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î . . 1— Q .I EI Revuep 11030ph1quem penJà'nteËè‘s Hautes En; es Hypnotime, Force psychique Thèosophie, Kabbale Gnose, Franc-Maçonnerie Sciences Occultes >+4 4me ANNÉE SOMMAIRE DU N°i (Octobre 1891) PARTIE INITIATIQUE.. . Avant-Propos. Réponse à M. Paul .Marin (p. 1 et 2). L’Université libre des Hautes Études '(à William ' Grookes. RÉDACTION : , \ suivre)................ F.-Ch Barlet. (p. 3 à [1).
PARTIE PHILOSOPHIQUE Les États profonds de ET SCIENTIFIQUE... l’H_ypuose (suite et ................... .. A. de Rochas. . 12 à 45). } I L’Alchimie à Paris Philophotes. { (p. 46 à 53). A I L’Analogie .......... .. H. Leiort. _. - (P- 54à 59) "" Correspondances ma giques . . . . . . . . . . . .. Vurgey. (p. 59 à 63). La Turquie officielle (à suivre) . . . . . . . . .. G.
Montière. (p. 63 à 64). _ A propos de uivisectton Marcus de Vèze. (p. 64. à 69 ). A PARTIE LITTÉRAIRE... La Vte d’un Mort. (suite)................. Jules Lermina. » (p- 20 à 74). . _ Un poeteàhegrryet1que.. Fabre des Essarts. . 4 x . Il S1pe autpas mourir. X. (p. 81 à 83). Un cas de télépathie, H: PELLETIERZ7 Phénomènes magiques. — Groupe indépendant d’Etudes ésotér1ques.— Notre nouvelle série.— Revue des Revues.— Livres reçus.
5* Admmntrahon, Abonnements: 29., PARIS rue de Tréuz'se, 29 5 8, rue S z‘—A ndré—des-A ris, 58 PARIS I "*- Le Numéro : L. ‘ . -—-À UN FRANCLÂ\— Un An: DIX FRANCS
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l'essenc de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n’ot_ abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expér" mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine de forces purement spirituelles par l’hypnotisme et la suggestion distance.
Efl‘rayés des résultats de leurs propres expériences, lei Matérialistes en arrivent à les nier. 1 _l.’1niliation est l’organe principal de cette renaissance spiritua« liste dont les efTorts tendent: Dans la Science à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains. .
Dans la Religion à donner une base solide à la 1l[oraIe par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes.
Dans la Philosophie à sortir des méthodes purement méta— physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l'Occulte, la Physique et la Métaphysique. , Au point de vue social, l’Iniliation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l’arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains: le militarisme et la misère.
Enfin l’Initiation étudie impartialement tous les phénomènes du Spiritisme, de}’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’lnde. L’Initiaiioriexpose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 50 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. ' - 7 La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits. _ Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier.
L’Initiation paraît régulièrement le 15 de chaque mois et compte déjà trois années d’existence. -— Abonnement: 10 francs par an.
L’Initiation Revue philosophique Indépendante des Hautes Études Hypnotisme, Force psychique Théosophie, Kabbale Gnose, Franc-Maçonnerie Sciences Occultes DIRECTEUR : F’A PU S 13‘*“‘ VOLUME (Octobre *— Novembre — Décembre 1891) ‘ CL‘RNELL UNI\’ERSITï l'.t .“RÀR\
._.—o.J.J/I
r "“Ë I ‘.‘ _ TREIZIEME VOLUME, 1891 (Octobre , novembre , décembre.) ARTICLES PAGES PAGES A l'Ame sœur . . . . . 473 r derne Spiritualisme, AlchimieàParis au trad.desirA. Russell moyen âge [1’]. . . . 46 Wallace . . . . . . . . 264 Art et la Franc-MaçonNécrologie . . . . . . . 288 nerie [1’] . . . . . . . . 208 Nouvelles diverses. . . 488 Analogie [1’] et le « plus Nouvelles Publications 486 lourd que l’air » . . . 54 Occultisme pratique. . 220 Avant-propos. Réponse deW.CrookesàM. P. Marin . . . . . . . . . 4 — Science et Spiritua— lisme [la Télépathie]. 97 Avis à nos Lecteurs . . 288 Basile Valentin. . . . . 22—4 Correspondances magi ques dans l'homme visible . . . . . . . 59 Dessous de Là-Bas [les] 456 Etats [les] profonds de Périsprit [le] . . . . . . 429 Phénomènes magiques. 86 Revue des Revues . .94, 489 Télépathie [un cas de]. 84 Tra1te' d’Astrologie gé— ne’thliaque. Préface . 204 Turquie oficielle [la], par Pau de Régla . 63, 467 Une curieuse expé— rience . . . . . . . . . 483 Une prétendue Syn l’Hypnose . . . . . . . 43 Fin d’automne . . . . . 480 Groupe indépendant d’Etudesésotérique590,484 Il ne faut pas mourir, par Jules Bois . . . . LesLoisdel’occultisme physique . . . . . . . 493 Livres reçus . . . . 95, 494 Miracles [les] et le M0 thèse.L’0mnithéisnze, par A. d’Anglemont . 229 Université libre des Hautes-Études. . . 3, 442 Un Poète hermétique : Marc Amanieux . . . ‘ 74 Vie d’un mort [la]. 74, 475 Viäisection [à propos e] . . . . . . . . . . . a Vrai Fléau [le] . . . . . 454 Î"“""""“
L’INITIATION A UTE U R S - mess mais Barlet [F.-Ch.] . 3, ll'2, “229’ Momière |_Georges|. ‘33, 166 Bertrand . . . . . . 208 Papus . . . . . . . . . . 193 Chaboseau [Aug.J . . . 173 Pelletier [Horace]. 81. 220 Crookes [William] . . . 1 Philophôtes . . . . . . . 46 Delanne [Gabriel] . . . 128 Quærens . . . . . . . . 151 Densmore [Mme Helenj 183 Rochas [colonel de]. . 12 Dubour [Ch.]. . . . . 180 Saint-Fargeau . . . . . 22'. -Fabre es Essarts. . . 71 Sédir . . . . . . . . . . 188 Lacave [abbé M.]. . . . 86 Selva . . . . . . . . . . “201 Lefort [1—1.] . . . . . . . 54 Torcy [Pierre]. . . . . 264 Le Loup [Yvon]. . . . 91 Vitoux [G.j . . . . . . . 156 Lermina [Jules] . . 70, 175 Vurgey . . . . . . . . . 59 Lodge [O.-S.] . . . . . 97 X. . . . . . . . . . . . . 81 Marcus de Vèze . . . 64
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AVANT‘PR©P©S RÉPONSE DE WILLIAM CROOKES A M. PAUL MARIN Plusieurs adversaires du Spiritualisme, consternés des résultats obtenus par Crookes dans ses « Expé— riences sur la force psychique », faisaient courir le bruit que l’illustre savant était revenu de ses « er reurs » et reniait ses travaux, si originaux et si impor tants. ' Nous avons déjà publié (Initiation, 11° vol., n°’g) la lettre adressée à ce sujetà William Crookes par M. Paul Marin. Nous recevons aujourd’hui le texte de la réponse faite à la question de M. Paul Marin. « From William Croakes—London (July, 17 th 18gt). Dear Sir, SINGE PUBLISHING MY RESEARCHES ON THE PHENOMENA ASCRIBED T0 SPIRITUALISM IN 1874, IHAVE SEEN NO REASON T0 MODIFY ANY or THE VIE\lVS THEREIN EXPRESSED. « l remain truly yours. ; « WILLIAM CROOKES. » .."’ -.=- I __"_ Wme««w‘-m—w _ "- \ ..‘|. .__’ M“..— , x—»« ,
2 L’INITIATION un .-n . -__... — (I7 juillet 1891). « Cher Monsieur, depuis la pu blication de mes Recherches sur les phénomènes dits « spiritualistes » en 1874, je n’ai uu aucune raison de modifier sur un point quelconque mes vues d’alors. « Tout à vous, « CROOKES. » Nous remercions vivement M. Paul Marin de nous avoir communiqué cette importante déclaration et nous prions tous nos confrères de la presse spirite et spiritualiste qui voudraient reproduire cette lettre de citer la revue l’Inz‘tz‘ation, qui est la seule qui en ait reçu l’autorisation. LA DIRECTION. |I manm.a ="_:L __
PARTIE INITIATIQUE ÿniveræité libre des fiautes Études , (Suite.) Partie pratique de la 1’° année 1. — Pratique réelle Les Sciences physiologiques, physiques et naturelles d’après l’occultisme. Sciences naturelles Minéralogie occulte (I). Botanique occulte. Étudier la tradition du langage desfleurs (2). Zoologie occulte (3). Physiologie occulte (4). P; Paracelse. 2 Swedenborg. 53 Bonnet Oken. 4 Papus, Lucas.
4 L’INITIATION Sciences physiques Commenter : Lucas (physique, acoustique). Batbit (sur la lumière). L’alchimie expliquée(t). Insister sur le principe que la Magie, loin de supposer le miracle, est un accomplissement naturel et scientifique (2). Sciences mathématiques Du nombre dans le Tarot (3), dans la Kabbale (4). Opérations théosophiques. De la forme (notamment le triangle et ses dérivées, le carré et les cercles). Construction de Pantacles.
L'architecture ancienne et du moyen âge expliquée comme pantacle. Première idée de la franc—maçonnerie : ses pantacles (croix, équerre, compas, pierre cubique, etc.) Dignité. Amour de la vérité par-dessus tout. Se considérer comme une parcelle du grand Tout en marche vers le spirituel la Lumière. Humilité. Sentiment de la hiérarchie. Fraternité.
En présence des Puissances irrésistibles, respect de l’être spirituellement fort.— Secours à l’être spirituellement faible. Réserve, prudence, calme de l’âme. En présence de la masse immense de la véritéà conquérir, de progrès à réaliser (Épreuve du silence de Pythagore.) Travail original dans le calme et la confiance. — Se défier autant de l‘excès de zèle (qui aveugle) que de l'indolence ou de l'orgueil. (I) Papus.
Poisson. . (a) On pourra en faire les premières préparations (v. Lucas?; comme science chimique considérée dans son caractère complet. e] e se rat tache à l'Androgonie. (3; Pa us (Tarots). _ (4 . I . (Sep/1er), Saut—Martin, Papus (Traité).
L’UNIVERSITÉ LIBRE DES HAUTES ÉTUDES 5 2‘“‘ ANNÉE (ANDROGONIE) Partie théorique DIVISION GÉNÉRALE DU COURS Faits Lois Principes Premier trimestre. . . ' . Physmlog1e. Psychologie_ M 1 L‘Eommelndxwduel Constitutionhu_ l ' ora e. (u rattachant aux maint. — Em- Fajä;ä‘flîëîâz Librf arbitra— frinct'}zs infé— IH‘]0g:'flit et la" a ! Væfuturz. rieurs). _À fsychurgie.
4‘" g ' Deuxième trimestre] EthnographieEthnogénic_ Eth“°logiel . . . . , _ PÏÏZËZ’Ë”EËZI .— (la!crmidiair:.- In-l ment; sociaux; Rares" — H”' —(Dextin. Va— dividuel et uni-/ [au ,3 m0uw_ ‘0’” d“ g‘”” lante’.) -— Sy verscl). ‘ meut:_ I””’”"" narchie. . - Le Sphynx. Lionne Universel Adnm_Eve. .çhute . L’homme {nier‘ (" rrË;tcaîhîgt -au'Ïî 0 r ig in e: d« et Redemptwn' médiaire tain ‘Î_ùum) 1’ " "Ï 6‘ l’homme. Messie. Dieu et la Na— ' turc.
1“ Trimestre (L’homme individuel) I. — Physiologie I. — Caractère dominant ; la dualité (avecun prin cipe intermédiaire): « Matière et Force nerveuse : intermédiaire, le sang, la vie (1). Structure anatomique trinitaire. Corps etEsprits : intermédiaire, l’Ame. L’hommedifl‘ère de l‘animal en ce que son Esprit est aussitôt développé que son corps, ce qui donne une importance toute particulière à l’âme. (x) Papus, Physiol., Agrippa, etc.
6 L’INITIATION 2. — Constitution de l’Être humain d’après les diverses écoles occultistes (Inde, Cabbale, etc.) (I). D’où les trois stases de la vie humaine: Veille (conscience); Rêve (semi-conscience); Extase (inconscience). D’où explication de l’hypnose et du magnétisme. 3. -— Embryogénie et développement de l’individu humain. Union de l‘âme et du corps; âges de la vie humaine. _— Psychurgie (2).
4..— Conclusion: la Force descend dans la matière corporelle et l‘élève à I’État psychique, par où elle se dégage. Il. — Psychologie A. Psychologie descriptive (ou statique). I. — Caractère dominant, la dualité avec un prin— cipe intermédiaire. Sentiment. Raison (jugement) (dans l’acte). Sensation. Intuition (intelligence) (dans l’ente n dement). Désir. Conscience morale (volonté) dans le moteur ou principe).
Description du travail psychologique : Analyse, comparaison et commentaire de Fabre d’Olivet, Wronski, Agrippa, les classiques (éclectiques, positivistes ou kantistes). 2. — C’est cette dualité en équilibre instable qui P T ' . El}vîà’à‘S &r’â‘âîî’q.
L’UNIVERSITÉ LIBRE DES HAUTES ÉTUDES 7 distingue l’homme.— Par l’égalité de ses contraires elle produit chez lui les particularités qui le mettent au—dessus de l’animal (abstraction, généralisation...) et se synthétisent dans le Langage. B. Psychologie dynamique ou biologiepsychologique.
3. — Elle montre le progrès du sentiment (sensation ou désir) vers l’idéal (raison, intuition, conscience), par le développement de l’intermédiaire vers le supé rieur. Comme dans la psychologie, la matière se substituant par lÎefi’et de la aie humaine. C. Le Langage. 4. —- Intermédiaire lui-même entre l’exclamafion, langage animal, et le Verbe, donner une fois de plus cette histoire parle tableau de son développement (1).
Linguistique, Statique, Grammaire générale. Les langages actuels, leur classification (2). Dynamique ou biologie du langage, origine et déve— loppement du langage (3). Les langues sacrée et démotique, origine de l’une et de I l’autre ;révélation etévolntion du langage. 5. — Conclusion.
Le Verbe vient au-devant de la Sensation et l‘élève à l’état de Pensée (par lequel état il se degage de la matière). ’W—‘H Par là s’expliquent les divers états de conscience et d’in conscience de l’être humain; les rêves, l’état hypnotique, magnétique, extatique (Wronski). l) Fabre d’Olivet. g:; Hovelac ne, etc. 3 Fabre 'Olivet, Saint-Yves, Papus(Traitä), Brièæ, etc...
8 L’INITIATION HI. — Morale (ou Principes de l’Homme individuel) I. — Dans l’homme comme dans l’ensemble de la nature on distingue trois sphères : L’lncognoscible, ou spirituel (domaine de la raison, de l’intuition, du sentiment de l’absolu); L’Intelligible (intermédiaire, domaine de la logique et de la passion); Le Corps matériel, avec son inconnaissable infé— rieur, la Vie.
2. — Il y a mouvement progressif entre ces trois principes, la force vitale 's’élevant à la Pensée (à l’appui, influence réciproque (I) du physique et du moral). La considération de ce progrès jointe à celle de l’évo lution montre que l’action de l’esprit sur la matière dans l’homme a une origine et une fin, est l’objet d’une involution et d’une évolution. —- L’Homme est un Microcosme.
3. —— Mais ce qui caractérise l’être humain, c’est la lutte qui se produit continuellement dans le champ de l’âme (principe intermédiaire) entre les deux prin cipes extrêmes : le corporel et le spirituel. Et, aussi, le principe qui décide de l’issue de cette lutte, en intervenant en faveur de l’un ou de l’autre combattant (la Volonté).
4. — L’individu est libre dans son choix entre les deux principes extrêmes, non en ce sens qu’il puisse s’opposer au courant cosmique du progrès. (t) Papas. Physiologie synthétique. v..._n.... À.I—- :--- __--.. ..
L’UNIVERSITÉ LIBRE DES HAUTES ÉTUDES 9 .,,‘,,, _, ,,-.s,_. _ .._ mais en ce que son action peut se conformer à l’un ou ' l’autre des deux principes (et par là le lancer dans l’un des deux courants de descente (le Mal) ou d’as— cension (le Bien). [1 est sollicité vers celui-ci par la Providence, plongé dans celui-là par le Destin et concourt ainsi de gré ou de force au but final universel (1).
I. —— D’où la Morale (dominée par le Principe de l’assentiment aux progrès universels, —- qui emporte la domination des passions). ' 2. — La série des existences, à la conquête de l’im mortalité (qui ne s’obtient qu’à un certain degré de synthèse, d’ascension au Bien). 3. —— Et l‘état d’après la Mort.
5. — Aux trois Mondes, qui sont en l’homme, cor respondent trois Puissances : 2 extérieures à l’Hommé 22::ÎËZîÉ’ÏËZÇÈÂÎÂÉ’Ë“ÜH>' I intérieure . . . . . . .
La Volonté (pour l’lntermédiaire}. (Discussion des théories déterministes et fatalistes de tous genres.) 2‘ Trimestre (L’H0mme social) I. —— Physiologie (Ethnographie) I. — La société se constitue par trois groupements successifs (correspondant à trois ordres d’influences de plus en plus universelles et spirituelles) : I. La famille (basée sur les lois physiologiques de l’hérédité). De l’hérédité d'après la science positive. (l) Fabre d‘Olivet.
10 L’INITIATION 2. Le Peuple. 3. La Race. A ce propos : Ethnographie selon nos sciences et selon l’oc cultisme (1). Tendance des familles, des peuples et des races à se synthe tiser par union, fusion et croisement (2).
2. —- Chacun de ces trois éléments 3, comme l’Etre humain, sa constitution ternaire, à savoir: La Religion (monde spirituel, tout synthétique); La Direction politique (monde intermédiaire); L’Economie (propriété, successions, etc., monde matériel tout individuel). A quoi correspondent trois ordres sociaux (3).
Clergé ' Noblesse Noblesse Et plus tard Bourgeoisie Peuple Prolétariat Et trois sortes de gouvernements: Absolu (de droit divin) ; Oligarchique ; Démocratique. r) Fabre d'Olivet, Mis:iandeæ Juifs. 2) Spencer, Sociologie et premiers_principet. 3 Fustel de CoulangesI la Citéantzque.
PRINCIPES -___Mù ., O RDRES La femme et GOUVERNEMENTS Dela famille . ' . ' . P‘* e Les Fils Desdr0its ä Religion Direction Econoxme “r les filles ’ ‘ démocrati "‘ . . chefdu Culte (s p é ci al e- . PatriarChal - d amesse 'l 5 (autorité). (pouvoir). (rcalisahon). (les domestr_ _ que, egal - u. intime. mentl'gîné). ques ) (lot sahque). taire). Religi°n' Clergé , puis Noblesse. Absolu D _mocrâ a 3 (s - _ ' . 1'Aristo- . . _ , Oligarchie " g Clencesa Politique. Econom 1e _ ' (AnstocraPleb6- (de drort (11ne que_ g art , lanpolitique. crane l u' tic.) vin). q ' gage.) SUI'PC . D o m ination Domination ' _ Religieuses . Domination par le pou e C 0 n 0 mi ' e. (H i n d o u s . spirituelle. , qu 3 , . ’ Politiques E c on omi - Les CivilisaLes dominaLes EmporaV0113 (Ex. Angle 2 S enî 1te s' , _ ques . teurs. teurs. rates. (Ex' France) (Ex _ Allematerre (race n< Chretiens, specmlement race gau— ( anglo-sa gne race a eut. -— 1 ' _ p y ) 015e saxonne). " ° n n e e 1; Langues' normande).
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE (HYPNOTISME) Bits ÉTATS mamws DE L’ËIIIPNÜSI‘.‘ (Suite et fin.) XI Le phénomène de la transmission de pensée est affirmé par tant de magnétiseurs sérieux, qu‘il me parait fort difficile d’en nier l’existence. Mais je crois que cette transmission est infiniment plus rare qu’on ne le suppose; on va certainement beaucoup trop loin quand on prétend expliquer, par cette faculté des sujets, les expériences analogues à celles de Rei chenbach, où les faits mettent en évidence des lois qu’on suppose n’exister que dans l’esprit de l’opéra teur, Pour ma part, depuisv plus de dix ans, je n’ai jamais négligé l’occasion de constater la transmission de pensée et j’y suis très rarement parvenu. n..i.u'nær . ...gg_
LES ÉTATS PROFONDS DE L’HYPNOSE I3 J’ai déjà parlé de ce garçon coiffeur qui, une seule fois, avait exécuté deux ou trois de mes ordres men taux.
