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10° VOLUME. — a»unn 4.. Hypnotisme, Théosophie 4. 4m11 A Kabbale, Franc-Maçonnerie Sciences Occultes ANNÉE SOMMAIRE DU N° 6 PARTIE INITIATIQU E. . . PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE... Avant—propos . . . . . . . . (p. 482 à 485). La Lumière astrale et l’0d de Reichem— bach . . . . . . . . . . . . . . (p. 486à 496). _ Jeanne d’Arc victo rieuse , ar Saint Yves d’A veydre . . . (p. 496 à 506). L’Erreur latine . . . . .. (p. 507 à 518).
Occultisme pratique . . (p. 518 à 521). (Mars 1891) Ad. Pranck (de l'Institut). Papus. P.-Gh. Barlet. H. Lefort. Horace Peltier. . J. Marcus de Vèze. George Montière. R. de Maricourt. L’Egyptologie sacrée. (suite)............... (p. 522 à 528). Pl‘BTIE LITTÉRAIRE... Le Jardin de Be’rénice (P52,9 à 544). Batraczen melomane. . (suite)................ (p. 544 à 562).
Bibliographie. — Groupe indépendant d’Etudes ésotériques. —— Magie pratique. — Nouvelles diverses. —— Revue de la. presse périodique. RÉDACTION : 29, rue de Trém’se, 29 A RIS Administration, Abonnements: ' 5 8, rue S t—A ndré—des-A rts, 58 PARIS Le Numéro: UN FRANC. — Un An: DIX FRANCS.
PROGRAMME Les Doctrines,matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la_Politique et de la Religion ; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l‘hypnotisme et la suggestion à distance.
Effrayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Im‘tiation est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: . Dans la Science à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion à donner une base solideà la Morale par la découverte d’un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes.
Dans la Philosophie à sortir des méthodes purement méta physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l’Occulte, la Physique et.la Métaphysique. ._ Au point de vue social, l’Initiation adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l’arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains : le militarisme et la misère.
Enfin l’Initiation étudie imparüalement tous les phénomènes du Spiritisme, de I’Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde. L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 50 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études.
La première partie de la Revue (Initiatique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. . La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits. Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier.
L’Initiati0n parait régulièrement le 15 de chaque mois et compte déjà trois années d’existence. — Abonnement: I0 francs par an.
PRINCIPAUX RÉDACTEURS ET COLLABORATEURS DE [Initiation 10 PARTIE INITIATIQUE F. CH. BARLET. S.'. I.'. S; — STANISLAS DE (îUAITA. S.‘. I.'. &) —- GEORGE MONTIÈRE, S.'. I.'. -—— PAPUS, S.'. I.'. — Légat catholique romain auprès de I’Initiation : JOSÉPHIN PéLADAN, R+C+C. 20 PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ALEPH.— Le F.'. BERTRAND.VEN.'.— BOUVERY.— RENÉ CAILLIÉ. —AUGUSTIN CHABOSEAU. — CAMILLE CHAIGNEAU. —- G.
DELANNE. -— DE!.ÉZINIER. —— JULES DOINEL. —— A. DORADO. -—— ELY STAR. — FABRE DES ESSARTS. — JULES GIRAUD. — E. GARY. —-—HENRI LAS VIGNES. -— J. LEJAY. —— L. LEMERLE. —— DONALD MAC-NAB. — MARCUS DE VÈZE. — NAPOLÉON NEY. — EUGÈNE NUS. -— HORACE PELLE TIER — G. POIREL. —— JULES PRIOU. —- Le Magnétiseur RAYMOND. — Le Magnétiseur A. ROBERT. —-— ROUXEL. —- H. SAUSSE. — L. STEVENARD. —- G. VIT0UX. — F. VURGEY. — HENRI WELSCH. -—-— OSWALD VVIRTH.
30 PARTIE LITTÉRAIRE MAURICE BEAUBOURG. -— E. GOUDEAU. -— MANOËL DE GRANDFORD. -——JULES LERMINA. —« L. HENNIQUE. — R. DE MARICOURT. — LUCIEN MAUCHEL. -— CATULLE MENDÊS. ‘— EMILE MICHELET. — GEORGE MONTIÈRE. — CH. DE SlVRY. — CH. TORQUET. 40 POÉSIE En. BAZIRE. -- CH: DUBOURG. —— RODOLPHE DARZENS. —- P. GIRALDON. — R. DE MARICOURT. — PAUL MARROT. —- A. MORIN. -— ROBERT DE LA VILLEI—IERVÉ. .
est la seule revue française de ce genre ' qui, vu le nombre et la compétence de ses rédacteurs, puisse aborder les sujets les plus variés. est la seule revue qui publie tous les a L mois une analyse de la Presse pério dique appuyant de ses efforts le mouvement spiritualiste. est la seule revue qui, vu le nombre de ses abonnés, ait offert ou puisse offrir à ses lecteurs des primes phototypiques et des gravures aussi nombreuses, ce qui prouve l’absence de toute spéculation. est par suite le meilleur marchéct le L’IN plus complet des organes s’occupant de ces questions ; c’est la seule revue indépendante de toute école, ainsi que le prouve la liste de ses rédacte‘urs. A NOS LECTEURS Le tirage de l’Initialz‘on, sans cesse croissant depuis la fon— dation, est augmenté avec ce numéro de CINQ CENTS EXEM— PLAIRES. Les chiffres sont plus éloquents que les affirmations les plus intéressées et nous remercions nos lecteurs de veni 4 chaque jour plus nombreux et plus dévoués. , La Rédaction.
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!!sr”“ *‘** <lflvanr e l?noeos A Monsieur PAPUS, directeur de l’Initz‘ation, auteur du Traité méthodique de Science occulte. PRÉFACE DU TRAITÉ DE SCIENCE OCCULTE MONSIEUR, .
Avant de livrer au public votre Traité méthodique de science occulte, vous avez bien voulu le soumettre à mon jugement en me priant de vous dire ce que je pense de l’esprit général de ce livre et de celui de vos autres travaux à moi Connus, dans le cas où vos opi nions ne me paraitraient pas contraires‘à l’idée que je me fais des conditions et des exigences de la science philosophique dans l’état actuel de la pensée hu maine.
Je n’ai aucune raison de me refuser à la satisfaction de votre désir, pourvu que vous me permettiez de ' fixer avec précision les limites et l’intention dans les quelles je me plais à vous l’accorder. . Je ne crois pas à l’existence d’une science occulte distincte par essence de la science ordinaire, affran chie des conditions imposées à celle—ci et qui devrait cependant être considérée comme l’origine, la source 16
48 2 L’INITIATION et la base permanente de toutes nos connaissances. Cette idée, quoiqu’elle ait trouvé dans le passé et qu’elle compte encore dans le présent de nombreux partisans, est absolument irrationnelle, c’est—à-dire antiscientifique. C’est une pure idole dont le culte appartient aux temps fabuleux.
' Mais si, sous le nom de science occulte, vous en— tendez parler des premiers efforts et des premières découvertes de la science, de ces découvertes qui reposent sur l’analogie plutôt que sur le raisonnement et sur l’analyse, qui ont été provoquées par l’intui tion qu’a l’homme de l’ordre universel de la nature et par la similitude des lois de l’univers avec celles de sa propre pensée, je vous donne complètement raison.
Ces lois dont nous parlons, étant toujours les mêmes, ont été soupçonnées et, si l’on peut parler ainsi, réclamées avant d’être démontrées. Puis la tra dition s’en est emparée et les a transmises de siècle en siècle en son propre nom.
C’est ainsi que la plus haute antiquité a possédé ces notions vraies de phy-o sique, d’astronomie, d’histoire naturelle, d’agricul ture, de métallurgie, de mathématiques,d’architecture, de chimie même et de médecine. C’est ainsi, exemple mémorable entre tous, que les pythagoriciens ont, reconnu la rotation de la terre et des autres planètes, non pas autour du soleil, mais autour d’un feu cen tral.
Toutes les lois de la pensée, comme toutes les lois de la nature, existent à lafois, les unes dans la pen— sée, les autres dans l’univers, mais plus ou moins développées, plus ou moins claires et toujours unies,
AVANT-PROPOS 483 ‘ A ' l toujours mêlées entre elles dans la proportion de la connaissance dont elles sont l’objet. Ce qu’il faut répudier absolument, c’est une_ ma— nière de comprendre le progrès qui tend à détruire l’unité de l’esprit humain et celle de l’humanité elle même.
C’est cette idée chère aux positivistes, soutenue comme un dogme par Auguste Comte, que l’esprit humain est d’abord absorbé tout entier par les con ceptions théologiques, que de la théologie il passe à la métaphysique qui l’envahit à son tour et qu’enfin ce n’est que dans les temps modernes, sans doute à partir du XIXe siècle, qu’il s’élève à la possession et même à la notion de la science.
En réclamant en faveur de la science antique, en attestant les connaissances et l’expérience féconde des âges les plus reculés de notre espèce, vous avez, Mon sieur, fait justice d’une des erreurs capitales du posi tivisme, d’une des prétentions les plus obstinées de l’esprit moderne.
Je regrette seulement que, à titre de garants de la science de l’antiquité, vous citiez habi— tuellement des écrivains dont l’érudition est plus aventureuse que solide.
Mais vous ne prenez pas seulement sous votre pro— tection la science des anciens, vous croyez aussi à l’existence d’un sens caché, ou, pour me servir de votre langage, d’un sens ésotérique des faits, des textes vénérés des livres religieux et de la nature elle-même prise dans son ensemble et dans ses détails; en un mot, vous êtes un défenseur du mysticisme.
Il faut que vous sachiez que je ne suis pas mystique quoique j’aie écrit le livre de la Kabbale. Mais le mysticisme . an---\s.w‘_-.‘_w \ »\ N-.»_......-.u .. ‘.,\_.‘ -_.s M " \ ‘\ _‘_ H\...\ <« W
484 L’INITIATION .» ä.."—, .»,.« --r‘..- ,‘._. .l‘____ __‘ ;_ t ‘ m’a toujours inspiré, dès mes premières années de réflexion, et m’inspire surtout aujourd’hui, dans un âge très avancé, le plus profond respect, j’oserai même dire un culte mêlé de tendresse.
C’est qu’il est à mes yeux une protestation éloquente et absolument justi— fiée en principe contre tous les systèmes qui rétré cissent l’intelligence et font descendre l’âme de sa hau— teur originelle.
Ces systèmes, je n’ai pas besoin fie les nommer, ils règnent presque en maîtres dans le temps Où nous vivons, ils règnent principalement sur l’esprit de la jeunesse, qui, n’osant ni choisir entre eux, ni les admettre tous à la fois, parce qu’ils se contredisent, se trouve réduite à une sorte de nihilisme spéculatif.
Heureusement que le cœur , dans ces nouvelles générations, vaut mieux que la tête et neutralise en en partie les effets des mauvaises doctrines. Mais qu’est—ce que le cœur sinon une des formes, tout au moins un des élémens du mysticisme, c’est-à-dire le l sentiment et les intuitions spontanées, jusqu’à un certain point irrésistibles de la conscience? « Dieu sensible au cœur » ; quel sens profond dans cette parole de Pascal !
C’est que, en effet, si Dieu ne nous touche pas, ne pénètre pas en nous, n’est pas le mo teur secret de nos pensées et de nos actions, il n’est 7 ‘ pas ce que la Bible appelle si bien le Dieu vivant. Il ‘ se réduit à une formule algébrique ou logique telle que l’lnconnaissable de Herbert Spencer, l’Inconscient de Hartmann ou même les Postulats de la raison pure ' inventés par Kant. ' ' ‘ Cependant la protestation ’plus ou moins vague, plus ‘ l ou moins flottante du sentiment contre l’athéisme,
AVANT-PROPOS 48 5 le positivisme et le pessimisme me paraît insuffisante. On ne connaît pas Dieu, et si je puis parler ainsi, on ne le possède pas et l’on n’est pas possédé par lui tant qu'on ne va pas au fond des choses, dont il est non seulement l’auteur et le législateur, mais la suprême réalité, la dernière essence, dans lesquelles il réside et qu’il enveloppe en nous enveloppant nous— mêmes.
C’est dans ces profondeurs que vous et vos collaborateurs de 1’1222'tz'atz'on, en appelant à votre aide toutes les formes du mysticisme, celles de l’Orient comme celles de l’Occident, celles de l’Inde comme celles de l’Europe, vous aimez à vous Ëbîmer!
Ces profondeurs ont leurs ténèbres et leurs dangers: je ne Serais pas sincère si je vous disais que vous réus sissez toujours à les éviter et que nOtamment la liberté humaine n’est jamais compromise avec voùs ni les exigences de la vie et de la science proprement dite. Mais je préfère de beaucoup ces audacieuses spécula tions à la myopie du positivisme, au néant de la science athée et au désespoir plus ou moins hypocrite du pessimisme.
Elles sont à mes yeux comme un appel énergiqne au sérieux de la vie, au réveil du sens du divin. Elles me représentent un salutaire révulsif pour l’âme humaine engourdie, menacée de s’éteindre. Je ne puis donc que vous engager,‘sous les réserves que je viens de faire, à persévérer dans la voie que vous parcourez avec tant d’ardeur, où malgré votre jeunesse vous avez déjà acquis tant d’autorité.
Mon intention est de vous y suivre avec un intérêt toujours croissant. Ad. FRANCK. Paris, le I2 février 1891. ' ‘ '“M . M
. PARTIE INITIATIQUE ' l > äs Iluuiar mans l.’lJ DE REICHEMBACH La Science occulte se présente7 au premier abord comme constituée uniquement par une série d’affir— mations plus ou moins logiques sur l’Homme, sur l’Univers et sur Dieu. Ces théories avancées sont, de plus, inconnues le plus souvent des contemporains. La Science occulte ne saurait toutefois être séparée de la Science ordinaire, ainsi que le remarque si jus— tement M. Ad.
Franck dans sa lettre ci-jointe. En apparence l’occultisme diffère des connaissances cou— rantes par sa conceptiOn de l’Univers et des_forces qui y sont en action. ‘ Quand nous disons difi’e’re nous devrions dire difl’e’rait; car chaque jour la Science en arrive à démontrer par la méthode expérimentale les données de l’ésOtérisme, contre lesquelles elle s’élevait avec tant d’ardeur la veille. 4‘ N..Ï;" r,wPI.«- - ,\.. l“f‘r'”k,“'_g’;-æm
LA LUMIÈRE ASTRALE ET L’on 487 S’est—On assez moqué des alchimistes et de leurs rêveries ? Quatre éléments! Quelle naïveté. La chimie a pris naissance, montrantque les quatre éléments étaient des corps composés. De progrès en progrès on est parvenu à créer quatre types généraux constituant la tête de quatre séries générales : l’Hydrogène monoatomique, l’Oxygène di-atomique, l’Azote tri-atomique et le Carbone tétratomique.
On a repris depuis les livres des alchimistes et l’on a constaté ceci : Les quatre éléments sont considérés par eux comme des êtres. Les propriétés de ces éléments sont les fonc— tions de ces êtres. On a pris un de ces êtres, l’eau, on l’a disséqué, on a montré ces organes constituants : l’Oxygène et l’Hydrogène, qu’on a mis dans des bocaux séparés. On a fait l’anatomie du règne minéral, chose que les hermétistes n’avaient pas fait.
Mais quand, sous le nom de « Philosophie de la Chimie » on a voulu faire la physiologie de ce règne minéral... on a découvert que les alchimistes con naissaient parfaitement cette physiologie, qu’elle avait été la seule préoccupation de leurs grands maîtres. Qui a fait surtout cette découverte P M. Berthelot, un de nos plus prodigieux savants. Il est ainsi pour tout.
Il serait naïf de dénier à la Science actuelle ses progrès considérables dans l’ana lyse, dans le perfectionnement des appareils. Les Chi nois connaissaient depuis de longs siècles la poudre, la boussole, mais ils n’ont rien perfectionné. La Science actuelle peut être considérée vis-à-vis de la v**w-M-——Nævw-——xfl_‘,‘wæem W\Wm’ . | . > \.
,.\. . . . - c—“—17 -——.‘,. ’.'| fLW;. 488 L’INITIATION Science occulte, comme un ingénieur européen vis à-vis d’un ingénieur chinois.
Celui-ci connaît des forces, des appareils que ne connaît pas encore celui-là; mais, du jour où l’Euro péen découvre un instrument, le génie analytique de l’Occidental s’empare de cette découverte et la con— j duit à des résultats inconnus du Chinois et souvent, si nous en croyons les dernières guerres, nuisibles pour lui. i Le but de la Science occulte ne doit plus être de ‘ garder ses secrets, conduite digne d’un autre âge; l mais de les livrer sans crainte aux adeptes de la ‘ Science expérimentale et, par cette_ alliance, de créer un ensemble de connaissances vraiment synthéti que.
Les alchimistes parlent, dans tous leurs traités, d’un feu qui ne brûle pas, d’un feu humide. Ils ‘ 1 insistent bien pour qu’on ne croie pas que ce feu est ’ fait avec du bois ou du charbon ou toute autre sub— stance qui brûle.
' Les maîtres en philosophie hermétique, initiés à la ‘ Kabbale, disent que ce feu est répandu entre les l astres et vient animer tous les êtres vivants; ils l’ap— , pellent AOUR (le véritable OR des alchimistes) et l prétendent qu’il se manifeste sous deux polarisa— tions : La polarisation positive ou 0D. La polarisation négative ou OB. Martinez Pasqualis et Saint-Martin ont désigné ce -
LA LUMIÈRE ASTRALE ET L’OD 489 feu sous le nom de Lumière astrale, terme employé depuis par Eliphas Levi. * au» Cette question de la Lumière astrale est capitale en occultisme. Aussi nous permettra-t-on d’insister un peu sur ce point.
Afin de ne pas nous embrouiller, prenons la défini— tion donnée par la Table d’émeraude d’Hermès, do cument auquel on ne peut refuser une grande anti quité, qu’on en place l’origine au second siècle avant notre ère, ou dans la civilisation primitive de l’Égypte. LE SOLEIL EN EST LE PÈRE, LA LUNE EN EST LA MÈRE, LE VENT L’A PORTÉ DANS SON VENTRE, LA TERRE EST SA NOURRICE ; LE PÈRE DE TOUT, LE THÉLÈME DE TOUT LE MONDE EST ICI.
Pour bien comprendre cette génération de la Lu mière astrale, nous allons essayer de procéder le plus logiquement possible. Le véritable Athanor, c’est l’homme. En lui gît cette force universelle qui se trouve partout où il se trouve (Le Thélème de tout le monde esticz).
Si votre médecin, sceptique, vous demande où est condensée cette force,”vous pouvez '_lui répondre sans crainte: « Dans les ganglions de mon grand sympathique. » C’est elle aussi qui circule dans tout mon être portée par les globules sanguins. Mais d’où vient—elle? L’organe est baigné par le sang; le sang contient deux principes, l’un visible : la substance; l’autre invisible, occulte : la force, la vie.
490 L’INITIATION L’organe puise sa vie dans le sang. Mais l’homme, où puise-t-il la sienne P Dans quelque chose où il est baigné aussi, dans l’air atmosphérique. L’air est pour l’Homme ce que le sang est pour les organes; l’air contient, invisible, le principe de la vie (le vent l’aporté dans son ventre). L’air baigne tous les êtres situés à la surface de la Terre. L’air agit pour ces êtres comme le sang pour les organes.
L’air est le sang de la Terre. Mais le sang tire son principe dynamique d’un autre milieu; pour la Terre comme pour l’Homme il doit y avoir un élément différent, générateur de la force contenue dans celui-ci. L’air, comme certaines forces physiques connues ici-bas, est un produit de la Terre, comme le sang, matériellement parlant, est un produit de l’Homme.
A ceux qui douteraient de ce fait, encore inconnu de la science, nous montrerons que les hautes mon tagnes, même sous l’équateur,fc’est-à-dire les endroits de la Terre les plus rapprochés du Soleil, sont cou— vertes de neige. A mesure qu’on monte vers le soleil le froid augmente, à mesure qu’on descend dans la Terre la chaleur augmente.
Faut—il être grand clerc pour voir que la chaleur est produite par la Terre et non par le Soleil, remarquez que je me garde bien de dire sans le Soleil. Il en est de même de l’atmosphère terrestre qui ne dépasse pas sa nourrice de quelques lieues en hauteur (la Terre est sa nourrice). Si l’air baigne la Terre, comme le sang baigne les organes, quelque autre chose doit envelopper la .101 .O. ï“‘
LA LUMIÈRE ASTRALE ET L’OD 491 Terre, comme l’air enveloppe l’homme. Et de même que l’air qui entoure l’homme est le centre commun où tous les êtres dela Terre puisent les forces diverses qui leur sont nécessaires , de même ce quelque chose doit entourer tous les êtres semblables à la Terre, c’est-à—dire les astres. Ce quelque chose, c’est la Lumière solaire dans laquelle baignent tous les astres de notre système et d’où ils tirent leurs forces.
