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?Ìt. . mrêSHoW -V ~ ÌOW0||| WEgW '-D ÏREÇTEUR^AO JOINT ^IíU^ieipMApCHEIí Ï , - ’ A < \'y "La . 5' ;.- Rëa’àctéur en chef i • v ~ 3¿V ' "'’’a ^^‘P.sA'fì.IS ' ' ' :* '' 'Gieoi-í^ :m óíÑr t idp *Ttoœ M4’ w ' t a «. • - ' ' , wl - ~ b . . . -. ■■ î<^îi^a-NŒ-^un ro.fr^M Secrétaires de la^ed’acnon : { -r ,í >’Tw CH. ^8-^t^rJ . , «« A-Vi ' Z?-J** 3* Z s£p>R: . v'' 'z j’ - ¿í ' ■ 1 ’ _2_ ' ’ \ X << * •' ¿a».-''/' ; - „ RÉ^CTÍ’©^ : \^ueTdë^phM^daçtei^ publie se^àr$dTçs/’s0'us ,rsa' seule^^.^h^^JR^^-indépenifencfe absólué,?^átS§^^u ?á’^|¿ ?ÿ\ia' direction- rie perrnet^^amàisfaùcun'è.note dans le córps.d'ìiri^^cle. *;/'<?' 4 ’, ' ' la , , ^édactio'ñ eu,V^¿J,^^pu$dus ' /opposé d’avance! ne pavent ^oncïpUsser ’ kuJ^sZ5j,qùè,teMWòis7sui^nj^ *Q> V""'? .'/>£ . Livres et Revues^ ^Toiiÿïv^^^ ’ ^^¿Zdeux^cmpiaires 11 ' " á^É». Les •^eyùesSqui * ’d^^nt?>X^^il’^6^^'S'0n'f vp4‘je^ de s’át^^e‘j^lá\dihectiori.:. -V ’’ rY'
ài 19’ V O JL UM È'; ' — 6rfie A JST'N "É E SOMMAIRE W/N“ /9 : (Juin 1893) ; Eh PARTIE INITIATIQUE... LaLime (hymne éso- - /. ■ J ■' . térique)..........;.... St-Yvesd’Alvèydre „■■?■■ ' (p. i<)3 à içjg). ',/■ ’:•••. ? ■ La Gnose d’Amour.... Jules.Doinel. . ; • <;.// / : L ■ . (p. 200 à 206). ■ .?. h/-" , ■ y. L'instructionintégra le ' . . (/in) [avec figures].. F.-Ch. Bartet. • ' 1 (p. 205 à 231.) r ■ ' k* La ■ Gonade ■hierogly-- /!.. phique/suite)- [avec Philpphôtes. ?, ■ fr ... i ^.s> «6. * / /figures);. ;........ • ■’ ■' ' • • (p. ¿32'3 242.•) ' zj f hP-ARTIE.PHILOSOPHIQUE Le-Mythe et les Sym- ■ Et SCIENTIFIQUE.... boles du, feu chez lés /. è;-'-;/:<h, premiers cultivateurs Dy Fugair on. . , ■ (p. 243 à .249.) . : ;fARTI E LITTE RA I RE.... *.
Espérance. (poésie)..... j. de Tallenay. ; //// ' . v (p. 25o a 252;.) .LaRevagçhëd'isis{jïny 'M&.urévévt. ■ C 7(p . i 5Ä'à ¿60. ) ’ BIBLIOGRAPHIE..,...,...yCn':Coeur'.‘discret [à G.. Moiltière.- ' ; • .■ .i ■///-(P’/^i-'¿-¿69).'- . . ,j^ti^è\ïïiji^pend,â,ot-ia *EtudéS' ,êsdtériq.ues. ~ Notes sur le Culte.des/: ■\yy Dahoméens (Emile .Michelet).. 1 a Médecine.hermétique (Sédir). 'Ayertissemenrde mort (A.
François). — Nouvelles, diverses. — - .-zSy.ndiçabdes.Magné.tiseurs. ;— .Courrier bibliographique, —; Revue xu ■ " : des Révues. — Adolphe Franck {avec portrait). ' / ■' < :: ■ Administration, Abonnements : ■>-.</y 5.8, PueSt-André-des~Arts}58 -: /</•/•..• z paris . //./i '■ -,;h.-.h •...^ : .Redact fob, : 2Q. rue dé. Trévise. 2 Q / : JOTSPROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu.
Elles ont voulu détruire les' principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion ; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux- dans le domaine des forces purement spirituelles par.l’hypnotisme et la,suggestion à distance.
Effrayés des résultats dé leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. \ L’Initiation est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent :. Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode.analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains..
Dans la Religion, à donner.une.base solide à la Morale par la découverte d’un inéme esotérisme caché au fond de tops lés cultes. Dans la Philosophié, à sortir des. méthodes purement méta-. physiques dés Universitaires, ■ à sortir des méthodes purement ■ physiques des positivistes pour.unir -dans une.
Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible etTOçculte, la Physique et-la. Métaphysique. Au point de vue social, V Initiât ion adhère au programme de ..toutes, les revues et: sociétés qui défendent l'arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cléricalisme et le sectarisme sous, toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l'initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses, études.
La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits.
Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une . manière qu’elles savent toujours apprécier. - L’Initiation paraît régulièrement du 15 au 20 de chaque mois et compte déjà cinq années d’existence. — Abonnement: 10 francs par an. (Les collections des deux premières années sont absolument épuisées.)
Principaux Réd^éteurs et Collaborateurs de T Initiation PARTIE INITIATIQUE F. Ch. Barlet, S.l I.‘. & — Jules Doinel, S.*. I.'. (D. G. E.-, — Ep. Gnôst.— Stanislas deGuaita, S.\ 1.-. & — Marc .Haven, S.'. L-. & Julien Lejay., S.\’’L*. & — Emile Michelet, S.v-T/. (C. G. E.) — Lucien Mauchel, S. *. I.\ (D. S. E.) — George Montière, S.*. I.’. £ — Papus, S.*. L*. & — Philophotes, S.’. I.*. (C. G. E.) — Quærens, S.‘. I.' * (D. G. E.) — Seoir, S.-.
I.'. (C. G. E.) — Selva, S.< I.-. (C, G. E.) — Vurgey, S.-. I.\ (D. G. E.). PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Abil-Màrduk. ” Aleph. — Dr Baraduc. —• Le F.-. Ber trand i,8*. ‘. — René Caillié. —• A, C. Tshéla. — Camille Chaïgneau.— Chimua du Lafay. — G. Delanne. — Delézinier. ■ — Fabre des Essarts. — Dr Fugairon. — Jules .Giraud. — L.Hutchinson. — .Horace Lefort. — L. Lemerle. —• Donald Maç-Nab.—Marcus de Vêze...— Napoléon.
Ney.— Eugène Nus. — Horace-Pelletier. — G. Poirel. Raymond. — A. de Rochas. — Dr Sourbeck. — L. Stevenard. — Thomassin. — Pierre Torcy. — G. Vitoux. — Henri Welsch. — Oswald Wirth.—Yalta.’ . , 3° PARTIE LITTÉRAIRE . Maurice Beaubourg. —E. Goudeau. — Manoël de Grandford. — Jules Lermina. —' L. HenNique. — Catulle Mendès. — George Montière. —- Léon Riotor. — Saint-Farge au. — Robert Scheffer. — Emile Sigogne. — Ch. de Sïvry. 4Q POÉSIE Ch. Dubourg. Rodolphe Darzens. —Yvan Dietschine. — Paul Marrot. — J. de Tallenay. — Robert de la Villehervé.
L'Initiation du i 5 juin 1,893 GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ESOTERIQUES SOCIÉTÉ D’ÉTUDES THEORIQUES ET PRATIQUES DES FORCES ENCORE NON DÉFINIES DE LA NATURE ET DE L’HOMME Membres. — Les membres né. payent ni cotisation, ni droit d'entrée. Tout abonné de ïlnitiation ou du Voile d’Isis reçoit sa carte de membre associé sur sa demande.
Quartier Général. —LaSociété comprend22 Groupes d’études théoriques et pratiques’au Quartier Général, 29,rue de Trévise, Paris. De plus, une Bibliothèque, une salle de lecture, une salle de conférences, pouvant contenir .200 auditeurs, et une librairie existent au Quartier Général. Branches. — Des. branches de Groupes.
Indépendants d’études ésotériques s.ont établies en France et à l’Etranger * Le Groupe compte actuellement: 21 branches régulières en France, 3o branches à ¡’Étranger et 23 correspondants dans les centres qui ne possèdent pas encore une Branche régulière. Journaux.
Propagande. — Outre les volumes édités par la Librairie, le Groupe possède comme organe de propagande : L'Initiation (revue mensuelle). —- Le Voile d’Isis (journal hebdomadaire). — Psyché (revue mensuelle d’art et de littérature). —; La Bibliographie de la Science Occulte (bulletin trimestriel). — De plus : The Ligth of Paris (journal hebdomadaire), imprimé en anglais vient d’être créé comme organe delà Bibliothèque internationale des Œuvres des femmes, destiné à faire la.propagande de l’occultisme dans les pays, de langue anglaise.-
La. reproduction des articles inédits publiés p»r r initiation est formellement interdite, à moins a’autorisation spéciale.
PARTIE INITIATIQUE (hymne) en Lune, soleil des Morts., spectre de l'Étendue Que la Terre éclaire d’en bas., Astre cadavérique où va VAme perdue Dans le Sommeil ou le Trépas, Ta lueur verte et blême a des aspects étranges, Sait qu'elle.,se suspende aux franges t)u brouillard, des sapins, du torrent, du glacier, Soit quelle danse sur l'eau noire Des rivières, des lacs et des mers, sombre moire Où courent tesfèches d’acier!
Lune, sinistre Lune, Astre de la folie, D'où vient que la Haine et l'Amour (i) Au moment où quelques jeunes débutants s’efforcent d’a dapter les enseignements de l’ésotérisme à la poésie, nous sommes heureux ae faire connaître à nos lecteurs l’un des chefsd’œuvre les plus purs qui aient étéécrits dans cet ordre d’idées.
Nous remercions vivement l’auteur d’avoir autorisé cette publi cation qui -prouvera que Saint-Yves d’Alveydre est un des véri tables grands maîtres de l’art ésotérique. N. D. L. D. 7
194 l’initiation Te montrent la fureur et la mélancolie Qu'ils dérobent à l’œil du Jour? D’où vient que sève, sang, flux des eaux,flux des âmes Se règlent sur tes pâles flammes ?
Que le chat et l’amant s’y baignent langoureux, Et que, du lit au cimetière, Tic travailles toiit être, à travers la matière, D’un doux rêve ou d’un songe affreux?’ Magicienne, à toi les secrets magnétiques, Le monde des pressentiments, Le hurlement des chiens, les jeux cabalistiques Des sorciers et des Nécromans !
A toi les cauchemars des criminels funèbres, Les visions dans les ténèbres, Les larves, les hiboux et les chauves-souris, Les vacillations des Mânes, Les apparitions des spectres diaphanes, La frayeur, les lugubres cris !
A toi les craquements dans les maisons hantées, Les feux follets sur les étangs, Les ruines par l’ombre et le meurtre habitées, Les suaires aux plis flottants J A toi la psalmodie au fond des monastères Et la débauche et les mystères Des vampires couchés sur le corps des vivants Et le chœur des âmes damnées Repoussant brusquement au fond des cheminées La fumée et les voix des vents !
LA LUNE ig5 A toi les champignons vénéneux, les vipères. Les miasmes, les noirs Esprits Insufflant aux enfants les virus de leurs pères, A ux Sexes leurs ruts, leurs prurits ! A toi l’impression des images rêvées Par la femme enceinte et gravées Dans les chairs, dans les nerfs, dans les os des foetus 1 A foi l’horrible frénésie Transmise avec la Vie ! A toi l'épilepsie Qui noua César à Brutus ! O Lune, astre fatal, que me veux-tu ? Prends garde!
Plus fort que tes enchantements, Je ferai frissonner cette face hagarde Qui met en deuil les Firmaments ! Au nom de la Magie, au nom du Tétragramme, Parle ! Il est minuit : le cerf brame, Le coq chante, le loup hurle, les matelots Sombrent, ! Océan fou s'effare, La mort secoue au loin son rire, sa fanfare De cris, de râles, de sanglots ! Dimie « Que me veut-on? Qui trouble en son grave mystère « La régulatrice des Mois ?
« Est-ce une âme qui monte et cherche àfuir la Terre « Ou quelque chasseur de chamois ? « Est-ce le chevrier, l’assassin, la victime ? « D’où vient-il ? dumont, de l’abîme, « Le cri dont je frémis, surprise en mes secrets ? « Réponde^. — J’entr’ouvre les Nues,
196 l’initiation « J’illumine les Mers et les campagnes nues, « Les montagnes et les forêts ! » * « Parle, Vierge,obéis! Mon nom ? Eh ! que t’importe? L’Univers est mon Parthénon ! J’y marche de par Dieu dans ta lumière morte; C’est à Toi de savoir mon nom ! Je t’accuse, réponds !
Et souviens-toi de l’Ebre, Rappelle-toi le cri funèbre Que la Lyre en tombant sur les rochers sanglants Lança vers ta face muette, Les Ménades frappant du thyrse le Poète, Tes louves et tes bois hurlants ! Je veux la Vérité ! Dans ton temple d’opale, Si tu n’es que stérilité, Quel but poursuis-tu donc dans le ciel, Vierge pâle, Autour de ce Globe habité ? Au nom de la Magie, au nom du Téiragramme, Parle !
U est minuit : le cerf brame, Le coq chante, le loup hurle, les matelots Sombrent, P Océan fou s’effare, La Mort secoue au loin son rire, sa fanfare De cris, de râles, de sanglots ! Diane « Fils d’Apollon, je garde à jamais le passage « Par où les âmes vont aux Çieux.
197 LA LUNE « Tune vois qu’un côté de mon double visage : « L’autre regarde vers les Dieux. « Je comprime ici-bas ïeffluve de la Terre ; « De tout le poids de mon cratère « Je presse les Esprits, les âmes et les corps, « Et tout monte sous ma pesée, « Tout entre dans son rythme, et subit la rosée « De mes silencieux accords. « Je joins et je disjoins, je rapproche et j’oppose.
« Tout : Pôles, Sexes, Eléments : « Je suis le féminin latent de toute chose : « J’attire à moi les mouvements, « Ils cèdent, dans leur Forme, aux lois de mes {Semaines : « Bêtes, Plantes, foules humaines, « Les fluides, les vents, les nuages, la mer, « Tout flue à moi dans sa marée, « Depuis le Feu central grondant vers l’Empyrée. « Jusqu’aux subtils confins de l’Air.
« Je préside à la mort, je règle la naissance, « Car naître, c’est mourir encor, « Les Générations roulent sous ma puissance : « J’en tiens les clefs d’argent et d’or ; « Je renvoie au Soleil les âmes immortelles « Dont l’esprit a gagné ses ailes « Pour s’enfuir du torrent des générations ; « Autrement, au fond de ! Espace, «. Je les noue à la femme, et leur destin repasse « Dans le jeu de mes tourbillons.
l’jnitjatjon ■198 « Lorsque viennent les temps sacrés des Prophéties, « Hermès m’amène aussi du ciel « Les esprits rayonnants des démons, des Messies, « Les envoyés de VEternel. « Ils prennent dans mon temple une âme à leur [image : « Prêtre, Prophète, Héros, Mage, « Je les suis du regard sur ce Globe pervers, « Et malheur à qui les maltraite !
« Car les Parques sont là, car Némésis est prête, « Car je veille dans ïUnivers ! » ■« Ah! si tu voyais les âmes invisibles « Sortir par essaims des tombeaux, « Vaciller et monter dans mes rayons paisibles, « Glisser en foule sur les eaux!
« Les unes sur les champs prenant leur coursefolle, « Plus rapides que la parole, « Passent, rasent le sol, se lancent dans les airs, « Se suspendent aux brouillards vagues, « Retombent sur les mers et dansent s tir les vagues « Ou rêvent sur les rocs déserts.
« Les autres, franchissant la sphère des nuages, « S’entraînent à voler vers moi, « Escaladant l’Ether, grimpant dans mes mirages, « Dégringolant, tremblant d’émoi, « Remontant, m'arrivant palpitantes de rêves, « Jouant par troupeaux sur mes grèves, « Plongeant dans mes volcans, se cherchant, s’appelant, « Se retrouvant, formant leurs groupes
la lune 199 « Et promenant leurs chœurs de mes vallons aux « De mon grand cirque étincelant, [croupes- « Mais la Terre t’emporte, adieu ! Parle aux étoiles ? « Moi, je te perds à l’horizon.
« Barde, quand de ton corps tu laisseras les voiles « Dans leur funéraire prison, « Ne crains rien, viens, saisis mes coursiers de- « Crois, et vers la source première [lumière, « Dont tu sors, vers le Dieu superbe, à l’arc vermeil, « Fixant fortement ta pensée, « Va ! je te laisserai, de ma sphère glacée, « Monter sans obstacle au Soleil. » Adieu, Lune, poursuis à jamais ton mystère, Suis ta nocturne mission ! Roule sous d'autres deux !
Fais tomber sur la TerreLa mobile incantation De ton rythme profond, magique, magnétique ! Phœbé,je t’offre ce cantique Dans ton mode lunaire où chantent nos remords, Nos angoisses, nos deuils, nos râles, Nos bouches se collant aux pierres sépulcrales, Nos vivants priant pour leurs morts ! Saint-Yves d’Alveydre.
200 l’initiation HOMÉLIE PATRIARCALE I Au Très Saint Synode gnostique. Messeigneurs et mes Frères, Nous avons vu, en exposant le système de Valentin, que l’exil de Sophia-Achamot hors du Plérôme avait été le commencement de la douleur dans le monde.
Mais ce que Valentin ne dit pas, c’est que les Éons, pour ne pas laisser cette épouvantable douleur de la chute de l’infini dans le Fini sans consolation, sup plièrent I’Abime de donner à Achamot un Paraclet. Ce Paraclet est adoré par les Grecs sous le nom d’Éros, par les Aryas sous le nom de Rama, c’est FÉon Amour. Pour le produire, 1’Abîme et le Silence (Buthos et Sigé) s’unirent dans une ineffable étreinte. Éros émana de leur union.
Dès lors, la rédemption de Sophia-Achamot s’accomplit sur deux voies parallèles, la voie de ¡’Esprit'et celle de la chair. Jésus, fleur du Plérôme, racheta ¡’Esprit, car lesalùt vient delà Gnose et non pas de la Foi. Éros rachetala chair. La science et l’Amour inaugurèrent l’œuvre sublime qui se pour suit à travers les Temps et les Espaces. Achamot eut un double époux, l’époux de son cœur. C’est ce mys tère1 divin qu’il nous faut interpréter.
LA GNOSE D'AMOUR 2OE II Ceux-là qui prendraient Achamot pour un mythe se trompent et s’abusent eux-mêmes. Elle est une sub stance, une Hypostase du divin. Ses joies et ses souffrances sont réelles. Jouissant et souffrant en elle, Elle souffre et jouit en nous, les Pneumatiques. Tombés comme elle et avec elle, nous serons avec elle et comme elle réintégrés dans l’Unité. " Elle nous intéresse donc grandement.
Son histoire est la nôtre et la Tragédie dont elle est l’héroïne se joue avec notre sang et avec nos larmes. Valentin, révéla teur primitif, ne pouvait voir ni comprendre toutes les conséquences du dogme ésotérique qu’il fondait. Ou, s’il les a vues et comprises, il ne pouvait pas les révéler, étant trop près du siècle apostolique d’une part et du Paganisme de l’autre.
