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L’Initiàtion Revue philosophique indépendante des Hautes Études Hypnotisme, Thèosophie Kabbale, Franc-Maçonnerie Sciences Occultes ——’44— 9" VOLUME. —- 3‘“° ANNÉE SOMMAIRE DU N" 3 (Décembre 1890) ...A .. __ PARTIE INITIATIQUE... Les éléments de la Kabbale . . . . . . . . . .. Eliphas Lévi. ' (p. 193 à 200). PARTIE PHILOSOPHIQUE L’Occultisme scienti— ET SCIENTIFIQUE... figue ........ G. Vitoux. (p. 2m à 2II). Études Historiques...
René Gaillié. (p. 212 à 225). L’Atlantide . . . . StanislasdeGuaita (p. 225 à 227). Occultimne praiique.. Horace Pelletier. (p. 228 5123i). L’Egyptologie sacrée. Marcus de Vèze. (p. 232 à 256). PARTIE LITTÉRAIRE... A la Dédaignée .... .. Stanislasde Guaita (p. 257 à 259). Hespe’rus . . . . . . . . . Catulle Mendès. (suite)(p. 259à 267).
Bibliographie : La République du travail et la réforme parlemen— ’ tuiI'é.— Le Bouddhisme ésotérique. — Fabre des Essarts. — Les Noces de Satan.‘— Nouvelles recherches sur les phénomènes de matérialisation spirite. —Groupe indépendant d’études ésotériques. — Nouvelles publications. — Revue des revues. —— Nouvelles diverses. — La Presse. —- Livres reçus.
RÉDACTION ; Admmistralion, Abonnements: 29, rue de Trévzse, 29 l 58, rue St-Andrédes-Arts, 56 PARIS PARlS Le Numéro; UN FRANC. -— Un An: DIX FRANCS.
PROGRAMME Les Doctrines matérialistes ont vécu. Elles ont voulu détruire les principes éternels qui sont l’essence de la Société, de la Politique et de la Religion; mais elles n’ont abouti qu’à de vaines et stériles négations. La Science expéri-ï mentale a conduit les savants malgré eux dans le domaine des forces purement spirituelles par l‘hypnotisme et la suggestion à distance.
Efl'rayés des résultats de leurs propres expériences, les Matérialistes en arrivent à les nier. L’Initialion est l’organe principal de cette renaissance spiritua liste dont les efforts tendent: Dans la Science à constituer la Synthèse en appliquant la méthode analogique des anciens aux découvertes analytiques des expérimentateurs contemporains.
Dans la Religion à donner une base solide à la Morale par la découœrte d'un même ésotérisme caché au fond de tous les cultes. Dans la Philosophie à sortir des méthodes puremenrméta— physiques des Universitaires, à sortir des méthodes purement physiques des'positivistes pour unir dans une Synthèse unique la Science et la Foi, le Visible et l'Occulte, la Physique et la Métaphysique. '.
Au point de vue social, l’Initiaiiàn adhère au programme de toutes les revues et sociétés qui défendent l’arbitrage contre l’arbitraire, aujourd’hui en vigueur, et qui luttent contre les deux grands fléaux contemporains: le militarisme et la misère. Enfin l’Initiation étudie imparthlement tous les phénomènes du Spiritisme, de l'Hypnotisme et de la Magie, phénomènes déjà connus et pratiqués dès longtemps en Orient et surtout dans l’Inde.
L’Initiation expose les opinions de toutes les écoles, mais n’appartient exclusivement à aucune. Elle compte, parmi ses 50 rédacteurs, les auteurs les plus instruits dans chaque branche de ces curieuses études. La première partie de la Revue (Initialique) contient les articles destinés aux lecteurs déjà familiarisés avec les études de Science Occulte. La seconde partie (Philosophique et Scientifique) s’adresse à tous les gens du monde instruits.
Enfin, la troisième partie (Littéraire) contient des poésies et des nouvelles qui exposent aux lectrices ces arides questions d’une manière qu’elles savent toujours apprécier. ' L’Initiation parait régulièrement le 15 de chaque mois et compte déjà trois années d’existence. — Abonnement: 10 francs par an.
'! u' PRINCIPAUX RÉDACTEÙRÉ E'l" COLLABORATEURS DE 1'Initiation r Α .. _r _. 1° PARTIE INITIATIQUE F_. CH. BARLET. S.'. I.". -— STANISLAS DE ÜUAITA. S.'. I.'. 5,). —GE0RGEMONTIÈRE, S.'. I'.'. —— PAPUS; S.'. I.'. — Légat catholique romain auprès de I’1ni1iation .' .JOSÉPHIN PÉLADAN, R—;-C+C. I20 PARTIE PHILOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE ALEPH.— Le F.'. BERTRANDVÉN.'.— BOU\‘ERY.—- RENÉ CAILLIÉ. ' —AUGUSTIN CHABOSEAU. — G.
DELANNE. —- DELÉZINIER. — JULES DOINEL._ —- -ELY STAR. — FABI(E DES ESSARTS. —- D“ I‘ÎOVEAU DE COURMELLES. — JULES GIRAUD. — E GARY. —- HENRI LASVIGNES. — J. I.z_EJAY. — DONALD MAC-NAB. —‘ I‘vIARCUS DE VÈZE. —' NAPOLÉON NEY.—— EUGÈNE NUS. — I‘IORACE PELLETIER -— G. POI REI.. ——-——JUI.ES 'PRIOU. -—— Le Magnétiseur RAYMOND. Le Magné? tiseur A. ROBERT. — ROUXEI.. —- H. SAUSSE. — G. VITOUX. — F.
VURGEŸ. — HENRI WELSCH.'—'OSWALD W1RTH. n 30 PARTIE LITTÉRAIRE . MAURICE BEAUBOURG.-— E. GOUDEAU.— MANOËL DE GRANDFORD. -— JULES LERMINA. ‘— L‘. HENNIQUE. '-— R. DE MARICOURT. — I.UCIEN MAUCHEL. — CATULLE MENDÈS. -— ÉMILE MICHELET. — GEORGE MONTIÈRE. ——'CH. DE SIVRY. — CH. TORQUET. . 40 "."f!"‘.'k F‘.":'—: ,‘3«' PIQESI.E. 1\ "=': ED. BAZIRE. — CH. DUBQURG. — RODOLPHE DARZENS.,._—- P. u,’ .; ,\ I A, ‘ (JIRALDO‘N. —-—' R. DE MA'RICOURT. — PAUL MARKOT. — A. MORIN. — ROBERTI)E LA VILLEHERVÉ. û
_——.—rw’ L’INITIATION, fidèle à ses habitudes, donne avec ce numéro une superbe prime phototy pique à ses lecteurs. Cette primé représente à elle seule la valeur du numéro. L’INITIATION continuera à publier tous les deux mois des gravures phototypiques avec explications. C’est la seule Revue française de spiritua lisme qui, vu le nombre de ses abonnés et de ses lecteurs, puisse offrir de pareils avantages. La prime donnée aujourd’hui représente les divers cultes, reflets dans le temps de l’éternelle religion. On y voit symboliquement figurés le culte de Mithra, les cultes indous (le taureau et l’œuf du monde), les cultes musulman, juif, romain, grec, égyptien, chrétien, etc,, etc. Dupuy a orné le frontispice de ses œuvres d’une gravure à peu près identique à celle-ci.
‘.m ‘æ;—.0'ne. "Î’ilijllh‘fl‘ li iii},‘ii‘,i il *., ’iim ’p,:|,lj.’i“i Unit,“ | li; (lI ‘lt; " ’ m 95 “mi“.un“ . il] 1 \t I" i 1:1. “ "'€ ””il lit”! ) L’ETERNELLE RELIGION » LES CULTES, MODALITES DE 3) . — 9° volume, N° itittttOit (Prime de la Revue l’In
PARTIE INITIATIQUE En ÉLÉMENTS DE LA Enaau En Dix Leçons LETTRES INEDITES D’ELIPHAS LEV1‘ On sait que Lucien Mauchel prépare un ouvrage sur Eliphas Lévi, le grand occultiste français. Cet ouvrage contiendra plusieurs manuscrits absolument inédits d’Eliphas Lévi. L’Initz’ation est heureuse de publier un cours de Science Occulte en dix leçons que M. Montant reçut du maître lui-même et qui a été gracieusement offert par cet élève d’Eliphas à Lucien Mauchel pour son travail. ' (La direction.) (1) Reproduction interdite pour les journaux ou' revues non publiés par une ranche du Groupe indépendant d'Etudes esoteriques.
194 L’INITIATION vrvw—v—v.a.w PREMIÈRE LEÇON Prolégomènes généraux MONSIEUR ET FRÈRE, Je puis vous donner ce titre, puisque vous cherchez la vérité dans la sincérité de votre cœur et que pour la trouver vous êtes prêt à des sacrifices. La vérité étant l’essence même de ce qui est, n’est pas difficile à trouver : elle est en nous et nous sommes en elle. Elle est comme la lumière et les aveugles seuls ne la voient pas. L’être est.
Cela est incontestable et absolu. L’idée exacte de l’être est vérité ; ysa connaissance est science; son expression idéale est la raison; son activité, c’est la création et la justice. Vous voudriez croire, dites—vous. Pour cela, il suffit de savoir et d’aimer la vérité. Car la vraie foi, c’est l’adhésion inébranlable de l’esprit aux déductions nécessaires de la science dans l’infini conjectural.
Les sciences occultes donnent seules la certitude, parce qu’elles prennent pour bases les réalités et non les rêves. Elles font discerner dans chaque symbole religieux_ la vérité et le mensonge. La vérité est la même par— tout, et le mensonge varie suivant les lieux, les temps et les personnes. Ces sciences sont au nombre de trois : la Kabbale, la Magie et l’Hermétisme. I._u. à ' ‘-.wL'
LES ÉLÉMENTS DE LA KABBALE 195 La Kabbale ou science traditionnelle des Hébreux pourrait s’appeler les mathématiques de 'la pensée humaine. C’est l’algèbre de la foi. Elle résout tous les problèmes de l’âme comme des équations, en déga geant les inconnues.
Elle donne aux idées la-netteté et la rigoureuse exactitude des nombres ; ses résultats sont pour l’esprit l’infaillibilité (relative, toutefois, àla sphère des connaissances humaines) et la paix pro— fonde pour le cœur. La magie ou science des mages a eu pour représen— tants dans l’antiquité les disciples et peut—être les maîtres de Zoroastre.
C’est la connaissance des lois secrètes et particulières de la nature qui produisent les forces cachées , les aimants, soit naturels, soit artificiels qui peuvent exister en dehors même du monde métallique. En un mot, et pour employer une expression moderne, c’est la science du magnétisme universel. L’Hermétisme est la science de la nature cachée dans les hiéroglyphes et les symboles de l’ancien monde.
C’est la recherche du principe de vie avec le rêve (pour ceux qui n’y sont pas encore arrivés) de l’accomplissement ,du grand œuvre, la reproduction par l’homme du feu naturel et divin qui crée et régé nère les êtres. Voilà, Monsieur, les choses que vous désirez étu dier.
Le cercle en est immense, mais les principes en sont si simples qu’ils sont représentés et contenus dans les signes des nombres et dans les lettres de l’al— phabet, «C’est un travail d’Hercule qui ressemble à un jeu d’enfants», disent les maîtres dela sainte science.
196 L INITIATION Les dispositions pour réussir dans cette étude sont une grande rectitude de jugement et une grande indé— pendance d’esprit. Il faut se défaire de tout préjugé et de toute idée préconçue et c’est pour cela que le Christ disait : Si vous ne vous présentez pas avec la simplicité de l’enfant vous n’entrerez 1 pas dans le Malkouht, c’est-à-dire ‘ dans le royaume de la science.
Nous commencerons par la Kabbale dont voici la division: Béréchith, Mercaah, Gématrie et Témuralo. Tout à vous en la sainte science. ELIPHAS LÉVI. II° LECON La Kabbale —- But et méthode Ce qu’on doit se proposer en étudiant la Kabbale, c’est d’arriver à la paix profonde par la tranquillité de l’esprit et la paix du cœur. La tranquillité de l’esprit est un effet de la certi tude; la paix du cœur vient de la patience et de la foi.
Sans la foi, la science conduit au doute ; sans la science, la foi mène à la superstition. Les deux réunies donnent la certitude et pour les unir il ne faut jamais les confondre. L’objet de la foi, c’est l’hypo thèse, et elle devient une certitude quand l’hypothèse est nécessitée par l’évidence ou par les démonstra— tions de la science. La science constate des faits. De la répétition des faits elle préjuge les lois. La généralité des faits en présence de telle ou telle force démontre l’existence
LES ÉLÉMENTS DE LA KABBALE 197 des lois. Les lois intelligentes sont nécessairement voulues et dirigées par l’intelligence. L’unité dans les lois fait supposer l’unité de l’intelligence législa tive. Cette intelligence que nous sommes forcés de supposer d’après les œuvres manifestes, mais qu’il nous estimpossible de définir, est ce que nous appelons Dieu !
Vous recevez ma lettre, voilà un fait évident ; vous reconnaissez mon écriture et mes pensées, et vous en concluez que c’est bien moi qui vous l’ai écrite. C’est une hypothèse raisonnable, mais l’hypothèse néces saire, c’est que quelqu’un a écrit cette lettre. Elle pourrait être contrefaite, mais vous n’avez aucune raison de le supposer. Si vous le supposez gratuite ment, vous faites une hypothèse très douteuse.
Si vous prétendez que la lettre tout écrite est tombée du ciel; vous faites une hypothèse absurde. ‘ Voici donc, suivant la méthode kabbalistique, com ment se forme la certitude : Évidence. . . . . . . . . Démonstration scientifique . . . certitude Hypothèse nécessaire . . . . .
Hypothèse raisonnable. . . . . probabilité Hypothèse douteuse. . . . . . doute Hypothèse absurde . . . . . . erreur En ne sortant pas de cette méthode, l’esprit acquiert une véritable infaillibilité, puisqu’il affirme ce qu'il sait, croit ce qu’il doit nécessairement supposer, admet les suppositions raisonnables, examine les suppositions douteuses et rejette les suppositions absurdes. ’
198 " L’INITIATION Toute la Kabbale est contenue dans ce que les maîtres appellent les trente—deux voies et les cinquante portes.
Les trente—deux voies sont trente-deux idées abso lues et réelles attachées aux signes des dix nombres de l’arithmétique et aux vingt—deux lettres de l'alphabet hébraïque. ‘ Voici ces idées : N 0 M B R E S I Puissance suprême 6 Beauté 2 Sagesse absolue 7 Victoire 3 Intelligence infinie 8 Etcrnité 4 Bonté 9 Fécondité 5 Justice ou rigueur IO Réalité L E T T R E S Aleph . . . Père Lamed. . . Sacrifice Beth . . . Mère Mem . . . Mort Ghimel . .
Nature Nun. . . . Reversibilité Daleth . . . Autorité Samech . . Être universel Hé . . . . Religion Phè. . . . Immortalité Vau. . . . Liberté Gnai’n . . . Équilibre Dzain . . . Propriété Tsade . . . Ombre et re Cheth . . . Répartition ' flet Theth .' . . Prudence K0ph . . . Lumière Iod . . . . Ordre ' Resch . . . Reconnaissance Caph . . . Force ' Thau . . .
Synthèse III° LEçON Usage de la méthode Dans la leçon précédente, je n’ai parlé que des trente-deux voies; plus tard j’indiquer_ai les cin quante portes.
LES ÉLÉMENTS DE LA KABBALE 199 . Les idées exprimées par les nombres et les lettres sont des réalités incontestables. Ces idées s’enchaînent et se concordent comme les nombres eux-mêmes. On procède logiquement de l’un à l’autre. L’homme est fils de la femme, mais la femme sort de l’homme comme le nombre de l’unité.
La femme explique la nature, la nature révèle l’autorité, l’autorité crée la religion qui sert de base à la liberté et qui rend l’homme maître de lui-même et de l’univers, etc... Procurez—vous un tarot (mais je crois que vous en avez un) et disposez en deux séries de dix cartes allé goriques numérotées depuis un jusqu’à vingt et un. Vous verrez toutes les figures qui expliquent les lettres.
Quant aux nombres depuis unjusqu’à dix, vous en trouverez l’explication quatre fois répétée avec les symboles de bâton ou sceptre du père. coupe ou délices de la mère, épée ou combat de l’amour, etdeniersou fécondité. Le tarot est dans le livre hiéro— glyphique des trente-deux voies et son explication sommaire se trouve dans le livre attribué au patriarche Abraham, qu’on nomme SepherJe’zirah.
Le savant Court de Gebelin a le premier deviné l’importance du tarot qui est la grande clé des hiéro glyphes hiératiques. On en retrouve les symboles et les nombres dans les.prophéties d’Ezéchiel et de saint Jean. La Bible est un livre inspiré, mais le tarot est le livre inspirateur. On l’a appelé aussi la roue (rata, d’où tarot et tora.
Les anciens rose—croix le connaissaient; Paschalis Martinez et saint Martin le connaissaient et le marquis de Suchet en parle dans son livre sur les illuminés.
200 L’INITIATION ; w;«_rvæ_èäë&ï 8.-... “a“. . C’est de ce livre que sont venus nos jeux de cartes. Les cartes espagnoles portent encore les principaux signes du tarot primitif et l’on s’en sert pour jouer au jeu de l’hombre ou del’homme, réminiscence vaguede l’usage primitif d’un livre mystérieux contenant les arrêts régulateurs de toutes les divinités humaines. Les très anciens tarots étaient des médailles dont on a fait depuis des talismans.
Les clavicules ou petites clés de Salomon se composaient de trente-six talismans portant soixante—douze empreintes ana logues aux figures hiéroglyphiques du tarot. Ces figures altérées par les copistes se retrouvent encore dans les anciennes clavicules manuscrites qui existent dans les bibliothèques. Il existe un de ces manuscrits à la Bibliothèque Nationale et un autre à la Bibliothèque de l’Arsenal.
Les seuls mânuscrits authentiques des clavicules sont ceux qui donnent la série des trente-six talismans avec les soixante-douze noms mystérieux; les autres, quelque anciens qu’ils soient, appartiennent aux rêveries de la magie noire et ne contiennent que des mystifications. Voyez, pour l’explication du tarot, mon Dogme et Rituel de la haute magie. Tout à vous en la sainte science. (A suivre) ELIPHAS LÉVI.
I ' .. >. . A PARTIE PHILÛSÔPHIQUE ET SCIENTIFIQUE E“@tcultisme fitientiiique A MON AMI PAPUS. En vérité, je vous le dis, et c’est bien là une des choses les plus curieuses et aussi les plus significa tives de ce temps, la Science maudite est présente— ment en train de conquérir victorieusement, de par notre monde civilisé, son plein droit de cité. , .
Jadis, le nécromant hérésiarque, anathématisé par une église intolérante, vivait en la continuelle crainte du bûcher où du reste, de temps à autre, pour se ven ger de l’effroi ,qu’inspirait sa sapience d’1nz'tz'é, des tribunaux barbares l’envoyaient sans scrupule, pour la plus grande honte du diable Convaincu de la sorte de fort mal défendre ses meilleurs amis. Depuis, les mœurs ont subi une évolution com plète. . On ne croit plus guère au magicien, .et les esprits
202 L’INITIATION éclairés, ou qui se prétendent tels, se contentent sim plement de sourire de pitié quand on leur parle de la science des Mages.
0 Ceux«ci, au surplus, gravement, et sans un seul momentse préoccuper de ce silence dédaigneux, pour suivent leurs chères études, et, en présence du réper toire des connaissances officielles, ils édifient de leur côté une science abstruse pour le vulgaire, simple pour le pratiquant à qui en ont été dévoilés les mys térieux arcanes.
Savants classés et occultistes élèvent simultanément deux autels où ils recherchent les uns et les autres la Vérité; les moyens seuls d’inquisition diffèrent. Du reste, pour différentes que soient les méthodes, le but à atteindre étant le même, il se produit de temps à autre des rapprochements.
En dépit de leur mépris plus apparent que réel, en somme, les savants officiels ne dédaignent point, à l’occasion, de venir demander à leurs confrères occul tistes l’explication de certains phénomènes, et, en échange, les occultistes volontiers s’efforcent de démontrer que leur science ésotérique n’est nulle ment contradictoire avec les enseignements ortho—' doxes, mais, au contraire, les complète et parfois en donne la solution simple et rigoureuse.
« Il n’y a pas de religion plus élevée que la vérité », prennent-ils volontiers pour devise, et, sans renoncer à des croyances qu’ils estiment justes et bonnes, ils travaillent ardemment à démontrer que leur méthode est en vérité plus parfaite, plus synthétique, plus philosophique surtout, que les procédés analytiques
L’OCCULTISME SCIENTIFIQUE 203 _7‘I__W.f_lw_- .,.æpvr_p .u : r...- . . .. . , î3 t ?* . Ë."E‘,—'€ ."'.':'Klî.‘ des savants reconnus.
