The text
Revue philosophique indépendante des Hautes Études Hypnotisme, Force psychique Theosophie, Kabbale Gnose, Franc-Maçonnerie Sciences Occultes 16* VOLUME. — 5m8 ANNÉE SOMMAIRE Dû N” U (Août 1892) PARTIE INITIATIQUE. .. PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE.... PARTIE LITTÉRAIRE.... BIBLIOGRAPHIE.............. Notes sur ïExtase..... (p. 97 à no). Le Zéro...................... (p. iii à 115). Les Pliilosophumena...
La Gnose Ophite ou Naassénienne.......... (p. 116 à 127). Notice sur le Mage Eliphas Lévi........... (p. 127 à 136). Le Théorème.............. (p. 136 à 143). Le Mandeb................. (p. 143 à 148). Le Notaire Pendu (à suivre)..................... (p. 149 à 162). L’Antipape.................. (p. >63 à 173). Stanislas de Guaita George Montière. *' V' Jules Doinel. Hutchinson. Dr Paul Portaz. H. Pelletier. R. de Maricourt. G. Montière.
Groupe indépendant d’Etudes ésotériques. — La Visionnaire de Prévorst. — Ordre Kabbalistique de la Rose f Croix. — L’Envoû tement. — Courrier Bibliographique. — Correspondance. — Nouvelles diverses. Rédaction : 20, rue de Trévise, 20 Administration, Abonnements’: 58, rue St-André-des-Arts, 58 D A DIÎ
PROGRAMME Les Doctrines mate'rialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion ; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initiation est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent : Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l’arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le militarisme et la misère. Enfin l’initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde.
L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 5o rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études. La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits.
Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles oui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier. L’Initiation paraît , régulièrement le i5 de chaque mois et compte déjà trois années d’existence. —Abonnement: 10 francs par fin.
L’Iniliation du i5 août 1892 Principaux Rédacteurs et Collaborateurs de l Initiation i° PARTIE INITIATIQUE F. Ch. Barlet. S.-. I/. $ — Stanislas de Guaita. S.'. I.-. & — Julien Lejay, S.-. I.-. ;<< —. George Montière, S.-. I.-. — Papus, S.l !.•. 2» PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Abil-Marduk. —Aleph. — Le F.-. Bertrand i8°.’. — René Caillié. — A. C. Tshéla. — Camille Chaigneau. — Chimua du Lafay. — G.
Delanne. — Dei.ézinier. — Jules Doinel. — Fabre des Essarts. — D1' Fugairon. — Jules Giraud. — Horace Lefort, — L. Lemerle.— Donald Mac-Nab. — Marc Haven. — Marcus de Vèze. — Lucien Mauchel. — Napoléon Ney. — Eugène Nus. — Horace Pelletier.— Philophôtes. — G. Poirel.— Quærens. — Raymond. — A. Robert. — A. de Rochas.— Rouxel. — Paul Sédir.— Selva. — L. Stevenard.— Pierre Torcy. — G. Vitoux. — F. Vurgey. — Henri Welsch. — Oswald Wirth.
3« PARTIE LITTÉRAIRE Maurice Beaubourg. — E. Goudeau. — Manoël de Grandford. — Jules Lermina. — L. Hennique. — R, de Maricourt. — — Catulle Mendès. — Emile Michelet. — George Montière.— Léon Riotor. — Saint-Fargeau. — Ch. de Sivry.— Ch. Torquet. 4° POÉSIE Ch. Dubourg. — Rodolphe Darzehs. — R df Msrtcoiirt — Paul Marrot, — Robert dr la Villehfrvé.
■ ■ ■ . L’Initiation du i5 août 1892 GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ESOTERIQUES SOCIÉTÉ D’ETUDES THEORIQUES ET PRATIQUES DES FORCES ENCORE NON DÉFINIES DE LA NATURE ET DE L’HOMME Membres. — Les membres ne payent ni cotisation, ni droit d’entrée. Tout abonné de l’initiation ou du Voile d’Isis reçoit sa carte de membre associé sur sa demande.
Quartier Général. —LaSociété comprend 22 Groupes d’études théoriques et pratiques au Quartier Général, 29,rue de Trévise, Paris. De plus, une Bibliothèque, une salle de lecture, une salle de conférences, pouvant contenir 200 auditeurs, et une librairie existent au Quartier Général.
Branches. — Des branches de Groupes Indépendants d'études ésotériques sont établies en France et à l’Etranger Le Groupe compte actuellement: 21 branches régulières en France, 3o branches à l’Etranger et 23 correspondants dans les centres qui ne possèdent pas enco re une Branche régulière.
Journaux. — Propagande. — Outre les volumes édités par la Librairie, le Groupe possède comme organe de propagande : ; L'Initiation (revue mensuelle). — Le Voile d’Isis (journal hebdomadaire). — Psyché (revue mensuelle d’art et de littérature). — La Bibliographie de la Science Occulte (bulletin trimestriel). — De plus : The Ligtli of Paris (journal hebdomadaire), imprimé en anglais vient d’être créé comme organe delà Bibliothèque internationale dès Œuvres des femmes, destiné à faire la propagande de l’occultisme dans les pays de langue anglaise.
PARTIE INITIATIQUE La méditation des ouvrages d'Occulte absorbe exclu sivement la plupart des chercheurs que préoccupe le problème mystique ; — je dis des plus sérieux (les plus futiles, véritables badauds en foire, se traînant volontiers d'une baraque à l’autre, en quête de phé nomènes). Comme si le labeur de s’initier se bornait à des efforts d’assimilation doctrinale !
L’œuvre écrite des maîtres n’est pas impunément négligeable—qui en doute?—et je fais peu de cas de tel présomptueux nova teur qui se targue de suppléer, par l’éxubérance de sa (i) Nancy, le 17 février 1892. A Papus, directeur de l'initiation. Tu me mandes, mon cher Ami, de t'adresser quelques pages de mon prochain livre, pour le numéro spécial de la Plume.
Ne trouvant rien qui se puisse aisément détacher du contexte, je m'avise de transcrire, a ton intention, quelques notes brèves et hâtives, griffonnées naguère sur un cahier de brouillons.
J’ai confiance que les lecteurs de la Plume voudront bien ex cuser, — en faveur des profitables notions que peuvent offrir éparses ces fragments dénués d'apprêt, — le sans-gêne dont témoigne l’auteur, témérairement peut-être, à produire ainsi sa pensée en robe de chambre. Bien cordialement à toi. Guaita. . 4
l’initiation 98 propre imagination, à l’étude approfondie des clas siques de l’Esotérisme. Mais cette étudenesaurait suffire.il faut encore payer de sa personne et s’aventurer résolument à la conquête du Vrai, à travers les ténèbres d’un monde inconnu.
C’est par là que, se distinguant du simple érudit qui n’est soucieux d’intervenir que dans les batailles d’opi nions, l’occultiste tend à pénétrer l’essence des choses et va déchiffrer à même la grande stèle de la Nature, qui est écrite au dedans comme au dehors. Imaginez une feuille de parchemin couverte d’hié roglyphes sur ses deux faces, mais adhérente à un tableau par l’une d’elles.
Les caractères du recto — qu’on les sache ou non interpréter, apparaîtront visibles aux yeux de chair; tandis que les signes tracés au verso ne seront perceptibles qu’à l’organe visuel de l’âme, ce qui revient à dire qu’un bon lucide pourra seul les distinguer. Ceci n’est qu’une métaphore, — et le néophyte ferait fausse route s’il allait en conclure que la luci dité magnétique estla suprême prérogative de l'adeptat.
Il y a plusieurs degrés de voyance, comme plusieurs zones de vision. Que d’illustres voyants n’ont été aucunement lucides sur le plan physique! Tel, d ail leurs, peut être un merveilleux lucide, au sens vulgaire du mot, qui n’en est pas moins un imbécile accompli; ces deux qualités n’ont rien qui s’exclue, et l’expérience l’a maintes fois prouvé.
Qu’importe-t-il enfin, pour tout dire, si l’on veut parfaire son initiation? — Il importe de se réintégrer, dès ici-bas, dans l’Unité divine (autant que le souffrent
NOTES SUR L EXTASE 99 les barrières hyliques), afin d’être co-participant, avec tous les Initiés et les Elus du monde, aux mystères de l’Absolu. • • L’homme de génie n’est autre, en dernière analyse, qu’un adepte intuitif et spontané, magnifiquement incomplet, mais riche de ces dons si rares, et qui ne manquent que trop souvent aux plus sublimes mys tiques : les facultés de transposition esthétique de l’intelligible au sensible et de convertibilité du Verbe divin au Verbe humain.
De pareilles facultés d’expression ne s’acquièrent point; elles sacreront toujours l’homme de génie, de droit divin ; tandis que l’adepte est de droit humain, les efforts de sa libre volonté l’ayant élaboré tel. — Cette distinction fondamentale une fois établie, l’ana logie peut et doit se poursuivre.
Le génie consiste dans la faculté de réintégration spontanée (plus ou moins consciente et sujette à inter mittence) du sous-multiple humain dans la patrie céleste de l’unité, Adamah. — Aussi les poètes, peintres, musiciens, sculpteurs et en général tous les artistes qui se croient — à tort ou à raison, du reste — des génies, emploient-ils la même locution que les mys tiques pour càractériser les périodes de facilité à produire.
Ils ont, ou non, {'inspiration. Ceci est remarquable. L’œuvre capitale de l’initiation se résume donc, si l’on veut, dans l’art de devenir artificiellement un génie; à cette différence près toutefois, que le génie naturel donne l’inspiration à de certaines heures,
100 l’initiation plus ou moins souvent, lorsque l’Esprit veut bien descendre; tandis que le génie acquis est, à son plus haut stade, la faculté de forcer l’inspiration et de com muniquer avec le Grand Inconnu toutes et quantes fois on le désire. Il est, à cette différence, une raison vraiment assez simple : c’est que le Dieu descend vers l’homme de génie, tandis que le Mage monte jusqu’au Dieu.
L’homme de génie est une sorte d’aimant, attractif par intermittences. — L’adepte est une puissance convertible, un lien conscient de la terre au ciel ; un être qui peut, à volonté, rester sur terre, jouir de ses avantages et cueillir ses fruits — ou monter au Ciel, s’identifier à la nature divine et boire à longs traits la céleste ambroisie.
Le Génie, force naturelle d’attraction, établit par moments avec l’Unité une corrélation éphémère. — UAdeptat, passeport illimité pour l’infini, implique un droit de réintégration ad libitum. Aussi l’adepte prend-il dans l’Inde le nom de Yoghi — uni en Dieu. ★ * * Réintégration du sous-multiple humain dans l’Unité divine : voilà donc l’œuvre majeure de l’adeptat. — En quoi consiste cette réintégration?
Nous en connaissons deux : la Passive et Y Active. L’une et l’autre ont plusieurs degrés. L’on parvient à la première par la Sainteté ou l’austère épuration de son essence animique, unie d’amour à l’Esprit pur des cieux; — à la seconde par la volonté libre et consciente ou la réalisation du pentagramme mystique.
NOTES SUR L’EXTASE 101 La première (réintégration en mode passif) néces site une abdication du Moi, qui se fond, sans réserve ni espoir de retour, dans le Soi divin. On n’agit plus par soi-même ; c’est Dieu qui agit par vous.
Ce qui a fait dire à l’Apôtre : « Et déjà ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi. » La seconde (réintégration en mode actif) équivaut à une conquête positive du Ciel, à un viol de l’élé ment céleste et de son esprit collectif, Roûah-Haschamaîm. Toutes deux, à leur plus haut degré, rendent à l’âme l’état primordial d’Éden, la jouissance de l’Aôr aîn-soph.
Mais la Passive implique une renonciation des volontés individuelles et le dédain de toute science profane : « Heureux, a dit Christ, les pauvres en es prit ; à eux le Royaume du Ciel. » — L’Active, au contraire, permet, dans certains cas, ici-bas même, l’exercice d’une toute-puissance relative, délégation de la puissance de Dieu. Elle met en main l’Æsch, glaive flamboyant de Jahôah Ælohîm.
C’est la prise de possession, par droit de conquête, du Ciel mys tique, dont Christ a dit que les Esprits violents le prennent de force : violenti rapiunl illud. L’ineffable charité de N.-S.
Jésus-Christ l’a induit à ne revendiquer que la Réintégration passive, et il est mort sur la croix, en doutant de Lui-même et de son Père : — « Eli, Eli, lamma sabachtani ! » (Assu rément n’était-ce que le cri de la chair défaillante au cours d’une suprême épreuve ; mais l’évocation de ce cri de doute m’a toujours épouvanté 1) L’audace de Moïse lui a fait préférer les privilèges
102 L INITIATION de la réintégration active : Aussi, après avoir exercé sur terre la toute-puissance céleste, en maniant d’une main ferme le 'glaive igné du Kéroub, Moïse est-il monté vers Dieu (comme après lui devait faire Elie), vierge du baiser de la mort; laissant à son peuple le nom de peuple du Seigneur et la libre entrée de la terre de Chanahan, dont les Juifs ne sont sortis qu’en apparence, mais où ils régnent plus que ja mais (i).
La réintégration passive est plus divine peut-être, plus absolument méritoire; c’est celle des Saints et des Messies. — La réintégration active est à coup sûr plus avantageuse, plus riche en prérogatives : c’est celle des Mages et des Titans.
C’est la seule à quoi doivent prétendre les hommes qui, n’ayant pas dit un définitif adieu à la vie et aux joies de ce monde, se sentent encore le désir de ré colter ce qu’il peut y avoir de bon dans ses illusions et ses mirages. La vie éternelle est si longue!... Même décidés à toujours ascendre, sans dévier de la route qui ramène au Père, il ne nous serait pas permis de faire des sta tions ?
Dieu, qui est si bon, n’a créé (ou plutôt laissé créer) que pour cela, — dans cette nature même de la déchéance et sur cette terre de l’épreuve •— l’herbe moelleuse et l’ombre propice des Illusions...
Le plaisir bien compris et accepté dans l’expansion normale d’un cœur honnête, est-il autre chose, en (i) Chanahan, au sens le plus matériel, veut dire homme de spéculation et de négoce : la terre de Chanahan des Juifs modernes, c'est l’Usure: c’est la Hausse et la Baisse.
NOTES SÙR L’EXTASE io3 somme, que la modalisation et l’adaptation au milieu terrestre et transitoire de la joie éternelle des Elus?... Puisque nous sommes descendus en ce monde infé rieur, n’est-il pas naturel et conforme à la logique que nos consolations, nos satisfactions et nos joies temporelles, s’adressant forcément à notre nature dé chue (c’est-à-dire moins parfaite) soient elles-mêmes moins parfaites et moins angéliques ?
Homo sum, disait Caton, l’un des saints du paganisme stoïque, et humani nil a me alienum puto (2). + * ♦ L’on ne peut mieux dire, et Pascal semblait luimême commenter la belle parole de Caton, quand il écrivait dans ses Pensées que l’homme n’est ni ange ni bête — et le reste...
Il est probable que Caton et Pascal, s’ils eûssent été des initiés et qu’il eût été dans leur destin de choisir entre la Réintégration passive des Saints et la Réintégration active des Titans, au raient préféré cette dernière. D’ailleurs, il n’y a même pas le choix, dès lors qu’on aspire à la royauté kabbalistique du G.-.
A.'., ou seulement à la pénétration des mystères de l’Audelà, sans vouloir quitter le monde pour s’enfermer dans un cloître, au physique ou au moral... La Réin tégration en mode actif est la seule qui souffre le relatif. \ Là est la raison profonde du péril des cloîtres, pour certaines âmes qui ne sont pas prêtes au sacrifice inté- (2) Le vers est de Térence, mais la pensée est de Caton.
l’initiation 104 gral, sans restriction ni limites, d’elles-mèmes et de leur volonté. — Elles se sont données en mode passif. Tâchent-elles de biaiser? font-elles quelque effort pour se reprendre? l’Epoux les lâche (car, en mode passif, elles se laissent posséder, mais ne possèdent point) et elles tombent au pouvoir de l’Adversaire. La perdition est au.terme de leur vocation réticente.
Aussi ne faut-il jamais hésiter — sous prétexte de respect du libre arbitre — à traverser de mondaines épreuves la vocation des religieux en général, mais surtout des jeunes filles qui se croient sentir appelées à la vie contemplative.
Si leur Vocation est véritable, elle se révélera infrangible, et la fiancée du Ciel sortira victorieuse desdites épreuves, indemne des dites traverses; toute difficulté suscitée n’aboutira qu’à une confirmation nouvelle de son premier vouloir.
S’agit-il de jeunes filles du monde, par exemple? — J’estime criminel pour leurs parents de leur laisser prendre le voile sans les avoir conduites d’autorité dans le monde, et pas en soirée seulement — au bal !. ;.
Si l’appel de ces âmes se fait entendre après cette diversion, si leur goût de la vie religieuse résiste à ce dissolvant, c’est qu'elles sont d’un métal incorruptible aux acides temporels, et nul autre Alkahest— fût-ce celui de Paracelse et de Van Helmont — nul autre dissolvant, si corrosif soit-il, n’y pourra rien.
Si, au contraire, quelque levain terrestre, quelque ferment mondain est latent aux profondeurs les plus inavouées de leur Moi inconscient, elles seront entamées, et nul doute que l’espiègle Erôs ne les chatouille de sa flèche,
NOTES SUR L’EXTASE io5 virtuellement, —■ en possibilité — si tant est qu’il ne les pique pas en fait. Revenons aux modes de Réintégration.
J’apelle rézniegre (Yoghi de l’Ecole mystique ortho doxe, aux Indes) celui qui peut, toutes les fois qu’il le désire, maîtriser entièrementsonMoi sensible extérieur pour s’abstraire en esprit et plonger, par l’orifice du Moi intelligible interne, dans l’océan du Soi collectif divin, où il reprend conscience des arcanes complé mentaires de l’Eternelle Nature et de la Divinité.
J’appelle deux fois né (Dwidja de l’école mystique, des Indes), celui qui peut quitter son effigie terrestre, en corps astral ou éthéré, pour aller puiser dans l’océan astral la solution des mystères qu’il recèle. La réintégration spirituelle interne peut prendre le nom d’Extase active. — On est convenu de donner, à la projection de la forme sidérale, celui de Sortie en corps fluidique(ou astral)...
L’extase active a deux degrés. — Au premier, l’Adepte pénètre l’essence même delà Nature éternelle qui lui communique en mode direct, sans symbole, la Vérité-Lumière. — Au deuxième degré, il peut communiquer même avec l’Esprit pur, qui le ravit au Ciel ineffable des archétypes divins ; dans ce cas, il y a transfusion de la Divinité-pensée, qui se fait huma nité-pensante en son intelligence, par l’effet d’une alchimie intime, d’une transmutation formidable et inexpliquée. La Sortie en corps astral diffère de l’Extase active ;
106 l’initiation car le corps physique semble alors en catalepsie, actionné seulement par une vitalité en quelque sorte végétative ; cependant que le corps astral ou médiateur plastique (enveloppe ambulatoire de l’âme spirituelle) flotte dans l’immensité de l’éther sidéral ou lumière universelle et se dirige où il veut, rattaché qu’il est au corps matériel par une manière d’ombilication fluidique.
Ainsi la personnalité consciente vogue en forme astrale où bon lui semble et va d’elle-même prendre connaissance des réalités lointaines qui peuvent l’in téresser.
Mais alors — si ce sont des notions d'ordre intelligible qu’elle veut acquérir — ces notions ne lui sont transmises que symboliquement, par l'intermé diaire de la lumière astrale, qui est avant tout configurative, et ne parle donc qu’en offrant à la sagacité de l’Esprit une série d’images, que celle-ci doit tra duire ensuite, comme des hiéroglyphes de l’invisible.
Le mode concret et emblématique est en effet le seul dont la Vérité puisse faire usage, pour s’exprimer par l’intermédiaire de l’Astral. En mode passif., la haute extase compte également deux degrés: i“communication avec la Nature-essence, dans la lumière de gloire ; 2° avec l’Esprit pur. Quant à l'extase passive ( astrale ou inférieure, elle n’est autre que l’état de lucidité, soit naturelle, soit magnétique. La plupart des visions béatifiques lui sont expressément attribuables.
NOTES SUR L’EXTASE IO7 ... Ce qui importe avant tout à l’adepte, c’est de parvenir à se mettre en communication spirituelle avec l’Unité divine ; c’est de cultiver l’un des degrés de l’Extase active et d’apprendre à faire parler au dedans de soi, vil atôme, la Voix révélatrice de l’Universel, de l’Absolu. Est-il donc possible au Relatif de comprendre ¡’Absolu? — Non, sans doute, mais de l’assentir — oui, en s’unissant à Lui.
