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L’Irritiatiô Revue philosophique indépendante des Hautes Études Hypnotisme» Force psychique Théosopbie, Kabbale Gnose, Franc-Maçonnerie Sciences Occultes 16' VOLUME. — 5“- ANNÉE SOMMAIRE DU N’ (Juin 1892) AVANT-PROPOS............... PARTIE INITIATIQUE... PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE. .. PARTIE LITTÉRAIRE.... BIBLIOGRAPHIE Les Faits spiritiques et leur explication psychiatrique.......... (p. i g3 à 204).
L’Image astrale......... (p. 200 à 2IO). Extériorisation de la sensibilité.,............... (p. 211 à 221). La Prière.................... (p. 22 1 à 226). Quand les 1 iolons sont partis....................... (p. 227 à 23o). La Double Nature .... (p. 23o à 231 ). Sonnet.......................... (p. 23l). Traite méthodique de la Science occulte..... (D. 232 à 25l). L’Occultisme en Alle magne...................... (p. 252 à 266).
Profr Lombroso Papus. A. de Rochas. Quærens. Laurent^Tailhade. Ch. Dubourg. Microsthènes. F.-Ch. Barlet. Paul Sédir. Groupe indépendant d’Etudes ésotériques. — Remarquables Prédic tions de Mort. — Nouvelles diverses.— Courrier Bibliographique. — Revue des Revues. — Livres reçus. Rédaction t de Trévise, 2g Administration, Abonnements : 58, rue St-Andre'-des-Arls, 58
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion ; mais elles n'ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initiation est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fonu de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l'arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le militarisme et la misère. Enfin l’initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde.
L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n'appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 5o rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études. La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits.
Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier. L’Initiation paraît régulièrement le i5 de chaque mois et compte déjà trois années d’existence. —Abonnement: 10 francs par an.
L’Initiation du i5 juin 1893 Principaux Rédacteurs et Collaborateurs de l Initiation i° PARTIE INITIATIQUE F. Ch. Barlet. S.-. I.-. — Stanislas de (îuaita. S.'. I.-. fl — Julien Lejay, S.-. I.-. £ — George Montière, S.-. I.'. & — Papus, S.-. I.-. N2° PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Abil-Marduk. —Aleph. — Le F.-. Bertrand i8-.-. — René Caillié. — A. C. Tshéla. — Camille Chaigneau. — Chimua du Lafay. — G.
Delanne. — Dei.êzinier. — Jules Doinel. — Fabre des Essarts. — Jules Giraud.— Horace Lefort. — L. Lemerle.— Donald Mac-Nab. — Marcus de Vèze. — Lucien Mauchel. — Napoléon Ney. — Eugène Nus. — Horace Pelletier. — Philophôtes.— G. Poirel.— Quærens.— Raymond.— A. Robert.— A. de Rochas.— Rouxel.— H. Sausse. — Paul Sédir. — Selva. L. Stevenard. — Pierre Torcy. — G. Vitoux. — F. Vurgey. — Henri Welsch. — Oswald Wirth.
3° PARTIE LITTÉRAIRE Maurice Beaubourg. — E. Goijdeau. — Manoël de Grandford. — Jules Lermin^. — L. Hennique. — R. de Maricourt - . — Catulle Mendès. — Emile Michelet. — George Montière. Léon Riotor. — Saint-Fargeau. — Ch. de Sivry.— Ch Tr 4° POÉSIE En. Bazire. — Ch. Dubourg. — Rodolphe Darzems — R df M*rtcourt — Paul Marrot. — Robert dr la Villehfpvî.
l’initiation 194 Mais, après avoir vu repousser par des savants des faits comme celui de la transmission de la pensée, du transfert des sens, qui, quoique très rares, n’en sont pas moins très réels, et que j’avais constaté de visu, j’ai commencé à croire que mon scepticisme pour les phénomènes spiritiques était de même nature que celui d’autres savants pour les phénomènes hypno tiques.
Sur ces entrefaites, il me fut offert d’étudier des phénomènes chez un médium certainement extraor dinaire, la Eusapia; j’acceptai avec empressement, d’autant plus que je pouvais l’étudier avec d’autres aliénistes distingués, tels que Tamburini, Virgillio, Bianchi, Vizioli, qui étaient aussi sceptiques que moi dans cette matière et qui pouvaient m’aider à contrôler les observations.
Nous avons pris toutes les plus grandes précautions possibles; nous avons examiné cette femme avec la méthode de psychiatrie moderne, et nous lui avons trouvé l’obtusité tactile, des troubles hystériques peutêtre même épileptiques, et de profondes cicatrices à l’os pariétal gauche; nous lui avons lié un pied et une main avec un pied et une main des nôtres, Tamburini et moi.
Nous avons commencé et terminé les expériences avec la lampe allumée ; de temps en temps l’un de nous allumait subitement aussi une allumette pour empêcher des tromperies quelconques. Les faits observés furent très étranges. Je constatai, à la lumière, une table qui s’élevait en même temps que nos chaises; par un effort fait avec nos mains
Revue philosophique indépendante des Hautes Étude: Hypnotisme, Force psychique Théosophie, Kabbale Gnose, Franc-Maçonnerie Sciences Occultes 15' VOLUME. — 5“’ ANNÉE SOMMAIRE DU N° (Juin 1392) AVANT-PROPOS............... Les Faits spiritiques et leur explication psychiatrique.......... Profr Lombroso (p. 193 à 204). PARTIE INITIATIQUE... L’Image astrale......... Papus. (p. 2o5 à 2ro).
PARTIE PHILOSOPHIQUE Extériorisation de la ET SCIENTIFIQUE... sensibilité................. A. de Rochas. (p. 211 à 221). La Priere................... Quærens. (p. 221 à 226). PARTIE LITTÉRAIRE.... Quand les violons sont partis....................... LaurenLTailhade. (p. 227 à 23o). La Double Nature.... Ch. Dubourg. (p. 230 a 23 1). Sonnet.......................... Microsthènes. (p. 23l). _ , J ’ BIBLIOGRAPHIE ............
Traité méthodique de la Science occulte..... F.-Ch. Barlet. (p. 232 à 25l). L’Occultisme en Alle magne ...................... Paul Sédir. (p. 252 à 266). Groupe indépendant d’Etudes ésotériques. — Remarquables Prédic tions de Mort. — Nouvelles diverses.— Courrier Bibliographique. — Revue des Revues. — Livres reçus. Rédaction * rue de Trévise, P A R ï Q Administration, Abonnements : 58, rue St-André-des-Aris, 58 D A O T
PROGRAMME Les Doctrines mate'rialistes ont ve'cu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion ; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initiation est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fondée tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l'arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le militarisme et la misère. Enfin l’initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde.
L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 5o rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études. La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits.
Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier. ■L'Initiation paraît régulièrement le i5 de chaque mois et compte déjà trois années d’existence. — Abonnement: 10 francs par an.
VInitiation du i5 juin 1893 Principaux Rédacteurs et Collaborateurs de l’initiation i° PARTIE INITIATIQUE F. Ch. Barlet. S.-. I.-. $ — Stanislas de Guaita. S.-. I.-. *î — Julien Lejay, S.-. I.*. — George Montiere, S.'. I.-. x — Papus, S.-. I.-. N2° PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Abil-Marduk. —Aleph. — Le F.'. Bertrand i8’.-. — René Caillié. — A. C. Tshéla. — Camille Chaigneau. — Chimua du Lafay. — G.
Delanne. — Dei.ézinier. — Jules Doinel. — Fabre des Essarts. — Jules Giraud. — Horace Lefort. — L. Lemerle.— Donald Mac-Nab. — Marcus de Vèze. — Lucien Mauchel. — Napoléon Ney. — Eugène Nus. — Horace Pelletier. — Philophôtes.— G. Poirel.— Quærens.— Raymond.— A. Robert.— A. de Rochas. — Rouxei.. — H. Sausse. — Paul Sédir. — Selva. L. Stevenard. — Pierre Torcy. — G. Vitoux. — F. Vürgey. — Henri Welsch. — Oswald Wirth.
3° PARTIE LITTÉRAIRE Maurice Beaubourg. — E. Goudeau. — Manoël de Grandford. — Jules Lermina. — L. Hennique. — R. de Maricourt - . — Catulle Mendès. — Emile iMichelet. —George Montiere. Léon Riotor. — Saint-Fargeau. — Ch. de Sivry.— Ch. Traziu 4° POÉSIE Ed. Bazire. — Ch. Dubourg. —Rodolphe Darzems, — R DF M» RTCOURT — PAUL MaRROT. — ROBERT DR L* VtU-RHFPVÎ.
L’Initiatidn’du 15 juin 1892 GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ESOTERIQUES SOCIÉTÉ D’ETUDES THEORIQUES ET PRATIQUES DES FORCES ENCORE NON DÉFINIES DE LA NATURE ET DE L’HOMME Membres. — Les membres ne payent ni cotisation, ni droit d’entrée. Tout abonné de [’Initiation ou du Voile d’Isis reçoit sa carte de membre associé sur sa demande.
Quartier Général. —La Société comprend 22 Groupes d’études théoriques et pratiques au Quartier Général, 29, rue de Trévise, Paris. De plus, une Bibliothèque, une salle de lecture, une salle de conférences, pouvant contenir 200 auditeurs, et une librairie existent au Quartier Général.
Branches. — Des branches de Groupes Indépendants d'études ésotériques sont établies en France et à l’Etranger Le Groupe compte actuellement : 21 branches régulières en France, 3o branches à l’Etranger et 23 correspondants dans les centres qui ne possèdent pas enco re une Branche régulière.
Journaux. — Propagande. — Outre les volumes édités par la Librairie, le Groupe possède comme organe de propagande : L'Initiation (revue mensuelle). — Le Voile d’Isis (journal hebdomadaire). — Psyché (revue mensuelle d’art et de littérature). — La Bibliographie de la Science Occulte (bulletin trimestriel). — De plus : The Ligth of Paris (journal hebdomadaire), imprimé en anglais vient d’être créé comme organe delà Bibliothèque internationale des Œuvres des femmes, destiné à faire la propagande de l’occultisme dans les pays de langue anglaise.
ET LEUR EXPLICATION PSYCHIATRIQUE (i) Par M. le docteur LOMBROSO, professeur à l’Université de Turin Peu de savants furent plus incrédules que moi en matière de spiritisme. Ceux qui en douteraient n’au ront qu’à consulter mon ouvrage: Les Fous et les Anormaux ou mes Études sur l’Hynoptisme, dans lesquels j’insulte presque les spirites.
C’est qu’en effet, plusieurs faits de spiritisme étaient et sont encore peu croyables, celui, par exemple, de faire parler les morts, sachant très bien que les morts, surtout après quelques années, ne sont qu’un tas de substance inorganique. Autant prétendre faire penser ou parler des pierres.
Une autre cause était que ces expériences se faisaient dans l’obscurité; aucun physiologue ne peut admettre des phénomènes que l’on ne puisse pas bien voir, sur tout des phénomènes si discutables. (i) Nous empruntons à la Revue d'Hypnotisme de M. le' Dr Berrillon l’article suivant, qui n’a encore été publié in extenso par aucun journal spiritualiste. Cette étude, des plus remar quables, intéressera vivement nos lecteurs, nous en sommes convaincus. N. D. L. D. 7
l’initiation 194 Mais, après avoir vu repousser par des savants des faits comme celui de la transmission de la pensée, du transfert des sens, qui, quoique très rares, n’en sont pas moins très réels, et que j’avais constaté de visu, j’ai commencé à croire que mon scepticisme pour les phénomènes spiritiques était de même nature que celui d’autres savants pour les phénomènes hypno tiques.
Sur ces entrefaites, il me fut offert d’étudier des phénomènes chez un médium certainement extraor dinaire, la Eusapia; j’acceptai avec empressement, d’autant plus que je pouvais l’étudier avec d’autres aliénistes distingués, tels que Tamburini, Virgillio, Bianchi, Vizioli, qui étaient aussi sceptiques que moi dans cette matière et qui pouvaient m’aider à contrôler les observations.
Nous avons pris toutes les plus grandes précautions possibles; nous avons examiné cette femme avec la méthode de psychiâtrie moderne, et nous lui avons trouvé l’obtusité tactile, des troubles hystériques peutêtre même épileptiques, et de profondes cicatrices à l’os pariétal gauche; nous lui avons lié un pied et une main avec un pied et une main des nôtres, Tamburini et moi.
Nous avons commencé et terminé les expériences avec la lampe allumée ; de temps en temps l’un de nous allumait subitement aussi une allumette pour empêcher des tromperies quelconques. Les faits observés furenttrès étranges. Je constatai, à la lumière, une table qui s’élevait en même temps que nos chaises; par un effort fait avec nos mains
LES FAITS SPIRITIQUES ig5 pour abaisser cette table, je notai une résistance de 5 à 6 kilos à peu près. On entendit ensuite, sur demàndedeM.
Ciolii, qui connaissait beaucoup le médium, des coups dans l’intérieur de la table, et ces coups répondaient parfai tement (dans leur langage spiritiqueet conventionnel), aux demandes qui leur étaient adressées sur l’âge des personnes présentes et sur ce qui devait arriver et qui arriva, par œuvre d’un esprit ou d’un génie !
On éteignit la lumière et on entendit des coups plus vigoureux dans la table, et, peu de temps après, une sonnette, placée sur une table à la distance de plus de i mètre d’Eusapia, se mit à sonner et à tourner sur nos têtes; ensuite elle se plaça sur notre table et après sur un lit éloigné du médium d’environ 2 mètres.
Tandis qu’on entendait le son de cette clochette qui remuait en l’air, le docteur Asceasi, qui, d’après notre conseil, s’était placé derrière Eusapia, alluma une allumette et put voir la sonnette lancée dans l’air juste ment quand elle allait tomber sur le lit derrière le médium.
Plongés de nouveau dans l’obscurité, nous enten dîmes une table en bois qui se remuait et, tandis que les mains du médium étaient gardées par moi et le professeur Tamburini, le professeur Vizioli se sentait tirer les moustaches ou pincer les genoux et avait l’impression d’être touché par une main petite et froide. Moi, j'entendis qu’on ôtait ma chaise et qu’on me la replaçait ensuite.
l’initiation 196 Un grand rideau, qui divisait la chambre d’une alcôve qui était à 1 mètre de distance du médium, se souleva comme agité par un coup de vent et enve loppa toute ma personne ; ¡’essayai de le soulever, mais je n’y réussis qu’avec beaucoup de difficulté.
Mes autres compagnons observèrent, à 10 centi mètres de distance, sur ma tête et sur celle du profes seur Tamburini, des petites flammes jaunâtres; mais ce qui me frappa le plus, ce fut la transfusion d’une assiette de farine, de telle sorte que la farine restait unie et coagulée comme la gélatine.
Cette assiette avait été placée derrière l’alcôve à un mètre et demi de dis tance de nous ; le médium avait pensé la remuer, mais, de la manière que cela se produisit, elle voulait nous jeter de la farine sur le visage ; car, en effet, elle nous avait dit : « Faites attention, je vais vous jeter la farine qui est ici sur le visage. » On alluma la lampe.
Nous brisâmes la chaîne que nous faisions autour de la table et nous trouvâmes la farine renversée. Peu de temps après, nous vîmes un gros meuble qui était derrière l’alcôve, à deux mètres de nous, se remuer lentement et venir vers nous comme s’il était poussé par quelqu’un ; il ressemblait à un gros pachyderme qui s’avançait près de nous.
De semblables expériences furent faites avec Eusapia par les médecins Barth etDefiosa,qui m’écrivirent les faits suivants : Ils virent plusieurs fois une sonnette remuer dans l’air, sonner sans être remuée par personne. Deux fois ils entendirent claquer des mains. Le banquier Hirsch, qui était avec eux, demanda de
LES FAITS SPIRITIQUES J97 parler avec une personne qui lui était chère fil vit l’image de cette personne, en entendit la parole en français (car elle était française, morte il y a vingt ans). La même chose fut observée par M. Barth, qui vit son père mort et reçut deux baisers ; tout le monde vit aussi des petites flammes sur la tête d’Eusapia. Voilà les faits.
Or ces faits (il faut les admettre, car qui pourrait nier les expériences vues ?) sont de nature à nous faire supposer, pour les expliquer, un monde bien différent de celui qui est admis par les névropathologues.
Il faut observer tout d’abord qu’Eusapia est une névropathe, qu’elle a eu dans son enfance, au parié tal gauche, une blessure si profonde que le doigt s’y enfonce, et qu’elle resta ensuite atteinte d’attaques épileptiques, cataleptiques, hystériques, et ces accès se produisent principalement pendant les phénomènes médianiques, et elle présente une remarquable obtusitédes sens.
Des autres médiums très habiles, comme Hume, Slade, etc., n’étaient que des névropathes.
Or je ne puis pas trouver absolument inadmis sible que de même chez les hystériques et les hypno tisés, l’excitation de certains centres qui se prononcent puissamment, par la paralysie des autres, donnent lieu à une transposition et à une transmission des forces psychiques ; ainsi elle peut donner lieu à une transposition et à une transmission des forces psy chiques ; ainsi elle peut donner lieu à une transfor mation en force lumineuse et mouvante. Alors on
l’initiation 198 comprend comment la force, nous dirons corticale et cérébrale, d’un médium puisse, par exemple, sous une table, tirer la barbe, battre, carresser, qui sont les phé nomènes les plus connus dans ces cas. Quand la trans position des sens arrive, quand le menton, par exemple, ou le nez voient dans l’état d’hystérisme, le centre cortical de la vision qui réside dans le cerveau, acquiert une telle énergie qu’il se substitue à l’œil.
Nous avons pu constater cela avec des lentilles et un spectroscope, —chez trois hypnoses, — M. Ottolenghi et moi, dans l’hallucination hypnotique. Quand le suggestionné hypnotique voit un objet qu’on lui impose de voir et quand, surtout, il ne voit pas une chose que nous lui suggérons ne pas exister (suggestion négative), malgré qu’il l’ait sous ses yeux, le centre visuel cortical prend la place de l’œil : il voit sans le secours de l’œil.
Les images qui proviennent par l’excitation inté rieure (comme les hallucinations suggérées, quand on montre au sujet une mouche imaginaire sur un morceau de papier blanc); chez certains hypnotisés, ces images se présentent comme si elles étaient réelles ; ainsi il faut admettre qu’elles procèdent du cerveau à la périphérie et en sens contraire, de la même ma nière que les images réelles se portent de la périphérie au centre.
En effet, elles sont sujettes à ces modifica tions qui peuvent parvenir par les moyens interposés: ainsi, nous avons essayé de montrer une mouche ima ginaire à un sujet hypnotisé, et nous avons fait avan cer et reculer cette image dans l’espace, et la pupille du sujet changeait comme si l’image avait été réelle ;
LES FAITS SP1R1TIQUES 199 de plus, la mouche imaginaire était par le sujet aug mentée de grosseur avec une lentille grossissante, ou diminuée de volume par une lentille qui la rendait plus petite, comme $i en effet le suggestionné se servait d’un spectroscope réel, tandis qu’il était ima ginaire.
Mais, pour que cela arrive, il faut que le centre cérébral de la vision soit substitué à l’organe de la vision même, c’est-à-dire que le cerveau puisse voir, au lieu de l’œil. Quand on a la transmission delà pensée, qu’arrivet-il ? Evidemment, dans une certaine condition qu’on trouve bien rarement, ce mouvement cortical dans lequel la pensée consiste se transmet à une petite ou grande distance.
Or, comme cette force se transmet, elle peut aussi se transformer, ou la force psychique peut devenir force mouvante, d’autant plus que nous avons dans l’écorce cérébrale des amas de substance nerveuse, centres moteurs qui président précisément aux mou vements, et que, quand ils sont irrités, comme chez les épileptiques, ils provoquent des mouvements très violents aux extrémités.
Mais on dira que ces mouvements spiritiques n’ont pas pour intermédiaire le muscle, qui est le moyen le plus commun de transmission des mouvements. C’est vrai ; mais la pensée aussi, dans les cas de trans mission, ne parcourt pas ses sentiers habituels de trans mission, qui sont la main et le larynx. Dans ces cas, il faut admettre l’hypothèse que le moyen de communi cation soit celui qui sert à toutes autres énergies,
200 l’initiation lumineuses, électriques, etc., et qu’on appelle, avec l’hypothèse admise par tout le monde, l’éther. Ne voyez-vous pas l’aimant faire remuer le fer sans autre intermédiaire ? Dans ces faits spiritiques, le mou vement prend une forme plus semblable au vouloir, plus intelligente, car elle part d’une force motrice qui est en même temps un centre psychique, l’écorce cérébrale.
