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Initiation' VOLUME. Revue philosophique indépendante des Hautes Études Hypnotisme, Force psychique Theosophie, Kabbale Gnose, Franc-Maçonnerie Sciences Occultes ANNÉE SOMMAIRE DU N° 8 (Mai 1892) F.-Gh. Barlet. L'Astrologie............... (9.973107). • L’Unité de la Matière. (p. 108 à 128). Eludes d’Orientalisme (p. 129 à 144). Un Rêve sur le Divin (à suivre) ............... (p. 145 à 155). Bernard le Trévisan. (p. 155 à 15g).
La Vie du Bouddha.., (p. 160 à 164). Thulé des Brumes ....À (p. 164 à 167). Philippe Destal......... (p. 168 à 175). Groupe indépendant d'Etudes ésotériques. — Guérison par l’Hypnotisme. — Un Rêve révélateur. — Nouvelles diverses. — Les Magné tiseurs et la Médecine. — Revue des Revues. — Livres reçus. TARTIE INITIATIQUE... PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE...
PARTIE LITTÉRAIRE.... bibliographie Rédaction : 20. rue de Trévise, 2g PARIS Philophôtes. D1' Gardener. Juliette Adam. Saint-Fargeau. ! 1 George Montière. Paul Sédir. Administration, Abonnements : 58, rue St-André-des-Arts. 58 PARIS J Le Numéro : UN FRANC. — Un An : DIX FRANCS
PROGRAMME Les Doctrines matér'ilistes ont vécu. Elles ont voulu détrui. e les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion ; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations, La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initiation est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l'arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains ; le militarisme et la misère. Enfin l’initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de [’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde.
L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune, Elle compte, parmi ses 5o rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études. La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte.
La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits. . Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles aui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier. L’Initiation paraît régulièrement le i5 de chaque mois et compte déjà trois années d’existence. —Abonnement: io francs par an.
L'Initiation du i5 mai 1892 Principaux Rédacteurs et Collaborateurs de l’Initiation 1’ PARTIE INITIATIQUE F. Ch. Barlet. S.-. I.-. £ — Stanislas de Guaita. S.1. I.’. R — Julien Lejay, S.-. I.L — George MontièrEî S.‘. L'i n — Papus, S.-. I.-. 2° PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Abil- Marduk. —Aleph. — Le F.-. Bertrand 18».•. — René Caillié. — A. C. Tshéla. — Camille Chaigneau. — Chimua du Lafay. — G.
Delanne. — Dei.ézinier. — Jules Doinel. — Fabre des Essarts. — Jules Giraud.— Horace Lefort. — L. Lemerle.— Donald Mac-Nab. — Marcus de Vèze. — Lucien Mauchel. — Napoléon Ney. — Eugène Nus. — Horace Pelletier — Philophôtes.— G. Poirel.'—Quærens.— Raymond.— A. Robert:— A. de Rochas. — Rouxel.— H.Sausse. — Paul Sédir. — Selva. L. Stevenard. — Pierre Torcy. — G. Vitoux. — F. Vurgey. — Henri Welsch. — Oswald Wirth.
3» PARTIE LITTÉRAIRE Maurice Beaubourg. — E. Goudeau.— Manoël de Grandford. — Jules Lermina. — L. Hennique. — R. de Maricourt ■ — Catulle Mendès. — Emile Michelet. — George Montière. Léon Riotor. — Saint-Fargeau. — Ch. de Sivry.— Ch. Torottft 4° POÉSIE Ed. Bazire. — Ch. Dubourg. — Rodolphe Darzens. R. de Maricourt.— Paul Marrot. —Robërt de la Villehvpvé.
L'Initiation du i5 mai 1S92 GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES SOCIÉTÉ D’ETUDES THEORIQUES ET PRATIQUES DES FORCES ENCORE NON DÉFINIES DE LA NATURE ET DE L’HOMME Membres. — Les membres ne payent ni cotisation, ni droit d’entrée. Tout abonné de rjm'ttiztion ou du Voile d'Isis reçoit sa carte de membre associe' sur sa demande.
Quartier Général. —La Société comprend 22 Groupes d’études théoriques et pratiques au Quartier Général, 29, rue de Trévise, Paris. De plus, une Bibliothèque, une salle de lecture, une salle de conférences, pouvant contenir 200 auditeurs, et Une librairie existent au Quartier Général.
Branches. — Des branches de Groupes Indépendants d'études ésotériques sont établies en France et à l’Etranger LeGroupecompteactuellement: 21 branches régulières en France, 3o branches à l’Étranger et a3 correspondants dans les centres qui ne possèdent pas enco re une Branche régulière.
Journaux. — Propagande. —Outre les volumes édités par la Librairie, le Groupe possède comme organe de propagande : L'Initiation (revue mensuelle). — Le Voile d’Isis (journal hebdomadaire). — Psyché (revue mensuelle d’art et de littérature). — La Bibliographie de la Science Occulte (bulletin trimestriel). — De plus : Tlte Ligth of Paris (journal hebdomadaire), imprimé en anglais vient d’être créé comme organe àe\nBibliothèqueinternationale des Œuvres des femmes, destiné à faire la propagande de l’occultisme dans les pays de langue anglaise.
PARTIE INITIATIQUE « Mens agitai molem et magno se corpore miscet ». Honoré Lecteur. Princesse déchue d’un règne bien des fois séculaire et plein d’éclat, je viens solliciter, pour les quelques instants qui sont accordés ici à ma voix oubliée, ta bienveillante attention et l’impartialité de ton juge ment. Peut-être ce simple appel sera-t-il assez heureux pour éveiller ta sympathie et t’apporter quelque pro fit.
Car ma dignité n’a coutume de mendier aucun suf frage au profit d’une ambition déchue ; si je sors de la retraite où se complaisent mes vastes méditations, c'est dans l’espoir que ta science positive, dont j’ap plaudis sincèrement le triomphe malgré son ingrati tude, est assez avancée maintenant pour que je puisse lui rendre de nouveaux services.
Garde-toi, tout d’abord, de me confondre avec la foule des imposteurs qui ont usurpé ma puissance dès que la Providence et le Destin ont voulu-l’affaiblir.
l’initiation 98 Mon nom même est méconnu aujourd’hui. Au temps où il n’était prononcé qu’avec respect par les lèvres les plus savantes et les plus saintes, il ne signifiait rien autre chose que la Sciences des astres, c’est-à-dire de l’Univers. Elle était alors déléguée à une hiérarchie de trois sacerdotes chargés l’un de l’Astronomie, l’autre de ¡’Astrologie naturelle,eX le troisième de l’Astronomie judiciaires horoscopie.
C’est cette dernière, à peine connue de toi par quelques fragments sans âme, que tu prends à tort pour l’expression de ma science; elle n’en constituait réellement que la moindre part, su bordonnée aux deux autres.
Apprends du reste que cette astrologie judiciaire ne s’exerçait que pour les grands desseins, en vue du gouvernement des peuples ; mes usurpateurs, qui l’ont abaissée au service des passions individuelles ou de leur cupidité, ont été punis de ce sacrilège par l’igno rance que l’on m’impute injustement.
On t’a dit, en effet, que j’ignorais les lois fonda mentales que ta Science positive se flatte avec raison d’avoir retrouvées; tu vas en juger: Je néglige le reproche d’avoir fait de la Terre le centre de l’Univers; Platon, Pythagore, les Védas suf fisent à t’attester que pas un de mes sanctuaires n’était coupable de cette grossière erreur.
Mais chargée d’instruire les Hommes de leur union avec l’Univers, c’est du point de vue de leur séjour que j’avais à le dépeindre ; c’est tout ce que j’ai fait, ma perspective était terrestre, ma science céleste. Je te dirai d’abord ce qu’étaient ces huit sphères
l’astrologie 99 invoquées comme une nouvelle preuve de mon igno rance. Nous les enseignions en récitant âmes disciples le chemin parcouru par l’âme humaine de la Terre aux Cieux; voici par quelles étapes. Vois cette âme détachée, à grand peine souvent, des entraves du corps terrestre; son premier pas la porte à la surface de la sphère d’action de la planète; là où celle-ci retient son satellite, sans pouvoir cependant l’attirer jusqu’à soi.
Ici, sur la lune, à l’ombre des rayons solaires, l’âme, après un long repos, devient enfin capable d’affronter avec sa lumière les formi dables courants d’éther cosmique, qui, au-delà de l’es pace terrestre, transportent la vie dans l’univers; notre atmosphère sublunaire les amortit dans sa réfraction pour les transformer en nos agents physicobiologiques* chaleur, lumière, électricité.
Avant de s’y livrer, l’âme apprend à les connaître, d’abord par la perception du centre auquel se rap portent les spirales de ce courant redoutable. Inca pable cependant encore de pénétrer jusqu’à lui, elle ne le connaît que par ses effets, en explorant les couches, ou sphères d’action qui la séparent de lui ; à savoir celles de Mercure et de Vénus.
C’est assez pour qu’elle perçoive la subordination de ces planètes à leur centre commun qu’elle connaît mieux à présent. Elle pourra dès lors percevoir son action sur la Trinité des sphères supérieures ana logues à celles qu’elle vient d’étudier. Tu dois comprendre par là dans quel ordre j’ai dû considérer presque continuellement les astres errants •
100 l’initiation dont s’occupe ma science. Au point de vue de l’âme humaine, cet ordre est : Il signifie : i° Sortie de la Terre par la Lune ; 20 Etude de la trinité des sphères : Mercure, Vénus Terre; et par elles, de son centre : le Soleil ; 3° Per ception complémentaire de la Trinité de sphères supé rieures : Mars, Jupiter, Saturne.
Je n’ai pas le loisir de t’expliquer ici comment leurs conditions physiques justifient les caractères que j’at tribue à ces planètes; deux me suffisent à te les indiquer ; c’est l’enfant Mercure, livré aux ardeurs curieuses delà science, et le vieillard Saturne, qui, ins truit par une énorme suite de siècles, mesurant leurs cycles, élève du Destin, tourne, à l'abri de l’anneau qui l’isole de notre monde, ses sages et prudentes méditations vers les profondeurs de l’infini qu’il aborde.
Tu sais assez si la cosmologie de tes astro nomes justifie ces deux âges.
La considération des distances, des densités, et surtout des inclinaisons variées des axes, qui modi fient si profondément les conditions d’existence, te fourniront d’autres caractères ; je ne m’attacherai qu’à un seul qui intéresse l’ensemble ; c’est celui de la division de nos planètes en deux ternaires si nette ment partagés par l’espace qui sépare Mars de la Terre, exprimés précisément, du reste, par votre loi de Bode. Nous avons reconnu dans la variété de ces deux •
L'ASTROLOGIE IOI ternaires l’analogie de leur série : et nous l’avons exprimée en les mêlant, comme ils le sont par la nature, dans les jours de la semaine dont tu connais assez l’ordre (le Soleil, centre commun, étant en tête) : 0, C C?, 7 9 C’est dans ce même ordre que l’âme humaine, quand elle s’élance enfin de la surface lunaire, par court notre monde, en revenant, à chaque bond, prendre pied pour ainsi dire vers le centre solaire auquel elle se trouve si fortement liée.
Mais je te vois prêt à m’objecter comme une gros sière erreur encore, le nombre de mes astres errants, et par là, à ce que tu penses, à improuver tout l’en semble de mes assertions : Tes astronomes ne viennent-ils pas de découvrir Uranus et Neptune dont je n’ai point parlé ? Garde-toi, cependant, d’un jugement précipité ! Examine attentivement ces astres nouveaux.
Tes maîtres en science positive ne t’ont-ils pas dit que les satellites d’Uranus et de Neptune, et très probable ment aussi ces planètes mêmes, ont un mouvement de rotation exactement inverse de celui de tout le système, démentant formellement les prévisions les plus accentuées de Laplace ?
Tes maîtres n’en ont-ils pas conclu aussi que ces deux planètes se sont for mées aux dépens d’un anneau qui a entouré, sans le toucher le système des autres planètes, tandis que celles-ci n’ont cessé de faire un tout compact, solidaire où Mercure est le dernier né, et Saturne le premier ?
102 L INITIATION Au delà se font sentir déjà d’autres influences (i). Or souviens-toi que. longtemps avant tes astro nomes, j’ai proclamé ces derniers détails, comme je n’ai pas attendu non plus leurs observations pour annoncer ce mouvement giratoire, spirale, des forces cosmiques, que les nébuleuses t’ont révélé.
Depuis des siècles, je l’ai inscrit par le symbole du serpentaire dans ce groupement hiéroglyphique des constellations célestes que vous employez toujours. Que de choses encore je pourrais te faire lire dans ce livre céleste éternel, dont les légendes ont traversé les âges (2), mais je t’en ai dit assez pour te montrer ce que fut mon ignorance; je ne t’accablerai pas de plus de détails ; revenons au voyage de l’âme.
Nous l’avons quittée dans la sphère de Saturne, sur la limite de notre système; nous la verrons de là parcourant les constellations dont le zodiaque mesure les coordonnées, en même temps que la marche du soleil.
L’âme s’échappe ensuite de ce séjour par une porte, celle des dieux (3), que nous placions au sol stice d’hiver, à l’entrée du Capricorne (la porte des hommes, entrée des âmes descendantes, étant au point opposé, au commencement du Cancer). (1) Wolf. Les Hypothèses cosmogoniques, p. 55. Faye. Bulletin ¿’Association scientifique , tome VU I , 2' série, p. 3gi.
On remarquera que les densités des planètes qui décroissent de Mars à Saturne, croissent à nouveau avec Uranus et Nep tune. (2) Voir VOrigine de tous les Cultes, par Dupuis ; notam ment les volumes I, II, VI, IX et X. (3) Voir Macrobe, Somnium Scipionis, lib. I, c. xii. — Voir le planisphère du P. Kircher qui place aux deux portes, Anubis et Hermanubis qui, selon Plutarque, caractérisent l’un l’ascension, l’autre la descente.
L ASTROLOGIE io3 Tu peux reconnaître ici les voies combustes de l’ho roscope ; mais observe surtout que la porte des Dieux s’ouvre en face de cette constellation dTIercule vers laquelle tes maîtres t’enseignent que notre soleil dirige sa course.
Nous avions coutume de dire que de là, l’âme se perd dans la voie lactée, qui joint le zodiaque à cette même porte, et que c’est seulement au sortir de cette voie lactée qu’elle arrivait enfin dans l’espace éthéré, son véritable séjour.
Ainsi, bien des siècles avant vous, je savais la Terre séparée des immensités éthérées, et par les soleils voi sins du nôtre (le zodiaque), et par ceux qui, rassem blés dans la voie lactée, constituent la nébuleuse au sein de laquelle nous flottons dans les espaces. J’ai donc distingué dans mes travaux l’influence des pla nètes de celle du zodiaque et de celle des fixes, tout en ayant soin de les combiner.
Mais il est temps que nous nous élevions de ces détails purement matériels à la considération de la Vie qui circule dans ce monde immense. C’est elle que nous enseigne Y Astrologie naturelle, d’où découle Y Horoscopie. Pour moi, rien d’inanimé dans l’Univers ; rien qui n’ait son âme, sa destinée, qui ne tende par une har monie progressive vers l’Unité, source et but désiré de toutes choses.
Tes maîtres ès sciences doivent t’avoir préparé à de pareilles assertions; les redirai-je en leur langage ? Point de matière sans force, point de force sans mouvement: point de mouvement sans loi; point de
l’initiation 104 loi qui ne se rapporte à d’autres plus compréhensives. Et, puisque tout accuse un incessant perfectionnement, il faut bien qu’une loi générale embrasse et régisse toutes les autres. Ouvre Spencer, Taine ou tel autre de tes philoso phes les plus positifs, ils te diront comme moi qu’il est une loi universelle.
Relis ensuite Pythagore, Platon, Jamblique, Macrobe, Marc Aurèle, Virgile, Apulée..., et tu verras depuis quels temps reculés cette doctrine était ensei gnée dans mes sanctuaires répandus sur tout le globe, dans les Mystères de tous les peuples. L’âme universelle diffusée partout, que nous repré sentons au delà des fixes parce que là est sa mani festation principale, anime, dirige tous les êtres individuels, hommes, astres ou mondes.
Ceux-ci, arrachés par la toute puissance de l’Amour aux pro fondeurs ténébreuses de l’inertie, du non-être, mon tent lentement par la matière et la vie vers l’Unité qui les sollicite. Mais ce n’est pas sans d’énormes efforts, sans rechute incessante, toujours secondés cependant par l’Ame Universelle, qui, tantôt les secourt comme Providence, tantôt les corrige par la répression du Destin.
Chaque être a donc son âme, émanation del’âme uni verselle ; chaque âme a sa place assignée avec une éten due de puissance mesurée sur son élévation dans cette hiérarchie infinie. C’est pourquoi l’âme des hommes est assujettie à l’âme des astres qui lui estsupérieure(i). (1) Enéide, livre VI, v. 728 et suivants; Géorgiques, I, iv, v. 220. Platon (le Timée).
Les gnostiques peignaient la puisl’astrologie io5 Si ce langage t’étonne, réfléchis que tout progrès autour de toi se fait à travers les phases de la vie mortelle, que tout est périodique dans le monde des formes périssables! Songe que le temps est mesuré par le mouvement des astres, et vois avec quelle puissance fatale il te modifie, toi et tout le monde ambiant, à travers les saisons, les mois, les jours et les heures.
Redis-toi encore tout ce que tu sais déjà par la science pourtant toute nouvelle du magnétisme; la puissance sur toi, parla seule force de son expansion animique, de chacun des êtres qui t’environnent. Combien plus considérable doit être le rayonnement de l’âme qui habite un corps céleste. Ta science ne dit-elle pas que toute vie qui s’étale sur notre globe nous vient du Soleil ?
Combien plus puissante sur nos âmes et plus vivifiante doit être l’activité de ses rayons animiques !
Représente-toi encore chaque âme céleste avec sa sphère concentrique à celle du soleil qui les embrasse toutes en les reliant aux sphères des soleils voisins ; figure-toi, dans cette sphère, ce qui doit être concen tré d’énergie magnétique en ce point mobile d’attrac tion assez actif pour avoir rassemblé si près de lui, en une planète, la matière de son anneau.
Combine les unes avec les autres ces influences qui se reflètent sur notre globe, tantôt en harmonie, tantôt en dissance la plus rapprochée du séjour des âmes comme un dragon qui dévore les âmes et les précipite de nouveau dans le monde, jusqu’à ce qu’elles puissent remonter vers le lieu de son séjour. Voir S‘ Epiphane(zl¿j’ersus Hœres.)— (Contra Gnost.), c. 40.
io6 l’initiation corde. Songe, enfin, de combien diffère l’influence d’un astre, selon que ses effluves se déversent à flots sur notre horizon, ou ne nous arrivent que réfractés après son coucher, et tu auras reconstitué tous les éléments fondamentaux de Y Horoscopie : Influence combinée des âmes puissantes du ciel rayonnant sur l’âme inférieure de l’individu terrestre.
Fatalité! dis-tu? — Je pourrais me prévaloir de la conclusion presque générale de ta science positive; depuis la physique jusqu’à l’hypnotisme, que trouvet-elle, sinon le déterminisme le plus absolu? Et elle dit vrai, parce qu'elle s’enferme dans le monde phy sique. Mais telles ne sont pas mes affirmations.
Médite sur le peu que je viens de te révéler, et tu verras sans peine que la fatalité selon ma science vient au secours de la liberté humaine, au lieu de la détruire.
Regarde dans le silence, au fond de ton âme d’homme; deux amours également puissants y bouil lonnent, en lutte incessante; l’un t’attire vers le centre de l’âme universelle, au prix de pénibles sacrifices; l’autre moins austère te concentre sur toi-même, avec la réaction inévitable de tout ce que tu froisses pour l’absorber.
Si tu cèdes au premier amour, tu vis de la vie universelle, et l’Universel Tout-Puissant combat avec toi, les astres te sont favorables, la Providence te seconde. Que tu prétendes, au contraire, te faire centre, t’affranchir de l’Eternel, et la logique inéluc table de la Fatalité te brisera; les astres te condam neront comme une cellule morbide. Choisir entre ces deux amours, c’est ce que tu peux à chaque instant : la Volonté t’est donnée pour te
l’astrologie 107 porter vers l’un ou l'autre. Aussi ai-je coutume de dire : Inclinant astra non nécessitant; Volentem ducunt ; nolentem trahunt. Un dernier mot! Tu peux me demander encore qui me prouve ces assertions singulières. Je te ré pondrai hardiment : Je les ai vues, de vue directe et certaine. Ma science est science d’observation !