Voici quelques autres cas que j’ai observés: Un soir, après une longue séance où Mme X‘“, déjà citée, avait été magnétisée par moi et avait donné des preuves d’une sensibilité extraordinaire, j’eus l’idée, en rentrant dans mon appartement situé à plusieurs kilomètres de son hôtel, de lui donner l'ordre de me rapporter, le lendemain à onze heures, un gros livre que je lui avais porté dans la journée.
Je mis toute mon énergie à cet ordre et je le répétai' plusieurs fois à haute voix, supposant qu’à cette heure M“ X‘“ devait être endormie ou du moins dans un calme et un isolement favorables. Le lende main je ne vis rien venir, ce qui ne m’étonna pas; mais le surlendemain je fus fort surpris de voir un domestique m’apporter le livre que M'ne X‘“ n’avait certainement pas eu le temps de lire.
Je cou rus chez elle, et lui dis: « Mon livre ne vous a donc pas intéressé, que vous me le renvoyez si vite? ——Au contraire, répondit-elle, mais depuis hier à onze heures, je suis obsédée de l’idée que vous en avez besoin, et je vous l’aurais rapporté moi-même si je n’avais été fort occupée. » J’ai essayé plusieurs fois depuis de reproduire des phénomènes analogues avec la même personne; j’ai constamment échoué.
Zamora, le liseur de pensées,a bien voulu se prêter aux expériences d’un petit groupe de chercheurs dont je faisais partie. Je suis parvenu, à deux ou trois reprises, dans une même soirée, à lui faire exécuter,
14 L’INITIATION par un ordre mental, des actions peu compliquées, comme d’aller chercher un parapluie dans le vesti bule de l’ouvrier et de le présenter à une des per sonnes présentes; mais, pour cela, il a fallu, sur ses propres indications, décomposer l’ordre, et répéter énergiquement en moi-même : « Allez dans le vesti bule »; puis, quand cette action était accomplie: « Prenez un parapluie » ;puis : « Ouvrez-le », et enfin : « Apportez-le à M. A. » Quelques esSais n’ont pas réussi.
Dans tous les cas, Zamora était en somnambulisme quand il opérait; et ce somnambulisme était produit simplement par l’occlusion des yeux sous le bandeau qu’il se faisait mettre dans l’unique but, croyait-il, de s’isoler davan tage des distractions extérieures; j’ai pu, en effet, lorsqu’il avait le bandeau, lui donner des sugges— tions à échéances qu’il ne se rappelait pas lorsqu’il avait les yeux ouverts et qu’il exécutait ponctuelle ment, bien qu’il ne soit pas suggestible à l’état de veille.
Zamora nous disait que, dans des cas fort rares, il percevait, d’un seul coup, la pensée de certaines per sonnes; m_ais c’était là un éclair fugitif dont il ne pouvait se rendre compte. Je ne ferai que rappeler ici une autre faculté qu’au raient certains somnambules de voir à distance et de prévoir l’avenir.
Je crois que cette faculté existe réellement parce qu’on en cite des exemples très frappants; mais je suis convaincu aussi que, comme la transmission de pensées, elle est extrêmement rare, ne se manifeste 'que par éclairs et que l’on est presque Var—dæza_ ' A Il.»
LES ÉTATS PROFONDS DE L’HYPNOSE 15 toujours abusé par l’imagination du sujet. Chaque fois que j’ai pu faire la preuve, j’ai reconnu que le sujet n’avait en que des hallucinations.
Je suis du reste en cela du même avis que Deleuze qui rapporte le fait suivant (1): « Mme de "'", mère de deux enfants dont elle est uniquement occupée, étant malade depuis quel ques jours, son mari a essayé de la magnétiser, et dès la première fois l’a mise en somnambulisme. Dans cet état, M“ de “’ a annoncé les crises et l’issue de sa maladie et a donné d’utiles conseils pour un de ses enfants quiétaitindz‘sposé.
Son mari, enchanté de la pénétration qu’elle montroit et de la facilité avec laquelle elle s’énonçoit, l’a laissée parler sur divers sujets et, après sa guérison a continué à la mettre en somnambulisme par curiosité. Bientôt l’imagina tion de Mme de ”“ s’est exaltée et elle a vu les choses les plus extraordinaires. Elle a indiquéà son mari le lieu où étoient cachés des papiers importants pour sa famille.
Ces papiers, disoit-elle, y avoient été déposés dans des temps de trouble par un de ses parents, mort depuis plusieurs années, qui lui appa— roissoit et lui donnoit tous les renseignements pos— sibles pour les retrouver.
« Les visions de M““’ ’“ s’étant prolongées pen dant trois mois sans qu’elle en conservât le moindre souvenir à l’état de veille et tout ce qu’elle disoit étant parfaitement lié, son mari,qui ne voyoit dans tout cela qu’un phénomène incom préhensible, s’est cependant déterminé àvérifier les (1) Histoire critique du magnétisme animal, 1" partie, p. 230.
16 L’INITIATION faits, pour savoir d’une manière positive à quoi s’en tenir.
Il s’est en conséquence transporté dans l’endroit qui lui avoit été désigné, et non seulement il n’a rien trouvé, niais il s’est assuré que les lieux qui lui avoient été décrits ne ressembloient nullement à la descrip tion et qu’il n’y avoit rien de vrai dans les visions-de sa femme. » Xll Au moment où je m’apprêtais à formuler un pre mier essai de théorie, tiré des études précédentes, j’ai eu le loisir de lire le savant et consciencieux travail de M. Pierre Janet sur FA utomatisme psychologi— que (I) ; j’y ai trouvé la confirmation d’uncertain nom bre des phénomènes que j’ai exposés au lecteur et aUssi beaucoup de faits nouveaux.
De son côté, M. Ja— net a ignoré quelques-unes de mes expériences qui au raient peut-être modifié ses propres conclusions.
Il me semble donc opportun, pour le moment. de me borner à faire pénétrer dans le domaine de la science positive, par le témoignage concordantde ceux qui enappliquent les méthodes,les manifestations des propriétés extraordinaires que présentent les som nambules et de montrer que l’hypnotisme. jusqu’ici seul étudié officiellement, n’est que le vestibule d’un vaste et merveilleux édifice déjà exploré en grande partie parles anciens magnétiseurs.
M. J anet, qui est professeur de philosophie, s’est préoccupé surtout des variations de la conscience du (1) Paris, 1889. Germer Baillère, grand in-8° de 498 pages. 7rr_ 50, . u. .-n ,."P“a
LES ÉTATS PROFONDS DE L’HYPNOSE 17 sujet qu’il rattache aux variations de sa mémoire et de sa sensibilité ; je vais expoSer ses constatations en laissant de côté ses hypothèses, extrêmement ingé nieuses et subtiles, mais qui demandent, pour être appréciées à leur valeur, le gros volume qu’il leur a consacré.
J’espère que le lecteur qui a bien voulu me suivre jusqu’ici n’aura pas de difficultés à retrouver dans ces exemples particuliers les lois générales que j’ai sommairement indiquées. Dès l’année 1823, le Dr Bertrand (I) distinguait, par des états spéciaux de mémoire, diverses phases du somnambulisme. Le sujet était une jeune fille de treize ou quatorze ans tombant soit en somnambulisme naturel, soit en som nambulisme magnétique.
« Quoique la malade eût le libre exercice de son intelligence, danstous ces différents états, elle ne se souVenait, dans son état ordinaire, de rien de ce qu’elle avait fait ou dit dans chacun d’eux; mais, ce qui paraîtra étonnant, c’est que, dans le somnambulisme magnétique dominant pour ainsi dire sur toutes les espèces de vie dont elle jouissait, elle se souvenait de tout ce qui était arrivé soit dans le somnambulisme, soit dans les crises nerveuses, soit àl’état de veille.
Dans le noctambulisme, elle perdait le souvenir du sommeil magnétique et sa mémoire ne s’étendait que sur les deux états inférieurs. Dans les crises nerveuses, elle avait en moins le souvenir du somnambulisme ;enfin dans l’état de veille, comme au plus bas degré, elle perdait le souvenir de tout ce (2) Traité du Somnambuliame, p. 318. | .‘ ...
18 L’INITIATlON qui s’était passé en elle dans les états supé rieurs. » Le Dr Herbert Mayo (l) cite un cas de quintuple mé— moire : l’état normal du sujet était interrompu par quatre variétés‘d’états morbides dont il ne conser vait pas le souvenir au réveil, mais chacun de ces états présentait une forme de mémoire qui lui était propre.
' Un de nos éminents confrères de la société an— glaise des recherches psychiques, M. Gurney, a cons taté aussi trois phases du somnambulisme (2) et il décrit ainsi (3) les états de mémoire qui leur sont pro pres : « Après avoir amené un état particulier de sommeil que nous appelons l’état A, nous causons d’une chose quelconque avec le sujet.
Celui—ci est alors amené à un état plus profond, l’état B, et, si on veut continuer avec lui la conservation précédente, il se trouve tout 2‘). fait incapable de s’en souvenir et même de se son. venir que quelque chose lui a été dit. On lui pose alors une nouvelle question en le priant de se la rap— peler; après quoi on le ramène à l’état A.
Il ne peut se rappeler ce que l’on vient de lui dire dans l’état B, mais il continue la conversation commencée dans le premier état A dans lequel il se retrouve. Mené de nouveau à l’état B, il se rappelle de nouveau ce qui lui a été dit dans cet état, mais il a oublié ce qui a été 8(si) Appggd;’x to the report on Mermerism ('Procecding‘s S. P. R. 1 z, p. 2 . (2) Stages 0 hypnotic memor. (Proceedings S. P. R., 1887, p. 522.) (3)1d., p. 15. L, u.<.d9s.x ‘— -- < ‘— -- < *
LES ÉTATS PROFONDS DE L’HYPNOSE 19 ê"Ïr..-;' imprimé en lui dans l’état A. Éveillé, il ne se ressou vient de rien de ce qui lui a été dit (1). Comme les autres, M. Janet a été amené, pour ainsi dire malgré lui, à reconnaître l’existence de plusieurs phases distinctes du somnambulisme qu’il désigne en faisant suivre de chifi‘res le nom du sujet.
C’est ainsi que Lucie I, Lucie 2, Lucie 3 désignent le pre mier, le deuxième, le troisième état de Lucie, le pre mier état étant l’état de veille (a). « J’ai commencé, dit—il (3), par endormir simple— ment Lucie de la manière Ordinaire, et j’ai constaté, à propos de ce second état, les phénomènes de mémoire propres àtoutes les somnambules.
Un jour, à propos d’une suggestion que je voulais lui faire et qui ne réussissait pas, j’ai essayé de la faire dormir davantage, espérant augmenter ainsi la suggestibilité du sujet. J’ai donc recommencé à faire des passes sur Lucie 2, comme si elle n’était pas déjà en somnambulisme. Les yeux qui étaient ouverts se fermèrent, le sujet se renversa et sembla s’endormir de plus en plus.
Ily eut d’abord une contraction générale qui ne tarda pas à se dissiper et les muscles restèrent flasques comme dans la léthargie, mais sans aptitude aux contractures (1?
Il faut remarquer que tous mes sujets se rappellept_ a l’état de veil e ce qui s'est passé dans les états ou persiste la sugge}tlbilité, quand je le leur prescrzs dans cet état, même 81 cette suggestion est donnée dans un état où ils semblent ne pas entendre comme dans la léthargie et la catalepsie.
Il suffit même pour certains d’entre eux de resser avec le doigt le milieu du front à l’état de veille pour ramener et mémoire de tous les faits passés pendant les états somnambuliques.
Cette observationl ui a une grande importance au point de vue médico-légal, avait déjà éte aile par les anciens magnétiseurs. (2) Cette notation est très rationnelle, ne préjuge rien relativement aux propriétés caractéristiques de chaque état et doit être adoptée de ré férence aux noms dont je me suis serv1 dans mes premières recherc es. (3) P. Janet. l’Automatisme psychologique, p. 87 et suiv.
20 L’INITIATION provoquées; aucun signe, aucune parole ne pouvait amener le plus léger mouvement. C’est là cet état de syncope hypnotique que j’ai déjà signalé; je l’ai revu souvent depuis, et, chez certains sujets, il m’a paru former une transition inévitable entre les divers étals psychologiques.
Après une demi-heure de ce som mei-l (I), le sujet se redressa de lui-même et, les yeux d’abord fermés, puis ouverts sur ma demande, il se mit à parler spontanément.
Le personnage qui me parlait alors, Lucie 3, se souvenait parfaitement de sa vie normale, elle se souvenait également des som nambulismes provoqués précédemment et de tout ce que Lucie 2 avait pu dire; en outre, elle pouvait me raconter en détail ses crises d’hystérie, ses terreurs devant des hommes qu’elle voyait cachés dans les rideaux, ses somnambulismes naturels pendant les quels elle avait été se préparer à dîner ou faire son ménage, ses cauchemars, etc..., toutes choses dont ni Lucie 1, ni Lucie 2 n’avaient jamais présenté le moindre souvenir.
Il fut assez long et difficile de réveiller alors ce sujet; après un passage de quelques minutes dans la syncope déjà décrite, il se retrouva en somnambulisme ordinaire; mais Lucie 2 ne put me dire alors ce qui venait de se passer avec Lucie 3, elle prétendit avoir dormi sans rien dire.
Quand je ramenai plus tard et plus facilement le même état, Lucie retrouva immédiatement ces souvenirs en appa rence disparus. (I) Pendant lequel on continue à agir sur le sujet au moyen de pas.es . 105). (pCet état de Lucie 3 est celui que j‘ai appelé état de rapport. (A. R.)
LES ÉTATS PROFONDS DE L’HYPNOSE 21 « Cette observation si curieuse, que je croyais plus inconnue qu’elle ne l’était réellement, m’inspira le désir de recommencer la même expérience sur un autre sujet également très intéressant, sur Léonie. Cette personne a un premier somnambulisme, état de Léonie 2, très facile à produire; attendons d’abord que cet état soit bien complet et bien développé, ce qui n’a lieu qu'au bout de deux ou trois heures.
Essayons alors d’endormir Léonie 2, comme si elle était une personne normale et employons pour cela les mêmes procédés auxquels elle est habituée: attou— chements de pouces, passes, etc. Léonie 2 peu à peu cesse de parler, s’endort profondément et finit par tomber en léthargie. Continuons les passes, malgré la léthargie; le sujet pousse un soupir et paraît se réveil ler; mais ce réveil Singulier est très lent.
Les sens semblent se réveiller l’un après l’autre: le sens mus culaire d’abord, car le sujet garde maintenant les membres dans la position où ils sont mis, le tact ensuite quand un objet mis dans la main provoque un mouvement, la vue enfin quand le sujet voit et imite les mouvements qui sont faits devant lui.
Ces phases cataleptiques déjà décrites dans le chapitre précédent sont bien ici, comme nous l’avons vu, des formes de la conscience à l’état naissant. En effet, si nous conti nuons les passes, surtout sur la tête pendant la cata— lepsie même, l’état du sujet se transforme et la cata lepsie se développe en un somnambulisme nou veau. _ « Le sujet qui était dressé pendant la catalepsie s’est peu à peu renversé, il a doucement fermé les
2 2 L’INITIATION yeux et semble dormir profondément. Ni la pres sion des tendons comme dans la léthargie, ni la fric— tion de la peau comme dans le somnambulisme ne provoquent de contractures, les bras restent encore dans la position où je les mets, si j’insiste quelque peu. La figure est pâle, les yeux enfoncés, les lèvres serrées avec une expression de sévérité et de tristesse qui ne lui est pas habituelle.
Cet état semble se rap— procher de la catalepsie dont elle n’est que le dévelop pement; mais il y a une différence capitale, c’est que le sujet peut maintenant comprendre la parole et répondre. Il parle d’une manière singulière, il com mence par répéter mes questions comme dans l’écho lalie cataleptique, mais il répond ensuite. «M’entendez vous, lui dis-je. M’en-ten-dez-vous... —- Oui-mon sieur », répondit-elle après un instant de silence.
Cette parole n’existe pas toujours, car il y a, dans ce second cas de somnambulisme, comme dans le pre mier, des alternatives de veille et de sommeil qui ne se distinguent d’ailleurs l’une de l’autre que par la présence ou l’absence de la parole.
Si on parvient à maintenir ce même état pendant quelque temps, une heure par exemple, ce qui est difficile, l’intelligence semble grandir, le sujet que nous pouvons appeler maintenant Léonie 3 répète moins les questions et y répond davantage (t). ' (x) Les observations présentées dans ce paragraphe sont tout à fait nouvelles et très intéressantes.
Elles montrent que pour passer de l’état 2 à létat 3 le sujet traverse exactementles mêmes phases que pour aller de l‘é tat 1 à l’état 2. Différentes remarques m‘avaient conduit à soupçonner ce phénomène, mais je n‘avais pu le reconnaître nettement parce que mes sujets, très sensibles et allant très loin, brillaient pour ainsi dire les étapes
LES ÉTATS PROFONDS DE L’HYPNOSE 23 u —,_ « Nous pouvons constater, comme pour Léonie 3, des faits psychologiques intéressants (I), mais il faut maintenant étudier seulement l’état de la mémoire.
1° Le sujet dans cet état se souvient de tout ce qu’il a fait ou entendu dans les somnambulismes du même genre; 2° le sujet se souvient facilement de ce qui a été fait pendant l’état de veille par Léonie I ; enfin le sujet dans cet état se souvient du somnambulisme ordinaire et des actions de Léonie 2 (2).
« Je croyais avoir amené pour la première fois cet état de Léonie 3, mais elle me raconta qu’elle s’était autrefois fréquemment trouvée dans le même état, quand elle avait été endormie par M. le Dr Alfred Pèr rier, qui l’avait trouvé comme moi en essayant d’ap profondir le sommeil de Léonie 2. Cette résurrection d’un personnage somnambulique disparu pendant plus de vingt ans était fort curieuse, et je lui ai natu— secondnires.
Si les phases de l’état 1 à l’état 2 sont si bien connues aujour d'hui,c‘est arce qu'on lesa étudiées sur des sujets très peu sensibles chez lesquels el es se dévdoppaient lentement.
Il est probable qu‘avec des précautions suffisantes on arrivera à constater les mêmes phases de l‘état 3 àl’e’tat 4, de l’état 4 à l’état 5, etc. A R (l? a Un caractère singulier de Léonie, c‘est que tout changement d‘état, que qu‘il soit, est_toujours caractérisé par un soupir brusque. une sorte e petite convulsion res irat01re. » (Autant. psy:h.,}ÿp.
47.) Benoit pré sentait cette particularit d'une façon très nette. — M X. . . renversait ËrusqpÂm%nt la tête en arrière chaque fois qu’elle entrait dans un nouvel rat. . . (2) M. Jan)et formule ainsi (p. 73) d‘une façon générale les trois lois de la mémoire somnambulique: l° oubli complet pendant l’état de veille normale de tout ce qui s'est passé pendant le somnambulisme; 2° souvenir complet pendant un somnambulisme nouveau de tout ce qui s‘est passé pendant les somnambulismes précédents ; 3° souvenir com plet pendant le sçmnambulisme de tout ce qui s'est passé pendant la veille. — La troist‘emc loi résente peut-être, ajouter-il, plus d exceptions et d’irrégularités que les eux autres.
On avu que, dans les états supérieurs à l'état 3. la mémoire de l'état de veille et des états précédents s'oblitérait de plus en plus et paraissait revenir avec toute son intégrité, dans les états supérieurs comme l'état extatlque. Cette question n‘est pas encore sufiisamment élucidée. (A. R.)
24 L’INITIATION rellement conservé, quand je lui parle, le nom de Léonore qui lui avait été donné par son premier maître (1). C’est pour éviter les confusions que nous la désignerons ici sous le nom de Léonie 3. « Le caractère le plus important de ce nouveau somnambulisme ne s’observe que lorsqu’il se ter mine.
« En effet, on fait cesser cet état de différentes ma nières: le sujet retombe en léthargie, puis se réveille en somnambulisme ordinaire, état de Léonie 2. Celle ci reprend la conversation au point où elle a été interrompue avec elle dans le même état et n’a jamais le moindre souvenir de ce qui s’est passé dans l’état de Léonie 3.