La grande difficulté est de pouvoir admettre que le cerveau soit l’organe de la pensée et que la pensée soit un mouvement; du reste, en physique, admettre que les forces se transforment l’une dans l’autre et qu’une certaine force mouvante devienne lumineuse, calo rique, n’est pas difficile. Les médiums écrivant n’ont plus besoin d’expli cations après le livre de Janet sur V Automatisme inconscient.
Ce médium, qui croit écrire sous la dictée du Tasse ou del’Arioste et écrit des vers qui ne seraient même pas dignes d’un élève de lycée, ce médium travaille dans un état semi-somnambulisque pendant lequel il est à la merci de la majeure activité de l’hémisphère droit, tandis que l’hémisphère gauche, qui est ordinai rement le plus énergique, reste inactif et n’a plus conscience de ce qu’il fait: il croit alors agir sous la dictée d’une autre personne.
Cet état d’activité inconsciente explique les mou vements et les gestes que peut faire une main sans que le reste du corps de l’individu y prenne part, etqui semblent provoqués par l’intervention d’autrui. Beaucoup d’autres faits spiritiques ne sont que l’effet
LES FAITS SPIRITIQUES 201 de la transmission réciproque de la pensée entre les personnes qui sont près du médium, autour de la table dite spiritique ; cette table, jusqu’à un certain point, favorise ces transmissions, car, comme je l’ai observé une autre fois, elles arrivent plus aisément à une petite distance de l’hypnotisé, et mieux avec ceux qui sont en relation avec lui.
Or, la table, autour de laquelle on forme une chaîne, est très aisément la cause de contact et de voisinage du médium. 11 faut observer qu’en effet les phénomènes spiritiques (tirer la barbe, claquer des mains), en ce que j’ai pu voir, arrivent plus fréquemment sur les per sonnes qui sont près du médium.
Quand une table donne une réponse exacte, quand elle dit par exemple l’âge d’une personne ou un vers dans un langage que le médium ne connaît pas, ce qui émerveille les profanes, c’est qu’une des personnes présentes sait ce certain nom, ce certain vers, et transmet sa pensée au médium, lequel l’exprime ensuite avec ses mouvements et quelquefois le réfléchit dans l’une des personnes présentes.
C’est qu’en effet, dès que la pensée est un mouvement, non seulement elle se transmet, mais aussi elle se réfléchit, et j’ai observé des cas d’hypnotisme dans lesquels une cer taine pensée, non seulement se transmettait, mais se réfléchissait sur une troisième personne qui n’était ni l’acteur ni le sujet et n’avait pas été hypnotisée, comme du reste cela arrive pourlalumièreet les ondes sonores. Si, ^ans la société spiritique assemblée autour de la table magique, il n’y a personne qui connaisse le
202 l’initiation latin, la table ne parle plus en latin; mais le public, qui ne fait pas cette critique, croit que le médium parle le latin par l’inspiration des esprits, comme il se figure qu’il converse avec un mort. Ainsi on explique le cas arrivé à M. Hirsch et au Dr Barth, qui virent leurs parents morts et entendirent les voix.
La pensée de la femme et du père de ces messieurs se transmit au médium et par lui à eux, car la pensée acquiert pour quelques hommes la forme d’image, image qui disparaît pour les autres à cause delà rapidité avec laquelle les idées s’assemblent. Ainsi, ces messieurs virent l’image de leurs parents, dont ils avaient la pensée et le souvenir vifs etprésents.
Quant aux photographies spiritiques, j’en ai vu plusieurs, mais d’aucune je ne suis sûr, et, jusqu’à ce que j’en aie reproduit une, je ne puis donner mon avis. Mais l’objection que la majorité nous fait est celle-ci : « Pourquoi le médium Eusapia peut-il tout, et non les autres?
Le soupçon d’une tromperie, toujours très naturel pour tout le monde et surtout chez les âmes vulgaires, constitue l’explication la plus simple, la plus aisée pour tous, et nous épargne la fatigue de penser et d’étudier. Ce doute disparaît aux yeux du psychiâtre, qui a vieilli en étudiant les hystériques et les simulateurs, et qui prend toutes ses précautions.
D’ailleurs, il s’agit de faits bien ordinaires (tirer la barbe, pousser une table ou la soulever), toujours ces mêmes faits, qui se reproduisent avec une invariable monotonie, tandis que celui qui voudrait tromper
LES FAITS SPIRITIQUES 2 03 pourrait aussi inventer des faits plus amusants, plus merveilleux. Il est évident que les charlatans sont très nombreux et les médiums très rares. Moi, en Italie, je n’en ai trouvé que deux, tandis que des hystériques simula trices, j’en ai trouvé et soigné plus d’une centaine. Après cela, les faits spiritiques, s’ils étaient toujours une tromperie, devraient être nombreux et non pas si rares.
Donc, la cause des phénomènes des médiums doit se rechercher dans les conditions pathologiques du médium, précisément comme j’ai démontré pour les phénomènes hypnotiques {Etudes sur l'Hypno tisme, 3° édit.) Or le médium Eusapia présente des anomalies céré brales graves, desquelles très probablement dérive l’interruption des fonctions de certains centres céré braux, tandis qu’augmente l’activité d’autres centres, dans l’espèce, des centres moteurs.
Celle-ci est la cause de ces singuliers phénomènes médianiques.
Quelquefois les phénomènes qui appar tiennent aux hypnotiques et aux médiums arrivent, c’est vrai, chez des personnes normales, mais dans l’état d’une passion profonde, chez les mourants, qui pensent à la personne qui leur est chère avec toute l’énergie de cet état préagonique, et alors il arrive que la pensée se transmet sous forme d’image, et on a ce qu’on nomme l’apparition des fantômes, que maintenant on désigne sous le nom d’hallucination télépathique.
Bien qu’il existe, ce phénomène pathologique ne se rencontre qu’en des circonstances très rares et chez des individus qui ne présentent pas des phénomènes
L INITIATION 204 de grande intelligence, en dehors de ces courts instants de l’accès médianique. Il est probable que, dans des temps très anciens où le langage était à l’état embryonnaire, la transmission de la pensée arrivait plus fréquemment, et plus fré quents étaient les phénomènes médianiques, qu’on connaissait alors sous le nom de magie et de prophétie.
Mais avec la civilisation, avec l’écriture, avec un langage perfectionné, la voie directe, celle de la transmission de la pensée, étant devenue inutile, incommode, en trahissant les secrets et confondant les idées par son in certitude toujours plus grande que par les moyens des sens, allait disparaître tout à fait: et avec l’importance diminuée des formes névropathiques, qu’on comprit être pathologiques et non divines, diminuèrent et dis parurent les prophéties, les magies, le fakirisme, les fantômes et ce qu’on nomme des miracles, qui étaient presque tous des phénomènes réels, mais médianiques.
Toutes ces manifestations n’eurent plus lieu qu’en des cas très rares parmi les peuples civilisés, tandis qu’ils existent encore sur une vaste échelle parmi les peuples sauvages et chez les névropathes.
Étudions donc, comme dans la névropathie, comme dans la criminalogie, comme dans l’hypnotisme, le sujet plus que le phénomène, et nous en trouverons l’explication plusexacteetmoins merveilleuse qu’on ne croyait tout d’abord et, en attendant, gardons-nous de cette erreur de croire que tous soientdes simulateurs et nous seuls des savants, tandis que, hélas ! cette préten tion pourrait précisément nous entraîner dans l’erreur. Lombroso.
PARTIE INITIATIQUE Dans une de ses œuvres les plus originales : le Cro codile, Claude de Saint-Martin, décrit d’une manière merveilleuse les propriétés de conservation du plan Astral en parlant de la ville d’Atalante (chant.
64 et suiv.) Après avoir parlé de la conservation de tout ce qui se trouvait dans Atalante, depuis les maisons jusqu’aux ustensiles, ainsi que les hommes et les animaux, le célèbre philosophe raille doucement les physiciens en proposant des explications « scientifiques » des faits qu’il observe.
Toutefois l’occultiste est prévenu du secret par des remarques de ce genre : « Quant à la clarté dont j’ai joui en parcourant la ville d’Atalante, je ne pourrais non plus vous l’ex pliquer autrement qu’en vous rappelant que j’avais encore les yeux pleins de cette sombre lumière que j’avais rapportée de mon séjour dans le corps de l’animal qui nous avait dévorés. » Cette dernière phrase fait allusion au dragon du seuil.
20Ô l’initiation Mais passons sur les explications ironiques dédiées par Saint-Martin aux physiciens, et arrivons au pas sage qui nous intéresse davantage.
« La merveille la plus étonnante parmi toutes celles que je vous ai annoncées, c’est que, non-seulement tous les objets dont je vous ai parlé se sont trouvés conservés là dans toutes leurs formes et leurs appa rences extérieures, mais que j’y ai aperçu aussi tout ce qui pouvait me donner connaissance du caractère, des mœurs, de l’esprit, des passions, des vices et des vertus des habitants.
Car la même loi de physique qui a fait que toutes les substances et les corps ren fermés hermétiquement dans cette ville n’ont point souffert à l’extérieur a étendu son pouvoir conserva teur sur les paroles memes des citoyens d’Atalante, et a fait que les traces en sont corporisées et sensibles, comme en sont tous les autres objets renfermés dans cette malheureuse enceinte. » Je ne connais pas, dans la littérature occultiste, une plus belle description des propriétés conserva trices du plan astral que celle delà Ville d’Atalante par Claude de Saint-Martin.
Les extraits précédents posent bien le fait dont nous allons nous occuper : i° Le praticien qui parvient à la vision du plan astral y voit conservées les formes passées (la psychométrie prouve cette assertion) ; 2° Ces formes conservées en astral présentent tous les caractères des objets dont elles sont émanées. — On les appelle en occultisme des Images astrales. • •
l’image astrale 207 La doctrine ésotérique enseigne en effet que, de même que nous avons sur le plan physique une ombre qui accompagne toujours notre corps, nous avons également sur le plan astral « une image » qui persiste bien longtemps après la disparition du corps physique.
Représentez-vous un miroir qui aurait la propriété de conserver les images qu’il aurait réfléchies, avec leur aspect exact, leur couleur, leur forme, etc., etc., et vous aurez une idée de cette propriété attribuée par l’occultisme au « plan astral ».
La photographie nous révèle analogiquement de bien curieuses choses concernant l’astral, de même que l’étude de l’électricité nous initie à bien des mystères du plan de création, mais n’anticipons pas. Une image astrale aura donc, en définitive, toutes les propriétés d’une image réfléchie dans un miroir.
Au premier abord, le débutant en pratique qui pénètre dans l’astral est tenté de confondre ces « images » très nombreuses avec les êtres réels qui peuplent ce plan si curieux ; ce n’est que par la pra tique qu’il arrive a distinguer les « reflets », comme les appelles Eliphas Levi, des êtres qui se meuvent en astral.
Cette confusion est une des pierres d’achoppement les plus dangereuses qui entravent la carrière des voyants et des prophètes et la confusion des formes involuant vers la matière, c’est-à-dire des formes de l’avenir, avec les formes qui évoluent vers l’astral, c’est-à-dire les formes du passé, est encore un nouvel obstacle ajouté au précédent.
2o8 l’initiation Mais, quand cette confusion ne peut avoir lieu que sur le plan astral, elle n’est dangereuse, en somme, que pour l’expérimentateur. Il n’en est pas de même quand, à l’aide de certaines pratiques, ou arrive à manifester une « image astrale » sur le plan physique.
Il y a deux procédés principaux pour manifester l’Astral ; c’est de se placer dans un tel état qu’on s’y plonge soi-même, ou bien de faire certaines pratiques qui permettent à l’Astral de venir se manifester sur le Plan physique, dans des conditions toutes phy siques. Sans nous occuper du premier cas, disons quelques mots du second. L’Astral n’est pas un lieu, c’est une condition d’être, un état.
L’Astral est donc en puissance d’être comme dirait Fabre d’Olivet, tout autour de nous, c’est l’en vers invisible de tout ce qui est visible ici-bas. Supposons que nous ayons à étudier l’image astrale d’un ami mort depuis quelques temps. Cette image est en « puissance d’être » dans le plan astral et peut être comparée à l’image qui a impres sionné la couche sensible d’une plaque photogra phique.
L’image est dans cette couche sensible ; mais nos yeux matériels sont incapables de l’apercevoir. Pourquoi ? Parce quelle n’est pas révélée. Pour révéler cette image, il faut se placer dans l’obscurité, ou, tout au moins, à l’abri de certains des rayons de la lumière, et faire agir sur la couche sen sible des fluides physico-chimiques.
l’image astrale 20g Dans l’expérimentation magique, il en est absolu ment de même. Mais au lieu des fluides physico-chimiques, ce sont des fluides vitaux qu’il faudra mettre en œuvre — les fluides, on les prendra dans un être névropathique et endormi comme dans les expériences spirites ou dans un animal, ou dans une substance vivante quelconque comme dans les expériences magiques.
Les conditions d’expérience étant bien remplies, l’image de l’être évoqué se manifestera sur le plan physique, apparaissant à tous les assistants, et, bien plus, susceptible d’être photographié, tout comme le reflet d’un être dans un miroir est susceptible d’agir sur la couche sensible d’un cliché photographique. Cette image, n’empruntant ses moyens de manifes tation qu’au dynamisme vital dont elle est imprégnée, ne sera que transitoire.
Elle est bien révélée, mais n’est pas fixée. Comment distinguer alors, me direz-vous, une image astrale d’un être réel ? Shakespeare a parfaitement mis à jour cette distinc tion. L’image astrale (fantôme de Banco, dans Mac beth'} ne parle pas. tout comme le reflet dansun miroir, c’est là ce qu’Homère appelle etStoÀov ; l’élémentaire au contraire, qui se manifeste lui-même, agit et parle.
Les expériences de Crookes sur Katie-King sont très démonstratives à ce point de vue ; d’autre part, Sha kespeare, dans le fantôme àlHamlet, établit très bien cette distinction. On voit combien tous ces sujets techniques de l’oc cultisme demandent de réflexion et d’étude; on con2 10 l'initiation çoit aussi pourquoi les occultistes ont autre chose à faire qu’à perdre leur temps à la polémique. Nous continuerons régulièrement ces études sur l’astral. Papus.
I Il est peu de familles dans lesquelles on ne conserve la tradition d’images vues ou de voix entendues au moment où une personne chère courait un grand danger. Ces récits ont été recueillis et discutés avec le plus grand soin, en Angleterre, par la Society for psy chical Researches^ qui a pour président M. Henry Sidwich, professeur à l’Université de Cambridge: pour membres honoraires.
MM. Adams et Williams Crookes, de la Société royale de Londres, lord Ten nyson, MM. Gladstone, Alfred Russell Wallace, John Ruskin et Watts; pour membres correspondants en France, MM. Beaunis, Bernheim, Féré, Pierre Janet, Liébault, L. Marillier, Th. Ribot, Ch. Richet et H. Taine. Le résultat de ce travail a paru à Londres sous ce
212 l’initiation titre: Phantasms of the Living, et une traduction abrégée en a été publiée à Paris en 1891 par M. Marillier, sous le titre: les Hallucinations télépathiques. En même temps, la Société de psychologie physiolo gique de Paris nommait, pour continuer l’œuvre de la Société anglaise, une commission présidée par M. Sully-Prudhomme, de l’Académie française, et composée de MM. G.
Ballet, agrégé à la Faculté de médecine de Paris; Beaunis, professeur à la Faculté de médecine de Nancy ; Marillier, maître de confé rences à l’Ecole pratique des hautes études; Ch. Richet professeur à la Faculté de médecine de Paris, et le lieutenant-colonel de Rochas, administrateur de l’Ecole polytechnique.
Après un examen attentif d’un grand nombre de récits, la commission proposa à la Société de psycho logie la motion suivante, qui fut adoptée à l’unanimité.
« Les faits donnés comme hallucinations télépa thiques sont assez nombreux et assez intéressants pour mériter l’attention et la discussion. » En d’autres termes, il a paru aux rapporteurs que le très grand nombre de coïncidences bien démontrées ne permettait pas de considérer comme de simples hallucinations dues à une cause morbide certaines impressions visuelles ou auditives se rapportant à des événements qui se passaient à grande distance préci sément à ce moment-là.
Nous voici donc en présence d’un phénomène qui nécessite la projection d’un élément sensible hors du corps, soit de l’individu qui se fait percevoir, soit de celui qui perçoit.
l’extériorisation de LA SENSIBILITÉ 2 I 3 X On est conduit à une hypothèse analogue par les faits de lucidité magnétique, que je ne fais qu’indiquer ici, parce qu’ils n’ont point été étudiés d’une manière aussi sérieuse que les précédents, et j’aborde une classe de manifestations beaucoup moins extraordi naires, mais plus intéressantes, parce qu’on peut les sou mettre jusqu’à un certain point à l’expérimentation (i).
Tels sont les faits de transmission de pensées et de * sensations qu’on trouvera brièvement exposés dans le chapitre n des Hallucinations télépathiques, et dont un cas très remarquable a été rapporté, en détail, dans la Revue philosophique (numéro d’avril 1886).
On sait que le docteur Babinski, à la Salpêtrière, a obtenu, à l’aide d’un aimant, le transfert d’anesthésies, de paralysies, de coxalgies et même de mutisme d’une hystérique sur une autre hystérique placée à quelque distance.
Le docteur Luys, à la Charité, est allé plus loin: il a obtenu le transfert de symptômes morbides de toute espèce, d’une personne ordinaire malade, à un sujet légèrement endormi avec lequel il la mettait en contact; il les a même transportés du malade au sujet dans une pièce voisine, à l’aide d’un aimant en fer à cheval placé successivement en contact pendant quel ques instants avec la tête des deux personnes.
J’ai montré moi-même, dans un livre récent sur les (1) Cet article a paru dans le journal le Temps (27 mai 1892) avec l'annotation suivante de la Rédaction : « On suit aujourd'hui avec un grand intérêt toutes les recherches qui ont pour but d’éclairer, ou, tout au moins, de bien établir en ses données le problème des phénomènes psychiques. Au lieu d’exposer nous-mêmes, objectivement, et
l’initiation 214 Etats profonds de l’hypnose (2), comment, à mesure qu’on approfondissait le sommeil magnétique d’un sujet, on déterminait une série d’états séparés par des périodes de léthargie et caractérisés par des perceptions de plus en plus parfaites des sensations du magné tiseur par le magnétisé, d’abord au contact, puis à distance.
Enfin, il résulte des expériences de M. Pierre Janet que des hystériques, anesthésiques à l’état de veille, acquièrent la sensibilité normale lorsqu’on les magné tise.
II En rapprochant tous ces faits, j’ai été conduit à me demander si l’agent inconnu qui transmet au cerveau les impressions extérieures et qui, chez les individus normaux, s’arrête à la surface cutanée ne pouvait pas s’arrêter quelquefois en deçà ou se prolonger au delà, et si les manoeuvres hypnotiques n’avaient pas pour effet d'étendre son champ d’action.
Dans la période critique que les sciences traversent aujourd’hui, au moment où Crookes,Thomson, Edison et Tesla font surgir à chaque instant de si surpre nantes manifestations électriques, on ne doit rejeter sans affirmer ni juger, telle série d'observations, telle théorie ou telles conjectures, nous avons préféré laisser parler, en toute indépendance, dans ce journal, l’un des hommes qui poursuvent avec le plus de zèle et de science ce genre d’études, M. Al bert de Rochas, administrateur de l’Ecole polytechnique. » (2) Paris, Chamuel, 1892.
l’extériorisation de LA SENSIBILITÉ 2 I 5 aucune hypothèse quand elle n’est pas absurde à priori. C’est à l’expérience seule de décider, et c’est à l’expérience que j’eus recours.
Je constatai ainsi que, pour un sujet normal, c’està-dire sensible à l’état de veille: i° L’insensibilité cutanée se produit plus ou moins rapidement sous l’influence des passes magnétiques et persiste, quelle que soit la profondeur à laquelle on pousse l’hypnose; 2° Il n’y a aucune trace de sensibilité extérieure dans les premiers états, c’est-à-dire jusqu’au moment où le sujet ne perçoit plus que le magnétiseur.
Mais, dans cet état de rapport, il s’est formé tout autour du sujet et à une distance de deux ou trois centimètres au dehors de la peau, une couche mince et sensible ; il suffit que le magnétiseur pince, pique, caresse cette enveloppe invisible aux yeux ordinaires, pour que le sujet ressente les impressions correspondantes ; 3° Si l’on continue la magnétisation, cette première couche sensible subsiste, mais il s’en forme bientôt une seconde à une distance double de celle de la pre mière à la peau, c’est-à-dire à quatre ou cinq centi mètres ; puis une troisième séparée de la deuxième par une distance à peu près égale à celle qui sépare la première de la deuxième ; puis une quatrième dans les mêmes conditions, et ainsi de suite, jusqu’à plusieurs mètres, la sensibilité des couches diminuant propor tionnellement à leur éloignement du corps.
