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Initiation Revue philosophique indépendante des Hautes Études Hypnotisme, Thèbsophie Kabbale, Franc-Maçonnerie Sciences Occultes N. 12° VOLUME. 4m ANNÉE SOMMAIRE DU N° 11 (Août 1891) k >< AVANT-PROPOS........... LIdee de Dieu dans ses rapports avec la Ad. Franck. science. .............. .. (De l'Institut.) (p. 97 à (12). PARTIE INITIATLQUE... LEvoluliondelldée.. Papas. (p. 113 à126I.
PARTIE PHILOSOPHIQUE Les États profonds de ET SCIENTIFIQUE. . . lHypnose (suite) A. de Rochas. (p. 127 à 143). La Gnose et I1nquisi Jules Doinel. (P- '43 à147) Jésus de Nazaretlz . . . Georges Moutière, (..148 à 160). Eg ise et Fin de siècle. Jacques Serda...... (p. 161à 165)._ PARTIE LITTÉRAIRE... Eôraka Pierre Torcy ....... .. (p. 16651 178).mm La Vie d'un Mort...
Jules Lermina. (p. 179 à 181). Croupe indépendant dÉtudes ésotériques. - Variétés : Un prêtre réfractaire. Nouvelles diverses. - Bibliographie, RÉDACTION ; rue de Tremse, 29 2 9 PARIS Administration. Abonnements? 58, rue St-A ndrédes-A ris, 58 PARIS Le Numéro: UN FRANC. -Un An : DIX FRANCS
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. , Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l'essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n'ont abouti quà de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par lhypnotisme et la suggestion a distance.
Eዾrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. LInitiation est l'organe principal de cette renaissance spirituœ liste dont les efforts tendent: Dans la Science à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs Contemporains.
Dans la Religion à donner une. base solide à la Morale par la découverte dun même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. i Dans la Philosophie à sortir des méthodes purement méta1 physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique, la Science et la Foi, le Visible et l'Occulte, la Physique et lal Métaphysique.
Au point de vue social, lInitiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent larbitrage contre larbitraire, aujourdhui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le militarisme et la misère. Enዾn lInitiation étudie impartialement tous les phénomènesj du Spiritisme, de l'Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans lInde.
LInitiation expose les opinions de toutes les écoles, mais nappartient exclusivement à aucune. Elle compte, parrዾi ses 50 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. , La seconde partie (Philosophique et Scientifique) sadresse à tous les gens du monde instruits. Enዾn, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides_ q ananière quelles savent toujours apprécier. .
L1nitiation parait régulièrement le 15 de chaque mois e compte déjà trois années dexistence. - Abonnement: 10 franc par au. ' iN" «dune
PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE 1Initiation la PARTIE INITIATIQUE F. CH. BARLET. S.'. I.'. f'ç - STANISLAS DE ÜUAITA. S.'. I.'. JULIEN LEJAY, S.'. I.'. GEORGE MONTIERE, S.'. I.'. PAPUS, S.'. I.'. 20 PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ALEPH. Le F.'. BERTRAND .VÉN.'. - RENÉ CAILLIÉ. A. C. TSHÉLA.- CAMILLE CHAIGNEAU. CHIMUA DU LAFAY. G.
DELANNE. DEI.ÉZINIER. JULES DOINEL. ELY STAR. FABRE DES ESSARTS. JULES GIRAUD. *E. GARY. YVON LE LOUP L. LEMERLE. DONALD MAC-NAB. MARCUS DE VÈZE. LUCIEN MAUCHEI.. NAPOLÉON NEY. EUGENE NUS. HORACE PELLETIER. PHILOPHÔTES. G. POIREI.. - JULES PRIOU. QUÆRENS. Le Magnétiseur RAYMOND. Le Magnétiseur A. Ro BERT. ROUXEL. -H. SAUSSE. L. STEVENARD.. PIERRE TORCY - G. VITOUX. -F. VURGEY. HENRI WELSCH. OSWALDVVIRTH.
30 PARTIE LITTÉRAIRE 'I I l MAURICE BEAUBOURG. E. GOUDEAU. MANOËL DE GRANDFORD. JULES LERMINA. L. HENNIQUE. R. DE MARICOURT. - CATULLE MENDÈS. -ÉMILE MICHELET. GEORGE MONTIÈRE. CH. DE SIVRY. CH. TORQUET. 40 "ૺ POÉSIE En. BAZIRE. CH. DUBOURG. -- RODOLPHE DARZEiS. - P. ]IRALDON. R. DE MARICOURT. PAUL MARROT. A; MORIN. - ROBERT DE LA VILLEHERVÉ.
VIENT DE PARAITRE PAPUS TRAITÉ MÉTHODIQUE : DE LA SCIENCE OCCULTE Lettrepréface de Ad. FRANCK, de linstitut -_4 Un volume grand in-8° de 1,100 pages, contenant 10 traités techniques spéciaux (Nombres, Genèse, Kabbale, Gnose, Alchimie, Franc-Maçonnerie, Bohémiens, Chiromancie, Sym bolisme, Biographie.) 400 gravures et tableaux dans le texte et deux planches phototypiques hors texte. Une table alphabétique de tous les termes employés, une table alphabétique des 400 auteurs cités et un glossaire des mots techniques. Prix . . . . 16 fr. gamme à nos éb0nnés Tous lés Abonnés anciens et nouveaux de lIni tiati0n peuvent, dès aujourdhui, recevoir LE TRAITÉ METHODIQUE DE SCIENCE OCCULIE pour 12 fr. au lieu de 16 fr. en sadressant 58, rue StAndrédes Arts, à lAdministration de la Revue. Pour les Abonnés qui habitent la province join dre de plus 0 fr. 85 pour le port.
AVAIËI TÉPR©EÙ@S ËilDJËE DE nau DANS SES RAPPORTS AVEC LA SCIENCE 1 Par An. FRANCK, de lInstitut, Membre titulaire de la Société dEthnographie. MESDAMES, MESSIEURS, Cest au nom de la Ligue nationale contre la théisme que jai lhonneur de vous adresser la parole. Ce nest pas la* première fois que cela marrive, et jose espérer, malgré mes quatrevingtdeux ans, que ce ne sera pas la dernière. Parler de Dieu et combattre les erreurs qui tendent à le supprimer dans les mani festations de la vie publique, dans la conscience des individus, cest le plus heureux emploi quun homme de mon âge et de tout âge puisse faire aujourdhui de son activité et de son intelligence. Mais, à linstant même, et dès les premiers mots que je viens de prononcer, il me semble que je lis sur les lèvres de plus. dun assistant cette question iro nique : Qui êtes-vous, combien êtes-vous pour former 4
98 L'INITIATION :w-p--r; une ligue contre un mouvement didées qui paraît être le premier besoin de notre temps? Doù sortez vous P Qui vous connait depuis bientôt trois ans que vous existez? Qui se croit obligé de compter avec vous ?
Nous pourrions répondre avec le grand mystique du dernier siècle, avec Saint-Martin dit le Philosophe inconnu : « Nous avons voulu faire du bien, nous navons pas voulu faire du bruit, parce que le bien ne fait pas de bruit et le bruit ne fait pas de bien. » Mais ce serait un mauvais moyen de nous défendre.
Grâce au régime de publicité sous lequel nous vivons, nous sommes tous, comme ce Romain dont nous parle lhistoire, logés dans une maison de verre. Toute œuvre qui prétend exercer une inዿuence quelconque sur la société a besoin dêtre aperçue : ce que lon ne voit pas, et surtout ce quon nentend pas, nexiste pas dans lopinion de nos contemporains. Nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir pour être vus et pour être entendus.
La Vérité est que nous navons pas été compris parce que nous voulions une chose à laquelle on ne peut atteindre sans une complète bonne foi, sans un par fait désintéressement. Pour les uns, nous étions un parti rétrograde qui naspire, par ambition du pou voir, quà la restauration du passé et à la domination des esprits au sein dune éternelle immobilité.
En un mot, nous étions des cléricaux à peine dissimulés sous lhabit laïque, ou ce quon appelait pendant un temps « des jésuites à robe courte ». Vous, Mesdames et Messieurs, tous ou presque tous plus jeunes que moi,
LIDÉE DE DIEU 99 " vous ne les avez peutêtrejamais connus; mais, moi, on men a souvent fait peur quand je faisais mes études au collège de Nancy. Des cléricaux, des jésuites à robe courte, voilà donc ce que nous étions pour quelques-uns.
Pour dautres, nous étions des sec taires, cest«àdire des révolutionnaires en matière de morale et de religion, des esprits chimériques et uto piques, par là même fanatiques et implacables, qui, tournant le dos à la réalité, ne tenant aucun compte de la tradition ni de lhistoire, se sont fait une reli gion et une morale de fantaisie en dehors desquelles il ny a, pour eux, ni justice, ni mérite, ni bonne foi, ni conviction, ni raison.
Ce dogme de leur création, emprunté à leurs prédécesseurs avec les changements quils ont cru utile dy introduire et quils multiplient arbitrairement sous le prétexte de rajeunissement et de perfection, il ne leur répugne pas, tout en décla mant contre lintolérance des temps passés, de lim poser par la force, au nom de la liberté.
Ils citeront volontiers comme exemples lexistence de Dieu et limmortalité de lâme décrétées par la Convention nationale et ayant pour sanction léchafaud. Ils ap plaudiront à JeanJacques Rousseau qui bannit de sa cité imaginaire ceux qui nadmettent pas dans toute sa teneur la Profession de foi du vicaire saroyard.
Quant à dire en quoi consiste le dogme nouveau quils ont la prétention de substituer aux vieilles croyances, jy renonce; ce sera tout ce que vous vou drez : le déisme ou le panthéisme, ou le culte de lhu manité dAuguste Comte, ou lagnosticisme, cestà dire le Dieu inconnu de Herbert Spencer!
100 LINITIATION v - ૺT"Y. . Les deux opinions contraires quon sest faites, ou quon persiste a se faire de nous, sont également fausses. Nous ne sommes ni les hommes dune école, ni ceux dune secte.
Partis de tous les points de lhorizon social, nous navons pas dautre but, nous ne connais sons pas dautre intérêt que la défense de la société ellemême, parce que nous ne la comprenons pas, nous nadmettons pas quelle puisse subsister sans Dieu, autant dire sans justice, sans bonheur, sans liberté, sans respect delle-même; car Dieu, représen tant léternité et la perfection, est le dernier mot et la suprême garantie de toutes ces choses.
Questce que la justice, quest-ce que lhonneur, quest-ce que la liberté, quest-ce que la moralité humaine, sils ne re posent pas sur des lois éternelles, et comment conce voir des lois éternelles sans un éternel législateur P Pour la liberté en particulier, nous avons remarqué quelle court les mêmes risques, quelle Ïsouዿre les mêmes dommages avec lathéisme qui avec le fanatisme aveugle des anciens âges.
« Loin dêtre une secte présomptueuse qui prétend se mettre à la place de la tradition, de la foi de tous les âges, des religions qui se sont partagé et se partagent encore le respect du genre humain, nous avons ap pelé toutes ces religions, sans leur demander aucun sacriዾce du côté de leurs dogmes, à sunir entre elles contre leur ennemi commun, cestà-dire contre la théisme.
De cette manière, si nous réussissons - et notre succès dépend de vous, il est dans le vœu una nime des générations nouvelles, nous sauverons
LIDÉE DE DIEU rot ensemble la foi et la tolérance, nous mettrons dac cord la religion et la liberté ; non pas une religion de notre invention, non pas une liberté de fantaisie, identique à lanarchie ou au despotisme, mais la vieille religion et la vieille liberté, qui nexistent pas si elles ne sont conçues comme éternelles.
Ainsi donc, comme je le disais il ny a quun ins tant, nous ne sommes ni des révolutionnaires ni des utopistes, mais des hommes de paix et de concilia tion, des hommes pratiques qui appellent à eux tou tes les forces vives de la société pour la sauver de la ruine et de labaissement.
Cette déclaration faite -et comment aurions nous pu nous dispenser de la faire ? nous rencon trons devant nous une question capitale. la seule question que je me suis proposé de traiter devant vous, la seule peut-être qui vous ait attirés dans cette enceinte.
En vous annonçant que je me propo sais de la traiter, jai voulu dire seulement que jespé rais lui ôter quelques-unes des obscurités, joserai ajouter quelque chose .de leffroi quelle présente ou quon sefforce de lui faire présenter àla masse des intelligences. Cette question, je la place dans la bouche de nos contradicteurs, en employant les termes dont je sup pose quil leur conviendrait de se servir.
« Vous dites que vous ne pouvez concevoir la société sans Dieu ; mais Dieu, tel que vous le com prenez, et de quelque manière quon le comprenne, peutil se concevoir avec la science arrivée au degré de maturité où nous la voyons aujourdhui P » _.,_ v .;v '.-h
1 02 LINITIATION .L.-- Je crois bien quon complèterait leur pensée en ajoutant : « Lidée de Dieu est absolument incompa tible avec la science ; il faut choisir entre les deux: par cela seul que vous admettez lune, vous répudiez lautre. » Ce terrible dilemme ne date pas daujourdhui : il est déjà très ancien ; il est contemporain de tous les systèmes de philosophie qui donnaient pour origine à la nature le hasard ou le jeu aveugle des éléments de la matière.
Mais, pour ne pas remonter trop haut dans lhistoire de la pensée humaine, jen ferai honneur à Auguste Comte, le père du positivisme. Selon Comte et ses disciples, lhistoire de lesprit humain se partage en trois grandes périodes. Dans la première, lhomme voyait partout la main de la_ Divi mité et ne croyait quen elle : cétait la période théo logique.
Dans la seconde,lhomme, subissant la puis sance des idées ou des pures abstractions créées par son intelligence, ne sinquiétait pas de la réalité des choses ; peului importaient les faits: cétait la pé riode métaphysique, comme qui dirait le règne des hypothèses et des chimères. Enዾn, dans la troisième période, lesprit de lhomme sest attaché uniquement aux faits quil connaît par son expérience ou qui frappent ses sens.
Ces faits ou ces phénomènes, il sest donné la tâche de les observer, de les analyser, sans sinquiéter de leurs causes ni de leur raison dêtre. Cette dernière période, dans laquelle nous vivons et dont nous ne sortirons pas, cest celle de la science positive ou simplement de la science. Là, il ny a pas de place pour laction, ni même pour lidée de la Di . .. 1...... «vr-rnmr .» . vvrr
1mltbmrñf: :-a v _ ". ૺH W...- .: .l. ' - LIDÉE DE DIEU 103 vinité,non plus que pour une idée quelconque, quand elle nest pas le produit ou une simple généralisation de lexpérience. Aussi Auguste Comte ne se faisait pas scrupule dannoncer que le règne de Dieu était arrivé à son terme et que celui de lhumanité commençait.
Mais, avec une naïveté charmante, il avait soin dajouter que lhumanité ne serait point ingrate, quelle tien drait compte à Dieu de ses services provisoires. Prise à la lettre, la division adoptée par Auguste Comte est inacceptable. Comment soutenir que, pen dant la période métaphysique, au XVII° siècle par exemple, qui marque le moment le plus brillant de cette période, la science fut entièrement inconnue ou négligée ?
Qui oserait dire que Descartes, linventeur de lalgèbre appliqué à la gépmétrie, Newton à qui nous devons la connaissance de lattraction univer selle, et Leibniz, lun des fondateurs, sinon le fonda teur unique du calcul inዾnitésimal, naient été que des métaphysiciens, c'est-àdire, selon Comte, des esprits chimériques et des abstracteurs de quintes sence?
Du xvusiècle passez au xvrn° et même à la première moitié du XIX": cest bien un temps où ዿorissait la science, où lon ne jurait que par elle, où on lui promettait la régénération du monde, le temps des Lavoisier, des Lagrange, des Laplace, ' des Buዿ°on, des Cuvier, des Monge, etc., etc. Estce que, durant toute cette époque, la métaphysique a sommeillé?
Cest alors que lAllemagne a vu paraî tre coup sur coup 'ou simultanément des systèmes comme ceux de Kant, Schelling etHegel, et la France WMR«M- \. »=_rf---MwnwNw\w ,-_«. æૺ-k.muW. km
104 LINITIATION .-....... A- ......" c-'..-m -o.-.. .n -:.::2! ૺJ%trlâi!hዾ4»- .; 'vv-n' -.I "'e -urvm r; des penseurs tels que Joseph de Maistre, de Bonald, Maine de Biran, et, si lon me pardonne de les nom mer après eux, dans notre siècle de dénigrement, La mennais, Cousin et Jouዾ'roy. Je parle de métaphy sique et de science; mais, entre les deux, ny a-t-il pas une grande place occupée par la théologie ?
Cé tait bien de théologie quil sagissait pour les jansé nistes, les molinistes, les quiétistes, pour Port-Royal, Pascal, Fénelon, M'ૺ" Guyon, les gallicans, les ultra montains. Lamennais, de Maistre, de Bonald, que jai nommés tout à lheure, étaient des théologiens autant et peut-être plus que des philosophes.
Aujourdhui même, en face du positivisme et de nos physiolo gistes à outrance, linterprétation de lÉcriture ou des livres bibliques se partage entre deux écoles : lécole rationaliste et lécole traditionnelle. Or, quest-ce que ces deux écoles, sinon des écoles de théologie ? Laissant de côté la division introduite par Comte dans lhistoire de la pensée humaine, arrivons à lidée quil sest faite de la science.
Cette idée nest plus la même que celle que sen faisaient les grands philo sophes de lantiquité, tels que Platon, Aristote, les stoiciens, et les grands philosophes du XVII" siècle, à savoir Descartes, Newton, Leibniz; même ceux (du xvx°, parmi lesquels nous comptons Copernic et Képler, et ceux du xvm° siècle, au nombre desquels Kant, mathématicien, physicien et astronome, en même que métaphysicien, nous représente, au point de vue de la science, une très grande ዾgure.
Les savants de ces diverses époques, embrassant la science dans son unité comme le plus grand effort, lapplication la /
Wmዿlዾ-r--rዿrü-tzüw --v--« . . .. .. ..__.,.___. . .. . ., LIDEE DE DIEU I 05 plus complète de lintelligence humaine, ne la sépa rent pas des idées nécessaires de la raison, des idées métaphysiques, tout en les distinguant de la métaphy sique ellemême. Ils tiennent compte des idées de" temps, despace, déternité, dinዾni, de cause active, de cause ዾnale, dunité, de perfection.
Cest Kant,le fondateur du scepticisme idéaliste, qui a écrit ces belles paroles : « Deux choses me remplissent dun respect et dune admiration toujours croissants: le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi.
Lun me révèle la grandeur de Dieu, lautre celle de lhomme. » Aujourdhui, la science est à peu près restée ce quAuguste Comte voulait quelle fût : lobservation et lanalyse des phénomènes, ou le raisonnement appliqué àla détermination de ces mêmes phéno mènes, sans lintervention des idées métaphysi ques, des idées universelles dont nous venons de parler.
Le mouvement même, le progrès illimité des diffé rentes branches des connaissances humaines a imposé aux savants cette manière de voir. Il a fallu que cha cun deux se renfermât dans la sphère quil avait choisie comme objet de ses explorations.
Il a fallu, par exemple, que le physicien se conዾnât dans la physique, le chimiste dans la chimie, lastronome dans lastronomie, le mécanicien dans la mécanique, le mathématicien dans la science des nombres et de létendue. Ils navaient pas à sinquiéter, ni à tenir compte dautre chose. Ils pouvaient se croire permis de nier lexistence des idées si chères à leurs devan
I 06 LINITIATION ciers, ou se les représenter comme des hypothèses fabriquées à plaisir.