Le Soleil est donc l’origine réelle de cette force répandue partout dans le Monde. Le Soleil en est le Père. Cette force solaire vient baigner la Terre qui la transforme en air atmosphérique. La Terre est sa nourrice. Cet air atmosphérique est le milieu nourricier où puisent tous les êtres de la Terre qui respirent. Le Vent l’a porté dans son rentre. C’est le Père de tout.
Cet.air respiré par l’homme Vient vivifier le milieu intérieur et renouvelle la rie. Le Soleil est donc bien le Père de la Vie humaine ; mais on sait à la suitede quelles transformations : Le Théle'mé de tout est ici. » 14: Mais j’ai oublié la Lune. J’ai gardé cette action pour la fin, car c’est une des plus curieuses que nous puissions déterminer.
Elle a rapport à la fonction occulte des satellites que je voulais ne révéler que dans le « Traité »; mais l’occasion se présente et, ma foi, je ne m’y soustrairai pas. ‘
492 L’INITIATION ru Dans l’homme (I) deux systèmes nerveux existent, agissant séparément : Le système de la conscience et celui de l’inconscient inférieur. Quand nous dormons, le système de l’inconscient reste éveillé et dirige la marche de notre cqeur, règle notre respiration, préside aux- sécrétions diverses, répare les organes usés et fait croître ceux quiÿdoivent grandir.
Ainsi quand un enfant grandit, c’est le système de l’inconscient qui agit, de même que quand une de nos dents pousse. Mais ’ce système, où prend-il la force nécessaire à son action ? _ > Dans le système nerveux conscient d’une part,dans le sang d’autre part (les racines du grand sympa thique prennent presque exclusivement leur origine dans la moelle antérieure).
Ce système est donc un reflet du premier, une sorte de centre d’accumulation et de réserve chargé de présider à la croissance. Tel est le rôle de la Lune par rapport à la Terre.
Entrant en action quand l’influence du Soleil cesse de se faire sentir, la Lune est l’organe de condensa tion des forces végétatives; c’est de là que descend le courant d’involution, c’est la porte qui conduit à l’incarnation sur Terre. ‘ La Lune préside à la croissance de tout ce qui pousse sur notre planète.
C’est le ganglion du grand - sympathique de notre système, c’est elle qui con dense, qui préside à la croissance, à l’embryonnant «(1)11 faut toujours ex liquer la Nature par l’Homme et non l'I-Iomme par la Nature (L. Cl. c SainbMartin).
LA LUMIÈRE ASTRALE ET L’OD 493 des forces solaires; c’est la Mère ,- aussi Hermès dit-il : La Lune en est la Mère. On voit par cette considération comment on peut déduire l’activité vitale d’une planète du nombre de ses satellites. Telle est l’origine de la Lumière astrale. Telles en sont les grandes spécifications. ' a e Revenons à l’homme.
La Science expérimentale, avons-nous dit, vient prouver et développer les affirmations faites par l’éso— térisme. ' M. Berthelot a montré cela pour l’alchimie. Un autre savant, M. le colonel de Rochas,.‘s’est acquis une réputation justement méritée en reprenant et en développant les études faites sur la Lumière astrale fixée dans l’homme.
Dès longtemps les Kabbalistes enseignaient que cette force, condensée dans l’homme, irradiait inces samment autour de lui et pouvait être perçue dans des conditions spéciales. Cette idée de l’aura magné— tique a été exposée par Paracelse comme base de sa théorie des sympathies et des antipathies. Mais c’était là en somme, une de ces affirmations dont sont coutumiers ces bons occultistes et rien ne pouvait en démontrer la valeur scientifique.
Vers 1853 un docteur en philosophie viennois, le baron de Reichembach entreprit une série d’expé riences dans le but de vérifier l’existence de cette force fluidique à laquelle il donna le nom d’0a’. Je ne sais
494 L INITIATION 7 . si Reichembach dit quelque part où il a pris ce nom ; mais il est curieux de constater qu’il répond au mot hébreu qui désigne une des polarisations de l’AOUR.
Reichembach fit une série d’expériences admirable ment bien conduites _: mais ces travaux n’eurent guère de retentissement ; à peine pouvons—nous citer en France Ragon qui résume la théorie de l’od à la fin de son « initiation hermétique » et Cahagnet qui tra duisit en I’abîmant un fragment de l’ouvrage original. Il fallait donc rendre à Reichembach la justice qui lui était due en vérifiant au besoin ses expériences.
C’est là l’œuvre entreprise et menée à bonne fin par le colonel de Rochas qui vient de publier un premier travail à ce sujet (1). Nos lecteurs connaissent déjà M. de Rochas et ses nombreux travaux.
Son ouvrage sur les Forces non définies l’a de suite classé parmi nos savants aux idées les plus larges, ses études sur les États profonds de l’hypnose dénotent un expérimentateur du premier ordre, enfin ses recherches sur la Science de l’anti— quité, les Théories chimiques au XVII" siècle, le Phono— graphe au XVII" siècle et les Rêveries scientifiques nous révèlent une érudition du meilleur aloi.
Dans l’ouvrage qui vient de voir le jour, la personna— lité de M. de Rochas n’apparaît que dans quelques notes, fort intéressantes du reste. Mais nous allons aire une horrible trahison en révélant à nos lecteurs que les expériences de Reichembach ont été répétées, (I) Le fluide de: Magnétismrs.
Précis des expériences du baron de Reichembach sur ses propr1étés physiqpes et Æhysiologi Lies, classées et annotées et le lieutenant colonel de_ ochas ’Azglun,a ministrateurde l'École po ytechmque. I vol. in-8. Pr1x: 4 fr. » 1
LA LUMIÈRE ASTRALE ET L’on 495 la plupart du temps avec plein succès, par notre auteur. En quoi consistent essentiellement ces expériences? Placer des sujets sensitifs dans un état spécial, ou dans des milieux particuliers, de manière à permettre à ces sujets de décrire les lueurs, les couleurs, les effluves qui s’échappent de divers objets et surtout du corps humain.
Nous reproduisons en frontispice une des planches insérées dans le volume de Reichembach (p. 153). Cette image montre, dessinées par un voyant, les lueurs qui sortent des aimants, de cristaux divers, d’une main et d’une tête. Pour un occultiste c’est une description du plan astral, pour un profane c’est le résultat d’états névropathiques spéciaux.
Mais à propos de ces fluides, commeà propos de phénomènes spirites, les affirmations des médiums sont loin de valoir les empreintes enregistrées par des appareils mécaniques. Reichembach avait recherché des preuves de ce genre et était parvenu à en obtenir: la lumière de l’aimant impressionnait après une longue pause, le chlorure d’argent. M. de Rochas est parvenu à un résultat encore plus beau.
Il a pu photographier ce que nous appe lons l‘image astrale d’un minéral. Il serait indélicat de ma part d’en dire davantage, voulant laisser toute liberté à ce sujet au Consciencieux expérimentateur. Ainsi ce domaine de «’ l’Astral » commence à s’é— claircir de par la science expérimentale. Les travaux de Reichembach ne s’intéressent qu’au côté physique de la question. Tout le côté psychique, celui qui a rapport aux élémentals, à la fusion des élémentals et
496 L’INITIATION des idées des hommes pour constituer des êtres à vitalité éphémère, à l’action des élémentaires sur les vivants, tout ce domaine inexploré n’a été abordé encore avec méthode que par les travaux de Car] du Prel en Allemagne. C’est là un champ d’études ouvert à tous les chercheurs. Les expériences sur le fluide se multiplient du reste suffisamment.
Je tiens à remer cier particulièrement M. de Rochas de la mention qu’il a faite de l’Initz‘ation à propos des études de MM. Horace Pelletier, V. Fernandez, Yvon le Loup et Louis Fayard (p. 159).
Les encouragements venus de la part d’esprits aussi éminents que M. Ad.’ Franck ou M. de Rochas suf— lisent amplement à nous montrer que nous sommes dans la bonne voie et qu’une œuvre sérieuse répond mieux que toutes les discussions aux attaques de ceux « qui sifflent bien, mais ne chantent pas », suivant la juste remarque du fabuliste. ' PAPUS.
Jeune d’ËM victorieuse (” PAR SAINT-YVES D’ALVEYDRÊ Les lecteurs de l’Inz’tiaz‘ion connaissent déjà cette dernière œuvre du marquis de Saint—Yves; ceux qui (l) 1 vol. in-8, à la Librairie du Merveilleux. .I -‘-sunu 1. 'r
IEANNE D’ARC VICTORIEUSE 497 n’ont pas encore eu le plaisir de la lire en ont du moins l’idée par la critique animée de notre cher di recteur (voir le n° II d’août 1890). Il ne s’agit donc pas ici d’une appréciation qui n’est plus à faire, mais seulement d’un bref commentaire cherchant à refléter en les rassemblant les principaux enseignements plus ou moins dévoilés dans ce livre si rempli.
Bien que ce ne soit ni comme œuvre littéraire ni comme œuvre sociale que nous ayons à envisager cette « épopée nationale destinée à retracer la vocation « céleste de la prophétesse, et la mission terrestre de « l’héroïne », il va falloir cependant la suivre dans sa triplicité pour en faire ressortir l’ésotérisme, car elle en est entièrement pénétrée, dans le choix du sujet comme dans la forme, dans les théories générales comme dans les détails de l’exécution.
Une épopée! à la fin du XIX’ siècle! Voilà qui peut paraître au moins hardi.
Étudiez—la comme elle le mé rite, et vous y reconnaîtrez . bientôt le couronnement logique, harmonieux de l’œuvre entreprise par le mar— quis de Saint—Yves : après avoir relié, par la chaîne d’abord restaurée de la tradition la plus antique, les progrès d’un avenir idéal aux réalités du passé, après nous avoir montré tout ce que le christianime ofl're de promesses et de réalisations à l’activité positive de notre siècle; après nous avoir révélé par l’histoire éso térique la forme sociale propre au cycle que rempli ront nos neveux, il était naturel que M. de Saint-Yves profitât de l’attention sympathique du public pour nous faire entrevoir encore l’art, réveillé jusque dans son âme au souffle vivifiant de la science, religieuse.
498 L’INITIATION On va voir avec quel talent cette belle tâche a été remplie. Toute grande épopée, dit Renan, sort d’une mytho logie. Celle-ci se fonde sur la tradition universelle; à la lumière du christianisme ésotérique, à travers la poétique enveloppe de toutes les mythologies synthé tisées dans l’Église universelle, elle nous en fait appa raître la métaphysique la plus nette et la plus gran diose que le génie humain ait jamais conçue.
« La seule épopée possible de nos jours, a dit encore, Lamartine, est la sublime association de la vérité et de la poésie, le chant communicatif de l’âme au lieu du chant déclamatoire de l’imagination. » Celle—ci est vraie jusqu’à la rigueur scientifique, soit dans les prin cipes qui l’animent, soit dansles faits historiques qu’elle retrace.
Son merveilleux, tout moderne, est bien et dûment constaté dans toutes les règles positives que peut requérir notre exigeante critique.
Elle ne nous dit pas seulement la délivrance provi dentielle d’un peuple appelé par la suite à de plus hautes destinées, ou la première éclosion des prin cipes qui doivent le faire le réalisateur de la pensée chrétienne : l’armée pOpulaire et la Patrie, premiers germes de la Fraternité; montant plus haut encore, le poème de Jeanne d'Arc victorieuse nous fait assis ter à la lutte éternelle du Bien et du Mal, éclairée à la lumière supérieure qui resplendit dans toutes les épo pées célèbres, à savoir la Rédemption par les Messies de l’homme égaré dans son libre arbitre. Cette œuvre remplit donc rigoureusement tous les caractères que les règles classiques imposent à son
JEANNE D’ARC VICTORIEUSE 499 genre, sans contrarier les exigences de notre siècle positif. Aussi rassemble-t-elle toutes les classes distin guées dans les poèmes épiques: Épopée philoso phique, cosmogonique, théogonique, religieuse par conséquent, elle est en même temps héroïque et con forme à l’histoire.
Je me trompe, il est un genre qui lui manque, c’est celui héroï-comique; son sujet le rap pelle cependant, en nous fournissant la plus belle revanche que pût désirer la France pour racheter à la fois l’infâme tentative de viol posthume de la Pucelle, et les fadeurs postiches de la Henrz‘ade !
En un mot, c’est ici l’Epope’e Sacrée, et, même comme telle, elle se caractérise spécialement par une. » particularité qui la fait toute moderne, c’est qu’elle nous récite les exploits non d’un héros, mais d’une / femme, d’un Messie guerrier et féminin !
Toutefois la portée de ce poème n’apparaît pas sans quelque réflexion, bien que l’auteur nous ait mis à même de l’apprécier et dans une préface écrite avec cette ampleur dont il a le secret et dans les sommaires de chaque chant qui constituent un véritable cours d’ésotérisme. Examinons-le donc attentivement. » U‘I‘ _'Voyons d’abord la forme: Jeanne d’A rc victorieuse est écrite en vers.
On a dit et répété que la poésie est la langue des peuples enfants, qu’elle ne convient pas à la maturité de la science. Ce jugement est à peu près aussi fondé que l’appréciation des génies classiques par tout ado
500 L’INITIATION lescent échappé des bancs du collège; tous deux ont la même origine. La vérité est que la poésie est le langage des enseignements primordiaux, des Prin cipes. La raison en est que sa concision harmonieuse n’est qu’un effort vers la simplicité vibrante du Verbe auquel elle aspire et par le Nombre et par la puis sance du Symbolisme.
C’est parce que la poésie est la langue sacrée qu’elle domine à l’enfance des peuples, car la Religion est, . de. par la loi naturelle, leur première tutrice.
Elle s’efface à l'âge où les peuples condamnés aux efforts réalistes de la maturité se plongent dans les laby rinthes de l’analyse; mais toutes fois qu’il leur est possible de revenir aux grandeurs de la synthèse, toutes les fois que le sublime reparaît dans l'Univers, fût-ce à travers tous les méandres de la science la plus rigoureuse, la langue sacrée reparaît avec lui, et s’impose.
Jeanne d‘A rc victorieuse est donc écrite en vers et de plus en vers libres, mais astreints à des formes qui, loin d’en faire une licence, prêtent à ce poème une animation toute particulière. Les combinaisons ryth miques variées avec un art où le musicien se révèle, mais uniformes dans chaque chant, s’encadrent en outre dans la symétrie de strophes plus ou moins rapides.
Par ce moyen, le langage revêtu de modifica tions mélodieuses, mais soumis aux cadences de l’har monie, s’anime de toutes les émotions du Verbe vivant sans rien perdre de la majesté qui lui convient. .Sans nous étendre davantage sur ce détail litté— raire, signalons encore l’artifice, inspiré de l’occulte,
IEANNE D’ARC VICTORIEUSE 501 \ qui consiste a opposer les chants propres au mode céleste à ceux où parlent les Esprits rebelles, au moyen de rythmes analogues,, mais exactement inverses. Comparez par exemple le xvu° chant (Jeanne d’Arc à la cour), avec le XVI° (Satan chez le Dau— phin) ou le xnr° avec le xvufi, ou ceux xx‘3 et xxr°.
La forme de cette épopée offre/ encore une autre par— ticularité fort intéressante à notre point de vue; c’est la disposition de ses 25 chapitres. Papus l’a signalé déjà, d’après l’auteur lui-même (1); ils correspondent aux 25 lettres de l’alphabet, lesquelles sont à la fois « 25 anges du verbe (indiqués par leurs noms), 25 « arcanes de la Parole, et 25 mystères de nombres ».
C’est dire en termes couverts que les lames du Tarot ont servi de guide à la suite du récit, tant par leur ordre général (le Nombre) que par leur symbolisme spécial (la Parole) (2). La place manque pour montrer autrement que par une rapide vue d’ensemble cette concordance que le lecteur retrouvera du reste aisément.
Signalons seu— ment la lame IX, symbole de la Prudence en face des mystères de l’Infini et du fluide astral, avec le chapitre XI, les Voix de tous ordres qui viennent éclairer et encourager Jeanne anxieuse.
La lame XIII, la Mort, avec le chapitre XIII, Orléans sans Jeanne, où se prépare l’agonie dernière de la France, et avec elle la délivrance, l’entrée dans 'qfl». (I Voir le n° 11 d‘août I890 de l‘1nitt‘ah‘on, p. 398. (2 Voir le Tarot, par Papas, et le rapprocher des sommaires de cha— pitres de Jeanne d'Arc en ayant soin de rassembler les chapitres 21 à 24 comme représentant dans leur série la lame 0 du tarot.
502 L’INITIATION ' i"""".s . la vie nouvelle, le nœud du drame gigantesque dépeint dans cette épopée.
Puis la série alternante des lames : XIV (les 2 fluides), et XV, Typhon ; XVI, la Tour foudroyée et XVII, I’Etoile flam boyante; XVIII, la Lune; XIX, le Soleil; avec les alterna— tives de succès du Bien et du Mal dites par les cha pitres; XIV, Ordres de l’archange, et XV, Jeanne à Fier bois (les partis chez le roi, tentative d’assassinat) ; XVI, Satan chez le Dauphin, et XVII, Jeanne à la Cour; XVIII, Sagesse Mondaine, et XIX, Jeanne au Con seil, triomphante de toutes les résistances.
Voyez surtout la marche d’ensemble : Dans le Tarot les lames I à XIII nous disent l’involution de l’Esprit jusqu’au fond de la matière où règne la mort; celles XIV à XIX nous peignent l’action de l’Esprit en lutte dans la matière pour la dissoudre et la subtiliser; les lames XX et XXI sont le symbole du triomphe de l’Esprit; le 0 enfin nous représente la réalisation terrestre immédiate et les créatures qu’elle abandonne sur le monde pla nétaire pour les travaux futurs de l’humanité. .
Dans le poème, le marquis de Saint—Yves nous dit lui-même les grandes lignes de son récit : Du Ciel à Domrémy (chants là XIII); De Domrémy à Orléans (chants XIVà XIX); D’Orléans à Reims (chants XX et XXV). Le 0, produit terrestre, est représenté par le qua
JEANNE D’ARC VICTORIEUSE 503 ternaire réalisateur des chapitres XXI à XXIV, qui racontent les exploits guerriers de l’héroïne, l’accom plissement matériel de sa mission, suivie de la réac tion terrestre du Destin, point de contact de la Pro vidence et de la liberté humaine (chapitre XXIV, Dieu et Satan à Reims).
Et quel superbe commentaire de la XXI’*‘ lame (cou ronne des Mages) que ce XXV° chapitre où Jeanne reçoit la bénédiction des trois Églises du Verbe, syn thèse sublime de toutes les pensées humaines dans l’unité de la Pensée divine, solution majestueuse de la Fraternité terrestre!
Il faudrait maintenant suivre ce parallèle dans les subdivisions trinitaires du poème, mais laissons-en le plaisir au lecteur, et passons aux remarques princi pales que suggère le choix même du sujet. I 00 L’étonnante figure de la Pucelle se dresse simple et majestueuse au seuil de nos temps modernes comme un sphynx vivant qui semble en défier l’esprit cri tique.
La religion, l’art, la science, épuisent inutile ment leurs efforts pour l’interpréter. Ni les hypothèses avilissantes de la science matérialiste, ni le ressort patriotique que veut lui attribuer la philosophie pru «dhommesque, ni les hésitations de l’Église catholique qui cherche à béatifier celle qu’elle a fait brûler, n’ont pu justifier encore les merveilleux étonnements que l’art ne réussit pas à traduire.
Il y faut la vaste syn thèse et les clartés lumineuses de l’ésotérisme dont Jeanne venait, en des circonstances exceptionnelles,
504 L’INITIATION révéler les mystères en les réalisant. « La Sainte « vivait double, grâce à sa pureté; au ciel, dans les « mystères; sur terre, dans leur témoignage...
La « Poésie sacrée doit respecter ces deux vies et les faire « revivre telles qu’elles vécurent en elle, l’une dans « l’autre. » C’est ainsi que l’auteur justifie et le plan et le choix de son sujet: On reconnaît la profondeur de cette pen sée qui a su, en toute occasion, pénétrer du premier élan au cœur, au centre vivant de tous les mystères, afin de les forcerà se révéler : par Moïse dans la Wis— sion des Juifs, par les Templiers dans la Mission de la France, par Jcanne d’Arc pour nous rendre la poé sie sacrée avec la science religieuse.
