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Revue philosophique indépendante des Hautes Etudes Hypnotisme) Force psychique Theosophie, Kabbale Gnose, Franc-Maçonnerie Sciences Occultes 15° VOLUME. — 5raa AxVNÉE SOMMAIRE DU N°7 (Avril 1892) TE INITIATIQUE... TE PHILOSOPHIQUE SCIENTIFIQUE... TIE LITTÉRAIRE.... LIOGRAPHIE ............ Le Plan astral (avec 2 figures)................. (p. i à i5). La Vie du Sommeil... (p. 16 à 28). P sv chies................ (p. 28 à 35).
La Société de Psycho logie ........................ (p. 35 à 40). Le Périsprit (suite et .fin)............................ (p. 40 à 48). Un Rêve sur le Divin. „(P;.49 à 57). Philippe Destal......... (p. 58 à 64). Comment on devient Mage, de J. Péladan....................... . (P- 65 à 77). Papus. Cari du Prel. Labor. Paul Sédir. Gabriel Delanne. Juliette Adam. George Montiere. F.-Ch.
Barlet. nipe indépendant d’Etudes ésotériques. —Magie pratique. — Ordre abbalistique de la Rose-Croix. — Nouvelles diverses. — The Light f Paris. — Revue des Revues. — Livres reçus. — Nécrologie. Rédaction : Administration, Abonnements ; ), rue de Trévise, 2 g PARIS 58, rueSt-André-des-Arts, 58 PARIS
PROGRAMME . Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’esse de la Société, de la Politique et de la Religion ; mais elles n abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science exp mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestio distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initiation est l’organe principal de cette renaissance spirii liste dont les efforts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquan méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale pa: découverte d’t/n même ésotérisme caché au fond de tous les euh Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement mé physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purem physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unie la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et Métaphysique.
Au point de vue social, l’initiation adhère au programme toutes les revues et sociétés qui défendent l'arbitrage con l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les de grands fléaux contemporains : le militarisme et la misère.
Enfin l’initiation étudie impartialement tous les phénomèr. du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes di connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inc L'Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mt n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche i ces curieuses études.
La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articl destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Scien, Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et di nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’ut manière qu’elles savent toujours apprécier.
L’Initiation paraît régulièrement le i5 de chaque mois compte déjà trois années d’existence. —Abonnement: 10 fram par an.
L'Initiation du i5 avril 1892 I jiPAUX Rédacteurs et Collaborateurs de ïInitiation f PARTIE INITIATIQUE Ch. Barlet. S.-. I.1. & — Stanislas de Guaita. S.-. I.-. $ lien Lejay, S.-. I.-. x — George Montière, S.-. I.-. x ipus, S.-. I.-. - PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE 31L-Marduk. —Aleph. — Le F.-. Bertrand i8».'. — René „lié. — A. C. Tshéla. — Camille Chaigneau. ■— Chimua du iay. — G.
Delanne. — Dei.ézinier. — Jules Doinel. — Fabre Essarts. — Jules Giraud.— Horace Lefort.— L. Lemerle.— <ald Mac-Nab. — Marcus de Vèze. — Lucien Mauchel. — poléon Ney. — Eugène Nus. — Horace Pelletier. — PhiPhôtes.—- G. Poirel.— Quærens.— Raymond.— A. Robert.— de Rochas. — Rouxel. — H. Sausse. — Paul Sédir. — Selva. Stevenard. — Pierre Torcy. — G. Vitoux. — F. Vurgey. — en ri Welsch. — Oswald Wirth. 3» PARTIE LITTÉRAIRE Maurice Beaubourg. —■ E.
Goudeau. — Manoel de Grandford. — Jules Lermina. — L. Hennique. — R. de Maricourt ■ — Catulle Mendès. — Emile Michelet. — George Montière. Léon Riotor. — Saint-Fargeau. — Ch. de Sivry.— Ch. Torquft. 4° POÉSIE Ed. BazIrë. “ Ch. Dubourg. — Rodolphe Darzens R. de Maricourt.— Paul Marrot. —Robert de la Vtlleh”pvé.
L’Initiation du i5 avril 1892 GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES' ESOTERIQUES SOCIÉTÉ D’ETUDES THEORIQUES ET PRATIQUES DES FORCES ENCORE NON DÉFINIES DE LA NATURE ET DE L’HOMME Membres. — Les membres ne payent ni cotisation, ni droit d’entrée. Tout abonné de Y Initiation ou du Voile d'Isis reçoit sa carte de membre associé sur sa demande.
Quartier Général. —La Société.comprend 22 Groupes d’études théoriques et pratiques au Quartier Général, 29, rue de Trévise, Paris. De plus, une Bibliothèque, une salle de lecture, une salle de conférences, pouvant contenir 200 auditeurs, et une librairie existent au Quartier Général.
Branches. — Des branches de Groupes Indépendants d’études ésotériques sont établies en France et à l’Étranger Le Groupe compte actuellement : 21 branches régulières en France, 3o branches à l’Etranger et a3 correspondants dans les centres qui ne possèdent pas enco re une Branche régulière.
Journaux. — Propagande. — Outre les volumes édités par la Librairie, le Groupe possède comme organe de propagande : L’Initiation (revue mensuelle). — Le Voile d’Isis (journal hebdomadaire). — Psyché (revue mensuelle d’art et de littérature). — La Bibliographie dé la Science Occulte (bulletin trimestriel). — De plus : The Ligth of Paris (journal hebdomadaire), imprimé en anglais vient d’être créé comme organe deiu Bibliothèque internationale des Œuvres des femmes, destiné à faire la propagande de l’occultisme dans les pays de langue anglaise.
PARTIE INITIATIQUE ÉTUDES TECHNIQUES D’OCCULTISME ET SA REPRÉSENTATION SCHEMATIQUE Il est peu de questions aussi importantes à connaître pour l’occultiste que celle de Y Astral et de ses mani festations. Nous avons l’intention de faire dans l’Zzzztiation une série d’études aussi documentées et aussi explicites que possible sur ce point.
Nous allons donc commencer par traiter le sujet d’une manière assez générale ; puis nous aborderons successivement les détails en parlant des élémentals, des signatures astrales, et des divers procédés employés par la magie pour agir sur l’astral ou pour éviter ses réactions sur le physique. * * * Tous d’abord, efforçons nous de bien préciser ce qu’on entend par 1’ « Astral ».
Peu de termes sont pris dans tant d’acceptions, et c’est en justifiant dès l'abord toutes ces acceptions que nous aurons chance i
•2. l’initiation d’éviter l’obscurité généralement inhérente à ces sortesde questions. On connaît la difficulté qu’éprouve la philosophie à établir le lien qui unit le physique au métaphysique, l’idée au fait.
Dans l’homme, il a fallu créer des systèmes plus bizarres les uns que les autres pour expliquer l’union du corps et de l’esprit immortel, dans l’Univers de même, on n’a pu raisonnablement justifier la relation constante entre les causes des formes matérielles et ces formes elles mêmes.
Le matérialisme déclare ne pas avoir à tenir compte de ces « causes premières », qui gênent considérable ment ses affirmations enfantines; le positivisme attend sous l’orme les travaux des autres écoles, et le spiri tualisme universitaire se livre à l’éclectisme le plusimpartial, sans aborder ces questions délicates des rap ports de l’objectif au subjectif.
Or la Kabbale, les Néo-Platoniciens et les Hermétistes ont toujours soutenu, à travers les âges, qu’il existe entre le monde des causes premières, des prin cipes, et le monde des faits ou monde matériel un plan intermédiaire d’action possédant une constitution et des forces particulières.
Ce plan intermédiaire, placé entre les deux extrêmes, aussi bien dans l’homme que dans la nature, l’école de Paracelse l’a nommé 1’ « Astral », monde astral, plan astral, dans l’Uni vers, corps astral ou corps sidéré dans l’homme. « 11 y a trinité et unité dans l’homme ainsi que dans Dieu ; l’homme est un en personne, il est triple en essence : il a le souffle de Dieu ou l’âme, l’esprit.
LE PLAN ASTRAL 3 sidéré et le corps. » (Paracelse.) L’école de Paracelse déduisait la plupart de ces analogies de la constitution de l’Univers, dans lequel nous remarquons trois grands courants de forces en action : i° Le courant qui s’étend de la planète à son ou ses satellites ; 2° Le courant qui s’étend du soleil aux planètes ; 3° Le courant qui s’étend du centre, encore si peu déterminé, dont le soleil subit l’attraction, à ce soleil lui-même.
Les forces en action dans la sphère d’attraction ■d’une planète prenaient le nom de forces élémen taires. Elles correspondent à ce que nous appelons aujourd’hui forces physico-chimiques. Les forces en action dans la sphère d’attraction d’un soleil prenaient le nom de forces astrales.
Enfin de la cause première de l’attraction universelle localisée dans les centres (ou le centre) agissant sur le soleil, émanaient les forces de l'Empyrée, forces cons tituant la manifestation directe de Dieu dans la .Nature.
Chaque être, à quelque monde qu’il appartienne, possède une émanation de ces trois forces. — Dans l'homme, le corps matériel vient du monde élémen taire et en subit les lois, le corps sidéré vient du monde astral et en subit également les lois, enfin l’esprit immortel vient de l’Empyrée.
Remarquons en passant que nos sciences contem poraines tendent de plus en plus à justifier la doc trine de l’occultisme, surtout en ce qui concerne l’ac- .tion de la force solaire sur le corps astral, action mer
l’initiation g Veilleusement démontrée par Chardel au commence ment du siècle. C’est donc en partant de l’Univers que l’école de Paracelse établissait ses analogies. Les Martinistes arrivent exactement aux mêmes conclusions que l’école précédente ; mais ils partent ' del’Homme au lieu de prendre l’Univers comme point de départ.
Ce procédé a l’avantage d’être plus clair à notre époque, où la physiologie et l’anatomie offrent de précieuses considérations à l’occultiste. Mais, qu’on parte d’un Principe ou de l’autre, le premier aspect sous lequel nous apparaît l’astral, c’est celui d’intermédiaire entre la matière et ¡’Esprit. Est-ce là le seul aspect de ce plan astral ? Pas le moins du monde.
Outre cette fonction d’intermédiaire, et comme con séquence première de cette fonction, l’astral est le fadeur et le conservateur des formes physiques. Dans l’homme, c’est le corps astral qui fabrique le corps physique, lui donne et lui conserve sa forme, dans l’Univers, c’est le plan astral qui agit de même pour le monde visible.
A ceux qui mettraient en doute l’immuabilité de cet enseignement à travers les âges, je citerai ce pas sage de Paracelse (xvie siècle) : « Il suit que tout ce qui vit, tout ce qui croît, tout ce qui est dans la Nature, est signé, possède un esprit sidéré, que j’appelle le ciel, l’astre, l’ouvrier caché, qui donne à ce qui est sa figure et sa couleur, et qui a présidé a sa formation, c’est là le germe et la vertu. » Nous connaissons déjà le plan astral sous les aspects :
LE PLAN ASTRAL 5 i° D'intermédiaire ; 2° De créateur, et 3° de conser vateur des formes physiques. Est-ce tout?
Oui, si nous ajoutons que toutes les formes phy siques créées à n’importe quelle époque et dans n’im porte quel lieu sont conservées à l’état « d’images astrales » dans ce plan intermédiaire, où l’on peut aller les évoquer quand on en possède les moyens. (Psychométrie). i° Intermédiaire entre les Principes et les Faits ; 2° Facteur du monde Physique; 3° Conservateur des formes, non seulement pendant la phase vitale ; mais bien après, à l’état « d’images astrales ».
Telles sont les fonctions principales de « l’Astral ». LE PLAN ASTRAL DANS L’HOMME Nous venons de voir qu’on 'peut indifféremment étudier l’Astral dans la nature ou dans l’homme, les lois d’action étant identiques partout.
Nous allons, dans notre exposé, partir autant que possible de l’homme pour nous élever ensuite jusqu’à la nature, d’aprèscetaphorismemartiniste: « Expliquez la nature par l’homme et non l’homme par la nature. » Voyons tout d’abord quelle est la situation de « l’Astral » dans l’être humain. « L’Astral », avons nous dit, est l’intermédiaire entre l’esprit immortel et le corps physique.
Quand l’esprit conscient veut agir sur la portion du corps qui obéit à son action, comment s’y prend-il ? Il met en jeu une force spéciale, la force nerveuse,
6 l’initiation qui, sepropageant à travers la moelle antérieure et les nerfs moteurs, avec une vitesse qu’on a pu calculer, vient agir sur la fibre du muscle strié. C’est ainsi qu’un télégraphiste placé à Londres imprime de là-bas à la force électrique transportée par un fil à Paris une série de modifications qui se répercutent exactement au poste récepteur de Paris.
Mais sans force nerveuse l’Esprit ne pourrait pas plus agir que le télégraphiste sans électricité, ou le cocher sans cheval. Cet intermêdiaire est donc indispensable dans un cas comme dans l’autre. Toutesles modifications que l’Esprit veut faire subir au corps physique, il peut les obtenir ; mais en faisant agir Y intermédiaire, qui exécute les ordres psychiques et adapte les idées à la matière.
Voilà la justification de la première fonction du plan astral. Et ses autres fonctions? Pour étudier ce domaine d’action particulier au corps astral, il faut bien nous rendre compte de ce fait, que l’esprit conscient a dans l’homme un champ d’influence parfaitement délimité. Aussi, pendant le sommeil, tout ce qui dépend de l’esprit repose.
Les membres sont en résolution, la face est immobile, les organes des sens sont presque tous fermés, ainsi que les orifices d’excrétion (i).
Mais, par contre, il y a dans l’homme quelque chose qui continue à diriger et à conserver la marche des (i) Dans un ouvrage sous presse: La science des Mages et ses applications théoriques et pratiques, nous nous sommes efforcé de donner tous les détails possibles sur cette question des domaines respectifs du corps astral et de l’esprit dans l’être humain.
LE PLAN ASTRAL 7 organes splanchniques. Ce quelque chose qui fait battre les artères, qui préside à la nutrition et à l’assi milation organique, c’est ce que nous appelons en occultisme le corps astral. Ce corps astral agit au moyen des deux fluides prin cipaux : i°Le fluide sanguin ; 20 Le fluide nerveux. Le fluide sanguin anime les organes, le fluide ner veux les meut, distribué partout par les filets du grand sympathique.
S’il faut réparer un point de l’organisme endom magé, ce n’est pas l’esprit conscient c’est le corps astral qui agira. Bien plus, la mémoire des formes de l’orga nisme qui doit présider à la mise en oeuvre des cellules constituant les tissus, non-seulement pendant la vie, mais encore à l’époque de la naissance, c’est toujours le corps astral qui possède cette mémoire, et qui agira ainsi que Paracelse l’avait déterminé dès le.xvie siècle.
Nous voyons donc dans l’homme que les fonctions du plan astral sont bien: i° D’être l’intermédiaire entre le corps physique et l’esprit conscient; 2° De conserver pendant [la phase vitale la forme des organes ; 3° De déterminer et de diriger l’évolution des cellules embryonnaires vers les formes organiques, à la naissance, c’est-à-dire de fabriquer le corps phy sique.
Intermédiaire, facteur, conservateur, telles sont bien les trois fonctions du plan astral. Quels sont les moyens employés ?
8 l’initiation Le plan physique dans l’homme est représenté par des organes matériels, le plan astral par des forces, le plan psychique par des idées. Or, rien dans la nature ne se présente sous la forme indépendante que nécessite une analyse, tout est enchevêtré, et ce n’est que pour éclaircir la question que nous considérons séparément et isolément des plans qui, en réalité, se pénétrent intimement l’un l’autre.
Ainsi c’est le corps qui fournit au plan astral les supports des forces qu’il mettra en action dans l’homme, et à l’Esprit le support des idées qui se ma nifestent dans cet être humain. C’est également le corps astral qui va fournir au Corps l’animation et le mouvement nécessaires à sa marche, et à l’Esprit la force nerveuse indispensable à son action.
Ce n’est donc que pour plus de clarté, qu’après avoir montré les domaines, se pénétrant sans cesse, de ces trois plans, nous allons pour un instant isoler le plan astral avec ses supports et ses forces du reste de l’individu. L’astral agit au moyen des fluides ou mieux des forces fluidiques. Ces forces sont supportées par des organes matériels, conduites et dirigées par des con ducteurs spéciaux.
Dans l’homme, la force nerveuse est surtout char gée de la direction et de la conservation des formes, la force vitale de la fabrication et de l’entretien des principes matériels. La force nerveuse organique émane d’un centre
LE PLAN ASTRAL 9 particulier, ganglion ou plexus sympathique, sui vant le cas ; et ce sont des organes ayant une forme bien déterminée (organes figurés), les cellules ner veuse ganglionnaires, qui président à la marche de cette force nerveuse organique. Or, posons dès maintenant cette loi : que tout élé ment figuré du microcosme sera représenté par un être figuré (ayant une forme spéciale) dans le macro cosme, et par un principe créateur spécial dans l’ar chétype. ESSAI DE REPRÉSENTATION SCHEMATIQUE DU PLAN ASTRAL DANS L’HOMME Nous allons maintenant essayer de faire une repré sentation schématique du plan astral chez l’homme. Le système des schémas nous permettra de laisser de côté la forme exacte de chacun des éléments cons tituants pour nous en tenir à la fonction et à l'idée qui, seules, nous intéressent pour l'instant.
JO l’initiation Túudi xmijuUn ^•¿¿¿^ (_A oxLu» -V vtinuj c.-ujcvn*.-|u£ /yJ aíúh luwuul qcvncjluniuu cÍcmu (i. I jUult • . K »nLnu. ofvlL. javCi. cü 4 on cxyjím £ Luuujti (utoWunW |UW íu -VaiataiMi l^Laí^ lj * uUivU nivvuvic am»cU-i*íi. . LE PLAN ASTRAL DANS L’HOMME {Schéma gravé par L. Delfosse},
LE PLAN ASTRAL i r Au centre de notre figure, nous placerons le gan glion sympathique qui préside au mouvement de tout ce qui l’entoure. Dans l’intérieur de ce ganglion de petites croix figurerontles cellules nerveuses ganglion naires, d’où émane le fluide nerveux organique. Mais comment représenter la propriété qu’a ce plan astral de perpétuer les formes organiques existantesou de les récréer si on les détruit ?
Pour cela, nous figurerons autour du ganglion par un pointillé la sphère d’action immédiate de ce gan glion, et nous indiquerons également en pointillé., à droite du ganglion, les formes astrales devant servir de plan de création pour les futurs organes, et, à gauche les formes astrales, simples reflets des formes orga niques déjà existantes, c’est là le plan de conservation de l’astral.
Passons aux courants fluidiques.—A gauche, dans la portion centrifuge, nous figurerons le courant san guin artériel, apportant la vie aux organes physiques. — Dans ce courant, de petites flèches indiqueront les globules sanguins, et des doubles croix les cel lules lymphatiques. A droite, dans la portion centripète, nous figure rons le courant sanguin veineux et le courant lympha tique avec leurs cellules caractéristiques.
