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9 9 in '/ V * -t14" VOLUME. — 5me ANNÉE : . I 'SOMMAIRE DU № (Février 1892) PARTIE INITIATIQUE... PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE... PARTIE LITTÉRAIRE.... Avant-propos. La Mai son hantée de la rue Ducouëdic (avec 12 gravures), (p. 97 à ioo). Que doit être le Moi? (p. toi à 109). Fragment philosophi que (p. r io à 115). L'Art et la Magie...... (p. 116 à i3o). Sommaire de T Histoire alchimique de Paris. (p. 13o à 144).
Les Quatre Livres sur la Médecine des Égyptiens............... (p. 145 à 154-). ' Une Prophétie de Nostradamus................ (p. 155 à 160). Le Périsprit (suite).... (p. 161 àhyS). Un Rêve sur le Divin (à suivre)................ (p. 179 à 182). La Direction. Quærens. Napoléon Ney. Émile Michelet. Philophotes. J. Marcus de Vèze Abil-Marduk. Gabriel Delanne. Juliette Adam.
Groupe indépendant d’Etudes ésotériques. — Hypnotisme. —■ Corres pondance. — La Télépathie et Mark Ttcaiii. — Revues françaises et étrangères. — Nécrologie. — Livres reçus. Rédaction : 29. rue de Trévise, 2 g PARIS ----- ------------------------ J,e N-néro ■ — ’LÄP : DIX FRANCS . IL Administration, Abonnements : 58. rueSt-André-des-Arts. 58 PARIS
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion ; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initiation est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent : Dans la Science, à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion, à donner une base solide à la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie, à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et la Métaphysique.
Au point de vue social, l’initiation adhère au programme de routes les revues et sociétés qui défendent l'arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le militarisme et la misère. Enfin l’initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de l’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde.
L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 5o rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études. La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits.
Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier. L Initiation parait régulièrement le i5 de chaque mois et c.,.mpte déjà trois années d’existence, —Abonnement: 10 francs par an.
L'Initiation du i5 février 1S92 Principaux Rédacteurs et Collaborateurs de l Initiation PARTIE INITIATIQUE F. Ch. Barlet. S.’. I.’. & — Stanislas de Guaita. S.'. I.'. — Julien Lejay, S.’. I.’. — George Montière, S.'. I.-. x — Papus, S.-. I.’. R. 2° PARTIE PHILOSOPHIQUE EJ' SCIENTIFIQUE Abil-Marduk. — Aleph. — Le F.'. Bertrand. iS«.'. — René Caillié. — A. C. Tshéla. — Camille Ciiaigneau. —• Chimua du Lafay. — G.
Delanne. — Delézinier. — Jules Doinel. — Fabre des Essarts.— Jules Giraud.— Horace Lefort. — L. Lemerle.— Donald Mac-Nab. — Marcus de Vèze. — Lucien Mauchel. — Napoléon Ney. — Eugène Nus. — Horace Pelletier. — Philophôtes.— G. Poirel.— Quærens.— Raymond.— A. Robert.— A. de Rochas. — Rouxel. — H. Sausse. — Paul Sédir. — Selva. L. Stevenard. — Pierre Torcy. — G. Vitoux. — F. Vurgey. — Henri Welsch. — Oswald Wirth.
3» PARTIE LITTÉRAIRE Maurice Beaubourg. — E. Goijdeau. — Manoël de Grandford. — Jules Lermina. — L. Hennique. — R. de Maricourt. — — Catulle Mendès. — Emile Michelet. — George Montière.— Léon Riotor. — Saint-Fargeau. — Ch. de Sivry.— Ch. Torquet. 4° POÉSIE Ed. Bazire. — Ch. Dubourg. — Rodolphe Darzens. — R. de Maricourt.— Paul Marrot. — Robert de la Villehervé.
L'Initiation du i5 février 1^92 — Groupe Indépendant D’ETUDES ESOTERIQUES quartier général : 2Q. rue de Trérise, Paris Membres. — Bibliothèque. — Salle des Conférences. — Salle des Cours. — Aucun droit d’entrée, aucune cotisation ne sont demandés aux membres. Les frais de la Société sont supportés exclusivement par les fondateurs et par les bénéfices de la Librairie adjointe au Quartier Général.
Tout abonné de I’Initiation ou du Voile d’Isis reçoit sa carte de membre sur sa demande. Diffusion. — 17 branches en France, 25 branches à l’étranger, 18 correspondants locaux. Etudes. — Etude impartiale des Forces encore inconnues de la Nature et de (’Homme d’après le Principe de la Division du Travail.
22 Groupes d’Etudes théoriques, pratiques et d'action, au Quartier Général. [Hypnotisme, Magnétisme, Spi ritisme, Magie, etc., etc.] Travaux accomplis. — En 14 mois, outre la constitution à l’extérieur des branches et des correspondants, les groupes d’études ont fait plusieurs découvertes importantes et enquêtes scientifiques sur la Force psychique, la Télépathie, le Spiri tisme, l’Hypnotisme, etc. — Huit ouvrages inédits ont été publiés au Quartier Général par MM. F.-Ch.
Barlet, Stanislas de Guaita, Papus, Julien Lejay, A. Chaboseau, A. Poisson, E. Michelet, G. Vitoux. Dix autres ouvrages d’études ont été publiés par les Branches du Groupe. Citons ceux de MM. Lefort ¡Sens], Nehor [Bruxelles], Vurgey [Bruxelles], Quærens [Mar seille], Elie Steel [Lyon], B. Nicolaï [Lyon], Marcellus Leloir [Bordeaux], Dr Plantenga [Amsterdam], M. Girgois [La Plata].
Journaux et Revues. — Revue mensuelle : l’initiation ; journal hebdomadaire : le Voile d'Isis. — Prochainement pa raîtront deux nouveaux journaux dont : Psyché, revue littéraire mensuelle. En outre, le Bulletin de la Bibliothèque inter nationale des Œuvres des Femmes paraîtra régulièrement à partir du i5 novembre.
Sociétés adhérentes [principales]. — Bibliothèque interna tionale des Œuvres des Femmes, Suprême Conseil et Loges Martinistes, Fraternité de la Rose-Croix Kabbalistique, H. B. of L., etc., etc.
VAST * La MAISON HANTÉE de la RUE DUCOUËDIC Les journaux quotidiens se sont beaucoup occupés ces derniers temps d’une maison de la rue Ducouédic. à Paris, dans laquelle des faits étranges ont pris nais sance. M. Desbeaux a fait à ce sujet un remarquable arti cle dans le Monde illustré, et il a bien voulu nous autoriser à présenter à nos lecteurs les trois gravures qui illustrent cet article. Voici d’abord l’aspect général de la « Maison han tée». 4
g8 l’initiation Voici maintenant le portrait de Mm° Boll, chez qui ces phénomènes se sont produits. Voici enfin une vue de la chambre qui a été le siège des principaux phénomènes.
AVANT-PROPOS 99 D’autre part, le Groupe indépendant d’études ésoté riques a fait une enquête très minutieuse sous la direc tion de M. G. Caminade, chef du Groupe de défense et d’enquête, officier d’académie. Cette enquête a duré plusieurs jours et a permis d’attribuer, à une grande partie des faits produits, une origine toute phy sique. Cependant, à côté de ces phénomènes produits par une cause physique, il en est d’autres qui ont éclaté devant plusieurs témoins et qui indiquent par faitement la mise en jeu de forces psychiques. Nous renvoyons donc tous nos lecteurs au volumineux rapport de M. G. Caminade d’une part {Voile d’Isis, n° 56 (i), et à l’excellente étude de M. Desbeaux {Monde illustré, 13, quai Voltaire, Paris) d’autre part. Quand aux principaux phénomènes produits, (ob jets brisés) les dessins suivants qui accompagnent le rapport du Groupe indépendant d’études ésotériques,
100 L INITIATION La direction de l Initiation.
PARTIE INITIATIQUE d©it trais i® m©i ? Justification de Quærens à la suite du plaidoyer d'office de F.-Ch. Barlet pour Maurice Barrés contre Quærens. A F.-Ch. Barlet. Cher et vénéré Maître, Je veux, avant d’entreprendre ma justification, me réjouir de l’heureux effet de mon dernier article, grâce auquel nos lecteurs ont pu lire votre magnifique plaidoyer. Le résultat dépassera mon désir chaque fois que ma sincérité aura provoqué la vôtre en des pages aussi noblement senties, aussi bellement exprimées. Votre plaidoyer d’office m’ayant vivement remué, j’ai voulu un supplément d’enquête ; j’ai lu et relu l’examen qui précède la nouvelle édition de Sous l’œil des barbares. J’ai pensé, en un isolement absolu de toute contingence, médité dans la solitude et la
102 l’initiation purté des désincrustations intellectuelles et morales, et j’ai conclu, du moins pour ce jour, et sans que cette conclusion ne pût en appeler à un état d’âme possible dans mon avenir, j’ai conclu au danger que les théories, surtout si littéraires, de Maurice Barrés, pouvaient faire courir à la jeunesse, à laquelle elles s’adressent, parce qu’elles ne parlent pas à ce qu’il peut y avoir de bon, d’enthousiaste, de dévoué, de spontané et d’inconscient chez les jeunes gens, mais à leur intelligence seule, leur orgueil, voire leur vanité, et à ce sentiment d’auto-admiration, incompatible, selon moi, avec l’auto-création qu’il exulte. J’estime que les différents degrés à franchir par la persona dont vous parlez sont caractérisés par les trois sentiments, qu’elle éprouve pour ce qui n’est pas elle.
Dans le matériel, égoïsme; dans le moral, pitié; dans l’intellectuel supérieur, amour inconscient et universel : tels sont, les divers titres de noblesse nécessaires par lesquels doit passer le sentiment que chacun possède pour ce qui lui est contingent.
Ne craignez-vous pas, cher et vénéré maître, que l’œuvre de Barrés ne renferme trop de sous-entendus malgré ses concordances ou ses examens, et que les profanes auxquels manque le flambeau nécessaire de l’ésotérisme puissent anarchiser inconsciemment la synarchiequi a présidéà sa construction? Ne redoutezvous pas, par exemple, que le dédain égoïste transporté dans l’intellectuel occasionne des ravages épouvan tables ?
Ne trouvez-vous pas qu’il est au moins im prudent de laisser la clef de l’armoire aux poisons, comme dit Lermina, aux incapables ou aux crimiQUE DOIT ÊTRE LE MOI? Iû3 nels ? Et n’allez pas penser que cette clef passe inai perçue dans ce monde de jeunes gens, assoifés de nouveau et d’étrange bien plus que de vrai et de senti, et se parant volontiers d’une doctrine littéraire ou philosophique comme de « déguisements loués chez le costumier ».
N’y a-t-il pas danger à voir cette philo sophie de Barrés cristallisée par des jeunes gens en un snobisme littéraire, en une sorte de manière de penser et de s’exprimer à la mode, nous inondant de nouveaux jeune-france, aussi insupportables par leurs théories incomprises, mal digérées et d’ailleurs décalquées que par l’encombrement d’une personnalité d’ordre absolument inférieur, arborée à tous propos, sous couleur â’égotisme, comme un pavillon destiné à couvrir une marchandise médiocre ? J’admire l'œuvre de Barrés en ce que j’en ai lu ; j’ai peur de ses imitateurs.
Je crois que, sans abstraire les quintessences, et. pour parler un langage peut-être moins préoccupé d’originalité, on peut dire avec un grand poète con temporain : construis ta citadelle...
J’avais choisi cette formule, renfermant, d’une manière nette, brève et précise, notre idée ésotérique du moi pour la mettre en tête d’un article prêt à envoyer à l’imprimeur, lorsque le vôtre, en des mots mieux appropriés et des expressions plus heureuses sans doute, m’en a, d’une magistrale manière, montré l’inutilité en la circons tance et m’a convié au silence.
Les matériaux par quoi surgira la statue de notre haute spiritualité ne sont pas la propriété de telle ou telledoctrine,et,en cela, le monopole ne saurait exister.
l’initiation 104 Nous devons crééer ces matériaux par nous-mêmes, mais aussi par une adéquation expérimentale nous prouvant leur parfaite concordance avec notre idéal. Maurice Barrés est voué par ses propres théories à prêcher dans le désert. Il ne pourrait avoir d’imita teurs sincères, car, par ce fait seul d'imitation, les théories de ses disciples ne sauraient être que des copies, alors qu’elles doivent être des originaux.
C’est pourquoi, d’après ces mêmes théories, j’affirme que Barrés ne peut être un maître qu’à condition de ne point avoir de disciples, ou bien que les disciples de ce même écrivain ne sauraient reconnaître la vérité des doctrines du maître et les pratiquer qu’en procla mant ce dernier un barbare, dénomination qui le doit du reste flatter infiniment, si elle est générale ment employée par ce qui lui est contingent.
Barrés dit fort bellement d’ailleurs, nous créons l’univers... Comment peut-il prétendre que la suprê me connaissance de cet univers, principe final, I’absolu, ne lui sera pas adquate aussi bien que les divers stades vers ce but suprême ? Il y aurait donc, lorsque chacun aurait, dans sa chacunière, réalisé son idéal particulier, autant d’absolu que d’individus, et, de ce fait, la multiplicité innombrale usurperait le titre d’unité-principe ?
Cette question, que je lui pose, s’adresse non à l’ini tié parfait, que ne me paraît pas être M. Barrés, mais au littérateur remarquable qui prévoit par empirisme, et non avec la conviction que seule donne la foi, un principe où s’harmoniser avec lame de l’humanité, ce
QUE DOIT ÊTRE LE MOI? 105 principe paraissant être pour lui une chance à courir plutôt qu’un but à atteindre. Laissez-moi maintenant, cher et vénéré maître, vous exprimer mon avis. Le principe masculin, la haute et suprême intellectualité n’a pas seule, son ésotérisme.
11 faut, pour y atteindre réaliser l’ésoté risme matériel et moral, sous peine de voir l’attique radieux de l’édifice construit s’effondrer par la ruine des matériaux mauvais employés pour la base. La matière de notre personnalité doit être aussi ho mogène dans sa substance, dans sa vie, que dans son esprit. La beauté et la bonté adéquates à notre nature sont les conditions sans lesquelles Y intelligence su prême ne peut exister.
Avons-nous réalisé cette beauté et cette bonté ? Avons-nous fait de notre corps un instrument suffi samment trempé pour ne point fléchir sous l’effort de la vie? Notre existence matérielle est-elle suffisante pour nous permettre de l’exposer sans danger aux exigences de notre force morale ? Et, si cela est, la bonté, ce corps de l’intelligence a-t-elle été assez souvent mise à l’épreuve de l’égoïsme destructeur ?
Notre désir est-il assez pur et notre désintéressement absolu pour ne pas se dérober devant les ordres de cette intellectualité suprême à laquelle nous tendons. Il est facile à un écrivain érudit et intelligent comme M. Barrés d’écrire de beaux livres et de réa liser par eux la célébrité et la fortune. Il est facile, lorsque l’on sait dire et penser élégamment, de faire naître des théories originales et saisissantes.
I0Ô l’initiation On peut ainsi se créer une atmosphère de sérénité matérielle dans laquelle monte un encens propice à des oeuvres nouvelles. Il est fort agréable d’être sacré général sans avoir connu la misère du soldat, et de disserter du haut des étoiles du commandement sur des idées philosophiques et philanthropiques alors que le petit troupier souffre et vit la philosophie, la dure philosophie d’en bas.
Il est possible, voire commode, de décréter que l’on a été de toute éternité créé pour jouer les maréchaux ; mais j’affirme qu’il faut être capable de tous les états inférieurs pour prétendre à les dominer. C’est en ces lignes que je résume mes idées philo sophiques : être capable de tous les étals inférieurs pour prétendre à les dominer.
Si l’on considère le but de l’individualité qui a eu le bonheur de recevoir une clarté de la Sainte Science, on voit que ce but, comme ne le fait pas assez remar quer, selon moi, et d’une manière trop épisodique, M. Barrés, est d’atteindre l’absolu et de s’y noyer en l’absorbant.
C’est de cet absolu que nous recevons la lumière plus ou moins claire, plus ou moins chaude, plus ou moins belle, plus ou moins réfrac tée, suivant la pureté de l’enveloppe individuelle qu’elle doit traverser pour atteindre notre conscience. Permettez-moi d’emprunter à une image banale la ressemblance de ce que je voudrais vous exprimer en cette justification. Cette ressemblance est saisis sante en l’espèce. Je n’ai donc aucun scrupule à l’employer : aussi bien l’analogie nous est-elle fami lière.
QUE DOIT ÊTRE LE MOI? IO7 Sur son banc de quart, dans la nuit, le comman dant se promène. Les courants, la tempête, ont fait dériver son navire : il ne sait plus où il est. Le ciel est noir, aucun indice, dans la nuit qui l’entoure, pour lui montrer la route à suivre. Le point qu’il a fait la veille, à midi, et l’estime lui ont révélé sa position approximative.
Il a relevé des côtes inhos pitalières dans ces parages et craint que son navire, drossé par la mer et le vent, ne vienne s’y briser.
Le compas affolé ne marque plus le nord ; il navi gue à l’aventure, sans savoir où il va : cependant un éclair fugitif dans la nuit a blêmi la crête des vagues : un phare a jeté sa faible lueur et va, par ses éclats et sa position, révéler au commandant la bonne route II a pris sa lunette, essuyé les verres tout brouillés d’em bruns, mis l’instrument au point... et il est là, l’œil à l’oculaire, appuyé sur la rampe de la passerelle, rete nant son souffle et concentrant en son regard toute sa vitalité ; il ne vit plus que par son œil ; c’est à cet organe qu’il va devoir le salut.
Enfin il se relève, un commandement retentit. Vers un point désigné de l’horizon le timonnier a dirigé le cap ; le navire est sauvé et maintenant marche à toute vapeur, l’avant droit sur la passe. Ainsi en est-il de nos âmes ; elles aussi, entourées des ténèbres de l’agnosticisme, tourbillonnent sans direction sur le gouffre amer du néant : le mouvement seul existe pour elles, et le bruit.
Mais, si elles ne sont point aveugles, une pâle lueur de vérité peut leur indiquer l’existence d’un but, et l’instrument de la science sacrée leur en révéler la nature. Pour cela,
i o8 L INITIATION essuie le cristal de l’oculaire, souillé par les embruns de l’égoïsme, et, quand la matière sera pure, lorsque le rayon ne sera plus réfracté, mets la lunette au point suivant les lois morales, et nécessairement tu verras apparaître dans ton champ visuel l’étoile dans la nuit. Si ton navire a résisté à l’effort des vagues, dirige le droit dans la passe, et tu seras sauvé.
Je pense, cher et vénéré maître, avoir ainsi montré comment je comprends la réalisation de la perfection dans le plan matériel et moral pour l’entrée dans le plan intellectuel. Je pourrais y ajouter les moyens que je crois nécessaires pour obtenir ces diverses perfec tions inférieures et intermédiaires, et raisonnerais comme en un article, Esotérisme et Militarisme, pu blié dans un numéro de l’Initiation de l’année der nière.
Cela me serait facile et, pour vous, peut-être fastidieux après cette trop longue justification. Je veux ici m’arrêter et dire en ma péroraison : Rendons la lumière intelligente et aimante pour que ne soient pas perdus pour l’humanité, qui souffre et ignore dans la nuit les bonheurs de science et d’amour pour lesquels elle est faite, auxquels elle aspire.
Traduire cette lumière ainsi cristallisée en langage humain ; rendre l’humanité lumineuse, la façonner en motifs éclatants, telle est la double tâche, involutive et évolutive, que doit accomplir le Sage. Le but final sera nécessairement la perfection universelle, réalisée par la culture individuelle, cette dernière étant et de meurant le moyen et non le terme.
