The text
-.îef<. ;-t 18" L ‘ j-., "P? VOLUME. il 4’-;. «1 tiêl Revue philosophique indépendante des Hautes Études A a A Il. W 1 o n Hypnotisme, Force psychique Thèosophie, Kabbale Gnose, Franc-Maçonnerie Sciences Occultes p 6mn ANNÉE SOMMAIRE DU N° 5 (Février 1893) PARTIE INITIATIQUE. .. PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE . . . . PARTIE LITTÉRAIRE... BIBLIOGRAPHIE ........ .. Les Monuments alchi— miques\de Paris.. .. . - a 10 .
Lzirîîci'9e/nce M2r)liniste. (p.110 à 118.) Etudes gnostiques .... .. (p. 118 à 123.) Le Corps astra ; sa condensation. Expé riences pratiques (avec 4 planches). (p. 124 à 136.) Étrange surprise ..... .. (p. 137à 144.) _ La Houzlle (poésie)... (p. 145 à 14.7.) , Vzszonsmyst1ques(poe sies)...., ............... .. (P148a 149-) _ Le Mal d’Amour(su1te Ît fin)...:....5....) .. . . . .. . 14 a 1 .
LepNotagire PZndu (à suivre) ................. .. (p. 15 à 165.) L’Ame, es Sept Frin cipes de l’Homme, de Vurgey (p. 166 à 168.) Etudes sociales (Km potkine)(p.168à I73.) Philophotes. I-“. - . se. Jules Doinel. G. de Bodisco. Mme C. Flammarion. Émile Goudeau. Yvan Dietschine. Léon Riotor. R. de Marioourt. Stanislas de Guaita. Julien Lejay.
Groupe indépendant d’Etudes ésotériques. — Occultisme pratique. -— Le Professeur Richet. — L’Envoûtement. — Nouvelles diverses. — Courrier bibliographique. RÉDACTION : Tréwse, rue de 2 99 PARIS 29 Il Administration, Abonnements: 5 8, rue St—A ndré—des—A ris, 58 PARIS Le Numéro : UN FRANC. -— Un An: DIX FRANCS
PROGRAMME à Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initiation est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’Initiarion adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l’arbitrage contre l'arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cléricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère. ’ Enfin l’Initiali0n étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’I—Iypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiquésdès longtemps en Orient et'surtout dans l’Inde.
L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n'appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 60 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études. . ‘ La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte.
La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits. ‘ Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces “arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier.
L’Initiation parait régulièrement le 15 de chaque mois et compte déjà cinq années d’existence, — Abonnement: 10 francs par an. (Les collections des deux épuisées.) premières années sont absolument
L’Inilialion du 15 février 1893 INCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE [Initiation 10 PARTIE INITIATIQUES F. CH. BARLET, S.'. I.'. È; -— JULES DOINEL, S.'. I.'. (D. G. E. ——Ep. Gnost. —- STANISLAS DE GUAITA, S.'. I.'. — MARC HAVEN. S.'. I.‘. s; —- JULIEN LEIAY, S.-‘. I.'. S; — MILE MICHELET, S.'. I.'. (C. G. E.) — LUCIEN MAUCHEL, S.'. I.'. (D. S. E.) — GEORGE MONTIÈRE, S.'. I.'. g — PAPUS, S.'. I.'. g- — PHILO PHOTES, S.'. I.'. (C. G.
E.) — QUÆRENS, S.'. I.'. (D. G. E.) -— 3ÉDIR, S.'. I.'. (C. G. E.) — SELVA, S.'. I.'. (C. G. E.) — VURGEY,‘ 5.‘. I.'. (D. G. E.). 20 PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ABlL-MARDUK. — ALEPH. —— Le F.'. BERTRAND 18°.: — RENÉ CAILLIE. — A. C. TSHÉLA. — CAMII.I.E CHAIGNEAU. —— CHIMUA DU LAFAY. — G. DELANNE. — DELEZINIER. — FABRE DES ESSARTS. — Dr FUGAIRON.—JULES GIRAUD.— L. HUTCHINSON.— HORACE LEFORT. — L.
LEMERLE.—— DONALD MAC—NAB. —— MANCUS DE VÈZE. — NA "OLÉON NEY. — EUGÈNE NUS.— HORACE PELLETIER.—- PHILQPHO I'ES. — G. POIREI.. -— RAYMOND.— A. DE ROCHAS.—— D“ SOURBECK. — L. STEVENARD. — THOMASSIN. -— PIERRE TORCY. — G. VITOUX. — HENRI'WELSCH. — OSWALD WIRTH. -— YALTA. 30 PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAUBOURG. — E. GOUDEAU. -— MANOEL DE GRANDFORD. — JULES LERMINA. — L.
HENNIQUE. — CATULLE MENDÈS. — GEORGE MONTIÈRE. — LÉON RIOTOR. — SAINT—FARGEAU. — ROBERT SCHEFFER. — CH. DE SIVRY. — (‘H. TORQUET. 40 POÉSIE CH. DUBOURG. -— RODOLPHE DARZENS. -— YVAN DIETSCHINE. — PAIN MARROT. -— J. DE TALLENAY. — ROBERT DE LA VILLEHERVE. d"‘fll’f.
L’Initiaiion du I5 février 1893 GROUPE INDÉPENDAN T D’ÉTUDES ÉSÛTERIQUES SOCIÉTÉ D’ÉTUDES THEORIQUES ET PRATIQUES DES FORCES ENCORE NON DÉFINIES DE LA NATURE ET DE L'HOMME Membres. —' Les membres ne payent ni cotisation, n droit d’entrée. Tout abonné de l’Initiaiion ou du Voile d’Isis reçoit sa carte de membre associé sur sa demande.
Quartier Général. — La Société comprend 22 Groupes d’études théoriques‘et pratiques au Quartier Général, 29, rue de Trévise, Paris. De plus, une Bibliothèque, une salle de lecture, une salle de conférences, pouvant contenir 200 auditeurs, et une librairie existent au Quartier Général.
Branches. — Des branches de Groupes Indépendants d’études ésotériques sont établies en France et à l’Etranger Le Groupe compte actuellement: 2I branches régulières en France, 30 branches à l’Etranger et 23 correspondants dans les centres qui ne possèdent pas enco re une Branche régulière.
Journaux. -— Propagande. —- Outreles volumes édités par la Librairie, le Groupe possède comme organe de propagande : L’Initiution (revue mensuelle). -— Le Voile d’Isis (journal hebdomadaire). — Psyché (revue mensuelle d’art et de littérature). — La Bibliographie de la Science Occulte (bulletin trimestriel). — De plus : The Ligth of Paris (journal hebdomadaire), imprimé en anglais vient d‘être créé comme organe delaBibliothe‘que internationale des Œuvres desfemmes, destiné à faire la propagande de l’occultisme dans les pays de langue anglaise.
..... . . ; , N. . ; . rîg_‘;"iÿ" . "'" PARTIE INITIATIQUE lies Monuments Alchimiques de Paris I Sous le nom de monument alchimique, nous com prenons toute construction symbolique dans son ensemble ou dans ses parties, édifiée originellement par un alchimiste, ou bien ayant reçu plus tard une interprétation hermétique de la part des souffleurs, quoique le fondateur ait été un personnage quel— conque.
Les fondations de Flamel rentrent dans la première catégorie. N otre-Daine de Paris et la Sainte— Chapelle se rangent plus spécialement dans la seconde. Pour ces derniers monuments nous n’avancerons rien qui n’ait été écrit soit par des écrivains qui ont eu à s’occuper de la question, soit par les alchimistes eux-mêmes.
Les documents écrits sont relativement peu nombreux; on les trouve disséminés dans Sauval, l’abbé Villain, Gohorry, Borel,La Croix du Maine, etc., quant aux traités consacrés in extenso à la question, nous n’en connaissons que deux, l’un dû à Gobineau de Montluisant, et l’autre au sieur de la Borde. Nous dirons d’abord quelques mots des monu ments disparus; au premiér plan se placent les fonda 4.
98 L’INITIATION tions de Nicolas Flamel (I). En I389, l’illustre adepte fit élever une arcade au charnier des Inno cents. Ce cimetière était entouré d’une colonnade analogue à celle de la rue de Rivoli. « Cette arcade se dressait sur la façade du charnier, voisine de la rue de la Lingerie; elle était marquée de l’N et de l’F, initiales que nous retrouverons dans toutes les autres fondations de Flamel.
Il y avait fait peindre un homme tout noir étendant un bras vers une seconde arcade qu’il fit édifier plus tard et charger d’hiéro glyphes.
De l’autre main la figure tenait un rouleau sur lequel on lisait : « Je voys merveille dont moult « m’esbahis. » De plus, sur la même arcade en face de l’homme noir était une plaque dorée sur laquelle on voyait une éclipse ou conjonction du Soleil etde la Lune et une autre planète caractérisée par le signe de Vénus ou plutôt de Mercure.
Il y avait d’autres plaques au-dessous de celle-là, une entre autres repré sentant un écusson partagé en quatre par une croix; celle-ci porte une couronne d’épines renfermant en son centre un cœur saignant d’où s’élève un roseau.
Dans un des quartiers on voit IEVE en caractères hébraïques, au milieu d’une foule de rayons lumineux, au-dessus d’un nuage noir; dans le second quartier une nuée sur laquelle on voit une trompette, une lance, une palme et une couronne; dans le troisième on voit la terre chargée d’une ample moisson et le quatrième des globes de feu. » Cette arcade eut le sort (I) Tous les rensei nements sur Flamel sont tirés d’un ouvrage auquel travai le M. Poisson en ce moment: Vie de Nicolas Flamel. Pour paraître en mai 1893. (N. D. L. R.)
LES MONUMENTS ALCHIMIQUES DE PARIS de toutes les autres fondations de Flamel;elle fut détruite peu à peu par les visiteurs superstitieux et cupides qui enlevaient l’un des fragments de pierre comme souvenir, l’autre des morceaux du métal doré pour en essayer la vertu. Du temps de Borel, il y avait quatre plaques dorées à l’arcade, trois du temps de Gohorry et plus du tout au xvm' siècle.
Enfin, en I761, cette arcade fut reconstruite, et ce qui restait disparut. Cette même année 1389, Flamel fit élever à ses frais le petit portail de l’église Saint—Jacques-la-Boucherie, vis-à-vis la rue de Marivaux.
Il y était représenté avec Pernelle sa femme, et au jambage occidental de cette porte était sculpté un petit ange tenant en ses mains un disque de pierre dans lequel avait été enchâssé une rondelle de marbre noir où était enclavée une croix en or hermétique. Cet or magique dut tenter bien des fois les souffleurs; pourtant il ne fut dérobé qu’au milieu du XVII° siècle par un alchimiste indélicat mais avide.
En 1407, Flamel fit élever une seconde arcade au charnier des Saints-Innocents, bien plus intéressante que la première, car Flamel nous en a lui-même donné la double explication hermétique et théologique dans son Livre des figures hiéroglyphiques. On trouvera une reproduction de ces figures en tête des Théories etSymboles, de M. Poisson.
Sur le.côté de l’arche on voyait d’abord une écritoire enfermée dans une petite niche, c’estle symbole de l’œuf philosophique enfermé dans l’Athanor. A gauche se tenait saint Paul, vêtu d’une robe
100 L’INITIATION ____ W._. .__ V... “V“ .. citrine brodée d’or, tenant un glaive nu ; à ses pieds Flamel lui-même vêtu d’une robe orangée, blanche et noire, c’est l’indication symbolique des couleurs que prend la pierre philosophale quand elle passe du noir au blanc.
A côté, c’est-à-dire au milieu de l’arche, sur champ vert, trois personnages ressuscitent , deux hommes et une femme entièrement blancs, deux anges au-dessus et, dominant les anges, la figure du Sauveur venant juger le monde, vêtu d’une robe citrine et blanche. Le champ vert indique qu’entre autres cou leurs de l’œuvre, entre la noirceur et la blancheur, paraît quelque temps la verdeur.
Les trois ressuscités sont le corps, l’esprit et l’âme (Soufre, Sel et Mercure), composants de la pierre. Le Seigneur, c’est la pierre au blanc ou petit élixir. A droite, faisant pendant à saint Paul,on voyait saint Pierre vêtu d’une robe rouge, ayant une clef dans la dextre; à ses pieds est agenouillée Pernelle vêtue d’une robe orangée ; ce groupe symbolise la couleur rouge qui apparaît en dernier lieu et indique l’heu reuse réussite de l’œuvre.
On trouve donc, en procé dant de gauche à droite, les trois couleurs principales de l’œuvre. Les figures moins importantes distribuées dans des cartels au-dessous des trois groupes ci-dessus décrits symbolisaient les principes de la matière et les opérations du Grand—Œuvre.
Telles étaient les principales fondations de Flamel; mais, comme cetadepte avaitfaitdécorer d’hiéroglyphes toutes les maisons qu’il possédait, toutes les églises dont il avait été le bienfaiteur, les alchimistes visi taient, outre le charnier des Innocents et l’église
LES MONUMENTS ALCHIMIQUES DE PARIS IOI Saint-Jacques, le portail de Sainte-Geneviève-des Ardents, ses nombreuses maisons de la rue de Mont— morency et de la rue Saint-Martin, l’église Saint Nicolas-des-Champs, la chapelle de l’hôpital Saint— Gervais, etc. De ces nombreux monuments il ne reste rien ou presque rien: l’église mutilée Saint-Nicolas— des-Champs, le clocher de l’église Saint-Jacques—de-læ Boucherie, connu sous le nom de tour Saint—Jacques, et la pierre tumulaire de Nicolas Flamel conservée au musée de Cluny !
Si quelques-unes des églises dotées par Flamel ont été détruites par le vandalisme révolu tionnaire, plusieurs de ses fondations ont eu surtout à souffrir de la cupidité des souffleurs: telles, les arcades du charnier des Innocents et surtout la maison qu’il habitait au coin de la rue de Marivaux et de la rue des Escripvains en face le petit portail de l'église Saint Jacques-de-la—Boucherie. Sauval nous en fait l’histoire en quelques lignes.
C’était la cave de la maison de la rue des Écrivains qui était le plus visitée, car c’est là que, selon la tradition, Flamel s’enfermait pour travailler. En 1624, un capucin alchimiste, le Père Pacifique, y fit sans résultat exécuter de grandes fouilles; après lui, ce fut un riche seigneur allemand qui bouleversa la maison, sans rien trouver du reste.
Puis une bonne femme qui habitait la maison trouva, dans un endroit non encore remué, quelques matras pleins de pierre philosophale; mais, ignorant ce que c’était, elle jeta le tout, le prenant sans doute pour quelque drogue inconnue, peut—être dangereuse. Les recherches et les fouilles ne cessèrent que lorsque la maison elle—même eut cessé d’exister.
102 L’INITIATION _a.____a ___ __fi. m. .. __ _. ,__.,_,,,. II Les monuments actuels ne sont guère qu’au nom bre de deux, le plus important étant sans contes— tation Notre-Dame de Paris. D’après la tradition, la plupart des hiéroglyphes hermétiques de la cathé drale auraient été exécutés sur les indications de Guillaume, évêque de Paris et savant alchimiste.
La partie spécialement alchimique du monument est son triple portail; on en trouve l’explication au quatrième volume de la Bibliothèque des philosophes chimiques, sous ce titre : « Explication très curieuse « des énigmes et figures hiéroglyphiques, physiques.
« qui sont au grand portail de l’église cathédrale et « métropolitaine de Notre-Dame de Paris, par le sieur « Esprit Gobineau de Montluisant, ami de la philo— « sophie naturelle et alchimique. » Voici le résumé de cette explication.
Le portail de gauche représente, en haut, Dieu le père, tenant un homme et un ange, c’est l’esprit ou plutôt la matière universelle, l’humide radical, l’Hylé des Grecs, qui, en se différenciant, engendre les deux principes : Soufre et Mercure. C’est le monde supercéleste. Au-dessous, nous trou vons deux anges; ils figurent la semence céleste ou esprit universel descendant du monde supérieur pour féconder le second monde ou zone céleste.
Les autres symboles représentent le monde terrestre ou inférieur. On y voit trois enfants dans des nuages, ce sont,paraît il, les trois principes : Soufre, Sel et Mercure; puis viennent les symboles de l’air, de l’eau et de la terre,
LES MONUMENTS ALCHIMIQUES DE PARIS 103 . <, . -« -Jrw w.g W-OA.ar qui sont les éléments inférieurs, le feu étant l’élément supérieur. Un taureau et un bélier indiquent les mois de mars et d’avril : en mars on prépare la matière, et en avril on fait le mélange, on scelle le matras et on commence l’œuvre. Un homme endormi et deux ampoules ou matras signifient le se] radical de toutes choses attirant la Vie universelle ou lumière astrale.
Enfin on remarque au-dessous quatre figures de pierre à hauteur d’homme: un dragon, c’est la pierre philoso— phale; un mascaron, qui représente les sophistes, soui fleurs et cacochimistes; un chien et une chienne, ce sont le chien d’Arménie et la chienne de Corascène, animaux mythiques symbolisant le fixe et le volatil, et que l’on rencontre Cités à chaque page dans les écrits des philosophes; enfin un lion, qui symbolise le sel animé.
Il faut remarquer qu’il y a bien d’autres figures dans ce portail, mais elles n’avaient aucune importance aux yeux des alchimistes, puisque Gobi neau de Montluisant les laisse dédaigneusement de côté. Il passe ensuite à la description des hiéro glyphes hermétiques du portail de droite.
Les douze signes du zodiaque attirent d‘abord le regard; mais laissons la parole à Gobineau : « En la première partie du côté droit sont les signes du verseur d’eau et les poissons, qui sont hors d’œuvre, ce qu’il faut remarquer et noter. Puis en œuvre sont le bélier, le taureau et les jumeaux, au—dessus l’un de l’autre.
Et au-dessus des jumeaux est le signe du lion, quoique ce ne soit pas son rang, car il appartient à l’écrevisse, mais il faut considérer cela comme mystérieux. Les signes du verseau et des poissons sont mis hors I..q..:}‘ ‘ - —n
I 04 L’IN1TlATION d’œuvre; c’est expressément pour faire connaître qu’aux deux mois de janvier et lévrier on ne peut avoir ni recueillir la matière universelle.
Pour le bélier et le taureau, ainsi que les jumeaux qui sont en œuvre, l’un au—dessous de l‘autre, et qui règnent au mois de mars, d’avril et de mai, ils apprennent que c’est dans ce temps—là que le sage alchimique doit aller au-devant de la matière et la prendre à l’instant qu’elle descend du ciel et du fluide aérien, où elle ne fait que baiser les lèvres des mixtes et passer par-dessus le ventre des bourgeons et des feuilles végétales qui lui sont sujettes, pour entrer triom phante sous ses trois principes universels dans les corps, par leurs portes dorées, etydevenir la semence de la rosée céleste, ce qui s’entend par sym— bole. » Un dragon volant regarde le bélier, le taureau et les gémeaux, mois pendant lesquels s’accomplissent les principales opérations de l’œuvre.
A signaler encore les figures des quatre saisons correspondant aux quatre éléments. Enfin Gobineau nous traduit les symboles du por tail central.
A droite on voit un aigle qui est l’Esprit universel, un caducée qui figure les deux principes, Soufre et Mercure, Fixe et Volatil, un Phénix qui est la Pierre au rouge, un Bélier qui indique comme ci dessus le mois dans lequel il faut commencer l’œuvre; un homme qui tient un calice, c’est l’aimant fait par l’adapte dont parle tant le Philalèthe en son « Entrée ouverte au palais fermé du roi. » Enfin une croix, symbole universel des quatre éléments. C’est encore
LES MONUMENTS ALCHIMIQUES DE PARIS 105 _ .. . ..__— ,s, w .wn w. q -,,v,w,r—r.«amq_nsaaml au portail central que se trouvent les cinq vierges sages et les cinq vierges folles qui préoccupent tant l’alchimiste Claude Frollo dans le roman de V. Hugo : Notre—Dame de Paris. Nous mentionnerons encore, au portail de gauche, le pilier qui divise l’entrée et qui représente un évêque foulant aux pieds un dragon. Gobineau en a parlé et Cambriel après lui.
