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L’lnitiation ' Revue philosophique indépendante des Hautes Études Hypnotisme, Force psychique Théosophie, Kabbale Gnose, Franc-Maçonnerie Sciences Occultes 18" VOLUME. — 6““ ANNÉE , SOMMAIRE DU N° 6 (Mars 1893) ——.q—' PARTIE INITIATIQUE... Les Eggrëgores (étude inédite)....... . Eliphas Lévi. (p. 193 à 209.) Hélène Ennoia......,... Jules Doinel. (p. 209 à 213.) Cachexie stcrcorale...
Quærens. (p. 2I3 à 218.) PARTIE PHILOSOPHIQUE Notes historiques sur ET SGIENTIFIQUE.... l’Envoûtement ...... .. A. de Roches. (p. 219 à 240.) A propos des Expé— riences de Milan..... L. Lemerle. (p. 240 à 243.) Byblys................. . . . Aleph. (p. 244 à 246-) PARTIE LITTÉRAIRE... L’Autre .................. ..
Robert Schefier. ‘ (p. 247 à 263.) AuLitdeMort(poésie) J. de Tallenay. (p. 263 à 264.) ' Vederpoi morir (poésie) Fabre des Essarts. (p. 264 à 265.) Axiomes fondamentaux. —- Groupe Indépendant d’Etudes ésoté— riques. — Causer1es de M._Emüe Michelet. — Le Mouvement oriental. -— Traité élémentaire de magie pratique. -— Nouvelles diverses. -— Théâtre. — Revue des Revues. — Nécrologie.
29, rue de Trévise, 29 58, rue S t—André—des-A rts, 58 .r’fi PARIS PARIS f Ï "-- 1 —- "‘- " ‘ "" '1‘. A- . nvv “I‘h - nvnn RÉDACTION : Administration, Abonnements :
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l'essence de la Société, de la Politique et de la Religion ; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initiaiion est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
' Dans la Religion,à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Ph11080phie, à sortir des méthodes purement méta— physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.
' Au point de vue social, l’Initiaiion adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l’arbitrage contre l'arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cle’ricalïsme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la. misère.
Enfin l’Initiati0n étudie impartialerpent tous les phénomènes du Spiritisme, de l'Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. L’Initiaiion expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. - La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d'une manière qu’elles savent toujours apprécier.
L’Initiation parait régulièrement du 15 au 20 de chaque mois et compte déjà cinq années d’existence. —- Abonnement: 10 francs par an. (Les collections des deux premières années sont absolument épuisées.)
L’Initiaiion du I5 mars 1893 PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE l’1niIiaiion 10 PARTIE INITIATIQUE F. CH. BARLET,S.'. I.'. S; — JULES DOINEL, S.‘. I.'. (D. G. E., — Ep. Gnost. — STANISLAS DE GUAITA, S.'. I.'. —- MARC HAVEN, S.'. I.'. s; — JULIEN LEJAY, S.'. I.'. 5:; — MILE MICHELET, S.'. I.'. (C. G. E.) — LUCIEN MAUCHEL, S.'. I.'. (D. S. E.) — GEORGE MONTIERE, S.'. I.'. fè -— PAPUS, S.'. I.'. {à .-—- PHILO PHOTES, S.'. I.'. (C. G.
E.) — QUÆRENS, S.'. I.'. (D. G. E.) — SEDIR, S.'. I.'. (C. G. E.) — SELVA, S.'. I.'. (C. G. E.) -— VURGEY, S.'. I.'. (D. G. E.). 20 PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ABlL-MARDUK. — ALEPH. — Le BERTRAND 18'.'. — RENÉ CAILLIÉ. — A. C. TSHELA. — CAMILLE CHAIGNEAU. — CHIMUA DU LAFAY. — G. DELANNE. — DELÉZINIER. — FABRE DES ESSARTS. —‘ Dr FUGAIRON.—JULES GIRAUD.— L. HUTCHINSON.— HORACE LEFORT. -— L.
LEMERLE.— DONALD MAC—NAB. — MARCUS DE VÈZE. — NA POLÉON NEY. — EUGENE NUS.— HORACE PELLETIER.— G. POIREL. RAYMOND.—— A. DE ROCHAS.— Dr SOURBECK. — L. STEVENARD. — THOMASSIN. — PIERRE TORCY. — G. VITOUX. — HENRI WELSCI-I.— OSWALD W1RTH. — YALTA. 30 PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAUBOURG. -— E. GOIIDEAU. -— MANOEL DE GRANDFORD. — JULES LERMINA. — L. HENNIQUE. — CATULLE MENDÈS. — GEORGE MONTIERE. — LÉON RIOTOR. — SAINT-FARGEAU. — ROBERT SCHEFFER. — CH.
DE SIVRY. 40 POÉSIE CH. DUEOURG. — RODOLPHE DARZENS. —- YVAN DIETSCHINE. —— PAIIL MARROT. -— J‘. DE TALLENAY. — ROBERT DE LA VILLEHERVE.
L’Initialion du 15 mars 1893 GROUPE INDÉPENDAN T D’ÉTUDES ÉSÛTEBIQUES SOCIÉTÉ D'ÉTUDES THEORIQUES ET PRATIQUES DES FORCES ENCORE NON DÉFINIES DE LA NATURE ET DE L’HOMME ‘ 1 Membres. — Les membres ne payent ni cotisation, ni droit d’entrée. Tout abonné de l’Initiati0n ou du Voile d’Isis reçoit sa carte de membre associé sur sa demande.
Quartier Général. —La Société comprend 22 Groupes d’études théoriques et pratiques au Quartier Général, 29, rue de Trévise, Paris. De plus, une Bibliothèque, une salle de lecture, une salle de conférences, pouvant contenir 200 auditeurs, et une librairie existent au Quartier Général. Branches.
4 Des branches de GrOupes Indépendants d’études ésotériques sont établies en France et à l’Etranger Le Groupe compte actuellement: 21 branches régulières en France, 30 branches à l’Etranger et 23 correspondants dans les centres qui ne possèdent pas enco re une Branche régulière. - Journaux. - Propagande. -— Outre les volumes édités par la Librairie, le Groupe possède comme organe de propagande : L’Initiation (revue mensuelle). — Le Voile d’Isis (journal hebdomadaire). — Psyché (revue mensuelle d’art et de littérature). — La Bibliographie de la Science Occulte (bulletin trimestriel). -— De plus : The Ligth of Paris (journal hebdomadaire), imprimé en anglais vient d’être créé comme organe delaBibliothèque internationale des Œuvres desfemmes, destiné à faire la propagande de l’occultisme dans les pays de langue anglaise. ‘«\l_‘"
PARTIE INITIATIQUE” äES ÈGGRÈGÛRES I Les Eggrégores! mot mystérieux et terrible, dont l’explication pourrait rendre fou. Qu’est-ce donc que les Eggrégores? - Les Eggrégores sont des Dieux. Ego dz‘xz’z’dz’z‘estz’s et sz'cut hommes mort’eminz’. Deus sletit in Synagoga deorum et in medz’o deos dz’judz’cat. Les Eggrégores sont des esprits moteurs et créateurs de formes. Ils naissent du respir de Dieu.
Dieu dort dans la nature et le monde est son rêve. En dormant, il aspire et il respire. Son souffle crée les Eggrégores, et il y a les Eggrégores de l’aspir et ceux du respir. Ces puissances spirées sont en lutte, etleur lutte fatale est éternelle, parce qu’elles sont les esprits des Eloi‘m. Leur amour est une guerre, et leur guerre produit l’A— mour.
C’est de cette tradition kabbalistique que sont venues les fables des Titans, les géants de la Genèse, et les batailles des Démons et des Anges. Les démons (1) AVIS. — La Reproduction de tout ou partie des articles inédits publiés dans l’1_nitiation est formellement interdite, à morns d’autorisation écrite de la Direction.
194 L’INITIATION sont àjamais repoussés, parce'qu’ils sont les Eggré gores du respir. Il a été dit à Schitan leur chef : solve, et à Schicad, chef des Eggrégores de l’aspir: coagula. Voici ce que les kabbalistes disent encore: l’infini ment petit ne saurait voir l’infiniment grand et échappe lui-mêmeà la vue.
Pour les insectes que nous foulons aux pieds sans les apercevoir, nous sommes des Dieux aveugles et lourds, et pour d’autres Dieux, infinimentgrands, relativement à nous, nous sommes des insectes invisibles. Les Eggrégores, en se battant, écrasent des peuples comme des fourmilières et ne savent même pas que nous souffrons et que nous mourons. Terribles hypothèses!
Il Les géants de la Genèse, les Titans de la fable, les anges d’Hénoc sont les Eggrégores ennemis des Dieux, parce que les Dieux sont les fictions des hommes. Parruä a écrit une farce obscène qu’il a intitulée la Guerre des Dieux ; il ne croyait pas, en cela, toucher à un des suprêmes arcanes de la magie. La guerre des Dieux est éternelle, mais jamais les Anges n’ont lutté contre Dieu. Le combat d’Eros et d’Antéros représente la guerre des Dieux. Les deux serpents d’Hermès se menacent toujours, mais une main cachée dans le mage tient et dirige le caducée.
LES EGGRÉGORES 195 III Bereschith bara Elo'im ath aschamaïm ath Haaris. Par sa vertu principiante (par la tête) lui, les Dieux, a créé le ciel et la terre. Elo'im dit: Voici Adam devenu semblable à l’un de nous, connaissant le bien et le mal; empêchons donc qu’il ne tende la main pour toucher l'arbre de vie et qu’il ne vive éternellement. (Les commentateurs pré— tendent qu’ici Dien plaisante!!!) Elo'im se repentit d’avoir fait l’homme!
Assurément cet Elo‘im n’est pas le Dieu immuable et parfait dans sa sagesse. Les théo— logiens assurent que tout avait été créé pour le mieux et que le péché d’Adam a seul introduit le mal et le V désordre dans le monde. Le péché en ce cas aurait fait une créature nou velle. Assurément le lion n’est pas fait pour manger de l’herbe et l’on se demande si l’araignée est organisée pour autre chose que pour faire de la toile et dévorer les mouches.
La loi de la nature n’est pas seulement une loi d’Amour, c’est une loi de guerre, de destruction et d’absorption mutuelle. Dieu a-t-il refait une nature mauvaise ? l‘homme a-t-il pu la faire ? Est-ce le diable qui l’a faite? Oh! oh! je vous attends ici. Le diable serait—il créateur? C’est un Dieu alors quasi anus ex nobis. Dieu, dit-on, a créé toutes choses. Nemo daz‘ quod
196 L’INITIATION non habet; at qui Deus non habet formant, ergo formam dare non potest. Spiritus beati formam sponte sua acquirunt, et necessario quia limitati sunt: porro forma est rationalis determinatio limitis. Soliergo spiritus creati formam dare possunt quod est creare. Substancz‘a æterna est et non creatur, nisi æterna volitione Dei.
Omne quoa’ creatur sub ratz’one alz‘cuj us formæ destruinecesse est quia omnis forma definita necessario finitur. IV Jésus a dit: le prince de cemonde est déjà jugé, et il n’y a rien en moi qui lui appartienne. L’esprit du monde a-t—il changé depuis Jésus-Christ, et le prince qui le gouverne n’est-il pas toujours le même? Jésus avait envoyé les apôtres comme des agneaux au milieu des loups.
Les loups d’abord les ont mangés, mais leurs successeurs se sont faits loups, et ils ont régné en ce monde. Que signifie ce gémissement des îles loin taines lorsque Tamy, se dressant sur la proue de son navire, cria que le grand Pan était mort? Qu’est—ce que ce mystérieux Eggrégore qui est en— chaîné sur le Caucase et qui doit un jour détrôner Jupi ter quand Hercule aura brisé de nouveau sa chaîne?
Pourquoi le grand crucifié n’est-il pas un blasphéma teur lorsqu’il se nomme le Beni-Eloïm, lui qui apparaît radieux sur le Thabor entre les Eggre’gores de Moïse et d’Elie? N’a—t-il pas dit lui—même : «Mon père est plus grand que moi»? N’a-t-il pas dit : «Je vais vers mon père,
LES EGGRÉGORES I97 vers votre Dieu et mon Dieu »?Ego dixi:diiestis et jilz'i excelsi; omnes et sicuthomines moriemini. Est-ce que l’homme n’est pas réellement créature? Il crée libre ment par la science et fatalement par la vie. Sa chair pullule de mondes invisibles; il est le Jéhovah aveugle et sourd d’une infinité d’animalcules qui ne le con naissent pas et qu’il ne connaît pas.
Les révélateurs religieux, en nous disant de crier vers Dieu, de réunir sans cesse nos voix et de faire violence au Ciel, ne semblent-ils supposer que nous devons nous révéler nous-mêmes à notre Eggrégore pour qu’il s’aperçoive de notre existence et qu’il prenne pitié de nous ? Le monde, providentiel dans son ensemble, est fataldans ses détails ; l’architecte est sublime, mais les maçons !
V A qui les fourmis demandent—elles justice quand le pied d’un rustre les écrase? Elles ne s’adressent à personne. Elles travaillent avec activité pour rebâtir leurs magasins; elles luttent avec intelligence contre l’aveugle fatalité. Qu’une puce nous morde, nous ne faisons pas comme le sot de la fable de La Fontaine; nous n’appe lons pas les Dieux à notre aide, nous écrasons l’in secte sans colère, mais aussi sans pitié.
Je trouve que M. Tartufe n’aurait pas tort, S’il le faisait sincè rement, de se reprocher D’avoir pris une puce en faisant sa prière, Et de l’avoir tuée avec trop de colère. \
198 L’INITIATION M. Tartufe en colère contre une puce égale Dieu en colère contre l’homme, et la colère de M. Tartufe le met au niveau de la puce. La puce est—elle un animal plus radicalement méchant que le ver à soie. Mais celle—là nous est nuisible, tandis que l’autre nous est utile. Tous les êtres sont innocents; mais la guerre est la loi du monde.
Celui qui a fait les choses ainsi n’a sans doute pas pu faire mieux; mais il est infiniment probable qu’il en est autrement dans d’autres univers. « Ne nous tentez pas et délivrez-nous du mal. » Est-ce à Dieu ou au Diable que ce bon Jésus disait cela ? On pourrait facilement s’y tromper ; aussi nos prêtres ont-ils fait un diable avec le bon Dieu de Jésus.
Bouchez—vous une oreille , et je vais dans l’autre vous jeter tout bas en courant la parole secrète des grands initiés: Osz'rz's est un Dieu noir. Toute la divinité de Jésus-Christ est dans son sacri— fice. Son sacrifice restera, et ses idées d’homme pas seront.Ceux qui l’ont tué savaient ce qu’ils faisaient, et lui peut-être ne savait pas ce qu’il disait.
VI Évidemment il se manifeste dans l’ordre et l’har monie de l’univers une intelligence supérieure à celle de l’homme; mais est—ce nécessairement l’intelli gence suprême? L’ordre et l’harmonie de l’univers sont limités par le mal ; nousmême’s nous pourrions
LES EGGRÉGORES 199 imaginer quelque chose de mieux. Qu’est-ce d’ailleurs que l’univers visible pour nous ? Les infusoires aussi ont leurs univers que nous ne soupçonnons pas. Les fourmis et les abeilles ont une civilisation naturelle bien supérieure à la nôtre.
Ne vous semble—HI pas entendre une fourmi dire qu’au-dessus d’elle il ne peut y avoir qu’un être illimité et tout—puissant; que cet être a dû même se transformer en fourmi dans la nécessité Où il se trouvait de se révéler à la fourmi lière dont les adorations lui étaient nécessaires, et que, dans le ciel, au-dessus des brins d’herbe les plus hauts, une fourmi ressuscitée est assise à la droite de Dieu. , On parle de la chaîne des êtres; mais cette chaîne est elle circulaire, a-t-elle deux bouts ?
Les deux bouts sont entre les mains de Dieu, dira un poète. Mais comment peut-il les toucher? Entre l’incommensurable pour nous et l’infini absolu il reste toujours le même abîme. Alors à quoi bon la chaîne P Pourquoi des proportions dans ce qui est fatalement rompu des deux côtés ?
Si la chaîne n’est pas, ne peut pas et ne doit pas être rompue, si elle monte de l’infiniment petit à l’infiniment grand, et si l’analogie, appuyée sur les proportions des sciences exactes, est notre guide certain dans le hasard des hypothèses, il existe des Eggrégores, il existe en Dieu une tripersonnalité ascendante (le fils ascension), descendante (le père) et intermédiaire (le Saint-Esprit), et tout cela se retrouve dans le fils incarné, chef et type de l’humanité, qui est descendu, qui est remonté et qui reste notre médiateur.
200 L’INITIATION Vll Nous ne pouvons absolument rien dire de Dieu, si ce n’est qu’il est. Tout ce que le Schemamphorasch nous apprend à dire de l’être divin s’applique au microprosope, c’est-à-dire à l’Esprit universel! Principe de l’Être des êtres, spirateur des Esprits, Dieu n’est ni l’être, ni un être, ni un esprit.
Principe des nombres, il n’est pas soumis au nombre et il n’est par conséquent ni un ni plusieurs; en tant que Dieu il n’est pas personne: les trois personnes du ternaire infini sont en lui comme tout est en lui. Les trois personnes aussi ne sont pas trois Dieux, elles sont indivisiblement le même Dieu. Le mot Eggrégore se compose des deux mots latins Eggregius et gregorius, il signifie une excellence sur éminente et collective.
Les Eggrégores,d’après le sens même de leur nom, seraient des composés de diverses puissances réunies. De là les figures hybrides que l’Egypte donnait à ses Dieux et que le catholicisme a réservé pour les démons lorsque le Christ eut damné le chef des Eggrégores de la terre. Le Christ a porté cette sentence comme grand pontife et doit venir la faire exécuter comme Roi à son second avènement.
Si le Messianisme ne s’accom plit pas, le christianisme n’aura été qu’une doulou reuse déception et un laborieux mensonge. Prométhée n’est pas un Eggrégore. C’est l’homme allégorique. Il représente le génie de la science et de
LES EGGRÉGORES 201 la liberté. Il est le martyr des Eggrégores dont il nie la divinité personnelle. Jupiter use sa foudre à le frap per et doit être détrôné par lui. La raison humaine, émancipée par le travail et la douleur, proteste contre l’arbitraire fatal des Dieux et s’immortalise par la foi à la raison providentielle. — L’acte de foi qui jette un pont sur l’abîme, c’est celui—ci : Je crois en l’éternelle raison.
VIII Il n’est pas une mouche, pas un ciron, pas un infu— soire qui n’ait sa raison d’être et sa destinée sur la terre. Que des aspersions de chlorure exterminent cependant des myriades de ces insectes, ce détail est prévu par la puissance créatrice; c’est un mouvement à gauche au lieu d’un mouvement à droite, et la balance p0ur eux n’est pas moins équilibrée.
La mort n’est pas la fin de la vie; c’est un changement de mode, la continuation de l’immortalité pour les insectes comme pour les hommes. La lutte entre Eggrégores ne peut cesser que par l’absolution. Deux Dieux parfaitement d’accord ne sont plus qu’un seul Dieu.
Il y a nécessairement un ordre hiérarchique entre les Eggrégores comme entre les mondes.Tout univers a son soleil, tout soleil a son ange qui est le génie créateur de son univers ; mais il y a des soleils de soleils, des groupes d’univers et des groupes de groupes; les métatrônes ou métatrons sont les Eggrégores, non pas de la terre, mais de l’humanité terrestre. Ils sont les princes des apparences plutôt
202 L’INITIATION que des formes. Ils agissent sur les croyances et régis sent l’empire des visions lucides; ils sont les inspira teurs des prophètes et règnent sur les volontés par les imaginations.
Les Eggrégores de la terre sont les génies de la mer et des montagnes; pour les anciens c’étaient des Dieux, pour la Kabbale ce sont des anges, pour les chrétiens ce sont des démons: ce sont des esprits mortels igno rants et sauvages, parce que la terre est un monde des plus imparfaits. Deviendra-t-elle jamais parfaite ? Tout cela est relatif.
