en moi la puissance de vouloir de nouveau la même chose ou une autre.
Ainsi l’homme, au plus bas degré de la réflexion, se connut pour cause ; il sentit qu’il y avait en lui une puissance qui le rendait capable de mouvoir volontaiORIGINE DE LA MAGIE SACREE 5c) rement ses membres, et le spectacle de la mort lui apprit aussi que ses membres pouvaient subsister, au moins un certain temps, alors que la cause qui les taisait mouvoir s'était retirée.
La cause, qui cepen dant était lui-mème, n’était donc pas l’organisme, le corps : elle était autre que ce corps : qu’était-elle donc, et qu’était-clle devenue? Etait-elle anéantie? Un instinct invincible lui disait que c’était impossible. Où était-elle donc? Voilà les premières questions qui s’oflnrent à la méditation de l’homme. et cela dès qu’il fut capable de réfléchir, c’est-à-dire dès son origine. O Un fait le frappa tout d’abord.
C’est qu’un homme vivant respire, qu’un souffle. un vent, c’est-à-dire un je ne sais quoi d’invisible le remplit et s’agite dans son intérieur et que de plus il est chaud, tandis qu’un homme mort est privé de ce souffle et de cette chaleur. 11 imagina donc que le souffle chaud est un quelque chose d’invisible qui anime le corps et qui l’aban donne au moment du trépas.
De là les expressions « rendre le souffle, rendre l’esprit, rendre l’âme ». qu’on rencontre dans toutes les langues. Ce quelque chose, cet esprit, cette âme invisible contenue dans le corps visible et cause de sa vie et de ses mouvements, étant immortel, était l’homme véritable, la personne elle-même dans l’intégrité de scs facultés. Elle devait conserver son visage et son entière figure de personne humaine.
Séparée, délivrée de son corps éphémère, l’àme invisible devait vivre autour de ceux qu elle avait quittés, mangeant et buvant, de même qu’elle continuait à sentir, à penser,
6o l’initiation à sc mouvoir, à agir : seulement ces aliments, bien que forcément matériels, étaient d’une matière subtile analogue à celle de l'âme elle-même : c'étaient des émanations de nos aliments visibles. Quant au corps mort, il devenait une boue puante, et puis, de la poussière et des pierres.
Beaucoup plus tard, quand les métallurgistes (i) eurent observé les transformations que le feu opérait dans les pierres, et qu’ils l'eurent conçu comme l'ouvrier universel, ils pensèrent que c’était le feu qui façonnait la boue pour lui donner la forme humaine. Et quand les cultivateurs eurent conçu le rôle du feu dans les boissons fermentées, ils en conclurent que la chaleur vitale était produite par le feu incarné.
Pour eux, l’âme était composée de feu et d’air et venait du ciel, tandis que le corps provenait de la terre. Dès lors, à la mort, le corps retournait à la terre, et l'ame, selon la prédominance de l’air ou du feu. restait dans l'air ou montait au ciel. Les étoiles n’étaient pour eux que l’éclat dont ces esprits étaient environnés. D'autres faits confirmèrent les premiers hommes dans ces croyances.
Comme celui du sauvage, le sommeil de l’homme primitif était pénible et agité. Le cauchemar le tourmentait sans cesse : il se voyait, dans ses rêves, attaqué par ceux qui ri étaient plus. Il les voyait tels qu’il les avait vus avant leur mort, tantôt menaçants et terribles, tantôt changeant de forme et se métamorphosant en animaux féroces, en tigres, en loups, en chacals, en hyènes, etc. Il se réveil- (i Voir nos précédents articles.
ORIGINE DE LA MAGIE SACREE 61 laiton sursaut, confondait le rêve avec la réalité, pre nait scs armes, et trouvait quelquefois, en effet, devant le seuil de sa hutte, un animal carnassier qu’il sc voyait obligé de tuer ou de mettre en fuite. Ainsi la croyance aux revenants, aux attaques des méchants esprits devint générale chez tous les peuples, et on peut dire sans hyperbole que les peuples enfants craignent plus les morts que les vivants.
Les familles qui possédaient le feu avaient moins de peur. car. si le feu éloigne les animaux féroces, les animaux nocturnes qui craignent sa lumière, il doit éloigner aussi les esprits méchants qui souvent pren nent la forme de ces butes.
On peut repousser les mauvais esprits, soit en les menaçant avec un tison allumé et leur commandant de se retirer, soit en invoquant l'aide des esprits célestes, des héros qui pendant leur vie ont victorieusement combattu et se sont fait craindre de ceux qui, morts, forment la troupe des mauvais esprits. C’est là le point de départ de la magie.
Elle suppose nécessairement que les esprits qui nous entourent ou brillent au ciel se connaissent, communiquent entre eux et avec nous ; qu'ils nous voient et nous entendent ; en un mot. qu’ils mènent dans le monde invisible une existence toute semblable à celle des vivants. Entre les morts et les vivants il n'y a d'autre différence que celle-ci. c’est que les premiers sont invisibles et les seconds visibles.
Les métallurgistes paraissent avoir été les premiers à développer l’art magique. Pour invoquer les esprits bons et puissants et leur demander du secours, il fallait d'abord attirer leur
62 l’initiation attention. Pour cela, les forgerons se mettaient à pous ser d'effroyables clameurs qu'ils accompagnaient du son des tambours en même temps qu'ils frappaient leurs boucliers d'airain de leurs épées. Quand on sup posait que les esprits étaient présents, on finissait le tapage et l’on commençait les prières. Celles-ci consistaient en supplications, promesses et louanges.
Quand les esprits particuliers à qui l'on voulait s'adresser étaient invoqués, on terminait par une invocation aux bons esprits en général pour ne pas faire de jaloux et ne pas attirer le ressentiment de ceux à qui l’on n’avait pas fait l’honneur de s'adres ser particulièrement. Pour repousser les mauvais esprits, on employait divers moyens consistant essentiellement en une cer taine formule et en un geste ou signe déterminé.
Les formules se composaient d’imprécations ou malédictions et d'un commandement énergique, accompagné d’un nom de héros ou esprit céleste redouté des mauvais. Ces derniers étaient censés avoir connu, pendant leur vie ou après leur mort, ces noms qui les terrorisaient. Plus un nom était ancien et plus il était efficace. On ne connaissait pas à quels esprits mauvais on avait affaire.
On avait plus de chance d'avoir devant soi les anciens décédés que ceux qui l’étaient récemment, puisque le nombre des anciens est incomparablement plus grand que celui des plus récents. Dès lors, plus le nom était ancien, plus il avait de chance d être connu des esprits à qui on avait affaire, par conséquent plus il avait de chance d’ètre efficace.
ORIGINE DE LA MAGIE SACREE 63 Quant aux gestes, le plus souvent menaçants ou exprimant la ferme volonté, ils se lésaient en tenant à la main soit le feu, soit un symbole du feu terreur des méchants esprits. Ainsi, outre le tison allume, toiche ou flambeau, on pouvait tenir le roseau sacré (baguette), la lance ou l'épée symbole du bâton allu meur. Plus tard on se servit aussi du sceptre.
Les cultivateurs ajoutèrent à ces moyens celui du breuvage céleste ou de la coupe et celui de Peau lus trale ou de l'aspersion. On comprend, en effet, qu'en présentant aux mauvais esprits la coupe pleine de la liqueur de feu, ceux-ci n osaient guère s'appro cher si toutefois ils ne prenaient la fuite. .Mais on les chassait certainement en leur jetant quelques gouttes de cette liqueur qu'on remplaça ensuite par l'eau lustrale.
Pour que cette eau fut efficace, il fallait y incarner le feu, et ceci se faisait de la manière suivante: On remplissait d'eau le mortier (i) et on y faisait dissoudre un peu de sel et de soufre afin de la rendre inaltérable, incorruptible. Ensuite on y éteignait une torche allumée en l’y. plongeant. Le pilon trempé dans cette eau servait à l'aspersion.