Dans l‘ordre politique, Jeanne crée le patriotisme et l’armée démocratique, tout en sauvant par l’un et par l’autre la France que l’anarchie féodale laissait périr en son berceau. Dans l’ordre social, elle couronne les miracles de sa stratégie et de sa bravoure en remettant, au nom du Dieu qui l’inspire, entre les mains du Roi sacré sous sa bannière= le Peuple qu’elle vient d’élever àla'vie nationale, premier degré de la vie universelle.
Elle fonde ainsi la hiérarchie synarchique au sein même de l’anarchie la plus complète. Au point de vue religieux, sa Sainte Magie se' révèle à chaque instant : Son réveil de prêtresse à douze ans ! quel mystère! Ses voix, quels appels éclatants! Prophétesse à la cour! à Poitiers! quels oracles! Thaumaturge de Blois jusqu'à Reims! quels miracles!
JEANNE D’ARC VICTORIEUSE 505 Et cependant on ne voit rien en elle des efforts sur humains de nos initiés; l’Invisible est son élément. Elle vient sur la terre en missionnaire céleste pour arracher aux mains implacables du Destin un peuple égaré dont la tâche n’est pas accomplie et dont les erreurs intéressent l’Humanité tout entière.
Comment, dans quelle mesure, par le ministère de quels êtres supérieurs, en vertu de quelles lois su blimes cette intervention devait-elle s’accomplir ? c’est ce qu’il faut faire ressortir des enseignements de cette épopée gigantesque, et comprendre cette exclamation de son début : Quelle Terre, quel Ciel Jeanne d'Arc nous révèle! Tout l'avenir du Monde est dans la Foi nouvelle De cet Ange des chevaliers!
La particularité qui donne sa grandeur à ce poème épique, récit rigoureusement historique de faits mer— veilleux, c’est qu’il nous fait entrevoir les principes transcendants dont ces événements sont l’expression . C’est dans ce but, nullement en vue d’une fiction poé tique devenue banale, que l’action se passe en grande partie dans les sphères de l’Invisible.
C’est par là que, selon l’expression de l’auteur, cette épopée, en dépei— gnant la sainte héroïne dans la totalité de sa vérité vivante, « n’est plus seulement une œuvre d’art, elle « est une Incantation. Il a fallu que le poète ne voie « pas seulement dans les mystères un ressort d’art, « mais le Verbe vivant de sa parole, le Divin, et qu’il « s'en embrase pour embraser. »
506 L’INITIATION Ce Divin apparaît par un ensemble de doctrines que les œuvres antérieures du marquis de Saint—Yves ne présentaient pas aussi ouvertement : les rapports du terrestre et du supraterrestre, la hiérarchie des êtres célestes, l’influence providentielle dans la. vie des nations.
A ce point de vue, Jeanne d’Arc victorieuse est comme un intermédiaire entre la Mission des Juifs, livre des principes suprêmes, et la Misszon des Souve— rains avec la France vraie, livres de démonstrations et de réalisations sociales“. Son enseignement princi pal est dans la nature et la vie des Êtres invisibles qui relient l’homme à Dieu, des Anges. F. CH. BARLET. (A suivre.) -.v-"'* “"‘" ..:“‘".r: ,a«—.r* . A> I ‘ - .. -.. . _____ . _.__, LMhh-M .‘.* ' \ "“...lq"’r J"",-w—-œ.-J‘ .'.»»——” .« " ‘ ’ v."”-.:{'MW.; - u .
F1. I ' l:;=.w_..ahM_w ,, ..a.a .-... A.,,.M.._,;., ,.,, PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ’3naaua Larme (I) A LA MÉMOIRE DU REGRETI‘É SÉNONAIS ÉDOL‘ARD CHARTON. Une cOntroverse instructive se poursuit depuis long— temps sur l’enseignement du latin; cette question ne présente pas seulement un caractère pédagogique, elle est encore d’intérêt social, et l’avenir même de notre pays dépend de sa solution.
Des publicistes de toutes les opinions sont tout d’abord entrés en lice; puis, à leur tour, des philosophes sont descendus dans cette arène d’un nouveau genre. Ne nous en plaignons pas, le débat y a gagné de s’élargir de plus en plus, et la querelle, en somme, aura soulevé dans les esprits une agitation féconde.
C’est en France que les coups les plus rudes ont été (1) L’ouvrage de M. Lef‘ort est, à notre avis, si important à connaître our nos lecteurs que nous avons ris la liberté d‘en demander la repro uction à l‘auteur. Nous le remercrons d'avoir accédé si gracieusement à notre déstr. v W”fiWN
508 L’INITIATION ,æ,..,._,,, , .4 . W.» portés à l’enseignement classique; on se souvient du succès qu’a remporté M. Frary. C’est également en France que le latin a trouvé ses plus convaincus défen— seurs.
L’un d’eux, philosophe éminent, définit aujour d’hui le point important du débat (1); on nepeut qu’ad— mirer la sûreté de ses déductions quand il montre l’erreur commise en ce sujet par l’École anglaise: Her bert Spencer croit que dans le choix des objets d’étude on ne doit se régler que sur l’évolution humaine .
« Si tel doit être le but idéal auquel tend l’éducation, répond M. Fouillée, il ne faut pas oublier qu’entre l’Individu et l’Humanite’ il y a la Patrie.
L’homme est lié à une double “fatalité physiologique et psycho— logique ; dans le milieu social, il développe les éner gies qu’il a héritées et les transforme en équivalents d’ordre supérieur; et, comme il a à la fois une vie individuelle et collective, l’évolution individuelle doit être en conformité avec l’évolution nationale. » On ne saurait mieux dire.
Sur ce terrain, M. Fouillée doit réunir tous les suffrages, .et beaucoup de bons esprits trouveront qu’il n’a pas tort non plus, quand il nous met en garde contre les conséquences d’un enseignement utilitaire, si celui—ci venait à prendre la place de notre système d’éducation libérale, car il importe de faire de nos enfants des hommes, avant d’en faire des gens de métiers.
Dressés au rôle étroit de producteurs, absor— bés par leur seule tâche professionnelle, que devien draient, au milieu d’une société ne relevant plus que (I) A. Fouillée, voir Revue des Deux-Mondes, du 15 août 1890 à décembre. .
L’ERREUR LATINE 509 des appétits matériels, ceux que leurs aspirations dé sintéressées fontles plus puissants ouvriers_ du progrès? Que deviendrait la société elle-même ? Mais ce n’est pas là tout le profit qu’on peut retirer de la clairvoyante étude de M. Fouillée.
Celui-ci met encore en évidence un point capital lorsqu’il fait re— marquer, au sujet de l’évolution des sociétés, qu’il y a concurrence entre le passé, le présent et l’avenir, et que le problème de l’éducation consiste proprement à concilier ces trois points de vue dans la « préparation de l’ldéal de l’Humanité future. » Ce sont là de très judicieux aperçus qui ne sauraient manquer d’être accueillis dans notre société démo— cratique et progressiste.
Arrivé à cettehauteur, le débat ne doit plus en descendre; la discussion doit porter désormais sur ce qu’il convient de faire pour pressentir cet idéal. Notre philosophe nous met encore sur la voie : la préparation de l’avenir devra se modeler sur la conscience que nous avons de nos idées héritées et de nos aptitudes de race.
' En résumé, la synthèse historique nationale doit nous éclairer sur le sens de‘ notre progression et, par conséquent, sur l’éducation la plus capable de favo riser notre ascension vers le but idéal qu’elle indique.
Il nous semble évident, en effet, que si nous étudions notre patrie dans le plus profond du passé, pour bien connaître ses origines, ses éléments générateurs, et suivre sa formation, aux prises avec les vicissitudes séculaires; si nous analysons ses courbes, dirait un mathématicien, et si nous appliquons à cet examen la parfaite méthode qu’il exige, il est évident, disons
5 I O L’INITIATION nous, que nous trouverons des clartés sur le sens et l’amplitude de notre évolution prochaine. Mais l’histoire telle qu’elle est enseignée pourra—t—elle nous rendre ce service? ou faudra-t-il compléter, recti— fier même, les indications que nous donnent nos trai tés historiques?
Voilà ce qu’il convient d’examiner d’abord, et c’est ici que nous nous séparons à regret des conséquences tirées par M. Fouillée de ses excel lentes prémisses; il a cru, tant est général le préjugé que nous venons combattre, que la question se trouvait résolue par les idées courantes ; après un magnifique essor, il tombe dans le champ des opinions banales en posant en axiome que nous sommes des néo-latins et que, par suite, l’étude du latin est un facteur néces— saire de notre éducation nationale.
Nous voudrions, en ces courtes pages, appeler l’attention sur cette expression de « races néo—latines » qu’on emploie de nos jours couramment et fort à la légère; elle est vague et prête à de dangereuses équi voques sur lesquelles le temps est venu de s’expliquer. 11 C’est surtout depuis 1858 que la croyance à la con— sanguinité de la France, de l’Espagne et de l’Italie a fait fortune... chez nous.
Il semble bien, après trente ans d’une expérience assez décevante, qu’elle aurait mérité de perdre quelque peu de sa faveur; on le con state, en effet, sur le terrain de l’action politique où l’on est contraint, et pour cause, à y regarder de plus près; mais dans le monde enseignant, dans le monde ad—’ .'W;*uwMMofla‘:æaqflw—’“M .-—-;_, ;y,.«-«...—._’ \',N,_,>’___ . ._ ,. , —-————— .
L’ERREUR LATINE 5 I 1 ministratif et même dans les milieux artistiques et savants, on est,en France, beaucoup plus qu’on ne saurait croire, conservateurs de ces étiquettes vaines et commodes qui ont, du moins, le mérite d’épargner les efforts d’attention.
' Les conceptions précises ne trouvent pas toujours la formule qui facilite et qui généralise leur acception; et, le plus souvent, on s’ac« commode d’une opinion reçue, même quand elle est . déjà reconnue fausse. Au point de vue de l’ethnolo gie, la notion de « races latines » n’a vraiment aucun sens : il n’y a pas de races latines.
Le Latium n’a pas été le berceau d’une race, mais seulement le point de contact, le champ de bataille de races à aptitudes con traires ou différentes. Soutiendra-t-on que cette dési gnation est plus vraie au sens de l’évolution morale; que, nourris des lettres et de la civilisation des Latins, par l’effet d’un redressement de nous—mêmes et par l’acquisition de leurs qualités spécifiques, nous serions devenus leurs héritiers directs?
Nous n’y souscrirons pas. Ce n’est qu’un préjugé fort dangereux, contredit par les indications les plus certaines des traditions, de la philologie (I) et de l’histoire.
A ce dernier point de vue, nous aurons les preuves que ce préjugé fausse notre sentiment national, que non seulement il amoindrit chez nous l’idée de patrie, mais entore qu’il a conduit notre pays à une progression irration— nelle contraire à ses instincts de race. (I) PHILOLOGIE. ——Parce que la plupart des mots de notrelangue ont un radical latin, on a grand tort de conclure inconside’rément qu'elle est latine.
Sa structure, son génie sont en op osition avec la structure et le génie du latin. Les caractères de race se re ètent dans l'instrument de la pensée: le langage. / . ,,-._. . « e - -«. , \ a_. , “nä_M."Wv*-\.‘w‘hw-‘.Afi, »««Nw»m-»-—»« w \_,, ...-,n«\.n..,.<._ N4»%n a... ..ç......æ.HNs«..,W..
5 I 2 L’INITIATION II-IIIÆI L’usage presque exclusif du latin comme instru ment d’éducation nous a depuis longtemps donné le change sur notre vraie nature. Les latinisants ont constitué une sorte d’Église dans l’Etat.
Un con cours de circonstances favorables , le monopole de l’instruction resté pendant de longs siècles entre les mains de ces spécialistes, l’histoire écrite par eux, pour une caste conquérante, tout a contribué trop lOngtemps à nous tromper sur nous-mêmes. Il n’a plus été tenu compte de nos vrais facteurs nationaux, de nos idées de race indéfectibles, les plus importantes et les plus générales.
Nous sommes des CELTES, au moins pour les dix neuf vingtièm‘es de ce que nous sommes. Il importe au plus haut point de le démontrer et de bien recon— naître le cercle vicieux dans lequel se débat notre personnalité nationale. Nous appelons ERREUR LATINE la fausse concep— tion de nos tendances. Cette erreur nous semble le nœud même de l’équivoque qui s’est élevée entre les partisans et les adversaires de l’enseignement du latin.
La liberté de notre évolution est si bien entravée par elle que rien ne devrait nous arrêter pour la combattre et la détruire. Qu’importe, en vérité, si l’argument dé cisif derrière lequel se retranchent en dernière analyse les latinistes tombe de lui—même! Ce n’est alors qu’un argument spécieux. Nous n’aurons rien à regretter.
N’aurons-nous pas fait beaucoup si nous consentons à laisser à nos aptitudes intimes la place qu'elles méritent dans nos conceptions d’avenir? Peut être, même, entrerons-nous dans une voie assez large _ ..._ >. _, , . . _ ./..c.....; .'..À.» i /A«WMW%—‘VMæ—wy *"_,æMJHWJ’.‘-flhffl""u’ ' MW , . ......L ’ ‘ . - n ‘< flKæ-«2
L’ERREUR LATINE 5 I 3 pour retirer aux adversaires du latin leurs plus sérieux griefs? Ils sont surtout fondés sur l’étroitesse de la route universitaire. Peut-être, après avoir fait place à la Gaule, pourrons-nous circonscrire la part que mérite le latin parmi les facteurs utiles de notre éducation ? Nous chercherons alors le rôle qui lui convient.
Débar rassés du latinisme, nous trouverons quels instruments d’éducation il serait sage d’adopter pour étayer l’étude des langues mortes, et pour constituer enfin notre enseignement public national. Il s’agit d’acheminer sans heurt nos générations françaises vers un idéal d’humanisme issu de notre propre nature et terme dernier de nos aspirations.
111 M. Fouillée nous cite avec admiration l’Allemagne: celle-ci a su imprimer aux études latines une impul— sion vigoureuse, et, puisque nous sommes des néo latins, nous aurions, dit-il, beaucoup plus de raisons de conserver et de développer chez nous les études classiques, qu’il considère comme l’agent nécessaire de notre évolution.
C’est l’argument auquel il revient de préférence, mais il est facile d’y répondre: n’est— ce pas précisément parce que notre instinct de race se sent menacé par la prépondérance du latinisme que tant d’opposition se produit contre le système en vi gueur P Les Allemands sont si loin de Rome par l’esprit (I) (I) orTandis que l’Alle_magne représente le tempérament mystique avec toute la rigueur fatale, Implacable du pr_mc1pe absolu, en France le tem pérament dominant est celui du prmc1pe Intelltgtble avec le sentiment ' \u.p« < m’y—n...“ ..4,..,-. —xum_m.w,M W W .. , . I7
514 L’INITIATION et, pour le plus grand nombre d’entre eux,parla religion, qu’ils redoutent beaucoup moins que nous-mêmes l’absorption par le génie latin.
D’ailleurs, M. Gaston Boissier nous l’affirme, ils tiennent à grand honneur aussi l’étude de leurs origines germaniques ; ils se pas— sionnent pourleurs ancêtres les plus problématiques, les Arminius, les Conradin; ils cultivent le remède à côté du mal, ou plutôt ils corrigent par des études historiques intensives l’insuflisant apport des notions littéraires.
On sait d’ailleurs qu’ils entretiennent des universités nombreuses qui s’appliquent passionné— ment à développer leurs traditions, à faire fleurir leur décentralisation intellectuelle si particulariste. Il n’en est pas de même en France, où l’université7 toute centralisée, ne s’est guère préoccupée jusqu’à présent de retrouver et d’exalter nos traditions loin taines.
Il semble chez nous que le monde enseignant ne connaisse la Gaule que par les écrits de César et de . Posidonius ; encore ces deux auteurs sont-ils le plus souvent interprétés dans le sens le moins favorableà notre race. Il n’est pas d’abrégé d’histoire mis entre les mains des jeunes Français qui ne traite de barbares les Gaulois.
Ici, le latinisme nous revèle absolument sa main mise ; on sait que cette épithète grecque et latine perd en français son sens étymologique, qu’elle s’aggrave du tout au tout; par elle, les latinistes, inconsciemment peut-être, mais à coup sûr inconsidé rément, ont introduit dans nos ouvrages classiques, Mspond. celuide Ia_justice "et de la philanthropiç; ici le cœur, retenu seulement par l'Intelllgence, non gouverné par lmte’rêt comme en Angleterre, ne s’égarera pas dans le mystère. Ce sera l‘intellectualité bornée, toute humaine, mais artistique et généreuse. » (Barlet, la Philosophie moderne.)
, ,. _ .æ ._e.—r. ,_ ‘ ..., -_..:5:»_,,...:‘_,.:,IM;..;-Ï..L«-a-émir“A-—v»«" L’ERREUR LATINE 51 5 répandu jusque dans nos écoles de hameau une notion de sens équivoque, injurieuse pour nos ancêtres et, par conséquent, pour nous—mêmes. Qu’on le veuille ou non, la Gaule, c’est encore la patrie, et traiter ainsi les Gaulois, c’est un crime, c’est tout au moins une maladresse.
Nous n’exagérons rien ; qu’on lise ces manuels, on verra combien, au sens national, ils réclament de corrections ; on verra par exemple qu’aucun ne néglige d’accumuler d’absurdes assertions données comme des détails de mœurs authentiques ; et tous ces lieux communs qui sont en vérité, controuvés, il est facile de les reconnaître comme d’origine la— tine.
La Gaule aurait—elle perdu en première instance le procès de tendance que lui ont intenté autrefois les obscurs instaurateurs du latinisme P Il est temps d’en appeler. Il faut passer au contrôle sévère de la raison et du savoir ces assertions suspe‘ctes. Toutes, elles tendent à faire croire que, décidément avant César, la Gaule n’était qu’un ramassis de tribus sauvages et sanguinaires, et c’est une grave erreur.
Ceci jette sur nos origines un voile d’obscurités et de contradic— tions (I), par conséquent une froideur répulsive qui dé— concerte les esprits. Il n’est pas surprenant, dès lors, ' que l’action persistante d’une telle aberration nous ait jusqu’ici privés de notre épopée nationale.
Nous l’en vions avec raison à des nations moins maltraitées par leur enseignement dirigeant ; mais ce n’est là qu’un (l) On sait, en effet, que du témoignage des Grecs et des découvertes archéologiques concordantes, nous possédons la preuve de la s lendeur morale et philosophique de la Gaule. Les triades galloises ont Ëxe' tous les doutes à cet égard.
516 L’INITIATION æ.M point secondaire, nous verrons plus loin que le lati— nisme a entraîné notre pays à de plus funestes erreurs. Commençons par constater son influence sur des points généraux touchant à l’enseignement.
IV L’enseignement classique universitaire s’est fait un lit de doctrines et de préjugés surannés ; il se berce si doucement et depuis si longtemps de l’erreur latine. qu’engoùrdi par elle, il n’a pu constituer encore la synthèse historique nationale.
Un professeur à bon droit réputé nous en donne un bien involontaire té— moignage : dans une Vue de l’histoire politique de l’Europe, M. Lavisse avoue implicitement l’impuis sance de l’École à donner une raison scientifique de la formation des nations modernes ; or la Gaule est à peine nommée dans cet essai, qui ne tient pas un compte suffisant de l’action sur les faits des caractères de race.
Cette action décisive dérive précisément de la force mystérieuse à laquelle la science moderne a donné le nom d’atavz’sme; celui—ci imprime sa marque indélébile sur les races aussi bien que sur les individus. L’historien qui n’en tient pas compte nous donne ici la mesure des idées fausses qui enrayent les progrès de l’université, car, dans le cas présent, sa méprise n’est-elle pas uniquement due au milieu dans lequel il vit?
Il s’en faut de ces influences, au moins dans ce. qu’elles ont d’excessif, que ce puissant esprit ne nous ait donné, cette fois encore, toute la mesure de sa valeur.
. , .4 _.....,r., M»çi(\_ .._...L p-.fl.WäMkflfi fa/ ** -—:.M'r---A L’ERREUR LATINE ‘ 517 Le procédé tout moderne de la division du travail a permis de subdiviser à l’infini les branches du savoir humain et d’explorer en tous sens le champ de l’in connu; l’Université n’a pas encore fait son profit des sciences créées par lui.
