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L’Initiatio r Hypnotisme, Force psychique Theosophie, Kabbale Gnose, Franc-Maçonnerie Sciences Occultes 165 VOLUME. — 5me ANNÉE SOMMAIRE DU N° *o 1S92) PARTIE INITIATIQUE... PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ... PARTIE LITTÉRAIRE.... BIBLIOGRAPHIE.............. Le Microcosme (avec 2 figures)................ (p. i à 16). La Question des Trans ferts au XVII"- siècle (P- '7à 27). Les Phénomènes élec triques des êtres vi vants ............
'■........ (p. 28 à 43). Il faut des ailes......... (p. 44 à 46). Un Rêve sur le Divin (suite et fin)........... . (p. 47 à 52). L’Envoùteur (nouvelle ir.edite).............. . (p. 52 à 66). Ombres et Mirages.... (p. 67 à 71). L’Unité de la Vie...... (P- 71 à 73)- Papus. A de Rochas. D' Fugairon. Quærens. Juliette Adam. Jules Lermina. Papus. Paul Scdir.
Groupe inde'pendant d’Etudes ésotériques. — Occultisme Pratique.— La Débâcle. — Une Cure. — Courrier Bibliographique. — Mort à l’Occultisme. — Correspondance. — Nécrologie. * IINLERAHÇ,,- Un An; DIX FRANCS Rédaction : Administration, Abonnements : 20, rue de Trévtse, 2g PARIS 58, rueSt-André-des-Arts, 5i PARIS
PROGRAMME Les Doctrines mate'rialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion ; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initiation est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l'arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contempcrains : le militarisme et la misère. Enfin l’initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de ¡’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde.
L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 5o rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études. La première partie de la Revue (Initiatique') contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les.gens du monde instruits.
Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier. L’Initiation paraît régulièrement le i5 de chaque mois et compte déjà trois années d’existence. — Abonnement: io francs par an.
L’Initiation <i\i ¡5 juillet 1S92 Principaux Rédacteurs et Collaborateurs de l’initiation PARTIE INITIATIQUE F. Ch. Barlet. S.-. I.-. — Stanislas de Guaita. S.l I.-. — Julien Lejay, S.-. I.-. & — George Montière, S.’. I.’. — Papus, S.-. I.-. s2° PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Abil- Marduk. — Aleph. — Le F.-. Bertrand i8".’. — René Caili.ié. — A. C. Tshéla. — Camille Ci-iaigneau. — Chimua du Lafay. — G.
Delanne. — Dei.ézinier. — Jules Doinel. — Fabre des Essarts. — Dr Fugairon. — Jules Giraud.— Horace Lefort. — L. Lemerle.— Donald Mac-Nab. — Marc Haven. — Marcus de Vèze. — Lucien Mauchel. — Napoléon Ney. — Eugène Nus — Horace Pelletier — Philophôtes. — G. Poirel.— Quærens. — Raymond. — A. Robert. — A. de Rochas. — Rouxei.. — Paul Sédi'r.— Selva. — L. Stevenard.— Pierre Torcy.— G. Vitoux. — F. Vurgey. — Henri Welsch. — Oswald Wirth.
3» PARTIE LITTÉRAIRE Maurice Beaubourg. — E. Goudeau. — Manoël de Grandford — Jules Lermina. — L. Hennique. — R. de Maricourt — Catulle Mendès. — Emile Michelet. —George Montière. Léon Riotor. — Saint-Fargeau. — Ch. de Sivry.— C» Trann 4° POÉSIE Ch. Dubourg. — Rodolphe Darzems. — R dfM*ricohrt — Paul Marrot. —Robert nR la Vili.kh’,pvk.
D’ETUDES ESOTERIQUES SOCIÉTÉ D’ETUDES THEORIQUES ET PRATIQUES DES FORCES ENCORE NON DÉFINIES DE LA NATURE ET DE L’HOMME Membres. — Les membres ne payent ni cotisation, ni droit d'entre'e. Tout abonné de l’initiation ou du Voile d'Isis reçoit sa carte de membre associé sur sa demande. Quartier Général. —La Société comprend 22 Groupes d’études théoriques et pratiques au Quartier Général, 2g, rue de Trévise, Paris. De plus, une Bibliothèque, une salle de lecture, une salle de conférences, pouvant contenir 200 auditeurs, et une librairie existent au Quartier Général. Branches. — Des branches de Groupes Indépendants d’études ésotériques sont établies en France et à l’Etranger Le Groupe compte actuellement : 21 branches régulières en France, 3o branches à l’Etranger et 23 correspondants dans les centres qui ne possèdent pas enco re une Branche régulière. Journaux. — Propagande. — Outre les volumes édités par la Librairie, le Groupe possède comme organe de propagande : L’Initiation (revue mensuelle). — Le Voile d’Isis (journal hebdomadaire). — Psyché (revue mensuelle d’art et de littérature). — La Bibliographie de la Science Occulte (bulletin trimestriel). — De plus : The Ligtli of Paris (journal hebdomadaire), imprimé en anglais vient d’être créé comme organe d.eln Bibliothèque internationale des Œuvres des femmes, destiné à faire la propagande de l’occultisme dans les pays de langue anglaise.
La Constitution psychologique de l’Homme Par Papus (Figure gravée par Delfosse).
PARTIE INITIATIQUE Rien ne paraît plus compliqué au premier aspect que l’être humain. Comment analyser tous les détails de la constitution anatomique et physiologique de cet être, sans parler même de sa constitution psy chologique ? L’Esotérisme recherche partout la synthèse et laisse l’étude des détails aux puissants efforts des sciences analytiques. Voyons s’il est possible de déterminer synthétiquement les principes constituant l’être humain.
Généralement tous les organes constituant cet être humain nous apparaissent en pleine période d’action. Tout cela fonctionne, s’agite, se manifesteà noussous mille aspects, et ce n’est qu’avec la plus grande diffi culté qu’on peut déterminer les causes, peu nom breuses à travers la multiplicité des effets. Mais voici le soir venu ; les membres fléchissent, les yeux se ferment, le monde extérieur n’a plus d’action
2 l'initiation sur l’être humain, et lui-même n’a plus d’action sur le mo-nde extérieur : il dort. Profitons de ce sommeil pour commencer notre étude. L’homme dort, et cependant ses artères battent, son cœur fonctionne, et le sang circule; ses organes digestifs continuent leur travail, et ses poumons as pirent et expirent rythmiquement l’air vivifiânt.
Pen dant ce sommeil, ce que nous appelons l’homme n’est capable ni de mouvement, ni de sensation, ni de pensée; il ne peut ni aimer, ni haïr, ni être heureux, ni souffrir ; ses membres reposent inertes, sa face est immobile, et cependant son organisme fonctionne comme si rien de nouveau n’était arrivé (i).
Nous sommes donc amenés forcément à considérer dans l’homme : i° Une partie machinale continuant son action aussi bien pendant le sommeil que dans la veille: c’est l’organisme proprement dit; 2° Une autre partie, intellectuelle celle-là, apparais sant seulement dans l’état de veille : c’est ce que nous appelons la Conscience, l’Esprit. Le domaine de l’organisme semble donc aussi bien tranché que celui de l’esprit.
Mais que se passe-t-il dans cet organisme ? Tout cequidépend de l’Esprit, les membres, la face et ses organes, la voix, la sensibilité générale même, tout cela repose, nous l’avons vu. Mais tout cela entoure ( i) Le phénomène du rêve vient à peine troubler ce repos et rappeler l’existence du principe supérieur.
LE MICROCOSME OU L’HOMME 3 l’être humain, tout est périphérique. C’est dans l’in térieur du tronc, dans les trois segments qui le cons tituent : ventre, poitrine et tète que se passent les phé nomènes producteurs de la marche automatique de la machine humaine. Comme toute espèce de machine, l’organisme hu main possède des organes mus, une force motrice et un centre d’entretien et de renouvellement de cette force motrice.
Ainsi, si nous considérons, en prenant un exemple très matériel, une locomotive, nous y trouverons des organes d’acier mus par de la vapeur, et le renouvel lement de cette vapeur est entretenu par un dégagement continuel de chaleur.
De même dans l’organisme humain nous trouvons des organes de constitution particulière (organes à fi bres lisses) artères, veines, organes digestifs, etc. etc., mus par de la force nerveuse transportée par les filets du grand sympathique. Cette force, ainsi que la vie particulière de chacune des cellules constituant les or ganes, est entretenue par le courant sanguin artériel.
Donc : organes, centres d’action des forces diverses, force motrice nerveuse et force animatrice sanguine : tels sont les principes essentiels qui constituent la machine humaine en action. Mais l’homme s’éveille. Quelque chose de plus vient s’ajouter aux forces précédentes. Les membres, qui re posaient, s’agitent ; le visage s’anime, et les yeux s’ou vrent; l’être humain qui était étendu se dresse et parle. Une vie nouvelle va commencer, pendant que la vie organique poursuivra mécaniquement son action.
4 L INITIATION Le principe qui vient d’apparaître diffère essentiel lement des principes précédents : il a ses organes d’ac tion particuliers dans le corps (organes à fibres striées); il a un système nerveux spécial ; il se sert du corps comme un ouvrier se sert d’un outil, comme le mé canicien se sert de la locomotive : il gouverne tous ces centres et tous ces organes périphériques qui repo saient tout à l’heure.
Ce principe, nous l'appelons l’Esprit conscient. Si nous résumons l’exposé précédent, nous trou vons dans l’homme trois principes : ce qui supporte tout, c’est le corps physique; ce qui anime et ce qui meut tout, formant les deux pôles d’un même prin" cipe, l’ame; enfin ce qui gouverne l’être tout entier, l’esprit.
Le corps physique, l’âme ou médiateur plastique doublement polarisé, l’esprit conscient, tels sont les trois principes généraux constituant l’être humain.
Si l’on prend garde que le médiateur plastique est double, on peut dire que l’homme est composé de trois principes organiques: ce qui supporte., ce qui anime, ce qui meut, le Corps, le Corps astral et l’Etre psychique synthétisés et ramenés à l’unité d’action par un principe conscient: ce qui gouverne, l’Esprit. Voilà un exemple de ce qu’on appelle la Trinité dans l’Unitéou la Tri-Unité en Occultisme.
LES TROIS PRINCIPES L’Etre humain est donc composé de trois principes r le corps physique, le médiateur plastique ou âme et
LE MICROCOSME OU L’HOMME 5 l’Esprit Conscient. Ce dernier terme synthétise les termes précédents et transforme en unité la Trinité organique (i). Rappelons que les occultistes de tous les âges et de toutes les écoles sont d’accord sur cette division fon damentale en trois principes.
Cependant l’analyse de ces principes, l’étude de leur action physique, pas sionnelle ou intellectuelle, de leur localisation anato mique ou psychologique, a conduit diverses écoles à des subdivisions, purement analytiques, du reste. Mais la base immuable de l’enseignement ésotérique, c’est la doctrine des trois principes (2). Le corps physique supporte tous les éléments constituant l’homme incarné.
11 a son centre d’action dans l’abdomen Le corps astral anime tous les éléments constituant l’homme incarné. II a son centre d’action dans la ( 1 ) Il y a trinité et unité dans l’homme, ainsi que dans Dieu. L’homme est un en personne; il est triple en essence; il a le souffle de Dieu ou 1 âme, l’esprit sidéré et le corps.
Paracelse (xvi’ siècle). (2) La loi de toutes ces subdivisions a été donnée au point de vue mathématique par Hoené-Wronski, en t8oo, sous le nom de Loi de Création. L’Unité se manifeste d’abord en un ternaire (comme dans notre première analyse de 1’ tre humain. De ces trois éléments primitifs dérivent quatre éléments secondaires (3+4=7), ce qu' porte à sept le nombre des élé ments résultant de la première analyse. Les théosophistes en sont là.
Mais Wronski va plus loin et détermine trois nouveaux éléments, dérivés de l’action des éléments positifs sur la série négative et réciproquement, ce qui porte à dix les termes de l’analyse. (Les dix Séphiroth de la Kabbale). En synthétisant ces termes par l’Unité, on obtient la série complète de Wronski, l’auteur qui a atteint la synthèse la plus complète qu’ait produite le xixe siècle.
6 l’initiation poitrine et constitue le principe de la cohésion de l’Etre humain. L’Etre psychique meut tous les éléments consti tuant l’homme incarné, à l’exception des éléments placés sous la dépendance de l’Esprit : il a son centre d’action à la partie postéro-inférieure de la tête (i). L’esprit, synthétisant en lui les trois principes pré cédents, gouverne, éclairé par l’intelligence et servi par la Volonté, l’organisme tout entier.
L’Esprit a son point d’appui dans le cerveau matériel; mais, sauf de rares exceptions, il n’est pas complètement incarné dans l’Etre humain (2). LE CORPS PHYSIQUE Ce qui supporte tous les éléments constituant l’être humain sur la Terre, c’est le corps physique.
Le Corps physique fournit à sa propre constitution le squelette, les muscles et les organes digestifs, ainsi que toutes leurs dépendances.Il fournit au corps astral les hématies, les organes circulatoires et toutes leurs dépendances. Il fournit à l’Etre psychique tous les principes matériels du système nerveux ganglionaire.
11 fournit enfin à l’Esprit tous les principes matériels du système nerveux conscient. ( 1 ) Trois mères dans l’homme : la Tête, le Ventre et la Poi trine. La tête a été créée du Feu, le ventre de l’Eau, et la poi trine, milieu entre eux, de l’Esprit. Sepher Jesirah (il" siècle, d’après Ad. Franck). (2) La tête est le siège de l’âme intellectuelle; la poitrine, de l’âme vitale; le ventre, de l’âme sensitive. Robert Fludd (xvi" siècle).
LE MICROCOSME OU L’HOMME / Les éléments matériels de l’être humain se renou vellent sous l’influence des aliments transformés par l’appareil de la digestion en chyle. Le centre de renou vellement et d’action du corps physique est donc placé dans l’abdomen. Le Corps physique circule dans l’organisme par le système des vaisseaux lymphatiques, sur le trajet desquels sont placés des ganglions, centres de réserve matériels.
Le corps physique, dirigé dans sa marche orga nique par l’Instinct, se manifeste à l’Esprit conscient par les besoins. LE CORPS ASTRAL Ce qui anime tous les éléments constituant l’être humain, c’est le Corps astral. Le corps astral est le double exact du corps phy sique. Il constitue une réalité organique, et il possède des organes physiques, des centres d’action et des localisations.
Les organes physiques spécialement affectés au corps astral sont les organes de la respiration et de la circulation et toutes leurs dépendances. Le centre d’action du corps astral est donc dans la poitrine.
Ses fonctions organiques s’entretiennent sous l’influence de l’air atmosphérique, transformé par l’appareil respiratoire en force vitale fixée sur le globule sanguin (oxyhémcglobine (i). (1) L’âme sensitive ou élémentaire réside dans le sang et est l’agent de la sensation, de la nutrition, de la reproduction, en un mot de toutes les fonctions organiques. Robert Fludd (xvi° siècle).
8 l’initiation L’appareil circulatoire diffuse la force vitale dans tous les points de l’organisme et fournit à l’être psy chique les principes nécessaires à l’élaboration de la force nerveuse (i). Le corps astral, dirigé par le sentiment, se mani feste à l’esprit conscient par la Passion. L’Être psychique Ce qui meut tous les éléments constituant l’orga nisme humain, c'est Y Être psychique.
L’Etre psychique est, à proprement parler, le centre de sublimation et de condensation du corps astral. Il a ses organes physiques de circulation et d’action. Les organes physiques spécialement affectés à l’Être psychique sont les organes constituant le système nerveux ganglionnaire et toutes ses dépendances (Cervelet — Grand sympathique. N. vaso-mo teurs (2).
11) Pythagore enseignait que l’âme a un corps qui est donné, suivant sa nature bonne ou mauvaise, par le travail intérieur de ses facultés. II appelait ce corps le char subtil de l’âme et disait que le corps mortel n'en est que l’enveloppe grossière. C’est, ajoutait-il, en pratiquant la vertu, en embrassant la vérité, en s'abstenant de toute chose impure, qu’il faut avoir soin de l’âme et de son corps lumineux. Hiéroclès, Aurea Carmina, v.
68 (v° siècle). (2' Il y a deux sortes d’intelligences dans l’homme ; l'intelli gence matérielle a pour tâche de diriger, de coordonner les mouvements du corps (elle ne peut point se séparer de la matière). L’intelligence acquise et communiquée, indépendante de l’organisme, est une émanation directe de l’intelligence active ou universelle.
Elle a pour attribut spécial la science propre ment dite, la connaissance de l'absolu et de l’intelligible pur, des principes divins où elle prend sa source. Maimonides (xii° siècle).
LE MICROCOSME OU L'HOMME g Le centre d’action de l’Etre psychique est donc dans la Tête (partie postero-inférieure). Ses fonctions orga niques s’entretiennent sous l’influence de la force vitale apportée par le sang et transformée par l’action du Cervelet en force nerveuse (i).
L’apareil nerveux de la vie organique diffuse le mouvement dans tous les points de l’organisme et fournit à l’esprit conscient les éléments nécessaires à l’élaboration de la Pensée (2).
L’Etre Psychique, guidé par l’intuition, se mani feste à l’Esprit par l’inspiration. l’esprit conscient Ce qui gouverne l’être humain tout entier, ce qui sent, ce qui pense et ce qui veut, ramenant la trinité organique à l’unité de la Conscience, c’est l’Esprit immortel. L’esprit a, dans l’être humain, un domaine d’action bien délimité avec un centre d’action, des organes et des conducteurs particuliers.
Les organes physiques spécialement affectés à l’Es- (1) Il y a deux espèces d’âmes : l’âme sensitive, commune à l’homme et aux animaux; l’âme intellectuelle, immortelle ou simplement l'esprit (mens) qui n’appartient qu’à l’homme.
Vaî> Hblmont (xvi' siècle). (2) Or ces sens (sens commun et imagination) ont leurs organes dans la tête ; là le sens commun et l’imagination tien nent les premières places, les premiers sièges, les premières habitations, demeures ou cellules du cerveau (quoique Aristote ait voulu que l’organe du sens commun fût dans le cœur) et la pensée ou la faculté de penser tient le haut et le milieu de la tête, et ensuite la mémoire tient le dernier ou le derrière de la tête. Agrip (xvi’ siècle.)
ÎO L INITIATION prit sont les organes constituant le système nerveux conscient, avec toutes ses dépendances. L’Esprit a donc pour centre d’action la Tète. Le corps physique lui fournit la matière du système ner veux conscient, le corps astral lui fournit la force vitale qui anime cette matière, l’être psychique lui fournit la force nerveuse nécessaire à son action.
De plus chacun des trois principes fournit à l’esprit un ou plusieurs organes des sens (3). Le corps physique fournit à l’Esprit le toucher et le goût, le corps astral lui fournit l’odorat, ¡’Être psy chique lui fournit l'ouïe et la vue. Ces divers sens mettent ¡'Esprit en rapport avec le monde extérieur. L’Esprit est d’autre part en rapport avec l’être inté rieur qui se manifeste à lui par l’impulsion sensuelle passionnelle ou intellectuelle.
C’est par la moelle épinière (portion postérieure), que les communications s’établissent entre l’Esprit conscient et chacun des trois centres organiques de l’être humain : Ventre, Poitrine et Tète. L’Essence de l’Esprit consiste dans sa Liberté de se laisser aller aux impulsions venues de l’être inté rieur ou d’y résister. C’est en cette faculté primordiale que consiste essentiellement le Libre arbitre.
L’Esprit, quoique indépendant en lui-même de (3) L’homme est mortel par rapport au corps ; mais il est immortel par rapporta l’âme, qui constitue l’homme essentiel. Comme immortel, il a autorité sur toutes choses ; mais relati vement à la partie matérielle et mortelle de lui-même, il est soumis au destin. Pimandre d'Hermès (11° siècle, d’après la critique universitaire.)
LE MICROCOSME OU L’HOMME I I chacun des trois centres organiques, agit cependant sur eux, non pas immédiatement mais médiatement. L’Esprit ne peut pas modifier directement la marche des organes digestifs, mais il a tout pouvoir dans le choix des aliments, et la bouche, porte d’entrée de l’abdomen, est sous la dépendance exclusive de l’Esprit, avec le Goût comme adjuvant sensoriel.