Il symbolisait l'aspersion par le phallus et la liqueur séminale, liqueur de feu et de vie par excellence. Non seulement il fallait chasser, exorciser les mauvais esprits, il fallait encore se garantir de leur retour. Pour cela, on n'avait qu'à marquer les per sonnes ou les objets que l'on voulait préserver ou bien du signe du feu, ou de la croix ou bien de l'hiéro- (i) Voyez notre article sur les Premiers Cultivateurs.
l'initiation 64 glyphe et plus tard de V écriture d'un nom redouté. En plaçant le signe de la croix sur un objet, celui-ci appartenait au feu et les esprits n'osaient y toucher : c était un talisman contre les mauvais esprits. C'est surtout contre les esprits qui produisaient les maladies qu'on employait les amulettes et les philtres.
Ces derniers étaient ordinairement des solutions de substances véritablement médicamenteuses tirées des trois règnes et qui, comme telles, avaient une effica cité propre. Quant aux amulettes, plaques rondes ou carrées de métal, d’écorce, de bois ou de toute autre substance portant des signes sacrés, elles agis saient quelquefois selon le mode de la métallothé rapie et de la xylothérapie. Ainsi la magie sacrée touchait à la médecine.
Si, au milieu des cris et des danses frénétiques des forgerons, il arrivait qu'un d’eux tombât d'une at taque d'hystérie, ses cris étranges, ses contorsions, l’extase, la raideur cataleptique, étaient considérés comme la prise de possession du sujet par un esprit puissant qui voulait se manifester plus clairement aux hommes et entrer plus spécialement en rapport avec eux.
Le possédé devenait ainsi l'organe de l'esprit; ce n'était plus lui, c’était l’esprit qui parlait par sa bouche. On comprend de quelle vénération un tel homme devait jouir désormais. On ne se livrait à aucune entreprise sans venir d'abord le consulter. Cependant, un animal partagea bientôt son prestige.
En creusant la terre, les forgerons avaient trouvé des serpents, ils s'imaginèrent que cet animal à la forme et aux mouvements étranges était le gardien des trésors
ORIGINE DE LA MAGIE SACREE 65 métalliques et pierreux: sa bouche distille une liqueur de feu qui lui donne une vie indéfinie comme celle des arbres, car. tous les ans, il change de peau comme ceux-ci changent de feuilles; et il se rajeunit comme eux. Mais cette liqueur donne aussi la mort au témé raire qui veut braver l'animal. Cependant, il peut se laisser dompter et devenir familier.
A l’aide d'une pression faite sur sa tète, on le jette dans une sorte d'état cataleptique i) et on le change pour ainsi dire en baguette. Le serpent est donc un organe des esprits comme l'homme aux crises cataleptiques, c’est-à-dire comme le devin, le voyant, le prophète, ainsi qu’on l’appellera plus tard.
L’homme devin se fit l’ami du serpent devin, le prit avec lui, l'entortillant autour de ses bras ou de ses jambes, et au besoin s'en servit comme d'une ba guette sacrée. Il s'installa à l'entrée des excavations souterraines, et c’est là qu'on allait le consulter. Les excavations minières se trouvaient en général dans les montagnes, souvent auprès d’un grand arbre, chêne ou pin, au pied duquel coulait une source.
Le sifflement du vent à travers le feuillage fut aisément comparé à celui du serpent, et l’un et l’autre regardés comme la voix des esprits. L'homme devin se flatta de comprendre le langage des serpents aux mouve ment de sa langue et celui de l’arbre aux mouvements de ses branches et de ses feuilles.
Les trois organes des esprits: homme, serpent et arbre, demeurèrent dès lors étroitement associés, et c’est à ce trio qu’on (i) Le serpent hypnotise les autres animaux comme le magné tiseur, ce qui établit entre eux deux une nouvelle ressemblance. 3
66 l'initiation s’adressa désormais pour connaître, en toute affaire. où se trouvait le bien et le mal. La réputation du devin grandit et bientôt certains cultivateurs voulurent avoir dans leur jardin, près de Varbre de vie qui donnait le breuvage céleste, V arbre du bien et du mal avec son homme-serpent. Les devins avaient coutume d’orner leur poitrine de cristaux de pierres précieuses produisant des jeux de lumière.
Ils étaient même parvenus à fixer une pierre sur la tête du serpent devin (i). L’éclat de ces pierres fut comparé à celui des étoiles, et, comme ces dernières étaient considérées comme l’enveloppe des esprits célestes, les pierres le furent comme l'enve loppe d'esprits terrestres. Les étoiles étaient les dia mants du ciel, et les diamants les étoiles de la terre.
Avant de consulter les étoiles du ciel, on consulta les étoiles de la terre et la prédiction du bien ou du mal fut tirée des feux des gemmes. Ainsi, peu à peu et par la découverte de nouvelles analogies, fut constitué tout l’art de prédire l’avenir. Il ne nous reste plus maintenant, pour faire con naître les origines des éléments religieux, qu’à recher cher l'origine de la messe ou sacrifice.
Dr Fugairon (2). (1) Aussi, presque tous les Orientaux croient que le serpent renferme dans sa tète une émeraude. (2) Parsuite d’une perte regrettable, la fin de .’’article publié dans notre dernier numéro par le Dr Fugairon n’a pu être re trouvé. Nous espérons que l’auteur voudra bien compléter de mémoire son si intéressant travail. (N. D. L. D.)
PARTIE LITTÉRAIRE Puisque aujourd'hui en larmes tièdes et sans bruit la pluie de mai tombe incessamment sur le vert feuil lage des frênes et des aulnes et sur les jeunes roses rouges, je veux m’en souvenir de ce pays de rêve où c’était mai toujours, où les arbres toujours étaient verdoyants, et que de leurs vives couleurs et d’in lassables parfums égayaient de jeunes roses rouges... égayaient, mais si peu, car en larmes tièdes du ciel bas la pluie tombait incessamment et dans les feuilles vertes et dans le cœur jaune des roses rouges s’amassait en lourdes pierreries qu’aucun soleil jamais ne faisait resplendir.
Là-bas, à distance vague, c’était un lac, ou peutêtre la mer, car l’étendue d’eau était vaste et se perdait à l’horizon, tristement bleue. Nulle voile blanche ne se gonflait sur cette eau dont nulle brise ne vidait la surface immobile ; dans les bois silencieux aucun oiseau n’avait bâti son nid, les roses vierges autour d’aucun insecte endormi d’amour n’arrondissaient
68 l’initiation leurs rouges pétales, et la solitude était séculaire dans les sombres allées sous la ramure humide des aulnes et des frênes. Or. c’était autrefois. Et j etais au bord de ce lac, distraitement j’y semais des feuilles de roses, et des boutons de roses, et des roses largement épanouies, tandis qu'autour de moi. en larmes tièdes, la pluie incessamment tombait.
Et l'être invisible qui m’apportait ces roses d'éternels printemps riait et ¡’entendais en moi son rire : « Tant de roses, tant de roses que tu effeuilleras sans avoir senti leur parfum et que tu noieras dans la tiédeur amère de tes vaines larmes !... » * ¥ ¥ Derrière les pins endormis, vois la mer qui dort, étrangement pâle.
Elle dort, la mer, comme une pensée triste, comme un rêve d’amour languissant, comme un souvenir mortel au fond d’un coeur oublié. Elle dort comme mon âme qui dort depuis des siècles...
Et ne réveillez pas mon âme, car elle réveille rait la mer, et la mer gémirait avec mon âme, mon âme et la mer s’étreindraient avec des sanglots, mon âme et la mer se répandraient sur la terre et la sub mergeraient !... * ♦ * J’avais vidé la coupe de l'oubli, et je croyais que pour toujours j’avais tout oublié. Je vivais sans souvenirs et m’épanouissais au soleil comme les fleurs inconscientes qui offrent au passant
REFLETS D’ABÎMES 6ç leur beauté et à la brise leurs parfums sans savoir qu'elles sont, belles et parfumées. Un jour que j’interrogeais l’avenir, j’ai vu dans l'avenir se refléter mon passé, mon inexorable passé. J'ai poussé un cri de détresse, j’ai supplié mon passé de s’anéantir, mon avenir de se clore à mes yeux.
Mais la voix du présent me disait, me disait : « Le passé, l'avenir, c'est moi. c’est le cycle éternel que tu parcourras toujours ; et ris donc, puisque tu sais main tenant que ta souffrance future n'est ni pire ni autre que celle d'autrefois ! » J'ai contemplé ma vie comme si elle ne m’apparte nait pas. Je l'ai vue se dérouler à travers les espaces et les temps, sortant d'abîmes inconnus et se perdant dans d'autres abîmes.