Ces cou ches se pénètrent et s’entrecroisent sans se modifier, au moins d’une façon appréciable. Si je fais placer les deux mains du sujet en regard
2 l6 l’initiation l’une de l’autre de telle manière que l’une des couches appartenant à la paume de la main droite soit en con tact avec une couche appartenant à la main gauche et que je pince la couche commune, le sujet ressent la douleur à la fois dans la paume de chacune des deux mains.
Si je fais rapprocher les deux mains à deux ou trois centimètres, de telle manière que les couches sensibles de la main droite, par exemple, soient dans les zones insensibles de la main gauche, et que je pro mène une bougie entre les deux mains en allant tou jours dans le même sens, le sujet se sent, à son grand étonnement, brûlé tantôt sur une main, tantôt sur l’autre.
J’ai fait ainsi un grand nombre d’expériences en va riant les conditions et les sujets ; toutes m’ont donné des résultats concordants. III On admet aujourd’hui que nous ne pouvons entrer en communication avec les divers corps de la nature qu’au moyen de mouvements vibratoires se propageant dans les milieux intermédiaires avec une vitesse plus ou moins grande suivant la nature de ces milieux.
En supposant une molécule vibrant dans un milieu homogène, l’intensité des vibrations transmises dé croît à mesure que la distance du centre d’ébranle ment augmente; il peut cependant arriver que, dans certains cas, des mouvements vibratoires de même nature, mais de périodes ou de directions différentes,
l’extériorisation de LA SENSIBILITÉ 2 I 7 s’ajoutent ou se retranchent, de manière à produire des maxima et des minima se succédant à des dis tances à peu près égales, jusqu’à ce que les vibrations s’éteignent tout à fait. C’est là un phénomène connu en optique sous le nom d’interférences^ et que nous retrouvons dans les observations relatées au paragraphe précédent.
L’hypothèse la plus simple et la plus vraisemblable est que ces maxima et minima de l’insensibilité sont dus à l’interférence des vibrations causées par les mouvements rythmiques du cœur et de la respiration se propageant dans l’air avec la même vitesse nor malement à la surface du corps, mais avec des périodes différentes.
L’expérience a montré, en effet, que, si l’on modifiait le rythme de la respiration, la position des zones sensibles se déplaçait dans l’espace; on sait, du reste, le rôle considérable que les Yoghis de l’Inde font jouer à la respiration dans leur auto hypnotisation.
Les amplitudes des vibrations des molécules des corps étant extrêmement petites, les qualités des mou vements de cette nature perçus par nos sens sont défi nies d’abord par le temps que met une molécule vibrante à revenir à la même position de sa période vibratoire, puis par la vitesse de transmission de ce mouvement vibratoire dans le milieu transmetteur.
Le second élément s’apprécie avec plus ou moins de facilité par des mesures directes ; mais le premier ne se détermine que par des artifices assez délicats basés d’ordinaire sur des phénomènes de réflexion. J’ai donc été amené à rechercher les corps
2 18 l’initiation qui peuvent réfléchir les radiations étudiées ou se laisser traverser par elles, et j’ai fait les constatatiorîs suivantes : i0 Presque tous les corps sont traversés par les radia tions que j’appellerai odiques, comme Reichenbach qui s’en est occupé le premier. Ces radiations s’y réfractent suivant des lois analogues aux lois connues.
2° La plupart des métaux (surtout for, l’argent et le mercure) ainsi que leurs sels produisent très générale ment sur le sujet une vive impression de brûlure quand ils sont placés par le magnétiseur sur une couche sen sible. (L’effet de brûlure provoqué par l’or avait déjà été signalé dans d’autres conditions par MM. Bourru et Burot, médecins de la marine à Rochefort.) 3° Un verre plein d’eau produit derrière lui une ombre odique en absorbant l’od au passage, comme il aurait absorbé de la chaleur si on l’avait mis en présence d’un foyer calorifique.
En d’autres termes, si l’on fait traverser l’eau par une couche sensible, cette eau tout entière devient sensible et les couches sensibles qui peuvent se trouver derrière le verre dis paraissent en partie; de plus, quand l’eau est suffisam ment chargée, elle émet par sa surface libre comme une vapeur également sensible.
4° Un végétal, un animal et même un corps solide inanimé peuvent se charger de la même façon ; mais la sensibilisation paraît surtout favorisée par l’état li quide et l’origine organique du corps (i). 5° Si l’on emporte un objet sensibilisé à quelques ( i ) La cire notamment absorbe avec une grande intensité les radiations sensibles.
EXTÉRIORISATION DE LA SENSIBILITÉ 2 I g mètres en dehors des couches sensibles qui envelop^ pent le sujet, celui-ci continue à percevoir les opéra tions faites sur l’objet par le magnétiseur, maisTeffet diminue et finit par disparaître quand la distance devient trop grande ou que l’on agite violemment l’air entre les deux.
6° La transmission de la sensation de l’objet sensi bilisé au sujet peut persister dans les mêmes condi tions ; mais en s’affaiblissant graduellement, pendant plusieurs heures, même après le réveil du sujet.
IV Les limites imposées à cet article ne me permettent pas de relater les expériences que j’ai tentées comme conséquence des faits précédents et qui ont trait soit à la conduction de la sensibilité à grande distance au moyen d’un courant galvanique, soit à l’action d’a gents divers sur un liquide sensibilisé.
Je me suis efforcé de me mettre à l’abri des causes d’erreurs connues, et en particulier de la suggestion ; mais les phénomènes observés sont tellement en de hors des enseignements de la science officielle, que j’attends moi-même leur confirmation par d’autres expérimentateurs pour les admettre sans réserves. On peut toutefois reconnaître, dès maintenant, qu’ils jettent un certain jour sur les pratiques de la
220 l’initiation magie, en particulier sur l’envoûtement qu'on trouve déjà chez les Chaldéens (i) et dont Ovide a dit : Devovet absentes simulacraque cerea figit, Et miserum tenues in jecur urget actes Il sont même moins extraordinaires que ceux aux quels fait allusion le passage suivant du discours pro noncé au dernier congrès de l’Association britannique pour l’avancement des sciences par M. Lodge, prési dent de la section des sciences mathématiques et phy siques.
« Comment la force s’exerce-t-elle et qu’est-ce, en définitive, que la force? C’est là une question qui ne peut guère être posée d’une façon intelligible, saut pour ceux qui ont abordé et médité ces questions. Mais, j’ose le dire, il y a quelque chose que n’a pas prévu la physique orthodoxe: oui, je le déclare, la physique moderne n’est pas complète, et, dans la voie que j’indique, de grands progrès sont possibles. Mais allons plus loin.
Cette dépense de force déterminée par un acte de notre volonté, par quel mécanisme s’effectue-t-elle ? N’existe-t-il pas une lacune dans nos connaissances entre l’idée consciente d’un mouvement et l’énergie musculaire nécessaire à son accomplisse ment?
Et, s’il en est ainsi, comment pouvons-nous savoir si un corps ne peut être mis en mouvement par un acte de volonté sans le contact matériel auquel nous sommes habitués? » Rien, du reste, ne peut prévaloir contre des faits ; (i) F. Lenormand, la Magie chez les Chaldéens, ch. r»r, P- 57.
EXTÉRIORISATION DE LA SENSIBILITÉ 22 1 or des observations nombreuses, notamment celles de Crookes en Angleterre et de Lombroso en Italie, ont prouvé que sous l’influence de causes encore inconnues on pouvait faire mouvoir les corps à distance. J’ai montré comment on arrivait à extérioriser la sensibilité ; le moment peut être proche où l’on trou vera le moyen d’extérioriser la motricité. Albert de Rochas. A JoSÉPHIN PÉLADAN.
Que l’Espritfier, indépendant, ennemi des agenouil lements intellectuels ou physiques ne tourne pas ces pages sans les avoir lues. Si ma langue, trop pauvre, emploie pourlLlc/e par excellence le même terme que les cléricalismes pour une des pratiques de leurs Rituels, c’est par insuffisance et non par équivoque. Je veux ici tenter d’exprimer ce que la Vérité est.
Je veux tâcher de rapprocher par un équilibrant ter naire les antipodes de la philosophie occidentale, et pour creuser le canal qui doit faire communiquer les deux mers, Catholicisme et Positivisme, me servir de fleuves opposés, mais dont les sources sont les plus proches. Ainsi prendrai-je dans ces deux systèmes
222 l’initiation les deux définitions correspondantes de la Prière. La Prière est l’élévation de l’âme vers Dieu, nous dit le Catéchisme chrétien. La Prière est l’élévation de l’âme vers tout ce qui est digne d’être aimé. — Ainsi s’exprime Auguste Comte.
Voilà deux formules bien voisines pour des théories aussi opposées, mais, si l’on admet que Dieu est tout ce qui est digne d’être aimé, on semble avoir concilié ¡’Athéisme le plus pur et lé Déisme le plus documenté — et la définition de la Prière sera parfaite, dans les deux écoles — parfaite par sa concision chez les ca tholiques excellente par sa clarté chez les positivistes. — Mais cette conciliation n’est qu’apparente, faute de savoir ce qui est digne d’être aimé.
Il appartenait à notre belle Philosophie d’unir, en une synthèse acceptable de tous, les aspirations des uns, les expériences des autres. La Prière est le Culte et la Pratique du BEAU, du BON, du VRAI, et c’est dans ce triple domaine que se devront mouvoir les envolées mystiques des uns et les précises constatations des autres.
Et combien elle est plus belle en son essor, plus vigoureuse par son envergure, cette Prière, nous en traînant vers les demeures étincelantes et pures; plus belle et plus vigoureuse que les pratiques d’un clérica lisme tremblant, obscur et laid, châtrant les Idées, émasculant les corps, humiliant la Volonté par les pratiques moutonnières d’un rabâchage machinal.
Plus fière et plus annoblissante encore que les pro grammes imposés par la banalité officielle par les Larousses de tout acabit, enfin par cet hommage ins
LA PRIÈRE 22 3 tinctif et timide rendu à Vidée courante par le maté rialisme barbare et bourgeois. Si le catholicisme a mis la prière en formules et la mortification en pilules, le positivisme a attenté à notre liberté de penser, de sentir, de comprendre.
Il a étiqueté nos sensations, nos sentiments, nos idées, et, aux casiers où, arbitrairement emprisonnés, par leurs doctrines, ils dorment, sous le sceau du bon sens spécial et de l’absolu relatif des infaillibles pé dants de la science officielle ; il a placé la sentinelle de l’aliéniste prête à se servir de ses armes (et de quelles armes, grand Dieu !) à la moindre velléité d’in dépendance.
Cependant, nous venons sans amertume, oublieux des bûchers de jadis allumés par la foi, sur lesquels nos frères martyrs confessaient la Science, comme insouciants des modernes piloris où nous veut atta cher la science d’aujourd’hui, sur lesquels nous con fessons la Foi, piloris bien mesquins et peu pitto resques, piloris du ridicule ou du silence, mais aussi vains pour l’anéantissement de notre Verbe que le furent les bûchers d’autrefois faisant à nos Agonies d’apothéotiques piédestaux.
Nous venons vers vous, sans amertume, catho liques par qui la science des savants fut retardée, des heures de vie enlevées à nos frères des bûchers; savants, craintifs pour vos sièges faits, appréhendant l’étude et redoutant la constatation de la vanité des anciennes théories, et nous vous disons : Priez ! Catholiques ! souffrez que la Vérité s’allie en vos basiliques aux Belles architectures par une parole
l'initiation 224 informée comme à la radieuse Bonté de Christ parfois trop oubliée en vos chaires. Savants ! que le Vrai n’absorbe pas, en une de ses minuscules manifestations, toute une vie que le Bon doit réchauffer, que le Beau doit illuminer !
Lorsque votre intellect atteindra la hauteur à laquelle toute Vérité se conçoit belle et bonne, l’am biance vous sera peuplée de voies lactées de certi tudes, d’univers, d’affirmations dont la réalisation involutive produira de belles, bonnes et grandes choses sur la terre. Mais ne repoussez pas l’intuition, recherchez-la, au contraire.
Elle est la révélation atavique de siècles d’intelligence et d’amour, elle est, en quelque sorte, la polarisation inconsciente, par des existences antérieures, de ce Moi que nous emprun tons aux générations passées sur ses trois plans, ani mal, animique et intellectuel. Elle est aussi un levier puissant pour que ne stagnent pas en d’inférieures croupiscences les artisans de Vérité. Catholiques, ne repoussez pas la théorie.
Savants ne rejetez pas le dogme — priez tous deux. De même que, par un fréquent usage, l’organe se développeetse fortifie; ainsi se doivent hypertrophier nos potentialités affectives, admiratives, intellec tuelles. La prière n’est autre que ce développement de facultés supérieures par l’exercice. Certes il n’est pas facile de réaliser par soi-mème l’idéal qui nous hante.
Mais ce qui nous est toujours possible, c’est d’éviter le laid, le mauvais, le faux. Avant de devenir les virtuoses du divin, soyons-en les
LA PRIÈRE 22 5 dilettanteset méfions-nous des galeries, quelles qu’elles soient. Pratiquons en nous et autour de nous une antisep tie vigoureuse, par l’ablation des mauvais instincts et des habitudes dégradantes. Sans crainte de la plai santerie que nous suscitons sur la route, marchons droit vers la lumière.
Un prêtre du Beau : Joséphin Péladan l’a tellement bien exprimé dans son Com ment on devient Mage qu’il est inutile de traiter après lui ce sujet. Ce maître est encore aujourd’hui en butte aux ro bustes facéties de beaucoup d’ignorants, de pédants et d’égoïstes. Admirons son talent, respectons sa sincé rité et son Idéal, ne le jugeons que s’il y forfait ; et encore le saurions-nous ? Servons le nôtre sans faiblir.
Ne cherchons pas les définitions de ce que nous sentons, nous arriverions à fausser notre Supérieur Inconscient, cet ange gar dien de la sainte Doctrine ; admirons ce qui est Beau sans le discuter, parce que nous y vibrons; pratiquons le Bien, sans philosopher, parce qu’il nous émeut ; recherchons le Vrai quand il s’impose à notre Sim plicité, car il nous illumine. Ainsi nous prierons et toujours monterons vers l’idéal.
Chaque fois qu’en un acte d’Amour, sous l’impres sion d’un Art, à l’énoncé d’une Vérité supérieure nous sentirons couler plus fréquent et plus chaud le sang de notre cœur, nous pourrons concevoir que notre intelligence, sur les ailes de la vie, a essoré vers (i) Librairie du Merveilleux, 29, rue deTrévise, Paris.
22Ô L’INITIATION une contrée dont le souvenir suscitera les nostalgies. Nostalgies du Haut, tels doivent être nos seuls soucis ici-bas. Et si Patrie se peut dire du Pays que l’on pleure en le quittant, nous serons les citoyens des zones supé rieures, et ainsi se trouvera justifiée la nécessité de la Prière qui nous les aura révélées. Quærens.
PARTIE LITTERAIRE par Edouard Dubus En ce temps de banquisme, de niaiserie et de stu péfiante ignorance; en ce temps où le grouin du pu blic s’oriente vers les boniments péladasinesques, la peinture d’Henri des Groux et la musique d’Achille de Bussy: où le félibrigeinternational conduit sous un même pennon Belges, Suisses et Levantins, heureux de saluer chez M. Moréas le plus parfait virtuose en logomachie que Ronsard ait enfanté,, c’est une vive joie pour les esprits curieux des choses littéraires que l’apparition d’un poète exempt de manginisme, d’un poète qui ne se proclame roman, symboliste, ni renéghilien, dont les humanités s’effectuèrent ailleurs qu’à la Bibliothèque en de brèves, séances, et qui, premier que de composer des vers, se donna le soin
228 l’initiation d’apprendre la grammaire.Tel est M. Edouard Dubus, dont le récent volume enrichit d’un frêle et fin joyau la Bibliothèque de la Plume, où les Dédicacés de Paul Verlaine et cette merveille de M. Retté : Thulé des Brumes l’avaient glorieusement précédé : Quand les violons sont partis...
Le titre d’élégance légère, avec un ressouvenir de fête galante et ce qu’il faut d’accent cavalier en un jeune poète, évoque d’emblée le milieu quintessencié, les parcs lunaires à.’intermezzo les mirages Conseilleurs de jolis projets un peu hardis où se développent les quarante poèmes d’Edouard Dubus, poèmes si variés de facture, mais reliés entre eux par une même et robuste inspiration.
L’amour de la femme emplit ce livre de printemps, de la femme tantôt perfide comme la nixe d’Henri Heine, buvant de sa lèvre morte le rouge sang des coeurs et berçant de chansons insidieuses le sommeil des pêcheurs engloutis; tantôt fardée et peinte comme une vierge byzantine, Droite en son vêtement d’impassibilité parmi les jardins coruscants des verrières et l’ou tremer ingénu des lettres onciales ; tantôt fugitive et doucement pleurée sur les modes sangloteursde Paul Verlaine, le maître immédiat de M. Dubus, C’est la femme toute entière avec son inconsciente nocuité, ses grâces animales et tout ce que sa parure, sa
QUAND LES VIOLONS SONT PARTIS 22Q laideur, sa bêtise et sa méchanceté versent d'affole ment aux plus nobles cerveaux.
La tristesse des couchants « pavoisés de pourpre », l’or rosé du matin « où la bougie agonise », les brises des « saisons jolies », les lis « pareils à de vivantes opales », tout ce décor d’apothéose et de féerie auquel M. Charles Morice (i) reproche avec quelque dureté, mais non sans raison peut-être d’avoir longuement servi aux artifices parnassiens, tout ce décor enluminé de pourpres hiératiques, ce décor fleuri, composite et chantourné encadre un seul drame de jeunesse, le planctus éternel du désir inconsolé. <■ O lasso Quanti dolci pensier, quantodisïo Meno costoro al doloroso passo ! » C’est le doux penser dont mourut Françoise qui parfume les nobles vers que voici de dévotion païenne et de mystique sensualité, qui consacre le vind’amour en un « calice enguirlandé ».
Pour que s’immortalise un merveilleux supplice, L’Eternel féminin lève au ciel un calice Enguirlandé de folles fleurs de volupté. Pour que s’immortalise un merveilleux supplice.
La haute coupe d’un métal dlamanté, Où se profilent de lascives silhouettes A l’attirance d’un miroir aux alouettes, Et nos divins désirs qu’elle éblouit un jour Viennent, l’aile ivre, éperduement voler autour, Criant la grande soif qui nous brûle la bouche, Jusqu’à l’heure de la communion farouche Où chacun boit dans le métal diamanté La Science : qu’il n’est au monde volupté Hormis les fleurs dont s’enguirlande le calice, Pour que s’immortalise un merveilleux supplice. Quel succès prédire au recueil d’Edouard Dubus ? ( i ) Mercure de France.
2 3o 1. INITIATION Parmi les abominables gentillesses des imbéciles rimeurs contemporains, cette voix pure, fraîche et déjà promise aux magnificences lyriques, os magna sonaturum se fera-t-elle entendre par delà les« Brékékékex» des grenouilles romanes et le renâclement des bourriques symbolistes ? Il serait audacieux de l’espérer.
D’ailleurs la chose semble deminime impor tance, les vers de notre Dubus étant de ceux qui peu vent attendre les consécrations futures et la justice du lendemain. Laurent Tailhade.
L’homme obéit aux lois d'une double nature; En lui l’Esprit s’unit au corps matériel: Parfois vers l’idéal son âme s’aventure Et, lasse d’ici-bas, se ressouvient du ciel; Mais le Démon jaloux lui murmure à l’oreille: « Laisse là ta chimère où tout est vanité', A la soif du Désir quelle extase est pareille ? Bois à longs traits l’amour avec la volupté ! Quel rêve aura jamais la douceur des caresses? Savoure du baiser les troublantes ivresses. De ce paradis-là Dieu ne t'a pas banni.