Cette perte de souvenir n’est pas causée par la léthargie intermédiaire, car Léonie 2 se sou vient de toute sa vie à elle, quoiqu’elle ait été coupée par de nombreuses léthargies. En un mot Léonie 2 ne se souvient pas plus de Léonie 3, que Léonie I, tout éveillée, ne se souvient du somnambulisme.
Cet état de Léonie 3 est donc bien un nouveau somnam bulisme par rapport à Léonie 2, comme celui-ci en était un par rapport à l’état de veille. » Passant à l’étude des variations de la sensibilité de ses sujets dans les divers états, M. Janet nous apprend que Lucie, à l’état de veille ou de Lucie I, ne possède d’à peu près intact que le sens de la vue.
C’est une hystérique qui n’a gardé la sensation tactile sur aucun (i) Les états de conscience entre les différents états sont parfois si diffé rents que le sujet dans un état parle de lui dans un autre état, comme si c‘était d'une personne étrangère. De là, l'habitude des anciens magné— liseurs de désigner par des noms difl'érents les personnalités diverses de ces états somnambultques. (A. R.)
LES ÉTATS PROFONDS DE L’HYFNOSE 25 point du corps; elle n’a aucune sensation musculaire: « On peut remuer ses membres, même les attacher derrière elle, arrêter ses mouvements spontanés, le tout sans qu’elle s’en aperçoive si elle ne regarde pas. Cette anesthésie très profonde lui a enlevé complè tement tout souvenir; elle prétend que tout le monde est comme elle.
Outre cette perte du sens tactile, Lucie a presque complètement perdu le sens de l’ouïe, elle n’entend parler que si la voix est assez forte et assez proche; elle ne perçoit pas le tic—tac de ma montre, même si je l’applique contre son oreille. La vue, quoique très diminuée (acuité visuelle, un tiers ; champ visuel restreint à 20°), est encore le meilleur sens qu’elle possède.
Aussi s’en sert-elle continuelle— ment, elle ne fait pas un mouvement, ne marche pas sans regarder sans cesse ses bras, ses jambes, le sol, etc. ; ' si on lui fermait les yeux entièrement, elle ne pourrait même plus parler et elle dormirait (I).
« Endormons—la maintenant profondément et, pour avoir des différences nettes, passons les intermé diaires: mettons-la dans son plus grand somnambu lisme, l’état de Lucie 3 qui n’arrive qu’au bout d’une demi—heure de passes. La voici qui se relève et ouvre les yeux...
Les sens qu’elle avait à l’état de veille ne sont pas perdus; au contraire, ils ont augmenté, mais, ce-qui est frappant, c’est qu’elle a retrouvé complète ment et avec délicatesse tout le sens tactile et muscu (l) L'ocelusion des yeux détermine le somnambulisme chez un certain nombre de sujets, même non anesthésiques à. l'état de veille.
Il suffit, pour reconnaître qu‘ils sont en somnambulisme, de leur dire quelque chose quand ils ont les yeux fermés et de constater qu’ils ne se rap pellent de rien lorsqu'ils ont ouvert les yeux. (A. R.) . '
2 6 L’INITIATION laire. Elle sait parfaitement où sont ses membres, elle distingue au toucher les plus petits objets, recon naît ma main au simple contact, marche et même écrit sans regarder ni ses pieds ni sa main. Ces nou velles sensations ne la surprennent pas d'ailleurs, elle les trouve encore très naturelles (p. 106)... « Qui n’a été frappé de ce fait qu’une hystérique, anesthésique à l’état de veille, n’est plus anesthésique en catalepsie?
Fermez le poing gauche de Léonie ou de Lucie pendant la veille, elle ne s’en apercevra pas, et cependant, si je leur ferme le poing en catalepsie, même sans qu’elles puissent le voir, je leur suggé— rerai un sentiment de colère. Que l’on mette une clef dans la main gauche de Léonie pendant la veille et elle ne saura ce que c’est; mettons le même objet dans la main gauche pendant la catalepsie et elle fera le geste d’ouvrir une porte.
Il y a donc une sen sibilité tactile pendant la catalepsie qui n’existait pas dans la veille (p. 110) (I). » Ces modifications de la sensibilité , effectuées par le sommeil hypnotique, ou parles passes, peu— vent être obtenues par d’autres procédés, quels qu’ils soient, pourvu qu’ils rendent momentanément au sujet des sensibilités qu’il a perdues.
' « Il y adessomnambules,disait déjà Charpignon (2), (I) Qu’on rapproche l'observation des anesthési ues à l'état de veille qui deyiennent sensibles au somnambulisme de ce e rapportée au 5 v! es Sujets sensibles à l'état de veille, dont la sensibilité disparaît d'abord de la surface cutanée, puis se reporte sur une série d‘enveloppes exté rieures, et l’on se demandera sans doute si l'effet de la magnétisation n‘est pas de prolonger au delà de l’extrémité des nerfs les courants transmetteurs de la sensation et si l'anesthésie chez les hystériques ne provient pas de ce que ces courants s'arrêtent avant d'arriver à la peau. (a) Physiologie du magnétisme, p. 171
LES ÉTATS PROFONDS DE L’HYPNOSE 27 que l’on peut endormir par la machine électrique. » C’est là une grande vérité ; nous avons vu les effets partiels d’un petit courant électrique (1); on connaît les excellents effets du bain électrique sur les hysté riques. Le célèbre Louis V « récupère (2) toutes les sensibilités par le bain électrique... et, quand son cerveau est ainsi ouvert, il se rappelle toute sa vie ».
Je suis convaincu que les appareils électriques seront prochainement le véritable instrument scientifique pour produire à volonté et régulièrement toutes les variétés du somnambulisme.
Mais actuellement bien d’autres procédés arrivent au même résultat : l’aimant, les plaques métalliques de Burq, etc. Jules Janet n’a-t—il pas montré que, dans la période d’excitations du chloroforme, une hystérique anesthésique retrouvait sa sensibilité et entrait dans un véritable somnam bulisme. La même observation se trouve d’ailleurs dans Despine.
Je lis dans un ouvrage du Dr Bal] une observation bien curieuse à ce propos: «Parmi (I) « J'ai reconnu que l'on pouvait rendre momentanémentà Rose la sensibilité d'une partie de son corps par trois procédés :ou bien par l'application rolongée d'un fort aimant, ou par l'a plication de plaques m talli ues 'étain ou de plomb, ou enfin et plus acilement encore au moyen 'un courant électrique de moyenne intensité (20 ou 30 éléments Trouvé).
Il y aurait à faire ici, si je voulais discuter cette uestion, une étude intéressante sur l’action de ces rocédés. Il me semb e queI dans le cas présent, il est bien difficile d'ex 1quer leur influence, par l‘expeçtant a_ttention, ou par un hénomène e suggestion, puisqu'il s'agit pré cisément d'un sujet sur equel la sug estion d'hallucinanon tactile n'a vait aucune prise et qui ne possédait plus d’images tactiles.
La suggestion se Sert d'un état psychologi ne, elle ne le crée pas (Aut; psych., p. 98). . u D’autre part, il me semb‘le que l'aimant, comme les plaques métal llques, comme l'électricité, et une action véritable sur ces systèmes ner— Veux affaiblis.
Lucie, qui n’a jamais été dans un hôpital, qui ne connaît rien à ces questions, qui _s'était jusque là prêtée à toutes les expériences sans aucune émotion est tombée raide, contracture’e depuis les mâ. chorres jusqu'aux pie 5, pour avoir touché un aimant. Rose reprend, grâce à l‘amant, une sensibilité tactile que la suggestion ne peut lui rendre.
Bien d‘autres faits, dans l'étude desquels je ne puis entrer, me portent à croire à cette action (lbid. p. 157). n (2) Bourru et Burot, Variattons Je la personnalité, 1886, p. 52.
28 L’INITIATION les conséquences les plus paradoxales de l’usage hypodermique de la morphine, il faut citer le rétablis sement de la sensibilité cutanée sur les sujets qui l’ont perdue... Une hystérique anesthésique, morphinée à la dose de huit centigrammes par jour, vit ses douleurs disparaître et sa sensibilité normale se réveiller...
L’abstinence ramène les symptômes hystériques. » (Pages 110-111.) « Le somnambulisme est, chez les hystériques, un accroissement de- l’esprit par une excitation quel conque et non une diminution. Peut-être existe-t-il deux somnambulismes différents. L’hypnotisation des sujets sains possédantdéjà tous leurs sens et toutes les images ne peut guère, s’il est possible, que les dimi nuer et leur supprimer diverses sensations.
Des sujets sains peuvent par exemple devenir anesthésiques. Il serait curieux de chercher si, chez des sujets de ce genre, la suppression ne porte pas quelquefois sur les images dont ils se servent le plus habituellement à l’état de veille et si le somnambulisme dans ce cas— là n’amène pas l’oubli des phénomènes de la veille... Je n’ai rien vu qui vérifiât cette supposition : il est vrai que je n’ai guère hypnotisé que des malades (I).
Je ne puis donc pas parler d’une observation que je n’ai point faite; dorénavant, en psychologie comme dans les autres sciences, on ne peut parler que de ce qu’on a vu. » (Pages 112-I I3.) (I) Contrairement à M. P. Janet, j'ai resque toujours eu pour sujet: des personnes se portant fort bien. nuI ement anesthésiques à l'état de veille, et v1vant comme tout le monde.
On a vu que, chez ces ersonnes, I'oublI des phénomènes de la veille s'accentuait de plus en p us avec la profondeur de l'hypnose. A. R. \
LES ÉTATS PROFONDS DE L’HYPNOSE 29 « Il n’y a pas, comme nous l’avons vu, un seul somnambulisme, mais plusieurs qui sont caractéri— sés chacun par une mémoire particulière... « Si l’on ne considérait qu’un sujet comme Lucie, on pourrait croire que cette division du somnam— bulisme a quelque importance et qu’il y a toujours ainsi trois mémoires...
En réalité il n’y a ni deux, ni trois mémoires indispensables; il peut s’en présenter un nombre quelconque et indéterminé. Rose a au moins quatre ou cinq somnambulismes différents, ayant chacun une mémoire particulière (I).
Il y a des sujets, comme N ..., qui sont tellement instables qu’ils ne reprennent le même somnambulisme qu’en étant endormis par la même personne et de la même ma— nière; sinon ils entrent dans un état sensitive-senso— riel difiérent et ne retrouvent pas les souvenirs du premier somnambulisme. » (Page 113.) « Considérons maintenant le problème d’une autre manière et demandons—nous si le somnambu lisme, lorsqu’il existe et peut être vérifié par d’autres caractères, est toujours accompagné par un haut degré desuggestibilité.
Si la suggestion agit souvent en dehors du somnambulisme, est-elle au moins tou— jours toute-puissante sur les somnambules?
Il faut reconnaître qu’il y a des individus très suggestibles (I) Il est probable que Rose allait jusqu’à l’état de lucidité ou de sensi bilité à distance; malheureusement M. Janet. absorbé par ses recherches sur les rapports de la mémoire et dela sensibilité, anéglugé volontairement ou involontairement toutes les autres facultés des somnambulcs.
Dans toutçsleç sciences, chacun envt_sa e les questions sous un point de vue lpêflfll et c‘est de la comparaison de ces wers aspects que rïso}r{t la vé r1 . .
30 L’INITIATION pendant leur sommeil hypnotique, surtout au début. Si on les endort rapidement à des intervalles éloi gnés, si on les réveille peu de temps après leur entrée dans le somnambulisme, en un mot, si on ne laisse pas à la seconde existence le temps de se développer et de se compléter (1), on ne verra que ces débuts du somnambulisme dans lesquels la suggestion est toute puissante.
Mais, si on se résigne à consacrer plus de temps à l’étude du somnambulisme, on fera bien, c’est du moins ce qui m’a paru utile, de ne pas presser ni bousculer les sujets et de les maintenir longtemps en somnambulisme; on constatera alors des modifications intéressantes. La plupart des au teurs insistent sur l’inertie des sujets, incapables de faire un mouvement spontané et qui par eux-mêmes ne pensent à rien.
C’est qu’ils n’ont pas dépassé dans leurs études cette première période du somnam— bulisme, cet état presque cataleptique dans lequel certains sujets demeurent assez longtemps. Quand la seconde existence est complète, le sujet est loin d’être inerte; il remue, veut se lever et marcher, songeà faire mille folies, et est souvent, comme Léonie ou Lucie, fort difficile à maintenir.
' « A ce moment les suggestions sont loin d’être toutes puissantes et peuvent provoquer toute espèce de résistance... Cette résistance est variable suivant les actes que l’on commande; elle n’existe guère si l’acte est insignifiant; elle est très grande si l’acte est pé _(1) M. Janet revient souvent avec raison sur la recommandation de laisser aux états le sein de se compléter. A. R.
LES ÉTATS PROFONDS DE L’HYPNOSE 3t nible ou simplement désagréable pour le sujet; jamais je n’ai pu par suggestion consciente faire age— mouiller Lucie pendant le somnambulisme; jamais je n’ai réussi à faire lever Lucie de son lit quand elle est couchée... ‘ « Si les sujets en somnambulisme sont ainsi ca— pables de résistance, ils sont aussi capables de con sentement volontaire.
Bien souvent la somnambule fait ce qu’on lui dit par une sorte de complaisance qui lui est inspirée par diverses raisons : d’abord elle a presque toujours quelque sympathie pour son ma— gnétiseur et n’aime pas à se disputer avec lui; ensuite elle est très paresseuse et ne veut pas essayer de résis— tances inutiles; enfin elle s’amuse elle—même des expériences et prend souvent à cœur de les faire réussir...
« Mais une remarque beaucoup plus importante nous est fournie par l’étude de certains sujets dans certains somnambulismes particuliers que l’on peut reproduire à volonté. Il existe des somnambulismes parfaits, indiscutables à tous les points de vue, dans lesquels toute espèce de suggestibilité a complète ment disparu, et cela même chez des sujets qui sont, à l’état de veille, extrêmement suggestibles.
Plusieurs auteurs ont déjà remarqué que quelques somnam— bules, dans certains états, possèdent une grande liberté. Puységur notait déjà l’indépendance relative de son somnambule. M. Bernheim remarque que le degré de“ suggestibilité n’est pas toujours en rapport avec la profondeur du somnambulisme; mais ces observations sont restées isolées, n’ont pas été repro
3 2 L’INITIATION duites volontairement (i) et ne semblent pas avoir modifié l’opinion des auteurs sur la relation entre le somnambulisme et la suggestion. « Nous avons décrit, d’après plusieurs sujets, une série de somnambulismes de plus en plus profonds qu’il est quelquefois très long et trèsdiflicile de pro— duire, mais dans lesquels le sujet récupère peu à peu toutes les sensibilités (2) et tous les souvenirs qu’ils pa raissent avoir perdus.
Dans le dernier de ces états le sujet, si malade et si amoindri qu’il soit à l’état de veille, devient, au point de vue des sens et de la mé— moire, absolument identique à l’individu le mieux por tant et le plus normal.
Quand j’ai observé cet état pour la première fois chez Lucie, j’ai voulu répéter les expé riences ordinaires de suggestion que l’on fait avec les somnambules; Lucie parait surprise, ne bouge pas et finit par éclater : « Mais vous me croyez donc bien bête pour vous figurer que je vais voir un oiseau dans ma chambre et courir après l » Il est à remarquer qu’elle venait de le faire précédemment pendant son premier somnambulisme, mais maintenant toute suggestibi— lité avait disparu.
Il en est de même, un peu.moins nettement peut-être, pour Léonie :très suggestible en premier somnambulisme, elle l’est de moins en moins à mesure qu’elle enfonce dans le second.
Le phénomène est surtout curieux chez Marie et Rose, d’abord parce que le passage d’un état à l’autre ne se (1c) Mes expériences sur la perte de la suggestibilité dansles états pro ton s se publiaient dans la Revue d‘hypmticme au moment où M.Ja net faisait paraître son livre. . A. R. 22) Je rappelle que tous les sujets de M. Janet étaient anesthésiques à l' tat de veille. A. R. . _ Wæ»... æ,v..*W_,.
LES ÉTATS PROFONDS DE L’HYPNOSE 33 “=—I‘=I: .W‘ ..æ.nÆ-‘-";J:üäî"V‘!-”:"‘"Î " Z'Î"'“" " '- ’ fait pas, comme chez Lucie, par un sommeil de vingt minutes et un réveil brusque, mais s’accomplit lente ment et par degrés, ensuite parce qu’elles sont entière ment suggestibles à l’état de veille.
On voit ces femmes si hallucinables, si passives quand elles sont éveil lées, reprendre, à mesure qu’elles entrent dans ce soi— disant sommeil, non seulement tous leurs sens et tous leurs souvenirs, mais toute leur spontanéité et toute leur indépendance. La catalepsie même des membres, leur immobilité dans la position où ils sont mis, qui existe toujours dès que l’individu est légèrement suggestible, disparaît aussi absolument.
Ce caractère, il est vrai, et toute la suggestibilité réapparaissaient quand on détruisait ce somnambu lisme particulier pour ramener les sujets à leur état de veille. « Jules Janeta essayé de reproduire ces expériences relatives au somnambulisme supérieur sur un sujet célèbre, Witt.
Il a, comme j’avais été amené à le faire, prolongé les passes après le premier somnambulisme et même après la léthargie du sujet, et il a été obtenu les mêmes résultat (1) qu’il n’avait pas prévus. Cette femme, dont le somnambulisme avait servi pour étudier toute la théorie des suggestions, avait un somnambulisme facile à produire et absolument ignoré, pendant lequel il était impossible de faire aucune suggestion.
Ces derniers phénomènes me, semblent importants; ils nous montrent que, si le somnambulisme est une seconde existence, ce n’est (x) Jules Janet. Hystérie et somnambulisme d’après la théorie de la double personnalité, dans la Revue scientifique, 1888. x, 616. 2 ,...\A«.W. ...e..._,. " --u’l illu-'I— Ifinl) u, u:
3 4 L’INITIATION pas nécessairement une existence faible, sans spon tanéité et sans volonté. » (Pages 175-! 79.) « Il reste une dernière question à se poser à propos de ces nouvelles formes d’existences psychologiques. Sont-elles inférieures ou supérieures àl’état de veille ? Est—ce une décadence ou un progrès pour un sujet de passer de l’une à l’autre? Beaucoup d’autres se sont prononcés pour la seconde solution.
« Ce dernier phénomène, l’oubli au réveil, nous laisse croire que l’état du somnambulisme magnétique est l’état parfait (1). » M. Myers, dans ses études si curieuses sur l’écriture automatique, se demande si l’état somnambulique, au lieu d’être un état régressif, ne peut pas être quelquefois un évolutif (2). Ici comme partout, d’ailleurs, on ne peutfaire de réponse générale à cause des nombreuses variétés de som— nambulisme.
Il y aun nombre infini de formes d’exis— tences psychologiques, depuis celle qui ne contient qu’un seul fait isolé rudimentaire sans jugement et même sans personnalité jusqu’à la pensée de la monade supérieure dont parle Leibnitz et qui repré— senterait en raccourci tout l’univers.
Nous avons vu que l’hypnose peut amener les sujets au premier état que nous avons appelé la catalepsie ; c’est une preuve qu’elle peut leur donner une forme d’existence très inférieure. Peut—elle aussi les rapprocher d’une forme de pensée supérieure?Cela dépend, je crois, de la nature de leur pensée à l’état normal. Quand on s’adresse à des hystériques dont la pensée, la sensa 1) Baragnon, Magnétisme animal, I853, p. 172. 2) Myers, Proceed. S. P. R., 1887, p. 514.
LES ÉTATS PROFONDS DE L’HYPNOSE 35 tion, la mémoire sont diminuées, réduites au-dessous de la limite normale, la moindre excitation du système nerveux — et les passes comme le courant électrique en sont une très forte—leur rend les facultés qu’elles ont perdues et leur donne une forme d’exis tence supérieure. « Il est évident que Lucie 3, Rose 4 ou Léonie 3 sont supérieures et de beaucoup à Lucie I, Rose I, Léo nie 1.
Mais il s’agit là des femmes hystériques, et cette existence supérieure qu’on leur rend est simple ment une existence normale, celle dont elles devraient jouir continuellement, si elles n’étaient pas malades. Cet état est si peu supérieur à la vie réelle que, même chez ces femmes, il est identique aux moments de santé plus ou moins parfaite qu’elles ont traversés. Est-il possible d’aller au delà ?
Peut-on dépasser ces états somnambuliques chez ces sujets ou donner à d’autres sujets sains, qui sont déjà naturellement en possession de cette forme d’existence, une autre forme d’existence supérieure ? C’est ce qu’ont pensé presque tous les anciens magnétiseurs quand ils étudiaient sur leurs sujets des sens nouveaux ou des facultés surnaturelles.