Le dernier échelon d’une échelle peut se trouver un jour à la place où est maintenant le pre mier; mais le premier sera élevé d’autant, et la diffé rence sera toujours la même. - ’ , 1X Vous êtes tous frères et vous n’avez'qu’un père qui est Dieu. « Père pardonne—leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. » Toute la divinité du Christ éclate dans ces deux paroles, bien que dans la seconde se trahisse son ignorante humanité.
Ne voit-il pas, le sublime avocat, qu’il est plus grand que le dieu qu’il invoque P S’ils ne savent ce qu’ils font, ce sont eux qui auraient à pardonner à leur père. Si on dit au père d’un aveugle : pardonne—lui de ne point voir, n’aurait-on pas l’air de supposer que ce père est le plus cruel et le plus injuste des pères? Aussi Jésus surla croix, comme Prométhée sur le Caucase, se sent-il abandonné de son dieu dépassé par lui. Il ne l’appelle plus père et lui crie avec . -_V_._ap ’ :-ï._. s,«(,,.
LES EGGRÉGORES 203 les sanglots et un suprême désespoir: « Dieu, Dieu (on ajoute au texte en lui faisant dire mon Dieu), pourquoi m’as—tu abandonné? » Prométhée n’a rien à espérer de Jupiter, et Jésus est damné par Jehova, parce que Prométhée martyr est plus grand que Jupiter, et parce que Jésus en mourant se fait dieu à la place de Jehova. -— Jupiter et Jehova ne sont plus que des Eggrégores qui se battent, pendant qu’un homme, un supplicié, les juge et les condamne tous les deux.
Un nom nouveau plus grand que Schema Ham phorasch a été inauguré pour le monde ; ce nom c’est « Charité »; voilà comment l’homme-dieu du calvaire, plus grand qu’il ne croyait l’être, ne savait pas ce qu’il disait. La fourmi doit—elle un culte à l’homme, et l’homme serait-il honoré par les hommages de la fourmi ? L’infu— soire doitelle rêver à l’éléphant qu’elle ndsaurait con naître nide'viner?
Évidemment non; ainsi l’homme ne doit rien aux Eggrégores et se dégrade-t-il ridi culement en adorant les dieux; le seul culte qu’il doive au grand inconnu, source de vérité et de justice, c’est la justice et la vérité. Le règne de Dieu n’a pas de manifestation hors de nousmêmes, il est au dedans de nous. L’Eggrégore Jupiter ou J‘ehova ou Satan peut torturer Prométhée ou Jésus, ou Galilée; serait-il pour cela leur maître ?
N’ont-ils pas la mort pour se libérer? L’enfant stupide et cruel qui torture une mouche est—il le seigneur de la mouche ? Acquiert-il du droit sur elle par son épouvantable abus de pou voir ? Non. Mais il donne, le droit aux mouches d’empoisonner les hommes avec leurs piqûres. La
204 L’INITIATION bêtise du genre humain autorise la férocité, la malfai sance et l’importunité des bêtes. La mouche est vail lante lorsqu’elle se venge de l’homme, mais que pen seriez-vous de l’homme qui se vengerait de la mouche ? Il peut combattre contre elle, car il est réduit à la craindre;il a des forces, mais elle a des ailes.
Il en est ainsi de nous à l’égard des Eggrégores; nous leur échappons pour les braver, car nous ne saurions leur appartenir. X Dans la chaîne des êtres, il semble y avoir une lacune: l’homme, anneau vivant de cette chaîne, peut observer et toucher l’anneau qui est immédiatement au-dessous de lui; c’est le singe, soit gorille, soit chimpanzé; mais il ne voit ni ne touche l’anneau qui doit être immédiatement au-dessus.
C’est pour cela que les anciens sages ont imaginé l’homme invisible, qu’ils ont appelé ange ou démon; mais ils n’ont pas songé que l’invisible doit être immatériel, et que l’immatériel est infini, puisque la limite de la subs tance c’est la forme.
Les poètes l’ont bien senti, et ils ont donné des corps à leurs dieux, disant qu’ils se cachent dans les nuées comme Jésus—Christ pendant son ascension ; mais les nuées sont mobiles et trans parentes ; elles peuvent cacher un instant sur le mont Ida les faiblesses conjugales de Jupiter, mais elles ne sauraient fournir des corps mêmes aériens, des vête ments imperméables. _ S’il existait'des géants, nous les verrions, puisque
LES EGGRÉGORES 205 nous voyons les soleils qui sont des milliards de fois ’ plus grands que nous; la puce nous voit puisqu’elle nous mange, mais nous ne pouvons voir et manger nos dieux qu’en les faisant plus petits que nous, à moins qu’on ne dise que nous sommes la vermine de la terre. Où donc placerons-nous les esprits des Eggrégores P dans les astres évidemment : ils doivent être les âmes des étoiles, ou peut-être des univers.
Les étoiles sont les armées célestes , et Sabaoth est le seigneur des armées. On appelle Lucifer l’ange révolté. Or Lucifer est une étoile ; au dernier jugement, les étoiles tomberont du ciel. Ceci étant donné, nous pouvons nous faire une idée de la guerre des Eggrégores.
Les mondes en effet et même les univers s’attirent et résis tent mutuellement; parfois ils se brisent les uns contre les autres, et, par leurs passions magnétiques, se susci tent mutuellement des fléaux. Il est écrit dans le Sohar que le vieillard suprême créa d’abord des rois qui s’entre-détruisirent parce qu’ils n’avaient point la science de l’équilibre.
Le Livre d’He’noch dit que les géants de la terre furent les en fants des Eggrégores déchus, et les kabbalistes font de leur Adam-Kadmon le plus gigantesque et le plus puissant des Eggrégores; il tomba, disent-ils, parce que, ayant voulu séparer sa tête de la couronne suprême, il sépara en effet sa tête de son corps, ce qui entraîna la mort de l’un et de l’autre.
La légende des Eggré gores renversés a donné des Titans à la fable et des démons à la mythologie chrétienne. Lorsqu’Adam succombe aux suggessions orgueilleuses de I’Eggré gore de la terre, il entraîne la terre dans sa chute et
206 L’INITIATION consomme la damnation de l’Eggrégore que la race d’Adam peut seule racheter en relevant le monde de sa chute. Eve doit écraser la tête du serpent; mais ce serpent, humilié sous les pieds de la femme, sera glori fié sur le Thau mystérieux de Moïse, lorsque son image d’airain guérira l’homme de la morsure du serpent.
Pourquoi les Eggrégores ont-ils été jaloux de l’humanité et ont-ils voulu, selon Hénoch, prendre un corps pour s’accoupler avec des femmes ? C’est qu’ils sont captifs comme les astres et qu‘ils veulent devenir libres comme l’homme; ils voulaient s’affran chir en lui et par lui ; mais, si les étoiles devenaient libres, elles se heurteraient et se briseraient dans le ciel.
Si les hommes eux-mêmes devenaient libres, en s’afl‘ranchissant de toute loi, le monde social périràit, et on pourrait supposer que les grands révolution naires ont été des incarnations d’Eggtégores. XI L’homme ignorant et faible qui subit la fatalité devient l’esclave et le jouet des Eggrégores ; mais le sage est au dessus d'eux parce que Dieu est lumière dans le sage.
Les Eggrégores ont peur de Dieu, le sage aime Dieu, et par conséquent ne le craint pas. Il ne sacrifie ni aux dieux ni même à Dieu, il sacrifie avec Dieu et comme Dieu, parce que le sacrifice est l’essence de la divinité dans l’homme. Tous les cultes autres que celui de l’esprit et de la vérité sont des rites de magie sévère et des évocations de fantômes semblables
LES EGGRÉGORES 207 à la théurgie de Maxime d’Ephèse et de Julien; Jupiter et Jéhovah sont le même diable et le même Eggré gore,‘ qui a changé de manteau et de barbe. ' C’est ce prince du vieux monde que Jésus ajugé, mais que les prêtres blasphémateurs ont trouvé moyen d’associer à Jésus-Christ.
Le vieux monde, c’est le régime absolu des rois et des prêtres; le monde chrétien doit être la liberté de tous sous le règne de la justice et de la vérité.
Le Christ n’est point un Eggrégore : il est le fils de Dieu parce qu’il est complètement et absolument fils de l’homme ; l’humanité l’a engendré sous la fécon dation seule de l’esprit de Dieu; il n’est vrai dieu que parce qu'il est vrai homme et par conséquent indé peniiant des Eggrégores qui peuvent l’opprimer, mais non le supprimer, le compromettre et non le sou mettre.
Le Christ crucifié est le même mythe que Prométhée sur le Caucase: l’un est persécuté par Jupiter, qui a peur de lui, l’autre reproche amèrement à Jéhovah de l’avoir abandonné. Il est bien entendu que le Jéhovah du vulgaire n’a rien de commun avec l’indicible schéma. Vous savez toutefois que le schéma est le nom de Tiphereth et non pas celui de Keter.
Le schéma est la formule ré gulatrice de l’idéal humain; il n’est divin que relati— vement à l’homme. Xll \ Dans la fable d’Eden, Moïse met évidemment en scène l’Eggrégore de la terre, apparaissant tantôt sous
208 L’INITIATION la forme humaine, tantôt sous la forme du serpent. Il se promène au frais après-midi ; il tend un piège à l’innocence de la créature. Toute la scène du fruit défendu est préparée à plaisir, et l’Adonaï des Juifs se montre ici malicieux et cauteleux comme un Afrite de Mahomet ou un Darvaud de Zoroastre.
Néanmoins, l’homme lui échappe, et il s’écrie avec tout le fiel de l’envie: «Voici Adam devenu semblableà l’un denous; il connaît le bien et le mal ; empêchons donc qu’il n’étende la main et qu'il ne touche à l’arbre de vie, car il vivrait éternellement. » Les commentateurs se sont tirés comme ils ont pu de ce passage, en disant que Dieu plaisantait.
Comment trouvez—vous ce blagueur infini? ou plutôt que dites-vous de ces stupides théo— logiens, dignes précurseurs de ceux qui prétendent que Dieu s’amuse à nous envoyer des fléaux. — Si tu mords à la science, tu mourras, avait dit I’Eggrégore. — J’accepte la mort pour vivre un instant, car la science c’est la vie. —— Voici Adam devenu notre égal, s’écrie l’Eggré— gore consterné, et cachons-lui le fruit de vie. — Trop tard, trop tard, tourmenteur de Promé thée!
Le fruit de vie, c’est la liberté, et tôt ou tard l’hu manité doit le cueillir. Vous me demandez pour qui dans mes livres, et surtout dans la science des Esprits, j’ai été si réservé sur la tradition dogmatique des Eggrégores. C’est que je la trouve très dangereuse pour l’imagination; c’est qu’elle interpose des fan tômes entre nous et la vérité; c’est qu’elle multiplie sans nécessité les êtres que nous aurions à craindre; _ , _ , . 'çy . " . .--. ...n . .....--g.’î‘sü
HÉLÈNE ENNOIA 209 c’est qu’elle favorise les superstitions du spiritisme et crée le diabolisme. Je la rejette donc systématiquement de mon ensei gnement ésotérique, tout en la trouvant très probable et en la réservant pour les initiés. ÉLIPHAS LÉVI (l). ËIJËILÈNE Œuu©ta I Précisons ce que les Plzz‘loxop/zumena nous disent de la créature d’élection que Simon le Mage aima et qui fut l’âme de son merveilleux système théosophique. Hélène est double.
Je veux dire qu’Hélène est à la fois une personne vivante, une femme et un symbole, ou plutôt une idée divine sous le vêtement mystérieux d’un symbole. Que disait le théosophe de Gitthoi’ P Il disait : Hélène, c’est la brebis perdue de l’Évangile : Tè npo’6a-rov ri) narrlotw,p.évov.
Et, remontant le fleuve sacré de la poésie homérique, Simon, cachant sous l’allégorie païenne sa pensée gnostique, ajoutait : Hélène est cette femme dontla suprême beauté troubla les princes et alluma la guerre de Troie. Hélène est donc un symbole.
Mais Simon ajoute (et nous tenons ferme ici le point le plus curieux et le (1) Nous remercions vivement, au nom de tous les lecteurs de 1’1nitiati0n, M. le Baron _Spedalieri, qui a bien voulu nous communiquer ces pages inédites du grand occultiste français.
2 10 L’INITIATION plus étrange de cette histoire) : les Anges et les Puis sances inférieures, créateurs de ce monde des formes, ont emprisonné ENNOIA dans une chair mortelle. Et cette même Hélène qui excita la guerre de Troie, transmigrant de corps en corps, est venue lamenta blement échouer dans celui d’une courtisane de Tyr. Ainsi, Simon le Mage a rencontré dans une maison de joie, à Tyr, une femme vouée à la prostitution sacrée.
Il a reconnu dans cette femme la captive du Démiurge, il l’a retirée du lieu infâme, il l’a prise pour compagne, il l‘a aimée, rachetée, relevée, et il a affirmé avec sa sincérité et son génie que cette créa ture magnifique, perle ramassée dans la fange, était l’incarnation d’ENNOIA, la Pensée divine, liée par les Anges inférieurs au corps féminin, avilie par le SEXE, esclave de la volupté et serve de la débauche des riches Phéniciens.
' Il Simon ajoute encore: C’est pour cela que je suis venu, moi la Puissance. la Grande Puissance. J’ai sauvé la brebis perdue. Et, de fait, il la paya de ses deniers, l’aima, la présenta à ses disciples.
Une telle femme, présentée par un tel homme, acceptée et res pectée par de tels auditeurs et de telles auditrices, devait naturellement être une femme supérieure, non seulement par la beauté, la grâce, la passion, le charme et la bonté, mais encore par l’intelligence, l’intuition, la faculté de rêve et de prière, et l’idéal. A l’exemple du Maître, les disciples de Simon se .. ...' . ... " 4 . ; “. 'I'.‘S‘
HÉLÈNE ENNOIA 21 1 choisirent chacun une Hélène. Il se forma ainsi une société édénique où la femme devint l’organe de l’esprit pur et le canal du Divin. En délivrant ENNOIA, Simon révéla aux hommes la PENSÉE inconnue. Il enseigna que par la foi en cette PENSÉE, la foi en Hélène, la foi en la femme (l’éternel féminin), l’homme, le pneumatique, était délivré de l’empire du Démiurge et de ses Puissances.
Il créa avant Augustin la grande formule des Eggrégores et des Mages: AIME ET FAIS CE QUE TU VEUX ! -_— Ama .’ etfac quod vis .’ Partant de ce principe que la loi a été imposée par le Démiurge et qu’elle n’oblige pas, il délivrait les siens du joug de cette loi, leur imposant seulement cette double norme : la science et l’amour. III Hélène paraît avoir été une voyante et une inspirée.
Un texte assez obscur permet de croire qu’elle avait des songes prophétiques. Un autre texte dit qu’elle était entourée d’esprits assesseurs (népeapouç). Toujours est-il que les dons de cette admirable femme provoquèrent une sorte de culte parmi les populations qu’elle traversait. En effet, les peuples élevèrent des statues à Hélène sous le vocable de Minerve, comme ils en élevaient à Simon sous le vocable de Jupiter.
Ils appelaient .l’un « Seigneur » et l’autre « Madame, ou la Dame ». Le nom d’Hélène se prononçait comme un mot sacré et donnait accès aux
2 I 2 L’INITIATION réunions des premiers gnostiques. Un moment, la Samarie adora le Divin sous les traits de Simon et d’Hélène, représentant l’éternel Androgyne, Dieu-bi sexuel, Principe masculin et féminin , -— DIEU et DIEUE, Deus et Dea, ou Deadeus. Les traces d’Hélène se perdent à partir du moment où le théosophe quitte la Samarie et la Syrie. On ne sait s’il fut accompagné dans son voyage à Rome par la fidèle ENNOIA. Il semble que non.
Le texte qui nous apprend que Simon s’asseyait sous un platane pour enseigner ne mentionne pas Hélène. Était-elle de meurée en Samarie? Était—elle morte? Nous sommes réduits à des conjectures.
Il semble, toutefois, que la mélancolie dernière du Mage, sa tristesse résignée, sa douceur dolente, autorisent à penser que la forme mortelle d’ENNOIA avait été rendue à la terre, et que la GRANDE VERTU DE DIEU n’avait plus auprès de lui que l’ENNOIA transfigurée et immatérielle qui avait porté dans ce monde du Démiurge le nom symbolique d’Hélène. IV La mémoire de cette FEMME nous est précieuse et sacrée.
Celle qui, recueillie par un grand homme dans un bouge luxueux de Tyr, sut mériter un aussi profond amour et s’élever si haut dans le ciel de la mystique , — celle qui fut si belle, si bonne, si savante ; celle qui fut environnée par les esprits de lumière; celle qui fut tant aimée des peuples qu’ils
CACHEXIE STERCORALE 2 I 3 l’adorèrent, — était certainement une créature hors pair, une personne hors ligne et hors cadre. ’ L’intuition nous a appris d’elle beaucoup de choses qui ne peuvent se dire qu’entre initiés. Nous nous sommes renfermés ici dans les limites de l’histoire et des conjectures que l’histoire autorise. SED DE ENNOIA HELENA, SILENDUM EST! QUI TAMEN INVOCANT EAM ET ADAMANT EAM, NON CONFUNDENTUR.
SEMPER ENIM EST v1 VIENS AD DANDUM SEIPSAM NOBIS, FACIE AD FACIEM, NAM I.N.R.l. JULES DOINEL. flashexie fitereorale (A mon ami Julien Lejayu) J’avoue sans peine que mon titre est peu poétique, voire peu appétissant. Mais je ne vois pas d’autre diagnostic à porter sur le mal dont souffre et dont va peut-être mourir notre pauvre pays.
A chaque écorchure apparaît la suppuration, chaque rhume lui devient purulent; et, S’il lui reste encore une apparence de chaleur, c’est la fermentation pu tride de ses tumeurs qui l’exhale. Nous convient-il, à nous qui assistons à cette pi— toyable agonie, de prendre parti pour tel remède empyrique contre tel ulcère ? N’est-ce pas pur enfan—
214 L’INITIATION tillage d’appliquer sur la pustule spécifique tel onguent qui ne guérira pas la dialhèse mère?
Nous ne saurions donc nous contenter de tous les or viétans s’étalant depuis quelques semaines aux quatre pages des journaux de toute opinion et detout format. le ne veux pas m’approprier une idée qui appar tient tout entière à mon ami Lejay et dont son pro chain livre, impatiemment attendu, nous montrera les beaux développements dans le social; je ne puis cependant attribuer à autre chose qu’à la méconnais sance des règles qu’il y expose l’état de décomposition par lequel notre cher et pauvre pays agonise sur un lit d’ordures.
Quelle folie a été celle des hommes dans l’organisa tion de leurs sociétés! On dirait, quand on songe à la nôtre, d’une vieille noceuse ayant roulé, d’abord dans tous les palais, ensuite dans tous les hôtels, puis dans tous les bouges et vomissant son dernier râle dans le ruisseau, rongée de virus, calcinée d’alcools.
Si ce spectacle pouvait servir de prétexte à autre chose qu’à un tirage forcé pour les journaux et si, au lieu de semer partout la haine etl’envie, les rédacteurs jeunes ou vieux, théocrates ou démocrates faisaient en dehors de toute ligne politique, influences parlemen— taires et autres' platitudes, un examen sérieux de la situation et une recherche pratique du moyen de la modifier, nul doute que leur habileté, leur fortune et leur publicité ne fasse tout le bien auquel nous ne pouvons prétendre dans notre modeste condition. Condition modeste parce que nous ne prostituons nos esprits, nos âmes ni nos plumes.
CACHEXIE STERCORAI.Ë ‘ 2 I5 Condition modeste parce que nous ne dépendons que de nos consciences. A ceux qui connaissent nos analogies je dirai que la société actuelle se meurt de cachexie stercorale parce que le ventre existe seul dans son corps, et j’ajouterai, pour me faire comprendre de tous, même du sceptique ignorant : les appétits existent seuls; maintenant ils y ont remplacé les aspirations et jus qu’aux instincts. De l’Amour?
Cette cocarde des va leurs morales, il n’en est plus question; le rut même a fait place à la digestion; la digestion sous toutes ses formes a imposé ses couleurs aux armes dont se bla sonnent à cette heure les puissants et les mandarins. Regardons en arrière pour voir de quels sommets sont tombées les blanches neiges qui croupissent aujourd’hui en boues épaisses dans les plates vallées du matérialisme.