SONNET 23 I El tous., nous succombons, car l’homme — chose [étrange — Suit l’instinct de la chair qui le pousse à la fange, Et garde au fond du cœur la soif de l’infini. Charles Dubourg. Dieu veut ce que je veux. est bon de penser, seul, en fixant un astre, La tête haute, au ciel; d’admirer l'univers Et ses secrètes lois; d’oublier les pervers. Et de chercher le bien au fond de tout désastre! Il n’est point de monnaie ici-bas sans revers; Le monde n’est pas fait pour dresser un cadastre; Nous contemplons en vain, amis, notre épigastre: Et l’homme disparu ne laisse que des vers. Dès lors vivons contents, sans plaintes, sans mur- [mure, Contre les coups du sort nous avons une armure De fer, la volonté : sachons former des vœux ! Dominons notre cœur par notre intelligence, Comprenons, agissons et faisons diligence. En répétant toujours : Dieu veut ce que je veux ! Microsthènes
BIBLIOGRAPHIE PAR PAPUS(l). La plus grande difficulté que rencontre le débutant en occultisme consiste dans la définition même des études qu’il entreprend. Dès qu’il se trouve en pré sence de cette grande synthèse enveloppée dans le mystère depuis des siècles, il ne réussit à s’en faire qu’une idée fort confuse ou restreinte à l’objet de ses désirs : Est-ce une religion ? Est-ce une science? Estce un art ou une philosophie? Ceux qu’il interroge lui disent que c’est tout cela ; les livres qu’ils ren contre lui parlent: les uns d’Astrologie, d’Alchimie, de Magie cérémonielle; les autres de mysticisme; ceux-ci sont religieux, ceux-là sont ou historiques ou de pure science ; il n’en trouve presque aucun qui rassemble ou accorde ces aspects divers ; il en découvre moins encore, peut-être, qui ne choquent (il i vol. grand in-8 de 1080 pages, à la librairie Chamuel et C‘‘.
TRAITÉ MÉTHODIQUE DE SCIENCE OCCULTE 233 parle langage, par la méthode, ou par les assertions, les principes fondamentaux de notre instruction mo derne. C’est que, depuis longtemps, les éléments mêmes de l’occultisme ne se transmettent plus qu’oralement, et à bon escient.
Aujourd’hui leur divulgation, justifiée par l’attraction que l’occultisme exerce sur le public, demandait pour être accomplie un disciple rompu aux études variées qu’il comporte en même temps que capable de les contrôler par nos sciences posi tives. Aucun auteur n’était plus capable que Papus d’une pareille entreprise.
Pourvu de bonne heure de l’initia tion Martiniste, armé d’une forte instruction scienti fique, travailleur infatigable, il a consacré des années à l’étude des classiques de l’occultisme: il en a décou vert et réhabilité quelques-uns oubliés ou méconnus, et non des moindres.
En outre Papus est doué, vous Je savez, de tout l’ardent prosélytisme de l’apôtre: quand ses mains ont plongé dans des trésors de vérité, il a hâte de les ouvrir au rebours du célèbre philosophe égoïste.
11 a donc tenu à épargner à ses confrères du présent ou de l’avenir les fatigues souvent rebutantes du début; et de ce généreux désir est née cette définition longuement et clairement développée, cette démons tration lumineuse de l’occultisme qui s’appelle le Traité méthodique de Science occulte. Nos lecteurs le connaissent déjà par le premier compte rendu très net d’un de nos amis de {'Initia tion ; beaucoup d’entre eux l’ont sans doute entre
234 '■ l’initiation les mains, mais,comme c’est un livre d’étude et d’élé ments auquel il faudra bien souvent revenir, on ne trouvera pas sans doute inutile un commentaire géné ral qui en fasse ressortir l’esprit, l’emploi et les avan tages. ¥ ¥ Voyons le plan tout d’abord : Il vous est arrivé probablement d’avoir, ou à don ner, ou à recevoir les premières notions de l’occul tisme, et vous avez apprécié la difficulté qui naît ou de l’ignorance absolue du sujet ou même de la pré vention plus ou moins marquée que lui oppose l’étu diant.
Pour en triompher, s’engageant dans la voie qui paraît la plus naturelle, ou du moins la plus facile, on entreprend immédiatement l’exposé de la théodicée ou de la cosmologie, ou de l’andrologie ; ou encore, on s’acharne à démontrer sinon l’existence, la possibilité tout au moins du phénomène, de la di vination, de la communication avec l’invisible : Le résultat le plus ordinaire est la fatigue préma turée de l’élève, impatient des preuves; et, si on les < lui impose, son esprit imbu de notre éducation posi tive se révolte et s’y refuse.
Papus, en maître expert, a évité l’une et l’autre de ces dangereuses méthodes ; il a su trouver la voie qui, expliquant et démontrant à la fois doit être la plus sympathique à l'élève parce qu’il se sent continuelle ment intéressé et persuadé. Voici comment : Il pose d’abord le problème sans le préjuger : « La science occulte peut être conçue comme un corps des
TRAITÉ MÉTHODIQUE DE SCIENCE OCCULTE 235 doctrines enseignées dans les Universités de l’Egypte et transmis d’âge en âge, non sans subir de sérieuses mutilations. » Mais, d’accord avec la restriction que M. Franck formule dans sa lettre initiale, les ocultistes ne croient pas à l'existence d'une science occulte distincte par essence de la science ordinaire. Comment s’établit leur concordance si généralement méconnue?
Quelle est la vie de l’une et de l’autre? Que pouvons-nous tirer à notre tour de leur union ? Voilà ce qui va être examiné tout d’abord. La solution de ces questions, Papus la demande principalement à l’histoire, éclairée, quand il le faut, par des commentaires scientifiques tantôt résumés, tantôt originaux, mais toujours aussi nets qu’ingénieux.
Parcourons l’ensemble de cette démonstration : Si la science occulte, qui remonte à la plus haute antiquité, ne diffère pas essentiellement de nos sciences, les anciens les connaissaient donc? — Sans doute: plus de 3o pages de preuves détaillées, authentiques, appuyées de l’autorité de grands savants et d’une im posante série de références classiques, ne peut guère laisser de doutes.
Mais alors, comment se peut-il que la science an cienne nous paraisse si différente de la nôtre? — C’est à cause de leur méthode. Au lieu de partir du détail multiple de notre analyse qu’ils ne recherchaient pas autant, ils rattachaient l'ensemble de leurs connais sances à quelques principes métaphysiques simples et féconds. Nous sommes déductifs ; ils étaient syn thétiques.
236 l’initiation Ces principes premiers étaient : i’ La vertu des nombres qui est tout entière dans le principe universel de la Trinité, révéré chez tous les peuples et de tous les temps ; 2° L’Unité de la Nature, qui se traduit par la hié rarchie et l’analogie de ses formes ; 3° L’existence de la Substance première, fondamen tale, animée par la Force, d’où dérivent toute forme, tout mouvement, toute vie.
Voilà ce que nous démontrent les Prolégomènes et la première partie du Traité-, d’abord par quelques notions sur l’analogie, le ternaire et les Nombres ; ensuite, en nous expliquant comment la vie se déve loppe à travers les transformations de la substance par le double courant de ¡’Evolution et de l’Involution.
On trouvera particulièrement ici un exemple de ces développements originaux, ingénieux et simples que Papus sait asseoir sur les phénomènes et les notions ordinaires : ceux de ces chapitres empruntés à la structure humaine nous enseignent en même temps, dès le début ce que dit la science occulte du sujet le plus touchant pour nous : l’homme, sa nais sance, sa mort, leurs suites, et la possibilité de com munication entre les deux mondes. * * I La seconde partie du Traité répond à la deuxième des questions posées : Quelle a été la vie de cette science occulte si antique ? — La réponse est dans l’histoire de la Tradition dont le Traité nous dit les
traite méthodique DE SCIENCE OCCULTE 237 fluctuations en s’attachant plus particulièrement à ses formes occidentales, et surtout à celles judéo-chré tiennes, mais non sans nous indiquer cependant com ment elles se rattachent au paganisme ou à l’Orient.
Nous apprenons ainsi, d’après les maîtres les plus savants, habilement résumés, sous quels ingénieux mystères de langage les Egyptiens, puis après eux Moïse, avaient voilé leurs enseignements transcen" dants : Nous suivons ensuite jusqu’à l’ère chrétienne les vicissitudes de leurs doctrines, d’où sont nés la Bible et les divers monuments delà Kabbale.
Ceux-ci sont résumés ensuite dans leurs parties principales ; une traduction entière et nouvelle du Sepher Jezirah est même donnée avec des commentaires d'une clarté frappante. Après ces développements qui nous montrent une antiquité payenne tout autre que celle à laquelle nous sommes accoutumés, nous assistons, avec les premiers temps du christianisme, à une résurrection splendide de la tradition.
Condamnée cependant par le triomphe politique de la religion catholique et l’invasion des Darbares à se voiler de nouveau, elle se renferme dans le mystère des sociétés secrètes : alchimistes, templiers, rose-croix et francs-maçons.
C’est à travers leur histoire et, principalement, par celle delà franc-maçonnerie que nous voyons la Tra dition se partager en plusieurs écoles parallèles, puis disparaître avec les sociétés qui l’ont recueillie, à mesure qu’elles dégénèrent selon la loi commune... Puis enfin, conservée, cultivée, rajeunie par une pléiade d’initiés restés jusqu’ici presque ignorés, elle
238 L INITIATION se montre aujourd’hui toute prête aux manifestations fécondes d’une vie nouvelle que {’Initiation et le Groupe indépendant d'études ésotériques se sont donné la tâche d’activer de tous leurs efforts. Ces longs développements, habilement animés de la vie de l’histoire, qui leur donne un intérêt toujours croissant, ont appris presque sans effort au lecteur le langage, c’est à dire la forme, puis le fonds et la for tune de la science occulte ; ils conduisent tout natu rellement à la question qui fait l’objet de la troisième partie. Si telle est la réalité des faits, il doit donc nous être possible, à nous aussi comme aux anciens, de con naître l’invisible de science certaine ; d’unir dans une synthèse suprême la science occulte à la science posi tive. Le Traité y répond en nous donnant les notions et la justification : i° de la divination et des sciences qui s’y rap portent; l’une d’elles, la chiromancie, est largement résumée avec des clefs aussi nouvelles qu’originales qui lui donnent une netteté inconnue jusqu’ici ; 2° De la magie cérémonielle; 3° Du symbolisme, né delà grande loi d’analogie, et dont le Tarot est un des plus beaux exemples. * ¥ ¥ Voilà pour une première lecture ; elle donne déjà de la science occulte une idée assez claire et complète pour qu’on ne s’étonne pas de la trouver au fond de toutes les grandes révolutions historiques ; de la voir
TRAITÉ MÉTHODIQUE DE SCIENCE OCCULTE 23g longtemps et souvent la directrice des peuples et la créatrice de leurs religions qui ont été comme leurs âmes. Mais ce premier aperçu ne doit être que le prélude d’une étude plus approfondie dont le Traité métho dique va nous fournir encore tous les éléments.
Re passons donc ses parties principales pour voir à quelles études il nous convie, quels secours il nous offre pour les poursuivre. La série des traités détaillés commence par la science des nombres, ou plutôt du Nombre; Elle est fonda mentale ; le mystère de la Trinité est la première clef du sanctuaire ; sans elles la science occulte reste fer mée.
Il faut bien prendre garde qu’il ne s’agit pas ici de symboles seulement, mais de la première réalité métaphysique, laquelle consiste dans la segmentation de l’Unité, suivie de sa restitution, par le troisième terme, en une Unité de second ordre qui donne à la fois le quaternaire et le dénaire.
Quiconque méditera sur ces simples données préliminaires ne s’étonnera pas de l’importance qu’ont attachée à cette clef uni verselle de la Trinité toutes les religions et la plupart des philosophies, de l’Inde aux Kabbalistes, de Pythagore aux chrétiens, aux gnostiques et à Hegel.
Le Traité donne tous les éléments de la science du Nombre : Par la génération du quaternaire appuyée d’exemples simples et saisissants ; Par les opérations théosophiques, qui permettent de déterminer le caractère d’un nombre quelconque pris dans la série indéfinie en établissant à quelle per240 l’initiation sonne de la Trinité il s’identifie, et combien il est distant de l’origine ; Et en montrant commentle mathématicien Wronsky édifie sur les neuf premiers nombres son système de l’absolu.
Le lecteur qui voudra se rendre plus complètement maître de ces principes fondamentaux aura à les com pléter par l’étude de l’origine même de l'Unité, et par sa comparaison aux nombres essentiellement méta physiques, o et l’infini. Ces éléments trouvent leur application immédiate fort originale dans les cinq chapitres suivants du Traité, consacrés à laDoctrine.
Au moyen de quelques-unes de ces comparaisons simples et précises dont Papus a le secret, il réduit à un exposé presque élémentaire une suite aisément enchaînée d’enseignements qu’il est d’ordinaire bien moins aisé de saisir.
La Vie nous apparaît d’abord; répandue partout l’Univers ; puis nous voyons comment et pourquoi elle parcourt les Mondes en y faisant progresser suc cessivement les divers règnes au moyen d’une série fort ingénieuse, formée d’un septennaire par dériva tion du ternaire.
C’est l’histoire de la vague de vie exposée avec une clarté inconnue jusqu’ici, dans son ■ parcours des sept planètes d’abord, puis, sur la terre dans la suite de nos races; et, enfin, dans les périodes de la vie humaine.
Cet exposé sert à nous faire comprendre par les harmonies qui relient le macrocosme au microcosme, les éléments principaux de Androgonie : ConstituTRAITÉ MÉTHODIQUE DE SCIENCE OCCULTE 24I tion de l’êtrç humain selon la doctrine occulte; sa psychologie (résumée d'après l’ingénieuse et profonde théorie de Fabre d’Olivet), et la physiologie de ses principes (spécialement étudiés au moment de leur union ou de leur dissociation, à la naissance et à la mort).
Nos lecteurs se rappellent sans doute la plus grande partie de ces études aussi originales qu’ingénieuses, qui ont paru par fragments dans FInitiation-, l’étude ne peut leur en être trop recommandée ; ils ne trou veront nulle part ailleurs une démonstration aussi claire, aussi scientifique, aussi bien ordonnée de ces questions agitées à grand bruit depuis quelques années dans le public : la constitution septennaire de l’homme ; l’incarnation, la communication avec les âmes désincarnées.
Avec les développements historiques des deuxième et troisième parties, nous pénétrons plus avant dans les profondeurs de la science occulte. C’est ici qu’est l’âme du livre, dont l’objet principal est la tradition occidentale : elle y est établie très nettement.
Quinze siècles avant notre ère, Moïse, synthétisant la science ésotérique des Egyptiens et des Ethiopiens, races primitives, avec celle des Chaldéens qui se rat tachait à l’Inde, en fit cette tradition sacrée, la Thora, qu’il confia comme un trésor à la garde du peuple créé par lui, en même temps que la Bible, pour être conservé à travers les siècles.
Son œuvre, écrite sous la forme mystérieuse des anciens sacerdoces, et dans leur langue, est un texte à triple sens, demandant une clef. Cette clef, elle était donnée oralement ; plus tard, pour en prévenir la
242 l’initiation perte totale, on l’écrivit dans la Massora, le Talmud et la Kabbale. Au même temps que Moïse, Orphée, sorti des mêmes temples, au lieu de fonder une synthèse mé taphysique, réalisa l’ésotérisme sous la forme sociale en organisant les peuples de la Grèce.
Cette double création, profondément altérée par la suite, comme il était inévitable, parles passions im placables de l’ambition personnelle, le Césarisme, le Nemrodisme, engendra dans toute l’antiquité un double courant : Exotérique, sous l’impulsion d’Orphée, manifesté par les mythologies polythéistes. Esotérique, sous l’impulsion des juifs.
Les siècles s’écoulent : Le paganisme s’embourbe dans le matérialisme sanglant de l’empire romain, qui, dès qu’il a tout conquis, se sent enlizé dans l’anarchie.
L’ésotérisme, confiné toujours au fond des retraites de l’Égypte ou dans les étroites vallées du Jourdain et de l’Euphrate, harcelé par le despotisme militaire, semble près de s'éteindre avec les sectes rivales des Samaritains, des Saducéens et des Pharisiens,comme un fleuve qui se perd dans les sables en se divisant. Le monde agonise !
Quand un effort suprême de tous les initiés vient rendre à ce cadavre une vie nouvelle : l’Ère chrétienne est ouverte ! Des mystères païens naît le Néoplatonisme. De l'Egypte sortent Appollonius de Tyane, Simon le magicien, son élève, et la Gnose. De la Judée et de la secte des Esséniens selève Jésus.
TRAITÉ MÉTHODIQUE DE SCIENCE OCCULTE 24? Ainsi, avec la vie, la lutte reprend aussi ; quatre siècles durant, les trois ésotérismes se disputent la conduite du monde, semblables à trois âmes en combat pour un seul corps. L’église catholique enfin l’emporte, mais au prix de la tradition qui, perdue par elle, va s’enfermer encore dans l’occultisme pour s’y préparer à de nou veaux efforts.
Toutefois le polythéisme alexandrin est complètement vaincu ; l’Egypte va rester seule en face de l’Èglise avec les hermétistes. Le courant alchimique devient donc la voie pre mière, et, plus tard, la voie centrale de la Science occulte. Puis vient l’ordre fameux des Templiers que fait un instant trembler l’église enveloppée dans le réseau de ses commanderies hérétiques.
Un massacre impitoyable le supprime, et ce martyre donne à la gnose l’âme qui lui manquait pour arriver à l’exis tence sociale. Les rose-croix succèdent aux templiers avec plus de mystère et plus de science aussi, peut-être.
Enfin la franc-maçonnerie vient rassembler hermé tistes, rose-croix et templiers; mais, centre neutre plutôt que synthèse, ouverte comme un refuge où se réunissent toutes les réactions mystiques, elle dégé nère rapidement en perdant les clefs de tous ses symboles, et avec elles la notion précise de son but.
Aussi voit-on renaître à côté d’elle les écoles qu’elle avait un instant dissimulées : les Templiers qui, par le comte de Saint-Germain et Cagliostro, et plus près de nous, par Ragon, restent les plus rappro chés de la franc-maçonnerie, — les hermétistes, tels
244 L INITIATION qu’Eliphas Lévy, qui se réclament de Saint-Martin, ou qui, avec Wronsky, Lucas, Lacuria, poursuivent l’application de la tradition occulte à nos sciences. ' Auprès d’eux se remarque l’école qui vise à la syn thèse de l’occultisme : Court de Gebelin, Fabre d’Olivet, Saint-Yves. .
Sans compter les partisans des doctrines orientales, et les occultistes plus ou moins conscients qui se spécialisent, comme les magnétiseurs, les spirites, les expérimentateurs encore indécis. Tel est le vivant tableau d’ensemble par lequel le Traité fait ressortir la grandeur de la Science occulte.
Il suggère de bien importantes réflexions ; bien des questions essentielles s’y dissimulent ; nous ne pou vons nous dispenser d’en signaler quelques-unes à l’attention du lecteur. Commençons par rendre hommage à la Scienceetau talent d’exposition, bien connus du reste, de Papus, en rappelant quelques chapitres démonstratifs essen tiels qu’il a fallu passer sous silence tout à l’heure pour ne pas interrompre le cours de l'histoire.
Car, tout en nous récitant ainsi l’histoire de la Tradition, le Traité méthodique nous en expose suc cessivement les parties fondamentales avec tout ce qui s’y rapporte nécessairement: Voici d’abord le cha pitre du langage. Ce n’est pas sans de sérieux motifs qu’il a reçu un si grand développement. Le langage intéresse l'occultisme par plusieurs points essentiels.
C’est par lui que les prêtres anciens et parmi eux Moïse ont à la fois fixé et voilé la science ésotérique ; il fal lait donc prouver la réalité de leur langue spéciale
TRAITÉ MÉTHODIQUE DE SCIENCE OCCULTE 245 chez tous les peuples antiques ; par là seulement se peuvent comprendre le chef-d’œuvre philologique et métaphysique de Fabre d’Olivet, et la Genèse, base de la Kabbale, restituée dans sa signification transcen dante. < Le langage a bien d’autres révélations encore à nous faire ; par exemple, quand nous voyons toutes les écritures anciennes remonter au geste d’une part, à l’écriture cunéiforme de l’autre.
Il nous dévoile alors, par les briques et les cônes chaldéens, l’intervention d’une race des plus antiques, de qui l’Inde, l’Egypte et la Judée doivent se réclamer (par la cunéiforme anaryenne), avec les principes premiers de leurs sciences.
Il nous fait assister aussi à l’éducation du peuple pri mitif par le prêtre qui est en possession de ces prin cipes transcendants ; nous aperçevons la naissance du symbole et de l’hiéroglyphe, et nous les voyons remon ter jusqu’à ces principes absolument transcendants que renferme le nombre ; nous approchons de la langue primitive de notre cycle.