C’est ce que pense M. Myers quand il parle de réadaptations nouvelles de notre personnalité en rapport avec de nouveaux besoins.
C'est là une étude dans laquelle nous ne pouvons pas entrer; il nous suffitd’avoirmontré à quel point elle touche notre sujet et comment elle est possible. » (Pages 135—136.) Je regrette de n’avoir pu me procurer l’ouvrage de M. Myers, mais le lecteur a pu voir déjà que la ques tion est assez complexe et qu’il faudra encore bien des
36 L’INITIATION recherches pour l’élucider.
Nous avons trouvé en effet des propriétés comme la suggestibilité et la vue des émanations lumineuses qui naissent dans l’un ou l’autre des premiers états, croissent, passent par un maximum, puis décroissent et disparaissent tout à fait dans les états plus profonds; d’autres, comme la mé moire des états précédents, décroissent, passent par un minimum et semblent croître ensuite pour atteindre un degré remarquable dans l’état extatique; d’autres, comme la vue des organes internes et la sensibilité à distance, n’apparaissent que dans les états profonds et s’accentuent de plus en plus; d’autres enfin, comme la lecture des pensées ou la vue à distance, n’ont été que rarement observés et d’une façon irrégulière sans qu’il soit encore possible de leur assigner une place déterminée dans la série des phénomènes.
Toutefois, comme nous sommes, actuellement, déjà en posses sion d’une première esquisse générale, il devient bien plus facile de voir les lacunes des observations et de . chercher à les combler. , Nous sommes naturellement conduits parles travaux de M. Janet à poser de nouveau, et avec plus d’assu rance, la question qui termine le 5 9 de cette étude.
N’y a-t-il pas actuellement, n’y a—t-il pas eu, n’y aura-t-il pas, par suite de l’évolution de l’humanité, des individus ou même des peuples entiers ayant pour état normal un état analogue à l’un de ceux que nous avons décrits P M. Janet rappelle que ces états peuvent souvent se prolonger sans inconvénients pour la vie animale : « On a souvent signalé des somnambulismes artifi
LES ÉTATS PROFONDS DE L’HYPNOSE 37 ciels qui ont été longtemps prolongés. Le célèbre abbé Faria prétend que certains de ses sujets sont , restés endormis pendant des années et oubliaient à leur réveil tout ce qui s’était passé pendant cette longue période.
Un magnétiseur nommé Chardel en— dormit deux jeunes filles pendant l’hiver et ne les réveilla que plusieurs mois après au milieu du prin ' temps; elles furent bien surprises en se réveillant de voir des feuilles et des fleurs sur les arbres qu’elles se souvenaient d’avoir vus couverts de neige avant de s’endormir(1). » Souvent, raconte un autre auteur, je laissais mes somnambules endormies toute la journée, les yeux ouverts, afin de me promener avec eux pour les observer sans exciter la curiosité publique.
Il m’est arrivé de prolonger pendant quatorze ou quinze jours le somnambulisme d’une jeune fille qui était à mon service. Dans cet état elle continuait ses travaux comme si elle eût été dans son état ordinaire... Elle se trouve au réveil comme dépaysée dans la maison, n’étant plus du tout au courant de ce qui s’est passé (2). Ces récits ne doivent pas être mensongers, car la vérification en est assez facile à faire.
J’ai maintenu moi-même Rose en somnambulisme pendant quatre jours et demi sans difficulté, car elle se portait fort bien pendant ce temps, mangeait et dormait beaucoup mieux que dans son état normal. Jules Janet, qui a surtout étudié la période intéressante de ces somnam bulismes pendant laquelle une hystérique, anormale à l’état de veille, retrouve toutes ses sensibilités et (1) Aubin Gantier, Histoire du somnambulisme, 1842, t. II, p. 363. (2) Delatour, dans l'Hermés(ÿournal magnétique), août 1826. p. 119. \—vu‘.ææ-a—“‘q
38 L’INITIATION ressemble à une personne bien portante, a prolongé cet état bien plus longtemps encore. Pourrait-on lais ser les sujets indéfiniment dans ce second état? Ce serait un moyen bien facile de guérir complètement l’hystérie. Malheureusement la chose me parait fort difficile. Cet état a paru, au moins pour mes sujets, être une fatigue et les épuiser rapidement.
Certaines, comme Léonie et Lucie, ont besoin de dormir fré quem ment pendant quelques minutes, pour se reposer, et les hystériques en général ne se maintiennent dans cet état d’intégrité sensorielle qu’au moyen d’excita tions renouvelées de temps en temps, passes, courant électrique, etc. Il est probable que, peu à peu, les hystériques reprendraient leurs tares, leurs anesthésies habituelles et rentreraient dans leur état normal avec l’oubli de tout ce qui s’est passé pendant leur exis tence plus complète.
Cependant mes observations sont sur ce point tout à fait incomplètes et je ne puis conclure avec précision. » (Page 135-136.) De plus on a constaté bien des fois que ces états se produisent spontanément. Unjeune homme, cité par Georget, passait subite— ment après un cri initial dans un état nouveau où il avait un autre caractère qu’à l’état normal, tout en lui conservant ses facultés.
« Il revenait à lui, si on le serrait àbras le corps; étonné, il avait tout oublié; il retrouvait tout dans l’état suivant et néanmoins il se croyait dans son état habituel, en sorte que c’étaient comme deux existences différentes (1). » Erasme (r) Georgct, Maladies mentales, 1827, p. 129.
_ -w- ...., __r- . æw;KWIgpwno,-g \ LES ÉTATS PROFONDS DE L’HYPNOSE 39 Darwjn rapporte qu’il a traité une demoiselle jeune et spirituelle « affectée d’un rêverie qui revenait d’un jour àl’autre et durait presque toute la journée.
Comme elle conservait pendant ces accès des idées de la même espèce qu’elle avait eus le jour précédent et qu’elle ne se rappelait plus l’instant suivant quand il y avait absence d’accès, ses parents s’imaginaient qu’elle avait deux âmes » (1).
Des exemples les plus curieux sont certainement ceux de Félida et de Louis V, si complètement étudiés de nos jours par le Dr Azam (2) et par les Dr Bourru et Burot Au point où en est aujourd’hui la science. on est autorisé à rechercher dans des phénomènes de cet ordre l’explication des médiums, des voyants et des guérisseurs ;Îen tous cas, il n’est plus permis de reje ter a priori des faits appuyés sur de sérieux témoi gnages parce qu’ils nous paraissentimpossibles et je ne saurais mieux terminer cette étude que par le cha pitre XXVI du livre Icr des essais de Montaigne inti tulé : C’EST FOLIE DE RAPPORTER LE VRAY ET LE FAULX AU JUGEMENT DE NOTRE SUFFISANCE.
« Ce n’est pas à l’adventure sans raison que nous attribuons à simplesse et ignorance la facilité de croire et de se laisser persuader : car il me semble avoir apprins aultrefois que la créance estoit comme une impression qui se faisoit en nostre arme; et, à mesure (Il Er. Darwin, Zoonomie, trad., 1810, tome II, p. 163. (2) Dr Azam, Hypnotisme, double conscience, 1887. (3) Bourru et Burot, Variations de la personnalzte’, 1888. v. ;r7 -. l . Ë ".a' "T‘-‘. ..
40 L’INITIATXON qu’elle se trouvoit plus molle et de moindre resistance, il estoit plus ayse à y empreindre quelque chose. Ut necesse est, lancem in libra, ponderibus impositis, de pr1'mz’; sic animum perspicuis cedere (I).
D’autant que l’ame est plus vuide et sans contrepoids, elle se baisse plus facilement soubs la charge de la premiere persua sion : voyla pourquoy les enfants, le vulgaire, les femmes et les malades sont plus subiects à estre menez par les aureilles.
Mais aussi, de l’aultre part, c’est une sotte presumption d’aller desdaignant et condamnant pour faulx ce qui ne nous semble pas vraysemblable: qui est un vice ordinaire de ceux qui pensent avoir quelque suffisance oultre la commüne, j’en faisois ainsin aultrefois; et si i’oyoy parler ou des esprits qui reviennent, ou du prognostique des choses futures; des enchantements, des sorcelleries, ou faire quelque aultre conte où ie ne peusse pas mordre, Somnia, terrores magicos, miracula, sagas.
Nocturnos lemmes, portentaque Tessala (2), il me venoit compassion du pauvre peuple abuse de ces folies.
Et. à present, ie treuve que i’estoy pour le moins aultant à plaindre moy mesme; non que l’ex— perience m’aye depuis rien faict veoir au dessus de mes premieres creances, et si n’a pas tenu à ma curio site; mais la raison m’a instruict que, de condamner ainsi resolument une chose pour faulse et impossible» c’est se donner l’advantage d’avoir dans la teste les bornes et limites de la volonte de Dieu et de la puis u .
Comme il est nécessaire qu'un des bassins de la balance soit poussé en bas par le poids dont on le charge, il faut de même que notre esprit se rende à l‘év1dence des choses. (Cic.. Œœsl. Acad., 1. IV, c. 12.) _(_2) De songes, de visions magiques, de miracles de sorcières, d'appa ritions nocturnes, et d‘autres effets prodigieux. (Horut., Epist. 2. 1. 11, v. 208, 209.)
LES ÉTATS PROFONDS DE L’HYPNOSE 41 sauce de nostre nature; et qu’il n’y a point de plus notable folie au monde que de les ramener à la mesure de nostre capacité et suffisance. Si nous appelons monstres, ou miracles, ce où nostre raison ne peut aller, combien s’en presente il continuellement à nostre veue ?
Considerons au travers de quels nuages et comment à tastons, on nous mene à la cognoissance de la pluspart des choses qui nous sont entre mains: certes, nous trouverons que c’est plustost accoustu mance que science qui nous en oste l’estrqngeté: Iam _nemo, fessus sqturusque videndi, Suspicere m L‘œil dignatur luc1da templa (I) : et que ces choses là}, si elles nous estoyent presentees de nouveau, nous les trouverions autant ou plus incroyables qu’aulcunes autres.
Si nunc primum mortalibus adsint Ex improviso, Leu sint objecta repentè, Nil magis his rebus ote1at mirabile dici, Aut minus antè quo auderent fore credere gentes (a).
Celuy qui n'avoit iamais veu de rivière, à la premiere qu’il rencontra, il pensa que ce feust l’ocean; et les choses qui sont à nostre cognoissance les plus grandes nous les iugeons estre les extremes que nature face en ce genre : Scilicet et fluvius qui non est maximus, ei'st Qui non ant‘e aliquem maiorem vidit :et ingens Arbor, homoque videtur ; et omnia de_ genere omni Maxima quæ vidit quisque, haec ingentla fingit (3). (I) Fatigués et rassasiés de la vue_du ciel, nous ne daignons plus lever les yeux vers cette voûte toute brillante de lumière. (Lucret., l.
11, v. 1037,1038.) . (2) SI présentement ces oh ets se montraient tout d'un coup aux hommes comme venant d’être orme's,_r1en_ne pourrait leur paraitre plus admirable; et auparavant ils n'auraient jamais pu se figurer rien de pareil. (141., l. lI,lv'. 1032, 1035.) ' . (3) Un fleuve medtocre parait très grand à qui n'en a pomt vu de plus grand.
Il en est de même d un arbre,yd’un homme, et de.tout autre objet, quand ce sont les plus grands qu on ait vus de cette espèce. (ld., 1. V1, v. 674, 677.) - ,|.-ut’sin .i...i’; «sa.
42 L’INITIATION Consuetudz’ne oculorum assuescunt anùni, nequc ad— mirantur, neque requirint ra!z‘ones earum rcrum, quas semper vident (I). La nouvelleté des choses nous incite, plus que leur grandeur, à en rechercher les causes. Il fault iuger avecques plus de reverence de cette infinie puissance de nature, et plus de recognois sance de nostre ignorance et foiblesse.
Combien y a il de choses peu vraysemblables, tesmoignees par gents dignes de foy, desquelles, si nous ne pouvons estre persuadez, au moins les fault il laisser en sus pens! Car, de les condamner impossibles, c’est se faire fort, par une temeraire presumption, de sça'voir iusques où va la possibilité.
Si l’on entendoit bien la difi”erence qu’il y a entre l’impossible et l’inusité, et entre ce qui est contre l’ordre du cours de nature et contre la commune opinion des hommes, en ne croyant pas temerairement, ny aussi ne descroyant pas facilement, on observeroit la regle de Rien trop commandee par Chilon.
« Quand on treuve dans Froissard que le comte de Foix sceut, en Bearn, la défaite du roy lean de Cas— tille à luberoth, le lendemain qu’elle feut advenue, et les moyens qu’il en allegue, on s’en peult moquer; et de ce mesme que nos annales disent, que le pape Honorius, le propre iour que le roi Philippe Auguste mourut à Mante, feit faire ses funérailles publicques, et les manda faire par toute l’Italie : car l’auctorité de ces tesmoings n’a pas à l’adventure assez de reng pour (1) Notre esprit fa_miliarisé aux objets de la vue n'admire point les choses qu'il voit continuellement et ne songe pas à en rechercher les causes. (CIC., De nat. deor., 1.11, c. 38 )
LES ÉTATS PROFONDS DE L’HYPNOSE 43 nous tenir en bride.
Mais quoi l si Plutarque, oultre plusieurs exemples qu’il allegue de l’antiquité, dict sçavoir de certaine science que, du temps de Domi— tian, la nouvelle de la bataille perdue par Antonius en Allemaigne, à plusieurs iournées de là, ieut ipubliee à Rome, et semee par tout le monde, le mesme iour | qu’elle avoit esté perdue; et si César tient qu’il est sou vent advenu que la renommee a devancé l’accident, dirons nous pas que ces simples gents là se sont lais sés piper après le vulgaire, pour n’estre pas clair— voyants comme nous ?
Est il rien plus délicat, plus net et plus vif que le iugement de Pline, quand il luy plaist de le mettre en ieu? Rien de plus éloingné de vanité? le laisse à. part l’excellence de son sçavoir, duquel ie foys moins de compte: en quelle partie de ces deux-là le surpassons nous ? Toutesfois il n’est si petit escholier qui ne le convainque de mensonge, et qui ne luy veuille faire leçon sur le {progrez des our vrages de nature.
« Quand nous lisons dans Bouchet les miracles des reliques de sainct Hilaire, passe; son credit n’est pas assez grand pour nous oster la licence d’y contre— dire: mais de condamner d’un train de pareilles his— toires me semble singuliere impudence.
Ce grand sainct Augustin tesmoigne avoir veu, sur les reliques sainct Gervais et Protais à Milan, un enfant aveugle recouvrer la veue; une femme à Carthage, estre guarie d’un cancer par le signe de la croix qu’une femme nou— vellement baptisee luy feit; Hesperius, un sien famiv lier, avoir chassé les espnts qui infectoient sa maison avecques un peu de terre du sepul‘Chre de notre Sei—
44 L’INITIATION ‘Î':‘**.’" , Æ.
“æw A gneur; et cette terre depuis transportée à l’église, un paralytique en avoir esté soubdain guary ; une femme, en une procession, ayant touché à la chasse sainct Estienne, d’un bouquet, et de ce bouquet s’estant frotté les yeu1x, avoir recouvré la veue pieça perdue; et plu sieurs aultres miracles, Où il dict luy mesme avoir assiste : de quoy accuserons nous et luy et deux saincts evesques Aurelius et Maximinus, qu’il appelle pour ses recors, sera ce d’ignorance, simplesse, facilité, ou de malice et imposture?
Est-il homme en nostre siècle si irripudent, qui pense leur estre comparable, soit en vertu et piete, soit en sçavoir, ingement et suf— fisance? Qui ut rationem nullam afi’errent, ipsa auc toritate mefrangerent (I).
« C’est une hardiesse dangereuse et deconsequence, oultre l’absurde temerite qu’elle traisne quand et soy, de mespriser ce que nous ne concevons pas : car aprez que, selon vostre bel entendement, vous avez estably les limites de la verite et de la mensonge, et qu’il se treuve que vous avez necessairement à croire des choses où il y a encore plus d’estrangete qu’en ce que vous niez, vous vous estes. desia oblige de les abandonner.
Or, ce qui me semble apporter autant de desordre en nos consciences, en ces troubles où nous sommes de la religion, c’est cette dispensation que les catholiques font de leur creance.
Il leur semble faire bien les moderez et les entendus quand ils quittent aux adversaires aulcuns articles de ceulx qui sont en debat ; mais, oultre ce qu’ils ne veoyent pas quel (I) Lesquels, quand même ils niapporteraient aucune raison. me per— suaderaient par leur propre autorité. (Clc., Fuse. quæst., l. 1. c. 21.) è;um.
LES ÉTATS PROFONDS DE L’HYPNOSE 45 advantage c’est à celuy qui vous charge, de commen cer à luy ceder et vous tirer arriere, et combien cela l’anime à poursuyvre sa poincte ; ces articles là, qu’ils choisissent pour les plus legiers, sont aulcunefois tres importants. Ou il faut se soubmettre du tout à l’anc torite de nostre police ecclesiastique, ou du tout s’en dispenser : ce n’est pas ànous à establir la part que nous luy debvons d’obeïssance.
Et davantage, ie le puis dire pour l’avoir essaye, ayant aultrefois use de cette liberte de mon chois et triage particulier, met tant à nonchaloir certains poincts de l’observance de nostre Église qui semblent avoir un visage ou plus vain ou plus estrange ; venantà en communiquer aux hommes savants. i’ay trouve que ces choses là ont un fondement massif et tres-solide, et que ce n’est que bestise et ignorance qui nous faict les recevoir avecqües moindre reverence que le reste.
Que ne nous souvient il combien nous sentons de contradic tion en nostre ingement mesme !combien de choses nous servoient hier d’articles de foy, qui nous sont fables aujourd’hui ! La gloire et la curiosite sont les fleaux de nostre ame : cette cy nous conduict à mettre le nez partout ; et celle là nous deffend de rien lais ser irresolu et indecis._» . A. DE ROCHAS.
L’importance exceptionnelle de l’étude de M. le Colonel de Rochas, qui se termine dans ce numéro, nous oblige à renvoyer au mois prochain un très beau travail sur le Périsprrt, par GABRIEL DELANNE. ainsi que des articles im portants de MM. G. MONTIÈRE, PIERRE Toncv, L’ABBÉ JEANNIN’, etc., etc.
46 L’INITIATION ÉTUDES HISTORIQUES L’Alchimie à Paris au Moyen Age Au moyen âge, Paris était ce qu’il est encore : la première ville du monde, le brillant centre intellec tuel d’où rayonne la lumière scientifique sur le reste du monde. Les lettres, les sciences, les arts y étaient cultivés avec ardeur même aux époques les plus trou blées de son histoire.
Tandis que les hérésies ensan glantaientl’Eglise, tandis que les invasions des An— glais ou les jacqueries ébranlaient le trône, majes— tueuse, l’Université planait au-dessus de ces orages d’un moment, affirmant la perpétuité de la science.
De tous côtésles clercs affluaient dans la grande ville, se pressant pour cuir la parole des maîtres renom més, recueillant: précieusement leurs enseigne ments, pour aller ensuite, revenus dans leur pays. annoncer à leur tour l’Evangile de la Science.
Mais à côté de cette science officielle qui faisait la gloire de Paris, à côté de la science théorique d’après Aristote et la Bible, il yavait une autre science et d’autres savants, l’alchimie et les alchimistes. L’alchimie, surtout science d’observation et de pratique, faisant fid’Aristpte, ne se basant que sur l’expérience, n’acceptant que des faits et non des rai sons. Suspects d’hérésie, mal vus des théologiens, traqués par les rois et les seigneurs, qui désiraient
L’ALCHIMIE A PARIS AU MOYEN AGE s’enrichir à leurs dépens, ses adhérents travaillaient obscurément, loin des regards curieux ou malveillants du vulgaire. Aussi fallait—il une certaine hardiesse pour se livrerà son étude. C’est pourquoi au moyen âge, les alchimistes se recrutaient dans les hautes clas ses de la société : Bernard le Trévisan, D. Lachaire, Grosparmy, N. Valois étaient des seigneurs; Guil laume de Paris, B.
Valentin, Vicot appartenaient au clergé, et Flamel était libraire et écrivain juré; maî‘ tre Anseaulme était médecin.
C’est aussi à cause de cette malveillance universelle que, cherchant leur force dans l’union, tous les alchimistes de Paris se connaissaient entre eux; ils formaient ainsi une véri table université occulte ayant ses anciens et ses chefs, ses professeurs et ses étudiants; l’âge et la science étaient les seules bases de sa hiérarchie.
