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348 Réserve |Z SUPPLÉMENT A L'INITIATION (Août 1891.) LE SUPRÊME CONSEIL DE LA ROSE f CROIX A Considérant qu’un membre démissionnaire dudit Conseil, M. Joséphin Péladan, a fondé, en août 1890, une secte schismatique, sous le nom de Tiers-ordre intellectuel de la Rose-Croix catholique R f G f C f ; Considérant que cette secte, dont M. Péladan s’est proclamé le Grand Maître et l’ArcAz-m/zÿe, affiche des principes d’ultramontanisme intransigeant, d’in féodation au Saint-Siège, etc..., diamétralement hostiles à ceux de tous temps professés par les Frères illuminés de la Rose f Croix; Qu’il suffit, en effet, pour s’en convaincre, de relire lé Manifeste et la Confession symboliques des Frères de la R f C, tels qu’on les trouve dans le livre latin publié à Francfort, en 1615, par le F.*.
Valentin Andreæ : Fama fraternitatis Roseœ-crucis, etc., in-8, et dans l’ouvrage français publié à Paris, en Digitized by LnOOQie
— 2 1623, sous ce titre : Instruction à la France sur la vérité de l'histoire des Frères de la Roze-Croix (par Gabriel Naudé, Julliot, petit in-8) ou encore dans le Traité méthodique de science occulte (Paris, 1891 r grand in-8),'où Papus les a reproduits in extenso; Que silesdoctrinesultramontainesdela Rf Cf Cf sont contradictoires à celles de l’ancienne et authen tique Rose f Croix, elles ne sont pas moins en opposi tion avec celles de son héritière directe, la Rose f Croix rénovée. eomme il appert du Concordat publié aux pages 159-161 du Seuil du mystère, par Stanislas, de Guaita (Paris, 1890, in-8) ; Considérant que M. Péladan a lui-méme pris soin de proclamer dans sa Lettre à Papus, imprimée à la suite de son roman Cœur en peine : — « Je me sé- « pare de tout ce qui n'est pas ma R f C f C f, « celle dont je suis I’Archi-mage...
Ne voulant pas « interrompre un beau commerce d’amitié avec ces « messieurs de la Rose f Croix kabbalistique, je me « dois de rompre tout rapport doctrinal et solidaire « avec eux.
Et nul ne pourra appartenir à mes « œuvres qui sera des leurs, etc... » (Cœur en peine, pages 323-324, passim) ; Attendu qu’en dépit de cette déclaration, M. Péla dan et les siens se sont publiquement exprimés en des termes ambigus et propres à établir une confu sion entre l’Ordre kabbalistique de la Rose f Croix; orthodoxe (R f C, n) et leur secte schismatiquè (R f C f C f) : Voir le Salon de Joséphin Péladan (Paris, , mai 1890, in-12) où l’auteur va jusqu’à promulguer des « mandements » sous ces titres : Acta Rosœcrucis (page 51) et Parole du Sar de la Rose-Croix à ses pairs (page 53) ; voir aussi Eôraka, par le comte Digitized byGoogle
de Larmandie et F Imprimatur du Grand Maître du Temple de la Rose-Croix ; Attendu que de telles expressions sont propres à entretenir le public dans une erreur déplorable, et à perpétuer un malentendu qui n’a duré que trop long temps : A ces causes, Le Suprême Conseil de la Rose f Croix, Estimant qu’il est de son devoir de mettre fin à un pareil état de choses, en éclaircissant une question qui intéresse les occultistes de toute école, Mande et Ordonne : Article Ier.— Une courte note sera rédigée, où l’on précisera l’essence de la Rose f Croix et les ten- • dances de l’enseignement rosicrucien à toutes les époques.
On y joindra un précis sommaire des cir constances qui ont motivé la retraite de M. Péladan et la fondation de sa R f C f G f. Article IL — On donnera à cette note la publicité nécessaire, pour qu’elle tombe sous les yeux de tous! les intéressés. > Statué à Paris, le 5 Août 1891. Pour le Suprême Conseil de la. Rose Croix Et par son ordre : STANISLAS DE G U AIT A. — JACQUES PAPUS. • • • • •• N N F.-CH. BARLET. — PAUL ADAM. — JULIEN LEJAY N K K OSWALD WIRTH. N Digitized by AnOOQle
NOTES SUR LA ROSE f CROIX I ELIAS-ARTISTA Quand, vers la fin du règne d’Henri IV, le monde pro fane entendit parler pour la première fois d’une associa tion très occulte de théosophes-thaumaturges, les Rose + Croix dataient de plus d’un siècle.