Or, si vous supprimez ou rendez inaccessibles les idées dinዾni, d'unÎté, duniversalité, de perfection, de plan préconçu ou lintelligence régulatrice, il nest plus permis de pari :r de Dieu ou dessayerune démons tration de son existence; car il a cessé dêtre, ou il na jamais été, sil nest pas lêtre inዾni, lêtre unique dans son inዾnitude, la source universelle de toute existence, lêtre parfait, lintelligence suprême qui a tout prévu et tout ordonné selon les règles dune im muable sagesse, en un mot sil nest pas une providence.
A ces difዾcultés déjà insurmontables quoppose à lidée de Dieu la science divisée et fragmentaire de nos jours, sen joint une autre non moins insoluble.
Dans létude isolée et indépendante des diverses parties de la nature, rien ne doit être donné au hasard ou à laction imprévue dune volonté quelconque, mais tout ce qui arrive est expliqué davance par ce qui la immédiatement précédé; tout phénomène a sa cause et sa raison dêtre dans un phénomène antérieur.
Cest ce qui a conduit notre grand physiologiste Claude Bernard à donner à la méthode scientiዾque, telle quil la comprenait et la pratiquait, le nom de dé terminisme. Lexpression est très juste quand elle est appliquée à la science partielle et fragmentaire. Mais, quest-ce que le déterminisme, quand on le transporte dune sphère particulière dans une sphère générale?
Pas autre chose que la négation de la liberté, pas autre chose que la suppression de la volonté elle-même, et par suite de toute loi, de toute règle de conduite, de 1 3 v. usi
LiDEE DE DIEU 107 toute idée de justice et de devoir, de bonté et de pro vidence. A lathéisme métaphysique que nous avons signalé il ny a quun instant, comme la conséquence inévitable de la science actuelle, vient donc sajouter par le déterminisme ce quon peut appeler lathéisme moral. Au reste, les deux athéismes sont inséparables et se confondent en un seul. Dieu absent, il ny a pas de morale. La morale absente, il ny a pas de Dieu.
Lun et lautre dérivent de la même cause: de la frag mentation illimitée et de ce quon peut nommer la narchie de la science contemporaine. Aussi, rien de plus logique que les paroles souvent citées dun illustre astronome du commencement de ce siècle. On demandait un jour à Laplace, lauteur de la Mécani que céleste, sil donnait une place à Dieu dans sa théorie du monde: « Jai pu jusquà présent, répon ditil, me passer de cette hypothèse.
A lopinion de Laplace, on peut opposer celle dun autre astronome de grand nom. Leverrier ne crOyait pas seulement en Dieu, il poussait la piété jusquà la dévotion. Dautres savants contemporains, les uns vivants. les autres morts depuis peu, se sont également déclarés les ennemis irréconciliables de lathéisme et du matérialisme. Je me bornerai à citer les noms de Chevreul, lillustre centenaire, de J.-B.
Dumas, de M. de Quatrefages, et avant tous les autres, et par . dessus tous les autres, celui de notre incomparable Pasteur. Mais, prenons la déclaration de Laplace pour ce quelle vaut, pour un des symptômes de la science de notretemps, pour un des effets de la déduction mathé
108 LINITIATION . î;. .3... e .. Ï' ËIૻ '* '*I-ૺૺ'n:.:-rn matique poussée à lextrême; il ny a pas lieu de nous en inquiéter outre mesure. Lexistence de Dieu est autre chose quune formule de mécanique céleste, et la science, en général, ne remplace pas la raison.
On peut avoir beaucoup de science et être brouillé avec la raison, comme lont été, comme le sont encore certains savants emprisonnés dans le cercle borné de leurs spéculations. La science, cest lattribut, cest la conquête de quelques-uns, une conquête qui peut exercer la plus heureuse inዿuence sur la richesse, la santé, le bienêtre, la puissance des individus et des nations.
La raison, cest, à quelques exceptions près, la propriété de tous, cest la faculté maîtresse, lattri but distinctif et indéfectible du genre humain.
Elle a, comme le soleil, son aurore, son crépuscule, ses éclipses; mais pas plus que le soleil elle nest menacée de s'éteindre; elle est même plus durable que lui, car elle est éternelle et ne peut se concevoir sans léternité, tandis que lastre du jour ne survivra pas à notre système planétaire.
Or, cest la raison, non la science, qui nous dit queles êtres et les phénomènes que nous voyons dans ce monde commencer et ዾnir, qui for ment dans leur ensemble le monde luimême, ne peu vent se concevoir sans une cause qui na pas eu de commencement et qui naura pas de ዾn.
1 Cest la raison, non la science, qui nous dit que les lois qui commandent àce vaste monde, que les ዾns particulières en vue desquelles tous les êtres vivants sont organisés, que la lumière intellectuelle qui brille au-dedans de nous,si pâles quen soient les rayons, supposent, detoutenécessité, Une intelligence suprême
LIDÉE DE DIEU 1 09 w 1-v-»n.- ' . et universelle.Cest ce queles Livres saints, et Platon avec eux, appellent la Sagesse, le Verbe éternel, le Verbe incréé. .
Cestla raison, non la science, qui nous dit que des êtres bornés comme nous sommes, entourés dautres êtres encore plus bornés queux, ne peuvent sexpli quer leur existence que par celle dun être sans bornes, cest-à-dire inዾni, inዾni en durée ou éternel, inዾnien pouvoirou tout-puissant, inዾni en sagesse eten bonté, ou sans limites dans ses perfections. Ce nest pas tout : la raison ou lintelligence nest pas la seule faculté de notre âme.
A la raison vient se joindre, ou dans la raison nous rencontrons la cons cience, un attribut que lhomme ne partage à aucun degré avec lanimal, qui nexiste à aucun degré chez les êtres qui lui sont inférieurs ; un attribut dont on a vainement cherché à rendre compte par la coutume de lhérédité.
Car la coutume, si elle peut propager ce qui est, ne crée pas ce qui nest pas, et lhérédité ne peut que transmettre dune génération à lautre ce qui existe déjà. Quest-ce que nous dit la conscience , sans lintervention daucune science etavant la science?
Que lhomme est libre dans le choix de ses actions, quil est libre de choisir entre le bien et le mal, mais quilfaut se décider pour lun ou pour lautre; que libre, il est responsable devant une loi quil na pas faite et qui simpose à sa volonté; que cette loi, qui sappelle le devoir, qui sappelle le bien, lordre, la justice éternelle et universelle, ne sest pas faite toute seule, mais suppose un législateur également éternel et universel. Nous avons le droit de dire aux savants,
I 1 o LINITIATION aux physiologistes, aussi bien quaux chimistes, aux physiciens et aux astronomes: Tout ce que vous pou vez soutenir, tout ce que vous pouvez trouvez dargu ments dans les faits que vous avez étudiés et dans les raisonnements que vous pouvez faire, ne porte aucune atteinte ni au libre arbitre de lhomme, ni à la con naissance quil a de ses devoirs, ni à lidée qui sim pose à lui dun divin législateur.
Aussi, depuis trois ou quatre mille ans que lhomme a pris connaissance de ses destinées morales et religieuses, on na rien ajouté ni rien retranché à ces antiques maximes, vai nement contestées par nos évolutionistes: « Tu ne tueras pas ; tu ne voleras pas; tu ne rendras pas de faux témoignage; tu ne te prosterneras pas aux pieds des idoles ; tu aimeras Dieu par-dessus toutes choses et ton prochain comme toi-même.
Mais lhomme nest pas seulement raison et cons cience, raison et liberté ou intelligence et force; il est aussi amour, cestà-dire quil compte parmi ses facul tés les plus importantes, les plus caractéristiques, le sentiment ou ce quon appelle vulgairement le cœur.
Le sentiment, cest tout autre chose que la sensation ou ce mouvement intérieur qui vient du dehors, qui a sa cause dans le choc du monde extérieur et son principedans lorganisme, dans les sens. Le sentiment nappartient quà lâme et comprend ces trois choses: lamour, ladmiration et la foi.
Par lamour, il sat tache à ce qui est bon; par ladmiration à ce qui est beau; et par la foi, à ce qui est vrai, à ce qui mérite notre conዾance et nous soutient dans le malheur ou dans le doute. Ces trois manièresde sentir nous révè
LIDEE DE DIEU 1 l t lent également la Divinité. Le suprême degré de la bonté, objet de notre suprême amour, cest la bonté divine, dont la bonté humaine nest quune faible image. Le suprême degré de la beauté, objet de notre suprême admiration, cest la beauté éternelle, la beauté parfaite, réዿéchie dune manière plus ou moins sensible dans les beautés périssables de ce monde, dans les beautés de l'âme plus que dans celles du corps.
Enዾn le suprême degré de la vérité, objet de notre foi la plus inébranlable, source de nos conso lations pures, de nos espérances les plus sublimes, cest la suprême vérité. la vérité éternelle, la vérité inዾnie, la vérité divine. Donc, ce sont là de véritables révélations de Dieu, qui, transmises dâge en âge par la tradition, par lenseignement dune autorité supé rieure, deviennent des dogmes et revêtent le caractère de la religion.
Pascal les déዾnit dun seul mot auquel il ny a rien à ajouter. Elles sont pour lui « Dieu sen sible au cœur ». Dieu sensible au cœur est, sil est possible, encore plus indépendant de la science que le Dieu qui nous parle par la raison, que le Dieu qui se manifeste par notre liberté et qui nous apparaît dans lidée du devoir.
' Ainsi donc lidée de Dieu, la croyance en Dieu, simpose à nous par tous les attributs de notre nature spirituelle, par la totalité des facultés de notre âme, en même temps quil parle à nos yeux par les magni ዾcences de la création. Cest avec vérité que saint Paul a dit: « En lui nous avons la vie, le mouvement et lêtre. In eo {vivimus, movemur et sumus. » On a dit, on soutient aujourdhui au nom de la
l 12 LINITIATION science que la lutte pour la vieest la loi de lhumanité aussi bien que celle de la nature animale. Rien nest plus faux. Les hommes luttent entre eux pour la charité, pour la vérité, pour le sacriዾce autant que pour la conservation et la satisfaction de leurs intérêts per- . sonnels. Lutter pourla charité, la véritéet la gloire du sacriዾce, cest lutter pour la cause de Dieu.
Cest par cette lutte que lhumanité a commencé, et cest par elle quelle ዾnira, si elle doit ዾnir. Aujourdhui même elle continue, en dépit de lathéisme et du positi visme, en dépit des efforts que lon fait pourla compri mer et des obstacles de toute nature que de prétendus apôtres de la vérité lui opposent. Permettez-moi.
Mesdames et Messieurs, de prendre congé de vous sur cette parole, car je nen trouve pas dans mon esprit de plus fortiዾante. En même temps quelle est la gloriዾcation du passé, elle nous déguise en grande partie les maux du présent et nous ouvre le champ de lavenir. AD. FRANCK. ..'... III.II:
mumwxw& PARTIE INITIATIQUE ÆlÉvlntinn de Âîdée Louis Claude de SaintMartin, controversant à lÉcole Normale avec le professeur de philosophie Carat, résuma en quelques phrases la base la plus solide de lEnseignement ésotérique. Garat soutenait que toutes nos idées, quelles quelles soient, proviennent du monde extérieur par la sensa tion nihzl est in intellectu quod prius non fuit in sensu.
Le professeur comptait ainsi réduire à néant toute largumentation de son contradicteur qui devait prétendre, puisquil était spiritualiste, que les idées existaient delles-mêmes à létat inné dans lIndividu et que la sensation nétait pour rien dans leur produc tion.
Or,jugez de létonnement de Carat, quand Saint Martin prit comme base de sa réplique lafዾrmation même du sensualiste en disant: «Je suis absolument daccord avec vous sur le premier point; oui, lidée est bien produite chez lhomme par la sensation.»
1 14 LINITIATION Cest quil existe une différence essentielle entre un métaphysicien et un occultiste. La théorie des idées z'nnees, préexistantes à lhomme, est toute métaphysique, et loccultisme a ceci de remar quable quil déduit mieux ses enseignements desfazts avancés par le matérialisme que des axiomes émis par la métaphysique purement spiritualiste.
Le matérialisme, le positivisme sont lexpression de vérités indéniables, mais ils sarrêtent en chemin, ils désertent à' un moment donné la lutte, et les mots de hasard ou d'inconnaissable viennent arrêter net la question bien légitime des chercheurs.
Voilà pourquoi Saint-Martin neut pas de peine à dé concerter son interlocuteur, quand, afዾrmant comme lui la toute-puissance de la sensation, il lamène à chercher non plus lorigine des idées dans lhomme, mais bien lorigine des sensations. ' La sensation provient bien dun objet, mais lobjet nest que la matérialisation dune idée, si bien que lidée est à lorigine du monde des faits, comme elle est à lorigine de tout.
Garat dut savouer publiquement battu, et SaintMartin retourna à son banc pour écouter en qualité délève, nommé au suf frage, les enseignements de son maître ofዾciellement imposé. Aussi, tant que nous sommes, obéissons-nous presque passivement à lIdée et cette école de philo sophie quon juge si peu importante dirige-t-elle plus sûrement les hommes que les rouages les plus com pliqués dun gouvernement. Les hommes sont entichés damour-propre et de
r l 115 sufዾsance et se ዾgurent très souvent être les créa teurs de mouvements ou de théories dont ils ne sont que les récepteurs et les réalisateurs, ce qui est bien différent. Lorsque lêtre végétal a atteint lapogée de sa phase de vitalité, il synthétise tous ses efforts dans la pro duction dune organisation très complexe. La masse de sève inutilisée par les besoins courants du végétal se condense sur un point, sur une feuille.
Cette feuille se transforme, se revêt le plus souvent déclatantes coùleurs! La ዿeur parait, puis elle se développe et enዾn naissent les germes, futurs propagateurs de lespèce, origine objective de limmortalité de leur production.
Le vent impétueux, les insectes au vol rapide emportent bientôt ces germes qui tombent en pluie sur la forêt voisine ou ils sont déposés incon sciemment par linsecte et des millions etdes millions dentre eux se perdent avant quun seul ait pu trouver le complémentaire indispensable à son éclosion, puis à son développement. Le grand troupeau des chercheurs peut être com paré à la grande forêt.
Les « idées sont dans lair » pour les hommes, comme le « pollen est dans lair » pour les plantes, et lhomme de génie, esclave de son époque, ne fait souvent que réaliser davance lidée qui deviendra directrice des foules un demisiècle plus tard.
Car, répétonsle, la foule est toujours dirigée, quoi que inconsciemment, par une idée, et le matérialisme positiviste du xvnt° siècle a produit la masse des in telligences actuelles avec leur recherche de la jouis sance immédiate du bonheur. LÉVOLUTION DE LiDEE
I I6 LINITIATION Pour étudier la marche dun grain de pollen il faut se rendre compte : 1° De lêtre végétal dont il provient ; 2° De lêtre végétal complémentaire capable de recevoir et de développer à son tour ce germe; 3° Des moyens par lesquels ce germe sera trans porté du centre de production au centre de dévelop pement et de réalisation.
Pour étudier la marche dune idée,il faut aussi con sidérer : 10 Lorigine et le caractère distinctif de cette idée: 2° Lépoque où le cerveau sera capable de recevoir et de développer cette idée ; 3° Les moyens par lesquels la cause émanatrice de cette idée est mise en contact avec le cerveau récepteur 'et réalisateur. Cest lHzstozre de l'idée quil fallait refaire, mais sur un plan tout nouveau.
Au lieu de ne considérer que les producteurs (1) (chefs décole) dune idée, comme le font tous ceux qui soccupent de lhistoire de la philosophie, il fallait considérer aussi les ori gines de cette idée et ses résultats dans le public; il fallait de plus déduire de ces considérations basées sur des faits indéniables une lozdevolutzon appli cable à lidée et prouver cette loi dévolution par les faits, comme on avait également déduit cette loi de Ces mêmes faits ; telle est la tâche colossale entreprise (1) Il est bien entendu que les producteurs dune idée ont eux-mêmes reçu antérieurement les éléments de, _eette Idée, comme larbre produc teur de germes a lutmême reçu anter1eurement la graine.
LÉVOLUTION DE LIDÉE I I 7 par un occultiste que connaissent tous nos lecteurs, F.-Ch. Barlet. n t «I Ici je demande à mes lecteurs le permission de leur présenter lauteur de lEssai sur lÉrolutzon de11dee. Sa modestie bien connue en sera peutêtre froissée, mais la curiosité légitime de beaucoup en sera satis faite, ceci me fera pardonner cela. Barlet peut avoir quarante-cinq ans.
Une vocation quil jugeait irrésistible le poussa, au sortir du collège, vers lart, à létude duquel il sadonna passionnément, mais en secret. La famille veillait cependant et imposa au jeune homme une carrière plus sérieuse. Barlet choisit Polytechnique et était déjà admissible à cette école quand son père se mit entête de faire de lui un nouveau membre de cette administration que lEu rope Continue de plus en plus à nous envier.
Malgré les supplications du jeune homme il fallut, bon gré mal gré, céder au désir paternel, quitter les études préférées et faire son droit. Voilà comment hotte artiste, de mathématicien, devint licencié en droit, puis entra dans ladministration où il est encore chargé dune direction de première classe en province.
Rendu philosophe par le malheur, Barlet consacra à létude le peu de temps dont il put disposer et pendant vingt ans travailla dans les divers « trous » où il fut placé, fuyant la société des hommes pour celle de la Nature et pour létude des livres. Cest ainsi que notre auteur passa des sciences à la philosophie et chercha long temps le lien grâce auquel il pouvait unir synthéti quement les points si divers surlesqucls sétaient por
I 18 LINITIATION tées ses études. Il découvrit seul lexistence de la loi de Ternaire et appliqua même cette découverte à un concours académique sur la pédagogie, concours dont il fut lauréat. Cest alors quaprès avoir étudié le posi tivisme, puis le spiritisme quil jugea de suite à sa juste valeur comme doctripe, il fut amené à la théo sophie et, par là, à loccultisme.
Il venait de trouver le lien synthétique tant cherché, aussi putil à ce mo ment commencer la réalisation de ses idées et deve nir un des rédacteurs les plus. aimés des revues doccultisme. Il vient de faire paraître en un petit volume (le pre mier seulement dune série) le résumé succinct de ses études sur la philosophie. Nous voilà revenu à notre point de départ.
Jespère quon me pardonnera mes indiscrétions. * ir l La Science occulte tire son caractère bien particu lier des applications quon peut en faire à nos sciences contemporaines. Elle se divise donc en trois études principales : 1° La Théorie, étude de lantiquité, de la tradition et de ses transformations successives, détermination de lanalogie et de son emploi; 2° LAdaptatron de la Théorie aux peuples, aux lois ou aux sciences de lépoque.
La trouvent leur place les ouvrages dans le genre de celui que nous analysons en ce moment ; 3° La Réalisation, étude de la Pratique, réservée aux initiations individuelles progressives. Beaucoup de systèmes peuvent être mis en parallèle 1.45,u. . A w -.Lu--; -.-
LÉVOLUTION DE LIDEE I 19 avecloccultisme considéré dans sa seule partie théori que, mais presquetous montrentlinanitedeleurs prin cipes dès quil sagit de les adapter à des peuples ou à des sciences ayant passé par diverses phases évolu ti.ves depuis lantiquité.
Aussi les ouvrages consacrés à la théorie, les ouvrages traitant spécialement de la Science occulte sontils destinés dans un temps donné à devenir de moins en moins nombreux et de plus en plus techni ques, tandis que le nombre des études se rapportant à ladaptation ne saurait avoir dautres limites que celle de nos connaissances actuelles.