Si toutes les vérités recueillies sont encore éparses, elles peuvent être facilement rap prochées, et le temps est venu où l’analyse doit céder le pas à la synthèse et où des vues précises peuvent être formulées sur notre évolution nationale.
Il serait fort avantageux d’en faire l’essai surtout quand nous» voyons que plusieurs sciences qui s’y rapportent paraissent aboutir à des conclusions concordantes; il est certain qu’une méthode peut, tout d’abord, être formée à l’aide de ces aboutissants et que beaucoup d’erreurs courantes seraienten même temps redressées.
C’est ainsi que la géologie, l’ethnologie et l’archéolo gie préhistorique, rapprochées, devraient nous mettre en garde contre l’erreur constamment commise en ce qui concerne l’action du temps sur les évolutions de races. Ces sciences nous incitent à penser que le ca— ractère national se conserve à travers de nombreuses générations (1).
Quand la race est compacte, son génie se maintient vivant et se fait sentir très longtemps au milieu des plus extraordinaires vicissitudes. D’où l’on peut conclure à priori que la France est restée gauloise.
Les lois générales du monde physique ne sont pas moins certaines si on les applique, par analogie, au monde moral ; ce que M. de Varigny vient d’écrire dans une excellente étude sur la théorie du nombre, Cf!) Quarante générations à peine nous séparent de la conquête de esar. - 5IIDm'à’.\ "h{-‘-‘F“"‘. . . ._ .
MW... ù . V _ urwp r« a w» . .III"‘ . 5 I 8 L’INITIATION parue dans la Revue des Deux-Mondes, n’infirme en rien cette opinion. Les lois universelles appliquées à une science bien stérile en apparence, la Statistique politique, appuient ce que nous venons de dire sur la persistance des caractères générés. Qu’importent les modifications superficielles ? Qu’importe l’étiquette politique d’un pays ?
Le caractère d’une race étendue et nombreuse ne se manifeste-H] pas surtout par la durée ? La Chine, l’inde, en raison seule de leurs masses profondes, nous le prouvent, en opposant au changement une invincible résistance. Elle durent, et si leur civilisation a pris, pour cette raison, un aspect de lueur plus étendue qu’intense, la Grèce si petite a pu jeter, pendant quelques siècles àpeine, un éblouis sant éclat, mais elle n’a pas duré. H.
LEFORT. (A suivre.) e cumusma arnaque Madon, le 23je’vrier 1891. MONSIEUR LE DIRECTEUR, Je ne saurais dire quel rang la postérité assignera à notre siècle, si elle le placera au-dessus ou au-des sous des grands siècles. Notre siècle a cependant ses petits mérites dont le moindre est d’être le siècle des
V,c_x.v,».'"‘.. ._ -.._. _ _._.. . ............. .c., ,. .. ‘ . . , ,. ..:.:.-..:J.\-- .eæ—-u.‘—.’.L\w.! ,.‘.—:zu:.‘..‘s,--u;i‘ . ' gI : OCCULTISME PRATIQUE 519 chercheurs, des fouilleurs. Chercher, fouiller est passé à l’état de manie, tous plus ou moins nous sommes chercheurs, fouilleurs, nous cherchons, nous fouillons, et toujours et toujours. Mais quelle précieuse manie!
Que de trésors, que de richesses nous avons découverts à force de chercher et de fouil— ler et qui profiteront certainement aux âges futurs! L’autre jour en fouillant dans l’ouvrage de M. Jules Lermina, la Magiepratique, parmi une multitude de ' riches joyaux j’en ai rencontré un dontj’ai voulu faire mon profit.
Il s’agit d’une boussole d’un genre tout nouveau inventée par M. Lemoine-Moreau, auteur dra— matique qui, lui aussi, est un chercheur, un fouilleur. Cette boussole consiste en une petite mèche de che— veux de cinq à six centimètres de longueur et de la grosseur d’une forte épingle.
On l’entoure d’un fil ' quelconque pour la maintenir en forme d’aiguille et on la suspend par son centre à un fil de coton qui lui permette de tourner librement dans tous les sens. Lorsqu’on la laisse s’orienter, on lui présente les doigts d’une main, et ceux—ci exercent sur elle une influence attractive. Si, ensuite, on présente les doigts de l’autre main, il y a un effet de répulsion.
Cette expérience fort jolie et fort intéressante a excité vive— ment ma curiosité. J’ai construit à mon tour une boussole en me conformant exactement aux indica— tions ci-dessus, et je l’ai mise à l’épreuve et le succès a été complet. Chaque fois qu’un de mes sensitifs approchait à une faible distance les doigts d’une main, le fluide dégagé par l’extrémité des doigts atti rait l’aiguille. Rien que l’approche de la main aussi ‘,ç.N—«‘çvçqyWä._. I... -s_,\ - w....,.»««-M\ .-...-.—**\»—.W—..’s.—..._ M.
520 L’INITIATION ‘bæ"væ—.,,vn_uÿmh—_—v"-uæv’\«_‘pa- \. . .‘v. ... .c. JËhM..-fjcä};fi;%ÿ _ s.. 3...},,, _,_;. ,.__..mm tôt que l’aiguille était orientée la faisait osciller, elle déviait tantôt à droite, tantôt à gauche, puis les doigts l’attirant sa pointe allait heurter leur extrémité. Le sensitif retirait-il les doigts de sa main pour les rem placer par les doigts de l’autre, un effet contraire avait lieu.
Il n’y avait plus attraction, il y avait répulsion et une répulsion très accentuée. J’ai voulu remplacer mes sensitifs que j’avais soumis à l’épreuve à tour de rôle : pas d’attraction, pas de répulsion. L’aiguille orientée, bien orientée, ne bougeait pas, n’oscillait pas. Pasbmbre de déviation, immobilité absolue.
J’ai voulu persister, j’ai attendu longtemps, j’ai déployé toute la patience désirable, la boussole a persisté dans son état d’inertie. J’ai cédé la place à un sensitif, tout aussitôt la boussole a donné signe de vie, dès qu’il approchait sa main elle se mettaità dévier, à osciller, puis elle se précipitait en quelque sorte à la rencontre des doigts, le succès était com plet.
Maintenant pourquoi cette même boussole qui se comporte si bien à l’égard de mes sensitifs me fait-elle l’injure de rester immobile, comme morte lorsque je lui présente mes doigts? C’est que je ne suis pas sensitif, c’est-à-dire qu’il n’y a pas en moi d’excès de fluide vital suffisant pour agir sur la, bous sole. On pourrait comparer le corps humain à une sorte de pile électrique.
Quand il y et électricité en excès, elle extravase en quelque sorte, il yacer taines parcelles du courant qui s’écartent de l’élec— trode et ses parcelles agissent sur les corps légers environnants et leur communiquent le mouvement à distance. Notre fluide vital extravase également, il se
OCCULTISME PRATIQUE 521 r—,=<c"x. . . répand autour de nous et agit pour les déplacer sur les objets plus ou moins légers qui nous environnent et les obligent de se mouvoir.
Quand il y a chez nous un débordement extrême de fluide vital, il y a dépla cement non seulement d’objets plus ou moins légers mais aussi d’objets lourds et massifs, tables, fauteuils, buffets, etc. C’est ainsi que des médiums qui ont surabondance‘de fluide vital, ou de force psychique, produisent ces effets de déplacement de meubles qui pour être mis en mouvement exigent une énorme dépense de force.
D’après ma théorie que je ne donne que sous réserve et pour ce qu’elle peut valoir, les sensitifs seraient ceux qui ont du fluide vital ou force psychique en excès et les non-sensitifs seraient ceux qui n'ont que le nécessaire, ou dont le fluide vital reste concentré dans l’intérieur de leur corps.
M. Lemoine-Moreau, l’inventeur de cet ingénieux appareil qui a su produire sur lui des effets d’attrac tion et de répulsion si merveilleux, est vraisembla blement à son insu, un sensitif, c’est-à—dire une per— sonne qui a surabondance de fluide yital. Je me demande comment l‘Académie a pu laisser passer inaperçue une semblable découverte qui a été con firmée postérieurement par d’autres découvertes ana logues. O aveuglement! ô cécité incurable! Recevez,Monsieur le Directeur,l’expression de mes sentiments bien dévoués. HORACE PELLETIER.
522 L’INITIATION 'MË'fiw—‘mñ‘w7ä‘I-‘QËLÏ'T‘T’T‘? «.ewæpm.«««. . ,. rÿwrromnr fiAGRÊE (Suite) Par suite d’une regrettable erreur de mise enpages, les pages ci-après, qui auraient dû paraître, dans le numéro defe’urier 1891, ont été omises. Elles prennent rang après la page 256 (numéro de décembre 1890, 9° 2101. n° 3’). Prière au lecteur de vouloir bien rétablir ainsi que nous uenons de l’indiquer. (N. D. L.
R.) Il arrive en effet sur les bords du fleuveinfernal qui le sépare des champs Elysées ; ici, un nouveau piège l’attend. Un nautonier, envoyé par Set, est embusqué sur son passage et il essaie, par des paroles insidieuses, de l’attirer dans sa barque, afin de l’égarer et de l’em— porter à l’Orient, c’est—à—dire à l’opposé de sa course, Où il doit rejoindre le Soleil infernal (XCIII).
Le dé— funt sort vainqueur de cette épreuve, il démasque la perfidie du nautonier et il le repousse en l’accablant d’injures. Alors il arrive devant une autre barque; celle—ci est la bonne, c’est celle qui le conduira sûre ment au port (XCVIII); mais, avant deprendre place dans cette barque, il faut qu’on sache s’il est réelle— mbnt en état d’y monter et s’il est capable d’y navi guer, s’il possède, en un mot, à un suffisant degré, la
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 523 science indispensable à son salut. Le nautonier divin lui fait subir un examen ; cet interrogatoire est une sorte d’initiation. Le défunt passe l’examen de capi— taine (XCIX), et, fait curieux, chaque partie de la barque paraît successivement s’animer pour demander le nom qu’elle porte et quel est le sens mystique de son nom.
' ’ « Dis-moi le nom du piquet pour amarrer la barque ? —— Le Seigneur des mondes, dans son enve loppe,est ton nom. — Dis-moi le nom de la corde P du nœud attaché au piquet? — Anubis, dans les circonvolutions du lien, est ton nom. — Dis-moi le nom du maillet P —- L’adversaire d’Apis est ton nom, etc., etc. » ' Le défunt ayant soutenu victorieusement cet exa— men peut alors s’embarquer ; iltraverse le fleuve in— fernal et prend pied sur l’autre rive, de l’autre côté de l’eau, et il arrive dans les champs Elysées, au sein de la vallée d’Aaroù ou de Balot, dont voici la descrip tion :« Est cette vallée de Balot à l’Orient du ciel de 370 perchesen longueur et 140 coudées en largeur.
Est un crocodile, seigneur de Balot, àl’Orient de cette vallée; dans sa demeure divine au-dessus de l’enceinte est un serpent en tête de cette vallée, long de 30 coudées, le corps gros de 8 coudées de tour (CVIII)... Au midi estle lac des principes sacrés, et le Nord est formé par les eaux de la matière primordiale... (CIX).
Un grand dessin montrant cette vallée ouvre le chapitre CX; on y voit l’Osiris se livrer aux travaux des champs, labourer, semer, moissonner et récolter dans ces champs divins une ample provision de ce I
524 ' L’INITIATlON blé de la science qui va lui devenir d’une nécessité absolue, car plus l’osiris (le défunt) avance, plus il a besoin de science.
Il ne lui reste plus qu’une épreuve à subir, mais c’est aussi la plus difficile, la plus ter rible. — Conduit par Anubis, iltraverse le labyrinthe et, à l’aide d’un fil conducteur qui le guide dans les vastes dédales du labyrinthe, il arrive enfin à pénétrer dans le prétoire où l’attend Osiris assis sur son trône et entouré de ses quarante-deux assesseurs.
C’est le moment solennel, où va être prononcée la sentence définitive qui admettra l’Osiris dans la béatitude où l’en exclura pour toujours (CXXV). Alors commence le dernier et le plus solennel interrogatoire. Il lui ‘ faudra montrer une dose de science assez considé— rable pour lui donner le droit de partager le sort des âmes glorieuses.
Chacun des quarante-deux juges portant un nom mystique va interroger le défunt, et à chacun il doit dire son nom et sa signification ; il doit ensuite rendre compte des actes de toute sa vie, et cette confession commence par être négative.
Le mort en effet, s’adressant tour à tour à chacun de ses juges, doit lui dire et lui déclarer hautement qu’il n’a pas commis tel ou tel autre méfait ; cette confessi0n contient tout le code de la conscience égyptienne. « Je n’ai pas commis de fautes, s’écrie le défunt, je n’ai pas blasphémé; je n’ai pas trompé ; je. n’ai pas volé; je n’ai pas divisé les hommes entre eux par mes ruses. Je n’ai traité personne avec cruauté.
Je n’ai excité aucun trouble. Je n’ai pas été paresseux. Je ne me suis pas enivré. Je n’ai pas fait de comman dements injustes. Je n’ai pas eu une curiosité indis .A1 I’
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 5 2 5 . crête. Je n’ai jamais bavardé. Je n’ai frappé personne. Je n’ai causé de crainte à personne. Je n’ai jamais médit d’autrui. Je n’ai pas rongé mon coeur (c’est-à dire je n’ai pas eu à me repentir de quelques mau vaises actions). Je n’ai mal parlé ni du roi, ni de mon père. Je n’ai pas intenté de fausses accusations. Je n’ai pas pratiqué d’avortement.
Je n’ai pas retiré le lait de la bouche du nourrisson, etc., etc. » On voit par cette dernière citation qhe les vices infâmes de Rome étaient expressément réprouvés en Égypte. Le défunt poursuit et dit: Je n’ai pas fait de mal à mon esclave en abusant de ma supériorité sur lui (1). Enfin le défunt arrive à énumérer le bien qu’il a fait pendant-sa vie. «J’ai fait aux dieux les offrandes qui leur étaient dues.
J’ai donné à manger à celui qui avait faim ;j’ai donné à boire à celui qui avait soif; j’ai fourni des vêtements àcelui qui était nu..., etc. » L’Osiris s’étant pleinement justifié, son cœur étant placé dans la balance avec la justice comme contre poids, il n’a pas été trouvé plus lourd; alors les qua rante—deux juges ont reconnu au mort la science nécessaire.
Osiris rend la sentence sur l’osiris (le dé funt) ; Thoth, comme greffier du tribunal, l’inscrit sur le registre et le mort entre dans la béatitude.
C’est ici que s’ouvre la troisième partie du Liure 1) Une inscription d’un tombeauà Beni-Hassap dit: etAucun Orphelin n’a été maltraité par moi; aucune veuve n‘a été v101entée par moi; aucun mendiant n‘a été bâtonné par mes ordres; a_ucun pâtre n‘a été frappé par moi; aucun chef de famille n'a été opprimé par moi; je n'ai pas enlevé ses gens à ses travaux. »
526 L’INITIATION des morts ; c’est la plus belle de l’œuvre et la moins comprise, parce que son mysticisme est tout à fait obscur pour les archéologues qui ne connaissent pas un mot de l’ésotérisme égyptien. —— Nous voyons en effet l’osiris identifié au Soleil ; avec lui il parcourt les diverses demeures du ciel et le lac de feu, source de toute lumière. — Nous nous arrêterons là, nous réservant de faire un jour une étude toute spéciale de cette partie du livre, car nous trouvons qu’elle mérite une étude très approfondie, qui serait certainement ici hors de propos par son développe— ment, et nous insistons sur ce fait que l’osiris s’iden— tifie avec le Soleil, c’est—à-dire devient un corps lu mineux, une âme—lumière.
III. — L’Ame—lumz’e‘re. L’âme, étant immatérielle, n’a pas de forme tan gible; cependant un grand nombre de psychologues admettent que l’âme rayonne comme une lampe, un corps lumineux. ‘ Les Égyptiens admettaient également ce fait, puis— qu’ils représentaient l’âme comme un disque lumi— neux porté par des ailes; celles-ci symbolisent sa marche rapide à travers l’espace.
Cette lumière est parfois dénommée flamme, comme dans le passage suivant: « Parle-moi, Amsat, dieu des ténèbres! Chaque démon, chaque ombre qui habite le monde souterrain doit obtenir que ceux qui sont morts s’éveillentà ma voix: certaines âmes pour vivre, les autres pour respirer ! Cette conjuration doit faire
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 527 jaillir laflamme aujourd’hui éteinte qu’appelait la conjuration de la grande Isis, alors que par Sa elle assignait son époux, que par Sa elle réclamait son frère..... Parle, ô toi... Un million de fois, je t’en conjure! Tu as parlé au petit enfant (Horus). Dis ce qu’elle a commandé.
Parle-moi :loin de moi ténèbres; viens à moi, 6 lumière ! » Un peu plus loin nous li sons : « Maintenant fais bien attention, et, jusqu’à ce que les dieux apparaissent pour te parler, ne cesse pas de recommencer (la conjuration). » Il nous faut ajouter ici, que dans ce motflamme il faut toujours voir un synonyme de lumière, et nonla flamme qui se dégage aU—dessus des tombes pendant la chaleur de l’été et qui n’est que le résultat de gaz se dégageant de la décomposition cadavérique, gaz qui s’enflamment au contact de l’air.
Ce n’est ici qu’un phénomène physique dénommé, par le vulgaire, feux— follets. « Rien autre que des miasmes putrides que les tombes exhalent, dit Reichenbach (I), et qui montent au-dessus d’elles dans l’air, où le vent joue avec eux, et dont la peur change le tournoiement dans le cou rant d’air en danses d’esprits vivants.
C’est du carbo— nate d’ammoniaque, de l’hydrogène phosphoré et | d’autres produits connus et inconnus de la putréfacä tion, qui, par l’évaporation, développe de la lumière ' odique. Quand la putréfaction est à la fin, les lueurs cessent, les morts sont réconciliés, » c’est-à-dire en tièrement en poussière. Tout autre est la lumière provenant d’une âme. (1) Lettres odiques-magne’tiques, publiées par Caliagnet, p. SI .
528 L’INITIATION L’idée que nous émettons ici n’est pas nouvelle: indépendamment des Egyptiens, nous pourrions citer les Babyloniens, les Chananéens, les Perses qui pro fessaient la même croyance.
Les Juifs, eux aussi, dans la Kabbalah, font le rap prochement suivant entre l’âme et la lumière: « Les kabbalistes disent que l’âme se partage en étincelles et que par chaque partie, il en est exacte ment de même que lorsqu’on allume une lumière à une autre; que de même chaque étincelle peut se communiquer à un corps autant de fois qu’il se trouve de corps pour recevoir une âme (I). » Eliphas Lévi est plus explicite encore; il dit (2): « Car nos âmes séparées de nos corps ressemblent à des étoiles filantes: ce sont des globules (3) de lumière animée qui cherchent toujours leur centre pour retrouver leur équilibre et leur mouvement; mais elles doivent avant tout se dégager des étreintes du serpent, c’est-à—dire de la lumière astrale non épurée qui les entoure et les captive (4,) tant que la force de leur volonté ne les élève pas au-dessus.
L’immersion N de l’étoile vivante dans la lumière morte est un affreux supplice, comparable à celui de Mézence. L’âme y gèle et y brûle à la fois et n’a d’autre moyen de se dégager que de rentrer dans le courant des formes extérieures et de prendre une enveloppe de chair, etc., etc. » (A suivre.) J. MARCUS DE VÈZE. (I) Einsenmenger, II, p. 954. 2) Tome 1“, DOGME, l’Astrologie, p. 319(2' éd.).
1861. â Il faut attacher àce mot le sens de petit globe. {4) Il faut attacher à ce terme le sens de capter. prendre. < 1' ,À J‘ . ( A 54.2““
PARTIE LITTÉRAIRE Le Jardin de Bérénire”’ '5 , Maurice Barrès livre au public son troisième roman. Après l’âpreté des pages douloureuses de Sous l’œil des barbares, l’ardente ironie et la logique serrée d’un Homme libre, voici qu’un délicieux roman d’amour, le Jardin de ‘Bére’nice, complète et clôt la série.
Sous l’émotion d’une lecture récente, saurai—je exprimer le charme indicible, le sentiment d’inef— fable douceur qu’inspire cette figure de Bérénice, frêle et délicate comme une jolie fleur sauvage, plaintive et ré_signée comme une paùvre petite bête malheu reuse, avec sa foi naïve d’enfantelette, toute d’instinct et incapable par suite de songer aux misères de la vie, d’opposer la moindre résistance au choc imprévu des épreuves, si vibrante pourtant du plus léger souci ?
