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Hypnotisme, Force psychique Theosophie, Kabbale Gnose, Franc-Maçonnerie Sciences Occultes 5 rao ANNÉE SOMMAIRE DU N" (Décembre 1892) PARTIE INITIATIQUE. .. PARTIE PHILOSOPHIQUE 'ET SCIENTIFIQUE.... 4 - ' • ■ * PARTIE LITTÉRAIRE.... Une planche de Khiln- . rath (expi. inédite), avec planche et fig. (p. iç)3’à 2o3). Au seuil du siècle....... (p. 204 à 211). Triomphe de la force psychique................ (p? 2 12 à 223).
L'Ancienne religion des Gaulois..................... (p. 223 à 233.) Byblys......................... (p. 233 à 244.) Causerie sur l au-delà. (p. 244 à 2 5-). AfoëZ............................. (p. 258 à 25q). Similitude (poesie)..... (p. 260). Le Notaire pendu...... (p. 260 à 203). Marc Haven. Dr Sourbeck. Thomassin.✓ H. Liz eray. Aleph. Hutchinson - Vurgey. Gli. Dubourg.
R. de Maricourt. ■■fr* f Groupe indépendant ¿’Etudes ésotériques. — Une manifestation post mortem. — Occultisme pratique. — Courrier bibliogra phique. — Revue des Revues. — Livres reçus. — Nouvelles diverses. •T Administration, Abonnements : 58, rue St-André-des-Arts. 58 PARIS _ Le Numéro t TIN TTRANf* _ n-la« •'■rnV^rnAwr’e Rédaction : 20. rue de Trévise, 2g PARIS
PROGRAMME Les Doctrines mate'rialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion ; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initiation est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant k méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d’n» même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l'arbitrage contre l'arbitraire, aujourd'hui en vigueur, et qui luttent contre les doux grands fléaux contemporains : le cléricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l’initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. L'Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 5o rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier.
L'Initiation parait régulièrement le i5 de chaque mois et compte déjà cinq années d’existence. — Abonnement: io francs par an. . (Les collections des deux premières années sont absolument épuisées.)
L'Initialion du i5 décembre 1892 Principaux Rédacteurs et Collaborateurs de l’initiation ¡° PARTIE INITIATIQUE • F. Ch. Barlet. S.-. I.-. x — Stanislas de Guaita. S.’. I.’. — Julien Lejay, S.’. I.-. & — George Montière, S.'. I.-. £ — Papus, S.-. I.-. N2° PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Abil-Marduk.. —Aleph. — Le F.-. Bertrand iS*.-. — René Caillié. — A. C. Tshéla. — Camille Ciiaigneau. — Chimua du Lafay. — G.
Delanne. — Dei.ézinier. — Jules Doinel. — Fabre des Essarts. — Dr Fugairon. — Jules Giraud. — Horace Lefort — L. Lemeri.e.— Donald Mac-Nac. — Marc Haven.— Marcus de Vèze. — Lucien Mauchel. — Napoléon Ney. — Eugène Nus. — Horace Pelletier — Philophôtes. — G. Poirel.— Qu.erens. — Raymond.— A. de Rochas.— Paul Sédir.— Selva.— L. Stevenard. — Pierre Torcy. — G. Vitoux. — F. Vurgey. — Henri Welsch. — Oswald Wirth.
3« PARTIE LITTÉRAIRE Maurice Beaubourg. — E. Goudeau. — Manoël de Grandford. — Jules Lermina. — L. Hennique. — R, de Maricourt. — — Catulle Mendès. — Emile Michelet. — George Montière.- Léon Riotor. — Saint-Fargeau. — Ch. de Sivry.— Cn Torquet. 4° POÉSIE Ch. Dubourg. — Rodolphe Darzens. — R. de Maricourt — Paul Marrot. —Robert de la Villehervé.
L’Initiation du i5 décembre iSg2 GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ESOTERIQUES SOCIÉTÉ D’ETUDES THEORIQUES ET PRATIQUES DES FORCES ENCORE NON DÉFINIES DE LA NATURE ET DE L’HOMME Membres. — Les membres ne payent ni cotisation, ni droit d’entrée. Tout abonné de l’initiation ou du Voile d'Isis reçoit sa carte de membre associé sur sa demande. Quartier Général. — La Société comprend 22 Groupes d’études théoriques et pratiques au Quartier Général, 29,rue de Trévise, Paris. De plus, une Bibliothèque, une salle de lecture, une salle de conférences, pouvant contenir 200 auditeurs, et une librairie existent au Quartier Général. Branches. — Des branches de Groupes Indépendants d’études ésotériques sont établies en France et à l’Etranger Le Groupe compte actuellement : 21 branches régulières en France, 3o branches à l’Etranger et 23 correspondants dans les centres qui ne possèdent pas enco re une Branche régulière. Journaux. — Propagande. — Outre les volumes édités par la Librairie, le Groupe possède comme organe de nropagande : L’Initiation (revue mensuelle). — Le Voile d’Isis (journal hebdomadaire). — Psyché (revue mensuelle d'art et de littérature). — La Bibliographie de la Science Occulte (bulletin trimestriel). — De plus : The Ligth of Paris (journal hebdomadaire), imprimé en anglais vient d’être créé comme organe delà Bibliothèqueinternationale des Œuvres des femmes, destiné à faire la propagande de l’occultisme dans les pays de langue anglaise.
Planche de Khunrath.
PARTIE INITIATIQUE Ordre Kabbalistrçae de la Rase i Croix (thèse de doctorat) EXPLICATION INÉDITE D'UNE PLANCHE DE KHÜNRATH La planche de Khünrath que noos étudions ici se trouve généralement placée la septième dans la plu part des exemplaires de cet auteur, quelquefois mais rarement la quatrième. Devons-nous voir un symbolisme dans cette classi fication?
Nous ne le pensons pas: les planches de Khünrath affectent un ordre quelconque et leur immense variété d’importance comme symbole et comme doctrine nous font croire que si chacune renferme un enseignement profond, du moins l’ensemble n’a pas été ordonné vers un but spécial. Cette planche est celle du grand Sabbat : on y reconnaît immédiatement au centre, sous la forme quaternaire, la pierre avec son nom XAOS ou OMNIA.
l’initiation 194 Elle surgit des éléments sublimés (1) : à gauche l’air nouveau spirituel né de l’eau et vivifié par le feu di vin; à droite l’eau précieuse faite de poussière liqué fiée ; en bas la terre rouge fécondée par la conversion du sel et prête à porter ses fruits ; au milieu, enfin, le mercure bisexué régénéré par le feu dont il est dit dans l’exergue : Regenerando subiimetur mentigneus xaOoXtzoî dtn, c’est l’androgyne à l’âme de feu dont les bras et la tête tracent le signe V? indiquant par là à celui qui médite la nature et l’intensité du feu à employer pour l’œuvre des trois jours (2), c’est la ma tière adamique devenue la Pierre Rouge (3), c’est le grand œuvre terminé.
Un serpent comme une flamme s’enroule autour du personnage, et sa devise révèle la première partie de l’œuvre et la fixation du volatil : sapientia n*n’ incarnala doce nos veritatem. On lit sur lui : Homo binarium rejiciens, Christo indulus, et eum imitons.
Le binaire rejeté, c’est la nuit vaincue par la double clarté de l’encensoir et de l’athanor (4) ; à cette double clarté seulement peut se manifester le passage de la couleur blanche à la couleurdu Phénix, la terminaison dugrand magistère.
Un seul vêtement, la robe de l’initié, couvre les deux fi gures : sur le bord de la robe plongée dans le sable du monde élémentaire se lit la formule du devenir: (t) Apoc., xxi, 7 ; et Lettre philosophique, trad, de l'alle mand, 1671. chap. « De l'Eau ». (2) Ch. Khünrath, Amphithealrum, Ill, question vni, p. 201. (3) Qucc rubedo perjectce Jixionis et fixa: perjectionis est signatura. Khünrath. ’ (4) Planche vi de Khünrath, le Laboratoire.
ORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE-CROIX ig5 Deum lime et mandata cjus observa. Au centre., centre de l’image et du pentacle, est inscrite la formule du fils, du monde moyen, la loi de l’astral ; à la tête, uni fiée, est réalisé le signe véritablement tout-puissant de la pierre philosophale, len catholique.
A droite et à gauche, selon le mode cabbalistique, sont les préceptes positifs (248. nu."‘n) et les pré ceptes négatifs (365 ntrjnx'S) de la loi : le binaire avec la loi dure de Geburah, le septénaire avec la loi clémente de Gedulah ; à droite, ce sont les symboles, les préparatifs, l’étude longue et préliminaire de l’al chimiste, c’est la force magique du pentagramme dans la conception, arme donnée à celui-là seul qui la désire, la comprend et sait la mériter.
A gauche, c’est, dans le monde réalisateur, la marche à suivre, le sentier d’où tout écart est un pas mortel : c’est l’obéissance absolue à ce qui est écrit dans le sceau de Schlomoh et dans la pentacle cruciforme.
Mais si le fils à qui ces conseils sont donnés a su consacrer le talisman, s’il a compris et strictement observé le mode opératoire du livre des maîtres, alors qu’il espère et se réjouisse ; dans l’athanor éblouissant de feu, il verra au double courant des flammes (1) appa raître la pierre couleur de paon (1UNO) que les sages nomment aussi UN10 et que nous voyons bril ler dans les flammes doubles ascendantes et descen dantes au sommet de la planche symbolique.
Telle est, d’une façon générale et au premier coup (1) Nuctéméron des Hébreux, x» heure. Ev î] avat-f“’'-3“ tzjÀoù tou oùpavou, etc...
ig6 l’initiation d’œil, l’ensemble de la composition : une étude détaillée de chacun des symboles nous permettra d’approfondir la pensée de l’auteur et d’y recon naître, derrière le sens particulier à telle ou telle branche des sciences occultes, la doctrine générale.
Le personnage central, si nous considérons le schéma de son dessin, se présente comme composé de trois cercles : tête, poitrine, segment inférieur, reliés et enve loppés par le cercle plus grand de la banderolle qui sort de sa bouche; ce dernier, incomplet, est, nous l’avons vu, fermé par le schin que forment la tète et les bras de la figure.
Ce c, nous en savons la valeur; c’est, comme l'a dit Eliphas Lévi, le flambeau planté entre les cornes du bouc de Mondes, c’est la rose de la Rose-Croix, comme l'a fait voir l’étude magistrale de Stanislas de Guaita sur une planche de notre auteur: nous retrouvons là signifiée l’immense valeur de la prière magique, la puissance de l’homme de Désir.
Chacun des bras de la lettre porte la loi de la vie humaine en évolution. le binaire ora et labora, loi de reproduction (un) et de lutte auquel correspond le premier nom divin celui par lequel Dieu créa toutes choses.
Ces trois segments du personnage, synthétisés et comme fondus dans une unité supérieure, nous donnent la clef des lois générales qui régissent les trois mondes: monde élémentaire, lois alchimiques de la matière; microcosme, lois psycho-physiologiques de la vie: macrocosme,lois généralesd’existenceet principes d’évolution. Élémentairement, nous y voyons, réuni dans la
ORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE-CROIX 197 sphère d’Ilylé, le ternaire des qualités premières : soufre, sel, mercure. Les métaux dans leurs corres pondances planétaires se ran gent symétriquement et par genre (-]- et —) dans les dif férents cercles créant les bi naires analytiques des trois principes.
Trois qualités , quatre éléments, sept formes évoluées, synthétisés, n’est-ce pas là la pure doctrine alchimique, féconde et universelle application de la théorie des nombres à tout ce qui se meut dans le temps et dans l’espace?
Psychiquement, c’est la volonté ou âme humaine enveloppant les trois sphères instinctives, sentimentales intellectuelles, chacun de ces trois principes se péné’ trant d’ailleurs l’un l'autre de façon que toute émotion affec tant l'un d’eux retentisse sur les deux autres, produisant, si un contre-ordre volontaire ne survient, une série de rota tions fatalement déterminées (action du Destin).
Dans le macrocosme, la vo lonté humaine ne joue plus qu’un rôle intermédiaire: au-dessus et au-dessous d'elle viennentse placer deux formes des lois divines : Providence et Destin, l’une
l’initiation 198 spécialisée par le caractère de nécessité de toutes ses œuvres, l’autre par l'absolue liberté de ses impulsions originelles. Sans la volonté humaine, ces deux forces n’auraient nul point de contact et, partant, pas de résultante, pas d’action effective; le tout synthétisé dans l’absolu vivant, dans la sphère divine.
Et là comme dansle microcosme, tout ébranlement d’une sphère réagit sur les autres :1e Verbe humain dans sa sphèred’actioncst créateur à moins qu'un contre-ordre n’émane delà sphère divine.
Car la chaîne d’or qui descend du brillant Olympe jusqu’au fond du Tartare est telle que nul mouvement des profondeurs ne se transmet à l’Olympe, mais que chaque éclair sorti des yeux de Jupiter, chaque parole de sa bouche émeut jusqu’aux plages les plus reculées de la terre et des enfers.
Autour du personnage un triangletriple de légendes nous donne les trois formules suivantes : • Sabbathum magnum, jubilœus ceternus, finis homi nis verum ac summum bonum frui n*n’ paterno, fraterno, atque amico. Cabali corpus starum, girans anima universum, linea spiritus viridis. Quœrite primum regnum Dei et justitiam ejus, et hœc omnia adjicientur vobis.
Formules qui correspondent également aux trois mondes et que nous interpréterons dans le sens alchi mique seulement, la transposition aux deux autres mondes en étant aisée. La première inscription, la plus interne, indique à
ORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE-CROIX 199 l’adepte la recherche du mercure dans le monde élé mentaire (i).
Connais d’abord la matière dans ses lois étroites et fatales, l’enchaînement de ses phénomènes, admire la Providence ourdissant la trame du Destin, pénètre en les secrets de Geburah (Justitiam) à Malchut {Regnum), du plomb à l’argent, réalise en ton labo ratoire les conditions d'éclosion de l’or, et bientôt tu connaîtras le pays d’Havila dont parle le Sepher Beresehrt, chap. h, v. 12.
La deuxième inscription correspond à l’ordre inter médiaire au second pas de l’œuvre : la ligne verte qui entoure l’univers et le meut tout entier. Khünrath en symbolise ailleurs l’essence sous le nom du lion vert dissimulé et caché dans les cavernes du mont Saturne, qu’il faut aller chercher et attirer par des caresses et des flatteries spéciales à sa nature et faire sortir en plein soleil.
Enchaîné, ce lion te sera soumis, et tu deviendras alors pareil aux Mages assyriens dont le glaive s’enfonce dans la gorge du taureau ailé. Cette deuxième période correspond aussi au deuxième jour qui doit être une œuvre de fixation et de sépa ration. La troisième inscription symbolise la troisième période et la réalisation complète du grand œuvre (1) Cf.
Poisson, Théories et Symboles, p. 79. a C'est le Mercure des mcrcures Et maintes gens mettent leurs cures De le trouver pour leur affaire, Car ce n’est mercure vulgaire. » Jehan de Lafontaine.
200 l’initiation dont la signature est le n, septénaire des septé naires qui met au front du philosophe « une gloire divine plus grande que la mitre sacerdotale ou la cou’ ronne royale » (i). C’est la possession absolue de la formule des muta tions : car,de même que l'homme uni à Dieu est Dieu et veut ce que Dieu veut, de même la pierre unie au monde majeur par le ferment du monde transforme toute chose en toute chose.
La richesse et le bonheur qui naissent de la réalisation de l'œuvre sont indi qués par la possession de Varcane 21 = 7X3 = 4, développé dans ces promesses : le séjour dans la mai son du Père [paterno nffl’) et la cause fraternelle {fra terno') au-devant de l’enfant prodigue {et amicai) (2).
Formant le cercle d'enveloppement extérieur, un triple anneau émane, d'une part, du flamboiement supérieur pour venir s'y absorber de l'autre : dans la lumière d'en haut se détachent les quatre lettres du tétragramme, et dix rayons, droits et purs, s'en échappent, répandant sur l'Univers les dix splendeurs de leur vertu. S'élevant vers elles du monde inférieur. (1) Khünrath. (2) Cf. Apoc., v. 6: « Agnum stantem lanquam occision,» et v.
14: «¿7 quatuor animalia dicebant amen et vigiliti qua tuor seniores ceciderunt in faciès suas et adorarerunt vivantem in secula seculorum. » Là réside un des secrets du grand œuvre et Kircher (Œdipe igyptien) n'a-lait que commenter kabalistiquement ces versets quand il a dit : .Moses itaque XL/X solummodoportarum notitiam habuit et per eas legem divin a m investigava ; ad l. mi nime permissus.
Josue l’ero XLVIII tantum notitiam habuit unius minus quant Moses et Salomo frustra laboravit ad reaperiendam Ulani: liane solus Deus homo Christus.
ORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE-CROIX 201 dix flammes portent vers l'absolu les relatives aspi rations d’idéal de l’homme, et quelles profondes leçons dans chacune de ces correspondances, quel symbolisme, ne fût-ce que dans l’oscillation, les den telures, l’incertitude de ces flammes matérielles et brûlantes en face de l’impassible sérénité du rayon nement supérieur! Ce seul détail vaudrait une étude particulière.
Des trois cercles, les deux plus internes qui tournent en sens inverse comme on le voit encore dans certains pentacles représentent les deux branches de l’échelle de Jacob : c’est, comme le montre uneinscription presque invisible, l’échelle de l’union, les degrés de la connais sance.
Emanés d’spD~pN pour y revenir après avoir plongé dans les ténèbres de l'opposition, ce sont les rayons d’xbix. c’est graphiquement la représentation de ce nom divin. L’Aleph-Thau , la substance , a fait le geste b qui l’a passagèrement obscurci pour renaître plus éblouissante dans l’Adam Cadmon trireunitus.
Unio, cognitio, ces deux mots donnent la clef des deux modes de pénétration de l’absolu : l'un plus inconscient, plus absorbant, c’est l'extase de la prière, c’est la foi totale et la fusion par un retour accidentel à l'unité; l’autre, la connaissance, indique à la fois un mode de progression plus lent, plus humain, plus rationnel et une possession plus voulue et plus libre de l’héritage récupéré; c’est la différence qu’il y a dans un autre monde entre la découverte fortuite d’un corps ou d'une loi et la pénible mais tenace recherche d’un problème longtemps poursuivi.
202 l’initiation La correspondance denaire de ces degrés avec les Séphiroths est facilement saisissable : entre les modes, les facultés et les aspects s’établit la concordance sui vante : SEPHIROTHS MODES FACULTÉS ASPECTS VERTUS | Chcter Eides Mens Optimus omnia videus Castitas | Binah Mcditatio Intcllcctus Multusbenignitale Benignitas 1 Hochmah Cognilio Ratio Solus sapiens Prudentia Gedulah Amor Judicium supcrius Misericors Misericordia Geburah Spcs Judicium infcrius Fortis Forlitudo Tiphercth Oratio Pliantasia Longanimis Patientin Nctzah Conjunctio Sensus interior Justus Justitia Hod Frcquentia Scnsus exterior Maximus Humilitas Lcsod Familiaritas Medium Vcrax Zelotcs Teinpciantij Malchut Similitudo Objectum Terribilis Timor Dci Au point de vue psychologique comme au point de vue magique, c’est-à-dire réalisateur, de grandes con clusions peuvent être tirées de ce tableau qui doit, sui vant le mode d’étude, se lire en ternaire sur ces chémas de l’arbre de la Cabale ou horizontalement comme un tableau de concordance ordinaire. Fidèle à la méthode cabalistique, nous n’entrerons pas dans une étude de chaque terme qui, pour être détaillée, n’en serait pas plus complète. La science occulte est de création
ORDRE KABBALISTIQL'E DE LA ROSE-CROIX 200 personnelle : à chacun selon son désir et sa dignité de pénétrer plus ou moins loin les mystères des trentedeux voies de la Sagesse. M. Haven.
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE L’observateur attentif, qui poursuit le mouvement continuel des grandes idées qui agitent l’humanité, s’aperçoit que nous vivons dans une époque de tran sition, une époque pathologique et fiévreuse.
Cette fin du xixc siècle se présente sous la forme d’une grande fermentation des esprits; le choc des idées opposées s’accuse davantage, de jour en jour ; les anciennes formules sont usées et décrépies, et les meilleurs de l’humanité attendent un nouvel idéal, une nouvelle manifestation des vérités éternelles.