Ils tiraient leur • nom d’un emblème pantaculaire de tradition chez eux, le même que Valentin Andreæ, le grand maître d’alors, portait gravé sur le chaton de sa bague : une croix de saint Jean, dont l’austère nudité s’égayait au sourire des quatre roses, épanouies à ses angles. L’on a beaucoup dit que l’ordre ne remontait pas au delà de ce Valentin Andreæ. Erreur manifeste.
Si nous in voquions, pour la combattre, cet article des statuts qui ordonnait de dissimuler durant cent vingt ans l’existence de la mystique fraternité, l’on pourrait estimer la preuve insuffisante. Mieux valent d’autres arguments.
Bien avant l’année 1615, où parut le manifeste des Rose f Croix, et même avant 1604, où le monde se prit à soupçonner leur existence, nous relevons, càet là, des vestiges non équi voques de leur association : ils abondent, pour qui sait lire, dans les écrits des adeptes du temps. • Veut-on des exemples? — Tous les arcanes rosicruciens sont figurés en l’un des pantacles de YAmphithealrum sapientiœ œtemœ (1), où Khunrath a dessiné un Christ, les * (1) Hanoviæ, 1609, in-folio, fig. Digitized byGoogle
bras en croix dans une rose de lumière. Or le livre de Khunrath porte une approbation impériale- en date de 1598. Mais c’est surtout à Paracelse, mort en 1541, qu’il faut demander les preuves décisives d’une Rose f Croix latente au xvie siècle.
On peut lire en son Traité De Miner ralibus (tome II, p. 341-350 de l’édition de Genève (1), l’annonce formelle du miraculeux avènement qui devait confondre le prochain siècle : — « Rien de caché (dit-il) « qui ne doive être découvert.
C’est ainsi qu’après moi « paraîtra un être prodigieux, qui révélera bien des choses « (De Miner alibus, 1). » Quelques pages plus loin, Paracelse précise sa pensée, en prédisant certaine découverte - qui « doit rester cachée jusqu’à l’avènement d’ÇLiE-ARTisTE « (De Miner alibus, 8). » Elias Arlista ! Génie recteur des Rose f Croix, personne* fication symbolique de l’Ordre, ambassadeur du saint Paraclet!
Paracelse le Grand prédit ta venue, ô Souffle col lectif des généreuses revendications, Esprit de liberté, de science et, d’amour qui dois régénérer le monde !... Ailleurs, Paracelse est plus formel encore. Ouvrons sa stupéfiante Pronostication (2), recueil de prophéties impri mé en 1536. Qu’y voyons-nous, figure xxvi ? Une rose épanouie dans une couronne, et le mystique digamma (F)* emblème de la double croix, greffé sur cette rose.
Or, voici la légende qu’on lit au bas : — « La Sibylle a pro- « phétisé du digamma éolique. Aussi est-ce à bon droit, « ô croix double, que tu lus entée sur la rose : tu es un < produit du temps, venu à maturité précoce. Tout ce qu’a « prédit de toi la Sibylle s’accomplira infaiUiblement en toi^ < devant même que l’été ait produit ses roses... Triste < époque, en vérité, que la nôtre, où tout se fait sens < dessus dessous !
Ce désordre est bien le plus évident « symbole de’ l’humaine inconstance. — Mais Toi ! cons- « tamment d’accord avec toi-même, toutes tes affaires « seront stables ; car tu as bâti sur la bonne pierre : telle (1) Geneuæ, 1658, 3 vol. in-folio. (•2) S. L., 1536, in-4, fig. Digitized by
« la montagne de Sion, rien ne pourra t’ébranler jamais; « toutes choses favorables t’arriveront comme à souhait. « Si bien que les hommes confondus crieront au miracle.
« Mais le temps et l’àge propice apporteront ces choses « avec eux ; quand sonnera l’heure, il faudra bien qu’elles < s’accomplissent, et c’est pour cela qu’iL vient. > (Version textuelle.) Qui donc doit venir ? — Lui, l’Esprit radiant de rensei gnement intégral des Rose f Croix : Elie-artiste !
Nous n’aurions nul embarras à produire, si besoin était, d’autres textes non moins formels, à l’encontre de l’opi nion assez répandue qu’Andreæ fut l’inventeur des Rose f Croix.