Enfin , au milieu de la figure, nous figurerons par un courant électrique le fluide nerveux évolué à l’état de fluide conscient et venant du centre psychique de l’être humain, centre correspondant à l’Empyrée dans le Macrocosme. Ces cellules nerveuses qui se trouvent dans un
12 l’initiation ganglion sont fixées. Elles restent en place, et ce sont les fluides émis par elles qui sont en mouvement. Au contraire, les cellules chargées de répandre dans l’organisme la force vitale (les globules sanguins) sont en mouvement et circulent dans les mêmes ca naux et en même temps que le sang; à côté de ces cel lules, d’autres sont incolores et peuvent changer de forme très facilement : on les appelle leucocytes ou glo bules blancs. Résumons le plan astral dans l’homme : i° Des fluides. — Force nerveuse et force vitale; 2° Des êtres particuliers. A. — Cellules nerveuses ganglionnaires présidant à la direction du mouvement du plan tout entier et à la conservation des formes. B. — Cellules sanguines ou hématies, présidant à la réparation des pertes dynamiques, et au renouvelle ment des fluides. C. — Cellules lymphatiques ou leucocytes, véritables soldats du plan astral, chargés de défendre l’organisme contre les intrusions étrangères. 1° SCHÉMA DU PLAN ASTRAL DANS l’üNIVERS Cela étantbien compris, nous pouvons dire quelques mots du plan astral dans l’Univers. Nous reviendrons prochainement sur cette étude en abordant les détails que nous laisserons de côté pour cette fois. Dans le macroscome, de même que dans le micro cosme, le plan astral contient des êtres de constitution et de fonctions différentes.
LE PLAN ASTRAL - i3 LE PLAN ASTRAL DANS L’UNIVERS (Schéma gravé par L. Deljossé). P. F. A. — Plan de formation en Astral. P. C. A. — Plan de conservation en Astral.
14 l’initiation i° Des êtres directeurs chargés de la diffusion et de là régularisation du mouvement dans l’univers. Ces êtres ne sont autres que des hommes, d’une période antérieure, évolués à l’état de principes directeurs après avoir transversé des phases psychiques toutes particulières.
Quand nous disons des hommes, nous faisons erreur, nous devrions dire des synthèses androgoniques divinisées, chacun de ces êtres étant for mé par la fusion de deux Ames Sœurs. La Kabbale désigne ces êtres sur le nom à’Œlohim,. reflets en astral de lapuissance divine.
Ces êtres n’ap partiennent donc pas en propre au plan astral, de même que les cellules nerveuses ganglionnaires ne sont que des formes particulières des cellules nerveuses du système conscient. 2° A côté de ces êtres directeurs, nous trouvons les deux plans de reflexion si particuliers à l’astral. A gauche, le miroir du monde divin P. F.
A. (voir la figure) reflet des principes créateurs et origine des créations de l’avenir sur le plan physique. (C’est dans ce plan que les prophètes pénètrent pour y saisir les principes qui se réalisent plus tard en faits. ) A droite, le miroir du monde physique, plan de con servation des images astrales P. C. A. Ce plan jouera un rôle considérable dans les productions des phénomènesdits« spirites». Nous reviendrons sur tout cela.
3° Enfin dans les courants fluidiques formidables qui choquent leurs vagues dans le plan astral, nous trouvons d’autres êtres. Les « Esprits astraux, »ana logues aux globules sanguins, et les élémentals, soldats du monde astral, analogues aux leucocytes.
LE PLAN ASTRAL 15 Les « Esprits astraux » ne sont, au fond, que des élémentals ayant subi les premières phases d’évolution (comme les hématies ne sont en général que des leu cocytes transformés). Les courants fluidiques suivent deux directions: les courants créateurs ou involutifs à gauche (centrifuge) et les courants conservateurs facteurs du progrès relatif et évolutifs à droite (centripète).
4° Au milieu de la figure nous avons représenté l’influence du monde divin envoyant un courant fluidique à travers le plan astral et directement sur le plan physique. Le plan astral tel que nous le représentons dans notre figure est incomplet; on n’y voit pas l’action des fluides émanés de la volonté humaine, non plus que la réaction de ce plan sur les âmes qui s’incarnent par la Naissance ou se désincarnent par la Mort.
Ce sont là des questions de la plus haute impor tance, que nous traiterons prochainement. Pour l’ins tant, nous avons voulu donner une idée générale de ce qu’on peut entendre en occultisme par le plan astral et des propriétés de ce plan. Nous ne nous faisons aucune illusion sur la por tée de notre travail. Malgré tous nos efforts, il demeur^,ra fort obscur pour les personnes encore peu au .-ant de la Science occulte.
Mais nous pensons qu’il Ust temPs d’aborder dans impartie initiatique de la Reviie les P°‘nts les P^us techniques de l’occultisme. C’est ci2 flue nous nous Proposons de faire à partir de ce jour. Papus.
l’initiation ï8 Les physiologistes désignent le cerveau comme le siège de l’imagination, dans le sommeil et dans la veille, opinion corroborée par l’expérience ; ils remar quent aussi que des images perçues pendant la vie diurne persistent dans la vie nocturne, et se mêlent avec les songes.
Mais pendant le sommeil, beaucoup de faits oubliés émergent du sein de l’inconscient, parce que dans cet état, certaines circonvolutions du cerveau sont actives, — dont, à letat de veille, les fonctions étaient sinon imperceptibles du moins per dues dans le flot d’impressions psychophysiques, — en d’autres termes restaient inconscientes.
Le sommeil se produit par l’insensibilisation des nerfs moteurs et des circonvolutions extérieures où ceux-ci aboutissent; or, comme dans cet état, la conscience diurne s’atro phie, elle doit donc siéger dans ces mêmes circonvo lutions. Le rêve est un réveil intérieur pendant le sommeil. Les impressions rêvées, si elles ont leur source dans le cerveau, doivent l’avoir dans ses stra tifications les plus profondes.
Ce qui reste obscur, c’est la détermination des fonctions qu’accomplissent pendant le jour ces dernières.
D’autre part, si la pro fondeur croissante du sommeil atteint, par l’insensi bilisation, un nombre de plus en plus grand de couches cérébrales, il se pourrait que l’ensemble du système nerveux céphalique (nerfs sensitifs et cerveau) arrêtât ses fonctions; — et comme, malgré cela, la veille interne persiste, avec un degré particulier d’in tensité, semble-t-il, on se verrait obligé d’assigner un autre organe à la fonction du rêve. Or, dans l’état actuel de la science, les nerfs sont
LE PLAN ASTRAL i5 Les « Esprits astraux » ne sont, au fond, que des •élémentals ayant subi les premières phases d’évolution (comme les hématies ne sont en général que des leu cocytes transformés). Les courants fluidiques suivent deux directions: les courants créateurs ou involutifs à gauche (centrifuge) et les courants conservateurs facteurs du progrès relatif et évolutifs à droite (centripète).
4° Au milieu de la figure nous avons représenté l’influence du monde divin envoyant un courant fluidique à travers le plan astral et directement sur le plan physique. Le plan astral tel que nous le représentons dans notre ligure est incomplet: on n’y voit pas l’action des fluides émanés de la volonté humaine, non plus que la réaction de ce plan sur les âmes qui s’incarnent par la Naissance ou se désincarnent par la Mort.
Ce sont là des questions de la plus haute impor tance, que nous traiterons prochainement. Pour l’ins tant, nous avons voulu donner une idée générale de ce qu’on peut entendre en occultisme par plan astral et des propriétés de ce plan. Nous ne nous faisons aucune illusion sur la por tée de notre travail. Malgré tous nos efforts, il demeu ra fort obscur pour les personnes encore peu au ~ant de la Science occulte.
Mais nous pensons est temps d’aborder dans la partie initiatique de le les points les plus techniques de l’occultisme, e que nous nous proposons de faire à partir de Papus.
PARTE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE (PSYCHO-PHYSIOLOGIE) ■ Par le Dr C. du Prel Philosophie der Mystik, II, i.
Les recherches précédentes montrent assez claire ment que la méthode empirique d’investigations qui s’en tient exclusivement aux faits d’expériences ne peut nous conduire au but que nous cherchons à atteindre ; il nous faut pour cela le secours d,e la logique, qui, analysant les conditions du problème posé, indique point par point la marche de la solu tion à suivre.
Il est évident que l’expérience em ployée seule à la résolution des questions posée-' nous donnera des résultats erronés, tandis qu’a1 au raisonnement, elle nous amènera à la vérité. Le sceptique instruit, qui chaque matin se d’un rêve plus ou moins embrouillé, en concl plement que tous les rêves ne sont que men Vouloir lui ôter sa conviction pardespreuvLA VIE DU SOMMEIL 17 niables du contraire, serait une entreprise chimé rique.
La caractéristique du scepticisme est de n’ac corder quelque attention qu’aux faits qui en imposent par leur multiplicité, et de suspecter l’authenticité des phénomènes moins fréquents, en raison même de leur rareté. Pour emprunter une phrase de Jean-Paul, le sceptique ne croit pas à l’existence des aérolithes, étant donné le nombre bien plus considérable des pierres silicieuses.
Au récit d’un rêve remarquable, il n’opposera que les échappatoires du doute, de la défiance et les mots banals d’illusion ou de hasard. Cependant, s’il n’est pas dénué de toute logique, on peut le convaincre facilement que le raisonnement seul donnera une réponse précise à la question qui nous occupe.
Il faut pour cela se placer au point de vue du sceptique et le guider dans ses déductions à sa façon socratique; on l’amènera alors à faire cet aveu que le rêve a une importance bien plus grande qu’on ne le croit généralement, et que les visions confuses, dontle réveil ne nous laisse qu’un vague souvenir, sont l’image de visions nocturnes pleines d’enseignement.
Si l’on pose cette proposition : les rêves ne sont que des fantasmagories, on ne pourra en acquérir une preuve scientifique qu’après en avoir recherché le pourquoi, c’est-à-dire après avoir démontré que l’or gane du rêve est, de par sa nature, inapte à générer des visions sensées.
Mettre à nu les causes de nos rêves, prouver qu’elles ne peuvent donner que des fantômes incohérents, et surtout, qu’elles agissent seules sur le cours des rêves : voilà la marche à suivre pour cette démonstration.
l’initiation 18 Les physiologistes désignent le cerveau comme le siège de l’imagination, dans le sommeil et dans la veille, opinion corroborée par l’expérience ; ils remar quent aussi que des images perçues pendant la vie diurne persistent dans la vie nocturne, et se mêlent avec les songes.
Mais pendant le sommeil, beaucoup de faits oubliés émergent du sein de l’inconscient, parce que dans cet état, certaines circonvolutions du cerveau sont actives, — dont, à l’état de veille, les fonctions étaient sinon imperceptibles du moins per dues dans le ffot d’impressions psychophysiques, — en d’autres termes restaient inconscientes.
Le sommeil se produit par l’insensibilisation des nerfs moteurs et des circonvolutions extérieuresoù ceux-ci aboutissent; or, comme dans cet état, la conscience diurne s’atro phie, elle doit donc siéger dans ces mêmes circonvo lutions. Le rêve est un réveil intérieur pendant le sommeil. Les impressions rêvées, si elles ont leur source dans le cerveau, doivent l’avoir dans ses stra tifications les plus profondes.
Ce qui reste obscur, c’est la détermination des fonctions qu’accomplissent pendant le jour ces dernières.
D’autre part, si la pro fondeur croissante du sommeil atteint, par l’insensi bilisation, un nombre de plus en plus grand de couches cérébrales, il se pourrait que l’ensemble du système nerveux céphalique (nerfs sensitifs et cerveau) arrêtât ses fonctions; — et comme, malgré cela, la veille interne persiste, avec un degré particulier d’in tensité, semble-t-il, on se verrait obligé d’assigner un autre organe à la fonction du rêve. Or, dans l’état actuel de la science, les nerfs sont
LA VIE DU SOMMEIL 19. la condition sine qua non des impressions. Il ne reste alors que cette hypothèse : l’organe du rêve serait ce système des ganglions dont le centre est le plexus solaire, système si obscur encore pour la physiologie contemporaine, surtout quant à ses fonctions. En un mot, la physiologie ne peut déterminer si l'organe du rêve comporte ou non des visions sensées.
Ce point acquis, cherchons la source des impres sions reçues pendant le sommeil : le fait de rêver implique nécessairement l’aptitude à recevoir des impressions dans cet état. Mais le caractère d’étran geté de ces dernières, si différent de ce que la cons cience diurne nous révèle, peut nous porter à croire qu’elles viennent d’une région dont nous sommes isolés pendant la veille.
On peut déduire de ces deux remarques que les rameaux nerveux, qui sont l’assise de ces impressions, conservent leur rôle pendant le sommeil, tandis que se transforme la cause même des impressions. Ainsi les rêves émergent de l’incons cient, qui recouvre en partie (pendant le sommeil) la conscience ; en même temps, la conscience diurne s’évanouit. Cet Inconscient peut être intérieur ou extérieur par rapport à notre organisme.
Dans le premier cas, le médecin seul s’intéressera à l’étude de cette sensibi lité physique sur laquelle s’édifient les rêves. Dans le second cas, le sommeil donnera lieu à des rapports avec le monde extérieur, rapports tout différents de ceux établis par la médiation de la sensibilité diurne. C’est ainsi que l’on pourra attribuer à des rêves un sens très important.
20 l’initiation De tels rapports n’ont rien d’impossible, car nous ne savons pas jusqu’à quel degré le rêve atrophie la sensibilité. Il serait tout au moins hasardeux de con clure de ce qui précède que notre faculté de percep tion se restreint, dans le rêve, à l’organisme interne, et d’attribuer à une cause non encore déterminée, comme l’est précisément la source de nos perceptions pendant le sommeil, un champ d’activité conditionalisé.
La veille externe est en partie objective et en partie subjective, c’est-à-dire qu’elle comprend et les sensa tions physiques et les extrinsèques. On se demandera donc si la veille interne possède aussi ces deux carac téristiques, et si la transposition du siège de nos percepti'ons peut donner lieu à des rapports avec le monde extérieur ; si cela était, nous serions capables d’un mode de connaissance incompatible avec l’état de la veille.
Cette question se résout par l’affirmative. Depuis longtemps, la Physiologie a démontré que toutes les sensations qui parviennent à la conscience, pendant la veille, ont. passé par les sens physiques: tout en reconnaissant que cette conscience a des limites, et qu’elle ne perçoit pas la totalité des rapports établis entre la Natureet noi^s.
En effet, certains intervalles de son ne sont pas sensibles à notre oreille, certains rayons de lumière n’éclairent pas, et certaines substances lais sent indifférents notre goût et notre odorat. D’autre part, dans le sommeil, malgré l’annihilation de notre conscience sensorielle, nous continuons à vivre de la vie universelle ; le rapport physique qui nous relie au
LA VIE DU SOMMEIL 21 monde extrinsèque est annulé momentanément ; il n’en est rien quant à celui préexistant dans la veille, bien qu’il doive être alors imperceptible à la conscience. C’est précisément ce dernier quele sommeil nous ren drait tangible par le déplacement du siège de la sensi bilité. Et c’est de l’amplitude de ce déplacement que dépendra l’intensité négative de notre aperception sensorielle.
Si le sommeil annule simplement le rapport qui unit l’homme au monde extérieur, son influence sur cette autre relation bien plus générale qui nous cons titue partie intégrante de l’Univers est tout autre. Non seulement il la laisse subsister, mais encore l’élève jusqu’à la conscience, pendant ce, réveil intime qui a lieu au plus profond de l'assoupissement.
Donc, dans le cas des rêves rationnels survenus pendant le som meil, il est inutile, pour expliquer ce Dhénomène, de chercher d’autres relations que celles déjà existantes ; la production de ces rêves ne peut être mise en doute à la condition, toutefois, qu’ils surviennent à la suite d’un déplacement de l’organe récepteur des sensations.
D’après ce qui précède, le sommeil possède un aspect négatif (arrêt de la conscience physique) et un aspect positif qui consiste dans le développement de relations avec le Cosmos, non encore indiquées par la conscience sensorielle. Le rêve n’est en aucune façon un reste de la conscience diurne, mais bien une seconde conscience, différenciée qualitativement de la première.
Comme la philosophie doit élucider la nature de l’homme, celle du monde, et celle des rap ports intermédiaires, notre psychologie moderne s’en
22 l’initiation gage dans une fausse voie en traitant du sommeil et du rêve par manière de supplément.
Le sommeil et le rêve fournissent l’un et l’autre des renseignements importants pour la solution du problème humain; ils se complètent réciproquement ; et on n’aura pas une idée exacte de l’homme si l’on n’étudie pas les deux séries de relativités qui l’unissent au reste de la créa tion; d’autant plus que leur mouvement n’est pas al ternatif, mais bien simultané, avec des degrés d’in tensité différents pour chacune.
Les rapports fournis pendant le sommeil ne disparaissent pas pour tou jours, ils sont seulement annihilés par l’intensité avec laquelle s’affirment les relations diurnes que pro voque le réveil. On ne peut s’occuper des côtés positifs de la vie du sommeil qu’autant qu’elle se différencie de la vie diurne par la nature des perceptions qui la cons tituent ; or ces perceptions se caractérisent par leur essence et parleur forme.
On aura donc à rechercher les variations de ces deux facteurs pendant le sommeil. Chaque déplacement du siège sensitif possibilise la formation de nouvelles notions. On est alors con duit à se demander s’il y a des forces naturelles dont l’action est perçue dans le sommeil, et ne l’est pas dans la veille? Les considérations suivantes per mettent d’y répondre par l’affirmative.
Les influences plus fortes effacent la trace laissée par les moins fortes sur la conscience ; la substance de celle-ci est donc comme façonnée par les agents puissants, tandis que l’action des faibles n’a lieu qu’en dehors de cette conscience.
LA VIE DU SOMMEIL 23 Si donc les excitants sensoriels les plus actifs sont opprimés par le sommeil, les plus délicats viendront se manifester à leur place. Les faits suivants sont une preuve de cette alternance d’action. Wienholt tenta sur ses enfants, jouissant d’une excellente santé, des essais qui prouvent l’existence de forces dont l’action sensorielle n’aurait jamais pu être constatée pendant la veille.
Voici quelques-unes de ses expériences. Il promenait une clef en fer le long du visage d’un de ses fils, âgé de quinze ans, et cela pendant son sommeil. Après quelques passes, celui-ci commençait à donner des signes d’inquiétude et à se frotter le visage.
Il répéta ces tentatives sur ses plus jeunes enfants, avec des lames de plomb, de zinc, d’or et d’autres métaux, et obtint d’eux des signes non équivoques d’excita tion ; les résultats les plus remarquables furent pro duits par des passes faites au niveau de l’oreille (i). On voit donc que le sommeil développe une acti vité de perception toute particulière ; or les impres sions forment la matière de nos rêves.
Les rêves que les enfants de Wienholt faisaient, devaient avoir quelque rapport avec les expériences dont ils avaient été l’objet; on pourrait donc considérer ces rêves comme rationnels; cette sensibilité télépathique cons tituant alors une sorte de double-vue symbolique.