La société est devenue vieille, et ses conceptions morales et religieuses ne satisfont plus les cœurs et les tètes indépendantes, qui ne veulent plus marcher avec le troupeau des dupes ou des faibles d’esprit. La lutte a commencé et les vieilles croyances routinières pâ lissent et tremblent devant les guerriers nobles et forts, qui combattent pour la bonne cause, pour le véritable progrès moral et intellectuel. Deux grandes puissances ténébreuses font leurs
AU SEUIL iU SIECLE 205 derniers efforts pour resist Ir aux flots d’une nouvelle lumière vivifiante, dont h» rayons surgissent à l’ho rizon comme des gerbes i’éclairs. Ces deux puis sances sont F Eglise et le Matérialisme.
Atteints d’un marasme épuisant, ces deux représen tants du dogmatisme exclusif et fanatique cherchent à résister à la destruction : pourris jusqu'à la moelle, ils tâchent d’échapper à la mort qui les menace, pour se sauver dans le xxe siècle, et pour porter ainsi le cancer de l’intolérance religieuse et scientifique au delà du seuil que nous allons franchir sous peu.
L’entrée du xx° siècle sera donc marquée par une lutte à mort, un combat des idées; mais il n’y a pas de doute que ces deux colosses aux pieds d’argile vont crouler dans la poussière, que les vieilles supers titions immorales vont succomber dans cette guerre sainte que leur fait la nouvelle foi, .la religion de l'avenir. Ecrasé sera l’infâme serpent sous le pied delà vierge immaculée, qui est la Vérité.
La Religion de l’avenir est la religion du passé, l’héritage d’immarcessible beauté que nous ont laissé dans leur enseignement ésotérique les Zarashustra, Buddha, Pythagore, Jésus, ces maîtres de l’humanité, qui ont soulevé le voile d’Isis, et dont les paroles portent le cachet de la divine vérité, visible à tous ceux qui s’approchent d’un œil clair et d’un cœur pur. Hélas! qu’a fait l’Église de cet héritage ?
Se pro clamant fermière exclusive des vérités divines, elle les a ternies, gaspillées et dénaturées à tel point que le matérialisme, ce dogmatisme d’une fausse science,
20Ô L*INITJATIOX qui flatte les instincts pervers et bas, est parvenu à éteindre dans les masses la dernière étincelle d’une religiosité sincère et vraie, qu’il a pu la remplacer par l’agnosticisme, l’indifférence la plus complète. Qu’est devenu le christianisme d’aujourd'hui ? Les prêtres de l’Eglise peuvent-ils dire sans mentir que ce qu’ils enseignent est le vrai sens des paroles de ce grand maître qu’était Jésus de Nazareth ?
Sontils seulement encore chrétiens ?
Ne voudrait-on pas leur crier les paroles du maître même : « Ma maison sera appelée une maison de prière ; mais vous en avez fait une caverne de voleurs. » (i) Oui, l’Église.par ses prétentions antichrétiennes, antireligieuses même, repousse la grande partie des têtes et des cœurs de valeur et les jette dans les bras de ce matérialismedésolantetstérile, dégradant, dont les fruits logiques se font apercevoir, aujourd’hui, dans l’anarchisme et le bestialisme des masses, qui augmente d’une manière effrayante.
Et il faut lutter contre cette dégradation systéma tique de l’humanité. C’est la lâcheté de la majorité du public instruit qui a permis à l’Eglise son épanouissement formi dable, cette lâcheté désolante qui se montre chaque fois qu’une question dogmatique se présente.
On dirait que les atroces infamies de l’inquisition, cette enfant chérie del’Église, exercent encore aujourd’hui une pression funeste sur les esprits, une frayeur (i) Matlh., XXI, i3 : 'O oizd; [xou oizo; zXr.Ojiaerat, 6’ «ùro» àitOHÎaats ÀijaTdiv!
AU SEUIL DU SIÈCLE 207 irrésistible, transmise à la génération actuelle comme par un atavisme mystérieux. C'est contre cette lâcheté qu'il faut lutter, car ce n’est qu'en elle que consiste la force de l’Église. C’est contre la lâcheté qu’il faut lutter, car c’est en elle que consiste aussi la force du matérialisme.
Les deux puissances ténébreuses, pétrifiées dans leur dog matisme, lancent leurs anathèmes contre tout ce qui ne veut pas s’incorporer au troupeau des fidèles, contre tous ceux qui fuient la banalité et cherchent des chemins nouveaux, non encore déshonorés par une routine ignoble et intéressée. Les aigles planent seuls dans les hauteurs lumineuses — en bas. les cor beaux se repaissent par centaines, sur la charogne immonde.
Pour supprimer cette lâcheté, il nous faut créer une nouvelle génération, car l’actuelle est déjà entamée du fléau. Pour former cette nouvelle génération, il faut soustraire l’éducation de l'enfance et de la jeu nesse à ces influences funestes, qui dominent encore aujourd’hui.
L'Église s’attaque à la pensée et tue tout germe indépendant et libre; elle serre le cerveau dans une camisole de force et ne laisse sortir de ses établis sements que des intelligences estropiées et incapables de penser proprio motu; cette pensée libre et franche, qui s'approche sans préjugé de tout ce qui est sur terre et dans le ciel, est même honnie et maudite ; ce n’est que la pensée captive et prise dans les syllogismes de l’Église qu’on laisse subsister : une misérable rumi nation de la nourriture sèche, sans force aucune, •qu'on sert dans ces collèges-là, pour faire durer encore
■210 l'initiation •adéquate de cette conception la plus sublime que l’humanité ait pu atteindre ! Mais l’éducation de la pensée indépendante ne suffit pas, il faut aussi l'éducation du cœur. L’égoïsme, cette maladie terrible, qui ravage notre terre, doit être vaincu.
La grande parole du Christ : « Aime ton prochain comme toi-même, » cette belle paraphrase de l’indien : Tat swam asi, qui contient toute la doctrine du maître de Nazareth, doit être mise en exécution et devenir vérité vivante et vivifiante. C’est dans les profondeurs de son être que l’homme doit chercher le pourquoi, la nécessité absolue de cet amour universel.
La parole du fronton de Delphes luit à travers les siècles, et il n’y a pas de vrai sage sans la compréhension de ce INo/Jt ceau-ov ! (connais-toi toi-même!). L’égoïsme sera vaincu lorsque l’humanité tout entière aura compris cette devise ; alors sera exaucée la prière : « Que ton règne ad vienne ! » Un troisième point ne doit pas'être négligé dans l’éducation de l’enfance, c’est la formation du sens esthétique.
Il faut ramener la jeunesse à l'art grand, pur et vrai. Le culte du beau doit être une véritable reli gion. Maxima debetur puero reverentia ! Enlevons donc de ces yeux ces tentatives hybrides ou frivoles en littérature, plastique et musique, qui se présentent avec effronterie sous le nom sacré de l’art ; car ce qui est laid esthétiquement doit être écarté, tout aussi bien que le mensonge et le mal. Le monde est un', Tout est dans Tout, et mensonge, mal et laideur sont mystiquement unis à leur racine.
AU SEUIL DU SIÈCLE 2 I I Une grande belle pensée, la Vénus de Milo, une symphonie de Beethoven ou le Parcifal de Wagner, sont la manifestation tri-une du même grand Verbe créateur, du Xo'-fo; éternel ; voilà ce à quoi nous devons penser en dirigeant l’éducation de l’enfance.
Si la jeunesse s’inspire à ces principes, la victoire sur les ténèbres lui sera facile: élaborant leur mot réel, leurs individualités deviendront des foyers de lumière, rayonnant le vrai, le bon et le beau-, maîtres à leur tour, ils transmettront à l’avenir la sagesse du passé. Erilis sicutDeus!
Ayant reçu, moi, je donne ; je sème où la semence veut tomber; une loi inéluctable dirige nos actions, comme elle dirige la course des mondes dans leur orbite: gravitation en amour, la loi est la même.
Ces grains jetés au vent trouveront leur place pour germer, si cela est leur destin, sinon je ne cesserai pas de travailler, non pas ad majorent Dei gloriam, car le Dieu dont les univers sont les atomes com posants n'a pas besoin des louanges de ce moisi d’une planète qui s’appelle hommes, mais admajoremgeneris humani felicitatem. Travailleur modeste, je vous salue, vous qui travaillez avec moi, Occultistes. Théosophes, Gnostiques.
Le monde rit de moi et de vous, ouvriers de l’idéal : n’importe, notre travail est sacré. Fous d'aujourd’hui, — sages de demain, je vous salue. Veni. creator spiritus! Dr Th. Soürbeck.
212 l’initiation % TftWMPHB DS LA ^YCHIQUâ LA COMMISSION SCIENTIFIQUE CHEZ EUSAPIA PALLADINO Correspondance de M. de Tho.massin, délégué général du Groupe indépendant des Hautes Etudes ésotériques pour l’Alle magne. M. le docteur Baron Cari du Prel, président d’hon neur de la Société de Psychologie de Munich, adhé rente au Groupe, était invité par M. Aksakow, le célèbre spiritualiste de Russie, conseiller d’Etat de S.
M. l’Empereur de Russie, à venir à Milan pour assister aux séances faites avec le médium du Profes seur Lombroso, Eusapia Palladino. Bientôt un cercle illustre se forma autour de ces deux grands cher cheurs de l’Occultisme.
C'étaient MM. : Giovanni Schiaparelli, directeur de l’observatoire astronomique de Milan: Charles Richet, professeur à la Faculté de médecine de Paris, éditeur de la Revue Scientifique (5 séances); Cesare Lombroso, professeur à la faculté de médecine de Turin (2 séances); Angelo Brofferia,professeur de Philosophie; Guiseppe Cerosa, professeur de physique; B. Ermacora, docteur en physique;; Georgio Fiusi, docteur en physique. Les expériences faites par ces grands chercheurs de
TRIOMPHE DE LA FORCE PSYCHIQUE 2l3 lascience furent si frappantes, qu'ils signèrent tous un rapport détaillé, en français et en italien, dont la conclusion est ainsi rédigée : « Ainsi donc tous ces phénomènes étonnants que nous avons observés pendant une complète ou quasicomplète obscurité, tels que: chaises tirées fortement avec la personne assise dessus, coups dans les chaises, transport d’objets, attouchements au corps, attouche ments de main par une main, empreinte de doigts, lueurs phosphorescentes, nous les obtînmes à cette séance (du 6 octobre 1892), ne perdant pas le médium de vue, pas même pour un instant.
La séance du 6 octobre fut donc pour nous la constatation évidente et absolue de la justesse de nos impressions anté rieures dans l’obscurité, la preuve incontestable que, pour expliquer les phénomènes de la complète obscu rité, il n’est point nécessaire de supposer une fraude du médium, ni une illusion de notre part, — que les phénomènes peuvent résulter des même causes qui donnent origine aux phénomènes produits pendant que le médium est visible à l’aide d’une lumière suf fisante pour en contrôler la position et les mouve ments.
« En rendant public ce court et incomplet résumé de nos expériences, nous devons encore exprimer notre conviction : « i° Que dans les circonstances données, aucun des phénomènes qui ont été obtenus à la lumière, plus ou moins intense n’aurait pu être produit par un arti fice quelconque; « 20 Que la même conviction peut être affirmée pour
l'initiation 214 la plus grande partie des phénomènes d'obscurité complète.
Pour un certain nombre de ces derniers phénomènes, nous pouvons bien reconnaître, en géné ral, la possibilité de les imiter par quelque tour d’adresse du médium ; cependant, d'après ce que nous venons de dire, cette hypothèse serait non seulement improbable, mais encore inutile dans notre cas; car, même en l’admettant, l’ensemble des faits bien prou vés n'en recevrait aucune atteinte.
« Au reste, nous reconnaissons qu'au point de vue de la science exacte nos expériences laissent encore à désirer. Elles ont été commencées sans savoir de quoi on aurait besoin. Les instruments et divers appareils que nous avons employés ont dù être préparés à la hâte par les soins des docteurs Fuizi, Geroso et Ermacora.
« Ce que nous avons vu et constaté, selon notre opinion, est suffisant pour prouver que ces phéno mènes sont bien dignes d’ètre considérés par la science.
« Nous considérons qu’il est de notre devoir d'ex primer ici publiquement notre estime et reconnais sance à M. ErcoleChiaia, pouravoir poursuivi pendant de longues années avec tant de zèle et de patience, et malgré les clameurs et dénigrements de la foule igno rante, le développement des facultés médianimiques de ce sujet remarquable, ne poursuivant qu’un seul but : le triomphe d'une vérité impopulaire. » Après la publication du résumé et de cette conclu sion dans la presse italienne (L’italia del popolo, du 3o octobre au 3 novembre), le spiritisme devint la question du jour. On ne pouvait pas croire que tous
TRIOMPHE DE LA FORCE PSYCHIQUE 2l5 ces hommes, lumières de la science, fussent assez stupides de se laisser tromper par un médium igno rant. La grande nouvelle dépassait bientôt les fron tières de l'Italie, le Dr du Prel et moi-même l’annon çâmes en Allemagne dans la presse et dans une conférence à Munich.
Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de donner aux lecteurs de {'Initiation un rapport étendu des expé riences faites par le comité scientifique. Pour les membres du Groupe, les phénomènes médianimiques ne sont qu’une préparation à l’étude et à la connais sance des grandes doctrines universelles de la magie, Kabbale, Gnose, Théosophie.
Les actions de la force des astraux primitifs, que les savants de nos jours commencent maintenant à constater et à étudier, ne peuvent plus avoir le même intérêt pour les initiés, entrés dans l’intérieur, dans le sanctuaire du temple occulte. C’est pourquoi je ne veux donner ici qu’une courte exposition des faits constatés à Milan. Les séances furent tenues à la maison de M. Puizi (Monti di Pieta. 11, Milan) entre 9 et 12 heures du soir.
Le médium fut introduit par M. Chiaia, lequel, après avoir assisté aux premières séances, se retira. On commença à chercher à obtenir des phéno mènes à la lumière. Bientôt on prouva les mouve ments mécaniques inexpliquables par l’attouchement direct des mains, un soulèvement latéral de la table (poids 8 kilos) apportée par M. le Dr Puizi.
« La table se souleva d’un angle de 30-40° et se maintint plu sieurs secondes, pendant que le médium avait dessous les deux pieds étendus et frappait ses souliers l’un
2 16 l’initiation contre l’autre. En faisant, en ce moment, avec la main, une pression sur le côté soulevé de la table, on sentait une résistance élastique assez forte. » On prit toujours les précautions nécessaires. Les mains et les pieds du médium furent toujours tenus. En mesurant la force appliquée au soulèvement latéral, on trouva que le dynamomètre indiquait trois kilos et demi.
Quelquefois la table faisait quelques mouvements de droite et de gauche, puis se soulevait latéralement, tantôt d'un côté, tantôt de l’autre; enfin, elle se sou leva entièrement, soit les quatre pieds en l’air et hori zontalement, à une hauteur de io à 20 centimètres et retomba à plat sur les quatre pieds.
Quand quelque phénomène est en train de se pro duire, le visage d'Eusapia se contracte, les mains se crispent et se convulsionnent, elle gémit et paraît souffrir. Comme la table se tenait en l’air pendant quelques secondes, on pouvait obtenir plusieurs photographies des phénomènes, que M. le Dr du Prel a montrées dans sa conférence faite dans la Société de psychologie scientifique de Munich.
La lumière actinique était produite au moment nécessaire par un éclair magnésique. Sur une des photographies, on voit M. Richet tenant une main, les genoux et un pied du médium, son autre main étant tenue par M. Lombroso, la table soulevée en l’air horizontalement, ce qu’on voit par l’intervalle entre l’extrémité de chaque pied et l’extrémité des ombres respectives projetées par les pieds de la table et n’arrivant pas jusqu’aux pieds. Une expérience très intéressante fut la suivante :
TRIOMPHE DE LA FORCE PSYCHIQUE 2I7 Le médium, assis sur une chaise, fut placé sur une balance. Il présenta le poids total de 62 kilos: après certaines oscillations, le fléau n'indiquait plus que 52 kilos. On désira l'augmentation de la pression, et le fléau indiqua 62 kilos.
On essaya de reproduire ses variations, maison ne put réussir qu’en étant debout sur le plateau et en appuyant tantôt sur un des côtés, tantôt sur l’autre tout près du bord, par des mouve ments de grande amplitude.
11 est vrai, disent les sous signés dans le résumé, que nous ne les avons jamais observés chez le médium, et qu’ils lui étaient impos sibles dansla position sur la chaise, mais tout de même nous sommes prêts à reconnaître que l’expérience ne peut être entièrement satisfaisante.
C’est pour cela qu’elle fut complétée par l'expérience suivante, faite aux séances des 21 et 26 septembre ; la balance fut placée derrière le dos du médium, assis à la table, de façon que le plateau se trouvât à une distance d’un décimètre de la chaise du médium. Le mouvement du fléau se reproduisit à la vue de tous, et il frappa forte ment sur la barre.
M. Richet et AL Aksakow s’assu raient, en promenant leurs mains dans l’air et par terre, qu’il n’y avait aucun artifice, aucune communi cation entre le plateau et la chaise. On faisait en outre l’expérience du mouvement horizontal de la table avec les mains du médium sur une planche posée sur trois boules interposées entre la planche et la table. Les pieds de la table furent munis de roulettes.
Le médium fut invité à mettre ses mains au milieu de la planche ; toutes les précautions furent prises. Les voisins de droite et de gauche mirent leurs
l’initiation 218 pieds sur les pieds d’Eusapia et appuyèrent leurs genoux contre ses genoux, formant un angle droit, dans l’espace duquel les deux pieds de la table setrouvaient parfaitement isolés.
Sous ces conditions, la table se mit plusieurs fois en avant et en arrière, à droite et à gauche, parallèlement à elle-même, et, se déplaçant de io à 20 centimètres ensemble avec la planche sur les boules,comme si la table etla planche ne faisaient qu’un.
Une autre fois, la table se souleva latéralement du côté et sous les mains du médium, ensemble avec les boules à une hauteur de 10 à i5 centimètres, sans aucun déplacement des boules et de la planche. Pendant les séances, on observa souvent des mou vements d’objets à distance, sans aucun contact, avec les assistants encore en pleine lumière ; une grande chaise, pesant 10 kilos, s'approcha de M. Schiapa relli.
On pouvait aussi constater des mouvements de la tablesansattouchements. Les assistants firent la chaîne avec les mains, y inclus celles du médium. Lorsque la table se mit en mouvement, ils soulevèrent tous leurs mains sans rompre la chaîne, et la table toute seule fit plusieurs mouvements. Constamment, pendant les séances, des coups se produisaient pour répondre oui ou non à des ques tions posées.
Quant aux phénomènes observés dans l’obscurité, les membres du comité disent : « Tout le monde fait la chaîne et les mains et les pieds du médium sont tenus parses voisins.
L’obscurité augmente évidentTRIOMPHE DE LA FORCE PSYCHIQUE 2 I 9 ment la force des manifestations, qui peuvent se ranger dans les catégories suivantes: i° coups beau coup plus forts et même formidables, comme avec un poing sur la table ; 2° chaises des voisins du médium tirées de côté avec les personnes assises dessus ; 3° transport sur la table d’objets qui se trouvaient à distance du médium, tels que chaises,, habits, etc. 5° déplacements en l'air de différents objets, d’ins truments de musique : clochettes, tambours, etc. 5° apparitions de lueurs phosphorescentes très vives, de plusieurs millimètres de diamètre, au-dessus de la table, dans l'air, se mouvant dans toutes les direc tions, montant, se dédoublant quelquefois et dispa raissant subitement; 6" enfin Je phénomène le plus étrange, c’est la sensation d’attouchements produits sur notre corps par un corps étranger, que bientôt on est forcé de reconnaître comme une main, car, à me sure que les séances se répètent, cette main devient de plus en plus familière et vous touche le visage et les mains, et vous reconnaissez le contact parfait d’une main vivante, chaude et forte. » On expose longuement dans le rapport toutes les expériences faites : apport d’objets à distance, les mains du médium étant liées aux mains de ses voi sins, empreintes de doigts reçues sur papier couvert de noir de fumée, apparitions de la main sur cartons lumineux.
