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1 Revue philosophique indépendante des Hautes Études ♦ V OLUME. Hypnotisme» Force psychique Theosophie, Kabbale Gnose, Franc-Maçonnerie Sciences Occultes SOMMAIRE DU N° (Novembre 1892) PARTIE INITIATIQUE. .. PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE. ... PARTIE LITTÉRAIRE.... BIBLIOGRAPHIE Camille Flammarion et la Science spiri tualiste, avec por trait inédit............... (p. 97 à 109). L Envoûtement (Etude expérimentale)........ (p. 110 à i32).
L’Eglise...... ............... (p. i3;i à 02). Vrim et Thumim, avec planche hors texte... (p. 153 à 163). Le mal d'amour.......... (p. 164 à 167). L’Ange de la prière (poésie).................... (p. 167). La Vie, par Charles Fauvety.................... (p. 168 à 174). Papus. A. de Rochas. Yalta. Paul Sédir. Léon Rioter.
Ivan Dietschine Sédir. *xGroupe indépendant ' t d’Etudes ésotériques. — Ordre kabbalistique de la Rose-Croix (Règlement). — Occultisme pratique. — Cour rier bibliographique. — Correspondance. — Livres reçus. — Nouvelles diverses. Rédaction : 20, rue de Trévise, 2g PARIS Administration, Abonnements : 58, rueSt-André-des-Arts. 58 PARIS
L'Initiation du i5 novembre 1892 GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ESOTERIQUES SOCIÉTÉ D’ETUDES THEORIQUES ET PRATIQUES DES FORCES ENCORE NON DÉFINIES DE LA NATURE ET DE L’HOMME Membres. — Les membres ne payent ni cotisation, ni droit d’entrée. Tout abonné de l’initiation ou du Voile d’Isis reçoit sa carte de membre associé sur sa demande.
Quartier Général. —LaSociété comprend 22 Groupes d’études. théoriques et pratiques au Quartier Général, 29, rue de Trévise, Paris. De plus, une Bibliothèque, une salle de lecture, une salle de conférences, pouvant contenir 200 auditeurs, et une librairie existent au Quartier Général.
Branches. — Des branches de Groupes Indépendants d'études ésotériques sont établies en France et à l’Etranger Le Groupe compte actuellement : 21 branches régulières en France, 3o branches à l’Etranger et 23 correspondants dans les centres qui ne possèdent pas enco re une Branche régulière.
Journaux. — Propagande. — Outre les volumes édités par la Librairie, le Groupe possède comme organe de oropagande: ■ L'Initiation (revue mensuelle). — Le Voile d’Isis .(journal hebdomadaire). — Psyché (revue mensuelle d’art et de littérature). — La Bibliographie de la Science Occulte (bulletin trimestriel). — De plus : The Ligth of Paris (journal hebdomadaire), imprimé en anglais vient d’être créé comme organe delà Bibliothèque internationale des Œuvres des femmes, destiné à faire la propagande de l’occultisme dans les pays de langue anglaise.
Revue philosophique indépendante des Hautes Étude Hypnotisme, Force psychique Theosophie, Kabbale Gnose, Franc-Maçonnerie Sciences Occultes 17° VOLUME. -'ô”' ANNÉE dUlYllVlAlKL DU H ^QVeiQDre PARTIE INITIATIQUE. .. PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE. .. PARTIE LITTÉRAIRE.... BIBLIOGRAPHIE ............ Camille Flammarion et la Science spiri tualiste, avec por trait inédit............... (p. 97 à 109).
L'Envoûtement (Etude expérimentale)....... (p. 110 à 13a). L'Eglise..................... (p. i3>. à 132). Urim et Thumim, avec planche hors texte... (p. 153 à 163). Le mal d'amour.......... (p. 164 à 167). L’Ange de la prière (poésie).................... (p. 167). La Vie, par Charles Fauvety.................... (p. 168 à 174). Papus. A. de Rochas. Yalta. Paul Sédir. Léon Rioter. Ivan Dietschine. Sédir.
Groupe indépendant d’Etudes ésotériques. — Ordre kabbalistique de la Rose-Croix (Règlement). — Occultisme pratique. — Cour rier bibliographique. — Correspondance. — Livres reçus. — Nouvelles diverses. Rédaction : 20, rue de Trévise, 20 PARIS Administration, Abonnements : 58, rueSt-André-des-Arts. 58 PARIS
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion ; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initiation est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent : Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte à’tin même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l'arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le cléricalisme et le sectarisme sous toutes leurs formes ainsi que la misère.
Enfin l’initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 5o rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier.
L’Initiation paraît régulièrement le i5 de chaque mois et compte déjà cinq années d’existence. — Abonnement: 10 francs par an. (Les collections des deux premières années sont absolument épuisées.)
PARTIE INITIATIQUE F. Ch. Barlet. S.'. I.-. — Stanislas de Guaita. S.‘. I.-. ¿j — Julien Lejay, S.-. I.-. & — George Montière, S.'. I.-. £ — Papus, S.-. I.-. NPARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Abil-Marduk. —Aleph. — Le F.-. Bertrand i8”.'. — René Caillié. — A. C. Tshéla. — Camille Chaigneau. — Chimua'du Lafay. — G. Delanne. — Dei.ézinier, — Jules Doinel. — Fabre des Essarts. — Dr Fugairon . — Jules Giraud. — Horace Lefort — L.
Lemerle.— Donald Mac-Nàb. — Marc Haven. — Marcus de Vèze. — Lucien Mauchel. — Napoléon Ney. — Eugène Nus. — Horace Pelletier — Philophôtes. — G. Poirel.— Quærens. — Raymond.— A. de Rochas.— Paul Sédir.— Selva.— L. Stevenard. — Pierre Torcy. — G. Vitoux. — F. Vurgey. — Henri Welsch. — Oswald Wirth. 3» PARTIE LITTÉRAIRE Maurice Beaubourg. — E. Goudeau. — Manoël de Grandford. — Jules Lermina. — L.
Hennique. — R. de Maricourt. — — Catulle Mendès. — Emile Michelet. — George Montière.- Léon Riotor. — Saint-Fargeau. — Ch., de Sivry.— Ch Torquet. 4° POÉSIE Ch. Dubourg. — Rodolphe Darzens. — — Paul Marrot. — Robert de La Villehervé. R. de Maricourt
L’Initiation du 15 novembre 1892 GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ESOTERIQUES SOCIÉTÉ D’ETUDES THEORIQUES ET PRATIQUES DES FORCES ENCORE NON DÉFINIES DE LA NATURE ET DE L’HOMME Membres. — Les membres ne payent ni cotisation, ni droit d’entre'e. Tout abonné de {’Initiation ou du Voile d'Isis reçoit sa carte de membre associé sur sa demande. Quartier Général. —La Société comprend 22 Groupes d’études. théoriques et pratiques au Quartier Général, 29, rue de Trévise, Paris. De plus, une Bibliothèque, une salle de lecture, une salle de conférences, pouvant contenir 200 auditeurs, et une librairie existent au Quartier Général. Branches. — Des branches de Groupes Indépendants d'études ésotériques sont établies en France et à l’Etranger Le Groupe compte actuellement : 21 branches régulières en France, 3o branches à l’Etranger et 23 correspondants dans les centres qui ne possèdent pas enco re une Branche régulière. Journaux. — Propagande. — Outre les volumes édités par la Librairie, le Groupe possède comme organe de nropagande; . t ■ L'Initiation (revue mensuelle). — Le Voile d’Isis (journal hebdomadaire). — Psyché (revue mensuelle d’art et de littérature). — La Bibliographie de la Science Occulte (bulletin trimestriel). — De plus : The Ligth of Paris (journal hebdomadaire), imprimé en anglais vient d’être créé comme organe delà Bibliothèque internationale des Œuvres des femmes, destiné à faire la propagande de • l’occultisme dans les pays de langue anglaise.
prime de l'Initiation Camille Flammarion
PARTIE INITIATIQUE <AIIL1I ^LAIMARIOI ET LA SCIENCE SPIRITUALISTE La réaction positiviste et surtout matérialiste qui se dessina nettement dans le monde philosophique dès le xviii0 siècle envahit les centres scientifiques au commencement de notre siècle et bouleversa sin gulièrement les méthodes jusqu’alors employées.
L’analyse à outrance, la recherche du détail et la royauté brutale du fait isolé remplacèrent partout la largeur de vues, la hauteur de conception et les grandes envolées de l’esprit français d’autrefois, à tel point que l’irrespectueuse boutade d’Edgar Poë, dans sa lettre-introduction d’ÆureAa, sembla se réaliser en montrant comment les cuisiniers avaient envahi le salon et chassé de partout la synthèse et l’esprit philo sophique.
Loin de nous la pensée de médire du travail cons ciencieux et délicat accompli par cette admirable génération de savants ; les découvertes accumulées par 4
l’initiation 98 les recherches de laboratoire sont la seule base pos sible sur laquelle puisse s’étayer une synthèse quel conque à notre époque. Mais l’évolution de l’idée nécessitait, ainsi que nous le raconte Barlet dans son savant ouvrage, cette crise de matérialisme qui eut ses grandes qualités, si elle présente quelques défauts.
Parmi toutes les sciences, celle qui se rapporte à l’étude grandiose de l’Univers conçu dans son ensemble et des lois primordiales en action dans la Nature, l’astronomie, et particulièrement la partie philosophique de l’astronomie, manifesta au plus haut point le contre-coup de ce changement d’orientation dans l’esprit du monde savant.
Vous rappelez-vous les suggestives déductions de Descartes sur les «Tourbillons » et leur action dans la Physique universelle ? Avez-vous présent à l’esprit ce bijou délicat qu’est le travail de Fontenelle sur la Pluralité des mondes habités, et sentez-vous com bien ces études, si françaises comme esprit, ouvrent d’horizons nouveaux à l’imagination et à la raison ?
Mais peu à peu la grandeur des hypothèses émises semble effrayer les nouvelles générations de savants, etles recherches plus restreintes, mais plus adéquates à l’analyse mathématique, recherches portant surtout sur la constitution toute matérielle des astres et sur le calcul de leurs orbites, viennent remplacer presque exclusivement tous les travaux antérieurs à l’Académie des Sciences. L’Univers, tel qu’il est exposé dans les cosmogra phies d’alors, se représente à l’esprit des écoliers
CAMILLE FLAMMARION 99 comme une série de boules énormes hérissées de mathématiques et reliées entre elles... par des hypo thèses toujours appuyées de longs calculs. On se hâte d’apprendre juste assez d’astronomie pour passer ses examens, et l’on laisse aux vieux académiciens le soin de s’occuper des plus graves problèmes qui se soient jamais présentés à l’esprit humain.
La foule des gens du monde, des artistes, des petits bourgeois se désintéresse absolument de cette science aussi froide que les chiffres qui en ferment l’accès, et tout cela pourquoi ?
Parce qu’on n’étudie de l’Univers que ses habits, parce qu’on ne peut apprendre dans les livres cou rants rien de la vie intime de ces grosses masses pla nétaires qu’on conçoit comme des blocs de pierre de taille sur lesquels des forces stupéfiantes et mysté rieuses viennent briser leur action.
On étudie sous le nom d’Univers une sorte de cadavre immense,et toute la grandeur consiste dans les recherches de la distance qui sépare l'étoile fixe la plus rapprochée de Neptune ou de la Terre.
C’est à ce moment qu’un chercheur, doublé d’un savant éminent, prit à cœur de rendre l’étude de l’as- ' tronomie aussi captivante que la lecture d’un roman, et cela en montrant à tous que la vie avec toutes ses douleurs et toutes ses joies, avec ses phases critiques et ses périodes ascendantes, se trouve aussi intense et aussi variée dans les autres planètes que sur la Terre, dans les autres mondes que dans le nôtre. Que de préjugés il fallut vaincre, que de luttes in tellectuelles il fallut soutenir pour mener à bout une
100 l’initiation pareille tâche ; c’est ce que nous laissons, à ceux qui ont passé par là, le soin de déterminer.
Toujours est-il que notre chercheur, Camille Flam marion, poursuivit son but avec l’opiniâtreté et la ténacité de l’apôtre enthousiaste, et que, vingt ans à peine après les premières luttes, paraissait le centième mille de Astronomie populaire (i8go\ On donnait aux enfants pour les étrennes et comme un ouvrage aussi attrayant qu’instructif cette description du monde que vingt ans auparavant les « papas » actuels, alors imberbes, n’entrevoyaient à travers leurs traités classiques de cosmographie que comme un épouvan tail et la plus affreuse des « boîtes à colles » du baccalauréat.
Flammarion avait livré les secrets du Temple au monde intellectuel, et cela sans cesser de poursuivre des études abstraites et purement analytiques, comme le montrent ses importantes communications sur les Étoiles doubles et sur la planète la plus proche de la Terre : Mars, qui depuis 1862 captiva tellement son attention qu’elle a fait l’objet d’une série ininterrompue detravauxdepuisce moment jusqu’en septembre 1892, ce qui représente trente années d’un labeur aussi cons tant que désintéressé.
Voilà pour l’analyste. Mais l’apôtre poursuivait son œuvre et peu à peu reconstituait en face du Maté rialisme ce temple de la science synthétique et spiri tualiste qu’on croyait anéantie à jamais. Aussi faut-il voir les colères sourdes, les attaques haineuses, les oppositions patentes ou occultes dont l’œuvre du jeunes savant est l’objet de la part des
CAMILLE FLAMMARION I O I milieux dits « scientifiques ».
Mais le public, ce juge souvent si impartial, sait rendre justice au rayon d’espérance qu’il entrevoit dans les ouvrages publiés, et, aux cent mille exemplaires de VAstronomie popu laire, il faut ajouter quarante-cinq mille des Étoiles et Curiosités du Ciel, quarante-cinq mille des Terres du Ciel, cinquante mille du Monde avant la création de l’Homme, quarante-quatre mille des Merveilles célestes, etc., etc., car on pourrait faire le calcul, si l’on était friand de chiffres, de la hauteur qu’attein draient tous les exemplaires des ouvrages issus de la plume infatigable de notre auteur.
Et si nous tenons si particulièrement à présenter aux quinze cents lecteurs de {’Initiation l’œuvre de Camille Flammarion, c’est parce qu’il fut presque seul au début à défendre les principes synthétiques de la science spiritualiste contre les prétentions abusives des partisans du matérialisme.
Aujourd’hui, la psy chologie physiologique se crée sur le domaine des forces psychiques, et, bon gré mal gré, une réaction vers la synthèse emporte les esprits bien loin de ce matérialisme, alors tout-puissant.
Or, un grave défaut des nouveau-venus, c’est le mépris et l’oubli des tra vailleurs de la première heure, des pionniers obscurs qui ont seuls éclairé la route, et ce n’est pas au moment où les travaux de Crookes sur la matière radiante, le discours de Lodge à l’Association pour l’avancement des sciences, les recherches expérimentales de M. de Rochas et les découvertes du Dr Luys viennent bou leverser les vieux moules de la pensée, qu’il faut ou blier les efforts opiniâtres et désintéressés d’un cher
102 l’initiation cheur aussi éminent que Camille Flammarion. N’at-on pas, lors du mouvement de 1853, sacrifié les travaux de Cahagnet sur le spiritisme, quand 1e le succès se porta vers les recherches de Rivail, dit Allan Kardec, recherches très curieuses, mais posté rieures aux travaux précédents?
Combien de magné tiseurs estiment aujourd’hui à sa juste valeur les ouvrages de Chardel bien supérieurs par ses connais sances et ses découvertes physiologiques aux études de du Potet ! Il en sera bientôt de même dans l’étude de l’hypnotisme pour Braid par rapport à M. Charcot et aussi pour l’Ecole de Nancy par rapport à l’Ecole de Paris.
Eh bien, les occultistes ont été assez habitués à tra vers les siècles à ce mépris de la science officielle pour leurs travaux, pour conserver, à la face de tous, les titres des initiateurs, dans quelque ordre que ce soit, quand on tend à oublier, sous l’influence d’un succès longtemps poursuivi, les épreuves supportées par ces initiateurs, sentinelles avancées de tous les mouvements futurs.
Voilà pourquoi nous tenions à faire précéder de cet exposé sur l’évolution de la Science spiritualiste, l’étude que nous allons consacrer au dernier ouvrage de Camille Flammarion, ouvrage purement technique, mais dont la portée scientifique sera considérable, inti túle La PZanéie Mars et ses conditions d’habitabilité. • « « Ce volume de 6o8 pages in-40, édité avec tout le luxe apporté par la maison Gauthier-Villars à ses
CAMILLE FLAMMARION io3 travaux, contient 58o dessins télescopiques et 23 cartes, et comprend deux parties : la première tout historique subdivisée en trois périodes (i 636 à 185o; 185o à 1877 ; 1877 à 1892); la seconde synthé tique et ramenant tous les détails énumérés dans la première à l’unité de conception de ce monde, la plus proche de nous.
Cette seconde partie nous arrêtera surtout; car c’est en comparant les données acquises sur Mars à notre époque avec les enseignements de la Kabbale et de l’é sotérisme que nous pourrons montrer comment l’ou vrage de Flammarion est un des plus beaux monu ments scientifiques élevés par la science à la gloire de la Volonté humaine.
Signalons dès maintenant, une fois pour toutes, la clarté et le merveilleux style de l’auteur déjà connus de tous et qui se manifestent dans le travail technique autant que dans les œuvres les plus gracieuses du célèbre astronome. La première partie est en quelque sorte l’embryo logie de ce monde autre que le nôtre.
Une légende éso térique nous enseigne que l’âme du prophète, qui vient s’incarner sur la Terre pour accomplir sa divine mission, est tout à coup saisie d’effroi en pen sant que ce corps matériel est un voile obscur qui la sépare désormais de ses connaissances certaines de l’au-delà.
Comment me ressouviendrai-je de l’infini et de l’absolu ? comment retrouvai-je mon amour du divin qui constituait ma seule vie réelle là-bas? com ment enfin retrouver la CONNAISSANCE? s’écriet-elle. Mais le génie ailé qui guide lame immortelle vers les gouffres de la Terre répond : En rassemblant
104 l’initiation les sciences. C’est en effet par la Science que Prométhée reconquiert le ciel, et c’est vers la Science seule que se portent toutes les aspirations des nouvelles générations avides de croire, mais à la condition de savoir tout d’abord.
Or de cette embryologie patiente de la planète Mars poursuivie depuis i656 opiniâtrement par une série de générations de chercheurs, se dégage cette syn thèse dont chacune des cent pages représente la vic toire incessante de la volonté humaine sur la Matière ét sur l’ignorance originelle.
Nous sommes sur la Terre, nous la parcourons, nous creusons ses entrailles, nous traversons ses mers et cependant nous connaissons aujourd’hui cer tains points de la constitution de Mars, dont l’orbite est situé à dix-neuf millions de lieues de l’orbite ter restre, mieux que les points correspondants de notre géographie.
En doutez-vous, ouvrez l’ouvragede Flam marion et vous verrez comment les pôles de notre voisin sont parfaitement connus, comment on peut assister de chez nous à la fonte des glaces ou à la for mation et la résolution d’une immense tempête de neige sur Mars ; comment on suit les transformations de ses fleuves ou peut-être de ses canaux, car ce monde se présente à nous synthétiquement, et, grâce à l’emploi bien compris de l’analogie, nous pouvons en pénétrer les principaux mystères.
Et cela est si vrai qu’un habitant de Mars muni des moyens d’ob servation analogues, théoriquement et pratiquement, aux nôtres, connaîtrait bien mieux que nous-mêmes la météorologie de notre planète et pourrait nous an
CAMILLE FLAMMARION IO5 noncer, dès leur formation, les ouragans et les tem pêtes qui se déchaînent quelques joue, plus tard. Mais nos lecteurs savent tout cela déjà par les pré cédents ouvrages de Flammarion, et notre but n’est pas, dans cet article, de faire un cours de vulgarisation astronomique; loin de là.
Nous signalerons donc pour mémoire les cartes si détaillées de la planète Mars établies à l’heure actuelle, les mesures, les poids et la description météorologique de cette planète, pour en arriver au point qui constitue l’effort vraiment per sonnel de l’auteur dans son apostolat scientifique depuis près de trente ans.
Une phrase de la préface résume tout cela, et cette phrase, la voici : « L’astronomie mathématique devait évidemment conduire à l’astronomie physique, sans laquelle, d’ailleurs, elle perdrait la majeure partie de son inté rêt.
Chercheurs du grand problème, ne voyons pas seulement des pierres en mouvement dans l’espaceLes masses sidérales ne sont pas tout : la valeur du Soleil ne consiste pas seulement dans son poids, non plus que celle de la Terre. Le philosophe voit plus haut et plus loin : il cherche le but. Il admire les bases mécaniques du système de l’Univers, mais ne s’y arrête point.
Lorsqu’il contemple au télescope un monde perdu au fond de l’immensité, il peut s’inté resser à sa distance, à ses mouvements et à sa masse, mais il veut savoir davantage et se demande quelle est la nature de ce monde, quelle est sa constitution physique au point de vue de son habitabilité. Voilà ce qui l’intéresse ; le reste n’est que la voie qui doit conduire au but. »
l’initiation Voilà en une phrase la critique de notre science actuelle tout analytique et dans laquelle les poids mathématiques tendent à tuer l’esprit vital autant que la scolastique a tué la pensée de toute une époque.
A chaque crise intellectuelle la tradition ésotérique s’est montrée pour servir de phare aux esprits décou ragés ; chaque fois le gardien du phare a été traité de fou, d’ignorant ou d’imposteur; qu’importe : il avait sauvé le navire en détresse ; là s’arrêtait son de voir.
Eh bien, aujourd’hui, ces faiseurs d’hypothèses, ces gardiens de la tradition ésotérique se montrent encore, et, quelle que soit l’issue de leurs efforts, quelle que soit la reconnaissance ou l’ingratitude de leur époque pour eux, ils ont, une fois de plus, arraché la jeunesse au matérialisme qui la conduisait au suicide intellec tuel ; leur devoir est accompli : ils peuvent dispa raître,car ce sont des semeurs et non des moissonneurs.
Aussi voudrions-nous montrer comment le but assi gné par Flammarion à l’Astronomie physique, la Recherche et la détermination des conditions d’habita bilité, ne constitue que le premier et le plus facile des problèmes que le kabbaliste affirme avoir réso lus.
Lorsqu’un licencié quelconque d’une de nos Facultés_, envoyé en mission, se trouve en présence d’un savant oriental qu’on lui dit« initié» et qu’il lui en tend parler de la vie et de son action sur une autre planète de notre système, notre jeune occidental ne manque pas de lui demander : « Mais comment savezvous ce qui se passe sur Mars sans télescope 'initié
CAMILLE FLAMMARION 1 07 répond froidement : « Quand je veux savoir ce qui se passe dans une planète, je ne regarde pas de loin ; j’y vais. » Et notre licencié note : « Rencontré ce jour un aliéné prétendant se rendre dans les divers astres autres que la Terre. » Et cependant de graves savants d’Occident ne viennent-ils pas deconsacrer un grosvolume avec plus de cinq cents observations à la démons tration de la sortie du corps astral décorée pour la circonstance du nom de«hallucination télépathique'»?