Nous donnerons l’explication de ce dernier : « Au bas de cet hiéroglyphe... se trouvent, du côté gauche et du côté de l’Hôtel-Dieu (l’ancien), deux petits ronds pleins et saillants représentant les natures métalliques brutes ou sortant de la mine... Du côté opposé sont aussi les deux mêmes ronds ou natures, mais travaillées ou dégagées des crasses qu’elles apportent des mines lesquelles ont servi à leur création.
Et en face, du côté du parvis, sont aussi les deux mêmes ronds ou natures, mais perfectionnées ou totalement dégagées de leurs crasses par le moyen des précédentes fusions. Les premières représentent les corps métalliques qu’il faut prendre pour commen cer le travail hermétique.
Les deuxièmes, travaillées, nous manifestent leur vertu intérieure et se rapportent à cet homme qui est dans une caisse, lequel, étant entouré et couvert de flammes de feu, prend naissance dans le feu. Et les troisièmes, perfectionnées ou tota lement dégagées de ,leurs crasses, se rapportent au dragon babylonien Ou mercure philosophal, dans lequel se trouvent réunies toutes les vertus des natures métalliques...
Cet évêque porte un doigt à sa bouche pour dire à ceux qui le voient et qui viennent prendre connaissance de ce qu’il représente : « Si vous recon
I 06 L'INITIATION naissez et devinez ce que je représente par cet hiéro— glyphe, misez-vous... » Toutes ces sculptures existent encore en partie; celles dont nous allons parler ont été détruites. On voyait à droite, en entrant dans la nef, une statue colossale de saint Christophe. Il était représenté tra versant les eaux, portant l’enfantJésus sur ses épaules. Cette statue avait vingt-huit pieds de haut.
Élevée en 1413 par Antoine des Essarts, elle existait encore au XVIII" siècle. Des Essarts, avait vu décapiter aux Halles SOn frère Pierre (compromis comme lui dans le parti du duc de Bourgogne), et lui-même ne s’était échappé de sa prison que par miracle; la statue de saint Christophe n’était que l’accomplissement d’un vœu formé dans sa fuite.
Il n’y avait donc rien d’alchimique lei-dedans, ce \I‘ŒW qui n’empêcha pas les souffleurs de voir dans cette ' statue un symbole de la matière. Ce qui les fortifiait dans cette opinion, c’est que, dans les roseaux figurés aux pieds de saint Christophe et aussi sur le piédes— tal de la statue d’Antoine des Essarts, étaient repré— sentées deux fioles.
Au bas de la nef, à gauche, on voyait une pierre tombale adossée au mur de l’église, à côté de l’escalier de la tour. Cette pierre justifiait l’attention des alchi mistes par sa singularité. Elle pouvait se décomposer en trois parties. Dans le plan supérieur ou monde céleste, on voyait Jésus-Christ nimbé, assis, un globe sous les pieds.
Sa droite levée fait le signe ésotérique qui commande le mystère; de sa gauche il tient un livre ouvert; deux glaives lui sortent de la bouche. Il ;-...
LES MONUMENTS ALCHIMIQUES DE PARIS 107 est entouré de flammes et d’une rangée de douze anges Aux quatre coins sont figurés quatre anges sonnant de la trompette. Le Christ, c’est la pierre au rouge; les douze anges, les douze opérations; les quatre musi ciens célestes, les quatre éléments ; le globe symbolise la perfection. Le plan médian est occupé par un homme ressuscitant d’un tombeau.
A droite, un homme tient un calice d’où sortent quatre serpents; à gauche, un saint nimbé tient un livre fermé: tout ceci a trait à la pierre au blanc. Dans le plan inférieur gît un cadavre dévoré par des vers : c’est la représentation de la pierre au noir; opération : la putréfaction; cou leur : la tête de corbeau.
En résumé, les trois plans figurent les trois principes: le corps, l’esprit et l'âme (soufre, sel et mercure), et enfin l’évolution passant successivement du noir au blanc, puis au rouge. A part cette pierre tumulaire du chanoine Étienne Yvert et de la statue de saint Christophe, la plupart des autres hiéroglyphes et surtout le portail étaient attribués à Guillaume de Paris.
« De plus, des alchi mistes assurent, nous dit Sauval, que c’est lui qui a faitériger à l’entrée du parvis, tout devant l’Hôtel-Dieu, cette statue longue et mal faite qu’on y voit avec des serpents à ses pieds, mais ils ne savent pas si c’est sa figure ou celle du Mercure.\Car, comme ancienne ment les écoles publiques se tenaient au parvis, d’ail leurs que le parvis est une place et que cette figure est placée dans un carrefour, des savants tiennent que c’est un Mercure ou Therme placé là à l’imitation des anciens. » Et plus loin : « C’est, disent-ils, le même évêque Guillaume qui a fait graver au portail une
108 L’INITIATION pierre de la couleur du lapz‘s-laguli, doré sur les bords, le Job qu’on voit au milieu de ses amis qui se moquent de, lui avec ces paroles : Patientia, Job; que par Job il a figuré la pierre philosophale dont la matière doit souffrir toutes sortes d’altérations et de martyrisations au rapport de R.
Lulle avant d’ar— river à sa perfection : sub conservatione formæ speci— ficæ salva anima. » De même, le sacrifice d’Abraham avec un ange, un mouton et un fagot, c’est le soleil, le feu et l’artisan, les trois parties dont se fait la pierre et l’œuvre. La longue théorie des vingt-huit rois qui ornent la façade recevait aussi, selon eux, un sens hermétique.
Ils allaient plus loin et prétendaient que Guillaume de Paris avait scellé une provision de pierre philosophale dans l’un des piliers du chœur, et à l’une des portes se voit un corbeau dont le regard est dirigé sur le point exact où se trouve ce trésor philosophal et ils se fondaient sur ceci que ce corbeau est la seule de toutes les sculptures du triple portail, qui regarde dans l’intérieur de l’église.
Il] I Enfin, toujours selon Sauval, les hermétistes pré tendaient trouver de l’alchimie au portail de la Sainte— Chapelle. « Celui de la Sainte-Chapelle est de ce nombre—là qu’ils disent être tout plein d’hiéroglyphes; surtout ils font grand fondement sur deux anges dont l’un fourre sa main dans une nuée et l’autre dans un pot. »
LES MONUMENTS ALCHIIIIIQI_IES DE PARIS I09 . .., w_ ...... . , _,_ _ Il y avait bien d’autres curiosités alchimiques à Paris au Moyen âge, tels les gros chenets de fer de la rue de la Ferronnerie, le vitrail du semeur de l’Église Saint-Jacques-la-Boucherie, etc. En résumé, Paris a été le centre le plus important de l’alchimie au Moyen âge, tandis que l’Espagne et l’Italie comptent très peu d’alchimistes, à cause des persécutions de l’Inquisition; la France, plus tolérante, sert pour ainsi dire de refuge aux savants hermé tiques.
Pour qu’un alchimiste fût persécuté dans ce pays, il fallait qu’il ait eu affaire au roi lui-même. Souffleur S’il le trompait, adepte s’il refusait de livrer son secret, le résultat était l’exil ou la mort.
Mais ces faits ne s'étant produits que deux fois en France, ce n’est rien en comparaison des autodafés de l’Espagne, des pendaisons pratiquées en Allemagne et en Italie ; aussi cette tolérance relative suffit à expliquer l’abon dance des alchimistes en France au bon temps jadis; aujourd’hui l’alchimie a bien perdu de son antique splendeur et, à notre connaissance, il n’y a plus guère dans notre pays qu’une cinquantaine d’alchimistes pratiquants; le nombre en est bien supérieur en Angle— terre et surtout dans les pays germaniques.
Pour la plupart, ils sont très instruits et ont puisé leurs con victions dans la chimie; nous leur souhaitons, à ces frères, de trouver et de bouleverser l’édifice vieillot et devenu insuffisant de la chimie moderne. PHILOPHOTES.
L’INITIATION fia fiaience jÏartiniste Discours prononcé à la réception du Frère 19° au Suprême Conseil, le 25 novembre 1892. MON FRÈRE, Je n’ai pas la prétention de faire un discours, ni même de vous donner un enseignement. Par vos mérites personnels, par la volonté de Dieu et par l'élection de vos pairs, vous avez conquis le grade de S.'. I.'. et vous avez été élevé aux honneurs du Suprême Conseil.
Vous êtes donc mon égal et je ne crois pas pouvoir rien vous apprendre. Pourtant le Suprême Conseil a voulu qu’au moment où vous entrez dans son sein, une’exhortation vous fût adressée, qui vous rappelât les caractères de cette science martiniste que vous allez avoir à enseignerà votre tour. Le Suprême Conseil m’a fait l’honneur de me choisir pour vous adresser ces quelques paroles, et je l’en remercie pro fondément.
J’aurai donc à vous rappeler la nature de la science martiniste, les moyens de l’acquérir, et le but qu’elle poursuit. I. — NATURE DE LA SCIENCE MARTINISTE. Commençons donc par définir la nature de la science martiniste. Mais tout d’abord y a-t-il une science martiniste?
LA SCIENCE MARTINISTE I Il Notre science n’est-elle pas celle de tout le monde P Avons—nous la prétention de posséder une science cachée à tous les autres hommes P A cette question, il faut répondre par une distinction. Notre science a le même objet que la science profane, mais elle a un autre esprit. Voilà toute la solution du problème. Notre science,dis-je, a le même objet que la science profane.
Elle étudie les mêmes choses, sans en excepter bien entendu ces sciences occultes que le vulgaire craint ou méprise. Bien plus, elle accepte pour sérieuses les méthodes de la science profane, elle tient pour avérés ses résultats. Tout ce qui est démontré scientifiquement est admis par nous sans difficultés et sans réserves.
A la différence de certaines églises, nous n’avons aucune défiance des progrès de l’esprit positif : nous savons qu’aucune vérité ne peut contre— dire les vérités supérieures, et que tout ce qui est vrai est bon à dire et à méditer. Nous sommes donc heu reux des progrès de la science positive; nous cher chons même, dans la mesure de nos forces, à y con tribuer. Tout ce qui se fait de ce côté est chez nous le bienvenu. .
Mais est-ce à dire que nous nous en tenions aux enseignements de la science positive ? Non, mon frère, et c’est ici que vous apparaîtra l’originalité de la science martiniste. Les résultats de la science positive sont des résultats fragmentaires et discontinus.
Cha cune des sciences en lesquelles elle se fractionne vit dans un isolement jaloux des autres sciences; dans chaque science plusieurs écoles sont en opposition sur les principes les plus fondamentaux. Une tentative de
1 12 L’INITIATION synthèse estelle faite, ce n’est le plus souvent qu’une apparence de synthèse, àyant pour unique but de décider les écoles dissidentes à se rallier aux théories de l’une d’entre elles, ou de subordonner les sciences voisines à celles que pratique l’auteur de la tentative. L’esprit du martinisme, mon frère, est plus large. C’est l’esprit de la vraie synthèse.
Nous ne voulons pas demeurer dans le domaine des vérités analytiques, parce que l’esprit humain, qui est un, a besoin d’une vérité une. Mais nous ne voulons pas non plus d’une svnthèse arbitrairement faite.
Nous voulons une syn thèse rationnelle, qui respecte tous les faits acquis, qui tienne compte de toutes les théories sérieuses, mais qui en même temps n’en exagère aucune, et montre à chacune qu’elle a besoin de se compléter par toutes les autres, de façon à faire, de toutes ces vérités incomplètes qui sont nuisibles si on les prend pour la Vérité totale, les matériaux de l’édifice durable, de l’édifice complet et bienfaisant de la science.
Mais comment cette synthèse peut—elle se faire ? Elle se fera au moyen de la grande loi qui forme le centre de tout enseignement hermétique, de la loi d’analogie. L’analogie n’est pas une identité totale : nous ne prétendons pas que tous les phénomènes sont identiques et régis par des lois identiques, que toutes les sciences ne sont qu’une même science.
Mais l’ana— logie est une identité partielle: ce que nous prétendons, c’est que, à côté de leurs différences, tous les faits pré— sentent des ressemblances; que , parmi les lois qui les régissent, si certaines sont spéciales à certains d’entre \ eux, celles-là mêmes pourtant rappellent les lois qui
LA SCIENCE MARTINISTE I I3 règnent ailleurs; qu’ainsi entre les sciences il y a à la fois distinction et relation. La loi d’analogie, en un mot, met la hiérarchie dans l’univers et dans la con naissance. Elle nous fait reconnaître qu’il y a dans le monde plusieurs plans distincts, qu’il serait téméraire de confondre, mais elle nous montre qu’en même temps chacun de ces plans reflète le plan supérieur.
Ainsi elle nous fait comprendre, mieux que Platon, la véritable conciliation de l’un et du multiple, et, mieux que Hegel. la véritable identification des contraires dans l’absolu. Et pour envisager une métaphysique plus récente, elle nous montre à la fois ce qu’il y a de vrai et ce qu’il y a d’excessifdans l’évolutionnisme, en établissant qu’à côté de la liaison des êtres, il faut tenir compte aussi de la hiérarchie de leurs essences.
Je ne puis, mon frère, développer ces considérations qui déjà sans doute vous sont familières. Mais je dois pourtant indiquer encore un point. Si toutes choses sont ainsi analogues, la connaissance de l’une d’entre elles éclaire donc singulièrement l’étude de toutes les autres. Il importe donc essentiellement de bien choisir son point de départ, de bien déterminer cet objet initial dont l’étude doit précéder et permettre toute autre recherche.
Or, quel doit être cet objet initial? La science profane répond : c’est l’objet le plus simple, c’est-à—dire le vivant rudimentaire, le protoplasma, ou plutôt encorel’élément inorganique, l’atome: en effet, dit—elle, c’est la connaissance du simple qui doit ouvrir les voies à la connaissance du complexe. Tout spécieux qu’il est, ce raisonnement n’est pas décisif. Car si l’esprit de l’homme est, il est vrai, plus complexe que
I I4. L’INITIATION la cellule ou l’atome, il a cependant sur eux, pour l’étude que nous en pouvons faire, un avantage con sidérable. Notre esprit, en effet, c’est nous-mêmes; et nous avons, pour le connaître, ce sûr moyen d’inves— tigation, la conscience. Au contraire la cellule et l’atome, tout simples qu’ils soient, nous sont à pro prement parler impénétrables, par cela seul qu’ils sont autres que nous.
Ainsi, le seul être que nous connais— sions directement, c’est nous-mêmes; tous les autres, nous ne les pouvons connaître que par analogie avec celui-là. La science profane va de l’univers à l’homme; la science martiniste va de l’homme à l’univers. Aussi la première ne peut-elle qu’analyser et énumérer; la seconde seule explique, parce que seule elle a un principe d’interprétation et de lumière.
Expliquer l’univers par l’homme. c’est la devise même de Saint Martin, du maître dont nous invoquons ici avec respect la glorieuse, l’impérissable mémoire. I I. — MOYENS D’ATTEINDRÈ LA SCIENCE MARTINISTE. J’ai pour vous, mon frère, défini la science marn tiniste; je dois vous dire brièvement par quels moyens vous l’atteindrez.
Pratiquer les méthodes de la science profane, c’est nécessaire, puisque par aucune autre vous ne sauriez mieux pénétrer le détail et l’analyse des choses. Mais où puiserez-vous les idées directrices qui vous per mettront d’en faire la synthèse? c’est ce qu’il faut vous indiquer en peu de mots.
LA SCIENCE MARTINISTE I 15 i D’abord, l’étude et la méditation de nos symboles vous seront précieuses. Vous connaissez déjà le rituel des trois degrés d’initiation; vous avez appris à décom_ poser et à recomposer le remarquable pantacle qu’ex— prime le cachet même de l’ordre martiniste. Exercez— vous davantage encore, mon frère, à ces travaux.
Je puis vous dire que, si avancé que vous soyez dans notre science, vous y trouverez toujours un haut profit intellectuel. Ces symboles sont de telle sorte qu’ils prêtent à un nombre infini d’applications, de combi— naisons nouvelles. Il suffit d’y réfléchir pour leur en découvrir d’ignorées.
C’est la méthode de l’initiation orientale de fixer ainsi l’esprit du néophyte sur un seul livre, sur un seul symbole, pour lui faire rendre tout ce qu’il saura en tirer. Nous aimons mieux d’or dinaire, en Occident, ouvrir l’esprit que le concentrer. C'est une autre méthode qui a aussi ses avantages. Mais elle ne doit pas exclure la première.
Méditez donc, et méditez profondément les signes martinistes ; libre à vous d’ailleurs, si vous voulez une plus grande variété d’exercices, d’appliquer ensuite cette méthode àd’autres objets, et, par exemple, à l’interprétation des symboles des principales religions, toutes inspirées au fond, vous le savez, par un même ésotérisme dont nos signes à nous vous donnent la clef. Voilà donc un premier mode d’étude: la méditation de nos symboles.
En voici un second : la lecture de nos maîtres. Lisez, mon frère, lisez passionnément les œuvres de Martinez Pasqualis et surtout de Saint Martin. Vous savez combien elles sont difficiles, com— bien l’interprétation en est encore, sur certains points,
1 16 L’INITIATION .---:W incertaine et douteuse. Pourtant, vous connaissez déjà assez de métaphysique pour pouvoir avancer dans cette lecture, pour pouvoir en retirer un grand fruit. En Saint-Martin est condensée toute la moelle des plus nobles philosophies et des plus hautes religions. Pythagore, Platon et Plotin se retrouvent dans ses pages; l’âme de Jésus a inspiré leur auteur.
Nulle part, je crois, vous ne rencontrerez une telle profondeur métaphysique, unie à une telle ardeur, à une telle pureté morale. L’esprit s’élève à ce contact; le cœur s’y ennoblit; l’homme tout entier se sent par lui trans formé, rapproché de son auteur, rendu à sa divine essence. Est-ce tout? Non, mon frère, il est encore une autre source de la science plus abondante que les autres.
La science ne se trouve tout entière ni dans les symboles, ni dans les livres; elle est, mon frère, en vous—même. Je vous l’ai dit tout à l’heure, c’est vous qu’il faut connaître, si vous voulez comprendre tout le reste. C’est donc vous-même qu’il vous faut étudier.
La sagesse antique l’avait dit : l’examen de conscience journalier prescrit par Pythagore, le FvŒ9t céuutov de Socrate, ne sont pas autre chose ; et c’est aussi l’ensei gnement des mystiques de tout temps et de toute reli« gion. Enfermez-vous en vous-même, demandez-vous à vous-même ce qu’est l’essence de l’âme, de la vie et de l’être. Vous seul pouvez vous répondre. Les livres ne vous diront rien si le cœur ne vous éclaire.
Pensez beaucoup, réfléchissez sur tout ce que vous entendrez, ne vous laissez jamais dominer par l’opinion de qui que ce soit, au point de croire une chose sur la simple
LA SCIENCE MARTINIS’I‘E II7 parole d’autrui. Demandez-vous toujours, au con— traire, si ce qui se dit autour de vous est conforme à ce que votre raison personnelle vous enseigne ; et, s’il ne l’est pas, rejetez-le impitoyablement. Le libre examen, mon frère, ne l’oubliez jamais, est de l’essence du martinisme.