Pareille à l’une des saintes enluminées sur nos vieux missels, soudain ressuscitée de nos jours et fanée par l’air vicié des boulevards, « elle avait de ces images (1) Un vol. in-t2, par Maurice Barrès. Perrin, éditeur, 35, quai des Grands-Augustins. Prix: 3 fr. 50.
5 30 L’INITIATION leur finesse un peu souffrante, mais sans raideur gothique, plutôt mouillée de grâce.
Il semblait parfois que les faiblesses sensuelles de son âme avaient trans piré sur son tout jeune corps et en baignaient les con tours. » Élevée au château de Joigné, dans le musée du roi René dont son père était gardien, Béréniçe y grandit, « seule parmi ces beautés finissantes qu’elle viviflait de sa jeune énergie et qui lui composaient une âme chimérique », jusqu’au jour où, devenue orpheline, elle habita Paris, pour être ballerine à l’Eden.
En vérité ce musée — nous renvoyons nos lecteurs au volume où une admirable description en est écrite — était merveilleusement fait pourèncadrer cette petite fille, qui en devint visiblement l’âme pro jetée : d’imagination trop ingénieuse et trop subtile, -commeles vieux fonds de complications gothiques de ces tableaux; de sens bien vivant, comme ces essais . de paysages et de copie de la nature où la Renais— sance apparaît dans ces œuvres du quatorzième siècle.
« Cette petite femme traduisait immédiatement en émotions sentimentales toutes les choses d’art qui s’y prêtaient.
Les grandes tapisseries de Flandre et les peintures d’Avignon formèrent sa conscience; les orfèvres de Limoges, les, chaudronniers de Dinant lui faisaient une maison parée, où elle vécut sans cama rade et apprit les rêveries tendres qui sont choses exquises dans un décor élégant. » A Paris, Bérénice s’attacha très sincèrement à un jeune homme, François de Transe, qui, pour isoler
LE JARDIN DE BÉRÊNICE 531 leur amour, installa sa maîtresse à la villa de Rose monde, près d’Aigues—Mortes. Aigues-Mortes ! quel inoubliable décor forment au récit ses paysages sublimes de désolation et de gravité! La vie qu’ils menaient là déplut à la famille de François; on le somma de faire le tour du monde. Les derniers jours que passèrent ensemble ces deux jeunes gens furent la fièvre la plus triste.
Bérénice mena son amant à la gare, mais ne se sentit pas le courage d’aller jusqu’à 'Marseille, trop brisée pour supporter la solitude du retour. . Une semaine après leur séparation, elle apprit d’u ami de M. de Transe que celui-ci était mort, vic time d’un sot accident, et lui léguait sa villa de Rose— monde comme un pieux souvenir.
" Ici se place un bien touchant épisode : « M. de Transe aimait beaucoup sa grand’mère et lui racontait toutes ses préoccupations vives, sûr de trouver chez elle de l’affection et une pointe d’admi ration pour tout ce qui le concernait. Comment se serait-il retenu de l’entretenir d’un amour dont il était tout rempli ?
Cette excellente personne accueillit ses confidences avec indulgence : aucun de ceux qui aimaient son petit—fils ne pouvait être sans vertu à ses yeux, puis elle savait que cette jeune fille avait remis à François une médaille sainte qu’elle portait à son cou, en lui demandant de ne quitter jamais ce petit signe Où se rejoignaient leur piété et leur amour. « De son côté, Bérénice, sur la foi de son amant, s’était prise d’un respectueux attachement pour cette “5
532 L’INITIATION vieille dame qu’elle ne connaissait pas, mais considé— rait un peu comme sa protectrice. « Or, un jour, à Nîmes, deux mois après ses gros chagrins, Bérénice, toujours pâle de douleur, étant montée dans un tramway, se trouva assise en face d’une personne âgée, qu’à la couleur de ses yeux, à la douceur de sa bouche, à mille traits qui l’émurent, elle n’hésita pas à reconnaître pour la grand’mère de M. de Transe.
Sans nul doute François avait montré à sa vieille confidente un des chers portraits qu’il portait toujours sur lui, car Bérénice vit bien qu’elle , était reconnue. Les deux femmes ne se parlèrent point, « mais, me disait‘Bérénice, lavieille dame bais— sait les paupières pour que je pusse la regarder tout à mon aise, et c’était la figure même de M. de Transe que je revoyais, puis moi-même je détournais mon regard pour qu’elle me fixât sans gêne.
Ainsi nous limes jusqu’au bout notre chemin , et j’ai bien vu qu’en descendant elle avait les yeux pleins de larmes. » Des semaines se succèdent.
Bérénice vit mainte— nant enveloppée par l’adoration respectueuse et fer vente d’un ancien ami, longtemps perdu, retrouvé par hasard à Arles; et c’est durant leur intimité que Philippe formule pour la fillette l’analyse de ses prin cipes de vie : méthode, plaisirs et devoirs : « La passion dont tressaille votre petit corps vous a fait vivre parallèlement à l’univers.
Vous n’avez pas mis dans une formule, comme les Marc—Aurèle et les Spinosa, ces sublimes raisonneurs, l’âme du monde, mais on voit s’agiter en vous la force même qui mène
LE JARDIN DE BÉRÉNICE 533 le monde. Et vos inquiétudes passionnelles, qui pré cisément ne vous laissent pas prendre conscience de l’univers, m’aident à entendre la réclamation des sim« ples fleurs, des pauvres animaux qui soufirent comme vous pour avoir entrevu un état plus heureux, et, comme vous, comme nous tous, veulent monter dans la nature.
« Ton rôle, ma Bérénice, est de faire songer aux mystères de la reproduction et de la mort, ou, plus exactement, il faut qu’en toi tout crie l’instinct et que tu sois l’image la plus complète que nous puis— sions concevoir des forces de la nature. Rien de plus, mais quelle tâche délicate...
« Ton plaisir, ma chère Bérénice,c’est d’être enve loppée par la caresse, l’effusion et l’enseignement d’Aigues-Mortes, de sa campagne et de la tour Cons tance... Tu te mêles à Aigues-Mortes; tes sensations, tu les as répandues sur toutes ces pierres, sur cette lande desséchée. C’est toi—même que te restitue la brise qui souffle de la mer contre ta petite maison, c’est ta propre fièvre qui te monte le soir de ces étangs.
« Et, pourtant, cette rêverie où vous vous abandon nez,Aigues—Mortes et toi, ne te suffit pas. Ton âme dis persée sur cette terre, ta souffrance émiettée, tu aurais plaisir à t’y recueillir, à en déguster chaque détail. Aigues—Mortes reste trop dans les généralités; tu as besoin d’un confident plus intime et aussi plus expli— catif.
Ta petite âme suave, si frémissante à toutes les solidarités de la nature, précisément parce qu’elle est neuve, obs“cure, a peu conscience d’elle-même; toi
534 ' L’INITIATION qui t'accordes profondément avec cette contrée, tu t’inquiètes pourtant, tu te crois isolée; tu aspiresà rentrer dans le personnel. C‘est pourquoi je projette que tu jouisses, que nous jouissions ensemble des voluptés de la confession. « En te révélant à moi, tu oublieras ta solitude : tu t’épancheras, et donneras ainsi la gaieté des eaux vives aux douleurs qui croupissent en toi. « Tu as des devoirs, Bérénice.
Il ne suffit pas que tu sois une petite bête à la peau tiède, aux gestes fins, et une enfant qui se confesse avec naïveté; tu dois être mélancolique... C’est dans nos tristesses que nous désirons le plus posséder la vérité pour qu’elle nous soit un refuge, et c’est par l’amour que nous la trouvons, car elle n’est pas chose qui se démontre...
« Les souffrances d’amour marquent ceux qui les supportent, au point que quelques—uns en sortent méconnaissables: elles décantent nos sentiments, fécondent des cellules jusqu’alors stériles de notre ' moelle, et nous poussent aux émotions religieuses. » Sur ces entrefaites, le sénateur opportuniste d’Aix, se sentant mourir, mande Bérénice à son chevet, déclare qu’il la tient pour sa fille, lui lègue cent mille francs, et lui conseille d’épouser un certain Charles Martin, l’adversaire de Philippe aux élections, un homme qui tenait pour droiture parfaite chacune de ses pensées et de si grossière énergie qu’il la mettait perpétuellement en opposition avec chaque parcelle de l’univers. Docile aux sollicitations de son entourage, à celles
LE JARDIN DE BÉRÉNICE 535 ' de Philippe lui-même, résignée toujours, Bérénice consent à ce mariage de convenance; mais défaillante bientôt de lassitude et de tristesse, ‘sortie de son ins— tinct dont elle a froissé les volontés mystérieuses, elle souffrit comme souflrirait la nature entière si elle était soumise à des lois particulières. Les choses allèrent plus vite qu’il n’eût été raisonnable de le prévoir, on ne douta plus de sa fin prochaine.
Philippe l’assista à la minute suprême : « Peut—être se sentait-elletrop de faiblesse pour par ler, et je n‘avais d’elle que ses doigts qui caressaient doucement ma figure, mais je compris soudain avec épouvante qu’elle me regardait pour me voir une dernière fois. Depuis combien de temps cette pensée en elle ?
Ah ! ces regards où de pauvres hommes et de pauvres bêtes nous avouent le bout de leurs forces; regard tendre et voilé de ma Bérénice qu’affligeait la peur de la mort ! Il me parut plus pitoyable qu’aucun mot désolant qu’elle eût inventé pour se plaindre. Je lui parlai des promenades que nous ferions encore dans la campagne, et elle se mità pleurer sans répondre. « Je ne crois pas qu’elle ait eu de graves souffrances physiques.
La sœur qui l’assistait et à qui par délica— tesse de femme elle confiait toutes ses misères, m’a dit : « Si elle a beaucoup souffert, c’est de quitter sa beauté, ses souvenirs et toutes ses choses de sa villa. » Elle eut un délire de petite fille, et à moi, qu’elle avait fait asseoir au bord de son lit, cela paraissait si impossible que cette enfant participât d’un mystère sacré comme est la mort que je croyais parfois à un jeu de fiévreuse. À
536 L’INITIATION « J’ai vu mourir Bérénice ; j’ai senti les dernières palpitations de son cœur qui n’avait été ému que de l’image d’un mort. Elle était couchée sur le côté, comme ces pauvres bêtes dont elle eut toute sa vie une si grande pitié. Sans doute elle sentit la mort la posséder, car son visage gardait une terreur inexpri— mable.
Et moi je cherchais un moyen de lui témoi gner la plus tendre sympathie, d’adoucir ce passage misérable; j’embrassais ces yeux où roulaient les der— niers pleurs...
' « Elle eut la mort d’un pauvre animal qui pour finir se met en boule dans un coin de la maison de son maître, mais un maître dont il est aimé. » n. I C C Aux 'côtés de Bérénice se dessine une seconde figure non moins attachante, plus curieuse encore, celle de Philippe, familière déjà aux lecteurs de Sous l’œil des Barbares et d’Un Homme libre.
Maurice Barrès explique comment un homme d’étude, un égotiste, peut arriver à se passionner pour les masses. « L’égotisme est une propriété close, c’est vrai! mais où nous cultivons et nous jouissons.
L’égotiste admet bien plus de formes de vie; il possède un grand nombre de passions, il les renouvelle fréquemment; surtout il les épure de mille vulgarités qui sont les conditions de la vie active. » Un dialogue sur le général Boulanger, échangé entre MM. Renan et Chincholle, avait brusquement éclairé Philippe sur son besoin d’activité et sur les
LE JARDIN DE BÉRÉNICE 537 moyens d’y satisfaire. Ayant fait les démarches con venables et discuté avec les personnes qui savent le mieux la géographie, c’est la circonscription d’Arles qu’il choisit. Mais quelle ligne politique prendra-t-il pour se gui der P Une phrase, dite par Renan à Chincholle, expose fort bien sa façon de comprendre le rôle qu’il ambi tionne.
« Si vous marchez avec la partie forte, avec l’ins tinct du peuple, qu’avez-vous à craindre ? « Vous n’avez qu’à suivre les secousses de l’opi nion, toujours la vérité en sort et le succès.
Les mou vements que fait instinctivement la femme qui enfante sont précisément les mouvements les plus sages et qui peuvent le mieux l’aider. » A tout instant Philippe insiste sur cet inconscient de l’âme populaire, grâce auquel les nations suivent irrésistiblement la voie du progrès.
Dans un dîner qu’il offre à Simon, son confident intime, afin de lui présenter Bérénice, comme celui ci croyait que Philippe visitait les hommes impor tants de la région, grands propriétaires, chefs d’usine et autres, voici quelle réponse lui est faite : « Tu viens de juger avec ce que tu as d’inférieur; tu as consenti à avoir du peuple une perception sen sible, toi, si mal doué (comme moi d’ailleurs) pour ce qui est des yeux!
Ne sais-tu pas que si tu étais peintre, tu te trouverais pittoresque, au contraire... « L’âme populaire a le dépôt des vertus du passé et garde la tradition de la race; en elle, comme dans
5 3 8 . L’INITIATION un creuset où tout acte dégage sa part d’immortalité, “l’avenir se prépare. » Plus loin, dans un autre chapitre : « Quelle est l’âme du peuple? Je veux frissonner avec elle, la comprendre par l’analyse du détail, comme l’adversaire, et par amour, comme Bérénice; arriver enfin à en être la conscience. « En causant avec des électeurs d’une certaine classe, pris individuellement, je croyais avoir affaire au peuple; cela est faux.
Les hommes réunis par une passion commune créent une âme, mais aucun d’eux n’est une partie de cette âme. Chacun la possède en soi. mais ne se la connaît même pas ; c’est seulement dans .l’atmosphère d’une grande réunion, au contact des passions qui fortifient la sienne, que, s’oubliant lui et ses petites réflexions, il permet à son incon scient de se développer. De la somme de ces incon scients naît l’âme populaire.
Pour la créer, seuls valent des ouvriers, des gens du peuple, plus sponta nés, moins liés de petits intérêts que les esprits réflé— chis. Elle est analogue à chacun de ceux qui la com posent, et n’est identique à aucun. Elle dépasse tout individu en énergie, en sagesse, en sens vital. Ce qu’elle décide spontanément ce sont les conditions nécessaires de la vie... « Personne n’est la vérité complète, tous nous en sommes des aspects.
Donc si l’un de nous n’existait. pas, un des aspects de la vérité manquant, la vérité complète ne serait plus concevable... « Dans la vie, les sentiers les plus divers mènent à des culbutes qui se valent; en dépit de tous les plans / .r>«.—«' w,« w..« _.r r—-4.\f"‘rm—aæaüw‘p"‘ NW—Wvxw'w—Nrfim . r ,e ‘ L- . ..J
LE JARDIN DE BÉRÉNICE 539 que nous concertons, les harmonies de la nature se font selon un mécanisme et une logique où nous ne pouvons influer. » Et Philippe s’élève à une conception grandiose de l’évolution, de la solidarité universelle et de son aspi ration au retour à l’unité que ne désavouerait pas un maître en hermétisme : « Nos méditations, comme nos souffrances, sont ' faites du désir de quelque chose qui nous complète rait.
Un même besoin nous agite, les uns et les autres, défendre notre moi, puis l’élargir au point qu’il con: tienne tout. Voilà l’ardeur inconsciente qui soutient chaque être sur la vie. Le sillage que laissent les morts donne excellemment la direction de leur exis tence; or, l’ensemble de ces sillages nous apparaît comme un effort unanime pour prendre une con science plus large de l’univers.
« Les longues époques où notre race était en friche sont passées. Peut—être sur nos âmes a—t-il apparu des modifications plus frappantes depuis cinquante ans que durant trois siècles.
Chez beaucoup d’entre nous, ce devient une grande difficulté de retrouver le fonds; les âmes comme Bérénice sont bien rares.‘ Mais allons à quelques pouces sous cette plaine d’Aigues— Mortes, très vite elle se révèle, et c’est par cette con naissance que nous pouvons l’utiliser. De même pour le peuple, il faut connaître sa tradition, ses besoins profonds... « L’unité!
Voilà donc le rêve universel, l’aspira tion des esprits réfléchis et des plus grossiers. Elle satisfait ses besoins moraux et les désirs des contem
540 L’INITIATION platifs, mais elle est aussi la santé et le bien-être de nos corps, en sorte que la religion gœthienne : vivre en harmonie avec les lois de la nature, n’est que la formule la plus élevée de l’hygiène. » Mais la pensée ne prend sa forme complète que dans le discours de Philippe à Simon : « Ah ! mon cher Simon, que ne sommes-nous dans le triste jardin de Rosemonde!
Viens à Aigues Mortes et tu découvriras entre ce paysage, ces ani maux et maBérénice des points de contact, une part commune. Il t’apparaîtra qu’avec des formes si variées, ils sont tous en quelque façon des frères: des réceptacles qui mourront de l’âme éternelle du monde, âme secrète en eux et pourtant de grande action.
Je me suis mis à leur école, car j’ai reconnu que cet effort dans lequel tous ces êtres s’accordaient avec des mœurs si opposées, c’est cette poursuite même, mon cher Simon, dont nous nous enorgueil lissons, poursuite vers quelque chose qui n’existe pas encore. Ils tendent comme nous à la perfection...
« Avec le seul secours de l’inconscient, les ani— maux prospèrent dans la vie et montent en grade, tandis que notre raison, qui perpétuellement s’égare, est par essence incapable de faciliter en rien l’abou tissement de l’être supérieur que nous sommes en train de devenir et qu’elle ne peut même pas soup çonner. C’est l’instinct, bien supérieur à l’analyse, qui fait l’avenir.
C’est lui seul qui domine les parties inexplorées de mon être, lui seul qui me mettraà même de substituer au moi que je parais le moi auquel je m’achemine, les yeux bandés.
LE JARDIN DE BÉRÉNICE 54.t « Sans doute, dans la suite j’appliquerai ma clair voyance à cet état qu’il m’aura conquis. De tous les échelons où l’inconscient nous transporte, nous pre nous un plus vaste horizon du monde. Ah! vienne l’instant où il m’aura avancé si haut dans l’échelle des êtres que j’embrasserai l’univers et que j’en pren— drai conscience !
Alors j’aurai atteint à ce moi qui est complet, qui est mon principe et ma fin et l’impul sion de ma culture. Je serai l’absolu conscient, je serai Dieu! » C’est le lendemain de son arrivée à Arles, tandis qu’il déjeune dans la salle de l’hôtel, qu’un heureux hasard le met en présence de sa petite amie Bérénice, si tendrement affectionnée parce qu’elle était pour lui une chose d’amertume.
« Ame triste et déshéritée de Bérénice, je vous aime; je ne prétends pas vous imposer mon âme, mais à vous qui n’avez pas bouleversé sous mille cultures la part originelle que vous avez reçue de votre race, je demande que vous me soyez un direc— teur. « Et toi aussi, mélancolique pays, parent de Béré nice, enseigne-moi.
« L’un et l’autre vous avez suivi le fil de votre race et l’instinct de votre rêve; moi je suis impuis sant à rien défendre contre la mort. Je suis un jardin où fleurissent des émotions sitôt déracinées. Bérénice et Aigues-Mortes ne sauront-ils m’indiquer la cul .ture qui me guérirait de ma mobilité P Je suis perdu dans le vagabondage, ne sachant où retrouver l’unité de ma vie. Je n’espère qu’en vous pour me guider. »
542 L’INITIATION a “n‘a—Ona—‘I-eNM De fait, Philippe choisira Bérénice— Petite Secousse comme on l’a surnommée —— et cette plaine soli— taire pour conseillères et pour consolatrices; près d’elles il se réfugiera pour se rafraîchir de la fatigue et de la poussière des complications électorales. Les journées qui suivirent l’enterrement de Béré— nice, il les donna avec une ponctualité en quelque sorte machinale aux devoirs de son nouvel état.
Mais déjà il ne lui était plus qu’une passion refroidie, un casier de son intelligence. Et ce pays aussi qu’il avait dû orner de toutes ses émotions pour s’en faire un séjour utile, maintenant qu’il allait le quitter n’avait plus poür son âme d’impériosité.
Une nuit il ressentit avec une intensité toute parti culière que la préoccupation dont il venait de vivre pendant huit mois était assouvie et qu’il lui en fallait une autre. , « Toute nuance nouvelle que prend notre âme implique nécessairement une nuance qui s’efface. La Sensation d’aujourd’hui se substitue à la sensation précédente. Un état de conscience ne peut naître en nous que par la mort de l’individu que nous étions hier.