Cependant, quand il dit que F Amour n’est pas sans un objet aimé, il laisse entendre que cet objet aimé, c’est-à-dire Achamot, sera la proie de cet amour. Valentin, d’ailleurs, devait venir lui-même, sous un autre nom et sous une autre forme, à un point du cercle des Renaissances, pour achever ce qu’il a si magnifiquement commencé. « Dicit Heleno in quadam revelatione cuidam gnoslico. quod Voient inus nunc vivit. infulâ donatus episcopali. Quipotest capere copiât,» III Je pose tout d’abord le dogme initial, la norme pre mière de la Très Sainte Gnose.
202 L’INITIATION Le Salut vient de la connaissance et non de la Foi. La Foi sans la connaissance est morte. Hors de la Gnose, pas de salut. Mais, comme l’ont pensé les docteurs, la connais sance se résout en Amour. Et l’Amour, semblable à un aigle ravisseur, s’abat puissamment sur l’Aimé et le transporte dans le foyer même du désir, l’Hêdonê. Ne croyons donc pas que la Gnose soit triste. Elle est joyeuse et forte. Elle sait et elle veut.
Elle aime et jouit de ce qu’elle aime. Une mystique catholique a dit excellemment : L'amour triomphe, L’amour jouît, L’amour en Dieu se réjouit. Et Jean, de sa voix d’archange, nous crie du haut du rocher de Pathmos : Dieu, c’est l’amour. Augus tin d’Hippone ajoute : A ma et fac quod vis. Enfin, la Sagesse elle-même nous dit : Omnia munda mundis.
Reprenons l’histoire de Sophia-Achamot, au moment précis où, enfantée par Sophia-Céleste dans le monde intermédiaire, elle s’aperçoit, avec une indicible hor reur et une surnaturelle angoisse, qu’elle s’engouffre dans les ténèbres, ces lourdes et démoniaques ténèbres que l’Evangile appelle avec une concision si dure et si impressionnante « les ténèbres extérieures ».
IV Pendant qu’elle souffrait ainsi, — inénarrablement, — la supplication toute-puissante des Eons — omni * potentiasupplex — monta en I’Abime. En un clin d’œil,
LA GNOSE D’AMOUR 203 I’Abime et le Silence s’unirent. En un clin d’œil, Eroslut émané. En un clin d’œil, un rayon traversa les ténèbres, et Achamot sentit palpiter sur son cœur brisé le cœur éternel de son amant : le Sacré-Cœur ! Le Cantique des Cantiques est le pâle reflet de l’épithalame que chantèrent alors les Eons. Eros s’était fait , chair, et il habitait avec nous. Legrand mot mystique fut proféré : I. N. R. I.
Que de Rose-Croix modernes en ignorent la signification profonde et la glorieuse beauté! Le Tau fut formé. La Rose-Croix fut jointe, ' le saint .mélange fut réalisé. Fils de l’Esprit et de la Chair, nous naquîmes alors d’Eros et d’Achamot, et leur union fut déclarée indissoluble par le Plérôme quiles bénit et nous bénit en eux. Notre Mère commença alors sa mission.
Dans l’œuvre du Démiurge, elle sema les étincelles du Feu, ce feu que Simon le Mage a décrit dans V Apophasis Megalé, ce feu de double nature, matériel sans l’esprit, spirituel sans la matière, ce feu sauveur qu’adorèrent les Aryas et les Parses, et dont le soleil est le symbole cosmique, L N. R. I. Igné natura renovatur integra. V Nous pouvons prévoir et déjouer ici l’objection cap tieuse et perfide.
Ce feu, c’est la convoitise, disent les Théologiens du Démiurge. Répondons hardiment : Ce feu, c’est l’amour. Et, plus hardiment encore, ajou tons: Ce feu, c’est l’amour tout entier, non pas scindé, non pas divisé, non pas inutile, mais tout entier, l’amour un et indivisible ; non pas la convoitise pure, comme chez les païens, non pas la charité stérile
204 l’initiation comme chez les ascètes, mais l’amour venant de l’es prit et traversant la chair qu’il idéalise comme le rayon du soleil traverse le cristal qu’il irradie. Allons plus loin. Toute la Gnose nous enseigne qu’il y a en Dieu les sexes, le masculin et le féminin. Toute la Gnose nous enseigne que les Eons sont émanés par couples en syzygies.
Le Père des Eons, le premier Eon, est mâle-femelle, Deus-Dea, Dieu-Déesse ; il se nomme Buâoç-Sty^, l’Abîme-Silence ! Et toute la scène qu’il émane est comme lui. J’ai dit dans mon canti que gnostique, publié par VEtoile : Les Eons qu’il émane, Emanent à leur tour Un et deux, c’est l’Arcane De l’insondable amour. Eros possède réellement Achamot, et, chez les Pneu matiques, l’Homme et la Femme s’aiment et se pos sèdent.
L’Eon Hédoné est le lien qui les unit. Le Désir est saint, la Possession est sainte, mais ni ce Désir ni cette Possession ne sont la Débauche, ils sont l’Amour. VI Or, ce qui distingue l’Amour de sa soeur déchue, la Débauche, c’est que la Débauche n’aime pas et ne cherche que le Plaisir. Elle a le Plaisir pour but. Et l’Amour a le Plaisir pour moyen.
Cette suprême et nécessaire différence les distingue tellement l’un de ’’autre, qu’il faut être aveugle pour ne pas la saisir. La calomnie ne peut mordre à ce diamant. L’amour gnostique est une consolation, une aile qui nous élève vers
l’instruction intégrale 2o5 la Science, la connaissance. Deux, se tenant par la main, montent à la Lumière et dès lors ne descendent pas vers les Ténèbres. Oh ! que notre mère Achamot, consolée par Eros, nous reconnaisse et nous avoue comme ses fils et ses imitateurs ! Qu’elle se reconnaisse aussi en nous qui sommes faits à son image et à sa ressemblance !
Elle semble avoir voulu nous donner un exemple, en pro duisant ce Simon et cette Hélène dont l’histoire nous est familière. Les grands amants sillonnent la nuit des âges comme des phares lumineux: Simon, Hélène! — Abélard, Héloïse ! — Dante, Béatrice ! — quasi scintillas in arundineo discurrunt! Ils éclairent nos sentiers !
Ils marchent devant nous comme des précurseurs, et, semblables aux coureurs antiques dont parle Lucrèce, ils nous tendent en pas sant la torche de l’amour, — eZ quasi cursores vitœ lampada tradunt.
Jules Doinel. (Suite et jïn.} 11 est aisé de traduire cette figure en une définition précise de l'instruction en disant : Elle a pour but de formuler la pensée (ï)au moyen (i) Parle langage carré, centra] de la figure, pris comme on va l’expliquer, dans son sens le plus étendu.
l’initiation 206 de la science de l’objectif et du subjectif fi), en vue d’éclairer et la conduite normale (2) et la voie vers la source de toute lumière et de toute chaleur (3).
La connexion intime des divers éléments de la figure, qui ressort des différentes manières dont on peut la décomposer pour en faire apparaître toutes les significations, montre qu’il ne faut songer à suppri mer du programme aucun des ordres de connais sance qui y sont inscrits, sous peine de mutiler l’ins truction. L’enseignement doit être encyclopédique.
Remarquons bien d’ailleurs que la formulation de là pensée, désignée ici sous le nom générique de Lan gage, ne doit pas être entendue comme cette formule vide des rétheurs qui se bornent à combiner des (1) On aperçoit comment cette double science est distribuée, en décomposant la figure en 2 parties symétriques par rap port à la diagonale CD.
Au-dessus vous trouverez les Sciences objectives abstraites (mathématiques et métaphysiques) réunies par la subjective abstraite (psychologie et logique). Au-dessous et à droite, l'objectif concret (sciences naturelleset esthétique) avec le subjectif concret pour base (le gra phique). Entre ces deux extrêmes, les intermédiaires de la ph ysique et de l’éthique.
Cette considération de l’ensemble des sciences montre leur connexité. (2) L’utilité morale des sciences et leur connexité au point de vue de la conduite s'aperçoit en partageant la figure symétri quement par rapport à l'autre diagonale A B. Au-dessus et à droite, on trouve les connaissances qui éclairent l'action : i’Ethique, la Métaphysique et les Beaux Arts.
Agauche et en dessous sont les sciences qui fournissent à l’action, au travail ses moyens théoriques : Sciences physiques, mathématiques et naturelles.
Et ces deux ordres sont reliés, d’une part par la logique (et la psychologie), de l’autre par le graphique. (3) Cette dernière partie du but correspondant à l’enseigne ment transcendant qui synthétise les deux extrêmes, l’abstrait et le concret, en se proposant pour idéal leur unité finale sym bolisée au centre de la figure.
l’instruction intégrale 207 formes sans contenu. C’est l’expression complète de la connaissance, embrassant l’homme tout entier dans Fictive 1ses moyens et dans ses fins ; le produit du verre dans toute son étendue (1). Le langage n’a ce caractère qu’à la condition qu’il traduise exactement à la pensée : i° Les quatre ordres de faits qui constituent l’objec- ( 1) Il est de quatre sortes, comme on le voit dans la figure première : Abstrait (symbolique) ; Concret (figuré ou phoné tique) ; Abstrait réel ^mathématique) et Concret idéal (artis tique).
208 l’initiation tivité (faits naturels ou métaphysiques ; faits mathé matiques ou esthétiques) ; 2° Les quatre ordres de lois que reconnaît la sub jectivité humaine (lois logiques ou morales, lois phy siques ou graphiques) ; Il faudra donc qu’à tout- degré l’élève soit capable de cette quadruple expression en proportion de la pro fondeur qu’il aura pu atteindre dans la connaissance. Voilà en quel sens il sera entendu, dans le pro gramme proposé, que le Langage est le centre de l’ins truction. Cette distribution encyclopédique à tout degré estelle possible, et comment? C’est une question à laquelle nous reviendrons bientôt. Achevons d’abord de commenter notre tableau par une dernière obser vation fort utile au point de vue pratique; à savoir si la distribution que nous avons faite ainsi de nos sciences peut s’adapter aux réalités de la vie, si elle correspond à une distribution logique du travail so cial, des professions; si elle est capable de taire appa raître, d’aider, de rectifier la vocation de l’élève selon les aptitudes spéciales qu’il aura montrées dans cette Instruction encyclopédique. Le tableau suivant, inscrit autour de celui de la figure première, va répondre à cette difficulté.
Il serait superflu de s’étendre sur la description de ce tableau dont une simple lecture fera ressortir aisé ment toutes les concordances ,(i). Il prête cependant (ï) Qu’il soit permis seulement d’attirer l’attention du lecteur sur le caractère trinîtaire de- ce tableau, représentatif de l’Ac210 l’initiation à une remarque sur laquelle il est utile d’ajouter quel ques mots.
Les divisions principales de cette figure corres pondent assez nettement aux distinctions sociales des peuples les plus antiques. Le clergé s’y était réservé la Trinité des fonctions ■supérieures ; dans ses sanctuaires, au culte il joignait l’éducation et notamment celle du Prince dont il ins pirait, dont il jugeait les actes ou la mémoire.
A ses ■côtés, mais au-dessous de lui, se tenait la magistrature et l’armée'dont les fonctions étaient confiées à des initiés de second ordre. Quant au travail de produc tion réelle, il était laissé à la quatrième caste; les prêtres le secondaient seulement de leur science en •en exerçant directement, ou par leurs élèves, les fonc tions supérieures ; celle que le tableau assigne à l’activité humaine.
Elle correspond à la constitution essentielle de l’homme que nous devrons observer par la suite : Le corps (activité physique) s’y oppose à ¡'Esprit (organe de l’activité spirituelle), c’est-à-dire aux facultés transcendantes et infaillibles de l’homme, à celles qui se traduisent en lui par les axiomes ou les principes aussi indiscutables qu’inexpli cables de sa Raison.
Entre les deux, ¡'Ame est double (selon la théorie expliquée plus haut du développement de la Trinité en croix : elle est à la fois intelligente et sentimentale, ou sensible, s’inclinant passivement, par la science positive, devant la fatalité du Vrai logique, ou s’élançant pleine de foi dans les splendeurs du Beau illogique. Cette triple constitution était admise par toute l’antiquité d’Aristote et Platon à saint-Paul.
Nous devons nous accoutumer à l’étendre à toute Trinité, notamment avec le caractère double du terme médian. Ainsi le, monde que nous avons nommé jusqu’ici intelligible est à la fols intelligible et sentimental : animique pour le mieux dési gner d’un seul mot, ,comme dans le tableau.
C'est ainsi que, reliant les pôles similaires des deux termes extrêmes, il ferme pour ainsi dire le courant de la Trinité vivante en une chaîne de gradations ininterrompues où tout s’oppose en s’harmoni sant dans riZniie.
l’instruction INTÉGRALE 21 I tivité animique (intellectuelle ou sensible) : l’art, le génie, l’invention, la médecine même. C’était le temps où le sacerdoce tel que nous l’avons défini s’exerçait dans toute sa pureté au profit de masses ignorantes et primitives : alors les castes étaient encore ouvertes.
Plus lard, la caste guerrière, usurpant par la force le pouvoir réservé d’abord à la suprématie spirituelle, substitua à la théocratie, déjà corrompue, peut-être, la monarchie césarienne d’abord (en Asie), puis l’aris tocratie prétendue républicaine des Grecs et des Ro mains.
Ce fut ensuite le tour delà magistrature qui, triom phant de la force par les subtilités d’une intelligence ambitieuse, a fondé les gouvernements modernes de la bourgeoisie constitutionnelle, monarchiques ou républicains, hybrides.
Aujourd’hui c’est le quatrième ordre, la plèbe, lais sée jusque là dans les pénibles efforts de l’activité phy sique, qui réclame d’une voix impérieuse, au nom de la démocratie complète, égalitaire, toutes les formes de la direction sociale. Parmi ses revendications, la plus ancienne peutêtre, la plus logique en tous cas, est celle que le socia lisme désigne par le nom d'instruction intégrale.
En effet, développer particulièrement par l’étude de la langue les points de vue logique, moral et méta physique comme le faisaient, il y a quelques années encore, des programmes dont l’esprit était vieux de deux siècles et plus ; opposer même ces points de vue spéciaux, comme on le fait encore, à l’enseignement des faits (sciences positives ou naturelles), c’est, on le
212 l’initiation voit immédiatement sur notre figure, créer à priori, dès l’enfance, l’antagonisme haineux des castes spiri tuelles contre celles des travailleurs pratiques ; c’est imposer à une plèbe, condamnée dès sa naissance à l’infériorité, le gouvernement de magistrats, de géné raux, de politiciens prédestinés ; c’est vouloir opposer au courapt invincible de l’égalité démocratique la digue illogique autant qu’impuissante de castes qui ne peuvent que redoubler les forces contrariées de la masse et préparer de terribles catastrophes.
Ce n’est pas à l’endiguement qu’il faut songer en un temps de démocratie comme le nôtre, c’est à l’or ganisation hiérarchique, comprise et par conséquent acceptée parce que chacun s’y sentira exactement à la place qui lui convient ou dont il est capable. Seule une semblable hiérarchie peut ajouter à l’in finie variété sociale l’Unité, qui y créera F Egalité, pourvu que cette hiérarchie soit naturelle.
Et elle ne peut l’être qu’à la condition que tout citoyen, en se préparant dès l’enfance au rôle social dont il est ca pable, soit appelé à mesurer la limite de ses forces dans toutes les branches du savoir.
Nous retrouvons ainsi les conditions imposées à cette Instruction intégrale qui est l’objet de cet essai. i° Il faudra qu’elle soit encyclopédique et synthé tique à tous ses degrés ; 2° Il faudra cependant que son ensemble encyclo pédique et synthétique soit progressif avec les degrés divers, et même avec les subdivisions des degrés.
' 3° Il faudra enfin, et en même temps, que la nature de l’enseignement à chaque degré corresponde à l’esl’instruction INTÉGRALE 2 I 3 prit des fonctions sociales dont l’élève sera capable à la sortie de ce degré, tel que cet esprit est indiqué par notre second tableau. Voilà la position complète du problème qu’il s’agit de résoudre. IV Attachons-nous d’abord à la distribution de rensei gnement synthétique en degrés progressifs.
Notre premier tableau de classification trinitaire n’est pas l’expression complète de la réalité; nous n’y avons combiné les trois termes que par deux de leurs aspects ; ils doivent se pénétrer trois fois chacun ; la réalité a trois dimensions, trois aspects pour chaque monde; il nous en reste une à représenter. Nous l’ob tiendrons en superposant trois tableaux semblables au premier (fig. 3).
Cette représentation nouvelle exprime que chacune de nos sciences a ses faits, ses lois et ses principes.
Par exemple, si dans notre premier tableau nous dé signons les mathématiques comme des faits d’ordre métaphysique, il ne faut point entendre par là que les mathématiques ne comprennent que des faits; elles ont leurs lois aussi et leur philosophie; seulement ce qui domine, ce sont les faits, et c’est ce caractère qui leur assigne une place dans le monde des nécessités fatales, en même temps que dans celui métaphysique : leurs lois seront placées dans le tableau de second étage, leur philosophie dans celui du troisième. De même la psychologie a ses faits et sa philosophie
2 I 4 L’iNITIATlOiV aussi bien que ses lois ; mais ce qui domine en cette science, c’est la loi intellectuelle et animique; c’est tfew 5 pourquoi elle a sa place au deuxième rang du monde métaphysique, ses faits seront donnés par le tableau inférieur, sa philosophie par le tableau supérieur. Et ainsi de toutes les autres sciences.
l’instruction intégrale 21 5 Donc la première table, celle inférieure, renfermera les faits., la substance de chaque science, en corres *- pondan.ee avec le monde concret, sensationnel ; La seconde contiendra les lois de chaque science; c’est la région de l’intellectualité ; Dans la troisième se trouvera la philosophie, l’es sence de toute connaissance; c’est la région métaphy sique.
Chaque science sera représentée dans chacun des étages, mais les sciences positives auront leur pléni tude dans le premier; les sciences logiques et psycho logiques dans le second, les sciences philosophiques dans le supérieur ; de sorte que si chacun de c^ordres de science avait sa couleur propre (par exemple, les trois couleurs fondamentales, rouge, bleu, jaune, en s’élevant des faits aux principes), nos trois plans en recevraient trois teintes bien tranchées : l’inférieur serait plus rouge, le moyen plus bleu, le supérieur plus jaune.
Il est aisé devoir l’importance pour notre sujet de la classification ternaire ainsi complétée: La répartition des Sciences entre les neuf cases de de chaque table fournit le caractère encyclopédique, en combinant en étendue seulement les trois termes de la Trinité (l’abstrait, le concret et le mixte, pour ia science ; le mobile, le moyen et l’instrument, pour l’action, comme on l’a montré).
La superposition des trois plans donne les degrés progressifs de la connaissance. Chaque feuille fournit ï espace, c’est-à-dire' le pro gramme de l’enseignement.
216 l’initiation Chaque étage en donne une époque, le distribue dans le temps en degrés successifs.
Ces degrés correspondent au développement psy chologique de l’enfant : au début de ses études, il n’est capable que des observations superficielles et variées dont sa curiosité est toujours avide ; il les classe ensuite, puis les compare pour en tirer petit à petit les'abstractions, les règles, les lois ; mais ce n’est pas avant l’adolescence qu’il se xi capable, s’il doit jamais l’être, d’élever ces abstractions à la hauteur du métaphysique.
Nos degrés seront donc empruntés de toutes façons à la nature seule; ils partageront les enfants selon leur âge ou leurs progrès psychologiques, non d’après leur rang social, ni leur destination préjugée. En même temps et par la même raison, chaque degré sera le développement du précédent, et, comme il sera toujours encyclopédique, il n’enfermera l’élève dans aucun cercle spécial : notre enseignement restera constamment impartial.