Et, puisque cette justification m’a conduit à une profession de foi, je la veux complète et veux dire bien haut : Je défen
QUE DOIT ÊTRE LE MOI ? I Og drai le culte du Moi, dont le temple est consacré à l’hu manité; je protégerai de même et défendrai s’il le faut l’enclume où se martèle la cognée devant abattre la forêt envahissante de l’égoïsme inutile et de l’erreur, et je la tremperai dans un bain glacé d’égoïsme spiri tualisé pour que son tranchant soit plus acéré, sa ma tière plus dense et plus homogène. Telle sera mon œuvre, telle je veux la défendre. Vous connaissez aujourd’hui, cher et vénéré maître, la cause qui m’est chère, et la certitude démarcher pour elle, avec vous, et suivant vos doctrines, m’est un fier brevet de noblesse, sinon de succès. Quærens (i). (i) Nous tenons à protester spécialement contre une confu sion intéressée que la Revue Spirite (n° de janvier) s’est effor cée d’établir entre notre rédacteur et une autre personne qui a jugé utile de signer du même nom des idées totalement oppo sées à celles de notre ami Quærens (N. D. L. D.).
(PHILOSOPHIE DE LA NATURE) La matière est un composé de molécules mainte nues en équilibre à certaines distances par les éner gies attractives qui dérivent du mouvement même de ces molécules. Il n’y a pas de forces dans la nature. Il n’y a que des mouvements vibratoires dont les vitesses sont aussi variées que possible, dont les combinaisons produisent tous les groupements qui. quoique nous les appelions permanents, sont passagers par rapport à l’éternité de la matière et de l’aster. Le Congrès de Mécanique tenu à Paris en 1889, pendant l’Exposition Universelle, a sérieusement agité la question de supprimer le mot Force dans la science et de le remplacer par celui de Mouvement ou ^’Énergie. On peut admettre qu’un corps déterminé résulte
FRAGMENT I I I de l’orientation des molécules et de la vitesse avec laquelle elles se meuvent dans leur orbite. L’orientation moléculaire peut être classée de deux manières différentes : a. L’orientation permanente ; b. L’orientation passagère. A la première catégorie appartiennent les corps inertes, comme les minéraux, les pierres, etc... Ils ne se détériorent que par l’action des corps extérieurs.
Les êtres vivants des trois règnes appartiennent en général à la seconde catégorie qui ne diffère en réalité de la première que par une orientation plus accentuée. La durée de l’orientation, période d’équilibre, s’ap pelle la force vitale, la vie. Quand cette période est terminée pour un être donné, les molécules qui com posent cet être se séparent. Elles ne sont pas rem placées: la vie cesse... Mais ces molécules ne sont pas détruites.
Attirées par les énergies qui produisent les orientations pas sagères, elles vont participer à l’existence d’êtres nou veaux qui peuvent ne pas être les mêmes que ceux qui les groupaient précédemment. L’orientation peut être détruite par un accident grave qui modifie le groupement. Quand cet accident n’a pas eu lieu, l’orientation persiste jusqu’à épuise ment de l’attraction qui la maintient.
Dans l’orientation passagère, la résistance aux agents extérieurs est beaucoup plus énergique. Elle est aussi moins durable. On peut donc considérer l’être vivant, quelle que soit son échelle, comme un réservoir à niveau cons
I I 2 l’initiation tant dans lequel passerait lentement un courant régu lier de molécules diversement orientées, qui sont incessament remplacées par des molécules orientées de la même manière. Cette assertion n’est pas con tredite. même en l’état actuel de la science officielle.
Claude Bernard ne professait-il pas que toute idée, tout influx nerveux entraîne chez l’homme la mort d’une ou de plusieurs molécules immédiatement rem placées par de nouvelles ? Un travail incessant a donc lieu tant que l’orienta tion persiste. L’être s’agrandit progressivement, mais en restant semblable à lui-même en général.
Quand l’être change de forme, il y a une désorientation du premier groupement pour faire place à un nouveau groupement dérivé du premier. Tel est le change ment de la chrysalide en papillon ; en général les transformations chez les insectes et chez les animaux appelés inférieurs. La génération n’est autre chose qu’une vibration ou une série de vibrations qui déterminent une orienta tion passagère.
Dans cet ordre d'idées, il ne peut plus être question de corps distincts. Il n’y a qu’un vaste approvision nement de matière cosmique à l’état moléculaire. Le groupement de ces molécules varie à l’infini en raison de leurs distances et de leurs vitesses, aussi bien sur notre planète qu’à son extérieur. Cette théorie s’ap plique exactement aux soleils, planètes, astres errants et à l’éther. Newton, raisonnant par induction, en voyant tom ber une pomme à la surface du sol. a précisé les
FRAGMENT 113 lois de Képler. Il a étudié et trouvé la gravitation des corps célestes. Il a donc saisi dans l’infiniment grand cette loi universelle qui fait vibrer les astres entre eux, quelle que soit leur position dans l’immensité de de l’espace. Le savant anglais a soulevé de la sorte un des coins du voile qui nous cache la vérité.
Mais il aurait pu tout aussi bien trouver la même loi par les études microscopiques, en étudiant les infi niment petits. Ce qui revient à dire que, si la loi d’attraction univer selle n’avait pas été trouvée par l’astronomie, il y a deux siècles, elle eût été découverte par la microgra phie à notre époque, grâce aux moyens d’investiga tion puissants, croissant chaque jour, que possède la science moderne, encore si imparfaite cependant !...
Comment sont liés entre eux ces groupements moléculaires ? Comment la correspondance peut-elle s’établir entre eux, puisque la loi ne peut être niée ? C’est ici qu’intervient la conception de l’éther ou de l’aster. C’est le fluide homogène, impondérable, dans lequel flottent les germes de la matière cosmique ; dans lequel s’exercent les énergies réciproques.
Par les vibrations de ce fluide se manifestent des phénomènes dont nous ignorons pour longtemps encore la plus grande partie. La constatation de ceux qui nous sont connus établit l’existence même de la matière qui en est nous. C’est pour les êtres intelli gents le seul moyen d’acquérir une idée approchée des notions de l’existence et des faits qui s’y rat
l’initiation 114 tachent pendant la durée de l’orientation passagère particulière à chaque être et à chaque groupement. Qu’on nous permette une comparaison tirée du militaire : L’univers peut être considéré comme une immense armée d’individus tous identiques (les soldats, en prenant ce mot dans son acception la plus large) qui ne manifeste son existence que par les groupements différents dans leurs compositions et dans leurs mouvements.
Ces groupes changent de noms et déformés, depuis l’escouade commandée par le caporal, jusqu’au corps d’armée commandé par un général, qui est lui-même sous les ordres du chef de l’armée, tout en ayant audessous de lui une infinité de groupes intermédiaires par lesquels se transmettent les vibrations (mouve ments) d’un groupe à l’autre.
C’est ainsi que le corps d’armée, groupe de trente mille hommes agglo mérés possède une force vive d’aspect différent et de propriétés spéciales au point de vue stratégique et tactique dont le simple batailleur, l’escadron, la batterie, à plus forte raison l’escouade ou le soldat, simple unité, ne peuvent donner aucune idée.
La comparaison qui précède et qui pourrait être remplacée par toute autre a pour objet de faire facile ment comprendre qu’il est possible, en groupant de différentes manières le même élément, de constituer des unités absolument différentes les unes des autres dans leurs mouvements et dans leurs effets, qui pré sentent ainsi toute une série de vibrations. La théorie des vibrations s’affirme d’ailleurs de
FRAGMENT 1 l5 plus en plus chaque jour dans les diverses branches de la science, enseignée dans les Universités. Seule elle permet d’expliquer les phénomènes nouveaux in connus encore aux savants et de les rattacher logique ment à la chaîne des vieilles tradition de l’antiquité. En résumé l’éternité existe dans la matière. Mais toutes les modalités de cette matière ne sont que des groupements éphémères.
C’est ainsi qu’on a vu appa raître au temps d’Hipparque des étoiles qui ont dis paru depuis de la carte du ciel. Etant donnée cette gamme infinie de vibrations de toutes natures et passagères, le penseur se trouve entraîné par la logique du raisonnement à une déduc tion fort intéressante qu’il nous convient de formuler en terminant.
Une connaissance plus étendue des lois harmo niques régissant les vibrations permet aux initiés, en des circonstances déterminées, de réaliser des groupe ments, des concordances vibratoires, des orienta tions, etc., qui produisent une sensation ou tout autre phénomène absolument inattendu dont la reproduc tion est impossible avec les seuls moyens do.nt dispose actuellement la science officielle.
Ainsi s’éclairent d’une lueur soudaine les résultats de l’occultisme au sujet desquels les témoignages sont tellement sérieux, les constatations tellement authen tiques, que la science officielle qui ne les explique cependant pas encore renonce du moins aujourd’hui à révoquer en doute leur réalité, qu’elle a niée pendant si longtemps. Napoléon Ney.
116 l’initiation (ESTHÉTIQUE) iMlT XA Si la magie est un art, l’art est une magie. De cette vérité, le langage a conservé la notion dans cette locution courante : « la magie de l’art». On dit d’un artiste : « c’est un magicien ». Victor Hugo avait coutume de dire : « Moi, je suis un mage ! ». Il avait raison. Le poète opère une réalisation magique par le moyen de son œuvre.
La magie est l’art de se servir, dans un but déter miné, des correspondances existant entre le monde visible et le monde invisible. Le secret de ces corres pondances n’est pas toujours pénétré de ceux qui font œuvre magique. Souvent, il n’est que soupçonné. Les bergers sorciers, les guérisseurs, certains magnétiseurs praticiens font œuvre magique sans comprendre le mystérieux enchaînement des forces dont leur volonté contraint l’obéissance.
Les uns agissent en magie noire ou goétie ; ce sont les sorciers. Les autres agissent en magie blanche ou théurgie ; ce sont les mages. L’opérateur magique conscient, celui qui a pénétré le secret, je le désignerai sous le nom de mage. Le vocable est prétentieux, et, à l’heure actuelle, démo nétisé pour avoir vêtu des épaules de charlatans. Mais, c’est le seul vocable dont je puisse user. L’occultiste
l’art et la magie 117. est l’homme qui recherche la connaissance théorique de la doctrine secrète. Il ne devient mage, que s’il en tente l’application. Comme toutes les œuvres, l’opération magique est soumise à la loi de hiérarchie. Aux degrés inférieurs de l’échelle, beaucoup de gens font de la magie pratique, sans s’en apercevoir, tout comme M. Jourdain faisait de la prose. L’alchimiste fait œuvre de magie consciente.
Il cherche à réaliser le Grand Œuvre sur le plan maté riel, puisque l’une des formes du Grand Œuvre, c’est la transmutation des métaux, c’est la production de l’or. Or, avant de se livrer à la réalisation de ce Grand Œuvre, l’alchimiste a étudié la loi d’évolution des métaux. Il sait que les minéraux, comme les ani maux et comme les étoiles, sont soumis à la loi uni verselle de l’évolution.
Et, tandis qu’il agit ainsi, il •passe pour un fou, pour un chimérique rêveuraux yeux du savant universitaire qui, à l’heure actuelle, croit que la loi d’évolution, dont Darwin lui a découvert un petit coin, ne s’applique qu’aux espèces animales, et que le reste de la nature se débrouille comme il peut parmi la ronde incohérente des forces aveugles que fait danser le violon sinistre du hasard.
Autre exemple d’œuvre de magie pratique : La con sécration d’un talisman. Le mage qui consacre un talisman selon les rites traditionnels connaît toutes les lois naturelles que symbolisent ces rites, puérils et ridicules pour qui n’en comprend pas la portée. Il sait que ces rites sont basés sur la connaissance des correspondances mystérieuses des manifestations de
118 L INITIATION la nature. Il sait que, selon le vers merveilleusement intuitif de Baudelaire, Les parfums, les couleurs et les sons se répondent. Il sait à quelles forces sa volonté lance un appel dans l’infini.
On pourrait passer ainsi en revue toutes les œuvres magiques, depuis les plus hauts efforts théurgiques d’un Apollonius de Thyane ou d’un Paracelse, jus qu’aux plus noires turpitudes de la Goétie, jusqu’aux plus immondes pratiques des saganes antiques et des sorcières villageoises, jusqu’aux enchantements des sorcières de Thessalie, qui, dit la légende, faisaient des cendre la lune sur la terre.
Il est bien entendu qu’elles ne faisaient pas descendre la lune dans un sceau d’eau, comme les enfants; c’était l’influx de la planète que leurs cérémonies bizarres appelaient, à travers les courants de la lumière astrale, pour le projeter vers un but déterminé. ¥ ¥ Voilà quelques œuvres magiques, au sens strict du mot. Il est d’autres œuvres magiques réalisées incons ciemment par la plupart des hommes. En amour, la femme fait œuvre de magie.
La langue courante a gardé le sentiment de cette œuvre. Ne dit-on pas d’une femme : « C’est une enchante resse, c’est une charmeuse ». Le langage conserve longtemps après leur disparition, l’empreinte des no tions qui seraient ailleurs perdues.
Les mots « enchan ter, enchanteresse » ont gardé le souvenir de l’opél’art et la magie Il 9 ration magique qui consiste à agir par des chants traditionnels sur les forces occultes, c’est-à-dire de l’incantation, de l’enchantement. Le mot charmeuse ne vient-il pas du latin carmen, qui, à l’origine, signi fiait chant magique, c’est-à-dire incantation ? Je disais qu’en amour la femme fait œuvre magique.
Quand elle inspire une passion à un homme, c’est qu’elle s’empare de la volonté de cet homme par les émanations fluidiques qu’elle projette dans la lumière astrale, dans le fidèle réceptacle de l’Aour. Le respir magnétique de la femme envahit l’atmosphère astrale dans laquelle se meut l’homme qu’elle captive. Cette œuvre magique de la femme en matière d’amour est magie blanche ou magie noire, Théurgie ou Goétie.
Elle est magie noire quand la femme déprime l’homme, quand elle détruit en lui les éléments nobles, quand elle sape sa force et son vouloir, car la magie noire fait œuvre de ruine. Elle est la réalisa tion du principe hostile à la vie, du principe de des truction, principe que les Orientaux symbolisent en la personne du dieu sinistre Siva, et les Occidentaux en la personne de l’archange noir Satan.
Dans le temple de Siva comme dans la chapelle sabbatique où se dit la messe noire, les flammes des luminaires sont courbées vers le sol. Au contraire, la femme agit en magie blanche quand elle exalte les puissances de l’homme, quand elle vivifie ses forces créatrices. Mais il faut reconnaître, en dépit de la plus élémen taire galanterie, que le plus souvent la femme agit en
I 20 l’initiation magie noire. Car elles sont rares, les femmes véné rables et sacrées auxquelles est dévolue la gloire des grandes inspiratrices. Léonora d’Este a rendu fou le Tasse; Vittoria Colonna a fécondé le génie de MichelAnge. Combien de Léonora d’Este pour une Victoria Colonna ! ★ ¥ ¥ Considérant l’œuvre d’art, nous verrons qu’elle est en tous points œuvre magique. Une œuvre d’art est semblable à un être vivant, à un homme.
Elle est soumise, comme un homme, à la double loi de l’involution et de l’évolution. Selon la tradition hermétique, une âme humaine, antérieurement à sa naissance à la vie terrestre, est dans sa période d’involution. Elle tend à la réalisa tion de l’existence terrestre. Elle vient se révéler dans la chair, comme disent les mystiques. Puis, une fois incarnée, une fois en possession de la vie terrestre, elle entre dans la période d’évolution.
Elle tend à remonter vers l’absolu dont elle émane. Dans la pé riode d’involution que les religions figurent par le mystère de la Chute, c’est-à-dire avant la naissance, elle aspire à devenir un Adam — pour employer le langage des initiés judéo-chrétiens. Dans la période d’évolution — que les religions figurent par le mys tère de la Rédemption — elle aspire à devenir un Christ, toujours selon le langage des initiés judéo-chré tiens.
De même qu'un homme, une œuvre d’art a existé en puissance avant de pénétrer dans l’atmosphère astrale de l’artiste qui la réalise. Elle a vécu dans
l’art et LA MAGIE I 2 I l’âme de cet artiste avant la réalisation... c’est alors sa période d’involution, c’est sa Chute, son incarnation. Puis, quand elle est réalisée, elle entre dans sa période d’évolution, elle doit produire son effet. Elle doit continuer son élan par les conséquences qu’elle amènera. Elle doit agir surdes hommes. Elle doit sus citer d’autres réalisations.
Elle doit, par l’émotion dont elle fait vibrer des âmes, inspirer des actes, dernier terme de la réalisation. Considérons un chef-d’œuvre quelconque, par exemple la Vzciozre de Samothrace, aujourd’hui au musée du Louvre; mutilée, blessée par les siècles, elle existe encore à l’état de Verbe incarné.
Ce Verbe doit agir sur les hommes ; je pense que plus d’une fois ce marbre héroïque a jeté un frisson d’héroïsme dans quelque âme juvénile qui s’énivrait à la contempla tion de cette beauté. Et qui sait si ce frisson d’héroïsme ne s’est pas prolongé, sourd et latent, dans cette âme juvénile jusqu’au jour où il a déterminé chez elle quelque geste de grandeur, — ignoré ou célébré, il n’importe.
On conte qu’un jour, sur le pont d’un bateau qui revenait d’Amérique, un homme, jeune encore, lisait un poème. Cet homme avait jusqu’alors dépensé dans une vie de lointaines aventures une énergie supérieure qui n’avait pas encore trouvé son but. Les vers du poète lui suscitèrent une émotion profonde.
Dans un •éclair de vision, l’homme aperçut la voie qu’il devait suivre, l’œuvre qu’il devait accomplir, et il se jura de vouer ses forces à cette tâche. L’homme s’appelait Garibaldi ; le livre était la Jérusalem délivrée, du
122 l’initiation Tasse, et Garibaldi, dans l’exaltation suscitée par le poète, s’était promis de travailler à l’unification de l’Italie. Si l’anecdote est apocryphe, peu importe : elle a la vérité virtuelle de la légende. Pour qu’elle accomplisse son action fatale, irrésis tible, il n’est pas besoin qu’une œuvre d’art soit con nue de ceux à qui elle insuffle une suggestion.
Ainsi l’œuvre de Balzac a suscité des personnages à l’image des héros imaginés par le romancier, qui ont vécu sous le second Empire; la génération de Morny a été pleine de personnages balzaciens.
La plupart de ces hommes, qui modelaient leurexistencesur les concep tions de Balzac, n’avaient jamais lu Balzac ; mais quelques-uns connaissaient la Comédie humaine, et ils en avaient inconsciemment propagé l’action jus qu’à d’autres, jusqu’à des illettrés, qui vivaient selon Balzac, en ignorant peut-être jusqu’au nom du roman cier.
Je ne m’occuperai pas, en ce chapitre, des analo gies de l’œuvre d’art et de l'œuvre magique pendant la période d’évolution. Une très puissante intelli gence. M. F.-Ch. Barlet, a montré magistralement les lois de l’évolution de l’idée pure, de l’idée à l’état abs trait.
Je me propose de rechercher une autre fois les lois de l’évolution de l’idée alors qu’elle est incar née dans l’œuvre d’art, alors quelle s’est manifestée sous la forme de Beauté, alors qu’elle s’adresse à la sensibilité, alors que sa puissance agit par l’émotion esthétique, alors qu’elle est, diraient les Kabbalistes, un rayon d’Ain-soph passant par Tiphereth.
l’art et la magie 123 Je m'occuperai ici de l’œuvre d’art, avant sa réali sation, alors qu’elle est en sa période d’involution, alors qu’elle se prépare à s’affirmer dans la forme, à passer, — ici les initiés m’entendront, — par le huitième arcane du Tarot. ~k ¥ ¥ Toute œuvre d’art est une révélation dans la forme. Nous verrons l’importance de cette forme, qui est le moyen d’action de l’idée et du sentiment.
Ce qu’on appelle en magie un signe, c’est la repré sentation analogique d’un verbe par une forme. Ainsi le signe magique le plus populaire, vulgarisé par l’enseignement chrétien, est le signe de la Croix. Ce signe représente un verbe, dont chacun pénètre, selon sa force, un sens analogique, mais plus ou moins pro fond.