D’ailleurs, il ne renient nulle ment la valeur et l’importance des travaux de ceux ci; mais, ils pensent et ils déclarent fermement qu’à côté des faits mis en lumière par ces travaux, il est autre chose d’essence supérieure et dont les seules pratiques positives du laboratoire ne sauraientdonner une rationnelle explication.
La science, prétendent-ils encore, n’est pas aussi nouvelle qu’on le croit généralement, et les anciens initiés savaient les formules de bien des lois aujour— d’hui perdues pour la foule. Or, ces lois, l’enseigne ment ésotérique permet de les retrouver. Quoi qu’il en soit, semble-HI, la période des luttes amères entre les deux écoles est pour jamais passée.
L’union, il est vrai, n’est pas encore faite, et n’est même point proche de se faire, d’une manière éten due, au moins; mais, symptôme important, les adversaires d’hier ne se refusent plus, de parti déli béré, à se prêter un mutuel concours. Chimistes, médecins, physiciens, mathématiciens et physiologistes se rencontrent « au seuil du mys tère » avec les occultistes, et les méthodes d’investi— gation se fondent.
Quel fruit l’homme a-t-il dès maintenant tiré d’une semblable alliance P C’est ce que nous allons nous efl’orcer de déter« miner. I « Notre but est simple et évident; il consiste à démontrer, par une .voie. scientifique nouvelle,
204 L’INITIATION quoique très connexe avec les idées antiques, que le fondement des dogmes religieux a sa base, non pas dans des fables populaires, inventées on ne sait sous l’influence de quel cauchemar inconnu, mais certai nement sur des doctrines mathématiques et physiques dont la trace s’est perdue. (i) » ’ Ainsi s’exprime dans un livre peu connu aujour d’hui, en dépit de sa haute valeur philosophique, M. Louis Lucas(2), qui, le premier en notre siècle, d’une manière réellement scientifique au moins,se soit occupé de concilier les données des connais sances officielles avec les enseignements de l’ésoté— risme, ou, plus exactement, d’appliquer ceux-ci à celles-là.
La Chimie nouvelle, dans laquelle, notamment, il applique sa méthode aux sciences physiques et natu relles, est à cet égard particulièrement instructive. Mais, voyons comme il procède. Les anciens maîtres en la science hermétique, à seule fin d’écarter le vulgaire, avaient coutume d’en serrer les formules de leur Œuvre en un langage mythique et allégorique que les Initiés seuls savaient interpréter.
Du reste, procédant avec sagacité, en dépit de leur (1) Louis Lucas, la Chimie nouvelle.
Paris, 1854, un vol. in-u, p. 82. (2) Louis Lucas est un auteur longtemps demeuré complètement i noré, et il n'y a guère que quelques mors, grâce aux recherches de 3 us, que les occult15tes ont appris à le connaître. ersonne, auparavant, ne semble s'être douté de son existence, et ni le Larousse, ni aucune autre encyclopédie quelconque ne fait mention de l'homme et de ses œuvres. , . L’avenir se chargera de réparer cet oubli.
L’OCCULTISME SCIENTIFIQUE 205 -«.—-=.---«-.; —y . .— apparent -— apparent pour le profane — manque de logique expérimentale, ils avaient grand soin de res pecter certaines lois générales dont les savants de nos jours semblent n’avoir aucun souci. L’analogie était leur méthode favorite, et la loi du ternaire leur règle dominante.
« Les anciens Mages ayant observé que l’équilibre est en physique la loi universelle et qu’il résulte de l’opposition apparente de deux forces, concluant de l’équilibre physique à l’équilibre métaphysique, décla— rèrent qu’en Dieu, c’est-à-dire dans la première cause vivante et active, on devait reconnaître deux pro— priétés nécessaires l’une à l’autre, la stabilité et le mouvement, équilibrées par la couronne, la force suprême (1).
Entre deux contraires, en un mot, il est toujours un moyen terme résultant de l’action des deux opposés , l’un sur l’autre et participant de leur double façon d’être. ' C’est de ce principe que part Louis Lucas pour ex pliquer une théorie toute dynamique de l’univers.
« Nous pouvons dire, écrit-il, qu’utt’lement, scienti— fiquement, la matière n’est rien, le mouvement est tout(2). » Or ce mouvement,« souffle de Dieux en action parmi les choses créées» (3), se fait àylui-même équilibre par (1)1E1iphas Lévi, Dogme et Rituel de haute Magie, in-8. Paris. .79. ' ' - (2) Louis Lucas, la Chimie nouvelle, p. 33. (3) Louis Lucas, Lac. cit. p. 34.
206 L’INITIATION on antagonisme qui lui est propre, « constituant des groupes diversement contractés et dilatés dont nous retrouvons partout le type suprême dans la lumière, dans la chaleur, dans l’électricité et même dans la hié rarchie des corps matériels qui composent la nomen claturechimique.
Cetantagonismesériel, hiérarchique, n’a pas besoin de sortir d’hypothèses plus ou‘moins heureuses; nous le voyons agir partout età toute heure dansla nature; il n’est pas un phénomène général qui ne le reproduise.
De la différence de ses condensations et des combinaisons ultérieures qui ont pu s’en former, est né ce que nous appelons la matière, mal définie encore aujourd’hui, qui ne présente et ne doit présenter, comme nous venons de le faire voir, qu’une résistance relative par antagonisme, une résistance..... c’est-à-dire une FORCE! - « Car les forces seules sont capables de résistance, et, par cette considération, la matière divulgue sont origine unitaire, identique avec le mouvement initial et élémentaire. » Le mot matière exprime la passivité du mouve— ment, comme le mot force en désigne l’activité (1). » Nous le voyons par ces dernières lignes empruntées au savant occultiste, la matière ne serait qu‘une modalité du mouvement, et de même la force.
Mais, alors, la matière est une chose une, ainsi que le prétendaient les anciens alchimistes, justifiant par là même la logique de leurs travaux pour la recherche de la pierre philosophale, et aussi comme sont présente (1) Louis Lucas, la Chimie nouvelle, p..35.
LbCCULTISME SCIENTIFIQUE 207 ment fort portés à l’admettre certains de nos savants chimistes modernes, et non des moindres (1). Du reste, cette double loi des contraires et du ter— maire, que M. Lucas appelle la Loi de la série, ne trouve—t-elle pas sa continuelle application facilement perceptible par tous ? .
Les deux opposés lumière et ombre donnent en réagissant l’un sur l’autre la pénombre, état mixte procédant de l’une et de l’autre ; de même, la réaction chimique de l’opposé acide sur l’opposé base est un produit neutre, le sel, etc. « Si l’on étudie avec soin les propriétés du mono— corde, on remarque que, dans toute hiérarchie réson nante, il n’existe réellement que trois points de pre— mière importance, la tonique, la quinte, la tierce. — Les octaves étant des reproductions à des hauteurs diverses — et, dans les trois résonnances, la tonique restant point d’appui, la quinte son antagoniste, la tierce un point indifférent, prêt à suivre l’un ou l’autre des deux antagonistes qui prendra le dessus.
« C’est aussi ce qu’on va retrouver dans trois corps simples dont l’importance relative n’a nullement besoin d’être rappelée: l’hydrogène, l’azote et l’oxy gène. L’hydrogène, ne serait-ce que par son néga tivisme absolu vis-ä-vis des autres métalloïdes, par ses propriétés essentiellement basiques, prend la place (x)M. Berthelot,notamment.
«J‘ai retrouvé, écrit ce savant dans son livre les Origines de I’Alchimie, non seulement la filiation des idées qu1 avaient conduit les alchimistes à poursuivre la transmutation des métaux (pierre philosophale), mais aussi la philosophie de la nature qui leur avait servi de_ guide, théorie fondée sur l'hypothèse de l’unité de la matière _et 311551plausible au fond que les théories modernes les plus reputees aujourd'hui. 11 (STANISLAS DE GUAI'I'A, Au Seuil du Mystère.) —<-!n-—_-‘s- sa, "l..“"‘.‘r
208 L’INITIçTION de la tonique ou repos ‘relatif. L’oxygène, par des propriétés antagonistes, occupera celle de la quinte; enfin, l’indifférence bien connue de l’azote lui assigne le rôle de la tierce (I). » Et ainsi des autres..... Mais, tout ceci n’est que de la théorie, et la théorie, on le sait, est essentiellement contestable, étant de par sa nature même édifiée pour être ensuite détruite et remplacée par une hypothèse nouvelle.
M. de Guaita, lui, ne se contente point de la pure spéculation ; il aime à appuyer sa conviction sur une base expérimentale certaine, et, chimiste distingué, c’est à la précise balance du laboratoire qu’il demande un enseignement.
Tout d’abord, ainsi du reste que tous ses confrères en occultisme, il pose ce double axiome fondamental: «Le surnaturel n’existe pas, le hasard n’existepas», et, avec le marquis de Saint-Yves d’Alveydre, il répète volontiers: « Il n’y a pas de science occulte, il n’y a que des sciences occultées. » Claude Bernard, l’illustre physiologiste, ne tenait pas, en somme, un. autre langage, quand il parlait de la cause prochaine des affections plus ou moins patho logiques atteignant les organismes. - La cause prochaine, en effet, n’est—ce pas la partie occultée de la science, sa partie ésotérique, s’il est permis d’employer un tel vocable en parlant des doc trines officielles? . Or, prétend M. de Guaita, les maîtres des Univer (t) Louis Lucas, la Chimie nouvelle, p. 398.
Wl'v: .:'-'«:‘:- . \1 l{;-_;1w.;F-._ t;———.‘_. . —.—.— _, .. L’OCCULTISME SCIENTIFIQUE 209 sités ont ce tort grave par instants de méconnaître de parti pris la réalité de certaines causes prochaines dont l’existence surpasse leur logique de courte vue. Tel, par exemple, le fameux axiome: Rien ne se perd, rien ne se crée. «Cet axiome n’est faux, d’ailleurs, déclare-t-il,qu’ap pliqué exclusivement à la matière.
Ex ni/zilo nihil, disaient les anciens sages, et ils avaient raison: le néant n’engendre pas. C’est—à-dire que tout être sort d’un principe réel, positif et non abstrait. Créer, c’est tirer d’un principe occulte, mais ce n’est pas faire de rien : Ex nz'lzz‘lo nz'lzil. « La substance absolue engendre éternellement la matière transitoire.
Celle-ci se livre à d’innombrables métamorphoses jusqu’au jour où elle rentre dans son principe: la matière physique redevient substance hyperphysique. « En ce sens, qui n’est point celui de la science moderne, l’axiome contesté se soutient (I). » Et, de suite, à l’appui de son argumentation philo— sophique, M. de Guaita apporte l’expérience du chi miste, expérience qu’ont vérifiée les savants Schrader, Greef et Braconnot.
' Celle—ci, du reste, est intéressante à plus d’un titre. La voici sincèrement et brièvement rapportée : Vous prenez un kilogramme de soufre en fleur, et, après l’avoir soigneusementflavé à l’eau distillée, vous l’étendez en unecouche de moyenne épaisseur, sur (r) Stanislas de Guaita. Fragment d‘un livre en préparation, le Lotus, numéro de mars 1888, p. 353,note.
2 10 L’INITIATION laquelle vous semez une quantité connue de graines de cresson. Vous arrosez le tout uniquement à l’eau distillée, de manière à entretenir une humidité conve nable. Bientôt, les graines germent, la plante se déve loppe et vous pouvez faire votre moisson.
« Quand un certain nombre de récoltes successives vous aura fourni tiges et feuilles en abondance incinérez toute cette substance végétale: vous obtiendrez facilement ainsi une quantité de sels fixes dépassant de beaucoup le poids des graines semées.
Quelle ne sera pas votre surprise, en soumettant à l’analyse chimique cette cendre végétale, d’y trouver dela potasse, de l’albumine, de la silice, de la chaux, des oxydes de fer et de man— ganèse, combinés pour une part aux acides carbonique, sulfurique et phosphorique, et à l’état libre pour l’autre partlAinsi, pour passer sous silence les corps vola tils ou décomposables évaporés au cours de la calci.. nation, vous y constaterez la présence d’un assez grand nombre de corps simples,métaux et métalloïdes, les mêmes exactement qui se retrouvent dans les cendres du cresson normal poussé en pleine terre et en pleine eau, et dont les racines adhèrent au lit même d’une source ou d’un.ruisseau (I). » ;-.;,Or, comment expliquer la présence, surtout en quantités fort appréciables, de tous ces corps fixes qui ne préexistaient pas dans les substances choisies au début de l’expérience.
Rien ne se perd, rien ne se crée, déclare la formule consacrée, et voici qu’il nous faut admettre une créa (x) Stanislas de Guaita, lac. cit., p. 334..
L’OCCULTISME SCIENTIFIQUE 2 l I tion et incliner notre ignorance devant le fait patent ! , Est-ce à dire, cependant, que nous nous trouvions en présence d’une action surnaturelle ? Non, comme eût dit Claude Bernard, il y a seulement de notre part ignorance de la cause prochaine du phénomène; cause occulte, affirme à son tour avec les occultistes M. de Guaita, mais réelle et certaine cependant, en dépit de notre incertitude à son sujet.
' Dans le cas en question, le végétal, déclare—il, s’est alimenté des effluves de cette substance première que les anciens nommaient Ame du monde. « Que fait la plante P —— Le vouloir latent de son Moi biologique fait l’office d’aimant.
Son organisme fait office d’alambic ou d’Athanor , si bien qu’élaborant les' fluides hyperphysiques, selon les exigences de ses fonctions naturelles, il les réduit de puissance en acte; et que, substance éternelle et absolue, I’Aôr se spécifie en matière transitoire et contingente (t). » C’est là une théorie alchimique qui ramène naturel lement à l’hypothèse de l’unité de la matière. ‘ Or,sur ce dernier point, nous l’avons vu, occultistes et savants sont très proches de s’entendre, étant en somme divisés bien plus par une terminologie vague que par des faits précis.
Mais, quelle terrible barrière que celle seulement faite de mots (A suivre). G. Vrroux. (a) Sunislu de Guaita, l‘oc. ex‘t., p. 344.
L’INITIATION ÉTUDES lËIKST©RKQUES LES CIVILISATIONS DE L'ANTIQUITÉ I. Est-i1 bien vrai, comme l’affirme l’école actuelle du translormisme et de l’évolution, est-il bien vrai que le progrès se fasse en ligne droite et d’une manière in cessante et continue? L’histoire est là pour nous affir mer et démontrer le contraire. Toutes les civilisations atteignent un certain apogée pour péricliter ensuite et finalement mourir.
Mais le flambeau allumé par elles ne s’éteint pas cependant pour cela, elles le passent à d’autres chargées de le rendre plus lumineux et plus brillant.
Autrement dit, le progrès se continue bien réellement, mais il suit cette courbe bien.connue des mathématiciens que l’on dessine aux yeux des étu— diants qui commencent l’étude de la théorie des maxima et des minima : cette courbe, qui s’élève tou jours, part d’un certain MINIMUM pour atteindre ensuite un certain MAXIMUM, duquel elle redescend pour s’ar rêter à un nouveau MINIMUM pour remonter à un nou veau MAXIMUM, et ainsi de suite indéfiniment, mais de telle sorte que chaque minimum est plus élevé que le minimum qui le précède et que chaque maximum est également supérieur à celui qu’il suit.
Cette courbe, à sommets tantôt en bas, tantôt en haut, représente bien réellement la marche du progrès sur notre globe. Les savants hindous ont. depuis longtemps reconnu cette — Loi cyclique du Progrès. ..:æ.‘i.
ÉTUDES HISTORIQUES 2I3 loi cyclique du progrès; ils regardent l’esprit humain comme régi par la même loi que le pendule, loi d’os cillation en vertu de laquelle le progrès planétaire a ses phases de lente éclosion, de brillante maturité, puis de déclin et de régression.
Mais cette régression n’est qu’apparente, et la planète monte quand même vers ses destinées divines qui ont pour expression finale : l’harmonie, ce NIRVANA où arrive et va tout ce qui atteint la perfection. Voilà ce qu’on devrait enseigner dans nos écoles ' au lieu du matérialisme qui déprime ettue notre géné ration.
Tristes lycées en vérité que les nôtres où le dogmatisme ' autoritaire étouffe la pensée et coule toutes les âmes dans le même moule. Notre Univer— sité est une nouvelle bastille, non plus construite de pierres, mais d’idées imposées et de principes matéria listes, bastille qui donnera plus de peine à démolir que celle qui, le 14. juillet I789, tomba sous le glaive indigné de la Justice.
Aujourd’hui c’est l’exclusivisme universitaire qui a remplacé le despotisme religieux, - et c’est le gouvernement de la Liberté qui va sur les brisées du cléricalisme. Aussi doit-on s’attendre à voir bientôt naître une réaction fatale qui démontrera une fois de plus la réalité de cette loi du pendule qui régit l’esprit humain. Notre éducation nationale est péremptoirement fausse. Elle ne.développeque l’intelligence, ou même que la mémoire.
Or il n’y a pas_que le sens intellec tuel seulement dans l’homme, il y a encore un sens qu’on a laissé complètement s’atrophier chez les peuples de l’Occident; c’est ce sens. spirituel qui nous
2 I4 L’INITIATION permet d’entrer en communication directe avec le monde occulte, autrement important que notre monde visible et tangible, sens spirituel que les Ma— hatmas de l’Inde ont si bien su développer en eux qu’ils en sont arrivés à faire vivre leur âme presque indépendamment de leur corps.
Il yaaussi dans notre personnalité le corps, qui doit être soumis à une hygiène rationnelle afin d’éviter aux hommes, par de sages préceptes et un entraînement convenable, ces horribles maladies qui les assiègent pendant leur existence et les rendent plus malheureux que les ani maux eux—mêmes.
Telle est bien véritablement la triple nature de l’homme : INTELLECTUELLE, SPIRITUELLE et MATÉRIELLE, qui devrait faire l’objet des soins d'une éducation complète et bien comprise.
En un mot, notre société doit revenir vers cette antique religion, qui dominait autrefois l’Etat social, et qui n’était autre chose que la synthèse de toutes les sciences établies en monument religieux, comme un temple vraiment divin où tous les actes de la vie des hommes venaient prendre leur règle, leur force et leur autorité.
Là était conservée avec un soin jaloux la science intégrale acquise et réalisée par les plus hautes énergies intellectuelles parues dans l’Humanité, laquelle science fut transmise d’âge en âge par les diverses associations occultes chargées de la conserver pure de tout alliage et de toute destruction.
Mais à la faveur même du mystère imposé aux vrais adeptes, les sciences occultes, c’est-à-dire les sciences qui illu minent la destinée de l’homme et le mettent des ici
ÉTUDES HISTORIQUES 2 I 5 bas en relation avec les secrets du monde invisible, ces sciences, disons-nous, tombèrent avec le temps dans les mains d’ignorants, d’exploiteurs du merveil leux et de charlatans qui en altérèrent le caractère scientifique et moral et furent cause qu’elles devinrent un jour complètement dédaigne’es des esprits sérieux.
Et dès lors toutes les superstitions envahirent le monde et les hommes n’eurent plus de boussole qui les guidât. Le pendule revenait sur ses pas et la pla nète retombait vers un nouveau minimum relatif dont elle est actuellement en train de se relever pour remonter vers un maximum nouveau dont le xxe siècle verra peut-être la gloire et l’apogée.
Oui, cela est bien certain, il y eut autrefois une civilisation mystérieuse et gigantesque qui fiorissait en Oriént dans les temps préhistoriques, et l’on sait pertinemment que, pendant toute la durée des civilisav tions grecque et romaine, les Initiés aux mystères se transmettaient soigneusement les vestiges d’une science antique rapportée d’Orient et d’Ègypte par Orphée et Pythagore.
Pythagore avait vu dans le temple d’Ecbatane, capitale de la Médie, toute la représentation vraie de notre système solaire où des sphères dorées imitaient les mouvements des planètes autour du soleil; et dans les temples on avait ins titué des danses qu’exécutaient les Initiés et qui imi taient ces mouvements planétaires.
Cinq cents ans aVant Jésus-Christ, les révélations astronomiques des Grecs Hicétas et Philolaüs vulgarisèrent une partie de cette doctrine secrète de Pythagore. D’ailleurs dans les livres sacrés de l’Inde, et en particulier dans le
2 I 6 L’INITIATION i.‘—nn..- M.d.h.i-..h ——h —‘ u m r .r i i , Râmayana,composé six cents ans avant Jésus-Christ, on peut s’assurer que les principales vérités astronomi— ques étaient vulgarisées en Orient bien avant ce que nous appelons la période historique,et,bien avant C0 pernic,Kepler, Galilée, Newton,on avait vu au moyen âge Giordano Brune brûlé vit, et Campanella torturé, pour avoir enseigné ces mêmes vérités qui étaient en contradiction avec la science et les dogmes imposés par le catholicisme romain.