De Lohengrin à Soubise, des siècles s’écoulèrent, des vertus aussi, qui, comme les siècles, ne durent plus refleurir. Les Diderot, les Jean-Jacques, puis les Danton et enfin les Auguste Comte se terminent en Cour d’as— sises. Rien ne me fait supposer que les Guesde et les Ferroul, les Benoit Malon et les Carle Marx aient des exécuteurs testamentaires plus honorables que ceux par lesquels ont fini leurs devanciers de la Noblesse et de la Bourgeoisie.
' Et voilà que s’établit la Genèse de la Boue, par la déchéance successive des principes supérieurs. La neige est devenue liquide. puis visqueuse
216 L’INITIATION jusqu’au bourbier où nous pataugeons aujourd’hui. Prenez ce que l’on est convenu d’appeler un honnête homme du temps présent; son honnêteté est basée sur la blancheur non de son âme que l’on ignore, mais de son casier judiciaire. Il n’en faut pas davan tage pour que cet homme soit l’égal de tout autre homme dont le dossier officiel présente la même virginité.
Que de différences cependant entre la valeur d’individus pourvus de ce même facteur commun, et il arrive que l’honnêteté initiale, base du 'vote, peut être une volonté achetée, intimidée, éga— rée, et que le vendu, le lâche, le fou devient l’égal de l’homme pur, courageux, équilibré. J’ai peu de confiance en une valeur morale qui ne se peut réclamer que de la crainte des gendarmes mi— trés, casqués ou coiffés du tricorne.
Tout cela se génère de la crainte, partant de la fai blesse, non de la force et du courage, ces leviers du bien. Du reste, qu’est ce Suflrage universel que l’on dit si respectable, dans des phrases creuses et sonores comme des grosses caisses? Ce suffrage est presque toujours l’expression de volontés achetées.
Nul ne devrait alors s’étonner si le syndic des ache tés est un vendu; on voit par là que la confection des lois est confiée à des personnes qui en sont le plus souvent justiciables. Il est rare, sinon impossible, de trouver encore au jourd’hui un homme ayant le profil du rôle qu’il est appelé à jouer.
CACHEXIE STERCORALE 2 I 7 Combien de savetiers se croient des Michel—Ange !
Combien de droguistes se prennentpour des Beetho« vent ' Je n’entends ci dénigrer aucune profession, l’expéh rience nous ayant montré le métier de ceux qui n’en ont pas; je veux dire simplement que, dans ces temps de désordre et de véritable anarchie, il peut être inté ressant et salutaire d’explorer cette forêt vierge du do maine des principes, pour y découvrir la source du mal et la tarir par une belle flambée d’amour et de haute intellectualité.
Nous vivons à l’heure présente à la merci des évé nements, ce sont les faits qui imposent les lois. La force des choses, voilà la seule force existant aujourd’hui, et cependant les choses sont inertes par ellesmêmes; la force par laquelle elles nous dominent ne provient que d’abdications, de faiblesses, et de tout ce résidu de compromis et de lâchetés, de vo— lontés sans énergie et d’intelligences sans mora lité.
C’est cette force des choses, ce déchet anonyme et laid, qui rend nos têtes courbées en de serviles atti tudes; c’est en un mot l’agenouillement de l’homme devant la circonstance, de la cause devant l’effet. Il faut être capable des états inférieurs pour pré tendre les dominer.
Les puissants du jour ont-ils cette capacité, et ne constatons-nous pas au contraire que rarement on est, en cette fin de siècle, à la fois quel— qu’un et quelque chose, les seuls moyens qui mènent à la situation répugnant aux caractères. La méconnaissance du canon divin suivant lequel se clivent l’homme, la société et l’univers devait nous
2 I 8 L’INITIATION entraîner dans le bourbier Où nous pataugeons ; il est clair que celui qui s’élève par d’autres moyens que les forces normales d’honnêteté et d’intellectualilé pourra peut-être dominer matériellement des volontés un instant distraites ou égarées, mais sa chute sera inévi— table dès que ces volontés se reprendront et auront conscience d’elles-mêmes, et, plus le point de départ aura été matériellement élevé, plus I’ensevelissement dans la fange sera complet, absolu après la chute. Le Christ, du haut de la croix, plane toujours de toute sa grandeur morale au-dessus de l’humanité. Combien de semaines encore avant que les ingénieurs constructeurs de tours soient ensevelis sous trois cents mètres de boue et d’oubli? QUÆRENS.
e‘>‘nr > PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE listes histariques sur l’Ejnvnitement Les lecteurs de l’Inz’tz’afion sont, plus que personne, au courant des polémiques qu’a soulevées, dans ces derniers temps, la mort de l’abbé Boulan ; ils ont cer— tainement lu les nombreux exemples d’envoûtement qu’ont Cités les chroniqueurs; mais, comme ces exemples étaient souvent un peu fantaisistes, j’ai pensé qu’il ne serait pas sans intérêt deles réunir, de les préci ser et de montrer, par des documents pris autant que possible aux sources mêmes, que cette pratique, qui remonte aux premiers âges de l’humanité, se retrouve dans tous les temps et dans tous les pays. Le Père Charlevoix visita l’Amérique centrale au commencement du xv1u° siècle; il rapporte que les Illinois font de petits marmousets pour représenter ceux dont ils veulent abréger les jours, et qu’ils les percent au cœur. Un autre missionnaire, le P. Garcia, trouva une coutume analogue aux îles Marquises. Le sorcier prend de votre salive, et, l’enveloppant dans une
220 L’INiTIATLON feuille d’arbre qu’il conserve avec lui, il devient maître de votre corps et de votre esprit. Dans un article publié en janvier 1 863 par la Revue des Deux Mondes sous le titre La Chasse aux têtes, il est question (p. 154.) d’une vieille sorcière de Bornéo qu’on accusait d’avoir fait périr une jeune femme « en façonnant une image de cire qu’elle exposait chaque matin devant un feu doux.
A mesure que l’effigie s’en allait fondant, la femme Lia, la rivale condamnée, de plus en plus pâle, de plus en plus fié vreuse, languissait et se fondait elle aussi. » Le Père Léon—Marie Guerrin, sous—procureur de la Grande Chartreuse, répondant, il y a quelques jours, à une question que j’avais posée à l’Intermédz’aire des Chercheurs et des Curieux, écrit ceci : « Durant les trois années (1864 à 1867) que j’ai passées en Chine, à Kouaï-Thao, province de Can— ton, j’ai souvent entendu de vieux chrétiens me parler de procédés consistant à faire mourir des personnes à distance au moyen de figurines de terre de très petites dimensions (représentant ordinairement des porcs), que l’on dispose sur des tombes ou dans des maisons, après que les figurines ont reçu une sorte de bénédiction de la part des bonzes. » Les anciens rituels de l’Egypte font souvent allu sion à une semblable coutume, et M. Lenormand en a retrouvé la trace chez les Assyriens.
Dans son livre sur la Magie des Chaldéens, il reproduit une grande tablette provenant de la bibliothèque du palais royal de Ninive et contenant une suite de vingt-huit for— mules d’incantation déprécatoire contre l’action des .‘î'“.’
L’ENVOUTEMENT 2 2 l mauvais esprits, les accidents et les maladies. Le tout forme une longue litanie qui, divisée en para graphes finisssant tous par la même invocation sa cramentelle, se récitait probablement, comme nos lita— nies actuelles, à l’heure des prières. Voici le sixième verset: Celuz’quz’forge l’image, celui quz‘enchanz‘e, laface malfaisante, l’œil malfaisant, la langue maifaz’sante, la lèvre malfaz’sante, la parole malfaisanle.
Suivi de l’invocation commune. Esprit du Ciel, souviens-t’en! Esprit de la terre, souviens-t’en ! Si nous passons aux Grecs, nous trouvons un texte de Platon: « Il y a parmi les hommes deux espèces de malé fices dont la distinction est assez embarrassante. L’une est celle que nous venons d’exposer nettement, lorsque le corps nuit au corps par les moyens natu rels.
L’autre, au moyen de certains prestiges, d’en chantements et de ce qu’on appelle ligatures, persuade à ceux qui entreprennent de faire du mal aux autres qu’ils peuvent leur en faire par là, et à ceux—ci qu’en employant ces sortes de maléfices on leur nuit réelle— ment. Il est bien difl'icile de savoir au juste ce qu’il y a de vrai en cela; et, quand on le saurait, il n’oserait pas plus faire de convaincre les autres.
Il est même inutile d’entreprendre de prouver à certains esprits fortement prévenus qu’ils ne doivent pas s’inquiéter de petites figures de cire qu’on aurait mises ou à leur porte, ou dans les carrefours, ou sur le tombeau de leurs ancêtres, et de les exhorter à les mépriser,
2 2 2 L’INITIATION parce qu’ils ont une foi confuse à la vérité de ces ma léfices... Celui qui se sert de charmes, d’enchante ments, et de tous autres maléfices de cette nature à dessein de nuire par de tels prestiges, s’il est devin ou versé dans l’art d’observer les prodiges, qu’il meure!
Si, n’ayant aucune connaissance de ces arts, il est convaincu d’avoir usé de maléfices, le tribunal déci dera de ce qu’il doit souffrir dans sa personne ou dans ses biens.» (Lois, liv. XI, traduction de M. Cousin, tome Vlll, pp. 324—325.) On connaît la réputation des sorcières de Thessalie qui causaient l’impuissance et une mort lente en per forant chaque jour avec une aiguille l’image en cire de la personne à qui elles voulaient nuire.
Ovide rappelle cette coutume dans ses He’r0ïdes. Devo_vet absentes simulacraque cerea figit, Et mIserum tenues In jecur urgetacus. (Ep. 6; Hypsipile, v. 91 et 92.) De même Horace dans ses satires : Lanea et ef’fiigies erat, altera cerea: major Lanea, quæ pœnis compesceret inferiorem; Cerea suppliciter stabat, servilibus ut quæ Jam peritura modis (I). (Liv. I", Sat. 8, v.
30—34..) L’historien arabe lbn Kadoun, qui vivaitau XIV° siè— cle, et auquel nous devons des aperçus extrême— ment remarquables au sujet des phénomènes étudiés (I) Il y avait aussi une poupée de laine et une de cire; celle de laine, plus grande, semblait devoir châtier l’autre; celle de cire se tenait en posture suppliante comme prête à mourir d'une manière misérable.
L’ENVOUTEMENT 223 W plus tard sous le nom de magnétisme animal, nous donne sur l’envoûtement des détails plus précis. « Nous avons vu, de nos propres yeux, un de ces individus fabriquer l’image d’une personne qu’il voulait ensorceler.
Ces images se composent de choses dont les qualités ont un certain rapport avec les intentions et les projets de l’opérateur et qui repré' sentent symboliquement, et dans le but d’unir et de désunir, les noms et les qualités de celui qui doit être sa victime.
Le magicien prononce ensuite quelques paroles sur l’image qu’il vient de poser devant lui et qui offre la représentation réelle ou symbolique de la personne qu’il veut ensorceler; puis il souffle et lance hors de sa bouche une portion de salive qui s’y était ramassée et fait vibrer en même temps les organes qui servent à énoncer les lettres de cette formule mal faisante; alors il tend au-dessus de cette image sym bolique une corde qu’il a apprêtée pour cet objet et y met un nœud pour signifier qu’il agit avec résolution et persistance, qu’il fait un pacte avec le démon qui était son associé dans l’opération au moment où il crachait et pour montrer qu’il agit avec l’intention bien arrêtée de consolider le charme.
A ces procédés et à ces paroles malfaisantes est attaché un mauvais esprit qui, enveloppé de salive, sort de la bouche de l’opérateur. Plusieurs mauvais esprits en descendent alors, et le résultat en est que le magicien fait tomber sur sa victime le mal qu’il lui souhaite. » La tradition de ce maléfice se conserva également parmi les peuples chrétiens aussi bien de l’Occident que de l’Orient, mais il s’y compliqua souvent des
2 2 4 L’INITIATION pratiques sacrilèges qui, dans l’esprit de leurs auteurs, avaient pour effet d’abord d’augmenter par l’adminis tration des sacrements la ressemblance de la figure avec la personne visée, puis de réjouir et d’exciter le zèle du démon qu’ils appelaient à leur aide par la pro fanation des espèces consacrées.
On peut consulter à ce sujet Tertullien (I) et l’his toire byzantine ainsi que les écrits de la plupart des jurisconsultes et des exorcistes du xvre siècle tels que Delrio, Alphonse de Castro, Le Loyer. Les exemples les plus connus sont ceux de Dufas, roi d’Ecosse, qui succomba tout desséché, par suite des manœuvres magiques d’une sorcière qui faisait fondre tous les jours sur un brasier une statuette en cire de ce prince.
Sous le règne de Louis X, Enguerrand de Marigny, garde du Trésor, fut arrêté sous l’inculpation du crime de concussion et d’altération des monnaies.
Le roi était disposé à le traiter avec modération, lorsque ses ennemis, déterminés à le: perdre, rappor tèrent à Louis X « qu’un nécromant de profession, à la sollicitation de la femme et de la sœur d’Enguer— rand, avait fabriqué certaines images de cire à la res' semblance du roi, du comte Charles de Valois et d’autres barons, afin de procurer par sortilège la déli— vrance d’Enguerrand et de jeter un maléfice sur les dits roi et seigneurs ; lesquelles images maudites étaient en telle manière ouvrées, que, si longuement (ë)8De Spectac., c. x, p. 90; de Resurrectione carnis, c. xvr, . g. W——an—Æ_M*“-vr ..æA,
L’ENVOUTEMENT 2 2 5 . . --. -:‘"l""’r.. al. elles eussent duré, lesdits roi, comte et barons n’eus— sent chaque jour fait qu’amenuiser, sécher et languir jusqu’à la mort » (I). Pour donner quelque poids à ces allégations, on montra au roi des figures percées et sanglantes que l‘on assura avoir été trouvées chez le nécromant. Louis X, épouvanté, consentit à la condamnation de son favori, qui fut pendu à Montfaucon.
En Angleterre, pendant le règne de Henri VI, le cardinal de Winchester, jaloux du crédit que le duc de Glocester avait dans l'esprit du roi, porta contre la femme du duc l’accusation de sorcellerie. Il parvint à suborner des témoins qui déclarèrent que la duchesse avait des entrevues fréquentes avec un prêtre accusé de nécromancie et une sorcière nommée Marie Gar demain.
Ces témoins assurèrent de plus, sous la foi du serment, que la duchesse et ses deux complices se livraient à des pratiques diaboliques et faisaient foudre à un feu ardent une effigie en cire de Henri VI, afin d’épuiser les forces de ce prince et d’abréger sa vie, qui s'éteindrait quand la cire serait consumée.
Cette accusation fut admise par les juges ; malgré les protestations d’innocence des accusés et le haut rang de la duchesse, tous trois furent déclarés coupables: la duchesse fut condamnée à un emprisonnement per pétuel, le prêtre fut pendu et la prétendue sorcière brûlée. Après l’assassinat du duc et du cardinal de Guise, un grand nombre de prêtres ligueurs plaçaient sur les (1) Chronique de Saint-Denis. \
226 L’INITIATION - autels, pendant la messe, des statuettes de cire faites à l’image de Henri III, et les piquaient au cœur en pro nonçant des paroles magiques, afin de donner la mort à ce roi qu’ils appelaient le tyran Hérode. Il fut établi, dans le procès du maréchal d’Ancre, que le maréchal et sa femme se servaient, pour_ œuvres de sorcellerie, d’images qu’ils conservaient dans des cercueils.
L’Interme’diaire du IO janvier 1893 donne les ren seignements suivants sur les autres sources à consul ter: « Parmi les procès d’envoûtement qui me revien nent en mémoire, il y a ceux de Robert d’Artois et du duc de Bourgogne (assassinatdu duc d’Orléans, affaire citée par Monstrelet) et un curieux cas assez détaillé découvert par l’inquisition à Rome, au XVIII° siècle, dans les Amusements des eaux de Spa, petite édition de 1782, tome V, I-I4 (Envoûtement dirigé contre le roi de France). » Brest, D' A.
Corre. « La société des Archives historiques de la Gas cogne a publié dans sa collection un fascicule ayant pour titre: Documçm‘s sur la chute de la Maison d’Ar— magnac-F0gensaguet et la mort du comte de Par— diac.
Dans le recueil de documents s’en trouve un in— titulé : Déposition de Guillaume de Cellier sur les opé— ration magiques que projetait le comte de Pardiac. — M. de Rochas y trouvera, page 65, la description de la cérémonie de l’envoûtement. » T. de C. du P. L’Intermédz’az’re du 20 janvier 1893 revient sur le
L’ENVOUTEMENT 227 ',; ,},.œa:. cr procès de Robert d’Artois devant la cour des pairs en 1332 et rappelle la disposition du père Sagebran à qui le comte d’Artois demande avec force supplications de baptiser une image de cire « de la longueur d’un pied et demi, pourlequel il y a tout près le parrain et la marraine ».
Et le père Sagebran s’y refusant: « Me pourchassez donc, dit Monseigneur Robert, aucune aultre qui le sache faire et je le ferai riche àtoujours. » Tout récemment, un magistrat, M Falgairolle, a publié, d’après les archives de la Lozère, les pièces d’un procès intenté en l’an 1347(1) à un prêtre du diocèse de Clermont nommé Pépin, accusé, entre autres crimes de sorcellerie, d’avoir voulu envoûter l’évêque de Mende à l‘aide d’une figure de cire (2): « Pépin, interrogé le 24 novembre par le commis saire de la cour ecclésiastique de Mende, déclara que: « Se trouvant, il y avait quatre ans passés, à Lan geac où il se livrait à la science de la pierre philoso phale avec noble Guérin de Chateauneuf, seigneur d’Apcher et Guillaume Laborte, il résolut de faire l’image.
Ayant en sa possession de la cire vierge, il vint au lieu de Vedrines,terre d’Apcher, où il apporta (r) Trente ans auparavant, en 1317, Jean XXII, second pape d’Avignon, écrivait que ses ennemis avaient voulu l’envoûter: « Les magiciens Jacques dit Brabançon et Jean d'Amant, médecin, ont préparé des breuvages pour nous empoisonner, nous et quelques cardinaux nos frères ;et, n’ayant pas eu la commodité de nous les faire prendre, ils ont fait des images de cire sous nos pro res noms pour attaquer notre zgie en €iquant ces images. ais Dieu nous a préservés et a fait tom er entre nos mains trois de ces images diaboli ues. » (Bibl. arch. hist. de Tarn-et—Garonne, t.
IV, 2e trim. 1 76.) (2) Un envoûtement en Géyaudan en l’année 1347, par Edmond Falgairolle, substitut du Procureur de la République à Nîmes. — Nîmes, Catelan, 1892.
22 8 L'INITIATION ladite cire dans la maison du médecin de ce lieu où il demeura pendant six semaines. Un certain jour il pensa à l’image, et avec la cire qu’il y avait apportée, environ deux livres, il fit l’image de sa main, la fabriqua avec de l’eau chaude et sans autre mélange. Pendant la fabrication il avait devant lui le fameux livre (I) et prononçait les paroles néces— saires pour cette opération.
«interrogé sur le point de savoir s’il avait baptisé l’image, il répondit négativement et reconnut avoir prononcé quelques paroles en confectionnant cette image. « On lui demanda de déclarer si l’évêque se ressen tirait du mal que quelqu’un ferait à cette image ou de la perte du membre qu’on lui couperait. Il répondit qu’il le croyait parce que les images en cire ont cette propriété.
« On lui demanda, en outre, si l’évêque de Mende mourrait à la suite de l'amputation d’un membre de cette statue, et il répondit affirmativement et déclara que lui seul pourrait l’empêcher de mourir7 parce que toute autre personne en était incapable. Ill confess‘a qu’il avait écrit sur la poitrine de l’image, en la fai sant, les noms des anges des Dominations. « Il fabriqua cette image un vendredi.
L’ange du jour s’appelait Anhoè’l, nom qui est inscrit sur la poi trine de ladite image en même temps que six autres noms d’anges qu’il a oubliés, et sur le front de l’image (1) Ç’était un livre de sorcellerie qu’il avait copié sur un autre livre dans un château près de Perpignan.