Elle brillait comme un collier de larmes jeté dans l'immensité déserte, et d’elle émanaient des rayons aussi resplendissants que des rayons de joie. Moi je regardais les abîmes d’où sortait ma vie et les abîmes qu’elle rejoignait, et leur mystère impé nétrable me faisait oublier les larmes rayonnantes dont ma vie était faite... Robert Scheffer
BIBLIOGRAPHIE Sa Vie, ses Fondations, ses Œuvres par Albert Poisson ( i ) De letude sérieuse et impartiale de la Science occulte est née une conception nouvelle de l'alchimie. C'est à Louis Lucas qu'il faut tout d’abord attribuer le mérite de la renaissance des études alchimiques.
Le Roman alchimique, où Lucas mettait au jour l’impor tance scientifique des enseignements de l'alchimie touchant l'Unité de Force et l’Unité de Matière syn thétisées dans l’Unité de Mouvement libre, ouvrit la voie aux chercheurs. L’Université dans la personne d'un de ses plus illustres représentants, M. BcrtheloL daigna s'occuper de ces études: mais on connaît notre opinion à cet égard.
M. Berthelotafait pour l'alchimie ce queMaury avait fait pour la Magie : une étude exotérique et for cément stérile pour un véritable initié. La science occulte n:a toujours manifesté à tous les âges qu'un seul moyen de cacher ses secrets aux illustres mem bres de F Université : elle reste occulte pour eux et la mystérieuse Isis leur permet seulement de s’attarder à la description extérieure de son triple voile. A côté de Maury analysant les doctrines magiques (i) î vol. in-8 *, 5 fr.
NICOLAS FLAMEL 71 sans en comprendre le véritable sens, un de nos plus grands maîtres, Eliphas Lévi, était mis à même de poursuivre la tradition occidentale en une série de magnifiques ouvrages. De nos jours c'est à un écrivain d'une science et d'une opiniâtreté peu communes, à M. Albert Poisson, qu'est dévolue la tâche de révéler les arcanes du sym bolisme alchimique et de prendre la parole au nom des maîtres inconnus ou bafoués.
Après avoir commencé ses travaux par la publication des œuvres de cinq des plus illustres d’entre les alchi mistes. M. Poisson a écrit sous le nom de Théories et Symboles des alchimistes un ouvrage qui dénote de rares qualités et de précieux dons touchant la connais sance de la clef réelle du symbolisme alchimique.
Lorsqu'un chimiste moderne, avec ses conceptions analytiques étroites, met de l’acide azotique en pré sence du fer et que la décomposition a lieu, son esprit ne se représente rien qu'une formule d’apparence algébrique destinée à soulager la mémoire.
Lorsqu’un alchimiste produisait le même phéno mène, il représentait l'acide par un lion, image de sa voracité, et le fer par un coq ou par un loup, symbole de mars (le fer), si bien que la science des hiéroglyphes et des correspondancee, l'astrologie et la magie, for maient une synthèse unique que le praticien adaptait à la description d'un fait chimique et l'initié d'alors dessinait le combat d’un lion rouge et d'un coq au lieu d’écrire : 8 AçO3 H + 2 te = (A;O3)6 Fe> + 2 A.O + 4 H2O.
l’initiation 72 Quelle est la plus esthétique des deux méthodes ? C’est au lecteur de décider. Donc, à notre avis, l'ouvrage de M. Poisson sur les Théories et Symboles des alchimistes est une des œuvres les plus originales et les plus sérieuses qui aient paru depuis longtemps sur l'alchimie. Mais ce n’était là que le début d'une encyclopédie dont le troisième volume, consacré à Nicolas Flamel. vient de voir le jour.
Ce volume est très bien conçu et nous possédons enfin une biographie complète et impartiale du grand alchimiste. M. Poisson a fait suivre son étude de la réimpression du livre introuvable de Nicolas Flamel. C’est assez pour justifier le succès dont cet ouvrage a cté l’objet dès son apparition.
Du reste, nous ne saurions mieux analyser ce livre qu'en donnant l'extrait suivant de la « Préface » que nous faisons précéder de la reproduction d'une des nombreuses gravures qui ornent le travail de M. Pois son.
74 l’initiation « Dans l'histoire de l’Alchimie, deux philosophes nous ont paru mériter les honneurs d’une monogra phie, ce sont Paracelse et Nicolas Flamel, le premier à cause de l’importance de son œuvre, le second à cause du grand nombre de détails que nous avons sur sa vie. Enfin ce sont, avec peut-être Albert-le-Grand. les plus connus de tous les alchimistes.
Et, pour ne parler que de Nicolas Flamel, sa célébrité est tellement grande en France qu’il n’y a peut-être pas un intel lectuel qui ne connaisse sa légende.
Sa maison, qui existait encore en notre siècle, a occupé plus d'une fois les archéologues : les romantiques, amoureux du moyen âge, se sont plus d’une fois servi du nom de Flamel ; mais tout ceci n’est rien en comparaison de la renommée de l'illustre adepte aux siècles passés et surtout aux xvn8 et xvin * siècles. Sa maison et ses diverses fondations étaient alors des buts de pèleri nage alchimique.
Aucun disciple d’Hermès, français ou étranger, ne serait passé par Paris sans aller visiter la maison de la rue des Ecrivains et les deux arcades, couvertes de symboles, du cimetière des Innocents.
C'est un fait, que Flamel fut, après sa mort, considéré surtout en France comme un des plus grands maîtres de l’alchimie : ses ouvrages furent plus tard fort recherchés, surtout ceux qui n’existaient qu’à l’état de manuscrit ; les copies en furent multipliées surtout aux xvne et xvme siècles, preuve éclatante de la vogue dont Flamel jouissait auprès des hermétistes.
Bien plus, cet adepte n'est-il pas le type du véritable alchi miste. travaillant sans cesse, jamais lassé, jamais rebuté, partageant son temps entre la prière, l’étude et
NICOLAS FLAMEL 7> le laboratoire, ne désirant la science que pour ellemême. puis parvenu au but, employant la richesse acquise en de bonnes œuvres, continuant pour luimême à vivre sobrement. Quel autre alchimiste pou vait nous offrir une vie aussi bien remplie. D'autres, Scthon, Kelley. Bacon, nous offrent une existence plus mouvementée, plus dramatique, mais moins riche en documents psychologiques.
« Enfin, ce n'étaient pas là les seules raisons qui nous ont déterminé à écrire la monographie de Flamel : tandis que les notices biographiques ont été multipliées pour Albert-le-Grand, Paracelse, Van Hclmont, Raymond Lulle, Arnauld de Villeneuve, on n'avait sur Flamel que l'histoire de l’abbé Villain, riche en documents, mais mauvaise en ce sens qu'elle est terriblement partiale et que l’auteur s’efforce de démontrer une thèse préconçue : Flamel n'a jamais été alchimiste.
Pour nous, au contraire, il s'est occupé d'alchimie : mais nous ne prétendons pas imposer notre opinion, nous donnerons nos raisons, et le lec teur jugera en dernier ressort.
Tout fait, si minime qu’il soit, sera pesé et discuté avec la plus grande impartialité ; nous aurons à combattre plusieurs objec tions,soit de l'abbé Villain. soit d’écrivains postérieurs, nous le ferons en les traitant autant que possible au propre point de vue de l'adversaire. « Qu'il nous soit enfin permis de répondre à une objection qui pourrait se présenter : A quoi bon passer son temps à des études inutiles?
Et d'abord nous répondrons qu'il n'y a pas d'études inutiles: d’un livre, si mauvais qu'il soit, disait Lucien, il y a toujours
l’initiaton 7b quelque profit àtirer. De meme une étude quelconque profite toujours et d’autre part nous ne voyons pas en quoi l’étude de l’alchimie est inutile. MM. Berthelot et Ruelle ont produit des travaux intéressants sur les ori gines de l'alchimie, et on les étonnerait peut-être en leur apprenant qu’ils ont perdu leur temps en des recherches inutiles.