Mais ce sont là des origines trop lointaines, des déductions trop avancées pour qu’il soit possible d’y attarder le débutant ; Papus, en professeur émérite, n’a garde de les développer ; mais il n’oublie pas davantage de les indiquer pour suggérer, ici comme en tout le cours de son livre, en l’esprit du lecteur attentif, des sujets de méditations profondes. Sans y insister davantage, passons avec lui à la connaissance de la Kabbale. C’est ici un traité tellement complet, que l’auteur en a pu tirer un livre récemment paru, augmenté d’une
l’initiation 246 classification toute nouvelle, et que ce livre est pro clamé par M. Franck la publication la plus savante qui ait paru jusqu’à ce jour sur cet obscur sujet (1), Après une recommandation pareille, je n’ai pas besoin de signaler à l’attention du lecteur ce chapitre de cent cinquante pages : il lui suffirait d’ailleurs de le feuil leter pour voir du premier coup d’œil quelle sérieuse étude demande chacune de ses sections (principale ment celles sur l’Alphabet et les noms divins, puis les traductions des Seplier Jezirah et Bereschit).
En tout cas, le lecteur fera bien d’y ajouter le volume du Tarot, du même auteur (2), qui n’est que cité ici, et s’il ne préfère compléter le chapitre dont nous parlons par le volume nouvellement paru de la Kabbale ce qui sera le parti le plus sage, il devra du moins le rectifier par le remarquable article qui en a été extrait pour le n° 10 de juillet 1891 de ^Initiation sous le titre : la Tradition hébraïque.
Avec cette clas sification nouvelle, la lumière est plus claire qu’elle n’a jamais paru pour le public sur l’ensemble et les détails delà tradition occidentale.
Après cela, ce sera un jeu de suivre les chapitres spéciaux sur la Gnose, l’Alchimie (qu’on fera bien d’appuyer de l’excellent traité de M. Poisson) (1), et sur la Franc-Maçonnerie qu’on peut dire ici presque révélée à elle-même dans la complexité décadente,, (éclectique et non synthétique) où elle agonise. (1) Voir ['Initiation de novembre 1891, p. 185. (2) Le Tarot des Bohémiens 1 vol.'à la librairie Charnue?. (1 ) Théorie et symboles des Alchimistes. 1 vol. à la librai rie Charnue!.
TRAITÉ MÉTHODIQUE DE SCIENCE OCCULTE 247 Je ne compte que comme un accessoire sacrifié à dessein le rapide chapitre sur la tradition orientale ; il ne répond qu’à un besoin urgent encore, mais que le temps fera bientôt disparaître, celui de réduire à des proportions légitimes la prétention affichée par la Société Théosophique de posséder exclusivement, importée de l’Inde, la science occulte prétendue igno rée par l’Occident.
Le livre entier de Papus, avec son ■énorme bibliographie, est la meilleure réfutation d’une pareille assertion, mais il n’était pas inutile de mon trer aussi la concordance des deux doctrines. Que le lecteur, cependant, ne s’y trompe pas : l’Orient, indiqué seulement dans cet ouvrage, se dresse comme un sphynx qu’il faut aborder tôt ou tard.
Il est particulièrement essentiel de le connaître pour nous chrétiens, envahis depuis quelque temps dans nos philosophies par le panthéisme Indien ; mais le Bouddhisme y est complètement insuffisant ; il y faut ajouter au moins le Brahmanisme, la doc trine Adwaïta et la religion duTao Chinois.
On verra alors la question s'agrandir ; toute l’antiquité païenne dressera son énigme à son tour, et ce ne sera qu’après l’avoir résolue qu’on pourra se permettre de j uger com plètement le judéo-christianisme.
Travail colossal auquel les plus grands maîtres ont consacré de lon gues années (i), seul capable cependant de lever véri tablement les premiers voiles de la science occulte ! (1) Fabre d’Olivet, Wronsky, Saint-Yves, pour ne citer que tes plus récents. Anna Kingsford, dans le Perfect Way, avec beaucoup moins de solidité et de profondeur, a aussi traité ce sujet.
l’initiation Il était tout à fait hors du cadre où Papus s’était renfermé et qu’il a si complètement rempli, je me garderai donc aussi d’en parler longuement. Qu’il me soit seulement permis d’ajouter à ce sujet une simple observation suggérée parle Traité méthodique ; elle a pour nous son importance.
Il nous est dit au début de cet ouvrage que la science sacrée se composait de quatre parties principales: Cosmogonie, Androgonie, Théogonie, Physiogonie, (correspondant aux quatre lettres du nom sacré, mm). Si, se rappelant cette observation, on rapproche l’œuvre de Moïse,, base de la révélation ocidentale, de celle d’Orphée, père du paganisme classique, sorti, comme Moïse, de l’Egypte, on est frappé d’une remarque singulière.
Tandis que l’Egypte, du moins, avant toute dégé nérescence, ne négligeait aucun de ces quatre ordres du savoir total, la Kabbale nous développe la Cosmogonie (Sepher Bereschit) ; la Théogonie surtout, avec l’Ontologie qui se rattache à toutes deux, et YAndrogonie, mais vous y chercherez vainement la Physiogonie.
Tout au contraire, comme Saint-Yves l’a fait ressor tir dans la Mission des Juifs, avec Orphée, la Théogo nie sinon la Cosmogonie s’effacent devant la Physigonie (i).
La cause en était dans le caractère des (i) Ouvrages d’Orphée : Constitution biologique de l’Univers, Mystères terrestres, Argonautes : le grand oeuvre hermé tique, la sphère, système de ¡'Univers, livres astronomiques, livre des mutations (Chimie et Alchimie), Biologie du ciel et de la terre, l'esprit et la lumière dans leurs rapports avec la substance et la matière, Botanique naturelle et magique, Anémoscopie, Les tremblements de terre (Voir Mission des Juifs,
TRAITÉ MÉTHODIQUE DE SCIENCE OCCULTE 249 peuples qu’ils allaient façonner l’un et l’autre. Les conséquences en ont retenti jusqu’à nos jours et n’ont pas encore achevé de se développer, tant devait être considérable pour l’humanité le travail ésotérique de cette époque. L’Orient s’assoupissait alors pour le sommeil séculaire qui l’engourdit encore ; la vie pas sait en Occident.
Moïse infuse à l’humanité occiden tale le principe mâle ('¡ni), germe intime, presque imperceptible, mais plein d’activité. — Orphée déve loppe surtout le principe féminin (n), étendu, mul tiple qui va couvrir tout l’Occident. Ici sont l’intelligence, la déduction, l’analyse et la beauté, avec la jouissance d’être, l’épanouissement. Aristote, Platon, Phidias, la Grèce, la Rome épicu rienne et tout le paganisme.
Là, sont l’inspiration, la spontanéité, la rigueur, la foi, le dédain de la forme : les, prophètes, la Bible, le peuple de Dieu et le chris tianisme. D’Orphée est sortie toute l’antiquité clas sique avec la science et sa philosophie déductives rajeunies à la renaissance pour engendrer notre phi losophie et nos sciences positives.
Le peuple élu, germe mâle, brisé, fragmenté, diffusé dans la masse, a fini par la mettre en telle fermentation, par en prendre si pleinement possession active et domina trice, que tout le monde occidental rassemblé sous le joug romain, et étendu sur le nouveau monde, se réclame aujourd’hui de Moïse et d’Abraham, oppo sant son activité turbulente au sommeil déjà plus léger de l’antique Orient. Cependant cette combinaison tumultueusen’est pas achevée ; la fusion n’est pas complète encore ; c’est de
25o l’initiation ses derniers soubresauts que nous souffrons. Com ment le christianisme peut la hâter par le principe trinitaire de la fraternité, c’est ce qu’il est impossible d’esquisser seulement ici; notons du moins que, pour l’accomplir, il s’agit de joindre l’intuition à l’analyse.
Or c’est là proprement la restauration complète de la science ésotérique qui avait été,divisée pour être plus féconde, lors de la double émanation de Moïse et d’Orphée. C’est là aussi l’esprit et la devise du Traité métho dique : « Concilier la profondeur des vues théoriques anciennes avec la rectitude et la puissance de l’expé rimentation moderne. »(L.
Lucas.) ** * Je n’en ai pas fini encore avec ce Traité si rempli et si suggestif; mais je n’en finirais pas s’il me fallait rendre le compte qu’il mérite de cette partie pratique qui le termine si heureusement.
Je n’insisterai donc un instant que surla chiromancie esquissée là par une méthode aussi nouvelle qu’ingénieuse, fondée sur une énorme quantité d’observations et qui jette sur sujet habituellement si confus cette clarté, cette préci sion dont Papus sait illuminer tout ce qu’il traite. * ¥ ¥ Et maintenant, cher lecteur, un dernier mot : avant de vous laisser entraîner par le désir dangereux que peut faire naître cette partie pratique, — l’amour du. phénomène, la soif de la puissance exceptionnelle, —
TRAITÉ MÉTHODIQUE DE SCIENCE OCCULTE 25 I lisez et méditez ce Temple de Satan que la science éloquente de Guaita nous rend si intéressant, malgré toutes ses répugnantes horreurs (i), afin de vous per suader exclusivement que la pratique occulte doit être l’instrument redoutable réservé au grand œuvre de l'initié, respecté du profane.
Or soyez convaincu aussi que lorsque vous aurez bien lu, bien étudié, commenté, approfondi ce Traité de Science occulte qui vous offre tant à faire, vous ne sere% pas un initié! Vous n’aurez encore accompli que la moitié de l’effort exigé pour la préparation, et la moitié la plus douce, la plus remplie de joies et de ravissements.
Ce qui vous attend maintenant si vous voulez pénétrer dans le temple pour l’initiation com plète, c’est la suite longue et pénible de déboires, d’angoisses, de luttes, de désespoirs peut-être sans les quels il est impossible de tuer en vous l’homme de passion et d’instinct pour faire place à l’homme du désir et de l’intuition.
Il vous faudra mourir, dans toute la force de votre vie terrestre, pour renaître une seconde fois avec une orientation supérieure. - Ayez donc soin de méditer ce beau livre jusque dans son titre. Il ne s’annonce point comme un manuel d’initiation, mais comme un livre d’instruction. Traité de Science occulte. F.-Ch. Barlet. (t) Le Serpent de la Genèse (le Temple de Satan) i vol. à la librairie Chamuel.
252 l’initiation DAS KREUZ AM FERNER Roman hypnotico-spiritualiste, par Karl du Prel, 2 vol.in-16. Stuttgart, 1891 ; Edité chez J. G. Coïta.
Beaucoup de critiques refusent à toute œuvre d’ima gination dans laquelle le merveilleux entre pour une grande part, le dramatique nécessaire pour intéresser; c’est ainsi que Barbey d’Aurévilly n’accorde de la valeur à ces épisodes de la Comédie Humaine tels que la Peau de chagrin, A la recherche de l’Absolu, Sérapliitus, Louis Lambert, Ursule Mirouët,« qu’en raison de la beauté transcendante des détails » (1).
Le merveilleux, selon lui, ne peut passionner que les lecteurs de Ch. Perrault. C’est là une appréciation toute subjective, et qui doit varier avec le genre de merveilleux employé et l’état d’esprit du lecteur.
Il est entendu que les Contes des Fées ne peuvent pré senter qu’un sens symbolique; mais/si le littérateur met en œuvre des données scientifiques encadrées d’une affabulation quelconque, la question change et doit serésoudre dans un sens favorable : c’est ce qui a lieu pour le roman auquel sont consacrées ces pages. Cette œuvre, la première en ce genre du philosophe (t) Préface du Vice suprême (vol. I" de YEthopée deJ. Peladan).
l’occultisme EN ALLEMAGNE 2 53 moniste, est surtout destinée à l’instruction de ses lecteurs; et dans la préface l’auteur en dévoile les bases scientifiques : « Je connais, dit-il, le monde que je décris, par ma propre expérience;... et ce sont les parties de ce récit que le lecteur non prévenu pourrait tenir pour des productions de mon imagina tion, qui le sont justement le moins;... si ces éclair cissements éveillaient chez l’un de nos lecteurs la curiosité de plus amples renseignements, il se repor tera aux notes que j’ai placées à la fin de chaque volume. » Nous voilà fixés sur les tendances carac téristiques du livre, voyons de quelle façon le doc teur du Prel les a développées.
Léonore et Alfred étaient les derniers descendants des comtes de Karlstein ; la fatalité les avaient rendus orphelins detrès bonne heure, et ils vivaient ensemble dans le château familial bâti au milieu des montagnes. Alfred venait de terminer des études artistiques ; il pas sait la majeure partie de son temps dans l’immense bibliothèque du château exclusivement composée d’ouvrages sur les sciences secrètes.
Une sorte de tra dition voulait d’ailleurs que les comtes de Karlstein s’occupassent de mystique ; et l’un d’eux était même resté célèbre dans le pays sous le nom de « Fai seur d’or ».
Cependant, au bout de quelquessemaines, Alfred, qui avait juste eu le temps de se rendre compte de l’immensité de ces études, désorienté dans cette forêt de vieux livres, déconseillé par sa sœur, aban donna la bibliothèque ; il se mit à excursionner dans le pays avec Léonore, et à reproduire sur la toile les sites pittoresques qu’on y trouve en foule. Dans une
l’initiation 264 de ces explorations, il rencontra, près d’un glacier, une jeune fille extraordinairement jolie, nommée Marietta; il se plurent fort tout deux; les occasions de se revoir étaient très fréquentes, ils n’en laissèrent échapper aucune ; si bien que, lorsqu’une lettre de son tuteur appela Alfred en Autriche, il était décidé à épouser Marietta, ou Moidele, comme on l’appelait familièrement.
Pendant son absence, la jeune fille se vit obligée d’avouer à son père et son amour et le fruit qu’il avait porté. Le voyage d’Alfred se prolon geait; Moidele partit en Italie, où elle accoucha d’un fils, qu’elle appela Emmanuel; le médecin qui la soignait prescrivit l’air natal pour son plus prompt rétablissement; Moidele laissa donc son enfant aux soins d’une amie, nommée Hélène, et revint avec son père à Karlstein.
Quelque temps après, elle recevait une lettre d’Alfred, dans laquelle il lui annonçait le lour et l’heure de son arrivée toute prochaine; elle court au-devant de lui, et pour le voir plus tôt, monte sur ce Pic du Diable où ils s’étaient rencontrés pour la première fois ! elle l’aperçoit, elle veut s’élan cer vers lui, mais le pied lui manque soudain et elle roule, jusqu’au fond de l’abîme qui se creuse à ses pieds, sous les yeux de son père et d’Alfred, affolés.
Quelques jours après cette catastrophe arrive une lettre d’Hélène, anonçant son départ pour Vienne, avec Emmanuel; Alfred résolut assitôt d’aller cher cher son fils, mais Hélène, craignant pour un si jeune enfant les difficultés du voyage, l’avait laissé chez une de ses parentes à Szegedin ; lorsque, revenant le prendre, une crue subite de la Theiss, engloutit le
L OCCULTISME EN ALLEMAGNE 255 bateau sur lequel son époux et elle avaient pris pas sage : de sorte qu’Afred ne put trouver à Vienne aucune trace de son fils.
Revenu à son château, le jeune comte de Karlstein tomba dans un désespoir morne, une consomption noire dont il ne sortit qu’au souvenir de ses aïeux les mystiques; il prit une résolution décisive: comme eux il s’enfermerait, comme eux il étudierait, jusqu’à ce que le monde des esprits lui ait ouvert sa porte sombre.
Dès le commencement de sa vie nouvelle, une des premières remarques qu’il fit sur sa psychologie fut que lui, qui pensait tout le jour, à Moidele n’avait jamais rêvé d’elle; il s’appliqua dès lors à développer en lui cette faculté du rêve volontaire, et y réussit après plusieurs mois d’efforts persévérants (i).
Il espérait aussi arriver à connaître le sort de son enfant, d’une façon analogue à celle dont les fakirs égyptiens et indous exercent leur clairvoyance.
Pour lui aussi, pensait-il l’ex Oriente lux serait vrai, et, à mesure que ses études devenaient plus profondes, que leur champ s’élargissait, il en sentait davantage la vérité. — Il songea dès lors à s’adjoindre un com pagnon d’études avec lequel il partagerait la besogne : ce collaborateur dévoué, il le trouva en la personne du docteur Morhof, un de ses amis d’Université ; remarquable par l’étendue de ses connaissances et la ( i ) Cf.
Les Rêves et les moyens de les diriger, in-8 sans nom d’auteur (par Herveys de Saint-Denis), Paris, Amyot, 1867. On trouvera décrites dans cet ouvrage les méthodes que le docteur du Prel fait appliquer à son héros. Voir aussi Studien ans aem Gebiete der Geheimwissenchaften par Car du Prel. (II, 53-75) à Leipzig, chez Friedrich 1891.
256 l’initiation distinction de son esprit. Ce savant, que sa pauvreté éloignait des fonctions publiques, accepta avec joie l’offre que lui fit Alfred de l’aider dans ses recherches à travers les quinze mille volumes d’occulte rassem blés à Karlstein.
Nos trois héros se mirent au travail avec une ardeur vraiment héroïque, si l’on considère et leur jeunesse et la grandeur de leur but; ils commencèrent leurs études par le magnétisme, qui, disait Morhof, devait leur donner la clef de la magie. Or, un jour qu’Alfred recherchait des documents sur la lucidité somnambulique, le livre de William Lane lui tomba entre les mains (i); et il demanda conseil à Morhof sur le projet d’un voyage en Egypte.
11 s’étonnait des échappatoires que lui opposait son ami, dont cepen dant le plus beau rêve était une excursion en Orient, lorsqu’un regard de ce dernier vers Léonore lui fit deviner son état sentimental ; pour accélérer la marche des choses, Alfred inventa un cours d'astro nomie pour sa sœur, pendant lequel il les laissait en tète-à-tète, si bien qu’au bout de peu de temps Léo nore et Morhof étaient fiancés.
Dans l’intervalle, Alfred avait fait venir près de sa sœur, comme dame de compagnie, une jeune veuve, arrière-petite-nièce et fervente disciple de Swedenborg; tous ces prépa ratifs terminés, il partit pour Alexandrie. (i) Cf. Mœurs et Coutumes des Egyptiens actuels, par William Lane ; ce livre a été traduit en allemand par le docteur JuliusThéodor Zenker. (Leipzig, Dyk.
Il, 89-98). — Voir aussi le n" 117 (juillet i83y de la Quartely Review, puis dans le livraison d'août x 83 3, de la Revue des Deux-Mondes, l'articla de Léon de Laborde: Enfin Gorres : Mystique, III, 5g8-6i3.
LOCCULTISME EN ALLEMAGNE 25y Morhof essaya, ainsi qu’il l’avait promis à Alfred, d’évoquer Moidele en s’aidant de parfums (i); il multipliait les expériences depuis plusieurs semaines déjà, lorsqu’une lettre d’Alfred arriva, l’informant qu’il avait découvert le.magicien de La ne, nommé Hassan.
Voici d’ailleurs le texte même de sa missive : « Nous sommes au Caire, dans la maison dTIassan ; il y a là un interprète et un jeune garçon de dix ans, Yusuf, qu’Alfred est allé chercher dans la rue sur l'indication du devin, et qui doit être le voyant.
Hassan écrit sur une bande étroite de papier des formules de conjura tion ; il allume ensuite un feu de charbon sur lequel il jette de l’encens, des graines de coriandre et de la gomme indienne; puis il fait asseoir Yusuf devant ce feu, et, dans la paume de sa main, dessine un carré magique avec des figures incompréhensibles, dans le milieu duquel il verse de l’encre ; la chambre se rem plit bientôt de fumée : alors le magicien jette sur les charbons sa bande de papier, puis il commande à l’enfant de regarder fixement la tache d’encre, sans lever la tête.
Yusuf ne voyait d’abord que sa propre image, mais il se prit tout à coup à trembler et dit : « Je vois un homme qui nettoie le sol avec un balai (2). » (1) On trouve dans Heliodore, Hist. d'Æthiop., VI, 14, le récit d’une évocation avec l’aide de substances organiques. Un nécromant moderne, le baron Lazar Hellenbach a observé, dans des expériences semblables, la consommation partielle d’eau, d’huile, de farine, de miel et d’un œuf cru. Cf.
Heilen bach : Die neuesten Kundgebungen einer intelligiblenWelt. Vienne. Rosner, 1881 (page 25). (2) A propos de cette dernière particularité, elle est, dans le livre de Lane (II, 93, 97), indiquée par deux fois, chose d’au tant plus remarquable,’ nous dit du Prel, qu’on la trouve déjà • 9
258 l’initiation « Tu peux commencer tes questions, » dit le magi cien en se tournant vers Alfred. Celui-ci, concentrant alors sa pensée sur Morhof, demanda au jeune gar çon ce qu’il voyait. « Je suis dans une forêt, sur un chemin de cailloux, les arbres ont des aiguillons, je ne vois personne.
