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L'initiation < T' 'Si Hypnotisme* Force psychique Theosophie, Kabbale Gnose, Franc-Maçonnerie Sciences Occultes ANNÉE ■ SOMMAIRE DU Nß (Mars 1S92) PARTIE INITIATIQUE... PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE... PARTIE LITTÉRAIRE,... BIBLIOGRAPHIE. ... La Naissance............ (p. ig3 à 204). Etudes d'orientalisme. (p. 205 à 220). La Psychométrie....... (p. 220 à 238). Les Nombres............ (p. 238 à 246).
L'Astrologie............... (p. 246 à 2 55). Occultisme pratique... (p. 255 à 25g). Un rêve sur le Divin (A suivie)............... . Juliette Adam. (p. 260 à 265) N Philippe Destal (A suivre) George Montière. (p. 266 à 269). Quelques constatations sur la physiologie psychologique......... Paul Sédir. (p. 270 à 274). Dr Gardener. Yvon le Loup. Dr Délézinier. Selva. H. Pelletier.
St-Yves d’Alveydre Groupe indépendant d'Etudes ésotériques. — Ordre kabbalïstique delà Rose-Croix. — Transmission immédiate de la volonté. — Nouvelles diverses. — Revue des Revues. — Livres reçus. Rédaction rue de Trévise. 2 g PARIS Administration, Abonnements : 58, rueSt-André-des-Arts. 58 PARIS . Le Numéro ; UN FRANC. — Un An : DIX FRANCS ... ...... _ .1
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion ; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. \ L’Initiation est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d’wn même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement ■physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l'arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le militarisme et la misère. Enfin l’initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de-la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde.
L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 5o icdacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études. La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits.
Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier. L'Initiation paraît régulièrement le i5 de chaque mois et compte déjà trois années d’existence. —Abonnement: io francs par an. MTos abonnés reçoivent broché avec ce numéro une prime phototypique représentant Eliplias Lévi, le grand occultiste français, sur son Ait de mort.
L’Initiation du i5 mars 1892 Principaux Rédacteurs et Collaborateurs de li Initiation i° PARTIE INITIATIQUE F. Ch. Barlet. S.'. I.*. & — Stanislas de Guaita. S.'. I.'. 4? — Julien Lejay, S.’. I.-. & — George Montière, S.-. I.-. & — Papus, S.'. I.‘. £. 2° PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Abil-Marduk. —Aleph. — Le F.-. Bertrand 18e.•. — René Caillié. — A. C. Tshéla. — Camille Chaigneau. — Chimua du, Lafay. — G.
Delanne. — Dei.ézinier. — Jules Doinel. — Fabre des Essarts. — Jules Giraud.— Horace Lefort. — L. Lemerle.— Donald Mac-Nab. — Marcus de Vèze. — Lucien Mauchel. — Napoléon Ney. — Eugène Nus. — Horace Pelletier. — Philophôtes.— G. Poirel.— Quærens.— Raymond.— A. Robert.—■ A. de Rochas. — Rouxel. — H. Sausse. — Paul Sédir. — Selva.- L. Stevenard. — Pierre Torcy. — G. Vitoux. — F. Vurgey. — Henri Welsch. — Oswald Wirth.
3» PARTIE LITTÉRAIRE Maurice Beaubourg. — E. Goudeau. — Manoël de Grandford. — Jules Lermina. — L. Hennique. — R. de Maricourt - . — Catulle Mendès. — Emile Michelet. — George Montière. ■ Léon Riotor. — Saint-Fargeau. — Ch. de Sivry.— Ch. Torquet. 4° POÉSIE Ed. Bazire. — Ch. Dubourg. — Rodolphe Darzens. - R. de Maricourt.— Paul Marrot. —Robert de la Villehypvé.
L’Initiation du 15 mars 1892 Georges CARRÉ, éditeur, 58, rue St-André-des-Arts, Paris. VIENT DE PARAITRE : LES MAISONS DE TOLÉRANCE LEUR FERMETURE Pat L. FIAUX, ancien membre du Conseil municipal Un fort vol. in-18. Prix................... 3 fr.
5o Au moment où l’attention publique est de nouveau fixe'e sur l’irritante question de la police des mœurs, par les arrestations répétées de femmes honnêtes et par le projet de loi relatif aux logeurs, voici un livre qui vient à propos. M. L. Fiaux, dont les études sur la prostitution, pendant son séjour au Conseil municipal, ont été justement remarquées, fait paraître un volume exclusivement consacré aux maisons publiques.
Il y étudie leur grandeur et leur décadence : bien avant l’appa rition des brasseries de femmes et caboulots, les maisons étaient en effet en pleine décroissance à Paris, dans les principales villes de France et même d’Europe.
M. Fiaux dévoile sans ambages les indignes traitements auxquels les femmes internées sont soumises par les tenancières dont il donne une vivante psychologie : le recrutement des pensionnaires, les syndicats de proxénètes, les séquestrations authentiques de mineures, les vols, les dettes impo sées, la vie., professionnelle obligée, etc., sont tour à tour passés en revue.
Plusieurs chapitres sont consacrés aux révoltantes et délictueuses immoralités qu’hospitalisent un grand nombre de maisons avec la tolérance administrative : la tenancière y paraît digne fille du marquis de Sades.
M. Fiaux montre en terminant quels désastres les maisons ont causé dans la santé publique, contrairement au préjugé en cours sur la fameuse garantie, et quels efforts malencontreux à faits l’Administration pour conjurer la disparition des maisons, allant jusqu’à déchirer en faveur des proxénètes les règlements qu’elle a elle-même édictés.
Au nom de la dignité humaine, du respect de la femme, de la moralité et de la santé publiques, l’auteur réclame la fermeture de ces repaires. Iln’estpas inutile défaire remarquer qu’un des plus éminents professeurs de la Faculté de Médecine, M. Alfred Fournier, s’est associé à cette vive campagne, en accep tant Ja dédicace de ce livre hardi.
PARTIE INITIATIQUE W --------------------------- J1 est quelque chose d'aussi grave que la Mort : la Naissance. La Vie est le sourire de la Nature ; la Naissance est le baiser qu’elle donne à l’âme humaine. Respect à la Femme : la présence réelle de la Na ture est en elle. Ionah, la vertu plastique de la nature, l’habite et s’y plaît.
Tous nos amis connaissent M. le marquis de Saint-Yves d’Alvevdre comme l’un des savants contemporains les plus versés dans l’étude de la sociologie. La première partie de la vie publique de M. de Saint-Yves a été consacrée à l’étude de l’ésotérisme, et dès 1876 paraissait sa première œuvre d’occul tisme. Nous détachons de cette œuvre tort peu connue l’extrait suivant sur la Naissance.
On voit que M. de Saint-Yves est véritablement le doyen des écrivains français s’occupant de ces questions. Après la publication de ses œuvres d’ésotérisme M. de SaintYves s’est exclusivement consacré à l’étude de la Science sociale et, aujourd’hui, il doit être considéré comme un savant appli quant à des réalisations pratiques, les efforts théoriques de la première partie de sa vie.
Nous le remercions vivement de nous avoir donné l'autori sation spéciale de reproduire des extraits de ses premiers essais sur l’Ontologie. 7
l’initiation 194 Rouah, ¡’Esprit, ¡’Amour, descend du Ciel se reposer et se jouer dans son cœur; le grand secret de la Création lui sourit dans un enfant, lorsqu’une âme descendue en elle la regarde à travers des yeux. Immortelle après la Mort, l’Ame l’est avant la Nais sance. Par la Femme, dans ¡’État Social, les Ancêtres ren trent dans les Générations.
Evoqué à la Vie sociale conformément aux Mys tères du Saint-Esprit, et à ceux du Père, ou d’une manière profane, ¡’Ancêtre immortel qui va devenir ¡’Enfant sujet à la Mort physique, vient, à son temps, marque là où il doit venir. Pendant cette évocation, qui commence par une promesse et un vertige d’immortalité, selon son degré dans les Hiérarchies psycurgiques, l’âme quitte l’un de ses séjours cosmogoniques, et vient.
Invisible, mais sensible aux cœurs épris, elle hante doucement la femme qu’elle doit hanter, et durant neuf révolutions lunaires, noue ses effluves sidérales, par le sang et parl’Amede la Mère, au corps terrestre dont la première aspiration va l'engloutir. Ce nom d’Ame, en français, est magiquement con forme au Verbe céleste. Il est la racine même d’Amour. Qu’est-ce que l’Ame ?
Ouvrez avec les clefs voulues, le texte hébreu du Sépher Bœreshith, le livre des principes cosmogo niques, et, si Dieu le veut, la science divine des Sanctuaires Egyptiens vous répondra par Moïse, et vous dira ce qu’est Aïsha, faculté volitive d’Aïsh.
LA NAISSANCE ig5 Un ancêtre vénéré à levé premier le voile du sens caché ; mais, pas plus que lui, je ne veux lever le second, si ce n’est en parlant, au second chapitre, du Mystère des sexes et du nom de Jéhovah; Voici tout ce que je puis dire pour le moment. Principe immortel de l’Existence, cause rayonnante à travers le corps visible et le corps invisible, l’Ame est.
La Théurgie la trouve ; la Psycurgie, qui est la science et l’art d’aimer et de vouloir, la prouve expé rimentalement. En physiologie, elle est la force qui anime et meut, attire ou repousse, élit ou élimine. La Naissance est donc grave; l’Amour et les Sexes sont choses religieuses ; et rien n’est banal dans la Nature pas plus qu’en Dieu. La Naissance est la corporation des âmes. Vous préexistiez à votre naissance, vous survivrez à votre trépas.
C’est pourquoi, au nom de Moïse, au nom de Jésus et de Mahomet, debout ! Et écoutez ! Savoir, c’est se souvenir : Souvenons-nous donc ensemble. Ames immortelles, qui, dans l’Espèce ter restre, soupirez après le Règne Céleste de l’Homme et voulez le Divin de la Vie. Dans les Mystères du Saint-Esprit est la Science totale, l’Art complet, l’Amour parfait de la Vie.
Ils se révèlent dans l’Aurore du jour, dans les yeux des Fiancés et des Époux, dans le sourire et les larmes de la Maternité. Penchez-vous sur ce berceau, Orient de la Vie sociale, tombeau de la Vie cosmogonique de l’Ame.
196 l'initiation Dans cet enfant palpite w# Mystère du Saint-Esprit et de Y Épouse du Père. Cet enfant est un ancêtre, une âme céleste, dans une effigie terrestre, une immortalité qui vient se mortifier, se purifier dans la douleur, se parfaire dans l’épreuve, poursuivre, où et comme il le faut, soit l’ex piation, soit l’élaboration, soit la mission, soit la création, depuis des siècles commencées et reprises.
L’inégalité des conditions n’est donc, pour le Sage, que ce qu’elle devrait être dans un État Social par fait : l’échelle d’équité qui gradue les états psycurgiques, les nécessités indispensables aux âmes pour évertuer leur bonne volonté dans une sphère sociale correspondante à celle de leur Ciel.
C’est pourquoi l’Iniatiation graduée des Sexes et des Rangs est voulue parla Providence, afin que l’homme cesse de maudire le Destin, qui, le plus souvent, est la loi qu’a suscitée sa volonté.
Mais, je lésais, la Science seule ne peut éclairer vos Ames, et je vais demander à l’art un Secret psycurgique, grâce auquel, doucement, les poètes de la Promesse pourront par la suite les attirer et les entraîner dans le mouvement de la lumière du Saint-Esprit. Ainsi, cette âme est née au monde des effigies et des épreuves ; et elle en crie.
Son élément était le fluide céleste, là Lumière inté rieure de l’Univers, l’Ether spiritueux, le dedans et l’endroit de la Substance cosmogonique. La voilà à l’envers, au dehors, en pleine nuit. Elle ne voit plus son corps céleste, il s’éclipse. Elle en a perdu la science, la conscience, la vie
LA NAISSANCE 197 réelle. Son intelligence se ferme, sa clairvoyance directe ne voit plus, son entendement n’entend plus, sa sensibilité psycurgique est partout accablée.
Entre elle et l’Univers s’interpose un obstacle ter rible, quelque chose d’obscur et de limitant, de courbe, d’obtus, d’âcre et de chaud, étrange composé qui bruit et fourmille, voile savamment et artistement tissé, replié sur lui-même et sur elle, dont toutes les contextures animées, images de l’Univers, en commu nion précise avec Lui, figures des facultés de l’âme, en conjonction substantielle et spécifique avec elle, s’en lacent et l'enlacent dans les méandres tortueux des organes et des viscères : c’est le corps.
Si le corps crie, c’est que l’Ame souffre. Elle veut fuir, mais elle retombe dans une irradia tion qui lui rappelle la lumière vivante Ionah, la subs tance céleste; c’est un baiser maternel. Parfois il lui semble qu’elle est morte.
Elle se rap pelle comme dans un songe l’immensité de cette Lumière secrète où elle se baignait nue dans des tour billons resplendissants, les croupes, les vallons éthérés d’un astre aimé, sans atmosphère élémentaire, sans attraction physique, monde des essences, des arômes et des parfums de la vie, d’où elle entendait monter et descendre les Harmonies et les Mélodies intérieures des Temps et des Espaces, des Etres et des Choses, d’où elle s’élançait, frémissante, à la voix intime des bienaimées et des bien-aimés pour contempler Shamaïm, l’Ether, la Mer azurée du Ciel, les îles, les flottes sidé rales, les mouvements de leurs Génies animateurs et de leurs Puissances animatrices.
igS l’initiation Comme un reflet d’étoile sur une eau qui fris sonne, un souvenir tombe et tremble encore en elle de la grande réalité. Elle exhale encore la céleste ambroisie des Mystères éternels du Saint-Esprit : et les effluves de l’autre Monde ne s’évaporent que lentement de sa balsa mique essence que la Mère boit, respire et baise avec une ivresse étrange pour les profanes. Ne t’envole pas, doux reflet de l’astre des Mages !
Immortelle, souviens-toi ! Elle croit les voir encore, les blanches, les divines, hommes et femmes, déesses et dieux diaphanes, lumineuses formes, types de la Beauté, calices de la Vérité, se mouvant, planant, s’enlaçant dans les ondes magiques du céleste Amour, dans les commu nions éblouissantes de la Sapience.
Ne sont-ce point encore les Théories sacrées, les Poèmes vivants du Verbe occulte, les Hymnes des Pensées créatrices, les Symphonies des Sentiments animateurs, les enseignements hiérarchiques des Cer cles psycurgiques, le trouble saint des Grands Mys tères, les Dieux, rayon du Dieu, dont la Lumière est l’Ombre, le sillon lumineux, le vol aromal des Génies, des Envoyés, des Intelligences parfaites des Esprits immortels, des Ames victorieuses et glorifiées.
O vertige ! là, n’est-ce point encore le quadruple cercle inférieur des âmes montant ou descendant, l’Océan fluidique, étincelant, sur lequel passe la brise de l’Amour, dans le fond duquel crient la Naissance et la Mort? N’est-ce point encore... ? Mais qu’allais-je dire?
LA NAISSANCE 199 • Que s’est-il donc passé ? Chante fille des dieux ! Ecoutez !
Un grand trouble, un vertige, un enivrement subit, une lourdeur étrange, un magnétisme lointain, une attraction douce et terrible, une incantation des Astres, un mot d’ordre, un cri de sphère en sphère, des adieux déchirants à la Vie Supérieure, aux bienaimées, une prière, une cérémonie solennelle, aux rites funèbres, une dernière étreinte, un dernier baiser, un serment de se souvenir et de revenir, un Génie aux pieds ailés qui prend l’immortelle et l’entraîne vers les Gouffres.
L’Immensité d’en haut qui se ferme, celle d’en bas qui s’ouvre avec fracas, l’Océan tumultueux des générations, Abîmes d’Ames gagnant ou quittant la cime ou le fond de l’atmosphère d’un autre astre, bataille électrique des passions et des insticts de la Terre... puis... quoi donc ? C’est l’orbe de la Terre, c’est l’Océan métallique déroulant ses flux, enroulant ses reflux.
On traverse des tourbillons d’Ames qui s’élèvent ou s’abaissent, les unes diaphanes et pures, spiritualisées et légères, s’exhortant à vaincre cellesqui s’opposent, à gravir dans la Lumière l’échelle des rayons célestes, à franchir la région des Nuées et des courants fluidiques, à gagner la Citadelle Ignée du Feu supérieur, les cercles de l’Ether; les autres, obscures et marbrées de taches comme des peaux de fauves et de reptiles, souillées par les vices, enténébrées par les crimes, matérialisées par l’instinct, alourdies par l’Egoïsme, impuissantes à briser les Fleuves Electriques de l’Air, emportées parles Orages et les Vents, roulant loin de
200 l’initiation la barque d’Isis dans le Puits démoniaque de PAbîme ; dans le vertigineux cône des ténèbres que la Terre traîne dans les Cieux criant dans le Silence, s’accro chant aux premières et essayant de les entraîner avec elles pour diminuer d’autant le poids épouvantable du Destin. — Qu’est-ce encore ? Souviens-toi !
Ce sont dans l’atmosphère les Nuées, les grands Courants polaires, les souffles de l’Orient, les rafales de l’Occident, les Fleuves aériens secouant l’écume des nuages, agitant leurs serpents électriques: c’est l’Océan inférieur de l’Air avec ses quatre régions, celle des aigles, des grands migrateurs, des alouettes et des colombes.
Dans cette dernière, commence le règne de la Substance plastique sur la Terre avec ses quatre Nômes : Minéral, Végétal, Animal, Hominal, et ses sept Tourbillons de Puissance génératrices et de Gé nérations spécifiées.
Après les cirques et les amphithéâtres vertigineux des montagnes blanches, après la féerie éblouissante des glaciers et des abîmes, voici venir à l’infini des molles ondulations des collines vertes, l’écoulement écumeux des torrents, le serpentement écaillé des rivières et des fleuves métalliques, le balancement des forêts sonnantes, l’immensité circulaire des cam pagnes herbeuses, où courent et se jouent des fris sons.
C’est laTerre, l’une des mille citadelles du royaume de l’Homme, fils immortel et mortel &e.Dieu-les-Dieux, c’est Demèter, c’est Adamah, le monde des Effigies et
LA NAISSANCE 201 des Réalités physiques, l’Enfer, le Purgatoire, le Para dis, selon l’Ame qui s’incarne, selon l’Esprit qui règne dans la chair des Ames incarnées, selon la Eoi, la Loi, les Mœurs de l’Etat social.
Voici les cercles de pierres des Métropoles, des Cités, des Villes et des Villages, avec le bourdonne ment des voix d'airain qui, du haut des dômes et des clochers scande et annonce au-dessus du fracas des grandes eaux populaires, la Naissance et la Mort. L’Immortelle s’arrête brusquement; s’attachant avec force à la clarté des Astres; elle mesure l’espace parcouru, la distance qui la sépare des Cieux. — Grâce ! dit-elle à son guide !
« — Courage! Tu l’as juré! Là-haut la couronne de la Foi, là-bas l’Epreuve. » — Pardonne! oui, j’ai peur! Si là-bas, j’allais ne plus pouvoir rassembler mes souvenirs! « — Tu le pourras en rassemblant les Sciences. » — Du moins, dis : dans quel Etat social, dans quelle Race, dans quelle Nation, dans quel Foyer. » « — Ici, répond le Guide ailé des âmes, ici la Généthliaque céleste indique la trame de ta destinée. — Pour longtemps ?
« — Jusqu’à l’accomplissement. » — 0 mon Génie ailé, quels sont ces chœurs d’Ames qui nous suivent? « — Ce sont les ancêtres qui te font cortège; car je vais remonter. » — Déjà? Je me sens de nouveau défaillir ! «— Courage donc, Ame immortelle ! Je reviendrai, si tu sais vouloir. »
202 l'initiation — Où suis-je? Ciel, Terre, tout adisparu ; mais une attraction invincible m’enchaîne tout entière. « — Ame immortelle, voici ta Mère ! « — Au nom de Dieu, au nom de la Nature, au nom i’iod et de Hévah, voici ta patrie vivante ici-bas. « — Sois unie à elle par toutes les puissances ma giques de la Vie !