La foi chez nous dérive de la raison; loin d’être une abnégation de notre être propre, elle en est l’affirmation la plus haute. lll. -— BUT DE LA SCIENCE MARTINISTE. , Et maintenant que je vous ai dit ce qu’est notre science et comment vous pourrez l’obtenir, il me reste à indiquer, en concluant, comment vous devrez l’employer.
C’est une noble idée d’Aristote que celle‘ci : le sa voir a sa fin en lui-même, on le doit rechercher en dehors de tout profit personnel. Et, en effet, vous le savez, mon frère, vous ne pourriez assujettir la re cherche scientifique à quelque pensée de lucre ou même d’honneur mondain sans manquer gravement aux principes fondamentaux de notre ordre.
Vous devez aimer la science pour elle-même, pour les jouissances si pures qu’elle nous donne, —- seules jouissances qui ne laissent pas de regret—Vous devez l’aimer parce qu’elle donne à l’esprit le calme et la paix intérieures, parce qu’elle lui fait trouver le bonheur dans la conscience même de sa force. Et cependant il est possible de trouver à la science un but plus élevé encore. Faire son propre bien est
I 18 L’INITIATION légitime, faire le bien d’autrui est méritoire. Or c’est ce que la science vous permet d’accomplir. La science, en effet, est essentiellement communicable; elle se transmet sans s’amoindrir, elle semble même se for tifier en celui qui la possédait par sa transmission même. Donnez donc largement à autrui, mon frère, la science que vous possédez; enseignez ce que vous savez, c’est le meilleur moyen d’apprendre davantage.
En instruisant vos semblables, comme c’est le devoir de tout initiateur martiniste, vous mettrez un peu plus de joie dans leur cœur et dans le vôtre, vous collabo rerez à l’œuvre éternelle de Dieu. La vraie grandeur de notre science, c’est qu’elle permet de faire le bien. F=2= se.
Èruues euosrœues “> LA GNOSE DE MARKOS Markos affirmait qu’il avait reçu une « force », c’est-à-dire une puissance magique, des Lieux inef fables et invisibles : « ’A7tè 163v o’topoî'ton xoz‘t oinotrovopàc‘rwv (1) Ici se placerait l'étude sur Simon le Mage, Valentin et Basilide. Mais nous avons parlé am lement déjà de ces Maîtres.
Nous renvoyons les lecteurs nos articles publiés dans l’Initialz’on et la Revue Théosophique. — L’étude sur Valentm a été reproduite par Papus, dans son beau Traité de Magie, par l’Aurore et par l’Etoile.
LA GNOSE I 19 ténwv. » Et, de fait, il prenait un calice, comme pour le consacrer, et priait longuement. Au bout d’un cer— tain temps, le calice vide s’emplissait d’une liqueur de pourpre.
Markos versait alors cette liqueur dans un second calice et le tendait à une femme initiée, en disant: « Que cette grâce qui dépasse toute pensée et toute parole remplisse ton homme intérieur et dé— veloppe en toi le grain de semence de l’Idée. » Ce rite, qui parut au fougueux Irénée un tour de passe—passe, est l’expression d’un symbolisme gran— diose. Le calice vide de l’âme s’emplit, par la prière, du nectar sacré de l'Immortalité.
Markos s’attacha de nombreux disciples. Les femmes du plus haut rang suivirent ce docteur dont la parole éloquente les séduisait. Il institua deux sacre ments : le baptême et l’imposition des mains. Quant au dogme, il se rattachait, pour le fond, à la doctrine valentinienne. Dans sa jeunesse studieuse, Markos avait eu une vision remarquable. Une femme vêtue de lumière, blonde, et baignée dans un éther embaumé, lui était apparue.
« Je suis la TÉTRADE, avait dit cette femme céleste. Je suis la Mère universelle, la mère des germes. Je n’ai pas de père; je suis fille de Celui qui est androgyne, l’XNEFFABLE. » —- Et, se penchant sur lui. elle l’avait baisé sur la bouche. Aussitôt il avait senti son cœur plein d’amour et son intelligence pleine de clarté. Les Philosophumena nous ont con« servé le discours de la TÉTRADE. Nous allons le résuc mer religieusement.
1 20 L’INITIATION Il « La PAROLE est le vêtement de l’Invisible. Dire un nom, c’est énoncer un commencement. Les lettres sont les éléments de la Parole. Elles ont une person nalité. Elles sont une image, une figure de ce qui est ineffable. Le son est un créateur. Les sons, ces anges de Dieu, voient continuellement la face du Père cé— leste. On les appelle : les ÉONS. Ils sont des semences, des racines, des fruits du PLÉROME.
Les sons s’engen tirent les uns les autres. A peine un son est—il né qu’un autre lui succède. Le dernier émane du premier. Chaque parole est un plérôme de sons. Ainsi Aa)rroz (delta) est un plérôme de cinq éons : ’8, a, >., «.- et a. La Parole est un océan. Elle a les sons pour vagues chan— tantes et mobiles. « Voici. Je veux te révéler la vérité. Je te l’amène toute nue et tout aimable des Tabernacles d’En-Haut.
Tu comprendras combien elle est belle. Tu l’enten dras parler. Tu admireras sa divine sagesse. Alpha et ômega forment sa tête charmante. Bêta et psi com posent sa gorge féconde. Gamma et chz‘, sont ses bras éternels. Delta et phi expriment sa poitrine. Epsilon et nu correspondent à son diaphragme. Son ventre gracieux est d{êtd-tau. Son ctéis d’or est êta-sz‘gma.
Ses cuisses élégantes se manifestent par thêta-rô; ses genoux par iota-pi; ses pieds par mi—nu. C’est là la sublime SIGÊ qui parle par son merveilleux silence. Adore le corps impeccable de la Vérité, et prête—lui une oreille attentive. Elle t’enseignera le Père qui
" LA GNOSE I 2 I s’est engendré lui-même, le PÈRE PREMIER, le PRO— PATER. » 111 Elle se tut et la Vérité parla. Et, à mesure que la vérité parlait, LE VERBE SE FAISAIT NOM. Et ce Verbe s’appelait Jésus. Jésus! le nom admirable com posé de six lettres, le Plérôme des six Eons. Et Markos, abîmé dans l’extase, pleurait de joie et d’amour. La TÉTRADE continua son discours.
« Les vingt-quatre lettres de votre alphabet sont des ruisseaux qui charrient jusqu’à vous les TROIS VERTUS, les TROIS FORCES, les TROIS PRINCIPES. Les Muettes signifient que l’Ineflable ne peut pas s’expri— mer. Les vocales signifient l’Homme et l’Église. Les semi-vocales, qui tiennent le milieu entre les Muettes et les vocales, signifient que l’lneflable descend et que le périssable monte. Ces vingt-quatre lettres sont le Plérôme.
Il est UN et il émane tout. Un, il engendre le Plusieurs. Plusieurs, il revient à l’Un. C’est la Cata base et l’Anabase. C’est l’évolution et l’involution. Adore et crois. Et la TETRADE expliqua les vertus du Trinaire, du Septenaire, de l’Ogdoade, du Décennaire. Elle ajouta : « Ecoute ce que signifient les voyelles. A, c’est le Ciel, ou l’Unité. E, c’est le Binaire. Ê, c’est la Triade, 1, c’est la Tétrade. 0, c’est le Quinaire.
U, c’est la Sixaine. 0, c’est le Septenaire. Liées entre elles, elles chantent la gloire du Père. L’enfant qui sort de la matrice les énonce. C’est ainsi que les cieux annoncent 7 !
1 22 L’INITIATION la gloire de Dieu. L’âme heureuse crie : Ah! L’âme qui souffre gémit : Oh ! Car le bonheur, c’est l’Unité. IV « Voici l’origine des vingt—quatre lettres. Le SEUL et l’UN existent ensemble. De Lui émanèrent la monade et Un. Ces quatre éléments formèrent la TÉTRADE. « En effet, dans votre esprit, deux fois deux sont quatre. Deux et quatre émanèrent six. Quatre et six émanèrent vingt—quatre.
En effet, six fois quatre ou quatre fois six font vingt-quatre. Je suis QUATRE, je suis l’ARSOLU. Je suis la racine et la mère du Tout. J’ai engendré huit qui a engendré dix. Et cela a fait : 18 (le nombre de la R. — æ). Calcule le nom de Jésus. IncoUç vaut : 88. C’est le nombre-absolu. C’est pourquoi Jésus s’appelle l’Alp/za et l’Omega :« Ego sum « Alpha et Omega, principium etfinis. » La Tétrade développa ensuite la loi des nombres.
Elle chanta la production de l‘Univers, l’émanation de l'eau, de l’air, de la terre et du feu. Elle célébra la création des astres, la formation de l’homme, celle de l’Église idéale :au commencementl’Unité, —- à la con— sommation, l’Unité. V On le voit, Markos est le continuateur de Valentin. Ce que Valentin exprime par la génération des idées, _=_g.44 44Mà-_
LA GNOSE ’ I23 Markos l’exprime par la génération des nombres et des lettres. Il est le grammairien et le mathématicien de l’Infini. Génie à la fois méthodique et éloquent, il a des envolées de poète et des raisonnements abstraits. Il se meut dans les nombres, comme Valentin dans les idées. Sa vision magnifique de la TÉTRADE est une épopée glorieuse dont l’unité est le héros. Autour de sa chaire, à Lyon, se pressaient les mon— daines ravies.
De nobles amours embellirent sa vie et le vengèrent des attaques violentes de l’évêque Irénée. Il marchait environné d’un cortège d’élèves suspendus à ses lèvres par les chaînes d’or de l’éloquence. Ainsi devait parler Platon sur le Sunium, quand il exposait les théories du Timée.
A mesure que Markos, l’évêque gnostique de Lyon, le père de la gnose française, exposait son dogme exact et harmonieux, les auditeurs croyaient voir se dérouler, dans l’éther de la pensée pure, les sublimes syzygies des Bons, et rayonner dans l’abîme insondable le flamboiement sacré du saint Plérôme. ' JULES DOINEL. (O)
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Le corps astral, sa t@ttoltttttittt EXPÉRIENCES PRATIQUES PAR C. DE Bomsco (I) Plus de doute... L’étude du Moi faite, par les pro cédés des sciences occultes, recule les limites de la perception humaine bien au delà des bornes que lui ont assignées toutes les autres sciences expérimentales .
Pendant les cinq dernières années, j’ai pu conce voir plus de choses que je n’en ai apprises pendant toute l’autre partie de mon existence.
Les questions les plus compliquées : sociales, financières, économiques «devien‘nent simples dans leur exposé, — et si claires, dans leur solution, que j’ai cessé de m’en occu per. —— J’ai préféré continuer mes expériences psychi ques, bien plus intéressantes, et me concentrer dans l’étude du Soi dans l’espoir de faire voir, aux autres, des preuves irréfutables de l’existence du corps astral et des quelques lois qui le gouvernent. (I) Nos lecteurs connaissent déjà les im ortantes recherches de M. de Bodisco, chambellan de S.
M. I’ m ereur de Russie. A défaut des détails techniques concernant es photographies «ci—jointes nous donnons ces reproductions sans commentaires et à titre de renseignements pou1 nos lecteurs (N. D. L. D.).
LE CORPS ASTRAL I25 Pendant mes études, une voix intérieure semblait me dire : « Courage et patience, confonds la science par des preuves photographiques, profite de ce que le fluide astral de ton corps n’est pas absorbé par les besoins de ton être physique. Profite de ce que son dégagement est encore assez fort pour permettre l’ap— parition de ton corps en même temps que celle d’un être fluidique, sur une plaque photographique.
L’honneur que le monde astral veut t’accorder est immense. Sache que l’être fluidique doit être haut placé dans l’échelle de la création pour pouvoir arrêter les vibrations de l’éther, opération compli— quée, mais indispensable pour condenser et retenir suffisamment longtemps en corps solide le cubique éther ou matière première.
Sache qu’ilveut t’accorder, non seulement une preuve photographique de l’exis tence réelle, dans le corps de l’homme, d’un fluide astral, mais aussi la preuve palpable de l’existence même a”inlellz’gcnces sous une formefluidique. Ces intelligences fluidiques, pour se condenser en corps matériel, d’une consistance assez compacte pour être photographiées, retirent de l’atmosphère les particules nécessaires à la reconstitution de leur corps humain.
En Russie, les pionniers de la nouvelle science sont considérés comme des imposteurs ou des fous. La photographie, comme preuve, a cet avantage qu’elle pourra écarter toute idée de folie, mais la possibilité de l’imposture reste. Pour écarter la dernière, la science expérimentale peut se servir de procédés mé caniques pour expliquer la nature des cartes photo
126 L’INITIATION graphiques, que je joins à mon envoi comme appuide mes expériences. N"I La première photographie (n° I) ofl’re l’apparition, du fluide astral en forme de voile couvrant le corps du médium jusqu’aux pieds, éclairant à giorno toute la chambre d’une lueur bleuâtre.
LE CORPS ASTRAL 127 La photographie (n° 2) montre que, pour apparaître .1 i,‘ l ‘ 7l. ,_ä. dI!. I,r 1 dans notre sphère, l’esprit a dû absorber la plus grande partie du fluide astral, qui s’émane ordinaire ment, visiblement et invisiblement du corps humain. In -‘ 4'
1 28 L’INITIATION La troisième (n° 3) représente la condensatzon du fluide astral. — Sur cette carte apparaît, dans la main a? 1°3 gauche du médium, le fluide astral condensé en forme de pierre (1). Aussi on aperçoit une belle tête 1) Origine de l’idée de la pierre philosophale.
LE CORPS ASTRAL 129 d’homme, d'une grandeur non naturelle; sur la table on trouve une preuve d’écriture directe, le crayon dans l’acte d’écrire, sans l’aide de la main. La quatrième (n° 4) offre l’apparition de cette même tête. Sa bouche pincée montre qu’un effort était né cessaire à l’esprit matérialisé afin de ne pas se dis soudre. Le nuage qui enveloppe le crayon est là pour confirmer l’existence réelle d’une intelligence sous forme fluidique. En i888, j’ai pu faire pour la première fois mention d’avoir vu à l’état fluidique le corps astral. Ensuite dans mon livre : Traits de Lumière, éditéà Paris par la maison Chamuel et C“,je n’hésite pas à déclarer ce corps comme le plus important de tous les corps dans .la nature, malgré la persistance des sciences expéri mentales à l’ignorer. Mes expériences personnelles m’apprirent que ce corps est gouverné par d’innom— brables lois et que l’étude de ces lois doit porter la .lumière dans bien des cœurs qui désirent se reposer des tracas de la vie et qui cherchent la consolation dans une preuve réelle de l'existence de la vie future et de ceux qu’ils ont aimé. Sachant que l’examen du corps astral, sous sa forme fluidique, ne pouvait convaincre personne, j’ai osé vouloir le condenser. Le succès de l’expérience, comme j’ai appris plus tard, dépendait de l’état de santé d’un médium possédant une force négative. Par des écritures mécaniques, ce médium m’avait déjà donné la preuve que son corps astral pouvait se dégager fortement de son corps physique; enfin j’ai «trouvé l’harmonie nécessaire dans la personne, auteur 5
L’INITIATION N°4. des romans spirites : Epzsodes de la vie de Tibêre, l’Abbaye des Bénédictins, le Pharaon Mernephtale, m_d
LE CORPS ASTRAL I 3 I Herculanum, la Vengeance du Juif, la Foire aux mariages, M“e K, être si spécialement privilégié par le monde astral qu’un signe physique en forme d’étoile fluidique apparaît (voyez photographie) sur sa tête pour montrer qu’elle jouit de l’inspiration de l’Esprit. Le 5/I7 août I892, cinq personnes de bonne foi se sont réunies dans une chambre obscure pour des expériences psychiques.
Le cercle à peine fermé, par un simple attouchement des mains, deux des assis— tants sont tombés en transe sans même recourir à des passes. Un point lumineux apparut, puis se convertit insensiblement en corps lumineux enveloppant la main droite d’un des médiums. Ce corps, que je voyais pour la première fois sous cette forme, ressem blait à de la glace frappée, étincelante d’une lueur bleuâtre éclairant les objets voisins.
Il paraissait sortir de la paume de la main du médium endormi. Un crayon, qui se trouvait sur la table, en subit visiblement l'effet. Il fut attiré vers cette matière et à vue d’œil complètement entouré. Le crayon, soulevé par le nuage qui l’entourait, produisit des coups, et puis, subissant l’influence d’une intelligence invisible, .se mit à écrire. Pendant ce temps, les mains des mé diums étaient parfaitement visibles.
« Vous avez devant vous le corps astral. » Vous avez été témoins de saforce attractive, prononça clai rement une voix étrangère au médium, mais sortant de sa bouche, le médium toujours en transe. Quelques moments après, le fluide astral se dégagea lui-même du crayon, augmenté en volume, et forma bientôt un amas considérable, ressemblant à de la
I 3 2 L’INITIATION neige sillonnée de lueurs électriques. Le médium, les yeux fermés, avec sa main, prit machinalement une petite quantité de cette manière merveilleuse et en mit dans ma main droite, puis en mit encore dans ma main gauche. Dans cette main, la matière se condensa a vue d’œil pour se transformer en pierre pareille à celle qu’on voit sur la photographie n° 3. Dans ma main, cette pierre est devenue d’un poids très pro noncé.
Alors d’une voix claire le médium dit : « Dans ta main droite tu tiens le fluide astral, dans ta gauche tu tiens, en forme de pierre, le fluide astral condensé Sache que ce corps constitue la seule partie maté— rielle du corps humain qui soit impérissable. Le monde physique a été créé uniquement de ce corps fluidique. C’est le toc-éther, matière première ou force vitale.
Dans ce tissu de chacun de vous se re flèteht les actes de vos existences passées, et ce reflet explique l’influence du passé sur la vie du présent Tes yeux sont encore trop matériels pour voir le lien non interrompu qui existe entre les fluides que je tiens dans mes mains et les fluides restés dans les tiennes. » ' A ce moment, je sentis une assez forte chaleur se dégager de la pierre, qui devenait de moins enjmoins lumineuse.
Le médium, alors, prit de mes mains les fluides et la pierre, plaça la pierre avec cette neige lu— mineuse sur la table et poussa le tout-vers mon visage, en l’effleurant légèrement. Ensuite le médium ras sembla, avec ses mains, cette masse lumineuse, plaça la pierré au milieu; et immédiatement le tout se con.
LE CORPS ASTRAL 133 fondit, comme du vif argent, dans une masse lumi— neuse, que le médium souleva à mes yeux, exprimant le désir que je l’examine de près. Alors, avec un soin tout particulier, j’ai pu, pendant au moins cinq mi— nutes, examiner ce corps merveilleux, j’ai pu admirer sa transparence et la finesse de son tissu lumineux, même en le soulevant et le pressant entre mes doigts.
Ce corps n’exhalait aucune odeur, et, au moment où je le portai à mon nez, la voix me communiqua que la puissance de son arome était immense! Là, devant mes yeux, avec l’éclat de son lustre, ce cOrps perdait ’à vue d’œil ses dimensions et disparut dans le corps du médium, et insensiblement tout rentra dans l’obs curité.
Alors, j’ai allumé la bougie: les deux médiums, pâles comme la mort, étaient étendus raides, et, seu— lement après des passes, ils reprirent des couleurs et se réveillèrent. La première question qu’ils firent fut: « La séance a-t-elle réussi?
Avez-vous eu des démons trations ? » L’intérêt avec lequel ces questions étaient faites était assez pour convaincre que les ‘-médiums étaient complètement ignorants de tout ce qui S’est passé pendant leur sommeil. Cette première partie de l’expérience dura plus d’une heure.