Supposons que Wienholt ait amené ses substances à une distance donnée des parties impressionnables du corps, le sujet aurait pressenti le contact, si l’on s’était (i) Dr Arnold Wienholt, Heilkraft des tierischen Magne tismus, III, 1, 234; Lemgo, 1805.
l’initiation 24: arrangé de manière à ce que les mouvements de ces parties dépendent d'une loi de la Nature et non de la volonté de l’expérimentateur. Dès l’origine de cette sensation télépathique, les enfants auraient été ce que l’on appelle des voyants.
Comme on le voit, le sommeil n’apporte pas seu lement avec lui de nouveaux éléments de connais sance ; mais encore un changement dans les formes de toute notion : le Temps et l’Espace; ces deux modes d’amélioration se pénétrant l’un l’autre dès leur origine.
On peut enfin faire la remarque suivante sur les bornes encore indéterminées de notre puissance per ceptive pendant le sommeil : C’est un fait d’expériences que nous ne nous rap pelons qu’une partie de nos rêves : ceux qui précèdent immédiatement le réveil ; ceux du sommeil profond sont entièrement perdus pour nous.
Or c’est juste ment pendant ces derniers que la faculté de rêver arrive à son apogée, puisque le déplacement du siège de la sensibilité reste parallèle à la profondeur du sommeil. Pour cette raison, les rêves que nous pou vons nous rappeler sont dépourvus de sens, puisque, suivant immédiatement l’assoupissement ou précé dant le réveil, ils se produisent pour les plus petits déplacements de ce siège.
Quand nous serons en pos session- d’une psychologie expérimentale, et si nous parvenons à distinguer les rêves profonds avec ceux basés sur les réminiscences de la veille, nous leur accorderons alors une importance qu’ils sont loin d’avoir actuellement, que nos connaissances positives
LA VIE DU SOMMEIL 25 à leur égard se bornent à quelques faits si rares, que les sceptiques croient pouvoir les négliger. De toutes façons, on ne doit pas se contenter d’es pérances vagues en l’avenir. La logique exige que l’on fournisse la preuve de ses affirmations — affirmanti incumbitprobatio. — Les sceptiques pourront donc reconnaître dès maintenant la possibilité de rêves rationnels, quoique rares.
Ainsi nous voilà revenus au point que j’avais voulu développer par toutes les considérations précédentes : la relation aride de quelques faits exceptionnels.
Mais comme sur un terrain aussi contesté, l’adversaire fournit à chaque pas des objections interminables, il serait bon d’ap puyer la vraisemblance des récits que nous avons pu enregistrer, par quelques arguments desquels se dégagera à priori la certitude métaphysique, indépen dante de l’expérience.
Nous connaissons maintenant le côté positif du sommeil, et la différence de ses capacités avec celle de la veille : nous pouvons croire que nous possédons pendant le rêve une clairvoyance propre à cet état.
D’autre part, comme nous oublions la plupart de nos rêves, tandis que le souvenir des impressions perçues pendant l’éveil des sens persiste plusieurs heures, on ne peut expliquer physiologiquement ces différences que par la mise en jeu, pendant ces deux états, d’organes différents, en admettant que le rêve profond repose sur l’activité de circonvolutions céré brales autres que la veille, peut-être même sur un centre nerveux distinct. Car si nous concluons de l'analogie d’un mode de conscience à l’analogie de
2Ô l’initiation l’organe intermédiaire, il faut admettre la même relation pour la dissemblance. Comme le rêve pro fond ne laisse pas de traces dans la mémoire, parce qu’il n’a pas d’organe commun avec la conscience diurne, la persistance du souvenir des rêves qui pré cèdent le réveil s’explique par l’unification partielle des organes déterminatifs.
Donc rien ne s’oppose à l’existence de rêves rationnels, puisqu’ils ne peuvent avoir lieu qu’à la suite de mouvements internes, sur la nature desquels nous ne savons rien de précis. Mais pour faire devenir une vérité cette simple conception, il y a deux recherches à faire. a.
Les rêves dont nous nous rappelons (ce sont ceux du sommeil léger) sont insignifiants; ce caractère d’incohérence est lié évidemment au souvenir qui nous en est resté ; quant au rapport de ces deux dernières déterminantes, aucune donnée ne nous permet d’en préciser la nature ; cependant, rien ne s’oppose à ce que nous leur assignions une cause commune, que nous devons chercher à découvrir.
Si les images produites pendant le sommeil léger se conservent à la mémoire au moyen d’un organe commun à la veille, si elles sont perçues dans le temps que cet organe se délivre de son engourdisse ment et recommence à fonctionner, — il faut recon naître qu’elles sont le résultat de l’activité mixte de deux organes.
C’est ainsi que l’on expliquera l’incohé rence de ces sortes de rêves par le mélange des impres sions reçues pendant le scmmeil et des souvenirs, sensoriels de la veille. La même remarque s'applique aux rêves qui précèdent l’assoupissement, alors que
LA VIE DU SOMMEIL 27 l’organe de la veille n’est pas complètement entré en repos. D'après ce qui précède, les absurdités des rêves dont nous venons de parler ne sont donc pas impu tables à l’organe propre du rêve, mais au système impressif qui fonctionne pendant la veille.
Les songes confus appartiennent à un état intermédiaire entre le sommeil et la veille; l'organe du rêve ne peut donc déployer toute son activité que dans le sommeil pro fond, alors que l’action des causes externes a cessé, et que les fragments d’impressions sensorielles, et les réminiscences des sensations de la veille sont livrés à l’action vivificatrice de l’organe interne.
Il ne faut pas croire d’ailleurs à une activité régu lière de ce dernier ; c’est pourquoi la nécessité de recherches sur les rêves confus s’impose tout d’abord; quand les causes de cette confusion seront mises au jour, nous saurons si l’organe du rêve en est véritablement responsable. b.
En même temps, on apercevra, dans leur en semble, les hautes fonctions que l’organe du rêve est appelé à remplir, indépendamment de toute causa lité extrinsèque.
Les rêves du sommeil profond ne se présentent qu’à l’état d’exception ; mais ils sont d’une constatation plus précise que ceux du sommeil léger ; ceux-ci ne parviennent à la connaissance que par des souvenirs plus ou moins embrouillés, tandis que ceux-là se déroulent presque en entier devant un tiers observateur, de telle sorte que l’on en voit l’acti vité se développer normalement avec la profondeur du sommeil......
l’initiation Le sommeil profond se montre dans le somnam bulisme, soit lié avec des idées suivies, soit agissant d’après le cours de ces idées. Pour voirtomber la der nière objection contre la possibilité de rêves réguliers et rationnels, on n’a donc plus besoin que de prouver la parenté intime du somnambulisme et du sommeil; c’est ce qui fera l’objet d’une deuxième étude (i). (Traduit par Yvon Le Loup).
Carl du Prel. (PHILOSOPHIE SWEDENBORGIENNE) Jadis, dans la pénombre créatrice, s’agitèrent les formes élémentaires de la vie. L’homme aussi surgit de l’invisible. Un aura d’énergie concentrée jette un appel éner gique d’amour dans les essences des aura élémen taires, les suggestionne de sa vie, de sa forme imbibibée. Fleur de vie, l’être s’épanouit. Il n’en sait davan tage. Car l’ombre épaissie s’est répandue sur ses racines.
Poussé, attiré, impulsé, aspiré tout à la fois, car il (i) Le Dr C. du Prel termine ce chapitre par la constatation de l’erreur de langage qui, en allemand, désigne le même phénomène sous les noms de « somnambulismus » et de « schlafwandeln » [schlaf, sommeil, wandeln, voyager), syno nymie qui n’existe pas en français. Ceci à titre dê simple ren seignement (N. du Trad.)
PSYCHIES 2g appartient déjà aux désirs par l’écho et à l’attractive soutirance des aînés. Il vient se draper, à son tour, dans l’ombre maté rialisante. Cette dernière a en propre d’alanguir la lumière, elle en suce avidemment les rayons par ses mille pseudopodes, et dans la nuit s’en repaît?
C’est ainsi que l’équilibre instable s’établit : amour et égoïsme, liberté, esclavage, Psyché subit ainsi les attraits de l’ombre inconnue, par attirance et comme par curiosité. L’amour; elle, y aspirait par effluves et ondées, , puisqu’elle désirait la vie? Se sentir Etre ! Aussitôt l’ombre maléficiante de l’illusion l’aspira-t-elle, et elle descendit en elle trop confiante. Son holocauste est accompli, et son calvaire a commencé.
Jadis, répercussion de l’infini, désormais fermé pour elle. Mais il lui reste dans les moelles de nébu leux désirs ascentionnels. Les plis de son voile sont plus ou moins justau corps. Psyché hérite de deux formes imprégnées^, réunies en une. Ce sont les legs des ancêtres, de la famille, de la race, de l’espèce mêlés qui tissent sa gaine. Le sexe matriculé enveloppant l’autre comme effacé.
Cette pénétration intime, hermaphrodite diffusée, fondue dans des entrailles communes, peut cependant surnager, quand les grands courants de l’un ont passé. Ainsi qu’un caméléon qui changerait de peau de
3o l’initiation vingt ou quarante ans, on dit tiens : « Il n’est plus le même? » Non certes, ce n’est plus lui. Mais l’autre. Et lui-même s’en rends compte. C’est la moitié de l’héritage qui, à son tour surnage. Le premier à sexe matriculé s’est effacé et est à son tour derrière le rideau tiré. Alors les tendances, les aïeux de la lignée parallèle peuvent se manifester. De là nos comiques étonnements en face de ces substitutions.
Dans le profond sous-sol du monde est un labo ratoire où les ancêtres travaillent et martèlent l'avenir. C’est pourquoi, à l’aurore des grands jours, à la lueur boréale des halos humanitaires, le passé se refait présent et homme. C’est une consécration due par les descendants aux aînés.
C’est en cela encore que répercussion est irradia tion d’ondes qui dessinent leurs orbes jusqu’aux confins que leur nature comporte. — Et dans I’aura planétaire gironnent les astralités. A nous, enfants de la pensée, de savoir ressusciter les épopées antiques en en provoquant les puissances et les forces. A nous de savoir susciter de profonds remous, de puissants tourbillons, dans les âges géants de l’huma nité posthume.
Et les Ancêtres, les Grands, les Dieux réapparaîtront. De là, la seule réincarnation du fait. Des siècles de barbarie ont passé et brisé les mailles
PSYCHIES 31 de l’humanité. On cherche en vain dans cette sombre nuit des tueries stupides une raison, une orientation quelconque. Rien ne répond que le culte de la terreur et de la superstition. L’homme qui a le bonheur — ou le malheur — d’avoir atteint l’âge de raison de son espèce tremble encore de sentir autour de lui l’écho repercussif et suggestif qui devrait être pour toujours effacé.
Comme jadis les monstres des époques géologiques, géants démesurés, aux féroces appétits insatiables semblaient un décalque des affinités brutales minérales aux gigan tesques sculptures. De même, à son tour, une ère d’hu manité a semblé en reproduire, et traduire aussi à sa façon répercussive les épouvantements ; tristes reflets des affolements d’amours brutaux des élémen taires de la vie planétaire.
Mais enfin tout se dilue, tout se décante dans I’Aura planétaire, tout enfin s’essentialise dans la Géhemme, après quoi, le long silence des remous se produit. Les Aïeux ont fini leur tâche, et désertent l’atelier. L’homme, malgré tout l’égoïsme dont il est capable, est bien forcé de par l’intelligence de reconnaître que le bonheur partiel individuel, dégagé de l’ensemble, est un leurre.
S’isoler à jamais des échos du grand drame, ne plus jamais penser aux Psychés qui gravissent à leur tour la montée du Calvaire ? Pas d’isolement ; tous liés et solidaires de la vie d’ici et d’ailleurs. Tous acteurs de l’épopée Cyclique l
32 l’initiation Il faut pour qu’elle soit fermée, que tous les martyri sés, les sacrifiés soient sanctifiés, et alors le cycle des souleurs sera à jamais clos sur notre humanité. Autrement un sommeil mortifère étendu sur le monde moral, sur l’amour fraternel ? Ce serait faire faillite à notre propre nature? Ce serait la découron ner du sceau divin immaculé.
Soit : que cet état-ci ne soit qu’un jeu, qu’une réelle illusion — réelle pour un temps. — Il n’empêche que ceux qui ont joué ferme et sincère leur rôle, qui ont cru simplement à l’amour universel, — ce qui est tout bonnement admirable et Divin, — qui, victimes convaincues, se sont offertes en holocaustes encore aussi simplement que naturellement. — Grandes psychies héroïques des dévouements sublimes !
Et quoi vous seriez les dupes de vous mêmes ! En vérité ce serait briser les plus beaux fleurons de l’humanité aux fronts noués. Que resterait-il alors ? Des acteurs; froides statues sans cœur ? Tout ce qui ne cadre pas avec l’amour fraternel mérite d’être hué comme sophisme ou erreur. — C’est l’infaillible pierre de touche que nous a laissé dans l’ombre troublante : I’Ame du monde.
Les anciens sages, les anciens élus de l’initiation supérieure, de la croyance suprême, véritable apo théose de l’humanité entrant de plein pied dans le Divin. Croit-on que ces géants de l’intuition et de la
PSYCHIES pensée n’ont pas entrevu comme dans un éclair toutes les questions suprêmes ? Ils ont vu, ccsGrands impré gnés de l’ambiance intuitive qu’exhalent les choses, ils ont vu les tentatives futures tenter désespérément ■de remplacer le divin — le soleil par son écran. A ces hauteurs où ils ont plané, ces aigles du passé, — tout est au présent — ils furent dieux un moment.
Ils perçurent les visions suprêmes, ils lurent la raison des choses, — et les pensées — mères — soleils — soleils et satellites, oeuvres premières et élémentaires. Chacun renfermant sa norme d’être, afin que justice soit de toute éternité. Ils virent encore dans les fulgurants éclairs la desas cension des pensées élémentaires appelées à créer les ombres et les embellies menteuses de la Maya trom peuse.
Déchues de leur antique splendeur, découronnées par l’ombre d’elles-mêmes, désespérées, impuissantes, elles clamèrent vers les cieux! Rendez-nous nos cam pagnes ! nos soleils ! Emues, secouées par leurs plaintes, les Psychies du Divin, les réflecteurs de sa puissance, à cet appel dé sespéré, descendirent comme affolées, avides d’amour, étreindre leurs satellites pour les réchauffer comme la mère étreint l’enfant.
Mais alors les formes de l’om bre les étreignirent, les enveloppèrent, et, s’emparant de leurs rayons, les réfrigérèrent. Mais en échange elles leurs donnèrent: leurs désirs assoiffés, leurs ardeurs brûlantes et leurs affinités cruelles. L’âme payait ainsi sa dette de splendeur — afin que tout soit justice de toute éternité, même dans cechaos passager. 2
l’initiation 34 Jadis, par ignorance et suffisance, j’ai ri, moi aussi, du Fiat lux de la vie. —Mais j’ai de l’ombre maté rielle épuisé les stades aux désespérantes souleurs, et les impuissantes solutions des grands problèmes. Mais dans mes sombres douleurs j’ai respecté chez les. autres leurs naïves ou profondes sécurités.
J'ai pu en fin reconnaître que nos ancêtres, nos aînés, les Grands, les Dieux avaient plus que leur part de raison dans l’explication du monde. Nous, Pygmées ratatinés, fourmis aux antennes affinées, des scories qui en palpons si étroitement les miscrocopiques aspérités. Englués de matérialités grossières, les répercussions de la Vie générale n’affectent plus nos antennes. Notre siècle de fer et d’industrialisme tue.
Reste-t-il seulement de loin en loin quelques héroïsmes delà chair, échos répercutant à fauxlesgrandes épopées. A l’inverse, eux, les Grands, lasentivité lumineuse s’enlevait dans l’Épopée Divine, où se murmurent les raisons des choses, où se fulgurent les visions surhumaines. Tant qu’ils ont plané comme les aigles au-dessus des hauts horizons, dans les grandes aires, auxquellesils proportionnaient leurs coups d’ailes, ils n’ont pu errer.
Le cercle était trop grand et les circonvolutions polygones trop étroites pour devi’er de la courbe géniale. Mais quand, comme jadis les Psychies par fraternel amour tentèrent pour les faibles, en Titans, de tra duire les visions surhumaines, l’ombre en assombris sait à mesures les lignes. Ainsi que la Pudique Isis qui s’enveloppe plus étroitement d’un épais voile pour
PSYCHIES 35 échapper au regards indiscrets. Ou encore le côté humain d’eux mêmes exigea-t-il à son tour le partage des visions fulgurantes des Sinaï? Alors la lyre divine s’échappa brisée de leurs mains. Et ils essayèrent d’en tirer des sons tronqués, hélas ! et incomplets. De là les erreurs de détails, à côté des plus sublimes vérités de l’ensemble ! C’est le détail qui nous reste à compléter pour que le tableau soit achevé.
Tout nous crie de ces hauteurs escarpées, qu’eux, les Grands ont pu escalader, que nous sommes fils des ClEUX et ENFANTS DES DIEUX. Impuissante poésie, fictions mystiques, enthou siasmes ridicules, sourient les Pontifes de l’ombre maléficiante. Vous avez beau tenter, il vient le jour, il luit, où les ancêtres, les Grands seront vengés ! Vous dans l’ordre des représentatifs astralisés dans les correspondances figurées.
Vos formes seront celles ■de pustules et de microbes psychiques. Afin que Psyché soit vengée, car vous n’avez même pas su res pecter son innocente pureté ! Labor. (E.S.W.) (i).
La Société de Psychologie Scientifique • de Mtnich Les lecteurs de Y Initiation (i) savent déjà que la Société allemande de psychologie scientifique vient (1) Numéros de février et de mars 1892. (2) U Initiation ouvre ses colonnes, à dater de ce jour, aux rédacteurs si justement estimés de la Revue trimestrielle des Etudiants Sivedenborgiens libres, qui vient de cesser sa publi cation. N. D. L. R.
36 l’initiation d’entrer en relations avec nous. Cette société, l’une des plus sérieuses d’entre celles qui s’occupent, au-delà duRhin, de cesquestions, a pris, si mes souvenirs sont exacts, son origine dans la Société for psychical Re search. Elle s’intitulait primitivement Société de Psy chologie expérimentale, et n’a pris son titre actuel qu’à l’assemblée générale du 16 décembre 1889.
Elle est composée de membres extraordinaires et de membres réguliers ; au bureau siègent un bibliothécaire, un secrétaire-trésorier, un vice-président, un président, et enfin un président d’honneur qui est le Dr Cari du Prel, depuis le 18 novembre 1890. Les séances ont lieu dans le local de la Société tous les vendredis soirs ; elles sont remplies par les com munications des membres.
Voici celles que j’ai rele vées dans le compte rendu des travaux pour l’année 1890: Cari du Prel a donné des conférences sur le spiritisme et sa phénoménologie (1), sur la transmis sion de pensée, sur les pressentiments, sur la clair voyance (2), sur la somnambule de Heilbron, etc.; M. L.