Enfin les lecteurs dési reux de s’instruire n’auront qu’à lire la Mission des Juifs de M. de Saint—Yves, ils y trouveront mille documents, tous faciles à contrôler aux sources mêmes, sources indiquées par lui, qui démontrent bien clairement aux yeux de tout lecteur impartial la haute science de ces époques reculées et la puissance inouïe qu’avaient acquise les Initiés dans la connais sance et l'application des lois de la nature, lois que ' \ nous commençons a peine à retrouver aujourd’hui.
Télégraphie, optique, acoustique, électricité étaient parfaitement connues de ces temps—là, et la musique la plus savante conduisait les chœurs et les danses.
Enfin les sciences psychurgiques, que le spiritisme de nos jours commence à peine à faire renaître, étaient savamment utilisées à cette époque, et la Cosmogonie (science de la création de l’uniuers) aussi bien que l’Ontologie (connaissance de la nature des êtres) étaient également connues des savants Initiés. C’était en un mot à cette époque une synthèse scientifique inconnue encore à la nôtre.
« Mais la haute science, dit dans son intéressant article la Doctrine ésotérique Louis Dramatd, prix. du développement harmonique
ÉTUDES HISTORIQUES 2 I 7 .. _-.rpcr I 1; de l’être, réclame le concours de l’imagination et du. cœur autant que de l’intelligence.
L’amour désinté ressé du vrai, du beau, du juste, éclaire plus que des études imparfaites; et c’est pourquoi l’homme du peuple, le paria de notre civilisation égoïste, le prolé taire qui soufl’re et meurt, mais qui espère et aime, a l’intuition de la grande loi cosmique de solidarité et de progrès, dont la marche cyclique, méconnue du philosophe, du prêtre et du savant, est depuis long— temps formulée par les Adeptes de la science ésoté rique (Il. » Que l’on veuille bien arrêter sa réflexion sur les monuments pour ainsi dire surhumains dont les ruines nous montrent encore l’image deces civilisa— tions éteintes, et l’on sera bien obligé de reconnaître que leur importance et leur grandeur s’accroissent en proportion de leur enfouissement dans la nuit du passé.
Indépendamment même des monuments de pierre on a retrouvé des langues admirables dont nos langues modernes .ne sont que d’impurs dérivés, langues savantes qui dévOilent la plus haute intellec tualité. Enfin toutes les religions isolées, toutes les philosophies actuelles découlent, on le sent bien, d’une source unique cachée dans les arcanes du passé.
Ce sont là, entre mille, des preuves qui parlent assez haut et qui nous permettent de mépriser ce scepticisme routinier de notre époque qui ne vit que d’erreurs et de préjugés. La loi d’évolution, quel que soit l’organisme dans (I) La Revue socialiste, rue du Faubourg Saint-Denis, I9.
218 L’INITIATION lequel elle fonctionne, affecte touiours un caractère cyclique. C’est ainsi que la terrea quatre phases dans son mouvement diurne : aurore, jour, crépuscule et nuit, de même qu’elle a quatre phases encore dans son mouvement annuel: le printemps, l’été, l’au— tomne et l’hiver. Ainsi en est—il pareillement de l’or— ganisme humain qui parcourt également les quatre phases de la vie : naissance, croissance, maturité, déclin.
L’enfant qui voit le soleil couchant plon ger dans le gouffre occidental, peut craindre que la lumière du jour soit évanouie pour toujours à ses yeux et appréhender le triomphe définitif de la mort quand il voit la nature se pétrifier sous les glaces et les frimas de l’hiver. Cependant ses craintes sont vaines et naissent de son ignorance des véritables lois de la nature.
« On oublie trop, dit Camille Flamma— rion, que la durée de la vie humaine est une minus cule échelle de comparaison pour mesurer de telles grandeurs (épaisseur des couches géologiques) et que les temps historiques de l’humanité tout entière ne sontqu’un instant s’évanouissant en face de la prodi gieuse immensité des temps géologiques.
L’homme est naturellement,conduitàse servir, comme mesure du temps, de l’espace compris entre sa naissance et sa mort, et cette mesure instinctive a exercé une influence considérable sur notre conception géné— rale de la nature, depuis Moïse et Jésus jusqu'à Bossuet et Cuvier. Un homme âgé de quatre—vingts ans a vécu vingt—neuf mille deux cent dix-neuf jours. Imaginons que cette vie soit réduite à sa mil— lième partie, soit à vingt—neuf jours, et que tous les
ÉTUDES HISTORIQUES 2 I9 phénomènes de notre existence soient accélérés dans la même proportion. Dans ce cas, un homme arri vantà la fin de ses jours n’aurait pu observer qu’une seule révolution de la lune : il dirait donc que notre satellite tourne lentement autour de la Terre, tandis que nous disons qu’il tourne vite parce que nous savons qu’il fait douze tours par an.
Le même observateur ne connaîtrait le changement des sai sons que par tradition, et il se pourrait que bien des générations d’hommes semblables eussent disparu depuis cette période de grand froid quenous nommons l’hiver. Réduisons encore ces ving—neul jours à leur millième partie. La durée de la vie de notre octogé naire serait alors de quarante minutes, aussi courte que celle de certains éphémères.
Alors le changement du jour et de la nuit serait inconnu, et, s’il avait assez de pénétration pour remarquer que pendant sa vie le soleil s’est un peu déplacé vers l’Ouest, il n’aurait aucune raison de croire assurément que ce soleil se couchera jamais et reviendra par I’Est (I). » ’ Rien ne peut nous faire mieux comprendre que cette citation le peu de valeur de ce que nous appe— lons nos temps historiques.
Rien non plus ne peut mieux ouvrir notre esprit à l’intelligence de ces temps et de ces civilisations antiques dont les patientes recherches de nos savants retrouventàchaque instant de nouveaux vestiges. Il nous sera facile aussi de nous élever à la conception du mouvement cyclique par lequel procède le progrès sur notre Terre, progrès (l) Le Monde avant la création de l’homme, page 268.
2 20 ‘ L’INITIATION qui, lui aussi, a son printemps, son été, son automne et son hiver. 11.— Les Initiés d‘autrefois. Autrefois, à l’endroit occupé de nos jours par les . eaux au sud de l’Afrique, existait un vaste conti nent appelé l’Atlantide.
La submersion de la ville de Posseïdonis il y a dix mille ans, submersion relatéepar les annales de l’Égypte et racontée par Solon et diffé rents voyageurs grecs, est une preuve certaine de ce fait de la disparition de ces contrées sous les eaux, à la suite sans doute de quelque événement astrono mique ou géologique.
Les habitants de l’Atlantide appartenaient à la race jaune—rouge et avaient asservi la race noire, alors très avancée en civilisation. Indé— pendamment du continent aujourd’hui disparu, les Atlantiens avaient conquis et civilisé l’Asie occiden tale et méridionale, le nord de l’Afrique et les bords européensde la Méditerranée.
Bientôt ils entrèrent en contact et en lutte avec la race blanche aryenne dont la masse principale occupait les plateaux de l’Asie centrale et qui jÆ>uissaient d’une civilisation bien infé rieure à celle des Atlantiens.
Les livres hindous, et notamment le Râmayana, donnent des détails inté— ressants sur le luxe et la science de ces nations, peu— plant alors l’Atlantide,qui avaient su subjuguer toutes les forces de la nature, et sur les luttesépiques que les héros aryens, plus développés au point de vue esthé tique et moral, eurent à soutenir contre eux. La lutte se termina par le triomphe définitifde la race blanche. C’est alors que fut institué le gouvernement que
ÉTUDES HISTORIQUES 221 . . M. de Saint-Yves appelle la SYNARCHIE, ou Empire de Ram ; et, pendant à peu près toute la durée de cette période historique, la paix régna sur la plus grande partie du globe.
C’est le souvenir de cette longue paix qui se retrouve dans les traditions de tous les peuples sous les différents mythes de l'âge d’or, du P.aradis terrestre, du règne de Bacchus, de Saturne ou de Rhe’e, etc. A cette époque, le gouvernement des hommes était une science. C’étaient les Initiés qui en tenaient les rênes, et leur autorité était en raison des grades qu’ils avaient conquis et des épreuves qu’avait su affronter leur courage.
Mais la science de cette époque ne ressemblait pas à celle de nos jours ; l’enseignement était INTÉGRAL dans toute la véritable acception du mot. Toutes les facultés physiques, inlellectuelles, morales et psychiques de l’adepte étaient cultivées, entraînées, développées parallèlement et non pas, comme on le voit à notre époque, les unes à l’exclu— sion des autres.
En vertu des lois de l’hérédité, lois parfaitement connues de la biologie de nos jours,u l’indifférence et la paresse, aussi bien que le développe— ment systématique des spécialités, ont amoindri chez nous les dispositions naturelles qu’a l’homme à ces sciences; on sait, en effet, que toute faculté ou tout organe isolément exercé prend aux dépens de l’en— semble un développement qui peut aller jusqu’à la monstruosité physique ou morale.
C’est ainsi que l’abus des facultés psychiques et produit les fanatiques et les bourreaux qui ont couvert l’Europe de bûchers et‘;d’échafauds, de même que; l’abus que font nos
2 2 2 L’INITIATION savants des travaux de l’intelligence et du cerveau les aconduits tout droit au matérialisme et à la néga tion de l’âme humaine.
Les Initiés des temps antiques connaissaient le danger des spécialités, ils prévoyaient les calamités de toute sorte qu’elles feraient fondre sur l’l—lumanité. par le fait de quelque imposteur ou de quelque ambitieux s’imposantaux masses ignorantes, et ils veillaient soigneusement à ce que l’enseignement ne fût pas dépouillé des garanties qui le rendent bienfaisant.
Hélas! nous ne sommes plus à cet âge d’or où le savant prévoyait le mal et mettait tout son cou rage et toutes ses vertus à l’éviter à I’Humanité future! Quantùm mutatus ab illo! et aujourd’hui, dans cet âge de fer où nous sommes tombés, c’est partout l’épée, la parole hypocrite et l’intrigue qui sèment la mort et la guerre d’homme à homme, de famille à famille, de peuple à peuple.
C’est aujourd’hui la lutte bestiale pour l’assouvissement de toutes les passions et de toutes les convoitises. « Mais, dit Louis Dramard dans son article de la "Revue Socialiste, la méthode ésotérique adoptée par les Initiés était-elle bien la bonne pour éviter le mal? Thatis the question. Peut-être n’était-il pas sage et prudent, comme ils le pensaient, de confiner la science dans le secret des sanctuaires.
En tous cas, la méthode serait inapplicable de nos jours, où l’intelligence est plus répandue et où les populations, qui croissent en progression géométrique, sont plus denses. A notre époque l’Initiation doit épouser une nouvelle forme, touten restant l’apanage des intelligents, des travail leurs, des dévoués et des forts. En effet, le progrès
ÉTUDES HISTORIQUES 22 3 monte suivant une spirale, et ce n’est pas le même degré d’initiation qui doit faire émerger les énergies composant la classe dirigeante, mais un degré d’ini tiation nouveau, sui generis ; sans quoi ce serait nier la loi du progrès. Quelle devra être cette nouvelle forme d’initiation ? C’est à l’élite intellectuelle de notre société qu’il appartient de répondre à cette question si haute et si délicate.
Mais tout cet aperçu nouveau, si brillant, dévoilé par M. de Saint—Yves, doit nous donner la foi dans nos destinées à venir, et faire naître en nous la ferme conviction que le jour est proche où l’Huma mité s’unifiera de nouveau, et même plus étroitement que par le passé.
Nous gravissons évidemment notre calvaire, mais à l’horizon paraît le splendide lever de soleil où les peuples , groupés et réunis sous le même phare , - marcheront de nouveau sous la direction de la science intégrale, représentée, dit. Dramard, par des Initiés plus savants et plus grands, Bientôt l’on comprendra qu’il faut l’instruction inté— grale pour tous et le plus grand développement possible de toutes les virtualités dans chaque citoyen.
« Et alors, quand le moins avancé des hommes possédera toute l’instruction dont il est susceptible, et sera capa ble, par conséquent, d’apprécier la véritable supério rité, quel ambitieux ou quel imposteur osera essayer d'exploiter la crédulité publique P En effet, il faut tenir compte et de la loi du progrès et de l’indomptable tendance de l’esprit humain à toujours savoir davan tage; et le plus grand malheur de nos jours, c’est la ma lédiction dontlecatholicisme romain a frappéla science.
2 24 L’INITIATION . v.w...,-....__-._ .mW Vvy ,- “mÿcv—w—qm Le symbole dufruit défendu, de la doctrine mosaïque, doit être considéré comme ne se rapportant qu'au dé veloppement exclusif des facultés intellectuelles, lequel est évidemment dangereux quand il se fait aux dépens du sens esthétique et moral.
Nous, adeptes du cycle scientifique nouveau, nous devons travailler à prévenir l’humanité future des fléaux qui ont infesté notre globe depuis la désagréga tion de l’antique Etat social établi par Ram. A nous de lutter plus sagement contre l’ignorance et le despo tisme qui oqtensanglanté le globe, et cela parla science, mais parla science intégrale, seule capable de régénérer l’humanité tombée si bas.
Mais le premier devoir à remplir, c’est d’apprendre au peuple la cause de ses souffrances et de ses malheurs en lui faisant l’histoire de tous les tyrans qui l’ont réduit en esclavage.
Il faut lui apprendre à détester ce Ninus,‘ roi d’Assyrie et mari de l’odieuse Sémiramis, qui fit assassiner les Ini tiés et brûler leurs livres dans tout l’Iran ; et cet infâme N abon—Asar qui fit gratter toutes lesinscriptions qui racontaientl’histoire del’Empmr: DE L’AGNEAU, briser les tables d’airain, fondre toutes les stèles, bruler les bi bliothèques; et cet ignoble Tsin-che-hoang, en Chine, qui punit de mort tousceuxde ses sujets qui gardent un livre chez eux et fait massacrer tous leslettrés organisés en corps d’Initiés par l’initié Fo-Hi; et le sanguinaire César, et l’épouvantable Dioclétien, et le monstre Théodose, et l’empereur chrétien Théophile, qui dé truisent les livres, les bibliothèques et les temples, derniers asiles de la science et de la morale antiques . Mais une dette nous reste à payer, c’est de rendre
ÉTUDES HISTORIQUES 2 2 5 hommage à ces hommes dévoués et courageux, à ces Initiés dont Moïse et Jésus firent partie, qui ne se dé couragèrent jamais dans ce long duel contre le despo— tisme. Partout on les voit s’appliquer à retenir le char social précipité dans le gouflre de l’anarchie, en vulgarisant la science et la philosophie. En Grèce ce sont Orphée, Cadmus, Selon, Démocrite, Pythagore et bien d’autres, qui sont nos maîtres.
En Judée, ce sont les prophètes qui luttent contre le cléricalisme de la synagogue et bravent tous les supplices. Puis vinrent les Kabbalistes que pourchassa l’obscuran— tisme catholique;puis toutes les sociétés secrètes qui se fondèrent pour combattre l’ignorance et la domination des papes, parmi lesquelles celles des Templiers, puis celles des Rose—croix et des Frames-Maçons qui exis tent encore à notre époque.
Honneur à eux donc, et au dévouement et au cou— rage des Initiés de tous les temps. RENÉ CAILLIÉ. L’ËTLANTIDE oin de la multitude où fleurit le mensonge Puisque l’âme s’épure et s’exalte en rêvant, Au gré du souvenir vogue, ô mon âme! et songe : Songe à la cendre humaine éparse dans le uent ; 8
2 26 L’INITIATION Songe aux crânes heurtés par le soc des charrues, Aux débris du passé dans l’inconnuflottant: Car des mondes sont morts, des cités disparues, Où la Vie eut son heure et l’Amour son instant! n «Vi Aux siècles primitifs, une île, immense et belle, Nourrice jeune encor d’un peuple de géants, Livrait à ses fils nus sa féconde mamelle, Et sa hanche robuste au choc des océans. .
Cette terre avait nom l’A tlantide. —- Des villes Yflorissaient alors, superbes, par milliers, Avec leurs parthénons et leurs jardins fertiles, Et leurs palais de marbre aux antiques piliers. Aqueducs! Monuments massifs, aux colonnades De jaspe, défendus par de grands léopards! Coupoles de granit! Innombrables arcades Brodant de leur dentelle épaisse les remparts!
L’on eût dit des forêts de pierre. — Les bois vierges Reflétaient leur verdure aux lacs bleus sans roseaux. Et l’âme des jasnzz'ns et des lys, sur les berges, Se mariait, légère, à des chansons d’oiseaux! Un cantique montait d’espérance et de joie Vers Jupiter très bon, très auguste et très grand: L’homme tendait les mains à l’azur qui flamboie, Et lefleuve apaiséprz‘ait — en murmurant!..
Mais ce monde, marqué du sceau de la colère, Devrait s’anéantir, sans que rien ne restât Que des îlots perdus sur l’onde tumulaire, — Seuls vestiges épars où notre œil s’arrétât!
L’ATLANTIDE 227 On entendit rugir les forges souterraines, Tout le sol s’effondra, secoué brusquement... Et la merfit rouler ses vagues souveraines Sur la plaz’ntz‘ve horreur de cet écroulement! Cependant, par delà ces monstrueux décombres Que, sous mille pieds d’eau, tu vois se dessiner, 0 mon Ante, entends-tu P...
Du fond des lointains ' [sombres, De prophétiques Voix semblent vaticiner : —Az’nsi les continents, les villes séculaires, Les grands monts hérissés de sapins et d’orgueil, L’homme et ses passions, le monde et ses colères, — Cadavres dz’sloqués et mûrs pour le cercueil, ‘Rââ Gz‘gantesques amas sans nom, épaves mornes, — S’engloutiront un jour (tout étant accompli) Sous lesflots ténébreux d’une autre mer sans bornes Etplus profonde encor -— qui s’appelle l’Oublz’.’ R‘X‘ « Alors, exécutant la suprême sentence, « L’ombre, comme un déluge, envahira les cieux; « Et tout bruzt s’éteindra, comme toute existence, « Dans le néant obscur, vaste et silencieux. » STANISLAS DE GUAITA.
2 28 L’INITIATION ecmmsm @aarmm MONSIEUR LE DIRECTEUR, A la fin de mon article, dans le numéro d’octobre de l’Initiaz‘ion, je concluais en disant que l’électricité, le fluide magnétique et la force psychique pourraient bien être une seule et même chose sous trois noms différents.
En effet, pourquoi l’appareil de M. Louis Fayard, qui se compose d’une aiguille enfoncée verti calement dans une rondelle de liège et servant de sup— port à un rectangle de papier placé en équilibre dessus, ne bouge-t-il plus quand il est posé sur un verre à pied P Évidemment parce que, le verre étant mauvais conducteur de l’électricité, le fluide de la main de l’opérateur n’a plus d’action sur l’appareil.
De même pour le gant en caoutchouc qui couvre la main, il empêche l’action du fluide, parce qu’il est mauvais conducteur au même degré que le verre. Vous savez que, grâceà la force psychique qui émane du corps de mes sensitifs, des objets inanimés sont mus et déplacés à distance et sans aucun contact.
Les objets ne se contentent pas de se déplacer, ils tournent sur eux—mêmes en décrivant des cercles, ils vont rapi— dement d’un bout à l’autre du plateau du guéridon, reviennent eux—mêmes à leur point de départ pour repartir de nouveau avec une étonnante rapidité. Quelquefois ils bondissent, et, sautant par-dessus
.— ,_-r -4”..'Jâ :—... _.;.e,.a..,» OCCULTISME PRATIQUE 229 les bords du plateau, ils tombent à terre. Souvent ils obéissent à la parole; oui, monsieur le directeur, ils obéissent quand on leur commande. A toutes mes séances ce fait curieux se produit plusieurs fois, comme si le fluide qui leur communique le mouve ment était doué d’intelligence.
Je place deux bou— chons de liège sur le milieu du plateau, à une distance de un pouce et demi àdeux pouces l’un de l’autre et bien parallèlement, et je leur dis: « Binez-vous (expression du pays qui signifie embrassez-vous). » Les voilà qui se serrent l’un contre l’autre, chacun faisant la moitié du chemin. Je leur commande alors de se séparer, et d’aller chacun de leur côté.
Ils obéissent ponctuel— lement, se séparent, et chacun prenant une direction contraire se rend à une des extrémités du guéridon. Je leur commande de se réunir: ils reviennent l’un vers l’autre pour se serrer de nouveau l’un contre l’autre.
Je dis ensuite à l’un: « Prends ton élan et saute. »Tout aussitôt le fidèle bouchon de liège, docile à mon ordre, court avec rapidité à l’extrémité du plateau, mais, quel quefois, ayant mal pris ses mesures,il s’arrête contre le rebord. Je réitère l’ordre et il revient à son point de départ. Calculant mieux, il court avec une grande vélo— cité, saute par-dessus le bord comme un chamois et tombe à terre.