Pour l’esprit d’un simple chrétien, c’est le signe du rachat des hommes par le dévouement d’un Rédempteur ; pour le théologien, c’est le signe du Verbe fait chair ; pour le souffleur en alchimie, c’est le signe de la matière; enfin, pour l’initié, c’est le signe de toutes les réalisations sur tous les plans des mondes. L’œuvre d’art est un Signe. C’est un signe périssabr le,eprésentatif d’une idée impérissable, d’un sen timent immortel.
Un signe magique est aimanté de toute l’énergie psychique de l’homme qui l’a tracé et de tous ceux qui y ont ensuite attaché leur pensée. De même, ce signe magique qu’est une œuvre d’art est aimanté de l’énergie psychique de l’artiste qui l’a créé, et de tous ceux qui vibrèrent de son rayonnement.
L'INITIATION 124 Comment l’idée s’incarne-t-elle dans le signe, dansl’œuvre d’art ? La naissance de l’œuvre d’art à la vie, à la forme s’opère selon ce principe occulte : « Dans le cercle de son action, tout verbe crée ce qu’il affirme. » Le labeur de l’artiste est une incantation qui force l’idée à se réaliser dans la forme, qui la fait passer du plan astral sur le plan physique.
Nouvelle incantation : l’œuvre d’art. L’incantation, en magie, a ses lois. Les mots qu’on y prononce ne sont pas choisis arbitrairement. Ils sont élus selon la correspondance des sonorités avec l’ordre d’idées auxquelles ils font appel. Une expérience d’incantation assez banale, c’est l’action de la musique sur des somnambuliques.
L’in cantation musicale, c’est-à-dire le mystère des sono rités, met le somnambulique en extase, c’est-à-dire lui donne la possession d’un idéal. Aussi l’art le plus puissant peut-être, celui dont l’influence est le plus, directement perceptible, c’est la musique. Or la musique est le corps physique d’une idée, uni corps de sonorité.
Plus la musique est belle, plus elle, ouvre à l’auditeur des horizons plus vastes, plus elle l’emporte vers l’exaltation de l’être, qui est l’extase,, qui est l’approche vers l’idéal, vers l’absolu, vers le divin. Voilà ce qui prouve combien en art la forme est chose capitale. La forme est le corps par lequel l’idée existe, l'idée se mêle à la vie. Elle n’est donc jamais trop belle. Plus elle sera belle, plus l’idée qui cons titue son âme aura d’action. Une femme est d’autant
l’art et la magie 125 plus séduisante qu’elle a plus de beauté. Aussi la femme applique-t-elle la plus grande de ses forces à la parure, c’est-à-dire à acquérir un moyen d’action plus puissant. La beauté est une harmonie, c’est un équilibre. Un beau corps est un corps dont toutes les puissances sont harmonieusement développées, c’est un corps sain et robuste.
Une œuvre d’art n’agira que si sa forme est belle, si elle réalisée selon une harmonie en équilibre par fait. Il faut que les trois éléments, âme, esprit et corps soient harmonieusement développés ; s’il y a déséqui libre, l’effet qu’elle produit est diminué. Si l’élément âme l’emporte trop, évidemmentl’œuvre trop idéaliste, âme incarnée dans un corps sans force, perdra une grande partie de son énergie.
La peinture de certains Primitifs, d’une forme insuffisante, les poèmes de Lamartine, en sont des exemples. Si l’élément intellectuel domine avec trop d’insis tance, l’œuvre d’art manque également son but. Elle est froide et sans nul pouvoir d’émotion. Telles sont les peintures, noblement conceptuelles, deChenavard.
Courbet, chez qui manquait l’intellectualité, disait : « Chenavard, c’est un monsieur qui fait de la méta physique avec un pinceau. » Si l’élément physique, le corps, la forme, prend un développement qui annihile les deux autres, l’œuvre d’art est impuissante à éveiller des vibrations.
Il faut ranger dans ce cas la plupart des œuvres de la géné ration matérialiste de la seconde moitié du siècle : l’art des peintres « de morceau », des poètes parI2Ô l’initiation nassiens et des musiciens comme Saint-Saëns. Mais ne rabaissons jamais les artistes qui eurent le culte de la forme, n’auraient-ils même que celui-là. Un poème mal exécuté, une statue mal modelée, ne peuvent vivre, puisqu’il leur manque un élément d’existence.
Ils ne peuvent avoir d’action et nul magné tisme ne peut émaner d’eux. Si une oeuvre d’art est insuffisamment réalisée, si la platisque en est défectueuse, l’idée qu’elle veut incarner apparaît dans le vague , sans précision et sans force ; semblable à un enfant faible et mal venu. Un homme dénué de santé pourra-t-il faire oeuvre impor tante parmi les hommes ? Non. Son corps ne lui per met pas l’effort.
Si l’œuvre d’art ne possède qu’un « corps » débile, elle ne peut agir sur la foule. L’art qui eut la plus grande influence sur l’huma nité, celui qui survivra toujours dans l’admiration unanime, c’est l’art grec, parce qu’il fut magnifique ment équilibré, parce que chez lui aucun des éléments n’empiète sur l’autre, de même qu’un Hellène était un être également développé sur les trois plans, une créature harmonieuse.
Un art purement mystique, un art trop idéaliste, qui dédaigne la gloire de la forme, insulte à la beauté de la nature, aux charmantes apparences de la Maya, de même que le dédain de la beauté plastique, le mépris de la chair, la folie d’ascétisme, qu’ont pro fessés des chrétiens, est un outrage à la vie ; une rébellion orgueilleuse contre les dieux, et toute rébel lion semblable porte en elle le germe du châtiment. Une œuvre d’art qui méprise la forme est analogue
l’art et la magie 127 à l’amour platonique, à l’amour uniquement spiri tualiste. Cet amour est une orgueilleuse révolte contre la vie. Il porte en lui son châtiment : il est stérile, il ne peut créer.
Pour acquérir sa force, une œuvre d’art doit être réalisée fortement, car l'idéal ne se peut manifester qu’en constituant sa proportion par une réalité * ¥ Une œuvre d’art naît à la vie, devient perceptible aux sens et à l’intellect des hommes, en passant par les mêmes phases qu’un enfant quand il vient au monde. Elle est constituée de trois éléments. Elle existe dans trois mondes : psychique, astral et matériel.
Une âme, pour naître à l’existence terrestre, descend dans le monde astral, qui sert de médiateur entre le monde psychique et le monde physique.
De même, l'idée avant de vêtir la forme artistique : au cours de son involution, elle prend une existence dans le monde astral, elle est emportée dans les cou rants de l’Astral, elle reçoit les influx planétaires ; et, selon qu’elle s’en imprègne plus ou moins, elle dépend plus ou moins de telle ou telle influence planétaire, quand elle arrive à la vie physique, quand elle a vêtu la forme.
Ainsi il est des œuvres d’art solaires ou lunaires ou saturniennes, comme il est des hommes plus ou moins soumis à l’influence du Soleil, de la Lune ou de Saturne. Dès le monde astral, l’idée doit lutter pour sauver sa pureté des courants impurs de l’Aour, des réfrac128 l’initiation tions mauvaises, des assauts sinistres des élémentaux, des larves et lémures saturées de laideur et d’attractions basses, enfin de toutes les horreurs de l’Astral.
Pour naître à la vie physique, pour parvenir à la réalisation de la forme, il lui faut pénétrer dans l’atmo sphère fluidique d’un artiste ; il lui faut répondre à l’appel de l’artiste, obéir à son incantation. Pour naître, elle a besoin de l’effort d’un homme, je dirai d’un andiogyne, c’est-à-dire de l’union d’un homme et d’une femme. Car, si.l’homme féconde la matrice de la femme, la femme féconde le cerveau de l’homme.
L’idée répond, comme l’âme d’un enfant, à l’appel de l’homme et de la femme ayant reconquis par l’amour la gloire du primordial androgynat. A la femme enveloppant un artiste des ailes subtiles de sa sensi bilité est dévolue la force inspiratrice. A l’homme qu’elle a élu, à l’artiste qui doit l'enfanter, l’idée demande de la vie, de la substance, de l’effort.
Elle se nourrit de ses émanations fluidiques, comme l’enfant dans les flancs de la mère se nourrit de la substance de la femme. Les enfants de l’amour sont plus beaux que les autres, dit la voix populaire. Une œuvre agit sur les hommes qui en subiront l’effet en raison directe du magnétisme que son auteur y a jeté, de la dépense d’énergie qu’il a faite pour le procréer, de la somme de vie qu’il a sacrifiée pour lui donner un corps.
Je disais que pour revêtir la forme, l’idée a besoin de s’allier à un homme; il est des cas où cela n’est pas nécessaire. Ces cas sont rares, il est vrai, mais ils existent.
L ART ET LA MAGIE 129 On conserve dans des musées des morceaux d’onyx, de marbre, d’agathe, présentant des images, qui, au dire de certains auteurs anciens, n’ont pas été exécutées par la main humaine. C’est, disent-ils, un produit spontané de la nature ; on les appelle des Gamahés. La Lumière Astrale, sursaturée d’images emplissant l’esprit du peuple, projetait d’elle-même la représenta tion de cette image sur la matière.
Il existe ainsi, dans un musée de Venise, un Gamahé qui représente les ■clous et les instruments de la Passion. La Grèce en ■connut plusieurs. D’autrefois, c’est, non sur la pierre fidèle, mais sur l’atmosphère que se projette passagèrement cette es pèce de photographie astrale. Tel le Labarum de Constantin. Tels les mots Mané, Thécel, Pharès, ter rifiant les convives de Balthazar. Cela entre dans le domaine des phénomènes de matérialisation.
Que si l’existence de ces gamahés paraît trop fabu leuse, je répondrai qu’elle n’est pas plus invraisem blables que la fixation d’une image sur la matière par l’action de la lumière, c’est-à-dire la photographie. J’ai essayé d’évoquer cette conception que l’œuvre d’art, née d’une incantation de l’artiste, agit ensuite sur la foule par le prolongement de cette incantation.
Par l’opération magique de sa procréation, l’artiste, le poète agit en Révélateur, au sens exact du mot. Il voile une seconde fois. Il tisse une draperie neuve à une idée immortelle, à un sentiment vieux comme l’humanité. Il ne projette pas une lumière sur quel que mystère de la vie; il l’enveloppe d’une pénombre nouvelle, où palpite pourtant la vertigineuse fascina5
13o l’initiation tion d’un clair-obscur. C’est sur ce rayon lumineux qu’il emporte nos esprits vers la source unique, vers- ¡’Absolu, vers le cœur même de Dieu.
Emile Michelet. (ALCHIMIE') DE PARIS DEPUIS L’ORIGINE JUSQü’a NOS JOURS Paris, l’antique cité initiatique, l’hiératique Bar-Isis a vu s’accomplir en son sein la majeure partie des faits célèbres de l’histoire occulte; les grands maîtres de l’ésotérisme, s’ils n’étaient nés à Paris, venaient du moins passer quelques années dans la métropole intellectuelle ; et, pour ne prendre qu’une branche de l’occultisme, l’alchimie, nous allons montrer les adeptes, rayons de lumière, converger vers le foyerParis, d’où s’irradieront leurs disciples sur le monde entier.
La science hermétique apparaît tout à coup à Paris au xiiic siècle ; avant cette époque, l’alchimie était inconnue des nations de l’ancien monde, mais la con quête de l’Espagne par les Maures, et les croisades avaient tiré le moyen âge de sa torpeur dévotieuse; de leur contact avec les musulmans, les chrétiens avaient
SOMMAIRE DE L’HISTOIRE ALCHIMIQUE DE PARIS 13 I rapporté quelques germes de science. Les cerveaux d’élite fatigués depuis plusieurs siècles par les arguties de la scholastique et les subtilités inanes de la théolo gie se jetèrent avec avidité sur les sciences physiques toutes de faits et d’expériences que leur léguait la brillante civilisation arabe.
Ce n’est qu’ainsi que l’on peut expliquer ce développement soudain de l’alchi mie, des mathématiques, de l’astrologie, de la philo sophie péripatéticienne et de la médecine en Europe au xme siècle. Alors qu’au xii° siècle le nom même de l’alchimie est inconnu, au xme nous voyons resplen dir des adeptes prestigieux : Albert le Grand, Efferari, Roger Bacon, Pierre d’Apono, Christophe de Paris, Arnauld de Villeneuve, Raymond Lulle !
La plupart d’entre eux vinrent à Paris surtout vers le milieu du siècle où l’on vit en cette ville, à peu près à la même époque, Albert le Grand, Roger Bacon et saint Thomas d’Aquin. Combien de fois n’a-t-on pas évo qué cette scène grandiose : Albert le Grand entouré de ses disciples favoris, au milieu de la place Maubert, répandant à torrents sa science sur la foule recueillie des escholiers de toutes nations.
On n’avait pu, dit la chronique, trouverde local assez vaste pour contenir la masse des auditeurs. C’est à Paris qu’Al bert le Grand connut saint Thomas d’Aquin, qui devint son disciple et écrivit comme lui divers traités d’alchimie remarquables par leur clarté. Albert le Grand quitta Paris vers 1259 pour l’évêché de Ratisbonne que venait de lui donner le pape Alexandre IV. Combien différent le séjour de Roger Bacon à Paris ! Tandis qu’Albert le Grand vivait tranquille,
I 32 L?INITIATION bercé par la vénération de ses disciples, respecté par ses supérieurs éclairés, Roger Bacon se voyait persé cuté par les Cordeliers dans l’ordre desquels il était entré en 1240 ; la protection du pape Clément IV suf fisait à peine à le préserver de la haine de ses con frères ; un seul parmi eux, l’humble frère Jean avait écouté sa voix et était devenu son disciple.
Clément IV étant venu à mourir, Roger Bacon fut accusé de magie, de sortilèges, jeté en prison dans le couvent des Cordeliers à Paris. En vain il envoya au nouveau pape son Epitre sur la nullité de la magie, le malheureux adepte passa le reste de sa vie dans un cachot ; deux ans avant sa mort il fut relâché, et s’en alla mourir à Oxford en 1292 !
A côté de ces deux maîtres, Paris vit au xiii° siècle le moine Efferari auteur d’un traité : de Lapidephilosophorum. Christophe de Paris, auteur de YElucidarium chimicum, que des écrivains mal avisés ont attribué à N. Flamel, enfin Vincent de Beauvais, précepteur des enfants de Louis IX.
Vincent, esprit curieux et éclectique, s’était occupé entr’autres choses d’alchimie, et il avait installé ses fourneaux à l’ancien Louvre ; sa haute position à la cour d’un roi éclairé le préserva seule du triste sort de Roger Bacon. La fin du XIIIe siècle fut marquée par le passage à Paris d’Arnauld de Villeneuve, résumant en lui la science de son siècle, il reprit dans l’Université la haute situation qu’y avait occupée Albert le Grand.
C’est là que Raymond Lulle l’entendit pour la pre mière fois et prit goût à l’alchimie en écoutant ses doctes leçons. La science rendit Arnauld suspect, sesSOMMAIRE DE L’HISTOIRE ALCHIMIQUE DE PARIS 133 propositions hardies l'avaient désigné à la haine des théologiens, ses opérations alchimiques lui avaient créé un prestige redoutable, n’avait-il pas changé des lingots de cuivre en or; il n’en fallait pas tant pour être jeté dans un in pace.
Accusé de magie et d’hérésie, il trouva son salut dans la fuite. ★ A partir du xme siècle, l’importance alchimique de Paris ne fera que croître, suivant en cela un dévelop pement parallèle à l’alchimie elle-même. Le xive siècle verra moins de grands maîtres, mais plus de prati ciens, l’exemple venu de haut gagne de proche en proche, les alchimistes se multiplient.
Les dernières années du xine et les premières du xive siècle virent plusieurs fois Raymond Lulle à Paris. C’est dans cette ville qu’il avait ouï Arnauld de Villeneuve pour la première fois, les grandes vérités hermétiques l’avaient frappé ; plus tard il retrouva Arnauld à Naples, et celui-ci ayant confirmé ses théories par la pratique, R. Lulle convaincu se mit à étudier et de vint bientôt un adepte à son tour.
Au cours de sa vie aventureuse il passa plusieurs fois à Paris, profitant chaque fois de son séjour pour élever la voix dans l’Université et recruter des prosélytes parmi la jeu nesse studieuse. Il fut écouté, car ses disciples furent bientôt assez nombreux pour organiser une sorte de société secrète hermétique ayant son centre à Paris, et dont nous avons déjà parlé dans un précédent article. La première moitié du xive siècle fut illustrée par
L INITIATION ’^4 Guidon de Montanor, auteur de {'Echelle des philo sophes (Scala philosophorum), l’un des ouvrages les plus estimés des alchimistes, par Odomar, dont l’œuvre n'a jamais été imprimée, par Ortholain ou Orthulain, c’est-à-dire, lejardinier, dont nous avons la Pratique et surtout le commentaire sur la Table d’Emeraude, imprimé dans le premier volume de la Bibliothèque des philosophes.
A cette époque vivait aussi Guillaume de Paris, évêque, il a laissé une lettre peu intéressante ; ce qui le signale surtout à notre attention, c’est que les alchimistes lui attri buaient plusieurs des sculptures qui ornaient le por tail de Notre-Dame. Selon ceux-ci il aurait caché sous ces symboles les différentes opérations du grand œuvre, et même la composition de la matière.
Nous en parlerons plus longuement lorsque nous décrirons les monuments alchimiques de Paris. Un signe bien certain de l’extension de l’alchimie, c’est la production à cette époque d'un poème alchi mique : Les Remonstrances de nature à l’Alchymiste, par Jehan de Meung, le continuateur du Roman de la Rose. L’Alchimie est désormais consacrée.
Disons en passant que le Miroir d’Alchimie, attribué à Jehan Meung, est de Roger Bacon, cette erreur provient d’un imprimeur ignorant et a été depuis continuée par tous les historiens hermétiques, y compris Hceffer. La seconde moitié du xiv” siècle nous offre moins d’alchimistes, mais la qualité compense la quantité. Nous mentionnerons simplement Jean Rupescissa {de Roquetaillade), religieux franciscain, et nous arri_
SOMMAIRE DE L’HISTOIRE ALCHIMIQUE DE PARIS I 35 veronsde suite à Nicolas Flamel. C’est en 1357, que Flamel fit l’acquisition du Livre d’Abraham juif, et qu’il commença à travailler, avec sa femme Pernelle, à la recherche du grand œuvre. Vingt années de tra vaux assidus ne l’avaient point lassé, et il n’avait pourtant encore rien trouvé. Désespéré, il fit un vœu à saint Jacques et partit pour le sanctuaire de Compostelle (Santiago).
C’est en Espagne qu’il rencontra Maître Conchas, le rabbin converti, qui devait lui donner la clef des allégories du Livre d’Abraham. En effet, trois ans après, en 1382, Flamel convertit le mercure en argent, et l’année suivante en or. Devenu riche, il continua à vivre modestement, les. pauvres et les églises profitèrent seuls de sa richesse.
Jusqu’en 1417, année de sa mort, il consacra sa vie et sa fortune à soulager les nécessiteux et à élever des. monuments ayant un double but : pieux et alchi mique. Deux arcades et un mausolée au charnier des Saints-Innocents, un portail à Saint-Jacques-la-Boucherie et à Sainte-Geneviève-des-Ardents, la chapelle de l’hôpital Saint-Gervais, telles sont les principales fondations religieuses de Flamel, sans compter ses fondations civiles.