« Quant à ceux qui pontifient: « L'alchimie ? stu pide ! produit des siècles d'ignorance, à reléguer avec les autres vieilleries intitulées : Sciences occultes ! », à ceux-là nous conseillerons de se tenir un peu au courant du mouvement scientifique actuel.
Aux autres noiis avions répondu par deux noms, Berthelot et Ruelle; à ceux-là nous en opposerons une brillante pléiade, Crookes, Aksakoff, Richet, Papus, de Rochas, Barlet; nous en passons: la liste en serait trop longue.
A ceux-là qui nous servent de vieilles objections et qui croient avoir anéanti quelqu’un en l’accusant d'oc cultisme, nous dirons : l’occulte n’existe pas, le miracle est impossible, mais, ce qui existe, c’est notre igno rance actuelle de certaines lois, de certaines forces, ignorance qui nous laisse muets devant nombre de faits ; tout phénomène est digne d’étude, tout fait his torique bien avéré est digne de foi ; reste, si nous ne pouvons l’expliquer, à étudier pour lui trouver une solution, et, si notre science est forcée de laisser plus d’un fait sans explication, le doute seul nous est per mis et non la négation.
Il est presque banal de répon dre encore que ce qui nous étonne semblera naturel à nos successeurs, que le phonographe eût stupéfié Pascal ou l’abbé Nollet, alors que son fonctionnement
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ESOTERIQUES 77 nous paraît très simple et que sa théorie nous est familière.
La banalité facile de cette réponse ne démontre-t-elle pas que ceux-là font des objections vieillotes, auxquelles il faut opposer pareilles raisons. » ★ * ♦ Dans le prochain numéro de Y Initiation, nous rendrons compte de l'ouvrage du I)'' Baraduc sur la force vitale et du curieux traité d’adaptation de l’éso térisme à la littérature publié par Jules Lerminasous le titre de la Magicienne. Parus.
D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES Quartier General. — Les réunions régulières repren dront au mois d’octobre. Rappelons qu’en présence de l’accroissement des demandes pour les groupes fermés nous avons décidé d’être désormais très sévères et de n’accepter que les membres instruits et décidés à travail ler.
Il existe maintenant assez de conférences populaires et de réunions mondaines où les curieux et les désœu vrés pourront se divertir, pour nous permettre de tra vailler sérieusement et avec des membres choisis. Nous publierons prochainement le nouveau règlement de^ groupes fermés.
L’admission aux conférences de quin zaine ne subira du reste aucune modification et tous les membres du Groupe sans exception pourront y prendre part. ★ * * La dernière conférence du Groupe a été présidée par Jules Lermina qui a fait une causerie des plus savantes et des plus humoristiques sur /’Histoire de la Terre.
l’initiation L’orateur a résumé en moins d'une heure les travaux sur la linguistique qu'il poursuit depuis plusieurs années. On ne saurait imaginer de quelle lumière s’éclaire l’évo lution des races humaines grâce à cette merveilleuse méthode de la linguistique comparée.
Au moment où la mode s’empare de ces questions relatives à l’occultisme, où chaque salon se pique de conférences dites ésotériques et annonces par des éco liers à barbe blanche, il est nécessaire que les chercheurs sérieux aient un centre où se rencontrer, et nous sommes heureux de voir notre conférence d’adieu pour cette année présidée par notre ami Jules Lermina qui inau gura le Groupe indépendant d’Etudes ésotériques il y a bientôt cinq ans.
L'Histoire de la Terre est publiée dans le Voile d'Isis.. Groupe n° 4. — Spiritisme Qu est-ce qu'un médium? Monsieur le Directeur, Dans ma lettre du 24 mai dernier, je vous annonçais que, par suite du départ de notre médium principal pour l’Espagne, nos séances se trouvaient provisoirement suspendues; je pensais alors que cet excellent médium (Mme 0...) serait difficilement remplacé.
Fort heureusement, il n'en est rien, ainsi que j’ai pu m’en convaincre samedi dernier. J’avais lancé, à tout hasard, pour ce jour-là des invi tations intimes pour une séance d’essai de spiritisme. Trois invités sur six répondirent à l’appel : M. et Mme B. et une de leurs amies, Mme P.
Mme B. n’avait assisté à aucune de nos séances depuis son mariage, c’est-à-dire depuis plus d’un an ; son mari et Nlme P. n’avaient aucune idée d’une séance de ce genre. Le Groupe n° 4 se trouvait donc représenté par votre serviteur seulement. Après la prière d’usage, je me pla çai avec Mrac B... à côté d’une petite table carrée, à quatre pieds, sur laquelle nous posâmes les mains à plat.
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ESOTERIQUES 79 Presque aussitôt, l’esprit familier du Groupe se pré senta et demanda, par coups frappés, à se communiquer par l’écriture mécanique; il nous invita ensuite à faire ¡’obscurité. Je priai les deux autres personnes de se joindre à nous pour maintenir la petite table; nous étions tous quatre debout. On emporta la lampe aussitôt.
La petite table carrée nous entraîna dans un angle de la salle malgré tous les efforts faits pour la maintenir en place. En même temps, une grande et lourde table à six pieds se mit en mouvement d'elle-même à mon commande ment et quelques objets placés sur cette table furent jetés à terre. On apporta de la lumière et nous fûmes de nouveau invités, par l’écriture mécanique, à faire de l'obscurité.
Cette fois, le fauteuil de MmC B. est violemment secoué ; puis, sur le désir que j'en exprime à haute voix, différents objets sont déplacés, ou apportés aux per sonnes désignées; une boite à musique joue d’elle-même.
Je prie l’invisible de vouloir bien, de nouveau, mani fester sa présence en agitant un grelot ou une sonnette tous deux placés hors de portée des assistants, et quel ques instants après nous entendons le tintement d’un grelot que nous retrouvons à terre après la séance, qui est levée à 11 heures. Le Groupe 11° 4 possède donc encore un médium à effets physiques, mais quel est-il? Est-ce M‘no B. ? Est-ce moi ?
Je me pose encore cette question : Qu’est-ce qu'un médium ? Je crois que c’est un être humain, homme ou femme, bien ou mal équilibré, capable d’entrer en relations avec un ami ou un ennemi invisible. Je crois encore que le tempérament ne joue aucun rôle dans la question. Veuillez recevoir, Monsieur le directeur, l’expression de mes meilleurs sentiments. A. François. J
8o l’initiation Branches. — Un nouveau poste de correspondant est établi au Havre. On ‘trouvera plus loin un travail très important qui nous est envoyé par la Branche de Montpellier. PLANÈTES ET TEMPÉRAMENTS Un de mes condisciples s’occupe dans l’/niZur/icw de mai de ce qu"il appelle si justement mon essai (i) et dont tout le mérite aura été de provoquer le sien.
Je veux lui rendre sa fraternelle politesse à l’occasion des remarques suivantes qui peuvent avoir leur impor tance.
Ocellus Lucanus a établi les rapports : Mon confrère cherche à les adapter aux rapports de Polti et Gary (omission faite de l’objectivité et de la subiectivité, BL, SN) : B Intellectuel N Actif Passif Voici sa proposition : S Corporel L Considérant les données de Polti et Gary: N (carbone, sec), S (oxygène, chaud), B (azote, volatile et humide), (i) Voir l’Initiation d’avril.
DANS L’ASTRAL Si L (hydrogène, froid), je me permets de lui proposer l’a daptation suivante qui me semble plus exacte : Feu Chaud Air Objectil.
Sec Humide )\ Terre h roid JEau D’autre part, l’attribution des influences planétaires n’étant, comme celle des tempéraments, qu’un ordre à établir dans leur série intégrale, il convient d’ajouter, pour être complet, aux trois planètes que j’ai données: 4° celle qui retourne du 4raP élément au ier; 5° celle des deux restantes qui se rattache au ior élément; 6° enfin la dernière restante qui se rattache naturellement au dernier.
Exemple NSEB = çf Ç> CW- Mais il est certain que plus on avance dans la suite des influences attribuées, plus les significations de leur caractère propre fait place à la simple confirmation de leur ordre. (Pour la section BC, Ram, de KYMPIS, B. G. E.) yvrgeY.