Ne t’empresse pas de sourire; réfléchis à la clair voyance de tes somnambules ; représente-toi seule ment une perception semblable rendue consciente et fortifiée, épurée par un entraînement, dont la pre mière condition est la Vertu la plus pure. On n’est pas réellement astrologue avant d’être devenu X’Epopte de mes mystères, et l’on n’est Epopte qu’à la condition d'avoir vaincu le démon de l’Egoïsme.
Aussi ma science n’est pas seulement positive comme la tienne, elle a encore cette immense supé riorité que, fondée sur la sainteté, elle conduit aux plus hautes conceptions de la religion. Puissé-je te l’avoir assez dévoilée pour t’inviter à la mieux connaître. Adieu ! (F. Ch. Barlet.)
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE HYPOTHÈSE ALCHIMIQUE PROUVÉE PAR LA CHIMIE I Parmi les grandes lois de la théorie alchimique, il en est une remarquable entre toutes, c’est celle qui affirme la Matière une, indestructible et indivisible. Les philosophes hermétiques étaient arrivés à cette conception à l’aide de l’analogie. Ils supposaient que les quatre éléments et les trois principes n’étaient que des modalités d’une matière unique. Le Cosmopo lite affirme nettement l’unité de la matière. « Les chrétiens, dit-il, veulent que Dieu aie d’abord créé une certaine matière première et que de cette matière, par voie de séparation, aient été tirés des corps simples, qui, ayant ensuite été mêlés les uns avec les autres par voie décomposition, servirent à faire ce que nous voyons... » Le président d’Espagnet le confirme en ces termes : « Les philosophes ont cru, dit-il, qu’il y avait une
L’Initiation QUATORZIÈME VOLUME (1892)
— 4 — Bodisco (C.-A. de)...................................................... 19 Delanne (Gabriel).................................................. 34, 161 Delezinier (Michel)..................................................... 238 Direction..................................................................... 1 Gardener (Dr J.) 204 Le Loup....................................................................... 220 Lermina (Jules).....................................................43, 1S5 Marcus de Veze (J.)................................................... 145 Marrot (Paul)............................................................... 53 Michelet (Emile)......................................................... 116 Montiere (George)...................................................... 266 Ney (Napoleon)......................................................... 110 Notzing (Albert Von)................................ 277 Papus....................................................................... 55, 66 Pelletier (Horace)...................................................... 255 Philophotes.................................................................. r3o Quacrens...................................................................... 101 Saint-Yves d’Alveydre................................................ Sedir.....................................................68, 188, 270, Selva........................................................................22, tg3 283 240 Vurgey........................................................................ 38 »'OURS. IMP. E. ARRAULT ET C**, RUE DE LA PREFECTURE, 6.
L’Initiation QUATORZIÈME VOLUME (1898)
Table des Matières QUATORZIÈME VOLUME. — 1892 [Janvier. Février. Mars) ARTICLES A la recherche des Destinées, par E. Nus............... Art et la Magie (1’)........................... Astrologie (F). ............................... Avant-propos. Janvier 1892............ Avis à nos abonne's. Prime gratuite Cœur (le).......................................... Correspondance.........................................................
Culte du Moi (le)......................................................... En vitrine..................................................................... 55 116 246 i 77 53 i85 5 68 Etudes d’orientalisme................................................ 74 Fragment.....................................................................
110 Fraternité lyonnaise et catalane..................................710 Groupe indépendant d’Etudes ésotériques, 73, 182, 275 Hypnotisme......................................... i83 Hypnotisme en Belgique (1’).................................... 75 Isis dévoilée, par E. Bosc.......................................... 66 Irma............................................................................. 38 Light of Paris (the)................................................... 281
— 4 — Bodisco (C.-A. de)...................................................... 19 Delanne (Gabriel)...................................................34, 161 Delezinier (Michel)...................................................... 238 Direction...................................................................... 1 Gardener (Dr J.)..........................................................
204 Le Loup........................................................................ 220 Lermina (Jules)....................................................43, iS5 Marcus de Veze (J.)................................................... 145 Marrot (Paul)................................................................ 53 Michelet (Entile)................................................
116 Montiere (George)....................................................... 266 Ney (Napoleon).......................................................... no Notzing (Albert Von)................................................. 277 Papus......................................................................55,' 66 Pelletier (Horace)......................................................
255 Philophotes................................................................... i3o Quaerens....................................................................... 101 Saint-Yves d’Alveydre................................................
Sedir......................................................68, 188, 270, Selva.........................................................................22, Vurgey......................................................................... 193 283 240 38 »'OURS, IMP. E. ARRAULT ET Cie, RUE DE LA PREFECTURE, 6.
a Livres reçus............................................ 287 Maison hante'e de la rue Ducouedic (la).................. 97 Mariage de l’Agneau................................................ 19 Naissance (la)................................................. ig3 Nécrologie.................................................................. 192 Nombres plus grands que l’infini..............................
238 Nouvelles diverses............................................. y5, 280 Occultisme pratique. ................................................ 255 Ordre kabbalistique de la Rose-Croix..................... 276 Pe'risprit (le).........................................................34, 161 Philippe Destal, par Gustave Guiches.........................
266 Psychometrie (la)................................ . ...................220 Quatre livres sur la médecine des Egyptiens, par P. Alpinus............................................................... i45 Que doit-être le Moi?............................................ 101 Quelques constatations de physiologie psycholo gique .................................... 270 Revue des Revues................................... , . . .
188, 283 Sommaire de l’histoire alchimique de Paris jusqu’à nos jours...................................... ........................... 13o Table des matières des douze premiers volumes . . 78 Télépathie (la) et Mark Twain................................. i85 Traité d’astrologie généthliaque................................. 22 Transmission imme'diate de la volonté.................. 277 Une prophétie de Nostradamus...............................
155 Un rêve sur le Divin.............................................179, 260 Vie d’un mort (la)....................................................... q3 AUTEURS Abil-Marduk................................................................ 155 Adam (Mmo Juliette).............................................179, 2Ö0 Barlet (F.-Ch.)............................. 5
CONGRÈS MAGNÈTICI pour l’étude des Applicatisi au Soulagement et à la PÉTI DES PARTISANS Adressée à la Chambre des Dé[. sur l’exercice c du 15 mai 1892. Considérant que le magnétisme huma que la lumière, la chaleur, l’électricité terrestre ni classées, nous demandons que dans un but sa santé et celle d’autrui, tel bénéfice qui lui Considérant l’homme en bonne santé naturel du magnétisme terrestre, nous demandai
IE INTERNATIONAL n du Magnétisme humain 3-uérison des Malades )U MAGNÉTISME tés, au sujet du projet de loi la Médecine i est une influence naturelle au même litre et tant d’autres forces non encore connues humanitaire, chacun puisse en retirer, pour conviendra. îornme étant un merveme^ accumulateur c Mil il lui cnit nprmic <lp l.'lll'P 11 I K'-'riln il j< in
CONGRÈS MAGNÉTIQUE INTERNATIONAL pour l’étude des Applicatison du Magnétisme humain au Soulagement et à la Guérison des Malades PÉTITION DES PARTISANS DU MAGNÉTISME Adressée à la Chambre des Députés, au sujet du projet de loi sur l’exercice de la Médecine Considérant que le magnétisme humain est une influence naturelle au même titre Stipplément de 1'1 n i t i ì i i ioni du, 15 niai 1892. que la lumière, la chaleur, l’électricité terrestre, et tant d’autres forces non encore connues ni classées, nous demandons que dans un but humanitaire, chacun puisse en retirer, pour sa santé et celle d’autrui, tel bénéfice qui lui conviendra.
Considérant l’homme en bonne santé comme étant un merveîTfèti^ accumulateur 11;11ui■ I ilu magnétisme terrestre, nous demandons qu’il lui soit pei111iis de faire urü^àisirihutinw de ses forces au profit de ceux qui en manquent Considérant que la pratique du magnétisme, aussi bien que celle du massage, exige des forces physiques supérieures à celles de beaucoup de savants, nous demandons la liberté pour tous de se servir de l'influence bienfaisante de leurs mains au profit de ceux qui souffrent.
En conséquence, Les soussignés demandent : Qu’il plaise au Corps législatif d’intercaler dans son texte de loi sur la médecine, l’article suivant : « Art....... L’action magnétique et le massage, étant œuvres exclusivement « manuelles, restent dans le domaine de la thérapeutique naturelle au même titre « que les bains, l’air ou la lumière.
Leurs partisans ne tomberont pas sous le coup « des lois ci-dessus tant qu’ils resteront dans leurs attributions. » Aous prions les intéressés de faire signer la présente pétition dans leur milieu respectif, par les partisans de la thérapeutique magnétique et du massage, et de l’adresser ensuite à M. le Comte de Constantin, g, rue Pasquier, Paris. Imprimerie Anselm, 7, Rue de Laborde, Paris.
IM P . A N S E L L
l’unité de la matière 109 certaine matière première, antérieure aux éléments. » Que les alchimistes aient basé leur science sur l'unité de la matière, cela ne nous étonne pas de la part de ces hardis savants, mais que la science moderne par ses découvertes les plus récentes confirme cette hypo thèse, c’est là ce qui nous réjouit profondément, et nous assistons à ce fait : la chimie, après s’être séparée follement de sa mère et avoir voulu voler de ses propres ailes, est forcée de revenir peu à peu dans le giron maternel. L’Alchimie affirmait l’Unité de la Matière et l’évolution des métaux, et nous voyons les découvertes de la Chimie la ramener dans ce sens ; encore un peu, et quelque savant redécouvrira ces deux vieilles lois. Aussi, pour bien établir l’hypothèse qui nous oc cupe, nous nous servirons uniquement de faits chi miques indéniables; mais auparavant remarquons qu’en métaphysique la Matière est regardée comme une, toute multiplicité de la Matière est contraire au raisonnement pur, et se trouve rejetée parle métaphy sicien. Puisque nous en sommes là, nous dirons quelques mots de la divisibilité de la matière. Est elle, n’est-elle pas divisible à l’infini ? Oui et non. C’est la deuxième antinomie de Kant. Thèse : La matière est divisible en parties indivisibles, c’est-àdire, qu’il y a un terme où il faut s’arrêter; ce terme, c’est l’atome. La matière ne peut en effet être divisée à l’infini, car il n’y aurait pas de terme, on aurait un composé sans composant, une particule si infime qu’elle soit pouvant encore être divisée serait donc composée, et il n’y aurait pas de raison pour que
I IO l'initiation chaque partie de la particule ne pût être à son tour décomposée et ainsi à l'infini, on aurait donc infini ment du composé et jamais de composant, ce qui ne peut être.
Mais voici l’antithèse : la matière est divi sible à l’infini, car tous les éléments matériels sont divisibles, un élément indivisible ne peut se conce voir. car tout élément possède l’étendue, et la qualité essentielle de l’étendue est la divisibilité, donc la matière est divisible à l’infini.
Kant lui-même nous donne la solution : L’espace ou l’étendue, dit-il, n’est pas une propriété essentielle du monde, mais c’est un attribut du monde dans la pensée.
Le monde n’est que phénomènes, c’est-à-dire choses pensées, représentées ; l’espace n’est qu’une forme de phénomène, de chose pensée, par consé quent les propriétés de l’espace ne sont que celles qu’il peut avoir en tant que l’esprit pense le monde comme étendu, mais cela revient à dire que l’espace n’est ni fini, ni infini, ni composé de parties indivi sibles, ni composé à l’infini, mais bien qu’il est indé fini.
Io L’espace est susceptible d’être indéfiniment agrandi dans la pensée, c’est-à-dire qu’elle peut tou jours concevoir un espace plus grand que Lespace donné. IIo. Il est indéfiniment divisible dans la pensée, c’est-à-dire, qu’elle peut toujours concevoir un espace plus petit que l’espace donné.
En un mot l’es pace, la Matière peuvent être conçus indéfiniment divisibles dans la pensée, mais réellement ils ne peuvent exister qu’indivisibles, formés d’entités nom mées atomes.
111 l’unité de la matière Or la première qualité des atomes selon Leibnitz (Monadologie) est d’être tous semblables matérielle ment, géométriquement, les uns aux autres.
Admettre des atomes dissemblables, c’est admettre que l’un a quelque chose que n’a pas l’autre, qu’on pourra par conséquent lui retrancher ce quelque chose, si l’on veut le rendre semblable au second atome, ce qui est contraire à la définition même d’atome, qui veut dire insécable. Donc, tous les atomes sont semblables.
Et dès lors l’hypothèse de Lavoisier de corps simples irréductibles les uns aux autres et par conséquent d’atomes dissemblables ne peut plus se soutenir. II L’hypothèse de l’unité de la matière étant établie par le raisonnement, comment la concilier avec la diversité des corps reconnus simples parles chimistes? Est-ce à dire que les corps simples seront décom posés plus tard ?
Nous ne le prétendons pas, quoique la chose n’ait rien d’impossible; nous prétendons seulement que tous les corps simples actuels sont des isomères chimiques plus ou moins stables de la ma tière, de l’Hylé des alchimistes, qui évolue depuis son état le plus fixe : platine, jusqu’à son état le plus volatil : la matière radiante.
La différence n’existe pas dans la matière, elle existe dans la force dont cette matière se trouve chargée ; les différents états, solide, liquide, gazeux, radiant, ne dépendent que
I I 2 L INITIATION des vibrations plus ou moins étendues et rapides de la matière, c’est-à-dire de la quantité de force qui lui est appliquée. Ainsi la chaleur, modalité dé la force, peut faire passer un corps solide à l’état liquidé puis gazeux ; en refroidissant ce corps, en lui enlevant le générateur de force calorique, il repassera par l’état liquide pour revenir à l’état solide.
Or, le premier physicien venu vous le dira, ces différentes transfor mations sont dues à des mouvements vibratoires : plus l’oscillation est grande et plus le corps a de ten dance de passer d’un état à l’autre.
Un corps gazeux à la température ordinaire est un corps dontles molé cules continuellement en mouvement ont une grande amplitude d’oscillations, c’est un corps qui possède une plus grande somme de force latente qu’un autre corps, solide par exemple à la même température, et chez lequel les atomes sont plus en repos.
Mais, dira-t-on, si tous les atomes sont semblables, la force agissant sur une entité toujours identique à elle-même produira aussi toujours les mêmes phéno mènes, et l’on ne devrait connaître qu’un seul corps simple; or cela n’est pas.
Ceci est très vrai, mais les corps simples ne sont pas formés d’atomes mais bien d’agrégats d’atomes que les chimistes nomment mo lécules, et ce qui différencie les corps c’est justement leur structure moléculaire.
Un exemple : des atomes sont comparables à des briques, avec ces briques on pourra faire des colonnes, mais avec ces colonnes mêmes on pourra produire des effets très variés, d’a bord en variant la forme des colonnes, puis leur com binaison. De même l’atome sert de base à la confec
l’unité de la matière 113 tion de molécules qui peuvent différer et par la quantité des atomes qui les composent et par l’ar rangement qu’ils affectent. -Un corps composé de molécules de cinq atomes ne présentera pas les mêmes propriétés que celui composé de molécules de sept atomes, et deux corps composés de six molé cules différeront si leurs molécules présentent un aspect géométrique différent.
Et ceci n’est pas une hypothèse, c’est un fait, chimiquement démontré et sur lequel nous reviendrons plus loin.
Ajoutons enfin, pour en finir avec les explications théoriques, qu’analogiquement la force, une en son essence, peut aussi se différencier d’elle-même, en évoluant depuis son état le plus fixe : attraction uni verselle, jusqu’en son état le plus volatil : le feu astral ou aour des kabbalistes, réceptacle où vient se condenser et d’où émane la Vie universelle.
On com prend parfaitement que l’attraction, l’électricité, la chaleur, le magnétisme, la vie, mille autres moda lités de la force, encore peu connues, donneront lieu à des phénomènes très différents sur un même corps. Combinez maintenant dans la pensée les modalités de la force aux modalités de la matière et vous aurez l’infinité des corps dits simples et composés que l’on peut trouver dans l’Univers. Ayant étudié l’hypothèse et les causes, nous pas sons à la démonstration et aux faits.
ii4 l’initiation III La chimie compte actuellement soixante-dix corps simples, en y comprenant les derniers découverts : le samarium, le thulium, le germanium. Tous ces corps peuvent être rangés en familles plus ou moins homogènes, dont le type le mieux constitué est la famille du fluor, chlore, brome, iode. On a rangé les corps simples par familles en se basant sur leurs pro priétés chimiques.
Généralement, les corps d'une même famille se combinent avec l'oxygène ou l’hydrogène en donnant des acides ou des oxydes ou des hydrures de formule analogue.
Ainsi, pour nous en tenir à la famille-type précitée, les quatre corps qui la compo sent donneront des hydracides HN, otï N repré sente une molécule de fluor ou de chlore, etc. Ces hydracides auront des propriétés analogues : ainsi, ils sont tous les quatre très avides d’eau, fumant à l’air, très stables, etc. Ils forment avec les bases des sels cristallisant dans le même système, ayant des pro priétés très rapprochées.
Les acides oxygénés du chlore, du brome et de l’iode (le fluor n’en a pas) répondent aux formules générales NOH, NO3H, NOTI ; ils sont tous très instables et formés avec absorption de chaleur, ils se décomposent avec explo sion. Les corps de cette famille forment avec l’azote des combinaisons se décomposant au moindre frotte ment en produisant une violente explosion. C’est ainsi que le frottement produit par une barbe de
l’unité de la matière 115 plume sur une quantité de chlorure d’azote équivalent à une demi-tête d’épingle produit une détonation aiguë et le support sur lequel est placé le corps explo sif éclate en mille pièces. Le bromure et l’iodure d’azote sont aussi dangereux que le chlorure.
Voici donc une famille de corps simples parfaitement homo gènes ; si l’on examine les poids atomiques de ces quatre corps, on constate que le poids atomique du chlore est environ le double de celui du fluor, celui du brome environ le double de celui du chlore, et celui de l’iode environ six fois celui du fluor, en sorte que l’on a la progression simple i, 2, 4, 6, entre ces différents poids atomiques.
Il en est de même pour routes les autres familles. La famille oxygène, soufre, sélénium, tellure donne la progression 1, 2, 8, 16; ici il manque le terme 4, correspondant à un corps qui aurait le poids atomique 64. Dans la famille cal cium, strontium, baryum la progression est 1,2, 3. Enfin toutes ces familles sont reliées entre elles par une progression simple aussi. (Voir les Origines de 1 Alchimie de Berthelot).
L’occultiste qui étudie ces faits pense aussitôt à l’Évolution ; pourquoi les chi mistes n’ont-ils pas eu la même idée ? Mais poursui vons. Un phénomène bien curieux, l’allotropie, a été étu dié avec ardeur, mais aucune explication n’en a été donnée.
Un corps simple étant soumis à l’action d’une force quelconque peut acquérir de nouvelles propriétés physiques et chimiques complètement dif férentes de celles qu’il possédait auparavant. (Disons en passant que la distinction en propriétés physiques
n6 l’initiation et chimiques est très vague, et ne peut servir à classer des phénomènes.) Ainsi le phosphore blanc soumis pendant plusieurs jours à une température constante (240°) en présence d’une trace d’iode, se transforme en un corps complètement différent connu sous le nom de phosphore rouge. C’est là un état allotro pique du phosphore blanc.
Supposez que le phos phore rouge ne soit pas connu et qu'un chimiste au lieu de l’obtenir du phosphore blanc directement, l’ait préparé pour la première fois à l'aide d’une réaction compliquée où plusieurs corps se seraient trouvés en présence, nous défions ce chimiste d’assimiler les deux phosphores et de reconnaître le blanc dans le rouge.
Voici du reste un tableau de leurs propriétés respectives : PHOSPHORE BLANC S’enflamme à la température ordinaire Phosphorescent, Très vénéneux, Soluble dans le sulfure de carbone, Attaqué par les alcalis, Se combine au soufre avec explosion Fond à 44 degrés, etc. PHOSPHORE ROUGE S’enflamme seulement à 260°, N’est pas phosphorent, Inofl’ensif, Insoluble dans ce liquide, Inattaquable par les alcalis, Sans action sur le soufre, Infusible, etc. D’une manière générale, l’affinité du phosphore rouge est bien moindre que celle du phosphore blanc; là où ce dernier se combine avec une violence qui rend l’expérience dangereuse, le phosphore rouge se combine lentement, et même il faut chauffer pour commencer la réaction. Voilà donc deux corps
l’unité de la matière 117 simples réductibles l’un à l’autre, par une véritable transmutation,, jouissant de propriétés tellement dif férentes qu’une personne non prévenue en ferait deux corps simples séparés.