« — Adieu ! » Elle se rappelle encore ses entretiens avec l’Ame maternelle, leur indivisible et mutuelle pénétration, leurs communions mystérieuses, pleines de souvenirs et d’espérances sur-terrestres, douleurs et joies, fris sons, extases, musiques muettes, le lent enroulement des neuf cercles séléniques, l’incantation des épigénèses, puis... une souffrance cruciante, terrible, une vapeur sulfureuse, un effluve ferrugineux montant brusquement des Gouffres ignés de la Terre, tourbillon nant, l’arrachant à l’Ame maternelle, la clouant à un vide pneumatique, à un antre pulmonaire chaud, mouvant... un cri dans cet antre, dans cette effigie creuse et... le Souvenir rentre dans ses profondeurs avec les Innéités célestes.
Il ne revivra plus que par la Science. O vous qui mettez votre honteux honneur à des cendre du gorille, vous mériteriez de n’en pas remon ter. Éloignez-vous de ce Mystère céleste ; laissez prier ici les femmes. Elles sauront dire au moins : « Notre Père qui êtes aux Cieux. » Vous, restez, Vierges, Épouses, Mères, Aïeules,
LA NAISSANCE 203 Druidesses de l’Arbre de Vie ; restez près de ce Gui vivant, priez l’Ancêtre des ancêtres. Et sachez que si, dans le cercle des Générations, le Père donne le germe de l’effigie, le mouvement initial de l’Espèce, la Mère sa substance et la forme spécifiée, contrairement aux âmes des animaux, qui viennent du feu terrestre, l’Ame humaine vient du Ciel. — Appelez donc le prêtre pour qu’au nom de l’Etat social, l’Espèce humaine salue la loi du Règne et l’ordre du Royaume. — Quel prêtre, direz-vous? — Celui de votre Foi et de vos mœurs sociales ; pope, curé, pasteur, rabbin ou marabout. Faites accueillir solennellement ce nouveau-né. Car. en vérité, je vous le dis : La Naissance est chose aussi grave que la Mort, et c'est un des mys tères qu’il fallait entrouvrir à vos yeux. Saint-Yves d’Alveydre.
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE LINDE ANTIQUE I Grâce aux travaux encore troppeu connus des India nistes modernes, on ne peut plus mettre en doute aujourd’hui la très haute antiquité de la civilisation hindoue. Il y a cinquante ans environ, des hommes de très grande valeur et dont l’esprit intuitif devançait celui de leur époque, se doutaient bien que l’Inde avait été le berceau du monde ; cependant ils n’osaient pas encore l’avouer ouvertement. Ainsi Bâtissier, dans son Histoire de l'art monu mental, disait : « Il n’est pas de pays qui se présente à notre imagination entouré de plus d’intérêt et de prestige que l’Hindoustan, c’est par cette contrée que commence l’histoire du . monde, et c’est là qu’ont dû vivre et s’assembler les premières familles humaines.
ÉTUDES D’ORIENTALISME 205 Il est vrai de dire aussi que la nature n’a offert nul part à l’homme un séjour aussi riche, aussi délicieux. Si l’Inde ne fut pas le berceau du genre humain comme le prétendent quelques érudits, elle offre à coup sûr une des premières civilisations que les peuples aient consignées dans leurs annales.
Dès les temps les plus reculés, elle envoyait déjà aux autres nations du monde ses pierres précieuses, ses bois rares, ses suaves parfums et ses étoffes qui nous semblent encore aujourd’hui tissées par la main des fées. Plus d’un sage de l’antiquité païenne est allé puiser auprès des Brahmanes l’enseignement d’une haute morale et emprunter à leur panthéon les dieux et les symboles des puissances célestes qui gouvernent l’Univers.
Demandez à certains auteurs, et ils vous diront avec quelles divinités l’Egypte, la Perse, l’Etrurie et l’Attique ont peuplé leur Olympe. » Par les lignes qui précèdent, écrites il y a près de cinquante ans, Bâtissier reconnaissait, sinon ouver tement, du moins tacitement, que l’Inde a été le berceau du genre humain.
Mais, depuis cette époque, les travaux des Indianistes tels que ceux de William Jones, de Colbrooke, de Weber, de Lassen, de Bird, de Roth, de Max Muller, de Stevenson, de Windischmann, de Burnouf, de Lenormant, de Milloné et d’autres encore ; tous les travaux de ces éminents auteurs ne peuvent laisser subsister aucun doute sur la très ancienne civilisation de l’Inde.
Louis Jacolliot. dans sa Bible dans l’Inde, nous dit que ce pays « est le berceau du monde, que c’est de là que la mère commune, en faisant rayonner ses
2o6 l’initiation fils jusque dans les contrées occidentales, nous a légué à tout jamais, comme signe de notre origine, sa langue et ses lois, sa morale, sa littérature et sa reli gion ».
Et M. Jacolliot ne se contente pas d’affirmer, il donne des preuves à l’appui de ses affirmations ; il passe en revue, les lois, les usages, les coutumes, la langue et la religion des Hindous, et il en montre les traceset les empreintes caractéristiques et pour ainsi dire indélébiles, que l’on retrouve dans la civilisation hindoue, dans la législation, les usages, les coutumes, la langue et les religions des peuples anciens et mo dernes de l’Europe.
Ne pouvant citer en entier la préface du livre en question, nous nous bornerons à'donner quelques lignes qui la terminent et lui servent pour ainsi dire de conclusion : « La science admet aujourd’hui, y est-il dit, et cela comme une vérité qui n’a plus besoin de démons tration, que tous les idiomes de l’antiquité ont pris naissance dans l’extrême Orient ; grâce aux travaux des Indianistes, nos langues modernes y retrouvent leurs racines et leurs bases.
N’est-ce pas hier que le regretté Burnouf disait à ses élèves, à la suite d’un cours : « Combien nous comprenons mieux le grec « et le latin depuis que nous étudions le sanscrit ! » « N’est-ce pas aujourd’hui qu’on rattache à la même origine les langues slaves et germaniques? « Manou a inspiré les législations égyptienne, hé braïque, grecque et romaine, et son esprit domine encore l’économie entière de nos lois européennes.
ÉTUDES D’ORIENTALISME 207 Cousin a dit quelque part : « L’histoire de la phi- « losophie de l’Inde est l’abrégé de l’histoire philoso- « phique du monde. » « Le sanscrit, voilà la preuve la plus irréfutable et, en même temps, la plus simple de l’origine des races européennes et de la maternité de l’Inde. » Ce premier point bien établi, nous allons étudier la civilisation hindoue et tout d’abord sa littérature, puis ses religions; enfin, nous dirons quelques mots sur son art. L’Inde est la contrée du monde ancien qui a pro duit le plus grand nombre d’œuvres littéraires.
Au jourd’hui encore, nous ne possédons pas en Europe le dixième des livres composés,soit dans l’Inde ancienne, soit dans l’Inde moderne. En ce qui concerne les livres anciens, après les Védas bien entendu, nous ne connaissons pas même les titres de ces ouvrages.
A l’heure actuelle, en France, une des plus riches, sinon la plus riche bibliothèque orientale de l’Inde, est, sans contredit, celle du Musée des Religions, qui renferme un nombre très considérable de manuscrits et de textes imprimés, près de quatorze mille volumes, tous relatifs à l’histoire, à la philosophie, à la religion, à la littérature des différents peuples de l’Orient.
Beaucoup de manuscrits sont écrits ou peints sur feuilles de palmier de l’Inde, de Siam, etc. Quelquesuns, parmi ces manuscrits, sont laqués d’or et ont leurs caractères en noir ou en rouge. Malheureusement, parmi le grand nombre d’ou vrages hindous répandus dans les diverses bibliothè208 l’initiation ques de l’Europe, beaucoup, la majeure partie, pou vons-nous dire, ne sont pas traduits dans les langues de l’Europe.
L’Angleterre et l’Allemagne ont déjà com mencé de nombreuses traductions; la France ne vient qu’en troisième ligne, et la plupart des traductions françaises sont faites d’après des traductions anglaises ou allemandes, ce qui est regrettable, car il est très fâcheux que nous soyions obligés de recourir à des langues étrangères pour connaître et apprécier les arts, les mythes, les religions, enfin la civilisation orien tale; d’autant que l’étude de l’Inde par sa littérature est très difficile, par suite de l’absence de toute chro nologie et par l’impossibilité absolue de déterminer, à mille ans près, la date des principaux ouvrages sans crits.
Voilà pourquoi nous nous méfions de trcductions faites sur d’autres traductions; le sens littéral y perd du reste toujours. Les Lassen, les Burnouf et les autres Indianistes cités plus haut ont montré par leurs travaux que l’exa men critique des doctrines que ces ouvrages renfer maient pouvait seul permettre d’assigner une date relative à un grand nombre de ces ouvrages.
Le bouddhisme, on lésait, a commencé dans l’Inde sa période historique ; sa chronologie est conservée dans un grand nombre de contrées orientales et elle présente, avec les histoires des Chinois et autres peu ples du midi de l’Asie, des synchronismes très pré cieux qui permettent ainsi d’établir des rapproche ments certains. Ajoutons aussi que le caractère des dogmes et de la langue védiques permettent d’affirmer qu’un grand
études d’orientalisme 209 nombre d’hymnes du Rig-Véda est antérieur à Ho mère et à Zoroastre. On voit donc par là. que sans pouvoir préciser des dates fixes et certaines, on peut du moins déterminer d’une manière très approximative diverses époques entre lesquelles s’opèrent de grands changements soit dans les idées, soit dans la civilisation de l’Inde ; ce qui permet d’assigner une date aux ouvrages hindous qui mentionnent ces changements.
Or.quatre mou vements religieux se remarquent dans la littérature hindoue et donnent lieu à quatre catégories d’ou vrages : la religion primitive, le Védisme, contenue dans les Védas ; le Brahmanisme (orthodoxe et sectaire), qui seul a inspiré la grande littérature classique de l’Inde; le Bouddhisme, dont la philosophie a donné lieu à un grand nombre d’ouvrages écrits en sanscrit ou dans des idiomes qui en dérivent directement ; enfin le Jaïnisme qui, lui aussi, a fourni un grand nombre d’ouvrages sur sa doctrine.
Les quatre mouvements religieux que nous venons de mentionner correspondent chacun à un état par ticulier de la civilisation hindoue. Trois de ces reli gions se sont presque conservées intactes jusqu’à nous ; de simples modifications de détails ont été apportées dans les croyances primitives. II. — VÉDISME. — VÉDAS. Le védisme tire son nom des Védas. Ce terme, qui signifie science, sert à désigner l’ensemble des livres
2 10 L INITIATION sacrés des Hindous. Il y a quatre védas : le Rig le Sama, le Yajouretl’Atharva. De ces quatre recueils (sanhitâ), les trois premiers sont considérés non seulement comme livres authen tiques, mais encore comme livres canoniques de la primitive religion de l’Inde : du védisme. Ces trois livres passent pour l’œuvre de Brahma ou du moins auraient été composés sous l’inspiration de ce dieu.
Connaître le triple Véda, c’est posséder la science parfaite. Les croyances qu’il renferme ont été conser vées d’âge en âge par la tradition orale, jusqu’au jour où ces traditions ont été écrites; c’est-à-dire à une époque qui remonte au moins à deux mi[le ans avant l’ère vulgaire.
Du reste lç triple Véda n’a jamais été écrit d’un seul coup ; il a fallu certainement trois ou quatre cents ans pour l’établir complètement, ou du moins tel que nous le possédons et le connaissons en Europe; nous aurons occasion de reparler de ceci un peu plus loin.
L’Atharva-Véda a été écrit postérieurement aux trois autres Védas, à une époque qu’il n’est pas pos sible d’indiquer même approximativement; aussi ce dernier livre a-t-il une autorité moindre auprès des savants de l’Inde et des Indianistes en général.
Ajoutons que les Védas et deux autres recueils : Les Brahmanas et les Sutras, qui en sont les commen taires forment ensemble le corps entier des Livres Sacrés, des Saintes Ecritures de la primitive reli gion des Hindous, du Veofetne, religion des conqué rants Aryas qui passe avec raison pour la mère, la génératrice des religions de l’Occident.
ÉTUDES D’ORIENTALISME 21 I Nous ne connaissons rien des croyances indigènes des Hindous, antérieurement à l’arrivée des Aryas dans l’Inde ; mais il est probable que ces croyances ont exercé une influence certaine sur la religion même des conquérants, c’est un fait que nous retrou vons souvent dans l’histoire ; nous voyons, en effet, que presque toujours le vainqueur accepte non par goût, mais par diplomatie une partie de la religion du vaincu ou du moins de ses principales croyances.
Ce qui est probable, sinon certain, c’est que les croyances indigènes ont vécu parallèlement et pour ainsi dire côte à côte avec le védisme, importé dans l’Inde par les Aryas.
On admet généralement aujourd’hui qu’il n’a pas fallu moins de trois à quatre siècles, nous venons de le dire, pour composer et recueillir les hymnes vé diques, et ce laps de temps a été précédé encore d’une période signalée partout dans les Védas, période qui rattache les traditions hindoues à celle des Perses et à d’autres habitants des contrées européennes envahies par les Aryas.
Le Rig-Véda, qui est à la fois le plus ancien et le plus révéré des Livres Sacrés hindous, renferme des hymnes en vers, d’où son nom de Rig. Le Sama-Véda, également en vers, formant en quelque sorte le Rituel Sacré, se compose de cantilènes dont un grand nombre de vers empruntés au Rig-, ne sont presque qu’une reproduction de celui-ci, arrangée avec variantes pour les besoins du culte. Le Yaour-Véda écrit en partie en vers et en partie en prose est divisé en yaour blanc et yaour noir.
212 l’initiation Ces recueils contiennent des formules appartenant à des écoles diverses ; les sujets traités sont presque identiques, mais ils ne se présentent pas sous la même forme. Dans le yaour blanc, on ne trouve que les formules du sacrifice ; dans le yaour noir, ces for mules sont suivies de commentaires, d’explications dogmatiques et de nombreux renseignements au sujet du rite cérémonial.
Enfin, YAtharva-Véda est comme le Rig. un recueil d’hymnes en vers; ceux-ci sont au nombre de sept cents environ.
L’Atharva traite principalement des puissances malfaisantes de la nature, et, comme ce recueil est de date beaucoup plus récente que le Rig. on y trouve des superstitions grossières; du reste, les trois derniers Védas renferment beaucoup de redites et de para phrases qui font qu’on ne doit s’appuyer exclusive ment que sur le texte du Rig pour déterminer les traits saillants et caractéristiques du Védisme.
C’est dans le Rig, et dans le Rig seul, qu’on peut voir se développer toute la conception religieuse du Védisme. Comme tous les livres écrits d’après la tradition, le Rig-Véda n’est pas l’œuvre d’un seul auteur, presque chaque hymne est signé d’un nom, dont beaucoup, beaucoup paraissent des noms authen tiques, puisqu’ils appartiennent à des familles, à des époques et à des localités très différentes du SeptaSindhu.
Le Septa-Sindhu (sept rivières) est une contrée dans laquelle ont été chantés les hymnes du RigÉTUDES D’ORIENTALISME 21 3 ‘Véda, conservés dans les familles sacerdotales. Ces hymnes témoignent fréquemment de ce fait. Que sont donc ces sept rivières si fréquemment nommées dans le Rig-Véda, dans leur ordre géogra phique même?
Ce sont celles qui portent encore, au temps d’Alexandre le Grand, des noms identiques et que quelques-unes ont même conservés de nos jours. Le Rig nous dit qu’elles coulent vers le sud et se réunissent dans un bassin commun qui porte le nom de Sindhu. Il ressort très évidemment des faits que nous venons de relater queleshymnes du Rig-Véda ont été composés dans la vallée de l’Indus et non dans celle du Gange, comme l’ont avancé quelques auteurs.
Nous venons de dire que c’est dans le Rig-Véda seul qu’on peut trouver la conception religieuse du Védisme dans ses développements ; en effet, nous y voyons que le culte s’adresse aux grandes forces de la nature; ce sont les phénomènes du jour naissant (le soleil), des vents et de la foudre (principe du feu) ; ce culte s’adresse aussi à la voûte sombre bien qu’étoilée du ciel, à la pluie bienfaisante (principe de l’eau), etc. La poésie de ces hymnes est toute empruntée à la vie ordinaire des populations aryennes : c’est la marche des Aryas à travers les peuples barbares ; la naissance, le mariage, les travaux champêtres, la mort.
Mais, à côté delà vie matérielle, les hymnes pré sentent dans leur poésie tout un monde de concep tions symboliques, dans lequel les mythologies étrus que, grecque, romaine et celle d’autres peuples occi
l’initiation 214 dentaux ont fait de larges et nombreux emprunts, c’est certainement très évident. Par ce qui précède, on voit clairement que dans l’Inde le Véda est le fondement de la doctrine reli gieuse, comme la Kabbale, l'Évangile et le Koran sont les fondements de la constitution religieuse des Israélites, des Chrétiens et des Mahométans.
Mais le Véda est en outre la base de toute la cons titution civile et politique des Hindous, ainsi que du système social des castes ; c’est ce qui fait que le Véda est le livre sacré par excellence, le livre révéré par-dessus tous et qui devint le point de départ du mouvement religieux qui produisit les divers cultes brahmaniques.
On peut voir en effet en germe, dans ce livre sacré, les écoles dissidentes, et on y sent pour ainsi dire leurs doctrines signalées ultérieurement dans le Rig-Véda. Ce n’est du reste que dans le Véda et dans le RigVéda, et dans ces livres seuls, qu’on peut suivre le courant des idées qui se propagent et qui se pour suivent de siècle en siècle pendant l’espace de plus de trois mille ans à travers la civilisation hindoue.
Ajoutons enfin que le Véda éclaire de sa vive lumière les temps primitifs et les anciennes croyances et institutions des autres peuples aryens : Mèdes et Perses en Asie, Grecs et Latins en Europe. Aussi pouvons-nous dire avec raison que l’apparition du Véda en Europe en 1833 a résolu d’une manière définitive une question longuement controversée, celle de l’origine de nos langues modernes et de leur parenté. On les faisait toutes dériver du sanscrit, et l’on
ÉTUDES D’ORIENTALISME 2 I 5 attribuait au grec une origine beaucoup plus ancienne qu’au latin et qu’aux langues du nord de l’Europe; mais, quand on a eu reconnu que le Véda primitif n’est pas du sanscrit, mais écrit dans une langue, un dialecte au moins, d’où dérive le sanscrit et qui se rapprochait beaucoup de l’AresZa, on a commencé par restituer cette dernière langue, puis, en comparant les langues de l’Orient et de l’Occident, on a pu se con vaincre que le grec et le latin ne sont pas venus l’un de l’autre, que le celte est beaucoup plus ancien que l’étrusque, le grec et le latin et par suite que le gothique et l’allemand ancien, ainsi que les langues slaves et Scandinaves.
On a reconnu enfin que tous ces idiomes parlés, même très anciennement, en Europe, tirent leur origine de la langue parlée anciennement sur les rives de l’Oxus, et c’est ainsi qu’on a pu rétablir dans ses véritables éléments la vaste famille aryenne, autre fois dénommée à tort indo-germanique, c’est indo celtique, indo-gauloise même, qu’on pourrait dire avec plus de vérité.
Revenant à la doctrine védique, nous verrons maintenant, si nous l’étudions à fond, qu’elle consiste dans la théorie des Asurasou principe de vie (nsw). III. — Les Asuras Les Aryas primitifs avaient été frappés du spectacle de la vie partout répandue sur notre globe ; aussi en cherchèrent-ils l’explication. Ils crurent la trouver en admettant que le principe qui prédomine dans la na ture est un principe vital qui fait que tous les êtres
2l6 l’initiation s’enchaînent les uns aux autres par une chaîne inin terrompue. Ils remarquèrent en outre que la vie est enchaînée au mouvement et que celle-là et celui-ci sont solidaires, c’est-à-dire que, si l’un s’arrête, l’autre s’arrête également.