BRANCHE DE MONTPELLIER J’ai le plaisir de porter à la connaissance des lecteurs de Y Initiation le résultat de quelques expériences qui, j’en suis sûr, intéresseront tous les occultistes et les chercheurs. Ees expériences que j’avais commencées depuis déjà longtemps avaient pour but de déterminer une sortie consciente du corps astral, et les phénomènes ont été des visions complètes ou incomplètes du monde
82 l'initiation astral, lesquelles ont été' obtenues par MM. P. Reybet de Saint-Dizier (Haute-Marne), C. Bourguet, de notre branche de iMontpellier et par moi-même. M. P. Reybet étudie beaucoup les ouvrages des maîtres de l’occultisme et a l’habitude de lire au lit avant de s’endormir. Il avait depuis longtemps remarque' cette phrase classique qui a fait tant réfléchir: « Nous sommes en Dieu et Dieu est en nous ».
Or cette phrase l’intéressait beaucoup et il cherchait à en pénétrer le véritable sens, ce qui sans doute a forcé son cerveau à une tension presque continuelle. Si l’on réfléchit que lorsqu’on croit avoir bien compris certains principes, une étude plus approfondie, ou meme un phénomène quelconque fait changer le point de vue et force à étudier plus profondément et plus sérieusement, on comprendra très bien le cas de M. Reybet.
Le sens de la plupart de ces phrases ne doit évidemment jamais changer, l'interprétation seule change avec le degré d’avancement du disciple et avec son état d’esprit. C’est justement ce qui est arrivé à M. Reybet, car s’étant sans doute déjà fait une opinion sur le prin cipe en question, il a vu cette opinion se modifier légè rement à la suite de sa vision, laquelle, comme il le dit lui-même, lui a fait comprendre bien des choses.
Voici, d’après son récit que je traduis le plus fidèlement pos sible, comment les choses se sont passées : Il était environ cinq heures du matin.
M. Reybet venait de se réveiller; on était à l’époque où il fait déjà jour à cette heure-là, ce qu’il faut bien remarquer ; il élève la tête et s’appuie sur le coude presque assis et se mc-t à penser qu'il était temps de se lever pour aller faire un tour au bois avant de commencer son travail; tous ces détails prouvent qu’il était parfaitement éveillé.
Tout à coup, sans qu’il puisse se rendre compte de la transition, il s’est trouvé, dit-il, dans l’état de pouvoir apercevoir ce qui nous est invisible ordinairement; il aperçut d’abord à 3 ou 4 mètres de distance un homme portant un manteau dans le genre des capucins. Cet homme semblait plongé dans un fluide en continuelle vibration et qui faisait comme des espèces de vagues absolument régulières; son désir avait été magiquement
DANS L'ASTRAL 83 exauce, puisqu’il ce meme moment, il se trouvait dans le bois et voyait aussi les plantes et les fleurs, comprenant très bien comment elles naissent et vivent par l’action de ces grands fluides. M. Reybet dit très bien se souvenir de tous ces details, excepte de la figure de l’homme qui était devant lui, bien qu'il n'ait pas écrit ses impressions sur le moment.
En lisant la lettre que M. Reybet adresse à notre ami Bourguet, on peut facilement se rendre compte de l'effet produit sur lui; on sent d'abord qu’il a dû ressentir un sentiment exalté de bonheur et de douce joie, ce qui est traduit par un désir incessant d’étudier la question plus profondément, et surtout au point de vue expérimental. C’est dire qu’il cherche par tous les moyens à repro duire le phénomène.
Je dois avouer que cette impression je l'ai ressentie, et la ressens encore à la suite de mes expeiiences personnelles. Ce qui semble résulter de ce récit, c’est qu’il y a une différence très marquée entre ces phénomènes et ceux que j'ai eu le bonheur de reproduire.
Il y a évidemment ici, en mettant de côté l’hallucination : ou une sortie du corps astral, ou simplement la vision directe du monde astral; mais dans tous les cas, du moins, c’est ce qui ressort de la lecture des deux lettres que j’ai sous les yeux, le phénomène a été spontané et nullement pré paré, du moins sciemment. J’en ai eu un analogue dans ma jeunesse que je relaterai tout à l’heure.
Mais pour en revenir à mes récentes expériences, je dois dire qu’elles avaient été préparées depuis longtemps et que j’ai d’abord eu de nombreux insuccès et même de sérieux déboires.
Ayant été témoin de quelques phénomènes, le désir de les comprendre me fit étudier les œuvres d’Allan Kardec; mais, ses théories étant insuffisantes, je ne cessais de réfléchir à une explication plus rationnelle et plus scientifique; ne connaissant pas plus les ouvrages spé ciaux sur les sciences occultes, je m’endormais tous les soirs avec l’esprit non satisfait, et un profond méconten tement de ne pouvoir trouver la véritable théorie. Or une nuit je fis un rêve bizarre : je revais que, me trouvant chez un libraire, un homme qui était là me dit en me
l’initiation 84 montrant un livre : « Voilà ce que vous cherchez. » Je regardai l’ouvrage indiqué et vis dans un coin une figure géométrique que je ne pus distinguer, et comme titre le mot Boudhisme ; je ne me souviens plus de ce qui s'est passé ensuite. Le lendemain, je ne pensai plus à cela, mais dans la matinée je fus forcé pour mes affaires de passer devant ladibrairie, ce qui éveilla chez moi le sou venir; et machinalement j’entrai.
Quelle ne fut pas ma stupéfaction, en apercevant un livre absolument ana logue à celui que m’avait montré l’homme de mon rêve; le signe des théosophes était imprimé dans un coin, ce qui correspondait comme forme à la rigure géométrique que je n’avais pu distinguer. Cependant, le titre seul avait changé, car au lieu de Boudhisme seulement, c’était le Boudhisme ésotérique de Sinnet.
Ce livre m’intéressa beaucoup et c’est à la suite de sa lecture que j’entrepris sérieusement l’étude des sciences occultes. Beaucoup de personnes ne verront là qu’une simple coïn cidence, mais pour moi je ne puis admettre cette expli cation, car la vision a été trop nette et la vérité trop conforme pour que je puisse croire un seul instant à cela.
D’ailleurs, je pourrais citer d’autres faits qui ne me sont pas personnels et qui prouvent qu’il existe beau coup plus de personnes qu’on ne le croit d’habitude, susceptibles d’obtenir des résultats analogues.
C’est ainsi qu’une personne que nous connaissons très bien et qui occupe dans le journalisme un emploi assez élevé, nous a assuré qu’il lui arrivait la nuit de rêver qu’il recevait une lettre de M. X. ou de M. Y., ce qui se confirmait le lendemain et même ce qu’il annonçait avant de dépouil ler son volumineux courrier. Dans la plupart des cas, ces lettres se rapportaient à des personnes qu’il avait perdues de vue depuis déjà longtemps.
Je pourrais mul tiplier les citations de ce que nous appelions : « Rêves prophétiques », mais je préfère reprendre le récit de mes essais sur la sortie consciente du corps astral.
Les essais dont je viens de parler plus haut ont duré assez longtemps, plusieurs mois, avec un insuccès presque complet, car c’est à peine si j’avais cru remarquer sur les derniers temps, et à plusieurs reprises, un commencement de dégagement à des intervalles assez éloignés : dans le
DANS L’ASTRAL 85 but de faire examiner mon état, je fis quelques expériences devant l’ami Bourguet, qui ne constata qu’un léger état de surexcitation nerveuse ; j'étais donc complètement désespéré, et j’abandonnai ces expériences après avoir essayé tous les moyens, y compris le jeûne, le régime végétal, etc...
Je repris donc mon train devie habituelle, cedont j’avais grand besoin, étant très fatigué, et je me considérai comme inapte à produire la sonie, lorsqu’un soir, sans y avoir pensé dans la journée, je fus pris tout d’un coup de l’idée de faire un nouvel essai; je m’allongeai donc selon mon habitude sur une couverture étendue sur mon lit, je fixai ma volonté et... je m’endormis Ce sommeil dura jusqu’à la pointe du jour ; à ce moment, je fus réveillé par un grand frisson qui me parcourut tout le corps : j’avais toujours l'idée fixe de continuer l’expé rience.
Comprenant que le phénomène allait se produire, je fus saisis d'une grande joie, mais néanmoins je cher chai à ne pas remuer et ma volonté s’affermit avec l’idée de bien analyser mes sensations et de les écrire ensuite. Un nouveau frisson suivi d’un hérissement des cheveux survint ; un autre plus rapproché.