Un fragment de miroir con vexe ne réflète-t-il point tout le Ciel ? Toute la grande voix de l’Océan ne chante-t-elle pas aux creux du plus humble coquillage, qui a eu la fortune (dit la légende) d’essuyer, fut-ce une heure, son immense et sonore baiser?
Ainsi l’Extase laisse à l’âme extasiée (ne fût-ce qu’une heure) l’imprécation de l’infini, la notion vécue de l’Absolu — le murmure intarissable du Soi révélateur qui contient tous les Moi, sans être contenu d’aucun. Quelles jouissances ! Retremper sa vie individuelle à l’océan collectif de la vie inconditionnée, ou pomper la sève spirituelle à même l’Esprit pur,— et s’en nourrir!
C’est une décisive initiation : une fenêtre ouverte sur l’immensité de la Lumière intelligible et de l’Amour divin, de la Vérité céleste et du Beau typique. Retrouver lechemin du primitif Eden !... Beaucoup passent à côté de la porte qui s’ouvre sur ce sentier, sans même l’apercevoir; ou la voyant, dédaignent d’y frapper.
Peut-être même tel curieux y frappe-t-il, qui ne sait point faire résonner le seuil des trois coups mysti ques: il heurte en profane — et il ne lui sera pas ouvert. _____ J»___ y
. • l’initiation 108 Le Christ a dit: —Petite et accepietis, pulsate et aperietur vobis, mais il a dit- aussi : — multi vocatif pauci vero electi. — Comment concilier ces deux textes ? — Ah ! c’est que ce sont parfois ceux qui ne sont pas appelés, qui frappent à la porte; souvent ceux qui seraient appelés n’y frappent point, ou plus souvent y frappent mal...
Si donc tu aspires à devenir un Adepte, évoque le Maître qui parle au dedans de ton être; impose au Moi le plus religieux silence, pour que le Soi puisse se faire entendre —et alors, plongeant au plus profond de ton intelligence, écoute parler l’Universel, l’impersonnel, Ce que les gnostiques appellent l’Abîme...
Mais il faut être préparé, —et c’est le rôle du Gou rou, de surveiller cette préparation — à défaut de quoi l’Abîme n’a qu’une voix pour celui qui l’évoque étour diment, voix terrible et qui a nom le Vertige. C’est donc un grand et sublime Arcane que celuici : Nul ne peut parfaire son initiation que par la révélation directe de T Esprit universel collectif qui est la Voix qui parle à l’intérieur.
C’est là le Maître unique, l’inévitable Gourou des suprêmes initiations. Nous connaissons les diverses manières d’entreren rapport avecLui : de l'aller cher cher. — de le faire venir, —'de le laisser venir, — de
notes sur l’extase i og se donner à Lui, — ou de prendre part à sa souverai neté... (i) • * On sait de quelle sorte ambiguë certains ouvrages de haute science déguisent les mystères, — à telles enseignes que ces ouvrages, souvent très profonds, semblent à première lecture des libelles de honteuse superstition. Sous quel voile donc les auteurs ont-ils enseigné ce grand arcane,dont nous avons entr’ouvert ci-dessus le tabernacle mystique?
Sous quel voile ? — Voilà qui est supérieurement curieux. Car c’est précisément pour avoir pris « la lettre qui tue » pour « l’esprit qui vivifie », que tant d’étudiants en occultisme donnent à cette heure dans le Spiritisme pur et simple. D’une plume unanime, les hiérographes notifient qu’il faut évoquer les Intelligences célestes, comme seules susceptibles d’enseigner au théosopheles derniers mystères. Moïse sur le Sinaï, N.-S.
Jésus-Christ au jardin des Olives, visités par les anges ; — Socrate et Plotin consultant leur génie; — Paracelse et son Esprit enfermé dans le pommeau d’une épée ;— Zanoni interrogeant Adonaï, etc... Toutes ces légendes, selon leur plus haute signification, symbolisent ce qui pré sentement nous est connu.
Non pas que nous contestions la possibilité de se mettre en rapport avec les Intelligences d’En haut,avec (i) A un autre point de vue, les Rosej-Croix ont classé les divers modes de FExtase en quatre catégories, selon les carac tères qu’elle affecte et les résultats qu’elle donne : 1° l’Extase musicale; 2° l’Extase mystique; 3“ l’Extasesybilline; 4° ¡’Extase d’Amour.
I i o l’initiation les âmes glorifiées : mais tout cela n’est que Magie secondaire, initiation au deuxième degré.
Au troisième degré, les esprits disparaissent... l’Esprit demeure seul, irradiant, impersonnel, bouillon nant à travers les éternelles profondeurs d’un Infini qui n’est pas l’Espace; débordant d’Amour divin, de Vie, de Lumière, d'Espérance et de Beauté divines; gorgeant l’âme d’une ineffable omniscience qui l’enivre, sans qu’elle s’en puisse jamais saouler.
La personnalité égoïste se fond, disparaît, s’éteint à l’horizon du Fini qu’elle a déserté. En Dieu, comme dans la Nature-essence (l’éternelle Nature de Bohme), tout est beau, doux, évident, sublime — et formidable comme un baiser dont on se sentirait mourir, noyé dans la vie !...
Oyez comment Abraham-le-Juif décrit, sous l’em blème que j’ai dénoncé captieux, l’accomplissement de ce mystère : « Tu verras alors que tu as bien employé « les mois passés; car, si tu as cherché la véritable « Sagesse du Seigneur, ton Ange gardien, l’Elu du « Seigneur paraîtra en toy, et te parlera des paroles « si douces et si amicales, que nulle langue humaine « n’en pourra jamais exprimer la douceur.»(Lu Sagesse divine d?
Abraham-le-Juif, dédiée à son fils Lantech, Mss, traduit de l’Allemand (1432), 2 vol. petitin-8°, tome II, page 76). Stanislas de Guaita.
LE ZÉRO I I I « Je sais que le néant est néant, déclare Keleph Ben Nathan dans sa Philosophie divine, mais le néant même n’est point stérile ni inutile...
L’unité infinie, s’unissant au néant, lui donne la puissance du zéro, et le zéro, par cette union et, pour ainsi dire, détrempé de l’Être, émanant de la source originale, de l’abîme de tout être, acquiert par cela même une puissance indéfinie et multiplicative, au point d’être presque in finie, s’il pouvait y avoir quelque chose de presque in fini, et s’il n’y avait point une éternelle et impassable ligne de démarcation entre l'infini pur absolu et tout ce qui n’est pas lui.
Joignez le zéro à une somme d’unités, vous la multipliez à volonté et d’une ma nière qui étonne. » Donc le néant exerce, dans le monde fini, une action indéniable. Pour cela qu’est-il lui-même ? « Le néant, répond le Kabbaliste, c’est le mal méta physique, la privation de l’Èlre relativement à l'in fini. » S’il est la privation de l’Être, le Néant n’émane donc point de celui-ci.
Antipode de la vérité, il ne saurait davantage être vrai, ni, par suite, réel. Sans existence, sans réalité, cette puissance illusoire n’a pu naître que d’une aberration quelconque: or l’ima gination humaine, à la fois créatrice et faillible, m’ap paraît ici responsable. Mère du Néant, elle y croit parce que de lui résulte l’être fini, peint, brodé, figuré z
I 12 l’initiation sur ce Néant même que la révolte de sa volonté contre les lois de l’harmonie suprême lui fait voir agissant en ce monde soi-disant matériel. « C’est sur le fond sans fond du Néant que le verbe créateur incruste, grave et ennature les êtres et donne ainsi du moins un objet à nos faibles idées. » Sur quelles autorités baser une si hasardeuse hypo thèse ? Peut-être sur la Kabbale et le-Tarot.
En effet, l’alphabet hébraïque, dont chaque lettre, correspondant à un nombre, symbolise une des forces de la nature, possède une lettre, le U?, de signification équivalente à notre O, et l’analogie devient beaucoup plus significative encore, si l'on se reporte au fou du tarot qui figure, sans désignation de nombre, parmi les XXI arcanes majeurs.
«L’analogie me semble complète, m’écrivait Charles Barlet, entre le O du dérivé du tarot et le chiffre o, qui probablement même est Tarot (ou de la Kabbale) à la numération arabe. » Lorsque l’Adam primitif, le plus grand des Elohims, unique, à la fois mâle et femelle, puissant dans l’Eden où pour lui et par lui apparaissaient les formes, eût souhaité raisonner son pouvoir, pénétrer les mystères de la cause première et désormais agir à sa guise, la résistance de sa volonté opposa un obstacle au cou rant de vie et de science dont auparavant l’afflux le pénétrait sans cesse et brisa l’universelle harmonie.
Du même coup il avait créé la force isolante, l’indivi dualisme, le néant, le zéro, force analogue à celle déployée en notre monde physique par tout parasite s’implantant dans le corps humain efqui s’isole au centre d'une sphère sans cesse envahissante.
LE ZÉRO I l3 Cette émission de volonté, projetée intérieurement par l’Elohim rebelle contre le courant divin, brisa celui-ci, l’arrêta, creusa le vide, dont s’emparèrent soudain les forces hallucinantes de l’astral, ouvrant l’ordre des êtres finis.
« Le mal métaphysique, qui est proprement les bornes de l’Etre, a existé au moment où l’ordre des êtres finis a été ouvert, et très longtemps avant l’in troduction du mal moral. » (Keleph Ben Nathan.) Alors une force nouvelle oppressive et destructive posséda le révolté, s’enroula autour de chacun de ses atomes, les consolida, les éparpilla, par milliards.
D’abord l’androgyne primitif fut dédoublé; le prin cipe masculin, actif et créateur se distingua du prin cipe féminin passif et fécondant, puis de leur union naquirent la force comprimante, le Temps (Caïn) et la force expansive, l’Espace (Abel) ; la formation du monde matériel commença.
Les mystères des deux créations, ceux de la création divine et ceux de la création humaine, celle-là bien antérieure à celle-ci et tout à fait indépendante, m’ap paraissent dévoilés de façon évidente, dans la Bible et \e.SépherJésirah. La première explication s’obtient par l’étude du nom divin mm, la seconde par l’étude du nom humain □‘îx. mm exprime l’action de ’ sur mn, le féminin d’tfw insexué. ’ Foyer de l’émanation première. El n Principe féminin récepteur. V ? 1 Germination de l’émanation reçue. E [ Fl Création harmonique.
ii4 l’initiation □IX exprime faction humaine substituée à l’action divine. A I n (Adam) signe paternel et masculin, la puisl sance créatrice et stable. DI T Signe de la divisibilité et de la division, / exprimant toute idée déroulant de l’abondance ' née de la division. Projection de l’émanation / adamique. AM J □ La mère. Signe maternel et féminin, local ; et plastique, la matrice qui féconde.
U Signe de la mutabilité et de l’illusion, la folie, le néant, l’erreur, le mal, le zéro, création passagère et déséquilibrée. Or nd© sont les trois mères désignées par le Sepher Jesirah.
Mais quelque ténébreuse que soit son enveloppe matérielle, chacun des atomes dispersés de l’androgyne primitif, minéral, végétal, animal ou homme, garde en soi comme l’essence même de son être, la pure étincelle de l’émanation première, cet invincible levain, inné dans lui, du souvenir de son ancienne gloire, le ramènera d’incarnations en incarnations, d’épreuves en épreuves, de progressions en progres sions, à reconquérir la grande unité perdue ; maître légitime cette fois de la science du bien et du mal, contemplateur conscient de la splendeur éblouissante du vrai.
Le zéro, bornant des sphères de plus en plus im menses, se fondra enfin dans l’infini. Au néant, à la folie, au U succédera le n hébraïque, signe de l’har monie définitive, image de ce qui est mutuel et récitE ZÉRO I I 5 proque, le signe des signes joignant à l’abondance du caractère, à la force de résistance et de protection l’idée de perfection dont il est lui même le symbole.
Le zéro sera devenu la glorieuse couronne des mages, et la grande unité humaine, régénérée et reconquise, hors du temps et de l’espace, fantômes à jamais dissi pés, comprendra que, sa faute commise, le pardon et le rachat furent instantanés. George Montière.
Les ^hihsophmm HISTOIRE DU LIVRE I En 1840, Mynoïdes Mynas, grec érudit, reçut du ministre de l’instruction publique, Abel Villemain, la mission d’explorer les manuscrits conservés ou enfouis dans les monastères de son pays. L’habile explorateur découvrit deux ans plus tard le précieux codex des Philosophumena et le déposa à la Biblio thèque Royale.
Un Helléniste, M. Miller, étudia le manuscrit et le publia à Oxford, en i85i, sous le nom â’Origène. Cette attribution attira les observations de la cri tique. Le premier qui entra en lice fut M. Jacobi.
Dans une série d’articles publiés à Berlin, du 21 juin au 29 juillet 1832, ce savant sembla 'désigner IdippoLES PHILOSOPHUMENA II? lyte, évêque de Porto, martyr et docteur de l’Eglise romaine, comme auteur des Philosophumena, et cette opinion fut embrassée et propagée par Bunsen et le docteur Wordsworth, chanoine anglican de West minster. t Une troisième hypothèse soutenue dans YEcclesiastic and Theologian Review, désigna le prêtre romain Caïus.
En France, l’abbé Jallabert nomma Tertullien, mais son opinion, vivement combattue, tomba d’ellemême. En somme, on ignore le nom de l’auteur des P h ilosoph amena. II Peu importe, du reste. L’importance de ce recueil réside dans les révélations qu’il renferme. Ecrit par un orthodoxe naïf et fanatique, il n’en contient pas moins l’exposé des doctrines des grandes écoles gnostiques.
Des points laissés dans l’ombre par Irénée, Epiphane et Clément d’Alexandrie, sont éclaircis par ce livre étrange. Simon le Mage y apparaît dans tout l’éclat de sa profonde et magnifique théorie. Les sys tèmes de Valentin et de Basilide sont exposés avec un enchaînement merveilleux.
On verra, en outre, quelle clarté le cohipilateur ennemi a jetée sur les dogmes des Séthiens, des Péraïtes, des Naasséniens, de Noëtus, des Dociètes, de Marcion, des Elchasaïtes, etc. Le manuscrit est en papier assez semblable à du
118 l’initiation parchemin. Sa forme est quadrangulaire. Il compte 13 7 feuillets. Un copiste du nom de Michel l’a trans crit au xive siècle sur un original disparu. Michel n’a transcrit que huit livres sur dix. Le manuscrit est tronqué au commencement. Il lui manque quatre feuillets.
Nous nous proposons de faire connaître aux frères Initiés et aux lecteurs de cette Revue, tout ce qui, dans les Philosophumena, a trait à la très sainte Gnose, sous toutes ses formes. III Auparavant, donnons une idée matérielle de la divi sion de l’ouvrage.
Nous nous servons pour cet objet de la belle édi tion publiée en 1860, par l’abbé Patrice Cruice et imprimé par ordre de l’Empereur, à l’imprimerie Impériale, format in-8, 49 pages de prolégomènes, 548 pages de texte et de tables. Le texte grec est accompagné d’une traduction latine, défectueuse quelquefois, barbare le plus souvent. Mais le texte est bien établi et les notes contiennent des variantes et des observations sagaces.
II faut se méfier des prolégo mènes, dépourvus de liberté critique et entachés de préventions regrettables contre tout ce qui n’est pas absolument romain. M. Cruice avait publié, auparavant, en 1853, chez Périsse, des études sur les Philosophumena.
C’est particulièrement un ouvrage de controverse passionLES PHILOSOPHUMENA Iig née et d’apologétique bizarre sur les commencements de l’Eglise romaine et les accusations que l’auteur des Philosophumena élève contre le pape Calliste, dont il fait un disciple de Noëtus, de Cleomène et de Théodote. Il y a apparence que l’auteur inconnu, contemporain de ce pape, en savait plus que M. Cruice là-dessus. Mais passons. Cela ne nous regarde pas.
IV Ceci posé, entrons en matière. Le premier livre (pages 1 à 52) contient la réfuta tion des hérésies. Les systèmes de Thalès, Pythagore, < Empédocle, Héraclite, Anaximandre, Anaximène, Anaxagore, Archelaüs, Parménide, Leucippe, Démocrite, Xénophane, Ecphantos, Hippon, Socrate, Platon, Aristote, des Stoïciens, d’Epicure, des Aca démiques, des Brachmanes, des Druides, d’Hésiode sont passés en revue, plus ou moins brièvement.
On comprend que l’auteur donne la philosophie antique comme base à toutes les hérésies, Ce premier livre a révélé des fragments, jusqu’alors inconnus, des philosophes grecs, principalement des Idéalistes. Les deuxième et troisième livres manquent. Le quatrième livre (pages 53-i36), expose les doctrines des astrologues, des mathématiciens, la divination par le visage, la magie, la divination par les astres,
120 l’initiation l’art des nombres. II est précieux à consulter, et je le recommande à notre frère Papus. Le cinquième livre (pages 138-241) nous conduit en pleine Gnose. Naasséniens, Pérates, Séthiens, Justin le Gnostique, nous y révèlent leurs systèmes. Le cinquième livre sera complètement analysé pour Y Initiation. N Le sixième livre (page 242, 332) est consacré à nos maîtres Simon le Mage et Valentin.
Il parle aussi des systèmes de Secundus, Ptolémée et Héracléon, de Markos et de Colarbase. Il va sans dire que ce livre nous arrêtera longuement. Avec le septième livre (pages 333-3g5), nous aurons à parler de notre maître Basilide, de Satornilos, de Méandre, de notre maître Marcion, de Carpocrate, de Césinthe, des Ebionéens, de Théodote, de Gerdon, de Lucien le Gnostique et d’Apelles.
Le huitième livre (pages 396-243) est consacré aux Docètes, à Monoïmos, à Tatien, à Hermogène, à notre maître Montan et aux prophètes Priscella et Maximilla. Dans le livre neuvième (pages 424-483) sont expo sées les doctrines de Noëtus, du pape Calliste d’Elchazaüs. Enfin, le dixième (pages 474-524) est comme un résumé des réfutations de l’auteur. Réfutations d’une faiblesse véritablement enfantine.
L’auteur des PhiloLA GNOSE OPHITE OU NAASSÉNIENNE 12 I sophumena expose admirablement la Gnose et la réfute très mal. L’exposition nous suffit. PREMIÈRE SECTION I Le mot hébreu Naas, signifie serpent. Les gnostiques Naasséniens lui empruntèrent leur nom. Vul gairement, on les appelle les Ophites. L’auteur des Philosophumena prétend qu’ils se vantaient de con naître les PROFONDEURS. <I>d<7zovreç (xovoi Ta fi a Va ytvwaxeiv.
Leur doctrine en effet était profonde de symbo lisme. Ils établissaient pour premier principe I’iiomme idéal et le fils de cet homme. Cet homme, type à la fois mâle et femelle (àpaEvo07)Xuç), portait le nom mystique d’Adam. Un très beau fragment de. leur hymne d’adoration nous a été conservé : « De Toi vient le Père (la Paternité) ; par Toi est la Mère (la Maternité). Gloire à leurs noms immortels!
Père des Eons (ou plutôt : générateur des Eons !) Citoyen cé leste! Homme par essence (Homme au grand nom)! » Cet homme-type devient triple. Il est intelligible, psychique, terrestre. Le connaître, c’est connaître le Divin. Les Naasséniens avaient un axiome fondamen- (■- < »
I 22 l’initiation tal : « Le commencement de la perfection, c’est de connaître I’homme. Connaître dieu est la perfection absolue. » II Or cet homme-type, I’homme en soi, se manifeste dans Jésus, fils de l’Eon Miriam (Marie). Et la triple essence de cet homme-type fit entendre sa triple parole par l’organe angélique du Seigneur. C’est pourquoi cette triple parole, ce Logos triple, créa trois églises : l’Angélique, la Psychique, la Terrestre.
A chacune de ces Eglises, la Gnose donne un nom mystérieux : I’élue, I’appellée, la captive. Les Naasséniens disaient tenir ces dogmes de Jacques, frère du Seigneur, par le canal de la femme apostolique, Marianne. Leur Adam symbolique ren fermait en soi toute paternité. Que pensaient-ils de l’âme? L’âme était triple comme l’Homme supérieur et comme l'Église. Cette triplicité ne rompait cependant pas son unité.
Une par essence, triple par manifestation. L’âme est la cause de la création ; en effet, elle est la substance de tout ce qui vit. Elle renferme en soi le principe nutri tif, comme âme terrestre. Les pierres elles-mêmes, les minéraux ne s’accroissent que par l’âme; et l’âme a pour lien entre les choses et elle, le désir, cet obscur besoin qui fait que les choses la demandent et qu’elle se répand dans les choses. Tout aime. Tout s’unit. Tout se meut par l’insa tiable Désir. Tout ce qui est dans le ciel, dans la terre,
LA GNOSE OPHITE Oü NAASSENIENNE 123 au-dessous de la terre, est amoureux de l’âme et réclame ses embrassements féconds, son accouplement mystérieux et sublime. III C’est l’Aphrodite des Hellènes que le mystique Ado nis presse sur sa poitrine nue, dans la fusion des germes, des idées et des forces. Attis émasculé figure la nature privée des joies ineffables de la connexion avec l’âme.