L’Esprit ne peut pas modifier directement la marche des organes circulatoires, mais il a tout pouvoir dans le choix du milieu respiratoire, et les fosses nasales, portes d’entrée de la poitrine, sont sous la dépen dance de l’Esprit, avec ¡'Odorat comme adjuvant sen soriel.
Il résulte de là que l’Esprit peut volontairement modifier la constitution du corps physique en modi fiant convenablement les aliments (ire phase de magie pratique), et que l’Esprit peut aussi agir sur le corps astral en agissant sur le rythme respiratoire et en modifiant par des parfums spéciaux l’air atmos phérique inspiré (ae phase de magie pratique).
Enfin l’action de l’Esprit sur les yeux et les oreilles permet de développer la clairvoyance et la clairaudience conscientes (3° phase de magie pratique). Par les aliments, par l’air inspiré, par les sensa tions, l’Esprit agit sur l’être intérieur ; par les membres, il agit sur la Nature.
Le larynx, les yeux, considérés comme organes d’expression, la bouche, considérée de même, s’ajoutent encore aux membres dans l’action cons ciente de l’Esprit sur les autres hommes et le Monde extérieur, sur le Non-Moi.
I 2 l’initiation En résumé, les fonctions de l’Esprit se réduisent aux données suivantes : Anatomie et physiologie philosophique. Grâce aux éléments matériels, vi taux et psychiques à lui fournis par les trois principes de l’Etre inté rieur, l’Esprit possède des moyens d'action spéciaux. ¡ De ¡’Être intérieur des impul sions sensuelles, animiques et in tellectuelles. Du Non-Moi des sensations di verses. Il perçoit les idées qui dérivent de ces di_ . , vers états psychiques, les compare, les classe, Ce qui pense, j en tjre son jUgement et formule enfin sa vo- ( lonté. Ce qui veut. I af’‘t ’ \ ensuite : I Sur l’Être intérieur par les portes d’entrée des trois centres, portes I d’entrée qui sont sous sa dépenI dance, et par les éléments introI duits dans chacun des trois centres. ( Il peut aussi agir sur la périphél rie de son Etre par les membres. I Sur le Non-Moi parles membres I placés sous sa dépendance et par I certains autres organes d’expres- | sion : laVoix,le Regard,leGeste,etc. Ce qui sent et ce qui veut est en relation directe avec les organes corporels ; ce qui pense les domine au contraire. De l’action de F Abdomen sur le Non-Moi (aliment) résulte le chyle; de l’action de la Poitrine sur le NonMoi (air) résulte le dynamisme du sang; de l’action de la Tête sur la sensation résulte l’idée. Que résulte-t-il donc de l’action de l’Esprit cons cient et sur l’Etre intérieur et sur le monde exté rieur ?
LE MICROCOSME OU l’hOMME i3 DE LA DESTINÉE L’Être humain, conçu comme un tout, fabrique, par le libre emploi que fait sa volonté, des éléments -qui lui sont confiés, de la chance ou de la malchance pour son évolution future. C’est le libre arbitre qui
l’initiation 14 règle lui-même la destinée de la Monade humaine (1). Cette figure demi-schématique représente les domaines respectifs de l’inconscient et de l’Esprit conscient dans l’homme. Tout ce qui est blanc est placé sous la direction de l’inconscient ou subit l’in fluence de cet Inconscient. Tout ce qui est teinté en noir est placé, au contraire, sous la direction de la Volonté consciente.
Les parties figurées en grw repré sentent la partie sensitive consciente de l’Etre humain;, les noires indiquent les parties motrices. A ces considérations qui se rapportent surtout à la constitution anatomique et physiologique de l’homme, nous ajouterons quelques détails tirés de notre pro chaine publication sur la Magie pratique.
Les forces étudiées en Magie sont presque toutes d’origine psychique ; aussi la constitution psycho logique de l’être humain forme-t-elle la base de cette, étude, tandis que la connaissance de la constitution anatomique et physiologique de l’homme est plusnécessaire à l’occultiste théoricien. (1) La partie sensitive et intelligente de notre être doit être considérée comme la réunion de trois principes distincts: 1° Le Djan, qui conserve la forme du corps et entretient dans toutes ses parties l’ordre et l’harmonie (Corps astral).
2” L'Akko principe divin et inaltérable, qui nous éclaire sur le bien qu'il faut faire, sur le mal qu’il faut éviter, et nous annonce dès cette vie une vie meilleure (Esprit conscient).
3° L'Ame, ou personne humaine, comprenant l’intelligence {Boc} le jugement et l’imagination (Ronan) et la substance propre de l’âme (Ferouer) (Etre psychique), A la mort, l’Akko retourne au ciel, et l’âme demeure seule responsable de nos bonnes ou de nos mauvaises actions. Zoroastre (Sad-der) (500 av. J-C.)
LE MICROCOSME OU l’hOMME i 5 Or Fabre d’Olivet est l’auteur qui a le mieux dé terminé, à notre avis, la constitution psychologique de l’homme, telle qu’elle doit être connue de l’étudiant en Magie. Mais la figure donnée par Fabre d’Olivet est un schéma dont la compréhension demande un travail assez considérable. Voilà pourquoi nous avons pris la liberté d’établir la figure qu’on trouvera en tête de ce numéro de l’ini tiation.
Cette figure représente sous forme A’images les im pulsions auxquelles est astreint l’être humain. — C’est ainsique les impulsions sensuelles et instinctives sont figurées par le Taureau, les impulsions passionnelles dont la colère est le type, parle Lion ; les impulsions intellectuelles, parl’Aigle (i).
La Volonté humaine, figurée par l’Ange, entoure de son action les trois sphères impulsives et peut, à son gré, paralyser leur action ou se laisser, au con traire, entraîner par elles.
De plus cette figure donne la clef des quatre tempé raments fondamentaux de l’être humain , de leur évolution et de leurs combinaisons, et, en somme,elle (i) Chacun de ces trois types primitifs peut se matérialiser ou s’intellectualiser.—Ainsi le Taureau matérialisé devient le Porc, spiritualisé le Cheval. — Le Lion matérialisé est le San glier, spiritualisé le Chien. — L’aigle matérialisé est le Perro quet, spiritualisé le Coq. — L’homme peut ainsi être Singe ou Ange à volonté. — D'après ces déductions, un homme dont l’idéal ne vise plus que la satisfaction des appétits est constitué par un Porc comme instinct, un Sanglier comme passion, un Perroquet comme intelligence et un Singe comme volonté.
18 l’initiation Zité de certains sujets dans des liquides pour agir sur eux à distance. Dans toutes les sciences, les chercheurs tournent en spirale autour de la vérité et s'en rapprochent de plus en plus, tout én l’envisageant chacun sous un point de vue particulier. Il ne faut donc point négli ger les observations de nos prédécesseurs, mais, au contraire, les étudier avec soin pour y trouver la piste d’investigations nouvelles.
« Il sera démontré, dit Xavier de Maistre, que les traditions antiques sont toutes vraies et que le paga nisme entier n’est qu’un système de vérités corrom pues et déplacées ; qu’il s’agit de les nettoyer, pour ainsi dire, et de les remettre à leur place pour les voir briller de tous leurs rayons. » Albert de Rochas.
DE LA GUÉRISON MAGNETIQUE DES MALADIES PAR LEUR TRANSPLANTATION Quand un bon aimant touche un fer, il se fait de cette pierre un écoulement magnétique de corpus cules qui aimantent ce métal, c’est-à-dire qui lui communiquent la vertu de l’aimant, comme on le voit dans l’aiguille de la boussole.
Il y a des médecins qui prétendent que les malades exhalant au dehors des corpuscules morbifiques peuvent, par cette voie, transmettre leur maladie à un autre et s’en délivrer par une guérison qu’ils appellent magnétique, à cause
LA QUESTION DES TRANSFERTS I Ç de quelque analogie qu’elle a avec les écoulements qui passent de l’aimant au fer. Il y a une grosse querelle entre les savants sur ce point. Les uns disent qu’il y a bien une propagation de maladies qui n’est que trop effective, mais que la prétendue transplantation est une chose entièrement chimérique.
Hermannus Grube est de ce sentiment, et il soutient, dans un petit livre qui a pour titre : De transplantations morborum analysis nova, imprimé à Hambourg, en 1674, que rien n’est plus incertain et moins possible que cette guérison magnétique.
Bartholin (i) combat de toutes ses forces pour la transplantation: il montre par plusieurs exemples que la chose est possible, et il ne manque pas d’appeler la raison pour prouver que cette guérison est très na turelle. Le Journal des Savants donna, il y a quelques années, l’extrait de ce livre, qui est tout à fait curieux.
Il y a un très grand nombre d’habiles gens qui sont de l’opinion que Bartholin a suivie et qu’il explique trèsclairement par la philosophie des corpuscules. Voici à peu près comme en parle le Journal des Savants. La transplantation des maladies, c’tst quand une personne est guérie d’un mal en le communiquant à quelque bête, ou à un arbre, ou bien à une plante.
C’est ainsi que Bartholon dit qu’une personne atta- (i)TiiOMAsBARTHOLiN,né à Copenhague en 161 6,mort en 1 680, fut professeur de médecineà Copenhague et a fait plusieurs dé couvertes anatomiques, notamment sur les vaisseaux lactés,' thoraciques et lymphatiques. Ses principaux ouvrages sont : Anatomía, 1641 ; De luce animalium, 1647; De monstro in. natura èt medicina, 1672. A. R.
20 l’initiation quée d’une fièvre quarte fut guérie en se mettant du pain chaud sous l’aisselle et le donnant tout imbu de cette’sueur à manger à un chien ; et qu’une autre fut guérie de la jaunisse en faisant un gâteau pétri avec de l’urine et de la farine, et le donnant à manger à un chat. Robert Fludd (i) raconte comment, par le moyen de la transplantation, un nommé Joannes Rumelius Pharamandus guérissait immanquablement de la goutte.
Ce docteur en médecine, dit Robert Fludd prenait des ongles des pieds et du poil des jambes des goutteux et les mettait en un trou qu’il perçait dans le tronc d’un chêne jusqu’à la moelle; et ayant bouché ce trou avec une cheville faite du même bois, il cou vrait le dessus avec du fumier de vache.
Si la mala die ne revenait pas dans l’espace de trois mois, il con cluait que le chêne avait assez de force pour attirer à lui tout le mal (Philosophia Mosaïca, lib. 2, memb.2, folio 120, sect. 2).
Ce savant Anglais prétend que cette transplantation se fait très naturellement par l’effusion de la Mommie ou des esprits qui résident dans le sang, et qu’on peut faire passer dans un animal, dans un arbre ou dans (1) Né à Milgat, dans le comté de Kent, en 1574. mort en 1637, R. Fludd fut un des savants les plus singuliers de son temps.
Tout en se montrant partisan outré des doctrines de la Kabbale, dont il avait sondé les mystères, il aimait les sciences exactes et faisait preuve d'un rare esprit d’observation. Nul n’avait des connaissances plus variées : il était à la fois philo sophe, médecin, anatomiste, chimiste, mathématicien et physi cien. Il avait construit des machines qui faisaient l’admiration de ses contemporains.
Il était renommé dans toute l’Europe comme astrologue, nécromancien et chiromancien. Ceux qui cherchent à allier les sciences occultes avec les sciences positives doivent prendre pour modèle Robert Fludd.
LA QUESTION DES TRANSFERTS 2 I une plante : Munïia spiritualis eu jus sedes est in sanguine microcosmico ex corpore humano, mediante quadam substantia magnetica ex eodem subjecto electa extrahi potest, atque in bestiam, arborem, vel plantam transplantari ; ita ut hac etiam ratione morbus œgroti possit ab eo in dictas creaturas trans fert.
Il prouve cette effusion d’esprits par l’expérience de plusieurs chiens qui, ayant perdu leur maître, le démêlaient dans une grande foire, le suivaient partout où il avait passé, quoiqu’il fût à cheval, et enfin le trouvaient, guidés par le sentiment de la mommie spécifique qui transpirait sans cesse du corps du maître et qui laissait des traces de sa personne dans l’air, longtemps même après qu’il n’y était plus.
Cela étant supposé comme constant, il ne s’agit plus, pour la transplantation des maladies, que de trouver une matière à laquelle la mommie de la par tie malade se puisse attacher facilement, afin que cette matière lui serve comme de véhicule pour la transporter dans un animal, dans un arbre ou dans une plante, ou pour la faire adopter, comme parle Paracelse, aux animaux ou aux végétaux.
Ses écrits, qui ne sont pas très communs, semblent avoir été conçus sur le plan de cette alliance. Si Robert Fludd n'avait été qu’un philosophe mystique, pla nant dans les régions abstraites de la pensée, nous l’aurions passé sous silence ; mais ce fut en même temps un investiga teur sagace qui, à l’aide de l’expérience, est arrivé à établir des principes propres à exercer une grande influence sur la marche des sciences physiques.
La méthode experimentale employée par l’auteur nous rap pelle, par sa rigueur mathématique, les principes delà Philoso phie naturelle de Newton. Ferd. Hoefer, Histoire de la chimie, t. II, p. 177.
22 l’initiation Ainsi, selon Robert Fludd, pour la phtisie ou pulmonie, il faut appliquer, sur la région du cœur, de la graine de lin ou de genièvre ; pour l’hydropisie, il faut mettre de la pimprenelle ou de l’absinthe sur le ventre du malade; pour les ruptures ou contusions, on prend le plantain ou le mille-pertuis ; sur les tumeurs et les plaies, on applique de la persicaire ou de la petite ou grande consoude ; dans les maux de dents, des yeux, on a recours à la persicaire tachée.
On applique aussi sur le mal avec la graine ou la plante un peu de terre préparée, que l’on mêle avec d’autres terres dans laquelle on met ensuite la graine ou la plante. On laisse croître ces plantes jusqu’à ce qu’elles aient attiré à elles la mommie.
Après quoi on les brûle avec la terre si la maladie est humide; ou bien on les met sécher, si la maladie n’excède ni en chaleur ni en humidité; et à mesure que la plante meurt et se sèche, le malade recouvre la santé. Si la maladie vient de la chaleur comme dans -les pulmoniques, on jette la plante et la terre dans une eau courante.
Enfin si l’on fait manger la plante imprégnée des corpuscules morbifiques à quelque animal plus robuste que le malade, la bête prendra le mal et le malade en sera délivré. Voilà l’opération de la transplantation des maladies, telle que Robert Fludd l’enseigne et comme elle a été pratiquée par lui et ses amis.
LA QUESTION DES TRANSFERTS 23 Il faut observer que cette Mommie se tire non seu lement par la transpiration insensible, mais encore par la sueur, par les urines, par le sang, par les che veux ou en recueillant ce qui tombe de la peau quand on la gratte un peu fort. Ainsi, un homme de qualité en Angleterre guéris sait de la jaunisse un malade fort éloigné pourvu qu’il eut de son urine. Ce qu’il faisait de la sorte.
Il mêlait cette urine avec des cendres de bois de frêne et il en formait 3 ou 7 ou 9 petites boules, et ayant fait au haut de chaque boule un trou, il y mettait une feuille de safran et le remplissait de la même urine. Ensuite il rangeait les boules à l’écart dans un lieu où personne ne touchait et dès lors le mal commençait à diminuer.
Robert Fludd assure que plus de cent per sonnes de toute condition ont été guéries par ce sei gneur anglais, Ainsi Balthazar Wagner assure qu’il a souvent guéri la rougeur et l’inflammation des yeux en appliquant sur la nuque du cou de la racine de mauve cueillie quand le soleil est vers le quinzième signe de Virgo.
Si on prend des ongles des pieds et des mains d’un hydropique, si on les attache sur le dos d’une écre visse et qu’on la jette à la rivière, le malade se trouve bien guéri. Si on frotte fortement, jusqu’au sang, des verrues avec un morceau de chair de bœuf, et si on enterre cette chair, à mesure qu’elle pourrit, les verrues se sèchent et disparaissent. Ainsi, un homme de qualité guérissait de la goutte en appliquant sur le lieu delà douleur un morceau de
l’initiation 24 chair de bœuf humectée d’un peu de vin ; l’ayant rele vée six heures après, il la trouvait pourrie et la faisait manger à un chien dans lequel la maladie passait après plusieurs opérations semblables. On peut guérir l’épilepsie de la même manière. Passarolus dit que si on fait toucher aux hémor roïdes un oignon de tubéreuse sèche ; que s’il se cor rompt, il arrivera la même chose aux hémorroïdes.
C’est pourquoi il recommande fort qu'on mette l’oi gnon sécher à la cheminée. (Fascicul. arcatior., 1, p. 210.) Je n’ai jamais eu de bonnes raisons pour combattre cette transplantation des maladies. Il y a déjà plus de la moitié de la question décidée par la certitude et la triste expérience que l’on a qu’il y a des maladies, comme la peste qui se communiquent avec une ter rible facilité.
Il ne resterait qu’à savoir présentement si la personne qui communique la maladie la perd ; je voudrais distinguer cela et traiter la chose avec méthode. Je dirais qu’une maladie qui serait fortement enra cinée dans le sang, dans les humeurs et dans la moelle des os, ne pourrait pas se transplanter en sorte que le malade en fût quitte.
Un goutteux, par exemple, qui tient son mal de celui même dont il a reçu la vie, en a pour son compte et je douterais fort que la transplan tation pût le tirer d’affaire. Il en faut dire autant d’une pierre qui est dans les reins, ou d’une veine rompue dans le corps, d’un œil perdu. Il n’en est pas de même d’une maladie qui n’a pas
25 LA QUESTION DES TRANSFERTS éveillé ni jeté de profondes racines, et je croirais bien que la transplantation s’en pourrait faire très naturel lement, pourvu que les sujets soient présents et dans l’atmosphère des corpuscules qui transpirent du malade. * * * Plusieurs médecins se sont soulevés contre cette guérison magnétique, et ils ont prétendu qu’elle était superstitieuse.
Bartholin, que Frommann appelle VAstre éclatant du Danemark, prouve au contraire qu’elle ne renferme aucune superstition, puisque l’on ne s’y sert que des choses naturelles et que tout se fait sans paroles, sans caractères etsans aucune cérémonie.
Il ajoute qu’il y en a des exemples dans l’Ecriture Sainte ; que Moyse pratiquait quelque chose de sem blable (i), et même le fils de Dieu, quand il fit passer le démon du corps d’un possédé dans les pourceaux {Cent. 3. histor. 56). Et à l’occasion du petit livre de (i) On lit dans Cabanis {Rapports du physique et du moral de l'homme, t.
Il p. 540 : « Nous voyons dans le troisième livre des Rois, .que David couchait avec de jolies Cilles pour se réchauf fer et se donner un peu de forces. Au rapport de Gallien {Méthodus medendi, lib. 111,cap.
12), les médecinsgrecsavaientdepuis longtemps reconnu dans le traitement de didérentes consomp tions l'avantage de faire têter une nourrice jeune et saine; et l’expérience leur avait appris que l’effet 11’est pas le même lors qu'on se borne à faire prendre le lait au malade, après l'avoir reçu dans un vase. Cappivaccius conserva l’héritière d'une grande maison d’Italie en la faisant coucher entre deux filles jeunes et fortes.
Forestus rapporte qu’un jeune Polonais fut retiré du même état en passant les jours et les nuits auprès d’une nourrice de vingt ans, et l'effet du remède fut si prompt, que bientôt on eut à craindre devoir le convalescent perdre de nouveau ses forces avec la personne qui les lui avait ren dues... » 11 n’y a pas de bonnes femmes, dit le Dr Pigeaire {Puissance
2Ô l’initiation Hermannus Grube, contraía transplantation des mala dies, Bartholin a composé une lettre où il établit par des expériences tant sacrées que profanes, que cette transplantation est une chose véritable et naturelle.
Les raisons sur quoi il compte le plus sont tirées de la transpiration insensible et des écoulements de la matière subtile qui sort par les pores du corps de l’homme..i Puisqu’on peut prendre une maladie par les pores, pourquoi ne pourrait-on pas s’en délivrer par la même voie ?