De plus, les gens riches ne peuvent-ils pas, tous les deux mois, acheter, pour 2 fr. 5o, trente-deux feuillets de papier, décorés du nom Annales des Sciences psy chiques et destinés à épouvanter les bourgeois par le récit d’aventures horribles arrivées à de vieux doc teurs sous l’influence de forces aussi « intelligentes » qu’inconnues des observateurs?
Aussi attendrons-nous qu’on « retrouve » la Magie, sans insister davantage sur ce point, et reviendrons-nous à nos moutons, c’està-dire aux hypothèses émises par l’ésotérisme au sujet des planètes. Etudier un homme d’après son poids et d'après ses habits, c’est, analogiquement, étudier une planète d’après son poids et ses aspects extérieurs.
Étudier un homme d’après sa figure, voir quelle est sa santé, quel est son teint, s’il a les mains chaudes ou froides, etc., c’est, analogiquement, étudier une pla nète d’après ses conditions d’habitabilité, c’est-à-dire d’après sa constitution physiologique. Mais vous ne connaissez pas un homme parce que vous le voyez dans la rue. Pour bien le connaître, il vous faut vous enquérir de sa situation sociale, de
son action sur les autres hommes, de son caractère, de ses facultés psychiques ; eh bien, il existe une psychologie planétaire comme il existe une psycholologie humaine, et étudier l’action fluidique d’une pla nète sur les autres astres du système, cela s’appelle faire de l’Astrologie, tout comme les expériences de MM. Charcot, deLuys et de M. de Rochas; et les cons tatations de M. Richet se rapportent à la Magie, mal gré tous les mots baroques et les périphrases dont on les entoure.
Si bien que nous assistons à cette chose, inouïe pouf un fervent du positivisme cher à la génération des vieux professeurs, que la Chimie conduit, par la démons tration de l’unité de matière, à Y Alchimie, la Physique conduit, par la démonstration de l’Unité de Force, à la Magie, ainsi que la Physiologie par la démonstra tion des forces « intelligentes»; enfin l’Astronomie conduit, par l’étude de la constitution vitale des astres, à Y Astrologie, non pas cet ensemble de rêveries chif frées qu’on désigne quelquefois sous ce nom, mais l’Astrologie naturelle basée uniquement sur la position réelledes astres dans le ciel.
Voilà pourquoi,—remarque ô combien curieuse ! — plus Mars se rapprochait, cette année, du télescope de Flammarion et, par suite, de ja Terre, plus les ouragans, les calamités diverses et l’influenza, le choléra et autres maux fondaient sur nous. Mais je vous vois, amis lecteurs, vous écrier : C’est le hasard. Je ne veux pas vous contrarier et vous renvoie à l’excellent travail que prépare M. Selva, un astronome, sur ce sujet. Ce qui ressort de tout cela, c’est qu’à l’heure actuelle
CAMILLE FLAMMARION IOÇ on ne peut étudier ces diverses branches de l’occultisme sans être ferré sur les découvertes scientifiques et que la Chimie, n’étant que le seuil de l’Alchimie, doit être familière au moderne souffleur, tout comme la Phy sique et la Physiologie doivent constituer les premières études du magiste et, pareillement aussi, comme l’Astronomie doit être le point de départ de toute étude vraiment sérieuse d’Astrologie.
Je ne sais ce que Flammarion pensera de cette con clusion tirée de son splendide travail. Elle s’impose cependant pour le directeur de {’Initiation, comme elle s’impose, nous l’espérons, pour tout occultiste avancé.
En attendant, saluons, en l’auteur de La Planète Mars, le vaillant pionnier de la Science spi ritualiste qui régnera demain, et le doyen des jeunes professeurs qui prendront, nous l’espérons, la tête de l’Université quand la révolution intellectuelle aura fait son œuvre. Papus.
I (M. de Rochas, notre éminent collaborateur, a bien voulu, nous autoriser à reproduire l’article suivant et y a même fait quelques retouches à notre intention.) N. D. L. D. Le Cosmos a rendu compte, dans un de ses derniers numéros (i), de mes expériences sur l’envoûtement avec une bienveillance à laquelle je suis d’autant plus sensible que, comme on l’a dit, les études de ce genre sentent bien le fagot.
Je me trouve exposé, d’une part, aux défiances d’un certain nombre de personnes pieuses qui craignent devoirexploiterles phénomènes de ce genre contre leurs croyances religieuses ; d’autre part, une foule de gens considèrent comme une at teinte à leur capital intellectuel tout ce qui tend à ----------------- _ _ (i) Dans le travail ci-dessous,, on remarquera peut-être quel ques phrases qui diffèrent un peu, nous l’avouons, de ce qu’elles seraient si nous les avions écrites nous-mêmes ; mais nousavons pensé que les lecteurs nous sauraient gré de leur donner, sans modifications ni restrictions, l’intéressant mémoire que M. de Rochas, le savant colonel administrateur de l’Ecole polytechnique, veut bien nous envoyer, ce dont nous le re mercions ; chacun connaît sa haute compétence dans ces questions difficiles qui côtoient les frontières de la science- (Note de la direction du Cosmos d'où cet article est extrait.)
L’ENVOUTEMENT III infirmer les théories qu’ils ont eu tant de peine à ap prendre, ou qu’ils enseignent. Cela a existé et existera de tout temps, car chaque génération s’imagine qu’elle est arrivée à un degré de perfection tel, que les critiques qui lui ont fait rejeter la science officielle de la géné ration précédente ne peuvent s’appliquer à elle-même.
Je demande la permission au lecteur de lui citer, à ce propos, deux passages écrits à la fin du xvne siècle, l’un par un physicien, l’autre par un théologien.
Voici d’abord les réflexions dont Pascal croyait ■devoir prudemment faire précéder dans sa Préface sur le Traité du vide, l’exposé de ses découvertes sur la pe santeur de l’air, où il ne s’agissait, pourtant, que de phé nomènes bien moins délicats et bien plus faciles à reproduire que ceux que nous étudions aujourd’hui. « Bornons ce respect que nous avons pour les an ciens.
Comme la raison le fait naître, elle doit aussi le mesurer ; et considérons que, s’ils fussent demeurés dans cette retenue de n’oser rien ajouter aux connais sances qu’ils avaient reçues, ou que ceux de leur temps eussent fait la même difficulté de recevoir les nouveautés qu’ils leur offraient, ils se seraient privés eux-mêmes, et la postérité, du fruit de leurs inventions.
« Comme ils ne se sont servis de celles qui leur avaient été laissées que comme de moyens pour en avoir de nouvelles, et que cette heureuse hardiesse leur avait ouvert le chemin aux grandes choses, nous devons prendre celles qu’ils ont acquises de la même sorte, et, à leur exemple, en faire les moyens, et non pas la fin de notre étude, et ainsi tâcher de les sur passer en les imitant.
112 l’initiation « Car, qu’y a-t-il de plus injuste que de traiter les anciens avec plus de retenue qu’ils n’ont fait pour ceux qui les ont précédés, et d’avoir pour eux ce res pect inviolable qu’ils n’ont mérité de nous que parce qu’ils n’en ont pas eu un pareil pour ceux qui ont eu sur eux le même avantage ?
« Les secrets de la nature sont cachés ; quoiqu’elle agisse toujours, on nedécouvre pas toujours ses effets; le temps les révèle d’âge en âge et, quoique toujours égale en elle-même, elle n’est pas toujours également connue. « Les expériences quinous en donnent l’intelligence multiplient continuellement, et, comme elles sont les seuls principes de la physique, les conséquences mul tiplient à proportion.
« C’est de cette façon que l’on peut aujourd’hui prendre d’autres sentiments et de nouvelles opinions sans mépriser les anciennes et sans ingratitude, puis que les premières connaissances qu’ils nous ont don nées ont servi de degré aux nôtres, et que, dans ces avantages, nous leurs sommes redevables de l’ascer.- dantque nous avons sur eux; parce que, s’étant élevés jusqu’à un certain degré, où ils nous ont portés, le moindre effort nous fait monter plus haut, et, avec moins de peine et moins de gloire, nous nous trou vons au-dessus d’eux.
C’est de là que nous pouvons découvrir des choses qu’il leur était impossible d’aper cevoir. Notre vue a plus d’étendue, et, quoiqu’ils con nussent aussi bien que nous ce qu’ils pouvaient remarquer de la nature, ils n’en connaissaient pas tant, néanmoins, et nous voyons plus qu’eux.
l’envoûtement 11? « Cependant, il est étrange de quelle sorte on révère leurs sentiments. On fait un crime de les contredire et un attentat d’y ajouter, comme s’ils n’avaient paslaissé de vérités à connaître... » Quelques années après, en i6g3, l’abbé de Val lemont, dans sa Physique occulte, publiée à l’occasion de la célèbre poursuite d’un meurtrier par Jacques Aymar et sa baguette (i), émettait les sages réflexions qu’on va lire.
J’ai laissé avec intention subsister l’énu mération de certains faits auxquels notre génération ne croit plus, pour montrer que les raisonnements les mieux établis ne suffisent pas toujours pour nous maintenir dansla vérité, et que, dans les sciences natu relles, ce qu’il faut établir avant tout, c’est la réalité des phénomènes. « Nous ne devons pas mesurer l’étendue du pou voir de la nature par les bornes étroites de notre intel ligence.
Ce serait sans doute une mauvaise consé quence de dire : « Je ne conçois pas comment cela se peut faire; donc, cela n’est pas naturel; donc, il y a de la diablerie. » Il y a même beaucoup à dire à ce raisonnement, puisqu’on suppose que l’on com prend tout ce qui est naturel ; en quoi certainement on se trompe fort, car il y a, dit Pline, beaucoup de choses cachées dans le sein delà nature, qu’il ne nous est pas possible de pénétrer : Natura vero rerum vis atque majestas in omnibus momentis fide caret. (Hist. nat., lib.
VII, cap. i.) (i) Voir à ce sujet, dans le Mercure d’août, 1692, un récit attribué au procureur du roi, à Lyon, chargé de la poursuite, et, dans les Leçons d'éloquence judiciaire de Berryer (p. 666), un résumé de toute l’affaire.
l’initiation 114 « Les philosophes ont-ils jamais bien expliqué les raisons du flux et du reflux delà mer? Ont-ils démêlé comment un enfant devient marqué des fleurs et des fruits que sa mère a désiré d’avoir durant qu’elle le portait dans son sein ? Conçoivent-ils pourquoy l’aimant et l’aiguille de boussole déclinent du Sep tentrion, tantôt vers l’Orient, tantôt vers l’Occident?
Ont-ils une idée bien claire et bien distincte pourquoy l’aimant repousse par un pôle le fer qu’il avait attiré par l’autre? Savent-ils pourquoy certaines fontaines se tarissent en cas de disette et pourquoy d’autres ■coulent plus que de coutume en temps de fertilité et d’abondance? Pourquoy, quand un père ou une mère de famille meurt, les abeilles meurent aussi, ou bien .quittent leurs ruches et la maison ?
Pourquoy il s’élève des vents et des tempêtes quand il arrive qu’un mal heureux désespéré se sert de bourreau à lui-même? Pourquoy les fleurs dont on orne les fenêtres et les cheminées se flétrissent et meurent à la mort du maître de la maison ? Pourquoi les playes d’un homme empirent et deviennent plus douloureuses par l’ap proche d’une personne qui a été mordue d’un chien -ou de quelque serpent ?
Pourquoy les playes d’un homme assassiné se rouvrent à la présence des meur triers? S’il est vray que tous ces effets et une infinité de semblables soient aussi réels que Camerarius, Fromann, Gaspar Arejes et Pline le disent? « Quoique, entre plusieurs de ces effets merveilleux qui sont rapportés par les physiciens, il y en ait quel ques-uns de fabuleux et qui ne se soutiennent que par la sotte crédulité des esprits simples, lesquels n’exa
l’envoûtement i 15 minent jamais rien, on ne laissera pas de demeurer d’accord qu’il y a un très grand nombre d’effets pure ment naturels que ceux qui ont le plus étudié la naturen’ont jamais pu expliquer et qu’on serait pourtant ridicule d’attribuer au démon... « C’est donc une injustice d’attribuer à la magie des effets dont on ne comprend pas le mécanisme. Accusons la faiblesse de notre esprit plutôt que de nous en prendre à la nature.
Croyons-nous qu’elle n’agisse jamais qu’à découvert et sensiblement ? « Faudra-t-il qu’elle emploie toujours des agents visibles et palpables pour que nous lui conservions l’honneur d’un prodige ? Dès qu’elle se dérobera à nos sens, faut-il qu’elle soit exposée à la censure de notre esprit? Tout ce qui ne se fera point sous nos yeux sera-t-il toujours fait parle diable? N’y a-t-il que le démon qui soit un agent invisible ?
N’y a-t-il point aussi de petits corpuscules qui peuvent se porter invi siblement de l’agent sur le patient et joindre, par un contact physique, deux corps qui paraissent désunis aux yeux et éloignés l’un de l’autre? Combien les machinistes font-ils de choses par leur art, qui nous paraissent des enchantements et que nous ne comprenons point?
Combien, à plus forte raison,, la nature fera-t-elle des choses qui nous surpassent, infiniment davantage, puisqu’elle est, comme dit si bien Galien, le plus habile ouvrier qui soit dans le monde ? « La nature, selon Bartholin (De natur. mirabilib.r p. 72), est un abîme qu’il ne faut pas sonder seulement parle ministère des sens; ce sont des juges subal
4 16 l’initiation ternes dont la juridiction est trop bornée pour juger de l’étendue de son pouvoir. Quand nous donnons l’esprit pour guide à nos sens, combien nous arrivet-il encore souvent de demeurer court sur quantités d’effets qui se présentent tous les jours?
Et, après beaucoup de travail et d’application d’esprit, il faut bien quelquefois nous contenter d’expliquer, par ana logie, plusieurs effets que nous ne saurions développer précisément par eux-mêmes.
Le grand Scaliger n’avait pas tort quand il se récriait, je crois que c’est contre Cardan : «Toy, qui fais le savant, dis-moy bien clai rement ce que c’est qu’une de ces pierres dont tu Trouves tant sous tes pas. » Die mihi formant lapidis, quitamen quotidie fuis observatur oculis et Phillida soins habeto. » II Après avoir ainsi répondu par avance aux objec tions générales, je vais essayer de faire comprendre .comment j’ai été conduit à tenter certaines expériences et comment les faits que j’ai observés me paraissent se rattacher à ceux que personne ne conteste.
On sait qu’il existe des individus organisés de telle sorte qu’en agissant sur eux au moyen de procédés divers, dont les plus simples et les plus efficaces sont jdes passes analogues à celles que l’on fait pour déter miner l’aimantation d’un barreau d’acier, on parvient à les plonger [dans un sommeil spécial présentant des phases assez nettement caractérisées.
On a remarqué que ceus de ces sujets dont la sensil’envoûtement 07 bilité cutanée était normale pendant la veille, deve naient insensibles dès les premiers instants de ce sommeil particulier que j’appellerai désormais Yhypnose. Au contraire, les sujets qui sont affligés, à l’état de veille, de l’insensibilité cutanée, reprennent généralement, dans les premiers états de l’hypnose, la sensibilité normale.
D’autre part, j’avais eu, à maintes reprises, l’occasion d’observer que les sujets, arrivés à un degré suffisant d’hypnose, sentaient mon contact quand je m’approchais d’eux sans toutefois les tou cher. De là, il était licite de conclure que les choses se passaient comme si la sensibilité, dont le domaine paraît s’étendre ordinairement du cerveau à la surface de la peau, pouvait parfois s’arrêter en deçà ou se pro longer au delà.
Cette hypothèse était d’autant plus admissible, au moins provisoirement, que le sens du tact, dont le goût est un cas particulier, est le seul qui paraisse s’exercer au contact.
Aussi, les anciens philo sophes, se fondant sur ce que l’on ne voit, l’on n’en tend, l’on ne sent, l’on ne goûte bien, que lorsqu’on regarde, l’on écoute, l’on flaire ou l’on déguste, avaient admis que l’un des éléments de nos sensations était la projection d’effluves matériels lancés par la volonté sur la surface de notre corps, à la rencontre du rayon nement des corps extérieurs.
La plupart des sujets, quand on hypéresthésie leurs yeux par certaines manœuvres, voient s’échapper des animaux, des végétaux, des cristaux et des aimants, des lueurs qui pourraient avoir un rapport direct avec ces rayonnements. C’est ce qu’a constaté pour la pre
i i8 l’initiation mière fois, il y a une cinquantaine d’années, par de nombreuses expériences, un savant chimiste autrichien, le baron de Reichenbach. Chez l’homme, ces effluves sortent des yeux (i), des narines, des oreilles et de l’extrémité des doigts., pen dant que le reste du corps est simplement recouvert d’une couche analogue à un duvet lumineux.
Quand on extériorise la sensibilité d’un sujet, le sujet voyant voit cette couche lumineuse quitter la peau et se por ter précisément dans la couche d’air où l’on peut cons tater directement la sensibilité du patient par des attouchements ou des pincements.
En continuant les manœuvres propres à produire l’extériorisation, j’ai reconnu, à l’aide de ces divers pro cédés, qu’il se produisait successivement une série de couches sensibles très minces, concentriques, sépa rées par des zones insensibles, et cela jusqu’à plusieurs mètres du sujet. Ces couches sont espacées d’environ 5 à 6 centimètres, et la première n’est séparée de la peau insensible que de la moitié de cette distance.
D’après la théorie des ondulations, qui sert aujour d’hui à expliquer la propagation et les propriétés de la lumière, du son et même de l’électricité, on peut supposer que ces couches sensibles et ces zones insen sibles sont dues à des interférences d’ondes produi sant des maxima et des mínima, et il était naturel de chercher à voir si les ondes de vitesses ou de direc tions différentes, nécessaires pour produire ces inter- (i) Tout récemment le Dr Luys, à la Charité, a pu diagnos tiquer certaines maladies nerveuses, d’après la couleur des effluves oculaires des malades, décrits par un sujet voyant.
l’envoûtement ííg férences, n’étaient pas dues aux deux grands mouve ments rythmiques du corps humain, les battements du cœur et la respiration. J’ai été ainsi conduit à essayer si ces ondes, aux quelles je donnerai, comme Reichenbach, le nom d’od. jouissaient de la propriété de se réfléchir etde se réfracter comme les autres ondes, étudiées en phy sique.
A l’aide d’un prisme en plâtre de om,3o de côté, j’ai fait d’assez nombreuses expériences en en variant les conditions, mais le phénomène principal s’est compliqué de phénomènes accessoires, et, tout ce que je crois pouvoir conclure de mes observations, c’est que le prisme de plâtre laisse passer les ondes en les déviant, suivant une loi que je n’ai pu encore déga ger.
Ce que je considère comme nettement établi, c’est que les liquides, en général, non seulement arrêtent l’od, mais le dissolvent ; c’est-à-dire qu’en faisant tra verser, par exemple, un verre rempli d’eau par une des couches sensibles les plus rapprochées du corps, il se produit une ombre odique, les couches suivantes disparaissant derrière le verre sur une certaine éten due ; de plus, l’eau du verre devient entièrement sen sible et émet même, au bout d’un certain temps (pro bablement quand elle est saturée), des vapeurs sensibles qui s’élèvent verticalement de sa surface supérieure.
Enfin, si l’on éloigne le verre, l’eau qu’il contient reste sensible jusqu’à une certaine distance au delà de laquelle le lien qui l’unit au corps du sujet semble se rompre après s’être graduellement affaibli.
120 l’initiation Jusqu’à ce moment, le sujet perçoit, sur la partie de son corps la plus rapprochée de l’endroit où était l’eau lorsqu’elle s’est chargée desa sensibilité,tous les attou chements que le magnétiseur fait subir à cette eau, bien que la région de l’espace où l’on a transporté le verre ne contienne plus, en dehors de ce verre, de parties sensibles.
111 L’analogie que présente ce phénomène, avec les histoires de personnes qu’on fait mourir à distance, en blessant une figure de cire modelée à leur image, était évidente. J’essayai si la cire ne jouirait pas, comme l’eau, de la propriété d’emmagasiner la sensi bilité, et je reconnus qu’elle la possédait à un haut degré, ainsi que d’autres substances grasses, visqueuses ou veloutées, comme le cold-cream et le velours de laine.
Une petite statuette, confectionnée avec de la cire à modeler et sensibilisée par un séjour de quel ques instants en face et à une petite distance d’un sujet extériorisé, transmettait à ce sujet les sensations des piqûres dont je la perçais : vers le haut du corps, si je piquais la statuette à la tête ; vers le bas, si je la piquais aux pieds. (C’est-à-dire que la piqûre était ressentie d’une manière plus ou moins vague dans les régions qui avaient envoyé le plus directement leurs effluves.) Cependant, je parvins à localiser exactement la sensation, en implantant, comme les anciens sor ciers, dans la tête de ma figurine, une mèche de chel’envoûtement 121 veux coupée à la nuque du sujet pendant son som meil.
C’est là l’expérience dont notre collaborateur du Cosmos a été le témoin et même l’acteur ; il avait emporté la statuette ainsi préparée derrière les casiers d’un bureau, où nous ne pouvions la voir, ni le sujet, ni moi.
Je réveillai Mmo L... qui, sans quitter sa place, se mit à causer avec lui, jusqu’au moment où, se re tournant brusquement, et portant la main derrière sa tête, elle demanda en riant qui lui tirait les cheveux ; c’était l’instant précis où M. X... avait, à mon insu, tiré les cheveux de la statuette.
Les effluves paraissant se réfracter d’une façon ana logue à la lumière, qui, peut-être, les entraîne avec elle, je pensai que, si l’on projetait, à l’aide d’une lentille, sur une couche visqueuse, l’image d’une per sonne, suffisamment extériorisée, on parviendrait à localiser exactement les sensations transmises de l’image à la personne.
Une plaque chargée de gélatino bromure et un appareil photographique m’ont permis de réaliser facilement l’expérience, qui ne réussit d’une façon complète que lorsque j’eus soin de charger la plaque de la sensibilité du sujet, avant de la placer dans l’appareil.
Mais, en opérant ainsi, j’obtins un portrait tel que si le magnétiseur louchait un point quelconque de la figure ou des mains sur la couche de gélatino-bromure, le sujet en ressentait l’impression au point exactement correspondant; et cela non seu lement immédiatement après l’opération, mais encore trois jours après, lorsque le portrait eut été fixe et rap porté près du sujet. Celui-ci paraît n’avoir rien senti pendant l’opération du fixage, faite loin de lui, et il
I 22 l’initiation sentait également fort peu quand on touchait, au lieu du gélatino-bromure, la plaque de verre qui lui ser vait de support. Voulant pousser l’expérience aussi loin que possible, et profitant de ce qu’un médecin se trouvait présent, je piquai violemment, sans pré venir, et par deux fois, avec une épingle, l’image de la main droite de Mmo L., qui poussa un cri de dou leur et perdit un instant connaissance.
Quand elle revint à elle, nous remarquâmes sur le dos de sa main deux raies rouges sous-cutanées qu’elle n’avait pas auparavant, et qui correspondaient exactement aux deux écorchures que mon épingle avait faites, en glissant sur la couche gélatineuse.
Voilà les faits qui se sont passés le 2 août, non pas en présence de membres de l’Académie des sciences et de l’Académie de médecine, comme on l’a raconté, mais devant trois fonctionnaires de l’École; ils pour ront, il est vrai, être académiciens plus tard, mais ils ne le sont pas encore et, ce jour-là, ils se trouvaient réunis par hasard dans mon cabinet, après être allés toucher leurs appointements chez le trésorier.