Je sais bien que je vous raconte là des choses singulières, inouies, incroyables, mais je n’exa gère rien, je n’afifrme que ce qui est strictementvrai. J’ai des témoins. Je vous ferai observer aussi que, pendant que ces choses se passent, mes sensitifs se tiennent à trois pieds du guéridon et que la plupart du temps, ennuyés de ces expériences que je renouvelle sans
2 30 L’INITIATION cesse, ils donnent peu d’attention et jasent et rient sans se soucier du résultat. Moi seul je veille à la bonne réussite des épreuves. Je dois ajOuter que plus les sensitifs ont d’entrain, plus ils sont gais; plus ils ont foi en eux-mêmes tout en étant fort distraits, plus . le succès est accentué.
Quand les assistants sont bien disposés, quand ils n’ont pas le maintien sévère ou une attitude railleuse, tout se comporte merveilleuse ment, car les sensitifs conservent leur entrain. Mais pour peu qu’ils se sentent intimidés pour une cause ou pour une autre, il y a toujours réussite, cela ne peut être autrement, mais elle est moins marquée.
Ces jours derniers j’ai voulu m’assurer si les objets se déplaceraient aussi bien sous une cloche de verre que lorsqu’on les laisse à l’air libre. Les objets n‘ont pas bougé; ils sont restés immobiles, bien que l’expérience ait duré une demi-heure. Pourquoi cela?
Probable— ment parce que le verre empêchait l’action du fluide projeté par mes sensitifs, et que le verre est non moins mauvais conducteur de la force psychique, du fluide magnétique que de l’électricité. Sous cette même cloche de verre j’ai placé, après avoir enlevé les objets inanimés, une aiguille aimantée. J’ai approché un fort aimant de la cloche de verre: l’aiguille immédiatement a oscillé, a dévié, s’est affolée.
J’ai ôté la cloche et laissé l’aiguille à l’air libre et j‘en ai approché un bâton de gomme laque frotté avec une peau de chat. L’aiguille a oscillé, elle a dévié et dévié d’une quantité de plus en plus grande. J’ai replacé la cloche sous l’aiguille, et, après avoir frotté de nouveau le bâton de gomme laque avec la peau de chat, je l’ai approché de la cloche
OCCULTISME PRATIQUE '2 31,_ de verre; le bâton de gomme laque la touchait: l’ai guille est restée paralysée. Vainement j’ai frotté et refrotté le bâton de gomme laque: elle a continué à rester immobile. J’ai dû conclure de cette dernière expérience qu’il y a plus d’analogie entre le fluide humain et l’électricité qu’entre le fluide humain et l’aimant.
Je n’affirmerai pas que le fluide humain, le fluide magnétique, la force psychique et l’électricité sont une même chose, je dirai seulement qu’ils sem— blent frères jumeaux.
La présente lettre n’a pas pour but de répondre à M. Louis Fayard qui rend compte de ses expériences qui sont des plus curieuses et des plus intéressantes; j’expérimente de mon côté comme lui du sien ; peut être que lui, moi, et bien d’autres, après avoir long temps et beaucoup expérimenté, finirons-nous par arriver aux mêmes conclusions, bien que nos opi nions aient été longtemps divergentes. Berçons-nous de cette douce chimère.
Pour le présent je ne suis qu’un humble disciple initié aux mystères de la pola— rité par M. le colonel de Rochas, que je tiens pour un maître éminent. Veuillez agréer, Monsieur le Directeur, l’expression de mes sentiments les plus distingués. HORACE PELLETIER. / P“"".W-‘WW-æœc..a-VWM «.LMW._.À. . A-. M.'w.n—w 4..» .« 4
23 2 L’INITIATION rÿwrramur ËAŒRÈE (Suite) Strabon nous dit avoir vu à Héliopolis un vaste édifice qui était l’habitation des prêtres adonnés spé— cialement à l’étude de l’astronomie et de la philoso phie ; et Diodore ajoute que les prêtres égyptiens pré disaient l’avenir tant par la science des choses sacrées que par celle des astres.
' Une même personne pouvait remplir plusieurs fonctions sacerdotales ; les serviteurs des prêtres n’étaient pas prêtres, mais ils participaient à tous leurs privilèges. ’ Voici quelle était à peu près la hiérarchie dans la caste sacerdotale (I) ; il y avait : I.
Les Grands-Prêtres (Sam) attachés à la fois au culte d’un dieu et àcelui d’un roi ; certains rois étaient revêtus du titre de Grand-Prêtre d’une divinité ; mais tout roi étaitle premier de tousles prêtres. A Memphis, le Sain était le chef du sacerdoce; on le nommait aussi archiprêtre. 2. Le Her—seshez‘a était le prêtre qui avait atteint le plus haut grade de l’Initiation. 3.
Le Ker—heb était le maître de cérémonies. (là Il n’est pas possible, dans l'état actuel de la science égyptologique, de éterminer d'une manière positive la hiérarchie sacerdotale, car aucun monument jusqu’ici n'a permis de pouvoir contrôlerles détailsque Dio dore (T. 73) nous a fournis sur les prérogatives sacerdotales et la pré séance des prêtres dans les cérémonies. \ '0. s.‘.l.hn.;
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 2 3 3 _v V V,_.,_ __ç.flWmzæwn {fat N,. .53“ ‘b“’-' ;*_.g.-w-. ; 4. Le Sotem était chargé de diverses fonctions litur giques. 5. Les gardiens des temples ou attachés aux temples, les préposés aux temples occupaient un rang très élevé; c’étaient les supérieurs dans divers rangs. 6. Les Hiérogrammates ou Scribes sacrés étaient chargés de l’administration des revenus sacrés.
Ils tiraient leur titre du dieu honoré dans le temple qu’ils desservaient ; ils étaient chargés des affaires tempo relles des temples et de celles de l’Etat ; ils devaient connaître l’Ecriture sacrée, la cosmographie, la géo— graphie, le système solaire, le système lunaire et pla nétaire, la chorographie de l’Egypte et la topographie du N il ; toutes ces sciences étaient englobées sous le titre générique de l’astrologie.
Les hiérogrammates pouvaient être prêtres d’une ville, comme Soutimès, par exemple, qui était à la fois hiérogrammate du temple de Thèbes et prêtre de la même ville. On peut voir le cercueil de Soutimès au Louvre. Ce personnage se qualifiait non seulement de prêtre de Thèbes, mais encore il était chargé des olfrandes faites à Ammon età d’autres Dieux. 7. Les Hz‘éracophores ou prêtres royaux étaient chargés de présenter les offrandes funéraires. 8.
Les Libanophores ou prêtres chargés d’offrir l’encens aux Dieux. g. Les Sphragz‘stes ou Scribes des victimes char— gés de marquer d’un grand sceau ou d’un petit sceau les victimes propres aux sacrifices. I0. LesPères—Prétres ou Prophètes présidaient aux détails du culte et des cérémonies ; ils devaient savoir ..; :ÿE'äfl".ÿ"l «rqs._' ,.
234 L’INITIATION .,.mr par cœur les dix livres sacerdotaux traitant des devoirs des prêtres envers les dieux. Chaque dieu avait son prophète. Souvent les prophètes, ceux d’Ammon par exemple, se divisaient en plusieurs classes; c’était par mi les prêtres de la première classe qu’on recrutait les Juges. Il.
Les Horologues ou Prêtres—horoscopes étaient placés bien au-dessus de la foule des prêtres soit pastophores soit néochores ; ceux-ci n’étaient passeu mis à d’aussi complètes purifications. Les horoscopes étaient non seulement chargés d'annoncer l’heure dans les temples, mais encore de lire dans l’avenir en tirant des horoscopes.
Clémentd’Alexandrie nous apprend qu’ils figuraient dans les cérémonies tenant d’une main une clepsy— dre et de l’autre une branche de palmier; nous l’avons déjà vu' Par le papyrus magique Harris, traduit et interprété par Chabas, nous trouvons au sujet des horoscopes les renseignements suivants : « Indépendamment des observances dont ils avaient amené l’usage, les anni versaires mythologiques frappaient d’une marque heureuse ou malheureuse l’heure de la naissance: par exemple, l’enfant qui était né le 2I de Thoth devait mourir dans la faveur; si c’était le 9 de Paôphi, il atteignait la vieillesse; le 4 de Tôbi, il parvenait aux honneurs et sa vie était longue.
Les marques néfastes ’sont plus nombreuses : venu au monde le 20 deThoth, l’enfant ne pouvait vivre; si c’était le 5 de Paôphi, il "serait tué par un taureau; le 27, mordu par un ser pent; né le 4 d’Athyr, il périrait sous les coups, etc. »
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 2 3 5 ____ ._, .,_ >_ñwî.>;1«wrummlW-ËÎMJQJ ->ja.:‘; _—e:::‘ +-v .-.«,r: : ,.1 . ;r'i»lï«' :fi‘:.eq—Q , n . Cette citation sert à montrer une partie de ce que devaient connaître les prêtres horoscopes. Maintenant, ces mêmes prêtres étaient-ils chargés d’observer etd’an noncer les heures dans les temples P Nous ne le pen sons pas.
C’est sur un passage d’Horapollon (l, 42) que certains archéologues s’appuient pour aflirmer le fait. Cet auteur dit que l’horoscope est un homme qui mange les heures: divôpwttov r&ç éSpaç êa)iovm; or, d’aprèsTh. Dénéria(Caï.du Musée du Louvre, p. 12 I), il aurait fallu traduire le groupe de lettres formant le mot Horoscope par celui qui est dans les heures.
Clément d’Alexandrie place dans l’ordre des prêtres, et avant le scribe sacré (hiérogrammate), le prêtre qui a la fonction d’horoscope.
Il tenait dans ses mains, dit cet auteur,uhe clepsydre et un phénix, symbole de l’astrologie, lequel phénix portait toujours à son bec, suspendus,les livres astrologiques de Thoth, au nom bre de quatre : le premier traitant de l’ordre des étoiles errantes et visibles ; le second, des conjonctions et de l’illumination du Soleil et de la Lune; les deuxautres, du lever de ces astres. —— Toutes les traditions de l’antiquité placent l’origine de l’astrologie dans la Chaldée et en Egypte; ce dernier pays avait étudié cette science depuis une époque fort reculée.
Cicéron nous dit en effet « que les Égyptiens passent comme connaissant depuis un grand nombre de siècles cette science des Chaldéens, qui, fondée sur l’observation journalière des astres, permet de prédire l’avenir et la destinée des hommes. Du reste,bien avant le prince des orateurs, Hérodote avait dit: « Les Égyptiens sont les auteurs de plusieurs inventions, telles que celles de
2 3 6 L’INITIATION déterminer, d’après le jour où un homme est né, quels événements il rencontrera dans sa vie , comment il mourra et quels seront son caractère et son esprit. » Après les pères prophètes et les horoscopes venaient les purificateurs, les divins pères, enfin les simples prêtres. 1 I.
Les Pastop/zores étaient les membres de la classe sacerdotale qui, dans les cérémonies ou dans les processions, portaient surleurs épaules les édicules ou chapelle (naos) qui contenaient souvent dans leur intérieur une divinité recouverte parfois d’un voile, quand l’édicule n’était pas fermé par une porte.
Or le terme grec nacré; signifie également édicule et voile: d’où le nom de pastophore, donné à celui qui portait le naos (édicule) ou le pallium (voile). Ecrit en hiéro— glyphe,même terme signifiegardien dela maison,par cequeles pastophores étaientaussi gardiens du temple. 12. Les Chlochytes étaient les prêtres embaumeurs chargés de terminer le travail accompli sur la momie. 13.
Les Paraschites étaient les inciseurs du corps du défunt; ils lui ouvraient le flanc. Nous verrons plus loin leur manière de procéder pour en extraire les intestins et les viscères. . I4. Les Tarichentes préparaient le cadavre avec le natron et l’enveloppaient des premières bandelettes. 1 5. Les Stalistes étaient chargés de soigner les sta tues des dieux, de figurer aux sacrifices et aux leçons. 16. Les Spondistes étaient chargés des libations.
C’étaient des fonctionnaires inférieurs attachés au ser— vice des prêtres. 17. Les Flabellz‘fêres ou porteurs de flabellas ou
v « . . . r .firMWflJfl.i—W *ar,r ‘ {4334.1’1q3‘3; ..;.____;. ._,). f{ä,.,Ïsä}à}_fj ' I;_' . . L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 2 3 7 éventails pour les dieux. Enfin il y avait les Néochores ou domestiques, serviteurs du temple et des prêtres, les décorateurs, les chanteurs, les inspecteurs et les portiers.
Les prêtres se mariaient, et leurs enfants mâles leur succédaient très souvent dans leurs fonctions, de sorte que la classe sacerdotale était comme une vaste famille possédant un héritage transmissible suivant certaines conditions déterminées etconnues à l’avance.
C’est même ce droit d’héritage qui rendait obligatoire l’hérédité des fonctions, parce que celles-ci détermi naientla part afférente àchaque membre dela famille; c’est même ce principe fondamental qui donnait une si grande puissance, une si haute influence à la classe sacerdotale. I. — Des Prétresses.
On a longtemps contesté l’existence de prêtresses dans le culte égyptien ; aujourd’hui ce fait n’est plus contestable :l’inscription de Rosette, celle en texte égyptien, nomme expressément des femmes prêtres ses : « Pyrrha qui remplit les fonctions d’athlophores de la reine Bérénice-Evergète; Aréia, canéphore d’Arsinoé Philipator ; enfin Irène, prêtresse de la même Arsinoé. » On pourra objecterquel’inscription de Rosetteest de l’Egypte grecque, mais nous répondrons que ce monu ment d’origine égyptienne confirme notre thèse. Telle est la stèle du musée du Louvre , dans laquelle le roi Thoutniosis III, de la xvm" dynastie, est suivi
238 L’INITIATION de sa sœurOu sa fille la princesse Mouthétis qui est qualifiée de prêtresse des déesses Mouthis et Ha thôr; cette princesse est représentée faisant les adora tions à la déesse Mouthis. Du reste , dans un grand nombre de monuments du musée du Louvre et d’autres musées, les femmes et les filles des prêtres sont qua lifiées de prêtresses.
Il est du reste très certain aussi que,dans les familles royales et sacerdotales,les jeunes filles,dès leur plus bas âge, étaient vouées au culte des divinités et que les reines prenaient les titres d’épouses d’Ammon ; les sépultures de plusieurs reines ainsi . qualifiées existaient dans la vallée de Thèbes, tout près du Ramesseum.
Nous savons ensuite, par des actes du règne des Lagides, que diverses prêtresses de diverses reines obtinrent après leur mort les honneurs divins. Enfin des manuscrits et des inscriptions mentionnent sou vent des prophétesses,et cela dèsles premières dynasties, puis des pallacides et des assistantes; celles—ci étaient représentées avec un sistre à la main.
Ainsi donc rien ne peut faire supposer, sauf un récit d’Hérodote, que les femmes fussent excluesde la prê trise ; au contraire, tout démontre que les femmes par couraient une hiérachie de fonctions qui les élevaient au‘ rang de prêtresses pour les déesses comme pour les reines divinisées.
Et ceci est si vrai que, lors de - l’introduction dans le monde romain du culte d’Isis et des cérémonies isiaques, les femmes y figuraient comme prêtresses ; divers monuments confirment ce fait, désormais indiscutable. .
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 239 Il. — Les Juges. Grâce à leur haute influence, les prêtres pouvaient occuper toutes les fonctions civiles ; c’était dans la classe sacerdotale que se recrutaient les conseillers du roi, les principaux officiers de l’Etat, et parmi eux les juges.
Les juges secondaires étaient tirés des mornes, mais les magistrats revêtus des plus hautes fonctions étaient recrutés parmi les prêtres de Thèbes, de Memphis et d’Héliopolis, ce qui s’explique facilement puisque c’est dans ces trois villes que setrouvaient les trois princi— paux collèges sacerdotaux, de chacun desquels on tirait dix juges.
Voici comment était organisé le pouvoir judiciaire: Il y avait à Thèbes un tribunal suprême composé de trente magistrats qui choisissaient parmi eux un pré sident, quiportaitau cou,comme insigne de sa fonc tion, une chaîne en or à l’extrémité de laquelle était fixée une pierre précieuse représentant la déesse Salé (la Vérité).
Le président élu désignait pour le suppléer, en cas de nécessité, un autre prêtre tiré du même collège que lui ; le tribunal se composait donc de 31 magistrats, tous instruits et capables, car les hiérogrammates devaient connaître l’écriture sacrée, la cosmographie, l’astrologie, la géographie, la chorographie de l’Egypte et la topographie du Nil. Les magistrats siégeaient en robe blanche de lin ; devant le président se trouvait une table sur
240 ' L’INITIATION laquelle était placé le livre de Thoth contenantles dix livres de la Loi. Bien que les juges fussent rémunérés par la cassette royale, ils juraient, en acceptant leurs fonctions, de désobéir au Roi s’il leur commandait jamais une action injuste.
Ces magistrats jouissaient auprès du peuple d’une très grande considération « parce qu’il leur était permis de voir le Roi nu », c’est—à-dire de le voirà n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Voici, maintenant, la procédure suivie dans une affaire portée devant le tribunal: La demande faisait l’objet d’une requête écrite ; le défendeur répondait par le même moyen, et chacun, demandeur et ‘ défendeur , avait le droit à une réplique écrite.
Les juges consultaient ensuite le livre de Thoth, qui décidait du point litigieux. Après s’être concerté avec les juges, le président faisait connaître le juge— ment en tournant la figure de Saté (la Vérité) du côté de celui des plaideurs qui avait gain de cause. Il n’y avait donc ni avocats, ni avoués, ni plaidoiries, ni tout le fatras de notre jurisprudence.
Sur la simple rédaction de placets, les juges prononçaient et échap paient ainsi aux séductions de l’orateur plus ou moins habile à manier les passions humaines et à s’en servir pour sa cause. Ill. — Cérémonies. Les cérémonies et les fêtes, toujours religieuses, étaient fort nombreuses en Egypte.
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 241 Grâce au calendrier sculpté sur la muraille exté rieure du palais de Medinet-Abou, nous connaissons un grand nombre des fêtes de l’année; elles y figurent mois par mois.
On y lit : mois de Thoth, néoménie (nouvelle lune, plus ordinairement le premier du mois), manifestation de l’étoile Sothis (Sirius) ; ce jour— là, l’image d’Ammon-Ra sortait processionnellement du sanctuaire, accompagnée par le roi Rhamsès, ainsi que par les autres images du temple; mois de Paôphz‘, le Ig, jour de la principale panégyrie d’Ammon-Ra; l’image de ce dieu sort du sanctuaire, ainsi que celle de tous les autres dieux synthrônes; mois d’At/zyr, etc., etc. ' On a suffisamment recueilli de renseignements pour reconstituer en entier tout le calendrier civil et reli— gieux des anciens Égyptiens ; mais les plus importants documents à ce sujet ont été trouvés dans le palais de Médinet-Abou et dans le grand temple d’Esneh, sur les murs duquel on lit, ou plutôt on lisait il y a trente ou quarante ans, l’ordre des principales fêtes célébrées en l’honneur des trois divinités suivantes : Ehnouphz’s, Neith et Hahé ou Herha.
Au même palais de Medinet-Abou se trouve égale ment sculptée une grande cérémonie : c’est l’introni« sation d’un roi; nous en parlerons bientôt, après avoir mentionné les Panégyries, qui étaient de grandes assemblées politiques et religieuses, ordinairement présidées par le roi ou par l’un des princes ses fils. Plusieurs monuments attestent que c’était un devoir essentiel de la royauté que cette célébration. Le décret de Canope les donne comme des fêtes
242 L’INITIATION dites populaires; c’était une sorte de jubilé auquel participait le pays tout entier et qui avait pour but de célébrer le trentième anniversaire de l’avènement du souverain en exercice.
Des panégyries moins solennelles avaient lieu dans les temples, aussi les dénommait-on Panégyrz‘es des temples ; le décret de Rosette nous parle de celles-ci, ainsi que des deux autres genres de fêtes : 1° Lesjêtes à exode, à l’occasion desquelles on pro— menait en procession des chapelles ou naos des Dieux, ce que les textes dénomme‘nt sortie du dieu un tel; 2° Les jours éponymes du roi; ces fêtes avaient lieu le I", le 6 et le I5 de chaque mois.
Mentionnons parmi d’autres fêtes celle du lever de Sothis, point de départ de l’année ; la fête des ancêtres (Uga), la fête de Ptah-Sokari, etc. IV. — Les Princes. — Intronz‘sation royale.