Deinhard a exposé des recherches de Max Dessoir, puis des travaux originaux sur le magné tisme et la psychométrie ; le docteur Gerster à établi les caractéristiques du mesmérisme et de l’hypno tisme; M. Sigmund Riihrer s’est occupé de la posses sion, de l’attaque démoniaque de Charcot, et de sa représentation dans les arts plastiques ; les autres (1) Paru dans leSphinx (juin 1890) ; puis tiré à part à mille exemplaires, aux frais de la Société, comme brochure de pro pagande. (2) Publié dans les Psychische Studien (¡890).
SOCIÉTÉ DE PSYCHOLOGIE SCIENTIFIQUE 37 séances ont été consacrées par les docteurs Ullrich, Pauly, Heberle et Schmidkunz à des sujets non moins intéressants. La Société n’a pas laissé passer le i66'ne anniversaire de la naissance de F.-A. Mesmer sans envoyer à Dresde un télégramme de félicitations ; enfin, la fin de l’année fut consacrée à des recherches expérimentales faites avec le concours du médium américain Miss Fay.
Comme renseignements complémentaires, voici les titres des principaux articles publiés pendant cette session par les membres de la société : Carl du Prel : La folie au point de vue mystique (Psychische Stud. 1889). — Cinq études sur les sciences secrètes (Leipzig, 1890-1891). — La vie intellectuelle chez l’artiste [Sphinx, 1889).
Dr Carl Gerster : L’hypnotisme comme procédé thérapeutique (Vienne, 1889). — Les dangers de l’hypnotisme selon la méthode de Charcot [Sphinx, 1889). Dr A. Pauly : Sur l’atavisme [Akademische Monat shefte, 1890). Dr Ai Ullrich: Les Aissawyas de l’Exposition Uni verselle de Paris [Allgemeine Zei tung, 1890).
Louis Deinhard : Amerikanischer Spiritualismus (1), _________ [Sphinx, août 1890). (1) C’est un exposé, d’après Henry Lacroix, le correspondant parisien de Banner of Light, du mouvement spirite à Boston,
38 l’initiation Chevalier de Feldegg : La sensibilité comme base du système du monde (Vienne, 1890). Malgré tous ces efforts, il ne faut pas se le dissimu ler, le néo-spiritualisme a encore de grands progrès à faire en Allemagne ; les théories matérialistes y sont restées vivaces, et beaucoup d’esprits distingués, appartenant aux corps officiels, admettent difficile ment les phénomènes de l’hypnose et surtout du spi ritisme.
Souvent, il faut le dire, les médecins et les professeurs diplômés se méprennent complètement sur les intentions des auteurs spiritualistes et sur la portée de leurs œuvres. C’est ce qui est arrivé l’année dernière à propos de la brochure de Cari du Prel intitulée : La folie au point de vue mystique.
« Au cours de mes lectures, nous dit le célèbre moniste (1), je me convainquis peu à peu de la production de phénomènes mystiques chez les malades de l’esprit. Je rassemblai des matériaux, et j’écrivis la brochure : «Mystik imlrrsinn»... Je n’y ai pas prétendu que tous les fous sont des somnambules ou des médiums ; loin de là: parmi eux, comme parmi les gens sains, les phénomènes mystiques ne se présentent qu’à l’état d’exception.
Mais comme je ne suis pas psychiatriste, j’ai dû invoquer les expériences de ces médecins et combler les lacunes de mon savoir avec celui des son centre principal ; il décrit le temple spiritualiste de cette ville, le culte qu’on y célèbre et le fonctionnement du Banner of Light. Par ordre d’importance, après ce journal viennent le Golden Gate de San Francisco, et le Religio Philosophical Journal de Chicago. (1) Zur Mystik im Irrsinn.
SOCIÉTÉ DE PSYCHOLOGIE SCIENTIFIQUE 3 9 autres... C’est sur quoi le Dr Gustav Specht, médecin de l’établissement d’aliénés d’Erlangen, s’est complè tement mépris. A ma brochure il répondit tout un livre (1) qui peut se résumer par ceci : « Je ne com prends rien en Psychiatrie. » — Il était bien inutile de me dire cela, ajoute du Prel, car je n’ai jamais pré tendu être psychiatriste.
Le D’’ Specht reprochait encore au Dr du Prel de n’avoir pris sa base de phénomènes que dans les écrits des médecins anciens; mais, en Allemagne, comme en France d’ailleurs, l’esprit de système était beaucoup moins développé il y a quarante ans qu’aujourd’hui ; dans lapremière moitié dusiècle,Berlin avaitsaclinique magnétique, dirigée par un élève de Mesmer, le pro fesseur Wolfart ; plus tard le Dr Kean introduisait aussi le magnétisme dans la thérapeutique de l’aliéna tion mentale, et il obtenait 63 cas de guérison sur 73 malades.
Enfin, pour qui a lu leurs œuvres, le physiologiste Burdach, le D1' Schindler, le Dr Haddock ont pratiqué, avec autant de compréhension que les modernes, les méthodes de la science expérimentale, sans les stériliser par un scepticisme peu sincère ou mal compris. (1) D' G. Specht : Die Mystik im Irrsinn. Réponse au Baron Docteur Carl du Prel. Wiesbaden, J.-F. Bergmann. 1891.
D’ailleurs, les méthodes nouvelles de la médecine moderne lui réussissent en général peu : témoin les récentes découvertes de Koch et Liebreich, autour desquelles on a fait tant de bruit, et donc le succès—■ si succès il y avait eu — devait être reporté à Paral’initiation 40 celse, à Robert Fludd, et à Pline F Ancien, tous gens ■— risum teneatis — qui croyaient à la mystique.
« Le mot de passe de la philosophie monistique, dit encore du Prel. est : sujet transcendental ; il se trouve, si je puis m’exprimer ainsi, sur le prolongement de la philosophie actuelle, et s’affirme empiriquement par les phénomènes du magnétisme et par ceux du spiri tisme. » Ce sont ces deux ordres de faits que les mé decins négligent trop souvent d’étudier, et ce sont les savants dont la culture laisse le plus à désirer sous ce rapport qui se montrent les adversaires les plus intraitables du monisme.
Mais je me suis un peu éloigné de la Société de Psychologie scientifique; je n’ai voulu qu’indiquer par un fait l’état des choses en Allemagne ; cette patrie du mysticisme philoso phique. Cette digression aura du moins pu servir à renseigner quelques lecteurs, et elle m’aura procuré la satisfaction de faire mieux apprécier le courage, le dévouement et la science de nos collaborateurs de Munich.
SÉDIR. (SPIRITISME) [Suite.) On peut presque dire que. dans la vie d’un animal, à part les phénomènes de la vie psychique supé-‘ rieure, à part les phénomènes automatiques normaux
LE PERISPRIT 41 du cœur et de la respiration, tout est action réflexe. On comprend donc l’impérieuse nécessité d’un orga nisme fluidique invariable qui maintienne l’ordre et la régularité dans ce mécanisme compliqué. On peut comparer le corps à une nation, et le mécanisme phy siologique aux lois qui régissent le peuple.
Les per sonnalités changent constamment, les unes meurent, mais les autres naissent, les lois subsistent toujours, bien qu’elles puissent être perfectionnéesà mesure que le peuple devient plus intelligent et plus moral. l’instinct L’instinct est la forme la plus inférieure sous la quelle l’âme se manifeste.
Nous avons vu que l’animal a une tendance à réagir contre le milieu extérieur, et que la sensation détermine en lui des émotions de plaisir ou de peine ; lorsqu’il cherche les unes et fuit les autres, il accomplit des actes instinctifs qui se tra duisent par des actions réflexes, dont il peut avoir conscience sans pouvoir souvent les empêcher, mais qui sont admirablement adaptées à son existence (2).
Ainsi un lièvre s’enfuit au moindre bruit qui se pro duit, son mouvement de fuite est involontaire, incons cient, en partie réflexe, en partie instinctif, mais ce mouvement est adapté à la vie de l’animal ; il a pour but sa conservation. Il n’a pas le choix, il s’en fuit fatalement, parce que ses ancêtres depuis des mil (2) A propos de l’instinct, consulter Darwin, Origine des Espèces, chapitre vu.
Romanes, V Evolution mentale ehestes animaux. E. Ferrière, la Vie et l’Ame\ Ch. Richet, Psychologie générale, chapitre vi.
l’initiation 42 lions de générations en ont fait autant, et que ce n’est que dans la rapidité de sa fuite qu’il peut trouver son salut. Si l’on examinait ainsi tous les mouvements réflexes d’ensemble, les allures, les attitudes des animaux, on leur trouverait toujours les deux caractères de l’action réflexe simple : la fatalité et la finalité.
Le milieu extérieur où vit chaque animal excite, par son action sur les appareils sensoriaux,une double série d’effets, d’abord une suite d’actions corporelles réflexes, puis une classe de manifestations mentales correspondantes. Nous avons vu que les actions men tales sont vagues, primitives et étroitement limitées à l’organisme et au milieu.
D’autre part, chaque famille d’animaux ayant une structure qui lui est spéciale et presque identique pour chacun des individus du même groupe, cette structure propre exige des conditions d’existence phy sique déterminées et les mêmes pour tous. Il suit de là que les actions et les réactions sont toujours à peu près les mêmes pour une même espèce, et par consé quent provoquent les mêmes obscures opérations in tellectuelles.
Ces opérations sans cesse répétées s’incrustent en quelque sorte dans le périsprit, qui pétrit pour ainsi dire l’appareil cérébro-spinal ou les ganglions qui en sont l’équivalent chez les êtres inférieurs ; elles arrivent ainsi à faire partie de l’animal. L’aptitude à traduire au dehors ces opérations, qui finissent par être inconscientes, se transmet hérédi tairement. Telle est la genèse des instincts naturels
LE PÉRISPRIT 43 primitifs. C’est dans cette catégorie qu’on range les instincts qui ont pour objet : la nutrition, la conser vation, la génération. A l’état rudimentaire des instincts naturels primitifs succède, avec le temps et l'expérience, une notion plus claire du rapport de l’organisme et du milieu dans lequel vit cet organisme.
L’intelligence finit par avoir une certaine intuition du but que, sous l’aiguillon des excitations externes et internes, le principe spirituel poursuit incessam ment.
L’intelligence, qui s’est dégagée un peu du gros sier milieu périsprital, intervient donc pour que l’or ganisme fasse, au profit des instincts naturels, une meilleure appropriation des conditions ambiantes : Les instincts naturels sont donc plus ou moins mo difiés et perfectionnés par l’intelligence (1).
Si les causes qui ont amené ces modifications sont persistantes, nous avons vu qu’elles deviennent incon scientes et se fixent dans l’enveloppe fluidique, elles sont alors vraiment instinctives. « Peu à peu, cependant, dit Edmond Perrier(2), la conscience devient plus étendue (selon le degré de perfectionnement du cerveau), les idées plus claires, les rapports compris plus nombreux; l’intelligence se distingue nettement.
Elle se'mélange d’abord, à tous les degrés, à l’instinct ; enfin arrive le moment où elle masque à peu près les instincts innés, où ce qu’ils ont de fixe semble disparaître sous le flot changeant de ii) Ferrière, la Vie et l’Ame, p. 344-345. (2) Ed. Perrier, Préface, p. xxvi, au livre de Romanes, YIntelligence des animaux.
l’initiation 44 ses innovations.
Ce qui se transmet par l’hérédité, ce n’est plus l’aptitude à concevoir presque inconsciem ment tel ou tel rapport, c’est l’aptitude à chercher et à découvrir des rapports nouveaux, jusqu’à ce qu’enfin se montre le merveilleux épanouissement de la raison humaine. » Comme ce progrès graduel qai a demandé des mil lions d’années se conçoit avec évidence quand on admet le passage de l’âme à travers la filière animale, comme on comprend bien l’existence des instincts dans l’homme et leur indéracinable ténacité !
C’est qu’ils sont en quelque sorte les fondements de la vie intellectuelle; ce sont les plus vieux et les plus durables mouvements périspritaux que les innombrables in carnations ont fixés irrésistiblement dans notre enve loppe fluidique, et si le progrès véritable consiste dans la domination de ces instincts brutaux, on comprend que la lutte est longue et terrible avant de conquérir ce pouvoir.
Il était indispensable que le principe spi rituel passât par ces étamines successives pour fixer dans son enveloppe les lois qui dirigent inconsciem ment la vie, et pour se livrer ensuite aux travaux de perfectionnement intellectuel et moral qui doit l’élever vers une condition supérieure.
La lutte pour la vie si âpre et si impitoyable qu’elle nous paraisse est le seul moyen naturel et logique pour obliger l’âme dans son enfance à manifester ses facultés latentes, de même que la souffrance est indispensable pour le progrès spirituel, et, à moins de voir dans l'âme un miracle, une création surnaturelle, nous devons reconnaître le splendide enchaînement des lois qui dirigent l'évoluLE PERISPRIT 4.5 tion des êtres vers une destinée toujours meilleure.
Nous avons constaté le développement des instincts à mesure que le système nerveux se perfectionnait chez les invertébrés, mais cette ascension est encore plus marquée chez les vertébrés; là elle s’accuse avec une netteté vraiment saisissante. Leuret a composé le tableau suivant d’après le rapport moyen du poids de l’encéphale à celui du corps.
L’encéphale pris ■comme unité est au poids du corps : i° Chez les poissons comme i est à 5,668 2° Chez les reptiles comme i est à I ,32 I 3° Chez les oiseaux comme î est à 2 12 4° Chez les mammifères comme i est à 186 Il y a donc progression continue à mesure que l’on .s’élève de l’embranchement inférieur au supérieur, mais à la condition formelle que les pesées embrassent chaque embranchement pris en bloc, et non pas telle ■ou telle espèce examinée séparément.
Car s’il est un fait aujourd’hui bien démontré, c’est que le progrès dans la série animale a lieu, non pas en ligne droite et sur une seule ligne, mais en lignes inégales et pa rallèles.
Nous ne pouvons suivre dans tous leurs détails les faits si nombreux qu’il serait intéressant de mettre sous les yeux du lecteur, plusieurs volumes n’y suffi raient pas, nous ne pouvons que résumer rapidement tout ce qui a trait à l’évolution animale, en signalant l’utilité du périsprit pour la compréhension des phé nomènes.
46 l’initiation RÉSUMÉ Nous croyons avoir établi par des preuves tirées de l’histoire naturelle la certitude du passage de l’âme dans la série animale. Le principe spirituel a évolué lentement depuis les formes les plus inférieures jus qu’aux organismes les plus compliqués.
Pendant l’immense période des âges géologiques, les facultés simples de l’esprit se sont successivement développées en agissant sur le périsprit, en le modifiant, en laissant chaque fois en lui les traces des progrès accomplis. L’enveloppe fluidique pourrait être comparée à ces arbres séculaires dont chaque année augmente le dia mètre en laissant dans la trame du bois une trace ineffaçable, car l’énergie se transforme, mais ne se perd jamais.
Sous les impulsions de l’âme excitées par le milieu cosmique et la lutte pour la vie, l’orga nisme fluidique a créé le système nerveux, et, par le mécanisme de plus en plus développé et coordonné des actions réflexes, les instincts ont pu se manifester.
A mesure que l’ascension se prononce apparaissent les premières lueurs de l’intelligence, et par une remar quable transformation, l’habitude combinée à la loi de l’hérédité fait devenir inconscients les phénomènes d’abord voulus et conformes à la conservation, à l’avantage de l’individu.
C’est ainsi que des catégories sans nombre d’actes conscients tournent à l’automa tisme et entrent pour ainsi dire dans le physique de l’âme en s’incrustant dans le périsprit. Nous croyons donc que nous sommes sortis tous
LE PÉRISPRIT 47 des langes de la bestialité. Loin d’être des créatures angéliques déchues, loin d’habiter un paradis imagi naire, nous avons difficilement conquis le pouvoir d’exercer nos facultés et de vaincre la nature.
Nos ancêtres de l’époque quaternaire, faibles en compa raison des grands carnassiers, leurs contemporains, errantpar petites troupes à la poursuite de la nourriture, cherchant sur les arbres ou dans les anfractuosités des rochers un abri momentané, frissonnant sous les morsures du vent ou les froides caresses de la neige, étaientloin de cet âge d’or dont les légendes religieuses ont fait miroiter les trompeuses splendeurs.
La lutte de l’homme primitif contre les grandes espèces zoolo giques a été terrible: il a dû faire une guerre à mort aux bêtes sauvages, les terrasser et en purger les con trées qu’elles infestaient. Ce n’est que peu à peu, par des exploits dignes d’Hercule, qu’il a triomphé de ses nombreux et formidables ennemis.
Qui n’admirera cette marche lente mais glorieuse vers la lumière, cette évolution se produisant sous l’ai guillon d’implacables nécessités et qui tirant l’homme de son abjection primitive l’élèvent progressivement vers les régions plus hautes et plus sereines du monde de la pensée.
Les sociétés modernes sont en progrès sur celles qui les ont précédées, et, si nous comparons l’état actuel à celui de nos pères, nous avons le droit d’être fiers du résultat de l’effort collectif de l’huma nité, mais si nous fixons nos regards sur l’éternelle justice, alors nous voyons toutes nos imperfections et le chemin qui nous reste à parcourir pour nous rap procher de cet idéal.
l’initiation 48.. La lutte pour la vie, nécessaire à l’éclosion du prin cipe spirituel avait sa raison d'être dans un monde brutal et instinctif, où nulle conscience claire, nulle intelligence ne se montrait; elle doit s'effacer aujour d’hui que l’âme se manifeste sous les modalités les plus élevées de sa nature.
Nous avons le devoir de réclamer une répartition plus équitable des charges et des biens de la communauté, de nous élever contre les funestes conseils de l’ambition qui précipitent les peuples les uns contre les autres : enfin, de revendi quer sans cesse les droits imprescriptibles de la soli darité et de l’amour.
Notre doctrine, en montrant l’égalité parfaite, absolue du point de départ de tous les hommes, efface les séparations artificielles élevées par l’orgueil et l’ignorance.
Elle prouve péremptoi rement que nul n’a droit au respect d’autrui que s’il l’impose par la noblesse de sa conduite, et que la nais sance ou la position sociale ne sont que des accidents temporaires dont personne ne peut se prévaloir, puisque tous peuvent y parvenir à un moment quel conque de leur évolution. Ce sont là des vérités consolantes qu’il est bon de épandre sans cesse autour de nous.
Montrons que ’effort individuel peut seul amener le progrès général, et la même puissance qui nous a constitué à l’état d’homme nous ouvrira les perspectives infinies de la vie spirituelle se développant dans l’étendue sans limite du Cosmos. Gabriel Delanne.
PARTIE LITTÉRAIRE (Suite.) Des états de la matière, des forces naturelles qui concourent à la formation du corps humain, et qui sont mises en mouvement par la loi attractive de la reproduction des êtres, se dégage la qualité que nous appelons esprit. Cette qualité, motrice et régulatrice de la forme, ressource suprême de la vie organisée, semble quel quefois s’appliquer à parfaire le moule d’une âme uranienne.