Je suis devant une haute tour, je monte trente-sept marches..., j’entre dans une cham bre où est assis un grand homme, large d’épaules, à longs cheveux blonds..., il lit dans un grand livre, il y a un dessin curieux sur la page qu’il vient de tou cher ; il se lève, va à la fenêtre, et y regarde long temps. » —■ Ces phrases, qu’Alfred notait avec soin, étaient dites sans hésitation ; un assez long intervalle les séparait chaque fois.
Ce premier résultat obtenu, le comte dit à Hassan : « J’ai un enfant, j’ai perdu sa trace ; je ne sais pas où il vit.
Peux-tu me dire si je le retrouverai ? — Je ne puis te dire que ce que je vois ; je puis te voir quand tu le retrouveras, si' cela t’est donné. » Le magicien prend la place de Yusuf devant le trépied, tout en conservant dans sa main la main de l’enfant. — « Je suis sur une haute monta gne, il fait très froid: le sol est couvert d’une matière relatée par Casaubon, éditeur des mémoires du mathématicien John Dée.
Voir Casaubonus : A true and faithtull relation of whdtpassed for many years between Dr. John Dee and some spirits, London, 165g. Cette curiosité littéraire traite de séances spirites que Dée donnait devant les cours européennes au xvie siècle. Karl Kiesewetter en donne une relation assez dé taillée Akademischen Monatshefte deMunich (no78-82).
Cette vision du balayeur, dont parle Casaubon (page25),Kiese wetter l’interprète comme « le symbole de la destruction des obstacles matériels de la clairvoyance ». Mais cette explication est peu satisfaisante pour des cas aussi différents, car, ainsi que le dit l'évêque Synésius dans son ouvrage sur les Rêves, la symbolique des rêves et des visions est tout à tait individuelle.
l’occultisme EN ALLEMAGNE 2 5g blanche, humide... Un homme monte, il a un grand bâton à la main... Il s’arrête devant une pierre comme il y en a sur les tombes des infidèles..., il pleure... 11 est plus âgé que toi, ce ne peut être que ton père ou toi... Un autre homme monte le sentier..., il s’essuie le front.... il porte toute sa barbe..., une cicatrice pro fonde coupe les sourcils et va jusqu’aux lèvres... L’autre homme, toi, l’attend.
Mais des Brouillards montent de toutes parts, ils vous enveloppent..., je ne vois plus rien. » Après une demi-heure, Hassan dit : « Il n’y a plus pèrsonne près de la tombe. » — Des cends, dit Alfred, tu vas rejoindre les deux hommes; Hassan se penche de nouveau, mais il ne peut retenir un cri : « Qu’est-ce que c’est? s’écrie Alfred. — Rien ; j’ai froid; » et le regard du magicien qui avait pris un moment une expression d’horreur, recouvra son calme; les questions d’Alfred ne purent rien en tirer de plus.
« Tout ce que je puis te dire, c’est que le jour où sur la montagne, l’homme à la cicatrice sera devant toi, ce jour-là tu retrouveras ton fils. » Morhof et Léonore, au reçu de cette lettre, s’em pressèrent d’en contrôler toutes les indications, et Morhof se dépitait quelque peu de ne pouvoir envoyer au comte un récit aussi encourageant.
Il conduisait ses expériences comme des travaux de laboratoire, notant l’heure, la température, la pression baromé trique ; cependant toutes ses tentatives échouaient. Un soir, après dîner, il montait dans la tour pour tenter des expériences nocturnes, lorsque, cinq ou six fois de suite, les flambeaux qu’il allumait s’éteignirent sans cause apparente ; c’était le commencement d’un
2Ô0 l’initiation procès de phénomènes médianimiques, au cours des quels, après avoir établi l’alphabet des coups frap pés, Morhof obtint des communications écrites qui lui révélèrent la présence invisible de Moidele (i) ; il ne put cependant tirer d’elle aucun éclaircissement sur l’avenir d’Alfred et d’Emmanuel (2).
Pendant ce temps, Hassan donnait de nouvelles séances au cours desquelles il indiquait au comte le lieu oû il ferait connaissance avec l’homme à la cicatrice et le lieu où était actuellement son fils. Alfred fit ensuite, par le Dr Pruner-Bey, la connaissance d’un derviche, Mustapha-El-Negdi, qui lui confírmales visions d'Hassan, lui dit en outre que, le même jour, il retrouverait la mère et le fils, et que le nuage cachait un grand dan ger.
Le comte, d’après les récits de quelques officiers anglais, résolut tout à coup de faire le voyage de Bénarès, pour se mettre en relation avec un fakir nommé Cowindasamy ; ce dernier lui fit apparaître la main de Moidele, portant encore au doigt le rubis qu’elle avait reçu de lui, un jour que ses pensées se reportaient vers la patrie.
Alfred parla de son ami au fakir : celui-ci lui assura qu’il était mort, et pour preuve, la main de Morhof vint écrire sous les yeux du comte terrifié, plusieurs phrases, en différentes (1) Moidele avait écrit son nom à rebours : Elediom; cette particularité se remarque encore au cours de phénomènes mystiques, que le Dr du Prel a traités explicitement dans les Studien ans dem Gebiete der Geheimwissenchaften.
11, 179,19p. (2) Schopenhauer reconnaît la possibilité de la vision de l’avenir; voir: Die Well als Wille und Vorstellung, 1, 356 ; Parerga 1, 218; 11, 25 1 et suiv.; Kant : Kritik der reinen Vernunft, 36g, ¿75 (édit, de Kehrbach). — Bernhard Gorwitz : Richard's natilrlich-magnetischer Schlaf, Leipzig, 1837. Page ii5; et /diosomnambulismus, Leipzig, i85i.
l’occultisme EN ALLEMAGNE 2ÖI langues (1). II reçut quelque temps après la confirma tion de cette catastrophe : Morhoff avait été trouvé mort dans le laboratoire, près de lui se trouvait le procès-verbal inachevé de ses expériences : il venait d’apercevoir, au milieu des parfums magiques, les yeux indiciblement tristes de Moidele, qui le regar daient, lorsque l’asphyxie l’avait surpris.
Alfred était complètement démoralisé; il retourna à Calcutta, se lia avec un brahme et résolut de passer sa vie là, sur le bord de la mer, dans la case d’un marchand mahométan qui se rapatriait. Dix-huit ans se sont écoulés depuis ; nous sommes à l’Université de Vienne; parmi la foule des étudiants, deux nous intéressent particulièrement.
L’un, Somirof, — homme d’une trentaine d’années, sérieux, très intelligent, riche, ancien condamné aux mines en Russie, — s’efforce de conquérir la confiance de KarlMaria Tiedemann, dont la nature ouverte lui a laissé deviner un passé assez malheureux; Tiedemann était un enfant trouvé : les lecteurs ont deviné sans peine en lui Emmanuel ; et Somirof, toujours à l’affût de la fortune, sut, avec une adresse merveilleuse, pénétrer une partie de son secret.
C’était l’époque où Braid redécouvrait l’hypnotisme (2); Somirof partit aussitôt pour Londres, il y étudia une année entière avec Braid, (1) Voir les œuvres de Louis Jacolliot et les expériences de Crookes ; puis Animismus und Spiritismus par A. Àksakoff. Leipzig, Mutze, 1891 (1, i3i-i3g); Karl Kiesewetter : Ges chichte des Okkultismus, Leipzig, Friedrich, 1891. (2) W. Preyer : die Entdeckung des Hypnotismus. Berlin, 1881, et du même auteur : der Hypnotismus. Ausgewâhlle Schriften von Braid, Berlin, 1882.
2Ô2 L’iNITIATION et acquit bientôt la certitude d’avoir entre les mains une arme redoutable.
Le comte de Karlstein, que nous avons laissé aux Indes, où, sous la direction du brahmane, il s’était assimilé la plus grande part de l’œuvre intellectuelle de ce peuple et s’était exercé à divers développements psychiques, revint en Europe, et voulut, avant de revoir sa sœur, visiter la Grèce et l’Italie ; il s’arrêta quelque temps à Venise ; confiant en les prophéties qu’il avait obtenues, il attendait là l’homme à la cica trice.
Une indisposition subite lui fit demander un médecin ; l’hôtelier lui recommanda un docteur alle mand, et une heure après, l’homme à la cicatrice, Somirof, était devant Alfred. Dès lors, sa foi en ses visions devint inébranlable.
Somirof, grâce à sa diplo matie, sut circonvenir le comte ; il l’hypnotisa sous prétexte de thérapeutique et lui suggéra d’avoir en lui la plus grande confiance (i) ; c’est ainsi qu’en un très court espace de temps, Somirof connut Moidele, Emmanuel et l’histoire de la chaîne d’or, qu’il avait vue au cou de Tiedemann : de là à identifier ces deux personnes, il n’y avait qu’un pas. — Tandis que ses relations avec le comte devenaient de plus en plus intimes, celui-ci songea à l’installer à Karlstein, comme médecin d’un établissement thermal qui de- (i) Le lecteur, qui ne connaît pas à fond l'histoire de l’hy pnotisme, pourra prendre ceci pour un anachronisme, l’action se passant vers 1866 ; il n’en est rien cependant.
Les élèves directs de Mesmer avaient déjà étudié la suggestibilité, et du Prel a collationné de nombreux documents à ce sujet dans ses Studien (I, 185-206). Zschokke avait, il y a un demi-siècle, mis en action la suggestibilité post-hypnotique dans la nou velle : die Verklarungen.
l’occultisme EN ALLEMAGNE 263 vait y être bientôt fondé. Dès son arrivée au château, Somirof y fit venir Tiedemann, pour avoir sous la main les éléments d'une intrigue non encore déter minée, mais qu’il préparait avec soin. C’est ainsi qu’un jour, il prit prétexte de l’ivresse d’un ouvrier pour, pendant le sommeil, lui suggérer la sobriété, et lui ordonner l’obéissance passive à son égard (2).
Le pre mier ordre était exécuté, il en augura bien pour la réalisation du deuxième.
Léonore avait auprès d’elle sa nièce Albertine, qui déjà à Vienne, avait faitla connaissance de Tiedemann ami intime à son frère; nos deux jeunes gens s’ai maient, sans que Somirof le sût, et cela gêna'it fort ses plans, car il comptait épouser Albertine, héritière de Léonore ; et, comme il n’avait pu tirer aucun rensei gnements de la comtesse, ce fut elle qu'il résolut de supprimer.
Pour cela, il endormit un jeune gardechasse nommé Théodore, que la comtesse avait fort en amitié, et lui suggéra à échéance fixe de verser du poison dans son thé ; puis il partit, faire une excur sion de deux jours.
Le malheureux Théodore exécuta l’ordre, et, quand Somirof revint, Léonore était morte; il s’agissait maintenant de faire avouer à Théodore son crime ; Somirof n’eut pas de peine à le fasciner instantanément, devant un tribunal composé de gens qui ne connaissaient pas i’hypnotisme ; de sorte que le jeune garde-chasse fut conduit en prison. Tiedemann seul eut l’intuition rapide d’un secret entre Somirof (2) Voir der Hypnotismus, par le prof. Forel, de Zürich ; p. 118, 119. —Stuttgart Enke, 1891.
l’initiation 264 et Théodore, et il s’était juré de le découvrir; —Somirof avait quitté Karlstein ; Tiedemann s’installa aussitôt dans la bibliothèque, où il retrouva des notes éparses de Somirof, écrites récemment, avec des renvois, et des titres d’ouvrages (1).
Il put ainsi reconstituer toute la genèse du crime ; il s’empressa d’en faire un rapport, qu’il lut aux autorités et qui devait faire mettre Théodore en liberté, lorsque Somirof qui était à Gratz, quitta cette ville subitement pour un motif que lui seul connaissait : l’approche du jour où Emmanuel devait être rendu à son père.
Mais, pen dant son absence, les juges avaient perquisitionné à Karlstein et on avait trouvé contre lui des charges tellement graves, que la gendarmerie était réquisi tionnée pour l’arrêter dès son retour dans la vallée.
En attendant ce jour, Tiedemann était allé faire une excursion jusqu’à la chaumière de Moidele, qu’il con naissait pour en avoir souvent entendu l’histoire ; quelle ne fut pas sa stupéfaction en reconnaissant, gravé sur une poutre de la hutte, le dessin même du bijou d’or qu’il portait au cou ; il s’empressa d’an- (1) Voir, pour toutes ces questions de suggestibilité: les Studien de du Prel ; Almignana : Du somnambulisme, des tables tournantes et des médiums, p. 28.
Paris 1889; Mouillesaux : Exposé des cures de Strasbourg-, Paris, 1787, 3 vol. ; Liégeois : De la suggestion et du somnambulisme ds. leurs rapports avec la jurisprudence et la médecine légale.
Paris, 1889 ; Lilienthal : der Hypnotismus und das Strajrecht, Berlin et Leipzig, 1887,Revue de ¡'Hypnotisme, Février 1891, Article du D" Liégeois. — Le Sphinx, vol. Ill, p. 3go ; et dans le n° d'avril 1891 : Suggestion und Dichtung, du Prel : Phi losophie der Mystik, p. 280-378. Liébault : Du sommeil et des états analogues, p. 259. Kluge : Versuch einer Darstel lung des animalischen Magnétismus als Heilmittel, y. 286, Berlin, 1889.
L OCCULTISME EN ALLEMAGNE 205 noncer cette découverte au père de Moidele, qui vivait encore : et tous deux, rayonnants de bonheur, retour nèrent au château, annoncer la bonne nouvelle à Albertine. Le lendemain matin, le comte de Karlstein arrivait dans ses montagnes, après vingt ans d’absence, et le .cœur gros de souvenirs, il atteignait vers midi, le pic du Diable, où Moidele avait trouvé la mort.
C’est là que Somirof, qui avait calculé son temps, vint le retrouver, mais sans Emmanuel: il apprit de la bouche du comte, que Tiedemann devait être le mari d’Albertine ; aussitôt sa résolution fut prise: suppri mer Tiedemann ou Alfred ; ce fut ce dernier qu’il choisit; au moment où il s’y attendait le moins, le comte fut précipité par Somirof dans le glacier, à la place même où Moidele était tombée.
Le meurtrier, toujours calme, redescendait la montagne lorsqu’il vit des gendarmes venir à sa rencontre. Le misérable se trahit lui-même en se défendant d’avoir assassiné le comte, et, voyant ses crimes découverts, il s’empoi sonna sur l’heure. Alfred, que l’on avait tiré mourant de la crevasse où il était tombé, ne put que recon naître Emmanuel et lui donner sa bénédiction avant de rendre le dernier soupir.
Telle est l’intrigue un peu touffue sans doute de ce roman ; les descriptions pleines de sentiment, les ta bleaux d’amour à la Gessmer, et les dissertations méta physiques de la plus haute envolée y abondent. Là se trouvent résumée l’essence de la sagesse aryenne, la genèse du magnétisme et les principales lignes de la philosophie future. Livre destiné au grand public
206 l’initiation allemand, il a toute-les qualités que l’on peut désirer; l’auteur y a habillé d’une forme intéressante et agréable un fonds des plus solides, une érudition des plus sérieuses, une fort belle largeur de vues. La pré sentation de ces sujets si scabreux pour beaucoup d’esprits, si ennuyeux pour bien d’autres y est faite avec un tact consommé.
En somme, œuvre très intéres sante et parfaitement adaptée au goût des lecteurs allemands, dont le nombre sera grand s’il se propor tionne au mérite du livre. SÉDIR.
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ESOTERIQUES 267 D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES Bruxelles, 22 mai. La délégation du quartier général est arrivée à Bruxelles ce soir. Nous avons été reçus à la gare par le délégué pour la Belgique, assisté du Président de la Branche Kvmris de Bruxelles. Les dispositions ont été prises aussitôt pour la semaine d’un commun accord.
Le soir même, la consécration et la remise solennelle de la Vexille de Kvmris ont été faites d’après les rites traditionnels de l’hermétisme, en pré sence des officiers de la Branche. LA « VEXILLE » La « vexille » offerte à la branche, Kvmris par deux dames,membres du groupe, mérite une description par ticulière.
Sous fond d’or, le trident de Paracelse, symbole du groupe, est brodé en rouge, le nom de Kvmris en bleu et entre les branches du Trident. La frange est en or. Les trois couleurs fondamentales du spectre corres pondent respectivement à Apollon, à Mars et à Vénus. Le symbolisme a donc été parfaitement observé dans les dispositions de la « vexille ». En somme, excellent début et qui est d’un bon augure pour la suite. Bruxelles, 23 mai.
LA SECTION FABRE D’après l’exemple du quartier général, la branche Kvmris a formé une section spéciale d'études sous le nom de Section Fabre, placée sous les auspices de Fabre d’Olivet. La séance ordinaire de cette section a eu lieu ce soir
268 L INITIATION à huitheures, la journée ayant été consacrée à des visites diverses. A huit heures et demie précises, la section Fabre ouvre ses travaux. Le délégué pour la Belgique, M. Vurgey, est au bureau assisté de MM. Papus et Mauchel, le premier revêtu des insignes martinistes. Environ vingt membres sont présents, rangés en demi, cercle autour du bureau.
Les travaux commencent par la lecture du 12° examen des Vers dorés de Pythagore de Fabre d’Olivet. Cette lecture est suivie d’une discussion entre les membres présents. Nous constatons avec grand plaisir l’ordre qui règne dans les discussions et qui fait le plus grand honneur à l’énergie du délégué. Nous voyons de même que la section Fabre comprend des membres ap partenant à toutes les opinions, ce qui donne un inté rêt particulier aux travaux.
Après cette discussion, à laquelle prennent part les délégués du quartier général, les autres points de l’ordre du jour sont épuisés , puis Papus résume en quelques mots la vie et l’œuvre de Fabre d’Olivet. Ensuite Mau chel dit deux poésies, dont l’une de lui, et l’autre d’Eliphas Lévi : le Sphinx. La séance est levée à 11 heures et demie.
Si l’on songe que la section Fabre compte seulement les membres les plus actifs de Kvmris, qu’elle tient ses réunions tous les quinze jours, et qu’elle a déjà passé en revue les ouvrages des principaux auteurs occultistes anciens et modernes, on comprendra la vitalité de notre branche de Bruxelles, composée, comme la plupart des branches du groupe, de médecins, d’avocats, de littérateur s, d’artistes, d’étudiants près la Faculté de Bruxelles, de journalistes, et, en un mot, de personnes appartenant à l’élite intellectuelle de la société locale.
LE LOCAL DES SÉANCES Souvent les groupes de province ou de l’étranger sont obligés, quand vient un délégué ou un conférencier, de louer la première salle venue, préau d’école ou salle publique quelconque. La branche Kvmris possède un local à elle, où se
GROUPE INDÉPENDANT ü’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES 26g trouvent en permanence ses archives et sa bibliothèque, et où les re'unions se tiennent régulièrement. Ce local, situé au premier, 24, place de la VieilleHalle-au-Blé, comprend une entrée suivie d’une grande salle carrée, pouvant contenir une centaine d’auditeurs. Uneestrade est dressée aufond de la salle, et les murs sont ornés d’inscriptions symboliques, de pantacles et de gravures.
Nous relevons au hasard, des citations de Rabelais, de Fabre d’Olivet, de Virgile, de Claude Bernard, etc., etc. Les signes du zodiaque et les sept symboles planétaires, la clef mystique du Tarot, le télégramme, plus une foule de symboles hermétiques. A l’entrée est un dessin éso térique de Roberti, représentant le trident de Paracelse, un autre dessin ésotérique, dû à M. Tits, orne également le local des séances.
Dans les réunions solennelles, la « Vexille » est dé ployée sur le bureau. Bruxelles, 24 mai, 3 heures. LES PROCHAINS TRAVAUX Nous sommes pressés par le temps, forcés de ren voyer au prochain numéro la suite de la description des futurs travaux. C’est ainsi qu’aujourd’hui 24 mai, à 8 heures et demie, aura lieu une grande séance générale de la Branche, avec une conférence de Papus.
Demain mercredi, une autre conférence doit avoir lieu devant les étudiants de l’Université. Jeudi les délégués du Quartier général se rendent à Anvers où la Branche Viscvm attend leur arrivée. Vendredi, banquet à Bruxelles et visite de la statue du grand occultiste Van Helmont. Nous tiendrons nos lec teurs au courant de toutes ces réunions. Bruxelles, 24 mai, 11 heures soir. La séance générale de la Branche Kvmris vient d’avoir lieu.
Nous sommes arrivés à 8 heures 1/4, la salle était comble. Beaucoup de dames, de belles toilettes ; assis tance sympathique.