L’ENVOUTEMENT 229 il a inscrit celui de l’évêque pour se conformer à la science de cette opération. » Il raconte ensuite comment il est venu cacher secrè— tement cette image dans un trou du mur de l’étage supérieur de la tour du château d’Arzence apparte— nant au sieur d’Apcher. Cette image ne devait opérer qu’au mois de janvier.
Dans ses autres interrogatoires, il déclare qu’il a trouvé dans ses voyages, et spécialement à Tolède et à Cotdoue, des livres de magie (_I) qui enseignaient à faire des images et qu’il a lu que ces images étaient capables de faire périr les hommes et les animaux qui la foulaient aux pieds; qu’il était même dangereux de les toucher.
C’est du reste la première qu’il ait faite, et cela sous la pression du seigneur d’Apcher qui voulait se débarrasser de l’évêque.
On avait affaire à un magicien très novice ; aussi les enquêteurs ne pùrent—ils tirer de lui qu’un aveu de son ignorance sur la manière dont la figure de cire pouvait agir sur l’évêque; mais, un siècle plus tard, nous trouvons des détails précieux dans les écrits de Paracelse (1493-1531), cet homme si discuté qui a mêlé les rêveries les plus incohérentes à des vues de génie et à des découvertes de premier ordre.
Dans son livre sur l’Etre spirituel (De ente spiri— tuum), il s’exprime ainsi: « Vous savez que, selon la volonté d’un esprit en lutte avec un autre esprit, si l’on couvre de terre et de (1) L’un de ces livres, intitulé De Naturalihus, composé ar le ml de Majo_rque, lui avait été donné par ce prince ut même, très habile dans la scrence magique.
230 L’INITIATION pierres une image en cire, l’homme en vue duquel l’image a été faite est inquiet et tourmenté dans le lieu où les pierres ont été amoncelées, et n’est sou lagé que lorsque l’image a été remise au jour; alors il est délivré de ses anxiétés.
Notez encore que, si l’on brise une jambe à cette image, l’homme se ressent de cette fracture; il en est de même des piqûres et autres blessures semblables faites à l’image. » (Chap. vu.) « Il est possible que mon esprit transperce ou blesse une autre personne avec mon épée sans le secours du corps, par l’effet de mon ardent désir.
Il peut encore se faire que, par ma volonté, je fixe l’esprit de mon adversaire dans une image, et que je parvienne ainsi à rendre cet adversaire difforme ou boiteux, à mon gré, par le moyen de la cire...
Vous devez tenir pour certain que l’action de la volonté est d’une grande importance en médecine; et, de même que quelqu’un qui se veut du mal peut ressentir tout le mal qu‘il se souhaite, parce que la malédiction est du ressort de l’esprit, de même il peut arriver que des images soient affiigées, à la suite de malédictions, de maladies telles que les fièvres, les épilepsies, les apoplexies et autres semblables ont été bien préparées. » (Chap.
VIII.) « Si on peint sur un mur une image à la ressem blance d’un homme, il est certain que tous les coups et blessures qu’on portera à cette image seront reçus par celui dont l’image offre la ressemblance. Cela tient à ce que l‘esprit de cet homme, par la volonté d’un autre esprit que l’on peint ainsi, passe dans cette figure... Aussi, quel que soit le châtiment que vous demandez contre cet homme, il Ie‘subira si
a__“. 5%mmw . L’ENVOU'I‘EMENT 23 t vous l’infligez à son image, parce que votre esprit a fixé l’esprit de cet homme dans cette figure, de sorte qu’il est devenu votre sujet et qu’il est forcé de subir tout ce qu’il vous plaira de lui infliger. » (Chap. 1x.) . - « Nous avons dit que l’esprit infligeait des maladies aux corps.
Cela peut se faire de deux manières: l’une quand les esprits se contrarient mutuellement sans la volonté des hommes, sous l’influence de l’antipathie naturelle, ou par les autres stimulants du mal. La seconde voie par laquelle les esprits envoient des mala dies est celle-ci: par nos pensées, par nos sens, par notre volonté. Lorsque tout cela est bien d’accord, nous cherchons à infliger, et nous pouvons le faire, quelque dommage à autrui.
Cette volonté ferme et détermimée est la mère qui engendre l’esprit malfai sant. » (Chap. v.) Ainsi, d’après Paracelse, c’est la volonté qui est la principale cause des effets produits, quoiqu’elle ne soit probablement pas la seule: Quamm’s multæa/iæ causæ huc afi’erripossint. » (Chap. vnr.) Mais qu’est—ce au juste que ces esprits qui agissent l’un sur l'autre P « Pour définir l’être spirituel, nous dirons que c’est une puissance parfaite ou complète par laquelle tout le corps peut être afl"ecté ou précipité dans toutes sortes de maladies...
Réfléchissez que ni le diable, ni aucun effet ou inspiration venant de lui ne peut être compris ici. En eflet, le diable n’est pas un esprit; un esprit n’est pas non plus un ange. Ce qui est esprit, c’est ce qui se produit dans le corps vivant de notre -ù' '.n .'
2 3 2 L’INITIATION pensée sans matière. Ce qui naît de notre mort, c’est l’âme. » (Chap. IV.) Nous retombons ainsi dans la trinité des anciens philosophes: l’âme immortelle, le corps matériel, et l’esprit ou agent nerveux qui, répandu dans tout le corps, sert à transmettre à ses diverses parties les volontés de l’âme.
« Cet esprit, comme toi, a des pieds et des mains; s’il est tué, il te tue; en effet,toi et ton esprit, vous êtes une seule et même chose. Mais retiens bien ceci : ce n’est pas ton corps qui reçoit cette blessure, quand même elle serait palpable et visible sur ton corps ; ce stigmate est produit par ton esprit qui a en possession ton corps et tes membres.
De là il suit que ce n’est pas au corps qu'il faut appliquer les remèdes, ce serait peine perdue. Guéris l’esprit, et le corps deviendra sain, car c’est l’esprit qui est blessé et non le corps. » (Chap. vu.) Est—il possible d’indiquer plus clairement la puis— sance des suggestions ?
Ces observations que beaucoup de gens croient nouvelles avaient du reste été faites par les illustres maîtres du Moyen âge dont la vigou— reuse intelligence planait sur l’ensemble des connais sances humaines.
' « Toute idée conçue dans l’âme, dit saint Thomas, est un ordre auquel obéit l’organisme : ainsi la repré sentation de l’esprit produit dans le corps ou une vive chaleur ou le froid ; elle peut même engendrer ou guérir la maladie, et il n’y a rien là qui doive surprendre, puisquel’âme, forme du corps, est une même substance avec lui. » (Somme théol., I“ part., p. I 10, art. 2.)
L’ENVOUTEMENT 233 « L’imagination, si elle est vive, force le corps à lui obéir, parce que, selon la doctrine d'Aristote, elle est dans l’âme un principe naturel de mouvement. L’ima gination en effet commande toute les forces de la sen sibilité ; celle-ci à son tour gouverne les battements du cœur et par lui met en mouvement les esprits vitaux; ainsi tout l’organisme est bientôt modifié.
Elle ne pourrait pas cependant, quelque vivacité qu’on lui prête, changer la forme de la main du pied, ou d’un autre membre. » (Ihid., 3° part., p. 13, art. 3) (I).
« Non seulement une forte imagination peut causer au corps la fièvre ou la lèpre, mais, d’après Avicenne, si elle est bien pure, affranchie des passions charnelles et douée d’une grande vivacité dans ses conceptions, les corps extérieurs eux-mêmes lui obéissent; à tel point que, par une vive représentation intérieure, elle peut rendre la santé aux malades ou produire d’autres effets analogues. » (Saint Thomas, Somme contre les Gentils, liv.
IV,chap. 103.) Le persan Gazzali, qui vivait comme Avicenne au xe siècle, va plus loin encore, d’après une citation faite par Richard de Midletown dans ses Questions sur lesfacultés de la vie animale (Paris, 1519).
« Si l’âme, dit-il, se représente vivement la chute d’un animal, cela suffit pour qu’il tombe; de là ce proverbe : D’un regard Dieu précipite l’homme et le chameau dans la fosse. » (Il On m’a rapporté confidentiellement, avec les noms et les détails les plus précis, un drame qui se serait passé, il y a une dizaine d’années, dans une famille considérable de Toulouse où une dame serait morte subitement d’une prétendue péritonite W——«#- A
234 L’INITIATION Voici d’après M. Stanislas de Guaita, l’un des hommes les plus érudits en ces matières, comment se pratique aujourd’hui ce genre de maléfice (I) : « Le Volt (du latin Vultus, effigie) de l'Envoûte ment magique est la figure, modelée en cire, du per sonnage dont on veut la perte. Plus la ressemblance est parfaite, plus le maléfice a chance de réussir.
Si, dans la composition du Volt, le sorcier peut faire entrer, d’une part, quelques gouttes de saint chrême ou des fragments d’hostie consacrée; d’autre part, des rognures d’ongle, une dent (2), ou des cheveux de sa future victime, il pense que ce sont là autant d’atouts dans son jeu.
S’il peut dérober à celle-ci quelques vieux effets, qu’elle ai! beaucoup portés, il s’estime heureux d’y tailler l’étoffe dont il habillera la figurine, le plus possible à l’instar de son vivant modèle. « La tradition prescrit d’administrer à cette poupée ridicule tous les sacrements qu’a pu recevoir le des tinataire du sacrilège: Baptême, Eucharistie, Confir mation, Prêtrise et jusqu’à l’Extrême-Onction, si le cas y échoit.
Puis l’exécration se pratique en lardant cet objet d’art d’épingles empoisonnées, avec une au momentoù une nécromancienne de la ville piquait au ventre une statuette de cire qui était censée la représenter.
Je ne discute en aucune façon la réalité ni la possibilité de. pareils faits; je me borne à les indiquer pour prouver la per sistance de la tradition, et je puis ajouter que j’ai reçu un certain nombre de lettres revenant de personnes qui se croyaient envoûtées et me demandaient mon appui contre leurs persé cuteurs.
J’ai vu à Montmartre une femme qui fait profession de repousser les envoûtements à l'aide de prières. (I) Le Temple de Satan, Paris, I891, p. 185. (2) D’où cette locution populaire de menace, qui est devenue une vague formule de haine ou simplement de rancune: Qu‘il prenne garde, j’ai une dent contre lui. (Sr. DE G.)
. -0':. Z-"-«* W flW , ._>.«wvv r..wÿ _ ,. ' ----.ur.:æ.a L’ENVOUTEMÈNT 2 3 5 grande explosion d’injures pour exciterà la haine, ou bien en l’écorchant à certaines heures fatidiques, au moyen d‘éclats de vitre ou d’épines venimeuses, toutes dégouttantes de sang corrompu. « Un crapaud auquel on donne le nom de celui qu’on désire envoûter remplace aussi parfois le Volt en cire; mais les cérémonies imprécatoires demeurent identiques.
Une autre recette veut qu’on lie le crapaud vivant avec des cheveux qu’on s’est procuré d’avance; après avoir craché sur ce vilain paquet, on l’enterre sous le seuil de son ennemi, ou en tout autre endroit qu’il fréquente tous lesjours par nécessité (r). » - On voit que les magiciens modernes tendent à di— minuer le rôle des imprécations qui semble avoir pris le dessus au Moyen âge et à augmenter au contraire celui des agents physiques connu chez les peuples primitifs. l.
Cette évolution%st mise en relief d’une façon saisis sante dans l’Envoûteur, nouvelle publiée par M. Jules Lermina dans l’Inz’tz’atian, en juillet 1892, précisé— ment au moment où, par une coïncidence curieuse, je faisais l’expérience relative à l’extériorisation de la (1) On trouve dans un livre imprimé en 1610 sous le titre: Le second jour des_ jours caniculaz‘res, l’histoire d‘une hon— nête femme qui avait été menacée par une sorcière.
« Peuvde jours après, cette honnête femme se sentit cruellement atteinte de grandes douleurs de ventre ;. il lui sembla qu'on lui perçait les boyaux départ en part, si bien qu’elle gémissait amèrement et par ses plaintes inqu1était ses vorsins.
Or, comme plusieurs la venaient vorr pour la consoler, entre autres un potier y vint qui assura que sa_vo15_me était ensorcelée, fit fouiller au seuil de la porte pour v01r s’il n’y avait pas quelque charme; ou y fouilla donc. et entre autres charmes on y trouva une image ui avait une palme de longueur, laquelle estoit transpercée es deux côtés avec une aiguille. On prend le sortilège et l’on jette le tout en feu : alors la patiente se trouve allégée de son mal. »
236 L’INITIATION sensibilité d’un sujet magnétisé sur une plaque pho tographique. Je me bornerai à en reproduire ici le passage sui vant: « -— Vous croyez, n’est-il pas vrai, continua-t-il, qu‘il n’y a dans cette reproduction d’une forme, d’une physionomie, qu’un jeu de lumière..... Ignorants!
Entre le corps qui se place devant l’objectif et la plaque sensibilisée, il s’établit un courant, enlevant à l’être, comme dans une opération galvanoplastique, d’innombrables particules de sa propre matière, de sa substance, de sa vie.....
La chimie les fixe, rien de plus, et..... comprenez—moi bien..... entre cette repré— sentation, qui vous semble morte, et l’être qui est là bas vivant, il existe un lien que rien ne peut jamais rompre..... de l’un à l’autre des fils innombrables subsistent comme un réseau de cordons électriques..... et quand je frappe, quand je blesse, quand je lacère cette image, coups, blessures et lacérations, comme le signe ou le télégraphe, comme la voix ou le télé phone, vont se répercuter sur l’être vivant..... qui ne comprend pas, lui, pourquoi il souffre, pourquoi il gémit, pourquoi il ’meurt..... » Balzac avait déjà émis une théorie analogue pour expliquer le daguerréotype.
Voici en effet ce que raconte Nadar dans le premier numéro de Paris—Photographe, p. 16: « Selon Balzac, chaque corps dans la nature se trouve composé de séries de spectres, en couches superposées à l’infini, foliacées en pellicules infinitési males, dans tous les sens où l’optique perçoit ce corps.
L’ENVOUTEMENT 2 3 7 \ « L’homme a jamais ne pouvant créer, — c’est-à-_ dire d’une apparition, de l’impalpable constituer un chose solide, ou de rien faire une chose, -— chaque. opération daguerrienne venait donc surprendre, dé— tachait et retenait en se l’appliquant une des couches du corps objecté. .
A « De là pour ledit corps, et à chaque opération renouvelée, perte évidente d’un de ses spectres, c’est à-dire d’une part de son essence constitutive.
« Y avait-il perte absolue, définitive, ou cette déper dition partielle se réparait—elle consécutivement dans le mystère d’un renaissement plus ou moins instan— tané de la lumière spectrale P Je suppose bien que Bal— zac, une fois parti, n’était pas homme à s’arrêter en si bonne route et qu’il devait marcher jusqu’au bout de son hypothèse.
Mais ce deuxième point ne se trou— va pas abordé entre nous. » _ Je vais maintenant essayer de faire comprendre en quelques mots comment mes propres recherches pern mettent jusqu’à un certain point d’expliquer l’origine de la croyance à l’envoûtement.
On admet, dans la science gctuelle, que toutes nos sensations sont dues à des vibrations moléculaires qui se propagent jusqu’aux organes de nos sens, et de là à notre cerveau, à travers des milieux divers.
On a vérifié que ces milieux, très souvent invisibles ou impondérables comme l’air ou l’éther, sont inéga lement aptes à transmettre les vibrations spéciales qui constituent le son, la lumière, la chaleur, l’élec tricité. . ‘ On sait encore que le sens du tact, le seul dont j’ai
2 3 8 L’INITIATION besOin de m’occuper ici, n’est impressionné que par des actions mécaniques exercées directementsur notre corps; on suppose, en outre, que les nerfs sensitifs ne sont que les conducteurs d’une sorte de fluide qui est le véritable agent de la transmission et qui est dirigé par la volonté, puisque, sans l’attention, ces nerfs transmettent mal ou pas du tout la sensation.
Mes expériences ont prouvé que cet agent, cet influx nerveux spécial, qui normalement ne dépasse pas la peau, c’est-à-dire les extrémités des filets nerveux, peut, chez certaines personnes (I) et sous l‘influence de certaines manœuvres, être projeté au dehors sur toute la périphérie du corps et vraisemblablement par les pores_ de la peau, comme le serait le liquide con tenu dans un tuyau de pompe à incendie en toile perméable si on fermait la lance qui le termine.
Il se forme ainsi autour du sujet une atmosphère, un champ, de cet agent propre à transmettre au cer veau Ies vibrations spécialement perçues par le sens du tact; ce champ (2), dont l’étendue augmente avec le degré de magnétisation du sujet, est aussi. pour un même degré, d’autant plus considérable que l’action mécanique exercée est plus intense : théoriquement, une action d’intensité infinie serait perçue à une dis— tance infinie. (I) J’ai reconnu que quelques personnes extériorisent le sens. du tact sous des influences très faibles et encore mal définies (2) Les zones de maximum de sensibilité que j'ai observées dans ce champ n‘ont qu‘une importance secondaire; elles proviennent vraisemblablement de phénomènes d'interférences provoquées par le rythme des émissmns.
L’ENVOUTEMEl‘IT 2 39 J’ai également observé que: 1° Certaines substances absorbent cet agent pour le renvoyer ensuite par rayonnement exactement comme les matières phosphorescentes absorbent et rendent la lumière; 2° Si on place une de ces substances près d’un sujet extériorisé pendant un certain temps, elle se chargera de l’agent proportionnellement à ce temps et à l‘inten Sité du rayonnement du sujet au point où elle était placée= de telle sorte qu’elle sera elle-même le centre d’un champ plus ou moins étendu propre à trans mettre les vibrations sensibles au tact.
Il résulte de là que si, pour une action mécanique d’intensité 1', le rayon du champ du sujet est ret celui de la substance r', le sujet percevra les actions méca niques d’intensité égales ou inférieures à z', exercées sur la substance chargée ou sur un point quelconque du champ de cette substance, tant que la distance entre le sujet et la substance sera inférieure ou égale à r + r’; mais, quand cette distance sera supérieure à r + r’, il y aura un espace où l’agent sera en quan tité insuffisante pour transmettre les vibrations, et là sensation ne se transmettra plus.
La communication se rétablira dès que les deux champs, définis comme il est dit ci—dessus, se toucheront de nouveau. On voit pourquoi l’envoûté ne ressentait l’effet du volt que lorsqu’il passait auprès de ce volt, et pour quoi le volt devait, autant que possible, contenir des parties du corps ou des vêtements de l’envoûté; mais on voit aussi que la volonté, à laquelle les anciens occultistes attribuent une si grande importance, ne . .‘ îv.rw_,_
240 L’INITIATION joue aucun rôle dans les phénomènes que j’ai étudiés. Doit-on, pour cela, rejeter son intervention au rang des fables ? je ne le pense pas.
Les nombreuses obser— vations recueillies depuis quelques années en Angle— terre et en France sous le titre de Télépathie et les célèbres expériences du médium Eusapia en Italie semblent prouver que si certaines personnes peuvent être impressionnées passivement en dehors des limites de leur corps, il en est d’autres qui peuvent agir acti— vement en dehors de ces mêmes limites.
Un nouveau pas immense sera fait quand on sera parvenu à trouver les conditions de production de ces derniers phénomènes. ALBERT DE ROCHAS. à prepes ries Expériences de jliilan A la lecture des remarquables rapports de MM. Ch. Richet et Aksakoff (I) sur ces expériences si bien con duites, j’ai été frappé de la grande importance donnée au phénomène du soulèvement complet de la table.
Il a été étudié avec un intérêt bien justifié, car, parmi les effets physiques, c’est un de ceux qui peuvent se présenter dans les meilleures conditions d’observation et de contrôle. C’est pourquoi il est facile de com— prendre le regret que laissent voir ces consciencieux (Il Annales des Sciences psychiques (numéro de janv.-fév. I893}
A PROPOS DES EXPÉRIENCES DE MILAN 24.1 observateurs de ne pas l’avoir vu se réaliser d’une façon pleinement et entièrement satisfaisante.