Pénétrons un peu plus dans les détails. Le carac tère propre de chaque degré doit pénétrer chacun des trois facteurs de l’instruction : la matière, qui en est comme le corps ; la méthode, qui en est l’âme (et que nous indiquerons seulement), et Vesprit. l’essence idéale. Le premier degré, celui de FInstruction primaire est celui du concret. La matière de son enseignement n’embrassera que
l’instruction INTÉGRALE 2 I 7 les faits, mais les faits des neuf ordres de connaissance, car on ne peut trop insister sur ce point que l’ins truction ne doit pas cesser un instant d’être encyclo pédique. Ainsi l’élève primaire reconnaîtra les faits psychologiques, logiques, éthiques et même métaphy siques (i) aussi bien que ceux du monde palpable.
Seulement, comme ceux-ci sont les plus frappants et les plus fréquents, au début surtout, c’est sur eux que porteront les premiers et les principaux développe ments; ils fournissent, nous l’avons dit, la teinj^de ce premier plan : les autres viendront par Ia'^uite comme des généralités, un premier degré, un pressen timent de l’abstrait.
Nous dirons donc que la matière de l’enseignement primaire, bien qu’elle embrasse tous les ordres de connaissance, aura son centre de gravité dans le monde des réalités matérielles, extérieur-à l’homme, ou Physiogonie. Le principe dominant de son programme peut s’énoncer : Multa, non multùm.
La devise en sera : Cognoscere, acquérir des repré sentations quelque peu reliées, en progression, sur (i) Il est-superflu sans doute d’énoncer que les faits logi ques sont, par exemple, ceux qui font reconnaître les trois ter mes de la proposition ; les faits éthiques sont dans les révéla tions instinctives dé la conscience morale (l’impératif catégo rique de Kant) ; les faits métaphysiques sont ceux qui révèlent une volonté invisible, intelligente, harmonieuse (l’inconscient d’Hartmann, la volonté de Scnopenhauer, etc.., les arguments sentimentaux de la Théodicée en faveur de l’existence de Dieu).
Les . lois métaphysiques sont dans les preuves cosmolo giques et morales de Dieu — la métaphysique de l’éthique est la recherche de la base morale.
218 l’initiation l'instruction maternelle qui n’a fourni que des notons isolées, incohérentes. Sa méthode, inspirée par ces principes, devra faire procéder l’enseignement du concret pratique apparent au concret théorique. 11 sera analytique : l’élève obser vera beaucoup par lui-même, mais, guidé d’abord par l’instinct plus que par le raisonnement, il s’élèvera progressivement de l’un à l’autre.
La formule de cette méthode sera : U instinctréglé par la mesure, for mulant la règle, et s’élevant vers Z’intelligence. U esprit de ce degré est indiqué par l’essence mé taphysique du monde sensible (dansle tableau). C’est le Beau. C’est par le sentiment instinctif du Beau que l’on guidera l’enfant vers le bien, le vrai et l’harmonie.
On verra de même, sans plus de développement, que l’enseignement secondaire aura son centre de gravité dans le monde de l’intelligence, dans l’étude de l’être humain dans lequel elle est le propre ou Androgonie. Il s’étendra dans le domaine de la physiogonie, surtout par l’abstraction (mathématique, mécanique, physique), et dans celui métaphysique, surtout par l’éthique, et la théorie esthétique.
Le principe de son programme sera : Multùm, non multa. Sa méthode sera principalement déductive, avec la synthèse pour complément. La formule en sera : ü intelligence formulant la loi et se préparant à f ins piration. Il développera l’homme intellectuel : le raisonne ment.
l'instruction INTÉGRALE 319 Son esprits indiqué par l’essence métaphysique du monde intelligible (voir le tableau), est le Bien, qui tient à la fois du Beau (par le beau moral) et du vrai par le juste). L’ënseignement supérieur aura son centre de gra vité dans le métaphysique, dans l’étude des Principes., ■ou Théodicée. Sa devise sera : Omnia per unum. Sa méthode : l’intuition contrôlée par la Raison.
Sa formule : le développement des facultés trans cendantes. Son esprit : le Vrai Absolu. Cependant il constitue un degré 'tellement rare et ■difficile qu’on ne peut le comprendre dans le pro gramme de l’enseignement ordinaire, si ce n’est par la première de ses nombreuses subdivisions, celle préliminaire.
Nous lui réserverons donc une place spéciale sous le nom d’Enseignement transcendant ; le programme n’en sera que très légèrement esquissé, •comme réservé aux rares candidats qui se sentent prêts au sacrifice du Sacerdoce^ et par le nom <VEn- .seignement supérieur nous désignerons une instruc tion intermédiaire correspondant à la Philosophie proprement dite.
Cet enseignement sera consacré à la recherche des causes secondes jusqu’aux limites extrêmes de la science positive, à la construction des théories scien tifiques dans toutes les branches du savoir ; puis à la -discussion philosophique de ces théories et de cette science, discussion qui, faisant entrevoir le domaine ■des facultés et de la connaissance transcendante, sera
220 L’INITIATION comme le passage si subtil de la science subjective à la science objective. Là du moins sera le couronnement suprême de cet enseignement; peu de disciples en seront capables sans doute. Son centre de gravité sera dans l’étude synthétique de la nature ou Cosmogonie. Sa devise sera : Multaper multùm. Sa formule : le développement des sens inventif et métaphysique. Son esprit est le Vrai. Cette série des degrés de l’enseignement s’apercevra d’un seul coup d’œil dans le tableau suivant :
Tí RÉPARTITION DE L’ENSEIGNEMENT EN DEGRÉS Degrés de l’Enseignement MATIERE DE L'ENSEIGNEMENT METHODE Esprit de l’Enseignement Centre de gravité Principes (formule) Objet ou but effectif Moyens Principes (ou formule) Objet ou but psycholo gique Formation des concepts o Préliminaire (maternel) » Ä Noscere (Notions) L’Observation » i Primaire Physiogonie Multa, non multimi Cognoscere (Connaissance) Comparaison Classification (Mesure) L'inslinci formulant la règle Formation dujugemenf Le Beau 2 Secondaire Androgonte Mtiltùm, non multa S cire (Science) Déduction L’intelligence for mulant la loi Formation du 7ïe+»a» »terne» t Le Bien 3 Supérieur Cosmogonie Multa per multimi Interpretari (Théorie) Induction L’imagination dé couvrant la cause des sens inventifs et métaphysiques Le Vrai Transcendant Théodicée Ömnia per unum Intueri Facultés . transcendantes La raison percevant les principes Développement de l’inspiration ou connaissance directe L'Absolu
222 I/INITIATION ★ + * L’adaptation des professions sociales à ces degrés ne demande que quelques mots d’éclaircissements (i). L’Instruction primaire fournira surtout les travail leurs pratiques (voir la figure 2) avec les élèves inca pables, par nature, de s’élever au second degré. Ici encore, du reste, la triple distinction est appli cable ; les aptitudes se partagent en étendue et en pro fondeur.
En effet, parmi nos élèves, les uns auront pu s’élever jusqu’aux régions métaphysiques de cet en seignement primaire ; ils seront capables de devenir artistes. D’autres n’auront' point dépassé la région intellectuelle, ils seront aptes ou à la production réelle scientifique (agronomie, [industrie, commerce) •ou à la direction secondaire du travail producteur.
Les derniers, enfin, ne pourront espérer s’élever ■sans de nouveaux efforts au-dessus de la production ■matérielle (2). Du reste, dans chacune de ces branches, il faut se •représenter trois étages : l’exécution —- la direction — et la conception — de sorte que dans les limites mêmes qui viennent d’être déterminées, le travail peut offrir encore bien des nuances.
L’instruction secondaire fournira des candidats aux ( 1) 11 faut remarquer que l’enseignement dont on traite ici •est celui purement théorique. Une organisation complète sup pose des écoles techniques spéciales succédant aux divers degrés de cette instruction générale. ta) Les emplois de la bureaucratie appartiennent pour la plupart à ce rang inférieur, sauf les sous-distinctions qui vont y être établies. Ils se rattachent, du reste, par degrés insen sibles, à l’activité animique et même spirituelle.
l’instruction INTEGRALE 2fi3 professions de Y Activité animique, intellectuelle ou sensible (médecine, génie civil, économie, finances, armée, beaux-arts, magistrature). Ils s’y distribueront selon les mêmes distinctions à trois dimensions que nous venons d’indiquer. Par suite, ils pourront prétendre même aux derniers rangs des deux fonctions suivantes, le gouvernement et l’éducation.
Ces dernières seront remplies par les élèves de l’instruction supérieure, avec les mêmes sous-distinc. tîons.
Quant au sacerdoce, tel que nous l’avons défini, il sera le lot aussi lourd que magnifique de ceux qui pourront s’élever au moins jusqu’au seuil du trans cendant. * ¥ * Ainsi se trouvent résolues deux des questions qui constituent notre problème, tel que nous l’avons posé plus haut ; il nous reste à aborder la plus nécessaire *. la construction de cette synthèse qui doit embrasser, à chaque degré, dans son unité, l’ensemble de nos connaissances.
La possibilité de cette construction suppose tout d’abord la synthèse de chacune de nos sciences, au triple point de vue du fait, de la loi et de la cause. Démontrer celle-ci,.c’est.précisément établir le pro gramme qui va être proposé, car elle dépend beau coup de l’état actuel de notre savoir qui n’est pas le même dans toutes les directions. Ce sera donc là la partie de cet essai qui restera la plus soumise à l’incertitude inhérente aux régions peu
224 l'initiation explorées encore. Aussi n’est-il guère possible d’en poser les bases avec autant de précision que pour les questions précédentes. Voici cependant quelques considérations générales qui ont présidé à la solution de cette difficulté. La première observation a -trait aux matières de l’Enseignement.
Nous avons eu soin de remarquer précédemment (voir la note de la page ) que notre classification des sciences en laisse quelques-unes de côté et des plus importantes : l’astronomie, la géologie, la géo graphie, l’histoire, l’économie, etc. C’est que ces sortes de sciences ont un caractère particulier qui devait nous obliger à les réserver jusqu’ici pour un rang tout spécial. Elles sont essentiellement synthé tiques.
Les connaissances classées dans notre tableau sont plus spéciales ; elles s’attachent à quelque sujet parti culier ; celles-ci, au contraire, s’appliquent à des en sembles. Les premières fournissent, pour ainsi dire, Yanatomie du Grand Tout; elles correspondent à la Trinité inerte; celles-ci nous décrivent le fonctionnement, la physiologie du Cosmos; aussi supposent-elles la con naissance préliminaire des autres.
Elles correspondent à la Trinité vivante. Par l’astronomie, la géologie, la géographie phy sique, nous assistons à la genèse et à la vie de l’Univers ou de notre planète ; ce sont les sciences de la physiologie pkysîogonique. Par l’histoire et les sciences sociales, nous voyons
l’instruction intégrale 225 les origines et les progrès de l’humanité; nous éclai rons son présent et son avenir. C’est la physiologie androgo nique. Au-dessus d’elle sera la physiologie théogonique qui embrassera et synthétisera les deux ordres précé dents. C’est la Théodicée proprement dite : la Vie de l’Universel !
Toutes les sciences de cet ordre (qui, nous le ver rons, devront souvent être fractionnées, contraire ment à nos habitudes pédagogiques), nous offrent évi demment le facteur principal de notre synthèse : elles viendront donc à chaque division de notre enseigne ment comme le lien physiologique des autres, préala blement synthétisées séparément.
C’est ainsi que notre élève ne perdra jamais de vue l’ensemble de la nature; bien plus, il le construira lui-même, en préparant sciemment les matériaux par l’analyse de l’inconnu confus, concret qu’il doit disséquer pour s’élever au Tout synthétisé, vitalisé, spiritualisé. Comment va pouvoir se faire cette construction ? C’est la difficulté à laquelle va répondre la seconde de ces considérations générales.
Avant de l’aborder, précisons celle que nous venons de développer, au moyent d’une figure propre à en traduire immédiate ment aux yeux toute la signification. Aucune de nos représentations précédentes n’était encore complète: il leur manquait d’être enveloppées des sciences synthétiques.
Pour exprimer cet envelop pement, nous n’avons qu’à circonscrire un cercle à notre carré primitif ; en même temps, pour rappeler la signification de ses deux croix superposées, nous 8
226 l’initiatïon remplacerons le carré par ses axes et ses diagonales en les élargissant de manière à former une rosace où ' 4# #/ /à $ r$7± r SS x /v __ ’ 3 K1 i^rHsnATw?®; i O. Î % y\ V4 \ V l € 5 ÿ K%w f â s =§3 il nos sciences s’inscriront comme précédemment (fig 4).
l’instruction intégrale 227 Ce sera la classification en espace. Pour l’étendre dans le temps, nous avons à superposer trois cercles de ce genre; mais comme ces trois étages doivent aussi conserver leur Unité, qui est dans la Théodicée, dans
228 l'initiation rUniversel réalisé et vivant, il faut les^enfermer à leur tour en un symbole qui les embrasse tous, une sphère unique (fig 5h Le pôle sud, que l’on suppose plongé dans l’ombre complète, la lumière venant d’en haut, est l’image de l’état d’ignorance où toute connaissance est confondue en un point absolument obscur.
L’Instruction, en développant ce point, vient éclore, d’abord, dans l’hé misphère inférieure (monde du concret sensible), au plan primaire. Le développement, continué par l’analyse, aboutit à l’équateur, à la connaissance secondaire, qui four nit le détail de toutes nos sciences, et leurs lois. A ce plan correspondent la plupart de nos fonctions so ciales, moyennes.
Alors le soleil supérieur apparaît; on ne s’en rapproche qu’en synthétisant toujours davantage, en vue d’atteindre le pôle supérieur, où la lumière brille de tout son éclat. On ne commence à la concevoir suffisamment qu’avec le troisième de nos cercles horizontaux, celui de l’enseignement supérieur.
Notre dernière observation générale, qui a trait sur tout à la méthode, va fournir les principales subdivi sions de chaque degré, qui nous manquent encore. La distribution de l’enseignement dans les deux premiers degrés est dominée par un principe dont nous n’avons pas encore eu l’occasion de parler, c’est celui de la méthode génétique (i). Ampère a clairement établi que l’esprit humain, (0 Les Allemands.
l’instruction intégrale 22g pour passer du connu à l’inconnu., procède selon les termes d’une Trinité active qu’il a décrite ainsi : Vue d’ensemble de l’objet à étudier, complexe, confus; c’est ce qu’il appelait Yautoptique.
20 Terme moyen double : analyse de cet ensemble et transition à sa reconstruction; d’où deux temps qu’il nommait : Cryptoristique'. recherche des détails élémentaires cachés sous la complexité de l’ensemble; Troponomique : établissement des lois qui rassem blent les détails ainsi analysés. 3° Enfin, synthèse physiologique: recherche des causes invisibles; il l’appelait : Cryptologie.
C’est cette marche si naturelle et si féconde que nous ferons suivreànotre élève, non seulement dans Renseignement des détails, mais dans la disposition même du programme.
A cet effet, chacun de nos degrés sera divisé en trois parties encore : Reconnaissance, exploration, par Relève luimême, sous la direction du maître, de l’ensemble des sciences, de chaque science, et des divisions de chaque science; 2q Étude analytique de chacune des divisions ainsi établies; 3° Synthèse de cette analyse.
Nous avons soin, du reste, de rejeter toujours à la seconde période, ou tout au moins de distinguer soi gneusement des autres les sciences synthétiques, ou cosmogoniques, qui seront le lieu le plus puissant, et comme la base de notre synthèse générale.
l’initiation ■23o A cet ensemble, qui achève l’enseignement théo rique, nous ajouterons toujours une quatrième partie destinée à servir de transition entre l’école et la vie du monde où se trouve le but réel de tout enseigne ment.
Par cette distinction voulue de la théorie et de l’application, le développement psychologique de l’en fant ne sera pas troublé, et il comprendra mieux peutêtre qu’il n’a dû s’instruire qu’en vue de l’activité qui est le devoir de la vie ; il ne passera pas non plus brus quement, comme nous l’y condamnons presque tou jours, du monde de l’idée à celui de la pratique sans qu’ils soient unifiés dans sa pensée. * + « Tels sont les principes généraux qui ont présidé à la rédaction de ce programme raisonné.
On observera qu’ils sont bien empruntés à la Tri nité telle que nous l'avons définie au début, et, notam ment, à la Trinité vivante,, seule capable de donner à l’instruction la vie d’un progrès constant et uniforme.
On pourra remarquer aussi la concordance de tous les points de vue que nous avons eus à traiter : matières de l’enseignement, méthodes, distinction des degrés., etc... bien que chacun de ses points de vue dût être traité d’après des considérations spéciales. Le secret de cette concordance est encore dans une pro priété de la division trinitaire qu’il est utile de faire ressortir ici afin de justifier le choix de ce principe.
Cette propriété consiste en ce que la Trinité relie toutes choses dans la Nature par la loi fondamentale de l} Analogie : plus on l’applique, et plus ce caracL’INSTRUCTION INTEGRALE 23 I tère révèle la puissance de ses harmonies. C’est que la Trinité est la traduction fidèle de YUnité univer selle, en même temps que la voie de sa multiplicité; elle est la loi suprême de notre Monde.
Aussi n’y a-t-il rien d’exagéré dans cette énergique assertion d’un grand philosophe trop injustement inconnu : « Un grand génie (saint Jean) a ouvert une voie « sublime et féconde : En faisant de la Trinité le pivot « de son ouvrage, il a placé la philosophie sur sa véri- «. table base, car, par la Trinité seule, la philosophie « ou l’explication universelle des choses peut avoir un « point de départ, une règle dans sa marche et un « centre d’unité.
Elle devient alors une vaste analo- « gie, analogie non mesquine et arbitraire mais fon- « dée sur l’essence même des choses. » (Lacurîa, Harmonies de Y Être exprimées par les Nombres; ch. ïer). Malgréla puissance d’un pareil Principe, l’auteur de cet essai a trop conscience de sa faiblesse pour se flatter de n’avoir pas trop souvent trahi les riches conséquences de la Trinité.
Son ambition se borne à appeler sur ce terrain fécond l’attention de plus capa bles, qui sauront en exploiter toute la fertilité. F.-Ch. Barlet.
2^2 i l’initxation (HERMÉTISME) de Jean Dee. de Londres Traduit du latin et commenté par Phîlophotes. ( Suite.) Théorème XVI. — Maintenant il nous faut philosopher un peu sur la Croix. Notre Croix se compose, comme nous l’avons dit, de deux droites égales; elles ne se partagent pas cependant en longueurs égales, car nous avons voulu, dans la construction mystique de notre croix, qu’elle présentât des parties tantôt égales, tantôt inégales (i).
Il y a des vertus occultes dans les droites coupées (en tant qu’égales) de la Croix équilatérale. Généralement, en effet, on a l’habitude de construire la Croix avec les deux droites égales. La géométrie naturelle demande, qu’elle soit formée par la division égale des lignes. De cette norme géométrique nous proposons de noter soi gneusement ce qui suit sur la Croix équilatérale (telle la vingt et unième lettre de l’alphabet latin).
Si l’on con çoit une droite traversant la croix rectilinéaire,' rectan gulaire et équilatérale par le point commun d’intersec tion et par les angles opposés, des deux côtés de la sécante les parties de la croix ainsi divisées seront absolument semblables et égales (2). (1) II faut supposer que la croix repose sur »» deux de ses branches; on obtient alors la figure ci-jointe. (2) Règle générale : Toute droite, toute figure divisée en deux parties égales, symbolise la loi de l’Equilibre universel., par l’opposition de l’actif et du passif.