De là à considérer que le principe vital est doué de mouvement, il n’y avait qu’un pas à franchir, et les Aryas le franchirent : en admettant que les principes de la vie étaient doués de mouvement et par suite d’un corps; mais celui-ci, pour répondre à des dons d’ubi quité, devait être éternel et pour ainsi dire universel ; or, en voyant les phénomènes de la nature, qui, bien souvent insaisissables, invisibles, n’en agissent pas moins, ils furent amenés à concevoir l’idée de corps éthérés qu’ils donnèrent aux Asuras, mais auxquels ils prêtèrent tous les dons de l’intelligence et qui firent d’eux les maîtres et les ordonnateurs du monde.
Un tel ordre dans les idées devait amener l’anthro pomorphisme; aussi voyons-nous dans les Védas que le nom d’Asuras s’applique indistinctement aux êtres éthérés, spirituels, de l’espace et aux êtres matériels, en un mot à tous les êtres vivants, à tous les êtres ayant un principe ou une cause de vie.
Les principaux Asuras sont Agni, le feu terrestre, celui qui brûle, qu’on entretient sur l’autel, mais c’est aussi le feu de la vie, celui qui se condense dans l’être vivant (animal ou végétal), le feu de la foudre (Vajri) qui se mêle, s’unit et se confond avec les nuages et la pluie. C’est le feu qui vivifie tout : les animaux, les plantes, les métaux. Ce même principe vivifiant se retrouve dans le beurre consacré qui sert d’aliment
ÉTUDES D’ORIENTALISME 217 à la première étincelle, nommée le Petit Enfant, des tinée à allumer le feu sacré. Mais Agni joue encore un autre rôle ; comme principe de vie, il est le créateur des formes, le producteur par suite de tout bien ; Agni, on le voit, remplit donc aussi le rôle de Prométhée et de Vulcain. En ce qui concerne les animaux, il se transmet des uns aux autres avec la semence et porte alors le nom de Purusha.
C’est le principe masculin, l’auteur des générations ; mais Agni a d’autres noms encore : il est Indra, dieu de la foudre et des airs ; par suite de son énergie atmosphérique, c’est le soleil qui paraît le matin tout revêtu de pourpre et d’or, porté sur un char d’ortraîné par des coursiers jaunes précédés eux-mêmes par des cavaliers célestes et par l’aurore aux doigts de rose, les Maruts (vents) forment son escorte.
Les Asuras du ciel sont étroitement liés à AgniIndra ; les uns (Mithra, Varumna, Aryaman) identi fient les énergies célestes du jour et de la nuit ; les autres, celles du Soleil, dont le nom Sûria, signifie Brillant. Comme astre, c’est d’abord un nain (soleil levant) qui grandit peu à peu et qui entrois pas, parcourttout le ciel.
A son point culminant, il se nomme Vishna c’est-à-dire le Pénétrant : mais, quand il pénètre tous les êtres et réside en eux, il prend le nom à.e'Vivaswat; enfin il porte les noms de Savitri, comme produc teur des formes, et de Pushâ comme père nourricier. Vivaswat passe pour le père de la race humaine, et celui de Manu, le premier être pensant ; il est aussi père de Yama, dieu de la justice et des morts.
2l8 L INITIATION Les prêtres Aryas ayant établi une étroite corréla tion entre AgTiz, Indra et Suria, le feu, la foudre et le soleil, finirent par l’identifier et n’en firent qu’un Dieu unique, principe suprême, et cependant le Rig-Véda ne donne pas de nom à ce Dieu unique, à cause d’une tendancepanthéistique qui est du reste consignée dans plusieurs hymnes, de même que la croyance à la réincarnation.
Plusieurs hymnes, en effet, donnent des formules de résurrection et en présentent des scènes.
Il nous reste un point à étudier : celui de savoir comment la société aryenne de l’Inde, si divisée à son origine, a pu parvenir à l’unité de croyance affirmée par les Védas. — C’est le livre sacré lui-même qui va répondre. — Il nous montre que le culte a été d’abord privé, mais qu’il est devenu bientôt public; il se forma alors des familles sacerdotales exclusivement attachées au culte, qui officiaient pour tout le monde.
Or le culte primitif s’est perpétué dans ces familles sacerdo tales par l’enseignement du chef de la famille, qui transmettait ainsi à ses enfants la tradition ; or, ces chefs, éloignés les uns des autres, maintinrent l’unité de la doctrine par un accord fait entre eux. Plu sieurs hymnes démontrent ce que nous venons de rapporter.
Voici comment s’opérait l’entente: Les brahmanes étaient tous égaux entre eux, le petit nombre qui en existait dans chaque bourg ou village les rapprochaient facilement les uns des autres ; quand ils se réunissaient à la Cour des sei gneurs féodaux pour des cérémonies solennelles, ils avaient ainsi l’occasion de s’entendre sur les matières
ÉTUDES D’ORIENTALISME 2IQ religieuses ou bien de les discuter ; enfin les voyages qu’ils faisaient parfois dans des contrées lointaines, aux fleuves et lacs sacrés, leur fournissaient les moyens de se réunir dans des sortes de synodes ou conciles, dans lesquels on ne discutait guère que les questions religieuses; or, comme ces sortes de pèleri nages s’accomplissaient chaque année aux mêmes époques, tous les brahmanes pouvaient étudier les divers systèmes des Ecoles philosophiques.
Les Védas nous font également connaître l’ori gine du pouvoir spirituel de la caste sacerdotale chez les Aryas hindous. Par ce que nous venons de dire, on voit que ce pouvoir spirituel se confondit à l’origine avec l’auto rité paternelle, parce que, si le culte était public, l’en seignement de la doctrine ne se transmettait dans la famille qu’au moyen des hymmes. L’instructeur des enfants était le père.
Celui-ci. après leur avoir donné l’existence matérielle, leur donnait, par l’enseigne ment sacré, une seconde vie, la vie spirituelle qui les faisaient dénommer Dwijas chez les Brahmanes. Il arrivait donc que seuls, les pères des familles sacer dotales pouvaient instruire leurs fils et transmettre ainsi à perpétuité le sacerdoce par l’hérédité.
Par sa science religieuse, le prêtre pouvait donc seul com prendre les mythes et les symboles, offrir les sacri fices, évoquer Dieu et se faire son interprète auprès du peuple, auprès des assistants. C’est ce mode d’instruction religieuse, d’enseigne ment philosophique qui permet d’affirmer que les védas constituent bien le dépôt sacré de la foi antique
220 L INITIATION de l’Indeet qu’ils contiennent intégralement la science la religion, la morale et la loi, en un mot toute la doc trine védique.
Ceci dit, peu nous importe de savoir maintenant à quelle époque précise ont été formés les recueils védi ques; il nous suffit de savoir que le jour où on a voulu les écrire, les fixer par l’écriture, c’était chose très facile, puisqu’on n’a eu qu’à les demander aux descendants des anciens prêtres, qui en étaient seuls les dépositaires fidèles.
Ils ne pouvaient les dénaturer en quoi que ce soit, puisque, tout jeunes, ils avaient appris ces hymnes de la bouche de leur père et que chaque jour ils les avaient entendu chanter ou psal modier autour de l’autel. On ne saurait donc mettre en doute l’authenticité de cès livres sacrés, authenticité attestée d’ailleurs, comme nous le verrons dans le courant de cette étude, par toute la littérature sanscrite qui leur est postérieure. DrJ.
Gardener. (A Suivre). LA « La psychométrie est le développement et l’exer- « cice des facultés divines en l’homme. Cette sphère « obscure de l’intellect, qui comprend les réponses « oraculaires comme les révélations des somnam- « bules, les prophétisations des saints comme les « prévisions des scrutateurs du Destin, les mystérieux
LA PSYCHOMETRIE 22 I « présages et les impressions soudaines qui dirigent « la conduite de beaucoup de gens, comme les pres- « sentiments de mortou de malheur, commelessecrètes « influences que génèrent certains objets — tout cela « est éclairé par la science psychométrique, qui ren- « seigne l’homme sur l’orientation de ces forces trans- « cendentales, desquelles se moquaient jusqu’à pré- « sent les théories philosophiques. » C’est ainsi que s’exprime le docteur Buchanan, dans l’introduction de son Manuel de Psychométrie; il comprend donc sous cette désignation la sensitivité telle que la con çoit Reichenbach (i), lesomnambulismededuPrel (2) la Télépathie (3) et les apparitions dont se sont occupés déjà Kant, Schopenhauer, Hartmann et les monistes.
Le professeur de physiologie Joseph-Rhodes Buchanan, de Boston, paraît avoir ouvert le premier cette voie de recherches, et il en avait consigné l’idée mère dès 184g dans son Journalof Man; on ne trouve guère d’autres renseignements à ce sujet que dans la revue allemande le Sphinx (livraisons de mai 1887, et de mars 1888), qui a inséré une communication du Dr Hübbe-Schleiden, relatant des expériences psycho métriques entreprises par lui sur une paysanne de Kempten : enfin la même revue (io° et 1 T volumes) a publié une série d’articles de M. Louis Deinhard, président de la société de psychologie scientifique de Münich, réunis plus tard en une brochure, dont les (1) Reichenbach, der Sensitive Mensch. (2) C. du Prel, Philosophie der Mystik. (3) Gurney, Myers et Podmore, Phantasms oj the Living.
222 L INITIATION présentes notes ne sont que l’analyse et la traduc tion (i). Le livre du professeur Buchanan s’intitule : « L’Au rore d’une nouvelle civilisation », et il est dédié « à tous les martyrs de la Vérité, de la Religion et de la Liberté» .
Voici à peu près la marche expérimentale qu’il suit : Des substances quelconques (sucre, sel, poivre) sont mises dans la main d’un sensitif, qui en perçoit le goût comme s’il les avait sur la langue : des purgatifs ou des vomitifs, enveloppés dans du papier et tenus à la main produisaient sur le sensitif le même effet que s’il les avait absorbés ; le sensitif posait sa main sur la tête de quelques assistants, et ce contact lui procurait pour chaque personne une impression différente; le sensitif pouvait même laisser un petit espace entre sa main et la tête de l’autre personne, ou interposer entre elle un conducteur métallique.
Une des plus curieuses expériences est celle-ci, faite fortui tement, et que Buchanan répéta ensuite des milliers de fois avec le même succès : une lettre écrite par une personne quelconque était remise entre les mains du sensitif, en lui demandant de communiquer ses impressions; le sensitif décrivait alors le caractère et la personne de l’écrivain de la façon la plus nette et la plus précise, ainsi qu’auraient pu le faire ses amis les mieux renseignés.
Buchanan remarqua que cette sensibilité toute particulière du système nerveux était plus développée dans les climats chauds. (i) Louis Deinhard, Psychométrie, broch. in-80, avec un portrait de l’inventeur de cette méthode, et des dessins d’ob jets restitués. — Braunschweig, chezC.-A. Schwetscthke et fils, 1891.
LA PSYCHOMETRIE 223 La deuxième partie du manuel de psychométrie est consacrée à l’exposé pratique et aux applications de cette découverte ; et enfin sa signification éthique remplit toute la troisième partie. ** * Si on reconnaît à Buchanan ses mérites d’inventeur delà psychométrie, il n’en faut pas attribuerde moindres au savant géologue américain William Denton, qui le premier a entrepris les applications pratiques de cette faculté à différents ordres de science : géographie, géologie, paléontologie, archéologie et astronomie.
On serait tenté de faire à Buchanan le reproche d’un trop grand enthousiasme pour sa « divine science », comme il.dit (i.) 11 ne met pas assez de soin à éviter dans ses essais toutes les causes d’erreur, telles que la transmission de pensées. Son but principal, c’est d’obtenir des diagnoses de caractères et de favoriser le développement des facultés prophétiques.
Il réalisa d’une façon étonnante la seconde partie de ce pro gramme dans la personne desa femme, — pourvu qu’il ne s’agît que d’une prévision de quelques mois, et d’événements importants ; c’est ainsi que la psycho mètre avait annoncé le maintien de la paix, pour l’année 1886, lorsqu’un conflit entre l’Allemagne et la Russie fut près d’éclater.
Quant à la divination des caractères, elle ne peut être attribuée à la psychométrie que seulement s’il y a contact du manuscrit avec les doigts ou le front du (1) Journal oj man, vol I, n° 3.
224 l’initiation sujet ; mais, si Buchanan écrit les noms des personnes connues de lui ou célèbres, peut-être mortes, sa femme ne mettra pas en activité ses facultés psychométriques, au sens propre du mot, mais bien ses facultés de clair voyance, peut-être appuyées sur la transmission de pensée. Dentonaconsigné le résultat d'au moins vingtannées de recherches dans un très intéressant ouvrage (i). Ses sujets étaient sa femme, sa sœur et son fils.
Son livre contient une masse énorme d’expériences, parmi lesquelles se trouvent beaucoup de descriptions d’archéologie et de paléontologie obtenues psychométriquement.
Ces récits enfantins, sortis de la bouche peu scientifique d’une femme ou d’un enfant, laisse ront les savants incrédules ; néanmoins, ils méritent un examen plus attentif. * * Les expériences de Denton étaient faites de la façon suivante : l’objet devant guider le psychomètre était tenu au milieu du front, à deux centimètres au-dessus de la ligne des sourcils ; les yeux restaient fermés ; le sujet se trouvait dans l’état ordinaire de veille, et pre nait parfaitement connaissance de tout ce qui se pas sait autour de lui ; il déposait souvent l’échantillon, dessinait ce qu’il apercevait ou continuait son récit.
Si l’échantillon était en poudre, il suffisait d’en mettre sur le front ce qui tient au doigt mouillé ; si les inves- (1) William Denton. The Soul of Things, 3 vol., 7eed. Wel lesley (Mass.) A la Denton Publishing C”.
LA PSYCHOMETRIE 225 tigations étaient dirigées vers les astres, on laissait arriver les rayons de l’étoile observée sur le front du sujet. Denton dit avoir souvent fourni à son fils, Sherman, âgé de dix ans, les expressions qu’il sem blait chercher ; mais il ne lui a jamais suggéré aucune idée, ni ajouté quoi que ce soit à ses récits.
Nous arrivons maintenant à cette question impor tante, si, après un mûr examen, ces essais psychomé triques ne se résolvent pas en simples lectures de pensées ? Comme ces phénomènes n’ont été que tout récemment soumis à une rigoureuse critique scienti fique par les auteurs des Phantasms of the Living, on serait tenté de croire que Denton n’avait pas con naissance des faits de transmission de pensées. Il n’en est pas ainsi.
Voici ce qu’il dit là-dessus (i) : « La manifestation la plus ordinaire des phéno mènes psychométriques est la transmission de pen sée. Je ne doute pas que certains individus puissent suivre les pensées des autres. On a reconnu au mes mérisme cette faculté depuis plus de trente ans. Il se peut que les descriptions du psychomètre se fassent sous l’influence des personnes qui le dirigent.
Mais je fis souvent l’expérience que des impressions très éner giques qu’il m’arriva de ressentir au cours de mes recherches restaient sans la moindre action sur les récits du psychomètre. » Si, plus loin, le lecteur sceptique se sent disposé à considérer les exemples ci-dessous comme les pro duits d’une fantaisie puérile ou féminine, qui ne (i) The Soul oj Things, vol. II, p. 5i.
22Ô l’initiation peuvent en aucune façon être pris au sérieux, il pourra rejeter cette supposition que Denton disposait de plusieurs sujets, mis à l’épreuve tout à fait indé pendamment les uns des autres et dont les récits, se rapportant au même objet, étaient toujours comparés, et trouvés parfaitement concordants.
C’est ainsi qu’il éprouve les trois membres de sa famille cités plus haut, en leur soumettant séparément un morceau de dent d’éléphant; ce fragment venait des mines d’or de Columbia en Californie, où elle avait été trouvée à vingt pieds sous un banc de lave. Les trois psycho mètres firent le récit d’une terrible éruption volca nique éclatant au milieu d’une chasse aux éléphants géants (mastodontes) faite par des hommes à longs cheveux (i).
Je ne transcris pas ici ces trois descrip tions à cause du peu d’intérêt qu’elles peuvent pré senter ; mais j’appellerai l’attention des géologues et des paléontologues sur les très nombreuses expé riences de Denton dans les branches qu’il avait cul tivées ; et je citerai enfin, pour un public moins restreint, ce récit de la destruction de Pompéi, événement plus rapproché de nous, quant au temps et quant à la* distance, que les éruptions préhistoriques dans la Californie antédiluvienne.
Pour le jeune Sherman, ce dernier spectacle devait être plus intéressant que celui d’une rue de la Pompéi romaine. Ses connaissances archéologiques (i) Pour un sceptique obstiné, ce procédé de contrôle ne serait pas suffisant. Il demanderait, pour se convaincre, qu’on changeât non seulement les sujets, mais encore la personne dirigeant l’expérience. Il est à regretter que cela n’ait pas été fait pour le cas présent.
LA PSYCHOMETRIE 227 étaient naturellement très bornées. Bien que, comme tous les garçons, il préférât de beaucoup la société des sauvages à celle des hommes civilisés, son père lui mit un jour (17‘octobre 1872) entre les mains un débris de ciment provenant de la maison de Salluste à Pompéi.
Malgré ou plutôt à cause même de la natu relle naïveté des descriptions de l’enfant, la vraisem blance de sa vision est en beaucoup d’endroits sur prenante. Le décousu du récit et le manque d’enchaî nement des idées causé par le déplacement continu d’un endroit et d’un objet à un autre ne caractérise cependant pas la simplicité de l’enfant, mais répond plutôt au caractère qui distingue ces impressions chez la plupart des psychomètres.
Le jeune Sherman donne des descriptions détaillées et reconnues plus tard exactes de la ville de Pompéi, de ses bâtiments, du fleuve, des vaisseaux, des habi tants, de leur costume ; les magasins, les fêtes, les repas, la promenade, le théâtre, les processions, un incendie, toute la vie citadine se déroule devant les yeux du jeune voyant; — les lecteurs curieux trouve ront dans l’ouvrage de Denton (1) les détails les plus complets, obtenus à des intervalles assez éloignés, et de façon à éviter, autant que possible, la transmission de pensées. + * Je ne m’étendrai pas plus sur les exemples des recherches de Denton.
Les lecteurs de cette revue ne laissent pas d’avoir quelque expérience en cette (1) 2° vol., pages 18 1, 232, 241 et suivantes.
228 l’initiation matière : et il sera fort difficile de faire croire aux autres que l’on puisse de cette façon réduire un peu le domaine de l’inconnu.
Quand Denton étend ses investigations jusqu’aux planètes, qu’il fait contrôler par trois psychomètres absolument indépendants les uns des autres, l’existence des habitants de Mars, qu’il nous transmet,entre autres choses, la description de leurs aérostats, ce pourront être là des communi cations curieuses mais nullement probantes.
On ne se rangera pas non plus à l’avis de Denton quand il admet comme parfaitement prouvée par la concordance des témoignages de plusieurs psycho mètres, l’existence de telle ou telle chose absolument inaccessible aux sens. Les lecteurs européens man queront de confiance en cette méthode de recherches.
C’est pourquoi une traduction du livre précité du docteur Buchanan serait si utile : elle nous appren drait comment la méthode psychométrique a été découverte en principe et peu à peu élaborée. Laissons donc de côté ces recherches elles-mêmes, etcherchons plutôt à pénétrer la méthode qui les a inspirées. Demandons-nous comment on peut déve lopper en soi une si merveilleuse faculté, que nous possédons sans doute à l’état latent.