Les mains du médium étaient liées par trois tours de ficelles, serrés suffisamment, presque à lui faire mal, dans le but que, si, parquelque manœuvre, la main se fût dégagée de la ficelle, les trois tours de cette ficelle se seraient défaits immédiatement, et ces
220 L INITIATION mains n’auraient pu d’aucune façon reconstituer la pre mière attache. Une chaise avec clochette posée der rière le médium fut mise sur la table.et la clochette sonna, puis tomba sur la table. La lumière étant faite, on constata que tous les liens étaient en ordre. — Le papier noirci à la fumée, qui montra des empreintes de doigts, fut posé et fixé sur la table, au bout opposé du médium.
Le dos de la main gauche de M. du Prel, qui tenait la main du médium, fut sali par ie noir de fumée. On avait exprimé le désir que le noir fût trans porté sur l’une des mains des assistants. Le docteur du Prel annonça qu’il avait senti plusieurs doigts s’essuyant au dos de sa main gauche. Les mains du médium, inspectées immédiatement, furent cons tatées toujours propres.
Les cartons, sur lesquels on vit très bien la silhouette noire d’une main, furent enduits de substance lumi neuse, phosphorescente dans l’obscurité (sulfure du calcium), et placées sur la table et sur des chaises, dans différentes parties de la chambre. La séance du 6 octobre, déjà mentionnée, donne une pleine conviction aux assistants, comme tous les phénomènes observés à l’obscurité furent enfin observés à la lumière, le médiun en vue.
Entendez les assistants : « Comme l'obscurité paraitconsidérablement favo riser le développement des phénomènes, il fallait donc laisser l’obscurité aux phénomènes, et avoir la lumière pour nous ; et pour ceci nous procédâmes de la façon suivante. Une partie de la chambre fut séparée de l’autre par un rideau, pour la laisser dans
TRIOMPHE DE LA FORCE PSYCHIQUE 221 l’obscurité, et le médium fut placé sur une chaise dans une ouverture du rideau, le dos tourné vers la partie obscure, et le visage, les mains et les pieds dans la partie de la chambre éclairée.
Derrière le rideau fut placée une petite chaise avec une clochette dessus, à une distance d’un demi-mètre de la chaise du mé dium, et sur une autre chaise, à plus de distance, un vase avec de l’argile humide parfaitement unie.
Dans la partie de la chambre éclairée, nous nous mîmes autour de la table qui fut placée devant le médium près du rideau: nous ne fîmes pas de chaîne, mais les mains du médium furent tout le temps tenues par ses voisins, MM. Schiaparelli et du Prel. La chambre était éclairée par une lanterne à verres rouges placée sur une autre table. C’était la première fois que le médium se trouvait dans ces conditions. » Les phénomènes commencèrent.
On sentait une ré sistance, en apposant les mains au rideau. Les pans du rideau furent fixés au coin de la table, et, à la demande du médiun, écartés au-dessus de sa tête et maintenus par desépingles. Alors, au-dessus de la tète du médium, quelque chose se montra, par moments.
M. Aksa kow posa sa main dans l'ouverture: elle fut serrée; il sent que quelque chose lui est poussé dans la main : c’était la petite chaise; il la tient, puis elle est prise et tombe par terre. Tous les autres ressentent aussi les attouchements en mettant leur main dans l’ouverture.
« M. Schiaparelli est touché au côté et frappé sur le dos à travers le rideau ; puis sa tète en est recouverte et tirée en dedans du rideau; mais de sa main gauche il continue toujours de tenir la main droite d’Eusapia,
222 l’initiation et, de sa main droite, la main gauche de AL Fiusi. La main commença alors à apparaître dans l’ouvertured’une façon plus distincte (i). Ai. du Prel passa sa tête dans l’ouverture en continuant toujours de tenir la main d’Eusapia et fut touché fortement par des doigts. AI. Aksakow présente un crayon : il est pris, ne tombe pas, mais bientôt est rejeté par l’ou verture sur la table.
Une fois, c’est un poignet qui apparut sur la tête du médium, puis il s’ouvrit lente ment et nous fit voir tous les doigts et la paume. Impossible d’énumérer le nombre de fois que la main nous est apparue et que nous l'avons touchée.
Il suffit de dire que plus aucun doute n’était possible, que c’était bien une main humaine et vivante que nous voyions et touchions, pendant qu’en même temps tout le buste et les bras du médium nous étaient bien visibles, et que ses deux mains étaient tout le temps tenues par ses voisins. Après la fin de la séance, AL du Prel pénètre le premier derrière le rideau et nous annonce que, dans l'argile, il y avait une empreinte.
Nous constatons en effet que l'argile avait été défoncée par une forte griffe de cinq doigts d’une main droite, preuve permanente que l’apparition de la main n’était pas une hallucination. Ce qui nous expliqua le fait qu’un morceau d’argile nous avait été jeté sur la table vers la fin de la séance.
On voit qu’il s’agit de phénomènes remarquables, constatés par un cercle de savants, qui ont pris (i) Selon le rapport de M. du Prel, la main appartenait à ’astral John King, si renommé dans les cercles spirites, qui daigna tant de fois se manifester aux incrédules et aux gens qui désirent s’amuser avec des expériences transcendantales.
l’ancienne religion des gaulois 22Î toutes les précautions pour ne pas devenir des vic times de l’adresse d’un médium. On peut dire que les expériences, obtenues premièrement par Lom broso et maintenant par Schiaparelli et les autres célèbres savants, sont le triomphe de la force psy chique dans notre siècle de matérialisme absurde, et convainquent les ennemis de ces vérités impopu laires. C/ieva/fe?-rfe Thomassin, D. G. E.
L’Ancienne Religion des Gaulois (Suite) §2. — LES PRÊTRES DU SAMHAN En Gaule, les druides et les semnothées consti tuaient deux classes différentes. Les premiers s’oc cupaient de physiologie et de morale ; aux seconds incombait le culte religieux (i). Les semnothées étaient les prêtres du Samhan, au génitif Samna. Samhan, en dialecte irlandais, signi fie la fin de l’été (2), correspondant au premier no- ( 1 ) Diogène de Laërte, 1.
I. ? t ; Strabon, 1, IV, § 4; Dio dore,. 1. \ , § 3i; Suidas, lexique au mot Druidœ. (2) De sani/i. été ; an, fin. (O'Curry, Manners of the Ancient Irish, tome III, p. 217.)
224 l’initiation vembre, par suite de l’ancienne division de l’année en trois saisons. Les Gaulois du continent célébraient à ce moment le jour des Morts. Se disant fils de Pluton, ils pas saient pour avoir commerce avec les âmes. Dans leur pays, d’abord nommé Cimmérie, Homère place l’évo cation des ombres par son héros Ulysse.
Nous savons de plus par Strabon que Déméter et rroserpine, ces associées de Pluton, étaient célébrées dans une île proche de la Grande-Bretagne avec le même rite qu’en I’ile de Samothrace. Quelle était donc la religion des Samothraces? C’est le mystère qui commence : pénétrons-y. Pour éclaircir la question, nous suivrons l’ordre chronologique dans la citation des textes, matériaux de l’histoire.
La Samothrace peut être considérée comme le centre d’importation de la religion cabirique, en usage chez les Pélasges,qui, les premiers, occupèrent la Grèce, de l'an 1209 à 1162 avant notre ère. D’après Orphée (r), « les dieux adorés en Samothrace étaient les souffles générateurs, semences conservatrices du monde », que l'on peut appeler aussi esprits vitaux. Hérodote nous apprend sous quelle forme ces dieux, nommés Cabires, étaient figurés.
On les repré sentait, dit-il, comme des pygmées, semblables aux Patèques ou dieux nains que les Phéniciens met taient à la proue de leurs navires. La statue de l’un des Cabires avait une pause dressée comme celle du (1) Hymne xxxvin.
l’ancienne RELIGION DES GAULOIS 22 5 re athénien et indiquait l’aptitude de généraconformément à l’épithète d’Orphée. Vulcain, -dire le feu, soit astral, soit élémentaire, était pour le père des Cabires. lissons l’analogie de ces nains avec ceux célélans les contes des anciens Bretons sous le le Cors, que l’on doit rapprocher de ceux des es ou Courètes, des Corybantes, confondus avec ibires.
De même le nom de la fée Korrigan, reine lins bretons, est identique à celui de Corè (Pro ie). Rappelons enfin l’analogie de ces diverses tés avec les magots chinois ou bouddhas.
Cabires aidaient d’un pouvoir effectif l’initié à mystères, qu’il n’était pas permis de révéler (i). ireusement le scoliaste, moins discret qu’Apollonous apprend, d’après Mnaséas, le nombre et le des Cabires : Axiéros, Axiocersa, Axiocersos. os est Déméter; Axiocersa, Proserpine ; Ax-oi , Pluton. is le mot Axios, qui signifie précieux et aite vénérable, nous reconnaissons les racines ït As.
Eros signifie Amour ; cersos et cersè, utifs de couros et coure, correspondent exacteaux mots français garçon et garce dans le sens le (2). Les noms des trois divinités peuvent se traduire par « le saint amour, le premier îe et la première femme ». it ici la trinité cabirique, prototype de la trinité înne (3). ■istophane, Paix, vers 278 ; Apollonius, les Argonautes, ncyclopédie moderne, au mot Cabires. Grande Encyclopédie, au mot Cabires. 8
22Ô l’iNCTIATION Les divinités de la Samothrace, transportées à TroieparDardanus,en Italie par Énée, constituèrent les dieux Pénates des Romains. Dans ces émigrations, le culte cabirique subit quelques transformations expliquées par Varron en même temps que le sens philosophique. « Le Ciel et la Terre, comme l’enseignent les mystères des Samothraces, sont les grands dieux mâle et femelle appelés « dieux puissants ».
Chez les Romains le Ciel était appelé Diespiter (Jupiter), père du jour, et Dispater (Pluton), en tant que dieu des lieux bas de la terre où tout retourne après la vie.
Comme il pré side au commencement de l'existence (orftw), on l’ap pelait aussi Orcus (i). » Le nom symbolique de « Pluton » (qui a remplacé « Vulcain ») désigne aussi bien le feu central de la terre que la chaleur du soleil parvenu au plus bas de son cours, c’est-à-dire au tropique du Capricorne, où les traditions irlandaises placent le champ de l’éter nelle jeunesse. Le Samhan correspondait à ce même moment.
« Chez les Romains, continue Varron. la Terre était encore nommée Junon. » II explique le sens du nom de Proserpine, quelquefois substituée à Junon comme dominatrice de l’espace sublunaire. Proser pine est un surnom de la lune et exprime le mouve ment décrit par cet astre en serpentant à droite et à gauche de l’écliptique. Les grands dieux, c’est-à-dire le Ciel et la Terre, cor respondent aussi à Pâme et au corps. Lame a pour (t) De Linguâ latinâ, I. V, § 57.
l’ancienne religion des gaulois 227 essence la chaleur ou le ciel ; le corps a pour éléments l’humide et le froid. « De l’antique mariage qui unit le ciel et la terre, continue Varron, naquit une troisième divinité, Vénus, appelée Victrix, dans le sens, non de vincere, vaincre, mais de vincire, lier. » Vénus nommée Victrix est donc celle qui unit les deux éléments, c’est-à-dire l’éther ou l’esprit.
Devant les trois divinités principales de Samothrace était placée la statue d’une divinité secondaire, nom mée Casmilos et prise soit pour Mercure, soit pour Bacchus. Varron explique le nom de Casmilloscomme celui donné à un ministre particulier des mystères des grands dieux, et il rapproche ce mot de celui de « casmillus », le serviteur chargé, dans les noces, de la corbeille de la mariée.
Le même auteur évite la confusion quelquefois faite par les profanes entre les grands dieux et les Dioscures, dieux mâles dont on voyait aussi les statues à l’entrée du temple. Cassius Hémina dit que les Pénates romains, ori ginaires de Samothrace. sont nommés « dieux grands, dieux puissants, dieux bons ». A remarquer l’épithète « chrestos », « bon », qui fut une des premières appel lations du Christ.
Mais Servius, qui cite Hémina, a le tort de mettre au rang des grands Dieux leur servi teur Mercure. Le même auteur, interprétant aussi mal Varron, revient sur une prétendue différence qu’il y aurait entre les Pénates et les grands Dieux: il motive la divergence des opinions à leur sujet par ce qu’il n’était permis à personne, sauf au sacerdote, de les voir.
228 l'initiation Macrobe explique à peu près comme Varron la signification des Pénates apportés par Enée. « Ce sont, dit-il, les dieux par lesquels nous respirons, par lesquels nous avons un corps et une âme raisonnable. Jupiter est l’air mitoyen, Junon la terre et la partie inférieure de l’air, Minerve la partie la plus élevée de l'atmosphère.
La preuve en est que Tarquin, fils de Démocrate de Corinthe, instruit des secrets mys tères du culte de Samothrace, consacra un même temple sous le nom réuni de ces trois divinités. » Ainsi, pour les esprits les plus élevés, les Pénates, c’est-à-dire la trinité capitoline, paraissaient définitive ment constitués par un premier principe ou âme (Ju piter),par une partie secondaire ou corporelle (Junon), et une partie sainte et spirituelle (Minerve),confondue quelquefois avec Vénus ou l'amour divin (i).
Les Gnostiques dévoilent un sens secret«du grand, et ineffable mystère des Samothraces, que seuls con naissent les hommes devenus parfaits. Car, dans le temple sont posés deux simulacres d’hommes nus qui tendent les mains vers le ciel, dans l’attitude haussée donnée au Mercure du mont Cyllène. Ces simulacres sont ceux d’Adamas, ou homme primitif,, et de l’homme rené spirituel, en tout consubstantiel au premier » (2).
Cette conception du « vénérable » (1) Tertullien (Spectacles,ch. vm), décrit les Lares ou Grands Dieux venus de Samothrace ; aussi Arnobe, Gentils, 111, 41; Philosophumena, 1. V, ? 8. (2) Aaamas est le vrai nom usité chez les Samothraces. Le citateur chrétien, auteur des Philosophumena, l’appelle quel quefois Adam par une pieuse réminiscence. Les Samothraces avaient également eu leur déluge antérieurement aux autres peuples.
l’ancienne religion des gaulois 22g Adamas des Samothraces concordait avec celle des Gnostiques sur la triple nature de l’homme corporel, sensible et spirituel. Il résulte de ce qui précède que le culte de Samothrace prenait toutes les proportions suivant le degré ou la portée de l’initié.
Différents aussi en étaient les avantages, soit qu’on obtînt des anneaux magnétiques en or à chaton de fer, ou encore l’aide effectif des dieux dans les dangers surtout courus sur mer, ou qu’on devînt plus juste, plus pieux, en tout meil leur que les autres hommes (1). La forme primitive du culte cabirique en l’honneur du feu se trouve à Lemnos, àlmbros et dans quelques autres pays.
A Lemnos, au moment des Orgies, les feux étaient éteints pendant neuf jours, puis solennellement ral lumés. Pindare parle d'un seul Cabire lemnien, père de l’humanité et instituteur des mystères. D'après Phérécyde, au contraire, il y avait trois Cabires lemniens, fils de Vulcain , ses aides et ses ministres, analogues aux trois Dactyles Idéens, com pagnons d’Andrasté.
Les noms de ces derniers expriment les principales opérations du travail des métaux: Celmis,le Fondeur; Damnaneus, le Marteau qui bat le fer; et Acmon, l’Enclume. Une des plus intéressantes formes du culte cabi rique fut celle de Thessalonique. On y adorait le troisième Cabire supplicié par ses deux frères. Mais ce n’était pas la tète qu’on recueillait, comme dans le (1) Pline. Isidore, Etymologies, ch. xxxn; Diodore.
23o l’initiation sacrifice deBacchus, c’était le phallus. Dans d’autres religions le sacré-cœur est livré à la vénération des fidèles (i). En parlant des mystères de la Samothrace, nous ne nous sommes pas éloignés de notre sujet, qui est l'ancienne religion des Druides.
Les Annales d'Ir lande, si précieuses pour l’histoire des peuples gau lois. confirment le séjour d’une tribu celtique dans les îles du nord de la Grèce, vingt siècles avant notre ère (2). « Dans ces îles, ils apprirent le druidisme et autres sciences pareilles, telles que la sorcellerie, la magie, les enchantements et toute science nécromantique.
Ils furent appelés peuples des Dieux (Tuata Dé), et plus tard peuples des Dieux de Dana. parce que chez eux les Dieux étaient les artisans, et aussi les agriculteurs, à cause de leur génie en chaque science et en chaque connaissance druidique. » Dana. ou la mère des Dieux, correspond à Déméter.
Malgré les pieux remaniements que les Annales subirent de la part des moines catholiques, leur témoignage con corde cependant avec celui des auteurs grecs pour reconnaître l’Irlande et la Samothrace comme ber ceaux du Druidisme. Les traditions bretonnes offrent encore d’autres rapprochements. C’est ainsi que Barinthe, le Caron gaulois cité dans la Vie de Merlin le Calédonien, rappelle le nom de Zérinthe, l’antre de Samothrace, (1) J.
Firmicus, Religions profanes; Clément d’Alexandrie, Prolreptique. (2) Leabar Gabala, Livre des invasions, traduit de, l'irlan dais pour la première fois par H. Lizeray et \V. O’Dwyer, page 45l’ancienne religion DES GAULOIS 23 I où l'on sacrifiait à Hécate, surnom de Proserpine, déesse des Enfers.
NOTES ET IMPRESSIONS Les peuples guerriers ont toujours subi l'ascendant et l’influence pernicieuse des femmes, comme dit Aristote, qui cite en exemple les Spartiates (i). Le même auteur ajoute que les Celtes, peuple des plus vaillants, ont évité cet assujettissement grâce à une certaine coutume.
Qu'en pensent les moralistes? ♦ ♦ L’expression : jeter son bonnet par-dessus les moulins, vient de ce qu’autrcfois, en Grèce, les chemins conduisant aux meuneries étaient remplis de prostituées. ♦• • On disait d'Euripide qu'il n’aimait pas les femmes parce qu’il en médisait. Détrompez-vous, répondit Sophocle, il les aime de trop. * ♦ Les spiritualistes ont une morale, mais il n’est pas sur qu’elle soit la bonne.
11 faut toujours se défier des gens bêtes, et les spiritualistes le sont, pour croire tout ce qu'ils croient. ’ (i) Politique, 1. II, ch. v.
232 l’initiation Les gens bêtes le sont toujours au détriment de quelqu’un. ♦ • Ce qui me déplaît surtout chez les Anglais, disait Guibollard, c’est qu’ils ont tous une bible au cul. * ♦ • Le brachycéphale Bismarck et le dolicocéphale Guillaume ne s’entendent guère. ♦ ♦ ♦ La force brutale ne prime pas la force intellec tuelle, ni le droit qui en émane. ♦ * ♦ Les Allemands profitent de ce que les Français vont de l’avant pour les faire agir tout en restant dans l’ombre. «* ♦ Toutes les fois qu'on a affaire à un juif, il en résulte un déchet matériel, moral ou intellectuel. * * * Selon l’histoire et la géographie, la Russie est à la Grèce ce que la France est à Rome. ♦♦ ♦ La fleur de lis, insigne des rois francs, est le trèfle signifiant le domaine des prairies. ♦ ♦ ♦ Crédules Gaulois, c’est de votre faute ! Vous avez dû subir la victoire des Latins, puis leurs opinions.
BYBLYS 233 Vous avez été effectivement « diminués de la tête », car les Romains vous ont dénié le droit d’exprimer votre pensée. Tous les dogmes à vous imposés ont été élaborés par les conciles d’Orient, sans la partici pation des Occidentaux. Les Francs, qui déroutèrent les infects et inférieurs Latins, ne devinrent chrétiens que par un coup de surprise, sous Clovis. Mais un autre Franc, Charles Martel, osa, le premier, confisquer les biens du clergé. Henri Lizeray. (le secret du passé) I RELIGION A L’homme est, dit-on, un animal sociable. Sociable, pris dans le sens de capable de vivre en société, n’est pas suffisant. L’homme est un être à qui la société est nécessaire, qui n’est lui-mème qu’en société. Il y a entre l’homme et les animaux républicains, c’est-à-dire sociables, cette différence que les animaux
l’initiation 234 vivant en société, tels les fourmis, les abeilles, obéis sent à un instinct irraisonné, fonctionnent comme les organes d’une mécanique, tandis que l’homme, bien que dominé lui aussi par un instinct qui l’entraîne à l’association, organise ses sociétés sur des bases diverses.