Nous devons au Groupe indépendant détudes éso tériques la publication de diverses de ces études dadaptation. Signalons en passant lEsotérzsme dans lA rt dEmile Michelet, lOccultisme scientiዾque deG. VitOux et la Physiologie synthétique de G. Encausse. Ces divers travaux font dans le monde scienti ዾque actuel leffet produit par les recherches de La voisier auprès des savants de son époque.
Cela semble exorbitant de nouveauté et daudace, alors que dans dix anS ces procédés seront couramment employés (I). En attendant la Sociologie analogique de Lejay, lou / (I) Voirà ce propos le compte rendu de la Physiologie Synthétique dans la Revue aientiዾque. Lauteur de l'article est d'abord étonné et charmé de cette façon de présenter la physiologie et fait de grands éloges de la partie consacrée la digestion.
Puis, tout à coup, il bondit en découvrant en lauteur un défenseur des théories du D* Lnys à propos du renouvellement du ዿuide nerveux.
La mise au jour de travaux qu'on pille Consciencieusement depuis I865 exaspère le critique anonyme qui termine en conseillant à l'auteur u denlever le texte et de laisser les ዾgures v, Les occultistes, ne briguant aucun poste rétribué par lEtat et nayant aucune courbette àfare devant les 5 parvenus de la Science. » ont au moins le mérite de rendre uà César ce qui est à César», dût la Revue Scientiዾque sen ' émouvoir encore davantage. .ૺ l J'f .
I 2o LINITIATION vrage de Barlet vient nous montrer lapplication des doctrines ésotériques à la philosophie. Pour bien saisir ces ouvrages synthétiques il est in dispensable de connaître le sujet traité. Lintroduction de la Synthèse en Science na pas pour but de détruire les études danalyse. Voilà pourquoi ces ouvrages spéciaux dadaptation sadressent aux spécialistes quils ont pour but damener à létude impartiale de loccul tisme.
LEssai sur lÉvolulzon de lIdee sadresse surtout aux philosophes. Voyons ce quils peuvent en tirer. Les traités énormes consacrés à lHz'stoire de la Phi losophie nont pas, à très peu dexceptions près. pour but de rechercher une loi générale. A part quel ques systèmes a priori comme celui dAug. Comte, si judicieusement critiqué par Ad.
Franck, ce sont des catalogues dopinions sans autre classiዾcation que celle de lhistoire, ou les grandes divisions en Spiri tualistes, Mystiques et Sensualistes, divisions bien mal établies dailleurs. F.-Ch. Barlet détermine dabord, de par les faits, lexistence dune classiዾcation générale gouvernée par trois principes: le Métaphysique, lIntellectuel et le Physique.
Le mot de Science occulte na pas paru et pourtant voilà la première adaptation de la loi du Ternaire. LIdee va se manifester successivement dans lun de ces trois principes; bien plus, la manifestation de . . '...u.;.fa.:Ë m...æ. N ,' .=..;
LÉVOLUTION DE LIDÉE 12I lidée dépendra du milieu dans lequel elle sera appelée à réagir. Une comparaison est ici nécessaire. Supposez un chêne au seuil dune immense forêt. Ce chêne pro duit des ዿeurs dont les éléments donneront plus tard naissance à la graine. Le rôle de ce chêne est double.
D'une part il produit le pollen nécessaire à la fécondation dautres arbres semblables à lui ; dautre part il reçoit de ces autres arbres (situés souvent très loin) le pollen nécessaire à la fécondation de ses propres ዿeurs (I). La première de ces actions se fait du dedans au dehors, on pourrait dire de bas en haut a ; cest une montée des principes élémentaires de larbre vers la ዿeur.
La seconde de ces actions, au contraire, vient den haut ; lair ou linsecte font descendre du ciel la pluie fécondante de pollen: cest un mouvement de haut en bas 9 . Or le rôle de lécole en philosophie est exactement le même que celui de ce chêne dans la nature. Cest ce que, nous montrent trois chapitres consacrés à létude des Faits, étude strictement expérimentale et rigoureuse.
Lécole en philosophie est la résultante de deux courants: ' 1° Le courant qui vient du public.
Ce courant, qui représente la synthèse des aspirations du public, cest la ዿeur femelle de notre arbre; « (1) On sait quune ዿeur mâle et femelle doit, pour donner de beaux , roduits, ne pas subir l'auto-fécondation et que, autant que possible, les äeurs femelles (ou la partie femelle des ዿeurs) dun arbre dmvent être fécondées par les éléments mâles venus d'un autre individu. Wqm-sm
I 2 2 LINITIATION 2° Le courant qui vient au contraire des grands no vateurs, des hardis échaffaudeurs de nouveaux sys tèmes, de ceux que la foule ignore encore ou quelle dénigre de parti pris. Le rôle de lécole consisteà combiner ces deux élé ments : lélément admis venant du public et lélément révolutionnaire et encore inconnu venant des nova teurs.
Ainsi se produit lidée en graine, si lon veut bien me passer cette expression, idée qui retombe sur la foule c0mme la graine tombe dans la terre. La foule couve cette idée et de grands changements se préparent, le germe sagite, décèle en lui la présence des éléments jusque-là inconnus du public et bientôt un nouvel être prend naissance. LÉwlution de lidée a fait un pas de plus.
« Il sufዾt de songer aux persécutions,que lIdée est presque toujours condamnée à subir de la part du public au milieu duquel elle naît, pour être assuré de sa puissance sociale. Le monde la redoute parce quelle est le moteur qui, sans cesse ni trêve, secoue son inertie naturelle, larrache aux douceurs éner vantes de sa paresse et le jette, malgré lui, toujours en avant, toujours plus haut » (p. 85).
« Lidée mène le monde 'en savançant audevant de chaque pas quil fait dans le progrès. » t sur Les faits, considérés rigoureusement dans leur rapport avec lévolution de lidée à travers l'histoire de tous les peuples anciens et modernes, viennent mon trer que cette évolution ne se fait pas en ligne droite ÆWMwr-j,Wuwvૻ «HJä .,__. a. '»'ÏËm.n'ዿ"i4
LÉVOLUTION DE LIDÉE I23 comme tendent à le croire certains contemporains simplistes, quelle ne se fait pas non plus en un cercle parfait, lidée revenant exactement au pointde départ, ce qui serait lexpression dun désespérant fatalisme; lévolution se fait en spirale, avec des moments das cension et de chute.
Lidée, dans sa course, à son mo ment de descente extrême passe toujours un cran plus hautque celui auquel elle était passée en dernierlieu.Le progrès existe donc malgré ces alternatives dévolution et dinvolution ; cest encore là un des enseignements primordiaux de la Science occulte, enseignement prouvé par les faits, par lhistoire et par lobservation journalière. , ' *Ii* Mais lespace nous est malheureusement compté.
Chacun des sept chapitres de ce livre tout synthétique mériterait une longue étude spéciale. Il nous faut œpendant résumer et terminer notre analyse. Louvrage de F.-Ch.
Barlet est dune utilité incon testable pour deux classes de chercheurs : 1° Les philosophes, libres ou professeurs, qui y trouveront des méthodes toutes nouvelles dexposition servies par une prodigieuse érudition ; 2° Les occ ultistes, qui, dans les moments de doute, lorsquils auront à juger de la valeur intrinsèque des théories de loccultisme, se diront: « Après tout je perds peutêtre mon temps à memplir la tête de toutes ces balivernes inutiles. » Quils se reportent à cet instant à lEssai sur lévolution de lidée et ils ver ront que « ces balivernes »_50nt capables dêtre adap : : __.,_ . .,,_ , . .._ __.__.\__,. «««.«.. .-,.-..«\-..-<w'*ૺ--m«v-«-«MW
I 24 LINITIATION tées à nos connaissances actuelles et den modiዾer singulièrement la compréhension. Nous conseillons vivement aux occultistes de lire dabord la troisième partie, où ils trouveront exposées et appliquées des idées déjà familières. Ils compren dront ensuite bien mieux le reste de ce petit volume.
Quand nous ajouterons quun index alphabétique de tous les auteurs cités et quatorze tableaux et ዾgures éclairent les passages difዾciles, nous aurons indiqué la conscience et le soin apportés par lauteur, même dans les détails matériels de son « essai ».
Nous ne pouvons mieux résumer notre étude quen publiant à sa suite la table analytique des matières qui montrera aux lecteurs quels sont les nombreux points quil nous a été impossible daborder dans cette trop rapide analyse. Le nom de F.-Ch. Barlet, le plus humble et le plus savant des occultistes contemporains, sufዾtà lui seul pour indiquer la haute valeur dun tra vail qui sera suivi, espérons-le, de beaucoup dautres.. PAPUS.
TABLE DES MATIÈRES PRÉFACE................5 PREMIÈRE PARTIE Les Faits. CHAPITRE PREMIER CLASSIFICATION DES SYSTÈMES PHILOSOPHIQUES Clef de cette classiዾcation; les trois principes: Méta physique, intellectuel et physique. Divisions et sub divisions qui en résultent. Tableau synoptique. 7 'I
LÉVOLUTION DE LIDÉE ' 125 CHAPITRE II HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE CHEZ LES PRINCIPALES NATIONS MODERNES Elle se partage partout en trois périodes espacées, cor respondant aux trois principes pris dans leur ordre descendant. - Les systèmes se suivent dans un ordre constant. Preuves par létude chronologique des philosophies allemande, française et anglaise. . . 10 CHAPITRE III GÉNÉRALISATION DE LA L0!
Elle sapplique à lensemble de lhistoire moderne de la philosophie. Lépoque moderne est elle-même dans lère chrétienne la représentation du Principe humain; elle est précédée du Principe métaphysique, celui na turaliste la suit. LEre chrétienne représente le Principe humain dans lhistoire classique oùla même série se reproduit.
Tableau général de lévolution dans les temps histo riques................63 DEUXIÈME PARTIE Les Conséquences. , CHAPITRE IV INFLUENCE RÉCIPROQUE DE LÉCOLE ET DU PUBLIC SoIidarité de lécole et du monde. Lécole reçoit les impressions de deux payts: le monde et les Principes supérieurs; son rôle est de les combiner.
Le monde reçoit de lécole et réalise les idées qui sont le fruit de cette élaboration. _Lidée mène le monde en savançant au-devant de chaque pas quil fait dans le progrès . . . . . 85 CHAPITRE .V LIDÉE DANS LÉCOLE Limpulsion vient de synthétiques plus ou moins initiés;
I 2 6 LINITIATION ..,1 le travail se divise ensuite entre les nations selon leurs tempéraments. Détails du mouvement dans ses diverses phases,con ዿrmant la loi générale. Conséquences relatives à lécole: génération,périodes dexistence, puissance relative et mort des systèmes. Vitalité et caractère spécial de l'ésotérisme. . . .
99 CHAPITRE VI LIDÉE nous DE LÉCOLE Le peuple effectue son progrès a linverse de lécole, mais à travers les mêmes phases, de bas en haut. Preuves historiques modernes et anciennes. Sou progrès ascendant favorise le travail évolutif de lécole............. . . . . .........12I TROISIÈME PARTIE Conclusion.
CHAPITRE VII A LÉCOLE, LÉVOLUTION EST PRÊCÊDÉE DINVOLUTION; CEST LINVERSE DANS LE MONDE Résultats successifs de ce double mouvement considéré dans sa simultanéité, ou phases de la vie totale de lIdée. Conséquences générales : les trois facteurs de la vie humaine (Providence, Volonté, Destin). Les trois organes sociaux (Sanctuaire, École, Société). Ensemble et but de la vie individuelle.
Conséquences pratiques immédiates: Notre butactuel doit être la synthèse fraternelle dans la société par la synthèse des principes à lécole. ' Le moyen est dans lorganisation libre de lécole. Lésotérisme est son couronnement . Déዾnition plus précise et possibilité de lésotérisme et de linitiation...................... 133 :9YŒ.
PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE Ers ÉTATS menue DE räirame LES LOCALISATIONS CÉRÉBRALES (Suite. ) 511 Les phénomènes de rapport, de sympathie et de vue à travers lorganisme étaient connus depuis long temps des magnétiseurs; je me suis borné à les cons tater de nouveau et à les classer par états en indi quant dautres traits spéciዾques; cest ce quafait M. Charcot pour les phénomènes du Braidisme.
' Cette classiዾcation avait du reste déjà été plus ou moins vaguement entrevue. « Estil bien philosophique,dit le docteur Char ç
0 I 2 8 LINITIATION pignon (Physiologie du magnétisme, 184,8, p. 110) de réunir, sous le nom générique dextase, tous les phénomènes dinsensibilité, de catalepsie, de visions diverses, de lucidité, que ces phénomènes soient spon tanés, déterminés par la magnétisation ou bien par laction dintelligence surhumaine.
« Bien que la signiዾcation absolue du mot extase (de statu dejzczo, renversement de létat ordinaire) Semble légitimer cette manière de voir, nous pensons quil serait plus convenable de classer tous les phéno mènes dont nous parlons dans le magnétisme, qui, comme nous lavons dit, présente des groupes bien tranchés, soit relativement aux espèces dans les quelles on lobserve, soit par rapport aux causes occa sionnelles des phénomènes qui sont toujours sponta nés ou volontaires. » Trente ans auparavant, M. de Lausanne (Des principes et des procédés du magnétisme animal) divisait les phénomènes du magnétisme en demicrise et en crise complète; il indiquait huit degrés pour la demi-crise et quatre pour la crise complète (I), et en décrivait ainsi les traits principaux : DEMI-CRISE « 1" degré.
La personne éprouve une sensation de chaleur 'ou de froid qui semble suivre la main du ma (1) Dès l'année I786. le comte de Lutzebourg avait classé les états des somnambules en degrés et nuances quil decrit d'une façon assez confuse en sattachant surtout à la propriété de reconnaitre les maladies. (Extrait des journaux d'un 112agnçtiseur attaché à la société des Amis réunis de Strasbour , p. 2842.) Il commence ainsi a description: a Une expérience acquise par l'étude < : ..».....J.M
LES ÉTATS PROFONDS DE LHYPNOSE 129 gnétiseur. Cette sensation est quelquefois assez in tense pour être pénible à supporter. Elle produit gé néralement chez le magnétisé un étonnement qui ዾxe sa pensée sur laction du magnétisme et qui aug mente conséquemment son aptitude àrecevoir cette action. « 2° degré.
La personne magnétisée devient lourde, ses yeux se ferment et, sans être endormie, elle ne peut plus ouvrir les paupières, ou remuer les bras et les jambes; ce nest pas un simple engourdissement : il lui semble que sa volonté na plus daction sur ses membres. « 3' degré.
Le magnétisé est absorbé; ses yeux fermés ne peuvent souvrir et ses paupières lui paraissent col lées ensemble; quoiquil entende tout ce qui se dit auprès de lui, il ne peut répondre. Le bruit lincom mode et il désire le plus profond silence. Cet état est souvent suivi immédiatement de la crise complète. « 4° degré.
Le magnétisé est légèrement assoupi et ne se rappelle que comme un rêve ce quil peut avoir entendu pendant le temps quil était dans cet état. Le bruit le réveille et lincommode. « 5e degré.
Le magnétisé entre dans un assoupisse ment profond que le magnétiseur est Obligé de faire cesser après une heure ou deux, parce quil pourrait se prolonger fort longtemps. des crises me fait croire quil y a quatre degrés dans les crises magné tiques et qu'au dire des quel ues somnambules qui en comptent sept. les trois premiers doivent être reputés demi-crises; au reste. comme le dirait ma somnambule, qu'un escalier air quatre ou sept marches, ou plus, du palier au faite, c'est toujours la même hauteur. n - 5
1 3 0 LINITIATION « 6° degré. Laction magnétique provoque un som meil doux et léger; le magnétisé se trouve dans un état de bien-être quil ressent encore quelque temps après le réveil. « 7° degré.
Le magnétisé est dans un état apparent de sommeil; ses paupières et tout son corps restent en tièrement immobiles; mais il entend ce quon lui dit et peut répondre ; il prévoit la durée de son sommeil ou la ዾxe, guidé par linstinct qui commenc à se développer. ' « 8° degré.
État de sommeil dans lequel le système viscéral a acquis assez dirritabilité pour transmettre ses impressions ; mais comme la translation de la sensibilité au centre épigastrique nest point complète, le malade ne voit que confusément son mal, et les remèdes quil sordonne ne peuvent être que douteux, parce quil lie ses impressions et les combine suivant les lois de sa raison; dès lors, il ne sent plus, il juge, et aucune certitude ne peut accompagner des juge ments qui ont pour éléments des impressions confuses de linstinct.
A ce degré, le magnétisé est isolé pour certaines personnes, tandis quil ne lest point pour dautres, cest-à-dire quil entend les premières et non les secondes, ce qui vient du plus ou moins dana logie quil a avec elles. CRISE COMPLÈTE « Les quatre degrés de la crise complète présentent des traits communs qui sont les suivants : Le maૺ
LES ÉTATS PROFONDS DE LHYPNOSE 131 Ë*=ૻ* - gnétisé ne peut ouvrir les yeux; il est dans un état apparent de sommeil; il est entièrement isolé et, quelque bruit quon puisse faire autour de lui, il nen tend que le magnétiseur; en se réveillant, il perd complètement le souvenir de tout ce quil a pu voir ou dire pendant la crise, si bien quil lui semble même navoir point dormi.
Le contact de tout ce qui nest point magnétisé, et particulièrement celui des ani maux, lui cause une sensation désagréable qui peut aller jusquà lui occasionner des crispations de nerfs. « Quant à leurs caractères particuliers, les voici : « 16" degré.
Le malade voit parfaitement son mal présent et peut indiquer les remèdes qui lui sontnéces saires, sans cependant prévoir le développement dun autre mal dont la cause existe déjà et lui échappe. Il peut encore annoncer avec précision lépoque de gué rison du mal qui loccupe. « 2e degré.
Le magnétisé peut entrevoir, de plus, les maux des personnes sur lesquelles le magnétiseur a ዾxé sa pensée; cette vision est quelquefois très impar faite, et il serait dangereux de se fier aveuglément aux remèdes quil ordonne. « 3° degré. Le magnétisé voit avec certitude le mal présent et le germe de toute autre maladie qui peut exister, soit chez lui, soit chez les personnes avec les quelles il est en rapport.
Il annonce lépoque du déve loppement et les périodes de la maladie en indiquant les remèdes avec la plus grande précision. ' « 4' degré. Le magnétisé voit, de plus, des choses éloignées et étrangères à son état. Il prévoit des évé«' nements qui nont aucun rapport avec ce qui linté
l 3 2 LINITIATION resse, et ses prévisions saccomplissent exactement.
« NOTA.Dans les troisième et quatrième degrés, le magnétisé lit dans la pensée du magnétiseur et agit, dirigé par cette pensée, sans que le magnétiseur ait besoin de la manifester par aucun signe extérieur. » On le voit, les anciens magnétiseurs sétaient beau coup plus préoccupés des applications pratiques que des caractères pouvant servir de bases à une théorie; ils navaient pas reconnu nettement ces alternations de léthargie et de réveil apparent que nous avons cons tatées, et, comme le fait remarquer M. de Lausanne, leurs sujets brûlaient généralement les étapes consti tuées par les cinq derniers degrés de la demi-crise.