La nature sans doute lutte avec plus d’avantage contre le perfectionnement de l’àme — qui est le détachement graduel des jouissances matérielles — lorsque faisant le corps plus beau, elle le livre aux tentations plus fréquentes et plus ardentes. Mais l’âme au contraire trouvant l’occasion d’efforts plus grands, de vertus uraniennes plus hautes, sa victoire sur les
5o l’initiation perversités de la nature tentatrice est plus triom phante. Parfois la nature pétrit à une âme en perfectibilité un moule imparfait, afin de la réduire par l’envie, de la dompter par l'humiliation, mais cette âme que les vanités et les joies du monde n’attardent et n’égarent point aborde plus résolument la voie du bien uranique que la nature travaillait à lui fermer.
Dans la lutte des forces actives, agrégatives, pas sionnelles et par là même destructives de la nature contre la puissance immatérielle, dans le combat de la pesanteur contre l’évolution ascensionnelle, l’âme se fortifie, développe ses germes, de même que le grain semé par l’homme se fortifie, développe ses germes sous la pression de la terre. La nature n’est qu’une terre que la puissance uranienne ensemence.
Dieu jette à la volée dans les champs planétaires rebelles ou fertiles les âmes qui s’élèvent, grandissent, mûrissent et transforment la corruption de la nature en récolte que le divin mois sonne. Le corps peut être comparé à la tige de la semence, l’esprit à la fleur de la tige, l’âme au parfum de la fleur. Bien des plantes s’élèvent sans fleurir, bien des fleurs s’épanouissent sans parfum.
Bien des hommes se développent sans esprit, bien des esprits s’épa nouissent sans âmes. De même que certains sols repoussent la culture et laissent la semence inféconde, de même l’amour divin ne peut germer dans un organisme qui le repousse; mais le germe uranien, semé plus tard
UN RÊVE SUR LE DIVIN 5i dans un autre corps retrouve sa fécondité comme le grain de blé enfermé mille ans dans la momie égyp tienne. Un philosophe a dit que par le développement de l’esprit de chaque homme il est facile de reconstituer la vie spirituelle de l’humanité tout entière.
Si l’en fance commune de l’homme et des peuples à des ana logies, celle de -l’homme supérieur est certes « un document plus complet », pour parler le langage actuel, et doit fournir les éléments d’une étude plus précise sur le cheminement de l’humanité dans la voie des vérités surhumaines. II ’ « J’écrivais toujours sous la dictée des âmes. J’ai été, me dit l’une d’elles, ce qu’on appelle sur terre une femme supérieure.
Examinons donc toutes deux si la succession de mes craintes naturelles, de mes émotions spirituelles, de mes visions psychiques sont bien l’image successive des craintes, des émo tions, des visions religieuses de l’humanité. Lorsque je m’examine, je retrouve en moi tout d’abord une terreur superstitieuse de la nature, de ses bruits le jour, de ses mystères la nuit.
Dans mes souvenirs d’enfant, le vent gronde, les pierres, les arbres ont des formes inquiétantes, tout me paraît ♦ menaçant. La foudre est la voix épouvantable du vague croquemitaine qui se dresse partout à mes yeux, et que je prie instinctivement de ne pas me faire
52 l’initiation de mal. Le fétichisme répond alors à mes premières croyances. Plus tard je prête à toutes les voix de la nature, même si elles sont violentes, une harmonie. Le vent, la mer chantent comme les oiseaux, les arbres me tendent leurs bras, les bêtes sont mes amies, il me semble qu’on peut dompter les plus furieuses ; la foudre est entre les mains d’un être humanisé, d’un uge qui ne punit que les méchants.
L’art bientôt va donner la forme à toutes mes sensations, le beau m’est révélé dans la nature adoucie que je regarde avec amour. J’aime la lumière, le soleil, les forêts, les fleuves ; les héros, demi-dieux, me paraissent cepen dant faits d’une argile semblable à la mienne, et la mythologie résume toutes mes émotions spirituelles. Mais bientôt la nature est impuissante à contenir mes rêves poétiques.
Elle se répète, ses spectacles sont monotones à mes yeux ; n’y a-t-il pas un infini au delà de ses barrières ? Je la trouve implacable, et je veux comprendre la bonté. Mon âme balbutie et me jette en des troubles sans issue que mon esprit insuffisant ne peut apaiser ; la vie organique m’a livré presque tous ses secrets, et pourtant je me sens l’âme de plus en plus vide.
Tout ce dont j’ai joui est sans doute en contradiction avec mes désirs psy chiques, car plus j’ai été heureuse, plus j’ai souffert. L’inconnu, le pourquoi, l’au-delà, le divin immaté riel me hantent. Un coin du voile sacré s’entr’ouvre et me permet de déchiffrer une ligne dans le livre de Vérité. L’é preuve qui brise mon corps fortifie mon âme, les
UN RÊVE SUR LE DIVIN 53 désillusions qui désespèrent mon esprit et agitent devant moi les spectres des douleurs, fournissent des réponses à mes interrogations les plus poignantes. La connaissance du pardon, du dévouement sans espoir de gratitude, du bien désintéressé, du sacrifice de soi aux autres, s’éclaire en moi.
Je comprends la vertu sans récompense humaine, je songe à l’amélioration du sort des déshérités sous toutes les formes maté rielles, sociales, morales. A mesure que je demande moins à la vie, je veux mieux agir par elle, et pour celle des autres.
Rien ne me paraît indifférent dans la perfection à atteindre, et, lentement, par l’exaltation du bien, l'initiation m’est donnée du but de l’âme ;les visions uraniques m’apportent la sérénité, la certi tude, l’apaisement, l’encouragement au meilleur de moi, et, par là même, la loi éternelle des rapports psy chiques entre l’homme et Dieu. N’est-ce pas là l’his toire de l’humanité?
III « Une autre voix reprit : L’initiation uranique, lorsqu’elle ne sert pas au bien d’autrui, est le terme inférieur de l’initiation ; se perfectionner uniquement en soi et pour soi est une sainteté négative; Dieu aime la sainteté active. On se perfectionne dans la vie par les autres et pour les autres; l’âme s’enrichit de ce qu’elle dépense, se
l’initiation 54 fortifie avec les forces qu’elle partage, s’enrichit de ce dont elle se prive. L’homme psychique ne marche à la conquête du bonheur uranique qu’après son renoncement aux joies matérielles; il n’entrevoit la connaissance divine qu’à travers sa juste appréciation des relativités de la science humaine ; ce n’est que lorsqu’il s’est arraché au connu qu’il pénètre dans les arcanes de l’inconnu.
La science et l’art, faits d’observation et de rendu de là nature, ne peuvent outrepasser ni ses phénomènes ni ses images : c’est ainsi que, lorsque tous deux s’élèvent au-dessus de ces phénomènes et de ces images, les hommes les déclarent divins.
La science et l’art participent à la durée des milieux matériels et spirituels qui les ont formés ou vus naître, ils n’ont de continuité qu’en raison de la continuité de ces milieux ; ils sont soumis, comme l’esprit humain et comme la nature qui les engendre et les alimente, à la variation et à la destruction. La perfectibilité de l’art et de la science s’arrête où s’arrêtent les mondes et l’homme.
S’ils essayent de franchir les barrièresde la nature, ils se faussent, l’irréel est pour eux l’in compréhensible qu’ils définissent par le mot : ab surde ! C’est à l’absurde humain que les vérité uraniques commencent. Plus l’homme allège son bagage matériel, plus facilement il monte vers Dieu. Plus les idées sont abstraites, plus elles ont de puissance sur l’âme de l’homme psychique. Aussi est-ce l’idée de patrie, la plus abstraite des idées
UN RÊVE SUR LE DIVIN 55 humaines, qui lui fait sacrifier le plus amoureuse ment sa vie. De même, dans la série des forces intermédiaires entre la matière et l’immatérialité, plus les forces sont impalpables, plus elles sont puissantes, ainsi de l’électricité. L’action d’éclat s’impose par l’âme à l’organisme qu’elle mène à ses fins de dévouement et d’héroïsme.
Cette action peut lancer un instant une âme dans ses voies divines et lui mériter le rang uranien qu’une autre âme, trop attachée à ses corps humains, dans ses incarnations diverses, aura mis des siècles à par courir et à conquérir. Faire par la mort humaine acte de vie psychique, c’est pour une âme fixer en un moment la vie uranienne éternelle.
Ceux qui se tuent pour échapper à un malheur personnel revivent et expient leur suicide; ils ont fait faillite aux forces naturelles accumulées en eux ; ils doivent retrouver l’esprit de ces forces et les reconsti tuer dans leurs mêmes éléments. L’âme du suicidé recherche quelquefois ces éléments des siècles entiers, et comme elle est en peine ! L’âme qui essaye d’échapper aux épreuves maté rielles les retrouve multipliées.
Elle les subit à nouveau, mais avec plus de faiblesse encore pour les dominer. La sérénité ne se conquiert que par la foi en l’âme immortelle. La croyance en la seule nature ou en Dieu substance inspire l’idée de force, de mouve ment, de variabilité ; la foi en l’âme immortelle ins pire seule l’idée d’absolu, d’éternité.
56 l’initiation La souffrance humaine et la vieillesse aident sur tout l’homme psychique à réduire la vie du corps au profit de la vie de l’âme. Peu à peu, sous l’action répétée des souffrances ou de l’âge, les désirs, les besoins, les jouissances du corps, les satisfactions et les vanités apparaissent comme des excitations à la continuité, au renouvelle ment de cette souffrance. L’insensibilisation succède au renoncement.
La vie de l’âme s’affirme en général au moment où la vie du corps devient moins intense. Bien avant la mort, quand les devoirs humains de la famille, quand les devoirs sociaux d’une situation ont été remplis, il est nécessaire que l’âme détache les liens qui l’accouplent à la matière.
Tandis que celleci se désagrège, perd naturellement de sa puissance, et que l’esprit usé par l’action organique s’affaisse, il est plus facile à Pâme de dénouer ses attaches matérielles.
Si elle néglige de le faire, les affinités de la nature dont elle n’a pas détourné les courants la ressaisiront ; des pesanteurs, des tourbillons matériels, rapproche ront un jour cette âme d’un germe corporel, et elle revivra les passions humaines dont elle ne s’est pas dégagée à temps.
Les graines ailées qui volent, se posent et germent, peuvent se comparer aux âmes qui recèlent encore un reste de vitalité humaine, volent autour de la terre et germent dans le corps d’une femme. Ces âmes n’ont pas encore réalisé l’idéalité complète, ne se sont point entièrement allégées des passions humaines, et sont encore soumises à des lois natuUN RÊVE SUR LE DIVIN relies qui les empêchent de prendre leur vol définitif.
Si le but de l’uranisation est atteint par l’homme avant sa mort, sonâmeparvientdans lessphèresoù les attractions terriennes ne peuvent plus l’atteindre. A mesure que l’âme se dégage, qu’elle jette son lest de passionnalité humaine, elle monte, et il en est ainsi à chacune de ses existences, jusqu’à ce que ses épreuves et ses expiations, ses douleurs et ses sacri fices l’aient successivement purifiée, idéalisée.
La matière est le tremplin d’où elle s’élance vers Dieu. Autant la mort qu’on se donne pour échapper à un chagrin personnel est coupable uraniquement, autant le sarcifice de soi à une noble cause, d’où l’intérêt per sonnel est exclu, prépare à la vie supérieure. L’héroïsme est l’affirmation la plus indéniable du divin dans l’homme.
L’égoïsme, qui est l’amour du moi, matière et esprit, est par contre le signe le plus manifeste de l’infério rité psychique. Les désirs de l’homme sont bas ; inspirés par les sens, ils gravitent autour des corps. Les idées psychi ques de renoncement sonthautes, elles élèventl’homme au-dessus de lui, elles tracent par des envolées prépa ratoires le chemin de l’ascension finale des âmes.
Le corps est pour l’âme initiée non une enveloppe étroite qui l’emprisonne et l’aveugle, mais la carapace d’un scaphandre avec laquelle l’âme plonge dans la mer humaine pour y trouver des perles. (A suivre.) Juliette Adam.
58 l’initiation (Suite). Les nouveaux époux vivent seuls, ayant éloigné d’eux toute affection étrangère à leur bonheur. « Ils oublièrent tout ce qu’ils ne pouvaient associer à leur réciproque adoration. Le désir de se connaître mutuellement se confondait chez eux avec le désir de se posséder. Ils se découvraient, l’un à l’autre, avec une joyeuse sincérité d’enfants, leur cœur, leur intel ligence, leurs instincts, leurs moindres goûts.
« Tous deux étaient supérieurs par la distinction de l’esprit, la culture intellectuelle et la fortune à la vie qu’ils avaient résolue, mais cette abdication de toute pensée étrangère à leur amour était l’élément essentiel de leur bonheur. Adrienne aurait pu suivre Philippe dans une carrière brillante.
Elle aurait pu être la dis crète et perspicace conseillère d’un diplomate, rallier les sympathies autour d’un homme politique, colla borer à l’œuvre d’un écrivain, entourer celui qu’elle aimait des plus rares élégances, et orner sa vie des prestiges mondains.
Elle aurait, sur-le-champ , au moindre désir exprimé par Philippe, interprété le rôle qu’il lui eût plu de désigner, mais elle était heureusedans leur solitude, songeant que les conditions d’une vie ambitieuse auraient absorbé leur intimité. « L’hiver les emprisonna dans les salles du château..
Là, leur tête-à-tête à la lueur des lampes, tandis que les brumes du dehors plombaient les vitres et leur don naient l’illusion d’une nuit d’amour sans fin. »
PHILIPPE DESTAL 5g « Les beaux jours leur permirent une existence .•active. » Ils partaient chevauchant côte à côte, foulant les terres humides des sentiers se mêlant aux herbes des prairies, dont les tiges gardaient les dernières ouates du brouillard matinal, passaient, tête baissée, sous les voûtes feuillues des bois, et, soudainement, au détour d’un chemin creux, débouchaient sur la grand’route, qui filait d’un long trait blanc et coupait l’uniforme étendue du plateau.
« Ils allaient, silencieux, tant leur enchantement était parfait. » On touchait aux premiers temps de novembre. Ces beaux jours qu’ils venaient de passer à s’aimer avaient inspiré à Philippe le goût delà vie; il méditait des itinéraires et se proposait de voyager avec sa femme vers des pays de soleil. C’était la fin d’un jour frileux. Philippe hâtait le pas, pressé de retrouver Adrienne. Au sommet du coteau, l’espace se déblaya.
« Il aperçut alors, entre les tours ébréchées de Morillon, la façade, et, à l’une des fenêtres ouvertes, le buste d’Adrienne, dont le corsage blanc se détachait nettement sur ce cadre de nuit... Elle agita son mouchoir d’une main, l’autre retenant une lorgnette devant son regard. Puis, tout à coup, le mouchoir s’envola, la lorgnette tomba sur les dalles du perron et le corsage blanc d’Adrienne disparut.
« Philippe s’arrêta, saisi de terreur et ne pouvant maîtriser l’angoisse qui venait de l’étreindre... Puis une impatience fiévreuse le lança dans une course ¿perdue vers le château. Il traversa d’un trait la cour
6o l’initiation déserte, gravit par bonds l'escalier qui montait aux appartements, jeta contre la cloison la porte de la chambre, et cria, d’une voix de détresse : « Adrienne ! Adrienne ! » « Elle était à quelques pas de lui, devant la fenêtre, tombée sur sa chaise, la tête inclinée, les bras pen dants. Il se précipita vers elle, la croyant évanouie, criant toujours : «Adrienne!... Adrienne!... Réponds- « moi !...
Il prit une de ses mains, lui renversa le visage en appuyant l’autre contre son front. Aussitôt un flot rouge entr’ouvrit la bouche et roula sur la robe, criblant Philippe d’éclaboussures de sang. 11 comprit alors qu’elle était morte. » ★* * Chez Philippe, « les émotions étaient presque nuiles au moment même où il se trouvait en contact avec les êtres, les choses ou les événements suscep tibles de les provoquer.
Elles ne se précisaient et n’acquéraient leur intensité réelle qu’à mesure qu’il s’éloignait de l’heure à laquelle elles s’étaient mani festées. » C’est à ce lent travail de l'inconscient que M. Gustave Guiches va nous initier, chapitre par cha pitre. « Philippe ne souffrit vraiment que durant cette nuit qui suivit la mort d’Adrienne.
Encore cette souf france fut-elle, un chaos, une sorte d’émeute céré brale, un ouragan de fièvre, avec une dominante détachant, parfois, quelque scène de ce qui était maintenant le passé. » Le jour de l’enterrement, « le bruit que fit, en tom
PHILIPPE DESTAL 6r bant. la première pelletée de terre, lui arracha un cri d’horreur. Il s’enfuit, s’enferma dans sa voiture, et, au galop de ses chevaux, regagna Morillon, pressé d’en finir avec ce mauvais rêve, de se jeter à l’in connu et de tout oublier. » Il part le lendemain même pour Paris. Là, Philippe obtint l’accueil le plus sympatique.
« Il fut prompt à se familiariser avec toutes les élégances qu’il s’assimilait d’instinct, dans leurs nuances les plus délicates, sans abdiquer pour cela sa personna lité... Auprès des femmes, il se montra, tout de suite, très empressé.
Sa sensibilité s’émut grandement de la beauté de quelques-unes... » même il donna rendezvous à certaine comtesse, dans son appartement delà rue Montchanin, meublé avec un art des plus amou reux, quatre mois à peine après la mort d’Adrienne et sans ressentir d’émotion à ce souvenir.
Après une année de ces plaisirs qu’il trouva cruelle ment uniformes, se jugeant incapable de découvrir quel travail lui convenait ou quelle part prendre à la vie active, son séjour dans la capitale fut coupé de fréquents voyages à travers l’Europe.
Il rapportait de ces pérégrinations des notes volumineuses sur les constitutions politiques et sociales, les idées philoso phiques et religieuses, la littérature, les coutumes et les mœurs des pays qu’il avait visités, et il compléta ces documents par des recherches journalières dans les bibliothèques. Ses relations se ramifièrent à tous les mondes. Il reçut à sa table les artistes, écrivains, poètes, musi ciens, sculpteurs, qui tous admirèrent son érudition
■6 2 l'initiation si variée, son intelligence ouverte aux plus hautes compréhensions esthétiques, la distinction rare de son esprit.
Puis, quand Philippe eut enfin classifié les con naissances acquises, il se posa de nouveau ces ques tions : « Quelle part prendre à la vie active, à quel travail m’attacher ? » Mais, la solution ne se présentant pas plus nette que lors de sa première tentative, il ne prolongea pas ce débat avec sa conscience et, retour nant vers des distractions plus positives, recom mença toutes les phases de la fête parisienne.
Un soir, à la sortie d’un petit théâtre, Philippe remarque une femme « à visage très pâle, assez joli, les yeux éclatants de fièvre, les cheveux bruns arran gés avec une visible recherche de « comme il faut » sous la visière d’un chapeau de feutre orné sobre ment », lie conversation avec elle et l’emmène. « Il s’éveilla le matin, de bonne heure, et se plut à la regarder dormir près de lui. Un orgue se mit à jouer des airs tendres dans la rue.