M. Ri chet consacre plusieurs pages à la discussion des explications possibles : soulèvement par les mains du médium, par ses genoux, par ses pieds, et il con clut en ces termes: « En aucun cas je n’ai vu la table soulevée des quatre pieds alors que les deux pieds d’Eusapia étaient tenus d’une manière irrépro chable, ou qu’on pouvait voir distinctement, libres de tout contact avec les pieds d’Eusapia, les quatre pieds de la table.
Il faudra cela pour nous faire admettre qu’une table peut être soulevée en l’air » (p. 10).
De son côté, M. Aksakoff nous dit que, dans les circonstances les plus favorables, on remarquait tou jours un contact de la robe qui se gonflait jusqu’à toucher un des pieds de la table et que, quand on empêchait ce contact, le soulèvement ne se produisait pas ; il dit encore dans sa remarque I que, dans la première séance, le soulèvement a eu lieu alors que les poings crispés du médium étaient au-dessus de la table à 5 centimètres et qu’il s’est empressé de noter cette particularité dont il n’avait pas encore été témoin.
Enfin il déclare que le médium ne peut pas produire ce phénomène en restant debout, à cause du tremblement qui la prend. Cela avait été demandé dans le but de supprimer le contact de la robe (p. 44.). Il conclut en disant: « Nous sommes donc forcés de déclarer que nous n’avons pas réussi à obtenir un soulèvement complet de la table avec les quatre pieds absolument libres de tout contact. » Il est utile d’ajouter que, d’après les deux rapports,
à42 ' L’INITIATION les soulèvements ont toujours eu lieu avec contact des '7naz’ns du médium et dans une obscurité plus ou Inoins complète. J’ai pensé qu’il me serait permis de rappeler que j’ai ’ 'eu la bonne fortune d’observer ce phénomène précisé ment dans les conditions de ces desiderata, avec les sujets de M. Horace Pelletier (voir Initiation de juillet ’189I).
J’ai vu à plusieurs reprises dans la même séance, à 3 heures de l’après-midi, en juin (ce qui peut s’ap peler la pleine lumière), un lourd guéridon à trois pieds, de chêne massif, d’une dizaine de kilogrammes, Se soulever à 7 ou 8 centimètres du sol, les mains des Sujets étant à une dizaine de centimètres au-dessus, les sujets debout, et moi étant placé à environ 2““,50 du groupe, de façon à tenir à la fois, dans mon champ visuel, les pieds de la table et les personnes entières des sensitifs.
Personne d'autre n’était à proximité; je me trouvais face à la fenêtre, sur laquelle le groupe entier se détachait en silhouette, de sorte que j’étais parfaitement sûr qu’il n’y avait aucun contact d’aucune sorte, ni des mains qui étaient tOutes dans le même plan horizontal, à IO centimètres de la table, ni des corps des sujets qui avaient. tous trois le bras étendu de toute sa longueur, —— ce qui rejetait les corps à 20 centimètres au moins du bord de la table, —- ni des jambes ni des pieds qui, par'suite de la forme du guéridon, se trouvaient encore plus loin de ceux de la table. D’ailleurs, parmi les trois sujets, il y avait deux hommes dont les pantalons ne pouvaient se gonfler et :_*—=mM z_—::==
A PROPOS DES EXPÉRIENCES DE MILAN 24.3 ._#--—- une femme dont la jupe était soigneusement rejetée en arrière.
Ces sujets n’étaient aucunement entransés, ils ne présentaient pas le tremblement accusé par Eusapia et ils sont restés absolument immobiles pendant toute la durée de l’expérience. —— C'est dans ces conditions, qu’on peut trouver parfaites, que j’ai vu à plusieurs reprises la table être non pas soulevée, mais projetée en l’air, et retomber sur le sol carrelé.
A chaque fois on reprenait le contact des mains une minute ou deux, pour « charger » la table, puis les mains se replaçaicntà leur distance au-dessus qui aété certaine— ment supérieure à recent., et, au boutde trois ou quatre minutes la projection verticale avait lieu. —- Sur ma demande, on n’a pas repris le contact et, après une autre période d’attente, il y a eu une seconde projec tion.
Les autres phénomènes de mouvements de menus objets sans contact et d’action sur l’aiguille aimantée que j’ai mentionnés ont été observés dans les mêmes excellentes conditions, maisje n’aivoulu rappeler que cette expérience parce que, bien qu’antérieure à celles de Milan, elle me paraît les compléter en ce sens qu’elle réunit justement les circonstances que M. Ch.
Richet et M. Aksakoff ont déclarées nécessaires pour établir avec certitude la réalité de ce phénomène surprenant. L. LEMERLE, Ancien élève de l’École polytechnique.
244 L’INITIATION *ËSYBLYS (Le Secret du Passé) Il LE SILEX LINGUISTIQUE A Il y a une soixantaine d’années (I), un gentil homme campagnard nommé Boucher de Perthes, habitant près d’Abbeville, remarqua que, parmi les déblais rejetés par des ouvriers terrassiers qui creu saient une tranchée pour l’établissement du chemin de fer du Nord français, setrouvaient des pierres d’une forme bizarre. On les eût dites taillées de main d’homme.
Bien que l’on ne trouvât, dans la terre où étaient enfouis ces cailloux, aucune trace d’ossements humains; bien qu’à cette époque, les disciples de Cuvier n’admissent pas l'existence de l’homme au temps auquel remontait le terrain fouillé, Boucher de Perthes conclut cependant de l’œuvre à l’ouvrier.
Il maintint son opinion avec une fermeté inébran— lable, et, le 28 mars 1863, il eut la joie de découvrir la mâchoire dite de « Moulin Quignon »7 qui prouva l’exactitude de sa déduction : l’œuvre atteste l’ouvrier. - B Il est bien rare qu’une découverte importante se (1) Exactement, en 1836.
BYBLYS 245 fasse d’une pièce. —-— Ce qui n’enlève rien à la gloire de l’homme qui, à un moment donné, met le doigt sur la clé de voûte de la question. -—- Avant Boucher de Per thes, on connaissait l‘existence d’armes et d’outils de pierre chez les peuples sauvages ; on savait que les sacrificateurs juifs pratiquaient la circoncision avec un couteau en silex, et l’on voyait, dans l’usagede cet instrument, le reste d’une antique tradition remontant au temps, sinon d’Abraham, du moins de Moïse.
On avait trouvé en France des pierres paraissant avoir subi un travail de polissage, et on les appelait des haches gauloises ou celtiques. Tout cela, tout cet ensemble avait jusqu’alors cadré avec les connaissances acquises; Boucher de Perthes le savait peut-être.
Cela ne l’empêcha point d’entrer, par un coup d’inspiration, dans la voie de l’hypothèse méthodique, et d’affronter, pendant trente ans, le silence dédaigneux, les railleries, les dénégations hautaines des savants officiels. Aujourd’hui, l’archéo logie préhistorique est devenue, à son tour, science officielle; elle est enseignée par des hommes quila nie raient s’ils ne pouvaient invoquer le fameux magister dixz't.
Le maître l’a dit sans doute; mais qui l’avait dit au maître? Ce n’est pas là une science que des générations de savants se soient léguée successive ment. Ce fut, hier, une idée nouvelle, honnie, cons puée, raillée : l’œuvre d’un homme que l’on qualifia de fou. C Celui qui_tient ici la plume a la conviction qu’il apporte une découverte analogue à cette de Boucher
2‘46 L’INITIATION de Perthes, et aussi importante, — peut-être plus im portante, — que celle de l’illustre savant picard. Il ne croit pas que l’expérience faite par les savants officiels, avec Boucher de Perthes et bien d’autres, les ait corigés de leur méthode de dédain, de dénigrement et de parti pris hostile envers tout novateur. Plus ou moins rapidement, plus ou moins rudement, tous les inventeurs doivent gravir leur calvaire.
Cela est dit pour montrer que l’homme qui affronte aujourd’hui la tâche ne s’en dissimule pas les diffi-‘ cultés. D Il importe, avant d’aller plus loin, de bien préciser la question de la création de l'archéologie préhisto— rique par Boucher de Perthes.
Cette création procède tout entière de l’idée qui vint au gentilhomme campa gnard, que les cailloux rejetés par les terrassiers, bien que n’étant pas identiques à ce que l’on appelait jus qu’alors des haches gauloiSes, étaient, comme celles-ci, l’œuvre du résultat humain, que ce travail attestait non seulement l’homme, mais l’homme se servant d’outils et confectionnant ces outils en vue d’un cer— tain travail.
Ce fut ainsi qu’on distingua les haches, les masses, les couteaux, les pointes de lances, les pointes de flèche, les grattoirs, et que d’induction en déduction on en vint à reconstituer une partie de la civilisation des lointains ancêtres. (A suivre .) ALEPH. .. -...u—.
PARTIE LITTÉRAIRE lÊi‘AÜÎE‘I‘RË Peut—être elle délirait, car d’une voix monotone et très douce, elle disait ceci : —— Il est rouge, le sang qui coule, il est chaud et rouge, — il est violet, — et maintenant il est noir, le sang qui a coulé, parce que la nuit est noire; il est noir et froid, parce que la nuit est froide, et l’épaisse laine du tapis n’a pu le boire tout entier, tant il a coulé abondamment, le sang, -* le sang...
Elle souriait en secouant légèrement ses boucles blondes et nous regardait sans crainte aucune et sans étonnement. Elle se souleva à demi dans son lit et reprit : —— Ce n’est pas moi, —— c’est l’autre qui en estcause; vous savez bien, l’autre dont le sang a aussi coulé... l’autre, vous vous rappelez? -— Ils ne se rappellent pas, ils ne veulent pas me croire, et pourtant c’est la vérité! Un peu d’inquiétude troubla son pâle et Acharmant
248 L’INITIATION visage, tandis que ses yeux bleus se dirigeaient vers les persiennes entr’ouvertes que frôlaient les obliques rayons d’un soleil déclinant. ’ « Écoutez, fit-elle, avant que le soleil ne se soit couché; car, après, je sais que je devrai me taire. Je vais tout vous dire. Vous verrez bien que c’est l’autre.
Écoutez ! » Elle était retombée dans ses coussins, et n’eût été l’étrange expression de son regard, attaché sur d’invi sibles objets qu’elle découvrait là-bas, tout là-bas, au delà des brouillards formés par l’opacité des murs et la lourdeur des tentures, tandis qu’avec de câlines et persuasives inflexions de voix elle continuait de par ler, elle eût semblé lucide et tranquille, comme dans ses meilleurs jours d’autrefois.
« Avant de le voir, sans doute je n’avais pas d’âme, car de mon enfance aucun souvenir précis ne m’est resté. Il y a un vague effrayant dans ce qui fut ma première jeunesse, et chaque fois que je me suis pen chée sur son mystère, j’ai éprouvé la même angoisse qu’à la nuit tombante quand d’une barque je plongeais des regards interrogatifs dans les profon deurs assombries de l’Océan... Du jour où je le ren contrai commença mon existence.
Une pression de sa main me fit un cœur, sa parole me créa une âme, oui une âme, timide et confuse d’abord, mais qui par degrés s’affirmait et disait à mon cœur qu’il battait pour Emmanuel, et qu’Emmanuel était pour moi l’époux prédestiné. A cette idée, je tressaillais, une joie passait sur mon être, violente et troublante comme une chaude rafale d’été, et pareil à une grande m .I"'M ,._ALu\M
L AUTRE 249 ! plaine ensoleillée,l’énigmatique avenir m’apparaissait et montait vers de magiques horizons. « Cédant à son insu à mon attractifdésir, Emmanuel m’épousa sans m’aimer. Pouvait—il m’aimer, puisque _ toujours il aimait l’autre, Norah, sa première femme, morte depuis des années... Oh, comme il l’aimait! Je la voyais dans ses yeux, qui reposait endormie et sé duisante.
Quand il souriait, c’est que devant lui la morte avait passé et de loin lui adressait d’ensorcel lantes paroles, et, à mesure qu’elle s’évanouissait dans la transparence dorée des matins radieux, sur son visage s’affaiblissait le reflet d’illusoire bonheur qui l’avait visité.
Le soir, quand de grandes flammes s’al lumaient dans le ciel et empourpraient la mer, le soir surtout elle était avec lui, et si personnellement que moi-même elle me frôlait; et quand l’ombre tombait, alors qu’immobile sur un divan il paraissait subir le charme prolongé des rayons qui s’éteignent et de la nuit qui envahit les eaux et le ciel, je l’entendais qui soupirait, car, dans l’obscurité, il la contemplait plus vivante et non moins insaisissable...
« Mais moi, qui comprenais tout cela, je n’étais pas jalouse du tout, car, en devenant sa femme, je savais que l’autre continuerait de l’entourer. Si souvent il m’avait parlé d’elle et si passionnément! Je ne vou lais, moi, que vivre près de lui, discrètement l’enve lopper de tendresse, et, par le sourire de ma présence, dissiper ses sombres humeurs.
« D’un pas léger, je marchais à lui; quand ses regards vagues trop longtemps contemplaient d’inac cessibles infinis, je posais ma main sur son front
2 5 o L’INITIATION glacé, et il semblait alors secouet un songe domina— teur; il fixait sur moi des yeux hallucinés, dont le trouble à mesure se dissipait, puis une nuance de plaisir rosait ses joues, et il passait son bras autour de ma taille.
Par les hautes croisées ouvertes, je lui mon trais le jour étincelant, le bleu triomphal de la mer éployée, la courbe allongée des rouges rochers, et la végétation lustrée et ondoyante qui les couronnent, les chênes-liège et les pins parasols, les longs cyprès et les mimosas, et plus proches les massifs de camé— lias et de rhododendrons, et les corbeilles de roses...
La splendeur immobile et changeante des choses l’exaltant, il oubliait tout à fait la som nolence vision naire d’auparavant, pour s’enchanter de la tiédeur de l’air et de la grâce de la nature. Les fleurs surtout le captivaient. Il les palpait avec des} mains d’amoureux, en détaillait la complexe beauté, admirant les ner— vures des pétales, la grâce de la corolle, la coquetterie des étamines.
Il leur prêtait une physionomie, où il discernait des sourires, des inquiétudes, des alanguis— sements tendres, et même de ténébreuses pensées. Il les caressait du bout des doigts, les sentait vibrantes sous son eflleurement, et, se penchant sur leurs calices odorants, s’enivrait de leur arome, puis, se relevant, m’embrassait, comme il eût baisé une rose tremblante au bout de sa tige...
M’entrainant plus loin dans notre promenade, il s‘asseyait entre les myrtes, tout à l’ex trémité des roches en surplomb sur l’eau chantante. D’ardents effluves sortaient de la terre ensoleillée; l’atmosphère était blanche de lumière, et les promon toires se voilaient d’une brume rousse de chaleur;
m..qflmm m . . ._ ...._.. n i . L’AUTRE 2 5 1 sous le sol fendillé, des insectes susurraient. Il se taisait.
Mais à l’inconsciente pression de sa main, je sentais que son rêve mélancolique ne le hantait que de très loin, et que le calme ambiant pénétrait en lui. lmpressionnable comme il l’était, il se perdait dans la vastité des horizons merveilleux, et par degrés, se confondant avec le ciel et la mer, se berçait\dans leur étendue somptueuse, et pendant des heures une volupté d’oubli et de vie immobilisée I’engour dissait.
« D’autres fois, quand les journées pluvieuses brouillaient les entours et faisaient grise la silencieuse demeure, la vision chère s’attachait à lui, comme les nuages aux montagnes, inamovible et attristante comme eux.
Alors j'allais m’asseoir au piano, dans la pièce à côté; mes mains glissaient sur les touches, et je jouais en sourdine, en arpègeant les accord comme sur une harpe, de bizarres et primitives mélodies qui me semblaient insufllées d’autre part, et qui font s’é parpiller en larmes nos plus secrètes douleurs.
Et il pleurait; je ne le voyais pas, mais je le sentais pleurer; car toutes ses sensations étaient devenues les miennes, ses chagrins étaient mes chagrins, et, dans notre som meil, les mêmes songes venaient nous visiter...
Sor tant de chez son maître, Kadi, le chat familier, fur— tivement entrait chez moi; d’un bond souple, il sautait sur l’instrument, enroulait autour de ses pattes son énorme queue, et avec fixité me considérait comme pour m’enjoindre de ne pas encore interrompre mon jeu... Tigré et superbe, il était posé devant moi tran quille et imposant comme une idole. Sa prunelle
2 52 L’INITIATION oblongue se retrécissait de plus en plus, l'iris de son œil se faisait toujours plus verte, et son regard sévère semblait me dire : Il souffre, et toi tu n’y peux rien. — Puis,énervé par la constante mélodie, brusquement il sautait à terre, miaulait, et n’avait de cesse qu’il n’eût ramené son maître qui I’adorait.
Sousl’infiuence désagrégeante des sons, l’obsédante vision s’était dis— sipée, et, tandis que s’allongeaient les ombres froides de la nuit, par contraste un‘ peu de contentement pénétrait dans nos cœurs fatigués... « Les jours se suivaient semblables et inoccupés, remplis par mon amour, remplis par ses souvenirs, et la monotonie de notre existence n’était lassante ni pour lui ni pour moi. D’ailleurs, un sentiment nou veau s’était développé en moi.
L’incurable nostalgie d’amour dont souffrait Emmanuel, puisque je ne pou vais l’adoucir, je devais la partager.
Puisque, depuis ses fiançailles, rarement il parlait de Norah, c’était à moi de prononcer la première son nom; ne s’appro chait-elle pas de moi, et par des appels que distincte ment je percevais, ne m’invitait—elle pas à évoquer sa personne dans nos languissantes conversations?—— J’obéis, et aussitôt les yeux d’Emanuel brillèrent plus vivement, les muscles de son visage se détendirent, et dans le son ému de sa voix vibrait sa reconnaissance de mon intérêt tendre pour la morte.
« Dès lors, je le questionnai fréquemment sur Norah, et la silencieuse tristesse dont notre demeure était imprégnée s’en éloigna. J’appris ses habitudes, ses préférences, ses particulières pensées. Et, à chaque détail révélé, quelque chose en moi répondait faible—
L’AUTRE 253 ment, une vague réminiscence d’un passé vécu s’éveil lait dans mon cerveau, et ce que me disait Emmanuel, je le comprenais plus intimement que lui-même qui croyait me l’apprendre. Une sympathie étrange, faite de je ne sais quels souvenirs communs, m’entraînait vers elle qui n’était plus et que, sans avoir jamais vue, je connaissais si bien.
J’habitai de préférence les chambres qu’elle affectionnait, trouvant conforme à mon goût le luxe raffiné et discret dont elle les avait parées. Les couleurs qui lui étaient agréables furent aussi mes couleurs favorites.
Comme elle, je m’ha billai de longues robes de velours rouge, dont les traînesbrgueilleuses sur les tapis d’Orient se dérou laient comme des couleuvres écarlates ; et, de même taille qu’elle à peu près, j’eus son port et sa démarche hautaine au point que, me voyant surgir du fond des vastes appartements, Emmanuel croyait voir, des abîmes du passé, la morte qui remontait vers lui, aussi impassiblement belle qu’autrefois, aussi dangereuse et plus jeune...
La fluide vision des précédentes années s’effaçait pour faire place à la vision nouvelle et tan— gible, et, jusqu’à ce que je fusse tout près de lui, ar demment il me contemplait, en disant: — Norah! Norah ! — et souriait d’aise ensuite, en me baisant la nuque.
« Nous nous asseyions ,côte à côte, et des phrases sortaient de nos bouches, telles qu’elles avaient dû, des années auparavant, sortir de leurs bouches ; il se levait, allait et venait dans l’austère bibliothèque, entre ses doigs roulant de fines cigarettes blondes, dont la fumée bleue passait devant mes yeux en;
2 54 L’INITIATlON brouillards odorants. Même il esquissait des projets d’avenir, comme si un nouveau besoin d’activité se fût emparé de lui, et fièvreusement les développait, puis soudain retombait dans son mutisme habituel et son atonie mentale.
Je lisais, moi, les livres qu’elle avait lus, ou bien, avec des soies merveilleuses, je travaillais à ses broderies inachevées; et quand, une fois de plus, la nuit venant, le jour se retirait de la chambre comme la chaleur d’un cadavre, ce que je tenais dans mes mains, livre ou broderie, s’en échap— pait, et je ne sais quelle détresse me serrait la gorge, quels désirs inassouvis à grand vol s’abattaient sur moi et dans mon cœur palpitant implantaient leurs serres toujours plus profondément.