Après, nous sommes allés prendre le thé; mais, comme il nous restait du temps avant le départ du dernier train, j’ai proposé de continuer nos inves tigations dans le domaine du monde astral, qui parais sait Si disposé à nous découvrir ses mystères. A peine placés, les médiums tombèrent en transes, mais un d’eux se leva tout endormant et alla s’asseoir
I 34 L’INITIATION derrière un rideau, que j’avais préparé pour l’isole— ment du médium dans le but de faciliter le travail des forces occultes. Le médium demanda à haute voix d’éclairer, au moment qu’il indiquerait, la chambre avec une explosion lumineuse de magnésium préparé d’avance.
La lumière subite fut si brillante, que tous nous avons dû involontairement fermer les yeux; en les œuvrant, nous vîmes le médium, lividecomme lamort, couché sur un fauteuil (voyez photographie n° 1), tout couvert de ce merveilleux tissu, qui répandait dans toute la chambre une lueur de clair de lune.
Alors le médium se leva, se drapant la tête, à la ma nière espagnole, de ce v_oilelumineux, s’avança vers la table, les mains élevées, soutenant au-dessus de sa tête ce tissu lumineux et couvrit avec ce voile, l’un après l’autre, chacune des personnes présentes.
Me trouvant dessous, je sentis qu’un sentiment de repos et de bien-être envahissait mon corps.— « Faites atten— tion, me dit le médium, toujours endormi, àces nœuds lumineux, que vous voyez dans le tissu... c’est la force ritale... elle est répandue partout dans la nature.
« Le voile se trouvant au-dessus de ta tête te don nait la possibilité d’2’mbz’ber ce fluide vital (I), qui pendant la maladie perd peu à peu sa lueur et au moment de la mort quitte le corps de l’homme en le laissant sombre et se décomposant. Cette expérience constate que c’est la force attractive du fluide astral qui cimente les atomes du corps vivant. (I) Origine de l'Elixir de vie.
LE CORPS ASTRAL 135 « Votre grande foi et votre confiance mutuelle m’ont donné la possibilité de faire voir à vos yeux ce que vous pouvez maintenant hautement témoigner. « C’est d’avoir vu et touché le corps astral. » Trois des personnes présentes ont entendu et ont vu tous de la même manière. Elles affirment l’exac titude de mon récit. La quatrième personne fut ré veillée pendant la seconde partie de l’expérience et, pour cette raison, elle peut confirmer seulement la seconde partie. Cette expérience physique doit contribuer à fortifier la foi dans la vie future et fournir une arme maté rielle contre les tendances de notre siècle. L’étude des innombrables lois qui régissent ce corps apprendra à l’homme comment se rendre maître de son corps et, par sa foi, sous forme de la volonté, commander aux éléments de la nature. Le fluide astral, dans le corps humain, contient en principe une qualité inépuisable d’électricité si grande, que, dans des cas de grande initiation, cette électricité peut être projetée par l’homme et influencer même les phénomènes élec triques des éléments de la nature. L’homme peut par sa volonté projeter et condenser son fluide astral en forme de nuages et le rendre visible à la vue, au mo— ment où il se porte sur un objet. La vérité de mes paroles sera confirmée par la science de l’électricité occulte, science de l’avenir. , C. DE Bomsco. Saint-Pétersbourg, P. S. —- Si l’Académie des sciences voulait prendre des dispositions nécessaires et inviter le médium à
1 36 L’INITIATION 71 Venir à Paris, je ne refuserais pas de reproduire de nouveau ces expériences, au mois de septembre de l’année 1893, sous des conditions acceptables aux plus sceptiques. C. DE Boursco.
PARTIE LITTÉRAIRE Étrange Surprise A MADAME LA COMTESSE MNISZECH. Quel singulier moment que celui des fêtes de Noël ! Quelle agitation'pour chacun , quel mouvement assom mant, quelle activité fiévreuse et singulière, et quelle dépense de forces, de temps et d’argent !
C’est la réflexion'que se faisait en montant son cin quième étage M“‘° X..., [qui rentrait énervée, surme née, exténuée, dans son charmant intérieur, la veille de cette grande fête des surprises. Il faisait un froid intense; le vent hurlait sous toutes les gammes, et la neige, en tombant à gros flocons, se collait en grésil sur les vitres, qui se dia mantaient et se fleurdelisaient sous le givre.
Il était près de huit heures du soir : grelottante de froid et de fatigue, avant même d’enlever chapeau et manteau, Mm X... s’assit devant le feu flam boyant, qui pétillait dans la cheminée de la salle à. manger. '
. .--..M. m a n v:_ _ ,—... .._.,-;_ .. ..-, ... , ' .- """|:rr.-_v_- ,—_.n..., r...wu..w_m wr‘:'-‘:.w I 3 8 L’INITIATION « Monsieur n’est donc pas rentré ? » dit—elle au domestique qui venait de lui ouvrir. Sur la réponse négative du serviteur, M‘“° X... s’en fonça, frileusement, dans son fauteuil, et tomba bientôt en une profonde rêverie.
Peu à peu sa pensée prit un corps; elle se revoyait quelques années aupa ravant revenant de la Suisse avec son mari, qui avait accepté, avec un vif empressement, l'invitation que lui avait faite un vieux et original seigneur russe, des plus affables et des plus généreux.
Le comte adorait la science et il regardait comme un réel honneur de recevoir, dans son {splendide domaine du Jura, une des_plus brillantes illustrations de France, et certaine ment des plus populaires. Le comte de D... avait déjà dépassé la soixantaine, et cependant il avait pour compagne une délicieuse créature, blonde comme les blés, rêveuse et pas sionnée pour tout ce qui était beau et vrai.
C’était une fleur délicate des pays du Nord , une âme tendre et sensitive paraissant déjà détachéedes choses du monde. Ses grands yeux bleus regardaient tout, d’un air in terrogateur; parfois, une petite toux sèche semblait donner à son mari les inquiétudes d’un père pour un enfant adoré.
Elle lisait beaucoup, et son auteur de prédilection était, surtout, M. X..., dont elle connaissait pour ainsi dire tous les ouvrages par cœur; aussi désirait-elle ardemment voir de près l’écrivain, qui lui avait fait passer, disait-elle, de si doux instants. Le jour de l’arrivée de M. et M“ X... au château de M... fut une véritable réjouissance; les deux voya—
ÉTRANGE SURPRISE 139 . -—--r: .. . _.<-. -.. geurs furent reçus à bras ouverts, et avec la plus rare distinction. La comtesse conduisit, elle-même, M. et Mm X... dans le somptueux appartement qui leur avait été préparé. Une simple portière d’Orient séparait, du reste, de cet appartement, le cabinet de travail destiné au savant.
Sur le bureau Où il devait écrire, M. X... trouva son portrait richement encadré, et posé juste en face d’un écrin de bronze doré et de velours où étaient rassemblés tous ses ouvrages, annotés par la blanche main de la jeune châtelaine. Tout annonçait, dans ce buen-retiro, le goût d’une femme, non seule— ment attentive, mais imaginative.
Il serait trop long, en vérité, de dépeindre ces heures enchanteresses passées au milieu d’une société d’élite et d’une nature merveilleuse.
Les fêtes se succédèrent, sans interruption, pendant plusieurs jours: prome nades en voiture ou à cheval, la chasse, la pêche, ce n’étaient que distractions de toutes sortes, plaisirs variés à l’infini, et le soir, à peine le dernier repas était—i1 terminé, qu’aussitôt M. X... se trouvait entouré de son auditoire mondain, de plus en plus avide d’en. tendre les récits surprenants qui charmaient et en thousiasmaient les plus sceptiques et les plus incré— dules.
La veille du départ de M. et M"“8 X..., un délicieux concert fut organisé, dans le Hall du château, et, à un moment donné, on vit la comtesse assise, seule, auprès d’un arbuste exotique, d’où l’on découvrait, au clair de lune, un paysage enchanteur. Elle resta longtemps immobile à contempler les constellati0ns I\
1 40‘ L’INITIATION .F.< w.,w . _ . .,.w,»..zm5äfi brillantes, scintillant dans ce beau ciel de juin. « Déci dément, Madame, lui dit une voix, vous adorez les étoiles ? » Et l’interlocuteur, M. X..., apparut aux yeux de la châtelaine.
« Mais, oui, cher Maître, je les aime; ce sont mes chères confidentes ; je leur deman dais, même, ce que je pourrais bien vous offrir en souvenir... de nous? » M. X... ne répondant pas, la comtesse, moitié fâchée, moitié rieuse, glissa son bras sous celui du savant : « Puisque vous ne voulez rien de moi, eh bien, dit—elle, je saurai bien vous faire accepter quelque chose. » Et ils rentrèrent, tous les deux, au milieu des invités, le sourire aux lèvres, le regret des adieux au fond de l'âme.
Cette dernière phrase de la comtesse avait été entendue par Mme X..., assise à quelques pas en com pagnie d'une jeune cousine qui, fort étourdiment, s’était écriée: Qu’est-ce qu’elle pourra donc lui donner, la chère comtesse, hein ? cousine. » M"“’ X... se souvenait aussi, cette veille de Noël, ‘du coup de tonnerre qui avait frappé cette ravissante femme, en plein bonheur, huit jours après leur rentrée à Paris.
Le comte de D... parcourant à cheval ses propriétés avait, un' matin, entendu des cris aigus s’élever dans les airs; galoppant, aussitôt, vers l’endroit désigné par ce bruit, il vit, non sans effroi, une jeune fille qui se noÿait dans la rivière, très profonde du côté du moulin. Descendant précipitamment de son cheval, le comte se dirigea vers l’eau, et tout habillé se jeta au milieu des plantes aquatiques et du tourbillon du
ETRANGE SURPRISE 141 moulin ; il put, malgré toutes les entraves, ramener heureusement sur la berge l’enfant évanouie. Elle revint à la vie; mais le comte de D... mourut en quarante-huit heures du refroidissement qu’il avait attrapé. La comtesse resta seule, sans} famille et dé sespérée. Et M‘“ X... en était là de cette rêverie d’antan, qui devenait si lugubre, lorsque soudain la sonnette élec trique retentit fortement, avec un son prolongé.
Brus quement éveillée, M“‘" X... sursauta, et, prêtant l’oreille, elle entendit quelques pourparlers dans l’antichambre. Au lieu de son mari, ce fut le domestique qui entra, portant avec soin un paquet assez long, un peu volu mineux, sur lequel une lettre, cachetée en noir, était posée. Elle était adressée au professeur X..., {en son domicile, à Paris.
Sur un signe de sa maîtresse, le domestique déposa lettre et paquet sur une console, et se retira. Quelques secondes se passèrent, pendant lesquelles les yeux de Mme X..., invinciblement attirés par l’objet en ques tion, restaient obstinément fixés surjlui, avec une sin gulière persistance.
Bientôt, elle se leva, se dirigea vers la console et légèrement, du bout du doigt, tâta le paquet en question; puis, elle essaya de le soulever; mais, chose Curieuse, au lieu d’ouvrir la lettre, qui pouvait, très certainement, renseigner plus vite sa cu— siosité, M“ X... se contenta d’écarter la lettre, et, bien plus, l’emporta sur le bureau de son mari.
Elle revint, alors, comme fascinée, vers, le fameux paquet. qui semblait l’hypnotiser. ’ Enfin, glissant brusquement ses deux mains, large—
142 L’INITIATION ment étendues, sous cet objet, M'“ X... le prit, tout entier, mais pour le rejeter aussitôt, avec un vague effroi, sur la table, car elle se sentait envahir par un sentiment indéfinissable et tellement troublant qu’il lui aurait été impossible d’expliquer, âqui que ce soit, ce qu’elle éprouvait, et qui, disons le mot, ressemblait pas mal à la peur.
' Oui, ce paquet lui inspirait positivement de la ter reur, et la preuve, c’est qu’une troisième fois, la cu rieuse revint à ce mystérieux envoi, et qu’au lieu d’enlever les ficelles, de nouveau et du bout des doigts de la main droite, seulement, elle toucha, une fois encore, l’objet qui céda, peu à peu, sous la pression de plus en plus énergique de M'“" X...
Il lui sembla, alors que ce quelque chose était mou, très mou, élas— tique et froid, et avec une répugnance visible, une es pèce de dégoût, Mm x... décidément sortit de Ia pièce où elle se trouvait, et ferma la porte, non sans un léger frisson. Huit heures sonnaient, et M. X... venait de rentrer. Toujours souriant comme lorsqu’il revient dans son intérieur, qu’il aime beaucoup : « Qu’as-tu donc , ma chère P demanda-Fil à sa femme.
Tu sembles préoccupée, inquiète ? —- Certainement, répond M“‘° X... j’étais tour mentée de toi, et puis...c’est ce paquet qu’on vient d’apporter. » Et, tout en causant, M‘“ X..., amena son mari devant la console : « Tiens, regarde, lui dit-elle, mais en s’éloignant
ETRANGE SURPRISE , 143 prudemment, tiens, c’est ce paquet; eh bien! je n’ai pas osé l’ouvrir. —- Il te fait donc peur ? » répond en riant le savant. Et aussitôt il le prend dans ses mains, et se met en mesure de le déficeler. Mais il semble, comme sa femme, subir une sensation désagréable; il devient nerveux, et paraît mal à l’aise.
« Si tu l’ouvrais, répète M“ X... inutilement. — Après le dîner, dit-il, si tu veux. —- Ah ! s’empresse de dire la maîtresse du logis, qui est absolument obsédée par cet envoi, il y a une lettre. » Et, courant au plus vite au cabinet de travail, elle apporte la missive à son mari.
M. X... l’examine avec attention, puis il l’ouvre vivement, et lit, avec stupéfaction, les lignes sui vantes : « Cher Maître, « J’accomplis, ici, le vœu d’une morte, qui vous a étrangement aimé.
Elle m’a fait jurer de vous faire parvenir, le lendemain de sa mort, la peau des belles épaules que vous avez si fort admirées, le soir « des adieux », a-t-elle dit, et sOn désir est que vous fassiez relier, dans cette peau, le premier exemplaire du pre mier ouvrage de vous, qui sera publié après sa mort.
« Je vous transmets, cher Maître, cette relique, comme j’ai juré de le faire, et je vous prie d’agréer, etc. « Docteur V... » Ala lecture de ces lignes, une émotion profonde s’empara de M. X..., et des larmes silencieuses cou
I 44 L’INITIATION lèrent lentement de ses yeux; mais lorsque, le lende main, il voulut, sans l’avoir Ouvert, faire porter à un relieur de ses amis le funèbre cadeau, qui devait, sous son art, prendre la forme désirée, le paquet avait dis— paru . . . . . . . . . . . . ‘ Quelques mois après, à la date même de la soirée « des adieux », M. X... trouva, un matin, dans sa riche bibliothèque, un joyau unique et précieux : c’était un bel in-bctavo, finement relié en peau blanche, avec filets dentelés, et dont la tranche, bleu ciel, était parsemée d’étoiles d’or.
Ce‘livre était le dernier publié par M. X..., depuis la mort de la comtesse, et la peau humaine, admirablement travaillée, le recouvrait en— fièrement. A ( Le livre est toujours là, inaltéré, inaltérable, tandis "que très certainement le corps de la morte est, depuis longtemps, retourné aux éléments.
' Le vœu de la défunte était accompli : la dévouée compagne du savant avait déposé pieusement elle même, dans la Bibliothèque de son mari, ce souvenir étrange et touchant, comprenant, une fois de plus, que la femme d’un homme célèbre doit admettre, sans jalousie, l’admiration parfois passionnée des autres femmes, qui n’est, en définitive, qu’un juste «hommage rendu à la gloire de l’être qui a voué sa vie au progrès de l’humanité. ‘ ; Mme CAMILLE FLAMMARION (I). (I) Cette curieuse histoire est extraite, avec l’autorisation toute particulière de l‘auteur, d’un excellent périodique : l’Unzon de la Haute-Marne. — ,
LA HOUILLE En <Hunnnn Voici, par un jour de grészl Que décembre teignait de rouille, Ce que, vivante sur son gril, Me chanta tristement la Houille. — « Je suis la terrible Forêt, « l< (< âk::îä âââîtâîtâz’è .AAâ’«‘ La noire Silva souterraine, Qu’un inexorable décret Sous le sol ténébreux enchaîne. Je suis le Bois enseveli Dans l’argile ou la roche dure, Tordant au tréfonds de l’oubli Mes mornes rameaux sans verdure. J’ai pleuré souvent mes oiseaux, Etje pleure encor mes nuages ; Je voudrais voir quelques roseaux Parmi mes obscurs paysages. Je possédais aussi des fleurs Avant le déluge, et des mousses; La pluie avivait mes pâleurs, Et le soleil, mes teintes rousses, Mais des désastres surhumains Me précz‘pitèrent au gaufre ; Et, ,commefleurs, sur nos chemins, Je n’ai plus que des fleurs de soufre.
.I 46 L’INITIATION ââ‘ââkâââ‘ âk!‘«.â ââ Qu’est devenu le midifou P... C’est l’éternel minuit qui sonne ! L’halez’ne atroce du grisou Remplace la brise d’automne. L’ennui fantastique et géant Berce une atmosphère énervante : C'est, dans l’empire du Néant, Le domaine de l’Êpouvante : Mais, comme j’ai bu du soleil Au temps de mes primes années, Comme je garde en mon sommeil D'antz’ques lumz‘e‘resfanées, Vous vene{, durs conquz’stadors, Ravir Iaflamme de ma veine : Les pins défunts, les cèdres morts, Et le noir cadavre du chêne. Se sevrant de lumière et d’air Pour boire mes lourdes ténèbres, Des esclaves dans mon enfer Descendent, bûcherons funèbres. Moi, je les garde sur mon flanc. Dans mes larges bras de momie; Je hume et digère le sang De cette humanité blémie. Parfois, un soir, — c’est soir toujours Dans mes clairières, ces noz’rz’e‘res, — Le grz’sou souffle aux carrefours, Et les couche sur mes ornières.
LA HOUILLE 147 « Parfois — pauvres êtres pâlis « Sous mes baisers d’amour sans terme, — « Je m’ouvre et les ensevelis « Dans mon ventre qui se referme. « J’ai moissonné mes moissonneurs, « Os et nerfs, tête et cœur etfoie l... « C’est donc bien le sang des mineurs « Quifait que ton âtre rougeoz’e. Ta cheminée est un cercueil «.
Où se tord quelque humaine gangue ; Et chaque étincelle est un œil, Et touteflamme est une langue“ A à A Les visages exaspérés De tant de revenantsfantasques Jettent sur les tisons dorés Les tiédeursfauves de leurs masques. îââl’è « Et, triture'e en mes caveaux, « C’est cette humaine chair glacée « Qui chasse l’hiver des cerveaux, « Et vient réchaufier ta pensée... » Ainsi, par un jour de grésil Que décembre teignait de rouille, Chanta, vivante sur son gril, La Forétfossile, la Houille.
E 1‘ je songeais aux gnômes noirs Qui descendent loin des solstices, ‘Afin que Paris, tous les soirs, Danse sous des soleils factices. ÉMILE GOUDEAU.
1348 L’INITIATION VRS!©]ËIS MYSTRÜ]ËS LA MADONE Sonnet L’église resplendit sous l’ogz've gothique Des vitraux enflammés par un rayon du soir. Les saints transfigurés ont un regard mystique, Et la prière monte aux sources de l’espoir. Une vierge naïve au sourire hébraïque Respire les parfums flottants d’un encensoz‘r. Je ne sais quoi d’humain, en leur candeur biblique, Donne à ses yeux d’agur un magique pouvoir.
Comme perdu dans la splendeur d’un rêve étrange. Un prêtre est là debout qui contemple cet ange. Un long soupir échappe à ses lèvres en feu. Et tombant à genoux aux pieds de la madone Le prêtre croitprz‘er... Que Jésus luipardonne.’ C’est la femme qu’il aime en la mère de Dieu! IVAN DIE’I‘SCHINE.