La fortune de Flamel ne contribua pas peu à augmenter le nombre des fidèles de l’alchi mie; une légende s’édifia qui alla chaque jour s’aug mentant jusqu’à prendre l’envergure d’une épopée. Le Livre des Laveures et le Livres des figures hié~ roglyphiques devinrent célèbres et furent recher chés avidement par des souffleurs ; des monuments qu’il avait élevés prirent l’importance de véritables sanctuaires dont les disciples d’Hermès venaient
136 l’initiation de fort loin interroger les hiéroglyphes bizarres (i). ■ Flamel sert de transition entre le xive et le xv° siècle. L’Alchimie tend à se répandre de plus en plus, elle pénètre intimement dans toutes les classes de la société, et, si au xvc siècle nous aurons moins de faits à signaler, moins d’adeptes fameux à citer, il faut considérer que la Science est alors en travail d’enfan tement.
Ses adhérents travaillent obscurs et ardents, leur opiniâtreté triomphera de tous les obstacles, le résultat sera le splendide apothéose de l’alchimie aux xvie, xvii0 et xviii0 siècles. Jacques Cœur, argentier du roi Charles VII, a passé pour adepte aux yeux des souffleurs à cause même de ses immenses richesses, mais en l’absence de docu ments positifs nous nous abstiendrons. Bernard de Trévisan remplit à lui seul le xv° siècle.
Comme tous ses confrères il parcourut les diverses contrées de l’ancien monde, cherchant à s’instruire auprès des adeptes étrangers. Dans ses pérégrinations, il vint à Paris et y séjourna plusieurs années ; ce n’est qu'à l’âge de soixante-quinze ans qu’il trouva enfin la clef du Grand-Œuvre.
Il put en jouir pendant quelques années, il mourut en 1490, à 1 âge de quatre-vingt-quatre ans. ■ A signaler encore, à cause de sa position officielle, Walérand de Bus Robert, professeur à la faculté de (1) M. Poisson prépare une histoire de Nicolas Flamel très détaillée, qui paraîtra en avril-mai i8g2. C’est le premier volume de ['Histoire de l’alchimie. (N. D. L. R.)
J SOMMAIRE DE L’HISTOIRE ALCHIMIQUE DE PARIS 137 médecine à Paris, dont il reste une Epistola de lapide philosophico manuscrite.
Cet ouvrage par lui-même est peu intéressant, on y voit seulement que l’au teur avait l’intention de fonder une société hermé tique dont il aurait été le chef suprême. * * * Le xvie siècle se montrera plus fécond en maîtres ; Paris, qui avait au point de vue alchimique perdu quelque peu de son importance au siècle précédent, va se relever et reprendre de nouveau la tête du mou vement hermétique.
C’est le siècle de Paracelse, le pro moteur d’une Renaissance ésotérique dont l’un des résultats immédiats sera l’application de l’alchimie à la médecine. Les noms fameux abondent, une pléiade brillante d’hermétistes attire à Paris des milliers d'étudiants ès sciences mystérieuses.
Nous ne men tionnerons que les plus célèbres : Jacques Gohorry, connu sous les noms de Le Solitaire ou Léo Suavins, savant littérateur auquel on doit diverses éditions d’ouvrages alchimiques, Roch le Baillif, médecin d’Henri IV, ardent disciple de Paracelse, auteur du Demostérion, Duchesne (en latin Quercetanus) méde cin d’Henri IV et paracelsiste comme le précédent, Bernard Penot, auteur abondant, qui passa toute sa vie à défendre le paracelsisme, François de Verville, vulgarisateur qui mit l’alchimie en romans, Biaise de Vigenère, esprit universel aussi savant en cabale qu’en alchimie.
Nous nous arrêterons plus longtemps sur la figure originale de Denis Zachaire. Quoique né en Guyenne, il rentre dans notre cadre, parce que
i38 l’initiation •c’est à Paris qu’il trouva le Grand Secret. Il y vint à deux reprises différentes. La première fois son séjour lui profita peu, il ne réussit qu’à se faire escroquer une assez grosse somme, par un grec qui se disait possesseur de la Pierre. Il resta trois ans à Paris, et s’en retourna un peu plus habile praticien, mais très à court d’argent.
Il y revint quelques années après, en 1546, ainsi qu’il nous l’apprend lui-même; cette fois, il fut plus heureux, dédaignant la fréquentation des vulgaires souffleurs, il s’enferma chez lui, médi tant les classiques, travaillant, priant Dieu, et fut enfin assez heureux pour transmuer du mercure en or, le jour de Pâques 1547.
Son principal ouvrage, Opuscule de la philosophie naturelle des métaux est intéressant parce qu’il nous donne des détails fort curieux sur la physionomie alchimique de Paris au xvi8 siècle, nous en extrairons une seule phrase montrant l’importance de la ville : « Paris, dit-il, est aujourd’hui la ville la plus fréquentée de divers opé rateurs en cette science, que autre qui soit en Europe. » Cette importance, Paris la conservera dans les siècles suivants jusqu’à la grande Révolution.
Si l’alchimie avait alors d’ardents adeptes et de fou gueux défenseurs, elle comptait aussi des ennemis acharnés, parmi lesquels Riolan, doyen de la faculté de Médecine, adversaire de Libavius.
Ces deux sa vants passèrent plusieurs années de leur vie à échanger des libelles, apologies, défenses de l’alchimie, etc. Mais tandis que Riolan, pur dialecticien, se montrait d’une violence inouïe dans ses pamphlets, Libavins ne se départit jamais d’une politesse de bon ton, et répondit
SOMMAIRE DE L’HISTOIRE ALCHIMIQUE DE PARIS I 3g aux raisons par des faits.
Un autre adversaire plus sérieux de l’alchimie fut l’illustre Bernard Palissy, cependant il ne s’avance pas trop dans ses dénégations et se contente de flétrir les sophistications des souf fleurs; au contraire, les travaux des adeptes le laissent songeur, et, devant cette chaîne non interrompue de maîtres depuis le légendaire Hermès, il dut se dire : « Peut-être? »D’autres soucis le ¡sollicitaient, son esprit’chercheur appliqué à l’alchimie eût donné à l’histoire un nouveau Flamel, les circonstances en décidèrent autrement, Palissy resta l’inventeur des rustiques figulines !
Au xviie siècle, l’alchimie atteint son apogée ; il n’est pas de couvent, de palais, de château où il n’y ait un laboratoire hermétique. Depuis le bourgeois jusqu’à l’empereur, tout le monde souffle, seigneurs, savants, artisans, tous poursuivent avec ardeur la recherche du Grand Secret. Les princes ne dédaignent pas de tra vailler de leurs propres mains, ou tout au moins ils ont à leur service des alchimistes qui travaillent à leur solde.
En ce siècle, Paris vit dans son sein les Pierre Borel, qui nous a laissé de curieux détails sur Flamel et le Cosmopolite, ainsi qu’une Bibliogra phie alchimique très incomplète et très inexacte, mais qui a du moins le mérite d’être une des premières ; Barlet, l’auteur de la Théotechnie ergocosmique, Salmon, qui a édité la Bibliothèque des philosophes chymiques, Homberg et Béguin, moitié chimistes, moitié alchimistes. Homberg surtout aune physionomie ori ginale ; savant modeste, il passa toute sa vie à étudier
l’initiation 140 par pur amour de la science; loin des intrigues où semblent se complaire certains savants brigueurs de places bien payées, lui se contenta du poste de chi miste de Philippe d’Orléans qui lui permettait de travailler pour lui-même. Sa foi en l’alchimie avait pour origine certain lingot d’or dont un adepte ami lui avait fait cadeau, alors qu’il se trouvait dans la gêne. Homberg mourut en 1715.
La liste des alchimistes nés à Paris, ou qui meurent en cette ville, au xvn° siècle, serait trop longue à énu mérer; nous nous contenterons de citer Gabriel de Castaigne, aumônier de Louis XIII, auteur de divers traités singuliers; de Gerzan,qui, suivant les traces de Verville, fit des romans alchimiques ; Michel Potier, auteur fécond, il ne fit que passer à Paris, vendant ses secrets fort cher aux riches dupes ; de Laborde et Gobineau de Montluisant, qui nous ont laissé des détails intéressants sur la signification alchimique de Notre-Dame; d’Atremont, auteur du célèbre Tombeau de la pauvreté, etc., etc. La société hermétique des Rose-Croix qui se mani festa au xvii‘ siècle ne contribua pas peu à l’extension del’alchimie.
Fondée,semble-t-il,par Christian RosenKreutz, si toutefois l’histoire de son origine n’est pas une profonde allégorie, elle prospéra surtout en Alle magne.
Les Rose-Croix, s’ils remplissaient exacte ment leur programme, étaient de puissants adeptes d’une science et d’un pouvoir au moins égaux à ceux des mahatmas, la prolongation de la vie humaine, la correspondance télépsychique, le magnétisme animal, le Grand-Œuvre, tels étaient les principaux secrets
SOMMAIRE DE L’HISTOIRE ALCHIMIQUE DE PARIS 141 qu’ils possédaient. La société fit afficher dans Paris deux manifestes, queGabrielNaudé nous a conservés, où elle appelait à elle les disciples d’Hermès. Des cartes lui-même ainsi qu’il nous le raconte dans son Discours de la méthode, fut sur le point de solliciter l’admission dans la société.
La Rose-Croix s’est per pétuée jusqu’à nos jours, où elle semble se relever sous une nouvelle et intelligente impulsion. * -¥■ ¥ Au xviii0 siècle, l’alchimie est désormais une science bien spéciale, complètement différente de la chimie ; après plusieurs siècles de luttes, définitivement cons tituée, elle a sa bibliographie, son histoire, ses classi ques.
Dans Paris même, il existe des cours où l’on enseigne l’alchimie à côté des autres sciences physi ques ; il y a des librairies hermétiques où le fringant abbé, le vieil adepte, la grande dame poudrée à frimas viennent demander le dernier volume paru sur la Pierre philosophale.
Une de ces librairies surtout est connue des bibliophiles occultistes, c’est la maison d’Houry ; au xviii0 et au xvne siècles, les d’Houry se succèdent de père en fils, monopolisant les éditions alchimiques, les trois quarts des ouvrages de ce genre imprimés à Paris sortaient de leurs presses. Ce simple fait montre combien l’hermétisme florissait alors.
Dans les ventes, les éditions rares étaient poussées à des prix élevés par les amateurs ; ceux qui ne pou vaient se procurer certains ouvrages les copiaient : la plupart des manuscrits alchimiques de nos biblio thèques sont des copies exécutées au xvme siècles.
L INITIATION 142 Lenglet-Dufresnoy écrit l’Histoire de laphilosophie hermétique, Pernetyet Libois marchant sur les traces de Michel Maïer expliquent les fables employées par les adeptes. Pernety surtout rendit service aux cher cheurs par ses Fables grecques et égyptiennes et par son Dictionnaire mytho-hermétique. Ces ouvrages eurent un grand succès, plusieurs éditions furent épuisées en peu de temps, et Pernety prit rang parmi les classiques.
Sa dispute avec l’abbé Villain au sujet de N. Flamel acheva sa renommée, les disciples accoururent à lui et il put fonder une société secrète hermétique dont il transporta le siège aux environs de Montpellier. 11 mourut au commencement duxvin0 siècle dans un âge avancé.
La fin du siècle fut illumi née par le séjour à Paris de trois adeptes fameux, lecomte de Saint-Germain, Cagliostro et Etteila ; pos sesseurs de réels secrets, doués de pouvoirs magiques puissants, ils ne purent résister au désir d’étonner leurs contemporains et, de mages qu’ils auraient pu être, ils tombèrent au rang de magiciens.
Saint-Germain entremêlait ses prodiges de mystifications, et s’il savait accroître les diamants et les clarifier, d’autre part il affirmait gravement avoir connu Jésus-Christ; Cagliostro prévoyait l’avenir et faisait de l’or ; maislorsque ses opérations ne réussissaient pas, quelques menues escroqueries et Lorenza remplissaient vite ses coffres.
Quant à Etteila, l’ancien perruquier, il s’était occupé d’alchimie et avait même parfait une partie du Grand Œuvre; il se vit arrêté en route par son igno rance du feu secret; on pouvait voir chezlui moyennant finances les matras où la matière, ayant évolué aux
SOMMAIRE DE CHISTOIRE ALCHIMIQUE DE PARIS 143 premiers degrés cristallisait en arborescences splendi dement colorées ! ★ La Révolution vint arrêter le développement de l’alchimie.
Cette science faisait corps avec les anciennes institutions, elle mourut avec elles ; quelques savants échappés à la guillotine la perpétuèrent encore dans les premières années du xixe siècle, puis peu à peu le silence se fait, la vieille alchimie semble morte à jamais.
Et cependant notre siècle compte des adeptes; Cambriel, qui possède assez les anciens auteurs pour affirmer qu’il parfera ¡’Œuvre, ce qui lui manque ce sont les fonds pour les premières dépenses. Ne souriez pas: si Cambriel eût trouvé un capitaliste, il aurait fait de l’or, il avait bien ressuscité un ouvrier ! et sur la montagne Sainte-Geneviève où il demeurait en 1840 tous vous auraient affirmé le fait.
Cysliani plus heu reux était parvenu au terme de ¡’Œuvre, mais il fut prudent et continua à vivre modestement, content d’être à l’abri du besoin. Louis Lucas, admirateur des alchimistes, doit prendre place à côté d’eux en ce qu’il applique l’alchimie à la chimie pour rénover cette dernière. Tiffereau, qui vit encore, lui, par involution, part de la chimie pour arriver à l’alchimie, c’est le complémentaire de Lucas.
A côté des pratiquants, il faut signaler les savants qui considèrent l’alchimie comme une science fossile; MM. Berthelot et Ruelle après d’heureuses fouilles ramènent au jour les alchimistes grecs signalés déjà par Lenglet Dufresnoy et les auteurs allemands, étu
144 l’initiation diés depuis par Ferdinand Hœffer, l’auteur de l’His toire de la Chimie. L. Figuier écrit un livre de vulgarisation, Y Alchimie et les Alchimistes, dont le principal mérite est d’être d’une lecture facile et agréable; au point de vue scien tifique pur, cet ouvrage laisse fort à désirer. Les mo nographies des alchimistes célèbres font prime, Delécluze écrit la vie de R.
Lulle, Franck celle de Paracelse, Hauréau, celle d’Arnauld de Villeneuve, Albert le Grand occupe Daunou, de Launay, Pouchet, etc. Et pourtant l’alchimie est-elle bien aussi morte queles savants l’affirment? Dans ces dernières années, la renaissance de l’Occultisme lui a profité en raison même du rang qu’elle tient dans les sciences ésoté riques, les derniers des alchimistes ont trouvé un point d’appui, un centre auquel ils pouvaient se réu nir.
Pour ne parler que de Paris, nous y connaissons plusieurs alchimistes, les uns théoriciens les autres praticiens ; l’un de ces derniers est parvenu à des résultats étonnants que nous, ne sommes point auto risés à divulguer.
La Brochure de Papus, la Pierre philosophale, n’est-Aïe pas un manifeste, un coura geux défi lancé à la face de la science étroite des offi ciels, ils peuvent encore régner, leur jour n’est pas venu, mais il est prochain : un chimiste laborieux imbu des idées alchimiques prépare une Renaissance de la chimie par l’hermétisme, et quand, par des expé riences de laboratoire rigoureusement contrôlées, il sera parvenu à étayer ses théories, Paris verra peutêtre renaître l’Alchimie plus florissante que jamais. Philophotes.
LA MÉDECINE ÉGYPTIENNE 145 BIBLIOGRAPHIE RAISONNÉE DES SCIENCES OCCULTES ©ES ÊOTTBENS Par P.
Alpinus ( i ) Voici un livre curieux à plus d’un titre; bien des livres anciens sur la médecine contiennent plus ou moins de l’occulte, celui qui nous occupe en renferme dans bien des endroits, notamment dans le cha pitre 11 du IVe livre qui a pour titre : De medicamentis ab Ægyptiis animi gratiâ usitatis sperantibus ab his devoratis varia exoptata in somniis ridere.
Nous allons analyser le livre d’Alpinus avec assez de détails pour permettre à nos lecteurs de le con naître à fond. L’auteur, Prosper Alpinus, est italien; il naquit à Marostica, petite ville du Vicentin, le 22 no vembre i553 et mourut à Padoue le 5 février 1617.
Dès l’année 1578, Alpinus obtint le grade de doc teur en médecine; il n’avait donc que vingt-cinq ans, et encore avait-il servi pendant quatre années comme soldat dans l’Etat de Milan. Bien que docteur, (i)P. Alpini, de Medicina XEgyptorum libri quator, et Jacobi Bontii, In India archiatri de medicina Indorum , Editto ulti ma.
1 voi. in-4, Parishs, apud Nicolaum Redilichuysen Bibliopolam aulre Regiae sequacem via Jacobceà, sub signo crucis aurea: ; M.D.C. XLV.
l’initiation 146 il n’exerça pas longtemps la médecine et seulement dans une petite ville du district de Padoue, à CampoSan-Pietro, parce qu’un goût irrésistible entraîna Alpinus à l’étude de la botanique, des plantes médici nales et plus particulièrement de celles qui produisent le baume (balsamuni). On donnait alors ce nom aux sucs végétaux gommo-résineux, très usités en méde cine à cette époque.
Alpinus eut bientôt une occasion unique de pou voir satisfaire sa passion ; en effet, Georges Emo, nommé consul de la République de Venise au Caire, lui offrit la place de médecin auprès de sa personne, place qu’il s’empressa d’accepter.
II partit donc pour le Caire, le 12 septembre i58o, il séjourna six ans en Orient dans diverses villes et retourna à Venise son point de départ en i586, époque à laquelle il com mença à écrire ses ouvrages, dont le premier parut à Venise en 15g 1 ; c’est celui que nous allons analyser sur l’édition parue à Paris, en 1646.
L’ouvrage débute par une sorte de dédicace de l’é diteur à l’illustre Achille de Harlay ; puis, vient la préface de la première édition, adressée par Alpinus, au très illustre et très sage sénateur, Antonio Mavroceno, un speach fort court aux érudits lecteurs, suivi de l’index des chapitres, avec les félicitations de Melchior Guilandinus sur l’heureux retour de l’auteur dans sa patrie ; enfin nous arrivons au premier livre dont le premier chapitre traite de Yétat des médecins égyptiens. L’ouvrage est en forme de dialogue entre Guilan dinus et Alpinus. Nous ne passerons pas tous les
LA MÉDECINE ÉGYPTIENNE I47 chapitres en revue, nous nous bornerons à signaler seulement ceux qui présentent un intérêt quelcon que.
Ainsi le chapitre iv traite la question : contra ria contrariis curantur ; le suivant le changement du vent, de la température de l’habitation, et du corps des Égyptiens, de leur nourriture, des causes de la lon gévité, parmi lesquelles : la sobriété dans la nourri ture, sa variété et l’usage de la très bonne eau du Nil, pour la boisson et la préparation des mets, (atque usum oplimœ aquæ Nili fluminis in potu atque in cibis)-, enfin sobriété dans l’usage du vin, car l’ivresse est la source de toutes les maladies : rhumatismes, gouttes, convulsions, fièvres, vertiges, et surtout im bécillité.
Le chapitre xii revient sur cette dernière partie du chapitre xi, voici son titre : L’usage de l’eau du Nil est autrement utile que le vin pour la conservation de la vie.
Le chapitre xm étudie les maladies et les épidé mies chez les Egyptiens; le suivant, les causes des maladies ordinaires ; le chapitre xv, la peste qui envahit souvent l’Egypte et la dévaste très atrocement (atrocissime) ; suite de la même question au point de vue de son importation, dans les chapitres xvi, xvii et xviii, qui terminent le premier livre.
Le second livre débute par un chapitre sur la saignée; il explique pourquoi les médecins égyptiens usent fréquemment de cette opération ; le chapitre ni explique dans quelles maladies ces médecins pratiquentla saignée suivant la complexion des individus ; les chapitres de iv à xii traitent du même sujet en ce
L INITIATION I48 qui concerne les enfants, les eunuques, les femmes et les vieillards, dans les cas de dysenterie, de diarrhée bilieuse, etc., etc. ; puis l’auteur nous informe quelles sont les veines que les médecins égyptiens ont l’habi tude d’ouvrir, etc., etc. Le livre III, traite des scarifications de divers genres, pratiquées par les Égyptiens : scarification des oreilles, des narines, des gencives, des jambes, des genoux, des mollets, des chevilles, des ponctions aux hydropiques, etc.; le chapitre xii de ce même livre parle des pointes de feu qu’il ne faut point pratiquer ni avec du fer, ni avec de l’or, ni autres métaux, mais avec du coton et des petits morceaux de bois enflam més ; le chapitre xiv nous initie à l’extraction de la pierre sans pratiquer aucune incision, c’est-à-dire sans employer la lithotritie.