« Or, un soir, il y a de cela quelques mois, de nou veau nous étions réunis dans la bibliothèque; c’était déjà la nuit, une claire nuit d’été, et la lune sur la mer déserte laissant traîner son grand voile d’argent ; elle argentait les minces meneaux en pierre des fenê tres, la lune, et la peluche chatoyante des rideaux, et le marbre noir de la cheminée, et la glace obscure et profonde indéfiniment ; elle mettait des luisants aux vieux cadres dorés des tableaux, la lune, et aux trèfles d’or bruni du plafond, et aux filets d’or des corniches; elle faisait miroiter les vitrines, derrière lesquelles sommeillaient les livres dans de sévères reliures, et, sans toucher notre divan, étendait sa pâle nappe de lumière sur les tapis fleuris de Perse, tandis qu’à droite, les vitraux de couleur de l’antique croisée ogi vale étaient obscurs, et que, dans le fond, des candé labres allumés, dont une brise légère faisait vaciller
L’AUTRE , 2 55 la flamme sur les tentures, allongeaient d’indécises et multiples ombres mouvantes... « Nous causions calmement, lui assis un peu plus bas que moi sur des coussins, dont elle avait brodé les couronnes comtales, moi à demi étendue sur le divan, et ma main posée sur son épaule. Calmement nous causions d’elle, comme d’habitude. « Oui, disait-il, douce elle était, très douce, malgré « son apparent orgueil.
Les paroles qui s’échappaient « de ses lèvres étaient suaves et câlines comme son « mélodieux organe, et jamais elle n’a prononcé « un mot blessant. Une fois, une seule fois, sa {< bouche a dardé une empoièonnante parole... « — Et qu’a-t-elle dit, cette unique fois ? interro— geai—je. « — Je me vengerai! « — Mais quand ? mais pourquoi? « — Ce fut au moment de sa mort...
« —- De sa mort? —— Jamais encore il n’avait parlé de sa mort, comme s’il eût craint d’en envisager la réalité et, par d’horribles hantises de chair qui se détruit, de troubler l’apparition de l’image bien-aimée. « Oui, reprit—il, de sa mort, lorsque je l’ai poignar « déc. « — Assassin ! « Je m’étais exclamée à, voix basse, et nous étions calmes comme auparavant, calmes comme si rien d’extraordinaire n’avait été prononcé entre nous.
« Je l’ai poignardée, fit-il tranquillement, parce « qu’elle me trompait. Elle me trompait certainement. « Mais alors , pourquoi a-t-elle dit en mourant :
256 L’INITIATION (< Je me vengerai, et comment espérait-elle se venger? » « Il se tut pendant quelques instants, et, sans impa tience, j’attendais son récit, que j’avais toujours prévu qu’il me ferait.
« « « « kââe’èâââââ‘1‘sââ ââîsâââ « Depuis des mois, poursuivit-il enfin, je savais qu’elle me trompait, — pas de fait, en esprit seule— ment, -—— et cela sans doute l’excusait à ses propres yeux, comme s’il y avait une différence entre le péché amoureusement rêvé et le péché accompli!
« Je voyais dans ses regards brûlants qu’elle ne pensait qu’à l’amant désiré, je le sentais à l'atten chement fébrile de sa main, à la brusque passion de ses mouvements, quand, m’attirantà elle, elle se représentait l’autre à ma place. Je l’aimais tant, que, sans l’inquiéter de ma clairvoyance, pour la sauver et me la conserver, je l’avais emmenée ici, loin du monde, dans cette demeure isolée.
Mais trop tard, — le mal déjà était irrémédiable. —— Elle ne voulait plus lutter contre les adultères pensées où elle se complaisait et qu’elle croyait pouvoir me cacher, les jugeant innocentes puisque irréalisées, sans danger puisque l’objet en était loin. « Je la surveillais sans qu’elle s’en doutât et pour empêcher que, poussée par un démon, elle ne me quittât soudain, j’avais fait répandre le bruit que son esprit était dérangé.
Aussi, d’autres avec moi l’observaient dans ses allées et venues, et, eût-elle voulu s’enfuir clandestinement, elle en eût à coup sûr été empêchée. « Comprenait—elle, néanmoins, malgré mes précau— tions de langage et ma constante égalité d’humeur,
L’AUTRE 2 5 7' à àaaâaa attaass asses ’A à _ —.—--—-w ..—_.æ—— - que j’étais méfiant, que j’étais jaloux.P Car il m’ar rivait de surprendre dans ses yeux des lueurs, non d’amour réprimé, mais de haine, de haine contre moi... Oh! mais si douce était sa voix, si parfaite sa grâce, que ses yeux seuls la pouvaient trahir...
« Comment cela se fit-il, et quelle amertume s’était donc accumulée dans mon cœur, pour que ce qui est arrivé devint possibleP « Cette aprè&midr-Ià, précisément, aucune sugges tion morbide n’altérait ma sérénité, — et à ma table j’écrivais, ma main gauche plongée dans la frémissante fourrure de Kadi. Le soleil allait se cou cher, et. distrait, je levai les yeux, pour contempler son globe d’or qui oscillait au-dessus de l’eau...
« A ce moment un soupir étouffé se fit entendre derrière moi. Je n’avais pas remaqué que Norah venait d’entrer, et ce soupir inattendu me fit peur. Sans me retourner, nerveusement je saisis un petit poignard très affilé qui me servait de coupe—papier. Un second soupir s’exhala, plus faible. ° « Cette fois-m, je tournai lentement la tête. Serrant machinalement entre mes doigts le manche du poi gnard, je la regardai.
Elle était très pâle, et des larmes s’amassaient au bord de ses paupières. — Une colère subite, mais que je maîtrisai, me par courut de la nuque aux pieds, car je me figurai qu’elle venait me braver. « —— Norah, demandai—je, comme en plaisantant, Norah, est—ce moi que tu cherches ici P... » « Mon regard qu’en vain je cherchais à égayer pro 9
258 L’INITIATION « « voqua le sien, qui de tendre et douloureux se fit dur soudain, et elle haussa les épaules. « Je m’assis à côté d’elle et lui soufflai dans l'oreille : « — Avoue, avoue donc que ce n’est pas moi que tu désires, mais lui, lui. tu sais bien, lui! » « Une irrésistible envie me possédait de lui extor— quer cet abominable aveu.
« Elle me regarda bien en face, singulièrement hau « taine et méprisante, et sans hésiter, dans la poitrine à;‘ëââñ me lança la mortelle syllabe attendue : « — Oui! » « D’un coup, mon bras s’abattit sur elle, et dans sa gorge profondément enfonça la petite lame ai gué. « — Je-me-vengerai », râla4-elle. « Je retirai le poignard qui roula à terre. Un flot de sang jaillit de la blessure, ses yeux se brisèrent.
Elle s’était légèrement soulevée, au moment où le coup la frappait. Maintenant. elle était assise comme auparavant, la tête seulement un peu plus ren versée, et déjà elle paraissait dormir... » « Emmanuel se tut. « Moi, sans aucune terreur, sans aucune répulsion, j’entendais le tranquille récit, je l’écoutais comme une histoire d’enfance bien connue, et qu’il est doux de se faire répéter. « —— Et le sang a coulé abondamment? hasar dai-je. « — S’il a coulé ? Il s’est étalé en une large flaque, « sur le tapis rouge, au pied même de ce divan, là où
L’AUTRE 2 59 ,. ,.I“._. ... - kâ;’tâââà durant le jour tombe la lumière violette des vitraux, et les rayons violets faisaient paraître le sang violet, et puis la nuit vint,et il parut noir... Mais Kadi sauta à terre, le flaira, et y trempa le bout de sa langue. Alors je pris Kadi qui résistait et je l’emportai...
Et, plus tard, l’on est entré dans la chambre, et on a vu que Norah, la pauvre folle, s’était suicidée... » « Un long silence se fit de nouveau, un silence appesenti de muettes pensées et de troubles sou venances. « « « « « (\' « « < (< « « « (( (< « Et jamais je n’ai eu de remords, continua-t—il, jamais.
Pourquoi en aurais—je’eu, puisqu’elle était coupable P — Ah, mais, des regrets, oui, de cuisants regrets, car je l’aimais passionnément, des regrets qui ont saturé d’amertume mes années, et qu’avivait l’étonnement de cette incompréhensible menace der— nière : « Je me vengerai. » Quel en était le sens énigmatique? Comment se vengerait-elle?
N’a-t elle pas compris qu’elle mourait, et tout ce qui lui restait de force s’est—il concentré sur cette idée de vengeance certaine à son rétablissement? Ou bien croyait-elle que ma conscience troublée par mon crime me rendrait intolérable la vie ? Mais ja mais ma conscience ne m'a rien reproché et le sang répandu n’a laissé de trace ni sur mes mains ni dans mon esprit. » « Les yeux perdus dans l’ombre claire, il s’arrêta.
Après un intervalle de silence, il répéta : « « N ’est-ce pas que c’est étrange. cette vaine menace dans cette bouche moribonde : Je me vengerai? » «Moi, je ne répondis pas, mais, tandis que je caressais
2 60 L’INITIATION sa tête appuyée sur mon sein, je songea.s à elle que si bienje comprenais, que déjàj’étaispresgue devenue; et voici que maintenant elle passait entre nous, me regardait dans les yeux avec une expression suppliante et me disait — je J’entendais si distinctement — me disait : « Accueille-moi, accueille-moi I... » "« Je fermai les yeux et, durant un instant si court qu’il ne s’en aperçut même pas, je fus comme morte.
Quand je revins à moi, un petit rire me secouait: « Je me vengerai, Je me vengerai! » disait le petit rire... Emmanuel ne se douta pas que je riais, et il crut à un tremblement convulsifde mon corps. « — Vous avez peur... de moi ou d’elle ? » me de— manda—t-il d’un ton incrédule, car il savait qu’en tout je pensais comme lui, et que je ne pouvais que l’ap— prouver. « Pour toute réponse, je baisai ses mains quiavaient assassiné...
« Depuis lors, je n’eus plus besoin de penser à elle, je pensai avec elle, puisqu’elle était entrée en moi, et puisque son âme était devenue sœur jumelle de la mienne, et toujours s’entretenait avec elle, lui disant, qu’elle le voulût ou non : «Je me vehgerai, je me vengerai... » Les singuliers, les terribles dialoguesentre nos deux âmes... vainement la mienne s’y voulait soustraire; trop faible, elle était forcée de céder à l’autre, qui lui détaillait son martyre ignoré, et la sanglante scène finale, et l’assurait de sa prochaine, de son inévitable vengeance... « Et Emmanuel ne voyait rien, ne devinait rien ;,
L’AUTRE 261 il me trouvait seulement toujours plus semblable à Norah, et m’en aimait‘davantage... » -— Mais écoutez la fin, fit-elle en haletant, car le soleil s’approche de la mer... « Hier, reprit-elle à voix très basse, comme nous faisant une mystérieuse confidence, hier, mon âme à moi dormait profondément, et l’autre seule veillait en moi.
Comment elle avait fait pourendormir mon âme, je l’ignore, mais mon corps et mon cerveau faisaient tout ce qu’elle voulait, l’autre qui y habitait. Elle les maniait à son gré, coulait dans mon cerveau ses plus subtiles pensées, pressait et ralentissait les battements de mon cœur, dirigeait tous mes mouvements comme il lui plaisait. « Un peu avantle coucher du soleil, Emmanuel entra dans la bibliothèque.
Automatiquement, de son pas à elle, j’allai vers lui, avec dans ma main un petit poignard très aiguisé, celui-là même qui avait ‘ déjà tué, et, au moment où il s’asseyait sur le divan, je le plongeai dans son cou et l’en retirai, en articu lant : «Je-me—venge! » « Un cri étouffé sortit de sa gorge, et, dans l’élargis sement subit de sa pupille, l’autre en moi, avec une joie féroce, li1t une indicible terreur, car il avait eu le temps de la reconnaître...
« A ce moment mon âme à moi se réveilla. « Je vis, sans surprise, comme on voit un spectacle depuis longtemps réglé, je vis Emmanuel affaissé sur les coussins, et déjà il paraissait dormir. Le sang cou lait sur le tapis rouge, et je remarquai en souriant que la lumière violette des vitraux y tombait, et faisait
262 L’INITIATION paraître violette la large flaque de sang. Et machina lement je murmurais : « Vengée, vengée », obéissant àl’autre, toujours encore en moi. La nuit tombait, la flaque devint noire, et Kadi vint se frôler à moi qui ne bougeais, et, avec des yeux luisants. s’approcha du sang et y trempa le bout de sa langue.
Alors, je le pris dans mes bras, je l’emportai, quoiqu’il se débattît, et je perdis connaissance... » Elle ferma les yeux, et d’une voix toujours plus indistincte, la main dirigée vers la porte de droite murmura: « Le soleil s’enfonce dans l’eau, et l’autre est là à côté. Ne la voyez-vous pas? Regardez-la donc, mais ne la troublez point...
La lumière est pourpre près des croisées ouvertes, mais celle qui tombe des vitraux est violette, et,dans le sinistre rayon violet, elle monte et descend, elle cherche le tapis rouge qui n’y est plus, et l’odeur du sang répandu l’enivre... « Le soleil plonge sous l’eau, la lumière est grise qui tombe des vitraux.
Elle s’en éloigne, elle me cherche, elle va revenir, — elle vient, — la voilà ! » Elle se leva toute droite dans son lit en poussant un grand cri et en se tordant les mains. « Empêchez la d’approcher, je ne veux plus la recevoir l... J ’ai peur », fit-elle d’une voix gutturale qui nous donna le frisson... ’ De longues larmes coulaient le long de ses joues.
Tout à coup, elle se comprima le cœur à deux mains, et tomba en proférant : « Je me vengerai ! » Et comme son visage était devenu soudain très <æ_*‘V.,—w rr- / r..v’ ,.-.Mw._,efi,x V..Ï««:. ‘,Æ..qry »,;’._,.,J,, . 5 , i,
: __I _._..7. . ...._e——-—— AU LIT DE MORT 263 calme, nous ne comprimes pas tout de suite qu’elle venait de mourir, emportant avec elle une mystérieuse menace dans l’éternité... ROBERT SCHEFFER. fla LlT DE M@RT Ouvre tes yeux mourants! La lumière à flots d’or De ce monde invisible où tu prendras l'essor Commence à resplendir comme un éclair rapide A ton regard atone, interrogeant le vide.
Ôui, tu l’as aperçue, et ton front rayonnant Du grand froid de la mort se couvre, frz’ssonnant. Un efi’ort, un soupir, une transe dernière Et, de ton corps glacé, l’âme s’enfuit, légère. Tandis qu’en sanglotant, tes amis éperdus Joz’gnent les doigts crispés, ferment les yeux tordus Du cadavre roidi dont la longue agonie Mouille encor sur son front la tempe dégarnz’e, T0n esprit hésitant s’est arrêté, troublé, Devant l’immensité du monde révélé...
Viens et rassure—toi. Ces ombres lumineuses Qui s'approchent de toi, graves, silencieuses, Sont ici pour t’aider, au moment solennel Où tu sors du présent, désirant l’éternel. Rejoins-les, ces amis, et, d’un élan superbe Dans le profond azur, séjour du divin Verbe, -, . _. Wa -v_‘_ n... «A...W -—m._—u_ w—"h\’\ 4.._nm*"h
264 L’INITIATION .. I. .—_4.--..- _.... w-—.W . .. .... Ils iront avec toi, dissipant ta frayeur En te parlant tout bas a”espoir et de bonheur! Ils iront avec toi, soutenant ta faiblesse, Dévoz’lant l’inconnu dont la splendeur t’oppresse. Tout mal est expié mais, on doit en soufl‘rir Pour mériter enfin des joies dans l’avenir : De son trouble profond, ton âmé consolée Retrouvera là-haut une autre âme envolée...
Car Dieu, le Tout—Puissant, nous a donné l’amour, Divine et tendre loi qui, dans chaque séjour, Dans chaque étoile d’or, dans l’étendue immense Re’git les univers par sa magnificence. J. DE TALLENAY. ÏlEDER Pl nanas, Oh .’ nous célèbrerons d’ineflables mystères!
Dans quelque temple auguste, ignoré des mortels, Clair, bien clos, éloigné des encens délétères, Que l’erreur fait brûler sur ses tristes autels, Oh .’ nous célèbrerons d’inefl‘ables mystères. La jeune mère assise, avec la jeune sœur, Invoquera tout bas l’essence universelle; Des soufi‘les passeront, pleins d’exquise douceur, Je verrai sous un flot de clarté, qui ruisselle, La jeune mère assise avec la jeune sœur.
VEDER POI MORIR 26.5 Et les yeux de nos corps se fermant pour le monde, Les yeux de nos esprits soudain s’entr’ouvrz’ront; Une terreur sacrée, enivrante et profonde, Fera trembler nos doigts et pâlir notre fron t. Et les yeux de nos corps se cloront pour le monde. L’adagz‘o plaintifd'un divin violon Pareil aux frais accords qu’il aimait faire entendre, D’une musique errante emplira le salon Et nous suivrons, émus, ton thème pur et tendre, Adagio plaintif du divin violon .’ Puis calme et souriant, comme une aube se lève, Nous te verrons soudain apparaître, ô mon Paul; Tes yeux auront l’éclat d’un sommeil qui s’achève; Tes petits pieds à peine effleureront le sol Tant tu ressembleras à l’aube qui se lève 1 Alors nous tomberons tous les trois à genoux, Et nous voudrons baiser ta chlamyde d’archange 'Et te voir un moment poser tes mains sur nous; Mais tu partiras comme un oiseau qu’on dérange... Et nous demeurerons tous les trois à genoux .’ FABRE DES ESSARTS. 31 janvier 1893. Ê@ND AMËNŒ’AX I Deus non est ans, sed essentin entium essendi. ‘
266 L’INITIATION II Deus non est spiritus, sed spirator. lll Deus non est aliquis nec omnes, sed infinitas. IV Deus non est _causa, sed casuans causas. V nulla definitio de Deo est yera, quia Deus infinitio est excludens dejînitionem. vl Spiritus sunt intelligentiæ spiratæ. VlI omne opus z‘mperfectum ab opificio imperfecta procedit. VIII Infinita creationum series infinitam creatorum series demons trat. IX Antimonia in creationem est antimonia creatorum. X Deus est intelligentia latens, spiritus sunt intelligentiæ ‘irradiatæ. , ELIPHAS LÉVI. fiRGUPE ÆNDÉPENDAMT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES QUARTIER GÉNÉRAL Conférences. — Les conférences de quinzaine conti— nuent le vendredx devant la même affluence d’auditeurs. Lu .,
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES 267 w-_ËTC“ ...Ÿ..î .. .Lÿ, Dans la dernière séance, M. Louis Stevenard a remporté un gros succès avec une causerie très documentée et très attrayante sur Cagliostro. Dans la séance précédente, Lucien Mauchel avait dit avec grand talent la Lune, la belle poésie de Saint-Yves d’Alveydre, que nous publie— rons bientôt dans l’Initialion.
Groupes d’études. — Ces groupes fonctionnent régu— lièrement et nous n’avons qu’à nous féliciter de la sévérité dontfont preuve les chefs de Groupes pourl’admission des membres. Le Groupe d’études des Signatures, sous la direction de M. Selva, a fait une enquête des plus fructueuses sur l’application des sciences de divination déductive.
Le Groupe n° 4 (étude du Spiritisme) continue ses travaux sous la direction de M. François, et il est piquant de constater que c’est dans ce groupe que s’obtiennent les phénomènes les plus curieux qu’on puisse être à même d’observer en ce moment à Paris, la plupart des sociétés spirites, organisées sans cohésion,se trouvant réduites à la polémique et à la théorie faute de bons médiums. ‘ GROUPE N° 4 Séance du 10 janvier 1893 Nous nous plaçons en demi-cercle à une distance d’en viron 0‘“, 80 d’une grande table sur laquelle sont placés différents obiets légers, tels que papier, crayons, balles, tambour de basque, boîte à musique, etc.; au bout de la table opposée au demi-cercle formé par l’assistance se trouve une feuille de papier d’une entière blancheur sur laquelle nous déposons un crayon.