A chaque fois que nous renouvelons notre moi; c’est une part de nous que nous sacrifions, et nous pouvons nous écrier : Qualz‘s artifex pereo, quel artiste je tue! » ' La difficulté de se composer un nouveau moi se compliquait pour Philippe du regret de détruire ce qu’il était aujourd’hui. « Auprès de la mer uniso— mante, je souffrais que ma vie fût une suite de sons sans harmonie. Pourquoi ne puis-je, comme l’Océan,
LE JARDIN DE BÉRÉNICE 543 pousser la vague qui naît dans la voie de la vague qui meurt, et comme lui me donner la puissance et la paix. » Ce problème, qui n’est autre que se trouver une loi, lui fut si agréable ce soir—là, et si doux aussi le vent généreux qui soufflait du large, qu’il se résolut d’al ler, en mémoire de Petite Secousse, jusqu’au jardin d’Aigues-Mortes.
La nuit d’octobre était chaude, ou plutôt son imagination échaufiée; il se décida, étant un peu las d’attendre le matin en se couchant sur des touffes de fleurs/violemment parfumées.
Dans son état de nerfs, ces arbres et toutes ces choses qu’il connaissait si bien firent se dresser devant lui, à tous instants, des apparences fantas— tiques, et Bérénice lui parla : ‘ « Reconnais en moi le petite secousse par où chaque parcelle du monde témoigne l’effort secret de l’inconscient; où je ne suis pas, c’est la mort; j’ac— compagne partout la vie.
C’est moi que tu aimais en toi, avant même que tu me connusses, quand tu refusais de te façonner aux conditions de l’existence parmi les barbares ; c’est pour atteindre le but auquel je t’invitais que tu voulus être’un homme libre. Je suis dans tous cette part qui est froissée par le milieu.
Mon frisson douloureux agite ceux-là mêmes qui sontle plus insolents de bonheur, et, si tu observes avec clairvoyance, tu verras à t’attendrir sur eux; l’attitude provocatrice de celui-ci cache mal sa fai blesse, à laquelle il voudrait échapper; la sécheresse que cet autre pousse jusqu’à la dureté, n’est qu’im \ puissance a s’épanouir. Estime aussi les misérables;
I ,_ d‘ 1 544 L’INITIATION parfois il est en eux de telles secousses que c’est pour avoir tenté trop haut qu’ils glissent bas. Personne ne peut agir que selon la force que je mets en lui. Je suis l’élément unique, car sous son apparence d’infinie variété, la nature est pauvre, et tant de mouvements qu’elle fait voir se réduisent à une petite secousse, propagée d’un passé illimité à un avenir illimité.
Pour satisfaire ton besoin de simplification qui réclame de l’unité, comprends qu’il faut t’en tenir à prendre conscience de moi, de moi seule Petite Secousse qui anime indifféremment toutes ces formes mouvantès, qualifiées d’eir_eurs ou de vérités par nos jugements à courte vue. » Votre Jardin de Bérénice est une œuvre magis— trale, Maurice Barrès, et votre Philippe, aussi vaillam— ment armé pour livrer le combat de la vie, se taillera vite une place s’il existe en quelque lieu du monde, et sera l’homme de l’avenir !
GEORGE MONT1ÈRE. BATRAGlEN MÊLUMÂN’E (Suite) Mais de tous les instruments le plus sonore, le plus flexible, le plus tendre, le plus joyeux ou terrible me parut celui que dame nature m’avait planté dans le gosier. . ._ -__L
BATRACIEN MELOMANE 545 Ma voix,qui montait aux notes les plus élevées,des cendait jusqu’aux plus graves et sans que j’y prisse de garde, elle pouvait acquérir certaine expression étrange, plus qu’humaine; des vibrations de cristal tombant comme une pluie de lumière dans l’âme de ceux venus pour m’entendre , leur occasionnaient vertiges et frémissements.
Tremblants, ils ne trou vaient pas la force de fuir si bien que je les pouvais traîner à mes trousses comme agnelets courant der rière la mère brebis. Quelquefois, se faisant douce et pitoyable, ma voix se laissait aller aux mélodies naïves dans les chansons de gestes léguées par nos ancêtres au populaire.
Sou ventes fois aussi, par effort de travail ou inspiration de nature, déplaçant les tons, j’introduisis des modu lations nouvelles dans les chants de plus haute science destinés aux oreilles des personnesde lettres, honneur discrétion et dignité. ' Les ignares et rustiques demeuraient bouche béante, tout cois.
D’autres, plus fins et mieux façonnés pour l’impression, étaient agités et secoués par fièvre de délire; alors les larmes de couler àla façon des 'fontainettes sur roc tout comme s’ils eussent mené grand deuil. Mais moi-même plus que les autres, j’étais soumis, à cette sensibilité qui fait tressauter le cœur.
Tout s’effaçait, je ne sentais plus le sol sous tues pieds et nulle incommodité de posture si bien qu’un malintentionné eût pu m’occire trahistreu ' äsement sans que je m’en donnasse de garde.Souventes fois mes amis me voyant tremblant des membres, tout décomposé de visage, voulurent me faire cesser mon 18 ......a... _ 5.. . ...e -.......m, .r-. .._, .\. .__. .... , .a ........ «.W-em‘m‘e " - L L * :x A 2\vèwæ. :.........a e-—«———————— Irt
546 L’INITIATION chant; mais, malgré eux et mon propre vouloir, il me fallait chanter jusqu’à ce que je cheusse défait et pâmé. ’ Quoique cet état pour lors fût déjà décrié, je devins ménestrel allant de province en province, de ville en ville, de château en château porter mon gai savoir et mes chansons. Aucuns me recevaient dignement, me donnant chaînes d’or, hanaps ciselés, précieuxanneaux et me voulaient entretenir pour un long temps.
Plu sieurs aussi me chassèrent très vilainement et me vouèrent au feu de messire saint Antoine, disant qu’ils étaient saoûls d’oui’r mes bourdes. Il Ceci advint en l’an de grâce 1483 alors que notre bon Sire Louis le onzième passa de vie à trépas. Après une longue chevauchée dans les plaines de Cham— pagne, certain jour comme le soleil allait disparaître, j’arrivai dans ce village dont vous êtes le maire, mon sieur Jacques Debraÿ.
Voyant une petite foule de vilains qui s’ébattaient très plaisamment, je m’arrètai à les regarder. Comme dans le Jeu de Marz’on et Robin je les vis s’asseoir sur la mousèe emmi fleurettes pour manger fromages gras et pommes rouges. Ils jouèrent à se proposer des énigmes et se donner des gages. Le sort désigna un roi qui pour couronne se coifi’a du chapel d’une gente bachelette. Chacun devait s’approcher de , la Cour pour répondre au roi. Si la réponse n’était pas jugée bien séante et à point, il fallait payer qui un _.Ilh____ _-. .._-__
BATRACIEN MÉLOMANE 547 . . ....w,a. .« bâton bien ouvragé au couteau, qui un surcot de bon drap, qui un hanap; aucuns devaient fournir à boire et à manger, morceaux de porc à la sauce d’ail et huile de noix, gras chapon ou autres victuailles. Les gentes donzelles payaient l’amende avec un baiser, pris sur la bouche.
« Or ça, bonnes gens, dis—je allant vers eux, vou driez-vous pas danser un petit sur l’herbe douce à l’heure de cette fraîche vesprée? Je suis fin ménétrier; si quelqu’un sait mener la tresse, à l’ouïr mon rebec les jambes se mouveront toutes seules. » Bientôt nos bons manants, jeunes ou vieux, furent en branle. Ils se trémoussaient, gigotaient, se déhan— chant, sautant et tournant comme charretée de diables dans un bénitier.
Et moi je songeais en regardant le ciel rouge der— rière les toits pointus des chaumières et les grosses tours du château; je songeais de telle sorte qu’oubliant danse, musique et vilains, je jetai mon rebec sur la mousse et commencai à chanter un de mes beaux lais d’amour avec les paroles qui venaient de me des cendre dans la fantaisie. Les danseurs s’étaient arrêtés tout net comme cloués au sol.
Les petites fauvettes et divers menus oiselets qui caquetaient dans la haie prochaine, avaient interrompu leur ramage. Cependant j’ouïs un murmure de voix. Les ma— nants se rangeant de façon très hâtive, disaient : « Par Saint-Jehan, vecy monseigneur et madame! »‘ C’étaient le châtelain et la châtelaine. « Pour Dieu, dit le chevalier, vecy ung gentil me -- \\\sä-._
548 L’INITIATION \ nestrel,bon compaignon et de belle lignée. Il fera chière liesse et nous le festoierons moult honneste— ment. N’est-ce pas bien pensé, dame? Et le chevalier, digne et gracieux gentilhomme, s’avança pour m’accoller bien courtoisement tandis que la dame répondait d’une voix qui sonnait douce comme murmure de palombe. « C’est sagement pensé et dignement parlé, chier Sire.
Le gentil menestrel aura accointance chez nous comme il appartient à noble hoste et viendra gésir en 'nostre hostel si tel est le bon vouloir de mon sei gneur » Levant les yeux pour les remercier en bonne ma— nière de si haute courtoisie, je regardai leurs visages. Celui du chevalier, quoique souriant de plaisante façon, me parut très âpre, et je fus un petit de temps avant d’y prendre accoutumance.
Il avait, la chose pour lors était rare en nos contrées, teint obscur, cheveux et barbe d’un noir horrible comme s’il fut né au delà des mers, ès pays des Sarasins servants de Mahom. Ses sourcils buissonneux et foisonnants se rapprochaient en se courbant l’un vers l’autre comme béliers prêts à se testonner. La dame me regarda d’un regard si doux que je le sens encore pénétrant ma poitrine d’une subtile flamme.
Je baissai les paupières comme offensé par un rayon du soleil de midi et je demeurai troublé et mal content. ' C’est que je venais de me sentir frappé par le coup que la destinée m’avait réservé en cette minute. Le cœur me battit trop fort sous le pourpoint. Plus ne t Mâl!“_.,ÿqn—s _-,=;,_; _._,, ,. . ..—.... m...»— WE-«lv‘"fl c >«Iow'O-flv‘l’v-v‘O‘t ' ,.r- 'blm .. .L ,, _ x.. .;_,.,....... .,.«..u_‘:> M... s; :,.*.a «....æ. a1«A; - — ' ' - 4! L
BATRACIEN MÉLOMANE 549 m’était nécessaire de regarder la dame pour voir ses yeux, des yeux d’un bleu éclatant et pur comme celui des fleurs de lin qui sont semées dans nos champs. Ne pouvant mettre hors de suspicion que j’étais épris à grand dommage pour mon âme et mon repos éternel, comme bien discret et bien sachant homme, je pourpensai me tirer hors de danger en refusant l’hospitalité des châtelains.
Vain fut rendu ce bon propos ; il fallut suivre leur dessein, car ni par beau nipar laid, je ne pus d’eux obtenir congé de suivre ma route. Messire Raoul, ainsi se nommait le chevalier, et ma dame Yolande, cette tant belle jeune femme qu’il avait de frais épousée, s’éprirent pour moi d’une singulière amitié et peu accoutumée. Le soir_ ils me menèrent banqueter avec grand honneur au château et coucher en une belle chambre.
Le lendemain il convint suivre le chevalier en déduit de chasse, voler en rivière et forcer hérons avec gerfauts. Le temps ne nous durait guère, s’écoulant en plaisants devis et sages propos.
Toujours fallait-il jouer du rebec ou chanter quelque rondeau et sirvente, car madame Yolande qui ne lassait oncques, gentement disait: « Beau ménestrel, volon tiers ne me partirais—je d’aussi gente compagnie comme la vôtre; vos vers sont aussi suaves que miel et votre voix plus douce que celle des anges du pa radis. » Adonc, pour abréger le discours, un matin, monsei gneur Raoul me vint dire : —— Chier Jehan, bel ami, il me faut entreprendre un voyage pour besognes privées, mais je serai de retour . -..4._*-_,‘_ L-LL
550 L’!NITIATION dans un petit de temps. Entretenez-vous donc céans en liesse et joyeuseté. Je bénis le ciel qui m’ouvrait cette porte pour sortir du danger de naturelle concupiscence et tentation, si bien que je répondis: — Partez donc, très loyal, digne et bien avisé sei gneur; j’irai chanter plus loin. —- Ah! que nenni dà, il vous convient demeurer et donner patience à ma dame, car vos chants adouciront l’amertume de mon partement.
Je fis comme il voulait. Aurais—je suspecté que le méchant préparât une bourde si bien affaitée et que, sous couleur d’amitié et couverture de voyage pour besognes privées, il célât le très scélérat dessein entre pris pour cause de jalousie noire et fausse doutance ?
Madame Yolande, grandement femme de bien et si sage en toute chose parfaitement en point, ne discon— tinuait de parler avec louanges de monseigneur Raoul, combien que il fût absent des yeux d’elle. Je soutenais ses propos car, touché du dard amou— reux fort avant, je ne l’osais cependant convoiter et requérir.
Mais par force de continuation et fréquen tation, tout en pourpensant contenir mon langage et voiler celui de mes yeux, chaque jour s’allumait et avivait le feu de mon âme. En elle je fichai tout mon amour. Il ne serait pas léger à compter combien je fus assotté d’elle, si bien que travaillé pas fière et déme surée langueur, je sentais mon coeur brûler comme belle herbe jetée dedans le four.
En prolongeant si rude souffrance je devenais homicide de moi-même. . . , . Wv ..\. ,.—.,u.,AWI ,.__præ.—.«_.,ruJw »,..._-, 'wm .7 m.—_.. » r
BATRACIEN MÉLOMANE . 551 Que vous dirai—je ? Un beau soir,comme son regard tombait sur moi plus que d’accoutumance parfait en douceur et beauté, je me laissai choir à ses genoux et prenant la rose qu’elle respirait je la priai qu’elle l’octroyât comme guerdon d’amour. D’un coup son visage se fit tout rosé et se levant comme piquée de mauvais scorpion, elle dit : -— Oh! pauvre ménestrel, puisseton cœur s’amender et ta langue se contenir.
Pour notre commune for tune il te faudra fuir de céans. Monseigneur Raoul en . vengeance est bon maître et ouvrier. e me récitez propos d’amour; vous aiguiseriez le couteau qui vous donnerait male mort. Partez donc, très loyal et bien parfait ami, partez et que Dieu vous sauve! Ce disant elle s’enfuit, laissant la fleur sur la forme où elle s’asseyait.
Je la regardai par derrière, con— templant, avec secrète convoitise que messer Satanas excitait en moi, ses longs cheveux frémissants comme ruisseaux d’or échappés de dessous le grand hennin à deux cornes, le long de ses épaules, et sa taille aussi souple que rameau de cendrier et de ses reins bien cambrés la chute très amoureuse. Pour marcher sans empêchement elle avait relevé la longue queue de sa robe, .l’attachant à un crochet d’ivoire.
Elle traversa la salle et soulevant une lourde tapisserie7 se retourna plusieurs fois bien vitement et disparut. Et je crus entendre un petit souffle bas commésou pir étouffé. / Seul dans la grande chambre jonchée de nattes et de fraîche verdure partout épandue, je repassais, tout ;hn>\iæ‘-1ws_.W”N.“N‘VflWM«‘QMAWW\MMM ê =.. - e
5 52 L’INITIATION courroucé et bien marri, les rares perfections de celle qui tant me mettait hors de sens; son front blanc, uni, bien fenestré, ses yeux célestes longuement fendus dont le regard était rendu plus lointain et. amoureux par des sourcils arqués, peints avec pinceau; les fos settes de ses joues rondelettes emmi rougeur légère, les mains flexibles aux ongles doucement rosés...
Alors piteusement je maudis fortune qui ne m’avait octroyéla seule femme, par nature, idoine à rafraî chir cette chaleur peu supportable qu’amour allumait en moi. Fièrement travaillé par mélancolie je sentis chaudes et grosses larmes issant dehors de mes yeux pour couler le long des joues. Je sortis à travers jardins et vergers et je chantais pour apaiser l’irritation de ma douleur.
Les paroles qui au vif dépeignaient l’état de mon âme, me ve naient d’elles—mêmes avec abondance. Je chantais tantôt de façon dolente et plaintive, à d’autres mo ments, enfiévré et mis en démence par rage et déses poig,je chantais avec rudes et adirés accents comme robin féru qui, la nuit, beurle au fond des bois...
Il me sembla alors dans mon rêve, si toutefois je rêvais, qu’ici j’interrompis le narrateur pour lui dire que son jargon mêlé d’archaïsmes devenait fas tidieux. Le sire Jehan de Trinquemar parut se fâcher. Il murmura: —— Par les tripes de Mahom! que le feu de sainct Anthoine arde le vieux ribaud! puis s’adressantà moi: — Est—ce que par hasard, mon langage n’est pas I - '.....,._.æ,.._._. -r ' _ . Zr
BATRACIEN MÉLOMANE 553 plus intelligible que la prose de vos modernes déca dem‘s, fin de siècle ? Allons donc, que diable! sachez moi gré de ma bonne volonté; je me rapproche Ëutant que possible de votre français. Mes sentiments sont gothiques; puis—je les habiller à votre guise? Essayez— donc de voir Charlemagne et ses preux en bonnet de coton ou avec des faux cols.
Me permettrez—vous au moins de rapporter textuel lement les paroles qui furent échangées pendant le quart d’heure précédant ma mort? lll Je crois bien qu’ayant fait un signe de muet acquies cement pour encourager Jehan, j’entendis celui-ci reprendre son discours. — Vous avez dû concevoir de moi, monsieur, une opinion favorable.
J’étais un jeune homme parfaite ment honnête; aussi, pris de remords, après le premier instant de révolte, voulus—je fuir. Quand j’allai pour dire à mon valet Aubert de seller les chevaux, je trou vai la place vide. Leste, avisé et surtout polisson, ce maudit maraud était à courir le guilledou au village. Franchement le dévergondage du drôle n’était—il pas une 'maladresse de la Providence?
Au moment où j’allais accomplir un acte de vertu elle m’enlevait les moyens matériels de l’exécuter. A l’endroit où vous êtes, si vous pratiquiez des fouilles, vous trouveriez les substructions d’une cha— pelle qui .déjà était en ruine lors de mon séjour chez les châtelains.
5 54 L’INITIATION .v.>> » I. r Des voûtes effondrées il ne restait plus que de mat gres arceaux; entre les piliers la chute des pans de mur,'agrandissant les baies primitives, ouvrait de grands trous irréguliers sur le fond de l’édifice encore assez bien conservé, Sur cette carcasse architecturale le lierre collait ses feuilles sombres et luisantes; les chevrefeuilles vaga bonds jetaient leurs guirlandes d’une travée à l’autre; les rosiers sauvages, montant le long des piliers comme des colonnettes supplémentaires, allaient fleurir à travers les enroulements capricieux et la vé— gétation fantasque des chapiteaux sculptés.
J’aimais l’ombre et le silence de ces vieilles ruines où je venais chercher des inspirations. C’est là qu’après avoir constaté la disparition d’Au bert, j’allai m’asseoir sur les marches de l’autel déla— bré. Façonné à l’improvisation, je sentis mes désirs et mes regrets se formuler en une ballade que j’attaquai immédiatement à plein gosier. N’ayez pas peur, je ne la chanterai pas.
Vous trouveriez les paroles de mau vais goût et la musique monotone. Il y a ici une ques— tion de mode inutile à discuter. Je puis cependant vous dire qu’aux premiers accès d’emportement rebelle succédait une résignation plain tivement douloureuse d'un effet irrésistible sur toute âme sensible et musicale.
Le refrain, qui en quatre vers condensait l’histoire de mes tourments, se terminait par une note d’une excessive douceur, d’une tristesse insondable, pleine de soupirs refoulés, d’espoirs déçus, de soumission offerte, chargée de tendresse, grosse d’amertumes.
BATRACIEN MÉLOMANE 5 5 5 C’était pour ainsi dire une note pleurée qui allait rallentendo, puis tombait dans l’ombre-et le silence nocturnes comme une perle d’harmonie. — Mon biau ménestrel, fit près de moi une voix hélas trop connue, mon biau ménestrel, que fais-tu céans? Que n’est tu jà sur ton partement par ceste belle nuictée tant propice ?
Madame Yolande, qu’attirait la langueur magique de 'ma mélodie, accourait comme le fer qu’aspire l’aimant; elle s’assit à mes côtés sur la pierre froide. Je me levai en m’écriant avec violence. — Pour Dieu, dame, ostez-vous car plus n’en puis— je souffrir. Méchante et mal advisée êtes-vous qui cuydez entasser très aigre et plus poignante douleur que n’en put oncques porter cueur léal d’amoureux.