Virgile a dit aussi dans un vers inspiré: Mens agitat molem et magno se corpore miscet. Ce mélange de l’âme et du monde, qu’il soit intellectuel ou terrestre, s’idéalise dans le Grand androgyne éternel, le mas-femina divin. Quand Isis cherche les parties sexuelles d’Osiris, elle représente le principe féminin séparé du principe mâle.
Et le principe mâle, Osiris, a l’eau pour emblème, parce que l’eau est féconde et qu’elle figure le germe générateur, la semence. Isis fait sept voyages dans cette recherche, parce que les sept planètes roulent dans leurs sept sphères éthérées figurant l’universalité des choses. Isis tombe et se relève sept fois. L’Ecriture dit : « Le Juste tombera sept fois et se relèvera sept fois. » Les Naasséniens honoraient les images des sexes.
Le Lingo représentait pour eux le flambeau de la vie. Quelquefois, ils lui donnaient le nom d’Iadalbaoth ! le Démiurge, et le père du Cosmos. « Il a dans ses mains, chantaient-ils, une verge
l’initiation 124 dorée, merveilleuse, douceur pour les ' regards et tirant les morts de leur sommeil. » Les morts sont ici les puissances féminines assou pies. IV L’Adam typique androgyne, mas-femina, a pour emblème l’Océan, abîme des énergies, soulevé par la collision de ses flots, tantôt jusqu’au ciel et tantôt jusqu’aux profondeurs insondées. L’Océan qui s’affaisse dans les gouffres inférieurs est l’image des émanations d’En-Bas.
L’Océan qui monte vers les astres, en gonflant ses lames comme des mamelles érigées, est l’image des générations d’EnHaut, « les fils de l’altissime ». Les générations sont périssables; celles d’En-Haut sont éternelles. « Ce qui est né de la chair est chair. Ce qui est né de l’Esprit est Esprit. » Trois mots de mystère servaient aux initiations Naasséniques. C’étaient, Caulacau, Saulasau Zaesar.
Le premier s’appliquait à l’Adam supérieur, le second à l’Adam terrestre, le troisième à ce Jourdain mystique fleuve de la Séparation qu’il fallait franchir pour passer de Bas en Haut, la Mort. C’est l’eau de ce fleuve que Jésus changea en vin, changeant le Transitoire en Eternel, la Mortalité en Immortalité. «O Mort! où est ta victoire ? O Sépulcre! où est ton aiguillon ? »
LA GNOSE OPHITE OU NAASSENIENNE 125 V Les Naasséniens paraissent avoir emprunté leur initiation aux mystères de Samothrace. Samothrace possédait, disaient-ils, le secret ineffable de l’AdamPrincipe. Dans les temples cachés, il y avait leurs simulacres. C’étaient deux hommes nus dont le lingo était droit et dont les mains se tendaient vers les astres. Ils figuraient l’aspiration aux générations supérieures.
Ces deux images figuraient encore l’Adam type, et l’Adam de Renaissance, c’est-à-dire l’homme terrestre sublimé et purifié d’après la ressemblance de son principe divin. L’homme devenait ainsi le Corybante sacré. « Elevez-vous, portes éternelles, et le roi de gloire entrera ! » La voie d’émanation est l’échelle sainte que Jacob vit en songe dans les plaines arides de la Mésopotamie.
Mésopotamie symbolise le grand fleuve des générations qui émane du premier prin cipe. « Oh ! que ce lieu est terrible, dit le Texte. C’est vraiment la maison de Dieu et la porte du ciel ! » Et le Seigneur Christos ajoute : « Moi, je suis la porte véritable ! » . De là découlait la théorie de la résurrection. L’homme, en renaissant, devient Dieu. 11 meurt par la génération humaine, il revit par l’émanation divine.
Le parfait gnostique comprend seul ce mys tère. VI C’est pourquoi l’esprit demeure seul. Et cet Esprit, c’est Dieu. Il faut l’adorer « non sur cette montagne,
I 26 l’initiation non dans Jérusalem », mais en esprit. Là où est l’Adam-Eve, là est l’Esprit. Il a mille noms. Il est mille lumières. Il brûle comme un feu inextinguible. II est le Logos de l’Amour. Il est à la fois science et amour; il révèle la puissance. Il est la racine des pen sées et des éons. Il renferme le compris et le non compris, l’être et le non-être, l’engendré et le stérile, les ans, les mois, les jours, les heures.
Il est le point indivisible. II a pour signe graphique : le Naas. A son honneur, les Naasséniens chantaient des hymnes dont voici le plus beau : « La loi de génération est l’intelligence première ! « Le Chaos naquit de sa semence répandue. « L’âme émergeant, lumineuse, du Chaos, « L’âme,revêtue de la forme fluide des ondes, lutte contre la mort et la douleur. « Tantôt elle plane dans la clarté. « Tantôt elle pleure dans la fange (des sens).
« Elle gémit et jouit. « Elle sanglote et raisonne. « Elle dirige et s’éteint. « Elle erre dans le labyrinthe des formes. « Mais Jésus dit : Regarde, ô mon Père ! « Regarde les luttes du mal! « L’homme cherche à fuir ce dur chaos. « Il ne sait comment le franchir. « Pour aider l’homme, tu m’as envoyé! « Je suis descendu, porteur de ton sceau. « J’ai traversé tous les Eons. « J’ai découvert tous les mystères. « J’ai révélé la forme du divin.
NOTICE SUR LE MAGE ELIPHAS LEVI I27 « J’ai enseigné les lois de la sainteté. « J’ai enseigné la Gnose. » Jules Doinel. C’est avec une émotion religieuse que j’écris le nom de ce sage par excellence, qui a bien voulu m’en seigner les éléments de la sainte Kabbale, et qui a ainsi scellé dans mon âme les fondements indestruc tibles de la foi en Dieu et dans la vie future.
Eliphas Lévi (anagramme d’Alphonse Louis) est le seul homme que j’aie connu qui soit arrivé à la paix profonde. Sa bonne humeur était inaltérable, sa gaîté et son entrain intarissables. Son brillant esprit Rabelaisien, profond pour ceux qui comprenaient le sens philosophique de ses paroles, plaisait également aux humbles, qui n’y voyaient que des plaisanteries amusantes , et subissaient le charme de l’homme aimable.
Quelles que fussent les facultés des âmes qui s’adressaient à son âme, il se mettait à leur portée en les élevant le plus possible, sans se tromper sur le degré auquel il pouvait les faire atteindre. Causant (1) On sait que notre ami Lucien Mauchel prépare une étude sur Eliphas Lévi. Voici les renseignements fournis sur cette question par une des élèves du célèbre kabbaliste.
128 l’initiation beaucoup, sans jamais risquer une parole indiscrète, il était en même temps d’une franchise complète et d’une extrême résérve : sa conscience était le sanc tuaire du prêtre. Il était très sévère pour tout mal (surtout pour le mal qui entraînait le scandale), pour tout désordre, tout manquement à la Loi, même à la loi établie par les hommes, car elle était à ses yeux un reflet, si éloigné qu’il fût, de la Loi suprême.
II répétait souvent : Ce qui ne doit pas être, n’est pas, voulant que le mal commis fût absolument renié et considéré comme non avenu. Profondé ment attaché à la religion catholique, il m’a dit bien des fois : « Le catholicisme est la seule religion dont les sacrements soient efficaces. » Je me trouvais un jour chez lui quand un homme à la conscience troublée, à l’esprit déséquilibré, vint lui demander ses conseils ; il l’envoya se confesser.
Il admirait et respectait les rabbins, les Kabbalistes, dont la haute science avait pénétré les arcanes sacrés. Eliphas Lévi était artiste dans ses goûts et même dans la pratique. Il achetait de vieilles tapisseries, des meubles anciens, qu’il réparait lui-même avec une véritable habileté. Il peignait bien. Je me rappelle l’avoir vu travailler à un portrait de Rabelais jeune.; la tête se détachait superbement de la toile, vivant et souriant.
Il éprouvait pour Rabelais une grande et sympathique admiration. Eliphas composait des. chansons comme un membre du Caveau. Je ne parle pas de ses admirables ouvrages, qui resteront le trésor des adeptes. Je ne me permets pas de porter un juge ment, même admiratif, sur le Mage. Bien d’autres,
NOTICE SUR LE MAGE ELIPHAS LEVI I2g plus savants, peuvent l’apprécier mieux que moi. Je ne parle ici que de l’homme. Eliphas avait reçu les premiers grades de EÉglise et s’appelait l’abbé Constant, sans avoir été ordonné prêtre, lorsqu’il éprouva une vive passion pour une belle jeune fille, célèbre plus tard sous le nom de Claude Vignon : il l’épousa et passa par toutes les phases de l’amour qui lutte et qui souffre. Cette union fut rompue. De quel côté étaient les torts? Ceci est impossible à dire. Eliphas Levi n’accusait pas sa femme ; il constatait les douleurs de la vie commune. Nul ne peut être juge des difficultés d’un ménage; souvent il n’y a de torts d’aucun côté, mais seulement un désaccord de deux instruments, excellents séparé ment, mais qui ne peuvent se mettre à l’unisson. Ce fut Claude Vignon qui demanda la séparation ; le divorce n’existait pas alors. Eliphas répondit en obtenant la nullité du mariage, basant sa réclamation sur les grades religieux qu’il avait reçus. Son mariage, qui avait été célébré en province, fut déclaré nul à Paris. Sa femme conserva du ressentiment de ce résultat: ce n’était pas là ce qu’elle avait voulu. Aussi, plusieurs années après, quand elle était reçue chez Victor Ilugo, qui invitait également et séparément Eliphas Lévi, elle demandait au grand poète: «Avezvous vu mon affreux mari? » Le Mage, parvenu, non à l’oubli, mais à la paix de l’âme, disait de son côté en souriant à Victor Hugo : « Vous avez vu ma char mante maîtresse? » Jamais les années de passions qu’il avait vécues près de cette femme aimée ne s’effa cèrent de l’esprit du Maître ; il m’en parlait souvent 5
i3o l’initiation avec le brio, l’animation sans exagération qui rendait sa conversation si intéressante.
Eliphas habitait rue de Sèvres, au fond d’une cour aux murs bas qui lui laissaient la vue très gaie des jardins environnants, un petit appartement situé au deuxième étage et composé de trois pièces en enfi lade et d’une cuisine qui lui servait d’atelier et de dé barras, car il ne prenait jamais ses repas chez lui.
Il se rendait au restaurant des « Deux-Edmond », boule vard Montparnasse, où lacuisine était excellente, et qui possédait un petit vin blanc qu’eût chanté Rabelais. La concierge de sa maison lui rendait quelques services payés.
Mais il faisait presque tout lui-même, avec beaucoup d’ordre, dans son appartement, qu’il s’était plu à transformer en musée, bien avant que cette méthode eût pris une telle extension, Musée qui ne lui avait pas coûté de grosses sommes, car il n’était pas riche et ne vivait absolument que des leçons de Kabbale qu’il donnait rigoureusement seulement à ceux qu’il jugeait aptes à les recevoir; car il était d’une extrême sévérité au sujet de la diffusion du Vrai, convaincu que le Bien mal compris peut faire beaucoup de mal.
Dans un passage d’un de ses ouvrages, il écrit ceci : « Le Diable, c’est Dieu com pris par les méchants. » Il affirmait qu’il en était de même pour les autres vérités, et, s’il a écrit sur l’occul tisme, dans son idée ses livres étaient destinés aux adeptes : il ne désirait pas qu’ils fussent répandus, n’a jamais fait de réclame, ne s’est jamais inquiété de leur sort après leur publication.
Révéler, c’est-àdire, me disait-il, revoiler des vérités et non les vulNOTICE SUR LE MAGE ÉLIPHAS LÉVI l3 I gariser. Ainsi voilées, il les jugeait à la portée de ceux à qui elles pouvaient nuire. Il avait pour disciples Mme de Balzac (veuve du grand romancier), le comte de Mischek, le comte Braninski.
Il dînait une fois par semaine dans chacune des mai sons, où il recevait l’accueil le plus sympathique comme homme, le plus respectueux comme Maître. Il donnait aussi des leçons d’initiation à la sainte kabbale par correspondance à une famille du Midi dont j’ai oublié le nom. Il était très lié à Paris avec la famille du Speeht, et, quoiqu’en général il préférât la société des femmes, il se plaisait avec le jeune peintre, M. de Speeht.
J’ai eu l’honneur de recevoir pendant une année les leçons du Mage, leçons toutes gratuites. Il croyait que (sauf exception) il ne fallait pas enseigner la science occulte aux femmes, et qu elles y risquaient la folie. Aussi, avec quelles précautions il a ouvert mon intelligence à la Lumière ! Aussitôt qu’il voyait éclore mon enthousiasme pour une idée, il me rame nait à la considération de l’idée opposée, produisant ainsi l’équilibre.
L’équilibre était son but à un tel point que parfois je m’insurgeais contre des contra dictions apparentes. Il gardait sa gravité souriante, me faisant volontairement osciller entre la Raison et la Foi, sachant bien que le germe déposé dans mon esprit fructifierait tout seul. Les révoltes ne lui déplaisaient pas : il se souvenait d’avoir été l’abbé Constant, dont l’âme bouillonnante avait crié bien haut les droits à la liberté.
Calmé par sa haute science bien plus que par les années, il avait trouvé l’équii32 l’initiation libre entre la liberté et l’autorité. Je répète qu’il était arrivé à la paix profonde.
Il aimait tout ce qui est bon dans la vie ; la vue des femmes, des enfants, le soleil, la table, la conversation même avec les plus humbles, pourvu qu’ils fussent vrais dans leur simpli cité, et, pendant qu’il donnait à la vie ordinaire, il se montrait toujours avec son inaltérable gaîté, son éblouissant esprit. Aux heures du travail sacré, on ne le voyait pas.
Assis dans son large fauteuil de bois sculpté, aux coussins brodés d’or, restauré par ses mains habiles, devant sa grande table de chêne cou verte de papiers rangés avec ordre et des œuvres de Paracelse, de Guillaume Pastel, etc., qu’il tirait de sa vaste bibliothèque ; il pensait et écrivait à côté d’une fenêtre dont les rideaux couleur d’or tamisaient la lumière; souvent les rideaux étaient relevés ou la fenêtre ouverte, car il aimait la vue de la verdure qui l’entourait.
Il portait alors une robe de chambre de velours noir sur laquelle tombait sa belle barbe blanche. Il était petit, trop gros pour sa taille, les traits irrégu liers, mais les yeux d’un bleu clair étincelaient de vie joyeuse et spirituelle, sur le front haut et large se lisait un monde de pensées ; la bonté et la fermeté se révélaient dans l’expression de la bouche. La note dominante de cette physionomie était la volonté et la joie.
Deux fois par semaine, je venais le trouver dans cette chambre, où il avait placé son lit au couvre-pied de velours pourpre brodé d’or, parce que la vue était plus riante que dans les autres pièces: c’est là qu’il vivait, qu'il recevait. C’est là qu’il m’initia à la sainte NOTICE SUR LE MAGE ELIPHAS LEVI i33 Science en ne m’en révélant que ce qu’il jugeait à ma portée, sans me faire éprouver aucune fatigue, aucune tension d’esprit.
Il m’avait expressément défendu toute pratique de magie et même de dessiner un pentagramme. Il m’avait donné deux broches représen tant le pentagramme, et je les portais ; mais j’avais reçu la défense de m’en servir comme signe en y attachant une idée de talisman.
Je ne l’ai jamais vu lui-même s’occuper de magie ; il avait obtenu autre fois un résultat remarquable qu'il cite dans un de ses livres : {’Apparition d’Apollonius de Tyanes, et deux années de dégoût de la vie avaient été le fruit de cette œuvre.
11 ne pratiquait pas non plus le magné tisme, et pourtant il devait y exceller, car un jour que je souffrais beaucoup d’étouffements sanguins, il me fit sur l’épigastre l’imposition des mains, et je fus ins tantanément guérie. Il guérit également de la fièvre une de mes filles.
Il m’avait dit qu’il connaissait l’année de sa mort, qui lui avait été révélée par un homme vêtu de noir qui s’était dressé subitement devant lui pendant qu’il écrivait à son bureau, et qui avait disparu de même.
Cette année, il ne me l’avait pas confiée, sans doute parce qu’elle n’était pas bien éloignée et qu’il crai gnait de m’affecter, mais il en avait prévenu une de mes amies, qui a été très frappée de vérifier l’exacti tude de cette prédiction.
Une fois seulement,pour me faire connaître la méthode à employer pour lire dans l’avenir au moyen du Tarot, il m’annonça les événe ments de ma vie dans l’année qui suivrait; et les faits furent d’accord avec la « Bonne aventure ».
Je possé134 l’initiation -dais un Tarot annoté de sa main; ce Tarot formait un véritable résumé de doctrine : il m’a été pris avec les ouvrages et autres souvenirs du Maître par les prus siens qui pillèrent mon appartement à Asnières.
Du Mage, il ne me reste plus qu’un petit socle de pendule doré qui lui a appartenu. Quand M. Larousse entreprit son dictionnaire, il me confia quelques articles de Kabbale, que j’écrivis sous la direction d’Eliphas Lévi. Quelques articles sur le même sujet ont été écrits, m’a-t-on dit alors, par Robert Houdin. Mais tout ce que j’apportai à M. Larousse ne fut pas inséré.
A cette époque,Eliphas annotait une grande et ancienne Bible, un in-folio décoré de très belles gravures. Sur le verso blanc de chaque gravure, il résumait en quatre vers le sujet du chapitre. Je le trouvais souvent occupé à ce travail.
Lorsque, deux fois par semaine, le Mage avait ter miné la leçon qu’il voulait bien me donner, il m’em menait déjeuner aux « Deux-Edmond. » Alors suc cédait au recueillement qui avait accompagné la parole initiatrice une gaieté exubérante. On eût dit que ce petit cabinet de restaurant renfermait deux étudiants en vacances.
J’étais jeune et bien joyeuse alors, mais le sage de soixante-cinq ans était aussi joyeux que moi, et c’était des saillies étincelantes d’esprit qui provoquaient le rire qui gagnait jusqu’au garçon qui apportait le petit vin blanc.
Pourtant, même dans ces réunions intimes, Eliphas gardait une dignité souriante ; fidèle à l’une de ses maximes « N’allez pas, faites venir », il était le maître et non l’esclave de la gaieté; la conduisait jusqu’au point
NOTICE SUR LE MAGE ÉLIPHAS LEVI I 35 où il voulait, et pendant le temps qu'il voulait. Après ces souvenirs charmants, viennent, comme toujours, hélas ! dans la vie, les douloureux souvenirs : la guerre amena une séparation, et plus jamais ne reparurent les heures d’étude et d’épanchement. Eliphas Levi demeura à Paris pendant le siège. Je partis, je voyageai, et je ne le revis que bien rarement, beaucoup plus tard.
Peu de jours avant sa mort, j’appris qu’il était malade et desirait me voir. Je courus près de lui. Il était assis près de son lit. Sur la muraille tendue de vieille tapisserie, se déta chait un beau Christ qu’il regardait souvent. Il ne me parla pas de sa maladie, et je ne sais même pas en quoi elle consistait. Il était très calme, plein de séré nité.
Il savait certainement qu’il allait mourir, car ses yeux prirent une expression extatique que je ne Jeur avais jamais vue, pour me dire, en me désignant le Christ : « Il a dit qu’il enverrait le Consolateur ; l’Esprit, et maintenant, j’attends Esprit, VEsprit Saint! Rien ne peut rendre le rayonnement reli gieux, la foi profonde qu’exprimait son regard. J’étais profondément émue, mais élevée vers Dieu. Je partis et ne le revis plus.
J’appris par l’amie à qui il avait annoncé l’année de sa mort, qu’il avait écrit au Pape pour lui demander l’absolution et que cette absolu tion reçue avait été une joie pour lui. Je désire ardemment que tous ceux qui cherchent les vérités de la Sainte-Science soient animés de l’Esprit du Maître, cet Esprit de justice et de bienveil lance, sévère pour le mal, indulgent pour les cou pables, et qui planait au-dessus des luttes de partis.