Au milieu de la table, une assiette remplie de noir de fumée. A peine la séance est-elle commencée que l‘esprit L..., qui assiste depuis quelque temps notre groupe, demande par l’écriture médianimique l'extinction de la lumière. Il est déféré à ce désir. Après un court laps de temps en obscurité, et durant lequel la petite table dont disposent les médiums pour r-——«naw
268 L’INITIATION les communications typtologiques réclame plusieurs fois, par coups frappés, le calme et le silence; l’esprit L... exige impérieusement de la lumière.
Nous constatons alors que deux des crayons posés sur la grande table ont été se placer dans l’assiette qui con» tient le noir de fumée sur lequel on ne constate d’ail— leurs aucune trace d’écriture; mais, par contre, nous constatons que cinq lettres ont été tracées par le crayon posé sur la feuille de papier placée au bout de la table opposé au demi-cercle formé par l‘assistance.
Le mot de Cambronne paraît avoir été tracé d’une main ferme par un écrivain invisible plus énergique que poli. Nous sommes prévenus, par coups frappés, de la pro duction de nouveaux phénomènes.
Nous nous remettons en séance obscure: des petits craquements semblables à des décharges électriques se font entendre auprès des médiums; puis, sur la demande du chef du groupe, ils se font entendre entre deux in» crédules et même sur la main de l'un de ceux—ci qui en paraît tout surpris.
Quelques instants s'écoulent, puis, soudain, la petite table dont il est parlé plus haut, échappant aux médiums, se place d’elle-même à une cer— taine distance de ceux—ci, ainsi que nous nous en ren dons compte et, libre de tout contact, dicte par coups frappés, ces\ mots : « Cherchez le portrait, faites la lu mière. » La lumière est allumée, mais de portrait, point.
Vaines recherches dans la salle, à droite, à gauche, sous les tables, les chaises, etc. Nous pensons être dupes de quelque esprit d’humeur facétieuse. Pourtant, M. F. prie Mme 0..., médium, de demander par l’écriture médianimique où était le fameux portrait et de quel portrait il pouvait être question.
« C’est le portrait de B., est—il répondu a Mm" 0..., il était sur la table, mais il n’y est plus. » M. F. demande qu’on facilite les recherches.... Où est-il ? Réponse : « Comment ne le voyez—vous pas, si près de vous :’ » Nouvelles recherches infructueuses; mais le nom de celui dont il est l’image nous permet de remarquer que
GROUPE INDÉPENDANI‘ D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES 269 -._=,fl————= . .. . _. ..__ ce portrait ou plutôt la médaille sur laquelle il est gravé a disparu de la table où il était placé. Chacun de nous l’avait vu lors de l’examen des lieux auquel il est scrupuleusement procédé avant l'ouverture de chaque séance. La perplexité augmente.
Sur invitations réitérées, nous nous remettons de nouveau dans l’obscurité. <1 Levez-vous, médiums, dit par coups frappés, sans contact, la petite table,et faites sept fois le tour de la salle. -— On obéit scrupuleusement. — Maintenant, en lumière. )> A la stupéfaction de chacun, le portrait de B. est enfin retrouvé à l’endroit même où M. F. avait écrit : « Com ment ne le voyez—vous pas, si près de vous? » Heureux du phénomène, mais toujours avides d’en voir se produire de nouveaux qui puissent nous affermir dans nos croyances, nous nous plaçons encore une fois, sur l’avis de nos amis invisibles, en séance obscure.
La petite table qui, cette fois, consent à se soumettre au contact des médiums, entraîne ceux—ci à une extré— mité de la salle. Bientôt, l’assiette au noir de fumée,toujours au milieu de la grande table dont chaque assistant est alors éloigné de plus de 1'”, 50, se soulève dans l’air, arrive au-dessus de la petite table et vient se placer doucement sur celle-ci après avoir versé la moitié environ de son contenu sur les mains des médiums.
Toute communication cesse. La séance est levée à 1 1 heures. L, FRANÇOIS. (Séance du 31 janvier 1893) Sont présents sept membres du groupe. Aucune modi fication dans les dispositions ordinaires, sauf toutefois, au milieu de la table placée au centre de la salle, une assiette contenant de la parafline à l’état liquide. Dès le début de la séance, nous sommes avertis par l’écriture médianimique qu’une séance obscure pourrait présenter quelque danger. Malgré cet: avis, nous nous mettons dans l’obscurité.
270 L’INITIATION w:.rw Quelques secondes sont à peine écoulées que la petite table sur laquelle sont apposées les mains des médiums est violemment soustraite à leur contact et jetée à. terre à une certaine distance de ceux-ci. Les médiums se trouvent ainsi privés de tout moyen matériel de communication avec les esprits.
Le chef du groupe en fait la remarque et demande à nos amis invisibles de vouloir bien manifester leur présence au moyen de petites décharges électriques comme ils l’ont fait précédemment. Ce vœu est exaucé et aussitôt, par ce moyen, est dicté le mot « Lumière ». L’un de nous va prendre, dans une pièce voisine, une lampe allumée. Nous cherchons vainement la trace de quelque phénomène :déplacement d’objets, empreinte dans la parai’fine..... Rien.
Les médiums ont alors recours aux communications écrites. Nouvel avis de ne pas faire de séance obs cure. Cependant, sur les instances du chef du groupe, l'un de nos invisibles amis nous fait savoir qu’il nous sera loisible de nous priver de lumière, mais seulement pen dant deux minutes, laps de temps durant lequel il nous protégera contre toute mauvaise tentative. A peine la lampe est-elle enlevée qu’une fleur est pro— jetée sur Mme C..., médium.
Presque en même temps, la petite table alors en contact avec les médiums dicté, par coups frappés: « Lumière ». Nous déférons à cet ordre et nous constatons qu’une autre fleur a été placée, de façon fort gracieuse, dans la chevelure de Mme 0..., médium. Ces fleurs provenaient d’un bouquet contenu dans un vase placé sur la grande table du côté opposé aux mé diums et éloigné d’eux de plus de deux mètres.
Malgré les avis qui nous ont été donnés, nous voulons encore tenter d’obtenir, en obscurité, quelque nouvelle manifestation. _ Cette fois, les sièges occupés par Mme O... et M. F... sont violemment secoués. La chaise de ce dernier est même brusquement retirée de dessous lui, si bien qu’il tombe sur son séant. i
GROUPE lNDÉPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES 271 Après avoir constaté en lumière cette chute heureu sement sans gravité. l’assemblée, malgré l’avis du chef du groupe, décide de faire une dernière fois l'obscurité.
A l’instant même où nous cessons d’être en lumière, la petite table autour de laquelle sont rangés les mé— diums est entraînée avec eux dans un angle de la salle, du côté même où sont placés les membres du groupe dépourvus du son médianimique. L’assistance entière se trouve, par suite, placée sur une seule et même ligne. Trois des côtés de la salle sont donc inoccupés.
Vers l’un de ces côtés, nous entendons fort distinctement un bruit semblable à celui que ferait un être animé cher— chant à saisir l’un des objets placés sur la grande table du milieu. Tout à coup l’assiette contenant la paraffine (qui, comme il est dit plus haut, était au centre de la table) est enlevée et lancée avec force du côté de l’assistance et vient se briser entre Mmes D... et Cette manifestation bestile cause une vive impression.
Nous en rapportant alors aux avis charitables qui ne nous avaient cependant pas manqué, nous suspendons toute expérience. La séance est levée à Il heures. L. FRANÇOIS. . «eau. On pourra voir, en compulsant les procès-verbaux du Groupe 4 que, malgré toutes les calomnies répandues sur le compte du Groupe ésotérique, nous étudions avec la plus grande impartialité toutes les théories et tous les faits sans nous arrêter aux questions d’école.
Ajoutons enfin qu’un nouveau groupe d’études des phénomènes spirites est en formation. ‘ 24“! BRANCHES ET CORRESPONDANTS. — Du reste le mouve vement provoqué par le Groupe s’étend progressivement et sûrement. Alors que nous venons d’assister à l’écrou lement de la vingtième des grandes fédérations tentées
2 72 L’INITIATION depuis trente ans, alors que le Comité de Propagande nommé par le dernier congrès de I889 ne peut que mani fester son impuissance par des polémiques amusantes ou des propositions impossibles et ridicules, les correspon— dants et les branches de Groupe fortement centralisés assurent notre influence tant en France qu’à l’Etranger.
C’est ainsi que trois nouveaux postes de correspondant viennent d’être établis en France : l’un à Dinan (Côtes du—Nord), l’autre à Saint—Servan (Ille-et—Vilaine),enfin le troisième à Bonny (Loiret); deux nouveaux postes en Italie, et une Branche régulière est fondée à Mexico (Mexique) et promet d’être très florissante.
Voilà le bilan du mois dernier. .. v Gauseries de ÉMILE MICHELE‘I‘ Depuis quelque temps de petits reporters ignorants ont pris à tâche d’initier le public aux arcanes des envoû tements et de la magie. Rien de plus drôle que ces théories enfantines exposées gravement et d’une façon pédante en quelques troisièmes pages d’obscurs journaux ou ces conférences dites ésotériques Où dix auditeurs écoutent une longue et ennuyeuse lecture.
Il était temps qu’un écrivain de valeur prit la peine de remettre les choses en place en exposant sérieusement et d’une façon vraiment scientifique toutes ces ques tions. Aussi ne pouvons-nous qu’applaudir à la décision d‘Emile Michelet, le directeur des études esthétiques du Groupe et le directeur de Psyché, de faire à la salle des Capucines une série de causeries sur la MAGIE DANS L’ART ET DANS L’AMOUR.
Ces causeries auront lieu les deuxième et quatrième samedis de chaque mois, à 5 heures de l’après-midi, à partir. du 25 février; en voici le pro gramme : (Samedi 25 février) I. — L’art et la Magie. — Que l’œuvre d’art est œuvre magique. — La conna155ance et la réalisation. — La 8e
CAUSERIE DE M. ÉMILE MICHELET 273 Arcane du Tarot. -— Ce que c’est qu‘un signe occulte. — L’incantation et sa vertu. — Le Poète révèle ou revoile le Mystère. ‘ (Samedi 11 mars) Il. — Conception de la Beauté selon la kabbale. — Le mystère de Tiphereth et Platon. — Que la Beauté est la manifestation la plus perceptible du Divin. —-—Exemples d’œuvres magiques pris chez les grands poètes : les poètes hindous; Homère, Dante, Shakéspeare, etc. - La chaîne des poètes initiés. — Les modernés; Wagner.
Villiers de l’Isle—Adam. — Influence de la femme sur l’artiste. (Samedi 25 mars) 111. — Par l’amour, la femme fait œuvre de magie.
Elle agit en magie blanche (inspiratrice : Vittoria Co-» lonna), ou en magie noire (destructrice : Léonora d’Este). — Théorie occulte de l’amour psychique. — L’atmos— phère astrale personnelle. — Explication, selon l'Oc culte, des sympathies et des antipathies soudaines. -— Jazer, le génie qui assure l’amour. —- La conjuration du démon Kédémel. (Samedi 8 avril) IV. — Que l’amour peut devenir un envoûtement. — Du danger d’être aimé. -— La haine est de l’amour en révolte. — L’envoûtement de haine. — Exposé de divers procédés d'envoûtement par la figure de cire. (Samedi 22 avril) V. — Le pouvoir de lier et de délier. —- Les philtres et les sorts. — L’herbe de sympathie. -— Quelques recettes du Grimoire pour se faire aimer. — L’art de magnétiser les bijoux d’or. — Les vertus occultes des pierreries. (Samedi 13 mai) VI. —- Les talismans d’amour et les amulettes. — Un
274 L’INITlATION talisman est un Signe représentatif de la volonté de celui qui le consacre.
Il est donc personnel et ne peut être transmis. — Comment se fait et se consacre le talis. man de Vénus. (Sa medi 27 mai) VII. — Les types masculins et féminins et complémen taires. — Sept types principaux correspondant à sept planètes—types. — Comment les distinguer à première vue. -— Divers procédés de divination. — Notions d’as— trologie élémentaire applicables dans la rue. — Pour les artistes. (Samedi 1 0 juin) VIII. -—- Suite des procédés de divination. — Notions synthétiques de physiognomonie, chiromancie et gra phologie. — Conclusion. * a a Environ deux cents personnes assistaient à la pre mière conférence le 25 février; c'est assez dire que le public a compris qu'il avait enfin affaire à un conféren— cier sérieux et émettant des idées personnelles au lieu de réciter des extraits de volumes connus de tous les étudiants en occultisme. Œn Mouvnmnnn emmena Le dimanche 5 mars, une fête intime et des_mieux réussies a été organisée au restaurant turc par M. Nico laïdes, directeur du journal l’Orient, en l‘honneur de S.
M. I. le Sultan Abd-ul-Hamid II. Le banquet, le con cert, le bal et le souper auxquels assistaient environ 300 invités font grand honneur au dévouement et à l'esprit d’initiative de M. Nicolaides qui s’est surmené pour tout
LE MOUVEMENT ORIENTAL 275 mener à bien. Mais ce qui est le plus intéressant à con naître pour nos lecteurs, c’est la transformation opérée dans l’Empire par la persévérance, l’intelligence et la volonté du souverain actuel de la Turquie. Cette trans— formation intéresse au plus haut point le philosophe, car il s’agit de l’évolution voulue d’un peuple tout de foi vers la science et les méthodes de l'Occident.
C'est ainsi que des écoles supérieures d’art, de science et même de guerre ont été créées à Constantinople dans ces dernières années et sont déjà des plus florissantes. _ Unissant les traditions ésotériques de l’Islam à la science occidentale, les écoles religieuses turques peu vent prendre une place inattendue dans l’intellectualité de l'Europe, surtout si le Sultan Abd-ul-Hamid 11, dont nous connaissons la largeur d’idées, ne craint pas de donner à l'étude de la philosophie et de la science her— métiques l’extension qu’elles devraient légitimement avoir.
La création en Turquie d’une Université cons tituée d’après les enseignements traditionnels de l’ésoté risme, aurait une portée non seulement scientifique, mais encore politique qu’on ne soupçonne guère au premier abord. Parmi les hommages présentés à S.
M. I. le Sultan par ses fidèles, nous nous faisons un véritable plaisir de publier la lettre suivante du savant cheik Abou-Naddara : « MAJESTÉ, « Au moment où tous les peuples ottomans et les musulmans du monde entier célèbrent le glorieux anni versaire'de la naissance de Votre Majesté, nous venons, nous, Egyptiens, déposer au pied du Trône impérial l’hommage de notre dévouement et de notre fidélité inaltérables. ( Cet hommage emprunte aux événements actuels une signification et une importance toutes particulières; il montre que ni les intrigues, ni les promesses, ni les menaces, ni les propagandes malsaines ne sont parvenues à relâcher le lien indissoluble qui relie l’Egypte à la Turquie et qui fait de Votre Majesté le Suzerain légitime et respecté de la Vice-Royauté du Nil. C’est en vain que
276 ?i L’INITIATION les journaux à la solde de l’envahisseur nous déclarent chaque jour que nous n’avons plus aucun secours, aucun appui à espérer de Constantinople; c’est en vain qu’ils cherchent à provoquer des défaillances et des défections, afin de s’implanter dans notre pays.
« Rien n’a pu égarer notre dévouement ni décourager notre fidélité; Votre Majesté est toujours pour nous le Souverain suprême, le Khalife auguste de qui nous attendons le relèvement de notre patrie. Ces sentiments, nous n’avons pas craint de les exprimer publiquement sous les fenêtres du Palais khédivial et dans la salle de l’Opéra du Caire; nous ne craindrons pas de les affirmer hautement même devant les baïonnettes anglaises.
« C’est avec enthousiasme que nous avons vu notre jeune Khédive relever la tête dans un élan de courageuse protestation et prouver à_l’Europe que le sentiment na tional n’est pas mort en Egypte; forcé de se taire sous une contrainte inique, il attend et espère... « Mais en qui espérer, si ce n’est en Votre Majesté?
L’Europe, divisée en deux camps qui s’observent l’arme au bras, est absorbée dans ses divisions et dans ses craintes d’avenir; elle ne peut nous donner que l’appui de stériles observations et de discours sans sanction.
Personne, si ce n’est Votre Majesté, n’a le droit de par— ler en notre faveur avec une autorité incontestable et au nom de principes incontestés. ,.-«4. _ « Groupés autour de notre vaillant et patriotique Khé=j dive, nous saluons cet anniversaire comme une fête na tionale et nous appelons sur Votre Majesté et sur son Empire les bénédictions d’Allah clément et miséricor—. dieux. « Nous espérons que votre glorieux représentant parmi nous, S.
E. le Maréchal Ghasi Moulthtar Pacha, voudra bien faire parvenir à Votre Majesté ces hommages una— nimes de l’Egypte qui confie ses destinées à la protection d’Allah et à la sagesse de Votre Majesté, en attendant l’heure bénie de la délivrance. « LE CHEIK ABOU-NADDARA. » «dl
TRAITE ÉLÉMENTAIRE DE MAGIE PRATIQUE 277 traité élémentaire tle }fagie pratique Cet ouvrage de Papus, en préparation depuis plusieurs années, paraîtra vers le 15 avril prochain en un volume d’environ 500 pages grand in-8° avec de nombreuses planches et gravures. Il sera édité au prix de 10 fr. l’exemplaire par Chamuel, éditeur, 29, rue de Trévise. C’est le complément pratique du Traité méthodique de Science occulte du même auteur.
Voici du reste la table des matières de ce nouvel ouvrage de Papus : PREMIÈRE PARTIE THÉORIE INTRODUCTION CHAPITRE PREMIER. — Définition de la Magie. CHAP. II. — L’Honznze (résumé de sa constitution anato mique, physiologique et psychologique.) La Machine humaine, l’Homme impulsif, Rapports de l’homme de volonté et de l'être impulsif, la Force nerveuse, le Sommeil naturel, l’Ivresse, l’Hypnotisme et la Suggestion, la Folie, Résumé. CHAP.
III. — La Nature. (Résumé de sa constitution anatomique, physiologique et psychologique.) CHAP. 1v. — Dieu. L’Archetype, l’Unité. DEUXIÈME PARTIE RÉALISATION CHAP. v. — Homme. Etre instinctif : Préliminaires de la Réalisation de l'Homme. Aliments : Du végétarisme, du régime animal, de l’emploi des excitants naturels : l’alcool, le café, le thé; haschich, opium, morphine. Réalisation ou invention. — Maniement des exci— tants.
278 L’INITIATION Etre animique : Air Inspiré. Réalisation de l’être ani mique. Parfums (excitants animiques). Etre intellectuel : Sensation. Entraînement de l’Etre psychique : toucher, goût, odorat, ouïe, vue. Des excitants intellectuels. La musique. Ensemble : Résumé général. Entraînement de l’être instinctif, animique, intellectuel. CHAP. v1. — Homme.
CE QUI PENSE. — De la méditation. — I"° période :Entrainement de la Pensée; 2° période : Psychométrie, télépathie. — De l’Amour. Excitant de volonté. — Des obstacles. Réaction de l’Etre impulsif. CHAP. vu. — Homme. CE QUI VEUT. — Réalisation de la volonté.
De l’éducation du regard. — Miroirs magné— tiques, magnétisme. — Le Verbe: Des paroles ma giques. —— Le Geste : La Baguette magique, l‘Epée, les Talismans. — La Marche; les cercles magiques. — Entraînement total de l’Etre Humain. -— La chasteté et l’amour. — RÉSUMÉ DE LA RÉALISATION DE L'HOMME. CH/IP. VIII. — LA NATURE. - Réalisation de la Nature.
ÉLÉMENTS D’ASTROLOGIE ASTRONOMIQUE. —— Les signes du zodiaque, la Lune, Mercure, Vénus, le Soleil, Mars, Jupiter, Saturne, — Amitiés et Inimitiés, As— pects. -— Planètes et maisons zodiacales. — La lune dans les dozqe signes: Influence de la Lune sur le sexe des enfants. — Le soleil et les talismans, Agenda magique, les Heures attribuées aux Planètes. CHAP. Ix. — ÉLÉMENTS D‘ASTROLOGIE NATURELLE.