Peut-être, au point de départ de l’humanité, exista-t-il des sociétés humaines naturelles, analogues à celles des abeilles et des fourmis : mais ces sociétés se modifièrent, évoluèrent, se transformèrent avec le temps, progressèrent en un mot, tandis que les socié tés animales sont certainement telles aujourd'hui qu’elles furent à l’époque où les hommes vivaient l’âge de pierre.
Les observations laites chez les races dites primi tives, qui, croit-on généralement, reproduisent l’état social de début de l’humanité entière, sont de nature à détruire cette hypothèse d’une société humaine primi tive et naturelle,car leurs républiques sont de beaucoup inférieures à celles des animaux sociables.
Mais l’opinion d’après laquelle l’état social des Australiens autochtones et autres peuples analogues représenterait la civilisation primitive n'est rien moins que certaine. Ces branches de l’humanité sont des branches infé rieures, peu pourvues de sociabilité ; elle l’ont témoi gné en n’évoluant pas, en restant dans la même condi tion depuis l’origine des temps.
Il est supposable que les races supérieures, notamment la race blanche, la supérieure des supérieures, ont eu une société natu relle, c’est-à-dire de début, autre que celle des infé rieures. Il y a, entre l’homme et les animaux républicains,
BYBLYS 235 une autre différence, c’est que si, pour lui aussi, existe un instinct qui le pousse invinciblement à vivre en société, il en possède un autre qui le porte à des actes destructifs de la société. Chez les animaux républicains, il n’y a que le socialisme; chez l’homme, il y a le socialisme et l'égoïsme.
Cette puissance de l’égoïsme, qui au premier abord semble devoir être un dissolvant des sociétés, a au contraire été la cause première du progrès. La double traction dans les deux sens a amené les hommes — les hommes supérieurs — à appliquer à l’organisation de leurs rapports réciproques, la faculté d’abstraction et de raisonnement dont ils sont pour vus, et qu’on nomme l’intelligence.
B Pour maintenir les sociétés, les empêcher de se dissoudre sous l’action de l’égoïsme, l’homme a créé deux institutions : la religion et l’Etat.
La première, en établissant un lien moral entre les individus, empê che les écarts excessifs de l’égoïsme: le second, en réglant les rapports réciproques des personnes, c’est-àdire des incarnations de l’égoïsme, enempèchantqu’ils deviennent abusifs ou trop abusifs, aatténué leseffets de la puissancedissolvanteque celui-ci porte en lui-mème.
La Religion est la première en date, mais elle por tait l’Etat dans ses flancs ; ce fut elle qui l’organisa, le dirigea jusqu’au moment où, sous l’influence de causes diverses, il acquit son indépendance tout en restant intimement lié à sa mère.
236 l’initiation c La Religion, qu’est cela? Les grammairiens disent que ce mot vient du latin religare, qui signifie relier. Mais pourquoi religare signifie-t-il relier? Le latin avait lui-même ses étymo logies, et ce n’est qu’une explication de seconde ou de troisième main que l’on donne ainsi. Cependant, cette explication est suffisante présentement. La Religion est ce qui relie. Qui relie quoi, qui ? Les hommes. Qui les relie pourquoi ?
Pour les faire vivre en société. Qui les relie comment? C’est sur ce point que la question se pose, et que le chercheur doit faire appli cation de la méthode scientifique, en éliminant au préalable, — quitte à les soumettre ensuite, à titre de simples postulats à l’examen micrologique, — les opi nions du passé.
Quelle est la base de toutes les religions connues, du passé et du présent, réalisations transitoires,accom modées aux milieux, du grand principe religieux? C’est un code, un ensemble de commandements dont le décalogue mosaïque est le plus concret. Ces com mandements se répartissent en deux groupes : ceux de l'un interdisent certaines actions, ceux de l’autre en ordonnent.
« Tu ne feras point ceci ; tu feras cela,» voilà ce qu’il y a au fond de toutes les religions. «Tu ne feras point ceci; pourquoi ? Tu feras cela; pour quoi ? Parce que Dieu le veut ainsi. »
BYBLYS 2Î7 Quel est ce nouveau personnage qui intervient dans la question? Ce n’est rien et c’est tout. C’est un expédient de démonstrateur embarrassé, et c’est la cause profonde et toute-puissante des choses.
A l’homme que gênent les commandements de la puissance reliante, et qui demande : « Pourquoi ne pas faire ceci ? — Pourquoi faire cela ? » répondre: « Parce que ceci est contraire à l’intérêt social ou gé néral: parce que cela lui est conforme». C’est courir grand risque de ne pas être compris. Combien y avaitil, aux époques primitives, d’hommes sur qui une semblable raison pouvait exercer une influence ?
Combien sommes-nous encore, après plusieurs cen taines de siècles d’éducation, après plusieurs milliers de générations héritant les unes des autres? Nous ne sommes probablement pas plus que l’on n’était ; car l’accessibilité à de semblables pensées est une qualité naturelle, qui ne s'acquiert point, c’est la « grâce » des théologiens. La simple réponse : « Pourquoi?
Parce qu’il le faut ; parce que ceci est mal : parce que cela est bien », devait, avec l’aide de l’hérédité créatrice du préjugé et de la superstition, exercer plus d’influence que la réponse rationnelle.
Cela n’était pas encore suffisant, et l’on imagina une puissance extérieure aux hommes, concentrée ou frac tionnée qu’on nomma Dieu ou les dieux, qui com mandait parce que tel était son bon plaisir, et qui frappait, soit immédiatement, soit ultérieurement les trangresseurs de ses volontés.
238 l'initiation Les hommes qui imaginèrent cette puissance furent-ils de simples expédiencistes, n'y croyant pas eux-mêmes, ou des penseurs auquel s’imposa un à priori catégorique ? La seconde supposition est la plus vraisemblable, car la négation, dans l’esprit humain, ne vient qu’après l’affirmation ; le néant n’est que la contrepartie logique de l’existence.
D Sans doute, les commandements de Dieu ou des dieux furent à l’origine assez rudimentaires; cepen dant, sur ce point encore, il ne faut pas juger de la religion première des races supérieures par les reli gions momifiées des races inférieures. Le Décalogue de Moïse, les lois de Manou montrent un état d’es prit véritablement philosophique dans son utilita risme.
Croire, ainsi que le font présomptueusement de pré tendus savants modernes, que la religion des ancêtres ne fut qu’un amas d’utopies grossières, ou un sym bolisme rudimentaire, est une erreur d’hommes infa tués et courts d’esprit.
Le but de ce travail est au contraire de démontrer que si les Ancêtres n’eurent pas la science, dans le sens que l’on donne présente ment à ce mot, ils possédèrent une philosophie qui ne le cédait en rien à celle de l’époque actuelle, si même elle ne la dépassait point. * • ♦ E La crainte de Dieu ne suffisant pas-à retenir les
BYBLYS 2Î9 hommes hors des actions mauvaises ni à les pousser aux bonnes actions, on fut amené à créer un succé dané, un représentant de la puissance extérieure, sous les espèces de magistrats et de bourreaux, qui punis saient les infractions à la loi divine quand Dieu ne s’en chargeait point lui-même, — ce qui était le cas le plus fréquent.
Ainsi naquit l’Etat, théocratique d’abord, mais qui peu à peu devint autonome par des causes dont l’étude ne rentre pas dans le cadre de ce premier chapitre. F La nécessité de maintenir le lien social ne fut pas la seule cause génératrice de la religion. Dans la race supérieure où elle naquit, existe la sainte curiosité, mère de la science.
Dans cette race, les enfants, les adultes de nature simple aussi bien que les esprits haut titrés, s’inquiètent du pourquoi et du comment des choses. Pourquoi les astres qui emplissent le ciel? Comment le soleil ? Pourquoi la mer, la montagne, les fleuves, les arbres, les brins d’herbes, les animaux, l’homme lui-même? La volonté de Dieu était une réponse bien brève et qui ne pouvait étancher cette soif.
Si elle satisfaisait aux « pourquoi », elle laissait le champ libre aux «comment». Pour connaître ces «comment», on s’adressa naturellement aux prêtres, représentants de la religion. Ceux-ci, dont l’esprit était -aussi hanté par la curiosité sacrée, et qui s’y passion naient, exposèrent les idées rudimentaires qui leur ■étaient venues. Ces idées étaient forcément anthropomorphiques ;
l’initiation 240 la méthode analogique est la première qui se présente à l’esprit. Dans le monde compréhensible, on voyait l’homme et les animaux causes; les animaux étaient analogues à l’homme. De là à conclure que les phé nomènes incompréhensibles étaient provoqués par des êtres analogues à ceux connus, il n’y avait qu’un pas qui devait être franchi.
Ainsi fut rempli, d’abord rudimentairement, le second but de la religion, qui est de relier l’homme à l'ensemble des choses qui l’environnent, d’engendrer la conception de l’Univers, dont l’homme est partie intégrante. G Mais la faiblesse de ces explications ne pouvait manquer de frapper les esprits supérieurs et cultivés d’une race pourvue du sens critique.
Le loisir néces saire à la culture de l’esprit n’existait que chez les prêtres; ce fut chez les prêtres que la conception de la qualité substituée à l’être, de l’abstraction rempla çant la réalité prit naissance, et que la philosophie s’élabora. Pourquoi les prêtres gardèrent-ils ces idées supé rieures pour eux? Furent-ils mus par un sentiment d’égoïsme corporatif dont toutes les époques fournis sent tant d’exemples?
S’aperçurent-ils que les esprits de la foule étaient incapables de les comprendre? Craignirent-ils que la divulgation de leurs connais sances détournât tes masses de la résignation néces saire dans un état social où la misère était la condi tion générale? Furent-ils, quand l’Etat devint distinct de l’Eglise, l’objet de persécutions de la part de la
BYBLYS 24I puissance civile ayant un caractère guerrier, et se résignèrent-ils à envelopper leurs conceptions philoso phiques dans des symboles dont les initiés avaient la clé, et qui, croyait-on, ne pouvaient être pénétrés que par eux, tant la complication en était grande et sa vante ?
Il y eut de tout cela probablement, et sur la reli gion exotérique ou extérieure, q ui était celle de tou le monde, s’échafauda un double système de religion ésotérique et hermétique, fournissant l’un et l’autre, sur des plans différents, l'explication philosophique de la religion anthropomorphique qui donnait satis faction aux peuples. H Cela ne pouvait suffire.
La pensée des hommes supérieurs alterne, par un jeu naturel, de la pra tique à la théorie, du tait à l’idée, du phénomène au nouznène, suivant l’expression kantienne. Inverse ment, le noumène ramène au phénomène, l’idée au fait, la théorie à la pratique.
Le champ de l’étude s’étendit, et les prêtres créant les sciences furent ainsi les premiers astronomes, les premiers naturalistes, les premiers mathématiciens, les premiers chimistes, les premier botanistes, les premiers théoriciens en un mot. Les prêtres furent aussi les premiers poètes, les premiers logiciens, les premiers philologues.
Mieux que cela, ils furent les créateurs des langues et des écritures, plus exactement de la langue et de l’écri ture. Car il n’y a. nonobstant les apparences, qu’une langue et qu’une écriture.
l’initiation 242 Cette opinion est contraire à celle généralement reçue des savants, d’après qui l’écriture fut bien, à l’origine, inventée par les prêtres sous la forme de hiéroglyphes, mais fut ensuite modifiée par des savants laïques, des commerçants , pour servir à reproduire graphiquement la langue du peuple, qui, elle, s’était formée comme elle avait voulu ou pu, au hasard des besoins, des milieux, des mélanges volon taires ou forcés entre nations.
Qu’il ait pu y avoir à une époque absolument pri mitive, même chez les races supérieures, une langue naturelle analogue à celles des singes, — et probable ment des autres animaux — dont un savant américain est en train de faire la recherche, cela est possible, et même vraisemblable.
Mais de cette langue primitive, que l’on retrouve peut-être chez les hommes inférieurs qu’un concours de circonstances a préservés du con tact avec les supérieurs, il ne reste rien chez les races évoluées. Les langues parlées actuellement et depuis des cen taines de siècles, les écritures qui sont probablement aussi anciennes, car les langues n'auraient pu être faites sans l’écriture, sont œuvres de la délibération humaine.
Elles sont l’Arche mystérieuse qui ren ferme le secret du passé. C’est à l’indication d'une partie de ce secret, reconstituée par les méthodes scientifiques, que sera consacrée la suite de ce travail. I Un dernier mot sur l'entité Religion, avant de finir ce chapitre.
BYBLYS 243 L’évolution naturelle a amené successivement la dissolution de ce qui était enfermé autrefois dans ce corps. L’Etat, séparé le premier, mais resté intime ment uni avec l’Eglise, représentante visible de la Religion, tend à devenir de plus en plus laïque; les arts, les sciences, la littérature, la philosophie ellemême ont successivement acquis la qualité d'entités autonomes, ayant leurs corps de desservants spéciaux.
La Religion est restée elle-même, c’est-à-dire sim plement la loi morale commune reliant les hommes en vertu des volontés de la grande Puissance qui meut rünivers. Réduite à la fonction essentielle de ministres de cette Puissance, les prêtres auraient encore un grand rôle social à remplir. Mais ils n’ont pas su comprendre l’évolution qui s’était accomplie, ils n’ont pu se résigner à la situation nouvelle.
L’Eglise,— les Eglises dans tous les pays de la Chré tienté, car pour les autres, reflets des premiers, ils ne comptent pas par eux-mêmes, — persiste à vouloir tout régenter, et elle joue le rôle d'une vieille tante acariâtre au milieu d’une jeune génération pleine de sève et d’intelligence.
Cette vieille tante se figure, comme tous les vieil lards, qu’elle est encore ce qu’elle fut, bien que son intelligence, c’est-à-dire sa faculté de conception, ne soit plus ce qu'elle était jadis, bien qu’elle ne pense plus ce qu’elle pensait, et que même elle ne s’en sou vienne point. Elle n'a gardé d'autrefois que son accou trement, son vieux symbolisme qu’elle ne comprend plus, ses vieux rites, ses vieilles cérémonies. Les jeunes générations intellectuelles, agacées par
l’initiation 244 les prétentions de cette personne surannée, s’en moquent et la turlupinent. Cela est regrettable, car cette tante est une tante à héritage; dans ses armoires, il y a plus d’un vêtement démodé fait d’étoffe de grande valeur et orné de dentelles précieuses ; les diamantsdes bijoux barbaresqui emplissent ses écrins, sertis à la mode du jour, jetteraient un éclat merveil leux dans les grandes fêtes de l’Esprit.
Si elle est su rannée, elle est aussi vénérable; elle a rendu à la pensée humaine des services qui devraient lui mériter la reconnaissance, nonobstant ses travers actuels. C’est ce sentiment qu’éprouve pour elle l’initié, bien qu’il soit aussi indépendant de l’Egliseque le sont les prétendus libres penseurs les plus séparés de la Religion. Aleph. cawub sw A M11“ DE WOLSKA. A vous, chère sœur en Dieu, ces quelques lignes de vérité.
Je crois qu’il est du devoir de tous ceux qui ont été témoins de faits extraordinaires de magnétisme ou de seconde vue de répandre le plus possible la con naissance de ces faits. Le plus grand bien de l’homme en cette vie, c’est la foi en la vie future ; toutes les preuves qui peuvent servir à étayer cette foi ou à la faire naître cons tituent un trésor inégalement distribué, mais dont les possesseurs ne sont que les dépositaires. Les phéno mènes du magnétisme, comme ceux du spiritisme, quelle que soit l’explication donnée par la science,
CAUSERIE SUR L’AU-DELA 245 prouvent incontestablement l'existence d’un ordre de choses qui ne tombe pas sous les sens, ou plutôt qui est supérieur aux sens.
Des conditions particulières de l’intelligence et de la Volonté sont révélées au moyen de ces phénomènes; l’être humain est placé dans un état différent de celui de la veille et de celui du sommeil, participant de l’un et de l’autre, mais supérieur à l’un et à l’autre; ¡1 semble que des deux subtilités qui se dégagent du magnétiseur et du magnétisé émane une spiritualité plus haute qui plane un instant dans l’invisible, là où le Passé, le Présent et P Avenir forment un seul et même tableau, là où le Temps et l’Espace n’existent plus, où Vétat a succédé à Vaction, où nous sommes heureux ou malheureux selon que nous avons su créer dans la partie impérissable de notre être un état bon ou mauvais.
Plus haut, plus loin, dans les phases successives de notre évolution vers Dieu, l’éma nation que j’ai supposée ne peut pénétrer; elle se dissipe comme une vapeur légère. Le lien fluidique qui l’unissaitau magnétisé est rompu. Je « ne vois plus rien ou je suis fatigué», dit-il alors. Toute nouvelle tentative du magnétiseur pour le contraindre à voir serait inutile et aboutirait à l’erreur.
Voilà du moins ce que fai observé chez un sujet très remarquable qui a vécu dans ma famille pendant plusieurs années. J’ai peu de faits à relater, mais ils sont d’une exac titude rigoureuse, impossibles à nier, rendant inad missible par leur nature même toute objection basée sur une supposition d’imposture.
l'initiation 246 Il y a vingt et quelques années, j'ai connu à Paris chezM. Angerville, magnétiseur renommé, une jeune fille qu’il regardait comme le meilleur sujet livré par complaisance à ses savantes expériences. Par suite d’un enchaînement de circonstances, cette jeune fille devint la gouvernante de mes jeunes enfants. Je partais pour l’Afrique où mon mari venait d’ètre nommé consul.
Cette jeune fille, nommée Rosine Chazot, est restée chez moi neuf ans; elle y est morte de la poitrine. Mon mari l’a magnétisée très souvent, et produisait à volonté chez elle tous les faits de suggestion et de double vue mentionnés dans les expériences du docteur Luys et autres savants.
Je l’ai magnétisée aussi de temps en temps, et sa lucidité a été alors merveilleuse, non parce que je possédais une grande influence magnétique, mais parce que je n’ai jamais cherché à influencer Rosine, à lui imposer ma volonté, la laissant complètement maîtresse de ses pensées, et surtout la réveillant quand elle se sentait fatiguée.
Sa lucidité était inégale ; il ne fallait pas l’interro ger quand elle avait répondu qu’elle ne voyait pas ; dans ce cas elle tâtonnait, se fatiguait, et pouvait se tromper. Mais quand elle avait déclaré : « Oui, je vois », c’était la vérité même qui parlait par sa bouche. C’était une nature bonne et généreuse, très impressionnable. Elle avait pour mes enfants une tendresse profonde et un dévouement dont elle a donné des preuves. Je suis heureuse de saisir cette occasion de l’en remer cier ici au nom de mes filles et au mien. Dans l’état
CAUSERIE SUR LAU-DELA 247 de somnambulisme, Rosine avait une très singulière manière de calculer le temps : elle le mesurait comme une longueur, et si je lui demandais : « Dans combien de temps ce que vous voyez arrivera-t-il? » elle réflé chissait et disait en étendant les bras : « Dans un temps long comme ça. » J’insistais pour que cette évaluation se fît en jours, en mois, en années ; réflé chissant encore, elle calculait d'après un laps de temps qu’elle connaissait dans son état de veille, et disait alors : « Dans un temps aussi long que ceci. » Pour mieux me faire comprendre, j’imagine un exemple : supposons qu’elle connût un enfant de trois ans et que je lui aie demandé : « A quelle époque arrivera l'événement dont vous parlez ?» elle eût répondu : « Dans un temps aussi long que celui déjà vécu par tel enfant. » Pour se transporter dans un pays inconnu, elle suivait, disait-elle, sa pensée très haut dans sa tète, et trouvait le chemin en élevant les yeux et en concentrant son regard intérieurement comme si elle avait regardé dans son cerveau.
Voici une preuve de lucidité et de vue à distance très remarquable : Nous étions à Paris, Rosine était en visite chez moi ; je la connaissais seulement alors pour l’avoir rencontrée chez le docteur Angerville. J’avais au Sénégal un oncle, directeur de la banque de Saint-Louis, sa femme et leur fille âgée de dix-sept ans. Le frère de cette jeune fille, mon cousin, âgé de vingt ans, était en ce moment auprès de moi, et assistait à l’expérience.