Les traditions rosicruciennes ne nous arrêteront pas. <je n’est point le lieu de disputer si l’histoire du fonda teur Chrétien Rosenkreutz est purement légendaire, ou si un gentilhomme de chair et d’os, né en Allemagne vers 1378, parvint, après un long périple aux contrées d’Orient, à se faire ouvrir le sanctuaire de la Kabbale par les sages de Damcar (probablement Damas); et si, de retour en Alle magne, ayant transmis à quelques fidèles le dépôt des arcanes, il devint l’ermite du mystère et coula une longue vieillesse au fond d’une caverne, où la mort l’oublia jüsqu’en 1484.
Pendante depuis trois siècles, la contro verse sur ce point n’a jamais abouti ; nous n’avons nulle vocation pour entasser de nouvelles pages futiles sur le monceau des anciennes...
Que cette grotte, sépulcre de Rosenkreutz, n’ait été découverte qu’en 1604, cent vingt ans après le décès du mage, conformément à l’étrange pro phétie-qu’on a pu lire, gravée sur la paroi du roc: « Après six vingt ans, ie seray descouuert, > — Voilà qui nous importe assez peu pour l’instant. Toutes ces légendes ont leur intérêt, sans aucun doute, et leur raison d’être kabbalistique.
On en peut dire autant des mille et une merveilles qu’ (assure-t-on), les héritiers spirituels de Rosenkreutz découvrirent encore dans la spelunque du mystère. Les latitudes d’un cadre plus large seraient requises en tous Digitized byGoogle
•cas pour dresser cet inventaire et dévoiler le sens intime et profond de ces multiples symboles ; peut-être y songe rons-nous quelque jour. Ce qu’il nous est loisible d’affirmer d’ores et déjà, c’est que la Rose f Croix, dont les emblèmes constitutifs nous reportent aux poèmes de Dante et Guillaume de Lorris, a très longtemps fonctionné dans l’ombre, avant de se mani fester par des œuvres de plein jour.
Aujourd’hui que des fantaisistes en magie osent bien pousser la mystification jusqu’à couvrir de l’étiquette ultramontaine la Rose f Croix, — restituée dès lors (pro fessent-ils) à la pureté de sa glorieuse origine, — il peut paraître piquant de transcrire deux paragraphes du Mani feste (1) de l’Ordre, publié par le grand maître, en 461o* Les frères y proclament, dit le contemporain Naudé (2), Que par leur moyen le triple diadème du pape sera réduit en poudre ; Qu'ils confessent librement et publient sans aucune crainte d'en estre repris, que le pape est V Antéchrist > Trois lignes plus loin, ils émettent le vœu qu’on en revienne à la simplicité dogmatique et ritualiste de la primitive Église.
Sans doute ces paragraphes, comme tous les autres de leur Manifeste, sont intentionnellement outrés, notoire ment poussés au merveilleux, parfois jusqu’à l’absurde. Nombre de prodiges y sont annoncés, dont plusieurs, pris au pied de la lettre (qui tue, dit saint Paul), se heurtent à l’impossibilité physique.
Mais sous cette forme paradoxale, ces ingénieux théosophes ont pris soin de dérober aux yeux des sots et de désigner à la sagacité des sages les plus précieuses lumières de l’occultisme traditionnel.
Ainsi, jamais les Rose f Croix n’ont renié le catholicisme dans la signification splendide de son étymologie vraie, révélatrice d’un ésotérisme supérieur; ils étaient trop ins- „ (1) Fama Fraternitatis Roseæ-Crucis ; Francofurti, 1615, in-8. (2) Instruction à la France sur la vérité' de l'histoire des frères de Jd Rote-Croix ; Paris, 1623, petit in-8* Digitized by
— 8 — pirés par Y Esprit qui vivifie, pour attenter jamais à la hiérarchie gnostique.
Eux, (si attachés aux symboles chré tiens, qu’ils nommaient leur collège suprême Chapelle du Saint-Esprit, et Liberté de l'Evangile un de leurs plus oc cultes manuels), n’avaient garde de méconnaître dans le souverain pontife le principe incarné de l’unité vivante^ et dans la papauté spirituelle la clef de voûte du templesynthèse où officieront un jour les pontifes enseignants de la religion-sagesse universelle.