Ainsi Fromman assure qu’un écolier qui avait une fièvre maligne la donna à un chien qu’il mettait cou cher dans son lit, que l’écolier en échappa et que le chien en mourut. {De fascinai, magic., p. 1014, §34.) Thomas Bartholin raconte comment son oncle, qui avait une colique fort violente, en fut guéri par un chien qu’on lui appliqua sur le ventre, dans lequel de l’électrité animale, p. 23 1) qui ne sache qu’il n’est pas sain pour un enfant de le faire coucher avec une personne âgée, quoique celle-ci jouisse d’une santé parfaite...
Il existait autre fois, dans les montagnes de l’Auvergne, un usage qu’il est bon de mentionner. Lorsqu’un voyageur, faible, maladif ou transi de froid arrivait dans une hôtellerie, on lui demandait s’il voulait un lit chauffé ou braisé ; le voyageur répondait naturellement « je désire un lit bien chaud ».
Au moment de se coucher, il était très surpris de voir sortir de son lit un garçon joufflu, bien portant et bien coloré, enveloppé delátete aux pieds d’un sarrau de toile bien propre.
Le lendemain, notre voyageur s’empressait de s’informer si c’était l’usage de donner un lit où un autre s’était couché.— Monsieur, vous avez demandé que votre iit fût chaud, on vous l'a chauffé ; si vous l’aviez voulu braisé, on l’aurait bassiné avec de la braise. —Quelle différence y a-t-il entre ces deux méthodes ? — Oh !
Monsieur, c’est bien différent: le lit chauffé par une personne jeune, saine et vigou reuse restaure et fortifie bien davantage.
LA QUESTION DES TRANSFERTS .27 elle passa. Il dit que sa servante, s’étant mis sur la joue le même chien, elle fut soulagée d’une douleur de dents très aiguë et que quand le chien fut échappé, il fit très bien voir par ses mouvements et ses cris que le mal était passé à lui.
Hoffmannus dit qu’un homme qui était tourmenté de la goutte en fut délivré par un chien qui la prit, parce qu’il couchait dans son lit, et que, de temps en temps ce pauvre animal avait la goutte, comme son maître l’avait auparavant, (/oc. czY., p. 367.) Borellus dit, sur cela, que c’est le véritable moyen pour connaître les maladies qui sont cachées dans le corps humain.
Car, dit-il, si on met coucher un petit chien durant quinze jours avec un malade, si on le nourrit des restes de ce que le malade mange, et s’il lèche ses crachats, il est certain qu’il prendra le mal de cette personne. Il n’y a après cela qu’à ouvrir le chien, et on découvre, dans la partie qui a contracté la maladie, celle du malade qu’il faut soulager.
Il ordonne même de mettre de petits chiens dans le lit d’un goutteux pour qu'ils attirent au moins une partie du mal, en sorte qu’on les voit devenir en peu de temps dans un état où ils ne peuvent qu’à peine se soutenir, (borellus. Cent. 3, observât. 28)
2 8 l’initiation (BIOLOGIE) JES |8ÉK8HÈMS ÉLECTRIQUES DES ÊTRES VIVANTS Lorsqu’une combinaison chimique se produit, il y a toujours dégagement de chaleur et d’électricité, quel quefois même de lumière. Les combustions qui ont lieu dans l’organisme pro duisent donc de la chaleur et de l’électricité.
Les physiologistes ont constaté que la chaleur pro duite par l’organisme humain en vingt-quatre heures peut être évalué de 2,700 à 3,25o calories en moyenne, ce qui donne 112 calories par heure. L’organisme humain produit ces 112 calories par heure pendant le repos, mais pendant le mouvement il en produit 271; le chiffre de calories formées par heure pendant le sommeil tombe à 36 environ.
Si en vingt-quatre heures nous pouvons produire des quantités si considérables de chaleur, ne produi sons-nous pas aussi de grandes quantités d’électricité ? Evidemment, oui. Or, que devient cette électricité ? S’accumule-t-elle en certains points du corps ou se répartit-elle régulièrement dans toute sa masse?
Des déperditions de chaleur se font par la surface du corps quand le milieu ambiant est d’une température inférieure à la nôtre ; ne se fait-il pas aussi des déperj ditions d’électricité ? L’épiderme qui revêt tout le corp d’une enveloppe cornée mauvaise conductrice de la chaleur et qui arrête ou modère les dépertitions, ne
LES PHÉNOMÈNES ÉLECTRIQUES 2ÿ joue-t-il pas un rôle analogue vis-à-vis de l’électricité ? N’y aurait-il pas des animaux àétat électrique variable et d’autres à état électrique constant, comme il y en a à température variable et à température constante? Et dans les maladies, de même que la température s’élève au-dessus de la normale ou s’abaisse au-dessous, l’état électrique de l’organisme ne subit-il pas de semblables variations?
Enfin les variations électriques du milieu extérieur n’agissent-elles pas sur les êtres vivants comme les variations de température de ce même milieu ? (i) Ces questions et beaucoup d’autres, la physiologie devrait les résoudre ; elle n’en parle même pas. Les physiologistes s’occupent de la chaleur animale, nul lement de l’électricité. Pourquoi ?
Des expériences manquées, des idées fausses, des opinions erronées qui les ont fait dévier de la ligne à suivre pour trouver la vérité etaussi quelques mystifi cations dont ils ont été victimes, sont causes que les savants ont abandonné longtemps ce sujet d’étude.
Aujourd’hui quelques hommes indépendants et d’un savoiréminent,bravant les quolibets de leurs confrères de la science officielle, osent de nouveau aborder l’étude de l’électricité animale. Mais quelle confusion! ( i) Un commandant du génie belge, M. Bruck, a écrit un ouvrage intitulé le Magnétisme et l'Humanité où il cherche à démontrer comment les variations des courants électriques du globe agis sent sur les événements politiques.
Les cerveaux seraient par ticulièrement excités sur certaines lignes magnétiques qui se déplacent. Le major Bruck a également voulu montrer dans un autre ouvrage (Ze Choléra ou la Peste noire) l’influence des varia tions magnétiques du globe sur la répartition des microbes et la réceptivité humaine vis-à-vis de ces maladies.
3o l’initiation Partant encore d’idées erronées, on semble bien plutôt embrouiller la question que l’éclaircir. Avant de commencer de nouvelles expériences, je pense que le meilleur moyen de ne pas s’égarer est de classer les faits jusqu’ici connus, de saisir le lien, qui les unit et de montrer qu’ils rentrent dans le cadre des phénomènes dont s’occupe la physique.
Si nous montrons que certains phénomènes produits par les animaux en général et l’homme en particulier sont semblables à ceux dont s’occupe toute une bran che de la physique et ne dérogent pas aux lois dé cette science, qu’ils peuvent par conséquent s’expliquer de la même manière, nous aurons par cela même prouvé que la cause des uns et des autres est identique.
Partant alors d’idées exactes, nous saurons dans quel sens il faut instituer les expériences, nous sau rons interpréter sainement les résultats, et nous ne nous exposerons plus à faire fausse route. Tel est le but de ce travail. NOTIONS PRÉLIMINAIRES I LE FLUIDE ÉTHÉRÉ; SES MODES D’ACTION SUR LES CORPS Il n’y a dans la nature qu'un seul fluide : !
Éther. — Il n’y a pas longtemps encore que les physiciens admettaient, comme causes des phénomènes de la nature, des fluides infiniment plus subtils que les
LES PHÉNOMÈNES ELECTRIQUES 3l gaz, complètement impalpables et invisibles, qui avaient reçu le nom de fluides incoercibles, pour exprimer qu’on ne peut ni les saisir ni les comprimer en vase clos, comme peuvent l’être les fluides aériformes ; on les nommait aussi fluides impondérables, pour indiquer que ces matières subtiles ne pèsent pas. Leurs poids, du moins, s’ils en ont un, n’est pas appréciable aux balances les plus sensibles.
C’est ainsi qu’on admettait un fluide spécial pour la chaleur, un pour la lumière, deux pour l’électricité, deux autres pour le magnétisme, un autre pour les phénomènes nerveux, etc. L’un des plus beaux progrès de la physique con temporaine, aétéde faire disparaître de la science tous ces fluides spéciaux pour les remplacer par un fluide unique, nommé éther qui suffit à expliquer tous les phénomènes de la nature et à les déterminer en agis sant d'une façon purement mécanique.
C’est au point que pourla plupart des savants d’aujourd’hui, une explication n’est pas regardée comme scientifique si elle n’est pas mécanique.
Expliquer un phénomène scientifiquement, c’est l’expliquer mécaniquement. • Après cette simplification dans l’explication des phénomènes de la nature, qui constitue un immense progrès, vouloirintroduire de nouveau dans la science un ancien fluide, le fluide nerveux sous les noms de fluide neurique, od, fluide mesmérien, etc., c’est tout simplement revenir en arrière.
Et ceux-là sont bien mal inspirés qui font à cette heure de pareilles propo sitions. Le mot force. — Il en est de même de ceux qui
.32 l’initiation croient trouver dans la nature des forces inconnues jusqu’ici, et qui veulent les faire accepter sous les noms de force ecténique (de sxréveia, extension), de force psychique, etc. On nomme force une cause de mouvement. Or il a été reconnu que, dans le domaine de la nature, tout mouvement provient d’un autre .mouvement.
Les savants entendent donc par le mot force, une masse matérielle animée d’une certaine vitesse, que cette masse matérielle soit d’ailleurs pondérable ou impon dérable. Lors donc que dans une explication sensée scientifique on emploie le mot force, on est tenu de dire si l’on entend par ce mot une entité métaphy sique, ou un corps en mouvement, ou un fluide impondérable en mouvement.
La force ecténique n’est évidemment qu’un fluide impondérable et, par conséquent, le fluide éthéré; quant à la force psychique, l’expression est des plus malheureuses, car ce ne peut être ni une entité méta physique, ni un corps psychique, ni un fluide psy chique. De plus, une cause psychique peut bien modifier ou diriger un mouvement, mais elle ne peut jamais le produire, autrement toutes les lois de la physique seraient renversées.
On ne peut par consé quent pas dire qu’une pareille cause est force, puisque par définition une force est une cause de mouve ment. Laissons donc de côté les nouveaux fluides et les forces prétendues inconnues pour nous en tenir au seul fluide éthéré. Toutes ces nouvelles expressions ne servent qu’à jeter la confusion dans les esprits, à
LES PHÉNOMÈNES ÉLECTRIQUES 33 embrouiller les questions et à porter les ténèbres là où l’on voudrait faire la lumière. Notions sur l’éther. — L’éther n’a pas les pro priétés fantastiques qu’on est parfois porté à lui prê ter. Certains physiciens l’ont conçu comme un milieu continu et immatériel.
Cette supposition est inadmis sible aujourd’hui, car les phénomènes de la polarisa tion de la lumière montrent qu’il est constitué par des atomes séparés. Comme on peut démontrer aussi son inertie ou sa résistance au mouvement, on voit qu’il jouit de toutes les propriétés de la matière, qulil est matériel. L’éther, il est vrai, est dit impondérable ; c’est que, pénétrant tous les corps, on nepeutconstater son poids.
Car il arrive pour le fluide ce qui se présenta pour l’air, dont la pondérabilité ne fut pas soupçonnée jus qu’à ce que l’on eût imaginé des appareils propres à le condenser et à le raréfier. Mais l’éther présente certainement une constitution bien différente de celle des gaz ou des autres corps con nus de nous; il est un quatrième état delà matière. JI est énormément élastique et d’une densité incon nue.
On a dit à la vérité qu’il doit être d’une très fai ble densité, car, dans les espaces interplanétaires, il n’oppose aucune résistance au mouvement des corps célestes; cette proposition, dit le P. Secchi, est une véritable pétition de principe.
On suppose en effet l’éther destiné exclusivement à propager la lu mière ; or rien ne prouve qu’il ne puisse être luimême le principe de la gravité, et, si cela était, évi demment il pourrait présenter une très grande densité 2
l’initiation 34 sans apporter aucune perturbation dans le système planétaire.
D’un autre côté, en admettant avec quel ques-uns la très faible densité de l’éther, il est diffi cile de comprendre comment un milieu extrêmement rare (c’est-à-dire dans lequel les atomes très petits sont séparés par des distances très grandes) peut pro pager un mouvement avec une énorme vitesse, et, de plus, sous forme d’ondes tellement courtes, que 2.000 au moins sont nécessaires pour représenter une lon gueur de 1 millimètre (1).
Cauchy, en soumettantà une analyse très rigoureuse certaines observations d’Arago, arriva à conclure que la distance entre deux molécules devait être sensible ment de ¿55 de l’onde rouge. Ilfaut donc admettre que les atomes de l’éther sont beaucoup plus rapprochées que celle des corps pesants. La distance des molécules de ces derniers sont énor mes par rapport à leurs dimensions, et cesgrands in tervalles sont occupés par l’éther.
Cependant, il ne faut pas tomber dans l’exagération et comparer les distances respectives des molécules à celles des pla nètes dans l’espace. L’éther n’est pas distribué uniformément dans l’in térieur des corps pesants. Dans les corps vitreux, iso lants, élastiques, l’éther paraît avoir toutes les pro priétés des solides, moins la cohésion.
Dans les métaux, bons conducteurs de la chaleur et de l'élec tricité, ductiles et malléables, il a celle des fluides. Les trois modes d’action de l’éther. —• L’éther ne (1) L'Unité des forces physiques, p. 195 et 196.
LES PHÉNOMÈNES ÉLECTRIQUES 35 peut agir sur les corps que de trois manières, et ces trois manières seules sont possibles : i° par pression ; 2° par vibration ; 3° par déplacement dans l'intérieur des corps.
Par pression, le fluide éthéré produit les phéno mènes de gravité, de cohésion et d’affinité ; Par vibration, il donne naissance aux phénomènes de chaleur et de lumière; Par déplacement dans l’intérieur des corps, il engendre les phénomènes électriques. On ne conçoit pas que l’éther puisse agir encore d’une autre manière et produire d’autres phénomènes.
Or, si nous nous demandons dans quelle catégorie de phénomènes nous pouvons ranger ceux auxquels on donne pour cause un prétendu fluide nerveux, un fluide odique, une forceecténique, etc., nous sommes forcés de reconnaître qu’il faut les placer parmi ceux qui sont produits par les déplacements ou les transla tions du fluide éthéré, c’est-à-dire dans la catégorie des phénomènes électriques.
Et, comme l’éther se dé plaçant dans les corps est désigné sous le nom d’élec tricité. nous sommes bien obligés d’être persuadés et de dire que la cause des phénomènes en question n’est autre que l’électricité. Il n’y a pas à sortir de là. Il ADHÉRENCE DES GAZ ET DES SOLIDES; OCCLUSION DES GAZ ; SUBLIMATION Condensation des gaz a la surface des solides. — On sait que la cohésion s’exerce entre les gaz et
36 l’initiation les solides, tellement que la surface de ces derniers est recouverte d’une couche d’air adhérente. Cette couche forme un grand volume quand la surface recouverte est très étendue, comme on le reconnaît dans le phé nomène de l’absorption des gaz par les corps poreux.
Le charbon, par exemple, absorbe, d’après Saussure, environ 90 fois son volume apparent de gaz ammo niac ou d’acide chlorhydrique, 65 fois son volume d’acide sulfureux et 4 à 5 fois son volume d’air. D’après M. Henry, l’absorption d’un gaz par un corps solide poreux est proportionnelle à la pression. La condensation ne se complète pas tout de suite, mais elle continue pendant plusieurs heures.
De même, quand on fait le vide, le gaz adhérent aux surfaces met beaucoup de temps à s’en séparer. En général, on peut dire que plus les pores d’un corps sont fins, plus est considérable la quantité d’un même gaz absorbé par un même volume de ce corps.
Absoption des gaz par un corps colloïde. — On remarque que ces petits ballons de caoutchouc remplis d’hydrogène, dont s’amusent les enfants, perdent peu à peu une partie du gaz qu’ils contiennent, malgré l’absence de pores sensibles dans le caoutchouc. Mit chell, de Philadelphie, ayant remplacé l’hydrogène par d’autres gaz. a reconnu que ceux qui sortent le plus rapidement sont les plus faciles à liquéfier et les plus solubles dans l’eau.
L’hydrogène est donc un de ceux qui passent le moins vite. Si l’on place le ballon sous une cloche contenant un gaz qui passe plus rapi dement que celui qu’il contient, il se gonfle et finit par crever. Avec de l’hydrogène sous la cloche et de
LES PHÉNOMÈNES ÉLECTRIQUES 37 l’air dans le ballon, la rupture se fait au bout de deux heures environ. Graham a remarqué qu’il n’y a pas de relation entre les vitesses de passage et les densités des gaz, ce qui montre que le phénomène n’a aucun rapport avec la diffusion à travers une plaque poreuse.
Il le com pare à ce qui se passe quand un gaz se diffuse à tra vers une lame liquide : le gaz est comme dissous, liquéfié, dans la membrane de caoutchouc, et se dégage par la surface opposée, dans l’autre gaz. Pour confirmer cette explication, Graham a prouvé que le caoutchouc absorbe, en effet, et retient le gaz.
Ainsi, un bloc de cette matière plongé dans l’oxygène, puis exposé dans le vide pendant vingt-quatre heures, a dégagé près d’un quart de son volume d’oxygène. Ce gaz est donc deux fois plus soluble dans le caout chouc que dans l’eau. La gutta-percha laisse passer l’air mécaniquement, et le gaz introduit a la même composition que l’air extérieur.
Occlusion des gaz par les métaux. — Les métaux portés au rouge peuvent se laisser traverser par les gaz avec des circonstances qui rappellent ce qui se passe avec les substances colloïdes. Selon Graham, le métal absorbe ou dissout le gaz; il [’occlut et le dégage ensuite, soit dans le vide, soit dans un autre gaz. Mais l’occlusion des gaz par les métaux peut aussi avoir lieu à froid.
C’est ainsi que le fer et surtout le palladium occlusent à froid l’hydrogène. On voit que tous les corps solides, même les métaux, se laissent pénétrer par les gaz, les retiennent et les
38 l’initiation laissent échapper dans certaines circonstances avec plus ou moins de facilité. De la sublimation. — Fusierini, Bizio et Zantedeschi ont réuni un grand nombre de faits tendant à prouver que les corps, pour la plupart, dans les con ditions ordinaires, laissent échapper incessamment des émanations matérielles.
Cette émission de parti cules constitue l’évaporation dans les liquides, et la sublimation lente dans les solides ; celle-ci est habi tuellement insensible à la température ordinaire, mais elle se développe considérablement à un degré thermométrique plus élevé, et en général dès que, par une cause quelconque, on augmente l’agitation des molécules.
La vaporisation lente des corps, maintenus à l’état naturel, reproduit sur une moindre échelle l’émission de particules matérielles qui accompagnent les décharges électriques, phénomène sur lequel nous nous étendrons plus tard longuement.
Ces phénomènes de diffusion sont d’autant plus marqués que les molécules sont moins fortement soumises à l’influence de leurs voisines ; aussi, celles qui se trouvent sur les arêtes ou au sommet des angles solides sont-elles puissamment sollicitées à s’échapper par les vibrations thermiques qui se mani festent avec plus de facilité à la surface libre du corps.
L’éther étant répandu dans tous les corps, doit évidemment jouer un autre rôle que celui de masse vibrante dans ces mouvements incessants des molé cules superficielles. Expériences de Reichenbach. — Vers 1849, un chimiste allemand, le baron de Reichenbach, prétenLES PHÉNOMÈNES ÉLECTRIQUES JC), di avoir découvert une nouvelle force naturelle à laquelle il donna le nom d'Od, et sur laquelle il a publié plusieurs mémoires.
Reichenbach remarqua que des personnes dont le sens du tact, du goût et de la vue étaient plus ou moins hyperesthésiés, et qu’ils nomma sensitifs, pou vaient apercevoir à la lumière diffuse des espèces de flammes incolores s'échapper des corps dont les molé cules ont été agitées, par frottement, électrisation, etc. Ces flammes transparentes sont semblables à un courant ascendant d’air chaud, à de l’air mobile, mais beaucoup plus délicates.
Chose très importante à remarquer, ces effluves se dirigent toujours vers le haut, ils s’élèvent verticalement.
De plus, les effluves odiques ne sont pas exclusive ment limités aux pointes, comme les effluves électri ques; ils se produisent aussi sur les côtés mêmes des corps dentelés, sur les arêtes des cristaux, etc. Il s’agit évidemment ici d’effluves formés non par un fluide impondérable, mais par un fluide pondérable, un gaz mêlé sans doute aux particules d’une extrême ténuité dues à la sublimation.