On instruisait les jeunes princes dans les principes et les préceptes de la religion, dans les arts et les sciences; enfin, des exercices gymnastiques complé— taient leur éducation morale, et leur permettaient d’avoir le mens sana in corpore sana: ce qui leur était du reste très nécessaire, car le poste de roi n’était pas, tant s’en faut, une sinécure(1). (I) La loi dont le roi était le premier serviteur réglait toutes les heures de la journée du roi.
La première heure après le lever était consacrée à l‘ouverture des dépêches relatives aux affaires publiques; le roi, revêtu de ses insignes et d'habits magnifiques, se rendait ensuite au tem le; après diverses cérémonies, le grand-prêtre tirait_du Rituel un pr cepte religieux dont il développait le sens et I'appllcaflon devant le roi et l‘auditoire.
Le reste de la journée était également réglé par la loi qui prescrivait l'heure du bain. celle des repas, la qualité et la quantité des mets, la rauon de vm, la durée du repas, enfin le temps du repos royal.
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 243 Les princes occupaient dans l’Etat des fonctions diverses; une loi leur réservait ces fonctions. Ils portaient un costume particulier, le pedum, et un éventail formé d’unelongue plume d’autruche emman— chée dans une élégante poignée.
Généralement le fils aîné a les titres de porte-éventail à la gauche du roi, secrétaire royal, commandant en chef de l’armée; le second fils était également porte-éventail, à la gauche du roi, secrétaire royal et commandant en chef de la garde royale; le troisième fils joignait à ses titres de porte-éventail et de secrétaire celui de commandant en chef de la cavalerie, c’est-à-dire des chars; enfin les princes avaient des titres sacerdotaux et des fonctions civiles ; ils étaient prophètes, chefs su— prêmes, etc. Quand le prince par ordre de primogéniture parve— nait au trône paternel, une grande cérémonie (pané— gyrie) consacrait son avènement, et c’étaient les Dieux mêmes qui donnaient l’investiture royale.
La reine assistait au sacre du roi, assise à ses côtés ; du reste, dans toutes les cérémonies, elle figurait à côté de Son époux, et ses fils et ses filles y avaient éga— lement une place assignée suivant leur rang. Au palais de Médinet-Abou, il existe, parfaitement dessinée, une intronisation royale, celle du Pharaon Rhamsès—Meïamoun.
On y voit deux autels surmontés de deux enseignes sacrées; deux prêtres, reconnais sables à leur tête rasée, sont devant le grand pontife qui préside à la cérémonie et qui tient en main le sceptre, insigne de ses fonctions; un troisième prêtre, sur l’ordre du grand pontife, lâche quatre oiseaux qui
.
Il' “ ’ 24.4 L INITIATION s’envolent dans différentes directions ; le lâcher a lieu au moment où le président dit : « Donnez l’essor aux quatre vies: Amset, Sis, Soumants et Kebhsniv; dirigez—vous vers le Midi, le Nord, l’Occident et l’Orient et dites aux Dieux de ces contrées qu’Horus, fils d’Isis et d’Osiris, s’est coifléde la couronne royale et que le roi Rhamsès s’est également coiflé de la couronne royale. » CHAPITRE III. -— PSYCHOLOGIE, PHILOSOPHIE MORALE; LIVRE DES MORT8; LIVRE DES RESPIRATIONS.
Les Égyptiens croyaient à l’immortalité des âmes; d’après leur doctrine, celles-ci existaient primitivement au sein de Dieu; elles désobéirent à leur créateur en quittant la sphère de l’air et en se rendant sur la terre où elles s’unirent avec la matière. De cette union naquirent les corps charnels, qui devinrent les prisons de l’âme.
« D’une seule âme, celle du tout-puissant, dit Stobée,(r) proviennent toutes ces âmes qui, comme distribuées, se répandent dans le monde. Ces âmes subissent maintes transformations; celles qui sont déjà créatures rampantes se transforment en animaux aquatiques; de ces animaux aquatiques dérivent les animaux terrestres et de ceux-ci les oiseaux. Des 1 (r) Eclovæ physicæ. — J. Srobée est un écrivain grec qui vivait au xv- siècle d’e l‘ère vulgaire.
Il nous a laissé une sorte d'Encyclope‘die ou d‘Anto’ogie de près de 500 fragments célèbres, réunis sous les noms de Eclagæ physicæ. -—-—Nous ignorons de quel auteur est le fragment d’Hermetismç que nous mentionnons , mais nous dirons qu’il nous paraît avoir une angine très ancrenne.
L’EGYPTOLOGIE SACRÈE 245 créatures qui vivent élevées dans l’air naissent les hommes.
Comme hommes, les âmes reçoivent le principe de l’immortalité, deviennent génies puis parviennent dans le chœur des Dieux. » Nous avons tenu à rapprocher ce passage de la doctrine égyptienne sur l’âme, car il nous montre deux choses: la première, la commune origine de l’âme; la seconde, la transformation de l’âme animale en âme humaine, une sorte de métempsycose ren— versée, la seule admise par les Égyptiens.
La doctrine égyptienne, celle du moins professée par les prêtres, nous apprend que, souillées par leur séjour terrestre, ces âmes vont en expiation habiter le corps des animaux; puis, des sphères célestes, elles reviennent enfin à leur premier séjour.
La raison pour laquelle les Égyptiens prennent tant de soin pour conserver le corps du mort sera bientôt expliquée; pour l’instant, nous dirons qu’il semblerait,d’après ce qui précède, que les Égyptiens croyaient à la métempsycose; nous pensons que c’est là une erreur, surtout accréditée pas ce passage d’Hérodote (I): « Ils (les Égyptiens) ont aussi les premiers avancé que l’âme des hommes est immor telle et qu’après la destruction du corps elle entre dans un autre animal toujours prêt à naître; qu’elle parcourt ainsi successivement tous les animaux qui vivent sur la terre et dans les eaux ou qui volent dans les airs, et qu’enfin elle retourne de nouveau dans le corps d’un homme naissant. Ce retour a lieu (1) T. H, Liv.II,5 123.
24.6 L’INITIATION après une période de trois mille ans. Quelques Grecs ont adopté cette doctrine, les uns dans les temps recu lés, les autres plus récemment, etl’ont donnée comme étant la leur.
Je connais bien leurs noms, mais je ne les écrirai pas. » Nous pouvons nommer ceux qu’Hérodote ne veut pas désigner: c’est Phérécyde, Pythagore et Anaxagore, ce dernier contemporain d’Hérodote; après celui-ci nous mentionnerons Archélaüs, disciple d’Anaxagore, Socrate et Platon postérieurs à Hérodote.
Dans le passage ci-dessus mentionné il y a lieu de remarquer ces expressions de corps d'un homme nais sant, expression qui prouverait que les Égyptiens n’admettaient pas que l’âme dût reprendre son ancien corps.
Ainsi donc le motif que l’on attribuait à l’em baumement n’était pas, comme on l’a dit jusqu’ici, afin de permettre au mort de retrouver son corps * dans une résurrection quelconque ; en effet, les Égyptiens se faisaient embaumer parce qu’ils sup posaient que la transmigration de leur âme ne com— mençait que quand celle-ci était absolument privée de la présence de son corps, c’est—à-dire quand celui ci était entièrement détruit, réduitén poussière; or tant qu’il restait même des parcelles de ce corps, l’âme avait la faculté de rester près de lui et par conséquent de ne point se réincarner.
Voilà pourquoi les Égyptiens s’eflorçaient avec tant de soins de retarder le moment de l’entière destruc— tion, du corps et utilisaient tous les moyens en leur pouvoir dans ce but, et tout particulièrement l’embau—
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 247 mement, qui garantissaient le corps de la pourriture, principe de la destruction finale et irréparable. Servius (I) nous dit formellement ce qui précède. (SERVIUS, in Virgil., 111, v. 68.) Fautede documents plus anciens,nous sommes bien obligé d’étayer notre affirmation sur cet auteur.
« Les sages Égyptiens, dit—il, cachent leurs cadavres pour les conserver le plus longtemps possible, afin que l’âme attachée au corps un long espace de temps ne puisse de sitôt passer dans d’autres corps.
Les Romains au contraire brûlaient les cadavres afin que l’âme pût retourner dans le grand tout, c’est—à—dire dans la nature. » Pour aller au devant d’une objection que pourrait faire le lecteur, nous devons ajouter que de nombreux égyptologues, ne comprenant nullement l’ésotérisme contenu dans le Livre des morts, en ont faussement interprété un grand nombre de passages, notamment celui qui concerne l’arrivée de l’âme du défunt à l’entrée des champs d’Aarou ; dansle chapitre LXXX on peut lire ce qui suit: « Dans le cours de ses pérégri— nations, l’âme ne revêtait que l’image de son corps », c’est-à-dire le périsprit, le corps astral, « mais quand l’âme s’approche des champs d’Aarou, elle devrait se réunir à son corps. » S’étayant sur ce passage, certains égyptologues ont affirmé que l’embaumement n’avait pour but que de conserver le corps pour cette sorte de résurrection.
Or rien n’est plus faux. Ce (1) « Ægrntii pertti sapientiâ condita diutius reservant cadavera, sczlicct ut anima mullo tempore perduret et corpori si: obnoxia nec cita alto traqs:at. ‘Rpmapi contra faciebant, comburentes cadavera, ut stalzm c.nzma generalttatem, Id est, in suam naturam redire! “’"1
248 L’INITIATION passage signifie tout simplement que le mort devait matérialiser son corps astral pour se présenter corps et âme à l’état d’agene‘re dans les champs d’Aarou.
On nesauraitdonner uneautreinterprétation à ce passage C’est de la dernière évidence, puisque beaucoup de corps d’hommes justes, n’ayant pas été embaumés ou ayantété détruits pour un motif quelconque, n’auraient jamais pu arriver à la béatitude finale, ce qui serait d’autant plus injuste qu’ils ne pouvaient être rendus responsables de la‘destruction de leur cadavre.
Du reste, le même Livre des morts va encore nous fournir une preuve de l’interprétation que nous venons de donner. Nous y lisons, en effet, que le mort, ayant franchi la porte (la première porte du ciel), s’avance illuminé par la lumière divine qui l’instruit. « Le mort entre alors dans une série de transforma tions; il se change successivement en épervier (ch. LXXVIII), en lotus (ch. LXXXV), en héron (ch. LXXXIII), en grue (ch.
LXXXIV), en oiseau à tête humaine (imagede l’âme) (ch. LXXXV), en hirondelle (ch. LXXXVI), en serpent (ch. LXXXVII), en croco dile (ch.
LXXXVIII). - Or il est bien évident que le défunt n’a pas besoin, pour opérer les transformations qui précèdent, d’avoir été les animaux énumérés et d’avoir conservé leur cadavre par la momification; c’est donc par la simple force de sa volonté que le défunt revêt toutes les formes qu’il lui plaît (I) ; c’était même une faculté (I) Dans un très grand nombre de chapitres du Livre des morts le défunt demande «la faculté de revêtir toutes les formes qui lui plairont n . ".‘
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 249 accordée aux justes. Nous revenons plus loin sur ce sujet, en analysant le Liure des morts. Telles sont les idées que beaucoup d’égyptologues n’ont pas connues et n’ont pu dès lors faire passer dans leurs travaux; de là des passages. tout à fait incompréhensibles pour eux et pour leurs lecteurs. I. »— Métempsycose.
Les Égyptiens croyaient-ils à la métempsycose, c’est-à-dire à la transmigration de l’âme humaine dans le corps d’animaux? Nous l’avons déjà dit, nous ne le pensons pas. «- Les prêtres pouvaient bien, dans un but intéressé, professer cette doctrine, pou r inspirer au peuple une crainte salutaire et servir ainsi la politique des gouvernements.
On conçoit très bien aussi que les Égyptiens frappés par cette terreur cherchaient, soit dans l’exercice des vertus, soit dans des pratiques superstitieuses à échapper par tous les moyens aux humiliantes transmigrations dans le corps des animaux. Ils devaient, pour éviter ce châtiment et pour expier leurs fautes, faire de larges aumônes aux prêtres.
Les Égyptiens, instruits au contraire, croyaient non à la métempsycose, mais à la métensomatose, c’est-à—dire non à la transmigra— tion de l’âme dans des corps d’animaux, mais en de nouveaux corps humains.
La doctrine de l’immortalité de l’âme et de ses transmigrations avait bien eu pour origine, dans l’antiquité, l’Egypte, et c’est bien de ce pays que l’idée passa en Grèce et de là dans le monde occidental, importée par Platon qui avait été le premier disciple
2 50 L’INITIATION des prêtres égyptiens. Pausanias (1) nous apprend même à ce sujet que « Platon modifia les idées de métempsycose et de transmigrations venues origi nairement des Egyptiens ou des Chaldéens et des mages de l’Inde ». De son temps, Platon passa même chez ses con temporains pour l’inventeur du dogme de l’immorta— lité.
Mais les pères de l’Église admettaient seulement que le philosophe grec avait le premier fait connaître aux Grecs le dogme de l’immortalité de l’âme, mais qu’iI l’avait emprunté aux livres de Moïse et des prophètes (2), assertion absolument fausse et insoute nable. \ Du reste, même de son vivant, on avait dénié à Platon d’avoir le premier parlé du dogme de l’immor— talité.
Cinq siècles après lui, Athénée a parfaitement démontré que Platon n’était nullement l’auteur, l’inventeur de ce dogme (3), puisque Homère (4) avait dit dans l’Ilz‘ade, en parlant de la mort de Patrocle: « Son âme, s’envolant de ses membres, se rend aux Enfers, déplorant le sort fatal qui la forçait à abandonner la vigueur et la jeunesse. » On voit donc par les expressions d’Homère que l’âme survivait au corps.
Etudions maintenant la doctrine psychologique des Egyptiens à l’aide de leurs livres, surtout avec deux \ ouvrages tout a fait incompréhensibles pour la (I) L. IV, ch. xxxn. ' (2) V. Justin, martyr, Apolog.p. la chrét., collect. des œuvres polé miques d.s Pères ; Wurtzbourg, I777, t. I, p. 127. ‘ ( ) XVI° livre de l‘Iliade, v. 856 et 857. (4) Athénée, Deipnoxoph., XI, ch. xv.
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 2 5 1 . ,. ’""Ç"""' majeure partie des archéologues ; nous voulons parler du Livre des morts, faussement dénommé Rituel funéraire, et du Livre des respirations. Il. -— Le Livre des morts. De tous les livres religieux de l’antique Egypte, le Liure des morts est le plus important ' il contient en effet l’exposé de la doctrine des Egyptiens sur la des tinée de l’âme après la mort.
Il existe des variantes de ce livre en grande quantité, parce que presque toutes les momies en possèdent auprès d’elles un exemplaire qui était plus ou moins complet, disons même plus ou moins abrégé, suivant la fortune de celui dans la caisse duquel il se trouve ; car il ne faut pas oublier que les manuscrits sur papyrus reve naient à un,prix très élevé et proportionnel naturelle— ment à leur longueur. _ De tous les Livres des morts trouvés jusqu’ici, le plus complet est celui du Musée de Turin qui a été publié par Lepsius et dont nous donnons ci—dessous une analyse fort courte.
Ce livre débute par un important dialogue (ch. I) de l’âme au moment où elle vient de quitter le corps du défunt; celui-ci s’adresse àla divinité infernale, il énumère tous les titres qu’il croit avoir à produire afin d’être admis dans l’Amenti. Le chœur des âmes glorifiées qui assistent au débat intervient en faveur du défunt et appuie sa prière. En ce moment, le prêtre, qui est sur la terre, joint sa voix au chœur des âmes et implore la clémence céleste.
2 52 L’INITIATION Osiris se laisse fléchir et dit au mort :« Ne crains rien en m’adressant ta prière pour la pérennité de ton âme, afin que j’ordonne que tu franchisses le seuil. » Ainsi rassurée par la divine parole, l’âme du défunt, autorisée pour ainsi dire, pénètre alors dansl’Amenti, mais elle poursuit ses invocations. — Les chapitres II, III , etc., jusqu’à XIV , nous fournissent briève ment des détails relatifs à la mort et aux premières cérémonies des funérailles.
Après avoir franchi les portes de l’Amenti, l’âme, à son entrée dans la ré— gion infernale, se trouve éblouie par ’l’éclatante lu mière du Soleil, qu’elle aperçoit pour la première fois dans l’hémisphère inférieur; aussi entonne-t-elle un hymne de louanges au Soleil, sous forme d’invoca tion, à laquelle se mêle parfois une sorte de litanie (ch. XV).
Après cet hymne se trouve une vignette qui nous montre l’adoration du Soleil, glorifié à la fois dans le ciel, sur la terre et dans l’Amenti (ch. XVI). Cette vignette indique la fin de la premièe partie du Livre des morts, et lui sert comme d’introduction. Dans la seconde partie du Livre, nous allons assister aux diverses pérégrinations de l’âme dans l’hémisphère inférieur.
Pour voyager sur notre terre, il faut de l’argent ; pour parcourir la région de l’Amenti il faut dela nourriture, c’est-à-dire de la science ; Or ces deux mots égyptiens sont synonymes, nous allons le voir, et fréquemment employés, identifiés même, dans le Livre des morts. Ceci justifie bien ce que dit Hora pollon dans ses Hiéroglyphes : « Les Égyptiens
L’ÉGYPTOLOGIE SACRÉE 253 appellent la science Sho, qui signifie plénitude de nourriture. Or la science sacrée des choses religieuses est bien la seule nourriture mystique que l’âme puisse emporterpour la soutenir dans ses longues pérégri nations après la mort.
L’âme qui ne posséderait pas une quantité de cette science sacrée ne pourrait par— venir au but final de son voyage et obtenir par con— séquent grâce auprès du tribunal d’Osiris ; il lui faut donc, avant d’entreprendre son voyage, faire une ample provision de nourriture ou de science sacrée. » C’est à cela qu’est consacré en grande partie le chapitre XVII qui ouvrela seconde partie du Livre.
Mais combien peu de lecteurs qui parcourent ce livre XVII en comprennent la signification! Ainsi l’exégèse de ce chapitre nous apprend que le mot Aarou est le champ quiproduit les moissons divines dans les régions ultra-terrestres.
Ce champ est cul— tivé par les mânes qui y séjournent et s’y promènent ; aussi les chemins qui conduisent à ce grand champ entouré de murs en fer étaient-ils mystérieux et abou« tissaient à des portes percées dans ce mur.
Ce chapitre XVII est accompagné d’une belle vignette qui représente les plus augustes symboles de la religion égyptienne, qui sont expliqués par le texte, mais insuffisamment peut—être pour certains symboles, du moins pour nous savants ignorants du XIXe siècle. Les chapitres de XVIII jusqu’à XX inclusivement nous fournissent une série de prières qu’on réci— tait pendant l’embaumement du défunt, tandis qu’on enroulait le corps dans ses bandelettes. Ces prières sont adressées au dieu Thoth. (l’Hermès égyptien)
2 54 L’INITIATION qui remplit le rôle de Psychopompe, c’est-à-dire de conducteur des âmes. Ces invocations au dieu Thoth présentent un grand intérêt, car elles font allusion à la. grande épopée d’Osiris et de sa lutte contre Set.— Le défunt, s’adressant au dieu, le supplie de lui rendre le même service qu’il a rendu autrefois à Osiris et à son fils Horus, vengeur de son père.
C’est dans le chapitre XVIII qu’on trouve le nom du dieu Astès, qui préside aux chemins des morts (I). Malgré l’intérêt que comportent tous les chapitres de ce Livre des morts, nous sommes bien obligé d’en passer beaucoup sous silence et de ne mentionner que très brièvement le contenu de certains autreschapitres.
Ceci dit, poursuivons notre récit. ‘ Une fois le corps transformé en momie et l’âme munie de science (nourriture spirituelle), le défunt va commencer ses pérégrinations (ch. XXX). Encore en ce moment, il est immobile et comme en catalepsie. Pour recouvrer l’usage de ses membres, il doit s’adres ser aux dieux.
Ceux-ci lui rendent bientôt toutes les facultés qu’il avait durant sa vie ; il peut successive— _ment se tenir debout, marcher, parler, prendre sa nourriture et surtout combattre ; car le combat ne finit point avec la vie, comme on va voir. En effet, dès son entrée dans la vie d’entre-tombe, de grands obstacles se présentent devantle désincarné; il trouve sur son chemin des monstres terribles ser viteurs dévoués de Set (2), le meurtrier d’Osiris.
Ces (I) Ce dieu Astès est plusieurs fois mentionné dans le Livre des morts, notamment au chapitre CXL . (2) Le Typhon des Grecs.
L'EGYPTOLOGIE SACRÉE 2 5 m.__-,..__._. .. . . .._—.w : w w 3—.— . , . monstres sont d’autant plus dangereux qu’ils sont généralement amphibies : ce sont des crocodiles, d’énormes tortues à dures carapaces, des serpents et autres reptiles, qui tous se jettent sur le désincarné pour le dévorer (ch. XXXI à XLI).