Le dialogue engagé entre Guilandinus et Alpinus est assez curieux; nous résumons ce qui est le plus intéressant : G. — Je désirerai avant toute autre chose apprendre comment les Égyptiens peuvent extraire la pierre de la vessie sans la briser. A. — Certes ce mode est très utile.
Ils extraient la pierre de la vessie en remplissant d’air celle-ci ; avec cet air, ils dilatent, non seulement le col de la vessie, mais la relâchent encore, de sorte que, par cette ou verture, ils peuvent facilement extraire la pierre de la vessie ; le col étant dilaté et le canal agrandi, de ceux-ci les pierres entraînées par l’air sortent en une violente émission. G. — J’ai bien compris ce que vous avez dit, bien
LA MÉDECINE ÉGYPTIENNE I49 que jusqu’ici vous ayez employé des paroles un peu obscures. Cependant il me paraît que vous avez dit deux choses qui se contredisent : que les médecins de ce pays qui veulent extraire les pierres de la vessie relâchent et dilatent le col de la vessie à l’aide du vent ; mais vous ne m’expliquez pas par quel moyen les pierres peuvent sortir, et comment elles sont reje tées au moyen de l’air. A. — Par le même principe.
Mais pourquoi en doutez-vous ? G. —■ Parce que je puis à peine croire que le col de la vessie et le canal de l’urèthre puissent être assez amplement dilatés pour laisser passer aisément de gros calculs contenus dans la vessie, lesquels sont entrourés souvent comme de grosses noix, de sédi ments ; c’est pourquoi je doute que la pierre puisse être rejetée par le moyen indiqué.
Nous donnerons en latin la suite du dialogue d’après le texte original, parce que le latin brave, non seulement l’honnêteté, mais aussi la pudeur ; le voici : A.— Ulrumque veruni essecognosces, neque omnino a peritate id alienum putareris, os vesicæ colemque eo modo dii alari posse, quando nervosa ac pelliculosa substantia illi meatu constet.
Admirandum magis estimare debemus uteri os in mulieribus nervosum, durum atque ita angustum tempore partus tan tum ampliari ac augeri, ut fœtus per ipsum exeat atqueforas propellatur. Unum hoc scio, me colis meatum itadilatatum inspexisse, utpereum facile ma gna avellana transisset. Atutiliuserit,utnunc modum ostendam.quo ad extrahendum lapidem ii uti soleant.
L INITIATION i5o G. — Hac eadem de causa, apertis auribus, tuum hune sermonem expedo. A. — Eo tempore quo ego in Ægyptomoram faciebam, Arabs quidam, Haly vocatus, ad extrahendos lapides sine incisione celleberrimus erat, quem ego sane cuidam duci Turcarum, Horam Bei vocato, mul tos lapides extraxisse vidi. Quo in opere absolvendo, ille ligneam cannulam accipiebat, longitudine odo digitorum et latitudine digiti pollicis.
Quam colis canali admovebat fortiterque insufflabat, atque ne flatu ad interioraperveniret, altera manu extremum pudendi perstringebat, far am deinde canulce claudebat, ut virgam canalis intumesceret et latior fieret ac aperiret; quo facto, minister. digito in ano posito, la pidera paulatim ad canalem virgœ atque in ejus ex tremum deducebat.
Qui, ubiprceputio lapidem approquasse sentiebat, canulam a virgœ canali fortiter impetuque amovebat ut magna dexteritate lapis ad nuclei olivee magnitudinem fuerit extradas ; et ego interfui buie duci Turcarum et postea duabus item Judceis, quorum alter puer erat, cui odo lapillos extraxit.et alter adultus, cui extraxit lapidem ad magnai olivee.,magnitudinem. Hicque est extrahendi lapidem evesica modus quo utebatur ille medicus Arabs.
Le procédé est curieux, mais nous devrons ajouter qu’il y a des pierres de vessie plus grosses que des noyaux d’olives, et même que de grosses olives (ma gnee olivœ) et les noisettes. Avec le chapitre xiv de ce même troisième livre, nous abordons les bains émollients préparés simple ment avec l’eau du Nil ou bien encore avec certaines
LA MÉDECINE ÉGYPTIENNE I 5 I drogues ; les Égyptiens prenaient aussi des bains de vapeur et passaient d’une chambre tiède à une cham bre plus chaude ; ils prenaient également des douches, car il y avait dans certaines chambres des cuves de marbre dans lesquelles l’eau tombait de haut (in quce aqua ex alto decidit). Enfin, après avoir passé du bain chaud au bain tiède, le baigneur arrivait au bain froid.
Le chapitre xv nous décrit les bains émollients pour l’hygiène du corps, employés aussi par les femmes comme moyen d’engraisser leurs corps. L’auteur décrit avec beaucoup de détails tout le travail accom pli par les Égyptiennes dans leurs bains ; toutes les parties du corps épilées par elles et parfumées avec des odeurs différentes suivant la localité du corps : ambre musc, aloès, zebet (?) nous ne connaissons pas ce parfum.
Enfin nous arrivons à des détails tellement intimes et circonstanciés que nous ne pousserons pas plus loin nos investigations. Le chapitre xvi nous apprend ce que font les Égyp tiennes pour engraisser; ce qu’elles mangent, ce qu’elles boivent; il y est question jusqu’à du consommé de poulet parfumé à la muscade (m quo sit dissoluta nux Indica).
La muscade joue un grand rôle dans ces agapes balnéaires, c’est bien le cas de dire : Aimeq-vous la muscade? On en a mis partout-, car certaines bai gneuses buvaient de l’huile d’olive dans laquelle on avait écrasé des muscades, ou de l’huile Sésame dans laquelle on avait écrasé des pois, des fruits de Térébinthe, des amandes douces ou amères, des noisettes
l’initiation I 52 et des pistaches. Ces préparations oléagineuses rem plaçaient avantageusement l’huile de foie de morue. Du reste l'huile joue un très grand rôle dans les bains ; on n’en prenait pas seulement par la bouche, mais encore par l’instrument de maître Diafoirus et cela jusqu’à quatre fois dans la journée.
Le chapitre suivant décrit comment les hommes prenaient leurs bains; le chapitre xvm, l’usage desdes frictions: le dernier chapitre de ce livre trois, nous informe dans quel genre de maladie on utilisait lesbains. Enfin le dernier livre, le quatrième, traite dans son premier chapitre de l’usage des médicaments alté rants, tels que poivre, gingembre, gariophylle, cer taines noix et autres aromates.
Le chapitre n nous parle des médicaments employés pour le bien-être, le profit de l’esprit ; médicaments par l’absortion desquels les Egyptiens espèrent voir en vision ou en songe diverses choses par eux dési rées ; ce chapitre présente un intérêt tout particulier, car il réalise le rêve des haschischéens.
Les substances absorbées par les Egyptiens sont dénommées assion, assis, bosa, bernavi et bers ; et l’auteur nous apprend que l’assion est ce que les grecs nomment méconium? soit notre opium moderne ou le suc exprimé des têtes du pavot noir (seu succus e nigripapaveri capitibus express uni). L’assis (haschisch) était préparé avec des feuilles de chanvre réduites en poudre; puis celle-ci était malaxée avec de l’eau. On en formait des boulettes de la grosseur d’une châtaigne, que l’on dévorait à
LA MÉDECINE ÉGYPTIENNE 153 belles dents ; mais ce n’était que le bas peuple, la plèbe qui absorbait l’assis, parce qu’on le vendait bon marché (quia viliori pretio ibi venditur). Une fois que les Egyptiens avaient absorbé les stupéfiants dont nous venons de parler, ils ne voyaient que jardins féeriques peuplés de superbes et lascives jeunes filles (formosissimas lascivientesque paellas) ; c’était, en un mot, le Paradis de Mahomet.
Mais ces visions étaient surtout remarquables, tan gibles, si l’on peut dire, après l’emploi de l’électuaire nommé Bers, préparé dans le voisinage de l'Inde et «dont les Egyptiens ignoraient certainement la compo sition » nous dit Alpinus. Nous la donnons en note et en latin, cette compo sition, n’osant pas la traduire crainte d’erreurs, ce qui serait fort grave, si un lecteur voulait en essayer.
Toutes ces drogues étaient triturées dans un mortier de marbre et mêlées à trois parties de miel ; mais on n’usait du Bers que six mois après sa fabri cation (i).
Le chapitre ni traite des décotions employées par les Egyptiens valides ou malades, parmi lesquelles figurent le café, la camomille, l’althéa, la mauve, l’eau de laitue, etc., etc., dans lesquelles les nobles égyp tiens et les Turcs ajoutent un peu de musc, d’ambre, d’eau de roses, etc., etc. Le chapitre iv traite des sirops, les chapitres v-, vi, ( i ) Bers quoque est electuarium, quo Ægyptii ad illa deliramenta utuntur, cujus compositio hoc est : accipiunt piperis albi, seminum hyosciami albi an. dra.
XX. Épii dra. X. Spicœ Indœ euphorbii piretri an. mitchal croci. Ser. XV. — Voilà la formule avec ses quantités en drachmes et scrupules.
l’initiation 154 vu, de la purgation ; c’était une très grave affaire, paraît-il ; les chapitres ix à xii, de la thériaque et autres compositions médicinales qui entrent dans la fabrication de la fameuse thériaque ; enfin des erreurs commises par ces apothicaires égyptiens dans les compositions dérivées de la thériaque.
Le chapitre XIIIe décrit divers médicaments ; le sui vant a ce titre significatif que nos lectrices mêmes comprendront en latin : de nonnulisclysturibes apud Ægyptios usitatis; enfin le chapitre xv et dernier donne quelques recettes particulières pour guérir les fièvres. En terminant, analysons brièvement, l’œuvre de Jacob Bontius : La Médecine des Indiens., placée à la fin de l’ouvrage d’Alpinus.
Cette œuvre comporte quatre livres; le premier décrit diverses substances ou plantes employées en méde cine; le second et le troisième nous entretiennent de la qualité de l’air, de la nourriture, des boissons et des diverses substances comestibles, de l’usage du vin et des fruits, de l’exercice, du sommeil de la veille, des saignées, de la purgation ; des affections de l’esprit et de quantités de maladies.
Enfin le quatrième et dernier livre, après quelques observations sur la dissection, traite des cadavres, de diverses maladies et accidents qui peuvent survenir dans les diverses parties du corps. J. Marcus de Vèze.
UNE PROPHÉTIE DE NOSTRADAMUS 15 5 A Monsieur Papus, Directeur de l’Initiation. Monsieur le Directeur, Pour la seconde fois depuis bien peu de temps, une hécatombe de mineurs vient de jeter la consternation dans la population ouvrière du globe (i). Le coup de grisou de Krebs fait écho au coup de grisou de SaintEtienne.
Mais ce qui est affreux à penser, c’est que la catastrophe était prévue,... prévue, c’est-à-dire qu’on la pouvait empêcher de se produire. Voici en effet textuellement ce que j’écrivais, le 26 décembre dernier, au directeur de L’Éclair : «Monsieur le directeur, lecteur assidu de L'Éclair, « j’ai eu plaisir à prendre connaissance, dans son nu- « méro du 2 3 courant, de l’article de M. Charles Ni- « coullaud, relatif aux prophéties de Nostradamus.
« Entre les lignes je note l’engagement tacite de nous « donner sur elles une étude d’ensemble, continuant, « complétant et réunissant en un corps de doctrine « les volumineux et érudits commentaires des Chavi- « gny, des Guynaud, des Leroux, des Bouys, des Ba il) NewYork, 8 janvier. — Une explosion s’est produite dans une mine. près de Krebs. Le désastre est arrivé à cinq heures de l’après-midi... Les dernières nouvelles reçues annoncent qu'il y a plus de 200 morts. (L'Éclair, 10 janvier 1892).
156 l’initiation « reste. Promesse digne d’être encouragée par la sym- « pathie général : quel profit ne tirerait-on en effet « des révélations sybillines du solitaire de Salon !
C’est « à ce dernier point de vue, et justement à propos du « douloureux événement qui était il y a quelques jours « le prétexte du travail de M. Nicoullaud, que je solli- « cite à mon tour l’hospitalité de L’Éclair, dont la pu- « blicité étendue me permettrait d’atteindre mon but; « car le quatrain où il a lu rétroactivement l’annonce du « sinistre drame de Saint-Etienne renferme en outre « pour l’avenir, pour un très prochain avenir, un « avertissement dont la divulgation me semble s’im- « poser.
« Tout d’abord en ce qui concerne celui-ci (i), je « prierai vos lecteurs de remarquer que ce n’était pas «. seulement le mois (le mois hiératique des Egyptiens « naturellement, allant, selon les cas, du 20, 21, 22 « ou 23 au 19, 20, 21 ou 22 de notre calendrier), « mais aussi le jour et l’heure qui en étaient indiqués (1) Voici du reste, pour plus de clarté dans les discussions qui suivent, le passage même de M. Nicoullaud ; Dans deux logis de nuit le feu prendra.
Plusieurs dedans estouffés et rostis, Près de deux fleuves pour seul il adviendra, Sol l’Arq et Caper tous seront admortis. « Ainsi s’exprime Nostradamus ou plus exactement Michel de Notre-Dame, dans sa deuxième centurie.
Il est difficile de peindre mieux, et en aussi peu de mots, la terrible catastrophe qui vient une fois de plus de frapper le pays noir : Logis de nuit, en effet, ces galeries, où jamais la lumière du jour n’a pénétré ; estouffés et rostis, sort épouvantable réservé aux serfs de la mine ; près de deux fleuves, Saint-Étienne est situé entre le Rhône et la Loire.
Le temps même est indiqué : le Soleil dans le Sagittaire (Z’Arc?), c’est-à-dire du 21 (si pour 22) novembre au 21 décembre.. »
UNE PROPHÉTIE DE NOSTRADAMUS I 57 « avec une extrême précision, non seulement l’époque « où le Soleil occupe le signe du Sagittaire, mais « aussi les jours et heures qu’il régit.
M. Nicoullaud « a fort bien rappelé la première (du 22 novembre au « 21 décembre); quant aux jours, ce sont les di- « manches 22 et 29 novembre, 6, i3 et 20 décem- « bre, et en chacun les heures suivantes : de midi à « 1 h., de 7 h. à 8 h. du soir, de 2 h. à 3 h. du « matin, de 9 h. à 10 h. du matin.
Je reproduis pour « mémoire la communication télégraphique publiée « naguères par les journaux : « Saint-Étienne, 6 décembre. — Une terrible explosion de « grisou s’est produite à midi et quart, dans le puits de la Ma- « nufacture... « On conviendra qu’il serait difficile d’être plus lugu- « brement exact. « Mais, j’y reviens, là ne se bornent pas les pronos- « tics contenus dans les quatre vers boiteux de Nostra- « damus.
Ce n’est pas un, c’est deux accidents de mine « qu’ils nous font redouter : Dans deux logis de nuit le feu prendra ; I « et à bref intervalle, l’un sous le Sagittaire (il a eu « lieu, nous ne le savons que trop), l’autre sous le « signe zodiacal suivant, le Capricorne (Caper) : Sol l’Arq et Caper tous seront admortis. « Maintenant faut-il admettre que Sol se réfère à « la fois à l’Arq et à Caper ou à l’Arq seul?
En d’au- « très termes la menace céleste reste-t-elle, comme pré- « cédemment, limitée aux jours et heures sur les- « quelles le Soleil étend son influence (27 décembre
158 l’initiation « 1891; 3.io et 17 janvier 1892; pour les heures, « voyez ci-dessus; — en ce cas il y aurait surtout lieu «de craindre pour le 17 janvier, appartenant à un « décan [le décan XXX] également gouverné par le « Soleil) ? S’étend-elle cette fois au contraire aux « 3o degrés du signe visé (22 décembre 1891-20 jan- « vier 1892) ?
Trop préciser pourrait avoir de si fu- « nestes conséquences que j’hésiterais, je l’avoue, à le « faire, même en présence d’une teneur moins obs- « cure. Le doute est d’ailleurs d’autant plus permis « que Nostradamus est loin d’être aussi explicite « pour la seconde catastrophe que pour la première. Il « a précisé le théâtre de celle-ci (le district houillier « d’entre Rhône et Loire), mais d’elle seule, pour « seul., dit-il en propres termes.
La sagesse exige donc « de redoubler de vigilance partout où il y a des « mines (1), pendant le plus long terme plutôt que « pendant le plus court. « Cette note serait sans objet si la Fatalité régnait « sur terre en maîtresse. Heureusement il n’en est « rien. Lathéurgie a pour mission de signaler les périls « ambiants. A l’activité humaine de faire ensuite son « possible pour les détourner des têtes au dessus des- « quels ils planent.
Ptolémée de Péluse, l’un des doc- « teurs les plus vénérés de la scienee hermétique, s’est « nettement prononcé à ce sujet : L’esprit versé dans « [’Occultisme peut prévenir beaucoup de dangers et « se préparer à soutenir le choc des événements. « Le moment critique dépassé, il sera loisible aux (1) Souligné dans ma lettre à Y Eclair
UNE PROPHÉTIE DE NOSTRADAMUS I 5g « ingénieurs de se railler de l’oracle, après lui avoir dû « peut-être, à l’aide d’un facile surcroît de précautions, « d’éviter d’épouvantables désastres. L’ombre de Nos- « tradamus sera la première à sourire de leur injus- « tice.
En de très beaux vers Quevedo a dit autrefois « que le Soleil ne demande pas de remerciements à la « moisson qui, grâce à lui, roule dans la plaine ses « ondes d’or, que la voir parvenue à sa maturité lui « est une récompense suffisante. Il en est ainsi des « adeptes des sciences occultes. Que leur voix soit « écoutée seulement ; peu leur importe le reste. Hélas! « cette satisfaction intime, elle leur est le plus souvent « refusée.
Ce n’est pas d’aujourd’hui qu’un autre « Voyant s’est écrié dans l’amertume de son cœur : « Ils ont des yeux et ils ne verront pas; ils ont des « oreilles, et ils n’entendront pas! « Veuillez agréer, etc. » Ma prière n’a pas été exaucée. Les colonnes de L’Eclair sont restées muettes. Depuis, mes prédictions se sont lugubrement accomplies.
En bonne justice, L'Éclair, par la dédaigneuse incurie dont il a fait preuve en présence de présages à l’échéance si pro chaine, assume une large part de responsabilité. Je connais assez les hommes pour n’avoir été que mé diocrement surpris de ce refus tacite d’insérer la com munication qui précède.
Tandis que je la rédigeais, je n’étais pas sans me murmurer in petto (la conclu sion en fait foi) que j’avais grande chance de prêcher, comme on dit, dans le désert, que je n’avais pas seulement à appréhender l’incrédulité des ingénieurs,
l’initiation ï6o ennemis jurés des révélations extra-naturelles, que l’indifférence de ceux par l’intermédiaire de qui je m’efforçais de la combattre lui serait au contraire une alliée fidèle. Mais d’autre part, sachant et me taisant, j’aurais été coupable devant ma conscience.
Il eût été odieux de négliger, par des considérations de scepti cisme ou d’amour-propre, cette planche de salut, si faible fût-elle, que le hasard me permettait de tendre à un groupe, nombreux peut-être, de mes frères incon nus. Je n’ai donc pas hésité à courir au devant d’un échec presque certain. Du moins puis-je répéter avec le Psalmiste : Liberavi animant meam...