Des provin ces, de l’étranger, les alchimistes venaient à Paris; pour se faire affilier, ils s’adressaient à des intermé diaires ayant souvent affaire avec les disciples d’Her mès, tels les orfèvres, les fondeurs, les verriers, les droguistes ; ils trouvaient ainsi rapidement des amis et dès lors commençaient la vie en commun; ils faisaient désormais partie de la grande société hermétique.
Le nouveau venu s’installait souvent seul, il habitait une maison isolée; quelques manuscrits composaient toute sa bibliothèque, car ils étaient alors fort cher et Flamel dit avoir payé deux florins le livre d’Abra ham le juif, et encore, ajoute-t-il, « celui qui m’avait vendu ce livre ne savait ce qu’il valait ». Les appa reils de verre, nécessaires pour les opérations chimi ques, étaient aussi à un prix élevé. Denis Lachaire,
48 L’INITIATION en parlant des fortes dépenses qu’il avait faites, dit notamment qu’il avait acheté pour six écus de verres, ce qui correspondrait pour la valeur à plusieurs cen taines de francs de nos jours. Mais, souvent aussi, l’alchimiste, surtout quand il était jeune, se mettait au service d’un adepte, fai sant office de manœuvre, subissant tout sans se plain dre, dans l’espoir que son maître lui révélerait un jours ses secrets.
A cette époque en effet la plupart des expériences étaient tenues cachées; un procédé chimique, pour peu qu’il permît d’obtenir un com posé curieux ou encore inconnu, constituait un secret qui se vendait fort cher et qui pouvait devenir une véritable source de revenus pour son heureux posses seur : Krafl't, ayant acheté le secret de la préparation du phosphore à Brandt, alla le porter à Londres où, en le vendant à diverses personnes, il réussit à re cueillir une somme assez importante.
Les alchimistes se réunissaient par petits groupes au logis de l’un d’eux, mais leur lieu général de réu nion, comme nous l’apprend Denys Lachaire, était le parvis de Notre—Dame.
Cette église était leur rendez— vous favori ;àquelque heure du jour qu’un alchimiste y entrât, il était certain d’y rencontrer des confrères, narrant leurs dernières expériences, discutant, cher— chant, apprenant à faire jaillir la lumière de leurs contradictions réciproques ou bien contemplant la statue de saint Christophe, le tableau du Semeur ou le tombeau d’Etienne Yver, auxquels ils attribuaient un sens alchimique. Les plus belles sculptures hermétiques de Notre—Dame s’étalaient sur son triple portail et les
L’ALCHIMIE A PARIS AU MOYEN AGE disciples d’Hermès étaient toujours en nombre sur les marches de l’église cherchant'à arracher leur secret aux hiéroglyphes impossibles. De la Borde, Gobineau de Montluisant, Sauval nous ont transmis quelques unes des explications que les alchimistes donnaient de différents détails de Notre—Dame.
Les alchimistes se rencontraient encore à la maison de Flame, au coin de la rue Marivault et de la rue des Escripvains, le lieu le plus fréquenté des alchimistes après Notre—Dame.
On les rencontrait enfin partout où la voix publique accusait quelqœ symbole peint ou sculpté: au cimetière des Innocents, où ils admiraient les figures sculptées et coloriées du tombeau de Per nelle, la femme de Flamel, à Saint-Jacques-la-Bou cherie, a Sainte—Geneviève-des-Ardents, à l’hôpital Saint-Gervais, à Saint-Martin, à la Sainte-Chapelle.
« Quand les mamans qui allaient dire leurs pâte ' nostres oyaient ces hommes hâves tousiours sen— tans le souffre, taincts et souillez de suye 'et de charbons, et par le fréquent maniement de l’argent vif devenus paralytiques (I); » quand ils les enten daient parler entre eux d’homme rouge, de femme blanche, de Gabricius, de Prébis, ils s’éloignaient avec terreur.
Car la croyance populaire les accusait de magie; le nom d’alchimiste évoquait naturelle— ment celui de magicien, et le laboratoire de l’hermé tiste avec ses cornues remplies deliquideslouches, ses alambics rougeoyant dans la pénombre, ses paquets d’aromates séchant pendus au plafond, était un lieu (1) Corneille Agrippa, Incertitude el vanité de: sciences. 4,-_.-_LÆ_.__.__
50 L’INITIATION que bien peu de bourgeois eussent osé affronter de sang—froid. De plus, l’alchimiste travaillait aussi bien la nuit que le jour, plutôt même la nuit, car il était plus tranquille.
Or, au moyen âge, la nuit appartient au prince du mal; c’est le moment du sabbat, des enchantements, des messes noires; la nuit, c’est Satan et ses suppôts qui règnent; quiconque bravaille la nuit se livre à des œuvres damnables ou du moins fort suspectes. _ , Du reste, faut-il l’avouer, plus d’un souffleur, après avoir usé sa vie et dépensé sa fortune à la recherche du grand œuvre, n’hésitait pas, dans sa désespérance, à s’aider de la magie noire et à évoquer le démon barbu qui révèle le secret philosophique.
Aussi tous les grands maîtres de l’alchimie ont été accusés de magie et nombre de légendes horrifiques circulaient par le menu peuple sur R. Bacon, Arnauld de Ville neuve, Albert le Grand, Vincent de Beauvais. Enfin, pour corroborer ces soupçons, on parlait vaguement d’une vaste association d’illuminés, for mée par les disciples de R. Lulle et nommés lullis— tins. Prédécesseurs des Rose-Croix, ils s’occupaient d’alchimie et de nécromancie.
Ils se réunissaient la nuit et, dans leurs assemblées, l’âme du maître appa raissait et révélait aux disciples qui s’étaient distin gués le secret de la pierre philosophale.
Aussi les alchimistes étaient—ils Vvéhémentement soupçonnés d’hérésie, et, quoique l’Église ne les eût jamais assi milés aux magiciens et sorciers, néanmoins l’autorité spirituelle s’était occupée d’eux, et en I317 _le pape Jean XXII avait fulminé contre eux la célèbre bulle :
L’ALCHIMIE A PARIS AU MOYEN AGE 51 Spondent pariter, qui les exilait et les frappait d'amendes pécuniaires considérables ou de prison en cas d’insolvabilité. Plus}ard le jésuite Debris a agité, dans ses Disquisitiones magicæ, la question : « l’alchi mie est-elle licite? » et il répond en ces termes ambi gus : « Cela dépend de la personne qui s’en occupe; pour les unes, il y a danger et non pour les autres.
Cela pouvait mener loin, très loin même, dans un in puce ou sur le bûcher. L’autorité séculière s’était de même acharnée contre ces honnêtes savants. En I380, Charles V, roi de France, avait interdit la vente des appareils et des manuscrits d’alchimie; en [404, Henri IV, d’Angle terre, les déclarait coupables de félonie et, en 14.18, Venise les avait exilés de son territoire.
D’autres sou— verains n’avaient pas émis d’édits, mais ils avaient fait emprisonner, torturer ou pendre les alchimistes qui n’avaient pas voulu travailler pour eux; de toutes les sciences l’alchimie est celle qui compte le plus de mar tyrs.
Malgré tout ils persistaient dans l’étude de leur divine science ; chaque persécution augmentait le nombre des fidèles; ils en étaient quittes pour se cacher quelque temps et pour reparaître ensuite plus nom breux qu’auparavant. Toutes ces peines temporelles ne les atteignaient guère; leur seule richesse était la science, leur soutien l’espérance, leur patriel’au-delà.
Les prescriptions, l’exil étaient plutôt pour eux une occasion d’aller s’instruire à l’étranger; tous ceux qui avaient réellement l’amour de la science voyageaient à travers l’ancien monde. Après avoir appris à Paris tOut ce qu’ils pouvaient apprendre, après s’être per
52 L'INITIATION fectioflne’s dans l’art des manipulations,s’ils n’étaient pas encore parvenus au but tant désiré, ils quittaient la capitale et parcouraient la France, puis l’étranger, surtout l’empire allemand, l’Angleterre et l’empire musulman.
Ils visitaient surtout les mines d’or et d’argent, étudiant l’évolution des métaux précieux; ils s’arrêtaient dans les villes où demeurait un adepte fameux, s’efforçant de le circonvenir, d’entrer assez avant dans son amitié pour en tirer quelque secret important. Souvent même l’unique but de longs voyages était de se mettre en relation avec quelque savant alchimiste.
C’est ainsi que Bernard le Trévisan alla en Alle— magne tout exprès pour entrer en rapport avec un certain maître Henri, confesseur de l’empereur,et, une fois au terme du voyage, il ne dépensa pas moins de deux cents écus avant de parvenir à faire sa connais sance.
Quelques alchimistes passaient une grande partie de leur vie à voyager: Grosparmy avait voyagé pendant seize axis; Arnauld de Villeneuve et Raymond Lulle avaient parcouru la majeure partie de l’Europe, et Paracelse avait été jusqu’en Égypte, peut—être même en Tartarie. Ce dernier avait accompli ces longues pérégrinations en vivant au jour le jour de son métier de médecin.
Les villes les plus célèbres après Paris comme centres alchimiques étaient Toulouse, Mont pellier, Londres, Vienne, Fez et le Caire. Puis, tôt ou tard, ils revenaient fatalement à Paris, et dès lors la vénération de tous leur était acquise; on écoutait avec avidité leurs récits, on recueillait comme des oracles leurs observations prises dans les
L’ALCHIMIE A PARIS AU MOYEN AGE 53 mines, leurs expériences faites en commun avec des adeptes étrangers. Des jeunes alchimistes enthou siastes s’attachaient à eux comme leurs disciples particuliers, remplissant au besoin auprès d’eux l’of fice de manœuvre, de garçon de laboratoire, espérant que, quelque jour, l’adepte récompenserait leur zèle en leur léguant ses secrets.
C’est ainsi que Grosparmy servit longtemps des adeptes fameux de son temps, passant une partie de sa jeunesse dans cet esclavage volontaire.
En résumant tout ce qui précède, nous pourrons restaurer l’alchimiste médiéviste : nous le voyons d'abord arriver jeune à Paris, il se met en relations avec ses confrères, entre au service d’un ancien, le suit aux réunions quotidiennes à Notre-Dame ou à Saint-Jacques-la-Boucherie; puis, quelques années après, pour parfaire son instruction, il voyage en France et à l’étranger, et revient déjà vieux à Paris où il finit sa vie, vénéré et entouré de soins et de préve nances par ses amis.
Ces quelques notes permettent de faire revivre l’alchimiste; dans une prochaine étude nous montrerons Paris alchimique dans ses monuments; ces deux études sont complémentaires et pourraient servir de base à un travail original que nous proposons à nos lecteurs, la Psychologie de l’alchimiste. PHILOPHOTES.
54 L’INITIATION APPLICATIONS DE L’OCCULTISME L’Anawena ET LE « PLUS LOURD QUE L’AIR» Raisonner par analogie, c’est juger d’une chose par la ressemblance qu’elle présente avec une autre. Il y a des ressemblances superficielles qui ne participent que de la forme et il y en a de plus profondes qui viennent de la communauté des principes.
Cette dis tinction nous fait préjuger de l’objet véritable et aussi ' des dangers du raisonnement analogique; c’est une arme à deux tranchants qui veut des mains habiles et exercées. Les anciens se sont beaucoup servi de l’analogie, ils out su, par des généralisations avisées et prudentes, formuler sur l’homme et sur la nature les splendides aperçus que nous dévoile l’ésotérisme.
Il semble, après une période de méconnaissance ou d’oubli, que ce procédé de l’esprit reprenne quelque faveur. Cela est heureux ; la plupart des conceptions scientifiques prochaines aboutiront d’autant mieux que nos savants se seront résolus plus tôt à tenir un compte rigoureux des puissantes indications de la synthèse analogique.
On ne saurait trop le faire remarquer : loin d’être en contradiction avec les procédés de nos sciences posi tives, la méthode analogique les complète ; elle con duit souvent à l’élimination rapide des hypothèses mal venues et suscite ainsi de nouveaux progrès. Pour sortir des généralités, on nous permettra de
L’ANALOGIE 5 5 montrer par un exemple ce que l’on peut retirer de la simple observation des harmonies naturelles. Nous examinerons la question du « plus lourd que l’air ». Ce problème passionne en ce moment, à bon droit, de-nombreux réalisateurs. Il n’est pas de semaine qui nenous apporte, avec l’annonce d’une solution, la description d’un nouvel appareil toujours ingénieux, quelquefois chimérique.
C’est que les temps sont pro ches et que cette invention, sans jeux de mots, est « dans l’air », elle s’annonce dès maintenant par une attente publique , très caractérisée. D’ailleurs, les inventions à grande portée ne viennent-elles pas à leur temps, dans un ordre et suivant un processus en quelque sorte providentiel dont on pourrait peut-être, en cherchant bien, trouver les lois ?
L’invention de l’imprimerie, par exemple, n’a—t-elle pas précédé de peu et rendu possible le grouppement européen 51 bien étudié par Barlet, dans son Essai sur l’évolution de l’idée ?
Si l’imprimerie a été l’instrument principal de l’ac— cession des Occidentaux au plan-nation signalé ici même par Quœrens en quelques pages magistrales (I), il semble que le navire aérien sera l’organe matériel qui nous permettra d’aborder un jour le plan supé rieur de l’évolution humaine; cette élévation sera le prix de la lutte qui va se dérouler sur le mode actuel de notre évolution.
' Déjà la navigation à vapeur, les chemins de fer, le télégraphe ont préparé les voies de l’avenir, parallèle (1) Voir l'Iniliation du15 juin 1891, Ésotérisme et Militarisme.
56 L’INITIATION ment avec le développement des aspirations publiques et dans un ordre bien curieux à étudier et non quel— conque. Ainsi, le laborieux effort du moyen âge qui aboutit à Jeanne d’Arc avait préparé la patrie, ainsi le monde moderne prépare une fusion des peu ples qui sera une réalisation supérieure de l’idéal humain.
Mais ni la navigation maritime, miles chemins de fer, ni l‘étincelle électrique ne suffiraient sans doute à la grande tâche prochaine; pour réaliser le corps social de l’humanité terrestre et prononcer son avan cée dans les merveilleuses régions de l’avenir, il faut vaincre un obstacle qui est purement d‘ordre straté— gique : il faut à l’homme la possession bien assurée du seul chemin qui conduise partout à la surface de la terre : l’atmosphère.
Cependant, le perpétuel devenir de l’humanité, comme le tonneau des Danaïdes, demande d’inexo rables recommencements : avant d’édifier, l’homme doit démolir, et cet instrument de la grande paix rêvée ne sera tout d’abord, hélas! qu’un instrument de guerre! Souhaitons avant tout qu’il soit dans la main de la France, puisque c'est la nation la plus capable de s’en servir pour le triomphe, dans la mo dération, des idées de justice et de fraternité.
Devant l’aéroscaphe, merveilleux torpilleur universel, dispa raît l’importance numérique des bataillons. Tout groupement, toute concentration s’offrent désarmés à ses coups. Ses qualités tactiques s’augmentent de sa rapidité, de son invulnérabilité. Il multiplie d’une manière prodigieuse la force d’attaque et de résistance
L’ANALOGIE 57 L!“ "o"'\ "--T .'vî"-' " “‘1' r " " " de l’armée qui le possède la première. On ne peut lutter contre lui que par un autre lui-même.
Ce problème, qui a préoccupé les hommes depuis lcarc et peut-être avant lui, s’éclaire aujourd’hui des travaux de nombreux savants, français pour la plu part, qui ont déblayé le terrain et préparé la conception définitive d’un appareil de réalisation.M. Marey, du Collège de France, a pu chronophotographz’erl’oiseau, ce moteur animé si parfait, et il a mis en relief l’im portance de deux éléments du vol trop longtemps négligés: l’essor et le planement.
A son tour, M. le commandant Renard a fait beaucoup par ses études théoriques d’abord, puis par l’application d’une pile légère, puissant générateur d’énergie, à l’hélice pro pulsive. .
D’un autre côté, les chercheurs nombreux qui ont étudié les aéroplanes ont obtenu des résultats d’une réelle valeur : on connaît bien, pour n’en citer que deux, les élégantes recherches de Pénaud et celles de Victor Tatin ; mais voici qu’un éminent savant amé— ricain, M. Lengley, vient de démontrer de nouveau, par des expériences et des chiffres, la possibilité d’une solution par les aéroplanes à propulsion rapide.
Ces recherches analytiques ont permis de circons crire enfin le juste sentiment des difficultés à vaincre. Elles sont immenses, mais non pas fatalement obs tructives. Faute de méthode analogique, beaucoup d’ingénieux inventeurs se sont attardés dans des re cherches stériles, tels ceux qui se sont leurrés de l’espoir d’arriver à une solution par l’imitation plus ou moins parfaite de la forme ou de l’appareil de vol
58 L’INITIATION de l’oiseau. Or la nature ne produit pas de très grand planeurs, l’aile ne dépasse jamais de faibles dimen— sions; c’est que les lois qui régissent notre planète s’y opposent: le théorème des « surfaces-résistances » qui les traduit nous démontre, en effet, qu’au delà d’une faible limite, l’amplitude du battement de l’aile et sa vitesse utile sont destructives de toute solidité.
Ce n’est pas la structure de l’oiseau qu’il s’agissait de reproduire, mais bien plutôt ses PRINCIPES favora bles ou défavorables qu’il fallait reconnaître afin d’arriver au groupement à la fois synthétique et ana logique des organes de l’aéroscaphe. Celui-ci sera aussi différent d’un oiseau qu’une locomotive ou un navire à vapeur peuvent l’être d’un cheval ou d’un canard.
Dans l’aéroplane réalisable, le CORPS de l’animal sera représenté par une flèche légère capable d’un planement passif ;les MEMBRES deviendront des pro pulseurs à formes héliçoïdales ; la POITRINE dans la quelle se génère la vie etpar conséquent la force ne sera autre qu’une pile de la famille de celle du bal lon la France ; les NERFS qui transmettent l’éner— gie aux muscles seront des conducteurs métalliques aboutissant aux récepteurs-moteurs après avoir passé à portée du CERVEAU ou de la VOLONTÉ.
Celle-ci sera représentée par le planeur installé en nacelle, auprès du centre de gravité du système;il agira par des commutateurs sur cette force et la diri gera à son gré. En résumé, l’analogie doit partir d’un principe commun aux deux postulats en présence, passer par l’examen des lois qui les juxtaposent, pour aboutir
L‘ANALOGIE 59 auxfaz’ts qui les différencient dans laforme. Nous re— trouvons ici le ternaire et le quaternaire familiers aux lecteurs de I’Inz'z‘z’atz‘on et nous rencontrons un exemple de la différenciation de l’unité qui, par l’in volution, descend jusqu’au multiple. H. LEFORT. 1( «son L’étude de l’appareil auquel il est fait allusion dans cet article est complètement terminée.
Les prévisions et les calculs ne nous laissent aucun doute sur sa réussite expérimentale. N. D. L. R. APPLICATIONS DE L’OCCULTISME «lasassrarmmn MAGIQUES DANS L’HOMME VISIBLE Dans l’Inz'z‘z‘ation de mai 1890, Papus publiait sous ce titre une étude sur les rapports anatomiques et physiologiques des parties du corps humain.
Cette classification analogique, restaurant après quelques maîtres contemporains l’antique science encore gé— néralement ignorée aujourd’hui de l’anatomie philo sophique, était admirablement bâtie sur le ternaire, sauf en un point, et ce point était fondamental. Je proposai à l’auteur une rectification dans le sens d’une
60 L’INITIATION extension parfaite et solide du ternaire. Papus me la retourna avec approbation et prière d'en faire un ar ticle. Je donne ici la note que je lui ai communiquée avec quelques développements, me servant des termes généraux employés dans l’étude publiée et rapportant directement à celle-ci mes diverses modifications.
Pages 100-101, au lieu du binaire Tronc et M’embres, établissons le ternaire Tête, Tronc et Membres que rien n’infirme dans la suite. Ainsi le ternaire est complet depuis la base jusqu'à la der nière subdivision et il est inutile d’avoir recours à cette subtilité — gênante d’ailleurs plus loin — de faire du Tronc proprement dit et de la tête un en semble hétérogène sous la dénomination impropre de Tronc.