Si celui-ci n’a pas de nourriture mystique en quantité suffisante, c’est-à—dire,comme nous l’avons déjà vu, de la science, il éprouve de véritables effrois; il peut même croire qu’il est dévoré; alors ilne peut arriver à la fin de ses épreuves.
Au contraire, s’il possède une provision suffisante de science, il fixe ses regards surles yeux de ces animaux, il les hypnotise,et dès lors il n’a rien à craindre d’eux ; tel le dompteur moderne que nous voyons entrer dans la cage des lions et autres fauves : s’il se montrait timide et craintif, il serait bien vite dévoré.
Mais la fixité du regard n’empêche pas toujours les combats, dans lesquels, ajoute le Livre des morts, le désincarné et les monstres s’injurient. Enfin, le dé funt, qui, après sa victoire,vasenommerl’Osiris,par vient à renverser tous ses ennemis et à forcer le pas sage ; il chante alors des chants de victoire dans les quels il s’assimile à tous les dieux, dont les membres sont devenus siens (ch. XLII).
« Mes cheveux, dit-il, sont ceux de l’abîme céleste ; ma face, celle du soleil; mes yeux, ceux d’Hathor », et ainsi de suite de toutes les parties du corps (ch. Lll). Après ces luttes, ces combats et ces travaux de toutes sortes, l’Osirisabesoin de repos; aussi s’arrête—
256 L’INITIATION t-il quelque temps pour reprendre des forces et re— paître sa faim mystique (ch. LUI). A part ses combats, il lui a fallu éviter de grands dangers: il a échappé au billot sur lequel on décapite les damnés; il ne s’est pas égaré dans le désert sans limites, dans lequel on meurt de faim et de soif (ch.
L-Ll). —« Du haut de l’arbre de la vie , la déesse Nout lui verse une eau salutaire et réconfor tante qui le rafraîchit etlui permet ainsi de reprendre sa route afin d’arriver à la première porte du ciel (ch. LVII et LXIII). Arrivé là, un dialogue s’engage entre le mort et la lumière divine qui l’instruit (LXIV).
Ce dialogue, que nous regrettons de ne pou— voir reproduire, est un des plus beaux morceaux du Livre; il présente des analogies frappantes avec le dialogue engagé (au début du Pymauder) entre Thoth et la lumière, dans lequel dialogue celle—ci explique à Thoth les sublimes mystères de la nature.
Enfin le mort a franchi la porte, il continue ses pérégrinations; il avance, mais cette fois illuminé par cette nouvelle lumière, à laquelle il adresse ses invocations. Il passe alors (LXV—g-LXX) par une série de transformations et revêt la forme de symboles divins de plus en plus élevés et s’identifie avec eux ; plus haut, nous avons parlé de ces transformations.
Le mort arrive bientôt à la demeure de Thoth ; il la traverse, et celui-ci lui remet un livre qui contient des instructions pour poursuivre sa route, ainsi que de nouvelles leçons de science, qui lui seront bientôt indispensables (XC). (A suinre.) J. MARCUS DE VÈZE. r» l,æ_'
PARTIE LITTÉRAIRE E; la ÿédaigrmée Muse, quidam: es-tu, diva consolatrice (I) Oui sur mon front lassé poses ta lèvre enfleur? Ta bonté vient sourire à ma jeune douleur Et tu marches/ronthaut, comme uneimpéralrice. Souvent je me demande, 6 spectre radieux, Lorsque vient ton baiser en aide à ma détresse, (Tant Il est délirant), s’il est d’une maîtresse Ou d'une mère (tant il est chaste et pieux)!
Pour tendre que je sois, je te respecte encore : Mère, je te chéris;-— amante, je t‘adore! I880. Comme Athénée dufront de Zéus, ô Muse altière Qu’évoque notre amour jamais rassasié, Déesse, tu naquis du front extasz‘é Des aèdes, charmeurs de l’inerte matière.
Or, tu fus faite ainsi: le Poète pieux, Ouvrant sur l’mfini son œil visionnaire, Fit flamboyer au Ciel son rêve radzeux; Et pour éternz‘ser saforme imaginaire, A jamais te figea dans l’essence des dieux. l I R_osa Mystiea. poèmes avec une préface en prose; Paris. Lemerre, 188 , m-u, pp.136-139. 9
2 58 L’INITIATION — O douce Illusion à nos cœurs coutumière, Fantômefait d’amour, de gloire et de lumzère! De ta bouche où voltige un sourire, souvent, De ta bouche adorable etflne — et que colore Un sangfait d’ambr0isie et de soleil levant, -— De ta bouche s'exhale, ondoyant et sonore, Le LOGOS saint, vêtu du Rythme grave et pur : Telle jaillit Aphrodite des flots d'azur...
Et tes larges yeux noirs (où couve le Mystère Mi—voz‘lé, que ta bouche entr’ouverte doit taire Jusqu’au jour où, sublime entre tous, paraîtra Celuiqui, SOMMÊ, le Verbe parlera) ; Tes yeux noirs, langoureux ou souriants ou tristes, Quand tu daignes parfois les baisser jusqu’à nous, D’un tel enchantement baignent nos yeux d'artistes, Que nous rampons, ensorcelés, à tes genoux!
Les hommes, enchaînés à leur argile immonde, Ne te devinent pas, errante par le monde, 0 Déesse! et visible aux seuls initiés; Le profane s’écrie: —— à bas cette chimère!
Mais nous faisons, 6 notre sœur et notre mère, Nos pleurs fervents et doux ruzsseler sur tes pieds! -— Puisque l’homme vulgaire et dont la vue est brève, 0 Fleur superbe, éclose à la tige du Rêve, Splendeur conceptuelle, ô reine du jardin Idéale, n’a pour toi qu’z’gnorance et dédain: Je veux chanter ta gloire impérissable, Rose Dont la sève est le sang du poète, et qu’arrose -, ;y-—.A«».. « '-.w
A LA DÉDAIGNÉE 259 Le flot perpétuel des larmes de ses yeux; ROSE MYSTIQUE —— et qu’un {éphir harmonieux Sur un rythme très lentfait se bercer sans trêve, 0 Fleur superbe, éclose à la tige du Rêve! Décembre 1883. STANISLAS DE GUAITA.
Non moins afireux, ayant pour membres des serpents Et d’impurs scorpions l’un sur l’autre rampants, Les Avares, ploye’s vers des tables étroites, Rangent soigneusement des cailloux dans des boites ; Quelqu’un vient et leur dit: « Sciez ces troncs, hisseg Ces blocs! » et quand ils ont, esclaves harassés, Scié les troncs, hissé les blocs, leurs mains avides Pour unique salaire obtiennent des noix vides, Et tous courent, furtifs et le regard sournois, Enfouir dans des trous les coquilles de noix!
Plus bas, une rondeur se gonfle et se resserre : Helmz’nthes fourmillants d’un immonde viscère, Là pullulent, heureux, les Amants de la Chazr: Puisque l’homme devient l’amour qui luifut cher,
260 L’INITIATION Ils se sont incarnés dans leur sale espérance.
Fardés, les membres oinls de suie et d'huile rance, Décrépits, gracieux, d’un geste libertin Retroussant des haillons de gage et de satin, Et, vieillards, sur desfro'nts chargés de cent années, Mêlant des cheveux gris à des roses fanées, Les uns, comme on verrait entre des bras d’amant Le jeune époux tenir l'épouse au corps charmant, Enlacent d’une étreinte éperdue un squelette Qu’à leur lèvre céda la dent de la belette, Et baisent, enivrés d’amour dans un cercueil, Le trou quifut la bouche et le trou quz’fut l’œil; Dans un bosquet qui voit sous les pleurs des cascades Se jouer des guenons au lieu d’hamadryades, D’autres, priapes fous, sans aucun vêtement, Mais de la tête aux pieds velus horriblement, Presque an imaux,scandantleurs cris d’infâmes gestes, Environnemt d’un chœur de danses z’mmodestes Des torses de vénus faits d’excréments durcis.
Et tous portent la joie en feu sous leurs sourcils, Car tel est le Désir dont ces Ames sont faites Qu’étant dans [infamie elles sont dans les fêtes! Mais voici: pour avoir tenté nos fronts élus, Les vieillards débauchés, les priapes velus, Comme par la fenêtre on jette des ordures, Seront précipités en des géhennes dures. Plus d’amours ni de jeux. Fainéants, au travail! L’atelier rude après le languissant sérail. Et leurs mains, à la molle étreinte habituées, Devront broyer du fard pour les prostituées!
HESPÉRUS 26 I Aveugle enfer, hélas! Cependant, pèlerins Mz‘raculeux, passants des abîmes sereins, Notre angélique essor traverse des fumées, Deflamme, de musique et de parfum tramées! Roulant de toutes parts cet éclair adouci Qui tremble à l’orient de la perle, voici Que les Cités du Ciel s’ébauchent dans la brume; Et, suprême, au delà des paradis, s’allume Jérusalem, au loin, comme une lampe d’or! Mais sur quel seuil devra se poser notre essor?
Car celui qui discerne et qui groupe les âmes Selon la parenté de leurs intimes flammes Fonda pour les Élus de l’épreuve émigrés Autant de Ciels qu’il est dans l’amour de degrés; Et le séjour prescrit par sa miséricorde Si strictement avec les habitants concorde Que toute autre lumière aveuglerait leurs yeux. ., Nous montons à travers les Cieux,cherchant nos Cieux. O spectacle!
Un Eden, dans une gloire pâle, Ouvre sur l’infini des portiques d’opale, Candide et confiant symbole de l’accueil, - Qui propose à nos pas et conseille à notre œil De pénétrer jusqu’aux clartés intérieures. Blanches, aux toits d’argent, s’élèvent les demeures; Leflamboiment issu du cri de Jéhovah, Lorsque l’aîné des jours naturels se leva,
262 L’INITIATION Bazgne les dômes clairs, et, docile aux hélices Des longs jardins, allume, en glissant, les calices. La neige, sur le sol, se mêle auxfleurs d’été; Neige spirituelle, elle a nom Chasteté.
Toute chose, en un lieu céleste, représente, Et, de réalités naturelles exempte, A des réalités intimes correspond. la lejour, couleur d’une perle quz’fond, Lucide, mais terrestre encor dans son essence, Des Esprits qu’il éclaire est l’humble Connaissance; Les Hymens, pour figure, ont ces blanches maisons ou le Désir grimpant suspend des floraisons Parfois de lys, parfois de rouges anzarantes ; Et les fenêtres sont des Candeurs transparentes.
Des Anges, sous les fleurs, rayonnent deux à deux; L’Amour qu’ils ont en eux transparaît autour d’eux, Plus vifselon qu’z’lsfont de plus sacrés Usages; Il est l’ardente chair de leurs jeunes visages, Azure leurs regards, embrase leurs cheveux, Les vét d’une syndone irisée où leurs vœux Sont brodés enfestons de perles et de gemmes, Et, royal, sur leurs fronts pose des diadèmes. Nul n’est oisif.
Les uns ensemencent les champs, Taz’llent la vigne, ou dans la cité sont marchands; D’autres sont conseillers ou maîtres de milices; Mazs l’hymen associe aux labeurs les délices: En deux ramiers, avec un bruissement doux, Des lèvres de l’Épouse aux lèvres de l’Époux Se croise du Baiser le symbole fidèle ; Chaque ramier, couleur de neige en venant d’Elle,
HESPÉRUS 263 A des ailes de flamme en revenant de Lui. Et quand, à l’occident de leur Ciel, aura lui Le signe interrupteur des soins et des négoces, Ils s’en iront, époux conviés à des noces, Ardent midi qui s’ofire en exemple au matin, Près d’un couple nouveau s’asseoir en un festin.
Sur des tables qu’éclaire entre de blancs pilastres La constellation d’une lampe à sept astres, Ils se partageront les pains de purfroment Et vers l’Amour, soleil du plus hautfirmament, Leurs bras élèveront les coupes solennelles; Puis, sous les myrtes purs, inclinés en tonnelles, Ce sera le moment des Spectacles, des Jeux, Des chaste; entretiens sur les gazons neigeux, Dans lesfeuilles, pendant qu’une fleur, balancée Au toucher de leurs fronts, se teint de leur pensée; Et, bientôt, enlacés d’un geste plus aimant, Ayant l’ombre autour d’eux comme un consentement, Vers les maisons d’hymen, secrètes sous les branches, Ils marcheront, penszfs, avec les lenteurs blanches De deux cygnes voguant sur un sombre canal, Jeunes Ames au corps chaque soir virginal, Qu’z‘solera du ciel, des cités, des ramées, Un bruit mystérieux de portes refermées.
Nous passons! Dans les cieux sans limite agrandis S’échelonnent encor des villes, paradis Plus parfaits et peuplés de plus sublimes hôtes, Suivant qu’ils sont placés en des zones plus hautes; Mais, parmi tant de seuils sacrés, il n'en est pas Un seul qui soit égal à l’orgueil de nos pas , . ““WM—n\ m. ,—x—«*vs-...w-Y«vw—tæær—wyrv—_Al{mua ‘ ““"_.,”.L'I.“'.M."""‘vM“"UT. . _...I .=&ÎJ‘JËBD ’ “' ' “‘
l 7 264. I. INITIATION Le besoin de la vie extrême nous dévore ,' Et nous montons, plus purs si nous montons encore ! Tout s’enfuit. Les Edens, les Cieux, ont—ils été P Plus rien. L’espace immense. Au fond, une clarté Terrible ! et qui, semblable à quelque aimant avides Nous attire, éperdus, à travers tout le vide. Nous allons. Elle s’en/le, et devient, deflambeau, Fournaise !lc levant quis’empourpre est moins beau. Puis, des chaleurs.
Nos corps senten tpar chaque pore Suinter de l’ombre, reste impur qui s’évapore. Nous sommes nus. Le rouge et chaud rayonnement Pénétre dans nos chairs plus immédiatement. Tout notre être devient un élan qui s’embrase Dans la proximité de la dernière extase. Nous'voy0ns à travers des splendeurs de bûcher Des formes tressaz‘llir, des couleurs s’ébaucher, Et, comme un matelot, de la mer solitaire Voit surgir sa patrie etjette ce cri . Terre !
Sublimes arrivants, nous avons crié : Ciel ! Front de l’immensité, but providentiel Des Sagesses, Sion qui trônes au pinacle De l’afiranchissement suprême, Tabernacle l... Reçois notre salut, Monde sacerdotal Où les Anges vêtus d’unfluz’de cristal Apparaissent tout nus, étant les Innocences, Où le Bien et le Vrai, conjoz’gnant leurs essences Dans un extrême efl'ort d’épanouissement,
HESPÉRUS 265 Consomment sans relâche en l’éternel moment Les mystères du saint hymen que symbolise Ce couple tout parfait, le Seigneur et l’Église! Flammes de la Chaleur et rayons du vraiJour, Nous entrons dans le goufi’re auguste de l’Amour; Et nous sommes un des sourires de la Joie.
Mon sein qui brille s’ofire à ton sein qui flamboie ; Homme etFemme toujours, maisà Dieu même égaux, Dansl’âme et dans la chair chastement conjugaux, Nous percevons enfin les délices complexes De la communion angélique des sexes, Et, livrés en esprit aux plaisirs de la chair, Sous l’enveloppement d’un immuable éclair Nous possède à jamais l’heureuse frénésie D’être ceux qu'z’llumz’ne, embra_se et rassasie L’Amour, soleil sacré,feu plus pur que lefeu, En qui brûle, au zénith de la sagesse, Dieu! » Criant ainsi, le nain levait des bras augustes.
Sur les rocs écroulés, dans les branches d’arbustes, Forme noire, il roula du haut de l’Abendthor, Se perdit dans la nuit, se laissa voir encor, De rocher en rocher, de racine en racine, Gagnant le faite clair d’une côte voisine, Mais, là, d’un bond si bref disparut à mes yeux Que je crus qu’il s'était envolé dans les cieux ! V L’ACCOMPLISSEMENT Voyageur, je quittai Francfort à l’improviste. Bien des fois, en wagon, quand venait la nuit triste,
.-. . _.. . .,._u._., ' v'v. 266 L’INITIATION Morose et las, lefront sur la vitre incliné, Il m’advint d’évoquer le vieil illuminé; Et, compagnons pensifs des nocturnes voyages, Ses songes rappelés se mêlaz’ent aux nuages. Puis j’oublz‘az. Trois mois plus tard, quand je revins, Il me restaitde l’homme et de ses propos vains Un souvenir pâli qui se brouille et s’eflace.
Un matin, je rôdais près de la Judengasse, Regardant les murs peints et les balcons de bois ; A mon rêve, un instant, se mélèrent les voix De deux hommes causant sur le pas d’une porte. Pressentzmentfurtif ou caprice, n’importe, J’écoutai. « L’aventure est vraie, etje la sais Pour l’avoir lue hierdans les journaux français », Dzsait l’un.
Et voici ce que savait cet homme : Près du pôle, au delà des pays que l’on nomme, Dans unpalais bâti sur des blanches hauteurs, Seule, unefemme, avec deux ou trois serviteurs, Sans motif (le conteur ajoutait parfolie), Depuis trois ans s’était,vivante, ensevelz‘e. Etcettefemme étaitfille d’un roi du Nord.
De sa paix difl’érente à peine de la mort Elle sortit un soir ayant eu la pensée De glisser en traîneau sur la neige glacée. —' . . ‘ — . i=l‘»äff“ne ‘
HESPÉRUS 2 67 Promenade fatale. Elle ne revint pas. Sans doute l’aquilon quifouette les frimas Etporte l’avalanche eparse dans son aile Luifit un blanc linceul de la neige éternelle. Mais nul nefaitparler le ventsibérien, Et de l’histoire, en somme, on ne connaissait rien, Sinon lejourpre’cis du départ de l’absente. C’était le seige avril mille huit cent soixante. Alors je me souvins du nain et le cherchai.
Je ne vis que le trou du hibou déniché, Etj’appris que, défunt sans parents ni fortune, Il étaitenterré dans la fosse commune. Au cimetière, un homme, un jardinier, je croie, Me guida, pour un peu d’argent, vers une croix. Petite et de bois noir, aznsiqu’il est coutume Pour les gens qu’à ses frais une paroisse inhume, Elle penchait, oblique, entre quelques sapins.
Inclz‘né, j’y pus lzre en caractères peints : « Hespe’rus, » la peinture étant encor récente, Et, plus bas, « seize avril mille huit cent soixante ». FIN CATULLE MENDÈS. âBHBM@AHÏŒ Le dernier livre de J.-B.-André Godin,fondateur du Famzlistère LA RÉPUBLIQUE DU TRAVAIL ET LA RÉFORME PARLEMENTAIRE 111—8broché avec le portrait de l‘auteur, 8 francs. Au début de l’année 1888, la plupart'des journaux français et étrangers signalèrent la perte immense que
. ..‘rÎ"Î r I “'. 268 venait de faire le monde du travail et de la pensée, en la personne de Jean-Baptiste-André Godin, le fondateur du Familistère de Guise. Nous ne rappellerons pas ici ce qu’est le Familistère, œuvre colossale en son genre, réalisant l’association du capital et du travail dans les conditions les plus dignes d’examen et d’étude.
Notre objet spécial est de signaler l’apparition du vo lume, digne couronnement de l'œuvre de Jean-Baptiste André Godin, et que celui-ci achevait quand la mort l‘a frappé. Ce livre vient d’être publié par les soins de sa veuve, née Moret.
Il contient la pensée suprême de son auteur, les con clusions sociales auxquelles il était arrivé, après une vie qui l’a fait passer tour à tour du rang de simple ouvrier à celui de patron, puis de grand manufacturier, posses seur d'usines en France et en Belgique, conseiller géné ral, député, etc. Les conclusions pnop05ées par un tel homme revêtent donc un caractère de précision et de praticabilité qui les recommandent à l’attention générale, surtout au mi lieu des difficultés sociales qui nous assaillent et que, précisément, Jean-Baptiste-André Godin voulait préve nir ou résoudre, en écrivant son livre.
La République du Travail et la Refo,rmeparlementaire comprend cinq parties. La préface intitulée: Les trois réformes fondamentales indique avec concision et netteté par quoi il faut com mencer pour sortir de l’impasse où l’on se débat entre l’urgence des réformes et l’impossibilité de se procurer les ressources nécessaires pour y faire face. ‘ Ces trois réformes fondamentales font chacune l’objet des trois premières parties du volume.
Elles sont dési gnées comme suit: L’INITIATION Première partie L'organisation vraie de la puissance sociale. Deuxième p artie L’établissement équitable des ressources de l’Étal‘. et l’organisation du droit de vivre
BIBLIOGRAPHIE 269 Troisième partie L’organisation et l’émancipation du travail Avant de reprendre chacune de ces trois parties pour en indiquer les points principaux, disons que la qua trième est intitulée: La République française et le 50. cialisme, et la crnquième: La politique des Gouver— nements de privilèges et celle de la République du travail.