Il y a des corps qui pré sentent au contraire de grandes ressemblances et qui sont regardés comme des entités simples différentes ; ainsi le potassium et le sodium ne sont guère diffé renciés que par ce que l’on est convenu d’appeler des propriétés physiques, leurs affinités sont à peu près égales, celles du potassium étant plus puissantes, leurs sels sont tellement semblables qu’il serait très difficile de les distinguer sans le spectroscope.
Que l’on ne vienne pas invoquer ici ce fait que le potassium et le sodium ont des poids atomiques différents, tandis que ceux des deux phosphores sont égaux; cela n’a aucune valeur : l’iode et le tellure ont bien des poids ato miques égaux à quelques dixièmes près, et jamais aucun chimiste n’a songé à considérer le tellure comme un état allotropique de l’iode.
Au reste, nous avons un argument contraire, l’ozone, modification allotropique de l’oxygène, n’a pas le même poids mo léculaire que l’oxygène : l’oxygène correspond à 32 et l’ozone à 48, c’est-à-dire dans le rapport de 1 à 1/2.
La formule de l’ozone serait O3. (Pour tous renseigne ments complémentaires, voir l’excellent Cours de Chimie de M. Armand Gautier, 2 vol. in-8.) En résumé, dans la série des corps simples nous avons observé les faits suivants : i° Périodicité des poids atomiques des corps d’une même famille et des familles entre elles. 20 Allotropie d’un corps simple. La modification
118 l’initiation allotropique possède des propriétés contraires, le poids atomique reste identique ; exemples : phosphore blanc, phosphore rouge, les diverses variétés de soufre (soufre octaédrique, soufre prismatique, soufre amorphe, soufre bleu). 3° Deux corps simples de poids atomiques diffé rents, de propriétés physico-chimiques presque sem blables: exemples: lepotassium et le sodium, le stron tium et le baryum.
4° Deux corps simples ayant un même poids ato mique, mais des propriétés absolument divergentes : exemples : le tellure et l’iode, le soufre et le phos phore. 5° Une modification allotropique d’un corps simple présentant un poids atomique différent du corps dont elle dérive; exemple : l’oxigène et l’ozone.
Tous ces faits appuient au plus haut degré l’hypo thèse de l’unité de la matière ; nous en donnerons plus loin la clef, mais, auparavant, disons quelques mots des faits analogues présentés par les corps com posés.
IV Une chose nous frappe tout d’abord, l’existence de corps composés se conduisant comme des corps simples, ainsi le cyanogène qui se range par ses pro priétés dans la famille du fluor, et l’ammonium qui se place à côté du sodium ; mais tandis que le cyano gène a été isolé, l’ammonium n’est connu qu’à l’état d’amalgame se décomposant spontanément. Dans le
l’unité de la matière domaine organique, ces exemples sont encore plus nombreux; pour n’en citer qu’un, toute la série des alcools procède de radicaux (éthyle, méthyle, butyle, etc.) analogues aux métaux, possédant des oxydes, des acides, des sels véritables.
Les corps simples ne jouissent donc pas à première vue de propriétés absolues permettant de les différen cier, puisque des corps notoirement composés en présentent d’analogues, et il faut chercher dans leur structure géométrique la raison des différences qui les séparent.
Nous avons vu dans le paragraphe précé dent qu’un même corps simple peut se présenter sous des états complètement différents ; poursuivant nos recherches, nous allons trouver des corps pré sentant la même composition centésimale différer totalement les uns des autres, et nous verrons que la raison en est dans la différenciation de la structure de leurs molécules; nous en déduirons analogique ment que ce qui cause la divergence entre les états allotropiques d’un même corps simple est aussi la structure moléculaire différente.
Les exemples ne nous feront pas défaut : le corps cité plus haut le cyanogène (C2Af2) gazeux à la tem pérature ordinaire a un isomère, le paracyanogène, de même formule, composé solide dans les mêmes conditions de température. Avant d’aller plus loin, quelques explications techniques.
On appelle isomères, en général, des corps présentant la même composi tion centésimale, ces corps sont dits polymères quand ils font partie d’une même famille chimique et métamères quand ils appartiennent à des familles ou
120 l’initiation fonctions différentes ; ainsi l’alcool butylique de for mule C4H9OH présente quatre polymères : i° l’alcool butylique primaire normal ou tétrylol normal ; 2° le tétrylol tertio triméthylique primaire ; 3° le tétrylol méthyléthylique secondaire, et 40 le triméthylcarbinol de Boutlérow. Ces quatre corps de même formule présentent des propriétés différentes dues à leur struc ture moléculaire.
Les polymères représentent souvent les multiples d’une même formule, le composé primitif s’ajoutant à lui-même, forme de nouveaux corps possédant rela tivement une même composition centésimale.
Ainsi, dans la série des hydrocarbures, l’acétylène C'2H2, peut se combiner à lui-même, une molécule d’acéty lène se fixe sur une seconde molécule, et ces deux sur une troisième; on a la benzine C6H6, et successi vement le styrol CSH8, le métastyrol C16Hie etc.; tous ces corps ont la formule générale CnHn.
D’autres corps auront la même formule, et des fonctions diffé rentes, ce sont les métamères, ainsi à la formule C4 H8O2 correspondent l’acide butyrique , l’acétate d’éthyle et un alcool bivalent. Les chimistes ont été tellement frappés par ces nombreux faits, qu’ils ont cherché à les expliquer par la structure moléculaire.
Plusieurs d’entre eux, M. Lebel entre autres, poussant plus loin leurs investi gations, s’efforcent de déterminer par de délicates expériences et des déductions subtiles, quelle peut être la forme géométrique des molécules dans l’espace. Antérieurement à leurs recherches, un chimiste belge, Kékulé, en 1865, avait figuré la structure de la
l’unité de la matière I 2 I CH 1 CH6 11 2ch clt5 3CH 4 // CH substitue du par exemple benzine, mais dans le plan. Il représentait la benzine C°H0 par un hexagone, à chaque sommet duquel est placé un groupe CH; ces groupes sont reliés les uns aux autres d’un côté par deux attaches, de l’autre par une seulement.
Si l’on chlore à l’hydrogène (H) du groupe i on aura la benzine monochlorée; que l’atome de chlore ait été substitué dans les groupes 2 ou 3 ou 4, etc., l’on n’obtiendra jamais qu’un même corps ; mais, si l’on substitue deux atomes de chlore à la fois dans les groupes 1 et 2, on aura une benzine dichlorée, la substition opérée dans deux groupes voisins 2 et 3, 5 et 6, produira toujours cette même benzine dichlorée- Si au contraire on place uu atome de chlore dans le groupe 1 et l’autre dans le groupe 3, on obtiendra une benzinedichlorée différente de la précédente parce que les positions relatives auront changé ; on pourra, en substituant le chlore à l’hydrogène dans les deux groupes 1 et 4, obtenir une troisième benzine dichlorée, et ces trois nouveaux corps de propriétés différentes auront la même for mule C6H4C12.
En raisonnant sur cette formule, on peut prévoir à priori combien la benzine aura de com posés tri, tetra, penta et hexachlorés, et les faits confir meront l’hypothèse. Cette manière de voir a été éten due de la benzine à tous ses homologues, toluènes, xylènes etc., En un mot, les chimistes eux-mêmes admettent que les propriétés des corps composés dépendent de leur structure moléculaire. — Nous avons établi
1 22 L INITIATION nombre de faits, tirés de la chimie moderne, qui sont absolument contraires à la multiplicité de la Matière ; nous avons montré l’impuissance des théories actuelles, nous allons essayer de donner une expli cation en partant de l’hypothèse de l’Unité de la Matière. V Nous passons à l’application de nos théories.
Il faut poser en principe que la matière est une et indestructible, elle se résout en dernière analyse en particules insécables nommées atomes. Les atomes sont tous semblables, entre eux il ne saurait y avoir de différences.
Ils sont en mouvement, par suite d’ap plication de forces variées, ce mouvement appartient au mode vibratoire; plus les vibrations qui animent les atomes ont d’amplitude d’oscillation, et plus le corps que composent ces atomes a de tendances à se rap procher de l’état subtil de la Matière radiante.
Suivant l’amplitude vibratoire de ses atomes, un corps peut présenter l’état solide, liquide, gazeux, radiant, en passant par tout une série d’états intermédiaires peu connus. Première loi : La force, en agissant sur les atomes, les fait vibrer en proportion de la quantité de force qui leur est appliquée. Deuxième loi : L’étendue des vibrations atomiques détermine les quatre états : solide, liquide, gazeux, adiant.
123 l’unité de la matière D’autre part, des atomes se groupent entre eux pour former des molécules; pour un même nombre de vibrations, la molécule affectera toujours la même forme, et, dans un temps donné, un dizième de seconde par exemple, le nombre de vibrations pou vant varier indéfiniment, la structure moléculaire affectera de même un nombre indéfini de types.
Ces types seront plus ou moins nettement figurés, selon que le rapport entre le nombre des vibrations et le nombre des atomes, sera entier ou fractionnaire. Nous aurons donc des groupes moléculaires nette ment géométriques, et des groupes imparfaitement figurés. Les premiers, étant parfaits, seront beaucoup plus stables que les seconds, lesquels tendront sans cesse à passer à un état plus stable, inférieur ou supé rieur à leur état actuel.
Soit i et 2 deux groupes stables, nettement géométriques, entre eux existeront des états intermédiaires, de 1,1 jusqu’à 1,9, lesquels tendront sans cesse à se parfaire en se rapprochant soit de 1, soit de 2, Ceci est absolument comparable à la figure d’une corde tendue qui vibre ; on y dis tingue des ventres et des nœuds : l’on peut se figurer les groupes stables comme siégeant aux nœuds, les groupes instables aux ventres, le nœud est immuable, les ventres sont en mouvement et décrivent une courbe unissant des nœuds, un groupe instable oscille entre deux groupes stables, jusqu’à ce que par involution ou par évolution, il parvienne à un état plus ou moins élevé, mais stable. Ceci étant dit pour mieux faire comprendre ce qui suivra, nous ne re viendrons plus là-dessus, et nous continuerons en
l’initiation 124 parlant simplement de la Matière, sans plus long temps discourir de sa nature intime. La matière évoluera donc de l’état le plus dense à l’état le plus raréfié, très dense lorsque ses molécules sont douées de peu de mouvement, très raréfiée lors qu’elles sont douées de beaucoup de mouvement. Il y aura des points dans cette évolution où la Matière formée de molécules géométriques sera plus stable qu’en d’autres.
En ces points nous aurons les élé ments nommés corps simples, et ces corps simples seront par suite ceux que l’on trouvera en plus grande quantité dans l’univers. Mais entre deux éléments consécutifs, il existera des éléments intermédiaires nettement en évolution, dans un état instable, ce sont les élémentaux ou méta-éléments, trouvés par Krüss et Nilson et étudiés par Crookes.
Ces méta-éléments ou matière en évolution existent dans la nature en très petite quantité; ils ont été étudiés parles chi mistes qui crurent d’abord y voir des métaux simples, mais bientôt, poursuivant leurs recherches, ils s’aper çurent que ces prétendus corps simples pouvaient être décomposés en métaux infiniment voisins, diffé rant par quelque divergence de solubilité de leurs sels, par quelque menue variation dans leur spectre lumi neux.
C’est ainsi qu’en 1885, un chimiste allemand Auer von Weselbach a dédoublé le didyme en deux autres éléments le praséodyme et le néodyme. De même l’yttrium, le samarium sont manifestement des méta-éléments. Ces méta-éléments, si difficiles à étu dier, se rencontrent en grand nombre dans certains minéraux; cela se conçoit, ces minéraux sont consti
l’unité de la matière 123 tués par de la matière en évolution, on y trouvera donc un certain nombre de méta-éléments, très rapprochés les uns des autres par leurs propriétés, ce qui en rendra justement l’analyse chimique très dif ficile, c’est ainsi que la cérite contient du fer et du cérium, du lanthane, du néodyme et du praséodyme, c’est ainsi qu’un autre minéral rare, la gadolinite d’Itterby contient les métaux de la cérite plus du glucinium, de l’yttrium, de l’erbium, de l’ytterbium, de l’holmium, etc. Nous trouvons donc là des métaux nettement définis, et un certain nombre de produits intermédiaires en train d’évoluer.
Et, si le chimiste voulait voir évoluer la Matière devant lui, il lui faudrait, d’après ce qui précède, opérer non pas sur des états de la matière stable, comme le cuivre, l’or, l’azote, etc, mais sur des états instables, tels que les corps dont nous venons de par ler.
Le samarium et le didyme se rapprochent du fer; parmi les produit de décomposition du didyme, le praséodyme s’en rapproche encore plus, et, en partant de ce méta-élément, on pourrait certainement arriver à produire du fer, mais comment? Voilà le problème. Partir d’un élément pour arriver à un autre est une chose plus difficile, et cependant Carey Lea, chi miste américain, a résolu une partie du problème sans s’en douter.
Opérant sur l’argent, il est parvenu à obtenir des états allotropiques, de véritables élémentaux ayant perdu une partie des propriétés de l’ar gent et acquis quelques-unes des propriétés de l’or, notamment l’éclat; mais, comme ces corps étaient plus rapprochés de l’argent que de l’or, étant naturelI2Ô l’initiation lement instables, ils tendaient à se rapprocher de leur point de départ et se transformaient facilement en argent.
Poussez ces élémentaux jusqu’au delà du point neutre existant entre les nœuds de l’or et de l’argent, ils auront plus de tendance à se transformer en or ; pour un peu, M. Carey Lea produisait de l’or, faisant de l’excellente et orthodoxe alchimie sans s’en douter. Les corps allotropiques sont donc de vé ritables méta-éléments.
C’est encore cette évolution de la matière qui nous expliquera pourquoi l’on découvre, dans le spectre des planètes, des raies correspondant à des corps inconnus sur notre globe.
C’est que dans ces planètes les conditions sont différentes, et que la matière peut y évoluer sur une échelle plus grande, par exemple, que sur la terre ; c’est ainsi que dans le spectre du soleil on trouve des raies correspondant à un métal inconnu chez nous, que l’on a nommé l’hélium. Comment pourrait-on expliquer l’existence de ce mé tal, si, comme on le dit, le système solaire ne formait à l’origine qu’une vaste nébuleuse?
Il faudrait ad mettre que certains corps se sont localisés exclusive ment dans certaines planètes. Pourquoi? Il n’y a pas de solution.
Au contraire, admettons l’hypothèse de l’unité de la matière, nous voyons cette matière pre mière, ce protyle, comme l’appelle Crookes après Roger Bacon, se différencier peu à peu, évoluer en produisant, des corps, les uns semblables pour toutes les planètes, les autres spéciaux à telle ou telle pla nète, et cela uniquement parce que les planètes pré sentent à l’évolution du protyle des conditions génél’unité de la matière 127 raies à toutes, et des conditions particulières à quel ques-unes !
En résumé, si nous figurons l’évolution de la ma tière, du protyle, par une spirale, nous pourrons y placer à intervalles calculés les corps élémentaires ou corps simples, et entre eux les élémentaux ou métaéléments actuellement connus.
Nous pourrons suivre l’évolution de la matière; sous l’action de la Force elle passe par des points où elle est stable, étant géo métriquement symétrique en ses parties, puis elle évolue intermédiairement, instable, parce que ses molécules sont asymétriques. Cette magnifique hypo thèse, qui ouvre un nouveau champ aux investiga tions des chimistes,était connue des alchimistes.
Albert le Grand n’avait-il pas affirmé dans le Composé des Composés (voir Alb. Poisson: Cinq Traités d’Alchi mie) que « ... la génération des métaux est circulaire ; on passe facilement de l’un à l’autre en suivant un cercle.
Les métaux voisins ont des propriétés sem blables, c’est pour cela que l’argent se change facile ment en or. » Et Glauber avait été plus loin, ensei gnant l’Involution en même temps que l’évolution : « Par la vertu et par la force des éléments, il s’en gendre tous les jours de nouveaux métaux, et les autres, tout au contraire, se corrompent en même temps. » Tous les alchimistes enseignaient que les mines renferment, à côté des métaux parfaits, des mé taux non achevés, en voie de perfectionnement, en un mot de véritables méta-éléments, comme les appelle Crookes. Et dire qu’il y a de graves savants qui sourient quand on leur parle des théories alchimiques
I 28 l’initiation et des découvertes des philosophes hermétiques ! Les alchimistes admettaient les influx planétaires comme modificateurs de la matière première, ils admettaient aussi une force universelle, l’Archée ; nous n’avons pas fait entrer dans la discussion la multiplicité des forces, ne voulant pas compliquer le problème.
Mais cela n’y change rien, il suffira de remplacer la Force impersonnelle par ses modalités, électricité, lumière, vie, magnétisme, etc., et cela ser vira à expliquer bien des propriétés secondaires des corps simples ou composés.
Ce qu’il faut retenir de tout ceci, c’est que l’alchi mie enseignait que la matière est une et qu’elle pro duit la variété des élémentaires et des élémentaux par évolution, que cette hypothèse se trouve confirmée par les dernières découvertes de la science moderne, que Roger Bacon, Albert le Grand, Glauber, Para celse l’ont affirmé dans son ensemble, tandis que Krüss, Nilson, Crookes et les autres n’en ont décou vert que des fragments, étant des analystes, alors que la plupart des alchimistes procédaient par synthèse, et qu’enfin le jour viendra peut-être où les théories alchimistes s’imposeront d’elles-mêmes de par la force des choses ! Philophotes.
ÉTUDES D’ORIENTALISME I 2Q LITTÉRATURE HINDOUE L’Inde est certainement une des contrées du monde qui ont produit le plus d’œuvres littéraires,ce qui s’ex plique aisément par la haute antiquité de ce pays et par sa civilisation, qui n’a presque subi aucune inter ruption à travers les âges.
Aussi notre intention ne saurait être de passer ici en revue, même une faible partie de la littérature hin doue, mais bien de parcourir quelques principaux ouvrages très réputés et connus seulement de nom en Europe. Le contenu de ces poèmes nous permettra d’étudier l’Inde au triple point de vue héroïque, occultiste et philosophique.
En France, sauf quelques savants (linguistes, orien talistes et littérateurs), on connaît peu ces beaux tra vaux, surtout au point de vue occultiste, aussi avonsnous pensé qu’une brève analyse des principaux pré sentera certainement quelque intérêt aux hommes d’étude qui portent aujourd’hui leurs regards vers ce merveilleux pays, qui se nomme I’Inde antique. Nous commencerons par le Mahâbhârata. (i) Voir le numéro de mars dernier. 5
L INITIATION i3o MAHABHARATA Le Mahâbhârata est un poème épique qui comporte 18 chants (panas) et ne contient pas moins de 25o,ooo vers, qui sont généralement séparés par dis tiques (stochas ou çlokas) de trente deux syllabes chacun; ces trente-deux syllabes forment donc deux vers de seize syllabes, et sont partagés eux-mêmes en deux hémistiches de huit syllabes. Telle est la composition du vers épique de la poésie sanscrite des Hindous.
Que signifie ce terme sanscrit? Il est dérivé de mahâ qui veut dire grand et bharâta. Bardit. Ce titre de bardit était donné dès les temps les plus reculés, aux Bardes, c’est-à-dire aux poètes qui composaient des vers pour chanter des louanges en l’honneur des héros ou réciter leur vie. Dans l’œuvre que nous allons analyser, le sujet principal est la guerre des Gurus (pr.
Gourous'] et des Pandous en Pantchâlas, relativement à la suprématie royale de l’Inde. L’ensemble de cette épopée se divise en dix-huit chants (Panas) nous l’avons vu ; mais il renferme comme complément un poème composé de 32,748 vers, lequel poème se nomme harivança ; nous en parlons ci-après.
Si donc nous retranchons ce dernier poème du principal et que nous en retirions des addi tions et des interpolations évidentes, le Mahâbhârata se trouve réduit à environ 182,000 vers; l’édition imprimée et publiée en 183g, à Calcutta, ne comporte même que 114.000 vers, nombre qui a été encore
ÉTUDES D’ORIENTALISME I 3 I réduit par la critique moderne, qui considère comme ajoutés les chants 12, i3, 17 et 18, et une très grande partie du 16°. — On doit également considérer, comme ajoutés dans le texte primitif, certains épisodes qui ne se rattachent au poème que d’une manière tout à fait indirecte, et dont plusieurs témoignent d’une doc trine certainement postérieure à l’établissement du Bouddhisme; par exemple, la Bhavagad-Gitâ, dont nous parlons plus loin, et dans laquelle, les faits de guerre ne sont qu’un prétexte à discourir à côté du sujet principal.