JÉRICHO Sept Lévites portaient l’A rche de l’Allz‘ance, Ecrin d’or renfermant les lois du Sinaî‘; D’une sainte terreur Israé’l envahi, Durant sept jours entiers la suivit en silence.
LE MAL D’AMOUR 149 Les cinnors chantaient seuls de distance en distance. Alors Josue’prz’e : « 0 grand Adonaî’ Qui nous tiras d’Égypte et n’as jamais trahi Ton peuple élu, fais voir l’eflez‘ de la puissance .’ » Soudain, de toutes parts, retentz’ssent dans l’air Les trompettes d’airain au son vibrant et clair, Et contre Jéricho monte un cri de victoire!
Mais, aussitôt, la crainte arrêtant ses hourras, Le peuple de Dieu voit, pouvant à peine croire... Les murailles crouler au son des assoras ! IVAN DIETSCI—IINE. LE MAL o’Auoua (Suite et fin) Alors il revenait lentement à sa baraque, se retour nant cent fois, attristé que la forêt touffue lui cachât le nid de sa bien-aimée.
Sur l’autre versant du vallon, il retrouvait son jardinet et sa maison nue, mais les fleurs et les fruits pourrissaient sans qu’il y songeât, et la maison avait une triste odeur de froideur et d’aban don qui le faisait frissonner.
Et il avait détruit toutes les reliques qui auraieut pu détourner sa pensée de J canne, il avait foulé aux pieds ces chers brimborions et ces billets naïfs où restaient .pourtantquelques parcelles de son cœur; il avait relé—
I 50 L’INITIATION gué au fond d’une malle, sous les hardes de rebut, son père, sa mère, toute sa famille, dans cette colère sauvage de destruction et de douleur étrange, pleine de folle fureur et pleine de douceur tendre.
Il n’avait gardé qu’une ébauche fort imparfaite du portrait de Jeanne, ébauche qu’il avait crayonnée de souvenir et qu’il avait placée bien en vue, sur le mur de sa chambre, de façon qu’en se levant, son premier re gard fût pour elle, et qu’en se couchant il la regar dât encore.
Et souvent au matin, dans la douce som— nolence du réveil doux, il avait devant les yeux J eanne qui le regardait dans sa couche, et qui paraissait sou rire lorsqu’il se sentait dispos,et qui paraissait pleurer quand il était triste. Puis, il se levait et se vêtissait.
De la fenêtre, par delà la combe où noircissait le bois toufi‘u, il apercevait dans le lointain la coquette maison de Jeanne, et la châtaigneraie, et le chemin qui descen— dait sur l’arête vive dans le fond gris de l’horizon. Lentement, il se sentait malade, ses forces décrois— saient, il était rongé par ce tourment atroce et volup tueux qui brisait toutes ses facultés de penser et d’agir.
Il se laissait lentement expirer, terrassé par son amour, il était heureux de trépasser pour elle et songeait avec délices que lorsqu’elle apprendrait sa mort, elle serait capable de le regretter. Et il bâtissait des rêves d’une bizarre jouissance, dans son cerveau malade qui devenait trouble. Il la voyait riante, heureuse, fière, entendant brusquement parler d’un misérable, mort de sa cruauté, et il riait d’avance de l’effet produit. Il songeait que, dans un jour de joie,
LE MAL D’AMOUR 15t de bonheur, alors qu’elle aurait le cœur en fête, cet effet serait plus grand. Et il ricanait hideusement en crispant les poings. Pourquoi lui souhaitait-il cette âpre surprise? D’abord parce qu’il mourait d’amour pour elle, et ensuite parce qu’il était jaloux. Oui, jaloux. Il était certain d’avoir un rival préféré.
Ne la voyait-il pas chaque soir errer d’un air inquiet, cherchant quelqu’un du regard, et souriant d’un sourire indéfinissable et navrant. Elle aimait un homme, il l'aurait juré; il lui semblait même qu’elle devait en être folle, et Jacques rugissait de ne savoir quel était ce monstre qui lui avait ravi le cœur de Jcanne ! Il aurait voulu quelqu’un à terrasser. 0 hideuse hypocrisie!
A son attachement si plein de patience, elle avait opposé sa maternité. Et la malingre petite fillette, condamnée par tout le monde, respirait ses dernières gorgées d’air, pendant que la mère s’aflolait d’amour loin d’elle, et que Jacques se tordait obscurément dans sa souffrance et dans sa rage...
III Lorsque Jacques n’eut plus la force de traverser la forêt pour venir guetter Jeanne, il passa de longues heures à la fenêtre de sa chambre, les yeux rivés sur la châtaigneraie qui se profilait au loin sur la croupe de la colline. Les premières fois, il n’eutpas la satis— faction amère d’entrevoir sa bien-aimée, la distance était grande et les arbres de toute essence s’entremê—
1 52 L’INITIATION laient partout. Mais peu à peu ses yeux prirent une fixité fiévreuse, et la toute-puissance de sa volonté s’étant concentrée là, il parvint à voir, le malheureux, et à s’abreuver de ce douloureux contentement. Jeanne errait chaque soir, au coucher du soleil, là bas, et l’horizon rougi nimbait d’or ses cheveux, 3 blonds et si fins, qu’on eût dit des fils de la vierge.
Jacques la devinait plutôt qu’il ne la voyait, les batte ments douloureuxde son cœur le guidaient mieux que son regard appauvri. Lorsqu’il était couché, pâle et débile, il sentait approcher l’heure de l’apparition, son âme voyait pour lui ; alors les couleurs revenaient un instant sur ses joues et son sang se reprenait à courir jeune et vit.
Et pourtant! c’était un âcre poison que ce plaisir atroce dont il s’abreuvait ainsi goutte à goutte un âcre poison qui lui enlevait toutes les forces, mais lui en laissait cependant assez pour revenir chaque jour tremper les lèvres à la coupe fatale... Certain soir le ciel fondit en eau, l’automne était proche, et déjà les noirs aquilons emportaient les es saims éperdus des feuilles mortes. Jeanne ne vint pas.
Le lendemain, Jacques attendit en vain, grelottant à la fenêtre ouverte de sa chambre. Il faisait un temps clair, rafraîchi par une brise vive. Jeanne ne vint pas. Jacques pensa que le froid la retenait au logis, et sa douleur s’aigrit de ne pas l’apercevoir, se calma de ne pas la savoir au bras d’un autre. C’est encore en vain que son œil enfiévré l’attendit huit jours durant : elle ne revint pas. Alors il ne quitta plus le lit; un mois s’écoula dou— cernent. Son esprit s’emplit d’une étonnante quiétude.
LE MAL D’AMOUR 153 l_—.wm.u—v- - . . - L’afiaiblissement de son être était si grand que l’esprit seul vivant avait perdu tout souvenir du pauvre être débile qui l’enchaînaità la terre. Les rêves infinis le hantèrent, la douleur en lui se fit joie, et ce qui était mauvais devint bon... On était au printemps, les arbres verdissaient, les cœurs battaient sous le renou veau de la nature et de l’amour.
Jeanne était tendre pour Jacques, elle lui avait avoué qu’elle l’aimait, il s’était grisé de cet aveu, et, tous deux, elle et lui, ils allaient enlacés dans les sentiers parfumés, ivres d’amour et de jeunesse. Leurs baisers étaient si doux, si doux, qu’on eût dit une tendre musique sucrée, ou un baume pour les douleurs. Leurs lèvres constam— ment unies ne pouvaient plus se séparer, tant était intime l’union de leurs âmes et de leurs deux êtres...
Et Jacques rêvait de cela dans sa couche froide. ne voyant sur le mur blanc que Jeanne qui lui souriait. Un autre jour, le ciel devint noir comme de l’encre, et un orage épouvantable se déchaîna sur le vallon; la grêle tomba en abondance. Et, en regardant les petits grêlons blancs qui rebondissaient sur les vitres, le rêve de Jacques devint noir; mais, si ce songe était triste, il était riant aussi. L’enfant de Jeanne étai mort ce jour-là.
Dans la chambrette claire où la morte dormait, se pressaient les parents, les amis, le curé vénérable en cheveux blancs. Cependant, parmi tous ces gens-là, il ne reconnaissait personne, il manquait quelqu’un, c’était Jeanne. Elle ne se trouvait pas là, au lit de mort de sa fille. Pourquoi? Elle ne regrettait pas cette enfant, qui l’importunait depuis si long temps, dans son attachement faible à la vie? Et si
I 54 L’INITIATION elle ne regrettait pas son enfant, ils pourraient être ‘ heureux, et tranquilles ! Ils loueraient une char mante petite maison dans le bois, et là aucun spectre ne viendrait se dresser entre eux. Quel songe ineffable et berceur! Le lendemain, son cœur le transporta sur la route qui descendait la croupe du coteau. Un long cortège défilait pas à pas.
Les enfants de chœur en surplis empesés, le prêtre vénérable dans son étole blanche et les cierges minces dont la flamme tremblotait sous la brise, le cercueil couvert d’un drap blanc à franges d’argent: il vit tout cela. Derrière, venaient les pa rents, les amis; mais il chercha en vain : Jeanne n’y était pas.
Le cortège s’égrenait lentement sur le che— min plat, entre les haies dépouillées; lorsqu’il passa dans la châtaigneraie, Jacques encore chercha J eanne : toujours elle n’y était pas. Alors il quitta le cortège et revint à la maison; tout était vide et froid, il parcou rut toutes les chambres, mais il ne trouva pas J canne.
Brusquement il ressentit une grande douleur dans la poitrine, et, sans qu’il pût se rendre compte de ce qui venait de se passer en lui, sa douleur s’ef« faça devant une grande joie, comme un éclair: il avait devant les yeux Jeanne qui lui souriait; puis il perdit souvenir de sa promenade funèbre. il prenait sa bien-aimée par la taille, et l’emmenait dans son cœur, où elle résidait toujours. Bien d’autres instants de bonheur furent leur partage.
Et J canne avait fait de doux aveux à Jacques. Elle lui avait dit qu’elle l’avait toujours adoré, mais que le souvenir de ses devoirs de mère l’avait toujours obligée de se montrer cruelle. Et 1 .î
LE MAL D'AMOUR 155 elle serait toute à lui maintenant que l’enfant était partie. C’était Jacques qu’elle aimait à en perdre l’es prit, c’était lui qu’elle cherchait toujours des yeux dans ses promenades solitaires, et elle lui disait que, si elle ne l’avait pas revu, elle en serait morte, bien sûr! Car elle n’était pas assez forte pour résister au mal d’amour!
Et il la croyait, le malheureux, et il s'enivrait de plus en plus de ce poison perfide qui l’engourdissait et le charmait..... IV Quelque temps après, il put se lever et sortir. Sous l’inspiration de sa vie immatérielle, ses forces reve— naient peu à peu.
Quel plaisir pour lui lorsqu’il put de nouveau, du bord de sa fenêtre, contempler au loin le chemin qui descendait sur la croupe du coteau, et lorsqu’il vit la silhouette de Jeanne passer dans la châtaigneraie assombrie. Cette silhouette avait quel— que chose de vaporeux et de fuyant, au milieu de ces arbres dépouillés, au-dessus de cette forêt dans le vallon, où soufflait le vent d’hiver en arrachant les dernières feuilles.
Mais Jacques ressentait une si in tense joie qu’il ne s’aperçut pas de la mélancolie et de la tristesse régnant partout. Plusieurs jours de suite, il revit l’ombre de Jeanne sur l'horizon gris, mais sans doute ses yeux s’affai blissaient, tandis que la santé lui revenait, car la silhouette de la bien-aimée s’estompait de plus en
1 56 L’INITIATION plus terne et confuse. Elle semblait regarder du côté de Jacques. Il arriva qu’il ne la vit plus; il avait beau sonder la châtaigneraie déserte. Avec la perception réelle des choses, sa vue idéale s’était effacée. Alors il n’eut plus qu’une hâte, plus qu’un‘ désir, celui d’aller retrouver Jeanne; elle l’accueillerait, puisque l’enfant était morte.
D’ailleurs, il avait vécu ses songes, et il lui semblait qu’il presserait son idole sur son cœur, comme après une courte séparation, et qu’il retrouverait sur les lèvres de la bien-aimée la saveur que ses lèvres y avaient laissée la veille. Il traversa comme avant les sentiers perdus de la forêt, qu’il connaissait si bien, mais plus comme un honteux. Il marchait fièrement, inondé d’espoir et d’amom.
Il froissait du pied les herbes sèches et les brindilleslbrisées, il traversait ce spectacle désolé qui, chaque hiver, le glaçait d’effroi, et il n’apercevait rien de tout‘cela. Pour lui, les oiseaux chantaient dans des nids et la nature avait revêtu son plus beau manteau. Il revit la châtaigneraie, et machinalement chercha des yeux: Jeanne n’y était pas. Il ne s’en étonna aucune ment.
Il arpenta fiévreusement le chemin qui condui sait à la maison, ouvrit la grille du jardin et entra sans avoir rencontré âme qui vive. C’est seulement au seuil de la chambre de l’amante qu’il s’arrêta, tressail lant soudain. Puis, résolument il entra. 0 l’horrible étrangeté de la vie et du rêve 1 Sombre ‘et furieux mélange de ce qu’il y a de plus vil et de tout “ce que nous avons de plus haut! Jacques, étant entré, pâlit soudainement, pétrifié. Là, devant ses yeux, l’en fant de Jeanne, la fillette condamnée à la mort, jouait
LE NOTAIRE PENDU 157 sur le tapis, folle et insoucieuse, les joues brillantes des couleurs de la santé. Dans un effort surhumain, Jacques fit un pas en avant, et d’une voix étranglée demanda: _ — Et ta maman, où est-elle ? La fillette, étonnée, resta un moment silencieuse, puis du ton doux et triste des enfants qui vont pleu rer, elle répondit : — Maman, on l’a emportée, un jour qu’il pleuvait bien fort, parce qu’elle ne voulait pas se réveiller.
Jacques ressentit comme un coup de marteau sur le crâne, et quelque chose se déchirer dans sa tête. Il s'enfuit alors, et sans pleurer, sans même se sentir attristé, comme lorsqu’on songe à un fait très ordi naire, il murmura: > . — Elle m’avait bien dit qu’elle mourrait si elle ne. me revoyait plus, C’est moi qui l’ai tuée. _.
Et il fut rempli d’un terrible et suprême orgueil, à la pensée qu’elle ne pourrait être à aucun autre, et qu’elle était morte d’amour pour lui... (Fin.) ' LÉON Rroroa. 3ir 31}lwmr {lENM (Suite) Le vieillard à la grande robe noire descendit lente ment les degrés. , Il tenait toujours la coupe d’or et le couteau âL ,manche d’ébène.
1 5 8 L’INITIATION Sur le front de l’homme bâillonné, il répandit une partie du liquide contenu dans la coupe d’or et je l’entendis qui murmurait : « Adês! Adès! Ade‘s! » . Et il leva son grand couteau... —- Par le sabre de mon père! je voudrais bien être dans mon lit à Castellamare. —— Fantaisie d’autant plus facile à satisfaire, chez Ignazio, que tu n’as jamais quitté ton lit. Tu peux le constater toi-même.
En effet, bien loin, au-dessous de moi, je me vis, moi, le petit Ignazio, la tête appuyée sur une main, le genou relevé, immobile et plongé dans un sommeil lourd. La lampe s’était éteinte, le drap avait été jeté de côté et le livre au pied du lit.
Autour de mon visage les moustiques bourdon naient. ’ ' -— Explique—moi... commençai-je. -— Comprends donc, interrompit Masaniello qui pla nait avec moi au—dessus de la chambre, comprends donc que cette masse de chair inerte, ce n’est pas toi tout entier. Tout au plus te fournit—elle un prétexte pour vivre quelque temps sur terre. Tu as voulu voir comme voient les Esprits.
J’ai dû dégager la partie la plus subtile de ton essence pour te faire monter dans la lumière. Tu as vu un lambeau du passé, veux-tu assister maintenant à une scène qui, pour nous, n’a pas encore de réalité matérielle ? L’apparition venait de descendre. Elle se tenait de nouveau près du lit, tout au bord, la face touchant la mienne. Une idée bizarre surgit dans ma fantaisie. La petite Anglaise qui hantait mes rêves se mêlait à
LE NOTAIRE PENDU 159» toutes les préoccupations de ma vie enfantine ; cette frêle et gracieuse Nelly, ne la revenais—je jamais quand elle aurait quitté Castellamare ? —— J’ai compris, dit Masaniello répondant à cette pensée qui, timidement ébauchée dans mon cerveau» me causait une palpitation. J’ai compris.
Regarde l IV . . . . . . o . . - . . . . o . - n o . - . e . o | . o . o . o a - J ’entendis un souffle d’ouragan comme jamais n’en mugissent nos rafales au bord de la Méditerraném C’était un ronflement sourd, continu, puissant, à travers lequel perçait une note tantôt aiguë, tantôt plaintive, parfois modulée comme un rire.
J’étais au sommet d’un immense rocher noir, crevassé, glissant, tout craquelé par des crevasses que remplissaient de grosses herbes gluantes d’un vert sombre, si haut, si haut qu’entre la mer et moi s’étendait une couche de nuages bas et lourds comme si le roi eût été suspendu dans le ciel.
De temps à autre, par une éclaircie rapide, je voyais les vagues, montagnes soulevées avec colère, courir et se briser contre le rocher en le couvrant d’une longue bave blanche. Au fond d’une anse étroite, tout à fait sous moi, car le rocher la surplombait, l’eau était noirâtre, sans agitation apparente, presque aussi calme que la surface d’un étang. Le vent, arrêté au passage, déchiré par les
1 60 L’INITIATION obstacles, n’y arrivait que par minces poussées; de petits bouillonnements, des remous subits, quelques flaques d’écume surgissant tout à coup, indiquaient des pointes de rochers sous-marins. Cette tranquillité sinistrement moqueuse m’épou vanta plus que la fureur des grosses vagues. « Qu’est-ce que cet endroit terrible P me dis—je. -— La baie des Trépassés ».
En entendant ce nom lugubre prononcé par je ne sais qui avec un son de voix souterraine, un frisson de glace passa dans mes os. . . Quelques hommes arrivaient, pieds nus, sur le rocher. Ils avaient des chapeaux à larges bords, de grands cheveux en queue de cheval; et ils s’inter— pellaient les uns les autres dans une langue rude que je n’avais entendue nulle part.
Ils montraient du doigt un point éloigné dans la haute mer, près d’une petite île que je voyais à l’horizon. Au delà du sauvage écueil, l’océan semblait tran quille, et, par-dessus le vent, les nuages et les vagues, le soleil, un soleil plus pâle que le nôtre, éclairait toute la scène avec une sorte de gaieté railleuse. Le point désigné par les hommes chevelus grossit rapidement. C’était une barque.
Elle courut droit à la baie des Trépassés où elle heurta un écueil. En quelques instants je la vis se remplir d’eau, s’en— gouflrer et disparaître. Une angoisse inexprimable me déchira le cœur. Je voulus me précipiter au bas du roi à l’endroit où la barque venait de s’abîmer. Pourquoi? J’eusse vu périr mon propre père sans éprouver un si violent désespoir. -.--4‘
LE NOTAIRE PENDU 161 Quelque chose flotta : une forme de femme qui s’ar— rêta sur le rivage. Une brusque rafale, collant ses vêtements contre le corps, en dessina rapidement le contour; pendant un instant une longue mèche blonde voltigea. Puis ce contour s’évanouit, se dissipa peu à peu comme une chose qui s’atténue avant de disparaître. La femme monta, monta, en se dissol— vant toujours.