1’36 l’initiation de races, de sectes, pour réunir tous les hommes dans le même vœu d’amour qui doit un jour se réaliser dansl’Unité. Que l’humanité se cherche par l’amour pour ne former plus qu’un seul être. Que toutes les divisions, toutes les passions qui nous éloignent de ce but sacré s’éteignent devant la Lumière que les Mages ont révélée, et qui éclairait de sa lueur éternelle le regard ineffable du Maître mourant. L.
Hutchinson. (philosophie) Essai sur la Compréhensibilité de l’Univers 1. — proposition La force est Dieu ; l’énergie un mode de la force ; la matière un mode de l’énergie; Trinité dont l’es sence est une, tout procède de la Force et tout y retourne, et cette ascension de la matière vers la Force a lieu suivant une courbe sphérique en la matière, elliptique et tendant vers la parabole dans la vie des plantes, parabolique et ten dant vers l’hyperbole chez les ani maux, hyperbolique enfin dans larace humaine; c’est dans la seule courbe parabolique que ¡’Energie, ne pouvant se transformer, va se sublimeren âmes. Les âmes sont le pourquoi de l’Univers.
LE THÉORÈME i37 II. — DÉMONSTRATION « Si sur uneligne courbe infinie et composée d’une infinité de points un de ceux-ci se déplace ou dispa raît, ce mouvement ne nuira pas à l'harmonie des au tres points. » Ce théorème, démontré en analytique, prouve d’abord que le nombre n’est pas infini : du reste, un nombre infini serait à la fois pair et impair ce qui ne peut être.
Par conséquent, la matière ou ce que nous appelons de ce nom, étant nombre par les atomes, est finie dans l’espace et dans le temps. Elle émane d’une autre essence ; elle est mode de dyna misme universel. Il nous faut la concevoir comme formée à l’origine de moments d’Energie, de points sans étendue, mais réalisant l’étendue par leur trame.
Or les lieux de cette trame ne peuvent se trouver que sur des lignes courbes infinies et à leur intersection (c’est-à-dire sur les hyper boles) pour que le mouvement se produise; et seule une intelligence infinie, seul, Dieu peut le déterminer.
Il le peut, car le libre arbitre divin est démontré par la proposition des courbes infinies, un point d’Energie va donc disparaître ; aussitôt, pour combler ce vide, que Dieu maintient indéfiniment, l’Energie potentielle de l’Univers, non encore distribuée en atomes, oscille de l’infini jusqu’au point neutre, le dépasse et revient encore et, dans son mouvement pendulaire, charge tous les atomes. C’est la théorie de W. Crookes. Le degré de divergence des oscilla tions déterminera des valeurs de icr, 2e, 3° degrés
i38 l’initiation suivant que les distances des atomes au centre sont de i, 2, 3, 4, et le sens du mouvement décidera du caractère dynamique, disons électrique, de l'élément. Ce mouvement originel de la matière a lieu, suivant des lois connues, en épicycloïdes de révolution. Voilà donc la matière non pas créée, mais organisée.
Elle se meut suivant le vis à tergo et si elle n’était pas aussi régie par le futur, suivant l’expression de Fitzgeral, elle ferait continuellement retour à elle-même. Elle ne se sublimerait pas en âmes, éternel devenir des mondes. Il faut donc que dans son ascension vers Dieu elle se meuve aussi suivant le vis à directo et le fait est évident et déjà prouvé par Pasteur pour les solutions organiques.
La molécule d’une de ces solu tions peut être représentée par le schéma ci-dessous, où les asymptotes a, à représentent l’une le vis à tergo, l’autre le vis à directo pour la molécule MMMAI.
Dans ce milieu dyssimétrique, la lumière donnera lieu au phénomène de la polarisation rota toire ; on remarque aussi que les microbes isolent l’acide levogyre dans ces solutions et qu’ils four nissent l’isomère gauche, tandis que les moisissures fournissent l’isomère droit et isolent l’acide dextro gyre. La polarisation se fait donc dans chaque iso mère en sens inverse.
Chaque molécule de solution vitale sera donc comme un solénoïde, c’est-à-dire comme un aimant. Elle pourra donc se dédoubler comme eux et don ner lieu dans les cellules qui en dérivent à la karyokinèse, c’est-à-dire à la reproduction. Mais de cette cellule ou d’un assemblage de ces
LE THÉORÈME l3gcellules il ne saurait encore provenir une âme. Ici, le mouvement de la matière oscille autour des points M° et a lieu en ellipse, avec tendance vers la parabole. Il doit faire retour vers le mouvement circulaire et la cellule qu’il animait redeviendra la matière inorga nique m’m’m’m'.
Dans les échelons supérieurs, il y a toujours les mouvements circulaire et elliptique, mais déjà les molécules des êtres et par suite leurs cellules ont oscillé vers la parabole. Cette ligne, qui va à l’infini donne déjà la semi-conscience en vertu de l’axiome des courbes infinies. Les êtres tendent à devenir meilleurs et à se rapprocher de Dieu.
Mais ils n'ont pas encore d’âme qui puisse rentrer en lui, puisque la courbe hyperbolique seule est celle du libre arbitre. Chez les hommes seuls, mais non pas chez tous, le mouvement ascensionnel de la vie tend vers l’hvperbole et peut y rentrer enfin sous forme d’âme, car c’est la seule courbe où l’énergie ne se transforme plus. Il y a donc du mérite à avoir une âme immor telle.
Cette âme, je l’ai cherchée longtemps dans mes études sur le cerveau. Elle est située dans la petite hypophyse, en la selle turcique qui lui fait un royal lit de parade. En effet, les idées, venues des sens.se transforment toutes en images qui s’accumulent dans les cellules de la couche corticale (le téleopte résoudra cette question sous peu).
Ces accumulateurs se déchargent conti nuellement à notre insu dans la couronne rayonl’initiation 140 nante et le corps strié et l’enchevêtrement de ces con ducteurs se fait définitivement dans le corps cal leux. Mais le trigone célébrai, situé au-dessous du corps calleux et élevé et abaissé à chaque seconde par le mouvement du liquide céphalo-rachidien est unchamp magnétique véritable qui s’induit des fils du corps calleux.
Les idées passent alors, en interférant, dans les deux piliers, cotylédons et balanciers du cerveau, et s’accumulent dans les tubercules mamillaires. Ceux-ci ont reçu déjà du cerveau postérieur parleurs expansions dansles couchesoptiques toutel’influence des passions. Le tuber-cinéreum et la grande hypo physe agissent alors à la façon d’un microphone sur les tubercules mamillaires et s’induisent de tout notre être pensant.
La grande hypophyse est le siège de l’in conscient et le point de départ du grand sympathique C’est d’elle que le mouvement ascensionnel de la vie tend à passer dans la petite hypophyse où se sublime à chaque instant, en hyperboles, le meilleur de nousmême, afin qu’à la mort, si nous l’avons mérité, nous puissions reposer en Dieu.
S’il plaisait alors à Dieu de se déterminer au point entre, il est clair que tous les atomes rentreraient aussi dans le substratum universel. Et il ne resterait plus dans l’infini que les âmes des hommes. N’est-ce pas là le pourquoi de l’Univers? Puisse-je en avoir soulevé les voiles du Comment.
LE THÉORÈME I4I III. — Corollaire C’est la douleur ou la pitié qui, dans un cri, nous donne l’idée de la Justice éternelle. C’est par elle que nous pouvons mentir d’avoir une âme immortelle. Mais faudra-t-il que l’humanité souffre toujours ainsi. La science n’a-t-elle pas fait assez de progrès pour que la certitude d’être supplié enfin la foi, par une com munication certaine enfin des vivants avec les morts.
Ceux-ci ne pourraient être pour nous que des guides omniscients et justes, s’ils le voulaient bien, car ils re posent dans l’être omniscient et juste lui-même. Et il n’en est pas d’injustes, puisque ceux des hommes qui n’ont pas de vibre de leur vivant à l’unisson de Dieu n’auront pas d’âme, ce qui vaut mieux que l’Enfer.
Les âmes ou les esprits, comme toutes les formes de l’Énergie, doivent avoir une influence sur les thermo-multiplicateurs assez sensibles. Je doute que jusqu’à nos jours il y ait eu avec elles communication directe, car le monde irait bien mieux. Mais le temps est venu de faire cette splendide expérience.
Il suffi rait, après avoir trépané au front un homme de bonne volonté (j’en connais), de plonger jusqu’à l’hy pophyse les électrodes d’un magnétomètre, celui de l’abbé Fortin. Les esprits n’ont certes pas l’énergie nécessaire pour faire dévier directement l’aiguille. Mais ils l’auront grâce à l’intermédiaire du cerveau humain.
C’est ainsi que, s’ils le veulent, l’aimant étant à o, leur simple action de contact avec la petite hypophyse et par interférence amènera la déviation
l’initiation 142 de l’aimant, qu’on notera par un trait sur du papier. S’ils influencent l’hypophyse à plusieurs reprises dif férentes et plus ou moins longtemps, n’est-il pas évident que l’on communiquerait avec eux par les caractères du télégraphe morse ? Du jour où les esprits se seront enfin révélés com mencera l’ère des temps nouveaux.
La Théocratie spirite régira le monde, tempérant une extrême liberté presque anarchique avec une autorité souve raine et juste. Le premier homme qui communiquera avec les esprits aura d’abord par eux la puissance, afin qu’il puisse imposer aux autres hommes le nouvel état social. Ils lui indiqueront un moyen de communica tion plus parfait, au moyen duquel il saura tout et agira en conséquence.
Les esprits lui donneront le secret d’aller et venir dans les airs, et des armes souveraines. Sans doute alors faudra-t-il qu’il délègue à des justiciers une partie de sa puissance. Ceux-ci lui auront été désignés parmi les meilleurs des hommes, non les plus intelligents, car les esprits le sont pour eux, mais ceux qui ont le plus d’énergie au cœur... les poètes.
Quand le justicier se sera révélé et aura été reconnu, les rois et les princes de la terre ainsi que les chefs de républiques lui délégueront leurs pouvoirs. Il nom mera à son tour un justicier pour chaque pays. Et quand plus tard, sous l’action des justiciers, la race humaine sera devenue meilleure, chaque homme pourra communiquer directement avec les esprits. La
LE MANDEB 143 formule du bien-être social pourra être à la portée de tous. On saura où est son âme sœur ; il n’y aura plus d’avocats ni' de médecins. Et un immense hosanna s’élèvera vers le ciel des poitrines des humains misé rables. Docteur Paul Portaz.
Santos, ce 10 mars 1892. (occultisme pratique) Le nom de Braid qui a découvert une nouvelle branche ou plutôt un nouveau procédé pour magné tiser est grand, on peut dire qu’il a des droits incon testables à l’immortalité. Braid a-t-il réellement fait une découverte? Non, pas plus que le magnétisme qui a illustré Mesmer, l'hypnotisme de Braid n’est véritablement une découverte.
Comme celle du ma gnétisme, l’origine de l’hypnotisme se perd dans la nuit des temps. De même que Mesmer, Braid n’a fait qu’une découverte, les thaumaturges de l’antiquité usaient, pour endormir un sujet, tantôt des passes, tantôt de la fixation par ledit sujet d’un objet bril lant: plusieurs monuments anciens en fournissent la preuve matérielle et irrécusable.
De nos jours, les thaumaturges orientaux, héritiers directs des thau maturges de l’antiquité, font fixer par un jeune sujet quelque chose de brillant pour l’endormir. Les Arabes, notamment, appellent ce procédé Mandeb, mot qui dans leur langue a le même sens exactement
l’initiation 144 que celui d’hypnotisme. Et celui qui pratique le Mandeb prend le nom de chek, et, à cause de cela, il est en grande, en très grande vénération auprès de ses com patriotes. Il y a deux sortes de Mandeb que je vais décrire et que j’ai beaucoup pratiqués pendant une année entière notamment. Voici en quoi consiste le premier procédé.
Je couvre un guéridon d'une nappe bien blanche; sur la nappe, et au milieu du guéridon, je place une carafe de cristal toute pleine d’eau, et der rière la carafe un bougeoir avec une bougie allumée, de manière que la flamme de la bougie soit aperçue de l’autre côté, à travers la carafe. De cet autre côté est assis, tout près du guéridon, le sujet sur lequel je veux opérer.
Je me tiens derrière le sujet auquel j’or donne de fixer la flamme de la bougie, qu'il voit à travers la carafe, puis je lui applique tout à plat mes deux mains sur le sommet et sur le devant de la tête en ayant soin de ne pas arriver jusqu’au front.
Quel ques instants, une minute ou deux tout au plus, se sont écoulés depuis que le sujet fixe la flamme de la bougie, et je lui dis : — Sentez-vous quelque chose ? — Il me répond : — Je sens des picotements aux yeux.
Je reprends : — Voyez-vous quelque chose ? — Je vois une sorte de brouillard noir qui n’a pas de forme, répond le sujet. — Vous ne voyez pas un vieillard à grande barbe blanche, vêtu de noir et coiffé d’un bonnet carré éga lement noir ?
LE MANDEB 145 — Pas du tout, pas du tout. — Faites bien attention, regardez bien. — Je ne vois rien que du noir, toujours du noir, sans la moindre forme humaine. — Regardez bien. — Ah! je commence à voirdu blanc, quelque chose de blanc comme de la neige. Ah ! voilà que cette neige devient une barbe terminant une face blême, puis, audessus de la face un bonnet qui n’a pas de forme dé terminée... Si, si, si..., le bonnet a une forme carrée.
Cette figure est celle de votre vieillard ; je vois sa robe toute noire. Par suggestion, le sujet a vu une figure créée par mon imagination et que je désirais qu’il vît. Après avoir laissé le sujet se reposer un peu, je passe à une autre épreuve. Je lui commande de fixer de nouveau la flamme qu’il aperçoit dans la carafe.
Je lui demande s’il voit quelque chose ; il voit encore je ne sais quel brouillard d’une forme indécise, puis je lui dis : — Ne voyez-vous pas le père Mathurin qui demeure au bas du village? — Non, je ne le vois pas, — Vous ne le voyez pas? — Non. — Regardez bien. — J’ai beau regarder, je ne vois rien que du brouil lard dans le ventre de la carafe et pas de père Mathurin. — Fixez toujours, regardez bien. — Je le vois, je le vois distinctement maintenant.
l’initiation 146 — Que fait-il ? Où est-il ? — Il est dans son écurie où il panse son cheval. Il lui verse de l’avoine dans sa mangeoire. J’envoie aussitôt un domestique chez le père Mathurin, qui, en effet, venait de panser son cheval juste au moment où le sujet l’apercevait dans la carafe. Une autre fois, le sujet vit un autre habitant du vil lage revenant de la ville et encore à moitié chemin dans sa carriole sur la levée de la Loire.
J’ai feint de croire pieusement le sujet sur sa simple déclaration, mais, le lendemain, j’allai trouver le voyageur de la veille, et je lui demandai où il était et ce qu’il faisait à telle heure. Il me répondit qu'à cette heure précisé ment il était à moitié chemin de Madon sur la levée de la Loire, dans sa voiture, après avoir quitté Blois. Le sujet ne m’avait pas trompé.
Je dois dire que cette dernière expérience est diffi cile; le succès est assez rare, je n’ai réussi qu’avec ce seul sujet et ce seul sujet, très loyal, ses échecs en four nissent la preuve, n’a pu voir le plus souvent que du simple brouillard, il ne pouvait voir dans la carafe ce que faisait tel ou tel personnage du village qu’on lui désignait.
Par exemple, ce qui m’a toujours réussi, soit avec ce sujet, soit avec d’autres, ce que j’ai constam ment et infailliblement obtenu, c’est le sommeil. Quand on s’est assuré que les sujets sont bien endor mis, on les réveille très facilement en leur soufflant sur les yeux un souffle frais.
On arrache à leur lourd sommeil les plus profondément endormis en leur soufflant sur les yeux quatre ou cinq fois au plus, en soufflant assez fort, il est vrai.
LE MANDEB I47 Je passe à la seconde sorte de Mandeb, très usitée également en Orient, surtout par les Arabes. J’ai fait préparer par le menuisier des Montils une planchette de bois blanc sur la surface de laquelle un peintre vitrier a étendu plusieurs couches de peinture blanche.
Sur cette surface blanche, le même peintre vitrier a décrit avec son pinceau un grand cercle noir, dans ce cercle deux triangles également noirs dessinés avec le même pinceau ont été entrecroisés, et, au centre de l’entrecroisement, un gros point noir parfaitement rond a été figuré sur cette même planchette; dans les angles, et, dans l'intérieur des triangles, on a tracé des mots en langue hébraïque ayant un sens cabalis tique.
Parmi ces noms cabalistiques ou soi-disant tels, se trouve le nom de Jéhovah, le nom de l’Etre qui existe par lui-même. Puis, hors du cercle, des étoiles d’or, enfin tout ce qui peut donner à la planchette un faux air d’instrument de magie.
Je fais fixer à mes sujets le gros point noir placé au centre de l’entre croisement des deux triangles, et j’obtiens exactement les mêmes résultats qu’avec la fixation de la flamme de la bougie à travers le ventre de la carafe de cristal.
Ces deux appareils que je viens de décrire sont loin d’être indispensables pour endormir un sujet, il me suffit pour cela de lui faire fixer la surface de l’eau versée jusqu’aux bords dans un bol de porcelaine exposé à la lumière du soleil.
J’emploie aussi un miroir à main, j’oblige le sujet sur lequel j’opère à ne pas lever les yeux de dessus le miroir, et, quand il me paraît en état de somnolence, je lui demande s’il ne voit dans le miroir tel ou tel objet, telle ou telle forme.
l’initiation 148 C’est bien rare, bien rare, et véritablement exception nel quand il ne voit pas dans ce miroir devenu ma gique l’objet ou la forme que je veux qu’il voie. Ensuite, le sujet s’endort, et, pour le réveiller, il suffit de lui souffler sur les yeux. On obtient et infailliblement le même succès en faisant fixer au sujet l’ongle de son index ou de son médius préalablement graissé avec de l’huile d’olive.
Ces deux derniers procédés m’ont été enseignés par un auteur latin des quatre premiers siècles de l’ère chrétienne. Ceux, qui dans l’anquité grecque et romaine employaient ces procédés pour faire voir les images de personnes à ceux qui venaient les con sulter, ou pour endormir, s’appelaient spéculateurs, speculatores, de spéculum, miroir, objet brillant.
Bien avant la redécouverte de Braid, un fripier juif du quartier du Temple, à Paris, gagnait beaucoup d’argent en faisant fixer par ses clients dans des mi roirs magiques où ils voyaient, disaient-ils, tout ce qu’ils désiraient y voir. Il est donc surabondamment prouvé que l’hypnotisme, qui a rendu si justement fameux et si retentissant le nom de Braid, n’est qu’une simple réinvention.
Les anciens et les orientaux connaissaient sous d’autres noms l’hypnotisme de très longue date. L’hypnotisme n’était connu en Occi dent que d’un infime petit nombre de personnes qui gardaient leurs secrets pour elles. Braid n’a fait pure ment et simplement que le remettre en lumière et donner un nom nouveau tiré du grec à une science très ancienne. Horace Pelletier, Correspondant du Groupe indépendant des Etudes ésotériques.
PARTIE LITTÉRAIRE Les pampres grimpant le long des pilastres, et rejoints les uns aux autres, s’enchevêtraient pour coiffer notre terrasse d’un vrai couvercle de verdure. A l’heure délicieuse qui précède immédiatement le coucher du soleil, nous nous tenions là-dessous en compagnie de quelques voisins et intimes. Les fortes odeurs des citronniers et des daturas montaient avec celles des myrtes, poussées par la brise de mer.
Le bon docteur Spaccafico vint nous rejoindre. Il avait, ce soir-là, les lèvres serrées, la mine mystérieu sement importante de l’homme qui veut se faire arra cher une grosse nouvelle. Bientôt, nous fûmes au courant. On avait trouvé dans Quisisana, au milieu du premier carrefour de 4
15o l’initiation gauche, à la maîtresse branche d’un vieux chêne vert... « Eh bien ! je vous le donne en cent, je vous le donne en mille, fit le narrateur.
Non, vous ne le devineriez jamais ; mieux vaut ne pas vous faire lan guir: C’était votre propriétaire, Don Carmelo Ignazio Lamazza, pendu, pendu comme un vulgaire cri minel. » — Pauvre diable! dit mon père, qui ajouta aussi tôt : un rude fesse-mathieu de moins sur terre ! — C’est lui-même qui s’est fait justice, le bandit! s’écria la marquise Angiolina.
Je voudrais'voir tous les malheureux qu’il a mis sur la paille allumer un feu de joie et danser en rond autour de son cadavre. Elle avait parlé avec une si brusque explosion que le carlin, tout endormi sur ses genoux, levant son petit museau noir comme le masque du polichinelle napo litain, se mit à aboyer furieusement.