Du reste, d’après les Hindous eux-mêmes, le texte primitif du poème ne comprenait guère que la cin quième partie du texte actuel; ainsi donc, on peut admettre sans hésitation, que le texte, tel que nous le possédons, s’est peu à peu formé de pièces et de mor ceaux rajustés les uns aux autres, et probablement intercalés par les Brahmanes pour inculquer leurs idées au lecteur, et ruiner autant que possible la guerre dans l’esprit des rois. —'Ajoutons que diverses parties sont de véritables traités n’ayant aucun caractère épique, aucun rapport avec le poème principal, et sont de beaucoup postérieurs à l’âge de l’épopée.
En résumé, on a tout lieu de supposer que le texte primitif du Mahâbhàrata ne dépassait pas le triomphe des Pandous et s’arrêtait au sacrifice du cheval {Açvamedha) et à la réintégration du roi légitime sur son trône. Arrivons à l’analyse du poème, c’est la guerre entre des cousins, les adversaires étant fils de deux frères : Pandou et Dhritaravâshtra. descendants du Dieu de
I 32 l’initiation la lune.
Dhritaravâshtra avait un grand nombre de fils, dont l’aîné, Duryôdhana était le plus acharné ennemi de ses cousins ; ces derniers étaient au nombre de cinq, dont les trois aînés avaient une commune mère, Prithâ ou Kuntî; ses fils étaient des incarnations di vines : Yudhistria, de la justice (pharmd);Bhîmâ, du vent (Váyw); Arjuna, A Indra, Dieu du ciel ou de la foudre ; les deux derniers frères étaient les fils de Madri, fille du roi Madra, ils se nommaient Nakula et Sahadêva. c’étaient des incarnations de deux cava liers célestes, sorte de Dioscures du Panthéon Brah manique; on les nommait les Bien que Pandou, le pâle, fut l’aîné des fils, la cou leur de son visage l’avait exclu du trône, aussi s’étaitil retiré dansl’Himâlaya, où il terminases jours.
Son frère Dhritaravàsthra occupa le trône d’Hastinâpura ; il éleva comme ses propres fils les enfants de son frère après la mort de leur père.
Le premier chant du poème {Adi-parvaj nous narre la naissance, l’éducation et les premières aventures à la Cour de leur oncle des fils de Pandou, la jalousie et la haine de leurs cousins, enfin leur complot pour se débarrasser des cinq frères ;on y voit l’incendie du palais qu’ils habitaient avec leur mère, leur fuite pré cipitée, le bruit répandu de leur mort, leur existence au milieu du désert, où ils s’étaient retirés, enfin leur retour motivé parleur mariage avecDraupadi, fille de Draupada roi des Pantchalsias ; quoique noire, elle était d’une beauté merveilleuse, elle eut un fils de cha cun des cinq frères, voici comment elle devint leur femme.
Les Pandavas se rendirent, déguisés en BrahÉTUDES D’ORIENTALISME i 33 mes, au Svayambara de Draupadi, sorte de tournoi entre les amateurs de la princesse. De tous les préten dants, seul Karna, le fils du cocher, avait remporté la palme, mais, à cause de sa basse origine, la princesse l’avait repoussé.
Aussitôt Ardjuna, le plus beau des cinq frères, tend l’arc redoutable et atteint le but désigné : un œil de poisson fixé sur l’essieu d’une roue tournante; aussi est-il choisi par la belle Drau padi, mais ce succès suscite beaucoup de jaloux parmi lesquels sont les Gurus.
Les mécontents cherchent querelle aux Pandavas qui les battent, mais emmènent Draupadi sans que le mariage ait été célébré, aussi les Pandavas vont trouver Kuntî dans la forêt et Ardjuna le vainqueur lui dit : « Je t’apporte l’aumône recueillie pendant la jour née », et Kuntra, sans voir et sans regarder quelle était cette aumône, répond : « Partagez-la entre vous. » C’est ainsi que la belle Draupadi devint l’épouse des cinq frères ; ce qui prouve que la polyandrie était admise à cette époque dans l’Inde, même parmi les Aryas.
A cause de cette belle conduite, et malgré l’opposi tion de Karna, le roi Daritaravâshtra rappelle les Pan davas de l’exil et leur donne, à la faveur de leur alliance royale, une part dans le gouvernement de ses Etats.
Le deuxième chant nous montre le roi Dhristaravâshtra, qui, prévoyant les querelles pouvant sur venir après sa mort, se décida à partager de son vivant sa souveraineté entre ses fils et ses neveux qui repré sentaient en somme la branche aînée. Yudhisthira et
l’initiation i34 ses frères sont établis à Indraprastha pour gouverner le pays situé dans la vallée de la Yamunâ (Jumna). Duryodhana et ses frères gouvernent Hastinàpura et la vallée du Gange. Or, d’après les us et coutumes de l’Inde antique, la suprématie appartenait au plus âgé des princes, c’était le fils aîné de Pandou, Yudhisthira.
Pendant les fêtes du Râjasuya, on offrait un sacri fice solennel, au cours duquel les autres princes devaient rendre hommage à leur arrivée en signe de vassalité; ce fut là une puissante cause de jalousie pour les cousins qui entraînèrent Yudhisthira dans des parties de dés, dans lesquelles il perdit successivement contre Duryodhana son palais, sa ortune, son royaume, sa femme, ses frères et sa per sonne même.
Duryodhana s’empare alors de Draupadi et, en pré sence des Brahmes et des princes lui enlève ses vête ments, malgré ses cris et ses plaintes. Le dernier voile va tomber, lorsque la victime indignée invoque mentalement Vishnu-Krishna à son secours ; celui-ci accourt pour faire triompher Dharma (la justice) en danger; pour cela, il enveloppe Draupadi d’un tissu léger, mais qui la recouvre cent fois.
A la vue du pro dige, toute l’assistance clame contre Duryodhana ; aussi le roi Dhritaravâshtra, craignant un châtiment des dieux, promet à Draupadi, pour détourner ce châtiment, la grâce qu’elle voudra lui demander ; elle désire la liberté des Pandovas. Ils l’ont donc. Mais ceux-ci, incorrigibles, veulent prendre leur revanche ; ils perdent encore, et dès lors ils sont obligés d’aller
ÉTUDES D’ORIENTALISME i35 passer douze années dans la forêt; Yudhisthira part avec ses frères et Draupadi. — On le voit, le poème montre l’immoralité du jeu et la violence de cette ter rible et dangereuse passion, signe de décadence d’un peuple, et que subissent seules les nations, au premier degré de civilisation, ou sur le point de s’effondrer.
Le chant troisième (Kairata-parva, ou livre du montagnard) nous raconte cette vie au désert, tandis que le quatrième chant ( Virata-parva) nous montre les cinq frères ayant terminé leur douze années d’exil et prenant du service chez le roi Virâtaqui, les recon naissant. leur promet son alliance.
Le cinquième chant {Oudyaga-parva) nous fait assis ter aux préparatifs delà guerre; nous y voyons l’énu mération des chefs ; du sixième chant au dixième, on voit successivement Khrishna (le noir), en qui s’est incarné Vishnu, proposerà Duryôdhana soit de choi sir sa seule alliance, soit celle d’une grande armée ; Duryôdhana commet l’imprudence de prendre ce dernier parti ; aussi Krishna part et devient l’allié des fils de Pandou et l’écuyer d’Arjuna.
Les armées des Gurus sont successivement commandées par Bhîsma, par Drona, par Karna et par Salya ; les hauts faits de ces chefs sont racontés dans divers chants. Le dixième chant (les Lamentations) fournit des détails sur une attaque nocturne dirigée parles chefs qui ont survécu, contre le camp des fils de Pandou.
Grâce à l’intervention de Krishna, l’attaque est victorieuse ment repoussée, mais les désastres sont très considé rables; le douzième chant nous fait assister aux lamentations des femmes qui viennent éplorées, sur
136 l’initiation le champ de bataille, reconnaître les blessés ou les cadavres de leurs maris ou de leurs proches. Nous y voyons également le désespoir du viel Daritaravâshtra et les regrets amers de Yudhisthira même; le dou zième chant (Cautra-parva, livre de consolation) expose aussi les devoirs de la royauté et les moyens d’arriver à la délivrance finale.
Le treizième chant (anouçasana parva} nous montre Bhisma mourant, en exposant à Yudhisthira les devoirs de la société. Le quatorzième chant décrit l’antique sacrifice du cheval (Açvamédha}, que célèbre le vainqueur comme témoignage de sa suzeraineté. Dans le quinzième chant, c’est la retraite de Darita ravâshtra au désert; dans le seizième, nous assistons à la destruction de la race des Yadavas, dont Krishna faisait partie.
Ce seizième livre {maúlala parva} nous raconte la mort de Krishna et la submersion de sa capitale : Dvaraka. Tandis que Krishna, couché sur la terre nue, au milieu de la forêt, se livre à des réflexions philoso phiques, il songe à ce que lui avait dit, autrefois, Gandhari, ce qui le décide à changer d’existence, quoique Dieu, pour échapper à l’attente du temps et de ses résultats.
Et, tandis qu’il s’efforce de réprimer ses sens, sa pensée et sa parole en se plongeant dans une extase profonde, Djada, le chasseur de gazelles, le prenant pour un de ces animaux, l’ajuste avec son arc et le blesse de sa flèche à la plante du pied, seul point vulnérable dans la mythologie grecque (le talon d’Achille) puis, il se précipite pour s’emparer de sa
études d’orientalisme i37 proie. Tout à coup, il reconnaît qu’il a commis un meurtre, il baise les pieds de Krishma tout troublé, celui-ci le console et s’élève aussitôt devant lui dans le ciel, entouré de gloire et de majesté. Dans le dix-septième chant [Le grand Voyage) nous assistons à l’abdication de Yudhisthira, et son grand départ pour l’Himalaya et la sainte Montagne, le Méru.
Dans ce voyage il perd sa femme, ses frères, et reste seul avec son chien. S’adressant alors à Indra, il lui dit : — Où sont mes frères ? Je ne veux pas arriver au Swarga sans eux. — Tu les y trouveras, répond le Dieu, après qu’ils auront quitté leur dépouille mortelle; toi seul y seras transporté en chair et en os. — Et mon chien, mon fidèle compagnon, me sui vra-t-il ?
Je ne puis le laisser ici, ce serait un crime. — Mais les chiens n’entrent point au Swarga, dit Indra, il te faut donc abandonner le tien ; ou rester dehors'. Yudhisthira refuse.
Alors Dharma (la justice) in tervient et lui dit : « Tu as renoncé au char d’Indra en disant: Ce chien est mon fidèle compagnon. » A cause de cette bonne parole, il n’y a personne qui te soit supérieur ; aussi les mondes impérissables sont à toi et avec ton propre corps tu obtiens la voie par faite. » Indra fait alors pénétrer Yudhisthira dans la Swar ga; il y trouve Duryodhana et les autres Gurus, mais, n’y voyant ni sa femme, ni ses frères, il refuse de séjourner dans le ciel sans eux. Alors une sorte de
i38 l’initiation Mercure, ou messager des Dieux, le conduit dans le,s Enfers, où il voit sa femme et ses frères souffrir; ses proches le supplient de rester au milieu d’eux, afin qu’il prenne une part de leur souffrance pour dimi nuer la leur ; il s’y résigne.
Il subit ainsi sa dernière épreuve, aussi les Dieux le félicitent, et il monte à la Swarga (au ciel) avec tous les siens qui redeviennent les personnages divins qu’ils étaient auparavant, et qu’ils avaient cessé d’être en même temps que Krishna, afin de revêtir une forme humaine pour travailler de concert avec lui à délivrer le monde des êtres méchants qui oppri maient l’humanité.
Comme on le voit, même en analysant rapidement ce poème, il renferme un monde d’idées, de pensées, de symboles et de légendes. Nous les étudierons ulté rieurement dans le cours de notre travail, au fur et à mesure qu’ils deviendront utiles pour éclaircir des faits plus ou moins obscurs.
Après le Mahabhârata, nous devons nous étendre un peu longuement sur la Bhagavad-Gîta, qui passe pour le dernier livre ou chant du poème que nous venons d’analyser. BHAGAVAD-GÎTA Ce terme signifie, en sanscrit, chant excellent ou chant du Bienheureux ; le poète suppose qu’avant la grande bataille épique de Kuruxetra, le cœur manque au héros Arjuna, quand il voit des armées fratricides sur le point d’en venir aux mains. Son écuyer, Krishna,
ÉTUDES D’ORIENTALISME i3g qui n’est autre que Vishnu même incarné, calme ses craintes en lui exposant la loi des transmigrations, et ce qui en résulte pour les bons et pour les méchants. Voici une partie de ce qui précède : « Arjuna. — O Krishnâ, quand je vois ces parents rangés en bataille, etc...
Est-ce que nous ne devons pas éviter de commettre ce crime (la guerre) qui accom plit la ruine des familles ; celle-ci cause celle des reli gions éternelles de la famille ; les religions détruites, la famille entière est détruite par l’irréligion, car, par celle-ci, ô Krishna, les femmes de la famille se cor rompent, de la corruption des femmes naît la confu sion des castes, et par elle tombent dans les enfers les pères des meurtriers et de la famille même, puisqu’ils sont privés des offrandes (gâteaux et eau)... » Ayant ainsi parlé au milieu des armées, Arjuna s’as sit sur le bord de son char, laissant échapper l’arc et la flèche et l’àme toute angoissée de douleur; alors Krishna lui dit : « D’où te vient ce trouble indigne des Aryas qui ferme le ciel et procure la honte, ô Ar juna?
Ne te laisse donc pas amollir, cela ne te con vient nullement: et, chassant une honteuse faiblesse de ton cœur endolori, lève-toi, destructeur des enne mis. Arjuna. — O meurtrier de Madhu, comment dans le combat lancerai-je des traits contre Bhîshma et Drôna, eux à qui je dois rendre honneur?
Il vaudrait mieux pour moi vivre de pain mendié plutôt que de tuer des maîtres respectables, et, quand bien même je tuerais des maîtres avides, je ne vivrais que d’un pain souillé de sang...
I4O L INITIATION Arjuna ne veut pas combattre, et, tandis qu’il de meure silencieux entre les deux armées, Krishna lui dit en souriant : « Tu pleures sur des hommes qui ne méritent point ces pleurs: quoique tes paroles soient celles de la sagesse même, les sages ne pleurent ni les vivants ni les morts : car jamais l’existence ne fait défaut ni à toi ni à ces princes, et jamais nous ne cesserons d’être tous, tant que nous sommes, et dans l’avenir.
De même que, dans ce corps mortel, sont tour à tour l’enfance, la jeunesse, la maturité et la vieillesse, de même, après la mort, l’âme acquiert un autre corps, et là, le sage n’est point troublé par rien... L’homme ferme dans le plaisir et dans la douleur devient, ô Bhârata, participantàl’immortalité !
« Celui qui n’est pas, ne peut être, mais celui qui est ne peut cesser d’exister ; ces deux choses, les sages, qui voient la vérité, en connaissent la limite. « Sache-le, il est indestructible, Celui par qui a été développé cet Univers : la destruction de cet Impéris sable, nul ne peut l’accomplir. « Et ces corps qui finissent procèdent d’une Ame éternelle et indestructible. Combats donc, ô Bhârata, et n’aie aucune pitié.
« De même que nous quittons des vêtements dé fraîchis pour en prendre de nouveaux, de même l’âme quitte les corps usés pour en revêtir de nouveaux. « Rien n’a d’action sur elle, ni flèche acérée ni flamme vive;l’eau ne l’humecte pas plus que la vertu ne la dessèche. » Le Bienheureux continue son discours, et Arjuna
ÉTUDES D’ORIENTALISME I41 n’est nullement convaincu; il fait de nombreuses observations à son interlocuteur. Toutes ces pages sontadmirables; malheureusement, il faut savoir nous borner.
Nous passerons donc les chapitres suivants, malgré les beautés qu’ils renferment; ces chapitres ont pour titre : Yoga de l’œuvre ; Yoga de la science ; Yoga du renoncement des œuvres ; Yoga de la sou mission de soi-même; Yoga de la connaissance; Yoga de Dieu indivisible et suprême; Yoga du souverain . de la science : nous donnerons quelques extraits de ce chapitre, qui mériterait d’être étudié et commenté tout au long; nous nous bornons à une simple analyse. — Le Bienheureux va exposer la la science mystérieuse dont la possession délivre du mal. — Il nous dit que les hommes qui ne croient pas à la Foi ne viennent pas à lui et retournent à toutes vicissitudes de la mort; et il dit : « C’est moi qui, doué d’une force invisible, ai développé l’Univers; en moi sont contenus tous les êtres, et je ne suis pas con tenu en eux ; d’aucune manière, les êtres ne sont pas en moi : tel est le mystère de ¡’Union souveraine...
A la fin du Kalpa, les êtres rentrent dans ma puissance de création, et, au commencement du Kalpa, je les émets de nouveau. « Immuable dans cette puissance de création, je produis ainsi par intervalles tout cet ensemble d’êtres sans qu’il le veuille et par la seule vertu de mon éma nation. » Ce chapitre se termine ainsi : « Placé en ce monde périssable et occupé par le mal, adore-moi. Dirige vers moi ton esprit; et, m’adorant, offre-moi ton sacri
L INITIATION I42 fice et ton hommage. Alors, en Union avec moi;, ne voyant plus que moi seul, tu parviendras jusqu’à moiLe chapitre x a pour titre, le Yoga de l’excellence; le chapitre xi, Vision de la forme Universelle; c’est la description de l’Être suprême, qui dit lui-même tout ce qu’il est ; puis, désirant se montrer à Arjuna, il lui donne une vie céleste, car il ne pourrait le contempler avec les yeux du corps.
« Lorsque Hari, seigneur de la Sainte-Union, eut ainsi parlé, il fit voir au fils de Prithâ son auguste figure. « Si, dans l’immensité du ciel, éclatait tout à coup la lumière de mille soleils, elle serait comparable à la splendeur du Dieu. Là, dans le corps du Dieu des Dieux, le fils de Pându vit l’Univers entier, mais d’un seul tenant dans sa multiplicité.
« Alors, frappé d’admiration et de stupeur, les che veux tout hérissés, Arjuna baissa la tête en joignant ses mains au-dessus d’elle et s’écria :—O Dieu, je vois en ton corps tous les Dieux et les troupes des êtres vivants, et ce grand Brahmâ assis sur le lotus, et tous les Rishis et tous les serpents célestes.
« Je te vois avec une infinité de bras, de poitrines, de visages et d’yeux, avec ta forme infinie; je te vois, Universelle Forme, sans commencement ni fin, sans milieu. Tu portes la tiare, la massue et le disque, montagne de lumière resplendissante de tous côtés, je puis à peine te regarder, car tu brilles plus que le feu, plus que le soleil, et cela dans ton immen sité ; etc. » Nous n’insisterons pas plus longuement sur cette
ÉTUDES D’ORIENTALISME 143 œuvre admirable de la littérature hindoue que nous aurons du reste occasion de mentionner et de com menter dans le courant de notre étude, et nous passe rons à l’Harivansa. HARIVANSA. L’Harivansa ou l’Harivança est un poème qu’on retrouve souvent à la suite du Mahabhârata, dont il forme, nous l’avons déjà dit, le complément ; car le mot Harivança signifie littéralement Généalogie de Hari. c’est-à-dire de Vishnu qui s’était incarné dans krishna (le noir), lequel joue un très grand rôle dans le poème du Mahabhârata. Ce même poème forme aussi une sorte de complément au Puranas en ce qui concerne les légendes qui se rapportent à Vishnu. Le Harivança, qui est antérieur au Puranas, appar tient d’une façon évidente à la secte de Vishnu, mais, sans s’arrêter d’une manière exclusive à quelqu’une de ses incarnations. En somme, le Harivança n’est, sous une forme épique, qu’une compilation très développée des écrits antérieurs sur Vishnu, récits écrits ou conservés par la tradition populaire, et tous relatifs à ce dieu, mais incarné uniquement dans Khrisna. Comme poésie et philosophie religieuse, l’Harivança n’égale certainement pas le Vishnapnrana et \cBagha vata jtuirana; sa rédaction, faite d’après d’anciens récits, précéda du reste celle des deux puranas. Le poème a été traduit en français par Langlois, en 2 vol. in-4, 1835.
l’initiation 144 A la demande de quelques lecteurs, nous donne rons à la fin de la littérature hindoue une bibliogra phie des livres sanscrits, tamoul, etc., soit anglais, soit français. Dr J. Gardener (A suivre.)