Le tremblement de la flamme transparente, sa tendance à s’élever vertica lement, son dégagement des arêtes aussi bien que des pointes le prouvent suffisamment. Dans l’obscurité absolue, les sensitifs voient les effluves faiblement lumineux et colorés.
« Les appa rences de lumière odique, dit Reichenbach, de grande dimension qui se produisent sur des plaques métal liques électrisées n’adhèrent pas au métal, mais sem blent couler à la surface comme l’aurore boréale à la
l’initiation 40 surface de la terre. » C’est-à-dire qu’au sein des flam mes odiques, il se produit une pluie d’étincelles élec triques infiniment petites.
Reichembach a observé que l’od peut se dégager de tous les corps; qu’on peut faire passer l’od d’un corps sur un autre sans que ce dernier soit isolé; que les déplacements et l’écoulement de l’od sur les corps se fait très lentement, quelle que soit la nature de ces corps; que les corps ne sont pas seulement odisés à leur surface, mais dans toute leur épaisseur.
Reichenbach a encore remarqué que lorsqu’on élec trise un corps le dégagement d’od n’a pas lieu instanta nément, mais demande toujours un temps appréciable pour se produire, souvent quatre secondes, quelque fois davantage. Un électrophore de résine est électrisé bien longtemps avant qu’on puisse y voir apparaître les flammes odiques.
Un fil métallique traversé par un courant électrique ne commence à manifester l’od que lorsque le courant passe déjà depuis un certain temps. Réciproquement, lorsque le courant cesse, sa lumino sité odique persiste de 3o secondes à 1 minute et même, après une forte décharge de la bouteille de Leyde, jusqu’à 2 minutes; puis' elle disparaît lentement, graduellement.
Il nefaudrait pas croire que les phénomènes odiques soient dus à une illusion des sens ou à une halluci nation, car nous allons voir qu’on peut photographier les flammes odiques. Reichenbach. lui-même arriva à les saisir avec le daguerréotype. « M. Karl Schube, dit-il, professeur de physique à Vienne, bien connu par son habileté en daguerréotypie, voulut bien me
LES PHÉNOMÈNES ÉLECTRIQUES 41 prêter son concours.
Il mit dans une chambre noire une plaque iodée en face de laquelle on plaça un ai mant ouvert (les aimants ont toujours leurs deux pôles enveloppés de flammes odiques); en même temps il disposait de même une autre plaque dans une autre chambre noire mais sans aimant. — Après quelques heures, il reconnut que la première plaque, après qu’elle eût été traitée par la vapeur mercurielle, avait été affectée par la lumière, tandis que la seconde ne l’avait pas été ; mais la différence entre les deux était peu marquée.
Pour mieux voir l’effet, il prit l'aimant, l’appliqua sur une plaque iodée, en prenant les plus grandes précautions pour éviter la moindre trace de lumière pendant la manipulation, à laquelle j’assistais: il plaça le tout dans une boîte, qu’on glissa entre d’épais matelas et qu’on laissa là pendant soixante-quatre heures.
Reprise dans l’obscurité et exposée à la vapeur mercurielle, la plaque laissa voir le plein effet de la lumière qu’elle avait reçue sur toute sa surface.
Il est donc évident, à moins que d’autres causes ne soient capables d’affecter les plaques photographiques après un temps considérable qu’une lumière, faible, il est vrai, et d’action lente, se dégage de l’aimant (i). » Nouvelles expériences.—-Une nouvelle expérience, due à l’éminent administrateur de l’Ecole polytech nique, le colonel de Rochas, confirme celle de Rei chenbach. (1) Les émanations odiques impressionnent aussi la peau.
Elles procurent à tous les sensitifs des impressions de toucher froides ou chaudes qui vont parfois jusqua un froid glacial ou une chaleur brûlante. Mais, quand on les dirige sur un thermo mètre, elles n’ont pas sur lui la plus légère action.
42 l’initiation Il a réussi, après quinze jours de pose, à photogra phier en couleur les deux pôles d'un aimant. II a ainsi obtenu l’image d’un effluve rouge à l’un des pôles, et celle d’un effluve bleu à l’autre. M. de Rochas et M. J. Luys ont également constaté que les sujets en état hypnotique pouvaient aperce voir en plein jour les lueurs odiques, qui échappent cependant à la faiblesse de notre vue.
«Pour mettre en évidence cette curieuse propriété (i), dit M. Luvs. j’ai recours à la technique suivante : je place d’abord le sujet en léthargie et l’amène rapide ment à l’état somnambulique. Je lui présente ensuite successivement les deux pôles d’un gros barreau ai manté à quatre ou cinq branches.
A ce moment, quand il s’agit du pôle nord, il dit qu’il voit s’en dégager des effluves bleus comme des flammes d’un bouquet d’ar tifice; s’il s’agit du pôle sud, ce sont au contraire des flammes rouges qu'il signale, et l’on constate en même temps que l’action des effluves du pôle nord lui sont agréables, tandis que celles du pôle sud lui sont péni bles et qu’il les voit avec peine.
Il aperçoit avec des couleurs semblables les rhéophores d’une pile. « Un procédé plus simple pour éveiller la sensibi lité aux couleurs magnétiques consiste à ne mettre que la rétine en état d’hypnotisation, le cerveau restant en dehors de l’opération.
Le sujet sensitif se place devant l’opérateur qui promène transversalement ses deux doigts au-devant de ses yeux; il produit alors un état d’éréthisme de la rétine se caractérisant à l’ophtalmos- ( i) Semaine médicale (25 mai 1892).
LES PHÉNOMÈNES ELECTRIQUES 4ÍI cope par une vascularisation instantanée, qui donne à la surface nerveuse une suractivité extra-physiolo gique tout à fait spéciale.
« On a eu soin à l’avance de faire dessiner sur une feuille de papier les objets divers dont on veut étudier la coloration des effluves, et le sujet ayant eu au préa lable les yeux ainsi préparés artificiellement, son cer veau demeurant intact, non hypnotisé, on lui présente un pinceau aux différentes couleurs, et on lui enjoint de colorer comme il les voit les différents points que l’on désire connaître.
« C’est ainsi qu’on le voit sans aucune sollicitation extérieure, s’il s’agit d’un barreau aimanté, mettre des colorations bleues au pôle positif, des colorations rouges au pôle négatif; s’il s’agit des rhéophores d’une pile, les colorerd’une façon similaire, le bleu sur le fil positif, le rouge sur le fil négatif, le jaune sur les bo bines d’induction : en un mot, il rend visibles et appa rentes une multitude d’actions fluidiques qu'avec les seules ressources de nos yeux nous sommes complète ment incapables de reconnaître. » Telles sont les différentes notions préliminaires qu’il est indispensable de se rappeler lorsqu’on veut se livrer à l’étude des phénomènes électriques des êtres vivants, si l’on ne veut passe laisser égarer dans la re cherche de la vérité. CA suivre.)
44 l’initiation ■Xi> 1FAOT ©ISS AlJilSS®»» Nous assistons aujourd’hui, Dieu merci ! à une réaction intense, si ce n’est générale, du besoin d’audelà.
Ce besoin est presque devenu la diathèse de cette époque; il s’est traduit suivant les tempéraments qui l’on ressenti par un rut de jouissance impossible, un essor de dévouements et une envolée de spiritualisme enthousiaste ! — Il i mporte de reconnaître que les géné rations qui ont lutté, souffertet pensé, occupent dans rhistoire un échelon bien plus élevé dans l’intellec tuel et le moral que celles dont l’évolution s’est faite dans le farniente des appétits satisfaits et de la médio crité dorée, telles sont les époques réputées heureuses ; si elles font éclore peu de génies du cœur ou de l’in telligence, elles ont le grand avantage d’assurer la tranquillité publique, la marche des affaires, le cours de la Bourse et la vogue des théâtres.
Ceci marquerait, pour ainsi dire, l’involution ou matérialisation des principes supérieurs. Le second empire, avec son luxe, ses débauches et ses malhonnêtetés artistiques, morales et philosophi ques, marque bien le sommet du triangle involutif. Pourquoi s’étonner alors que l’âme, ayant la nostal gie des cimes, veuille s’exhausser aujourd’hui vers les hauteurs où l’air est pur, la lumière étincelante ; et
IL FAUT DES AILES 45 n’est-ce pas vers la pointe du deuxième triangle involutif que tend le vol de ces grands oiseaux affamés d’idéal dont les battements d’aile assourdissent et font chanceler les bipèdes aptères, encore détenteurs du pouvoir, mais dépourvus d’autorité !
Ils sont partis, les grands oiseaux, vers la haute mer, à la recherche de la terre promise; les embruns ne les atteignent plus : ils planent, et, du haut de leur vol, la tempête d’en bas ne se distingue plus.
Mais un cri est monté jusqu’à eux, le cri de détresse, de mort, de secours ; alors du haut des hauteurs bleues ils se sont laissé choir vers la tempête noire d’en bas, ils ont trouvé le désespéré, et d’un grand coup d’aile l’ont ravi à l’horreur de la tombe glauque et froide pour l’innonder de lumière, de chaleur, de vie, dans les hauteurs où l’on voit, où l’on pense, où l’on aime.
Mais il a fallu le cri ! l’appel ! la confiance, en un mot, et la foi — l’humilité du désespoir et l’appel à l’espérance. — Telle est l’histoire de bien des cœurs d’aujourd’hui, se débattant dans la tourmente d’en bas, sur le navire voué au naufrage du matérialisme, et qui, les yeux ouverts devant l’inanité de la science de l’ingénieur ou du capitaine, ont compris qu’il faut des ailes pour traverser le vaste et terrible océan de la vie.
Ils sont dignes d’intérêt, de pitié et d’admiration, les sincères passagers qui entreprennent le voyage, croyant la mer éternellement bleue, les vents toujours cléments ; aussi les recueillons-nous, ces pauvres nau fragés de la vie, et forment-ils dans notre famille la
l’initiation 46 majorité des enfants d’adoption. Mais que dire des armateurs sacrifiant volontiers des vies, si ces der nières leur ont rapporté, alors qu’ils restaient sur la terre ferme, le prix de la traversée, de la terrible tra versée de mort. Cette figure me semble exprimer ce que mon cœur éprouve en présence des infortunés lutteurs d’ici-bas, confiantsen la petite machine compliquée qui les traîne péniblement à la surface de la planète.
Et je sens si bien que les rouages et tout le système d’horlogerie sur lesquels ils fondent l'espoir d’atteindre leur but est tellement fragile, quand on le compare aux grands assauts qu’il aura à subir, que je ne puis m'empêcher de leur crier excelsior !
Regarde au-dessus de toi, dans les régions sereines, le vol calme et majestueux des grands oiseaux de mer, tu peux leur envier leurs ailes ; tu les auras si tu sais aimer, car l’amour seul donne à leur vol la hauteur et la force, et c’est de l’amour que leur vient la grande paix avec laquelle ils font ce grand voyage dont tu souffres tant ; hélas ! dont tu vas mourir. Qoæhens.
PARTIE LITTÉRAIRE WI m IE (Suite et fin) Les mots correspondent chacun à une forme de l’état des choses. La parole n’est point née du hasard: elle est l'image de ce qui vit et de ce qu’on rêve. Lorsqu’on fait le mal, on est agité, irritable, on subit davantage l’influence de la matière, dont la loi fatale, si elle n’est détournée par l’esprit régulateur de la matière organisée, est le mouvement aveugle qui tue. qui écrase.
La matière,c’est le mal: sa manifesta tion générale est la pesanteur, qui l’oblige à retomber sans cesse sur elle-même et à se broyer. Quand on fait le bien, on se sent plus léger, plus calme : c’est toujours en sacrifiant quelques-unes de ses jouissances personnelles qu’on accomplit le vrai bien et qu’on s’allège par là du poids des exigences de la matière. On ne peut admettre que le bien pèse, que le bien fc.
l’initiation 48 abaisse. Est-ce qu’on gravit les abîmes de l’erreur, est-ce qu’on tombe dans les degrés de la vérité ascen sionnelle ? Non. Etre supérieur, c’est dominer quelque chose par la vertu de la hauteur; pour le matérialiste, la supériorité ne dépasse pas le niveau humain ; pour les uranisants, la supériorité est l’élan vers Dieu.
Toute âme qui s’élève moralement s’éclaire, reflète à son tour un peu de lumière divine, rayonne, s’uranise enfin. Son cadre de nature, sa forme humaine, sa situation sociale, peuvent suffire à l’homme, et il peut vivre ■sans être autre chose qu’un être physique.
S’il n’écoute que les suggestions de ses sens, de ce qui l’entoure, de ses ambitions, rien ne s’oppose à ce que ses jouissances matérielles soient raffinées, à ce qu’il paraisse en accord parfait avec son milieu social et humain. Il a même cet avantage pratique de spécia liser ses facultés, de ne pas connaître la dualité dou loureuse de l’homme psychique.
Mais la vie de l'être physique s’arrête court à la vie ; son esprit ne conçoit rien en dehors de lui-même, c’est-à-dire de la vitalité organisée; il ne connaît que les formules sociales du bien et du mal, non l’es sence, non la causalité des deux principes. La réponse au pourquoi que toutes les générations ont posé à l’inconnu, la vision des vérités éternelles, le perfec tionnement indéfini, tout cela pour lui est chimère.
L’être physique est soumis aux lois absolues des organismes ; son libre arbitre est nul. Il est gouverné par ses facultés, par ses passions, par ses besoins, et ne peut y échapper. L’homme psychique est libre de
UN REVE SUR LE DIVIN 49 se laisser dominer par la matière ou de se perfec tionner uraniquement. Il dispose en lui-même et en maître du bien et du mal. Il est responsable de son choix et punissable en raison de sa responsabilité. Le bien est en Dieu, la recherche du bien est dans l’âme. A mesure que l’âme découvre une part d’idéal, l’idéal recule et grandit,car il est à la fois accessible et infini.
Pour l’athée, la mort enferme et enserre à tout jamais l’être qui a vécu, et, contrairement au créateur biblique, elle fait de quelque chose : rien ! Les matérialistes, sous prétexte dé science, nient Dieu par la simple raison qu’il ne se manifeste qu’à l’âme qui s’applique à établir, par des couples succes sifs, une pile à colonnes. 11 faut deux pôles et un fil conducteur pour établir un courant électrique entre l’âme et Dieu.
Expliquez l’élément psychique, disent les savants. Expliquez l’élément électrique, répondrons-nous. VIII Ma.grande amie s’éloigna la dernière, me laissant quelques réflexions sur la moralité sociale.
Elle dit : Le christianisme, par la doctrine de l’égalité et là sanctification de la vie commune, a enfanté le socia lisme, Le socialisme dans son sens véritable, du sacri fice de l’individu au groupe, à la corporation, à la communauté, est essentiellement chrétien.
5o l’initiation De même que les démocraties de tous les temps ont pris à l’Évangile ses dogmes, de même les républi cains de tous les pays auraient dû prendre à l’Eglise quelques-unes de ses doctrines sociales. Ils ne l’ont pas fait, et ce sont les chrétiens aujour d’hui qui dirigent le mouvement socialiste. Ce sont eux qui le rendront possible en lui imposant l’idée religieuse de sacrifice.
Le socialisme, lorsqu’il n'est qu’appétit, est l’ab sorption de la société au profit des individus : c’est l’antisocialisme. ' Lorsqu’il est désintéressé, il est la distribution équitable des forces de l’individu au profit de tous. Le riche, très riche, ne peut connaître les joies de la bienfaisance. Le bienfait n’est bienfait que s’il impose une privation à celui qui donne.
Donner bienfaisamment, ce n’est point placer noblement un peu ou beaucoup de son superflu, ni prêter à Dieu pour qu’il tienne un grand livre d’aumônes : donner, c’est se priver. Le très riche consacre aux malheureux une part proportionnelle de sa fortune : il fait de la charité, il ne donne pas. Celui-là seul donne, qui donne ce qui lui est nécessaire et ne peut être remplacé.
La reconnaissance des obligés et la gratitude filiale ne doivent pas être ascendantes, mais descendantes. Celui qui oblige ou donne ne doit former qu’un vœu : c’est que ses obligés fassent aux autres ce qu’il leur a fait à eux. De même, lorsqu’on se sacrifie pour ses enfants, il faut n’avoir qu’un désir : qu'ils rendent aux leurs ce qu’ils ont reçu.
UN RÊVE SUR LE DIVIN 5i Voir donner ceux à qui on a donné, voir obliger ceux qu’on a obligés, voir se dévouer ceux pour lesquels on s’est dévoué, ce sont là les véritables récompenses de la bonté et de la maternité. La cage sociale de l’homme est grande proportion nellement à la mesure que l’humanité a dans l’esprit sur les dimensions, mais cette cage est semblable à celle que l’homme lui-même impose à l’écureuil.
Il tourne, tourne toujours et sans cesse, revoyant les mêmes images, se buttant aux mêmes obstacles, et, qu’il soit en haut ou en bas de son parcours, à un antipode ou à l’autre, retrouvant les mêmes barrières du fini sous des formes semblables.
L’homme matière et esprit s’agite sur sa boule ronde ; celle-ci matière et nature se meut dans l’espace arrondi, mais homme et globe gravitent fatalement et mathématiquement dans un cercle fermé, toujours et éternellement le même.
L’âme de l’homme psychique dédaigne la lourde possession des biens terrestres et ne les accepte que pour les distribuer avec sagesse; il méprise l’épaisse satisfaction des besoins de son enveloppe matérielle ; il considère sans regret comme sans vanité le sort rempli ou non de sa destinée humaine.
L’homme psychique trouve à chaque génération la somme d’activité supérieure, de sacrifice, d’héroïsme et de désillusion qu’il faut trouver pour réaliser l’en tier dévouement à autrui, l’oubli de soi, l’allégement du moi, toutes vertus qui lui assurent à la mort l’en volée dans les premiers degrés de la vie uranique éternelle !
52 l’initiation IX — Adieu ! adieu ! me répéta la voix. — Ma bienfaisante amie, prenez pitié de ma pauvre compréhension. Votre Dieu uranique est trop grand, il arrête l’élan de mon âme minuscule. Apollon était presque à ma portée. Je lui parlais, je le voyais... Elle m’arrêta d’un geste sublime. — Dieu, me répondit-elle, embrasse l’univers entier par la simple projection de sa volonté. II est acces sible à toutes les âmes qui le prient.
Le soleil n’est pas Dieu, c’est un reflet symbolique d’Uranus. Il dé tourne l’âme des ténèbres, attire au ciel les regards de l’homme psychique et verse en rayons inépui sables l’amour divin fait de clarté. Si l’amour du soleil t’a fait chercher la lumière, si un « semblant » a préparé ton initiation, qu’il te soit pardonné !
Mais adorer aujourd’hui une gerbe de rayons serait abandonner pour des siècles la voie uranique, ouverte par nous à ton âme, et mériter le malheur de cent réincarnations humaines. Juliette Adam. OOTTM Bien que curieux de sciences occultes, cependant je ne suis pas un naïf, et, si parfois mon imagination m’emporte, je sais résister à ses entraînements en
l’envouteur 53 m’accrochant de toute mon énergie aux affirmations saines, rétrogrades si l’on veut, de la froide raison. Aujourd’hui, n’osant formuler moi-même une conclusion, je veux, dans ce qui va suivre, prendre le lecteur pour juge.
Je ne cacherai rien, je n’ajouterai rien à la stricte vérité, sans omettre aucun détail ; puis je lui laisserai le soin de conclure, c’est-à-dire de ré pondre à cette question : — L’homme dont je vais parler était-il un fou ou un criminel ? Non pas seulement criminel d’intention,—ce serait là une subtilité, — mais criminel de fait... autrement dit s’il est certain qu’il a rêvé un forfait, l’a-t-il com mis et a-t-il pu le commettre ?
D’abord quel était l’homme? Je le connaissais fort peu, n’ayant eu avec lui d’autres relations que celles qui s’ébauchent entre jeunes gens qui se rencontrent dans le monde. Cependant, je ne puis dire que je ne l’avais pas re marqué : il était de ceux qui, pour l’homme quelque peu doué de l’esprit d’observation, passent difficile ment inaperçus.