Quand elle passa près de moi, je fis un effort désespéré pour appeler. Le souffle se heurtait contre mes amydales que je sentais gonflées et dures. Ce fut d’une voix rauque que je pus enfin crier: « Nelly, Nelly! » à travers cette forme, au moment où elle s’élevait flottante au-dessus de ma tête; j’avais cru apercevoir un regard, un sourire... Étaient-ils adressés à moi?
Je restai les bras tendus vers elle criant encore : « Nelly, Nelly ! » alors que, petit nuage bleu, elle se confondait au Ciel avec les autres nuages. Quand je revis Masaniello, il avait grandi et s’était rapproché encore plus de moi. Son œil brillait allumé par la passion, comme celui d’un homme vivant. -— Allons à Naples. Tu y verras les choses qui nous intéressent l’un et l’autre.
C’est là que j’ai aimé, que j’ai haï, que j’ai souffert; c’est là enfin que j’ai vécu en quelques jours plus que d’autres pendant de longues années. Masaniello, avant de me faire assister à une vision, me posait la main sur l’œil, l’autre sur la jambe. Cette fois, le contact que, d’ailleurs, je ne sentais pas maté riellement, se prolongea plus que tout à l’heure ? —- As-tu lu mon histoire ?
162 L'INITIATION — Oui, avec un poignant intérêt, comme s’il se fût agi d’une personne qu’un lien quelconque attacherait a mer. —- Les histoires sont souvent menteuses, toujours incomplètes. Regarde. . . . . . . . . o ‘ V Quelle chaleur épaisse et stagnante pesait sur la nature ! On se trouvait dans une étuve sous un cou— vercle de cuivre rouge. Des émanations fétides, opaques, sortaient du sol comme à l’approche de nos solfatares.
Un murmure bourdonnait confus dans l’atmos— phère lourde. Je traversai quelque rues de Naples. Elles me parurent plus étroites, irrégulières et fangeuses que je ne les connaissais. De vieilles maisons, hâves, lézar— dées7 se penchaient, prêtes à tomber les unes sur les autres. Les balcons en saillie s’inclinaient pour ren— contrer d’autres balcons accrochés en face.
Ils ne lais— saient plus voir, à travers d’étroites découpures, que le ciel en minces filets bleus. Je retrouvai. comme de nos jours, des pastèques pendus aux fenêtres, des linges tendus sur les perches. Les vieilles femmes faisaient monter et descendre des paniers au bout de longues cordes. Je revis aussi des marchands de fruits, de limo
LE NOTAIRE PENDU 163 nade et de melons, au fond de leurs boutiques en forme de grandes chaires à baldaquin. Au coin des rues, dans les niches, des Lampions brillaient devant quelque pieuse image. Partout des enseignes de barbiers saigneurs. Les personnes que je rencontrai avaient un teint de nuance terreuse; des visages de momie. Elles regardaient fixement comme avec des yeux en verre.
Quand je passais près de ces gens—là, personne ne paraissait me voir. Ils portaient des vêtements de formes et de couleurs étranges, pareils à ceux que j’avais vus sur d’anciennes gravures. En arrivant sur une place, je vis une grande foule rassemblée. Tous partaient en faisant beaucoup de gestes. Au milieu de cette place, suivi d'une foule qui huria'rt, un cavalier passa dans un tourbillonnement. Et tous de crier: « Le voilà! A mort Masaniello !
A mort le traître! » Si rapide que ce cavalier me fût apparu, j‘avais reconnu le magnifique manteau brodé d’or, la plaque de métal, l’épée qu’il brandissait, furieux, frappant à droite et à gauche. J’avais vu aussi son visage mou cheté de taches livides. La foule se rua derrière lui. Des soldats en corselet d’acier , le casque sur la tête , l’espingole contre l’épaule, défilèrent le long de la place.
Ce cri: « A mort le traître! » éclata comme un rugissement qui s’étend de proche en proche pour aller mourir au loin. Cependant, le danseur, malgré \ sa violence amissait n’im rimer a l'air aucune 3
164 L’INITIATION vibration. Les sons étaient sourds, comme voilés et amortis par quelque chose de mou. Je remarquai un jeune homme habillé à la façon de ' nos lazzaroni : bonnet rouge, veste jetée sur l’épaule, caleçon court , jambes nues , grossière chemise ouverte découvrant toute la poitrine sur laquelle ballottait un scapulaire. Il attira mon attention.
Dans sa petite face chétive, son geste nerveux et rapide, je crus me reconnaître moi-même tel que je me vois en me regardant dans une glace à la tombée de la nuit. « Ignazio, lui disaient les camarades, conduis—nous. Tu le frapperasle premier. « Oui, à toi l’honneur de lui arracher du corps son âme maudite! Alors je perdis la notion de ma personnalité; je n’étais plus le jeune Ignazio de Castellamare, spec— tateur d’une scène fantastique.
Le petit lazzarone et moi ne faisions plus qu’un. Je cessai de le voir. J’avais pénétré en lui ; il avait pénétré en moi. Nous nous étions fondus l’un dans l’autre pour former un être unique, enflammé de jalousie, de haine, transporté par une rage féroce. Une monstrueuse fantaisie de meurtre s’était emparée de moi comme d’une bête qui a flairé le sang. C’était un besoin de vengeance, un délire de mas sacre.
Je serrais, d’une main convulsive, ma demi pique espagnole, et les muscles de mon bras devenaient durs comme des branches de chêne. Tout le monde me suivit. « L’infâme s’est réfugié au couvent des Carmes. Venez ! Une fusillade retentissait sur la petite place. ._IA .-, A V A,;\.<,.;
LE NOTAIRE PENDU 165 Nous arrivions trop tard, mais le cadavre était là, allongé en plein soleil. Les chiens rôdaient à l’entour, maigres, avides, faméliques, attendant que la foule se dispersât. Je crus voir que ce cadavre remuait encore. De la pointe de mon arme, je le frappai à la jambe, puis en plein visage, à plusieurs reprises, avec un acharnement stupide.
Et Vignoble populace de crier derrière moi: <kVive lgnazio ! » Ensuite, à loisir, elle mutila le mort. Appuyé au parapet-d’un pont, je régarda’is l’eau d’un égout couler, noire, avec des flaques luisantes à la surface, charriant des immondices entre deux murs très rapprochés et s’engoufl’rer sous une voûte obscure. Des odeurs montaient par bouffées, nauséabondes, écœurantes. L’eau qui coulait lentement eut un remous. Elle s’agita.
Une chose informe, verdâtre, voulait monter à la surface. Qu’est—ce que cela? Une touffe d’herbes P... Non, une chevelurehumaine toute souillée d’herbages gluants... Une tête P... Une face d’homme se dressa sur l’eau noire... -— «Oh ! Masaniello! Masaniello ! par pitié, au nom de la très sainte madone, cache cet œil ! » (A suivre.) R. DE MARICOURT.
BIBLIOGRAPHIE VURGEY.-— Trois adaptations du Microcosme : l’Ame, les Sept Principes de l’Homme, et Dieu, avec une préface de Papus.‘ Brochure petit in-8° de 77 pages, illustrée de schémas pan taculaires (Paris, Chamuel, I892). Le Groupe indépendant d’Éludes ésotériques fondé à Paris par Papus et ses amis ouvrait naguère un con cours, auquel un certain nombre d’écrivains distin gués ont eu à cœur de prendre part.
Plusieurs d’entre les thèses présentées à cette occasion parurent remar quables à des titres divers; mais la Commission d’En saignement n’hésita pas à mettre au premier rang le mémoire de M. Vurgey, délégué général du Groupe pour la Belgique. Si la Commission éprouve un regret, c’est de n’avoir pu offrir à M. Vurgey une plus haute marque de son estime. Cette mince plaquette révèle en effet un occultiste éminent.
Bien des volumes très massifs d’aspect et très prétentieux d’allure renferment infiniment moins de substance assimilable à Iaïpensée, que n’en offrent ces quelques pages de M. Vurgey.
Le lecteur, déso rienté de prime abord, tant par la métaphysique abrupte des aperçus que par la concision draconienne du langage, ne tarde guère à éprouver un âpre et intense plaisir à s’assimiler cette nourriture intellec tuelle un peu forte, mais dont il savoure bientôt la substantifique moé‘lle.
L’AME, LES SEPT PRINCIPES DE L’HOMME 167 Tenter l’analyse d’une brochure Où les idées, com— primées à l’excès, débordent les vocables, serait folie. Notons seulement, après notre ami Papus, que M. Vurgey possède et manie avec une rare précision l’Analogie, cette méthode propre des sciences dites occultes.
Partant de ce syllogisme : -— Les anciens Sages ne se payaient point de phraséologie vague ni d’à peu près; or les anciens Sages ont dit de l’homme qu’il est un Microcosme ou petit monde; donc il y a, entre l’Homme et le Macrocosme ou grand monde, toute une série de similitudes, ou tout au moins de correspondances parfaitement rigou— reuses, —— la méthode analogique lui a permis d’in— férer à priori une multitude de rapports ésotériques d’une justesse frappante et d’une ingénieuse nouveauté.
Mais ce qui donne un intérêt exceptionnel à la thèse de M. Vurgey,c’est l’inflexible rigueur de déduc tion qui en domine et en maîtrise l’agencement. Tant d’idées mâles et neuves, mises en valeur par leur groupement synthétique, se revêtent d’un style excel— lent, sobre, ferme et nerveux. L’auteur réussit presque constamment à traduire les hauts arcanes de l’Ésotérisme dans le pur langage scientifique des mo dernes.
Enfin (effort méritoire entre tous), il fait pa— raître dans l’étude et la classification des facultés hu maines un souci constant des localisations physiolo giques , —— ce que bien peu d’occultistes avaient osé jusqu’ici (I). (1) Lire à ce propos l’intéressante préface de Papas. Voir notamment ce qu’il dit d’un magiste génial et peu connu, le Dr Malfatti de Montereggi0.
168 L’INITIATION , La brochure des Trois adaptations vaut d’être mé ditée : par l’ésotérisme qui s’en dégage, elle a de quoi passionner les adeptes de la pensée mystique; elle de vrait intéresser aussi les savants, dont l’auteur em prunte si à propos le langage technique et concis.
Ainsi l'a voulu M. Vurgey, afin que fussent réconci liées en son œuvre les deux Sœurs ennemies qui se disputèrent de tous temps le sceptre de la pensée hu- ‘ maine : la Mystique illuminée et la Science expéri mentale, positive, — deux belles rivales, dont les chevaliers respectifs se persiflèrent trop souvent ou se maudirent à l’envi, sans même chercher à se com prendre. S. DE G. (I). s.
1:.) Ènnrs saunas La Conquête du Pain, par PII—:I}RE KROPOTKINE. Paris, Tresse et Stock, éd1teurs, I892. Pierre Kropotkine, ce prince russe qui, vous le savez, a jeté son blason aux orties, semble appliquer sa théorie de l’anarchie à la composition de ses ouvrages.
Ses livres sont, à proprement parler, des fédérations de chapitres; le dernier, en particulier, est bien « un libre groupement » d’articles de journaux ou de revues autour du drapeau rouge de la couver— ture avec ces mots : La Conquête du Pain.
L’analyse d’un tel ouvrage n’est pas facile ; para— phraser le titre, déployer le drapeau rouge serait laisser dans l’ombre tous les détails essentiels; d‘autre part, interviewer individuellement les quinze cha
_.. .n .y. A vfr.vr:> wr g va ,._w r_ H ÉTUDES SOCIALES 169 pitres dont il se compose serait noyer dans les détails l’idée qui les a groupés. Il en est de ce livre comme du drame musical moderne où l’impression se dégage de la fédération des accords ; les airs que l’on retient et que l’on colporte y sont rares. Nous allons essayer d’en mettre en relief le leit—motin. La révolution future, dit Kropotkine, sera écono— mique ou elle ne sera pas.
Le travailleur ne doit plus mettre, comme en 1848, « trois mois de misère» au service de politiciens qui, après s’être donné du galon, discuteraient encore gravement sur l’épuration de l’ad ministration ou la séparation de l'Église et de l’État, tandis que le pain manquerait dans les faubourgs. Du pain, il faut du pain à la Révolution ! (chap. v, les Denrées).
Ce qu’il faut revendiquer, ce n’est pas le droit de suffrage, même pas le droit au travail, c’est le droit à l’aisance, c’est la satisfaction des besoins essentiels: l’aliment, le vêtement et le logement. Ce qu’il faut conquérir, ce n’est pas le pouvoir politique, c’est le moyen de production. Pourquoi et comment? Pourquoi?
Parce que la force productrice de l’hu— manité est le fruit du travail collectif de nos ancêtres et qu’à ce titre elle appartient à la collectivité (chap. 1°”, Nos Richesses).
Parce que cette force productrice, détenue par des individualités égoïstes, est mal em— ployée et qu’aujourd’hui elle est forcée de se modérer pour éviter l’encombrement des marchés. alors qu’il y a des milliers d’individus qui manquent du nécessaire (chap. 11, l’Az‘sance pour tous). Comment P Par l’expropriation de tous les moyens de production sans exception, propriétés financières, _ v r 77mt. m. _ .
170 L’INITIATION industrielles et foncières, par la mise en commun de toutes les richesses sociales et par l’organisation anar chiste du travail, enfin affranchi, conformément à sa fin évolutive, de la tutelle de l’État (chap. u1et1v, Communisme anarchiste et Expropriation).
Or sait-on quelle somme de travail un homme va— lide devrait fournir, d’après les calculs de Kropotkine (chap. VIN, Voies et moyens) pour satisfaire ses besoins essentiels de nourriture, de vêtement et de logement? Cinq heures parjour de vingtà quarante ans. Comment alors parler de paresse dans un tel régime (chap. XI], Objections) ?
Le travail y devient agréable parce qu’il est intelligent (chap. x, Travail agréable), parce qu’il est affranchi de la division du travail qui abrutit l’ouvrier et lui enlève toute initiative (chap. XIII, Di— wision du travail).
Les besoins de luxe eux-mêmes y trouvent leurs satisfactions, grâce à la libre entente qui multiplie les associations d’art. Chacun fait, suivant ses goûts ou ses désirs, l’hommage de ses demi—jour— nées de loisirs à l’association de son choix, qui lui donne en échange ce qu'il veut.
C’est ainsi que liro potkine nous apprend que l’individu qui voudra pos— séder un piano à queue n’aura qu’à entrer dans l’as sociation des fabricants d’instruments de musique et à lui consacrer une partie de ses demi—journées de loisirs (chap. 1x et XI, Besoinde luxe et libre entente). Ce procédé lui paraît d’ailleurs bien plus rationnel que l’échange au moyen des bons de travail des collecti vistes, bons de huit heures divisibles. Comprend-on qu‘on aille acheter pour une heure de viande, pour dix minutes d’allumettes ou cinq minutes de savon.
... _. ç __Û__ .___ _-.... . —. -.._ — ....... —-v—‘.. ,.-—v<- . .. Nez-9 . ÉTUDES SOCIALES =17:r (chap. xur, Salaire collecfim'ste)! Ces collectivistes! Que d’erreurs ne commettent-ils pas!
Ils établissent une hiérarchie dans le travail, ils distinguent le travail simple du travail complexe ou qualifié, le travail du manœuvre du travail de l’ingénieur,et leur attribuent des rémunérations différentes; ils demandent à l’État d’organiser la production!
« Mais établir cette dis— tinction, c’est maintenir toutes les inégalités de la So ciété actuelle; c’est tracer d’avance une démarcation entre les travailleurs et ceux qui prétendent les gou verner. » Tous les travailleurs sont égaux devant le” besoin!
« Il faut placer le besoin au—dessus des Œuvres et reconnaître le droit àla vie d’abord, à l’aisance en— suite pour tous ceux qui prendront une certaine part à la production », —— production anarchique bien en tendu, c’est-à—dire libre de toute intervention de i’État.
Lorsque nous aurons parlé du quinzième et der nier chapitre (l’Agrz’culz‘ure), — où Kropotkine établit qu’il suffira « de vingt-cinq journées de cinq heures, simple affaire de s’amuser un peu dans les champs, pour avoir ces trois produits principaux: pain, viande et lait,—ces trois produits qui, après le logement, font la préoccupation principale quotidienne des neuf dixièmes de l’Humanité », — lorsque nous aurons cité son intéressante exposition de la culture intensive et des merveilleux résultats du « potager sous verre », nous aurons terminé la rapide esquisse de ce livre curieux : la Conquête du Pain.
Allons-nous entreprendre la critique d’une œuvre si complexe et méritant mieux en somme que quelques coups de plume dogmatiques? Nous ne l’oserions, si
I 72 L’INITIATION la logique implacable de l’auteur, qui lui fait appliquer rigoureusement la même méthode à toutes les quesn tiens qu’il aborde, ne nous permettait de le résumer en une objection unique. — Qu’il s’agisse d’un phéno mène de production, de répartition ou de consomma tion, Kropotkine n’envisage que l’élément inférieur, matériel et lui subordonne tous les autres.
Dans la production, le travail physique de l’ouvrier domine le travail moral de l’entrepreneur et du patron, le travail intellectuel de l’inventeur et du capitaliste : c’est l’ou vrier, le manœuvre qui crée la richesse. Dans la répar tition, le besoin, nous l’avons vu, domine l’œuvre et la faculté mise en jeu; dans la consommation, le besoin physique domine les autres.
Si l’on passe de l’économie à la politique, l’individu seul existe, l’État doit dispa raître ; l’ordre résultera du libre groupement des tra vailleurs: en morale l’habitude sociable, fruit du libre jeu des intérêts, suffira seule au règne de la justice. Que devient la société avec un pareil système?
Nous sommes obligés de proclamer bien haut, d’au tant plus haut que la justesse de bien des critiques livre la raison du lecteur au charme d’une utopie généreuse que l’on sent inspirée par une franche sympathie pour tous les déshérités et les victimes de l’état social actuel, nous devons proclamer, disons nous, qu’avec un pareil système la société devient un organisme où l’activité vitale est réduite pour ainsi dire à la fonction de nutrition et retombe au rang des mollusques.
Tout le monde sait qu’un des caractères essentiels de l’évolution des êtres est la spécialisation progressive des fonctions de circulation
GROUPE INDÉPENDANI‘ D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES 173 et de relation; or nous doutons que M. Kropotkine refuse au règne hominal les derniers progrès de la nature. Alors pourquoi veut-il supprimer dans la société les éléments de relation et de circulation, le cerveau et le cœur, au profit d’une colossale nutrition et d’un monstrueux appareil digestif?
N’est-ce pas Auguste Comte qui a dit : « Il est aussi contradictoire de concevoir une société sans gouvernement que de concevoir un homme sans cerveau » P L’auteur commet là, en somme, l’erreur commune à tous les faiseurs de système; il essaie de réaliser l’unité sociale par l’unification des modalités fonc tionnelles au profit de l’une d’elles ; or l’unité ne peut être réalisée que par la synthèse de ces modalités coessentielles, irréductibles, dont les constantesmo di fications de rapports par intégration, désintégration et ségrégation concomitantes, comme dirait Herbert Spencer, constituent l’harmonie de l’entité organique intégrale. JULIEN LEJAY.
_anH‘.r ;-v ’ 1 1,4 L INITIATION ËRGUPE larÉaranssr D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES CONFÉRENCES AU QUARTIER GÉNÉRAL. -— Les conférences de quinzaine du vendredi se poursuivent au Quartier Général avec un succès croissant.
Après Émile Goudeau, Émile Michelet, Bureau, etc., c’est un oriental très éru dit et pétillant d’esprit, le Cheik Abou-Naddara, qui a fait deux improvisations sur la philosophie orientale et la Femme en Orient, improvisations couvertes d’applau disœments par nos auditeurs. Le Cheik Abou-Naddara est l‘ardeur défenseur de l’indépendance de sa patrie, l’Egypte, etcomme tel ne peut qu’exciter les plus ardentes symphaties en France.