Je par tais le soir même pour Grenoble, et je n’ai pu refaire l’expérience, mais je suis convaincu que j’obtiendrai de nouveau la localisation exacte des sensations (1); (1) A mon retour de Grenoble, j’ai retrouvé Mmc L., et j’ai pu recommencer l’expérience de la photographie, qui a réussi sans tâtonnements, en suivant le mode d’opération reconnu bon le 2 août.
L’image ayant étéimmédiatementfixée,jefis,avecuneépingle, une légère déchirure sur la couche de collodion à l’emplacement des mains croisées sur la poitrine: le sujet s’évanouit en pleu rant, et, deux ou trois minutes après, le stigmate apparut et se développa graduellement sous nos yeux sur le dos d’une deses mains, a la place exactement correspondante à la déchirure. Le cliché n’était, du reste, sensible qu’à mes attouchements;1
l’enyoutement 123 quant aux stigmates (i), je n’ose l’espérer, la personne chez qui ils se sont produits possédant à cet égard ceux du photographe n’étaient perçus que lorsque ¡’établissais le rapport en touchant sa personne, soit avec le pied, soit au trement.
Le 9 octobre, une épreuve sur papier ayant été tirée, je cons tatai que cette épreuve n’avait qu'une sensibilité confuse, c’està-dire que le sujet percevait des sensations générales agréables ou désagréables suivant la manière dont je la touchais, mais sans pouvoir les localiser. Deux jours après, toute sensibilité avait disparu aussi bien dans le cliché que dans l’épreuve.
Le D' Luys m’a dit que, pendant mon absence, il avait essayé de reproduire le phénomène dont on lui avait parlé et qu’il avait pu obtenir la transmission de sensibilitéà 35 mètres, quelques instants après la pose. Enlin, on vient de me communiquer l’extrait suivant d’un article qui a paru à Bruxelles, le 12 octobre, dans le journal Paris-Bruxelles, sous la signature d’Arsac.
« Nous avons vu répéter l’expérience de la plaque photo graphique sensibilisée. Les phénomènes rapportés se produi saient chaque fois que les coups d’épingle étaient donnés par l’expérimentateur, par la personne qui avait plongé le sujet dans le sommeil ; en l’absence de l'hypnotiseur, on pouvait, neuf fois sur dix, piquer le portrait sans que l’hypnotisée res sentît aucune douleur.
Jamais le sujet n’a témoigné la moindre douleur lorsque le cliché a été piqué par une personne igno rant absolument le but de l’expérience. « Nous sommes donc enclins à conclure que ce que l’on a pris pour le phénomène de l’envoûtement n’est qu’un phéno mène de suggestion. L’envoûtement est possible; mais, pour l’instant, on ne peut le reproduire que dans certaines condi tions nettement définies.....
« Ce qu’il faut retenir des expériences de M. de Rochas, c’est que l’extériorisation de la sensibilité est désormais un fait acquis. » L’observation de M. d’Arsac sur la nécessité du rapport con firme les miennes, mais elle ne prouve nullement qu'il y ait là un phénomène de suggestion, ou, pour parler plus exactement, de transmission de pensée.
J’ai toujours piqué, sans regarder, à l’emplacement des mains, et le sujet ignorait, encore plus que moi, où allait se produire la déchirure qui se répercutait sur son épiderme; je n’ai, du reste, ainsi que je le dis dans le corps de l’article, jamais pu produire avec M“” L aucune transmission de pensée.
La seule auto-suggestion qui soit admissible, c’est celle qui aurait trait à la production du stigmate sous l’in fluence de l’imagination au point où le patient a ressenti la douleur. Paris, le 15 octobre 1892. (1) Stigmate, en pathologie : trace d’une lésion. (IV. de la R.)
l’initiation I?4 une aptitude qu’on trouve fort rarement et qui, chez elle, est même très irrégulière (2). IV L’auteur de la note du Cosmos pense que, si j’avais piqué la statuette ou la photographie au cœur, j’au rais pu tuer le sujet. Je ne le pense pas, à moins que cela ne fût arrivé par suggestion.
Je ne parviens, en effet, à extérioriser que le sens du tact, et une piqûre à la place du cœur aurait simplement produit, à mon avis, la sensation d’une piqûre sur la peau du sein gauche ; je ne me soucie cependant pas de tenter l’ex périence.
J’ai essayé d’extérioriser, ou plutôt d’hypéresthésier le sens de l’ouïe en sensibilisant un verre d’eau près de l’oreille, puis en parlant à voix très basse contre l’eau que j’avais emportée à une certaine distance; mais je n’ai produit qu’une légère sensation de cha touillement sur l’oreille, comme celle qu’aurait pro duite mon souffle. De même pour la vue.
Pour les sens du goût et de l’odorat, je suis arrivé à une trans mission plus ou moins nette et irrégulière : ainsi, en me chargeant moi-même, ou plutôt en chargeant les liquides démon organisme de la sensibilité du sujet, j’ai pu faire percevoir à celui-ci les liqueurs que je dégustais ; il m’est arrivé aussi quelquefois, en me (2) On a pu quelquefois déterminer chez elle le phénomène de la Dermographie, c’est-à-dire du gonflement de la peau par Je simple passage d’une pointe mousse.
l’envoûtement I 2 5 plaçant derrière lui, de le faire rire ou s’attrister quand je riais ou m’attristais ; mais je nesuis jamais parvenu à lui communiquer la pensée la plus simple, comme l’ordre de lever un membre, même quand j’articulais très fortement cet ordre en moi-même à plusieurs re prises (i).
En me servant d’un verre d’eau sensibilisé, dans lequel je plongeais un flacon contenant une odeur forte, certains sujets parvenaient à reconnaître l’odeur, mais ils ne réussissaient plus quand je renou velais l’expérience avec un second flacon ; deux ou trois fois cependant, j’ai pu déterminer une crise d’ex tase chez M1Ie Andrée, sujet bien connu à Paris par son extrême sensibilité, en employant un flacon con tenant de l’essence de laurier-cerise.
En somme, on voit que, si les procédés dont je me sers rappellent l’envoûtement, ils sont loin d’être aussi redoutables.
Il est vrai que je n’ai recours ni au sang humain chaud qui, très probablement, est un dissolvant extrêmement énergique de la sensibilité, ni aux poisons organiques que les envoûteurs em ployaient dans leurs scellatures, ni aux imprécations haineuses dont les effets malfaisants ne seraient pas plus difficiles à expliquer que la sympathie ou l’anti pathie de deux personnes qui ne se sont jamais vues,, ni enfin les invocations au diable qui sortent du do maine de la physique (2). (1) Mon expérience personnelle pourrait se formuler ainsi On communique facilement les sensations, difficilement les sentiments, pas au tout les pensées. (2) Il faut tenir compte aussi des exagérations du fait primi tif passant de bouche en bouche, surtout pour des choses de cette nature qui surexcitent l’imagination humaine naturelles 26 l’initiation Même en restant dans les données simples que j’ai •exposées, il me faut, pour réussir, un certain nombre de conditions qui restreignent singulièrement le champ et la portée de mes opérations.
Il s’agit de trouver d’abord un sujet assez sensible, ce qui est rare : il est nécessaire ensuite qu’il consente à se laisser endormir et qu’il puisse parvenir à l’état ■na ans lequel sa sensibilité transpire, pour ainsi dire naturellement (i), et se dissout dans un corps conve nable qu’on doit mettre et laisser assez longtemps à bonne distance.
Tout cela fait, on ne peut agir sur sa sensibilité cutanée que sous trois conditions: i° être en rapport avec lui ; 2° ne pas emporter le corps sen sibilisé trop loin ; 3° ne pas trop tarder à agir sur ce ■corps. J’ai déjà donné quelques détails sur la seconde de ces conditions ; je vais parler maintenant de la pre mière et de la dernière.
V Le Rapport est ce lien mystérieux qui unit le magné tiseur au magnétisme, et grâce auquelle sujet, arrivé à un degré suffisant d’hypnose, perçoit l’opérateur à ment portée vers le merveilleux.
J’ai pu juger de l’importance ■de ces travestissements en suivant, de journal en journal, les récits de quelques-unes de mes expériences ; et, cependant, personne n avait intérêt, comme autrefois, à augmenter la ter reur de mon pouvoir occulte. (1) Et non par un effet de sa volonté, comme l’a dit par .erreur l’auteur de l’article du Cosmos.
l’envoûtement 127 l’exclusion de toute autre personne, à moins que celleci ne soit mise en relation avec lui par un contact ou même un simple regard de celui-là. C’est un des phé nomènes fondamentaux du magnétisme : il a été cons taté de tout temps, et n’a jamais été expliqué autre ment que par la comparaison avec une corde tendue, qui entre en vibration lorsqu’on fait vibrer à côté une autre corde donnant la même note ou ses harmoni ques.
Quand une séance expérimentale se prolonge, la plupart des assistants finissent par entrer en rapport, avec le sujet extériorisé, soit par les regards et les attouchements inconscients du magnétiseur, soit parcequ’ils se chargent peu à peu des effluves du sujet exté riorisé, en se trouvant quelque temps dans sa sphère d’action.
Le rapport peut également s’établir par d’au tres agents naturels, tels que l’électricité de l’air, qui agissent sur le sujet ; mais je ne puis qu’indiquer ici ces phénomènes, dont j’ai donné un aperçu sommairedans mon livre sur les Etats profonds de l’hypnose (2), et je passe à la question du Temps.
Quand un verre d’eau, par exemple, a été sensibilisé, on remarque généralement qu’après le réveil du sujet ses propriétés disparaissent assez rapidement, soit que le sujet lui-même sorte peu à peu de l’état d’hypérexcitabilité créé par l’hypnose, soit plutôt que l’od s’éva pore ; on constate, en effet, qu’en soufflant à plusieursreprises sur l’eau, ou même en agitant l’air vivement avec les bras, on active la déperdition. Cependant, on. (2) Paris, Chamuel, éditeur, 1892, p. 11, note.
l’initiation j 28 l’initiation peut, dans certains cas, conserver assez longtemps la ■sensibilité du liquide. En voici un exemple: J’ai sensibilisé une dissolution sursaturée d’hyposulfite de soude en la plaçant à la portée du bras de JVIme L., endormieet extériorisée.
Le sujet étant réveillé, ¡un aide a déterminé, à son insu, la cristallisation par les moyens ordinaires, et, au même instant, le bras de Mm L. s’est contracturé, lui faisant éprouver de vio lentes douleurs.
C’était prévu ; mais, ce qui l’était moins, c’est qu’une douzaine de jours après, devant M. Jolleaud-Barral, qui a rapporté le fait dans la Justice, je sortis d’un placard le ballon qui contenait l’hyposulfite cristallisé dans lequel j’enfonçai la pointe d’un poignard.
Un cri terrible retentit aussitôt dans la pièce voisine où Mm°L., ignorant ce que nous faisions, causait avec d’autres personnes ; elle avait ressenti le •coup, probablement au bras (1), et’s’était évanouie en pleurant.
Sa sensibilité était donc restée emprisonnée entre les cristaux formés près de deux semaines aupa ravant ; le sujet me fit promettre de ne pas recommen cer, et je n’ai pu me rendre compte si elle s’y serait conservée encore longtemps. Le même phénomène se serait-il produit si le sujet, .au lieu d’être dans une pièce voisine et encore sous l’influence d’une magnétisation, avait été loin de moi et dans son état ordinaire ?
Je ne le pense pas malgré Je fait suivant : Lors de mes premières expériences dans cette voie, Laites pendant l’hiver de 1891, je ne prenais pas la (1) Ne m’occupant pas alors du phénomène de la localisation .des sensations, je ne jiensai pas à le lui demander.
l’envoûtement 129 précaution de laisser s’évaporer sur une étagère des liquides sensibilisés, et je les jetais simplement, après chaque séance, par la fenêtre de mon cabinet, sur le pavé de la cour. C’est ce que je fis notamment un soir où il gelait et où j’avais opéré sur deux sujets qui devaient revenir le lendemain.
Le lendemain, pas de sujets ; le surlendemain, j’en vois apparaître un se traînant à peine, et ayant l’air à moitié mort; il me raconte que son compagnon et lui ont été tous les deux pris de coliques violentes pendant la nuit qui avait suivi l’expérience, qu’ils ne pouvaient se réchauffer et qu’ils étaient glacés jusqu’aux moelles.
Etait-ce à la suite d’une fête dont ils étaient assez coutumier s, et leur maladie avait-elle était utilisée pour m’apitoyer et obtenir une gratification? C’est possible; mais il en résulta, du moins, que je pris désormais des précau tions que je ne crois point inutiles, ainsi qu’on va en juger.
VI Au xvie siècle, Robert Fludd, Van Helmont, Maxvell, Kenelm Digby et un grand nombre de médecins admettaient la dissolution de ce qu’ils appelaient Yesprit vital dans les différents liquides qui avaient séjourné plus ou moins longtemps dans l’organisme humain, comme le sang, la sueur, l’urine, la salive, le pus, et l’existence d’un lien sensible entre ces liquides et le corps, malgré la distance (1) ; de là, l’action delà (1) Anima non solum in corpore proprio visibili, sed etiam extra corpus est, nec corpore organico circumscribitur. Anima 5
L INITIATION i3o poudre sympathique, de l’onguent des armes, le trans fert des maladies dans les animaux et les végétaux (2), et, enfin, les pratiques' de la magie noire, par l’em poisonnement des excrétions. Nos prédécesseurs eurent le tort de considérer comme générales des propriétés qui 11’appartenaient qu’à des organisations exceptionnelles.
C’estpourquoi leurs théories, basées cependant sur des faits positifs, finirent par tomber dans l’oubli, après avoir été dé fendues avec constance par ceux qui avaient vu, et at taquées avec acharnement par ceux, beaucoup plus nombreux, qui ne parvenaient pas à voir.
On a eu le tort aussi d’oublier que natura non facit saltus, et qu’entre le sujet très sensible et très rare et le commun des hommes réfractaires aux agents extra corpus proprium sic dictum operatur. Ab omni corpore radii corporales fluunt, in quibus anima suâ pressentiâ opera tur; hisque energiam et potentiam operandi largitur. Sunt vero radii hi non solum corporales sed et diversarum partium.
Radii hi, qui ex animalium corporibus emittuntur, spiritu vitali gaudent, per quem animæ operationes dispensantur. Excrementa corporum animalium spiritus vitalis portionem retinent; ideoque vita illis neganda non est. Estque hæc vita ejusdem cum vita animalis speciei, sive ab eadem anima propagatur.
Inter corpus et excrementa a corpore procedentia, concatenatio quæaam est spiritum sive radiorum, licet excre menta longe separentur, partium corporis separatorum, sicut et sanguinis eadem prorsus est ratio. In excrementis, san guine, etc., non tam immersus est spiritus quam in corpore, ideoque in his citius afficitur. Maxvell, de Medecina magnética. (Francoforti, MDCLXXIX.
Conclusiones.) (2) J’ai essayé de faire agir un sujet sur une sensitive et réci proquement : j’ai bien obtenu la contracture du sujet quand on faisait contracter, en la touchant, la plante chargée de sen sibilité; mais je n’ai pu faire contracter la plante, en faisant souffrir le sujet. Une barre de fer soulève une paille et la paille ne soulève pas la barre.
l’envoûtement i3i délicats, on trouve tous les degrés de sensibilité. Les phases que j’ai décrites, dans mon livre sur les Etats profonds de l’Hypnose, sont celles qui se présentent habituellement chez les sujets bien équilibrés; ce sont les manifestations normales d’un état spécial du sys tème nerveux ; mais il est des sensitifs chez lesquels telle ou telle faculté se développe aux dépens des autres et apparaît même dès l’état de veille.
Tels sont les voyants et les guérisseurs.
J’ai rencontré des personnes qui s’extériorisaient par la seule approche de leur magnétiseur ordinaire ou sous l’influence d’une contrariété, d’un malaise ; plusieurs dames m’ont affirmé qu’elles sentaient par faitement quand, dans une pièce voisine, on remuait l’eau avec laquelle elles s’étaient lavées; elles ont soin maintenant de laisser s’évaporer ces eaux et leur linge de corps avant de le laisser emporter dans des en droits malsains, et elles disent s’en bien trouver.
Nous savons aujourd’hui qu’un certain nombre de maladies se communiquent par les déjections, par les eaux, et nous attribuons la contagion à des micro organismes ; Maxvell et son école avaient fait les mêmes remarques ; mais, pour eux, ces maladies étaient dues au transfert d’effluves dissous et viciés ( i ). Sommes-nous assez sûrs de notre science pour croire que nous possédons la vérité tout entière ?
La persis- (i) On sait que le Dr Luys transporte non seulement cer taines maladies nerveuses, mais encore des états psychiques, d’une personne ordinaire a un sujet, à l’aide de couronnes ai mantées, posées sucessivement sur la tête l'un de l’autre. Ces couronnes peuvent conserver leurs propriétés plusieurs jours, et on a fait reparaître, par leur moyen, sur un sujet la maladie d’un homme qui était sorti guén’de l’hôpital. Si le malade
i32 L INITIATION tance des observations de cette nature, faites par des hommes habitués aux méthodes scientifiques (qui ont pu se tromper dans leurs explications, mais qui n’ont pu se laisser abuser grossièrement sur les faits), montre qu’il y a là un champ d’études dont le défri chement pourra être dur, mais qui donnera, sans doute, de riches moissons, grâce à ceux qui, bien convaincus qu’il faut laisser à toute idée nouvelle le temps de germer, auront poursuivi, avec une sage lenteur, leur marche en avant, malgré les difficultés toutes spéciales inhérentes à ce genre de travaux.
Albert de Rochas. Grenoble, 20 septembre 1892. AU POINT DE VUE DES LOIS THEOGONIQUES DE L’ÉGLISE Notre cœur et notre âme étant régis par la foi, c’est raison qu’elle tire au ser vice de son dessein toutes nos autres pièces selon leur portée. Montaigne.
Dix-neuf siècles se sont écoulés depuis le premier concile dit oecuménique (universel) suscité par le con flit entre les deux apôtres Pierre et Paul, par rapport à la circoncision des nouveaux chrétiens, jugée nécesétait mort, on aurait pu de même reproduire les symptômes de la maladie et l’état psychique du défunt à l’aide d’une de ces couronnes qui les aurait enregistrés et conservés comme le phonographe enregistre et conserve la voix. (Voy. Luys et Encausse, du Transfert à distance, communi cation faiteàla Société de Biologie le 14 novemhre 1890.)
ESSAI SUR L’UNITÉ DES RELIGIONS 133 saire par saint Pierre, rejetée par saint Paul (différend apaisé par le moyen terme des préceptes de Noé, obser vance réglementaire des préceptes d’antiques supers titions hébraïques) que la paix dans l’Eglise ne s’est pas encore établie dans l’égalité, dans la liberté glorieuse des enfants de Dieu, comme dit saint Paul, et le problème religieux se subdivisant à l’infini se pose à notre siècle cherchant le jour de l’indivisible vérité.
Ainsi se lisent, dans le premier acte de l’Eglise, la maîtrise axiomatique de la doctrine de saint Pierre, et l’inéluctable esprit de liberté de celle de saint Paul accusant les prémices de deux mondes naissants, le catholicisme, le protestantisme.
L’esprit de scission, qui frappa, dans son unité, l’idéal primitif de l’Eglise, le grand schisme d’Orient brisant son premier moule, n’étant qu’une modi fication du corps matériel de l’Eglise ( i ) sur le principe du même fondement d’organisation.
Au point de vue du caractère absolu de l’Eglise, les rameaux de la tradition religieuse s’enlacent au grand arbre de Vie du catholicisme, qui conserve dans les siècles l’esprit d’unité et de centralisation, code de discipline contre la protestation individuelle dont son gigantesque champion, Bossuet, dresse l’idéal immuable en face des contradictions de la liberté du protestantisme dans ses Variations.
Par contre, la suprême loi d’universalité qui rompit la séquestration de la loi d’Orient, et qui de formules ( i ) De nos jours s'établit une nouvelle Église à la façon de saint Jean, prenant pour base unique la charité. S’inspirant de l’Apo calypse, les irrovingiens annoncent la Nouvelle Jérusalem et le règne de mille ans : sorte de swedenborgisme.
r i 34 l’initiation en formules se confirme dans la filiation des libres penseurs, et dans la sorte d’alliance contemporaine de la raison critique avec la foi évangélique, est mise en demeure dans le protestantisme. Malgré les dissidences intérieures, l’unité extérieure de l’Eglise se soutient jusqu’au ix° siècle.
La cause réelle de la scission de l’Eglise, par la désunion cléricale du schisme d’Orient, qui est sciem ment une guerre matérielle, fut, comme le démontre l’histoire, plus ecclésiastique que religieuse, et plus politique que religieuse, surtout si l’on différencie l’Eglise catholique de l’Eglise romaine (1).
Et les accusations, les ressentiments de cette conjonction religieuse ne sont, en réalité, que l’effet grossi de l’abus du culte, qui dans son extrême conséquence forma l’esprit d’intolérance appesantissante de l’Espa gne, et la chute morale de l’Eglise d’Occident, qui dans l’ordre de sa règle administrative est une dégénéres cence du christianisme.
Le fait des contre-vérités ne diminue en rien le trésor acquis dans la vie entière de l’Eglise d’Occident.
L’artificedu culte, dont l’origineest païenne, se trans figurant, par l’art dans le catholicisme en source vive pour l’esprit, dans les œuvres des Raphaël, des MichelAnge,desMurillon,se résume, dans la rhétorique orien tale, en un signe de copiste, excepté ce monument de Foi, Sainte-Sophie, qui est l’ange de lumière de l’archi tecture byzantine. ( 1 ) Voir De l’Eglise par Mm0 la princesse T.
W., livre d’un tour véritablement puissant, de déductions et d’analyses théologiques supérieures. — Berlin B. Benhr's Verlax (E. Bock} Leipziger Stasse 37.
ESSAI SUR L’UNITÉ DES RELIGIONS l35 En somme., la scission de l’Église a été une spécula tion d’événements, ainsi que l’a ouvertement prouvé le concile de Florence, vision d’unité découverte à l’Eglise un siècle avant le dénouement du concile de Trente, alors que Rome en fête recevait l’alliance des moines du Mont-Athos.
Mais l’esprit de la lettre l’em porta une fois de plus sur le génie de l’esprit de réunion, et l’espérance d’une réconciliation entre les Églises d’Orient et d’Occident dura le moment d’un beau rêve.
Le premier coup d’œil jeté sur les faits de l’histoire de l’Eglise catholique, dont la merveilleuse unité coor donna la succession des empires, conduit à cette conclusion : l’Eglise catholique doit sa puissance ancienne, non à la lettre, qui l’investit de l’orgueil inin telligent, mais à l’esprit ouvrant un monde nouveau aux forces régénérées de l’âme.
Quand ses premiers pontifes, fidèles continuateurs des apôtres, suivaient la politique chrétienne, et subjuguaient le monde païen, armé de force brutale et exténué d’ivresse sensuelle, au triomphe de la Croix, du Christ flagellé, du Dieu nu, la vie de l’Eglise était dans l’esprit, consolidant tout noble effort des intelligences vers l’intérêt univer sel de l’esprit, la Justice, le Progrès.