Le pendu, qui nous louait la villa occupée pendant la saison chaude à Castellammare, était un richissime notaire du pays, drôle de petit homme, toujours vêtu à l’ancienne mode, mais soigneux, propret, aux gestes, méthodiquement mesurés, ne souriant jamais et ne s’arrêtant pas à causer aux portes.
Borgne et boiteux, il portait un bandeau de soie noire au-dessus de l’œil et s’aidait, pour marcher, d’une grande canne ; il employait même la vraie bé quille les jours où il n’y mettait pas de respect humain. On s'étonnait de sa fortune si rapidement acquise; on murmurait à propos de sa rapacité en affaires, de sa ladrerie, de sa dureté misanthropique, et cependant
LE NOTAIRE PENDU 151 nul n’aurait trouvé un seul acte d’improbité flagrante à lui reprocher. Chacun le saluait avec une déférence mêlée d’inquiétude. Le pharmacien Don Vincenzo, en le voyant paraître à l’autre bout de la rue, s’arrê tait tout net au beau milieu d’une de ses périodes ; les rieurs, qui faisaient cercle autour de lui, car Don Vincenzo était un conteur renommé, mettaient immé diatement une sourdine à leurs éclats.
Sur le passage du vieux notaire boiteux, j’ai vu des enfants s’enfuir brusquement, et même des chiens, surtout à l’heure du crépuscule, serrer leur queue entre les jambes en poussant des petits hurlements d’anxiété.
Cependant, le docteur Spaccafico paraissait un peu mortifié du résultat produit. — Je comprends, marquise, dit-il, en faisant une légère allusion aux déboires financiers du feu mar quis, je comprends que les hommes d’affaires vous inspirent quelque appréhension.
Vous, Monsieur (ici il s’adressait à mon père), vous avez subi le sort com mun des locataires, qui, dans tous les pays du monde, ont de petits démêlés avec les propriétaires de l’im meuble où ils logent ; mais moi, honoré de l’amitié de Don Ignazio, je tiens à défendre la mémoire d’un homme calomnié, oui, calomnié, parce qu’il a été mal connu. Tenez, permettez-moi de vous raconter un fait per sonnel.
Il y a quelques années, un oncle mourut en me léguant environ 20,000 ducats. Indépendamment des droits fiscaux, je dus payer à l’étude du notaire
i5a l’initiation 2,000 ducats pour garde du testament, 3,ooo pour ouverture et i,5oo pour lecture dudit testament. — C’était raide ! dit mon père ! — Oui, mais, cher Monsieur, songez donc à la responsabilité du notaire. Et puis ses émotions ! En qualité d’ami il a éprouvé des palpitations de cœur lorsqu’il m’a annoncé la bonne aubaine. Et vous savez combien la santé du pauvre cher homme était délicate. Ce n’est pas tout.
Je désirais toucher, au plus vite, mon argent pour payer quelques dettes pressées. Je ne pus l'avoir qu’au bout de dix-huit mois, mais don Ignazio se fit donner la liste de mes créanciers qu'il désintéressa en les appelant à son étude, moi j’avais fait le métier de saute-ruisseau en courant récolter les factures.
De ce chef, j’eus encore à payer 1,200 ducats pour dépôt de l’argent, plus 5oo pour le dressé du compte, c’est-à-dire l’addition que l’on se donna la peine de faire afin d’établir le total des sommes payées avec l’argent si impatiemment attendu. — D’où résulte, dit encore mon père, que, si je compte bien, l’excellent ami, l’honnête homme vous a pris plus du tiers de votre succession. — Parbleu oui, mais il a sauvegardé le reste.
Un de ses confrères aurait pu prendre la totalité. C’est encore moi qui demeure l’obligé du cher Ignazio. Le débonnaire Spaccafico parlait-il sérieusement ? Il est difficile de le savoir. La physionomie du docteur présentait detrangescomplexités d’expression. Comme dans celle de Pie IX, la finesse doucement railleuse riait au coin de l’œil, tandis que la bouche s’entr’ouvrait épaisse avec une bonhomie presque naïve.
LE NOTAIRE PENDU 153 — Notre ami le tabellion, continua-t-il, n’aimait pas l’argent. Une simple habitude professionnelle le lui faisait entasser. On lui a reproché la sécheresse de son cœur en face des misères de l’humanité. C’était distraction et non dédain ou méchanceté.
Comme il planait sans cesse dans un monde supérieur, l'homme était devenu pour lui, pour ainsi dire, un animal in différent qu’il écrasait sans le vouloir comme nous écrasons les fourmis. Avant de juger un caractère, il faut en connaître les dessous ; ceux-ci échappent à l’analyse des chercheurs les plus persévérants.
Paral lèlement à l’existence qui s’étale en plein soleil il en est une autre, souterraine, latente, tout intérieure et psychique. Elle coule inaperçue, mais c’est elle qui nous livre le secret des apparentes bizarreries, des antinomies morales observées chez les êtres dont les singularités nous choquent. Je ne connais Don Ignazio que depuis quelques heures.
Si vous désirez le connaître aussi, prêtez-moi un peu d’attention et veuillez suspendre votre jugement. Le docteur tira de sa poche un rouleau de papier. — Ici, dit-il, notre malheureux ami a consigné quelques notes personnelles ainsi que l’expression de ses dernières volontés. Je suis honoré et touché de la confiance qu il m’a témoignée en faisant de moi le dépositaire de ce manuscrit.
J’en ai pris connaissance aujourd’hui ; comme il ne contient aucune clause restrictive, je crois pouvoir vous le communiquer. Nos domestiques, Aniello et Vincenzo, venaient de faire circuler les plateaux de rafraîchissements.
l’initiation 164 On réclama de la lumière. Des lampes furent posées sur le rebord de la terrasse. Quelques feuilles de vigne se tordirent recroquevillées en crépitant sous la mor sure des flammes. Des myriades de phalènes tourbil lonnèrent dans les petites sphères lumineuses.
Le silence se fit, profond, à peine interrompu par le frôlement cotonneux de quelque chauve-souris traversant le rideau des pampres, un refrain de pê cheur attardé et le remous lointain de la vague au pied de la colline qui porte Castellammare. Affermissant ses fortes lunettes sur son nez, le doc teur nous dit : — Je passerai, si vous le voulez bien, quelques détails biographiques sans intérêt, pour entrer de suite dans le cœur du récit.
Ce sont les impressions d’Ignazio enfant arrivant à l’adolescence. Spaccafico posa sur une chaise à côté de lui deux ou trois feuillets ; il s’approcha d’une des lampes et commença la lecture. II J’avais déjà les poches pleines de beaux coquil lages luisants. Je fus bientôt fatigué de jouer au bord delà mer avec les petits polissons du port. Depuis longtemps, mon père disait qu’à mon âge pareille société n’était plus convenable pour moi. Je pris la grande rue qui monte droite vers la forêt de châtaigniers.
LE NOTAIRE PENDU 155 Un peu avant de sortir de la ville, je vis une vieille femme accroupie près d’un fourneau de terre rouge. Elle avivait le feu avec un éventail en feuille de maïs pour faire cuire certaines galettes dont la couleur n’avait rien d’appétissant. Cette femme me dit d’un ton rechigné : « Bonne promenade, Don Ignazio. » et elle me tendit sa main pour recevoir l’aumône. Je voulus chercher quelque monnaie dans ma poche.
Je n’en tirai qu’une poignée de coquillages. Elle détourna la tête en faisant un geste de dédain et de mauvaise humeur. Sur son cou, je vis quelques vilaines mèches d’un blanc sale mêlé de jaune comme la filasse de la quenouille qu’elle tenait fichée dans sa ceinture. Un peu plus haut, je croisai une quantité danes qui rentraient en ville. Que d’ânes, grand saint Jan vier ! Des ânes, des ânes, des ânes qui se mettaient à braire en passant.
Et les âniers criaient pour les faire avancer sur le dos des bêtes ; c’étaient, sauf quelques richards de Naples, des Américains, des Allemands, des Russes, des Français, surtout des Anglais; enfin, toute cette marchandise étrangère qui vient nous en combrer à la saison des eaux minérales.
Miss Nelly, la fille de ce long mylord qui loue le premier étage de notre villa, me reconnut et m’adressa du haut de son baudet un petit sourire d’amitié con descendante. Ah! je me serais laissé rouler la tête la première jusque sur la plage pour la voir me sourire comme çà. Elles sont si gentilles, ces jeunes Anglaises, quand
156 l’initiation elles ne sont pas trop effrontées, trop dédaigneuses ou quelque 'peu folles. Après la procession d’ânes, je rencontrai Bettina, la fille du marchand de fruits de mer. Elle se tenait bien cambrée, la poitrine en avant, les mains sur les hanches, les coudes en dehors, une grosse cruche sur la tête. Bettina venait de la fontaine là-haut.
Je con naissais sa manière de faire claquer les semelles de bois de ses sandales sur le trottoir, et j’étais tout con tent de l’entendre passer devant notre terrasse, mais le cœur ne me battait pas si fort que quand c’était le bruit des petites bottines de l’Anglaise.
La grande belle fille brune sourit et, sans s’arrêter, me dit de sa voix bien pleine : « Bonne promenade, Don Ignazio, que la Madone vous accompagne. » Je me sentis tout fier ; elle n’avait pas dit, comme autrefois, sur le ton de la camaraderie : Ignapiello mio. Cette fois, elle me gratifiait du Don comme un vrai personnage. Serais-je devenu quelqu’un?
Ma foi ! oui, mon père avait bien raison de ne plus me permettre de familiarités avec les maccal^oncelli et birtcchini de la plage ou des rues. Cependant, les intonations, à la fois douces et pro fondes, de cette aimable popolana, me remuaient moins, à l’intérieur, que le ton un peu aigu de miss Nelly.
Et moi, pauvre enfant de modestes bourgeois indi gènes, qu’étais-je donc pour oser lever les yeux sur cette fleur exotique, née dans les brumes du Nord, dans ces régions mystérieuses que mon imagination peuplait de princesses !
LE NOTAIRE PENDU I 5^ Rougissant d’une émotion inavouée, je reprenais ma course en baissant la tête. Çà et là, au bord du chemin, je voyais des touffes de romarin fleuri. Un peu au-dessus de l’endroit où Bettina remplissait sa cruche, une échancrure se creuse profonde au flanc de la montagne. De là, le regard tombe aussi droit que le fil à plomb sur le bord de la mer.
A travers le feuillage des châtaigniers, comme au fond d’un gigan tesque entonnoir, je voyais quelques maisons, parmi lesquelles je reconnus notre villa entourée de sa cein ture de figuiers et de grenadiers. Plus bas, un petit bout de plage jaune au bord de laquelle des pêcheurs attisaient un grand feu pour fondre du goudron ; d’autres tiraient leurs filets.
Un quart d’heure ensuite, les spirales du chemin en dos d’escargot m’ayant ramené en face de cette échancrure, j’eus de la peiné à reconnaître notre villa; les pêcheurs étaient devenus si petits, si petits, que je pouvais à peine les distinguer, points noirs se mou vant sur le fond de sable, et, de même, les barques n’étaient plus que des taches sombres dans la grande plaine bleue.
Près d’une petite chapelle aux murs couverts de fresques qui représentent les âmes du purgatoire, un moine se tenait accroupi. Il me tendit sa tirelire. Je sortis de ma poche une poignée de coquillages. Le moine se détourna avec impatience ; il fronça ses gros sourcils épais, et, comme il se mordait les lèvres, je vis se dresser les poils de sa barbe rousse mêlée de fils blancs. Je passai bien vite, humilié, penaud, cherchant à
158 L INITIATION me donner par derrière une allure fière et dégagée. Le chemin s’était rétréci. Plus de rencontres pos sibles. Je me trouvais dans un sentier escarpé que les chevriers, gravissant la montagne, ont seuls l’habi tude de fréquenter. Les fleurs, la mousse touffue, le lierre épais et large que je foulais tout à l’heure, se faisaient de plus en plus rares. Les châtaigniers si luxuriants étaient rabougris, malingres.
Je passai près de quelques cactus à mine rébarbative, accrochés dans les fissures et hérissés comme des porc-épics. En même temps, le ciel tout bleu avait pris une teinte malveillante ; il s’abaissait pour m’écraser. Les belles flaques de lumière franche qui s’étalaient sur le sol en traversant le feuillage, se transformèrent en autant de taches cadavéreuses.
Je ne sais comment de la forêt je passai dans un bois d’orangers où le jour s’obscurcit tellement que j’y voyais à peine clair. Pas un oiseau, pas un insecte, pas un souffle d’air ni un mouvement dans les feuilles. Au-dessus de moi une voûte d’un vert sombre ; au-dessous, un terrain tristement noir.
Les troncs d’arbres tranquilles, uni formes, s’enlevaient les uns après les autres, indéfini ment, avec une monotonie désolée; ils me parurent les colonnes d’un temple sanslimite, bâti pour les divinités infernales. Une tristesse opaque, stagnante, comme la tristesse pesant sur cette nature morne, s’abattit dans mon âme. Le sourire de Nelly, le salut de Bettina ne pouvaient chasser de mon esprit les cheveux de la vieille et la barbe du moine. Jemaudis mes coquillages. C’est à cause d’eux que l’on m’avait jeté un sort !...
LE NOTAIRE PENDU i5g — Vous savez, dit alors le docteur en interrompant sa lecture, que moines et vieilles femmes sont sujets, d’après nos idées populaires, à avoir le mauvais œil. Ignazio, enfant, partageait les superstitions ambiantes.
Puis il continua : — Résigné d’avance à souffrir, car je ne me sentais pas assez fort pour lutter contre les puissances mys térieuses, je voulus, accablé par ces fatalités chimé riques, me jeter à terre en me redisant tout ce que l’hostilité des hommes peut verser d’amertume dans un cœur sensible. Mais je n’osais m’arrêter en ce lieu, que la mort semblait avoir accaparé et où, vivant, je me trouvais dépaysé comme un intrus.
Et, tandis que je regardais cette longue enfilade de troncs d’orangers, espérant entrevoir au bout quelque filet de lumière naturelle, j’aperçus un petit mur bas, à demi caché sous des herbages fauves. Je pensais m’y asseoir pour me reposer. A ce mo ment, deux forces me sollicitaient en sens contraire. Un instinct de prudence disait : « Ne va pas là. » Et je ne sais quelle curiosité malsaine m’y poussait im périeusement.
Ce mur n’avait en lui-même rien qui pût justifier mes alarmes. Quelques fragments tombés à terre, d’un seul bloc, conservaient cette ténacité de cohésion que l’on remarque dans les édifices des vieux âges. Que pouvait-il y avoir derrière cette ruine ? La peur fascinante, le vertige de l’inconnu m’avaient enlacé et m’entraînaient. Je m’avançais lentement, en faisant de grands circuits, en écoutant les palpitations plus
16o l’initiation rapides de mon cœur, en cherchant à raffermir mes genoux oscillants, à empêcher la sueur de mouiller la paume de mes mains. Je marchais comme un homme que la destinée pousse et force, après une longue lutte, à commettre quelque mauvaise action. Enfin, j’enfourchai le petit mur ; je regardai de l’autre côté avec le serrement intérieur que j’éprouve le soir en cherchant sous mon lit, avant de me cou cher.
Immédiatement au-dessous de moi, comme si elle fût sortie de quelque immense profondeur sou terraine, une voix sur le ton larmoyant et nasillard qu’emploient nos mendiants, cria ; « Ignazio, Ignazio, au nom de la sainte Madone ! » Je voulus mettre la main à ma poche pour secourir le misérable. Je m’arrêtai. Mes doigts venaient de se heurter contre les malencontreux coquillages.
Cependant la voix, plus proche et plus dolente, criait encore : « Ignazio, Ignazio, de l’eau pour laver mes plaies ! » Je tenais les yeux fixés sur une touffe de grosses bardanes. Une des larges feuilles de cette touffe s’agita, se souleva, et je vis surgir lentement une tête coiffée du bonnet rouge que portent chez nous les hommes du peuple. Puis l’homme parut tout entier, un petit homme contrefait, vêtu de piteux haillons.
Il avait l’œil gauche crevé, et s’appuyait sur une béquille. Ses jambes étaient couvertes d’ulcères hideuses à voir. Son œil unique, terrible de fixité, était plein d’une malice froide. Sautant au bas du mur, je m’enfuis à toutes jambes.
Le bancal me poursuivait en criant d’une voix touLE NOTAIRE PENDU l6l jours nasillarde et plaintive, au fond de laquelle je sentais des intonations railleuses : « Ignazio, Ignazio, de l’eau pour laver mes plaies ! » J’entendis ou crus entendre tout près de moi, sur mes talons, le bruit de sa béquille heurtant les troncs d’arbres, mais ce n’était pas un son plein et net : plu tôt un bruit sourd, comme s’il fût parti de très loin.
Puis ces mots éclatèrent à la façon d’un rugissement: « Tu me reverras cette nuit. » Et je me retrouvai dans le sentier que j’avais suivi en montant. Je revis les cactus souffreteux, les buis sons de romarin, la percée à travers laquelle le regard plongeait droit sur le port, la petite chapelle des âmes du purgatoire et la fontaine où Bettina remplissait sa cruche ; mais je ne sus jamais comment j’étais sorti du bois d’orangers.
Le soleil se couchait dans la mer, derrière les îles de la baie, quand j’aperçus la façade de notre villa. N’ayant pas cessé de courir, j’arrivai tout haletant. Déjà, sur le linteau de la porte qui réunit les deux pilastres, je pouvais lire en grosses lettres rouges : Villa Lama^a. A ce moment, un chien se mit à hurler d’une façon tellement lamentable que je courus encore plus vite. En passant sous la porte, je levai les yeux.
Je crus remarquer, mais je n’ose m’appesantir sur une idée semblable, qu’un des deux chiens de terre cuite qui décorent les pilastres avait changé de position, que sa tête s’était redressée et qu'il tendait le cou comme un chien qui hurle. Occupant presque toute l’embrasure de la porte, 6
IÔ2 l’initiation mon père se tenait droit et solennel.
Il s’apprêtait à me questionner sévèrement sur les motifs de ma longue absence, lorsque ma bonne vieille tante Carmela me jeta un regard par-dessous le bras de mon père et je l’entendis qui disait : « De grâce, ayez pa tience, mon brave Pippino; ne grondez pas cette pauvre créature (creatura, enfant). » Elle ajouta : « Y a-t-il de l’huile dans sa lampe? » Et plus bas : « Allons donc, espèce de demi-pendu, tu ne vois donc pas que c’est encore la chose qui le tient ? » Ancien colonel au service de notre roi Joachim, mon père n’entendait pas que l’on badinât sur l’heure des repas quotidiens.
Sans pitié pour les faiblesses des femmes s’attardant à bavarder avec la voisine, il était inflexible comme l’aiguille de sa pendule, réglée chaque jour sur le coup de canon du petit port. Quelques instants avant le repas, on le voyait de vant la porte se dresser, long et sérieux comme un programme. Le souper fut silencieux ; mais, après avoir mangé un plat de belles figues bien sucrées et juteuses, mon père se dérida et m’adressa la parole. Avec un peu d’hésitation, je finis par lui conter les incidents de ma promenade. R. de Maricourt. (A suivre.)
BIBLIOGRAPHIE VàHTWAPB (i) (1) 1 vol. in-18 par Guy-Valvor. Savine, éditeur. En septembre 1888, au moment où l’éditeur Savine publiait le roman intitulé : Une Fille.
Gustave Giffroy écrivait: « M. Guy-Valvor est toujours l’apitoyé et l’enragé de justice qu’il faisait prévoir au jour où il donnait à l’imprimerie ses premiers vers enflammés et généreux. » L’Antipape, nouvelle œuvre du même auteur qui paraît aujourd’hui, confirme pleinement l’assertion de notre très sympathique confrère ; jamais âme plus noble n’a défendu avec une foi plus enthou siaste la grande cause du socialisme chrétien : rachat des déshérités et triomphe de la solidarité humaine par l’avènement du règne de Jésus.
« En arrière des pâtés de maisons et du ramas de constructions disparates qui forment le village de Saint-Fons, dans un pli boueux de terrain qui s’en fonce en cul-de-sac un peu à l’écart des routes, s’ou vre une ferme, de dimension médiocre, d’aspect plus ouvrier que rustique, aux bâtiments dégradés et misé rables, d’ailleurs soigneusement enclose de murs.
l’initiation 164 « Elle était habitée par de braves gens, des gens pai sibles et doux, quelques femmes, des vieillards, qu’on voyait peu, qui parlaient peu, qui se répandaient peu au dehors, des Jgens très pauvres qui faisaient pourtant l’aumône, de bonnes âmes qu’on insultait et qui ne répondaient point aux insultes.