Pour néant n’eussé-je décelé ceste chaleur désordonnée, ce très violent amour qui m’arde les entrailles et qui seurem‘ent me doit conduire à mort car aucuns sont morts à plus petite occasion... Et me rapprochant d’elle, je continuai avec une intonation moins âpre: ——Mais, dame, c’est vous qui du profond de mon âme avez tiré le secret propos. C’est vous qui avez tant de fois empesché mon partement et ores ne saurai je plus me taire.
Comme tendres fleurettes qui se sèchent, ainsi se perd ma jeunesse contre ordonnance et inclinacion de nature. Par ceste tant belle et com mune passion de musique nos=âmes sont entreliées. Qui nous pourra forclore de l’entière et léale amour qui les doit enlacer I’ T0mbant à ses genoux je lui pris les mains. . Elle voulut les retirer en disant : ..'
5 56 L’INITIATION .—-.>--‘ _ '_1" -— C’est mal parlé et sans vergoigne, messireJehan, car vous trompez toute la fiance que j’avais fichée dedans vous. Et moi la pressant plus fort en l’attirant vers moi, je murmurai : —- Oh! Yolande! Yolande ! tu veux donc ma mort que à mon cas si pitoyable tu ne daignes avoir ne regart ne souci? La sentant céder doucement à ma pression. —Me damne Diex!
Pour estre en ta grâce, oh dame doulce! je baillerais ma part éternelle de son paradis ! Elle eut un beau mouvement de protestation. — Prends pitié, mon Jehan, car ton déplaisir aigre , ment me poise, mais ne me requers d’amour,car poinct ne veuil briser mon entiereté... Nenni, oncques de mon corps ne feray-je péchié... ’ Et cependant de plus en plus elle se penchait vers moi.
Tout à coup elle recula avec un mouvement d’épouvante. — Qu’est cette ombre ! — Ung nuage pardevant la lune.
M’amye tant chière et si parfaite, poinct ne t’esbahir ne esmou voir.... — Nenni dà que ce n’est poinct un nuage! tonna une voix furieuse. _ Messire Raoul, bondissant de derrière un pilastre, apparut dans la porte de la chapelle que la lune éclairait en plein. - 1 _ _ — Ha dea ! double traistre ! docteur ès paillardise et ribaudaille ! tu t’es abusé grandement en ton cou
BATRACIEN MÉLOMANE 557 raige, desléal et foi mentye qui cuydois villener ma dame ! Poinct ne te servira de crier mercy car je vais sur l’heure espandre tout ton sana. Messire Raoul mit l’épée à la main. Je vous avoue sans vergoigne, Monsieur, que je me sentis comme vous dites maintenant « dans mes petits souliers ». Le témoignage de ma conscience, suprême ressource des faibles, me faisait complètemsnt défaut.
Instinctivement j’avais porté la main à ma dague, puis espérant peut—être l’émouvoir par l’humilité de l’aveu, je dis à Raoul: —- Trop bien vous blasonnez mes armes, Monsei gneur. Vous me cuydez châtier; c’est justice! La benoite Vierge me prenne en sa grâce et merci. Mais l’enragé, encore plus furibond, marchait sur moi l’épée haute en criant: — Holà, varlets, venez avec moi occire ce maistre en félonie et desléaulté. —— Ah! diable! pensai-je.
Il s’agit d’un guet—apens. Plus de délicatesse alors. Vous devez bien penser queje ne manquais pas d’un certain courage naturel. Sautant au bas de l’autel où j’avais d’abord cherché un refuge, je m’y adossai et la dague au poing, j’atïrontai les assaillants. Deux hommes étaient accourus à la voix de messire Raoul. - Grâce, monseigneur, grâce! gémit Yolande en embrassant les genoux de son mari, ce qui me donna le temps de me mettre en défense. Les varlets cherchaient à me frapper par derrière comme les bravi de l’école italienne, et le maître me Y - 4.;.._.,
5 58 L’INITIATION faisait face. Leurs trois lames luisaient sous la lune et me sifflaient près de la figure comme des vipères enragées. Je faisais le moulinet avec ma courte lame tout en parant de la main gauche. Bien que j’eusse pris soin de m’envelopper le bras dans mon surcot, je reçus de profondes entailles. Un des sicaires roula à mes pieds.
Pendant que je retirais mon arme engagée dans les plis de son pour point, l’autre me frappa entre les épaules à la nais sance du cou et je tombai agenouillé. — Hez! hez! cria messire Raoul, mécréant chétif et trop oultrecuidé chien! tu as fais péchié en ton malintentionné vouloir. Adonc meurs de maie mort et meurs damné! Il me plongea son épée dans la poitrine.
Trouvant la force de me soulever je répondis : — Poinct encore, fils de Satanas! et je le frappai si adroitement au-dessous du sein gauche qu’il tomba I'aide mort le cœur traversé par ma lame. Le seul de nous quatre qui fût valide, le domes tique m’assaillant par derrière, s’enfuit à grandes enjambées.
Je fis quelques mouvements afin de me_ relever, mais je perdais tout mon sang; à chaque essai de respiration une insupportable souffrance traversait ma poitrine soulevée. Je me laissai tomber tout de mon long en retenant mon souffle. Rassemblant mes idées éparses je voulus les con centrer sur la mort que je sentais imminente. Un grand frisson me secoua; j’avais peur, j’avais froid,
BATR'ACIEN MELOMANE 5 E 9 _‘.,.‘. je voyais noir. Je fis un effort pour baiser la poignée de ma dague formant le signe de la croix. Un rapide élan de ma volonté expirante porta au Dieu juste et miséricordieuxles dernières pulsations de mon cœur. —— Diex aidez m’a repentance! pardonnez mon crime! Benoîte mère du Seigneur Christ, prenez en grâce la pauvre âme du pécheur I... Mes oreilles bourdonnèrent, mon cerveau tournoya dans le vide et je mourus.
IV Monsieur, il faut être mort au moins une fois pour se rendre compte de l’effet que cela produit sur l’orga nisation. La brusque séparation des deux principes ne m’a pas semblé aussi nette et rapide que nous la présentent les théories. Quoique mon cœur eût cessé de battre, je vis longtemps la chapelle éclairée par la lune, le cadavre de Raoul, celui du valet. Une chouette houloulait dans le lierre.
Puis apparurent des formes lumineuses au milieu desquelles il me semblait voltiger. Je revis d’une manière plus vague la chapelle, les cadavres; j’enten dis encore la chouette... impressions fugitives pâlis sant à mesure que les formes lumineuses, aériennes, indescriptibles en mots humains, prenaient de la consistance. J’entrevis madame Yolande qui venait nous regarder, poussait un grand cri, et fuyait vers le château. Et puis le soleil brillait, des domestiques nous
5 60 L’INITIATION emportèrent; un médecin nous posa la main sur le cœur, nous retourna en tous sens et prononça: « Morts, morts. » Je m’étais probablement rapproché, car j’examinai avec curiosité mon corps étendu dans une grande mare de sang, mes yeux fermés, ma bouche entr’ou verte. mes membres raidis.
Le souffle vital avait certainement abandonné cette masse de chair et j’éprouvai quelque surprise à me sentir moi—même accroupi près d'elle, la regardant comme un cadavre étranger. Peu à peu il me sembla que ma substance se dis— solvait et s’éparpillait comme les lambeaux d’une guenille. Le sentiment du temps et de l’espace s’effaça.
C’est alors que, dans le sens par vous donné ' à ce mot, je mourus tout à fait. - —— Ha deà! quelle orde beste l s'écria Yolande avec un geste: d’épouvante. Elle commanda au page d’aller chercher un vireton pour transpercer l’im monde crapaud qui se traînait sur le sol de la cour devant les fenêtres du donjon.
Je fus quelque temps avant de me remettre en situation et de comprendre que j’étais moi—même l’horrible bête, l’objet des répulsions de Yolande. Vous êtes assez bon catholique pour croire au pur gatoire, monsieur. Sachez donc que j’étais une âme du purgatoire. Je puis vous affirmer que ce mot s’ap plique à un état, une manière d’être, et non à un lieu. Ne vous représentez pas un espace circonscrit et limité, à la façon dantesque, Où les pécheurs repen4
BATRACIEN MÉLOMANE 56I rants mais non purifiés, sont parqués comme des troupeaux de moutons. Une juste aggravation de peine me condamnait à expier mon crime à l’endroit même Où je l’avais commis. Je ne m’aperçus pas tout d’abord de ma métamor phose; ce fut comme au sortir de ce que vous appelez un état comateux que j’entendis la dame et vis le regard de colère et de dégoût qu’elle m’adressait.
Désigné aux coups du page j’obéis à un instinct de 'conservation en me réfugiant derrière les blocs accu mulés dans la cour. Je n’avais que “quelques pas à faire pour y arriver. Aussi fus—je étonné de marcher si lentement et de me sentir le nez près de terre.
Les fourmis, insectes et brins d’herbe que je foulais aux pieds sans les apercevoir, prirent des proportions monstrueuses tandis que les moindres broussailles devenaient des peupliers et des chênes dont mon regard n’atteignait pas la cime. Enfin mon corps était d’une exiguïté étrange. Il fallut bien le reconnaître lorsque je me cachai tout entier dans un trou Où j’eusse à peine mis le poing.
Soulevant ma toque ou dérangeant mon chapel, je me passais volontiers la main dans les cheveux que je portais longs, souples et abondants. Mon corps se rappelant ses anciennes habitudes, à peine fus—je à l’abri de ma petite caverne que je voulus faire le même geste. Plus de toque à soulever, plus de cheveux à caresser. Un contact froid, visqueux qui me fit frissonner d’horreur! Abaissant le bras je regardai ma main.
C’était une patte... et quelle patte ! Il faut vous dire que les reptiles m’ins— pirent une répulsion indicible. Près de mon trou
562 L’INITIATION était une flaque où je pus contempler mon image. La justice du ciel avait fait de moi le plus mons trueusement hideux et repoussant des crapauds. Je ne vis personne devant moi. Pas de ces diables à longue queue qui, sur les sculptures de nos églises, viennent disputer l’âme du défunt aux bons anges. R. DE MARICOURT. (A suivre.) KË3LH©@RÂAPÏËIKE LES CORNE! DU FAUNE, par Enter! Raynaud.
Après Le Signe et Chairs Profanes, M. Ernest Ray— naud donne, recueil très préférable à ceux-là, Les Cornes du Faune. L’éditeur est la Bibliothèque artistique et littéraire de la Plume, l'amusante feuille que dirige L. Léon Deschamps; format, couverture, papier, impres sion, tout est délicieux, absolument. Les sonnets aussi, —- car ce livre est composé de sonnets exclusivement —. sont délicieux.
Paysages...... sont des bois aussi peu vierges que pessible,des parcs tranquilles, qu’ont délais sés les falbalas, des avenues au bout desquelles grisaille quelque grande maison du siècle dernier, des charmilles où s’ennuie un Faune sur son socle moussu...
Pastels... j’aime moins, car malgré moi je me souviens de ces toiles classiquement éthérisantes, dont l’on applique la photographie sur une planchette pour l’enluminer, et la vendre ensuite rue de Rivoli... Les Cornes du Faune,’ phi1030phique; Intermède, coppélien; Deuils et Joies, amoureux.
Je note ce sonnet, évolutionniste à coup sûr, réincarnationniste peut-être : Tout l'Acquis du Passé s‘enfouit, du refus De livrer à Chacun ses propres Origines, Mais quelque chose en luit parfois; tels de confus Eclairs d’argent sous les frissons d‘eau de piscines.
BIBLIOGRAPHIE 563 : Comme les Fleurs, pourtant grêles, des Capucin es Sefont jour au cœur des treillisles plus touffus, Je cherche — jusqu’où vont se perdre mes Racines — A pénétrer les mille Avatars que je fus. J‘ai déjà déterré, chez moi, bien des Dorures Décelant de quels rois ce furentles Parures.
Et comme un enfant simple égrène un chapelet, Le cœur plein de silence et le front vers les Dômes De la ville sur qui neige un Soir violet, Je m’étudie à. dénombrer tous mes fantômes. PETITS FRANçAIS, par Eugène Moral (chez Albert Savine).
Depuis leur naissance jusqu’à leurs parades à l’Asso ciation des Étudiants, à travers l’Enfance, le Lycée, la Première Communion, l’Eveil de la Puberté, la vie de Potaches, le Baccalauréat, la Faculté de Droit, Eugène Morel traîne par la main deux individus qui sont les deux types essentiels de la génération qui compte aujourd’hui de vingt à vingt-cinq ans.
Types adverses, partantcomplémentaires :l’un petit, maigre, bru‘n, blême, maladif, inquiet, morose; l’autre grand, gras, blond, rougeaud, sain, placide, jovial; -— l’un intelligent, fin, lettré, artiste, analyste, chercheur; l'autre rudimentaire, obtus, ignorant, vulgaire, superficiel, insouciant; —— tous deux paresseux et d’ailleurs impuissants, blasés avant de savoir, sceptiques avant d’apprendre, médio— cres : — décadents.
Pour appliquer la Théorie des Tem péraments de Gary de Lacroze, le premier est un N B, le second un SL. La névropathie de l’NB est étudiée avec une compétence incontestable, un soin méticuleux, une exactitude saisissante : un Occultiste n’eût pas mieux traité cette question de psychisme. Au reste, de même que tant d’autres des jeunes écri vains contemporains, Eugène Morel est un occultiste inconscient.
Cela transparaît non seulement par la per fection de cette étude d’une maladie astrale, mais encore par le coup d'intuition qui a déterminé l’auteur à oppo ser ses deux héros conformément à une théorie physio gnomonique, certes ignorée de lui comme elle l’est de .—-‘ »2-’-Œ"!
564 L’INITIATION tous ceux qui se sont gavés des enseignements du clergé matérialiste, et jusque parla dissecüon du livre en sept tronçons, dont deux, le quatrième, Potaches, et le cin— quième, l’Université, ont été disjoints sans nécessité visi blé.
Puis, qu’on lise cette conclusion de la préface : — « Tant qu'il y aura plus à savoir, plus à faire, plus à ( aimer! une proie, quelle qu'elle soit, à notre activité! < terres ou lois à découvrir, des femmes à chérir, et des « enfants! de l'art enfin pour jouir et des métiers pour « agir... tant que, le monde étant mauvais, il ya lieu de « le rendre meilleur... celui qui trouve la vie mauvaise « est un serin. » Et l’œuvre partout vibre de cette foi consciente et de cette énergie fière.
Vaillante réaction contre le piteux j'menfichisme qui règne. Eugène Morel combat la même bataille que les Occultistes. Aussi ne peut-on que sourire lorsqu’on le voit, en un autre passage de ladite préface, englober dans son mépris les décadents, les bureaucrates (j’en omets) et les... Occul— tistes. C’est là du reste une erreur à laquelle nous ont habitués les journalistes, mais les décadents et les bureau crates seront-ils contents?
Aux points de vue pédagogique et sociologique, le volume est très documenté, très pensé, très moderne. Il y aurait sur cet aspect de Petits Français bien des pages à écrire. dont je ne saurais, à mon grand regret, disposer ici. Je dirai seulement que tout cela est du plus logique et pratique Socialisme.
En matière littéraire enfin, on pourrait reprocher à l’auteur que l’antépe’nul— tième partie, l’Université, n’est qu'un pamphlet contre certaines personnalités qui peut-être me sont guère dignes d’un tel honneur; pamphlet qui, de plus, res— semble un peu à une vendetta de potache exaspéré de pensums et de retenues.
Il parait trop, aussi, que le livre est composé de morceaux écrits à des dates très espacées et par conséquent sous des impressions - très diverses. Quant au style, ou lui retrouve la même sa veur amère que dans l'Ïgnorance acquise, mais il est autrement personnel que dans ce premier livre d’Eu gène Morel. AUGUSTIN CHABOSEAU. _n._s__s_,;;aæ:._
GROUPE INDÉPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉR1QUES 565 Gens MnÉeannaur D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES CONFÉRENCES Les conférences du Groupe obtiennent toujours un très grand succès. Le 6 mars, M. Desmarest, ancien bâtonnier de l’ordre des avocats, a inauguré les conférences contradictoires par une charmante causerie sur l'Emancipation de la Femme.
M. et Mme de Rochefort, M. le Capitaine P. et plusieurs autres personnes présentes ont pris la parole à la suite du conférencier. Très grand succès pour tous. EXPÉRIENCES Des expériences pratiques sur la communication psy chique à grande distance sont poursuivies en ce moment_ Les résultats sont fort curieux et seront communiqués à nos lecteurs prochainement. Les expériences de Louis Lucas vont être aussi reprises et développées.
BRANCHES Les Indépendants Lyonnais, fondés le 21 septembre 1890 par MM. A. Bouvier, G. Bouchet et L. Fayard, comptent à. ce jour quarante membres titulaires ayant versé leurs cotisations. Dix membres poursuivent les recherches en groupe fermé. Trois membres font régu lièrement des conférences.
Plusieurs autres font des recherches particulières dont ils font part, à mesure des résultats, au Groupe. a I# Une nouvelle branche du Groupe est en formation dans le département de la Haute-Marne. . 3 % La Branche KUMRIS de Bruxelles nous envoie au der— nier moment les résultats brillants de ses efforts. Nous en reparlerons dans notre prochain numéro.
566 L’INITIATION ..—.rra . . __ QUARTIER GÉNÉRAL Des réunions hebdomadaires entre les membres du Groupe susceptibles de faire des conférences vont être organisées à partir du 15 mars. Signalons aussi la création des conférences biblio graphiques dans lesquelles on analysera les derniers livres parus, intéressant nos doctrines.
A.®IJÊ PRA’II‘IIQI‘IJE Dans lejournal catholique le Monde, M. OSCAR HAVARD a publié une étude intitulée «les Sorciers Fin de siècle », de laquelle nous extrayons l’anecdote suivante, relative à un fait de Magie pratique.
« Unjour, .où je me trouvais placé tout près d’un lieu tenant de vaisseau qui paraissait prêter un médiocre intérêt aux sortilèges d’un nécromant, je demandai à mon voisin ce qu'il pensait de ces jongleries: « — Peuh! me répondit-il avec une moue de dédain, j‘ai vu mieux que cela. Evoquer les morts et les faire parler. quelle niaiserie!
Les prestidigitateurs modernes sont si astucieux qu‘on peut't0ujours mettre en doute la réalité des phénomènes qu'ils provoquent. « — Voudriez—vous donc, répliquai—je en riant, que DOS magiciens évoquassent des personnes vivantes? « — Mais certainement, me répondit avec gravité l’of ficier de marine. Dans ces expériences au moins, la preuve est possible;mais avec des morts, où est la garantie? ( La conversation s’engagea.
Mon interlocuteur m’ap prit alors qu’il avait récemment, dans une maison amie, exprimé de sérieux doutes sur le pouvoir des néo-magi ciens, et défié les enchanteurs modernes de le con vaincre.
Au moment Où je venais de prendre congé de mon hôte, ajoute l’officier,’je fus abordé dans la rue par un étranger qui me dit à brûle-pourpoint : «J’ai tout à l’heure entendu vos objections : voulez-vous me permettre de vous opposer, non une réfutation verbale, mais une expérience? Je ne vous demande qu’une chose, abandon
MAGIE PRATIQUE 567 nez-vous complètement pendant trois ou quatre heures et laissez-moi faire. — Je suis tout à vous! a» répliquai»je d’un air décidé. Aussitôt , l’inconnu héla sa voiture et nous nous installâmes tous les deux dans le véhi— cule. (4Ma montre accusait cinq heures, et nous étions en été: c’est VOUS dire que ce mage n’avait pas même cru devoir appelerà son secours les ténèbres de la nuit.
Les stores du landau furent soigneusement baissés ; je ne pus donc me rendre compte de l’itinéraire que suivit le cocher. Sa voiture décrivit d’innombrables détours. Après deux heures de trajet, on fit halte; la portière fut ouverte et je me trouvai avec mon compagnon en pleine campagne, devant la grille d’un château. Nous nous acheminâmes vers le pavillon central : mon conducteur me fit pénétrer dans une chambre, sommairement meublée.
Le crépus— cule commençait àestomper les objets; une demi-obscu— rité régnait dans la pièce. Après m'avoir avancé un fau— teuil qui faisait face à un canapé, le thaumaturge m’in vita à fixer fortement ma pensée sur une personne que je désirais voir, puis il passa dans la chambre voisine, me laissant livré à mes réflexions. « Je me conformai à la consigne. Lors de mon dernier voyageà Londres, j’avais été reçu dans le salon de la duchesse de N...