270 l’initiation La conférence de Papus commence à 8 heures 1/2 pré cises. L’orateur avait pris comme titre : la Science Oc culte. Il rappelle tout d’abord l'origine historique de l’occuJtisme, expose les épreuves de l'initiation en Égypte ; puis résume rapidement l’histoire de la Tradition à tra vers la Grèce, le christianisme, les Arabes et le moyen âge, jusqu’à nos jours.
C’est alors qu’il aborde l’exposé des enseignements essentiels de l’occultisme : la Tri-Unité, la doctrine des correspondances et l’étude du monde invisible. La cons titution ternaire de l’homme et les conséquences de cet enseignement sont l’objet de développements particu liers.
Après avoir passé en revue la constitution de l'Univers et la façon dont on doit concevoir le problème du mal au point de vue de Dieu, l’orateur aborde l’étude des conséquences philosophiques et sociales de l’occul tisme. Il rappelle comment il a été jadis un apôtre ardent du matérialisme, et comment il fut amené à rechercher autre chose.
Il fait la critique des objections toujours iden tiques mises en avant par les positivistes et surtout par les matérialistes, et il insiste sur la nécessité du dévelop pement individuel, de « l’originalisation » des individus, pour atteindre l’idéal proposé par l’occultisme.
Aprèss quelques mots touchant la réalité des phéno mènes produits par la force psychique et les ridicules explications qu'on tente d’en donner, l’orateur rappelle les récentes protestations de Lombroso contre les théo ries qu’on voulait lui imposer, et conclut en affirmant sa foi en la communication possible, dans certains cas assez rares, avec les âmes des êtres qu’on a connus, mais en appelant tous les chercheurs à l’étude approfondie de l’occultisme.
L’exposé du succès obtenu en France et en Belgique par le Groupe indépendant d'Etudes ésotériques, succès dû à la hiérarchie dans les groupes locaux et à la centra lisation de toutes les branches en un Quartier général, termine la conférence à 10 heures précises. Trois salves d’applaudissements sont la réponse du public au sympathique conférencier. Après Papus, le second délégué du Quartier général,
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ESOTERIQUES 271 notre ami Lucien Mauchel, dit le Credo Philosophique d’Eliphas Levi, qui est l’objet d’un chaleureux accueil de la part des assistants. Pendant toute la séance, la « vexille de Kvmris » or nait la table, et, sur la vexille, Papus avait placé le grand cordon de l’Ordre Martiniste. En somme, excellente soirée à tous les points de vue.
LA STATUE DE VAN HELMONT Après la séance, les officiers et les principaux membres de la Branche sont allés rendre une première visite au monument du grand occultiste Van Helmont, monument élevé sur une des place? de Bruxelles. Vendredi prochain, visite officielle en cortège, avec autorisation spéciale de M. le Bourgmestre de Bruxelles, qui assurera le service d’ordre. Nous reviendrons en détail sur cette céré monie.
Demain mercredi, conférence aux étudiants de l’Université, et, jeudi, visite de la délégation à la Branche Viscum d’Anvers. LA CONFÉRENCE AUX ÉTUDIANTS Bruxelles, 25 mai, minuit. La conférence aux étudiants de l’Université formant le cercle criminaliste a eu lieu ce soir, de 9 heures à 10 heures et demie. Le sujet choisi était l'Hypnotisme et la Responsabilité.
La salle était pleine, et l’orateur a développé son sujet au milieu de l’attention générale. Après la conférence, Papus a été chaudement félicité par le Président et les officiers du cercle criminaliste. Dans la journée, Mauchel avait organisé à Bruxelles un dépôt général des livres et revues d’occultisme pour toute la Belgique. Cette nouvelle création sera d’un bon secours à Kvmris.
ANVERS. — VISCUM. — LES PROGRÈS ACCOMPLIS Anvers, 26 mai, 10 heures du soir. Nous avons passé toute la journé Anvers, où nous
L INITIATION 272 avons rendu visite à la Branche Viscvm, dont une délé gation était venue nous recevoir à la gare. Les progrès accomplis par l’occultisme à Anvers sont considérables.
Si l'on songe à la difficulté de faire com prendre et accepter nos idées dans les pays du Nord et dans la ville d’Anvers particulièrement, on rendra justice aux efforts du Président de Viscvm, M. Rosport, et au délégué en Belgique, M. Vurgey, qui ont réussi à cons tituer une Branche régulière de plus de vingt membres, composée de l’élite intellectuelle d’Anvers, et tenant ses séances tous les mois dans une très jolie salle.
Après avoir pris connaissance des progrès accomplis, après s’être entretenu, avec les principaux membres de Viscvm, de la route à suivre dans l’avenir, la Délégation a jeté les bases d’une loge régulière de l’Ordre Martiniste à Anvers et a pris congé de M. Rosport en le félicitant vivement de son généreux dévouement.
Demain vendredi, 27, nous serons à Bruxelles, où un banquet et une visite solennelle à la statue de Van Helmont doivent clore notre voyage. LE BANQUET Bruxelles, 28 mai. Hier, 27 mai, ont eu lieu deux importantes manifesta tions de la vitalité de Kvmris. A 6 heures 1/2, les principaux membres delà Branche recevaient les délégués du Quartier général dans une salle aussi vaste que merveilleusement décorée.
Au fond de la salle, on aperçoit, dominant la table luxueusement servie, la « vexille de Kvmris », dont l’or resplendit à la lumière. Au-dessus de la vexille, la palme métallique offerte par la Branche à Van Helmont. Sur la table même, toute garnie de fleurs, deux chandeliers à sept branches ont été ostensiblement placés.
M. Vurgey préside, ayant à sa droite Papus, à sa gauche le président de Viscum, en face de M. Vurgey, M. Brossel, président de Kvmris, à sa droite M. Mauchel et â sa gauche M. Sigogne. Nous passerons sur le menu du banquet : nous sommes
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES 273 à Bruxelles, où l’on mange ge'néralement deux fois plus qu’à Paris ; cela indique assez l’abondance et le nombre des plats qui défilent sur la table-« Nous arrivons aux toasts.
LES TOASTS Le délégué pour la Belgique, M. Vurgey, débute en rappelant l’existence de la chaîne magnétique formée par nos maîtres dans l’invisible et lève son verre en l’hon neur des fondateurs du Groupe, de Papus, qui a su con tinuer dignement la chaîne mystique et unir le 1 résent au Passé vénérable. Il rend en même temps justice au dévouement du second délégué, M. Lucien Mauchel, qui accompagne Papus dans son voyage à Bruxelles.
Le Président du Groupe ésotérique répond à M. Vur gey et revendique pour les maîtres seuls l’honneur d’un toast aussi élogieux. Il rappelle combien cette étude de l’astral est importante à connaître pour tous les occultistes et s’excuse de n’avoir pas traité, comme il l’aurait désiré, les données les plus techniques de l’éso térisme.
Les objections toutes positivistes mises en avant avec tant de savoir par certains membres et la nécessité de bien montrer que l’occultisme peut être parfaitement compris de tous les esprits sérieux, l’ont obligé à demeurer, dans ces conférences, sur un terrain tout scientifique. Papus termine en buvant à la réunion intel lectuelle d’Aziah et letzirah. Les verres se choquent au milieu des fumées de parfums.
M. Lucien Mauchel, dans une chaleureuse improvisa tion, dit’combien nous sommes touchés de l'accueil fait aux délégués du Centre et du succès imprimé à la Branche de Bruxelles par son Président, M. Brossel.
Pour clore la première série des toasts, le Président du Groupe annonce que le Comité directeur a- bien voulu l’autoriser à offrir au Délégué de Belgique, au Président de la chambre Kvmris de Bruxelles et au Pré sident de la Chambre Viscum d’Anvers, des diplômes d’honneur, faible témoignage de reconnaissance, eu égard au travail accompli. D’autre part,un diplôme spécial sera offert àM. Buis, bourgmestre de Bruxelles, dont nous ne saurions trop
reconnaître la bienveillance pour l'appui qu’il a donné à Kvmris en vue de la commémoration de Van Helmont. Nous en reparlerons du reste tout à l’heure. De chaleu reux applaudissements soulignent ces remerciements bien mérités.
Ensuite, les membres des Kvmris prennent la parole, M. du Chastin, sur la prière de M. Brossel, remercie M. Mauchel au nom de la Branche; M. Brossel se lève lui-même et rappelle que M. Sigogne est un des premiers membres fondateurs ; M. Sigogne, de son côté, rend hommage au dévouement de M. Cauderlier, président de la ligue antialcoolique à qui kvmris doit son vaste local, M. Vurgey à son tour propose la santé de M. Nizet, directeur des expériences du Groupe, qu’une maladie grave a tenu assez longtemps éloigné de ses confrères de la Branche — M. Rosport remercie au nom de la Branche Viscum.
C’est alors que M. Brossel se lève de nouveau et porte, en termes émus, la santé à son initiateur, à l’un des maîtres de l’occultisme contemporain, à Stanislas de Guaita. UN INCIDENT Immédiatement, Papus prononce les paroles sui vantes : « Messieurs, permettez-moi d’abuser de mon autorité de Président pour prendre encore une fois la parole.
« C’est avec une joie sincère que j’ai su rendre justice à tous nos frères en Occultisme ; mais il me semble qu’il manque encore un nom parmi tous ceux que vous avez prononcés. L’on ne peut certes m’accuser d’une grande sympathie pour l’individualité dont il s’agit, mais notre premier devoir à tous est de rendre justice, et justice entière, au talent, indépendamment de toute personna lité.
Aussi, Messieurs, permettez-moi de lever mon verre en l’honneur d’un des maîtres de l’ésotérisme de l’art, et de boire à la santé de M. Joséphin Peladan. » De chaleureux applaudissements témoignent des sym pathies que l’œuvre de Péladan trouve en Belgique et tout particulièrement dans la Branche Kvmris.
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES 2y5 LES SONNERIES Après le banquet, une partie musicale a eu lieu pendant que les cigares s'allumaient et qu’on prenait le café dans les jardins éclairés à la lumière électrique. A l’issue de la partie musicale, une première exécution de l’œuvre inédite composée spécialement par M. Khnopff a eu lieu.
C’est alors que le cortège se forme précédé des musi ciens et de la palme commémorative, et se dirige vers la statue de Van Helmont. LA STATUE DE VaN HELMONT La statue est située au centre de Bruxelles, au milieu d’une place fort tranquille (place du Marché-aux-Grains). Van Helmont est représenté assis et méditant.
Sur le socle, on peut lire les inscriptions suivantes ; sur le devant : VAN HELMONT, à droite; au promoteur des SCIENCES MODERNES, AU PHYSIOLOGISTE, AU MÉDECIN, AU philosophe. Ces inscriptions sont répétées en flamand sur les deux autres côtés du socle, ainsi que les dates de la naissance et delà mort du célèbre hermétiste (16771644). LA CEREMONIE Le cortège arrive devant la statue à 11 heures précises.
Aussitôt le commissaire de police s’avance au-devant de nous et se met à notre entière disposition, d’après les ordres reçus du bourgmestre de Bruxelles. On écarte les curieux, déjà en assez grand nombre, et, à l’aide d'une échelle apportée du poste voisin, notre ouvrier fixe à la statue la palme commémorative offerte par Kvmris, pendant que les luminaires illuminent la petite place.
La palme est en fer forgé, très sobre de style et très artistique, et porte ur.e banderole de même matière que la palme, où on lit en lettres d’or ces simples mots : a VAN HELMONT, KVMRIS. Aussitôt la pose achevée, les musiciens se rangent devant la statue et, sous la direction de Khnopff, com mencent l’exécution des sonneries de kvmris. LES SONNERIES A ce moment, le spectacle est réellement imposant, le
l’initiation 276 temps est superbe, au ciel les e'toiles scintillent ; sur la place, les arbres fleuris nous entourent de parfums, la foule des carieux, qu’on peut évaluer à une centaine, borne notre horizon, maintenue à distance par les agents, et, au milieu, se détache tout environnée de lumière, la blanche statue du maître, autour de laquelle se tiennent les membres de Kvmris.
C’est alors que la sonnerie éclate, grave, majestueuse et pénétrante. Les notes montent vers le ciel et la communion mystique du visible et de l’invisible semble s’accomplir à l’instant. Georges Khnopff, le frère du célèbre peintre, déjà merveilleux compositeur lui-même, mérite\toute notre reconnaissance pour ses incomparables sonneries. Nous en reparlerons dans notre ordre du jour. LES DISCOURS Papus prend le premier la parole.
Il remercie la Ville de Bruxelles d’avoir, la première, sur le continent, rendu justice à l’un des maîtres de l’occultisme, à Van Helmont, qui consacra sa vie à soigner les pauvres, autant qu’à méditer les problèmes mystérieux de l’hermétisme. Ensuite, M. Lucien Mauchel dit, dans un magnifique élan d’enthousiasme, une très belle improvisation sur Van Helmont. Nous en donnerons le texte dans le pro chain numéro.
M. Vurgey rappelle aux membresprésents l’importance du 27 mai et les décide à renouveler chaque année la commémoration de Van Helmont. Une dernière fois, le silence se fait, tout le monde se découv-e, et les notes majestueuses de la sonnerie de Kvmris retentissent. La cérémonie est terminée.
Papus, au nom du Groupe de Paris, et M. Vurgey, au nom de la Branche de Bruxelles, félicitent vivement M. Georges Khnopff du légi time succès obtenu par ses compositions. Des remerciements sont adressés d’autre part au com missaire de police pour l’obligeance qu’il nous a si gra cieusement témoignée.
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ESOTERIQUES 277 VISITE A M. LE BOURGMESTRE DE BRUXELLES Samedi, 28 mai, midi. C’est à M. Euls, le sympathique bourgmestre de Bruxelles, que nous devions une grande partie du succès obtenu hier. Aussi, ce matin, à onze heures, sommes-nous allés, présentés et accompagnés par M. Vurgey, rendre visite à ce magistrat et le prier d’accepter, en faible témoignage de notre reconnaissance, un diplôme d’honneur du Groupe.
Dès notre arrivée à l’Hôtel de Ville, dont nous admi rons la magnificence, nous sommes introduits auprès de M. Buis, qui veut bien accepter notre offre modeste. Nous causons des régimes comparés de la Liberté en Belgique et en France, à l’occasion du mouvement spi ritualiste que nous avons entrepris, et nous rencontrons, dans la personne du premier magistrat de la ville de Bruxelles un causeur charmant doublé d’un porfond érudit.
A 11 heures et demie, nous prenions congé de M. Buis, et ce soir, à six heures, nous quittons la Belgique. CONCLUSION Tout ému encore de la réception que nous avons ren contrée auprès de nos amis, nous avons peine à leur exprimer-notre reconnaissance.
Dans les quelques jours passés à Bruxelles et à Anvers, les délégués du Quartier général ont pu se rendre compte de l’organisation parfaite de la propa gande occultiste en Belgique, du fonctionnement régu lier des Branches et du dévouement de tous les membres à nos idées. Un ordre du jour détaillé contiendra le rapport de la délégation.
Nous nous efforcerons ainsi de mettre toutes nos Branche? à même de se rendre compte des progrès accomplis en Belgique sous l’influence de notre délégué spécial, M. Vurgey, à qui nous exprimons tous nos remerciements.
278 l’initiation Pour les chercheurs des causes psychiques, les faits suivants ne sont pas des cre'ations fiévreuses imaginaires. Ce qui suit a été constaté par un avocat de Londres, et semble assez compréhensible et clair.
Etant dans une maison de campagne, pour assister à l’anniversaire de la vingt-cinquième année du fils aîné, j’étais consterné en voyant l’incident suivant : Le troisième jour de mon arrivée, j’observai que mon tant l’escalier une dame en velours noir s’approchait. Très majestueuse et très attrayante, je voulus l’exami ner, mais elle disparut au moment où je voulais le faire. Impossible de la retrouver même dans les longs cou loirs.
II Je la revis au bout de quelques jours; elle apparut de la même façon et disparut. Je ne pouvais jamais la réa liser comme ceux qui sont autour d’une table. De temps en temps elle se montra à moi. Je me trouvai dans le corridor lorsqu’elle m'apparut tout dernièrement vêtue d’un costume de voyage. Je me décidai à mentionner ces faits bizarres. Lorsque j’ouvris la bouche pour en parler à la maîtresse de maison, elle s’évanouit.
Je venais d’apprendre le secret de famille. Cette dame noire ne se montrait qu’avant la mort du chef de famille, et elle ne trompait jamais, car il y a trois semaines que mon vieil ami est mort subitement. III Une des plus anciennes familles du Devonshire a une histoire pareille; chez elle, c’est la musique qui annonce habituellement la mort; cette musique se manifeste sur la harpe.
Cela impressionne beaucoup les gens qui savent ce que cela veut dire. Elle commence doucement et finit par une note triomphale. Elle se fait entendre sept fois avant la mort. 9
NOUVELLES DIVERSES 279 Toutes les fois qu’à Venise, une lumière se montrait à la fenêtre de Saint-Marc, un doge mourait. Si quelqu’un avait le courage d’entrer à l’Eglise, il voyait un cardinal officiant la messe de mort; on entendait les orgues,.les chants et les victimes assistant. (Traduit de l'anglais). LIGUE POUR LE LIBRE EXERCICE DE LA MEDECINE, 23, rue Saint-Merri, Paris.
M Une Ligue pour le libre exercice de la médecine est en voie de formation, et les organisateurs ont déjà décidé qu’un Congrès national se réunirait chaque année, succes sivement dans les principales villes de France, pour étu dier la question, jusqu’à ce que les pouvoirs législatifs nous aient donné satisfaction. Pour mener à bonne fin une pareille entreprise, il faut beaucoup d’argent.
En conséquence, une souscription est ouverte au bureau du journal, et les organisateurs de la Ligue ont versé.......................................................................... i,5oo fr.
En attendant que de généreux bienfaiteurs mettent à notre disposition tous les fonds nécessaires, je prie ins tamment les malades que j’ai guéris ainsi que mes fidèles lecteurs de vouloir bien participer à cette œuvre humani taire en m’envoyant leur offrande. Nous acceptons toute offrande, quelque minime qu’elle soit, et tout donateur qui en manifestera le désir sera membre de la Ligue.
Les souscripteurs qui verseront un minimum de 10 francs seront membres du Congrès annuel. Comptant sur votre générosité, je vous prie d’agréer, M , mes remerciements anticipés et l’expression de toute ma reconnaissance. H. Durville, Délégué du Comité d’organisation.
28o l’initiation Conférences a Munich De notre correspondant local : Jeudi le 21 et jeudi le 28 avril, M. de Thomassin a fait deux grandes conférences sur « Jeanne d’Arc dans la Société de Psychologie scientifique à Munich. La presse de cette ville a publié des grands articles. — M. de Thomassin a exposé le génésis des hallucinations de la Pucelle par l’auto-suggestion et la prédisposition physiologique.
Par des études profondes dans les procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d’Arc il lui était possible de trouver deux passages, dans lesquelles la Pucelle dit : « Quod credidit, ut esset sanctus Miehael, qui veniebat ad eam, quia habuit istam voluntatem hac credendi et quod credidit ut esset vox Angelorum, quia habuit istam voluntatem hac credendi. » Elle a vu très rarement la figure complète et distincte de.
Saint-Michel et de sainte Marguerite et Catherine ; ordinairement seu lement les visages. C’est pourquoi elle n'a voulu répondre aux questions continuelles des inquisiteurs de Rouen sur les visions : « De forma, specie et habitu Sanctorum. » L’hallucination de l’ouïe était le plus fréquent. M. de Thomassin examina profondément les révélations des voix.
« Pas une sainte, mais l’esprit patriote de la Pu celle même », qui objectiva ses idées, était l’inspirateur. Pas les saints étaient en erreur sur la mission, — sententia piarum atiriam offensiva, — mais la fille de Domrémy, qui voulait dans sa ferveur religieuse « guerroyer contre les Sarrasins et les Hussites de Bohème, les « hœretïci obstinati », qui reçurent une lettre fort peu aimable de la Pucelle.
L’orateur démontra qu’elle a eu aussi des. forces psychiques extraordinaires. Elle connaissait les plus se crètes pensées de certaines personnes, percevait des ob jets hors de la portée de ses sens, elle discernait et annon çait l’avenir.
Si nous cherchons, disait enfin M. Thomas sin, la raison des visions et des révélations dans l’être intime de Jeanne d’Arc, nous voyons une fervente patriote du moyen âge, mais fervente spécialement pour le « roy des cieux », dont Charles VI était le « lieutenant », et pour sa religion, jusqu’au fanatisme ; nous voyons aussi toutes les imperfections et erreurs d’une vierge de ces
COURRIER BIBLIOGRAPHIQUE 28 I temps. Mais Jeanne d’Arc reste aussi pour le psycho loge la grande Pucelle qui pouvait donner à un peuple la suggestion de délivrer sa Patrie envahie. MONTMARTRE 1 vol. in-18 jésus, par M. Camille Chaigneau. Prix 2 fr. 5o.. En vente à la librairie du Merveilleux.