Les résultats de cette politique firent les grandeurs de sa Foi, alors que par l’esprit pur de la Charité, renfermant le dogme de fraternité universel, l’Eglise soulevait, par l’esprit de Justice divine, le simulacre de la Justice des dieux païens, qui fit l’asservissement de l’Asie théocratique, et le droit de conquête du Code romain, palliant le Vice; alors qu’au concile deNicée, par la déclaration du droit religieux, tiré de la
i36 l’initiation possession des choses spirituelles, elle fit pour la légis lation divine ce que la Convention a fait pour la législation humaine; alors que, s’inspirant de sa puis sance unique, de sa direction spirituelle sur les peuples, et vainquant l’idée corporelle du Paganisme en créant aux esprits un idéal supérieur malheureu sement au contre-poids de leurs attaches réelles, elle souffla l’enthousiasme religieux et arma les peuples pour les croisades au cri de: Dieu le veut! investissant une seconde fois Rome d’une souveraineté unique dans l’histoire du monde ; enfin, alors que, dans la plénitude de ses jours d’éclats, elle protégeait dans les Arts l’assimilation du monde antique au monde moderne, et que la Rome pontificale des Jules II et des Léon X transfigurait le rude génie du Christia nisme juif par la lumière des Arts en une floraison artistique égale, si ce n’est supérieure à celle de la Grèce dans son plus bel âge : alors l’Eglise, malgré ses désordres intestins, provenant surtout, non de sa construction historique, mais de la transformation de son pouvoir spirituel en pouvoir temporel, s'identi fiant à l’apologie de la Force, l’Eglise avait pour elle la raison fondamentale, l’autorité delà Vie qui bâtit. Le passé n’ôtait pas la place à l’avenir fondateur.
L’idéal de l’Eglise, senti, proclamé, personnifié par son fondateur, est dans la loi vivante, dans l’esprit agissant, dans le mouvement ascendant de la vie spirituelle; le Christ a dit: « Cherchez et vous trou verez », et encore : « Soyez parfaits comme votre Père qui est au Cieux est parfait » Mais quand, s’inspirant de sa propre volonté, elle déclara le despoESSAI SUR L’UNITÉ DES RELIGIONS l3y tisme de Dieu, oubliant, dans l’aveuglement ininItelligent de l’orgueil, que le chemin des âmes fût ouvert par le Christ dans l’attrait surhumain de l’humilité, elle se déifia en se prenant elle-même pour son propre but, et abandonna le trône de l’Esprit, dont elle est la légitime héritière, pour le triomphe extérieur, alors que le règne de Dieu est intérieur, elle abandonna les grands principes spirituels de son unité pour les principes matériels de son anarchie.
Quand, de ce moment héroïque de l’esprit, de ce choc de la croix se brisant sur le cimeterre arabe, elle accepta la haine, la haine étrangère à l’Evangile, et commune au Coran, la haine qui tourna l’esprit des croisades au sac des Albigeois, qui étouffa dans sa puissance vitale l’ère florissante de la Provence, se couronnant du génie poétique des troubadours, qui alluma le bûcher de Jean EIuss, qui arma l’inquisition d’un décret plus néfaste que celui des bûchers, du dard des « exercices spirituels » d’Ignace de Loyola, d’où tout précepte évangélique est entièrement exempt ; Quand, par le stratagème, par la ruse, par la vio lence, séries d’idées sortant du manque de confiance dans l’Esprit, elle convertit, dans la terreur et dans le sang, l’Amérique nouvellement découverte, non au Dieu du Christianisme et des apôtres, mais à celui des Jésuites, disciples du pharisaïsme chrétien, visant surtout à organiser un pouvoir — qui divorçait, — l’évangile de son esprit ; Quand, dans son seul intérêt, faisant taire l’équité, elle outragea l’humanité par la condamnation des Bruno, des Galilée, et mutila l’esprit universel de 138 l’initiation son Verbe, en créant le schisme de la Foi et de la Science, par la proscriprion de la Vérité scientifique, qui la vainquit dans la révélation physique du monde, mais ne supprima en rien « le miracle permanent », comme Voltaire appelle « l’univers», ni la continuité du principe de l’alliance du genre humain avec les grands traits principaux de la Révélation : En brisant la ligne continue de la liturgie des intel ligences, l’Eglise s’enchaîna elle-même à l’ordre de son deuil.
La nature de sa condamnation fut cette doc trine des lieux inaltérables, qui faisait le fond de la cos mologie païenne dans sa théorie la plus grossière (les initiés des Mystères concevaient l’univers selon le système des Newton et des Kepler), auquel corres pond ce triple sens de la « Genèse ».
L’immutabi lité de Vie, qui consomme le monde physique et le monde inoral, dans le privilège idolâtre, dans la con damnation de l’inégalité, tel est le fait que l’Eglise veut maintenir et développer comme le signal de Dieu.
Et, se refusant au mouvement ascensionnel de la Vie, l’Eglise, croyant retenir la tradition primitive, laissa échapper ce point de son impulsion première, ce moment dans le temps où Dieu se communique à l’homme dans le degré d’une forme religieuse, dont l’action est dans le sacrifice permanent du monde à Dieu.
Aujourd’hui, sortie des dédales des révolutions qui bouleversèrent l’Europe, des vicissitudes de l’Histoire où son but s’égara, l’Eglise s’éveille au sentiment de la vie réelle par celui de ses propres malheurs.
Son corps politique s’est consumé, mais ses attriESÏAI SUR L’UNITÉ DES RELIGIONS I 3g buts de vie se cachent dans les intérêts qui émeuvent l’univers, dans la communion civile des peuples im pliquant au mouvement religieux la solution des commandements de Dieu dans la communion spi rituelle.
Ainsi l’encyclique de Léon XIII, qui dans l’ordre social revient à la politique plébéienne de Gré goire VII, prenant pour limite la responsabilité de la Paix morale garantissant de convoitises la réforme sociale, marque le caractère frappant de grandeur, de majesté, d’universalité, qui capta les peuples au tri bunal de Dieu, par la politique des cinquante pre miers papes qui furent la cuirasse divine de la Société dissoute après la chute de l’Empire romain.
Mais devant le champ illimité des inductions, l’inspiration doit se sacrifier à la circonscription : l’Eglise retirée dans l’ombre de l’isolement méconnaît toujours sa mission la plus élevée: celui d’un ins trument perfectible entre les mains de Dieu.
Au xve siècle, le système de l’Eglise régnait encore légitimement derrière des murailles de mensonge, et la réforme insulaire, du curé de Luttewoth, de la doc trine des Wiclef, des Cranmer, des Knot, dont l’ori gine remonte aux guerres d’investitures entre Henri II et Thomas Becket, correspondant en l’Europe à l’exa men des choses politiques et au mouvement démo cratique. dévié du procès moral des religions des Jean Huss, des Savonarole, n’est que le prélude, le réveil en sursaut de l’esprit du dieu nouveau, de la liberté de conscience refaisant la religion des conciles, comme la Convention refit les décrets de la Royauté. Cependant, si l’Eglise politique terrorisait le Verbe,
L INITIATION 140 échappant à tous les yeux et lisant dans le fond des âmes, dont les Wiclef, les Luther, fourbirent les armes dans la formation d’une langue littéraire nou velle, l’Eglise religieuse, dans l’inextricable difficulté de la lettre pesant au monde comme un bandeau, sous le faix de celle de l’esprit païen qui liait sa vie poli tique au génie de l’ancienne Rome, la séparant du sanctuaire, et l’appuyant sur l’orgueil du temporel, l’Eglise marquait toujours l’idéal de charité, de justice au seuil des guerres religieuses, aux destinées euro péennes dans ses confréries intérieures.
La politique de Dieu se traduisait dans l’œuvre des saint François d’Assise, continuateur des saint Antoine, des Athanase, des premiers temps, dans les confréries appliquant en action la morale évangé lique, épousant la pauvreté, selon la pittoresque expression du fondateur de l’ordre des Franciscains.
Et la tentative isolée d’une sainte Thérèse, conciliant dans une politique idéale l’autorité de l’Eglise à la liberté des esprits dissidents, enfin le principe vital du christianisme contenu exprime, légué aux âmes chrétiennes, sans distinction de Religion, dans limi tation de Jésus-Christ, dans ce livre qui parle le plus au cœur après l’Evangile, que les catholiques et les protestants revendiquent au même titre et dont l’auteur est resté inconnu (Gerson ou Thomas d’A quin), toutes ces révélations de l’esprit anticipé de l’avenir ne font que mieux comparer l’idéal, sorti des mains du Dieu vivant, à cette œuvre des hommes ren versant l’église de l’Esprit. Aussi la législation de l’Eglise a beau déclarer que le dogme est désormais le
grand jour : dans le spectacle de la durée, l’histoire sans progrès est sans succession.
Les Grégoire VII, les Sixte-Quint, ces colosses de pierres, portant le fardeau d’un monde et subjuguant les nations, armés ligence selon la lettre de la Foi, en dernier terme, soutiennent un dogme sans immortalité, dont le caractère natif est le faux, puisque la loi du monde, ce marteau de Dieu, relève du travail de la pensée dans les stratifications diverses du Progrès. La tour d’Ugolin du catholicisme, c’est la Réforme.
Partie de l’Evangile, la religion chrétienne se Et l’Eglise catholique, rejetant le Progrès par son génie d’exclusivité, ne pouvait protéger de l’autorité du genre humain le développement moral des âmes manifestant les lois saintes de la raison et de la liberté.
Ainsi d’une considération sur la nature de la Foi, d’une controverse théologique, Luther, moine augustin, mit d’abord, on le sait, une extrême réserve à sortir de sa soumission vis-à-vis de l’Eglise, sortit du déchaî nement de la guerre dans l’Europe bouleversée, le droit politique marchant dans l’ombre de celui de la liberté de conscience, parce que la révolte à l’autorité séculière jeta la base d’un nouveau fondement de des tinée individuelle, d’un nouvel enchaînement suc cessif de corps politique , dont l’expression réelle marque le travail du monde moderne.
Il est donc permis de voir, au signe des degrés de la correspondance des choses, subsistant sans interrup tion dans le cours des événements, à travers la diverl’initiation 142 sité des permutations humaines, l’idée divine du Pro grès, subordonnant les événements selon les voies humaines dans un but providentiel, selon le carac tère de nécessité transmettant la tradition de l’Esprit.
Par conséquent, le ressort de l’idée dominante de la création étant le mouvement et non le repos, l’Eglise, en codifiant l’immutabilité de la lettre, se met en contradiction avec l’ordre né de la nature des choses.
L’Eglise, s’inspirant de la prescription de l’esprit déjà vaincue dans le monde des idées par la formule du monde physique, restait sourde aux avertissements du ciel, et sa pourpre couvrait mal ses plaies, quand Luther déchira cette pourpre.
Luther, en bravant les foudres de l’Eglise et la puissance papale en publiant ses quatre-vingt-quinze thèses, en mettant ainsi en con teste le dépôt de l’Eglise, confié au successeur de saint Paul, que fait-il?
11 appose les maximes de la droite rai son à la décision de la loi divine, de la législation papale, et, en interrogeant la conscience des peuples, il fait naître l’affranchissement du droit divin, par le droit laïque, reflétant le code romain, qui a survécu à l’écroulement de l’Empire, pour avoir animé d’intelli gence les rapports des gens, et recueilli les éléments épars dont se forme l’individualité.
Autrement dit, la Réforme, dont l’extrême consé quence fut de substituer l’Etat à l’Eglise, servit de dénouement à ce duel de deux puissances, de deux principes qui partagèrent les âmes, la famille, -la patrie, dans ces deux camps, Guelfes et Gibelins, absor bant dans de longs combats le sang, la gloire de
ESSAI SUR L’UNITÉ DES RELIGIONS 143 siècles réunis, spectacle devant lequel se consumait de douleur l’esprit immortel de Dante, de ce grand visionnaire de la conception idéale de l’unité de l’Empire, résumant la double puissance de l’antique. Rome et du culte nouveau, du reliquaire colossal de l’idée d’unité, abritant le rêve de l’histoire.
Ainsi l’acte de contestation de Luther renferme en formation toutes les conséquences politiques et reli gieuses de la guerre de Trente ans, de cette guerre qui, commencée au nom de la religion, aboutit à la paix de Westphalie, c’est-à-dire à un traité politique que le pape se refuse de signer comme contraire à l’esprit de l’Eglise.
La substance de ce traité est l’anneau du démembrement de l’Empire, de l’abaissement de la maison d’Autriche voulu par la politique de Riche lieu, continuée par celle de Mazarin, promulgant en vir tualité les formes politiques et sociales du monde mo derne, d’un nouveau contrat mutuel contenant en germe le principe de l’alliance universelle, assise au sommet du Progrès, sur le trône spirituel de l’idée vers l’avenir.
Ainsi le génie de la révolution religieuse du xvie siè cle, dont le docteur de Wittemberg est l’avocat, le lutteur prédestiné, plus par sa violence que par sa justice, dans le mouvement précipité du siècle, posa dans l’œuvre de l’esprit le ciment de la communion des nations dans un même droit, c’est-à-dire créa l’avenir politique de l’Europe.
Sur l’échelle spirituelle de la vérité éternelle, là est le bien réel du protestantisme, qui n’éleva la religion à un degré supérieur que par la suprématie univer selle de la liberté de conscience.
146 l’initiation à toutes les attaches indissolubles de l’infini, par la loi même de l’absolue vérité, éclairant les champs ouverts de l’avenir des rayons de la Révélation gradative du Passé : une défaite, si la servitude dans la loi des lois heurte l’esprit à la lettre, le croyant au prêtre, la foi réelle à son image de surface, en un mot si le progrès religieux n’a pas le courage de s’élever au-dessus du corps qui n’est pas le but réel de l’esprit, de relever le drapeau de son autorité en se mettant d'accord avec l’universel, en acceptant l’évidence des principes constants de l’ordre naturel, où se retrou vent les titres de l’unique vérité.
Les titres sont: I. — La reconnaissance, par la doctrine delà religion dans sa théodice générale, dans l’esprit des rapports de l’Etre, d’une nature propre, d’une racine commune de l’esprit d’initiation à celui de la philosophie mé taphysique de tout temps et de tout pays.
La religion comme la philosophie faisant voir Dieu, la première dans l’absolue affirmation de l’Etre par la Foi, la seconde dans son dégagement scientifique des prin cipes par la Raison, conséquemment les religions ne sont pas des entités isolées, mais des degrés divers dans l’unité du plan divin , comprenant l’universelle solidarité des choses, par la logique duquel, les reli gions étant l’âme des Nations, le procès en condam nation de l’une d’elle rompt nécessairement l’accord intime et profond du monde des idées, et détruit le mouvement progressif de la raison générale, coordon nant leur succession dans le mouvement ascensionnel de la Vie.
ESSAI SUR L’UNITÉ DES RELIGIONS 143 siècles réunis, spectacle devant lequel se consumait de douleur l’esprit immortel de Dante, de ce grand visionnaire de la conception idéale de l’unité de l’Empire, résumant la double puissance de l’antique. Rome et du culte nouveau, du reliquaire colossal de l’idée d’unité, abritant le rêve de l’histoire.
Ainsi l’acte de contestation de Luther renferme en formation toutes les conséquences politiques et reli gieuses de la guerre de Trente ans, de cette guerre qui, commencée au nom de la religion, aboutit à la paix de Westphalie, c’est-à-dire à un traité politique que le pape se refuse de signer comme contraire à l’esprit de l’Eglise.
La substance de ce traité est l’anneau du démembrement de l’Empire, de l’abaissement de la maison d’Autriche voulu par la politique de Riche lieu, continuée par celle de Mazarin, promulgant en vir tualité les formes politiques et sociales du monde mo derne,d'un nouveau contrat mutuel contenant en germe le principe de l’alliance universelle, assise au sommet du Progrès, sur le trône spirituel de l’idée vers l’avenir.
Ainsi le génie de la révolution religieuse du xvi6 siè cle, dont le docteur de Wittemberg est l’avocat, le lutteur prédestiné, plus par sa violence que par sa justice, dans le mouvement précipité du siècle, posa dans l’œuvre de l’esprit le ciment de la communion des nations dans un même droit, c’est-à-dire créa l’avenir politique de l’Europe.
Sur l’échelle spirituelle de la vérité éternelle, là est le bien réel du protestantisme, qui n’éleva la religion à un degré supérieur que par la suprématie univer selle de la liberté de conscience.
l’initiation 146 à toutes les attaches indissolubles de l’infini, par la loi même de l’absolue vérité, éclairant les champs ouverts de l’avenir des rayons de la Révélation gradative du Passé ; une défaite, si la servitude dans la loi des lois heurte l’esprit à la lettre, le croyant au prêtre, la foi réelle à son image de surface, en un mot si le progrès religieux n’a pas le courage de s’élever au-dessus du corps qui n’est pas le but réel de l’esprit, de relever le drapeau de son autorité en se mettant d'accord avec l’universel, en acceptant l’évidence des principes constants de l’ordre naturel, où se retrou vent les titres de l’unique vérité.
Les titres sont: I. — La reconnaissance, par la doctrine delà religion dans sa théodice générale, dans l’esprit des rapports de l’Etre, d’une nature propre, d’une racine commune de l’esprit d’initiation à celui de la philosophie mé taphysique de tout temps et de tout pays.
La religion comme la philosophie faisant voir Dieu, la première dans l’absolue affirmation de l’Etre par la Foi, la seconde dans son dégagement scientifique des prin cipes par la Raison, conséquemment les religions ne sont pas des entités isolées, mais des degrés divers dans l’unité du plan divin , comprenant l’universelle solidarité des choses, par la logique duquel, les reli gions étant l’âme des Nations, le procès en condam nation de l’une d’elle rompt nécessairement l’accord intime et profond du monde des idées, et détruit le mouvement progressif de la raison générale, coordon nant leur succession dans le mouvement ascensionnel de la Vie.
ESSAI SUR L’UNITÉ DES RELIGIONS 14^ siècles réunis, spectacle devant lequel se consumait de douleur l’esprit immortel de Dante, de ce grand visionnaire de la conception idéale de l’unité de l’Empire, résumant la double puissance de l’antique. Rome et du culte nouveau, du reliquaire colossal de l’idée d’unité, abritant le rêve de l’histoire.
Ainsi l’acte de contestation de Luther renferme en formation toutes les conséquences politiques et reli gieuses de la guerre de Trente ans, de cette guerre qui, commencée au nom de la religion, aboutit à la paix de Westphalie, c’est-à-dire à un traité politique que le pape se refuse de signer comme contraire à l’esprit de l’Eglise.
La substance de ce traité est l’anneau du démembrement de l’Empire, de l’abaissement de la maison d’Autriche voulu par la politique de Riche lieu, continuée par celle deMazarin, promulgant en vir tualité les formes politiques et sociales du monde mo derne,d’un nouveau contratmutuelcontenanten germe le principe de l’alliance universelle, assise au sommet du Progrès, sur le trône spirituel de l’idée vers l’avenir.
Ainsi le génie de la révolution religieuse du xvie siè cle, dont le docteur de Wittemberg est l’avocat, le lutteur prédestiné, plus par sa violence que par sa justice, dans le mouvement précipité du siècle, posa dans l’œuvre de l’esprit le ciment de la communion des nations dans un même droit, c’est-à-dire créa l’avenir politique de l’Europe.
Sur l’échelle spirituelle de la vérité éternelle, là est le bien réel du protestantisme, qui n’éleva la religion à un degré supérieur que par la suprématie univer selle de la liberté de conscience.
L INITIATION 144 Car, ébranlant jusqu’à sa base le pouvoir axiomatique, le protestantisme dans sa disperson a-t-il porté le flambeau de la pensée dans le domaine de la Foi ?
Croyant rendre l’homme à Dieu, il ne fit en vérité qu’échanger l’autorité de l’Eglise contre l’assujettisse ment de laprédestination, et, en dernier résultat, ayant solidifié l’activité de l’esprit contre le dogme, il se trouve de notre temps, pour ainsi dire, menacé de ses propres armes, l’esprit critique faisant le procès à la Foi.
Tant il est vrai que la polémique, s’entraînant dans un sens opposé à ce qu’elle se propose, réussit en ce qui plaît à Dieu, et l’histoire, montrant le fait empi rique, rappelle le fait idéal. S’il est vrai que la théolo gie scinde ce que l’Ecriture ne scinde pas, il l’est aussi que la réalisation terrestre de l’Eglise s’organise avec des éléments terrestres. La vérité en elle-même a pour support l’union.
Cette union ne relève pas des inté rêts de l’utilitarité actuelle, mais des relations de fra ternité dans le concours de l’œuvre du Bien, qui carac térise l’union des Eglises au temps des apôtres.
L’idée de Dieu, soustraite à l’ordre des temps, des livres canoniques des cérémonies, des hiérarchies, retirée pour ainsi dire de l’ensemble de l’ombre de choses, par le sentiment religieux pur, universel, pénétrée intimement de cette sérénité inhérente à toute connaissance, multipliant les forces de la cons cience de l’être, cherchant Dieu où il est, mais non où il n’est plus, cette idée, fondée sur la tradition, isolée par la tradition, désormais dans la réalité du monde, est appelée à établir l’appui de la colonne de vérité sur
ESSAI SUR L’UNITÉ DES RELIGIONS iqS une sorte d’Assemblée Constituante du christianisme, réunissant toutes les intelligences grandes ou petites : dont l’équation parfaite delà Parole et de la Lumière. Le salut de l’univers moral est intéressé au salut de la religion. Aussi la politique sacrée de la religion serait de convoquer un concile d’alliance pour replacer la So ciété sur sa base nécessaire — Dieu.
Il n’y a d’ali ment plussubtantiel àl’espnt que celui des principes, et c’est seulement en s’enchaînant à ce qui ne passe pas, à la responsabilité du Bien et du Progrès moral, que la religion, reposant sur le terrain de la suprême Raison, delà conception primordiale de Dieu, traduira le positif, réalisera la totalité de l’Esprit, et résumera la réalité de la Vie.
Car, comme dit Kant {Critique delà raison pure') : « Ce n’est pas de l’idée de Dieu que nous dérivons celle de la loi morale, c’est de l’idée de la loi morale que nous dérivons celle de Dieu. Les lois morales ne nous obligent pas parce qu’elles viennent de Dieu ; elles viennent de Dieu parce qu’elles nous obligent.
Puisque l’idée de Dieu s’attache indissolublement à l’idée de Bien, conséquemment le sens de la religion est de diriger les passions vers un but unique, le Bien ; puisque l’idée de Dieu est inséparable de l’idée de loi, et surtout de la loi morale, le vice étant le mal, et le bien la vertu, la religion, demeurant au fond de toutes choses, conservant ses principes à l’âme, est une issue ou une défaite pour la raison : une issue, si le code religieux, résumant l’unité de la morale, s’assi milait la loi de l’ordre universel et se ralliait ainsi
l’initiation 146 à toutes les attaches indissolubles de l’infini, par la loi même de l’absolue vérité, éclairant les champs ouverts de l’avenir des rayons de la Révélation gradative du Passé ; une défaite, si la servitude dans la loi des lois heurte l’esprit à la lettre, le croyant au prêtre, la foi réelle à son image de surface, en un mot si le progrès religieux n’a pas le courage de s’élever au-dessus du corps qui n’est pas le but réel de l’esprit, de relever le drapeau de son autorité en se mettant d'accord avec l’universel, en acceptant l’évidence des principes constants de l’ordre naturel, où se retrou vent les titres de l’unique vérité.