PARTIE LITTÉRAIRE |n rêve sur le |ivir (Suite.) IV La voix se tut. L’âme de ma grande amie reprit... Je t’ai déjà dit, je crois, que le triomphe du mal sur terre affecte Dieu. L’arrêt des efforts psychiques des hommes dans la voie du perfectionnement idéal peuple les cercles inférieurs de la vie uranienne et diminue l’ascension des âmes vers les cercles supé rieurs.
Lorsque les forces matérielles triomphent trop de la puissance psychique, et éteignent sous leur opacité les efforts de la lumière, Dieu fait entrer ses réserves dans la lutte et suscite un prophète qui dis sipe les ténèbres, renouvelle la part de clarté néces146 l’initiation saire à la vie psychique et délivre les âmes menacées, engourdies et prisonnières des corps.
Dieu ne confie la révélation des vérités qui éclairent l’homme sur le divin qu’à des âmes divinisées. Elles seules peuvent apporter sur terre la « bonne parole ». Chaque prophète ajoute un héritage de vérité, de sagesse et d’amour à l’héritage laissé par ses précur seurs. Tous proportionnent les lumières qu’ils répandent au développement psychique des peuples qu’ils dotent d’une part de connaissance divine.
Dieu envoie l’un de ses fils au secours des âmes les plus proches des abîmes du mal, et non à celles qui côtoient la vérité. Dieu est si étranger à la matière, à la nature, à leurs formes et aux images de l’esprit humain, qu’il s’inquiète peu des simulacres et des fétiches par lesquels l’homme le représente ou le conçoit. N’ayant de rapport qu’avec l’âme, il ne juge les dogmes religieux que par leur influence sur l’élévation psychique.
Dieu ne s’arrête pas aux divergences de la foi, mais il en mesure la proportion. Celui qui croit sincère ment au divin est partout et à valeur égale l’élu de Dieu, de quelque façon qu’il croit ; Dieu n’écarte de ses voies que celui qui le nie, et il laisse la matière et l’esprit n’être que matière et esprit. Le divin concentre toutes les idées religieuses et accepte les élans de toutes les prières.
Une seule reli gion ne peut résumer l’universalité des formes d’ado ration, c’est pourquoi chacune n’a qu’une part de vérité et n’est pas la vérité; mais toutes les âmes, à
UN RÊVE SUR LE DIVIN I47 quelque confession qu’elles appartiennent, peuvent s’élever vers Dieu. Spinoza affirme que : Dieu est la substance éten due. Pourquoi la lumière aurait-t-elle besoin d’être l’espace qu’elle traverse ? Pourquoi est-il nécessaire que l’étendue soit substance? Il est plus vrai de dire que la substance, matière déterminée, se meut dans l'étendue indéterminée et infinie. Spinoza ajoute : Dieu est la substance connais sance.
Dieu, s’il est substance, doit être toute la substance ; or toute la substance ne pouvant acquérir la connaissance du divin, Dieu serait à la fois con naissance et non-connaissance en certaines parties de soi ? Il s’incarne suivant la forme, conclut le philo sophe. Comment Dieu, s’il était substance, aurait-il besoin de s’incarner suivant la forme, qui est sub stance elle-même ?
Dieu, s’il est substance, n’est-il pas tout incarné dans la substance, quelles que soient ses formes ? Pourquoi Dieu âme universelle serait-il incarné dans la matière, puisque l’incarnation matérielle pour l’âme est l’une des étapes inférieures de la vie psychique ? Le peuple a une part de divin proportionnelle à la quantité d’âmes qu’il représente. Si un peuple est en perfectibilité, il a la voix de Dieu : Pox populi, vox Dei. Si le mal triomphe en lui, Dieu se retire, et il n’a que la voix du mal.
148 l’initiation V La première âme qui m’avait parlé me dit : L’homme antique que tu admires et qui a sa gran deur cherchait à se connaître soi-même. Après s’être beaucoup observé, il en était arrivé à cette connais sance ; et la preuve, c’est qu’il n’a été dépassé par l’homme moderne ni dans la peinture de ses passions ni dans la reproduction de ses formes.
L’homme moderne s’est détourné de la vie antique, et il s’est cherché, non dans la connaissance de soi, mais dans les conditions de son milieu; il s’est égaré parmi les complications des choses, s’est disséminé et perdu. Connais-toi dans ton milieu est aujourd’hui la formule de l’homme. Or le milieu matière ne peut être approprié qu’aux seules jouissances matérielles de l’homme.
Dieu n’étant pas substance, mais seule ment germe psychique dans l’homme, aucun milieu, aucune voix des choses ne peuvent révéler le divin. Dieu ne répond qu’aux interrogations de l’âme et ne se manifeste que psychiquement. Ce n’est pas dans la vérité, mais dans la recherche de la vérité, que l’homme trouve la vertu céleste.
Celui qui accuse Dieu de ne pas lui livrer à première réquisition la vérité irréfutable et transmissible, est aussi impie que celui qui la nie. Lorsque l’homme est en possession d’une part
UN RÊVE SUR LE DIVIN I49 suffisante de vérité, la vie lui devient inutile. Débar rassé du fardeau des sophismes accumulés par les siècles et par l’erreur, son jour est venu de s’élever au-dessus de l’humanité et de la nature, de vivre de la vie supérieure et uranique.
L’homme à qui la mort arrache un être adoré croit son malheur sans égal ; mais qu’il s’imagine la torture de l’âme délivrée du corps qui essaye d’attirer à elle l’âme que la vie retient prisonnière ? Les liens que la mort brise ne sont-ils pas semblables à ceux que brise la vie ? La mort ajoute à sa douleur l’implacable clair voyance. Son âme voit à nu l’âme du vivant.
Que ne souffre pas alors l’âme uranique si elle juge l’âme terrestre, dont elle est séparée, incapable de franchir pour la rejoindre les degrés ascensionnels de l’uranisation, si elle prévoit que, trop faible pour se perfectionner en une existence, l’âme vivante est menacée de réincarnations successives qui retarderont indéfiniment l’heure de la commune réunion, enfin si l’âme uranique assiste à l’oubli, à la trahison de ce qu’elle aime !
Le temps, qui efface bien des regrets dans la vie terrestre n’existe pas dans la vie uranique, où l’heure présente est constante, l’image perpétuelle, le chagrin sans illusion. Si l’âme du vivant est indigne de l’amour, c’est en un instant que l’âme du mort en a la preuve et que son bonheur se brise. Le vivant, si le mort est indigne de lui, peut croire toute une vie à son amour, se pré parer à le perdre, espérer le retrouver.
15o l’initiation Entre l’âme du vivant et l’âme du mort, la commu nication reste complète. Si une affection idéale, surhu maine, les a unis, ils possèdent l’amour céleste, ils s’aiment uraniquement pour l’éternité. Il faut, pour l’amour divin, recevoir stoïquement l’épreuve humaine comme un soldat reçoit le baptême du feu pour l’amour de la patrie.
Ne jamais se retourner en arrière si une branche de la forêt humaine ou une balle ennemie vous frappe. Le but est en avant, à l’assaut de la redoute ou du ciel. Toujours plus haut! on arrive à dominer la dou leur humaine, qui ne peut plus vous atteindre. Défier le mal et marcher au feu, héroïquement, c’est réduire à l’impuissance la portée des armes de l’ennemi.
Aucune âme, nous l’avons déjà dit, ne peut con quérir en une seule existence la perfection, mais toutes peuvent marcher plus ou moins vite, plus ou moins résolument dans le cercle de la perfectibilité qui leur est tracé. VI L’antiquité à laquelle instinctivement tu attribues une valeur religieuse, fut, à son aurore, proche de Dieu : mais elle a été de la religion, c’est-à-dire de la science sacrée, à la science profane.
Aujourd’hui l’avenir est meilleur, car les peuples vont de la science profane à la science sacrée, c’est-à-dire à la religion. Le péril est, durant les périodes de transition, de voir ceux qui n’ont été initiés qu’humainement uti
UN RÊVE SUR LE DIVIN I 5 I liser des puissances supérieures à la nature. Ces-puis-_ sanees, qui, maniées religieusement.' seraient bienfai santes, deviennent malfaisantes et renouvellent en sens inverse les calamités du moyen âge. Lorsque l’Eglise, devenue ignorante, abandonna les traditions de la science sacrée,' les clercs recueillirent quelques bribes de la thaumaturgie, de la magie, et en tirèrent tout le mal possible.
Aujourd’hui que les sciences occultes se recons tituent, ceux qui en découvrent les puissances en ignorent les lois saintes et font courir aux âmes le même danger de folie qu’elles coururent au moyen âge avec la sorcellerie. Le spiritisme est un degré très inférieur de l’initia tion aux sciences sacrées.
Les spiritistes exigeant des manifestations maté rielles des âmes, coups frappés, apparitions, etc., ne s’adressent qu’à des âmes inférieures encore attachées à la terre, prêtes à être réincarnées pour expier des fautes ou des crimes. Ces âmes répondent par des manifestations grossières, trompeuses, en rapport avec leur imperfection.
A mesure que les âmes s’élèvent dans les degrés uraniques, elles deviennent de plus en plus lumière et de moins en moins matière. La communication avec elles n’est possible que par des âmes dégagées des passions et des intérêts terrestres qui déjà sont idéalisées. Le spiritisme s’efforce de ramener l’âme céleste à la matière, l’uranisme guide l’âme humaine vers la lumière.
I 52 l’initiation L'une des erreurs du spiritisme, laquelle engendre les autres, c’est qu’il confond l’esprit, force orga nique, avec l’âme, puissance immatérielle.
La mort matérielle est la révélation de la vie psy chique ; si l’on veut rester en communion avec l’âme d’un mort et en recevoir des inspirations, il ne faut pas l’évoquer dans sa vie corporelle détruite, lui demander des manifestations matérielles, il faut soimême se perfectionner abstraitement, s’élever idéale ment pour se rapprocher des voies divines où ascensionnent les âmes.
VII Tour à tour et comme pour jeter dans mon esprit un dernier écho de ses conseils, chacune des âmes de mes grands amis me parla en me quittant. Ma plume courut sans interruption et traça ce qui suit : Toute jouissance humaine correspond à une souf france uranique ; toute souffrance humaine est une conquête uranique. La cause la plus puissante du perfectionnement pour l’âme humaine est l’épreuve : elle y puise toute sa force.
Quand les âmes détachées du corps sont admises dans les cercles de la vie uranienne, qu’elles ont pris rang pour s’élever vers Dieu, si elles ont à expier des fautes humaines, c’est par la répétition de jouissances identiques à celles qu’elles ont éprouvées dans la faute que Dieu les punit. Une âme uranienne peut expier les fautes de ceux qu’elle aime et qui sont demeurés sur la terre, si elle
UN RÊVE SUR LE DIVIN 153 veut être unie à eux dans la vie éternelle. Le sacrifice de soi par les semblants de la jouissance humaine est aussi héroïque en Uranie que le sacrifice de soi par la souffrance sur cette terre. Pour l’âme uranisée, ce que lui rappelle les étreintes de la matière est une torture, de même que les visions d’insaisissable perfectibilité pour l’âme rivée au corps sont une torture.
L’accouplement de l’âme et du corps est doulou reux pour l’âme en raison du degré de son initiation. Lorsque l’âme est complètement initiée durant la vie humaine, elle a le tourment de la vie uranienne. Sans cesse elle veut échapper à sa prison ! aveuglée par l’opacité du corps, par la grossièreté des sens, elle ne peut voir les cercles uraniens dont elle a la percep tion.
Ce n’est qu’à l’état mystique, conquis au prix d’excitation maladive, que l’âme enchaînée au corps arrive à entrevoir le divin. Mais Dieu, condamne la recherche de l’excitation maladive comme il con damne le suicide. Lorsqu’une âme uranienne divinisée consent à se réincarner dans un corps, elle a la connaissance complète de l’épreuve humaine qu’elle va subir. La mission quelle doit accomplir lui est à ce moment révélée tout entière.
Si elle l’accepte, elle ne peut, une fois réincarnée, échapper à la souffrance par des retours à la vie supérieure qui la détourneraient de son but de moralisation. Ainsi les souvenirs des existences antérieures de l’âme sommeillent dans le corps, et Dieu ne les laisse se réveiller qu’au moment où l’âme est prête à se dégager de son épaisse et obscurcissante enveloppe.
l’initiation 154 L’un des arguments des matérialistes contre nos existences antérieures est l’absence de souvenir; or y a-t-il rien de plus fugitif que le souvenir? Il ne sub siste en général, même dans notre existence actuelle, qu’en raison de l’influence qu’il a sur cette existence.
Nous ne nous rappelons rien de notre première enfance, et cependant nous l’avons vécue; les faits de nos existences antérieures ont souvent aussi peu d’im portance dans nos existences suivantes que ceux de notre enfance dans celles-ci. D’ailleurs nous sommes autres en réalité, et nous ne gardons des existences précédentes que ce qui doit servir à notre développe ment psychique.
Qu’importe une guenille usée, et qui se rappelle de l’avoir portée ? Une pensée supérieure préside d’ailleurs à nos oublis. Dieu veut que nous ignorions la voie que nous devons suivre, pour que notre mérite soit plus grand à la découvrir. La mort venue, lorsque nous sommes délivrés de notre organisme, que nous nous sommes élevés, nous voyons mieux les chemins par courus.
De notre vivant, nous ne pouvons voir réelleque ce que notre œil embrasse ; comment verrionsnous les choses antérieures avec nos yeux présents ? Les âmes uranisées détestent le passé. Tant qu’il existe pour elles, c’est qu’elles ne sont pas délivrées de ses errements. Le but de l’existence humaine étant d’éclairer, d’idéaliser, d’ennoblir l’âme, de l’arracher aux passions matérielles, le résultat, le but seul a sa valeur.
Quelle fleur brillante porte la marque de l’en grais qui l’a nourrie et de l’instrument qui a sarclé les mauvaises herbes autour d’elle ?
UN RÊVE SUR LE DIVIN I 55 Dans les expressions du langage humain comme dans tout ce qui s’observe à la clarté de la lumière uranique, on retrouve la trace des vérités supérieures. Les matérialistes eux-mêmes sont forcés d’employer les termes qui entrent dans le langage sacré des ini tiés.
Pour les athées comme pour les croyants, le crime, la faute, les remords sont lourds, c’est-à-dire soumis aux mêmes lois de pesanteur que la matière, qui est le mal. Tout ce qui se rapporte au bien ne peut se qualifier qu’avec les termes uraniens de lumière, d’élévation, d’allégement. Les expressions communes aux matérialistes et aux uranisants peignent les joies supérieures ou les maux inferieurs à l’aide du même vocabulaire.
Juliette Adam. (A suivre.') LÉGENDE DU XVe SIECLE Parmi les mariniers et les gueux sordides qui, par les chaudes journées du mois d’août 1481, se vau traient aux derniers rayons du soleil sur l’herbe qui tapissait les berges de la Seine dans Paris, un homme, un vieillard, se tenait assis, les genoux à la hauteur du menton, la tête dans les mains, sur le bord de l’eau, à la porte de l’île de la Cité. Rien ne pouvait le tirer de la rêverie profonde où il était plongé ; des marmots, à quelques pas de lui,
156 l’initiation s’ébattaient bruyamment, se roulant à qui mieux mieux sur l’herbe desséchée, et poussant des cris de joie à chaque culbute ; dans une barque, des escholiers et des ribaudes en liesse descendaient la Seine en chantant les vieux refrains de France mollement rythmés par le bruit léger des rames frappant l’onde en cadence ; étendu de son long à l’ombre d’un arbre, un archer dormait ; des bateliers s’appelaient entre eux pour aller boire à la prochaine taverne..... le vieil lard, lui, songeait.....
« Tu aurais donc travaillé pendant soixante ans à la recherche de la pierre philosophale; tu aurais sacrifié plus de 3o.ooo écus; tu aurais passe ta vie dans les privations les plus dures, ne te donnant aucun répit, surveillant jour et nuit tes matras ou tes creusets, les mains rongées par les liqueurs corrosives, les poumons attaqués par les espritssecs et chauds, les yeux fatigués par la lecture de vieux manuscrits presque indéchiffrables, et, lorsque au prix de tant de souffrances tu es parvenu au sanctuaire, lorsque, enfin, tu as parfait le grand Œuvre, toi, Bernard le Trévisan, tu irais profaner la science en la livrant aux gentils, à cette vile multitude qui ne cherche à faire de l’or que pour acheter des plaisirs impurs !
Non, non, cela ne se peut! Emporte avec toi ton secret dans la tombe, ne le révèle à personne, pas même à tes frères en Hermès!.................................................... « Et pourtant, serais-tu assez égoïste pour faire une telle chose? « Toi-même, n’as-tu pas eu recours à ce que les
BERNARD LE TREVISAN I 5 7 anciens ont laissé après eux ? Dans tes recherches, leurs écrits n’ont-ils pas été pour toi de puissants auxiliaires ; et aurais-tu maintenant la Science, si tu ne l’avais apprise dans leurs manuscrits ?
Il serait douloureux de savoir que des vilains abusent de tes enseignements, mais aussi combien d’adeptes sont dignes d’être initiés, qui tâtonnent encore dans l’obscu rité des anciens auteurs et travaillent avec opiniâtreté ! Quiconque possède une vérité doit en faire part à ses frères : c’est l’aumône de l’âme...
Mais, voir d’in dignes charlatans posséder la sainte Science dans son intégrité ; voir leurs mains sacrilèges souiller la Pierre des Sages; voir l’Elixir des Philosophes prolonger dans des orgies démoniaques la vie d’hommes inu tiles à la Science ; voir ces pervertis jouissant d’un bien mal acquis insulter à la vertu... non, non! périssent plutôt mille fois ma découverte et mon nom !
Et quand je pense à ces savants laborieux et infati gables, qui, dans le silence et la solitude de leur labo ratoire, poursuivent avec âpreté la recherche de la Pierre d’Hermès, jamais lassés, jamais rebutés, priant Dieu, arrachant un à un ses secrets àla Nature ; quand je pense surtout à ce jeune homme que j’ai vu maintes fois songeur devant le portail de Notre-Dame, ce magnifique hiéroglyphe alchimique, je ne puis m’em pêcher de m’intéresser à ces obscurs laborieux.
Que de fois l’ai-je vu triste, à la suite sans doute de quelque expérience avortée, promener ses pas dolents du Charnier des Innocents à Saint-Jacques-la-Boucherie, cherchant, dans les énigmes de Flamel, la vérité... Combien de douce résignation dans sa voix le jour où,
i 58 L INITIATION m’adressant pour la première fois la parole, il me demanda timidement mon avis sur les cinq Vierges Folles et les cinq Vierges Sages du portail central de la Cathédrale! Ne dois-je pas venir en aide à tant de foi et de persévérance? Celui qui sait doit enseigner; à quoi sert une lampe sous un boisseau, a dit le Seigneur.. .
Le soir tombait sur Paris fatigué, les marmots n’é taient plus là; les gueux, clopin-clopant, avait regagné la Cour des Miracles; les chants desescholiers, comme un vague murmure, mouraient dans l’éloignement; une brume légère estompait delarges teintes grises les moulins du Pont-Neuf. LeTrévisan, amolli par cette chaude soirée, hésitait encore.
Un bruit de pas vint le tirer de sa rêverie ; il se retourna et reconnut le jeune homme auquel il son geait quelques instants avant. « Sieds-toilà, près de moi, dit-il; c’est Dieu qui t’a conduit... » et, comme le jeune alchimiste restait em barrassé, le Trévisan lui demanda amicalement où en étaient ses recherches. « Maître, répondit-il, la nuit m’environne toujours; aucun rayon de lumière n’est encore venu m’indiquer le chemin du Sanctuaire.
Pourtant nul labeur ne m’ef fraye ; nulle privation ne me fait reculer ; l’espérance me soutient, et j’attends de Dieu le mot qui doit m’illu miner. Il faut prendre le temps comme il vient; remer cier Dieu du bien qui nous arrive et souffrir le mal par amour du bien. » « —-Ah ! mon fils, vous êtes digne de savoir, et je m’étonne fort que le Très-Haut n’ait pas encore cou ronné vos travaux.
BERNARD LE TREVISAN I 5g « — Que voulez-vous ? C’est que je ne suis pas en core digne. Il me faut encore travailler, lire et prier. Et alors seulement je pourrai trouver...... « —-Mon fils, dit tout à coup le Trévisan, moi, j’ai trouvé. Pourquoi vous le cacher plus longtemps? «N’espérez pas que je vous dévoile tout; mais, comme je vous estime fort, je vous laisserai ce que je sais par écrit, en subtiles allégories.