Cette loi se trouve aussi souvent symbolisée par des figures semblables, mais de cou leurs différentes opposées ou complémentaires; ainsi deux trian gles dont l’un noir et l’autre blanc, l’un violet et l’autre orangé. Voyez Eliphas Lévi, les alchimistes, les grimoires.
LA MONADE HIÉROGLYPHIQUE 2 33 Ces figures nous représentent cette lettre latine qui est la cinquième voyelle (i) et que les anciens philo sophes latins ont prise pour symbole du Quinaire ; ils ont eu raison, à mon sens, car c’est la moitié symbolique de notre Denaire.
Cela devient manifeste si l’on prend la double figure provenant de la division hypothétique de la Croix, par cette raison que chaque partie repré sente le Quinaire, une des figures est droite et l’autre renversée (2). De plus, cette figure nous montre le signe de la racine carrée et celui de la m ultiplication, ce qui s’applique admirablement à un nombre circulaire, c’està-dire au Quinaire.
Il s’ensuit que nous avons assisté à la génération du nombre 25, car notre lettre est la ving tième de l’alphabet et la cinquième voyelle. Considérons maintenant un autre aspect de la croix équilatérale; il n’est pas moins admirable, il est semblable comme l’as pect à notre croix moaadaîre. Nous supposerons que la croix ait été divisée en deux parties égales comme plus haut (3).
Nous y trouverons encore la double figure d’une autre lettre de l’alphabet latin: l’une des figures est droite et l’autre est renversée; l’une est à l’endroit, l’autre est à l’envers. Selon un antique usage, elle représentait chez les Latins le nombre 5o. Il nie semble qu’on y fut tout d’abord conduit parce qu’elle est aussi le symbole du (1) C’est-à-dire U.
On sait que, dans l’antiquité et au moyen âge, l’U et le V avaient la même valeur; on mettait indiffé remment l’un pour l’autre. De même faisait-on pour 1, J et Y. Or, en considérant les quatre angles de la Croix reposant sur deux de ses branches, on trouve quatre V ou quatre U, comme on voudra.
Enfin la lettre V a numériquement la valeur 5, c’est pourquoi elle est le symbole du Quinaire. (2) Symbole du Bien et du Mal, de l’être et du non être, le Dieu blanc et le dieu noir, la lumière et J’ombre, la source de lumière et le reflet. Ce symbole équivaut au double triangle mi-partie blanc et noir.
L (3) Ici Jean Dee suppose que ia Croix est dans sa position normale; on la partage comme ci-dessus et on obtient deux L, lettre qui en I chiffres romains a la valeur 5o.
l’initiation 234 Quinaire, et qu’elle a été tirée du Denaire (1) de notre Croix. Sous cet aspect fa Croix est le symbole hiérogly phique du plus grand des mystères. Le denaire en puissance se ¡oignant au Quinaire en acte donne naissance au nombre 5o (2). Seigneur ! combien grands sont ces mystères ! Son nom est EL.
Enfin, à propos de la puissance denaire de la Croix, nous devons considérer que la lettre L est au milieu de l’alphabet (3), à e'gale distance entre la première lettre et le denaire cru cial ; en comptant d’une extrémité ou de l’autre, elle est la dixième. Ayant montré que la croix est composée de deux parties égales, considérons-la maintenant au point de vue numérique, et nous assisterons à la naissance du nombre 100.
Si nous lui appliquons la loi des carrés, les multipliant l’un par l’autre, nous trouverons le nombre u.Soo. Ce nombre, divisé parle carré du premier nombre cyclique, nous restituera le centenaire. De même la Croix, se développant en sa puissance denaire, donne le cente naire.
Et cependant, comme le caractère de la Croix est unique, il représente aussi l’unité ; nous appuyant sur ces théories, nous pouvons compter et progresser de cette manière: 1, ioo, iooo, car la proportion denaire de la croix évolué ainsi. Théorème XVII. — Comme on l’a vu dans notre (t) V s’oppose à V. Contraria contrarîis. L’un des deux anta gonistes, vaincu, est supplicié x +, mais c’est celui-là le futur vainqueur.
Le sang a fécondé son idée, il en a décuplé L la force. Toute religion, toute découverte, toute idée baptisée du baptême du sang, s’imposera aux masses. Le plus grand bien que l’on puisse faire à ceux qui apportent l’Evangile, la Nouvelle, c’est de les persécuter ; aussi les premiers chrétiens couraient au martyre, intuitifs, sachant te bien énorme qui en résulterait pour leur cause. (2) En décomposant la Croix, on trouve les trois lettres LX V.
L vaut 5o et c’est la somme de la multiplication de V ou 5 parX ou 10, Et encore L multiplié par X égale 5oo et 500 multi plié par V égaie 2.500. ■ (3) L est au milieu de l'alphabet ; à cette époque on confon dait VI, le J et l‘Y, le V et PU. Enfin PS remplaçait souvent le Z, en sorte que l’alphabet n’avait que 21 lettres.
LA MONADE HIÉROGLYPHIQUE 2 35 sixième théorème, on peut considérer dans notre Croix quatre angles droits, à chacun desquels on peut rap porter la valeur du Quinaire selon le théorème précédent, et cela quand on les considère d’après la première manière; car, d’après la seconde, ils nous offrent l’hiéro glyphe du chiffre 5o. Enfin, chacun sait que la Croix est le symbole du Denaire.
La lettre V était la vingtet-unième de l’alphabet latin ; c’est pour cela que les sages nommésMécubales représentaient le nombre 21 par cette lettre. Enfin on peut, beaucoup plus simplement, la considérer comme un symbole unique, et alors elle pos sède une puissance quelconque. De tout ce qui précède nous pouvons aussi conclure mystiquement, par une excellente démonstration cabalis tique, que notre croix signifie mystiquement 252.
En effet, nous y trouvons quatre fois 5, quatre fois 5o, puis 10, 31 et t, ce qui fait 2?2. Nous recommandons aux apprentis cabalistes de s’exercer à détruire ce nombre de deux manières, de même que nous l’avons édifié en nous basant sur les théorèmes précédents. Nous jugeons digne de l’attention des philosophes la production arti ficielle si variée de ce nombre magistral.
Je ne voudrais pas manquer de vous initier ici à un mystère supérieur • ayant, remarqué que notre Croix peut se séparer en deux autres lettres ; si nous pesons avec soin tour à tour la puissance orale de chacune de ces lettres et que nous les rapprochions de la Croix elle-même, comme nous avons fait pour ses valeurs numériques, nous verrons naître la Lumière (1), nous comprendrons enfin le Verbe, ravis d’admiration, en contemplant l’union du ternaire dans l'unité du Verbe (2).
Théorème XV1IL — De notre XIIe et de notre ( 1 ) En effet la Croix fournit LVX, or V égale U : donc on a LUX, lumière. (2) Jean Dee rappelle ici la grande loi de la triunité ; il la retrouve dans la Croix, symbole unique, dont on peut tirer la trinité LVX.
236 l’initiation XHIe théorème, on peut conclure ceci, que l’Astronomit céleste est pour ainsi dire la mère et la reine de l’astro nomie inférieure (f). Illuminés par l’exposé des mystères qui précèdent, levez donc aux cieux vos yeux cabalis tiques, vous y verrez l’anatomie de notre Monade exacte ment reproduite.
Elle nous fait découvrir, dans la lumière de la nature et dans la vie quelle nous montre avec bienveil lance, les mystères les plus secrets de cette ana lyse physique. A cette réunion de symboles il convient d’a jouter la figure de l'œuf. C’est en contemplant les orbes astronomiques du messager céleste que nous avons été instruits. C’est en effet un fait bien connu des astronomes que le Soleil décrit dans le ciel un circuit ovale.
Il suffit de dire au sage : No,s interprétations sur l’assemblée céleste sont en tous points concordantes avec tout ce que nous avons annoncé plus haut. Ainsi avertis que les misérables souffleurs apprennent à reconnaître leurs diverses erreurs, qu’ils sachent ce que c’est que l’eau de l’albumine des œufs, et l’huile des jaunes, et ce que c’est que la chaux de la coquille (2).
Que ces imposteurs inexpérimentés (1) Deuxième loi occulte : les Correspondances. Tout ce qui se trouve dans le Macrocosme a son analogue dans le Micro cosme. Les natures des sept planètes se retrouvent dans les sept métaux. Les alchimistes appelaient le système métallique, astronomie inférieure. (2) L’albumine, c’est le symbole du. Mercure ; le jaune, c’est le Soufre ; la chaux ou coquille, c’est le Sel. Ces appellations remontent aux alchimistes grecs. Ces derniers regardaient aussi
LA MONADE HIÉROGLYPHIQUE 2^7 apprennent encore bien d’autres choses semblables. Nous avons ici presque toutes les proportions natu relles. C’est là l’œuf de l’aigle que le scarabée brisa jadis pour se venger des injures dont cet oiseau violent et cruel avait accablé les hommes craintifs. Quelques-uns d’entre eux allèrent trouver le scarabée dans sa demeure pour lui demander en grâce qu’il leur portât secours.
Le scarabée avait déjà une injure personnelle à venger ; il repassa dans son esprit les moyens à mettre en œuvre. Comme il était ingénieux, qu’il avait une volonté persé vérante, il ne manquait ni de la force ni de la ruse nécessaires pour pouvoir venir en aide aux hommes. Il se mit à entourer l’aigle d’embûches.
Enfin, il réussit très subtilement, en le souillant d’excréments, à faire préci piter à terre, où il se brisa, l’œuf confié au giron de Jupiter (t). Par ce moyen ou par tout autre il eût réussi à faire disparaître de la terre la race entière de l’aigle, si Jupiter, prévenant cette destruction, n’eût établi que dans le temps où les aigles soignent amoureusement leur couvée, il n’y aurait pas un seul scarabée dans l’air.
A ceux qui sont bernés par la cruauté de l'oiseau, je conseillerai d’imiter la sagesse de l'insecte solaire, qui vit caché à certaines époques de l'année. Quoiqu’ils ne le fassent pas eux-mêmes, il leur sera bien doux de se venger de leur ennemi par des signes. Et ici, ô roi, ils l’œuf comme le symbole du monde.
« On a dit que l’œuf est composé des quatre éléments, parce qu’il est l’image du monde et qu’il renferme en luqmême les quatre éléments » (Nomenclature de l’œuf, traduction Ruelle) Ici aussi l’œuf est le symbole du Macrocosme; il renferme les figures des sept planètes. (f) L’aigle .'principe volatif. Mercure. Le scarabée : principe fixe, Soufre. La fixation du Mercure est une des opérations les plus difficiles de l’Alchimie.
Il faut briser l’œuf de l’aigle, le rendre fixe et cela avec l’aide du Soufre, du scarabée, l’insécte solaire (Je Soufre préparé se tire de l’or, symbolisé par le Soleil en Alchimie). Combien d’alchimistes ont été bernés par l’oiseau, dit Jean Dee, c'est-à-dire combien ont erré, combien ont passé leur vie à chercher la fixation du Mercure sans pou voir y arriver 1
238 l’initiation avoueraient que je nie conduis non comme Esope mais comme Œdipe, s’ils étaient là, les premiers génies qui parièrent des plus hauts mystères de la nature.
Il en est qui, s’ils possédaient, par l’artifice du scarabée, l’oeuf d’aigle dissous, et la chaux du même, la mélangeraient avec l’albumine pure; ensuite iis joindraient ce mélange avec art à toute la liqueur du jaune en tournant et retournant à la manière du scarabée qui roule ses boules.
Ainsi s’accomplit la métamorphose de l’œuf, quand l’al bumine disparaît comme enveloppée dans le liquide du jaune, car il se produit ainsi une multitude d’he'lices. L’hiéroglyphe (i) ci-joint de cette opération ne déplaira (i ) Cette hélice indique la succession des couleurs de l’œuvre. La matière évolue du noir au rouge, et les couleurs sont'ici désignées allégoriquement par les métaux (v. Poisson,. Théories et Symboles, pages i3o à 134).
Saturne désigne la noirceur, Jupiter le gris, la Lune le blanc. Mercure le blanc brillant,'Mars les couleurs intermédiaires, Vénus les couleurs de l’iris et le Soleil la couleur rouge.
LA MONADE HIEROGLYPHIQUE 2'àç pas aux philosophes naturels. Nous lisons qu’autrefois cet utile artifice était recommandé par les plus grands des philosophes anciens. Anaxagore fit une médecine excellente avec ce magis tère, comme on le voit dans son traité des Tourbillons physiques. On comprend bien qu’il n’y a rien de plus propre à ouvrir les yeux de l’esprit sur ces mystères que notre Monade hiéroglyphique.
Théorème XIX. —> Le Soleil et la Lune répandent beaucoup plus fortement que toutes les autres planètes leurs influences propres sur tous les corps inférieurs élémentaires. C’est en effet ce que démontre l’analyse pyrotechnique de ces corps.
Ils doivent à la Lune l’hu meur aqueuse, et au Soleil la liqueur ignée, lesquelles deux composent la matière de toutes choses terrestres (i Théorème XX. — Nous avons démontré plus haut par une bonne logique hiéroglyphique que les éléments étaient symbolisés par des lignes droites. Nous allons donner ici aussi exactement que possible des considéra tions spéculatives sur le point central de notre croix (2).
Au point de vue de notre Ternaire on ne peut le passer sous silence pas plus qu’au point de vue du Binaire. S’il ne peut être omis, qui donc, instruit dans notre divine (1) Le Soleil et la Lune envoient à la terre l'influx astral diversement polarisé. Venant directement du Soleil, il est posi tif ; réfléchi par la Lune, il devient négatif.
Ces deux polarisa tions agissant sur la matière universelle donnent les principes Soufre et Mercure que l’on appelait symboliquement Soleil et Lune. (2) La croix est formée de deux droites. Si l’on considère ces deux droites dans leur entier, on ale symbole du Binaire; si on considère leurs moitiés à partir de leur intersection, on a le symbole du Quaternaire.
Enfin, sil’on considère quatre droites et un point central, on a les quatre éléments et la quintes sence ou cinquième élément : c’est l’Ether des physiciens. Mais cette diversité apparente cache l'unité, comme il est démontré dans les Théories ei Symboles. On peut raisonner sur deux ou trois principes, quatre ou cinq éléments, la théorie alchimique n’en est pas changée pour cela.
l’initiation 240 Mathèse, oserait le repousser? Cependant on peut le supposer omis. N’abandonnons pas le Binaire, nous le verrons produire le Quaternaire, en supprimant le point et en partageant chaque ligne en deux. Mais notre adversaire a supposé qu’on abandonnait le Binaire; nous considérerons le Binaire et le Quaternaire au même point de vue : ce qui est manifeste dans les puissances impossibles.
Le point est donc nécessaire, parce qu’avec le Binaire il constitue le Quaternaire, et rien ne peut le remplacer. Il n’a rien de commun avec la propriété hypostatique du Binaire et n'en fait aucune ment partie. On démontre ainsi que ce n’en est pas une partie, toutes les parties d’une ligne sont des lignes. Or par hy pothèse ce n’est là qu’un point.
Donc il ne fait pas partie du Binaire, et encore moins peut-on le faire rentrer dans les propriétés hypostatiques du Binaire. Cependant il convient de remarquer que le point a une hypostase spé ciale, qui est contenue dans les lignes longitudinales du Binaire, et, parce qu’il parait être ainsi commun aux deux lignes, on peut croire qu’il contient un symbole secretdu Binaire lui-même.
D’où il est démontré que le Quaternaire est compris dans le Ternaire (î). O mon Dieu l pardonnez-moi, je vous en supplie, si j’ai offensé votre Majesté en révélant un si grand mys tère dans des écrits destinés à être divulgués. Mais j’es_ (1) La Croix est l’image du Binaire. Si on y § ajoute le point central, on a le Ternaire.
Ce point, ŒBa.sis ne faisant pas partie a’une ligne, puisqu’une ligne | est composée de droites, ne fait pas partie du Bi8 naire représenté par les deux droites de la Croix. Mais il est commun aux deux droites de la Croix. Mais s’il est commun aux deux droites; il fait à la fois partie de la ligne horizontale et de la ligne verticale.
Il faut donc le considérer comme s il était formé de deuxpoints superposés; c’est donc un symbole secret du Binaire. De plus, spéculativement double, ajouté aux deux droites, il donne le Quaternaire; si on le consi dère comme unique.il donne le Ternaire. Donc le Quaternaire est renfermé dans le Ternaire.
LA MONADE HIÉROGLYPHIQUE 2.4! père que ceux-là seuls comprendront qui en sont dignes. Nous passons maintenant au Quaternaire que nous avons trouvé dans notre Croix. Nous allons chercher si le point qui nous occupe peut ne pas exister. Les ma thématiques nous affirment qu’on peut le celer.
Et non seulement ce qui reste après cette suppression, c’est notre Quaternaire^ mais' encore il devient plus clair, bien plus évident à tons les yeux, sans aucune perte de substance, simplement en rejetant le point superflu, condamné comme cause de confusion. O toute-puissante majesté divine, nous autres, faibles mortels, nous sommes obligés d’admirer combien tu as déployé de sagesse jusque dans les accents et les points de tes lois !
Quelle infinité ineffable dans tes mystères, surtout lorsqu’on voit les plus grands secrets et arcanes terrestres expli qués par le simple examen que je fais d’un point (mais grâce à tes lumières). Dans le Ternaire divin, le point n’est pas superflu; mais, dans le domaine des quatre élé ments, le rôle du. point est obscur et ténébreux Q).
O trois fois, quatre fois bienheureux ceux qui peuvent comprendre le point conjonctif du Ternaire et éliminer le point obscur et superflu du Quaternaire, le laisser au Prince des ténèbres. Ainsi nous parviendrons à être vêtus de robes éclatantes d’une blancheur de neige.
O Maximilien, que Dieu te fasse le plus grand de la mai son d'Autriche, pour le plus grand honneur de son nom redoutable, grâce à cette initiation dans les ténèbres abominables et horribles de ce point inutile à la terre. Mais afin moi-même de ne pas dépenser ici de paroles inutiles, je rentre de suite dans les limites de mon sujet.
Ayant terminé la partie de mon discours destinée à ceux (1) Si l’on considère la Croix comme symbole du Quater naire des éléments, de la Tétrosomie des alchimistes grecs,- on peut regarder le point comme le symbole de la quintessence, ce cinquième élément formé des parties les plus pures des quatre autres.
242 l’initiation qui ont les yeux au cœur, maintenant je vais parler pour ceux qui ont le cœur aux yeux ( 1). Nous dirons que la figure de la Croix ci-jointe peut être représentée d’une certaine manière.
Et d’abord, par lons du point nécessaire qui la partage en deux droites coupées également ou inégalement; ici vous constatez quatre lignes droites dis tinctes en A et en B ; le point a été enlevé; elles restent séparées par le lieu du point qui leur était commun, ce qui n’a aucun inconvénient.
C’est la voie par laquelle notre Monade passant par le Binaire et le Ternaire arrive au Quaternaire, par la pro. portion d’égalité (d’autant que le tout est égal à la somme de ses parties). Et, pour en venir là, notre Monade n’a aucunement besoin du secours de nombres ou d’unités étrangères. Elle se suffit exactement à elle-même, abso lue en ses nombres.
Tantôt elle parcourt la série par divers modes magiques et tantôt elle revient en dignité et puissance à sa première et propre matière, grâce à ses propriétés monadaires (2).
Entre temps, tout ce qui ne ■fait pas partie de ses propriétés intimes et proportions naturelles est éliminé et rejeté comme inutile. (A suivre.) Philophotes. (j) C’est-à-dire : j’ai parlé pour les savants, pour les philo sophes; je vais discourir maintenant pour les mystiques. (2) Indication allégorique de la double loi occulte de l’évo lution et de i’involution.