Le journal dirigé par le Cheik et rédigé en langue française et en langue arabe, est tiré à 15,000 exemplaires et n’a pas peu contribué à la diffusion des idées françaises en Orient. BRANCHES ET Conaesroumu‘rs. — Un nouveau poste de correspondant vient d’être établi à Roanne (Loire), un autre à Rennes. ALorient, à Annecy, deux postes sont en formation.
Toulouse. — Un journal régional publie l’article sui vant qui montre l’importance de notre branche de Tou louse: SOCIÉTÉ D’ÉTUDES THÉORIQUES ET PRATIQUES DES FORCES NON ENCORE DÉFINIES DE LA NATURE ET DE L’HOMME. « Il existe à Paris une Société ayant pour but l’étude scientifique de la magie, de l'hypnotisme, de la télépathie et des médiums.
OCCULTISME PRATIQUE W « Dirigée par le docteur Encausse, chef de clinique du célèbre docteur Luys (de la Charité), cette société compte dans son sein plusieurs hommes éminents par leur savoir, et a pour organes l’Initiation, revue men— suelle, et le Voile d’Isis journal hebdomadaire. « En outre. la Société compte actuellement 2 r branches en province et 30 branches à. l’étranger.
Toulouse étant le grand centre scientifique du Sud-Ouest, on parle d’y fonder une de ces branches qui prendra le nom de Branche Languedocienne. < Les promoteurs de ce projet font donc appel à tous les hommes de bonne volonté sans distinction d’opi— nions, qui ont des connaissances soit en mathématique, soit en physique ou en chimie, soit en histoire naturelle ou en médecine, soit en philosophie ou en archéologie, pour les engager à envoyer leur adhésion, avec nom, prénoms, profession et adresse, au docteur Fugairon, chef de la Branche, place Dupuy, I, à qui l’on pourra s’adresser aussi pour tous renseignements. ) vu ce ÉTRANGER BRANCHE DE MUNTCH : Action dans la presse quoti— dienne par Thomassin; ce dernier va réunir ses écrits épars et prépare une nouvelle œuvre mystique, drama— tique, expériences spirites et psychométrie. ©@CULÏTESIÂIÈ PRATIQUE En 1874, mes parents avaient fait acquisition d’une ferme qui faisait partie d’un petit village, P..., en Bohème.
I 76 L’INITIATION Ce village se trouve au centre d’une plaine très élevée, qui forme un plateau d’environ 50 kilomètres de circonfé— rence, complètement dépourvu de bois et d’eau, coulante ou stagnante, de sorte que l’eau nécessaire aux habitants provient exclusivement d’un puits, profond de 42 mètres La population de P... se composait en tout de vingt-six personnes: hommes, femmes et enfants,qui demeuraient dans six maisons.
La ferme était située à l’entrée du village, entourée de trois côtés par les champs cultivés y arpartenant; le quatrième côté, formé par la maison d’habitation de mes parents, donnait d’une part sur la route du village et d’autre part les fenêtres dominaient les champs. Du côté de la route, la maison était séparée de celle là par un petit jardin potager, sans arbres fruitiers, de 2 mètres de large.
Ce jardin était clôturé par une grille en bois de I'“60 de hauteur. Au premier de la maison se trouvait, adhérant à une autre pièce, la salle à manger dont une fenêtre don nait sur le jardin précité et l’autre sur les champs. En face de la maison, de l’autre côté de la route, se trouvait une auberge.
Les habitants de la ferme se composaient de mon père, ma mère, mes cinq frères et sœurs, un jeune homme de vingt-deux ans, étudiant en médecine, qui était attaché à la maison comme instituteur des enfants, plus deux bonnes. Moi-même, j’étais étudiant à Prague. Le village de P... avait une mauvaise réputation dans la contrée : P... était hanté!
Les habitants, ainsi que ceux des environs, aflirmaient que, fréquemment, une ou deux fois par semaine, même plus souvent, on voyait à partir de la tombée de la nuit une « lanterne > éclairée se promener à travers les champs et le village, et des personnes soutenaient même que souvent cette « lanterne » accompagnait des gens, qui le soir s’étaient attardés dans les champs ou dans les villages voisins. jusqu’à l’arrivée dans P... pour aller se perdre dans les champs, sa tâche accomplie.
Les habi tants du pays combinaient cette apparition avec un évé nement sombre, qui se serait passé quelques années avant dans l’auberge située en face de la ferme.
OCCULTISME PRATIQUE 177 Le patron de l’auberge avait disparu, sans laisser trace depuis une dizaine d’années, et la rumeur publique accusait sa femme, qui à l’époque dont je parle tenait toujours la maison, d’avoir assassiné son mari et fait disparaître le corps en le réduisant en cendres dans un four, qui ordinairement lui servait pour faire son pain.
Effectivement, c \;te femme avait subi une détention préventive de plusieurs mois sous l’accusation d’assas sinat de son mari, mais elle avait bénéficié d'une ordon nance de non—lieu faute de preuves. D'après les gens du village, l’apparition lumineuse était l’esprit du mort qui venait inquiéter la coupable, sans faire du mal à d’autres.
Aussi, jamais on ne voyait la veuve sortir après le coucher du soleil et toutesles issues et fenêtres de l’auberge étaient hermétiquement closes à partir du crépuscule. Voilà l’histoire que j’entendais répéter avec de nom breuses variations toutes les fois que je rentrais chez nous pour les vacances.
Malgré l’affirmation de mes parents, des enfants, de toutes les personnes dela maison, d'avoir souvent le soir vu errer dans les champs la lumière_mystérieuse, je n’y prêtais aucune attention. D’autant moins que personne de notre maison n’avait jamais observé le phénomène de près, et que moi-même je considérais toutes les choses de ce genre pour des absurdités. En 1876, je faisais mon service militaire.
Au mois d’août, j’obtenais un congé de quinze jours,etje rentrais chez nous, à P... Le lendemain de mon arrivée, M. N., le jeune homme instituteur de mes frères et sœurs, se rendait dans la soirée à pied à H., un village voisin de six kilomètres de distance. , Il était’neuf heures et demie du soir, lorsque M. N. rentrait. A son arrivée, nous remarquâmes qu’il était dans un état extraordinaire d’émotion.
A nos questions sur ce qui lui était arrivé, il ne p uvait d’abord pas répondre; après quelques minutes, il s’était un peu calmé et nous disait alors, qu’à peu près à mi—chemin, en suivant tran quillement sa route, il avait aperçu subitement à côté de ‘.
178 L’INITIATION lui, à la hauteur et à la portée de sa main gauche, unelu mière pâle, nébuleuse : la ( lanterne » ! Le phénomène, tout en avançant à côté de lui, faisait un mouvement de va-et-vient, comme une lanterne por tée par une personne marchant.
M. N. avait été saisi d’effroi ; il me disait avoir voulu courir; mais, sans le pouvoir, il avait eu au contraire toute la peine pour se traîner jusqu’àla maison et l’appa— rition l’aurait accompagné silencieusement jusqu’à la porte de la ferme, pour y disparaître. Comme bien on pense, cette aventure défrayait la con versation jusque fort tard dans la nuit.
Mais, personnelle— ment, je ne pouvais pas m’y faire, et, sans contredire M. N., je pensais à une hallucination qui pouvait être le pre mier symptôme d’une maladie fiévreuse. Pour tranquil— liser M. N. complètement et pour acquit de conscience, je me suis fait monter un lit dans sa chambre. La nuit s’est passée sans incident et le lendemain matin N. était tout à fait remis, en conservantune profonde impression de la veille.
Nous étions au IO ou 12 août, trois ou quatre jours après l’événement précité. La journée avait été très belle, très chaude ; au coucher du soleil, aucune trace des nuages, et le soir était rempli d’une clarté douce, comme on {la rencontre plus généralement dans le Midi. Ilétait sept heures et demie, je me trouvais à la maison au premier dans la pièce attenant à la salle à manger ; on devait se mettre à table.
Soudain j’entends du bruit, les voix des enfants, qui r m’appellent. J’entre dans la salleà manger Où les enfants me reçoivent avec le cri: « La lanterne ! la lanterne ! » tout en étendant leurs bras par la fenêtre ouverte don— nant dans les champs. J'apercevais alors au milieu des champs, à 400 ou 500 mètres de distance, quelque chose de lumineux, comme une boulette, oscillant en avant et en arrière tout en se rapprochant de la maison.
Je répète qu’il faisait encore presque clair : le phénomène ne paraissait pas propager de la lumière en dehors de lui. Au bruit fait par les enfants, ma mère, les deux bonnes ainsi que M. N. étaient également montés et tout le . L-—au—.u———————n—r——_
OCCULTISME PRATIQUE t 79 monde regardait la « lanterne » : celle—ci avançait avec la vitesse d’un homme marchant d’un pas lent, et le mou— vement oscillant était bien ressemblant au va-et-vient d’une lanterne portée à la main. Le phénomène arrivait ainsi jusqu'à 20 mètres à peu près devant la fenêtre où nous nous trouvions.
L’appari tion. se rapprochant ainsi, je distinguais bien sa forme qui était ovoidale, mesurant au grand axe environ 25 centi mètres et 18 à 20 centimètres au petit axe. Au centre paraissait y avoir un foyer de lumière dont l’intensité s’affaiblissait vers les parois; mais les contours étaient nettement détachés de l’air ambiant; le tout n’était pas transparent.
Comme je viens de dire, le phénomène était arrivé en ligne droite jusqu’à 20 mètres devant la maison. Conti— nuant sa marche alors versla droite, il contourna le bâti— ment et je me portai, suivi de toutes les personnes pré— sentes, à l’autre fenêtre qui-donnait sur la route, voire sur le petit jardin et sur l'auberge déjà citée. Nous vîmes alors à nouveau la « lanterne ».
Elle avait achevé le tour de la maison et venait se présenter devant la grille de notre petit jardin en face de l'auberge, séparée de celle-ci par la route, soit de 4. mètres environ.
Le phénomène s’était arrêté en ce moment, appuyé pour ainsi dire à notre grille.Cela durait trois ouquatre secon des; puis la balle lumineuse s’élevait subitement, comme mue par un ressort, à la hauteur de cette grille (1m60) etvenait se percher sur la'pointe d’une des lattes en bois. L’effet produit par cette forme lumineuse inexplicable, perchée sur la grille du jardin, à quatre mètres de nous, était très impressionnant.
Il régnait un silence absolu, aussi bien à notre fenêtre, où personne ne bougeait, qu’en dehors; personne sur la route. La porte, les volets des fenêtres et autres issues de l’auberge d’en face étaient, comme d’habitude à pa reille heure, fermés. L’apparition se trouvant depuis deux à trois minutes sur la grille immobile, j’ai rompu le silence en demandantà haute voix à M.N. d'aller chercher mon fusilde chasse et de le charger. M. N. refusa en me priant avec instance de ne pas parler ainsi. Moi-même, je ne pouvais me dé
180 L’INITIATION eider à quitter un instant la fenêtre pour ne pas perdre de vue le phénomène.
La courte conversation entre moi et N. n’avait rien changé à l’état des choses et la « lanterne s continuait encore de rester à sa place pendant deux minutes peut être, lorsqu’elle glissa comme sur un plan incliné du haut de la grille, et, arrivée à un mètre à peu près du sol, elle reprit son mouvement oscillant en se portant en face à la porte de l’auberge où elle disparut comme une lumière qui s’éteint subitement.
Le fait précité est le premier et le plus apparent de ceux que j’ai pu observer à P..., mais il y en a d’autres qui, moins frappants, sont néanmoins très curieux et qui m‘ont paru avoir une connexité avec la ( lanterne ). Je pourrai en donner un récit une autre fois, qui peut—être serait à même de jeter une certaine lumière sur le phé— nomène précédent. GUSTAVE BOJANOO.
Le projesseur Riche’t Nous avons déjà publié,il y a deux mois, dans l’Initia tion le résumé des expériences faites à Milan par plu sieurs savants et concernant la force psychique. Le nu méro de janvier-février 1893 des Annales des Sciences psychiques, contient un important rapport de M. le Pro fesseur Richet, et ce rapport dénote une grande indépen dance et une remarquable lucidité d’observation de la part du savant français.
Avec un courage que sauront apprécier tous ceux qui connaissent l’état actuel des esprits dans les Académies, le Dr Richet établit et dis cute les observations qu’il afaites à Milan. Nous n’hési tons pas à affirmer que ce rapport constitue le travail le plus remarquable qui ait été publié sur les faits psychi— ques observés sérieusement, depuis les expériences de Crookes.
Aussi comptons-nous revenir prochainement sur cette publication, mais nous tenons dès aujourd’hui à rappeler notre position vis-à-vis des faits psychiques. Tous ceux qui connaissent l’occultisme admettent parfai
LE PROFESSEUR RICHET 181 tement l’existence de ces phénomènes qui impressionnent tant le monde savant. Nous n’avons plusà discuter entre nous ces faits, ni à éplucher la valeur des observations ou des observateurs entre occultistes, car nous discutons les explications de cesfails et non les faits eux-mêmes.
De là les polémiques exercées contre nous par certains spiritesqui tiennent tant à ces « chers esprits », que nous réduisons le plus souvent à des forces organiques éma nées du médium et agissant à distance; de là aussiles objections que nous opposent les rédacteurs des revues exclusivement consacrées à la statistique et à la vérifi— cation de ces faits.
On ne comprend pas comment nous discutons des explications avant d’avoir convaincu les académiciens de la réalité des phénomènes sur lesquels portent nos explications. Mais ce n’est pas là notre but; car alors nous prendrions la place de ces revues comme les Annales des Sciences psychiques, et nous ferions un tra vail que d’autres sauront parfaitement mener à bien.
La prétention de l’Occultisme est de posséder une théorie expliquant la plupart de ces phénomènes au moyen de la vie organique (corps astral de Paracelse) et sans aucune intervention surnaturelle ; aussi ne pouvons-nous qu’ap plaudir à des recherches aussi scientifiquement con— duites que celles de M. le professeur Richet.
Le danger de ces études, c'est la théorie généralement admise par le public ignorant pour le mouvement des tables et l’idée qu‘on va découvrir l’âme de Galilée cachée dans une pièce de bois. Aussi comprenons-nous très bien la phrase suivante se rapportant à ces théories basées sur l’action du monde surnaturel : « Ce sont là des faits que je ne crains pas de qualifier « d’absurdes, bien plus absurdes que toutce qu’on peut « rêver.
Et cette absurdité est si grande que ce n'est pas « une des moins bonnes preuves (morales) de la réalité « de ces phénomènes que cet excès dans les bêtises, tel « qu’on a peine à comprendre qu'elles aient été forgées « et construites de propos délibéré. » Dans notre prochain numéro, nous reviendrons du reste sur tout cela. Papas. —_
182 L‘INITIATION ä’ärvaurrarsr A la suite de la publication, dans un journal du matin, de trois articles successifs sur la mort du Dr Boullan et sur les opinions de M. J.-K.
Huysmans, à ce sujet, notre ami Stanislas de Guaita, mis en cause et se jugeant offensé, a publié la rectification suivante à laquelle M. Jules Bois crut devoir faire une réponse que nous reproduisons également : L’ENVOUTEMENT ET LA MORT DU DOCTEUR BOULLAN Paris, ce 13 janvier 1893.
« Monsieur le rédacteur du Gil Blas, « Voilà plusieurs jours que la presse colporte sur mon compte certains ragots d’un ridicule plus infamant en vérité pour les malveillants ou les naïfs qui ont lancé ce canard, que pour moi-même , aux trousses duquel il i s’acharne. 4!
Nul n'ignore plus que je me livre aux pratiques de la plus odieuse sorcellerie, — que je suis à la tête d’un collège de RoseæCroix fervents du Satanisme, et qui dévouent leurs loisirs à l'évocation du Noir Esprit; —— que ceux qui nous gênent tombent, l’un après l’autre, victimes de nos maléfices ; —que moi, personnellement, j’ai féru à distance nombre de mes ennemis, qui sont morts envoûtés, en me désignant pour leur assassin (or, chacun sait que, depuis les récents travaux des docteurs Luys et Charcot, et particulièrement du savant colonel de Rochas, l’enyoûtement à distance n’est plus contesté par la science universitairell)...
« Ce n’est pas tout. —- Je manipule et dose les plus subtils poisons avec un art infernal, c’est convenu; je les volatilise avec un bonheur particulier, en sorte d’en faire affiner, à des centaines de lieues d’éloignement, la vapeur toxique, vers les narines de ceux-là dont le 1 .-n --——-—-—«———Ml
L’ENVOUTEMENTI 83 visage me déplut. — Je joue les Gilles de Raiz au seuil du xx° siècle; — j’entretiens (comme Pipelet avec Ca brion) des relations d'amitié et autres avec le redoutable Docre, le chanoine chéri de M. Huysmans. — Enfin, je tiens prisonnier en un placard un Esprit familier qui en sort visible sur mon ordre l « Est-ce assez ? -— Point. Tous ces beaux renseigne ments ne sont qu’une préface.
L’affaire Où l’on veut en venir, c'est que l'ex-abbé Boullan, ce thaumaturge lyonnais dont la mort récente a fait quelque bruit, — n’a succombé qu’à mes infâmes pratiques, à mes efforts combinés avec ceux de mes noirs complices, les Frères de la Rose-Croix. ( On va même (cette insinuation naquit sous la plume méridionale de M. Jules Bois), jusqu’à laisser entendre qu’il serait expédient de pratiquerl’autopsie du défroqué, de qui certaines lettres, rendues publiques avec l’assenti ment de M. J.-K.
Huysmans leur destinataire, me dé noncent positivementcommele magicien provocateur dela crise cardiaque quia raviau Carmelson Souverain Pontife, et au monde des démoniaques son Roi des « Exer cistes ». «i Car il faut bien dire que M. Boullan, dont j’ai dé— masqué dans mon dernier livre (avec preuves à l’appui), les œuvres etles doctrines, souffrait dès longtemps d’une double atteinte au cœur et au foie.
Cette affection suivait son cours normal, avec des hauts et des bas. Mais à chaque nouvelle atteinte, notre pontife criaità l'envoûte ment nouveau. « M. Boullan est mort: paix à sa cendre l... J'ai dit d'ailleurs ce que j'ai cru devoir dire, touchant nos rela— tions et les événements qui succédèrent. ( J’ai raconté la vérité; je n'y ajouterai rien.
Ceux qui veulent des détails précis et d'authentiques documents n’ont qu’à consulter dans le SERPENT DE LA GENESE (tome I“, le Temple de Satan, pages 428-500) les 72 pages intitulées 2 le Carme! d‘Eugène Vinlras et le grand pan tife actuel de la secte. « Cette parenthèse étant close, revenons à ce qui me concerne personnellement. « Les allégations produites dans les journaux, ces jours
184 L’INITIATION / derniers, seraient abominables, si elles ne respiraient la plus intense bouffonnerie. « Me' défendre de pareils cancans, allons donc! Le bon sens public en a fait justice, et je n’ai peur que d’une chose, pour les fauteurs de ces naïves calomnies : c’est que, curieux d’épater les badauds et de divertir les sceptiques, ils n’aient fait rire beaucoup plus à leurs dépens qu’aux miens.
« J’avais d’abord l'idée de m’en tenir au silence du plus parfait dédain. Je l’ai gardé jusqu’à ce jour, absolu; — et les quelques lignes de rectification parues au Figaro émanent de la direcrion, et non de moi.
M. Jules Bois, en est donc pour ses frais de doucereuse perfidie, lors qu’il note que ( la réponse si pâle de M. Stanislas de Guaita dans le Figaro n’est pas faite pour contenter ses amis. >> « Je me disais : laissons tomber ces plaisanteries d’un goût fâcheux, et que nul ne rééditera. Je me trompais. De toutes parts, en dépit même de la diversion de Pa nama, des feuilles quotidiennes reproduisent gravement ces pauvretés l..