Personne de nous n’était encore allé au Sénégal. Rosine étant endormie, je lui demandai de se trans porter à Saint-Louis; elle le fit sans difficulté, entra
l’initiation 248 dans une vaste pièce où elle vit mon oncle, ma tante, une jeune fille et un jeune homme. Les quelques ren seignements qu’elle me donna sur ces personnes étaient exacts, mais de peu d’importance, car je ne persistai pas dans mes questions, ayant été tout de suite très étonnée d’une de ses remarques.
Je lui dis : « Ne regardez que le monsieur, la dame et la jeune fille; « le jeune homme n’est pas de la famille. » — Mais si, me répondit Rosine, il est de la famille. Je crus aussitôt qu'elle avait entendu dire que mon oncle et ma tante avaient un fils, et qu’ignorant que ce fils était présent et l'écoutait, elle prenait un visiteur pour mon cousin.
J’ajoutai :« Regardez bien; vous devez vous tromper. » — Je ne me trompe pas. — A quoi voyez-vous que ce jeune homme est de la famille? . — A l’intimité qu’il y a entre entre lui et les per sonnes avec qui il se trouve. — Vous êtes sûre que de ce que vous dites ? — Oui. — Comment est ce jeune homme ? — Il a une jolie figure, brun, mince, de taille moyenne. (Mon cousin était brun, de taille moyenne, joli garçon, mais plutôt gros que mince.) — Quel âge a-t-il ? — Il est très jeune.
Je continuai à croire , non pas qu’elle voulait nous tromper, mais qu’elle sentait la présence de mon jeune parent près de moi et qu’elle s’embrouillait. Or, je reçus par le paquebot suivant une lettre de
CAUSERIE SUR ^AU-DELA 249 ma tante qui m’annonçait le prochain mariage de sa fille. Le jeune homme que Rosine avait vu était son fiancé, âgé de vingt et un ans. et le signalement qu’elle avait donné était absolument exact, comme je le re connus quand je le vis, deux ans après.
Il y avait déjà deux ans qu’il connaissait mes parents de Saint Louis sans que mon cousin ni moi en ayons eu con naissance, deux ans qu’il avait demandé ma jeune cousine en mariage. Leur union avait été retardée à cause de leur trop grande jeunesse. Mais cette circons tance explique l’intimité avec laquelle il était reçu dans la maison, et qui l'avait fait prendre par Ro sine pour un membre de la famille.
Ce que je viens de citer concerne la vue à distance, la vue traversant l’espace. Voici un exemple de la vue traversant le temps : Je revenais de Sainte-Marie-de-Bathurot avec mes deux petites filles et Rosine devenue leur gouvernante. Nous étions à bord d’un navire à voiles qui faisait la traversée de la Gambie à Marseille avec un charge gement d’arachides.
C’était le trente et unième jour de notre traversée, et nous venions d’entrer dans le détroit de Gibraltar. Très malheureuse à bord, à cause d’une frayeur de la mer que je ne pouvais sur monter, dévorée de hâte d’arriver enfin, j’endormis Rosine pour la première fois depuis notre départ, et lui demandai : — Dans combien de temps arriverons-nous ? Après avoir réfléchi un instant, elle répondit: — Dans juste autant de temps que nous avons déjà mis.
2 30 l’initiation — Mais c’est impossible, répliquai-je bouleversée d’étonnement et d'appréhension. Nous sommes dans le détroit de Gibraltar, nous ne pouvons pas mettre un mois pour arriver à Marseille. Regardez mieux. — Je suis sûre de ce que je dis. J’ai mesuré. Il y a juste le même temps de notre départ de Bathurot à aujourd’hui que d’aujourd’hui à notre débarque ment. Mais, au moins, nous arriverons tous ?
Il n’y a pas. de malheur à craindre ? — Oui, nous arriverons tous. — Y aura-t-il du mauvais temps? Rosine réfléchit encore: — Il y aura deux fois du mauvais temps pour vous. — Comment pour moi ? — Oui, parce que vous aurez peur, mais ce ne sera pas du mauvais temps pour les marins. Quand je répétai cette prédiction au capitaine de la Grèce, il se récria avec la fougue méridionale: « Encore un mois avant d’arriver à Marseille !
J'aime rais mieux mettre le feu au navire! Elle ne sait pas ce qu’elle dit, ne croyez donc pas tout cela. » Or, deux fois pendant le reste de la traversée, nous eûmes du gros temps qui m’effraya beaucoup sans qu’il y eût aucun symptôme de danger, et, pris par les calmes dans la Méditerranée, la Grèce entra dans le port de Marseille le soixante-deuxième jour de notre traversée. Plusieurs années s'écoulèrent.
Mon mari avait été nomméconsul en Angleterre, et depuis quelque temps j’étais à Paris avec mes filles et leur gouvernante. Elle
CAUSERIE SUR L’AU-DELA 25 I était très malade de la poitrine. Je crois qu’elle avait été poitrinaire dès sa première jeunesse et que le séjour aux tropiques avait enrayé le mal qui avait repris en Europe. Un jour, elle eut un rêve prophétique. Elle dormait du sommeil naturel, et me raconta son rêve le lendemain matin : « Je venais de mourir, me dit-elle, et quelqu’un, faisant ma toilette, me mit ma robede flanelle blanche.
Comme c’est bête, pensai-je, de m’habiller d’une robe de laine : les vers s’y mettront plus vite ! » C’était la première fois qu'elle était lucide en rêve, au tant que je me le rappelle, et je lui dis qu’elle ne disait des vérités quedans le sommeil magnétique.
Elle était attristée par un récent chagrin, mais très résignée, très tranquille, ne s'inquiétant que d’une infirmité temporaire, indépendante de sa maladie, et qui fut guérie en peu de jours par le célèbre docteur Dolbau.
La veille ou l’avant-veille de sa mort, elle eut la surprise joyeuse de voir tout d’un coup sa gorge qui était belle en l’état de santé, mais qui avait complète ment disparu, s’épanouir et se gonfler subitement ferme et ronde comme des seins de toute jeune fille.
Je ne demeurais pas avec elle alors : j’étais forcée de m’occuper d’affaires importantes, et je passais quelques semaines auprès d’une amie habitant un quartier plus central que celui des Invalides. Je venais voir mes enfants et Rosine tous les deux jours. Elle ne quittait plus le lit, mais j’étais loin de la croire aussi malade. Elle avait une garde qui était une ancienne connais sance pour elle. Le lendemain du jour dont je viens de parler, Rosine se leva pour laisser faire son lit,
2Î2 l’initiation s’assit dans un fauteuil près de la fenêtre, et mourut en remontant dans son lit. Mes enfants passaient la journée en pension. La garde sortit pour une course indispensable, laissant une autre personne auprès du corps que l’âme venait de quitter. En son absence survint, tout à lait par hasard, une jeune femme dont nous connaissions le frère, mais qui, je crois me le rappeler, n’était jamais venue à la maison.
Cette jeune femme, très bizarrement, voulut s’occuper de la toi lette mortuaire de Rosine, et la revêtit de la robe de flanelle blanche dont elle avait rêvé, il y avait un mois. J’appris cette circonstance en même temps que sa • mort quand je revins à la maison.
Tous les autres faits que je pourrais citer, je les ai vu accomplir par d’autres somnambules, mais je crois que ceux-là, dont je garantis l’authenticité au nom de la conscience humaine (qui commettrait une grande faute si elle altérait la vérité en pareille ma tière), présentent un caractère des plus intéressants, des plus consolants, puisqu’ils prouvent l’existence d’un élément supérieur dans la nature humaine.
Chose étrange, cette jeune femme qui vivait dans l’extraordinaire, qui produisait le merveilleux, ne s’occupait jamais de l’extraordinaire, ne croyait guère au merveilleux.
En voici un exemple frappant : Quand mon vénéré maître, Eliphas Lévi, m’imposa les mains sur l’épigastre, et me guérit instantanément d’embarras sanguins, Rosine me dit en haussant les épaules : « Comment pouvez-vous croire que vous êtes guérie parce qu’un vieux bonhomme vous a
CAUSERIE SUR L’AU-DELA 253 touché l’estomac!»—Son intelligence naturelle n’avait pas été cultivée (ses fonctions auprès de mes filles étaient celles d’une gouvernante et non d’une institu trice). Née dans le peuple, elle en avait les élans de cœur, mais aussi les dispositions un peu sceptiques.
Pourtant, Eliphas Lévi l'aimait, car elle était bonne, et l’esprit du maître, placé si haut et si bien incarné en lui, savait apprécier tout ce qui est beau et bon sur la terre, comme il savait ignorer le mal quand il ne s’agissait pas de le combattre. Souvent il me disait, en parlant d’une mauvaise action ou d’une mauvaise nature : Ignore^-les à jamais. J’ai été témoin aussi de faits curieux de médiumnité.
Je fus emmenée un soir à une séance par M'"8 Héricourt, femme d’une intelligence et d’un savoir hors ligne, amie de M. Fauvety. C’était l’époque ou M'“8 Adam, alors la belle Juliette Lamber, charmait, par sa grâce et son esprit, le cercle si intelligent dont faisaient partie MM. Fauvety, Renouvier, M1“’ d’Héricourt et plusieurs autres natures supérieures.
Au milieu de la salie des séances, le médium était assis devant une table sur laquelle étaient placés un crayon et du papier. M“” d’Héricourt me dit d’adresser une question mentale à une personne vivante et absente. Je fis cette question mentale à une de mes amies, jeune Américaine d’un esprit fantasque et charmant, parlant français avec des incorrections amusantes et un tour d’idées original. Le crayon se mit à courir sur le papier. Le médium me remit une page et demie de papier écolier couvert de réflexions
l’initiation 254 répondant à ma question, et dans lesquelles Je reconnus complètement le caractère de mon amie, sa manière de dire, ses fautes de français. Quand je lui demandai, le lendemain, si elle avait pensé à moi la veille, elle me répondit gentiment qu’elle y pensait toujours, mais qu'il n’y avait rien eu de particulier; elle avait passé sa soirée seule au coin du feu à lire ou plutôt à rêver.
Ce papier, que j’ai gardé plusieurs années, a été volé ou détruit parles Prussiens en 1870, en même temps que tous les souvenirs que je possédais d'Eliphas Lévi. En 1854, je me trouvais avec une très proche parente, M“1® H., chez d’autres membres de notre famille.
M"10 H., traversait alors une phase difficile de la vie : restée veuve avec trois filles, sans fortune, elle avait besoin de trouver une occupation quelconque ; elle avait fait plusieurs démarches en ce sens ; elle avait rendu visite à une femme influente et bonne, à Mrao M., et attendait une réponse. La maî tresse de la maison où nous nous trouvions, notre cousine, proposa, pour se distraire, de faire tourner une table.
Nous nous plaçâmes autour d’un guéridon; nous étions sept personnes, trois hommes et quatre femmes. Le guéridon courut si vite en tournant jusqu’au boutdusalon que nous fûmes tous entraînés à l’extrémité de la pièce en riant et en manquant de tomber.
On plaça ensuite un crayon attaché dans une boîte sans fond au-dessus d'un papier blanc, et M““ H., incrédule à cet ordre d’idées, fut priée d’a dresser une question concernant sa situation actuelle et la manière d’en sortir. Le guéridon tourna, le
CAUSERIE SUR L’AU-DELA 255 crayon traça des lignes sur le papier. Quand on regardât ce qu’il y avait sur ce papier, on vit une tête d’enfant très visiblement dessinée. Personne n’y comprit rien dans le moment ; mais le lendemain M"'° H. recevait une lettre de Mu,i M. qui lui offrait un enfant à élever, et changeait ainsi son état pré caire en une position relativement aisée. Il me reste à parler d’un fait étrange, inexpliqué.
Puisque l’Initiation a surtout été fondée pour pro duire la lumière, je demanderai aux adeptes qui posséderaient la solution de l’énigme, de bien vouloir la donner dans Y Initiation. J’assistais à la messe dans une église de village à côté d’une jeune fille occultiste d’unegrandc élévation de caractère.
Elle priait avec ferveur pour un homme de génie qu'elle connaissait à peine, victime d'une funeste passion qui sans doute le faisait beaucoup souffrir et abrégerait sa vie. Sa charité désintéressée demandait à Dieu de faire disparaître la tache de cette étoile. Elle portaitsur elle un autographe decelui pour qui elle priait, et qui habitait dans une autre ville.
Elle avait la tète inclinée pendant que le prêtre élevait le Pain de vie vers le Ciel, lorsqu’elle reçut sur son cha peau une grêle de petites pierres. L'uned’elles glissasurle banc qui précédait le nôtre; elle la ramassa avec étonnement, ayant cru sentir des gouttes d’eau. Après la messe, nous avons fait toutes les démarches possibles pour savoir d’où venaient ces petites pierres, et examiné l’église avec le plus grand soin. La petite pierre conservée était sem blable à quelques-unes de la route, mais pas à celles
256 l’initiation de l’édifice qui, d’ailleurs, n’était nullement écaillé. Supposant que les cailloux avaient pu être lancés de la tribune par quelque enfant, nous nous sommes assurées que la tribune était trop éloignée pour que l’hypothèse fût probable. On nous apprit que cette par tie de la tribune était occupée par les femmes les plus considérables du pays.
Une telle plaisanterie au moment de l’Elévation était inadmissible, outre l’éloi gnement de notre banc qui, à mon point de vue, ren dait la chose impraticable. Voici maintenant les questions auxquelles je serais bien heureuse de voir répondre : i° Ce fait constitue-t-il un apport ? 2° Dans ce cas, le phénomène peut-il avoir été pro duit par la personne quipriaitouparla personne pour qui l’on priait ?
3° Dans cette dernière hypothèse, la personne pour qui l’on priait a-t-elledù agir consciemment ou incons ciemment?
Pour clore la liste des faits de ce genre dont j’ai été témoin, je dois parler de la circonstance suivante: Un Anglais fort intelligent et instruit, possédant en luimême un idéal très haut, mais doué d’un esprit très positif et très critique, complètementrebelleaux idées religieuses et merveilleuses, lisait, peu de temps avant la guerre de 1870, une grammaire espagnole, lorsque deux gouttes de sang tombèrent sur son livre.
Le lecteur occupait le dernier étage de-la maison. Pas de trace au plafond très blanc et tout uni, pas l’ombre de saignement de nez, d aucune chosequi putèseexpliquer cette apparition. Les traces de sang sont encore
CAUSERIE SUR LaU-DELA 2 57 là ; je lés ai montrées à Papus. Celui qui a été l’objet de cette manifestation n’en a tiré aucune conclusion : 3our lui, c’est inexplicable, et voilà tout. Il n’a jamais appris aucun événement lui étant personnel qui put se ■apporter à cet étrange incident. Enfin, j’ai été témoin oculaire du dédoublement d’un superbe chat blanc que nous avons recueilli dans son état d’abandon lorsqu’il était tout petit et maladif.
Avant la chute du jour, je montais l’escalier conduisant à ma chambre, lorsque je vis mon angora montant à côté de moi ; je me baissai pour le caresser : il fila sous ma main comme il avait coutume de le faire, car sa nervosité est telle qu’il ne peut souffrir qu’on lui passe la main sur le dos; il aime à être renversé dans les bras, les quatre pattes en l’air, et embrassé comme un enfant.
Souvent, la nuit, si l’on caressesa fourrure, il en jaillit des étincelles, et ses yeux sont singulièrement phosphorescents. Donc, je ne m’étonnai pas de sa fuite; je le vis grimper les marches devant moi et entrer dans ma chambre. J’y entreà mon tour : pas de chat. Je redescends très étonnée dans la salle à manger où je vois mon Beggy (c’est son nom) profondément endormi sur une chaise. Mon mari et mes filles m’ont dit qu’il n’avait pas bougé de là. - . • L. Hutchinson.
PARTIE LITTÉRAIRE QUATRAINS BLANCS, MAIS RATIONNELS Il faut qu'il neige à Noël, \deur, Pour que l'âme naissante trouve des langes de can- !Pour qu'en celte fête de paix, la nappe soit mise [partout, Pour que le voile de l’oubli couvre de son éclat | les regrets et les remords, El qu’à cette communion, un tapis de silence [porte les pas ralentis. Il faut qu’il neige à Noël, Puisqu'un berceau va porter le monde, Puisque le banquet de la vie recommence, Puisque le passé de fautes est racheté, Et que la fraternité réclame l’ouate despetits cadeaux. Il faut qu’il neige à Noël ; Il neigera sur la tombe de M. Renan (■); Nous mangerons des chrislmas-cakes ; Il a neigé sur l'Histoire, Et les savants se sont trompés. (1) Hérésiarque mort en 1S92.
noel 259 Il faut qu’il neige à Noël, A l'étable où naissent les humilités grandes. Aux agapes familiales réjouies des cristaux et des Au cœur nostalgique qui pleure l'inconnu [linges, Et aux seuils des messes. Il faut qu'il neige à Noël ; Dans la neige, je suivrai les rois mages et l'étoile [prochaine ; Crèmes fouettées, Souvenirs vierges, Amours fut u res. Il faut qu’il neige à Noël ; Layettes pâles. Assiettes lunaires, Mémoire glaciale ; Je vais chercher mes frères, dans la neige, à la trace. Il faut qu'il neige à Noël ; Il neige sur mon papier ; J’ai faim d'hostie’, J’ai reconnu les gloires, Et je veux aujourd'hui prier pour tout le monde. S* Aug. E. F. VvrgeY
2Ô0 l’initiation Pareils aux flots des mers déroulant sur les grèves, Les ondulations du flux et du reflux, Les ans, les mois, les jours et les heures trop brèves Viennent, passent, s’en vont et ne reviennent plus. Jamais le même flot ne bat deux fois les plages. Ainsi les jours passés font place aux jours nouveaux: Le noir souffle du Temps disperse au loin les âges Comme le vent du large éparpille les eaux.
Les générations et les vagues énormes Croulent également dans un sanglot amer, Et le gouffre éternel où s'effacent les formes Est semblable à l’immense abîme de la mer. Charles Dubourg. Je Notaire Rendit (Suite) J’interrompis mon père. « — Les grenadiers sont innocents et la lune encore davantage. « Je me rappelle fort bien les hallucinations de mon enfance qui m’ont montré le personnage dont j’ai
LE NOTAIRE PENDU 2ÔI si bonne souvenance, je me le rappelle d’autantmieux que c’est lui, lui-même, que j’ai retrouvé sur la mon tagne; votre sabre est impuissant contre les sortilèges, je suis ensorcelé, possédé. Que Dieu prennepitié de moi ! ! » «—Ah! ah ! c’est comme ça que tu prends les choses, 1 «Sais-tu que tu commences à m’échaufferlesoreilles! «Oui, mais je-saurai bien te mettre à la raison. Voilà es tristes produits de la fainéantise.
L’esprit chez toi travaille comme une roue de moulin qui tourne dans le vide. Nous lui fourniront des aliments. Pas plus tard que demain, demain à la première heure, entendstu bien, je te mène à Naples chez mon vieil ami Don Nicolo Piselli, notaire royal ; tu y commenceras ton apprentissage.Je le veux absolument.Tu seras notaire.
Nous verrons si les mendiants borgnes ou boiteux ose ront se glisser entre les feuilles de papier timbré. » Il s'éloigna avec une apparente fureur ; mais je vis que, tout en feignant de fermer violemment la porte, il ne voulait pas me perdre de vue ; la pointe du sabre demeura dans la fente de cette porte entrebâillée. Quant à moi, je finis par m’endormiren répétantces mots : Tu seras notaire ! Tu seras notaire!
C’estque je n'avais aucune vocation pour le notariat. Malgré ma pauvre organisation physique, je me sen tais des instants de héros comprimé, une âme de capitaine prêt à avaler les provinces, et le sabre ma gique du père flamboyait dans mes rêves d’avenir. Je me trouvai jouant aux boules sur la terrasse avec mes petits camarades Pasquireilla et Munziatillo.
2Ô2 L INITIATION Je venais de marquer plusieurs points lorsque la boule que je tenais en main sauta toute seule par terre et se mit à tournoyer : elle s’enfla, grossit, grossit de manière qu’elle remplissait toute la terrasse et débordait au-dessus ne notre maison. Elle s’arrêta toute frémissante et creva avec un bruit d’obus qui éclate. Il en sortit un petit notaire, un second, un troisième et tant d’autres que je cessai de les compter.