Ce double mouvement incessant dans la nature renouvelle perpétuellement l’Univers par la vie (évo lution) et la mort (involution). Cette loi est symbolisée dans les n-critures par la double échelle angélique de Jacob. C'est aussi la double théorie d’anges, ascendante et descendante, que Faust voit dans sa vision du laboratoire au premier acte.
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE CHEZ LES PREMIERS CULTIVATEURS A l’époque où les premiers forgerons inventaient l’art de travailler les métaux, d’autres familles s’oc cupaient de cultiver les arbres fruitiers, la vigne et les céréales. Leurs plantations étaient entourées de mu railles en pierre ou en terre surmontées d’une palis sade et surveillées avec le plus grand soin.
Devant les huttes dressées sur des éminences natu relles ou artificielles dans l’intérieur du jardin, le feu brûlait toute la nuit pour dissiper les ténèbres et em pêcher que la surveillance ne cesse de s’exercer.
Lors que. le soir, toute la famille se trouvait réunie autour du foyer et que Laïeul racontait de veilles histoires, si quelqu’enfant demandait pourquoi le feu sortait de l’accacia, l’ancien faisait le récit suivant : « II existe, au milieu de la terre habitée, un arbre gigantesque dont les trois grandes racines se diri gent respectivement vers le pays des glaces, vers
^INITIATION 244 l’orient et vers le soleil couchant (i). Au pied de l’arbre est une source d’eau vive qui donne naissance à quatre lacs et de ces lacs sortent quatre fleuves qui arrosent les quatre parties de la terre apportant par tout avec eux la vie et la fécondité (2). La tige de l’arbre monte droite jusqu’au ciel où elle s’épanouit en un épais feuillage.
Les nuages que vous voyez voguer au-dessus de vos têtes ne sont que des feuilles de cet arbre emportées par le vent. De ses branches tom bent sur la terre des pommes de feu, et un oiseau mys térieux qui se cache derrière les feuilles détache sans cesse des rameaux enflammés (3) qui tombent égale ment sur la terre. Cependant parfois l’oiseau se montre et apporte lui-même les branches de feu dans son bec.
« Or un malin archer résolut de s’emparer de l’oi seau céleste. Il lé guetta longtemps, et, dès qu’il l’aper çut. lui décocha une flèche. Mais c’est à peine si la flèche l'effleura; une plume et un ongle tombèrent seulement sur le sol. A l’endoit où ils étaient tombés poussa un arbre plein de feu. et cet arbre est l’acacia.
Ses feuilles ressemblent aux plumes de l’oiseau et ses épines à ses ongles. » (1) Ces trois racines sont Jes trois grandes chaînes de mon tagnes qui partent en divergeant du plateau du Pâmer. (2) Les quatre lacs et les quatre fleuves sont : d’après Obrv, le Jac KaraKouI et Je fleuve Tarius ; le lac Manassarovar et le Gange ou l’Indus ; le lac Sir-i-K.oui et l’Oxus ; le lac ïssi Koul et l’ïaxarte. (3) Les pommes de feu et les branches de feu sont les bom bes èt Les foudres qui sortent du panache d*un volcan alors en activité qui se trouve non loin du Pâmer.
La planche I cijointe montre comment le volcan et les chaînes ae montagnes ont pu être comparés par les premiers cultivateurs à un arbre immense.
LE MYTHE ET LES SYMBOLES LU FEU 245 L’acacia n’était pas le seul arbre que les premiers cultivateurs regardaient comme rempli de feu. Tout arbre portant des fruits rouges semblables aux bombes volcaniques devait être un rejeton du grand arbre de feu., soutien du monde. Tel était, par exemple, le pommier, dont les fruits laissent couler un suc très doux.
Pour obtenir ce suc en grande abondance, on ima gina d’écraser les pommes dans un vase profond, après les avoir préalablement coupées en petits morceaux. On sait alors que la pulpe prend une coloration jau nâtre. Le liquide qu’on obtint par l’écrasement dé barrassé de la pulpe fut mis dans un vase à part où chacun put aller puiser. Mais, ô merveille !
A mesure que la liqueur vieillissait, elle se couvrait, d’écume et semblait bouillir; troublée tout d’abord, elle se cla rifiait de jours en jours et prenait une couleur d’or, une couleur de soleil. Sa saveur même avait changé. Bue assez copieusement, elle communiquait au corps une chaleur nouvelle ; c’était bien une liqueur de feu, un breuvage céleste.
Il augmentait l’ardeur, l’énergie et la force de celui qui le buvait, il le remplissait de joie et produisait en lui une agitation plus ou moins grande; il exaltait la vie parce que certainement il contenait la vie même, il devait prolonger la vie et rétablir son équilibre lorsque celui-ci est troublé. Ce n’est pas tout : il exaltait aussi l’intelligence, produi sait l’abondance des idées et des paroles.
Au moyen de ce breuvage, le feu divin (brillant) se communique à l’homme, prend possession de lui, l'inspire et le remplit d’enthousiasme.
^INITIATION 246 Le feu fut ainsi regardé par les cultivateurs comme le principe de la vie et de la pensée; par lui toute la nature vit, la nature est faite vivante et animée. Tout être vivant est formé de poussière et d’eau, substances fournie par la terre. Le feu et son coopéra teur, le vent (le soufle) viennent du ciel pour animer cette boue. Le ciel est donc le père, la terre est donc la mère de tous les êtres vivants.
Le feu descend du ciel pour s’enfermer dans chaque être vivant comme dans un tombeau, mais pour ensuite s’en échapper, pour renaître. Le feu n’est pas un ouvrier comme chez les métallurgistes, c’est un générateur. Les choses étant ainsi envisagées, le bâton allumeur ne fut plus une simple lance, mais un organe mâle qu’on faisait en bois de figuier parce que le fruit de cet arbre ressemble aux attributs du mâle.
Parfois on plaçait à son extrémité des matières combustibles enflammées; il devenait alors un flambeau, rapelant le tison allumé que le premier porteur du feu osa dé rober à la forêt embrasée par le feu du ciel. De même le bambou, roseau ou nartex fut surmonté d’une pigne qui figurait une flamme et aussi l’organe mâle consti tuant ainsi le thyrse ou sceptre, symbole de la puis sance. Obtenir le feu ou la liqueur du feu fut faire naître le feu.
Le vase (mortier) où l’on écrasait les fruits, était la matrice où il réside, la mère qui lui donne le jour. Le mortier et la coupe furent l’image de la terre, ou de la femelle, le pilon et le vase à verser l’image du ciel ou du mâle. Le lys épanoui fournit aux premiers cultivateurs le modèle du mortier ; le pistil qui con
LE MYTHE ET LES SYMBOLES DU FEU 247 tient la semence regardé par eux comme la partie mâle., leur suggéra la forme du pilon. Ce fut même sur le modèle des pistils des fleurs qu’ils façonnèrent tous les vases à verser (planche II, figures i et 2). La croix dite ansée n’est autre chose que le diagramme d’un pistil (semblable à celui de la planche II, fig. 3, 4), sur lequel on a placé en croix une barre horizontale femelle.
Quant à la coupe, « un jour, dit M. du Cleuziou, la femme se rendant à la fontaine, doux souvenir de la première révélation de sa beauté, miroir limpide qu’elle dut consulter bien des fois, aperçut, aux fraîches heures du lever de l’aurore, un lotus épanoui qui gardait encore, entre les blancs pétales de la corolle, la rosée qu’y avait déposée la nuit sereine ; l’approcher de ses lèvres fut, pour elle, une action pleine de charme.
L’onde, dans ce calice, lui parut plus douce et plus fraîche; de ce premier boire amou reux, elle garda la mémoire éternelle. » Dans tous les bas-reliefs antiques, la coupe est faite à l’imitation du lotus. C’est lui, c’est elle, que les prêtres tiennent au bout de leurs mains fluettes dans les sculptures des palais de Ninive et de Khorsabab, ou les peintures des temples Egyptiens. La coupe enflammée (pl.
III, fig. t), représente l’être vivant universel dans son pouvoir mâle et femelle. Dès lors on comprend pourquoi les dieux de l’Inde et du Thibet reposent sur la fleur de lotus et ont la forme de la flamme (fig. 2). On conçoit aussi qu’on ait pu remplacer la statue et la flamme par le symbole du feu, c’est-à-dire par la croix (fig. 3). Plus tard, en occident, le lotus remplacé par la rose donnera la rose-croix.
248 l’initiation De même il est maintenant facile de se rendre compte de ce que signifient les symboles,',fig. 4), qu’on trouve sur les monuments. Dans la fig. 5, le vase du milieu représente la source du breuvage placée au pied de l’arbre soutien du monde ; les quatre petites coupes sont les quatre lacs ; renversées, elles forment quatre fleuves. Dans la fig. 5, le vase du milieu a la même signification que dans la fig.
4 ; les quatre ser pents qui en sortent représentent les quatre fleuves de vie. De même encore Esculapeou Asclépios est repré senté tenant d’une main le bâton allumeur et de l’au tre une coupe d’où sort un serpent, c’est-à-dire un fleuve de vie. Le phénomène de la fermentation une fois décou vert, on essaya de fabriquer des breuvages avec toutes sortes de fruits,et même des tiges juteuses. Le vin fut presque généralement la liqueur préférée.
Les grains de raisin traités comme les pommes donnent une boisson fermentée, tantôt couleur d’or et semblable au cidre, tantôt couleur de sang. Le feu de la vie ré sida dans le vin comme on pensait qu’elle résidait dans le sang. Le vin fut le sang de la vigne. La vigne était un être qui se laissait enlever et broyer les fruits, qui donnait son sang pour la vie des hommes.
Plus tard, dans l'Inde, on fabriqua de même un breu vage de vie, avec le jus tiré des tiges grimpantes de l’Asclepias acida ou sarcostemmna viminalis, on dit aussi que cet être se laissait broyer dans un mortier pour donner la vie aux hommes. La planche 11 fig. 6, représente une couronne for mée de branches d’asclépias et de lierre entrelacées.
LE MYTHE ET LES SYMBOLES DU FEU 249 Car, dans les monuments, la couronne de lierre rem place presque toujours l’asclépias, et une autre plante grimpante, le liseron, remplace aussi quelquefois le lierre ou l’asclépias. Mais d’autrefois encore, c’est une branche de vigne qui compose la couronne. Si la boisson fermentée contient le feu, principe de vie et de pensée, le Z>Zé, éminemment nutritif, ne le contient-il pas aussi ?
Cela ne pouvait faire l’ombre d’un doute pour le cultivateur primitif, et comme le raisin, le grain de blé se laissait broyer et donnait son corps pour la vie des hommes. On sait ce qu’était le pain primitif. La farine résultant des grains de blé broyés entre deux pierres l’une convexe et tenue à la main, l’autre concave, reposant sur le sol, était mêlée avec de l’eau de manière à former une pâte.
Celle-ci était versée sur des pierres plates circulaires ou ron delles, préalablement chauffées, et on superposait ainsi alternativement plusieurs rondelles de pâte et de pierre. La chaleur de la pierre suffisait à cuire la pâte et à former une Galette, (PI. II, fig. 7). Dr Fugairon.
PARTIE LITTÉRAIRE A MON AMI I,...
Lorsque Vombre s’étend au pied des arbres verts, Tandis que des grands monts les sommets découverts Brillent de mille feux répandus dans l’espace, Tu me dis : « Parlons bas., ou plutôt, taisons-nous, « J’ai besoin de rêver en ployant les genoux <t A l’idéal divin qui dans ces rayons passe : « Si tu me vois pleurer, ne crois pas que mon cœur « Souffre de ce moment d’ivresse et de ferveur : « Les larmes dans mes yeux expriment la prière !
« Je me rapproche alors avec humilité «. De ce puissant foyer d’amour et de beautéj « D’où jaillit la lumière ! » Je te comprends, ami. Pleine d’émotion Je te bénis d’avoir la sainte passion De l’immense infini d’où descendit la vie ! Nous sommes, ainsi faits : au loin dans le ciel bleu,
ESPÉRANCE 2 5 ï Parmi les astres d’or, sous le regard de Dieu., Involontairement nous cherchons la patrie... Là-bas le vrai le beau, ! absolu. ! éternel., L'amour toujours ardent, adorable, immortel, La paix se révélant par l’ordre et l’harmonie..... Ici lillusion, le doute, l’inconnu, Le vice s’affublant d’un manteau de vertu Et vivant d'infamie.
Tant qu’il existera des cœurs comme le tien, Battant au nom du vrai, de l’idéal, du bien, S’animant au contact de la beauté divine ; Tant que le dévouement ne sera pas un mot, Tant que la charité, répondant au sanglot, Relèvera le front que le malheur incline, Notre monde imparfait, circulant dans l’azur, Epave du soleil, formé d’un monde impur, Conservera toujours un divin caractère l C’est un Heu de combat, d’où l’on entend parfois.
Parmi les cris haineux, poussés par mille voix. Le chant du sanctuaire. Oh ! soyons indulgents et ne méprisons pas, Ce monde s’agitant entre vie et trépas, Où nous devons passer pour savoir et connaître ! Le métal est plus pur en sortant du creuset. Et, lorsqu’on a souffert, on comprend maint secret. Exister, cest apprendre, et mourir, c’est renaître ! L’avenir est à nous. Il sourit au berceau, Nous soutient au passage et nous suit au tombeau. Nous nous élèverons à force de vaillance,
l’initiation 262 Ei, malgré nos chagrins,, nos désillusions. Nos fréquents insuccès, nos folles passions, Conservons l’espérance ! J. de Tallenay. (Suite et Jîn.) 11 se mit à parcourir la salle, sa lanterne sourde à la main. Les ombres des statues des dieux se profi laient énormes, démesurées sur les murs...
Longtemps, il se promena, goûtant l’âpre jouissance d’être seul parmi des ruines, parmi ces encore majes tueuses ruines, que quatre mille ans n’avaient pas réduites et qui restaient les témoins impassibles d’un formidable culte devant lequel plia l’orgueil des Pha raons.
Il allait, se mémorant de semblables ambulations dans les cryptes effarantes de la Haute-Egypte, accom pagné du Fellah silencieux projetant sur les stèles et les inscriptions murales l’éblouissante clarté du réflec teur à flamme de magnésium. Un souvenir grandiose lui revenait de l’allée des sphinx à tête de lion, à corps de iemme, qui va de Louqsor à Karnak. Il se souvint des inscriptions enchoriales et des cartouches pharaoniques portant le
LA REVANCHE Ii’lSlS 2 53 chiffre d’Amenhotep III : les lettres du nom figurées par le hiéroglyphe en forme de peigne-, par la dente lure qui signifie l’eau, par la plume, symbole de la justice, par la canope funéraire, la crosse royale qui se dit hyg, et l’emblématique lotos fleuri des souve rains et des dieux. Il se souvint d’avoir vu quelque part, là-bas, la tête coupée gigantesque en granit rose et noir d’un colosse, coiffée du pschent.
Le simoun avait dispersé aux quatre vents du désert les membres et le corps du colosse que l’on croit être Amenophis III; avec sa tête, les pieds monstrueux de la statue de celui que les Grecs dirent Memnon restaient seuls, brisés' audessus de la cheville, sur leur socle indestructible, lamentables vestiges du Fils harmonieux de l’Aurore.
Flanquant le rigide fonctionnaire Ei-Meru age nouillé dans l’attitude orante, deux sphinx noirs le requirent. La fleur de lys au pied nourri, impecca blement sculptée, décorant leur bandeau frontal, l’in téressa et le fit songer, par concordance, à la pièce chargeant Y enté de son blason. Il se promena longtemps, grappillant dans la vigne des souvenirs...
En revenant vers l’escalier, il lui sembla que la bouche dévastée du chef tranché du Pharaon géant avait comme un rictus hostile... Comme Roland passait, le hasard d’une lueur dé couvrit le sourire pervers et menaçant de Ramsès II. Le comte tressaillit, étrangement remué.
l'initiation 25^. L’ombre portée des grands sphinx s’allongeait re doutablement... Sa marche leur donnait comme une semblance inquiétante de vie... Ils paraissaient ram per le long des murs cherchant, comme jadis, la proie terrifiée que leur dévoluait l’hiérophante. Frissonnant, lui revint un passage de Jamblique où il est parlé du châtiment épouvantable réservé aux profanes et aux parjures...
Un sentiment obscur, méprouvé, indéfinissable, comme dû à de surhumaines causes, le poignit sou dain... Parvenu au bas de l’escalier d’un pas vacillant et somnambulique, il s’écroula plutôt qu’il ne s’assit sur les premières marches, saisi d’une inexplicable et invincible torpeur...
La lanterne lui échappa, roula par terre, et quelques secondes éclaira falotement avant de s’éteindre le fond mystérieux de la crypte, où régna de nouveau une paix effroyable, avant-courrière d’un prodigieux dé sastre, l’on eût dit. * * if. Un rayon verdâtre de lune entra dans la salle. Capricieusement, il erra parmi les divinités mo roses...
Il caressa le hiérogrammate Sepa, illumina le basalte d’un sphinx royal à barbe calamistrée; il flatta la hautaine prestance d'un œris au masque éthiopien ; il adula le courroux léonin d’une déesse Sekhet. Une pulvérulence d’or s’y mêla subitement et le rai sélénaire sembla d’abord une tépide fusion de Chry solithes et d’émeraudes, puis de Chrysoprases écrala revanche d’isis ^55 sées où dominerait la note glauque de béryls alliés...
Il atteignit ainsi la statue en jaspe vert d’un Osiris nocturne, tenant, avec le hyg, le nekhekh protecteur à double lanière. Suave, il lécha les plis rigides du long calîsiris, grimpa dévotieux jusqu’à la face soucieuse du dieu...
Et ce fut tout à coup dans la salle une aveuglante clarté dont le disque lunaire surmontant la tête aux lignes sévères du dieu d’Abydos était le surnaturel foyer ! • * Roland de Saystoiles, à ce même instant, se dressa, les cheveux mouillés d’une sueur d’agonie, les mains en avant comme repoussant une effarante vision, se demandant, autant que le lui permettait un boulever sement inopï d’idées, s’il était éveillé ou le jouet déri soire d’un maléfique cauchemar !
Voici l’incroyable événement qui motivait cette terreur sans nom 1 Sous l’inexpressible intensité de lumière effulgeant à flots verts du disque d’Osiris, s’agitait d’une vie fantastique et menaçante la divine peuplade égyp tienne du musée. Tout l’Olympe niligène était là, depuis les dieux qu’adorait Naucratis jusqu’à ceux que Méroë vénéra. Dominant la masse des dieux, à la droite de son Frère-Époux, la grande Isis, vêtue de la stellaire robe.-
256 l’initiation septuple, se dressait dans un hiératisme prestigieux. Sa tête aux traits purs se coiffait duklaftrayé à l’uræus frontal, couronné du hiéroglyphe quisignifieson Nom terrible. Le signe de la vie pendait à sa main gauche, et la droite se levait devant la face, érigeant l'index.
« Celui qui souleva le ciel d’en haut à la hauteur de ses bras pour y élever son âme »,Horus, qui adou cit la douleur d’Osiris son père, se tenait à sa gauche. La figure lumineuse du dieu solaire, de celui qui donne des parfums à la chevelure des Pharaons se surmontait de l’emblématique épervier dont les ailes retombantes lui couvraient les épaules.
Derrière la triade d’Abydos se tenaient, la triplant, les deux triades de Thèbes et de Memphis qui sont la même pensée et la même essence dans un même principe. Ammon-Ra, le dieu ithyphallique, taureau de sa mère, qui s’engendra dans le sein de la déesse Aiout — coiffée du vautour symbolisant la maternité — dont il eut Khons qui porte le croissant lunaire.