Les titres sont: I. — La reconnaissance, par la doctrine delà religion dans sa théodice générale, dans l’esprit des rapports de l’Etre, d’une nature propre, d’une racine commune de l’esprit d’initiation à celui de la philosophie mé taphysique de tout temps et de tout pays.
La religion comme la philosophie faisant voir Dieu, la première dans l’absolue affirmation de l’Etre par la Foi, la seconde dans son dégagement scientifique des prin cipes par la Raison, conséquemment les religions ne sont pas des entités isolées, mais des degrés divers dans l’unité du plan divin , comprenant l’universelle solidarité des choses, par la logique duquel, les reli gions étant l’âme des Nations, le procès en condam nation de l’une d’elle rompt nécessairement l’accord intime et profond du monde des idées, et détruit le mouvement progressif de la raison générale, coordon nant leur succession dans le mouvement ascensionnel de la Vie.
ESSAI SUR L’UNITÉ DES RELIGIONS I 47 II. — La reconnaissance, parla doctrine de la reli gion, de l’erreur de la déchéance radicale, des peines éternelles, contraire à l’ordre naturel qui est le seul absolu contraire au réel, qui est le seul vrai, la propre nature des êtres mettant obstacle à l’arrêt immuable du démérite final.
L’erreur de la déchéance radicale, que la -Vérité de la Nature, la connaissance de l’ordre sériel, exclut de l’univers matériel, par la négation absolue de la ré trogradation des essences, selon la science positive du monde physique, doit s’exclure par ordre d’identicité du monde moral, ce dogme étant un vice moral, la tache du soleil de la doctrine chrétienne, l’épine de la morale évangélique, puisque ce dogme est la négation formelle de toute justice et de toute bonté en Dieu.
Le mal ne peut être éternel par le dogme même de la perfection divine, conséquemment l’hypothèse d’une âme s’obstinant éternellement dans le mal (comment autrement concevoir les peines éternelles?) est anti-physique, anti-morale, partant absurde.
Cette loi fictive de la déchéance radicale est donc inconciliable avec l’autorité du fait, comme le prin cipe de l’incorruptibilité des Mondes : pierre d’achop pement de la théologie chrétienne et de l’ancienne académie des Grecs, de l’école d’Aristote que vingt siècles de polémique scolastique, couronne d’auréole, n’ont pas moins empêché d’enfermer un sépulcre !
La reconnaissance, par la doctrine de la religion, de la perfectibilité progressive, de la transformation per pétuelle, qui est la loi même de vie, a pour consé quence immédiate de faire tomber la contradiction
148 l’initiation insurmontable, naissant de la Justice de la Raison et de la Justice de la Foi (si pour la Foi la Justice n’est pas un vain mot). La cause de cette erreur, défaisant le réel, la con ception primordiale, constitutive de Dieu, est dans l’interprétation des Evangiles, conformément à la jettre, altérant totalement l’esprit de sa révélation, puisque toutes les lumières de l’Evangile adhèrent logiquement au pardon des âmes.
Quand bien même il ne serait point exact, comme on l’a observé, que le terme « éternel » du texte demi-hébraïque des Evan giles soit plus exactement traduit par « Séculier », la Foi, si elle n’est point la fille aveugle de l’aveugle ment, doit rejeter un dogme erroné qui ruine l’œuvre de la Foi réelle, regardant la Raison dans le plein jour du Vrai.
Le miracle du Dieu-Esprit sur lequel vit l’Eglise, le Christ a dit : « Cherchez et vous trouverez », et encore: « Soyez parfait comme votre Père qui est aux Cieux est parfait. » La religion qui nous enseigne la perfectibilité est par cela même perceptible. (Laurent, la Religion de l’avenir.) Le point indélébile de la divinité du Christ est précisément dans l’unité spirituelle de sa doctrine qui porte la sagesse du monde sur « la folie de la croix ».
Comme l’unité de la doctrine a reçu certaines nuances contraires de la variété des interprétations, la croyance doit suivre le développement de la raison, car de son rapport exact avec elle se constitue la partie intégrale de sa réalité.
ESSAI SUR L’UNITÉ DES RELIGIONS I49 Les idées étant plus lentes à paraître que les formes, le dogme devait régner avant l’esprit. Le dogme n’est que l’écorce de l’arbre qui fleurit par l’esprit, car la racine immuable du vrai est dans l’esprit: là est l’iné branlable des rapports de l’absolu et du relatif ; aussi le but pratique de toute réforme, de toute rénovation, c’est l’Esprit qui brille dans le temple invisible hors de tout rapt humain.
Le mouvement du monde ne s’arrête jamais dans l’esprit, qui rend ou ôte les principes religieux à la société, intéressé par son salut aux causes finales reposant sur l’idée spirituelle du souverain Bien.
Et si les rites sont toujours divers de par la nature de l’homme, les symboles religieux étant sortis des entrailles même de l’Humanité, de la région des idées revêtues selon l’ordre des temps, le triomphe de la religion positive est précisément de savoir distinguer dans les religions ce qu’il y a d’essentiel à ce qu’il y a d’illusoire, et à constituer l’exercice parfait de la raison, par la notion de la réalité de la croyance pratique, éclairée de la vue de l’univers.
La réalisation totale de la Vérité intelligible se frappe au signe de l’unité originelle des traditions et des générations humaines, nourrissant leur doctrine de l’aliment le plus substan tiel de l’Esprit : celui des principes qui génèrent la Vie. La forme des peuples échappe, leur esprit reste; aussi, opposer l’esprit à la lettre, c’est opposer ce qui passe à ce qui demeure. La religion, relevant de l’esprit de la communion des peuples, est seule capable d’établir l’équilibre dans
15o l’initiation l’œuvre de’.Vie, d’être l’agent de correspondance entre l’état intellectuel et l’état social, d’assurer le repos de l’être satisfait par l’harmonie de l’esprit et de l’exis tence, en un mot d’identifier la Justice, la beauté, la bonté céleste, pour abreuver et nourrir à leur source l’humanité travaillant dans les ténèbres à continuer les efforts accumulés de l’Etre vers la Lumière.
L’ensemble de l’édifice social ne se confirmera sur son fondement que par la généralisation des prin cipes, résumant dans la religion spiritualisée le sécu lier et l’infini, le particulier et l’universel, répondant aux volontés delà Nature par le principe de liberté inté rieure, reposant sur la logique profonde des antécé dents et des conséquents de la liberté et du nécessaire, dans la direction du Progrès extérieur.
En dernier résumé : Puisque la doctrine du Christ, contrairement à celle de l’hermétisme oriental, procède de l’esprit d’uni versalité et de perfectibilité, révélant le point de vue des vérités rationnelles dans les profondeurs de l’Évangile, le sermon sur la montagne s’est fait pour le relèvement moral de l’homme de tout temps et de tout pays ; du sommet de la morale évangélique, l’esprit de la Foi, bâtissant la vraie cité de Dieu, peut embrasser les destinées intellectuelles de l’huma nité, dans une conception supérieure de la vie, four nir à l’homme par la loi du meilleur progressif le principe de l’amélioration individuelle et sociale, peut, en un mot, réaliser ses destinées effectives en se mettant d’accord avec l’universel, en donnant un lieu à tous les cultes, en établissant la paix dans
151 ESSAI SUR L’UNITÉ DES RELIGIONS ¡’Égalité du souverain Bien.
Si, comme dit Quinet, « La religion est réellement la colonne de feu précé dant les peuples dans leurs marches à travers les siècles », n’est-ce pas à la rénovation religieuse, domi née par la foi évangélique, à réaliser l’unité de la Lumière, de vérité intelligible, dans le but sacré de l’union des esprits, des cœurs et des volontés, dans la paix et la liberté ordonnant l’armée de Dieu.
Ainsi ¡’Église, en voulant bâtir la société sur le dogme supprimant la raison qui découvre et qui crée, a tenté d’établir un ordre contraire à l’ordre naturel des choses : la moisson de vie, d’avenir, de liberté, par force intime de l’Esprit s’attachant aux principes de perfectibilité et d’universalité, le but moral de la création étant le Parfait.
Le règne de Dieu étant intérieur, l’unité future de l’Eglise rencontre son fondement dans l'union spiri tuelle.
La véritable Église se faisant dans les cœurs par l’extension de la charité, par la communion des nations, par l’unité de la conscience de l’humanité, dans laquelle se revèle le Dieu caché au pusillanisme, mais visible à l’œil qui regarde en haut, les traditions de la vraie science, comme les principes intimes de l’Evangile, adhèrent aux lois saintes deda Raison et du Progrès.
Aussi l’Eglise, concentrée en elle-même, repoussant l’importance de l’ordre des temps, opposant la pétrifioation de la lettre « qui tue » à la série progressive de l’Esprit « qui vivifie », rejetant en un mot les lois saintes de la raison et de la liberté, se détourne de la
I 32 L INITIATION marche harmonique des intelligences vers un centre commun de Lumière, se condamne d’elle-même à l’iso lement, et pose sur ses actes le sceau du deuil de l’a venir, témoignage de néant !
Mais pour que l’Eglise s’attache aux résultats de la conquête morale, comme à l’inaliénable et irrévoca ble oeuvre de Dieu ; pour que, fidèle à l’idée d’équité que poursuit tout cœur conscient, elle marque l’issue du repos et du bien suprême que veut l’être idéal dans cet éclair de vie, qui glacerait l’esprit d’effroi, si les prodiges de la divination passé et avenir ne se coordonnaient pour produire l’image des vivantes har monies de l’infini, que faut-il? que l’Egliserenonce aux triomphes des mots, et arrête son acte de Foi, non à la lettre, mais à l’esprit, dans la grandeur absolue de l’idée qui ne vient de personne.
Alors, projetant la série de ses destinées futures par le développement de son activité libre, se nourrissant, se fortifiant de son identité avec la plénitude de l’Esprit de Vie, dominant les troubles de l’heure par l’impé rissable puissance du refuge inviolable des faits de la pensée chrétienne, l’Eglise serait le véritable taber nacle de la nouvelle alliance.
Alors, solidaire avec le fait irréductible du progrès, qui s’accomplit selon son principe, que nous y adhérions ou non, mais qui agrandirait le champ de sa connaissance selon la mesure de l’esprit, par le concours des intelligences unies dans une même Volonté, l’Eglise pourrait s’as sumer la responsabilité morale, garantissant de con voitises la réforme sociale en prouvant le bien dans l’Union. Yalta.
ORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE-CROIX I 53 (thèse de licence) URIM ET THUMIM On sait que les Hébreux appelaient ainsi la tablette de gemmes que portait le Grand-Prêtre sur la poi trine; on a attribué à cette tablette les significations les plus diverses; on l’a dotée de vertus divinatoires et thérapeutiques qu’il était possible qu’elle possédât, à mon sens, mais dont les preuves certaines sont peutêtre trop peu nombreuses.
Pour se faire une notion exacte de son aspect et de son rôle symbolique, il suffisait de collationner les textes hébraïques et de comparer les différentes ver sions de la Bible qui en traitent.
C’est ce qu’a fait le docteur Bellermann, dans un opuscule rarissime dont je dois la communication à l’obligeance de M. Stanislas de Guaita(i); et c’est d’après ce petit (i) Voici le titre complet de cet ouvrage: Die Urim und Thumim, die ältesten Gemmen, ein Beitrag ^ur biblisch Hebräis chen Alterthumskunde, von Joh. Joach.
Bellermann, doct. en théologie et en philosophie, conseiller du Consistoire de Prusse, prof, extraord. de théologie à l’Université de Berlin, directeur du Gymnase de Berhn-Cologne, chevalier de 3mc classe de I’Aigle-Rouge de Prusse, membre hon. de l’Université impé riale de Casan, membre de l’Académie des Sciences d’Erfurt, de la Société des « naturforschender Freunde » de Berlin, de la Société patriotique et de celle d’Histoire naturelle de Westphalie. — Berlin, 1824, bei der Nicolaischen Buchandlung ; i vol. pet. in-i 8. de 1 1 2 pages, avec un frontispice en couleurs et plusieurs tableaux, dont un hors texte.
r I 54 l’initiation livre que je vais transcrire les notions les plus cer taines à ce sujet, me réservant d’y ajouter, pour essayer d’en pénétrer le symbolisme, quelques com mentaires mystiques, comme dit Bellermann, qui d’ailleurs montre une tournure d’esprit des plus posi tives.
HABILLEMENT DU GRAND-PRETRE Les vêtements du Grand-Prêtre comportaientd'abord des jambières de byssus : “3-D32D, Micnesi-bed, TOpwxeÀîj (vers, des Septante), feminalia (Vulgate) ; ce byssus est aussi appelé dans la Bible Schesch, Bed, Bu%, 0u<t(toç ; il était fourni par le gossypium arboreum et non par le lin : un long vêtement de byssus blanc, w, Schesch. tissé en losanges, et serré àlatailleparrAZ>7ieL Aêa^OdeJosèphe), descen dait jusqu’aux chevilles; on le nommait yaœn n:nc, Cthoneth thaschbe^, -/'.-m-j xoouizSwto'; (Septante), tunica ocellata, tessellata (Vulgate) ; Aquila et Symmachus l’apellent cu^itxtoç.
Dans l’exercice de ses fonctions, le Grand-Prêtre allait pieds nus: une sorte de toge bleue à manches, qui descendait jusqu’aux jarrets, se mettait par-dessus; c’était le Siyn, 7:00404; (Septante), tunica (Vulg.); son bord inférieur était orné de touffes de byssus azur, pourpre et écarlate, entre lesquelles étaient suspendues des clochettes destinées à annoncer l’approche du Grand-Prêtre.
Recouvrant tout cela, X’éphod, Tisx, ÈTtœiju'ç (Sept.), superhumerale (Vulg.), — improprement appelé manteau par Mendelssohn, — se composait de deux pans tombant sur le dos et sur la poitrine, attachés par des cordons, descendant jusORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE-CROIX I 55 qu’à mi-cuisse, et richement brodés d’or; les trois couleurs de l’éphod étaient le nb:n, bleu céleste, — le ]naiN, violet, — et le nybw, l’écarlate; une cein ture de byssus aux mêmes couleurs le prenait à la taille, et tombait sur le côté ("i2N-2'ù?n, lien de l’é phod).
Un carré de byssus double, également trico lore, le 12-Jffinn TWH, choschen hammischaf, xepta^Oiov, (Sept.), rationale (Vulg.) — attaché en haut par deux chaînes d’or, en bas par deux cordons azur, servait à recevoir l’wrzm et thumim, manni □’“TiNil, les douze pierres précieuses, qui sont le sujet de cette étude.
Sur les épaules se trouvaient deux pierres taillées de bérylle □Hü, où étaient inscrits les noms des douze tribus, « d’après l’ordre de naissance de leurs fondateurs ». Un bandeau ou turban de byssus couvrait la tête : fbjïü, mipiepheth, ziôapiç (Sept.), cidaris, tiara (Vulg.) ; et une lame d’or était placée sur le front: yiy, tctocAov lamina, sur laquelle le nom du Saint-Tétragramme était gravé : rnn’5“Ühp.
LA TABLETTE DE GEMMES Le passage de Moïse auquel se rapportent toutes les notions que l’on possède sur l’Urim et Thumim a été interprété à faux par la plupart des traducteurs; Luther, Dav. Michaelis, Mosès Mendelssohn se figu raient l’Urim et Thumim comme indépendant des douze gemmes pectorales ; les uns en ont fait des Teraphims (Spencer), ou des instruments divina toires (Michaelis, David Kimhi, Abenesra); les autres
156 l’initiation (de Wette, Augusti) ont bien reconnu l’identité de ces deux objets, mais ils se séparaient dans leur recherche des moyens que l’on employait pour indi quer par cette tablette la volonté de Jéhovah. Josèphe (Ant.
3, 8-g) admit le premier des variations dans l’éclat des gemmes, selon que la réponse à la question posée devait être affirmative ou négative, et un grand nombre de commentateurs se rangèrent par la suite à son opinion ; d’autres rabbins admirent des réponses littérales, puis des permutations de lettres, etc...
Les Septante ont traduit Urim et Thumim par S-ZjXwtnv xal àX^Oeiav (i) (manifestation et vérité) ; la Vulgate par Doctrina et Veritas; la version syriaque Nahiro veschalmo : brillants et parfaits; l’arabe, les saintetés et les vérités; la chaldaïque d’Onkelos, la persique et la samaritaine sont conformes au texte hébreu.
Ionathan y ajoute ceci : « Les Urim éclairent et découvrent, « les Thumim perfectionnent, car sur elles (les pierres) est le nom de n’H'. » Dans le Targum hierosolymitanum, le passage manque; Aquila, Symmaque et Théodotion serrent de près le texte original.
Mais aucun de tous ces traducteurs n’a remarqué que Urim signifie éclairants, et thumim, parfaits ; et que le génie de la langue hébraïque permet d’appli quer ce qualificatif de « resplendissantes» aux pierres précieuses : c’est ce que Bellermann établit d’une façon péremptoire en traduisant les vers 10, i3, 17 (i)ÆIien ( Vur.
AisL xiv, 34), et Diodore disent que le GrandPrêtre d’Egypte portait sur la poitrine un saphir sur lequel le mot ’AXrjOsioc, était gravé.
ORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE-CROIX I 5y et 21 du ch. xxxix de Moïse; les vers. 14, 16 du xxviii0 chap. d’Ezéchiel, et le vers. 1 du iv° chap. des Lamentations de Jérémie. « Quant au moyen qu’em ployait le Grand-Prêtre pour recevoir les réponses de Jéhovah, ajoute-t-il, c’était l’inspiration intérieure, l’intuition divine, le pur désir, le VHpn mi, le souffle divin. On trouve dans le Livre des Juges quatre cas de semblables oracles (1, 1 et 2, et xx, 18, 23, 28) ; cinq dans le premier livre de Samuel, trois dans le second livre, etc. LES GEMMES On trouve le nom des pierres dans les chap. xxviii,. 17-20, et xxxix, 10,13 du livre de Moïse; Ezéchiel, dans sa description de Tyr, en cite neuf sur douze- (xxviii, i 3) ; et VApocalypse (xxi, 19 et 20) les donne toutes, mais dans un ordre différent. La table n° 2 donne la liste des noms de ces gemmes dans les diffé rentes versions de la Bible. CONCORDANCES ENTRE LES GEMMES DE SANTE, ZODIACALES, ET DES APOTRES (i) On trouvera dans Orphée, Téophraste, Pline, Solin, (1) Le nom des apôtres à qui ces pierres sont consacrées est tiré d’une édition de la Vulgate faite à Venise. 1747-1757, en 28 volumes gr. in-40, édition dont les commentaires sont faits par des savants, Jésuites pour la plupart, tels que Tirinus. et Rœus.
158 l’initiation Marbodus, Paracelse, Agrippa, Gaffarel, Reichalt, des renseignements nombreux sur les propriétés magiques de ces pierres précieuses; talismans et totaphas pour les Orientaux, éparthema, apotropeon et periamma des Grecs, phylactérion des Alexandrins, amulettes des Romains; elles correspondent aux signes du Zo diaque, dans le même ordre que les énumère Y Apoca lypse, telles qu’on peut les voir dans le tableau cicontre.
«O PIERRES de l’Apocalypse PIERRES d’Aaron MOIS I ORDRE I | d'après Moïse 1 VERTUS D’APRÈS MARBODUS SYMBOLISME d’ap. Marbodus APOTRES Contre la fièvre et la rage, faciJaspe. Jaspe. Mars I 2 lite les accouchements ; en châssé dans de l’argent, chasse Foi. Pierre. les cauchemars. Contre la médisance et la tromSaphir. Saphir. Avril 5 perie, donne la liberté, entre tient la concorde. Espérance. André. Chalcédoine. Agate.
Mai 8 Fait gagner les procès. Silence. Jacques le M. Emeraude. Emeraude. Juin 3 Deviner l’avenir, fortifie les yeux. Activité. Jean. Sardonyx. Onyx. Juillet 6 Donne des cauchemars et des tracas. Chasteté. Philippe. Carnéole. Carneole. Août I Annule les effets delà précédente Enchâssé dans l’or, rend brave la nuit et chasse les. mauvais esprits. Entretient l’amour conjugal , Martyre. Barthél. Chrysolithe. Chrysolithe. Sept. I 0 Sagesse. Mathieu.
Thomas. Bérylle. Bdrylle. Oct. I I guérit les maux d’yeux et de foie. Guérit les hémorrhoïdes, refroi dit l’eau chaude. Vœux pieux. Topaze. Topaze. Nov. 2 Contemplât0“ Jacques le M. Chrysoprose. Rubis. Déc. 4 Propriétés inconnues. Amour. Thaddée. Hyacinthe. Hyacinthe. Janvier 7 Donne des forces, chasse la tristesse. Vie pure. Simon. Améthyste. Amethyste. Février 9 Guérit de l’ivrognerie. Humilité. Mathias. ORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE-CROIX
i6o l’initiation BIBLIOGRAPHIE Sources philologiques. — La Polyglotte de Walton, et les 'raductions y insérées. — La Version des Septante., édit, de Breitinger. Le Nouveau Testament, édit, de Wettstein, pour l’Apocalypse. Les Commentaires de Ben Nachmann, Bêchai, Levi ben Gerschom, Abarbanel, Abenesra, Menochius, Tirinus, Delrio, Serarius, Barradius, Villalpandus, Francesco de Ribera, S. J. Commentarioin Apocalypsin; — l’édition que Sabatier a faite dans son Biblior. v< rsiones anti duce, de \Ttala, antiqua antehieronym ana, Reims, 1743, 3 vol. in-f”. — L’édition de Wi kins : Pentateuchus œgypt., Londres, 1731, in-z1’.. — Le Co dex Venetus Villoisonii (trad, grecque de plusieurs endroits de Y Ancien Testament, en particulier du Pentateuque), éd. Ammon, Erlang, 1796, 2 vol. in-8. Flavius Josèphe, Antic. Jud., Ill, 7, 5, et Hist. bell, jud. V, 5, 7,p. 33-, éd. de Havercamp, Amsterdam, 1726, in-f°. Philon d’Alexandrie, Opera, éd. Mangey, Londres, 1740, 2 vol. in-f°. Epiphane, évêque de Salamis : Heirl twv ip’ XiOwv, twv ovtwv L toi; aToÀtajxo'iç tou ’Aapœv dansses Œuvres, éd. de Dionys Petav., Cologne, 1682,2 vol. in-f° (t. II, p. 225 et 233). Sources scientifiques. — Parmi les œuvres connues sous le nom d’Orphée, vingt poèmes sur les pierres
I ■< : TEXTES 1. CARNEOLE 2. TOPAZE 3. EMERAUDE 4. RUBIS 5. SAPHIR 6. ON’ ÍX 7. HYACINTHE 8. AGATE 9. AMÉTHYSTE 10. CHRYSOLITHE 11. BERYLLE 12. JASPE oïse, 28, 17-20 et 39. Odem D7N Pit’dah HTBB Bareketh DpTl Nophec ïsj Sapphir T’BD Jahaloni □bn’ Leschem D©b Sch’bo 13© Achlamah noblTN Tharschisch uyi©in Schoham DH© Jaschpeh HB©1 zéchiel, 10-13, 28, 13. Id. Id. Id. Id. Id. Id Manque Manque Manque Id. Id. Id. eptante (Moïse). ijápSioi, To-aaiov Sp-âpaySoî ’AvOpa? Sàucpatpoç ’CM ztov Aiyùpiov ’Axátq?