Ils arrivè rent par escouades, par bataillons, par régiments. Que dis-je? C’étaient des flots, des peuples, des ava lanches de notaires ! Notaires maigres et gras, jeunes etvieux. gris,noirs, rouges,avec ou sans lunettes.Tous avaient un portefeuille sous le bras, des vêtements noirs, étaient cravatés de blanc et conservaient une mine sérieuse.
D’abord, j’eus envie de rire, mais l’inquiétude me saisit en voyant que cette boule ne se vidait jamais. Ma propre image, celle que je serais dans l’avenir, m’était renvoyée par ces millions dévisagés graves. Ils étaient arrivés en désordre avec un bourdon nement confus comme celui que produit un nuage de moustiques. Alors ils se rangèrent sur une seule ligne pour défiler les uns après les autres.
Non, jamais du haut de son balcon, notre gracieux souverain n’a vu passer autant de soldats bleus que je vis passer de notaires. Aucun d’eux ne se représentait deux fois de suite comme sur la scène pour improviser des foules. Un notaire chauve succédait à un notaire chevelu, un notaire trapu à un notaire évidé, un
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ESOTERIQUES 203 notaire correct à un notaire romantique, un notaire débonnaire à un notaire hérissé. Et sur leur passage s’entassaient des ruines; les prisons se remplissaient à la suite des vols conseillés par la misère ; les gueux mouraient de faim quand ils ne se coupaient pas la gorge...
Les notaires défilaient toujours un peu plus gras un peu plus souriants après avoir dévasté ce qu’ils ren contraient surleur chemin. Je compris que l'engeance paperassière, banquiers, notaires, avoués, huissiers, etc., etc., est autrement destructive que les races conquérantes.
Peut-être se fussent-ils écoulés ainsi,les uns derrière les autres, dans l’infini des âges, si une voix partie de je ne sais où n’eùtcrié sur un ton suraigu : « Entrez, Monseigneur. » . R. de Maricourt. 4rqupe Indépendant D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES QUARTIER GÉNÉRAL. — Les conférences de quin zaine suivent leur cours et sont toujours l’objet d’une affluence considérable de la part de nos membres.
Le vendredi 18 novembre, la séance était présidée par le comte de Constantin et Emile Gondeau; ce profond poète a remporté un véritable triomphe en disant lieux de ses plus belles créations. Le 2 décembre, Emile Michelet a retracé Li vie de celui qu'il nomme à juste titre < lePrécurseur » : Villiersde l’Isle-Adam. Plusdecent auditeurs assistaient à cette soirée. D’autre part, Papus continue
264 l’initiation ses conférences de Magie pratique qui sont soigneuse ment analysées dans le Voile d'Isis. Salle Fabre d’Oi.ivet.—Une importante séance d'une des sociétés adhérentes a été tenue le mois dernier dans cette salle, fort bien disposée à cet effet. Laboratoire d’Etudes pratiques. —Ce laboratoire est aménagé peu à peu. La lunette astronomique est instal. lée et les travaux pourront bientôt commencer.
A ce propos nous rappelons à nos membres que nous rece ' vrons avec reconnaissance tous les dons en nature qui pourraient bien nous être faits pour orner ce nouveau local. Groupe d'étude des signatures. — Les séances de ce groupe ont repris et se tiennent deux fois par mois sous la direction de M. Selva. Un règlement spécial et très sérieux a été élaboré qui a paru dans le Voile d'Isis.
Propagande. — L’aflluence de plus en plus grande de nos membres aux cours et aux conférences indique combien les groupes de propagande s’acquittent bien de leur tâche si difficile et si délicate. Laboratoire de Magie pratique. — On se rap pelle que le groupe possède en province un important laboratoire de Magie pratique dont les travaux sont tenus secre'ts comme ceux poursuivis dans les groupes de même genre au Quartier général.
C’est grâce à ce laboratoire que nous pouvons nous faire fabriquer sous les influences astronomiques favorables toutes les pièces métalliques nécessaires à nos expériences.
Nous nous sommes occupés de la création de locaux spéciaux pour des expérimentateurs qui désireraient aller faire des essais à la campagne, et voici les nouvelles que nous recevons à ce sujet du directeur : Je me suis occupé activement d’installations spéciales au laboratoire de magie,afin d’en pouvoir faire sans con trôle possible de la part des indiscrets une annexe du Groupe ésotérique.
Dès maintenant, absolument isolée, une vaste pièce, avec deux pièces obscures pour les Etudes odiques, force motrice, électricité, atelier séparé, est absolument séparée du reste des locaux. Si une per sonne désirait faire, dans le plus complet isolement,
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ESOTERIQUES 205 des expériences personnelles demandant l'emploi d’ins truments spéciaux, nouveaux, de conditions spéciales de fontes des pièces, de rites particuliers pour cette fonte, de méthodes nouvelles Jde recherches, de plantes cueillies à telle époque, etc., tout est disposé pour cela.
Pour la construction des instruments, des outils, épées magiques, burins personnels pour la fabrication des outils, miroirs, etc., lampes, brûle-parfum, une force mo trice uniquement réservée à ce travail est disponible.
Pour faciliter le travail des étudiants en occultisme, vous pouvez informer les intéressés qu’une pièce meu blée est à leur disposition gratuitement au cas où quel qu’un voudrait venir passer quelques jours au labora toire pour y exécuter ou faire exécuter suivant certains rites telles ou telles opérations. Un y placerait le nombre de lits nécessaires à titre absolument gracieux, et on trouve une pension dans le pays à prix très bas.
Les produits employés seuls resteraient à payer,ainsi que les frais de constructions d’appareils nouveaux; l’électricité, la force motrice, la lumière électrique ou autre sont donnés gratuitement, ainsi que l’usage de tous les instru ments du laboratoire. Pour tous les renseignements, il suffit de s'adresser au Quartier Général du Groupe, le mercredi, de 5 heures à 7 heures.
BRANCHES. — France : Nous recevons de notre Branche de Montpellier (Groupe n° 2) un excellent travail sur les plantes ma giques. Ce travail, signé C. Bourguet, sera publié dans un des prochains numéros du Voile d'Isis. A Lyon, notre Groupe marche fort bien et nous mé nage une agréable surprise sous peu de temps.
A Nice, une Branche régulière avec librairie, succur sale de la Librairie de Paris, vient d’être installée dans d’excellentes conditions. Etranger : Bruxelles nous envoie l’ordre du jour suivant, que nous insérons avec plaisir: Kvmris, branche métropolitaine de Belgique. (Salle d'études : 24. place de la vieille Halle aux Blés, Bruxelles.)
206 l'initiation ORDRE DE JOUR N° 33 (Exceptionnellement, pour réagir contre l'erreur que l'on tente d'accréditer dans le public, cet ordre du jour peut être communiqué au dehors du groupe. — Art, 27.) BAN D'ORDRE Le Groupe étant affilié à la Rose-',- Croix, il importe de rappeler que cet ancien Ordre kabbalistique de la Rose 7 Croix n'a rien de commun avec le tout récent projet d’une soidisant Rose-Croix catholique, esthétique, du Temple ou du Graal, dont on supprime d’ailleurs les qualitications dans l'intention évidente d'établir une confusion; L'affiliation proposée à cette tentative par le Conseil Kymrique dans un but de neutralité et de conciliation ayant été refusée, la soi-disant Rose-Croix belge ne peut rien avoir de commun avec les Branches Kymriques du Groupe ; Des sympathies littéraires individuelles maintes fois manifestées et toujours constantes ne peuvent empêcher le Groupe de protester collectivement contre l'usur pation commise par un transfuge de ['Ordre de la Rose 7 Croix quicherche à créer, sous le même nom, une œuvre toute personnelle, sans tradition comme sans droit.
Si un mandataire de celui-ci a pu pénétrer en Kvntris, ce n'a jamais été qu'à titre personnel. Ordre estdonnêau Groupe de n’user des titres et signes de la R 7 C qu’à l’occasion traditionnelle et de protester contre la violation de ses droits, en tout lieu, à toute heure.
Parus, S:; I:;, Président du Groupe indépendant d'Etudes ésotériques, l'un des cinq membres connus du Su prême Conseil de ¡'Ordre kabbalistiquede la Rose 7 Croix, fera, la semaine prochaine, une seconde série de con férences eu Belgique. 11 y rétablira la vérité des situa tions en dehors de toute attache ecclésiastique ou ma çonnique.
11 rappellera la chaîne historique du sacerdoce scientifique et les diverses tentatives d'accaparement dont celui-ci fut l’objet jusqu’en ces derniers temps. Le Conseil Kymrique Graphié en KVMRIS, le ier décembre 1892.
UNE MANIFESTATION « POST MORTEM » 267 Egypte. — Nous sommes heureux d’annoncer à nos lecteurs le succès croissant de l’Occultisme en Egypte. Nous avons là-bas dans toute la vallée du Nil des amis instruits et dévoués qui, en quelques mois, ont obtenu des résultats fort importants.
Ainsi un nouveau chef de Groupe vient d’être établi à Sakha (Basse Egypte) et relié à nos branches de PortSaïd, de Ramleh, du Caire et d’Alexandrie où le DrSourbeck poursuit fructueusement la diffusion de nos idées. Ce succès de l'occultisme dans le pays des Pharaons est un heureux augure pour l’avenir.
Pologne occidentale. — Le Dr Czinski vient délivrer à l’impression une brochure de propagande occultiste qui va être tirée à plusieurs milliers d’exemplaires et dis tribuée par les soins des branches locales établies là-bas depuis peu.
Danenarck. — La branche de Copenhague est défini tivement constituée. ÿne Manifestation « post mariera » Mon cher ami, Pour répondre au désir que vous m’avez exprimé, je vous adresse la relation d’une manifestation post mortetn survenue récemment dans ma famille : Vous n’avez pas oublié ma belle-soeur et vous vous souvenez sans doute aussi que la dernière fois que vous l’avez vue chez moi, au mois de juin dernier, j’avais appelé votre attention sur un signe particulier existant dans sa main et qui m’avait fait l’engagera ne pas se ris quer sur un bateau.
J’ai soumis mon appréciation à votre compétence et, après l’examen de sa main, vous avez dit à ma belle-sœur que c’était surtout de la mer et des voyages en mer qu’elle devait se méfier. 11 faut l’avouer, si la chiromancie nous avait renseigné en nous montrant une signature lunaire néfaste, nous nous étions trompés tous deux en ce qui concerne la nature exacte du dan
2 08 l’initiation ger qui menaçait celle dont nous avions examiné la main, car elle est morte subitement en wagon, en septembre dernier, en revenant du bord de la nier. Elle est morte non par la mer, mais à cause de la mer.
Mais j’arrive à la manifestation dont je voulais vous parler; avant d'en commencer la relation, je dois, pour la clarté du récit, dire que ma belle-sœur et moi nous avions une grande affection l'un pour l’autre et que, de son vivant, j’avais sur elle une influence magnétique telle que lors qu’elle était souffrante — ce qui lui arrivait souvent — il me suffisait de lui imposer les mains pour la soulager et qu'une fois je l’ai endormie ainsi pour toute une nuit pour lui procurer un repos que la maladie l’empêchaitde goûter.
Dans la nuit du 14 au i5 octobre dernier, c'est-à-dire un mois environ après la mort de ma belle-sœur, après avoir dormi quelques heures, je m’éveillai agité et j’eus beaucoup de peine à me rendormir; je tombai enfin dans cet état de somnolence où, tout en ayant à demi cons cience des choses environnantes, on est incapable d'ou vrir les yeux, état qui précède généralement le profond sommeil.
Tout à coup je crus la voir — je la vis plutôt au chevet de mon lit. J'en éprouvai un violent saisisse ment et le dialogue mental suivant s'échangea entre moi et celle que je sentais près de moi : — Est-ce bien toi ? Puis après un moment j’ajoutai : Sais-tu que tu es morte ? — Oui, me répondit-elle, je le sais ; mais il y a bien peu de temps que je m’en rends compte.
J’ai été d’abord comme assommée ; je ne sentais plus rien ; j'étais dans le noir; mais maintenant j’ai repris conscience, je me meus, je passe partout et cela me semble singulier de n’avoir plus mon corps pour me gêner, moi qui étais si souvent malade. — Mais comment es-tu entrée ainsi tout d’un coup dans la chambre ?
Est-ce à travers les murs, puisque tu passes partout ? — Non; tu sais la vieille habitude, j’ai monté par l'es calier. — Et les autres (je voulais parler des membres de ma famille), les vois-tu? t'es-tu montrée à eux?
UNE MANIFESTATION « POST MORTEM » 2OÇ — Je les vois; mais tu sais bien que ce n’est qu'avec toi que je pouvais d’abord communiquer. Nous échangeâmes ensuite quelques pensées affec tueuses, puis il me sembla qu’elle se penchait vers moi et je crus sentir, — oui, je sentis vraiment, comme un léger et insaisissable contact et je fis un violent effort pour ouvrir les yeux.
Mais elle, se penchant davantage sur moi : — N’essaie donc pas d’ouvrir les yeux ; tu sais bien que, si tu te réveillais tout à fait, tu ne me verrais plus. Elle resta un moment encore près de moi, puis dispa rut, et je m’éveillai tout à fait, mais j’étais tellement im pressionné par cette apparition, ce rêve, cette singulière hallucination, comme on voudra l’appeler, qu’il me fut impossible de me rendormir de la nuit.
Le lendemain—dans la nuit du samedi au dimanche — ma femme eut ce rêve qu'elle me conta le dimanche ma tin : Sa sœur lui apparut tout à coup près de son lit, se pencha sur elle et l'embrassa longuement, puis lui dit : «J’irai demain voir G... »(c’est le prénom de mon fils aîné qui est interne dans une école spéciale située dans une ville à quelque distance de la localité que nous habitons).
Ma femme— elle ne s’explique pas pourquoi — dit en suite à sa sœur : — Quelle heure est-il? — Moins douze, lui répondit-elle. Puis ma femme, encore tout émue de son rêve, s’é veilla, et, ayant allumé une bougie, regarda vivement sa montre posée prés de son lit: il était quatre heures moins douze miuutes.
Le dimanche, mon fils venait en congé chez nous, et nous convînmes, sa mère et moi, de ne rien lui raconter pour ne pas l’influencer; nous lui demandâmes pourtant en causant, dans le courant de la journée : As-tu quel quefois rêvé de ta tante depuis qu’elle est morte ? — Non, nous répondit-il.
Le jeudi suivant, nous vîmes notre fils qui nous dit : « J’ai rêvé de marraine (sa tante était aussi sa marraine) dans la nuit de lundi à mardi. » Et il nous conta qu’il avait vu sa tante près de lui,
L INITIATION 27O qu’elle lui avait parle', l’avait embrassé, lui avait recom mandé d’avoir bien soin de ses affaires (il faut noter que de son vivant elle était très méticuleuse au point de vue de l’ordre) et enfin, avant de le quitter, lui avait dit : J’avais promis à ta mère que je viendrais te voir.
Ce n’est qu’après cela que sa mère lui apprit les rêves que nous avions eus, elle et moi, et le jeune homme parut très frappé de la coïncidence surtout en se rappe lant la dernière phrase qu’il avait entendue dans son rêve. Voilà, mon cher amt, couché par écrit, ce que je vous avais déjà conté de vive voix. Cordialement à vous. Ch. D. P.
S. — Depuis, plus rien, ou, si nous avons encore rêvé de la morte, ce n’était que des songes décousus qui n’avaient rien de frappant et n’étaient que des rémi niscences d'autrefois comme on en a souvent en rêve. Le corps astral de notre chère morte a-t-il quitté le cercle où nous nous mouvons ? HISTOIRE DU N JOLI REVENANT Je lis toujours avec assiduité le journal anglais Light. J'ai dit que c’était une mine précieuse, et je n'ai rien exa géré.
C’est une mine en effet et ses colonnes s’ouvrent libéralement à une multitude de faits plus intéressants et plus stupéfiants les uns que les autres. Les histoires qu'il publie sont choisies avec discernement, et il n'ac cepte, sans toutefois les garantir, que celles qui, après un examen sévère, lui paraissent avoir au moins un certain fonds de vérité.
Parmi ces histoires, j'en ai traduit une que je présente aux nombreux abonnés de l’initiation, et dont la lecture leur causera autant de plaisir que le plus merveilleux conte des Mille et une Nuits. Il s'agit d’un aimable revenant du sexe féminin, auquel il a pris fantai sie de se faire photographier post mortem, pour que son
OCCULTISME PRATIQUE 27 I mari puisse avoir quelques exemplaires de son image. Je laisse la parole au photographe, qui raconte lui-même son étrange et incroyable aventure : « Un jour que je venais d’achever mon très frugal déjeuner, 11 se présenta tout à coup devant moi une fort belle dame qui me pria de lui accorder une séance afin que son mari pût avoir d’elle quelques épreuves photo graphiques.
J’accédai à son désir et je lui fis prendre dif férentes attitudes ; lorsque je quittai mon cabinet noir pour reparaître à la lumière, la dame avait disparu. « Je me sentis assez affecté, et je craignis de ne pou voir être indemnisé de ma peine.
« Cependant je continuai mon travail, espérant que la dame reviendrait au premier jour pour me payer. < En effet, peu de jours après, la dame reparut au mo ment ou je venais de mettre la dernière main à mon œuvre. Elle ne croyait pas qu’elle serait si tôt terminée, et elle en fut étonnée. Les épreuves avaient une teinte un peu sombre néanmoins.
A. la fin de notre entrevue, la dame choisit une de ces photographies et me dit: Ecri vez dessus : Marguerite Arlington, et exposez-la dans votre montre. Je fus surpris de son langage, car tout le monde sait que les dames ne se soucient pas du tout de se voir exposées dans une montre aux regards du public. Je pensai avoir affaire à une actrice. Je me conformai à sa volonté, et elle me remit un billet de cinquante marcs.
Comme elle me devait la moitié de cette somme et que je n’avais pas sur moi assez de monnaie pour lui rendre, je plaçai la photographie dans la montre et ¡’al lai bien vite chez le pharmacien, mon voisin, pour chan ger le billet : « Pourriez-vous, dis-je au pharmacien, me donner la monnaie de ce billet ? et j'avançai ma main vers lui comme si je lui tendais le papier. — Combien vous faut il ? me demanda-t-il. — Cinquante marcs, répliquai-je.— Où est-il? » Je regardai ma main, elle était vide, elle ne tenait rien.
Je jetai d’abord les yeux sur le comptoir, je ne vis rien ; nous cherchâmes de tous côtés, le pharma cien et moi, et son premier garçon nous aida. On ne put trouver le billet. Je retournai chez moi eu regardant à terre avec soin pendant le court trajet, tuais ce fut en vain: le billet s’était fondu dans l’air.
L INITIATION 272 « La dame sans doute attendait sa monnaie, je voulais lui conter l'affaire, peut-être ne m’avait-elle pas remis le billet. — Madame, lui dis-je en rentrant chez moi... Mais la dame avait disparu en laissant les épreuves sur ma tableQue signifiait ce mystère? Toutefois je me tranquillisai à la pensée que cette actrice, je la croyais de bonne foi une actrice, m’avait joué ce tour d’espièglerie pour faire un peu parler d’elle.
Je résolus à tout événement de laisser les épreuves dans la montre, et c’est ce que je fis de mieux. Presque tous les jours, le monde, attiré par les photographies, me disait : « Le portrait de cette belle blonde est admirablement réussi, » etc. Cette aventure me rapporta pas mal d’argent, et, en vérité, je ne gardai aucune espèce de rancune à la belle inconnue.
J’aurais été heureux de lui remettre les cinq épreuves et de la remercier par-dessus le marché. « Je pensai que bientôt j’entendrais parler d’elle ; et, en effet, je ne fus pas trompé dans mon attente. Un an après je reçus la visite d’un monsieur en costume de voyage, qui se présenta dans mon cabinet. 11 était pâle et comme surexcité.
« — N’avez-vous pas dans votre montre, me dit-il, la photographie d'une jolie blonde du nom de Marguerite Arlington ? « — Oui, monsieur, lui répondis-je, c’était le nom de cette dame. « — Vous la connaissez ? continua-t-il. « — C’est peut-être une personne de vos amies ? lui demandai-je. « — C’est ma femme, dit le monsieur, mais je ne savais pas qu’elle s’était fait photographier.