Son nom importe peu : je l’appellerai Gérald, Il était très assidu chez un grand négociant, M. Solmes, fort riche et dont le plus grand plaisir était de donner chez lui des réceptions quasi princières. Très affable, ce millionnaire, dont je n’avais d’ail leurs à réclamer aucun service, me témoignait une réelle amitié et, peut-être en raison même de mon indépendance, une certaine confiance. Un soir, après un concert qui s’était prolongé assez
l’initiation 54 tard, il me retint, et, m’ayant prié de le suivre dans son cabinet, il me dit : — Je veux vous demander un service : je vous tiens pour homme de conscience droite et de bon conseil, et vous prie de me répondre en toute sincérité... Que pensez-vous de Gérald ? Assez surpris de cet interrogatoire et redoutant d’assumer une responsabilité encore mal définie, je me retranchai derrière les banalités.
Gérald était un homme d’exquise distinction, de physionomie origi nale, cherchant un peu trop peut-être à se composer une physionomie que les anciens romantiques eussent qualifiée de fatale, mais en somme intelligent et de bonne compagnie : les quelques paroles que j’avais échangées avec lui m’avaient révélé un esprit cher cheur, passionné de travail.
Enfin, sans connaître rien de positif au sujet de sa situation pécuniaire, sa tenue, son train de vie indiquaient une aisance touchant de près à la fortune. De ses occupations je ne savais rien : il me parais sait se livrer à des études de chimie, ou tout au moins de hautes mathématiques. Je l’avais plusieurs fois surpris dans la rue, portant sous son bras des livres à reliures démodées, datant d’un siècle antérieur.
Le millionnaire m’interrompit : — Sur ces détails, dit-il. je suis à peu près fixé : Gérald est riche, considération qui ne m’intéresse que médiocrement, ma propre fortune me laissant toute liberté d’action dans le cas dont il s’agit. Je sais qu'il mène une existence des plus régulières, qu’il a installé chez lui un laboratoire où il se livre à des recherches
l’envouteür 55 dans l’ordre des sciences naturelles... ou surnaturelles, ajouta-t-il avec un demi-sourire. Qui sait s’il ne trou vera pas la pierre philosophale ? Grand bien lui fasse...
En vérité cette ardeur au creuset lui passera, et il fera bonne figure dans le monde scientifique; tout cela, je vous le répète, est secondaire... mais... avez-vous regardé ses yeux?... — Ses yeux !... — Oui, ses yeux, et, à parler franc, c’est sur ce point tout spécial que je vous consulte. Je vous estime bon physionomiste, ayant parfois recueilli de vous des observations d’une grande justesse... Donc que pensez vous des yeux de Gérald ?
J’avais peine à tenir mon sérieux : me voyez vous appeler à faire métier de rédacteur de passeports.
Ses yeux?... évidemment ils étaient... singuliers, c’est-àdire pas tout à fait comme lesyeux du premier venu... voyons... grands ouverts, aux paupières légèrement relevées, laissant voir autour de la pupille dorée, pailletée même, un cercle blanchâtre... parfois ternes comme un métal oxydé, parfois au contraire éclatants comme si par derrière brillait une lueur.
Aussi ces yeux n’étaient pas absolument rectes :sous l’empire d’une émotion, ils perdaient l’axe normal, instantanément, comme affligés d’un strabisme inter mittent. En ces moments-là il s’en échappait comme un éclair, ainsi que (je m’explique du mieux que je puis) du choc de deux rayons dont l’interférence eût constitué un foyer incandescent... A mesure que je-parlais, je m’apercevais que j’avais attaché moi-même à ces yeux beaucoup plus d’im
56 l’initiation portance que je m’en étais avisé tout d’abord... et je pensais plus encore que je ne disais, car, je ne sais par quelle association d’idées résonnait à mon oreille, avec une monotonie crécellante, ces mots du second Faust: — La vision se dresse, l'œil creux, comme un spectre bizarre qui trouble la vie et l’esprit. M. Solmes dit seulement: — Ces yeux m’épouvantent...
Cette formule radicale ne m’étonna pas outre mesure ; pourtant je tentai de protester... ces yeux n’étaient ni louches ni bigles ; il y avait là une singularité sans, importance... du reste: — A quoi bon ces questions? fis-je non sans une certaine impatience. — Gérald m’a demandé la main de ma fille... Je ne pus réprimer un frisson: car en cette minuteil mesembleque tout en moi procédait par révélations.
J’aimais Camille, oui, je l’aimais sans me l’être jamais avoué à moi-même... comment cela était-il ?
Non que je fusse surpris de l’aimer: car elle était bien la plus douce etla plus intéressante créature que j’eusse jamais rencontrée : délicate comme une fleur d’hiver, mais non pas frêle, robuste au contraire et presque infatiga ble, ainsi que je l’avais vue, en les interminables par ties de lawn-tennis que l’été nous avions soutenues,, au château provincial de son père. Pourquoi ne m’étais-je pas encore déclaré ?
Mais puisque j’ignorais l’aimer d’amour et qu’il m’avait fallu, pour lire en mon propre cœur, apprendre qu’un autre ...1 — Et qu’avez-vous répondu ? demandai-je d’un ton presque impérieux.. ;
l’envoüteur 57 — Je ne me reconnais le droit d’exercer sur ma fille la moindre contrainte... cependant j’ai, vous le com prenez, quelque influence sur elle, et je me réserve de diriger son choix... J’eusse, je l’avoue, donné immé diatement quelque espérance à Gérald... n’eussent été ses yeux... — Des yeux démoniaques, m’écriai-je comme mal gré moi.
M. Solmes me regarda, étonné sans doute de la facilité avec laquelle maintenant je trouvais l’épithète caractéristique. — Démoniaques, fit-il en secouant la tête. Certes potïr nous, sceptiques, l’expression est hasardée, et pourtant, elle rend ma pensée comme la vôtre... — Vous l’avez repoussé... — Entre gens du monde, on n’a pas de ces procé dés expéditifs... je veux consulter Camille.
Aussi bien les femmes ont d’autres façon de voir que nous... j’ai ajourné toute réponse, c’est le plus sage... Je respirai comme un homme qui vient d’échapper à un grand péril. M. Solmes souriait, sans que je cher chasse à comprendre pourquoi. Je l’ai su depuis. Il me congédia en me remerciant et en m’annonçant qu’il surseoirait quelque temps encore à toute déci sion.
Je sortis de son hôtel absolument métamorphosé : j’étais en proie à un sentiment compliqué, fait de colère, de joie et aussi de je ne sais quel espoir vague que jamais jusque-là je n’avais conçu. Mais, en même temps, une haine me montait au cerveau contre cet homme, ce Gérald, dont l’audace avait failli com58 l’initiation promettre le bonheur de toute ma vie. comme si ma timidité et mon insouciance n’étaient pas les seules coupables.
Ah ! il se permettait d’aimer Camille! Qui était-il après tout ? Que se cachait-il derrière ces yeux étran ges qui maintenant me faisaient horreur et terreur à la fois ? Je me mis à l’épier, avec une ténacité que rien ne rebuta; j’espionnai sa vie.
Il ne sortait presque jamais de chez lui ; mais j’achetai un de ses domestiques, et bientôt je sus que les études auxquelles il se livrait confinaient à ces sciences mystérieuses, dont le secret semble perdu, mais qui sont aujourd'hui réinscrites au registre des curiosités humaines.
J’ob tins du valet qu’il copiât les titres des ouvrages que Gérald consultait le plus fréquemment, et je ne fus pas étonné quand, à travers les fantaisies orthogra phiques sous lesquelles se dérobaient des mots latins, je reconnus les œuvres les plus néfastes des nécroman ciens d’autrefois, depuis le Minera Mundi jusqu’à l’Enchiridion, depuis le Pimander jusqu’aux pires œu vres de Paracelse...
C’était un fou, et ses yeux étaient ceux d’un fou ! M. de Solmes était absent; il me tardait de lui révé ler ces faits, devant lesquels un père ne devait plus hé siter. On ne donne pas sa fille à un aliéné! Et je veux croire encore, malgré l’horrible malheur qui depuis lors m'a frappé, que cette appréciation de ma raison était juste... je veux croire que ce Gérald était un fou, un imposteur surtout... oh! oui, un menteur infâme! Quelques jours après, je reçus une invitation de
l’envouteur 5g M. de Solmes : je n’eus garde de m’attarder, et j’ar rivai un des premiers. — Mon ami, me dit-il, j’ai réfléchi longuement... aussi j’ai interrogé Camille... — Et...? Il eut encore ce sourire que j’avais déjà une fois remarqué : — Ce mari, me dit-il, ne peut en aucune façon convenir à ma fille... Comme à moi, les yeux de Gérald lui font peur, et votre expression de démoniaques lui a paru d’une justesse absolue... — Si bien... — Si bien qu’aujourd’hui même je signifierai à M. Gérald, avec tous les regrets d’usage, qu’il ait à s’adresser en autre maison... Dans un élan irraisonné, je saisis les mains de M. de Solmes, et je les serrai avec force. — Bon, bon, fit-il. toujours souriant, nous recause rons de tout cela plus tard... Pour le moment, repritil plus sérieusement, je vous avoue que la nécessité où je suis d’affronter ce mauvais regard me trouble un peu... Je ne suis pas une femmelette nerveuse... mais il me tarde d’en avoir fini- avec ce personnage... — Un fou qui se livre à la goétie, à la magie noire... — En tout cas qui n’a rien du mari que je désire pour ma fille... Je vous demande de ne pas le perdre de vue... je ne puis dire que je sois inquiet des suites de mon refus... et pourtant, il me semble que ces yeux là doivent couvrir des rancunes acharnées... — Comptez sur moi...
6o l’initiation Gérald arriva : il était en vérité très beau, pâle, avec son visage mince et long, sa barbe d’un noir bleuâtre, ses cheveux épais, qu’un geste habituel reje tait en coup de flamme. Nous nous trouvâmes à côté l’un de l’autre et cau sâmes : il semblait à l’aise, comme s’il n’eùt rien à redouter qui pût contrecarrer ses projets...
Vers le milieu de la nuit, je vis M. de Solmes l’attirer à l’é cart : j’eusse voulu entendre les paroles échangées, mais à peine si je pouvais les apercevoir tous deux, à demi cachés sous une portière. Enfin ils se séparèrent, et comme Gérald gagnait la porte, ses yeux tombèrent sur les miens... l’éclair jaillit. Je ressentis comme une brûlure... Il passa. Je le suivis.
De loin M. de Solmes m’avait adressé un signe furtif comme pour me rappeler ma promesse... J’arrivai dans le vestibule quelques secondes après Gérald... D’abord je ne l’aperçus pas, mais comme le laquais m’aidait à endosser mon pardessus, dans un angle où d’autres groupes me touchaient, je vis, à tra vers les glaces, une scène singulière : c’était.
Sur les marches du perron, Gérald qui recevait des mains d’un valet quelque chose : une enveloppe qu’il glissait rapidement dans sa poche, donnant en échange une pincée d’or. Puis il sortit. Je m’élançai derrière lui. La nuit était froide, très claire sous la lune blanche. Il avait une vingtaine de pas d’avance sur moi et marchait vite. Je me glissais le long des maisons, amortissant le bruit de mes pas.
Tout à coup, au coin d’une rue où la lune blêmissait plus éclatante, il s’arl'envouteur 6i rêta, tenant en sa main l’enveloppe que tout à l’heure il avait reçue. Un angle ombreux me permettant de m’approcher davantage, je me trouvai près de lui à le toucher... Et je vis qu’il avait ouvert l’enveloppe et en avait tiré un carré de carton... une photographie, du format d’album...
Hardiment je me penchai sur son épaule... et je poussai un cri de rage. Camille! cet homme avait volé le portrait de Camille!
J’étendis la main pour le lui arracher... il s’écarta brusquement, se retournant, et nous restâmes un ins tant immobiles face à face : — Monsieur, m’écriai-je d'une voix que je m’effor çais de contenir cependant à une note courtoise, expliquez-moi pourquoi vous avez acheté d’un laquais le portrait de la personne que voilà...
Il se taisait, tenant ses yeux fixés sur moi, ses yeux qui étincelaient commedescharbons rougis...Jamais, non, jamais je ne vis en visage d’homme pareille expression de haine... de férocité... — Ce portrait, vous l’avez volé, repris-je élevant ma colère à la hauteur de sa rage...
C’est une malhonnête action... un acte déloyal, car nul n’a le droit de possé der cette image, sinon celui dont elle portera le nom... — Et vous savez que ce n’est pas moi... dit-il d’une voix qui sifflait entre ses dents serrées... — Oui, car ce sera moi, s’il plaît à Dieu ! fis-je. Et je vous somme de me le restituer... Comme il ricanait, ma main se leva pour le châ tier... -iÔ2 l’initiation Alors que se passa-t-il?
Aujourd’hui encore, je me demande si je n'ai pas été le jouet d’un hideux cau chemar... et pourtant! pourtant! Je sentis à mon poignet la pression de ses doigts, l’encerclant comme Un bracelet de fer... puis il me sembla que sous cette contrainte, j’étais entraîné, en levé...
Autour de moi, les rues, les maisons, tout passait avec une rapidité vertigineuse... puis les mu railles s’ouvraient pour nous livrer passage, se refer mant derrière nous, sans bruit... Je me trouvai chez lui, chez cet homme, dans son laboratoire...
Debout, grandi, à ce que je crus, la face pâlie, la bouche contractée, il élevait au-dessus de sa tête le portrait adorable de Camille, de ma Camille... et il disait : — Vous avez cru, n’est-il pas vrai, qu’on pouvait impunément se jouer de moi... On m’a repoussé comme un laquais... En son orgueil de millionnaire, cet homme m’a insulté de son refus...
Vous êtes son complice... je sais tout : votre espionnage, vos calom nies, vos illusions aussi... Cet homme est fou! fou! Écoutez ceci... je hais ce père arrogant, je hais cette fille, je vous hais ; je veux me venger de vous trois, d’un seul coup... Je ne répondais pas : je n’eusse pas été capable de prononcer une parole, pas plus que de faire un mou vement, ainsi qu’il arrive dans les rêves où les membres sont paralysés et la force abolie...
Seulement je voyais autour de moi tout l’appareil grimaçant de la nécromancie : des cornues, des fourL ENVOUTEUR 63 neaux, l’athanor des philosophes... Et puis, ce qui atti rait particulièrement mon attention, c’étaient de petites figurines à face humaine, qui portaient fichées dans le cœur des aiguilles en forme d’épée.
Il en prit une, puis, d’un ton nasillard, comme celui d’un maître d’école qui fait la leçon à des bam bins : — Ceci, dit-il, vous représente un mien professeur, une incapacité grotesque qui se permit un jour de douter de ma science... J’ai tenté sur lui les antiques pratiques de l’envoûtement...
Vous n’êtes pas sans avoir entendu parler de Ruggieri,qui si bien accommo dait par ces façons de figures les ennemis de la grande Catherine de Médicis... Je les ai restituées dans leur parfait exercice... j’envoûte, torture à distance et tue qui je hais...
J’ai tué cet homme, mais l'effort de l’envoûteur par images de cire est trop violent et dan gereux pour sa propre sécurité, ce qui est facile à comprendre, puisque c’est par un effort de sa volonté qu’il doit transporter dans la matière inerte la force vivifiante sur laquelle il doit exercer ses maléfices...
Je n’ai pas oublié une seule des paroles prononcées, et, chose étrange, elles me semblaient aussi claires, aussi vraies que si j’eusse été moi-même un adepte de la magie criminelle : — Je veux maintenant, continua-t-il, agir à moindre risque... Je tuerai votre Camille, pour que tous deux, père et mari, vous pleuriez sur sa tombe des larmes sanglantes...
Mais point ne me sera besoin de mode ler une figurine, non plus d’y infuser, en l’emprun tant à mes énergies intimes, une vie factice, car sa
L INITIATION 64 vie à elle, une parcelle de sa vitalité, je la possède... en ceci... Et il brandissait la photographie que je reconnais sais si bien... et vers qui allait toute mon âme... — Vous croyez, n’est-il pas vrai, continua-t-il, qu’il n’y a dans cette reproduction d'une forme, d’une phy sionomie, qu’un jeu de lumière... Ignorants!
Entre le corps qui se place devant l’objectif et la plaque sensi bilisée, il s’établit un courant, enlevant à l’être, comme dans une opération galvanoplastique, d'innombrables particules de sa propre matière, de sa substance, de sa vie...
La chimie les fixe, rien de plus, et... comprenez-moi bien... entre cette représentation, qui vous semble morte, et l'être qui est là-bas vivant, il existe un lien que rien ne peut jamais rompre... de l’une à l’autre des fils innombrables subsistent comme un ré seau de cordons électriques... et quand je frappe, quand je blesse, quand je lacère cette image, coups, blessures et lacérations, comme le signe en le télé graphe, comme la voix en le téléphone, vont se réper cuter sur l’être vivant... qui ne comprend pas, lui, pourquoi il souffre, pourquoi il gémit, pourquoi il meurt...
Oui, j’ai, avec cette simple photographie,droit de vie et de mort sur votre Camille, et j’en veux user. Nul ne sait cela, nul ne l’a deviné; moi seul, j’ai com pris qu’en la nature nul lien ne se rompt, et que ce qui se fixe sur le verre, c’est de la poussière vitale; et c’est sur ceci que je me vais venger... Soudain il me sembla que les liens qui m’étrei gnaient venaient de se rompre, et, dans un paroxysme
l’envouteur 65 de fureur, je me ruai sur Gérald... pour arra cher à ses mains maudites l’image de celle que j’aimais... Mais il m’échappa... et je le vis qui, penché sur l’image adorée, lentement lui enfonçait une pointe dans le cœur. Puis tout disparut, et quand je revins à moi, j’étais dans mon cabinet, tenant ouvert devant moi un vo lume du nécromant Eliphas Lévi. Il faisait grand jour. Je secouai la torpeur qui m’oppressait, et, me souvenant, je me contraignis à rire de ce qui ne pouvait être, je voulais le croire, qu’une horrible fantaisie du cauchemar... On sonna à ma porte : un domestique qui venait me chercher de la part de M. de Solmes. Épouvante et douleur ! Dans la nuit, Camille était morte, comme foudroyée par un mal inconnu. Je courus... et je tombai dans les bras du père, qui sanglotait. Et il me permit de la voir, l’adorable, avec sa figure pâle de vierge... et ses mains croisées sur sa poitrine... Gérald ! l’assassin ! oh ! il me fallait sa vie! Je me ruai vers sa maison. Là j’appris qu’il n’était pas rentré chez lui ; je criai qu’on mentait, je renversai le domestique qui s’oppo sait à mon passage... je brisai à demi pour l’ouvrir plus vite la porte de son laboratoire... Il n’y était pas, et, pourtant, je reconnaissais la vaste pièce avec ses cornues et ses athanors... seulement les figurines de cire n’y étaient plus. 3
66 l’initiation Et, depuis ce jour-là, jamais, jamais plus je n’ai revu ce Gérald infâme... Camille est morte... morte... et moi, grelottant d’angoisse, je me demande si cet homme était fou... ou bien si moi-même... Jules Lermina.
BIBLIOGRAPHIE Poèmes en prose par Robert Scheffer, i vol. in-i8 de 336 pages, Paris, 1892, à la Librairie de la Nouvelle-Revue. « Quelque part en Orient, dans une demeure aban donnée que protège le mystère de hautes montagnes, j’ai trouvé des pages d’amour, de douleur, de songes et de lassitude. « J’ignore de qui elles émanent, et le recul de temps inconnus les voile d’une brume propice.
« En les lisant, évoque, si tu le veux, le fantôme imprécis de générations disparues.
Depuis le temps qu’il a quitté la terre, ce fantôme, qui, peut-être, est celui de ton propre passé, est triste avec sérénité; car, devant ses yeux les voiles de l’illusion se sont écartés, et la beauté des choses ne l’entoure plus que comme la flottante vapeur dont s’irisent les matins printa niers, ces regrets lui sont doux comme la chanson suave dont s’endorment les têtes blondes au berceau. Il te dit ses pensées les plus fugitives pour qu’elles ne fuient point ; il te dit ses rêves d’autrefois, avec leurs
68 l’initiation 'jeunes sourires et leurs jeunes pleurs, et ses rêves ten dent comme des frères la main à tes propres rêves...