Certes, la Tête et les Membres détachés du Corps, ce qu’on appelle Tronc semble constituer un binaire (poitrine, ventre), et c’est cette apparence qui amène à chercher l’adjonction de la Tête et à détruire la base même du ternaire fondamental pour créer un .faux ternaire dérivé d’un faux binaire qui doit infir mer toute la suite de la division.
On oublie le Front du Tronc, le Cou, qui est, comme on va le voir, la transition supérieure et sublimante (cordes vocales) du Thorax. Transportons le ternaire dans les trois parties pre mières, nous aurons : A. Tête. — 1. Front (yeux); 2. Nez (pommettes, oreilles); 3. Bouche (glandes). B. Tronc. — 1. Cou; 2. Poitrine (cœur) (pou— mons); 3. Ventre (viscères pelviens).
CORRESPONDANCES MAGIQUES 6 I C. Membres. —- t. Maxillaire inférieur; 2. Bras; 3. Jambes. Cette répartition établit un nouveau et délicat rap port de transition du Tronc à la Tête, semblable à celui de la Tête à l'esprit et à celui des Membres au Tronc. Du Cou s’élève la voix comme du front la pensée. La voix (verbe) est le corps (chair) de l’esprit. Nous verrons tantôt que le Maxillaire en est le mem< bre.
Ce sont des sommets intermédiaires transmettant la sublimation de la partie inférieure à la partie supé— rieure et participant de l’une et de l'autre. Ces cor respondances initiales rattachent les trois parties du ternaire entre elles et établissent les rapports selon une loi constante. Tout ceci, d’ailleurs, n’est qu’une question de mé thode; mais des principes fondamentaux de ce genre gagnent à avoir des assises homogènes.
Si l’analogie fait défaut, il importe que ce ne soit pas précisément dans le point de départ d’où découle toute l’harmonie de la constitution. Or__ bâtir une série complète de ternaires sur un binaire est non seulement une héré sie occulte foncière, mais encore une source certaine d’erreurs et de désagrégation dans la suite. Le reste du travail de Papus, modifié dans ce sens, se rattache parfaitement à cette disposition.
L’ex— tension complète des correspondances vérifiera la valeur de ces données. Un tableau général établira les prémisses rectifiées. Un autre, détaillé, montrera la possibilité logique de leur extension. mww \ '"'Læ\“‘“‘im"““'“'“‘x.
62 L’INITIATION Tableau général (division). I. Front( eux transition su érieure s i A. Tête ritualitéî >’ p ( p z (direction) 2. Nez ( ommettes, oreilles). Ëî, 3. Bouc e (glandes). _ . ;,_9 B Tronc l. Cou,.transmon supéneure (VOIX). 51 3 ' t. 2. Fourme (cœur) (poumons). æ-Ë l3eS ’°n)' 3. Ventre (visqèrespelviens). 3‘“ I. Manllaire Inférieur, transition supé u c, Membres meure (élocunon). (action). 2. Bras 3. Jambes.
Pages 1094 to,ajouter la caractéristique des oreilles chez les phtisiques.
D’ailleurs, comparez la consti tution du cœur et celle du nez, leur forme semblable générale en sens doublement inverse, la double divi sion médiane (horizontale et verticale) (deux cavités osseuses et deux cartilagineuses dans le nez, deux ventricules, deux oreillettes dans le cœur), le fonction nement identique et corrélatif, etc. Puis, remarquez qu’un nez quadruple est placé entre deux pommettes comme un cœur quadruple entre deux poumons, qu’une bronche correspond à un estomac, etc., le tout ' avec des situations réciproques semblables.
Pages 106 et 109, remplacer tête par cou et former ainsi en le complétant le tableau détaillé (rapports) : Tête Front : Nez l Bouche Tronc Cou ‘ Poitrine ’ Ventre Maxill. infér.
X P. vertical P. horizont; —>Î_ W “ ÿx“ —x_ mes— iDétits x x Bras Main Avant-bras Bras p. dit Main __Doigt '— Paumemfi Poignet Doigt Phalangette Phalangine Phalange Jambe Pied Mollet Cuisse S Pied Doigt de pied Plante Cheville (Doigt de pied Phal. du pied Phal. du pied Phal. du pied
LA TURQUIE OFFICIELLE 63 La subdivision de la tête et du tronc sur l’échelle correspondante des membres reste à faire d’après les auteurs cités par Papus (i). Le tableau alors, pour être complet, devra encore répartir ce dédoublement des trois paires de membres.
Le tableau de la page 107 établissant le rapport chiromancique du corps avec les membres permet également l’addition vivificatrice entre le schéma du corps et celui du bras, des schémas identiques de la tête, du tronc, du maxillaire inférieur et dela jambe, d’après les indications ci-haut.
On remarquera que,de même que les trois divisions du tronc trouvent leurs « fenêtres » dans lestrois divi sions de la tête, de même les trois divisions des mem— bres trouvent leurs attaches dans les trois divisions du tronc. VURGEY. Œa Œ‘uaura ouercreme 1 ‘vol. in—az, par M. PAUL DE RÉGLA. Quantin, éditeur.
Profond observateur, psychologue aux larges envo lées, M. Paul de Régla n’est certes pas un écolier en hermétisme, car chacun de ses livres dénote une sérieuse initiation. J’ai loué dans un précédent arti cle son Jésus de Nagareth, aujourd’hui j’applaudis (r) F012, A. Péladan, C. Bertrand, etc. ,,...m s
64 L’INITIATION sans réserve à_ son œuvre nouvelle, la Turquie Officielle, publiée récemment par l’éditeur Quantin et dont quatre éditions étaient vendues aussitôt. Toute l’âme de ce peuple turc condensée en quel ques chapitres révèle avec une acuité singulière ses vertus et ses vices. L’auteur, impartial toujours, ana— lyse la vie jusqu’à son essence; puis, de tous les détails, il reconstitue une lumineuse synthèse.
La vérité se dégage et s’impose de ce vaste ensemble de faits, de documents, d’anecdotes; telle ou telle légende typique, sortie du cœur même de la nation, confesse sa misère ou sa grandeur et, mieux que de longs commentaires, fait justice de fausses opinions accréditées.
Que devient par exemple l’accusation de fanatisme religieux reproché aux enfants de Mahomet, après lecture du sceptique et délicieux conte de l’Ane vénéré comme un saint «par quelle grâce miraculeuse prospèrent certains couvents de derrz’ches » P (A suivre.) GEORGE MONTIÈRE.
A PR©P©S ®E VIIVJISÉ©TII©JËI LA VIVISECTION, ses dangers et ses crimes (I), tel est le titre d’un volume que, depuis longtemps déjà, nous avons sur notre table de travail, nous allions dire de dissection, car le critique d’un livre fait un peu œuvre de dissecteur. ‘ Le sous—titre de ce volume est peut-être bien empha—
A PROPOS DE VIVISECTION 65 tique ; la vivisection offre certes des dangers, surtout pour les victimes, mais ce n’est point de ceux-ci dont veut parler l’auteur; quant aux crimes, hâtons-nous de le dire, ils sont commis envers les animaux et très rarement envers l’homme; l’opinion publique réprouve si fort ces derniers qu’il ne s’en commet pour ainsi dire pas.
Après une lecture attentive, l’effet que produit le livre sur l’esprit du lecteur est pénible, parce. que le travail de l’auteur est lourd, fatigant; on sentà chaque paragraphe, sinon à chaque ligne, que l’écri— vain essaie de manier une langue qui n’est pas la sienne : la langue scientifique, si belle, si claire, si précise pour celui qui a l’habitude de s’en servir; la technicité même de cette belle langue se prête merveil leuSement aux nuances si nécessaires à une exposi tion succincte des faits.
Et puisque ce terme vient sous notre plume, disons que l’auteur du mémoire en question, sur sept de ses chapitres, en a cinq intitulés FAITS, chapitres qui du reste n’étaient pas indispensables; ce sont des redites, de vieilles discussions scientifiques depuis longtemps épuisées par les écrivains qui sont dans le mouvement.
Nous venons de dire mémoire; ce labeur que nous étudions n’est pas en effet un livre, ce n’est qu’un de ces mémoires qu’on présente aux sociétés, aux académies savantes (P) et que celles-ci couronnent, parce que les dits mémoires sont bourrés de citations, qui ne sont pas toujours tirées des sources même, mais de seconde main; c’est le cas du mémoire que nous étudions.w ,.—wǑϓ>"W_-"‘Êàfia/“MW“W ' 3
66 L‘INITIATION Les travaux analysés par notre auteui appartien— ment à la Revue des sciences médicales, aux Archives de Physiologie, au Bulletin de la société de Biologie, à diverses gazettes médicales, à la Revue scientifique, à la Revue générale de Physiologie, aux Travaux de laboratoire de Physiologie de l’Académie de méde—‘ ciné, puis à des travaux ou mémoires de docteurs : à la Physiologie humaine de Beaunis, à l'Introduction à l’étude de la médecine expérimentale de Claude Ber— nard, aux Leçons sur les anesthésiques du même professeur, ainsi qu’à sa Physiologie opératoire.
Après ces travaux, nous trouvons ceux des autres docteurs français, anglais, allemands, enfin jusqu’à des passages du Larousse. Or mentionner dans une œuvre soi—disant scientifique un pareil fatras de compilations, n’est—ce pas supposer son lecteur un peu naïf. Aussi un esprit un peu éclairé ne se laisse pas prendre à cette pseudo—science.
Voilà pour les auteurs mentionnés, mais M. Mem— ger a omis de nous donner les noms de quelques au teurs qui lui ont fourni des arguments en faveur de sa thèse; par exemple les travaux de M‘" Schwartz (Elpis Mel-ena) et ceux d’une brochure signée Un An— glais (I).
Enfin M. Metzger a reproduit presque en entier une de ses brochures intitulée : La Vivisection est— elle une science? et dans laquelle il traite beaucoup trop longuement de la glycogénie, de la température (1) DE I.A LIGUE con-ms LES vwxsacnous ou Nouvelle Croisade, par un Anglais; br. in-8, Paris,Leroux, I879.
A mores DE vrvrsrzcrrou 67 du sang, de toxicologie, du cerveau, du cervelet, sys— tème nerveux,eflcz, etc- - l’estinœ que. le lecteur et peut-être la SOciétéfl‘am çaise contre la m'm‘sechbn auraient pu être informés de la seconde mouture qu’on leur servait à- nouveau comme fleur de farine; mais nousn’insi‘sterons pas sur ce point, car nous avons un grief beaucoup plus sérieux à formuler contre l’auteur de l‘a vivisec tion; c’est que sa conclusion est extrêmement faible, nulle, pourrions-nous dire; c’est une simple pérorai son quelque peu déclamatoire, dans laquelle M. Metz ger ose comparer la cause qu’il défend à celle de l’ESCLAVAGE, ce qui est une insigne maladresse.
En ce qui concerne l’esclavage, il n’y a jamaiseu qu’une voix, on a toujours été d’accord pour considérer l’es« davage comme un crime de lèse—humanité, et même les gens qui en tiraient des revenus considérables n’osaient défendre l’institution; seule l’Église. a osé le faire.
' ; L’opinion publique est au contraire très divisée sur l’utilité ou l’inutilité des vivisections, et partisans et antagonistes présentent, nous devons l’avouer, de solides arguments en faveur de leur thèse ;- je dirais même humblement qu’ après avoir lu le mémoire Clic M. Metzger, je pencherai à déclarer chose utile, sinon indispensable, la vivisection.
En effet les arguments mis en avant pour l’abolition de cet1esciencesont loin de me convaincre; il en existe cependant d’exceh» lents que l’auteur a eu tort de négliger ou de ne pas: connaître. Ennésumé, le travail de M..Metzger n’est ni bon ni ,.,3; ,M., ‘,a ‘ui_i|.rm71.—.“ * ,_. ,--v.{ ..‘,>_,,...._.,,..,à ,ælwwqäu‘
68 L’INITIATION mauvais ; il est tout simplement médiocre, aussi pen sons-nous qu’il ne gagnera pas un partisan à la cause anti—vivisectrice ; donc le but visé par la Société contre la virz'sectz‘on ne sera pas atteint.
Il le sera d’autant moins que le travail en question, bien qu’il vise à l’être, n’est nullement scientifique; c’est une œuvre hybride, ni chair ni poisson; c’est du reste le propre des sociétés semi—scz‘entifiques, de ne couronner que des œuvres émasculées, veules, ternes et sans cou leur.
Pour soutenir une thèse aussi difficile que l’anti— vivisection, nous aurions voulu voir la Société fran çaise contre la vivisection couronner une œuvre mâle, vibrante, une œuvre même de brillante polémique au style vif et rapide, au souffle large et sonoreenn mot un plaidoyer franc absolument en faveur que soutient à tort ou à raison la Société française ; je ne veux point me mêler au débat.
Mais la Société française possédait-elle dans les manuscrits qu’on lui a adressés une œuvre telle que celle que nous venons de décrire? Telle est la ques tion !
Quoi qu’il en soit, dans un mémoire dirigé contre la vivisection, une question primordiale s’imposait: celle de la RAGE; il fallait dire et oser déclarer, ou du moins poser cette question : M. Pasteur est-il un bien faiteur de l’humanité ou un simple mystificateur de ses contemporains ; c’était là un point digne d’attirer l’at— tention; eh bien ! M. Metzger a effleuré à peine ce grand débat. Il déclare bien que M. Pasteur, loin de guérir la rage,
A PROPOS DE VIVISECTION 69 _ .’ ,:;,}}O. .‘.Ï '.--r ..«.æxWWM la donne; c’est tout à fait notre avis; mais l’auteur ne conclut pas.
Il se contente de dire, page 167: « La grande ques— tion demeure ouverte : oui ou non, l’inoculation d’un virus atténué peut—elle communiquer la rage? » Et, après avoir mentionné tout au long une lettre demeurée célèbre du docteur Pajot, M. Metzger écrit : « Mais je retiens de la lettre ce fait, que le doute persiste dans les meilleurs esprits.
Plus de trois ans se sont passés depuis les lignes du professeur Pajot, et nous en sommes au même point. » Non, la question a avancé et nous avons le droit de reprocherà l’auteur du mémoire de n’avoir pas fourni les derniers documents qui condamnent d'une manière définitive la Méthode intensive de M. Pasteur, que l’honorable docteur Pajot considère comme un péril social possible.
C’était donc là une question d’une haute impor— tance à élucider, car la guérison de la rage a été l’ar— gument capital produit par les vivisecteurs en faveur de leur science de prédilection ! Que d’autres erreurs encore à signaler, mais nous ne saurions insister plus que de raison sur un mé moire qui n’a aucune importance soit au point de vue pratique, soit au point de vue scientifique.
La Société française contre la vivisection peut encore mettre à l‘étude la question, si toutefois une comtesse veut bien de nouveau mettre à sa disposition une petite somme pour couronner encore une nouvelle œuvre. \ MARCUS DE Vnza.
PARTIE LITTÉRAIRE La Vie d’un Mort (Suite.) On s’empressa; on fit respirer des sels à la norme dont le corps luttait, en une sorte de révolte réflexe, contre le viol de ce brouillard qui la pénétrait, sans la toucher réellement, plaçant devant ses yeux des reflets étranges et inexpliqués.
Elle eut un tressaillement long, un soupir, un redressement dans la résistance; -son corps astral, qui s’était abandonné, complice de :son collègue, violemment attiré par sa.vitalité réveillée, revint en sa norme; elle ouvrit les yeux, ressuscitée en quelque sorte, rejetant Durand qui titubait, sous .le choc de cetteexpulsion. .
Mais, à ce moment, la patronne, qui était revenueà elle, appelée par sa bonté de femme au secours de la religieuse, entra tenant à la maint un flacon de vinaigre. . Durand qui voguait, en son astralité ivre, la perçut, .;w,«,_r—:..ä 7-W4_ÏV_Ï»W:1MN N""fli iNM - » > _‘ r .' .
LA VIE D’UN MORT 7r imprégnée de sa féminité que la catastrophe avait activée, et de tout son désiquilibre il tomba sur elle, retrouvant l’affinité brutale des désirs passés, l’autre s’affalant, dans l’habitude d’une sensation retrouvée, Durand fouillant les coins connus, s’insinuant dans les fibres ébranlées d’un ressouvenir, et le patron, étant accouru aux cris d’effroi que ces torsions mal— saines arrachaient aux spectateurs, eut, un instant, quoique niais, la perception d’une anomalie inju— rieuse pour sa dignité de mari, et, trop bête pour lutter par lui-même, il cria: -— Monsieur Oscar!
M. Oscar, c’était l’autre, le nouveau venu qui avait chassé le prédécesseur, nature vigoureuse, surtout nerveuse, qui aimait la patronne de toute l’ardeur de ses sens encoré infatigués. Il accourut et la vit, le buste pointant, les jambes frémissantes, humant par tous ses pores l’amour féroce de ce mort qui la dévorait.
Il ne comprit pas, mais cette attitude surexcita tous ses érotismes con— tenus, et de lui aussi l’astralité jaillit, saturée de vita lité, de force. Et ces deux astraux se trouvèrent, dans l’espace étroit de cette pièce où l’air s’alourdissait d’effluves rustiques, en face l’un de l’autre, l’un palpi tant des fatigues de l’effort léthifère, l’autre robuste de sa vitalité vraie qui lui faisait un point d’appui.
Ils se colletèrent, mêlant leurs girations psychiques, se mer-A dam des potentialités de leurs dents, se déchirant de leurs ongles inexistants, s’injuriant de leurs volontés muettes qui se diluaieñt en vomissements d’épithètes, inexprimées... K.\Mmmflmbm‘M\ V.M..W.-.\m‘_vcw \.a\.. s. . \ «w
72 L’INITIATION Oscar, très pâle, exsangue pour ainsi dire, tenait la main de la patronne presque délivrée déjà et qui tré pidait, en des commotions grelottantes d‘oiseau mou rant... Durand résistait à cette pression vivante qui domi nait son reste d’énergie morte; mais voici que la dame, l’astralité, en un élan de fureur, se rua à son tour avec les rages de la haine pour celui qui l’avait lassée de l’amour.
Et d’elle et d’Oscar les deux astra— lités se précipitèrent sur Durand, le tordant dans leurs rhombes, l’étranglant de leurs replis, le perforant de« leurs heurts, tandis que les élémentaux, mis en appétit par ce déchiquètement de résidus morbides, s’attachaient au misérable, comme crabes à un cadavre, et le mangeaient avec un appétit si goulu, si déchirant qu’il éprouva les affres de ces morsures et s’enfuit, allongé en un efiilage d’arrachement, loin, dans l’allongement indéfini d’une évasion.
IV La nuit, l’obscurité profonde, enveloppante, dans le cône d’ombre luminaire, entre deux murailles rectes, au delà desquels l’abîme, dont la luminosité a des apparences d’insondables profondeurs... En son élan, projeté comme par une détente, Durand est arrivé là, dans l’in pace, sans espoir, sans rayon. Une écœurante veulerie met en cette chose impal— pable et flasque un afi'adissement ignoble. ' Cela ne vit pas, cela ne sent pas, cela vogue, flotte, ‘Ï? r _ _ÿ Γ a? Aa"“r*“\, -.r..r._ _' ‘- &,—1 a‘.pfl
LA VIE D’UN MORT 73 'pq."“nfi-"’J’.” _ ' " d’ici, de là, sans qu‘aucun souffle le pousse : va-et vient saoulant qui n’a ni raison d’être, ni commence ment. ni fin, un tournoiement sans cercle et sans heurt d’angle. Quelque chose comme la sensation de l’ivrogne affalé au coin d’une borne sur un tas moelleux d’or dures, mais abstraction faite d’un cerveau dont les fibres s’enfièvrent. Il tourne, tourne, tourne.
Chaque fois que la projection l’envoie vers les li— mites du cône d’ombre, sans choc ressenti, il vire, en un reploiement mon, hésite un instant, puis repart, plongeant dans la nuit plus dense, pour émerger à nouveau dans la lueur crépusculaire, humant, pour ainsi dire: à la façon des poissons, une goulée de cette lumière qui est son air. Pas un bruit.
D’autres astralités plus ou moins diluées, plus ou moins épurées de l’animalité, tournent, elles aussi, et, chose étrange, elles ne s’écartent point pour se laisser passer l’une l’autre : elles se traversent, se transper cent, sans que la moindre sensation les avertisse de ce conflit perforant.
Elles semblent n’être rien, et pourtant, quand, après s’être un instant mêlées, elles se retrouvent, hors de la collision, elles ont leur indi— vidualité, pour, un instant après, la confondre encore en d’autres individualités. Seulement, Durand, en cette perpétuelle évolution, a la sensation — sans sens de perception — d’une lourdeur qui, alors qu’il tend vers la lumière, le replonge quand même dans la nuit.