Vous êtes un chercheur, vous trouverez certainement. » Il se tut. Le jeune homme lui avait pris la main ; il la porta en tremblant à ses lèvres : « — Maître... » dit-il. « — Priez Dieu pour moi, » lui répondit le Trévi san. Et ils s’éloignèrent. La nuit était complètement tombée. La Tour de Nesle et le vieux Louvre profilaient, dans l’azur sombre, leurs tourelles crénelées. Au beffroi de l’hôtel de ville, la cloche tintait le couvre-feu.
Sur la berge, maintenant déserte, l’archer, réveillé par la fraîcheur de la nuit, s’étirait, humant les parfums que la brise apportait de la campagne. Saint Fargeau.
BIBLIOGRAPHIE La Vie du Bouddha, suivie du bouddhisme dans l'Indo-Chine, par E. Lamairesse ; ancien ingénieur en chef des établisse ments français de l’Inde.Un vol.in-18 de la Bibliothèque des religions comparées. Paris, G. Carré, éditeur, 1892.
La multiplicité des légendes hindoues, et plus encore la manière dont elles se forment, dont elles se perfec tionnent et dont elles s’amplifient en passant de bou che en bouche, rendent fort difficilela tâche du savant qui veut, d’un groupe de ces épopées populaires, tirer des notions certaines.
C’est ce qui est arrivé pour la personne du Çakya-Muni ; les études persistantes que les Européens ont faites du Lalita-Vistara, des Puranas, des Sutras, de bien d’autres recueils encore, n’ont pu qu’aboutir à de grandes divergences d’opinions : opinions qui ne seront jamais que des hypothèses.
D’ailleurs, ce n’est pas là un point dont la solution soit importante ; mais les essais que l’on a tentés dans un sens ou dans l’autre « ont un grand prix, car ils ont jeté un jour très-vif sur les phases connexes del’évolution religieuse dans l’Inde, Vichnouvisme et Boud dhisme. » Voici d’ailleurs, résumées par un orien taliste éminent, Ai. Sénard, les conclusions diverses
LA VIE DU BOUDDHA 161 auxquelles sont arrivés les chercheurs modernes : «Ou bien les données historiques sont le noyau pri mitif et comme le foyer central de la biographie du Bouddha, et les éléments légendaires représentent un travail ultérieur, en quelque sorte accessoire, sans cohésion nécessaire ; ou bien, inversement, les traits mythologiques forment un ensemble lié par une unité supérieure, et antérieure au personnage sur lequel ils sont fixés, et les données historiques ne leur ont été associées qu’en vertu d’un remaniement secondaire. » Si l’on considère ce dilemme à la lueur de l’ésoté risme, on verra que les deux termes en sont vrais ; Gautama, en effet, a été précédé de vingt trois autres Buddhas, qui tous ont dû suivre la même évolution morale et intellectuelle que lui : il n’y a qu’une sagesse et qu’une vertu ; seuls ont pu différer les milieux où ils ont passé, et les événement particuliers de leur vie.
L’opinion de M. Sénard est donc que le type du Buddha est formé de traditions mythiques auxquelles les légendes ultérieures ont servi de cadre ; M. Kern, qui a écrit après lui, a exagéré cette opinion, en faisant du Buddha un mythe solaire : idée ingé nieuse et vraie si on la considère au point de vue spé culatif.
En somme, pour M. Sénard « le puissant essor du Bouddhisme à son origine ne s’explique que par l’impulsion qu’il reçut d’une agitation plus géné rale dont il prit la tête, et par la collaboration latente, mais active, d’instincts religieux puissants jusque-là mal satisfaits ; » il s’appuie surtout, dans sa démonstration, sur les monuments de Bharuth, et 6
IÔ2 l’initiation conclut enfin à l’identité des Buddhas successifs et des incarnations vischnuites. L’antithèse a été soutenue par deux savants émi nents, MM. Eitel et Oldenberg.
Ils s’appliquent à différencier le Buddhisme des systèmes contempo rains : le Buddhisme n’est pas pessimiste : « Je suis venu pour faire cesser la triple douleur du monde, » dit Buddha ; puisant aux pures sources du canon pâli, Oldenberg a pu prouver que la région qui fut le berceau du Buddhisme était aryenne, que les Sakyas étaient aryens, que Kapilavot existait en effet, enfin qu’en dehors « du système ésotérique, apanage du brahmanisme sacerdotal, tout entrait dans un courant exotérique, à la fois héroïque, mythique, et philosophique, qui était très puissant bien des siècles avant qu’il eût reçu la forme qu’il revêt dans les Pouranas parvenus jusqu’à nous. » Enfin voici la conclusion que tire de tout ceci M. Lamairesse dans la préface de son dernier volume : « Le grand véhicule buddhiste ( buddhisme du Nord) a été en grande partie le prolongement d’un Vichnouvisme ancien, et le Vichnouvisme moderne a été, en grande partie, le prolongement du Bud dhisme du Nord ébranlé ; ce sont les travaux de M. Sénard qui, plus féconds et plus concluants qu’il ne l’a prétendu lui-même, ont le plus contribué à mettre en lumière cette continuité, cette double ge nèse, la grande ligne de l’évolution religieuse de l’Inde. » Ce sont ces traits que M. Lamairesse a mis en lumière dans cette Vie de Buddha ; il y a réuni, autour du récit historique fait d’après la légende
LA VIE DU BOUDDHA 163 birmane, les narrations de détail, les variantes cu rieuses; les observations, les remarques, les commen taires que son érudition a pu recueillir chez les orien talistes modernes.
Au fur et à mesure que se déroule la légende de Gautama, sa doctrine est développée, les progrès en sont dépeints ; l’auteur indique les sources probables où se féconda la pensée de Buddha, les systèmes auxquels il fit des emprunts : tels que la philosophie de Kapila, le Yoga de Patandjali, etc. Si la description de la Voie de Bodhi est un peu passée sous silence, si les efforts de Gautama vers la Sapience ne sont pas exposés avec tous les détails que certains lecteurs aimeraient à trouver, en revanche, nous sommes mis au courant de la prédication du Bud dha, de sa méthode, de sa tactique pour attirer les âmes, de ses procédés de thérapeutique mentale; si je puis m’exprimer ainsi, nous avons l’esprit, sinon la lettre, de ses discours, recueillis dans les Sutras ; de la sorte les passages principaux de la loi, les préceptes moraux les plus significatifs sont estimés à leur valeur, et on acquiert une perception plus nette du mouvement buddhiste, de ses caractéristiques nombreuses, de son influence, de ses potentialités probables.
« La description de l’ordre religieux bouddhique est le complément obligé de la vie du Bouddha. C’est dans l’Indo-Chine, à Siam et dans la Bir manie qu’on en trouve le modèle le plus parfait. Cette circonstance, jointe à l’intérêt que présente l’Annam pour la France, motive l’exposé de l’état religieux de l’Indo-Chine qui termine ce volume. Les croyances populaires en Birmanie, les différences
L INITIATION 164 du culte et des corps religieux dans ce pays et à Ceylan, les cérémonies privées, les monuments reli gieux sont décrits avec beaucoup d’intérêt; de même pour les coutumes et les usages cultuels de Siam, du Cambogde, du Laos, de la Cochinchine, de l’Annam et du Tonkin. Le tout corroboré par des témoignages de voyageurs et d’écrivains autorisés, tels que Mgr. Bigandet, Barthélemy Saint-Hilaire, William Monier.
On le voit, le présent livre est très nourri de faits et de pensées, tous également bien distribués et exposés avec clarté ; c’est une œuvre savante, et qui peut tenir un bon rang au milieu de cette littérature spéciale qu’a fait éclore Buddha au milieu de nous. SÉDIR. Thulé des Brumes, par Adolphe Retté. i vol. delà bibliothè que Artistique et Littéraire. Paris, 189t. Avec un portrait à l’eau-forte par E.-H. Meyer.
« Les réalite's du monde m’affectaient comme des visions, « et seulement comme des visions, pendant que les idées «folles du pays des songes devenaient en revanche, non « la pâture de mon existence de tous les jours, mais posi- « tivementmon unique et entière existence elle-même... » Qui dit cela? Egoens le « métaphysicien ». C’est ainsi que M. Retté nous pose, dès le début, l’idée mère et la marche de son livre. Pour qui connaît la
THULÉ DES BRUMES 16 5 symptomatologie des excitations artificielles, cette œuvre a été inspirée par le haschich, et, dès lors, il reste bien peu de champa la critique littéraire; les tableaux qui se présentent à l’imagination des fumeurs de chanvre se rattachent à leurs états d’âme ou à leurs préoccupations d’esprit ; la forme dont le poète revêtira ces rêves sera seule à examiner, et, pour le cas présent, cette forme est exquise en son genre.
Quelques mois d’une « existence anormale et grandiose » sont ainsi retracés ; véritables « mémoires du Rêve, » manifestations de la vie incons ciente, fleurs bizarres et peu saines écloses aux haleines lourdes qui montent de l’océan des Forces astrales néga tives, formes, reflets, miroitements, idées imprécises, conceptions ébauchées, que l’art habile du poète fait défiler devant nous: matérialisations ... de choses crépusculaires, Des visions de fin de nuit (1). fixations de l’insaisissable, photographies de mirages trou blants, tout cela est décrit merveilleusement, dans une langue souple et riche : livre de chevet pour les âmes très complexes, à qui le poète s'adresse fraternellement, mal gré une certaine sévérité d’expressions ; on sent que volon tairement, il a décidé ce sacrifice temporel de sa cons cience et de sa Volonté, pour savoir, pour sentir, et aussi pour « boire l’oubli frais » qui doit se trouver au calice de ces fleurs d’Itvel : Les tableaux fantastiques défilent sans relâche: et atti rants, grotesques et terribles, mystérieux toujours, et on se laisse emporter au courant très doux de ces imagina tions désordonnées, de ces notations exquises, de ces puérilités, de ces fables, de ces brumes : O poison sidéral où fulgure le Rêve!
Unique trône : Illusion ! Adieu la vie sans ailes et la grise raison : Les nuées ont fui où fut ma prison. Sous diverses apparences, le Moi du poète peine vers la découverte de l’Ile heureuse, royaume du silence et du ( i) Paul Verlaine.
l’initiation i 66 non-Etre; chemin faisant, il groupe des âmes inquiètes, assoiffées comme lui d’impossible : « Bons pèlerins, avancez toujours droit au milieu de la route ; pèlerins de mon désir, marchez les yeux fixés sur les coupoles d’or et les tours de bronze de la cité d’orgueil où mes cloches tintent la Pâque du renonce ment... » ; dociles, les bons pèlerins marchent sans trêve vers le but qu’on leur dépeint: « Ecoute, il est une île si perdue au fond de la mer Boréale qu’il faut être nous pour la connaître.
La proue de nul navire n’a violé son unique plage ; Vierge fière que drape une tunique en genêts d’or, en sapins gémissants, nimbée d’après-midi aux tièdes caresses d’un soleil sobre ; ceinturée de ses falaises nacreuses où les cavalcades cabrées des flots s'encolèrent de brandir en vain et en vain des étendards d’algues, légendaire enfin et nostalgique aux bons poètes, elle est Thulé des Brumes.
« Parsifal y adore le Saint-Craal ; James le Mélanco lique prend à témoin de sa rancœur les arbres de la forêt des Ardennes, et moque le cor d’Obéron implorant Tita nia fuyeuse; Ligéïa enseigne la métaphysique à l’étudiant Nathanaël ; accoudée à un balustre que du lierreenguirlande, Mélusine effeuille des camélias dontAstolphe des cendu de son hippogriffe, recueilledévotement les pétales; Sylvie avec Aurélia s’asseyent à la table-ronde pour mieux ouïr un oracle de l’enchanteur Merlin ; et Pierrot ingénu médite une pagode cosmique oùlogerait la Lune.
Même l’Oiseau couleur du temps flûte des choses très fines dans les branches ; Caliban s’il ne ronfle et rêve d’outres pleines, fait danser Atta-Trott ; et Peter Schlemihl a retrouvé son ombre. « Ah! tu le sais comme moi, c’est bien là notre Ile. Tu te rappelles: tant de rêveries perdues sous les colon nades sifflantes des sapins aux senteurs robustes, tant d’errances en l’or onduleux des genêts !
Le soleil faible baisait sans l’offenser la soie ambrée de ton épiderme ; et tes yeux, divins jardins changeants, défiaientles vagues pareilles de la mer lamentable, et puis grandissaient et signifiaient cet Océan, mon Esprit où s’engloutissent tes orgueils. Tu étais la reine, j’étais le roi : afin de me plaire, tu chantais le poème de la Feuille du Saule, ou le lai de
THULÉ DES BRUMES 167 la Belle qui cassa son miroir ; et par le dédale virident des sentes, nous allions, en une gloire estivale épanouie sur les âges, ô Reine, ô Roi que saluaient les cantilènes susurrées à peine des génies d’après-midi, dans cette île heureuse, notre royaume: Thulé des Brumes... » Et le voyage se continue, diverguantà travers les âges, les pays, et les légendes ; sur sa route, le poète, tantôt pauvre, tantôt prince, tantôt seul, tantôt avec ses pèle rins, rencontre des figures de connaissance: sur le bleu du ciel, dans l’enchevêtrement des nuages, il voit des Immortels : l’Olympe et le Runoïa, auxquels succède Lui, l’Etre des Elohims, puis la face douloureuse du Jésus, et le front solaire du Çakya-Muni.
A travers les grands bois lumineux, dans les sentes où fleurissent l’aubépine et le romarin, le merle blanc siffle en cherchant le népenthès, tandis que les rouges-gorges s’égosillent sur les buissons, et que l’oiseau bleu guide les voyageurs indé cis.
Ils aperçoivent, sous les futaies, galoper Siegfried au casque d’argent, à l’épée lumineuse, tandis que, sur ses traces, bruit dans l’air la chanson de l’oiseau, si légère et si douce ; le nain Tidogolain chante son mal d’amour dans la venelle; et, au cor du roi Astolphe répond l’écho des montagnes, lointains où retentissent les marteaux des Kobolds roux frappant sur des enclumes de verre, sous la conduite de Tubalcain.
Ils sont enfin sur la lisière, nos pèlerins ; le sable crie sous leur pieds, et leurs yeux exta siés regardent là-haut voler les charités lunaires dans le ciel d’améthyste ; seule, la voix de Siméon Stylite trouble le silence, et, au loin, la caravane des rois Mages glisse, hiératique, avec des ombres violettes. « Thulé des Brumes se balance sur les flots, pareille à la fleur du Lotus où méditent les Trois Dieux...
Le silence plane sur Thulé des Brumes. » Mais le rêveur s’est fatigué, la lassitude est venue, et l’essayiste a abandonné les dangereuses expériences; et si ce n’était peu charitable, je le regretterais pour tous ceux que cette sagesse privera de quelques heures rêveu sement passées. Sédir.
i 68 l’initiation ©1STAL (Suite et fin.) Son ardeur à la vie, il le comprend alors, n’était qu’un dérivatif inconscient à une souffrance dont il n’avait pu pressentir la profondeur et la ténacité.
Après cette transformation subite, la violence de ce senti ment qui venait, en quelque sorte, de faire irruption en lui, l’expérience ne pouvait être plus complète ; elle aboutissait au dégoût irrémissible de toutes ambitions, de tous succès, de tous plaisirs. « Il n’apercevait ni rêve à poursuivre, ni vanité à satisfaire, ni amitié à garder, ni amour à cultiver.
Rien de tout cela ne l’atta chait : Il eut peur devant l’in connu qui s’ouvrait de vant lui. » A la douceur que lui fai sait éprouver son désir de retourner à Morillon se mêla un sentiment d’effroi semblable à la panique qui doit prendre l’âme aux approches de la folie.
La nature impénétrable de ce sentiment lui causa de vives inquiétudes et, averti par un secret instinct de résister à l’obsession de son désir, il résolut d’abord de faire un long voyage à travers l’Espagne. « Le compartiment dans lequel Philippe entra était occupé déjà par deux dames.Il prit place en face d’elles, et, sans avoir songé même à regarder les traits de ses voisines, s’absorba dans la lecture, dès le coup de sif flet du départ.
PHILIPPE DESTAL 169 « ... Un nom fut soudain prononcé: Philippe.L’im pression fut chez Destal si violente, que le livre faillit lui tomber des mains. La voix d’Adrienne ressuscitait à ses oreilles. C’était l’intonation exacte, et instantané ment il se rappela dans quelles circonstances elle avait articulé, de ce même accent, ces mêmes syllabes, un soir d’octobre, dans le bois de Morillon, tandis qu’ils étaient assis sur le bord du vivier.
Il écoutait, ravi, n’osant regarder celle qui parlait, car il craignait de voir se dissiper, radieusement peut-être, son illusion. Enfin, il releva la tête. La vision qu’il eut n’effaça pas la sensation que la voix venait de lu ¡donner, Adrienne elle-même était là devant lui. La conformité de la taille, la reproduction des traits, des gestes, des atti tudes, la faisaient revivre, tout entière, dans cette in connue.
Ce n’était pas la ressemblance, c’était l’iden tité. » Philippe lie conversation avec les voyageuses.
La mère, Mme de Saint-Géry l’invite à venir les voir ; ses visites deviennent bientôt journalières, et, dès ses premiers mots à la comtesse en sollicitant son consen tement au mariage de sa fille, elle s’émut et fondit en larmes, « à cause, affirma-t-elle, de ce grand bonheur dont la chère enfant lui avait confié le secret. » A Morillon, Laure se sentit le cœur glacé.
Elle aimait avant tout la vie, la fortune qui donne le luxe, les plaisirs, et l’instant lui sembla favorable pour affirmer sa personnalité. « Ses premières tentatives d’indépendance consistèrent en quelq ues légères modi fications à la simplicité habituelle de sa mise, en un
l’initiation 170 changement plus accentué dans ses manières générales et dans le ton de sa conversation. » Il y eut, sur les traits de Philippe, une contraction violente, le mou vement réprimé de la colère que provoque la décou verte d’une trahison. Tout se désenchanta autour de lui. Ce n’était plus Adrienne, c’était une intruse dont la physionomie désormais inconnue, dénaturait le souvenir des traits aimés.
L’idée vint à la jeune femme que son mari était fou et d’esprit très net, elle étudia aussitôt les moyens pratiques d’esquiver le péril et de sauvegarder des intérêts si chèrement acquis. Quelle conduite tenir: calmer le malade à force de douceur obéissante, ou le surexciter au contraire par de perpétuels froissements? Sa décision fut vite prise.
« Dorénavant, au lieu de flatter la folie de Philippe, elle s’appliquerait, en con trariant sans trêve l’obsession qui en était cause, à la développer, à déterminer des actes de démence ca pables de motiver contre son mari des mesures légales, grâce auxquelles elle acquerrait cette fois toute son indépendance, obtiendrait même l’administration de la fortune et des biens. » Dès le lendemain, son attitude à l’égard de Philippe changea.
« Elle accusa l’excentricité de ses toilettes, afficha dans toute sa tenue une indépendance provo cante et déploya un génie véritable à défigurer l’illu sion de son mari. Philippe avait attaché, par des liens d’une telle force, le souvenir d’Adrienne à la présence de Laure, qu’il n’eût pu supporter avec celle-ci la séparation,
PHILIPPE DESTAL I 7 I même d’un seul jour. Il se fit timide, empressé, caressant. Les exigences ne s’en multiplièrent pas moins. L’in térieur du château changea d’aspect ; des décorateurs parisiens ornementèrent les salles, la livrée s’augmenta d’un maître d’hôtel, d’un chef et de ses aides, d’un valet de pied, d’un portier, d’un cocher et de pale freniers. La lingerie fut confiée à une vieille dame noble.
Ensuite Laure se prit d’une passion de musique et passa ses après-midi au piano à chanter des couplets d’opérette et des airs de cafés-concerts. Puis, comme Philippe, réfugié d’abord dans cette chambre habitée par le souvenir d’Adrienne, se précipitait au dehors, lorsque le bruit des refrains filtrait jusque là, elle le poursuivit dans la campagne.
Enfin, le jour où elle le sentit au point de surexcitation voulu, elle provoqua, devant les domestiques, l’éclat de folie qui devait réa liser son rêve cupide. Fernand Lernas, le frère d’Adrienne, écrit à Philippe sur ces entrefaites et lui annonce sa prochaine arrivée à Morillon.
Laure attend le voyageur àlagare, lui raconte que la raison de son ami s’est égarée parce qu’il n’a jamais pu oublier sa première femme, et lui fait pro mettre de la défendre contreles fureurs d’un inconscient. Après une courte entrevue avecPhilippe, Fetnand ne douta plus. La cloche sonna, dans la cour, l’heure du repas.