La sensation de bien-être si caractéristique de notre état de rapport semble cependant signalée dans le sixième degré de la demi-crise; nous la retrouvons indiquée avec plus de précision dans une lettre que le docteur Fitz Gibbon, médecin royal et agrégé au col lège de médecine de Bordeaux, écrivait,le 22 mai I785, au marquis de Puységur pour lui rendre compte de ses expériences magnétiques : ' « Une particularité que jai remarquée dans 'mon petit traitement est un état de plaisir extrême que ressentent certains hommes, cest une extase, un état extatique de plaisir qui surpasse tout autre connu et lequel dure quelquefois un quart ou vingt minutes au plus, et qui se manifeste par ces paroles : 0 mon Dieu, que cest bon! et ces mots répétés constamment; les yeux sont tout ouverts, le corps dans une espèce de
LES ÉTATS PROFONDS DE LHYPNOSE 133 lÊç. raideur, la respiration un peu gênée, comme si lon étouffait de joie ou de plaisir, comme lon dit commu nément. Ils sont vraiment moitié somnambuliques et moitié cataleptiques, pendant cette crise. Les femmes ny sont point sujettes, du moins je nen ai point vu dans cet étatlà.
Je ne sais, monsieur, si vous en avez vu dans létat que je vous décris; il ne m'a jamais fallu plus de trois ou quatre minutes pour les mettre dans cet état. » Les Orientaux ont fait, depuis des siècles, des obser vations analogues.
Le DNobin Chauder Paul, assis tant chirurgien militaire aux lndes, a publié, il y a quelques années, un traité théorique et pratique du yoga, cestàdire de lart employé par les extatiques indous pour sabstenir de manger et de respirer pen dant un temps considérable.
Dans ce traité qui aété reproduit par le Lotus (n°' 13. et suivants), on trouve relativement aux états de lhyp nose les renseignements suivants : « Les mystiques indous (yoguis) qui pratiquent le yoga demeurent dans des retraites souterraines (gaep na); ils sabstiennent de sel dans leurs aliments et sont extrêmement friands de lait dont ils font leur principale nourriture; ils sont noctambules et restent enfermés pendant le jour : leurs mouvements sont lents et leurs manières engourdies; ils mangent et se promènent durant la nuit.
Ils prennent deux postures appelées padmâsana et sz'd/zâsana, en vue de respirer aussi peu fréquemment que possible. Ils craignent les changements rapides et les inclémences de la tempé« rature. a
I 34 I. INITIATION « Quand les yoguis sont capables de se tenir deux heures durant dans les deux postures tranquilles dont il vient dêtre parlé, ils commencent à pratiquer le prânâyama, phase de transe volontaire caractérisée par une transpiration abondante, par des tremblements de tout le corps, et un sentiment de légèreté dans léco nomie animale (I).
Ils pratiquent ensuite le patyàhara, phase de lauto-magnétisation durant laquelle les fonctions des sens sont suspendues. Ensuite ils pra tiquent le dhârana, phase durant laquelle la sensibi lité et le mouvement volontaire cessent complètement tandis que le corps est capable de rester dans nim porte quelle posture. On dit que lesprit est quiescent dans cette phase de la transe volontaire.
1 Après avoir atteint le degré de dhârana (état cata leptique) les yoguis aspirent à ce quon appelle dhyâ na, phase de lautomagnétisation dans laquelle ils prétendent être entourés par les éclats de la lumière ou de lélectricité éternelle, appelée anontajyoti (de deux mots sanscrits signiዾant lumière sans ዾn ou om nipénétrante) quils disent être lâme universelle (2). Dans létat de dhyâna, les yoguis sont dits clair voyants.
Le dhyana des yoguis est la turya avastha des védantins, lextase des médecins, la soi-contem (a) J'ai retrouvé ce sentiment de légèreté chez Mm K. quand elle est traversée par un courant voltaique un en fort (le pôle + dans la maIn droite et le ôle dans la main gauc e) étant alors dans le commen cement de l ypnose et insensible; ses membres se soulèvent naturelle ment et elle dit que si lon augmentait laction elle s'enlèverait jusquau plancher.
Je nai pas eu l'occasion de pousser encore plus 10111 lexpé r1ence. (2) Ils voient lOd qui s'échappe de tous les corps; je rappelle que. cette perception ne se produit généralement que dans l'état de rapport. '
LES ÉTATS PROFONDS DE LHYPNOSE I35 plation des magnétiseurs allemands, et la clairvoyance des philosophes français. « Létat de samad/zzest la dernière phase de lauto transe. Dans cet état les yoguis, comme la chauve souris, le hérisson, le hamster et le loir, acquièrent le pouvoir de se passer de lair atmosphérique et de se priver de nourriture et de boisson.
Il y a eu, dans ces vingt-cinq dernières années, trois cas de samâhdi ou hivernage humain. Le pre mier cas sest présenté à Calcutta, le deuxième à Jerselmere et le troisième dans le Punjab. Jai été témoin oculaire du premier cas. « Il y a deux variétés de samâhdi, appelées sam prajna et asampraina.
Le colonel Townsend, qui pouvait arrêter le mouvement de son cœur et de ses artères à volonté, et mourir ou expirer à son gré puis revivre, était un exemple de samprajna samâdki.
Les yoguis de Jesselmere, du Punjab et de Calcutta, qui entraient dans un état pareil à la mort en avalantleur langue, et qui ne pouvaient pas reprendre la vie à. volonté, étaient des exemples dasamprajna samâ dhi; ils ne pouvaient ressusciter quavec laide dautres personnes qui retiraient la langue enfoncée dans le pharynx et la remettaient à sa place normale.
« En raison de lobscurité réelle inhérente à la phy losophie yoga et de mon ignorance absolue de la lan gue sanscrite dans laquelle sont écrits les principaux ouvrages mystiques de lInde, je réclame un peu din dulgence pour le cas où jaurais manqué de traiter convenablement ce sujet de la transe volontaire telle ' WWwW_W* .... -....-,..mW-a
I 3 6 LINITIATION quelle est pratiquée par les philosophes orientaux à sang froid et hivernants. » Il ny a pas lieu desétonner que les descriptions des différents états que je viens de rapporter ne soient pas identiques.
Non seulement il n'y a pas deux hommes semblables et réagissant de même sous linዿuence dune même action (1), mais les procédés desopéra teurs doiventcertainement inዿuer; il sagiten effet vrai semblablement, dans tous ces phénomènes, de force vitale quon accumuletantôt sur un pointtantôt sur un autre.
Enዾn ceux qui ont lhabitude dexpérimenter savent combien il est difዾcile de bien voir ce qui se passe etdele rapporter exactement; le fait le plus simple, le plus aisé à observer, est raconté dune manière diffé rente par chacun de ceux qui y ont assisté.
Les remar quables concordances que le lecteur a pu constater sont donc une preuve réellement très sérieuse de la généralité des grandes lignes que nous avonstracées. (1) M-' K..., ar exemple, est hallucinable ar la vue dans tous les états, bien qu'el egarde dans ces états un gran empire sur sa volonté , les hallucinations auditives sont bien plus difዾciles à obtenir, et elle persiste à entendre tout le monde ; il semble que, chez elle. lorgane de ouie ne participe pas à l'hypnose des autres organes qui bénéዾcient de cette insensibilite relative.
« Les divers somnambules, dit Deleuze {Instruction pratique sur le ma netisme animal, . [42), présentent des phénomènes très différents; et e seul caractère istinctif et constant du somnambulisme, cest UN NOUVEAU MODE DE PERFECTION_.
Ainsi il est des somnambules isolés d'autres qui ne le sont pas ;Il en est qui sont mobiles comme des aimants. dautres n'ont que des facultés intérieures ; il en est chez qui toutes les sensations sont concentrées à lépigastre. d'autres font usage de quelques-uns de leurs sens ;Il en est enዾn qui. après le réveil, con servent rendant un certain temps, le souvenir des im ressions qu'ils ont reçues et des idées qu'ils ont eues en crise.
Jai dg me borner à exploser ce qui a lieu le lus communément. .. ) , n même somnambu e ne présente même pas toujours des facultés constantes ; ces facultés se modiዾent plus ou moins suivant les Inዿuences physiques extérieures et létat moral intérieur.
Ne voyons-nous pas les machines de Wors donner sur une de leurs armatures tantôt de l'élec tricité positive tantôt de lélectricité négative ; selon le caprice de la machine 1 disent les constructeurs. . ;_II -.
fa--.uç ._.. -..4-a- .. .. «.."' - ૺ,7 V. x I LES ÉTATS PROFONDS DE LHYPNOSE 137 5 III La question de la sympathie et de la vue des orga nes a été posée même avant les magnétiseurs qui ont eu le mérite de létudier avec le plus grand soin.
En 1699, une prétendue sorcière, Marie Bucaille, fut poursuivie et condamnée à mort par le parlement de Valognes, sur le motif quelle ressentait sympathi quement le mal des autres, ce qui ne pouvait se faire que par art magique et opération du démon. Le par lement de Rouen mitigea la sentence en une condam nation au fouet et au carcan.
Une demoiselle Anne Seville et un curé de Godeville furent condamnés par le même motif. (Lue DESAGE, De IExtase.) Carré de Montgeron rapporte quil arrivait souvent aux convulsionnaires « de prendre les maladies sans savoir si les personnes sont malades, ni la nature de leurs maux.
Ils en sont instruits par le sentiment de douleur quils éprouvent dans les mêmes parties. » Deleuze (Histoire critique du magnétisme, Iૻpar tie, ch. vm) énumère ainsiles propriétés des somnam bulés : « Le somnambule... ne voit et nentend que ceux avec lesquels il est en rapport. Il ne voit que ce quil regarde, et il ne regarde ordinairement que les objets sur lesquels on dirige son attention...
Il voit ou plutôt il sent lintérieur de son corps ; mais il ny remar que ordinairement que les parties qui ne sont pas dans létat naturel et qui troublent lharmonie. » « Si une personne malade, dit Charpignon (Phy .. «.a, _.- .h æn-q - ..«-.« _-«æ -w.. .. v-u
!_ ;>*;.. , 138 siologze du magnétisme), est mise en rapport avec une somnambule sufዾsamment lucide, il se passe lun de ces deux phénomènes : la somnambule voit les parties malades et les décrit avec plus ou moins de perfection, se servant dexpressions ዾgurées, si elle elle ne connaît pas davance les noms de ce quelle voit ;ou bien sent, souvent trèsvivement, les mêmes LINITIATION souffrances que le malade, et indiqüe ainsi le siège du mal et toutes les sympathies...
« La plupart des somnambules, ajoute-t-il ailleurs, ressentent les douleurs des personnes avec lesquelles on les met en rapport. Cette sensation est fugitive et ne laisse pas de traces au réveil si lon a bien le soin de rompre le rapport: si cest le magnétiseur qui souffre, la sensation est des plus vives et elle persiste souvent au réveil.
Si lon continue plusieurs jours à magnétiser dans cette disposition maladive, on ino cule à ces somnambules impressionnables la même maladie. Ce dernier fait avait déjà été afዾrmé par le marquis de Puységur dans ses Mémoires : «_ La susceptibilité quont les malades en crises magnétiques de gagner avec promptitude certaines maladies, a été plusieurs fois démontrée.
Le danger que courent les somnambules en touchant certains malades ne doit-cependant pas effrayer au point de ne plus les consulter surles maladies des autres, mais il faut le faire avec précaution. » Le Dr Ch. Bertrand, ancien élève de lÉcole poly technique et père du secrétaire perpétuel de lAcadé mie des sciences, rapporte trois cas de sympathie 1 J"Üdâ
LES ÉTATS PROFONDS DE LHYPNOSE 139 m Waä.mrx ou de vue magnétique quil a observés luimême. « Jobservais, dit-il (I), une somnambule quon mavait dit avoir la faculté de reconnaître les mala dies... Je ne me contentai pourtant pas de ce quon men rapportait et je voulus éprouver la somnambule sur une malade dont létat me fût connu davance.
Je la mis en conséquence en rapport avec une demoi selle de..., dont la principale affection consistait dans des accès dasthme qui la tourmentaient très souvent. Quand la malade arriva, la somnambule était endormie, et jétais sûr quelle ne pouvait con naître la personne que je lui amenais.
Cependant, après quelques minutes de contact, elle parut respirer difዾcilement, et bientôt elle éprouva tous les symptô mes qui accompagnent une forte révolution dasthme.
Sa voix séteignit; elle nous dit avec beaucoup de peine que la malade était sujette au genre doppres sion que sa présence venait de lui communiquerà ellemême. » Un autre de ces somnambules, mise en rapport avec un enfant qui avait un dépôt dans une articula tiondu bras, ዾt des efforts inutiles pour soulever son bras à elle, en y ressentant le même mal. (Ibid., p. 232.) Cette même personne, mise en rapport avec un jeune hommeblesséquelle ne connaissait pas etqui était entré dans la chambre pendant son sommeil, sécria : « Non, non, ce nest pas possible ;si un homme avait eu une balle dans la tête, il serait mort. - Eh bien, (1) Traité du Somnagnbulisme et de: di_ዿrrentex modiዾcation: quil preunte. Paris. :825, p. 229.
140 LINITIATION dit Bertrand, que voyez-vous donc P -Il faut qu'il se trompe, il me dit que ce monsieur a une balledans la tête. » Et sous linዿuence de son instinct ainsi personniዾé, elle indiqua très exactement le trajet de la balle au travers de la tête, en entrant par la bou che, où aucune cicatrice extérieure ne pouvait servir dindice.
Dans son second livre (Du Magnétisme animal en France, Paris, 1826), Bertrand revient encore sur ce sujet : « Je crois, dit-il (p.428) ;quil nest personne, pour peu quil ait observé quelques som nambules, qui ne les ait vus souvent ressentir, par suite dun simple contact, les douleurs des malades avec lesquels on les mettait en rapport. » Le docteur Pétetin, de Lyon, raconte quun jour, voyant la physionomie dune de ses sommambules exprimerlétonnement le plus complet, il lui demanda ce quelle avait : , « Je vois lintérieur de mon corps, dit-elle, et lé trange forme de tous mes organes environnés dun réseau de lumière.
Ma contenance doit exprimer ce que je sens, étonnement et crainte.
Un médecin qui aurait ma maladie serait bien heureux, car la nature lui révélerait tous ses secrets, et, sil était dévoué à sa profession, il ne voudrait pas, comme moi, dune prompte guérison. Voyez-vous votre cœur P de manda le docteur Pétetin. -Oui, il est là. » Et la malade décrivit les quatre cavités du cœur, la différence de sang à droite et à gauche, les vaisseaux qui partaient de chaque côté. Une commission, nommée en février I826 par
LES ÉTATS PROFONDS DE LHYPNOSE I4! lAcadémie de médecine pour étudier les phénomènes du magnétisme, publia, cinq ans après, un volumi neux rapport signé : Bourdois de la Motte, Fouquier, Guéneau de Mussy, Guersent, Itard, J. Leroux, Marc, Thillage et Husson, rapporteur.
Il y est dit que, mal gré les recherches faites sur un assez grand nombre de somnambules, la commission nen trouva quune seule qui ait indiqué les symptômes de la maladie de trois personnes avec lesquelles on lavait mise en rap port. « La commission, dit le texte, trouva parmi ses membres quelquun qui voulut bien se soumettre à lexploration de la somnambule : ce fut M. Marc.
Mlle Céline fut priée dexaminer avec attention létat de la santé de notre collègue; elle appliqua la main sur le front et la région du cœur, et, au bout de trois minutes, elle dit que le sang se portait à la tête ; quac tuellement M. Marc avait mal dans le côté gauche de cette cavité; quil avait souvent de loppression, sur- tout après avoir mangé : quil devait avoir souvent une petite toux; que la partie inférieure de la poitrine était gorgée de sang; que quelque chose gênait le pas sage des aliments; que cette partie (et elle désignait la région de lappendice xiphoïde) était rétrécie; que, pour guérir M. Marc, il fallait quon le saignât large-y ment, que lon appliquât des cataplasmes de ciguë et que lon fit des frictions avec du laudanum sur la partie inférieure de la poitrine; quil bût de la limo nade gommée, quil mangeât peu et souvent et quil ne se promenât pas immédiatement après le repas. « Il nous tardait dapprendre de M. Marc sil éprou_
14.2 LINITIATION vait tout ce que cette somnambule annonçait; il nous dit quen effet il avait de l'oppression lorsquil mar chait en sortant de tabl_e; que souvent il avait de la toux et quavant lexpérience il avait mal dans le côté gauche de la tête, mais quil ne ressentait aucune gêne dans le passage des aliments.
« Nous avons été frappés de cette analogie entre ce quéprouve M. Marc et ce quannonce la somnam bule; nous lavons soigneusement annoté. et nous avons attendu une autre occasion pour constater de nouveau cette singulière faculté.
Cette occasion fut offerte au rapporteur, sans quil leût provoquée, par la mère dune jeune demoiselle à laquelle il donnait des soins depuis fort peu de temps. » La sensation des maladies dune personne, par le simple contact du sujet magnétisé avec un objet ayant appartenu à la personne, a été afዾrmée par Puységur et Tardy de Montravel.
Le docteur Charpignon cite un très grand nombre de cas observés par lui (Physiologie du magnétisme, p. 253267), où le rapport avait été établi à laide dune mèche de cheveux. « Jai vu, dit Lafontaine (lArt de 721agnétiser. p. 96), une somnambule se gratter tout le corps et y accuser des démangeaisons atroces qui étaient pro_ duites par le seul contact des cheveux dun malade. La personne avait des dartres vives sur toute la sur face du corps. » Le Dr Luys obtient le transfert des maladies ner
LES ÉTATS PROFONDS DE LHYPNOSE 143 veuses sur certains de ses sujets par limposition sur leur tête dun aimant en fer à cheval qui a séjourné sur la tête des malades (i). (A suivre.) ALBERT DE ROCHAS.
Ëa Gnose Eit LER@DIEIITK©R LA CONGRÉGATION DE LInaex ET LIዿitidtiM I Un décret de la congrégation de lIndex, du 14 mai 1891, promulgué par le cardinal Mazzella et contre signé par le frère Hyacinthe Frati, de lordre des frères prêcheurs, afዾché le 21 sur les murailles du Vatican par le signer Vincenze Benaglia, vient de proscrire lInz'tzatzon et den interdire la lecture, sous les peines canoniques.
Il enjoint également den déférer les exemplaires à linquisition. Il est fâcheux que les circonstances ne permettent pas à Nosseigneurs les Éminentissimes cardinaux den déférer les rédacteurs aux bûchers du saint Ofዾce. Cest très fâcheux et cest dommage.
Maintenant, il me revient de bonne source, que la Gnose a lhonneur dêtre pour quelque chose dans les condamnations de la revue. (I) Du Transfert à distance à l'aide dune couronne aimantée, par MM. Luys et Encausse. (Communication faite à la Société de Biologie, séance du 14 novembre 1890.)
14.4. LINITIATION Il Deux rapports spéciaux auraient été adressés au saint Ofዾce, lun contre la revue et ses éminents ré dacteurs, son directeur Papus et ses tendances satani ques, lautre contre la résurrection du Gnosticisme albigeois et cathare. Je dois parler de ce qui me regarde. On a signalé au pape deux dangers, lun qui menace la foi, l'autre qui menace la hiérarchie.
Celui qui menace la foi, cest la renaissance de la Gnose de Simon le Mage, de Valentin, de Basilide, de Marcion, de Markos, de Bardesane, de Manès, dÈtienne dOrléans et de Guilhabert de Castres: lHÉRÉSIE DUALISTE ET ÉMANATIONNISTE. Celui qui menace la hiérarchie, cest la reconstitu tion de lépiscopat gnostique et de lassemblée albi geoise, ou cathare, avec un siège épiscopal déዾni, MONTSÉGUR.