Ainsi s’annonce ce livre, qui tranche étrangement sur la masse des productions littéraires ; au point de vue technique, il est de la plus grande simplicité; une langue éminemment claire, des tournures très sim ples, aucun vocable exotique, une très grande harmo nie dans le rythme de. cette prose merveilleuse ; tels sont les moyens qu'emploie l’auteur pour traduire les sentiments les plus délicats et les idées les plus no bles.
Aucun lien apparent n’existe entre ces cent soixante-dix morceaux, qui dégagent, malgré leur dé cousu, une si poignante sensation de lassitude ; on y respire à pleins poumons les vapeurs somnifères de l’illusion ; les élans d’un cœur tendrey sont exprimés avec une poignante acuité, et on ne peut suivre toutes les variations notées delà façon la plus insaisissable : ces pages ont le charme vaporeux d’une aurore de Norvège, que la flamme d’un soleil d’Arabie illumi nerait par instants.
Ecoutez ce cri de désir intense et pourtant si dis cret : / « Viens comme si je t’avais attendu toute ma vie et comme si l’heure était venue où je dois mourir. «Viens comme si ma barque n’attendait que ton souffle pour s’en aller vers l’horizon que traversent des vols d’oiseaux. « Viens comme si tes yeux devaient allumer le so leil. « Viens comme si ta voix devait rassurer les étoiles qui pâlissent par crainte du jour.
OMBRES ET MIRAGES 69 « Viens comme si tu étais Thétis elle-même avec ses cheveux cerclés de corail rose,et son sein rythmique qu’une haleine molle soulève et fait retomber. « Viens comme si tu étais la tombe et que je fusse mortdepuis longtemps. « Viens comme si j’étais la nuit et toi la fine dague dont l’aurore perce le cœur noir de la nuit.
Et la pièce ravissante intitulée Méa, je voudrais pouvoir la transcrire tout entière : elle a la grâce et la pureté de ligne de ces théories que les statuaires grecs enroulaient autour de leurs têtes : « Néméos, Néméos, s’écrie l’amante, ta démarche est pareille au blé qui ondule, ton chant est semblable à la mer qui s’apaise ; tu apparais comme les astres se lèvent, tu t’en vas comme le soleil se meurt.
« Néméos, Néméos, je voudrais pour te chanter avoir la coquille verte dont Aphrodite se servait le soir pour y verser les larmes qu’elle pleurait sur la mort d’Adonis... Tu es le jeune homme blond sur lequel le soleil a souri, tu es l’éphèbe vainqueur fiancé à la lune. Le soir, elle laisse errer dans tes cheveux blonds ses doigts blancs.
Son regard habite le creux de ton oreille, comme une perle se cache au fond de la mer: son baiser flotte le long de tes cils purs comme l’abeille voltige autour des aubépines ; et, sur tes doigts, ses larmes s’égrènent et glissent le long de ton épaule, comme les flocons de neige le long d’un vêtement de lin, car elle t’aime, ô jeune homme, et tu ne le sauras point. » C’est là le grand charme de ce recueil : il est ionien de forme et d’inspiration ; harmonieux dans le désir,
L INITIATION /7° ■comme dans la douleur, et combien plus expressif par cette pondération même !
Il réunit à la pureté des poésies du Sud le pittoresque de celles du Nord ; ces pièces ont des allures de poésies populaires ; elles sont analogues à ces merveilles telles que le Roi de Thulé, telles que les chansons russes ou romaines, que les mélopées bretonnes : écoutez cette plainte, tendre comme une phrase de Grieg : « Comme les nuages qui planent avec un remous onduleux au-dessus des plaines brunes, les'jours où nous avons aimé demeurent à jamais suspendus sur notre vie et l’obscurcissent.
« Comme un vol d’aigles affamés, ils tournoient autour de notre cœur et se le disputent, puis chaque soir le jettent exsangue sur les rochers que la houle escalade avec des rires fous. « Pauvre cœur, proie dédaignée, que la mer ne peut-elle venir jusqu’à toi?...
Mais le rocher est haut, la houle est impuissante, et les cris rauques des aigles qui t’ont dévoré en vain, incessamment se mêlent au bruit de la mer qui ne peut t’engloutir... » Tel qu’il est, ce livre se présente comme l’un des bréviaires de « ceux qui ont aimé tout ce que crai gnent les autres : — l’infini où s’égare la pensée et d’où elle revient avec je ne sais quelle empreinte de mystère et d’indicible effroi; l’immatérielle beauté, celle que nul n’a jamais touchée, ni vue, ni peut-ê'.re devinée... » de ceux qui ont aimé la maladie qui li bère l’âme, et la douleur qu’il faut dompter, et les approches de la mort et de leurs angoisses. Les pages1 de la fin, empreintes d’une lassitude de
l’unité de la vie 71 plus en plus découragée, restent néanmoins fort belles par le charme de l’expression, et le profond sentiment mystique qui les inspire.
L’œuvre entière est d’une haute moralité, car elle ébranle en l’âme du lecteur les sentiments les plus élevés de la sphère animique, base de tout l’être humain ; pourvu que la sphère intellectuelle réagisse au moyen de ses facultés propres, contre les idées qu’y feraient naître par une suite logique les ébranle ments de la sphère précédente. Papls.
PRÉSENTE ET FUTURE (1) Cet opuscule, composéde quarante-deux chapitres,, expose une doctrine spiritualiste assez difficile à défi nir. Au spiritisme est empruntée l’idée de la pluralité des existences ; au catholicisme sont dus des vestiges de convictions anciennes ou d’opinions fortement enracinées, que des études tout à fait neuves n’ont pu entièrement effacer.
Ecrit d’ailleurs, comme le disent les avis de l’éditeur, « dans un but de propagande pour la Vérité», ce petit livre garde une allure de (1) Ou l’immoralité individuelle et collective, parP.-F. Courtépée.— Librairie de la Lumière, 97, boulevard Montmorency; brochure de 218 p. Prix : 1 lr.5o.
l’initiation 72 simplicité, de franchise communicative; le style très limpide, les arguments élémentaires pourront paraître naïfs à des lecteurs de la Revuephilosophique-, ils n’en sont donc pas moins parfaitement appropriés à leur destination. A chaque page, presque, resplendissent les beaux mots de pardon, de dévouement, d’amour, de frater nité, de Religion universelle. Beaux rêves s’il en fut!
M. Courtépée s’est-il laissé prendre à ces prestigieuses visions, ou n’a-t-il voulu que les évoquer aux yeux facilement enthousiastes du peuple? Peu nous importe au reste: ce qu’il a d’indiscutable, c’est l’art avec lequel il a su faire l’as semblage des arguments moraux les- plus propres à émouvoir les cœurs simples. Beaucoup d’éclectisme aussi, ne serait-ce que dans le choix des épigraphes, pour lesquelsle P.
Enfantin etÇatya-Muni, les Evan giles et Voltaire. Socrate et Gérard de Nerval, Jean Reynaud et Pythagore, Cicéron et J.-B-A. Godin. Amiel et Hamphry Davy, Platon et E. Quinet, Lucain et II. Weill, Virgile et Renouard ont été mis successivement à contribution, avec un à-propos rare d’ailleurs : une érudition discrète qui paraîtra merveil leuse aux adeptes spirites.
Telle qu’elle est, l’œuvre de M. Courtépée demeure excellente au point de vue de la vulgarisation kardéciste.
Ce qu’il m’est pénible devoir, c’est un dévouement aussi désintéressé que paraît l’ètre celui du chercheur nantais, employé à la défense de convictions expri mées quelquefois d’une façon peu rationnelle : telles sont les quelques page qui contiennent sur les perl’unité de la vie 75 sonnages de la Genèse des opinions tant soit peu pué riles.
Telle est cette phrase : «Dans un prochain avenir, le monde invisible sera conçu par tous comme uniquement composé d’êtres humains se trouvant à tous les états d’avancement ou d’infériorité et pouvant se distinguer présentement par l’apparence de la dernière des formes qui les ont caractérisés parmi les hommes corporels. » Je sais bien que c’est là la formule du Credo spirite, mais je ne puis m’empêcher de déplorer, quand je les rencontre, des aberrationsqui mettent aujourd’hui tant de forces précieuses et de dévouements louables à la merci de ces puissances de l’invisible, si souvent malfaisantes.
Et puis, dans un autre ordre d’idées, comment ne pas constater cette erreur tenace du Dieu personnel et cette conception occidentale de la prière ? Elles sont si peu honorables pour l’homme, ces lâches supplica tions de secours, de grâces, de faveurs !
Mais, si elle n’avait pas de défaut, une œuvre serait divine; et je demande à M. Courtépée de me passer mes critiques, qui sont sincères comme sesopinions ; de grand cœur, je lui souhaite auprès de son public populaire tout le succès qu’il mérite. SÉDIR.
D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES Quartier Général. Les séances publiques du groupe sont suspendues jusqu’en Octobre. Pendant les vacances, le comité directeur fera tout d’abord son rapport sur les travaux de l’année et les progrès accomplis, puis procédera au renouvellement des Groupes d’études existants et à la constitution des nouveaux Groupes. Branches et Correspondants.
Le délégué pour la Belgique nous annonce l’adhésion au Groupe d’une importante Société de Gand. Une branche régulière est en formation à Toulouse, une autre à Chartres. Un délégué spécial du Quartier Général est en route pour les Etats-Unis d’Amérique, où il rendra visite aux chefs des branches de New-York. Des postes de correspondants vont être établis à Constantinople et à Odessa. Tel est le bilan des progrès du mois derniers.
Rapports : RAPPORT DU DÉLÉGUÉ GÉNÉRAL SUR LES TRAVAUX DE LA SECONDE ANNÉE EN KVMRIS Depuis notre rapport de l’année dernière, nos ordres du jour 12 à 29 contiennent toute l’extension donnée à l’organisation du G. E. K. (dispositions 19 à 25), et tous ses travaux (études théoriques 11 à 63, pratiques 6 à i5) pendant cette seconde période. Nous avons été une nouvelle fois sensible à la double sanction des éloges hiérarchiques et de l’ironie du dehors.
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ESOTERIQUES Organisation. — Le Groupe s’est affilié à plusieurs so ciétés scientifiques du pays et de l’étranger. Il s’est créé une bibliothèque dont les accroissements et les services sont satisfaisants. Des sections ont été organisées pour faciliter les études à un nombre de membres toujours croissant par l’entrée d’éléments aussi variés que pré cieux.
La branche I< définitivement constituée a reçu comme chef (charte 23) notre secrétaiie N. Brossel S.-. I.-., dont nous avons été heureux de pouvoir reconnaitre l’inalté rable dévouement à l’ésotérisme.
Les améliorations matérielles sont considérables : ac quisition d’une bibliothèque, de tentures, et, de la re marquable vexille, qui a été décrite dans le Voile d’Isis n° 84, de cartels symboliques, d’un tableau ardoisé, de livres, de gravures, de revues, etc. La dédicace des son neries kymriques mérite d’autant plus d’être rappelée qu’elles ont été adoptées pour le Groupe entier.
La fondation de la branche VISCVM à Anvers (charte 24) a offert des ditficultés spéciales dans un milieu parti culièrement ingrat. Nous devons tous nos remerciements à cette occasion au dévouement de M. de Rosport(C. B.) qui dirigera son Groupe de façon à le rattacher le plus étroitement possible à la branche métropolitaine.
Outre les diplômes d’honneur décernés lors du passage de la délégation du centre, nous avons témoigné la gratitude du Groupe tant à l’intérieur qu’à l’extérieur par quatre di plômes des mieux mérités! Etudes. — Des expériences contradictoires, répétées de Davis, ont été faites définitivement en « spiritisme ». Des démonstrations phrénologiques ont été faites sur pièces anatomiques.
Les expériences de psychométrie proposées par le centre ont été commencées avec des résultats des plus significatifs. Une boussole télépathique est en construction.
En théorie, la première question du centre sur l’âme, les examens des Vers dorés par Fabre d’Olivet, des œuvres de Villiers de l’Isle-Adam, Richepin, Du Jardin, Ghil, Stanislas de Guaita, Saint-Yves d’Alveydre, l’ésotérisme dans l’art, la nécessité de l’à priori, la communication verbale, les questions du déterminisme, du libre arbitre,.
l’initiation 76 de la morale, de la conscience, delà volonté, l’étude du Tarot, etc., ont principalement occupé les séances. Trois conférences avec invitations ont eu lieu. L’accueil qui leur a été fait prouve les tendances favorables de l’esprit général. La même observation peut être faite à l’occasion de l’exposition esthétique organisée par la branche K. A la demande de p'usieurs artistes et critiques, cette tenta tive sera renouvelée.
Mais cette sympathie montant dehors parmi les superstitions s’est surtout manifestée à l'occasion du passage des délégués du centre. Nous ajou tons cet heureux résultat à la consécration et à la vita lité définitives que cette circonstance a données aux branches kymriques. Nous jugeons superflu de revenir ici sur ce qui a été dit à ce propos dans les procès-ver baux de cette visite (Voile d’Isis, 74, y5) et dans l’ordre du jour du P. G.
E. (Voile d'Isis, n° 76.) Nous avons d’ailleurs personnellement adressé aux branches tous nos remerciements et toutes nos félicita tions au sujet de ces fêtes si réussies, en leur transmet tant ceux du centre.-Nous rappelons seulement ici que la simple et touchante commémoration à.
Van Helmont, qui a si heureusement clôturé ce voyage d’inspection, sera désormais répétée chaque année à pareille époque sous d’autres formes par les soins du chef de la branche K... Ce sera le premier pas vers un éphéméride occulte si désirable. D’autre part, il y a lieu de constater le déve loppement des sentiments de confraternité dû à cette sé rie de réunions extraordinaires.
Une fréquentation plus assidue, un esprit plus souple, une activité plus généreuse ont donné au commerce d’intellectualité du G... des résultats plus appréciables au point de vue du progrès général et des progrès indivi duels.
Les difficultés des débuts sont surmontées et les espérances renforcées.
Nous croyons aujourd’hui que tout le monde se rend compte que l’initiation altruiste pouvant compléter ou diriger l’initiation personnelle ne pourrait jamais être qu’individuelle et non collective, qu’en conséquence, les réunions du G... tendent plutôt à offrir des répétitions mutuelles que des leçons doctri nales, préparant aux études et y suppléant, mais n’en pouvant tenir complètement lieu.
D’autre part, l’indéGROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ESOTERIQUES 77 pendance du G... doit être comprise dans ce sens que l’on n’y vient point pour exposer des opinions ou com battre celles des autres, mais pour s’y renseigner sur les voies d'initiation individuelle et .pour y fraterniser avec ses condisciples en Tradition pour de futures sélections.
Etant donnée l’éducation contemporaine, la mission des G... est donc d’abord négative en ce qu’elle conduit à se dépouiller l’ancien homme, le préparant à comprendre soi-même. Cette mission réclame avant tout l’accord préalable et définitif sur la méthode, accord que K... pourra établir.
En attendant, nous nous faisons un devoir de consi gner ici officiellement les heureux résultats que nous avons personnellement obtenus avec des .membres du G... par correspondance. Nous nous félicitons de l’extension de ce système au G... entier par l’intermé diaire de son organe hebdomadaire, le Voile d'Isis.
Nous avons fait mettre à l’étude pour la rentrée d’octobre un projet de cahiers kymriqiies, où cette même méthode of frirait des avantages encore plus directs.
Nous espérons parvenir ainsi à l’établissement définitif d’un programme d’études en rapport avec ceux du Martinisme, de la Rj-C restaurée et de l’Université haute, programme que la va riété des éléments du G... n’a pas encore permis d’éta blir d’une façon définitive. Provisoirement, l’ordre de l’examen des Vers dorés de Fabre d’Olivet en tient lieu.
Il y aurait, de ce côté, à considérer l’aide possible de questions du centre plus fréquentes et surtout méthodi quement graduées en même temps que strictement limi tées. Vurgey (D. G. E.). Lyon, le 22 juin 1892. Monsieur Parus, (P. G. E.) T:: Ch:: F::, Depuis un mois la « Fraternité Lyonnaise d’Etudes Psychiques » tient régulièrement ses séances, et j’ai le
?8 l’initiation plus vif plaisir à vous annoncer que ses travaux pro mettent beaucoup pour l’hiver prochain.
Parmi les questions intéressantes qui ont été traitées ces temps derniers, je noterai : i° De la conception du temps dans les états de l’Hypnose ; 2° De l’influence des couleurs du spectre sur les sen sitifs; 3° Diverses causeries dont la principale a eu pour motif « de la présence de l’Esprit dans les phénomènes spirites. » Je noterai encore la lecture d’un article de M. Fayard sur Les Francs-Maçons martinistes, à la fin du xvma siècle. • Les réponses aux questions, les causeries, se font avec ordre.
Sans être acerbe ni caustique, chacun des membres fait valoir ses idées d’une façon vraiment sin cère et fraternelle. La Loge Martiniste entre en séance à partir du 26 juin, et elle continuera à dater de ce jour à siéger régulière ment deux fois par mois. Fraternellement à vous. Elie Steel S:: I: Président de la «Fraternité Lyonnaise d’études Psychiques.
Il me semble qu’en'.France nous n’expérimentons pas assez, et que nous accordons beaucoup plus d’impor tance aux théories qu’à la pratique. Les étrangers ne négligent pas plus que nous les théories, bien loin de là, mais ils se donnent plus que nous à l’expérimentation; ils pratiquent sans cesse, et se montrent particulièrement friands de séances d’occultisme.
Leurs journaux sont pleins de comptes rendus de .ces séances qui sont lus avec intérêt, avec passion. Je demande la permission de vous donner un compte rendu d’une de ces séances,
OCCULTISME PRATIQUE 79 rédigé par le docteur Hans Barth, de passage à Naples, et inséré dans le Berliner Tageblat. J’ignore complète ment la langue allemande, mais comme l’article du doc teur H.
Barth a fait grande sensation, les journaux de toutes langues l’ont reproduit, et je viens vous offrir ma traduction d’une version italienne qui a paru dans Lux, excellente revue publiée à Rome sous l’intelligente direc tion de M. Giovanni Hoffmann, très dévoué à la cause de l’occultisme. Je cite presque tout au long l’article de M. Barth, a qu’il intitulé : Une excursion dans le royaume des esprits.
La séance eut lieu (à Naples) le io décembre, à neuf heures et demie du soir, dans la salle à manger du che valier Ciolfi, ingénieur qui jouit dans le monde de la plus grande considération. La salle avait environ quatre mètres et demi de hauteur, elle était à peu près nue et dépourvue de tapis.
Non loin du mur, il y avait une table rectangulaire derrière laquelle se trouvait un sofa, au milieu on voyait une table de forme ronde, puis des chaises, et à l’autre extrémité de la salie un buffet. Tous ces meubles étaient éloignés d’un mètre à peu près de la table destinée aux expériences, et une lampe à suspen sion jetait de la lumière de tous les côtés.
Avant de pro céder aux expériences, on visita avec soin les autres chambres et on ferma les portes. .11 y avait en fait de per sonnes présentes outre le médium, la Signora Eusapia qui se tenait au côté droit de la table, MM. Cavalli, de Fiori et Calandra, le banquier Hirsch, représentant de la maison Rothschild, M. Ciolfi le maître de la maison et le docteur Barth.
Pour empêcher toute tromperie, les mains du médium étaient constamment tenues, tandis que les pieds de MM. de Fiori et Hirsch étaient posés sur les siens; de plus, nous Allemands, nous tenions à droite et à gauche les mains de MM. Calandra et Cavalli qui étaient pour nous des inconnus et qui étaient assis à côté l’un de l’autre.
A peine eûmes-nous pris place, en pleine lu mière, que le médium entra en trance, la table sursauta,, et quelques secondes après, sous les yeux mêmes qui la surveillaient, elle s’éleva tranquillement de un mètre et demi à deux mètres du sol : sans aucun aide mécanique
8o l’initiation elle se maintint quelque temps à cette hauteur, puis redescendit à terre. Cette étonnante ascension d’une table que le médium touchait seulement avec les doigts ressemblait complète ment à l’ascension d’un aérostat et se répéta plusieurs fois. Tantôt la table descendait doucement, tantôt elle retombait avec un grand bruit.