« — Est-ce possible ? m’écriai-je, cette dame m’a dit que son mari désirait avoirson portrait, parce qu'elle était éloignée de lui pour longtemps. Le monsieur devint en core plus pâle. « — Combien y a-t-il de temps, me demanda-t-il très ému, que vous l’avez photographiée? « — Un an lui dis-je.
« —11 y a un an que ma femme est morte, répliqua-t-il; peut-être croirez-vous que je ne suis plus dans mon bon sens quand je vous dirai qu’elle m’est apparue cette nuit
COURRIER BIBLIOGRAPHIQUE 273 dans un rcve et qu’elle m’a dit : « Va à la ville, passe en revue les magasins de photographies et tu trouveras la mienne. Le rêve m’a tellement frappé que j’ai obéi et j’ai trouvé le portrait chez vous. » « Je racontai au monsieur, sans en rien omettre, toutes les circonstances, et nous restâmes convaincus tous les deux que la dame, quoique morte, était venue poser pour son portrait.
Je lui présentai les cinq épreuves qui étaient les mieux réussies qui fussent sorties de mes mains. Il voulut me payer, je refusai, mais il laissa sur ma table un billet de cinq cents marcs, et se retira. « Telle est mon histoire de fantôme; bien des gens en ont eu de semblables, mais ils ne veulent croire que ce qui leur est arrivé à eux.
Mon histoire est cependant la stricte et exacte vérité. » A mon tour, je me permettrai d’ajouter que l'aventure du photographe n’est pas moins piquante qu’extraor dinaire. Faut-il y ajouter foi ? Je crois que rien ne s’y oppose ; le narrateur me parait véridique, tout au plus pourrait-on supposer qu'il l’a rêvce et qu’il a pris son rêve pour la réalité, ce qui est douteux. Peut-être a-t-il été halluciné ?
Mais une hallucination si souvent répétée serait un fait plus merveilleux que l’histoire même. La manière dont elle est racontée, la parfaite lucidité avec laquelle il s’exprime permettent d’affirmer qu’il a toute la plénitude de sa raison ; son langage est d’un bout à l’autre celui d’un homme sérieux et n’a rien qui dénonce le hâbleur ou l'halluciné. Il semble bien plutôt s’exprimer comme en revenant de Pontoise.
Horace Pelletier, Correspondant du Groupe indépendant des Études éso tériques. L’Ennemi des lois, 1 vol. in-t2, par M. Maurice Barrés. Perrin et C‘", éditeurs, 35, quai des Grands-Augustins. Prix : 3 fr. 50. Le roman si impatiemment attendu de Maurice Bar rés, VEnnemi des lois, joint à un fin et émotionnant
l’initiation 274 récit, à la Henri Heine, l’étude approfondie de la trans formation que va subir notre société actuelle. « Je viens de lire ce délicieux petit livre, déclare M. Jules Le maître, au début de son article au Figaro.
Il ne m’a pas seulement plu par le tour nerveux et subtil, propre à M. Maurice Barrés, par les frémissements voluptueux et courts d’une sensibilité surveillée et d'autant plusfine !... » « Mais, conclut plus loin l’éminent critique, il est si délicieux, et de telle sorte, dans son ironie à la fois im pertinente et rêveuse, qu'il eût fallu l'imprimer sur de la soie et le vendre très cher. > Voici l’intrigue en peu de lignes : Par une singulière coïncidence avec les récents méfaits de la dynamite, le premier chapitre nous mène à la cour d’assises, où l’on condamne à trois mois de prison un jeune publiciste, coupable d’avoir critiqué les militaires juste au moment où une bombe venait d’être lancée sur le cercle des officiers.
C’est dans les salons, surtout auprès des femmes, qu’André Maltère rencontre d’ardentes sympathies.
Interné à Sainte-Pélasgie, il y reçoit, par lettre de M110 Claire Pichon-Pichard, fille d'un savant de son vivant célèbre, la demande s’il ne sait point ce qu’on pourrait substituer à la société actuelle, et devient son professeur, tandis que la petite princesse russe Marina, têtue et sensuelle, le visite aussi et accepte facilement d’être sa maîtresse.
Avec celle-ci, Maltère cultive sa sensibilité person nelle; avec celle-là, il s’efforce d’étudier la sensibilité des réformateurs français et allemands, de Saint-Simon à Karl Marx, et de révéler les résultats de leur influence sur nos mœurs contemporaines.
Vers l'expiration de sa peine, son mariage avec Claire se décide, mais auparavant André < sent le besoin de rafraîchir de beaux spectacles ses yeux et ses sens », se dit qu'il doit une politesse à Marina. Elle a si bien soigné le bon velu, son chien, pendant sa longue absence! Et tous trois vont passer quelques semaines à Venise. Les jours s’écoulent, la date du mariage approche, une rupture s’impose. Le lendemain même de la mort émou vante du Velu, qu’une voiture écrase, Maltère quitte la
COURRIER BIBLIOGRAPHIQUE 2/5 petite princesse, retourne e'pouser Mlls Claire PichonPichard et l’emmène continuer en Allemagne leurs études sociologiques.
Le voyage achevé, la jeune femme s’inquiète des dé couragements de son mari, s’informe, apprend la vérité, le regret que ressent André de son ancienne liaison bri sée, et, sous le coup d’une émotion violente due à la fuite de Velu n, un nouveau chien donné par Marina, elle jette ce cri sublime : « Courez chez votre amie! » Ils retrouvent Velu 11 martyr, dans la salle de vivisec tion du muséum, mais à temps pour le sauver, et. trop attendris pour se séparer désormais, vont habiter, aux environs de Paris, un paisible domaine, « où ils groupent beaucoup de bêtes et puis des tas d’enfants ». » * Je n’insisterai pas sur les qualités d’artiste de Maurice Barrés, chacun appréciant aujourd’hui ce merveilleux écrivain, ni n’essayerai de citer des pages de ce livre si logique, si éloquent, si serré (voir le Paradis de la petite princesse et le voyage idéologique aux châteaux de Louis ii) ; mieux vaut examiner l’influence considérable qu’une telle œuvre ne manquera pas d’exercer sur la plupart des jeunes intellectuels, car ses idées principales, développées avec une force contagieuse, vont prendre vie incessamment sous de multiples formes.
Maurice Barrés le dit nettement: la société actuelle se transforme. Sa magistrale étude sur Saint-Simon, « dont maintes idées ont filtré dans l’Europe moderne, mais sans l’améliorer », établit que, de ce réformateur date l’écroulement soudain du décor de l’ancien régime.
Quelle sympathie, quel respect, malgré la jolie ironie du style, émanent de ce portrait du bonhomme Fourier, où le petit vieillard réapparaît maniaque, d’une politesse exquise, « d’une sensibilité vive pour la table et les cotillons », détestant la fréquentation des jouvenceaux et des militaires ; en revanche le cœur si grand, l’inspira tion si géniale, avec sa scrupuleuse probité, sa bonté douce, son inaltérable patience et sa conviction, prête à se réaliser, d’être le moraliste de la société de demain. A ces deux précurseurs, l’auteur de ['Ennemi des lois
l’initiation 276 rattache le point de départ de la transformation qui s’opère. L’un et l’autre sont de race française. C’est chez eux que nous devons chercher une direction, non chez les Allemands Karl Marx, Lassalle, juifs « qui ont passé au trébuchet les principes de l'économie politique », qui « manient les idées de même qu’un banquier les valeurs », et qui limitent aux appétits matériels les fon dements de leur réforme.
S’attachant à Fourier, Maurice Barrés conclut, par des doctrines anarchistes, au droit pour chacun de faire ce qu’il veut, et, parlant à peine de Proudhon, laisse deviner que c’est vers celui-là que vont ses préférences. Anarchistes, oui. Mais ne confondons pas anarchiste et dynamiteur.
Ecoutez plutôt: « La date où recevront une heureuse solution tous les problèmes moraux et les économiques qui en dé pendent n'est-elle précisément cet instant-là où le bon heur des autres apparaîtra à chacun comme une condi tion de son propre bonheur. Et plus loin : « Vous, moi et les autres, en dépouillant le respect des lois écrites, en avons-nous perdu le bénéfice?
Ne sentez-vous pas que notre instinct a profité du long apprentissage de notre race parmi les codes et les reli gions? C’était apprendre à décomposer les mouvements: nageons maintenant nature, voilà le joint précieux. Les lois ont été nécessaires: au commencement qu’ils étaient bipèdes, nos aïeux en usèrent comme béquilles. Elles les soutinrent jusqu’au point où nous sommes. Rejetons cet appareil désormais inutile et gênant.
Les dogmes et les codes nous ont mis dans le sang la pitié et la justice. Aujourd’hui que nous nous sommes assimilés la meil leure part, ils ne font plus que nous embarrasser de leurs formules; c'est la pulpe d’aliments assimilés.
Expulsons ces détritus, et suivons, avec la spontanéité de l'intelli gent Velu, les mouvements de notre sang enrichi. » •• • Un critique, M. Emile Faguet, s’est étonné que Mau rice Barrés pût être à la fois un humoriste et exercer une influence intellectuelle ou morale.
COURRIER BIBLIOGRAPHIQUE 277 « C’est un cas assez curieux que celui de M. Barrés, écrit-il. Il s'est toujours appliqué de tout son cœur à se bien faire prendre pour un humoriste, très capable de parler galamment, à la rencontre, d’unequestion sérieuse, mais pour un humoriste cependant, impénitent et sans cesse relaps...
Eh bien.il a eu beau faire: la génération qui nous suit est si grave — oh ! que grave ! — que, bon gré mal gré, elle a tenu M. Barrés pour un philosophe d’une profondeur inusitée et pour un métaphysicien comme on n’en a jamais vu.
L’un l’a comparé à Des cartes, l’autre à Spinoza, et, si on ne l’a point parallélisé avec Kant, que je sache, c’est très probablement parce qu’on a pensé que Kant n’en valait pas la peine. » Nous voyons assez nettement à quels articles M. Emile Faguet fait allusion.
Il nous souvient notamment d’une très belle étude de l’ancien président de l’association des étudiants, M. Henri Bérenger, sur Maurice Barrés, et il est vraiment curieux que M. Emile Faguet prétende op poser cette théorie, à savoir que le tour d’esprit d’un humoriste interdit de traiter des questions graves, à ce fait que la plupart des nouveau-venus portent la mar que des idées développées par Maurice Barrés.
Ce dernier point, qui n’est guère contesté, est d’ail leurs vérifiable à la lecture de toutes ces jeunes revues, par la déclaration de maints critiques, par une enquête officieuse qu’aurait instituée M. Gréard pour connaître quel est l’auteur le plus lu da ns les lycées et qui donna, entête de liste, le nom de Barrés. Enfin, cette iniluence, M. Faguet la constate lui-même.
Ce qui est prodigieux, c’est qu’il veuille voir quelque chose de surprenant dans cette iniluence d’un humoriste, comme si tous les livres de Platon n’étaient pas mar qués de la plus haute fantaisie, et tel dialogue de Dide rot, le Rêve de d'Alembert par exemple.
Le volume de Henri Heine sur l’Allemagne n’est-il pas, en même temps que d’une verve délicieuse, le plus profond re cueil d’observations sur la métaphysique allemande et sur la formation de l’unité allemande. Je pourrais multiplier les exemples de cette sorte, mais ma seule préoccupation est de situer l’œuvre de Maurice Barrés parmi les esprits de sa qualité, avec toutes les
l’initiation 278 distances qu’il y a toujours à maintenir entre une œuvre qui n’a pas encore fait sa carrière et des œuvres dont on a mesuré toute l'influence: Œuvre d’humoriste ? Oui. Œuvre de haute influence morale ? Oui encore. Et il est peu explicable qu’un pro fesseur en soità ce degré de voir une contradiction entre ces deux termes. George Montière. Les Médiums et les Thaumaturges du XIX' siècle.
Thomas Martin de Gallardon, par le capitaine Paul Marin. Paris, 1802, in-18 de 3a3 pages. En vente à la librairie du Mer veilleux. Le 15 janvier 1816, Thomas Martin, cultivateur à Gal lardon, aperçut tout à coup, dans le champ qu’il fumait, un homme d’une figure délicate et parfaitement blanche, habillé d’une grande redingote, qui lui ordonna d'aller trouver le roi, pour l’avertir des malheurs qui mena çaient la France.
Le 18, le 20, le 21, le 24, le [3o janvier, puis de plus en plus fréquemment, ces apparitions se répétèrent. L’évêque de Versailles en avait été informé, puis le pré fet d’Eure-et-Loir, qui envoya Martin au ministre de la police générale.
A Paris, les apparitions continuent; à la quatrième, notre laboureur apprend que c’est l’archange Raphaël qui lui apparait ; il informait son protégé des actes des personnages officiels qui pouvaient ¡'intéresser; c’est alors que Thomas Martin est conduit à Charenton où il est soumis à l'examen des docteurs Purel et Rover Collard. C’est d'après le rapport de ces deux savants que M. Marin a édifié son livre.
Il critique en passant les différentes histoires que l’on a données de ce vision naire, et qui, pour la plus grande part, ont leur source dans un article de l'illustration en date du 3o août 1845; le capitaine Marin, dans toutes ces discussions minu tieuses, fait preuve de beaucoup d’érudition ; il sait établir, avec clarté, la vérité des faits qu’il expose; il confronte les documents originaux, il les commente, les éclaircit l'un par l'autre; en somme, un travail de béné diction. Je me bornerai à citer une phrase du rapport
COURRIER BIBLIOGRAPHIQUE 2 79 des médecins deCharenton. Thomas Martin est parvenu jusqu’à Louis XVIII; seul à seul avec lui, il découvre au roi plusieurs circonstances secrètes qui avaient eu lieu pendant son exil..., il lui révèle des complots tramés contre sa personne; et le roi lui fait jurer de lui garder le secret...
Nous ne songeons pas à tenter ici une explication dé finitive de ces visions; M. Marin ne l’a pas essayé non plus : établir définitivement l’histoire de son héros, ruiner les erreurs et les inexactitudes de ses devanciers, tel a été son but.
Ceux qui ont pu apprécier dans ses oîuvres précédentes le soin qu’il apporte à ses recherches, l’étendue et la sûreté de son information, la loyauté de ses jugements, sont assurés d’avance de la solidité et de l’intérêt de ce dernier livre. Sédir. Thomassin. Die Ermordung des Her^ogs Cari von Berry und sein .Morder Louvel. .Mil Losung der Complicenfrage. — München, chez losef Sevberth, 1892, in-i8 de 44’pages (1).
M. de Thomassin est le fils du célèbre chevalier JeanRené de Thomassin qui, de 1814 à i832, se dévoua si entièrement à la cause des anciens Bourbons. Mieux que personnne, il devait avoir des renseignements inédits sur l'histoire de la Restauration ; il les a consignés dans plusieurs études dont la présente est la dernière en date.
Elle nous donne l’histoire du crime et le jugement de Louvel; le duc de Berry fut épié avec une ténacité rare ; pendant quatre ans, son meurtrier mûrit son plan ; dans l'été de 1886, il fit une quinzaine de fois le voyage de Paris à Saint-Germain dans l’espoir de rencontrer le prince; il le cherchait dans toutes les églises, à toutes les fêtes de Paris.
« Une fois la vie morale de Louvel connue, dit M. de Thomassin, son acte s’en déduit logiquement. Les modernes psychologues Liébeault, Bernheim, Forel et Schmidkunz pourraient peut-être prononcer les mots de suggestion et d’autosuggestion. (i) A la même Librairie : Die Gründer des Hanses BourbonFrance und des Haus Altbourbon et Die Frau Herzogin von Berry und der AuJstand in der Vendée in Jahre, 18J2.
28o L INITIATION Le psychologue, qui examine posément la biographie de Louvel, ne peut qu’y trouver une nouvelle preuve de la nécessité qu’il y a de donner une bonne direction à l'idée, ce premier élément générateur de l'action. » Ce sont ces phrases qui nous intéressent; elles font à elles seules tout l’intérêt de l’étude ; des motifs personnels ont malheureusement engagé M. de Thomassin à laisser ce côté psychologique un peu dans l’ombre; néanmoins, son indication originale vint corroborer des théories ésotériques sur la puissance de l’idée qui, étudiées, éclaireraient d’un jour tout nouveau bien des points d’histoire.
S. Olga dk Bézobrazow. — Pages détachées du journal d'un artiste, poème en vers. (Extrait d'un ouvrage en préparation : Lumière). —Une plaquette de 72 p. in-12, sur papier de luxe. En vente à la Librairie du Merveilleux. Ouchy et les rives du Léman ont vu naître ces vers, et ils portent je ne sais quel cachet cosmopolite, qui en relève singulièrement la saveur.
Dédiés à la comtesse Kapnict, ces poèmes sont épigraphiés de Charles d’Or léans, de Jean Honcev, de Rabelais; ils décrivent des sen sations d’âme dans une langue particuliérement expres sive et originale.
Pour l’auteur, « la Poésie est l’interprète constitué de la lumière de l’idée, qui se revêt dans les régions des merveilleuses couleurs de l'imagination ; » c'est là une constatation exacte et la lecture de l’œuvre de M"' de Bézobrazow la confirme, en nous faisant voir l’habileté avec laquelle sont décrits des sentiments déli cats, des aspirations élevées, des pensées un peu teintées de pessimisme peut-être,— mais tout cela habillé riche ment, présenté avec une grande abondance d’images, une grande richesse de détails.
En somme, c’est là un coin du tableau, que nous pro met l’auteur, qui permet de bien augurer de l'œuvre future. S. Un envoûtement en Gévaudan en l'année i34~, par Edmond Falgairolle, substitut du Procureur de la
REVUE DES REVUES 28 I République, membre de plusieurs sociétés savantes. — Nîmes, Catelan, 1892, in-12, 1 17 pages. Très intéressant cet exposé d’un fait unique en ces régions, et précédé de considérations fort justes sur l’occulte. Nous ne pouvons que le recommandera tous les bibliophiles. OCCULTISME ! Le Voile d’Isis a recommencé sa publication des con férences du Groupe ; celles de Quærens et de Papus ont déjà paru.
A noter une fort belle prose lyrique de M. L. Bazalgette . — L’Etoile (novembre) continue les commentaires kabbalistiques de M. A. Jhouney; René Caillié expose la doctrine martineziste d’après M. A. Franck ; de curieuses notes sur les aberrations de l’amour sexuel présentées par M. Honoré Roulx (H. B. of. L.), et des extraits du Voile d'Isis sont encore à signaler dans ce fascicule.
Je trouve dans le fascicule d’octobre le I-lèros de Mi chelet reproduit sans indication de source. La Pair Universelle s’occupe surtout de spiritisme dans ses numéros de novembre. Le dernier contient un dessin symbolique hors texte dû au crayon de M. Munet.
Si l’on comptait les projets d’union, de fédération, d’as sociation spirites mis en avant depuis 1853, on arrive rait facilement au chiffre de cinquante; M. Bouvéry propose le cinquante et unième dans le numéro du 15 décembre. spiritisme : La Revue spirite (novembre) traduit un article désir Russel Wallace paru dans le Chamber’s Encyclopedia sur l’histoire du spiritisme ; M11’ Champury expose un plan d’éducation médianimique pour les enfants ; plaise au ciel qu'il ne se réalise jamais, pour la santé morale des
282 l’initiation générations prochaines. Dans le Spiritisme (octobre et novembre), d’intéressantes études sur le périsprit de Gabriel Delanne. Une nouvelle revue, le Phare de Nor mandie, revue des études psychologiques de 1’« Union spiritua'iste de Rouen >>, vient de paraître; elle a été fondée sous le patronage des spirites les plus connus de Paris ; nous lui souhaitons grande réussite auprès des Normands.
Le Flambeau de Jemmeppe donne une étude sur la médiumnité. MAGNÉTISME, HYPNOLOGtE I Le Journal du Magnétisme (octobre-novembre) publie l’importante étude de M. Durville sur l'application de l’aimant au traitement des maladies. M. Auilinger conti nue ses réquisitoires contre le monopole des méde cins. Comment peut-on voir un mahatma ?