111 Je ne discuterai pas laccusation dhérésie. LÉglise romaine entend par là toute doctrine qui nest pas conformeà la sienne. Et comme lÉglise romaine se croit et se dit lunique dépositaire de la vérité et de labsolue certitude, elle traite logiquement dhérésie et derreur tout ce qui contredit ses dogmes. Seule ment, elle oublie de montrer quelle possède labsolue certitude et la vérité. A son non possumus nous oppo sons le nôtre. Nous prétendons posséder non pas
LA GNOSE ET LINQUISITION 145 .. labsolue vérité mais la tradition ésotérique qui interprète ૺla vérité. LÉglise romaine possède les mêmes sources de lumière que nous, elle ne les con naît pas. Elle est extérieure ; nous sommes intérieurs. Elle a la LETTRE; nous avons lESPRIT. LÉvangile est pour ses docteurs lettre close. Cest bien. Il ny a pas lieu de discuter avec un sourd, ni de promener un ዿambeau sous les yeux dun aveugle.
Il y a longtemps quil a été dit : « IN PROPRIA VENIT ET sur EUM NON RECEPERUNT. » IV A lHeresie, lÉglise romaine a opposé, selon les temps, des remèdes différents. Hors du pouvoir, ellea réclamé pour ellemême la liberté. Au pouvoir, elle a refusé la liberté et sa tactique na jamais varié. Au moyen âge, elle était puissante et redoutable. La Gnose fut donc persécutée. Le martyrologe est long. Il est dans toutes les mémoires cultivées.
Le bûcher éclaira de sa ዿamme lugubre, des siècles dodieuse terreur. Lin-pace, lemmurade étouffèrent les cris et les pleurs des intimes. La Mort, lange noir de lApocalypse, plana sur le monde chrétien. Un seul mot résume ces horreurs : lInqursmow !
O martyrs qui priez pour les bourreaux, évêques albigeois et chevaliers, humbles femmes, doux vieillards, jeunes ዾlles et enfants dont ma ville épisco pale vit lagonie, du sein du colossal bûcher qui dé vorait vos corps de chair, vous vous élançâtes, comme des colombes du Paraclet, vers les sommets lumineux de lInዾni, vers les abîmesdu Plérôme! Animez-moi
i 46 LINITIATION de votre force et de votre vertu. Illustre prédécesseur dun successeur indigne de vous, Bertrand dEn-Marti, évêque de Montségur, encouragez-moi et priez pour moi ! V Le rétablissement de la hiérarchie gnostique albi geoise est gênant pour la curie romaine. Un épiscopat qui remonte aux temps apostoliques ne peut que la troubler et linquiéter. La chaîne brisée depuis le xrve siècle vient dêtre renouée.
Que sera-ce quand le développement de la doctrine nécessitera la création de plusieurs sièges ? La Gnose est en voie de forma tion. Il nest pas possible que les sièges de Toulouse, de Béziers, de Castres, de Milan, de Constantinople, de Bulgarie ne soient pas prochainement relevés P Dès que les assemblées seront composées, nous les prierons instamment de désigner leurs candidats au sacre apostolique.
Des obstacles momentanés empê chent encore la réunion du concile. Nous ferons tout notre possible pour les écarter. Il ne se peut que lidée pour laquelle tant de mar tyrs sont morts, demeure improductive; et nous sa vons que notre grand monde féminin cache dans ses salons et ses retraites mystiques, plus dune noble et courageuse émule des Esclarmonde de foi et des Maximille. Il en sera, du reste, ce que voudra le Paraclet. Pneuma-Agion soufዿe où il veutet cenest pas à nous à lui ዾxer le jour et lheure.
LA GNOSE ET LINQUISITION 147 II Vl Telles sont les réዿexions que nous a suggérées le décret des Eminentissimes. Nos frères de lInztzazz'on, de lŒuvre, de lEtozle ne nous feront pas défaut quand le moment prédestiné sera venu. Cette espé rance repose dans notre sein. En attendant, nous levons les yeux, comme les martyrs d0rléans,vers les collines éternelles, doù nous viendra notre secours. Levamoculas mecs ad montes.
Quand la douce et héroïque femme Slave de 1016 vint dans cette cité d0rléans, elle navait aucune ri chesse, aucune force, aucun appui, sauf celui de lEon CHRISTOS; et cependant elle y bâtit cette glorieuse église gnostique dont le bûcher a consacré les vertus et la gloire. Ce qui a été fait au moyen âge peut se refaire de nos jours.
Quant à nous, assis sur cette chaire de Jean qui a reçu les promesses de la durée mystique, nous atten dons avec foi le jour établi du Plérôme, pour recons truire Jérusalem. T JULES, évêque de Montségur. (JULES DOINEL.)
LINITIATION jésus de älazaretb ૻ Cest une œuvre audacieuse et bien caractéristique du courant didées actuel que cette Vie de Jésus de M. Paul de Régla.
Écrit par un savant de premier ordre, impartial, à lesprit large et généreux, son livre, sorte de récit ésotérique adapté aux théories du jour, marque une étape dans la période de transition qui nous mène du positivisme dhier au mysticisme de demain, un trait dunion entre le passé et le devenir.
Fidèle à la méthode expérimentale, navançant rien sans preuves et les documents abondent après trente années détudes, de voyages, et de recherches, lau teur évite jalousement toute envolée imaginative, sin terdit le moindre écart hors des données admises par les doctes académies et, faisant de son glorieux héros un homme en chair et en os, à limage de ses contem porains terrestres, se refuse à admettre le moindre fait miraculeux, et fournit néanmoins, pour chacun des prodiges accomplis parle grand thérapeute: pro phéties, guérisons de possédés et dinዾrmes, résurrec tions même, une explication précise, nette, simple.
«Si lon veut entendre par miracle, annonceHI, tout fait que nous ne pouvons encore expliquer, nous admettrons la réalité de la chose. Nous irons même (I) Jésus de Na(arth, au point de vue historiql e, scientiዾque et so càal, par M. PAUL DE REGLA I vol. petit in- . Prix 8 fr. Carré, é iteur. .
JÉSUS DE NAZARETH 149 " "TÆâ;ËÈ*.--sዿ_m _,,,,_ plus loin : nous afዾrmerons que le miracle a été, est et sera de tous les temps lX mystérieux, où viendront se heurter les intelligences bornées de notre planète.
« Mais si, au contraire, on veut entendre par le. mot miracle, cette chose impossible, produite de rien, en dehors des lois qui régissent notre monde et ses individualités; ces faits, qui ne reposent que sur des caprices de Dieu; comme si Dieu pouvait avoir des caprices! cette négation des lois mystérieuses mais immuables, de la vie universelle et individuelle; si lon veut, en un mot comme en mille, accepter ce terme de miracle tel que la fait lÉglise, cest-à-dire si lon veut déz'ዾer le néant, donner une forme à ce qui nexiste pas; faire que la journée dhier ne se soit pas produite; que la mort, la vie, la marche des astres soient soumises à la volonté'dun être quelconque, nous le microns hautement et avec lénergie de notre âme indignée devant une telle prétention, négative de la grande idée de Dieu et de cette autre grande chose qui sappelle la Vérité!
Puis il ajoute: « Entre lathéisme des chiffres, entre lathéisme qui adore le néant et la protestation intellectuelle des bigots, il existe une place, doù le penseur peut aper cevoir,la grande idée dun Dieu souriant et sublime! » Bien pensé et bien dit.
Ardemment convaincu de sa thèse, soucieux avant tout de ne livrer au public quun récit basé sur des documents historiques irréfutables, sa notoriété de sa vantlui interdisant dailleurs toute hypothèse sur lau delà, M. de Régla devait, par la force des choses même, \
I 50 LINITIATION nier la divinité de Jésus.
Moins tenu que lui à la pru dence, plus libre dagir à ma guise, jélèverai la note dune octave et, consultant les vieux maîtres, sans songer une minute, moi aussi, à égaler le Christ au Principe causal de toutes choses, à la mystérieuse unitéinsondable et incompréhensible, je nen prétendrai pas moins sa mission providentielle, son titre de ዾls de Dieu légitime, et sa divinité réelle comparée à lignorance des humains.
Deux questions se posent dabord : Jésus a-t-il existé? quelle est la date de sa naissance? Lexistence de Jésus ne saurait être mise en doute; lample moisson de faits recueillie par M. de Régla sufዾrait au besoin pour dissiper lincertitude à cet égard. « Il est facile, déclare aussi Papus dans son magis tral Traité méthodique de science occulte, de nier Moïse, de dire que Pythagore na jamais existé et que Jésus est un mythe.
Quelques rabbins inoccupés ont composé le Sépher, deux ou trois professeurs, sans emploi à lépoque, se sont cotisés pour inventer la philosophie grecque, quelques initiés ont créé le Christ entre deux danses bachiques, je veux bien ; mais Israël est toujours debout, la Grèce illumine lintel lectualité occidentale de ses enseignements, et le christianisme a pris un bel essor, pour une fourberie du temps.
« Réዿéchissons un peu et nous sentirons quil y a une tête unique dominant chacun de ces mouvements, comme il ny en a quune pour tous les membres de lhomme. Le jour où ;il y aura des hommes sans tête,
JÉSUS DE NAZARETH i 5 I «1 jadmettrai quune collectivité ait écrit lOdyssee ou le Sépher, mais, jusque-là, non. » Quant à la date exacte de la naissance de Jésus, M. Paul de Régla résume dans un chapitre toutes les contradictions émises à ce sujet, et la place en lan V avant lère chrétienne, en lan 749 de Rome.
Mais, ditil, « rien nest aussi incertain, rien nest aussi douteux et aussi contestable au point de vue histo rique, que cette naissance du fondateur du christia nisme ». Je rappellerai, pour ma part, quelques lignes dun article paru dans lInzttaዾon de septembre 1889, oùjai abordé pareille question.
Les Hindous prétendent que, sur les sept rondes à parcourir par la vague de vie sur notre planète, nous sommes maintenant à mi-chemin de la cinquième race de la quatrième ronde, en sorte que nous aurions passé le point polaire de lhumanité.
Swedenborg, dé veloppant la même théorie, ajoute que, durant leur involution progressive, les hommes avaient successi vement perdu : ceux de la première race, lamour instinctif du Bien (7); ceux de la seconde race, la no tion instinctive du Vrai (a) ; ceux de la troisième, la compréhension de lUtile, ou le Bien du Vrai (j), de sorte quau milieu de la quatrième race, lhomme par venu à la dernière étape de sa décadence, ne pouvait être sauvé que par un secours providentiel; Or nous lisons à la page 23 du volume de M. de Régla: « Cest au moment où le vieux monde est ébranlé dans ses fondements et dans ses croyances, par ses abus mêmes; alors que Rome, son pivot gorgé dor, de ri chesses et dorgueil -est livrée aux discussions de
I 52 LINITIATION ses rhéteurs, au sabre dun soldat heureux, aux in trigues de son nombreux clergé et aux ambitions de ses courtisans. . . pendant que le paganisme croule de toutes parts... quil est discuté; que ses dieux, ses déesses et ses prêtres sont tournés en ridicule... que les dieux sen vont, et que tout se prépare pour une révolution générale dans les idées, les principes et les choses; que les peuples d0rient, foulés, meurtris, soumis par les armesromaines, jettent un suprême regard dans lobscur de linconnu pour y trouver une lueur despérance ; cest à ce moment si solennel, quun nouveau phare sélève à lhorizon, sous laspect dune étoile, droit sur la modeste ville de Nazareth!
« Le réformateur peut se manifester, les temps sont préparés par les événements. « Le fruit, mûr, ne demande quà être détaché du vieil arbre. » Donc nos deux époques coïncident.
Javais choisi, pour conclure, cette citation de Saint Martin (I) : « Si cest par le plus élevé des hommes que tous les maux de sa malheureuse postérité ont été engendrés, il était impossible quils fussent réparés par aucun homme de cette postérité, car il faudrait supposer que des êtres dégradés, dénués de tous droits et de toutes vertus, seraient plus grands que celui qui était éclairé par la lumière même : il faudrait que la faiblesse fût audessus de la force. Or si tous les hommes sont dans cet état de faiblesse ; sils sont tous liés par les (x) Saint-Martin, Tableau naturel.
JÊSUS DE NAZARETH 153 mêmes entraves, où trouver parmi eux un être en état de rompre et de délier leurs chaînes P Et en quel que lieu que lon choisisse cet homme, ne serait-il pas forcé dattendre que lonvienne briser les siennes?
« Il est donc vrai que tous les hommes étant res pectivement dans la mêmeimpuissance, et cependant étant tous appelés par leur nature à un état de gran deur et de liberté, ils ne pourraient être rétablis dans cet état par un être qui leur serait égal : ce qui prouve que lagent chargé de leur retracer lunité divine, doit être par lui-même plus que lhomme.
« Mais si nous portons notre vue au-dessus des vertus de lhomme, nous ne pouvons trouver que les vertus de la divinité ; puisque cet homme est émané delle directement, et sans le concours daucune puissance intermédiaire.
Lagent dont nous parlons ayant plus que les pertus de lhomme, ne peut avoir rien moins que les vertus de Dieu, puisquil ny a rien entre Dieu et lhomme. » Jésus serait donc lincarnation dune étincelle éma née du verbe même, c'est-à-dire une corporisation de fhomme idéal, régénéré, du ዾls de Dieu. » Notre monde à nous, hommes, proclame la Gnose (I) a été racheté par Jésus.
Ilest venu par le canal imma culé de lÉon mariam que nous nommons Marie... Il est animé par Christ qui quitta le Plérôme et se reposa sur lui, en lui communiquant la puissance absolue sur le monde de Satan. » Comment se ዾt cette incarnation extraordinaire ? (l) Stany Doinel, cité par Papus (Traité méthodique de Scicnce occulte). l
1 54 LINITIATION Jésus est-il simplement le ዾls adultérin de Marie, sui vantla supposition de M. de Régla, etdeJoseph Panther dont_le Sep/zer Toldos Joschu relate lodieuse trai trise (i) P Si oui, lenfant devrait alors à cet aventurier lélémentbilieux qui se mêle profondément enlui au lymphatisme et à la nervosité quil ahérités de sa mère.
Mais pourquoi refuser de croire, avec la légende, à la matérialisation dun être des sphères supérieures ? Hypothèse plausible, certes, et que M. de Régla ne trai tera pas de hasardeuse, sil veut bien se reporter aux Entretiens du comte de Gabalis, écrits par le pauvre abbé de Villars, assassiné pour sa révélation, et au récit de Voltaire sur lépidémie de vampirisme qui afiola les esprits de 1730 à 1735.
Dès lors, si lon admet la supériorité dessence de Jésus sur celle des vulgaires humains, combien deviennent légitimes et naturelles cette puissance magnétique et ces facultés soidisant miraculeuses, si vaillamment et si savamment étudiées par notre auteur au cours de son beau travail ; car, bien que dépouillé de ses attributs divins, le Jésus de M. de Régla nen dresse pas moins, audessus de la foule instinctive des peuples, son front radieux dintellec tuel et de prophète, nimbé de gloire.Cest le fougueux réformateur, le doux révolutionnaire, inexorable en vers les fourbes et les oppresseurs, compatissant aux faibles !
Une légère critique cependant. M. Paul de Régla parle, à certain chapitre, du manque dinstruction de, (x) Eliphas Lévy, la Science des Esprits (Histoire de Jésus suivant les talmud1stes}. - -....«».a .,-,.W.-W ,,_....a,me.,_.,.ዿ..Wm.«ww«rwwzvv .-.......,v» «w - , . À . . A, ._J_ag3>&W' 'W
JÉSUS m: NAZARETH 155 Jésus, et va jusquà le déclarer ignorant des premières notions de lécriture.
Une telle afዾrmation me semble dautant plus risquée que sa contradiction formelle se trouve dans la traduction du Sota et du Sanhedrin donnée par Eliphas Lévy « Le rabbin Jéhosuah, ዾls de Pérachiah, qui con tinuait, après Elchanan, léducation du jeune Jésus, linitia aux connaissances secrètes, mais Jannée ayant fait massacrer tous les initiés, Jéhosuah, pour échap per à cette prescription, senfuit à Alexandrie, en Egypte. » , « Ce massacre des initiés, observe Eliphas Lévy, substitué à celui des innocents, nous parait fort re marquable, surtout si nous nous rappelons quau livre Ier des Rois il est dit que Saül, initié depuis peu dans le cercle des prophètes, était un enfant dun an lorsquil monta sur le trône.
Or Saül avait en réalité plus de vingt ans. Cétait donc la coutume dans les initiations prophétiques de la Judée, comme dans la francmaçonnerie moderne, de désigner le grade des initiés par un âge symbolique, et lÉvangile, en par-. Lant du meurtre des enfants de deux ans et au-dessous, ne contredirait pas lassertion du Talmud, qui à son tour rendrait historiquement plus acceptable le récit de lÉvangile.
On peut trouver des traces de la pros cription des kabbalistes, toujours persécutés etdénon« cés par la synagogue ofዾcielle, mais on nen trouve pas de cette abominable boucherie de petits enfants qui révolte la nature et qui eût à jamais ዾétri le règne (4) Eliphas Lévy, la Science des Esprit: (Histoire de Jésus suivant les talmudistes). :
I 56 LINITIATION dHérode, si cestà Hérode, comme le veutlÉvangile, et non à Jannée, commele prétendent les talmudistes, quil faut attribuer la proscription dont il sagit ». De même, pour un adepte, dou:çe ans, cétait lé poque où, le cycle des connaissances parcouru, lini tiation devenait parfaite. De là, très probablement, cette merveilleuse sagesse de Jésus, conversant au temple avec les docteurs.
Enዾn, comme dernière preuve à lappui de lini tiation du Christ au plus haut mystère de la science antique, jajouterai ces trois alinéas du livre de Papus(1). « Des études plus complètes, analogues à notre ins truction secondaire, étaient le partage de ladulte, lœuvre des Temples, et se nommaient Petits Mys tères.
« Ceux qui avaient'acquis, au bout dannées quel quefois longues, les connaissances naturelles et hu maines des Petits Mystères prenaient le titre de ዾls de la femme, de héros, de ዾls de lhomme et possédaient certains pouvoirs sociaux, tels que la thérapeutique dans toutes ses branches, la médiation auprès des gou vernants, la magistrature arbitrale, etc. etc...
Les Grands Mystères corpplétaient ces enseigne ments par toute une autre hiérarchie de sciences et darts, dont la possession donnait à linitié le titre de ዾls des Dieux, de ዾls de Dieu, selon que le temple nétait pas ou était métropolitain et, en outre, certains pouvoirs sociaux appelés sacerdotaux et royaux. » -t1)8aint-Yves d'Alveydre, cité par Papus (Traité méthodique de science occulte). .
JÊSUS DE NAZARETH I 57 A diverses reprises, M. de Régla me paraît du reste contester luimême sa trop hâtive assertion, notam ment dans la brillante étude sur la sagesse et les con naissances des Esséniens suprêmes interprètes du sens caché de la loi, perdu par les autres sectes, des mystères voilés aux profanes, où il constate linዿuence de Jésus parmi les principaux de ces vrais initiés.
« Jésus, le maître actuel, était, comme lavait été JeanBaptiste, Essénien de cœur, de pensée et dédu cation. Il appartenait à la haute initiation de cette secte si remarquable, et, à ce titre, tout indépendant quil était et tout chef religieux quil se déclarait, il trouvait en eux le concours le plus actif et le plus dévoué. » Puis, dans une note, page 199.