Bien certain que l’illustre lady n’habitait en ce moment ni Paris ni même la France, je résolus de la choisir pour l’expérience décisive qui allait commen— cer. Pendant quarante-cinq minutes, aucun phénomène n’attira mon attention, mais, au bout d’une heure, voici qu’une sorte de vapeur bleue plana au-dessus du canapé.
D’abord insaisissable, le nuage se matérialisa peu à peu, puis je distinguai la physionomie d’une femme de haut rang en toilette de soirée. Je m’approchai pour mieux discerner les traits; il ne pouvait y avoir de doute, j’avais bien là devant moi la duchesse de N... endormie. L’idée me vint tout d’abord de la réveiller. Mais je n’osais pous ser la hardiesse jusque-là.
Il fallait pourtant que j’em— portasse avec moi un témoignage palpable de cette fan— tastique apparition. Lady N... avait à l’annulaire de sa main gauche une turquoise du plus grand prix. Ma foi, je n‘y tins plus, je m’emparai de la bague et je la mis
568 L’INITIATION r rani dans ma poche. Quelques minutes après, l’apparition se dissipaÎt etle mage me ramenait chez moi. ( Trois semaines plus tard, la duchesse de N... venait à Paris pour de là se rendre à Biarritz etje m’empressai d’allerlui porter mes hommages.
Au cours de la conver sation, je crus devoir demander à la duchesse si, dans ces derniers temps, un accident particulier n’avait pas traversé sa vie. — « Mon Dieu, répliqua lady N..., je me souviens seulement qu’un certain soir je recevais à mon fwew'clock de nombreux visiteurs, quand je fus prise d’un si invincible besoin de dormir qu’il me fut néces saire de me réfugier .dans une pièce voisine pour me reposer.
Au bout de vingt minutes, je me réœillai; ma migraine était passée, mais quel ne fut point mon éton nement quand je m'aperçus que je n’avais plus ma bague.
Mes serviteurs eurent beau explorer la chambre dans (ou! les sens,la turquoise ne fut pas retrouvée... — Eh bien l la voici, madame, fis—je en remettant à lady N... la gem. me qu’elle croyait perdue... » « Voilà mon histoire . o o . . . . : maintenant, qu'en pensez-v0 s ? » Nouveuaas ®waasas SOCIÉTÉ DU PROGRÈS SOCIAL Voilà un an à peine qu’a été fondée cette « Société Internationale de Correspondance et d'Etudes Socia listes », et déjà le nombre des membres est respectable.
Il est vrai, la ligne de conduite adoptée est très droite, très large et très nette ; la déclaration statutaire débute ainsi : ( A cette heure où les, meilleurs se stérilisent par les ( excommunications dont ils s’accablent, nous avons jeté ( les bases d’une association qui deviendra, nous l’es— « pérons, une école de tolérance et de respect mutuel, et < où chacun conservera le droit de penser librement et ( d’agir selon ses convictions.
NOUVELLES DIVERSES 569 « La Société du Progrès S0ciala pour but : 1° de cons « tituerà Paris un centre international de c‘orrespondance « socialiste, sans autre préoccuçætion que de donner < aux capacités etaux bonn‘esvolontés isolées Un moyen c de communication et de propagande; 2° de créer à ( Paris un foyer central de libre et expansive élabora < tion commune. ( En dirigeant exclusivement l‘attention désintéressée « de ses membres sur les questions sociales, la Société « croit servir les intérêts de la démocratie socialiste, « travailler efficacement à la grande cause de régénéra « tion morale et de transformation sociale qui passionne « les meilleurs de ce temps. » Phénomène presque sans précédent, de telles pro— messes sont réalisées à la lettre.
Les conférences, libres, gratuites et contradictoires, qui ont lieu tous les ven dredis à partir de huit heures et demie du soir, en un local offert, 8, rue des Martyrs, par la Revue Socialiste, sont faites dans un esprit presque modéré. On ne trouve point là traces de sectarisme.
Les nébulosités du Néo-Panthe'isme de M. Marc Amanieux, poète limousin, y sont écoutées avec non moins d’urbanité que les sèches dissertations matérialistes de M, Lesigne sur le Véritable Jésus-Christ et [Univers sans Dieu.
A signaler parmi les sujets traités le plus récemment et avec le plus de talent : Idéal et Science, le Socialisme et la Morale, Eccnomistes et Interventionistes, par Eugène Fournière; Il Conception de l‘Honneur dans la Bourgeoi sie, l’Art social, l’Education, par Robert Bernier; la Femme et I’Enfant dans l’Industrie, par M‘“° Aline Val lette; la Reforme de la Magistrature, par Adrien Veber, président de la Société; la Dépopulati0n, par Raiga.
Sont inscrits pour des lectures ultérieures: Adolphe Taba rant, Henry Fèvre, Jean Lombard, Hippolyte Bufl'enoir. Robert Bernier, secrétaire—bibliothécaire (35, rue du Département) donne chaque mois dans la Revue Socia liste des comptes rendus détaillés de ces causeries. Une bibliothèque très Complète, et qui s’accroît con tinuellement, est mise à la disposition des adhérents: bibliothèque de philosophie, sociologie, science et litté— rature.
5 70 L’INITIATION périodiquement, à partir d’une date très prochaine. Des brochures seront publiées par le Progrès Social, '. j A. c. l l LES R.-P. JÉSUITES Les R.-P. Jésuites nous avaient habitués a beau coup de surprises; mais, jusqu’ici, on pouvait rarement les accuser d’ignorance.
' Nous savons de source certaine qu’il y a un an environ le Pape a donné l’ordre aux révérents d’étudier les Sciences occultes et de lui faire un rapport à ce sujet. Depuis cette époque les études se poursuivent avec calme et opiniâtreté. Mais notre mouvement est trop accentué pour pouvoir être escamoté. Aussi est-on forcé de le combattre. A Saint—Merri, le R. P. Le Moigne a entrepris une série de conférences sur le Miracle et la Science.
Nous sommes toujours tout prêts à reconnaître la valeur intel lectuelle, quel que soit son mode de manifestation. Mais, pour le cas présent, ce n’est pas le cas. On ne peut se faire une idée des erreurs d’astronomie, des théories peut—être théologiques, mais peu scienti— fiques que le Révérent soutient pour expliquer les « miracles » y compris celui de Josué.
Ralentissement de la Terre, réfraction des nuages chargés de pluie, etc. Il doit y avoir dans « l’Ordre » des professeurs de phy sique pour les classes primaires. Nous conseillons au R. P. Le Moigne de leur demander quelques livres avant de poursuivre sa série de « victoires » sur la science. .
LA GNOSE Pour renouer la chaîne traditionnelle et favoriser le groupement de l’assemblée gnostique—albigeoise, M. Doi nel, évêque gnostique, notre collaborateur, prendra dé sormais le titre distinctif de MONTSÉGUR, avec l’assenti— ment du propriétaire actuel de ce Thabor pyrénéen, M. Julien Damas (I).
T JULES, évêque de Montségur. (I) Le dernier évêque albigeois, B. d'En-Marti, a été brûlé avec ses 205 compagnons sur la montagne de Montségur (124:). ...,..., ’._...n .1 m*f'v,"wuw’—.e’,'rflsæ .. ,_, ...._ ,... _.È,._. ,..._. ._.1—. »-.
NOUVELLES DIVERSES 571 \ AV I S AUX HYPNOTISEURS Dans sa réunion du 2 mars la conférence des avocats a discuté la question suivante : L’individu, non médecin, qui se livre sur un tiers àdes expériences hypnotiques, peut-il être poursuivi pour exercice illégal de la médecine ? Après une longue discussion et l’exposé de Me Mat thiot, secrétaire de la conférence, L’AFFIRMATIVE A ÉTÉ ADOPTÉE A UNE GRANDE MAJORITÉ. LA S. T.
Nous avions décidé de consacrer à la Société Théoso‘ phique une étude dans l’appendice du Traité de Science Occulte. Mais après la révélation du Sun, après les cons tatations d'Augustin Chaboseau, après surtout l’agonie de ce mouvement en France, la leçon donnée dans l’Histoire de la S. T. à ces Orientaux d’opéra-comique nous semble suffisante.
On ne répond plus aux morts et il serait peu louable d’accoler des noms aussi inconnus que ceux-là aux encouragements à nous donnés par des hommes éminents et sérieux. * x»)!— L’abondance des matières nous oblige à remettre au prochain numéro le Bulletin Alaçonnique de notre ami 0. \’Virth .
P. aewa ce un massa aéanon®uè A. —- France DCCULTISME Voile d’Isis (11, 18, 25 février 1891). — Cette publi cation, qui a doublé de format, devient très intéressante; elle rend compte des séances d’études pratiques pour— suivies au Groupe. Dans ses trois derniers numéros signalons les Origines ésotériques de la Réforme et sur r Ï" ‘\
5 72 L’XNITIATION ‘-i. tout l’Afl'aire de la S. T. par Papus, la Morale du Boud dhisme de Léon de Rosny analysée par G. Vitoux, et le curieux article de Francis Pérot sur les Pions, tribu du Bourbonnais demeurée à l'état sauvage. Le Voile d’Isis a commencé la publicatian des Lois de la Série d’après le Roman Alchimique de L. Lucas et. des Vers Dorés de Pythagore par Fabre d’Olivet.
Union occulte française, de Lyon (15 février 1891). — Reproduit plusieurs articles de l’Initiation. Bonne étude de L. Fadray sur la médecine occulte dans l'Antiquité et dans les Temps modernes. L’Etoile (mars 1891). — Excellent article de M. Jhouney sur la Philosophie occulte et la science moderne. Cet article mérite une analyse que nous ferons dans le pro chain numéro.
Une pensée d’Anna Kingsford placée en tête du numéro vient montrer combien M. Ad. Franck a raison de protester contre la tendance àfaire de la Science occulte l’origine et le but de toutes les sciences. Philosophie générale des Étudiants Swedenbargiens libres (février 1891). — A.- Allar continue son étude: Esprit et Matière. Lecocq analyse le dernier ouvrage du D" P. Gibier.
Nous recommandons à nos lecteurs cette revue qui va paraître plus souvent. Revue des Sciences Psychologiques illustrée (février 1891). -—— Suite de Pour et contre de A. Goupil, très bonne étude sur les questions magnétiques. L. Moutin commence un cours de magnétisme pratique. Com munications intéressantes de Horace Pelletier et de. A. Goupil. Religion universelle, de Nantes (janvier et février 1891). -— Ch.
Fauvety analyse Après la mort, de Léon Denis. Signalons: 1’Œuvre difficile et nécessaire, par P. Ver dad; le Doute, par J. Bearson, étude sur Alber Jhouney et ses dernières conférences, et un très bon travail que commence Fabre des Essarts sur les Hiérophantes. Anti-Egoîste, de Nantes (février 1891). — Bonne étude du D*‘ Hubert Boens sur la doctrine de Pasteur. Signa lons un article admirable intitulé: Aux hommes de I
REVUE DE LA PRESSE PE'RIODIQUE 573 bonne volonté. Une indiscrétion nous permet de l’attri buer à Amaravella. — Nous recommandons particuliè rement à nos lecteurs cette revue fort bien faite qu’on reçoit sur simple demande d'admission à la Société d’Al trutsme. SPIRITISME Moniteur spirite et magnétique, de Bruxelles (février 1891). -— Article de J. Bouvéry sur les dangers que font courir au magnétisme les savants officiels.
Résumé de la conférence faite par notre ami C. Chaigneau le 6 janvier à la Société de Spiritisme scientifique. Revue Sp1rite (février 1892). — Les Guérisseurs, les Obsédés, par P. G. Leymarie à propos du Saloudalou et du testament de M‘“ Brochard. Réponse de Papus au com mandant Dufilhol qui réplique dans le même numéro. Les Esprits tapageurs à Viry-Noureuil. J. Marcus de Vèze continue ses études sur l‘Intolérance religieuse à travers les siècles.
Analyse du livre de Léon Denis: Après la mort. Lumière (février 1891). — Mm Lucie Grange traite la duchesse de Pomar de plagiaire à propos d’inspirations qu’elle a communiquées à la duchesse. P. F. Courtépée parle dans un très bon article des questions sociales réso. lues à propos du Congrès social spiritualiste que prépare ' I’Etoile, d’Avignon.
Spiritisme (février 1891). — Compte rendu des con— férences faites à Lyon par Chevallier et à Paris par par C. Chaigneau. Analyse d’Après la Mort de Léon Denis. (Mars 91.) — Suite de l’étude de M. Gabriel Delanne sur l’Occultisme etle Spiritisme. Il aborde cette fois l’étude des élémentals et des élé. mentaires. La question lui est imparfaitement connue.
La conférence de M. Metzger n’a pas été réfutée pour la bonne raison qu’elle n’en valait pas la peine. Quand l’au» teur voudra voir des élémentals en travail chez l’homme, il lui suffira de prendre un microscope. Dans norre
574 L’INITIATION étude sur « la Kabbale » de M. Franck nous avons assez longuement parlé de cette question. Les appels fréquents à la polémique faits par la Presse Spirite resteront toujours, espérons-le, sans réponse de la part de l’Initiaii0n. Le public scientifique est le seul juge capable de se prononcer comme il l’entendra. Revue Spirite (mars 1891). — Numéro intéressant.
Quelques attaques aux « alliances dangereuses >>par M. POTHENOT, une rectification de M. DUFILHOL au sujet de notre vénéré philosophe Ch. Fauvety et la traduction d’une brochure du D”CARL DU PREL, Un OCCULTISTE alle mand. (Et les alliances dangereuses ?) Puis l'article de C. CHAIGNEAU paru dans le dernier numéro de notre revue et uneinte’ressante traduction sur la Lecture de la pensée chez les Chinois.
Le numéro d’avril de l’Initiation contiendra une étude fort curieuse sur des expériences de même ordre faites en France le mois dernier. P. (r). MAGNETISME Journal du [Magnétisme (10 février 1891).'-— Le ma gnétisme chez les Anciens par H. Durville. Suite des études du docteur Carlo Maggiorani. Influence du magnétisme minéral sur la vie animale. Nous recom mandons ce journal à tous nos lecteurs.
Chaîne Magnétique (15 février 1891). — L’affaire Gouflé. Application du magnétisme à la stratégie et à la tactique militaires. Le Somnambulisme lucide et les grands hommes, intéressantes communications de H. Pelletier. Nouvelles discussions à propos du volume du Congrès magnétique. SOCIALISME Revue socialiste (février ISgI). -— G. Rouanet étudie dans un très bon article les conditions du travail dans les pays étrangers. P.
Bertrand continue son intéressante étude sur la crise révolutionnaire en Russie. Signalons aussi Le Droit à l’existence de Benoît Malon. Il serait à (1) Ces deux dernières analyses sont de Papus. Elles ont été faites après l'étude de M. Dorado, étude qui reprend à partir d‘ici. I'-_.
REVUE DE LA PRESSE PÉRIODIQUE 575 souhaiter que les rédacteurs de cette revue connussent l’occulnsme, surtout dans ses applications aux questions socrales. ' Devoir (janvier et février 1891). — Suite des remar quables études surles Facultés de l’être humain, extraites des œuvres posthumes de J.-B. André Godin. Signalons les Ecoles mixtes, Assistance et Assurance, par J. Pas caly. Question de la paix et surtout le Mouvement féminin.
Rénovation (décembre et janvier I891). -— Articles de H. Destrem et E. Barat. H. Destrem annonce son ouvrage intitulé Des moyens généraux de détruire le mal et d’organiser le bien dans l’humanité, qu’il va pu— blier et l'analyse brièvement. Cette revue mériterait un plus grand développement. DIVERS Alliance scientifique (février 1891). — Discours de H. Duclaud à l’ouverture de la séance générale de la Société d’ethnographie.
B. — Etranger Verdade e Lux—Soutient etpropage au Brésil le spi— ritisme. ' Lux (de Rame) (décembre 1890 et janvier 1891). — Les études sur Home continuent dans ces deux numéros de Lux ainsi que l'analyse d’Esoteric Buddhism de Sin nett par A. Pioda. Deux articles, les Causes de l'oubli de notre existence spirite et le Zoomagnétisme, sont tra duits de la Revue spirite et de la Revue des sciences psychologiques illustrée.
Het Roaekrnis, d’Amsterdam. —— Analyse du Traité élémentaire de science occulte de Papus, traduction de A Brûler de Lermina et d’articles de G. Montière, de Rouxel. La Psiche, de Rome (décembre I890). — A signaler un bon article gur le Progrès humain. La Psiche change son titre en celui de la Sfinge. 1,,,,_...,,N......,, ,, _. . ' . .... .«.—...“A.q.-—na lui-i
576 L’INITIATION Revista Espiritista de la Habana (janvier 1891). — Article fort bien fait sur le Spiritisme en 1890. On y trouve une curieuse liste des spirites illustres parmi les quels nous relevons les noms de V. Hugo, Castelar, Russ sell W'allace, Mazzini, Pasteur, Humphry Davy, Gari baldi, Abraham Lincoln, Bulwer Lytton, Fr.
Guizot, Thaclteray, Tennyson, la reine Victoria, la prince Met ternich, le prince impérial Nicolas de Leuchtemberg, Trolloppe, Sardou, etc. Cette revue travaille avec suc cès à la fédération des groupes spirites des pays de langue espagnole. La Illustraci0n Espirita. —— Revue bien faite qui pro page les idées spirites au Mexique et qui rend compte des résultats obtenus dans les expériences des divers groupes spirites.
Revista de Estudios Psicologicos, de Barcelone (janvier et février 1890). — Compte rendu des cérémonies qui ont'eu lieu et des discours qui ont été prononcés à l’occasion de l’anniversaire de,la mort de Fernandez Colavida, le propagateur du spiritisme en Espagne. Le vicomte de Torres—Solanot traite dans un très bon ar ticle du caractère moral du Spiritisme.
Cette revue est une des mieux faite5de toute la presse spirite et aussi des mieux informées : nous la recommandons vivement à nos lecteurs sachant l‘espagnol. The Theosophist, de Madras (janvier et février 1891). ——-Suitedu compte rendu du Congrès spiritualiste de Pa ris. Signalons : 1 ’Evolution mentale chez les animaux par Fawcett. Théisme Hindou, Kamaloka,Devachan et Nivarnà par J.-—A.
Anderson. -— M. et Mme Le Plongeon relatent dans un article très intéressant les explorations qu‘ils ont faites dans le Yucatan où ils ont trouvé des traces des civilisations égyptienne, chinoise, japonaise et hindoue. ALEJANDRO DORADO R. Le Gérant: ENCAUSSE. TOURS. mp. 1:. ARRAUL’X‘ ET c‘°. RUE DE LA PRÉFECTURE, ô.
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POUR PARAITRE AVANT LE 15 AVRIL 1891 Ï= PAPUS TRAITÉ MÉTHODIQUE DE LA SCIENCE OCCULTE Lettre-préface de Ad. FRANCK, de l’Institut v_‘ Un volume grand in-8° de 1,050 pages, contenant 10. traités techniques spéciaux (Nombres, Genèse, Kabbale,‘ Gnose, Alchimie, Franc—Maçonnerie, Bohémiens, Chiromancie, Sym bolisme, Biographie, etc.). ‘ ' 150 gravures dans le texte et deux planches phototypiques hors texte.
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L’INITIATION DIRECTION ADMINISTRATION 14, rue de Strasbourg, 14 ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO PARIS G . cAR R :É: 56’, rue Saint—André—des-A rts Dumcreun: PAPUS ü DIRECTEUR-ADJOINT : Lueien MAUCHEL Rédacteur en chef: George MONTIERE Secrétaires de la Rédaction : FRANCE, un an10 11‘ CH. BARLET. -— J. LEJAY ÉTRANGER, — 12 fr. RÉDACTION : 14, rue de Strasbourg. — Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité.
L'indépendance absolue étant la raison d'être de la Revue, la direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps d’un article. ' MANUSCR1TS. -— Les manuscrits doivent être adressés à la rédaction. Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d’avis spécial. Un numéro de la Revue est toujours composé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant.
LIVRES ET REVUES. — Tout livre ou brochure dont la rédaction recevra deux exemplaires sera sûrement annoncé et analysé s‘il y a lieu. Les Revues qui désirent faire l’échange sont priées de s’adresser à la rédaction. ADMINISTRATION, ABONNEMENTS. — Les abonnements sont d’un an et se paient d'avance à l’Administration par mandat, bon de poste ou autrement.
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