Bien plus, beaucoup d’entre les Frères, nés dans le protestantisme, se procla maient bien haut catholiques, à l’exemple de leur illustre patron Khunrath, de Leipsig. Rappellerons-nous encore que Valentin Andreæ créa, en 1620, une Fraternité chrétienne, qui se fondit elle-même plus tard dans la Fraternité-Mère des Rose f Croix?
Mais les abus de la papauté temporelle les trouvaient impitoyables, et ils en flagellaient les ridicules, en flétris saient les intrigues, sans trêve comme sans merci. Notre éminent frère Roca, qui n’est pas Rose -J- Croix de nom, n’en est pas moins peut-être, à l’heure présente, l’apôtre qui fait le plus puissamment tonner le verbe anti clérical des Rose f Croix.
Anticlérical, disons-nous, non point anticatholique ou antichrétien ; l’on aurait tort de confondre. Dans le pape, les Rose f Croix distinguaient, deux puissances, incarnées en une seule chair : Jésus, César ; et lorsque, qualifiant d’Antéchrist le successeur de Pierre, ils menaçaient de briser sa triple couronne, ils ne visaient que le despote temporel du Vatican.
C’était en tout leur système, d’outrer les formules jusr qu’au paradoxe, de fausser les œuvres jusqu’au miracle. Ils avaient emprunté cette méthode à leurs maîtres, les Kabbalistes. Donner aux allégories une tournure si invrai semblable, que les seulè imbéciles prissent intérêt au sens apparent, et que tous autres devinassent de primeabord la valeur intime d’un sens caché : ce n’était pas si bête.
Ainsi affichèrent-ils dans Paris, l’an 1622, les pro clamations qu’on va lire, bien propres — on en conviendra Digitized by VnOOQie
9 — — à intriguer les esprits subtils en rebutant les lourdauds : Première affiche : « Nous, députez du College principal « des Frères de la Roze-Croix, ¡faisons séjour visible et inui- « sible en ceste ville, par la grâce du Très-Haut, vers lequel .« se tourne le cœur des iustes.
Nous monstrons et enseignons « sans liures ny marques à parler toutes sortes de langues « des pays où voulons estre, pour tirer les hommes nos sem- « blables d'erreur et de mort» » 2e Affiche : < S'il prend enuie à quelqu'vn de nous voir, « par curiosité seulement, il ne communiquera iamais aueç « nous; mais si la volonté le porté réellement et de fait à « s'inscrire sur le registre de nostre confraternité, nous qui « iugeons les pensées luy ferons voir la vérité de nos pro- « messes ; tellement que nous ne mettons point le litu de « nostre demeure, puisque les pensées, iointes à la volonté • reelle du lecteur, seront capables de nous faire cognoistre « à luy>et luy à nous. » Nous n’étonnerons pas les étudiants même peu avancés en occultisme, si nous protestons ici que l’énoncé de ces prérogatives dont les Frères faisaient parade, dérobe, sous les apparences d’une incurable folie, des significations de la plus parfaite sagesse.
La dernière des prétentions dont ils se targuent là, celle qu’on jugera peut-être exorbitante entre toutes, est précisément la seule qu’on puisse prendre à la lettre.
Elle rappelle la condition expresse de l’admis sion au plus haut grade d’une Fraternité très occulte et fort peu connue, dans l’aréopage suprême de laquelle le postulant est tenu de se présenter en corps astral..., Les Frères illuminés de la Rose f Croix étaient obligés par leurs engagements de pratiquer la médecine occulte, partout sur leur passage, sans recevoir jamais de rémuné ration, sous quelque prétexte que ce fût.
Psychurgie, Maîtrise vitale, Hermétique, Théurgie et Kabbale n’avaient guère de secrets pour les plus avancés d’entre eux. Un article de leur profession de foi leur enjoignait de < croire fermement que, leur compagnie venant à Digiti ad byGoogle
— 10 — lir, elle pouuoit estre redintegrée au sépulchre de leur pre mier fondateur. » Ce qui veut dire : s’il arrive aux Frères de se compromettre dans le monde, l’Ordre qu’ils auront imparfaitement manifesté en actes rentrera en puissance ; de patent, il redeviendra occulte... Nul homme n’est par fait, nulle société indéfectible.
L’ordre faillit, et, vers 1630, il rentra —» en tant qu’association régulière — dans les ténèbres occultes d’où il était sorti quelque vingt années auparavant (1)* Seuls, des Rose f Croix isolés semanifestèrentde loin en loin. L’unité collective parut sommeiller longtemps dans le silence de la grotte dont on l’a fait sortira nouveau, en 18§8.