Cette cruelle aventure me paraît contenir une leçon digne d’être méditée, et c’est pourquoi, Monsieur le directeur, j’ose vous demander de ménager à son récit l’audience de vos lecteurs. Aussi bien apporte-t-elle une contribution à l’œuvre que vous poursuivez, puis qu’elle est une éclatante justification des principes de ,1a Science Suprême. Je vous prie d’agréer, Monsieur le directeur, l’ex pression de mes respectueux sentiments. Abil-Marduk.
161 LE PÉRISPRIT (SPIRITISME) {Suite.) La vie de relation comprend deux termes : d’une part, l’action du monde extérieur sur l’animal qui se traduit chez lui par le phénomène de la sensibilité ; d’autre part, l’action de l’animal sur le monde exté rieur qui se manifeste par le mouvement. La propriété de répondre par un mouvement à une force extérieure est tout à fait générale et caractérise les êtres vivants, on l’a nommée l’Zrrzïaôz’/zYe.
Ce qu'il importe de bien comprendre, c’est que, dans la nature, la force n’est jamais détruite. Elle ne se perd ni ne se crée, en sorte que toute force, même en agissant sur un objet inerte, se transformera peut-être mais persistera à l’état de force et se retrouvera tout entière dans la matière inerte qui a subi l’action. Un fait curieux mettra bien en évidence ce principe de la conservation d’une force sous forme d’em preinte (i).
« Si l’on met sur un métal froid et poli, dit Draper, sur une lame neuve de rasoir par exemple, un pain à cacheter, et qu’après avoir soufflé sur le métal on enlève le pain à cacheter, aucune inspection, si mi nutieuse qu’elle soit, ne pourra faire découvrir la moindre trace d’une figure quelconque sur l’acier (i) J. W. Draper, les Conflits de la Science et de la Religion (Bi bliothèque scientifique). 6
IÓ2 l’initiation poli ; mais, si l’on souffle de nouveau sur le métal, l’image spectrale du pain à cacheter reparaîtra et cela aussi souvent qu’on voudra recommencer, même plusieurs mois après l’expérience... Une ombre n’est pas projetée sur un mur sans y laisser une trace du rable. » Donc, quand une force quelconqueagitsurun corps, elle le modifie toujours dans un certain sens.
Sup posons qu’un morceau de fer soit par exemple dans un état A d’électricité, de température d’équilibre mécanique, d’équilibre chimique. Si une force quel conque F agit sur lui, ce même morceau de fer, après l’action de cette force, sera dans un nouvel état A' d’é lectricité de température d’équilibre mécanique et d’é quilibre chimique.
En supposant que la force F s’est épuisée tout en tière dans le corps A, après l’action de la force F le corps A' sera égal à A F. Ceci nous conduit à admettre que, même si une force ne détermine pas de mouvements apparents dans un corps, elle en modifie toujours la constitution moléculaire, elle se transforme en imprimant au corps un nouvel état différent du premier.
Or l’ani mal est bien plus sensible qu’un métal, la matière dont il est formé étant plus délicate pourra être irritée par des forces moins énergiques que celles qui agis sent sur les corps bruts et ces formes laisseront dans l’être vivant des traces de plus en plus durables de leur action à mesure qu’elles s’exerceront plus sou vent. La chaleur, l’électricité, la combinaison chi mique, la pesanteur qui semblent si différentes ne
LE PERISPRIT i63 sont en réalité que des forces de mouvements, mou vements moléculaires, atomiques, vibratoires, non perceptibles à nos sens en tant que mouvements, mais enfin que la science a pu démontrer être réduc tibles à des lois mécaniques (i). Le point essentiel, celui qu’il ne faut jamais ou blier, c’est que le périsprit est uni, au moment de la naissance, à toutes les molécules du corps.
C’est au moyen du fluide vital dont le germe est impré gné que cette incarnation peut avoir lieu, car nous savons déjà que l’esprit ne peut agir sur la ma tière que par l’intermédiaire de la force vitale. Il y a donc fusion intime entre le périsprit et le fluide vital, ce dernier étant le moteur qui détermine l’évo lution renfermée dans ces trois termes : jeunesse, âge mûr, vieillesse.
Nous avons remarqué de même que chaque cellule, tout en participant à la vie géné rale dans les organismes composés, jouit cependant d’une certaine autonomie, de sorte que tout mouve ment qui s’y produit change son équilibre vital et cette modification dynamique a sa répercussion im médiate dans le double fluidique et y détermine un mouvement.
Donc toute action intérieure ou exté rieure à l’animal produira un mouvement dans l’en veloppe périspritale. Ceci bien compris, essayons de nous rendre compte de la manière dont les appareils des sens ont pu se former (2).
Premier cas (3). — Supposons l’être sensible le (1) Balfour-Stewart, la Conservation de l’Energie, dernier chapitre. (2) DeIbœuf, Eléments de psYcho^physique, pages 127 et suivantes. (3) Voir à l’appendice le3 lois de la sensation et de la sensibilité.
l'initiation 164 plus élémentaire qu’il soit possible de concevoir, il doit être parfaitement sphérique et sans partie diffé renciée. A proprement parler, l’organisme homogène est une pure conception théorique.
Si nous suppo sons cette masse sensible dans un milieu homogène ou, ce qui revient au même, dans un milieu qui varifie uniformément concentriquement à cette masse, elle pourra éprouver un sentiment de tension plus ou moins marqué, suivant que l’état du milieu ambiant s’écarte plus ou moins de son équilibre naturel, mais c’est là tout.
Elle n’aura pas de sensation, car, comme on va le voir, elle ne peut ressentir le changement, elle ne sent que son état présent. Elle n’aura pas de perception tant quelemilieu ambiant reste homogène, puisque, quand elle se meut, rien n’est changé autour d’elle.
On peut assez bien se rendre compte d’une sem blable existence en s’imaginant que toutes les causes extérieures se ramènent à une action du même genre que la pression atmosphérique et que notre sensibilité se réduit à la faculté de sentir cette pression. Nous serions, dans ce cas, simplement dans un état de ma laise ou d’indifférence.
Deuxième cas. — Il n’en est plus de même du moment où le milieu ambiant est hétérogène, et que son centre d’action ne correspond plus avec le centre de la masse sensible, car celle-ci sera d’abord modifiée par le point de sa surface directement, exposé à l’ac tion perturbatrice. Pour se représenter la chose, on peut se figurer que la sensibilité est réduite à la faculté de sentir la cha
LE PÉRISPRIT 165 leur, et que toutes les forces du milieu sont caloriques. L’organisme sera échauffé en premier lieu par le côté tourné vers la source de chaleur. Ce côté sera pen dant quelques instants le siège unique de la sensi bilité, puisque c’est en lui que se fera, avant tous les autres, la rupture d’équilibre; il sera organe, mais organe adventice., c’est-à-dire accidentel et instantané de sensation.
Et comme tantôt un lieu, tantôt un autre, sera appelé à remplir cet office, on peut dire en thèse générale que le corps de l’animal sera un champ perpétuel d’organes instantanés de sensations.
C’est à la condition que la substance soit différen ciée qu’il peut y avoir sensation et par suite organe momentané de sens ; car alors l’animal perçoit non plus seulement le présent, mais à la fois le présent dans l’organe, et le passé dans le reste du corps non encore soumis au foyer.
11 aura plus chaud ou plus froid dans l’organe avant d’éprouver un effet général, il connaîtra ainsi le signe du changement, c’est-à-dire il saura si la chaleur est en plus ou en moins-, et comme, en outre, il éprouvera un sentiment inévi table de bien-être ou de gêne, il saura dans quel sens la température l’affecte par rapport à la position de l’équilibre naturel ; il sentira vaguement qu'il fait chaud ou qu’ilfait froid, il portera donc un jugement plus ou moins grossier sur la température absolue de l’extérieur.
Décomposons ce qui vient de se passer. Les vibra tions caloriques ont par exemple ébranlé le manteau d’une méduse. Les cellules directement exposées au rayon de chaleur ont été irritées ; cette irritation a
166 l’initiation déterminé un changement d’équilibre dans la force vitale de ces cellules et produit une vibration du fluide vital.
Cette vibration a eu sa répercussion immédiate dans le périsprit, et au même instant l’âme de la mé duse a été avertie par ce mouvement périsprital qu’une modification est survenue dans son corps, mais toute perception est accompagnée d’un sentiment de peine ou de plaisir ; l'âme sera donc portée à fuir les excita tions extérieures qui lui donnent ce sentiment de la douleur et à rechercher les excitations contraires.
Sans doute cette perception est extrêmement vague, mais elle existe et, quelque confuse et amoindrie qu’on la suppose chez un animal aussi rudimentaire, son exis tence est indéniable et donne naissance, par sa répé tition fréquente, à un instinct ; une remarque curieuse confirme absolument notre manière de voir.
Unjait qui prouve en faveur de l’instinct de ces animaux si inférieurs, c’est qu’ils ne se dirigent jamais sur la terre que lorsque le vent les y pousse ; on dirait qu’ils pressentent les dangers qui les y attendent. Malgré les précautions prises par les méduses, il en échoue des quantités qui ne tardent pas à se dessécher ou plutôt à fondre au soleil.
Leur crainte de la cha leur est donc absolument justifiée et suffit à leur créer un instinct, car la méduse qui aura ainsi péri un grand nombre de fois finira par s’éloigner instinctivement dans les incarnations suivantes de ces rivages si funestes pour elle. Repienons notre organisme théorique, car nous n’avons pas fait toutes les remarques auxquelles il donne lieu.
LE PÉRISPRIT I 67 L’organe adventice, autrement dit accidentel est donc ce qui rend la sensation possible : il est la condi tion du sens adventice, c’est-à-dire de la faculté de recevoir d’une manière différenciée les changements extérieurs différenciés.
De plus, l’état de l’organe donnant la mesure du présent pendant que le restant du corps continue à être enseveli dans le passé, la comparaison du présent et du passé est non seulement possible, mais sponta née et constitutive. Un nouveau changement se pro duisant, il pourra apprécier la température relative des deux termes ; il pourra sentir qu’z’Z fait plus chaud ou qu’z’Zfait plus froid.
Grâce donc à l’organe de sens adventice, l’existence de l’animal se compose d’une série d’expériences dont chacune est reliée à 'celle qui la précède et à celle qui la suit; l’organe est la chaîne de Y association des impressions, la condition de l’Zndividualitépsychique permanente de l’animal.
Ce n’est pas tout : nous avons remarqué que c’est par l’organe accidentel qui se forme aux points expo sés à la chaleur que l’animal est averti des change ments qui se passent à l’extérieur ; c’est par lui qu’il devinera si ce changement sera agréable ou désa gréable, c’est grâce à lui qu’il pourra fuir ou éviter le danger, avant qu’il soit trop tard, avant que la désor ganisation ne soitgénérale.
L’organe est donc un pro duit dont la fonction est intimement liée à ce que l’on nomme l’instinct de conservation, et qui avertit à temps du plaisir et de la douleur. Enfin, comme on le voit encore, l’organe est un instrument temporaire d'expérience. Grâce à la con
168 L INITIATION fiance que nous avons dans sa formation instantanée, nous pouvons, étant dans un bain, nous apercevoir à temps de l’arrivée en excès de l’eau chaude ou de l’eau froide et fermer le robinet avant d’être brûlé ou glacé. Telles sont les particularités que renferme la vie de l’animal rudimentaire n’ayant pas d’organes différen ciés,et ne jouissant que d’une différenciation adven tice.
La plupart des zoophytes ne présentent que des phénomènes de cet ordre. Nous allons procéder main tenant à l’examen du cas le plus compliqué, celui d’un animal doué d’un sens permanent. 3° cas. — Nous venons de voir que la sensation est due à deux causes : T une différenciation dans l’ac tion extérieure, et 2° une partie du corps de l’animal exposée directement à cette action et qui dès lors la reçoit plus fortement que les autres.
Supposons que, pour une raison quelconque, cet endroit soit plus sou vent appelé à servir d’organe de sens adventice, il se transformera en organe de sens permanent, c’est-àdire qu’il sera doué à titre perpétuel d’une sensibilité plus délicate, et différenciera dans l’être l’action exté rieure, même quand celle-ci n’accusera que de très petites variations incapables d’agir sur les autres par ties sensibles de l’animal.
L’organe permanent est donc une cause subjective de différenciation, c’est la condition du sens perma nent, c’est-à-dire de la faculté de recevoir d’une manière différenciée les changements extérieurs même non dif férenciés. Pour rendre plus claire cette conception, imaginons que la sensibilité est répandue uniformément sur le
LE PÉR1SPRIT 169 corps, sauf vers un seul endroit où elle soit délicate, autrement dit. supposons que nous n’ayons que le sens du toucher et que la sensibilité soit accumulée à l’extrémité d’un seul bras. 11 se produira sur le reste du corps des organes adventices qui avertiront des changements survenus dans le monde extérieur.
Mais lorsqu’il s’agira d’apprécier plus exactement la nature et l’importance d’un de ces changements, nous diri gerons notre organe permanent dans sa direction et c’est par lui, de préférence, que nous explorerons le milieu ambiant, puisqu’il est plus apte à ressentir d’une manière distinctive les plus petites différences.
C’est ainsi que, lorsque nous marchons dans l’obscu rité, nous mettons les mains en avant, ou nous avan çons le pied avec précaution pour étudier le terrain. Les crustacés, les insectes possèdent des antènes qui jouent le même rôle, ce sont des organes mobiles dans lesquels le tact est le plus affiné, et c’est par ces appendices qu’ils se rendent compte exactement des objets extérieurs.
L’organe permanent sera donc {’instrument cons tant des expériences de l’animal, et il acquerra à cet égard une aptitude spéciale. En se perfectionnant par l’exercice, il donne des renseignements de plus en plus précis et fidèles.
Outre donc toutes les propriétés que nous avons reconnues à l’organe adventice, et qui appartiennent à plus forte raison à l’organe per manent, il a encore celle de relier l’expérience actuelle aux expériences passées, il est le lien de Y association des expériences. Comment se fait cette transformation de l’accil’initiation 170 dentel en permanent?
Nous savons que toute action extérieure peut se ramener en dernière analyse à un phénomène de mouvement vibratoire qui vient con trarier celui des molécules du corps.
Pour qu’il y ait sensation, il faut que celles-ci opposent une certaine résistance à la cause perturbatrice. Cette résistance provient d’une certaine inaptitude de la part des mo lécules à vibrer en harmonie avec l’extérieur. Une fois la résistance vaincue, la transformation de l’éner gie extérieure laissera une trace plus ou moins pro fonde.
Sans doute, si cette même activité extérieure ne vient plus agir sur ces mêmes molécules, elles tendent à reprendre leur mouvement naturel. Mais les choses se passeront tout autrement si elles su bissent, non plus une fois, mais des milliers et des milliers de fois, cette action, non seulement pen dant une vie, mais pendant cinquante, cent, mille passages dans la même forme.
Dans ce cas elles per dront petit à petit leur aptitude à reprendre leur mou vement naturel, et s’identifieront de plus en plus avec celui qui leur est imprimé, au point qu’il leur devien dra naturel à son tour et que, plus tard, elles obéiront à la moindre cause qui les mettra en branle.
Le même raisonnement est applicable exactement aux molécules périspritales et, de même que dans le champ magnétique de l’aimant on constate l’existence de lignes de force, de même dans le périsprit il se crée de ces sortes de lignes le long desquelles le mouvement vibratoire est différencié et permet à l’âme de prendre plus exactement connaissance du monde extérieur que par le mouvement confus du reste de son enveloppe.
LE PERISPRIT I7I Ici se place une remarque très importante et qui démontre l’utilité, et même l’incontestable nécessité du périsprit.
N’oublions pas que dans tous les êtres vivants, aussi bien chez les zoophytes que dans l’homme, la matière vivante se détruit et se régénère incessam ment par la nutrition, que dans un temps très court toutes les molécules du corps sont renouvelées ; il est donc indispensable qu’il reste dans l’animal un prin cipe permanent dans lequel résident les modifications acquises, sans quoi les nouvelles molécules ne seraient pas plus aptes que les anciennes à vibrer plus rapide ment et l’animal ne pourrait acquérir aucun organe distinct des sens ; il n’aurait que des appareils adven tices et son progrès ne pourrait s’effectuer.
Le périsprit est donc la cause directe du progrès animal ; sans lui rien n’est explicable, etla théorie pré cédente, qui est cependant celle de la science, ne sau rait se concevoir sans l’existence du périsprit.
Le mouvement est indestructible, c’est vrai ; ce mouve ment affecte les cellules qu’il rencontre sur sa route et les ébranle, celles-ci conservent ce mouvement, c’est incontestable ; mais, quand elle disparaissent, elles emportent avec elles la modification acquise et les nou velles ne possèdent plus ce mouvement vibratoire.
Si, au contraire, on admet que le principe vital est intimement uni à toutes les parties du périsprit et que celui-ci reproduit exactement toutes les parties du corps, tout devient clair, car les nouvelles cellules sont organisées par la force vitale modifiée suivant le mouvement des lignes de forces périspritaies et dès
l’initiation 172 lors l’organisme physique reproduit ces modifications et dessine dans l’être la place du système nerveux sen sitif et en même temps moteur, puisque l’être réagit constamment contre son milieu. C’est de cette manière que les cellules arrivent à se différencier et à manifester des propriétés particu lières en rapport avec leur genre d’excitation spéciale, c’est-à-dire de mouvement qui agit le plus souvent sur elles.
Les vibrations calorifiques sont moins rapides que les vibrations lumineuses et les ondulations so nores diffèrent encore des deux premières, de sorte que les cellules qui recevront l’une ou l’autre finiront par acquérir une faculté d’irritabilité appropriée à la nature spéciale de chacun des irritants; en un mot, il y aura spécificité des organes des sens. La seule condition qu’exige cette théorie pour être réalisée, c’est le temps.
Or nous sommes arrivés au jourd’hui à déterminer la durée probable qui nous sépare de l’apparition des êtres vivants sur notre pla nète. Pour résoudre ce problème, les géologues ont usé de leur méthode habituelle ; celle ci consiste à apprécier l’âge d’un terrain d’après l’épaisseur d’une couche déposée et la rapidité probable de son érosion.
A la suite de nombreuses observations faites sur les points les plus divers du globe, les naturalistes et. à leur tète l’illustre Lyell, ont estimé que plus de 3oo millions d’années s’étaient écoulées depuis la so lidification des couches superficielles terrestres. Ces conclusions ont été attaquées par quelques physiciens qui n’ont admis que 100 millions d’an- (1) A de Lapparent, Traite de géologie, page 1468.
LE PERISPRIT 173 nées (1); prenons cette évaluation la plus faible pour base et nous aurons, pour la durée respective des trois époques géologiques, les chiffres suivants : i° Epoque primaire. . . 75 millions d’années. 20 Epoque secondaire .19 — — 3° Epoque tertiaire...
6 — — Nous voyons donc que les animauxprimitifs vivant les premiers, c’est pendant les soixante quinze mil lions d’années de la période primaire qu’ils se sont petit à petit diversifiés et qu’ils ont lentement con quis leurs organes en créant le système nerveux. « Les conditions climatériques étaient à peu près semblables à celles que nous avons imaginées pour expliquer l’action du milieu sur l’animal et la forma tion des organes des sens.
« Pendant toute la durée des temps primaires, dit M. de Lapparent, un climat semblable à celui des tro piques paraît avoir régné de l’équateur jusqu’aux pôles; c’est à peine si, vers la moitié de l’ère secondaire, a commencé à se manifester le rétrécissement progres sif de la zone tropicale. Au milieu de l’ère tertiaire, le Groenland nourrissait encore une végétation sem blable à celle qui, de nos jours, caractérise la Loui siane.