Un bon naïf, ayant eu l'idée de demandera la rédaction d’une des petites feuilles que la 'J’héosophie, de ridicule mémoire, entretient à grands frais, comment il fallait faire pour voir un mahatma, a reçu la réponse suivante : « Elevez d’abord le MOI au point de sa fusion avec le SOI et vous saurez alors la réponse à votre question. » Ce qui, en bon français, veut dire : Devenez Mahatma, puis regardez-vous et vous serez satisfait. Coût, 6fr.
25 (si l’on sait l’anglais). Les Annales des iciences psychiques (septembre-oc tobre) relatent une série d’expériences que lit en 1888 le Dr A.
Gibotteau, etqui ont de très intimes rapports avec des actions magiques; son sujet, B., était d’une tamille de paysans champenois, qui passait pour fournir des sor ciers ; entre autres choses « elle savait, comme je l'ai éprouvé, faire perdre la route à une personne, en lui fai sant prendre sa droite pour sa gauche (hallucination du sens de l’espace). Elle disait que, petite fille, elle allait au bois avac sa mère pour cueillir des fraises.
Quand elle s'ennuyait et voulait rentrer, elle jouait à celle-ci le tour de lui faire perdre sa route. Dans nos campagnes, ce pou voir est généralement attribué aux sorciers. A Cuba les sorciers nègres prétendent en faire autant. Il y aura des recherches curieuses à faire sur cette pratique dont je crois pouvoir, par expérience, attester la réalité.
REWE DES REWES 283 « Une autre fois, Berthe m’apprit comment il fallait s’y prendre pour faire tomber une personne. La méthode est remarquablement logique. Il faut d’abord la connaître, lui parler, l'impressionner autant qu’on peut, et se faire redouter d’elle.
Quand elle est dans la rue, on la suit par derrière en imitant bien sa démarche, et en la char geant (c’était le mot qu’elle employait d’ordinaire pour dire s’emparer mentalement de la pensée de quelqu’un, en l’endormant un peu, procédé qui lui était familier). Alors il faut voir une corde tendue en travers de la route à quelques pas en avant.
On suit bien les mouvements de la personne er, au moment où elle arrive sur lacorde, on fait soi-même un faux pas volontaire ; alors elle est forcée de tomber. « Voici maintenant une manière d’amener un ennemi à se pendre : suivre ses pas et ses pensées, lui montrer tous les jours un arbre dans un lieu écarté.
Lui faire penser qu’il est malheureux, que ses affaires sont per dues sans ressources, et tous les jours lui montrer la même place, etc. » Voici le sommaire des Annales de psychiatrie et d'hypnologie (octobre) : !• Un émule de Barra, par le D' Collineaü........................................289 2’ Considérations générales sur la structure et les mala dies du système nerveux, leçon d’ouverture des conférences faites à l’hôpital de la Ch_.ité, par le Dr J.
Luvs (suite......................................................................................... 299 3° De l’électrisation céphaiique, par le Dr Ch. Letour- ' neau.........................................................................
3oq 40 Cas ra de dipsomanie. — Inhalations d’éther. — Accès répétés pendant plusde seize ans. — Mortàla suite de convulsions épileptiformes, parle Dr Jules Christian...........................................................................................................314 socialisme : Ch. Fauvety et J. Bearson commentent les derniers événements au point de vue social, dans la Paix Univer selle (octobre et novembre).
Fabre des Essarts commence une étude sur l’abbé Châtel; le bel article d’Eugène Garcin sur les doctrines du jour, et celui de J. Bearson sur l’occulte complètent le dernier numéro. — G. Ghisler donne, dans la Revue Socialiste (octobre), une étude très documentée sur l’Association ouvrière et l’Unionisme anglais, et une autre, aussi d’actualité, sur la limitation
l’initiation 284 des heures de travail en Belgique par E. Vandervelde; l’exposé du mouvement socialiste en Europe est fait avec une grande abondance de détails et une non moins grande autorité par Ad. Veber. Le Devoir détaille aussi les questions d’actualité avec beaucoup d’intérêt, de même que le journal hebdomadaire l'Avenir des Travail leurs (i).
LITTÉRATURE : La Pittine semble être désertée par les Retté, les Dubus, les Remàcle; cependant une foule de talents bien connus des jeunes remplissent ses colonnes avec immen sément d’intérêt.
Très intéressante la Revue Blanche (oc tobre, novembre, décembre) avec Paul Adam, Saint-Pol Roux, Romain Coolus, Nietzche et tutti quanti ; ceux-là ont au moins une forme avec le fonds. — L'Art Social (noiembre) préfère l’art de M. René Ghil à celui de M. Peladan ; je signalerai l’entrée de Paule Mink à Chi mère, où se voient, à part P. Redonnei, Henri Mazel, P. Durocher, Ch.
Maurras. — L'Idée Libre donne d’in téressants souvenirs sur Richard Wagner, par Edouard Scliuré. — Harmonie (octobre et novembre) où Louise Michel coudoie Camille Chaigneau et Hector France; la Revue pour qui Dentu a reuni des écrivains sages comme André Theuriet et Emile Faguet; le Sillon qui se réclame de Lamartine et de Vigny ; la Revue Jeune, continuent dans l’art le mouvement spiritualiste.
Le Progrès artistique rend compte avec compétence du mouvement théâtral; une bonne étude de la littérature allemande contemporaine, des vers de Verlaine et de Degron dans VErmitage. Le Mouvement Littéraire de Raymond Nyst se voue aux manifestes delà Rose-¡-Croix du Temple ; pour multiplier les attractions, J.
Peladan, « afin de réhabiliter le riche », décerne des « lettres patentes de baronnie, vicomté et comté à ceux qui s’associent par le don aux gestes Rosicruciennes, Templières et Graaliennes » s. g. de la correctionnelle. (Avis aux industriels.) Alcanter de Brahm donne d’amusantes chroniques au Nouvel Echo (novembre et décembre) ; Emile Strauss, Marcel Bernhardt achèvent de lui donner (1) Administration et direction, 58, ru: de Clignancourt.
REVUE DES REVUES 285 la physionomie d'un journal. Une monographie de Papus par Marc Haven, avec portrait par Delfosse, a paru dans la série de Vanier, les Hommes d’aujourd'hui. divers : La Revue générale des Sciences pures et appliquées publie une lettre du docteur Bernheim sur l’amaurose et l’etat hypnotique, avec réponse de M. Pierre Janet. Dans la Revue Asiatique, la Vie de Bouddha de Ksemendra, par A. Foucher.
Dans la Revue des Religions (octobre), le Brahmanisme par Castonnet des Fossés. La Revue de la Science Nouvelle (novembre et décembre) continue ses très complets comptes rendus. Camille Flammarion étudie les spectres aériens dans sa savante et populaire revue V Astronomie (novembre). Sommaire de la Revue philosophique, numéro de no vembre 1892 (17° année). L. Marillier : La psychologie de W.
James. — E. de Roberty : De l'unité de la science : les grandes synthèses du savoir. — Th. Ribot: Sur les diverses tormes du caractère. —Variétés. — Analyses et comptes rendus. — Revue des périodiques étrangers. Sommaire de la Revue philosophique, numéro de dé cembre 1892 (17’ année). E. Lasses : Le mouvement philosophique en Russie. II. La philosophie de Hegel et les cercles politiques. —F.
Paulhan : La composition musicale et les lois générales de la psvchologie. — Marillier : La psychologie dé \V. James(2° article). — Analyses et comptes rendus. — Revue des périodiques étrangers. Le Cosmos d’octobre donne une étude sur l’envoûte ment de de Rochas.
La rédaction de VUniversitê de Pa ris, bulletin de l’Association générale des étudiants, est vraiment jeune ; les matériaux dont elle dispose permet traient, il me semble, de publier quelque chose de sé rieux. Le Courrier Français s'attache l’excellent Willette de plus en plus; nous attendons qu'il veuille bien signaler l'initiation dans la liste des jeunes Revues.
Le dernier numéro des Hommes d’Aujourd’hui de l’édi teur Vanier est consacré à notre confrère Jules Roques, directeur du Courrier Français. 11 contient deux très
286 l’initiation beaux dessins de Heidbrinck et Willette, texte de Michel Zévaco. Très recommandé ['Intermédiaire de l'Ouest (sep tembre) pour ses excellentes notices bibliographiques. Seoir. Le Problème de la Mort, ses solutions imaginaires et la science positive, par L. Bourdeau. Un vol. de la Biblio thèque de philosophie contemporaine, Paris, F. Alcan, ¡892, in-8.
Ce volume, chant du cygne d’un positivisme agonisant, indique une ignorance telle des faits télépathiques, qu’il mérite une analyse particulière que nous ferons dans un prochain numéro. ♦ ♦ Almanach des quatre-vingt-quinze recettes utiles d’une application journalière, publ. trim. à 1 fr. le numéro.
EX CEPTIONNELLEMENT, toute personne qui épinglera un timbre de i5 centimes après sa carte de visite recevra le n° t, dans lequel il a été groupé toutes les recettes dont on peut avoir besoin à chaque instant. Elles sont toutes on ne peut plus faciles à suivre et constituent un véritable talisman.
Il yen a pour guérir abcès, apoplexie, choléra,clous, congestions,coqueluche, cors,coups de soleil, coupures, croup, douleurs de dents, diarrhées, durillons, écorchures, engelures, fièvres graves, hoquet, insomnie, mal de tète, migraine, névralgies, écoulement d’oreilles, plitysie, rage, rhume de cerveau et de poitrine, et verrues; pour conserver le beurre frais, un bouquet longtemps frais, des châtaignes fraîches un an, la viande huit jours, les cerises, les œufs, les pommes de terre et de pommier, le raisin, la fermeté des seins et la leur redonner: enlever la rouille, les taches d’encre, d huile, de graisse, de pous sière, les points noirs du visage ; préserver contre les fourmis, le froid aux pieds, la carie des dents ; attendrir la viande la plus coriace, la rafraîchir, corriger les vins
NOUVELLES DIVERSES 287 aigres et moisis, blanchir les mains, dissimuler l’odeur de l'huile de ricin ou de foie de morue et même remplacer cette dernière, laver les flanelles ; rendre ses lettres in violables, les verres de lampes incassables ; des formules de pâte autographique pour tirer cent copies,d’épilatoire radical et inoffensif, de dentifrice, d'encre à tampon, de détruire les punaises, et trente autres que la place man que pour énumérer.
La brochure a 64 pages. Issanchou, g, rue Guy-de-la-Brosse, Paris. Francis Bacon poet, prophet, philosopher versus phan tom captain Skakespeare, the Rosicrucian Niask b}'. Vf. F. C. WiGSTON, Londres, Kegan Paul, Trench Trubner et C10, 5y an. 39 Ludgate Hill (London), 1 gros vol. in-8.
Cet important travail sur Bacon considéré comme l’auteur de la plupart des œuvres attribuées à Shakspeare est établi avec une érudition remarquable et des arguments vraiment déconcertants. Nous en ferons bientôt un compte rendu spécial d’autant plus qué les rapports de Bacon et de la Rose-Croix sont très bien étudiés dans cet ouvrage. The Columbus of Literature or Bacon’s New Wold of sciences by \V. F. C. Wigston.
Autre ouvrage non moins curieux du même auteur (même librairie). M. Becquerel présente à l'Académie de la part de M. Charles Henryun photomètre-photoptomètre destiné à la mesure des intensités lumineuses très faibles, et fondé sur la loi de déperdition de la lumière du sulfure de zinc phosphorescent.
M. Charles Henry est parvenu à mesurer par cet appareil la lumière diffuse des étoiies par une belle soirée d’août ; il trouve que cette lumière produit sur l’écran de son photomètre le même éclat qu’une bougie à environ 41 mètres. Une courbe permet d’évaluer presque instantanément en fractions de bougie les quantités essentiellement variables de lumière, mais toujours très petites, que l’œil est capable de percevoir au minimum.
288 l’initiation ★ ♦ * Dans le courant de janvier, M11' Marie-Anne de Bovet, l’écrivain justement renomme', donnera une conférance au Groupe d'études ésotériques. Cette soirée ne peut manquer d’être un véritable succès. * ¥ ♦ Une nouvelle revue d’études économiques et sociales, rédigée par un groupe de savants et d’écrivains de valeur,' ■ vient de se fonder sous la direction de René Worms, docteur en droit et agrégé de philosophie.
Nous en repar lerons plus longuement dans notre prochain numéro. Titre: Revue internationale deSociologie-, bureaux: i6,rue Soufflot. Abonnement, 10 francs. * * ♦ The Review of Reviews (125, Fleet Street, Londonjne saurait être trop recommandé à nos lecteurs connaissant l’anglais.
Pour un prix d’abonnement impossible à at teindre pour la plupart de nos grandes revues françaises, on possède une encyclopédie illustrée de tout ce qui se passe d’important dans le monde durant le dernier mois. Les revues de tous les pays sont annoncées ou analysées, et les principaux articles sont cités.
Les ouvrages parus en Europe sont classés et analysés également; les gra vures anecdotiques ou politiques sont reproduites en grand nombre, et chaque numéro de 110 pages in-40 se termine par un index alphabétique très complet. Du 6 au 12 décembre courant, Papus a fait une série de conférences à Bruxelles. Les premières séances ont été tenues dans le local de la Branche Kumris dont les progrès s’accentuent de jour en jour.
Le vendredi 9, une comérence a été donnée au cercle artistique et littéraire devant plusieurs centaines d’auditeurs venus malgré la tempête de neige. Cette conférence, dans laquelle Papus a basé l’hygiène intellectuelle de l'artiste sur la connais sance de f être impulsif et de son action psychique en décrivant à l’appui de ses affirmations les états hypno tiques, a été salué de plusieurs salves d’applaudissements par le public.
La grande presse, qui commence là-bas à s’intéresser à ces questions, a été surtout frappée par le côté tout exotérique de cette causerie et surtout par
L’Initiation du i5 décembre 1892 les aperçus psychologiques qui l'ont terminée. En somme, un grand succès de plus pour l’occultisme à Bruxelles. * * ¥ Nous rendrons compte dans le prochain numéro, de la dernière œuvre de Gilbert-Augustin Thierry, l’éminent écrivain qui, le premier parmi les contemporains, ap pliqua à la littérature les enseignements de l’ésotérisme.
Plusieurs de ses nouvelles ont paru dans la Revue des Deux Mondes, et le volume dont nous rendrons compte est une des plus curieuses productions modernes con cernant l’ésotérisme. ★ * M Parmi les diplômes d'honneur délivrés dernièrement parle Comité de direction du Groupe, signalons celui décerné à M. Bettenant qui a fait don au Président de plusieurs objets de la plus grande rareté ayant appartenu à Eliphas Lévi.
C’est grâce à la persévérance de notre ami Mauchel, à ramasser les documents les plus authen tiques pour son étude sur le grand occultiste, que nous devons de posséder une collection unique de livres et de papiers d’Eliphas Lévi. * ¥ ♦ Rue de la Sourdière, à Paris, des manifestations de la force psychique se sont produites dernièrement.
Comme dans tous les faits du même genre,les phénomènes sont dus à un médium dont la force vitale s’extériorise incon sciemment. Il résulte, en effet, des premiers renseigne ments que, la famille ayant quitté l’appartement soidisant « hanté », les déplacements d’objets ont continué dans les nouvaux locaux où se trouvait la jeune fille en question.
Nous sommes, du reste, convaincus que dans quelques années ces faits deviendront assez communs pour être jugés à leur juste valeur. Le Gerant : Encausse. 1MP. E. ARRAULT ET C1“, 6, RUE UE LA PRÉFECTURE, TOURS.
L’Initiation du i5 décembre 1892 GEORGES CARRÉ, Éditeur. 58. rue S'-André-des-Arts NOUVELLE PUBLICATION ANNALES DES SCIENCES PSYCHIQUES RECUEIL D’OBSERVATIONS ET D’EXPÉRIENCES Paraissant tous les deux mois Directeur : M. le Dr D ARI EX Les Annales des Sciences psychiques parais sent tous les deux mois. Chaque livraison forme un cahier de quatre feuilles in-8° carré de 64 pa<?es.
Elles ont pour but de rapporter, avec force preu ves à l’appui, toutes les observations sérieuses qui leur sont adressées, relatives aux laits soi-disant occultes, de télépathie, de lucidité, de pressentiment, d'appa ritions objectives.
En dehors de ces recueils de faits, sont publiés des documents et discussions sur les bonnes conditions pour observer et expérimenter ; des Analyses, Bibliographies, Critiques, etc. s'adresser pour la rédaction : A M. le Dr Dariex, 6, rue du Bellay. Paris. pour l’administration : AM. Félix Alcan, libraire-éditeur, 108, boulevard Saint-Germain, Paris. prix d'abonnement : Un an (à partir du 15 février), pour tous pays. 12 lï. La livraison : 2 fr. 50
L'Initiation duti5 décembre 1892 Georges CARRÉ, éditeur, 58, rue St-André-des-Arts, Paris L’ÉLECTRICITÉ DANS LA NATURE Par Georges DaRY 1 vol. in-Séctido vitt-'i'iO pages, avec nombreuses ligures. Prix : Broché 6 Ir. Cartonné A l'anglaise................................ 7 fr.
50 TABLE DES MATIÈRES Electricité atmosphérique Présence «le l'électricité dans l'atmosphère. — Distribution de l'électricité dans l’atmosphère. — Electricité cosmique. — Origines de l'électricité atmosphérique.
Orages Formation des nuages orageux. — Hauteur et constitution des nuages orageux. — Distribution des orages. — Variation des orages. — Heures cl saisons des orages. — Orages volcaniques. — Relations entre les orages et les taches solaires — Eclairs. — Phénomènes d'induction. — Tonnerre. — Elfets de la foudre.
Paratonnerres Historique. — Tige. — Conducteurs. — Communication avec le sol. — Paraton nerres a pointes multiples. — Action des paratonnerres. — Zone de protection. — Vérifications des paratonnerres. - Ellicacité des paratonnerres. Grêle Particularités des orages de grêle. — Aspect et composition des gréions. — Théo ries de la grêle. Trombes, Tornades et Cyclones Trombes. — Tornades. — Cyclones.
Tremblements de terre Courants tcllurgiques et variations du magnétisme terrestre. — Caractères princi paux des tremblements de terre. — Théories des tremblements de terre.— Phénomènes atmosphériques. — Phénomènes magnétiques. — Phénomènes électriques. — Théories électriques des tremblements de terre.
Aurores polaires Description cl caractères des aurores. — Concordance de certains phénomènes avec les aurores polaires. — Théories des aurores polaires. VIENT DE PARAITRE LIBRAIRIE DU MERVEILLEUX 29, RUE DE TRÉVISE, 29 PAPUS La Science des Mages ET SES APPLICATIONS THÉORIQUES ET PRATIQUES (petit résumé de l'occultisme, entièrement inédit) Une brochure de 72 pages, texte serré, avec 4 figures Franco : 50 centimes
L’INITIATION ("a“ —— - DIRECTION >4- rue de Strasbourg. 14 pams rJihktTEùti: ï=»AE»rj,?3 O • ' BiREcrEL-a-A'UJisT : Lucien. MAUCKEL lïédneicHf en c Geoi«e MON T110 K E -1 Sccrél aires déjà Rcdflctiffn ; CH, BARLET, — J. LEJAY Paul sèdir ADMINISTRATION IbON'NEMENTS, VENTE AU NUMERO <3-. CA-rtFlÉî 58-, rue Sabit-André-des-Arts PARIS FRANCE, un an. m ir. ÉTRANGER, — i 2 fr.
RÉDACTION.: 14, rue de Strasbourg. — Ch squc rédacteur public ses articles, sous sa seule responsabilité. L’indépendance absolue1 étant la raison d’être de la Revue, la direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps .¿tin article. Manuscrits. — Les manuscrits doivent être -adresses a la rédaction. Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas.rendus à moins d’avis spécial..
'Un numéro de la Revue est toujours composé d'avance ; les. manuscrits reçus ne peuvent donc- passer - r.u plus tôt que le mois Suivant. Livres et Remues. — Tout livre'ou brochure dont la rédaction recevra deux exemplaires sera sûrement annoncé et analysé s’il y a lieu. Les Revues qui désirent faire l’échange sont priées de s’adresser à la' rédaction.
ADMINISTRATION, ABONNEMENTS. — Les abonnements sont d’un an et se paient d’avance à rAdininistratton par mandat, bon de poste ou autrement-,.58, rue Saint-André-des-Arts. ‘ • ùlï j. TOURS, IUP. E. ARRXÜCT ET CIE.