Ap.éOuaoç XpuaôXiOo; BïjpôXXiov ’’IaaTciî eptante (Ezéchiel). Id. Id. Id. Id. Id. Id Id. Id. Id. Id. Id. Id. vocalypse. SápSto; Id. Id. ^puaozpaaoç Id. XapSbvuÇ ’TazivQo; XaXzijSoJv Id. Id. Bi(puXXoç Id. sèphe Ant. ijapSovuÇ Id. Id. "AvOpaÇ Id. ’'OvuÇ Aiyùpoç Ayàrqç Id. Id. Id. Id. — Bell. jud. ¿jápStov To'zaÇo; Id. Id. Id. Id Aiyùptov Id. Id. Id. Id. Id. uphanius : De XII lapid. SàpStoç TopaÇiov Id. Id. Id. ’CM; 10V ’TazivOoç Id. Id. Id. Id.
Id. lia (Voir la bibliogr.) Sardius Topazius Smaragdus Carbunculus Sapphirus Onychinus Lyncurius Achates Amethystus Chrysolitus Berillus Jaspis ilgate. Id. Id. Id. Id. Id. Id Ligurius Id. Id. Chrysolithus Beryllus Id. irs. syriaque. Sumoko NpBlD Sorgo MTî Borko NpT3 NTHT Saphilo Nb’BD Nekeh’to Nnyps Koncenun pJ15p Karcedno NJTlTp IlhenlIhegloNbwi© Thorschisch ©’©Tn Berullo Nblll Jaschpeh H B©1 irs. d’Onkelos.
Samkam '¡pDD Iarkan IsmaragdinptJTBTN Barkan pT3 Schabsis “i“n© Sakalum nbniD Kincire iT>2Jp Tarkja Ni plu Id. Sram Jamma nbi □ni Burla NblH Pantire îTitaJB :rs. de Jonathan. Samuktha NDpIDD laruktha NHpT Ismorad TTIB'N Barkatha NTIpTU Saphirinon pjiTED Cadcodin ;1TOT2 Kancerinun pjirijp Parkja N’pXZ Hlien Hegel bay pÿ Id. Nbnnvpbn Apanturin piTQJBN rg. de Jérusalem. Id. Id. Smargedin Id. Simphurina Calcd^na Sosin Bdolcha En egla Id.
Brulin Margalitha rs. Cophte. CAPAINON TO1IAZION CMAPAIAOC AN0PAE CAIIH’IPOC ONIXÍON ATTIPION AXATHC AME®rCTOC XPICOAT0OC BHPIAAION Acmc rs. arabe. Jakuth achmar Azpnar Samurod Cochli Malia (alballur) Bahratnan Gasali’ Sebog Pirusag Asrak Ballar Jaschaph rs. persane. Jakuth Laal Smorad Caugeschem Lassurad Aimas (diamant) leschem Scheber Pirusah Marvarid Ballur Jidschedeh rs.
Samaritaine (28). pTOD pBD popan msn □on □loin pli’ pT P’F’ inijt 13N 1311V (39). □TN nom plTN TN2J7 1127 inly plDD ¿DD pDpDD □12V D:>y D2D2V bboth. Glossa magna. Sardanegin Pit’dah Ismaragdin Cochalim Sanplicrinon Bardi P Djakinthin Acatiin llamisin Krumtasin Pralukin Margalithoth dex Venelus Villois. KpoüaaXXoç Sp.àpay8oç ’AvûpaÇ Sàçstpo; "CM? TàztvOo; ’A/ári)? ’Au.c'0'jarot; Xpuao'XuQoç Manque "IaoTîiî ich. (Itala').
Sardius Topazius Smaragdius Carbunculus Sapphirus Onychinus Ligurius Achates Amethystus Chrysolith Berillus Jaspis — ( Vulgate). Id. Id. Id. Id. Id. Ony K Manque Manque Manque Chrysolithus Id. Id. — (Syriaqne). Sordun Krustallos Smorgodo manque Saphilo îdargor itho Manque Karcedno Manque Manque Berullo Zjaspun — (Arabe). Suwarda Pittah Smarda Id. Sabardscheda Barali aan Dschasaha Saiclia Pirusadscha Manque Ballur Juszpa — (Chaldaïque)v.iig.
12 Samkan Iarkan Ismargdin Barkan Schibses Sabha om Manque Manque Manque Crum Jamma Burla Pantherin phr. Chald. du Cantlq. 5, 14. Achmor Topag Ismorad Codiale Espor Bark m Gihar Akik Prosag Meribag Birla Apantor ■s. Luther. Sarder Topaser Smaragd Rubin Sapphir Demi Ht Lynkurer Achat Amethyst Türkis Onycli Jaspis - !
ORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE-CROIX l6l précieuses, intitulés AtOtxcc ; voir l”Op<péwç feav-a, Lipsiæ, 1764, in-8. Téophraste : IIsplÂiÔwv. Hill a divisé le texte en para graphes dans son édition de Londres, 17466t 1772, in-8; A.-H. Baumgartuer a suivi cette division (Nü remberg, 1770, in-8), tandis que J. de Laet donne le texte ininterrompu : De gemmis, Lugdun. Batav. 1677, in-8.
Pline l’Ancien, au livre XXXVII de son Hist, nat., traite des pierres précieuses ; une bonne édition est celle de Harduin, Paris, 1741, in-f°. C. Jul. Solin l’a résumé; Psellus donne un traité grec sur les vertus des pierres (xie siècle). Isidore de Séville a rassemblé pas mal de documents sur les pierres précieuses dans YOriginum seu etymologiarum libros XX. Marbodus, évêque de Rennes : Liber lapidum seu de gemmis, éd. Joh.
Beckmann, Gottingue, 1799. Jo. Braunius : De vestitu sacerdotum Hebrceorum. Amsterdam, 1680, in-4. Vateluis : Dec. X exerc. VIH, deJaspide. S. S. M. Hiller : Tractatus de gemmis XII in pectorali pontificum Hebrœorum. Tubingue, 1698, in-8. Lundii : Jüdische Heiligthumer, Hamburg. 1701. Scheuchzer : Physica sacra. Augsburg, 1731, in-f°.— (Voir pour les autres auteurs la —.) Fabricii : Bibliographia antiquaria,édit. Schaffausen. Hamburg, 1701, p. 5oi et suiv. Brückmann : Abhandlung von den Edelsteinen. Braunschweig, 1773, in-8. 6
162 L INITIATION Joh. Beckmann: 'Beitrage ^urGeschischte der Erfin dungen. Leipzig, 1782. Joh. Beckmann : Vollständige Geschichte der Erfin dungen. Zürich, 1786, in-f“. Joh. Beckmann : Anmerkungen yum Marbodus. 1799Gurlitt : Progr. über die GeniwienAwzirfe.Magdebourg, 1798. Wiedemann : Handbuch des orygnostischen Theils der Minéralogie. Leipzig, 1794, in-8. Emmerling : Lehrbuch der Mineralogie.
Giessen, 1793, in-8, 3 vol. De Launay : Minéralogie des Anciens, Bruxelles, i8o3, in-8. Hoffmann et Breithaupt: Handbuch der minéralogie. Fribourg, 1815-1817, 4 vol. Joh.de Laet : Gemmarum 7ffsZ.,Lugduni Batavorum, 1647, in-8. Joh. de Laet : De gemmis quibus prcemittitur Theo phrastus. Lugduni Batav., 1647. Deux mémoires sur l’améthyste dans 17/zsi. de l'Aca démie des Inscript, t. III, 268, et t. XXXVI, 18. Lippert : Dactyliotheka.
Zappe : Mineralogisches Handlexikon. Wien, 1817, in-8. Hauy : Traité des caractères physiques des pierresprécieuses. Paris, 1817, in-8. Fladung : Ueber die Edelsteine. Pesth, 1819. Winckelmann : Description des pierres gravées de la collection du baron Stosch. Florence, 1760, jn-4, traduit par Schlichtegroll : Dactyliotheca.
ORDRE KABBALISTIQUE.DE LA ROSE-CROIX l63 Stoschiana, un vol. gr. in-f° avec grav. Voir aussi des autres ouvrages. CONCLUSION La partie matérielle, le « corps »de la question, a, on le voit, été l’objet d’investigations nombreuses, et est par conséquent bien connu; son rôle, sa vie, n’a guère donné lieu à plus de recherche. Mais ce qui n’a pas encore, du moins à ma connaissance, été entre pris, c’est la description du symbolismede ces pierres.
Aucunexégètenes’estoccupé de la signification des vête ments du Grand-Prêtre.Quelques rares kabbalistes ont .seuls écrit quelques lignes là-dessus. Pourtant,Moïse, l’auteur de tout ce rituel, ne l’a pas fait sans raison ; et le savant colossal qui a écrit le Berœshit a dû ca cher sous ces noms de Schesch, d’Ephod, d’Urim, de Thumim des notions physiogoniques ou cosmo goniques d’un intérêt incontestable.
Analyser tous ces mots par leur décomposition en signes, compa rer la matière de ces vêtements avec les fonctions sa cerdotales ; retrouver le rang des douze pierres sur leur tablette, comparer leurs hiéroglyphes avec ceux des douze patriarches d’Israël, voilà, en peu de mots, ce qu’il y aurait à faire, et ce que j’aurais fait si je n’avais pas craint de dépasser les bornes qui m’ont été prescrites.
Telles qu’elles sont, ces quelques pages suffiront, je l’espère, à donner, sur la question toute spéciale qui y est traitée, des notions assez précises.
PARTIE LITTÉRAIRE Mai ®’Am©ük i Jeanne s’en allait là-bas dans le chemin, la tête hautaine au masque de mépris, pourtant une certaine hésitation dans la démarche.
Ainsi, Jacques l’avait poursuivie si longtemps, essayant de faire passer dans, la douceur de ses regards toutes les caresses que son cœur gardait pour elle, humble et petit, pour en ar river à se faire brutalement chasser par cette phrase, si absurde dans la bouche d’une femme qu’on aime : « Je suis mère ! » Pourtant elle avait paru l’encoura ger, souvent elle avait souri tendrement à ses tendres regards d’amour, souvent elle avait été bonne pour lui.
Mère ! oui, elle était mère, mais était-ce pour ce pâle enfant de sept ans, dont la vie semblait un souffle, qu’elle devait rendre un si brutal arrêt? Une révolte sourde naissait dans le cœur de Jacques ; il se prenait à haïr cet enfant, qui ne lui avait rien fait et qui allait mourir.
LE MAL D’AMOUR i65 Il se rappelait : Une fois, dans la châtaigneraie qui se découpait là-haut sous le couchant, au sommet du coteau, il s’était blotti derrière un tronc noueux en apercevant Jeanne. Là passait le chemin qui condui sait à son cottage, et il n’était pas rare de la voir errer silencieusement, plongée dans d’obscures pensées. Et, ce jour-là, il s’était blotti derrière un arbre pour l’ad mirer.
Et elle venait lentement, lentement; puis, près de lui, sans le soupçonner, elle s’était assise sur un banc grossier, dans une attitude pensive, et elle tressaillait doucement. Derrière elle, il avait avancé prudemment la tête, et il voyait, rempli d’un muet effroi, les fins cheveux et la nuque blanche, pris d’une tentation irrésistible.
Une odeur capiteuse montait de cette radieuse tête de femme ; il fut obligé de se retenir à l’arbre : il était gris. Oh ! l’invincible folie que l’amour ! Il n’avait pu s’empêcher de ravir un baiser à cette nuque blanche !
Alors, oh ! il se rappelait maintenant tous les dé tails relie avait poussé un cri d’émoi; mais, envoyant le téméraire, son visage avait paru rayonner d’une indicible mais furtive joie, immédiatement sui vie d’un regard de hautaine colère. — Il avait rampé, demandé grâce, il l’aimait tant ! Elle avait souri de nouveau et l’avait consolé, en le nommant familière ment Jacques, son petit nom.
Il avait osé, que n’ose pas la passion éperdue ! la nommer Jeanne. Elle avait tout pardonné, et, laissant sa main aux lèvres du pauvre amoureux, elle lui avait ainsi permis d’es pérer. Oh ! que ce jour était loin ! Depuis, ellel’avait traité
i66 l’initiation avec une rigueur dure, comme une mère offensée de cette muette adoration. Et lui s’était courbé, avili, pour se faire plus petit que l’enfant, et avoir ainsi une humble place dans ce cœur orgueilleux. Et aujourd’hui, plus rien. D’un ton qui ne laissait aucun espoir, elle lui avait dit de ne plus lui parler, c’était fini. Et longtemps il la regarda qui s’en allait d’une démarche à la fois fière et hésitante.
Avant de dis paraître, elle tourna la tête pour le voir encore. II Que les jours lui parurent longs ! Il se sentait brûler du désir fou delà revoir, et pourtant il n’osait pas, il avait peur de lui déplaire. Malheureux Jacques !
Peu à peu cependant il avança près du chemin étroit où elle passait chaque jour, et un beau soir il eut le contente ment ineffable d’apercevoir la mince silhouette de celle qui traînait son cœur passer en rêvant sur le ciel rougi. Lorsqu’il eut osé venir chaque après-midi jusqu’à la limite du bois qui noircissait le vallon, il s’arrêta, pensant qu’il serait téméraire d’aller plus avant.
Là, il restait deux, trois heures à piétiner dans les feuilles sèches, brûlant de fièvre de voir Jeanne apparaître, et lorsqu’enfin elle était venue et qu’elle s’était assise là-haut dans la châtaigneraie, sur le banc où il lui avait ravi ce baiser qui lui brûlait encore les lèvres, il restait immobile à la contempler, furieux, et les tempes
l’ange de la prière 167 battantes, de cette âpre fureur de ne pouvoir la posséder que par la force brutale, de cette crainte éper due de lui déplaire. Et quand Jeanne partait, Jacques se cramponnait aux arbres pour ne pas bondir après elle, sentant que son cœur s’en allait de sa poitrine pour la suivre. (A suivre).
VISIONS MYSTIQUES ANGE DE LA Des musiques d’argent chantent dans la lumière, Et le soupir ailé s’en va, rêve ou prière, Dans les floraisons d’or des firmaments d’azur. Au loin, l’ange a passé modulant un chant pur, Et ses doigts rayonnants ont tressé des guirlandes. Il est sorti, tout blanc, de la nuit des légendes, Et les Vierges l'on vu traverser le ciel bleu Comme un flocon poussé par le souffle de Dieu.
Il est entré, sans bruit, dans l’église gothique, Et les Saints, endormis en un repos mystique, Ont ouvert leurs yeux d’or au fond des clairs vitraux, On a vu resplendir l’autel et les émaux Comme aux temps des Hébreux reluisait l’arche sainte. On entend le bruit lent d’une cloche qui tinte. Dans les bras d’une Vierge un Enfant-Dieu sourit.
Tout ému, le vieux prêtre, interrompant le rit, Voit, porté par les chants, l’encens et la lumière, Planer sur l’ostensoir l’Ange de la Prière. Ivan Dietschine.
BIBLIOGRAPHIE Charles Fauvety. — Nouvelle Révélation. — La Vie. — Méthode de la Connaissance. — En vente à la librairie du Merveilleux, 1892, in-iôde xlvii-245 pages.
Le philosophe estimé qui est l’auteur de ce petit livre se donne pour tâche d’exposer une conception générale du monde et de la vie ; il commence par montrer l’insuffisance de ce que nous enseigne làdessus le catéchisme chrétien, et en général les défauts de toutes les religions passées (1).
Puis, il nous pro pose une nouvelle révélation, qui « n’a rien de sur naturel, rien de miraculeux; elle est, en outre, aussi impersonnelle que possible, car elle éclate de toute part ; et pour la faire se manifester au grand jour, il suffit d’interroger l’esprit humain au point où il est arrivé de son développement, et d’accoucher les âmes. » « Accoucher les âmes ! » La belle expression !
Comme elle montre bien la science profonde de celui (1) Cependant, que M. Fauvety me permette de protester contre ses opinions sur les Anciens : « Ils n’avaient pas idée de l’immensité de l’Univers » ;— et les cosmologies égyptienne et indoue ? — « le monde chez eux était censé n’avoir guère plus de quatre mille ans d’existence », — et Manéthon, et les Brames, et Arrien ? — « les Grecs ne s’étaient pas élevés jusqu’à la conception de l'Unité divine », et les mystères d'Eleusis? Je suis d’ailleurs de son avis s’il ne veut parler que des croyances exotériques.
LA VIE 169 qui l’a dit et son expérience dans la direction intellec tuelle. Mais voyons la façon dont M. Fauvety nous pré sente cette « impersonnelle » Révélation. En quelques constatations rigoureusement logiques, nous sommes amenés à la vraie notion de l’Etre.
« Cette notion, qui s’applique à tous les êtres particu liers comme à Dieu, l’Etre qui les contient tous, pré sente trois aspects : Le Moi, le Non-Moi, et le Rap port, ou le sujet, Y Objet et les Relations qui unissent ces deux termes. » Si donc, d’autre part, l’Univers est une grande vérité, comme dit d’Alembert, la vie de chaque être qui le compose est à la fois subjective, objective, et relative : l’Univers, conséquemment, « est un corps animé et vivant, un être organisé. » Or, « tout être organisé, dit Cuvier, forme un ensemble, un système unique dont toutes les parties se correspondent mu tuellement en coucourant à la même action défi nitive par une action réciproque».
Le monde se meut donc par sa force propre, et c’est cette force qui est la Vie, par qui tous les êtres communient en l’Etre universel. Nous avons trouvé le ressort occulte de l’Univers : circulus ininterrompu des forces, « moyens de rapport entre le Moi et le Non-Moi », lien entre l’Etre uni versel et les êtres.
La mort n’est que la rupture des rapports du sujet avec les objets « qui lui constituaient le milieu nécessaire à son entretien » ; ce n’est là qu’un changement de mode. M. Fauvety, on le voit, conçoit la vie comme « le principe autonome de
170 l’initiation mouvement qui anime tous les êtres ». L’hypothèse de Newton est à rejeter, dès lors, ainsi que l’anthro pomorphisme des Juifs, et la conception du Dieu extérieur à l’Univers.
Une suite logique de ces principes est la représen tation de l’homme comme microcosme, — et la pos sibilité qu’il a de communier avec la raison éternelle, « en vibrant à l’unisson de la vie universelle », c’està-dire « en suivant la logique infaillible de son per pétuel devenir tel qu’il est représenté à nos sens et à notre raison par l’universelle harmonie des choses ».
On le voit, cette révélation est littéralement l’ésoté risme de Moïse, tel qu’il est caché sous le triple voile du Sepher, tel que l’ont prêché les brahmes et les buddhistes, les initiés de Mitzra et ceux de l’Iran, les Gnostiques et les Hermétiques.
M. Fauvety affirme encore cet acroamatisme lorsqu’il retrouve, dans la vie de la Terre, le phénomène universel, « soit ce double mouvement d’inspiration et d’expiration, de systole et de diastole, qui devient, dans le Cosmos, le mouve ment centripète et centrifuge ». Et cette phrase, extraite du chapitre suivant, ne la dirait-on pas tra duite de la Genèse : « La création appartient au domaine de l’idée ; elle est absolue.
La réalisation évolutive est toujours relative aux milieux. » Ce mot d’évolution me ramène au chapitre v, où est exposé le but de la vie: la perfection, dans la plé nitude de l’existence ; — définition qui annule le problème du mal, en montrant la relativité comme l’es sence de ce dernier, et le néant comme son origine et comme sa fin. A mon grand regret, je suis obligé de
LA VIE 171 passer rapidement ces nobles pages, remplies d’une si haute phisolophie, et d’une exposition si claire, et impitoyable parfois, des faiblesses de l’enseignement de l’Eglise pour nos curiosités et nos aspirations actuelles. La seconde partie de l’œuvre s’ouvre; c’est la mé thode de la connaissance, — méthode qualifiée non d’expérimentale, mais à.’intégrale.
Voici ses règles : soumettre toutes nos impressions, toutes nos notions au contrôle de la raison et réunir les procédés d’in vestigation inductifs, positifs, expérimentaux aux procédés déductifs, spéculatifs, géométriques, « péné trant ainsi l’invisible par le visible et fournissant à l’esprit humain une norme pour la vérité et des cri tères de certitude. » Qui ne reconnaît là, décrite en termes presque identiques, la méthode particulière aux sciences occultes que les magistes ont qualifiée d’analogique ?
La réalité du moi conscient : tel est le point de départ de la connaissance ; d’elle découle irrésistible ment la réalité de l’objectif, du Non-Moi. Tout ce qui existe réellement est vrai ; la connaissance de la vérité revient donc à l’observation, intelligemment dirigée.
L’observation des faits nous 'en découvre, par la généralisation, les lois, c’est-à-dire « les formules rationnelles qui, dans chaque ordre de phénomènes, ramènent à l’unité la diversité des rapports de même nature ». Ainsi s’expliquent le mouvement perpétuel de la création incessante, l’enchaînement ininterrompu des
l’initiation effets et des causes qui, dans le monde physique, con servent l’Univers, dans le monde moral maintiennent les sociétés. M. Fauvety appelle principes les lois du monde moral ; il reconnaît la nécessité d’une science des principes, qui s’édifierait au moyen du critère rationnel de certitude.
Ce procédé consiste en « l’u niversalisation par la pensée de toute notion, toute idée, tout concept d’un fait qu’on prétend donner comme une loi de la conscience ou comme un prin cipe fondamental. Si on reconnaît alors que l’on peut concevoir ce fait comme s’étendant jusqu’à l’universel sans rien perdre de son identité... c’est une loi, c’est un principe ».
Ce critère est appliqué par l’auteur aux principes sociaux tels que l’Ordre, la Liberté, la Justice; puis aux institutions sociales: la polygamie, le célibat, le prolétariat ; puis aux préceptes de la morale. Enfin la méthode intégrale donne lieu à une nouvelle classifi cation des connaissances humaines, que je ne puis m’empêcher de reproduire, tant elle semble avoir de liens avec l’ésotérisme, — avec la loi mystérieuse de Y Évolution de l’idée.
Tableau encyclopédique des connaissances humaines SELON LA MÉTHODE INTÉGRALE Philosophie MONDE MORAL ORDRE RATIONNEL MONDE PHYSIQUE Sociologie Economique Politique Ethique Esthétique Noologie 1 Langage Logique Mathématique (Musique) Métaphysique Noologie 1 Physico-mécanique Physico-chimie Physiologie Psychologie ¡Cosmologie | Religion 1
LA VIE 173 Enfin, l’auteur termine son livre par une magni fique étude sur la religion universelle de l’avenir, digne couronnement d’une oeuvre parfaitement pensée et généreusement écrite. Sans se réclamer d’aucune autorité traditionnelle, M. Ch.