Dans les Expé riences de psychométrique citées plus haut, l’éditeur s’exprime de la façon suivante sur cette question : « Les facultés psychométriques se rencontrent chez des riches et chez des pauvres, dans toutes les classes de la société, ainsi que chez ceux que la culture d’une spécialité a fatigués, ou que la vie a blasés. L’exercice développe facilement ce don,
LA PSYCHOMETRIE 229 par exemple, en portant au front, avant d’en avoir regardé la suscription ou le contenu, les lettres que l’on reçoit, et en prenant note, dans l’ordre où ils se présentent des particularités de sexe, d’âge, de visage, de tournure, de caractère de celui que l’on croît être l’expéditeur ; quitte à vérifier ultérieure ment l’exactitude de ces intuitions.
Celui, cepen dant, qui ne se découvre pas ces dispositions ou qui ne se sent pas la patience de les développer, trou vera facilement dans son entourage des personnes, surtout des femmes, chez qui la culture européenne si vantée n’a pas tout à fait étouffé cette sensitivité ou cette intuition que possède l’homme naturel. » Une foule de questions se presseront sur les lèvres de celui qui aura lu, avec quelque défiance sans doute, les récits du jeune Denton- Son père voulait justement les confronter avec les réponses plus valables d’un psychomètre très développé; et il a consigné, dans la deuxième partie de son œuvre, les questions, obser vations et suggestions qu’il fit au plus parfait de ses sujets, à sa femme, et que nous allons examiner avec un peu de détail.
Mm0 Denton reconnaît ne pouvoir répondre à beau coup de questions. Quand on lui demande si elle voit par la psychométrie de la même façon que par le mode ordinaire : « A peu près, dit-elle, souvent les choses passent devant moi avec la rapidité d’un éclair, comme un panorama mouvant.
II est alors impossible de pré ciser les contours d’un objet, si important soit-il. » Elle découvrit, dans la suite, la possibilité d’immobi liser ces scènes, par la tension de sa volonté. Elle fit
230 l’initiation aussi l’expérience opposée, dans laquelle l’image sur laquelle s’était fixé son œil interne, demeurait absolu ment fixe. Parfois, enfin, le psychomètre abandonnait son rôle de spectateur muet et passif, l’inertie semblait ne plus exister pour lui, avec la vitesse d’une tempête, infatigable et libre, de tout lien terrestre.
Dans un état de passivité extraordinaire, il pouvait considérer, pendant des heures entières, les images gracieuses ou repoussantes qui venaient se répéter dans son œil in térieur (i).
M™ Denton avait été affectée, nous dit-elle, dès sa première jeunesse, de rapides visions ; elle les expli quait alors d’une façon très simple, qu’elle tenait de sa mère d’ailleurs, en les attribuant à la pression des globes oculaires par l’occlusion des paupières ; mais, lorsque ces phénomènes se furent produits les yeux ouverts, dans l’obscurité, elle dut rejeter sa théorie, et elle reconnut l’action d’un sens interne.
La ressem blance entre son état et celui d’un individu magnétisé ou d’une somnambule la frappa : et, lorsque les écrits du professeur Buchanan sur la psychométrie furent venus à sa connaissance, elle fit en secret la tentative de reconnaître l’expéditeur d’une lettre en la mettant sur son front, dans l’obscurité.
Elle prépare un paquet de lettres près de son lit, se couche, éteint la lumière, et en prend une au hasard qu’elle met sur son front; elle voit aussitôt apparaître l’image d’un ami intime, en train d’écrire à une table ; — elle croit sa tentative (i) Ces derniers mots nous font ressouvenir du corps astral ou ethéré, sur la théorie duquel s’étend, entre autres, Cari du Prel, d’une façon très explicite (Monis. Seelenlehre, chap. vii-xii.)
LA PSYCHOMETRIE 23 I réussie, fait de la lumière, et, ô déception ! la lettre quelle tenait entre ses mains était celle d’un ouvrier, bien différent sous tous les rapports de l’ami qu’elle avait aperçu ! Elle s’endort découragée. Mais le lende main matin que découvre-t-elle ? Que la lettre qui avait servi à l’expérience se trouvait dans le paquet au-dessous d’une autre, envoyée par l’ami auquel elle avait pensé.
La trace d’une plus puissante personnalité intellectuelle s’était imprimée sur l’enveloppe voisine. Elle renouvela son expérience dans la suite, et la réussit toujours. Ces visions sont-elles perçues à la lumière du jour ou dans l’obscurité? Plus l’obscurité est parfaite^ moins la vue externe est possible, plus la vue interne, la vision est précise, dit Mme Denton. — Ceci nous rappelle les expériences de Reichenbach.
Quelles peines ce chercheur ne prenait-il pas pour extraire tout rayon lumineux de son cabinet noir?
M",e Den ton raconte cependant un cas de vision diurne : ce fut la perception momentanée, sur un quai de chemin de fer, d’un wagon rempli de voyageurs; le wagon passa en effet, au bout d’un instant devant ses yeux, mais vide ; ses voyageurs avaient profité de l’arrêt du train, et, lorsqu’ils remontèrent en voiture, elle put constater l’identité de leurs visages avec ceux de son hallucina tion.
Mme Denton ne reconnaît pas la nécessité d’une ma gnétisation pour faire atteindre au cerveau ou à ses organes annexes le degré de sensibilité nécessaire.
Si l’hypnotiseur connaît la provenance de l’objet expéri menté, il transmettra presque sûrement sa connais23 2 l’initiation sance au sujet, et dès lors, il n’y aura plus de psychométrie proprement dite ; s’il ne la connaît pas, le sen sitif se trouvera toujours dans un état d’esprit analogue au sien, et ses capacités personnelles n’en pourront qu’être affaiblies.
Dans ses réponses aux interrogatoires circonstan ciés que lui fait subir son mari, M“’° Denton insiste sur la multiplicité des objets qui se pressent devant les yeux du psychomètre, en bien plus grande quan tité qu’il ne faudrait, pour en saisir les détails.
La lumière qui les éclaire est semblable à la lumière ordi naire, se réfléchissant et se diffusant comme elle ; si cette dernière est très intense, ou que la première tombe directement sur de visage du sujet, les visions en sont légèrement obscurcies. Un même objet expérimenté peut donner lieu à des spectacles éclairés de façons très différentes.
Enfin il faut encore noter le report entier du psychomètre au lieu et au temps de ses visions ; la soudaine transformation du « là-bas et autrefois » de son langage ordinaire en le « ici et maintenant» de ses descriptions est ressentie par lui, paraît-il, comme une secousse électrique. Une autre série de questions s’alignent quant au rôle de l’ouïe en psychométrie.
M“c Denton, qui n’a pas l’oreille extraordinairement fine, dit avoir souvent entendu la conversation de . personnes éloignées de quarante ou cinquante lieues de l’endroit où elle se trouvait : mais elle ne peut davantage établir de dif férence entre ces deux modes d’audience qu’entre ceux de la vision. Enfin elle termine ses réponses par des considérations générales sur les avantages moraux
LA PSYCHOMETRIE 233 que la société peut retirer de la psychométrie, en acquérant ainsi une plus juste notion de la manière dont se reflète et se perpétue chaque action, chaque parole, chaque pensée même. Pour conclure, nous donnerons la parole à Denton lui-même, qui va nous résumer le résultat de ses longs et patients travaux (i).
« Il semble que, de même qu’il y a un univers matériel, il y a un univers spirituel, c’est-à-dire un univers qui contienne tout ce qui est comme tout ce qui a été. Ici sont les montagnes qui furent en fouies avant que les Alpes et les Andes n’aient émergé ; tous les fleuves qui en descendaient se retrouveront là, depuis le clair ruisseau qui sort des hauteurs boisées jusqu’au courant majestueux qui verse ses flots dans un lac ou dans un océan.
Là sont les polypes, qui élevèrent du fond des eaux leurs pétrifications arborescentes, et les lis de mer, dont les tiges se courbaient autrefois, comme ondulent aujour d’hui les épis de nos plateaux. Toutes les fleurs qui s’épanouirent jamais, tous les oiseaux qui jamais chantèrent, ces feuilles bruissantes et ces insectes exigus qui rampent sur elles, tout est là. Rien n’est assez peu important pour n’être pas conservé.
« Là sont aussi les aïeux cuivrés, qui, aux époques disparues, parcouraient la surface de ce continent, chassant le buffle des prairies, perçant les poissons de leurs lances, et les cerfs de leurs flèches de silex. Les Aztèques avec leur religion sanguinaire, les doux Toltèques, qui les précédèrent et étendirent (i) Denton, Op. cit., vol. III, p. 347.
L INITIATION 234 leurs migrations de Mejico au Lac Supérieur, et qui creusaient des mines de cuivre mille ans avant qu’au cun Espagnol ait mis le pied sur ce pays : chaque œuvre qu’ils édifièrent, chaque mouvement qu’ils entreprirent, chaque parole qui tomba de leurs lèvres est là.
Là est l’Egypte avec ses millions de travailleurs, qui, dans le crépuscule gris des temps, ouvrent les galeries de ses labyrinthes, élèvent les pyramides aériennes; là, toutes les hordes qui des champs de l’Asie centrale roulent vers l’Europe syl vestre, et la saccagent, selon le droit du plus fort. « Et tout ce qui existe est directement perceptible pour nous.
Nous voyons les montagnes et observons le cours des fleuves; nous plongeons dans les abîmes des océans siluriens et en considérons les habitants; nous chassons avec les Indiens, voguons dans leurs canots et nous reposons dans leurs wigwams ; nous entendons les coups de pioche au fond des mines du lac supérieur, et nous apercevons un passé qui nous semblait intangible pour toujours.
« Ainsi la psychométrie satisfait presque entière ment notre soif de science, et d’une façon plus agréable et plus facile que ne le sont les méthodes ac tuelles. Une relique de Shakespeare nous donnerait, en l’espace d’une demi-heure, plus de documents sur lui que n’en ont pu découvrir ses biographes en deux siècles. Un caillou des rues de Jérusalem’ est une bibliothèque qui contient toute l’histoire du peuple Juif.
J’ai vu comment un peu de râclure d’un couteau de cuivre dévoilait à un enfant toute l’histoire du lac Supérior (je ne doute pas de sa véracité, vu la concor
LA PSYCHOMETRIE 235 dance des récits de psychomètres absolument indé pendants). Les faits les plus cachés des temps préhis toriques arrivent à la lumière : nous n’avons, pour les découvrir, qu’à employer notre vue spirituelle. « L’histoire de beaucoup de nations dont nous n’avons jamais entendu parler est à écrire; et celle de toutes les autres est à récrire au lieu des fables qui ont cours depuis si longtemps.
Avec un fragment d Egypte, gros comme un pois, nous pouvons ap prendre plus de choses sur les Pharaons, que tous les hiéroglyphes ne nous en diront, ou que si Champollion et Lepsius nous avaient légué leur science Un morceau de brique babylonienne peut ressusciter les anciens habitants des bords de l’Euphrate et faire passer devant nos yeux l’Assyrie d’il y a quatre mille ans. « La psychométrie peut reculer les bornes de toute science.
Les hommes de science vont tout à l’heure la considérer avec quelque dédaigneuse prévention, sinon avec une hostilité déclarée. » Cependant son emploi par un homme exempt de préjugés contenterait les plus sceptiques. Denton s’en est servi, dès 1860, en Pensylvanie, pour l’étude de la géologie, et avec un succès toujours croissant; elle rendrait de plus grands services encore, appliquée à l’astronomie.
« Mais il ne faut pas se figurer que ces résultats puissent être atteints sans recherches longuement pro longées et soigneusement conduites. Un moyen de contrôle intéressant quand on suit les progrès d’un
236 l’initiation psychomètre, de confronter ses dires avec ceux d’un assistant qui connaisse la provenance de l’échantillon expérimenté. J’ai remarqué que bien des détails im portants passent encore inaperçus du psychomètre au bout de cinq ou six essais.
La plus grande prudence dans les assertions est dès lors recommandée, si les dires du sujet ne peuvent pas être vérifiés, ou qu’ils ne le peuvent être que par confrontation avec ceux d’au tres sujets. Pour certaines recherches, il vaut mieux que le psychomètre ne connaisse pas la provenance de l’échantillon ; mais la plupart du temps, plus sa culture est développée, meilleurs et plus authentiques sont les résultats.
Si Sherman avait eu en anatomie comparée les connaissances d’Owen,ou celle de l’Amé ricain Gray en botanique, ses descriptions eussent été bien plus précises et auraient convaincu, par leur concordance avec des faits connus, même les scep tiques endurcis. « La psychométrie nous met à même de rendre jus tice à une classe d’hommes qui ne l’avaient pas ob tenu jusqu’alors.
Je veux dire les sensitifs, ce petit peuple parmi l’humanité, qui voient ce que les autres ne peuvent pas apercevoir ; qui fuient des personnes ou des lieux, sans pouvoir donner la raison de cette répulsion. Il en est parmi eux qui ne peuvent rester dans un coupé de chemin de fer s’ils ne sont assis près de la fenêtre, et qui défaillent dans les églises ou dans les assemblées.
D’autres ne peuvent pas dormir s’ils n’ont la tête dirigée vers le nord : le contact du cuivre et du laiton leur est désagréable. Cette classe
LA PSYCHOMETRIE 237 d’hommes est destinée, avec quelques soins, à fournir de très bons psychomètres ; les asiles d’aliénés ren ferment les meilleurs d’entre eux qui, avec un traite ment convenable, auraient pris rang parmi les plus nobles pionniers de la science.
« La femme, naturellement plus sensitive que l’homme et qui est sans doute redevable, sans qu’elle s’en doute, de maintes notions à ses facultés spiri tuelles, peut attendre beaucoup de la psychométrie.
Au lieu de passer son temps à tracer des caricatures de la nature humaine ou à en lire, — les dix-neuf vingtièmes des romans ne sont pas autre chose,— elle peut apprendre la véritable histoire du genre humain, elle peut faire défiler à son gré devant ses yeux lés événements du passé, revivre la vie des peuples dis parus. Quelle fiction peut valoir ces réalités?
« Il est impossible que les facultés psychométriques ne puissent être utilisées que par une petite partie d’entre nous. La mort ne doit pas éteindre cette lumière divine, qui éclaire sans doute un avenir comparable seulement au passé qu’elle nous a décou vert. « Voici un palais magnifique dont l’édification, l’agrandissement et l’ornementation ont dû occuper les architectes un temps infini.
Voici des salles dignes d'être peuplées par les anges, et des aménage ments multiples, disposés pour la plus grande commo dité de ceux que leur bonne chance conduit dans cette demeure. Ce bâtiment devra-t-il être rasé alors qu’à peine un être sur mille en aura joui ? Non ; ces
238 l’initiation propriétés de notre esprit sont pour nous une preuve de l’existence d’un monde spirituel, à qui elles se rattachent, et dans lequel la vie se continuera, avec de plus heureux rapports.
Ce que le psychomètre perçoit ici-bas pour peu de temps et avec quelque difficulté, nous pourrons un jour le contempler avec recueille ment et en retirer notre progrès et notre bonheur. » C’est ainsi que Denton s’enthousiasme pour les conséquences futures de ses expériences.
Ce qu’il y a de certain, c’est que la psychométrie est le premier essai d’une puissance endormie jusqu’alors en nousmêmes ; et dont l’action ouvre devant le regard du chercheur éclectique un horizon immense : une nouvelle piste pour les chasseurs de la science, de nouvelles mines pour les chercheurs de vérité. Yvon le Loup.
PLUS GRANDS QUE L’INFINI ET LE THEOREME DE CANTOR I Sur les ruines des écoles philosophiques modernes, la méthode analogique édifie progresivement ses templa serena. Sans parler du courant d’opinion qui entraîne vers l’oculisme le public, attiré par une curio sité peut-être inconsciente, il se fait dans le monde savant une évolution peut-être plus inconsciente encore.
Chose assez singulière pour qui connaît l’esLES NOMBRES 23g prit français, des gens graves, des philosophes rassis, des éducateurs de la jeunesse, se révèlent maîtres en occultisme dès que, rejetant les vieilles méthodes, ils appliquent l’analogie à la solution des problème psy chiques.
Voici par exemple M. Fouillée, qui, sous le nom de Bruno, a écrit un livre dont chaque élève de chaque école primaire a un exemplaire entre les mains, ce qui représente en France quelques millions de volumes. M. Fouillée vient de publier un livre : Physique et mental, dont la conclusion est la négation formelle de tout matérialisme.
Je cite au hasard : « Partout où il y a du mouvement, partout nous « soupçonnons un vague appétit et quelques sensations « rudimentaires : nous ne sommes pas seulement « plongés dans un milieu matériel, mais nous voguons « pour ainsi dire enmême temps dans une atmosphère « de vie mentale ; non seulement dans l’univers tout « est en relation mécanique, mais il semble probable « que tout est en relation sympathique et télégra- « phique. » Cette déclaration ne semblerait pas extraordinaire dans les colonnes de Y Initiation, et écrite par un des rédacteurs de ce journal, mais on ne peut songer sans sourire à la mine qu’ont dû faire les lecteurs habituels de M. Fouillée, à la lecture de cette dernière phrase, qui n’est qu’un commentaire de la table d’Hermès.
Si tous les pédagogues, qui entonnent quotidienne ment à leur troupeau d’élèves la morale terre à terre et filandreuse des livres scolaires deM. Bruno, lisaient les conclusions de M. Fouillée, nous entendrions un
l’initiation 240 beau concert de cris d’indignation, de quoi sauver ui? Capitole. A qui se fier alors ? : A Bruno disce omnes. A Liège, M. Delbceuf, professeur à l’Université. vient de publier un volume : la Mort, qui est de l’alchimie pure. Sa thèse est que l’organique : l’uni vers, a commencé parla vie individuelle de toutes ses particules ; peu à peu cette vie s’est concentrée dans des.genres ayant la faculté de se perpétuer. M. Naville, professeur à l’Université de Genève, termine son livre : Matérialisme et Science, par ces mots : Si la matière existait seule le matérialisme n’exis terait pas. A Paris, c’est M. Paul Janet, professeur de philoso phie dogmatique à la Sorbonne, qui publie une étude sur le Réalisme et l’idéalisme, et conclut en disant : La nature est l’enfance de l’âme; l’esprit sent qu’il est lui-même nature et que la vie de la nature est en lui ; Tous ces savants officiels font, du haut de leur chaire, de l’occultisme. Peut-être le font-ils à la Jour dain, mais ils n’en soutiennentpas moins des théories qui sont les nôtres. Il y a par le monde des gens qui lisent les livres de ces auteurs, les goûtent, les consul tent au besoin,et qui, aumot de science occulte, lèvent dédaigneusement les épaules, en murmurant des épi thètes désobligeantes. Cependant nous donnerions volontiers le titre d’occultistes aux auteurs des lignes citées plus haut, et nous les rangerions parmi les occul tistes inconscients, avec MM. Richet et Bertnelot, malgré la célèbre phrase de ce dernier : Le monde n’a plus de mystères.
LES NOMBRES 24I Au contraire, un philosophe qui ne doit pas être suspect de tendresse envers l’occultiste,c’est M. Pillon l’un des chefs de l’école criticiste.
Il vient de publier dans Y Année philosophique une étude violente contre un des plus grands occultistes du xvue siècle, le plus grand peut-être après Van Helmont, contre Descartes. Vous croyiez, comme moi, que Descartes avait créé la méthode, inventé la géométrie analytique, fait en phi losophie et en mathématiques les plus hautes décou vertes et les grands travaux que le génie pùt concevoir et exécuter.
Pas du tout, nous dit M. Pillon, et c’est lui qui s’en est aperçu le premier depuis qu’il y a une école cartésienne. Vous croyiez connaître les courbes asymptotiques, la parabole et l’hyperbole, par exemple, et les propriétés de leurs équations, vous croyiez qu’il y avait des vérités mathématiques et que les sciences dites exactes présentaient certaines garanties d’exacti tude.