Les cheveux se dressent et crépitent ; j'ai alors la volonté de projeter ma forme astrale au milieu de la chambre et au même instant un frisson arrive, se prolonge et j’ai la sensation que mon corps matériel à demi soulevé par une force inconnue se retournait, se penchait par le travers hors du lit et il me sembla qu’il allait tomber sur le parquet ; la peur de cette chute me fit faire un mouvement de rotation contraire, ce qui fit augmenter le frisson qui diminuait et finalement il cessa complètement.
Je regardai alors près de mon lit et je vis qu’un meuble que j’avais poussé la veille contre le bord m’empêchait complètement de tomber; plus ras suré, je recommençai l’expérience, car j'avais compris que ce que j’avais pris pour mon corps matériel n’était autre chose que ma forme astrale; mais pourquoi cette sensation de pesanteur : sans doute mon imagination l’avait provoquée puisque j’avais cru sur le moment que c’était mon corps vrai; donc, en ayant une volonté con traire, je devais pouvoir l’élever au-dessus de moi. Je dois dire que l’expérience ne confirma pas du tout mon
86 l’initiation raisonnement, car la même chute se reproduisit deux ou trois fois; mais, complètement décide à le laisser tomber, quoiqu’il arrive, je laissai la chose suivre son cours.
Je sentis alors le frisson se changer en une vibration conti nuelle; mon corps astral glissa sur la table et se trouva enfin au milieu de la chambre ; je me retournai et aperçus un autre moi-même étendu sur le lit, les yeux grands ouverts et fixes; les contours du corps étaient lumineux et une traînée lumineuse partait du haut de la poitrine et arrivait jusqu’à moi; les objets eux-mêmes étaient plus ou moins colorés.
Je passai alors dans la chambre voisine sans plus m’occuper de l’autre qui gisait inerte, et je me sentis alors complètement libre. Je vis d’abord que la fenêtre était légèrement ouverte; je jetai un coup d’œil dehors et vis que toutes les maisons avaient les volets fermés. Un morne silence régnait: je n’entendais plus qu’un très léger bourdonnement à la place de mes oreil les.
Vous dire ce que j’ai vu serait presque impossible ; j’essayerais de le faire que je ne pourrais m’expliquer clairement et ne serais compris que de ceux qui ont réussi dans leurs expériences. Al. Reybet doit bien com prendre, lui, qu’il est des choses qui ne peuvent s’expli quer vu le manque absolu d’expressions capables de dési gner des états de choses qui n'ont pas leurs analogues dans la vie ordinaire.
Je puis seulement dire que j’ai vu quelques formes astrales, entre autres celle de mon père avec qui j’ai conversé assez longtemps. J’ai cru remar quer que ces formes obéissaient à la volonté et qu’il suf fisait de vouloir pour les faire disparaître.
Néanmoins la volonté n’est pas toujours suffisante et on obtient quelquefois des résultats tout à fait contraires àceuxque l’on se propose d’atteindre, je dirai même des résultats tout à fait inattendus. Dans tous les cas, au sortir de cet état, j’ai vu mes opinions sur la question changer complètement. Pour en revenir au récit de mes expériences, je dois dire qu’à un certain moment une idée vint: < Si j’allais ne pas pouvoir rentrer ».
Très inquiet, je fis un effort de volonté pour opérer la réunion : je revis alors avec la rapidité de la foudre ma chambre à coucher, mon lit et mon corps toujours dans la même position; une vibration et puis, sans savoir comment, la
DANS L’ASTRAL 87 réunion s’est opérée, car je me levai sur mon séant, je pus constater à la pendule qu’il était six heures et demie du matin : il y avait donc une heure environ que mes expériences étaient commencées. Je me levai et passai dans la chambre à côté et pus constater que, comme je l'avais vu en corps astral, la fenêtre de cette chambre était bien ouverte.
J’entendis plusieurs craquements rapides dans les meubles et puis plus rien ; j’écrivis alors le récit qui précède et mis les feuilles sur la cheminée.
Très fatigué, je me recouchai, espérant dormir un peu, mais voici bien une autre histoire: il me sembla que le dégagement s’opérait encore, mais alors simplement et sans vibrations ; je revis à peu près la même scène que je viens de décrire, mais les objets n’étaient plus colorés; je revis aussi les mêmes formes astrales et bien d’autres encore et même des images de personnes vivantes.
Mon père était toujours là ; il me dit un discours un peu..... incohérent et, me félicitant sur la réussite de mes expé riences, il me proposa d’aller faire un tour dans une plancte, ce que j'acceptai après lui avoir fait promettre que mon corps ne risquerait rien.
Je me sentis alors enlevé dans les airs ; la rapidité de ma course qui ne dura que quelques secondes m’empêcha de distinguer ce qui se passait autour de moi; nous arrivâmes en effet dans un pays extraordinaire sans végétation avec des coteaux et des montagnes pittoresques colorés d’un rose tendre inimitable ; je marchai côte à côte avec l’ombre de mon père qui me donnait toutes les explications relatives au mode d’existence, a la marche des saisons, etc. Il paraîtrait que sur cette sphère les jours durent plu sieurs mois et que souvent un soleil vert remplace le rose...
On y est très heureux car on n’a pas les mêmes besoins matériels que chez nous, la charité seule et l’a mour du prochain étant là-haut des sources de jouis sances incomparables. « Tu ne peux comprendre, mon fils, me dit-il, ces sortes de jouissances, car tu es dans un état d’avancement tel que même les expressions les plus poétiques et les plus choisies ne pourraient t’impres sionner suffisamment pour que tu puisses voir et saisir la vérité. Cependant tu es plus que moi et moi plus que toi. » Je vous fais grâce du reste, car je pense que l'on
l’initiation 88 aura compris: je venais de rêver; par une repercussion toute naturelle à ce qui venait de se passer dans mes expériences de sortie consciente, mon imagination avait travaillé et continuait en rêvant le phénomène réel. Le réveil eut lieu à la manière ordinaire et je compris tout de suite que j’avais dormi.
Cependant la première partie ne se confondait pas dans mon cerveau a\ ec la deuxième ; pour m’en assurer, j’allai droit à la cheminée et trouvai les feuilles où j'avais enregistré l’expérience; j’ouvris la porte de la chambre et constatai pour la deuxieme fois que la fenêtre était bien ouverte.
Voici déjà quelque temps que tout cela s’est passé et je vois actuellement que la première partie est toujours présente à ma mémoire ; je me souviens même plus net tement de cette expérience que des faits et gestes de ma vie ordinaire à cette époque, tandis que le souvenir de la deuxième partie s’efface peu à peu de ma mémoire.
Avant que ma très modeste érudition essaye de tirer quelques conclusions de ces phénomènes, je vais tacher d’en décrire encore quelques autres qui se rapportent parfaitement à la question. Notre ami et F.-.
Bourguet, qui a déjà écrit quelques articles sur les plantes magiques et la magie des campagnes, est du même âge que moi ; il a, à peu de chose prés, fait les mêmes études occultes que les miennes, et devait être par conséquent à peu près dans le même état d’esprit.
Or, une.nuit, il rêvait qu’il était dans la rue située derrière chez lui et que, se promenant, il aperçut une voiture de déménagement attelée de plu sieurs chevaux; il vit un de ces derniers s’abattre et il fut impossible au conducteur de le relever, ce qui nécessita l'aide de plusieurs personnes. A ce moment il fut brus quement réveillé par des vigoureux coups de fouet, ce qui naturellement lui ht penser à son rêve de la nuit.
Vive ment intrigué, il n’eut rien de plus pressé à faire que de se lever, d’ouvrir une fenêtre, et il constata avec stupé faction que la voiture de son rêve était bien au même endroit, qu’un cheval était abattu et que plusieurs voisins aidaient le conducteur à relever la bête : cela le frappa tellement qu’il vint de suite me réveiller pour me le raconter. Peut-être y a-t-il eu là une sortie astrale, étant donné
DANS L'ASTRAL 8g qu’il avait essayé aussi de produire ce phénomène. Peutêtre aussi n’y a-t-il eu qu’une vision directe obtenue sous l’influence de l’imagination vivement frappée et surexcitée par le bruit des coups de fouets. Je ne puis me pronon cer définitivement à ce sujet et Bourguet hésite lui-même, quoiqu'il penche pour une sortie astrale. Il avait déjà eu une apparition dans des conditions assez singulières.