Dès leur entrée dans la salle à man ger, Lemas et Mm0 Destal échangèrent un bref regard, mais en ce coup d’œil ils se disaient tout, ils signaient, en quelque sorte, l’un et l’autre, le contrat muet deleur complicité.»
172 L INITIATION *■ * ¥ Jamais depuis lors, Philipene se départitde ce silence qui exprimait le détachement volontaire et absolu de les choses de la vie. Aussitôt après le déjeuner, un coupé l’attendait dans la cour, son plus vieux serviteur déposait sur le siège les bottes de fleurs et de plantes qu’il venait de cueillir et, lorsqu’il avait pris place aux côtés de son maître, la voiture les emportait tous deux vers Saint-Henri.
Destal se rendait chaque après-midi au petit cimetière du village, entrait dans la chapelle élevée sur le caveau où reposait Adrienne, faisait disposer les fleurs, et, congédiant son domestique, restait là, jusqu’au soir, assis, le front dans les mains. Il vivait dans la perma nente contemplation de celle qui n’existait plus pour ses sens. « L’image avait, en quelque sorte, mordu les parois de sa conscience.
Elle y adhérait comme une eau-forte en ses linéaments les plus imperceptibles. Mais ce n’était là qu’une effigie. La parole résistait à ses plus pressantes sollicitationset ses perquisitions dans la vie du passé, aussi attentives qu’elles fussent, ne réussis saient à la lui faire retrouver retrouver exactement. Quelquefois, il croyait saisir un son. Ce n’était qu’un éclat "de voix, pas même une syllabe, tout au plus un soupir.
« Dès lors, tous ses sens se sacrifièrent au guet de son oreille. Il analysait les bruits sans prendre part aux conversations de Fernand et de Laure ; il triait dans leur dialogue des inflexions, des exclamations qui, par moments, frappaient, ainsi que du doigt, une
PHILIPPE DESTAL 173 seconde surun timbre d’illusion. Il vivait aux écoutes de cette voix et traquait cette chimère fuyante dont il voulait faire l’interlocutrice de ses souvenirs. » Cette incessante tension de l’idée provoqua chez lui les perturbations les plus graves. La vie remonta violemment du cœur au cerveau. Les nuits ne furent plus que de douloureuses insomnies. 4 4 On était aux derniers jours d’août. Une nuit un sursaut dressa Philippe.
Le sang engorgeait ses veines, battait à ses tempes, soulevait son cœur. Suffoquant, il sortit et s’engagea dans le couloir éclairé, allant à l’aventure. Au moment où il passait devant la chambre de Mrao Destal, une commotion subite le fit chanceler et s’appuyer au mur. Deux voix alternaient, celle de Laure et celle de Fernand. « A quoi bon la vengeance? Que vengerait-il ? Il n’aimait pas sa femme.
Il l’avait ainsi défiée de l’affec tion conjugale, et le point d’honneur, étant une con vention sociale, n’existait plus pour lui. Destal allait regagner sa chambre, lorsqu’un grand cri d’amour éclata soudain. « Il répondit à ce cri par un immense tressaillement de joie. Il venait de le reconnaître, de le retrouver enfin! C’était le cri d’Adrienne, ce cri de l’ivresse inexprimable, du débordement de la plénitude, presque de la souffrance !
Philippe l’écoutait encore que le profond silence du château lui succédait. « Cette fois Adrienne lui était bien restituée. Le passé devenait le présent. Le rêve éblouissait ses yeux.
L INITIATION !74 Toute l’enchanteresse simplicité de leur bonheur re naissait. » Chaque soir, chaque nuit, à la même place, main tenant, il espérait une semblable hallucination. Le lendemain, lorsque de sa fenêtre, devant laquelle il avait repris sa place après le dîner, il vit la lumière s’éteindre aux carreaux des mansardes, une agitation soudaine s’empara de ses nerfs.
A pas de loup, il s’en gagea dans le couloir, comme la veille, s’arrêtant pour écouter, tressaillant au plus léger craquement des meubles, suivant l’élan d’une irrésistible impulsion. Il reconnut qu’en se dissimulant, à la première alarme, derrière un large bahut de chêne posé dans la galerie, il pouvait esquiver toute surprise. Cette constation le rassura. Bientôt les paroles des deux amants s’accentuèrent, compréhensibles.
On parlait de lui, de sa mort inévitable, des ennuis d’un deuil qui n’en finirait pas. — Toute une année de noir! dit Laure. — Sur laquelle dix bons mois de séparation, ajouta Fernand. — Comment!... Pourquoi nous séparer? — Parce que la loi l’exige. Vous ne voulez pas, je pense, débuter par une contravention? « Philippe étouffait, son sang venait de refluer à son cœur, et s’élançait, bouillonnant et grondant, au cer veau.
Il se leva pour fuir, à peine se fut-il dresssé que ses yeux s’obscurcirent, ses jambes fléchirent, et il tomba dans le vertige qui l’aveuglait. Au bruit que fit sa chute, le silence se rétablit dans la chambre. Il
PHILIPPE DESTAL 175 y eut un glissement de pas étouffés, puis Fernand entr ouvrit la porte et parcourut du regard la galerie. « 11 alla droit à la place où Philippe, qu’il n’avait pas reconnu, gisait, étendu, la face collée au tapis qui matelassait le parquet. Il ne put retenir son excla mation. « — Philippe ! » « Laure sortit de sa chambre, à demi vêtue. « — Que dites-vous!... Qu’y a-t-il? Oh!...
Phi lippe! » Fernand prit Destal dans ses bras et [l’emporta, courant sans bruit sur les tapis du couloir. Aux appels vigoureusement répétés de la sonnerie d’alarme, les domestiques accoururent. Une voiture partit cher cher le médecin qui arriva bientôt. « Philippe luttait contre les spasmes de la fin. D’un effort suprême, le mourant réussit à se soulever. Il fixait Fernand et Laure. « — Il veut vous parler à tous deux, dit le docteur.
« — Ils se penchèrent vers Philippe. Sa gorge se tuméfiait ; sa bouche se contractait. Enfin elle s’ouvrit toute grande... et ils entendirent ce mot distinctement prononcé : « —■ Merci ! » Ce fut en même temps le dernier soupir. George Montière. Une erreur d’imprimerie dans l'article sur Philippe Destal, de notre collaborateur George Montière, l’a rendu presque incom préhensible.
Le paragraphe du débnt a été transposé en effet et placé à la fin ; de sorte que Philippe épouse Adrienne cinq ans ai>rés la mort de celle-ci.
176 l’initiation ©MOTE I10ÉFEHBAHT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES QUARTIER GÉNÉRAL (Paris). Les se'ances publiques et les séances d’études continuent régulièrement au quartier général. Signalons tout par ticulièrement l’affluence d’auditeurs à nos deux dernières réunions générales du Vendredi où MAI. Paul de Régla, Jules Lermina, Papus ont fait des conférences surdivers sujets.
On remarquait au bureau M. le colonel de Rochas dans la première réunion et la seconde était présidée par M. le Dr Baraduc. Dans les groupes fermés, les expériences de Magie pra tique continuent et font espérer de féconds résultats. GROUPE DÉTUDES SPIRITES (Groupe 4) Séance du 20 avril i8g2.
La séance est ouverte à 9 heures par la prière d’usage — neuf personnes présentes, dont trois médiums. — L’assistance est placée en cercle, sans faire la chaîne. Le guéridon, devant servir aux expériences, est placé entre deux médiums. Au milieu de la salle des séances, une table, de im3o de diamètre, au milieu de laquelle se trouve un porte-bouquet contenant des tulipes et des marguerites.
Du papier, des crayons, des grelots, des sonnettes, etc., sont placés sur cette table dont les assis tants les plus voisins sont éloignés de plus d’un mètre. Détail à retenir, les angles de la salle se trouvent à plus de 3 mètres du centre de la table occupé par le portebouquet. Le lourd guéridon, carré, à quatre pieds, est mis en contact avec les médiums ; au bout de quelques instants il se soulève et frappe violemment le sol, mais il est
GROUPE INDÉPENDANT d’ÉTUDES ESOTERIQUES I77 impossible d’obtenir, catégoriquement le nom de l’in telligence qui se manifeste. Un assistant propose alors d'avoir recours à l’écriture mécanique. Dans une communication ainsi obtenue, l’invisible demande l’obscurité.
Nous nous mettons dans l’obscurité ; un temps assez long s’écoule sans qu’aucune manifestation se produise, et nous commençons à désespérer du résultat de la séance, lorsque le guéridon dicte : « Il y a, ici, un incré dule. » — En êtes-vous gêné ? demande un assistant. Réponse négative. Presque en même temps, un grelot est jeté sur un médium non en contact avec le guéridon.
Nous entendons ensuite un bruit semblable à celui que ferait une main cherchant à tourner le bouton de la porte. Quelqu’un allume une allumette et nous consta tons que ce bouton est immobile, et la porte solidement fermée. L’obscurité faite de nouveau, M. F... demande à l’invisible s’il peut ouvrir. Réponse affirmative (donnée par la table carrée). Faites !... dit M. F.
La table carrée sur laquelle les médiums (deux dames) ont apposé les mains se dirige vers la porte qu’elle va frapper, puis elle entraîne les médiums dans une direc tion opposée et s’arrête tout à coup. Après quelques secondes de calme complet, on entend tourner brusquement le bouton de la porte, celle-ci s’ouvre violemment, et, ne pouvant rencontrer aucun obstacle, frappe le mur avec force. On fait de la lumière aussi vivement que possible.
Les médiums sont très émus, l’un d’eux déclare avoir res senti un choc à l’épigastre au moment où la porte s’est ouverte. Les assistants paraissent stupéfaits— Laporte reste grande ouverte. Nous prenons quelques instants de repos, en lumière. Nous nous remettons dans l’obscurité une troisième fois. La table carrée (10 kilogr.) en contact avec deux médiums quitte le sol plusieurs fois et s’élève à une hau teur de 60 centimètres environ. Divers objets sont pro jetés sur les assistants.
l’initiation 178 M. F..., assis dans un angle de la salle, reçoit deux tu lipes prises dans le porte-bouquet placé au milieu de la grande table. Il demande le nom de l’invisible auteur de cette gracieuseté, pensant obtenir le nom d’un esprit familier.
Le guéridon, en contact avec les médiums, frappe le prénom et le nom d’un frère (mort) d’un assistant admis pour la première fois ; puis : « remerciements. » La séance est levée à 11 heures et demie. A. Francois. Branches. — Signalons l’activité de nos amis de Mont pellier et de Lyon qui organisent activement les branches nouvellement fondées. A Tours, une branche régulière est en formation.
A Nice, un poste de correspondant régulier vient d’être établi. A Rouen, une nouvelle branche (la seconde) vient d’être fondée, et une loge martiniste est en formation. Nous en reparlerons sous peu. A Valence (Rhône), un poste de correspondant a été établi. a l’étranger. — Une branche régulière est constituée à Corfou (Grèce), une autre est en formation au Caire (Egypte).
Signalons à ce propos un important travail de la branche d’Alexandrie, une étude sur le magnétisme et l’Hypnotisme publiée par une revue locale. A Anvers (Belgique), un poste spécial de correspondant vient d’être établi à côté de la branche locale, déjà en si bonne voie. En résumé, on voit que nous n’avons pas perdu notre temps pendant le dernier mois.
Le Groupe indépendant d’études ésotériques est la seule société spiritualiste de France qui possède une centralisation de branches et de correspondants aussi solidement constituée. communication aux branches EXPÉRIENCES PRATIQUES Le Comité de direction du Groupe a décidé de faire
GROUPE INDÉPENDANT ü’Él I DES ESOTERIQUES I79 appel aux branches pour vérifier < ertaines expériences en voie d’exécution au Quartier Gei éral. Voici comment on procédera Chaque expérience ou série < ’expériences proposée sera tout d’abord essayée dans r des Groupes d’études pratiques au Quartier Général. Si les premiers résultats sont reconnus favorables, un appel sera fait aux concours des Branches du Groupe.
Dans ces derniers temps, l’étude de la Psychométrie a été poursuivie dans un Groupe d’études pratiques avec plein succès ; aussi faisons-nous appel à tous nos chefs de Groupes de province et de l’étranger pour étendre notre champ d’études. Les expériences sur la psychométrie ne nécessitent l’emploi ni de sujet somnambulique, ni de médium. Il faut simplement un « sensitif », qui peut parfaitement ne pas être hypnotisable.
Pour découvrir un « sensitif », plusieurs procédés peuvent être employés. i» Procédé de Reichembach. — Placer plusieurs per sonnes dans une chambre plongée dans l’obscurité. Dans cette chambre on aura disposé des fleurs, des petits ai mants, si possible., ou des pièces métalliques. Au bout d’une demi-heure, certains des assistants commencent à voir des lueurs sortir des objets ou de leurs doigts.— Ces assistants sont sensitifs.
2° Procédé Ivioutin. — M. Moutin donne, dans son ou vrage le Nouvel Hypnotisme, un procédé très rapide pour reconnaître les sensitifs par l’imposition des mains sur l’omoplate.
3° Procédé psychométrique. — Se placer dans l’obscu rité complète. —■ Poser alors sur son front soit des lettres de personnes connues (mais choisir ces lettres au hasard), soit des minerais, soit des objets anciens (bibelots d’art, statuettes égyptiennes, etc., etc.), et noter les impressions ressenties.
Il y a une foule d’autres procédés : suggestion, hypnoscope, etc., etc., pour reconnaître les « sensitifs », et sur dix personnes, on trouve en général deux sensitifs. Une fois le sensitif trouvé, les expériences se feront
18o l’initiation dans l’obscurité et seront conduites librement par le chef de Groupe. Les expériences porteront : i° Sur l’impression produite par des lettres de per sonnes connues ou inconnues du sensitif; 2° Sur l’impression produite par des objets se ratta chant à l’antiquité ; 3° Sur l’impression produite par les métaux et les mi nerais. Les résultats de ces expériences devront être envoyés au Quartier Général qui les collationnera.
Les chefs de Groupe désireux de plus grands détails peuvent s’en référer à l’initiation (n° 6, mars 1892), ou demander des renseignements complémentaires. De toutes façons nous sommes désireux d’étendre le champ des expériences habituelles faites à l’aide de la force psychique.
Les phénomènes de magnétisme, les faits dits spirites sont aujourd’hui bien connus et sont indéniables en tant que faits : la théorie de ces faits reste seule à déterminer scientifiquement.
L’emploi d’êtres humains comme piles génératrices, les forces produites sous cette influence et encore si peu connues, les dangers de fraude, les théories enfantines ou mystiques mises en avant pour expliquer l’action de ces forces, tout cela demande une étude im partiale et faite sur une grande échelle.
La centralisation réalisée à l’heure actuelle par le Groupe indépendant d’Etudes ésotériques, qui a pu grou per autour du Quartier Général près de cent branches et correspondants, permet d’espérer une fructueuse étude de ces questions difficiles. Voilà pourquoi nous faisons appel à toutes les branches pour expérimenter la Psychométrie. Une fois les premiers résultats obtenus, nous aborderons d’autres expériences. Pour le Comité de Direction, Papus.
GUÉRISON PAR L’HYPNOTISME &5ÉRIS0N pak VHypnotme 181 A la suite d’un interview de Eclair, plusieurs jour naux ont parlé du fait suivant : « Le Ier février dernier, M110 Eugénie B..., âgée de vingt ans, entrait à l’hôpital de la Charité pour crises et accidents nerveux variés.
Elle offrait cette particularité qu’une énorme tache vineuse, s’étendant de l’oreille gauche à la clavicule, embrassant tout un côté du cou et la moitié de la joue gauche, déshonorait sa beauté. « Le lobule et toute l’oreille étaientégalement atteints. La tache était d’un rouge violacé.
« Le jour de l’entrée de la malade, le Dr Luys, et son chef de laboratoire, le Dr Gérard Encausse, eurentl’idée — sans trop d’avance s’illusionner —d’employer la sug gestion pour faire disparaître cette envie. « La jeune fille fut endormie par les procédés ordi naires, et on lui suggéra, tout simplement, de ne plus avoir cette tache sur la figure et le cou.
« Je veux, lui disait le Dr Encausse, que la tache dispa- « raisse et qu’elle aille de mieux en mieux. » « Trois jours après la première suggestion, le « nœvus» toujours rouge violacé, laissait voir, au milieu du cou, un léger îlot blanc. En cet endroit, — un centimètre carré à peu près — la peau avait repris la coloration naturelle. « Les expériences furent continuées. Chaque jour, on suggérait au sujet endormi de se débarrasser du « nœvus ».
« Le 28 février les dimensions de l’îlot blanc avaient considérablement augmenté. De plus, la peau de l’oreille était redevenue entièrement blanche. « Depuis, l’étendue delà tache diminue de jour en jour. Elle semble se fondre, attaquée à la fois en son centre et sur ses bords. Les endroits où la peau reprend sa teinte naturelle s’étendent, très lentement, il est vrai, mais enfin leurs progrès sont sensibles et — point essentiel — ils persistent. Ajoutons que la couleur générale des parties encore atteintes par l’etme semble avoir pâli. Le rouge
182 l’initiation violacé s’est atténué : le « ncevus » est devenu rose tendre. « Des photographies prises de jour en jour attestent la réalité de ce commencement de guérison. » (review of reviews) Le Rév. Char. Denyer, baptist minister à Cradock et président, les dernières années de sa vie, de l’Union Baptiste en Afrique méridionale, mourut subitement, dans la rue, en allant faire ses devoirs religieux un sa medi matin, le 23 mai 1891.
M. Denyer était élève du Rév. M. Guriers's College, en Angleterre, avait à peu près trente-quatre ans et était un des pasteurs les plus dévoués de la colonie. Il laissa une veuve et quatre petits enfants. Je suis heureux de dire qu’une somme considérable fut appor tée par l’assistance à sa famille. La ville que j’habite est à 3,ooo lieues de Cradok. Dans mon église, je possède le frère de M. Denyer, un jeune homme de vingt-cinq ans.
Son nom est James Denyer, et il est employé dans une compagnie de mines de Beers. M. James Denyer est un homme d’une santé robuste et d’un caractère tout ce qu’il y a de plus droit et digne de foi. James travailla toute la nuit, le jour que son frère mourut. Premier rêve t Jeudi matin 21 mai, entre sept et neuf heures, il rêva qu’il était dans son salon où se trouvait son frère mort;
UN RÊVE RÉVÉLATEUR i83 il entendit des pas lourds d’un homme s’approchant de lui. Il sortit, pour aller dans le couloir, il vit des croquemorts e'tendant un corps qu’il reconnut pour être celui de son frère. Second rêve Vendredi matin 22 mai, il rêva la même chose en ajoutant qu’il alla dans le cabinet de travail de son frère qui se trouvait de l’autre côté du corridor et que là il le vit dans un cercueil.
Troisième rêve Samedi matin, le jour où son frère bien-aimé était très^ntouré ; il rêva qu’il y avait des milliers de personnes devant la maison de son frère; qu’il était le seul parent l’accompagnant; qu’on alla à l’église, où il y eut un ser vice funèbre, et ensuite on alla au cimetière qu’il recon nut parfaitement dans son rêve. Le même jour, M. James devait revenir à ses devoirs, lorsque M. R.
Archibald, qui était le mari d’une cousine germaine du pasteur en ques tion, reçut une dépêche où on le pria d’annoncer le fait d’une mort soudaine du révérend Charles Denyer à 1 o heures 3o. Lorsque M. Archibald reçut cette nouvelle, il était en train de faire un paiement aux ouvriers et ne pouvait à l’instant même interrompre cette occupation. Il envoya donc un de ses employés.
Lorsque M. James vit l’em ployé de M. Archibald, il l’arrêta en route et lui dit ces mots : « Inutile de me dire pourquoi vous venez, je le sais trop bien. Mon frère est mort et vous venez l’an noncer. » Le messager répondit: « Malheureusement, je suis dé solé de vous dire que vous ne vous êtes point trompé : M. votre frère est mort subitement à cette heure. M. James prit le train immédiatement, arriva à- Cradoch dimanche matin à huit heures. Il alla tout droit de la station ; il entra dans son cabi
l’initiation 184 net et trouva exactement son rêve réalisé. La vision était absolument exacte. Mot à mot, tout fut exact. Ce rêve était fait avant la mort de son frère. » Vous pouvez, mes lecteurs, vous convaincre, car le jeune homme habite Kimberlay et j’ai fait connaître son adresse à mes nombreux lecteurs, car je trouve que ces faits doivent être connus de ceux qui s’intéressent à la Review of Reviews.