Mais M. Pillon veillait, et les mathématiciens n'ont qu’à se bien tenir. M. Pillon s’est attaqué à la partie centrale de la phi losophie cartésienne, et il a prétendu démontrer que non seulement nous n’avons pas l’idée claire et dis tincte de l’infini, mais encore que nous n’en avons au cune idée. Le fini, ses bornes ôtées, disparaît lui-même entièrement, il n’en reste rien de positif dans la pen sée.
Quant à l’infini numérique, il n’existe pas. Le nombre infini doit être pair ou impair, premier ou non premier, et cependant il doit exclure à la fois toutes ces suppositions ; il doit avoir un carré, un cube, etc. et par conséquent n’être pas le plus grand possible, ou bien être égal à des nombres plus grands que lui242 l'initiation même, ce qui est absurde. Mais si l’infini de nombre est absurde, l’infini de grandeur mathématique l’est aussi.
C’est un fantôme de l’imagination, l’effortconstant de la philosophie est de se mettre en garde contre les illusions ; or, le fini disparu, l’infini qu’il laisse à sa place est une illusoire création de l’esprit.
Voilà donc, pour l’école criticiste et pour les évolutionistes,l’infini mathématique devenu une absurdité; pour les mathématiciens, au contraire, il n’est pas de notion plus claire que la notion d’infini, il n’en existe pas qui ait enfanté de plus grandes découvertes, et je mettrai au rang de ces dernières les théorèmes de M. G. Cantor. Définissons d’abord.
On est conduit à l’idée des - infiniments petits, lorsqu’on considère la variation quelconque d’une grandeur soumise à la loi de conti nuité. Ainsi le temps croît par des degrés moindres qu’aucun intervalle qu’on puisse assigner, quelque petit qu’il soit.
Les espaces parcourus par un point d’un mobile en mouvement croissent aussi par degrés infiniment petits, car le point ne peut aller d’une position à une autre sans traverser toutes les positions intermédiaires ; or entre deux positions successives on ne saurait déterminer aucune distance, quelque petite qu’elle soit. Soit dm une quantité infiniment petite, telle que nous venons d’en montrer l’existence.
L’infini algé brique co est le quotient d’une quantité finie a par la première. L’infini algébrique jouit de cette propriété, qu’on peut lui ajouter tout ce qu’on veut de fini sans l’augLES NOMBRES 243 menter.Comme zéro, l’infini n’a pas désigné, et comme zéro, il est la transition entre les valeurs positives et les grandeurs négatives.
Ainsi un angle droit à une tangente infinie, un angle aigu très voisin d’un droit à une tangente très grande positive, un angle obtus très voisin d’un droit à une tangente très grande néga tive.L’infini est la commune limite d’une quantité positive et d’une quantité négative qui croissent au delà de toute limite. En géométrie, la notion de l’infini est encore plus simple et plus précise.
Unedroite tracée sur le tableau peut être considérée comme un arc de circonférence de rayon infiniment grand, il est bien évident dès lors que cette droite n’a pas deux extrémités, mais que ces deux extrémités se rejoignent en un point parfai tement déterminé et quiest à l’infini. Supposons main tenant deux droites parallèles. ax H- by + c = 0 ax + by y- c' = 0 qui sont à une distance déterminée l’une de l’autre.
Leurs deux équations admettent une seule solution comme, x — 00, y = co . Retranchons-les membre à membre, 1 équation c' — c — 0 représente une droite passant par leur intersection. C’est la droite de l’infini du plan qui contient les deux premières. Donc le point de rencontre de deux droites parallèles est unique et bien déterminé; les deux extrémités de chaque droite ne sont qu’un seul et même point.
244 l’initiation Ces notions sont absolument élémentaires et fami lières à notre époque au dernier cancre du dernier collège. Elles n’ont pas l’air d’être très bien connues de l’école criticiste.
Descartes, si durement malmené, avait, il me semble, formulé quelques règles qui pour raient être utiles aux disciples de ladite école : il me semble, pour ne citer que par à peu près, que l’une de ces règles consiste à ne parler que de ce qu’on connaît.
II Mais il n’y a pas d’action sans réaction, et, à bien des lieues de V Année philosophique, un homme s’est rencontré qui faisait servir à de hautes découvertes cet infini dont certains philosophes niaient l’existence, un peu comme ce Grec qui, entendant nier le mouve ment, se leva et se mit en route pour toute réfutation. M. G.
Cantor, professeur à la Faculté de Halle, a découvert une série de nombres entiers réels qui sont plus grands que l’infini.
Avec une modestie qui ne peut être la compagne d’un grand. talent, M. Cantor semble s’excuser de «développer la notion de nombre et d’être entraîné dans une direction où personne ne s’est engagé jusqu’à présent. » Pour M. Cantor, l’infini qu'il appelle improprement dit se présente dans le sens d’une grandeur variable, croissant ou décroissant autant qu’on le voudra.
Quant à l’infini proprement dit, il le représente comme un point déterminé, dans le voisinage duquel une fonction se comporte absolument comme dans le voisinage d’un autre point quelconque.
LES NOMBRES 245 On peut former une série de nombres w —f- 1, w —j- 2, ..... w + v sans arriver à un maximum, mais on peut en imagi ner un tw, qui soit le premier après tous les autres et qui donnera une nouvelle série : Eco —H 1, 2w “b 2, .....
2w -+- v, etc. La formation de nouveaux nombres serait donc sans fin ; mais, si nous remarquons que tous les nombres ainsi obtenus remplissent une certaine con dition, cette condition constitue un principe de l’imi tation, si on la pose comme obligatoire pour tous les nombres à former immédiatement.
Cette condition est que le système des nombres qui se trouvent dans la suite des nombres, avant celui qu’on considère et à partir de 1, soit de la même puissance que la pre mière classe de nombres. Il nous est très difficile de donner ici une idée du procédé extrêmement ingénieux à l’aide duquel M. Cantor arrive à la notion de nombres qui dépas sent l’infini.
Ces nombres, parfaitement déterminés, peuvent être premiers ou non premiers et, dans ce dernier cas, peuvent être décomposés en leurs facteurs premiers. Ils peuvent en un mot être étudiés aussi facilement que les autres, et il peut se faire que leur emploi devienne bientôt aussi commun que celui des nombres ordinaires. Le temps est passé pour la mathématique de vivre dans le terre à terre du nombre et de l’espace de tous. C’est dans l’espace extraspatial et dans le nombre
l’initiation 246 hypérasithmique que les mathématiciens d’aujour d’hui font des découvertes ; ces travaux seront pour nos fils ce que sont pour nous aujourd’hui le calcul différentiel et le calcul intégral. Comme l’algèbre, le calcul infinitésimal est traductible dans une géométrie à autant de dimensions qu’il comporte de variables. Où conduiront ces sciences nouvelles, et auront-elles un jour des applications pratiques?
Cette question a peu d’importance, après tout : cherchons le vrai, et s’il doit venir, l’utile viendra. Pour monter à Kether, la route est par Tiphereth. Comme M. Jordon, comme M. Picard et M. Darbouxà la Sorbonne, comme Descartes et Leibnitz, M. G. Cantor fait de la haute kabbale ! Je ne connais pas de plus haut éloge à lui adresser. Michel Delézinier.
QUELQUES CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES A PROPOS DES PRÉSAGES ASTROLOGIQUES Pour satisfaire l’importune curiosité du question neur profane, beaucoup d’astrologues se laissent aller à vouloir prédire les moindres particularités de causes, de circonstances et de milieu qui amènent ou accompagnent un événement, ou dépeindre par les traits les plus détaillés, ce qui peut caractériser l’indi vidu au moral et au physique. Cette tendance s'est
l’astrologie 247 trouvée être la source d’erreurs sans nombre. Il y a là un écueil dangereux qu’il faut éviter à tout prix, si on ne veut augmenter le discrédit dans lequel s’est trouvée jetée l’astrologie.
Mieux vaut ici prononcer le modeste « je ne sais pas », et avouer ainsi l'impuissance, à ce point, dans laquelle nous place l’état actuel de nos connaissances astrologiques, que de compromettre la réhabilitation de notre science en cédant à la crainte d’être trouvé en défaut sur un problème aussi secondaire que celui des circonstances minutieusement exposées.
La fâcheuse tendance que nous venons de signaler et qui existait déjà chez des astrologues anciens, les a menés tout droit dans le puéril et l’inepte.
Comme ils ne pouvaient tirer la révélation des par ticularités extérieures qu’ils recherchaient, ni de la nature des corps célestes, ni de leur mode d’action, ni de leur position relative, ils ont été amenés à dé cerner, tant aux planètes qu’aux constellations des étoiles fixes, aux Signes du zodiaque, et même à cer tains degrés de l’écliptique des attributions qui, com blant certaines lacunes de leur savoir, devaient répondre à leurs besoins, mais n’avaient qu’un défaut, celui de tirer leur origine de l’imagination des astro logues, et non de la nature des choses célestes (1).
En veut-on voir une illustration ? L’astérisme appelé Tête de Méduse devait présager qu’on mourrait la tête coupée, par analogie au mythe (1) In rébus physicis non sunt ponderandœ authoritates, sed rationes virorum asserentium vel negantium. Morin de Villefranche, Op. citât., p. vii.
l’initiation 248 de la Méduse ; la constellation Argo, qu’on trouverait la mort dans un naufrage, parce que Argo avait été le navire des Argonautes. — Le signe «2 et la partie postérieure du ¡1 — figuré par un centaure — devaient rendre les personnes nées sous leur influence, sau vages, brutes et intraitables, par ressemblance aux animaux par l’image desquels ils sont désignés.
Les Signes « muets » ® iq, K menaçaient de mutisme, parce que les animaux dont ils tirent leurs noms, ne sont pas doués de voix.
Enfin, certains degrés de l’écliptique, en tout vingthuit, disséminés dans les douze Signes étaient dési gnés comme « faibles et boiteux », et devaient, s’ils se levaient à l’horizon au moment de la naissance, faire que l’enfant né fût boiteux, aveugle, etc. Nous pen sons que ces quelques échantillons sont suffisants pour éclairer l’opinion du lecteur sur la valeur des pronostics qu’on prétend étayer par de pareilles pué rilités.
Képler paraît avoir été parmi les premiers qui aient stigmatisé et dénoncé ces aberrations et ces stu pidités, qui avaient fini pourtant par s’abriter sous l’autorité de tradition. Nous estimons que les indications fournies par l’horoscope ne peuvent être que des généralités, et que c’est là un point très important à retenir. Comme à toute chose, il ne faut pas demander à l’horoscope plus qu’il ne peut donner.
S’agit-il de dépeindre l’homme physique, moral ou intellectuel, il faut se garder de vouloir pousser le portrait comme une étude d’après nature; les grandes lignes, les traits
l’astrologie 249 distinctifs généraux; les instincts, les penchants, les passions dominantes, l’abandon de sa personne avec lequel l’individu subira leur empire, ou l’énergie de la résistance qu’il leur opposera : la puissance et la qualité de l’intelligence, son mode et évolution, les tendances et les affinités intellectuelles : voilà à quoi il faut se borner. Et c’est déjà assez. Assez compliqué dans tous les cas, pour y tomber toujours juste.
Les influences astrales qui déterminent notre personne sur les divers plans physique, moral et intellectuel, sont tellement complexes et multiples — cette com plexité trouve son expression dans l’immense diversité des individus ■— que, si nous en croyons pourtant con naître les dominantes, bon nombre d’autres et peutêtre des plus importantes nous échappent encore à l’heure actuelle; comment alors connaître les lois suivant lesquelles, toutes elles se combinent, s’amal gament, se compensent ou s’opposent les unes aux autres?
Ce n’est que cette connaissance complète qui pourrait garantir l’exactitude rigoureuse des moindres détails qu’on voudrait prédire. — S’agit-il delà prédic tion d’un événement ?
Les astres nous révéleront la nature générale de cet événement, heureux ou mal heureux, la rapidité ou la lenteur avec laquelle il s’accomplira, la durée de ses effets; enfin, ils désigne ront la catégorie de choses sur laquelle cet événement portera : le corps, la santé, la vie; ils nous diront s’il y aura accident ou maladie, mort naturelle ou vio le nte; nous pourrons connaître si c’est la fortune, la carrière ou la réputation que concernera cet événe ment; nous saurons enfin s’il se rapportera à la vie
25o l’initiation de famille : mariage, naissance ou mort d’enfants, mort des parents, etc. Mais voilà tout. Ce n’est qu’in directement, par déduction et à peine que nous pour rons parfois arriver à une certaine connaissance de quelques causes objectives, immédiates, qui auront provoqué cet événement. A celle du milieu et des cir constances pas du tout, dü moins en l’état actuel de notre science.
En résumé nous ne pouvons, par l’horoscope, con naître que des généralités, et voici pourquoi : étant donné l’énorme espace de temps, — incommensurable pour la conception humaine — qui est réclamé par la Nature pour opérer un changement dans l’ordre établi des phénomènes cosmiques, nous pouvons con sidérer que notre système planétaire n’a pas varié, depuis qu’il est évolué, ni dans la nature des éléments des corps qui le constituent, ni dans les lois qui règlent la périodicité de son mouvement.
Telle que l’influence astrale s’est révélée aux premiers sages qui — il y a des milliers d’années — ont observé les phénomènes du monde planétaire et stellaire et leurs rapports avec l’être humain, et ont d’observations accumulées pendant des siècles déduit la science astrologique, telle cette influence se manifeste encore aujourd’hui.
Car, si les causes sont demeurées les mêmes, les effets doivent encore être les mêmes, si l’objet sur lequel opèrent ces causes, l’homme, est resté le même. Il est vrai, l’humanité a progressé ; les conditions et les circonstances de la vie extérieure de l’homme ont changé et se transforment constamment. Mais
l’astrologie 25 I l’organisme humain fonctionne comme alors, les lois qui président à sa naissance, à sa croissance et à sa mort sont les mêmes ; les mêmes infirmités l’atta quent, et les mêmes déchéances attendent l’homme s’il entre en conflit avec les lois de sa nature.
Il obéit encore aux mêmes instincts, il se laisse dominer par les mêmes passions ; si l’objet de ses désirs, de ses sentiments et de sa pensée a souvent varié, si sa sen sibilité s’est affinée, son intelligence élargie et subti lisée, ces facultés se manifestent d’après les mêmes lois qu’alors : à travers la marche en avant constante de l’humanité, l’homme est resté le même dans sa nature essentielle.
Il s’en suit que les influences astrales ne peuvent se rapporter qu’à ce qu’il y a de permanent dans l’être humain, non à ce qui y est sujet à variation par le temps, le climat, le milieu, etc. C’est à l’astrologue d’approprier les présages généraux qu’il trouve aux particularités d’époque, de race, de climat, de milieu dans lesquels naît et se meut l’individu.
Si, dans cette adaption, l’astrologue commet des erreurs, il faut l’en accuser, lui, et non l’astrologie. Qu’un enfant naisse sur les marches d’un trône ou qu’il voie le jour dans le taudis d’un misérable, il n’est, au moment de son entrée dans le monde, qu’un peu de matière organisée et vivante.
Comme telle, les deux enfants ne diffèrent en rien l’un de l’autre; leurs horoscopes ne peuvent en aucune manière et par aucun signe déceler la différence d’origine de l’un à l’autre. Ce n’est que plus tard, lorsque, sous l’influence de
2$2 l’initiation l’éducation, leur individualité se dessinera, et leurs ten dances et aptitudes particulières s’accuseront et s’exer ceront dans des champs différents, appropriés au milieu dans lequel ils sont nés et auront grandi, que les différences éclateront et s’accentueront.
Celui-ci pourra, par le fait du milieu dans lequel sa naissance l’a placé, développer telles dispositions et aptitudes naturelles, qui seront arrêtées dans leur développement ou étouffées chez celui-là sous l'influence du milieu, bien qu’il les possédât d’origine, en germe, à un degré égal.
La tendance restera cependant au fond, latente, et ces aptitudes pourront revivre et percer au jour sous l’influence accidentelle de certaines conditions favo rables à leur éclosion.
S’agit-il, pour des enfants nés dans des milieux dif férents. d’un présage d’ascension de fortune ou de déchéance, c’est encoreà l’astrologue de proportionner les effets extérieurs que produit la réalisation de ce présage — qui peut s’annoncer dans leurs horoscopes parles mêmes signes— au milieu dans lequel est né et grandit l’enfant, et s’exerce l’activité de l’homme ; car ce qui est une brillante fortune pour l’un qui est né dans une mansarde, ne constituerait pour l’autre, qui a vu le jour et a grandi sous des lambris dorés, qu’une condition infime.
C’est pourquoi il est un vieux précepte dans l’astro logie, de ne jamais tirer un horoscope sans savoir aü préalable l’origine de l’enfant, et sans connaître les conditions d’état, de rang et de fortune des parents. Cependant certains astrologues ont la prétention d’apprendre tout cela par l’inspection de l’horoscope
l’astrologie 253 de l’enfant même.
Nous examinerons ce point lorsque nous arriverons à ce chapitre spécial. — Nous pouvons d’ailleurs rappeler ici que, comme l’homme passe successivement par les périodes de croissance, de maturité et de déclin, ainsi par analogie les familles entières prises en bloc ; enfin que des événements de même nature se reproduisent souvent dans la vie de différents membres d’une même famille, pendant la même génération aussi bien que dans des générations successives ; de sorte que la connaissance de la vie d’un certain nombre d’ascendants peut parfois servir de canevas — bien que très primitif — pour le juge ment d’un horoscope.
Nous avons parlé des différences que produit sur la personne et la vie de deux enfants, la différence des milieux dans lesquels ils sont nés. En ce faisant, nous avons bien entendu eu en vue le cas où ils sont nés au même instant.
Par là nous aurons en même temps déjà répondu en partie à une des objections par les quelles on a, de tout temps, voulu battre en brèche l’astrologie : à savoir que deux enfants nés au même moment, devaient présenter les mêmes caractéris tiques physiques, morales et intellectuelles, et éprou ver des destinées identiques. Et d’abord précisons la question.
D’après la théorie des influences astrales, dans son expression la plus générale, il y aura iden tité de personne et de vie pour deux individus, si l’aspect du ciel est exactement le même pour les deux à leur naissance. Si deux individus naissent au même instant, mais à des endroits différant de longitude, la figure du ciel ne peut être la même pour l’un
l’initiation 254 comme pour l’autre ; entre les deux figures il y aura d’autant plus de divergence que la distance en longi tude géographique aura été grande. — Si les deux naissances ont lieu, toujours au même instant, dans deux endroits situés sur la même méridienne, mais distants l’un de l’autre en latitude géographique, les parties du ciel découvertes par l’horizon ne seront pas exactement les mêmes, et la différence des don nées astronomiques (hauteur des Pôles, demi-arcs) fournira des résultats de calculs divergeants : là encore les horoscopes ne concorderont pas.
Pour qu’il soient absolument les mêmes, il faut donc que les naissances aient lieu, non seulement au même instant, mais encore au même endroit, et, pour que les effets ex térieurs des influences astrales soient identiques, il est essentiel, d’après ce que nous avons dit plus haut, que les deux individus naissent dans le même milieu. Ce ne serait qu’alors que les personnes et les desti nées des deux pourraient se couvrir absolument.
On voit déjà que ce postulatum ne peut se réaliser dans la vie d’une manière parfaite : il se réalise dans les conditions les plus approchantes, dans les naissances de jumeaux.
Physiologiquement parlant, de ce que ces enfants ont été procréés tous deux au même point de l’évolu tion de leurs parents, et ont été soumis, pendant tout le temps de la gestation, aux mêmes conditions phy siologiques, il résulte qu’ils doivent offrir la plus grande concordance des caractéristiques héréditaires que puissent présenter tous les enfants nés, par inter valles, des mêmes parents. Astrologiquement, c’est le
OCCULTISME PRATIQUE 255 fait que les deux enfants sont nés exactement dans le même milieu, presque en même temps, qui explique la ressemblance frappante qu’on constate entre ju meaux : plus les moments de leurs naissances se trouveront rapprochés, plus cette similitude de leurs personnes et de leur vie s’approchera de l’idendité.