Les hommes sont sujets à l’erreur, à la malice, à l’aveu glement, et les Rose f Croix sont des hommes ; mais on ne saurait imputer leurs fautes à l’abstrait de l’Ordre. Elieartiste est infaillible, immortel, inaccessible par surcroît aux imperfections comme aux souillures et aux ridicules des hommes de chair qui s’offrent à Le manifester. Esprit de lumière et de progrès, Il s’incarne dans les êtres de bonne volonté qui L’évoquent.
Ceux-ci viennent-ils trébucher sur la voie ?—Déjà l’artiste Elie n’est plus en eux. Faire mentir ce Verbe supérieur est chose impossible ; encore que l’on puisse mentir en son nom. Car tôt ou tard il trouve un organe digne àe lui (ne fût-ce qu’une minute), une bouche fidèle ét loyale (ne fût-ce que le temps dé prononcer une parole).
Par cet organe d’élection, ou par cette bouche de rencontre —- qu’importe ? — sa voix se fait entendre, puissante et vibrant de cette autorité sereine et triomphale que prête au verbe humain l’inspi ration d’En-haut. Ainsi sont exécutés sur la terre ceux-là que Sa justice avait condamnés dans l’abstrait.
Gardons-nous de fausser l’esprit traditionnel de l’Ordre: réprouvés là-haut sur l’heure même, tôt ou tard nous (1) Vers cette époque, surgit, sous le titre d'Association des Philo* sophes Inconnus, une fraternité dérivée de la Rose f Croix, et dont les aaeptes s’occupaient principalement d’alchimie. On peut en lire les Statuts dans les Traitiez au Cosmopolite nouvellement descouverts. Paris, 1691, in«* 12. Digitized by LiOOQLe
serions reniés ici-bas du mystérieux démiurge que l’Ordre salue de ce nom : Elias Artisla! Il n’est pàsla Lumière, mais, comme saint Jean-Baptiste, sa mission est de rendre témoignage à la Lumière de gloire, qui doit rayonner d’un nouveau ciel sur une terre rajeunie.
Qu’Il se manifeste par des conseils de force et qu’il déblaie la pyramide des saintes traditions, défigurées par ces cou ches hétéroclites de détritus et de platras, que vingt siècles ont accumulées sur elle.
Et qu’enfin, par Lui, les voies soient ouvertes à l’avènement du Christ glorieux, dans le nimbe majeur de qui s’évanouira — son œuvre étant accomplie — le précurseur des temps à venir, l’expression humaine du saint Paraclet, le daïmon de la Science et de la Liberté, de la Sagesse et de la Justice intégrale : Élie-artiste.
11 SAR PELADAN Le vocable de Rose-croix ne porte pas bonheur aux ultramontains : par prudence, tout au moins, ils devraient s’abstenir d’y toucher..... Les jésuites ne sont-ils pas les auteurs du grade maçonnique de R.*. G.\ (18e de l’actuel Ecossisme)? — C’est un fait connu.
Par cette innovation et quelques autres, les jésuites espéraient, en donnant le change sur leurs intentions, accaparer en mode indirect les forces vives d’un ordre florissant. Ce sont d’habiles meneurs que les jésuites. Mais V abstrait du nom ainsi pros* titué fut plus fort que ces politiques sournois ; cet occulte Digitized by
— 12 agent s’empara de leur œuvre et lui fit faire volte-face : eu sorte que le grade maç. •. de Rose-Croix, fondé par les jésuites au dernier siècle, étoile actuellement de sa quincaillerie symbolique la poitrine de leurs pires ennemis ! Et comme c’est une loi de nature, que la réaction inversement proportionnelle à l’action, l'agnosticisme ultramontain des fondateurs a fait place à l’agnosticisme matérialiste de leurs héritiers du jour.
Sans le savoir, les jésuites avaient évoqué le fantôme lointain d’Élie-artiste. Élie-artiste parut un instant, retourna leur institution comme on retourne un gant, puis disparut aussitôt, laissant l’œuvre de ces fanatiques en proie à l’envahissement du fanatisme contraire. En dépit de cet échec, un nouvel effort a été tenté récem ment, pour infliger à la Rose-Croix à peine rénové# une éti quette ultramontaine.