C’est avec une émotion, comparable en sa naïveté à celle éprouvée par l’enfant au récit d’une belle légende, que nous avons lu ces pages exquises, à force d’élégante simplicité, où M. Camille Chaigneau, artiste et penseur, nous raconte une idylle d’amour, charmeuse comme un rêve, si touchante et si humaine pourtant. Le volume est dédié à la mémoire du regretté poète Jules André.
L’épigraphe de Jean Reynaud en explique le sujet : « Ne cherchez pas dans l’homme solitaire cette miniature de l’univers dont parlait le philosophe antique : elle n’y est.pas.
C’est dans le couple androgynique que se trouve ce divin abrégé, car les antinomies ne se résument et ne s’accordent que dans une telle dualité; et c’est donc par la dualité, et non par la simplicité, que l’on s’élève à la plénitude de la vie. » Il s’agit en effet de deux âmes, destinées à se compléter l’une l’autre ; unies et confondues finalement par les forces providentielles.
Là, Montmartre est triple : Montmartre est la montagne de Paris; Montmartre est un personnage; Montmartre est un symbole ; Les trois termes s’enchaînant : l’homme devenant l’in termédiaire entre l’expression matérielle de Montmartre et son expression idéale.
282 l’initiation En ier terme, Montmartre s’appelle aussi vulgairement « La Butte ». En 2e terme, Montmartre s’appelle ici, familialement, « Victor charme ». En 3e terme, c’est un sommet sur la cité des conquêtes humanitaires ; c’est le piédestal de l’androgyne futur, ou pour parler plus clairement, du « couple-citoyen » de l’avenir.
Sous la triple virtualité de ce titre se développe l’es sai d’un roman d’amour, suivant une conception d’âge nouveau. Par-dessus tout, l’auteur a tenté de mettre en action les merveilles naissantes des forces psychiques, ces forces qui, s’affranchissant enfin des souterrains oc cultes de l’ésotérisme, vont déployer au grand jour leur énergie rénovatrice.
Cette énergie, puissance de l’être immortel qui est en nous (être immortel en force et en forme), se manifeste ici par la télépsychie des vivants et par l’influence évidente des prétendus morts— en un mot par la mise en valeur et par la mise en rapport des deux facteurs solidaires qui constituent l’intégrale humanité.
Dans ces pages, les néo-pythagoriciens pourront trouver aussi, accordés en un sommet de coopération, les trois facteurs des événements terriens, suivant le grand philosophe de Samos : le Destin (en son expression su prême : la prédestination de l’amour) : la Providence (en son expression suprême : la protection de l’amour, repré sentée par l’esprit de la mère) ; la volonté humaine (en son expression suprême : la volonté de l’amour; — Lp tout convergeant vers le principe par excellence : F Amour.
Dresser sur le plus haut sommet de la ville de Lumière, le plus accessible et le plus fécond des symboles ; y faire resplendir, en réalité et en idéal, un signe figuratif de la primordiale manifestation, c’était une tâche audacieuse ; M. Camille Chaigneau a su la mener à bonne fin.
Malgré ses envolées les plus hardies, jamais il n’a outre-passé cet ordre de phénomènes que certains de nos maîtres en la science positive étudient aujourd’hui et admettront peut-être demain ; il a mis tout son élan vers les hori zons nouveaux et toute sa foi en l’humanité. George Montière.
COURRIER BIBLIOGRAPHIQUE 283 LES POÉSIES D’ANDRÉ WALTER {Œuvre posthume) i vol. pet. in-8. Librairie de l’Art indépendant. Vous souvient-il d’un roman étrange, les Cahiers d’An dré Walter, dont l’analyse parut jadis dans l’Initiation (avril 1891) ?
« Un charme indicible, écrivais-je alors, émane de ces pages douloureuses, où une âme souffrante évolue, chapitre par chapitre, en des strophes cadencées, pareilles à des hymnes. » Le second livre du même au teur, publié tout dernièrement, est d’émotion peut-être plus poignante encore. Vingt et un poèmes (le nombre des arcanes majeurs du Tarot), s’alignent à la suite l’un de l’autre.
La rime, — existe-t-elle ? — faite parfois du même mot répété, sou vent omise, n’est là que pour donner sa résonnance musi cale ; le rythme fantaisiste, mais harmonieux toujours, s’allonge ou s’accourcit, docile au caprice du poète, et de cette méthode innovée se dégagent le plus puissant lyrisme, la plus intense impression de brisement et de rêverie imaginables. Arrêtons-nous dès la première poésie.
Sa citation me fournira le meilleur commentaire possible. Il n’y a pas eu de printemps cette année, ma chère ; Pas de chants sous les fleurs et pas de fleurs légères, Ni d’avril, ni de rires et ni de métamorphoses. Nous n’avons pas tressé de guirlandes de roses. Nous étions penchés à la lueur des lampes Encore, et sur tous nos bouquins de l’hiver, Quand nous a surpris un soleil de septembre Rouge et peureux et comme une anémone de mer.
Tu m’as dit : « Tiens ! voici l’automne. Est-ce que nous avons dormi? S’il nous faut vivre encore parmi Ces in-folios, ça va devenir monotone. Peut-être déjà qu’un printemps A fui sans que nous l’ayons vu paraître; Pour que l’aurore nous parle à temps, Ouvre les rideaux des fenêtres. » —
284 l’initiation Il pleuvait. Nous avons ranimé les lampes Que ce soleil avait fait pâlir, Et nous nous sommes replongés dans l'attente Du clair printemps qui va venir. Suffisant à peine pour indiquer la tonalité générale de l’œuvre, le trop court extrait ci-dessous, ne saurait exprimer l’admirable mélancolie de son ensemble.
Pour tant je renonce à choisir davantage parmi les richesses de ce recueil d’une originalité si troublante, où les trou vailles succèdent aux trouvailles, comme des perles s’enchassent en un collier. Mieux vaut lire et juger soi-même œuvre posthume, déclare le sous-titre. Quiconque possède à ce degré la maîtrise de son talent, n’est point écrivain de la veille, sans bagage litté raire derrière lui.
Souhaitons voir avant peu, à l’étage des librairies, un troisième volume d’André Waller joint à ses deux aînés ! George Montière. POÉSIES DU CHÊNE-VERT. Par N. de Séménow Avec une prélace de Frédéric Mistral : 1 vol. in-18. Paris, 1892. C’est une partie des œuvres posthumes d’un grand seigneur artiste.
Le comte de Séménow vivait retiré « en Avignon, au milieu d’un paysage florentin-provençal, où l’œil embrasse, au loin, sous la tour de Barbentane, le confluent de la Durance avec le Rhône : vous revoyez vivant votre poète aimé, allant, venant, causant avec ses amis les félibres. » Ainsi Mistral nous présentet-il ce trop mince recueil de poésies délicates et vibrantes, toutes pénétrées de chaude lumière et de vie intense, fleurs charmantes que le célèbre auteur de Miréïo avait toutes vu éclore depuis vingt-cinq ans d’une amitié ininterrompue avec M. de Séménow.
COURRIER BIBLIOGRAPHIQUE 285 PORTFOLIO WORLDS COLUMBIAN EXPOSITION i893 Texte de £. Vossion, illustrations de C. Graham, à la Winter's Art Litho C°. Chicago, 1891. Le consul de France à Philadelphie, M. L.
Vossion a résumé en regard de chacune des dix-sept délicates aquarelles qui composent cet album, les principaux édi fices de la future exposition de Chicago: il est résulté de l’œuvre de ces deux hommes de goût une publica tion d’un cachet tout à fait artistique, et très réussie. Sédir.
JEAN RÉVOLT E Par Gaston Méry Il vient de paraître chez Dentu un volume de haute valeur et de forte pensée : à côté des mièvreries qui embarrassent et affadissent la littérature moderne nous sommes heureux de trouver parfois quelques morceaux de saine et simple nourriture. — Jean Révolté est. un roman de lutte : on nous permettra de ne pas parler ici de la portion purement dramatique, de l’intrigue du roman et de ses personnages.
M. Gaston Méry n’en est pas à son coup d’essai, et ceux qui ont suivi la marche ascendante de sa carrière littéraire ont pu déjà goûter, dans « l’Ecole où l’on s’amuse » toute la finesse de son esprit analyste, toute la perfection de sa sensibilité esthé tique.
Ces mêmes qualités sont encore celles de ce nouvel ouvrage : mais c’est avec plaisir que nous y avons trouvé avec une plus grande possession de soimême, plus de fermeté dans la composition. A vrai dire, la thèse en est différente et l’auteur vibre d’une foi si profonde en sa cause que rien ne saurait le détourner du but.
L’union celtique, la lutte contre l’en vahisseur, qu’il ait nom juif, allemand, politicien méri dional, financier exotique, exploiteur de sang ou d’argent, telle est l’idée qui a suscité ce volume. Sous tous ces
286 L INITIATION masques, c’est le même personnage que poursuit l’auteur, c’est ce qu’il synthétise d’un mot ce Méridional, c’est l’être en qui son intuition de Celte a deviné l’antique adversaire, le romanien nimrodique : et sans que le souvenir en soit conscient pour lui, par la loi même des choses, dans le troupeau menaçant avec lequel marchent l’anarchie, le despotisme, la politique de passions et d’intérêts, le matérialisme pseudo-scientifique.
Dans les champs dévastés qu’il laisse de son passage, le bélier a reconnu le troupeau de la louve et jette le cri d’alarme. Irai-je dire que la voix de Jean Révolte est celle de la Providence ? A celui qui ne la comprend pas, la chose paraîtrait ridicule; à celui qui sait la haute puissance de la pensée humaine s’affirmant dans le verbe, je ne ferais que répéter une éternelle vérité.
Je me contenterai seule ment d’affirmer ici ma sympathie pour l’œuvre de M. Méry: le plus juste commentaire et le plus bel éloge qu’on en puisse faire est de dire que rien ne peut comme son œuvre évoquer le souvenir d’un de nos plus grands maîtres en Occultisme : ces mots de Saint-Yves, c’est le credo de Jean Révolte...
« Les races ne sont rien : ce sont les idées qui groupent les hommes: panslavisme, pangermanisme, panlatinisme, synthèse d’erreurs, trompe-l’œil d’unité ! que tous ces Egipans promettent au grand Pan celtique de faire entendre son bourdon de cathédrale au-dessus des cloches de leurs paroisses.
Ce panceltisme est l’ancêtre commun de toutes les divisions de la race blanche, et c’est encore lui qui, par ma voix, les rappelle à l’unité et à la loi organique de son Temple social. » M. Haven. Occultisme : Le Voile d’Isis donne ,entre autres choses, un plan nouveau d’expériences pratiques, un intéressant article de Philophotes sur l’Alchimie et le compte rendu du
REVUE DES REVUES 287 voyage de MM. Papus et Mauchel en Belgique; en feuil leton le Caïn de Fabre d’Olivet. La Psyché de mai a un travail très lin de L. Bazalgette sur les dessins de Vinci; un autre numéro contient une poésie bretonne traduite par M. Quellien, et un article de Montière. La Renais sance symbolique (avril) continue ses études toujours très fouillées.
Alber Jhouney commente dans l’Etoile (mai 1892), le Siphra Daénioutha (livre du Mystère), extrait du So/tar, René Caillié analyse la Voie Parfaite et la Clé de la Vie. Spiritisme : Le Spiritisme (mai 1892) contient neuf discours faits le 3i mars sur la tombe d’Allan Kardec. — Je recom mande particulièrement aux convalescents le curieux article de Marcus de Vèze, placé en tête de la Revue Spirite (mai 1892).
Nos amis spirites ne sauraient croire combien nous leur sommes reconnaissants de constater le succès croissant de notre mouvement par les attaques passionnées qu’ils lui consacrent. Chaque attaque nous attire de nouveaux adhérents, chaque polémique nous procure de nouvelles demandes de chartes.
Aussi osonsnous espérer que cela ne s’arrêtera pas là et que chaque numéro delà Revue Spirite contiendra au moins un article contre ces monstres ¿'Occultistes en attendant les bro chures spéciales. Magnétisme : Le Journal du Magnétisme entreprend une campagne pour l’exercice libre de la médecine en France. Nous publions plus haut la communication qui nous est trans mise à cet effet.
La Chaîne Magnétique publie les deux articles- que Papus a consacré à.la défense des intérêts des magné tiseurs. Dans la Paix Universelle (i6-3i mai), M. A. Bouvier analyse en fort bons termes le Kabbale de Papus; mais tout l’intérêt du numéro réside dans les protestations de Henri Sausse qui fait suivre son nom des deux lettres S.-. I.’. (Sans Importance) sans doute pour attirer l’at tention surses nobles efforts. L’espace restreint dont nous
288 L INITIATION disposons dans l’initiation nous évitera d’en dire plus, M. Sausse n’ayant aucune qualité, à notre connaissance, pour porter un titre martiniste. A propos de la levée de boucliers qui se produit actuel lement dans le monde du magnétisme, nous rappellerons les dates suivantes : le mercredi a3 mars 1892 le Voile d’Isis publiait l’appel aux magnétiseurs.
Le 3 mai 1892, Papus, devant le succès de son appel qui avait ému les principaux représentants du magné tisme, déclarait sa mission terminée. Socialisme : La Religion Universelle (i5 mai) donne une analyse de la nouvelle œuvre de Ch. Fauvety ; Fabre des Essarts et J. Bearson y publient de remarquables et solides etudes. Le Devoir développe sa partie littéraire : il donne dans le numéro de mai un article de C. Flamn arion sur Vénus.
LITTÉRATURE : A lire dans V Eclair une curieuse nouvelle allemande de A. Holz de J. Schaf, ainsi que l’Alceste régénéré de Pierre Veber. La Chimère (avril et mai), publie deux lettres ouvertes de Pierre Dévoluy à Jules Bois, et un article bien documenté de P. de Labaume sur l’Occultisme. D’intéressantes choses se trouvent aussi dans l’Arisocin/(mai), dans les Annales gauloises de Besançon (avril) et l’Harmonie de Marseille (avril).
Signalons enfin le Nouveau Guide de la Presse publié sous la direction de M. E.-G. Raymond, 5, rue Hautefeuille (1). divers : Le Progrès médical (avril) contient le traitement d’un cas d’hystérie mâle atypique, aux troubles particuliers de la sensibilité, par P. Blocq et P. Sollier; dans les Ar chives générales de médecine (mars): Syndrome hystéri que simulateur d’une lésion organique protubérantielle, par Gouraut et Martin Durr.
Dans Plie Lancet de Londres (27 février), la douche électrique par W.-S. Hedley. (1) Vente en gros et dépôt chez Chamuel et C10.
Revue des revues 2 8g Dans la Berliner Klinische Wochenschrift (22 et 29 fé vrier) : Electrothérapie et thérapie de la suggestion, par Eulenberg. —Dans la Munchener médieinische Wochens chrift (ier mars): traitement de l’hystérie par A.lt. Dans la Rivista internationale d'Igiène (Naples, février) : le massage en neuropathologie par A. Blumm. Dans la Cronica cientifica de Barcelonne (25 février): l’alchimie en Espagne par Luanco.
Dans la Revue scientifique (3o avril): les espèces qui s’en vont, d’après F. Lucas. PÉRIODIQUES ÉTRANGERS Langue allemande Le Sphinx (avril et rnai) a augmenté sa partie littéraire; il a revêtu un caractère moins aride, et comme articles de fond je ne vois que des études historiques du docteur L.
Kuhlenbeck sur Giordano Bruno, de Cari Kiesewetter sur Faust: Cari du Prel y termine son exposition de la philosophie au point de vue des sciences secrètes, L. Denihard analyse les derniers travaux du professeur Lom broso; et le docteur Raphaël von Koeber fait connaître aux lecteurs le Traité de Science occulte de Papus.
Lichtenberg dit quelque part : « S’il existait une œuvre assez importante, contenant dans chacun de set chapitres quelque chose de neuf, qui excite à penser es qui présente un champ étendu à la méditation, je crois que, pour posséder une pareille œuvre, je me traînerais à genoux de Gottingue jusqu’à Hamburg, pourvu qu’il me reste assez de force pour l’étudier avec applica tion. » — « C’est un monument de ce genre., écrit le docteur de Koeber dans le plinix (mai 92), que Gérard Encausse vient de mettre au jour ; M. de Kœber analyse de la façon la plus claire et la plus élogieuse « l’exposé magistral que Papus fait de la psychologie occultiste, dans la première partie de son œuvre (i) ».
Les ensei gnements de la Tradition, concernant la vie solaire, et ses modifications sur notre globe, l’étude analytique de (1) Traité méthodique de Science occulte.
l’initiatioñ 290 la constitution de l’être humain suivant les théories de la Quabalah, de l’e'sotérisme indou et du spiritisme moderne, tout cela est résumé, avec figures extraites du Traité et tableaux à l’appui, en une douzaine de pages d’une cri tique pleine de netteté ; c’est avec bonheur que j’enre gistre ici un succès de plus, et non des moins sérieux pour le très savant directeur de l’initiation. Sédir. MV1M llfTC Gaston Mérÿ.
Jean Révolte, roman de lutte. 1 vol. in* 18 (Dentu ): 3 fr. 5o. Laurent Tailhade. Vitraux. Une élégante plaquette. Léon Vanier, éditeur. Willy. L’Année fantaisiste, recommandée à tous les spleenéiques. Dessins de Alb. Guillaume. 1 vol. in18; 3t’r.5o. Achille Grisard. Comic Salon (même recommanda tion). De branche en branche, poésies (compte rendu prochainement). P.-G. Revel. Esquisse d’un système de la Nature fondé sur la lui du hasard.
Nouvelle édition (1892. Compte rendu prochainement). P. Verdad (Lessard). Le Faux et le Vrai Socialisme, broch. in-12. P.-F. Courtépée. La Paix, partout ettoujours. Nous rendrons compte de ces deux ouvrages ; mais, en attendant, nous reproduisons avec grand plaisir l’avis des éditeurs qui précède la brochure de M. Verdad.
Les brochures que notre Œuvre publieà chaque instant pour les besoins de la propagande sont écrites principa lement pour les âmes religieuses, et pour le peuple qui réfléchit et qui pense. Nous ne sommes ni des sectaires, ni des intolérants;
LIVRES REÇUS 29 I nous n’avons en vue, ceux qui nous approchent le savent, que la défense de la vérité et le triomphe de la justice. On ne nous verra donc jamais jeter l’anathème contre ceux qui, en religion ou en politique, peuvent avoir une manière de penser et de voir un peu différente de la nôtre, mais dont le but est aussi la régénération des âmes et l’amélioration du sort des malheureux!
L’es sentiel d’ailleurs en ce moment, dans les temps troublés et anarchiques que nous traversons, c’est que les meil leurs esprits, les hommes et les femmes qui ont encore quelque chose de bon dans le cœur et dans l’esprit, unissent leurs efforts et s’entendent sérieusement sur le terrain des principes éternels de la philosophie, de la science et de la religion, où l’accord seul est possible.
Le reste viendra par surcroît, Dieu aidant, car sans Dieu que peut-on faire? Nous tenions à faire précéder de ces quelques mots l’étude si intéressante de notre éloquent apôtre P. Verdad, qu’on trouve toujours sur la brèche et qui finira bien par faire entendre sa voix aux plus indifférents, c'est-à-dire au plus grand nombre de nos sœurs et frères en humanité. Les Editeurs. Henri Maréchal.
Essai de philosophie évolutive ; 1 vol. in-4, Bruxelles (Compte rendu prochainement). Robert Scheffer. Ombres et Mirages. 1 vol. in-18 : 3 fr. 5o. (Librairie delà Nouvelle Revue). Cet important ouvrage demande un compte rendu spé cial qui paraîtra dans notre prochain numéro. Le Gérant : Encausse. IMP. E. ARRAULT ET C’0, 6, RUE DE LA PRÉFECTURE, TOURS.
L j T AT T T1 T A T T A AT /RENSEIGNEMENTS \ INITIATION ( utiles J DIRECTION ADMINISTRATION 14, rue de Strasbourg, 14 PARIS Directeur: FAFTJS O Directeur-adjoint : Lucien MAUCHEL Rédacteur en chef : George MONTIHREÎJ Secrétaires de la Rédaction : CH. BARLET. — J. LEJAY ABONNEMENTS, VENTE AU NUMERO C5-. 58, rue Saint-André-des-Arts PARIS FRANCE, un an. 10 fr. ÉTRANGER, — 12 fr.
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