Ptah, le Seigneur de la sagesse qui suspendit la voûte du ciel, se tient à côté de la Salvatrice des âmes, Sekhet, son amante léontocéphale. Imouthès. leur fils bien-aimé, porte le lotos immarcescible qui efface les souillures et chasse l’impureté. Autour des neuf divinités suprêmes, c’est la foule effarante des déités subalternes.
Près d’Horus, l’on voit ses auxiliaires préférés : le bon chacal Anubis, le dieu psychopompe qui réside dans les bandelettes mumiales et le scribe scrupuleux des paroles sacrées, Thoth à tête d’ibis.
LA REVANCHE D ISIS 2 67 Voici Knouphis, le dieu béni des cataractes du fleuve aux joncs flexueux ; voici Seb, le démiurge puissant;voici Shou, qui supporta la voûte du ciel et dont la compagne est Tafnout; voici l’Aphroditè égyptiaque, Hathor, qui tient le sistre et le tambourin; Ouali et Nekheb, déesses du Nord et du Midi, coiffées des couronnes des régions supérieures et inférieures ; voici Bast, la déesse éponyme de Bubastis et Neith av3>yetrx pers, protectrice du nôme de Sais; voici Typhon, le déchu 1 La salle semblait s’être agrandie pour contenir la troublante cohue de la Faune divine...
Le Céraste à blessure mortelle, aimé d’Ammon ; l’Aboumras et le Hibou, que Senneh adora; voici le Cercopithèque thébain ; voici le Lion consacré à Horus. car il est dit aussi « grand Lion qui se défend lui-même »; l’ichneumon révéré à Bubastis; voici l’ibis et le Cynocéphale de Thoth ; voici l’immonde Orycthérope agréable à Typhon ainsi que l’Algazelle : voici le Scarabée du fronton des propylées et le Bouc de Mendès ; voici Apis au rencontre de sable sigillé du triangle d’argent, portant encore à la cuisse la ci catrice du glaive sacrilège de Cambyse; voici Mnévis que connut Héliopolis ; le Chacal, vénéré à Syout ; voici le Crocodile memphite, qu’exécra Eléphantine et la horde myrionyme des autres !
Roland de Saystolles regardait, les yeux embus d’une hébétude étrange... Un tressaillement nerveux aux coins des lèvres blêmies de sa face mortellement pâle révélait seul une étincelle de vie... 9
258 l’initiation Alors, Isis parla, et il sembla au misérable que la voix de la déesse sortait des murs, du sol, comme un roulement continu de tonnerre ! Il lui sembla que c’était de lui-même que sortait le grondement divin, que c’était sa bouche aux lèvres exsangues qui proférait les paroles d’épouvante !
Elle dit, la Voix terrible : « Ils ne sont plus, les Temps des kinnors et des sistres, et l’Epervier du Disque aux ailes fulgurantes s’est enfui dans la Nuit ! « La somptueuse Nef dont j’étais la Déesse propice, où l’on embarquait les sportules de baume et les vases myrrhîns que convoyaient des trirèmes por tant, avec des urnes de lait, le cinnamome et le nard, a brisé l’Ancre d’or et n’est plus revenue.
Jamais les hommes n’ont revu son gréement d’ivoire et de lin et ses voiles d’hyacinthe tissées d’argent. « Le Vent du désert souffle à présent à travers les colonnes lotiformes de mes temples détruits et la main d’un Dieu qui vint dessécha le Figuier de ma prédilection !
« Tour à tour, les Dieux sont culbutés au vortex de l’Oubli perdurable ainsi que d’excédantes ordures, et l’on fait de l’engrais avec la poussière des statues mêlée à la cendre smaragdine des syringes où se lo geaient des pythons 1 « Le ronflement s’est éteint des tympanons surexci tant l’extase des Corybantes, autour des tamaryx fron dants où mérulaient des merles. ' « Voilà que les Sekos inviolés, où reposait le Sistre
LA REVANCHE D’iSIS 259 d’Hathor, sont accessibles aux chiens et que l’on exporte les Obélisques d’Ammon sous des cieux inclé ments. « On arracha des Naos saccagés les divins Simu lacres que l’on exposa tout le jour aux risées igno rantes des plèbes. Il ne leur restait plus que la nuit pour se souvenir du Passé...
« Et maintenant, que Thoth, qui est le Tabernacle de ma Pensée, écrive sur les tablettes d’Éternité le châtiment du profane qui viola le dernier sanctuaire pitoyable des Dieux !
« Moi, la Trinité triple et l’Unité, le Triangle du Ternaire, la Raison d’être de toutes Formes, Moi, la Grande Isis, qui suis ce qui a été, ce qui est et ce qui sera, et dont nul mortel n’a encore soulevé le Voile constellé, voilà ce que mon Omniscience fait décréter à ma Justice. « Écoute, ô sacrilège !
Tu as cherché puérilement à me pénétrer ; tu as voulu chasser les Bestiaux sacrés sur leurs herbages ; tu voulus fausser l’Équilibre de la Balance, toutes choses abominables aux Dieux. Tu ne peux t’écrier comme le juste du Rituel Mortuaire : Je suis pur ! Je suis pur ! Je suis pur ! « Tu vas mourir de la mort triviale que mon dé dain t’impose.
Les pieds de l’Aimé des Dieux, du vainqueur de vingt-trois nations, Amenophis-Memnon, se lèveronfsur toi et t’écraseront: voilà ce que j’ai dit, Moi le Mystère ! » La voix formidable se tut. Alors du bout opposé de la crypte accoururent, à
2Ó0 l’initiation l’ordre d’Isis, les pieds en granit du colosse descendus de leur socle... Et par la salle où les ténèbres s’étaient faites, reten tit un long cri d’indicible panique... ■* * * Le lendemain de ce jour, on pouvait lire dans les publications du soir le fait divers suivant : « Un drame sur lequel plane le plus grand mystère s’est produit cette nuit au musée du Louvre.
« M. Berthier, l’un des gardiens delà salle des Anti quités égyptiennes, en venant ce matin prendre son poste, a découvert, étendu sans connaissance, près de l’escalier qui mène aux galeries supérieures, le corps du comte R. de S.,l’un des membres les plus distin gués du Select-Club. « Avant toute enquête, des soins lui furent prodi gués, mais il ne revint à la vie que pour donner des signes manifestes d’aliénation mentale.
« Détails particuliers qui font croire à une introduc tion nocturne dans la salle du musée et à une terreur intense que M. de S. y aurait éprouvée: Une lanterne sourde a été découverte à côté de lui et ses cheveux bruns jadis sont devenus tout blancs. « Un fait inexplicable a été également constaté.
Un onyx portant les armoiries singulières du comte de S. et que ce dernier portait en bague, a été retrouvé brisé bien que le chaton n’ait pas souffert. « On se perd en conjectures sur cette extraordinaire affaire. » G. Maurevert.
BIBLIOGRAPHIE On ttere DJSCR1T ï vol. in-i 8, par M. Gustave Guiches. — Plon et Ci* 1', éditeurs. Prix : 3 ir. C’est, à Flottes, petite ville du haut Quercy, que M. Gustave Guiches conduit ses lecteurs, dès les premières pages de son nouveau volume.
Des bour geois rentiers, les Mazels, dont le fils unique, André, va partir à Paris préparer sa licence et passer les deux années nécessaires pour l’examen du doctorat, reçoi vent en intimité quelques gros bonnets du pays, et profitent de cette occasion pour inviter la nouvelle buraliste des postes à faire chez eux la partie de trente et un. Claire de Gizels reçut un accueil empressé.
Ce qui se lisait sur cette figure jolie et douloureuse, déjà mûrie par l’expérience, c’était la crainte de déplaire, d’être mal jugée. Elle s’était ainsi composé une atti tude simple, d’une dignité parfaite et résignée à cet effacement qui mérite aux employés subalternes la sympathie de leur supérieurs.
Lorsque les joueurs prirent place autour de la table ronde, André, qui ne se mêlait jamais au jeu,, porta sa chaise près de la receveuse, et,, convoquant le prétexte de lui donner des conseils, se rapprocha
ClNITIXTlON ~2§2 ■ souvent d’elle qui se penchait alors un peu vers lui, présentait ses cartes en éventail et demandait: « Que dois-je faire ?»avec une souriante perplexité. 11 sentait rayonner sur sa joue la tiédeur d’une tempe aux veines battantes. Il respirait l’odeur des cheveux., et il s’attardait en hésitation pour prolonger ces minutes ■ d’enchantement furtif. Un des invités protesta contre le fonctionnât fémi nin.
« Confier des situations si délicates à des jeunes filles seules, livrées à elles-mêmes ! » André riposta vivement : «Et que voulez-vous que fassent celles quisont nées sans fortune?
Croyez-vous qu’il 11e soit assez pénible pour quelques-unes, que leur éducation destinait à un avenir brillant, de sacrifier leur jeunesse à des occu pations insipides et de passer leur vie entre les quatre murs d’un bureau de poste, en compagnie de facteurs ruraux !.. » Il s’arrêta, rougissant, au regard que la receveuse tourna vers lui.
Ce regard exprima, en.une seconde, une reconnaissance ardente, une admiration passion née, la joie d’un cœur qui voulait bien deviner un être jeune et généreux. Le couvre-feu sonna. Il était dix heures. Les invités ■ des Mazels se levèrent. M. et MQ1e Mazels engagèrent ■ avec mille instances cordiales la receveuse à venir, '■chaque dimanche, passer la soirée chez eux.
BIBLIOGRAPHIE 203 Les relations des deux jeunes gens deviennent bientôt plus intimes. Le lendemain, dans la matinée, André se rend au bureau de poste et propose à Claire1 de se joindre à eux pour une promenade projetée sur la « Pierre-Jette» avec une halte à l’entrée du BoisRond. Mazels, retenue par « ses comptes du linge », ne peut les accompagner.
Ils partent néanmoins escortés d’une vieille dame atteinte de surdité et font échange de confidences. Claire éprouvait la sensation d’un mou vement prodigieux qui se faisait en elle et comme d’un souffle de bonheur qui l’enveloppait et la péné trait. Sa pensée s’arrêta. Elle regardait devant elle, s’emplissant les yeux de ce calmepaysage dont chaqueaspect était un reflet de son ravissement.
C’est chez M01c Mazels., le lendemain, qu’André lui présente son excellent ami Honoré Bastid, âgé de trente-six ans, mais qui en paraissait cinquante, vieilli par son aspect maladif et sa manière de se vêtir. 11 portait, en toutes saisons, de longs paletots amples et flottants.
Ses pantalons, remontés à mi-hauteur du mollet dès qu’il était assis, refusaient de descendre lors qu’il se levait, et il lançait, en marchant, de violentes, ruades pour les contraindre à se rapprocher de ses. souliers.
Il se coiffait en hiver d’un feutre noir à larges bords creusé au sommet, ce qui donnait à ce chapeau la forme d’un nid de pigeon, et, les premiers soleils venus, il arborait une vaste cloche en faussepaille de Manille, coiffure si légère qu’aux moindres brises il devait s’empresser de fixer le cordon élastique.: à l’un des boutons de son habit.
l’initiation 264 Chétif, le dos voûté, son maigre buste s’équilibrait sur des jambes torses de basset. Un lorgnon fumé cachait ses yeux qu’irritait la lumière crue du grand jour. Toute l’expression de la physionomie se concen trait sur la bouche que surmontait sans la voiler une moustache rousse aux crins vigoureux.
Cette bouche dont un tic agitait les lèvres, était gouailleuse, agressive, prête à la chicane, confirmait, dans son seul dessin, le jugement porté par M. Mazels père sur Bastid, « un insupportable esprit de contradiction». Pour André seul, cet esprit de controverse désar mait.
Des analogies de goûts, d’esprit, d’instruction, de tendances réprimées, les avaient rapprochés l’un de l’autre dans une communauté de haine contre une société à laquelle ils se jugeaient inutilement su périeurs. Bastid apportait dans cette amitié un dévoue ment simple et absolu. Il y avait dans ce sentiment un peu d’une affection paternelle. Il se voyait revivre dans André, beaucoup plus jeune que lui.
Contribuer à lui faire accomplir les destinées sociales qu’il avait rêvées pour lui-même lui semblait un but glorieux, en même temps qu’une magnifique revanche sur l’insuccès de sa vie. Un visiteur interrompt l’entretien. Il propose d’em mener André à Paris et de s’occuper de son installa tion. Le départ est résolu. Il y eut encore une sortie, une excursion dans les taillis éclaircis du bois d’Anglars.
Claire et André comprirent que cette promenade était la dernière qui leur fût permise. Il faisait pourtant un ciel de prin temps merveilleusement bleu. Mais il y avait la tris
BIBLIOGRAPHIE 205 tesse d'un adieu répandu dans l'atmosphère, ils purent rester une heure à peine sous les arbres qu’agi tait une brise rafraîchissante, et le soir qui tombait les contraignit à rentrer. André prononça : « C’est déjà l’hiver. Nous pouvons dire que nôtre séparation commence aujourd’hui. » Claire se rendit chez les Mazels la veille du joùr convenu pour le départ.
André lui adressa d’abord, à très haute voix, quelques parolçs indifférentes, fit allusion au surcroît de travail qu’allait donner au bureau de Flottes sa correspondance; puis, après un regard circulaire, s’assurant qu’on ne pouvait les entendre : « C’est là, dit-il avec amertume, tout l’adieu que nous nous dirons ce soir. » La pâleur de Claire devint livide. Elle leva vers André ses yeux désespérément.
Elle les ferma tout à coup, comme si elle se sentait tomber daus un abîme; puis elle murmura : « ... Vers onze heures... Je vous attendrai... » * * * Les premiers jours qui suivirent le départ d’André n’eurent pas cette tristesse écrasante que la jeune fille avait prévue; elle était réconfortée par sa croyance absolue en la sincérité des serments échangés à leur entrevue chez elle, après la soirée des Mazels.
Ensuite les lettres arrivaient de Paris, exactement, aux dates fixées d’avance, toutes imprégnées de la plus fervente tendresse. Bastid passait toujours quelques instants au bureau, l’après-midi. Il communiquait à la jeune fille la plu
.s66 l’initiation part des lettres qu’il recevait de son ami, et tous deux, à les commenter, s’attardaient quelquefois tant que •la receveuse disait à la fin, en souriant, au visiteur : Je vous chasse: on finirait par remarquer que vos visites se prolongent beaucoup trop. » M110 de Gizels possédait quelques meubles de style, ■des bibelots anciens, souvenirs de famille dont elle avait toujours refusé de se séparer.
Des commission naires que les maisons de curiosités expédient de Paris en province à la chasse aux vieilleries, lui avaient souvent proposé d’acheter ces objets. L’un d’eux avait offert un prix qui s’élevait à dix-huit cents francs; ce courtier vint en personne, déclara que certains objets avaient subi, depuis sa dernière visite, une dépréciation commerciale assez considé rable, et qu'il ne pourrait donner du tout plus de quatorze cents francs.
André recevrait donc quatre cents francs par mois et l’augmentation de pension sol licitée par lui : « Mme Mazels m’a chargée d’ètre son intermédiaire entré elle et vous, écrivit Claire à Paris.
Elle me remettra, chaque mois, sous enveloppe, la somme convenue, que je m’empresserai de vous envoyer... » Elle reçut, à cette lettre, une réponse qui fut pour elle une récompense inespérée, tant il se répandait en remerciements, en tendresses, en protestations d’éter nel amour.
Mais bientôt la correspondance d’André s’attiédit, ses lettres se terminèrent toutes par une •excuse sur la hâte forcée avec laquelle il les rédigeait; ■il avouait sa gêne. Quatre pages affolées troublèrent, ■tout à coup, la douceur de ces entretiens. Elle était
BIBLIOGRAPHIE 267 ’ brève. La concision lui donnait l’accent d’un cri de détresse. — « Claire, vous connaissez toutes mes tristesses, tous mes cruels ennuis. Il faut que vous, obteniez de ma mère une somme de cinq cents francs. » Elle se sentit glacée. Où trouver ces cinq cents francs ? Elle ne pouvait les demander qu’à Bastid. A la pâleur qui se fit sur le visage de son interlo cuteur, elle se sut comprise.
« Je vais vous apporter ce que vous voulez bien me demander, dit-il. Je ne veux pas plus de vos explica tions que de vos remerciements. Je vous suis utile, m’assurez-vous... ce bonheur me suffit... » Elle lui tendit la main. Il la prit maladroitement, serra l’extrémité des doigts et l’abandonna, n’osant la porter à ses lèvres. ** * On approchait de l’été.
Claire comptait impatiem ment les jours qui la séparaient des vacances, du retour d’André à Flottes, de ces deux mois formant une vision sans cesse présente à son regard, lorsque lui arriva une lettre désespérée. André devait, à la fin du mois, dans une dizaine de jours, tout au plus, payer la somme de deux mille francs, une dette spé ciale, celle-là, dont on ne pouvait ajourner le rem boursement, une obligation d’honneur.
Il laissait entendre, en des phrases d’un sens assez précis, malgré leurs tournures équivoques, qu’il ne survi vrait pas à la honte de ne pouvoir s’acquitter. Claire achevait la lecture de cette lettre, quand Bas tid entra dans le bureau. La porte extérieure s’ouvrit tout à coup. La rece
208 l’initiation veuse se releva de sa chaise., comme réveillée en sur saut, et retira la grille du guichet. Bastid s’était renfoncé à l’extrémité de la pièce pour n’être pas aperçu des visiteurs. « Bonsoir, mademoiselle, dit la voix du pharma cien. J’ai un petit service à demander à votre obli geance... Je pars pour le Cantal, et dois expédier à Bordeaux une somme de trois mille francs à l’adresse que je vais vous donner.
J’ai des raisons particulières pour que cette somme arrive à destination le 24 cou rant... Ne pourriez-vous pas, mademoiselle, vous charger d’envoyer ces trois mille francs le 24 de ce mois ?... « — Ce n’est pas régulier, répondit la jeune fille ; mais je ne veux pas vous refuser, monsieur, un service auquel vous paraissez beaucoup tenir. Je vais vous délivrer un reçu anti-daté.
Si vous voulez bien me dicter l’adresse, j’enverrai les fonds, soyez-en sûr. » « — Oh! comme je vous remercie!... Voici d’abord la somme... puis l’adresse: Madame veuve Emérancie Piéfort, 12, cours du Chapeau-Rouge, à Bordeaux. » Claire enferma la somme remise dans l’enveloppe sur laquelle elle venait d’écrire l’adresse de la veuve Emérancie, et, un instant muette, songeuse, elle mor dillait du bout des dents le coin de ce papier.
Après le départ de Bastid, elle resta debout, à la même place, mordant toujours le coin de l’enveloppe. Sa pensée d’envoyer à André cet argent, qu’elle eût remboursé, dans un délai de plus de vingt jours, lui était immédiatement venue. Mais, aussitôt, l’idée de sa trahison la révolta. Elle se rassura cependant et se dit :
BIBLIOGRAPHIE 269 « Il n’y a pas abus de confiance, puisque l’espoir que j’ai de restituer cette somme équivaut à une certitude. C’est une indélicatesse, et bien légère, car elle ne nuit à personne... » Pourtant, ce fait de retirer les billets de l’enveloppe où elle les avait enfermés, ce fait-là sou levait sa conscience, lui inspirait une insurmontable horreur.
Elle sentit ses joues brûlantes de fièvre et elle ouvrit la fenêtre, pressée de respirer la fraîcheur de l’air. C’était un soir de juin admirablement calme et lim pide, encensé par les senteurs douces des acacias, des sureaux et des tilleuls. Ces souvenirs l’attendrirent et ramenèrent sa pensée sur celui qu’elle aimait; combien il devait souffrir! Et elle hésitait à commettre une faute si légère, alors qu’un crime n’eût pas dû l’effrayer !