L’apparition des glaces polaires a donc été très tardive et l’on peut presque la considérer comme ayant mis fin aux temps géologiques proprement dits pour inaugurer l’ère actuelle (2). » Les exemples que nous avons pris se rapportent à fil E. Ferrière, la Matière et ¡'Energie, page 474. (2) Traité de Géologie, page 1462.
l’initiation 174 l’organe du tact, mais nous aurions aussi bien pu supposer qu’il s’agissait de tout autre appareil senso riel, comme la vue ou l’audition. Les phénomènes vont en se compliquant de plus en plus à mesure que l’on s’élève dans la série animale et le système ner veux se perfectionne corrélativement, mais le procédé est toujours le même. Etudions donc les propriétés physiologiques de l’appareil nerveux.
Car ces con naissances nous feront mieux comprendre encore le rôle du périsprit.
LE SYSTÈME NERVEUX ET L’ACTION REFLEXE Rappelons encore une fois que le système nerveux n’est que la condition organique terrestre des actions psychiques de l’âme, que par lui-même il n’est ni in telligent, ni instinctif puisqu’après sa destruction l’âme survit, aussi bien l’âme humaine que l’âme ani male, mais que pendant la vie il est la reproduction matérielle du périsprit et que toute altération grave de sa substance engendre des désordres consécutifs dans les manifestations du principe pensant.
Certains sa vants disent : Si nous lésons gravement une partie du cerveau d’un individu, la parole articulée ne pourra plus se produire, donc la faculté de parler est détruite, c’est incontestable ; mais une partie de l’âme n’est pas pour cela disparue, vous l’avez simplement mise dans l’impossibilité de se servir de l’instrument et dès lors elle ne peut accuser sa présence de cette manière, mais vous n’avez pas démontré que vous détruisiez partiellement l’âme par cette expérience ; vous l’avez
LE PERISPRIT 175 désorganisée dans son fonctionnement, et pas autre chose.
L’adage mens sana in corpore sano, une âme saine dans un corps sain, est exact; il faut nécessaire ment que les organes soient en parfaite santé pour que l’esprit s’en serve librement, mais il faut bien se garder de conclure qu’une altération de l’organe entraineunealtération del’âme, elle détermine seulement l’altération de Zizmimz/èstaZz'ondecetteâme.cequi n’est pas du tout la même chose. Nous étudierons plus loin cette action (2).
Ce qui est sûr, c’est que les limi tes entre lesquelles l’intégrité du sytème nerveux est conservée sont très étroites, elles dépendent de la cir culation, de la respiration, de la nutrition, de la température, de son état sain ou maladif (3).
Nous avons vu comment on peut se représenter la création du système nerveux sensitif et moteur, mais il ne faut pas oublier l’importance des fonctions vita les, et, comme les aliments sont des irritants inté rieurs, que la cellule du canal digestif réagit sous leur influence, il s’est créé un système nerveux végétatil qui agit sur la nutrition des éléments organiques.
Occupons-nous simplement du système nerveux qui sert à manifester l’intelligence, il est composé en gé néral de nerfs ou cordons nerveux et de centres. Ces centres sont chez les vertébrés la moelle épinière et les différentes parties qui composent le cerveau.
Examinons un instant un animal inférieur doué de (2) Voir chapitre V. (3) Pour les details voir Physiologie de Muller ; Longet, Physiolo gie, 2e volume ; Riehet Psyohologie générale, chapitre II.
l’initiation 176 la vue, par exemple ; il veut fuir ou poursuivre un objet : le déplacement de son corps ne suit pas immédiate ment sa volonté, il doit pour cela faire un effort et vaincre certaines résistances qui proviennent d’un arrangement des atomes périspritaux et des molécules matérielles peu favorables au mouvement.
Le mouve ment finit cependant par se propager suivant la ligne des molécules, dont la vibration naturelle présente avec lui le moins de divergence; et, en se propageant il diminue encore cette divergence.
De là il résulte que le même mouvement, quand il est voulu une seconde fois, éprouve moins de résistance, exige moins d’efforts ; et à la longue, à force de répétitions mille fois réitérées, il finit par se faire avec le plus petit effort possible, avec un effort tellement faible qu’il n’est plus senti. Le mouvement, d’abord pénible, devient ensuite facile, puis naturel et enfin automa tique et inconscient.
Lors donc qu’un organisme répond automatique ment, machinalement à une action extérieure, il pro duit ce que les physiologistes appellent une action réflexe. Rien n’est plus simple à comprendre qu’un acte réflexe élémentaire.
Soit un nerf excité à son extrémité périsphérique, nous avons vu que l’irritation chemine le long du nerf, remonte aux centres nerveux et là, se propageant de proche en proche, en passant par le périsprit, elle redescend dans les nerfs moteurs pour se transmettre au muscle qui se contracte. Il est extrêmement important de remarquer que la conscience peut parfaitement ignorer ce mouvement, il
LE PÉRISPRIT I 77 ne s’en produit pas moins avec une régularité absolue, car nous venons de voir que c’est l’habitude prolongée pendant un temps considérable qui a fini par lui donner ce caractère automatique.
De même que nous lisons sans nous souvenir de toutes les phases par lesquelles nous avons été obligés de passer pour con naître les lettres, les syllabes, apprendre à assembler ces syllabes, etc., de même une irritation du système nerveux détermine un mouvement de réponse qui peut parfaitement ne pas être connu de l’âme et être indépendant de sa volonté.
Les actions réflexes sont de diverses natures ; M. Richet en donne la classification suivante (i) : A. — Réflexes ayant pour point de départ une excitation extérieure et portant : a. Sur les muscles de la vie animale, mouvements réflexes de relation ; fi. Sur les appareils de la vie végétative, mouve ments réflexes de nutrition. B. —■ Réflexes ayant pour point de départ une excitation intérieure viscérale et portant : a'.
Sur les muscles de la vie animale ; L’étude détaillée de ces divers réflexes rentre dans la physiologie et n’ont pas à nous intéresser, mais ce pendant ils donnent lieu à l’importante remarque sui vante : Ici plusque jamais l’existence du périspritest indis pensable à la compréhension de ces phénomènes. Car non seulement la matière survenue se renouvelle in- (i) Richet, Psychologie generale, p. 61
178 l’initiation cessamment et les molécules nouvelles doivent être adaptées à l’organisme par la force vitale modifiée par l’habitude, mais il existe entre les réflexes une coordination telle qu’ils se succèdent les uns aux autres en vue d’une action déterminée qui a pour but une fonction à remplir, celle de la digestion par exemple.
Or, encore une fois, les propriétés remar quables du système nerveux ne peuvent subsister dans la matière changeante, fluente, incessamment renouve lée, il faut donc qu’elles aient leur fondement dans la nature stable de l’enveloppe fluidique.
A mesure que le principe intelligent a passé par des organismes plus complexes, il s’est habitué par des réincarnations suc cessives dans chaque forme, au maniement de plus en plus perfectionné du corps matériel, et comme ces actes devenaient automatiques par la fréquence réitérée des mêmes besoins, il s’estétabli une relation étroite entre l’organisme et le périsprit et en même temps une appro priation à chaque instant plus, parfaite de l’être avec son milièu. Gabriel Delanne. (A suivre.)
PARTIE LITTÉRAIRE RÊVE SUR LE JlYffl (I) Je suis à Saint-Estève, en juillet, malade, alitée depuis huit jours avec une fièvre violente. Une amie, très chère, qui me soigne, me croit endormie, et dou cement, me quitte pour aller prendre le repas de midi, que la cloche vient de tinter. Moi aussi, je me crois endormie, cependant je vois et j’entends.
Je vois, à travers mes paupières closes, la fenêtre de ma chambre s’ouvrir sur le jardin, sans qu’aucune main ait tourné l’espagnolette. J’entends un souffle léger qui passe et repasse derrière les platanes. On dirait que les gouttelettes du jet d’eau tombent avec plus de mystère dans le bassin. Sous les arbres du verger le foin est coupé, répandu, comme pour préparer un tapis de verdure à des pieds augustes.
La longue file des cyprès, alignée respectueusement, (i) Nous commençons aujourd’hui la publication d’une œuvre des plus remarquables, due à la plume de Mme Juliette Adam. Nous ne saurions trop remercier l’auteur de l’autorisation spéciale qu'elle a bien voulu nous donner à ce sujet.
Un Rêve sur le Divin a été édité en une élégante pla quette, véritable chef-d’œuvre typographique, et se trouve, au prix de 5 francs, aux bureaux de la Nouvelle Revue, 28, boulevard Mont martre, Paris.
18o l’initiation attend quoi ? Peut-être la nouvelle annoncée par les oiseaux qui fendent l’air en tous sens. Je songe que, dans ce même Saint-Estève, j’ai rêvé Païenne, et je franchis par la pensée la distance qui sépare la route d’Avignon de la fontaine de Vaucluse. Je crois revivre, après quatre ans, cette heure étrange et terrible où j’ai entrevu, au fond d’un antre, l’œil énigmatique et menaçant de la terre.
Tout à coup mon esprit est ramené vers les lieux qui m’entourent. Une angoisse douloureuse me saisit. Que se passe-t-il ? Au fond du jardin, là-bas, sous les deux pins para sols, le dieu Pan n’a pas cessé de paraître jouer de la flûte sur son socle de rocaille. Mais que vois-je ? Le dieu Pan oscille, il s’effondre, il est réduit en pous sière !!!
Le socle immobile, sur lequel tout à l’heure le dieu était debout, se soulève, se meut, tourne comme une porte sur ses gonds... La file des cyprès s’ouvre sur deux rangs. Et voici que sous l’éclat rutilant du soleil de midi, sous une pluie ruisselante de rayons, des êtres de lumière m’apparaissent. Je reconnais leurs visages, quoiqu’ils soient trans figurés.
Ce sont, parmi le trop grand nombre de mes amis morts, les religieux, les déistes, ceux-là mêmes qui, vivants, ont essayé de m’arracher à ce qu’ils appelaient : mon « erreur sacrilège sur la pluralité des Dieux ». A leur approche, la statue de l’un de mes dieux s’est brisée. On croirait qu’Apollon, celui que j’idolâtre comme le plus fier des immortels, est l’esclave de ceux qui s’avancent ?... Il verse sur eux
UN RÊVE SUR LE DIVIN l8l ses flots de rayons, il les accompagne et les suit. — Est-ce vers moi que vous marchez, ombres illustres ? m’écriai-je, est-ce pour moi que vous avez un moment délaissé les champs Élyséens? — Veille à tes paroles, dit une voix claire et vibrante, nous ne sommes point des ombres, nous sommes des âmes, nous n’habitons pas les antres fumeux de la terre, mais l’infini du ciel éblouissant. — Une autre voix ajoute : depuis que je t’ai quittée, tu n’as pas fait un pas dans les voies célestes où les âmes doivent cheminer.
Nous, tes amis, nous venons éclairer pour toi les routes éternelles. — Est-il aujourd’hui en votre pouvoir, ô mes chers grands morts, de détruire les antiques croyances que votre tendre amitié, que la vivante influence de vos esprits ne sont point parvenu à ébranler dans nos entretiens terrestres ? — Nous voulons faire entrevoir à ton âme les loin taines aperceptions du vrai, répéta la grande voix sonore, qui retentit dans les profondeurs de ma pen sée.
Tu marcheras seule après.
En laissant aux ronces du chemin, tracé par nous, des lambeaux de ta chair, tu pourras cueillir quelques fruits mûrs de la Vérité. — Il faut, dit l’une des autres voix, que tu gardes non seulement le souvenir, mais les termes de nos enseignements, tu écriras sous notre dictée la bonne parole dont ensuite tu commenteras et éclairciras toi-même le sens, car ceux qui tentent d’arracher ton âme aux puissances inférieures ne te réapparaîtront jamais !
182 l’initiation Une plume se trouva sous ma main tremblante ; je la pris et longtemps je traçai des mots..................... Voici les pages qu’après l’évanouissement du mi rage céleste, je trouvai écrites de ma main lorsque je rouvris les yeux.
Juliette Adam. (A suivre.} D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES Nouvelles publications. — Nous sommes heureux d’annoncer à nos lecteurs qu’une combinaison à l’étude va permettre sous peu la publication en langue française du Zohar, l’un des livres fondamentaux de la Kabbale, qui n’a encore jamais été traduit. Nous reparlerons bien tôt de ce projet déjà entré dans la voie de la réalisation.
Laboratoire de magie pratique. — Plusieurs manus crits ou grimoires anciens relatent des faits étranges produits sous l’influence de pratiques spéciales. La première condition de ces pratiques c’est la possession par l’opérateur d’instruments fabriqués d’après des rites et sous des influences astrales particulières.
Avant de condamner ou d’adopter ces pratiques de magie cérémo nielle, il est indispensabie de les soumettre au contrôle de l’expérimentation. Voilà pourquoi un laboratoire complet situé en pleine campagne et possédant une forge, une machine à vapeur et des machines outils perfection nées vient d’être annexé au Groupe.
Dans ce laboratoire vont être construits, d’après les données traditionnelles, les instruments magiques les plus usuels qui seront ensuite expérimentés dans plusieurs groupes d’études.
HYPNOTISME 18 3 M. Michel Delézinier, docteur en médecine, licencié ès sciences physiques et ès sciences mathématiques, a bien voulu prendre la haute direction de ce laboratoire. Nous ne doutons pas de la conduite parfaite des expé riences, sous une telle direction. Conférences. — Les conférences de quinzaine le ven dredi sont de plus en plus suivies.
Les prochaines auront lieu : vendredi 19 février avec Jules Lermina et Papus comme conférenciers, et, vendredi 4 mars. Nous prions nos lecteurs de se souvenir de ces dates. Correspondants et branches. — La Société scienti fique d’études psychologiques de Munich vient d’établir des relations officielles avec le Groupe indépendant d’études ésotériques de Paris à l’effet de former des postes de correspondants et des branches.
Nos lecteurs con naissent de longue date les travaux du Dr Cari du Prel, président honoraire de cette société.
L’extériorisation de la sensibilité Dans un ouvrage qui vient de paraître, chez Carré, 58, rue Saint;André-des-Arts, et Chamuel, 29, rue de Trévise, les Etats profonds de l’Hypnose, M. le colo nel de Rochas, administrateur de l’École Polytechnique, décrit une série d’expériences très curieuses qui prou vent que la sensibilité peut s’extérioriser hors du corps humain.
Les lois de cette extériorisation semblent ana logues aux lois de la propagation des ondes. Voilà une découverte qui fait le plus grand honneur au savant infa tigable qui l’a faite, et qui est d’une grande importance pour prouver les propriétés attribuées par l'occultisme au « corps astral >.
L’existence des membres a l’état « astral « CHEZ LES AMPUTÉS Tout le monde sait que les amputés souffrent parfois dans certains points de leur membre coupé. La tradition
l’initiation 184 ésotérique affirme que le membre persiste à l’état « as tral » après l’amputation. M. G. Encausse (Papus), chef du laboratoire d’hypnotisme à l’hôpital de la Charité, poursuit en ce moment une série d’études tendant à prouver expérimentalement l’existence effective du corps astral des membres amputés. Nous reparlerons de ces travaux dans le prochain numéro de [’Initiation.
A propos de récentes études sur l’occultisme ( par M. le Dr Rabattel) dans le Semeur, l’écrivain bien connu, M. Jules Lermina a envoyé à ce journal la lettre sui vante : « Monsieur, voulez-vous me permettre de répondre un mot au très intéressant article publié par votre revue sur l’occultisme contemporain.
J'y suis désigné fort cour toisement d’ailleurs, mais sous une qualification qui ne m’appartient pas : le Spirite Jules Lermina, dit l’auteur. Or je ne suis et je n'ai été, ne serai jamais spirite.
Sans entrer dans une polémique fastidieuse, je vous rappelle que, même quand j'ai accepté la présidence du congrès spirite de 1889, j’ai déclaré hautement que je n’étais pas spirite et que je ne prenais cette présidence que pour affirmer la liberté de pensée dans foutes ses manifesta tions quelles qu’elles fussent. < Le spirite a la conviction d’avoir trouvé le pro blème de l’au-delà : il croit à des communications possibles et persistantes avec des individualités désin carnées, il admet la persistance de la personnalité.
« L’occultiste, — et à défaut d’autre nom, nous ad mettons celui-là — n’est qu’un chercheur de bonne volonté. Les idées sur l’en-deçà et l’au-delà, sur « l’in tervention des forces élémentales, élémentaires ou psy chiques, sont d’un ordre tout expérimental, et la senti mentalité est absente de ses théories. Les expériences
LA TÉLÉPATHIE i85 sont faites avec le même sang-froid que des combinai sons chimiques dans un laboratoire. Il constate des phé nomènes, il n’en obtient d’autre satisfaction que celle qui accompagne la recherche de la vérité sans parti pris. L’homme est pour lui un produit d’évolution qui évolue à son tour vers ce qui est l’inconnu.
« La différence entre le Spiritisme — qui est une théorie complète — et l’occultisme — qui n’est qu’un instrument d’étude — est donc considérable. On a pris l’habitude d’englober sous la dénomination de spirites tous ceux qui s’occupent de l’évolution pré ou post humaine. C’est une fâcheuse cacologie. « Je ne suis donc pas spirite, mais occultiste, j’ai tenu à le répéter une fois de. plus.
« Veuillez agréer, Monsieur, mes salutations cor diales. « Jules Lermina. » Sa 1* ìlépatmie MARK-TWAIN C’est un vrai malheur que d’être un des premiers Humoristes du siècle, la chose le plus sérieusement dite paraît invraisemblable, et l’on tourne tout au ridicule. La réputation de Mark-Twain, des deux côtés de l’Altantique, est connue comme celle d’un plaisant 1 et son article de décembre, dans le Harper, n’est pas pris au sérieux.
Cependant M. Clémens a été depuis bien des années un membre de la Société des Recherches physiques, rien que pour ses expériences personnelles de Télépathie. Dans ce numéro du Harper, il explique au monde entier combien ont été extraordinaires ses communications (dans certains cas) des messages de cer veaux entre lui et ses amis. LA TÉLÉGRAPHIE MENTALE Il proclame être celui qui a découvert à lui seul
186 l’initiation l’origine de cette science obscure, qu’on nomme Té lépathie. « J’ai fait cette découverte, il y a dix-sept ans, et je lui ai donné un nom : Mental télégraphy. » C’est la même étude entreprise il y a quatre ans par la Physical Society d’Angleterre et qu’on nomme « Télépathie ».
Il n’y a que depuis lors qu’on considère le phénomène comme pos sible. — Les membres de cette Société viennent de con vaincre le monde, que ce n’est pas une «chose rare, loin de là », mais qu’elle arrive journellement. « Plus de coïncidences. » Mark-Twain vient d’écrire un article, ce mois. On ne le publiera que dans quelques années. — « Chez moi, il y a dix ans, dit-il, j’ai tout fait pour mettre mes idées à l'abri du ridicule.
Dans le North American Review, on voulait absolument mettre mon nom, je n’ai point voulu le donner, connaissant par trop mon public qui ne pren drait rien au sérieux de ma part. Donc je l’ai caché dans un coin de mon cabinet de travail. » Et ce n’est que grâce au progrès de la science qu’il se décide à publier ce qui suit : THE GREAT BANENZA.
« Il y a deux ou trois ans, j’étais couché dans mon lit paresseusement, en contemplant la grasse matinée, c’était le 2 mars, quand soudainement une idée cha leureuse frappa mon cerveau. Cette idée fut que le temps était assez mûr et le marché prêt à enfanter un livre, — livre, qui devait être écrit immédiatement, et attirer une grande attention ! Sur les mines d’argent de Nevada. — The great Banenza était en vogue, tout le monde en parlait.
Je me suis rappelé que la personne la plus apte à écrire ce livre serait M. William H. Wright, un journaliste de Virginia, Nevada! — homme chez lequel je faisais toutes mes correspondances, lorsque j’étais reporter, il y a une douzaine d’années de cela. — Peut-être est-il de ce monde ? peut-être ne l’est-il plus ? — Je n’en savais rien.