« Philippe écoutait, les yeux fixes. Un frisson courut par tout son corps. « Il venait de reconnaître une vieille romance qu’ils avaient entendue ensemble, Adrienne et lui, fredonnée semblablement par un orgue, sur la grand’route, làbas, à l’entrée d’un hameau. C’était, depuis cinq ans passés, la première fois que le souvenir d’Adrienne se présentait.
Mais cette fois, il sentit, au bouleversement soudain et profond qui se fit dans tout son être, que ce souvenir s’emparait de sa pensée pour ne la quitter jamais plus.
PHILIPPE DESTAL 63 «...Use souvient d’un portrait d’elle glissé dans son portefeuille, à son départ de Morillon... Il attei gnit ses vêtements jetés sur un siège, près du lit, prit son portefeuille et en retira une photographie usée dont les ombres jaunissaient. Comme c’était elle! Son visage apparaissait clair au milieu du ternissement fait par l’usure, autour de lui. Elle souriait, mais non comme on sourit dans les portraits.
Ce sourire acqué rait pour Philippe une signification spéciale. Il lui pardonnait l’oubli, lui disait: « Je savais bien que tu reviendrais à moi. » Et il se remémora des paroles pro noncées par elle, un soir de décembre, après une lec ture de Werther: « Je crois fermement, avait-elle dit, que la mort ne mettra pas entre nous une longue séparation. Nous ne survivrons, ni l’un ni l’autre, à nos souvenirs. » « ...
A s’observer ainsi, cette puissance de concen tration se développa fortement en lui, à ce degré qu’il pouvait faire naître une sensation douloureuse sur une partie de sa personne, en fixant sur ce point toutes les forces de son attention. Ce furent ces expériences qu’un instinct irrésistible l’obligeait à renouveler qui déterminèrent ses dispositions à l’idée fixe.
La con templation sans objet défini, les rêveries métaphy siques sans cesse ressassées dans le vague ne tardèrent pas à fatiguer son esprit. L’âme et les sens réclamèrent leur part et l’idée fixe devint un désir d’amour. » Sur ces entrefaites, un dimanche d’octobre, après la messe, des étrangers — M. Raphaël Lemas, viceprésident d’une société archéologique,Fernand Lemas, son fils, et Adrienne, sa fille — sollicitent l’obligeante
64 l’initiation autorisation de visiter le château. On ne peut leur refuser ce qu’ils demandent, et, tandis que l’enragé archéologue scrute les ruines, que Fernand dessine le croquis du paysage, les deux jeunes gens cheminent dans les allées ombreuses du parc. Peu à peu la pro menade se transforme en une tendre et exquise idylle, après laquelle la visite, soi-disant courte, des Lemas, se prolonge jusqu’au mariage d'Adrienne et de Phi lippe.
BIBLIOGRAPHIE Par J. PÉLADAN (i) Etre Mage ! Qui ne voudrait devenir digne de ce titre magnifique, demeuré à travers les âges comme l’idéal de la capacité humaine ? Hàtons-nous donc d’ouvrir ce livre signé d’un nom justement célèbre, et qui va nous apprendre comment on devient Mage! Prenons-en d’abord une rapide connaissance : « Se faire le roi Spirituel d'un corps et d’une âme, « et, parce que la vie ne comporte la spiritualité que « comme un phénomène presque rare, apprendre « surtout à sentir d’une certaine sorte. » Tel est l’entraînement qui nous est proposé dès le début. Quand nous en aurons surmonté les difficultés inouïes, il ne nous restera plus, nous assure-t-on, qu’à lire quelques volumes facilement réductibles à un seul. Nous sommes préparés à ces féconds exercices par Un trop rapide aperçu de la constitution humaine, de ses tempéraments, et des moyens de les rectifier l’un par l'autre. On nous apprend ensuite que le but de (i) i vol. chez Chamuel. 3 f
66 l’initiation tous nos efforts doit être d’idéaliser notre tempéra ment en l’élevant à son plan immédiatement supé rieur; règle simple et précieuse, que nous regretterons de ne point voir développer par la suite.
Pour l’appliquer, le premier précepte est de fuir les dissipations malsaines: du cercle, du café-concert, de tous mauvais lieux; une série d’aphorismes excel lents nous éclaire sur les suggestions abâtardissantes de ces centres malsains pour le disciple ; il ne doit pas être moins en garde sur le choix de ses amis et surtout contre l’influence féminine décrite ici avec une science d’une délicatesse fort remarquable, (i) Ces précautions signalées, l’entraînement com mence par Orientation, qui comprend sept prati ques : i° choisir le type planétaire à adopter : 2° Se faire actif au lieu de passif, comme l’est le mystique : celui-ci pleure son péché, la magie l’efface par la vertu correspondante.
3° Craindre l’exemple d’autrui , penser d'après soimême, et, pour cette raison, fuir l’envoûtement des groupes humains momentanés- ou des agglomérats humains, dit collectif ! 4“ Etre catholique, c’est-à-dire prier matin et soir, entendre la messe et se couvrir du signe de la croix.
5° Après l’oraison, l’admiration est la seconde force; on ne la doit développer qu’en présence des chefsd’œuvres de tous les peuples ; (i) Seulement il faut reprocher à Peladan de ne voir en la femme que l’amante et non la mère ; la Venus négative, jamais la Lune.
COMMENT ON DEVIENT MAGE 6? 6° Savoir, avant tout ; oser, vouloir, se taire ; 70 S’abstenir de quatre délits défendus, savoir : toutevelléité d’user de la magie pourla vie animique ; — toute expérience magnétique — ou spirite; — toute affiliation à une société occulte, attendu que la magie ne s’enseigne pas.
Sont exclus d’ailleurs à priori de l’enfraînement magique, le prêtre, le soldat, le fonctionnaire, le publiciste, et quiconque est dépourvu d’une fortune indépendante. Deux conditions sont requises ensuite pour l’acqui sition de la puissance magique : L’une, protectrice de l’envoûtement, qui consiste à s’abriter des attaques de l’injustice en redoublant soimême de justice, avec la volonté d’être couvert par le Divin.
L’autre, active, qui est d’observer les préceptes rassemblés sous le titre de Journée d’un initié, en quelques pages excellentes, empruntées surtout à Pythagore.
Voilà le néophyte devenu un initié ; il lui reste à parcourir un second degré partagé en deux sortes de travaux : d’abord, s’abstraire « non pas en quelque « écriture, mais d’un véritable effort de lumière im- « personnelle, car la magie ne peut être enseignée. » En second lieu, épouser la tradition « il ne « deviendra mage que si le passé l’accepte. — Avec le « Credo catholique pour étalon de vérité, qu’il choi- « sisse, parmi le verbe kaldeo-grec, ce qui convient le « plus à sa nature » ; mais il doit rester exclusivement catholique; quiconque ne va pas à la messe, n’entrera
68 l’initiation pas au temple du mystère, — et qu’il « n’oublie jamais « qu’il a un supérieur parmi les vivants, Sa Sainteté « le Pape. » Ici finit le livre premier, et, on peut le dire, en réalité, l’œuvre elle-même; à l’exception de quelques pages finales, la seconde moitié n’offre sous le titre d'Ascèse magique., que le développement assez désor donné de la plupart des préceptes posés dans le Septennaire du sortir du siècle, qui vient d’être résumé.
Prenant simplement pour thèmes successifs les dénominations des lames VIII à XIX du Tarot, l’auteur nous parle avec un peu plus de détails, mais trop souvent moins de clarté, de l’équilibre mental, de la sdlitude mentale, de la prudence dans les relations, de la rectification du tempéramment, de la tempé rance dans la conduite pour échapper aux coups de la fortune ; de la souffrance physique ou sentimentale, de la conduite envers les femmes, du sacrifice des biens sociaux, et de bien d’autres détails indiqués dans la première partie.
Quelques chapitres seulement offrent un intérêt nouveau : tels sontcelui de la Chute (pour l’arcane XII), où Peladan, contrairement au Sohar, voit une néces sité, non une faute ; Celui sur la Mort, au sujet de laquelle, rappelant les trois morts connues : l’artificielle, la physique et l’animique, il traite rapidement de l’état de lame après la mort.
Celui sur la Perversité qui lui fournit l’occasion d’une négation paradoxale de la sorcellerie : Signalons surtout (à propos de l’arc.
XIX) ce préCOMMENT ON DEVIENT MAGE 6’9 cepte essentiel, qu’on s’étonne de voir relégué si loin, comme dans un nuage : « Toute culture du Moi reste imparfaite qui n’aboutit pas à une expansion. » N’insistons pas sur toute cette partie dite d’un ton trop dogmatique ou paradoxal, et remplie de digres sions, d’obscurités, dont la fatigue fait soupçonner comme un embarras confus dans l’esprit de l’auteur..
Une troisième et dernière partie, le Ternaire dit Saint-Esprit, nous dit à larges traits, en trois beaux chapitres, la philosophie de l’histoire de la magie et l’esprit du livre. Aux premiers temps correspondent l’œuvre et le règne du Père, qui fournit le Corps. En histoire c’est 1ère de la force; en Initiation, la résistance à l'attrait avec la conception théique.
Au second âge s’accomplit l’œuvre du Fils, qui fournit l’Ame ; l’Amour succède à la force dans les faits ; l’initié « inexpugnable en son vouloir, se fait « bénin dans ses actes. » Enfin, le troisième âge, celui du Saint-Esprit, âge qui appartient à l’avenir, sera caractérisé par une grâce nouvelle, « une troisièmesalvance », qu’il serait impie de juger; l’initié devient Mage par « la subtilité, « qui est la marque du Saint-Esprit, comme la Cha- « rité est celle du Fils, et la Volonté celle du Père. » Finale profonde et majestueuse où l’on est heureux de retrouver toutes les beautés de ce livre original.
L’analyse n’en peut dire la vigueur saisissante, la di gnité, la foi si entraînante qu’elle fait oublier au lec teur ou tout au moins pardonner les trop nombreuses rugosités où il se heurte avec étonnement. Un critique
l’initiation 70 de l’avenir ne verra, je l’espère, que de malheureuses interpolations de quelque Tartarin, dans cespages où notre auteur s’emportant en protestations plus ou moins burlesques contre la société moderne, ou s’ou bliant en grossières invectives contre les plus inno cents de nos politiciens, ternit par le souffle de ces passions temporelles la sérénité qui doit régner en tout ce qui appartient à l’Universel.
A peine auraiton ici relevé cette faiblesse s’il n’était utile de justifier par elle la nécessité pénible à laquelle nous avons obéi en nous séparant publiquement des qualités superbes mais compromettantes du frère que nous n’avons cessé d’aimer et d’estimer. La critique de son œuvre nouvelle va faire ressortir la divergence de nos voies avec les mérites de la sienne.
Bien des troubles et des déboires sont à craindre pour le disciple qui, séduit par la beauté des préceptes rassemblés dans ce livre, pensera trouver dans leur ensemble une voie sûre vers l’état de Mage.
Je le sup pose parvenu à la caste privilégiée dont il doit sortir; j’admets qu’il a pu concilier avec ses devoirs de catho lique soumis, humble et pratiquant, et les études con damnées de la Bible ou de la gnose, et le fruit de ses propres méditations, et l’exaltation de son orgueil.
Que doit-il du moins attendre comme fruit de ses efforts? — Agir sur autrui, lui dit-on., — Dans quel but, puisque la société est si condamnable? — Faire son propre salut, aider celui des autres en vue de la vie future. — Pourquoi, dès lors, une voie différente de celle du catholicisme, auquel il doit rester fidèle ? — Pourquoi se faire Mage plutôt que Saint ?
Qui autoCOMMENT ON DEVIENT MAGE 7Í ri se là cette substitution de la volonté à l’humilité? —■ Est-ce la Chaldée, et de quelle façon ? Questions capitales dont la réponse n’apparaît nulle part dans ce catéchisme du Mage.
De laMagie, Peladan nous donne jusqu’à sept défi nitions distinctes, sans songer à les rassembler ou à les identifier: il en préféré une cependant, celle d’« Art de la sublimation de l’homme; aucune autre « formule ne vaut; il faut être sublime pour penser « juste et penser juste pour agir dans la lumière ? » Mais qu’est-ce qu’agir dans la lumière ? Quelle est l’utilité de cette action ?
Ailleurs, je la trouve même contredite par l’assertion que la Magie n’est que verbe et non action ! La Chaldée nous est-elle enseignée plus clairement ?
Je vois bien les noms ordinaires des génies remplacés par les dénominations Chaldéennes, non pas même en leur forme propre, mais travestis en langue hébraïque ; J’entends bien parler de la Kabbale et de la Genèse, qui peuvent peut-être se réclamer de la Chaldée; je note aussi quelque part avec étonnement la tradition kaldéo-grecque (?) ; Mais je cherche en vain par tout le livre les carac tères propres à la nation des mages; notamment cette cosmogonie grandiose qui se fonde moins sur l’astro nomie que sur la magnifique doctrine des Anges, méconnue, à ce qu’il me semble, de toute l’antiquité payenne. Et, plus que jamais, je demande qu’est-ce donc qu’être Mage? Ce qui m’apparaît, ce n’est pas la Chaldée, c’est le
l’initiation 72 Judeo-Christianisme ; et combien défiguré lui-même, par les négligences oubliées dans les noms du Dieu biblique, ou par ces litanies fantaisistes inscrites en tête de chaque chapitre, ou surtout dans l’interpré tation des lames du Tarot, prises, avec juste raison, pour bases de la division du livre. Là,en effet, était réellement le développement de la magie.
Ainsi que Papus l’a montré, dans son remarquable ouvrage du Tarot, la série des arcanes majeurs fournit dans son triple symbolisme, à la fois la Théogonie, la Cosmogonie et l’initiation. Celle-ci se lit par une interprétation exactement inverse (c’est-à-dire ascen dante au lieu de descendante) de celle qui donne la Cosmogonie.
Les six premières lames préparent le néophyte en le faisant passer du milieu du monde au seuil du Temple, à travers un double ternaire d’exercices ; l’un fournissant les principes, l’autre leur application.
C’est en suivant cette interprétation bien comprise que Péladan a donné à ses six premiers chapitres la perfection qui nous a frappés tout à l’heure ; s’il bal butie ensuite les redites de sa seconde partie, c’est que la suite de l’interprétation des arcanes lui échappe; pour lui, leur chaîne se brise là, parce quelle se modifie.
L’arcane VII représente le triomphe de l’homme sur les éléments; en Tarot initiatique, il indique que le disciple, une fois maître des préceptes et de luimême va commencer son éducation pratique : elle se partagera en deux parties; l’inférieure et la supérieure,
COMMENT ON DEVIENT MAGE 7? auxquelles correspondront deux septennaires consti tués comme le premier. 11 est facile de les reconnaître : dans le premier de ces septennaires. le néophyte, après avoir étudié la Force en lui-même et hors de lui, commence à la manier sur notre planète par l’alchimie, puis apprend la mort artificielle (Arc. XIII).
Il peut ensuite étendre ses perceptions jusqu’aux limites de notre système solaire, puis passer au delà du zodiaque aussi loin qu’il peut être permis à l’être humain de pénétrer dans l’infini. Et son but, quel est-il ? Mettre l’homme en com munication réelle et immédiate avec l’invisible uni versel. L’adepte, dès lors, étranger aux passions de notre monde, y rentre cependant pour s’efforcer de les diriger.
Roi des princes de la terre, ou plutôt Père vénéré (pape), il consacre toutes les ressources de sa puissance physico-spirituelle non plus au salut individuel, ni même à l’apostolat de ce salut, mais à la marche toujours si pénible de la société humaine vers ses destinées sublimes, en jetant dans son sein les germes de ses progrès futurs.
Il lui faut pour cela le concours de tous les autres initiés dont la hiérarchie descend jusqu’au Néophyte; chacun participe donc au grand œuvre dans la limite de sa puissance tout en travaillant à l’agrandir, car il n’y a pas de degré superflu dans Y Initiation. On n’y aborde avec fruit les sphères supérieures qu’à la condition de savoir traverser les enfers. Parmi tous ces degrés d’initiés, celui de Mage com mence à la septième heure de la partie vraiment pra
l’initiation 74 tique, après que l’initié, vainqueur du Dragon du Seuil, a reçu le baptême du feu qui le sacre thérapeute comme les Esséniens, alors qu’il peut lire au Ciel le grand livre des destinées humaines.
Le Tarot nomme cette heure par l’arcane XVII, dont le nombre et la lettre indiquent « la diffusion de la Volonté entre les « Etres de tous les Mondes » ou, plus succinctement, « le Verbe en action » (i), ce qui est bien la défini tion la plus nette de la Magie. C’est pourquoi Peladan s’est trompé d’abord en niant la Magie pratique et l’enseignement delà Magie.
Il devait seulement prémunir son disciple contre le danger de prendre pour fin l’une quelconque des formes partielles qui concourent à la Magie sans la représenter toute entière, Il est tombé dans une erreur plus grave en opposant son disciple à la société, si faussée qu’elle lui appa raisse, au lieu de lui donner pour objectif le progrès social, à l’exemple de tous les occultistes, depuis les Mages Chaldéens, depuis Thot, Orphée ou Moïse, jusqu’aux Templiers et aux Rose-Croix, de qui Peladan se proclame le descendant direct.
C’est par ces erreurs fondamentales que son livre se trouve dénaturé. Sans elles, il ne proclamerait point Mage le disciple que ses préceptes ne peuvent amener au delà de la première enceinte sacrée. Sans elles aussi il necéderaitpointlui-mêmeàcette illusion des titres pompeux qu’il s’arroge dans la sin- (i) Voir le Tarot par Papas, page 176.
COMMENT ON DEVIENT MAGE 75 cérité de sa foi, faute d’en mesurer la grandeur, mais sous le poids desquels nous avons dû l’abandon ner, parcequ’ils n’eûssent été sur nos humbles têtes qu’une profanation ridicule.
C’est par la suite des mêmes erreurs qu’il exalte l’orgueil : « l’orgueil, la vertu suprême, le dynamisme de toute perfection » : Sa magie se borne en effet au culte du Moi, à l’accomplissement de la personnalité qu’il veut voir, « se dresser et scandaliser si le monde la provoque ».
Doctrine qui n’est juste qu’à la condi tion de limiter la Magie au développement individuel, alors qu’il n’en est que le début : Seulement Peladan traite forcément ce culte du Moi avec beaucoup moins de profondeur que ne le fait Barrés (1), parce qu’il dogmatise au lieu de philosopher.
Et s’il n’avait émas culé la Magie, il se serait rappelé qu’une fois admis au Temple, grâce à l’énergie de sa personnalité recon quise, le Néophyte était aussitôt assujetti à une longue série de sévères humiliations qui brisaient à jamais son orgueil. Avec une vue plus étendue.
Peladan se serait encore gardé d’inspirer à son disciple cette haine du collectif, de la société, qu’il ne cesse de lui signaler comme sa pire ennemie ; de lui prescrire le reniement de la société, de la patrie et de son temps, sous peine d’être rendu au néant « comme valet du mal ».