Elle s’accusait de tiédeur, de lâcheté, comme au temps où elle n’osait se décider à ce rendez-vous chez elle que Bastid solli citait pour son ami. Elle passa la nuit entière dans ce débat contre elle-même, ne trouvant le courage ni d’une résistance invincible ni d’une irrévocable déci sion. George Montière. [A suivre).
l’initiation 270 ÎMDÉPIOAHT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES Quartier général. — Les conférences de quinzaine du Groupe sont terminées pour cette année. Seules,- cer taines commissions d’études poursuivent leurs travaux. Le Comité de direction du Groupe a décidé de con sacrer les vacances à l’étude des transformations à opérer pour répondre à la quantité croissante des membres.
De nouvelles commissions ont été créées et chaque membre du Groupe sera mis à même de prendre une part active â la propagande. Les Groupes d’études seront progres sivement transformés en Sociétés adhérentes et le sys tème des examens et des Groupes fermés sera presque partout appliqué.
Branches. —Le Président du Groupe appelé à Lyon par un de nos amis au sujet de la découverte d’archives de là plus haute importance a profité de son voyage et de son séjour pour visiter les divers centres d’études éta blis à Valence et à Lyon. Le mercredi S juin, une conférence sur la Médecine occulte et la Liberté d.u Magnétismes été donnéede8 h. 1/2 à g h. 1/2 à la Société fraternelle, rue Terraille. De g h. 1/2 à 10 h.
1/2, une autre conférence ayant pour titre la Méthode ésotérique et ses applications a été faite devant quelques membres choisis de divers centres occultistes de Lyon. Le mouvement, sous l’impulsion d’un de nos plus dévoués amis, prend, dans cette ville, une importance considérable. Lyon possède une librairie spéciale pla cée sous la direction de M. Elle Steel, Sv R,
NOTES SUR LES CULTES DES DAHOMEENS 271 GROUPE 4. — Suspension provisoire des Expériences. 24 mai 1893. Monsieur le Président, J’ai le regret de vous informer que, par suite du départ de notre principal médium pour l’Espagne, nos séances de spiritisme sont provisoirement suspendues. Veuillez recevoir, Monsieur e Président, l’assurance de mon entier dévouement. A. François.
ETRANGER Le correspondant de Frascati (Italie) poursuit avec fruit ses études d’occultisme et l’organisation de la pro pagande . Amérique du Sud. — Une charte de branche vient d’être envoyée à.Pehuajo, provîncede Buenos-Aires (Amérique du Sud) sur la demande d’un certain nombre de cher cheurs qui se sont groupés pour étudier l’occultisme. Une autre branche est fondée à Mexico.
Allemagne. — La loge « Zum Licht » à Hambourg, dirigée par leDv Frey, entre en relations avec le Groupe à titre de Société adhérente. Belgique. — La Société de moralité publique vient de créer un Cercle d’études des sciences morales dont on est en droit d’attendre les plus heureux résultats grâce à son éclectisme et a son indépendance.
Nous remarquons en effet parmi les membres du comité, à côté de catholiques, de matérialistes et de socialistes militants, MM. Vurgey et du Chastain, de notre Groupe kymrique. Ils trouveront tous deux sur ce nouveau terrain une occasion d’appli quer la conciliation que professe l’ésotérisme entre les excès de la théorie pure et ceux de l’empirisme. Nous tiendrons nos lecteurs au courant des travaux du nou veau cercle.
Ceux-ci nous intéresseront d’autant plus directement que le Groupe ésotérique s’est affilié au Cercle d’études morales par les soins de KYMPI3.
l’initiation 272 Le Groupe porte à la connaissance de tous ses membres l’extrait suivant du 38e ordre du jour kym rique: Tout membre du Groupe, à quelque branche qu’il appartienne, relève de la discipline kymrique pendant son séjour dans l’aire kymrique. J’ai assiste' à une ce'rémonie fétichiste célébrée par les Dahoméens exhibés au Palais des Arts libéraux. Cette cérémonie n’était pas destinée à être connue du public.
Les noirs avaient demandé l’autorisation de se livrer aux pratiques de leur culte,- et nous étions une douzaine de Parisiens à assister à ce spectacle, auquel nous avait aimablement conviés la direction de l’exhibition. Il faut donc éloigner tout soupçon de cabotinage de la part des officiants.
D’ailleurs, quelque astucieuses que soient ces races africaines, aucun homme, voire aucune femme, ne saurait simuler certaines attitudes et certains jeux de physionomie dont un œil d’artiste ne peut méconnaître la sincérité. On ne simule pas la beauté. On peut la sin ger, mais nul comédien, fût-il Gamck,ne saurait atteindre à la beauté d’expression qui pare le visage de l’homme au moment où son asrralité se délie.
J’ai retrouvé cette beauté passagère sur le masque noir des fétichistes, comme je l’ai vue sur la face maigre des fils d’Aïssa, comme je L’ai vue sur le visage de sujets somnambuliques en état extatique, et, dans l’art, sur des têtes destinées par des maîtres italiens et allemands antérieurs au xvie siècle. On peut contester à ces nègres la nationalité daho méenne. Ceci importe peu.
Ce qu’il y a de certain, c’est que ce sont des naturels de la Côte. Il était intéressant de rechercher chez les noirs les vestiges derniers de la (1) L’heure tardive à laquelle nous recevons cet article nous oblige à l’insérer ici, bien que la place de cette magistrale étude soit dans la partie initiatique. N. D. L. D.
NOTES SUR LES CULTES DES DAHOMEENS 2/3 Tradition lémurienne. Pour corrompus qu’ils apparais sent y et tachés d’influences musulmane,, judaïque et chrétienne, il serait invraisemblable que rien n’y sub sistât du dogme et des pratiques originels.
Pour pénétrer l’ésotérisme du rituel, il eût fallu étudier minutieusement chaque détail de la cérémonie Pour cela, il serait nécessaire d’y assister plusieurs fois afin de n’être plus dérouté par la vivacité gesticulante des célé brants. Je ne puis donc qu’esquisser le spectacle sous son seul aspect pittoresque, en signalant parfois le sym bolisme d’urt détail.
Le sacrifice Leba, qui a tous les caractères d’un rite goétien, s’accomplit successivement en deux temples. Chaque temple consiste, ici, en quatre pieux surmontés d’une toiture de paille; chaque côté du carré regarde un des points cardinaux. Sous ces toits, plusieurs autels de dimensions différentes.
L’un de ces autels est un mamelon de terre hémisphérique, à hauteur de genou ; les autres, des anneaux de fer, de diamètres variés, établis horizon talement sur des axes fichés dans le sol. Devant l’autel principal, un fétiche en bois grossièrement taillé. Ce fétiche n’est, d’ailleurs, qu’une image symbolique d’une conception divine, et moins laide, après tout, que les plâtres enluminés du quartier Saint-Sulpice.
Comme dans toute cérémonie goétienne, on doit verser .le sang. La victime est généralement un chevreau. Mais la sauvage immolation d’un quadrupède révolterait la sensibilité des assistants, et l’administration n’a fourni aux noirs que des poulets. Il nous est déjà assez pénible de voir trucider ces malheureux volatils par la main féroce des féticheurs.
Les nègres se sont groupés autour des autels du plus grand temple, et tous commencent à jacasser les répons interminables avec des mines querelleuses. Le sacrifica teur ne se distingue des fidèles par aucun signe exté rieur. C’est un noir d’une quarantaine d’années. Le torse nu, comme tous les autres, et aussi agité qu’eux, il pro nonce, sans aucune solennité, l’incantation à laquelle répondent en piaillant les fidèles.
Puis il se met en trance, il surexcite son astralité par une gesticulation rythmique, un monotone trémoussement surplace qu’il
l’initiation 274 accompagne de vociférantes imprécations. Peu à peu, l’automagnétisation l’emporte en état extatique.
La physio nomie du féticheur, assez banale à l’état normal, a pris alors une expression d’intense beauté, cette inimitable beauté qu’on retrouve, avec les mêmes caractères fonda mentaux, sur tous les visages extatiques, celui de l’Aïssaoua et du derviche aussi bien que celui du « sujet àexpe'rience » exhibé dans les hôpitaux ou ailleurs.
Si je m’attardais à l’élément pittoresque de la scène, il me faudrait insister sur le tableau quelque peu démoniaque des noirs en trépidation, et l'abominable odeur de fauve qu’exhalent ces sombres torses madéfiés. Quand le sacrificateur a atteint le degré de surexci tation voulue, il empoigne les poulets des mains des acolytes, et les tue sejon le rite, en leur arrachant la tête avec son orteil.
Le sang, recueilli dans un bol, est mêlé à de l'huile de palme, du tafia et du couscouss. ■C’est le breuvage de la communion. Le sacrificateur boit une gorgée qu’il va cracher sur le fétiche et sur les autels. Le bol passe alors de main en main, et chaque fidèle à son tour boit et crache sur les autels.
Ce rite, qui met en pratique la formule occulte, coagula, solvey c’est la communion destinée à resserrer la chaîne fluidique unis sant les assistants, à recréer cette collectivité en une per sonnalité. Notons en passant que, chez les nègres, la communion sous les espèces du sang doit, à cause des vertus occultes de ce sang, créer entre les communiants un lien plus fort.
La décadence chrétienne, ayant re noncé à la communion sous les deux espèces, a perdu l’énergie cohérente qu’apporterait à la collectivité des communiants le sang de l’Agneau symbolisé par le vin.
La cérémonie, terminée au premier temple, recom mence dans le second. Après ce croquis, très grossièrement tracé, du cérémo nial du sacrifice Leba, un coup d’œil sur le dogme nous montrera que le culte des féticheurs se relie à l’unité pri mordiale de toutes les religions. Il existe un dieu suprême, Mahou, divisé en trois per sonnes.
C’est la trinité de l’universelle tradition e'sotérique que les chrétiens saluent en leur Trinité, les Brahmanistes en leur Trimourti, etc., etc. Les trois perMÛTES SUR LES CULTES LES DAHOMÉENS 2y5' sonnes de Tonique dieu Mahou portent des noms grecs. Mahou émane des êtres sans nombre hiérarchisés. Il émane, entre autres créatures, des dieux de deux caté gories, les bons et les mauvais (forces positives et forces négatives).
Les dieux mauvais correspondent aux Eggrégores dontEliphas Lévi a magnifiquement évoqué, d'ac cord avec le ge'nie d’Eschyle et de Wagner, l’épouvan table théorie. Les dieux mauvais oht un supérieur, « le grand Oricha », Autour de ce Satan lémurîen gravitent des se'ries de secondaires dieux mauvais ; ce sont aux dieux mauvais seuls à qui il importe de faire des sacri fices.
Il est superflu d’en faire aux dieux bons (ici encore apparaît le caractère goétien du culte). La prière et le sacrifice des féticheurs me paraissent limiter la portée de leur action au domaine de l’Astral, Nulle part je n’ai deviné chez les noirs le désir de pro longer l’élan de leur verbe jusqu’au monde Archétype, j’usqu’au sein de Mahou. Ils rendent le culte à quatre choses créées : i° le ser pent ; 2° la mer ; 3° lu lune ; 4? l'arbre.
Il est facile de reconnaître là le Quaternaire dans sa manifestation élémentaire et de retrouver les correspon dances des quatre Eléments, comme dans le tableau cidessous : Le Serpent. Feu. ■) La Mer. Eau.
H L’Arbre. Terre. La Lune. Air. n Le serpent Dabou est l’objet d’une vénération toute particulière. C-’est évidemment le serpent de l’Astral, Î’oupoôopoç grec, le ‘¿'pj de la kabbale, le même serpent enfin sur la tête duquel l’ésotérisme chrétien pose le pied mystique de la Femme. Dans tous les villages de la Côte, ce serpent a ses temples et ses fidèles.
Aussi entretient-on dans ces temples la vivante apparence de ce symbole, un serpent ou un caïman. Les noirs pren nent pour symbole le caïman, comme nous prenons quelquefois le dragon. Nahasch n’est-il pas indifférem ment serpent ou dragon ?
l’inïtïaton 276 La philosophie religieuse de ces noirs est d’un spiritualisme très conscient. Pour eux, la mort est « le passage d’une vie de rêve à la vie réelle ». Ils affirment l’immortalité de l’âme et sa posthume évolution. C’est à ces conceptions qu’ils puisent ce mépris de la mort poussé à un degré qui étonne les plus audacieux Euro péens. II n’existe, sur la 'Côte, qu’une tradition orale. Car l’écriture y est inconnue.
L’écriture arabe y fait depuis peu son apparition, importée par les maîtres d’école arabes, les aloumas. J’ai essayé d’interroger les vestiges de la tradition autochtone destinée à être bientôt effacée par l’élément musulman, qui s’insinue de plus en plus dans le culte des Nagvs. L’élément juif y a pénétré depuis longtemps par les Tchetchi, qu’on appelait anciennement les Ju daïques, et dont l’origine est sémitique.
D’autre part, les Nagos de Porto-Novo et de Kotonou ont fait des em prunts à l’élément chrétien apporté par les missionnaires. Ces trois éléments plus vivaces détruiront les suprêmes restes de l’antique tradition lémurienne, comme cette race noire, plus vieille que les races blanches, dispa raîtra du continent africain, voué au conflit inévitable de l’organisation européenne avec l’Islam. Emile Michelet. Paris, le 29 mai i8g3.
A Monsieur Papus, président du G. E. Mon cher Papus, Voici la petite histoire que vous m’avez demandée par écrit. Un de mes amis contracta dernièrement, à la suite d’un mauvais régime et de fatigues physiques trop pro
AVERTISSEMENT DE MORT 277 longées, une synovite : la marche lui était devenue en deux ou trois jours presque impossible.
Je lui proposai de tenter une cure par une méthode renouvelée de Paracelse, et que je lui expliquai : ayant modelé avec de la cire et de l’huile une petite réduction du siège de l’inflammation, j’agis une nuit, pendant que le sujet était livré au sommeil, avec l’intention d’arrêter cette inflammation ; mon action dura une heure : il est bon de dire que nos demeures étaient séparées par une dizaine de kilomètres.
Le surlendemain je vis arriver mon ami enchanté et me remerciant avec effusion : toute douleur était disparue et il avait pu faire une marche de huit lieues sans fatigue. Je suis bien cordialement votre dévoué : Sèdir.
Monsieur le Directeur, Permettez-moi de porter à votre connaissance un fait qui intéressera certainement les nombreux lecteurs de YInitiation et du Voile d’Isis : Dans la nuit du samedi 27 au dimanche 28 mai cou rant, M“6 X... qui habite Paris se trouvait dans un tel état de surexcitation nerveuse qu’elle ne put dormir un seul instant.
Vers deux heures du matin, cette dame vit apparaître sa mère, en ce moment dans le département de la Somme, et en parfaite santé, qui lui dit : « Ma pauvre enfant, priez pour moi, demain je serai morte. » Mrae X... fit part de cette apparition à son mari qui chercha à la rassurer en lui affirmant que, tout en croyant ne pas dormir, elle avait rêvé. Le lundi suivant, Mme X... recevait l’avis que sa mère était morte subitement dans la nuit du dimanche vers
278 l’initiation ‘î heures, c’est-à-dire juste vingt-quatre heures après la vision. Veuillez recevoir, monsieur, l’assurance de mon entier dévouement. A. Françoi?. La Télépathie et le I\éo-Spiritualisme, par Bernard Lazare. Brochure in-i8, en vente chez Charnue! et C!".
M. Bernard Lazare vient de réunir en tirage spécial les articles qu'il a publiés dans la Haute science sur la Télé pathie et le Néo-spiritualisme : il s’agit du Spiritisme, de la réalité de ses faits, de leur histoire et des différentes doctrines qui en offrent une explication. Cette brochure, très documentée, renferme d’excellentes idées générales sur le merveilleux et l’inexplicable.
L’auteur y démontre,, preuves en main, qu’aucun phénomène dans l’état actuel de nos connaissances ne peut être considéré comme absurde, et que la critique scientifique moderne doit à ses principes de libre examen d’étudier sans parti pris tout ce qui se présente à elle : il cite à ce sujet ces franches affirmations de M. Charles Richet : « Il est absurde de dire : nous n’irons pas plus loin.
Voilà des faits que l’homme n’explique jamais ; voici des phéno mènes qui sont absurdes et qu’il ne faut pas même cher cher à comprendre, car ils dépassent les bornes de la con naissance ». Certes, ce sont là de bonnes paroles et l’on ne saurait trop bien augurer d’un tel esprit de conciliation et de la foi sincère avec laquelle un savant et un occul tiste comme M..
Bernard Lazare tend une main à la science officielle et l’autre à la science secrète. Sa classification des faits spirites en faits psychiques, qui comprennent les apparitions, lévitations humaines, mouvements d’objets, est parfaite à tous les points de vue; ne suscitant en un esprit impartial aucune idée synthétique, elle n’entraîne pas fatalement l’esprit à choi
COURRIER BIBLIOGRAPHIQUE 279 sir entre les dogmes insuffisants, et d’autre part elle déli mite en leurs classes bien tranchées des faits si surpre nants par leur variété et leur passage intempestif du psychique pur (intuitions) au matériel pur (mouvements ou bruits).
Mais qu’il nous soit permis d’exprimer un regret; c’est d’avoir vu totalement négliger les questions du magnétisme, hypnotisme, divination, possession, en voûtement, enfin quelques chapitres de magie proprement dite, toutes questions à l’ordre du jour, où M. Bernard Lazare aurait puisé des faits et des noms intéressants à joindre aux précédents, La troisième partie contient l’exposé des doctrines.
Nous sommes en présence, nous dit l’auteur, de trois explications : la première qui attribue l’explication des faits télépathiques à l’action d’êtres intelligents ou d’une pure intelligence; la seconde, qui donne des raisons ma térielles ; la troisième, qui voit dans les faits en question l’effet de forces, connues ou inconnues ; ne nous satis font pas pleinement, et la répartition consécutive des auteurs et des sectes répartis en trois groupes selon ces théories n’éclaire pas complètement sur les idées de l’auteur: nous concevons difficilement une différence de nature entre les explications de Mesmer, de Paracelse ou de Morin; mais peut-être partons nous en cela d'une idée préconçue qui n’a pour elle que la tradition et que la jeune science a évidemment droit de refuser pour l’interprétation des phénomènes psycho-physiologiques du Néo-Spiritualisme, je veux parler des idées anciennes sur l’Homme universel que Moïse appelait Adam.
Marc Haven. La Force vitale, notre corps vital fluidique, sa formula biomé trique, parle Dr H. Baraduc (de Paris). Voici un ouvrage scientifique uniquement consacré au corps astral et à l’étude de ses rapports avec le corps phy sique. C’est une grande joie pour nous que de voir les doctrines de l’occultisme prendre ainsi une légitime extension et susciter de telles études.
Les recherches du Dr Baraduc, rapprochés des travaux de M. de Rochas et des expériences de la Charité, indiquent que la « trouée »
a8o L’INITIATION tant redoutée par les hommes qui détiennent le pouvoir scientifique se fait peu à peu et avec une remarquable sûreté. Nous sommes aussi très heureux de voir combien les travaux de Louis Lucas ont été utiles au Dv Baraduc qui rend pleine justice au grand méconnu.
Nous donnerons prochainement un compte rendu détaillé de ce livre dont nous avons déjà publié un cha pitre, et nous publierons quelques-unes des curieuses figures qui accompagnent le texte. P. Renan désigne sous le nom de Sémites divers peuple^ ayant de grands rapports ethnologiques, qui parlent ou ont parlé des idiomes rapprochés de la langue hébraïque.