Une personne qu’il connaissait venait de mourir et, comme elle se trouvait avant sa mort dans une certaine misère, ses amis firent une collecte pour lui offrir une couronne. Or ils vinrent trouver Bourguet et celui-ci donna une petite somme, mais moins que ce qu’il aurait voulu donner.
Le lendemain, pendant la nuit, il fut réveillé tout à coup par un certain malaise, et il aperçut au pied de son lit la personne morte, les bras croisés sur la poi trine, qui le regardait fixement. Très gêné, il fit un saut hors du lit ; l’apparition était toujours là. Désirant que cela cesse, il cligna plusieurs fois les yeux et elle disparut.
Quant à moi, dans ma jeunesse j'ai vu aussi quelque chose d’analogue, mais accompagné de circonstances exceptionnelles. Je suis né dans un vieux château de Lor raine que mon père avait fait reconstruire presque en entier ; il restait néanmoins une portion assez consé quente qui, respectée par les siècles, avait toujours con servé son caractère primitif.
On racontait à son sujet des histoires assez extraordinaires et les vieilles femmes disaient tout bas que le château était hanté et qu’il était dangereux d’y rentrer à certaines heures. J’avais à cette époque sept ou huit ans et c’était le jour de la Saint-Nico las.
Ce jour-là tous les petits enfants lorrains ont l’habi tude de mettre leurs souliers dans la cheminée et les parents les remplissent de friandises ou ne mettent pres que rien accompagné d’une verge s’il n’ont pas été sages ; dans le Midi la même habitude existe, seulement c’est à Noël et les enfants sont plus ou moins persuadés que c’est saint Nicolas pour la Lorraine et Jésus pour le Midi que leur amour pour l’enfance fait descendre par la cheminée pour les récompenser.
Naturellement j’avais aussi mis mes souliers et je m’étais endormi avec le désir de voir, le lendemain, mes vœux se réaliser, et de pouvoir mon trer à mes amis les jouets que j’espérais bien recueillir.
l'initiation Au milieu de la nuit, je me réveillai et vis au milieu de la chambre une grande clarté provenant sans doute des rayons lunaires entrant par la fenêtre dont les volets n’étaient pas clos. Je m’assis sur mon lit avec l’idée d’aller me rendre compte si saint Nicolas n’était pas en core passé.
Avant de descendre, je pris sur ma table de nuit un verre d’eau sucrée qui s’y trouvait et je bus un peu; au moment où je reposais le verre sur la table, je me retournai et vis dans la demi-obscurité un homme plus grand que nature, coiffé d’un bonnet de coton dont la mèche dressée touchait presque le plafond ; il était vêtu d’une petite veste blanche et d’un caleçon blanc.
11 resta une seconde immobile et se dirigea vers moi; quand il fut éclairé par la lune, je constatai que sa figure m’était tout à fait inconnue, et, pris d’une peur insensée, dans l’impossibilité complète d’émettre un seul cri pour appeler, je me jetai sur mon lit et me couvris la ligure sous l’édredon, mais la curiosité fut plus forte que la peur, car je hasardai bientôt un coup d’œil : je vis tou jours le meme homme, seulement il était 'près de moi.
' La peur me reprit de plus belle et me cloua dans cette position de sorte que je vis dinstinctement qu'il se baissaitpour me regarder; il prit ensuite le verre d’eau sucrée, le vida d’un trait et se dirigea dans la direction d’où il était venu et où il n’existait aucune porte, d’une marche lente, automatique et silencieuse.
Comme je ne le voyais plus que de dos, je n’avais plus si peur et je pensais que quand je raconterais cela le lendemain, personne ne me croirait; la voix me revint et j’appelai aussitôt de toutes mes forces, ce qui n’eut meme pas pour résultat de faire accélérer sa marche. Néanmoins je continuai à crier, car j’entendais du bruit dans la maison, ce qui prouvait que j’avais été entendu.
Arrivé au milieu de la chambre, l’ap parition se retourna, me sourit doucement, ce qui calma ma frayeur comme par enchantement. Elle fit quelques signes et étendit les bras dans ma direction, puis elle resta immobile en pleine lumière. La porte s’ouvrit; plusieurs personnes entrèrent avec des lumières et au même ins tant tout disparut. Je racontai alors à tout le monde ce qui était arrivé, ce qui fit bien rire. Je racontai aussi qu’il avait bu tout le verre d’eau sucrée et je fis constater
DANS LASTRAL 91 qu’en effet il était vide. Pour me tranquilliser, on me dit que cela était bien naturel puisque c’était la Saint-Nicolas et que c’était sans doute lui que j’avais vu; mais, ayant regardé dans mes souliers et n’ayant rien vu dedans, je n’étais pas convaincu et il fut impossible de me laisser seul cette nuit-là ainsi que plusieurs autres.
Le récit des phénomènes qui précèdent prouve que les principaux agents de ces manifestations ont été : i° l'imagination vivement surexcitée par la lecture des ouvrages spéciaux ou par tout autre cause ; 20 le désir violent, continuel et pendant longtemps entretenu de voir par soi-même ou d’en apprendre plus long; 3° le regret ou le repentir de n’avoir pas fait le nécessaire dans certaines circonstances, lequel est d’autant plus vif que la personne est plus charitable.
On pourrait ajouter aussi qu’un certain état physique, qui n’est pas encore déterminé, facilite beaucoup; je ne puis nier qu’avant ma sortie astrale j’étais très fatigué, sans cepen dant être malade, bien que j’eusse déjà cessé les régimes avant cette époque. Il ne me semblerait nas extraordi naire que AI. Reybet se soit trouvé dans le même cas. Quant à notre ami Bourguet, il n’était ni malade ni indis posé.
Je ne l’étais pas non plus lors de la vision de mon enfance ainsi que toutes les fois qu’il m’est arrivé de faire un rêve lucide. J’ai oublié de dire que les frissons qui ont précédé la sortie avaient un caractère fiévreux. Ayant eu les fièvres paludéennes pendant mon séjour dans l’ExtrêmeOrient, je ne puis mieux comparer cette sensation qu’à un frisson fiévreux sans cependant qu’il y ait analogie complète.
Je me suis demandé quel profit le chercheur peut retirer de ces phénomènes et de son contact répété avec l’astral. Ceci est assez difficile. J’estime d’une manière générale qu’il est très dangereux pour la raison, surtout pour les personnes qui ne se sont pas encore fait une idée bien nette de la marche et des opérations de la lumière astrale, d’essayer de faire des expériences. Néanmoins je crois qu’il est bon de recueillir le plus de faits possible et je conseillerai l’expérience à ceux
l’initiation 92 que rien ne peur plus impressionner et qui sont dans un état d'esprit tel qu’ils puissent encore douter de l’objec tivité du phénomène même après des résultats presque certains. M. de Mirville n’hésiterait pas pour dire que nous avons tous vu le diable et que nous sommes tombés dans ses embûches, il aurait peut-être raison à un certain point de vue.
Mais, vu l’explication qu'il donne de ce dernier, je ne lui aurais jamais conseillé de tenter luimême de le voir.
Seulement il parait que les études de Swedenborg ont commencé à la suite d’une vision où il aperçut au milieu d'une grande lumière un être qui lui dit : « Ne mange pas tant. » Eliphas Lévi raconte que, lors de ses expériences de Londres, lorsqu’il invoque à plusieurs reprises l'ombre d’Apollonius de Tyane, il obtient comme résultat la divul gation d’un terrible secret kabbalistique qu'il cache soi gneusement.
Donc dans certains cas cela peut aider dans les études, mais aussi il est presque certain qu’Eliphas Lévi devait être déjà sur la voie de ce secret, ce qui a dû singulière ment faciliter la tâche d’Apollonius de Tyane. Ce dernier n’aurait probablement rien dit si Eliphas n'avait pu sup porter ce secret ! !
Je ne suis certainement pas dans le cas de ce sorcier qui vint trouver Eliphas ayant perdu une feuille de son livre d'évocation et qui voulait bien revoir Adonaï !