L’influence des Planètes dans les trois Règnes. — Règne minéral : Traditions curieuses concernant les vertus de cer— taines pierres—Pierres attribuées à chaque planète.— Règne végétal, les Herbes magiques de Saturne, Jupi ter, Mars, Soleil, Vénus, Mercure, la Lune. — Règne animal : correspondances planétaires.
Traditions de la magie des campagnes au sujet des animaux plané— taires, actions des planètes sur l’homme, l’intellect, le corps physique, signatures. Signes du zodiaque, in fluence sur l’homme et rapports. —- Tableau général des correspondances planétaires d’après Oger Ferrier.
TRAITÉ ÉLÉMENTAIRE DE MAGIE PRATIQUE 279 CHAR. Ix. -——ÉLÉMENTS D’ASTROLOGIE KABBALISTIQUE. Saturne. Samedi. Noms mystiques et Talismans. Jupiter. Jeudi. ——- — Mars. Mardi. — —— Soleil. Dimanche. — — Vénus. Vendredi. — —— Mercure. Mercredi. — — La Lune. Lundi. -— -— RÉSUMÉ. TROISIÈME PARTIE ADAPTATION CHAR. x1. —— Aimanter. Préliminaires. Des pratiques personnelles : la Prière, la Chaîne magique.
Le Labo ratoire magique : Objets, la Chambre, l’Autel, de l’Eau. Oraison des Ondins. — Du Sel et de la Cendre, Oraison des Gnômes, — des Parfums et du Réchaud. —-— Oraison des Sylphes (Parfums des Planètes). — De la Lampe magique, Oraison des Salamandres.+Le Miroir magique.— Des Talismans : De la Matière des Talismans, peau, papier, métaux, parchemin, Dessin du Talisman, burin, canif, crayons. — Établissement de I’Horoscope de l’Ope’ration.
CHAR. x1I. —Goncentter. La Semaine du Magiste. -— Les sept Oraisons mystérieuses, le Septième jour, le Songe prophétique. CHAR xm. — Rayonner. Le Afagiste et la Société. —— Lec ture des signatures astrales (Physiognonomie, Chi romancie, Graphologie; Tableaux résumés). — Le Magiste et la Religion. Le Magiste et la Patrie. CHAR. x1v. -—Le .’lä’agiste et le Microcosme. Hypnotisme et Alagne'tisme. — Pratiques hypnotiques.
Analyse des divers procédés. — États. profonds de l’Hypnose. Ré— veil du sujet. -— Divers procédés. Les Sorciers et le Magnétisme. Les Mystères de Cideville, l’Envoûtement, l’Alphabet sympathique. CHAR. xv. — LE MAGISTE ET LE MACROCOSME. Les Ele'— mentals. — Exorcisme des éléments. Conjuration des
2 80 L’INITIATION Quatre, des Sept. Invocation de Salomon. — Les Évo cati0ns d’après les grimoires, Evocation d’Amour d’après Eliphas Lévi. CHAP. xvr. — LA MÉDECINE HERMÉTIQUE. Allopalhie. -— Homæpalizie. — Hermetisme. —— De l’Obsessz’on. — Traditions de Médecine hermétique conservées dans les campagnes. CHAP. xvn. — SYNTHÈSE DE L’ADAPTATION.
La grande opération Discours de Salomon à Roboam, Objets né cessaires pour les opérations de l’Art, du Cercle ma— gique, Préparation personnelle. Régime. Confession, lesBains, l’Opérarion, les Conjurations pour les sept jours de la semaine, les Expériences magiques du Groupe indépendant d’études ésotériques. De l’Exté— riorisation du Corps astral. -— Les trois cas possibles dans l’action astrale : I°“ Cas, 26 Cas, 3° Cas.
APPEN DICE COUP D’ŒIL HISTORIQUE ET BIBLIOGRAPHIE. — La Alagie des Campagnes. CHAPITRE PREMIER. — LA CÉRÉMONIE MAGIQUE. Coup d’œil historique. Involution de l'Evocation. Bibliographie re’ sumée des phénomènes magiques A -— Traités de pratiques, clavicules; B — Grimoires et livres de col portage; C — Traités didactiques.
CHAP. n. — LES PnILTRES D’AMODR : A — Pratiques astrologiques (talismans); B — Pratique suggestive. (regard et parole); C —- Pratique magnétique et nua gique (usage des correspondances). Les secrets des grimoires. CHAP. Il]. —— DICTIONNAIRE MAGIQUE. ’l‘flonvemes nerveuses ET COURRIER BIBLIOGRAPHIQUE Nous tenons de source autorisée’la nouvelle que le médium Eusabia serait actuellement à Paris avec n J ’;1-..Î:* .5. ni à.
NOUVELLES DIVERSES 2 81 M.Chiaia. Elle aurait été amenée sous l’instigation du pro fesseur Richet et à l’insu des groupes spirites qui n’ont pu réunir la somme nécessaire à son déplacemeht. Les savants poursuivraient à Paris les expériences commen cées dernièrement à Naples.
L’enquête a laquelle nous nous livrons nous permettra bientôt de vérifier plus amplement cette importante nouvelle. * æHV> Nous sommes heureux d’annoncer à nos lecteurs l’apparition d’un volume de M. ROBERT SCHEFFER ayant pour titre : l\lisères Royales et appelé à un très grand retentissement.
Avec un talent que nous avait déjà révélé son précédent volume : Ombres et ;’tlirages, l’auteur met en scène l’évolution psychologique de caractères appar— tenant à une des cours d’Europe les moins connues. L’éditeur Lemerre a publié ce volume dont l’appari tion par fragments dans la Nouvelle Revue a fait grande sensatio_n depuis trois mois. Nous comptons du reste revenir prochainement sur ce sujet. * «U»!
M. Vurgey nous a adressé un important travail sur les rapports des tempéraments et des planètes.
La nécessité de reproduire deux planches spéciales nous oblige à renvoyer ce travail au prochain numéro. * 44 En vue d’un travail à paraître dans l’Initiation, M. Louis Esquieu, correspondant du Groupe Rennes, prie nos amis de lui adresser des dessins, photographies, moulages en plâtre ou empreintes en crre de talismans, amulettes, pierres « gnostiques w (appelées aussi A69aa’ç‘c) ou de tous objets de même nature avec figures ou ins cription.
Toutes ces reproductions d’objets de tous les pays seront les bienvenus. Faire les envois à M. LOUIS ESQUIEU, rue Toullier, 7, Rennes (Ille-et-Vilaine). Fraternels remerciments.
282 L’INITIATION * X A: La seconde édition de l’importante étude de M. Nizet sur l’Hypnotisme vient de paraître chez Alcan. —- étant donné le succès précédent du même auteur avec son roman: Suggestion paru chez Stock, nous ne pouvons que féliciter vivement M. Nizet de la juste récompense de ses sérieux efforts. * -Vx» Il vient de paraître chez l’éditeur SAVINE, 12, rue des Pyramides, un livre que tous les citoyens soucieux de leurs intérêts voudront lire, car ils y trouveront le compte rendu impartial, complet et souvent inédit des événe ments politiques et sociaux, avec leurs dessous et leurs coulisses.
Dans la France sociale et politique, véritable encyclopédie, M. HAMON acondensé la matière de quatre volumes ordinaires; cependant le prix en est peu élevé (envoi franco au reçu de 6 francs en timbres ou mandat).
Nous ne saurions trop recommander la lecture de cet ouvrage de sociologie, terminé par une table alphabé tique des matières excessivement complète, grâce à laquelle il sera facile de faire des recherches relatives aux salaires, conditions du travail, grèves, spéculations financières, commerce, industrie, criminalité, etc. 8, Rue de Saint-PéteEsbourg. Paris, Février 1893.
MONSIEUR ET CHER CONFRÈRE, Sur la demande d'un grand nombre de nos lecteurs, nous avons résolu de modifier le format du NouvelEc/zo en une brochure mensuelle. Cette transformation nous permettra d'offrir des Œuvres de longue haleine, telles que Romans, Études littéraires et artistiques. Pour continuer nos traditions, nous réserverons une large part aux jeunes dessinateurs. >n'
NOUVELLES DIVERSES 283 Le premier numéro de cette nouvelle série portera la date de Mars prochain. Le Nouvel Écho. Nous venons de recevoir le premier numéro d’une nouvelle publication périodique intituléeBretagne—Revue et paraissant chaque mois à Rennes (llle-et-Vilaine), sous la direction de M. Charles Géniaux et avec M. Léon Berthault comme rédacteur en chef. (Bureaux, 9, rue Cochardière, Rennes). —Abonnement d’un an 12 fr. Le numéro, 1 fr. 25.
Cette publication contient, outre une partie littéraire très soignée, des reproductions phototypiques de la plus grande valeur. Aussi la recommandons-nous très vivement à nos lecteurs. “k 42:.
Certains confrères de la Presse spiritualiste française, ayant jugé à propos de reproduire des articles ou des extraits d‘articles inédits de l’1nitiation, sans citation de source, nous avons décidé d’interdire à dater de ce jour et conformément à la loi toute reproduction de ce genre à moins d’une autorisation écrite émanée de la direction de l’Inz’tiation. . .
I M“° K., auteur de plusieurs ouvrages signés de PES prit de Roc/rester, nous écrit de Saint-Pétersbourg, à propOs de l’article de M. de Bodisco, paru dans notre dernier numéro, pour nous prier d’empêcher la repro— duction des photographies qui accompagnent cet article et des extraits qui se rapportent à sa personnalité.
Nous avons immédiatement déféré à ce désir et interdit la reproduction de tout article, gravure, ou extrait d’ar ticle de l’Initialion, à tout journal ou périodique, sans l’autorisation écrite de la direction de notre revue, sous peine de poursuites devant les tribunaux, ainsi qu’on peut le voir ci-dessus.
284. L’INITIATION * 21-; Mlle Marie Anne de Bovet, notre éminent confrère du Figaro, vient de publier un volume de profondes études philosophiques et sociales déguisées sous la forme d’un roman ; titre : Terre d’émeraude. Nous ferons prochainement une analyse de ce bel ouvrage.
A ce propos annonçons que la conférence de M“ de Bovet au Groupe a été remise par suite d'une indisposition de madame de Bovet, mère de l’orateur. * 2+4< C’est toujours un régal pour les amateurs de belles idées et de sérieuses recherches que l’apparition d’un ou vrage du colonel de Rochas.
Aussi nous empressons-nous de signaler les Etals superficiels de I’Hypnose, corollaire indispensable des États profonds, qui vient de paraître à la Librairie Chamuel, 29, rue de Trévise, au prix de 2 fr. 50. * A\‘ 14 J. DE TALLENAY. En République. I vol. in—I8. Paul Ollendorfl‘, éditeur.
Cet ouvrage qui vient de paraître mérite une analyse détaillée que nous ferons prochainement. * >#4\< Rappelons aux occultistes que les deux ouvrages introu vables de Fabre d’Olivet : les Vers dorés de Pythagore et Caïn, qui valent en Librairie chacun au moins 20 francs quand on les trouve, ont été reproduits in extenso dans la collection du Voile d’Isis, qui vaut aujourd’hui 10 fr.., franco. ŒaÉaaaa LArgent d'autrui, pièce en 5 actes, par M. LÉON HENNIQUE. Une pièce vaillamment écrite et pensée, cet Argent d’autrui, de M. Léon Hennique, une pièce toute d’ac g .oH“-‘Œ
THÉATRE 285 tualité, dans laquelle l’auteur gouaille, à coups de cra vache, l'écume de la bande fripouilleuse des boursico— tiers, et aussi une véritable page d’histoire, si l’on se souvient du krach financier de l’Union générale. Un disciple d’Arton.
Henri Lafortas. sans fortune, mais démesurément ambitieux et assoiffé de richesses, rêve la fondation d’une grande banque, la banque catho lique, destinée à supplanter les plus importantes.mai— sons juives. Intelligent, capable, il n’entrevoit pas la réussite possible sans des capitaux. Catherine, sa mai tresse, lui a bien avancé trente mille francs, mais que signifie pareille somme!
L’essentiel serait de s’assurer le concours de quelque gros financier, le riche Tamisey par exemple. Seulement de quelle façon accaparer sa confiance ? La combinaison de Lafortas, pour atteindre ce but, manque quelque peu de propreté. Il présente à Tamisey, comme sa propre femme, une courtisane fraîchement débarquée d’Amérique, miss Kate, qui se charge de mener à bien l’affaire et de conquérir les écus du bonhomme.
Très jolie, confiante en l’habileté de son associé, Kate s’engage à appuyer la banque de son crédit. On lance des actions; elles atteignent un taux invrai semblable, et l’heureux directeur se voit acclamé par les gogos enthousiastes qu’il enrichit.
Alors se place une admirable scène, où le délégué des banques juives se présente chez Lafortas et lui propose de se vendre... trois millions : Après une courte indignation et sur les conseils de Kate, le jeune homme conclut ce honteux marché et vend ses actions en secret. La débâcle arrive tôt. Les actions de la banque ca tholique tombent brusquement à un taux dérisoire: c'est l’effondrement.
Un des asssociés, GuillaumeDavanne, soufflète Lafortas en pleine Bourse. Un duel a lieu. La fortas est blessé gravement. Au prêtre qui le confesse, il annonce son intention de restituer « l'argent d’autrui >>, mais l’agent des Juifs ne tarde pas à nous aviser du contraire. Catherine et son fils ont quitté la maison pour n’y
286 L’INITIATION plus revenir, les compagnies tiendront leur promesse, Lafortas épousera Kate, et tous deux feront souche d’honnêtes gens. Miss Calhoun, engagée spécialement par les directeurs de l’Odéon pour tenir le rôle de Kate, a excité les braves enthousiastes du public. C'est vraiment une grande artiste, et rien ne saurait exprimer la grâce et l’imprévu du geste, l’originalité de sa saveur exotique, son délicieux accent!
Californienne, petite-fille d’un vice«président du sénat de New-York, miss Kalhoun a joué Shakespeare dans la plupart des villes d’Amé tique: c’est, dit-on, une tragédienne de haute valeur. L’argent d’autrui est d’ailleurs merveilleusement interprété. M. Rameau, chargé de représenter le per sonnage de Lafortas, a bien donné une glaciale im pression de froideur et de cynisme.
MM. Cornaglia (Tamisey) et Albert Lambert (le délégué des banques juives) ont prouvé leur réel talent, et nous compli mentons aussi M. Janvier, très correct dans le rôle de ‘Bertin. M. Léon Hennique, malgré les mensonges éhontés de la presse, vient de remporter un grand et légitime succès.
C’est œuvrer noblement que de jeter bas les masques de semblables drôles, et les applaudissements de la salle à chaque baisser du rideau, les acclamations qui saluèrent le nom de l’auteur, témoignent éloquem ment de la façon dont sa pensée a été comprise. La censure parlait d’interdire la pièce; il n’en a rien été fort heureusement.
Elle a fait preuve d’esprii, au moins autant que l’auteur, dont mille saillies exquises ont égayé tels et tels passages. GEORGE MONTIÈRE. REVUE DES REVUES Il y a déjà deux mois que les trop courtes pages de de cette revue ont empêché des comptes rendus mérités
REVUE DES REVUES 287 sur le mouvement spiritualiste. Aujourd’hui même, je n’ai que deux pages pour passer de l’hiérographie à l’hypnologie, sans compter l’esthétique; car, il ne faut pas l’oublier, la renaissance spiritualiste aura eu le Beau pour ressort: d’autres grands mouvements se sont vus dans la sphère du Vrai, et dans celle du Bien.
Que je signale les travaux de Vurgey, parus dans ces der— niers numéros du Voile d’Isz’s, que je mentionne les conférences de P. E. Bureau et de Papus, — il faudra quitter ces analyses faciles pour montrer le docteur Charrin étudiant la cellule animale et la cellule micro bienne (Revue générale des sciences physiques et appli— quées) :encore un fils de M. Jourdain, qui fait de l'oc— cultisme sans le savoir.
De là ouvrons la grave Revue Spirite (février) pour lire les exploits de l’esprit de J. B. Sulli,« qui agite les jupons » des dames, et les < pince fortement. » ’ Rentrons dans une sphère plus rassise, sinon plus sug gestive : Voici deux sommaires particulièrement inté— ressants des Annales de psychiatrie et d’hypnologie.
Numéro de Janvier : Les infirmités du génie, par le docteur Cabanes. — Revue de médecine, par le Dr Seme laigne.— La Suggestion à l’état de veille, parle D' Gibert. Février : De l’expérimentation dans l’étude de l’hyp— notisme, par Gérard Encausse.—- Documents statistiques pour servir à l'étude des conditions pathogéniques de la paralysie générale, par J.
Luys. —— Les expériences du D' Luys et de M. de Rochas sur l’extériorisation de la sensibilité, par Just Sicard de Plauzoles. — De la pério dicité dans certaines formes de troubles de l’innervation cérébrale, par J.
Luys, etc., etc. La Religion universelle (janvier-février) nous transporte dans la sphère des socialismes généraux qui, je le crains bien, seront racontés dans quelque cent ans, par la' plume d’un autre Fabre des Essarts, comme des utopies belles et non réalisées. Mais qu‘importe : Je ne demande d’ailleurs qu’à me tromper pour applaudir des deux mains Courtépée et Verdad, devenus remueurs de foules.
Les Annales des Sciences psychiques s’occupent des expériences de Milan. Enfin, que je mentionne au moins la Plume, si alerte;
2 88 L’INITIATION un. ' - 1. .-. WÏI ‘ Chimère, où l’on voit Signoret avec P. Dévoluy, et G. Vi caire avec J.
Renard, — et l’-Ermitage, si intéressant et si bien composé, etc., etc. SÉDIR. , « Vous préparieg un homme, Dieu en afaiz‘ un ange», telle est la belle pensée par laquelle M. de Saint-Yves ' Ï a montré combien il prenait part à la douleur de none ami, FABRE DES ESSARTS, qui vient d’être cruellement Ï, éprouvé par la perte de son jeune enfant.
Malgré les , veilles et les efforts d’une mère héroïque, malgré le dévouement d’un père qui a lutté jusqu’au dernier ‘ moment, la maladie a encore une fois fait son œuvre. S’il est toutefois une dernière consolation, c’est celle des sympathies unanimes qui se sont manifestées en cette triste occasion.
Le char mortuaire disparaissait sous les fleurs, et c’est devant une nombreuse assis ‘ tance que plusieurs beaux discours ont été pronon Le Gérdnt : ENCAUSSE. 151?. E. ARRAULT ET 01°, 6, RUE DE LA PRÉFECTURE, TOURS.
L’Initialîon du 15 mars 1893 AVIS A NOS LECTEURS Depuis quelques années était commencée une traduction française soigneusement faite d’un des*deux livres fondamen taux de la Kabbale : LE SOHAR Nous sommes heureux d’apprendre à nos lecteurs que cette traduction est aujourd’hui complètement achevée et qu’elle paraîtra en un volume, vers le mois d’avril prochain, à la Librairie du Merveilleux, 29, rue de Trévise.
Cette traduction sera très complète, chaque détail ayant été traité avec l’aide des textes originaux. De plus, elle comprendra tous les commentaires faits par Knorr de Rosenroth dans la traduction latine. Enfin, une préface d’un occultiste exposera les données ésotériques indispensables à connaître pour avoir l’intelligence du Sohar, incompréhensible pour le clergé israé lite autant que l'apocalypse pour le clergé catholique. L ÎWlLIÏ . OU LClllllUUÿ
L'Initiation du 15 mars I893 ANNALES SCIENCES PSYCHIQUES RECUEIL D’OBSERVATIONS ET D’EXPÉRIENCES Paraissant tous les deux mois DIRECTEUR : M. le Dr DARIEX Les Annales des Sciences psychiques parais sent tous les deux mois Chaque livraison forme un cahier de quatre feuilles in-8° carré de 64 pages.
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Un numéro de la Revue est toujours composé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant. LIVRES ET REVUES. — Tout livre ou brochure dont la rédaction recevra deux exemplaires sera sûrement annoncé et analysé s'il y a lieu. Les Revues qui désirent faire l’échange sont priées de s‘adresser à la rédaction.
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