Le 14 mai 1890, parut une brochure tapageuse, sous ce titre : la Décadence esthétique (théopha nie) XIX. Le Salon de Joséphin Péladan... etc., suivi de Trois Mandements de la Rose-Croix catholique à Varistie (Paris, in-12). Syxngellï acta : I. Mandement à ceux des arts du dessin. — IL Lettre ci Varchevêque de Paris. — III.
Excommunica tion de la femme Rotschild(sic). — Tel était le titre des trois mandements, promulgués au nom de la Rose f Croix, et signés : Sar Mérodack (Joséphin Péladan). Or, qu’était donc M. Péladan, pour ainsi pontifier au nom de l’ordre ? — L'un des membres du Conseil des douze de la Rose f Croix, rénovée en 1888 par Stanislas de Gu ai ta et des occultistes de ses amis. Le Sar avait-il seu lement consulté ses collègues ?...
Ouvrons Cœur en peine (1) à la page 322 : «... Avant de lancer mes Acta syncelli (écritil à Papus), je vous avais averti de la nécessité de nous rencontrer et de nous entendre. » M. Péladan déplace la question : le fait certain, c’est que, n’ayant consulté per sonne, il s’est arrogé le droit de parler au nom de tous. (1) Pâris, 1890, in-18. Digitized by VnOOQie
13 — Il est vrai qu’au vocable de Rose-Croix, M. Péladan avait accolé, pour la circonstance, l’épithète de catholique, laquelle, prise dans le sens ultramontain, faisait d'ailleurs l’effet d’une chasuble sur les épaules d’un quaker ou d’un triangle maçonniqué au cou d’un capucin (1).
Mais quelle distinction le public profane pouvait-il faire entre la véritable Rose f Croix, et cette Rose f Croix Catho lique à ressort, surgissant soudain comme d’une boîte à surprise, et dont le membre unique — Péladan — man dait, prophétisait, excommuniait, gesticulait au nom d’un Ordre imaginaire ?... Inévitable était la confusion, et M. Péladan aurait dû la prévoir.
En fait, tout le monde demeura convaincu que le Sar Mérodack — grand maître occulte, apparemment — fulminait tous ces anathèmes bizarres avec l’assentiment de ses collègues du, Suprême Oonseil. t Encore si ces actes, promulgués au nom de tous avec un pareil sans-gêne, eussent eu le sens commun !
Mais le Sar s’y élevait d’un coup d’aile à l’empyrée du grotesque, et, chose plus grave, s’abaissait, sans plus d’effort, jusqu’aux plus prosaïques invectives. Il insultait tout le monde,, depuis les administrateurs des Beaux-Arts dont il dénonce la grossière insolence, jus qu’à l’Univers, cette immondice; depuis les francs-maçons dont il méprise Vimbécillité, jusqu’à la femme Rotschild qu’il proclame sacrilège et iconoclaste.
« Pour ces crimes (conclut-il, en ce ce qui touche cette < dernière), nous, Tribunal vehmique, déclarons infâme « cette femme, infâme son nom, à moins que ceux qui le « portent ne désavouent publiquement la coupable. <• La R.-C. objurgue les la Roche foucault, comme les d'Uzès « et autres gens de nom, qu'ils ne peuvent plus recevoir la « femme Rotschild... (1) Nous mettons au défi les R + C + G F de nous montrer, soit dans ¡’histoire, soit dans les livres ou les manuscrits anciens, le moindre ves tige d une Rose-Croix papiste. /Digitized byGoogle
— 14 — « La R,-C. objurgue les hommes de lettres et d'art, qu'ils ne * peuvent plus même saluer la femme Rotschild... < Au nom de toutes les religions et de tous les arts, ceci « est l'arrêt de la Rt-C..., etc. > ! C’était roide, et ne pouvait passer ainsi. De longue date, cependant, M. Péladan était l’ami de plusieurs d’entre nous; dès la première heure, ses romans avaient beaucoup contribué à la diffusion de l’idée magique..
Et puis, nous l’aimions, en dépit de ses fredaines, cet enfant terrible du mystère, ce Panurge de l’occultisme. Bref, on usa d’indulgence à son endroit. On s’en tint au minimum des protestations rendues nécessaires: trois lettres collectives, à l’archevêque, aux frâncs-maçons, à Mme de Rotschild, pour désavouer les mandements au nom de l’Ordre ; et ce fut tout.