« Donc, mon intention était de me taire; mais ces sottes histoires menacent enfin de s’éterniser. La patience a des bornes, et c’est décidément trop de ridicule pour une fois. « On me demande à grands cris des explications... Les meilleures, en pareil cas, se donnent sur le pré. C’est du moins mon avis. « Mais à qui m’en prendre?
« — A M. Huysmans, d’abord : à tout Seigneur, tout honneurl <I — A M. Huysmans, qui, dans son roman Là-bas, et depuis la publication de ce livre, n’a cessé de se faire l’écho central de ces invraisemblables calomnies ; — à M. Huysmans, qui a permis qu’on publiât les folles lettres où M. Boullan me désigne comme son persécu— teur; — à M. Huysmans enfin, dont la rectification, pa rue dans un journal du matin, souligne en quelque sorte les calomnies qu’on lui prêtait à mon endroit, plutôt qu’elle ne les atténue. , « Donc à M. Huysmans, tout d’abord. — Puis ensuite _,. - _
L’ENVOUTEMENT 18 5 à M. Jules Bois, qui m’a pris à partie par trois fois dans le Gil Blas. « En conséquence, j’aienvoyé des témoins à ces deux derniers. « Voilà, monsieur le rédacteur, ce que je voulais faire savoirauxlecteurs du GilBlas.
Sij’ai choisi de préférence le Gil Blas pour l’exercice de mon droit de réponse, c’est que M. Jules Bois a mis un incroyable acharnement à m’y poursuivre. < Agréez, monsieur le rédacteur, l’expression de mes sentiments les plus distingués. « STANISLAS DE GUAITA. » «t P. S. — M. Huysmans, dans sa lettre adressée à un journal du matin, prétend trouver en mon livre la preuve que j’ai dû maléficier M. Boullan.
En effet, dit-il, dans l'hypothèse contraire, la condamnation du pontife, dé— pourvue de sanction, se réduirait à un non-sens. « Cette condamnation consistait, comme il est imprimé en toutes lettres à. plusieurs pages du Serpent de la Genèse, dans la mise au jour des œuvres et des doctrines du personnage.
Il est impossible de s’y tromper un seul instant, pour peu qu’on prenne la peine delire l’ensemble du chapitre. » * :4... < Monsieur le rédacteur du 61'! Blas, Monsieur le rédacteur du 61'! Blas, « M. Stanislas de Guaita, le chef des Rose-Croix, -« revient de tournée », comme le dit si bien le 4: repré « sentant » de sa maison. ( Il répond enfin.
« Il se défend même — et mal; je dirai plus 2 il s'ac cuse encore. ( Il s’empêtre dans les pièges qu’il tend et le magicien noir décrit en connaissance de cause ses propres malé fices, il se mire dans ses envoûtements; ( Laissons-lui ce triste orgueil; laissons-lui ce plaisir moins élevé de la réclame qui lui fait citer par deux fois son livre, si profondément inconnu et cependant si cha touilleux que la meilleure partie en est écrite en latin. 9-nnJ‘
I86 L’INITIATION 4: Mais, quand il s’agit de se défendre de ce soupçon de satanisme, M. de Guaita recule et tente une diversion.
Il change de terrain; il sort de la discussion ; il quitte la plume et prend l’épée, — dont il se croit plus sûr. ( Eh bien! puisqu’il parle de doucereuse perfidie, je puis lui répondre hautement que si je l’ai attaqué de face, si je soutiens qu’il a poursuivi d’une haine impla cable ce vieillard qui maintenant n’est plus, je serai de— vant lui, Stanislas de Guaita, sur le pré, avec la même tranquille audace.
« On ne « calomnie » pas, monsieur de Guaita, quand on défend un mort et quand on protège une idée! Vous, vous jugez, vous condamnez, vous exécutez votre sen tence. Votre tribunal, s’il n’est pas horrible, n’est qu’une triste bouffonnerie, et, puisque vous vous déclarez mage, je vous citerai l’exemple de vos maîtres, de nos maîtres, Sic!) de Jésus, de Bouddha, de Pythagore, de Platon, de Socrate, qui ne surent que mourir et pardonner.
« Et maintenant, paix à Boullan! Qu’il repose désor mais tranquille; sa querelle renait entre les vivants. et M. Stanislas de Guaita sait bien que nous ne sommes pas des hommes politiques, que contre lui nous ne corne mençons pas une guerre mesquine de petits papiers... « Recevez, monsieur le rédacteur, l’assurance de mes sentiments cordiaux et distingués.
« JULES BOIS. » Cette affaire fut brusquement close, le soir même, par la publication de deux procès-verbaux ci-joints. < 14 janvier 1893.
« A la suite d’articles publiés par M. Jules Bois dans. le Gil Blas des 9, Il et 13 janvier 1893, M. de Guaita a. prié MM. Barres et Emile Michelet de demander une explication ou une réparation par les armes à M. Jules Bois qui, de son côté, a mis ces messieurs en relation avec MM. Jules Guérin et Charles Couïba. < Les témoins de M. Jules Bois ont déclaré que leur ami n’avait entendu porter qu’une appréciation d’ordre philosophique et ésotérique sur M. de Guaita, mais que
L’ENVOUTEMENT 1 87 ces critiques ne s’adressaient pas au caractère de parfait galant homme de M. de Guaita et ne pouvaient nulle— ment l’atteindre. « Après ces déclarations, les quatres témoins, d’un commun accord, ont reconnu qu’il n’y avait pas prétexte .à une rencontre. ( Pour M. de Guaita: « MM. ÉMILE MICHELET, « MAURICE BARRÈS. « Pour M. Jules Bois: « MM. CHARLES COUÎBL, ( J. GUÉRIN. ) « A la suite d’interviews de M. J.-K.
Huysmans pu bliées dans le Gil Blas des 9, H et 13 janvier par M. Jules Bois et d’une lettre de M. Huysmans dans l’Echo .de Paris du 13 janvier 1893, M. de Guaita a prié MM. Mau rice Barrès et Emile Michelet de demander des expli— cations à M. Huysmans, qui a mis ces messieurs en rela tion avec MM. Orsat et Gustave Guiches. ( MM. Orsat et Gustave Guiches ont déclaré à MM. Bar rès et Emile Michelet que M. Huysmans n’entendait nullement revendiquer comme des opinions personnelles les articles de M. Bois. > c En outre, M. J.-K.
Huysmans, après avoir pris con naissance de la lettre publiée par M. de Guaita dans le Gil Blas du 15 janvier 1893, s’empresse de déclarer qu’il n’hésite nullement à considérer M. de Guaita comme absolument étranger aux faits qui ontmotivé la polé— mique sur la mort de M‘. Boullan. « M. J.-K.
Huysmans ajoute d’ailleurs qu’il n’ajamais songé à discuter le caractère de parfait galant homme de M. de Guaita. -« Pour M. de Guaita : < MM. MAURICE BARRÈS, MM. MAURICE BARRÈS, « EMILE MICHELET. « Pour M. J.-K. Huysmans : < MM. A. ORSAT, « GUSTAVE Gurcnes. )
188 L’INITIATION TW Comme on le voit, ce dernier procès-verbal réduit à leur juste valeur les prétendus interviews de M. Jules Bois. Nouveaaas unvsasas A partir du prochain numéro de l’Initiation, nous commencerons la publication d’une œuvre inédite d’ELI PHAS LEVI sur les Eggrégores. Nous devons ce précieux manuscrit à M. le baron Spedalieri que nous remercions au nom de tous les lecteurs de l’Initiation.
C M. Camille Flammarion, l’illustre astronome, a bien voulu nous confier de très curieuses photographies rela tives à la force psychique. Nous les publierons prochai nement. .U. On sait que notre revue a toujours en soin d’éviter les questions politiques, explicables par l’ésotérisme.
Tous tefois nous recommandons à nos lecteurs un recueil heb domadaire politique et littéraire : l’4vant-garde (4, rue de Berne, Paris) qui, en dehors de toute considération de nuance, est consacré à la défense de l’honneur et de l'honnêteté, qualités rares, mais non introuvables, dans la presse politique. v o.
Le mouvement qui entraîne la génération nouvelle dans la réaction contre le matérialisme sous toutes ses formes se manifeste actuellement presque dans tous les plans. Signalons toutefois une curieuse application de l’analogie en art. Le dessinateur Forain, illustre déjà par tant d’œuvres d’observation philosophique, a donné au journal le Figaro une série de dessins politiques où le symbolisme et l’analogie tiennent la place la plus considérable. Grâce à ce procédé, le dessin satirique
NOUVELLES DIVERSES 1 89 peut sortir du domaine si restreint des faits pour entrer de plain pied dans le domaine bien plus vaste des Lois générales dont chaque symbole est une manifestation. Encore un peu et l’art abordera le monde des Principes si familier aux créateurs des planches alchimiques des xv° et xv1° siècles. Quoi qu'il en soit, il ya là une tendance qui mérite d’attirer sérieusement l‘attention de nos lec teurs.
4 et» A l’Ope’ra-Comique, très gros succès, et celui-là bien mérité pour M119 Emma Calvé, qui a repris et transformé le rôle de Carmen. Le théâtre évolue entre deux foyers dont l’un est l’Amour et l’autre la Magie. C'est faute de comprendre cette loi que les contemporains cherchent encore une formule générale applicable à l’art dramatique.
Or et Carmen » réunit les deux pôles de toute véritable action dramatique et la Fatalité implacable qui domine toute l’action se révèle magistralement dans la scène des Cartes. M“° Emma Calvé a fait un séjour en Espagne pour bien se pénétrer de son rôle, et elle a pu ainsi donner une physionomie étrange et nouvelle de l’héroïne de Bizet mal comprise jusqu’ici.
Nous n’avons pas dans l’Initiation à apprécier la chanteuse hors pair, ni la comé dienne (chose rare à l’Opéra-Comique) qu’est Emma Calvé, mais nous devons toutes nos félicitations à la Ma gicienne, révélatrice des oracles du Tarot.
Aucune artiste ne rendra mieux qu’Emma Calvé la synthèse de Magie et d’Amour qui constitue le personnage de Car men. * ’lA «v A l'Odéon, le délicat psychologue, l.ÉON HENNIQUE, vient de faire représenter une pièce de très grande portée philosophique: L’Argent d’autrui.
Les fervents adeptes du positivisme matérialiste qui encombrent encore nos journaux quotidiens ont presque tous été révoltés en voyant exposées à la scène leurs idées et leurs théories sociales, si bien déguisées jusqu’àprésent. Quel que soit l’accueil fait par les agences de publicité
I go L’INITIATION dénommées: la grande presse, à L’Argent d’autrui, nous considérons le troisième acte et les dernières scènes du premier comme un des plus grands efforts de synthèse qui aient été tentés au théâtre en ces dernières années,et nous félicitons vivement MM. Nan etDesbeaux, direc teurs de l’Odéon, de leur vaillante tentative à cette occa sien. ‘k «\t 2; L’ouvrage du Dr \Fugairon sur l’Electrz’cite‘ des Etres vivants paraîtra sous peu de jours.
Dans le pro chain numéro, nous publierons un curieux travail du même auteur sur l’ésotérisme des symboles du catholi— cisme. * «‘I-1 Par suite d'une erreur de la part du correcteur d’im primerie, l’important article de M. L.
Lemerle, publié dans notre dernier numéro contenait plusieurs fautes d’impression que nos lecteurs auront corrigées d’eux mêmes, nous en sommes convaincu. * av.15 Pas banal, le dîner du 29 janvier chez Camille Flam— marion. dans son logis en façon d’observatoire, d’où, sous des plafonds peints en ciel, on domine tout Paris.
Autour de sa table hospitalière étaient réunies les sept planètes personnifiées comme suit, en conformité avec les signes de la main et autres caractéristiques : le Soleil, colonel de Rochas, l’envoûteur fin de siècle; la‘ Lune, M"° Andzia de Wolska; Mars, l’amphitryon; Jupiter, le mage PAPUS; Vénus, Emma Calvé, la belle Carmen ; Mercure, M“° Marie—Aune de Bovet ; Saturne seul était en dehors de la classification naturelle, M“‘° Flammarion ayant assumé par dévouement ce per— sonnage ingrat.
Pas d’occultisme, beaucoup de gaieté et infiniment d’esprit. \ (Le Figaro.) 2:4 M. Mascart a présenté (dans la séance du 14 novembre) ‘a l’Académie, de la part de M. Charles Henry, un exem
COURRIER BlBLIOGRAPHIQUE 19 I plaire d'un lavis lumineux imprimé en dégradé selon les procédés ordinaires de la typographie par une planche de cuivre avec du sulfure de zinc phosphorescent au lieu d’encre.
Après avoir déterminé la loi d’émission et l’in— tensité lumineuse des différentes teintes, l'auteur a pu résoudre expérimentalement le problème important de la relation mathématique qui relie à l’intensité lumi— neuse les numéros d’ordre des différentes teintes. Ces numéros d’ordre ne sont pas autre chose que les degrés successifs de la Sensation.
M. Charles Henry parvient à représenter les observations par une formule exponen tielle, très différente de la célèbre loi psycho-physique de Fechner et qui n’est pas soumis eaux mêmes difficultés théoriques. * ac)Ic ‘ M. Charles Henry est parvenu a mesurer avec son photoptomètre la plus petite quantité de lumière que l’œil puisse distinguer; dans un travail présenté à l’Aca démie des sciences, il indique que ce nombre prodigieu— sement petit est de l’ordre de grandeur des milliardièmes de bougie.
“Ê©URRIER Ennuunnqss ANNUAIRE ASTRONOMIQUE et météorologique pour 1893 par Camille Flammari0n exposant l’ensemble de tous les phénomènes célestes observables pendant l’année, avec notices scientifiques, illustré de nombreuses figures. 1 vol. in-8° de 192 pages. Prix : I fr. Pour la p remière fois, Camille Flammarion publie son annuaire en un petit volume séparé.
On retrouve dans cette publication les qualités maîtresses de l’illustre as tronome, mais nous recommandons tout particulièrement aux occultistes désirant s’occuper d’astrologie les parti
192 L’INITIATION cularités astronomiques de chaque mois (p. 75 à 98). De plus, cet annuaire est rempli d’une foule de renseigne ments précieux pour tous ceux (et ils sont nombreux aujourd’hui) que l'astronomie intéresse. P. Ames blanches, par WILLIAM RITTER, I vol in-I8. Lemerre, éditeur, prix 3 fr. 50. Nous sommes bien en retard avec l’auteur d’Ægyp— flaque dont nous n’avons pas encore eu l’occasion de parler dans l’Initiation. Mais nous tenons à recommander à nos lecteurs, dès son apparition, la nouvelle œuvre de M. W. Ritter qui est un des écrivains les plus éminents de la nouvelle école philosophique. En attendent l’ana lyse détaillée de ses œuvres, recommandons chaudement à nOs lecteurs ce nouveau roman, mélange de poésie et de profonde observation de l'âme humaine. Le Gérant : ENCAUSSE. “1?. E. ARRAULT ET cm, 6, RUE DE LA PRÉFECTURE, TOURS.
L’Ïnitiah’on du 15 février 1893 AVIS A NOS LECTEURS Depuis quelques années était commencée une traduction française soigneusement faite d’un des deux livres fondamen taux de la Kabbale : LE SOHAR’ \ Nous sommes heureux d’apprendre a nos lecteurs que cette traduction est aujourd’hui complètement achevée et qu’elle paraîtra en un volume, vers le mois d’avril prochain, à la Librairie du Merveilleux, 29, rue de Trévise. Cette traduction sera très complète, chaque détail ayant été traité avec l’aide des textes originaux. De plus, elle comprendra tous les commentaires faits par Knorr de Rosenroth dans la traduction latine. Enfin, une préface d’un occultiste exposera les données ésotériques indispensables à connaître pour avoir l’intelligence du Sohar, incompréhensible pour le clergé israé lite autant que l’apocalypse pour le clergé catholique.
L’Initiation du I5 février 1893 ANNALES SCIENCES PSYCHIQUES j RECUEIL D’OBSERVATIONS ET D’EXPÉRIENCES Paraissant tous les deux mois DIRECTEUR : M. le Dr DARIEX l l l l Les Annales des Sciences psychiques parais sent tous les deux mois Chaque livraison forme un cahier de quatre feuilles in-8° carré de 64 pages.
Elles ont pour but de rapporter, avec force preu ves à l'appui, toutes les observations sérieuses qui leur sont adressées, relatives aux faits soi-disant occultes, de télépathie, de lucidité, de pressentiment, d’appa— ritions ob'ectives En dehors de ces recueils de faits, I sont publiés des documents et discussions sur les bonnes conditions pour observer et expérimenter ;' des Analyses, Bibliographies, Critiques, etc. S’ADRESSER POUR LA RÉDACTION : .
A M. le Dr Dariex, 6, rue du Bellay, Paris. POUR L’ADMINISTRATION : A M. Félix Aloan, libraire-éditeur, 108, boulevard Saint—Germain, Paris. PRIX D’ABONNEMENT : Un an (à partir du 15 février), pour tous pays. 12 fr. La livraison : 2 ir. 50 '
L’Initintion du 15 février 1893 Le Courrier Français illustré, Dr : joues ROQUES, (hebdomadaire) 10’ année. Le plus artistique desjournaux illustrés. Aucun journal de ce prix ne donne autant de dessins (8 pages de dessins sur 12) Prix du numéro, 40 centimes dans tous les kiosques, gares, libraires. Envoi d’un numéro spécimen gratuit sur demande adressée au Courrier Français, 14, rue Séguier, à Paris.
Abonnements pour Paris et la province : six mois. 10 francs; un an, 20 francs. Étranger (union postale) : six mois, 15 francs; un an, 30 francs. Envoyer le montant en un mandat ou bon de poste.
VIENT DE PARAITRE LIBRAIRIE DU MERVEILLEUX, 29, rue de Tréuz’se, PARIS PAPUS a Science des Mages ET SES APPLICATIONS THÉORIQUES ET PRATIQUES (PETIT RÉSUMÉ DE L’OCCULTISMÊ, ENTIÈREMENT INÉDlT) Une brochure de 72 pages, texte serré, avec 4 figures Franco : 50 centimes
L’IN IT IATI 0 N (”’”Ël%”âä’”” DIRECTION ADMINISTRATION 14» rue de StraSbourg, 14 ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO PARIS G. c A.R RÉ: DIRECTEUR : PAPUS Q, 0 >I‘ . , DIRECTEUR-ADJOINT : Lucien MAUCHEL 587 rue Sdznt—Andfe—des'A rt" Rédacteur en chef: George MONT1ÈRE as PARIS. Secrétaires de la Rédaction : FRANCE, un an. I0 II‘. CH. BARLET. — J.
LEJAY ÉTRANGER, _ 12h-_ PAUL stmR RÉDACTION : I4, rue de Strasbourg. — Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité. L’indépendance absolue étant la raison d’être de la Revue, la direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps d’un article. MANUSCRITS. —- Les manuscrits doivent être adressés à la rédaction. Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d’avis spécial.
Un numéro de la Revue est toujours composé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant. LIVRES ET REVUES. — Tout livre ou brochure dont la rédaction recevra deux exemplaires sera sûrement annoncé et analysé s'il y a lieu. Les Revues qui désirent faire l’échange sont priées de s’adresser à la rédaction.
ADMINISTRATION, ABONNEMENTS. — Les abonnements sont d’un an et se paient d‘avance à l’Administranon par mandat, bon de poste ou autrement, 58, rue Saint-André-des-Arts. IOURS, l.‘H‘. E. ARRAULT ET CIE.