Tandis que les dissemblances qui peuvent se rencon trer sous la ressemblance générale résulteront de ce qu’il s’est écoulé plus ou moins d’instants entre leurs naissances ; et nous verrons plus tard que, si court que soit cet intervalle, les effets peuvent en être sensibles. Selva.
Quand j’étais au collège, je pestais contre les an ciens, je croyais avoir contre eux de légitimes ran cunes, leur commerce ne m’avait valu que pensums et que retenues. J’avais pris en grippe les Grecs et les Romains et. enlisant dans l’histoire que les Visigoths, les Ostrogoths, les Francs, les Vandales, enfin toute l’immense cohue des Barbares avaient envahi l’em pire romain, mon cœur battait d’aise, je me sentais vengé.
« Abominable antiquité ! m’écriais-je, te voilà « détruite; puisses-tu ne jamais renaître de tes « cendres ! » En revanche, le moyen âge avait toutes mes bénédictions, les noms des Childebert, des Théobald, desChilpéric, des Théodoric, des Dagobert, etc..
256 l’initiation me semblaient bien plus beaux, bien plus nobles, glo rieux, que ceux des Alcibiade, des Aristide, des Périclès, des Scipion, des Fabricius, des Fabius, des Metellus et tutti quanti. J’exaltais les premiers et je débinais les seconds, avec une âpre volupté. Comme l’on change avec les années !
Aujourd’hui je donne au diable le moyen âge et ses ténèbres, et les anciens sont par moi portés aux nues, je leur fais des mamours, peut-être parce que, n’étant plus claquemuré en une forteresse universitaire, je n’ai plus à les redouter.
Ces bons anciens, que j’ai tant maudits dans mes colères enfantines, je les exploite maintenant, je me nourris, je m’empiffre de leur lecture, ils sont devenus pour moi comme une mine dont j’extrais de véritables , trésors. Je dois avouer cependant, à ma honte, que mes retours de tendresse à leur égard n’ont pas le moins du monde pour objet leur grande supériorité littéraire et artistique.
Quoique je sente et j’ap précie toute leur valeur, bien que je reconnaisse la puissance de leur génie, ce n’est pas là ce qui m’attire vers eux. Je trouve en eux autre chose qui me captive bien davantage : leur connaissance profonde des sciences occultes, et en cela ils nous surpassent bien plus encore que sous le rapport des beaux-arts, de la philosophie et de la littérature.
On ne saurait trop lire les anciens: Valère-Maxime, Tacite, Apulée, la vie d’Apollonius de Tyane par Philostrate, Jamblique, Porphyre, Proclus, sans compter le bonhomme Ho mère et Virgile. En dépit ou plutôt à cause même de leur génie, Homère et Virgile avaient foi dans les sciences occultes et les avaient étudiées avec soin, et
OCCULTISME PRATIQUE 2 57 peut-être, secrètement cultivées, car, pour parler comme ils en parlent à propos de certaines cérémo nies mystérieuses, il faut les avoir pratiquées. Parmi les auteurs anciens, je comprends bien entendu les pères de l’Église chrétienne; quoiqu’ils n’appartien nent qu’aux quatre derniers siècles de l’antiquité, il serait, selon moi, injuste deles négliger.
Sous le nom de miracles ou de faits extraordinaires, ils racontent bien des choses qui relèvent des sciences dites occultes. J’oserai prendre la liberté de relater une histoire, sin gulière et, à cause de sa singularité même, très inté ressante, extraite des Pères de l’Église, non par moi, mais par un auteur espagnol El Doctor Gerónimo de Alcala, yaneç, y Rivera, natif de Ségovie, en i563.
N’ayant pas le texte grec sous les yeux, je me contente de traduire l’auteur espagnol.Voici, cette histoire, que je cite dans toute son intégrité ! « Il y avait à Alexan drie, en Égypte, un homme d’une assez triste réputa tion. Semblable à une hyène, il ne se contentait pas de faire sa proie des vivants : les morts dans leurs sépulcres ne se trouvaient pas même à l’abri de ses atteintes.
Il vit porter à l’église, dans son cercueil, une jeune fille moissonnée en son printemps et dans tout l’éclat de sa beauté ! C’était l’usage, à cette époque, d’enterrer les morts avec leurs vêtements et, comme la jnorte était fille unique et riche, ses parents voulurent que son costume fût non seulement des plus élégants, mais en même temps le plus chargé de bijoux et le plus magnifique qu’on eût encore vu.
L’avide larron ne manqua pas de convoiter cette riche proie et de la regarder comme sienne, ne croyant pas qu’elle pût lui 9
258 L INITIATION échapper. Pour accomplir son sacrilège exploit, il attendit patiemment la nuit, alors que toute la vie était plongée dans le sommeil. Muni d’une fausse clé et d’une lanterne, ilse rendit à l’église, ouvrit la porte et chercha la tombe de la jeune fille, qui était dans un caveau.
Sans crainte d’offenser la divinité, sans son ger à tout ce qu’il y avait d’odieux et de criminel dans l’acte qu’il allait commettre, il leva une dalle, descen dit par un petit escalier de pierre et se trouva dans un endroit spacieux où étaient déposés plusieurs cer cueils et entre autres, celui de la belle fille. Il avait à peine franchi la dernière marche qu’un courant d’air éteignit sa lanterne, et il fut plongé dans une profonde obscurité.
Ce contretemps n’affaiblit en riensacriminelle résolution, il remonta à tâtons l’escalier qu’il venait de descendre, ralluma sa lanterne à la lampe du Saint-Sacrement et retourna bien vite près du cadavre pour faire sa main.
Il commença par enlever ses pen dants d’oreilles, puis il passa à ses chaussures et n’oubliapas la robe, les voiles, etc. Voyant, après avoir ôté la robe de la morte, que sa tunique était toute neuve et richement brodée, il ne voulut pas la lui laisser et se mit en devoir de la retirer. A peine eut-il tiré les manches et découvert la poitrine que soudain la jeune morte, ranimée par un semblant de vie, se dressa sur son séant.
Irritée et outragée, elle saisit la main du sacrilège : « Quoi ! misérable, lui dit-elle, non content des richesses dont tu m’as dépouillée, tu ne respectes même pas ma pudeur et mets à décou vert les parties que les yeux d’aucun homme n’ont jamais connues. Ne sais-tu pas que je suis vierge et
OCCULTISME PRATIQUE 2 5g d’une réputation sans tache ? Ton audace criminelle mérite un châtiment. » En parlant ainsi, elle arracha les yeux de cet exécrable violateur des sépultures, puis satisfaite de cette terrible mais juste vengeance, elle retomba pour toujours dans les ténèbres du trépas.
Frappé de terreur et privé désormais de la lumière du jour, l’odieux larron, craignant, après avoir éprouvé les effets de la justice divine, d’être poursuivi par la justice des hommes, quitta le caveau, remonta l’esca lier comme il put, sortit de l’église et alla se cacher dans sa maison para llorar ainargainente su pecado, pour faire une rude pénitence de son sacrilège péché, pour le pleurer amèrement. » (Les Pères du désert.) L’histoire est merveilleuse et intéressante, elle est . dramatique, elle fait honneur à ses pieux narrateurs.
On en trouve bien d’autres, non moins intéressantes, non moins dramatiques, chez les anciens, païens ou chrétiens, qui, comme celle-ci exhalent un véritable parfum d’occultisme, Je crois que le fait rapporté par l’auteur espagnol peut s’expliquer ainsi : bien que la jeune fille fût réellement morte, son âme ou plutôt son esprit n’était pas entièrement détaché du corps; en présence des outrages que l’avide larron se permettait à l’égard de celui-ci, en le dépouillant de ses orne ments. il a voulu le ranimer pendant un court instant pour le venger, puis, sa vengeance étant satisfaite, il a rompu définitivement les liens qui le tenaient encore attaché à lui.
Le fait, s’il est vrai, et rien ne s’oppose à ce qu’il le soit, me paraît relever entièrement du spi ritisme. Horace Pelletier. Correspondant du groupe indépendant des études ésotériques.
PARTIE LITTÉRAIRE (Suite.) I Il y a trois états dans l’univers : matière, esprit, âme. La matière brute est un composé d’éléments en désagrégation, en corruption et en suspension. L’es prit, force reconstitutiye de là matière, est l’impulsion de la vie organique, la recherche des formes, la mise en œuvre des organes par des actions proportion nelles à leurs forces, et par des mouvements en har monie avec leurs milieux.
C’est à l’observation, à l’expérience des actions et des mouvements de la matière, réglés par l’esprit, que l’homme a donné le nom de raison et de logique. L’esprit peut avoir des facultés égales dans la fourmi, dans l’oiseau, dans le lion ou dans l’homme. Mais quel appui et quelles bases l’esprit organique trouveUN RÊVE SUR LE DIVIN 2ÓI t-il pour juger le divin?
Quelle clairvoyance de l’im matérialité l’homme peut-il puiser dans les multiples transformations de la matière? L’âme est la semence divine consciente de sa mis sion supérieure, qui lutte pour dégager des corrup tions de la vie la croissance et la multiplication du bien. C’est par le véhicule de l’esprit ou vie organisée, que l’âme triomphe de la matière désorganisatrice qui est le mal.
L’âme associée à la vie embryonnaire sommeille, tandis que naît l’esprit, que se reproduit la forme, que se développe l’organisme. Quand la forme est achevée, que l’organisme se meurt, l’âme forte ou faible selon ses éléments de perfectibilité, s’efforce d’utiliser cette forme et ce mouvement au profit de son perfectionnement.
Lorsque l’âme a récolté dans la vie assez d’épreuves, de douleurs, d’expériences terrestres, qu’elles î-s a échangées contre des valeurs célestes, qu’e lia ga gn sa rançon uranique, elle échappe aisément à sa pri son matérielle. Dieu oblige alors le corps à « rendre l’âme ».
Les âmes dont le perfectionnement reste station naires sont indéfiniment réincarnées dans des corps jusqu’à ce qu’enfin la nature domptée (matière et esprit), serve, malgré ses résistances, au but final de l’âme, qui est pour elle la production multipliée du bien uraniçyte. La philosophie matérialiste ou spiritualiste se pose ces questions depuis des siècles.et y répond : Dieu
2Ô2 LÙNITIATION est-il la vie universelle elle-même ou la vie univer selle est-elle un grand tout sans Dieu ? Dieu est-il partie intégrante de la nature, substance comme elle, ou dirige-t-elle seulement ses états par la création? Dieu est-il à la fois le sol, la semence et le semeur?
La foi purement psychique ne cherche aucun rap port entre Dieu et la matière, entre Dieu et l’esprit de l’homme, entre Dieu et ce qu’on appelle la création, car elle conçoit le divin dans l’immatérialité pure. L’homme matière vit dans l’animalité, jouit et souffre par la matière seule.
L’homme esprit utilise les influences et les forces de la nature, se les rend profitables; il peut trouver humainement le bonheur, c’est-à-dire l’appropriation au milieu. L’homme psychique est en lutte avec son orga nisme au premier terme de sa croissance uranique; le combat est incessant en lui. De même que l’homme esprit utilise la nature au profit de son bonheur humain, l’homme psychique doit utiliser son corps au profit de sa perfectibilité.
La victoire de l’homme sur ses passions terrestres et sur ses besoins matériels exige de nombreuses réin carnations humaines. L’âme perd la claire vision de ses étapes uraniques dès qu’elle est replacée dans un organisme opaque et matériel.
L’homme espritdomine et asservitla matière pouren tirer des sources de jouissances, de force, d£ bien-être, pour conquérir de nouveaux moteurs qui allègent ses fardeaux humainsetquadruplentses puissances vitales.
UN RÊVE SUR LE DIVIN 2Ô3 L’homme psychique n’a qu’un but, l’immatériali sation, qui quadruple ses puissances psychiques. L’âme délivrée du corps, à mesure qu’elle s’élève dans la connaissance divine, échappe davantage aux conditions matérielles de pesanteur, d’espace et de temps, et acquiert la faculté d’être instantanément où elle veut être.
De même l’homme, à mesure qu’il connaît mieux la terre, se transporte par la pensée plus instantané ment à ses confins.
L'un des progrès humains les plus bienfaisants pour l’humanité est, sous toutes ses formes, le rappro chement des distances, la conquête de l’espace et du temps par les moyens de plus en plus intangibles d’électricité, de vapeur, etc. Ainsi le progrès de l’âme est le dépouillement gra duel, l’élimination de la matière dont les attributs les plus lourds sont le temps et l’espace.
A mesure que l’âme encore liée au corps subit moins les troubles passionnels de la nature matérielle qui l'enveloppe, qu’elle se purifie, qu’elle se volati lise, sa vision de l’infini uranique est mieux dégagée, plus claire, elle est plus attirée vers Dieu et elle attire davantage les âmes uranisées à l’aide et sous la direc tion desquelles elle pénètre de plus en plus dans les voies de la vérité.
Plus grand est le nombre des âmes qui se perfec tionnent, plus Dieu est accessible, et moins alors l’initiation psychique est douloureuse. La pitié, la charité, adoucissent les initiés et leur donnent le désir de venir en aide aux âmes embryon
l’initiation 264 naires; ils répandent la connaissance uranique que les justes isolés n’acquièrent qu’au prix de tortures cruelles. Dieu, touché des efforts des justes, consent parfois à réincarner des âmes complètement uranisées déjà ■entrées en son sein, âmes de prophètes, que l’homme adore comme envoyées du ciel, de Dieu.
Dans les siècles futurs la quantité d’âmes initiées à la perfectibilité uranique deviendra croissante, l’ini tiation étant plus facile à mesure que la science humaine déblaye le monde matériel et se voit forcée d’en constater les étroites limites. Les perfectionnements de l’âme ne sont pas tou jours absolus, même lorsque l’âme a conquis par une dernière incarnation humaine le droit à l’entrée dans la vie divine.
L’âme après sa dernière incarnation humaine peut avoir à traverser des cercles uraniques inférieurs où elle a encore des épreuves à subir. Rarement, après sa dernière réincarnation, elle est assez allégée des passions terrestres pour s'élever dans les cercles supé rieurs d’Uranie. Elle franchit des degrés successifs et conquiert ses rangs de perfection, jusqu’à ce qu’elle puisse voler vers l’idéale clarté divine.
La nature, c’est-à-dire la mise en œuvre de la matière, est tour à tour forte si elle tend à la force, précise si elle tend à la précision, logique sur ses points déterminés. Elle paraît souvent même habile si le but du développement vital de ses puissances tend à l’habileté. Dans l’homme esprit, c’est-à-dire dans l’animalité
UN RÊVE SUR LE DIVIN 205perfectionnée, on trouve une appropriation si exacte du mécanisme organique au milieu, une arène si large pour l’action obligatoire, une poussée de mouvements si entre-croisés, que l’homme peut croirequ’il est conduit par ses propres impulsions, par le jeu des forces qui le constituent, par sa propre volonté indépendante.
Ce sont en général ceux-là mêmes qui n’admettent pour la nature que l’ordre immodifiable le mouve ment déterminé, la loi fatale, l’impossibilité absolue dans laquelle elle est de se soustraire à ses différentes conditions, qui veulent que l’homme, pour eux un composé de nature, soit libre ! ! ! L’homme esprit poursuit aveuglément les fins de la nature, qui sont la lutte contre la puissance uranienne et immatérielle.
La puissance uranienne et immatérielle impose à la nature la terreur du vide, du rien, la fait tourbillon ner sur elle-même, l’oblige à rouler toujours préci pitée dans l’espace, livrée au jeu de ses forces, qui toujours et sans cesse s’entre-divisent et se reconsti tuent pour se diviser à nouveau. Tous les états de la matière sont soumis à la doubleloi des mouvements de répulsion et d’attraction.
Chaque parcelle de matière réalise donc fatalement l’effort continu qu’elle doit réaliser pour utiliser ses moyens d’action. Ses molécules se rangent, s’adjoi gnent, se superposent selon ce qui les attire ou les repousse afin de reproduire ce que la philosophie appelle la continuité de la nature, c’est-à-dire la reproduction des formes. Juliette Adam. (A suivre.) ______
2Ô6 l’initiation I vol. in-32 par Gustave Guiches. — Tresse et Stock, éditeurs. Prix : 3 fr. 5o. C’est une œuvre vraiment saisissante, presque mystique et bien significative du nouveau courant d’idées qui nous mène, que ce roman de M. Gustave Guiches.
Jamais l’auteur de Céleste Prudhomat et de F Imprévu n’eut meilleure occasion de lâcher bride à son imagination éprise de l’au-delà ; aussi je consi dère la lecture de Philippe Destal comme suggestive entre toutes. Le décor encadre merveilleusement le personnage.
Dans un vieux château féodal du Quercy, où « six tours pointaient leurs flèches, où les armoiries des comtes de Morillon blasonnaient les façades, chamar raient les manteaux des cheminées, fleurissaient les croisées rangées sur la cour d’honneur et celles qui regardaient les champs », naît et grandit Philippe Destal. fils de Jean Destal et de Rose d’Apreval, très jeune, très frêle, d’une suave beauté de carmel.
Elle avait sacrifié secrètement une ardente vocation reli gieuse à l’état de mariage qui lui répugnait. » « Un portrait représentait Jean Destal, lequel était fort laid, mais d’une souveraine laideur. Le visage s’effilait en un ovale démesuré. Les chairs étaient comme abolies, et la peau faisait corps avec l’ivoire de l’ossature. L’ombre noircissait les cavités des joues. Hors du double foyer des regards, la face s’éclairait
PHILIPPE DESTAL 267 des quatre aigrettes allumées aux saillies des pom mettes et des pointes jumelles qui orientaient le déve loppement intellectuel du front. Les lèvres s’étaient usées, peut-être par l’habitude des pieux chuchote ments. » En lui cependant les sens restaient indociles et s’insurgeaient sous les lanières dont il les flagellait. « Certains soirs la passion triomphait...
Rose, d’un trait de bras, faisait glisser le rideau du lit sur la tringle de fer... Elle dégrafait sa guimpe, détachait ses scapulaires, dénouait des cordelets qu’elle portait à ses lèvres, et, des épingles retirées une à une des touffes de plis, elle étoilait un coussinet de velours,. Les jupes tombaient.
Alors s’exhumaient des linges et des laines un corjas ignorant de lui-même, enserré dans de sveltes lignes, une chair de pain azyme, lacé rée de pénitences, glorifiant, à travers les stigmates de son martyre, la douloureuse conquête de sa volonté.
C’était un enroulement de spirales, une géographie de torture où se distinguaient la radiation écarlate des plaies récentes et les lignes cuivrées, les larges disques bleuâtres des blessures cicatrisant. Des hanches, la pluie de pourpre ruisselait jusqu’aux che villes, garrottait les fines attaches avec ses courroies de supplice qui se nouaient en lacets de brodequins.
Un plastron de crins bruns étranglait la poitrine et bouclait sur la cambrure des reins sa compresse bar belée d’aiguilles et d’orties. « Sans une rougeur aux joues ou un abaissement des cils, l’âme absente, Rose se dressait dans une impudeur céleste et s’exhibait saintement, avec un
268 l’initiation sourire qui disait : « Voici la servante du Seigneur. » « Jean la maintenait debout, malgré le froid qui brillantait la peau foisonnante...
Enfin la voyant près de tomber, il avançait vers elle, ouvrait tout à coup ses bras, recevait un rigide éboulement de statue, atti rait sur son épaule une tête ballante, appliquait à son oreille une bouche morte au baiser et dont les lèvres chuchotaient : De profundis clamavi ad te, Domine; Domine, quis sustinebit...
Il enfonçait dans sa poitrine les piquants du cilice. ...«Ainsi fut conçu Philippe Destal.— Au qua trième mois de la grossesse de Rose, une après-midi, l’abbé trouva dans la chapelle, son frère Jean fou droyé par une congestion cérébrale, le front ouvert, d’une tempe à l’autre au coupant de la première marche de l’autel.