L’opposition de l’unité de la race indo-européenne à Ja race sémitique, reconnue dans les moeurs et ies :eligions comme dans les langues, doit servir de base à l’histoire des religions de l’antiquité.
M. Charles Picard, dans une intéressante brochure intitulée Sémites et Aryens, montre que l’antagonisme persiste entre les dogmes des deux races, d’une part le Judaïsme et le Christianisme, avec leur Dieu vindicatif ; d’autre part le Bouddhisme avec son Dieu qui promet mi séricorde et reçoit le pécheur, après des expiations tempo raires, dans le sein de son infinité.
C’est, suivant l’auteur, entre ces deux divinités que les générations futures au ront à choisir, (i vol. in-18, 1 fr. 5o. Félix Alcan, éditeur.) A PROPOS DE L’ABBÉ ROCA Un de nos correspondants, M. Bojanov, s’offre à verser io fr. par mois à-la souscription et demande aux admi rateurs de l’abbé' Roca de s’unir à lui.
Nous prions de nouveau tous nos amis de s’adresser directement à M. René Caillié, à Avignon (Vaucluse), pour éviter des complications de comptabilité.
NOUVELLES DIVERSES 28l * ¥ * la nouvelle œuvre 1)0. a. Bué Nous n’avons pas encore parlé de l'ouvrage très curieux et très intéressant sur le Magnétisme pratique que vient de faire paraître M. A. Bué. L’auteur ne perdra rien pour attendre, et, tout en re commandant dès maintenant ce très sérieux travail à nos lecteurs, nous en ferons sous peu une analyse détaillée et telle que la mérite un chercheur de la valeur de ML Bué.
LES PROJETS DE M. STEAD L’éminent directeur de la Review of Reviens de Londres se propose de créer sous peu un organe unique ment consacré aux recherches psychiques en dehors de toute école etde toute personnalité. Nous reviendrons en détail sur ce projet ; mais nous croyons utile de publier les extraits suivants des « Considérants » qui accompa gnent cette nouvelle entreprise.
I Il y a dix-huit mois environ que j’étudie de près des questions qui sont à l’ordre du jour, « phénomènes surna turels ». Le résultat de ses études me fait croire à deux choses : i° Que ce sont les études occultes surtout qui sont inté ressantes etqu’onnelespoursuit pas avec système et intel ligence.
Les uns disent et veulent démontrer l’existence de l’âme après la mort; d’autres, sans se donner la peine, comme le fit Darwin, qui étudia jusqu’au ver de terre, se font une théorie a priori sur l’invisible; voilà pourquoi je poursuis une idée, celle de former une école d’élèves occultistes pour travailler sérieusement.
Nous savons qu'à peine sur dix personnes, il y en a une qui a le don d’en haut, nommé le sixième sens; aussi faut-il le développer. Craignant l’influence trop grande des Juifs et des matérialistes nous voulons décou vrir ce qu’il y a de vrai au fond de tous ces phénomènes.
282 l’initiation * Max Muller et la théosophie. — La Revue Ninet teenlh Century a publié dernièrement un curieux inter view du savant orientaliste Max Muller au sujet de la pre'tentieuse ignorance de la plupart des théosophistes concernant les langues et les traditions orientales.
Nous ne pouvons pour aujourd’hui que citer la traduction de cet interview publié par M. T. de Wyzewa dans le sup plément de YJÈcho de Paris (mai 1893). * * * Depuis le i5 mai, la Revue les Paillasses Orientaux est devenue VAbeille du Bosphore. Sous ce titre nouveau et en augmentant son nombre dé pages, elle traite toutes les questions politiques, financières, industrielles et com merciales se rapportant à la Turquie.
L} Abeille du Bosphore devient ainsi le supplément du journal l’Orient et le memento des événements contem porains de l’empire ottoman. Ce sera une source pré cieuse de renseignements pour les personnes qui s’inté ressent à la Turquie. Direction et administration: 147, boulevard Saint-Michel, Paris. Directeur-fondateur ; N. Nicolaides.
SYNDICAT DES MAGNÉTISEURS, MASSEURS, SUGGESTIONNEURS ET MÉDIUMS-GUÉRISSEURS (l) Groupement de tous ceux qui traitent les malades sans médicaments « C’est le chêne qui prend ra cine et qui grandira bientôt. « «Petit poisson deviendra grand, pourvu que Dieu lui prête vie. >r La fondation de ce Syndicat est un fait accompli.
Son succès n’est plus douteux pour personne, et chaque (1) La suggestion jouant un grand rôle en magnétisme de même qu’en hypotisme, c’est pourquoi nous faisons entrer en ligne les suggestionneurs dans le Syndicat, d’autant plus que la suggestion a été connue et pratiquée de tous temps par les. magnétiseurs. L- A.
NOUVELLES DIVERSES 285 jour amène de nouvelles adhésions. Bientôt il sera une puissance avec laquelle il faudra compter. La cotisation est de un franc par mois, payable d’avance semes-. triellement. Les réunions ont lieu le premier jeudi de chaque mois, à huit heures et demie du soir, à la Librairie du Magétisme, rue Saint-Merri, 23, à Paris.
On s’inscrit chez M. Louis Auffinger, trésorier-comptable ■et directeur du journal la Chaîne Magnétique, rue du Four-Saint-Germain, i5, Paris. But du Syndicat : Création d’une caisse de secours en ■cas de maladie ou de nécessité. Mise à l’étude de la fondation d’une caisse de retraite pour la vieillesse après dix ans de sociétariat et soixante ans d’âge. Secours aux veuves et aux orphelins, s’il y a lieu. LE BUREAU PROVISOIRE EST AINSI COMPOSÉ .
Président : M. Ernest Houssay (abbé Julio). Vice-présidents : MM. Grignon (Lorenza) et Edmond Martin. Secrétaire : M. Gabriel Godon. Trésorier-comptable : M. Louis Auffinger.
Le troisième considérant des statuts a été complété ainsi qu’il suit dans la réunion du 5 mai courant : — Considérant que magnétiser ou masser n’est pas faire de la médecine, puisqu’on emploie ni ne fait employer aux malades aucun médicament, et que le magnétisme e le massage ne figurent pas dans le codex, etc. Le Journal du Magnétisme, dans son numéro d’avrilmai, dit encore : « Les principaux magnétiseurs, masseurs et plusieurs médiums-guérisseurs de Paris et des environs ont enfin pu se re'unir et s’entendre pour la défense de leurs droits : ils ont maintenant une Chambre syndicale.
Cette association, qui est surtout due à la persévérante activité de notre confrère, M. Louis Auffinger, indique que la ■concentration des forces magnétiques, qui n’avait jamais été faite, est sur le point d’être un fait accompli. « Fondé en dehors de la Société magnétique de France ■et de la Ligue nationale pour le libre exercice de la médecine, le Syndicat ne fonctionnera pas moins à côté
l’initiation 284 de ces deux associations qui lui prêteront leur concours et leur appui, quoique leurs attributions ne soient pas les memes.
En effet, la Société magnétique de France a surtout été fondée dans le but d’étudier le magnétisme par la méthode expérimentale, de l’enseigner et d’en vulgariser la pratique ; la Ligne a pour but exclusif d’obtenir, pour la France et les colonies, la libre pra tique de l’art de guérir sous la seule garantie des lois de droit commun, comme aux Etats-Unis, en Angleterre, en Allemagne, dans plusieurs cantons de la Confédéra tion suisse et ailleurs ; tandis que le Syndicat se place sous la garantie des lois existantes, jusques et y compris la loi qui régit l’exercice de la médecine.
Si la Ligue se révolte contre cette loi et demande son abrogation, le Syndicat s’y soumet entièrement, et les membres pren nent l’engagement de n’employer dans leur pratique aucun médicament (Suivent les considérants inscrits en tête de nos statuts et publiés dans le numéro d’avril de la Chaîne magnétique). » Le même journal ajoute : « Le siège du Syndicat est à la Librairie du Magné tisme^ rue Saint-Merri, 2 3 ; les réunions •— qui ne sont pas publiques — ont lieu Je premier jeudi de chaque mois, à huit heures et demie du soir.
La cotisation est de 12 francs par an, payable par semestre et d’avance. « Les magnétiseurs, masseurs, médiums-guérisseurs qui n’ont pas encore donné leur adhésion son instamment priés de la donner le plus promptement possible. On admet dans le Syndicat les professionnels de la France et des colonies, et tous ceux qui s’intéressent au magnétisme, au massage et aux guérisseurs qui u’emploient aucun médicament.
« Quand le Syndicat aura réuni trois cents adhésions, il constituera non seulement une force morale avec laquelle les syndicats médicaux pourront compter, mais il sera un refuge donnant, dans la mesure du possible, secours et protection à tous ses membres. « C’est ce qui arrivera très prochainement, j’en ai la certitude. « H. Durville. »
REVUE DES LIVRES 285 LANGUES ÉTRANGÈRES Anglais. — La Review of Review s (avril) , parmi la grande quantité de matières qu’elle traite, a un article sur la photographie des fantômes, et une enquête sur les phénomènes télépathiques, extraite d’un livre de M.Willink : Word of the Unseen. Dans la New Revew, M. Loyd Storr Best publie un très intéressant article sur lapsychologie de l’hypnotisme. The Key (mai) donne un bon article sur l’inspiration.
Dans le Pali Mail un très intéressant interview de Papus par Ch. Quentin. Italien. — Lux donne les articles suivants dans son fascicule de mars : Esperimenti a tentare (V. Cavalli). — Fatti e conside razioni concernenti lo Spiritismo. —11 Signor Diavolo torna in ballo (V. Cavalli). — Vìva l’assurdo ! Abbasso il buon senso ! (O. Pelletier). •— Fotografìe di Spiriti. — Una guarigione medianica (C.'Bouvier). — Un pozzo magico.
En avril, ^Ipnotismo, dirige par M. 0. del Torto, a fait son apparition très attendue.
Espagnol. — La Revista de Estudios Psicológicos nous annonce un Congrès universel de science psychique à l’Exposition colombienne de 1893. — A signaler un très joli journal : Lumen, Rappelons les courageux efforts de la Revista espi ritista de la Habana,. de la Illustration espiritista de Mexico, etc., etc., qui tracent le chemin aux théories spiritualistes les plus larges. S.
■286 L'INITIATION Nous avons déjà consacré quelques lignes de nécro logie au professeur Adolphe Franck. Nous sommes heu reux de donner aujourd’hui à nos lecteurs, connaissance «de l’article très intéressant que la Revue encyclopédique a consacré au défenseur delà Kabbale. Nous remercions ■vivement la direction de cette revue si bien rédigée de nous avoir autorisé à publier cet extrait. Franck (Adolphe), philosophe français, né à Liocourt ■(Meurthe)le g octobre 180g, mort à Paris le n avril. J1 appartenait à une famille Israélite. Après avoir fait d'ex cellentes études, il fut reçu le premier à l’agrégation de
ADOLPHE FRANCK 287 philosophie en i832, entra alors dans l’enseignement, et professa la philosophie à Douai, Nancy, Versailles et au collège Charlemagne à Paris, en 1840. Cette même anne'e, ayant passé le concours pour l’agrégation des Faculte's, il ouvrit à la Sorbonne un cours de philo sophie sociale, qu’une maladie du larynx le força d'inter rompre jusqu’en 1846- De 184g à i,852, il suppléa M. Barthélémy-Saint-Hilaire au Collège de France, où il fut chargé en 1854 d’un cours sur le droit de la nature et des gens. Devenu professeur en titre en i856, il occupa cette chaire jusqu’à sa mise en retraite en 1886. M. Franck avait été nommé en 1842 conservateur adjoint à la Biblio thèque royale, et, en 1844, membre de ¡’Académie des Sciences morales et politiques. Membre du Conseil supérieur de l’instruction publique, vice-président du Consistoire israélite, il était depuis 1869 commandeur de la Légion d’honneur, et était devenu en 1880 prési dent de la Ligue contre l’athéisme. M. Adolphe Franck possédait un vaste savoir, une pro fonde érudition.
Dans son enseignement comme dans ses livres, il apportait un esprit clair, méthodique, une netteté d’exposition qui rendaient accessibles à tous les sujets les plus ardus. Comme philosophe, il n’a point apporté des idées nouvelles. Il appartenait à l’école éclectique.
« Il était juif, dit M. Jules Simon, et, si je ne me trompe, membre de la communauté, il était dévot à toutes ses croyances : à la Lorraine où il était né; à la religion juive, à la philo sophie de Cousin. Jamais il n’a changé début et ne s’est détourné de sa voie... Il prêcha la morale, la croyance à la spiritualité de l’âme, à son immortalité; la croyance au devoir, l’amour de l’humanité et de la patrie, l’amour de Dieu...
D’autres ont fait plus de bruit, personne n’a fait plus de bien. » Esprit très ouvert, il joignait à la passion de la justice des idées très libérales. « Ses con victions spiritualistes, dit un écrivain, l’ont plus d’une fois poussé vers les rêves, conduit jusqu’aux frontières du mysticisme. Il avait publié un livre célèbre sur la Kabbale ou philosophie religieuse des Hébreux.
Emporté par un penchant secret, il ne refusa pas même d’écrire une pré face pour le traité de M. Papus sur la Science occulte.. Dans cette préface, il formulait sans doute quelques288 ^INITIATION réserves. Mais on voyait, chimère pour chimère, de quel côté étaient ses préférences.
C’était une belle intelligence, de ce genre particulier de beauté auquel s’applique mieux que toute autre l'épithète de généreuse. » On lui doit les ouvrages suivants : Esquisse d’une His toire de la Logique (1838); la Kabbale ou Philosophie religieuse des Hébreux (c883), son livre capital, une ceuvre très savante qui éclaire tout un ,côté de l’histoire du judaïsme et lui valut d’être nommé, à trente-cinq ans, membre de l’institut; le-Communisme jugé par ¡.’Histoire (1849); Réformateurs et publicistes de l’Europe, compre nant trois séries ; Moyen âge et Renaissance (ïÔ63),Dixseptième siècle (i88ï), Dix-huitième siècle (1893); Philo sophie du droit pénal (1864); Philosophie mystique du droit ecclésiastique (1864); Philosophie en France à la . fin du xviti * siècle (1866); Philosophie et religion (18G7); Morale pour tous ( 1868) ; Moralistes et philosophes (1871); Philosophes modernes,étrangers et français (1879); Essais de Critique philosophique (i885); la Morale pour tous, (1885) ; le Péché originel et la femme (1886) ^Philosophie du droit -civil (1886); l’Ame (1888) ; Le Panthéisme oriental et le monothéisme hébreu (1S89); Nouveaux Essais de Critique philosophique (1890); l'idée de Dien dans ses rapports avec la science (1891)..
M. Franck a attaché son nom à la publication du Dictionnaire des Sciences.philosophiques (1844-1852,6 vol. in-8 ; 3* édition, un énorme vol. in-8), auquel il fournit de nombreux articleset où il eut pour collaborateurs la plupart des phi losophes contemporains. Cet ouvrage, dont il avait fait le plan pendant un voyage en Italie, est l’exposé le plus complet et le plus fidèle des doctrines et de l’histoire de l’école éclectique.
On lui doit enfin des rapports, des articles dans le Journal des Débats, dans la Paix sociale, journal fondé par lui en i888, etc. Le Gérant : Encausse. TOURS. — IMP. E.
ARRAULT ET C1“, RUE DE LA PRÉFECTURE, 6‘ Ulniiiaiion du 15 juin 1893 ; Vi =S TRAITE ELEMENTAIRE ' , • ’ CE ■- 1 vol. grand in-8de 300 pages avec environ 300 figures et tableaux Cet ouvrage, auquel Papus travaille depuis plusieurs ■ années, est consacré à là .description des procéde's vrai ment pratiques de magie cé'rémû'nieiîe». ‘ ’ Læ première partie, entièrement originale, expose la. théorie de la dynamisation des forces de l’homme et -de celles de la nature. .. \ La seconde partie qxppsie; minutieusement ■ les. procé de's d’entraînement applicables "à ce qui sent, à- ce quid, pense et à ce qui vezzi dans l’honïme.
Elle contient dé plus trois chapitres consacrés à l'astrologie...? astrologie- astro- ■ riomique, astrologie naturelle et correspondances dans . les trois règnes, astrologie kabbalistique- applicable à la .confection et .à la lecture de tous les talismans. : La troisième partie est consacrée à la description. des diverses cérémonies de magie pratique.et donne aux étu diants un peu entraînés'une. méthode-.simple,-.et qui a déjà été éprouvée avec-succès,, pour, obtenir-les plus élé mentaires. des phénomènes de magie.. ’ - Une étude-spéçiale;dé.Ià-tnagie,.des campagnes, la repro duction- de .çe. qu’il y. ai dé plus curieux dans les grimoires, et les manuscrits introuvables/et un dictionnaire magique forment l’appendice dé-cet important ouvrage. ;
a..-.;-' 7'.. •. •• ”7'7 ■' L'Initiation du'i 5 juin i.8ÿi ANNALES V' DES SCIENCES PSYCHIQUES RECU.EI.L D’O.BS ERVATiO,NS ET D’EXPÉRIENCES ' ?TPaTaiasant tous les datsx inois • v ■> »' • •A Directeur ; M. le D' DARIEX ‘ é 7?’ /’m-- s, • •? Les Annales des sciences psychiques parais sent tous.les deux. moi$. GhAque -livraison forme un cahier dé quatre fêùilles.in-8’.carré de 64 pages.
Elles-ont pour but derapporter $ avec force.preuves à l’appui, toutes les observations sérieuses qui -leur sont adressées,.relatives aux faits soi-disant occultes, de télépathie, de lucidité, de pressentiment, d’appa ritions objectives...
En dehors de ces recueils de faits., . sont publiés des -documents eti discussions- sur les bonnes conditions pour observer et expérimenter ; des Analyses, Bibliographies, Critiques, etc. s'adresser pour la rédaction : AM.le Dr Dariex, 6, rue du Bellay, Paris. pour l’administration : y’•’ A M. Félix Alcan, libraire éditeur, 108, boulevard Saint-Germain, Paris. . PRIX ¿-ABONNEMENT. : Ün an (à partir du.15 février), pour tous pays. :f£;tr.?ÿ; La livraison : 2 fr. 50 ; ;
77- . ■"v <7;ÿ . '• x '■ ——— ï •z: 1 '' \ MAT, •/• v •<:’‘>^7 ’• AJ ;>T- <■' NA :■ XJ >? • ’?ÿ<: ■’? 'O t8q3 , ' i LA t:M v x jEDU$f’sx’ > x3;k-. a x -x- rA xd ' ■ COLLECTK) N H ER MÉTIQUE : ; rie. ' - - ..ENCYCLOPEDIE ALCHIMIQUE HISWRE DE L’ALGfJÏAilE ■ ________ ■ ■' -, - '.s * .••. ■ ' '.-■■i /’ Z XIV * StèCLE - ' NICOLAS FLAM EL SA ME - SES FONDATIONS - SES ŒUVRES Suivi DE LA RÉIMPRESSION DU LIVRE »¿S .FIGURES HIÉROGLYPHIQUES ET DE XA.
LETTRE DE DOM PERNETTY A L’ABBÉ VILLAIN PAR •• , ■• ALBERT POISSON i vol. în-8, orné de nombreuses figures. . , «t* . y-,.c '■• • :• • ’«'’J' r -v.oL in-i8 avec figures . , •y; ■< ÿ • x' LA FORCE VITALE NOTRE CORPS FLUIDIQUE -.SA FORMULE BIOMÉTRIQUE Par le Dr BARADUC Georges Carré, Éditeur,: / rue Saint - A ndré - <&$ -Arts - r '<f- ■v> :>. v