«Jésus fut également très soutenu pendant ses séjours à Jérusalem par les Esséniens qui, reconnais sent en lui un membre considérable de leur secte, le protégèrent et lui furent ዾdèles jusquau delà du mont Golgotha. » Nhonoret-on pas le savoir dun maître dont on écrit: «Jésus, devant labondance de la moisson et du manque douvriers, comme il le disait si poétique ment, avait réuni ses disciples préférés et, dans une série denseignements particuliers, leur avait révélé les vérités philosophico-religieuses et les lois thérapeu tiques quil avait cru pouvoir conዾer à leur intelli gence. » Et ceci: «Ce qui frappe le plus dans lenseignement de Jésus, .'r ...z_,
l 58 LINITIATION cest quil semble, lui, le déshérité du monde sociall résumer en toute sa personne, dans une admirable synthèse philosophique et intellectuelle, toutes les vérités émises çà et là, ainsi que les aspirations les plus hautes des hommes supérieurs de son temps! «Tout un monde se résume en lui.
Et ce monde nest pas seulement celui de ce pauvre peuple hébreu, au milieu duquel il est né, mais bien celui de_ lintelli gence universelle, qui palpite en même temps à Alexandrie, à Athènes et à Rome. « A lenfant sans nom, au parie de la société juive, la nature a conዾé les héritages successifs de la sagesse des siècles, pour les faire fructiዾer dans le présent et dans lavenir.
« Ce nest pas, en effet, au peuple juif seulement que Jésus sadresse; cest à toute lhumanité, à tous les hommes! » Je voudrais pouvoir reproduire des pages entières du volume que jai sous les yeux, volume dont le . succès répondra sans nul doute au mérite; je voudrais évoquer encore ces paysages exquis Où renaît lantique Galilée, rappeler ces explications si précises et si claires, par un vrai savant, dune série de phénomènes pré tendus jusquà ce jour rêvés par des hallucinés ou des fous.
Mais de tels développements sont impossibles et je me borne à copier une hardie déዾnition des pro diges obtenus, grâce à la Foi alliée au ferme vouloir, parce quelle donne un aperçu très complet de la ma nière habituelle de procéder: «Cette force est celle qui, de nos jours, produit les cures, dites miraculeuses, opérées dans les chapelles . =
JÉSUS DE NAZARETH [59 M"ૻ" ' consacrées à des madones aux noms divers, au proዾt des croyants qui, placés dans le rayonnement magné tique imprimé à ces chapelles par la foule des ዾdèles, foule dautant plus puissante quelle est bigote et naïve, y arrivent, comme le centurion de lEvangile, avec la conviction quil sufዾt dun seul mot pour que leurs prières soient exaucées.
4: Cette force, cest encore la même que celle quifait quun mot peut tuer ou guérir; celle qui, dans un incendie dhôpital, permet à un paralytique, sur le point dêtre atteint par les ዿammes, de se lever brus quement et de senfuir loin du sinistre ; celle qui fait que, sous limpression dune vive émotion, le cerveau se détraque et donne naissance à la folie.
Cest cette force essentiellemenr physiologique et psychique qui peut nous donner le choléra sous linዿuence de la peur, et-peut nous en guérir par une inዿuence con traire. « Cette force, ou plutôt puissance, après avoir vio-> lemment surexcité notre cerveau, se porte dans lesplus petites ramiዾcations du système nerveux, et peut ainsi produire le bien ou le mal surlorgane où elle concentre son action.
« Comme exemple de la puissance de ce fait physio logique et psychique, Jésus ne dit-il pas souvent que « la foi peut soulever des montagnes et annihiler le venin des serpents P » Je prévoyais, dès le premier tiers du volume, que M. de Régla, entraîné par son désir continuel de se maintenir dans les limites autorisées... -tout juste parfois! mettons... tolérées par ses doctes confrères, --\_-aeૺ» e.. « .., .\...
160 LINITIATION inventerait une résurrection de Jésus accessible au \commun des intelligences.
Ma prévision sest réalisée; mais le récit se déroule avec une telle habileté, une telle sincérité de conviction que, sans lattrister dune discussion vaine, je chargerai lauteur lui-même de se réfuter, et cela par cette mâle réplique quil sattire de son avant-propos : « Du bûcher qui donnaitla mort matérielle, la pensée sélevait encore plus forte, plus vivante que jamais!
On pouvait tuer Jean Huss, Jérome de Prague , Savo narole, Michel Servet et tant dautres libres penseurs; On pôuvait courber Galilée et le faire se désavouer... Mais, en agissant ainsi, on assurait le succès du culte de lidée. La mort enfantait la vie!
Les ዿammes des auto-da-fé allaient porter au loin les germes incorrup tibles de la liberté, et, en expirant, victime de ses con victions et de ce quil considérait comme lexpression absolue de la vérité, le martyr scellait de, sOn sang, et du saCriዾce de sa vie, limmortalité de son œuvre l « Jamais Jésus ne fut plus vivant et plus puissant que sur le bois infâme de la croix !
« Enlevez ses douleurs morales de la dernière semaine et sa cruciዾxion, que restera-til P » Etje me réserve en outre de lui demander bas à loreille en attendant quil le publie -si vraiment sa raison se refuse à croire impossible à un être aussi supérieur que le Christ, à un être doué daussi grands pouvoirs, de réaliser, pour peu que lidée lui en prenne, une matérialisation astrale ? GEORGE MONTIÈRE.
ÉGLISE ET FIN DE SIÈCLE 161 Ernsr E'l Ænr DE ËIÈGLE Notre société le fait en ces derniers temps a été maintes fois constaté est en pleine période de dé cadence ; ses bases seffondrent toutes plus ou moins, et, avant quil soit longtemps, on peut prévoir que de lédiዾce aujourdhui vacillant, il ne restera plus guère que des ruines amoncelées.
La dissolution est surtout morale ; les hommes dà présent sont en effet dans une étrange situation des prit.
La loi nest plus sans cependant que le scepti cisme vrai, celui qui a pour base lobservation scien tiዾque, soit réellement triomphant. ÿ Ce qui caractérise essentiellement les esprits moder nes, cest un état dindifférence, dinconscience aussi qui fait que, ne croyant guère quelque chose, les indi vidus se laissent entrainer àvauleau par la vie, nayant plus quune seule préoccupation en tête, acquérir égoïstement le maximum possible de jouissances immédiates. Or cet état lamentable est général et atteint indis tinctement toutes les classes, depuis les plus modes tes jusquaux plus élevées ; chaque jour il saccentue davantage, et modestement il nest plus dautorité morale capable denrayer son mouvement. LÉglise seule, qui aurait pu tenter cette tâche, est frappée dimpuissance et na plus guère quune action nominale. 6
162 LINITIATION Régnant en apparence sur plusieurs centaines de millions de ዾdèles, elle ne compte en réalité quun bien petit nombre de vrais disciples. Suivant la parole antique, « les dieux sen vont et même, pourrait-on presque afዾrmer, les dieux sont morts ». ' Ils sont morts et rien ne les remplace, et les côn sciences des hommes sont aveulies. La crise est générale telle quelle fut jadis dans les époques daffaissement.
Or notre temps est bien un temps de décadence, et, en cette ዾn de siècle, celleci saccentue dejour en jour, nous menant rapidement vers la catas trophe déዾnitive et fatale, à moins que par une fortune inouïe un événement imprévu ne vienne à changer le cours des choses, à orienter différemment les esprits, à. motiver la morale régénération des êtres. * À"l LÉglise, avons-nous constaté tout à lheure, est présentement impuissante.
Doù vient son état dinertie, et comment a-t-elle été conduite, elle qui par tradition semblerait devoir être la puissance éternelle, à succomber si bien que son action sur les sociétés soit devenue nulle absolue ment ? ' Tel est le problème singulièrement passionnant quun prêtre dun caractère assez rare, M. labbé Jcarmin, vient de sefforcer de résoudre en un curieux et suggestif ouvrage publié par lui tout dernièrement
ÉGLISE ET FIN DE SIÈCLE 163 sous ce titre très signiዾcatif : Église etዾn de siècle, à la librairie Chamuel et Cૺ(r). Le livre, en vérité, est quelque peu déconcertant, et, vraisemblablement, il est appelé à-provoquer une très vive stupéfaction, en raison de ses allures si franche ment socialiStes -dun socialisme inዾniment élevé, dailleurs chez nombre de lecteurs catholiques sectaires. Que dit en effet M. labbé Jeannin?
Avec une peu commune audace, faisant à la société Son juste procès et établissant son ex'act bilan, il note en toute impartialité la part vraie qui revient à lEglise dans laveulissement général. Et cette part est importante! Comment, du reste, en seraitil autrement?
Dans une société comme la nôtre, de toute néces sité, le clergé remplit un rôle moral considérable; par suite, son action sur les esprits vaut juste autant quil est luimême plusdigne de respect et plus à la hau teur de sa mission. Or, à lheure présente, en France, quelle estime mérite lÉglise l Évidemment, on rencontre en grand nombre, parmi les prêtres, des hommes de grande vertu et de réel savoir.
Mais, estce là tout ce quil faut demander, et cela est-il sufዾsant pour assurer une nation contre toute déchéance spirituelle ? Hélas ! non. La Foi, pour ne point vaciller et demeurer triom (Il M. l'abbé Jeannin, Eglzse etዾrt de siècle, 1 vol. in-18, chez Cha muel et C", 29, rue de Trevisc, Paris, :891.
164 LINITIATION phante, a besoin de se sentir environnée dune atmo sphère généreuse denthousiasme sincère. Or un tel état dâme est justement ce qui manque le plusjaujourdhui.
La foi nest plus et le scepticisme est devenu à peu près général, et non pas seulement par mode, parce quil est de bon goût daffecter lindifférence, mais surtout par lassitude vraie tant et si bien que notre monde, à présent, sagite et poursuit son évolution en vertu dune simple convention quasi jugée sans importance et observée tout bonnement parce que personne ne savise de prendre l'initiative de la modi ዾer quelque peu ou de la bouleverser toute. . l / .
Un point intéressant demeure inétudié par lauteur dÉglzse et Fin de siècle; cest celui qui a trait à une régénération possible de notre société. M. labbé Jeannin, comme ses contemporains, paraît avoir été touché par lesprit négatif du doute ; il semble ne compter guère sur un renouveau progressif et sincère de foi ardente et il nattend le salut que dun bouleversement brutal des choses.
Une note semblablement pessimiste est, on la vouera, assez curieuse chez un prêtre. Elle est logique chez un penseur, par exemple, et loriginalité vraiment intéressante de lécrivain est uni quement de lavoir exposée sans ambages, au risque de mécontenter tous ceux du troupeau qui sendor ment dans une quiétude insouciante.
ÉGLISE ET FIN DE SIÈCLE I65 Connaître son mal nest jamais inutile à qui veut essayer de se guérir! Il y a gros à parier dans loccasion actuelle, il est vrai, que la cure ne sera point tentée, le traitement en étant trop ardu; mais enዾn, la souffrance aura toujours été mise à jour et étudiée dans ses divers symptômes. Lavenir, et un avenir prochain, nous diraqui devra une bonne fois lemporter du patient ou de la maladie! JACQUES SERDA.
r. a-. .. .... 1 . ' . ,rw %ËËËËËËËËË%ËËËËËËË PARTIE LITTÉRAIRE ÿaaaxa I M. le comte Léonce de Larmandie est Com mandeur de Geburah. Cest chose peu commune. Les profanes se demanderont quel est cet ordre, sil émane - de la principauté de Lichtenstein ou de cette fameuse république de Counani, morte avant naissance, du royaume des îles Hawaiou de IÉtat Libre du Congo, quelle couleur affecte son ruban, combien lon doit payer le droit de le porter. Ce titre, en effet, ne rappelle- , til pas ceux que des médecins au nom brésilianiforme obtiennent en récompense davoir guéri de quelque maladie pénible quelque général au teint bistré, aux lèvres lippues, à la tignasse de mouton, de ces pays où il faut trois maréchaux pour mener une patrouille. Or Geburah est un mot hébreu. Les initiés nigno rent point la haute signiዾcation quil porte en la Kabbale séዾrothique. Ils comprendront de suite quen loccurrence il ne veut rien dire du tout, Quant à Commandeur, cest un grade dune milice
EÔRAKA 167 rêvée, qui serait évidemment copiée sur celle du Temple, mais qui jusquici na ni Chevaliers, ni Prieurs, ni Grand-Prieurs,-et quun seul Comman deur. Commandeur de Geburah, cela sonne bien, et voilà pourquoi votre ዾlle est muette. Dailleurs, cela nempêche pas M. le comte Léonce de Larmandie dêtre Secrétaire de la Société des gens de lettres.
M. le comte Léonce de Larmandie, qui a fondé avec Joséphin Péladan une Rose-Croix catholique dont les membres se qualiዾent tout bonnement dAristes, de Magniዾques, de Sublimes, vient de publier un livre qui est comme le manifeste de cette société. Titre: EORAKA, Notes sur lEsoterisme. Cette œuvre est un témoignage de linዿuence in coercible quimpose autour de soi un esprit de la puissance de celui du Sar.
Outre une abondance de citations latines, outre un effort continu pour se hausser à une solennité dénonciation, à un absolu tisme du jugement, à une immense estime de soi, admissibles seulement lorsquecest Péladan qui parle, parce que Péladan a une envergure que lon négale point, cette influence se traduit ici par une stupéfac tion d0blations, de Prolégomènes, de Monitozres, de Professions de Foi, dEct/zèses, de Pro Domo, dUltzma Verba, qui nintéressent, eux encore, que lorsque cest Péladan qui écrit, parce quil faut avoir lallure de Péladan pour que le lecteur Sarrête à tant de menus incidents personnels. Il y a notamment une Réponse destinée à venger
I 68 LINITIATION le Sar de laccusation dantipatriotisme formulée contre lui... Je pense que le Sar eût été capable de répondre lui-même, sil lavait jugé à propos. Mais lidée ne mentrera jamais dans la tête, quon puisse être à la fois ésotériste et chauvin. On est chèvre ou on est chou, on nest pas chou-chèvre, ni chèvrechou. M. le comte Léonce de Larmandie ne sem barrasse pas pour si peu.
Son livre dailleurs présente lésotérisme sous un jour inattendu. Les querelles politiques contemporaines, qui pourtant, semblet-il, nont que des titres inዾniment vagues à lattention du philosophe, et surtout du philosophe hermétiste, y occupent une place large.
MM. Constans, Ferry, Clémenceau, Rouvier, Spuller, de Freycinet,Quesnay de Beaurepaire, Ranc, Pichon, Pelletan, Cazot, Wad dington, et jusquà M. Etienne, on ne sait pourquoi, et jusquà M. Carnet, quon neût pas cru susceptible de provoquer telle haine, sont malmenés non moins violemment que peut le faire le quotidien Intransi geant.
Il va de soi que M. Rochefort est « une supé riorité », que-le général Boulanger « a voulu nous rendre un peu dhonneur et de liberté », et M. le comte Léonce de Larmandie nous apprend quil « ne sest entendu en politique quavec ce dernier ». On peut même lire quelques mots sur le commandant Hériot. De grâce, passons au déluge !
Mais au fait, il y a des injures même pour les morts, comme Paul Bert, même pour ceux qui ont trépassé, en quelque sorte ésotériquement, comme MM. Grévy et Wilson. Et joubliais le maréchal de MacMahon. En dehors de la politique, les anathèmes du Com
EÔRAKA 169 mandeur de Geburah pleuvent aussi nombreux, aussi véhéments. Le cardinal de Lavigerie depuis quil a feint de se rallier à la démocratie, et M. Hyacinthe Loyson depuis toujours, sont les pires des hommes. M. Renan est un ignorant et un scélérat, que le dernier livre du Père Bidon a « écrasé ».
Pâlemêle sont pris à partie MM. Mendès et de Maupassant, Eiዾel et Contamin (pourquoi P), Chapu, Saint-Genest, Mœtterlinck (pour quoi, mais pourquoi P). Bien entendu, M. Zola est le dernier des derniers. Parmi les en-allés, Condillac (pourquoi P), Cabanis, Broussais, Comte sont quelque chose comme des émules de Pranzini. M. Bergerat est « passable», M. Bourget nest pas tout à fait un imbécile, et M. Barrès «a quelque chose».
Les admirations dailleurs ne sont pas moins étranges: M. Ledrain est « le premier hébraïsant et orienta liste connu ». Il ny a rien daussi redoutable que les amis. Le Dr Gibier est lhomme compétent par excellence en matière de phénomènes psychiques. Le Nabab est un livre «grand», et le seul bon quait produit M. Daudet. Ph. de Grandlieu est « un homme de valeur ».
La conversion in extremis de Littré est prise au sérieux, de même que Mm Blavatsky et les Mahatmas. Ce qui mamène à certaines opinions scientiዾques exprimées de ci de là, et qui stupéዾent. M. le comte Léonce de Larmandie croit à la mé à
I 70 LINITIATION diumnité telle que la présente la tourbe des Kardé- cistes, et, ni plus ni moins quun féal de M"ૺGrange _ ou de M. Denis, il a de Crookes plein la bouche, comme si Wallace, Zœllner, Aksakofi, Flammarion, de Rochas, Ribot, Richet, navaient jamais, eux aussi, ' braqué sur lastral leurs engins de précision. Il croit comme paroles de Sar les contes bleus de Hue et de Gabet, et de Jacolliot.
' Il estime à la même valeur le savant et regretté Lotus de F.-K. Gaboriau et le ridicule Artichaut Bleu des Sept Dormants. Il donne pour religion à lInde contemporaine... le bouddhisme. Je rougis de lui apprendre, avec les plus élémentaires manuels de géographie à lusage des écoles primaires, que la péninsule est partagée entre les cultes sivaïte,vishnouite et musulman, la doctrine de Sakya-Mouni en ayant disparu depuis une douzain de siècles.
' Il tient lAssyrie et la Kaldée pour « les berceaux primitifs de tous les mouvements de lesprit »; que fait-il de lÉgypte, et de la Chine, et des Druides, et de lInde Védique,... et de lAtlantide, et de la Lémurie ? Et à ce propos il réédite la vieille histoire des bergers astronomes de la Babylonie.
Quand e'n ዾnira-ton avec cette romance qui voudrait conclure de la prodigieuse puissance dun collège dinitiés à lomniscience des vachers dalentour. . Puis, soudain, la Crémation est attaquée vivement, sans que lon saisisse ce quelle vient faire là. Lauteur allègue contre ce mode funéraire des arguments depuis longtemps réfutés. Et il afዾrme quau crématoire du ..:Z l
EÔRAKA 171 PèreLachaise les gaz produits par la combustion du cadavre « détonnent, latmosphère sempuantit, et lon peut voir les membres convulsés en d'abomi nables torsions. » Je conjure M. le comte Léonce de Larmandie daller se rendre compte par lui-même, comme je lai fait à plusieurs reprises, et il convien dra que sa peinture est un peu poussée au noir.
Ailleurs, il est proclamé que « le matérialisme ne ressuscitera jamais », et que « les peuples chrétiens conserveront lempire du monde jusquau jour du jugement dernier ». Ny a-t-il pas là, disons un oubli regrettable de la loi dévolution?
« La communauté chrétienne est la seule qui vise à propager sa foi. » Jaurais trop beau jeu à rappeler la diffusion énorme du bouddhisme ; je me contenterai de demander à lauteur ce quil pense de llslam, qui gagne une moyenne annuelle de un million de pro sélytes, en Afrique surtout, puis dans lInde, au Caucase, dans llnsulinde, en Chine, en Océanie, et jusquau Nippon et chez les Thaïs.