Mme Destal mourut emportée d’une hémorragie puerpuérale, le jour même de la naissance de son fils. » * 4 4 Suivons maintenant à travers la vie, l’atavisme de cet extraordinaire enfant. L’abbé Destal, oncle de Philippe, reste seul pour veiller l’orphelin.
D’imagination ardente, de sensibi lité maladive, enthousiaste et passionné, celui-ci s’af faiblit bientôt, épuisé par sa croissance hâtive et, aux approches de sa quinzième année, manque mourir d’une fièvre cérébrale, à la seule annonce de son pro chain départ pour le petit séminaire de Notre-Damedes-Champs., Le prêtre renonce à l’idée d’éloigner de lui l’enfant et le garde à Morillon. La convalescence est rapide,
PHILIPPE DESTAL 269 les années s’écoulent. Un beau matin, sur les conseils du vieux médecin, son ami, l’abbé Destal songe à marier son pupille et commence à lui faire courir le monde.
Les dédains silencieux de Philippe ne tardent pas à révolter tous ces pères et ces jeunes hommes, ces mères et ces jeunes filles auxquels on le présente, mais il s’enferme dans sa cellule intérieure, trouvant un plaisir dont il n’avait pas soupçonné l'intensité, à recueillir et à classifier ses observations. « Il s’encourageait à ne pas agir.
« La contemplation, se disait-il, est la vie même, et il ne connaissait pas de bonheur comparable à celui de regarder, pendant de longs instants, une rose, en écoutant les cloches du village sonner les vêpres, car il lui semblait que, dans les couleurs, dans le parfum de la fleur et dans le son des cloches toute l’ineffable mysticité du dimanche soupirait doucement.
« L’âme se développait au préjudice de l’être phy sique, sa santé ne tarda pas à s’altérer, son corps devint chaque jour plus sensible aux variations de l’atmosphère. Il ressentit des torpeurs aux temps tièdes, un endolorissement lorsque l’air se chargeait de pluie, des angoisses aux menaces d’orage, des souf frances aigues si le ciel se faisait neigeux. Philippe se regardait vivre, s’écoutait souffrir.
Il acquit une impressionnabilité si vive, que de sa chambre close, la nuit, il pressentait la formation des nuages et savait à quelles influences attribuer ses longues insomnies. George Montiêre. (A suivre.)
BIBLIOGRAPHIE QUELQUES CONSTATATIONS DE iPsîshoiotw Les Hallucinations télépathiques par MM. Gurney, Myers et Podmore, traduit et abrégé des Phantasms of the Living, par L. Marillier, maître de conférences à l’écoles des HautesEtudes ; avec une préface de M. Ch. Richet. — i vol. in-8 de xvi, 3g5 p. Bibliothèque de philosophie contemporaine. F.
Alcan, éditeur, 18g i. _____ Il serait banal aujour d’hui de parler du courant, nouveau auquel obéit l’intellectualité moderne sous presque toutes ses formes ; tout esprit cultivé a cons cience de l’entraînement général qui porte aux études psychiques, ou hyperphysiques ; les savants commen cent à étendre le champ de leurs recherches au delà du monde physique ; l’institut lui-même s’émeut de ces nouvelles questions.
Et toutes ces investigations se poursuivent selon une méthode, lente peut-être, mais absolument consciencieuse.
En effet, la nouveauté des phénomènes observés, leur caractère mixte qui les fait dépendre autant de la physiologie que de la psy chologie, et bien d’autres particularités spéciales, en rendent la véracité assez difficile à établir; la critiLES HALLUCINATIONS TELEPATHIQUES 27 I que actuelle a dù redoubler à leur égard de précau tions et de contrôles, surtout lorsqu’il s’agit de phé nomènes collectionnés d’après les témoignages de personnes plus ou moins au courant des méthodes propres à déterminer la certitude scientifique.
C’est sous l'influence de semblables considérations que se forma, en 1889 je crois, la société anglaise Psychical Research.eX qu’ensuite la Société de psycho logie physiologique, délégua pour l’étude des phéno mènes dits télépathiques, une commission composée de MM. Sully-Prudhomme, G. Ballet, H. Beaunis, Ch. Richet, de Rochas et L.
Marillier ; simultanément donc, en France, en Angleterre et aux Etats-Unis une enquête a été entreprise dans le triple but« de recueillir des documents relatifs à la télépathie, déterminer la proportion des hallucinations qui coïncident avec un événement réel au nombre total des hallucinations des sujets normaux, déterminer la proportion des per sonnes qui ont éprouvé une ou plusieurs hallucinations au chiffre de la population. » Les résultats obtenus seront présentés au Congrès international de psycho logie expérimenale de 1892.
Voici d’ailleurs le résumé de la partie de cette enquête faite pour l’Angleterre par MM. Gurney, Myers et Podmore, et consignée par eux dans les Phantasms of lhe Living. Le professeur Ch. Richet a écrit pour la traduction française de cet ouvrage une préface,reproduite il y a quelques mois ici même, et qui détermine avec netteté l’état actuel des recherches sur la télépathie. « C’est à analyser et à apprécier les causes d’erreur » que se sont surtout
l’initiation 272 appliqués nos auteurs, et ils ont pris comme base expérimentale de la télépathie, la transmission de pensée. Je n’ai ni l’intention ni surtout l’autorité nécessaire pour discuter ici cette conception oc même simplement la modifier ; ceux qui sont au courant de la tradition occulte sauront aussi bien et mieux faire les restrictions nécessaires là-dessus.
Mais ce sur quoi je voudrais attirer l’attention des chercheurs français qui s’occupent de ces recherches et qui ne sont pas imbus des méthodes universitaires d’investigations, c’est sur le louable esprit de critique qu’y apportent les savants officiels.
Ainsi, après un examen de la transmission de pensée au point de vue de la réalité du phénomène, nos auteurs passent à l’examen général des cas de télépathie spontanée, dont les agents sont, sauf quelques cas très rares, inconscients, et les manifes tations involontaires ; puis, après une critique géné rale des témoignages, ils abordent la classification de ces phénomènes : transmission des idées et des images.
Transmission des émotions et des tendances au mouvement, rêves, hallucinations qui survien nent dans l’état intermédiaire au sommeil et à la veille, hallucinations transitoires, hallucinations visuelles, auditives, tactiles, simultanées quant aux sens qu’elles affectent, enfin hallucinations réci proques et hallucinations collectives.
Chacune de ces séries ne comprend, dans l’abrégé publié en fran çais, que les témoignages de première main, c’est ainsi que sont distribués les trois cent cinquantesept relations de faits inexpliqués qui remplissent ce
LES HALLUCINATIONS TELEPATHIQUES 27? volume; et leur certitude est discutée selon les règles du calcul des probabilités de la façon la plus claire et la plus méthodique.
La place me manque pour rap porter les conclusions des auteurs; c’est donc au travail original que je renverrai les lecteurs curieux, en leur indiquant ici quelques sources où ils pour ront recueillir de nouveaux phénomènes et puiser des points de vue originaux : Pour la télépathie hypnotique, voir les travaux de Reichenbach, d’Esdaile, des docteurs Elliotson, Mayo, du professeur Grégory, du prof. W.-F. BarrettjiSyô).
Pour la transmission de pensée à l’état de veille, voir la Suggestion mentale du Dr Ochorowicz ; dans les Proceedings of the Society for Psychical Research, les expériences de M"'e Sidgwick, de MM. Guthrié, de Ch. Richet, de M. O.-D. Lodge ; en Amérique, celles de M. W.-N. Pickering (Science, juillet 1885) ; d’Albert von Notzing à Munich, et de M. Ant.
Schmoll à Paris (le Sphinx, 1887) ; ces der nières ont été traduites ici même, en septembre der nier ; — la collection anglaise du Loist; en France, les articles de Ch. Richet et de Beaunis, publiés dans le Bulletin de la Société de Psychologie physiolo gique (1885, 1886 et 1888) ; les expériences de Papus et de Puisaye entre Paris et Marseille (Initiation, avril 1891) et celles entre MM. J.-K.
Huysmans et Desbeaux, faites récemment et parues dans les Annales psychiques. A voir aussi particulièrement : la sug gestion mentale et le calcul des probabilités par Ch. Richet (Revuephilosophique de décembre 1884'. Enfin, comme sources de renseignements généraux:
274 l’initiation Dr Charpignon. Physiologie du magnétisme. Paris, 1848 ; Dr Pettetin. Électricité animale ; Dr Dagonet. Annales médico-psychologiques. 6' sé rie, vol. V ; Macario. Du Sommeil, des Rêves et du Somnam bulisme. Paris, 1857 ; H.-M. Wesermann. Archiv, fur den Tierischen Magnet. Vol. VI, juin 18ig, Dusseldorf; Sergent-Cax. Mechanism of Man, t.
II. z tGROUPE INDÉPENDANT d’ÉTUDES ESOTERIQUES 27$ BROTH IWBÉFITOAMT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES Quartier Général. — Les travaux des Groupes d’études contiunent régulièrement au Quartier Général. Le Groupe d’étude des signatures, sous la direction de M. Selva, a passé en revue la Physiognomonie et la Gra phologie et a abordé l’Astrologie. L’étude de la Chi romancie commencera aussi sous peu.
Le Groupe d’études des phénomènes spirites a obtenu des résultats très satisfaisants sous la direction de M. François et en présence de nombreux assistants. Un de nos membres dévoués vient de prendre la direction d’un groupe fermé, consacré à la formation des médiums. Les séances de discussion entre les membres ont lieu chaque semaine, et nous devons particulièrement nous féliciter des suc cès de cette création. Conférences.
Les séances publiques, consacrées aux conférences se tiennent le vendredi, tous les quinze jours. Le mois dernier MM. Jules Lermina, Emile Mi chelet, Paul Sédir, Papus ont pris la parole devant une assistance aussi nombreuse que de coutume. Les prochaines séances auront lieu les vendredis : 18 mars, teI et t5 avril.
Notre ami, M. Lucien Mauchel, vient de faire une importante tournée dans l’ouest de la France, où il a rendu visite aux principaux chefs dégroupés et constaté les progrès sans cesse plus marquants, de l'occultisme en France. Branches. — Le dernier mois a été particulièrement favorable au Groupe. Nous avons, en effet, le plaisir d’annoncer à nos membres la création de deux nouvelles branches qui s’annexeront sous peu, deux loges martinistes.
En France, une charte vient d’être délivrée à Mont pellier, où la branche nouvellement créée compte trois groupes d’études, l’un consacré à l’hypnotisme,
27b l’initiation l’autre à l’occultisme, le troisième au spiritisme. Ces dé buts nous permettent d’augurer un développement ra pide à l’occultisme à Montpellier. En Autriche une chartre de branche vient d’être déli vrée à un groupe sérieux de chercheurs, à Prague. C’est notre première branche régulière en Autriche, qui ne possédait jusqu’ici qu’un poste de correspondant.
D’autre part, notre infatiguable délégué général en Belgique, M. Vurgey, qui va publier, sous peu, un tra vail très important sur le Microscome, nous annonce qu’une branche nouvelle est en formation à Gand. Sociétés adhérentes. — Nous avons reçu un envoi très important d’ouvrages de la part de la Société scien tifique d'études psychologiques de Munich.
L’analyse de ces ouvrages paraîtra dans les prochains numéros de [’Initiation; nous commençons aujourd’hui le résumé du travail de M. Deinhart sur la Psychométrie. AVIS A NOS BRANCHES Le chef d’une de nos branches de la Plata (Amérique du Sud) nous prévient qu’un médium spirite se faisant appeler de Muth est en route pour la France, après avoir eu de graves démêlés avec les groupes de BuenosAyres.
Il nous prie, sous son entière responsabilité, de signaler ce médium à toutes nos branches, afin de leur éviter de cruelles déceptions doublées de pertes inutiles d’argent. Nous tenons tous les renseignements confi dentiels complémentaires à la disposition de nos chefs de groupes. L’ordre kabbalistique de la Rose-Croix a décidé de li vrer à la publicité la partie exotérique de son organisa tion. Le mois prochain, [’Initiation publiera l’organisation de l’ordre et le programme' des examens prescrits par le
TRANSMISSION IMMEDIATE DE LA VOLONTÉ 277 Conseil suprême par l’obtention du titre de RoseCroix et des trois grades de bachelier, licencie' et doc teur en kabbale. EXPÉRIENCES CONDUITES ET COMMUNIQUÉES PAR ALBERT DE NOTZING Traduit par Y. le Loup [Le Sphynx, III, i3 janvier 1887).
Quoique quelques représentants éminents de la science moderne, par des expériences nombreuses et faites avec soin, aient déjà prouvé les faits de la suggestion dans l’hypnose, aussi bien que ceux de la transmission méta physique de la pensée et de la volonté, — ce qui consti tue cependant la majorité du monde savant, surtout en Allemagne, reste encore étranger, ou même tout à fait hostile à ces manifestations remarquables.
Dans ces con ditions, il est d’autant plus du devoir des revues qui trai tent de ces questions de redoubler leurs appels à la science officielle par des comptes rendus de faits maté riels dignes de foi et embrassant un large cercle d’idées; — pour qu’enfin cette dernière commence l’exploration d’un territoire, dont la connaissance est si intéressante et de si haute importance à l’égard des sciences pratiques, comme la médecine et la jurisprudence.
C’est pourquoi l’auteur de cet article n’hésite pas à rendre publiques les expériences suivantes, qu’il a dirigées aussi conscien cieusement qu’il est possible de le faire dans une réunion privée. L’excitation à des expériences de ce genre était un sujet d’entretien dans notre cercle intime.
Des faits de transmission métaphysique de la volonté, que j’affirmais être véridiques, furent mis en doute, de telle sorte que je me décidai de faire au moins l’essai de les démontrer expérimentalement, malgré que la réussite ne m’en sem blât pas certaine. Cependant j’eus le plaisir de motiver mes
l’initiation 278 assertions, en plusieurs circonstances. Les dix essais sui vants, faits chez moi le 16 juillet 1886, et immédiatement notés, me semblent particulièrement convenir à la publi cation.
Deux messieurs très bien connus de moi prirent part aux expériences; ils s’engagèrent auparavant à m’as sister le plus scrupuleusement possible dans ces re cherches; M. Spiro faisait office de récepteur, pendant que le docteur Grote désignait les ordres pensés à accom plir, que j’essayais à mon tour de transmettre à M. Spiro. Les expériences furent faites selon la méthode sui vante.
Sur notre désir, le sujet se laissait d’aborb soi gneusement bander les yeux avec une toile de lin, puis se plaçait près de la porte, le corps tourné vers la sortie; le docteur Grote était assis derrière lui, à l’autre extré mité de la chambre, et pouvait ainsi observer avec préci sion tous les mouvements du sujet; il lui avait été ins tamment recommandé d’éviter toute ingérence, qui eût pu déranger le cours des expériences.
Dans cette situa tion, j’étais convenu avec le docteur Grote de ne pas toucher l’objet à trouver, ni de le désigner par signes. Et, comme nos arrangements se concluaient sans parler ni faire de bruit, la possibilité d’une indication par l’un des sens physiques était donc supprimée.
Au début de chaque essai, je faisais retourner le sujet de manière à ce que son corps fût dirigé vers nous, je me plaçais à un demi-pas derrière lui et tenais ma main droite élevée de vingt à trente centimètres au-dessus de sa tête. Dans cette position, je le suivais où il allait, et je cherchais, par la concentration de ma pensée sur l’objet à trouver, à in fluer sur ses mouvements.
Pendant la première expé rience, le pouce de ma main droite toucha le poignet gauche de M. Spiro pour éprouver sa sensibilité qui m’était encore douteuse. — Les neuf autres expériences furent faites sans contact comme il est indiqué plus haut. Expérience première. — Le sujet devait prendre un verre plein posé sur la table et le boire.
Le sujet, tou ché par moi à la main gauche, se mit, sans hésitation, à marcher dans la direction de la table, en tâtonnant pru demment comme un aveugle, et, parmi divers objets dont la table était chargée, prit le verre de sa main droite et le but.
TRANSMISSION IMMEDIATE DE LA VOLONTÉ 279 Expérience II.— Me montrant une poche de son habit, M. le Dr Grote, m’exprima le désir qu’on lui enlevât son mouchoir. M. Spiro exécuta ce commandement intellec tuel dans un très court espace de temps et sans contact.
Expérience III. — Je cherchai à donner au sujet la pensée de prendre une allumette dans une boîte posée sur la table, et après l’avoir mis en ignition, d’en allu mer un flambeau placé tout près de là; ce qu’il exécuta ponctuellement. Expérience IV. — Le sujet fut contraint d’aller au sofa et d’en prendre un coussin.
Expérience V.— M. le Dr Grote et moi convînme de la manière expliquée plus haut, qu'une salière cachée près d’un casier de livres, serait mise à un endroit de ce casier désigné à l’avance; cet essai réussit également. Expérience VI. — Un étui à cigarettes caché sur une chaise sous le pardessus de M. le Dr Grote devait être trouvé, et le fut en effet.
Expérience VII. — I.e même étui mis sur le bureau sous un serre-papiers devait nous être présenté ; ce que fit le sujet. Expérience VIII. — M. le Dr Grote me donna à com prendre qu’il désirait qu’un chapeau posé sur un porte manteau lui fut mis sur la tête ; M. Spiro prit le chapeau, mais ce fut à moi qu’il le mit.
Expérience IX. — Sur un coffret bas, se trouvait une trentaine de revues, reliées semblablement ; l’une d’entre elles, désignée au préalable, devait en être extraite. Le coffret se trouvait éloigné d’environ trois mètres du sujet.
Malgré le commencement de fatigue qui rendait le sujet plus difficile à influencer, celui-ci prit en hési tant quelque peu, la direction du coffret, et du premier coup, choisit dans le paquet de Revues celle que nous avions désignée. Expérience X.— Un objet, déterminé à l’avance, devait être retiré de la poche intérieure du vêtement de M. le Dr Grote.
M. Spiro parut sentir en peu de temps l’im pulsion que je lui suggérais, et se dirigea vers M. Grote, qui, à son insu, s’était levé de sa chaise et avait changé de posture ; mais M. Spiro fouilla dans la poche droite au lieu de la gauche qui avait été désignée.
28o L INITIATION L’épuisement de plus en plus évident de M. Spiro, très explicable, cardepuis le commencement de la séance on ne lui avait pas enlevé une seule fois le bandeau des yeux, nous obligea à terminer les essais. Ces deux messieurs, qui n’avaient jamais fait jusqu'alors d’expé riences de cette sorte, me quittèrent pleinement con vaincus delà possibilité de transmettre la volonté autre ment que par les sens physiques.
Munich Albert de Notzing. En attestation de la justesse et de l’exactitude du précédent compte rendu, ont signé : Dr H. Grote. Th. Spiro. L’observation sur la persistance des membres à l’état astral chez les amputés n’étant pas encore entièrement achevée, nous en remettons la publication au prochain numéro.
LA SCIENCE DES ANCIENS On a retrouvé dans les débris de Ninive une énorme lentille de verre qui est sans doute un débris d’un puis sant instrument d’optique. (F. Letiormand et Babelon, Hist. anc. des peuples d'Orient, g0 éd., 1887, t.
V, P- I73-) ____ Esotérisme Hindou. — Dans le présent numéro, I’Initiation commence des Etudes d’orientalisme dues à la plume de notre nouveau collaborateur,-le Dr Gardener, dont le nom suffisamment connu nous dispense de le présenter aux lecteurs de la Revue.
Nous donnerons un avant-goût des travaux de notre collaborateur en publiant ici un sommaire de ces études intéressantes qui chacune à part formeront un tout com plet, et dont l'ensemble fournira un résumé de VEsoté risme encore si peu connu de l’Inde antique.