Pour faciliter la concen tration du fluide et la matérialisation, on diminua la .lumière de façon à ce que les autres phénomènes pussent avoir lieu dans une demi-obscurité. Cette demi-obscu rité provoqua une multitude d’effets variés et tout à fait inexplicables.
Ce furent d’abord de petites flammes qui apparurent sur la table, et leur nombre augmenta au point de pro duire une véritable pluie de différents feux qui montaient, descendaient et tourbillonnaient, et remplissaient toute la salle. En même temps des.mains, de grandes et de petites, complètement formées touchaient le dos et les épaules des assistants, se glissant dans les cheveux et dans la barbe.
En dehors de la table on entendhit des coups sourds et de violents coups de marteau qui sem blaient venir du plafond, pendant que des bruits ana logues se répétaient sur les murs et à l’endroit désigné par les assistants.
La vie semblait déborder dans la salle : tantôt un objet quittant le coin où il se trouvait, s’avançait péni blement ou avec agilité vers le médium ; tantôt un vieux fauteuil effleurant notre dos, venait, sans qu’aucune main humaine le guidât, se placer sur la table ; tantôt des cannes, des sonnettes et des instruments de musique volaient par l’air et battaient la mesure sur le plafond ou légèrement sur les têtes des assistants ; tantôt de mysté rieuses mains lumineuses tiraient les sièges : enfin c’était un vrai sabbat de sorciers.
Un des plus intéressants épisodes de la séance fut sans contredit celui où je sentis une main tirer de la poche de mon gilet ma montre pour la poser sur la table avec le cadran bien éclairé, puis s’élever en l’air vers le pla fond, et ensuite la monter avec bruit et ouvrir plusieurs fois la boite. Après qu’elle fut montée, je vis ma montre •
OCCULTISME PRATIQUE descendre en se balançant pour toucher, à notre com mandement, la bouche, le front et les yeux des personnes pre'sentes. La se'rie des mystérieuses surprises que nous réservait John King (la signora Eusapia donnait ce nom à la force occulte qui était en elle) n’était pas épuisée.
Ainsi, à ma prière, une main douce con me un duvet me soutirait mon argentde mapoche,le versait surla table,puis le remettait soigneusement à sa place sans qu’il manquât un centime. Une des personnes présentes, dont les plaisanteries hors de saison avaient choqué le bon John King, en fut aussitôt punie.
La main mystérieuse tira du portefeuille d’une autre personne deux cigarettes de Paris, et les mit dans la bouche du mauvais plaisant assis à l’autre bout de la table.
De tous ces phénomènes (l’obscurité n’était pas telle qu’on ne pût distinguer chacun des assistants), ie ne mentionne que les faits inexplicables quise manifestaient sans interruption et quelquefois en même temps dans les différents points de la chambre et sur les têtes de ceux qui étaient présents.
Sur la proposition de l’un de nous, table, consoles, chaises, fauteuils se mirent tous ensemble à battre une marche, accompagnant le son d’un invisible tambourin, pendant que le jeu des mains mystérieuses continuait et que les causes et différents objets volaient dans l’air. On entendit plusieurs fois des battements de mains d’un effet surprenant.
Mais ce qui frappa encore davan tage les esprits, ce fut l’expérience suivante : M. Hirsch évoqua en langue italienne une personne morte, enterrée dans le cimetière de Naples : « Si cela « est possible, dit M. Hirsch, que l’esprit de cette per- « sonne affirme sa présence par le tintement de la sonnette « et en frappant un coup sur la table ! » A l’instant la sonnette se balança dans l’air comme un oiseau, faisant entendre un léger tintement très distinct, tandis qu’un coup très fort retentit au centre de la table.
Puis pendant quelques minutes tout sembla rentrer dans le silence, lorsque soudain M. Hirsch, qui était adossé au mur et qui avec son voisin tenait fortement serrées les mains du médium, se sentit palpé.
§2 L INITIATION M. Hirsch s’écria alors en français: « Si c’est toi, donne-moi un signe. » Et aussitôt tout le monde vit une main caresser tendrement tantôt les épaules, tantôt le visage de M. Hirsch, tandis que le médium s’écriait : « C’est une jeune dame ! » Après deux baisers que tous entendirent résonner sur la bouche de M. Hirsch (on suppose que c’était Mme Hirsch qui était morte depuis plusieurs années), l’ap parition se fondit dans l’air.
Pendant que tout cela se passait, on voyait une main lumineuse enlaçant le corps de M. Hirsch, tandis que le mur et l’air tout autour du médium paraissaient phos phorescents. J’essayai à mon tour la même expérience, poussé que j’étais par la curiosité. J’évoquai, en langue allemande, notez bien, et mentalement une apparition, et l’effet obtenu fut aussi merveilleux qu’avec M. Hirsch.
Pendant plusieurs minutes des mains me passèrent dans les cheveux, ihe carressant le visage, la barbe et les épaules, et, après une demande toute mentale et en langue allemande, je reçus sur un point désigné du visage un long baiser que tout le monde entendit re tentir. Des battements de mains répétés au-dessus de nos têtes, l’ascension de la sonnette et le son argentin qu’elle fit entendre terminèrent la séance.
Deux jours après, à midi, dans une grande chambre de l’hôtel de Genève, où j’avais passé plusieurs nuits,ce qui excluait toute espèce de fraude, eut lieu une séance à laquelle j’assistai avec le chevalier Ciolli, le médium e M. de Fiori.
Comme le temps nous pressait, la séance ne put durer qu’une demi-heure, mais avec une faible lumière nous obtînmes presque tous les phénomènes de la première séance, et la surveillance fut aussi sévère que la première fois. Dès le commencement, une table s’éleva à une hauteur considérable, pendant que de petites flammes apparais saient dans la chambre, principalement au-dessus de la tête du médium. Puis se manifestèrent des attouche ments de mains invisibles, les chaises furent tirées, et on
OCCULTISME PRATIQUE 83 enlendit sur la table et sur les murs les coups habituels. On m’enleva mes lunettes et enfin la montre de l’un des assistants fut traine'e avec sa chaîne autour de la table et ensuite enlevée dans l’air, et, sur le désir exprimé par tous, portée tour à tour sur le front et aux oreilles des personnes présentes.
Le clou de ces espiègleries mystérieuses consista dans les sacs de voyage, qui, placés dans un coin, furent fouillés. Un objet, après nous avoir effleuré la tête à tous, fut jeté violemment sous la table et un sac de voyage de 4 kilos qui était à un bout delà chambre,fut à moitié ouvert en levé en l’air et jeté devant nous sur la table.
C’est par ce dernier fait que se termina la série des phénomènes, qui, selon l’opinion de la grande majorité du public, ne seraient que tromperies et trucs à l’américaine, alors qu’un certain nombre de psychologues reconnaissent les faits pour vrais etclierchent à les expliquer d’une façon naturelle, c’est-à-dire comme expression d’une force nerveuse qui n’est pas encore suffisamment étudiée et connue.
J’ajouterai à mon tour que j’incline vers l’hypothèse des psychologues auxquels M. le Dr Hans Barth fait allusion; c’est une force qui agit et produit des effets extraordinaires, tout à fait renversants, elle est bien connue, c’est cette force qu’on appelle fluide vital, force animique, force psychique.
Elle semble douée d’intelligence, ou plutôt maniée par une intelligence qui reste invisible, car ses effets sont intelligents, et des effets intelligents ont nécessairement une cause intelligente. Quelle est cette cause? Quel nom lui donnera-t-on? Horace Pelletier. Correspondant du Groupe indépendant des études ésotériques. lis MAwm La curieuse correspondance suivante intéressera vive ment nos lecteurs, nous en sommes convaincus. Elle montre comment on peut agir sur ce que nous appelons
l’initiation 84 « ¡’Astral » des êtres, ce que les médecins nomment la vie organique. Quant à y voir une réfutation des théo ries animiques, c’est aller un peu loin. L’âme, dans l’or ganisme, ne règle pas directement les fonctions du rec tum, pas plus que la marche du cœur; c’est en confondant l’âme avec la vie qu’on en arrive à des conclusions telles que celles exprimées ci-dessous.
Les Anabiostes montrent sur des animaux ce que les fakirs de l’Inde montrent sur eux-mêmes; voilà pourquoi leurs expériences mé ritent d’être connues. P. LETTRE DE BERLIN. (Correspondance de Bruxelles particulière de la Gazette Berlin, 2t avril. LES ANABIOSTES Vous ne savez très probablement pas ce que c’est qu’un anabioste ?
Je l’ignorais comme vous, quand on m’a mis en rapport avec quelques-uns de ces intéressants chercheurs d’une science nouvelle qu’on appelle l’anabiose. Ce sont pour la plupart des disciples des grands physiologistes de ¡’Allemagne moderne, et ils deviendront célèbres aussi, plus célèbres même que leurs maîtres, s’ils réussissent un jour à mettre leurs théories en pra tique.
Les anabiostes prétendent qu’ils trouveront les moyens d’arrêter la vie dans l’homme, comme dans les plantes et dans les animaux ; puis d’opérer à leur gré, chez les êtres rendus ainsi inanimés, une complète reviviscence! — Ce serait en quelque sorte la résurrection? leur ai-je demandé. — En quelque sorte, oui! Nous prenons une plante, un animal, et nous faisons cesser sa vie comme on arrête une horloge dans sa marche.
L’organisme, abso lument desséché, privé d’air, d’eau, de nourriture, se conserve rigide et inerte, aussi longtemps que nous le voulons, dans un état de paralysie chimique; et, quand nous le voulons, il revient au mouvement, il renaît, il revit enfin comme auparavant'? — Et vous comptez pouvoir faire la même chose avec l’homme ?
LES ANAEIOSTES 85 — Oui et fermement il paraît ,que la curiosité des anabiotes a été d’abord attirée par la singulière propriété que possèdent des semences et des plantes de pouvoir germer et continuer de croître alors qu’on croyait que depuis longtemps toute vie devait être supprimée chez elles. On a acquis la certitude que la semence du seigle peut encore germer après cent cinquante ans.
Diverses semences, trouvés dans des tombeaux romains ont produit des plantes ! Ainsi, quoique ces semences fussent restées pendant quinze siècle desséchées, à l’état de vie latente, elles n’avaient pourtant pas perdu leur faculté de germination. On a desséché des cryptogames en les plaçant pendant une semaine dans le vide; puis, pendant une autre semai ne encore, dans une étuve, et ces cryptogames ont été rendus à la vie par des anabiotes.
Ils vous montrent des fougères qu’ils ont gelées et qu’ensuite ils ont revivifiées. Des plantes, ils ont passé aux animaux, en commençant par les microbes. Ils ont pris des animacules, les ont chauffés jusqu’à cent cinquantes degrés, les ont placés pendant un mois dans le vide et quand on pouvait croire ces êtres minuscules absolument momifiés, on les a ren dus à leurs conditions vitales ordinaires — et ils sont revenus à la vie !
La nielle, cette maladie du blé bien connue,est produite par la présence d’un petit ver qu’on nomme aiguillules. Ils ont desséché ces anguillules et les ont tenus dans cet état pendant deux ans. Uu,jour, ils les ont humectés et les petits vers ont revécu !
Ces succès les ont fait marcher toujours en avant; ils se sont pris à congeler des animaux d’organismes plus compliqués, c’est-à-dire occupant une place plus élevée dans la hiérarchie des êtres.
Ces organismes dont le corps n’avait plus conservé la moindre trace de vie, dont les tissus étaient durcis par le froid, des êtres que la con gélation avait transformés en de véritables morceaux de glace, ont pu cependant être ranimés; il suffisait pour cela de les dégourdir graduellement ! On voit ainsi des brochets, des brèmes, des grenouilles, des carpes et des truites ressusciter après tout un temps
86 l’initiation d'inertie absolue. C’est on ne peut plus curieux! Ne pensez pas que la cessation de vie soit seulement appa rente, superficielle; non, les animaux durcis de cette façon par le froid sont absolument convertis en glace ; ils sont cassants, friables, ce dont on peut facilement se convaincre en en sacrifiant quelques-uns.
Toute trace d’irritabilité nerveuse ou musculaire a complètement disparu ; la respiration est éteinte, la digestion, la circulation ne fonctionnent plus ; le Cfeur, qui. comme le foie, a perdu la teinte caractéristique vitale, est arrêté dans son activité. C’est donc bien l'arrêt absolu de la vie; l’organisme est réduit à une chose inerte, inanimée, c’est la mort — et le brochet revit! !' les grenouilles redeviennent alertes!
Les œufs fécondés frais peuvent également être con gelés tout à fait sans inconvénient pour le développe ment ultérieur du germe; et même, si l’œuf contient déjà un petit poussin près d’éclore, on peut le faire geler à tel point que toute vie y soit arrêtée. Il suffît, pour le ranimer, d’avoir soin de le faire dégeler graduellement. Voilà ce que font, ce que démontrent les anabiostes.
En faisant baisser la température du milieu ambiant, ou bien en recourant à la dessication, ils immobilisent la vie; puis, en restituant à l’organisme la chaleur ou l’eau nécessaire, ils le remettent en mouvement.
On connaît l’hibernation de certains animaux ; mais ce qu’on sait moins, c’est que les Indiens, les Yogi, sont depuis longtemps parvenus à produire sur eux-mêmes le phénomène de l’anabiose atténuée, Ces ascètes, après une sorte d’entrainement, de longues préparations, qui ont toutes pour but de se rendre graduellement insen sibles, de diminuer l’activité vitale, de la réduire à un minimum, comme on diminue la flamme d’une lampe, se font enterrer vivants et restent sous terre engourdis, plongés dans un état de mort apparente.
On m’a montré la photographie d’un Yogi, qui « dormait », ayant la tête couverte d’une montagne de terre. On fait revivre les membres amputés, un bras, par exem ple, en y injectant du sang rouge. On voit alors reparaître la chaleur, la contractilité musculaire, la sensibilité, etc. Les anabiotes affirment que la tête d'un chien familier,
LbS ANABIOSTES 87 complètement séparée du tronc, se ranime quand on y injecte du sang : que les paupière se rouvrent, les yeux regardent les personnes présentes et que si l’on appelle l’animal par son nom, ils se tournent du côté d’où vient l’appel ! Le curare, poison paralyseur par excellence, engour dit presque instantanément celui l’a pris.
Le poumon se trouve paralysé, la respiration cesse: après une dizaine de minutes, l’homme ou l’animal cesse de vivre ; mais qu’on établisse Ja respiration artificielle; qu’on introduise l’air au moyen d’un soufflet respiratoire, et l’être revit ! Virchow a fait revivre ainsi une quantité d’animaux. Et c’est alors., quand ils vous ont dit et montré tout cela, que les anabiostes, tirent leurs conclusions.
« C'est nous qui démontrerons, qui avons déjà démontré que l’àme humaine n’existe pas. L’animisme nous vient d’é poques où régnait la plus complète ignorance au sujet des phénomènes physiologiques. La vie est unefonction purement corporelle. Nous pouvons, dès à présent, de mille manières, accélérer, ralentir, perturber et arrêter à notre gré, à l’aide des moyens purement mécaniques, l’activité vitale dans un individu.
« Ce n’est donc pas une essence ou puissance extra matérielle, sans quoi nous ne pourrions pas l’atteindre avec des moyens physiques. Non ! la vie est un physico chimique, engendré, comme le sont tous les autres, par des conditions matérielles.
L’àme n’a rien à faire dans tout cela : « Laissez notre science faire ses progrès,et quand, dans un certain temps, nous pourrons soumettre nos grandes expériences au monde étonné, on verra que l’homme est son corps, ni plus ni moins. » Ainsi, quelques kilos de chair et d’os ? Si au moins ça pouvait nous apprendre à devenir plus humbles !
88 l’initiation I-Iier a paru le dernier ouvrage de M. Zola, le dernier en date, s’entend, s’entend, et non l’ultime, car la série des Rougon-Macquart peut se prolonger jusqu’à la mort du prince impérial.
La Débâcle, c’est la fin de l’Empire, c’est l’armée fran çaise, hélas! en désordre, marchant au hasard et sans unité morale, contre une armée allemande qui sait ce qu’elle veut, qui ne songe à aucune révolution, qui obéit, qui procède mathématiquement à l’invasion, et ne fait pas un pas sans savoir où est l’ennemi, ce qu’il fait, où. il va. En vérité, la partie était trop inégale moralement et matériellement.
Le courage ne peut suppléer à tout, sur tout avec les armes à longues portées. L’histoire de la guerre, depuis qu’on se bat, c’est-àdire depuis qu’il y a des hommes, est par elle-même un enseignement curieux où se reflète l’histoire des sociétés. On a commencé par se battre à coups de poings, puis à coups de bâtons, et enfin à coups de cailloux, à l’abri d'un arbre ou d’un rocher.
C’est une évolution complète qui, du monde préhistorique jusqu’à nous, va se repro duire indéfiniment. Ceux qui lançaient des cailloux ont été traités de lâches par ceux qui avaient surtout de bons biceps, et l’on s’est rapproché pour se battre avec les instruments grossièrement fabriqués, la hache de silex, et enfin est venu le javelot remplaçant les cailloux.
Bientôt la flèche estinventée, et, plus tard, on revient aux cailloux ou plu tôt aux quartiers de roche avec la lourde balistique, laformidable catapulte. La chevalerie revient aux combats corps à corps qui demandent force et courage, mais bientôt les archers anglais d’ur.e part, et les longues lances des Suisses, d’autre part, l’emportent sur la force et le coutage. Enfin l’artillerie fait son entrée dans le monde.
Le fusil rem- (il L’étude suivante mérite d’être connue de nos lecteurs par l’application que fait l’auteurà laGuerre d’une théorie très origi nale. Il est bien entendu que l’auteur est seul responsable des opinions qu’il émet au point de vue politique. N. D. L. D.
LA DEBACLE 89 place la flèche, et de plus en plus le combat s’éloigne jusqu’à ce que les combattants soient tués sans même savoir d’où vient la mort. ★ * * La force physique est au premier plan, dans cette évolution ; l’adresse et le courage vianent ensuite lui faire échec, et le dernier mot reste à la prudence habile et savante, au calcul.
Le muscle triomphe tout d’abord ; les nerfs l’empor tent en second lieu, et enfin c’est la tête qui joue le rôle principal. Ainsi l’évolution est bien marquée par la force bru tale, l’adresse, la volonté et enfin l'habileté des calculs. Notre erreur en France a toujours été de ne compter que sur les premiers termes de cette donnée, et de nous refuser au terme de l’évolution.
Déjà au temps de Jeanne d’Arc le courage des cheva liers (français venait échouer contre les archers anglais, et l’héroïne avait grand mal à décider ces amoureux de la bataille à laisser passer devant eux leurs archers, et à se réserver pour la fin du combat.
Notre tempérament n’a pas varié depuis lors, et il a fallu la grande débâcle de 1870-71 pour nous éclairer sur la supériorité de la discipline et des mathématiques à l’encontre du cou rage. Cette terrible guerre a démontré ce fait curieux que nous avions été battus par la stratégie offensive des Alle mands avec une tactique défensive, tandis que nous nous obstinions à employer une tactique offensive avec une stratégie défensive.
L’Allemand ne faisait pas un pas en avant, sans éta blir solidement ses assises et assurer la possession du terrain conquis. S’il entrait en contact avec l’ennemi, il faisait tout d’abord avancer le canon, engageait le com bat de loin et creusait des tranchées pour mettre à l’abri ses soldats.
Tranquille sur ces appuis, il attendait le retour de la furia francese, nous recevait par un feu terrible à bout portant, et n’avançait de nouveau que lorsque nous avions renoncé à l’attaque de ses positions, et que par des mouvements tournants il nous avait for cés à la retraite. * * * Pensez-vous que je vais faire ici un cours de stratégie, alors que je n’y puis comprendre que ce qu’enseignent le bon sens et la synthèse de l’histoire.
L INITIATION 90 C’est le livre de M. Zola qui m’a conduit à ces déduc tions ; la débâcle matérielle de la France il y a vingt et un ans me faisait penser à la débâcle morale à laquelle nous assistons en ce moment.