Ils étaient là une quinzaine environ, qu’un lien inconnu semblait unir et qui vivaient entre eux, retirés, dans une com munauté fraternelle... ouvriers en soie la plupart. « ...
Ils se targuaient d’unelongue suite d’anciens et de prophètes qui les rattachaient aux premiers temps de l’église, aux apôtres eux-mêmes et à Jacques, frère du Seigneur; et ils se glorifiaient, parmi la corruption du monde et les altérations de la pensée chrétienne, de conserver intact en toute sa pureté l’enseignement du Fils de Dieu, et de s’appeler les Pauvres de Dieu, les Ebionites. « ...
L’esprit de charité qui les animait portait ces pauvres, si dénués qu’ils fussent, à se dépouiller de ce qu’ils pouvaient avoir pour en revêtir de plus pauvres qu’eux... Entre eux, égalité parfaite, communisme de cœur et de biens. Toujours prêts d’ailleurs à secourir, aussi bien qu’un frère, le passant inconnu. L’inconnu, n’était-ce pas tout de même un frère en Jésus?
Depuis la mort du prophète Joël la direction pratitique de l’Eglise ébionite était allée à Jacques Lechesnel. « Précoce de vertu comme d’intelligence, de taille haute, de geste sobre, de démarche calme mais assurée, la bonté d'âme qui luisait dans ses yeux et coulait avec ses paroles, gagnait les cœurs qu’il prévenait à première vue, en s’imposant à tous avec une autorité
L ANTIPAPE 165 indéfinissable. Le mélange de douceur et de force qui composait ses manières et son langage invitait à la cordialité en contenant toute familiarité grossière, en écartant toute inconvenance. On ne pouvait le voir sans éprouver de la sympathie; on ne pouvait causer avec lui sans lui marquer du respect. » Un léger duvet ombrait ses joues maigres et son menton.
Ses blonds cheveux, rejetés en arrière et retombant sur ses épau les, lui faisaient comme une auréole ; sa tête rayon nait, tête ascétique, la tète d’un saint. On était à la veille des élections. « Si à l’écart qu’il vécût, Jacques, avec son petit groupe, avait assez d’importance'pour ne pas rester inaperçu aux calculs des comités, aux compétitions des partis...
Sa voix, dans une élection, c’était quatre ou cinq cents voix assurées; et ce chiffre, qui dans un ballottage pouvait faire incliner la balance, valait assez la peine qu’on se mît en frais pour acquérir l’électeur influent dispo sant d’un pareil appoint. A l’égard de Jacques, d’ail leurs, l’espoir de chaque comité était d’autant plus excité qu’on savait qu’il n’était inféodé à aucun parti.
Comme il n’était à personne, chacun l’espérait pour soi. » Un jour, dans l’humble chambre où il faisait aller son métier, un agent du candidat conservateur lui rendit visite et termina son long discours en dépliant des billets de banque. Jacques le congédia par un refus catégorique. « Plein de mépris pour ces manœuvres souterraines, par lesquelles hypocritement, à travers les milieux ouvriers, captant leur bienveillance et leurs suffrages,
166 l’initiation se poussaient, s’insinuaient, se grandissaient les sadducéens du jour unis à nos nouveaux pharisiens, il ne pardonnait pas au catholicisme d’avoir énervé, corrompu, perverti l’Evangile.
L’épaisse et lourde dévotion catholique, si lourde et si superficielle à la fois, lui paraissait le renversement même du chris tianisme, le contraire, la négation de l’idéale doctrine de Jésus, un pur paganisme. » Deux jours plus tard, après une entrevue ménagée par un tiers entre lui et le candidat officiel, il se demanda au retour « ce en quoi aujourd’hui valait mieux qu’autrefois, ce que les fils avaient de bonheur en plus que les pères ou de souffrances en moins, et ce qu’enfin leur grande Révolution si vantée, leur République avait changé ! cette République, d’où l’idée chrétienne, l'idée d’amour, l’idée de charité était absente, d’où Jésus était banni, Jésus la seule source de consolation ici-bas aux douleurs de l’huma nité ! » Restait le socialiste.
Jacques voulut l’entendre et, pour cela, se rendit à l’une de ses réunions qui avaient lieu dans un baraquement en planches, au fond d’un chantier de la Croix-Rousse, mais il en sortit écœuré. « Ah ! que tout cela était loin du Royaume de Dieu! Orgueil, avarice, cupidité! C’était en exploitant les passions de l’homme que tous ces gens-là prépa raient l’avenir de l’humanité.
C’était sur l’avarice seulement, sur les instincts pervers de la foule, cha touillés, exaltés, surexcités que s’appuyaient toutes ces théories. Elles faisaient appel aux haines, à l’envie, à l’âpre désir de jouissances matérielles et bestiales
l’antipape 167 qui dormait au fond de l’âme du pauvre. Rien qui le redressât de l’abjection terrestre où il vit prostré, qui consolât sa misère en l’ennoblissant à ses propres yeux, qui éveillât dans les tristesses de son dénûment un sentiment de vertu fortifiante, rien qui le forçât à lever la tête et à regarder le ciel !
Le pauvre, de ces réunions, ne pouvait sortir que plus méprisable, ayant en sus de sa misère la rage de l'inaccessible bonheur d’autrui, les yeux éblouis par les mirages dont on l'avait leurré, dégoûté, découragé pour sa pauvreté et son travail. Ah! qu’on était loin de Jésus et des consolations chrétiennes ! Mais, dans les intérêts du peuple, ces gens-là ne cherchaient pas leur intérêt. L’égoïsme, un égoïsme étroit et féroce, les guidait tous.
Ils fondaient leur propre bonheur sur les illusions de ce peuple. Pauvre peuple qu’on égarait, qu’on affolait!... Tous, en somme, inspirés et possédés de l’Esprit du Mal. qui corromprait leur œuvre à peine ébauchée. Insensés, qui espéraient bâtir sans Dieu ! C’est sur Jésus qu’il faut fonder, si l'on veut fonder solidement.
L’amour de Dieu, la charité ! voilà l’impérissable ciment qui doir unir les pierres de l’édifice social ! » Dès lors une pensée le hanta : « II comprenait qu’il y avait dans le catholicisme une force énorme, prodigieuse, demeurée encore, malgré les coups incessants dont on la sape, la plus grande, la plus impérieuse force du siècle ; et il la jalousait, il l’enviait pour le bien.
Si on pouvait la dériver, la détourner de son erreur et de son idolâtrie, pour l’employer à l’œuvre de salut et de vérité ! Cette
168 l’initiation puissance énorme, si vaste, si étendue, si profonde, si habilement distribuée, qui s’est faite l’esclave d’inté rêts coupables ou profanes. — Si elle était mise au service de la charité, de l’idée véritablement chré tienne! Quels merveilleux résultats, s’il plaît à Dieu, l’on obtiendrait ! Quel bouleversement heureux dans le monde! Et par moments il rêvait que cela pouvait se faire...
Et, malgré lui, sa pensée se tournait vers le chef de ces catholiques, vers celui qui disposait de cette force et la dirigeait à son gré, vers le maître de tant de consciences, vers le pape ! Oh ! si l’Esprit enfin lui désillait les yeux, l’illuminait! S’il voyait la honte de sa splendeur terrestre devant Christ, l’in famie de toute sa vaine gloire ! S’il voulait!..
« Y avait-il un homme sur terre qui put assumer un pareil rôle, si ce n’est celui que trois cent millions d’âmes courbées dans son obéissance portaient si haut au sommet de la hiérarchie humaine qu’il disparais sait aux yeux dans les nues, plus voisin de Dieu que des hommes. Celui qui se disait le chef de l’Eglise unique, et le vicaire de Jésus ? Quel homme avait em preint au front un pareil caractère d'universelle auto rité ?
« Jacques s’attristait de tant de richesses, tant d’offrandes vaines prodiguées à un être humain, alors que de tous les côtés tant de souffrances criaient vers le ciel, et à celui-là entre tous qui se proclamait à la face de l’Univers, humblement, le serviteur des servi teurs de Dieu. Est-ce que tous ces trésors, qui iraient se stériliser entre les mains de cette idole de chair, n’auraient pas dû aller à l'immensité des pauvres?...
l’antipape 169 Oh ! combien différent du Christ, dans sa splendeur et sa pompe mondaine, ce soi-disant vicaire de Christ sur terre! combien déchu de l’idéal chrétien, ce chef encensé et doré des chrétiens, ce prétendu maître de la chrétienté qui ignorait la pauvreté du Christ !...
Et Jacques s’irritait de l'idée évangélique ainsi prostituée au monde et pervertie, en songeant à tout le bien selon Dieu qui aurait pu se faire et qu’on jetait aux pierres du chemin !
« Néanmoins la puissance surhumaine de cet homme, pasteur suprême des catholiques, si obéi par eux et si honoré harcelait sans cesse ses méditations : et Jacques revenait sans cesse à son rêve, la grande œuvre de rédemption des misérables, accomplie par cette puissance, la plus haute sur terre, l’unique. « Il le voyait, par sa pensée, ce chef des chrétiens, tel qu’il aurait pu être, tel qu’il devrait être selon Christ.
« Il le voyait, un bâton à la main, cheminer infati gablement par le monde à travers les nations, à la recherche du bien à faire, du mal à conjurer, sans autre couronne que ses cheveux blanchis au service du Christ, ayant pour cour et pour cortège le peuple des misérables et des affarfiés. prêchant l’espoir et la résignation aux pauvres, prêchant aux riches la charité.
Non point cette charité bâtarde qui laisse de haut tomber l’aumône et se contente d’une apparence, mais la charité selon Dieu qui vivifie l’amour. La charité! restitution obligée du riche au pauvre, qui seule peut absoudre et purifier le riche de sa richesse, qui égale le riche au pauvre dans l’Eglise du Christ et
170 l’initiation le réconcilie en Dieu !
11 le voyait, non plus comme aujourd’hui, inaccessible et hautain au fond d’un palais pour les chétifs et les malheureux, gardant aux puissants sa douceur et ses flatteries, mais plein de colère pour l’insolence des grandeurs de ce monde, plein de caresses pour le troupeau des humbles, pour les pauvres de Jésus, faisant tomber le tonnerre de sa parole sur l'orgueil des pompes terrestres, sur les crimes prospères, sur les satiétés égoïstes, sur l’iniquité triomphante des maîtres de la terre!
« Oh ! qu’il serait grand ainsi, dépouillé de toutes grandeurs humaines! Oh! qu’il serait terrible, n’ayant d’autre arme que sa faiblesse divine!
A tous ces rois, à tous ces riches, à tous ces puissants, à tous ces suppôts du mal qui en sont ici-bas les auteurs, il leur parlerait du haut de sa pauvreté évangélique avec l'autorité d’un homme qui a le ciel seul pour objet et pour guide Dieu, qui se déclarerait par sa bouche, lui mettrait dans les yeux son courroux, et quelque chose du ciel reluirait autour de son front; et tandis qu’il parlerait, il aurait derrière lui le peuple dans son ombre.
« Et peut-être alors on serait près de voir réalisé sur terre l’idéal de Jésus. » Graduellement l’exaltation de Jacques s’accroissait. Des visions le proclamèrent envoyé de Dieu, lui ordonnèrent de partir pour Rome. Sa raison lutta d’abord désespérément, consciente de la folie de l’en treprise, torturée par les angoisses du doute; mais alors événements sur événements s’accumulèrent pour le convaincre, et une force invisible l’emporta; de
l’antipape i 7 I sorte qu’en l’église Saint-Pierre, aux fêtes mêmes du Jubilé, il se trouva sur le passage du Pape. « Le Pape, le Pape ; l’idole ! la voilà, l’idole pon tificale ! le saint Pierre perpétuel, toujours renais sant, ce soi-disant vicaire et lieutenant de l’Eternel ! «...
Comme enveloppé des acclamations de cette multitude, il passait devant nos chrétiens attristés et silencieux; du haut de la sedia sur eux tomba son regard, un regard aigu et scrutateur, un regard gla cial, pénétrant et étrange.
Fut-ce l’attitude sévère, parmi les transports des assistants, de ce groupe à l’air pauvre, aux costumes d'humbles ouvriers, qui inquiéta l’attention du pontife ? ou plutôt quelque avertissement d’en haut n’était-il pas venu mordre en plein orgueil la sérénité sublime du triomphateur? Jacques et l’idole se regardèrent.
L’Idole parut trou blée par le regard de Jacques : et Jacques tressaillit sous le regard de l’idole, comme si sa pensée de répro bation et de dégoût, dans un éclair de ses yeux, eût été jetée à ce triomphe, eût été comprise. Sur son trône l’impaSsible Idole parut chanceler, comme ébranlée par un immatériel souffle d’en haut. Avait-il lu dans l’âme de Jacques ?
Avait-il, par quelque mys térieuse prescience, par un inexplicable influx magné tique, pressenti en ce pauvre inconnu l’obscur mes sager du ciel, chargé des divins anathèmes, qui avait mission de le rappeler à la loi de Christ et à la vérité ? Mais il sembla que de cette rencontre, parmi les pompes de la fête, il lui en resta un souci et comme une ombre sur le front. La messe terminée, le Pape changea d’ornements,
L INITIATION I72 revêtit la chape et la tiare. Toutefois, avant sa rentrée dans le mystère de ses appartements, les porteurs de la sedia firent halte devant le bronze de saint Pierre, où il prononça les paroles debénédiction. Alors une chose étrange et inexplicable se produisit. Du troisième pilier de droite un cri retentit, une voix s’éleva, des paroles en français : « Christ... Jésus... les pauvres...
Dieu... » Des camériers, des suisses se précipitèrent aussitôt éperdus, à traverslafoule. «Mais du haut de la sedia, sur Jacques écroulé dans un flot de larmes, que des gardes avaient saisi, environnaient, entraînaient, un regard tomba au passage, ce regard étrange et glacial qui avait déjà frappé nos Chré tiens.
Plus pâle, sous la tiare, le visage de l’idole machinalement essayait toujours de sourire ; mais sa pâleur, où toute morgue maintenant et tout orgueil étaient éteints, semblait garder l’effarement d’une apparition divine, et dans son regard plein d’horreur nos Chrétiens crurent sentir je ne saisquelle adhésion, mystérieuse et sympathique, comme si la mission que Jacques de vive voix n’avait pu accomplir s’était divi nement effectuée dans l’âme du Pontife, comme si les paroles arrêtées de l’envoyé du Christ,Christ lui-même immatériellement les avait parlées au cœur superbe du lion et que, sur les pompes insolentes de sa fête, eût l’idole vu soudain étinceler l’épée vengeresse de l’Ange. » A peine si,dans cette trop courte analyse del’œuvre, j’aurai évoqué un pâle reflet de son idée dominante. Contraintde négliger entièrement le côtéaction,maints détails, restés sous silence, méritaient pourtant que je
l’antipape 173 les mentionne. Lisez VAntipape, la vie entière de Jacques, ce saint à l’intarissable charité, s’y déroule en un long et résigné martyre.
Vous connaîtrez les souf frances, les vertus, la patience stoïque, l’héroïsme et la foi de son entourage qu’illuminent des figures sublimes; son odieux procès, une cinglante requête contre l’in justice de nos robins avilis et corrompus ; son union impeccable avec une pécheresse repentante, sorte de Marie-Magdeleine ressuscitée, enfin, après le scandale de Saint-Pierre, son internement dans une maison de fous, durant trois années mortelles.
Pour conclure, je dirai avec M. Guy-Valvor: « Ne nous berçons pas d’espoirs faciles et d’attentes prochaines. Longtemps encore, en ce monde matériel, la matière restera souveraine. Le jour n’est nas près où le Ciel doit se confondre avec la Terre, où l’homme épuré, pour trouverson Paradis,n’aura plus besoin de mourir à la chair, et, en changeant de forme, d’émi grer vers d’autres sphères. L’avenir promis est encore loin.
Mais travaillons toujours à le préparer, et surtout ne nous lassons pas d’espérer... Malgré les méchants et malgré les souffrances, l’humanité un jour saura trouver ses voies. Que nos échecs ne nous rebutent point ! La parole du Christ est ferme et ne passera pas. » George Montiere
174 L INITIATION D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES Le mois prochain, l'initiation publiera le rapport du Comité de Direction pour l’année 1891-1892. On verra par les chiffres donnés comment la marcheascendante du Groupe qui compte aujourd’hui près de i,5oo membres s’est maintenue, grâce à notre décision de préférer le travail sérieux et les œuvres à la polé mique stérile. Fraternité Lyonnaise d’itudes P sy chipes AVEC « LOGE MARTINISTE » Présidence de la Loge : 17, rue de Sully. CONVOCATION Vendredi, 29 juillet 1892, à 8 h. 1/2 précises du soir, séance extraordinaire. Cette séance clôturera la période d’études du Groupe qui se séparera jusqu’au 7 octobre prochain. Tous les membres sont instamment priés d’y assister. Rapport général sur les cinq premières séances d’é tudes. Nouvelle orientation donnée au Groupe par le délégué du Centre (1). Vote de l’ordre du jour n° 1. Le délégué du Centre, Élie STEEL Sv Iv (1) A ce propos, le Président du Groupe adresse tous ses remerciements aux membres de la « Fraternité Lyonnaise » qui ont bien voulu lui envoyer de si chaleureuses' lettres en ces derniers temps.
LA VISIONNAIRE DE PREVORST De notre correspondant de Munich : Le 2 juin eut lieu à Munich, dans la salle de la Société de Psychologie scientifique, une conférence de M. de Thomassin sur la Visionnaire de Prévorst. Gabriel Matt, le grand artiste de l’occultisme, a déjà plusieurs fois présenté cette somnambule au médecin et poète Instinus Kerner. Il l’a présentée en sommeil magné tique, avec deux cercles devant elle, lesquels elle a vus pendant le sommeil, comme représentant le cercle de la vie et le cercle du soleil. M. Fromassin voulut spéciale ment éclairer ces mystères et comparer les idées de la visionnaire avec les idées des Brahmanes. Il a aussi donné une esquisse de sa vie.
Elle naquit dans un vil lage de Wurtemberg, Prévorst, d’un forestier nommé Wanner, elle se maria à un citoyen nommé Hauffe. — Elle fournit une preuve de la vérité de l’affirmation de Kant, qu’une vie intérieure ne peut se montrer que si la vie extérieure du corps est supprimée.
Elle était cons tamment névropathique, et sa maladie fit des progrès rapides, mais, après sa mort, le docteur Off a trouvé que toutes les partie du cerveau étaient normales. C’est pourquoi on ne peut pas croire que la visionnaire était psychopathique. En 1827, elle venait dans la maison de Kerner, qui enchérissait la disposition naturelle au somnambulisme par la magnétisation.
Elle restait avec Kerner pendant les trois dernières années de sa vie. Elle dessina un jour qu’elle était éveillée les deux cercles qui, selon son affirmation, sont inscrits dans tous les hommes. Le cercle de la vie est divisé en i3 3/4 seg ments, qui représentent les mois de lune. Dans un lan gage particulier, la visionnaire inscrivait en ces segments ses destins.
Au centre du cercle de la vie doit être l’esprit avec le vrai, le bon et le beau. Le cercle du soleil, qui n’était pas clairement expliqué par M. Hauffe, doit spécialement montrer comment elle est parvenu à l’inL INITIATION I76 tuition supérieure, à l'intuition du monde.
Les cercles extérieurs désignent les degrés de la vie intérieure, lesquels elle devait parcourir jusqu’à l’intuition; les signes, qu’on voit dans le cercle, marquent les évéments intérieurs. Les trois cercles qui entourent le centre signifient l’étendue de l’intuition. Elle dessinait des étoiles dans les derniers, qui doivent présenter les astres réels, — et un soleil.
Sur la nature des astres, elle ne donne pas des informations comme les brahmanes ont fait dans les Surriahsiddhanta et Brahmasiddhanta.
Elle disait que le cercle du soleil est le monde et qu’en l’intui tion l’esprit sort du cercle de la vie et entre dans le cercle du soleil, il voit le monde dans son essence, sans voile et sans « mur de réparation », qui se pose ailleurs entre lui et les choses, et, s’il reste longtemps dans ce centre, il regarde en arrière le centre du cercle de la vie et l’infini et le Saint, que l’homme a toujours en soi.
M. de Thomassin a montré comment cette somnambule fut souvent dominée par des autosuggestions d’un caractère orthodoxe (elle était protestante). Il faisait des compa raisons très intéressantes entre les affirmations de la visionnaire et quelques passages qu’il a découverts dans les Upanischades, Maitrejani et Maha Narajana. M1110 Hauffe mourut le 5 août 182g, avec un cri de joie.