Enfin, dans un dernier chapitre intitulé Conclusion, André Godin indique aux électeurs et aux mandataires du peuple ce que le devoir leur commande aujourd’hui pour opérer d’une façon régulière et pacifique l’évolu tion inéluctable qui se prépare dans nos sociétés. Revenons aux trois réformes fondamentales, but spé cial de l’œuvre de J.-B.-André Godin. La première, avons-nous dit, a pour but l’organisa tion vraie de 11 puissance sociale.
L’auteur, après avoir montré que les droits politiques et sociaux sont corrélatifs du droit de vivre que l'homme apperte en naissant, passe en revue les modes d’exer cice du droit de suffrage usités jusqu’ici.
Il en montre les vices, explique les causes d’errement du suffrage même et, enfin démontre que le moyen de remédier à tous ces maux est d’instituer ( l’Unité de collège électoral avec scrutin de liste et renouvellement annuel de la moitié des corps élus ). Chaque électeur aurait la faculté de porter sur son bulletin autant de noms qu’il y a de départements des affaires publiques ou ministères, soit dix par exemple.
De cette façon non seulement l’égalité existe entre les électeurs votants tous uniformément, d’un bout à l’autre de la France, pour un même nombre de députés, mais encore l’électeur peut exercer, par le choix de ses can— didats, une légitime influence sur la généralité des inté-— rêts de la patrie. .._.
270 L’INITIATION André Godin démontre comment son système réalise pleinement la représentation proportionnelle, desidera tum jusquici si difficile à atteindre.
Mais il faut lire les chapitres: Le Bulletin cumulatif, le Mandat impératif, la Législation directe, les Plébiscites et l’appel au peuple, le Scrutin de liste national dans les États fédérés, etc., pour voir comment le syStème électoral proposé par André Godin répond victorieusement à tous les besoins.
Il passe ensuite à l’exposé des conditions du Gouver— nement mandataire qu'il oppose au régime parlemen taire, apres avoxr, avec une v1gueur entrainante, mis en relief les vices de ce régime.
La répartition des députés dans les comités ministé— riels, la constitution de la commission exécutive et gou vernementale, l’organisation du travail des corps législa tifs, la suppression des discussions publiques et même de la Tribune, et, concurremment, l’organisation du service de la presse pour la mise en lumière des travaux parlementaires, tout est étudié et exposé par Godin avec une ampleur et une sagesse magistrales. * Â'--K Le gouvernement étant constitué de la façon la plus véritablement utile à l’accomplissement de sa haute mis sion, André Godin lui indique Où il pourra sans susciter de troubles ni de conflits sociaux trouver équitablement les ressources nécessaires à l’Etat pour l’entretien, le développement des services publics, et l’institution des garanties de l’existence en faveur de tous les citoyens sans exception.
Poser un tel problème et en indiquer la solution prouve de quelle puissance intellectuelle et morale André Godin était doué. La suppression progressive des impôts, l’amortisse ment de la dette publique, l’équilibre maintenu en per— manence dans les budgets de l’Etat résultent également de sa Proposition d’institution du droit d’hérédité de l’Etat, pour une part à déterminer, dans les successions. Des tableaux dressés, les Bulletins de statistique et de législation comparée du Ministère des finances, et des
BIBLIOGRAPHIE 27I / calculs approfondis montrent à qui veut aller au fond des choses qu’André Godin a fouillé la question en homme pratique, et que le plus sage, en présence de l'énormité du problème, est de faire comme lui.
Mais il ne s’est pas borné dans cette partie de son ouvrage àexposet‘ les immenses avantages de l’institu tion du droit d’hérédité de l’Etat pour une certaine part dans les fortunes délaissées à la mort; il a fait ressortir la légitimité de ce droit, au point de vue de la plus :Iricte équité, en raison de l’aide considérable que le domaine naturel et le domaine social apportent, chacun de son côté, dans l’édification de toutesles fortunes.
Simultanément avec l’organisation du droit d’hérédité de l’Etat, André Godin propose l’établissement d’un vaste système d’assurances mutuelles communales ga— rantissant à tous les citoyens l’exercice du droit de vivre, dans des conditions ne prêtant à aucun abus.
Rappelons ici que celui qui parle a constitué ces mêmes garanties en faveur de plusieurs milliers de personnes dans son Association du Familistère, et que ces garan ties fonctionnent depuis plus d’un quart de siècle ; donc, là aussi, il a étudié le sujet d’assez près pour qu’on n’écarte pas sans examen ce qu’il propose. fi «IU Ce problème de première,importance : l’abolition de la misère, étant résolu, Godin passe dans la troisième partie de son ouvrage à l’organisation et l'émancipation du travail.
Il montre que le défaut d'équilibre entre la production et la consommation, dès les débuts de la grande industrie, doit être attribué à l’imprévoyance sociale. Il fouille les causes de conflits entre ouvriers et patrons, les douleurs et l’inefficacité des grèves, il expose l’insuffisance de la loi sur les syndicats professionnels pour remédier aux souffrances des classes ouvrières.
Il fait voir que cette loi dépourvue de sanction nécessite d’importants compléments, et il propose les modifica tions à y introduire pour y mettre réellement les ouvriers en situation de se servir de cette loi, en faisant d’abord
272 L’INITIATION que travailleurs de tous ordres, ouvriers et patrons, soient syndiqués de droit.
En sa qualité de chef d’atelier, il fait ressortir, avec une éloquence pour ainsi dire vivante, les bienfaits sociaux qui résulteraient de l'organisation et de l’éman cipation du travail; comment, la consommation et la pro duction étant toujours en équilibre, l’activité et l’abon— dance régneraieut partout; comment il serait possible de trouver, dans cette organisation même, le moyen de régler les questions de concurrence internationale industrielle.
UI Nous avons indiqué le titre des quatrième et cinquième parties de l'ouvrage. 'Dans la quatrième : La Révolution française et le Socialisme, le lecteur trouvera les, intéressants commen taires dont J.‘BnAlldl'é Godin accompagne la déclaration des droits de l’homme dans les Constitutions de 1791, 1793, 1795.
Même chose concernant les décrets si peu connus, bien que si importants, et non abrogés -— ne l’oublions pas — concernant l’organisation du Droit de vivre et l’extinction de la mendicité. -— Décrets des 28 juin et 16 octobre 1793.
Qil Enfin la cinquième partie, après avoir fait le sombre tableau de la politique dictée par l’esprit de guerre, de domination, d’exploitation du travail, nous montre quelle sera la politique rationnelle suivie par le gouver nement qui reposera sur les bases indiquées par J.-B.
André Godin, gouvernement réellement digne de la République du Travail. \ Tous les penseurs, tous les hommes qui s’occupent du mouvement social, tous ceux qui peuvent exercer une influence sur la politique des nations ont besoin de lire ce livre, fruit de longues méditations et des enseigne ments de toute une vie consacrée à lutter pratiquement
BIBLIOGRAPHIE 273 et victorieusement contre les difficultés sociales, dif— ficultés dont la solution s’impose aujourd’huià l’attention de toutes les nations civilisées. M. G. LE BOUDDHISME ÉSOTËRIQUE, par SINNET. Sous ce titre vient de paraître une trahison ridicule de l’ouvrage de M. Sinnet, décorée du nom de traduction.
Il suffit de se reporter au texte anglais pour constater les singulières libertés que se permet la traductrice de Esoteric Buddhism. Comme valeur intrinsèque ce livre est assez faible. Les bouddhistes sérieux comme M. de Rosny, M. de Milloué ou Augustin Chaboseau, ne se gênent pas pour montrer qu’on y trouve de tout, sauf du bouddhisme.
Cela ne nous étonne du reste plus, maintenant que nous savons l’origine réelle des théories données comme celles des Mahatmas qui peuvent exister, mais autre part que dans la S. T. Le Sun du 20 juil let 1890 a donné la clef du mystère. Les fondateurs de la S. T. ont acheté à New—York, en I874, tous les manuscrits provenant de la succession d’un certain M. DE PALMES, qui travaillait l’étude de la Science occulte depuis vingt ans.
Une partie de ces ma nuscrits a servi à faire Isis Unveiled et a été attribuée aux « précipitations ) des Mahatmas. Un des auteurs les plus fréquemment cités dans ces « précipitations » c’est ELIPHAS LEVIl le grand kabbaliste français.
Les théories de M. de Palmes ont été resservies à M. Sinnet sous le sceau du mystère et M. Sinnet nous ressert, sous le nom d’Esoteric Buddhism, les travaux d’0rigène, des Gnos tiques et de l’École d'Alexandrie, mais _combien dé formésl Aussi nous ne saurions trop conseiller à n05 lecteurs de laisser ce volume dormir tranquillement sur les rayons de son éditeur en attendant le prochain Manvan« tara. P.
274 L’INITIATION FABRE DES ESSARTS. — La Chanson des couleurs, 1 vol. de poésies. I fr.
Beaudelot, éditeur Un‘parterre semé de fleurs variées, de fleurs juxtapo sées avec art, formant, dans un très petit espace, le plus gracieux assemblage qu'un œil délicat puisse concevoir; un parterre brillant ici, souriant là, un peu sombre et rêveur à côté, joyeux et insouciant un peu plus loin ; un parterre arrangé patiemment, planté de tiges lentement venues dans une terre retournée par la main habile d’un ouvrier probe, tel est le petit livre de notre ami Fabre des Essarts : la Chanson des couleurs.
Le poète a voulu nous montrer comment dans une série de petits poèmes d’une forme impeccable on peut donner l’impression d’une couleur, même d’une nuance; il y a réussi. Il est difficile de détacher des vers de cet ensemble harmonieux, j’aime mieux citer toute la rêverie que Fabre des Essarts appelle Efi'et de Violet : Tout au fond d’une antique et sombre cathédrale.
Je vois une rosace au magique vitrail; Comme un rayon de lune au bas d‘un soupirail, La lumière y gémit, tremblante et sépulcrale. Ce sont de longs sanglots doucement Qui rassurent tout bas et lentement se brisent; Et les frêles piliers de l‘abside s'irisent Pour le charme pleureur des humides reflets.
Parfois un prêtre passe en surplis de batiste, Et le lévite obscur sous la lueur plongé Semble pour un moment en évêque changé Et son ciboire d'or parait fait d'éme’thyste. Mais les tristes rayons, toujours plus doux, plus doux, Goutte à goutte en mon cœur coulent comme on déclame, Et telle qu'un bois mort que la cognée entame, Mon âme s’ouvre et saigne et je tombe à genoux. Ailleurs la rose lui inspire ce cri : ...........C'estsibeau Rêver!
Ah ! laissez-moi, vous qui parlez en prose, Des roses malgré vous croîtront sur mon tombeau, Et sous l’ombre y viendra pleurer un ange rose. n‘."'îfl
BIBLIOGRAPHIE 2 7 5 Lès hommes de goût qui connaissent et apprécient Fabre des Essarts seraient bien étonnés s'il ne se révé lait à chaque page aussi profond penseur qu’artiste ingénieux.
Vous tous qui fréquentez le sentier des poètes, sentier méprisé de la foule ignorante, mais où se coudoient tant d’âmes sublimes, géniesinconnus ou chercheurs du beau, donnez deux heures à la méditation de cette œuvre d’élite, sûrs d’y trouver un aliment substantiel pour nos pensées, un idéal pour nos rêves, un espoir pour nos cœurs.
Le poète nous avertit qu’il se détourne un instant de sa route pour cueillir les fleurs qu’il nous offre, et qu’il va reprendre aussitôt son bâton d’apôtre de la paix. La paix! Belle et sainte mission que de travailler à son règne sur la terre! Mais cet apostolat est-il incompatible avec la poésie P Lucien MAUCHEL. LES N‘OCËS'DÉ S’ATAN, par’ JULES BOIS ALBERT SAVINE, éditeur. La pitié est perverse, avait dit Alfred de Vigny.
La pitié est divine, doit répondre la Kabbale. Le Mal n’esr que le fœtus horrible du Bien; la pitié, c’est les entrailles de la mère où mûrit le grand œuvre, parmi le cahos, les fibres et le sang. La pitié ne peut faiblir, le pardon ne peut devenir un crime, le rachat ne saurait être le péché. Vers la profonde ténèbre, le regard de Dieu ne peut créer que le salut.
En les Noces de Satan, poème symbolique, s’animent deux dogmes d’ésotérisme : le Mal initiatif et la Miséri— corde Salvarrice. — Sathan, l’archange formidable, sommeille au flanc d’une montagne parmi les lys rouges... Moment transi toire du moi, virginité âpre sous la lutte . En Saihan palpite le mal cérébral, l’orgueil et cette fatale ivresse astrale qui fait croire à une indépendance, hélasl mensongère.
2 76 L’INITIATION Psyché, ( l’âme de la terre ), l’émotion, la charité, le dévouement dans l’amour, la Prière — hiératique Miriam peut-être — tendresse assurément du primitif Évangile messianique. La loi des attractions antithétiques s’accomplit. L’ar— change fauve convoite l’austère caresse de la Sainte.
Elle lui propose le salut: Tu ne sais pas la joie auguste d‘être un sage, Et simple de frapper son cœurà double poing, De plaindre le méchant obscur qui nous outrageI D’être doux, de bénir le glaive qui nous poind. Devant les deux époux futurs, le panorama s’exalte de la triple amour divine, humaine, infernale.
Cantique d’abord des Elohim: La joie est harmonieuse et claire, La joie ou sont des mains de mère Eparses en des cheveux d'enfant; La joie à peine purpurinq _ Où glisse le long d’une_pmtrtne Un pleur modeste et triomphant. Réplique Sathan de rage inspiré: Je ne puis supporter ces trop fades cantiques, Et je méprise Dieu de voulotr les souffrir ou......un........ua.uun Le mal bête m'écœure et j‘ai l‘horreur du Bien.
Et Psyché: Un jour comprendras-tu l’extase surhumaine. Qui fait qu‘on ne peut plus souffrir et qu'on se donne 'louiours et qu'on n'est plus qu'un être qui pardonne Et qu‘une coupe offerte a toute lèvre humaine? Ensuite Adam passe, bourgeois et prolifique; Ève, énigmatique, le suit, ouverte à l’inceste et à la sorcelle rie. Dans le crépuscule, Gain, anarchiste et souteneur, agite au-dessus de sa nudité haillonneuse la lueur bleue d’un couteau.
Infernal et puant cortège des démons stercoraires, des incubes et des succubes: Méphistophe’lès, le patron des gommeux et des viveurs; Faust, l’artiste déchu, s’enve loppant du sortilège sabbatique des Hêtai‘res.
BIBLIOGRAPHIE 277 Psyché s’effraie, mais Sathan hautain explique sa théorie supérieure de l’Amour du Mal : \ Ah! que le mal est doux à l'âme débridée! Ils ne m'ont pas compris, les fils de mon idée, Hommes ou démons qui s’en venaient près de moi Se iai1e expliquer la délicieuse loi. Ils n’ont vu que la fange ignoble où l‘on se vautre.
Pourtant je leur disais, dardant comme un apôtre Le feu de mon astral regard où darde un sort: Qu‘il faut aimer le MAL comme on aime la MORT ! Eux ont mis l’absolu dans les colts immondes; Ils ont cru m‘obe’ir, mes fervents, et les mondes Hébe’tés sont couverts de boue et de fureur. Ils ont suivi la lettre en ignorant mon cœur, Ceux par qui le viol, l'assassinat, l’inceste Sont trop réels et trop réalisés.
Je reste Le solitaire épris d'horribles audelas, Et je taime, Psyché, parce que tu parlas De tombe et d‘infini comme on parle de roses. 1 u o I n c o C I Q ’ - h 1 a . .
0 Au cantique des Elohim revenu sur les lèvres de l’Amante, Sathan se plaint ébranlé : Oui, la Miséricorde est peut-être le rêve, Mais la bêtise est si féroce autour de soi : Je ne puis compatir qu’aux soufl‘rances d'un roi, L'homme vague et plaintif m'attriste et me soulève. . . - - . c - o . . o . o - . n - a .
Psyché dénoue le manteau de ténèbres, chrysalide de cette splendeur royale : Va, compatis à tout, sois doux comme une femme, Remplis ton cœur d'un élixir affectueux; Sons bon pour les petits enfants et pour les vieux, Et pour l'ignorant sois le livre qu'il réclame... Va, rien n importe et crois à la seule prière Rien qu’à la piété d‘un long prosternement; L amour domptera ton orgua1] qui se dément Et ment déjà, ne sachant plus se satisfaire.
Rien n importe et l‘orgueil importe moins encore; La seule gloire est d‘abdiquer force et vouloir Et de sourireà ses tourments comme un doux soir Sourit vaincu dans son beau sang qui le décore. Enfin ils s’enlacem. Et le baiser rédempteur de la Pitié fait du Mauvais le Christ futur.
278 L’INITIATION Je grandis, car je suis le Jésus d‘un autre âge, Le Jésus amoureux plus fier et moins divin, Le Jésus rouge et noir incarné dans le vin Infernal où la raison du simple naufrage. Mais je suis rédempteur plus que l‘autre, car j‘ai La splendeur d‘avoir méprisé toute innocence ; C'est mon péché qui fait ma gloire, et ma puissance Vient d’un repentir sublime et découragé.
La voix ineffable du Père—Mère délicieusement tonne, au fond du ciel, les épousailles : Soyez unis dans votre élan vers l‘Au—delà Pour que, loin de la Mort menteuse et de la vie, Vous fuyez, —— en mon âme ardente, inassouvie D‘euvelopper les chers élus de mes courroux,— Les plus glorifiés parce que les plus fous l La dédicace du poème à Alber Jhouney explique l’élan pieux de Jules Bois.
Cependant, malgré la diversité yibrante du rythme, et, comme épars, le sang d’un Désir du Divin, il est des passages trop rapides encore ou ébauchés. Espérons que le prochain volume PRIÈRE du messianique rêveur (tel un Renan fatidique percevant le Christ humain de l’avenir), définitisera sa forme et la chevauchée de sa pensée. La C‘.
N©uvsauas scaaaenss SUR LES PHÉNOMÈNES DE MATÉRIALISATION SPIRITE Le Groupe indépendant d’études ésotériques poursuit la suite de ses études sur les phénomènes spirites et les progrès qu’on peut apporter dans leur production régu— lière.
Rappelons que l’existence des phases hypnotiques cher les médiums, la transformation progressive de sujets hyp notiques en mediums spirites, le groupement des médiums comme des piles électriques en quantité et entension sont des découvertes faites par le Groupe. Dans une conférence récente, Papus vient de publier le résultat de ses recherches sur le moyen d'augmenter l’intensité des phénomènes de matérialisation tout en dimi
GROUPE INDÊPENDANT D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES 279 nuant la fatigue du médium.
Partant de cette idée que, d’une part, le médium fournit à l'être psychique qui se manifeste la somme de vie nécessaire à la matérlisation, et que, d’autre part, certains corps chimiques comme l'alcool ou l’éther ont une action puissante sur les réserves vitales de l’homme, Papus a cherché si cette action n’aurait pas lieu surles médiums en «trances ). — Le résultat est venu plei nement confirmer la théorie; sous l’influence de l‘éther évaporé en petites quantités, les phénomènes doublent d’in tensitéetle médium, à son réveil, est beaucoup moins fati gué qu’à l’ordinaire.
Les expériences vont être poursuivies sur le médium à 111ate’rialisations que possède le Groupe. Queue änÉananr D’ÉTUDES ÉSOTÉRIQUES ACTES OFFICIELS. —— Création de 18 nouveaux groupes d’études : Le Comité de Direction du Groupe, Vu l’article 17 des statuts, Vu le nombre sans cesse croissant des adhérents et la nécessité de développer les moyens d’étude, Décide : I.
Il sera créé au Quartier général une nouvelle série de Groupes d’Etudes théoriques et pratiques. 11. Chacun de ces groupes recevra une charte spéciale remise à son Directeur. III. Chacun de ces Groupes sera représenté par un numéro d’ordre. IV. Chaque Directeur de Groupe organisera comme il l’entendra les Etudes poursuivies dans ce Groupe en se conformant toutefois aux statuts de la Société. V.
Les articles 29, 30, 31 des statuts sont applicables aux nouveaux Groupes formés. VI. La direction des études expérimentales faites au Quartier Général est confiée à M. LEMERLE, ancien élève de l’Ecole Polytechnique.
2 80 L’INITIATION Groupes d'études pratiques 1. Groupe d’études de l'Hypnotisme et de ses applica tions : expériences une fois par mois au minimum; une fois par semaine dans un local particulier. 2. Groupe d'études du Magnétisme et ses applica tions, une fois par mois : Études suivies dans la SOCIÉTÉ Psvcno - MAGNÉTIQUE , adhérente au Groupe. Moutin, directeur, 2, rue Duperré, Paris. 3.