Du livre je n’ai rien à dire à cette plalce, sinon qu’il m’a saisi par un audacieux et grand oubli de l’amour, par des peintures merveilleuses dans Je détail, et par une dislocation morale qui ne s’attaque qu’aux causes matérielles du désastre. M. Zola n’a vu que la débâcle d’un empire établi par l’frmée et tombant par la désaf fection de l’armée ; il n’a été ni plus loin ni pius en ar rière ; il n’a pas su s’élever plus haut.
J’imagine cependant que la débâcle morale avait ses origines encore plus loin que l’empire, et qu’elle s’achève aujourd'hui dans cette cacophonie de toutes les langues. J’imagine aussi que ce qui est vrai dans l’histoire des guerres est vrai égalenjent dans l’histoire des sociétés civiles.
Si la force du nombre y tient la première place, le courage et la volonté l’emportent sur le nombre, et, en définitive, c’est l’habileté, ce sont les calculs savants qui brisent les volontés les mieux trempées. Les Pierre l’Ermite entraînent les foules ; les Génois en profitent.
Notre société est pleine de Génois qui rient de la cré dulité des foules et en profitent savamment, qui exploitent la naïveté des âmes simples, et mettent en coupe réglée les passions humaines. L’héroïsme ne peut rien contre ces abrités; il se brise contre un mur. Les pièges sent à tous les pas, et plus fière est l’allure du combattant, plus sure est aussi sa chute.
C’est la tête qui l’emporte dans notre vie sociale, mais c’est la tête d’un coquin. Nous sommes arrivés à la der nière période de l’évolution; mais elle s’accomplit de telle sorte que mieux vaudrait encore le retour à la force brutale, au premier degré d’un nouveau tour de la roue éternellement tournante. Ayez raison, cent fois raison : on vcZs prouvera que vous avez tort d’ave ir raison quand les plus malins ont tort.
Et c’est pourquoi tant de gens se disent qu’il vaut mieux être avec ceux qui ont tort, parce qu’on a raison d’avoir tort quand les plus forts n’ont pas .raison. 11 est écrit : Beati qui esuriunt justiciam, mais je crains bien que ce ne soit pour l’autre monde. Louis de Meurville (Galette de France.)
UNE CURE 91 U Pï E G IX B E Lord Dembigh, un des plus grands seigneurs irlan dais, et par conséquent très catholique, décrit la cure miraculeuse faite à sa femme, Lady Dembigh Lambers Fielding, qui avait une sciatique de la pire espèce; elle fut guérie par une paysanne près de Faliquo, dont la famille avait un pouvoir miraculeux de guérir qui pro venait de loin, puisqu’il datait de Saint-Pierre et SaintPaul. Cette famille se nommait Camelli.
Ils reçurent les apôtres pendant un grand orage; comme récompense, elle obtint le pouvoir par l’évocation et le signe de croix, et pouvait guérir tous les rhumatismes et autres souf frances. Ce pouvoir concernait seulement les descen dants mâles d’une ligne directe et habitants de l’endroit.
Lord Dembigh connaissait des cas bien extraordinaires qu’il venait d’expérimenter pendant les trois dernières années de sa vie, des cures instantanées par les mêmes moyens. (Review of Review.) Les Chants du Kosmos, par Maurice Largeris, un vol. in-12. En vente à la librairie du Merveilleux.
Les quelque soixante pièces de vers qui composent ce petit recueil sont une glorification des doctrines pan théistes : on aura une notion générale de ce qu’il contient en lisant la préface, dans laquelle l’auteuraconsigné, d’une façon peut-être emphatique, un succinct résumé des mé ditations qui l’ont conduit aux théories de Spinoza.
Ce « modeste recueil] », comme l’intitule M. Largeris, se divise en cinq parties : Sonnets amers, Ame et Kosmos, Visions terrestres, Visions lointaines, Chansons du Kosmos ; il nous décrit successivement « l’ouverture de son âme, qui est en somme une amertume résignée, et
92 l’initiation qui n’arrive jamais aux blasphèmes» ; les pièces suivantes commencent déjà à dégager, malgré un reste de pessi misme, des conceptions panthéistiques ; la troisième et la quatrième partie « renferment ou de pures aspirations de l’âme, ou plus souvent peut-être de simples requêtes aux choses terrestres et supra-terrestres » ; enfin « les chansons du Kosmos constituent, comme l’indique le titre, une série de pièces en lesquelles les êtres et les choses racontaient leur propre histoire ».
Le but que s’était proposé le poète était donc fort difficile à atteindre : revêtir d’une forme poétique une doctrine, surtout lorsque, comme on le voit dans les dernières pièces, cette doctrine est appuyée sur des faits et des termes scientifiques.
Allier la science et l’inspira tion : beaucoup l’ont tenté, combien peu ont-ils obtenu, comme résultat, une oeuvre harmonisée ! — M. Largeris, s’il avait réussi, se serait placé du premier coup au rang des Moïse et des Orphée ; aussi les parties de son oeuvre où il ne fait qu’exprimer ses propres sentiments sontelles de beaucoup supérieures aux autres ; même au point de vue prosodique je trouve le vers des Chansons du Kosmos moins souple, moins harmonieux, moins riche de rimes, que celui des précédentes parties. — Malgré ces quelques dissonances, l’œuvre de M. Largeris, écrite dans une langue éminemment claire, reste intéressante et très louable pour la noblesse des sentiments qui l’ont inspirée et la vérité des idées qu’elle défend ; lui-même l’a d’ailleurs fort nettement définie en terminant sa préface : « En me portant, dit-il, l’interprète dès choses et le chantre du Kosmos, je n’ai voulu que faire œuvre de poète et rien de plus », et c’est ce qu’il me semble avoir assez pleinement réussi.
Sédir, Nos revues prennent chaque jour une importance plus considérable ; nos correspondants et nos branches aug mentent régulièrement chaque mois, et les conférences
MORT A L’OCCULTISME g3 du Quartier Général attirent chaque fois un public aussi nombreux que choisi. Las de piétiner sur place et d'en tendre toujours les memes déclamations et les mêmes attaques, le public sérieux vient à l’étude de l’occultisme, et nos Groupes d’études travaillent activement.
Il manquait à notre succès une consécration, quelque chose qui indiquât bien combien ce succès exaspère ceux qui voient leur salle délaissée par les gens sérieux, ceux qui sont les meilleurs auxiliaires de notre mou vement, tout en voulant l’enrayer ; cette consécration, M. P. Gaétan Leymarie vient de nous la fournir—et nous l’en remercions bien vivement. Il y a quelques mois, un médium italien nommé G.
Palazzi, publiait une brochure des plus amusantes. Ces « monstres d’occultistes », étaient traités de la belle façon, et l’on y démontrait à l'italienne que les tradi tions ésotériques de l’antiquité sont bel et bien perdues. A la suite de cette brochure, nous avons reçu d’Italie vingt-cinq demandes de spécimen de l'initiation, suivies de dix abonnements à notre revue.
C’est peu ; mais enfin M. Palazzi mérite déjà la reconnaissance de notre édi teur. Or, M. Gaétan Leymarie veillait, et aidé par M. le commandant Dufilhol (en retraite), il vient de consacrer quelques beaux deniers à traduire l’œuvre de M. Pa lazzi et à l’éditer. Nous prions donc tous les journaux spirites, généralement à court de copie, de donner la plus grande publicité possible à cet ouvrage.
Nous espé rons ainsi que les dix adhérents que cette brochure nous a value en Italie décupleront, et que c’est une centaine de nouveaux membres dont nous serons redevables à la générosité de M. Gaétan Leymarie. Mais les arguments de M. Palazzi, me direz-vous? Il se trouve que, sans le vouloir, nous avons mis ce pauvre auteur face à face avec son manque d’érudition.
Dans une petite brochure de 72 pages : la Science des Mages qui vient de paraître, nous avons pris la peine de citer siècle par siècle, depuis 5oo av. J.-C., une série d’auteurs qui démontrent que, pour une fois, les argu ments de M. Palazzi sont aussi solides que son savoir en Kabbale.
■94 L INITIATION C’est avec grand plaisir que nous nous occuperionsdes arguments de M. Rouxel dans sa brochure : Spiri tisme et Occultisme, s’il était question de science occulte, dans cet opuscule. J’y vois des phrases creuses, des mots sanscrits incompris et des invites à la polémique. Si c’est là le but cherché par M. P. G.
Leymarie, encore une fois, nous avons mieux à faire et nous laissons aux Revues à court de copie le soin de remplir leur numéro d’attaques et d’insinuations plus amusantes que perfides. — On nous accuse d’être orgueilleux. Eh bien! lorsque nous comparons nos efforts pour propager le Spi ritualisme à des procédés qui déconsidèrentleurs auteurs et éloignent à juste titre les gens sérieux d’un tel milieu, nous ne saurions cacher notre satisfaction.
Tout cela montre que ces Occultistes dont on cherche à dénaturer les idées ont le droit d’être fiers d’un mouvement pour lequel ils ont sacrifié leurs propres deniers, sans jamais demander une cotisation ni quoi que ce soit d’appro chant à leurs adhérents. Dans ces conditions, on peut poursuivre sa route avec la certitude d’avoir fait son devoir, quel.que soit le résultat final.
Des brochures comme celles de MM. Palazzi et Rouxel ne peuvent qu’être des plus profitables à notre cause à tous les points de vue; aussi serons-nous très heureux si M. P. G, Leymarie veut bien nous en offrir une petite série. La bibliothèque de la rue de Chabanais ne peut qu’en recevoir un nouveau lustre.
L’ÉCHO DE LA SEMAINE (rédacteur en chef : Victor Tissot) publie dans son numéro du 3 juillet les ar ticles suivants : Gonzague Privât,les Femmes à l’Académie,Chronique. — Jacques Saint-cère, Indiscrétions et indications. — Henri Rochefort, Chacun pour soi. — Jules Renard, Le Bouchon. — JeanSigur, Avrilette. —Henri Garnel, Edouard Pailleron, Portrait contemporain. — François Fêbia, Ce que disent les corbeaux.— Emile Richebourg,
l’écho de la semaine 95 Le million du père Raclot. — Emile Zola, A Bazeilles, ■Épisode de la Débâcle.—Félix Régam-ey, Un coin de Ja pon aux portes de Paris. — Paul F.errier, Une larme de Bismarck.— Graindorge, La rentrée du Jury. — Ana tole France, La Débâcle, par Emile Zola, Semaine lit téraire.— Cte de Pardiellan, Chronique militaire. — Robert Houdin, Physique amusante.— Une Parisienne, La Vie mondaine. Le Chercheur, Le Tour du Monde.
Livres, Semaine financière. Correspondance. En vente partout, i5 cent, le numéro.—Abonnements: France : 6 francs par an, Union postale : 8 francs ; dont 3 fr. sont remboursés en ouvrages de la librairie Dentu (demander la liste des volumes-primes). — Envoi franco de numéros spécimens de YEcho sur demande, 3, place de Valois, Paris. L’abondance de matières nous oblige à remet tre au mois prochain « la REVUE DES RE VUES » de Sédir.
Dimanche 1 g juin. a Monsieur Laurent Taillade Monsieur, Lisant par hasard un numéro de V Initiation, juin 92, à propos d’un livre d’Ed. Dubus, je trouve mon nom cité. Permettez-moi de m’étonner de cette citation, et, encore que vous parliez de moi sans probablement connaître de ma musique, j'ai publié d’ailleurs trop peu de choses, et trop peu fait parler de moi, pour que puisse s’orienter le plus humble des groins.
l’initiation 96 Vous choisissez mal vos noms , n’étant justement connu que par de rares personnes, parmi lesquelles, je crois, vous comptez des amis. J’ai trop de plaisir à avoir pour vous une grande admi ration pour ne pas croire à un malentendu, et je ne vou drais pas vous accusera votre tour d’un peu d’ignorance, au moins à mon égard. Recevez mes salutations distinguées. L. Debussy, 42, rue de Londres.
NÉCROLOGIE Notre ami dévoué M. Louis Bataillard, d’Oyonax (Ain), nous transmet la triste nouvelle de la mort de son père, M. Louis-Joseph Bataillard. Nous nous associons tous à la douleur de notre ami et nous le prions d’agréer nos bien vifs compli ments de condoléance.
Edmond Bazire, qui fut dès la première heure un des rédacteurs de l’initiation comme poète, vient de mourir. —Bazire a toujours été un homme de cœur, et ses adversaires politiques eux-mêmes ont su recon naître sa droiture et son dévouement. Notre imprimeur et ami M. Arrault vient d’avoir la douleur de perdre un fils de 17 ans.
Au nom de toute la rédaction, nous joignons nos condoléances à toutes les marques de sympathie que M. Arrault a reçues en cette triste occasion.
LIVRES REÇUS 97 En mêmetempsque ce numéro, c’est-à-direlel5 juillet, la remarquable revue littéraire, La Plume, 3i, rue Bona parte, Paris, publie un numéro exceptionnel consacré à la magie, sous la direction de Papus. Ce numéro con tient des articles inédits de Stanislas de Guaîta, Emile Michelet, Augustin Chaboseau, Jules Lermina, Jules Bois, Lucien Mauchel, Ch.
Dubourg, etc., etc. Nous recommandons ce numéro à tous nos lecteurs. * ¥ ¥ Nous sommes heureux d’annoncer à nos amis que la directrice de la Bibliothèque internationale des Œuvres des femmes, Mlle A. de Wolska, vient de recevoir de l’auteur, l’autorisation de traduire en anglais les poésies de S. A. le grand duc Constantin. Pour la rentrée, de nouvelles organisation sont envoie d’achèvement au Groupe indépendant d'études ésotériques.
Nous aurons l’occasion d’en parler prochainement. Marc Haven. Marn Haven. Turris Eburnea. Une élégante plaquette. Chamuel éditeur, (compte-rendu prochainement.) Adrien Remacle. La Passante, roman d'une âme. (Ana lyse dans un prochain numéro). J. D. Pallenay. L'Invisible, avec un frontispice de Georges Morron. Bruxelles (Lacomblez). i vol. in-18, 3 fr. 50, (compte-rendu détaillé prochainement.) Le Gérant : Encausse. IMP. E. ARRAULT ET Cie, 6, RUE DE LA PRÉFECTURE, TOURS.
dü jüi^t 18o, L’INITIATION r”IS) DIRECTION 74, rue de Strasbourg, 14 PARIS Directeur: FAFUS O Directeur-adjoint Lucien MAUCHEL Rédacteur en chef : George MONT H-: RE SJ Secrétaires de la Rédaction : C^H . BARLET. — J. LEJAY ADMINISTRATION ABONNEMENTS, VENTE AU NUMERO G-, JFtlÉ: 58, rue Saint-André-des-Arts PARIS FRANCE, un an.
ÉTRANGER,. — io fr. i 2 fr.. rédacteur RÉDACTION : 14, rue de Strasbourg. — Chique publie ses articles sous sa seule responsabilité. L’indépendance absolue étant la raison d’être de la Revue, la direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps d'un article. Manuscrits. — Les manuscrits doivent être adressés à rédaction. Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rend à moins d’avis spécial.
Un numéro de la Revue est toujoi composé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc pas au plus tôt que le mois suivant. Livres et Revues. — Tout livre ou brochure dont la rédac recevra deux exemplaires sera sûrement annoncé et analysé s a lieu. Les Revues qui désirent faire l’échange sont priée s’adresser à la rédaction.
ADMINISTRATION, ABONNEMENTS. — Les abonnen sont d’un an et se paient d’avance à l’Administration par mai bon de poste ou autrement, 58, rue Saint-André-des-Arts. TOURS, IMF. E, ARRAIJLT ET CIE,
LIVRES REÇUS 97 En même temps que ce numéro, c’est-à-direle 15 juillet, la remarquable revue littéraire, La Plume, 3i, rue Bona parte, Paris, publie un numéro exceptionnel consacré à la magie, sous la direction de Papus. Ce numéro con tient des articles inédits de Stanislas de Guaîta, Emile Michelet, Augustin Chaboseau, Jules Lermina, Jules Bois, Lucien Mauchel, Ch. Dubourg, etc., etc. Nous recommandons ce numéro à tous nos lecteurs. * ¥ * Nous sommes heureux d’annoncer à nos amis que la directrice de la Bibliothèque internationale des Œuvres des femmes, Mlle A. de Wolska, vient de recevoir de l’auteur, l’autorisation de traduire en anglais les poésies de S. A. le grand duc Constantin. Pour la rentrée, de nouvelles organisation sont en voie d’achèvement au Groupe indépendant d’études ésotériques. Nous aurons l’occasion d’en parler prochainement. Marc Haven. Marn Haven. Turris Eburnea. Une élégante plaquette. Chamuel éditeur, (compte-rendu prochainement.) Adrien Remacle. La Passante, roman d’une âme. (Ana lyse dans un prochain numéro). J. D. Pallenay. L’Invisible, avec un frontispice de Georges Morron. Bruxelles (Lacomblez). i vol. in-18, 3 fr. 50, (compte-rendu détaillé prochainement.) Le Gérant : Encausse. IMP. E. ARRAULT ET Cie, 6, RUE DE LA PRÉFECTURE, TOURS.
L’Initiation du i5 juillet 1892 Vient de paraître LIBRAIRIE GEORGES CARRÉ 58, RUE SAINT-ANDRÉ-DES-ARTS A. AL.MAIZA CATÉCHISME ZD ualiste ESSAI De Synthèse Physique, Vitale et Religieuse DEUXIÈME ÉDITION, REVUE ET CORRIGÉE 1 vol. in-18 de 444 pages .......................... 3 fr. 50
L'Initiation du ¡5 juillet 1802 VIENT DE PARAITRE LIBRAIRIE DU MERVEILLEUX 29, RUE DE TRÉVISE, 29 PAPUS La Science des Mages ET SES APPLICATIONS THÉORIQUES ET PRATIQUES (PETIT RÉSUMÉ DE l’occultisme, ENTIÈREMENT INÉDIT) Une brochure de 72 pages, texte serré, avec 4 figures Franco : 50 centimes Depuis quelque temps on demandait un résumé de l’Occultisme en même temps court, condensé et clair.
La plupart des attaques faites contre l’Occultisme dérivent en effet d’une compréhension insuffisante de la Science des Mages et de sa transmission jusqu’à nous. Papus, dans sa dernière publication entièrement inédite, résume clairement les enseignements de la Science Occulte sur l’Homme, sur l’Univers et sur Dieu, ainsi que sur l’Astral, la Mort, les phé nomènes occultes et la pratique de la Magie.
De plus, l’auteur s’est livré à un travail de recherche très curieux et qui fait honneur à son érudition en donnant, à propos de cha cune des principales affirmations, une citation d’un auteur choisi parmi les 24 siècles qui constituent la période historique de la philosophie en Occident.
Ces citations très nombreuses prouvent l’immuabilité de la tra dition ésotérique dans ses grandes lignes à travers les âges, et répondent victorieusement aux objections faites à l’Occultisme par de.ï auteurs peu au courant de la question. Souhaitons à la nouvelle œuvre de Papus tout le succès obtenu ar les précédents ouvrages du même auteur.
L’INITIATION T“'TS) DIRECTION 14, rue de Strasbourg, 14 PARIS Directeur: FAFUS Directeur-adjoint r Lucien MAUCHEL Rédacteur en chef : George M O jST T I È R E O Secrétaires de la Rédaction : C.H . BARLET. — J. LEJAY ADMINISTRATION ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO Gt. CAR 58, rue Saint-André-des-Arts PARIS FRANCE, un an. to fr. ÉTRANGER, — ’12 fr.. RÉDACTION : 14, ruade Strasbourg. — Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité.
L’indépendance absolue étant la raison d’être de la Revue, la direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps d’un article. Manuscrits. — Les manuscrits doivent être adressés à rédaction. Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rend à moins d’avis spécial. Un numéro de la Revue est toujoi composé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc pas iu plus tôt que le mois suivant.
Livres et Revues. — Tout livre ou brochure dont la rédac recevra deux exemplaires sera sûrement annoncé et analysé s a lieu. Les Revues qui désirent faire l’échange sont priée s’adresser à la rédaction. ADMINISTRATION, ABONNEMENTS. — Les abonnen sont d’un an et se paient d’avance à l’Administration par mai bon de poste ou autrement, 58, rue Saint-André-des-Arts. TOURS, IM P. E, ARRAULT ET CIE, _ A4 . M