Son médecin Just Kerner l’a célébrée dans des poèmes très nombreux, M. de Thomassin en a récité les plus sublimes et les plus dignes de mémoire. On a pu voir dans Ylnitiation (n° 7 avril 1892) l’extrait du règlement concernant l’organisation de l’ordre kabbalistique de la Rose-Croix fondé par Stanislas de Guaita.
A la suite de cette publication, de nombreuses de mandes nous sont parvenues, concernant les matières de l’examen aux divers grades de l’Ordre.
ORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE-CROIX 177 Nous publions aujourd'hui le programme des matières dont la connaissance est exige'e des candidats au bacca lauréat et à la licence en kabbale en plus de la connais sance des lettres hébraïques et de leur groupement. Pro chainement nous publierons les règlements généraux du suprême Conseil de l’Ordre.
On verra par là la mise en action du programme de l’Ordre : i° Eloigner les ignorants sans commisération. 2° Former un noyau sérieux d’hommes instruits pour la conservation des traditions hermétiques.
3° Mettre le public à même de juger, par la lecture des thèses de licence et de doctorat qui seront publiées, que les titres portés par les membres de l’Ordre sont le fruit d’un tra vail sérieux et ne sont pas donnés suivant le bon plaisir d’un quelconque. N. D. L. D. BACCALAURÉAT EN KABBALE MATIÈRES DE L’EXAMEN Histoire de la Tradition occidentale Qu’est-ce que la Tradition ou Kabbale,— ses Origines.
Organisation de l’Enseignement dans l’Antiquité dite païenne. — Les temples et les mystères.— Les épreuves. — Les mystères égyptiens, leurs dérivés. Moïse etl’Exode. — Esotérisme juif. — Rôle des Na bis. — La Kabbale juive. — Le Sépher. Orphée et la Grèce. — Pythagore et Platon. — Les jeux olympiques. — Alexandrie. — Les Néoplatoniciens. — Les Esséniens et la Gnose. — Origines du christia nisme .
Rôle de l’Islam dans la conservation delà Tradition.— Charlemagne et Léon III. — L’Hermétisme et l’Alchimie. — La Sainte-Vœhme et l’ordre teutonique. —Les Croi sades. — Les Templiers. Le Manichéisme (Albigeois et et plus tard Vaudois). — Abolition de l’ordre du Temple — Création de la Franc-Maçonnerie. — La Réforme (i«r coup de canon des E. ’. d.-. 1.’. V.’.).
l’initiation 178 Les Rose-Croix. — L’Illuminisme. — Caractères essen tiels de la Rose-Croix. — Tentatives réitérées d’accapa rement de l’Ordre. —Persistance de l’Ordre, son protéisme. Société' des Philosophes Inconnus. — Le Cosmopolite et le Philalèthe. La Kabbale hermétique, du xvi° siècle à la Révolution française. La Franc-Maçonnerie, son rôle occulte dans la Révo lution française (3° coup de canon des E.-. d.-. l.’.V.-.).
Vaines tentatives des Jésuites pour accaparer l’Ordre.— Création du 18e degré maç.-. dit delà Rose-Croix. — Martinézisme et Martinisme, Pasqualis et Saint-Mar tin. — Epanouissement de l’Esotérisme à la fin du xvin° siècle. Notions générales sur les maîtres de l’occultisme au xixc siècle. — Wronski, Fabre d'Olivet, Eliphas Lévi, Lacuria, Louis Lucas, etc. — Les Occultistes contempo rains.
Ce que sont le Spiritisme, le Magnétisme et l’Hypnotisme au point de vue traditionnel de l’Esotérisme. Nouvelle tentative clérica.le d’accaparement de la RoseCroix en ces dernières années. LICENCE EN KABBALE. Histoire religieuse : L’initiation Orientale, l’initiation Occidentale considé rées au point de vue religieux. Exotérisme et Esotérisme.
Caractère des principaux réye'Zateiirs apparus en Orient: Zoroastre, Bouddha, Confucius, etc., etc. ; quelques mots de leur histoire. Résumé de leur doctrine exotérique. Caractère des principaux révélateurs apparus en Occi dent : Moïse, Orphée, Pythagore, Jésus, Odin, Mahomet, Le Bab; quelques mots de leur histoire exotérique. La Gnose considérée sous le point de vue religieux. Sa doctrine, ses défenseurs. Dogmes : Enseignement de l’ésotérisme touchant les principaux
ORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE-CROIX I 79 dogmes religieux : L’Unité, la Dualité, la Trinité, la TriUnité, origine et applications diverses de ces divisions. La Chute, la Rédemption, la Réintégration, enseigne ments kabbalistiques à ce sujet. Symboles : Enumérer les principaux symboles en usage dans les religions orientales, objets et figures symboliques, leur caractère, leur rapport avec l’ésotérisme.
Principaux symboles en usage chez les Egyptiens. Histoires symboliques égyptiennes dans leur rapportavec les enseignements ésotériques. Symbolisme grec, symbolisme latin. Fausses concep tions de la Mythologie.
Enseignements ésotériques transmis par les mythes, l’initiation aux mystères et la description de la descente aux enfers par les initiés, Homère, Virgile, Apulée, etc., etc. Symbolisme hébraïque. mil’, le Tétragramme, la Thorah, le Tarot et les objets symboliques du culte en Israël. Histoire symbolique du Zohar et du Talmud (véri table mythologie hébraïque). Symbolisme chrétien.
Quelques détails sur le symbo lisme qui a présidé à la construction des Cathédrales, objets symboliques du culte, la Crosse, le Calice, la Croix, l’Hostie, Rapports ésotériques avec niiTL Rapports de la messe et de la cérémonie magique. Histoire de l’origine du symbolisme chrétien. Rapport avec la célébration des anciens mystères. La légende dorée ! Le Dante. Symbolisme des modernes Sociétés d’initiation. Principaux symboles employés par le E.'.
D.-. L.*. V.-., l’Etoile flamboyante, ¡’Acacia, le Q et la ). Jakin et Bohas, HW, quelques mots sur la décoration symbolique des Ateliers, des Chapitres et des Aréopages, L.-. D.-. P.-. L’Agape des R.-fC. francs-maçons (18e). Symboles martinistes. S:: Iç (Supérieur inconnu pour les profanes). Quel est son véritable sens? Histoire résumée de Saint-Martinet du Martinisme pri mitif considéré au point vue purement symbolique. Symboles des Frères de l’Ordre Kabbalistique de la R. j- C. Explication du cachetée l’Ordre.
i8o l’initiation La seconde partie de l’examen de licence consiste en une épreuve écrite (voy. Initiation, n» 7 avril 1892), dont le sujet est imposé par le jury d’examens. Expériences de M. de Rochas De la Justice (2 août) : Ces expériences *ont eu lieu hier en présence de deux médecins, membres de l’académie des sciences, et d’un mathématicien bien Connu.
M. de Rochas a essayé de dissoudre la sensibilité d’un sujet dans une plaque-photographique. Il a mis une première de ces plaques en contact avec un sujet non endormi : la photographie du sujet obtenue ensuite ne présentait aucun rapport avec lui^ Une seconde mise antérieurement en contact avec un sujet endormi, légèrement extériorisé, a donné une épreuve à peine sensible par relation.
Une troisième, enfin, qui, avant d’être placée dans l’appareil photographique, avait été fortement chargée de la sensibilité du sujet endormi, a donné une photo graphie qui a présenté les caractères les plus curieux. Chaque fois que l’opérateur touchait à l’image, le sujet représenté le ressentait. Enfin, il prit une épingle et en égratigna deux fois la pellicule de la plaque où la main du sujet était indiquée.
A ce moment, le sujet s’évanouit complètement en contracture. Quand il fut réveillé, on constata sur la main deux stigmates rouges, sous l’épiderme correspon dant aux égratignures de la pellicule photographique. M. de Rochas venait de réaliser là, aussi complète ment que possible, « l’envoûtement » des anciens. Dans le domaine si mystérieux de ces faits, nous vou lons nous borner à n’être qu’un narrateur sincère. Il ne s’agit pas ici de croire ou de ne pas croire. Nous disons ce que nous avons vu, c’est tout.
COURRIER BIBLIOGRAPHIQUE 181 L'Invisible, par J. de Tallenay, avec un frontispice de George Morrcn, i vol. in-18 de 364 p. Bruxelles, Paul Lacomblez, 1892. La vie d’une âme de'sincarne'e, tel est le sujet de ce roman. Un vieillard, Gontran de Valbois, meurt subite ment ; et son « esprit », comme disent les spirites, as siste, dans l’Invisibie à la lutte des passions et au mou vement des cupidités que l’espoir de son héritage excite.
Expression d’une croyance, ce livre ne vaut que par les théories qu’il applique ; et ce sont elles, accomodées à la compréhension spéciale de l’auteur, que je vais essayer d’exposer.
Les parties les plus intéressantes du livre sont celles où se trouvent décrites les sensations de l’au-delà; ces pages portent en elles le sentiment du « vécu » le plus intense, quelque étrange que puisse paraître le mot « vécu » appliqué à de pareilles transcriptions; il.- sem blerait vraiment que l’auteur ait lui-même les impressions dont il nous fait un récit si frappant : « Il me semblait, dit le mort, avoir éprouvé d’atroces souffrances suivies d’une prostration complète, mes forces étaient anéan ties, ma volonté indécise, mes impressions confuses et vagues.
Je vivais cependant, au moins par la pensée, et j’en avais conscience. Un voile de brume m’enveloppait d’une ombre bleuâtre, et des bruits lointains, presque indéfinissables, parvenaient jusqu’à moi. Je voyais et j’entendais, mais je ne me faisais aucune idée des rela tions établies entre mes perceptions et mes organes. Mon corps, s’il existait, était engourdi dans la plus étrange in sensibilité.
Je ne sais combien de temps je demeurai ainsi, plongé dans la rêverie, atome animé, perdu dans l’espace. Qu’avais-je été ? Qu’étais-je devenu? Un chan gement soudain avait transformé tout mon être, j’en étais convaincu, mais comment s’était-il produit et que pré sageait-il? « La vie avait-elle réellement un lendemain? Et, s’il
182 l’initiation en était ainsi, cette rénovation de notre individualité n’impliquait-elle pas un milieu différent, un théâtre plus vaste, des facultés plus puissantes et des devoirs nou veaux ? « Que faisais-je là, dans la pénombre, devant cette couche funèbre? Qu’allais-je voir surgir de l’inconnu? Quelle devait être ma destinée finale? «Je n’en savais rien, et cette ignorance était un tour ment.
« Pendant que je m’épuisais à en sortir, une idée nou velle, claire, lucide, s’imposa instantanément à ma pen sée avec l’autorité d’une inspiration. « Vous avez vécu, me disait une voix intérieure, et, durant votre existence passée, vous avez agi par la pa role et par les faits. Votre influence, bonne ou mauvaise, s'est propagée au dehors, et il ne vous est plus possible d’en arrêter le cours.
Après les semailles, la moisson, et c’est à vous de la faire. Ce monde vous réclame tant qu’il y restera une trace de vous-même. Avant de quitter un champ de bataille, on doit la sépulture aux trépassés. In visible témoin des événements futurs, vous verrez mûrir les fruits de vos œuvres, et votre conscience les appré ciera. » « Pourquoi avais-je porté sur mes actions cet arrêt sévère? Je ne me l’expliquais pas.
« Plus j’y songeais cependant, plus je m’en pénétrais. Il me causait une étrange appréhension. Je reculais, éperdu, devant la responsabilité morale qu’il me faisait entrevoir. « Etait-il juste de m’attribuer les conséquences, même les plus lointaines, d’actes auxquels je n’avais attaché, en les posant, qu’une importance secondaire... Qu’avais-je été, en effet, sinon une pâle médiocrité...
Mon esprit, à peine désincarné, ne pouvait encore s’élever par delà. Il lui fallait une initiation, opérée dans la solitude, et au prix de douloureuses impressions. J’étais admis à tout voir pour tout apprendre.
La transformation accomplie, la moisson rentrée, le châtiment n’avait plus de but. » C’est ainsi que le mort assiste aux vies de ceux qu’il a connus ; il constate les erreurs, les petitesses, les égoïsmes de son existence terrestre, mais en vain ; il n’a plus au
COURRIER BIBLIOGRAPHIQUE i83 cune action sur ces événements ; la puissance fatidique du Destin s’est emparée d’eux, et plus forte que sa vo lonté particulière, en développe les conséquences dans la sphère qui leur est propre, d’une façon irrésistible. » Ces quelques lignes peuvent faire deviner tout le mérite du livre; il n’offre sans doute aucune preuve rationnelle ment convaincante aux esprits positifs; il ne pourra tou cher que les cœurs intuitifs, déjà persuadés à demi, et pour lesquels les théories qu’il soutient seront une révé lation plus complète.
SÉDIR. Les Grandes Légendes de France, par Edouard Schuré; un vol., in-i8 de iv-2g8 p. Paris, Librairie académique Didier, 1892. « Ce livre, dit l’auteur, a été un voyage à la découverte de l’ame celtique. — L’âme celtique est l’âme intérieure de la France. C’est d'elle que viennent les impulsions élémentaires comme les plus hautes inspirations du peuple français...
Druidesse passionnée ou Voyante sublime, l’Ame celtique est dans notre histoire la glorieuse vaincue qui toujours rebondit de ses défaites, la grande Dormeuse qui toujours ressuscite de ses sommeils séculaires. « La Bretagne est son vieux sanctuaire», et c’est d’ail leurs là quelle se manisfeste par la légende.
Nul mieux que M. Schuré n’était apte à en exprimeras délicatesses comme les envolées, et à en extraire la « substantifique moelle. » Ce tour de France d’un nouveau genre, débute par l’Alsace, qui a déjà inspiré à l’auteur unfort beau volume de vers. Ses légendes d’Alsace « sont en général des tra- « ditions demeurées à l’état flottant et embryonnaire ; « mais par ces genres et ces pousses vigoureuses, on devine « le caractère de la végétation.
Le lecteur est transporté au Schneeberg au mont Donont, et sur l’Ellsberg (mon tagne de Bel), aujourd’hui mont de Sainte-Odile, dont le mur cyclopéen qui en est la couronne épuise la sagacité des antiquaires (1). (1) Voir VAlsatia illustrata de Schœpflin, et Voulût, les Vosges avant l'histoire, Mulhouse, 1 872.
l’initiation 184 Là s’élevait le collège des Druides, là ils initiaient des néophytes sévèrement choisis au culte solaire.
SainteOdile et son couvent d’Alditona leur succèdent (1); au ixe siècle tout près de là, la vertueuse reine Richardis élève son couvent d’Andlau (2); et ces trois souvenirs persistent dans là mémoire alsacienne à travers le diabolisme du xvi8 siècle (3), à travers la révolte du Pauvre Conrad, à travers les prédications Luthériennes, domi nant l’époque guerrière de Rouget de l’Isle et de Kléber.
L’auteur nous conduit ensuite à la Grande-Chartreuse le refuge de ceux qui ont entendu chanter « le dangereux petit oiseau de l’Eternité » : quelques pages mettent au jour toute la psychologie de saint Bruno et de son insti tution ; du même coup les imperfections du christia nisme actuel, son peu d’aptitude à satisfaire les instincts des générations nouvelles, tout cela est étudié, et le cha pitre vraiment remarquable se termine par deux pages magnifiques sur le symbolisme de la Rose-Croix.
Mais voici Michael, le prince du Ischim; celui qui fut adoré à Pathmos, au mont Gargano, et qui, sur le rocher de Tom-Bélèn, détrôna les Druides et les Sènes, vierges magiciennes et voyantes inspirées.
Il y aurait, dans ces chapitres, écrits avec la cons cience d’un savant, avec l’enthousiasme d’un poète, beau coup à citer, quelques vues ethnologiques à rectifier, peut-être, mais je suis obligé de brûler les étapes, et j’arrive à la dernière partie, la plus significative au point de vue de l’ontologie des Celtes.
M. Schuré a collationné les vieux chroniqueurs: Geoffroy de Monmouth, les romanciers de la TableRonde, les restes des légendes conservés par le folk-Lore, par la chanson populaire (4), et il en a tiré trois restitu tions fidèles : la légende de Dahut et de la ville d'Ys, si (r) Levrault,Sainte Odile et la Heidenmauer. Colmar, i85o. (2) Abbé Ch. Decharpe, Sainte Richarde, son Abbaye d’And lau, son église et sa crypte.
Paris, Renou, 1874. (3) Rod, Reuss, ¡'<7 Sorcellerie en Alsace au xvi' et au xvne siècle. Paris, Fischbacher. (4) Voir Soniou Breiz-Izel, Chansons populaires de la BasseBretagne, recueillies et traduites parLuzel. Ad. Pictet, le Mystère des Bardes.
COURRIER BIBLIOGRAPHIQUE l85 connue, la légende léonnaise de Saint-Patrice, celle de Merlin l’Enchanteur, celle de Taliésinn.
C’est le royaume du Rêve qui se montre à nos yeux charmés : enten’dez-vous les embrassements des suicidés d’amour qui se retrouvent dans les bois des Trépassés ; tandis qu’en haut de la falaise, le paysan attardé tremble au bruit du galop de Morvack ; voici Dahut la rousse, fiancée à l’Océan, qui se baigne au milieu des Goémons.
Les temps passent, et voici l’Irlandais Patrice, qui con vertit le roi Laegaïr et Brigitte, fille du druide Dubtak ; le pèlerin continue le douloureux voyage ; il arrive au val sans retour, au val des fées que remplit l’antique « forêt de la puissance druidique » ; Procéliande ; « Et voici qu’aux rayons du soleil oblique,défile sous bois, sur leurschevaux bais, fauves et blancs, la troupe brillante des chevaliers d’Arthur...
A côté du noble roi de la Table-Ronde, chevauche la blanche Genièvre, au' profil pur, au fin sourire, aux yeux doux et pervers, ayant la science du bien et du mal. Et derrière eux, cheminaient par couples, au pas de leurs destriers aguerris, les héros d’aventure et la troupe des beaux amants, Eric et Enide, Yvain et la dame de Brécilien, suivis d’un longcortège.
Puis, marchant à l’écart, les bras enlacés, Tristan et Yseult, enivrés de leur philtre immortel. Et Perceval le templier fermait la marche.
11 chevauchait seul et grave, dans sa cote grise, le chef incliné, rêvant à la coupe d’amour et de sacrifice, au Graal, qui confère la sainte fortitude, qui lave de toutes les taches et guérit de toutes les blessures. » Là, près de la fontaine des fées, dort l’Enchanteur Myrdhinn, la tête appuyée sur les genoux de Viviane: depuis longtemps aussi, hélas! elle s'est assoupi dans l’inconscience, l’âme celtique ; depuis long temps, sa faculté de Désir s’est éteinte ; puisse une nou velle Carmélis naître, qui trouve au fond de son cœur l'amoureuse pitié, la mysticité sublime à qui Merlin dut sa naissance.
Et, quand le charme de Viviane sera détruit, fassent les Ancêtres que l’Enchanteur devienne un second Taliésinn, qu’il possède le savoir, le vouloir etle pouvoir, qu’il commande les éléments, qu’il rendelesâmes à leurs Àwens, à leurs génies, et qu’il rassemble par des chaînes de diamant celles qui sont destinées l’une à l’autre.
186 L INITIATION Telles sont les hautes conceptions, les généreuses pensées qui terminent le livre de M. Schuré : le plus bel éloge que l’on puisse en faire, c’est de les énoncer simple ment. * Sédir. La Passante, roman d’une âme, par Adrien Renâcle; frontis pice gravé sur cuivre, d’Odilan Redon; i vol. de 163-2 pages, de la Bibliothèque artistique et littéraire, Paris, 1892.
M. Remacle est, il me semble, quoique très doué sous le rapport de l’imagination, encore plus philosophe que poète : c’est à cette tendance de son esprit que nous devons l’œuvre actuelle. La Passante est inspirée d’une doctrine antique, celle des renaissances; et l’auteur, en l’appliquant, a beaucoup emprunté à l'occultisme, — sans le savoir probablement.
Le fondement de l’œuvre est la croyance à l’éternité de l’âme : « Elle avait déjà vécu toujours, tendance consciente, dit-il, dans l’argument des Ères accomplies », — « mais alors, mue'tte et passive, embryonnaire volonté, concep tions pressenties, avant d’accéder à l’usage du Verbe.
Durant ces ères d’ancestralité, Elle fut la servante accou rue à tout ordre du Maître, et d’innombrables états suc cessif la préparèrent à se formuler. » Puis elle prit chair à la surface d’une étoile de métal que ses habitants nomment la Terre; mais, née, « la science s’évanouit de sa conscience » ; les instincts s’éveillent, elle célèbre le Printemps, et sa chair diaphane qui « chante orgueil leuse dans la lumière ».
Elle croit à l’amour, au BienAimé .