Fauvety a retracé, d’ac cord avec le sublime prêtre d’Osiris, la création de l’Univers par adaptation, par émanations, comme diront les Gnostiques plus tard, — nous ayant tout d’abord mis sous les yeux la constitution tri-unitaire de ce Cosmos, constitution que tout le monde connaît pour être celle de la Kabbale, de l’Esotérisme indou, de l’illuminisme moderne.
Son exposé des mouve ments centripète et centrifuge, c’est toute la magie pratique : faut-il rappeler les définitions de Reuchlin, de Kircher, d’El.
Levi? — Le but de la vie, tel qu’il nous est indiqué là, n’est-ce pas celui que dévoilait le Gautama souriant à ses disciples, « la plénitude de l’existence»?Et cette négationdel’Inconnaissable, cette toute-puissance de la Volonté, c’est le cri de guerre du penseur de Kapilavot. — Le moi conscient, « point de départ de la connaissance » et le précepte du Phil.*. Inc.’. « Etudier la Nature par l’Homme», ne sont-ils pas identiques ?
N’ai-je pas entendu Wronski méditer au moyen de l’analyse ternaire les mêmes raisonne ments sur la création de la Réalité ? Enfin, cette classi fication des sciences n’est-elle pas conçue suivant le triple quaternaire qui régit, dans le Temps, l’Evolution des Faits et l’Evolution des Idées ? (1) Je saluerai donc en M. Fauvety un maître de la (1) Voiries chiffres de l’astronomie brahmanique, tous mul tiples de 12.
174 l’initiation philosophie nouvelle, dont l’intuition perçante nous fait jouir d’une échappée lumineuse sur les horizons spirituels de l’humanité, en même temps qu’elle rend un hommage éclatant à la science de nos maîtres tra ditionnels. • SÉDIR. Groupe |oépekdaht D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES Quartier Général. — Nouveaux locaux. Le Groupe vient de s’adjoindre deux nouveaux centres d’action.
Le premier est un local situé sur la rive gauche en plein Quartier latin. Ce local, mis à la disposition du Groupe et des Sociétés adhérentes par le président, prendra le nom de Salle Fabre d’Olivet. Il comprend quatre cham bres, dont deux très grandes, etservira aux examens et à certains groupes d’études. Le second est le Laboratoire d’études pratiques disposé pour les études d’astronomie et d’astrologie, d’hermé tisme et de magie.
Il comprend trois grandes pièces, dont une salle pouvant contenir trente auditeurs, et est exclu sivement réservé aux groupes fermés. Nous rappelons qu’aucun membre n’est admis à faire partie de ces grou pes avant un stage de six mois au moins. Les frais sont couverts exclusivement par les officiers des groupes inté ressés.
A ce propos, signalons les dons de plusieurs meubles faits par notre frère Quærens, pour la plus grande part, par M110 Wolska, par Marc Haven et par Papus pour le reste et la mise à notre disposition d’une lunette astronomique par M. Bussereau. Groupes d'études pour 1892-1893. Le but des Groupes d’études a paru en son entier dans le Voile d'Isis (n°88). Voici la liste des officiers du Groupe pour cette année : Marc Haven, A. François, Papus, Selva, Lucien Mau
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES I?5 chel, Julien Lejay, Emile Michelet, Augustin Chaboseau, L. Stevenard, Paul Sédir, M1Ie A. de Wolska, G. Vitoux, Jules Lermina, G. Caminade, L. Delfosse. Cette liste est établie d’après les numéros d’ordre des Groupes. D’autre part, voici quels sont les directeurs des sections : M. L.
Lemerle pour les études pratiques, Sta nislas de Guaita pour les études théoriques et le Comité de direction du Groupe pour la propagande. Groupe n° 4 Paris, 18 octobre 1892. Monsieur le Directeur, L.e Groupe n° 4 a repris ses études du spiritisme.
Après avoir essayé infructueusement, pendantplusieurs séances, de provoquer les phénomènes de déplacements sans contact dans une salle éclairée par une faible lueur violette, nous avons dû recourir aux anciens errements et nous replonger dans l’obscurité la plus complète. Notre dernière séance a eu lieu le 11 octobre, à neuf heures. L’assistance se composait de neuf personnes, dont trois médiums.
Tout d’abord, après la prière d’usage, nous reçûmes, en lumière, par l’écriture mécanique, les instructions nécessaires pour la séance obscure ; puis on enleva la lumière. Les phénomènes qui se produisirent alors furent les suivants : Nombreux déplacements sans contact, projection de fleurs sur deux assistants; enlèvement, à une grande hau teur, d’une table en contact avec deux médiums. Repos de quelques minutes, en lumière.
Nouvelle séance obscure. Cette fois, les phénomènes constatés au cours de notre séance du 7 mars se reproduisent: Les chaises de deux médiums, Mm#s O... et C..., sont, ainsi que la mienne, tirées assez fortement; puis, un bruit semblable à une petite décharge électrique se
176 l’initiation fait entendre au-dessus de la tête des médiums placés à côté l’un de l’autre. Nous obtenons, de cette manière (en adoptant une décharge pour A, deux pour B, etc.) des communications très intéressantes. L’intelligence qui se manifeste ainsi affirme avoir vécu, sur la terre, dans un corps humain. Interrogée sur la manière dont se produisent les phénomènes, elle se tait. La séance spirite est levée à onze heures.
Après cette séance, nous tentons, avec succès, quelques expériences de magnétisme d’une pièce à l’autre, toutes portes closes. Veuillez recevoir, Monsieur,le Directeur, l’assurance de mon entier dévouement. A.
François. ©GGïJLTOœ MWS EXTÉRIEUR Province (France) Nous recevons de notre groupe de Montpellier les rensei gnements suivants : Monsieur Parus, J’ai l’honneur de vous adresser quelques observations que nous avons faites dans un groupe d’amis tous occul tistes, et en partie membres du groupe ésotérique de Montpellier, parfaitement sérieux avec un contrôle ri goureux.
Nous étions cinq autour d’une table ronde faisant l'évocation comme elle se fait d’habitude dans les séances de spiritisme. Après quelque minutes d’attente, des bruits secs ne tardent pas à se faire entendre dans la table; nous demandons qui est là : c’est l’esprit familier qui vient à chaque séance.
Après quelques demandes suivies de ré ponses assez satisfaisantes, nous lui demandons s’il peut arrêter le balancier d’une pendule qui se trouve sur une cheminée à un mètre de la table.
OCCULTISME PRATIQUE I?7 Réponse affirmative. Nous attendons : la pendule ne s’arrête pas. Alors je: me lève de la table, je fais des passes magnétiques sur la pendule, puis je place les mains une de chaque côté du balancier à distance de dix à quinze centimètres avec la volonté persistante de m’opposer au mouvement de va-et-vient. Le tic-tac du balancier devient irrégulier et s’arrête. Est-ce l’esprit? je ne le crois pas.
Je crois plutôt que la concentration de la volonté se rait une des causes de l’extériorisation de la force psy chique qui agit directement sur le balancier ; les expé riences de W. Crookes nous l’ont assez démontré. Il est certain que M. Home agissait aussi avec volonté, pour extérioriser sa force psychique, ce qui a étonné le monde savant.
Après avoir répété l’expérience, sans avoir recours à l’évocation spirite qui est fort inutile, nous sommes passés à tour de rôle tous les cinq : les quatre premiers sont restés un quart d’heure à vingt minutes sans résultats; enfin le cinquième obtint un succès, et resta seulement dix minutes ; jele crois plus sensitif que les autres.
Je ferai observer à M. Papus qu’aucun de nous n’est nul lement médium : de là nous avons conclu que presque tout le monde peut facilement en faire autant sans être absolument médium. Puisque la médiumnité est à l’état latent chez tous, il s’agit de la développer par des exercices de ce genre. J’avouerai que l’expérience est un peu fatigante, mais on n’a rien sans peine. C.
Bourguet, Membre du Groupe indépendant' d'Études ésotériques de Mont pellier. Etranger (Pologne occidentale). Notre délégué général, M. le Dr Czinski, actuellement en tournée de propagande dans la Pologne occidentale (duchéde Posen), a réussi, malgré de violentes luttes de presse, à établir une représentation active et sérieuse de: l’occultisme dans ces régions.
l’initiation ri 78 Une nouvelle branche du Groupe a été établie par lui ,à Thorn, la patrie du grand Copernic, une autre branche à Svoda et une troisième à Posen. Dans cette dernière ville, les journaux cléricaux ont fait une campagne acharnée qui n’a pas empêché la réussite de l’occultisme, défendu par la presse libérale. A la suite de ces succès, le Comité de Direction du Groupe a décidé de délivrer un nouveau diplôme d’hon neur au Dc Czinski.
Branche Kumris (Bruxelles) ORDRE DU JOUR N° 3s DISPOSITIONS COMPLÉMENTAIRES N° 28. Les études se poursuivent selon l’ordre déter miné à la fin de chaque séance. Le rapporteur de chaque étude en expose le sujet. N° 29. Le Comité directeur du quartier général ins titue un Conseil kymrique destiné à conserver les tradi tions du Groupe. Ce Conseil est réuni et composé par le délégué quand et comme les circonstances l’exigent.
Les nominations ex en général toutes les dispositions complémentaires sont prises par lui de façon à revêtir un caractère collectif et impersonnel (par ordre). N° 3o.
Le Conseil kymrique (sauf dispositions ulté rieures), Vu les articles 3, 21 et l’ordre du jour 29, Arrête : L’article 21 est ainsi modifié et complété : Vu l’extension des études ; Vu la sélection croissante manifestée dans le Groupe; Vu la nécessité de diviser le travail, conformément à la diversité des intérêts pour une étude plus rapide en -des réunions plus fréquentes,
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES 17g Il est institué, au sein de Kvmris, les sections sui vantes : A Paracelse. S3 Magie-Kabbale. MM. Gilkin. (Réalisation) BC Ram. s ! provis. (Adaptation) g f réunies s .s D Van Helmont. g (Pratique) | E Fabre (Théorie) Astrologie. Physiognomonie. Psychométrie. Télépathie. Hypnotisme.
Magnétisme. ^.•3 Les vers dorés py2'1 thagoriciens de .s“ Lysis, par Fabre d’Olivetettoutes S -s les question qui s’y rattachent. Lijau. Léo de Morville Sigogne. Les membres sont nommés dans les sections par lesdirecteurs.
L’économie de chaque section est indépendante, sauf’ le respect des dispositions générales, de l’homogénéité du Groupe qui ne doit en rien être compromise et du programme d’études, l’obligation des rapports vis-à-vis de la collectivité sociale et l’exclusion de toute personneétrangère au Groupe. Les rapports sont classés comme cahiers kymriques (voir art. 26) après approbation du Conseil.
Un rapport général est adressé au Centre au mois de juin de chaqueannée. Les sections font numéroter leurs études à l’ordre du jour de la Branche. Le reste de l’article 21 continue à sortir ses effets pour les séances plénières. L’article 2 3 est rapporté. Le Conseil. SOCIÉTÉS ADHÉRENTES ORDRE KABBALIST1QUE DE LA ROSE-CROIX RÈGLEMENT DU SUPRÊME CONSEIL A. — Le Suprême Conseil comprend trois chambres
l'initiation Ja Chambre de Direction, la Chambre de Justice et la Chambre d’Administration. § Ier. Art. Ier. — La Chambre de Direction se compose de trois membres : le fondateur et deux membres nom més par lui pour dix ans. Art. 2. — La Chambre de Direction a tous pouvoirs pour diriger l’Ordre, pour établir les règlements de ¡’Ordre, les modifier ou les renouveler. Art.
3. — La Chambre de Direction nomme tous les ■autres membres du Suprême Conseil. Art. 4. — En cas de contestation quelconque, la Chambre de Direction est arbitre de droit. Art. 5. — Elle enregistre tous les actes qui devront, pour être valables, porter la signature du président et du délégué général, ainsi que les cachets de l’Ordre. § 2. Art. 6. — La Chambre de Justice constitue le Tri bunal de l’Ordre.
Elle se compose de trois membres nommés pour deux ans par la Chambre de Direction. Art. 7. — Tout R-j-C accusé d’avoir enfreint les règle ments sera admis à s’expliquer devant la Chambre de Justice, ou, dans les cas graves, devant le Suprême Con seil, toutes Chambres réunies. Art. 8. — Dans les cas les moins sérieux, il sera cha ritablement réprimandé; il peut même être suspendu. Pour les délits les plus graves, il est passible d’exclu sion.
Art. 9. — La Chambre de Justice, plénière ou non, ne peut être saisie d’une plainte que par l’intermédiaire de •la Chambre de Direction, qui joue en ce cas le rôle de Chambre des mises en accusation. En effet, dès qu’une plainte est formulée contre un R-j-C, la Chambre de Direction examine s’il y a lieu ou non de suivre l’affaire.
Si la chose est de peu de conséquence, le président ou l’un des membres du Suprême Conseil, délégué à cet effet, admonestera en secret le délinquant. Le délit semble-t-il d’importance ? la Chambre de Direction ren verra ledit inculpé devant la Chambre de Justice, ou devant la Cour plénière du Suprême Conseil, s’il y va ■des intérêts généraux de l’Ordre. Art. 10. — Dans les cas où la plainte émanant d’un
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES l8l RfC est évidemment dénuée de tout fondement, la Chambre de Direction aura à examiner si le plaignant a sciemment calomnié son frère. Dans cette hypothèse, la Chambre de Direction peut décider que ledit dénoncia teur sera traduit devant la Chambre de Justice, pour s’entendre condamner à la peine qui eût été portée contre le frère indûment accusé par lui. § 3.
Art. il. — La Chambre d'Administration con trôle tout ce qui a trait à l’administration de l’Ordre. Elle délègue un ou plusieurs membres pour remplir les différentes fonctions qui lui incombent (Finances, Archives, Secrétariat). Art. 12.— Jamais, sous quelque prétexte que ce puisse être, une somme quelconque ne saurait être perçue, comme droit d’initiation, frais d’examen, de diplôme, etc...
Art. i3. — Les frais généraux sont soldés sur une caisse uniquement alimentée en principe par les dons volontaires des membres du Suprême Conseil. Art. 14. — On décidera, le cas échéant, si l’on doit accepter les dons d’autres frères que les membres du Suprême Conseil.
Ces dons ne pourront du moins être reçus que sur autorisation formelle du président dans le Conseil ; ils seront encaissés sous le contrôle de la Chambre d'administration dudit Conseil. Art. i5. — Le Suprême Conseil, toutes chambres réu nies, constitue la cour plénière du Suprême Conseil, (en action. §4. Art. 16.— Pour le mode d’entrée des membres dans l’Ordre, voir le règlement antérieur (Initiation, avril 1892).
Le résultat de l’enquête est transmis) à la Chambre de Direction qui décide de l’admission ou du rejet de la requête du postulant. Art. 17.—Cas d’exclusion ou de refus d’initiation. Ne peuvent être affiliés, à moins d’une dispense spéciale, tout exceptionnelle, les tenants de certaines industries, tels que logeurs, hôteliers, cafetiers, bookmakers, etc., ainsi que les somnambules ou spirites pratiquant pour de l’argent.
La dispense ne peut être accordée, en des cas très rares, que si le candidat irrégulier a rendu à l’Ordre un service notable, ou lutté utilement, et d’une
182 l’initiation sorte suivie, pour la propagation de nos doctrines* Art. 18. — Après avis de la Chambre de Direction, le candidat est admis à l’examen ; au début de l’examen, le président du jury lui donne connaissance des règlements généraux et des engagements qu’il doit prendre visà-vis de l’Ordre. Art. 19. — Pour le programme des examens, voir l'initiation (avril et août 1892). Art.
20. — Le jury d’examen est nommé par la Chambre de Direction, à laquelle doit appartenir au moins un des trois membres qui le composent. Dans un cas de nécessité absolue, un membre de la Chambre de Direction peut représenter le jury à lui seul, mais sous condition de faire valider les diplômes délivrés par qui de droit. Art.
21. — Après l’examen, le jury délibère sur l’ad mission ou l’ajournement du candidat, suivant ses notes, et lui fait connaître sa décision. ORDRE KABB.*. DE LA ROSE f CROIX C’est par suite d’une regrettable erreur que l’article publié dans notre numéro d’octobre sous ce titre : la Gnose de Valentin est signé L. Lézard.
L’auteur de ce remarquable travail (composition écrite pour le grade de licence en Kabbale) est M. Léonce Cézard, licencié en droit et Rose f Croix, du deuxième degré. La force psychique serait-elle le diable ? Il est des moments où on pourrait le croire.
Depuis près de deux ans on n’entend parler que de ses fredaines : à Paris, dans les départements, en Angleterre, en Italie, en Amé rique, par toute la terre, les journaux ont leurs colonnes pleines de ses faits et gestes.
Voici une petite historiette que j’extrais d’un article très intéressant du docteur Olinto del Torto qui a paru dans un journal très scienOCCULTISME PRATIQUE l83 tifique et très sérieux, Il Magnetismo ed Ipnotismo qui se publie à Florence.
« Il y a trois ans, écrit l’auteur de l’article, — je ne fais .que le traduire, — il y a trois ans, il arriva à Florence, près de Porta-San-Gallo, un événement quasi-surnaturel dont l’autorité dut s’occuper. < C’était un soir, dans une maison où tout était plongé dans le silence; la domestique était rentrée dans sa ■chambre et sur le point de se mettre au lit. Tout à coup la sonnette placée au-dessus de sa tête retentit.
S’imagi nant que sa maîtresse l’appelait, elle s’empressa d’accou rir et lui demanda si elle avait besoin de ses services. ■< — Je n’ai besoin de rien, répondit la maîtresse, je ne « vous ai point sonnée. » La pauvre fille tout abasourdie retourna à sa chambre et jeta les yeux sur la sonnette. Celle-ci se fit entendre de nouveau. La servante eut ¡grand’peur; néanmoins elle éteignit sa bougie et se cou cha.
La sonnette ne bougea plus de la soirée, mais, le lendemain, elle se remit à carillonner. Vainement on coupa les fils : son tintamarre n’en fut pas moins assour dissant. On eut recours alors à l’autorité... mais la dia bolique sonnette, en présence de ses représentants, n’en fut que plus tapageuse. Enfin, ceux qui habitaient l’ap partement, résolus d’en finir, décidèrent de transporter .ailleurs leurs pénates.
Malgré cette mesure de précaution, la sonnette continua de prendre ses ébats dans la nou velle habitation. Un médecin qui visitait la maison remarqua que l’incorrigible sonnette renouvelait son sabbat chaque fois que la domestique dirigeait ses yeux sur elle.
En effet, c’était là la vraie cause de la sonnerie. On donna congé à la domestique inconsciente ; celle-ci partie, la cause ayant cessé d’exister, l’effet cessa et la sonnette redevint, comme avant, raisonnable et muette. » La pauvre fille, à qui les caprices de la malencontreuse sonnette firent perdre sa place, se trouvait être sensitive au suprême degré.
Elle projetait hors de son corps, à son insu, une certaine somme de force psychique, et lorsque, sans le vouloir, elle tournait ses regards vers la sonnette, les effluves qui jaillissaient de ses yeux la fai saient mouvoir. Un spirite rie manquerait pas de dire qu’une intelli
l’initiation 184 gence malicieuse errante dans l’ambiant s'emparait de la force que l’innocente fille dégageait de son corps et s’en servait pour agiter la sonnette et la faire retentir. Ce spirite aurait-il tort? Je n’en suis pas bien convaincu, car, par moments, la force psychique semble employée et dirigée par une intelligence.
La société dialectique de Londres, qui se compose des premiers savants de l’An gleterre, a fait sur la force psychique des expériences aussi curieuses que concluantes, et, dans un rapport où elle constate ses merveilleux effets, elle reconnaît qu’il ne serait pas impossible que cette force mystérieuse fût dirigée dans certaines circonstances par une intelligence. C’est une question qui mérite d’être sérieusement étudiée.
Horace Pelletier, Correspondant du Groupe indépendant d’Études éso tériques. Jules Bois. Les Noces de Sathan (drame ésotérique) avec un dessin de M. Henri Colas. Paris, Chamuel, i8g2, une pla quette in-18, papier de luxe, 36 pages. L’œuvre dramatique du rédacteur de ï'Etoile a été jouée au théâtre d’Art,le 3o mars dernier.
La partie iné dite de ce livret, c’est donc les considérations que l'au teur a insérées en tête, sur le Symbolisme des Noces de Sathan et le drame ésotérique. « Il y a deux sortes de théâtres, comme il y a deux sortes d’âmes, nous dit le poète : le théâtre de Melpomène et le théâtre d’Hermès. Sur la scène de Melpomène triomphent la fatalité et les passions... la bacchante, qui incarne les plus égoïstes instincts inférieurs...
Quand l’âme inférieure s’endort, lasse de s’être avilie, l’autre âme s'éveille, celle qui pleure des larmes de noblesse et qui porte à son front une nostalgie de l’idéal qui s’appelle le Repentir. » C’est sa voix qui retentissait dans les chœurs ramiques ; dans les rites de Tempé, c’est sa culture que pratiquait l’ini tiation égyptienne.
COURRIER BIBLIOGRAPHIQUE 185 Les Noces de Sathan tentent, de l’aveu même de l'au teur, la réalisation des promesses ésotériques incluses dans les Noces de Pluton et de Perséphone. Au Temple de la bonne déesse, Perséphone-Psyché « passait du noir Pluton au radieux Dionysios » ;« et un décourage ment immense nous gagne à cette indéfectible loi cy clique par laquelle nous ne serions jamais totalement damnés ou sauvés ».
Car, depuis la venue du Christ, il semble à M. Jules Bois que < la loi de l’amour et du salut radical prime désormais... la loi de l’involution et de l’évolution. »Je ne sais si )e comprends à côté, mais il me semble que, cette dernière étant la cause, étant l’exis tence même de la Vie, du Kosmos, il ne peut y avoir de loi au-dessus d’elle; que si, pour rester dans le monde humain, quelques privilégiés gravissent plus rapidement que la masse, par la puissancede désirqu’ilscontiennent, de semblables Volontés existaient avant le Christ ; et que la venue même de Jésus concorde avec une phase de l’Evolution sans en modifier pour cela le cours.
D’ail leurs, cette « alternative de jour et de ténèbres, d’enfer et de ciel... » n’est régulière que considérée comme tra jectoire d’une hélice à surface conique, et non comme spirale plane. Ce qui peut être affirmé c’est que« le salut viendra par la Femme et l’intuition. » Cette phrase est elle-même une intuition, dont les conséquences étonneraient par leur profondeur le méditatif assez puissant pour les con cevoir et les réaliser toutes.
La Psyché de M. Bois, c’est donc la Femme qui sait, vierge de cœur, vierge de corps, mais non d’esprit ; « elle symbolise cette rédemp tion par la pureté violente, qui n’a pas peur, parce qu’elle l’a spiritualisé du baiser. » Celui à qui il est destiné, ce baiser, n’est pas le Satan kabbalistique, le AtaêoXoç, «c’est l’Humanité palpitante d’inquiétude et de révolte, toute transfigurée par le pres tige des pervers désirs,... c’est l’Ennuyé, c’est le Désa busé », c’est ... l’artiste et le dilettante qui froisse Les étoiles avec des doigts incurieux, Et qui profane lâchement pour jouir mieux.
186 L INITIATION En vain, Psyché lui montre-t-elle les jouissances saintes de la douleur soumise, en vain les Elohim glo rieux exhalent-ils devant lui la tendresse divine, Sathan ne veut pas du salut commun, il ne souffre pas la blan cheur : Le mal bête m’écœure et j’ai l’horreur du Bien.