Groupe d’études du Spiritisme expérimental, une fois par mois. Etudes suivies dans les deux groupes déjà existant : 4. Groupe A. Directeur: M. A. François. 5. Groupe B. Directeur : M. Lemerle. 6. Groupe‘d’études d'0ccultisme expérimental, séances irrégulières. Directeur: M. Lemerle S. ' . I. ' . 7. Groupe d’études initiatiques (initiateurs), tenues Mar tinistes deux fois par mois. Directeur : Lucien Mauchel S.'. I.'.
Groupes d’études théoriques 8. Groupe d’enseignement, cours et conférences, deux séries par mois. Rattaché à la Commission d’enseigne- .. ment dirigée par Stanislas de Guaita S.'. I.'. 9. Groupe d’études sociales, une fois par mois. Direc teur : MM. Julien Lejay et Augustin Chaboseau S.'. I.'. [0. Groupe d'études esthétiques. Directeur : Émile Michelet S.'. l.'. H. Groupe d‘études orientales. Directeur : Augustin Chaboseau S.'. I.'. 12.
Groupe d'études initiatiques, partie théorique (initiés). Tenues Martinistes deux fois par mois. Direc teur : Ch. Torquet S.'. I.'. 13. Groupe d'études diverses rentrant dans le cadre de l’ésotérisme. Directeur : le. Stevenard S.'. I.'. Groupes d’action 14.. Groupe de Défense et d’Enquétes. Directeur: G. Caminade (d’Angers) 5.-. I.'.
. . .. ....w v ,;, _ w_.5-—_—mï ...,_._>__,_ I ,,_._,gçf ,’,,_‘ NOUVELLES PUBLICATIONS 28 I I5. Groupe de Représentation extérieure (délégués). Directeur : E. Gary de Lacroze S.-. I.'. 16. Groupe de Formation des Conférenciers. Direc— teur : Papus S.'. l.'. I7. Groupe d’action dans la Presse. Directeur : G. Vi toux S.'. I.'. 18. Groupe d’action dans les centres d’intellectualité féminine. Mlle A. de Wolslta S.°. I.'. 19. Groupe d’arbitrage.
Directeur : Jules Lermina. N@UVËŒ.LES PUBLK@AÎÊK@ÏNS Le Voile d’Isis, organe officiel hebdomadaire du Groupe; rédacteur en chef.
AUGUSTIN CHABOSEAU; secré taire de la rédaction, LUCIEN MAUCHEL, 29, rue de Trévise, Paris; 5 fr. par au; deux mois, I fr. ; le numé ro, 10 cent. (Envoi franco d’un spécimen sur demande.) Le Voile d’Isis contient, outre des chroniques, des études originales et des nouvelles diverses sur la Science Occulte, les procès-verbaux des séances des groupes d’expériences hypnotiques, spirites et magiques de la Société. - L’Initiation étant l’organe d’enseignement transcen dant et théorique, le Voile d’Isis complète au mieux la Revue en tenant le lecteur au courant des résultats pratiques qu’on peut obtenir.
Toutes les communications doivent être adressées 29. rue de Trévise, à M. Lucien MAUCHEL. Les principaux articles publiés dans les premiers numéros sont: N° I. — Le Voile d’Isis (PAPUS); Les Indépendants Lyonnais (BOUVIER); Les Origines ésotériques du Chris tianisme, etc. N° 2. — Œdipe( \ugustin CHABOSEAU); Les Rédempteur: (Émile MICHELET) ; actes divers. N° 3. — Religion Nouvelle, l’Union Théiste (G. VITOUx); Le Pardon (STEVENARD) ; Procès—verbaux des séances pratiques.
282 L’INITIATION :’_.._ .... ;æq . WWW\Q_V_ , ,, _ N° 4. — Kunzris (Augustin CHABOSEAU); Etudes Pra tiques (X...); Haut les cæurs!(L. MAUOHEL); Le Sphinx (ÉLIPIIAS LÉVI); Échos du Monde Occulte. o «et: « L'Union Occulte Française » Revue philosophique indépendante des hautes études Bi-Mensuelle. — Lyon, 5, Cours Gambetta. Abonnement: 3 fr. par an. Directeur: ELIE STEEL.
Cette revue viendra fournir à ses fondateurs un excel lent moyen de propagande régionale. Ce sera pour Lyon ce que les procès-verbaux et les études du Voile d’Isis sont pourle Groupe tout entier. L’Union Occulte française, publiée sous les auspices d'une branche du Groupe et sous la direction d’hommes de talent, ne peut qu'obtenir un succès légitime. Le programme et la disposition de la Revue sont ceux de l'Initiaz‘i0n.
La rédaction est également en grande partie celle de notre revue. Signalons dans le premier numéro une excellente étude de M. A. Bouvier, titre: Aux Chercheurs, et une belle poésie de FERNAND MAZADE.
REVUE DES REVUES OCCULTISME Deux nouveaux journaux d'occultisme ont fait leur apparition depuis notre dernière revue : Le Voile d’Isis, organe officiel hebdomadaire du groupe indépendant d’études ésotériques, et l’Union Occultefrançaise, revue bi-mensuelle dirigée par Elie Steel à Lyon. Ainsi le progrès croissant de l’occultisme coïncide avec la chute sans cesse plus rapide de la Théosophie néo bouddhiste. C’est ainsi que l’Aurore, revue de Me de Pomar, voyant ses abonnés se fondre de plus en plus, a
.pnvv....fl. wa:..,.—..a;zaqnm.. 7. .. r... _ .,..... _ w,>-.«.—-. m_r;-=—.:s:æ .—v_ ,w_ r ...:. .7J-v- . r ,w_. _ . . n=,-=nŒ= :5 I‘ . r REVUE DES REVUES 283 changé d’éditeur. Peut-être eût—il mieux valu changer de secrétaire de rédaction. L’Etoile continue la série de ses études mystiques de Christianisme. Le dernier numéro (10 novembre 1890) contient deux bonnes études de Jhouney qui révèlent un talent réel d’écrivain et de penseur.
Pourquoi vouloir dans ce cas ( causer » en public et se borner à des lec— tures de beaux articles ? Ne forçons pas notre talent, cher confrère. A signaler aussi un travail de Jules D0inel dans cette revue et un article de notre collaborateur Gay de Lacroze sur la « Puissance de la Prière », résumé d’une conférence faite au Groupe. Nous n’avons pas reçu l’Anti—Cle’rical de l’abbé Roca.
Aussi ne pouvons-nous en parler. ÿ( .v.ii SPIRITIS ME «Des discours,des déclamations et encore des discours ), tel est le résumé de la Presse spirite du mois dernier. Dans la. Revue spirite, discours de M. Leymarie, suivi d’une poésie de Laurent de Faget, d’un discours de M. Collin et de communications d’esprits diverses.
M. Vincent constate avec stupeur que l’occultisme fait des progrès et il faut tout le bon sens de la réponse de M. Leymarie pour faire comprendre à cet ennemi de la vie organique (l’inconscient) que le spiritisme a une place honorable dans ce mouvement en avant. Nous avons constaté avec peine qu’aucun article nécrologique n’avait été consacré dans la Revue spirite à M2 F.
Vigné qui a rendu à la cause des services assez importants pour ne pas être ainsi oubliée. Ernest Bosc publie une étude sur Jésus-Christ du P. Bidon pleine de talent. Le Moniteur spirite et magnétique est la plus vivante des revues de ce genre. A signaler un beau discours de M. Laurent de Faget.
M. Metsger termine son étude sur les rappotrs del’hypnotisme et du spiritisme en donnant l’idée de suggérer au médium de ne pas tenir compte des impulsions venues de l’assistance. U «un
284 L’INITIATION La Lumière poursuit ses appels « à l’amour >, ( à la bénédiction ), ( à l’ad0ration ». Quelle charmante revue peur des petites filles de douze ans !Un article sérieux de M. F. Courtépée tranche un peu dans ce journal. Saviez-vous que la Couronne d‘épines était à Notre-Dame de Paris, mais que les épines avaient été données aux autres églises? Non, n‘est-ce pas.
Alors abonnez-vous à la Lumière. a on MAGN ÉTISME La Chaîne Magnétique contient un article intéressant sur les « Revenants » de M. Victor Levasseur, et des communications de M. Horace Pelletier, toujours inté ressantes, plus quelques protestations‘au sujet du volume du Congrès magnétique. Le Journal du Magnétisme termine l’étude de M Raoux sur la Zoothe’rapie. Cette étude est fort bien faite.
Signalons aussi la publication d’un mémoire de M. Carlo Maggiorani sur « l’Influence du Magnétisme minéral sur la vie animale ». La Revue Théurgique s’en prend cette fois à Lucie Grange. Nous ne comprenons pas comment le gérant de cette revue n’est pas encore en police correctionnelle pour diffamation envers MM. Leymarie, Delanne. etc. Ia! BOUDDHISME 'Ihe Bouddhist Ray, Santa Cruz Cal. U. S.
A., con tient une étude très sérieuse sur le Bouddhisme dans l’Est par le Cap. Pfoundes, F. R. G. 5., etc., etc. “k x-«v DIVERS Dans la Religion universelle (de Nantes) M. P. Verdad annonce qu'il possède« un critérium de certitude infail lible et qu’11 est à peu près impossible qu’il s’égare dans 'Ü
REVUE DES REVUES 28 5 r-..|,Ir—| -_- .- v... m \>* C Ï S V v—w*-. r v v e. . V _.___V.. î.r. , _' la recherche de la vérité ou dans la conduite de la vie ». Avis aux souscripteurs. A partcette déclaration, le dernier numéro contient un très bel article de Fabre des Essarts sur Rousseau et les Femmes. L’Alliance scientifique (9 novembre go) : Transfor mations successives de servage, par le docteur E. Verrier.
Le numéro du 7 novembre contient une étude des mieux faites sur Ad. Franck, par Léon de Rosny, le savant professeur du Collège de France. Le Bulletin de la Société de Biologie du 14 nov. 90 contient 'une importante communication de MM. Luys et. Gérard Encausse sur le transfert à distance des mala dies.
Nous en tirons la phrase suivante: ( Est—ce que ces transferts à distance des forces neu ( riques et psychiques à l’aide d’un substratum matériel, ( par une simple couronne aimantée, ne rappellent pas « à l'esprit l’action mystérieuse des talismans et des « amulettes, des sortilèges émanant des sorciers?
Et « enfin, dans le monde catholique, l'église n’admet-elle ( pas comme un de ses dogmes fondamentaux que cer « tains corps matériels, certaines reliques ou objets « bénits, emportent avec eux à distance certaines grâces « spéciales,émanées de celui qui les a consacrées (’ ) Q au: La Revue de Famille de novembre publie une étude de plus de vingt pages sur les Mages modernes. Cette étude est des plus complètes et des mieux faites.
Impos sible de dire plus de choses en moins d’espace. Toutes nos félicitations au savant auteur de l’article: Émile Michelet.
286 L’INITIATION .‘ REVUES LITTÉRAIRES Parmi les Revues littéraires , les seules vraiment artistiques, les seules progressistes, par conséquent les seules dont nous ayons à recommander la lecture, sont les suivantes: Art et critique, hebdomadaire, dirigé par Jean Jullien.
Les bureaux sont à Paris, 7, rue des Canettes, etl’abon nement est de 12 fr. par an; Les Ecrits pour l'Art, organe d’Art sociocratique, d’après un Principe de Philosophie évolutive. C'est dans ces coquets fascicules mensuels qu’il faut lire les vers de René Ghil et de Stuart Mervill, la prose de Mario Varvara.
L’abonnement est de 5 fr. par an, et les bureaux sont à Paris, 47 bis, avenue de Clichy; La France Moderne, bi-mensuelle (6 fr. par an), a pour directeur Laurent de Gavoty, et pour rédacteur en chef Jean Lombard; ellea depuis longtemps ouvert ses colonnes à l’occultisme.
Les bureaux sont à Charenton (Seine), 23, rue de la République, et à Marseille, 15, boulevard du Nord; Les Annales artistiques et littéraires, hebdomadaires (6 fr. par an), font aussi une"large place à l’occultisme. Les bureaux sontà Paris, 35, rue du Département, 9, boulevard de Denain et 20, rue Dauphine. Le directeur est Robert Bernier; le rédacteur en chef, Louis Taillis; le secrétaire de la rédaction, Abel Pelletier. A. C.
" æ-v QUOTIDIENS The New—York Commercial advefliser (I2 novembre), Le Gaulois (22 novembre), Art et Critique (22 novembre), Le Voltaire (27 novembre), Le Gaulois (2 décembre), Le Courrier du Soir (2 et 4 décembre), plus trois ou quatre journaux de Lyon, de Toulouse et de Bordeaux, ont publié des chroniques ou des articles sur la Science Oeculte et ses défenseurs.
NOUVELLES DIVERSES 287 Nouvamas waasas Enfin les hommes sérieux prennent à cœur de nom parler eux-mêmes de BOUDDHISME, et de mettre un terme aux douces naivetés des membres de la S. T. — M. de Mil— loué a fait dernièrement, à la,Salle des Capucines, une con— férence fort intéressante sur la question.
Augustin Cha boseau en fera une autre bientôt. —— M. de Rosny avait déjà ouvert la voie. * -v- atn Le cours de M. Gary de Lacroze sur la Physionomie des caractères, accompagné de dessins explicatifs, com mencera incessamment.
On est prié de se faire inscrire, soit rue de Tiévise, 29, soit par lettre à l’adresse du professeur, rue du Général Foy, 40. i' trin La Librairie du Merveilleux possède deux exemplaires des ouvrages suivants: Leurs Lucns. — Médecine nouvelle 15 fr. — Chimie nouvelle 20 fr. -— Roman alchimique 12 fr. et un. exemplaire des suivants: Le Dragon Rouge, relié 15 fr. Les admirables Secrets d’Albert-Ie-Grand 25 fr.
Voici la liste des prochains volumes importants sur la Science Occulte qui vont paraître: Sous Presse F. Ch. BARLET.—- Essai sur l’Évoluti0n de l’Idée, étude transcendentale de philosophie dans ses rapports avec l'ésotérisme, 1 vol. in<i8 de 200 pages environ. STANXSLAS DE GUAITJL —- Le Serpent de la Genèse, 1" vol. -Ancvsrm CHABOSEAU. — Le Bouddhisme ésotérique et exotérique. s... ‘L -““__.. »\ —s.._.n _ _,.,,_.__.. . . ,_. ‘,.“__.‘_ _. — -.W».
.c. —-m . .. ..—. ‘ I 2_88 . . L’INITIATION PAPUS. — Traité méthodique de Science Occulte avec glossaire, env. 800 p., in-8. En Préparation GARY DE LACROZE. —- Traité exotérique de Divination. JULIEN LEJAY. — Sociologie analogique. LUCXEN MAUCHEL. — Eliphas Levi. Sa vie, ses œuvres. Œuvres inédites. Ancusrm CHABOSEAU. — Saint Martin et le Marti— nisme.
I «LE COURRIER DE LA PRESSE» Nos correspondants et nos chefs de Groupes en pro—. vince peuvent avoir intérêt à être tenus au courant de tout ce qui s’écrit sur une question qui les intéresse ou sur leur propre compte. Nous ne pouvons trop leur conseiller à ce point de vue le Courrier de la Presse, dirigé par A. Gallois, [9, boulevard Montmartre, Paris, qui envoie les extraits de tous les journaux du monde à raison de ofr.
30 c. par article ou de 25 francs les cent articles. LIVRES REÇUS A LA RÉDACTION DE L‘Im'tz'ation : En décor, pa‘r PAUL ADAM; Savine, éditeur. Cherchons! réponse aux conférences de M. le profes— seur Yung sur le Spiritisme, par Louxs GARDY. — Genève,- Burkbendt. Citations fort bien choisies et présentées avec à propos sur la réalité des phénomènes du Spiritisme. Le Fractionnement de l'Infini, synthèse de l’être par ARTHUR d'ANGLEMONT.
Inexistencia de la Materia, par P. FLORENCXO P01. (Barcelone, 1890). Le Gérant ; ENCAUSSE. TOURS. “1?. !. ARRAULT ET c", RUE DE un PRÉFECTURE, G.
WE :ËT :—‘€ïT:-“#‘% ";‘.;3‘-",Zzwz =;;::m \ Groupe Indépendant n’Innnen EnnIn’niqnen Sous LA DIRECTION DE LA REVUE L’INITIATION Quartier général : 29, “Rue de °Ïre‘vise, 29, PARIS COURS ET CONFÉRENCES PERMANENTS SUR LA KABBALE, LA THEOSOPHIE, LES SCIENCES OCCULTES E X P É R I E N C E S d’Hypnott‘sme, de Spiritisme, de Magie par groupes fermés Librairie. — Salle de Conférences. — Salle de Cours. — Bibliothèque d’0ccultisme. — Bulletin hebdomadaire : Le Voile d’Isis, résumant les travaux du groupe pour les membres de province et de l’Etranger. .
Tout abonné de 1’INITIA TION reçoit sa carte de membre du groupe sur sa demande. PLUS DE 350 ADHÉRENTS Dix Sociétés adhérentes, affiliées ou représentées Branches en Europe et en Amérique CORRESPONDANTS OFFICIELS ET CHEFS DE GROUPE France : Paris — Lille — Tours —- Lyon —- Bordeaux —- Mar seille — Sens — Clermont-Ferrand — Alger.
Étranger : Lonores — Bruxelles — Lié e — Berlin -—Amsterdam — Munich — Varsovie— Saint-Péters ourg— Vienne — Genève —— Rome — Barcelone — New—York — Québec — La Plata. — Port—Said — Panama —- Cuba. La Bibliothè ue internationale des œuvres des Femmes (Directrice M"' A. DE OLSKA) p055ède une grande salle de lecture au Siège du groupe, 29, rue de Trévise, où la directrice reçoit les membres de l'œuvre. Un Bulletin moulue] de la Bibliothèque sera prochainement publié
Vient de paraître JOSEPHIN PÉLADAN LA DÉCADENCE LATINE-ÉTHOPÉË CŒUR EN PEINE Commémoration du Chevalier .\_D RIE N P É L .\ n A ‘.\’ i vol. in—18 de 330 pages . . . . . . . . . . 3 fr. 50 JULES LERMINA L’E’LIXI’R— DE VIE. ' Conte magique - (AVEC UNE,PREEACE DE PAPUS) Joliebrochurein-18. .. . v. . . . . . . .' 75 cent. ÉMILE MICHEL—ET DE L’ESOTERIŒE DANS L’ART Élégante brochure in—t8 . . . . . . _. . . tiranc. GÉRARD ENCAUSSE Essai de Ph ysio/ogié Synthétique AVEC 35_ SCHÉMAS INÉDITS ' Application de la Science o:cnlte aux Sciences expérimentales i vol. in-8 - , . . . . . . . . . . . . ' '4. francs;
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L’IN ITIA_Ï 10 N DIRECTION ADMINISTRATION I4, rue de Strasbourg, 14 ., ABONNEMENTS, VENTE AU NUMÉRO G. CARRÉ DIRECTEUR; PAPUS u 56’, rue Saint—André—des-A rls I)IRECTEUR*ADJOlNT :- Lueien MAUCHEL 2 PARIS i l Rédacteur en chef: George MONT [È RE Secrétaires de la Rédaction : FRANCE, un an10 Il" CH. BARLET. — .1. LEJAY ÉTRANGER, — 12 fr. RÉDACTION: 14, rue de Strasbourg. — Chaque rédacteur publie ses articles sous sa seule responsabilité.
L'indépendance absolue étant la raison d'être de la Revue, la direction ne se permettra jamais aucune note dans le corps d’un article. MANUSCRITS. — Les manuscrits doivent être adressés à la rédaction. Ceux qui ne pourront être insérés ne seront pas rendus à moins d‘avis spécial. Un numéro de la Revue est toujours composé d’avance : les manuscrits reçus ne peuvent donc passer au plus tôt que le mois suivant.
LIVRES ET REVUES. — Tout livre ou brochure dont la rédaction recevra deux exemplaires sera sûrement annoncé et analysé s'il y a lieu. Les Revues qui désirent faire l'échange sont priées de s‘adresser à la rédaction. ADMINISTRATION, ABONNEMENTS. -— Les abonnements sont d'un an et se paient d'avance à l'Administration par mandat, bon de poste ou autrement.
AVANTAGES DES ABONNÉS. —- Les abonnés anciens et nouveaux reçoivent gratuitement les primes fréquentes qu’a données et que donnera l'Initiaii0n. Chacune de ces primes représente à elle seule la valeur du numéro. L’Initimion paraît le 15 de chaque mois en un beau numéro de 96 pages, format d'un volume ordinaire. Elle est en vente chez les principaux libraires de Paris (voir leur adresse à la 88 page). .u . 4....aa «h _ — _.5 a.a.. .-‘u -6. 1.— n.