NOUVELLES DIVERSES 281 Voici le titre de quelques articles : Le Védisme, sa haute antiquité; Littérature Hindoue: Analyse très succinte du Mahabharata, du Ramas-Yana, du Bagavad-Gita des Suranos : L’Iran Zende-Avesta Zoroastre; Druidisme, Bouddhisme ; Dogmes, Mythes, Symboles, leur explicationésotérique, Musique Hindoue ; Conclusion.
The Light of Paris Nous traduisons de l’anglais la communication sui vante : Sous ce titre va bientôt paraître un nouveau journal hebdomadaire, imprimé en anglais et rédigé en partie par une rédaction féminine, en partie par une rédaction ■d’hommes.
Ce journal, destiné à faire pénétrer le génie français à l’étranger, d’après la maxime que « Tout homme a deux patries : la sienne et la France »,abordera la discussionde toutes les questions les plus élevées qui préoccupent l’es prit humain. Il sera rédigé dans la forme la plus indé pendante et la plus courtoise.
Aucun scandale, aucune question de personne ne seront abordés pas plus que tout sujet trop dépendant du plan matériel, ni aucune question politique. Les rédacteurs se cantonneront dans l’esprit de sujets littéraires, scientifiques ou artistiques capables d’inté resser le public anglais plus que la politique de la ques tion du suffrage des femmes.
C’est par là seulement qu’on pourra faire valoir le caractère véritable de l’Esprit fran çais et de ses productions. The Light of Paris assure à ses lecteurs qu’il gardera une indépendance absolue vis-à-vis detout projet exclu sivement financier comme les loteries ou les sociétés simplement commerciales et que les annonces d’un ca ractère douteux sont refusées.
La partie du journal con sacrée à la publicité fera connaître au public américain et anglais les maisons les plus capables de le satisfaire. De plus, l’administration du journal répondra à toutes les questions qui lui seront adressées par ses abonnés relativement aux achats et aux ventes qu’ils seraient ame nés à faire.
282 l’initiation Le prix d’abonnement et de six francs par an, payable d’avance. Ce journal donnera tous les détails les plus intéres sants sur des progrès scientifiques de notre e'poque. La rédaction possède déjà une importante collection des manuscrits les plus intéressants et s’est assuré la collaboration d’écrivains de valeur traitant de littéra ture, de science ou d’art. Les noms des rédacteurs seront publiés en tête des premiers numéros.
T lie Light of Paris est dirigé par Mlle A. de Wolska; le rédacteur en chef estM“ Florence Grey, et le secrétaire de la rédaction M. Papus. L’Administration est placée sous les ordres de M. Chamuel, administrateur général, 29, rue de Trévise, Paris. Adresser toutes les communications à «The Light of Paris, publishing C° », 29, rue de Trévise, Paris.
LA SÉCURITÉ DES FAMILLES La Sécurité des Familles est une association qui se propose d’accorder une pension à tous ceux de ses membres atteints d’une infirmité les mettant dans l’im possibilité de gagner leur vie. Personne ne peut affirmer qu’un malheur ne viendra le frapper inopinément.
L’employé, l’artisan, etc., ne sontils pas exposés tous les jours à se trouver, tout à coup, dans l’impossibilité de se livrer à aucun travail ?Et, dans ce cas, qui donc remplacera le salaire et donnera des moyens d’existence à la famille privée de son principal gagne-pain ?
Quelle perspective pour l’homme de cœur !... la huche vide... rien... peut-être quelques au mônes pour subvenir aux besoins de quatre, cinq déshé rités ! combien cela durera-t-il? Quinze jours, un mois au plus, et, ensuite, plus rien, rien que la misère noire. La Sécurité des Familles n’est pas une société finan cière : son conseil d’administration, ses délégués, donnent leur concours gratuitement.
Les fonds prove nant des cotisations sont placés à la caisse nationale d’épargne. Le capital de réserve s’élevait, au ier janvier à 9390 francs. Le nombre des membres participants, est de 2744.
REVUE DES REVUES 283 Les personnes qui verseront, en une seule fois, la somme de vingt-cinq francs au minimum, et qui renon ceront aux avantages de la Société, recevront le titre de membres honoraires perpétuels.
Pour renseignements, s’adresser au Président de la Sécurité des Familles, à Lapugnoy (Pas-de-Calais). (Langue française.) OCCULTISME : Je noterai tout d’abord dans le Voile d’Isis io février 1892) la divulgation que fait Marcus de Vèze, d'après une publication d’Outre-Manche, de divers procédés employés par les médiums « truqueurs »; du même, son érudite Bibliographie, et diverses communications de Quœrens, d’E.
Steel, de Louis Bataillard ; plus la suite de son feuilleton, et des conférences. Deux nouveaux numéros de la Renaissance symbo lique ont paru. Et à signaler, dans le n° 2 de Psyché un article de L.-M. Bazalgette, intitulé Ze Mage. — L’Etoile (février 1892) est remplie par les travaux intéressants de MM. Abber Jhouney, R. Caillié, J. Bois et de l’abbé Roca ; plus un extrait de M. C. de Bodisco, paru dans l’initiation.
La Paix universelle (ier février 1892), donne d’abord le compte rendu des séances du groupe les Indépendants Lyonnais que je suis heureux de féliciter de leurs succès; puis, arrivent des critiques empreintes d’une douce ironie sur les Occultistes : Chaboseau, Barlet, avec l’éloge de M. d’Anglemont, dont je trouve la deuxième réponse (16 février 92) au sujet de son Omnithéisme, et dans laquelle il défend sa théorie des localisations (r ).
Enfin je (1) Le trou de Monro est ainsi l’organe d’audition silen cieuse que nous venons de faire connaître, et nous pourrions donner une explication analogue pour justifier la faculté pen sante, également localisée fluidiquement, et fonctionnant dans le trou borgne.
l’initiation 284 transcris sans commentaire les conclusions, auxquelles se rallie M. Sylvestre, et par lesquelles M. G. Delanne critique le Traité de science occulte de Papus : on verra ainsi comment l’occultisme est compris, même par les repre'sentants les plus e'minents du spiritisme.
Cette gradation, base'e sur le nombre trois, joue un rôle considérable, non seulement dans la science antique, mais, au lieu de se borner à ce ternaire simple, les initiés se livraient à la science des nombres, non pas en les combinant suivant leur valeur réelle, mais en leur attri buant des valeurs fictives, ainsi par exemple : « Qu’il me suffise de dire que, comme Pythagore dési gnait Dieu par.
1, la matière par 2, il exprimait l’Univers par 12, qui résulte de la réunion des deux autres (Fabre d’Olivet, les Vers dorés de Pythagore). Ce résultat s’ob tenait au moyen de la réduction théosophique et de {’ad dition théosophique. La réduction théosophique consiste à ramener tous les nombres à l’unité. Ainsi : 10 =.
1-j-o = 1 11 — i+l = 2 12 — 1+2 = 3 « Un nombre composé quelconque, 666 par exemple,, est d’après cette méthode égal à 9, en effet : 666 =j 6+6+6 — 18 a Or, 18= 1+8, c’est-à-dire est égal à 9. « L’addition théosophique au contraire consiste à addi tionner tous les chiffres suivant leur valeur arithmétique depuis l’unité jusqu’à lui. Ainsi le nombre 4 égale enaddition théosophique : 1+2+3+4 == 10 < Le chiffre 7 égale 1+2+3+4+5+6+7 = 28.
« Mais en réduisant 28 = 2+8 = 10. « C’est en appliquant ces calculs et la méthode de l’ana logie que l’on peut, suivant l’auteur, comprendre la science antique et les écrits des hermétiques. Nous de vons avouer qu’il faut un esprit particulièrement souple pour savoir employer, à propos des idées et des re cherches abstraites, de semblables méthodes, qui laissent
REVUE DES REVUES 285 un libre champ à l’arbitraire : et, si parfois la méthode analogique peut présenter certains avantages, elle en traîne souvent l’esprit dans une systématisation trop grande et peut ainsi conduire à l’erreur beaucoup plus vite et plus sûrement qu’à la vérité. » ' Plus loin, M. Gabriel Delanne fait ressortir la faiblesse des théories occultistes au sujet de création de l’Univers de YInvolution et deYEvolution, puis il ajoute : « Nous ne pouvons donc adopter l’enseignement occul tiste touchant les origines jusqu’à ce que des preuves palpables nous soient données de leur véracité.
« Là ne s’arrêtent pas les enseignements orientaux, les sciences ésotériques nous réservent d’autres surprises, car on nous apprend qu’en dehors des planètes visibles, il en est d’autres obscures et que tous ces mondes sont parcourus à leur naissance par la Vague de Vie.
« Si l’on en croit cette théorie très bien exposée par Papus, les planètes dépendantes d’un soleil, sont tour à tour et successivement visitées par le courant vital qui donne en premier lieu naissance aux minéraux, puis dans un second passage aux végétaux, dans un troisième aux animaux, et enfin aux races intelligentes et cons cientes : à l’homme sur la terre. « Entre chaque passage, il y a une période de repos pour la planète.
Cette vague de vie monte en grade à chaque fois que sa ronde est terminée. Que faut-il penser de tout cela ?
«Cette fois encore la théorie occultiste me semble peu d’accord avec les faits, caria nature nous montre que, dès l’origine, minéraux, plantes et végétaux se forment et se développent simultanément et sans aucune discontinuitéPartout les époques géologiques se succèdent sans inter ruption et l’on passe de l’une à l’autre sans rencontrer d’arrêt ou d’hiatus.
C’est notre science qui classifie les terrains d’après la nature des fossiles, végétaux ou ani maux, mais, dans la réalité, nulle démarcation n’existe et c’est toujours et partout le développement ininter rompu de la création. Nous ne concevons donc pas l’utilité de cette hypothèse d’une vague vitale. De nos jours, il se forme des minéraux, dans le sein des mers. Incessamment, sous nos yeux, la nature poursuit le cours
286 l’initiation de ses transformations. Le vent, la mer, les eaux plu viales, les volcans agissent sur l’écorce terrestre qui s’é lève et s’abaisse sans discontinuité, et l’on peut dire que nous sommes tout autant dans la période géologique qu’il y a dix millions d’années.
Ce sont là des constata tions qui s’imposent, et nulle théorie ne peut prévaloir contre l’enseignement positif des faits. » spiritisme : La Revue spirite (février 1892) donne un compte rendu détaillé de l’ouvrage de Russell-Wallace : Les Miracles et le Moderne Spiritualisme, plus différentes communi cations de théories et de faits spirites. — Dans le Spiri tisme (février 1892), lire l’analyse du Traité de Papuspar Gabriel Delannc, et la première réponse de M. d’Anglemont à F.-C.
Barlet. Le Moniteur spirite et magnétique (i5 février 1892) contient les remarquables articles de J. Bouvéry : Dévoi lons Dieu et Éclaircissement, où l’auteur met au jour les traditions antiques avec une érudition discrète et un esprit de tolérance du meilleur aloi.
Enfin, une mention toute spéciale au dernier numéro de la Philosophie générale des Étudiants swedenborgiens (janvier 1892), qui malheureusement va cesser sa publi cation. magnétisme : Le Journal du magnétisme (i5 février 1892) continue les études de M. Durville, et le rapport annuel de la Société magnétique de France. Dans la Revue des Sciences psychologiques illustrées (février 1892), voir les récits de faits hypnotiques et spirites.
La Chaîne magnétique publie les comptes rendus des procès intentés à Mme Auffinger et à M. Leymarie, plus des communications de MM. Auffinger et Pelletier. A lire dans le Devoir (janvier et février 1 892) de nom breuses études de socialisme pratique et de science éco nomique. Tout serait à citer parmi les consciencieux travaux que publie la Revue Socialiste (février 1892), c’est pourquoi je ne ferai que citer les noms de B. Malon, d’E. Fournière, de A. Delon, de Trubleau, de H.
REVUE DES REVUES 287 Aimel, d’Ad. Veber, d’A. Holynski, qui signent les prin cipaux articles.
Divers : Je recommanderai particulièrement à l’attention de tous, l’article Hypnotisme et Criminalité du Dr Liégeois, qui ouvre le fascicule de mars de la Revue Philosophique ainsi que l’érudit exposé du mouvement néo-thomiste en Europe et en Amérique, par M. Picavet. — Puis dans les Annales de Psychiatrie et d'Hypnologie (janvier et février), les Applications thérapeuthiques de l’hypnotisme par le Dr Luys ; la folie menstruelle, par le Dr Bail, etc .
J’indiquerai encore la Revue Scientifique (2 et 3o jan vier 1892), la Nouvelle Iconographie de la Salpêtrière. Le Journal des Savants (décembre 1891) contient une étude sur les textes du Vinaya, par Barthélemy SaintHilaire; la Revue de la Science Nouvelle, publiée par l’Association scientifique pour la défense du christia nisme (février et mars 1892).
Le Bulletin de la Presse (février i892) contient l’ex posé par Papus de la Presse néo-spiritualiste française. Dans la Revue blanche (février 1892), voir de Maurice Barrés : Lettre à un lecteur familier, et de G. Séailles : Sur la Cène de Vinci. Paul Sédir. L’abondance des matières nous oblige à remettre au numéro suivant l’analyse des Revues de l’étranger. , Librairie du Merveilleux, Chamuel, éditeur. — Les États profonds de !
Hypnose, par le lieutenant-colonel de Rochas d’Aiglun, administrateur de l’Ecole polytech nique. 1 vol. in-8, 2 fr. 5o. Ce petit volume, formé de la réunion des articles parus dans Y Initiation, remaniés et quelque peu augmentés, a obtenu dès son apparition un légitime succès. Plusieurs
288 l’initiation centaines d’exemplaires ont été enlevés en quelques jours. La Bible moderne, par Mundus. i petit vol. in-8. Nous rendrons prochainement compte decet ouvrage où les plus graves questions philosophiques sont discu tées dans un style clair et précis. Caire, éditeur. — La Vie du Bouddha, par E. Lamairesse. i vol. in-18 delà Bibliothèque des religions com parées : 3 fr. 5o. (Compte rendu prochainement par Paul Sédir). Librairie Alcan. —La Voie parfaite ou le Christ éso térique, par Anne Kingford et Edouard Maitland, traduit de l'anglais avec une préface de Edouard Schuré. Nous donnerons prochainement un compte rendu détaillé de ce livre ; signalons dès maintenant l’étude consacrée aux élémentals et à la classification des in fluences productrices des phénomènes spirites. Librairie Perrin et Cie. — Les Grandes Légendes de France, par Edouard Schuré. i vol. in-i8 : 3 fr. 5o. Ce volume, qui contient tout un chapitre intéresant pour les occultistes, sera analysé prochainement. Association pour la solution pacifique des conflits sociaux, 3g, rue de Châteaudun. Le Droit au travail, sa réalisation pratique et légale. Pétition adressée à la Chambre des députés. Prix : o fr. 20 (vendu au profit de l’œuvre). Le Gérant : Encausse. IMP. E. ARRAULT ET Cio, 6, RUE DE LA PRÉFECTURE, TOURS.
L'Initiation du i5 mars 1892 Georges CARRÉ, éditeur, 58, rue St-André-des-Arts, Paris. ŒUVRES DE PAPUS Le Tarot des Bohémiens, le plus ancien livre du monde. 1889. 1 vol. in-8 raisin de 372 pages avec nombreuses figures et planches hors texte.
Prix...................................................... 9 fr. » Le jeu de Tarots, transmis par les Bohémiens de génération en génération, est le livre primitif de l’antique initiation, ainsi que l’ont montré Guillaume Postel, Court de Gébelin, Etteila, Éliplias Lévy et J.-A. Vaillant. La clef de sa construction et de ses applications n'a pas été découverte jus qu’ici.
L’auteur a voulu combler cette lacune en fournissant aux initiés, c’est-àdire à ceux qui connaissent les éléments de la Science occulte, un instrument rigoureux grâce auquel ils puissent pousser plus avant leurs études. Le lecteur profane y trouvera l’exposé d’une philosophie et d’une science des plus élevées, celles de l’Égypte.
Le livre est établi de telle sorte que chaque partie forme un tout complet, qui peut, à la rigueur, être étudié séparément. Traité méthodique de Science occulte, avec préface de Ad. Frank, de l’institut. 1891, 1 fort vol. in-8° raisin de 1200 pages, avec 400 gravures et tableaux, 2 planches phototypiques hors texte, suivi d’un glossaire de la Science occulte..........................
16 fr. » Depuis quelque temps nous assistons à une singulière évolution de l’esprit humain.
Chacun veut connaître les enseignements de la Kabbale, du Boudhisme de la Magie et de toutes les doctrines qui montrent comment la Science vient appuyer les anciennes traditions et les données de la Foi, loin de les détruire. — Il 11'existait pas jusqu’à présent d’ouvrages mettant chaque lecteur à même ne posséder rapidement ces questions sans grande connaissance philosophique ou scieutifique antérieure. Cette lacune vient d’être heureusement comblée.
Le Traité méthodique de Science occulte de Papus est une véritable encyclopédie de la question, composée de telle sorte qu’on peut y trouver, soit seulement les données générales sur la doctrine secrète et ses enseignements touchant la Naissance et la Mort, soit les études techniques les plus détaillées sur les Nombres, sur la Kabbale, sur l’Alchimic, la Franc-Maçonnerie, etc., avec une traduction correcte des 10 premiers chapitres de la Genèse.
Ce livre est donc utile à tous, lecteurs mondains, savants philosophes. Un glossaire de termes techniques et deux tables alphabétiques accompagnent ce volume de 1,200 pages; 400 tableaux et gravures, 3 planches hors texte éclairent les passages difficiles ; enfin une table particulière permet au lecteur de retrouver les extraits des 485 auteurs cités. M. Ad.
Franck (de l’institut) a bien voulu écrire la préface de cet important ouvrage auquel plusieurs œuvres littéraires récentes donnent uu cachet tout particulier d’actualité. La Iiabbale (tradition secrète de l’Occident). Résumé métho dique, ouvrage précédé d’une lettre d’Ad. Franck, de l’institut, e. orné de 20 figures et tableaux et de 2 planches hors texte Prix.............. . . ...................................... ............................
S fr. » Traité synthétique de chiromancie. Broch. in-8, compre nant de nombreuses figures. Prix............................. 1 fr. »
L'Initiation du i5 mars 1892 Georges CARRÉ, éditeur. 58, rue St-André-des-Arts, Paris. BIBLIOTHÈQUE DES RELIGIONS COMPARÉES L’IIIII « LE BOODIA Par E. LAMAIRESSE Ancien ingénieur en chef des établissements français dans l’Inde Un volume in-18. Prix................... 4 fr. LA VIE DU BOUDDHA Suivie du Bouddhisme dans l’Indo-Chine Par E. LAMAIRESSE Ancien ingénieur en. chef des Établissements français dans l’Inde Un vol. in-18. Prix................... . 4 fr. SOUS PRESSE : L’INDE APRÈS LE BOUDDHA DU MÊME AUTEUR
L’Initiation du i5 mars 1892 ç, * Georges CARRÉ, éditeur, 58, rue St-André-des-Arts, Paris. ESSAI SUR LA PHILOSOPHIE BOUDDHIOIII Par Augustin CHABOSEAU Un vol. in-8. Prix.......................................... 5 fr. Le Fluide des Magnétiseurs Précis des expériences du baron De REICHENBÀCH Sur ses propriétés physiques et physiologiques CLASSÉES ET ANNOTÉES '* Par le lieutenant-colonel DE ROCHAS D’AIGLUN Administrateur de l’Ecole Polvtehnique Un vol. in-8, avec figures. Prix............. 5 fr. LEÇONS CLINIQUES SUR LES PRINCIPAUX PHENOMENES DE L’HYPNOTISME ¿Dans leurs rapports avec la pathologie mentale Par J. LUYS Membre de l’Académie de médecine, médecin de la Charité Un vol. in-8 raisin, avec i3 planches en photogravure. Prix.......................... 12 fr. ...........................................................................
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