Quant à certaine lettre au Figaro, pour protester que la Rose-Croix catholique n’avait rien à v oir avec l'authen tique Rose f Croix, nous la passerions sous silence, puis qu’elle ne fut pas publiée, s’il n’importait de contredire à une erreur sérieuse de M. Péladan. Dans sa Lettre à Papus, il insinue que le Figaro refusa l’insertion.
Cela est si faux que M. Magnard, trouvant trop peu explicite notre laconique billet, en écrivit à M. Maurice Barrés : onepeut produire la lettre. M. Magnard demandait un article dé taillé sur le motif de nos griefs et la retraite de M. Péla dan. Nous décidâmes de ne rien publier, sur les instances d’un tiers, dépêché vers nous par le Sar démissionnaire. Car on pense bien que la première mesure avait été de demander à M. Péladan sa démission.
Il écrivit même à ce sujet un long factum, amphigourique et solennel, que nous eûmes le très grand tort de publier sur sa demande dans V Initiation. L’insertion de cette pièce ridicule, der nier coup de chapeau tiré à la vanité du démissionnaire,' fit un effet déplorable.
Il y présentait sa R f C f C f comme une sorte d’annexe de la Rose f Croix, et parlait de son « exode, unanimement consenti de notre suprême conseil. » Cette assertion erronée mérite le plus formel * ’ 3' . OOQI
démenti. M. Péladan a rêvé ce consentement unanime* Voilà dans quelles conditions M. Péladan fonda sa R f Cf G f (1). Nous jugeons inutile d’entrer dans plus de détails. M. Péladan n’a fait depuis qu’enfantillage sur enfantillage, toujours au nom de sa Rose-Croix catholique, qu’irqualifie souvent de Rose-Croix tout court. Toutes ces.... fantaisies déconsidèrent les chercheurs sérieux, décrient l’occultisme, et ridiculisent le nom de Rose--€roix.
C’est pourquoi nous n’avons pu nous taire plus longtemps. Nul, mieux que nous, n’apprécie à sa valeur le talent très original de M. Péladan, et le séduisant vernis d’occul tisme dont il fait miroiter ses romans, excellents miroirs pour attirer et éblouir les alouettes de l’idéal. Nous n’avons garde de méconnaître les services qu’il a pu rendre, en forçant l’attention publique sur une science impopulaire et ses problèmes décriés.
A chacun selon ses œuvres. Mais, à force de multiplier les paradoxes, et d’épuiser sa souplesse ingénieuse en des funambulismes divers, — exhibitions archaïques, poses truculentes, attitudes chaldéennes, pense-t-il, méridionales, dirons-nous, — le Sar a décidément passé toute mesure. Or il est temps de le dire : justice rendue au romancier, (1) La R | C | C + n’est vraiment pas heureuse dans scs tentatives de restitution traditionnelle !
D’une part, dans ses Acta Rosse Crucis (Rosese, ne lui déplaise), M. Péladan se déclare « en communion catho lique romaine avec Hugues des Payens et Rosenkreutz » : Rosen kreutz, fondateur de ces Rose-Croix, qui, dans leur Manifeste (Francfort, 1615, in-8), « confessent librement et publient sans aucune crainte d’en estre repris, que le Pape est l’Antéchrist » ; Hugues des Payens, fondateur de l’Ordre des Templiers, lesquels étaient manichéens, misogynes, et reconnaissaient la suprématie occulte du patriarche de Constantinople sur le pape.
Tout cela n’empêche pas le Sar de vaticiner ensuite « au nom de Jésus, seul Dieu, et de Pierre, seul roi. » Il n’y regarde pas de si près. N’exhume-t-il pas jusqu’à l’oriflamme templière, ce Reausëant des chevaliers (un nom malheureux, symbole apparemment de leurs mœurs excentriques).
D’autre part, ignorant sans doute la devise authentique des Rose + Croix : In cruce sub sphœrâ venit Sapientia vera, M. Péladan inaugure une charade baroque (ô Cicéron, bouchetoi les oreilles '.) : « Ad rosarn per crucem, ad crucem per rosam ; in eâ,in eis gemmatus resurgeam. » (Nous mettrions resurgam, si ça ne lui faisait rien). Digitized by
— 16 — au styliste, au critique d’art ; abstraction faite de ces qualités très distinguées et très précieuses que nous serons toujours les premiers à applaudir, que reste-t-il en M. Péladan,? — Un bon fumiste. Digitized by VnOOQie