Il est parlé en maints endroits de la supériorité sociale du christianisme sur toutes autres religions, notamment sur le bouddhisme. Cette supériorité, assure M. le comte Léonce de Larmandie, est établie historiquement. Le moindre grain de preuve ferait bien mieux laffaire que toutes ces afዾrmations sonores. « Jésus-Christ a indiscutablement introduit dans le monde une formule sociale ignorée avant lui.
Il est venu pour les foules, pour les pauvres et les petits, avant lui négligés et dédaignés. Cest pourquoi son symbole est devenu universel. » Il me semble que
l 72 LINITIATION les humbles sont au moins autant exaltés dans lAvesta que dans les Évangiles, quau pays des Druides la voix populaire était quelque peu écoutée, que la doc trine sociale de lAncien Testament est foncièrement démocratique, enዾn que la réforme instaurée par SakyaMuni navait rien daristocratique.
Et il est avéré historiquement que les Pères de lÉglise chré tienne ont approuvé lesclavage, tandis que ceux de lÉglise bouddhique lont non seulement condamné, mais aboli partout sur leur passage; et que le christianisme a atrocement avili la femme, tandis que le bouddhisme la installée au même plan que lhomme.
Quant à luniversalité conquise par le symbole chré tien, on sait que le bouddhisme compte un demi milliard dadhérents, et que lislamisme presque autant que le christianisme, dont les ዾdèles ne dépassent pas un quart de milliard. Pour preuve de luniversalité du dogmatisme qui lui est cher, M. le comte Léonce de Larmandie donne ce fait que les sectateurs de Jésus ont baptisé leur culte de catholique, dun mot grec qui signiዾe universel.
Étrange argumentation! 1 Mais la moindre chapelle, fût-elle mormonne, sa lutiste ou Luciegrangesque, se qualiዾe duniverseIle, de même que la moindre tribu sauvage intitule ses membres les hommes par excellence, comme sils étaient seuls dignes du nom. Il serait plus juste de dire que le catholicisme, au même degré que le pro testantisme, lislamisme, le bouddhisme, le confucia nisme, le taoïsme, porte en soi les germes réuéles de
'f . l t'. v.wmn «ዿtዿï*æ ዾ*gxs ,, EÔRAKA I 73 luniversel et éternel ésotérisme, un dans son essence sous la diversité des apparences. Quest-ce encore que cette assertion: « La source kabbalistique contient surtout la partie dogmatique de la haute doctrine, et la source hindoue en est prin cipalement la poésie. » M. le comte de Larmandie est visiblement peu familier avec lOrient.
On ne sassied avec cette désinvolture que sur ce que lon ignore totalement. La Kabbale est grande, certes, mais la métaphysique hindoue légale par lamplitude et par la subtilité à la fois. Il est même plusieurs branches de lésotérisme dont lon ne trouve aucun indice dans la gnose occidentale, alors que la gnose orientale en a poussé létude fort loin, par exemple lethnographie, la linguistique, certaines parties de la sociologie. .
Il est douloureux que tant de taches gâtent un livre dont le style soffre si limpide, si ferme, si suggestif, un livre où les principes généraux de la philosophie, puis de la physique ésotérique, sont exposés avec une méthode si sagace, et sous une forme adéquate au point datteindre souvent la décisive perfection. Chacune des deux parties se subdivise en cinq cha pitres, doù résulte une somme égale à celle des Sé phiroth.
Parmi les meilleures pages doivent être lues et relues celles où lintellectuel est différencié, par déዾnition, de lintelligent, et lésotérisme de lexotérisme; celles où il est traité de linterprétation hermétique des en seignements chrétiens sur le Paradis, le Purgatoire et
1 74 LINITIATION lEnfer, de la constitution ternaire ou septénaire du microcosme, de la grandeur de la science_ antique, de la méthode de la synthèse par analogie, des opé rations théosophiques sur les nombres.
Le livre étant surtout destiné à rassurer sur le compte de locculte les catholiques intelligents mais tin:orés et à leur démontrer que celui-ci sommeille immanent dans leurs croyances fondamentales et leurs dévotions quotidiennes, lauteur dEôra/za insiste particulière ment sur les concordahces que présentent les dogmes romains dune part, et de lautre les doctrines hermé tiques.
On ne saurait trop le féliciter davoir à cette occasion si judicieusement identiዾé le Corps glorieux des pères grecs et latins et le Nimbe de tous les ima giers du culte au Corps astral des ésotéristes et à lAura des neurologues positivistes, le Péché originel au Karma, le Purgatoire au Kama-Loka, le Paradis au Devakhân (Deva-Loka, S. V. P., ou Svarga) (I). Seulement, je crois quil erre lorsquilconfond le manvantara avec léternité.
Le manvantara est un terme général, une formule algébrique,/désignant la fraction de léternité employée par une entité donnée pour accomplir son cycle évolutif, que cette entité soit un pied de mouron, un rat, un homme, une planète, un système solaire, une nébuleuse ou un univers. (l) Devakhân. ce vocable mâtîné de sanscrit et de _thibéyain, aéré inventé par les blavalskystes, et le bouddhisme éspterique ou exoté Ëlàîâiiä"äëî ËÏËËlÏJૺÉ&ËAËâૺàÊ'äiäiiê Èääàâëâhîäèïüêâäî; àâLrîÆ"'âૺètâfnâfૺleiäiä ËËlêૺenîlœmlâââÏtîàläiàlÊ,ૺä'äâèäïèÊ mondiale ou universelle. par opposition à.
A-djiva, l'état un et premier, absolu, de celleci. Le nom du deuxième principe de la constitution de l'homme est Prana, Vitalité. ' äૺ'"ૺૺ ,. ;:';Ï* V
EÔRAKA [75 w--_..- ......- , .....-,....- .... La seconde partie est exempte des questions de poli. tique courante qui donnent à lautre une tournure pamphlétaire, ou tout au moins dactualité, déplorable en une œuvre qui vise à une haute tenue philoso phique, et qui latteint fréquemment.
Du reste, cette section est tellement supérieure, dans le fond comme dans la forme, à la première et tellement complète en soi et parachevée, quil semble que celle-ci nait été écrite que pour aider celle-là à soffrir sous la consis tance dun volume. Aprês le récit, fort attachant et fort spirituel, de plusieurs phénomènes constatés par lui-même, M. de Larmandie en énoncela raison occulte.
Les chapitres où il est de la sorte amené à soccuper de la signiዾca tion des songes, des fantômes des vivants, de lauto suggestion et de lautohypnotisme, des élémentals et des élémentaires, des possessions et des obsessions, doivent être rangés parmi les plus précieux que lon ait écrits jusquà présent sur ces sujets. Puis le Diable et les miracles sont expliqués.
Enዾn est esquissée en traits succincts une théorie dynamique de la matière qui, je suis navré dêtre obligé de le signaler à lauteur, est du Schopenhauer pur et du Berkeley, cest-à-dire du spiritualisme athée, ce qui ressemble peu au catholicisme apostolique et vatica nesque. û 24-1 Il y a dans Eôraka un horsdœuvre, une Ecthèse, puisque Ecthèse il y a, que jai le devoir de ne point passer sous silence. M. de Larmandie a remarqué que la presse con .;--.
l 6 LINITIATION 7 _temporaine nest pas très favorable au catholicisme ésotérique. Le Figaro est innommable. M. Magnard est lhomme le plus éreinté du livre. Dailleurs, il na pas accepté la copie de M. de Larmandie. La Revue des Deux Mondes : « pour un de Broglie que de Brunetiêres » (sic). Dailleurs on na pas consenti à y insérer de M. de Larmandie un deuxième article.
« La Nouvelle Revue est, avouons-le, beaucoup pluslibérale. » Quant à la Revue Bleue, cest une citadelle inexpu gnable, où M. Alfred Rambaud gouverne pour le moins aussi tyrannique quun Balmaceda ou un général Hippolyte quelconques. Évidemment, M. de Larman die ignore que depuis bien des mois M. Rambaud a quitté la direction de la Revue Bleue.
Évidemment aussi, il na'jamais approché celui dont il parle, car il saurait que cest là lhomme le plus accueillant qui soit aux jeunes et aux pittoresques. Les seules indé pendants qui aient jamais écrit à la RevuePolztzque et Littéraire, nelontpuquedu temps deM.Rambaud (I). Au Correspondant, il y a, parait-il, un homme épouvantable, M. Auguste Boucher. Dailleurs, il na pas reçu M. de Larmandie.
De plus, celui-ci afዾrme que M. Lavedan fait la loi en cette revue, alors que, cest connu, la haute main appartient làà quelques-uns de ces prélats que M. de Larmandie révère, surtout à Nosseigneurs Richardet Perraud. \ (1) Ceci dit dautant plus librement que le. signataire de cet article n'a jamais porté un seul manuscrit au périodique en question.
EÔRAKA r 77 . e...;..«.._. .4}, Ce que voyant, M. de Larmandie a résolu la fonda tion dun périodique où il soit loisible de traiter comme ils le méritent quiconque nest pas chrétien, et quiconque lest selon la formule qui nest pas celle de Joséphin Péladan, et de M. de Larmandielui même.
Entre parenthèses, je comprends mal pourquoi M. de Larmandie, qui déclare en son Monitoire, puisque Monitoire il y a, « ne point se soucier du nommé public », sévertue tant pour conquérir une chaire doù prêcher ledit nommé public. Titre enviable : la Révolte intellectuelle.
Collabo _ ration magistrale: MM. Ledrain, Léon Dierx, Alta, Papus, le marquis de Saint-Yves, les D' Gibier et Nordau, le sculpteur Marquet de Vasselot et le peintre Aman Jean. Joséphin Péladan sera codirecteur ; lon peut donc être assuré davance dune allure absolu ment esthétique et dune ዾère indépendance.
Cette publication sera lorgane de la Rose-Croix catholique; elle tendra à établir que laboutissement de lésotérisme est le catholicisme. Haltelà! Et dabord : RoseCroix et Catholique, voilàtil pas deux mots qui hurlent comme chien et chat!
Ne liton pas en la profession de foi des RoseCroix citée par Gabriel Naudé, puis par Louis Figuier, et récemment par Papus, aux pages 686 et suivantes de son admirable Traité : _ 1° Que par leur moyen le triple diadème du Pape sera réduit en poudre; 2° Quils confessent librement, et publient, sans
i 78 LINITIATION aucune crainte den être repris, que le Pape est lAn téchrist; 3° Quils condamnent les blasphèmes de lOrient et de lOcczdent, cestà-dzre de Mahomet et du Pape. ' La Rose-Croix CATHOLIQUE nest donc point fondée à revendiquer la tradition orthodoxe des Rose-Croix héritiers des Templiers, eux-mêmes ዾls initiatiques des gnostiques issus des esséniens, desquels a surgi Jésus.
Or la Rose-Croix orthodoxe na pas cessé dexister. Demandez à Stanislas de Guaita. Et, parallèlement à cette Rose-Croix, la seule (1), le Templea engendré les illuminés dAllemagne, doù est émané le martinisme. Or il me semble que le martinisme vit toujours, et se porte même pas mal. Demandez à Papus, à F. Ch. Barlet, à Julien Lejay.
La Rose-Croix tout-court et le martinisme sont donc les seuls ordres actuels qualiዾés pour parler au nom de lésotérisme chrétien. Or le chemin où ils marchent nest pas précisément celui de Rome; ils le prouvent assez chaque jour. PIERRE TORCY. (1) Ceci dit dautant plus librement que le signataire de cet article nest pas aዾlié à la Rose-Croxx.
LA v1E DUN MORT 179 La Vie dun Mrt (Suite.) Et pendant ce temps, Durand, qui nentendait plus, qui navait pas la perception des mots, mais qui encore éprouvait la vibration des mots et par elle seule les comprenait, subissait les affres dune épou vantable rage, muette, sourde, bouillonnant dans toutes ses ዾbres et dautant plus atroce quelle lui était inexprimable. . .
' Car limpression première, intime de ce mort-vivant était identique à celle quont notée quelques léthargi ques... . Voici ce que jai noté sous la dictée psychique, péné trante, de Bernard : Médecin, brute, triple âne... mort... non, non... je voudrais te sauter à la gorge... je nai plus de jambes, plus de jarrets, plus de muscles...
Si fait, je les ai... mais pourquoi nobéissent-ils plus P Je veux les contracter, je veux agir... et laction ne répond pas à la volonté... et pourtant je vis, je vis... Sur tout mon corps, je sens comme létouዾement dune chape de plomb, cest comme une gaine qui menserre, en sétroitisant. Sensation éprouvée à la main, une fois que javais reçu de la pluie sur mes gants... Moi, mort! mais jai leffroyable torture dun prurit sur lépiderme tout entier...
. -".', .-;1.-7 . I _ l I 80 LINITIATION En effet depuis quelques instants, dans ce corps que la vie abandonnait, des phénomènes nouveaux se produisaient...
' La sensation générale était bien celle dune paralysie générale, ou plutôt d'un engourdissement pareil à celui qui parfois surprend un membre laissé dans une posi tion fausse... avec ce grouillement multiple et inዾni tésimal qui semble le piquement du dedans au dehors de millions daiguilles... . Cétait là cette démangeaison éprouvée... sortie de la vitalité épidermique, évasion des inዾniment petits qui constituent la superዾcie pelliculaire.
Note daprès Durand : Il y a des routes en moi... des courants... Mon être, dans son immobilité apparente, circule effroya blement... Je vois en moi... cest comme une série de ዿeuves, de rivières, de ruisseaux qui sentrecroisent, et où sous des poussées formidables, aዿ'olées, le sang et les autres liquides se précipitent...
Il ya des arrêts, , des écluses qui, au lieu de se lever pour donner issue au ዿot, sabaissent... des déዾlés qui sobstruent, et cette constriction qui tout à lheure était extérieure mé crase, muscles et chair contre les os...
Ah ! sous la poussée, il se fait des brisements de ዾbres, de capillaires tubes qui éclatent avec des bruits aigus... du bruit partout en moi, formidables ruissellements, déchire ments, explosions, un acharné combat des choses déré glées... Tout sarrache des centres, les neutralisations se déséquilibrent... cest un insupportable fgrouillis de particules... dans la tête le tintinnement grésillant qui sonne aux oreilles de livrogne...
LA VIE DUN MORT 181 Ce pauvre Durand navait pas lesprit très scienti ዾque, et pourtant déjà, dans ces constatations brutale ment exprimées, il y avait une logique. Combien de temps a duré en lui cet état de combat moléculaire, je lignore... Les phases se succédaient en somme assez rapidement. ' Peu à peu, ce désordre se calma du moins en son excès de turbulences.
Jusquici, cétait lémeute extra vagante des organismes détraqués, se dissolvant en particules individualisées, sévadant des centres dha bitat ordinaires et se tuant les uns sur les autres en ennemis furieux. Mais pour le plus grand nombre ce déplacement même, par ruptures de limites, produisait la dissolution, labsorption, la transformation... Les afዾnités ou les répulsions amalgamaient des mélanges morts...
Si la bête générale vivait encore, les bêtes par tielles crevaientune à une, et ainsi la circulation sarrê tait; tous les efforts se ዾgeaient en coagulations... Alors autre chose.
Une sensation universelle, affreuse, équivalente à celle que pendant la vie on qualiዾe d'écœurement, mais dautant plus angoissante quelle mettait ses affres dégoutantes dans lorganisme tout entier, dans les recoins les plus secrets delêtre : plus quune dou leur, lessence même de la souffrance, aዾadissement et nausée à la fois... Puis le grouillement unique se divisant brusque ment en courants multiples, dont trois principaux... JULES LERMINA. (A suivre.)____
182 LINITIATION Gnome ilnnéananr DÉTUDES ÉSOTÉRIQUES Si quelque chose peut être particulièrement agréable; aux partisans de nos doctrines, cest sans contredit le succès constant et progressif du groupe. Depuisle mois dernier deux délégués généraux ont été nommés, lun pour lAngleterre et surtout Londres, l'autre pour lAllemagne.
Les délégués généraux sont de puismnts agents dorganisation et ces nominations nous promettent un bon nombre de branches à bref délai. De plus une nouvelle branche vient dêtre créée à Barcelone (Espagne) outre celle qui existait déjà à Sé ville. La branche Kumris, de Bruxelles, poursuit ses tra vaux et apublié son rapport général dans un des derniers numéros du Voile dIsis. Au Quartier général un nouveau groupe a été constitué.
Il a pour but « létude scientiዾque et expérimentale des signatures >>(sciences dites de divination). Le suprême conseil de lOrdre Martiniste sera organisé au moment où paraîtra ce numéro. Il comprend 21 membres et s'oc cupera de suite de la formation des loges. Les statuts du Groupe, enዾn parus en tirage à part, sontà la disposition de nos membres. WaarÉräs UN PRÊTRE RÉFRACTAIRE CHEZ M. LABBÉ. JOUET Cest un cas assez singulier et assez nouveau que ce \ lui de ce prêtre aventurant sa soutane dans les cercles
VARIÉTÉS I 83 les plus féroces et les plus intransigeants delanarchie, et donnant en langage de chair la réplique aux plus vio lents leaders révolutionnaires de Clignancourt, de Belle ville et de Ménilmontant. Ces jours derniers les journaux rendaient comptede la réunion de la rue Ramey où labbé Jouet plaidait, contre le compagnon Sébastien Faure, la réconciliation du socialisme et de lEglise chrétienne.
Je navais pu assister à cette joute intéressante et jen conservais le regret, quand jappris que le prêtre réfractaire était mis en interdit par larchevêque de Paris et allait être pour suivi en correctionnelle pour port illégal du costume ecclésiastique quil sobstinait à revêtir.
Ma curiosité saugmenta de ce fait et je voulus voir ce prêtre et le faire parler. * A Passy, rue de Longchamps, un petit appartement au quatrième, au fond de la cour: un bureau, un fauteuil, un bout de tapis rouge commun; dans un coin, empilés en désordre, des journaux; une porte ouverte à deux battants laisse voir la chambre à coucher, plus austère encore, un lit sans rideaux, un lavabo, au mur un Christ et un rameau de buis; chambre de séminaire.
M. labbé Jouet peut avoir quarante ans. En général, nest-ce pas, on divise les curés en curés maigres et en curés gras; rarement on en trouve « entre les deux»; on se les représente tout de suite bedonnants et réjouis, ou maigres et sévères.
Le nôtre, de taille moyenne, est maigre, dune maigreur ascétique; cest un peu le masque de'M. Quesnay de Beaurepaire; lexpression de la phy sionomie, mortiዾée, presque dure au repos, séclaire par instants dun joli sourire à peine amer, s'ouvrant sur des dents blanches, et par le contraste de ce teint bistré avec des yeux bleus, dun bleu enfantin. Je suis aise de vous voir, monsieur, me dit-il avec un léger accent du Midi.
La presse peut beaucoup pour la diffusion des idées dont je me fais lapôtre; les confé renœs, les livres, cest quelque chose et jen fais, mais la presse est souveraine. Il est temps quelle soccupe un peu des questions sociales et quelle réagisse contre lenvahissement clérical de plus en plus menaçant... ' Menaçant? ዾs-je.
184 LiNITIATION Il sourit du bout des lèvres, hocha la tête et dit: - On oublie trop, monsieur, que le Pape est le seul souverain qui ait une école de diplomatie. C'est de cette école, recrutée parmi les plus intelligents des clercs et des abbés romains, que partent, pour toutes les capi tales du globe, les nonces apostoliques. Or, quest-ce que la diplomatie, sinon lart de tromper les autres?
Je vous le dis donc, notre République, bonne enfant, naïve et simple, est en train de se faire rouler par les bigots; et il est à craindre que M. Constans, qui pourtant est en général assez avisé, ne se laisse prendre aux avances fallacieuses des Fava, des Lavigcrie, des Richard... Quil se méዾe l... _ Vous ne les croyez pas sincères? Sa bouche se plissa amèrement,son soucil se fronçaî -- Ce sont les piresimposteurs, monsieur.