Je suis encore moins dans le cas du maître moderne ; je vais néanmoins chercher à recommencer et j’espère que je ne me laisserai pas impressionner par les mirages trompeurs de Nahash,ce vieil ennemi plus que jamais debout, car je sais qu’ici la réalité est bien près de l’hallucination, et malheur à celui qui cherche à pénétrer les formidables secrets de la nature en regardant dans le miroir presque toujours trompeur de l’Astral, ce réceptacle des faits et des idées humaines, sans y être au préalable préparé par une étude sérieuse de la question, et on ne peut rien recueillir de bon dans le tourbillon des forces élémen taires sinon quand on y rentre avec une conscience pure
UN ACTE DE JUSTICE 93 et que l’on est prêt à tout sacrifier pour la conception du vrai et d’un idéalisme supérieur. Germain Gry, Membre du Groupe indépendant ¿’Etudes ésotériques. Nota. — Je vais recevoir des colonies un produit qui facilite beaucoup la sortie du corps astral, et je me pro pose d’en envoyer à M. Reybet en l’invitant à en prendre aux mêmes heures que mon ami Bourguet. Nous verrons quel sera le résultat.
UN ACTE DE JUSTICE Nos lecteurs savent combien nous avons toujours défendu l’un de nos maîtres les plus éminents, le marquis de Saint-Yves d’Alveydre, contre les attaques odieuses dont il a injustement été l’objet.
Le créateur de la synarchie, en révélant une loi sociale basée sur la science, la justice et la véritable hiérarchie, s’attaquait à trop de basses convoitises et flétrissait trop de mensonges poli tiques pour qu’on ne s’efforçât pas de faire taire cette voix prophétique par tous les moyens possibles. Aussi connut-il beaucoup de formes, et des plus perfides, de la persécution morale.
Mais, confiant en sa science et en sa bonne foi, confiant en ses efforts uniquement consacrés à la défense du vrai, le maître resta impassible devant ce débordement de haines et de calomnies. Une première compensation vient de lui être offerte, et nous espérons qu’elle marquera le début d’une justice équitable. Par décret du Président de la République du 26 juin 1893, M. de Saint-Yves a été nommé chevalier de la I .égion d’honneur.
Voilà la plus belle réponse qu’on puisse maintenant faire aux ennemis et aux envieux du révélateur de la synarchie. P. 1
94 l’initiation ÜOTVæiLSS mVSRSSB La directrice de notre propagande au Groupe, AP1’’ J. de Wolska, est portée sur les listes officielles du Congrès des Femmes de Chicago comme seule représentante, pour la France, de l’Occultisme.
C’est là un nouveau et légi time succès pour nos idées. * * * Une série de bonnes fortunes Tient de manifester une fois de plus combien le mouvement provoqué par le Groupe indépendant d'Études ésotériques est important autant dans le plan visible que dans le plan de l'invisible.
Papus vient d’être mis en possession d’un volume ma nuscrit complet d'Eliphas Lévi contenant un commen taire du Sohar, un exposé de la légende indoue de Krichna et un exposé commentaire de la légende d’Hiram. Ce précieux volume porte le titre de le Livre de la Splendeur. Déplus la branche de Lyon, dirigée par M. Elie Steel, a fourni à notre président de précieuses archives concer nant l’histoire du martinisme.
Un ouvrage spécial sera consacré à ce sujet dont l’étude a été facilitée grâce au dévouement de tous nos frères de Lyon et en particulier de MM. Vitte, Cavarnier et Elie Steel. Qu’ils reçoivent, au nom de la cause, nos plus vifs remerciements.
Enfin nous possédons, grâce au Dr Favre, un portrait (le seul qui existe) et la biographie complète de Louis Lucas que Papus a été l’un des premiers à faire con naître en iSby. ■* ♦ * Le Traité élémentaire de Magie pratique de Papus vient enfin de paraître le 12 juillet.
Il est en vente au prix de 12 fr. chez les principaux libraires de Paris et dans les librairies de Lyon (g, rue de Bonnel) et de Nice, suc cursales de la librairie du Merveilleux, de Paris. Vu le nombre de demandes parvenues à l’éditeur jus qu’à ce jour, le premier tirage est insuffisant et l'on a dû restreindre considérablement le service de Presse. Par suite, le service ne sera pas fait aux journaux spiritua listes, sauf un ou deux.
COURRIER BIBLIOGRAPHIQUE 9$ NI. Elie Steel, chef de la branche de Lyon, a entrepris la publication de très curieuses Archives secrètes de la Franc-Maçonnerie (collège métropolitain de France à Lyon). Cette publication paraît par livraison à 0,25 cent, toutes les semaines. S’adresser soit à Chamuel, e'diteur. 29, rue de Trévise, Paris, soit à lalibrairie de la Préfec ture, 9, rue de Bonnel, à Lyon. Léon Berger. — Tristia.
Une plaquette in-18, pap. vergé. Paris, Chamuel, i8g3. Voici la seconde partie de diptyques que la Turris eburnea de Marc Haven a inaugure'e, l’an passé, et avec quelle science exquise. Mais tandis que ce dernier sem blait écrire avec l’éblouissement des lumineux rivages de Tau delà, M. Berger a surtout senti les tristesses des débuts, les douloureuses angoisses des renoncements, les poigoances des convictions désirées mais non encore vécues.
Et les affres intellectuelles et les affres sentimen tales, il les a fixées avec toute la finesse de la sensitivité délicate: écoutez plutôt ces vers. Destin blasphème. II faut certes souffrir et hurler comme il faut, La douleur est vraiment sa plus douce caresse, Et nous savons chacun plus on moins ce que vaut Le mérite inouï d'attirer sa tendresse. Car il vous aime... ainsi que le vautour sa proie.
Mais vautour délicat, très douillet écorcheur, Aux autres crevaisons souriant : pure joie Goûtée et savourée en sa toute fraîcheur, Tandis qu’en ses boyaux s’entr’ouvre la charogne ! B ailleurs c’est un métier que Dieu meme a béni, Lui qui versa dans l’homme, un jour, — triste besogne, — De la fange à pleins bords avec de l’infini ’. Le Destin, la Fatalité, voilà la muse de M. Berger, comme la Peur, a dit Peladan, est la muse de Rollinat.
q6 l'initiation Mais il ne reste pas longtemps sous la puissance de ces ténébreuses et fatidiques pensées : le ressort vigou reux de son cœur mystique le rejette aux bras de la u Science sainte » Connaissance infinie des causes et des lois !
Et le mystique désespéré entrevoit la face du père, qui < nous fait forts contre le mal qui tente » ; la prière a C31me les douleurs du poète, et l’orgueilleux combattant que les premiers vers nous avaient évoqué est devenu famé plaintive qui se meurtrit elle-même par des humi liations voulues : Comme ks grands vaincus, je me résigne et tombe. La science manquait au vouloir triomphant. La douleur m’a brisé comme un jouet d’enfant.
Comme les grands vaincus je me résigne et tombe. 11 faut boire la honte à longs traits, et sourire Aux mépris, êtrefaible et souffrant, humble et doux, Sous un destin de fer. sans force pour maudire, îrli’ement résigne en priant à genoux, P.-.r fondre tout orgueil au creuset des angoisses. Al ers qu’on sent la vie s’exhaler à longs Ilots, Pour c c. dans notre cœur tu germes et tu croisses. Amour, en t’enivrant de rosée de sanglots !
L-« grand' vaincus ie me résigne et lomoe. ’-C science manquait au vouloir triomphant. Le ce -Lcr - brisé comme un touet d’enfant : Lc-.-= ks grands vaincus, je me résigne et tombe.
Que M. Berger reçoive le tribut d’une sincère admiraL7' ces belles pensées: il augmente la cohorte iei Crâniens volontaires, ces fous qui, étant beaux, ont éci'té .'Eros vulgaire, — qui, pouvant arriver à la répuon: vaincu en eux le Tzerek du deuxième monde : > z-.. arq.artieudront un jour le règne, la puissance «La gloire. b H - hch Obersteiner. - Anatomie des centre ■wws.< traduction du br J. X. Coroenne (Carré, ¿di te ,'i superbe vol. in-8 avec nombr. iig.).