Comme il n’aperçoit que l’intérêt individuel et la (1) A propos de ce nom, qu’il me soit permis de signaler à notre cher et estimé confrère Quærens l’apparition de la nou velle œuvre de M. Barrés consacrée à l'explication du culte du Moi. EPe est de nature je pense à contenter la juste suscepti bilité de son âme désintéressée.
l’initiation 76 tradition, le progrès n’est pour lui qu’une « suprême ânerie », sans qu’il nous explique comment il concilie cette théorie singulière avec les cycles Chaldéens, La démocratie ne lui semblant quela «suprêmelaideur», sa sociologie, à peine indiquée cependant, n’apparaît guère que comme la restauration à jamais impossible d’une de ces monarchies asiatiques, césariennes, sous lesquelles a péri la libre Synarchie.
Est-ce à dire qu’avec de telles critiques nous allions prétendre que l’œutvre de Péladan soit sans valeur ? Dieu nous préserve d’un pareil vandalisme ! Elle est excellente au contraire, dès qu’elle est ramenée à sa portée véritable, à savoir la culture psychique, pré liminaire obligé detoute initiation. C’est ce qu’ont dit déjà de meilleurs juges en d’excellents termes, quand ils ont demandé seulement que le titre fût changé en celui-ci.
« Comment on devient Sage. » On goûte alors pleinement toutes les qualités du Maître que l’Ethopée de la Décadence latine nous a fait aimer. La grandeur, la force, la profondeur des maximes ajoute encore ici une majesté virile qui redouble la valeur de son œuvre. 11 y a quelque chose de plus, c’est une interprétation originale, saisisante, qui nous reste à faire ressortir.
La magie de Peladan est avant tout la magie de l’art. C’est vers l’art que tout converge en son livre. Après qu’il a tendu la volonté de son disciple vers l’isolement de la pensée intellectuelle, c’est parlWwnration., par l’esthétique, qu’il lui prescrit d’y travailler. S’il allie Pythagore et Platon à la tradition sémi
COMMENT ON DEVIENT MAGE 77 tique.
C’est par la raison que le Sémite n’est pas un artiste; Ce qu’il reproche à l’Eglise catholique, c’est d’oublier sa mission esthétique’: «aussi l’ordre delà Rose-Croix (celui qu’il a fondé), vient-il à son heure pour forcer l’Eglise à devenir artiste. » Il nous donne quelque part, du reste, la clef de cette théorie qui lui est propre, en ce passage bien remarquable : « Il est un point où le cœur engendre l’abstrait, où l’abstrait amène l’extase : Saint-Thomas et SaintFrançois personnifient le double idéal; il serait impie de vouloir préférer entre ces deux sublimes Mages. » C’est ce point intermédiaire, ce centre, que Peladan s’évertue à chercher, et il pense l’avoir trouvé dans l’Art : « Le Mage, dit-il, est un artiste de science, ou un savant d’Art. » C’est ainsi qu’emporté par les instincts les plus essentiels de sa noble nature, il s’est enfermé, sans le savoir, dans une moyenne toute humaine, au lieu d’aller chercher la Magie dans les hauteurs où l’âme et l’intelligence se fondent en la Spiritualité.
Pas plus qu’aucun de nous, Peladan n’est un Mage, mais c’est avec joie que nous le proclamons tous, même en science occulte, un grand artiste ! F. Ch. Barlet.
78 L INITIATION D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES QUARTIER GÉNÉRAL (Séances) La séance générale du 18 mars a été l’une des plus brillantes de la saison. M. Worms, professeur de Droit, membre de l’institut, a bien voulu accepter la présidence de la séance. Le Dr Czinski, délégué du Groupe, qui vient de faire un vovage important en Bulgarie, en Turquie et en Egypte, a rendu compte de sa mission, et a conté des expériences très intéressantes de psychométrie.
Le Dr Paul de Régla, le savant auteur de Jésus de Nazareth et des Bas-fonds de Constantinople, a ensuite pris la parole et a fait une spirituelle causerie, qui a intéressé l’auditoire, sur le haschich et ses effets si peu connus en Europe. De chaleureux applaudissements ont. remercié l’orateur. Le président de la séance a souligné ces applaudissements en faisant ressortir le talent et la modestie des orateurs.
La seconde partie de la séance a été consacrée à uneconférence de Papus sur les rapports de l’astral et du physique, conférence interrompue fréquemment par lesapplaudissements de l’auditoire. Paul Adam, empêché par une indisposition d’un de ses parents, s’était fait excuser au dernier moment. (Études pratiques.) Des résultats très curieux ont été obtenus dans l’étude pratique de la Psychométrie. — Nous en publierons bientôt le détail.
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ESOTERIQUES 79 Plusieurs expériences de magie pratiques sont actuel lement en cours dans des groupes fermés. Les résultats, quels qu’il soient, sont consignés régulièrement. k t ¥ ¥ D’autre part voici, pour mémoire, le dernier procès verbal du Groupe d’étude des phénomènes spirites dirigé par M. François, chevalier delà Légion d’honneur. Groupe n° 4. {Séance du 2g mars.) La séance est ouverte à 9 heures.
La lueur d’une petite veilleuse éclaire faiblement les douze personnes assistantes parmi lesquelles se trouvent quatre médiums. Mme R... médium, m’ayant tout d’abord consulté, ne peut décrire qu’imparfaitement la personne tacitement évoquée par l’un des assistants, M. O..., Elle indique toutefois d’une manière très satisfaisante les qualités morales dominantes de cette personne durant sa vie terrestre.
Les trois autres médiums apposent les mains sur le guéridon, qui, dans les précédentes séances, a servi de premier moyen intermédiaire entre le monde des vivants et celui des esprits. Par coups frappés sur le parquet, le guéridon épelle bientôt un nom singulier « Perpétue », qu’il répète patdeux fois. Ce nom ne rappelle aucun souvenir aux per sonnes présentes. La séance semble ne devoir présenter aucun intérêt.
Cependant, toujours par coups frappés, le guéridon sollicite l’attention, et annonce que, dans un délai de 10 minutes, divers phénomènes commenceront à se pro duire. Le guéridon est bientôt agité de mouvements violents, saccadés. Avant même l’expiration du délai annoncé 11 est, à deux ou trois reprises, enlevé à une hauteur de om4o à ora6o, d’où il est précipité avec une force telle qu’un de ses pieds est brisé dans la chute. L’accident réparé tant bien que mal à l’aide de petites
8o l’initiation cordes, le guéridon se dirige vers M. C... et frappe très doucement le nom d’un ami défunt de ce dernier ; il demande que le frère de cet ami soit prié d’assister à la prochaine séance, puis, changeant soudainement d’atti tude, il réclame énergiquement l’obscurité et annonce des communications écrites.
A peine l’obscurité est-elle faite qu’un crayon et une feuille de papier portés par une force ou plutôt par une main invisible s'envolent d’une table voisine pour être, ainsi que l’avait demandé le directeur du groupe, M. F..., délicatement posés sur les mains des médiums dont l’un, prié d’écrire,trace ces quelques mots: « Votre ami est là » qui sont lus pendant une interruption de quelques minutes (en lumière). L’obscurité est faite de nouveau.
Bientôt une lourde table ronde de t m. 3o de diamètre est mise en mouve ment et glisse lentement pendant que quelques objets placés dessus (un tambour de basque, un grelot, une son nette, quelques fleurs) sont projetés dans divers sens, mais dirigés pour la plupart du côté où le désire M. F... dont les mains sont enlacées sur le guéridon avec celles de deux des médiums.
Au cours de ces phénomènes, le guéridon est luimême de nouveau soulevé dans l’espace et retourné deux ou trois fois les pieds en l’air. Les manifestations cessent tout à coup, et l’on pour rait croire que toute force occulte s'est évanouie quand, vers l’un des côtés de la salle des séances, à la hauteur d’un tableau représentant une scène militaire, se fait entendre un bruit semblable à celui d'un tambour très légèremeut frappé d’une baguette.
Ce bruit dure une minute environ. Des coups caden cés sont également frappés sur l’abat-jour en porcelaine d’une suspension qui orne le milieu de la salle. Tout rentre enfin dans le silence et la séance est levée vers onze heures et demie. L. François.
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ESOTERIQUES Si TRAVAUX de BRANCHES Rouen. — Une nouvelle branche re'gulière du Groupe vient d’être établie à Rouen. Elle a été inaugurée par une remarquable conférence du Dr Czinski sur l’Occultisme, faite devant plus de 25o auditeurs. Toutes nos félicitations à l’organisateur de cette confé rence, quia si bien réussi à tous les points de vue.
Branche de Montpellier M. le docteur Albert Coste vient de faire dans la salle du conseil, à l’hôtel de ville de Montpellier, une confé rence sur l’Occultisme.* Après avoir fait un résumé historique de la question, M. Coste s’estsurtout attaché àdémontrer à ses nombreux auditeurs, parmi tous les membres de l’Association lan guedocienne, que l’existence des f hénomènes dits spirites est aujourd'hui scientifiquement prouvée, que ces phéno mènes.ne sont pas d’ordre surnaturel mais sont régis par des forces ayant des lois complètement régulières ; il s’est particulièrement appesanti sur les expériences de Crookes et a parlé de la photographie de Katie King.
La Magie et la Kabbale n’ont pas été oubliées, et cette conférence a certainement dissipé les idées fausses que beaucoup de personnes avaient sur ces sujets. Nous remercions particulièrement le conférencier d’avoir bien voulu parler de Y Initiation et de ses collabo rateurs du Groupe ésotérique dans des termes aussi élogieux ; nous espérons que cela fera beaucoup de bien à notre cause à Montpellier.
Le succès aétécomplet,la salle était littéralement com ble et plus de cent personnes n’ont pu y rentrer faute de place. Des applaudissements chaleureux ont encouragé à plusieurs reprises l’orateur. En somme bonne journée pour notre cause à Montpellier. Inutile d’ajouter que M. le docteur Albert Coste a reçu une carte de membre du Groupe d’études ésotériques ; il a même bien voulu
82 l’initiation s’occuper avec nous de la formation de la branche, prin cipalement en ce qui touche les groupes d’études expéri mentales. Nous le prions d’accepter nos remerciements. Germain Gry. (C. B. E.) Bruxelles Plusieurs de nos chefs de Groupe nous ayant deman dé l’ordre à suivre dans les études, nous ne saurions trop appeler leur attention sur l’organisation des tra vaux delà Branche Kumris de Bruxelles, présidée par notre ami Vurgey.
Voici in extenso l’ordre du jour n° 22 de cette branche : KUMRIS (Ordre du jour n° 22.) Dispositions complémentaires 23. Par modification à l'article 21, les convocations sont rétablies pour les séances de la section Fabre, afin de rappeler aux membres l’ordre du jour spécial de chaque séance, et de leur permettre de s’y préparer plus fructueusement. (Etudes du Groupe.) Théorie. 3q. La Kabbale en dix leçons, d’Eliphas Lévi ; 35.
Clas sification des philosophies et évolutions de l’idée, de Barlet ; 36. Du Symbolisme de quelques mots hébreux, d’a près Fabre d’Olivet ; 37. Le Zodiaque-, 3S. Poésies de Stanislas de Gu'aita; 39. Introduction des Grands Initiés de Schuré; 40. Introduction de la Mission des Juifs, de Saint-Yves; 4i. Introduction du Seuil du Mystère, de Stanislas de Guaita ; 42. Introduction du Dogme de la haute Magie, d’Eliphas Lévi. Pratique 12. Magnétisation mutuelle de deux sujets.
MAGIE PRATIQUE 83 Bibliothèque Accroissement : Esquisse d’une démonstration de la vie future, etc., par P. C. Revel. Don du déle'gué. Le Groupe exprime toute sa gratitude aux généreuses donatrices de la vexille brode'e aux titre, signe et devise de Kumris, qui lui a été remise par le chef de la Branche. Il se félicite d’avoir suscité une si gracieuse sollicitude parmi les personnes qui veulent bien honorer ses conférences de leur présence.
CONVOCATION * Vendredi 8 avril 1872, à 8 heures très précises du soir, séance régulière de la section Fabre. Ordre du jour : Etude 18. Vers dorés pythagori ciens. Continuation à l’examen. Etude 33. Le Traité de Papus. Le chef de la Branche, N. B. NOUVELLES EXPERIENCES. — DANS LE DOMAINE DE L’iNCONNU — ENVOUTEMENT.
Les expériences d’extériorisation de la sensibilité dont nous relations il y a peu de temps les singularités surpre nantes et les mystères, se continuent chaque jour et apportent à tout instant de nouveaux faits à la curiosité et ¿1 l’étude des savants. Nous avons eu hier la bonne fortune d’assister à
84 L’initiation quelques-uns de ces phénomènes chez M. le colonel de Rochas, qui avait convié à ces essais divers magistrats et des publicistes. Les faits qui se sont déroulés sous nos yeux défient toute imagination, et, si nous n’avions pu personnellement en contrôler l’absolue sincérité nous en douterions encore.
Ils sont tels qu’ils bouleversent les idées les plus com munément reçues, et qu'ils nous jettent dans un monde •étrange, où nous nous trouvons perdus et déroutés. Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons déjà eu l’occasion de dire à ce sujet.
On sait ce qu’on entend par extériorisation, et comment, à la suite des travaux de M. le colonel de Rochas, on peut transporter la sensibi lité d’une personne à un objet, à un liquide, la mettre en un mot en « bouteille ». l’envoûtement Nous noterons seulement deux phénomènes, sans tenter, bien entendu, d’en donner l’explication. Le 16 mars courant, le colonel de Rochas rendait sensible, à l’aide d’un sujet, une dissolution sursaturée.
Quand son aide jeta dans cette préparation le cristal qui devait provoquer la solidification du liquide, le sujet qui avait passé sa sensibilité à cette eau fut pris d’une terrible crise nerveuse, s’évanouit, et on dut procéder à une énergique médication pour le ramener à la santé. Comment ce changement d’état provoqué dans le liquide avait-il pu produire une semblable perturbation chez le sujet ? Mystère.
M. de Rochas garda la solution telle quelle. Hier, 18 mars, il voulut constater si elle n’avait perdu aucune de ses merveilleuses propriétés, rien de cette affinité étrange qu’elle possédait avec la personne qui lui avait communiqué dix jours auparavant un peu de sa propre vie. A cet effet, à l’insu du sujet,il plongea dans le liquide ■la lame d’un couteau. Nous assistâmes alors à une scène inoubliable.
Nous vîmes la malheureuse pousser un cri perçant, comme si on venait elle-même de la blesser, et tomber à terre en .portant la main à sa poitrine et en sanglotant.
MAGIE PRATIQUE 85 Cette expe'rience et d’autres analogues nous explique raient assez aisément les crimes A'envoûtement, qui, au moyen-âge, menèrent tant d’individus au bûcher. M. de Rochas voulut bien encore réaliser devant nous cette restauration d’une antique coutume. Il lit une petite statuette en cire rouge et la rendit sen sible au moyen de passes, convenablement exécutées, sur une jeune femme.
A partir de ce moment la vie du sujet fut en quelque sorte dédoublée, et intimement liée au sort delà poupée en cire. En quelque endroit qu’on touchât la poupée, le sujet le ressentait, et si M. de Rochas enfonçait une épingle dans la statuette, la jeune femme criait et frottait de sa main la partie d’elle-même qu’elle croyait effectivement atteinte.
Ces faits nous parurent si singuliers, si manifestement fantastiques, que nous tentâmes de les expliquer par une sorte de suggestion que l’opérateur exercerait, volontai rement ou non, sur son sujet ! Il n’en pouvait être ainsi cependant. Une expérience bien involontaire nous l’a prouvé. UNE EXPÉRIENCE IMPROMPTU L’heure du départ avait sonné, les invités de M. de Rochas et le sujet étaient dans l’antichambre à causer avant de se quitter.
Nous étions restés dans le salon et nous étions occupés à manier et à examiner la poupée en cire. Toutà coup, sans volonté précise, nous appuyâmes un peu fortement sur la cire, comme pour la modeler nousmême. Un cri retentit dans la pièce voisine. C’était le sujet qui se plaignait vivement de ressentir une douleur, vio lente dans la jambe gauche.
Nous avions, sans le vouloir et de loin, provoqué une sensation de douleur chez la personne « envoûtée ». Nous ne discuterons pas ces phénomènes. Contentonsnous de les exposer dans toute leur simplicité ; ils sont par eux-mêmes suffisamment étranges, et nous jettent
86 l’initiation en plein inconnu, en un mystérieux avenir où la pauvre raison humaine risquerait fort de sombrer si elle se lais sait aller aux rêves et aux suppositions que de tels faits évoquent devant elle. (La Justice) Joleaud-Barral. ©MBS DE LA ROSE * CROIX (Extrait du règlement). L’Ordre kabbalistique de la Rose-Croix comprend’ trois grades, plus un suprême Conseil, directeur de l’Ordre.
Le Suprême Conseil présidé par Stanislas de Guaita comprend trois Chambres : la Chambre de Direction, la Chambre de Justice et la Chambre d’Administration. Un règlement particulier règle la composition du. Suprême Conseil et le mode d'élection et de renouvelle ment de ses membres. Tous les grades de l’ordre de la Rose-Croix sont ac quis à l’examen. Aucune dérogation ne sera faite à ceprincipe.
L.es grades sont au nombre de trois, conférant tous la dignité de Rose-Croix avec le titre de bachelier en kab bale pour le premier, licencié en kabbale pour le second et docteur en kabbale pour le troisième. Toute. personne désirant entrer dans l’Ordre doit en faire la demande à M. Papus, 29, rue de Trévise, Paris (Personnelle).
Une enquête est aussitôt ouverte sur le candidat d’après les titres fournis par lui-méme à l’apORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE CROIX O 7 pui de sa demande et d’après toutes les indications que le suprême Conseil pourra recueillir. Si cette enquête est favorable, le candidat est convo qué devant le jury d’examen au jour et à l'heure détermine's par le règlement.
Le premier examen porte : i° Sur l’histoire générale de la Tradition occidentale, nommément sur l’Ordre de la Rose-Croix et les tenta tives d’accaparement dont cet Ordre a été l’objet de la part des divers sectarismes; 20 Sur la connaissance des lettres hébraïques, de leur forme et de leur nom. La satisfaction aux connaissances énoncées dans ce programme donne au candidat le titre de bachelier et un diplôme spécial lui est délivré.
En cas d’échec à l’examen, l’ajournement est de deux mois. Le second examen porte : A— i° Sur l’Histoire générale delà Tradition reli gieuse au cours des âges, en insistant particulièrement sur l’Unité du dogme à travers la multiplicité des symboles. 20 Sur la connaissance des mots hébraïques quant à leur constitution, sans insister sur leur sens, non plus que sur les points-voyelles.
Cette partie de l’examen est orale, et, en cas de ré ception, elle est acquise au candidat. B— Outre cette partie orale, un examen écrit portant sur une question philosophique, morale ou mystique doit être subi par le candidat. Deux heures sont données pour, cette composition. La réception à l’examen donne le titre de licencié en kabbale et un diplôme spécial est délivré au candidat.
Le troisième examen consiste en la soutenance d'une thèse avec discussion sur tous les points de la tradition ■ orale. Cette thèse peut consister, soit dans une œuvre origi nale, soit dans la traduction d’un ouvrage ou d’une par tie d’un ouvrage ésotérique avec commentaires.