Oh! je les connais, allez; trOp, hélas! ' . Un rapprochement entre lÉglise et la République ne vous parait pas efዾcace? Non seulement je ne le crois pas efዾcace ni sincère, mais je le trouve dangereux! vous disje. Les ennemis à craindre, ce ne sont pas ceux qui crient ni ceux qui menacent, ce sont au contraire ceux-là qui font le rêve d'entrer en traîtres dans la République avec des paroles doucereuses et des promesses mensongères.
Voyez le discours du comte dHaussonville à Toulouse, les pro clàmations de Mgr Fava et du cardinal Lavigeriel Les comités électoraux catholiques diocésains, ce sera leur cheval de 'I'roie... Vous verrez... ou plutôt, espérons que nous ne le verrons pas. - Comment appréciez-vous le socialisme cléricalP _. Cest un leurre, un trompelœil.
Le socialisme clé rical prêché par le comte de Mun est celui de la lettre encyclique du pape, basé sur le devoir de charité:les patrons demeurant libres de faire ou non la charité aux prolétaires... Qu'est-ce que cest que cette hypocrisie? Na-ton pas toujours prêché la charité? Louvrier ne veut pas daumône, lui qui a le droit dexiger, en mute justice, sa part dela fortune sociale. Et le vrai socialisme chrétien repose sur le principe de justice. Baser le so l e . r»WLËJ
VARIÉTÉS 185 cialisme sur la charité, cest recommencer léternel mensonge, cest tourner autour du cercle lamentable... Comment voulez-vous que tous ces gens-là soient sincères!
Il sentendent comme larrons en foire; M. de Mun fait du Socialisme au nom de la contre-révolution, voulant remonter avant 1789; les cléricaux en font en vue des triomphes des principes du Syllabus que Mgr Freppel adéclaré être le palladium de la société mo dernellCest ce quon a dit de plus énorme jusqu'ici surcette invraisemblable monstruosité... - Vous refusez donc de vous soumettreà l'autorité du pape et des évêques? Pardon.
Je me soumets à toutes les lois politiques et religieuses de mon pays, à tous les conciles reçus en France. Je ne m'insurge que contre larbitraire et labus de pouvoir. Or l'archevêque de Paris a fait de larbitraire en minterdisant de dire la messe; il ne peut incriminer ni mon enseignement ni mon honneur de prêtre, ni ma vie privée. Je le mets au déዾde sen alléguer là contre...
Cela le gêne que je fasse des conférences, que jécrive des livres, tant pis ! Quil me prouve que je travestis lesprit des conciles, que je falsiዾe les Pères de lÉglise, et je minclinerai... Je ne demande quune chose: pouvoir être prêtre et chrétien comme létaient les fondateurs du christianisme etleurs successeurs jusquau dixième siècle.
Je veux vivre dans la liberté de mon esprit civilisé, dans lhonnêteté de ma conscience dhomme et de prêtre. Or lorganisa tion actuelle de l'Église catholique révolte les instincts laissés en moi de pudeur, de générosité, dindépendance... Etje le dis tout haut, parce que telle est ma nature, et parce quenfin le vase déborde... Mais cest la Réforme que vous recommencez là ?
La voix vibrante, le geste aisé, mon interlocuteur continua : Cest plutôt une croisade démancipation de cons cience chrétienne contre la sacerdocratie romaine, contre larbitraire et les abus des Princes des Prêtres. Si vous saviez, monsieur, combien le bas clergé souffre de cette tyrannie l Je le sais bien, ils sont tous avec moi, tous ou
i 86 LINITIATION àpeu près, ceux qui pensent et ceux qui raisonnent encore, au moins; mais, habitués à l'obéissance passive absôlue dès lenfance, ils courbent la tête et ravalent le ዾel qui leur monte aux lèvres... Si vous saviez, mon sieur l...
Très étonné, en effet, je posai naïvement à M. labbé Jouet ces quelques questions: - Le pape est donc discuté parmi le clergé? :Mais jamais saint Augustin, ni aucun des Pères de lÉglise nont admis de nonce du pape dans leurs ressorts; jamais ils nont accepté lautorité du pontife romain!
LÉglise chrétienne était une fédération des églises nationales, où tous les prélats étaient égaux; en , France, les archevêques de Lyon et de Sens étaient les primats des Gaules et chaque église nationale était indépendante des autres. Le pape actuel était le patriar che de lItalie. pas autre chose. Cest au moyen âge que remontent ces abus, aux ambitieux, à Grégoire VII et Innocent III, qui se ዾrent conዾer le pouvoir temporel.
Encore ne se croyaient-ils pas infailliblesl Mais voyez vous cette infatuation de Pie IX! <<Je suis infaillible! Notez que les conciles eux-mêmes nont jamais prononcé ce mot-là ! Ils prenaient des décisions souveraines, comme un corps législatif, ou une Cour de cassation, mais jamais ils ne sont allés à une pareille niaiserie. Timidement, je dis, croyant voir mon interlocuteur sauter en lair: -Et les dogmes i...
La divinité du Christ...ycroyez vous?... Posément, il répondit: -r- Je crois à une force supérieure, raisonnable et cons ciente dont nous sommes lémanation, je crois à une Cause dont nous sommes leffet. . . Appelez-1a Bouddha, Jupiter ou Dieu, nimporte.
Je crois aussi que, parmi les hommes, certains sont, par leurs qualités naturelles, plus près de cette Cause, de cette Force; Moïse, Platon, Con fucius, Jésus, sont des frères à cet égard et Jésus, à ce point de vue, est peutêtre, en effet, le ዾls de Dieu.._ Cest, dailleurs, là comme en tant dautres cas un mys tère...
Les dix premiers conciles ont bien abouti à la reconnaissance de la divinité du Christ; mais en quoi ' ૻ"W"_w" ' ' r .' .b .
VARIÉTÉS 187 notre ዾliation à nous diffère-t- elle de celle du Christ ?... Ils ne lont pas dit...
Voyez-vous, nous retombons quand même dans le mystère. La confession... De même, monsieur, que lEucharistie n'était pri mitivement quune forme de socialisme, un banquet fra ternel où participaient riches et pauvres, à la charge seule des riches, et où certains senivraient, dailleurs, copieusement, de mêmela confession, à lorigine, et dans son essence, nest quun acte dépanchement libre et entiè rementfacultalif; on la rendu obligatoire depuis lInqui sition... Alors, on peut être excellent chrétien, et ne jamais communier, ou communier sans se confesser? Absolument.
Vous êtes seul juge du besoin de vous épancher, et vous pouvez vous confesser vous-mêmes si cela vous sufዾt. -Comment, alors, les curés exigent-ils un bulletin de confession pour le mariage? ' Mais cest un abus odieux et imbécile. Vous pou vez forcer le curé à vous marier sans confession, au nom de tous les canons et de toutes les lois civiles possibles. Un bon huissier, allez, et il ne ferait aucune difዾculté 1...
Ces sortes dabus, monsieur, cest ce quil y a de plus écœurant au monde. Vous avez lu quà propos du passage à Toulon de M. Carnot, un mercredi des QuatreTemps, les bigots toulousains avaient demandé au Pape la per mission de manger une côtelettel Le pape accorda la permission, à la condition quils nen mangeraient pas le mercredi précédentl... « Et ces exactions sans nom !
Ce garde municipal qui maccoste un jour dans la rue pour me demander si, vraiment, comme son curé le lui a dit, il serait obligé de verser 500 fr. au pape et 100 fr. à larchevêque de Paris pour pouvoir se marier avec une femme divorcée!
Et ce grand industriel du Nord, divorcé lui-même, vou lant se remarier religieusement, frappant en vain, lui, à. larchevêché, mais pris de la bonne idée daller frapper à la nonciature; un petit ዾnaud dîabbé romain, à lœil malin, au parler doux, élève de lÉcole de diplomatie de Léon XIII, le reçoit et lui dit : « Cela coûtera peut-être
188 LINITIATION . - '-:arægg un peu ser, mais on peut touzours trouver des cas dé noullité dé mariale; zé connais un avocat à Rome, qui vous enlêvéra céla avant six mois. » Pour 8,000 fr., en effet, notre big0t put se remarier à lÉglise. Vous ne trouvez pas, monsieur, que les Chinois auraient plus de raison de nous envoyer leurs mission naires que nous les nôtres en Chine?
En somme, on ne doit pas rendre les pauvres prêtres responsables de tout cela, quand.on pense à cette édu cation des séminaires qui crétinise les cerveaux, anéan tit le libre arbitre, feutre la conscience. Jai entendu des collègues venir se confesser à moi davoir lu des livres à lindex.
Or savez-vous l'origine de lindexIC'est le pape Alexandre VI, le plus fameux des Borgia, qui linstitut; pour empêcher quon publiât les infamies de sa vie pri vée... _ Et le denier de Saint-Pierre? C'est fou, cela. Le pape, sujet italien, reçoit, par an, de cinq à dix millions des bigots français... D'ailleurs la France a toujours été la vache laitière de la papauté...
Pendant que jy étais, je demandai encore à M. l'abbé Jouet son opinion sur le mariage des prêtres. Il répon dit : . Le célibat forcé est absolument contre nature, par conséquent, nul. Je resterai célibataire, moi, parce que je ne veux pas quon dise que cest pour me marier que jai entrepris ma croisade. Mais je suis, à cet égard encore, pour la liberté pleine et entière. Oui! je suis pour lunion libre, lidéal de Platon.
L'Evangile est tout à fait dans ces idées-là, d'ailleurs: voyez Jésus devant Madeleine; jamais il ne lui ዾt le moindre reproche. Elle aimait suivant les inclinations de son cœur, c'était bien. Cest juste, disje. Je continuai : . Vous êtes adversaire du Concordat. Dune voix forte, lindex levé comme en chaire, il répondit: - Je le respecte comme toutes les lois en vigueur, comme tous les dogmes des premières églises chré tiennes. Mais jen suis théoriquement ladversaire parce w\
VARIÉTÉS 189 i i". i quilconsacre lassujettissement de la France à la cour de Rome, c'est-à-dire à quelques signets et à quelques congrégations de cardinaux. Je voudrais quon le com battit parce quil empêchela République de prendre la tête de ce mouvement didéalisme chrétien, large, expan sif, qui se manifeste si hardiment en France à lheure quil est.
Mais j'estime que ce serait une force énorme de perdue si on le dénonçait tout à coup sans prépara tion. Il y a, auparavant, des idées précieuses à répandre dans les masses et dans le bas clergé.
Il faudrait dabord (mais c'est là tout un programme à développer,monsieur) habituer le peuple croyant à cette idée quau temps béni des Pères vénérés de lÉglise, au temps des premières églises chrétiennes, les élections des évêques et des curés se faisaient par le {suffrage universel ; ceci, monsieur, est dinstitution divine, d'après saint Cyprien lui-même.
Jamais,entendez-vous bien, Jamais les Pères nont accepté quele pape intervint dans les nominations épiscopales ou curiales.
Que le peuple Sache cela, quil veuille élire ceux dont la vertu, la sagesse, la science, répondent le mieux à son esprit, et vous verrez le pas énorme que fera le progrès social, et vous verrez quel beau recrute ment aura fait là la cause de lémancipation des cons ciences et de la liberté l Quen même temps on réforme léducation du clergé, qui est à lopposite absolu des traditions chrétiennes.
Oui, pour cela, quon en revienne avant 1789, alors que les rois, luttant contre lenvahissement de la cour ro maine, forçaient les prêtres à passer par lUniversité de lEtat, à recevoir, avec linstruction théologique, lensei gnement national, ( lenseignement des quatre articles » du concile présidé à Paris par Bossuet, prêchant lauto momie de lÉglise de France!
Et vous aurez aussi, ce jourlà, avec vous, cette innombrable armée de prêtres jusquici asservis au pontife étranger, diffusant alors au proዾt des idées de liberté les principes du socmlisme chrétien. Oui, on verrait alors, monsieur, on verrait l... Pour bien se rendre compte du pittoresque de cette conversation, il faut se représenter celui qui me disait ces choses, cette tête dascète à lœil bleu, cette soutane
190 LINITIATION noire et, si lon a été quelque peu dévot, évoquer le mys tère'sacré dont le prêtre était encore entouré il y a deux mois, brisant lhostie devant les croyants agenouillés... Et, en partant, je le regardais me disant : - Mais, monsieur, quand je vois cette ignoble exploi tation du pauvre, cet abêtissement des consciences, je rougis de porter ce cestume... JULES HURET. (LÉcho de Paris.) Nouvmaas ËÏDiIVEZRSËS La S.
T. -Le colonel Olcott, président de la Société Thé050phique,est de passageà Paris,de retour de Londres. il a constaté que la Société était morte en France et elle ne vaut guère mieux sur le continent européen où elle ne compte plus que six branches. Papus, dans une lettre adressée au colonel,lui a conseillé de sadresser à.
Mme la duchesse de Pomar, la seule qui puisse réunir aujourdhui les sept membres nécessaires à la fondation dune branche. k #3 Distinction honoriዾque. -Par décision ministérielle, M. George Montière, rédacteur en chef de lInitiatzon, a été nommé ofዾcier dacadémie. Nous sommes heureux dadresserà cette occasion toutes nos félicitations à notre vaillant ami dont le dévouement à nos idées a toujours été des plus constants. Voilà une récompense bien méritée. *. x»:æ .. u-ૺ + =7.v, .L_,A . ૺ.um. u.A
NOUVELLES DIVERSES I9 I Don au groupe. Une artiste dun grand talent, Mm BertiejSs. I.'.), vient de faire don au Groupe indé pendant dEtudes ésotériques dun superbe pastel, repré sentant le portrait du président.
Ce pastel est destiné à orner la salle de conférences du Groupe. uvaaeas nouveaux Le TEMPLE DE SATAN, tome premier du Serpent de la Genèse, par Stanislas de Guaita, vient de paraître à la Librairie du Merveilleux, 29, rue de Trévise. Cest un très fort volume in-8 carré, de plus de 550 pages, édition de luxe, illustrée de nombreuses gravures, dont 16 planches hors texte. Prix-: 15 francs.
Le public parisien, qui a fait un si chaleureux accueil aux précédentes œuvres du poète kabbaliste, ne méc0n naîtra pas, dans le Serpent de la Genèse, louvrage le plus important et le plus décisif de la série : Essais de sciences maudites. Le TEMPLE DE SATAN est une étude complète de laSorcel lerieà toutes les époques et sous toutes ses formes, telle, en vérité, que Stanjslas de Guazta était peut-être seul à pouvoir lécrire.
Etayée sur une masse prodigieuse de documents authentiques, pour une bonne part inédits, cette étude témoigne encore dune compétence vraiment imprévue, en ces matières étranges et troublantes.
Enዾn, chose plus rare quon ne saurait croire, ce livre substantiel et condensé jusquà lexcès, ce livre bourré de renseignements et de spéciዾcations précises, na rien de diዾîcultueux ou de rébarbatif; cette œuvre «léru dition et de science, écrite dans une langue souple, limpide et sobre, bien française, présente lintérêt et le mouvement dune œuvre dimagination : le TEMPLE DE SATAN se lit comme un roman. A noter, au premier chapitre, le Procès dUrbain Grandier ; au, deuxième le Tableau du Sabbat et la
192 LINITIATION Haute chasse; au quatrième lHistoire de Gilles de Rai: et surtout la Vengeance des Templiers; tout le cinquième chapitre, en forme de dictionnaire, Où lon a condensé, en 50 pages de petit texte, la matière dun volume in-8. Mais le sixième cha'pitre réserve surtout une surprise au lecteur: il y trouvera sous ce titre: Le Carmel dEugène lintrus et le grand pontife actuel de la secte, la révélation, avec preuves à lappui, d'une Sodome mystique, véritable œuvre de prostitution sacrée, qui fonctionne actuelle ment encore dans plusieurs villes de France. Recom mandons enዾn, au septième chapitre, la Kabbale de Satan-Panthee et la note concernant Là Bas , de M. Huysmans.
Le TEMPLE DE SATAN (tome premierdu SERPENT DE LA GENÈSE) constitue à lui seul un tout parfaitement com plet.
Cest un exposé des faits et des traditions légen daires, dont le tome II, Clef de la Magie noire, fournira ultérieurement lexplication scientiዾque, et dont le tome III, le Problème du mal, déve10ppera la synthèse méta physique, _ ' Beaucoup de belles reproductions d'anciennes estampes. - On remarque en outre cinq compositions originales (ዾgures symboliques et. pantaculaires), qui font le plus grand honneur à M. Oswald Wirth.
Ila été tiré du TEMPLE DE SATAN trente exemplaires, numérotés à la presse, sur papier des manufactures impé riales du Japon. Prix de lexemplaire: 30 fr. ::..l. Labondance imprévue des Matières nous oblige à ren voyer au prochain numéro la Revue des Revues du mois et la liste des ouvrages reçus. Le Gérant : ENCAUSSE. TOURS, IMP. E. ARRAULIET c", RUE DE LA PRÉFECTURE, 6. -n. o .. , ....W
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CONFÉRENCES PERMANENTS SUR LA KABBALE, LA THEOSOPHIE, LES SCIENCES OCCULTES _ EX P É R I E N C E S dHypnæismé, de Spiritisme, de Magie par groupes fermés (21 GROUPES DÉTUDES THÉORIQUES ET PRATIQUES) Librairie. Salle de Conférences. Salle de Cours. Bibliothèque d'0ccultisme. Bulletin hebdomadaire : Le Varie d 'Isis, résumant les travaux du groupe pour les membres de province et de lEtranger.
T0ut abonné de 1INI TlA T]ON ou du VOILE DISIS reçoit sa carte de membre du groupe sur sa demande. PLUS DE 350 ADHÉRENTS Nombreuses Sociétés adhérentes, afዾliées ou représentées, Branches en Europe et en Amérique CORRESPONDANTS OFFICIELS ET CHEFS DE GROUPE France : Paris Lille Tours -Lyon Bordeaux Mar seille - Nancy Sens Clermont-Ferrand -St-Dizier , Oyonnax Carcassonne Falaise -Alger.
Etranger : Londres Bruxelles Lié e Berlin -Amsterdam Munich Varsovie Saint-Péters ourgVienne -Genève Rome Barcelone New-York Québec -La Plata. PortSaid Panama Cuba. . La Bibliothè ne internationale des œuvres des Femmes (Directrice Mૺ° A. DE ox_sxa) possède une grande salle de lecture au Siège du groupe, 29, rue de Trévise, où la directrice reçoit les membres de lœuvre. Un Bulletin mensuel de la Bibliothèque sera prochainement publié.
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LINITIATIO N DlRECTION ADMINISTRATION 14, rue de Strasbourg, 14 ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO PARIS G. CARRÉ DRFCTEUૻPAPUS ૻ" 50, rue Saz'ntAndrédesA ris DIRECTEUR-ADJOINT : Lueien MAUCHEL Rédacteur en chef: George MONT1ÈRE Secrétaires de la Rédaction : FRANCE, un a"- 10 lI CH. BARLET. J. LEJAY ÉTRANGER, 12 fr. RÉDACTION : 1.,l, rue de Strasbourg. Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité.
Lindépendance absolue étant la raison dêtre de la Revue, la direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps dun article. MANUSCRITS. LLes manuscrits doivent être adressés à la rédaction. Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins davis spécial. Un numéro de la Revue est toujours composé davance : les manuscrits reçus ne 'peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant.
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