Devant le daïmon passent Adam et Eve, amoureux d’inconnu, Caïn, supputantles gains de sasceur, la cour tisane ; les démons stercoraires, les incubes, les suc cubes achèvent d’écœurer l’ennui hautain de Sathan ; les viveurs représentés par Méphistophélès, les savants bien pensants et sceptiques, Faustes abâtardis, sont envelop pés par les Hétaïres, étalant leur vice bisexuel ; puis se dresse, « ultime tentateur », le fantôme d’Ennoia, le Passé, la beauté factice, le grand Pan vaincu.
C’est Psy ché qui vaincra, Psyché dont l’irrésistible étreinte a ter rassé le formidable athlète : ... Il se dresse hors de l’horreur et des ténèbres, Lui l'impur 1 ainsi qu'un victorieux Jésus. Et il crie vers les Elohin un cantique triomphant : Je grandis ; je suis l’Homme et la Vie et la Mort, Et je suis la Révolte inquiète, qui mord Et qui baise, et je suis le fulgurant Remords, Qui vers le doux rachat soudain a pris le mors.
Je grandis, car je suis le Jésus d’un autre âge, Le Jésus amoureux, plus fier et moins divin, Le Jésus rouge et noir incarné dans le vin Infernal, où la raison des simples naufrage. tandis que Psyché, ... l’esprit féminin du Calvaire, Le symbole de la souffrance dans la chair, lui répond : Je ne suis pas le Christ, je ne suis que la femme Je ne suis pas l’Esprit, je ne suis que le cœur; Dans l'infini brasier, je ne suis qu’une flamme, Mais Dieu tout entier coule en le sang de mon cœur.
CORRESPONDANCE 187 On le voit, la conception, les idées de ce poème sont de toute beauté. Aurai-je le courage, après cet aveu, de signaler quelques faiblesses d’expression, quelques la cunes dans la réalisation ? N’est-ce pas là le défaut de la cuirasse de la nouvelle poésie, à laquelle M. Jules Bois se rattache par lalangue qu’il emploie, à quelque hauteur que plane sa pensée.
Et, pour des Idées de cette enver gure, le poète ne serait-il pas en droit de réclamer des signes autres que ceux dont disposent les langues mo dernes ? SÉDIR. Paris, le 8 octobre 1892. Cher Docteur, J’ai lu avec un vif intérêt et un plaisir immense le pre mier numéro de votre intéressante revue. En créant la Lumière ¿'Orient, vous avez eu une idée resplendissante, pour ne pas dire lumineuse.
Oui, cher confrère, votre publication a un brillant avenir. Elle trouvera grâce, non seulement aux yeux des musulmans dont vous glorifiez la religion, mais aux yeux des chrétiens aussi à qui vous faites connaître les beautés du Coran et la pureté des mœurs de ses fidèles.
Vous réfutez ainsi les préjugés et les erreurs qui régnent parmi les chrétiens au sujet des musulmans, de même que je le fais depuis de longues années à l’égard des chrétiens vis-à-vis des musulmans en leur dévoilant la morale de l’Evangile. Nous arrive rons donc chacun.de notre côté, à faire disparaître l’into lérance religieuse et rapprocher des nations créées pour s’aimer et s’entendre.
En effet, en vous faisant connaître, aux chrétiens, que le Coran n’estincompatible ni avec le progrès, ni avec le développement de ¡’instruction, vous leur rendez les musulmans sympathiques, et moi, en montrant à ceuxci que l’Evangile renferme une morale sublime, j'attire
i88 l'initiation leur affection vers les chrétiens. De ce rapprochement résultera, je l’espère, le progrès et la prospérité des uns et des autres dans les contrées où ils se trouvent en con tact.
Et maintenant, puisque nous parlons du Coran, dont nous avons chanté les louanges d’une façon si charmante et si magistrale dans votre Lumière ¿’Orient, permettezmoi de démontrer à vos chers lecteurs que ce livre sacré de l’Islam est tolérant et philanthrope ainsique le prou vent les versets suivants : « Certes, ceux qui croient (les musulmans) , ceux qui suivent la religion juiveetleschrétiens, etles sabéens, en un mot quiconque croit en Dieu et au jour dernier et qui aura fait le bien : tous ceux-là auront leur récompense de leur Seigneur, etc., etc. » (Coran, chap. ir, verset 5ç.) « Le mal et le bien ne sauraient marcher de pair.
Rends le bien pour le mal et tu verras ton ennemi se changer en protecteur et en ami. » (Coran, chap. xii. verset 34.) « Une parole honnête, le pardon des offenses valent mieux qu’une aumône qu’aura suivie la peine causée à celui qui la reçoit. Dieu est riche et clément. » (Coran, chap. 11, verset 265.) «Ils t’interrogeront comment il faut faire l’aumône, Dis-leur.
Il faut secourir les parents, les proches, les orphelins, les pauvres, les voyageurs. Le bien que vous faites sera connu de Dieu. » (Coran, chap. n, verset 211.) « Si un idolâtre demande un asile, accorde-le lui afin qu’il entende la parole de Dieu ; puis, fais-le reconduire en lieu sûr. (Coran, chap. ix, verset 6.) « Si quelqu’un de vos esclaves vous demande son affran chissement, donnez-le lui, si vous l’en jugez digne.
Don nez-leur quelque peu de ces biens que Dieu vous a accordés, etc. » (Coran, chap. xxiv, verset 133.) Ces citations n’ont pas besoin de commentaire ; vos intelligents lecteurs français sauront les apprécier.
L’Islam n’est pas l’ennemi de l’instruction, mais l’ami sincère de la science, ainsi que le prouvent les préceptes et les maximes de Mahomet et des docteurs de sa loi divine ; en voici des extraits: « Les savants sont les héritiers des prophètes.
LIVRES REÇUS I 89' « Acquérir de la science est le devoir de tout musul man. » « Cherchez la science, fût-elle en Chine. > « N’attendez aucun bienfait de qui n’est ni savant, ni étudiant. » « A la science suffit cet honneur que celui qui ne la possède pas prétend la posséder et se réjouit si on la lui attribue. » « Les savants sur la terre sont comme les étoiles au ciel. » « Celui qui fait vivre la science ne meurt pas. » « Le savoir est le fils immortel de l’homme. » « La science est la vie du cœur et le- flambeau des yeux. » « Réside où tu veux et acquiers de la science et des ver tus ; elles te tiendront lieu d’ancêtres.
Certes, l’homme est celui qui dit: « Voilà ce que je suis»; l’homme n’est pascelui qui dit : « Mon père a été. » Ces maximes ne suffisent-elles pas à prouver combien l’instruction et les savants sont honorés en Orient ? D’où vient donc qu’on a persisté à représenter l’Islam commeune religion favorable à l’ignorance? Ne faut-il pas voir dans cette calomnie un reste des rivalités religieuses du Moyen âge ? Abou Naddara.
Lundis socialistes, i" vol. Précis historique, théorique et pra tique de Socialisme, par B. Malon. — Paris, F. Alcan et à la librairie de la Revue socialiste ; un vol. in-18 avec por trait héliogravé. Ce volume est un résumé et une révision des articles publiés par l’éminent directeur de la Revue socialiste, le théoricien le plus autorisé du Socialisme.
Bien que ren due claire par ses divisions, cette œuvre fait honneur à l’érudition bien connue de B. Malon, autant qu’à i l’élévation de son esprit et à la noblesse de ses aspiral’initiation 190 lions.
Le Socialisme dans le passé, le Socialisme idéa liste, le Socialisme de transition, le Socialisme réa liste, le Collectivisme moderne, les réformes sociales urgentes : tels sont les titres des six livres qui pré parent le lecteur à saisir tout un plan du Collectivisme futur, inclus dans le livre VII.
D'ailleurs, notre collabo rateur Augustin Chaboseau rendra prochainement compte de cette œuvre, avec toute la compétence qu’il s’est acquise en ces matières, — et tous les développe ments que nécessite ce beau travail. S. G. de Paniagua. La Genèse de l'homme, Paris, G. Carré, un vol. gr. in-8, 1892.
Une revue complète de toutes les notions accumulées ■par la géologie, l’anthropologie, l’archéologie préhisto rique, la linguistique, au sujet de l’évolution animale dont, d’après les théories matérialistes, l’homme ne serait que l’ultime produit : tel est ce livre. M. Paniagua y a mis une forte critique, une information sûre et neuve, le tout exprimé très clairement.
L’œuvre est donc didactique pour ceux qui se croient des anthropopithèques évolués. Ils ne voient malheureusement que la moitié de la question. — Mais ce n’est pas ici le lieu d’entamer une si grosse discussion. — Je signalerai par ticulièrement les pages curieuses où M. de Paniagua •établit l’universalité et la persistance du culte phallique. S. E. Fix. Panthéon, poème avec notice historique, une pla quette, in-i2,avec frontispice.
Paris,chez L. Vanier, 1892. Une histoire en vers des révolutions de l’esprit fran çais qui ont eu leur théâtre au Panthéon, et qui servent de point de départ à des tirades sincères, mais peu neuves sur la liberté, l’avenir, le progrès, les morts il lustres, la suppression de la routine, l’union de la science •et du rêve, etc.
Le tout précédé d’un dessin à la plume de l’auteur, où il se montre écoutant les leçons de J.-J. Rousseau, qui a soulevé la pierre de satomhe pour l'ins truire. NOUVELLES DIVERSES 191. LA STATUE DE BAUDELAIRE Monsieur, Nous avons l’honneur de solliciter votre précieux con-' cours pour l’érection d'un monument au poète Charles Baudelaire.
Vous trouverez ci-contre une liste de souscription en blanc pour laquelle nous vous serions tout particulière ment reconnaissants de nous accorder votre bienveillant appui. Veuillez agréer, monsieur, pour votre participation à cette œuvre si éminemment artistique, nos remerciements anticipés et l’assurance de notre plus haute considéra tion.
Le Comité : Leconte de Lisle, de l’Académie Française, Président d’hon neur-, Paul Bourget, Jules Claretie, François Coppée, Léon Deschamps, Léon Dierx, Anatole France, Stéfan George, Ed mond de Goncourt, J.-M. de Heredia, J.-K.
Huysmans,Ca mille Lemonnier, Maurice Maeterlinck, Léon Maillard, Sté phane Mallarmé, Henri Mazel, LouisMénard, Catulle Mendèsr Octave Mirbeau, Jean Moréas, Charles Morice, Nadar, Prince Alexandre Ourousof, Vittorio Pica, Edmond Picard, Henri de Régnier, Adolphe Retté, Jean Richepin, Edouard Rod,G.
Rodenbach, Félicien Rops,Aurélien Scholl, Emmanuel Signoret, Armand Silvestre, Stuart Merrill, Sully-Prudhomme, Swinburne, L.aurent Tailhade, Auguste Vacquerie, Alfred Vallette, Paul Verlaine, Emile Verhaeren, F. Viélé-GrilTin, Emile Zola. Tous les envois doivent être faits au nom de M. Léon Deschamps, trésorier, chargé de centraliser les recettes et de publier les souscriptions dans la -Plume, 31, rue Bonaparte.
IÇ2 L INITIATION ** ¥ M. Mascart présente à l’Académie, de la part de M. Charles Henry, une note sur une préparation indus trielle et la photométrie du sulfure de zinc phosphores cent, corps remarquable par son inaltérabilité chimique et qui, pour cette raison, peut servir d’étalon photomé trique et être appliqué à divers usages scientifiques et industriels auxquels les autres corps phosphorescents ne sauraient être employés.
M. Charles Henry a pu, par des expériences délicates, rapporter à une bougie l’intensiié lumineuse-maxima de ce corps et est parvenu à repré senter mathématiquement la loi de déperdition de sa lu mière avec le temps. Cette formule peut servir de prin cipe à des méthodes photométriques entièrement nou velles.
OUVERTURE DES TRAVAUX DU GROUPE Le vendredi n novembre a eu lieu la réouverture solen nelle du Groupe sous la présidence de Camille Flam marion qui a fait une conférence aussi instructive qu’at trayante sur la Planète Mars.
Après lui, Quærens, notre délégué général pour le sud-est de la France, a défendu le point de vue véritable auquel il faut considérer l’idée ■de Patrie et sa chaleureuse causerie a été fréquemment interrompue par les applaudissements. Enfin Papus a parlé en dernier lieu de la Magie pratique. Dès huit heures et demie la salle était comble, et plu sieurs de nos amis n’ont pu trouver de place, à notre grand regret.
L’assistance, quoique très nombreuse était des plus brillantes, et cette soirée est d’un excellent au gure pour l’avenir. La prochaine réunion a lieu le 18 novembre. ★ * 4 Au dernier moment nous recevons un résumé des travaux effectués dans notre laboratoire de Magie pra tique de Province. Nous en reparlerons prochaine ment.
L’Initiation du i5 novembre 1892 LA FABLE ET LA CHANSON Le 24 novembre, jour de la représentation organisée par l’Association des Artistes dramatiques au théâtre de la Gaîté, paraîtra un numéro album de vingt-quatre pages, sous ce titre : La Fable et la Chanson.
Ce numéro de luxe, édité spécialement par le Courrier Français, sera vendu dans la salle par les soins des com missaires, ainsi que dans tous les théâtres de Paris, au bénéfice de l’association. Ce sera là un joli souvenir artistique àconserverd’une représentation unique dans l’histoire théâtrale.
Ajoutons que notre confrère, M. Jules Roques, aoffert gracieusement au président, M. Halanzier, trois mille de ces albums dont les dessins et le texte seront signés de nos principaux dessinateurs et chansonniers.
Le comité a accepté cette offre en se réservant de prouver sa gra titude à notre confrère lors de la première représentation qu’il organisera au bénéfice de l’Association de pré. voyance des artistes français qu’il est en train de fonderLes artistes, littérateurs et chansonniers qui voudraient collaborer à ce numéro en fournissant des documents inédits et intéressants relatifs à l’histoire de la Fable et de la Chanson sont instamment priés de les adresser au Courrier Français, 14, rue Séguier. !
Le numéro en question sera composé de façon à pou voir être ouvert partout: il conviendra aux artistes comme aux pères de famille. Le Gérant : Encausse. IMP. E. ARRAULT ET Cio, 6, RUE DE LA PRÉFECTURE, TOURS.
L’Initiation .du i5 povembr.e 1892 . GEORGES CARRÉ, Éditeur, 58. rue S‘-André-des-Arts NOUI/ELLES PUBLICATIONS L’INDE APRÈS LE BOUDDHA Par E. LAMAIRESSE ANCIEN INGÉNIEUR EN CHEF DES ÉTABLISSEMENTS FRANÇAIS DANS L’iNDE 1 gros vol. in-18 de la Bibliothèque des Religions comparées FRANCO : 4 FR.
Esquisses Astronomiques AUTRES MONDES PAR AMÉDÉE GUILLEMIN Auteur du Ciel 1 vol. in-i.8, avec nombreuses figures. ... . 3 fr. 50
L'Initiation du i5 novembre 1802 VIENT DE PARAITRE LIBRAIRIE DU MERVEILLEUX 2g, RUE DE TREVISE, 29 PAPUS La Science des Nages ET SES APPLICATIONS THÉORIQUES ET PRATIQUES (petit résumé de l’occultisme, entièrement inédit) Une brochure de 72 pages, texte serré, avec 4 figures Franco : 50 centimes Depuis quelque temps on demandait un résume' de l’Occultisme en même temps court, condensé et clair.
La plupart des attaques faites contre l’Occultisme dérivent en effet d’une compréhension nsuffisante de la Science des Mages et de sa transmission jusqu’à nous. Papus, dans sa dernière publication entièrement inédite, résume clairement les enseignements de la Science Occulte sur l’Homme, sur l’Univers et sur Dieu, ainsi que sur l’Astral, la Mort, les phé nomènes occultes et la pratique de la Magie.
De plus, l’auteur s’est livré à un travail de recherche très curieux et qui fait honneur à son érudition en donnant, à propos de cha cune des principales affirmations, une citation d’un auteur choisi parmi les 24 siècles qui constituent la période historique de la philosophie en Occident.
Ces citations très nombreuses prouvent l’immuabilité de la tra dition ésotérique dans ses grandes lignes à travers les âges, et répondent victorieusement aux objections faites à l’Occultisme par des auteurs peu au courant de la question. . Souhaitons à la nouvelle oeuvre de Papus tout le succès obtenu par les précédents ouvrages du même auteur.
L’INITIATION /RENSEIGNEMENTS' \ UTILES DIRECTION 14, rue de Strasbourg, 14 PARIS Directeur: FAFtJS O DiRECTeuR-ADjaiNT : Lucien MAUCHEL Rédacteur en chef : George MONT1ERE O Secrétaires de la Rédaction : BARLET. — J. LEJAY PAUL. SÉDIFt ADMINISTRATION ABONNEMENTS, VENTE.AU NUMERO Gt. GA.RRÉ 58, rue Saint-André-des-Arts PARIS FRANCE, un an. 10 fr. ÉTRANGER, — 12 fr. RÉDACTION : 14, rue de Strasbourg. — Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité. L’indépendance absolue étant la raison d’être de la Revue, la direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps d’un article. Manuscrits. — Les manuscrits doivent être adressés à la rédaction. Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d’avis spécial. Un numéro de la Revue est toujours composé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant. Livres et Revues. — Tout livre ou brochure dont la rédaction recevra deux exemplaires sera sûrement annoncé et analysé s’il y a lieu. Les Revues qui désirent faire l’échange sont priées de s’adresser à la rédaction. ADMINISTRATION, ABONNEMENTS. — Les abonnements sont d’un an et se paient d’avance à l’Administration par mandat, bon de poste ou autrement, 58, rue Saint-André-des-Arts. TOURS, IMP. E. ARRAULT ET CIE.
I ■< : TEXTES 1. CARNEOLE 2. TOPAZE 3. EMERAUDE 4. RUBIS 5. SAPHIR 6. ON’ ÍX 7. HYACINTHE 8. AGATE 9. AMÉTHYSTE 10. CHRYSOLITHE 11. BERYLLE 12. JASPE oïse, 28, 17-20 et 39. Odem D7N Pit’dah HTBB Bareketh DpTl Nophec ïsj Sapphir T’BD Jahaloni □bn’ Leschem D©b Sch’bo 13© Achlamah noblTN Tharschisch uyi©in Schoham DH© Jaschpeh HB©1 zéchiel, 10-13, 28, 13. Id. Id. Id. Id. Id. Id Manque Manque Manque Id. Id. Id. eptante (Moïse). ijápSioi, To-aaiov Sp-âpaySoî ’AvOpa?
Sàucpatpoç ’CM ztov Aiyùpiov ’Axátq? Ap.éOuaoç XpuaôXiOo; BïjpôXXiov ’’IaaTciî eptante (Ezéchiel). Id. Id. Id. Id. Id. Id Id. Id. Id. Id. Id. Id. vocalypse. SápSto; Id. Id. ^puaozpaaoç Id. XapSbvuÇ ’TazivQo; XaXzijSoJv Id. Id. Bi(puXXoç Id. sèphe Ant. ijapSovuÇ Id. Id. "AvOpaÇ Id. ’'OvuÇ Aiyùpoç Ayàrqç Id. Id. Id. Id. — Bell. jud. ¿jápStov To'zaÇo; Id. Id. Id. Id Aiyùptov Id. Id. Id. Id. Id. uphanius : De XII lapid. SàpStoç TopaÇiov Id. Id.
Id. ’CM; 10V ’TazivOoç Id. Id. Id. Id. Id. lia (Voir la bibliogr.) Sardius Topazius Smaragdus Carbunculus Sapphirus Onychinus Lyncurius Achates Amethystus Chrysolitus Berillus Jaspis ilgate. Id. Id. Id. Id. Id. Id Ligurius Id. Id. Chrysolithus Beryllus Id. irs. syriaque.
Sumoko NpBlD Sorgo MTî Borko NpT3 NTHT Saphilo Nb’BD Nekeh’to Nnyps Koncenun pJ15p Karcedno NJTlTp IlhenlIhegloNbwi© Thorschisch ©’©Tn Berullo Nblll Jaschpeh H B©1 irs. d’Onkelos. Samkam '¡pDD Iarkan IsmaragdinptJTBTN Barkan pT3 Schabsis “i“n© Sakalum nbniD Kincire iT>2Jp Tarkja Ni plu Id. Sram Jamma nbi □ni Burla NblH Pantire îTitaJB :rs. de Jonathan.
Samuktha NDpIDD laruktha NHpT Ismorad TTIB'N Barkatha NTIpTU Saphirinon pjiTED Cadcodin ;1TOT2 Kancerinun pjirijp Parkja N’pXZ Hlien Hegel bay pÿ Id. Nbnnvpbn Apanturin piTQJBN rg. de Jérusalem. Id. Id. Smargedin Id. Simphurina Calcd^na Sosin Bdolcha En egla Id. Brulin Margalitha rs. Cophte. CAPAINON TO1IAZION CMAPAIAOC AN0PAE CAIIH’IPOC ONIXÍON ATTIPION AXATHC AME®rCTOC XPICOAT0OC BHPIAAION Acmc rs. arabe.
Jakuth achmar Azpnar Samurod Cochli Malia (alballur) Bahratnan Gasali’ Sebog Pirusag Asrak Ballar Jaschaph rs. persane. Jakuth Laal Smorad Caugeschem Lassurad Aimas (diamant) leschem Scheber Pirusah Marvarid Ballur Jidschedeh rs.
Samaritaine (28). pTOD pBD popan msn □on □loin pli’ pT P’F’ inijt 13N 1311V (39). □TN nom plTN TN2J7 1127 inly plDD ¿DD pDpDD □12V D:>y D2D2V bboth. Glossa magna. Sardanegin Pit’dah Ismaragdin Cochalim Sanplicrinon Bardi P Djakinthin Acatiin llamisin Krumtasin Pralukin Margalithoth dex Venelus Villois. KpoüaaXXoç Sp.àpay8oç ’AvûpaÇ Sàçstpo; "CM? TàztvOo; ’A/ári)? ’Au.c'0'jarot; Xpuao'XuQoç Manque "IaoTîiî ich. (Itala').
Sardius Topazius Smaragdius Carbunculus Sapphirus Onychinus Ligurius Achates Amethystus Chrysolith Berillus Jaspis — ( Vulgate). Id. Id. Id. Id. Id. Ony K Manque Manque Manque Chrysolithus Id. Id. — (Syriaqne). Sordun Krustallos Smorgodo manque Saphilo îdargor itho Manque Karcedno Manque Manque Berullo Zjaspun — (Arabe). Suwarda Pittah Smarda Id. Sabardscheda Barali aan Dschasaha Saiclia Pirusadscha Manque Ballur Juszpa — (Chaldaïque)v.iig.
12 Samkan Iarkan Ismargdin Barkan Schibses Sabha om Manque Manque Manque Crum Jamma Burla Pantherin phr. Chald. du Cantlq. 5, 14. Achmor Topag Ismorad Codiale Espor Bark m Gihar Akik Prosag Meribag Birla Apantor ■s. Luther. Sarder Topaser Smaragd Rubin Sapphir Demi Ht Lynkurer Achat Amethyst Türkis Onycli Jaspis - !