M. Shea lui-même étant un chercheur et un profond observateur. Maintenant, Monsieur, veuillez bien m’expliquer la si gnification de tout cela. Ce n’est certainement pas un estomac malade, ni un foie attaqué qui me fait faire des rêves de ce genre. N’y a-t-il pas là-dessous une science qui était bien négligée? N’y a-t-il pas des voix de l’autre côté qui veulent relever un voile pour nous faire comprendre des choses inconnues ?
Croyez-moi votre dévoué et sincère. James Hugues. Baptist Minister, Kimberlay, South-Africa. 6 février 1892. UNE CONFÉRENCE DE M. CHARLES HENRY M. Ch. Henry, maître de conférences à la Sorbonne, a fait, le mercredi 27 avril, au Théâtre d’application, une très intéressante conférence sur une transformation de l’orchestre. Après avoir retracé savamment le passé de
NOUVELLES DIVERSES 185 l’orchestre, il a pose' le problème suivant: « N’est-il pas possible de réduire le nombre des instruments et de tra duire dans une langue plus simple, quoique suffisante, les nuances infinies de l’orchestration? Il étudie l’orchestre réduit des Tziganes et expose la solution qu’un jeune compositeur de grand avenir, M. J.-Ed.
Croegaert, a donné au problème avec son petit orchestre de sept exécutants : harpe, violoncelle, violon, alto, clarinette, contrebasse et tambour, en se servant du « glissando » de la harpe et en utilisant les notes « syno nymes » de cet instrument. M. Ch.
Henry présente à ce propos des accords nouveaux, utilisés par M. Croega'ert, composés de six sons et de cinq intervalles de seconde, bannis à tort, d’après le conférencier de l’enseignement de l’harmonie. On parle, dit-il, de consonances et de dis sonances, et jamais on n’a cherché à se demander, par des méthodes positives, si ces caractères subjectifs de plaisir et de peine sont réels. M. Ch.
Henry arrive, par des méthodes expérimentales très délicates, à mesurer numériquement le plaisir et la peine ; d’après ses expé riences et ses théories, la seconde ne serait pas une dis sonance. Le conférencier termine par ces mots qui ont été très applaudis: « La tentative de M. J.-Ed. Croegaert est un effort vers une technique musicale nouvelle qui mérite les plus sérieux encouragements.
Je n’ai pas qualité pour prôner les vertus mondaines du petit orchestre. La Pari sienne a l’esthétique dans le cœur. D’instinct, elle adopte toute chose d’art qui peut ajouter aux grâces de son accueil et servir d’encadrement à sa beauté.
Le petit orchestre va d’ailleurs lui-même plaider sa cause, et il ne me reste qu’à vous prier de m’excuser d’avoir tant retardé votre plaisir. » L'audition a été un vrai succès et le petit orchestre a vaillamment remporté gain de cause.
186 l’initiation CONFÉRENCES DE M. JULES BOIS M. Jules Bois a donné au théâtre d’art cinq Confé rences Esotériques (faisant suite aux explications sur les Mystères d'Eleusis et les Noces de Sathan) dont voici les titres : i° L’Occultisme et l’anarchie; 2° Où aboutira le Néo-Christianisme ; 3° La Rédemption par la Perversité ; 4° Les temps futurs et l’Antéchrist ; 5° La Poésie Ésotérique.
Toutes ces conférences ont eu un succès vraiment mérité par le talent de l’orateur. Mardi 3 mai a eu lieu une réunion de magnétiseurs décidée à la suite de l’article de Papus publié dans le Voile d’Isis. Presque immédiatement après la publica tion de cet article, les magnétiseurs ont décidé d’agir, et déjà deux modèles de pétitions circulent.
L’une de ces pétitions est faite sous les auspices des « Indépen dants Lyonnais », l’autre sous l’inspiration de la Société « la Mesmérienne ». — Devant ce résultat, Papus, après avoir félicité vivement les magnétiseurs, a déclaré que le mandat qu’il avait assumé était rempli et a déclaré sa mission terminée.
Ensuite, M. le Dr Gérard a communiqué à l’assemblée le texte d’une déclaration du Bureau du Congrès magné tique de 1889, déclaration qui est déposée à la Chambre. Ce texte a été unanimement approuvé par les membres présents. Après une courte discussion, à laquelle ont pris part MM. Durville, Auffinger, Reybaud, le comte de Cons tantin, le D1' Gérard, M. Lorenza et Papus, il a été
REVUE DES REVUES l87 décidé à l’unanimité que toutes les pétitions seraient centralisées entre les mains du Dr Gérard qui les remettra à la commission de la Chambre après avoir fait une dernière réunion des magnétiseurs. Occultisme : Le Voile d’Isis développe sa partie bibliographique, par la plume de J. Marcus de Vèze, de George Montière, de T. Haven ; à noter un curieux article de Philophôtes sur l’Alchimie à l’institut (20 avril 1892).
L'Etoile et Psyché continuent avec succès leurs efforts de diffusion del'Occulte; de même que la Renaissance symbolique. Et, à propos de Franc-Maçonnerie, je signalerai un mé moire très érudit sur le Rituel des RR.'. -¡-f.-. et sur sa signification symbolique, par le Fr.-. Gobelet d’Alviella. — La Paix Universelle donne le récit de ses efforts en faveur du massage magnétique et annonce la souscription ouverte en ce but.
Spiritisme: ■ On se souvient des torrents d’éloges décernés au Pro fesseur Lombroso par la Presse spirite, lors de la publi cation d’une lettre du célèbre criminaliste constatant la réalité des phénomènes psychiques. Il est vrai que Lombroso, comme Crookes du reste, faisait toutes ses réserves au sujet de l’explication qu’on prétendait lui imposer.
Mais, depuis, les choses se sont gâtées, et le 7 février dernier paraissait un article explicatif du même Profes seur Lombroso, qui, sans nier en rien les phénomènes produits, esquisse une théorie scientifique de ces faits.
i88 l’initiation Oser dire que le médium est un hystérique ou, tout au moins, un malade nerveux, que les faits produits par ce malade consistent, pour la plupart des matérialisations, dans l’objectivation des idées des assistants, et que, pour vu qu’un assistant parle une langue étrangère, le médium, . simple miroir psychique, manifestera les mêmes effets, voilà de quoi attirer au professeur Lombroso les foudres du Spiritisme passé, présent et futur.
Mais, chose curieuse, les explications mises en avant par le professeur Lombroso nous ont tout l’air de sen tir le fagot: Objectivation des images psychiques, origine des matérialisations; mais il nous semble qu’en i853, Eliphas Levi, résumant la Kabbale, soutenait justement la même idée, reprise et défendue par Stanislas de Guaita ces derniers temps, et dérivée en droite ligne de... l'Occultîsme.
Et ainsi pour le reste des explications du Professeur Lombroso. Aussi écoutez la docte « Revue spirite >(ter mai 1892). « Il suffit de parcourir ces pages de redites psychiâ- « triques — nous possédons à Paris des psychiatres qui « ont devancé M. Lombroso — pour se convaincre de la « transcendante inexpérience de l’auteur enspiritualisme « expérimental. » Et le reste est à l’avenant. Allons, voilà encore du travail, pourM.
Palazzi qui a découvert que la Kabbale avait été inventée au xin0 siècle, et que ses livres fondamentaux sont écrits en latin. Vite unebrochure pour démontrer que M. le professeur Lom broso a tort de protester contre ce fait que « le mé- « dium qui croit écrire sous la dictée du Tasse et de « l’Arioste des vers indignes d’un lycéen » ne récite que ses propres idées.
M. Palazzi prouvera sans peine que l’Arioste a perdu le sens poétique après sa désincarnation, ou qu’il est devenu... occultiste, ce qui est l’abomination de la désolation.
Pour nous qui, dans VInitiation (partie initiatique) soutenons la réalité de ces faits produits par la force psy chique, mais contestons dans la plupart des cas des ex plications enfantines fournies à l’appui de ces faits, nous ne pouvons qu’applaudir à des travaux aussi sérieux que
REVUE DES REVUES 18g ceux de M. le Professeur Lombroso et engageons nos savants français à suivre son exemple. Et maintenant, ô Professeur Lombroso, tenez-vous bien, vous venez de fournir de l’excellente copie à la presse spirite et de couronner dignement votre répu tation scientifique.
Dans le même et si intéressant numéro, parmi les nombreux projets formés au sein du Comité de Propa gande, « il est donné lecture d’un interview d’un jeune docteur-occultiste par le journal Y Eclair. Les assertions du dit docteur ne sont pas nouvelles, et le Comité se contente d’en rire, ne croyant pas devoir perdre son temps à les relever.
Même accueil est fait à un article tiré du Bulletin n° 3 delà Presse française et étrangère, 3e année, février 1892, article fantaisiste, dans lequel l’ancien secrétaire du Comité de propagande spirite se livre, sur le spiritisme et la presse spirite, à des appréciations aussi peu mesurées que peu sé rieuses. » Etre jeune, être docteur et être occultiste, cela doit constituer le nec plus ultra de l'impertinence pour les rédacteurs de la vénérable Revue spirite.
MAGNÉTISME t Je voudrais tout d’abord signaler la Rivista quindicinale (t) dans laquelle un occultiste fort érudit, le Dr Th. Sourbeck, publie des articles extrêmement sérieux, tels que la Graphologie, magnétisme et hypnotisme (décem. rSgi et janvier 1892), sur les rêves (mars 1892), etc. Le Journal de magnétisme (avril 1892), continue ses extraits sur l’œuvre de M. Durville, et résume une conférence de M. Rouxel sur la famille des Puvségur.
La Chaîne ma gnétique (mars et avril 1892) adresse de son côté un appel aux magnétiseurs réduits à l’inaction par la nouvelle loi sur'l’hypnotisme, et reprend ses relations de cures non officielles. (1) Revue bi-mensuelle, publiée à Alexandrie d’Egypte, typo lithographie V. Penassar.
l’initiation 190 socialisme : Le Devoir donne la suite de ses études pratiques d’éco nomie sociale. La Paix universelle (15 avril) fait un appel à ses lecteurs en faveur de Tolstoï et des affaires de Russie ; à lire un article de Fabre des Essarts sur Auguste Comte.
Littérature : Une nouvelle revue mensuelle, l’idée libre, vient de paraître avec MM. Ed, Schuré, Jules Bois, Maurice Pottecher, Gabriel Mourez ; souhaitons à ces artistes con vaincus tout le succès qu’ils méritent. A lire dans les Entretiens politiques et littéraires deux articles de R. de Gourmontet de F. Vielé-Griffin. Le numéro d’Avril de la Plume est consacré, sous la direction du Dr J. M. E. Baret à la chanson populaire au Japon.
Dans la Chimère, des articles de P. Redonnel, L. Durocher et P. de Labaume sur le Panthée de Peladan. A lire aussi d’intéres santes tentatives, faites par l’Art social et les Annales Gau loises. Divers : La Revue philosophique termine la publication du pro blème de la vie de Ch.
Dunan, à noter la partie biblio graphique qui est à citer comme modèle de critique sérieuse et impartiale ; j’y trouve enfin une lettre de Papus rectifiant quelques opinions émises par M. P. Janet à notre égard dans son article sur le spiritisme contem porain (avril), entre autres sur la tendance que laisse per cer M. Janet à affubler Papus des titres de « mage » ou de sâr.
Le Bulletin de la Presse (avril 92) publie le deuxième article de Papus sur la presse néo-spiritualiste étrangère. Lire dans le Journal des Savants (mars 1892), les tra ductions latines des ouvrages alchimiques par M. Berthelot ; dans le Cosmos (mars) la thérapeuthique malgache par P. Camboné, et le fascicule entier des Internationales Archiv fur Ethnographie (Leide).
LIVRES REÇUS 191 Enfin je terminerai en constatant que M. F.-A. Helie ne daigne pas faire à VInitiation l’honneur de la nommer dans ses comptes rendus pourtant assez complets de la Revue de la Science nouvelle. Sédir. Les Altérations de la Personnalité, par A. Binet, directeur adjoint du laboratoire de psychologie physio logique de la Sorbonne. Sous ce titre, la Bibliothèque scientifique internatio nale, dirige'e par M. Em.
Alglave, publie un ouvrage d’un des représentants les plus distingués de la nouvelle école philosophique, ouvrage qui ne peut manquer de piquer la curiosité du public par les faits étonnants qu’il révèle et dont il donne l’explication scientifique.
M. Binet montre que le fameux moi indivisible de la vieille philosophie peut se dédoubler en plusieurs per sonnalités coexistantes ou successives parfaitement dis tinctes, en un mot qu’un même homme peut être à la fois plusieurs personnes.
Ces faits extraordinaires, constatés scientiquement, conduisent M. Binet à expli quer d’une manière naturelle des [faits réputés miracles ou impostures, comme les phénomènes du spiritisme, (i vol. in-8, cartonné à l’anglaise, avec figures. Librairie Félix Alcan. Prix : 6 fr.) Nous ferons sans doute un compte rendu spécial de cet ouvrage. Chez Cotta, Carl du Prel, das Kreuq am Fermer, roman hypnotico-spiritualiste.
2 vol. in-18 de 55o pages avec notes. (Compte rendu prochainement par P. Sédir.) Henri Bossanne, Mademoiselle Rondecuir. 1 vol. in-18, 2 fr. 5o. (Labbé, éditeur.)
IÇ2 L'INITIATION Nouvelle Révélation. La Vie (i), par Ch. Fauvety. Le livre que M. Charles Fauvety vient de faire paraître sous le titre de Nouvelle Révélation, la Vie est une œuvre philosophique profonde, d’une grande portée, dont l’importance, sera appréciée non seulement par l’élite des penseurs , mais aussi par le grand public intelligent, pour qui les idées ne sont pas devenues lettre morte.
L’œuvre contient les éléments d’une véritable révolu tion dans la science et dans la philosophie. L’auteur nous fait connaître la Vie et nous la montre partout dans l’Univers vivant qui s’identifie avec Dieu et n’est dans sa partie matérielle que l’objectivation de la pensée di vine. Tout être se compose d’un moi, d’un non-moi et des rapports qni unissent les deux termes.
Tous les êtres ne vivent que par leurs rapports ; il n’en est pas autre ment de l’Etre parfait qui contient tous les êtres. Le rapport entre le moi et le non-moi de Dieu est la Loi. La notion de Dieu, dégagée ainsi de tout le vieil anthro pomorphisme, se trouve transportée du plan contingent dans le domaine de l’absolu, qui est celui de la raison pure. En conséquence logique de sa conception générale, M. Ch.
Fauvety attribue à l’espèce l’immortalité psychi que, qui devient ainsi la propriété de chacun des mem bres du genre humain considéré en son entier comme un seul et même être.
Un chapitre des plus originaux est consacré à la réfu tation de l’attraction newtonienne, hypotèse inutile lors qu’on a démontré que l’Univers est vivant et, à ce titre, se meut d’un mouvement spontané qui lui est propre, et qui est tantôt centrifuge, tantôt centripète. (r) i vol. in-1 6, 3 fr. 5o, en vente à la Librairie du Merveilleux. Le Gérant : Encausse. IMP. E. ARRAULT ET C'°, 6, RUE DE LA PRÉFECTURE, TOURS.
L'Initiation du i5 mai 1892 Georges CARRÉ, éditeur, 58, rue St-André-des-Arts, Paris. ŒUVRES DE PAPUS L« Tarot des Bohèmi eus, le plus ancien livre du monde. 1889. 1 vol. in-8 raisin de 372 pages avec nombreuses figures et planches hors texte. Prix....................................................
9 fr. » Le jeu de Tarots, transmis par les Bohémiens de génération en génération, est le livre primitif île l’antique initiation, ainsi que l'ont montré Guillaume Postel, Court de Gébelin, Etteila, Éliphas Lévy et J.-A. Vaillant. La clef de sa construction et de ses applications n'a pas été découverte jus qu'ici.
L’auteur a voulu combler cette lacune on fournissant aux initiés, c’est-àdire à ceux qui connaissent les éléments de la Science occulte, un instrument rigoureux grâce auquel ils puissent pousser plus avant leurs études. Le lecteur profane y trouvera l’exposé d’une philosophie et d'une science des plus élevées, celles de l'Égypte.
Le livre est établi de telle sorte que chaque partie forme un tout complet, qui peut, à la rigueur, être étudié séparément. Traité méthodique de Scienee oeeislte, avec préface de Ad. Frank, dé l’institut. 1891, 1 fort vol. in-8° raisin de 1200 pages, avec 400 gravures et tableaux, 2 planches phototypiques hors texte, suivi d’un glossaire de la Science occulte......................... 16 fr. » Depuis quelque temps nous assistons à une singulière évolution de l’esprit humain.
Chacun veut connaître les enseignements de la Kabbale, du Boudhisme de la Magie et de toutes les doctrines qui montrent comment la Science vient appuyer les anciennes traditions et lès données de la Foi, loin de les détruire. — Il n'existait pas jusqu'à présent d'ouvrages mettant chaque lecteur à même ne posséder rapidement ces questions sans grande connaissance philosophique ou scientifique antérieure.
Cette lacune vient d’ètre heureusement comblée.
Le Traité méthodique de Science occulte de Papus est une véritable encyclopédie de la question, composée de telle -sorte qu’on peut y trouver, soit seulement les données générales sur- la doctrine secréte et ses enseignements touchant la Naissance et la Mort, soit les éludes techniques les plus détaillées sur les Nombres, sur la Kabbale, sur F Alchimie, la Franc-Maçonnerie, etc., avec une traduction correcte des 1(1 premiers chapitres de la Genèse.
Ce livre est donc utile à tous, lecteurs mondains, savants philosophes. Un glossaire de termes techniques et deux tables alphabétiques accompagnent ce volume de 1,200 pages; 400»tableaux et gravures, 3 planches hors texte éclairent les passages difficiles ; enfin une table particulière permet au lecteur de retrouver les extraits des 485 auteurs cités. M. Ad.
Franck (de l'institut) a bien voulu écrire la préface de cet important ouvrage auquel plusieurs œuvres littéraires récentes donnent un cachet tout particulier d’actualité. EL a Siabbale (tradition secrète de l’Occident). Résumé métho dique, ouvrage précédé d’une lettre d’Ad. Franck, de l’institut, e. orné de.
20 figures et tableaux et de 2 planches hors texte Prix. ...................................................................................... 5 fr. » Traité synthétique de chiromancie.
Brodi, in-8, compre nant de nombreuses figures. Prix. .................................. 1 fr> „ L'Initiation du i5 .mai 1892 Georges CARRÉ, éditeur, 58, rue St-André-des-Arts, Paris. i BIBLIOTHÈQUE DES RELIGiONS COMPARÉES riiDE mn le bouddha Par E. LAMAIRESSE Ancien ingénieur en chef des établissements français dans l’Inde Un volume in-18. Prix................... 4 fr. ........... .. LA VIE DU BOUDDHA Suivie du Bouddhisme dans lTndo-Clûne Par E. LAMAIRESSE Ancien ingénieur en chef des établissements français dans l’Inde Un vol. in-18 Prix...................... 4 fr. SOUS PRESSE : L’INDE APRÈS LE BOUDDHA DU MÊME AUTEUR
L’Initiation du i5 mai 1892 Georges CARRÉ, éditeur, 58, rue St-André-des-Arts, Paris, ESSAI SUR LA FmœopiijE imoniiiiiE Par Augustin CHABOSEAU Un vol. in-8. Prix.......................................... 5 fr. Le Fluide des Magnétiseurs Précis des expériences du baron De BEICHENBA.CH Sur ses propriétés physiques et physiologiques CLASSÉES ET ANNOTEES Par le lieutenant-colonel DE ROCHAS D’AIGLUN Administrateur de l’Ecole Polytehnique Un vol. in-8, avec figures. Prix. .... 5 fr. LEÇONS CLINIQUES SUR LES PRINCIPAUX PHENOMENES DE L’HYPNOTISME ¿Dans leurs rapports avec la pathologie mentale Par J. LÙYS Membre d.e l’Académie de médecine, médecin de la Charité Un vol. .in-8 raisin, avec i3 planches en photogravure. Prix............................................ 12 fr.
L’INITIATION risn DIRECTION 74, rue de Strasbourg, 14. PARIS Directeur: PAfUS O Directeur-adjoint : Lucien MAUCHEL Rédacteur en chef : George MONTIÉ RE O Secrétaires de la Rédaction : CH. BARLET. — J. LEJAY ADMINISTRATION ABONNEMENTS, VENTE AU NUMERO O. CARRÉ 58, rue Saint-André-des-Arts PARIS FRANCE, un an. 10 fr. ÉTRANGER, — 12 fr. RÉDACTION : 14, rue de Strasbourg. — Chèque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité.
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