74 L’INITIATION Il y a un poids qui pourtant peu à peu, en des mil liers et des milliers de girations, peu à peu s’allège, comme ce serait pour un prisonnier qui, à force d’al ler et de venir en traînant sa chaîne sur le pavé de sa _geôle, l’userait, et ainsi la rendrait moins pesante, par désagrégation infinitésimale.
JULES LERMINA. (A suwre.) @Ïlt‘l @oäm mamÉrmua MARC AMANIEUX Les Normes hyperastrales s’imposent si implorer 'blement à l’écrivain en parturition d’œuvre gé niale, qu’il s’y soumet en dépit de lui et de propos en quelque sorte indélibéré. La constatation de ce fait ne nous paraît point déplacée au début d’une étude sur deux livres qui feront certainement époque en cette phase de rénovation cyclique, la Ré»olutz‘on et For— mose, de Marc Amanieux.
Le poète a divisé le premier de ces livres en se con formant aux lois du quaternaire: LES GRANDES AMOURS, LES GRANDES LUTTES, LES GRANDS DRAMES, LES GRANDES LOIS. A travers ces quatre ‘porches gigantesques, aux frontons ouvrés comme le tympan d’un anique, on
UN POÈTE HERMÉTIQUE 7‘5» voit; dans une musique de suggestives sonorités, qui tantôt frémissent avec des‘tintements de cristal, tantôt éclatent avec des fracas de buccins, se dérouler, pa— reille à quelque solennelle théorie, une actionintense,. l’action terrible et puissante qui achangé le monde, la Révolution, en un mot.
Mais pour continuer notre image, de même que les prêtres et les canéphores ne sont pas seulement des bras qui portent les objets du. sacrifice, des esprits qui perpétrent les volontés d’En-Haut, mais aussi les cœurs qui battent, qui souffrent et vivent leurs humaines amours, le poète a complété son drame, en juxtaposant à la pompe triomphale la marche plus humble d’une attachante et douloureuse idylle.
Et parallèlement, dans un dua-v _ lisme ineffable queles lois de l’antinomie enchaînent et harmonisent, la double action se noue et se dénoue, sans que les tonnerres de la grande tragédie étouffent le murmure de la plaintive églogue, ou que ces âmes qui aiment fassent oublier les bras qui agissent.
Par un des procédés familiers aux écrivains de l’école moisiaque, Marc Amanieux voulant donnerà son lecteur la sensation de l’unité prodigieuse qui a présidé à l’œuvre de la révolution, en a incarné la pensée et l’idée dans un personnage unique, Carville, sorte D1N démesuré, qui résume toutes les haines du passé, toutes les aspirations du présent, et qui, pareil àl’icon symbolique des vieux hiérogrammates, porte dans son sein les racines de l’arbre merveilleux où germeront les fruits de l’Avenir.
Le soir il arpentait d'un pas large et robuste Sa retraite, cherchant le vrai,_le bon, lejuste._ Sous sa pensee ardente y croisant ses allons,
76 L’INITIATION Chaque ombres‘en allait, déchirée en haillons. Tout son être vibrait d‘un frisson indicible. Il parlait haut, jetant son verbe à l‘invisible, Dans on ne sait uel ciel mysterieux et beau.
C'etait l'esprit deqSparle armé de Mirabeau ; C‘était le Peuple ayant ar hasard les mains blanches, Une incarnation vaste e ses revanches, Une synthèse en chair des rêves radieux, De ceux qu'avaient courbés les rois après les dieux ; C'était avec leur âme éparse et sans frontières, Les révolutions humaines tout entières ; Et le génie amer et doux vivait en lui!
Mais en synthétisant la Révolution dans Carville, le poète n’en a pas moins donné, dans l’économie de son œuvre, un rôle important aux divers protago— nistes historiques de cette épique bataille.
Les figures de Vergniaud, de Danton, de Marat, de Saint— Just, de Camille Desmoulins, de Collot-d’Herbbis, de Tallien, de Fouquier-Tinville, etc., s’y montrent à ' leur heure, avec leurs physionomies propres, tantôt implacables ou émues, tantôt titaniques ou humaines, mais toujours lumineuses, et grandes d’on ne sait quelle sauvage grandeur ! Mais nous avons hâte d’aborder la partie purement hermétique du livre.
Luc de Jordan et sa bien-aimée, Arachné, après une soirée d’érotiques ivresses, assis tent à la matérialisation de deux âmes. Il faut dire que les jeunes gens, par un amoureux caprice, ont inconsciemment mis en œuvre tous les éléments propres à la réalisation du phénomène. Toutes les précautions recommandées par les théurges de tous les âges et de toutes les églises ont été minutieusement observées.
Luc s’est vêtu d’une tunique de lin, à l’an tique; Arachné s’est parée, elle aussi, comme il sied: Sa lourde chevelure à moitié se dénoue, F.t tombe sur la pourpre ardente des coussins; La gaze moule un peu la pointe de ses seins; Son pied rose, en frappant, sort un de la babouche!
UN POÊTE HERMÉ'l’IQUE 77 "‘25!‘FΓa.fi"mï"ea ". *'*'*1 ". :1‘T -"* “'S“’.‘»"ΑËJ"Ë"Ï" Des parfums brûlent autour d‘eux: Amour, nous t‘apportons des vases de Mégare; Pleins de parfums mûris au soleil d‘0rient 1 Nous sommes en pleine Grèce. Tout sourit, tout rayonne, tout embaume, et voici que les accords de. la lyre viennent se mêler aux tendres soupirs de ces enfants.
Ils chantent Rhéa, la Terre maternelle, les ' splendeurs du Cosmos, les douceurs de l’Amour.. Puis : ‘ Craignant l‘air frais du soir, ils ont jeté sùr eux Une etoffe africaine aux rad1euses teintes 1 Luc s’est endormi; mais, sollicitées par la conspira tion des agents évocateurs fortuitement condensés en ce milieu, les deux ombres, les deux âmes ne tardent pas à matérialiser leur périsprit.
C’est Arachné, la femme, l’être initiable par excellence, qui la première aperçoit la vision : Arachné, dressée un peu hors des coussins, Très pâle, rajustant sa gaze et sa dentelle, Regardait fixement, vers le mur, devant elle, Et, dans sa peut croissante, elle appelait Jordan!
Luc se réveille, et ses yeux sont à leur tour éblouis par l’apparition du couple désincarné: Camille Desmoulins et Lucile étaient la l Les derniers flambeaux se sont éteints, mais tous deux sont vêtus de lumière et les lignes de leurs formes astrales luisent dans une sorte d’aurore diffuse. Ils brillaient. On eût dit qu'en venant dans ce lieu, Ils avaient traversé des comètes de feu Et qu'il était resté sur eux de la lumière !
78 L’INITIATION Pareils au fantôme de Didon, debout devant Ènée, ils se taisent tous deux. Pas un mot, pas un soupir n’effleure leur bouche lumineuse et glacée.
Mais aucun reproche amer ne se lit dans leur regard; tout en eux est sérénité et douce joie, et l’expression de leur visage est plutôt un fraternel avertissement, un affectueux appel, auquel les jeunes époux auront répondu, avantque la toile ne soit tombée sur le drame fulgurant qui se déroule autour d’eux.
Le dernier quaternaire qui, nous l’avons dit, porte le titre sériel les Grandes Lois s’ouvre sur les pro fondeurs d’une éclatante cosmogonie panthéistique. Partisan résolu du mavantara, le poète fait son héros Carville, devenu son porte—parole, s’écrier : Quoi! le Cosmos renaît! Quoi, l'homme recommence ! Oui. des cycle_s. Toujours un nouveau peuplement, Toujours, toujours, toupurs, toujours, éperdûment.
Et voici qu’il célèbre Ormuzd, le Dieu vainqueur du mal, l’idéal triomphant et définitivement maître du monde. Mais la vision de Carville, d’abord souriante et consolatrice, s’assombrit par degrés, et les guerriers d’Ahriman viennent chanter à ses oreilles l’hymne lugubre de la mort. Mais il n‘était pas fait pour la désespérance. Un nom prestigieux est soudain évoqué par le vieux Titan : Danton !
Et ce nom revient vingt fois dans sa pensée, la coupant et la rythmant comme une sorte de funèbre musique. Danton! Danton! Bantou! Et
UN POÈTE BERMÉTIQUE 79 -."- '.Ïh - _ -. sa rêverie évolue en une sauvage et. douce mélopée, qui fait songer à. la nénie des antiques vocératt‘iœs. Quelquefois les morts longuement appelés répon dent aux seules incantations du verbe, en dehors de touœ.théurgïe objective. C’est ici ce qui va se passer. Danton apparaît. Danton parle. Au dehors, les guerriers d'Ahriman s'envolaient. Le Titan pardonne à Carvil‘le de l’avoir immolé.
Et sur son sein frappant l'étoffe urpurine: - La haine? Là-dessous. ce repli e est absent ! Ce dernier mot tomba suave et tour-puissant Et Carvillc sentit se mouiller sa paupière. Le dialogue qui suit, entre le glorieux mort et le tragique vivant, est d’une absolue beauté. L’auteur y a condensé tout un monde de pensées, et cela dans cette langue magistrale qui est la naturelle enveloppe de toute maîtresse idée.
Carville pardonné meurt comme il comvientà unTitan. C’est l’Océan qui de vient sa tombe. En écrivant Formase, Marc Amanieux a également obéi aux lois de la Tétrade, qui lui a imposé les divi sions suivantes : - COMMENCEMENT BUCOLIQUE, LES PARIAS, LA BATAILLE HUMAINE , L’iDYLLE FINALE. Pour être moins touffue que la donnée de la Rém— lution, celle de Formase n’en est peut-être que plus
80 L’INITIATION vaste et plus profonde. Ici, en effet, c’est la question sociale pure qui s’agite, en une action simple, presque exclusivement idyllique, exempte des luxuriances dramatiques, des exfoliations, des tragédies tapa geuses qu’impose un thème historique. Formose, l’héroïne du poème, est le symbole du peuple, avec toutes les âpretés de sa vie, toutes ses tortures, et aussi ses rapides joies.
Malcar, l’affreux boucher, c’est le tyran, le maître, le tortionnaire à plaisir. Écoutez cet entraînant appel que Tibour, un proscrit de Décembre, le père de Formose, jette dans le silence de la nuit. Les penseurs ont rué le peuple à la conquête ;' Ils ont mis dans sa main la corde du tocsin; a Sonne contre le Dieu, sonne contre la saint!
1) Ils ont mis dans sa main la garde de l‘épée : « Frappe! le roi n’est bon que la tête coupée! in Ils ont mis dans sa main la pelle et le niveau : « Prends l‘or du_mauvais riche au_fopd de son caveau ; Sonne, frappe, mvelle, ô rude égalitaire l - Ici comme dans la Révolution, comme toute œuvre conforme aux lois esthétiques de la Gnose, c’est au dernier membre. du quaternaire que se concentre l’action des forces hyperphysiques.
Malcar, Tibour et Formose sont réunis dans une grotte mystérieuse, le Four des Poulpiquets. Les morts, ces éternels vivants, se font tout à coup visibles. Malcar voit sa mère et pleure, lui qui jusqu’ici n’a fait que maudire et haïr. Tibour voit sa compagne et croit, lui qui jusqu’ici n’a fait que souffrir et nier.
Et tout s’achève dans un majestueux et sublime apaisement, claire image de ce futur âge d’or annoncé par cesdeux grands prophètes qui se sont appelés Saint-Simon et Fourier. Heureuses ces fières âmes d’entendre du sein
IL NE FAUT PAS MOURIR 8! de leur gloire un poète tel que Marc Amanieux chan ter dans son vers de bronze leurs consolantes théo— ries. FABRE DES ESSARTS. llL NE FAUT PAS M©U1RHIR PAR JULES BOIS « Psyché, l’âme humaine, après avoir parcouru mille fois le cycle terrestre, en est arrivée à l’époque extrême du découragement. Elle 1æut mourir dans le sens absolu de n’être pas.
« Notre siècle n’est—il pas l’exemple de ce doulou reux endurcissement, lui qui, par le dilettantisme, aboutit au nihilisme ? Acteur qui s’est complu à tous les rôles, il n’a foi en aucun... « Or la minute palpite, la minute des révélations dernières. « L’Esprit, qui est Dieu, va spontanément pénétrer l’âme qui n’est que souffrance défaillante. Quand même Dieu s’obstine à sauver l’humanité... « Et que Psyché ne redoute plus d’être quittée ; la prière est le grand rite magique par lequel on con quiert Dieu. »
82 L’INITIATION Ces extraitsde la gloire laissent apercevoir le sens ésotérique du poème. Dans les Noces de Sathan, drame initiatique qui va être joué au Théâtre d‘Art, Jules Bois avait tracé le vigoureux schéma de la rédemption par l’amour humain.
Il nefaut pas mourir célèbre avec une ten dresse poignante la rédemption par l’amour divin En tant que poète, le jeune écrivain del’É toile s’est fixé un but qu’il poursuit avec persévérance : enchâs— ser en une série de poèmes la doctrine du haut éso térisme. Le charme intense de cette poésie toute nou velle dans sa nudité éloquente s’ajoute à la fière en vergure des idées.
Le fond et la forme ayant chacun en soi une beauté propre, de leur harmonie devra résulter la Parfaite Beauté. L’écueilà éviter: le didactisme.Jules Bois l’a prévu. Ses poèmes, comme la plupart de ceux de l’Inde (d’une prolixité insupportable aux Occidentaux), ne sont pas des recueils de sentences morales ;rien de cette sécheresse du vers que ne sut éviter Sully Prudhomme.
L’âme émue palpite partout, et la doc— trine se dégage de son symbolisme large et claire après la lecture ou plutôt après plusieurs lectures, seul moyen d’avoir le sens complet et multiple de l’en semble. Le poète procède ainsi en quelque sorte par suggestion renforcée.
Les vers de Jules Bois ne sont pas faits pour être lus, non plus pour être récités, mais pour être scan dés :il faut qu’ils soient dits, en même temps que dé— clame’s si l’on tient à se bien pénétrer de leur valeur poétique. Et on ne les déclamera qu’après avoir pé
11. NE FAUT PAS MOURIR 83 métré les différents plans de significations. Pas un mot de trop: le vers, admirablement souple, varie de rythme et de mesure à chaque nouveau développe ment du sentiment ou de l’idée. Il ne faut pas mourir, comme les Noces de Sathan, n’est qu’un des moments du Cycle de Psyché, vaste et ondoyante épopée où se déroule l’aventure de l’Ame humaine, de l’Abs_olu, son principe, à l’Absolu sa fin.
Prière, poème lyrique, indiquera d’une façon fragmentaire et impulsive les élans vers Dieu de l’homme retenu par les prestiges de la chair et du monde. ' «Jules Bois, a dit Alber Jhouney, entre hardiment dans la voie neuve. Aux souplesses mélancoliques d’un Laforgue il unit la foi et les élans, les vivacités du courage.
Pendant que la plupart des poètes qui se veulent nouveaux restent imprégnés de la fatigue su— rannée de ce siècle, lui marche vers les joies de la croi sade, vers l’action, domptée par l’Ame et contrainte à l’Idéal. » ‘ Dans les conférences et dans son œuvre, Jules Bois est d’ailleurs l’apôtre du mysticisme actif. P. L.
84 L’INITIATION un cas ne ‘lI‘ÉJLJËJPMÏ‘HIŒ On parle beaucoup de la télépathie en ce moment, on peut dire qu'elle est à l’ordre du jour. Elle a ses jour naux rédigés en toutes langues; ils sont bourrés de faits, dévorés avec avidité par un nombre considérable d’abonnés. Permettez-moi de vous adresser un de ces faits de télépathie qui m'a paru remarquable et que j'ai pris dans Lux, journal de Rome qui l’a extrait d’une revue qui se publie à Turin.
Je vous en offre la traduc tion que j'aifaite moi-même aussi exacte qu’il m'a été possible. Voici cette histoire que je vous recommande et qui me paraît tout àfait digne de l’attention de vos nombreux lecteurs : « A l‘époque où je fréquentais l’Université, je m’étais lié avec un autre étudiant, nommé Jarois Blair. Nous nous disputions souvent ensemble sur différents sujets, et c‘était bien rare quand nous pouvions tomber d'accord.
Nous traitions aussi quelquefois la question de l’autre vie. Jarois Blair affirmait que les âmes des trépassés réapparaissaient quelquefois sur la terre, tandis que moi je soutenais la thèse absolument contraire.
Le jour que nous quittâmes l'Université, Jarois Blair, qui était d’une tenacité peu commune, revint sur son thème favori et il me fit la singulière promesse que, si sa desti— née voulait qu’il disparût de ce monde avant moi, il vien drait se faire voir à moi et me fournirait ainsi une preuve de sa croyance.
« A partir de ce jour, nos études étant terminées nous nous séparâmes, et, vivant chacun de notre côté, nous n’eûmes plus que des relations purement épistolaires. Moins d'une année après, je pris femme, et j’écrivis à mon ami Jarois Blair pour lui faire part de mon mariage.
Il me fit une réponse ainsi conçue : ( Cher ami, il est probable que vous me verrez plus tôt que vous ne le pensez : je prétends vous rendre visite à vous et à votre jeune épouse. » < Deux semaines se passèrent sans que je reçusse la
UN CAS DE TÉLÉPATHIE . 85 moindre nouvelle de mon ami Blair. Cependant un matin que j’étudiais dans mon cabinet, un peu avant le jour, une légère poussée me força à lever la tête de des sus mes livres et je vis Jarois Blair droit sur ses deux pieds sur le seuil de la porte d’entrée. Je supposais qu’il avait été introduit par mon domestique qui ,avait négligé de m’avertir, etje voulus me lever pour le réprimander.
Mais il me fut impossible de quitter mon siège sur lequel je me sentais comme cloué. Mon ami me parut excessivement pâle :« Eh bien ! James, me dit—il, me croiras-tu ? la vérité n’est—elle pas de mon côté P — Quelle vérité? répliquai-je. — Je ne suis pas encore Je me suis éloigné de mon corps pour un court instant, on me croit plongé dans le sommeil et il ne faut pas que je tarde trop à retourner à mon corps.
Je m’étais mis en route pour te rendre ma visite, mais à Richemond je suis tombé gravement malade; si tu veux partir de suite, tu arriveras à Richemond juste assez à temps pour me voir mourir. » Après avoir dit ces mots, Blair se fondit dans l’air et disparut. Je dois avouer humblement que j’éprouvai un terrible frisson; de ma vie je ne m'étais trouvé dans un état semblable. « A peine le jour parut que je racontai a ma femme mon étrange aventure.
« Je crois bien. lui dis—je, que « ma vision n’est que pure hallucination; cependant je ne « serais pas étonné si dans cette singulière apparition il « n'y avait quelque petite chose de vrai. » Je crus que ma femme allaitse moquer de moi; à ma grande surprise elle me répondit: « Je t’engage à partir de suite pour Ri u chemond.—Pourquoi cela ?—J’ai la conviction que l'in « vitation qui t’a été faite est sérieuse, elle n'est pas l’effet « d’une hallucination. c’est celle d’un ami quise meurt. n « Je cédai aux conseils de ma. femme et une demi— héure à peine s’était écoulée que je prenais le train de Richemond.
Arrivé à destination, je descendis à l’hôtel où s’arrêtent habituellement les voyageurs du Nord. Le maître de l’hôtel se trouvait devant la porte, et, comme il me connaissait, il vint aussitôt à moi et me dit que mon ami le docteur Jarois Blair était très malade. « En ce moment parut un garçon de l‘hôtel qui me fit â’âñAAkfihtâ toutà fait mort, poursuivit Blair, mais ils’en faut de peu. .
86 ° L’INITIATION monter dans une salle du premier étage et frappa à une porte. Une garde-malade se présenta immédiatement et jelui demandaides nouvelles du malade. ( Il va mourir» me dit-elle. l’entrai dans la chambre, et je vis mon ami, la tête immobile sur l’oreiller.
Ses yeux étaient fermés, et son visage, d’une pâleur extrême, était tel que je l’a vais vu dans ma vision. a Il est en agonie, m’observa la « garde malade, cette nuit on le croyait déjà mort. )Tout d’un coup mon ami reprit ses sens : ( lames, me dit-il. ( tu es le mari d’une digne femme.