« Ses espérances conçues s’efforcent vers les réalisa tions; des contemplations «passionnées de la Beauté, l’essai de la fixer, l’Art », et Elle édifie, pour le poète, la Cité du Rêve ; Elle pressent l’insuffisance de l’amour ; l’abandon vient, puis la solitude; elle désespère de l'art, et « veut recourir à la nature seule, encore secourable dans sa tristesse ; révoquant en doute, l’existence de l'amour, elle voit l’histoire de l’Humanité celle des sexes seuls, dévorateurs, monstres nocturnes, annoncia
L’aile noire du désespoir touche déjà son âme; » mais, s’étant habituée aux angoisses, « elle regrette les terreurs elles-mêmes, qui la faisaient croire. » De plus en plus, elle s’enfonce dans les solitudes austères de la méditation; elle recouvre quelques-unes de ses puissances perdues, et commence à comprendre que l'éternité n’est peut-être que la durée, les successifs re noncements; » alors « les souvenirs les plus voisins remontent, vagues fumées, du puits du passé. » Angois sée du doute, épouvantée de la foi, Elle exalta ses puis sances, et put « susciter en réelles formes les êtres de sa grandissante incroyance »; comme son désir tendait toujours plus haut, Elle commença à agoniser, et à la fin de son évolution terrestre, « des clartés jaillirent pour Elle dans les régions reculées que les hommes croient le futur », son esprit souhaita ces clartés; « soudain, Elle délaissa la plus pesante de ses trois formes de substance, et Elle se sentit, légère, emportée parmi les ténèbres. » Dans l’ambiance de l’autre Astre, « Elle fut un cœur, une tendresse nue et blessée d’amour ; » elle entre en la communion des couples, les musiques lui deviennent intelligibles; mais, lui dit une Voix, « l’Amour trop seul est insuffisant, » elle crie vers le Seigneur dans la crainte de consumer en la durée, et « dans l’éclat de sa douleur, elle perdit son enveloppe la moins subtilisée, et s’élança allégée d’amour... vers une ère plus spirituelle... vers une plus belle lumière. » « Elle s’éveilla un jour, près d’un astre où la vie naissait surtout de la vue », et, à cette hauteur, « Elle voyait les forces et les mouvements abstraits de leurs causes et de leurs leviers » ; le Temple lui apparaît, Elle voit, en haut les futures patries, où « çà et là s’entrouvent comme de savoureuses grenades les sexes flamboyants des cieux. » Elle contemple la Beauté, la Vérité et la Vie, et cepen dant il lui semble ne pas avancer dans la Lumière, sans voir que son doute fait encore reculer la Lumière; Elle comprend que la Beauté trop seule périt, pour, la troi sième fois le désir créa son objet, et elle vécut la Vie renaissante des Lumières; montant toujours plus haut, mais « dans son désir d’étreindre seule l’infini, Elle s’est encore une fois dispersée, » réduite à de nouvelles purii88 l’initiation fications ; et, à cause de son grand amour, elle est ren voyée sur la terre, où, sur les murs du temple, elle an nonce sa proche venue et Elle communique aux hommes l’essence du Livre : Elle révélé, en paraboles, la Vie, le Temps, l’Espace, l’Amour, la Science, la Beauté et le Seigneur.
Alors s’ouvre l’Ère de Sagesse ; « Elle a com pris que l’Amour et la Souffrance, inséparables, sous l’Action même de l’Etre, le mouvement de son être, le maniement de la création, la chaleur de la Vie... Elle commence à voir comment le passé et le futur se confon dent en un unique présent...
Que l’éloignemsnt et la pro ximité ne sont que mirages aux yeux des Esprits... enfin, que le croissant bonheur consiste dans l’identifi cation libre de la volonté à celle de l’Etre. » Tel est, en résumé, le magnifique poème de la Pas sante, le mysticisme le plus noble en est l’inspirateur, les théories philosophiques les plus élevées, les plus pures et les plus larges, les lecteurs les y trouveront exposées ; avec quel art de langage, avec quelle subtilité de poésie, c’est ce dont on ne peut juger qu’avec l’œuvre sous les yeux.
Sédir. Alexandre Desrousseaux. i vol. br. in-8,parM. Gustave Nadaud. A Roubaix, chez Alfred Reboux. Desrousseaux jugé par Gustave Nadaud!
L’œuvre du chansonnier populaire Lillois étudiée par l’illustre chan sonnier parisien, l’auteur de l’Habitde min vieux grand père, de P’tit Price et Marianne Tambour, de cent autres merveilles, interviewé parle vieux maître dont les chansons et les contes se répètent de bouche en bouche comme de belles légendes, c’est le régal des gourmets auquel me convie la jolie brochure que j’ai sous les yeux.
Ecrites avec la bonhomie coutumière à M. Nadaud, ces quelques pages laissent, après lecture, une impres sion doucement émotionnante, tant elles révèlent à la fois d’affectueuse sympathie chez le collègue et d’en thousiasme sincère chez l’artiste. Tout d'abord il emprunte à l’article d’un critique belge, M. Jules Lemoine, la biographie de son héros : « Alexandre Desrousseaux, dit celui-ci, qui n’a jamais
COURRIER BIBLIOGRAPHIQUE 189 été à l’école, a été ouvrier et ménétrier dans les noces et ducasses. Il fut musicien pendant sept ans au 46e de ligne; puis, revenu à Lille, entra au Mont-de-Piété, puis au comptoir d’Escompte, et enfin à la mairie, où, de simple expéditionnaire, il devint directeur de l’octroi...
« La popularité du poète s’accrut de plus en plus, on se l’arrachait littéralement pour le produire dans les fêtes de bienfaisance où, avec la meilleure volonté du monde et la facilité du vrai mérite, il interprétait lui-même ses chansons et pasquilles... En 1884, Desrousseaux est nommé chevalier de la légion d’honneur; en 1891, il reçoit les palmes académiques...
« Je me laisse entraîner à donner ces détails, ajoute M. Lemoine, parce que je me sens pris d’une profonde estime au cœur, d’une véritable admiration pour cet homme qui, né ouvrier, passant comme clarinette au régiment, devenant employé dans une administration, conquiert avec son travail et sa plume la situation la plus enviable, élève avec sa femme dévouée une nom breuse famille qui prospère et s’honore en honorant son auteur. » — Mais où vais-je, s’écrie soudain M. Nadaud.
J’ai cité bien des hommages rendus au chansonnier, mais je n’ai pas encore cité ses chansons ? A nous deux maintenant, mon ami Desrousseaux! Et la revue des volumes de chansons et pasquilles commence.
D’abord celle dédiée à Brüle-maison, « le pre mier, le plus ancien des poètes Lillois» ; puis celle du P'tit quinquin, célèbre entre toutes, sur l’air de laquelle cent et quelques couplets ont été écrits: puis le Spec tacle gratis, dont le naturel et la naïveté ravissent, où fleure « le parfum du terroir » ; le Crieur de la ville, une Singulière Séparation, les Bonnes Gins de Saint-Sauveur, ce tableau d’un si poignant et d’un si héroïque réalisme; l’Garchon Girotte « avec un p’tit nez, un’bouq quand elle rit qui fait deux fosset’s dins s’ figure ; le Lillos trompette, cette douce canchon du troupier d'Afrique qui pense à son pays et à sa promise», intercalée dans l’inoubliable pasquille du vieux soldat Casse-Bras, trop usé pour tra vailler encore et conduit «in grand pontificat» à l’Hospice général par ses parents et ses amis ; l’Habit d’ min
l’initiation 190 vieux grand'père, un des chefs d’œuvre du chansonnier, Bâtisse l’Lusot, l’Ru-tout-ju, les Attrapé à Balous, la Mortd’A^or: Manicour: « Fill’ qui n’a point connu l’amour, ca’ est qu’elle n’a pas vu Manicour!»: MarieClaire, une histoire navrante « et vraie d’un bout à l’autre » ; Choisse et Thrinette, cette satire si profitable et si saine contre le prêt à la petite semaine; Violette, l’enfant trouvé qui, au retour de l’armée, épouse la gen tille Rosette, sa sœur de lait, fille de la brave femme qui l’a recueilli et élevé ; les Revenants des Grillades, et, en guise de couronnement, la pasquille du Nouveau marié.
« Le Broquelet, la Braderie, le Lundi de Pâques, SaintMaurice, l’Cave des Quatres Martiaux, les Buveuses de café, le Nunu, la Vieille et la Nouvelle Aventure, tout cela ajoute M. Nadaud, c’est l'histoire de Lille, la légende du peuple Lillois. Et il conclut : « Je m’arrête ici.
J’aurais bien pu dire quelques mots de l’ouvrage si bien étudié et si intéressant de Desrous seaux: Mœurs populaires de la Flandre française ; mais cela nous entraînerait trop loin. » 11 existe cependant une merveille P'tit Price et Marianne Tainboifr que, par oubli involontaire, M. Gustave Nadaud n’a pas mentionnée, et je le regrette; libre à lui d’ailleurs de me répondre par son distique final : « Comm’ dis'tent nos compatriotes.
Faut in laicher un peu pou’ l’s autes. » George Montière. Paris, 26 juillet 1890. Mon cher Parus, Le dernier numéro de l'initiation contient un très intéressant article où M. le D1’ Fugairon me fait l'honneure de citer mes expériences. Permettez-moi d’y relever un erreur qui a pris sa source dans une chronique parue,
CORRESPONDANCE IÇI il y a quelques mois, dans un journal quotidien, à propos des cures de M. le Dr Luys. L’auteur de cette chronique, forcé de rassembler un peu à la hâte des documents pour tenir ses lecteurs au courant de l’actualité, a rapporté que j’avais réussi à obtenir, après quinze jours de pose, la photographie en couleurs des deux pôles d’un aimant.
Ce serait là un magnifique résultat; mais, malheureu sement, je ne l’ai point atteint, et je ne dois pas m’en laisser attribuer le mérite dans une étude aussi sérieuse que celle du I)1' Fugairon. Voici exactement la nature de mes essais.
J’ai pris un très gros cristal de gypse en fer de lance qui présentait des propriétés odiques très énergique et que le dessinateur voyant que vous connaissez, avait peint avec de magnifiques effluves bleus d’un côté et rouge de l’autre, je l’ai mis en contact dans l’obscurité avec des plaques extrêmement sensibles, préparées par Lumière de Lyon, et j’ai prolongé la pose successive ment de une heure à plusieurs jours, sans Obtenir aucun résultat; dans un dernier essai, une pose de quinze jours m’a donné une épreuve où l’on appercevait nettement des effluves sur l’un des côtés du cristal.
Quelques temps après, craignant que ce résultat ne fût dû à un phénomène de phosphorescence, c’est-à-dire à de la lumière solaire, emmagasinée par le cristal, je recommençai l’expérience après avoir eu soin de main tenir auparavant le cristal pendant un mois entre deux matelas, et je n’obtins plus rien.
Les plaques sensibles que j’ai employées semblent donc ne pas être impressionnées par l’effluve odique du cristal, mais je suis convaincu qu’on trouvera, un jour ou l’autre, une substance capable de les révéler, comme on a déjà trouvé pour révéler certains rayons obscurs du spectre.
En tous cas, mes expériences n’infirment pas complètement celles de Reichenbach, qui ont été tentées avec des aimants et des plaques iodées, et au sujet des quelles il a eu, lui-même, la prudence de faire des réserves. Veuillez agréer, etc. A. de Rochas.
HH 192 l’initiation Le prochain numéro de l’initiation contiendra la suite de l’intéressant travail du Dr Fugairon sur XElectricité produite parles êtres vivants, travail qui a été sifavorablement accueilli par nos lecteurs. * * -YAngustin Chaboseau nous donnera également dans ce numéro une étude sur le Socialisme intégral, l’œuvre si remarquable de Benoit Malon, dont le 3° voluçne vient de paraître. * * • La composition de licence en Kabbale de M. L.
Cezard, intitulée la Gnose de Valentin, sera aussi prochainement publiée. A ce propos signalons la première série d’examens de l’Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix, série dans laquelle trois candidats ont été reçus : MM. Christian fils, Paul Sédir, Marc Ilaven, ce dernier avec une men tion toute spéciale. Les épreuves ont duré deux heures.
Elles ont eu lieu le 10 courant. * + * Un nouveau journal consacré à l’Orient et particuliè rement à l’Islam sera bientôt publié sous la direction de Papus. Nous en reparlerons. * + * Le journal « La Plume » a publié le i5 juillet un important numéro sur la Magie dont voici le sommaire : Papus : La Magie. — Stanislas de Guaita : Notes sur l’Extase. —F.-Ch.
Barlet : Qu'est-ce que ¡’Occultisme? — Émile Michelet : Notes d’esthétique transcendante ; Le Héros (poésie). — Julien Lejay : L’Economie poli tique et la Méthode synthétique.— Alber Jhouney : ***. — Augustin Chaboseau : La Chaîne. — A. Poisson : L’Occultisme et les Occultistes. — Jules Bois : Cahiers
NOUVELLES DIVERSES ig3 de Psychologie ésotérique : La Légende de l’Antéchrist. — G. Vitoux : L’Occultisme scientifique. — Lucien Mauchel : Balzac occultiste. — Jules Lermina : Durand et Victor Hugo. — Charles Dubourg : Incantation (pantoum). * * Durant la fête franco-russe qui aura lieu aux Tuileries du 13 au 2i août une grande Tombola sera organisée au profit des pauvres tant Français que Russes. Parmi les membres du comité qui préside à cette tombola nous relèverons les noms de : Madame Adam, Madame J. Lüys, Madame la générale Viélé, Madame Gabrielle D’Eze, Mademoiselle A. de Wolska, Mademoiselle Marie-Anne de, Bovet, Madame Robert Scheffer, Prince Bojidar Karageorgewïtch, Monsieur Robert Scheffer., ex-secrétaire de S. M. la reine de Roumanie, Monsieur le docteur Papus, Monsieur Lemerle, ingénieur, ancien élève de l’Ecole polytechnique, t Monsieur Chamuel, licencié en droit, Monsieur Léonard, secrétaire du journal la Vie Russe de Saint-Pétersbourg, ■ Monsieur Karin-Karinski, capitaine d’artillerie russe. Madame Carnot a gracieusetnent promis d’envoyer un lot. La recette de la Tombola sera partagée en deux parts égales, l’une destinée aux''pauvres de Paris, l’autre remise à l’ambassade de Russie pour être envoyée aux victimes de la disette et du choléra. Ajoutons enfin, que chaque billet de la Tombola gagnera un lot, ce qui donne un claractère tout nouveau à cette charitable entreprise. Le Garant : Encausse. IMP. E. ARRAULT ET Cic, 6, RUE DF- LA PRÉFECTURE, TOURS.
L’Initiation du Î5 août 1892 Georges CARRÉ, éditeur, 58, rue St-André-des-Arts, Paris. ŒUVRES DE PAPUS Le Tarot des Bohémiens, le plus ancien livre du monde. 18(89. 1 vol. in-8 raisin de 372 pages avec nombreuses figures et planches hors texte.
Prix................................................... 9 fr. » Le jeu de Tarots, transmis par les Bohémiens de génération en génération, est le livre primitif de l’antique initiation, ainsi que l'out montré Guillaume Postel, Court de Gébelin, Etteila, Éliplias Lévy et J.-A. Vaillant. La clef de sa construction et de ses applications n’a pas été découverte jus qu’ici.
L’auteur a voulu combler cette lacune en fournissant aux initiés, c’est-àdire à ceux qui connaissent les éléments de la Science occulte, un instrument rigoureux grâce auquel ils puissent pousser plus avant leurs études. Le lecteur profane y trouvera l’exposé d’une philosophie et d’une science des plus élevées, celles de l’Égypte.
Lé livre est établi de telle sorte que chaque partie forme uu tout complet, qui pleut, à la rigueur, être étudié séparément. Traité méthodique de .Science ocenlte, avec préface de Ad. Frank, de l'institut. 1891, 1 fort vol. in-8° raisin de 1200 pages, avec 400 gravures et tableaux, 2 planches phototypiques hors texte, suivi d’un glossaire de la Science occulte........................
16 fr. » Depuis quelque temps nous assistent à une singulière évolution de l’esprit humain.
Chacun veut connaître les enseignements de la Kabbale, du Boudhisme de la Magie et de toutes les doctrines /qui montrent comment, la Science vient appuyer les anciennes traditions et les) données de la Foi, loin de les détruire. — 11 n'existait pas jusqu’à présent d’ouvrages mettant, chaque lecteur à même ne posséder rapidement ces questions jsaus grande connaissance philosophique oulscientifique antérieure. Cette lacuna vient d’ètre heureusement comblée.
Le Traité méthodique de Sciçnce occulte de Papus est une véritable encyclopédie de la question, composé^ de telle sorte qu’on peut y trouver, soit seulement les données générales strp la doctrine secréte et ses enseignements touchant la Naissance et la Mort, syjjt les études techniques les plus détaillées sur les Nombres, sur la Kabbale, si\r l'Alchimie, la Franc-Maçonnerie, etc., avec une traduction correcte des lOpremjers chapitres de la Genèse.
Ce livre est donc utile à tous, lecteurs mondains, savants philosophes. Un glossaire de termes techniques et deux tables alphabétiques accompagnent ce volume de 1,200 pages; 40(1 tableaux et gravures, 3 planches hors texte éclairent les passages difficiles ; jenfin une table particulière permet au lecteur de retrouver les extraits des 48a auteurs cités. M. Ad.
Franck (de l’institut) a bien voulu écrire la préface de cçt important ouvrage auquel plusieurs œuvres littéraires récentes donnent un cachet tout particulier d’actualité. La Kabbale (tradition secrète de l’Occident). Résumé métho dique, ouvrage précédé d’un® lettre d’Ad. Franck, de l’institut, et ' orné de 20 figures et taJpleaux et de 2 planches hors texte.
Prix. ................................ ./.........................5 fr. » Traité synthétique’.' de chiromancie. Broch. in-8, compre nant de nombreuses [figures. Prix.................................... 1 fr. »
'Initiation du i5 août 1892 VIENT DE PARAITRE LIBRAIRIE DU MERVEILLEUX 29, RUE DE TRÉVISE, 2Q PAPUS La Science des Mages ET SES APPLICATIONS THÉORIQUES ET PRATIQUES (petit résumé de l’occultisme, entièrement inédit) Une brochure de 72 pages, texte serré, avec 4 figures Franco : 50 centimes Depuis quelque temps on demandait un résumé de l’Occultisme en même temps court, condensé et clair.
La plupart des attaques faites contre l’Occultisme dérivent en effet d’une compréhension insuffisante de la Science des Mages et de sa transmission jusqu’à nous. Papus, dans sa dernière publication entièrement inédite, résume clairement les enseignements de la Science Occulte sur l’Homvne, sur l’Univers et sur Dieu, ainsi que sur l’Astral, la Mort, les phé nomènes occultes et la pratique de la Magie.
De plus, l’auteur s'est livré à un travail de recherche très curieux et qui fait honneur à son érudition en donnant, à propos de cha cune des principales affirmations, une citation d’un auteur choisi parmi les 24 siècles qui constituent la période historique de la philosophie en Occident.
Ces citations très nombreuses prouvent l’immuabilité de la tra dition ésotérique dans ses grandes lignes à travers les âges, et répondent victorieusement aux objections faites à l’Occultisme par des auteurs pe.u au courant de la question. Souhaitons à la nouvelle œuvre de Papus tout le succès obtenu • par les précédents ouvrages du même auteur.
L’INITIATION T”IS) DIRECTION 14, rue de Strasbourg, 14 PARIS Directeur: r'/VT'T-T^ & Directeur-adjoint : Lucien MAUCHEL Rédacteur en chef : George MONTLÈBE Secrétaires de la Rédaction : CIH . BARLET. — J. LEJAV ADMINISTRATION ■ABONNEMENTS, VENTE AU NUMERO Gt. CARRÉ 58, rue Saint-André-des-Arts PARIS FRANCE, un an. io fr. ÉTRANGER, — 12 fr. RÉDACTION : 14, rue de Strasbourg. — Chèque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité.
L’indépendance absolue étant la raison d’être de la Revue, la direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps d’un article. Manuscrits. — Les manuscrits doivent être adressés à la rédaction. Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d’avis spécial. Un numéro de la Revue est toujours composé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant.
Livres et Revues. — Tout livre ou brochure dont la rédaction recevra deux exemplaires sera sûrement annoncé et analysé s'il y a lieu. Les Revues qui désirent faire l’échange sont priées de s’adresser à la rédaction. ADMINISTRATION, ABONNEMENTS. - Les abonnements sont d’un an et se paient d’avance à l’Administration par mandat, bon de poste ou autrement, 58, rue Saint-André-des-Arts. TOURS, IMF. E. ARRAULT ET CIE.