En tous cas je vais essayer de lui écrire et de le retrouver. — Je fis donc ma lettre en dé taillant tout à ce brave-Monsieur. J’allais mettre mon manuscrit dans la lettre lorsque
LA TÉLÉPATHIE 187 tout d’un coup, une ide'e me vint de ne point le faire jusqu’à ce que je puisse m’assurer d’avoir un éditeur, sans quoi je pourrais perdre mon manuscrit, ne sachanau juste si M. W. Wright était encore de ce monde ! J’e n voyais donc mon messager chez l’éditeur pour savoir s’il consentait, en le priant de me fixer un rendez-vous, mais il était en voyage pour assez longtemps.
En l’espace de quatre jours, tout mon projet des mines sortit de mon cerveau. Quand le 7 mars, le facteur me remit trois ou quatre lettres, parmi lesquelles une me frappa par sa dimension et par un certain pressentiment]; je croyais reconnaître une écriture familière.
Je ne l’ou vris point, mais en présence d’une personne je dis ces mots : « Je vais faire un miracle et je vous dirai le con tenu de cette lettre sans l’ouvrir, la date, le tout sans rompre le cachet. « Elle vient de Virginia » datée du 2 mai, il y a donc sept jours, au moment où je cherchais dans mon esprit non seulement si l’individu demeurait là, mais encore s’il était de ce monde.
M. Wright proposait de faire un livre sur les mines de Nevada le Great Ba nalisa, et me demandait ce que j’en pensais? Ce livre devait être textuellement ce que j’avais dans l’idée. On ne peutdonc pas dire que c’est un accident, un hasard. Des accidents pareils ne se reproduisent guère. Au fond, c’est lui qui avait les idées depuis longtemps, et c’est à moi qu’il pensait pour me consulter à ce sujet.
Cet ami que je ne voyais plus depuis onze ans, avait une volonté assez puis sante pour m’inspirer les mêmes idées à trois mille lieues de distance et pour m’intéresser non seulement le même jour, mais pour ainsi dire au même instant : il était trois heures à Nevada, ce qui correspondait avec 6 heures à Hartford. » Le Phrénophone. Il n’est pas étonnant de savoir que c’est le fait le plus extraordinaire, dans la vie de Mark-Twain.
M. Clémens soutient que bien des découvertes faites par Wallace et Darwin, peuvent être expliquées par la Télépathie mentale. Il en est tellement convaincu, qu’il propose
d’inventer un nouveau nom sur la méthode de la com munication mentale. Ce siècle qui croit tout avoir exploité a entre ses mains une chose des plus importantes, c’est l’inventeur d’un Phrénophone, une méthode de la communication de pensée. Une pensée qui peut devenir un système. Le télégraphe et le téléphone deviendront trop lents.
Nous devons avoir nos idées et les travailler à distance, et si nous voulons les mettre en paroles, nous le faisons à nos heures de loisir.
Ce quelque chose qui fait vibrer nos cerveaux à distance est tellement merveilleux qu’il faut exécuter ce plan, qui ne sera pas plus difficile que jadis le télégraphe et téléphone, et ne sera pas plus merveil leux. (The Review of Reviews, de Londres.) {Langues françaises.) occultisme : Depuis novembre que l’initiation,surchargée de copie a ajourné mes comptes rendus, le champ d’études spiri tualistes a été fouillé avec la même ardeur, et devant moi s’accumule un monceau imposant de livraisons vierges du coupe-papier ; le Voile d'Isis en sera la pre mière victime ; le lecteur y trouvera de tout : de la phi lologie (Discours sur l’essence et la forme de la Poésie), des chroniques spéciales, des interviews depuis les Hicks jusqu’à la fameuse maison hantée, des articles de magné tisme,d’érudition : — sans oublier le numéro de 100,000 exemplaires, qui a valu à Julien Lejay toute une corres pondance aussi instructive qu’amusante. — L’Etoile qui, en janvier, a changé son format, est surtout remplie par des études cosmologiques et critiques de R.
Caillié, de l’abbé Roca, d’Alber Jouney. Je signalerai l’apparition à Paris d’une revue mensuelle de la franc-maçonnerie philosophique : la Renaissance symbolique, dirigée par L. A. Bertrand ainé (1), consacrée « à l'histoire des tra ditions symboliques, à l’étude des symboles et des lois
REVUE DES REVUES 189 franc-maçonniques. » Je souhaite aux courageux rédac teurs le succès que mérite leur initiative. — A lire, dans le Sphinx de Munich (décembre 1891), des études très documentées de K.
Kiesewetter (Histoire du somnambu lisme'), de Kuhlenbeck, de Breitkreuz, etc. — La Paix universelle (décembre et janvier) continue son intéres sante revue des phénomènes magnétiques et spiritua listes, coupée par les études théoriques de Bouvier, de Phal-Nose. spiritisme : M. Gabriel Delanne continue dans le Spiritisme ses études basées sur les constations scientifiques les plus modernes ; à voir de curieux faits de clairvoyance relatés par Al.
Delanne (de janvier 1892). Le Moniteur spirite et magnétique continue à occuper « la sphère sereine dans laquelle sa rédaction a toujours aimé à se tenir. » Et enfin la Lumière (décembre et janvier) donne des pro phéties et des communications d’esprits, qui ne le cèdent en rien sous tous les rapports à celles déjà publiées. magnétisme : La Chaîne magnétique (\ 5 décembre 189I) publie des correspondances de H.
Pelletier, de Victor Levasseur des études sur l’Od, des constatations de lucidité som nambulique (janvier 1892), etc. Le Journal du Magné tisme contient la suite des études si fouillées de H. Durville, extraites de son Traité expérimental et thérapeu tique de magnétisme.
Dans la Revue des sciences psychologiques (décembre 1891) je trouve, en plus des recherches spirites de M. Goupil, un fort bel article de Jules Lermina sur la Libre Pensée et la Science; l’étude de Fabre des Essarts sur les Couleurs et Senteurs ; et une lettre de l’infatigable fouilleur, Horace Pelletier. socialisme : Très attachante la Religion universelle (i5 décembre et i5 janvier) avec une partie bibliographique très cons ciencieusement traitée, les études du cœur humain de A.
Poncelot, enfin les travaux sociologiques de P.-F. Courtépée et de C. Fauvety. Sommaire du Devoir (décembre 1891): documents
l’initiation 190 pour une biographie complète de J.-B.-A. Godin, chro nique parlementaire, les retraites ouvrières, le congrès de Rome. A noter dans la Revue socialiste (janvier 92), en plus des e'tudes de A. Delon, Henri Aimel, Benoît Malon, le mouvement social en France et à l’étranger, le congrès de Lyon et surtout les résolutions de propa gande prises au congrès international des étudiants so cialistes à Bruxelles.
LITTÉRATURE : D’une très instructive lecture sont ces recueils d’art nouveau, diversement rubriqués : les Entretiens poli tiques et littéraires, la Revue blanche, la Plume ; pour l’observateur, combien est intéressant l’effort collectif de toutes ces natures d’artistes, que je suppose sincères en leurs diverses expressions ; et, comme pour moi une grande différence de sérénité s’accuse entre ces feuilles précitées et d’autres, telles que Psyché, de Michelet et de Chaboseau, qui ont à leur disposition une con ception plus nette du triple Kosmos physique, hyperphysique et intellectuel. — L’Echo cle la semaine (20 décembre) donne une chronique du docteur Ox sur la Graphologie simplifiée à!A.
Aruss, et sur la Magie de Plytoff. divers : A lire dans les Comptes rendus hebdomadaires de la Société de biologie (21 novembre) la nutrition dans l’hyp notisme, par Voisin et Harant. Dans les Annales des sciences psychiques (novembre-décembre, 1891), les études du docteur Dariex et de Russell Wallace.
Dans la Revue scientifique, la tératogénie expérimentale, confé rence faite devant la Société d’anthropologie par le doc teur Dareste (9 janvier 1892) ; Ch. Henry y relate ses belles recherches sur le problème de l’odorance. Les Comptes rendus de ¡’Académie des Sciences (18 jan vier 1892) donnent une note de M. J.
Lajard sur le langage sifflé, employé de temps immémorial aux Canaries (île de la Gomère), par les Guanches, derniers descendants des Atlantes. Enfin, le Journal de la Santé (20 et 27 dé cembre 1891 et 10 janv. 1892) donne une étude illustrée sur la physiognomonie.
REVUE DE LA PRESSE PÉRIODIQUE igi fôEWE L& PROSE PÊRBDIIWE DE L’ÉTRANGER Depuis plusieurs mois, l’abondance des matières nous oblige à suspendre l’analyse des périodiques étrangers consacrés au spiritualisme. Nous reprenons aujourd’hui cette publication que nous donnerons le plus souvent possible. Langue espagnole. Les journaux espagnols sont nom breux et en général bien rédigés.
La Revista de estudios psicológicos de Barcelone, dirigée par le vicomte de Torres Solanot, tient toujours la tête. Elle est remarquable par son indépendance et sa largeur d’idées. Les questions mesquines et les polémiques de clocher sont reléguées au dernier plan.
Dernièrement le vicomte Torres Solanot, dans une remarquable étude in titulée Spiritisme et Spiritreries a donné une verte leçon à certains spirites français qui ne rêvent que plaies et bosses....au nom delaCharite. Le numéro de janvier I892 résume l’état du spiritualisme en Espagne et ses progrès pendant l’année -1891, et contient un article très remar quable de Manuel Navarro Murillo, titre : les Spirites apocryphes.
Nous ne craignons pas d’affirmer qu’aucune revue spirite française ne peut rivaliser avec la Revue de Barcelone comme intérêt et comme facture. _ Hojas de propaganda (Les feuilles de propagande) tirées à 7,000 exemplaires assurent l’œuvre de la revue. Signalons encore dans le Boletín de la Federacim espi ritista catalana un remarquable article nécrologique sur Manuel Sanz Benito, trop tôt enlevé à l’affection de ses nombreux amis.
C’était un des plus ardents apôtres de l'occultisme en Espagne. La Revista espiritista de la Habana est également un bon organe spiritualiste édité avec goût et bien rédigé.
Elle contient, en outre d’articles originaux, une série de traductions des principaux périodiques de l'étranger, (l'initiation, El criterio espiritista, La Revista de Barce lone, etc.) La Ilustración espirita, de Mexico, combat avec raison le matérialisme déguisé du moderne Théosophisme, de ridicule mémoire. Langue italienne En Italie le mouvement spiritualiste prend chaque jour un plus grand essor.
L INITIATION IÇ2 En tête des périodiques spiritualistes italiens nous plaçons sans hésitation : La Lux de Rome, dirigée par notre confrère Hoffman Giovanni (S.‘. I.'.). La plus grande indépendance règne dans la rédaction de cette revue où toutes les écoles spi ritualistes sont représentées. La Sfinge de Rome dirigée par M. E. Ungher traduit dans son dernier numéro plusieurs articles de l’initiation. M. G.
Palazzi analyse et commente un article de Metzger paru dans le Moniteur. Nous parlerons prochainement d’un récent travail très amusant de ce M. G. Palazzi sur l’Occultisme. Magnetismo e ipnotismo, de Florence, dirigée par le Dr Olinto del Torto, est une excellente revue dont nous aurons souvent l’occasion de parler.
Langue anglaise. — The Key, 61, Marylands RoadPaddington W. (Londres), dirigée par Allan Mongomerry, est une revue spiritualiste que nous ne saurions trop recommander à nos lecteurs connaissant l’anglais. On y trouve des rapports sur les dessous du Théosophisme en Angleterre qui ne manquent pas de saveur. De plus des études sur la clairaudience et la clairvoyance com plètent chacun des numéros.
Parmi les publications non spéciales, The Review of reviews, Mowbray House, Norfolk street. (London) est la plus intéressante et la mieux faite de toutes les revues. Langue allemande. — On a pu voir dans la revue des revues (Occultisme) l’analyse du Sphinx de Munich. Langue portugaise. — Verdade et Lut:, de S.
Paule Brazil nous arrive toujours régulièrement. — O'Regenerador de Belens (République du Brésil) dirigé par Abel a C. d’Araujo publie actuellement les travaux de Crookes sur la Force Psychique. M. Alber Jhouney, le Kabbaliste bien connu, fon dateur de l’Etoile, vient d’avoir la douleur de perdre son père. Nous prions notre confrère d’agréer nos sincères compliments de condoléance au nom de toute la rédaction de l’initiation.
Notre rédacteur et ami Camille Chaigneau vient d’avoir la douleur de perdre son père, le Dr Alexandre Chaigneau, décédé dans sa quatre-vingt-cinquième an née. Un discours spiritualiste a été prononcé sur sa tombe suivant le désir du défuut. Le Gérant : Encausse. IMP. E. ARRAULT ET C>°, 6, RUE DE LA PRÉFECTURE, TOURS.
L'Initiation du i5 février 1892 Petit courrier bibliographique. Chez Chamuel, éditeur (Librairie du Merveilleux, 2g, rue de Tré vise, Paris): La Magicienne, recueil de Nouvelles ésotériques d’un des premiers littérateurs hermétistes : Jules Lermina (1 vol. in-18 de 384 pages, 3 fr. 5o). Compte rendu pro chainement. Essai de Théorie simple de quelques phénomènes élec triques comme base de mesure des effets de transfor mation de l'od.
La première des « Etudes d’ésotérisme mathématique », par Michel Delezinier, docteur en mé decine, licencié ès sciences mathématiques, licencié ès sciences physiques, etc. (Brochure in-8, de 16 pages, o fri 75.) Comment on devient Mage, par Joséphin Péladan. (Un beau vol. in-8 avec portrait, 7 fr. 5o.) On sait combien les voies de réalisation de l'initiation diffèrent du cléricalisme cher à cet auteur.
Nous déplo rons le tort considérable fait aux écrivains sérieux par les panaches et les titres chaldéens dont se pare le grand artiste qu’est malgré tout M. Péladan. F.-Ch. Barlet ana lysera en détail Comment on devient Mage, la première œuvre didactique de Joséphin Péladan, œuvre qui, mal gré ses multiples erreurs, présente de très bons cha pitres, et mérite à ce titre d’être lue par tous les occul tistes.
Relevons cependant sans plus tarder deux affir mations pour le moins étranges. La première c’est la pré tention qu’a notre auteur d’être le premier en date des ' écrivains contemporains s’étant occupé d’ésotérisme. Or, les premiers travaux de M. de Saint-Yves sur la Nais sance, l’Amour et la Mort, d’après l’hermétisme, ont été publiés en 1'876 et 1877, cinq ans avant les débuts de M. Péladan.
La seconde affirmation est que les les métaux sont précieux en raison directe de leur densité, ce qui voudrait dire que le mercure (i3,6) vaut bien plus que l’argent (io,5). Voilà ce que gagne un littérateur à vou loir régenter la science au nom de la Chaldée. Ce sont là toutefois des critiques de détail que nous tenions à faire avant l’analyse de F.-Ch.
Barlet, qui saura recon naître impartialement l’élévation de certaines des pages de l’ouvrage de Joséphin Péladan. Nouveau Langage symbolique des plantes avec leurs propriétés médicinales et occultes, suivi : 1° d’une table de transposition pour écrire secrètement, la manière de s’en servir; 20 de la Table ues jours heureux ou malheureux ; 3° des influences des jours de la lune,
L'Initiation du i5 février iSui 4° des noms et esprit des signes du Zodiaque. Influence magnétique et fluidique de la lune d’après les plus grands maîtres, par Hacoephi Crysès, ouvrage fort bien fait et vivement recommandé. (Broch. in-18 de qb pages, ofr. 75.) Chez Falcan, de la Bibliothèque de Philosophie con temporaine : Les Hallucinations télépathiques, par MM. Gurney, Myers et Podmore, traduit et abrégé des Phantasms of the living, par M. L.
Marillier, maître de conférences à l’Ecole des hautes Etudes, avec une préface de Ch. Ri chet. (1 vol.in-8, de 396 pages, 7 fr. 5o.) Compte rendu prochainement par Paul Sédir. La Revue philosophique, dirigée par Th. Ribot, fas cicules de janvier et de février 1892, dans lesquels nous signalons « le problème de la vie », importante étude de M. Dunan. A la Librairie Scientifique A.
Hermann : Les Odeurs, démonstrations pratiques avec l'olfactomètre et le pèse-vapeurs, conférence par Charles Henry. (Brochure in-18 de 68 pages, 1 fr.) A la librairie de la Lumière : L’Unité de la vie passée, présente et future, ou l’immor talité individuelle et collective, par P.-F. Courtépée. (Broch. in-12, de 214 pages.) Compte rendu prochaine ment par Paul Sédir.
Chez Gauthier-Villars : Revue de la science nouvelle, mensuelle, publiée par l’Association scientifique pour la défense du christia nisme (Abonnement, 6 fr. par an. Administration, 18, rue Duban, Passy). GASTON DUJARRIC. Autour du mystère. (1 vol. : 3 fr. 5o.) Très intéressant ouvrage dans lequeMes han tises de l’au-delà, du déjà vu, sont présentées d une façon attrayante, sous forme de nouvelles.
A chaque page, le lecteur se sent pris de ce frisson que vous fait éprouver le récit d’un conte fantastique d’Hoffmann. Par ce temps de maisons hantées, ce volume tombe très à propos. Souvenir d'escales et de traversées, 1 vol., 3 fr. 5o. M. G. Dujarric, ancien officier de marine, a consigné dans ce beau volume toutes les aventures et impressions que lui ont fourni ses voyages au long cours.
L’auteur transporte successivement le lecteur aux Indes, en Turquie, à Madagascar, au Sénégal, et, en lui découvrant des coins ignorés de ces différents pays, le fait assister à des scènes prises sur le vif et d’un haut intérêt.
L’Initiation du 15 février 1892 LE BULLETIN DE LA PRESSE Le Bulletin de la Presse est un organe professionnel destiné aux directeurs, rédacteurs et imprimeurs de journaux et publications périodiques, et d’une manière générale à tous ceux qui s’intéressent à la presse et à l’imprimerie.
Outre une série d’articles de fond, il publie dans chaque numéro les renseignements suivants : lois, pro jets de loi, jurisprudence de la presse ; — nouveaux journaux parus ; — modifications apportées aux anciens : changements de directeur, de rédacteurs, d’imprimeur, de périodicité, de format, d’adresse, etc.; — des études sur la presse à l’étranger; les documents relatifs aux syndicats et associations de la presse ; — les journaux et imprimeries à vendre ; — les offres et demandes d’em plois, etc. Le Bulletin est un organe absolument impersonnel, une tribune ouverte à tous, sans acception de parti.
La direction reçoit avec plaisir tous les renseignements et communications que l’on veut bien lui adresser. Le Bulletin de la Presse (Nouvelle série) paraît le 15 de chaque mois en une livraison de 36 pages, sous couverture. Chaque année la collection formera un beau volume qui deviendra en quelque sorte le manuel du directeur de journal et de l’imprimeur. Le nombre de pages de chaque fascicule sera aug menté au fur et à mesure des besoins.
Le « Bulletin de la Presse » accepte de faire tous les services d’échange qui lui sont deman dés. Le prix de l’abonnement annuel est de 6 fr. (12 numé ros), avec faculté de paiement en annonces. Envoi gratuit d’un numéro spécimen sur demande. Adresser toutes communications à la DIRECTION DU BULLETIN DE LA PRESSE 5, Rue Hautefeuille, PARIS.
L’INITIATION (RENSuSsÍEN'rS) ADMINISTRATION ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO G-. CA.rt.FtE 58, rue Saint-André-des-Arts PARIS FRANCE, un an. 10 fr. ÉTRANGER, — 12 fr. DIRECTION /4, rue de Strasbourg. 14 PARIS Directeur: PÆfTJS Directeur-adjoint : Lucien MAUCHEL Rédacteur en chef : George MONT lÈ RE O Secrétaires de ia Rédaction : CH. BARLET. — J.
LEJAV REDACTION : 14, ruede Strasbourg. — Chèque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité. L’indépendance absolue étant la raison d’être de la Revue, la direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps d’un article. Manuscrits. — Les manuscrits doivent être adressés à la rédaction. Ceux qui ne pourront être insérés né seront pas rendus à moins d’avis spécial.
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