Dis-lui bien que je la ( remercie de t'avoir pressé de venir, sans quoi je n’aurais c pu te revoir une dernière fois ; que Dieu vous bénisse a tous deux et me reçoive dans son sein. a» ( Ces paroles dites, les yeux de mon ami se refermé rent pour toujours. ) Je ne crois pas qu’on puisse posséder une imagination assez riche pour inventer une histoire aussi étrange, aussi saisissante et qui dépasse de beaucoup les créa tions des poètes.
La simplicité même du style, complè tement dépourvu d’ornements, plaide en faveur de la sincérité du narrateur. Le principal héros est-il un hal luciné ? Est-ce un visionnaire ? c’est une question qui mérite d’être examinée. Tout ce que je puis dire, c’est que ce cas n’est pas unique, on en pourrait citer quan tités d’autres. Homme PELLETIER. Ëlæénmènes Magiques Soulac-sur-Mer, ce 9 septembre 1891.
On ne veut plus croire au surnaturel de nos jours. Le monde des esprits, dit—on, n’est qu’une chimère, un rêve... les fous on les fanatiques peuvent l’admettre. Ici— bas l’incrédulene reconnaît que la matière avec ses forces aveugles. L’Au delà de la vie n’est qu’une invention des
PHÉNOMÈNES MAGIQUES 87 prêtres... et une croyance des esprits faibles... car... après la mort... tout: est mort... Je n’ai pas l’intention, en écrivant ces lignes, de dé— montrer l’existence de l’âme et son immortalité; je veux seulement parler d’un fait dont ma famille et moi venons d’être les témoins tristement impressionnés. Je le garantis sur l’honneur, et je jure devant Dieu qui m’entend que mes paroles sont l’expression de. la vérité même.
Ceux qui me liront ne pourront pas douter qu’il y ait des esprits dont les relations avec les vivants offrent parfois un caractère étrange et toujours surnaturel.. 4< En villégiature à Soulac—sur—Mer (Gironde) depuis le samedi 15 août, nous jouissions de tous les charmes et de tous les loisirs qu’on retrouve dans une ville d’eau.
« Jusqu’au vendredi 4 septembre, rien n’était encore venu troubler la joie que nous goûtions dans la famille, Le soir, à 9 heures, à peine étions-nous couchés qu’un couteau de table se dérachait du buffet sur lequel on l'avait placé, pour tomber avec bruit dans le corridor qui sépare la chambre de mes parents de celle que j’occupe moi-même tout près d’une petite cuisine.
Tous, c’est—à-dire mon père, ma mère, et mon frère âgé de vingt-six ans, nous eûmes la pensée qu’un rat avait été la cause du bruit que nous venions d’entendre. « Trois jours après, le lundi 7 septembre, le soir, à la même heure, un des couteaux soigneusementserrés dans le tiroir d‘u biffét, cité plus haut, tombait encore avec bruit, au milieu du corridor.
5 Mon père se levait alors... inquiet, comme nous tous, mais pensant encore qu’un rat avait établi son logement dans le tiroir en question. «Le lendemain nous commericions à nous endormir, lorsque, vers 9 heures, un coup sec, comme produit par un marteau, retentissait sur la table à toilette de ma chambre, faisant bondir mes ciseaux guise mirent à danser.
« Nous nous levâmes aussitôt... les ciseaux avaient disparu , ils dansaient maintenant, avec un bruit argentin, dans la cuisine qui, je l’ai dit, se trouve placée près {de ma chambre; à trois reprises différentes les ciseaux re commencèrent leur danse surnamrelle.. . et il nous était impossible de les apercevoir... Pendant trois minutes
88 L’INITIATION peut-être que la danse cessa, nous cherchâmes, mais en vain, les ciseaux... ils étaient invisibles... Très émus alors — on le serait à moins,— nous apostrophâmes l’être mystérieux qui nous jetait ainsi dans le trouble. Moi même j’èlevai hautement la voix, promettant de ne pas me coucher avant que les ciseaux fussent retrouvés.
« Pendant ce temps je transportai mon lit dans la chambrede mes parents et l’installai de mon mieux sur un canapé, bien décidé à ne plus dormir dans ma chambre, jusqu’à mon départ pour Bordeaux, fixé au 12 septembre. Nous venions d’éteir_1drenotrelampe, lorsque,TOUTES PORTES FERMEES, un bruit épouvantable se fit en tendre, et les ciseaux, fendant l’air comme une flèche, vinrent tomber avec fracas au pied de mon lit.
Les ci seaux avaient donc percé mystérieusement la porte que nous avions fermée avec intention... ils avaient répondu au défique je leur avais porté de les retrouver bientôt. < Inutile de dépeindre notre saisissement, notre frayeur... Nous étions en face du surnaturel, il n’y avait qu’à prier; nous nous mimes à genoux et nous récitâmes en tremblant le De profundis. < Est-ce une chère âme qui souffre ? ( Est—ce un esprit mauvais qui nous persécute?
Mys tère! Notre prière terminée, tout bruit cessa. ( Toute la nuit, nous laissâmes brûler notre lampe et nous vîmes arriver le jour. heureux d’être délivrés de cette obsession mystérieuse. ( J’écris ces lignes après les faits que je raconte ; il est neuf heures, et c’est le 9 septembre I8gI. Qu’arrivera— t—il ce soir? je l’ignore.
« J’arrêterai là le récit si, comme nous l’espérons, nos prières ont été écoutées. cl Signé : L’abbé MARCEL LACAVE, Vicaire au Sacré-Cœur de Bordeaux. » « Jeudi matin, 10 septembre 1891. « C’était une âme qui souffrait et qui réclamait des prières. Nous en avons eu, hier soir, la preuve. Durant la journée, j'avais répandu de l’eau bénite dans les appar tements. On comprend avec quelle impatience remplie
PHÉNOMÈNES MAGIQUES 89 d’anxiété nous attendions l’heure où déjà plusieurs fois le bruit mystérieux s’était fait entendre. « Nous nous couchâmes donc dans la même chambre et aussitôt la lampe éteinte nous attendîmes, retenant notre respiration, et nos cœurs bondissaient dans la poitrine; auparavant nous avions fait, au pied de notre lit une fervente prière en faveur de l’âme qui peut—être était là gémissante et attendait du secours...
Comme la veille, nous avions fermé toutes les portes... Cinq minutes environ s’étaient écoulées depu15 que nous avions éteint notre lumière, lorsque, toujours au pied de ma couche, un bruit, mais léger, très doux même, se fit entendre..., un objet venait évidemment d’être lancé sur le plancher...
Nous nous levâmes... il yavait devant nous un crayon et une enveloppe disposés là par une main invisible... sur l’enveloppe était écrit ce mot : M E R C I (merci) « Les lettres étaient majuscules et très longues. Comme la veille nous nous mimes à genoux et nous réci tâmes le De profundis.
Cette âme était-elle complètement délivrée de ses peines, ou seulement soulagée? nous l’ignorons. cr Nous continuerons pour elle nos prières afin que Dieu l’appelle pour toujours à Lui.
Si elle jouit du bonheur éternel, nous nous plaçons sous sa protection, la priant de ne pas nous oublier dans cette terre d‘exil et de larmes. ’ ( Une seconde fois, je jure devant Dieu que les faits se sont passés comme je les raconte, et qu’ils ont eu pour témoin ma famille entière. «Signé : L’abbé MARCEL LACAVE, Vicaire au Sacré-Cœur de Bordeaux (Gironde). » nm‘w' -œ—
90 L'INITIATION Gnome iluoÉeauoaur D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES La répuverture des séances du Groupe aura lieu sans doute le 23 octobre, à 8 heures et demie du soir. Nos lecteurs qui n'auraient pas reçu de lettres d’invitation sont_priés d'en faire la demande au Quartier Général avant cette date. . Les conférences faites pendant le cours de la présente année se diviseront en deux parties très distinctes.
La première moitié de chaque séance sera consacrée à traiter un sujet d’actualité, d’après le point de vue de l’0ccultisme; la seconde partie de la séance formera un Cours spécial où serontpassés en revue méthodiquement et progressivement les principaux enseignements de la Science occulte sur l’Homme, sur l'Univers et sur Dieu.
Ce cours, fait par le Président du Groupe. sera établi de telle sorte que chaque conférence forme un tout particulier quoique dérivant immédiatement de ce qui précède et formant l’introduction de ce qui suit. Plusieurs nouveaux Groupes d’études sont en forma tion au Quartier Général. Nous en donnerons la liste dans notre prochain numéro.
Le numéro de propagande du Voile d’Isis, qui sera tiré à 100,000 exemplaires, subit un léger retard et paraîtra le t‘“' novembre. Il en est de même pour la revue littéraire Psyché dont la mise en marche demande de grands soins. Le Quartier Général aura ainsi à sa disposition ' La revue l’Initiation ; La revue Psyché; Le journal hebdomadaire le Voile d’Isis. ...,-...H.,_, _..‘ .W .._._,;.,.._,,.,.,. N ,.v..., _,.- ,,_;,. - ,.,.. A .. ..
GROUPE INDÊPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES 91 Ajoutons enfin que des négociations sont entreprises par l'intermédiaire des délégués généraux pour que le Groupe possède un organe officiel dans chaque grande nation d’Europe. Nous tiendrons nos lecteurs au courant des résultats obtenus. filtre marelle fiéiiæ Ainsi que nos lecteurs peuvent en juger, plusieurs changements de détail ont été apportés dans la composir tion de l’Initiati0n.
D’abord, sur la couverture, n0us avons ajouté les mots Farce Psyc/n‘que et Gnose qui indiquent une partie importante de notre programme.
Ensuite nous avons décidé, pour bien affirmerle carac— tère indépendant de l’Initiation, de placer en tête de chaque article de la partie philosophique le nom de la Branche du Spiritualisme dont il est question dans l’article (Kabbale, Alchimie, Spiritisme, Orientalisme, Philosophie, etc.) IŒIIIŒË DES RE VUES OCCULTISME 3 A noter : le Voile d’Isis (n° 4.!) pour la savante étude du D' Délézimier sur le nombre 7:; cette gazette est recommandée tout particulièrement pour le nombre et la réelle importance des matières qu'elle traite dans un si petit espace. A ce titre, la Paix Universelle mérite
92 L’INITIATION des éloges semblables; pas mal d‘articles de nos rédac— teurs y sont d'ailleurs reproduits. L’Etoile continue les études souvent très suggestives de MM. Jhouney et Caillie‘, sur la Kabbale et l’ésotérisme sémitique. SPIRITlSME '2 Il semble que la Revue Spirite entre dans une nouvelle période de calme (fascicule du l" septembre).
On y trouve tout d‘abord le compte rendu détaillé des expé riences du D*‘ Lombroso d’après le Vassilo‘ Spiritistala et la Tribuna guidigiaria; des récits d’H. Pelletier, du commandant Dufilhol, de C. Kina; les savantes études de Marcus de Vèze et de Rouxel(r) font beaucoup pour assu— rerà l’œuvre qu’elle poursuit l'adhésion du public scienti fique.
Même impression à la lecture du Moniteur spirite et magnétique (15 septembre) qui annonce, entre autres choses, la création du Groupe d‘étude des signatures, en termes tout à fait aimables pour nous.
« On doit étudier pour connaître ), dit un épigraphe de la Lumière ; toute conviction sincère mérite le respect : je ne puis cependant m’empêcher de constater l’ina nité d'une protestation en faveur d’un misérable, qui fait tache entre une lettre de M. l’abbé Jouet et une analyse de la dernière encyclique, par P.-F. Courtépée.
HYPNOTISME I Dans les Annales de Psychiatrie et d’hypnologie, des études excessivement détaillées du Dr Luys; des comptes rendus de la Société de psychiatrie de Saint-Pétas bourg (Dl Targoula) et de médecine légale en Italie (D" Semelaigne); M. Croustel expose les progrès des applications hypnotiques dans le traitement des maladies nerveuses.
MAGNÉTISME : Le Journal du Magnétisme publie des extraits du l Traité expérimental et thérapeutique de magnétisme, par j (11 Cçttç dernière analyse numéro d‘octobre, remet au jour les travaux de ‘amm1r Chardel (x 77484 )qui d'ailleurs avaient été mentionnés avec rand élo e par us dis i887. et tout dernièrement analysés par . de Roc as dans 1nitialion.’ _Nv.-,uW._;,a,n _.m‘—lM-W”_.tcj . .
REVUE DES REVUES H. Durville, et la suite de l’Exercice de la médecine, par Rouxel. La Revue des sciences psychologiques donne la suite des recherches d’A. Goupil, de Noury, du D“ d’Auzon; des études d’0. Wirth, de Fabre des Essarts qui con tinue en prose la pensée de son dernier volume de vers. SOCIALISME : Sous ce titre une Sociologie ‘ide’aliste, le D“ A.
Delon, dans la Revue Socialiste, analyse en quelques pages d’un texte savoureux et plein d’idées un livre remarquable: les Lois de l”mitation ; obligé à mon grand regret d’écourter ma rapide revue, je ne puis que renvoyer les lecteurs à l’original; Benoit Malon et A.
Sylvestre ter minent leurs études des ( Services Communaux » et des «Dessous du Notariat» ;le compte rendu du Congrès International de Bruxelles, et celui de la Presseà propos du « Socialisme Intégral » viennent ensuite;je relève dans la.
Revue des Livres des lignes fort élogieuses sur l’Ini tiation et sur Papus. — La Rénovation (août et septembre) donne en supplément: l’Unité humaine, organe de la Société de la Paix perpétuelle par la justice internatio nale; Hippoiyte Destrem commence une étude sur six catégories d’auxiliaires à la Rénovation, par deux notices sur Arthur'd'Anglemont et Benoît Malon ; il nous annonce un travail important pour le prochain numéro.
On ne peut qu’augurer le succès d’une cause quand de si nom breux dévouements et de si altruistes personnalités y sont attachés; Charles Fauvety continue à Nantes une tâche difficile souvent, mais toujours bien remplie : ses études sur le socialisme tiennent le premier plan dans la Reli gion Universelle (août et septembre) ; je note en cou rant une étude sur « l’Occulte » par .l. Bearson.
LITTÉRATURE : Une coquette brochure à couverture rouge, imprimée sur papier de luxe, trente-deux pages de prose exquises signées de Paul Adam. d’Emile Michelet, de Bernard Lazare, de Francis Viélé-Grifl’on le directeur: tels sont les Entretiens politiques et littéraires; à signaler «1'Evo lotion dramatique» de Paul Adam. Wç;wWä» u\ fi.—:æ—væ».“““"""" . .—‘
94 L‘ INITIATION SCIENCE OFFICIELLE : Je remarque dans l'Êlectricien du 5 septembre l'ana lyse d’une communication faite par F. Paterson à la Philmdelphia Electrotherapeutic société sur l’introduc tion de médicaments dans le corps humain par l’électri cité.
La Revue Scientifique (19 septembre), dans laquelle les discours du Congrès de l‘Association française pour l’avancement des sciences tiennent une grande place, mentionne une communication de M. Ch. Zürcher à l’Académie sur la loi de succession des nombres premiers qu’il serait intéressant de rapprocher du travail publié ici-même par F. Vurgey.
A voir dans l’An_thropologie (mai-juin 189|): les Veddas de Ceylan et leurs rapports avec les peuples environnants, les Rhodias et les Singhalais, par E. Deschamps. Le numéro du 30 août de la Revue des Sciencespures et appliquées ne contient rien d’intéressant ànotre cercle particulier d’études; celui de septembre contient en tête un article du Dr R.
Dubois, 4<le Mécanisme de l’Action des Anesthésiques »; cette étude est faite malheureuse ment à un point de vue tout à fait spécial.
ÉTRANGER Le Sphinx (1), cette revue entièrement consacrée aux recherches expérimentales sur les phénomènes hyper physiques, et à la philosophie monistique, est une des mieux faites que je connaisse; en Allemagne on sait baser les larges pensées, l’élan métaphysique des doc— trines indoues sur des assises de iäits patiemment accumulés et minutieusement contrôlés: le tout sans polémique ni injures, comme cela s’est vu pour d’autres Sociétés; — Une partie des fascicules est consacrée à la théorie: Hübbe Scheiden, le D“ von Kern, P.
A. Schvid Carl von Leiminger, Carl du Pré], Kiesewetter la remplissent; le reste se compose des faits divers de l'hermétisme, et des sciences physico-psychiques. - (x) Revuein-Sg mensuelle dirigée parle Dr Kübbe-Sdhieiden. Se trouve? Pgris chez C. Klincksieck, rue de Lille, et chez lime Steinart. 9, rue aco . .-r
LIVRES REÇUS '9'5 J’attirerai tout particulièrement l’attention sur une figure intitulée : la Pyramide des potentialités de l’indi vidualisation, que donne le D" von Kouber à la finde son « Système de monisme individuel >.—Sous la rubri que '« Une philosophie de l’histoire de la philosophie au, ce fascicule contient une critique de 1‘Evoluti0n de l’Idée, qui, reconnaissant l’érudition et le sens profond de l’ésotérisme qui distinguent F.—Ch.
Barlet, juge « les étiquettes des phases de cette évolution ) tant soit peu systématiquement appliquées. Y L ' mvas E@S ERNEST Bosc.Isis dévoilée _ou l’Egyptologie sacrée (Hiéroglyphes, Papyrus, Livres d’Hermès, Religion, Mythes, Symboles, Psychologie, Philosophie, Morale, Art sacré, Occultisme, Mystère, Initiation, Musique.) Prix: 4 francs. En vente chez Chamuel et C“, libraires éditeurs, 29, rue de Trévise. BENOIT MALON.
Le Socialisme intégral (compte rendu détaillé très prochainement par Julien Lejay). SIR ALFRED RUSSELL WALLACE. Les Miracles et le M0 derne Spiritualisme, I vol. in-8: 5 fr. (Libraire spirite.) L’éditeur accole sur la couverture l’épithète de célèbre naturaliste au nom de l’auteur, ce qui lui fera sans doute grand plaisir.
De plus nous apprenons d’autre part que pour 50 centimes on peut se procurer à la même librairie ( Lavater avec Marie de Russie sur l'immortalité de l’âme ». Le gros ouvrage de Wallace demande un compte rendu spécial qui sera fait par PIERRE TORCY. Nous avons relevé de nombreuses coupures faites dans la seconde partie. Est-ce avec l’assentiment de l’auteur? HENRY LIZERAY. Catéchisme de l’Athe’e, in-I2. Bien amusante petite brochure. Les croyances spiri Wwenww ’“*‘Wsr‘“-r-w“‘“ pq ....n--iulu——
9 6 L’INITIATION j tualistes sont réfutées par des arguments dans le genre du suivant: 4: Enfin, à un degré encore plus rapproché,le phoque, premier des mammifères, s’avança hors de l’onde, prit possession du sol encore amolli pour y engendrer (sic) la lignée des animaux terrestres qui, suivant qu’ils prefe’rèrent (sic) courir dans la plaine ou grimper dans les forêts (sic), eurent quatre pattes ou deux pieds.» Quel malheur que le phoque ait arrêté depuis si longtemps ce petit exercice ! Quelle peut bien être la cause de ce refus « d’engendrer la lignée des animaux terrestres > aujourd’hui comme du temps où M. Lizeray, le destructeur du spiritualisme, a pu observer cet intéressant phénomène? Tout le reste de la brochure est de cette force. L’auteur doit être M. S. T. %’ Le Gérant : ENCAUSSE. rouns. me. Il. ARRAUL‘I‘ ET c“, sur. ma LA PRÉFECTURE, ô.
L’INITIATION Est en vente CHEZ TOUS LES LIBB RIES A Paris VIENT DE PARAITRE MORALE DUÈOUDDHISME Par Léon de ROSNY Professeur au Collège de France PRIX : 0 Ir. 50 LIBRAIRIE DU MERVEILLEUX 29, rue de Trévise, — PARIS Vente de tous les livres et revues d’Occultisme. ' ÉGLISE ET FIN DE SIÈCLE PAR. L’Abbé JEANNÏN Un volumein—18. . .' . . . . . . . . . 3fr.50 Rédaction de l’Initialz‘on et du Voile d’Isis.
.......r..n—. r.;-= -—-..- v» L’I N IT I AT I O N ("”’Ël‘liä”"“”) DIRECTION ’ ADMINISTRATION 14, rue de Strasbourg, 14 ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO PARIS G. CARRÉ DIRECTEUR’ PAPUS ”’ 56’, rue Sar‘nt—André—des—Arls DIRECTEUR-ADJOINT : Lucien MAUCHEL Rédacteur en chef: PA George MONT1È RE Secrétaires de la Rédaction : FRANCE, un an10 ll'r CH. BARLET. — J. LEJAV ÉTRANGER, — 12 fr.
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