88 l’initiation Pour les membres de province ou de l’étranger, les examens oraux son,t remplacés par des thèses écrites. Telles sont les conditions générales sommairement ré sumées. Les règlements détaillés seront adressés sur demande. Dans le n° 65 du Voile d’Isis, Papus appelait l’attention des magnétiseurs sur l’urgence d’un effort sérieux pour parer aux efforts de la nouvelle loi sur l’exercice de la médecine.
Plusieurs d’entre eux ont répondu à cetappel. Ceux qui voudraient sejoindre à ce mouvementsont priés de s’adresser, 29, rue de Trévise. * » La préfecture de police commence à agir énergique ment pour interdire les séances de magnétisme données dans un théâtre, même à un public composé de per sonnes invitées particulièrement et à titre gratuit.
C’est ainsi que le lundi 4 avril, la société « la Mesmérienne > s’est yu interdire par le commissaire de police une séance de magnétisme donnée devant les sociétaires au théâtre Vivienne. * * •¥• Nous sommes heureux d’apprendre à nos lecteurs que M. Charles Henry, à qui l’initiation a consacré depuis quelques années plusieurs articles, vient d’étre nommé directeur d’un laboratoire de Psycho-Physiologie expéri mentale à l’Ecole des Hautes-Etudes. C’est là un honneur mérité s’il en fut, dont nousfélicitons bien vivement notre ami.
NOUVELLES DIVERSES 89 ¥ ¥ Des journaux quotidiens et quelques grandes revues se sont particulièrement occupés ces derniers temps de ¡’Occultisme et de ses progrès en France. Signalons particulièrement les articles du 25 mars dans la Justice, dans Y Echo de Paris, et les études de la Revue Encyclopédique (1er Mars), et surtout de la Nou velle Revue (Avril), qui consacre huit pages à l’analyse du « Traité » et de la « Kabbale » de Papus. * ¥ ¥ Un certain nombre de clients nous ayant simultané ment demandé les deux ouvrages suivants : au Seuil du mystère, par Stanislas du Guaita, et le Serpent de la Genèse (t. I, le Temple de Satan) du même auteur, nous n’avons pu leur fournir que ce dernier livre, l’autre étant épuisé chez l’éditeur. Comme nos clients paraissent convaincus que les deux ouvrages se font suite et se complètent mutuelle ment, nous tenons à bien notifier, une fois pour toutes, que le Seuil du Mystère et le Serpent de la Genèse, — quoique catalogués tous deux sous la rubrique générale (¡'Essais de Sciences maudites, — sont absolument indé pendants l’un de l’autre, qu’ils traitent de sujets forts différents, et ne se suivent pas plus que ne se suivent deux romans distincts d'une même série. Avis aux amateurs. Le jeudi 24 mars dernier, le journal The Light of Paris offrait à Mm0 Juliette Adam une soirée exception
l’initiation 90 nelle, en remerciement du haut patronage qu’elle a bien voulu donner au journal. La séance, présidée par M. Renaud, administrateur de la Nouvelle Revue, a été consacrée à une conférence de Papus sur l’ouvrage si profond de Mme Adam : Un Hâve sur le Divin, et à l’audition d’une poésie merveil leusement dite par son auteur, Emile Michelet.
A l'issue de la séance, plusieurs souvenirs ont été offerts à Mmc Adam de la part de la rédaction de Light of Paris, par Mlle de Wolska et Mme Florence Grey, de la part du Groupe d’études ésotériques, par Papus, de la part de la colonie américaine par M. Barett et MlI° Hess.
En outre, Mr Karl Goutherz, un peintre mys tique, a offert une reproduction de son œuvre princi pale : L’Incarnation du Verbe ; et M. Germain Pascal a offert Rhéa, un ouvrage occulte de grande valeur. M. Whitelaw-Reid, ministre plénipotentiaire des Etats-Unis à Paris, qui devait présider la séance, s’était fait excuser, étant retenu par un banquet officiel. M. de Bodisco, Chambellan de S.
M. l’Empereur deRussie, avait envoyé une dépêche de compliments à l’amie des Russes, M‘"e Adam. Lord Dufferin compte parmi les premiers abonnés du. Light of Paris. En somme excellente soirée à tous égards. Avis aux Magnétiseurs Comme corollaire à notre article du Voile d’Isis, nous donnons ci-dessous le texte des art. 17 et 18 de la loi ADOPTÉE EN 2e LECTURE PAR LE SÉNAT t Titre V. Exercice illégal. — Pénalités.
Art.
17. — Exerce illégalement la médecine: i° Toute personne qui, non munie d’un diplôme de docteur en médecine, d’officier de santé, de chirurgienNOUVELLES DIVERSES 91 dentiste ou de sage-femme, ou n’étant pas dans les con ditions stipulées aux articles 6, 3o et 34 de la présente loi, prend part habituellement ou par une direction sui vie au traitement des maladies ou des affections chirur gicales ainsi qu’àla pratique del’art dentaire et des accou chements, sauf les cas d’urgence avérée; 20 Toute sage-femme qui sort des limites fixées à l’exer cice de sa profession par l’article 4 de la présente loi ; 3° Toute personne qui, munie d’un titre régulier, sort des attributions que la loi lui confère, notamment en prêtant son concours aux personnes visées dans les para graphes précédents, à l’effet de les soustraire aux prescrip tions de la présente loi (1).
Les dispositions du paragraphe ier du présent article ne peuvent s’appliquer aux élèves en médecine qui agis sent comme aides d’un docteur ou que celui-ci place auprès de ses malades, ni aux gardes-malades, ni aux personnes qui, sans prendre de titre de chirurgien-den tiste, opèrent accidentellement l’extraction des dents. Art. 18. — Les infractions prévues et punies par la présente loi seront poursuivies devant la juridiction cor rectionnelle.
En ce qui concerne spécialement l’exercice illégal ¿le la médecine, de l’art dentaire ou la pratique des accou chements, les médecins, les chirurgiens-dentistes, les sages-femmes, les associations de médecins régulière ment constituées, les syndicats visés dans l’article 14 pourront en saisir les tribunaux par voie de citation directe donnée dans les termes de l’article 182 du code d’instruction criminelle, sans préjudice de la faculté de se porter, s’il y a lieu, partie civile dans toute poursuite de ces délits, intentée par le ministère public.
P. (1) D'après ce paragraphe, un médecin ne peut plus couvrir un magnétiseur de son diplôme. De plus, nous recommandons la lecture de la fin de l'article 1 8 ■aux adeptes du magnétisme curatif.
92 l’initiation occultisme ; Le Voile d’Isis (26 mars 1892), contient une commu nication de H. Pelletier sur un fait de divination spirite très curieux et tout récent; dans le numéro du 23 mars, Papus commence un essai de groupement des magnéti seurs, pour lutter contre le monopole des médecins; enfin ce journal relate les nouveaux développements du Groupe, et les nouvelles branches fondées ou en fonda tion.
Très intéressante, la Renaissance symbolique (mars 1892); l’article de J.-S. Doïnel sur le Symbolisme d’Isis est tout simplement magistral; dans Psyché, E. Michelet et Chaboseau continuent leurs remarquables travaux artistiques. L’Etoile (mars 1892) a commencé la publication du Poème de l'âme, si impatiemment at tendu.
La Paix universelle (iô-3i mars 1892) publie des travaux analytiques de Bouvier, qui donne en outre (ter-i5 avril 1892), une série de témoignages d’hommes éminents sur la réalité des phénomènes dits spirites. La Bibliographie méthodique de la Science occulte (livres modernes), bulletin trimestriel du Groupe ésoté rique, publié par la librairie du Merveilleux, vient de paraître considérablement augmentée.
A lire dans la Religion universelle (mars 1892), l’exposé de l’occulte, et différents travaux de J. Bearson. spiritisme : La Revue spirite (avril 1892) donne des récits inté ressants de différents phénomènes dus à des esprits. Le Moniteur spirite et magnétique [mars 1892), publie en supplément la réponse de M. Arthur d’Anglemont à l’article de F.-Ch.
Barlet, réfutation terminée par cette phrase : « Pour finir, nous déclarons que nous ne répon drons plus désormais aux critiques inconséquentes et sans portée qui nous sont faites par les rédacteurs de l’initiation, considérant ceux qui nous les adressent comme trop peu sérieux pour attirer notre attention. »
REVUE DES REVUES 93 Espérons que M. d’Anglemont tiendra parole. M. Lau rent de Faget se demande toujours (Controverse frater nelle) s’il est spirite ou s’il ne l’est pas : nous osons croire qu’il l’est, et qu’il le restera longtemps. MAGNÉTISME : La Revue des Sciences Psychologiques illustrée contient la suite des articles de MM. Moutin et Goupil.
Le Jour nal de Magnétisme (i5 mars 92) continue les extraits du traité de magnétisme de son directeur. La Chaîne magné tique (i5 mars.1892) donne la suite des procès de M. Auffinger, et un article de H. Pelletier. HYPNOTISME : A voir dans les Annales de Psychiatrie el d’Hypnologie (Mars 1892), la Poésie chez les Aliénés par le Dr Moreau de Tours, et différents articles spéciaux des Drs Prengrueber, Targowla et Encausse.
Les Annales des sciences Psychiques (mars-avril 92), donnent des docu ments originaux, et différents articles fort bien faits de Camille Flammarion, de O. Lodge, et du Dr Bachmann. divers : Revue Philosophique (avril). Lesamateurs de polémique trouveront de quoi faire ample provision de documents dans l’article que M. Paul Janet consacre au « Spiri tisme ».
M. Janet regrette que le congrès de 1889 n’ait pas consacré quelques séances à la discution de ses tra vaux. Nous ne le regrettons pas, car cela nous eût sans doute privés de l’étude que vient de publier M. Paul Janet. La Revue de la Science Nouvelle (avril 92) publie un remarquable travail de P. A. Hélie sur le Bouddhisme, le Stoïcisme et le Christianisme.
Dans le numéro de la Plume (i5 mars 92), voir un très remarquable article de M. Durand-Tahier sur l’influence néfaste du mysticisme en art, et une désopilante chronique de M. Pierre Trocy sur Comment on devient Mage, de M. Peladan. M. Ch. Lambert donne des variations sur l’Occulte dans l’Har monie (Janvier 1892).
94 l’initiation Langues étrangères. Langue anglaise. — Recommandons à tous nos lec teurs The Revient of Reviews de Londres qui analyse im partialement tous les travaux faits sur toutes les ques tions dans les revues du monde entier. The Key (de Londres) continue ses études sur la clairaudiance et la clairvoyance. Langue espagnole. — Le Revista de Barcelone conti nue la publication d’importants travaux sur le Spiritua lisme.
Un nouveau journal El espiritismo vient de paraître à Barcelone. Langue italienne. — Lux de Rome est spe'cialement recommandée à tous nos lecteurs connaissant l’italien. Langueallèmande.— Le Sphinx de Munich (mars 1892) entre dans une nouvelle phase de son existence : une communication des directeurs annonce l’agrandissemeut de son programme, et des améliorations quant à la par tie matérielle de cette Revue, qui était fort soignée.
Elle formera désormais, grâce à son augmentation de volume, trois tomes par an au lieu de deux. Dans l’article de tête, le docteur Hübbe-Schleiden détermine les plus larges bases sur lesquelles travailleront les collabora teurs nouveaux.
« Il n’y a pas de religion plus élevée que la vérité », telle est la devise de son NaturalismeIdéaliste », et il se propose d’en rubriquer toutes les croyances, toutes les églises et toutes les branches de la science aux représentants desquelles il ouvre sa Revue. Le principe de cette large hospitalité, ce sera le mysti cisme,« comme le noyau de toute religiosité, dépouillée des formes des religions positives ».
C’est ainsi qu’en plus des études scientifiques philosophiques, une large place sera réservée à la poésie, à la musique, aux arts plastiques; de plus, faire prendre à cet ensemble de travaux plus d’intérêt à la vie sociale et à la contempo ranéité ; et enfin chercher à en faire pénétrer l’influence, au moyen de la poésie et de l’art, dans des cercles plus
LIVRES REÇUS 9 5 larges que ceux qui s’e'taient jusqu'à présent occupe's de ces questions. A lire dans ce fascicule du Sphinx de du Prel :1a Psycho logie au point de vue des sciences secrètes, une e'tude historique sur Faust, par C. Kiesewetter ; on y a traduit le fragment de Nos Bêtises inséré dans le Traité de Papus enfin des dessins fort artistiques de Fidus complètent ce numéro très réussi. Tous mes compliments au Dr HubbeSchleiden. SÉDIR.
Edouard Dubus. — Quand les violons sont partis, i vol. (compte rendu prochainement.) Charles Henry.— Les Odeurs. Démonstrations prati ques avec l’olfactomètre et le pèse-vapeur ; librairie Hermann. Paris. Henri Lizeray. — Les Traditions nationales retrou vées. Prix : o fr. 5o Carré éditeur. Albert Hubner. — Gaspillage du Budget de la Guerre (Nos cartouches métalliques) 2e mille. Prix: i fr. 25, chez l’auteur, 52, Rue Bondy, Paris.
Mûris et ses amis. — Le Crédit ouvrier et la Grève de TUrbaine, 21, Rue Croix-des-Petits-Champs,Paris. X... — Circulaire confidentielle du Grand Rabbin aux journaux leur appartenant. M. P. Régla : Les Bas-fonds de Constantinople. Ce nouveau livre de l’auteur de La Turquie officielle
L INITIATION 96 et de Jésus de Nazareth est bien l’œuvre la plus vivante et la plus étrangement documentée qui ait été écrite sur les mœurs si ignorées des peuples divers dont les pas sions grouillent dans les bas-fonds de Constantinople. Femmes turques, grecques,arméniennes, et levantines, prêtresses de Sapho, mangeuses et mangeurs de haschich, chefs de voleurs et de mendiants, chiens des rues, colonies étrangères, diplomates, espions et conspirateurs s’y cou doient dans une suite de scènes et de tableaux où, avec une verve et un esprit critique, souvent endiablé, mais toujours correct, l’auteur se montre aussi bon observateur que psychologiste remarquable. Avec M. Paul de Régla, point n’est besoin de quitter Paris pour connaître l’Orient et ses mystères les plus cachés: quelques heures d’une lecture toujours facile et entraînante en apprendront davantage au lecteur qu’un séjour de plusieurs mois dans la capitale ottomane. NÉCROLOGIE Au moment de mettre sous presse nous recevons d’Espagne la nouvelle de la mort de Mmo Tarrat y Bernis, mère d'un de nos bons amis représentant le Groupe à Barcelone. Que notre frère veuille bien croire que sa douleur est partagée par tous ses amis de France. Le Gérant : Encausse. IMP. E. ARRAULT ET C10, 6, RUE DE LA PRÉFECTURE, .TOURS.
L'Initiation du i5 avril 1892 Georges CARRÉ, éditeur, 58, rue St-André-des-Arts, Paris. ŒUVRES DE PAPUS Le Tarot des Bohémiens, le plus ancien livre du monde. 1889. 1 vol. in-8 raisin de 372 pages avec nombreuses figures et planches hors texte.
Prix.................................................... 9 fr. » Le jeu de Tarots, transmis par les Bohémiens de génération en génération, est le livre primitif de l’antique initiation, ainsi que l’ont montré Guillaume Postel, Court de Gébelin, Etteila, Éliphas Lévy et J.-A. Vaillant. La clef de sa construction et de ses applications n’a pas été découverte jus qu’ici.
L’auteur a voulu combler cette lacune en fournissant aux initiés, c’est-àdire à ceux qui connaissent les éléments de la Science occulte, un instrument rigoureux grâce auquel ils puissent pousser plus avant leurs études. Le lecteur profane y trouvera l’exposé d’une philosophie et d’une science des plus élevées, celles de l’Égypte.
Le livre est établi de telle sorte que chaque partie forme un tout complet, qui peut, à la rigueur, être étudié séparément. Traité méthodique de Science occulte, avec préface de Ad. Frank, de l’institut. 1891, 1 fort vol. in-8° raisin de 1200 pages, avec 400 gravures et tableaux, 2 planches phototypiques hors texte, suivi d’un glossaire de la Science occulte.........................
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Chacun veut connaître les enseignements de la Kabbale, du Boudhisme de la Magie et de toutes les doctrines qui montrent comment la Scieuce vient appuyer les anciennes traditions et les données de la Foi, loin de les détruire. — Il n'existait pas jusqu’à présent d’ouvrages mettant chaque lecteur à même ne posséder rapidement ces questions sans grande connaissance philosophique ou scientifique antérieure. Cette lacune vient d’ètre heureusement comblée.
Le Traité méthodique de Science occulte de Papus est une véritable encyclopédie de la question, composée de telle sorte qu’on peut y trouver, soit seulement les données générales sur la doctrine secrète et ses enseignements touchant la Naissance et la Mort, soit les études techniques les plus détaillées sur les Nombres, sur la Kabbale, sur F Alchimie, la Franc-Maçonnerie, etc., avec une traduction correcte des 10 premiers chapitres de la Genèse.
Ce livre est donc utile à tous, lecteurs mondains, savants philosophes. Un glossaire de termes techniques et deux tables alphabétiques accompagnent ce volume de 1,200 pages; 400 tableaux et gravures, 3 planches hors texte éclairent les passages difficiles ; enfin une table particulière permet au lecteur de retrouver les extraits des 485 auteurs cités. M. Ad.
Franck (de l’institut) a bien voulu écrire la préface de cet important ouvrage auquel plusieurs œuvres littéraires récentes donnent un cachet tout particulier d’actualité. La Kabbale (tradition secrète de l’Occident). Résumé métho dique, ouvrage précédé d’une lettre d’Ad.
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L’Initiation du i5 avril 1892 Georges CARRÉ, éditeur, 58, rue St-André-des-Arts, Paris. ESSAI SUR LA PHILOSOPHIE BOEDÖHIOUE Par Augustin CHABOSEAU Un vol. in-8. Prix.......................................... 5 fr. Le Fluide des Magnétiseurs Précis des expériences du baron De BEICHENB&CH Sur ses propriétés physiques et physiologiques CLASSÉES et annotées Par le lieutenant-colonel DE ROCHAS D’AIGLUN Administrateur de l’Ecole Polytehnique Un.vol. in-8, avec figures. Prix............. 5 fr. LEÇONS CLINIQUES SUR LES PRINCIPAUX PHENOMENES DE L’HYPNOTISME ‘Dans leurs rapports avec la pathologie mentale Par J. LUYS Membre de l’Académie de médecine, médecin de la Charité Un vol. in-8 raisin, avec i3 planches en photogravure. Prix.......................... ..... 12 fr.
L’INITIATION T“ms) DIRECTION 14, rue de Strasbourg, 14. PARIS Directeur: l=»a.je=>tljs O Directeur-adjoint : Lucien MAU CH EL Rédacteur en chef : George MONTIERE Secrétaires de la Rédaction : CH. BARLET. — J. LEJAY ADMINISTRATION ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO Gt. G A JFt K É 5<?, rue Saint-André-des-Arts PARIS FRANCE, un an. 10 fr. ÉTRANGER, — 12 fr.
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